{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6e A N N É E . 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PRIX : 60   CENT.                     3 MARS      1886.\n\n\n\n\n                                               LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                  Attirés les uns vers les autres par leur commun\n                                                    amour de l'art, unis dans le respect des maîtres\n                                                    et dans une égale foi en f avenir, divers les uns\n                                                    des autres; aucun mot d'ordre aucun chef...,\n                                                                             CATULLE MENDÈS.\n\n\n                                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Petit-Pierre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 708, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "SOMMAIRE:\n       Petit-Pierre                               HIRPOLYTE DEVILLERS.\n       Vers :     I Sonnet . . . . ' ' . . . , EDDY LEVIS\n                 II. L ombre\n                III. La Vierge                    J- FRÉDÉRIC.\n                IV. Un qui va se suicider . . .   MAC-ABRE.\n                 V. Pour une vieille              JULES GILSON.\n                VI. Dernière visiteuse.\n               VII. Cantilène                     GRÉGOIRE LE ROY.\n              VIII. Résurrection\n       Chronique artistique: L'exposition des XX. EMILE VERHAEREN.\n       Chronique théâtrale                        X.\n       Chronique musicale                         H. M.\n       Memento\n\n\n\n\n                                           BRUXELLES\n                    ADMINISTRATION :                               RÉDACTION :\n                 26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                    80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                                1886\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. 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Nous recevons depuis quelque temps des vers décadents, parmi lesquels nous\ndevons forcément faire un choix En voici quelques échantillons qui nous sont adressés\npar « l'exécuteur testamentaire d'un poète mort jeune, en qui l'homme n'a pas survécu. »\nNous comprenons ce douloureux cataclysme.\n\n                                    SALAMMBO!\n                          A la mémoire d'Alphonse   XII et de Lucrèce   Borgia.\n                                 (MALPAS ÉLÉGIAQUE.)\n\n                 Elle est là,, la lionne énorme et solitaire\n                 Pleurant son Hamilcar, triste jusqu'à se taire\n                 Et Salammbô, superbe, et flauberte clystère,\n                 S'écroule avec horreur au fond du baptistère!\n                 Le baptistère est grand, Verdhurt est son prophète...\n                 La mère Montalba, soignant son diabète,\n                 Songe au vol sidéral du joyeux gypaète,\n                 Et dort, tamtam sonore, instrument proxénète.\n                 La nymphe Tamyris, amante des fourmis,\n                 Cajole Amaryllis avec ses deux amis.\n                 Vint du flot profond la prèle Semyramis\n                 Grattant éperdûment l'impondérable mys­\n                 Tère, gris, flave, roux, mauve, sinople et rouge.\n                 Madapolam bizarre et madrépore bouge !\n                 Excrément surhumain, volapük ! sombre gouge!\n                 Sur la Mer Glaucopis, c'est le crime d'Elouge.\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "                                         ENVOI\n       Prince! stylite et grand! ô lui qui déliquesce\n       Carthage est mortel On d i t : « Qu'est-elle »? On répond : «Qu'est-ce? »\n       Est le mistral gluant rosit et pataquesce\n       Et glapit : « Carthage est morte! » Entends-tu, Tcherkesse?\n                                          RENVOI\n                          O Rigodon, Redon combien !\n                          La lune est belle, ô belle. Eh bien\n                          Ce condor profond, ce n'est rien.\n                          Sésostris, Caliban chrétien\n                                   MORALE LIBRE\n                        Malpas, amour, quand tu nous tiens,\n                        On peut bien dire : « Adieu prudence. »\n\n                              LE CRABE DELIQUESCENT\n     Pour celle avec qui j'appris à aimer les escargoTs      dans la nuiT du 17 février.\n                       Le bœuf à la mode, indocile\n                       O LaiTon! eT Manrique chanTe\n                       Sang eT massacre! Fi la méchanTe...\n                       Me proTège, sainTe Cécile.\n                       O Lourdes, Lourdes, même LenTes\n                       Ce signe de croix, ô mes TanTes\n                       Téléphone eT leTTres paTenTes\n                       Blanches sardines indolenTes.\n                       E T par les pompeuses allées\n                       Où les moules sont avalées\n                       CaTapuITueuses vallées\n                       Vous êTes TouTes rollemops,\n                       Crabe, vélocipède eT Rops;\n                       O vieille branche de Chéops !\n\n                                       CAMEMBERT\n                               (Symphonie en vert mineur.)\n                                           Dédié au Conseil des Hospices de Bruxelles et au Cercle\n                                            des Installations maritimes pour l'approfondissement du\n                                            canal de Willebroeck.\n                       Fromage; ô tes pieds, tant fromage!\n                       O combien fromage tes pieds !\n                       Tes pieds, ce solennel hommage\n                       Aux sybilles sur leurs trépieds.\n                       Le tapir t'attend, ô Congo !\n                       Water-closet, Victor Hugo,\n                       Stanley, grandissime gogo,\n                       Camembert vert de virago!\n                       Ton nombril amoureux et fauve\n                        Sur un sphyncter, ô combien chauve!\n                       S'étend feuille de vigne ou mauve.\n                         Et tout cela n'est que mastoc\n                        Moustache en pointe ainsi qu'en croc\n                        De tes élèves, pauvre Crocq !\n   100. JEAN V. Votre lettre tombe précisément au n° 100 de notre boîte. Le chiffre est\nfatidique et votre lettre inadmissible. Lisez le traité de Banville, cela vous remettra :\n              MONSIEUR LE DIRECTEUR,\n  J'ai avant tout à vous remercier de la franchise avec laquelle votre critique m'a traité,\npeut-être me plaindrais-je doucement de votre rigueur un peu excessive, si je ne savais\nque la Jeune Belgique a pour habitude de donner sincèrement son avis sur ceux qui vont\nà elle, et qu'elle ne connaît ni ménagements doucereux, ni compromissions d'impuissants.\n  Pourtant, j'ai à vous demander une rectification de détail, ou plutôt deux rectifications.\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "D'abord une faute d'impression malencontreuse nuit au fond et à la forme de mon\nsonnet, étuves n'ayant jamais rimé avec cristaux. Il est évident qu'il fallait au bout du\nvers « étaux ».\n   Pour ce qui concerne les vers de treize syllabes, permettez-mot de vous exposer une\nthéorie de mon crû, qui me paraît assez logique. Prononce-t-on dans la conversation\npassi-on ou pas-sion; entendez-vous quatre ou cinq syllabes dans contradiction? Il est\névident qu'on prononce passion en deux et aphrodisiaque en quatre. Dès lors le vers étant\nfait pour l'oreille et non pour l'oeil, il est assez naturel, me semble-t-il, de compter dans\nles mots en poésie, autant de syllabes qu'on peut en entendre, pas une de plus, pas une\nde moins. N'est-il pas vrai, M. le Directeur?\n   J'espère que vous tiendrez compte de la justesse de mes rectifications (avec cinq syl­\nlabes), et je vous prie d'en informer les lecteurs de la Jeune Belgique, soit en la résumant\nsimplement.\n      Agréez mes salutations distinguées.\n                                                                      JEAN VERHEYDEN.\n           Bruxelles, le 18 février 1886.\n    101. J. FRÉDÉRIC. Votre place est parmi nous. Soyez le bien-venu à la Jeune Bel-\ngique. Salut.\n    102. ALBERT MOCKEL, Liège. Echange entendu, mais où est votre première année,\nj'y tiendrais fort.\n    103. GUSTAVE VINIS. Vous êtes trop aimable, mon cher correspondant, et votre\nlettre me flatte fort ; si c'est une agréable fumisterie, merci tout de même; j'aurai cru\ndix minutes au moins à vos compliments !                                   M. W .\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 176, "titre_corps": "Petit-Pierre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Devillers", "ancre_debut": "PETIT PIERRE", "ancre_fin": "HIPPOLYTE DEVILLERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "PETIT-PIERRE\n\n\n                                  Laissez-les donc venir un peu par ici, voisin...\n                              vos volubilis?...\n                                 C'était au matin, un dimanche, jour de re­\n                              pos. La pendule de Petit-Pierre — on l'appe­\n                              lait ainsi à son magasin — marquait à peine\n                                 six heures et déjà, par la fenêtre grande ou­\n                                     verte, un beau soleil d'été faisait sa triom­\n                                      phante entrée dans la chambre du jeune\n                  homme occupé à soigner son minuscule jardin suspendu :\n                  une caisse longue, retenue par deux cordes solidement\n                 attachées aux montants de la mansarde, et supportée par\n                 une large gouttière en zinc qui s'avançait du sixième étage\n                 au dessus du passage Chausson, au coin de la rue du Châ­\n                 teau-d'Eau.\n                  — « ... Mais, mademoiselle... certainement,... avec plai­\n               sir... oh! avec grand plaisir!... » répondit-il; puis, vivement,\n               tout ému, gauchement, il arrangea les ficelles et dirigea les\n               jeunes pousses grimpantes vers la fenêtre de la solliciteuse,\n               si proche de la sienne, du reste, qu'il put toucher les mains\n              de sa voisine qui s'efforçait de l'aider et, se penchant, laissait\nvoir par sa camisole ouverte une gorge plantureuse mais faite au moule. —\nPetit-Pierre baissa les yeux, gêné qu'il était par la vue de cette belle chair\ntentante, d'un rose sanguin, que la robuste fille ne songeait guère à lui\nmontrer par malice tout à l'heure, et que maintenant elle cherchait encore\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "                                  — 168 —\n\nmoins à lui cacher par pruderie, puisque bien involontairement un manque\nde boutons en avait décidé autrement.\n   — « Merci, voisin... vous êtes tout plein gentil... merci bien... »\n   — « De rien... de rien... c'est moi... mademoiselle... » et il referma sa\nfenêtre, comme déserte au premier coup de feu le poltron qui plus tard se\nfera tuer stoïquement.\n   Petit-Pierre troublé, tourna, rangea, fit son lit, s'habilla et descendit. Il\nentra dans une crêmerie, y déjeuna mal, puis se promena en chien qui\ncherche son maître... et sa journée fut perdue.\n\n\n   C'était la première fois qu'ils se parlaient, mais il la rencontrait souvent\ndans l'escalier : une superbe brune, vingt ans peut-être, avec une forêt de\ncheveux tassés dans un filet et des joues fermes d'un beau rouge frais de\npommes d'api. Une amie venait souvent chez elle, le soir, et quand elle\npartait, Petit-Pierre, entre-bâillant bien doucement sa porte, l'entendait\ndire : « Bonsoir, Eugénie, à demain. — Au revoir, Criquette. »\n   Eugénie : son nom. C'était tout ce qu'il savait d'elle. Criquette? Ce\ndevait être quelque sobriquet d'atelier, car, maigrelette, petite, ressemblant\nà un caniche mal soigné, elle avait l'air de se moquer toujours, et Petit-\nPierre n'aimait pas cette gêneuse qui lui gâtait sa soirée, à lui, quand elle\nvenait.\n   Il faut dire que ce trembleur, aussi apeuré de la femme que plein du désir\nd'elle, écoutait souvent à la cloison qui le séparait d'Eugénie, une cloison\nsi mince que, le soir, et quand Criquette n'était pas chez la voisine, l'oreille\ncollée à la muraille, retenant son souffle, il entendait Eugénie aller, venir,\nôter ses bottines, sa robe, tapoter son oreiller et finalement se mettre au lit,\nqui geignait un peu sous le poids de son corps. Il en était arrivé, attentif\nau fouettement sec de la petite ferrure d'un lacet que l'on tire, à compter les\nœillets de son corset.\n   Que de femmes sont ainsi dévêtues par le désir !... sans le savoir au juste\npeut-être, rarement sans s'en douter un peu, toujours intimement flattées.\n— Petit-Pierre assistait ainsi, l'oyant, au coucher de celle qui fatalement,\net par la seule force instinctive de la chair, hantait trompeusement des rêves\nqui le lassaient physiquement. Oh! la maudite cloison ! — et cependant si,\nprise de pitié, quelque fée protectrice l'eût fait disparaître par enchantement,\nil n'est pas douteux que notre indiscret se fût peureusement enfoui la tête\nsous les draps, comme font les enfants quand il fait noir.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "                                  -   169    -\n\n\n   Il y avait cinq ans déjà que Petit-Pierre était entré, à 16 ans, dans la\ngrande maison de mercerie de la rue Rambuteau : « A l'écheveau d'or ».\nPendant les premières années, il fut en butte aux railleries des anciens, qui\nn'arrivaient pas à le dégourdir et l'appelaient « la fille ». Un jour même,\nc'était avant la guerre de 1870, un grand imbécile, un Bavarois du nom de\nPéters, mais qui lui-même s'était surnommé Canada, accusa le brave garçon\nd'avoir de mauvaises habitudes. Cette fois, sous une pluie de quolibets,\nPetit-Pierre essaya de se fâcher, puis jura ses grands dieux, et finit par\npleurer à chaudes larmes. C'est alors qu'une réaction s'opéra en sa faveur,\net que quelques commis, d'une bêtise moins incurable que celle de leur col­\nlègue d'outre-Rhin, l'emmenèrent à la campagne, les dimanches, en com­\npagnie de leurs maîtresses. Au restaurant, il rendait de petits services; il\nfaisait des bouquets pour ces demoiselles, portait les ombrelles et, dans les\nbois, savait s'égarer un peu quand il le fallait.\n    Plusieurs années se passèrent; et Petit-Pierre arriva, à force de travail,\nd'exactitude, de docilité, à l'appointement rêvé qui représentait pour lui la\n fortune : 200 francs par mois et mal nourri, sauf le dimanche. Sa position,\n dès lors, lui permettant de loger en ville, il loua donc et meubla la man­\n sarde où nous venons de le retrouver. — Petit-Pierre était ün enfant de\n vieux. Ces enfants-là sont doux et ont le sourire triste; tout jeunes ils sont\n sérieux déjà et ont un inconscient regret de l'être si tôt. Ils veulent jouer et\n ne savent pas; plus tard, à dix-huit ans, ils cherchent à faire les fous et ne\n parviennent qu'à être gauches C'est du sang assagé que charrie leurs veines,\n et ils en souffrent sans savoir pourquoi. Impuissants à manifester leurs\n joies tranquilles, ils sont patients, serviables, et aiment beaucoup qui veut\n  bien les aimer un peu.\n\n\n\n   Le dimanche suivant, de bon matin, comme Petit-Pierre cirait ses bottes\nsur le palier, Eugénie, à son tour, ouvrit sa porte et se mit à brosser ses\njupes, prestement.\n   — Quelle belle journée nous allons avoir, voisin... Aussi je file, file, file\nà la campagne, et vous?\n   — Moi?... je ne sais que faire aujourd'hui...\n   — Venez avec nous...\n   — ... Mais, vous ne sortez, donc pas seule, mademoiselle?\n   —• J'attends une amie, nous partirons ensemble.\n   — ... Criquette?\n   — Vous la connaissez ?\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "                                  — 170 —\n\n   — Oh! seulement pour la voir venir chez vous.\n  — Enfin, venez-vous, nous ferons une bonne partie ; je vous débauche !...\n   Petit-Pierre se tut un moment, pris d'un audacieux désir qu'il n'osait\navouer, — enfin, brûlant ses vaisseaux, et devenu tout à coup cramoisi, il\ndit presque avec brusquerie :\n  — Avec Criquette, non! je ne l'aime pas votre amie... avec vous... avec\nvous toute seule?...\n  — Tiens!... Tiens!... Tiens!... Voyez-vous ça, monsieur le Sainte-\nNitouche! — Eh bien, c'est dit! pour voir... mais détalons vite et vite\nalors, pour que Criquette trouve visage de bois, la drôle d'idée!...\n   Et elle se mit à rire comme une folle.\n   Les portes restées ouvertes, ils s'habillèrent à la hâte... allons! allons...\ndégringolèrent les six étages comme des gens poursuivis, sautèrent dans un\npremier train qui partait, pressés de s'enfuir n'importe où, loin, sous les\narbres ou dans les champs.\n\n\n   Quand ils eurent déjeuné, copieusement, longuement, assis en face l'un\nde l'autre sous la plus épaisse tonnelle d'un jardin de débitant-restaurateur,\net qu'on leur eut servi du café, du cognac, Eugénie se leva, vint s'asseoir à\ncôté de Petit-Pierre, le touchant, l'échauffant, et ils restèrent ainsi quelque\ntemps, les joues allumées par la chaleur de midi, le repas et le désir d'eux :\nelle attendant qu'on la prît, lui, affolé mais tremblant.\n   — Eh bien! êtes-vous content, grand enfant? on a fait comme vous\nvouliez... lui souffla-t-elle câlinement à l'oreille.\n   — Oh! oui...\n   Et la face douillettement enfouie dans le corsage agité de sa sensuelle\ncompagne, il se laissa caresser les cheveux par elle ; et ce fut tout.\n   — ... Nous n'allons pas passer la journée là ! dit Eugénie; allons faire\nun tour?...\n   Petit-Pierre paya et ils partirent.\n   Dans les champs il s'enhardit un peu; le soleil était aveuglant, alors il\ns'abrita sous l'ombrelle d'Eugénie et, la couvant des yeux, glissa bien dou­\ncement son bras autour de sa taille. — Ils marchèrent, troublés, au hasard,\net Petit-Pierre, ainsi qu'il arrive aux moins oseurs, eut la pensée de violenter\ncette femme qui ne demandait qu'à se donner de bonne volonté ; lui! le\nsimple dont Eugénie, qui l'aurait à son gré fait rentrer dans un trou de\ntaupe, eut encouragé le premier geste offensif.\n   La campagne, à cette heure, était presque déserte; de loin en loin on\napercevait un paysan étendu la figure contre terre, faisant la sieste.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "                                   —   171   —\n\n\n   — ... Et vous, vous avez bien aussi une petite maîtresse... hein, vrai?...\n   — Non, je vous jure...\n   Alors, elle avança ses lèvres gourmandes, en cul-de-poule, et dit genti­\nment : « Allons!... voyons... baisez-moi... Ti-Pierrot!... » et l'ombrelle\ns'abaissa sur leurs deux têtes.\n   Des foins coupés étaient là, encore en tas, fraîchement séchés par le\nsoleil; ... ils s'y enfouirent, s'en couvrirent, et dans cette herbe, à l'acre et\nerotique senteur, ils s'accouplèrent comme des primitifs sains de corps,\ncomme des innocents, des candides en rut...\n   Unique et véritable sacrifice divin que cette communion, cette entente\ndernière de la chair en sa plénitude de vie, qui fait que le râle des officiants\ns'épand dans l'atmosphère et se mêle aux choses créées comme le suprême\nhosanna !...\n\n\n\n   Eugénie — un corps à tenter un statuaire — semblait être un beau\nRubens vivant, un Rubens affiné par d'harmonieuses ondulations de lignes.\nLa taille souple, quoique largement assise sur des hanches opulentes; le\ngeste lent, la parole un peu grasse; des yeux doux, aux lumières mouillées,\nla main moite; avec cela une bouche superbe, d'un dessin gras, et dont la\nlèvre supérieure, bien arquée, laissait imperceptiblement saillir celle du bas.\nUn peu grande et plus râblée que grasse, le cou solidement agrafé sur des\népaules d'un beau tombant, elle laissait voir sous son teint chaud de brune\ndes fraîcheurs rosées de blonde. On sentait qu'un sang plein d'appétences,\nriche en fer, chauffait la chair ambrée de cette femme aux allures calmes\nmais d'où toute volupté émanait. — Au temps de Périclès elle eût été\ndéesse; notre siècle de cambouis en avait fait une mécanicienne! le\nHasard, dieu bête, s'amuse parfois à commettre de ces infamies.\n\n\n\n   Ils rentrèrent tard. — Eugénie, qui voulut faire les honneurs de son\nchez elle, monta du vin, un pâté, et, tout chantant, prépara le souper sur\nune petite table, dans sa chambre. Elle s'était mise à l'aise, en femme\npossédée, ne gardant que sa chemise et son jupon. Petit-Pierre comprenait\nbien qu'aucune gêne ne devait désormais exister entre eux, et cependant,\ncette tranquille impudeur de l'intimité le surprenait en le paralysant. La\nréserve est souvent, après le premier abandon, plus durable chez l'homme\nque chez la femme ; — disons-le, ce fut presque Eugénie qui coucha Petit-\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "                                — 172 —\n\nPierre avant de se mettre au lit elle-même — sous ses caresses d'initiatrice\nson amant d'un jour frissonna comme une vierge ; c'est que la possession\nun peu brusque d'Eugénie l'avait encore laissé dans l'ignorance du trouble\nprofond dont tout notre être est envahi à l'entier contact d'un corps\ndésiré, au mêlement des haleines d'épidermes ; aussi, lorsque nue, sous les\ndraps, elle l'enveloppa amoureusement en ses bras, Petit-Pierre crut\ndéfaillir et pria Dieu...\n  Au matin c'était un homme. Eugénie qui se leva la première lui dit dans\nun dernier baiser : « Mon Pierrot, ma petite Pierrette, je te garderai pen­\ndant deux ans, n'est-ce pas?... »\n  La vérité est que c'était elle qui avait pris une maîtresse. Mais pourquoi\ndeux ans?\n  Chacun alla à son travail.\n                                       *\n\n   Ce ne fut qu'au bout de quelques mois que Petit-Pierre put s'habituer\nà tutoyer régulièrement Eugénie. Ils vivaient tout à fait ensemble, mais lui\nrestait encore étonné qu'un tel bonheur fût possible — bien-être serait\nmieux dit que bonheur. En effet, soigné, gâté, contenté, il n'avait qu'à se\nlaisser vivre, bercé comme un poupon par Eugénie, qui était tout à la fois :\net sa femme, et comme une mère attentive du même âge que lui. Le soir\non ne mangea plus dehors; étant aux pièces à l'atelier, Eugénie prit sur\nson temps, rentra plus tôt et fit la cuisine dans la chambre de son Pierrot\nqui servit aussi de salle à manger. Sa chambre, à elle, était devenue la leur.\nS'aimaient-ils?... Oui, et beaucoup, si l'amour n'existe qu'en raison des\npreuves échangées; non, si l'on veut l'immatérialiser. Leur mansarde\nn'était plus qu'une alcôve où Eugénie emparadisait Petit-Pierre, qui y lais­\n sait toute force et toute volonté.\n    Durant tout l'été ils ne manquèrent pas un dimanche de campagne ;\n Petit-Pierre aimait à retourner là où ils avaient déjeuné la première fois ;\n son amie y consentait mais sans y attacher d'importance, n'ayant pas\n comme lui le sens de ces délicatesses plus particulièrement comprises par\n les faibles. Pour elle, toute prévenance devait se traduire d'une façon sen­\n sible, matériellement éprouvable; son tempérament le voulait ainsi sans\n que pour cela son cœur fût mauvais. Elle aimait les fleurs après dîner, les\n livres un jour de bouderie, et les compliments à l'heure où l'on fait la\n couverture. Avec cela rien d'impudique en elle : des besoins. Elle eût été\n toute poésie avant que la laideur n'eut inventé le mépris de la matière.\n    Quand vinrent les froids ils s'absorbèrent encore d'avantage, et leur\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "                                  -   173    -\n\n unique plaisir fut d'aller au théâtre, chaque samedi ; en rentrant ils sou-\n paient au coin d'un feu qu'Eugénie avait eu soin de laisser couver sous les\ncendres, puis le lendemain dimanche les trouvait encore au lit.\n   Tout de suite on avait mis les deux bourses en commun et Eugénie, qui\nrégla seule toutes les dépenses, fit des économies qu'elle tint à partager le\njour où elles se montèrent à quelques centaines de francs ; Petit-Pierre en\nfut tout chagrin et crut qu'elle voulait le quitter :\n   — Non, dit-elle, tu sais bien Pierrot que je t'ai dit deux ans, et voilà six\nmois seulement que nous nous connaissons.\n   — Eugénie, ma Nini, pourquoi cette vilaine date, je n'ai jamais voulu\nte le demander... je veux passer ma vie avec toi, marions-nous, je. t'en\nprie...\n   — Ça, Pierrot, c'est impossible,\n   — Pourquoi... dis?...\n   — Tu le sauras; plus tard je te le dirai, mais n'en parlons plus et res­\ntons amis.\n   Alors Petit-Pierre, trouvant bonne la vie qui lui était faite, cherchait\nà chasser cette pensée qui l'eût trop tourmenté.\n                                       ***\n\n   Assez souvent, quand il passait devant la loge, Petit-Pierre était arrêté\npar un : « pst... pst... jeune homme... », et sa concierge, monstre femelle,\nlui remettait méchamment « . . . une lettre pour Mlle Eugénie ».\n   Ces lettres portaient tantôt le timbre de Lyon, tantôt celui de Toury, un\nvillage de la Beauce; celles-ci devaient être d'une femme, mais la lourde et\ngrosse écriture des premières était certainement celle d'un homme. Petit-\nPierre s'acquittait fidèlement de ces commissions, sans questionner Eugénie,\nmais espérant toujours une preuve de confiance qui n'arrivait pas. — De\nces lettres les unes, signées par un brave lignard qui faisait chaque fois le\ncompte du temps qui lui restait à faire, se terminaient invariablement en\ninformant la promise de l'état satisfaisant de la santé de l'écrivain qui sou­\nhaitait que la présente la trouve de même; les autres venaient d'une nour­\nrice qui élevait la petite fille dont Eugénie était accouchée, au pays, huit\nmois après un congé qu'avait eu son fiancé, Marie-Amable Binet, actuelle­\nment en garnison à Lyon.\n   Venue à Paris avec la ferme intention d'amasser quelque argent en y\nattendant la libération du père de son enfant, Eugénie, que les travaux\ndes champs eussent pu conserver intacte au fiancé, ne tarda pas à com­\nprendre, sans plus s'en épouvanter du reste, sa nature bénéficiant de l'heu-\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "                                  —   174   -\n\nreuse impassibilité de la force, que seule, livrée aux mœurs licencieuses et\naux conversations grasses d'un atelier de femmes, elle ne pourrait rester\nlongtemps maîtresse de ses sens, ardents déjà. La continence, en effet, lui\npesa vite; et comme elle avait son honnêteté — chacun a la sienne qui est\npeut-être la vraie, car on voit toujours juste à la condition d'être sincère\navec soi-même — elle résolut de prendre un amant qui l'empêcherait de se\ndébaucher.\n   Petit-Pierre fut pour elle une trouvaille, à peine une infidélité, quelque\nchose comme une petite bête caressante et caressée que l'on soigne; ce fut\nune sorte d'apaisement exempt d'immoralité; rien d'impossible à ce qu'Eu­\ngénie un jour, plus tard, avoue ce Petit-Pierre comme une jolie femme\nconfesse un baiser donné derrière l'éventail. Elle lui saurait gré toujours\nde s'être trouvé là, de l'avoir empêché de tomber aux bras d'un autre, d'un\nhomme qui l'eut perdue. Aussi que de soins ! Petit-Pierre avait la vie d'un\nhavanais de manchon.\n   Avec lui elle put, sans corruption, vivre dans la tranquillité de la chair\ntoujours satisfaite sans lassitude, tant chez elle la constante simplicité du\ndésir appelait la caresse régulière, comme une nécessité, comme il est utile\nde manger ou d'avoir chaud. — Seulement quand Petit-Pierre la suppliait\nd'être sa femme elle riait : Lui, un mari?... Oh ! non! Il ne devait passer\ndans sa vie que comme une attente de l'homme, une quasi variété de l'ona­\nnisme... le mari, le mâle, c'était Amable le soldat, celui qui travaille, com­\nmande, que l'on craint et que l'on désire, le père, celui qui engendre et\nrudoie.\n\n\n   Quand ce bail charnel fut près de sa fin, Eugénie dut exposer franche­\nment sa situation à Petit-Pierre, qui ne lui fit aucun reproche, mais tomba\ndans un profond abattement. La pensée que sa maîtresse avait appartenu\nà un autre ne le peinait pas, c'était la séparation qui l'effrayait. Il proposa\nde nouveau le mariage et offrit de reconnaître l'enfant de l'autre ; Eugénie\ntrouva que c'était une lâcheté, ce qui lui donna même, un instant, mau­\nvaise opinion de Petit-Pierre ; mais, peu à peu, sans être à même cependant\nde se rendre un compte bien exact des émotions et des peurs d'une nature\naussi différente de la sienne, comprenant seulement qu'elle abandonnait un\npauvre être sans défense, sans force, elle se fit plus douce encore avec lui\npendant les derniers mois qu'ils passèrent ensemble et le consola de son\nmieux.\n — Tu es trop gentil, mon Pierrot, pour ne pas te faire une petite\nmaîtresse qui vaudra bien ta Nini, va!..., disait-elle.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "                                  -   175    -\n\n   — Je n'aurai pas d'autre maîtresse.\n   — On dit ça!... Marie-toi.\n   — Non!\n   Se marier? lui, Petit-Pierre! être agréé dans une famille, faire la cour à\nune innocente ou tenue pour telle, l'épouser, en faire une femme, reprendre\nle rôle que lui assignait son sexe après en avoir été dispensé par Eugénie,\nc'eût été tenter l'impossible. — « Bébé! » disait-elle à présent en l'endor­\nmant dans ses bras, au lit, pudiquement et sans désirs désormais, tout pen­\nsant aux robustes embrassemennts qui l'attendaient là-bas, au pays.\n   Un jour, celui du départ, Eugénie termina quelques paquets que Petit-\nPierre descendit dans un fiacre, — et il songeait, le désolé, à ce matin où,\nen fiacre aussi, tous deux brûlaient la politesse à Criquette!... A la gare il\ndit : « M'écriras-tu? »\n   Alors Eugénie lui fit comprendre que pour le moment il était mieux de\ns'oublier, qu'en lui écrivant il resterait plus longtemps chagrin : « Ça vaut\nmieux non, vois-tu... » et elle embrassa une dernière fois son ti-Pierrot,\nsa Pierrette, qui ne put pleurer, tant était abattante sa tristesse.\n   En chemin de fer elle pensa : « J'aurais bien fait tout de même de le\nmettre en ménage avant de partir... enfin! ».\n                                       *\n\n   Quelques semaines se passèrent sans que Petit-Pierre put se faire à sa vie\nnouvelle. Il avait froid dans sa chambre, dans son ancienne à lui; celle\nd'Eugénie était à louer. La nuit, ne dormant pas, il écoutait à la cloison :\nrien ! — comme est effrayant, lugubre, mortel, le silence là où l'on a aimé !\nil semble que le néant nous biffe le passé...\n   De jour en jour Petit-Pierre changea ; il devint pâle, taciturne et perdit\nl'appétit. Au magasin de l'Écheveau d'or l'employé modèle qu'on avait\nconnu n'était plus, de graves erreurs étaient commises et la besogne, insen­\nsiblement, fut de plus en plus mal faite, jusqu'à ce qu'enfin les chefs de\nPetit-Pierre lui signifièrent son renvoi. — « C'est bien... », dit-il.\n   Ce soir-là Petit-Pierre rôda, idiotement, sans regret, sans projet. Au\ncoin d'une rue, et sans qu'il eut ni consenti ni refusé, une femme, qui le prit\npar le bras, l'emmena dans un hôtel borgne. Il était tard et elle était avinée.\nComme elle lui demanda de l'argent et qu'il lui en donna trop :\n   — Es-tu bête, petit..., fit-elle; allons viens!... Mais son geste offrant fut\nd'une si révoltante grossièreté que Petit-Pierre se sauva, poursuivi dans\nl'escalier par les injures obscènes de cette fille blessée dans son amour-\npropre de prostituée.\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "                                   — 176 —\n\n   Et c'était cette vie qui l'attendait maintenant?. . Oh !...\n   Il s'accouda sur le parapet d'un pont et resta ainsi, longtemps, à regarder\ncouler l'eau qui s'enfuyait noire, rapide..., il eut l'illusion que lui aussi était\nemporté par le courant, loin... loin... loin..., et l'idée lui vint de faire le\nsaut! Ce serait fini au moins; oui... mais si on allait le sauver? Quelle\nhonte! Des curieux s'amasseraient, il y aurait peut-être des rieurs!...\n   Alors il partit; mais à l'angle du quai il descendit lentement, marche à\nmarche, l'escalier de pierre qui mène à la berge, et se trouva seul sous\nl'arche sombre, indécis, sans la volonté bien nette de mourir. Il marcha\nencore un peu, puis, las, s'assit au bord du chemin de halage, les jambes\npendantes. Des pensées lui venaient, d'elles-mêmes, car lui ne pensait plus :\nrenvoyé de sa place..., injurié par une gueuse..., seul, demain..., tou­\njours!... Il lui sembla qu'il s'endormait; mais comme ses pieds étaient\nfroids?... Il crut sentir qu'ils trempaient dans l'eau; alors il allongea les\njambes davantage pour les y enfoncer, sans savoir ce qu'il faisait,, et tout le\nreste du corps glissa, sans bruit..., un floue discret, et la Seine emporta\ndocilement cette victime irresponsable d'un suicide à demi conscient.\n  Brave Petit-Pierre..., il mourut comme il avait vécu, — en timide.\n                                                HIPPOLYTE DEVILLERS.\n\n\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 176, "page_fin": 177, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "Eddy Levis", "ancre_debut": "VERS", "ancre_fin": "ma lèvre se sèche et mes yeux en ont peur", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L OMBRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1496, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "VERS\n                                         I\n\n                                   SONNET\n                                                           A   ALBERT   GIRAUD.\n\n       A travers le silence il m'arrive d'entendre\n       Le bruit d'un vaste orage ou d'un océan noir,\n       Et par l'obscurité ténébreuse du soir,\n       Il m'arrive de voir des formes   redescendre.\n\n       C'est le mirage obscur d'un monde inoublié\n       Où j'ai dû vivre un jour dans les temps chimériques,\n       Monde dont ma mémoire a gardé les reliques\n       Où mon rêve pompeux va se justifier,\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 386, "texte": "                        — 177 —\n\nQu'y vois-je? Je ne sais, mais j'y vois bien des choses\nFrappant confusément mes tempes et mon cœur,\nBien des yeux effeuillés et bien des bouches closes.\n\nQue me dit ce regard? que me.dit cette bouche?\nRien, il me regarde, il me fixe, elle me touche,\nEt ma lèvre se sèche et mes yeux en ont peur.\n\n\n                            II\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 177, "titre_corps": "L’Ombre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "Eddy Levis", "ancre_debut": "L OMBRE", "ancre_fin": "EDDY LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA VIERGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 386, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "L'OMBRE\n                                         A GEORGES KHNOPFF\n\nIl ne faut pas faillir, car rien n'est aussi lâche\nQue de ne pas avoir la volonté de soi,\nQu'importe à mon esprit ce que l'on dit de moi ?\nJe sais ce que je veux et j'accomplis ma tâche.\n\nVa, regarde ton ombre et ne regarde qu'elle,\nCrains bien de la quitter et n'aie pas d'autre peur.\nLaisse la proie au chien, ce qu'on touche est trompeur,\nL'ombre est le seul trésor qui ne soit infidèle.\n\nLaissons à d'autres mains de pétrir la matière,\nSeule l'âme invisible a droit d'éternité,\nLe reste, Dieu l'a dit, n'est que cendre et poussière.\n\nLe palais a croulé par le temps emporté ;\nLa chair a disparu, mais ô poète sombre !\nDe nos frères défunts que demeure-t-il? L'ombre.\n                                            EDDY LEVIS.\n\n\n                           III\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 178, "titre_corps": "La Vierge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "J. Frédéric", "ancre_debut": "LA VIERGE", "ancre_fin": "Janvier 1886", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "LA V I E R G E\n  Sur des prés de muguets bordant un bois sacré,\n  J'ai rencontré la Vierge au chaste et fier visage,\n  La Vierge Solitude au corps svelte et nacré.\n  D'un mystique saphir son front brillait paré;\n  Impérial manteau d'un céleste ourdissage\n  Sa chevelure d'or baisait le paysage.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1653, "texte": "                       -    178-\n\n  C'était dans un sublime et calme paysage\n  Où dormait, bleu dragon, un grand fleuve sacré.\n  Un temple de Bramah, colossal ourdissage,\n  Des Notre-Dame offrant l'âme d'un beau visage,\n  Des coupoles d'airain et, chastement paré,\n  Maint Parthénon trônaient dans le lointain nacré.\n\n  Des éthers constellés un jour sobre et nacré\n  S'épandait argentant l'immense paysage,\n  Sur le gazon vert de cent floraisons paré\n  Nymphes, sylphes, richis, mêlaient un chœur sacré.\n  Je vis passer les dieux au fulgurant  visage\n  Sur les astres tissant aux cieux leur ourdissage.\n\n  Valeureux tisserands courbés vers l'ourdissage,\n  Des forêts au fruit d'or, d'azur, au fruit nacré,\n  Et dans leurs frondaisons plus d'un vague visage\n  Tramaient leurs réseaux sur l'aigue du paysage.\n  La sylphide fuyait dans le fourré sacré\n  Le lascif Ægipan agrestement paré.\n\n  Couronné de lauriers ou de roses paré,\n  De sa robe traînant l'éclatant ourdissage,\n  La tiare ceignant son chef du lin sacré;\n  Drapé dans le burnous ou le chiton nacré,\n  Sous l'ogive profonde, au sein du paysage.\n  Passait contemplatif maint austère visage,\n\n  La Vierge m'accueillit de son plus doux visage :\n  « Je te veux, me dit-elle, ô mon amant, paré\n  Des vastes splendeurs du rêve et du paysage.\n  Je vêtirai ton corps du plus riche ourdissage\n  Où dans le cuivre et l'or et dans l'argent nacré\n  Brûleront l'hyacinthe et le rubis sacré.\n\n  Je t'ai sacré poète et pour toi le visage\n  Du ciel nacré des nuits n'aura, de feux paré,\n  Point d'ourdissage obscur, l'infini paysage !\n                                        J- F R É D É R I C .\nJanvier 1886."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 179, "titre_corps": "Un qui va se suicider", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "Mac-Abre", "ancre_debut": "UN QUI VA SE SUICIDER", "ancre_fin": "MAC ABRE", 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sans émoi,\nVeillant sur leur sommeil, muette sentinelle,\nEt j'aspire, ma belle, à coucher avec toi!\n                                                 MAC-ABRE.\n\n\n\n                            V\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 180, "titre_corps": "Pour une vieille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "Jules Gilson", "ancre_debut": "POUR UNE VIEILLE", "ancre_fin": "JULES GILSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DERNIÈRE VISITEUSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "POUR      UNE      VIEILLE\n           Elle promène dans le bal\n           Son étonnant décolletage ;\n           Si la chose était de son âge\n           Personne n'y verrait grand mal.\n\n            Mais, hélas ! quel repas frugal\n            Pour les ennemis du corsage,\n            Quand elle étale dans le bal.\n            Son étonnant décolletage!\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "                      — 180 —\n\n        Quand la jeune au sein virginal\n        Cherche à gazer son avantage,\n        La vieille, au contraire, avec rage,\n        Montrant un nu. très immoral,\n        Va se pavaner dans le bail\n                                            JULES GILSON.\n\n\n\n\n                         VI\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": 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accoutumée.\n\nD'ailleurs, comme déjà la chère le savait,\nElle n'aura pas peur en voyant mon visage\nSi défait et si pâle, et bien douce, et bien sage,\nS'assoira sans parler à mon triste chevet.\n\nEt moi, qui dès longtemps suis fait à la pensée\nD'être un jour visité par elle, je serai\nSans émoi de la voir, et je la laisserai,\nSans dégoût, dans sa main prendre ma main glacée.\n\nLors elle parlera. doucement et très bas\nDes choses du passé; d'une province chère,\nD'une maison bien close et pleine de mystère,\nEt des tristes amours que je n'oublirai pas.\n\nEt, maternellement, comme l'eût fait ma mère,\nAprès m'avoir parlé quelque temps du bon Dieu,\nLa chère me dira : « Veux-tu dormir un peu? »\nEt content de rêver je clôrai ma paupière.."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": 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l'amour lui-même\n          Console de l'amour !\n\n           Car, dites à cette âme\n           Que tourmente la femme ::\n           « Là, prenez ce dictame\n           Qui guérit de l'amour... »\n\n           Elle dira, la folle,\n           « Non, je veux que l'amour\n           Me peine et me désole\n           Sans que l'on m'en console.,. »\n\n            O l'étrange mystère !\n            Rien n'est pire sur terre,\n            Et pourtant on préfère\n            Sa peine, et son amour.\n\n\n                          VIII\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 181, "page_fin": 182, "titre_corps": "Résurrection", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", 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Oh! quel air décevant\n        De septembre éternel, dont le froid et le vent\n        Faneraient à jamais les fleurs sous leur haleine ! —\n\n        Là, jadis, de gais vœux après un temps lointain\n        Qui, dans ces jours, venu, me laisse, hélas! certain\n        Qu'attendre était meilleur... O froid! ô monotone\n\n        Retour aux printemps morts ! Mon âme est tout en pleurs ;\n        Comme un qui sortirait de sa tombe, en automne,\n        Tristement étonné de ne plus voir de fleurs...\n                                              G R É G O I R E LE R O Y .\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 182, "page_fin": 188, "titre_corps": "Le Salon des XX", "titre_sommaire": "L’Exposition des XX", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE THÉÂTRALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 205, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                        LE SALON DES XX\n               Oh ! la chaude et triomphale journée du 6 février ! Art jeune,\n                l'après-midi, aux XX; le soir, à l'Alcazar. D'une part, enthou­\n                siasme qui bout, griserie de bonne bataille, témérité à travers\n                et malgré tout; de l'autre, moqueries faciles, ignorances serei­\nnes, parti-pris de bornes et de solivaux.\n   Désormais la bêtise belge a ses dates et ses anniversaires. L'ouverture\ndes XX en est une. On dirait qu'à cette « première » artistique, le cerveau\nbourgeois se dégorge par toutes ses circonvolutions. Il en jaillit des excré­\nments de sottise. Cela rappelle des opérations d'abattoir. Le porc est tué,\nil est suspendu, ventre ouvert, à des tringles grossières, les boyaux sont\njetés sur l'étal, fumants et flasques.\n   Les avez-vous vu vider? C'est cela.\n   Ce qui se débite d'âneries en ces quelques heures devant ces quarante\nexposants ferait un fumier monumental. Dames élégantes à bouche pincée\nde souris prude, fourrures confortables avec un ventre officiel dedans, gom­\nmeux monoclés, académiciens rances, peintres déshonorés de rubans\nrouges, réputations tuées depuis longtemps dans leurs propres batailles de\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "                                 — 183 —\n\nLépante et leurs propres pestes de Tournai, prud'hommes énormes, collec­\ntionneurs d'eux-mêmes, tout cela commère, potine, hausse les épaules,\npasse et fuit devant ces quelque cent œuvres d'art, qui hurlent l'avenir.\nEt des rages! Voici un Monsieur qui s'arrête devant les Toorop et jure\ncomme un portefaix, et trépigne, et remue ses poings... qu'il tient en\npoche. Tel autre s'affale sur un banc et crie qu'il faut « brûler tout ».\n   Les années précédentes, il y avait çà et là un tableau « à la portée du\npremier venu », tableau sauveur, auquel on accrochait des louanges de\npédicure et des « compliments » de bonne ménagère; aujourd'hui, rien. On\ntombe d'Ensor en Vogels, de Vogels en Schlobach, de Schlobach en de\nRegoyos, puis en Renoir, en Finch, en Charlet, en Van Rysselberghe, et si\nl'on a la tête assez audacieuse pour l'exposer aux surprises de la salle voi­\nsine, voici Zandomeneghi, voici Besnard, voici Toorop et enfin le terrible\nMonet qui la soufflettent de leur peinture furieusement outrancière. Oh! les\npauvres oiseaux qui se cognent aux murs dans une cave obscure ! Pas un\ncoin où se tenir tranquille sur un perchoir d'admiration bonne enfant.\nPas une phrase à trouver, qui serve de masque à l'incapacité d'appréciation.\nPas un coin où débiter le petit monologue d'amateur éclairé devant un\nauditoire de mamans et de fillettes. Point d'opinion juste-milieu possible.\nOu la haine ou l'emballement.\n   Jamais public ne s'est senti aussi ahuri. Jamais à Bruxelles les artistes\nn'ont été aussi brutaux d'intransigeance. Il y a un abîme entre eux et la\nfoule. Le goût, pour apprécier une telle exhibition d'art, devra être retourné\ncomme un gant et rhabillé à neuf de haut en bas. Il faudra s'arracher les\nyeux et en acheter d'autres — et pas chez l'opticien du coin. Les vieux\nclichés sont cassés, les vieilles ferblanteries défoncées. Du neuf? en voici et\nil faudra bien qu'on l'accepte en dépit de tous les salons bourgeois tapissés\nde Madou et meublés de Verboekhoven.\n   Les Ensor, et les Vogels, et les Finch, et les Schlobach, et les Van Rys­\nselberghe seront acceptés un jour et proclamés beaux peintres, d'après cette\nloi inéluctable que toute révolution esthétique finit par triompher quand\ndes hommes de talent l'accomplissent. Quand les Dubois, les Artan, les\nBoulenger ont surgi en Belgique, mêmes clameurs et mêmes colères ; éga­\nlement en France, à l'apparition des Courbet, des Millet et des Corot.\nA cette heure, calme fixe dans l'admiration.\n   En attendant, qu'il soit permis de jouir un tantinet de tout cet affole­\nment ignare autour du Salon des XX et de collectionner un petit choix\nd'inepties au compte de MM. Pepermans et Van Dommelpot. La bêtise au\nfront de taureau que ces Messieurs cachent sous un chapeau de soie a senti\npousser à nouveau ses cornes. Ils lâchaient des aphorismes si nauséabonds\nqu'on se demandait s'ils ne se trompaient point de bouche. Ils avaient des\nfaçons si ignobles de protester, ils criaient si fort au scandale qu'ils en\nétaient obscènes. J'en vis un faire le geste à la Mouquette devant l'Ariane\nde Speekaert. Enfin c'était si ouvertement malpropre qu'on ne pouvait\ns'empêcher de songer à quelque mare morale, quelque putréfaction de\nsol dans laquelle on marchait. Tous les Vingtistes conserveront en mémoire\n                                                                       12\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "                                  — 184 —\n\nle tableau de cette après-midi néfaste. Il semblait que les pieds gluaient au\nplancher, que l'air se chargeait de stupidité volatilisée, que des miasmes de\nprud'hommisme montaient, et qu'on entrait et qu'on plongeait dans un\nde ces bains de boue infects et gras, mis récemment à la mode par la\n« Faculté ». Bains terriblement pestilentiels, mais hygiéniques après tout,\nqui retrempent les forces et ragaillardissent autant que les insultes des\nfoules banales ou ennemies.\n\n\n    Lorsque, l'an dernier, un personnage, estampillé ministre, visita le Salon\nvingtiste, il s'arrêta longtemps devant l'envoi le plus audacieux et compli­\n menta le peintre.\n    — Vos sujets sont très intéressants, monsieur.\n    — Ce ne sont pas des sujets, répondit lentement et en tic-taquant de la\n tête, l'artiste félicité, ce sont des lumières.\n    Le ministre, loin de s'étonner de cette réponse, un tantinet coupante, n'y\nvit qu'une nette profession de foi et raisonna juste. Elle contenait, en effet,\nle programme nouveau.\n    Il est inutile n'est-ce pas que je fasse la nomenclature des œuvres, une\nà une, les fleurissant de bons points ou les noircissant de blâme ; on con­\nnaît cette critique : « joli sentiment... ton juste .. manque de dessin...\ncharmant coloris, etc... » Un tel examen est banal comme des vers à césure\nimmuable.\n    Pour apprécier l'ensemble de l'exposition et caractériser la révolution\nd'art qu'elle exprime, il faut remonter à quelque cinquante ans en arrière.\nDepuis toujours, l'enseignement a distingué, dans un tableau à faire, le des-\nsin et la couleur. David, Gleyre et Ingres ne se souciaient que de ce pre­\nmier élément, et encore n'admettaient-ils point le dessin par masses, à\nreliefs, avec modelés, mais le dessin de contour, l'emprisonnement de la\nforme dans une délimitation au fil de fer. Leur œil, mort à l'apparence\ncolorée des choses, ne se complaisait que dans l'harmonie des lignes, le\njaillissement pur et savant du trait, les courbes calmes et gracieuses, la\nplastique élégante et reposée. On leur a reproché de faire des statues\npeintes.\n    Sont venus après les romantiques : Delacroix, Deveria, Roqueplan, Bou-\nlenger, Isabey, dont la réaction superbe contre la momification ingriste a\ndéterminé une école de coloristes de parti-pris. Ils avaient certes leur dessin\net c'était le bon, le vrai dessin mouvementé des peintres — mais ils ne s'en\nsouciaient guère et leur gloire et leur ardeur les portaient à l'étude de la\nbelle couleur dans les clairs-obscurs préparés et soi-disant nécessaires.\nC'était le temps des rouges fastueux, des jaunes incendiés, des verts\nsonores, des pourpres impériaux, de toutes les magnificences, de toutes\nles opulences et de tous les décors.\n    La couleur luisait, superbe et magique, en 1830, comme l'or du Rhin\nresplendit devant Alberich à travers les mirages et les apothéoses prisma­\ntiques de l'eau et du désir. Rubens règnait par dessus tous les Raphaëls du\nmonde, Rubens, maître et Dieu, plus Dieu que Titien et Véronèse.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "                                  — 185 —\n\n   Les peintres romantiques, tout comme les poètes, s'engouffrèrent dans les\nsujets renaissance et moyen âge, les uns pour y trouver des mots pitto­\nresques et les autres une palette à leur goût. Les XVe et XVIe siècles, tra­\nversés de cortèges, de processions, de rois, de reines, de tragédies à pour­\npoint, à loques et à épées, de meurtres de haut luxe dans un palais lambrisé\nou dans une fête publique, les siècles du faste et du mélodrame furent\nexploités comme des mines d'or. On se perdit en archéologies.\n   La réaction vint aussitôt : Réalisme. Etude du milieu contemporain,\nétude de l'homme rencontré sur la grand'route, au coin des bois, dans la\nrue, étude des humbles, des pauvres, des casseurs de pierres, des houeurs\net des planteurs de choux.\n   Or, il arriva qu'étudiant le monde moderne, on le traita dans son jour.\nD'abord on n'y prit garde et ce fut une question de costume et d'attitude.\nMais peu à peu l'objectif changea et l'atmosphère réelle dans laquelle on\nvoyait les choses se mouvoir et surgir, sollicita. Le milieu ambiant\nprit place avant tout autre souci. Une scène rustique devient non plus\ntant une étude de paysan peinant aux champs, de vigneron taillant les\nvignes, de berger menant aux pâtures ses bêtes, qu'une étude de plein air.\nEt sitôt cet éveil accompli par les plus audacieux, au milieu de la stupeur\ndes foules, des anathèmes académiques et des colères des routiniers, la\npalette se métamorphosa, les yeux se désillèrent, un frisson révolutionnaire\npassa à travers toutes les mains jeunes et tous les cerveaux insignes\net la plus importante révolution d'art de ce siècle annonça son tonnerre.\nUne nouvelle entente de la vie naquit, et dès lors l'antique et double préoc­\ncupation de la ligne et de la couleur s'évanouit et il ne resta plus que\nl'unique et splendide étude de la lumière agissante. Agissante, car c'est\nelle désormais qui commande dans le tableau. Elle détermine l'apparence\ndes objets, leur forme, leurs arètes que tour à tour elle ronge, infléchit,\nexagère. Elle fait la couleur qu'elle émiette en tons variés à l'infini, gam­\nmés ou brusques, éclatants ou assourdis. L'ombre, qui dans la plupart\ndes tableaux anciens n'est qu'une masse noire opaque, s'illumine égale­\nment, devient transparente, vivante, teintée. Et la formidable difficulté du\nreflet, qu'Ingres voulait bannir de la peinture « comme indigne de la majesté\nde l'histoire » est saisie dans tous ses caprices, ses fuites et ses retours, ses\ninfluences et ses répercussions, ses cachotteries et ses glissades. Oh !\nla lumière avec ses variations, et ces toiles si sincères, si vraies, si\nscientifiquement exactes qui épanouirent jadis les rhododendrons du rire\népais autour de certains personnages bleus, l'été, sous l'ombre des arbres\net qui firent se pâmer d'aise les gazetiers à la vue de certains plans de\npaysages lilas !\n   Mais ce n'est pas seulement le jour du dehors qui fut recherché et\nrendu. Voici le jour d'appartement totalement renouvelé. L'une transfor­\nmation a nécessité l'autre. Et les clartés tamisées à travers les rideaux,\nclartés du matin et d'après-midi, et les éclairages dorés ou argentés si\ndoux à l'œil et reposants sont apparus, et pour mieux étudier encore leurs\ndésinences et leurs tons souvent bizarres, on a logiquement — il y en a\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "                                   — 186 —\n\nqui bêtement s'en étonnent, — installé l'acajou conspué, le piano de palis­\nsandre bourgeois et l'ignoble armoire à glace à la place d'honneur, au\npremier plan.\n    Pourtant une objection se lève. Cette moderne entente de l'art est-elle\nvraiment neuve? « Les gothiques ne peignaient-ils pas lumineux? »\n    Non, ils peignaient clair, ce qui n'est pas la même chose. Ils coloriaient\n et leurs couleurs, très souvent harmonieusement juxtaposées, connaissaient\npeu le bitume et la litharge. C'est tout. Pour les modernes le but est autre :\nemployer du clair ne suffit pas ; l'effort consiste à raffiner, à découvrir le\nplus de tons dans la couleur et le plus de nuances dans le ton. Au reste,\nles mêmes sollicitations règnent en poésie. La couleur aussi s'y subtilise en\nton et le ton en nuance. Il y a bel âge qu'il ne s'agit plus uniquement de\ntrouver de riches rimes, ni des termes pittoresques, ni des vocables habillés\nd'or, ni des verbes vêtus de pourpre. On veut aller plus loin. Et tout un\nmystère de ryhtme, tout un au delà de phrases, toute une délicatesse de\nteintes est poursuivie. Le vers n'est plus un escalier à degrés massifs et\nuniformes. Il est serpentin, insinuant, long, bref, scintillant, brisé, effleu­\nrant, tardif, rapide, lourd parfois et incorrect, s'il le faut. Il s'adapte plus\nintimement à la pensée et surtout au sens intime et évocateur de la pensée,\nà ses lointains, à ses horizons. Il s'adresse à plusieurs sens à la fois, à l'ouie,\nà l'odorat, à la vue. Il est des choses qu'on entend luire, qu'on écoute briller.\nLes lettres dans leur agencement boiteux ou régulier, avec leurs majuscules\nen tourelles, baldaquins, pointes de rochers, aiguilles d'obélisques et leurs\nminuscules en ronde bosse, pignons, toits, chaumes ne sont pas indifférentes\ntypographiquement au poète chercheur qu'on s'entête encore après deux\nmille ans à nommer « un nourrisson des Muses ». Tout mot a sa silhouette\net une phrase est un paysage.\n   L'impressionnisme sévit donc à travers l'esthétique entière : en musique,\nmêmes correspondances, mêmes subtilités de sensation. Aussi les trois faces\nde l'art sont-elles peu regardées aujourd'hui. Le public a une éducation trop\nidiotement faite pour s'apercevoir combien elles resplendissent et traite les\nartistes de byzantins et de décadents, appellations nulles.\n                                      ***\n   C'est surtout chez Ensor, le plus en marge des XX, que les tendances\nnouvelles se font jour. Personne autant que lui ne fait vivre la couleur.\nIl est né peintre; il n'a jamais changé et ses œuvres de débuts sont aussi\nfortes, peut-être plus que celles d'aujourd'hui. Je me rappelle encore le\ntemps ou il exposait son Liseur à l'Essor. Revoyez-le. Il tient à côté de\ntoutes les toiles postérieures en date. On dirait que l'artiste a conquis toute\nson originalité, dès le premier jour. Vogels, Finch, Schlobach, Van Ryssel­\nberghe, Charlet, de Regoyos, Toorop, les uns dans le paysage, les autres\ndans les scènes d'intérieur, ceux-ci dans le portrait suivent les mêmes voies\nmodernes. De Regoyos et Van Rysselberghe surtout sont en progrès. L'un\nexpose une marine et une vue de Londres, étonnamment « ça », l'autre\nrend certaines attitudes d'enfants avec un mélange savant de distinction\net de grandesse.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": "                                  -   187    -\n\n    Trois groupes géographient les XX. Celui dont je viens de parler,\n auquel on peut joindre Verheyden et Boch ; celui qui s'attarde encore —\n avec talent toutefois — dans les pratiques d'antan : Wytsman et Van Aise;\n celui enfin qui se compose de deux personnalités très intéressantes dont\n l'une, suprême : Rops et Khnopff.\n    Rops est un des plus dominateurs artistes de ce siècle, il est aux génies\n énormes et universels, ce qu'un Baudelaire est à Hugo; il est aigu plutôt\n que large. Il est le miroir des incrédules croyants, si nombreux à cette fin\n de siècle; il crée l'enfer moderne si étonnamment différent de l'ancien, avec\n des monstruosités intellectuelles au lieu d'horreurs physiques; il est le poète\n élu de tous ceux qui se sentent mal à l'âme et qui iraient à la messe noire,\n si on la célébrait encore : A. M. D. G.! (lisez Diaboli au lieu de Dei).\n    Khnopff, beaucoup plus novice, étonne par sa déjà puissante interpré­\n tation symbolique. Son dessin pour le Vice suprême peut servir de fron­\n tispice au livre. Oh ! la mortuaire image de papauté sur un corps moitié\n lion, moitié sphinge. Puissance dans les griffes, volupté dans la gorge\net cette tête de mort ennuyée, seculaire, immense de rêve et de tyrannie !\n Et tout cela dominant un rocher, le roc de Pierre, tandis que devant,\nsur un socle, se dresse la marmoréenne beauté d'une quasi Vénus de Médicis,\nexacte de distinction et de délicatesse charnelle, gracile, masculine;\nimpudique avec des gestes chastes; décapitée de sa fierté pour être sur­\nmontée de cette tête audacieuse, impudente et canaille. O Léonora d'Este!\n    A côté : De l'animalité. Femme flasque, échouée, veule sous ses cheveux\nd'or, gorge passive, regards donnés. A droite, à gauche, deux piliers mon­\ntent avec des détails d'architecture spéciaux, rappelant des emblêmes\nsexuels, nombreux et lourds, et puis deux crânes mystérieux, nimbés, fixes,\nallumés, phares lointains au dessus des mers flasques de la chair ballante\ncomme des vagues...\n    Ces deux œuvres dégoûtent — le mot est trop fort, j'en conviens — des\nautres envois de M. Khnopff.\n    Il me reste à parler des invités.\n    Presque tous sont des maîtres et mainte de leurs toiles envoyée aux XX\nsera sacrée chef-d'œuvre dans dix ans.\n    Voici Monet, si superbe de forme, si grandissant les choses, si maître\ndont le pinceau réalise les plus aigues vibrations de clarté et apparaît le\nplus dominateur; Whistler l'immatériel peintre, l'harmonieux arrangeur,\nl'évocateur d'êtres et de personnages; Zandomeneghi, Parisien avant tout,\nnotant des scènes de mœurs, moderne jusqu'au bout des pinceaux, et\nmaquillé ! et artificiel ! et « ça » ! Besnard, très divers, s'éparpillant en\nsujets, tantôt contemporains, tantôt légendaires, remarquable surtout\ncomme portraitiste; Monticelli : de la féerie dans du soleil, et surtout\nRenoir, si étonnammant délicat et clair, exquis traducteur de la grâce\nmolle et abandonnée des femmes, caresseur... au pinceau, de chairs aussi\nroses et fraîches que des fleurs dans l'eau, traducteur prestigieux des tons\nglauques de l'air et des diaphanéités prismatiques, celui qu'on n'admet pas\net que des gens qui confondraient un cul de poule avec la bouche d'une\njolie femme, mettent de pair avec Herbo !\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "                                 — 188 —\n\n   Il faudrait insister encore sur le talent d'Odilon Redon, caractérisé\nici même par J. Destrée, sur les gravures de Guerard et de Gaillard,\nétonnantes de burin net, habile, exact et fidèle, et enfin sur les envois de\nCariès, qui patine avec une dextérité invue les cires et les glaises, acharné\naprès les moindres nuances de modelé, tenant de la vie au bout de ses\ndoigts, et l'imprimant et la fondant à son modèle.\n   Un souvenir avant de terminer à Charles Goethals — personne n'en\nparle! — dont l'œuvre est là, tout entier, dans sa sincérité et sa force\nnaissante, et brisé mélancoliquement. Le portrait du mort, tout en blan­\ncheur de plâtre et crispé de mal, avec je ne sais quelle ironie tordue,\ndomine sous crêpe l'exposition des tableaux et des dessins posthumes.\nPauvre artiste! et quelle souffrante figure, lointaine déjà, avec Pantazis !\n                                                  ÉMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 194, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "CHRONIQUE THÉÂTRALE", "ancre_fin": "X", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 211, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 973, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n                          JEANNE          BIJOU\n              C'était prévu. Après s'être affirmé dans la poésie, dans le roman,\n               dans la critique littéraire, la Jeune Belgique devait se pro­\n               duire au théâtre. Après toutes les luttes passées, après les\n              prodigieux efforts dépensés pour de minces résultats, après les\nlivres, les revues, les conférences, les procès, après les coups de plume, les\ncoups de langue, les coups d'épée, il faudra essayer les coups de théâtre!\n   Ici plus qu'ailleurs tout est à faire, à créer, à conquérir. Nos scènes de\ncomédie s'approvisionnent exclusivement des productions françaises.\n   Tel théâtre épie le succès des pièces nouvelles à Paris et les rejoue ici un\nmois après, en choisissant de préférence les œuvres comiques, lestes, qui\nattirent le plus facilement nos publics.\n   Tels autres théâtres, moins suivis, moins subsidiés, n'ayant pas le moyen\nde payer le droit de représentation des pièces nouvelles, jouent de vieux\ndrames ou de vieux vaudevilles, en se contentant d'une clientèle de fau­\nbourg qui leur suffit à vivoter.\n   Des pièces belges, ils n'en représentent guère — malgré l'obligation de\nleur cahier des charges — et jusqu'ici vraiment il n'y a pas lieu de leur en\nfaire un grief. La plupart de celles qu'on a écrites et primées dans des con­\ncours officiels, sont d'une banalité touchante. Récemment nous avons\nentendu ainsi, interprétée par une troupe d'amateurs, la Question\nd'Occident, une comédie qui a valu à son auteur le prix triennal du gouver­\nnement, à la suite d'un rapport très favorable du jury. Certes, ces auteurs\nignorent, avec une naïveté qui désarme, les délicatesses de la langue et les\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "                                  -   189    -\n\nsubtilités du style. Devant un public facile et rudimentaire comme celui de\nl'Alhambra, ils pourront faire applaudir la représentation calquée de notre\nvie bourgeoise et nationale, dans un dialogue du terroir où l'art n'a rien à\nvoir, mais à un auditoire de lettrés ils communiqueraient ce petit sourire\nqu'ont les grandes dames en entendant leurs gens patoiser et jargonner dans\nl'office.\n   Quoi qu'il en soit, la presse s'est montrée fort aimable. C'est peu éton­\nnant : nos bons critiques goûtent cela, étant pour la plupart des ratés de\nlettres qui eux-mêmes n'ont rien écrit qui vaille ; ils doivent aimer les\nimpuissants, eux qui ont un tempérament de vieilles filles. Quelques-uns\nont peut-être lâché un livre, il y a bien longtemps; mais c'est un enfant\nnaturel qu'ils ont oublié. Presque tous n'ont fait qu'une brochure —\nquelque chose comme une fausse couche — ignorée — ce qui ne les empêche\npas, en suite de cette continence à peine interrompue, d'avoir gardé leur\naigreur et leur rancune pour avoir coiffé la Sainte-Catherine des Lettres.\n   Cela fait songer à ce joli mot de Legouvé : Les vieilles filles seraient si\nbonnes, si elles pouvaient avoir un enfant, honnêtement.\n   Mais on conviendra que c'est assez difficile, et dès lors s'explique leur\ndépit de voir ainsi les Jeunes Muses faire des enfants qui leur tirent la\nlangue.\n   Alors les vieilles filles de la littérature prennent des grands airs dans leurs\nphrases empesées comme des jupons ou plates comme leurs gorges. Elles ne\nveulent pas se servir de leur binocle ni regarder de près, et vont criant que\nla mariée est laide, d'une fatuité désarmante, prenant « ses maniérismes\ncontournés pour de l'esprit et sa rédaction minutieuse pour un style pré­\ncieux ! »\n\n\n   C'est le 6 février, dans la salle de l'Alcazar, qu'a eu lieu la « première »\nde la Jeune Belgique, avec Jeanne Bijou, 3 actes, de Max Waller, et\nle Saxe, un acte de Francis Nautet, montés par un directeur qui a eu le\ndilettantisme de risquer l'aventure sans subside et sans prime.\n   La comédie de Max Waller, nous la connaissions déjà pour l'avoir\nentendue, un soir, lue par lui dans une réunion d'artistes. Bien des répar­\nties fines, des observations malicieuses, des mots charmants qui avaient\nporté dans une chambre intime, sous l'abat-jour en clair de lune de la\nlampe, se sont brûlés leurs ailes délicates au cordon de la rampe de gaz\n— grâce sans doute à une interprétation où il n'y avait que de la bonne\nvolonté.\n   Mais malgré cela, le premier acte a porté.\n   C'est qu'il est vraiment scénique, comme dialogue et comme action.\n   La scène se passe chez Jeanne Bijou, une horizontale de haute marque,\nqui « grignote dans les blasons ». Un de ses anciens, Albert de Morteroche\nest revenu la voir, bien qu'il soit marié depuis peu à une femme char­\nmante.\n   Curieuse nostalgie, que celle du vice et celle de l'amante dont on n'a pas\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "                                  —   190 —\n\n\népuisé toutes les caresses! Déjà Max Waller avait détaillé cette psychologie\ndans Lysiane de Lysias. Ici la chose n'est qu'indiquée, mais tourne\naussitôt à l'action et au drame; un ami d'Albert, Gaston de Cléry entre et\nlui dit à l'oreille qu'il a aperçu une femme voilée, en fiacre, qui guettait la\nmaison.\n   C'est sa femme à lui, qui aura peut-être découvert son retour chez la\ncourtisane.\n   Albert se sauve et Jeanne Bijou qui a appris la chose par un de ses\nvieux adorateurs l'envoie en reportage pour apprendre le dénouement de\nl'aventure. Elle reste seule avec Gaston, et ici se place une fort belle scène\nqui termine le permier acte.\n\n                                SCÈNE VI\n                              JEANNE, GASTON\n                                   JEANNE\n   Maintenant, à nous deux. Vous savez que je suis discrète; répondez-moi.\nEst-il vrai que Monsieur Gaston de Cléry a aimé la femme d'Albert de Mor­\nteroche lorsqu'elle était jeune fille?\n                                   GASTON\n   Singulière question. Eh bien. Oui, j'ai pensé à cette jeune fille; le mariage\nne me déplaisait pas trop et la dot avait quelque charme. Albert m'a enlevé\nles deux, je lui pardonne.\n                                   JEANNE\n  Le bruit court que vous n'auriez manqué que la dot, et que, au bout de sa\ncourte lune de miel, vous auriez débarrassé Albert du fardeau de ses devoirs.\n                              GASTON (se levant)\n  Qui a dit cela? C'est une honte !\n                                   JEANNE\n  Le bruit court...\n                              GASTON (vivement)\n   Oh! oui, ces bruits là, cela court si vite qu'on n'a pas le temps de les\nrattraper. Je suis l'ami de Mme de Morteroche, nous avons été élevés\nensemble, je suis son compagnon d'enfance.\n                                   JEANNE\n  Mais ces choses-là, cela se continue.\n                                   GASTON\n  Christine est la plus charmante et la plus honnête des femmes, digne de\ntous les respects et de toutes les admirations, et en ce moment, je suis navré\nde savoir que ses soupçons viennent de se confirmer, qu'elle a vu entrer chez\nvous cet homme qu'elle aimait tant et que soixante jours ont lassé d'elle!\nTout son bonheur, ses espoirs, ses rêves de jeune mariée s'écroulent ; c'est\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "                                  —   101 —\n\n\nà crier de douleur. Cette enfant, dont je sais la sensibilité, la douceur, la\ngrâce délicate, Albert ne l'a pas devinée encore, mais le jour où elle se mon­\ntrera, où elle sortira d'elle-même, il n'aura pas assez de sa voix, de ses yeux,\nde ses deux mains, de ses deux genoux pour implorer son pardon !\n                                JEANNE\n  Que voilà de feu, pour un simple ami d'enfance!\n                              GASTON (crescendo)\n   Eh bien, oui, je l'aime, mais de piété et de dévouement, cette âme qui\nn'a rien fait pour s'embarrasser d'un corps. Je l'aime et je la défends, la\npauvre petite qui va souffrir à cause d'une...\n                                   JEANNE\n  Dites courtisane,   c'est plus Régence; horizontale   me déplaît.\n                                    GASTON\n   Vous avez fait tout ce que vous avez pu pour ensorceler Albert; l'aimiez-\nvous? non, pas un instant, mais vous vouliez vous octroyer ce gentilhomme,\npar plaisir, par distraction, et lui croquer le bonheur comme un fruit rare,\nn'est-ce pas?\n                                    JEANNE\n   Nous y sommes ! Eh bien, oui, là, c'est vrai. Je me venge. On m'a chassée\ndu monde, de leur monde, comme ils disent, sous prétexte que mon mari\nne descendait pas de Louis XV. Ils en descendent, eux, par une échelle\nplus ou moins généalogique. Je me venge, pour rire, pour me distraire,\ncomme vous dites. (Avec emphase). Je suis la-femme fatale, comme dans les\nromans de Montépin. Je grignote dans les blasons et j'y laisse des marques..\nAlbert? il souffrira comme les autres. Je suis toujours belle, il souffrira; je\nsuis toujours jeune, il souffrira; il se brûlera le sang à force de désir; il\nme rêverra, il me reviendra malheureux comme tout à l'heure, fatigué,\nsuppliant. Alors je rirai tout doucement, comme ceci, tout doucement.\nJe n'ai même pas voulu de son argent. J'en avais, j'en ai. Le duc de\nLagarde m'a donné cet hôtel, le comte de Chaune ces diamants, le vieux\nStein a rempli d'or mon secrétaire ; lui, ne m'a rien donné, je n'ai pas voulu.\nMais il s'est mis à mes pieds, il a pleuré pour m'obtenir; je n'ai pas voulu\nencore. Je lui ai donné l'absinthe et j'ai retiré le repas, pour le voir mourir\nde faim. C'est très drôle, je suis contente, je m'amuse, voilà !\n\n                                 GASTON\n  C'est bien vieux tout cela, madame. Du Paul Féval, tout au plus...\n                                JEANNE\n  Vous voulez me prendre par l'amour-propre.\n                                   GASTON\n  De l'amour... propre. Vous!\n                              JEANNE (geste droit)\n  Sortez !\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "                                    —    102 —\n\n\n   Comme on le voit, c'est du vrai théâtre, passionné, dramatique, et si\ntoute la pièce avait été écrite dans ce ton-là, si toutes les scènes avaient eu\ncette logique et cette cohésion, nous nous trouverions devant une belle et\nforte comédie qui tiendrait sa place à côté des meilleures du répertoire\nactuel. Mais c'est déjà beaucoup de mener à bout, sans défaillance, une\npareille scène, et nous sommes loin, à coup sûr, des pièces belges auxquelles\non nous a habitués. Ce qui frappe surtout, dans tout ce premier acte, c'est\nla facilité du dialogue; ce don-là, Max Waller le possède absolument, et\nc'est ce qui permet d'affirmer qu'il fera d'excellent théâtre, quand il préci­\nsera mieux le dessin de l'action et la logique des caractères. De l'esprit, il\ns'en est dépensé à pleines mains dans tout ce premier acte, avec des bou­\ntades comme ceci :\n   « C'est à rougir de se mettre en habit noir. Des blasons à dix gueules de\nsinge sur champ de course, à trois étoiles de café-concert. C'est tout le\nnobiliaire actuel. N'était l'odeur, je me ferais démocrate. »\n   Et ailleurs, cette définition du mariage : « De la morphine ! une piqûre\navec une seringue d'argent! »\n   Et l'on a osé écrire le lendemain qu'il n'y a pas d'esprit dans cette pièce.\nJe parie que celui-là a de l'ouate dans les oreilles. De l'esprit, mais il y en a\ntrop; c'est peut-être un des plus grands défauts de la pièce; le dialogue\nfatigue à force de facettes; tous les personnages parlent de la même manière;\non dirait qu'ils font seulement les gestes et que Max Waller parle tout le\ntemps; ils sont spirituels à tel point qu'on s'attend à voir l'un d'eux s'écrier\ncomme dans Philiberte d'Emile Augier :\n                  Mais que c'est donc joli tout ce que nous disons !\n   A vrai dire, les actes suivants sont plus faibles. Au second, nous sommes\nchez Christine, la femme délaissée, qui depuis deux mois s'est reprise et\njure qu'elle ne pardonnera jamais à son mari son cruel abandon. Celui-ci\nessaie de la reconquérir, en lui parlant de l'autrefois, en confessant sa folie\nd'une heure; mais Christine est impitoyable. Alors le mari se redresse. C'est\ndonc qu'elle en aime un autre, et cet autre c'est son ami, à lui, c'est Gaston\nde Cléry. Tout le monde en parle, tout le monde en rit! Christine répond\nqu'elle ne se défendra même pas. Survient Gaston lui-même. Scène entre le\nmari et lui, qui prend la même attitude.\n   Mais Christine rentre, se met entre eux et dit crânement que M. de Cléry\nest son amant, « puisque je suis veuve de vous », ajoute-t-elle en regardant\nson mari. Celui-ci va s'élancer pour souffleter Gaston, mais Christine l'ar­\nrête, et un moment après, la voilà restée seule avec Albert.\n   C'est la scène finale du second acte, une très bonne scène encore, où le\nmari ricane, insulte, s'emporte.\n   — En réalité, Madame, vous devez vous étonner que je reste ainsi, calme,\ndevant vous, sans rien dire, sans crier de colère...\n   Christine.— Non... non... je ne m'étonne pas... Car, écoutez! Lorsque\nje vous ai dit que Monsieur de Cléry est mon amant, vous ne m'avez pas\ncrue!...\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "                                   -   193   -\n\n    Cette fin est assurément émouvante, et, du reste, dans tout l'acte il y a\nd'excellentes intentions scéniques, mais c'est malhabile, c'est trop rapide,\ncela tourne trop court. A ce propos, on a eu tort de plaisanter ceux qui ont\nparlé de l'optique de la scène. Au théâtre, parmi la demi-attention d'un\npublic qui a dîné, qui est distrait par le manège de la salle, les choses\ndoivent se préparer, s'insinuer, avant de se dire, et c'est alors seulement que\nle spectateur comprend parfaitement.\n    Au troisième acte, les époux se réconcilient au bal de l'Opéra, car Albert\ny a vu Gaston en tête à tête avec Jeanne Bijou, ce qui le rassure sur ses\nattentions auprès de sa femme. Le dénouement est assez bien amené par la\ntactique de Christine qui, devant son mari, sous son masque, raconte\nl'histoire d'une grande dame qui aurait perdu son mari depuis deux mois\net s'en trouvait fort ennuyée.\n    Albert intervient et déclare qu'il a précisément rencontré le mari qui\navait fait la même perte et avait le même ennui.\n    Là-dessus ils s'en vont au bras l'un de l'autre et ainsi se trouve vérifié le\nmot d'un des personnages au premier acte qui dit n'avoir jamais cru beau­\ncoup aux séparations de corps.\n    Cette lutte intéressante de tendresse blessée et d'amour-propre était peut-\nêtre peu scénique; toute l'action ici réside dans le sentiment, et de pareilles\nanalyses comportent plutôt le détail du roman que la synthèse du théâtre.\n Mais telle qu'elle est, cette pièce a mérité par ses hautes qualités de style, le\nsuccès dont un public d'amis l'a salué.\n    Pour la première fois en ce pays, nous avons entendu une comédie belge\nprésentée en de l'écriture artiste selon le mot des Goncourt, et pour la\n première fois, comme eux, un des nôtres aura parlé au théâtre la langue\n littéraire. Cela nous mène loin heureusement de l'argot actuel ou des rédac­\n tions de M. Sardou avec ses fameux petits points qui s'allongent dans sa\n prose obscure comme une file de lanternes en des rues noires.\n\n\n\n\n***\n  Le Saxe, de Francis Nautet, a présenté les mêmes qualités littéraires.\nSon petit acte est même agencé avec plus de certitude et de cohésion; les\nentrées et les sorties sont bonnes. Mais le dialogue a moins de pimpant et\nde délié. On dirait par moments d'un style qui prend du ventre.\n   Il s'agit d'une jeune fille qui adore les bibelots et qui commence à trouver\nqu'un mari lui manque dans son petit musée. C'est le premier de l'an.\n   Or, comme on croit définir le caractère des hommes d'après leur écri­\nture, elle jugera, elle, ses prétendants d'après les étrennes qu'ils vont lui\napporter. C'est ainsi que malgré ses quatorze chevaux, malgré la protection\nde la mère, sera sacrifié M. Valentin Robineau, pour avoir eu l'idée sotte\nd'offrir une jardinière, une affreuse jardinière, tandis que Georges Darbaix\nobtiendra la main d'Aline en échange d'un Saxe qu'elle rêvait d'avoir et\nqu'il est venu lui donner. C'est peu de chose, mais de jolies variations s'y\nenroulent comme des vers de Musset qu'on aurait collés sur un mirliton\nde Saint-Cloud.\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "                                   — 194 —\n\n   Aline supplie sa mère qui refuse encore son consentement : « Georges\ntravaillera, il intriguera, il se fera nommer quelque chose de facile, député,\nministre... »\n   Il y a ainsi pas mal de choses piquantes.\n   Il y a aussi une jolie légende allemande, se rattachant à ce Saxe, qui\ntient la curiosité en éveil et amène la conclusion au dénouement : Aline\ndoit épouser Georges parce qu'ils ont des goûts semblables. Quel est le fou\nqui a dit que l'amour naît du contraste... L'unique bonheur réside dans un\ncouple apparié, miroirs jumeaux où tout se reflète d'identique manière !\n\n                                    **\n   Voilà les débuts de la Jeune Belgique au théâtre, débuts sans préten­\ntions, tout intimes, une simple passe d'armes avant les grandes batailles.\n   A quand'notre soir d'Hernani? A quand le drame héroïque, le drame\npaysan où revivront nos communiers flamands ou nos superbes rustres\nd'aujourd'hui ? A quand la comédie cinglante qui mettra nus sur le théâtre\nnos bonshommes politiques, qui étalera le cabotinage et la goujaterie de nos\nmœurs?\n   Ce soir-là, il ne manquera pas de gilets rouges, il ne manquera pas de\nchevelures insolentes, comme il ne manquera pas non plus, soyons-en cer­\ntains, de Gustave Planche, Planchette et Planchinette pour écrire le lende­\nmain — comme leur ancêtre — que de pareilles pièces sont des gageures\ncontre la langue et le bon sens.\n                                                                  X.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 194, "page_fin": 198, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1520, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n  Les Templiers. — Litolff, Berlioz, Borodine. — Le Concert populaire. — Le\nConcert de l'Association des Artistes musiciens. — Le Concert de M me Cornélis. —\nLa Musique de chambre, MM. Gurickx et Degreef. — La Nouvelle classe de harpe. —\nWagner au Conservatoire.\n\n\n             Dans quelques semaines les feuilles pousseront. Nous aurons eu\n              Saint-Mé grin, Pierrot Macabre, Gwendoline, Lohengrin,\n              peut-être, et les concerts prépareront leur séance de clôture.\n              Pour peu que notre livraison retarde, ma pauvre chronique\nmensuelle — disons trimensuelle — passera pour une revue de fin de saison.\nC'est ce qui m'excuse de parler du mois de janvier en plein mois de mars et\nde remonter encore à ce déluge qu'on nomme : Les Templiers.\n  Remontons-y donc et marchons à reculons.\n  De même qu'on se fait petit pour parler à de petits enfants, faisons-\nnous vieux pour parler d'un vieillard. Oublions un instant l'idéal, le\nbut, l'avenir. Au lieu de voir devant nous, regardons en arrière. Nous\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "                                   — 195 —\n\napercevrons l'auteur des Templiers, là-bas, dans le romantisme creux\nde vers 1850, à cette place que d'autres lui ont déjà désignée, entre Halévy\net Meyerbeer. C'est juste. La place est bonne.\n   A Meyerbeer, Litolff a emprunté tout son système de mise en scène\nbruyante, il en a les grands ensembles sonores et décoratifs, tels le final du\npremier acte et la scène de l'ordination au quatrième. Mais il n'a déjà plus\nla puissance dramatique que Meyerbeer a montrée dans son quatrième\nacte des Huguenots, et il va beaucoup moins loin dans l'âme de son sujet.\nQuant à la mise en œuvre extérieure, il a l'orchestration nue et froide, au\nmoins pauvre, d'Halévy.\n    Il y a mis en plus — en moins, devrait-on dire — la trivialité de cer­\ntaines formules, de certains rythmes, de certaines instrumentations, qui\nprouve que, même comparativement à son entourage, il n'est pas de ces\nnatures affinées qui se trouvent à toutes les époques. En effet, au lieu d'af­\nfiner les sensations, il les grossit pour le relief; il cherche ce relief en dehors,\nnon pas en dedans. Au lieu de couper les cheveux en quatre, il les met en\nmèches. Pour l'optique de l'oreille, il fait de la musique comme certains\npeintres font du panorama : à trompe-l'œil\n   Si le pape avait canonisé Monte-Christo, Litolff l'eût mis en musique;\nil est une sorte de Dumas père compositeur, faisant du rythme à coups de\ngrosse caisse et de cymbales, du rythme à l'usage des foules ; car les mou­\nvements éphémères et superficiels des foules remuent, plus que tous autres,\nsa nature nerveuse, et ce patriotisme mystique qui lui a inspiré les meil­\nleures pages de sa partition, notamment le prélude, se plaît à chanter\ndes hymnes au milieu d'une multitude désordonnée de bannières et de\ncroix.\n    Il lui eût fallu Jeanne d'Arc, les Girondins, la Terreur; toutes ces scènes\n bouleversées de fanatisme et de martyr ; des épées tachées de sang, des\ncroix tachées de lumière.\n    Il était né pour improviser des Marseillaises. Sa superbe Ouverture de\nRobespierre le prouve.\n    Dans ce genre les Templiers eussent pu être une belle œuvre. S'il y avait\nutilisé les ressources de la polyphonie moderne et s'il avait pu trouver dans\n sa nature, mobile et énervée à l'excès, la force pénétrative nécessaire à\n féconder cette conception dramatique et à la réaliser tout à fait.\n    Le succès des Templiers est un succès de foule dû à une mise en scène\n splendide et surtout à ce ballet que Mlle Rossi danse et mime — physio­\n nomime, devrait-on dire — avec une si parfaite intelligence de l'art plas­\n tique.\n\n\n   Au moins ne dira-t-on pas de Litolff qu'il est un incompris, comme on\nl'a dit de Berlioz à propos de la récente exécution de l'Enfance du Christ\naux Concerts populaires. Le rapprochement était curieux entre ces deux\nhommes contemporains par l'état-civil, mais non par le génie; on croyait\nLitolff mort et Berlioz bien vivant dans son œuvre. Voilà que Berlioz\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "                                  — 196 —\n\n— après Wagner!— repasse à l'état d'incompris et, comme quelque chose\nd'informe qui vient de naître, on le renvoie à son chaos. Faut-il en rire?\n   Incompris : d'abord, c'est une pétition de principes. Incompris comme\nquoi? Comme un théorème de géométrie? Le pont aux ânes alors? Incom­\npris de qui? Des artistes ou... des autres'?\n   Depuis le jour où j'entendis sa formidable Damnation de Faust, je\ncroyais Berlioz calé et admis par tous comme une des plus hautes têtes de\nla musique moderne et l'esprit encore plein des colorations puissantes de la\nDamnation, j'ai vu son Enfance du Christ comme une œuvre effacée,\naffaiblie déjà, où le coloriste un peu « tachiste », où le dramaturge\nhabituellement passionné et tourmenté a mis des tons monochromes sur\nun dessin très simple. Œuvre atténuée gardant dans les lointains du temps,\nsinon sa puissance, au moins son unité de conception et de structure, sa\nmodernité de forme et, sous un pâle frisson de soleil, tant d'amour, tant de\nnature, tant de vie!\n   Eh bien! non. Tout cela est sans inspiration et sans souffle. Le siècle\nprésent a pris pour tâche de relever en appel les incompris comme Berlioz :\n« Mais gare à la Cour de cassation de l'avenir! » Voilà ce que disent, sur\nun ton épique, des gens que Berlioz a endormis en 1850 et qui se réveillent\nen 1886 sans regarder l'heure. Il paraît qu'ils le disent sérieusement. Mais\nc'est la galerie qui se tord.\n   Quant à Borodine, il est fort heureux qu'on ne le comprenne pas ; car, si\non le comprenait, on voudrait peut-être l'expliquer et cela produirait des\nchoses tristes à entendre. Quand je dis ON, je veux dire... les autres —\ntoujours.\n\n\n    L'exécution de la symphonie de Borodine, reprise au dernier concert, a\nété superbe d'âme et de chaleur.\n   L'exécution de l'Enfance du Christ a paru, au contraire, manquer d'ac­\ncent et de relief. L'orchestre mou, les chœurs — de femmes surtout —\nmauvais. Quant à Mme Moriani, elle sait chanter, mais sa voix comme tout\nson être manque de vibration. C'est une gracieuse personne et sans doute\nune charmante artiste de salon ; mais elle comprend l'art un peu coquette­\nment comme certaines Italiennes comprennent la religion : à coups d'éven­\ntail; et nous ne lui pardonnons pas l'éventail.\n   MM. Heuschling, Dubulle et Engel, ont été très bons. M. Engel, pas\ntout à fait assez biblique cependant, surtout dans le large récitatif du début.\n   Les Concerts populaires qui, désormais, se consacrent exclusivement à la\nmusique moderne et qui termineront probablement leur saison par une\nexécution fragmentaire de Tristan et Yseult, restent le point de résistance\nartistique.\n   En dehors d'eux, presque toutes les auditions notables gravitent dans\nl'orbe du Conservatoire, et se donnent sous la présidence officieuse sinon\nofficielle de son directeur. Telles les nombreuses auditions de musique de\nchambre. Nous nous retrouvons ici en présence d'artistes de première\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                                — 197 —\n\nvaleur, voués tout à la musique d'école, et qui sont assez connus pour que\nnous ne citons pas leurs noms en ribambelle. Ils font œuvre méritoire en\ninstituant une sorte de musée ancien de la musique où l'on vient se\nrecueillir et se retremper après les auditions troublantes des Wagner et des\nBorodine.\n   Enfin, les Concerts de l'Association qui concèdent un peu de musique\nfacile et d'airs variés au gros public et quelques autres, comme le Concert\nde Mme Cornélis. Celui-ci, d'un programme peu intéressant, n'a été qu'un\nprétexte à ovationner une de nos meilleures cantatrices-interprètes. Nous y\navons entendu Mme Flon-Botman, Mlle Sophie Cornélis, M. Degreef.\nDeux jours plus tard, nous entendions M. Gurickx. On a voulu faire un\nparallèle entre MM. Gurickx et Degreef. Cette manie de classification et de\nmesurage est insupportable. Ils sont tous deux de style très pur et de très\nhaute esthétique. — L'esthétique est, en quelque sorte, la morale de l'art.\n— A ce titre, ils sont également respectables, mais chacun d'eux possède\nune personnalité accusée et vivace que l'école n'a pas étouffée et rien\nn'empêche, me semble-t-il, qu'on les admire de front sans vouloir absolu­\nment écraser l'un par l'autre. Si M. Gurickx nous occupe plus spéciale­\nment aujourd'hui, c'est à cause de son début comme compositeur, début\nassurément le meilleur qu'on ait fait depuis quelques années en Belgique,\ncomme on l'a très justement dit ; dans cette Esquisse symphonique qu'il a\njouée au dernier concert de l'Association, un seul défaut nous frappe : le\nmanque d'équilibre ; cela pèche par le dessin ; mais c'est si joli la tache,\nle coloris et sous ce rapport, l'œuvre est chaude, lumineuse, vigoureuse­\nment orchestrée et modelée dans un style très moderne. Ce qui s'y débat\nde sentiments personnels trouvera, pensons-nous, son meilleur moyen\nd'expansion dans la symphonie pure, le jour où M. Gurickx écrira non\nplus en pianiste mais en symphoniste.\n\n\n   Et maintenant donnons un souvenir aux harpes, à toutes les harpes dont\nl'avènement a failli causer une svncope au plus dodelinant de nos critiques\net défrayé pendant quelque temps le menu potin des coulisses de\nl'orchestre. Cet avènement dû à la fondation d'une classe nouvelle au\nConservatoire est plus considérable qu'on le pense, car la harpe remplit\nun rôle de plus en plus important dans l'instrumentation moderne.\n   Un jour, sans que M. Gevaert eût prévenu personne, vint défiler à\nl'orchestre de la rue de la Régence, toute une flottille de harpes d'or, dont\nles cordes exhalaient des sonorités lumineuses : la classe débutait. Comme\nc'était en même temps qu'un joli jouet, un jouet tout neuf, on le mit et le\nmultiplia partout. M. Gevaert voyait passer des harpes dans ses rêves. La\nSociété de musique en réclamait six d'un coup. Anvers n'en ayant pas\nassez, nous demandait les nôtres et l'Ecole de musique jalouse, singeait le\nConservatoire. Les débuts s'étaient faits dans l'ouverture d'Athalie, de\nMendelssohn, première étape des harpes dans l'orchestration moderne. Les\nseconds débuts ont eu lieu dans l'ouverture du Vaisseau Fantôme. La\njeune classe s'est fort bien tirée de cette partie assez ardue.\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "                                 — 198 —\n\n   C'est à ce même concert du Conservatoire que figurait l'Ouverture de\nFaust, également de Wagner. En l'entendant, un critique quotidien a fait\nla moue et s'est plaint du choix de cette page surannée ; puis il s'est mis à\nagiter, comme des drapeaux rouges, La Tétralogie et Parsifal au nez de\nM. Gevaert, en insinuant que M. Gevaert ne les connaissait pas. Mon\nDieu! il me semble que ce critique y va un peu rondement. J'aimerais\nbeaucoup entendre les oeuvres de la dernière manière, mais je crois que le\nreste est encore un assez beau reste et je remercie très humblement\nM. Gevaert de nous le donner. Puis, si je l'osais, je dirais en passant à ce\ncritique qu'il se compromet terriblement ; que lorsqu'on a l'honneur exces­\nsivement démocratique d'appartenir à un journal qui « va dans les\nmeetings », on n'affiche par ainsi ses préférences pour une œuvre de\nsensations aussi affinées, de nature aussi religieuse que Parsifal; je lui\ndirais qu'il n'a pas du tout « 1 esprit du journal » et que, s'il n'y prend\ngarde, il va se faire expulser un de ces jours par son rédacteur en chef.\n\n                                                    HENRY MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-03-05-n3-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 199, "page_fin": 202, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Amour suprême", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "MEMENTO\n             "}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 106, "texte": "BELGIQUE"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 262, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "Vient de paraître à la librairie de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 385, "fin_caractere_exclue": 426, "texte": "Brunhoff et Monnier Happe-Chair,      par"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 516, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "Camille Lemonnier."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "Trois éditions du livre sont déjà enle­"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 755, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "vées."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "Paraît aujourd'hui également : Jeanne"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1028, "fin_caractere_exclue": 1068, "texte": "Bijou, comédie en trois actes par M. 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A la page 23, elle est sou­"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3567, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "cieuse :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3627, "fin_caractere_exclue": 3667, "texte": "Il vient de refroidir mon âme soucieuse."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3717, "fin_caractere_exclue": 3755, "texte": "L'âme soucieuse de Henry est désormais"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3802, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "frappée, mais à la page 39 elle devient"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3888, "fin_caractere_exclue": 3934, "texte": "« valétudinaire, » à la page 58 elle est « mu­"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3981, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "tilée » et à la page 59 elle est rivée à « l'âme"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4076, "fin_caractere_exclue": 4119, "texte": "des nuits; » seulement, partout, malgré ses"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4166, "fin_caractere_exclue": 4207, "texte": "avatars, l'âme de M. de Classant se mani­"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4254, "fin_caractere_exclue": 4297, "texte": "feste en vers qui ne sont pas convalescents"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4344, "fin_caractere_exclue": 4384, "texte": "comme elle, mais très malades ; ils sont"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4431, "fin_caractere_exclue": 4471, "texte": "affectés d'impersonnalite aiguë, compli­"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4518, "fin_caractere_exclue": 4556, "texte": "quée de banalum tremens et de àfichau-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4603, "fin_caractere_exclue": 4618, "texte": "paniera morbus."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 149, "fin_caractere_exclue": 188, "texte": "M. Victor Arnould s'est décidé à donner"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 236, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "à l'impression ses vers : Le Drame social,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 368, "texte": "publiés récemment par la Société nouvelle."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "Cela fait de la peine vraiment. M. Arnould"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 515, "fin_caractere_exclue": 555, "texte": "est un orateur et un avocat remarquable;"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "il manie avec une heureuse virtuosité les"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 674, "fin_caractere_exclue": 714, "texte": "mots démocratiques, et les lieux-communs"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 779, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "inévitables des « premiers-Réforme » ne"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "choquent pas sous sa plume. Il a même"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 983, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "derrière lui des articles sur le Naturalisme,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1181, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "sur Gambetta, sur Gladstone, qui valent"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1277, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "d'être relus et compris. Par quelle bizar­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "rerie capricieuse M. Victor Arnould, écri­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "vant un article pour le journal de M. Féron,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1670, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "l'a-t-il inconsciemment tourné en vers de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1713, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "huit pieds, et compliqué ainsi le charabia"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1802, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "triple de la politique courante? Le vers, de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1895, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "huit pieds même, a une dignité lapidaire"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1990, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "qu'il est malséant de vilipender, et lui faire"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2079, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "dire, par exemple :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2272, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "La vie est l'enjeu d'un combat."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2311, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "L'aveugle trinité moderne,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2400, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "Le juif, le prêtre et le soldat,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "Liguant Banque, Eglise et Caserne,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2578, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "Tient l'univers, fixe le sort,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2653, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "Sans lois que d'être souple et fort,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2697, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "Afin de parvenir au faîte,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "Fût-ce un bonnet vert sur la tête."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2935, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "lui faire dire ces choses est un manque ab­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3022, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "solu de goût. Qu'on dévide dans un meeting"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3114, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": "tout ce fatras de révolutionnaire en chambre,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3182, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "c'est fort bien. Le peuple aime les redites,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3292, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "les grosses tirades trompettées; Thérésa"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3424, "fin_caractere_exclue": 3467, "texte": "chante ainsi, et Tyrtée n'est que le grand-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3561, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "père de Thérésa ; mais, de grâce, pas de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3694, "fin_caractere_exclue": 3740, "texte": "socialisme en vers ! Liberté, égalité, frater­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3832, "fin_caractere_exclue": 3871, "texte": "nité! vous ne voyez donc pas que cela a"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3962, "fin_caractere_exclue": 4005, "texte": "trop de pieds ! et des pieds malpropres qui"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4098, "fin_caractere_exclue": 4141, "texte": "sentent la salle Graffard. Non, M. Arnould,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4224, "fin_caractere_exclue": 4269, "texte": "faites de la politique et du barreau ; défen­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4270, "fin_caractere_exclue": 4307, "texte": "dez le va-nu-pieds dans votre journal"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4361, "fin_caractere_exclue": 4403, "texte": "contre le bourgeois que vous défendez à la"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4446, "fin_caractere_exclue": 4486, "texte": "barre — il faut bien vivre; — faites des"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4539, "fin_caractere_exclue": 4580, "texte": "chassés-croisés, mais pas ceux des rimes,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4629, "fin_caractere_exclue": 4671, "texte": "auxquels ne doivent toucher que les poètes"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4719, "fin_caractere_exclue": 4761, "texte": "Et les poètes sont des demi-dieux auxquels"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4809, "fin_caractere_exclue": 4848, "texte": "vos convictions politiques doivent vous"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4902, "fin_caractere_exclue": 4921, "texte": "empêcher de croire."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 5103, "fin_caractere_exclue": 5106, "texte": "***"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 5172, "fin_caractere_exclue": 5211, "texte": "Dans la même collection que celle inau­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "gurée par le Drame social, paraît un autre"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "recueil de vers non moins étranges, inti­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "tulé : Premières rimes, et signé Moi. Ce"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "n'est pas de moi, je vous jure, c'est de lui,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 470, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "et lui c'est la fontaine Wallace des mauvais"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 607, "texte": "vers, mauvais dans le sens d'incorrects; cy"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "un échantillon :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 723, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "Fleuves, chantez ! Chantez, oiseaux ! Brises, chantez !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 828, "fin_caractere_exclue": 883, "texte": "Vibrez, bois mystérieux, et grisez ma pensée (13 pieds)"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 933, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "aux bruissements de vos vastes concerts ! Peuplez"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1077, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "(13 pieds)"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1137, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "l'espace géant de vos strettes enfiévrées !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1230, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "Murmures et refrains, roulez vos lourdes lames"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1326, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "et noyez l'infini sous vos remous fougueux !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1420, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "Mugis, orgue grandiose! Orchestre immense, brame"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "(13 pieds)"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1624, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "aux échos tes récits et tes trilles nerveux."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1764, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "Le pseudonyme de ce poète bizarre me"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1850, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "rappelle le mot de la grisette entrebâillant"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1944, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "la porte de l'étudiant et disant : Te dérange"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2039, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "pas, chéri, c'est moi, c'est personne!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2130, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "M. Moi n'est personne; ou plutôt, en de­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2220, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "hors de son éléphantiasis poétique, c'est un"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2353, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "charmanthomme, musicien de race, wagné­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2442, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "rien de la première heure à qui nous en­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2532, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "voyons nos compliments — pas pour Pre­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2620, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "mière rimes, par exemple."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2841, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "***"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2896, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "Sommaire de l'Almanach de l'Université"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "de Liége, qui vient de paraître en un"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "volume élégant par la forme et très excel­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3163, "fin_caractere_exclue": 3181, "texte": "lent par le texte."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3278, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "Avant-propos."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3384, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "Partie universitaire. — Calendrier uni­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3517, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "versitaire.— Notre nouveau recteur (avec un"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3651, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "portraiten photoglyptie). — Autorités aca­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3790, "fin_caractere_exclue": 3831, "texte": "démiques et corps enseignant. — Liste des"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3921, "fin_caractere_exclue": 3961, "texte": "étudiants. — Histoire de l'Université de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4055, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "Liége. — Cercles universitaires anciens et"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4191, "fin_caractere_exclue": 4223, "texte": "actuels. — Chansons d'étudiants."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4322, "fin_caractere_exclue": 4360, "texte": "Partie littéraire. — Liège, par C. Le-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4410, "fin_caractere_exclue": 4445, "texte": "monnier. — Les Femmes-Artistes, par"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4495, "fin_caractere_exclue": 4538, "texte": "Ed. Picard — A la mer (poésie), par A. Fon­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4588, "fin_caractere_exclue": 4628, "texte": "tainas. — Une Répétition ] générale, par"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4678, "fin_caractere_exclue": 4717, "texte": "E. Cattier. — Outre-Meuse, par H. Chai­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4767, "fin_caractere_exclue": 4807, "texte": "naye. — Variations sur un vieil air, par"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4857, "fin_caractere_exclue": 4901, "texte": "Alb. Giraud. — Delzire Moris, par A. Goffin."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 4951, "fin_caractere_exclue": 4987, "texte": "— La Complainte du Carabin, par Théo"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 5038, "fin_caractere_exclue": 5079, "texte": "Hannon. — Histoire d'une désillusion, par"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 5129, "fin_caractere_exclue": 5168, "texte": "A. Jottrand. — Fragments de deux cause­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 5218, "fin_caractere_exclue": 5260, "texte": "ries artistiques (avec six dessins dans le"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "texte), par Ch. Magnette. — La fin d'un"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "jour de gloire, par E. Mahaim. — La Saint"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 273, "texte": "Sylvestre, par O. Maus. — Dégoût (poésie),"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "par Georges Rodenbach. — Le Bonomme,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 413, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "par A. Mockel. — On'vi'Mohonne (poésie"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 504, "fin_caractere_exclue": 545, "texte": "wallonne, avec vignette), par H. Simon. —"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 592, "fin_caractere_exclue": 630, "texte": "Plus jamais ! par X. Neujean. — Primes"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "Neiges, par P.Pirus. — Un Berceau (poésie),"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 758, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "par Van der Est. — Une Biédasserie, par"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 852, "fin_caractere_exclue": 897, "texte": "P.Olin. — Nuit boréale (poésie), par Em. Ver­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 943, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "haeren — Miss Dispute (mœurs universi­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1140, "fin_caractere_exclue": 1179, "texte": "taires), par G. Rahlenbeck. — Cadeau de"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1273, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "Fée, par M. Sivile."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "Dessins de MM. H. Keiffer, E. Mosui et"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1468, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "H. Simon. En vente chez tous les libraires"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1656, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "au prix de 2 francs."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "***"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1882, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "Va paraître: Almanach de l'Université"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1978, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "de Gand 2 me (année), 1 vol de 250 pages."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "Edition de luxe sur vélin teinté, avec lettri­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2125, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "nes, têtes de pages, culs-de-lampe et les"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2202, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "portraits de MM. Callier et Wagener (gra­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2294, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "vure de Flor. Van Loo). Ce volume con­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2379, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "tiendra des notices historiques sur l'Uni­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2469, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "versité de Gand, sur les sociétés d'étudiants;"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2555, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "une étude sur Voltaire et Frédéric II, par"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2646, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "M. le professeur E. Discailles ; de la prose"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2736, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "et des vers de MM. H. de Tombeur,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2824, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "Petrus Pirus, R. Darzens, H. Stranard,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2899, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "A.Goffin, P. Quillard,E. Mikhaël. F. Foulon,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2982, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "M. Siville, Ch. Magnette, A. Vierset, H. Chai-"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3060, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "naye, L. Malper, P. Berlier, etc."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3156, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "Prix franco, par la poste : 2 francs."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3245, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "On souscrit chez M. Hoste, éditeur, rue"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3328, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "des Champs, et chez M. P. Poirier, secré­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3419, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "taire du Comité de publication, 17, Marché"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3510, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "au Beurre, Gand."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3620, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "*.*.*"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3693, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "Nous recevons un volume intitulé: Eloges"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3782, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "de Bruxelles    (Argentan : imprimerie du"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3901, "texte": "Journal de VOrne, dans lequel il est autant"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3947, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "question de Bruxelles que des installations"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4039, "fin_caractere_exclue": 4082, "texte": "maritimes ou de la revision de la Constitu­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4133, "fin_caractere_exclue": 4176, "texte": "tion. L'auteur a parfaitement compris l'ab­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4227, "fin_caractere_exclue": 4270, "texte": "surdité de ses vers, attendu qu'il ne les a"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4322, "fin_caractere_exclue": 4363, "texte": "pas signés. Nous croyons savoir cependant"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4417, "fin_caractere_exclue": 4454, "texte": "qu'il s'appelle Eugène de Lonlay, nom"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4507, "fin_caractere_exclue": 4543, "texte": "aussi noble qu'inconnu. Nous ne nous"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4600, "fin_caractere_exclue": 4643, "texte": "donnerons pas la peine d'analyser ce bizare"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4689, "fin_caractere_exclue": 4728, "texte": "volume, nous bornant à en reproduire la"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "pièce la plus drôlatique. Cette pièce est"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "intitulée : A Madame de F..., qui m'avait"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "invité à son bal. Nous n'avons pas l'hon­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "neur de connaître Mme de F..., mais fran­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "chement, nous serions heureux de recevoir"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 553, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "sa photographie au moment où elle a lu"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 641, "fin_caractere_exclue": 659, "texte": "le joyeux sonnet :"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 709, "fin_caractere_exclue": 757, "texte": "Je ne vous connais pas et pourtant je vous aime."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 807, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "Car votre lettre aimable a réjoui mon cœur ;"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 901, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "Votre style charmant, votre écriture même"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "Ont fait trêve à ma peine et m'en rendent vainqueur."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1094, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "Répondre à votre appel serait un bien suprême"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "Dont je dois éviter de goûter la douceur :"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1321, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "J'éprouve à m'en priver une tristesse extrême,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1417, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "liais je suis en grand deuil et de ma belle-sœur."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "Daignez donc m'excuser si morne et solitaire,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "Je demeure étranger aux plaisirs ds la terre"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1726, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "Et fais la sourde oreille â leurs accents joyeux."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1825, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "Les choses qui vraiment m'offrent le plus de charmes,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 1928, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "Je les vois au travers d'un voile épais de larmes"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "Qui met un sombre obstacle aux rayons de mes yeux."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2198, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "***"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2253, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "Vient de paraître : l'Annuaire de l'Aca-"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2343, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "démie royale de Belgique, pour 1886"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2428, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "(52e année). Celui de 1885 contenait les"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2518, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "biographies de MM. Théodore Schwann,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2604, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "Ferdinand de Braekeleer, Henri Conscience"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "et Joseph Plateau; celui-ci renferme des"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2785, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "notices sur MM. Guillaume Geefs, Jakob"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2898, "texte": "Heremans et Louis Hymans."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 2950, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "C'est vraiment inouï d'intérêt."}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3056, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "***"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "Karl Grün ne veut pas décidément avouer"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3201, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "qu'il est l'Hermite de la Feuille du Di-"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3291, "fin_caractere_exclue": 3327, "texte": "manche, au moins quelquefois. Un des"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3377, "fin_caractere_exclue": 3418, "texte": "valétudinaires qui signent de ce nom nous"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3468, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "répond sur un ton fort effaré qu'il ne se"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3559, "fin_caractere_exclue": 3598, "texte": "battra en duel contre aucun de nous; il"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3648, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "insinue par là que nous cherchions évidem­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3740, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "ment une affaire; il a tort. Et puis, une"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3831, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "affaire..., à cet âge là !"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3910, "fin_caractere_exclue": 3946, "texte": "Non, bon Hermite, continue à charmer"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 3996, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "tes lecteurs par des phrases de ce genre :"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4091, "fin_caractere_exclue": 4132, "texte": "« Je n'ai pas l'intention de vous exposer"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4182, "fin_caractere_exclue": 4226, "texte": "les résultatsdes travaux de Lyell,de Huxley,"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4276, "fin_caractere_exclue": 4321, "texte": "de Haeckel et de tant d'autres. Achetez leurs"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4371, "fin_caractere_exclue": 4416, "texte": "livres et vous trouverez plus de vraie poésie"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4466, "fin_caractere_exclue": 4506, "texte": "dans les recherches physiques, chimiques"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4556, "fin_caractere_exclue": 4599, "texte": "et géologiques de ces savants que dans tous"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4649, "fin_caractere_exclue": 4688, "texte": "les recueils de vers publiés depuis Ho­"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 4738, "fin_caractere_exclue": 4745, "texte": "mère. »"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "Que veux-tu que je te réponde, mon"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "vieil Hermite; la sénilité des mots a droit"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 177, "fin_caractere_exclue": 218, "texte": "au respect. Ne te fâche point, macrobite,"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 268, "fin_caractere_exclue": 306, "texte": "nous avons simplement voulu te wauwer­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 361, "fin_caractere_exclue": 402, "texte": "zwanzer un peu, mais puisque cela te fait"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 451, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "de la peine, nous ne le ferons plus, Battu­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 528, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "salem."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "***"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 601, "texte": "Un correspondant facétieux nous adresse"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 652, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "la charade suivante : Mon premier est ce"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "qu'il est, mais quand il ne l'est pas, on dit"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "de lui parfois qu'on dirait qu'il en est. Mon"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "deuxième a douze pieds; mon troisième est"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1008, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "réputé pour ses poulardes et mon tout est"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "voué au ridicule à perpétuité. Nous lais­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1189, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "sons à nos lecteurs le soin de deviner pour"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1280, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "nous cette mystérieuse énigme. Celui qui"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1335, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "nous apportera une solution acceptable sera"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1427, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "nommé membre correspondant de l'Aca­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1522, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "démie."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1705, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "Viennent de paraître :"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1779, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "Curieuse! par Joséphin Péladan. Un"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1869, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "vol., Paris, librairie de la presse, A. Lau­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "rent, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2057, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "Vie et aventures du sieur: Caliban, par"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2146, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "Emile Bergerat. Un vol., Paris, E. Dentu,"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2238, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "Les Signes du temps, par Henri Roche­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2414, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "fort. Un vol., Paris, V. Havard, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2502, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Le Druide, par Gyp (15e édition). Un vol.,"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2587, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "Paris, V. Havard, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2679, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "Impressions sur la peinture, par Alfred"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2769, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "Stevens. Un vol., Paris, librairie des biblio­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2859, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "philes, fr. 3-00."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2991, "texte": "Les Hantises, par Edouard Dujardin. Un"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3038, "fin_caractere_exclue": 3073, "texte": "vol., Paris, Léon Vanier, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3131, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "Les Nuits du garde, par Paul Hage­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3216, "fin_caractere_exclue": 3252, "texte": "mans. Eaux-fortes de M. Hagemans. Un"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3311, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "vol., Bruxelles, Monnom, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3407, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "Le Mari de Simone, par Georges du"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3473, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "Vallon. Un vol., Paris, Firmin-Didot, fr.2-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3564, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "Mademoiselle Bréval, par S. de Lalaing."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3652, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "Un vol., id., fr. 2-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3745, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "Un lâche, par Lady A. Noël. Un vol.,"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "id., fr. 2-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3921, "fin_caractere_exclue": 3958, "texte": "Le mari d'Ianthe, par Me Neulliès. Un"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4007, "texte": "vol., id., 2-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 4086, "fin_caractere_exclue": 4127, "texte": "A bientôt une chronique littéraire sur ce"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 4174, "fin_caractere_exclue": 4194, "texte": "stock de nouveautés."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 176, "texte": "A bientôt le compte-rendu par Emile"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 226, "fin_caractere_exclue": 267, "texte": "Verhaeren de l'Exposition Agnessens, dont"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 317, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "l'initiative est due à M. le docteur J. Le-"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 450, "texte": "quime. Ch. Van der Stappen, Blanc-Garin,"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "Hennebich et Lucien Solvay."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 612, "fin_caractere_exclue": 651, "texte": "Antoine Rubinstein viendra donner trois"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 701, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "Concerts à Bruxelles, au mois de mai pro­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "chain, dans la salle de la Grande Harmonie."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "C'est la dernière tournée de Concerts du"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 1007, "texte": "célèbre pianiste compositeur."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1060, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "Commencée à Saint-Pétersbourg, con­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1145, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "tinuée à Vienne et à Berlin, elle aura pour"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1238, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "dernières étapes Paris, Bruxelles et Lon­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1329, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "dres."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "Les programmes détaillés en seront pro­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1476, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "chainement publiés, et l'on pourra s'inscrire"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1571, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "bientôt, soit pour une séance, soit, par"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1661, "fin_caractere_exclue": 1700, "texte": "abonnement, pour la série des concerts."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1772, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "***"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1828, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "Le rédacteur en chef si justement estimé"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 1918, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "de l'Entraîneur, le sportman si compétent"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "qui consacre tous ses instants et toutes ses"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "forces aux questions hippiques, envisagées"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2195, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "au point de vue de l'avenir et de la gran­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2287, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "deur de la France, Edouard Cavailhon"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "vient de réunir, sous ce titre typique :"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2463, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "Les Chants du Cavalier, un choix de"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "poèmes d'une couleur bien personnelle."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2636, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "La cravache de l'homme de cheval cingle"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2725, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "çà et là des vanités et des ridicules. Mais"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2818, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "le cœur a sa large part dans ces rythmes"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2908, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "souples et variés. Presque à chaque page,"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 2999, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "on retrouve la note tendre ou émue. Et"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3087, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "tout le livre, d'un intérêt soutenu, est"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3177, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "comme enveloppé d'une atmosphère d'ar­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3265, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "dent et intelligentpatriotisme, aussi éloigné"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3360, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "des exagérations maladroites que de la cou­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3453, "fin_caractere_exclue": 3472, "texte": "pable indifférence."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3524, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "Ce beau volume, imprimé avec luxe et"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3610, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "bien fait pour charmer tous ceux qu'ani­"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3700, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "ment les nobles sentiments est édité chez"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3791, "fin_caractere_exclue": 3828, "texte": "Léon Vanier. Un vol. in-18, fr. 3-50."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3902, "fin_caractere_exclue": 3917, "texte": "(Communiqué). ."}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 3987, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "***"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 4043, "fin_caractere_exclue": 4082, "texte": "Prochainement paraîtra chez de Brunhöff"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 4132, "fin_caractere_exclue": 4173, "texte": "et Monnier à Paris : L'Amour suprême, par"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 4223, "fin_caractere_exclue": 4256, "texte": "le comte Villiers de l'IsIe-Adam."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 188, "texte": "6e A N N É E .              T O M E V, N° 3.      PRIX : 60   CENT.                     3 MARS      1886.\n\n\n\n\n                                               LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                  Attirés les uns vers les autres par leur commun\n                                                    amour de l'art, unis dans le respect des maîtres\n                                                    et dans une égale foi en f avenir, divers les uns\n                                                    des autres; aucun mot d'ordre aucun chef...,\n                                                                             CATULLE MENDÈS.\n\n\n                                       SOMMAIRE:\n       Petit-Pierre                               HIRPOLYTE DEVILLERS.\n       Vers :     I Sonnet . . . . ' ' . . . , EDDY LEVIS\n                 II. L ombre\n                III. La Vierge                    J- FRÉDÉRIC.\n                IV. Un qui va se suicider . . .   MAC-ABRE.\n                 V. Pour une vieille              JULES GILSON.\n                VI. Dernière visiteuse.\n               VII. Cantilène                     GRÉGOIRE LE ROY.\n              VIII. Résurrection\n       Chronique artistique: L'exposition des XX. EMILE VERHAEREN.\n       Chronique théâtrale                        X.\n       Chronique musicale                         H. M.\n       Memento\n\n\n\n\n                                           BRUXELLES\n                    ADMINISTRATION :                               RÉDACTION :\n                 26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                    80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                                1886\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                                    AVIS\n   Un grand nombre de nos abonnés nous ayant écrit à l'effet de réclamer le\nn° de la Jeune Belgique du mois de janvier, nous les avertissons que le gros\nnuméro, paru le 20 décembre, remplace ceux des 1er décembre 1885 et\n1er janvier 1886.\n\n  A partir de ce jour, tous les NOUVEAUX abonnés à La Jeune Belgique\npaieront leur abonnement 7 francs par an au lieu de 5 francs. Cette\naugmentation nous est imposée par les dépenses considérables que nous\navons faites en accordant des numéros de luxe et des frontispices d'art à nos\nlecteurs.\n                                         L'Administrateur   : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n                  POUR PARAITRE LE 15 MARS\n        chez Alph. Lemerre, éditeur, Passage Choiseul, à Paris.\n\n                             G E O R G E S RODENBACH\n\n\n\n\n LA JEUNESSE BLANCHE\n                 Choses de l'Enfance — Premier amour —\n              Soirs de province — Les jours mauvais —\n                             Mélancolie de l'art.\n\n                           BOITE AUX L E T T R E S\n  99. Nous recevons depuis quelque temps des vers décadents, parmi lesquels nous\ndevons forcément faire un choix En voici quelques échantillons qui nous sont adressés\npar « l'exécuteur testamentaire d'un poète mort jeune, en qui l'homme n'a pas survécu. »\nNous comprenons ce douloureux cataclysme.\n\n                                    SALAMMBO!\n                          A la mémoire d'Alphonse   XII et de Lucrèce   Borgia.\n                                 (MALPAS ÉLÉGIAQUE.)\n\n                 Elle est là,, la lionne énorme et solitaire\n                 Pleurant son Hamilcar, triste jusqu'à se taire\n                 Et Salammbô, superbe, et flauberte clystère,\n                 S'écroule avec horreur au fond du baptistère!\n                 Le baptistère est grand, Verdhurt est son prophète...\n                 La mère Montalba, soignant son diabète,\n                 Songe au vol sidéral du joyeux gypaète,\n                 Et dort, tamtam sonore, instrument proxénète.\n                 La nymphe Tamyris, amante des fourmis,\n                 Cajole Amaryllis avec ses deux amis.\n                 Vint du flot profond la prèle Semyramis\n                 Grattant éperdûment l'impondérable mys­\n                 Tère, gris, flave, roux, mauve, sinople et rouge.\n                 Madapolam bizarre et madrépore bouge !\n                 Excrément surhumain, volapük ! sombre gouge!\n                 Sur la Mer Glaucopis, c'est le crime d'Elouge.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                        PETIT-PIERRE\n\n\n                                  Laissez-les donc venir un peu par ici, voisin...\n                              vos volubilis?...\n                                 C'était au matin, un dimanche, jour de re­\n                              pos. La pendule de Petit-Pierre — on l'appe­\n                              lait ainsi à son magasin — marquait à peine\n                                 six heures et déjà, par la fenêtre grande ou­\n                                     verte, un beau soleil d'été faisait sa triom­\n                                      phante entrée dans la chambre du jeune\n                  homme occupé à soigner son minuscule jardin suspendu :\n                  une caisse longue, retenue par deux cordes solidement\n                 attachées aux montants de la mansarde, et supportée par\n                 une large gouttière en zinc qui s'avançait du sixième étage\n                 au dessus du passage Chausson, au coin de la rue du Châ­\n                 teau-d'Eau.\n                  — « ... Mais, mademoiselle... certainement,... avec plai­\n               sir... oh! avec grand plaisir!... » répondit-il; puis, vivement,\n               tout ému, gauchement, il arrangea les ficelles et dirigea les\n               jeunes pousses grimpantes vers la fenêtre de la solliciteuse,\n               si proche de la sienne, du reste, qu'il put toucher les mains\n              de sa voisine qui s'efforçait de l'aider et, se penchant, laissait\nvoir par sa camisole ouverte une gorge plantureuse mais faite au moule. —\nPetit-Pierre baissa les yeux, gêné qu'il était par la vue de cette belle chair\ntentante, d'un rose sanguin, que la robuste fille ne songeait guère à lui\nmontrer par malice tout à l'heure, et que maintenant elle cherchait encore\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                                  — 168 —\n\nmoins à lui cacher par pruderie, puisque bien involontairement un manque\nde boutons en avait décidé autrement.\n   — « Merci, voisin... vous êtes tout plein gentil... merci bien... »\n   — « De rien... de rien... c'est moi... mademoiselle... » et il referma sa\nfenêtre, comme déserte au premier coup de feu le poltron qui plus tard se\nfera tuer stoïquement.\n   Petit-Pierre troublé, tourna, rangea, fit son lit, s'habilla et descendit. Il\nentra dans une crêmerie, y déjeuna mal, puis se promena en chien qui\ncherche son maître... et sa journée fut perdue.\n\n\n   C'était la première fois qu'ils se parlaient, mais il la rencontrait souvent\ndans l'escalier : une superbe brune, vingt ans peut-être, avec une forêt de\ncheveux tassés dans un filet et des joues fermes d'un beau rouge frais de\npommes d'api. Une amie venait souvent chez elle, le soir, et quand elle\npartait, Petit-Pierre, entre-bâillant bien doucement sa porte, l'entendait\ndire : « Bonsoir, Eugénie, à demain. — Au revoir, Criquette. »\n   Eugénie : son nom. C'était tout ce qu'il savait d'elle. Criquette? Ce\ndevait être quelque sobriquet d'atelier, car, maigrelette, petite, ressemblant\nà un caniche mal soigné, elle avait l'air de se moquer toujours, et Petit-\nPierre n'aimait pas cette gêneuse qui lui gâtait sa soirée, à lui, quand elle\nvenait.\n   Il faut dire que ce trembleur, aussi apeuré de la femme que plein du désir\nd'elle, écoutait souvent à la cloison qui le séparait d'Eugénie, une cloison\nsi mince que, le soir, et quand Criquette n'était pas chez la voisine, l'oreille\ncollée à la muraille, retenant son souffle, il entendait Eugénie aller, venir,\nôter ses bottines, sa robe, tapoter son oreiller et finalement se mettre au lit,\nqui geignait un peu sous le poids de son corps. Il en était arrivé, attentif\nau fouettement sec de la petite ferrure d'un lacet que l'on tire, à compter les\nœillets de son corset.\n   Que de femmes sont ainsi dévêtues par le désir !... sans le savoir au juste\npeut-être, rarement sans s'en douter un peu, toujours intimement flattées.\n— Petit-Pierre assistait ainsi, l'oyant, au coucher de celle qui fatalement,\net par la seule force instinctive de la chair, hantait trompeusement des rêves\nqui le lassaient physiquement. Oh! la maudite cloison ! — et cependant si,\nprise de pitié, quelque fée protectrice l'eût fait disparaître par enchantement,\nil n'est pas douteux que notre indiscret se fût peureusement enfoui la tête\nsous les draps, comme font les enfants quand il fait noir.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                  -   169    -\n\n\n   Il y avait cinq ans déjà que Petit-Pierre était entré, à 16 ans, dans la\ngrande maison de mercerie de la rue Rambuteau : « A l'écheveau d'or ».\nPendant les premières années, il fut en butte aux railleries des anciens, qui\nn'arrivaient pas à le dégourdir et l'appelaient « la fille ». Un jour même,\nc'était avant la guerre de 1870, un grand imbécile, un Bavarois du nom de\nPéters, mais qui lui-même s'était surnommé Canada, accusa le brave garçon\nd'avoir de mauvaises habitudes. Cette fois, sous une pluie de quolibets,\nPetit-Pierre essaya de se fâcher, puis jura ses grands dieux, et finit par\npleurer à chaudes larmes. C'est alors qu'une réaction s'opéra en sa faveur,\net que quelques commis, d'une bêtise moins incurable que celle de leur col­\nlègue d'outre-Rhin, l'emmenèrent à la campagne, les dimanches, en com­\npagnie de leurs maîtresses. Au restaurant, il rendait de petits services; il\nfaisait des bouquets pour ces demoiselles, portait les ombrelles et, dans les\nbois, savait s'égarer un peu quand il le fallait.\n    Plusieurs années se passèrent; et Petit-Pierre arriva, à force de travail,\nd'exactitude, de docilité, à l'appointement rêvé qui représentait pour lui la\n fortune : 200 francs par mois et mal nourri, sauf le dimanche. Sa position,\n dès lors, lui permettant de loger en ville, il loua donc et meubla la man­\n sarde où nous venons de le retrouver. — Petit-Pierre était ün enfant de\n vieux. Ces enfants-là sont doux et ont le sourire triste; tout jeunes ils sont\n sérieux déjà et ont un inconscient regret de l'être si tôt. Ils veulent jouer et\n ne savent pas; plus tard, à dix-huit ans, ils cherchent à faire les fous et ne\n parviennent qu'à être gauches C'est du sang assagé que charrie leurs veines,\n et ils en souffrent sans savoir pourquoi. Impuissants à manifester leurs\n joies tranquilles, ils sont patients, serviables, et aiment beaucoup qui veut\n  bien les aimer un peu.\n\n\n\n   Le dimanche suivant, de bon matin, comme Petit-Pierre cirait ses bottes\nsur le palier, Eugénie, à son tour, ouvrit sa porte et se mit à brosser ses\njupes, prestement.\n   — Quelle belle journée nous allons avoir, voisin... Aussi je file, file, file\nà la campagne, et vous?\n   — Moi?... je ne sais que faire aujourd'hui...\n   — Venez avec nous...\n   — ... Mais, vous ne sortez, donc pas seule, mademoiselle?\n   —• J'attends une amie, nous partirons ensemble.\n   — ... Criquette?\n   — Vous la connaissez ?\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                  — 170 —\n\n   — Oh! seulement pour la voir venir chez vous.\n  — Enfin, venez-vous, nous ferons une bonne partie ; je vous débauche !...\n   Petit-Pierre se tut un moment, pris d'un audacieux désir qu'il n'osait\navouer, — enfin, brûlant ses vaisseaux, et devenu tout à coup cramoisi, il\ndit presque avec brusquerie :\n  — Avec Criquette, non! je ne l'aime pas votre amie... avec vous... avec\nvous toute seule?...\n  — Tiens!... Tiens!... Tiens!... Voyez-vous ça, monsieur le Sainte-\nNitouche! — Eh bien, c'est dit! pour voir... mais détalons vite et vite\nalors, pour que Criquette trouve visage de bois, la drôle d'idée!...\n   Et elle se mit à rire comme une folle.\n   Les portes restées ouvertes, ils s'habillèrent à la hâte... allons! allons...\ndégringolèrent les six étages comme des gens poursuivis, sautèrent dans un\npremier train qui partait, pressés de s'enfuir n'importe où, loin, sous les\narbres ou dans les champs.\n\n\n   Quand ils eurent déjeuné, copieusement, longuement, assis en face l'un\nde l'autre sous la plus épaisse tonnelle d'un jardin de débitant-restaurateur,\net qu'on leur eut servi du café, du cognac, Eugénie se leva, vint s'asseoir à\ncôté de Petit-Pierre, le touchant, l'échauffant, et ils restèrent ainsi quelque\ntemps, les joues allumées par la chaleur de midi, le repas et le désir d'eux :\nelle attendant qu'on la prît, lui, affolé mais tremblant.\n   — Eh bien! êtes-vous content, grand enfant? on a fait comme vous\nvouliez... lui souffla-t-elle câlinement à l'oreille.\n   — Oh! oui...\n   Et la face douillettement enfouie dans le corsage agité de sa sensuelle\ncompagne, il se laissa caresser les cheveux par elle ; et ce fut tout.\n   — ... Nous n'allons pas passer la journée là ! dit Eugénie; allons faire\nun tour?...\n   Petit-Pierre paya et ils partirent.\n   Dans les champs il s'enhardit un peu; le soleil était aveuglant, alors il\ns'abrita sous l'ombrelle d'Eugénie et, la couvant des yeux, glissa bien dou­\ncement son bras autour de sa taille. — Ils marchèrent, troublés, au hasard,\net Petit-Pierre, ainsi qu'il arrive aux moins oseurs, eut la pensée de violenter\ncette femme qui ne demandait qu'à se donner de bonne volonté ; lui! le\nsimple dont Eugénie, qui l'aurait à son gré fait rentrer dans un trou de\ntaupe, eut encouragé le premier geste offensif.\n   La campagne, à cette heure, était presque déserte; de loin en loin on\napercevait un paysan étendu la figure contre terre, faisant la sieste.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                   —   171   —\n\n\n   — ... Et vous, vous avez bien aussi une petite maîtresse... hein, vrai?...\n   — Non, je vous jure...\n   Alors, elle avança ses lèvres gourmandes, en cul-de-poule, et dit genti­\nment : « Allons!... voyons... baisez-moi... Ti-Pierrot!... » et l'ombrelle\ns'abaissa sur leurs deux têtes.\n   Des foins coupés étaient là, encore en tas, fraîchement séchés par le\nsoleil; ... ils s'y enfouirent, s'en couvrirent, et dans cette herbe, à l'acre et\nerotique senteur, ils s'accouplèrent comme des primitifs sains de corps,\ncomme des innocents, des candides en rut...\n   Unique et véritable sacrifice divin que cette communion, cette entente\ndernière de la chair en sa plénitude de vie, qui fait que le râle des officiants\ns'épand dans l'atmosphère et se mêle aux choses créées comme le suprême\nhosanna !...\n\n\n\n   Eugénie — un corps à tenter un statuaire — semblait être un beau\nRubens vivant, un Rubens affiné par d'harmonieuses ondulations de lignes.\nLa taille souple, quoique largement assise sur des hanches opulentes; le\ngeste lent, la parole un peu grasse; des yeux doux, aux lumières mouillées,\nla main moite; avec cela une bouche superbe, d'un dessin gras, et dont la\nlèvre supérieure, bien arquée, laissait imperceptiblement saillir celle du bas.\nUn peu grande et plus râblée que grasse, le cou solidement agrafé sur des\népaules d'un beau tombant, elle laissait voir sous son teint chaud de brune\ndes fraîcheurs rosées de blonde. On sentait qu'un sang plein d'appétences,\nriche en fer, chauffait la chair ambrée de cette femme aux allures calmes\nmais d'où toute volupté émanait. — Au temps de Périclès elle eût été\ndéesse; notre siècle de cambouis en avait fait une mécanicienne! le\nHasard, dieu bête, s'amuse parfois à commettre de ces infamies.\n\n\n\n   Ils rentrèrent tard. — Eugénie, qui voulut faire les honneurs de son\nchez elle, monta du vin, un pâté, et, tout chantant, prépara le souper sur\nune petite table, dans sa chambre. Elle s'était mise à l'aise, en femme\npossédée, ne gardant que sa chemise et son jupon. Petit-Pierre comprenait\nbien qu'aucune gêne ne devait désormais exister entre eux, et cependant,\ncette tranquille impudeur de l'intimité le surprenait en le paralysant. La\nréserve est souvent, après le premier abandon, plus durable chez l'homme\nque chez la femme ; — disons-le, ce fut presque Eugénie qui coucha Petit-\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                — 172 —\n\nPierre avant de se mettre au lit elle-même — sous ses caresses d'initiatrice\nson amant d'un jour frissonna comme une vierge ; c'est que la possession\nun peu brusque d'Eugénie l'avait encore laissé dans l'ignorance du trouble\nprofond dont tout notre être est envahi à l'entier contact d'un corps\ndésiré, au mêlement des haleines d'épidermes ; aussi, lorsque nue, sous les\ndraps, elle l'enveloppa amoureusement en ses bras, Petit-Pierre crut\ndéfaillir et pria Dieu...\n  Au matin c'était un homme. Eugénie qui se leva la première lui dit dans\nun dernier baiser : « Mon Pierrot, ma petite Pierrette, je te garderai pen­\ndant deux ans, n'est-ce pas?... »\n  La vérité est que c'était elle qui avait pris une maîtresse. Mais pourquoi\ndeux ans?\n  Chacun alla à son travail.\n                                       *\n\n   Ce ne fut qu'au bout de quelques mois que Petit-Pierre put s'habituer\nà tutoyer régulièrement Eugénie. Ils vivaient tout à fait ensemble, mais lui\nrestait encore étonné qu'un tel bonheur fût possible — bien-être serait\nmieux dit que bonheur. En effet, soigné, gâté, contenté, il n'avait qu'à se\nlaisser vivre, bercé comme un poupon par Eugénie, qui était tout à la fois :\net sa femme, et comme une mère attentive du même âge que lui. Le soir\non ne mangea plus dehors; étant aux pièces à l'atelier, Eugénie prit sur\nson temps, rentra plus tôt et fit la cuisine dans la chambre de son Pierrot\nqui servit aussi de salle à manger. Sa chambre, à elle, était devenue la leur.\nS'aimaient-ils?... Oui, et beaucoup, si l'amour n'existe qu'en raison des\npreuves échangées; non, si l'on veut l'immatérialiser. Leur mansarde\nn'était plus qu'une alcôve où Eugénie emparadisait Petit-Pierre, qui y lais­\n sait toute force et toute volonté.\n    Durant tout l'été ils ne manquèrent pas un dimanche de campagne ;\n Petit-Pierre aimait à retourner là où ils avaient déjeuné la première fois ;\n son amie y consentait mais sans y attacher d'importance, n'ayant pas\n comme lui le sens de ces délicatesses plus particulièrement comprises par\n les faibles. Pour elle, toute prévenance devait se traduire d'une façon sen­\n sible, matériellement éprouvable; son tempérament le voulait ainsi sans\n que pour cela son cœur fût mauvais. Elle aimait les fleurs après dîner, les\n livres un jour de bouderie, et les compliments à l'heure où l'on fait la\n couverture. Avec cela rien d'impudique en elle : des besoins. Elle eût été\n toute poésie avant que la laideur n'eut inventé le mépris de la matière.\n    Quand vinrent les froids ils s'absorbèrent encore d'avantage, et leur\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                  -   173    -\n\n unique plaisir fut d'aller au théâtre, chaque samedi ; en rentrant ils sou-\n paient au coin d'un feu qu'Eugénie avait eu soin de laisser couver sous les\ncendres, puis le lendemain dimanche les trouvait encore au lit.\n   Tout de suite on avait mis les deux bourses en commun et Eugénie, qui\nrégla seule toutes les dépenses, fit des économies qu'elle tint à partager le\njour où elles se montèrent à quelques centaines de francs ; Petit-Pierre en\nfut tout chagrin et crut qu'elle voulait le quitter :\n   — Non, dit-elle, tu sais bien Pierrot que je t'ai dit deux ans, et voilà six\nmois seulement que nous nous connaissons.\n   — Eugénie, ma Nini, pourquoi cette vilaine date, je n'ai jamais voulu\nte le demander... je veux passer ma vie avec toi, marions-nous, je. t'en\nprie...\n   — Ça, Pierrot, c'est impossible,\n   — Pourquoi... dis?...\n   — Tu le sauras; plus tard je te le dirai, mais n'en parlons plus et res­\ntons amis.\n   Alors Petit-Pierre, trouvant bonne la vie qui lui était faite, cherchait\nà chasser cette pensée qui l'eût trop tourmenté.\n                                       ***\n\n   Assez souvent, quand il passait devant la loge, Petit-Pierre était arrêté\npar un : « pst... pst... jeune homme... », et sa concierge, monstre femelle,\nlui remettait méchamment « . . . une lettre pour Mlle Eugénie ».\n   Ces lettres portaient tantôt le timbre de Lyon, tantôt celui de Toury, un\nvillage de la Beauce; celles-ci devaient être d'une femme, mais la lourde et\ngrosse écriture des premières était certainement celle d'un homme. Petit-\nPierre s'acquittait fidèlement de ces commissions, sans questionner Eugénie,\nmais espérant toujours une preuve de confiance qui n'arrivait pas. — De\nces lettres les unes, signées par un brave lignard qui faisait chaque fois le\ncompte du temps qui lui restait à faire, se terminaient invariablement en\ninformant la promise de l'état satisfaisant de la santé de l'écrivain qui sou­\nhaitait que la présente la trouve de même; les autres venaient d'une nour­\nrice qui élevait la petite fille dont Eugénie était accouchée, au pays, huit\nmois après un congé qu'avait eu son fiancé, Marie-Amable Binet, actuelle­\nment en garnison à Lyon.\n   Venue à Paris avec la ferme intention d'amasser quelque argent en y\nattendant la libération du père de son enfant, Eugénie, que les travaux\ndes champs eussent pu conserver intacte au fiancé, ne tarda pas à com­\nprendre, sans plus s'en épouvanter du reste, sa nature bénéficiant de l'heu-\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                  —   174   -\n\nreuse impassibilité de la force, que seule, livrée aux mœurs licencieuses et\naux conversations grasses d'un atelier de femmes, elle ne pourrait rester\nlongtemps maîtresse de ses sens, ardents déjà. La continence, en effet, lui\npesa vite; et comme elle avait son honnêteté — chacun a la sienne qui est\npeut-être la vraie, car on voit toujours juste à la condition d'être sincère\navec soi-même — elle résolut de prendre un amant qui l'empêcherait de se\ndébaucher.\n   Petit-Pierre fut pour elle une trouvaille, à peine une infidélité, quelque\nchose comme une petite bête caressante et caressée que l'on soigne; ce fut\nune sorte d'apaisement exempt d'immoralité; rien d'impossible à ce qu'Eu­\ngénie un jour, plus tard, avoue ce Petit-Pierre comme une jolie femme\nconfesse un baiser donné derrière l'éventail. Elle lui saurait gré toujours\nde s'être trouvé là, de l'avoir empêché de tomber aux bras d'un autre, d'un\nhomme qui l'eut perdue. Aussi que de soins ! Petit-Pierre avait la vie d'un\nhavanais de manchon.\n   Avec lui elle put, sans corruption, vivre dans la tranquillité de la chair\ntoujours satisfaite sans lassitude, tant chez elle la constante simplicité du\ndésir appelait la caresse régulière, comme une nécessité, comme il est utile\nde manger ou d'avoir chaud. — Seulement quand Petit-Pierre la suppliait\nd'être sa femme elle riait : Lui, un mari?... Oh ! non! Il ne devait passer\ndans sa vie que comme une attente de l'homme, une quasi variété de l'ona­\nnisme... le mari, le mâle, c'était Amable le soldat, celui qui travaille, com­\nmande, que l'on craint et que l'on désire, le père, celui qui engendre et\nrudoie.\n\n\n   Quand ce bail charnel fut près de sa fin, Eugénie dut exposer franche­\nment sa situation à Petit-Pierre, qui ne lui fit aucun reproche, mais tomba\ndans un profond abattement. La pensée que sa maîtresse avait appartenu\nà un autre ne le peinait pas, c'était la séparation qui l'effrayait. Il proposa\nde nouveau le mariage et offrit de reconnaître l'enfant de l'autre ; Eugénie\ntrouva que c'était une lâcheté, ce qui lui donna même, un instant, mau­\nvaise opinion de Petit-Pierre ; mais, peu à peu, sans être à même cependant\nde se rendre un compte bien exact des émotions et des peurs d'une nature\naussi différente de la sienne, comprenant seulement qu'elle abandonnait un\npauvre être sans défense, sans force, elle se fit plus douce encore avec lui\npendant les derniers mois qu'ils passèrent ensemble et le consola de son\nmieux.\n — Tu es trop gentil, mon Pierrot, pour ne pas te faire une petite\nmaîtresse qui vaudra bien ta Nini, va!..., disait-elle.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                  -   175    -\n\n   — Je n'aurai pas d'autre maîtresse.\n   — On dit ça!... Marie-toi.\n   — Non!\n   Se marier? lui, Petit-Pierre! être agréé dans une famille, faire la cour à\nune innocente ou tenue pour telle, l'épouser, en faire une femme, reprendre\nle rôle que lui assignait son sexe après en avoir été dispensé par Eugénie,\nc'eût été tenter l'impossible. — « Bébé! » disait-elle à présent en l'endor­\nmant dans ses bras, au lit, pudiquement et sans désirs désormais, tout pen­\nsant aux robustes embrassemennts qui l'attendaient là-bas, au pays.\n   Un jour, celui du départ, Eugénie termina quelques paquets que Petit-\nPierre descendit dans un fiacre, — et il songeait, le désolé, à ce matin où,\nen fiacre aussi, tous deux brûlaient la politesse à Criquette!... A la gare il\ndit : « M'écriras-tu? »\n   Alors Eugénie lui fit comprendre que pour le moment il était mieux de\ns'oublier, qu'en lui écrivant il resterait plus longtemps chagrin : « Ça vaut\nmieux non, vois-tu... » et elle embrassa une dernière fois son ti-Pierrot,\nsa Pierrette, qui ne put pleurer, tant était abattante sa tristesse.\n   En chemin de fer elle pensa : « J'aurais bien fait tout de même de le\nmettre en ménage avant de partir... enfin! ».\n                                       *\n\n   Quelques semaines se passèrent sans que Petit-Pierre put se faire à sa vie\nnouvelle. Il avait froid dans sa chambre, dans son ancienne à lui; celle\nd'Eugénie était à louer. La nuit, ne dormant pas, il écoutait à la cloison :\nrien ! — comme est effrayant, lugubre, mortel, le silence là où l'on a aimé !\nil semble que le néant nous biffe le passé...\n   De jour en jour Petit-Pierre changea ; il devint pâle, taciturne et perdit\nl'appétit. Au magasin de l'Écheveau d'or l'employé modèle qu'on avait\nconnu n'était plus, de graves erreurs étaient commises et la besogne, insen­\nsiblement, fut de plus en plus mal faite, jusqu'à ce qu'enfin les chefs de\nPetit-Pierre lui signifièrent son renvoi. — « C'est bien... », dit-il.\n   Ce soir-là Petit-Pierre rôda, idiotement, sans regret, sans projet. Au\ncoin d'une rue, et sans qu'il eut ni consenti ni refusé, une femme, qui le prit\npar le bras, l'emmena dans un hôtel borgne. Il était tard et elle était avinée.\nComme elle lui demanda de l'argent et qu'il lui en donna trop :\n   — Es-tu bête, petit..., fit-elle; allons viens!... Mais son geste offrant fut\nd'une si révoltante grossièreté que Petit-Pierre se sauva, poursuivi dans\nl'escalier par les injures obscènes de cette fille blessée dans son amour-\npropre de prostituée.\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                   — 176 —\n\n   Et c'était cette vie qui l'attendait maintenant?. . Oh !...\n   Il s'accouda sur le parapet d'un pont et resta ainsi, longtemps, à regarder\ncouler l'eau qui s'enfuyait noire, rapide..., il eut l'illusion que lui aussi était\nemporté par le courant, loin... loin... loin..., et l'idée lui vint de faire le\nsaut! Ce serait fini au moins; oui... mais si on allait le sauver? Quelle\nhonte! Des curieux s'amasseraient, il y aurait peut-être des rieurs!...\n   Alors il partit; mais à l'angle du quai il descendit lentement, marche à\nmarche, l'escalier de pierre qui mène à la berge, et se trouva seul sous\nl'arche sombre, indécis, sans la volonté bien nette de mourir. Il marcha\nencore un peu, puis, las, s'assit au bord du chemin de halage, les jambes\npendantes. Des pensées lui venaient, d'elles-mêmes, car lui ne pensait plus :\nrenvoyé de sa place..., injurié par une gueuse..., seul, demain..., tou­\njours!... Il lui sembla qu'il s'endormait; mais comme ses pieds étaient\nfroids?... Il crut sentir qu'ils trempaient dans l'eau; alors il allongea les\njambes davantage pour les y enfoncer, sans savoir ce qu'il faisait,, et tout le\nreste du corps glissa, sans bruit..., un floue discret, et la Seine emporta\ndocilement cette victime irresponsable d'un suicide à demi conscient.\n  Brave Petit-Pierre..., il mourut comme il avait vécu, — en timide.\n                                                HIPPOLYTE DEVILLERS.\n\n\n\n\n                                   VERS\n                                         I\n\n                                   SONNET\n                                                           A   ALBERT   GIRAUD.\n\n       A travers le silence il m'arrive d'entendre\n       Le bruit d'un vaste orage ou d'un océan noir,\n       Et par l'obscurité ténébreuse du soir,\n       Il m'arrive de voir des formes   redescendre.\n\n       C'est le mirage obscur d'un monde inoublié\n       Où j'ai dû vivre un jour dans les temps chimériques,\n       Monde dont ma mémoire a gardé les reliques\n       Où mon rêve pompeux va se justifier,\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                        — 177 —\n\nQu'y vois-je? Je ne sais, mais j'y vois bien des choses\nFrappant confusément mes tempes et mon cœur,\nBien des yeux effeuillés et bien des bouches closes.\n\nQue me dit ce regard? que me.dit cette bouche?\nRien, il me regarde, il me fixe, elle me touche,\nEt ma lèvre se sèche et mes yeux en ont peur.\n\n\n                            II\n\n                      L'OMBRE\n                                         A GEORGES KHNOPFF\n\nIl ne faut pas faillir, car rien n'est aussi lâche\nQue de ne pas avoir la volonté de soi,\nQu'importe à mon esprit ce que l'on dit de moi ?\nJe sais ce que je veux et j'accomplis ma tâche.\n\nVa, regarde ton ombre et ne regarde qu'elle,\nCrains bien de la quitter et n'aie pas d'autre peur.\nLaisse la proie au chien, ce qu'on touche est trompeur,\nL'ombre est le seul trésor qui ne soit infidèle.\n\nLaissons à d'autres mains de pétrir la matière,\nSeule l'âme invisible a droit d'éternité,\nLe reste, Dieu l'a dit, n'est que cendre et poussière.\n\nLe palais a croulé par le temps emporté ;\nLa chair a disparu, mais ô poète sombre !\nDe nos frères défunts que demeure-t-il? L'ombre.\n                                            EDDY LEVIS.\n\n\n                           III\n\n                     LA V I E R G E\n  Sur des prés de muguets bordant un bois sacré,\n  J'ai rencontré la Vierge au chaste et fier visage,\n  La Vierge Solitude au corps svelte et nacré.\n  D'un mystique saphir son front brillait paré;\n  Impérial manteau d'un céleste ourdissage\n  Sa chevelure d'or baisait le paysage.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                       -    178-\n\n  C'était dans un sublime et calme paysage\n  Où dormait, bleu dragon, un grand fleuve sacré.\n  Un temple de Bramah, colossal ourdissage,\n  Des Notre-Dame offrant l'âme d'un beau visage,\n  Des coupoles d'airain et, chastement paré,\n  Maint Parthénon trônaient dans le lointain nacré.\n\n  Des éthers constellés un jour sobre et nacré\n  S'épandait argentant l'immense paysage,\n  Sur le gazon vert de cent floraisons paré\n  Nymphes, sylphes, richis, mêlaient un chœur sacré.\n  Je vis passer les dieux au fulgurant  visage\n  Sur les astres tissant aux cieux leur ourdissage.\n\n  Valeureux tisserands courbés vers l'ourdissage,\n  Des forêts au fruit d'or, d'azur, au fruit nacré,\n  Et dans leurs frondaisons plus d'un vague visage\n  Tramaient leurs réseaux sur l'aigue du paysage.\n  La sylphide fuyait dans le fourré sacré\n  Le lascif Ægipan agrestement paré.\n\n  Couronné de lauriers ou de roses paré,\n  De sa robe traînant l'éclatant ourdissage,\n  La tiare ceignant son chef du lin sacré;\n  Drapé dans le burnous ou le chiton nacré,\n  Sous l'ogive profonde, au sein du paysage.\n  Passait contemplatif maint austère visage,\n\n  La Vierge m'accueillit de son plus doux visage :\n  « Je te veux, me dit-elle, ô mon amant, paré\n  Des vastes splendeurs du rêve et du paysage.\n  Je vêtirai ton corps du plus riche ourdissage\n  Où dans le cuivre et l'or et dans l'argent nacré\n  Brûleront l'hyacinthe et le rubis sacré.\n\n  Je t'ai sacré poète et pour toi le visage\n  Du ciel nacré des nuits n'aura, de feux paré,\n  Point d'ourdissage obscur, l'infini paysage !\n                                        J- F R É D É R I C .\nJanvier 1886.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                        — 179 —\n\n\n\n                           IV\n\n         UN    QUI    VA S E     SUICIDER\nAllons, je vais dormir ce sommeil inconnu,\nLa mort — l'éternité — le rien du tout, peut-être'!\nJe vais m'en retourner, comme je suis venu, —\nUn peu mieux mis, pourtant, de sapin ou de hêtre.\n\nMais pourquoi donc, toujours, te voit-on faite d'os,\nSans chair, sans seins, avec des bruits secs de squelette,\nDes trous aux yeux, au nez, du vide plein le dos,\nIci sonnant le glas, et là bas la trompette?\n\nPour toi du Créateur clément le meilleur don,\nQui, de l'humaine vie, éternelle concierge,\nA toutes nos douleurs viens tirer le cordon\nParmi tous ceux qu'on brûle, il devrait être un cierge!\n\nOui, je te sens, pour tous, paisible, maternelle,\nLes berçant sur ton sein, chaude, mais sans émoi,\nVeillant sur leur sommeil, muette sentinelle,\nEt j'aspire, ma belle, à coucher avec toi!\n                                                 MAC-ABRE.\n\n\n\n                            V\n\n              POUR      UNE      VIEILLE\n           Elle promène dans le bal\n           Son étonnant décolletage ;\n           Si la chose était de son âge\n           Personne n'y verrait grand mal.\n\n            Mais, hélas ! quel repas frugal\n            Pour les ennemis du corsage,\n            Quand elle étale dans le bal.\n            Son étonnant décolletage!\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                      — 180 —\n\n        Quand la jeune au sein virginal\n        Cherche à gazer son avantage,\n        La vieille, au contraire, avec rage,\n        Montrant un nu. très immoral,\n        Va se pavaner dans le bail\n                                            JULES GILSON.\n\n\n\n\n                         VI\n\n        DERNIÈRE            VISITEUSE\n\n                                      A   GEORGES   RODENBACH.\n\n\nLa mort viendra chez moi comme une bien-aimée,\nSans frapper, simplement et familièrement,\nNe faisant pas de bruit ni de dérangement,\nEnfin, comme entrerait la femme accoutumée.\n\nD'ailleurs, comme déjà la chère le savait,\nElle n'aura pas peur en voyant mon visage\nSi défait et si pâle, et bien douce, et bien sage,\nS'assoira sans parler à mon triste chevet.\n\nEt moi, qui dès longtemps suis fait à la pensée\nD'être un jour visité par elle, je serai\nSans émoi de la voir, et je la laisserai,\nSans dégoût, dans sa main prendre ma main glacée.\n\nLors elle parlera. doucement et très bas\nDes choses du passé; d'une province chère,\nD'une maison bien close et pleine de mystère,\nEt des tristes amours que je n'oublirai pas.\n\nEt, maternellement, comme l'eût fait ma mère,\nAprès m'avoir parlé quelque temps du bon Dieu,\nLa chère me dira : « Veux-tu dormir un peu? »\nEt content de rêver je clôrai ma paupière..\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                    — 181 —\n\n\n                       VII\n                CANTILENE\n         Qu'est-il pire sur terre\n         Que de souffrir d'amour?\n         Quelle peine aussi chère\n         Pourtant, que cet amour?\n\n          Elle est douce, elle est lente\n          Et calme et consolante\n          A notre âme dolente\n          Où s'attriste l'amour.\n\n          Chose étrange, quand même,\n          Qu'une peine qu'on aime;\n          Et que l'amour lui-même\n          Console de l'amour !\n\n           Car, dites à cette âme\n           Que tourmente la femme ::\n           « Là, prenez ce dictame\n           Qui guérit de l'amour... »\n\n           Elle dira, la folle,\n           « Non, je veux que l'amour\n           Me peine et me désole\n           Sans que l'on m'en console.,. »\n\n            O l'étrange mystère !\n            Rien n'est pire sur terre,\n            Et pourtant on préfère\n            Sa peine, et son amour.\n\n\n                          VIII\n               RÉSURRECTION\nA travers le passé mon âme se promène...\nCes chemins, je les ai parcourus bien souvent,\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                  — 182 —\n\n        Pourtant je n'y sentis jamais auparavant\n        La désolation qui maintenant y traîne ..\n\n        C'est comme si depuis cette époque lointaine\n        Ils étaient délaissés! Oh! quel air décevant\n        De septembre éternel, dont le froid et le vent\n        Faneraient à jamais les fleurs sous leur haleine ! —\n\n        Là, jadis, de gais vœux après un temps lointain\n        Qui, dans ces jours, venu, me laisse, hélas! certain\n        Qu'attendre était meilleur... O froid! ô monotone\n\n        Retour aux printemps morts ! Mon âme est tout en pleurs ;\n        Comme un qui sortirait de sa tombe, en automne,\n        Tristement étonné de ne plus voir de fleurs...\n                                              G R É G O I R E LE R O Y .\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n\n                        LE SALON DES XX\n               Oh ! la chaude et triomphale journée du 6 février ! Art jeune,\n                l'après-midi, aux XX; le soir, à l'Alcazar. D'une part, enthou­\n                siasme qui bout, griserie de bonne bataille, témérité à travers\n                et malgré tout; de l'autre, moqueries faciles, ignorances serei­\nnes, parti-pris de bornes et de solivaux.\n   Désormais la bêtise belge a ses dates et ses anniversaires. L'ouverture\ndes XX en est une. On dirait qu'à cette « première » artistique, le cerveau\nbourgeois se dégorge par toutes ses circonvolutions. Il en jaillit des excré­\nments de sottise. Cela rappelle des opérations d'abattoir. Le porc est tué,\nil est suspendu, ventre ouvert, à des tringles grossières, les boyaux sont\njetés sur l'étal, fumants et flasques.\n   Les avez-vous vu vider? C'est cela.\n   Ce qui se débite d'âneries en ces quelques heures devant ces quarante\nexposants ferait un fumier monumental. Dames élégantes à bouche pincée\nde souris prude, fourrures confortables avec un ventre officiel dedans, gom­\nmeux monoclés, académiciens rances, peintres déshonorés de rubans\nrouges, réputations tuées depuis longtemps dans leurs propres batailles de\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                                 — 183 —\n\nLépante et leurs propres pestes de Tournai, prud'hommes énormes, collec­\ntionneurs d'eux-mêmes, tout cela commère, potine, hausse les épaules,\npasse et fuit devant ces quelque cent œuvres d'art, qui hurlent l'avenir.\nEt des rages! Voici un Monsieur qui s'arrête devant les Toorop et jure\ncomme un portefaix, et trépigne, et remue ses poings... qu'il tient en\npoche. Tel autre s'affale sur un banc et crie qu'il faut « brûler tout ».\n   Les années précédentes, il y avait çà et là un tableau « à la portée du\npremier venu », tableau sauveur, auquel on accrochait des louanges de\npédicure et des « compliments » de bonne ménagère; aujourd'hui, rien. On\ntombe d'Ensor en Vogels, de Vogels en Schlobach, de Schlobach en de\nRegoyos, puis en Renoir, en Finch, en Charlet, en Van Rysselberghe, et si\nl'on a la tête assez audacieuse pour l'exposer aux surprises de la salle voi­\nsine, voici Zandomeneghi, voici Besnard, voici Toorop et enfin le terrible\nMonet qui la soufflettent de leur peinture furieusement outrancière. Oh! les\npauvres oiseaux qui se cognent aux murs dans une cave obscure ! Pas un\ncoin où se tenir tranquille sur un perchoir d'admiration bonne enfant.\nPas une phrase à trouver, qui serve de masque à l'incapacité d'appréciation.\nPas un coin où débiter le petit monologue d'amateur éclairé devant un\nauditoire de mamans et de fillettes. Point d'opinion juste-milieu possible.\nOu la haine ou l'emballement.\n   Jamais public ne s'est senti aussi ahuri. Jamais à Bruxelles les artistes\nn'ont été aussi brutaux d'intransigeance. Il y a un abîme entre eux et la\nfoule. Le goût, pour apprécier une telle exhibition d'art, devra être retourné\ncomme un gant et rhabillé à neuf de haut en bas. Il faudra s'arracher les\nyeux et en acheter d'autres — et pas chez l'opticien du coin. Les vieux\nclichés sont cassés, les vieilles ferblanteries défoncées. Du neuf? en voici et\nil faudra bien qu'on l'accepte en dépit de tous les salons bourgeois tapissés\nde Madou et meublés de Verboekhoven.\n   Les Ensor, et les Vogels, et les Finch, et les Schlobach, et les Van Rys­\nselberghe seront acceptés un jour et proclamés beaux peintres, d'après cette\nloi inéluctable que toute révolution esthétique finit par triompher quand\ndes hommes de talent l'accomplissent. Quand les Dubois, les Artan, les\nBoulenger ont surgi en Belgique, mêmes clameurs et mêmes colères ; éga­\nlement en France, à l'apparition des Courbet, des Millet et des Corot.\nA cette heure, calme fixe dans l'admiration.\n   En attendant, qu'il soit permis de jouir un tantinet de tout cet affole­\nment ignare autour du Salon des XX et de collectionner un petit choix\nd'inepties au compte de MM. Pepermans et Van Dommelpot. La bêtise au\nfront de taureau que ces Messieurs cachent sous un chapeau de soie a senti\npousser à nouveau ses cornes. Ils lâchaient des aphorismes si nauséabonds\nqu'on se demandait s'ils ne se trompaient point de bouche. Ils avaient des\nfaçons si ignobles de protester, ils criaient si fort au scandale qu'ils en\nétaient obscènes. J'en vis un faire le geste à la Mouquette devant l'Ariane\nde Speekaert. Enfin c'était si ouvertement malpropre qu'on ne pouvait\ns'empêcher de songer à quelque mare morale, quelque putréfaction de\nsol dans laquelle on marchait. Tous les Vingtistes conserveront en mémoire\n                                                                       12\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "                                  — 184 —\n\nle tableau de cette après-midi néfaste. Il semblait que les pieds gluaient au\nplancher, que l'air se chargeait de stupidité volatilisée, que des miasmes de\nprud'hommisme montaient, et qu'on entrait et qu'on plongeait dans un\nde ces bains de boue infects et gras, mis récemment à la mode par la\n« Faculté ». Bains terriblement pestilentiels, mais hygiéniques après tout,\nqui retrempent les forces et ragaillardissent autant que les insultes des\nfoules banales ou ennemies.\n\n\n    Lorsque, l'an dernier, un personnage, estampillé ministre, visita le Salon\nvingtiste, il s'arrêta longtemps devant l'envoi le plus audacieux et compli­\n menta le peintre.\n    — Vos sujets sont très intéressants, monsieur.\n    — Ce ne sont pas des sujets, répondit lentement et en tic-taquant de la\n tête, l'artiste félicité, ce sont des lumières.\n    Le ministre, loin de s'étonner de cette réponse, un tantinet coupante, n'y\nvit qu'une nette profession de foi et raisonna juste. Elle contenait, en effet,\nle programme nouveau.\n    Il est inutile n'est-ce pas que je fasse la nomenclature des œuvres, une\nà une, les fleurissant de bons points ou les noircissant de blâme ; on con­\nnaît cette critique : « joli sentiment... ton juste .. manque de dessin...\ncharmant coloris, etc... » Un tel examen est banal comme des vers à césure\nimmuable.\n    Pour apprécier l'ensemble de l'exposition et caractériser la révolution\nd'art qu'elle exprime, il faut remonter à quelque cinquante ans en arrière.\nDepuis toujours, l'enseignement a distingué, dans un tableau à faire, le des-\nsin et la couleur. David, Gleyre et Ingres ne se souciaient que de ce pre­\nmier élément, et encore n'admettaient-ils point le dessin par masses, à\nreliefs, avec modelés, mais le dessin de contour, l'emprisonnement de la\nforme dans une délimitation au fil de fer. Leur œil, mort à l'apparence\ncolorée des choses, ne se complaisait que dans l'harmonie des lignes, le\njaillissement pur et savant du trait, les courbes calmes et gracieuses, la\nplastique élégante et reposée. On leur a reproché de faire des statues\npeintes.\n    Sont venus après les romantiques : Delacroix, Deveria, Roqueplan, Bou-\nlenger, Isabey, dont la réaction superbe contre la momification ingriste a\ndéterminé une école de coloristes de parti-pris. Ils avaient certes leur dessin\net c'était le bon, le vrai dessin mouvementé des peintres — mais ils ne s'en\nsouciaient guère et leur gloire et leur ardeur les portaient à l'étude de la\nbelle couleur dans les clairs-obscurs préparés et soi-disant nécessaires.\nC'était le temps des rouges fastueux, des jaunes incendiés, des verts\nsonores, des pourpres impériaux, de toutes les magnificences, de toutes\nles opulences et de tous les décors.\n    La couleur luisait, superbe et magique, en 1830, comme l'or du Rhin\nresplendit devant Alberich à travers les mirages et les apothéoses prisma­\ntiques de l'eau et du désir. Rubens règnait par dessus tous les Raphaëls du\nmonde, Rubens, maître et Dieu, plus Dieu que Titien et Véronèse.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                  — 185 —\n\n   Les peintres romantiques, tout comme les poètes, s'engouffrèrent dans les\nsujets renaissance et moyen âge, les uns pour y trouver des mots pitto­\nresques et les autres une palette à leur goût. Les XVe et XVIe siècles, tra­\nversés de cortèges, de processions, de rois, de reines, de tragédies à pour­\npoint, à loques et à épées, de meurtres de haut luxe dans un palais lambrisé\nou dans une fête publique, les siècles du faste et du mélodrame furent\nexploités comme des mines d'or. On se perdit en archéologies.\n   La réaction vint aussitôt : Réalisme. Etude du milieu contemporain,\nétude de l'homme rencontré sur la grand'route, au coin des bois, dans la\nrue, étude des humbles, des pauvres, des casseurs de pierres, des houeurs\net des planteurs de choux.\n   Or, il arriva qu'étudiant le monde moderne, on le traita dans son jour.\nD'abord on n'y prit garde et ce fut une question de costume et d'attitude.\nMais peu à peu l'objectif changea et l'atmosphère réelle dans laquelle on\nvoyait les choses se mouvoir et surgir, sollicita. Le milieu ambiant\nprit place avant tout autre souci. Une scène rustique devient non plus\ntant une étude de paysan peinant aux champs, de vigneron taillant les\nvignes, de berger menant aux pâtures ses bêtes, qu'une étude de plein air.\nEt sitôt cet éveil accompli par les plus audacieux, au milieu de la stupeur\ndes foules, des anathèmes académiques et des colères des routiniers, la\npalette se métamorphosa, les yeux se désillèrent, un frisson révolutionnaire\npassa à travers toutes les mains jeunes et tous les cerveaux insignes\net la plus importante révolution d'art de ce siècle annonça son tonnerre.\nUne nouvelle entente de la vie naquit, et dès lors l'antique et double préoc­\ncupation de la ligne et de la couleur s'évanouit et il ne resta plus que\nl'unique et splendide étude de la lumière agissante. Agissante, car c'est\nelle désormais qui commande dans le tableau. Elle détermine l'apparence\ndes objets, leur forme, leurs arètes que tour à tour elle ronge, infléchit,\nexagère. Elle fait la couleur qu'elle émiette en tons variés à l'infini, gam­\nmés ou brusques, éclatants ou assourdis. L'ombre, qui dans la plupart\ndes tableaux anciens n'est qu'une masse noire opaque, s'illumine égale­\nment, devient transparente, vivante, teintée. Et la formidable difficulté du\nreflet, qu'Ingres voulait bannir de la peinture « comme indigne de la majesté\nde l'histoire » est saisie dans tous ses caprices, ses fuites et ses retours, ses\ninfluences et ses répercussions, ses cachotteries et ses glissades. Oh !\nla lumière avec ses variations, et ces toiles si sincères, si vraies, si\nscientifiquement exactes qui épanouirent jadis les rhododendrons du rire\népais autour de certains personnages bleus, l'été, sous l'ombre des arbres\net qui firent se pâmer d'aise les gazetiers à la vue de certains plans de\npaysages lilas !\n   Mais ce n'est pas seulement le jour du dehors qui fut recherché et\nrendu. Voici le jour d'appartement totalement renouvelé. L'une transfor­\nmation a nécessité l'autre. Et les clartés tamisées à travers les rideaux,\nclartés du matin et d'après-midi, et les éclairages dorés ou argentés si\ndoux à l'œil et reposants sont apparus, et pour mieux étudier encore leurs\ndésinences et leurs tons souvent bizarres, on a logiquement — il y en a\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                                   — 186 —\n\nqui bêtement s'en étonnent, — installé l'acajou conspué, le piano de palis­\nsandre bourgeois et l'ignoble armoire à glace à la place d'honneur, au\npremier plan.\n    Pourtant une objection se lève. Cette moderne entente de l'art est-elle\nvraiment neuve? « Les gothiques ne peignaient-ils pas lumineux? »\n    Non, ils peignaient clair, ce qui n'est pas la même chose. Ils coloriaient\n et leurs couleurs, très souvent harmonieusement juxtaposées, connaissaient\npeu le bitume et la litharge. C'est tout. Pour les modernes le but est autre :\nemployer du clair ne suffit pas ; l'effort consiste à raffiner, à découvrir le\nplus de tons dans la couleur et le plus de nuances dans le ton. Au reste,\nles mêmes sollicitations règnent en poésie. La couleur aussi s'y subtilise en\nton et le ton en nuance. Il y a bel âge qu'il ne s'agit plus uniquement de\ntrouver de riches rimes, ni des termes pittoresques, ni des vocables habillés\nd'or, ni des verbes vêtus de pourpre. On veut aller plus loin. Et tout un\nmystère de ryhtme, tout un au delà de phrases, toute une délicatesse de\nteintes est poursuivie. Le vers n'est plus un escalier à degrés massifs et\nuniformes. Il est serpentin, insinuant, long, bref, scintillant, brisé, effleu­\nrant, tardif, rapide, lourd parfois et incorrect, s'il le faut. Il s'adapte plus\nintimement à la pensée et surtout au sens intime et évocateur de la pensée,\nà ses lointains, à ses horizons. Il s'adresse à plusieurs sens à la fois, à l'ouie,\nà l'odorat, à la vue. Il est des choses qu'on entend luire, qu'on écoute briller.\nLes lettres dans leur agencement boiteux ou régulier, avec leurs majuscules\nen tourelles, baldaquins, pointes de rochers, aiguilles d'obélisques et leurs\nminuscules en ronde bosse, pignons, toits, chaumes ne sont pas indifférentes\ntypographiquement au poète chercheur qu'on s'entête encore après deux\nmille ans à nommer « un nourrisson des Muses ». Tout mot a sa silhouette\net une phrase est un paysage.\n   L'impressionnisme sévit donc à travers l'esthétique entière : en musique,\nmêmes correspondances, mêmes subtilités de sensation. Aussi les trois faces\nde l'art sont-elles peu regardées aujourd'hui. Le public a une éducation trop\nidiotement faite pour s'apercevoir combien elles resplendissent et traite les\nartistes de byzantins et de décadents, appellations nulles.\n                                      ***\n   C'est surtout chez Ensor, le plus en marge des XX, que les tendances\nnouvelles se font jour. Personne autant que lui ne fait vivre la couleur.\nIl est né peintre; il n'a jamais changé et ses œuvres de débuts sont aussi\nfortes, peut-être plus que celles d'aujourd'hui. Je me rappelle encore le\ntemps ou il exposait son Liseur à l'Essor. Revoyez-le. Il tient à côté de\ntoutes les toiles postérieures en date. On dirait que l'artiste a conquis toute\nson originalité, dès le premier jour. Vogels, Finch, Schlobach, Van Ryssel­\nberghe, Charlet, de Regoyos, Toorop, les uns dans le paysage, les autres\ndans les scènes d'intérieur, ceux-ci dans le portrait suivent les mêmes voies\nmodernes. De Regoyos et Van Rysselberghe surtout sont en progrès. L'un\nexpose une marine et une vue de Londres, étonnamment « ça », l'autre\nrend certaines attitudes d'enfants avec un mélange savant de distinction\net de grandesse.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                  -   187    -\n\n    Trois groupes géographient les XX. Celui dont je viens de parler,\n auquel on peut joindre Verheyden et Boch ; celui qui s'attarde encore —\n avec talent toutefois — dans les pratiques d'antan : Wytsman et Van Aise;\n celui enfin qui se compose de deux personnalités très intéressantes dont\n l'une, suprême : Rops et Khnopff.\n    Rops est un des plus dominateurs artistes de ce siècle, il est aux génies\n énormes et universels, ce qu'un Baudelaire est à Hugo; il est aigu plutôt\n que large. Il est le miroir des incrédules croyants, si nombreux à cette fin\n de siècle; il crée l'enfer moderne si étonnamment différent de l'ancien, avec\n des monstruosités intellectuelles au lieu d'horreurs physiques; il est le poète\n élu de tous ceux qui se sentent mal à l'âme et qui iraient à la messe noire,\n si on la célébrait encore : A. M. D. G.! (lisez Diaboli au lieu de Dei).\n    Khnopff, beaucoup plus novice, étonne par sa déjà puissante interpré­\n tation symbolique. Son dessin pour le Vice suprême peut servir de fron­\n tispice au livre. Oh ! la mortuaire image de papauté sur un corps moitié\n lion, moitié sphinge. Puissance dans les griffes, volupté dans la gorge\net cette tête de mort ennuyée, seculaire, immense de rêve et de tyrannie !\n Et tout cela dominant un rocher, le roc de Pierre, tandis que devant,\nsur un socle, se dresse la marmoréenne beauté d'une quasi Vénus de Médicis,\nexacte de distinction et de délicatesse charnelle, gracile, masculine;\nimpudique avec des gestes chastes; décapitée de sa fierté pour être sur­\nmontée de cette tête audacieuse, impudente et canaille. O Léonora d'Este!\n    A côté : De l'animalité. Femme flasque, échouée, veule sous ses cheveux\nd'or, gorge passive, regards donnés. A droite, à gauche, deux piliers mon­\ntent avec des détails d'architecture spéciaux, rappelant des emblêmes\nsexuels, nombreux et lourds, et puis deux crânes mystérieux, nimbés, fixes,\nallumés, phares lointains au dessus des mers flasques de la chair ballante\ncomme des vagues...\n    Ces deux œuvres dégoûtent — le mot est trop fort, j'en conviens — des\nautres envois de M. Khnopff.\n    Il me reste à parler des invités.\n    Presque tous sont des maîtres et mainte de leurs toiles envoyée aux XX\nsera sacrée chef-d'œuvre dans dix ans.\n    Voici Monet, si superbe de forme, si grandissant les choses, si maître\ndont le pinceau réalise les plus aigues vibrations de clarté et apparaît le\nplus dominateur; Whistler l'immatériel peintre, l'harmonieux arrangeur,\nl'évocateur d'êtres et de personnages; Zandomeneghi, Parisien avant tout,\nnotant des scènes de mœurs, moderne jusqu'au bout des pinceaux, et\nmaquillé ! et artificiel ! et « ça » ! Besnard, très divers, s'éparpillant en\nsujets, tantôt contemporains, tantôt légendaires, remarquable surtout\ncomme portraitiste; Monticelli : de la féerie dans du soleil, et surtout\nRenoir, si étonnammant délicat et clair, exquis traducteur de la grâce\nmolle et abandonnée des femmes, caresseur... au pinceau, de chairs aussi\nroses et fraîches que des fleurs dans l'eau, traducteur prestigieux des tons\nglauques de l'air et des diaphanéités prismatiques, celui qu'on n'admet pas\net que des gens qui confondraient un cul de poule avec la bouche d'une\njolie femme, mettent de pair avec Herbo !\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                 — 188 —\n\n   Il faudrait insister encore sur le talent d'Odilon Redon, caractérisé\nici même par J. Destrée, sur les gravures de Guerard et de Gaillard,\nétonnantes de burin net, habile, exact et fidèle, et enfin sur les envois de\nCariès, qui patine avec une dextérité invue les cires et les glaises, acharné\naprès les moindres nuances de modelé, tenant de la vie au bout de ses\ndoigts, et l'imprimant et la fondant à son modèle.\n   Un souvenir avant de terminer à Charles Goethals — personne n'en\nparle! — dont l'œuvre est là, tout entier, dans sa sincérité et sa force\nnaissante, et brisé mélancoliquement. Le portrait du mort, tout en blan­\ncheur de plâtre et crispé de mal, avec je ne sais quelle ironie tordue,\ndomine sous crêpe l'exposition des tableaux et des dessins posthumes.\nPauvre artiste! et quelle souffrante figure, lointaine déjà, avec Pantazis !\n                                                  ÉMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n                          JEANNE          BIJOU\n              C'était prévu. Après s'être affirmé dans la poésie, dans le roman,\n               dans la critique littéraire, la Jeune Belgique devait se pro­\n               duire au théâtre. Après toutes les luttes passées, après les\n              prodigieux efforts dépensés pour de minces résultats, après les\nlivres, les revues, les conférences, les procès, après les coups de plume, les\ncoups de langue, les coups d'épée, il faudra essayer les coups de théâtre!\n   Ici plus qu'ailleurs tout est à faire, à créer, à conquérir. Nos scènes de\ncomédie s'approvisionnent exclusivement des productions françaises.\n   Tel théâtre épie le succès des pièces nouvelles à Paris et les rejoue ici un\nmois après, en choisissant de préférence les œuvres comiques, lestes, qui\nattirent le plus facilement nos publics.\n   Tels autres théâtres, moins suivis, moins subsidiés, n'ayant pas le moyen\nde payer le droit de représentation des pièces nouvelles, jouent de vieux\ndrames ou de vieux vaudevilles, en se contentant d'une clientèle de fau­\nbourg qui leur suffit à vivoter.\n   Des pièces belges, ils n'en représentent guère — malgré l'obligation de\nleur cahier des charges — et jusqu'ici vraiment il n'y a pas lieu de leur en\nfaire un grief. La plupart de celles qu'on a écrites et primées dans des con­\ncours officiels, sont d'une banalité touchante. Récemment nous avons\nentendu ainsi, interprétée par une troupe d'amateurs, la Question\nd'Occident, une comédie qui a valu à son auteur le prix triennal du gouver­\nnement, à la suite d'un rapport très favorable du jury. Certes, ces auteurs\nignorent, avec une naïveté qui désarme, les délicatesses de la langue et les\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                  -   189    -\n\nsubtilités du style. Devant un public facile et rudimentaire comme celui de\nl'Alhambra, ils pourront faire applaudir la représentation calquée de notre\nvie bourgeoise et nationale, dans un dialogue du terroir où l'art n'a rien à\nvoir, mais à un auditoire de lettrés ils communiqueraient ce petit sourire\nqu'ont les grandes dames en entendant leurs gens patoiser et jargonner dans\nl'office.\n   Quoi qu'il en soit, la presse s'est montrée fort aimable. C'est peu éton­\nnant : nos bons critiques goûtent cela, étant pour la plupart des ratés de\nlettres qui eux-mêmes n'ont rien écrit qui vaille ; ils doivent aimer les\nimpuissants, eux qui ont un tempérament de vieilles filles. Quelques-uns\nont peut-être lâché un livre, il y a bien longtemps; mais c'est un enfant\nnaturel qu'ils ont oublié. Presque tous n'ont fait qu'une brochure —\nquelque chose comme une fausse couche — ignorée — ce qui ne les empêche\npas, en suite de cette continence à peine interrompue, d'avoir gardé leur\naigreur et leur rancune pour avoir coiffé la Sainte-Catherine des Lettres.\n   Cela fait songer à ce joli mot de Legouvé : Les vieilles filles seraient si\nbonnes, si elles pouvaient avoir un enfant, honnêtement.\n   Mais on conviendra que c'est assez difficile, et dès lors s'explique leur\ndépit de voir ainsi les Jeunes Muses faire des enfants qui leur tirent la\nlangue.\n   Alors les vieilles filles de la littérature prennent des grands airs dans leurs\nphrases empesées comme des jupons ou plates comme leurs gorges. Elles ne\nveulent pas se servir de leur binocle ni regarder de près, et vont criant que\nla mariée est laide, d'une fatuité désarmante, prenant « ses maniérismes\ncontournés pour de l'esprit et sa rédaction minutieuse pour un style pré­\ncieux ! »\n\n\n   C'est le 6 février, dans la salle de l'Alcazar, qu'a eu lieu la « première »\nde la Jeune Belgique, avec Jeanne Bijou, 3 actes, de Max Waller, et\nle Saxe, un acte de Francis Nautet, montés par un directeur qui a eu le\ndilettantisme de risquer l'aventure sans subside et sans prime.\n   La comédie de Max Waller, nous la connaissions déjà pour l'avoir\nentendue, un soir, lue par lui dans une réunion d'artistes. Bien des répar­\nties fines, des observations malicieuses, des mots charmants qui avaient\nporté dans une chambre intime, sous l'abat-jour en clair de lune de la\nlampe, se sont brûlés leurs ailes délicates au cordon de la rampe de gaz\n— grâce sans doute à une interprétation où il n'y avait que de la bonne\nvolonté.\n   Mais malgré cela, le premier acte a porté.\n   C'est qu'il est vraiment scénique, comme dialogue et comme action.\n   La scène se passe chez Jeanne Bijou, une horizontale de haute marque,\nqui « grignote dans les blasons ». Un de ses anciens, Albert de Morteroche\nest revenu la voir, bien qu'il soit marié depuis peu à une femme char­\nmante.\n   Curieuse nostalgie, que celle du vice et celle de l'amante dont on n'a pas\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                  —   190 —\n\n\népuisé toutes les caresses! Déjà Max Waller avait détaillé cette psychologie\ndans Lysiane de Lysias. Ici la chose n'est qu'indiquée, mais tourne\naussitôt à l'action et au drame; un ami d'Albert, Gaston de Cléry entre et\nlui dit à l'oreille qu'il a aperçu une femme voilée, en fiacre, qui guettait la\nmaison.\n   C'est sa femme à lui, qui aura peut-être découvert son retour chez la\ncourtisane.\n   Albert se sauve et Jeanne Bijou qui a appris la chose par un de ses\nvieux adorateurs l'envoie en reportage pour apprendre le dénouement de\nl'aventure. Elle reste seule avec Gaston, et ici se place une fort belle scène\nqui termine le permier acte.\n\n                                SCÈNE VI\n                              JEANNE, GASTON\n                                   JEANNE\n   Maintenant, à nous deux. Vous savez que je suis discrète; répondez-moi.\nEst-il vrai que Monsieur Gaston de Cléry a aimé la femme d'Albert de Mor­\nteroche lorsqu'elle était jeune fille?\n                                   GASTON\n   Singulière question. Eh bien. Oui, j'ai pensé à cette jeune fille; le mariage\nne me déplaisait pas trop et la dot avait quelque charme. Albert m'a enlevé\nles deux, je lui pardonne.\n                                   JEANNE\n  Le bruit court que vous n'auriez manqué que la dot, et que, au bout de sa\ncourte lune de miel, vous auriez débarrassé Albert du fardeau de ses devoirs.\n                              GASTON (se levant)\n  Qui a dit cela? C'est une honte !\n                                   JEANNE\n  Le bruit court...\n                              GASTON (vivement)\n   Oh! oui, ces bruits là, cela court si vite qu'on n'a pas le temps de les\nrattraper. Je suis l'ami de Mme de Morteroche, nous avons été élevés\nensemble, je suis son compagnon d'enfance.\n                                   JEANNE\n  Mais ces choses-là, cela se continue.\n                                   GASTON\n  Christine est la plus charmante et la plus honnête des femmes, digne de\ntous les respects et de toutes les admirations, et en ce moment, je suis navré\nde savoir que ses soupçons viennent de se confirmer, qu'elle a vu entrer chez\nvous cet homme qu'elle aimait tant et que soixante jours ont lassé d'elle!\nTout son bonheur, ses espoirs, ses rêves de jeune mariée s'écroulent ; c'est\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                  —   101 —\n\n\nà crier de douleur. Cette enfant, dont je sais la sensibilité, la douceur, la\ngrâce délicate, Albert ne l'a pas devinée encore, mais le jour où elle se mon­\ntrera, où elle sortira d'elle-même, il n'aura pas assez de sa voix, de ses yeux,\nde ses deux mains, de ses deux genoux pour implorer son pardon !\n                                JEANNE\n  Que voilà de feu, pour un simple ami d'enfance!\n                              GASTON (crescendo)\n   Eh bien, oui, je l'aime, mais de piété et de dévouement, cette âme qui\nn'a rien fait pour s'embarrasser d'un corps. Je l'aime et je la défends, la\npauvre petite qui va souffrir à cause d'une...\n                                   JEANNE\n  Dites courtisane,   c'est plus Régence; horizontale   me déplaît.\n                                    GASTON\n   Vous avez fait tout ce que vous avez pu pour ensorceler Albert; l'aimiez-\nvous? non, pas un instant, mais vous vouliez vous octroyer ce gentilhomme,\npar plaisir, par distraction, et lui croquer le bonheur comme un fruit rare,\nn'est-ce pas?\n                                    JEANNE\n   Nous y sommes ! Eh bien, oui, là, c'est vrai. Je me venge. On m'a chassée\ndu monde, de leur monde, comme ils disent, sous prétexte que mon mari\nne descendait pas de Louis XV. Ils en descendent, eux, par une échelle\nplus ou moins généalogique. Je me venge, pour rire, pour me distraire,\ncomme vous dites. (Avec emphase). Je suis la-femme fatale, comme dans les\nromans de Montépin. Je grignote dans les blasons et j'y laisse des marques..\nAlbert? il souffrira comme les autres. Je suis toujours belle, il souffrira; je\nsuis toujours jeune, il souffrira; il se brûlera le sang à force de désir; il\nme rêverra, il me reviendra malheureux comme tout à l'heure, fatigué,\nsuppliant. Alors je rirai tout doucement, comme ceci, tout doucement.\nJe n'ai même pas voulu de son argent. J'en avais, j'en ai. Le duc de\nLagarde m'a donné cet hôtel, le comte de Chaune ces diamants, le vieux\nStein a rempli d'or mon secrétaire ; lui, ne m'a rien donné, je n'ai pas voulu.\nMais il s'est mis à mes pieds, il a pleuré pour m'obtenir; je n'ai pas voulu\nencore. Je lui ai donné l'absinthe et j'ai retiré le repas, pour le voir mourir\nde faim. C'est très drôle, je suis contente, je m'amuse, voilà !\n\n                                 GASTON\n  C'est bien vieux tout cela, madame. Du Paul Féval, tout au plus...\n                                JEANNE\n  Vous voulez me prendre par l'amour-propre.\n                                   GASTON\n  De l'amour... propre. Vous!\n                              JEANNE (geste droit)\n  Sortez !\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                    —    102 —\n\n\n   Comme on le voit, c'est du vrai théâtre, passionné, dramatique, et si\ntoute la pièce avait été écrite dans ce ton-là, si toutes les scènes avaient eu\ncette logique et cette cohésion, nous nous trouverions devant une belle et\nforte comédie qui tiendrait sa place à côté des meilleures du répertoire\nactuel. Mais c'est déjà beaucoup de mener à bout, sans défaillance, une\npareille scène, et nous sommes loin, à coup sûr, des pièces belges auxquelles\non nous a habitués. Ce qui frappe surtout, dans tout ce premier acte, c'est\nla facilité du dialogue; ce don-là, Max Waller le possède absolument, et\nc'est ce qui permet d'affirmer qu'il fera d'excellent théâtre, quand il préci­\nsera mieux le dessin de l'action et la logique des caractères. De l'esprit, il\ns'en est dépensé à pleines mains dans tout ce premier acte, avec des bou­\ntades comme ceci :\n   « C'est à rougir de se mettre en habit noir. Des blasons à dix gueules de\nsinge sur champ de course, à trois étoiles de café-concert. C'est tout le\nnobiliaire actuel. N'était l'odeur, je me ferais démocrate. »\n   Et ailleurs, cette définition du mariage : « De la morphine ! une piqûre\navec une seringue d'argent! »\n   Et l'on a osé écrire le lendemain qu'il n'y a pas d'esprit dans cette pièce.\nJe parie que celui-là a de l'ouate dans les oreilles. De l'esprit, mais il y en a\ntrop; c'est peut-être un des plus grands défauts de la pièce; le dialogue\nfatigue à force de facettes; tous les personnages parlent de la même manière;\non dirait qu'ils font seulement les gestes et que Max Waller parle tout le\ntemps; ils sont spirituels à tel point qu'on s'attend à voir l'un d'eux s'écrier\ncomme dans Philiberte d'Emile Augier :\n                  Mais que c'est donc joli tout ce que nous disons !\n   A vrai dire, les actes suivants sont plus faibles. Au second, nous sommes\nchez Christine, la femme délaissée, qui depuis deux mois s'est reprise et\njure qu'elle ne pardonnera jamais à son mari son cruel abandon. Celui-ci\nessaie de la reconquérir, en lui parlant de l'autrefois, en confessant sa folie\nd'une heure; mais Christine est impitoyable. Alors le mari se redresse. C'est\ndonc qu'elle en aime un autre, et cet autre c'est son ami, à lui, c'est Gaston\nde Cléry. Tout le monde en parle, tout le monde en rit! Christine répond\nqu'elle ne se défendra même pas. Survient Gaston lui-même. Scène entre le\nmari et lui, qui prend la même attitude.\n   Mais Christine rentre, se met entre eux et dit crânement que M. de Cléry\nest son amant, « puisque je suis veuve de vous », ajoute-t-elle en regardant\nson mari. Celui-ci va s'élancer pour souffleter Gaston, mais Christine l'ar­\nrête, et un moment après, la voilà restée seule avec Albert.\n   C'est la scène finale du second acte, une très bonne scène encore, où le\nmari ricane, insulte, s'emporte.\n   — En réalité, Madame, vous devez vous étonner que je reste ainsi, calme,\ndevant vous, sans rien dire, sans crier de colère...\n   Christine.— Non... non... je ne m'étonne pas... Car, écoutez! Lorsque\nje vous ai dit que Monsieur de Cléry est mon amant, vous ne m'avez pas\ncrue!...\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                   -   193   -\n\n    Cette fin est assurément émouvante, et, du reste, dans tout l'acte il y a\nd'excellentes intentions scéniques, mais c'est malhabile, c'est trop rapide,\ncela tourne trop court. A ce propos, on a eu tort de plaisanter ceux qui ont\nparlé de l'optique de la scène. Au théâtre, parmi la demi-attention d'un\npublic qui a dîné, qui est distrait par le manège de la salle, les choses\ndoivent se préparer, s'insinuer, avant de se dire, et c'est alors seulement que\nle spectateur comprend parfaitement.\n    Au troisième acte, les époux se réconcilient au bal de l'Opéra, car Albert\ny a vu Gaston en tête à tête avec Jeanne Bijou, ce qui le rassure sur ses\nattentions auprès de sa femme. Le dénouement est assez bien amené par la\ntactique de Christine qui, devant son mari, sous son masque, raconte\nl'histoire d'une grande dame qui aurait perdu son mari depuis deux mois\net s'en trouvait fort ennuyée.\n    Albert intervient et déclare qu'il a précisément rencontré le mari qui\navait fait la même perte et avait le même ennui.\n    Là-dessus ils s'en vont au bras l'un de l'autre et ainsi se trouve vérifié le\nmot d'un des personnages au premier acte qui dit n'avoir jamais cru beau­\ncoup aux séparations de corps.\n    Cette lutte intéressante de tendresse blessée et d'amour-propre était peut-\nêtre peu scénique; toute l'action ici réside dans le sentiment, et de pareilles\nanalyses comportent plutôt le détail du roman que la synthèse du théâtre.\n Mais telle qu'elle est, cette pièce a mérité par ses hautes qualités de style, le\nsuccès dont un public d'amis l'a salué.\n    Pour la première fois en ce pays, nous avons entendu une comédie belge\nprésentée en de l'écriture artiste selon le mot des Goncourt, et pour la\n première fois, comme eux, un des nôtres aura parlé au théâtre la langue\n littéraire. Cela nous mène loin heureusement de l'argot actuel ou des rédac­\n tions de M. Sardou avec ses fameux petits points qui s'allongent dans sa\n prose obscure comme une file de lanternes en des rues noires.\n\n\n\n\n***\n  Le Saxe, de Francis Nautet, a présenté les mêmes qualités littéraires.\nSon petit acte est même agencé avec plus de certitude et de cohésion; les\nentrées et les sorties sont bonnes. Mais le dialogue a moins de pimpant et\nde délié. On dirait par moments d'un style qui prend du ventre.\n   Il s'agit d'une jeune fille qui adore les bibelots et qui commence à trouver\nqu'un mari lui manque dans son petit musée. C'est le premier de l'an.\n   Or, comme on croit définir le caractère des hommes d'après leur écri­\nture, elle jugera, elle, ses prétendants d'après les étrennes qu'ils vont lui\napporter. C'est ainsi que malgré ses quatorze chevaux, malgré la protection\nde la mère, sera sacrifié M. Valentin Robineau, pour avoir eu l'idée sotte\nd'offrir une jardinière, une affreuse jardinière, tandis que Georges Darbaix\nobtiendra la main d'Aline en échange d'un Saxe qu'elle rêvait d'avoir et\nqu'il est venu lui donner. C'est peu de chose, mais de jolies variations s'y\nenroulent comme des vers de Musset qu'on aurait collés sur un mirliton\nde Saint-Cloud.\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                   — 194 —\n\n   Aline supplie sa mère qui refuse encore son consentement : « Georges\ntravaillera, il intriguera, il se fera nommer quelque chose de facile, député,\nministre... »\n   Il y a ainsi pas mal de choses piquantes.\n   Il y a aussi une jolie légende allemande, se rattachant à ce Saxe, qui\ntient la curiosité en éveil et amène la conclusion au dénouement : Aline\ndoit épouser Georges parce qu'ils ont des goûts semblables. Quel est le fou\nqui a dit que l'amour naît du contraste... L'unique bonheur réside dans un\ncouple apparié, miroirs jumeaux où tout se reflète d'identique manière !\n\n                                    **\n   Voilà les débuts de la Jeune Belgique au théâtre, débuts sans préten­\ntions, tout intimes, une simple passe d'armes avant les grandes batailles.\n   A quand'notre soir d'Hernani? A quand le drame héroïque, le drame\npaysan où revivront nos communiers flamands ou nos superbes rustres\nd'aujourd'hui ? A quand la comédie cinglante qui mettra nus sur le théâtre\nnos bonshommes politiques, qui étalera le cabotinage et la goujaterie de nos\nmœurs?\n   Ce soir-là, il ne manquera pas de gilets rouges, il ne manquera pas de\nchevelures insolentes, comme il ne manquera pas non plus, soyons-en cer­\ntains, de Gustave Planche, Planchette et Planchinette pour écrire le lende­\nmain — comme leur ancêtre — que de pareilles pièces sont des gageures\ncontre la langue et le bon sens.\n                                                                  X.\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n  Les Templiers. — Litolff, Berlioz, Borodine. — Le Concert populaire. — Le\nConcert de l'Association des Artistes musiciens. — Le Concert de M me Cornélis. —\nLa Musique de chambre, MM. Gurickx et Degreef. — La Nouvelle classe de harpe. —\nWagner au Conservatoire.\n\n\n             Dans quelques semaines les feuilles pousseront. Nous aurons eu\n              Saint-Mé grin, Pierrot Macabre, Gwendoline, Lohengrin,\n              peut-être, et les concerts prépareront leur séance de clôture.\n              Pour peu que notre livraison retarde, ma pauvre chronique\nmensuelle — disons trimensuelle — passera pour une revue de fin de saison.\nC'est ce qui m'excuse de parler du mois de janvier en plein mois de mars et\nde remonter encore à ce déluge qu'on nomme : Les Templiers.\n  Remontons-y donc et marchons à reculons.\n  De même qu'on se fait petit pour parler à de petits enfants, faisons-\nnous vieux pour parler d'un vieillard. Oublions un instant l'idéal, le\nbut, l'avenir. Au lieu de voir devant nous, regardons en arrière. Nous\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                   — 195 —\n\napercevrons l'auteur des Templiers, là-bas, dans le romantisme creux\nde vers 1850, à cette place que d'autres lui ont déjà désignée, entre Halévy\net Meyerbeer. C'est juste. La place est bonne.\n   A Meyerbeer, Litolff a emprunté tout son système de mise en scène\nbruyante, il en a les grands ensembles sonores et décoratifs, tels le final du\npremier acte et la scène de l'ordination au quatrième. Mais il n'a déjà plus\nla puissance dramatique que Meyerbeer a montrée dans son quatrième\nacte des Huguenots, et il va beaucoup moins loin dans l'âme de son sujet.\nQuant à la mise en œuvre extérieure, il a l'orchestration nue et froide, au\nmoins pauvre, d'Halévy.\n    Il y a mis en plus — en moins, devrait-on dire — la trivialité de cer­\ntaines formules, de certains rythmes, de certaines instrumentations, qui\nprouve que, même comparativement à son entourage, il n'est pas de ces\nnatures affinées qui se trouvent à toutes les époques. En effet, au lieu d'af­\nfiner les sensations, il les grossit pour le relief; il cherche ce relief en dehors,\nnon pas en dedans. Au lieu de couper les cheveux en quatre, il les met en\nmèches. Pour l'optique de l'oreille, il fait de la musique comme certains\npeintres font du panorama : à trompe-l'œil\n   Si le pape avait canonisé Monte-Christo, Litolff l'eût mis en musique;\nil est une sorte de Dumas père compositeur, faisant du rythme à coups de\ngrosse caisse et de cymbales, du rythme à l'usage des foules ; car les mou­\nvements éphémères et superficiels des foules remuent, plus que tous autres,\nsa nature nerveuse, et ce patriotisme mystique qui lui a inspiré les meil­\nleures pages de sa partition, notamment le prélude, se plaît à chanter\ndes hymnes au milieu d'une multitude désordonnée de bannières et de\ncroix.\n    Il lui eût fallu Jeanne d'Arc, les Girondins, la Terreur; toutes ces scènes\n bouleversées de fanatisme et de martyr ; des épées tachées de sang, des\ncroix tachées de lumière.\n    Il était né pour improviser des Marseillaises. Sa superbe Ouverture de\nRobespierre le prouve.\n    Dans ce genre les Templiers eussent pu être une belle œuvre. S'il y avait\nutilisé les ressources de la polyphonie moderne et s'il avait pu trouver dans\n sa nature, mobile et énervée à l'excès, la force pénétrative nécessaire à\n féconder cette conception dramatique et à la réaliser tout à fait.\n    Le succès des Templiers est un succès de foule dû à une mise en scène\n splendide et surtout à ce ballet que Mlle Rossi danse et mime — physio­\n nomime, devrait-on dire — avec une si parfaite intelligence de l'art plas­\n tique.\n\n\n   Au moins ne dira-t-on pas de Litolff qu'il est un incompris, comme on\nl'a dit de Berlioz à propos de la récente exécution de l'Enfance du Christ\naux Concerts populaires. Le rapprochement était curieux entre ces deux\nhommes contemporains par l'état-civil, mais non par le génie; on croyait\nLitolff mort et Berlioz bien vivant dans son œuvre. Voilà que Berlioz\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                  — 196 —\n\n— après Wagner!— repasse à l'état d'incompris et, comme quelque chose\nd'informe qui vient de naître, on le renvoie à son chaos. Faut-il en rire?\n   Incompris : d'abord, c'est une pétition de principes. Incompris comme\nquoi? Comme un théorème de géométrie? Le pont aux ânes alors? Incom­\npris de qui? Des artistes ou... des autres'?\n   Depuis le jour où j'entendis sa formidable Damnation de Faust, je\ncroyais Berlioz calé et admis par tous comme une des plus hautes têtes de\nla musique moderne et l'esprit encore plein des colorations puissantes de la\nDamnation, j'ai vu son Enfance du Christ comme une œuvre effacée,\naffaiblie déjà, où le coloriste un peu « tachiste », où le dramaturge\nhabituellement passionné et tourmenté a mis des tons monochromes sur\nun dessin très simple. Œuvre atténuée gardant dans les lointains du temps,\nsinon sa puissance, au moins son unité de conception et de structure, sa\nmodernité de forme et, sous un pâle frisson de soleil, tant d'amour, tant de\nnature, tant de vie!\n   Eh bien! non. Tout cela est sans inspiration et sans souffle. Le siècle\nprésent a pris pour tâche de relever en appel les incompris comme Berlioz :\n« Mais gare à la Cour de cassation de l'avenir! » Voilà ce que disent, sur\nun ton épique, des gens que Berlioz a endormis en 1850 et qui se réveillent\nen 1886 sans regarder l'heure. Il paraît qu'ils le disent sérieusement. Mais\nc'est la galerie qui se tord.\n   Quant à Borodine, il est fort heureux qu'on ne le comprenne pas ; car, si\non le comprenait, on voudrait peut-être l'expliquer et cela produirait des\nchoses tristes à entendre. Quand je dis ON, je veux dire... les autres —\ntoujours.\n\n\n    L'exécution de la symphonie de Borodine, reprise au dernier concert, a\nété superbe d'âme et de chaleur.\n   L'exécution de l'Enfance du Christ a paru, au contraire, manquer d'ac­\ncent et de relief. L'orchestre mou, les chœurs — de femmes surtout —\nmauvais. Quant à Mme Moriani, elle sait chanter, mais sa voix comme tout\nson être manque de vibration. C'est une gracieuse personne et sans doute\nune charmante artiste de salon ; mais elle comprend l'art un peu coquette­\nment comme certaines Italiennes comprennent la religion : à coups d'éven­\ntail; et nous ne lui pardonnons pas l'éventail.\n   MM. Heuschling, Dubulle et Engel, ont été très bons. M. Engel, pas\ntout à fait assez biblique cependant, surtout dans le large récitatif du début.\n   Les Concerts populaires qui, désormais, se consacrent exclusivement à la\nmusique moderne et qui termineront probablement leur saison par une\nexécution fragmentaire de Tristan et Yseult, restent le point de résistance\nartistique.\n   En dehors d'eux, presque toutes les auditions notables gravitent dans\nl'orbe du Conservatoire, et se donnent sous la présidence officieuse sinon\nofficielle de son directeur. Telles les nombreuses auditions de musique de\nchambre. Nous nous retrouvons ici en présence d'artistes de première\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                — 197 —\n\nvaleur, voués tout à la musique d'école, et qui sont assez connus pour que\nnous ne citons pas leurs noms en ribambelle. Ils font œuvre méritoire en\ninstituant une sorte de musée ancien de la musique où l'on vient se\nrecueillir et se retremper après les auditions troublantes des Wagner et des\nBorodine.\n   Enfin, les Concerts de l'Association qui concèdent un peu de musique\nfacile et d'airs variés au gros public et quelques autres, comme le Concert\nde Mme Cornélis. Celui-ci, d'un programme peu intéressant, n'a été qu'un\nprétexte à ovationner une de nos meilleures cantatrices-interprètes. Nous y\navons entendu Mme Flon-Botman, Mlle Sophie Cornélis, M. Degreef.\nDeux jours plus tard, nous entendions M. Gurickx. On a voulu faire un\nparallèle entre MM. Gurickx et Degreef. Cette manie de classification et de\nmesurage est insupportable. Ils sont tous deux de style très pur et de très\nhaute esthétique. — L'esthétique est, en quelque sorte, la morale de l'art.\n— A ce titre, ils sont également respectables, mais chacun d'eux possède\nune personnalité accusée et vivace que l'école n'a pas étouffée et rien\nn'empêche, me semble-t-il, qu'on les admire de front sans vouloir absolu­\nment écraser l'un par l'autre. Si M. Gurickx nous occupe plus spéciale­\nment aujourd'hui, c'est à cause de son début comme compositeur, début\nassurément le meilleur qu'on ait fait depuis quelques années en Belgique,\ncomme on l'a très justement dit ; dans cette Esquisse symphonique qu'il a\njouée au dernier concert de l'Association, un seul défaut nous frappe : le\nmanque d'équilibre ; cela pèche par le dessin ; mais c'est si joli la tache,\nle coloris et sous ce rapport, l'œuvre est chaude, lumineuse, vigoureuse­\nment orchestrée et modelée dans un style très moderne. Ce qui s'y débat\nde sentiments personnels trouvera, pensons-nous, son meilleur moyen\nd'expansion dans la symphonie pure, le jour où M. Gurickx écrira non\nplus en pianiste mais en symphoniste.\n\n\n   Et maintenant donnons un souvenir aux harpes, à toutes les harpes dont\nl'avènement a failli causer une svncope au plus dodelinant de nos critiques\net défrayé pendant quelque temps le menu potin des coulisses de\nl'orchestre. Cet avènement dû à la fondation d'une classe nouvelle au\nConservatoire est plus considérable qu'on le pense, car la harpe remplit\nun rôle de plus en plus important dans l'instrumentation moderne.\n   Un jour, sans que M. Gevaert eût prévenu personne, vint défiler à\nl'orchestre de la rue de la Régence, toute une flottille de harpes d'or, dont\nles cordes exhalaient des sonorités lumineuses : la classe débutait. Comme\nc'était en même temps qu'un joli jouet, un jouet tout neuf, on le mit et le\nmultiplia partout. M. Gevaert voyait passer des harpes dans ses rêves. La\nSociété de musique en réclamait six d'un coup. Anvers n'en ayant pas\nassez, nous demandait les nôtres et l'Ecole de musique jalouse, singeait le\nConservatoire. Les débuts s'étaient faits dans l'ouverture d'Athalie, de\nMendelssohn, première étape des harpes dans l'orchestration moderne. Les\nseconds débuts ont eu lieu dans l'ouverture du Vaisseau Fantôme. La\njeune classe s'est fort bien tirée de cette partie assez ardue.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                                 — 198 —\n\n   C'est à ce même concert du Conservatoire que figurait l'Ouverture de\nFaust, également de Wagner. En l'entendant, un critique quotidien a fait\nla moue et s'est plaint du choix de cette page surannée ; puis il s'est mis à\nagiter, comme des drapeaux rouges, La Tétralogie et Parsifal au nez de\nM. Gevaert, en insinuant que M. Gevaert ne les connaissait pas. Mon\nDieu! il me semble que ce critique y va un peu rondement. J'aimerais\nbeaucoup entendre les oeuvres de la dernière manière, mais je crois que le\nreste est encore un assez beau reste et je remercie très humblement\nM. Gevaert de nous le donner. Puis, si je l'osais, je dirais en passant à ce\ncritique qu'il se compromet terriblement ; que lorsqu'on a l'honneur exces­\nsivement démocratique d'appartenir à un journal qui « va dans les\nmeetings », on n'affiche par ainsi ses préférences pour une œuvre de\nsensations aussi affinées, de nature aussi religieuse que Parsifal; je lui\ndirais qu'il n'a pas du tout « 1 esprit du journal » et que, s'il n'y prend\ngarde, il va se faire expulser un de ces jours par son rédacteur en chef.\n\n                                                    HENRY MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                     — 199 —\n\n\n                              MEMENTO\n             BELGIQUE                         plaisir, que nous ne voulons pas donner\n                                              dans la polémique qu'elle semble chercher.\n  Vient de paraître à la librairie de\n                                              Nous sommes décidés à ne dire d'elle que\nBrunhoff et Monnier Happe-Chair,      par\n                                              du bien, ou à ne rien dire du tout, s'il y\nCamille Lemonnier.\n                                              a lieu ; elle a les idées littéraires que nous\n  Trois éditions du livre sont déjà enle­\n                                              avions avant elle, le' combat que nous\nvées.\n                                              livrions, elle le livre; il serait trop agréable\n                                              à la galerie de nous voir tomber notre mi­\n  Paraît aujourd'hui également : Jeanne       gnonne consœur, pour que nous accep­\nBijou, comédie en trois actes par M. Max      tions une bataille — fort inégale d'ailleurs.\nWaller : prix, 1 fr.\n                                                                     * \" * * ■\n\n\n\n                                                 M. Henry de Classant publie sous ce\n   Un nouveau confrère nous est né :\n                                              titre: L'Eden du poète, une plaquette de\nL'Elan littéraire, revue mensuelle (3 fr.\n                                              vers de sa composition. Il dédie son œuvre\nl'an, à Liège, 8, rue Saint-Adalbert). Nous\n                                              à un ami, dans une préface où nous appre­\n n'avons pas reçu le 1er numéro, mais, à en\n                                              nons que M. de Classant a été blessé à l'âme,\njuger par le suivant, l'Elan est tout pris.\n                                              mais qu'il est convalescent. La maman du\nNous y voyons des vers et de la prose\n                                              jeune Henry peut donc dormir en paix.\nde MM. Fernand Severin, Léon Morel,\n                                              Mais, en réfléchissant bien, ce n'est pas une\nG. Girran, Hector Chainaye, Maurice Si-\n                                              raison parce que l'âme commence seule\nville, Wladimir A. Macedonsky (drôle!),       ment à sortir, en voiture, les jours de soleil,\nFritz Ell (deux aîles), Morico, Abel Moran,   pour faire des vers! Dans une piécette in­\nR. Ellum, Albert Mockel, etc. Tout cela       titulée: Joie future, le petit Henriquet dit :\nn'est pas renversant, mais il y a peut-être\nà Liége d'excellents éléments pour fonder            Ma chère, nous lirons ce soir\nun groupe auquel d'ores et déjà nous sou­            Ces vers tristes dont tu raffoles.\nhaitons la bienvenue.                            Quelle est la malheureuse créature assez\n                                              délaissée de Dieu et des hommes pour raf­\n                   ***                        foler des vers tristes, non, des tristes vers\n  Le dernier numéro de La Basoche est         de M. de Classant !\naccompagné d'un dessin de Jan Toorop             Il est intéressant de piquer à la four­\npour illustrer l'intéressante nouvelle de     chette (à huîtres) les vers où M. Henry\nM. Maurice Frison : Fin de race.              parle de son âme ; nous savons déjà qu'elle\n  Signalons dans le même numéro les très      est convalescente. A la page 23, elle est sou­\nremarquables Visions de M. Arnold Goffin.     cieuse :\n                                                   Il vient de refroidir mon âme soucieuse.\n   Une jeune revue littéraire que nous ne        L'âme soucieuse de Henry est désormais\n nommerons pas, ne voulant pas lui faire      frappée, mais à la page 39 elle devient\nde réclame antipathique, a pris l'habitude    « valétudinaire, » à la page 58 elle est « mu­\nde lancer à la Jeune Belgique des épi-        tilée » et à la page 59 elle est rivée à « l'âme\ngrammes d'un goût douteux; une couver­        des nuits; » seulement, partout, malgré ses\nture rouge l'offusque, une fantaisie ortho­   avatars, l'âme de M. de Classant se mani­\ngraphique l'a fait s'esbaudir. Nous ne nous   feste en vers qui ne sont pas convalescents\nen froissons pas autrement, mais nous         comme elle, mais très malades ; ils sont\ntenons à dire une fois pour toutes à la       affectés d'impersonnalite aiguë, compli­\njeune revue en question, dont nous suivons    quée de banalum tremens et de àfichau-\nes efforts avec [beaucoup d'intérêt et de     paniera morbus.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                                              200 —\n\n                                                 gurée par le Drame social, paraît un autre\n    M. Victor Arnould s'est décidé à donner      recueil de vers non moins étranges, inti­\nà l'impression ses vers : Le Drame social,       tulé : Premières rimes, et signé Moi. Ce\npubliés récemment par la Société nouvelle.       n'est pas de moi, je vous jure, c'est de lui,\n    Cela fait de la peine vraiment. M. Arnould   et lui c'est la fontaine Wallace des mauvais\nest un orateur et un avocat remarquable;         vers, mauvais dans le sens d'incorrects; cy\nil manie avec une heureuse virtuosité les        un échantillon :\nmots démocratiques, et les lieux-communs         Fleuves, chantez ! Chantez, oiseaux ! Brises, chantez !\ninévitables des « premiers-Réforme » ne          Vibrez, bois mystérieux, et grisez ma pensée (13 pieds)\nchoquent pas sous sa plume. Il a même            aux bruissements de vos vastes concerts ! Peuplez\nderrière lui des articles sur le Naturalisme,                                                 (13 pieds)\n                                                 l'espace géant de vos strettes enfiévrées !\nsur Gambetta, sur Gladstone, qui valent          Murmures et refrains, roulez vos lourdes lames\nd'être relus et compris. Par quelle bizar­       et noyez l'infini sous vos remous fougueux !\nrerie capricieuse M. Victor Arnould, écri­       Mugis, orgue grandiose! Orchestre immense, brame\nvant un article pour le journal de M. Féron,                                                   (13 pieds)\n                                                 aux échos tes récits et tes trilles nerveux.\n l'a-t-il inconsciemment tourné en vers de\n huit pieds, et compliqué ainsi le charabia         Le pseudonyme de ce poète bizarre me\n triple de la politique courante? Le vers, de    rappelle le mot de la grisette entrebâillant\nhuit pieds même, a une dignité lapidaire         la porte de l'étudiant et disant : Te dérange\nqu'il est malséant de vilipender, et lui faire   pas, chéri, c'est moi, c'est personne!\n dire, par exemple :                                M. Moi n'est personne; ou plutôt, en de­\n                                                 hors de son éléphantiasis poétique, c'est un\n       La vie est l'enjeu d'un combat.\n       L'aveugle trinité moderne,                charmanthomme, musicien de race, wagné­\n       Le juif, le prêtre et le soldat,          rien de la première heure à qui nous en­\n       Liguant Banque, Eglise et Caserne,        voyons nos compliments — pas pour Pre­\n       Tient l'univers, fixe le sort,            mière rimes, par exemple.\n       Sans lois que d'être souple et fort,\n       Afin de parvenir au faîte,\n       Fût-ce un bonnet vert sur la tête.\n                                                                           ***\n                                                   Sommaire de l'Almanach de l'Université\nlui faire dire ces choses est un manque ab­      de Liége, qui vient de paraître en un\nsolu de goût. Qu'on dévide dans un meeting       volume élégant par la forme et très excel­\ntout ce fatras de révolutionnaire en chambre,    lent par le texte.\nc'est fort bien. Le peuple aime les redites,\n                                                   Avant-propos.\nles grosses tirades trompettées; Thérésa\n                                                   Partie universitaire. — Calendrier uni­\nchante ainsi, et Tyrtée n'est que le grand-\n                                                 versitaire.— Notre nouveau recteur (avec un\npère de Thérésa ; mais, de grâce, pas de\n                                                 portraiten photoglyptie). — Autorités aca­\nsocialisme en vers ! Liberté, égalité, frater­\n                                                 démiques et corps enseignant. — Liste des\nnité! vous ne voyez donc pas que cela a\n                                                 étudiants. — Histoire de l'Université de\ntrop de pieds ! et des pieds malpropres qui\n                                                 Liége. — Cercles universitaires anciens et\nsentent la salle Graffard. Non, M. Arnould,\n                                                 actuels. — Chansons d'étudiants.\nfaites de la politique et du barreau ; défen­\ndez le va-nu-pieds dans votre journal               Partie littéraire. — Liège, par C. Le-\ncontre le bourgeois que vous défendez à la       monnier. — Les Femmes-Artistes, par\nbarre — il faut bien vivre; — faites des         Ed. Picard — A la mer (poésie), par A. Fon­\nchassés-croisés, mais pas ceux des rimes,        tainas. — Une Répétition ] générale, par\nauxquels ne doivent toucher que les poètes       E. Cattier. — Outre-Meuse, par H. Chai­\n Et les poètes sont des demi-dieux auxquels      naye. — Variations sur un vieil air, par\n vos convictions politiques doivent vous         Alb. Giraud. — Delzire Moris, par A. Goffin.\nempêcher de croire.                              — La Complainte du Carabin, par Théo\n                                                  Hannon. — Histoire d'une désillusion, par\n                       ***                       A. Jottrand. — Fragments de deux cause­\n   Dans la même collection que celle inau­       ries artistiques (avec six dessins dans le\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                                        — 201 —\n\ntexte), par Ch. Magnette. — La fin d'un          pièce la plus drôlatique. Cette pièce est\njour de gloire, par E. Mahaim. — La Saint        intitulée : A Madame de F..., qui m'avait\nSylvestre, par O. Maus. — Dégoût (poésie),       invité à son bal. Nous n'avons pas l'hon­\npar Georges Rodenbach. — Le Bonomme,             neur de connaître Mme de F..., mais fran­\npar A. Mockel. — On'vi'Mohonne (poésie           chement, nous serions heureux de recevoir\nwallonne, avec vignette), par H. Simon. —        sa photographie au moment où elle a lu\nPlus jamais ! par X. Neujean. — Primes           le joyeux sonnet :\nNeiges, par P.Pirus. — Un Berceau (poésie),      Je ne vous connais pas et pourtant je vous aime.\npar Van der Est. — Une Biédasserie, par          Car votre lettre aimable a réjoui mon cœur ;\nP.Olin. — Nuit boréale (poésie), par Em. Ver­    Votre style charmant, votre écriture même\nhaeren — Miss Dispute (mœurs universi­           Ont fait trêve à ma peine et m'en rendent vainqueur.\n                                                 Répondre à votre appel serait un bien suprême\ntaires), par G. Rahlenbeck. — Cadeau de\n                                                 Dont je dois éviter de goûter la douceur :\n Fée, par M. Sivile.                             J'éprouve à m'en priver une tristesse extrême,\n   Dessins de MM. H. Keiffer, E. Mosui et        liais je suis en grand deuil et de ma belle-sœur.\n H. Simon. En vente chez tous les libraires      Daignez donc m'excuser si morne et solitaire,\n                                                 Je demeure étranger aux plaisirs ds la terre\nau prix de 2 francs.\n                                                 Et fais la sourde oreille â leurs accents joyeux.\n                     ***                         Les choses qui vraiment m'offrent le plus de charmes,\n   Va paraître: Almanach de l'Université         Je les vois au travers d'un voile épais de larmes\nde Gand 2 me (année), 1 vol de 250 pages.        Qui met un sombre obstacle aux rayons de mes yeux.\nEdition de luxe sur vélin teinté, avec lettri­\nnes, têtes de pages, culs-de-lampe et les                                ***\nportraits de MM. Callier et Wagener (gra­          Vient de paraître : l'Annuaire de l'Aca-\nvure de Flor. Van Loo). Ce volume con­           démie royale de Belgique, pour 1886\ntiendra des notices historiques sur l'Uni­       (52e année). Celui de 1885 contenait les\nversité de Gand, sur les sociétés d'étudiants;   biographies de MM. Théodore Schwann,\nune étude sur Voltaire et Frédéric II, par       Ferdinand de Braekeleer, Henri Conscience\nM. le professeur E. Discailles ; de la prose     et Joseph Plateau; celui-ci renferme des\net des vers de MM. H. de Tombeur,                notices sur MM. Guillaume Geefs, Jakob\nPetrus Pirus, R. Darzens, H. Stranard,           Heremans et Louis Hymans.\nA.Goffin, P. Quillard,E. Mikhaël. F. Foulon,       C'est vraiment inouï d'intérêt.\nM. Siville, Ch. Magnette, A. Vierset, H. Chai-                            ***\nnaye, L. Malper, P. Berlier, etc.                   Karl Grün ne veut pas décidément avouer\n    Prix franco, par la poste : 2 francs.        qu'il est l'Hermite de la Feuille du Di-\n   On souscrit chez M. Hoste, éditeur, rue       manche, au moins quelquefois. Un des\ndes Champs, et chez M. P. Poirier, secré­        valétudinaires qui signent de ce nom nous\ntaire du Comité de publication, 17, Marché       répond sur un ton fort effaré qu'il ne se\nau Beurre, Gand.                                 battra en duel contre aucun de nous; il\n                     *.*.*                       insinue par là que nous cherchions évidem­\n  Nous recevons un volume intitulé: Eloges       ment une affaire; il a tort. Et puis, une\nde Bruxelles    (Argentan : imprimerie du        affaire..., à cet âge là !\nJournal de VOrne, dans lequel il est autant         Non, bon Hermite, continue à charmer\nquestion de Bruxelles que des installations      tes lecteurs par des phrases de ce genre :\nmaritimes ou de la revision de la Constitu­         « Je n'ai pas l'intention de vous exposer\ntion. L'auteur a parfaitement compris l'ab­      les résultatsdes travaux de Lyell,de Huxley,\nsurdité de ses vers, attendu qu'il ne les a      de Haeckel et de tant d'autres. Achetez leurs\npas signés. Nous croyons savoir cependant        livres et vous trouverez plus de vraie poésie\nqu'il s'appelle Eugène de Lonlay, nom            dans les recherches physiques, chimiques\naussi noble qu'inconnu. Nous ne nous             et géologiques de ces savants que dans tous\ndonnerons pas la peine d'analyser ce bizare      les recueils de vers publiés depuis Ho­\nvolume, nous bornant à en reproduire la          mère. »\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                                             202 —\n\n  Que veux-tu que je te réponde, mon\nvieil Hermite; la sénilité des mots a droit         A bientôt le compte-rendu par Emile\nau respect. Ne te fâche point, macrobite,        Verhaeren de l'Exposition Agnessens, dont\nnous avons simplement voulu te wauwer­           l'initiative est due à M. le docteur J. Le-\nzwanzer un peu, mais puisque cela te fait        quime. Ch. Van der Stappen, Blanc-Garin,\nde la peine, nous ne le ferons plus, Battu­      Hennebich et Lucien Solvay.\nsalem.\n                     ***\n  Un correspondant facétieux nous adresse           Antoine Rubinstein viendra donner trois\nla charade suivante : Mon premier est ce         Concerts à Bruxelles, au mois de mai pro­\nqu'il est, mais quand il ne l'est pas, on dit    chain, dans la salle de la Grande Harmonie.\nde lui parfois qu'on dirait qu'il en est. Mon       C'est la dernière tournée de Concerts du\ndeuxième a douze pieds; mon troisième est        célèbre pianiste compositeur.\nréputé pour ses poulardes et mon tout est           Commencée à Saint-Pétersbourg, con­\nvoué au ridicule à perpétuité. Nous lais­        tinuée à Vienne et à Berlin, elle aura pour\nsons à nos lecteurs le soin de deviner pour      dernières étapes Paris, Bruxelles et Lon­\nnous cette mystérieuse énigme. Celui qui         dres.\nnous apportera une solution acceptable sera         Les programmes détaillés en seront pro­\nnommé membre correspondant de l'Aca­             chainement publiés, et l'on pourra s'inscrire\ndémie.                                           bientôt, soit pour une séance, soit, par\n                                                 abonnement, pour la série des concerts.\n\n   Viennent de paraître :                                             ***\n   Curieuse! par Joséphin Péladan. Un               Le rédacteur en chef si justement estimé\nvol., Paris, librairie de la presse, A. Lau­     de l'Entraîneur, le sportman si compétent\nrent, fr. 3-50.                                  qui consacre tous ses instants et toutes ses\n   Vie et aventures du sieur: Caliban, par       forces aux questions hippiques, envisagées\nEmile Bergerat. Un vol., Paris, E. Dentu,        au point de vue de l'avenir et de la gran­\nfr. 3-50.                                        deur de la France, Edouard Cavailhon\n   Les Signes du temps, par Henri Roche­         vient de réunir, sous ce titre typique :\nfort. Un vol., Paris, V. Havard, fr. 3-50.       Les Chants du Cavalier, un choix de\n   Le Druide, par Gyp (15e édition). Un vol.,    poèmes d'une couleur bien personnelle.\nParis, V. Havard, fr. 3-50.                      La cravache de l'homme de cheval cingle\n   Impressions sur la peinture, par Alfred       çà et là des vanités et des ridicules. Mais\nStevens. Un vol., Paris, librairie des biblio­   le cœur a sa large part dans ces rythmes\nphiles, fr. 3-00.                                souples et variés. Presque à chaque page,\n   Les Hantises, par Edouard Dujardin. Un        on retrouve la note tendre ou émue. Et\nvol., Paris, Léon Vanier, fr. 3-50.              tout le livre, d'un intérêt soutenu, est\n   Les Nuits du garde, par Paul Hage­            comme enveloppé d'une atmosphère d'ar­\nmans. Eaux-fortes de M. Hagemans. Un             dent et intelligentpatriotisme, aussi éloigné\nvol., Bruxelles, Monnom, fr. 3-50.               des exagérations maladroites que de la cou­\n   Le Mari de Simone, par Georges du             pable indifférence.\nVallon. Un vol., Paris, Firmin-Didot, fr.2-50.     Ce beau volume, imprimé avec luxe et\n   Mademoiselle Bréval, par S. de Lalaing.       bien fait pour charmer tous ceux qu'ani­\n Un vol., id., fr. 2-50.                         ment les nobles sentiments est édité chez\n   Un lâche, par Lady A. Noël. Un vol.,          Léon Vanier. Un vol. in-18, fr. 3-50.\nid., fr. 2-50.                                                           (Communiqué). .\n   Le mari d'Ianthe, par Me Neulliès. Un                             ***\nvol., id., 2-50.                                    Prochainement paraîtra chez de Brunhöff\n   A bientôt une chronique littéraire sur ce     et Monnier à Paris : L'Amour suprême, par\nstock de nouveautés.                             le comte Villiers de l'IsIe-Adam.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                         ENVOI\n       Prince! stylite et grand! ô lui qui déliquesce\n       Carthage est mortel On d i t : « Qu'est-elle »? On répond : «Qu'est-ce? »\n       Est le mistral gluant rosit et pataquesce\n       Et glapit : « Carthage est morte! » Entends-tu, Tcherkesse?\n                                          RENVOI\n                          O Rigodon, Redon combien !\n                          La lune est belle, ô belle. Eh bien\n                          Ce condor profond, ce n'est rien.\n                          Sésostris, Caliban chrétien\n                                   MORALE LIBRE\n                        Malpas, amour, quand tu nous tiens,\n                        On peut bien dire : « Adieu prudence. »\n\n                              LE CRABE DELIQUESCENT\n     Pour celle avec qui j'appris à aimer les escargoTs      dans la nuiT du 17 février.\n                       Le bœuf à la mode, indocile\n                       O LaiTon! eT Manrique chanTe\n                       Sang eT massacre! Fi la méchanTe...\n                       Me proTège, sainTe Cécile.\n                       O Lourdes, Lourdes, même LenTes\n                       Ce signe de croix, ô mes TanTes\n                       Téléphone eT leTTres paTenTes\n                       Blanches sardines indolenTes.\n                       E T par les pompeuses allées\n                       Où les moules sont avalées\n                       CaTapuITueuses vallées\n                       Vous êTes TouTes rollemops,\n                       Crabe, vélocipède eT Rops;\n                       O vieille branche de Chéops !\n\n                                       CAMEMBERT\n                               (Symphonie en vert mineur.)\n                                           Dédié au Conseil des Hospices de Bruxelles et au Cercle\n                                            des Installations maritimes pour l'approfondissement du\n                                            canal de Willebroeck.\n                       Fromage; ô tes pieds, tant fromage!\n                       O combien fromage tes pieds !\n                       Tes pieds, ce solennel hommage\n                       Aux sybilles sur leurs trépieds.\n                       Le tapir t'attend, ô Congo !\n                       Water-closet, Victor Hugo,\n                       Stanley, grandissime gogo,\n                       Camembert vert de virago!\n                       Ton nombril amoureux et fauve\n                        Sur un sphyncter, ô combien chauve!\n                       S'étend feuille de vigne ou mauve.\n                         Et tout cela n'est que mastoc\n                        Moustache en pointe ainsi qu'en croc\n                        De tes élèves, pauvre Crocq !\n   100. JEAN V. Votre lettre tombe précisément au n° 100 de notre boîte. Le chiffre est\nfatidique et votre lettre inadmissible. Lisez le traité de Banville, cela vous remettra :\n              MONSIEUR LE DIRECTEUR,\n  J'ai avant tout à vous remercier de la franchise avec laquelle votre critique m'a traité,\npeut-être me plaindrais-je doucement de votre rigueur un peu excessive, si je ne savais\nque la Jeune Belgique a pour habitude de donner sincèrement son avis sur ceux qui vont\nà elle, et qu'elle ne connaît ni ménagements doucereux, ni compromissions d'impuissants.\n  Pourtant, j'ai à vous demander une rectification de détail, ou plutôt deux rectifications.\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "D'abord une faute d'impression malencontreuse nuit au fond et à la forme de mon\nsonnet, étuves n'ayant jamais rimé avec cristaux. Il est évident qu'il fallait au bout du\nvers « étaux ».\n   Pour ce qui concerne les vers de treize syllabes, permettez-mot de vous exposer une\nthéorie de mon crû, qui me paraît assez logique. Prononce-t-on dans la conversation\npassi-on ou pas-sion; entendez-vous quatre ou cinq syllabes dans contradiction? Il est\névident qu'on prononce passion en deux et aphrodisiaque en quatre. Dès lors le vers étant\nfait pour l'oreille et non pour l'oeil, il est assez naturel, me semble-t-il, de compter dans\nles mots en poésie, autant de syllabes qu'on peut en entendre, pas une de plus, pas une\nde moins. N'est-il pas vrai, M. le Directeur?\n   J'espère que vous tiendrez compte de la justesse de mes rectifications (avec cinq syl­\nlabes), et je vous prie d'en informer les lecteurs de la Jeune Belgique, soit en la résumant\nsimplement.\n      Agréez mes salutations distinguées.\n                                                                      JEAN VERHEYDEN.\n           Bruxelles, le 18 février 1886.\n    101. J. FRÉDÉRIC. Votre place est parmi nous. Soyez le bien-venu à la Jeune Bel-\ngique. Salut.\n    102. ALBERT MOCKEL, Liège. Echange entendu, mais où est votre première année,\nj'y tiendrais fort.\n    103. GUSTAVE VINIS. Vous êtes trop aimable, mon cher correspondant, et votre\nlettre me flatte fort ; si c'est une agréable fumisterie, merci tout de même; j'aurai cru\ndix minutes au moins à vos compliments !                                   M. W .\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L'ŒUVRE, par EMILE ZOLA. Un numéro\n  2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs, en vente partout.\n\nPour paraître prochainement une nouvelle édition de luxe de KEES\n• DOORIK, par GEORGES EEKHOUD. Prix : 4 francs.\n\n\n    La Jeune Belgique recommande à ses lecteurs\nle nouvel atelier de photographie EMERA\n         Montagne de la Cour,\n             le plus artistique\n                     de\n                 Bruxelles.\n\n                                                                     Photographies\n                                                                  d'artistes en vogue.\n\n                                              Les costumes du cortège historique\n                                                    des chemins de fer.\n\n\nLA REVUE CONTEMPORAINE, littéraire\n  politique et philosophique. Directeur: Adrien REMACLE; rédacteur en\n  chef : Edouard ROD. Abonnement pour la Belgique : 2 2 fr. Paraît\n  le 25 de chaque mois. Bureaux: Paris, 2, rue de Tournon.\n\n    Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père. Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-03-05", "preuve": "Couverture PDF 188 vérifiée en image : 5 mars 1886, malgré la lecture erronée 3 mars dans l’OCR."}}