{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6° ANNÉE. 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PRIX : 60 CENT.                  1 er FÉVRIER 1886.\n\n\n\n\n                                         LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                          Je continuerai donc dans celle croyance, et\n                                           j'irai ainsi, m'exaspérant de plus en plus,\n                                            prodiguant une caresse tous les six mois et\n                                            dix-mille claques chaque jour, sourd à toute\n                                            prudence comme à toute crainte\n                                                                         LÉON BLO Y.\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Odilon Redon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 702, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": "SOMMAIRE:\n    Odilon Redon . .          .                             JULES DESTRÉE.\n    Élévation.                                              ANDRÉ FONTAINAS.\n    Ballade.                                                JACQUES CORIOLIS.\n    Ernest Renan (fin)                        .    .   .    FRANCIS NAUTET.\n    Airs de flûte .                                         SIEBEL.\n    Chronique littéraire                                    MAX WALLER.\n    Chronique artistique                           .   .    EMILE VERHAEREN.\n    Memento\n    Memento musical                                ,   .     H . M.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                             RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE. 26                 80, RUE BOSQUET, 80\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "nous vous remettons à votre place", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1453, "fin_caractere_exclue": 3845, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S .\n   90. J. V, Votre Mal moderne est tout à fait drôle et nous nous demandons si vous\nn'avez pas la berlue ou si vous ne vous moquez agréablement de nous. Sans parler des\npieds en trop dans ce plat bizarre, nous vous conseillons de choisir tout de suite un métier\nmanuel, comme celui de paveur ou de vitrier, pour ne plus penser du tout à celui de poète\nqui vous va comme un ulstêr à un coupe-papier. Cependant nous vous accordons une\nsatisfaction dont profitera la rate de nos lecteurs ; nous vous insérons, soyez heureux :\n                                    MAL MODERNE\n                 Opalesque verdeur des nébuleux cristaux,\n                  Baveuse acidité de grinçantes morsures,\n                 Ethérisés parfums, étreinte des étuves,\n                  Guillotine d'or rouge aux tordantes coupures !\n                  Oh I l'Amour infernal! L'aphrodisiaque Amour! (13 p.)\n                  Oh ! l'amour de la gouge à la bedaine grasse\n                 Où l'on sent les relents, fils aîné de la crasse\n                 Et dans la nuit immonde un souvenir du jour.\n                 Vineuses voluptés gavant l'âme assoupie,\n                 Vos rêves, je les hais, énervant ma foi pie\n                 Et pourtant ta hantise, ô Moderne Passion! (13 p.)\n                 Rogne mon cœur brutal, nid de contradiction (13 p.)\n                 C'est ainsi qu'en mon for, le monstrueux orage,\n                 Combattent couardise et surhumain couragel\n  Nous avons autrefois promis à nos lecteurs une pièce de vers en volapük. La voilà!\n  91. HIPPOYTE D., Paris. Merci et amitiés. Petit-Pierre au prochain.\n  92. JULES D. M. Paul Wauwermans se porte très bien, je vous remercie. Il s'assied\nencore avec peine, voilà tout.\n   93 ALBERT DE L. J'intellige, j'intellige parfaitement, mais vous vous trompez en croyant\nà une fumisterie de noire part. L'article Leçons de danse est bel et bien de M. Paul Wau­\nwermans ci-dessus nommé. Nous ne l'avons retrouvé malheureusement que quelques\njours après le procès, sinon le tribunal se serait tordu. Une preuve suffisante de l'authen­\nticité de ce document, c'est que le jeune et brillant avocat... décoré par nous, n'en renie\npas la paternité. Il a enfin collaboré !\n   94. PIERRE D'OTR..., Liège. Le Veau vous a plu et vous en demandez encore. Voici\nautre chose que nous découpons encore dans la collection du Chat noir :\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                              POUR EN AVOIR LE CŒUR NET\n     Ils s'en allaient tous les deux, remontant l'avenue de l'Opéra.\n    Lui, un gommeux quelconque, aux souliers plats, relevés et pointus, aux vêtements\n'étriqués comme s'il avait dû sangloter pour les obtenir, en un mot, un de nos joyeux\n  rétrécis.\n    Elle, beaucoup mieux, toute petite, mignonne comme tout, avec des frisons fous plein\n le front, mais surtout une taille...\n    Invraisemblable, la taille!\n    Elle aurait certainement pu, la petite blonde, sans se gêner beaucoup, employer comme\n ceinture son porte-bonheur d'or massif.\n    Et ils remontaient l'avenue de l'Opéra, lui, de son pas bête et plat de gommeux idiot,\n elle, trottinant allègrement, portant haut sa petite tête effrontée.\n    Derrière eux, un grand cuirassier qui n'en revenait pas.\n    Complètement médusé par l'exiguïté phénoménale de cette taille de Parisienne, qu'il\n comparait, dans son esprit, aux robustesses de sa bonne amie, il murmurait, à part lui :\n    — Ça doit être postiche.\n    Réflexion ridicule pour quiconque a fait tant soit peu de l'anatomie.\n    On peut avoir, en effet, des fausses dents, des nattes artificielles, des hanches et des\n seins rajoutés, mais on conçoit qu'on ne peut avoir, d'aucune façon, une taille postiche :\n    Mais ce cuirassier, qui n'était d'ailleurs que de 2e classe, était aussi peu au courant de\n l'anatomie que des artifices de toilette, et il continuait à murmurer, très ahuri :\n    — Ça doit être postiche.\n    Ils étaient arrivés aux boulevards.\n    Le couple prit à droite, et bien que ce ne fût pas son chemin, le cuirassier les suivit.\n    Décidément, non, ce n'était pas possible, cette taille n'était pas une vraie taille. Il avait\nbeau, le grand cavalier, se remémorer les plus jolies demoiselles de son chef-lieu de\ncanton, pas une seule ne lui rappelait, même de loin, l'étroitesse inouie de cette jolie\nguêpe.\n    Très troublé, le cuirassier résolut d'en avoir le cœur net et murmura :\n    — Nous verrons bien si c'est du faux.\n    Alors, se portant à deux pas à droite de la jeune femme, il dégaina.\n    Le large bancal horizontalement fouetta l'air, et s'abattit tranchant net la dame, en deux\nmorceaux qui roulèrent sur le trottoir.\n    Tel un ver de terre tronçonné par la bêche du jardinier cruel.\n    C'est le gommeux qui faisait une tête !\n                                                                   ALPHONSE ALLAIS.\n  95. JULES G. Le rondel Pour une vieille passera dans le prochain; les autres sont\nmédiocres. Cordialement à vous.\n  96. MAURICE V., Paris. Vous avez fait cent fois mieux que cela. Médiocre, médiocre\naussi.\n  97. J. FRÉDÉRIC, à Saint-Gilles, et HUBERT ST. Reçu copie; à plus tard décision. Merci.\n  98. EMILE BOISSAC, à Bouillon. Nous recevons votre lettre ainsi conçue : « Je consens\nà m'abonner à votre mignon journal si vous daignez insérer dans votre plaquette de\nfévrier cette piécette sans prétention. » Vingt fois déjà nous avons répondu qu'il n'est pas\nau prix d'un abonnement de plus ou de moins que nous insérons n'importe quoi. Nous\nne lisons pas même votre piécette et la mettons au panier comme nous vous remettons\nà votre place.\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 131, "page_fin": 145, "titre_corps": "Odilon Redon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "ODILON REDON", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ÉLÉVATION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "ODILON REDON\n                                               Hommage   à J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n\n\n                                  I1 se peut rencontrer un voyageur, un curieux\n                              . des choses et des hommes, errant à travers les\n                                nations mortes ou les pays inexplorés, loin du\n                                     bruit des foules traversées et des peuples\n                                turbulents. Je me l'imagine dans ces grands\n                                déserts jaunes dont les sphinx, aux portes des\n                                  pyramides où dorment les momies, gardent\n                                  l'immensité, — ou bien dans quelque gigan­\n                                  tesque temple, taillé dans le roc par des\n                  générations disparues, vainqueur et triomphal encore, au\n                 milieu de la splendide végétation des Indes, perdu dans\n                 les grands bois baignés par les grands fleuves. Et dans\n                 ces cryptes où la poussière des siècles repose, où des signes\n                 indéchiffrés commandent des rites bizarres, il se peut ren­\n                 contrer aussi un autel éblouissant et mystérieux, vers lequel\n                 s'avancera le voyageur, tête découverte et demi-prosterné,\n                 l'esprit troublé par une émotion religieuse et adorante.\n                   Il pourra rester là longtemps, seul, absorbé, délicieuse­\n               ment fervent d'un dieu qu'il ne connaît pas et ne connaîtra\n            peut-être jamais. Dans la majesté mystique du sanctuaire, il\n            pourra rester à rêver vaguement, sans pénétrer l'idole qu'il\n            vénère et sans comprendre le culte qu'il pratique. Cette adora­\ntion pourra se trouver dans son existence une de ces heures bénies de Fan­\ntaisie radieuse, de recueillement et d'extase devant des Chimères, loin des\n                                                                        9\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "                                  —    l32 —\n\n\n réalités banales et tristes ; et longtemps le voyageur rentré au gîte, de nou­\nveau repris et roulé de force dans la vie commune, dans la vie plate et mau­\nvaise, absorbé par les futilités quotidiennes, longtemps gardera le souvenir\net le regret de cette heure précieuse et, à ceux qui n'ont pas vu, il pourra\ndire un jour, avec des explications naïves qui feraient sourire sans doute\nl'Idole et les grands-prêtres initiés, il pourra dire un jour son ravissement\net son admiration.\n   — Je suis ce voyageur.\n\n                                        I\n   Cet extraordinaire artiste : Redon est au dessus — ou en dehors,\ncomme on voudra, non seulement de la compréhension ordinaire de la\nfoule, mais même de celle du monde lettré. Peu encore le connaissent.\nUn certain mystère s'ajoute ainsi au mystère de son œuvre et son origina­\nlité s'augmente de son isolement et de son obscurité. Il y a certaines étoiles\nde première grandeur dont la lumière ne nous arrive, à travers les ténèbres\nde l'espace, qu'après des siècles...\n   Et ses admirateurs, ses fidèles, ont je ne sais quelle satisfaction — puérile,\nsoit, mais qu'importe ! — à se sentir si rares, à s'imaginer avec candeur\nqu'ils sont quelques sommets premiers éclairés par le soleil levant, dans la\nfoule anonyme et multiple. Franc-maçonnerie singulière qui faisait dire un\njour à l'acheteur du vingt-cinquième et dernier exemplaire de DANS LE\nRÊVE; « Je voudrais bien avoir les photographies des vingt-quatre autres » !\n   Pourtant, s'il y a ainsi une jouissance orgueilleuse à se sentir les pre­\nmiers, les précurseurs, très rares, il y a une souffrance aussi. Ces contemp-\ntions de la foule sont parfois douloureuses. Etre ridiculisé, raillé, méprisé,\nincompris, cela est souvent au dessus des forces humaines, mais mépriser\ntoujours est plus terrible encore. Ils sont bien peu, ceux qui ont eu la force\nde rester éternellement dans leur tour d'ivoire ; la solitude dédaigneuse est\natroce parfois ; à certains jours où l'évidence plus sensible du néant univer­\nsel rend l'existence plus pénible et plus triste, on se sent si faible, tout seul !\nEt un incompressible besoin d'expansion vous prend, la passion de se\nretrouver des semblables, des organismes qui vibrent et frissonnent comme\nle vôtre.\n   Et c'est pourquoi, bien que ceux qui puissent me faire cette aumône\nsoient en nombre infime, j'ose ici tendre des phrases comme des sébilles\net quémander un peu de justice et de gloire pour Redon.\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "                                   — 133 —\n\n   J.-K. Huysmans a été l'un des premiers à appeler l'attention sur Redon.\nDès 1881, dans un de ses Salons, après avoir parlé de Gustave Doré et de\nWalter Crane, il disait : « Un autre artiste s'est récemment affirmé en\nFrance dans la peinture du fantastique, je veux parler de M. Odilon Redon.\nIci, c'est le cauchemar transporté dans l'art. Mêlez dans un milieu macabre,\nde somnambulesques figures ayant une vague parenté avec celles de Gus­\ntave Moreau, tournées à l'effroi, et peut-être vous ferez-vous une idée du\nbizarre talent de ce singulier artiste ».\n   C'était sec, bref, comme défiant. Mais plus tard, et dès l'année suivante,\nà la suite d'une exposition de lithographies et de dessins faite par Redon\nau Gaulois, l'admiration et l'enthousiasme vinrent (1) : « Il y avait là des\nplanches agitées, des visions hallucinées inconcevables, des batailles d'osse­\nments, des figures étranges, des faces en poires tapées et en cônes, des têtes\navec des crânes sans cervelet, des mentons fuyants, des fronts bas, se joi­\ngnant directement aux nez, puis des yeux immenses, des yeux fous, jaillis­\nsant de visages humains, déformés, comme dans des verres de bouteille,\npar le cauchemar... A côté de ces créatures de démence, se posait l'appa­\nrition tranquille d'une femme étrusque, à l'attitude rigide, presque hiéra­\ntique ; et, tenant tout à la fois des vierges des primitifs et des déesses de\nG. Moreau, une blanche figure de fée, jaillissait comme un lys, dans un\nciel noir.\n   « Il serait difficile de définir l'art surprenant de M. Redon; au fond, si\nnous exceptons Goya, dont le côté spectral est moins divaguant et plus\nréel, si nous exceptons encore G. Moreau, dont M. Redon est, en somme,\ndans ses parties saines, un bien lointain élève, nous ne lui trouverons\nd'ancêtres que parmi des musiciens peut-être et certainement parmi des\npoètes.\n   « C'est, en effet, une véritable transposition d'un art dans un autre. Les\nmaîtres de cet artiste sont Baudelaire et Edgar Poë, dont il semble avoir\nmédité le consolant aphorisme : « Toute certitude est dans les rêves ».\nLà, est la vraie filiation de cet esprit original; avec lui nous aimons à\nperdre pied et à voguer dans le rêve, à cent mille lieues de toutes les écoles,\nantiques ou modernes, de la peinture. »\n   Et il ajoutait en note : « Il m'a été donné de voir, depuis cette exposition\ndu Gaulois, de très beaux dessins de M. Redon, des dessins d'une large et\nfière allure, entre autres une indicible Mélancolie, aux crayons gras de\n\n\n  (1) J,-K. HUYSMANS — l'Art moderne, Charpentier. 1883, p. 274-276.\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "                                    -    134    -\n\n\n couleur, une femme assise, réfléchie, seule dans l'espace, qui a sangloté pour\nmoi les douloureux lamentos du spleen ! »\n   Cette admirable Mélancolie, il en reparle encore dans A REBOURS (1), en\ncette célèbre et splendide description des dessins qui tapissaient le vestibule\net la chambre à coucher de des Esseintes, et j'ai su depuis qu'un lecteur de\nA REBOURS était venu d'Italie en France, à Paris, chez Redon, pour\nacquérir cette extraordinaire planche ! Y a-t-il des médiocres qui connais­\nsent de pareils enthousiasmes ?\n   — Art de détraqué, dira-t-on? Soit! Et pourquoi pas? A des degrés\ndivers, les artistes ne sont-ils pas des détraqués, tous? J'ai vu d'ailleurs tels\nde ces détraqués jouir de tout leur bon sens. Mais! Je veux bien faire des\nconcessions, pour avoir le droit de les retirer tantôt. J'admettrai sans discus­\nsion si l'on y tient, que l'art de Redon est celui d'un fou et que nous sommes\ntous, qui l'aimons, des aliénés! Et qu'importe? Il ne s'agit pas de savoir si\nc'est l'œuvre d'un insensé ou non, il faut dire si c'est beau ou non, voilà\ntout. L'œuvre est sacrée et indiscutable dès qu'elle nous donne des émotions\nesthétiques.\n\n                                        * *\n    Lecteurs défiants, encore un nom dont il faudra charger votre mémoire :\n Odilon Redon ! Et si comme le prédisait Bourget, la mémoire des hommes\n doit un jour faire banqueroute à la gloire ; soyez sûrs que celui-là sera un\ndes plus forts créanciers. Il a l'R fatidique des grands : Rembrandt,\nRaphaël, Rubens et, en ce siècle : Rops ! — Et dans cinq syllabes, toute\nune révélation d'art se perçoit, pour qui y songe.\n    Ecrivains raffinants, poètes, peseurs de verbes et ciseleurs de rimes con­\nnaissent pour la plupart cette sensibilité d'une acuité maladive qui fait\ntrouver des couleurs et des formes dans les mots eux-mêmes en dehors de\nleur signification ! On s'est souvent raillé de ceux-là qui l'on dit et pourtant\nl'audition colorée est un fait scientifiquement établi à présent! Pour le\nvulgaire, un mot ne vaut guère que par ce qu'il exprime ; pour le styliste à\nla perception exaspérée, les mots ont encore une autre valeur, une valeur\nprofonde, absconse, célée en leur intimité, tel diamant dans une gangue,\nimpossible à définir ou à préciser, car les termes les plus vagues sont trop\nprécis encore et tout vocable énoncé meurtrit cette sensation intellectuelle\nsi ténue, mais très réelle, découverte par quelques-uns seuls et par là plus\nprécieuse encore. Certes, en ce moment la rage des mots fait fureur au pays\n\n (1) J.-K. HUYSMANS — A Rebours. Charpentier, 1884, page 84 et suivantes.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "                                   — 135 -\n\n de Lutèce, chez les ultimes décadents, reflets pâlis mais si exquisement\nprécieux parfois de Verlaine et de Mallarmé ! — après avoir, chose bizarre,\nrégné aussi parmi nous, comme en témoigne cet enfiévré bouquin de jeune :\n LE SCRIBE ! Mais le phénomène n'est point neuf, tant s'en faut, et Balzac-le-\nGrand n'a-t-il point déjà dit dans son LOUIS LAMBERT (1) : « L'assemblage\ndes lettres, leurs formes, la figure qu'elles donnent au mot dessinent exac­\ntement, suivant le caractère de chaque peuple des êtres inconnus dont le sou­\nvenir est en nous... Est-ce à cet ancien esprit que nous devons les mystères\nenfouis dans toute parole humaine? ».\n   Et c'est ce même Balzac qui comprenait toute l'importance des noms\npropres au point d'errer de longs jours, épelant adresses et enseignes, jusqu'à\ntriomphalement s'arrêter devant Z. Marcas ! —Enfantillages? Allons donc!\nZola ne raconte-il pas quelque part (2) Flaubert le suppliant les larmes aux\nyeux de lui laisser le nom de Bouvard ? Et quel beau mot que celui de\nGautier au poète du Samouraï : « José Maria de Heredia, je t'aime parce\nque tu as un nom exotique et sonore... » !\n   Toutes ces précautions pour m'excuser et me justifier d'admirer ce nom\nsuperbe, étrange et retentissant : Odilon Redon ! Et j'y perçois les caracté­\nristiques de son art. Dans le grondement sombre et sourd de ces deux\nfinales, j'entrevois le fond d'horreur ténébreuse, de noir intense et profond\nque presque toutes ses lithographies ont pour thème essentiel. Et sur ce\nthème, l'éclair lumineux et comme joyeux de 1'/, sonore et bref, fait une de\nces rayures de lumière et d'étincellement ainsi que celles qui traversent ses\nplanches fantastiques. L'envolée courbe et molle 17 et le roulement grave\nde YR viennent évoquer des complications de formes rondes et grandioses.\nEt outre son étonnante couleur, toute de noir et de blanc, en deux teintes,\net son dessin bizarre et contourné, ce nom possède une physionomie géné­\nrale, je ne sais quoi d'ancien, d'étranger, de pas moderne qui se retrouve\nencore dans les œuvres de ce surprenant artiste, en dehors entièrement du\nsiècle, et pourtant impassible, invaisemblable dans un autre !\n\n                                        *\n                                       * *\n   Comprendre?\n  — On veut trop comprendre, et trop vite. Qui donc a dit que l'on devait\nrester devant un chef-d'œuvre comme devant un prince, tête découverte et\nattendant qu'il vous parle? Un autre a ajouté que l'incompréhensible devait\n\n\n (1) BALZAC — Louis Lambert, premières pages.\n (2) ZOLA — Les Romanciers naturalistes, Charpentier, page 204.\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "                                 — 136 —\n\nse comprendre comme incompréhensible; mais cette parole profonde n'est\npas appréciée de tous. Il y a beaucoup d'esprits qui demandent des explica­\ntions, qui ne veulent point se laisser aller à une admiration non démontrée;\nbeaucoup de cerveaux étroits qui ne peuvent contenir des rêves sans limites,\nbeaucoup de médiocres qu'étourdit et effarouche le vol éperdu de la\nFantaisie.\n   Puis, il est des sourds et des aveugles, — intellectuellement. Leur\nferez-vous écouter Wagner, ou contempler Rembrandt, essayant de leur\nen faire comprendre la beauté?\n\n\n                                      II\n   Odilon Redon a publié quatre albums de lithographies. Le dernier :\nHOMMAGE A GOYA(1),est le plus connu, à cause de l'admirable description\nqu'en a faite J.-K. Huysmans dans la Revue indépendante, en quelques\nsuperbes pages, à compter parmi les plus belles qu'on ait écrites en prose\nfrançaise dans ces dernières années. Rendant à la fois justice à l'artiste et à\nson prophète, je veux citer encore comment il décrit les deux premières\nplanches de cet album, les plus belles : « Dans mon rêve, je vis au ciel un\nVISAGE DE MYSTÈRE » dessine Redon, et Huysmans traduit : « Ce fut\ntout d'abord une énigmatique figure, douloureuse et hautaine, qui surgit\ndes ténèbres, çà et là percées de rais de jour; une tête de mage de la\nChaldée, de roi d'Assyrie, de vieux Sennachérib ressuscité, regardant,\ndésolé et pensif, couler le fleuve des âges, le fleuve toujours grossi par les\nemphatiques flots de la sottise humaine. Il pose sur ses lèvres une main fine\net maigre, semblable à la main fuselée d'une petite infante, et il ouvre un\nœil où semblent passer les éternelles douleurs qui se transmettent et se\nrépercutent dans l'âme des couples, depuis la Genèse. Est-ce le primitif\npasteur d'hommes contemplant le défilé des immortels troupeaux qui se\nbousculent et se massacrent pour une touffe d'herbe ou un bout de pain?\nEst-ce la figure de l'immémoriale Mélancolie qui convient enfin, devant\nl'impuissance avérée de la joie, de l'inutilité absolue de tout ? Est-ce enfin\nle mythe, une fois de plus rajeuni de la Vérité qui reconnaît, au passage,\nsous des oripeaux et des masques divers, le même homme affligé des mêmes\nvertus et des mêmes vices, le même homme, dont l'originelle férocité ne s'est\nnullement amoindrie sous l'effort des siècles, mais s'est simplement dissi-\n\n\n   (1) Hommage à Goya, paru en février 1885, chez Dumont, à Paris. Six planches,\ntirées à cinquante exemplaires. Prix : 20 francs.\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "                                    -   137    -\n\n\nmulée derrière cette grâce des peuples civilisés, la pénétrante et discrète\nhypocrisie?... ».\n    Plus loin il dit « la FLEUR DU MARÉCAGE, une tête humaine et triste » :\n « De cette eau enténébrée, sous ce ciel opaque, jaillit soudain la mon­\nstrueuse tige d'une impossible fleur. On eût dit une baguette d'acier rigide\nsur laquelle poussaient des feuilles métalliques, dures et nettes. Puis des\nbourgeons sortirent, pareils à des têtards, à des chefs commencés de fœtus,\nà de blanchâtres boulettes sans yeux, sans nez et sans bouche ; enfin l'un de\nces bourgeons lumineux et comme enduit d'une huile phosphorée, creva,\ns'arrondissant en une pâle tête qui se balança silencieusement sur la nuit\ndes eaux.\n    « Une douleur immense et toute personnelle émana de cette livide fleur.\n Il y avait dans l'expression de ses traits tout à la fois du navrement d'un\n pierrot usé, d'un vieux clown qui pleure sur ses reins fléchis, et de la\ndétresse d'un antique lord rongé par le spleen, d'un avoué condamné pour\nde savantes banqueroutes, d'un vieux juge tombé, à la suite d'attentats\ncompliqués, dans le préau d'une maison de force.\n    « Je me demandais de quels maux excessifs cette face blafarde avait pu\nsouffrir et quelle solennelle expiation la faisait rayonner au dessus de l'eau,\n comme une bouée éclairée, comme un fanal annonçant aux passagers de la\n vie les lamentables brisants cachés sous l'onde qu'ils allaient sillonner en\n cinglant vers le sombre avenir!\n    « Mais je n'eus pas le temps de discerner la réponse qu'il importait de\n faire à cette question que je me posais. L'effroyable fleur d'ignominie et de\n souffrance, le fantastique et vivant nelumbo s'était fané et son nimbe\n phosphorique s'était éteint. Au pâle avoué, à l'exsangue clown, au blême\n lord, s'était substituée une vision non moins horrible.... »\n\n                                        * *\n   Dans l'HOMMAGE A EDGARD POË(1)les apparitions sont d'un fantastique\ndifférent. Pas plus que dans l'album précédent les hallucinations de Redon\nne se souviennent de l'œuvre de Goya, celles-ci ne se rapportent à l'œuvre\nde Poë. On ne trouvera pas en ces étonnantes planches des illustrations.\nEt cependant, entre l'album de Redon et les contes de Poë' s'établit une\ncertaine correspondance. C'est, en somme, le même frisson d'art, exprimé\npar des moyens différents. Redon, plus froid et en quelque sorte plus\n\n  (1) Hommage à Edgard Poë, paru en 1882, chez Dumont, à Paris. Six planches, tirées\nà cinquante exemplaires. Restent deux exemplaires à 25 francs.\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "                                  — 138 —\n\nmathématique en cette œuvre-ci que dans les autres, atteint parfois aux\nmêmes effets intenses d'épouvante ou de curiosité exaspérée que le littéra­\nteur anglais.\n    I. L'œil, comme un ballon bizarre, se dirige vers /'INFINI.... Un\npaysage énigmatique et profond, sombre et vague, avec un ciel immense.\nLa terre, effroyablement vide, toute noire, s'étend au loin comme un désert\nmorne, comme une mer épaisse et stagnante. Des roseaux qui scintillent\nsur le sol rendent plus vide et plus noire encore l'horreur de ce néant. Et\ndans le vaste ciel, tout droit, comme un ballon bizarre, un œil gigantesque,\ndésorbité, monte, monte éperdument. Enorme, exaspéré, il va vers les\nhauteurs, vers l'inconnu défié, vers l'infini, entraînant avec lui, comme\nune nacelle étrange et plaintive, un crâne atrophié et minuscule...\n    Et telle est la puissance de suggestion de ces intenses fantaisies que l'on\nreste longtemps devant elles à rêver. Les explications se font et se défont\ncomme les figures des nuées. Est-ce un symbole? Redon n'a-t-il pas voulu\nconter le douloureux Néant des choses dans cette terre si tristement sombre\net vide, l'aspiration éternelle et vaine de l'homme à creuser le Problème des\nphilosophies, à voir dans l'infini, et l'atrophie, la dégénérescence de la\npensée à cette recherche sans espoir? Peut-être? Qui sait? Pourquoi vouloir\nune précise explication?\n    II. Devant le noir soleil de la MÉLANCOLIE, Lenoire apparaît.... Entre\n de hauts rochers resplendit un fragment du disque de l'astre sombre de\n mélancolie, au centre noir, aux rayons brillants. On le devine, derrière\n les monts qui l'encaissent, prodigieux et terrible. Et dans cet orbe noir,\n une tête pensive de femme se dresse. D'où vient-elle ? Et comment son\n profil se détache-t-il ainsi sur le haut de ce soleil énorme ? Questions inu­\n tiles : elle apparaît ! Son œil dilaté, fixé sur quelque point vague du ciel,\n ses lèvres minces et comme contractées par un désir de larmes, ses cheveux\n séparés en bandeaux sous son voile, lui donnent l'apparence ambiguë et\n mystérieuse d'une reine et d'une recluse !\n     III. A l'horizon, l'ange des CERTITUDES et dans le ciel sombre un\n regard interrogateur.... Oh! l'horrible petit amour vieilli, ridicule, avec\n son air béatement satisfait et discoureur ! C'est l'ange des certitudes, sur qui\n descend le ciel sombre des Rêves. Des points lumineux, comme des écla­\n boussures de feu, brillent dans les nuées sombres et se reflètent sur les eaux\n clapotantes et silencieuses où là-bas, à l'horizon, disparaît à demi déjà\n l'enfantin ridicule. Et dans le ciel noir du Songe, une sphère illuminée et\n resplendissante, comme un astre, où se plisse un œil méditatif...\n     IV. Puis un masque sonne le GLAS FUNÈBRE. Vision angoissante et\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "                                 -       139-\n\n\nfantastique : Une cloche extraordinaire, balancée à toute volée à travers\nl'air, qu'elle raie vaguement de frissons lumineux. Il semble que son lourd\nbattant fauche en son large vol les vies et les espoirs. Elle va, lancée pour\ntoujours, accrochée à une formidable poutre suspendue on ne sait où, et ce\nsont d'effrayantes et décharnées mains de squelette qui tirent la corde fatale,\nqui donnent au bronze ce branle formidable !\n   Les épaules et les vertèbres seulement apparaissent, toutes blanches dans\nles ténèbres, surmontées d'un masque hideux et rigide, où la bouche\nmanque et où, dans l'immobilité cartonneuse de la face, des yeux vivent,\ndes yeux humains et regardants ! Certes, avec ce dessin, nous voici bien\nprès de Poë, et je ne sais aucune de ses histoires extraordinaires qui donne\nune plus intense impression de fatalité et de terreur.\n   Deux planches encore : V. Le souffle qui conduit les êtres est aussi dans\nles SPHÈRES. Dans un encadrement d'un noir splendide, où, dans l'ombre,\ngrouillent d'indécises figures de gnomes, un buste de déesse au regard\ndespotique et dur, attifée comme une saltimbanque, paraît diriger et sur­\nveiller les astres qui l'entourent, dictant dérisoirement des destinées, comme\nen une fabrique de mondes... — Et VI, une FOLIE admirable, une tête de\nfemme, au front déprimé, aux cheveux défaits, à l'œil hagard...\n\n                                     * *\n   Dans LES ORIGINES (1), Redon évoque toute une série de monstres et\nd'animaux des mythologies primitives. La seule couverture de l'album attire\npar son étrangeté. Tout autour du titre, tourbillonnent des êtres bizarres,\ndes noyaux d'organismes en formation ; s'ébauchent des embryons qui\ngiroient à travers l'espace; des monstres à face humaine et à corps de\npoisson descendent dans un rayonnement; des formes antropoïdes s'indi­\nquent, toute une naissance d'êtres fantastiques, de vie impatiente et\ndéréglée.\n   L'album se compose de huit grandes planches, de valeur assez inégale,\nparmi lesquelles deux des plus belles qu'ait rêvées Redon.\n   D'abord une face horrible et qui fait mal à voir, avec un œil, un seul,\nénorme, mangeant le front et la moitié du nez, un œil sans paupière et sans\ncils, rond, au milieu des cheveux raides et lisses. Le cyclope sourit douce­\nment, niaisement, découvrant une rangée de dents de bête, et paraît s'ex­\ncuser timidement de son air effroyable et féroce.\n\n  (1) Les Origines, paru en 1883 (?) chez Dumont, à Paris. — 8 planches tirées à\n25 exemplaires. — Epuisé.\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "                                  — 140 —\n\n   Une tête de nègre ou de démon, avec de petites cornes naissantes dans\nses cheveux crépus, au front bas, aux traits durs et obstinés, et semblant\nde sa bouche ouverte souffler la Guerre, la Corruption, l'Infamie!\n   L'une des plus remarquables : Un cheval blanc, ailé, cabré sur le sommet\nd'une montagne, battant l'air de ses pieds et de ses ailes, renversé en arrière,\ncomme avant de prendre son vol, et terrassé, et luttant contre les colères du\nciel et les impossibilités. Sa tête intelligente et fière contemple résolûment,\nmais avec tristesse, l'espace aventureux. Pégase désespéré et frissonnant\ndevant l'Absolu, au milieu des nuées !\n   Puis, un homme noir, courant dans les ténèbres, inconscient, perdu,\nlancé et pourtant tâtonnant, ignorant de son but et de sa destinée, comme\naveuglé et troublé par les mille lumières qui brillent faiblement à l'horizon.\n   Une autre, inexplicable ; un œil enchâssé dans un double orbite auquel\nl'envolée des cils met comme un rayonnement, monté, au milieu d'un\nincertain feuillage, sur un pédoncule contourné en un immense point d'in­\nterrogation ?\n   Dans un paysage sombre de montagnes baignées par la mer, une sirène\ninconçue jusqu'ici, au visage et au torse masculins, rudes, désagréables,\nl'œil perfide et interrogateur, le poitrail et le ventre garnis d'épines mon­\nstrueuses, et son corps de poisson déroulé en une longue queue de monstre\nmarin aux écailles scintillantes sous le choc des flots.\n   Il est difficile de choisir, mais entre toutes ces énigmes diverses et splen­\ndides, je préfère, je crois, la dernière : une sorte d'animal impossible, mais\nnon invraisemblable pourtant, avec des flancs de pachyderme, des nageoires,\nune face humaine, accroupi, étendu comme chat au guet, et faisant une\nsuperbe tache lumineuse sur la terre noire, les rochers polaires, le ciel\nsombre où tournoient des embryons inexpliqués de poulpes et de crabes.\nCet étrange phoque, blanc philosophe des ténèbres, a dans son extraordi­\nnaire figure, la plus étonnante expression de vieux juif calculateur et impi­\ntoyable, de vieux diplomate qui voit réussir une combinaison machiavé­\nlique, de vieux penseur ironique et méchant qui voit les hommes aller à\nl'abîme...\n\n                                      * *\n\n  DANS LE RÊVE (1), le premier album qu'ait publié Redon, est son œuvre la\nplus importante et reste, selon moi, malgré la beauté des efforts postérieurs,\n\n  (1) Dans le Rêve, paru en 1879, chez Dumont, à Paris. — 10 planches tirées à\n25 exemplaires. — Epuisé.\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "                                  — 141 —\n\nson œuvre capitale. Il a pu faire autre, depuis; il n'a pas fait mieux. Seul,\ncet album donne la mesure de son prodigieux talent et spécialement ses\nmerveilleuses qualités de grandeur et de lumière ne peuvent bien s'apprécier\nqu'en ces dessins.\n   Je voudrais dire par le menu ce splendide album, dont six planches sur\ndix sont d'étonnants chefs-d'œuvre ; malheureusement, il ne m'a été donné de\nle voir qu'une seule fois; j'en parlerai donc de souvenir, de souvenir un peu\nconfus, mi-effacé, difficile à préciser et à traduire en phrases, comme si\nréellement j'avais rêvé ces éblouissantes visions.\n   De l'espace, en dehors de tout, ciel, terre, horizon, au milieu de l'immen­\nsité indéfiniment lointaine, jaillit une tête étrange. Une tête sans cou, sans\ncorps, d'on ne sait où venue. Mais l'esprit n'a pas le temps de s'étonner et\nde conjecturer, tant est bouleversante l'indicible expression de douleur et\nde majesté de ce profil navré. L'œil est dilaté et pensif; les traits vieillis et\nridés ; le menton déformé et comme oublié ; la bouche tordue en un rictus\nde souffrance. De longs cheveux raides tombent en désordre des deux côtés,\nencadrent le fantastique visage, en enveloppent le bas comme dans un écla­\nboussement de fusées de sang noir Une angoisse désespérée et irrémédiable\ncrispe cette tête effroyablement vivante d'une suggestive mélancolie. Elle\névoque d'irréparables tristesses de vieilles femmes inconsolées, sorcières ou\nprophétesses chargées de malédictions ; ou encore, les amères afflictions d'un\nvieux chef peau-rouge regrettant son trône perdu et sa tribu détruite!...\n   Puis l'espace s'assombrit; l'Infini devient obscur et indéchiffrable; des\npoints lumineux apparaissent, scintillent et disparaissent en tourbillonnant,\nà peine entrevus; l'un d'eux tout à coup grandit, se précise et s'affirme en\nun fantastique profil de Parisienne! Mignonne et fine, souple et volontaire,\ngracieuse et impitoyable, elle apparaît, nimbée de noir au milieu des\nténèbres confuses, le contour charmant de son profil si étonnamment\nmoderne se dessinant comme sur le bord d'un énorme chapeau. Et dans\nl'ombre, autour de cette adorable tête de Parisienne, de contemporaine, à\nl'œil énigmatique et qui séduit, tourbillonnent de nouveau des êtres singu­\nliers, des rudiments vaguement lumineux prenant leur essor vers Elle,\ncomme de petits bolides turbulents se précipitant, pour y mourir, vers le\nSoleil !\n   Ces deux premières lithographies sont de pures merveilles et je ne sais\nrien en ce genre qui puisse leur être comparé.\n   L'espace s'éclaircit un peu; une roue extraordinaire se perçoit dans un\ncoin, ne montrant qu'une partie de son orbe immense, sur lequel\ns'éclairent des signes indéchiffrables, et vers cette roue rayonnante, s'élance\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "                                  — 142 —\n\n  dans une aspiration ardente, une tête pure d'éphèbe aux cheveux blonds et\n  bouclés, assez pareille à certains portraits de Mozart jeune et chérubi-\n  nisé...\n     Puis un lourd panneau de roc ferme l'horizon, comme une section dans\n  une montagne; au dessus, dressée sur le sommet de la paroi, en un impos­\n  sible accoutrement d'acrobate, une femme, un poignard à la main, semble\n  espionner une figure douloureuse et dure emprisonnée dans le roc, comme\n  y maintenue par son oreille énorme, pareille à une aile de chauve-souris...\n     La montagne s'effondre, la terrible vision de crime s'évanouit, et peu à\n  peu s'efface ; un coin de paysage se devine alors, paysage indéterminé, coin\n  de banlieue ou bout de désert, avec, vers la droite, un arbre magnifique\n  dressant droit son tronc géant et noir sur le ciel éclairci. Vers la gauche,\n  un homme s'éloigne. 11 courbe les épaules sous un cube pesant qu'il\n  emporte dans une direction inconnue. Vers quel but ignoré s'en va-t-il\n ainsi? Pourquoi semble-t-il fuir ce carrefour sinistre, cet arbre mystérieux\n dont la hauteur l'écrase ?\n    Et tandis que l'on songe et que l'on cherche à deviner le crime obscur\n qui le chasse de ce lieu d'effroi, la vision disparaît lentement. Une autre\n surgit, inattendue : Sur le rebord d'une corniche, balcon ou terrasse d'un\n palais soupçonné, deux êtres. Assis sur la corniche, suspendu dans l'espace,\n au dessus du vide, un homme bizarre, mince, souple, allongé, mélange de\n laquais britannique et de grand seigneur assyrien, avec quelque chose de\n pervers, de félin, une convoitise qui n'ose s'avouer dans sa pose langou­\n reuse, regarde, soumis, fasciné, mais avec des désirs de traîtrise, une\n femme assise sur la terrasse, amoureuse, aussi étrange que lui et plus\n étrange encore par la disproportion de leurs figures. Elle rappelle les\n boulangères opulentes de Jan Steen avec je ne sais quoi de jeune courtisane\n orientale. Elle le méduse de ses gros yeux de bête tranquille, et leurs\nregards croisés semblent silencieusement s'enchaîner, s'unir, et toute la sève\net toute la moelle du mauvais domestique paraît aller par ce courant\nmagnétique qui seul le retient au dessus de l'abîme, à son amante repue et\nqui s'engraisse.\n    Puis, dans l'immensité redevenue trouble et sans limites passe comme un\nboulet, une être sphéroïdal et fantastique, à face humaine grimaçante, che­\nveux courts et droits, ainsi qu'un énorme marron épineux lancé à travers\nle ciel, — passe et disparaît.\n   De nouveau la nuit est noire, les ténèbres épaisses et moelleusement pro­\nfondes. Quand tout à coup s'élève le portail d'un temple extraordinaire.\nDeux colonnes blanches éperdûment hautes, enserrant l'infini sombre dans\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "                                   -       143-\n\n\n lequel le regard s'enfonce et se perd. Et devant elles, un dallage régulier, de\n marbres blancs et noirs, tel un damier, contraste par sa précision méthodi­\n que avec ces ténèbres sans fin, sans dimensions, qu'on devine derrière les\n colonnes majestueuses, loin, bien loin. Un couple, deux êtres minces et\n longs, mais si faibles, si misérables, si petits au pied de ces formidables\n colonnes blanches, semble fuir effrayé, éperdu, dans ce monument inconnu,\n et n'osant contempler la triomphale majesté d'un astre resplendissant —\n un œil lumineux et giroyant, comme un soleil, entre les colonnes, au\nmilieu de rayons éblouissants ! — Solennelle vision si pleine de religieuse\nmagnificence ! L'une des plus admirables, sans doute ; car il faut songer à\ncertaines pages bibliques, aux visions épiques de Hugo pour se souvenir de\npareille impression de grandeur et de majesté, — d'horreur obscure et sacrée!\n    Les deux derniers dessins, moins grandioses, sont peut-être plus intenses\net plus pénétrants.\n   Quelle poignante expression de tristesse résignée, de peine vaillamment\nsupportée, dans cette tête souffrante qui monte à travers l'espace comme\nun aérostat douloureux. Tête glabre, tête de femme vieillissante, tête de\nprêtre où se reflètent de longues amertumes. L'immensité est noire, étouf­\nfante, seule la nacelle fait dans l'ombre une petite tache de clarté. Et l'on\nsympathise à l'effort affligé de cette intelligence trop perspicace pour avoir\nde l'espoir encore...\n   Enfin, les ténèbres se dissipent, et une vision claire, précise, apparaît,\nassemblée bizarrement. Sur un massif de briques et de pierres régulière­\nment maçonnées, une coupe. Auprès de la coupe, un petit marteau au\nmanche allongé. Et sur la coupe, coiffée d'une calotte de fer, terminée en\npointe, une exquise tête de vierge légèrement inclinée, les yeux grand\nouverts, de grands yeux bleus, profonds, avec un regard inoubliable et\npénétrant. Une chasteté suprême dans un sentiment ardent, une sereine\npureté de passion exaspérée, une candide blancheur de lys amoureux, font\ncette expression inénarrable. Pour en donner une idée, il faut se rapporter\nà certaines phrases de Wagner, à certains passages de Tristan et Iseult,\nnotes si poignantes et si hautes, qu'elles ont, je ne sais quoi de déchirant\net de plaintif et qui vous laissent longtemps frissonnant et troublé.\n                                       *\n\n  Tel est à ce jour l'œuvre publié : Il faut y ajouter un dessin qui a paru\ndans la R E V U E WAGNÉRIENNE (1), Briinnhilde. Admirable évocation de\n\n (1) Revue Wagnérienne, rue Blanche, 79, Paris, numéro VII, 7 août 1885.\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "                                  — 144 —\n\nla vierge guerrière intrépide et passionnée, héroïne splendide des larges\népopées primitives! A la grandeur de la création wagnérienne, Redon a\najouté son étrangeté.\n   Trois albums nouveaux sont annoncés : Les Pensées de Pascal, Pièces\nmodernes et Les Dieux d'autrefois et l'on m'annonce que nous allons avoir\ncette bonne fortune, cette délectation profonde de pouvoir en admirer\nquelques planches inédites au prochain Salon des XX.\n\n\n                                     III\n\n   Je n'ai voulu que conter, sans critique, ce que j'avais vu, estimant que\nl'heure n'était pas venue encore de faire sur cet artiste, dont la gloire se\nlève seulement, une complète étude. Cette étude, je la tenterai plus tard,\nsans doute, l'artiste est trop intéressant pour n'y point revenir.\n   Pourtant, dès à présent, nous pouvons constater les caractéristiques de\nl'œuvre de Redon : hallucination, mélancolie, sens du grandiose, don de la\nlumière. Cela seul suffit à l'écarter de tout l'art contemporain au point d'en\nfaire un maître isolé dont la redoutable originalité n'a pas eu de précur­\nseurs.\n   Certes, Goya avait au commencement de ce siècle évoqué aussi, en des\nplanches fantastiques, des visions de cauchemar : les Proverbes et les\nDésastres de la guerre ; mais Odilon Redon l'emporte de beaucoup sur le\nmaître espagnol. Les hallucinations sont bien autrement intenses et plus\nartistement belles. Goya est souvent terne et lourd, son horizon dur,\nopaque, sans profondeur ; les rêves de Redon s'entourent toujours d'im­\nmensité.\n   Cette grandeur, on pourrait dire cette sensation de l'Infini, qui distingue\nla plupart des évocations de Redon, lui assurera, avec sa prestigieuse habi­\nleté de coloriste, une haute place dans l'estime des artistes. Beaucoup qui\nne comprendront point le très spécial genre de fantastique innové par lui,\nseront touchés de l'allure large et grandiose de ses dessins ; beaucoup seront\nséduits par le rayonnement de ses blancs et le moelleux profond de ses noirs,\ndeux tons avec lesquels, comme en se jouant, Redon obtient de si char­\nmants effets de lumière et d'ombre, qu'il faut remonter jusqu'aux eaux-\nfortes de Rembrandt pour trouver pareille splendeur et pareil éblouisse-\nment. L'Ange des certitudes et le Squelette sonneur, dans l'HOMMAGE A\nEDGARD POË, le Phoque blanc des ORIGINES sont des exemples stupé­\nfiants de cet admirable don. Je ne parle pas des qualités de facture propre-\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "                                  — 145 —\n\nment dite, si extraordinaires de science, de vigueur, de diversité, de person­\nnalité. Par quelle magie Redon a-t-il su faire si éloquemment parler la litho­\ngraphie, muette depuis des années, et à laquelle il a rendu la vie, la jeunesse,\nl'intensité et l'imprévu d'une eau-forte avec des tons profonds et veloutés\nque l'eau-forte n'eût pu obtenir?...\n   Enfin Redon est un triste. Un triste philosophiquement. Il écrirait\ncomme Goya, en conclusion : Nada! Tout son œuvre est mélancolique,\ndésolé, douloureux. Peu d'artistes, musiciens ou poètes, ont été plus loin\nque lui dans l'expression du navrement humain. Pas un rire et pas un\nespoir. Certaines faces souffrantes de DANS LE RÊVE suffiraient seules, par\nleur intensité d'émotion, à lui mériter une impérissable gloire.\n   Rien que de la tristesse et du désespoir. Le pessimisme, ce grand oiseau\nsinistre du siècle, qui aime à se reposer sur les sommets, aurait-il aussi\ntouché celui-là de son aile noire ?\n                                                    JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 147, "titre_corps": "Élévation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "ÉLÉVATION", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "ELEVATION\n                                                        A GEORGES EEKHOUD.\n\n         Il est une contrée inconnue et profonde\n         Comme on rêve le ciel sans limite et les mers,\n         Plus riche que la terre, et plus pure que l'onde ;\n\n         Sous le soleil d'été qui parfume les airs\n         C'est un enchantement de corolles écloses\n         Et d'arbres enlaçant leurs rameaux toujours           verts,\n\n         Éclatantes dans la mousse fraîche, les roses\n         Réjouissent les yeux des changeantes couleurs\n         Qui troublent par l'éclat de leurs métamorphoses.\n\n          Aux limpides ruisseaux qui chantent sous les fleurs\n          Des femmes, se penchant, belles entre les belles,\n          Mirent leur incarnat léger et leurs pâleurs;\n\n          Encadrant noblement leurs poitrines rebelles\n          Aux humaines douleurs, aux larmes, aux remords,\n          Des étoffes de pourpre étincellent sur elles.\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "                      — 146 —\n\nLeurs yeux n'ont eu jamais à pleurer ni des morts\nNi l'évanouissement des espoirs chimériques,\nLes songes disparus, les souffrances du corps.\n\nLeur esprit emporté dans les fougues lyriques,\nIgnore les hideurs de la réalité\nEt les venins subtils des aspics satiriques.\n\nElles sont seulement éprises de beauté;\nLeur na'ive candeur ne connaît pas la haine :\nRien n'a troublé leur ciel par le rêve habité.\n\nLeurs mouvements, emplis d'une grâce sereine,\nSont lents ainsi qu'un rythme amoureux et savant\nEt leur démarche fière est celle d'une reine.\n\nDes palmes à la main, elles vont au devant\nDe leur plus belle sœur dont le clair diadème\nEst f ait des fleurs de l'aube et du soleil levant.\n\nSon corps resplendissant est un divin poème;\nSon visage, rosé comme un pétale en mai,\nEst semblable à celui de la vierge que j'aime.\n\nMême le frais parfum des fleurs est embaumé\nDu souffle délicat de ses lèvres rieuses,\nEt son œil vif et doux est un songe animé!\n\nDans la profondeur des forêts  mystérieuses,\nComme un chœur rayonnant d'astres et cadencé,\nTelles vous vous groupez, ô Beautés glorieuses!\n\nToutes je vous y vois : vous, celles du Passé\nQu'en les temps révolus chantèrent les poètes\nDans des strophes où leur amour s'est efforcé :\n\nAvec vos beaux cheveux ruisselant sur vos têtes,\nVos lèvres de corail, vos poitrines de lys\nEt vos yeux plus ardents que la splendeur des fêtes :\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "                      — 147 —\n\nMarquises et Toinons, Borghèse, Médicis !\nVous qui viviez avant qu'on les vît apparaître,\nRebecca ! vous aussi qui pleuriez, ô Byblis,\n\n Toutes vous êtes là, joyeuses de renaître,\nAuprès d'autres dont nul encor ne sait le nom,\nIdoles qui naîtront aux siècles qui vont être.\n\nEt toutes, vous voilant de gaze et de linon,\n Vous êtes toutes là, femmes de toute époque,\nIdéal éternel de l'adoration!\n\nVous louez vos attraits d'une ardeur réciproque,\nMais vous savez des chants plus purs, et mérités\nPar Celle qu'en mes vers inhabiles j'évoque,\n\nEt Sa jeunesse en fleur surpasse vos beautés !\n\n                     SONNET\n\nVous régnez sur mes nuits. Vous êtes suzeraine,\nDe tous les rêves d'or dont j'ai l'esprit hanté;\nVotre candeur vous fait un manteau de clarté\nQui vous drape en longs plis comme un manteau de reine.\n\nEt l'évocation de vos beautés m'entraîne\nEn des songes pareils, en leur gracilité,\nAux arbres dont le ciel est parsemé, l'été.\nTremblotantes lueurs qui font la nuit sereine.\n\nJe ne laisse jamais aux griffes des ennuis\nAucun pâle lambeau des veilles ni des nuits :\nJe pense à vous toujours, et les heures sont brèves.\n\nOh! lorsque votre esprit aux splendeurs du sommeil\nS'abandonne et conçoit tout rose et tout vermeil,\nQue ne puis-je être un peu la forme de vos rêves !\n                                    ANDRÉ FONTAINAS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 148, "titre_corps": "Ballade pour les regrets de la belle Rolande", "titre_sommaire": "Ballade", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Coriolis", "ancre_debut": "BALLADE", "ancre_fin": "JACQUES CORIOLIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "BALLADE\nPOUR LES REGRETS DE LA BELLE ROLANDE\n                         A MON CHER POÈTE GEORGES RODENBACH.\n\n        Il fait un ciel gris de Hollande,\n        Le brouillard flotte pâle et frais\n        Tel qu'une fine houppelande\n        Sur le grand dôme à luisants rais;\n        Je vais tresser une guirlande\n        Aux mélancoliques apprêts,\n        J'y broderai ton nom, Rolande,\n        O Rolande de mes regrets !\n\n        C'était tout là-bas dans la lande\n        Au bord des hobbeleux guérêts;\n        Le soleil dardait sa girande\n        Dans le vert brumeux des forêts ;\n        L'aile du moulin toute grande\n        Etait ouverte et j'aspirais\n        Le charme de la voix gourmande\n        O Rolande de mes regrets !\n\n        Sur le ciel surgissait la bande\n        Des pêcheurs gagnant leurs retraits\n        Et leur stature était plus grande\n        Le soir tombant. Le bleu marais\n        Fantasque comme une légende\n        Dormait et moi j'exaspérais\n        L'amour dans mon âme friande,\n        O Rolande de mes regrets'.\n\n                      ENVOI\n         Vas-tu souvent revoir la lande,\n         Douce enfant aux divins attraits,\n         Y vas-tu, belle Rolande,\n         O Rolande de mes regret si\n                                     JACQUES C O R I O L I S ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 153, "titre_corps": "M. Ernest Renan (fin)", "titre_sommaire": "Ernest Renan (fin)", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Nautet", "ancre_debut": "M ERNEST RENAN", "ancre_fin": "FRANCIS NAUTET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AIRS DE FLUTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 168, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "M. ERNEST RENAN\n                         III\n                                   (Suite)\n\n              Les personnages du Prêtre de Nemi défilent successivement et\n               récitent la leçon que leur a apprise M. Renan. Ils disent\n               toutes les opinions banales qui ont cours en France, si bien\n               que c'est une sorte de sténographie de meeting que le lecteur\na sous les yeux. En réalité, toutes ces idées nous sont connues. Le jour­\n nalisme donne quotidiennement des expositions de ce genre et l'auteur\nn'a pas dû se donner grande peine pour agencer sa pièce.\n   L'Histoire lui en a fourni le thème. Il imagine qu'Albe-la-Longue, la\ncapitale du Latium, se trouvait, au moment de la naissance de Rome, dans\nun état de maturité intellectuel identique à l'état de Paris actuellement.\nChez ce peuple, déjà vieux relativement, les vieilles croyances sont discré­\nditées ; la ferme discipline, naguère maintenue par les lois du vieux roi\nLatinus, n'existe plus. Quatre pouvoirs se disputent la domination.\nMetius, l'aristocrate, ne démord pas de la conception politique, grâce à\nlaquelle le Latium a connu la gloire ; Liberalis rêve une moyenneté, une\nvie sociale tempérée, sans crises glorieuses, mais aussi sans désastres, ins­\npirée enfin par ce qu'on appelle aujourd'hui le libéralisme; Cethegus\nincarne, lui, l'idéal démocratique. Il est aussi opposé aux desseins aventu­\nreux de Metius qu'à la neutralité prudente de Liberalis. Les demi-mesures,\nles moyens ternes de ce dernier lui paraissent aussi irrationnels que les che­\nvaleresques et décidées volontés de l'aristocrate. Le peuple se trouve tiraillé\npar ces différents chefs et l'anarchie paralyse Albe, tandis que Rome, sa\nrivale, moins raisonneuse, assure lentement sa prédomination et sa puis­\nsance.\n   On voit l'allusion. Le Latium c'est la France où se heurtent toutes les\nidées politiques contradictoires et qui s'épuise en luttes intérieures, pendant\nque l'Allemagne grandit ses forces par la concentration et la discipline. Les\nvelléités d'une quatrième autorité, l'autorité religieuse, achèveront la ruine\nd'Albe.\n   Antistius est le représentant de cette autorité et il est l'exacte personni­\nfication de l'idéal développé par M. Renan. Les moyens politiques de\nLiberalis seraient les siens si Liberalis admettait tout au moins dans son\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "                                   —   150   —\n\n\n  gouvernement une part de religion ; d'autre part, il ne répudierait pas les\n  doctrines de Metius si Metius se résignait à ne plus employer la force et,\n  par ce sage mélange, il se trouve qu'il incarne les aspirations démagogiques\n  de Cethegus lui-même.\n     Il en résulte une doctrine abstraite, purement métaphysique, vague\n  comme une chimère, indécise comme un mirage, quasi inhumaine, déduite,\n non de l'expérience des faits, mais des hypothèses d'une intelligence de\n rêveur qui croit la Raison supérieure à la Vie. Cela résulte de ce que la reli­\n gion d'Antistius, comme sa politique, est une religion artificielle qui, au\n lieu de puiser sa force dans un sentiment ou une sensation, ne s'appuie que\n sur une idée. Prise isolément, cette idée est belle — facilement. Mais les\n idées ne valent que par leur harmonie avec les exigences accidentées de la\n Nature. Vouloir le Bien abstrait est une puérilité, puisqu'il s'équilibre par­\n le Mal et que sans le Mal il ne serait pas.\n    Antistius en fera l'expérience à ses dépens. Sacré prêtre de Nemi, il s'at­\n tache à corriger « une vieille religion absurde », proscrivant les sacrifices,\n les coutumes et réformant le rite : réformes inutiles et vaines car elles ne\n satisfont ni Cethegus, ni Metius ni Liberalis, ni même le peuple. Les\n onctueuses paroles du prêtre manquent leur effet sur ces intelligences qui\n ne subissent que le prestige de l'action ou du symbole. Elles n'ont que\n faire de toute cette philosophie éthérée et si par hasard quelques citoyens\n d'Albe se prennent à écouter les prêches d'Antistius et à mûrir le sens de\nses idées, logiquement ils les analysent jusqu'au fond et en arrivent à ce\n scepticisme vulgaire dont tant d'esprits médiocres sont aujourd'hui atteints.\n Et ceux-là sont au point de vue de la Raison, telle que l'entendent les\nmatérialistes, les seuls qui pensent juste. M. Renan, comme tous les cer­\nveaux mal faits, ne pousse jamais à bout ses déductions, parce qu'elles\nconduisent infailliblement à l'abîme. Partant de ces principes négatifs : il\nn'y a pas de Dieu, il n'y a pas de ciel, les vertueux sont des sots, les cou­\nrageux sont des dupes, M. Renan s'étonne que ces négations réveillent chez\ncertaines âmes le cynisme naturel qui y dormait. L'homme ainsi désen­\nchanté perdra l'esprit de sacrifice sans lequel il n'y aurait en ce monde ni\nun héros, ni un génie, ni un artiste. Que cet esprit de sacrifice se compense\nen réalité par une satisfaction idéale de l'égoïsme c'est incontestable. Mais\nil y a toutes sortes d'égoïsmes. M. Renan, esprit supérieur, comptant tout\nau plus un milier d'équivalents dans l'Univers, se paie de ses peines par\nune jouissance intellectuelle où le rare bonheur du désintéressement pur\ntrouve son compte autant que la vanité. L'homme moyen, qui a dans le\nmonde des millions d'équivalents, ne pouvant, lui, connaître ni cette jouis-\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "                                   —   151   —\n\n\n sance désintéressée, ni ce haut amour-propre, satisfera son égoïsme de toute\n autre façon, en nourrissant par dessus tout ses appétits grossiers, en refu­\n sant le service à n'importe quelle cause. Celui-là tombera d'autant plus\n bas qu'on aura voulu le hisser plus haut et l'on ne sait ce qu'il y a de plus\n stupide de cette chute misérable, de ce retour à la brute, ou de cet apos­\n tolat philosophique qui se résout par de tels avortements.\n    C'est à cet égdisme répulsif qu'Antistius conduit peu à peu les citoyens\n d'Albe. C'est à cet égdisme répulsif que M. Renan et son école condui­\n raient également le peuple de France. Heureusement les yeux d'Antistius se\n désillent soudainement et à travers les fumées de sa chimère, il voit enfin\n un peu de réalité. « Une vérité n'est bonne que pour celui qui l'a trouvée,\navoue-t-il. O lumière qui m'as induit à t'aimer, sois maudite. Tu m'as\ntrahi. Je voulais améliorer l'homme; je l'ai perverti. » On s'attend alors à\nune franche rétractation, indiquée, du reste, par le précédent de tant d'autres\nretractations petites, qui n'ont jamais embarrassé l'auteur de Marc-Aurèle.\nMais on compte sans la vanité de l'apôtre. Antistius meurt laissant Albe en\nplein épuisement. Les faits lui ont démontré le néant de sa doctrine,\nl'expérience s'est prononcée, n'importe, il n'abdique pas. Un oracle vient\nqui annonce la résurrection d'Antistius et son triomphe final. C'était déjà\ndit dans la préface : « Antistius renaîtra éternellement pour échouer éter­\nnellement, et, en définitive, il se trouvera que la totalité de ses échecs vau­\ndra une victoire. Laissez ce doux rêveur finir tristement, se renier lui-\nmême, demander pardon à Dieu et aux hommes de ce qu'il a fait de bien.\nUn jour, à un point donné du temps et de l'espace, ce qu'il a voulu se\nréalisera ».\n   Ces affirmations ne coûtent guère : c'est de l'orgueil au rabais. Chacun\npeut se donner aussi facilement des airs prophétiques. Il suffit, pour y\nréussir, de se lancer dans une sorte de pontificat. Tous les charlatans du\nmonde ont l'affirmation aisée et c'est là certes une des tares de l'esprit fran­\nçais ou pour mieux dire de l'esprit latin. Un petit nombre de vérités d'ap­\nparences solides ancrent de suite dans ces cerveaux une conviction que\nle lendemain ébranle. Quand leur jugement n'est pas grossier, c'est-à-dire\nquand ils ne tranchent pas d'un coup décisif dans le bien ou dans le mal,\nleur jugement est superficiel. Ils ne vont pas de déductions en déductions,\nde profondeurs en profondeurs, de hauteurs en hauteurs se perdre au delà\nde cette limite suprême où la raison, ivre de toutes les raisons contraires,\nvacille et connaît la supériorité du Doute.\n   M. Renan, lui, ne doute pas : il trébuche, ce qui est différent, et finit par\ns'installer avec suffisance au centre d'un petit horizon. Une éclaircie vient\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "                                      l52\n\n\nsoudain qui l'éblouit encore, mais il reprend aussitôt son assiette — et sa\nprophétie.\n   Il est des théologies, infiniment expertes, qui, après avoir gravi l'échelle\nde toutes les sciences, ne se sont pas contentées des vérités acquises et,\narrivées au sommet, ont heurté leur savoir contre le Mystère initial. Leurs\nthéories précises se marient aux hypothèses, précisées, elles, pour les intelli­\ngences pauvres, sous forme de symbole. Pour pénétrer leurs complexités il\nfaut des esprits clairvoyants et désintéressés qui ne trahissent pas des ran­\ncunes ou des rivalités religieuses.\n   Ce ne sont pas vraiment les négations d'Antistius qui nous blessent, c'est\nleur médiocrité. M. Renan a des incrédulités de commis-voyageur et des\nraisonnements de table d'hôte. « Dieu, dit-il, n'agit pas plus que les dieux\npar des volontés particulières. Le prier est inutile. Homme aveugle tu te\nfigures la Divinité comme un juge qu'on corrompt ou qu'on gagne en\nl'importunant.... Tu veux t'entretenir avec l'Idéal comme si l'Idéal était\nquelqu'un ».\n   Au point de vue strict des sciences positives, cette ironie vulgaire ne se\njustifie même pas. En supposant comme seules vraies et comme seules\nexistantes les choses visibles ou manifestées par des preuves irréfutables, il\ndemeure vrai que l'imagination existe, partant qu'elle a des besoins, partant\nqu'il est légitime qu'elle se plaise à donner une figure à ses rêveries et à ses\naspirations. Qu'est-il de plus charmant, de plus frais et de plus beau que\ncette imagination généreuse qui prête une physionomie conventionnelle à\nses chimères, qui leur donne une personnification, qui, trop riche pour\nvoir sèchement les choses, leur insuffle la vie et crée un monde magique de\ndivinités et de héros. Les intelligences, en vieillissant, perdent ce pouvoir\ncréateur et la crédulité, de poétique qu'elle était, devient rebelle à toute\ncréation. Nous allons chaque jour perdant le sens de la beauté des mythes\net des légendes. La prière, qui est la faculté d'absorption et de contempla­\ntion, le véhicule féerique qui transportait naguère les âmes hors de la\nbête jusqu'aux sphères d'azur de la spiritualité, M. Renan la considère\ngrossièrement comme une supplique calculée, et du coup l'ardent remède\ndes âmes souffrantes, le mysticisme, lui apparaît comme une sorte d'hys­\ntérie pitoyable.\n   Scientifiquement, quel que soit le terme exact par lequel il faille traduire\nl'exaltation, si l'exaltation est, pourquoi en proscrire le palliatif charmeur?\nM. Renan fait penser à ces pédants qui vont tracasser l'adolescence, brisant\ntous les prismes à travers lesquels elle a besoin de dorer ses regards, lui\nmasquant les frais mirages si nécessaires à la fraîcheur de ses yeux. Il con-\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "                                 — 153 —\n\ntinue la lignée ha'issable des empêcheurs de danser en rond, sans même rem­\nplacer par une réalité évidente les réalités imaginaires.\n    Certes, les sciences exactes ont ouvert un monde nouveau de sensations\nprofondes. Les imaginations artistes, de même qu'elles peuvent voir une\nréalité à travers une vision, sont susceptibles d'embellir de tous les charmes\nd'une vision la réalité. Baudelaire et Leconte de Lisle en sont d'admirables\npreuves. Mais M. Renan n'y est pour rien. Il a des apparences de savant,\ndes apparences d'artiste, un acquit de talent, et il se trouve qu'en résumé\n il n'aura été qu'un Coquelin des lettres.\n                                                    FRANCIS N A U T E T .\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 154, "titre_corps": "Airs de flûte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "AIRS DE FLUTE", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 769, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "AIRS DE FLUTE\n                                    XII\n                                IL P L E U T\n                 II pleut, accourez ma mignonne\n                 Nous jacasserons près du feu,\n                 Et le ciel gris paraîtra bleu\n                 Dans votre regard qui rayonne!\n\n                 Nous nous dirons des mots en l'air,\n                 Des mots vifs comme des fusées,\n                 Et le ciel noir paraîtra clair\n                 Dans vos chères boucles/risées !\n\n                 Nous nous embrasserons encor\n                 Comme l'autre soir, sur les lèvres,\n                 Et si folles seront nos fièvres\n                 Que l'affreux ciel paraîtra d'or!\n\n                 Et dans cette nuit d'infamie\n                 Où des crimes hurlent au loin,\n                 Nous nous blottirons dans un coin,\n                 Tout près l'un de l'autre, m'amie.\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 542, "texte": "                                     154\n\n\n                  Nous dirons à ce ciel qu'il ment\n                  Nous oublierons qu'il pleut à verse,\n                  Plongés dans un rêve qui berce\n                  Et qui grise adorablement.\n\n                  Viens! à quoi bon nous mettre en tête\n                  Ce spleen effroyable et mortel?\n                  Puisqu'il nous donne son eau bête,\n                  Faisons du ciel noir un pastel!\n                                                                  SIEBEL.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 158, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  Les Concubins, par Camille Lemonnier; un vol., chez Ed. Monnier et O , éditeurs,\nParis, 5 francs. — Papillon, par Narcis Oller, traduit du catalan par Albert Savine,\npréface par Emile Zola; un vol., chez E. Giraud et O , éditeurs, Paris, fr. 3-50. — Les\nDrames du Cœur, par Jeanne Ducharme, préface d'Arsène Houssaye, un vol. Edouard\nMaheu, Bruxelles, fr. 3-50.\n\n                                           I\n\n              Quatre nouvelles datées de 1885, et dont la première surtout,\n               Les Concubins, rappelle une des œuvres les plus impression­\n               nantes — ou impressionnistes, comme on voudra — de\n               Camille Lemonnier : le Mort. Même touche violente, même\nrudesse de style, mêmes crudités hardies.\n   Dussions-nous être qualifié de « saligaud » et de « pornographe, admi­\nrateur d'ordures raffinées », nous avouons aimer ce livre écrit tout d'un\ntrait, rapide comme un drame, où s'étale la plèbe des champs dans son\nhorreur tragique. Il nous importe peu que certaines pages soient repous­\nsantes dans leur étalage d'ignominies ; ce qui nous plaît, c'est l'impression\nprofonde que dégage l'œuvre, d'ensemble.\n   La campagne que décrit Camille Lemonnier est vue sous un voile noir;\nce n'est pas l'aquarelle aux teintes fines et lumineuses, mais l'eau-forte aux\ntraits hachés, avec de larges taches nocturnes. On n'y respire pas, l'air a\ndes opacités de plomb, c'est lamentable d'horizon, c'est glacé, c'est funèbre,\n   La tendance littéraire actuelle s'accommodera mal des Concubins. On va\nplus vers le Barbey d'Aurevilly de Brummel que vers le Zola de l'Assom-\nmoir, et le jargon « naturaliste » fait place à une langue déliée et nette,\ncomme la crudité fait place au raffinement presque byzantin. Si tant est que\ntout art ne soit pas accessible à des écrivains compréhensifs comme Lemon­\nnier, nous croyons que celui-là lui est absolument interdit, de même qu'à\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "                                 — 155 —\n\n Emile Zola. Le peintre du Mort est voué à la grosse et forte besogne; sa\nnature de mâle sauvage ne s'accommode que de ce qui est fort comme lui,\nsolide comme lui, et lui demander autre chose équivaudrait à exiger d'un\ntaureau qu'il danse à la corde.\n   Plusieurs fois cependant, Camille Lemonnier a interrompu sa large sym­\nphonie de la terre, pour chanter de petits airs idylliques. Ses Contes fla-\nmands et wallons, sa délicieuse Thérèse Monique, sont comme des mur­\nmures dans toute cette tempête du style, mais, aussitôt, l'ouragan reprend ;\nl'écrivain se rue dans la grasse floraison du sol et de l'homme; il les mêle,\nhurlant et mugissant dans un rut énorme; il dépoitraille les femelles,\nallume les mâles, fait retentir dans des paysages crépusculaires le cri de la\ncréation ; tout gronde, le meurtre éclabousse de sang les amours vautrées,\net cela se voit, s'entend, si bien que l'on n'a pas le temps de se jeter de côté\npour se soustraire à l'action.\n   Tout impression, voilà les Concubins. Par quel artifice cela est-il obtenu?\nL'écrivain seul le sait; mais ce que nous savons, c'est que la langue de\nCamille Lemonnier a subi, depuis la description de Bruges par exemple,.\nune singulière déformation. Les effets sont-ils précisément le résultat de\ncette maladie? Peut-être, mais il nous est impossible d'admettre des phrases\ncomme celle-ci : « Plus rien ne surnageait en lui de la vie consciente ; des\njours entiers il s'acagnardait dans un coin, débonnaire ; et un reste de pitié,\nl'amour parti, le rattachait à cette ruine humaine, comme à une bête mal­\nheureuse. Quelquefois, pleine d'amertume, elle ne savait se retenir de le\nrudoyer ; alors il la suivait, pitoyable, ses larmiers dégouttants, avec la\nmisère résignée des chiens battus. »\n   C'est là du français que l'on admettait il y a dix ans, mais où donc est\nla belle phrase balancée, ample et grandiose de La Belgique ? Ces inci­\ndentes, ces virgules font un effet de hoquets dont on se fatigue vite, et il\nfaut toute la puissance du récit pour n'en avoir pas de révoltes.\n   Cette puissance est inouïe. Les Concubins annoncent Happe-Chair, qui\nsera sans doute l'œuvre de forme définitive dès longtemps attendue. Jusqu'à\nce jour, Camille Lemonnier déconcerte par les variations infinies de son\nart ; du style de l'Hystérique, avec ses périodes harmonieuses comme des\nmélopées, nous tombons brusquement dans celui des Concubins, haché,\nsaccadé, martelé; que sera Happe-Chair? Un hymne ou un spasme?\n\n\n                                      II\n   M. Albert Savine n'est pas inconnu des lecteurs de la Jeune Belgique.\nNous publiâmes de lui naguère une étude sur le Nerto de Mistral, qui\nparut plus tard dans un excellent recueil d'études littéraires : Les Etapes\nd'un Naturaliste. Depuis, M. Albert Savine, qui avait déjà traduit de\nl'espagnol le beau poème Atlantide de Jacinto Verdaguer, s'est voué com­\nplètement à l'étude et à la traduction des œuvres de la Jeune Espagne.\nAprès Le Commandeur Mendoza, qu'il a traduit de Juan Valera, un des\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "                                  — 156 —\n\n  Quarante de l'Académie espagnole, M. Savine a publié une sorte de mono­\n  graphie, des notes sur le Naturalisme en Espagne, notes dans lesquelles\n il révèle l'existence d'une littérature qui, pour nous être étrangère, n'en est\n  pas moins très curieuse. Partant des origines historiques de la littérature\n actuelle, de Lope de Rueda, de Timoneda, en passant par Calderon, Cer­\n vantes, Melendez Valdes, Herrera, puis le romantisme de Savedra, Cal­\n deron, Romanos, Larra, Caballero, il étudie les nouveaux venus : GALDOS,\n l'auteur de La Déshéritée, de l'Ami Doucet (El amigo Marso) du Docteur\n Centeno, de Tormento et de l'Interdit; Mme PARDO BAZAN (Un Voyage\n de noces, Bucolique, Le Cygne de Villanova) ; FlGUEROA (Le dernier\n étudiant, Antonia Fuertes) ; PALACIO VALDES (Marthe et Marie) ; NAR­\n CIS OLLER, l'auteur du Papillon, que nous lisons aujourd'hui en français,\n et de bien d'autres.\n    Nous avons lu très attentivement ce roman dont M. Savine prétend\n qu' « il était la première apparition du naturalisme dans la littérature cata­\n lane » et nous avons peine à y découvrir trace de ce que M. Savine nomme\n du « naturalisme. » Est-ce pour une certaine fidélité de description, pour\n un vague souci du détail? En réalité, nous n'avons pas même trouvé dans\nle Papillon un seul indice du milieu où se déroule l'action. Cela se passe\nà Barcelone, on nous le dit ; la nouvelle est piquée de quelques mots et de\nquelques noms de rues en espagnol, mais sauf cela, rien n'indique que\nl'ouvrage soit une traduction. Un étudiant, Louis Oliveras-Fortuny a pris\nquartier chez une bonne femme nommée la mère Fine. Celle-ci lui a donné\nle surnom de Papillon, tant il a d'esprit et de légèreté. Louis se fait aimer\nd'une grisette nommée Toinette, la séduit, la rend mère et s'en va. Toinette\nmeurt de douleur, et seulement in extremis épouse Louis, qui se trouve\ntout à coup là pour reconnaître son enfant. C'est du Miirger de devant les\nfagots, et foule d'écrivains français avaient raconté cela avant M. Narcis\nOller, — un Narcis qui s'est regardé dans l'onde des autres !\n\n\n                                     III\n                                                   A JEANNE DUCHARME.\n\n   Madame, il est quelquefois très amusant de parler d'un livre, mais lors­\nque ce livre est d'une femme, il est infiniment plus exquis de parler d'abord\nde l'auteur. Vous êtes à Paris, vous avez quitté la Belgique, pays d'élection\nde la cuistrerie et du dédain des Lettres, votre modestie ne souffrira donc\npas de ce que je pourrai vous dire, et, si vous rougissez, nous n'en saurons\nrien.\n   J'étais à la Réforme — dont on m'a poliment expulsé depuis, pour des\nraisons d'économie! — lorsque je fis votre connaissance. Un commun ami\nm'avait signalé un vôtre roman comme étant excellent à donner en feuille­\nton au journal, et nous étions allés ensemble chez vous afin d'avoir le\nmanuscrit en lecture. L'entrevue fut très drôle. Moi, qui m'attendais à\ntomber sur un bas-bleu grave, vieux et laid, je me trouvais en face de vous\nqui n'êtes rien de tout cela, il s'en faut. Frétillante, bavarde comme un\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "                                  — 157 —\n\n secret, bon garçon, estimant votre littérature à trois sous la ligne et vous\n gaussant avec beaucoup d'irrespect mais d'esprit du grand art, vous étiez\n mon homme, vous me bottiez, et la bonne poignée de main de ce jour-là\n fit de nous une paire d'amis. Votre roman fut refusé parce qu'il n'était pas\nassez bête, mais la connaissance était faite et nous devions la continuer\njusqu'à votre départ. C'est vous qui, dans nos longues causeries, m'avez\nencouragé, relevé lorsque je parlais de me faire décrotteur ou garçon de café,\n plutôt qu'écrivain ; c'est vous qui relisiez ma copie, indiquant du doigt,\n avec un tact infini, les taches, les fautes de goût, les pensées banales: ainsi\n vous avez collaboré à Lysiane dont les passages les plus féminins sont\ninspirés par vous ; n'est-ce pas assez, ma jolie camarade, pour que je vous\n témoigne en public ma gratitude et mon admiration?\n    Oui, mon admiration. Je commence à savoir, madame, ce qu'il en coûte\nde s'atteler à la charrue du livre, ce qu'on avale de dédains et de mépris à\nvouloir écrire, chanter son cœur, dire ses larmes, et lorsque l'être qui tente\ncela est une femme, je m'arrête et j'ôte mon chapeau.\n    Souvenez-vous, madame, des gros découragements que nous échangions\nparfois en nous regardant d'un air triste. Nous fumions des cigarettes en\n buvant de ce vin d'Algarve que vous aimiez bien, et la causerie s'alentissait\n en d'indicibles mélancolies. Un de vos éclats de rire perlés chassait le\n nuage, mais le vieux thème revenait souvent et la lutte pour la vie, avec\naccompagnement de littérature, nous inquiétait fort. Cela continue, mais\nl'éclat de rire est parti avec vous, madame, et notre pays de triples brutes\nne paraît pas encore disposé à m'entretenir dans un petit hôtel. Avez-vous\nplus de chance, et la France qui, elle au moins, ne considère pas les écri­\nvains comme des Mohicans ou des Apaches, vous est-elle clémente? Je vous\nle souhaite de tout cœur, madame.\n    Les Drames du Cœur me plaisent beaucoup ; ce n'est pas soigneusement\nécrit et le style en a de singulières défaillances, mais certaines pages en\npossèdent une saveur féminine d'une extrême délicatesse. L'amoureux de la\nforme qui est en moi s'accommode mal de cette prose baclée, où le mot\ntombe à la diable, de ces longueurs qui dénotent le « tirage à la ligne »,\nde cette histoire qui se continue à deux générations, avec de nombreux :\nvingt ans après. Il y a trois livres dans ce livre, et rien n'empêchait qu'il\nse terminât à la mort de cette touchante Froufrou que vous nommez Car­\nmen, madame, et qui est un peu vous-même, par la sensibilité.\n    La sensibilité, c'est bien ce qu'il y a dans les Drames du Cœur. Avec\ntous ses défauts et malgré eux, le roman dégage un parfum de féminité,\nsurtout dans certaines lettres intimes où l'héroïne se Jivre et s'abandonne;\nc'est en cela qu'il me plaît, madame. Je vous y retrouve tout entière, et il\nn'y avait que vous pour l'écrire. C'est ce que M. Arsène Houssaye, qui\nvous a fait une préface, aurait pu dire, s'il avait eu la bonne idée de lire le\nlivre avant d'en parler.\n    Et maintenant, gardez courage, madame; au milieu du tas de farceurs\nqui écrivent avec la plume des autres et disent : « Mon verre n'est pas\ngrand, mais je bois dans ton verre, » écrivez avec votre cœur, laissez-le\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 329, "texte": "                                  — 158 —\n\nvous dicter des pages souffertes ou souries ; les larmes, ça n'a pas de style,\nmais c'est bon à verser, même pour S. M. la Sérénissime Goujaterie, reine\ndu Public!\n  Je me mets à vos pieds, madame.\n                                                         MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 158, "page_fin": 160, "titre_corps": "Dixième exposition de l’Essor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 177, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 329, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                DIXIÈME EXPOSITION DE                 L'ESSOR\n\n             Pardon ! mais avant de sabrer l'Essor, qu'il soit soupçonné du\n               moins que les vieux guettent dans leur coin et se gaussent de\n               nous, « L'Art jeune? Bah!... les Essoriens'? regardez..; les\n               XX?        ce sera moins encore ». Et tous pelotent une douce\npetite joie méchante, quand personne n'écoute et qu'ils peuvent commèrer\nà l'aise. Pour eux, l'art en Belgique s'arrête à Boulenger, Dubois, Baron,\nAsselbergs, Coosemans; ils ne voient ou ne comprennent rien au delà; ils\nsont encore à Tervueren quand on est à Bruxelles. Ils braient à la peinture\nflamande comme après un picotin et c'est le diable s'ils expliquent ce\nqu'ils entendent par là.\n   Tous ces embaumeurs de vieilles routines n'ont pas le sens de l'évolu­\ntion. Ils ne s'imaginent pas que, pour glorieux que soient les Boulenger et\nles Dubois, d'autres sont venus qui les valent et les surpassent. Nous n'en\nsommes plus à Courbet, ni même à Corot. Nous avons des préoccupations\ntournées ailleurs, plus loin. Notre vue des choses se métamorphose sans\ncesse et nous les voyons pour l'instant sous un jour, qu'eux, les anciens, ne\ndevinaient guère. Au demeurant l'avenir se chargera de pousser les peintres\nplus avant encore. Nous ne prétendons nullement dire le dernier mot de\nl'art, mais uniquement le mot de l'heure et du moment. Nous avouons le\ncrier quelquefois.\n   Et maintenant, oui, l'exposition est faible, oui, les tâtonnements sont\nmalheureux et les essais ratés On ressent pénible impression à voir cette\nsuite d'envois qui témoignent de maladresse et de gaucherie, de vulgarité et\nde lourdeur.\n   La conviction manque à plusieurs, l'audace à d'autres. Images, ces\ntableaux ; vieilleries, ces toiles. On s'interroge : combien a-t-il fallu d'aveu­\nglement pour se tromper si fort ? Si c'était naïveté ? Mais tel artiste, par ses\nœuvres précédentes, a prouvé qu'il était roué comme un singe. Si c'était\nune œuvre, une seule, ratée par hasard ? Mais c'est l'envoi entier ; le travail\nd'une année totale.\n   Retenons toutefois que les pires parmi les mauvais sont précisément\nceux-là qui suivent les artistes d'il y a vingt ans, qui n'ont pas subi la trans-\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "                                  —    139   —\n\n\nformation moderne, qui jouent l'ancien vieux jeu avec les cartes des tervue-\nristes d'antan, qui ne regardent jamais les choses qu'à travers certains\ntableaux du Musée moderne. Ils jurent, les accusés, que leur œuvre est faite\nd'après nature, qu'ils ont attrapé un rhumatisme en peignant cet effet de\nneige et un torticolis en étudiant ce branchage de futaie. Parfait, mais il\nest des artistes qui, nez à nez avec le site, louchent encore vers les maîtres\ncomme il est des pédants qui, en tête à tête amoureux, récitent des vers\nde Dorat.\n     Aussi bien, peindre d'après nature ne convient pas à tout le monde.\nCeux-ci voient plus juste et surtout plus harmonieux en ne consultant que\nleur mémoire, ceux-là regardent leur âme tout en fixant le dehors et les\nplus grands n'ont jamais regardé autrement.\n     Je ne parlerai que de quelques Essoriens, les plus hardis. Et tout d'abord\nde toi, Degroux, qui m'évoques les chrétiennes légendes avec ces tons pâles\net lointains et presqu'immatériels, ces tons de pastel fané et de rêve qui\n s'éloigne.\n     On s'écrie : « Le Pèlerinage de Saint-Colomb an'? Mais il n'a ni dessin,\n ni couleur. Ce n'est pas d'un peintre... ». — Qu'importe, c'est d'un\n artiste.\n     Au vrai, il est des architectes qui ne considèrent dans un monument que\n la qualité de la brique, et des gommeux qui ne voient dans une femme que la\n valeur de la robe. Ton tableau, Degroux, s'impose par des mérites plus\n intimes et plus élevés.\n      Et, après tout, je désirerais savoir ce qu'il a de si désagréable aux yeux?\n Rien ne heurte, me semble-t-il, dans son harmonie de vieille tapisserie\n calmée, au contraire. Tu serais mal venu, crois-moi, de faire vigoureux et\n sonore. Ton sujet ne le permettait point. Il te fallait donner une impression\n mystique avec le moins de matérialité possible. Le faire, l'exécution, la\n facture n'avaient pas à se montrer, ni la couleur. Et tu as réussi à donner\n  la vision des foules recueillies et priantes dans un paysage évocatoire. Ton\n pèlerinage est un tableautin d'oratoire, très reposant, très dévotieux et qui\n  ferait joindre les mains naïves.\n      M. Frédérix, lui non plus n'est peintre dans l'acception banale du mot.\n      Le Paysan mort est saisissant de vérité sombre et tragique. Voici le volet\n  de droite : la chambre du mort, la flamme exsangue du cierge, la vieille\n  assise près du lit, l'obscurité du réduit et le silence qu'on y entend. Puis, au\n  milieu, les voisines consolatrices qui font songer à Israëls. Enfin l'enterre­\n  ment, à gauche, où le cercueil semble s'en aller, dans du soleil et des\n  fleurs. Cette dernière opposition est trop subitement gaie.\n      J'admire encore La Prière du soir et Plaque tombale, deux dessins où\n   le désir de faire neuf éclate.\n      Le Repas des funérailles, étude de plein air pêche ici, là. Certes, les\n   types sont de belle observation, mais la lumière, crue et métallique, mais\n   l'ensemble du tableau, heurte et déplaît. Combien je préfère le Noël\n   exposé jadis au Salon triennal !\n       Vous vous êtes trompé, M. Demol. Et vous, M. Lemmen, qui passez du\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3058, "texte": "                                  — 160 —\n\ndessin à la couleur et du trait à la lumière, brusquement. Vous vous étiez\nfait un coin calme où les vieux maîtres, les austères et les pieux, Holbein\net Memling passaient. Aujourd'hui, comme les plus modernes des modernes,\nvous installez un modèle quelconque — un prétexte à faire du ton — entre\nune tapée de jour et un reflet de glace. C'est trop soudain pour que vous\nréussissiez d'emblée.\n    Un soir rachète d'ailleurs O. H. Très charmant feu d'artifice de fleurs.\n    M. Marcette s'acharne après du nouveau. Il le conquiert souvent à la\npointe du pinceau, mais gare ! s'il manque le coup droit. Je déteste sa\nCampagne romaine autant que j'aime sa Barque échouée.\n    A la revanche! M. Delsaux. Car vos envois d'aujourd'hui sont de qualité\ncommune. J'en pense autant de MM. Mayné, de Van Damme-Sylva, de\nVan Gelder, de Van der Eecken et même de Halkett. Pour M. Van Rap­\npard je tourne à l'éloge. Sa petite Vue d'Utrecht paraît abandonnée dans\nson coin bien que charmante.\n    M. François compose du paysage facile. Cela est pittoresque, intéressant,\nenlevé, mais assez mince somme toute. Son pinceau fait de jolies léchures\nà la toile et de jolies taches. Toutes ces dégringolades de toits sur les talus,\ntoutes ces maisons disloquées, souffrantes d'automne et d'hiver, ont un air\npiteux qui attire. Examinez de près, creusez, voyez le faire et rien ou\npresque rien ne reste. Art de surface.\n    Voici les nouveaux venus — qui marquent : Jelley et Mme Lacroix. Trop\nbrutal, mais d'une belle audace, l'Effet de neige.\n    M. Jelley paraît avoir le sens de la lumière et c'est déjà sa préoccupation\nde la traduire comprimée dans une Cour de restaurant et tamisée dans\nle Vieux fumeur. Cette dernière toile séduit beaucoup, elle est de bonne\nvenue et de fine pénétration. Elle frissonne de vie et de vérité plus encore\nque la première.\n    Des deux Dierickx, l'un a mis un si horrible cadre bleu autour de son\nportrait de chien où grince un si criard ton rouge, que je n'ai pas eu le cou­\nrage d'examiner fort attentivement son envoi; l'autre présente Jeƒ Lam-\nbeaux, un peu trop bossu de pose. Cette toile gagne à être revue toutefois.\n    Et maintenant à vous, M. Lynen, dessinateur choisi des bibliophiles et\n des marchands de pianos. Excusez cette pointe de raillerie; je vous l'adresse\n de cœur léger, car je pense trop de bien de votre art pour la faire sérieuse­\n ment. Vos dessins sont amusants, fantaisistes et habiles. Ils ont de la verve\n et du trait. Mais qu'ils sont secs et maigres d'exécution et combien roide­\n ment vous nous peignez le XVIIIe siècle, si flou et « si écharpe et éventail\n au vent » !\n    M. Dillens réédite en grand format sa Figure tombale. Son projet de\n Tombeau pour Conscience paraît tel quel. Autant ses Figures décora-\n tives. Nous n'aimons vraiment que le Buste, mais celui-ci nous l'aimons\nfranchement. Il a de l'allure et il s'impose.\n    Et voilà le bilan de YEssor. Enlevez, c'est pesé... pas lourd.\n                                                    EMILE VERHAEREN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 165, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "notre mouvement littéraire", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MEMENTO MUSICAL", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 110, "texte": "MEMENTO\n               "}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 118, "texte": "BELGIQUE"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "Le dimanche 17 janvier 18SG a eu lieu"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "au cimetière de Schaerbeek une touchante"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 452, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "manifestation artistique sur la tombe du"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 545, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "beau peintre Louis Dubois. 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Il pratiqua l'art à la façon de ceux"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "qui, dédaignant d'en vivre, se résignent à"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 1810, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "en mourir. Et il en mourut, en effet, il"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "mourut de tout son grand labeur inutile,"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 1992, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "de toutes ses aspirations avilies, de cette"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2086, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "flamme de génie qu'il avait dépensée iné­"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2178, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "puisablement et qui n'avait pas apitoyé"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2268, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "les foules imbéciles."}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2390, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "Peut-être, après tout, convient-il de ne"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2481, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "point se montrer trop rigoureux pour les"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2572, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "esprits rétifs qui, il y a quelque vingt-cinq"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2668, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "ou trente ans, n'acceptaient l'oeuvre d'art"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2762, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "que comme un mécanisme cérébral régi par"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2853, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "un idéal abstrait, sans rapport immédiat"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 2944, "fin_caractere_exclue": 2988, "texte": "avec les évidences. Constamment, il s'est vu"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3039, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "des natures inquiètes et mal débrouillées"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3131, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "que la vérité offensait et qu'un besoin pué­"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3226, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "ril d'illusion inclinait vers les flatteries et"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3367, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "le mensonge d'une sorte de transfiguration"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3472, "fin_caractere_exclue": 3515, "texte": "de l'humanité et de la nature. Même aujour­"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3566, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "d'hui, malgré les philosophies, les m é ­"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3658, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "thodes expérimentales et l'immense soif de"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3751, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "certitude qui distingue cette fin de siècle,"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3846, "fin_caractere_exclue": 3891, "texte": "ne fait-on pas encore un grief à l'artiste de"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 3942, "fin_caractere_exclue": 3984, "texte": "s'attacher trop impérieusement à l'exacti­"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 4035, "fin_caractere_exclue": 4079, "texte": "tude de la notation sous prétexte qu'il faut"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 4130, "fin_caractere_exclue": 4171, "texte": "laisser une part à des aspirations chimé­"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 4222, "fin_caractere_exclue": 4262, "texte": "riques et crépusculaires qui sont comme,"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 4357, "fin_caractere_exclue": 4397, "texte": "l'hystérie des âmes anémiées, incapables"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 4487, "fin_caractere_exclue": 4533, "texte": "d'affronter la lumière des faits ; et n'est-il"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 4632, "fin_caractere_exclue": 4674, "texte": "pas toujours entendu que certaines vérités"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "seules sont bonnes à exprimer, peut-être"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 182, "texte": "parce que les autres aboutiraient à de pé­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 232, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "nibles aveux et de désolantes constatations."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "La même horreur du vrai qui ameutait les"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 419, "fin_caractere_exclue": 459, "texte": "résistances devant les œuvres de Courbet"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 557, "texte": "et de Dubois, poursuit, à travers le temps,"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 609, "fin_caractere_exclue": 647, "texte": "les penseurs trop probes pour abdiquer"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 702, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "leurs attaches avec les frères malheureux"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 794, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "qui autour d'eux râlent et pantèlent sur les"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "calvaires de la vie."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1037, "texte": "Il est de tradition chez nous, je le sais,"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1125, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "d'ignorer la jeunesse, le mérite, l'honneur"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "jusqu'au jour où le trou qu'ils laissent der­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1403, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "rière eux, en disparaissant, réveille enfin la"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1540, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "conscience publique. Il faut que la mort"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1676, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "vienne secouer cette stupéfiante léthargie"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1809, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "d'un peuple pour lui apprendre quelles"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1940, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "âmes il a perdues. Et tantôt elle lui jette le"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2081, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "nom de Charles De Coster, tué par le si­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2216, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "lence et l'isolement sur ses pages inache­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "vées, tantôt le nom de Boulenger expiant à"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2476, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "quarante ans la misère et le délaissement"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2607, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "des débuts : tantôt le nom de Louis Dubois,"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2743, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "frappé comme le taureau entre les cornes"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "pour n'avoir point pâturé l'herbage officiel."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3011, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "Ah ! il s'allonge le funèbre martyrologe, il"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3147, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "s'étend le désespérant cortège des ombres!"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3281, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "Quiconque d'entre nous porte un cœur"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3400, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "libre dans sa poitrine et se refuse à recon­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "naître le despotisme des majorités, quelles"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3489, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "qu'elles soient, n'est pas assuré de ne point"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3617, "fin_caractere_exclue": 3660, "texte": "aller à son tour, sur ce chemin des suppli­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3743, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "ciés les bras en croix, grossir le nombre de"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3831, "texte": "ceux qui avaient mérité l'universel respect"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3881, "fin_caractere_exclue": 3925, "texte": "et meurent, la face déchiquetée par les cor­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3970, "fin_caractere_exclue": 4013, "texte": "beaux, payant de leurs jours la folle illu­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4061, "fin_caractere_exclue": 4106, "texte": "sion d'illustrer le coin de terre où ils sont"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4119, "fin_caractere_exclue": 4162, "texte": "nés. Patrie ingrate et marâtre, faudra-t-il"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4230, "fin_caractere_exclue": 4272, "texte": "toujours que le meilleur et le plus pur de"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4300, "fin_caractere_exclue": 4344, "texte": "ton sang s'immole sur tes autels, pour lais­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4377, "fin_caractere_exclue": 4422, "texte": "ser la place aux thuriféraires de la routine,"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4446, "fin_caractere_exclue": 4486, "texte": "aux flatteurs du goût public, aux empoi­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4513, "fin_caractere_exclue": 4557, "texte": "sonneurs de l'Art et des Lettres, à l'encom­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4604, "fin_caractere_exclue": 4647, "texte": "brant troupeau des intelligences desquelles"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4698, "fin_caractere_exclue": 4739, "texte": "il est permis de tout attendre, hormis un"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4788, "fin_caractere_exclue": 4808, "texte": "poète et un artiste?"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4958, "fin_caractere_exclue": 4999, "texte": "Si toutes les peines ne sont pas effacées"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 5017, "fin_caractere_exclue": 5060, "texte": "par la grandeur de cette cérémonie; s'il en"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "reste, au cœur des êtres chers qui ont"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 231, "texte": "souffert avec lui, une inguérissable amer­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "tume; si, comme je l'ai fait tout à l'heure,"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "il est juste qu'une voix en perpétue l'écho"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 468, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "et le souvenir, afin de rendre plus éclatante"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 563, "fin_caractere_exclue": 608, "texte": "cette noble figure, l'heure présente suffit à"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 658, "fin_caractere_exclue": 701, "texte": "venger l'artiste des opprobres par lesquels"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 751, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "les esprits supérieurs s'acheminent à leur"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "douloureuse et tardive acceptation."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "Nous avons eu la douce surprise de de­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "voir payer, le 8 janvier, la somme de"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1218, "fin_caractere_exclue": 1263, "texte": "fr. 136-20 pour les frais de la sotte affaire"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "que nous a infligée M. Paul Veau (wermans)."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1499, "fin_caractere_exclue": 1539, "texte": "Ce jeune Bayard a eu en outre l'heureuse"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "idée de publier le jugement dans le Patriote,"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "pour répandre le plus possible la grande"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 1897, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "nouvelle de son coup de pied reçu et enre­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2036, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "gistré (dont coût : 348-40, total : 484-60)."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2171, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "C'est joindre la sagacité du gorille au cou­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2308, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "rage du preux. Notre procès nous aura"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2438, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "coûté peu de chose, mais la vengeance"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2567, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "étant le plaisir des dieux, nous sommes"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "absolument dans le ciel. Notre cher conva­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2833, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "lescent Ric-Rac ne pourrait pas en dire"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 2968, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "autant; nous ne l'avons pas revu depuis le"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3105, "fin_caractere_exclue": 3146, "texte": "procès, mais on nous affirme formellement"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3239, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "cette chose invraisemblable : IL A ENCORE"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3367, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "L'AIR P L U S B Ê T E QU'AVANT !"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3616, "texte": "N O T R E PROCÈS"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3732, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "(ÉPILOGUE)"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3839, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "Nous recevons la circulaire suivante, qui"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 3930, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "termine le procès à nous intenté par le"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4019, "fin_caractere_exclue": 4060, "texte": "jeune Veau, directeur de la Revue contem-"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4110, "fin_caractere_exclue": 4118, "texte": "poraine."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4197, "fin_caractere_exclue": 4228, "texte": "Bruxelles   (date de la poste),"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4279, "fin_caractere_exclue": 4298, "texte": "REVUE CONTEMPORAINE"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4352, "fin_caractere_exclue": 4375, "texte": "12, rue des Paroissiens"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4435, "fin_caractere_exclue": 4444, "texte": "Bruxelles"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4511, "fin_caractere_exclue": 4512, "texte": "M"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4565, "fin_caractere_exclue": 4603, "texte": "L'administration de la Revue contempo-"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4653, "fin_caractere_exclue": 4697, "texte": "raine a l'honneur de porter à votre connais­"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4747, "fin_caractere_exclue": 4787, "texte": "sance que la Revue cessera de paraître à"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4837, "fin_caractere_exclue": 4864, "texte": "partir du 1er janvier 1886."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 4916, "fin_caractere_exclue": 4955, "texte": "Elle vous prie d'agréer ses salutations"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 5005, "fin_caractere_exclue": 5016, "texte": "empressées."}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 5098, "fin_caractere_exclue": 5115, "texte": "L'ADMINISTRATION."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 184, "texte": "M. Karl Grün vient de donner à une"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 225, "fin_caractere_exclue": 266, "texte": "feuille qui a le bonheur de n'être que du"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 310, "fin_caractere_exclue": 352, "texte": "dimanche et le malheur d'être de Verviers,"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 396, "fin_caractere_exclue": 441, "texte": "quatre colonnes et demi, rien que ça, signées"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 464, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "L'HERMITE. Nous n'hésitons pas à dire"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 545, "texte": "que ces quatre colonnes et demi ne sont pas"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 640, "fin_caractere_exclue": 684, "texte": "les colonnes d'Hercule, ce sont tout au plus"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "les colonnes d'air cul. L'improvisation de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "M. Grün, (écriveur souvent, pharmacien"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1057, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "toujours,) est intitulée Hiver. Nous ne la"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1198, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "reproduirons pas, nous contentant d'en"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1376, "texte": "signaler le gâtisme exceptionnel. Au demeu­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1472, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "rant, il n'y a pas mal de temps que nous"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1613, "fin_caractere_exclue": 1652, "texte": "voulions ramasser cet apothicaire égaré"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "dans les lettres. M. Grün se cache sous le"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1887, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "pseudonyme de L'hermite, et le Journal du"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2030, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "dimanche, n'omet jamais l'occasion de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "parler de ce mystérieux cénobite qui tourne"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2215, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "des pilules dans une maison de verre. Tout"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "le monde sait (sauf à Verviers) que l'auteur"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2343, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "de ces articles pharmaceutiques est le"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2440, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "nommé Grün. Cette fois L'hermite dépasse"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2526, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "la mesure, on n'est pas bête à ce point."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2608, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "Non seulement le bonhomme découvre"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2686, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "l'hiver (ce qui comme Christophe Colomb"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2771, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "est difficile à avaler), mais encore il"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2846, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "vous campe dans son style ahurissant des"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2890, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "phrases telles que celles-ci : « Caché sous"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2937, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "les aiguilles vertes, comme un nain de la"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3037, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "légende, je rêve à cette cristallisation de la"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3140, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "matière qui semble vouloir étouffer les êtres"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3230, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "vivants, matière cristallisée aussi, mais"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3322, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "d'une autre façon Et rien ne me semble"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3408, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "plus beau que cette accalmie passagère qui"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3497, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "figure la mort et qui n'est qu'un temps de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3587, "fin_caractere_exclue": 3626, "texte": "repos pendant lequel les plantes et les"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3676, "fin_caractere_exclue": 3716, "texte": "animaux emmagasinent de nouvelles forces"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3765, "fin_caractere_exclue": 3806, "texte": "pour reprendre bientôt leur essor vers la"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "lumière et la chaleur."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4055, "fin_caractere_exclue": 4095, "texte": "« O hiver, splendide hiver, tu es un des"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4201, "fin_caractere_exclue": 4241, "texte": "phénomènes les plus attrayants, les plus"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4317, "fin_caractere_exclue": 4357, "texte": "attrayants, les plus enivrants, de notre"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4363, "fin_caractere_exclue": 4386, "texte": "belle zone tempérée ! »"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4449, "fin_caractere_exclue": 4489, "texte": "Nous livrons cette page suave à l'esbau­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4546, "fin_caractere_exclue": 4585, "texte": "dissement des populations, ou bien nous"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4623, "fin_caractere_exclue": 4670, "texte": "l'invitons à figurer à titre de potiche sur les"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4728, "fin_caractere_exclue": 4769, "texte": "cheminées bourgeoises à côté de notre ami"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4826, "fin_caractere_exclue": 4836, "texte": "Paul Veau."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "Le quatrième numéro des Matinées lit-"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "téraires vient de paraître en une belle"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 267, "fin_caractere_exclue": 309, "texte": "livraison de 64 pages. Il renferme une des"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 353, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "plus belles pages des Concubins de Camille"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 442, "fin_caractere_exclue": 463, "texte": "Lemonnier : La Glèbe."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 603, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "Notre cher poète Georges Rodenbach a"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "donné le 19 janvier, au Cercle littéraire de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 881, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Marchiennes-Monceau, et le 22 au Cercle"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1014, "fin_caractere_exclue": 1056, "texte": "artistique et littéraire de Bruxelles, une"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1154, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "conférence sur la Poésie contemporaine. Il"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1291, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "y a esquissé le mouvement depuis Hugo et"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "Baudelaire jusqu'aux fumistes Déliques­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1567, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "cents; cela avec beaucoup d'esprit et d'élo­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1707, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "quence. Nous l'en félicitons de tout cœur."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1852, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "Même compliment à notre ami Henry"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 1984, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "Maubel qui a donné le mardi 26, à St-Josse­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2123, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "ten-Noode, une conférence très intéressante"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2258, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "et applaudie sur la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2400, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "Le théâtre de l'Alcazar annonce, pour"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2481, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "le 6 février, une première Jeune-Belgique."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2567, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "On y jouera en représentation unique,"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2643, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "une pièce inédite en 3 actes, de M. Max"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2726, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "Waller : Jeanne Bijou et le Saxe, comédie"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2811, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "en 1 acte de M. Francis Nautet."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 2993, "fin_caractere_exclue": 3032, "texte": "L'Etudiant, vient, après cinq années de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3089, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "belle vie intellectuelle, de rendre le dernier"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3186, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "soupir. Nous en sommes fort tristes. Ce"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3272, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "journal vraiment jeune s'était fait une répu­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3361, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "tation d'audace et de sincérité dans notre"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3451, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "cercle hélas ! bien étroit, d'artistes et"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3540, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "d'écrivains. Malheureusement nos étudiants"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3627, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "aiment mieux la bière que les Lettres, et le"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3717, "fin_caractere_exclue": 3759, "texte": "brave petit lutteur tombe faute d'abonnés."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3807, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "Nous le félicitons de la bonne croisière"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3905, "fin_caractere_exclue": 3947, "texte": "qu'il a menée dans les eaux de l'intransi­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4005, "fin_caractere_exclue": 4045, "texte": "geance artistique. Il a eu affaire à des"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4153, "fin_caractere_exclue": 4195, "texte": "cuistres qui ne comprennent que le diplôme"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4299, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "ou la buse."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4433, "fin_caractere_exclue": 4439, "texte": "FRANCE"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4500, "fin_caractere_exclue": 4539, "texte": "Mi-Diable, par Léon Cladel ; un volume."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4586, "fin_caractere_exclue": 4616, "texte": "— Ed. Monnier, éditeur, Paris."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4677, "fin_caractere_exclue": 4721, "texte": "De l'art tout pur cette fois, plus de décla­"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4780, "fin_caractere_exclue": 4819, "texte": "mations rasantes en l'honneur du peuple"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4878, "fin_caractere_exclue": 4920, "texte": "souverain, plus de préface de messieurs de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4979, "fin_caractere_exclue": 5023, "texte": "la politique, rien qui rapetisse l'œuvre, la"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "rabaisse au niveau d'un plaidoyer anti-bour­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 182, "texte": "geois ou autre balançoire; de la prose étin-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 270, "texte": "celante dans son originalité souvent heur­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "tée; une conception touchant parfois au"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 422, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "génie, quelque chose, en un mot, dépas­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "sant de cent coudées les       N'a-qu'un-Œil,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "grotesques et les Kerkadec gaga."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 686, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "Après la lecture de cette élucubration"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 779, "fin_caractere_exclue": 821, "texte": "captieuse, il semble qu'on quitte un monde"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 872, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "idéal, qu'on voit s'évanouir une de ces épo­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 962, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "ques géantes où, paresseusement vautrée"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "au milieu de la robuste nature, l'humanité"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "formidable vivait toute nue avec ses instincts"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1234, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "de brute et ses tendresses affolées."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "Et comme il excelle à nous les peindre,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1417, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "le puissant, ces êtres mi-hommes et m i -"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1510, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "diables ou mi-dieux, sorciers et sorcières,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "sculpturales femelles au ventre ferme qui"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1698, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "hypnotisent avec un regard et tuent avec"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1788, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "une étreinte, mâles roués comme des félins,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1876, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "féroces comme des faunes, sexes bouillon­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1966, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "nants qui s'accouplent avec une impudeur"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2061, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "de bête au hasard de leur fantaisie ou de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "leur passion au milieu des blés fauves, der­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2209, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "rière les haies qui blanchoyent, près des"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "torrents grondeurs et qui, au besoin, s'ac­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2378, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "coupleraient en Enfer."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2479, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "Elle résonne tout au long de cette épopée"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2566, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "orgiaque la divine chanson d'amour et de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2656, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "vie ; elle y clame les notes aiguës, rauques"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2748, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "des extases vivantes, y module les plaintes"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2836, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "enamourées des minutes de plaisir lassé,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2930, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "elle vibre dans les moindres replis de l'exis­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3023, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "tence baroque, sauvage, surhumaine de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3118, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "Yufko et de Bertud, de Serpine et de l'ani­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3212, "fin_caractere_exclue": 3257, "texte": "malité qui grouille, s'aime et se rue, ressu-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3305, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "citée par la plume nerveuse du maître."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3405, "fin_caractere_exclue": 3436, "texte": "Roman ? Non. Romancero. Légende"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3493, "fin_caractere_exclue": 3537, "texte": "antique avec ses naïvetés délicieuses et ses"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3583, "fin_caractere_exclue": 3624, "texte": "choquantes exagérations, repensée, redite"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3674, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "par un moderne et un sensitif."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3767, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "Yufko est un mâle, pas un homme, Ser­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3860, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "pine la brune, et la rousse Bertud sont des"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3988, "texte": "personnifications de l'amour, non des"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4089, "texte": "amantes, elles sont les deux désirs auxquels"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4136, "fin_caractere_exclue": 4174, "texte": "se meurtrit Mi-Diable et dont il meurt"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4222, "fin_caractere_exclue": 4263, "texte": "tragiquement. Le pays où se déroule l'ac­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4315, "fin_caractere_exclue": 4352, "texte": "tion très simple du drame et qui nous"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4410, "fin_caractere_exclue": 4451, "texte": "apparaît vivace, magique, sous le coup de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4503, "fin_caractere_exclue": 4546, "texte": "soleil qui l'éclaire de lueurs d'apothéose,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "Cladel l'a perçu à travers son cerveau"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "exalté de Méridional visionnaire; il n'a"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "jamais existé tel qu'il nous le peint. Et ici,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "la réalité des choses aurait choqué ; il fallait"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "un tel cadre à de pareils êtres et à de si"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 563, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "gigantesques exploits."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 638, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "Le style. Il ne me plaît pas de faire à Cla­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 732, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "del le procès du style. Cette vieille rengaine"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 828, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "a fait son temps. Aux blagueurs qui jettent"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "la correction classique en travers de la"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1011, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "rhétorique maniérée de l'auteur d'Omp­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1099, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "drailles je répondrai que l'objet de l'art"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1191, "fin_caractere_exclue": 1233, "texte": "étant avant tout le rendu de la sensation,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1283, "fin_caractere_exclue": 1326, "texte": "il est maladroit de reprocher à un écrivain"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1376, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "ses procédés de facture quand il sait en"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1466, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "tirer de si remarquables effets, de si spé­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1559, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "ciales harmonies. Au fond de tout, il y a"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1650, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "sans doute chez celui qu'ils raillent la vanité"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "dédaigneuse d'un Fort. Peut-être lui, le"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1837, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "mirifique épateur se rend-il à dessein"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1925, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "tortueux et cherché afin d'épargner à sa"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2015, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "pure gloire d'artiste l'admiration idiote des"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2110, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "foules."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "Et c'est pour cela que je prédis peu de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2258, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "succès à son dernier né."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2362, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "RENÉ D...    Y."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2472, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "***"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2528, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "Histoire anecdotique de la Révolution"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2615, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "française (1789), par Jean Bernard, avec"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2706, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "une préface de Jules Claretie. Un volume,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2798, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "Librairie Française, Paris, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2889, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "M. Jean Bernard tente de faire, dans une"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2980, "fin_caractere_exclue": 3022, "texte": "forme familière, ce que Louis Blanc a fait"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3073, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "avec la superbe hauteur que l'on sait L'his­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3168, "fin_caractere_exclue": 3211, "texte": "toire de la Révolution n'est pas fixée, et,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3262, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "bien que moins d'un siècle nous en sépare,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3355, "fin_caractere_exclue": 3401, "texte": "elle est, plus que tout autre, livrée aux con­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3452, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "troverses des écrivains. A côté de M. de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3543, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "Beauchesne qui fait de Marie-Antoinette"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3633, "fin_caractere_exclue": 3673, "texte": "une sainte, modèle de reine et de femmes"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3724, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "voici M. Jean Bernard qui, sur d'autre,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3814, "fin_caractere_exclue": 3859, "texte": "documents, la montre livrée à tous les vices,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3910, "fin_caractere_exclue": 3950, "texte": "à toutes les cruautés. Démocrate ardent,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4001, "fin_caractere_exclue": 4044, "texte": "rédacteur à la Bataille de M. Laisant, il a"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4095, "fin_caractere_exclue": 4135, "texte": "des indulgences extrêmes pour le peuple,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4186, "fin_caractere_exclue": 4221, "texte": "même déchaîné, même sanguinaire. Ce"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4272, "fin_caractere_exclue": 4314, "texte": "n'est pas à la Jeune Belgique de juger les"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4365, "fin_caractere_exclue": 4409, "texte": "idées égalitaires de l'historien. Personnel­"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4460, "fin_caractere_exclue": 4502, "texte": "lement, nous aimons assez la définition de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4553, "fin_caractere_exclue": 4594, "texte": "Gavarni là-dessus : « Ego, ego, ego, tous"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "égaux ! » mais nous n'avons pas à politi-"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 177, "texte": "quer ici. Littérairement, l'Histoire de"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 270, "texte": "M. Jean Bernard est d'un grand intérêt,"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 361, "texte": "bien écrite et de lecture passionnante."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 590, "fin_caractere_exclue": 626, "texte": "Notre collaborateur Joséphin Péladan"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 677, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "nous adresse une nouvelle œuvre, toute de"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 767, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "piété et d'admiration : l'Oraison funèbre"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "du docteur Adrien Péladan fils, son frère."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 948, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "Il nous serait difficile de la juger au point"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1038, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "de vue des croyances; cela n'est pas affaire"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1126, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "à nous. M. Péladan, comme d'Aurevilly,"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1255, "texte": "comme Hello, est un des derniers catho­"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1305, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "liques de la race intransigeante. Sa foi"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1382, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "monte jusqu'à la magie et se perd dans un"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": "vaste illuminisme dont l'Eglise moderne ne"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1512, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "le ferait pas descendre ; son orthodoxie ne"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1599, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "serait peut-être pas toujours ratifiée par"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1688, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "Rome, et c'est encore le père Alta, du Vice"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "Suprême, plus rigide que le pape, mais"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1853, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "aussi plus inquisiteur."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1950, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "M. Joséphin Péladan, pour magnifier la"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1989, "fin_caractere_exclue": 2028, "texte": "mémoire de son frère, a choisi la forme"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "surannée de l'oraison funèbre. 11 n'a pas"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2170, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "eu tort. Une biographie, aujourd'hui, n'est"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2257, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "plus qu'une liste de dates avec une énumé­"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "ration plus ou moins problématique de"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2438, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "mérites ; mais, comme nous le dit Péladan"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "sous forme de dédicace, « notre consola­"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "tion à nous, c'est de draper les suaires sur"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 279, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "nos morts, et d'en faire des statues, mais"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "elles marchent, celles-là, et nous suivent"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 461, "fin_caractere_exclue": 495, "texte": "— oh! douloureusement! » L'oraison"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "funèbre, telle que l'ont conçue les grands"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "orateurs, est bien une draperie fastueuse"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 725, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "de paroles dont les plis opulents cachent"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 815, "fin_caractere_exclue": 857, "texte": "de vastes pensées. 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Péladan a fait œuvre"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "d'orateur, et sa parole monte de la terre"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "funèbre comme l'émanation pure et pieuse"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1353, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "de l'âme envolée d'un frère."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1466, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "W."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1563, "fin_caractere_exclue": 1598, "texte": "Viennent de paraître les : Nouveaux"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1647, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "essais de psychologie contemporaine, par"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1736, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "Paul Bourget, dont notre rédacteur Iwan"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1824, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "Gilkin fera ici la critique."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 1938, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "ÉTRANGER."}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "M. Vittorio Pica, un des plus ardents"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2126, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "écrivains de la Jeune Italie, donne au Cor-"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2218, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "riere del Matino, de Naples, une étude"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2305, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "remarquable sur les Concubins de Camille"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2394, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "Lemonnier. Cet essai sera suivi d'une série"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2486, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "d'autres sur notre mouvement littéraire."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 166, "titre_corps": "Memento musical", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Les nouvelles danses flamandes"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3546, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "et l'ouverture de concert que nous avons"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3637, "fin_caractere_exclue": 3678, "texte": "entendues le mois dernier, présentent les"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "mêmes qualités de facture : la recherche"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3816, "fin_caractere_exclue": 3858, "texte": "curieuse des timbres, l'étrangeté des har­"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3904, "fin_caractere_exclue": 3945, "texte": "monies et toujours cette trame solide, ce"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2635, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "dessin net et serré, cette allure réservée,"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2727, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "cette couleur sobre et soutenue résultant,"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2818, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "en partie, de l'emploi continuel des instru­"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 2911, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "ments à cordes. 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Elle est venue nous"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3504, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "fournir à point l'occasion d'applaudir un"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3594, "fin_caractere_exclue": 3636, "texte": "Belge vraiment jeune et enthousiaste, pos­"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3685, "fin_caractere_exclue": 3727, "texte": "sédant à un haut degré cet idéal d'art qui"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3776, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "nous est sympathique, et de prouver par"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3864, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "là que nous ne sommes pas avares de nos"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 3952, "fin_caractere_exclue": 3993, "texte": "bravos, nous qui avons tant combattu pour"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "Ia musique belge depuis quelques années"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "et qui n'avons cessé de prodiguer à nos"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 227, "fin_caractere_exclue": 268, "texte": "compatriotes, les encouragements les plus"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 320, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "fraternels."}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 506, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "Signalons un concert de Wieniawski, où"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 594, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "le pianiste a exécuté, avec le concours de"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 637, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "M. Marchai et de M11e Merck, quelques-"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 713, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "unes de ses compositions qui. pour être"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 804, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "nouvelles, ne nous ont apporté rien de neuf."}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1077, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "Signalons encore, au Cercle, l'audition de"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1248, "texte": "M11e Douglas; au Palais des Beaux-Arts"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1337, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "celle de Mlles Schmidt, appartenant toutes"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1380, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "trois à cette phalange d'instrumentistes du"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "joli sexe qui fleurit au Conservatoire et dont"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "nous reparlerons un de ces jours, en même"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1640, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "temps que de la nouvelle classe de harpe."}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1849, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "***"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1920, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "Nous avons reçu de la maison Breitkopf,"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "diverses publications : Des variations sym­"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "phoniques, de Nicodé, réduites pour piano"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 2186, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "à quatre mains. 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Jenö Hubay, s'il a beaucoup"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "de talent, il a peu de tact. 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M."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-02-01-n2-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "LES THÉÂTRES", "ancre_fin": "date absolument postérieure", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A bientôt une étude", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3206, "fin_caractere_exclue": 4386, "texte": "LES         THÉÂTRES\n  Toujours le « marasme ». Rien de neuf, rien à l'horizon. Le pauvre Alcazar, après\navoir joué pour la dernière fois la Guerre Joyeuse, le lundi 4 janvier, a clos ses portes et\ndu diable s'il se trouvera encore un directeur assez fou pour reprendre ce vieil immeuble\ndéprécié par la faute des propriétaires. A la Monnaie, Aida montée comme autrefois, mais\navec des chanteurs d'inégales valeurs dont le seul M. Bérardi a suffisamment de souffle\npour se faire entendre. L'événement du mois est l'ouverture du\n                            THÉÂTRE DE LA BOURSE\n  En plein centre, en face de la pièce montée de M. Suys, entouré de cafés archaïques,\nparmi lesquels nous citerons la Brasserie flamande et le Bodega-de-Block, décoré par le\nmaître ès goût Léon Cardon, dans un quartier nouveau, déjà peuplé, mouvementé, plein\nde la grosse animation du bas de la ville, s'élève ce théâtre auquel on a donné dans le\npublic les noms de Nouvel-Eden et d'Elyseum. L'architecte, M. De Luyck, et le décora­\nteur, M. Chambon, auteur de l'Eden d'Amsterdam, ont fait une merveille de richesse\nsomptueuse dont on garde l'éblouissante vision. La salle, rouge et or, avec ses orne-\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": " ments hindous, ses cariatides polychromes, ses animaux symboliques aux ailes en éven­\n tail, manque peut-être un peu de goût, mais la vivacité même de sa couleur et l'éclat aveu­\nglant de ses lumières rendent plus gracieux et plus charmant l'escalier vert et bleu qui,\nd'ailleurs, est le bijou de l'Elyseum. Rien n'est plus audacieux et plus léger, plus sobre\n en même temps, que ces rampes ajourées, ces colonnettes d'or, ces dentelles de fer\nbleu.\n    A droite et à gauche de l'escalier s'ouvrent de vastes terrasses semées de petites tables,\net ornées de hauts trépieds sur lesquels s'épanouissent de superbes palmiers.\n   A mesure que l'on monte, au second promenoir, le spectacle devient plus prestigieux.\n De là s'aperçoit, comme par le gros bout d'une lorgnette, la scène, où, dans une nappe de\nlumière électrique, évolue le corps de ballet.\n    La troupe est soigneusement choisie. Quelques danseuses sont remarquablement jolies\n et gracieuses. Le ballet de Nina, ordonné par M. Hanssen du théâtre de la Monnaie,\nfait un effet adorable, avec son jeu de costumes frais, ses éventails remués, ses travestis\ndélicieusement osés. Georges Rodenbach y retrouvera les ballerines sveltes, celles dont\nil disait :\n                           « Dans leur zigzaguement fantasque,\n                           Levant les bras, leurs doigts ont l'air\n                           De frapper des tambours de basque\n                           Qui sont invisibles dans l'air.\n                           Leurs jupes blanches, roses, bleues,\n                           Quand on les voit danser en rond,\n                           Se relèvent comme les queues\n                           D'énormes paons sur un perron.\n                           Soudain, au centre de la scène\n                           Elles agencent leurs essaims.\n                           Dans une apothéose obscène\n                           Où s'entrevoit le creux des seins,\n                           Et les danseuses étalées\n                           Evoquent langoureusement\n                           Un massif de grands azalées\n                           Au clair de lune s'endormant ! »\n   Les apothéoses de l'Elyseum n'ont rien d'obscène, quoiqu'en dise la pudeur du poète,\net les creux des seins ne méritent pas cet adjectif!\n   Le public a fait fête à l'ouverture de l'Elyseum et, sauf les directeurs des autres théâ­\ntres, tout le monde a été content. M. Wauwermans n'ira aux représentations qu'à une\ndate absolument postérieure.\n\n\n  "}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 148, "texte": "6° ANNÉE.               TOME V, N° 2.     PRIX : 60 CENT.                  1 er FÉVRIER 1886.\n\n\n\n\n                                         LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                          Je continuerai donc dans celle croyance, et\n                                           j'irai ainsi, m'exaspérant de plus en plus,\n                                            prodiguant une caresse tous les six mois et\n                                            dix-mille claques chaque jour, sourd à toute\n                                            prudence comme à toute crainte\n                                                                         LÉON BLO Y.\n                                  SOMMAIRE:\n    Odilon Redon . .          .                             JULES DESTRÉE.\n    Élévation.                                              ANDRÉ FONTAINAS.\n    Ballade.                                                JACQUES CORIOLIS.\n    Ernest Renan (fin)                        .    .   .    FRANCIS NAUTET.\n    Airs de flûte .                                         SIEBEL.\n    Chronique littéraire                                    MAX WALLER.\n    Chronique artistique                           .   .    EMILE VERHAEREN.\n    Memento\n    Memento musical                                ,   .     H . M.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                             RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE. 26                 80, RUE BOSQUET, 80\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                     A V I S\n  Un grand nombre de nos abonnés nous ayant écrit à l'effet de réclamer le\nn° de la Jeune Belgique du mois de janvier, nous les informons de ce que le\ngros numéro, paru le 20 décembre, remplace ceux des 1er décembre 1885\net 1er janvier 1886.\n\n  A partir du 1er mars prochain, tous les NOUVEAUX abonnés à La Jeune\nBelgique paieront leur abonnement 7 francs par an au lieu de 5 francs.\nCette augmentation nous est imposée par les dépenses considérables que\nnous avons faites en accordant des numéros de luxe et des frontispices d'art\nà nos lecteurs. Nous devons de plus prévoir de nouveaux extras.\n  D'ici au 1er mars, on s'abonne au prix de 5 francs.\n                                           L'Administrateur    : HUBERT VAN DIJK.\n\n  Au présent numéro est joint un frontispice de M. Flori Van Acker, gravé\npar le procédé Evely. Les acheteurs au numéro n'en bénéficient pas, mais\npeuvent se le procurer à l'Administration au prix de 2 francs. Ce frontis­\npice doit être intercalé dans le numéro 1 entre le faux-titre et le titre.\n\n   Le fumiste paresseux qui a nom Fritz Rotiers remet encore au prochain\nnuméro la suite de ses Souvenirs. Nos lecteurs ne perdront rien pour atten­\ndre, mais pour sauvegarder notre direction, nous tenons à affirmer que\nnous avons employé tous les moyens honnêtes et autres pour obtenir la\ncopie de cette homme. — Que notre malédiction l'accable !\n\n                            BOITE AUX L E T T R E S .\n   90. J. V, Votre Mal moderne est tout à fait drôle et nous nous demandons si vous\nn'avez pas la berlue ou si vous ne vous moquez agréablement de nous. Sans parler des\npieds en trop dans ce plat bizarre, nous vous conseillons de choisir tout de suite un métier\nmanuel, comme celui de paveur ou de vitrier, pour ne plus penser du tout à celui de poète\nqui vous va comme un ulstêr à un coupe-papier. Cependant nous vous accordons une\nsatisfaction dont profitera la rate de nos lecteurs ; nous vous insérons, soyez heureux :\n                                    MAL MODERNE\n                 Opalesque verdeur des nébuleux cristaux,\n                  Baveuse acidité de grinçantes morsures,\n                 Ethérisés parfums, étreinte des étuves,\n                  Guillotine d'or rouge aux tordantes coupures !\n                  Oh I l'Amour infernal! L'aphrodisiaque Amour! (13 p.)\n                  Oh ! l'amour de la gouge à la bedaine grasse\n                 Où l'on sent les relents, fils aîné de la crasse\n                 Et dans la nuit immonde un souvenir du jour.\n                 Vineuses voluptés gavant l'âme assoupie,\n                 Vos rêves, je les hais, énervant ma foi pie\n                 Et pourtant ta hantise, ô Moderne Passion! (13 p.)\n                 Rogne mon cœur brutal, nid de contradiction (13 p.)\n                 C'est ainsi qu'en mon for, le monstrueux orage,\n                 Combattent couardise et surhumain couragel\n  Nous avons autrefois promis à nos lecteurs une pièce de vers en volapük. La voilà!\n  91. HIPPOYTE D., Paris. Merci et amitiés. Petit-Pierre au prochain.\n  92. JULES D. M. Paul Wauwermans se porte très bien, je vous remercie. Il s'assied\nencore avec peine, voilà tout.\n   93 ALBERT DE L. J'intellige, j'intellige parfaitement, mais vous vous trompez en croyant\nà une fumisterie de noire part. L'article Leçons de danse est bel et bien de M. Paul Wau­\nwermans ci-dessus nommé. Nous ne l'avons retrouvé malheureusement que quelques\njours après le procès, sinon le tribunal se serait tordu. Une preuve suffisante de l'authen­\nticité de ce document, c'est que le jeune et brillant avocat... décoré par nous, n'en renie\npas la paternité. Il a enfin collaboré !\n   94. PIERRE D'OTR..., Liège. Le Veau vous a plu et vous en demandez encore. Voici\nautre chose que nous découpons encore dans la collection du Chat noir :\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                     ODILON REDON\n                                               Hommage   à J.-K.   HUYSMANS.\n\n\n\n\n                                  I1 se peut rencontrer un voyageur, un curieux\n                              . des choses et des hommes, errant à travers les\n                                nations mortes ou les pays inexplorés, loin du\n                                     bruit des foules traversées et des peuples\n                                turbulents. Je me l'imagine dans ces grands\n                                déserts jaunes dont les sphinx, aux portes des\n                                  pyramides où dorment les momies, gardent\n                                  l'immensité, — ou bien dans quelque gigan­\n                                  tesque temple, taillé dans le roc par des\n                  générations disparues, vainqueur et triomphal encore, au\n                 milieu de la splendide végétation des Indes, perdu dans\n                 les grands bois baignés par les grands fleuves. Et dans\n                 ces cryptes où la poussière des siècles repose, où des signes\n                 indéchiffrés commandent des rites bizarres, il se peut ren­\n                 contrer aussi un autel éblouissant et mystérieux, vers lequel\n                 s'avancera le voyageur, tête découverte et demi-prosterné,\n                 l'esprit troublé par une émotion religieuse et adorante.\n                   Il pourra rester là longtemps, seul, absorbé, délicieuse­\n               ment fervent d'un dieu qu'il ne connaît pas et ne connaîtra\n            peut-être jamais. Dans la majesté mystique du sanctuaire, il\n            pourra rester à rêver vaguement, sans pénétrer l'idole qu'il\n            vénère et sans comprendre le culte qu'il pratique. Cette adora­\ntion pourra se trouver dans son existence une de ces heures bénies de Fan­\ntaisie radieuse, de recueillement et d'extase devant des Chimères, loin des\n                                                                        9\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                  —    l32 —\n\n\n réalités banales et tristes ; et longtemps le voyageur rentré au gîte, de nou­\nveau repris et roulé de force dans la vie commune, dans la vie plate et mau­\nvaise, absorbé par les futilités quotidiennes, longtemps gardera le souvenir\net le regret de cette heure précieuse et, à ceux qui n'ont pas vu, il pourra\ndire un jour, avec des explications naïves qui feraient sourire sans doute\nl'Idole et les grands-prêtres initiés, il pourra dire un jour son ravissement\net son admiration.\n   — Je suis ce voyageur.\n\n                                        I\n   Cet extraordinaire artiste : Redon est au dessus — ou en dehors,\ncomme on voudra, non seulement de la compréhension ordinaire de la\nfoule, mais même de celle du monde lettré. Peu encore le connaissent.\nUn certain mystère s'ajoute ainsi au mystère de son œuvre et son origina­\nlité s'augmente de son isolement et de son obscurité. Il y a certaines étoiles\nde première grandeur dont la lumière ne nous arrive, à travers les ténèbres\nde l'espace, qu'après des siècles...\n   Et ses admirateurs, ses fidèles, ont je ne sais quelle satisfaction — puérile,\nsoit, mais qu'importe ! — à se sentir si rares, à s'imaginer avec candeur\nqu'ils sont quelques sommets premiers éclairés par le soleil levant, dans la\nfoule anonyme et multiple. Franc-maçonnerie singulière qui faisait dire un\njour à l'acheteur du vingt-cinquième et dernier exemplaire de DANS LE\nRÊVE; « Je voudrais bien avoir les photographies des vingt-quatre autres » !\n   Pourtant, s'il y a ainsi une jouissance orgueilleuse à se sentir les pre­\nmiers, les précurseurs, très rares, il y a une souffrance aussi. Ces contemp-\ntions de la foule sont parfois douloureuses. Etre ridiculisé, raillé, méprisé,\nincompris, cela est souvent au dessus des forces humaines, mais mépriser\ntoujours est plus terrible encore. Ils sont bien peu, ceux qui ont eu la force\nde rester éternellement dans leur tour d'ivoire ; la solitude dédaigneuse est\natroce parfois ; à certains jours où l'évidence plus sensible du néant univer­\nsel rend l'existence plus pénible et plus triste, on se sent si faible, tout seul !\nEt un incompressible besoin d'expansion vous prend, la passion de se\nretrouver des semblables, des organismes qui vibrent et frissonnent comme\nle vôtre.\n   Et c'est pourquoi, bien que ceux qui puissent me faire cette aumône\nsoient en nombre infime, j'ose ici tendre des phrases comme des sébilles\net quémander un peu de justice et de gloire pour Redon.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                   — 133 —\n\n   J.-K. Huysmans a été l'un des premiers à appeler l'attention sur Redon.\nDès 1881, dans un de ses Salons, après avoir parlé de Gustave Doré et de\nWalter Crane, il disait : « Un autre artiste s'est récemment affirmé en\nFrance dans la peinture du fantastique, je veux parler de M. Odilon Redon.\nIci, c'est le cauchemar transporté dans l'art. Mêlez dans un milieu macabre,\nde somnambulesques figures ayant une vague parenté avec celles de Gus­\ntave Moreau, tournées à l'effroi, et peut-être vous ferez-vous une idée du\nbizarre talent de ce singulier artiste ».\n   C'était sec, bref, comme défiant. Mais plus tard, et dès l'année suivante,\nà la suite d'une exposition de lithographies et de dessins faite par Redon\nau Gaulois, l'admiration et l'enthousiasme vinrent (1) : « Il y avait là des\nplanches agitées, des visions hallucinées inconcevables, des batailles d'osse­\nments, des figures étranges, des faces en poires tapées et en cônes, des têtes\navec des crânes sans cervelet, des mentons fuyants, des fronts bas, se joi­\ngnant directement aux nez, puis des yeux immenses, des yeux fous, jaillis­\nsant de visages humains, déformés, comme dans des verres de bouteille,\npar le cauchemar... A côté de ces créatures de démence, se posait l'appa­\nrition tranquille d'une femme étrusque, à l'attitude rigide, presque hiéra­\ntique ; et, tenant tout à la fois des vierges des primitifs et des déesses de\nG. Moreau, une blanche figure de fée, jaillissait comme un lys, dans un\nciel noir.\n   « Il serait difficile de définir l'art surprenant de M. Redon; au fond, si\nnous exceptons Goya, dont le côté spectral est moins divaguant et plus\nréel, si nous exceptons encore G. Moreau, dont M. Redon est, en somme,\ndans ses parties saines, un bien lointain élève, nous ne lui trouverons\nd'ancêtres que parmi des musiciens peut-être et certainement parmi des\npoètes.\n   « C'est, en effet, une véritable transposition d'un art dans un autre. Les\nmaîtres de cet artiste sont Baudelaire et Edgar Poë, dont il semble avoir\nmédité le consolant aphorisme : « Toute certitude est dans les rêves ».\nLà, est la vraie filiation de cet esprit original; avec lui nous aimons à\nperdre pied et à voguer dans le rêve, à cent mille lieues de toutes les écoles,\nantiques ou modernes, de la peinture. »\n   Et il ajoutait en note : « Il m'a été donné de voir, depuis cette exposition\ndu Gaulois, de très beaux dessins de M. Redon, des dessins d'une large et\nfière allure, entre autres une indicible Mélancolie, aux crayons gras de\n\n\n  (1) J,-K. HUYSMANS — l'Art moderne, Charpentier. 1883, p. 274-276.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                    -    134    -\n\n\n couleur, une femme assise, réfléchie, seule dans l'espace, qui a sangloté pour\nmoi les douloureux lamentos du spleen ! »\n   Cette admirable Mélancolie, il en reparle encore dans A REBOURS (1), en\ncette célèbre et splendide description des dessins qui tapissaient le vestibule\net la chambre à coucher de des Esseintes, et j'ai su depuis qu'un lecteur de\nA REBOURS était venu d'Italie en France, à Paris, chez Redon, pour\nacquérir cette extraordinaire planche ! Y a-t-il des médiocres qui connais­\nsent de pareils enthousiasmes ?\n   — Art de détraqué, dira-t-on? Soit! Et pourquoi pas? A des degrés\ndivers, les artistes ne sont-ils pas des détraqués, tous? J'ai vu d'ailleurs tels\nde ces détraqués jouir de tout leur bon sens. Mais! Je veux bien faire des\nconcessions, pour avoir le droit de les retirer tantôt. J'admettrai sans discus­\nsion si l'on y tient, que l'art de Redon est celui d'un fou et que nous sommes\ntous, qui l'aimons, des aliénés! Et qu'importe? Il ne s'agit pas de savoir si\nc'est l'œuvre d'un insensé ou non, il faut dire si c'est beau ou non, voilà\ntout. L'œuvre est sacrée et indiscutable dès qu'elle nous donne des émotions\nesthétiques.\n\n                                        * *\n    Lecteurs défiants, encore un nom dont il faudra charger votre mémoire :\n Odilon Redon ! Et si comme le prédisait Bourget, la mémoire des hommes\n doit un jour faire banqueroute à la gloire ; soyez sûrs que celui-là sera un\ndes plus forts créanciers. Il a l'R fatidique des grands : Rembrandt,\nRaphaël, Rubens et, en ce siècle : Rops ! — Et dans cinq syllabes, toute\nune révélation d'art se perçoit, pour qui y songe.\n    Ecrivains raffinants, poètes, peseurs de verbes et ciseleurs de rimes con­\nnaissent pour la plupart cette sensibilité d'une acuité maladive qui fait\ntrouver des couleurs et des formes dans les mots eux-mêmes en dehors de\nleur signification ! On s'est souvent raillé de ceux-là qui l'on dit et pourtant\nl'audition colorée est un fait scientifiquement établi à présent! Pour le\nvulgaire, un mot ne vaut guère que par ce qu'il exprime ; pour le styliste à\nla perception exaspérée, les mots ont encore une autre valeur, une valeur\nprofonde, absconse, célée en leur intimité, tel diamant dans une gangue,\nimpossible à définir ou à préciser, car les termes les plus vagues sont trop\nprécis encore et tout vocable énoncé meurtrit cette sensation intellectuelle\nsi ténue, mais très réelle, découverte par quelques-uns seuls et par là plus\nprécieuse encore. Certes, en ce moment la rage des mots fait fureur au pays\n\n (1) J.-K. HUYSMANS — A Rebours. Charpentier, 1884, page 84 et suivantes.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                   — 135 -\n\n de Lutèce, chez les ultimes décadents, reflets pâlis mais si exquisement\nprécieux parfois de Verlaine et de Mallarmé ! — après avoir, chose bizarre,\nrégné aussi parmi nous, comme en témoigne cet enfiévré bouquin de jeune :\n LE SCRIBE ! Mais le phénomène n'est point neuf, tant s'en faut, et Balzac-le-\nGrand n'a-t-il point déjà dit dans son LOUIS LAMBERT (1) : « L'assemblage\ndes lettres, leurs formes, la figure qu'elles donnent au mot dessinent exac­\ntement, suivant le caractère de chaque peuple des êtres inconnus dont le sou­\nvenir est en nous... Est-ce à cet ancien esprit que nous devons les mystères\nenfouis dans toute parole humaine? ».\n   Et c'est ce même Balzac qui comprenait toute l'importance des noms\npropres au point d'errer de longs jours, épelant adresses et enseignes, jusqu'à\ntriomphalement s'arrêter devant Z. Marcas ! —Enfantillages? Allons donc!\nZola ne raconte-il pas quelque part (2) Flaubert le suppliant les larmes aux\nyeux de lui laisser le nom de Bouvard ? Et quel beau mot que celui de\nGautier au poète du Samouraï : « José Maria de Heredia, je t'aime parce\nque tu as un nom exotique et sonore... » !\n   Toutes ces précautions pour m'excuser et me justifier d'admirer ce nom\nsuperbe, étrange et retentissant : Odilon Redon ! Et j'y perçois les caracté­\nristiques de son art. Dans le grondement sombre et sourd de ces deux\nfinales, j'entrevois le fond d'horreur ténébreuse, de noir intense et profond\nque presque toutes ses lithographies ont pour thème essentiel. Et sur ce\nthème, l'éclair lumineux et comme joyeux de 1'/, sonore et bref, fait une de\nces rayures de lumière et d'étincellement ainsi que celles qui traversent ses\nplanches fantastiques. L'envolée courbe et molle 17 et le roulement grave\nde YR viennent évoquer des complications de formes rondes et grandioses.\nEt outre son étonnante couleur, toute de noir et de blanc, en deux teintes,\net son dessin bizarre et contourné, ce nom possède une physionomie géné­\nrale, je ne sais quoi d'ancien, d'étranger, de pas moderne qui se retrouve\nencore dans les œuvres de ce surprenant artiste, en dehors entièrement du\nsiècle, et pourtant impassible, invaisemblable dans un autre !\n\n                                        *\n                                       * *\n   Comprendre?\n  — On veut trop comprendre, et trop vite. Qui donc a dit que l'on devait\nrester devant un chef-d'œuvre comme devant un prince, tête découverte et\nattendant qu'il vous parle? Un autre a ajouté que l'incompréhensible devait\n\n\n (1) BALZAC — Louis Lambert, premières pages.\n (2) ZOLA — Les Romanciers naturalistes, Charpentier, page 204.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                 — 136 —\n\nse comprendre comme incompréhensible; mais cette parole profonde n'est\npas appréciée de tous. Il y a beaucoup d'esprits qui demandent des explica­\ntions, qui ne veulent point se laisser aller à une admiration non démontrée;\nbeaucoup de cerveaux étroits qui ne peuvent contenir des rêves sans limites,\nbeaucoup de médiocres qu'étourdit et effarouche le vol éperdu de la\nFantaisie.\n   Puis, il est des sourds et des aveugles, — intellectuellement. Leur\nferez-vous écouter Wagner, ou contempler Rembrandt, essayant de leur\nen faire comprendre la beauté?\n\n\n                                      II\n   Odilon Redon a publié quatre albums de lithographies. Le dernier :\nHOMMAGE A GOYA(1),est le plus connu, à cause de l'admirable description\nqu'en a faite J.-K. Huysmans dans la Revue indépendante, en quelques\nsuperbes pages, à compter parmi les plus belles qu'on ait écrites en prose\nfrançaise dans ces dernières années. Rendant à la fois justice à l'artiste et à\nson prophète, je veux citer encore comment il décrit les deux premières\nplanches de cet album, les plus belles : « Dans mon rêve, je vis au ciel un\nVISAGE DE MYSTÈRE » dessine Redon, et Huysmans traduit : « Ce fut\ntout d'abord une énigmatique figure, douloureuse et hautaine, qui surgit\ndes ténèbres, çà et là percées de rais de jour; une tête de mage de la\nChaldée, de roi d'Assyrie, de vieux Sennachérib ressuscité, regardant,\ndésolé et pensif, couler le fleuve des âges, le fleuve toujours grossi par les\nemphatiques flots de la sottise humaine. Il pose sur ses lèvres une main fine\net maigre, semblable à la main fuselée d'une petite infante, et il ouvre un\nœil où semblent passer les éternelles douleurs qui se transmettent et se\nrépercutent dans l'âme des couples, depuis la Genèse. Est-ce le primitif\npasteur d'hommes contemplant le défilé des immortels troupeaux qui se\nbousculent et se massacrent pour une touffe d'herbe ou un bout de pain?\nEst-ce la figure de l'immémoriale Mélancolie qui convient enfin, devant\nl'impuissance avérée de la joie, de l'inutilité absolue de tout ? Est-ce enfin\nle mythe, une fois de plus rajeuni de la Vérité qui reconnaît, au passage,\nsous des oripeaux et des masques divers, le même homme affligé des mêmes\nvertus et des mêmes vices, le même homme, dont l'originelle férocité ne s'est\nnullement amoindrie sous l'effort des siècles, mais s'est simplement dissi-\n\n\n   (1) Hommage à Goya, paru en février 1885, chez Dumont, à Paris. Six planches,\ntirées à cinquante exemplaires. Prix : 20 francs.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                    -   137    -\n\n\nmulée derrière cette grâce des peuples civilisés, la pénétrante et discrète\nhypocrisie?... ».\n    Plus loin il dit « la FLEUR DU MARÉCAGE, une tête humaine et triste » :\n « De cette eau enténébrée, sous ce ciel opaque, jaillit soudain la mon­\nstrueuse tige d'une impossible fleur. On eût dit une baguette d'acier rigide\nsur laquelle poussaient des feuilles métalliques, dures et nettes. Puis des\nbourgeons sortirent, pareils à des têtards, à des chefs commencés de fœtus,\nà de blanchâtres boulettes sans yeux, sans nez et sans bouche ; enfin l'un de\nces bourgeons lumineux et comme enduit d'une huile phosphorée, creva,\ns'arrondissant en une pâle tête qui se balança silencieusement sur la nuit\ndes eaux.\n    « Une douleur immense et toute personnelle émana de cette livide fleur.\n Il y avait dans l'expression de ses traits tout à la fois du navrement d'un\n pierrot usé, d'un vieux clown qui pleure sur ses reins fléchis, et de la\ndétresse d'un antique lord rongé par le spleen, d'un avoué condamné pour\nde savantes banqueroutes, d'un vieux juge tombé, à la suite d'attentats\ncompliqués, dans le préau d'une maison de force.\n    « Je me demandais de quels maux excessifs cette face blafarde avait pu\nsouffrir et quelle solennelle expiation la faisait rayonner au dessus de l'eau,\n comme une bouée éclairée, comme un fanal annonçant aux passagers de la\n vie les lamentables brisants cachés sous l'onde qu'ils allaient sillonner en\n cinglant vers le sombre avenir!\n    « Mais je n'eus pas le temps de discerner la réponse qu'il importait de\n faire à cette question que je me posais. L'effroyable fleur d'ignominie et de\n souffrance, le fantastique et vivant nelumbo s'était fané et son nimbe\n phosphorique s'était éteint. Au pâle avoué, à l'exsangue clown, au blême\n lord, s'était substituée une vision non moins horrible.... »\n\n                                        * *\n   Dans l'HOMMAGE A EDGARD POË(1)les apparitions sont d'un fantastique\ndifférent. Pas plus que dans l'album précédent les hallucinations de Redon\nne se souviennent de l'œuvre de Goya, celles-ci ne se rapportent à l'œuvre\nde Poë. On ne trouvera pas en ces étonnantes planches des illustrations.\nEt cependant, entre l'album de Redon et les contes de Poë' s'établit une\ncertaine correspondance. C'est, en somme, le même frisson d'art, exprimé\npar des moyens différents. Redon, plus froid et en quelque sorte plus\n\n  (1) Hommage à Edgard Poë, paru en 1882, chez Dumont, à Paris. Six planches, tirées\nà cinquante exemplaires. Restent deux exemplaires à 25 francs.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                                  — 138 —\n\nmathématique en cette œuvre-ci que dans les autres, atteint parfois aux\nmêmes effets intenses d'épouvante ou de curiosité exaspérée que le littéra­\nteur anglais.\n    I. L'œil, comme un ballon bizarre, se dirige vers /'INFINI.... Un\npaysage énigmatique et profond, sombre et vague, avec un ciel immense.\nLa terre, effroyablement vide, toute noire, s'étend au loin comme un désert\nmorne, comme une mer épaisse et stagnante. Des roseaux qui scintillent\nsur le sol rendent plus vide et plus noire encore l'horreur de ce néant. Et\ndans le vaste ciel, tout droit, comme un ballon bizarre, un œil gigantesque,\ndésorbité, monte, monte éperdument. Enorme, exaspéré, il va vers les\nhauteurs, vers l'inconnu défié, vers l'infini, entraînant avec lui, comme\nune nacelle étrange et plaintive, un crâne atrophié et minuscule...\n    Et telle est la puissance de suggestion de ces intenses fantaisies que l'on\nreste longtemps devant elles à rêver. Les explications se font et se défont\ncomme les figures des nuées. Est-ce un symbole? Redon n'a-t-il pas voulu\nconter le douloureux Néant des choses dans cette terre si tristement sombre\net vide, l'aspiration éternelle et vaine de l'homme à creuser le Problème des\nphilosophies, à voir dans l'infini, et l'atrophie, la dégénérescence de la\npensée à cette recherche sans espoir? Peut-être? Qui sait? Pourquoi vouloir\nune précise explication?\n    II. Devant le noir soleil de la MÉLANCOLIE, Lenoire apparaît.... Entre\n de hauts rochers resplendit un fragment du disque de l'astre sombre de\n mélancolie, au centre noir, aux rayons brillants. On le devine, derrière\n les monts qui l'encaissent, prodigieux et terrible. Et dans cet orbe noir,\n une tête pensive de femme se dresse. D'où vient-elle ? Et comment son\n profil se détache-t-il ainsi sur le haut de ce soleil énorme ? Questions inu­\n tiles : elle apparaît ! Son œil dilaté, fixé sur quelque point vague du ciel,\n ses lèvres minces et comme contractées par un désir de larmes, ses cheveux\n séparés en bandeaux sous son voile, lui donnent l'apparence ambiguë et\n mystérieuse d'une reine et d'une recluse !\n     III. A l'horizon, l'ange des CERTITUDES et dans le ciel sombre un\n regard interrogateur.... Oh! l'horrible petit amour vieilli, ridicule, avec\n son air béatement satisfait et discoureur ! C'est l'ange des certitudes, sur qui\n descend le ciel sombre des Rêves. Des points lumineux, comme des écla­\n boussures de feu, brillent dans les nuées sombres et se reflètent sur les eaux\n clapotantes et silencieuses où là-bas, à l'horizon, disparaît à demi déjà\n l'enfantin ridicule. Et dans le ciel noir du Songe, une sphère illuminée et\n resplendissante, comme un astre, où se plisse un œil méditatif...\n     IV. Puis un masque sonne le GLAS FUNÈBRE. Vision angoissante et\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                 -       139-\n\n\nfantastique : Une cloche extraordinaire, balancée à toute volée à travers\nl'air, qu'elle raie vaguement de frissons lumineux. Il semble que son lourd\nbattant fauche en son large vol les vies et les espoirs. Elle va, lancée pour\ntoujours, accrochée à une formidable poutre suspendue on ne sait où, et ce\nsont d'effrayantes et décharnées mains de squelette qui tirent la corde fatale,\nqui donnent au bronze ce branle formidable !\n   Les épaules et les vertèbres seulement apparaissent, toutes blanches dans\nles ténèbres, surmontées d'un masque hideux et rigide, où la bouche\nmanque et où, dans l'immobilité cartonneuse de la face, des yeux vivent,\ndes yeux humains et regardants ! Certes, avec ce dessin, nous voici bien\nprès de Poë, et je ne sais aucune de ses histoires extraordinaires qui donne\nune plus intense impression de fatalité et de terreur.\n   Deux planches encore : V. Le souffle qui conduit les êtres est aussi dans\nles SPHÈRES. Dans un encadrement d'un noir splendide, où, dans l'ombre,\ngrouillent d'indécises figures de gnomes, un buste de déesse au regard\ndespotique et dur, attifée comme une saltimbanque, paraît diriger et sur­\nveiller les astres qui l'entourent, dictant dérisoirement des destinées, comme\nen une fabrique de mondes... — Et VI, une FOLIE admirable, une tête de\nfemme, au front déprimé, aux cheveux défaits, à l'œil hagard...\n\n                                     * *\n   Dans LES ORIGINES (1), Redon évoque toute une série de monstres et\nd'animaux des mythologies primitives. La seule couverture de l'album attire\npar son étrangeté. Tout autour du titre, tourbillonnent des êtres bizarres,\ndes noyaux d'organismes en formation ; s'ébauchent des embryons qui\ngiroient à travers l'espace; des monstres à face humaine et à corps de\npoisson descendent dans un rayonnement; des formes antropoïdes s'indi­\nquent, toute une naissance d'êtres fantastiques, de vie impatiente et\ndéréglée.\n   L'album se compose de huit grandes planches, de valeur assez inégale,\nparmi lesquelles deux des plus belles qu'ait rêvées Redon.\n   D'abord une face horrible et qui fait mal à voir, avec un œil, un seul,\nénorme, mangeant le front et la moitié du nez, un œil sans paupière et sans\ncils, rond, au milieu des cheveux raides et lisses. Le cyclope sourit douce­\nment, niaisement, découvrant une rangée de dents de bête, et paraît s'ex­\ncuser timidement de son air effroyable et féroce.\n\n  (1) Les Origines, paru en 1883 (?) chez Dumont, à Paris. — 8 planches tirées à\n25 exemplaires. — Epuisé.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                  — 140 —\n\n   Une tête de nègre ou de démon, avec de petites cornes naissantes dans\nses cheveux crépus, au front bas, aux traits durs et obstinés, et semblant\nde sa bouche ouverte souffler la Guerre, la Corruption, l'Infamie!\n   L'une des plus remarquables : Un cheval blanc, ailé, cabré sur le sommet\nd'une montagne, battant l'air de ses pieds et de ses ailes, renversé en arrière,\ncomme avant de prendre son vol, et terrassé, et luttant contre les colères du\nciel et les impossibilités. Sa tête intelligente et fière contemple résolûment,\nmais avec tristesse, l'espace aventureux. Pégase désespéré et frissonnant\ndevant l'Absolu, au milieu des nuées !\n   Puis, un homme noir, courant dans les ténèbres, inconscient, perdu,\nlancé et pourtant tâtonnant, ignorant de son but et de sa destinée, comme\naveuglé et troublé par les mille lumières qui brillent faiblement à l'horizon.\n   Une autre, inexplicable ; un œil enchâssé dans un double orbite auquel\nl'envolée des cils met comme un rayonnement, monté, au milieu d'un\nincertain feuillage, sur un pédoncule contourné en un immense point d'in­\nterrogation ?\n   Dans un paysage sombre de montagnes baignées par la mer, une sirène\ninconçue jusqu'ici, au visage et au torse masculins, rudes, désagréables,\nl'œil perfide et interrogateur, le poitrail et le ventre garnis d'épines mon­\nstrueuses, et son corps de poisson déroulé en une longue queue de monstre\nmarin aux écailles scintillantes sous le choc des flots.\n   Il est difficile de choisir, mais entre toutes ces énigmes diverses et splen­\ndides, je préfère, je crois, la dernière : une sorte d'animal impossible, mais\nnon invraisemblable pourtant, avec des flancs de pachyderme, des nageoires,\nune face humaine, accroupi, étendu comme chat au guet, et faisant une\nsuperbe tache lumineuse sur la terre noire, les rochers polaires, le ciel\nsombre où tournoient des embryons inexpliqués de poulpes et de crabes.\nCet étrange phoque, blanc philosophe des ténèbres, a dans son extraordi­\nnaire figure, la plus étonnante expression de vieux juif calculateur et impi­\ntoyable, de vieux diplomate qui voit réussir une combinaison machiavé­\nlique, de vieux penseur ironique et méchant qui voit les hommes aller à\nl'abîme...\n\n                                      * *\n\n  DANS LE RÊVE (1), le premier album qu'ait publié Redon, est son œuvre la\nplus importante et reste, selon moi, malgré la beauté des efforts postérieurs,\n\n  (1) Dans le Rêve, paru en 1879, chez Dumont, à Paris. — 10 planches tirées à\n25 exemplaires. — Epuisé.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                  — 141 —\n\nson œuvre capitale. Il a pu faire autre, depuis; il n'a pas fait mieux. Seul,\ncet album donne la mesure de son prodigieux talent et spécialement ses\nmerveilleuses qualités de grandeur et de lumière ne peuvent bien s'apprécier\nqu'en ces dessins.\n   Je voudrais dire par le menu ce splendide album, dont six planches sur\ndix sont d'étonnants chefs-d'œuvre ; malheureusement, il ne m'a été donné de\nle voir qu'une seule fois; j'en parlerai donc de souvenir, de souvenir un peu\nconfus, mi-effacé, difficile à préciser et à traduire en phrases, comme si\nréellement j'avais rêvé ces éblouissantes visions.\n   De l'espace, en dehors de tout, ciel, terre, horizon, au milieu de l'immen­\nsité indéfiniment lointaine, jaillit une tête étrange. Une tête sans cou, sans\ncorps, d'on ne sait où venue. Mais l'esprit n'a pas le temps de s'étonner et\nde conjecturer, tant est bouleversante l'indicible expression de douleur et\nde majesté de ce profil navré. L'œil est dilaté et pensif; les traits vieillis et\nridés ; le menton déformé et comme oublié ; la bouche tordue en un rictus\nde souffrance. De longs cheveux raides tombent en désordre des deux côtés,\nencadrent le fantastique visage, en enveloppent le bas comme dans un écla­\nboussement de fusées de sang noir Une angoisse désespérée et irrémédiable\ncrispe cette tête effroyablement vivante d'une suggestive mélancolie. Elle\névoque d'irréparables tristesses de vieilles femmes inconsolées, sorcières ou\nprophétesses chargées de malédictions ; ou encore, les amères afflictions d'un\nvieux chef peau-rouge regrettant son trône perdu et sa tribu détruite!...\n   Puis l'espace s'assombrit; l'Infini devient obscur et indéchiffrable; des\npoints lumineux apparaissent, scintillent et disparaissent en tourbillonnant,\nà peine entrevus; l'un d'eux tout à coup grandit, se précise et s'affirme en\nun fantastique profil de Parisienne! Mignonne et fine, souple et volontaire,\ngracieuse et impitoyable, elle apparaît, nimbée de noir au milieu des\nténèbres confuses, le contour charmant de son profil si étonnamment\nmoderne se dessinant comme sur le bord d'un énorme chapeau. Et dans\nl'ombre, autour de cette adorable tête de Parisienne, de contemporaine, à\nl'œil énigmatique et qui séduit, tourbillonnent de nouveau des êtres singu­\nliers, des rudiments vaguement lumineux prenant leur essor vers Elle,\ncomme de petits bolides turbulents se précipitant, pour y mourir, vers le\nSoleil !\n   Ces deux premières lithographies sont de pures merveilles et je ne sais\nrien en ce genre qui puisse leur être comparé.\n   L'espace s'éclaircit un peu; une roue extraordinaire se perçoit dans un\ncoin, ne montrant qu'une partie de son orbe immense, sur lequel\ns'éclairent des signes indéchiffrables, et vers cette roue rayonnante, s'élance\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                  — 142 —\n\n  dans une aspiration ardente, une tête pure d'éphèbe aux cheveux blonds et\n  bouclés, assez pareille à certains portraits de Mozart jeune et chérubi-\n  nisé...\n     Puis un lourd panneau de roc ferme l'horizon, comme une section dans\n  une montagne; au dessus, dressée sur le sommet de la paroi, en un impos­\n  sible accoutrement d'acrobate, une femme, un poignard à la main, semble\n  espionner une figure douloureuse et dure emprisonnée dans le roc, comme\n  y maintenue par son oreille énorme, pareille à une aile de chauve-souris...\n     La montagne s'effondre, la terrible vision de crime s'évanouit, et peu à\n  peu s'efface ; un coin de paysage se devine alors, paysage indéterminé, coin\n  de banlieue ou bout de désert, avec, vers la droite, un arbre magnifique\n  dressant droit son tronc géant et noir sur le ciel éclairci. Vers la gauche,\n  un homme s'éloigne. 11 courbe les épaules sous un cube pesant qu'il\n  emporte dans une direction inconnue. Vers quel but ignoré s'en va-t-il\n ainsi? Pourquoi semble-t-il fuir ce carrefour sinistre, cet arbre mystérieux\n dont la hauteur l'écrase ?\n    Et tandis que l'on songe et que l'on cherche à deviner le crime obscur\n qui le chasse de ce lieu d'effroi, la vision disparaît lentement. Une autre\n surgit, inattendue : Sur le rebord d'une corniche, balcon ou terrasse d'un\n palais soupçonné, deux êtres. Assis sur la corniche, suspendu dans l'espace,\n au dessus du vide, un homme bizarre, mince, souple, allongé, mélange de\n laquais britannique et de grand seigneur assyrien, avec quelque chose de\n pervers, de félin, une convoitise qui n'ose s'avouer dans sa pose langou­\n reuse, regarde, soumis, fasciné, mais avec des désirs de traîtrise, une\n femme assise sur la terrasse, amoureuse, aussi étrange que lui et plus\n étrange encore par la disproportion de leurs figures. Elle rappelle les\n boulangères opulentes de Jan Steen avec je ne sais quoi de jeune courtisane\n orientale. Elle le méduse de ses gros yeux de bête tranquille, et leurs\nregards croisés semblent silencieusement s'enchaîner, s'unir, et toute la sève\net toute la moelle du mauvais domestique paraît aller par ce courant\nmagnétique qui seul le retient au dessus de l'abîme, à son amante repue et\nqui s'engraisse.\n    Puis, dans l'immensité redevenue trouble et sans limites passe comme un\nboulet, une être sphéroïdal et fantastique, à face humaine grimaçante, che­\nveux courts et droits, ainsi qu'un énorme marron épineux lancé à travers\nle ciel, — passe et disparaît.\n   De nouveau la nuit est noire, les ténèbres épaisses et moelleusement pro­\nfondes. Quand tout à coup s'élève le portail d'un temple extraordinaire.\nDeux colonnes blanches éperdûment hautes, enserrant l'infini sombre dans\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                   -       143-\n\n\n lequel le regard s'enfonce et se perd. Et devant elles, un dallage régulier, de\n marbres blancs et noirs, tel un damier, contraste par sa précision méthodi­\n que avec ces ténèbres sans fin, sans dimensions, qu'on devine derrière les\n colonnes majestueuses, loin, bien loin. Un couple, deux êtres minces et\n longs, mais si faibles, si misérables, si petits au pied de ces formidables\n colonnes blanches, semble fuir effrayé, éperdu, dans ce monument inconnu,\n et n'osant contempler la triomphale majesté d'un astre resplendissant —\n un œil lumineux et giroyant, comme un soleil, entre les colonnes, au\nmilieu de rayons éblouissants ! — Solennelle vision si pleine de religieuse\nmagnificence ! L'une des plus admirables, sans doute ; car il faut songer à\ncertaines pages bibliques, aux visions épiques de Hugo pour se souvenir de\npareille impression de grandeur et de majesté, — d'horreur obscure et sacrée!\n    Les deux derniers dessins, moins grandioses, sont peut-être plus intenses\net plus pénétrants.\n   Quelle poignante expression de tristesse résignée, de peine vaillamment\nsupportée, dans cette tête souffrante qui monte à travers l'espace comme\nun aérostat douloureux. Tête glabre, tête de femme vieillissante, tête de\nprêtre où se reflètent de longues amertumes. L'immensité est noire, étouf­\nfante, seule la nacelle fait dans l'ombre une petite tache de clarté. Et l'on\nsympathise à l'effort affligé de cette intelligence trop perspicace pour avoir\nde l'espoir encore...\n   Enfin, les ténèbres se dissipent, et une vision claire, précise, apparaît,\nassemblée bizarrement. Sur un massif de briques et de pierres régulière­\nment maçonnées, une coupe. Auprès de la coupe, un petit marteau au\nmanche allongé. Et sur la coupe, coiffée d'une calotte de fer, terminée en\npointe, une exquise tête de vierge légèrement inclinée, les yeux grand\nouverts, de grands yeux bleus, profonds, avec un regard inoubliable et\npénétrant. Une chasteté suprême dans un sentiment ardent, une sereine\npureté de passion exaspérée, une candide blancheur de lys amoureux, font\ncette expression inénarrable. Pour en donner une idée, il faut se rapporter\nà certaines phrases de Wagner, à certains passages de Tristan et Iseult,\nnotes si poignantes et si hautes, qu'elles ont, je ne sais quoi de déchirant\net de plaintif et qui vous laissent longtemps frissonnant et troublé.\n                                       *\n\n  Tel est à ce jour l'œuvre publié : Il faut y ajouter un dessin qui a paru\ndans la R E V U E WAGNÉRIENNE (1), Briinnhilde. Admirable évocation de\n\n (1) Revue Wagnérienne, rue Blanche, 79, Paris, numéro VII, 7 août 1885.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                                  — 144 —\n\nla vierge guerrière intrépide et passionnée, héroïne splendide des larges\népopées primitives! A la grandeur de la création wagnérienne, Redon a\najouté son étrangeté.\n   Trois albums nouveaux sont annoncés : Les Pensées de Pascal, Pièces\nmodernes et Les Dieux d'autrefois et l'on m'annonce que nous allons avoir\ncette bonne fortune, cette délectation profonde de pouvoir en admirer\nquelques planches inédites au prochain Salon des XX.\n\n\n                                     III\n\n   Je n'ai voulu que conter, sans critique, ce que j'avais vu, estimant que\nl'heure n'était pas venue encore de faire sur cet artiste, dont la gloire se\nlève seulement, une complète étude. Cette étude, je la tenterai plus tard,\nsans doute, l'artiste est trop intéressant pour n'y point revenir.\n   Pourtant, dès à présent, nous pouvons constater les caractéristiques de\nl'œuvre de Redon : hallucination, mélancolie, sens du grandiose, don de la\nlumière. Cela seul suffit à l'écarter de tout l'art contemporain au point d'en\nfaire un maître isolé dont la redoutable originalité n'a pas eu de précur­\nseurs.\n   Certes, Goya avait au commencement de ce siècle évoqué aussi, en des\nplanches fantastiques, des visions de cauchemar : les Proverbes et les\nDésastres de la guerre ; mais Odilon Redon l'emporte de beaucoup sur le\nmaître espagnol. Les hallucinations sont bien autrement intenses et plus\nartistement belles. Goya est souvent terne et lourd, son horizon dur,\nopaque, sans profondeur ; les rêves de Redon s'entourent toujours d'im­\nmensité.\n   Cette grandeur, on pourrait dire cette sensation de l'Infini, qui distingue\nla plupart des évocations de Redon, lui assurera, avec sa prestigieuse habi­\nleté de coloriste, une haute place dans l'estime des artistes. Beaucoup qui\nne comprendront point le très spécial genre de fantastique innové par lui,\nseront touchés de l'allure large et grandiose de ses dessins ; beaucoup seront\nséduits par le rayonnement de ses blancs et le moelleux profond de ses noirs,\ndeux tons avec lesquels, comme en se jouant, Redon obtient de si char­\nmants effets de lumière et d'ombre, qu'il faut remonter jusqu'aux eaux-\nfortes de Rembrandt pour trouver pareille splendeur et pareil éblouisse-\nment. L'Ange des certitudes et le Squelette sonneur, dans l'HOMMAGE A\nEDGARD POË, le Phoque blanc des ORIGINES sont des exemples stupé­\nfiants de cet admirable don. Je ne parle pas des qualités de facture propre-\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                  — 145 —\n\nment dite, si extraordinaires de science, de vigueur, de diversité, de person­\nnalité. Par quelle magie Redon a-t-il su faire si éloquemment parler la litho­\ngraphie, muette depuis des années, et à laquelle il a rendu la vie, la jeunesse,\nl'intensité et l'imprévu d'une eau-forte avec des tons profonds et veloutés\nque l'eau-forte n'eût pu obtenir?...\n   Enfin Redon est un triste. Un triste philosophiquement. Il écrirait\ncomme Goya, en conclusion : Nada! Tout son œuvre est mélancolique,\ndésolé, douloureux. Peu d'artistes, musiciens ou poètes, ont été plus loin\nque lui dans l'expression du navrement humain. Pas un rire et pas un\nespoir. Certaines faces souffrantes de DANS LE RÊVE suffiraient seules, par\nleur intensité d'émotion, à lui mériter une impérissable gloire.\n   Rien que de la tristesse et du désespoir. Le pessimisme, ce grand oiseau\nsinistre du siècle, qui aime à se reposer sur les sommets, aurait-il aussi\ntouché celui-là de son aile noire ?\n                                                    JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                          ELEVATION\n                                                        A GEORGES EEKHOUD.\n\n         Il est une contrée inconnue et profonde\n         Comme on rêve le ciel sans limite et les mers,\n         Plus riche que la terre, et plus pure que l'onde ;\n\n         Sous le soleil d'été qui parfume les airs\n         C'est un enchantement de corolles écloses\n         Et d'arbres enlaçant leurs rameaux toujours           verts,\n\n         Éclatantes dans la mousse fraîche, les roses\n         Réjouissent les yeux des changeantes couleurs\n         Qui troublent par l'éclat de leurs métamorphoses.\n\n          Aux limpides ruisseaux qui chantent sous les fleurs\n          Des femmes, se penchant, belles entre les belles,\n          Mirent leur incarnat léger et leurs pâleurs;\n\n          Encadrant noblement leurs poitrines rebelles\n          Aux humaines douleurs, aux larmes, aux remords,\n          Des étoffes de pourpre étincellent sur elles.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                      — 146 —\n\nLeurs yeux n'ont eu jamais à pleurer ni des morts\nNi l'évanouissement des espoirs chimériques,\nLes songes disparus, les souffrances du corps.\n\nLeur esprit emporté dans les fougues lyriques,\nIgnore les hideurs de la réalité\nEt les venins subtils des aspics satiriques.\n\nElles sont seulement éprises de beauté;\nLeur na'ive candeur ne connaît pas la haine :\nRien n'a troublé leur ciel par le rêve habité.\n\nLeurs mouvements, emplis d'une grâce sereine,\nSont lents ainsi qu'un rythme amoureux et savant\nEt leur démarche fière est celle d'une reine.\n\nDes palmes à la main, elles vont au devant\nDe leur plus belle sœur dont le clair diadème\nEst f ait des fleurs de l'aube et du soleil levant.\n\nSon corps resplendissant est un divin poème;\nSon visage, rosé comme un pétale en mai,\nEst semblable à celui de la vierge que j'aime.\n\nMême le frais parfum des fleurs est embaumé\nDu souffle délicat de ses lèvres rieuses,\nEt son œil vif et doux est un songe animé!\n\nDans la profondeur des forêts  mystérieuses,\nComme un chœur rayonnant d'astres et cadencé,\nTelles vous vous groupez, ô Beautés glorieuses!\n\nToutes je vous y vois : vous, celles du Passé\nQu'en les temps révolus chantèrent les poètes\nDans des strophes où leur amour s'est efforcé :\n\nAvec vos beaux cheveux ruisselant sur vos têtes,\nVos lèvres de corail, vos poitrines de lys\nEt vos yeux plus ardents que la splendeur des fêtes :\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                      — 147 —\n\nMarquises et Toinons, Borghèse, Médicis !\nVous qui viviez avant qu'on les vît apparaître,\nRebecca ! vous aussi qui pleuriez, ô Byblis,\n\n Toutes vous êtes là, joyeuses de renaître,\nAuprès d'autres dont nul encor ne sait le nom,\nIdoles qui naîtront aux siècles qui vont être.\n\nEt toutes, vous voilant de gaze et de linon,\n Vous êtes toutes là, femmes de toute époque,\nIdéal éternel de l'adoration!\n\nVous louez vos attraits d'une ardeur réciproque,\nMais vous savez des chants plus purs, et mérités\nPar Celle qu'en mes vers inhabiles j'évoque,\n\nEt Sa jeunesse en fleur surpasse vos beautés !\n\n                     SONNET\n\nVous régnez sur mes nuits. Vous êtes suzeraine,\nDe tous les rêves d'or dont j'ai l'esprit hanté;\nVotre candeur vous fait un manteau de clarté\nQui vous drape en longs plis comme un manteau de reine.\n\nEt l'évocation de vos beautés m'entraîne\nEn des songes pareils, en leur gracilité,\nAux arbres dont le ciel est parsemé, l'été.\nTremblotantes lueurs qui font la nuit sereine.\n\nJe ne laisse jamais aux griffes des ennuis\nAucun pâle lambeau des veilles ni des nuits :\nJe pense à vous toujours, et les heures sont brèves.\n\nOh! lorsque votre esprit aux splendeurs du sommeil\nS'abandonne et conçoit tout rose et tout vermeil,\nQue ne puis-je être un peu la forme de vos rêves !\n                                    ANDRÉ FONTAINAS.\n\n                                                       10\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                    — 148 —\n\n\n\n               BALLADE\nPOUR LES REGRETS DE LA BELLE ROLANDE\n                         A MON CHER POÈTE GEORGES RODENBACH.\n\n        Il fait un ciel gris de Hollande,\n        Le brouillard flotte pâle et frais\n        Tel qu'une fine houppelande\n        Sur le grand dôme à luisants rais;\n        Je vais tresser une guirlande\n        Aux mélancoliques apprêts,\n        J'y broderai ton nom, Rolande,\n        O Rolande de mes regrets !\n\n        C'était tout là-bas dans la lande\n        Au bord des hobbeleux guérêts;\n        Le soleil dardait sa girande\n        Dans le vert brumeux des forêts ;\n        L'aile du moulin toute grande\n        Etait ouverte et j'aspirais\n        Le charme de la voix gourmande\n        O Rolande de mes regrets !\n\n        Sur le ciel surgissait la bande\n        Des pêcheurs gagnant leurs retraits\n        Et leur stature était plus grande\n        Le soir tombant. Le bleu marais\n        Fantasque comme une légende\n        Dormait et moi j'exaspérais\n        L'amour dans mon âme friande,\n        O Rolande de mes regrets'.\n\n                      ENVOI\n         Vas-tu souvent revoir la lande,\n         Douce enfant aux divins attraits,\n         Y vas-tu, belle Rolande,\n         O Rolande de mes regret si\n                                     JACQUES C O R I O L I S .\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                  — 149 —\n\n\n\n\n                  M. ERNEST RENAN\n                         III\n                                   (Suite)\n\n              Les personnages du Prêtre de Nemi défilent successivement et\n               récitent la leçon que leur a apprise M. Renan. Ils disent\n               toutes les opinions banales qui ont cours en France, si bien\n               que c'est une sorte de sténographie de meeting que le lecteur\na sous les yeux. En réalité, toutes ces idées nous sont connues. Le jour­\n nalisme donne quotidiennement des expositions de ce genre et l'auteur\nn'a pas dû se donner grande peine pour agencer sa pièce.\n   L'Histoire lui en a fourni le thème. Il imagine qu'Albe-la-Longue, la\ncapitale du Latium, se trouvait, au moment de la naissance de Rome, dans\nun état de maturité intellectuel identique à l'état de Paris actuellement.\nChez ce peuple, déjà vieux relativement, les vieilles croyances sont discré­\nditées ; la ferme discipline, naguère maintenue par les lois du vieux roi\nLatinus, n'existe plus. Quatre pouvoirs se disputent la domination.\nMetius, l'aristocrate, ne démord pas de la conception politique, grâce à\nlaquelle le Latium a connu la gloire ; Liberalis rêve une moyenneté, une\nvie sociale tempérée, sans crises glorieuses, mais aussi sans désastres, ins­\npirée enfin par ce qu'on appelle aujourd'hui le libéralisme; Cethegus\nincarne, lui, l'idéal démocratique. Il est aussi opposé aux desseins aventu­\nreux de Metius qu'à la neutralité prudente de Liberalis. Les demi-mesures,\nles moyens ternes de ce dernier lui paraissent aussi irrationnels que les che­\nvaleresques et décidées volontés de l'aristocrate. Le peuple se trouve tiraillé\npar ces différents chefs et l'anarchie paralyse Albe, tandis que Rome, sa\nrivale, moins raisonneuse, assure lentement sa prédomination et sa puis­\nsance.\n   On voit l'allusion. Le Latium c'est la France où se heurtent toutes les\nidées politiques contradictoires et qui s'épuise en luttes intérieures, pendant\nque l'Allemagne grandit ses forces par la concentration et la discipline. Les\nvelléités d'une quatrième autorité, l'autorité religieuse, achèveront la ruine\nd'Albe.\n   Antistius est le représentant de cette autorité et il est l'exacte personni­\nfication de l'idéal développé par M. Renan. Les moyens politiques de\nLiberalis seraient les siens si Liberalis admettait tout au moins dans son\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                   —   150   —\n\n\n  gouvernement une part de religion ; d'autre part, il ne répudierait pas les\n  doctrines de Metius si Metius se résignait à ne plus employer la force et,\n  par ce sage mélange, il se trouve qu'il incarne les aspirations démagogiques\n  de Cethegus lui-même.\n     Il en résulte une doctrine abstraite, purement métaphysique, vague\n  comme une chimère, indécise comme un mirage, quasi inhumaine, déduite,\n non de l'expérience des faits, mais des hypothèses d'une intelligence de\n rêveur qui croit la Raison supérieure à la Vie. Cela résulte de ce que la reli­\n gion d'Antistius, comme sa politique, est une religion artificielle qui, au\n lieu de puiser sa force dans un sentiment ou une sensation, ne s'appuie que\n sur une idée. Prise isolément, cette idée est belle — facilement. Mais les\n idées ne valent que par leur harmonie avec les exigences accidentées de la\n Nature. Vouloir le Bien abstrait est une puérilité, puisqu'il s'équilibre par­\n le Mal et que sans le Mal il ne serait pas.\n    Antistius en fera l'expérience à ses dépens. Sacré prêtre de Nemi, il s'at­\n tache à corriger « une vieille religion absurde », proscrivant les sacrifices,\n les coutumes et réformant le rite : réformes inutiles et vaines car elles ne\n satisfont ni Cethegus, ni Metius ni Liberalis, ni même le peuple. Les\n onctueuses paroles du prêtre manquent leur effet sur ces intelligences qui\n ne subissent que le prestige de l'action ou du symbole. Elles n'ont que\n faire de toute cette philosophie éthérée et si par hasard quelques citoyens\n d'Albe se prennent à écouter les prêches d'Antistius et à mûrir le sens de\nses idées, logiquement ils les analysent jusqu'au fond et en arrivent à ce\n scepticisme vulgaire dont tant d'esprits médiocres sont aujourd'hui atteints.\n Et ceux-là sont au point de vue de la Raison, telle que l'entendent les\nmatérialistes, les seuls qui pensent juste. M. Renan, comme tous les cer­\nveaux mal faits, ne pousse jamais à bout ses déductions, parce qu'elles\nconduisent infailliblement à l'abîme. Partant de ces principes négatifs : il\nn'y a pas de Dieu, il n'y a pas de ciel, les vertueux sont des sots, les cou­\nrageux sont des dupes, M. Renan s'étonne que ces négations réveillent chez\ncertaines âmes le cynisme naturel qui y dormait. L'homme ainsi désen­\nchanté perdra l'esprit de sacrifice sans lequel il n'y aurait en ce monde ni\nun héros, ni un génie, ni un artiste. Que cet esprit de sacrifice se compense\nen réalité par une satisfaction idéale de l'égoïsme c'est incontestable. Mais\nil y a toutes sortes d'égoïsmes. M. Renan, esprit supérieur, comptant tout\nau plus un milier d'équivalents dans l'Univers, se paie de ses peines par\nune jouissance intellectuelle où le rare bonheur du désintéressement pur\ntrouve son compte autant que la vanité. L'homme moyen, qui a dans le\nmonde des millions d'équivalents, ne pouvant, lui, connaître ni cette jouis-\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                   —   151   —\n\n\n sance désintéressée, ni ce haut amour-propre, satisfera son égoïsme de toute\n autre façon, en nourrissant par dessus tout ses appétits grossiers, en refu­\n sant le service à n'importe quelle cause. Celui-là tombera d'autant plus\n bas qu'on aura voulu le hisser plus haut et l'on ne sait ce qu'il y a de plus\n stupide de cette chute misérable, de ce retour à la brute, ou de cet apos­\n tolat philosophique qui se résout par de tels avortements.\n    C'est à cet égdisme répulsif qu'Antistius conduit peu à peu les citoyens\n d'Albe. C'est à cet égdisme répulsif que M. Renan et son école condui­\n raient également le peuple de France. Heureusement les yeux d'Antistius se\n désillent soudainement et à travers les fumées de sa chimère, il voit enfin\n un peu de réalité. « Une vérité n'est bonne que pour celui qui l'a trouvée,\navoue-t-il. O lumière qui m'as induit à t'aimer, sois maudite. Tu m'as\ntrahi. Je voulais améliorer l'homme; je l'ai perverti. » On s'attend alors à\nune franche rétractation, indiquée, du reste, par le précédent de tant d'autres\nretractations petites, qui n'ont jamais embarrassé l'auteur de Marc-Aurèle.\nMais on compte sans la vanité de l'apôtre. Antistius meurt laissant Albe en\nplein épuisement. Les faits lui ont démontré le néant de sa doctrine,\nl'expérience s'est prononcée, n'importe, il n'abdique pas. Un oracle vient\nqui annonce la résurrection d'Antistius et son triomphe final. C'était déjà\ndit dans la préface : « Antistius renaîtra éternellement pour échouer éter­\nnellement, et, en définitive, il se trouvera que la totalité de ses échecs vau­\ndra une victoire. Laissez ce doux rêveur finir tristement, se renier lui-\nmême, demander pardon à Dieu et aux hommes de ce qu'il a fait de bien.\nUn jour, à un point donné du temps et de l'espace, ce qu'il a voulu se\nréalisera ».\n   Ces affirmations ne coûtent guère : c'est de l'orgueil au rabais. Chacun\npeut se donner aussi facilement des airs prophétiques. Il suffit, pour y\nréussir, de se lancer dans une sorte de pontificat. Tous les charlatans du\nmonde ont l'affirmation aisée et c'est là certes une des tares de l'esprit fran­\nçais ou pour mieux dire de l'esprit latin. Un petit nombre de vérités d'ap­\nparences solides ancrent de suite dans ces cerveaux une conviction que\nle lendemain ébranle. Quand leur jugement n'est pas grossier, c'est-à-dire\nquand ils ne tranchent pas d'un coup décisif dans le bien ou dans le mal,\nleur jugement est superficiel. Ils ne vont pas de déductions en déductions,\nde profondeurs en profondeurs, de hauteurs en hauteurs se perdre au delà\nde cette limite suprême où la raison, ivre de toutes les raisons contraires,\nvacille et connaît la supériorité du Doute.\n   M. Renan, lui, ne doute pas : il trébuche, ce qui est différent, et finit par\ns'installer avec suffisance au centre d'un petit horizon. Une éclaircie vient\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                      l52\n\n\nsoudain qui l'éblouit encore, mais il reprend aussitôt son assiette — et sa\nprophétie.\n   Il est des théologies, infiniment expertes, qui, après avoir gravi l'échelle\nde toutes les sciences, ne se sont pas contentées des vérités acquises et,\narrivées au sommet, ont heurté leur savoir contre le Mystère initial. Leurs\nthéories précises se marient aux hypothèses, précisées, elles, pour les intelli­\ngences pauvres, sous forme de symbole. Pour pénétrer leurs complexités il\nfaut des esprits clairvoyants et désintéressés qui ne trahissent pas des ran­\ncunes ou des rivalités religieuses.\n   Ce ne sont pas vraiment les négations d'Antistius qui nous blessent, c'est\nleur médiocrité. M. Renan a des incrédulités de commis-voyageur et des\nraisonnements de table d'hôte. « Dieu, dit-il, n'agit pas plus que les dieux\npar des volontés particulières. Le prier est inutile. Homme aveugle tu te\nfigures la Divinité comme un juge qu'on corrompt ou qu'on gagne en\nl'importunant.... Tu veux t'entretenir avec l'Idéal comme si l'Idéal était\nquelqu'un ».\n   Au point de vue strict des sciences positives, cette ironie vulgaire ne se\njustifie même pas. En supposant comme seules vraies et comme seules\nexistantes les choses visibles ou manifestées par des preuves irréfutables, il\ndemeure vrai que l'imagination existe, partant qu'elle a des besoins, partant\nqu'il est légitime qu'elle se plaise à donner une figure à ses rêveries et à ses\naspirations. Qu'est-il de plus charmant, de plus frais et de plus beau que\ncette imagination généreuse qui prête une physionomie conventionnelle à\nses chimères, qui leur donne une personnification, qui, trop riche pour\nvoir sèchement les choses, leur insuffle la vie et crée un monde magique de\ndivinités et de héros. Les intelligences, en vieillissant, perdent ce pouvoir\ncréateur et la crédulité, de poétique qu'elle était, devient rebelle à toute\ncréation. Nous allons chaque jour perdant le sens de la beauté des mythes\net des légendes. La prière, qui est la faculté d'absorption et de contempla­\ntion, le véhicule féerique qui transportait naguère les âmes hors de la\nbête jusqu'aux sphères d'azur de la spiritualité, M. Renan la considère\ngrossièrement comme une supplique calculée, et du coup l'ardent remède\ndes âmes souffrantes, le mysticisme, lui apparaît comme une sorte d'hys­\ntérie pitoyable.\n   Scientifiquement, quel que soit le terme exact par lequel il faille traduire\nl'exaltation, si l'exaltation est, pourquoi en proscrire le palliatif charmeur?\nM. Renan fait penser à ces pédants qui vont tracasser l'adolescence, brisant\ntous les prismes à travers lesquels elle a besoin de dorer ses regards, lui\nmasquant les frais mirages si nécessaires à la fraîcheur de ses yeux. Il con-\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                 — 153 —\n\ntinue la lignée ha'issable des empêcheurs de danser en rond, sans même rem­\nplacer par une réalité évidente les réalités imaginaires.\n    Certes, les sciences exactes ont ouvert un monde nouveau de sensations\nprofondes. Les imaginations artistes, de même qu'elles peuvent voir une\nréalité à travers une vision, sont susceptibles d'embellir de tous les charmes\nd'une vision la réalité. Baudelaire et Leconte de Lisle en sont d'admirables\npreuves. Mais M. Renan n'y est pour rien. Il a des apparences de savant,\ndes apparences d'artiste, un acquit de talent, et il se trouve qu'en résumé\n il n'aura été qu'un Coquelin des lettres.\n                                                    FRANCIS N A U T E T .\n\n\n\n\n                    AIRS DE FLUTE\n                                    XII\n                                IL P L E U T\n                 II pleut, accourez ma mignonne\n                 Nous jacasserons près du feu,\n                 Et le ciel gris paraîtra bleu\n                 Dans votre regard qui rayonne!\n\n                 Nous nous dirons des mots en l'air,\n                 Des mots vifs comme des fusées,\n                 Et le ciel noir paraîtra clair\n                 Dans vos chères boucles/risées !\n\n                 Nous nous embrasserons encor\n                 Comme l'autre soir, sur les lèvres,\n                 Et si folles seront nos fièvres\n                 Que l'affreux ciel paraîtra d'or!\n\n                 Et dans cette nuit d'infamie\n                 Où des crimes hurlent au loin,\n                 Nous nous blottirons dans un coin,\n                 Tout près l'un de l'autre, m'amie.\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                     154\n\n\n                  Nous dirons à ce ciel qu'il ment\n                  Nous oublierons qu'il pleut à verse,\n                  Plongés dans un rêve qui berce\n                  Et qui grise adorablement.\n\n                  Viens! à quoi bon nous mettre en tête\n                  Ce spleen effroyable et mortel?\n                  Puisqu'il nous donne son eau bête,\n                  Faisons du ciel noir un pastel!\n                                                                  SIEBEL.\n\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  Les Concubins, par Camille Lemonnier; un vol., chez Ed. Monnier et O , éditeurs,\nParis, 5 francs. — Papillon, par Narcis Oller, traduit du catalan par Albert Savine,\npréface par Emile Zola; un vol., chez E. Giraud et O , éditeurs, Paris, fr. 3-50. — Les\nDrames du Cœur, par Jeanne Ducharme, préface d'Arsène Houssaye, un vol. Edouard\nMaheu, Bruxelles, fr. 3-50.\n\n                                           I\n\n              Quatre nouvelles datées de 1885, et dont la première surtout,\n               Les Concubins, rappelle une des œuvres les plus impression­\n               nantes — ou impressionnistes, comme on voudra — de\n               Camille Lemonnier : le Mort. Même touche violente, même\nrudesse de style, mêmes crudités hardies.\n   Dussions-nous être qualifié de « saligaud » et de « pornographe, admi­\nrateur d'ordures raffinées », nous avouons aimer ce livre écrit tout d'un\ntrait, rapide comme un drame, où s'étale la plèbe des champs dans son\nhorreur tragique. Il nous importe peu que certaines pages soient repous­\nsantes dans leur étalage d'ignominies ; ce qui nous plaît, c'est l'impression\nprofonde que dégage l'œuvre, d'ensemble.\n   La campagne que décrit Camille Lemonnier est vue sous un voile noir;\nce n'est pas l'aquarelle aux teintes fines et lumineuses, mais l'eau-forte aux\ntraits hachés, avec de larges taches nocturnes. On n'y respire pas, l'air a\ndes opacités de plomb, c'est lamentable d'horizon, c'est glacé, c'est funèbre,\n   La tendance littéraire actuelle s'accommodera mal des Concubins. On va\nplus vers le Barbey d'Aurevilly de Brummel que vers le Zola de l'Assom-\nmoir, et le jargon « naturaliste » fait place à une langue déliée et nette,\ncomme la crudité fait place au raffinement presque byzantin. Si tant est que\ntout art ne soit pas accessible à des écrivains compréhensifs comme Lemon­\nnier, nous croyons que celui-là lui est absolument interdit, de même qu'à\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                 — 155 —\n\n Emile Zola. Le peintre du Mort est voué à la grosse et forte besogne; sa\nnature de mâle sauvage ne s'accommode que de ce qui est fort comme lui,\nsolide comme lui, et lui demander autre chose équivaudrait à exiger d'un\ntaureau qu'il danse à la corde.\n   Plusieurs fois cependant, Camille Lemonnier a interrompu sa large sym­\nphonie de la terre, pour chanter de petits airs idylliques. Ses Contes fla-\nmands et wallons, sa délicieuse Thérèse Monique, sont comme des mur­\nmures dans toute cette tempête du style, mais, aussitôt, l'ouragan reprend ;\nl'écrivain se rue dans la grasse floraison du sol et de l'homme; il les mêle,\nhurlant et mugissant dans un rut énorme; il dépoitraille les femelles,\nallume les mâles, fait retentir dans des paysages crépusculaires le cri de la\ncréation ; tout gronde, le meurtre éclabousse de sang les amours vautrées,\net cela se voit, s'entend, si bien que l'on n'a pas le temps de se jeter de côté\npour se soustraire à l'action.\n   Tout impression, voilà les Concubins. Par quel artifice cela est-il obtenu?\nL'écrivain seul le sait; mais ce que nous savons, c'est que la langue de\nCamille Lemonnier a subi, depuis la description de Bruges par exemple,.\nune singulière déformation. Les effets sont-ils précisément le résultat de\ncette maladie? Peut-être, mais il nous est impossible d'admettre des phrases\ncomme celle-ci : « Plus rien ne surnageait en lui de la vie consciente ; des\njours entiers il s'acagnardait dans un coin, débonnaire ; et un reste de pitié,\nl'amour parti, le rattachait à cette ruine humaine, comme à une bête mal­\nheureuse. Quelquefois, pleine d'amertume, elle ne savait se retenir de le\nrudoyer ; alors il la suivait, pitoyable, ses larmiers dégouttants, avec la\nmisère résignée des chiens battus. »\n   C'est là du français que l'on admettait il y a dix ans, mais où donc est\nla belle phrase balancée, ample et grandiose de La Belgique ? Ces inci­\ndentes, ces virgules font un effet de hoquets dont on se fatigue vite, et il\nfaut toute la puissance du récit pour n'en avoir pas de révoltes.\n   Cette puissance est inouïe. Les Concubins annoncent Happe-Chair, qui\nsera sans doute l'œuvre de forme définitive dès longtemps attendue. Jusqu'à\nce jour, Camille Lemonnier déconcerte par les variations infinies de son\nart ; du style de l'Hystérique, avec ses périodes harmonieuses comme des\nmélopées, nous tombons brusquement dans celui des Concubins, haché,\nsaccadé, martelé; que sera Happe-Chair? Un hymne ou un spasme?\n\n\n                                      II\n   M. Albert Savine n'est pas inconnu des lecteurs de la Jeune Belgique.\nNous publiâmes de lui naguère une étude sur le Nerto de Mistral, qui\nparut plus tard dans un excellent recueil d'études littéraires : Les Etapes\nd'un Naturaliste. Depuis, M. Albert Savine, qui avait déjà traduit de\nl'espagnol le beau poème Atlantide de Jacinto Verdaguer, s'est voué com­\nplètement à l'étude et à la traduction des œuvres de la Jeune Espagne.\nAprès Le Commandeur Mendoza, qu'il a traduit de Juan Valera, un des\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                  — 156 —\n\n  Quarante de l'Académie espagnole, M. Savine a publié une sorte de mono­\n  graphie, des notes sur le Naturalisme en Espagne, notes dans lesquelles\n il révèle l'existence d'une littérature qui, pour nous être étrangère, n'en est\n  pas moins très curieuse. Partant des origines historiques de la littérature\n actuelle, de Lope de Rueda, de Timoneda, en passant par Calderon, Cer­\n vantes, Melendez Valdes, Herrera, puis le romantisme de Savedra, Cal­\n deron, Romanos, Larra, Caballero, il étudie les nouveaux venus : GALDOS,\n l'auteur de La Déshéritée, de l'Ami Doucet (El amigo Marso) du Docteur\n Centeno, de Tormento et de l'Interdit; Mme PARDO BAZAN (Un Voyage\n de noces, Bucolique, Le Cygne de Villanova) ; FlGUEROA (Le dernier\n étudiant, Antonia Fuertes) ; PALACIO VALDES (Marthe et Marie) ; NAR­\n CIS OLLER, l'auteur du Papillon, que nous lisons aujourd'hui en français,\n et de bien d'autres.\n    Nous avons lu très attentivement ce roman dont M. Savine prétend\n qu' « il était la première apparition du naturalisme dans la littérature cata­\n lane » et nous avons peine à y découvrir trace de ce que M. Savine nomme\n du « naturalisme. » Est-ce pour une certaine fidélité de description, pour\n un vague souci du détail? En réalité, nous n'avons pas même trouvé dans\nle Papillon un seul indice du milieu où se déroule l'action. Cela se passe\nà Barcelone, on nous le dit ; la nouvelle est piquée de quelques mots et de\nquelques noms de rues en espagnol, mais sauf cela, rien n'indique que\nl'ouvrage soit une traduction. Un étudiant, Louis Oliveras-Fortuny a pris\nquartier chez une bonne femme nommée la mère Fine. Celle-ci lui a donné\nle surnom de Papillon, tant il a d'esprit et de légèreté. Louis se fait aimer\nd'une grisette nommée Toinette, la séduit, la rend mère et s'en va. Toinette\nmeurt de douleur, et seulement in extremis épouse Louis, qui se trouve\ntout à coup là pour reconnaître son enfant. C'est du Miirger de devant les\nfagots, et foule d'écrivains français avaient raconté cela avant M. Narcis\nOller, — un Narcis qui s'est regardé dans l'onde des autres !\n\n\n                                     III\n                                                   A JEANNE DUCHARME.\n\n   Madame, il est quelquefois très amusant de parler d'un livre, mais lors­\nque ce livre est d'une femme, il est infiniment plus exquis de parler d'abord\nde l'auteur. Vous êtes à Paris, vous avez quitté la Belgique, pays d'élection\nde la cuistrerie et du dédain des Lettres, votre modestie ne souffrira donc\npas de ce que je pourrai vous dire, et, si vous rougissez, nous n'en saurons\nrien.\n   J'étais à la Réforme — dont on m'a poliment expulsé depuis, pour des\nraisons d'économie! — lorsque je fis votre connaissance. Un commun ami\nm'avait signalé un vôtre roman comme étant excellent à donner en feuille­\nton au journal, et nous étions allés ensemble chez vous afin d'avoir le\nmanuscrit en lecture. L'entrevue fut très drôle. Moi, qui m'attendais à\ntomber sur un bas-bleu grave, vieux et laid, je me trouvais en face de vous\nqui n'êtes rien de tout cela, il s'en faut. Frétillante, bavarde comme un\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                  — 157 —\n\n secret, bon garçon, estimant votre littérature à trois sous la ligne et vous\n gaussant avec beaucoup d'irrespect mais d'esprit du grand art, vous étiez\n mon homme, vous me bottiez, et la bonne poignée de main de ce jour-là\n fit de nous une paire d'amis. Votre roman fut refusé parce qu'il n'était pas\nassez bête, mais la connaissance était faite et nous devions la continuer\njusqu'à votre départ. C'est vous qui, dans nos longues causeries, m'avez\nencouragé, relevé lorsque je parlais de me faire décrotteur ou garçon de café,\n plutôt qu'écrivain ; c'est vous qui relisiez ma copie, indiquant du doigt,\n avec un tact infini, les taches, les fautes de goût, les pensées banales: ainsi\n vous avez collaboré à Lysiane dont les passages les plus féminins sont\ninspirés par vous ; n'est-ce pas assez, ma jolie camarade, pour que je vous\n témoigne en public ma gratitude et mon admiration?\n    Oui, mon admiration. Je commence à savoir, madame, ce qu'il en coûte\nde s'atteler à la charrue du livre, ce qu'on avale de dédains et de mépris à\nvouloir écrire, chanter son cœur, dire ses larmes, et lorsque l'être qui tente\ncela est une femme, je m'arrête et j'ôte mon chapeau.\n    Souvenez-vous, madame, des gros découragements que nous échangions\nparfois en nous regardant d'un air triste. Nous fumions des cigarettes en\n buvant de ce vin d'Algarve que vous aimiez bien, et la causerie s'alentissait\n en d'indicibles mélancolies. Un de vos éclats de rire perlés chassait le\n nuage, mais le vieux thème revenait souvent et la lutte pour la vie, avec\naccompagnement de littérature, nous inquiétait fort. Cela continue, mais\nl'éclat de rire est parti avec vous, madame, et notre pays de triples brutes\nne paraît pas encore disposé à m'entretenir dans un petit hôtel. Avez-vous\nplus de chance, et la France qui, elle au moins, ne considère pas les écri­\nvains comme des Mohicans ou des Apaches, vous est-elle clémente? Je vous\nle souhaite de tout cœur, madame.\n    Les Drames du Cœur me plaisent beaucoup ; ce n'est pas soigneusement\nécrit et le style en a de singulières défaillances, mais certaines pages en\npossèdent une saveur féminine d'une extrême délicatesse. L'amoureux de la\nforme qui est en moi s'accommode mal de cette prose baclée, où le mot\ntombe à la diable, de ces longueurs qui dénotent le « tirage à la ligne »,\nde cette histoire qui se continue à deux générations, avec de nombreux :\nvingt ans après. Il y a trois livres dans ce livre, et rien n'empêchait qu'il\nse terminât à la mort de cette touchante Froufrou que vous nommez Car­\nmen, madame, et qui est un peu vous-même, par la sensibilité.\n    La sensibilité, c'est bien ce qu'il y a dans les Drames du Cœur. Avec\ntous ses défauts et malgré eux, le roman dégage un parfum de féminité,\nsurtout dans certaines lettres intimes où l'héroïne se Jivre et s'abandonne;\nc'est en cela qu'il me plaît, madame. Je vous y retrouve tout entière, et il\nn'y avait que vous pour l'écrire. C'est ce que M. Arsène Houssaye, qui\nvous a fait une préface, aurait pu dire, s'il avait eu la bonne idée de lire le\nlivre avant d'en parler.\n    Et maintenant, gardez courage, madame; au milieu du tas de farceurs\nqui écrivent avec la plume des autres et disent : « Mon verre n'est pas\ngrand, mais je bois dans ton verre, » écrivez avec votre cœur, laissez-le\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                  — 158 —\n\nvous dicter des pages souffertes ou souries ; les larmes, ça n'a pas de style,\nmais c'est bon à verser, même pour S. M. la Sérénissime Goujaterie, reine\ndu Public!\n  Je me mets à vos pieds, madame.\n                                                         MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                DIXIÈME EXPOSITION DE                 L'ESSOR\n\n             Pardon ! mais avant de sabrer l'Essor, qu'il soit soupçonné du\n               moins que les vieux guettent dans leur coin et se gaussent de\n               nous, « L'Art jeune? Bah!... les Essoriens'? regardez..; les\n               XX?        ce sera moins encore ». Et tous pelotent une douce\npetite joie méchante, quand personne n'écoute et qu'ils peuvent commèrer\nà l'aise. Pour eux, l'art en Belgique s'arrête à Boulenger, Dubois, Baron,\nAsselbergs, Coosemans; ils ne voient ou ne comprennent rien au delà; ils\nsont encore à Tervueren quand on est à Bruxelles. Ils braient à la peinture\nflamande comme après un picotin et c'est le diable s'ils expliquent ce\nqu'ils entendent par là.\n   Tous ces embaumeurs de vieilles routines n'ont pas le sens de l'évolu­\ntion. Ils ne s'imaginent pas que, pour glorieux que soient les Boulenger et\nles Dubois, d'autres sont venus qui les valent et les surpassent. Nous n'en\nsommes plus à Courbet, ni même à Corot. Nous avons des préoccupations\ntournées ailleurs, plus loin. Notre vue des choses se métamorphose sans\ncesse et nous les voyons pour l'instant sous un jour, qu'eux, les anciens, ne\ndevinaient guère. Au demeurant l'avenir se chargera de pousser les peintres\nplus avant encore. Nous ne prétendons nullement dire le dernier mot de\nl'art, mais uniquement le mot de l'heure et du moment. Nous avouons le\ncrier quelquefois.\n   Et maintenant, oui, l'exposition est faible, oui, les tâtonnements sont\nmalheureux et les essais ratés On ressent pénible impression à voir cette\nsuite d'envois qui témoignent de maladresse et de gaucherie, de vulgarité et\nde lourdeur.\n   La conviction manque à plusieurs, l'audace à d'autres. Images, ces\ntableaux ; vieilleries, ces toiles. On s'interroge : combien a-t-il fallu d'aveu­\nglement pour se tromper si fort ? Si c'était naïveté ? Mais tel artiste, par ses\nœuvres précédentes, a prouvé qu'il était roué comme un singe. Si c'était\nune œuvre, une seule, ratée par hasard ? Mais c'est l'envoi entier ; le travail\nd'une année totale.\n   Retenons toutefois que les pires parmi les mauvais sont précisément\nceux-là qui suivent les artistes d'il y a vingt ans, qui n'ont pas subi la trans-\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                  —    139   —\n\n\nformation moderne, qui jouent l'ancien vieux jeu avec les cartes des tervue-\nristes d'antan, qui ne regardent jamais les choses qu'à travers certains\ntableaux du Musée moderne. Ils jurent, les accusés, que leur œuvre est faite\nd'après nature, qu'ils ont attrapé un rhumatisme en peignant cet effet de\nneige et un torticolis en étudiant ce branchage de futaie. Parfait, mais il\nest des artistes qui, nez à nez avec le site, louchent encore vers les maîtres\ncomme il est des pédants qui, en tête à tête amoureux, récitent des vers\nde Dorat.\n     Aussi bien, peindre d'après nature ne convient pas à tout le monde.\nCeux-ci voient plus juste et surtout plus harmonieux en ne consultant que\nleur mémoire, ceux-là regardent leur âme tout en fixant le dehors et les\nplus grands n'ont jamais regardé autrement.\n     Je ne parlerai que de quelques Essoriens, les plus hardis. Et tout d'abord\nde toi, Degroux, qui m'évoques les chrétiennes légendes avec ces tons pâles\net lointains et presqu'immatériels, ces tons de pastel fané et de rêve qui\n s'éloigne.\n     On s'écrie : « Le Pèlerinage de Saint-Colomb an'? Mais il n'a ni dessin,\n ni couleur. Ce n'est pas d'un peintre... ». — Qu'importe, c'est d'un\n artiste.\n     Au vrai, il est des architectes qui ne considèrent dans un monument que\n la qualité de la brique, et des gommeux qui ne voient dans une femme que la\n valeur de la robe. Ton tableau, Degroux, s'impose par des mérites plus\n intimes et plus élevés.\n      Et, après tout, je désirerais savoir ce qu'il a de si désagréable aux yeux?\n Rien ne heurte, me semble-t-il, dans son harmonie de vieille tapisserie\n calmée, au contraire. Tu serais mal venu, crois-moi, de faire vigoureux et\n sonore. Ton sujet ne le permettait point. Il te fallait donner une impression\n mystique avec le moins de matérialité possible. Le faire, l'exécution, la\n facture n'avaient pas à se montrer, ni la couleur. Et tu as réussi à donner\n  la vision des foules recueillies et priantes dans un paysage évocatoire. Ton\n pèlerinage est un tableautin d'oratoire, très reposant, très dévotieux et qui\n  ferait joindre les mains naïves.\n      M. Frédérix, lui non plus n'est peintre dans l'acception banale du mot.\n      Le Paysan mort est saisissant de vérité sombre et tragique. Voici le volet\n  de droite : la chambre du mort, la flamme exsangue du cierge, la vieille\n  assise près du lit, l'obscurité du réduit et le silence qu'on y entend. Puis, au\n  milieu, les voisines consolatrices qui font songer à Israëls. Enfin l'enterre­\n  ment, à gauche, où le cercueil semble s'en aller, dans du soleil et des\n  fleurs. Cette dernière opposition est trop subitement gaie.\n      J'admire encore La Prière du soir et Plaque tombale, deux dessins où\n   le désir de faire neuf éclate.\n      Le Repas des funérailles, étude de plein air pêche ici, là. Certes, les\n   types sont de belle observation, mais la lumière, crue et métallique, mais\n   l'ensemble du tableau, heurte et déplaît. Combien je préfère le Noël\n   exposé jadis au Salon triennal !\n       Vous vous êtes trompé, M. Demol. Et vous, M. Lemmen, qui passez du\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                  — 160 —\n\ndessin à la couleur et du trait à la lumière, brusquement. Vous vous étiez\nfait un coin calme où les vieux maîtres, les austères et les pieux, Holbein\net Memling passaient. Aujourd'hui, comme les plus modernes des modernes,\nvous installez un modèle quelconque — un prétexte à faire du ton — entre\nune tapée de jour et un reflet de glace. C'est trop soudain pour que vous\nréussissiez d'emblée.\n    Un soir rachète d'ailleurs O. H. Très charmant feu d'artifice de fleurs.\n    M. Marcette s'acharne après du nouveau. Il le conquiert souvent à la\npointe du pinceau, mais gare ! s'il manque le coup droit. Je déteste sa\nCampagne romaine autant que j'aime sa Barque échouée.\n    A la revanche! M. Delsaux. Car vos envois d'aujourd'hui sont de qualité\ncommune. J'en pense autant de MM. Mayné, de Van Damme-Sylva, de\nVan Gelder, de Van der Eecken et même de Halkett. Pour M. Van Rap­\npard je tourne à l'éloge. Sa petite Vue d'Utrecht paraît abandonnée dans\nson coin bien que charmante.\n    M. François compose du paysage facile. Cela est pittoresque, intéressant,\nenlevé, mais assez mince somme toute. Son pinceau fait de jolies léchures\nà la toile et de jolies taches. Toutes ces dégringolades de toits sur les talus,\ntoutes ces maisons disloquées, souffrantes d'automne et d'hiver, ont un air\npiteux qui attire. Examinez de près, creusez, voyez le faire et rien ou\npresque rien ne reste. Art de surface.\n    Voici les nouveaux venus — qui marquent : Jelley et Mme Lacroix. Trop\nbrutal, mais d'une belle audace, l'Effet de neige.\n    M. Jelley paraît avoir le sens de la lumière et c'est déjà sa préoccupation\nde la traduire comprimée dans une Cour de restaurant et tamisée dans\nle Vieux fumeur. Cette dernière toile séduit beaucoup, elle est de bonne\nvenue et de fine pénétration. Elle frissonne de vie et de vérité plus encore\nque la première.\n    Des deux Dierickx, l'un a mis un si horrible cadre bleu autour de son\nportrait de chien où grince un si criard ton rouge, que je n'ai pas eu le cou­\nrage d'examiner fort attentivement son envoi; l'autre présente Jeƒ Lam-\nbeaux, un peu trop bossu de pose. Cette toile gagne à être revue toutefois.\n    Et maintenant à vous, M. Lynen, dessinateur choisi des bibliophiles et\n des marchands de pianos. Excusez cette pointe de raillerie; je vous l'adresse\n de cœur léger, car je pense trop de bien de votre art pour la faire sérieuse­\n ment. Vos dessins sont amusants, fantaisistes et habiles. Ils ont de la verve\n et du trait. Mais qu'ils sont secs et maigres d'exécution et combien roide­\n ment vous nous peignez le XVIIIe siècle, si flou et « si écharpe et éventail\n au vent » !\n    M. Dillens réédite en grand format sa Figure tombale. Son projet de\n Tombeau pour Conscience paraît tel quel. Autant ses Figures décora-\n tives. Nous n'aimons vraiment que le Buste, mais celui-ci nous l'aimons\nfranchement. Il a de l'allure et il s'impose.\n    Et voilà le bilan de YEssor. Enlevez, c'est pesé... pas lourd.\n                                                    EMILE VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                          — 161 —\n\n\n\n                                  MEMENTO\n               BELGIQUE                           tions, le dénigrement, la mauvaise foi, le\n                                                  sarcasme s'efforçaient de circonvenir cet\n   Le dimanche 17 janvier 18SG a eu lieu\n                                                  homme qui marchait seul dans ses voies.\nau cimetière de Schaerbeek une touchante\nmanifestation artistique sur la tombe du          Jusqu'au bout, il connut le supplice de se\nbeau peintre Louis Dubois. Tous les amis          voir livré aux risées stupides. Jusqu'au bout\net admirateurs du peintre s'y étaient réunis      il dut disputer et sa chair et son cerveau\nen foule pour saluer sa mémoire et entendre       aux crocs des bêtes. S'il ne fut pas entamé,\nle beau et fier discours de Camille Lemon­        c'est qu'il portait une cuirasse contre la­\nrier. Voici les principaux passages de cette      quelle les morsures s'émoussaient, je veux\npage d'éloquence :                                dire son ironique et indéfectible fierté. Fiè­\n                                                  rement il vécut, portant sa pauvreté comme\n       MESDAMES,    MESSIEURS,                    une pourpre, plutôt que de mendier les fa­\n   Je viens saluer dans la gloire et la tombe     veurs. Ses amis même ne savaient pas\nla grande conscience d'artiste qui fut Louis      toujours démêler l'amer désenchantement\nDubois. Nul ne poussa plus loin la probité        qui chez lui se déguisait sous un rire m é ­\ndu travail; nul ne fit preuve d'un plus           prisant. Il pratiqua l'art à la façon de ceux\nferme attachement à son art; nul ne porta         qui, dédaignant d'en vivre, se résignent à\nplus superbement le nom de peintre. Et            en mourir. Et il en mourut, en effet, il\nc'est pourquoi, maintenant qu'il n'est plus,      mourut de tout son grand labeur inutile,\nil nous apparaît très grand, debout sur son       de toutes ses aspirations avilies, de cette\nœuvre, dans l'universel et respectueux si­        flamme de génie qu'il avait dépensée iné­\nlence de ses contemporains.                       puisablement et qui n'avait pas apitoyé\n   La mort, du moins, pour lui qui ne             les foules imbéciles.\nconnut que les affres de la vie, a été la jus-\nticière et la réparatrice. Elle l'a vengé du         Peut-être, après tout, convient-il de ne\ndédain des sots, de l'indifférence des foules,    point se montrer trop rigoureux pour les\nde l'oubli de ceux qui, dans des détresses,       esprits rétifs qui, il y a quelque vingt-cinq\nauraient dû lui tendre la main et ne l'ont        ou trente ans, n'acceptaient l'oeuvre d'art\npas fait. Sur la pierre qui le recouvre, elle     que comme un mécanisme cérébral régi par\na buriné : « Ici repose un maître ». En           un idéal abstrait, sans rapport immédiat\nsorte que cette même terre, sur laquelle il       avec les évidences. Constamment, il s'est vu\na peiné et souffert plus qu'aucun autre, lui      des natures inquiètes et mal débrouillées\nest devenue seulement clémente et légère          que la vérité offensait et qu'un besoin pué­\n                                                  ril d'illusion inclinait vers les flatteries et\nle jour où par dessus ses os elle a scellé\n                                                  le mensonge d'une sorte de transfiguration\nl'éternité.\n                                                  de l'humanité et de la nature. Même aujour­\n   Au moins voudrait-on s'illusionner de          d'hui, malgré les philosophies, les m é ­\nl'idée que cette vie si brève et si remplie       thodes expérimentales et l'immense soif de\ntout à la fois de traverses et de labeurs,        certitude qui distingue cette fin de siècle,\nconnut les trèves pacifiantes. Il n'en fut        ne fait-on pas encore un grief à l'artiste de\nrien; la médiocrité bourgeoise ne sut point       s'attacher trop impérieusement à l'exacti­\nlui pardonner sa rude intransigeance ni sa        tude de la notation sous prétexte qu'il faut\nlibre pousse de belle plante humaine engen­       laisser une part à des aspirations chimé­\n                                                  riques et crépusculaires qui sont comme,\ndrée en plein terreau, loin des atmosphères\n                                                  l'hystérie des âmes anémiées, incapables\ndesséchantes et des méthodes d'élevage\n                                                  d'affronter la lumière des faits ; et n'est-il\nartificiel. Alors que son art, si cordial et si\n                                                  pas toujours entendu que certaines vérités\nfranc, s'offrait naturellement aux concilia­\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                              162\n\n\nseules sont bonnes à exprimer, peut-être         reste, au cœur des êtres chers qui ont\nparce que les autres aboutiraient à de pé­       souffert avec lui, une inguérissable amer­\nnibles aveux et de désolantes constatations.     tume; si, comme je l'ai fait tout à l'heure,\nLa même horreur du vrai qui ameutait les         il est juste qu'une voix en perpétue l'écho\nrésistances devant les œuvres de Courbet         et le souvenir, afin de rendre plus éclatante\net de Dubois, poursuit, à travers le temps,      cette noble figure, l'heure présente suffit à\nles penseurs trop probes pour abdiquer           venger l'artiste des opprobres par lesquels\nleurs attaches avec les frères malheureux        les esprits supérieurs s'acheminent à leur\nqui autour d'eux râlent et pantèlent sur les     douloureuse et tardive acceptation.\ncalvaires de la vie.\n\n                                                    Nous avons eu la douce surprise de de­\n   Il est de tradition chez nous, je le sais,\n                                                 voir payer, le 8 janvier, la somme de\nd'ignorer la jeunesse, le mérite, l'honneur\n                                                 fr. 136-20 pour les frais de la sotte affaire\njusqu'au jour où le trou qu'ils laissent der­\n                                                 que nous a infligée M. Paul Veau (wermans).\nrière eux, en disparaissant, réveille enfin la\n                                                 Ce jeune Bayard a eu en outre l'heureuse\nconscience publique. Il faut que la mort\n                                                 idée de publier le jugement dans le Patriote,\nvienne secouer cette stupéfiante léthargie\n                                                 pour répandre le plus possible la grande\nd'un peuple pour lui apprendre quelles\n                                                 nouvelle de son coup de pied reçu et enre­\nâmes il a perdues. Et tantôt elle lui jette le\n                                                 gistré (dont coût : 348-40, total : 484-60).\nnom de Charles De Coster, tué par le si­\n                                                 C'est joindre la sagacité du gorille au cou­\nlence et l'isolement sur ses pages inache­\n                                                 rage du preux. Notre procès nous aura\nvées, tantôt le nom de Boulenger expiant à\n                                                 coûté peu de chose, mais la vengeance\nquarante ans la misère et le délaissement\n                                                 étant le plaisir des dieux, nous sommes\ndes débuts : tantôt le nom de Louis Dubois,\n                                                 absolument dans le ciel. Notre cher conva­\nfrappé comme le taureau entre les cornes\n                                                 lescent Ric-Rac ne pourrait pas en dire\npour n'avoir point pâturé l'herbage officiel.\n                                                 autant; nous ne l'avons pas revu depuis le\nAh ! il s'allonge le funèbre martyrologe, il\n                                                 procès, mais on nous affirme formellement\ns'étend le désespérant cortège des ombres!\n                                                 cette chose invraisemblable : IL A ENCORE\nQuiconque d'entre nous porte un cœur\n                                                 L'AIR P L U S B Ê T E QU'AVANT !\nlibre dans sa poitrine et se refuse à recon­\nnaître le despotisme des majorités, quelles\nqu'elles soient, n'est pas assuré de ne point\n                                                                 N O T R E PROCÈS\naller à son tour, sur ce chemin des suppli­\n                                                                       (ÉPILOGUE)\nciés les bras en croix, grossir le nombre de\nceux qui avaient mérité l'universel respect        Nous recevons la circulaire suivante, qui\net meurent, la face déchiquetée par les cor­     termine le procès à nous intenté par le\nbeaux, payant de leurs jours la folle illu­      jeune Veau, directeur de la Revue contem-\nsion d'illustrer le coin de terre où ils sont    poraine.\nnés. Patrie ingrate et marâtre, faudra-t-il                                   Bruxelles   (date de la poste),\n\ntoujours que le meilleur et le plus pur de       REVUE CONTEMPORAINE\n\nton sang s'immole sur tes autels, pour lais­        12, rue des Paroissiens\n\nser la place aux thuriféraires de la routine,             Bruxelles\n\naux flatteurs du goût public, aux empoi­                         M\nsonneurs de l'Art et des Lettres, à l'encom­        L'administration de la Revue contempo-\nbrant troupeau des intelligences desquelles      raine a l'honneur de porter à votre connais­\nil est permis de tout attendre, hormis un        sance que la Revue cessera de paraître à\npoète et un artiste?                             partir du 1er janvier 1886.\n                                                   Elle vous prie d'agréer ses salutations\n  Si toutes les peines ne sont pas effacées      empressées.\npar la grandeur de cette cérémonie; s'il en                                      L'ADMINISTRATION.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                           — 163 —\n\n                                                        Le quatrième numéro des Matinées lit-\n    M. Karl Grün vient de donner à une téraires vient de paraître en une belle\nfeuille qui a le bonheur de n'être que du livraison de 64 pages. Il renferme une des\ndimanche et le malheur d'être de Verviers, plus belles pages des Concubins de Camille\nquatre colonnes et demi, rien que ça, signées Lemonnier : La Glèbe.\nL'HERMITE. Nous n'hésitons pas à dire\nque ces quatre colonnes et demi ne sont pas\n                                                         Notre cher poète Georges Rodenbach a\nles colonnes d'Hercule, ce sont tout au plus\n                                                      donné le 19 janvier, au Cercle littéraire de\nles colonnes d'air cul. L'improvisation de\n                                                      Marchiennes-Monceau, et le 22 au Cercle\nM. Grün, (écriveur souvent, pharmacien\n                                                      artistique et littéraire de Bruxelles, une\ntoujours,) est intitulée Hiver. Nous ne la\n                                                      conférence sur la Poésie contemporaine. Il\n reproduirons pas, nous contentant d'en\n                                                      y a esquissé le mouvement depuis Hugo et\n signaler le gâtisme exceptionnel. Au demeu­\n                                                      Baudelaire jusqu'aux fumistes Déliques­\n rant, il n'y a pas mal de temps que nous\n                                                      cents; cela avec beaucoup d'esprit et d'élo­\n voulions ramasser cet apothicaire égaré\n                                                      quence. Nous l'en félicitons de tout cœur.\n dans les lettres. M. Grün se cache sous le\n                                                          Même compliment à notre ami Henry\n pseudonyme de L'hermite, et le Journal du\n                                                       Maubel qui a donné le mardi 26, à St-Josse­\n  dimanche, n'omet jamais l'occasion de\n                                                       ten-Noode, une conférence très intéressante\n  parler de ce mystérieux cénobite qui tourne\n  des pilules dans une maison de verre. Tout et applaudie sur la Jeune Belgique.\n  le monde sait (sauf à Verviers) que l'auteur\n  de ces articles pharmaceutiques est le                   Le théâtre de l'Alcazar annonce, pour\n  nommé Grün. Cette fois L'hermite dépasse le 6 février, une première Jeune-Belgique.\n  la mesure, on n'est pas bête à ce point. On y jouera en représentation unique,\n   Non seulement le bonhomme découvre une pièce inédite en 3 actes, de M. Max\n   l'hiver (ce qui comme Christophe Colomb Waller : Jeanne Bijou et le Saxe, comédie\n   est difficile à avaler), mais encore il en 1 acte de M. Francis Nautet.\n   vous campe dans son style ahurissant des\n   phrases telles que celles-ci : « Caché sous\n   les aiguilles vertes, comme un nain de la               L'Etudiant, vient, après cinq années de\n    légende, je rêve à cette cristallisation de la      belle vie intellectuelle, de rendre le dernier\n    matière qui semble vouloir étouffer les êtres soupir. Nous en sommes fort tristes. Ce\n    vivants, matière cristallisée aussi, mais journal vraiment jeune s'était fait une répu­\n    d'une autre façon Et rien ne me semble tation d'audace et de sincérité dans notre\n    plus beau que cette accalmie passagère qui cercle hélas ! bien étroit, d'artistes et\n    figure la mort et qui n'est qu'un temps de d'écrivains. Malheureusement nos étudiants\n    repos pendant lequel les plantes et les aiment mieux la bière que les Lettres, et le\n    animaux emmagasinent de nouvelles forces brave petit lutteur tombe faute d'abonnés.\n     pour reprendre bientôt leur essor vers la Nous le félicitons de la bonne croisière\n     lumière et la chaleur.                              qu'il a menée dans les eaux de l'intransi­\n                                                         geance artistique. Il a eu affaire à des\n         « O hiver, splendide hiver, tu es un des\n                                                         cuistres qui ne comprennent que le diplôme\n     phénomènes les plus attrayants, les plus\n                                                         ou la buse.\n      attrayants, les plus enivrants, de notre\n     belle zone tempérée ! »                                               FRANCE\n         Nous livrons cette page suave à l'esbau­           Mi-Diable, par Léon Cladel ; un volume.\n      dissement des populations, ou bien nous — Ed. Monnier, éditeur, Paris.\n      l'invitons à figurer à titre de potiche sur les       De l'art tout pur cette fois, plus de décla­\n      cheminées bourgeoises à côté de notre ami           mations rasantes en l'honneur du peuple\n      Paul Veau.                                          souverain, plus de préface de messieurs de\n                                                          la politique, rien qui rapetisse l'œuvre, la\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                        — 164 —\n\n\nrabaisse au niveau d'un plaidoyer anti-bour­     Cladel l'a perçu à travers son cerveau\ngeois ou autre balançoire; de la prose étin-     exalté de Méridional visionnaire; il n'a\ncelante dans son originalité souvent heur­       jamais existé tel qu'il nous le peint. Et ici,\ntée; une conception touchant parfois au          la réalité des choses aurait choqué ; il fallait\ngénie, quelque chose, en un mot, dépas­          un tel cadre à de pareils êtres et à de si\nsant de cent coudées les       N'a-qu'un-Œil,    gigantesques exploits.\ngrotesques et les Kerkadec gaga.                    Le style. Il ne me plaît pas de faire à Cla­\n   Après la lecture de cette élucubration        del le procès du style. Cette vieille rengaine\ncaptieuse, il semble qu'on quitte un monde       a fait son temps. Aux blagueurs qui jettent\nidéal, qu'on voit s'évanouir une de ces épo­     la correction classique en travers de la\nques géantes où, paresseusement vautrée          rhétorique maniérée de l'auteur d'Omp­\nau milieu de la robuste nature, l'humanité       drailles je répondrai que l'objet de l'art\nformidable vivait toute nue avec ses instincts   étant avant tout le rendu de la sensation,\nde brute et ses tendresses affolées.             il est maladroit de reprocher à un écrivain\n   Et comme il excelle à nous les peindre,       ses procédés de facture quand il sait en\nle puissant, ces êtres mi-hommes et m i -        tirer de si remarquables effets, de si spé­\ndiables ou mi-dieux, sorciers et sorcières,      ciales harmonies. Au fond de tout, il y a\nsculpturales femelles au ventre ferme qui        sans doute chez celui qu'ils raillent la vanité\nhypnotisent avec un regard et tuent avec         dédaigneuse d'un Fort. Peut-être lui, le\nune étreinte, mâles roués comme des félins,      mirifique épateur se rend-il à dessein\nféroces comme des faunes, sexes bouillon­        tortueux et cherché afin d'épargner à sa\nnants qui s'accouplent avec une impudeur         pure gloire d'artiste l'admiration idiote des\nde bête au hasard de leur fantaisie ou de        foules.\nleur passion au milieu des blés fauves, der­       Et c'est pour cela que je prédis peu de\nrière les haies qui blanchoyent, près des        succès à son dernier né.\ntorrents grondeurs et qui, au besoin, s'ac­                                    RENÉ D...    Y.\ncoupleraient en Enfer.\n                                                                       ***\n   Elle résonne tout au long de cette épopée        Histoire anecdotique de la Révolution\norgiaque la divine chanson d'amour et de         française (1789), par Jean Bernard, avec\nvie ; elle y clame les notes aiguës, rauques      une préface de Jules Claretie. Un volume,\ndes extases vivantes, y module les plaintes       Librairie Française, Paris, fr. 3-50.\nenamourées des minutes de plaisir lassé,             M. Jean Bernard tente de faire, dans une\nelle vibre dans les moindres replis de l'exis­    forme familière, ce que Louis Blanc a fait\ntence baroque, sauvage, surhumaine de             avec la superbe hauteur que l'on sait L'his­\nYufko et de Bertud, de Serpine et de l'ani­       toire de la Révolution n'est pas fixée, et,\nmalité qui grouille, s'aime et se rue, ressu-     bien que moins d'un siècle nous en sépare,\ncitée par la plume nerveuse du maître.            elle est, plus que tout autre, livrée aux con­\n   Roman ? Non. Romancero. Légende                troverses des écrivains. A côté de M. de\nantique avec ses naïvetés délicieuses et ses      Beauchesne qui fait de Marie-Antoinette\nchoquantes exagérations, repensée, redite         une sainte, modèle de reine et de femmes\npar un moderne et un sensitif.                    voici M. Jean Bernard qui, sur d'autre,\n   Yufko est un mâle, pas un homme, Ser­          documents, la montre livrée à tous les vices,\npine la brune, et la rousse Bertud sont des       à toutes les cruautés. Démocrate ardent,\npersonnifications de l'amour, non des             rédacteur à la Bataille de M. Laisant, il a\namantes, elles sont les deux désirs auxquels      des indulgences extrêmes pour le peuple,\nse meurtrit Mi-Diable et dont il meurt            même déchaîné, même sanguinaire. Ce\ntragiquement. Le pays où se déroule l'ac­         n'est pas à la Jeune Belgique de juger les\ntion très simple du drame et qui nous             idées égalitaires de l'historien. Personnel­\napparaît vivace, magique, sous le coup de         lement, nous aimons assez la définition de\nsoleil qui l'éclaire de lueurs d'apothéose,       Gavarni là-dessus : « Ego, ego, ego, tous\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                        — 165 —\n\négaux ! » mais nous n'avons pas à politi-       sous forme de dédicace, « notre consola­\nquer ici. Littérairement, l'Histoire de         tion à nous, c'est de draper les suaires sur\nM. Jean Bernard est d'un grand intérêt,         nos morts, et d'en faire des statues, mais\nbien écrite et de lecture passionnante.         elles marchent, celles-là, et nous suivent\n                                                — oh! douloureusement! » L'oraison\n                                                funèbre, telle que l'ont conçue les grands\n   Notre collaborateur Joséphin Péladan         orateurs, est bien une draperie fastueuse\nnous adresse une nouvelle œuvre, toute de       de paroles dont les plis opulents cachent\npiété et d'admiration : l'Oraison funèbre       de vastes pensées. Le mysticisme religieux\ndu docteur Adrien Péladan fils, son frère.      leur donne quelque chose de solennel, les\nIl nous serait difficile de la juger au point   élève, les harmonise, les enveloppe d'une\nde vue des croyances; cela n'est pas affaire    sorte d'encens. M. Péladan a fait œuvre\nà nous. M. Péladan, comme d'Aurevilly,          d'orateur, et sa parole monte de la terre\ncomme Hello, est un des derniers catho­         funèbre comme l'émanation pure et pieuse\nliques de la race intransigeante. Sa foi        de l'âme envolée d'un frère.\nmonte jusqu'à la magie et se perd dans un                                           W.\nvaste illuminisme dont l'Eglise moderne ne\nle ferait pas descendre ; son orthodoxie ne        Viennent de paraître les : Nouveaux\nserait peut-être pas toujours ratifiée par      essais de psychologie contemporaine, par\nRome, et c'est encore le père Alta, du Vice     Paul Bourget, dont notre rédacteur Iwan\nSuprême, plus rigide que le pape, mais          Gilkin fera ici la critique.\naussi plus inquisiteur.\n                                                             ÉTRANGER.\n  M. Joséphin Péladan, pour magnifier la\nmémoire de son frère, a choisi la forme            M. Vittorio Pica, un des plus ardents\nsurannée de l'oraison funèbre. 11 n'a pas       écrivains de la Jeune Italie, donne au Cor-\neu tort. Une biographie, aujourd'hui, n'est     riere del Matino, de Naples, une étude\nplus qu'une liste de dates avec une énumé­      remarquable sur les Concubins de Camille\nration plus ou moins problématique de           Lemonnier. Cet essai sera suivi d'une série\nmérites ; mais, comme nous le dit Péladan       d'autres sur notre mouvement littéraire.\n\n\n\n                          MEMENTO                MUSICAL\n  LES CONCERTS. — Des circonstances que         dessin net et serré, cette allure réservée,\nnos lecteurs connaissent étant venues irré­     cette couleur sobre et soutenue résultant,\ngulariser notre publication, nous ne pou­       en partie, de l'emploi continuel des instru­\nvons que faire brièvement, ici, une revue       ments à cordes. Rien de lourd, rien de\ndes concerts.                                   gras, rien d'empâté. C'est un nerveux et\n  En décembre, la seule audition intéres­       non pas un sanguin. C'est un mystique et\nsante de musique moderne a été celle de         un luministe.\nBlockx à l'Association des artistes.               Une singulière coïncidence nous amenait\n   L'année dernière, le Concert populaire       Blockx au surlendemain du concert des\navait exécuté son triptyque symphonique :       Jeunes compositeurs. Elle est venue nous\nKermisdag. Les nouvelles danses flamandes       fournir à point l'occasion d'applaudir un\net l'ouverture de concert que nous avons        Belge vraiment jeune et enthousiaste, pos­\nentendues le mois dernier, présentent les       sédant à un haut degré cet idéal d'art qui\nmêmes qualités de facture : la recherche        nous est sympathique, et de prouver par\ncurieuse des timbres, l'étrangeté des har­      là que nous ne sommes pas avares de nos\nmonies et toujours cette trame solide, ce       bravos, nous qui avons tant combattu pour\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                         — 166 —\n\nIa musique belge depuis quelques années             Enfin, une scène biblique, de Richard\net qui n'avons cessé de prodiguer à nos          Wagner, Liebes-Mahl der Apostel, pour\ncompatriotes, les encouragements les plus        chœur et orchestre, réduite en édition pour\nfraternels.                                      piano seul, avec le texte. C'est une page\n                                                 d'ancienne date, sans doute; mais intéres­\n   Signalons un concert de Wieniawski, où        sante comme tout ce qui est signé Wagner.\nle pianiste a exécuté, avec le concours de\nM. Marchai et de M11e Merck, quelques-                                 ***\n\nunes de ses compositions qui. pour être             Le premier Concert populaire, entière­\nnouvelles, ne nous ont apporté rien de neuf.      ment consacré à la musique slave, nous\n                                                 a fait entendre une oeuvre endiablée de\n                                                 Rimski-Korsakoff, une suite de Cui, ravis-\n   Signalons encore, au Cercle, l'audition de\n                                                 samment orchestrée et enfin, la deuxième\nM11e Douglas; au Palais des Beaux-Arts\n                                                 symphonie de Borodine, une composition\ncelle de Mlles Schmidt, appartenant toutes\ntrois à cette phalange d'instrumentistes du      puissante dont nous reparlerons et dont\njoli sexe qui fleurit au Conservatoire et dont   l'adagio, surtout, est beau à l'égal des plus\nnous reparlerons un de ces jours, en même        profendes pages de Wagner.\ntemps que de la nouvelle classe de harpe.           Quant à M. Jenö Hubay, s'il a beaucoup\n                                                 de talent, il a peu de tact. Et il a fait œuvre\n                     ***                         impie et indigne d'un artiste en venant\n   Nous avons reçu de la maison Breitkopf,       pendant trois quarts d'heure mirer ses\ndiverses publications : Des variations sym­      traits et ses trilles dans le bois de son\nphoniques, de Nicodé, réduites pour piano        violon, devant le public si profondément\nà quatre mains. Trois morceaux en forme          impressionné par l'œuvre grandiose de\nde Ballade, de Bagge. Trois          morceaux    Borodine.\n(Traümerei,     Intermezzo,     Abendgesang),\nde Julius Von Beliczay, et trois nouveaux                             ***\n                                                     me\ncahiers de l'Ecole de piano. Sous ce titre,        M Ida Cornélis-Servais, cantatrice, don­\nM. Auguste Dupont publie, avec la colla­         nera un grand concert, le jeudi 11 février\nboration de M. Gustave Sandre, une édi­          1886, à 8 heures du soir, en la salle de la\ntion d'œuvres classiques, annotée, doigtée,      Société royale de la Grande Harmonie,\net accompagnée d'instructions utiles sur les     avec le concours de Mlle Sophie Cornélis,\nmouvements, les nuances, les signes d'ac­        M11e Flon-Botman, cantatrices ; M Al­\ncentuation et la division de la phrase mélo­     phonse Mailly, premier organiste du roi ;\ndique. Cette publication, faite dans un but      MM. Edouard Jacobs, violoncelliste, et\npédagogique, se recommande par la con­           Arthur De Greef, pianiste, professeurs au\nscience et l'autorité de l'auteur, non seule­    Conservatoire royal de Bruxelles, et de la\nment aux virtuoses du piano, mais à tous         Société royale l'Orphéon, sous la direction\nceux qui s'intéressent à l'interprétation de     de M. Edouard Bauwens.\nla musique de chambre.\n                                                                                    H. M.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                              POUR EN AVOIR LE CŒUR NET\n     Ils s'en allaient tous les deux, remontant l'avenue de l'Opéra.\n    Lui, un gommeux quelconque, aux souliers plats, relevés et pointus, aux vêtements\n'étriqués comme s'il avait dû sangloter pour les obtenir, en un mot, un de nos joyeux\n  rétrécis.\n    Elle, beaucoup mieux, toute petite, mignonne comme tout, avec des frisons fous plein\n le front, mais surtout une taille...\n    Invraisemblable, la taille!\n    Elle aurait certainement pu, la petite blonde, sans se gêner beaucoup, employer comme\n ceinture son porte-bonheur d'or massif.\n    Et ils remontaient l'avenue de l'Opéra, lui, de son pas bête et plat de gommeux idiot,\n elle, trottinant allègrement, portant haut sa petite tête effrontée.\n    Derrière eux, un grand cuirassier qui n'en revenait pas.\n    Complètement médusé par l'exiguïté phénoménale de cette taille de Parisienne, qu'il\n comparait, dans son esprit, aux robustesses de sa bonne amie, il murmurait, à part lui :\n    — Ça doit être postiche.\n    Réflexion ridicule pour quiconque a fait tant soit peu de l'anatomie.\n    On peut avoir, en effet, des fausses dents, des nattes artificielles, des hanches et des\n seins rajoutés, mais on conçoit qu'on ne peut avoir, d'aucune façon, une taille postiche :\n    Mais ce cuirassier, qui n'était d'ailleurs que de 2e classe, était aussi peu au courant de\n l'anatomie que des artifices de toilette, et il continuait à murmurer, très ahuri :\n    — Ça doit être postiche.\n    Ils étaient arrivés aux boulevards.\n    Le couple prit à droite, et bien que ce ne fût pas son chemin, le cuirassier les suivit.\n    Décidément, non, ce n'était pas possible, cette taille n'était pas une vraie taille. Il avait\nbeau, le grand cavalier, se remémorer les plus jolies demoiselles de son chef-lieu de\ncanton, pas une seule ne lui rappelait, même de loin, l'étroitesse inouie de cette jolie\nguêpe.\n    Très troublé, le cuirassier résolut d'en avoir le cœur net et murmura :\n    — Nous verrons bien si c'est du faux.\n    Alors, se portant à deux pas à droite de la jeune femme, il dégaina.\n    Le large bancal horizontalement fouetta l'air, et s'abattit tranchant net la dame, en deux\nmorceaux qui roulèrent sur le trottoir.\n    Tel un ver de terre tronçonné par la bêche du jardinier cruel.\n    C'est le gommeux qui faisait une tête !\n                                                                   ALPHONSE ALLAIS.\n  95. JULES G. Le rondel Pour une vieille passera dans le prochain; les autres sont\nmédiocres. Cordialement à vous.\n  96. MAURICE V., Paris. Vous avez fait cent fois mieux que cela. Médiocre, médiocre\naussi.\n  97. J. FRÉDÉRIC, à Saint-Gilles, et HUBERT ST. Reçu copie; à plus tard décision. Merci.\n  98. EMILE BOISSAC, à Bouillon. Nous recevons votre lettre ainsi conçue : « Je consens\nà m'abonner à votre mignon journal si vous daignez insérer dans votre plaquette de\nfévrier cette piécette sans prétention. » Vingt fois déjà nous avons répondu qu'il n'est pas\nau prix d'un abonnement de plus ou de moins que nous insérons n'importe quoi. Nous\nne lisons pas même votre piécette et la mettons au panier comme nous vous remettons\nà votre place.\n\n\n                              LES         THÉÂTRES\n  Toujours le « marasme ». Rien de neuf, rien à l'horizon. Le pauvre Alcazar, après\navoir joué pour la dernière fois la Guerre Joyeuse, le lundi 4 janvier, a clos ses portes et\ndu diable s'il se trouvera encore un directeur assez fou pour reprendre ce vieil immeuble\ndéprécié par la faute des propriétaires. A la Monnaie, Aida montée comme autrefois, mais\navec des chanteurs d'inégales valeurs dont le seul M. Bérardi a suffisamment de souffle\npour se faire entendre. L'événement du mois est l'ouverture du\n                            THÉÂTRE DE LA BOURSE\n  En plein centre, en face de la pièce montée de M. Suys, entouré de cafés archaïques,\nparmi lesquels nous citerons la Brasserie flamande et le Bodega-de-Block, décoré par le\nmaître ès goût Léon Cardon, dans un quartier nouveau, déjà peuplé, mouvementé, plein\nde la grosse animation du bas de la ville, s'élève ce théâtre auquel on a donné dans le\npublic les noms de Nouvel-Eden et d'Elyseum. L'architecte, M. De Luyck, et le décora­\nteur, M. Chambon, auteur de l'Eden d'Amsterdam, ont fait une merveille de richesse\nsomptueuse dont on garde l'éblouissante vision. La salle, rouge et or, avec ses orne-\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": " ments hindous, ses cariatides polychromes, ses animaux symboliques aux ailes en éven­\n tail, manque peut-être un peu de goût, mais la vivacité même de sa couleur et l'éclat aveu­\nglant de ses lumières rendent plus gracieux et plus charmant l'escalier vert et bleu qui,\nd'ailleurs, est le bijou de l'Elyseum. Rien n'est plus audacieux et plus léger, plus sobre\n en même temps, que ces rampes ajourées, ces colonnettes d'or, ces dentelles de fer\nbleu.\n    A droite et à gauche de l'escalier s'ouvrent de vastes terrasses semées de petites tables,\net ornées de hauts trépieds sur lesquels s'épanouissent de superbes palmiers.\n   A mesure que l'on monte, au second promenoir, le spectacle devient plus prestigieux.\n De là s'aperçoit, comme par le gros bout d'une lorgnette, la scène, où, dans une nappe de\nlumière électrique, évolue le corps de ballet.\n    La troupe est soigneusement choisie. Quelques danseuses sont remarquablement jolies\n et gracieuses. Le ballet de Nina, ordonné par M. Hanssen du théâtre de la Monnaie,\nfait un effet adorable, avec son jeu de costumes frais, ses éventails remués, ses travestis\ndélicieusement osés. Georges Rodenbach y retrouvera les ballerines sveltes, celles dont\nil disait :\n                           « Dans leur zigzaguement fantasque,\n                           Levant les bras, leurs doigts ont l'air\n                           De frapper des tambours de basque\n                           Qui sont invisibles dans l'air.\n                           Leurs jupes blanches, roses, bleues,\n                           Quand on les voit danser en rond,\n                           Se relèvent comme les queues\n                           D'énormes paons sur un perron.\n                           Soudain, au centre de la scène\n                           Elles agencent leurs essaims.\n                           Dans une apothéose obscène\n                           Où s'entrevoit le creux des seins,\n                           Et les danseuses étalées\n                           Evoquent langoureusement\n                           Un massif de grands azalées\n                           Au clair de lune s'endormant ! »\n   Les apothéoses de l'Elyseum n'ont rien d'obscène, quoiqu'en dise la pudeur du poète,\net les creux des seins ne méritent pas cet adjectif!\n   Le public a fait fête à l'ouverture de l'Elyseum et, sauf les directeurs des autres théâ­\ntres, tout le monde a été content. M. Wauwermans n'ira aux représentations qu'à une\ndate absolument postérieure.\n\n\n  A bientôt une étude de M. HENRY MAUBEL sur:\n\n                         LES TEMPLIERS.\nGIL BLAS , journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L'ŒUVRE, par E M I L E ZOLA. Un numéro\n  2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente partout.\n\nPour paraître prochainement une nouvelle édition de luxe de KEES\n  DOORIK, par GEORGES EEKHOUD. Prix : 4 francs.\n\n\nLA REVUE CONTEMPORAINE, littéraire,\n  politique et philosophique. Directeur : Adrien REMACLE ; rédacteur en\n  chef : Edouard ROD. Abonnement pour la Belgique : 2 2 fr. Paraît\n  le 25 de chaque mois. Bureaux : Paris, 2, rue de Tournon.\n\n    Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père,VeMonnom, successeur, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-02-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 148."}}