{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6e ANNÉE. TOME V, N° 6.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE: Georges Eekhoud", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 608, "texte": "6e ANNÉE.        TOME V, N° 6.          PRIX : 60 CENT. ÉTRANGER : 75 CENT.                    10 JUIN 1886.\n\n\n\n\n                                               LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                      Nous leur ferions danser une telle gavotte,\n                                                      Avec des violons si bienfaits tout exprès,\n                                                      Qu'ils eu seraient encor pâles dix ans après.\n                                                                            VICTOR H U G O .\n\n\n\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE: Georges Eekhoud", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "SOMMAIRE:\n    Georges Eekhoud                                           GEORGES KAISER.\n    Calderon                                                  EMILE VAN ARENBERGH.\n    Impressions cruelles                                      GEORGES EEKHOUD.\n    Airs de                          flûte                    SIEBEL.\n    Chronique judiciaire.        .      . .\n    Memento\n\n\n\n\n                                        BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                    RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                          80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                              PA   RIS\n                         A L P H O N S E LEM E R R E, É D I T E U R\n                                27-31, PASSAGE CHOISEUI„ 27-31.\n                                               l886\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "A recommencer", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "                             BOITE AUX LETTRES\n   114. Enigme pour exterminer le Weau :\n               Mon premier est en train de se détériorer.\n               Mon second est un macaque batailleur,\n               Mon troisième vaut un Napoléon.\n                Mon tout est...\n                Mon premier est Vo, parce que Vossegat.\n               Mon second est Ver, parce que      Vercingétorix.\n                Mon troisième est Mans, parce que Louis Hymans.' ! !\n                Mon tout est apte aux clystères pédestres.\n   115. HENRY M., à Rochefort. Nous croyons, cher confrère, avoir dit assjz souvent\nque, en dehors de nos correspondants réguliers, la collaboration française n'est pour nous\nqu'un superflu. Vos vers sont très bons, mais, dans notre petit pays, on en fait de très\nbons aussi, ne vous en déplaise. Quant à vous servir gratuitement la revue, c'est affaire à\nl'administration qui s'y oppose carrément et se base, dans son refus, sur ce fait qu'elle\nn'a aucune raison pour vous faire ce cadeau relativement coûteux. Croyez à tous nos\nregrets et à notre confraternité littéraire.                                       -\n   116. A. M. Taratata ! Triple charabita ! Vous foutata de nostra. Zuta. Infecta ! Impossi-\nbilita radicalita. Volapükta fouchtra.\n   117. RAOUL R. Patience et merci\n   118 PIERRE D'OTR. Alph. Allais continue à ne pas demander de droits d'auteur. Nos\ncouvertures n'ont plus aucune raison pour se gêner :\n\n                                        SUR LE VIF\n   Le Rajah est morne.\n   Le Rajah bâille longuement et s'étire les bras, longuement.\n   Plus rien ne lui plaît, maintenant.\n   Dans la cour du palais, depuis le matin, son escorte, ses éléphants l'attendent pour\naller chasser le jaguar.\n   Faites rentrer les éléphants à l'écurie, le Rajah ne veut pas sortir, aujourd'hui.\n   Le Rajah n'a que trente ans et déjà le spleen, le spleen noir l'envahit, l'étreint et le tue.\n   Sa sensualité blasée n'a plus que de rares réveils, mais dans ces moments-là, le Rajah\nest plus terrible que tous les fauves de ses jungles.\n   Les serviteurs sont dans la désolation. Jamais le Rajah ne fut si triste qu'aujourd'hui.\n   Voilà les bayadères.\n   Elles dansent leur plus lascif répertoire.\n   Non, allez-vous-en, les bayadères, vous ennuyez le Rajah avec votre musique.\n   Et les bayadères s'en vont, toutes tristes.\n   Une à une, elles défilent devant le Rajah.\n   Tiens ! parmi elles, une toute jeune, que le Rajah ne connaît pas encore !\n   Restez ici, vous, la petite bayadère, et dansez!\n   Et la voilà qui danse.\n   Les yeux du Rajah se rallument.\n   Le Rajah se redresse sur les coussins et regarde, émerveillé.\n   Jamais, jamais le Rajah n'a vu si jolie bayadère, ni si gracieuse.\n   Ses bras, ronds et potelés, moitié baby moitié jeune fille, sont de bronze clair, mais un\nbronze clair qui serait du satin.\n   Et elle danse toujours.\n   Sans s'arrêter, avec des mouvements qui sont dans le rythme de la musique, elle jette\nautour d'elle ses vêtements, un à un.\n   Mais si lentement, que le Rajah s'impatiente.\n   A chaque pièce du costume qui tombe, le Rajah crie, d'une voix rauque : Encore !\n   El la petite bayadère obéit.\n   Et puis, maintenant, la voilà toute nue.\n   Son jeune corps frais est un ravissement,\n   Le Rajah s'est dressé debout, comme fou, et il a crié ; Encore !\n   La pauvre petite bayadère, terrifiée, cherche instinctivement avec ses mains si elle n'a\npas publié quelque étoffe, autour de son corps.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "  Mais non, elle est bien nue.\n  Le Rajah jette sur ses serviteurs un mauvais regard noir et il rugit à nouveau :\nEncore !\n  Ils ont compris.\n  Les larges couteaux sortent des gaines.\n  Les serviteurs enlèvent avec dextérité la peau de la ba)adère.\n  El bientôt, elle apparaît au Rajah émerveillé, telle une pièce anatomique pantelante et\nfumante.\n  Et le Rajah ne s'ennuie plus.\n  119. J. H . Il est bien évident, cher correspondant, que vous ne pouvez pas traduire\nune œuvre, même anonyme, sans la permission de l'auteur. Adressez vous au directeur\nde la revue en question ; il vous mettra en rapport avec le mystérieux inconnu. A vous.\n  120. Kiss. Pas l'ombre de progrès. A recommencer."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 267, "page_fin": 282, "titre_corps": "Georges Eekhoud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Kaiser", "ancre_debut": "GEORGES EEKHOUD", "ancre_fin": "GEORGES KAISER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A CALDÉRON", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "GEORGES EEKHOUD\n\n\n\n                                         Dans ses Notes sur la littérature\n                                       moderne, Francis Nautet dit quelque\n                                    part, à la suite de ses Lettres an roi sur\n                                    les Jeunes-Belgique. « Je pourrais citer\n                                encore Georges Kaiser dont on connaît une\n                               étude longuement pensée mais peu écrite sur\n                            Georges Eekhoud ».\n                          La perspicacité du critique, cetteperspicacité péné­\n                trante qui va parfois chez Nautet jusqu'à la divination des\n                choses, apparaît stupéfiante. Un an avant qu'elle fût enta­\n                mée, il a prévu cette étude et l'a définie telle qu'elle se pré­\n                sente aujourd'hui. Longuement pensée, oh oui ! et peu\n                écrite, oh oui! bien plus! J'ai trop longtemps abandonné\n                la phrase écrite et elle me le rend, la rancuneuse forme !\n                   Il y a généralement, et le fait est spécialement vrai dans\n                le cas qui m'occupe, un rapport si évident, si étroit entre\n                les œuvres et l'ouvrier, que je me reprocherais de parler des\n                livres de Georges Eekhoud sans parler un peu de l'écrivain.\n                Je le rencontrai pour la première fois au printemps de\nl'année 1882. C'était à une de ces réunions d'amis, bruyamment joyeuses,\ncomme nous en avions souvent avant que Verhaeren, qui jouait alors les\nhéros de ses Flamandes, n'eût gagné à ce jeu une bonne gastrite qui le rangea\npour longtemps. On me l'avait dépeint comme une façon d'ours d'un abord\n                                                                       16\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                                  — 268 —\n\norageux, et j'avoue que l'aspect de sa tête ainsi que la façon dont il accueillit\nla présentation, ne me rassurèrent que médiocrement. Je m'enhardis cepen­\ndant peu à peu ; je devrais dire « lambic à lambic » ce qui n'était pas la\nmême chose, et je risquai je ne sais plus trop quel exercice d'équilibre au\nmoyen d'un verre plein posé sur la tête. L'exercice tourna à ma confusion,\net Eekhoud, que je regardais du coin de l'œil, prit si formidablement part à\nl'hilarité générale que je perdis toute crainte. De ce jour nous liâmes une\namitié solidement cimentée peu de temps après cette première entrevue.\nC'était un bon ours.\n   Un premier trait saillant du caractère de Georges Eekhoud, c'est l'orgueil.\nIl n'a pas la sotte vertu qu'on appelle modestie, cette bêtise des faibles et\ncette hypocrisie des forts. Il a pleinement, largement, en homme qui se\nvoit aussi bien qu'il voit les autres, la conscience de sa valeur et il le fait\nbien voir. Au physique : un port de coq, une petite tête impérieuse et san­\n guine qu'il porte très haut, une marche alerte et décidée, des yeux bleus\ntrès clairs, un regard pénétrant qui vous troue comme une vrille et qui\nvous déconcerte les jours où l'homme est d'humeur rogue.\n    Il n'a pas pris la peine de se faire un caractère d'homme du monde à\nl'usage des bons garçons, ou du moins l'effort à fournir pour rester amène\nà contre-cœur, est-il si grand qu'il ne le fournit que dans des occasions\nspécialement importantes. Le plus souvent devant les importuns il laisse\nagir son tempérament et il sait être désagréable, admirablement. Mais\nqu'un visage ami apparaisse, qu'une idée drôle ou intéressante lui vienne\net fasse rire la tablée, aussitôt l'expression du visage change, s'adoucit et,\nsans transition apparente Eekhoud devient le plus séduisant des charmeurs.\n Un mot vrai, une louange sincère faite par quelqu'un qu'il estime produira\nle même phénomène, car, autant il abhorre l'éloge banal fait par un monsieur\nquelconque, autant il est sensible à l'éloge d'un artiste. Les niais qui le\nregardent relèvent un mot, une attitude et prononcent : vanité insuppor­\ntable. Ils sont bien payés pour cela.\n    Un autre trait caractéristique est la patience, la persévérance courageuse,\nla force de réaction dont il a si souvent fait preuve dans une existence\ncourte encore et déjà remplie d'événements. Il n'est ni exclusiviste ni brail­\nlard. Il ne s'égare pas à crier aux gens ce qu'il veut faire, il le fait. Il\n n'enfonce pas les portes, il les ouvre patiemment, sûrement. On dresse un\nobstacle, on hasarde une objection : il sourit et son sourire semble donner\nraison à l'objectant ; mais il n'écoute que d'une oreille et il sourit au but\nqu'il voit derrière l'obstacle et vers lequel il marche imperturbablement,\n sans un écart, sans une seule concession réelle. Voyez ses livres, il n'y en a\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "                                  — 269 —\n\npas d'un art plus pur, d'une plus hautaine intransigeance. Il est patient\ncomme un fort, et, pourquoi ne le dirais-je pas, patient comme un paysan.\nEekhoud est un paysan. Il en a le sang chaud qui bat violemment les\ntempes; il en a parfois les brutalités, les vantardises, les prudences calcu­\nlées et les générosités excessives. Tout cela transposé par l'extrême compré­\nhension, l'ultra sensibilité des nerfs, la forte éducation du cerveau, mais se\nmontrant sans qu'il cherche à en rien cacher. Il ne s'est point châtré mora­\nlement ; il a conservé toutes ses qualités viriles et leurs tares inhérentes.\nIl en est peut-être qui l'aiment malgré cela. Je l'aime surtout pour cela.\nC'est un homme? et je serais bien embarrassé d'en citer dix.\n   Georges Eekhoud débuta par trois volumes de vers : Myrtes et Cyprès ;\nZig-Zags poétiques; les Pittoresques. Ces vers vont de 1865 (l'auteur\navait onze ans; à 1879. Je n'attacherai pas à ces volumes plus d'importance\nque l'auteur lui-même n'y attache. La plupart des pièces sont d'un senti­\nmentalisme souffrant, avec de fortes et généreuses aspirations mêlées à de\nbanales sensibleries. Les meilleures sont faites à l'inspiration d'Alfred de\nMusset. C'est son rythme; ce sont ses sujets, ses procédés surtout, ses\nlongues comparaisons digressives ; c'est même parfois son éloquence, mais\nce n'est ni son esprit, ni son élégance. Les analogues interpellations au\nlecteur, les traits sont d'un esprit flamand en français : trois termes qui\ns'excluent. Ce n'est pas surtout le vers facile de l'auteur de Namouna. Le\nsentiment est vrai, l'expression est fausse. Le poète est désespéré et le\ndéclare avec érudition. On constate une recherche de la rime rare :\n                       La rampe en bois de sycomore\n                       Sous les plis du vélarium\n                       Protège la longue rémore\n                       Qui s'empare de Vatrium.\n                                                 Sieste romaine.    Zig-Zags.\n\n                       Etendu sur le dolmen\n                       Pour Teutates les eubages\n                       L'avaient oint des saints herbages\n                       De verveine et de lichen.\n                                                       Le dolmen.   Zig-Zags.\n\n   Dans Tanchelin il y a d'adorables naïvetés. L'ensemble a une délicieuse\nfraîcheur de légende. Dans d'autres poèmes on remarque quelques effets\ndramatiques d'une belle sobriété. Sa passion pour le peuple perce déjà çà\net là :\n             Cette étiquette ainsi qu'un coucou régulière\n             Ces Don Juan roués, ces prudes La Vallière\n             Ne m'intéressent plus.,.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "                                  — 270 —\n\n\n\n             L'amoureux me semblait un aide batelier\n             Jeune, blond et trapu, sanguin, large d'épaules\n             Gaillard comme il n'en croît pas entre les deux pôles.\n             Ses membres musculeux aux moindres mouvements\n             Menaçaient de crever ses rudes vêtements.\n             Malgré le temps humide il retroussait ses manches\n             Il avait ce pas lourd, ce bercement des hanches\n             Que gagnent les marins à cause du roulis.\n  C'est, allongée par les nécessités du vers, moins nerveuse, mais déjà\nindiquée, l'esquisse des superbes portraits de rustres qui abondent dans ses\nromans. En dehors de ces trois volumes, le poète a publié dans notre Revue\nune pièce le Semeur, trop souvent citée pour que j'en parle longuement.\nCela est du bon Eekhoud d'aujourd'hui et cela promet, pour le jour où il\nvoudre reprendre le vers un peu délaissé, une superbe transcription des\npoèmes du Polder qu'il nous a donnés dans ses trois derniers volumes.\n                                       *\n\n   Dès Kees Doorik, Georges Eekhoud est en possession de toutes ses\nqualités. Il est dans la voie qu'il a suivie jusqu'à présent. Dans les Ker-\nmesses, il montrera sous des aspects plus variés, son merveilleux talent\ndescriptif. Dans les Milices de Saint-François, il étudiera plus spécialement\nle côté religieux du caractère des polderiens et creusera l'étrange nature de\nClara Mortsel, mais tout cela est bien du même homme et de la même\népoque. Les qualités de maître peintre et de subtil analyste, que nous\nrencontrerons de plus près tout à l'heure, y sont, non plus en germe comme\nparfois dans ses vers, mais en plein développement. L'artiste tient son\nsujet ; il a son outil !\n   Au temps de l'apparition de Kees Doorik, la Jeune Belgique l'a analysé.\nJe signalerai pourtant une réédition de ce roman qui, mal lancé, passa\ninaperçu. L'auteur a légèrement remanié sa forme et introduit dans son\naction un nouveau personnage, épisodique mais intéressant. On se rappelle\nla trame primitive : Kees Doorik, valet de confiance chez Annemie, baezin\nde la Ferme Blanche, s'éprend de la fermière. Celle-ci ne rend point à son\nserviteur l'amour qu'il a pour elle. Tout au plus, les sens de la veuve plaident-\nils en faveur de Kees. Wannes Andries, frère d'Annemie, qui voudrait voir\nrevenir dans sa famille la fortune de la veuve, empêche le mariage. De\nconcert avec son fils Janneke, un hideux petit bonhomme, entre parenthèse,\net d'une malice assez inadmissible, il circonvient la fermière : « Kees est\npauvre, il n'a pas de nom, on rira d'elle. » Le valet renvoyé est remplacé\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "                                   — 271 —\n\n par Jurgen Faas, un gros réjoui, riche terrien, qui a séduit Annemie. Un\n  enfant va naître. Le mariage, excellent d'ailleurs à tous points de vue pour\n les deux intéressés, est décidé. Le peu intéressant Andries s'en chagrine et,\n fourbe jusqu'au crime, attise les désirs de vengeance déjà flambants dans\n l'âme de Kees Doorik. Ce dernier tue Jurgen Faas et Annemie reste veuve\n et seule, car l'annonce du meurtre a tué l'enfant dans le sein de la mère.\n    Bella Sap, le nouvel acteur du drame, est une rieuse boulotte de vingt\n ans, ronde et franche fille, cachant sous des dehors envolés et turbulents\n le sens droit et pratique, la vaillance et l'économie des bonnes fermières.\n Elle distingue Kees Doorik, résiste un moment, reconnaît qu'elle peut\n s'établir sans faire tort à la maison de son père, suppute ce que l'aide du\njeune homme donnera de plus-value à la ferme, puis, en fille raisonnable\nqui n'entend pas perdre ses forces dans des combats sans résultats, elle\npermet à cette tendresse de prendre place dans son cœur. Elle s'illusionne\nd'abord sur les sentiments de Kees et quand ce dernier, chassé de la Ferme\nBlanche lui avoue son amour pour Annemie, la grosse réjouie est frappée\nau cœur : « Vous, Kees, vous aimez Annemie Andries !... Voilà du neuf!...\nAh, c'est bien drôle ! ajoute-t-elle en riant aux éclats.\n    « Elle dut même s'essuyer les yeux à son tablier, tant elle riait. Vrai, la\ngrosse réjouie n'avait jamais ri comme ça de sa vie. Enfin, lorsque plus\ntard, le jour du meurtre, tout espoir fut perdu, elle n'insista plus, dévora\nson chagrin, et sortit en embrassant l'assemblée dans un dernier et sonore\nbonsoir, finissant par un éclat de rire et à la gaîté duquel tous se laissèrent\nprendre. Au dehors, elle devint grave, ne desserra plus les dents jusqu'à\nl'Etrille, et là, sur le seuil de la porte, comme Chiel pressait sa main et lui\nposait de nouveau la question sacramentelle :\n    « Eh bien, oui, dit-elle, après un soupir; j'accepte, parlez à mon père...\nJe serai votre baezin... mieux vaut en finir comme cela... Encore un peu, je\ndevenais folle aussi. »\n    Cette conclusion un peu décevante et cruelle est bien juste. Elles sont\ntoutes essentiellement raisonnables, les fermières d'Eekhoud, leur amour ne\nva point jusqu'à la folie. Quand Annemie se sent un instant entraînée vers\nKees, l'intérêt s'accuse dans cet entraînement : « Lasse, énervée elle se laissait\naller à la contemplation de cette activité corporelle d'un gars dévoué et bien\nfait. Et l'idée que cette fière pâte de mâle ramait pour elle, au profit de la\nFerme Blanche, achevait de l'attendrir ».\n    Les Kermesses, dont je voudrais pouvoir parler longuement, ont été, elles\naussi, analysées à cette place. Les quelques remarques que je tiens à noter\ntrouveront leur cadre, quand à la fin de cette étude, j'essayerai d'indiquer\nles divers côtés du talent de Georges Eekhoud.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "                                 — 272 —\n\n\n\n\n   Lorsqu'on a terminé une première lecture des Milices de Saint-François,\nune question se pose. Le titre donné au livre est-il bien celui qui convenait,\net le simple nom de Clara Mortsel, n'eût-il pas été plus logique? Mon Dieu !\nje sais bien que cela n'a guère d'importance au fond.\n   Faites sur le sujet des Templiers un livre superbe et appelez-le Frédéric II\nsi bon vous semble, cela n'empêchera point que vous ayez fait un livre\nsuperbe ; mais, c'est cependant une coutume littéraire de choisir pour la\ncouverture de son ouvrage une enseigne qui réponde à son contenu. Or,\nClara Mortsel emplit le livre d'un bout à l'autre. Elle est partout, souvent\nen personne, toujours à l'état latent. Les autres personnages, j'excepte\nSussel Waarloos qui apparaît assez tard, sont des comparses sans impor­\ntance et la création des milices de saint François n'a dans l'œuvre que la\nvaleur d'un épisode.\n   Si pourtant l'on veut bien y regarder de plus près ; si l'on veut surtout\n considérer la manière générale d'Eekhoud, l'opinion change. Le but premier\n de l'auteur est de peindre le terroir flamand : la Campine, le Polder surtout.\n L'action, « l'histoire », n'est que l'accessoire. Cette préoccupation de\n peindre surtout le décor, se remarque au choix des sous titres de Kees\nDoorik. Ils sont plus descriptifs que psychiques. Là encore, le drame,\nsi poignant soit-il, n'est que secondaire. Je vois surtout la Ferme\n Blanche et les travaux des champs ; la kermesse de Putte et les franches\nripailles; les Gansrijders, leur chevauchée par le pays flamand, leur\nrude ballade et le lamentable supplice de l'oie, — Georges Eekhoud, qui\nnous avait montré les paysans mangeant, buvant, travaillant, s'aimant\ndans tous les coins, nous montre, dans les Milices de Saint-François, un\ncôté nouveau de leur intellect, ou plutôt accuse un trait qu'il n'avait encore\nindiqué que d'une façon générale : le fanatisme patrial et religieux. Il nous\nfait voir dans le Campinois une foi robuste, non certes une foi philoso­\nphique, mais une solide foi instinctive dans laquelle le raisonnement n'in­\ntervient que pour les engager à suivre leur curé qui lui, a fait des études ;\nqu'ils savent bon et dévoué à leur cause et qu'ils rencontrent partout où il y\na une misère à soulager, un malade à consoler. Cette foi n'est pourtant pas\nla poussée en avant des brutes avachies, ce n'est point la foi passive que\ncertains dépeignent. Le village n'est pas le troupeau d'animaux bien pen­\nsants dont on se gausse dans les gazettes. Georges Eekhoud les a mieux vus,\nces crânes terriens. Regardez-les pendant le discours du curé (une merveille\nde divination et d'habileté, si ce n'en est une d'observation), voyez l'organi-\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "                                   — 273 —\n\n sation des milices, la préparation de l'attaque nocturne en représailles du\n geut-apens arrangé par ceux de la ville, leur exaspération quand ils\n se rappellent leur humiliante débandade, leur fureur devant cette bravade\n d'une conférence athée en plein sol de croyants Ecoutez les remarques de\n ces simples, au meeting. Ecoutez aussi la vieille Kathelyne, interrompant\n son fils qui prend Dieu à témoin qu'il dévidera comme une fourche stupide\n les entrailles intelligentes des signors: \" Chut, Sussel ne mêlez pas la Divinité\n à des engagements de haine \". Voyez surtout l'admirable description du pèle­\n rinage et de la messe du lendemain, où les paysans envahissent l'Eglise avec\n une piété fausse, touchante dans son irrévérence. Combien elle est juste de\n ton cette communion des rustres, et combien aussi elle est intensément juste,\n Clara Mortsel, jalousant le ciel, unique objet des convoitises et de la ferveur\n de ces pacants. « Il lui semblait que la Vierge et son Divin Fils lui eussent\n volé la tendresse copieuse de ces violents ».\n    J'ai noté ce point, plus longuement peut-être qu'il ne l'eût fallu dans une\nétude littéraire, mais j'y ai tenu, en prévision des procès de tendances que\nl'on pourrait faire à Eekhoud et aussi parce que, en ma qualité de catholique,\nj'attache à ces questions une importance capitale. Certes, tous sentiront\nl'amour sincère de l'auteur, tant sceptique puisse-t-il être, pour les convic­\ntions religieuses rudes, profondes et généreuses des habitants du Polder.\n Mais la peinture est violente comme la foi, et l'on pourrait craindre que\n cette intensité fût de nature à effaroucher certains catholiques. Eux, les\n habitants des villes, les craintifs, les pusillanimes qui hésitent à confesser\n leurs croyances, s'effrayeront des croyances fougueuses et militantes de ces\n sauvages. Ils ne sauront regarder en face la vérité et s'affranchir, enfin, des\n pudibonderies protestantes du siècle. Qu'ils laissent à d'autres des mesqui­\n neries de jugements que les plus grands parmi nos écrivains n'ont jamais\n eues et que, fermement ancrés dans leur foi, ils sauront en regarder sans\n faiblir toutes les manifestations !\n   Quant aux autres, les petits écrivassiers politiqueurs qui railleront\nGeorges Eekhoud pour cet amour qu'il porte aux vieilles et solides convic­\ntions d'antan ; qui voudront voir là autre chose qu'un artiste peignant ce\nqu'il a vu en artiste vibrant et qui prononceront le mot : Réaction (un bien\nvilain mot pour une bien belle chose), je n'en ai cure. Lui non plus, je\npense.\n   Revenons à la trame\" du roman. Ce but spécial de décrire le caractère\nreligieux du flamand étant constaté, le titre du livre ainsi expliqué, on\npeut s'étonner de l'ampleur relative donnée à l'histoire de Clara Mortsel.\nCette femme, toute d'exception, a été étudiée par l'auteur d'une façon\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "                                  — 274 —\n\nremarquable dans toutes les phases de son caractère et de son tempérament.\nClara est l'enfant de Nikkel Mortsel, un briquetier de Boom, qui l'obtint\nd'une fille élevée par charité dans un ouvroir, fille qu'il séduisit et épousa\npresqu'aussitôt. Le père, d'ouvrier briquetier se fait ouvrier maçon. Sa\nfemme, ménagère économe, a acheté des actions qui lui ont valu l'aubaine\nd'un lot de 25,000 francs. C'est l'époque des grandes bâtisses à Anvers.\nNikkel s'établit comme entrepreneur et ses affaires prospèrent si bien que,\nquelques années plus tard, nous le retrouvons millionnaire. Sa fille Clara,\nnée au début du mariage, conserve, malgré leur luxe croissant et l'éducation\n« distinguée » qu'elle reçoit, un violent amour pour le peuple. Quelques\nbouts de citations feront mieux, et plus vite que je ne pourrais le faire, con­\nnaître son tempérament :\n   « Le sens des mots la préoccupait moins que la musique des voix. Sa sen­\nsibilité à l'action de la couleur, du son, du parfum était extrême. Des\nparents moins désœuvrés que les siens eussent été alarmés plus d'une fois\npar la bizarrerie de ses affinités et de ses répugnances sensorielles. Le cla­\nquement d'un fouet de charretier, la corne du garde-barrière, la ritournelle\nmélopique des hâleurs, les moisissures de l'automne, les odeurs de brasse­\nries, voire l'âcre puanteur du tan, la plongeaient dans des extases et provo­\nquaient ses délectations. En revanche, elle dédaignait le parfum des roses,\nbâillait devant des murs fraîchement peints, tachait ou déchirait ses vête­\nments neufs et pleurait à chaudes larmes lorsqu'on jetait au rebut ses hardes\nusées. Toutes ses prédilections allèrent aux choses maussades, farouches,\nincomprises          Elle assistait à la manœuvre des ouvriers poudreux et\ngâcheux suivant le temps.... une chaleur délétère, des vapeurs azotées,\nâpres, lourdes et violâtres montaient des fournaises, répandant une fade\nodeur de terre cuite et renchérissaient sur la radiation d'un implacable\nsoleil. Dans cette géhenne les hommes travaillaient nus jusqu'à la ceinture.\n Et l'on ne savait, par moments, ce qui fumait ou grésillait le plus, de leur\nencolure tannée ou de leurs pains de briques. Clara bayait à ces labeurs,\nterrifiée, mais vaguement chatouillée dans ses transes. Impressions à la fois\nrudes et émollientes comme un massage de la pensée               Elle se sentait\nplus touchée, le cœur plus gros, devant ces dégradations morbides que\ndevant des couleurs franches.\n   « ...Tu sens trop le savon et pas assez la viande, disait-elle à sa mère, qui\navait retenu de son séjour au couvent des allures de propreté décente et\nminutieuse.... »\n   Pourtant cet amour de ce qui est sali, dégradé, pourri, se borne aux\nchoses. Quant aux hommes, cette fille ardente et sanguine préfère, il est\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                                  — 275 —\n\nvrai, les plébéiens; elle porte à l'humanité laborieuse une sorte de culte\npanthéiste ; une plèbe énorme, rousse et farouche, comme les fauves, hante\nses rêves, mais ces plébéiens il les lui faut sains et bien portants. En ville,\nelle s'incline devant la robustesse des débardeurs puissants comme plus tard\nelle s'éprendra, plus violemment, des pacants savoureux de Santhoven.\nElle se perd en longues promenades au port. Elle recherche, avec une âpre\ncuriosité, les rues où sont à Anvers les maisons de débauche, et partout ses\nsympathies vont aux misérables rudes et séveux.\n   Le comte d'Adembrode, seul descendant d'une antique famille du pays\nflamand, se rend un jour chez l'entrepreneur, dont il veut utiliser les ser­\nvices. Le comte est un travailleur, un bénédictin de science et d'allures; il\nl'eût été de fait n'était le devoir qu'il avait de perpétuer la race des d'Adem­\nbrode. Mais il est faible, débile. Une lecture qu'il a faite de Charles\nDemailly et ses conversations avec un jeune savant rencontré en Angleterre,\nlui ont donné cette conviction que pour qu'il y ait chance d'héritier il faut\nmarier son sang appauvri au sang puissant d'une plébéienne.... Une mésal­\nliance qui deviendrait une sélection.... Aussi chez Nikkel Mortsel tombe-t-il\nen arrêt devant Clara.... « Il remarque le nez court, plutôt retroussé que\nbusqué, charnu au bout, les narines dilatées; le menton grassouillet rond,\nmarqué d'une fossette comme d'un coup de pouce ; le col fort, cerclé de deux\nlignes parallèles fixes comme des fils de soie entre lesquels la chair capi­\ntonne, la pomme d'Adam assez accentuée et un débordement de la nuque à\nl'attache du cou.... ». C'est bien la femme qu'il cherche. Il l'épousera.\n   Une remarque : dans cette scène le comte est présenté sous un jour com­\nplètement faux; il apparaît ici comme le premier venu, égrillard et alléché.\nPlus loin son portrait surprend et l'explication vient trop tard.\n   « Ce mariage comble de joie les époux Mortsel, affolés par leur vanité au\npoint d'accepter cette humiliante condition qu'ils ne pourront voir leur\nenfant que lorsque le noble comte daignera les y inviter. Clara accepte ce\ndernier pour époux, non pas certes par amour pour ce gringalet d'une lai­\ndeur minable, non plus même par ambition. « Le bizarre, c'est que l'excès\nmême de l'antipathie de Clara pour ce pâle gentilhomme la décida à\nl'épouser. Elle avait couru d'inquiétantes aventures, des sollicitations repré-\nhensibles continuaient de la chatouiller. Sa raison et sa volonté triom­\nphaient jusqu'à présent, mais pourraient-elles la garantir toujours contre\nles impulsions désordonnées de son tempérament? Elle se dit que le mariage\nseul la détournerait de l'abîme où l'entraînait le vertige de ses sens. Elle\nfinit par se persuader, la naïve et passionnée Clara, que la laideur et la fra­\ngilité du mari, autant que les obligations prévues, le commerce matrimonial\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "                                    — 276 —\n\n régulier, émousseraient ses envies et ses curiosités illicites et disperseraient\n les vols de monstrueuses chimères qui la frôlaient de leurs ailes enflam­\n mées.... Elle essayerait de chérir son époux, un galant homme et un homme\ninstruit, certes digne d'amitié et de confiance, et lui demanderait protection\n contre elle-même.... »\n    Cette décision résignée étonne chez Clara. On eût compris qu'elle cher­\nchât à satisfaire ses sens bien mieux qu'à les tromper et qu'elle choisît pour\nmari un particulier plus râblé que le pitoyable rejeton des d'Adembrode.\nAussi s'aperçoit-elle bientôt de son erreur. Le mari est insuffisant et la\ncampagne exalte les sens qu'elle devait atrophier. Parmi les gars de Sant-\n hoven, Clara remarque d'abord spécialement, puis bientôt uniquement\n Sussel Waarloos, un grand garçon de 23 ans, membru, large d'épaules,\n ferme des reins, solide sur ses jarrets. Il avait la face ronde et pleine, le teint\nvif      Le personnage de Sussel Waarloos est une des plus belles créations\nd'Eekhoud. Habile et rude travailleur, il est revenu du service sans une\ntare et s'est immédiatement remis à la besogne. Catholique convaincu, il\nrespectera sa fiancée et attendra le mariage. Il a cette foncière honnêteté\nqu'on retrouve chez cet autre franc gaillard de la Pucelle d'Anvers, Flup,\nles deux cents kilos. Passionné et fougueux, il organisera la vengeance\ncontre les signors anversois et dans la dernière scène il se haussera jusqu'à\nune indulgence suprême.\n    C'est à l'époque de la rencontre de Clara et de Sussel que se place le joyeux\népisode du meeting où perce une méprisante et haineuse raillerie à l'endroit\ndes sinistres enjôleurs de la ville. Après le meeting, les paysans ont attaqué\nles citadins et, au cours de la bataille, Waarloos a reçu une balle dans la poi­\ntrine. Il importe de soustraire le blessé aux recherches de la justice; on le\nconduit au château d'Adembrode, où Clara le reçoit et, seule, le veille\ndurant la première nuit. Sussel, fiévreux, a un accès de somnambulisme.\nD'abord reviennent les incidents de la bataille, puis la pensée dévie. Sussel\nest amoureux, et telle est l'apparente raison du paysan que la comtesse,\ncroyant avoir été devinée, va lui céder. Mais, brusquement, elle est détrom­\npée; Sussel la dépasse, et c'est à un fantôme qu'il adresse ses pressantes\nsollicitations. La femme aperçue en ce rêve délirant résiste et le rustre\nenfiévré va la forcer : « Je te prends ce soir. J'ai bu pour oser. Je m'en\nvoudrai demain de t'avoir fait mal, mais en attendant tu m'auras appar­\ntenue tout entière. — Prends-moi, alors ! — Cette fois, une autre voix\nrépondait à celle du somnambule. Clara venait de se glisser dans le cercle\nde ces bras musclés, prêts à broyer leur capture récalcitrante. La tentation\navait été trop forte. Elle savait qu'il n'existerait dans l'avenir de douleur\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "                                  — 277 —\n\ncomparable au regret. Jusqu'à l'aube, ils se possédèrent sans qu'il fût\nrevenu à la raison ou sorti du sommeil. »\n    La blessure du Xavérien n'est pas grave, et bientôt, malgré Clara qui\ns'efforce de prolonger la convalescence, un jour vient où le jeune paysan\n quitte le château.\n    Cependant cette union inconsciente a été féconde. Clara est enceinte des\n œuvres de Sussel Waarloos et accouche d'un fils. Le comte d'Adembrode\nexulte, le village entier est plein d'allégresse et Sussel, un des premiers, a\n félicité Clara, qui reste sombre au milieu de la gaieté de tous. Elle voit,\n sans pouvoir l'empêcher désormais, les préparatifs du mariage de Waarloos\navec Trine Zwartlée, la belle invisible de la nuit d'amour.\n    Au pèlerinage annuel, le comte, la comtesse d'Adembrode et leur enfant\n suivent à Montaigu les gens de Santhoven. Cette fin du volume est atta­\n chante indiciblement. Le pèlerinage, la messe de communion, l'entrevue de\n Clara et de Sussel sont d'une description superbement évocatrice. La com­\n tesse a vu communier le Xavérien et Trine Zwartlée. Elle ne sent plus\nqu'une volonté, ou mieux, qu'un instinct : parler aussitôt à Sussel Waarloos,\nempêcher, à n'importe quel prix, son mariage, l'arracher, même par un\nesclandre, à cette Trine Zwartlée. « A bout de moyens elle tenterait l'ho­\nmicide : les tempêtes charnelles, les ataxies débordaient sa conscience. Tout\ndevait éclater. Ne pouvant être à lui, éternellement frustrée dans son espoir,\nelle entendait qu'il ne fût à personne. Tour à tour caressante et traîtresse,\nessayant de diminuer l'amour du gars pour la paysanne, puis câline, s'of-\nfrant à lui doucereuse, insinuante, enfin passionnée, sauvage, allumant le\nsang du jeune homme par de fauves caresses, elle va l'emporter, quand des\nvagissements partent du fond de la chambre. Elle, pâmée, retient Waarloos\nqui se dégageait : Ne fais pas attention, c'est notre enfant! Le mot est\nmalheureux, le charme se rompt. Sussel redevient lucide, il voit ce qu'est\nla femme qu'il a devant lui : une comédienne qui, par ce pèlerinage, porte\nun défi au Ciel et à la Vierge qu'on invoque au profit de l'adultère. A\nl'idée du sacrilège, le sang du gars se glaça, ses moelles refluèrent, ses nerfs\nse détendirent : le ressort du spasme était brisé. Le fanatisme matait la\nchair. » La comtesse est adultère et félone ; « elle a sali l'écusson des mar­\nquis de Ryen, bafoué Notre Gentille Dame, renié le saint sacrement du\nmariage. — Clara, éperdue, se cramponne à lui, implore sa pitié, lui montre\nson fils! Fasciné, le père ne songe plus à partir, quand la maladroite\nchange de ton, elle menace : On ne te croira pas. Si tu essaies de me\nperdre, tu seras chassé ignominieusement. » — En voulant l'achever, elle\nJe perd. Le paysan, indigné, méprisant, se relève. — « Vrai, vous feriez\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "                                  — 278 —\n\ncela? prononça-t-il, terrible comme un justicier. — Ceux de la ville avaient\ndonc raison lorsqu'ils condamnèrent notre maître parce qu'il épousait une\nfemme de votre espèce. — Clara reçut cette insulte comme une foudroyante\ndécharge d'électricité. » La physionomie de la malheureuse révèle une telle\nsouffrance, que Sussel, qui l'observe, est repris de pitié. Il évoque la géné­\nreuse et secourable comtesse d'antan, il sent que si elle est tombée c'est à\ncause de lui et qu'il ne lui appartient pas de la marquer comme un bour­\nreau. Il pardonne. Le coup devait tuer ou guérir la pauvre femme ; il l'a\nguérie... Le cortège se reforme, et avec une exaltation de naufragée qui\nappelle au secours, elle disait : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le\nSeigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit\nde vos entrailles est béni. »\n\n\n\n    Il y a dans Marais Tybout un tableau particulièrement émotionnant,\n celui de la dernière entrevue du narrateur et du personnage principal.\n « A mesure que tombaient les ténèbres toutes les haleines de la campagne\n pâmée, les frisselis de la feuillée et de l'herbe se fondaient en une musique\n assoupissante. Une cigogne craquetait dans le lointain vers le mont des\n cigales. La veille, l'orage avait rompu un peuplier; l'arbre gisait en travers\n du sentier et semblait barrer le chemin à quelqu'un qui devait venir de ce\n côté.\n    — Allons ! dit-il, plus sérieux et d'une voix moins assurée que de cou­\ntume, bonsoir, monsieur, et merci de votre bon avis, mais je n'ai jamais\nsaigné du nez.\n    Et il enjamba l'arbre encroué.\n    — Je restai en deça et je le considérai si attentivement, avec une absorp­\ntion tellement intense que jamais son image n'a pâli dans mon souvenir. »\n    C'est avec cette absorption intense que Georges Eekhoud a toujours con­\nsidéré la Campine. L'image s'est fortement imprimée dans son souvenir, et il\nnous en donne une si nette et impressionnante reproduction, qu'elle s'in­\ncruste à jamais dans le nôtre. Ce vibrant, cet ultra-sensible sur lequel on\ncroit avoir tout dit quand on l'a baptisé « rude polderien », est parfois d'une\ndélicatesse exquise au point qu'on la dirait maladive. Ce bien portant\nfrémit comme un névrosé au moindre souffle de son terroir aimé; ce musclé\na des sens d'une acuité extrême. Lisez la fin du chapitre dont je citais à\nl'instant un passage : « Par quelle étrange correspondance ce jeune fou, ce\ndébauché généralement assez trivial, revêtait-il à mes yeux un caractère\npresque hiératique? Un moment il se retourna et je ne vis plus en lui l'an\"\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "                                  — 279 —\n\ncien sous-officier de cavalerie. Son visage affiné, frappé en plein par une\nsuprême fragrance du couchant, prenait une expression grave et souffrante.\nSon ample tablier de bisonne le drapait comme la tunique d'un lévite, sa\ncasquette le coiffait comme un de ces bonnets des antiques sacrificateurs,\net l'adieu qu'il m'envoya de la main s'emplissait d'une tragique majesté.\n   « En même temps, le triste craquetement de la cigogne reprenait. Et mon\ncœur se crispait comme je songeais à la superstition du paysan qui voit\ndans ce grand oiseau blanc le fatidique génie de son foyer. Sur quel chaume\nabandonné du ciel se lamentait cette voix? Les nues plombées se refer­\nmèrent, éteignant la sanglante lueur, l'oiseau se tut et la silhouette assour­\ndie de Marcus Tybout s'enfonça dans les vapeurs du soir. »\n   Lisez encore la Kermesse grise avec ses questions naïves, dans une forme\nvieillie, presque banale, et qui feraient sourire si l'on n'en sentait la saveur\nindéniable et si l'on n'était saisi, dès la première ligne, par l'âpre tristesse\ndu drame ; « D'où viennent ces deux hères? Certes, ce ménétrier sortit plus\nrécemment du Dépôt que du Conservatoire ! Figure vague, sans âge, on se\ndemande qui la ravagea le plus du vice ou de la misère ? Quelle pensée hon­\nnête pourrait bien couver encore derrière ces yeux éraillés et battus? »\n   Puis plus loin : Que fredonne-t-elle ainsi la petite chanteuse, la chanson\nde Pierrot la mort, n'est-ce pas, mignonne? » — Plus loin encore, quand la\npauvrette, tour à tour rudement molestée ou férocement caressée par\nKromme Jack, perd la mémoire et confond les couplets de ses chansons :\n« D'abord ces divagations firent rire ceux qui en étaient témoins ; puis les\nvillageois superstitieux prirent peur de ces drôleries sinistres qui prenaient\ndans la bouche de la chanteuse idiote quelque chose de voulu par une\nvolonté surnaturelle de sybillin. »\n   Qu'on se rappelle, enfin, l'Ex-voto, ce chef-d'œuvre d'émotion doulou­\nreuse : « Une indicible angoisse me poignait et je ne faisais aucun effort\npour me dérober à cette influence que je devinais provenir de sympathiques\ncorrespondances. A mon ivresse se mêlait déjà comme un regret. Et cette\nravissante après-midi avait la suggestion navrante des choses qui ont été\net qui ne se représenteront jamais... jamais plus ».\n    Le conte fantastique intitulé : La Jambette de Kors Davie, fourmille\n d'exemples à l'appui de cette assertion et stupéfiera fort ceux qui, sans rien\nregarder, voudraient enfermer Eekhoud dans une spécialité déterminée et\n qui n'imaginent pas, venant de lui, autre chose qu'une phrase rocailleuse,\n hérissée péniblement de vocables rudes, sonores, concassés et martelés à\n plaisir.\n    La conviction, la sincérité partiale de l'observation est ce qui accroche\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "                                  — 280 —\n\n\n et passionne dans Georges Eekhoud. Cela est si vrai que la désillusion est\n profonde aux jours où l'auteur se rappelle qu'il est de la ville, qu'il a\n étudié le latin et l'italien, et beaucoup d'autres langues ; aux jours où per­\n cent le scepticisme et la goguenardise. Ainsi, dans la Kermesse de\nDieghem, la peinture si uniformément solide d'habitude montre des\n défaillances. Des mots, des remarques dissonnent péniblement. Le manège\n de la vente à plusieurs reprises des volailles offertes à saint Corneille est\nsimple et excellent comme les vraies manifestations du génie... L'homme\ntient à la main un enfant plus âgé qui se fait traîner non passibus œquis...\nAux bifurcations des petites chapelles crayeuses, grillées, sollicitent l'au­\nmône des passants. En revanche, les autres chapelles sont rares, depuis\nSchaerbeek... des dilettanti en sabots... un tutti discordant... les coqs, ces\nmormons de la basse cour. Ainsi encore, dans les Milices de Saint-\nFrançois, ce blasphème paysan qui, pour expliquer le mariage du comte\net d'une plébéienne se disent : « Après tout, le Saint-Esprit a bien épousé\nla Vierge Marie ».\n   A la vérité, ces fautes sont rares dans les tableaux de ce maître peintre.\nPresque toujours ses paysages, ses décors, sont scrupuleusement exacts,\nparfois indiqués en une phrase comme celle-ci prise dans la description\ndes noces de Baut Flips et Lusse Domus : « Le soir les surprit en train de\nlamper. La braise des pipes et des cigares marquait déjà dans l'obscurité\nlorsqu'on alluma les quinquets ». Toujours aussi ses personnages sont fière­\nment campés. Ils vivent ; ils ont une physionomie bien à eux ; on les\nreconnaîtrait en les voyant. J'ai eu cette impression lors d'un voyage que\nje fis l'an dernier dans le Polder avec Georges Eekhoud. Il me montra\nplusieurs de ses héros, la Ferme Blanche et la fermière Annemie; j'assistai à\nune répétition de la fanfare Amicitia, je vis Marcus Tybout et bien d'autres.\nJe les revis en chair et en os, tels qu'ils étaient dans ma tête. Chacun de\nleurs gestes, de leurs sourires était attendu. Certains sons de voix, m'auraient\nfroissé dans leurs bouches. Les traits qu'Eekhoud avait notés s'accusaient\nseuls à mes yeux comme on voit avec leur visage d'autrefois les voyageurs\nlongtemps absents. Cette observation me vint en considérant' les autres\nhabitants. Je les aperçus si différents que je me demandai si les paysans\nd'Eekhoud sont bien exactement ceux de la nature et s'ils ne sont pas\nplutôt des créations plus intéressantes que réelles. Une remarque désobli­\ngeante que je fis, assombrit soudain le visage de mon compagnon, radieux\ndepuis le matin : « Tais-toi, me dit-il, ne me gâte pas mon Polder. » Il\navait cent fois raison. J'étais un sot. Cette terre élue n'est pas de celles que\nl'on prend à vol d'oiseau. Il nous en avait averti dans la fière déclaration\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "                                 — 281 —\n\nqui commence l'Ex-voto : « Je raffole de ces pacants. Je préfère leurs\npoétiques traditions, les légendes nasillées par une vieille pachteresse pen­\ndant la veillée, au plus joyeux conte de Voltaire, et leur fanatisme patrial et\nreligieux m'émeut davantage que les déclamations patriotiques et le plat\ncivisme des gazetiers... Ma glèbe est fruste, plane, vouée aux brouillards.\nMa contrée de dilection n'existe pour aucun touriste et jamais guide ou\nmédecin ne la recommandera. »\n\n                                      **\n   La langue de Georges Eekhoud est merveilleusement travaillée et d'une\nsouplesse qui étonne. Autant sa faculté compréhensive est grande, allant\nde Dickens à Shelley, de Zola au Huysmans d'A rebours, de Corneille à\nBaudelaire, autant la langue se prête à rendre les nuances les moins sen­\nsibles de la pensée. Il sait son métier. Personne n'a compris et raconté\nmieux que lui l'aérien et fantastique Pierrot lunaire de Giraud. Je me\nrappelle être entré chez lui au moment où il complétait un dictionnaire\nspécial des choses de la campagne. Il s'attachait avec un soin minutieux\nà bien indiquer les différences entre les nombreux vocables que les profes­\nseurs croient synonymes, Pour lui, certes, un falot n'est pas un faraud, ni\nun pataud, ni un pacant, ni un pitaut, ni un rustaud. Il tient à n'employer\nles mots que dans leur sens strict, précis. Chacun de ses romans ou\nnouvelles est à ce point de vue l'objet d'une étude spéciale. Il choisit les\nnoms de ses personnages. Il apprend leur métier. Voyez la description de\nl'opération dans le Cœur de Tony Wandel. Voyez, dans les Milices de\nSaint-François, l'élevage d'un bâtiment, la décharge des tombereaux, la\nconfection du mortier, la chaux qui, en s'éteignant, fuse et déflagre, le\nguindage des moellons. C'est un guide de l'ouvrier maçon, tant les termes\nsont d'une exactitude irréprochable ; les termes de patois même, les expres­\nsions propres à telle classe de travailleurs, sont scrupuleusement respectées.\n   La concision aussi, est une des grandes qualités de Georges Eekhoud.\nIl possède, autant que la concision de la phrase, la concision générale de\nl'œuvre. Il tient peu compte des transitions dans l'ordre des faits. Les cha­\npitres s'arrêtent net et l'action est souvent rompue.\n   Cette intensité de conviction et d'observation ; cette langue précise, riche,\ndécrivant avec un égal bonheur d'expression une pirouette de Pierrot,\nla virtuosité du jeu de Rubinstein exécutant du Schumann, le déchargement\nd'un navire, la rentrée des foins, assurément remarquable à une époque\noù tant d'autres empruntent leur langue aux nommés décadents et ne se\nsentent guère la force de sortir du vague des doctrines philosophiques et\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "                                — 282 —\n\n\nplus spécialement esthétiques, tout cela contribue à faire de Georges\nEekhoud le plus mûr et le plus personnel des auteurs belges et à le placer\nau tout premier rang dans la littérature contemporaine.\n                                                 GEORGES     KAISER.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 287, "titre_corps": "Les Cyclopes", "titre_sommaire": "Calderon", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Van Arenbergh", "ancre_debut": "A CALDÉRON", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IMPRESSIONS CRUELLES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 317, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "A. CALDÉRON\n\n                          LES CYCLOPES\n                                    I\n\n      Non, ils ne sont pas morts, les cyclopes d'Homère,\n      Sur les sommets sacrés, — et la vie éphémère\n      Est comme un océan qui passe au dessous d'eux !\n      Ils sont restés bergers comme aux temps fabuleux ;\n      Mais maintenant, le front nimbé d'une aube en flammes,\n      Ce qu'ils mènent là haut, ce sont des troupeaux d'âmes.\n      Chaque fois que l'un d'eux, emplissant l'horizon,\n      Surgit sur quelque cîme, un immense frisson\n      Agite en bas la foule, et l'on entend sur elle\n      L'orage de leur voix en rumeur éternelle.\n\n       Sur l'Olympe, à jamais désert, silencieux,\n       Et qui jadis portait, dans la gloire des deux,\n       Son cercle d'Immortels ainsi qu'un diadème,\n       Ecoutant une voix qui lui parle en lui-même,\n       Seul, un de ces géants, dans une clarté d'or,\n       Comme un reste des dieux est là, debout encor,\n       — Et la Grèce, à ses pieds, crie aux siècles : Eschyle !\n       Tandis que dans son rêve il se dresse, immobile,\n       Autour de lui, — troupeau terrible et surhumain, —\n       L'immense Prométhée, où fouille un bec d'airain,\n       Meurt éternellement, et les blêmes Furies\n       A faces de serpents tordent leurs chairs meurtries,\n       Et courent, secouant leurs torches au plein jour.\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "                      — 283 —\n\nPlus loin, sur Béatrice appuyant son amour,\nSuivi par les damnés en troupeaux lamentables,\nUn autre géant grave aux portes implacables :\nEn entrant, plus d'espoir ! Sous un rouge soleil,\nComme vêtu d'enfer en son camail vermeil,\nIl s'éloigne, et sans cesse, à travers l'onde ardente,\nFlorence à l'horizon regarde passer Dante !\nPlus loin encor, là bas, dans l'embrun de la mer,\nEt comme elle sauvage, infini, sombre, amer,\n Colosse effaçant tout d'ombres demesurées,\nLe vieux Will apparaît sur les hauteurs sacrées,\nEt chasse devant lui son tragique troupeau.\n C'est Juliette en pleurs qui montre à Roméo\nL'aube écartant la nuit comme un rideau d'alcôve ;\n C'est Othello, lâchant en lui son âme fauve,\n Qui dit à Desdémone : As-tu prié ce soir ?\n C'est Macbeth qui regarde, au dessous du vol noir\nDes sorcières, le bois de Birnam qui s'avance ;\nLe vieux Lear écoutant, à travers sa démence,\n Une voix murmurer : Je suis Cordélia !\nEt, sur son lit de fleurs, la pâle Ophélia\n Qui chante sa romance et flotte au fil de l'onde...\nEt tous, Eschyle, Dante et Shakespeare, — et ce monde\n Qu'ils vont menant là haut, Bergers prodigieux ;\nEt, vagues, tout au fond et presque dans les cieux,\nLes colosses pasteurs des Eddas et des Bibles ;\nPuis, plus près, s'étageant aux lieux inaccessibles,\n Tout le peuple géant, Tasse, Klopstock, Milton,\n Corneille, Camoëns, Vondel, Goethe, Byron,\n Tous, par dessus les temps, debout sur leur montagne,\nFont cercle à l'horizon et regardent l'Espagne.\n\n\n                           II\n\nQui donc sur la sierra, toute rousse au soleil,\nSe dresse, noircissant le fond du ciel vermeil,\nEt contemple à ses pieds, du haut de cette cîme,\nL'humanité petite et comme en un abîme ?\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "                                    — 284 —\n\n       Qui donc a pris ce mont ainsi pour piédestal,\n       Si haut qu'il y paraît debout dans l'Idéal ?\n       Et c'est toi, Caldéron ! et c'est toi, fier Cyclope,\n       Que sur les purs sommets la lumière enveloppe.\n\n       Tu fus avant de naître en proie à la douleur! (1)\n       Ta mère, dans son sein, — et si près de son cœur !\n       T'entendit par trois fois gémir : était-ce l'âme\n       Brûlant déjà ta chair en allumant sa flamme ?\n       Pleurais-tu déjà d'être homme, et, rebelle au sort,\n       Sans connaître la vie appelais-tu la mort ?\n       Ou bien est-ce le Cid ou Colomb qui te raille,\n       Géant, de ne pas être à hauteur de leur taille ?\n\n       Oh non ! tel que le Cid, — dont l'épée aux feux clairs,\n       En tournoyant sur lui, fait un cercle d'éclairs,\n       Couronnant son cimier comme d'une auréole, —\n       Ton âme contenait toute l'âme espagnole !\n       Toute grandeur était petite près de toi :\n       Ta stature effaçait dans son ombre le roi,\n       Et, tel que Cid proscrit, que sa gloire accompagne,\n       C'était toi qu'on voyait en regardant l'Espagne !\n\n        Tu pouvais contempler Colomb, sans œil amer,\n       Revenir vers tes bords et sur ta molle mer,\n       Qui semble, s'allongeant si bleue et si sereine,\n       Un ciel d'en bas dont l'autre est un reflet à peine :\n       Car n'apportais-tu pas aussi, sur tes sommets,\n       Un monde à ton pays qu'il ne perdrait jamais.\n       Et ce monde nouveau, Poète, tu le crées ;\n       Il marche devant toi sur les hauteurs sacrées\n       Et t'entoure, ô Cyclope, ainsi que ton troupeau :\n\n       Voici qu'au noble Alvar le paysan Crespo (2)\n       Redemande l'honneur de sa fille séduite :\n       Père, il tombe à genoux ; juge, il se lève ensuite,\n\n  (1) La légende raconte qu'avant la naissance du poète, on l'entendit gémir à trois\nreprises dans le sein maternel.\n  (2) El alcalde de Zalamea.\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "                                    — 285 —\n\n      Et, mesurant sa taille à la hauteur du cœur,\n      Se fait égal au roi pour venger son honneur.\n      Plus loin, le Galant erre, épiant le passage\n      De sa Dame, et glissant à la Duègne un message ;\n      La Suivante s'attarde avec le Gracieux ;\n      Partout on reconnaît, dévot à ses dieux\n      Ainsi qu'à son épée, altier, farouche et tendre,\n      L'Espagnol qui revient d'Italie ou de Flandre.\n      — Cet esclave (1) en haillons, sur sa natte étendu,\n      Qui, l'œil déjà dans l'ombre éternelle perdu,\n      Demande à se tourner vers le soleil encore,\n      C'est l'infant don Fernand, l'otage du roi More,\n      Qui voulut bien donner sa vie, — et non Ceuta.\n      — Celui-ci, c'est Perez le bandit (2). Il lutta,\n      Dans sa montagne brute âme brute échappée,\n      Et son poignard avait des vaillances d'épée.\n      — Là, c'est Eusebio (3), c'est l'assassin pieux,\n      Fou sanglant de la Croix, qui, pour entrer aux cieux,\n      Mort, se relève et va se confesser au prêtre.\n      — Là, c'est don Lope (4). Seul, il sait sa femme    traître,\n      Il veut le châtiment comme l'affront, — discret,\n      Et la tue en secret pour l'outrage secret.\n      — Cet autre, Turani (5), vengea sa bien-aimée,\n      Qu'avait tuée un reître : à travers une armée,\n      Il chercha le soudard ; et, l'ayant découvert,\n      Le poignarda. — Ce roi (6), dont le front est couvert\n      De longs rubis de sang larmant de sa couronne,\n      C'est Henri VIII, qui f ait mettre au pied de son trône,\n      En guise de coussin, le tronc décapité\n      D'Anne Boleyn. — Voici, sinistre majesté (7)\n      Don Pèdre, dont un vol de corbeaux suit la trace,\n      Châtiant sur un seul les crimes d'une race ;\n\n\n(1) El principe constante.\n(2) Luis Perez el Gallego.\n(3) La devocion à la cruz.\n(4) A secreto agravio secreta venganza.\n(5) Amar despues de la muerte.\n(6) La cisma en Inglaterra.\n(7) Las tres justicias en una.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "                             — 286 —\n\n      — Et là (1), le vieux Gutierre, écoutant dans son sein\n      Crier l'honneur blessé, s'en fait le médecin,\n      Et, voulant dans le sang laver la plaie infâme\n      Fait ouvrir sur le lit les veines à sa femme.\n\n      Et voici que soudain ta voix, ô Caldéron,\n      Courant comme un appel immense de clairon,\n      Déchire le silence étendu sur l'espace.\n\n      — « Shakespeare, Dante, Eschyle, et vous, toute la race\n      Surhumaine ! Titans sur les hauts lieux épars,\n      Que la foule, atteignant à peine des regards,\n      N'a mesuré d'en bas que par votre ombre à terre !\n      Colosses qui là haut, dans le calme mystère\n      Des cimes, écoutez à vos pieds, tout au fond,\n      Les rires, les sanglots faire un soupir profond,\n      Par dessus de ce qui vit, vous vivez ! Et nous sommes,\n      Sur les sommets sacrés, les géants pasteurs d'hommes.\n      Debout dans mes troupeaux, du haut de l'horizon,\n      Je secoue et répands ainsi que leur toison,\n      Qui sur la foule en bas s'éparpille et s'envole,\n      L'amour, la foi, l'honneur, toute l'âme espagnole.\n\n     Le soir, quand, vers les monts inclinant son essor,\n     Sur nos fronts le soleil tombe en couronne d'or,\n     Et, qu'au fond des clartés au loin diminuées,\n     Il nous vêt du manteau de pourpre des nuées,\n     Nous avons aussi notre étoile du berger,\n     Que nous ne voyons pas disparaître ou bouger !\n     Nuit et jour, nous marchons, épris de sa caresse,\n     Dans son mystérieux éveil d'astre, — et sans cesse\n     Elle répand sur nous une douceur d'amour.\n     Hommes, ce qui s'appelle en bas votre plein jour\n     Vous la cache ; approchez-vous d'elle sur nos cîmes,\n     Montez ; vous la verrez dans les divins abîmes\n     Paraître, et ses rayons pendre en tresses de feu.\n     Déjà pour nous étoile, elle est soleil pour Dieu.\n\n(1) El medico de su honra.\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 594, "texte": "                                  — 287 —\n\n       Calme immortellement par dessus vos tempêtes,\n       Elle reste invisible aux lieux bas où vous êtes ;\n       Comme un trou de lumière, elle laisse, à nos yeux,\n       Une aube d'au-delà luire à travers les deux ;\n       Elle est, — au ciel mouvant, — immobile, éternelle ;\n       Notre gloire, c'est la clarté qui nous vient d'elle :\n       Elle est tout notre amour, notre espoir, notre loi,\n       Et cette pure étoile, — ô VÉRITÉ ! c'est toi ! »\n\n                                             E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 287, "page_fin": 294, "titre_corps": "Impressions cruelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "IMPRESSIONS CRUELLES", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AIRS DE FLUTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 594, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "IMPRESSIONS CRUELLES\n\n\n                       LES VACHERS DU MEER\n\n                                                 A MON AMI CH. H. DE TOMBEUR.\n\n             Le petit vacher de la ferme du Moulin nous accompagnera au\n               Meer, but de notre excursion; il nous servira à la fois de\n               guide et de commissionnaire, car la patache qui nous charrie\n               depuis Cappellen, par la chaussée de Bergen-op-Zoom, ne\npeut nous conduire à travers les dunes.\n   Drôle d'hommelet que ce Ton, le vacher. Douze ans ; plutôt maigre que\ngras, la face large, le nez crochu ; l'œil gris, malin et froid; l'air spéculatif,\nla bouche trop fendue, les allures régulières ; quelque chose de vieillot, de\nprécoce, répandu dans toute sa petite personne vêtue de la défroque de son\nmaître.\n   Un panier de provisions sous chaque bras il ouvre la marche :\n   — Fumez-vous, Ton?\n  — Ja, Mijnheer !\n   Il allume méthodiquement avec une lenteur et des précautions de fumeur\némérite un des pâles régalias achetés à la frontière. En cheminant, de loin\nen loin nous parvenons à arracher un mot à notre guide. Il ne parle que\nlorsqu'on l'interroge. Nous apprenons qu'il gagne trois florins par semaine\nchez le baes du Moulin. Il est né à Ossendrecht, du côté des Polders,\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "                                  — 288 —\n\n neuvième enfant d'un manouvrier ; son père et ses frères triment dans une\nfabrique de chicorée.\n    Il ne sourit que par condescendance, lorsque nous nous efforçons de le\ndérider. Ce sourire est silencieux, presque protecteur. Tout dans sa physio­\nnomie, dans son regard sec, dans son intonation claire mais sans timbre,\nsemble dire : « Il faut être peu sérieux pour venir de la ville et se promener\nen plein midi dans les ronces et les sablons ! »\n    Il nous conduit au sommet des dunes encaissant les deux lacs; là, il\ns'arrête et dépose ses paniers. Nous sommes arrivés ; si notre guide ne nous\nle fait entendre que par sa pantomime, le spectacle devant nous l'annonce\nsans équivoque. Voilà bien les nappes d'eau tant vantées.\n    Dans cette nature septentrionale, généralement plane, les moindres mon­\nticules permettent au spectateur d'embrasser une région de plusieurs lieues.\nDes bords du Meer nous découvrons la contrée adorablement farouche,\nl'étendue sablonneuse tachetée de bruyères roses comme l'améthyste et dé\nsapinières sombres comme le jaspe. Un silence presque absolu enveloppe\n cette immensité : le bruissement des ailes de la sauterelle, le sautillement et\n le cri de quelque poule d'eau parmi les broussailles ; la sourdine incessante\ndes moucherons, voilà tout ce qu'on entend. En face de nous, un héron,\nmélancolique pêcheur, campe sur une patte.\n    Nous sommes bien loin de la ville, bien loin des beaux parleurs et des\nfâcheux.\n    L'eau que fait miroiter le soleil d'août est si claire qu'on en distingue\npartout le fond couleur de rouille. Et l'élément exerce sur nous sa graduelle\net irrésistible attraction. La dame du Meer nous murmure à l'oreille de ces\ninvites que notèrent les ballades primitives. D'abord nos mains sont allées\nau devant des caresses de la nixe, puis débarrassés de nos vêtements, nous\nplongeons dans l'eau pure comme celle des glaciers alpestres, mais tiède\ncomme un golfe méditerranéen.\n    Des heures se passent ensuite à déjeuner, à paresser, à admirer. Ton a\nmangé de bon appétit avec nous. Le reste du programme — bain, sieste,\ncontemplations — a dû lui paraître absurde.\n    Nous regagnons le Moulin et allons remonter en voiture non sans avoir\nglissé quelques sous dans la main de notre guide.\n    Un incident nous attarde :\n    Sur la grand'route s'avancent, chantant et dansant, sept à huit jeunes\ndrilles en blouse bleue, la haute casquette de soie noire renversée dans la\nnuque ou posée la visière de travers. L'un d'eux arrache à un accordéon\ncâtarrheux les quintes d'un air triste comme le sont tant de refrains de kei--\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "                                  — 289 —\n\n messes ; un second bat du triangle; le reste clame et balle à contre temps.\n Rouges, poupins, ces gars approchent et en nous dévisageant avec des yeux\n dilatés et humides de somnambule, se poussent par les épaules, l'un derrière\n l'autre envahissent le cabaret, trahissent l'impatience agitée d'ouailles\nmottées par un Berger Invisible.\n    Là, toujours aux sons de leur musique élémentaire, un quadrille s'engage\nentre les quatre couples de palots émêchés.\n    La baezine du Moulin, en train de leur verser à boire, nous apprend que\nles vachers et valets de ferme du pays passent de cette façon les après-midis\n dominicales. Ils se sont cotisés pour la location de leur orchestre et réu­\nnissent leurs semaines afin de gobeloter de compagnie. Ils se rendent dans\ntous les cabarets de leur clocher, même dans les herberges les plus écartées\nau fond des varennes.\n    Joie démonstrative, mais sans entrain ! Poignants déduits rappelant les\ngaîtés menteuses des conscrits les soirs du tirage au sort ; rire forcé qui\ngrimace et qui dissonne: pirouettes de victimes qui tournent sur elles-\nmêmes avant que les fasse s'effondrer le coup irrémissible ; fallacieuses réac­\ntions des profondes douleurs, des nostalgies longues comme l'existence qui\ncherchent à se donner le change, à s'étourdir quand même!\n    Ton les a vus passer comme nous et je crois qu'il les a regardés, en fai­\nsant une moue répulsive, l'air d'un sage au dessus des communes faiblesses.\nIl semble même étonné de notre hésitation à escalader le marche-pied et à\nnous arracher à cette énervante orchestrique. C'est plus fort que moi ; j'ai la\ngorge serrée ; ils ne me sont pas indifférents ces passants de la grand'route.\n    Tandis que la patache retourne à Putte et que nous nous taisons, j'écoute\nencore — je l'écouterai longtemps — le bruit grêle du triangle, les hoquets\nde l'accordéon et la chanson plus crispante qu'un miserere.\n    Avec le crépuscule, des vapeurs blanches sourdent comme une haleine\ndes campagnes navrées. En s'élevant elles revêtent des formes fantastiques\net s'accrochent échevelées ou caressantes aux dentelures des sapins, et se\ndissolvent et se recondensent. On dirait d'une traînée de fantômes pour­\nchassés mais tenaces. Puis, derrière les bois, la lune se lève et monte lente­\nment, blanche, solennelle, triste comme le Viatique porté à l'agonie du jour.\n    Aux approches de Putte des gens se tiennent devant leurs portes; sur les\nseuils les commères conversent languissamment ; les vieux pipent, les bras\ncroisés; la turbulence des gamins assaille notre impassible cocher et son\nfouet leur impose à peine. A l'écart, sur les accotements, au bord des fossés,\nles gars haletants courtisent les pataudes rougissantes, et je devine des\ncouples furtifs qui s'éloignent, par les sentes, tendrement enlacés.\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "                                 — 290 —\n\n   Mais, las, ma pensée attendrie retourne irrésistiblement aux danseurs\ngoffes de tout à l'heure. Je les revois s'avancer en fringant et nous dévisager\navec quelque chose de suppliant dans leurs grands yeux bénins et de dou­\nloureux dans leur grosse bouche convulsée. Encore une fois, que me veulent\nces batteurs de cabarets?\n   La lune plane ; je me dis qu'elle les voit et je l'envie. Je me représente à\nprésent leurs silhouettes telles que l'astre les reproduit en les agrandissant\nle long des arbres ou sur le sol. J'assiste à leurs gauches ébats; leurs déhan­\nchements balourds me requièrent ; je voudrais être là-bas, derrière nous,\nd'où nous venons, plus loin même, en pleine campagne, entre les enfilées\nd'arbres obscurcis où ils se trémoussent en ce moment, la voix fêlée, les\ngestes spasmodiques....\n   Alors me vient tout à coup cette pensée singulière que Ton avec son air\nde vieux, prévoyant et thésauriseur, et son énigmatique rire silencieux, ne\n déambulera pas, lui, lorsqu'il aura leur âge, le long des routes solitaires,\nvers les cabarets perdus, aux sons d'un triangle et d'un accordéon.\n   Je pressens qu'il ne restera pas au nombre des trimeurs passifs et résignés\nque leurrent et que daubent les possesseurs de la terre. Va, laisse bague­\nnauder sous les étoiles la kyrielle des garçons de charrue et des batteurs en\ngrange ; laisse-les liés par je ne sais quelle camaraderie douloureuse de for­\nçats, s'enivrer chaque dimanche de bière, de saltations et de musique ; toi,\npetit Ton, vacher de la ferme du Moulin, esprit positif et pratique — mets\npatiemment à rémotis sou par sou, épargne et ruse, dissimule, caponne, tu\niras loin.\n   Des fous que ceux qui se grisent d'alcool comme ces lugubres palots —\nde plus grands fous, dirais-tu, si tu les connaissais, que ceux qui se saoûlent\nd'art et de poésie. N'est-ce pas Ton, déconcertant petit vacher, futur bour­\ngeois, futur baes aux champs comme à la ville?\n   Ah! je sais à présent pourquoi l'afflux de sympathie pour ces pendards\nfut si impétueux qu'il me suffoquait ! Je sais toutes nos affinités, ce qui me\nrend solidaire de ces maroufles. Si je les aime à ce point, c'est parce que je\nte hais.\n\n                                      II\n\n                       CHEZ LES LAS-D'ALLER\n                                               A MON AMI ANDRÉ FONTAINAS.\n\n   Durant le voyage, les bruyères rouilleuses et les sapinières entre Schilde\net Oostmalle; les vastes plaines avec leurs flaques, couleur de plomb,\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "                                 — 291 —\n\n appelées « vennes », et l'horizon gris zébré par d'intermittentes averses, me\nprédisposaient à des spectacles poignants, mais depuis mon arrivée à\nHoogstraeten, une embellie ajoute un sourire de plus à la physionomie de\nl'avenante bourgade.\n   Derrière l'église j'enfile une longue « drève » de tilleuls et de hêtres qui\nmène droit à l'ancien château des hauts et puissants seigneurs de Cuyck, de\nSalm-Salm et de Lalaing, converti aujourd'hui en un asile pour les vaga­\nbonds.\n   Quelques minutes après je me présente au directeur du Dépôt et nous\nlions cordialement connaissance. Avant la visite du morose établissement,\nmon hôte tient à me faire les honneurs du plus coquet et du plus confor­\ntable des home.\n   Dans le salon aux arceaux gothiques artistement restaurés, polychrome\ncomme une chapelle byzantine, je cède à des évagations moyen-âgeuses, que\ncombat seulement le délectable anachronisme d'un cigare et d'un verre de\nporto.\n   Je sursaute. Ce long appel de clairon a-t-il été lancé par l'homme d'armes\nse promenant sur la courtine et annonce-t-il l'approche des reîtres Espa­\ngnols?\n   Mais le directeur me rappelle aux choses de ce siècle :\n   — Voici le contingent du jour.... Vous tombez bien.... Allons les voir\ndéfiler sur le pont....\n   La cloche a répondu au clairon. Un mouvement de gardiens et de soldats\ns'est produit vers l'entrée.\n   Comme nous arrivons, les truands viennent d'être extraits de deux vieilles\nguimbardes cellulaires qui les ramassèrent à Turnhout. Nous nous postons\nsous le porche, en nous effaçant.\n   Ils s'avancent, cahin-caha, traînant la jambe, presque trébuchants, anky­\nlosés par la longue étape, aveuglés par le brusque passage des ténèbres de\nla voiture au plein jour du dehors.\n   La pitoyable caravane !\n   Ils sont bien une cinquantaine d'individus de tout âge et de tout poil le\ndisputant en délabrement : pieds poudreux, coureurs des grèves, batteurs\nde pavé, rôdeurs de barrière, mendiants endurcis, canapsas, malandrins,\ntous les irréguliers, tous les las-d'aller de la ville et des champs....\n   Ils portent des souliers sans semelles, des pantalons effilochés, des sar­\nraux déteints, des casquettes sans visière, ou des chapeaux déchus, des\ncomplets souillés, révélant encore l'art d'un bon faiseur.\n   Leur masse tire sur le fauve, sur le brun de la glèbe ou sur la poussière\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "                                   — 292 —\n\n  des routes. Elle dégage cette puanteur spéciale des bosquets infestés de han­\n  netons.\n     Les recrues se reconnaissent à leur allure inquiète, à leur mine contrite,\n  à la façon dont elles détournent la tête ou dont leurs regards interrogent\n  rapidement l'aspect des lieux. Les chiens scrutent ainsi l'inconnu d'un nou­\n  veau domicile.\n     Les récidivistes, les « chevaux de retour », par contre, en passant devant'\n  le directeur, lui disent bonjour de la main ou lui sourient d'un air de for­\n  fanterie. Mais le triste bonjour et la fausse gaîté, l'atroce grimace de ce\n sourire! Les piteux cyniques!\n     Où donc ai-je vu ces silhouettes? S'il y en a d'épouvantables comme celles\n des cauchemars, il y en a de troublantes et d'amies comme celles des héros\n enfantés dans mes livres.\n     Un instant, que je me souvienne!\n     Celui-ci, conscrit fringant, mit à mal un brigadier qui le tyrannisait; cet\n autre, milicien, déserta trois fois pour respirer l'arome des brûlis dans la\n Bruyère natale; — cet autre encore, pilotin congédié, ballait dans les\n musicos du port, où ses bourrées ne provoquaient pas uniquement les filles;\n — les mésaventures de ce jeune garde-barrière, dont la corne achevait\n d'endeuillir un morne paysage faubourien, commencèrent une nuit que les\n lèvres de sa maîtresse collées aux siennes l'empêchèrent de signaler un train\n sournois qui profita de cette négligence pour supprimer un vieux couple\n lamentable; — ce maraud jouait crânement de la truelle et gagnait de\n beaux salaires lorsqu'un soir dominical, après des libations faites dans tous\n les cabarets de la paroisse avec huit goujats de sa trempe, il avisa une gour­\n gandine de la ville, la trouva belle, et la gorge serrée, des chaleurs dans le\n dos, lui courut sus, aida à démolir le calicot qui l'accompagnait, et s'assouvit\nle premier, tandis que ses compagnons la maintenaient en attendant leur\ntour.\n    Ils passent, vieillis, mais encore reconnaissables, malgré leur long temps\nde prison et le fallacieux élargissement qui suivit. Forçats libérés, voués au\nvagabondage; finis, brûlés, tarés, flétris, que la société, jugeant l'expiation\ninsuffisante et indélébile le déshonneur, s'obstine à rejeter comme l'estomac\nvomit l'émétique, comme la mer renvoie les épaves.\n    Beaucoup ne furent criminels qu'un moment, dans un coup de passion;\nbeaucoup ne furent que malheureux.\n    Oui, la plupart sont les indolents, les bayeurs, les effarés, les éblouis, les\néperdus, aux grands yeux humides et visionnaires, qui ne comprennent rien\nau monde et à la vie, au code et à la morale, qui ne savent pas ce qu'ils\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "                                 — 203 —\n\nsont venus faire sur cette terre; entraînés de « gaffe » en « gaffe », les\nfaibles, les pas-de-chance, les moutons toujours tondus, les passifs, les\nexploités, les dupes qui ont coudoyé toutes les scélératesses et sont restés\ncandides comme des enfants, qui ne tueraient pas une mouche, quoique\ndes escarpes les aient associés à leurs entreprises, viciés mais non vicieux,\nsouffre-douleurs autant que souffre-plaisirs.\n    Ils passent, d'autres suivent\n    Et les visages me paraissent de plus en plus connus. Je retrouve même,\ndans cette traînée, des êtres furtifs et sympathiques qui ne m'apparurent\nqu'une seule fois, le temps de graver pour toujours leurs traits et leur\ndémarche dans mon souvenir; des passants dont je n'ai pas même entendu\nla voix, dont les yeux n'ont pas seulement rencontré mes regards durant\ncette conjonction éphémère. Aborderais-je enfin à ce havre de grâce où\nmouillent les voiles inquiètes pleines de souffles haletants, à qui les houles\ncontrariantes de l'océan social ne permirent jamais d'appareiller et de navi­\nguer ensemble?...\n   Voici le matelot éveillé, qui nous promena pendant une lointaine saison\nen barquette et que je n'ai plus rencontré les étés suivants sur l'estacade\nparmi ses camarades empressés et importuns... Ce blousier me fascina en\nnovembre aux approches du crépuscule, dans la brouée crépusculaire, par\nson superbe geste de semeur ; ce pitaud me navra l'âme et me tordit les nerfs\nune après-midi de tirage au sort, où il gambillait et beuglait par les rues,\nla casquette fleurie, le teint allumé, les yeux fous, bras dessus bras dessous,\navec d'autres conscrits aussi émêchés que lui; — j'entrevis cet autre colon\nà la portière d'un wagon de troisième classe, comme nos deux trains se\ncroisaient : c'était près d'un viaduc et il y avait dans l'air une odeur d'eau\nstagnante et une chanson de haleur...\n   Ils sont donc revenus tous ceux que je souhaitais revoir, mêlés à ceux que\nj'ai pressentis et devinés au point de leur donner la vie de l'art : ce brunet\ncrépu n'est-ce pas Kees Doorik, le garçon de ferme affolé de sa fermière\njusqu'à étriper le valet que la coquette lui préférait; et plus loin, larves\nfarouches et ricanantes, déambulent les trois frères Mollendraf, qui chapon-\nnèrent Marcus Tybout, le dégourdi paillard ; et voici venir Kors Davie,\nqu'ensorcela Rika Let', et tous les héros des tragiques kermesses, et toutes\nmes belles brutes, vautrées dans l'orgie, la chair et le sang...\n    Avec eux il ferait bon vivre encore, même entre quatre murs, même dans\nces préaux lugubres, dans ces sordides chauffoirs. Ils t'accueilleraient comme\nun des leurs, comme un frère plus timoré, mais plein de bonnes intentions,\neux, qui illustrèrent tes romans avec de larges et tranchantes plumes non\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "                                 — 294 —\n\nfendues et de belle encre rouge... Je les appelais, je les faisais surgir dans\nmes rêves; à présent ils me conjurent à leur tour... A quoi bon résister à\nleur geste fatidique. Ne viendrai-je pas échouer ici de par mes affinités, de\npar mon étoile ; un peu plus tôt ou un peu plus tard, inévitablement... Que\nce soit donc aujourd'hui?... Allons, emboîte le pas à ces bons artistes... Et\nhue donc, traînard !\n   Un jaune rayon de soleil, un rayon humide du couchant, qui affine la\nmélancolie du tableau, me comprend dans leur procession, m'affilie à ces\nlas-d'aller, m'embrasse avec eux dans sa suprême caresse. J'ai fait deux pas.\n  — Halte-là! me dit le directeur en me retenant par le bras. Songeriez-\nvous par hasard à faire dresser votre écrou?...\n   Il plaisante et je m'efforce de rire de ce qu'il prend pour une méprise.\n   Las, ce sera pour la prochaine fois....\n                                               GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 295, "titre_corps": "Airs de flûte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "AIRS DE FLUTE", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE JUDICIAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "AIRS DE FLUTE\n                                  XVIII\n\n                          T O U T E LA GAMME\n                                                       A IWAN GILKIN.\n\n                   Madame, je suis un fardeau\n                   Dans votre vie, et je m'éloigne,\n                   Que mon cœur malade se soigne;\n                   Il est tout seul désormais!                      DO.\n\n                  Pouviez-vous vouloir du Bohême\n                  Qui pourtant vous eût adoré ?\n                  Ma vie est couleur de poème,\n                  La vôtre couleur d'oubli.                         RÉ.\n\n                  Restons-en là, c'est inutile\n                  De nous perdre tous deux parmi\n                  Les chemins fleuris de l'idylle,\n                  Puisque vous ne m'aimez pas.                      MI.\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "                                — 295 —\n\n                  Le premier amant, je l'envie,\n                  Qui de vos dédains triompha;\n                  Je le tuerai toute ma vie\n                  Dans le fond de moi-même.                         FA.\n\n                  Avec lui vous étiez câline\n                  Sous la pudeur du parasol,\n                  C'était doux comme une praline\n                  De croquer ce poème!                           SOL.\n\n                  Il vous disait des mots sans suite,\n                  Des mots stupides, mais voilà!\n                  Il était moins banal ensuite\n                  Et c'était délicieux'.                            LA.\n\n                  Je vous quitte, bonjour la blonde !\n                  Parfois rappelez-vous que si\n                   Vous le voulez il est au monde\n                  Quelqu'un qui vous désira...                      SI.\n\n                  Qu'il voudrait chanter sur sa flûte,\n                  Avec des accents doux de luth,\n                  Votre corps de superbe brute,\n                  Do, ré, mi, fa, sol, la, si,                  ZUT !\n                                                          SIEBEL.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 295, "page_fin": 298, "titre_corps": "Chronique judiciaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "CHRONIQUE JUDICIAIRE", "ancre_fin": "L affaire viendra le 12 juin", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 330, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 1212, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "CHRONIQUE JUDICIAIRE\n  Nous empruntons à L'ART MODERNE le compte-rendu très excellent\nde notre procès contre la police qui a eu la sotte idée de nous arrêter\npour cause de sifflets : (M. W.)\n\n                    M. COQUELIN SIFFLÉ\n   Le tribunal de simple police a eu le mercredi 24 avril le régal de débats\nn'ayant, avec les préventions habituelles de vagabondage, d'injures, de\nvoies de fait ou violences légères, qu'un rapport extrêmement éloigné. Il\ns'agissait de la poursuite intentée contre quatre jeunes gens pour avoir, au\nthéâtre des Galeries, le 24 avril 1886, sifflé M. Coquelin dans Chamillac.\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "                                   — 296 —\n\n    Les criminels ayant avoué leur forfait, ayant même affirmé que c'était\n avec préméditation et dans la plénitude de leur libre arbitre qu'ils l'avaient\n accompli, ce petit procès se haussait aux proportions d'une question de\n principe. — De là le grand intérêt de curiosité qu'il éveillait.\n    Détail à noter : les quatre prévenus étaient absolument étrangers l'un à\n l'autre. Ils se sont rencontrés pour la première fois dans l'auditoire du tri­\n bunal. L'un d'eux est M. Maurice Warlomont, que son pseudonyme litté­\nraire, Max Waller, a fait connaître de tous ceux qui lisent; les autres sont\n MM. François Van Hoetere, docteur en médecine, Armand Joos, employé,\n et Pierre Lechein, étudiant. A l'audience, que présidait M. Hayois, juge de\n paix suppléant, remplaçant le titulaire effectif, M. Antheunis, ils ont été\nrespectivement défendus par Mes Rodenbach, Brunet, Gilkin et Iresch.\n    Après une très courte instruction, Me Rodenbach a exposé l'affaire avec\n humour et dégagé nettement la question de droit sur laquelle le juge aura\nà statuer.\n    « C'est une question doublement intéressante, a-t-il dit en substance, que\ncelle qui nous amène ici ; intéressante pour le public, qui entend connaître\nquel est son droit dans les salles de spectacle et savoir s'il est livré à l'arbi­\n traire du premier policier venu ; intéressante aussi pour les artistes, car les\nsifflets, comme les applaudissements, sont l'expression publique de la liberté\nlittéraire.\n    « L'incident qui a donné naissance aux poursuites était une manifesta­\n tion artistique, purement artistique, et l'on ne saurait y trouver autre chose.\n Ce n'est certes pas, comme on a essayé de le faire croire, à cause de l'atti­\ntude prise par M, Coquelin à l'égard de M11e Dudlay, que ce comédien a été\nsifflé à Bruxelles.\n    « Pourquoi a-t-on sifflé M. Coquelin? On trouvait que l'acteur se relâ­\nchait, qu'il affichait dans ses excursions périodiques à Bruxelles, la\n « province » pour lui, un orgueil et un cabotinage assez agaçants. On vou­\nlait exprimer son avis. On a sifflé. Comment manifester autrement au\nthéâtre son opinion?\n    « Et remarquez que M. Warlomont a été gentil et délicat. Comme jour­\nnaliste, il a ses entrées au théâtre. Il n'a pas voulu profiter d'une faveur qui\nlui eût enlevé sa liberté d'appréciation. Il a payé son fauteuil, afin de pou­\nvoir user du droit qu'à la porte on achète entrant.\n    « Et qu'on ne parle pas de cabale, d'affaire montée. Grimm répondrait\nque les cabales peuvent s'enrhumer tout exprès la veille d'une représen­\ntation !\n    « Donc, M. Warlomont a sifflé. En quoi ce fait constitue-t-il une infrac­\ntion à la loi? Le sifflet, par lui-même, n'est pas un trouble au spectacle. Il\nne peut constituer un trouble que s'il se prolonge, s'il amène des désordres.\n    « Les applaudissements intempestifs du public troublent, eux, les repré­\nsentations bien plus que ne l'a fait le coup de sifflet du prévenu.\n    « Les concerts de Rubinstein nous en ont fourni un exemple récent. Et\nles applaudissements, on les tolère, on les encourage. Dans les théâtres où\nla claque officielle n'existe pas, on organise une claque officieuse.\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "                                 — 297 —\n\nM. Coquelin, chaque fois qu'il joue à Bruxelles, en a une qui fonctionne à\nmerveille. Elle est composée d'abord des gens qui lui ressemblent. Puis, de\nceux qui l'invitent à dîner. Car il est d'usage, en Belgique, de trouver du\ngénie à tous ceux qu'on traite chez soi.\n    « La vérité est que les sifflets sont aux bravos ce que le revers est à la\nmédaille, ce que la doublure est à l'habit. On pourrait dire aussi que si les\napplaudissements sont, pour la vanité des artistes, le poison, les sifflets\nservent de contre-poison salutaire.\n    « Qu'on ne transforme point, n'est-ce pas, les salles de spectacle en\nsalles de digestion, d'où toute manifestation artistique doive être bannie.\n    « L'art. 22 de l'arrêté communal de la ville de Bruxelles, sur lequel est\nfondée la prévention, est d'ailleurs formel. Ne dit-il pas : « Il est interdit\nd'interpeller ou d'apostropher les acteurs et de troubler l'ordre du spec-\ntacle. »\n    « A ce sujet, laissez-moi vous rappeler un souvenir. A Trianon, la reine\nMarie-Antoinette aimait à jouer elle-même la comédie. Les mémoires\nsecrets rapportent qu'elle joua, un soir, le rôle de Jennie dans le Roi et le\nFermier et que, dissimulé dans une loge, Louis XVI siffla sa royale épouse\nqui chantait faux.\n    « Sans remonter au siècle dernier, qui ne se souvient des représentations\nbruxelloises où les sifflets et les cris interrompirent le spectacle, sans que\njamais la police intervînt?\n    « A la Renaissance, au Casino des Galeries Saint-Hubert, aux Nou­\nveautés, c'était, paraît-il, une habitude. Les directeurs et secrétaires écri­\nvirent maintes fois aux commissariats de police, demandèrent aide et pro­\ntection, mais on respecta le droit du public.\n    « Et l'an dernier, ne vous rappelez-vous pas les sifflets qui, aux Maîtres\nChanteurs, tinrent tête aux applaudissements des partisans de Wagner?\nCe qui est piquant, c'est que ces sifflets partaient invariablement de cette\nmême loge qui donne, en faveur de M. Coquelin, le signal des applaudisse­\nments. C'est, du reste, logique.\n    « Mais pourquoi ces précautions inusitées, ce déploiement d'agents de\npolice? M. Warlomont, dès son entrée au théâtre, a été filé par deux agents.\nEt pourquoi ces poursuites quand il s'agit de M. Coquelin?\n    « Est-ce parce qu'il faillit être décoré? Qu'il faillit être député? Qu'il\ntutoyait, dit-on, Gambetta? qu'on le considère, à chacune de ses excursions\nen Belgique, comme un envoyé extraordinaire?\n    « Serait-ce parce qu'on espérait voir M. Coquelin se constituer partie\ncivile et donner ainsi, gratuitement, le plaisir au public d'un monologue en\njustice?\n    « Si ce n'est pas dans ce but, nous demandons l'application, à tous les\ncas analogues, des mêmes poids et des mêmes mesures. »\n    L'avocat termine en citant les auteurs et la jurisprudence, notamment\n MM. Vivien, Blanc et Dalloz, un arrêt de la Cour de cassation de France\n de 1840, un jugement du tribunal de Rouen de 1841 et un jugement du\n tribunal de Gand, rendu en décembre 1885.\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "                                   — 298 —\n\n    « La Belgique passe, pour être la terre classique des libertés. C'est ainsi\n que s'expriment tous les Prudhommes étrangers. Mais ces libertés, on les\n restreint tous les jours. Et bientôt, si l'on continue, notre pays fera l'effet\n d'un de ces cafés-concerts sur lesquels on lit en lettres de feu : Entrée libre,\n mais où les consommations se paient très cher. »\n    MM. Gilkin, Brunet et Iresch ont pris ensuite la parole et ont ajouté\n quelques considérations à la plaidoirie de M. Rodenbach.\n    M. Iresch a fait remarquer, notamment, que l'arrêté du 23 juillet 1883,\n qui défend de troubler l'ordre et dont on demande l'application, abolit un\n arrêté antérieur, aux termes duquel les marques d'irnprobation ou d'appro­\n bation étaient interdites. « Aujourd'hui, non seulement il n'est pas défendu\nde siffler, dit-il, mais le public a en quelque sorte reçu l'ordre de le faire.\n Le cahier des charges du théâtre de la Monnaie, par exemple, stipule, dans\nson art. 25, que le concessionnaire devra remplacer immédiatement tout\nartiste dont le public n'aura pas été satisfait. En l'absence du vote par boules\nblanches et noires, selon le mode existant encore dans certains théâtres de\nprovince, comment, si ce n'est par des sifflets, le public pourra-t-il s'expri­\nmer au sujet de l'artiste qu'on lui présente? »\n    Le ministère public, M. Cremers, a maintenu néanmoins la prévention.\n   Le jugement a été rendu hier. On le trouvera reproduit in extenso dans\nle Journal des Tribunaux du 15 mai. Il décide d'abord que l'autorité\ncommunale a, nonobstant la disposition constitutionnelle qui consacre la\nliberté d'opinion, le droit de prendre des mesures de police pour empêcher\nque l'ordre soit troublé dans les lieux publics, notamment dans les théâtres.\n   Il décide ensuite que généralement les applaudissements ne troublent pas\nl'ordre, parce qu'on ne les fait entendre le plus souvent qu'à la fin des actes\nou des morceaux et que ceux qui s'y livrent ont intérêt à les cesser pour que\nla représentation puisse continuer.\n   Qu'il en est autrement des sifflets, surtout quand ils sont le résultat d'un\nprojet concerté et qu'ils se font entendre dès que l'acteur entre en scène, et\navant qu'il ait commencé son jeu ; qu'il y a lieu à cet égard de rechercher\nquelle a été l'intention des siffleurs.\n   Ce jugement bizarre contient aussi un éloge du talent de M. Coquelin et\nun examen des décisions antérieures, rendues en sens contraire, comme bien\non pense.\n   Bref, les quatre prévenus sont condamnés à cinq francs d'amende et aux\nfrais.\n   Il est presque inutile d'ajouter qu'il y a appel. L'affaire viendra le 12 juin."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-06-10-n6-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 299, "page_fin": 302, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "MEMENTO\n                                                    le défilé des chars; peut-être eût-il mieux\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 221, 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Rozez, éditeur, publie un album du"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3407, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "Cortège historique des chemins de fer, texte"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3501, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "de M. Edm. Cattier, dessins de M. A. Heins."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3598, "fin_caractere_exclue": 3639, "texte": "L'ouvrage est assurément le précieux sou­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3693, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "venir d'une des plus artistiques cavalcades"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3787, "fin_caractere_exclue": 3827, "texte": "que nous ayons vues. Sans s'attarder aux"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3885, "fin_caractere_exclue": 3926, "texte": "descriptions honnêtes de M. Cattier, dont"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3977, "fin_caractere_exclue": 4019, "texte": "le style a toujours la même modestie et la"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4068, "fin_caractere_exclue": 4107, "texte": "même saveur humble, on feuilletera avec"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4164, "fin_caractere_exclue": 4206, "texte": "plaisir les pages où M. Heins, l'excellent"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4259, "fin_caractere_exclue": 4302, "texte": "dessinateur, a retracé de façon pittoresque"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 257, "fin_caractere_exclue": 299, "texte": "valu ne pas colorier les planches, mais la"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 352, "fin_caractere_exclue": 393, "texte": "couleur en est assez discrète pour ne pas"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 446, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "nuire aux remarquables dessins qu'elle"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 537, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "complète."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 602, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "Souhaitons à l'éditeur, qui livre l'ouvrage"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 698, "fin_caractere_exclue": 738, "texte": "à un prix relativement très mince, bonne"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 791, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "vente et bon succès."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1022, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "La mignonne revue liégeoise : L'Elan"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1159, "texte": "littéraire, change de titre et vogue vers sa"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "troisième année sous le nom de La Wal-"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1311, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "lonie; elle continuera à défendre de façon"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1410, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "hardie et ferme les idées jeunes de son"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1506, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "groupe; inutile de dire que nous sommes"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "avec elle de tout cœur."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "FRANCE"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "Vient de paraître chez l'éditeur Maurice"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1873, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "de Brunhoff un volume de poésies de Jean"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 1966, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "Floux : Les Maîtresses. Malgré certaines"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2059, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "brutalités, l'œuvre est remarquable et saine"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2156, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "dans son ensemble. Tout y est vécu, et"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2247, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "écrit dans une forme irréprochable. Ce"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2338, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "livre, qui se recommande d'abord aux let­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2432, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "trés, ne manquera pas d'attirer l'attention"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2528, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "des bibliophiles qui y trouveront neuf s u ­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2625, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "perbes gravures d'après Olivier Merson,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2717, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "Jean Béraud, Benj. Constant, Léon Glaize,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2811, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "Giacomelli, Maxime Faivre, Fanny Fleury,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 2904, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "Vignal et Yamamoto."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3036, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "***"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3095, "fin_caractere_exclue": 3136, "texte": "Les Malingreux,      contes et nouvelles,"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3189, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "par Charles Richard (M. de Brunhoff, édi­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3255, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "***                         teur, 16, rue des Vosges, Paris)."}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3372, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "Aux conceptions chimériques et aux"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3459, "fin_caractere_exclue": 3500, "texte": "aventures romanesques, on préfère aujour­"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3553, "fin_caractere_exclue": 3597, "texte": "d'hui la description des poignantes réalités"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3692, "texte": "de l'existence. Dans cette étude, certains"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3745, "fin_caractere_exclue": 3786, "texte": "écrivains modernes ont puisé le mépris de"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3839, "fin_caractere_exclue": 3884, "texte": "l'humanité, l'horreur de la vie et la soif du"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 3937, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "néant. D'autres, moins pessimistes, ont"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4029, "fin_caractere_exclue": 4067, "texte": "senti germer dans leur cœur une grande"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4120, "fin_caractere_exclue": 4163, "texte": "pitié, un grand amour pour les faibles, les"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4216, "fin_caractere_exclue": 4258, "texte": "souffrants et tous les chétifs C'est parmi"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 4311, "fin_caractere_exclue": 4356, "texte": "ceux-là qu'il faut ranger l'auteur des Malin-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "greux. M. Charles Richard a cherché les"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "secrets de la vie des humbles. Et il nous"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 242, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "montre tous les déshérités recommençant"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "incessamment leur tâche, dénués, gueux,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 429, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "disgraciés, mais non découragés."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 528, "fin_caractere_exclue": 564, "texte": "Partout dans ce livre ému et chaste,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 622, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "l'ombre des tristesses humaines flotte im­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "palpable, mais partout aussi, comme une"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 811, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "voix de'femme entendue au loin, dans la"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 907, "fin_caractere_exclue": 951, "texte": "mélancolie du soir, la tendresse et la pitié"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "semblent bercer l'humanité tout entière."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1088, "fin_caractere_exclue": 1134, "texte": "Le style de cet ouvrage est celui d'un artiste"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "sincère et soucieux de charmer le lecteur"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "par l'harmonie des idées et des mots. On"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "connaît d'ailleurs l'exquise sensibilité et la"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1462, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "touchante manière de l'auteur des Poèmes"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1546, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "japonais et de Poulot et Boulenzinc, qui"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "obtint un vif succès, l'an dernier, dans les"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1739, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "Contes du « Figaro »."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2030, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "Farniente, par Jean Berge. Un vol."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2162, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "Paris, Dentu."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2274, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "D'agréables vers dont on lit dix pages"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2401, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "avec plaisir. M. Berge ne manque pas"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2530, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "d'inspiration et redit avec grâce tout ce que"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2622, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "tous les poètes ont dit et diront. Son livre"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2716, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "compte près de 300 pages, ce qui prouve un"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2810, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "effort louable chez un jeune qui ne pourra"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2901, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "manquer d'arriver dans l'une ou l'autre"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2997, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "profession sociale."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3111, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "***"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3195, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "L'Eve future."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3313, "texte": "Sous ce titre bizarre, et une couverture"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3365, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "qui ne l'est pas moins, M. Villiers de l'Isle-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3457, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "Adam vient de publier, chez Brünhoff, une"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3549, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "nouvelle aussi intéressante que longue ; elle"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3645, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "serait parfaite, condensée en 100 pages ; elle"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3738, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "en a 375 ! Et cependant, on peut faire le tour"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3830, "fin_caractere_exclue": 3853, "texte": "des idées en 80 pages !"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3927, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "L'Eve future n'est pas un roman ; il n'y"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4018, "fin_caractere_exclue": 4060, "texte": "a dans ce livre ni étude de caractères, ni"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4109, "fin_caractere_exclue": 4151, "texte": "développement logique d'une action. C'est,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4195, "fin_caractere_exclue": 4233, "texte": "comme mainte œuvre du même auteur, une"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4283, "fin_caractere_exclue": 4325, "texte": "satire à froid des enthousiasmes qu'éprou­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4411, "texte": "vent les amateurs de mécaniques pour ce"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4468, "fin_caractere_exclue": 4510, "texte": "siècle inventeur de locomotives, de machi­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4560, "fin_caractere_exclue": 4590, "texte": "nes à coudre et de téléphones."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4655, "fin_caractere_exclue": 4689, "texte": "M. Edison — un Edison de légende —"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4745, "fin_caractere_exclue": 4787, "texte": "l'inventeur de l'impossible, rêve, un soir"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "d'été, dans son laboratoire de Menlo-Park,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "au milieu de ses mille et un appareils élec­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 292, "fin_caractere_exclue": 336, "texte": "triques ; il regrette de n'avoir pu clicher,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 388, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "sur des plaques phonographiques, le son"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 479, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "des trompettes de Jéricho, le cri du taureau"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 620, "texte": "de Phalaris, le rire des augures, le chant de"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 672, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "Memnon à l'aurore... Qu'ai-je à phonogra-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 765, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "phier, aujourd'hui, sur la terre? gémissait-"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 861, "fin_caractere_exclue": 905, "texte": "il sarcastiquement : on pourrait, en vérité,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 956, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "croire que le destin n'a permis à mon ins­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "trument d'apparaître qu'au moment où"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1137, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "rien de ce que dit l'homme ne semble plus"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "guère valoir la peine d'être conservé..."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1324, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "Et il continue de décocher à la civilisation"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1419, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "des railleries dans le goût des ironiques"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "discours de la Momie d'Edgar Poë :"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "... Après cela, peut-être, mon instrument"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "a-t-il été inventé, dédaigné et oublié. Voici"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1788, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "neuf cents ans, paraît-il, que mon téléphone"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1883, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "a été mis au rebut par la vieille Chine, cette"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 1980, "fin_caractere_exclue": 2026, "texte": "patrie archi-séculaire et ressassée des aéros­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2115, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "tats, de l'imprimerie, de l'électricité, de la"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2227, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "poudre, etc., et de tant de choses que nous"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2363, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "n'avons pas encore découvertes. — Qui"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2488, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "ne sait que l'on a constaté, dans Karnac,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2580, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "des traces de rails datant de trois mille"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2672, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "années, du temps où les peuples ne vivaient"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2766, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "que d'invasions? — Heureusement q u ' a u ­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2860, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "jourd'hui les inventions de l'homme pré­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 2951, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "sentent des garanties de durée «définitive »."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3047, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "Certes, on disait également cela du temps"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3139, "fin_caractere_exclue": 3177, "texte": "de Nabonassar, du temps même du prince"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3228, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "touranien Xixouthros, e'est-à-dire voici"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3319, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "environ sept ou huit mille ans, sauf erreur;"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3414, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "— mais il faut admettre de toute nécessité"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3507, "fin_caractere_exclue": 3548, "texte": "qu'aujourd'hui ce sera « sérieux ». Pour­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3599, "fin_caractere_exclue": 3644, "texte": "quoi? Je n'en sais rien. L'essentiel est d'en"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3695, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "être bien persuadé, voilà tout. Sans quoi,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3829, "texte": "tout le monde, une fois fortune faite, se"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3880, "fin_caractere_exclue": 3923, "texte": "croiserait les bras. — Moi tout le premier."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 3977, "fin_caractere_exclue": 4017, "texte": "Au milieu de ces songeries sarcastiques."}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4068, "fin_caractere_exclue": 4108, "texte": "survient lord Ewald, un jeune homme beau"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4159, "fin_caractere_exclue": 4194, "texte": "comme Antinoüs et riche comme M. de"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4245, "fin_caractere_exclue": 4282, "texte": "Rothschild. Lord Ewald est éperdument"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4333, "fin_caractere_exclue": 4371, "texte": "amoureux d'une demoiselle de la rampe,"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4422, "fin_caractere_exclue": 4467, "texte": "miss Alicia Clary ; seulement, si miss Alicia"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4518, "fin_caractere_exclue": 4559, "texte": "est d'une esthétique irréprochable, cette"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4610, "fin_caractere_exclue": 4651, "texte": "jeune personne possède une âme de qualité"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4702, "fin_caractere_exclue": 4744, "texte": "inférieure, plus basse que la voix de Las­"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 4795, "fin_caractere_exclue": 4834, "texte": "salle. Lord Ewald souhaiterait vivement"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "ôter cette âme de ce corps ; faute d'y parve­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "nir, il est résolu à quitter la vie. Par bon­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 273, "texte": "heur, Edison promet d'opérer le miracle."}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "Va-t-il reforger la cervelle de Miss Alicia?"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "Nenni. 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(On voit bien qu'il s'agit d'une"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1354, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "femme artificielle !)"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1451, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "La fabrication de Miss Hadaly — c'est le"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1545, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "nom de l'andréide — formée à l'image et à"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1641, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "la ressemblance de Miss Alicia, occupe d'in­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1734, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "terminables chapitres bourrés de fumiste­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1829, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "ries scientifiques. Enfin, le chef-d'œuvre est"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1917, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "achevé. Lord Ewald arrive, au soir fixé,"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "dans les jardins de Menlo-Park, où il doit"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "prendre livraison de sa bien-aimée, édition"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "revue et corrigée Dans une allée, il ren­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2282, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "contre l'authentique Miss Alicia, qui a posé"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "en qualité de modèle pour la confection de"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2468, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "son double. 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Mais les phonographes d'or"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3634, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "émettent harmonieusement d'ensorcelantes"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3730, "fin_caractere_exclue": 3739, "texte": "paroles :"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3825, "fin_caractere_exclue": 3865, "texte": "« Hadaly se leva, puis, après un profond"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3899, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "soupir, marcha vers un arbre, et, levant la"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3993, "fin_caractere_exclue": 4036, "texte": "main contre l'écorce, s'y appuya, regardant"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4087, "fin_caractere_exclue": 4116, "texte": "le parc illuminé par la lune."}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4183, "fin_caractere_exclue": 4226, "texte": "« Le pâle visage de l'incantatrice resplen­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4271, "fin_caractere_exclue": 4280, "texte": "dissait :"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4363, "fin_caractere_exclue": 4401, "texte": "« — Nuit, dit-elle avec une simplicité"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4450, "fin_caractere_exclue": 4497, "texte": "d'accent presque familière, c'est moi, la fille"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4546, "fin_caractere_exclue": 4589, "texte": "auguste des vivants, la fleur de Science et"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "de Génie résultée d'une souffrance de six"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "mille années. Reconnaissez dans mes yeux"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "voilés votre insensible lumière, étoiles qui"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "périrez demain ; — et vous, âmes des vier­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 515, "texte": "ges mortes avant le baiser nuptial, vous qui"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 566, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "flottez, interdites, autour de ma présence,"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "rassurez-vous! Je suis l'être obscur dont la"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 755, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "disparition ne vaut pas un souvenir de"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 844, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "deuil. Mon sein infortuné n'est même pas"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 935, "fin_caractere_exclue": 976, "texte": "digne d'être appelé stérile... O parc en­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1027, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "chanté ! grands arbres qui sacrez mon hum­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 1165, "texte": "ble front des reflets de vos ombrages! 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O h ! respirer, seulement une fois,"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2239, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "pendant leur sommeil, ces jeunes roses si"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2331, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "belles! Sentir seulement passer ce vent de"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2424, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "la nuit dans mes cheveux!... 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Mais, surpris par une tempête,"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3328, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "l'andréide et son fiancé périssent dans les"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3422, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "flots de l'Atlantique."}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3498, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "Telle est l'odyssée du premier exemplaire"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3590, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "de I'EVE FUTURE : car, selon l'Edison de ce"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3684, "fin_caractere_exclue": 3729, "texte": "conte mystificateur, l'avenir n'admettra plus"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3780, "fin_caractere_exclue": 3822, "texte": "que des femmes électriques construites sur"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3873, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "le patron de miss Hadaly."}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 3952, "fin_caractere_exclue": 3992, "texte": "Nous espérons que M. Villiers de l'Isle-"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4043, "fin_caractere_exclue": 4086, "texte": "Adam n'écrira pas trop de livres sur le pa­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4137, "fin_caractere_exclue": 4179, "texte": "tron de l'Eve future. Cet ouvrage où bril­"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4230, "fin_caractere_exclue": 4270, "texte": "lent ses éblouissantes beautés est d'une"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4321, "fin_caractere_exclue": 4360, "texte": "longueur inacceptable; maints chapitres"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 4411, "fin_caractere_exclue": 4449, "texte": "manquent absolument d'intérêt. 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Mais voilà : était-il possible de"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "mettre en scène une nouvelle Eve, même"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "artificielle, sans bavardage?"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 605, "fin_caractere_exclue": 607, "texte": "**"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 679, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "On annonce l'apparition prochaine des"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 811, "fin_caractere_exclue": 857, "texte": "Récréations littéraires, paraissant le 1 e r ,"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "le 10 et le 20 de chaque mois, en huit"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1082, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "pages in-4°. Cinq centimes le numéro."}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1215, "fin_caractere_exclue": 1240, "texte": "Bureaux, rue du Midi, go."}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1357, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "***"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1525, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "Nous découpons dans la Basoche l'excel­"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1663, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "lent morceau suivant :"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "LA LUNE ASSASSINE"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1858, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "Les roseaux disaient leurs plaintes aux"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 1932, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "arbres :"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2030, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "« Cette nuit, la lune blanchit les eaux"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2122, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "passives d'une blancheur auguralement"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2185, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "funèbre. 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Il laissera ses mains et ses os à nos"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2689, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "piquants ! »"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2756, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "« Hélas ! je ne pourrais, soupira le vent. »"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "Et s'adressant à l'homme :"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 2933, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "« Pourquoi ne cries-tu pas à tes frères dé"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3073, "texte": "te secourir? II y a non loin d'ici une maison."}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3125, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "Je pousserai ton cri d'alarme jusque-là. »"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3222, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "L'homme, à la pensée d'implorer le se­"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3311, "fin_caractere_exclue": 3350, "texte": "cours des hommes, serra les lèvres hau-"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3401, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "tainement. Et regardant avec douceur les"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3492, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "roseaux, le vent et les arbres, il eut honte"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3587, "fin_caractere_exclue": 3632, "texte": "de sa peur involontaire de la mort et s'éten­"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3683, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "dit sous l'eau froide sans trembler."}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3774, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "Le vent hurla de rage contre la lune :"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3863, "fin_caractere_exclue": 3878, "texte": "« assassine ! »"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 3932, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "« N'accusez pas » dit une voix s'élevant"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 4023, "fin_caractere_exclue": 4065, "texte": "de l'étang. 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Prix en souscription, 4 francs.\n   Il sera tiré quelques exemplaires sur grand papier de Hollande, qui ne\nseront pas mis dans le commerce. Le prix en est provisoirement fixé\" à\n5 francs pour ceux qui enverront, avant le i cr juillet, leur souscription à\nl'imprimeur : Veuve Monnom, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.-\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris ; publie ZO-'HAR, par CATULLE MENDÈS. Un\n  numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n\nVient de paraître: LES MILICES DE SAINT FRANÇOIS, par\n  GEORGES EEKHOUD.               Prix : 5 francs.\n\n\n\n    La Jeune Belgique recommande à ses lecteurs\nle nouvel atelier de photographie EMERA\n         Montagne de la Ccur,\n             le plus artistique\n                     de-\n                 Bruxelles.\n\n                                                                    Photographies\n                                                                 d'artistes en vogue.\n\n                                            Les costumes du cortège historique\n                                                    des chemins de fer.\n\n\n\nVient de paraître chez Alphonse Lcmerre, à Paris : LA JEUNESSE\n  BLANCHE, par GEORGES RODENBACH. Prix : 3 francs.\n\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 300, "texte": "6e ANNÉE.        TOME V, N° 6.          PRIX : 60 CENT. ÉTRANGER : 75 CENT.                    10 JUIN 1886.\n\n\n\n\n                                               LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                      Nous leur ferions danser une telle gavotte,\n                                                      Avec des violons si bienfaits tout exprès,\n                                                      Qu'ils eu seraient encor pâles dix ans après.\n                                                                            VICTOR H U G O .\n\n\n\n\n                                     SOMMAIRE:\n    Georges Eekhoud                                           GEORGES KAISER.\n    Calderon                                                  EMILE VAN ARENBERGH.\n    Impressions cruelles                                      GEORGES EEKHOUD.\n    Airs de                          flûte                    SIEBEL.\n    Chronique judiciaire.        .      . .\n    Memento\n\n\n\n\n                                        BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                    RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                          80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                              PA   RIS\n                         A L P H O N S E LEM E R R E, É D I T E U R\n                                27-31, PASSAGE CHOISEUI„ 27-31.\n                                               l886\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                             BOITE AUX LETTRES\n   114. Enigme pour exterminer le Weau :\n               Mon premier est en train de se détériorer.\n               Mon second est un macaque batailleur,\n               Mon troisième vaut un Napoléon.\n                Mon tout est...\n                Mon premier est Vo, parce que Vossegat.\n               Mon second est Ver, parce que      Vercingétorix.\n                Mon troisième est Mans, parce que Louis Hymans.' ! !\n                Mon tout est apte aux clystères pédestres.\n   115. HENRY M., à Rochefort. Nous croyons, cher confrère, avoir dit assjz souvent\nque, en dehors de nos correspondants réguliers, la collaboration française n'est pour nous\nqu'un superflu. Vos vers sont très bons, mais, dans notre petit pays, on en fait de très\nbons aussi, ne vous en déplaise. Quant à vous servir gratuitement la revue, c'est affaire à\nl'administration qui s'y oppose carrément et se base, dans son refus, sur ce fait qu'elle\nn'a aucune raison pour vous faire ce cadeau relativement coûteux. Croyez à tous nos\nregrets et à notre confraternité littéraire.                                       -\n   116. A. M. Taratata ! Triple charabita ! Vous foutata de nostra. Zuta. Infecta ! Impossi-\nbilita radicalita. Volapükta fouchtra.\n   117. RAOUL R. Patience et merci\n   118 PIERRE D'OTR. Alph. Allais continue à ne pas demander de droits d'auteur. Nos\ncouvertures n'ont plus aucune raison pour se gêner :\n\n                                        SUR LE VIF\n   Le Rajah est morne.\n   Le Rajah bâille longuement et s'étire les bras, longuement.\n   Plus rien ne lui plaît, maintenant.\n   Dans la cour du palais, depuis le matin, son escorte, ses éléphants l'attendent pour\naller chasser le jaguar.\n   Faites rentrer les éléphants à l'écurie, le Rajah ne veut pas sortir, aujourd'hui.\n   Le Rajah n'a que trente ans et déjà le spleen, le spleen noir l'envahit, l'étreint et le tue.\n   Sa sensualité blasée n'a plus que de rares réveils, mais dans ces moments-là, le Rajah\nest plus terrible que tous les fauves de ses jungles.\n   Les serviteurs sont dans la désolation. Jamais le Rajah ne fut si triste qu'aujourd'hui.\n   Voilà les bayadères.\n   Elles dansent leur plus lascif répertoire.\n   Non, allez-vous-en, les bayadères, vous ennuyez le Rajah avec votre musique.\n   Et les bayadères s'en vont, toutes tristes.\n   Une à une, elles défilent devant le Rajah.\n   Tiens ! parmi elles, une toute jeune, que le Rajah ne connaît pas encore !\n   Restez ici, vous, la petite bayadère, et dansez!\n   Et la voilà qui danse.\n   Les yeux du Rajah se rallument.\n   Le Rajah se redresse sur les coussins et regarde, émerveillé.\n   Jamais, jamais le Rajah n'a vu si jolie bayadère, ni si gracieuse.\n   Ses bras, ronds et potelés, moitié baby moitié jeune fille, sont de bronze clair, mais un\nbronze clair qui serait du satin.\n   Et elle danse toujours.\n   Sans s'arrêter, avec des mouvements qui sont dans le rythme de la musique, elle jette\nautour d'elle ses vêtements, un à un.\n   Mais si lentement, que le Rajah s'impatiente.\n   A chaque pièce du costume qui tombe, le Rajah crie, d'une voix rauque : Encore !\n   El la petite bayadère obéit.\n   Et puis, maintenant, la voilà toute nue.\n   Son jeune corps frais est un ravissement,\n   Le Rajah s'est dressé debout, comme fou, et il a crié ; Encore !\n   La pauvre petite bayadère, terrifiée, cherche instinctivement avec ses mains si elle n'a\npas publié quelque étoffe, autour de son corps.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "               GEORGES EEKHOUD\n\n\n\n                                         Dans ses Notes sur la littérature\n                                       moderne, Francis Nautet dit quelque\n                                    part, à la suite de ses Lettres an roi sur\n                                    les Jeunes-Belgique. « Je pourrais citer\n                                encore Georges Kaiser dont on connaît une\n                               étude longuement pensée mais peu écrite sur\n                            Georges Eekhoud ».\n                          La perspicacité du critique, cetteperspicacité péné­\n                trante qui va parfois chez Nautet jusqu'à la divination des\n                choses, apparaît stupéfiante. Un an avant qu'elle fût enta­\n                mée, il a prévu cette étude et l'a définie telle qu'elle se pré­\n                sente aujourd'hui. Longuement pensée, oh oui ! et peu\n                écrite, oh oui! bien plus! J'ai trop longtemps abandonné\n                la phrase écrite et elle me le rend, la rancuneuse forme !\n                   Il y a généralement, et le fait est spécialement vrai dans\n                le cas qui m'occupe, un rapport si évident, si étroit entre\n                les œuvres et l'ouvrier, que je me reprocherais de parler des\n                livres de Georges Eekhoud sans parler un peu de l'écrivain.\n                Je le rencontrai pour la première fois au printemps de\nl'année 1882. C'était à une de ces réunions d'amis, bruyamment joyeuses,\ncomme nous en avions souvent avant que Verhaeren, qui jouait alors les\nhéros de ses Flamandes, n'eût gagné à ce jeu une bonne gastrite qui le rangea\npour longtemps. On me l'avait dépeint comme une façon d'ours d'un abord\n                                                                       16\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                  — 268 —\n\norageux, et j'avoue que l'aspect de sa tête ainsi que la façon dont il accueillit\nla présentation, ne me rassurèrent que médiocrement. Je m'enhardis cepen­\ndant peu à peu ; je devrais dire « lambic à lambic » ce qui n'était pas la\nmême chose, et je risquai je ne sais plus trop quel exercice d'équilibre au\nmoyen d'un verre plein posé sur la tête. L'exercice tourna à ma confusion,\net Eekhoud, que je regardais du coin de l'œil, prit si formidablement part à\nl'hilarité générale que je perdis toute crainte. De ce jour nous liâmes une\namitié solidement cimentée peu de temps après cette première entrevue.\nC'était un bon ours.\n   Un premier trait saillant du caractère de Georges Eekhoud, c'est l'orgueil.\nIl n'a pas la sotte vertu qu'on appelle modestie, cette bêtise des faibles et\ncette hypocrisie des forts. Il a pleinement, largement, en homme qui se\nvoit aussi bien qu'il voit les autres, la conscience de sa valeur et il le fait\nbien voir. Au physique : un port de coq, une petite tête impérieuse et san­\n guine qu'il porte très haut, une marche alerte et décidée, des yeux bleus\ntrès clairs, un regard pénétrant qui vous troue comme une vrille et qui\nvous déconcerte les jours où l'homme est d'humeur rogue.\n    Il n'a pas pris la peine de se faire un caractère d'homme du monde à\nl'usage des bons garçons, ou du moins l'effort à fournir pour rester amène\nà contre-cœur, est-il si grand qu'il ne le fournit que dans des occasions\nspécialement importantes. Le plus souvent devant les importuns il laisse\nagir son tempérament et il sait être désagréable, admirablement. Mais\nqu'un visage ami apparaisse, qu'une idée drôle ou intéressante lui vienne\net fasse rire la tablée, aussitôt l'expression du visage change, s'adoucit et,\nsans transition apparente Eekhoud devient le plus séduisant des charmeurs.\n Un mot vrai, une louange sincère faite par quelqu'un qu'il estime produira\nle même phénomène, car, autant il abhorre l'éloge banal fait par un monsieur\nquelconque, autant il est sensible à l'éloge d'un artiste. Les niais qui le\nregardent relèvent un mot, une attitude et prononcent : vanité insuppor­\ntable. Ils sont bien payés pour cela.\n    Un autre trait caractéristique est la patience, la persévérance courageuse,\nla force de réaction dont il a si souvent fait preuve dans une existence\ncourte encore et déjà remplie d'événements. Il n'est ni exclusiviste ni brail­\nlard. Il ne s'égare pas à crier aux gens ce qu'il veut faire, il le fait. Il\n n'enfonce pas les portes, il les ouvre patiemment, sûrement. On dresse un\nobstacle, on hasarde une objection : il sourit et son sourire semble donner\nraison à l'objectant ; mais il n'écoute que d'une oreille et il sourit au but\nqu'il voit derrière l'obstacle et vers lequel il marche imperturbablement,\n sans un écart, sans une seule concession réelle. Voyez ses livres, il n'y en a\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                  — 269 —\n\npas d'un art plus pur, d'une plus hautaine intransigeance. Il est patient\ncomme un fort, et, pourquoi ne le dirais-je pas, patient comme un paysan.\nEekhoud est un paysan. Il en a le sang chaud qui bat violemment les\ntempes; il en a parfois les brutalités, les vantardises, les prudences calcu­\nlées et les générosités excessives. Tout cela transposé par l'extrême compré­\nhension, l'ultra sensibilité des nerfs, la forte éducation du cerveau, mais se\nmontrant sans qu'il cherche à en rien cacher. Il ne s'est point châtré mora­\nlement ; il a conservé toutes ses qualités viriles et leurs tares inhérentes.\nIl en est peut-être qui l'aiment malgré cela. Je l'aime surtout pour cela.\nC'est un homme? et je serais bien embarrassé d'en citer dix.\n   Georges Eekhoud débuta par trois volumes de vers : Myrtes et Cyprès ;\nZig-Zags poétiques; les Pittoresques. Ces vers vont de 1865 (l'auteur\navait onze ans; à 1879. Je n'attacherai pas à ces volumes plus d'importance\nque l'auteur lui-même n'y attache. La plupart des pièces sont d'un senti­\nmentalisme souffrant, avec de fortes et généreuses aspirations mêlées à de\nbanales sensibleries. Les meilleures sont faites à l'inspiration d'Alfred de\nMusset. C'est son rythme; ce sont ses sujets, ses procédés surtout, ses\nlongues comparaisons digressives ; c'est même parfois son éloquence, mais\nce n'est ni son esprit, ni son élégance. Les analogues interpellations au\nlecteur, les traits sont d'un esprit flamand en français : trois termes qui\ns'excluent. Ce n'est pas surtout le vers facile de l'auteur de Namouna. Le\nsentiment est vrai, l'expression est fausse. Le poète est désespéré et le\ndéclare avec érudition. On constate une recherche de la rime rare :\n                       La rampe en bois de sycomore\n                       Sous les plis du vélarium\n                       Protège la longue rémore\n                       Qui s'empare de Vatrium.\n                                                 Sieste romaine.    Zig-Zags.\n\n                       Etendu sur le dolmen\n                       Pour Teutates les eubages\n                       L'avaient oint des saints herbages\n                       De verveine et de lichen.\n                                                       Le dolmen.   Zig-Zags.\n\n   Dans Tanchelin il y a d'adorables naïvetés. L'ensemble a une délicieuse\nfraîcheur de légende. Dans d'autres poèmes on remarque quelques effets\ndramatiques d'une belle sobriété. Sa passion pour le peuple perce déjà çà\net là :\n             Cette étiquette ainsi qu'un coucou régulière\n             Ces Don Juan roués, ces prudes La Vallière\n             Ne m'intéressent plus.,.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                  — 270 —\n\n\n\n             L'amoureux me semblait un aide batelier\n             Jeune, blond et trapu, sanguin, large d'épaules\n             Gaillard comme il n'en croît pas entre les deux pôles.\n             Ses membres musculeux aux moindres mouvements\n             Menaçaient de crever ses rudes vêtements.\n             Malgré le temps humide il retroussait ses manches\n             Il avait ce pas lourd, ce bercement des hanches\n             Que gagnent les marins à cause du roulis.\n  C'est, allongée par les nécessités du vers, moins nerveuse, mais déjà\nindiquée, l'esquisse des superbes portraits de rustres qui abondent dans ses\nromans. En dehors de ces trois volumes, le poète a publié dans notre Revue\nune pièce le Semeur, trop souvent citée pour que j'en parle longuement.\nCela est du bon Eekhoud d'aujourd'hui et cela promet, pour le jour où il\nvoudre reprendre le vers un peu délaissé, une superbe transcription des\npoèmes du Polder qu'il nous a donnés dans ses trois derniers volumes.\n                                       *\n\n   Dès Kees Doorik, Georges Eekhoud est en possession de toutes ses\nqualités. Il est dans la voie qu'il a suivie jusqu'à présent. Dans les Ker-\nmesses, il montrera sous des aspects plus variés, son merveilleux talent\ndescriptif. Dans les Milices de Saint-François, il étudiera plus spécialement\nle côté religieux du caractère des polderiens et creusera l'étrange nature de\nClara Mortsel, mais tout cela est bien du même homme et de la même\népoque. Les qualités de maître peintre et de subtil analyste, que nous\nrencontrerons de plus près tout à l'heure, y sont, non plus en germe comme\nparfois dans ses vers, mais en plein développement. L'artiste tient son\nsujet ; il a son outil !\n   Au temps de l'apparition de Kees Doorik, la Jeune Belgique l'a analysé.\nJe signalerai pourtant une réédition de ce roman qui, mal lancé, passa\ninaperçu. L'auteur a légèrement remanié sa forme et introduit dans son\naction un nouveau personnage, épisodique mais intéressant. On se rappelle\nla trame primitive : Kees Doorik, valet de confiance chez Annemie, baezin\nde la Ferme Blanche, s'éprend de la fermière. Celle-ci ne rend point à son\nserviteur l'amour qu'il a pour elle. Tout au plus, les sens de la veuve plaident-\nils en faveur de Kees. Wannes Andries, frère d'Annemie, qui voudrait voir\nrevenir dans sa famille la fortune de la veuve, empêche le mariage. De\nconcert avec son fils Janneke, un hideux petit bonhomme, entre parenthèse,\net d'une malice assez inadmissible, il circonvient la fermière : « Kees est\npauvre, il n'a pas de nom, on rira d'elle. » Le valet renvoyé est remplacé\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                   — 271 —\n\n par Jurgen Faas, un gros réjoui, riche terrien, qui a séduit Annemie. Un\n  enfant va naître. Le mariage, excellent d'ailleurs à tous points de vue pour\n les deux intéressés, est décidé. Le peu intéressant Andries s'en chagrine et,\n fourbe jusqu'au crime, attise les désirs de vengeance déjà flambants dans\n l'âme de Kees Doorik. Ce dernier tue Jurgen Faas et Annemie reste veuve\n et seule, car l'annonce du meurtre a tué l'enfant dans le sein de la mère.\n    Bella Sap, le nouvel acteur du drame, est une rieuse boulotte de vingt\n ans, ronde et franche fille, cachant sous des dehors envolés et turbulents\n le sens droit et pratique, la vaillance et l'économie des bonnes fermières.\n Elle distingue Kees Doorik, résiste un moment, reconnaît qu'elle peut\n s'établir sans faire tort à la maison de son père, suppute ce que l'aide du\njeune homme donnera de plus-value à la ferme, puis, en fille raisonnable\nqui n'entend pas perdre ses forces dans des combats sans résultats, elle\npermet à cette tendresse de prendre place dans son cœur. Elle s'illusionne\nd'abord sur les sentiments de Kees et quand ce dernier, chassé de la Ferme\nBlanche lui avoue son amour pour Annemie, la grosse réjouie est frappée\nau cœur : « Vous, Kees, vous aimez Annemie Andries !... Voilà du neuf!...\nAh, c'est bien drôle ! ajoute-t-elle en riant aux éclats.\n    « Elle dut même s'essuyer les yeux à son tablier, tant elle riait. Vrai, la\ngrosse réjouie n'avait jamais ri comme ça de sa vie. Enfin, lorsque plus\ntard, le jour du meurtre, tout espoir fut perdu, elle n'insista plus, dévora\nson chagrin, et sortit en embrassant l'assemblée dans un dernier et sonore\nbonsoir, finissant par un éclat de rire et à la gaîté duquel tous se laissèrent\nprendre. Au dehors, elle devint grave, ne desserra plus les dents jusqu'à\nl'Etrille, et là, sur le seuil de la porte, comme Chiel pressait sa main et lui\nposait de nouveau la question sacramentelle :\n    « Eh bien, oui, dit-elle, après un soupir; j'accepte, parlez à mon père...\nJe serai votre baezin... mieux vaut en finir comme cela... Encore un peu, je\ndevenais folle aussi. »\n    Cette conclusion un peu décevante et cruelle est bien juste. Elles sont\ntoutes essentiellement raisonnables, les fermières d'Eekhoud, leur amour ne\nva point jusqu'à la folie. Quand Annemie se sent un instant entraînée vers\nKees, l'intérêt s'accuse dans cet entraînement : « Lasse, énervée elle se laissait\naller à la contemplation de cette activité corporelle d'un gars dévoué et bien\nfait. Et l'idée que cette fière pâte de mâle ramait pour elle, au profit de la\nFerme Blanche, achevait de l'attendrir ».\n    Les Kermesses, dont je voudrais pouvoir parler longuement, ont été, elles\naussi, analysées à cette place. Les quelques remarques que je tiens à noter\ntrouveront leur cadre, quand à la fin de cette étude, j'essayerai d'indiquer\nles divers côtés du talent de Georges Eekhoud.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                 — 272 —\n\n\n\n\n   Lorsqu'on a terminé une première lecture des Milices de Saint-François,\nune question se pose. Le titre donné au livre est-il bien celui qui convenait,\net le simple nom de Clara Mortsel, n'eût-il pas été plus logique? Mon Dieu !\nje sais bien que cela n'a guère d'importance au fond.\n   Faites sur le sujet des Templiers un livre superbe et appelez-le Frédéric II\nsi bon vous semble, cela n'empêchera point que vous ayez fait un livre\nsuperbe ; mais, c'est cependant une coutume littéraire de choisir pour la\ncouverture de son ouvrage une enseigne qui réponde à son contenu. Or,\nClara Mortsel emplit le livre d'un bout à l'autre. Elle est partout, souvent\nen personne, toujours à l'état latent. Les autres personnages, j'excepte\nSussel Waarloos qui apparaît assez tard, sont des comparses sans impor­\ntance et la création des milices de saint François n'a dans l'œuvre que la\nvaleur d'un épisode.\n   Si pourtant l'on veut bien y regarder de plus près ; si l'on veut surtout\n considérer la manière générale d'Eekhoud, l'opinion change. Le but premier\n de l'auteur est de peindre le terroir flamand : la Campine, le Polder surtout.\n L'action, « l'histoire », n'est que l'accessoire. Cette préoccupation de\n peindre surtout le décor, se remarque au choix des sous titres de Kees\nDoorik. Ils sont plus descriptifs que psychiques. Là encore, le drame,\nsi poignant soit-il, n'est que secondaire. Je vois surtout la Ferme\n Blanche et les travaux des champs ; la kermesse de Putte et les franches\nripailles; les Gansrijders, leur chevauchée par le pays flamand, leur\nrude ballade et le lamentable supplice de l'oie, — Georges Eekhoud, qui\nnous avait montré les paysans mangeant, buvant, travaillant, s'aimant\ndans tous les coins, nous montre, dans les Milices de Saint-François, un\ncôté nouveau de leur intellect, ou plutôt accuse un trait qu'il n'avait encore\nindiqué que d'une façon générale : le fanatisme patrial et religieux. Il nous\nfait voir dans le Campinois une foi robuste, non certes une foi philoso­\nphique, mais une solide foi instinctive dans laquelle le raisonnement n'in­\ntervient que pour les engager à suivre leur curé qui lui, a fait des études ;\nqu'ils savent bon et dévoué à leur cause et qu'ils rencontrent partout où il y\na une misère à soulager, un malade à consoler. Cette foi n'est pourtant pas\nla poussée en avant des brutes avachies, ce n'est point la foi passive que\ncertains dépeignent. Le village n'est pas le troupeau d'animaux bien pen­\nsants dont on se gausse dans les gazettes. Georges Eekhoud les a mieux vus,\nces crânes terriens. Regardez-les pendant le discours du curé (une merveille\nde divination et d'habileté, si ce n'en est une d'observation), voyez l'organi-\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                   — 273 —\n\n sation des milices, la préparation de l'attaque nocturne en représailles du\n geut-apens arrangé par ceux de la ville, leur exaspération quand ils\n se rappellent leur humiliante débandade, leur fureur devant cette bravade\n d'une conférence athée en plein sol de croyants Ecoutez les remarques de\n ces simples, au meeting. Ecoutez aussi la vieille Kathelyne, interrompant\n son fils qui prend Dieu à témoin qu'il dévidera comme une fourche stupide\n les entrailles intelligentes des signors: \" Chut, Sussel ne mêlez pas la Divinité\n à des engagements de haine \". Voyez surtout l'admirable description du pèle­\n rinage et de la messe du lendemain, où les paysans envahissent l'Eglise avec\n une piété fausse, touchante dans son irrévérence. Combien elle est juste de\n ton cette communion des rustres, et combien aussi elle est intensément juste,\n Clara Mortsel, jalousant le ciel, unique objet des convoitises et de la ferveur\n de ces pacants. « Il lui semblait que la Vierge et son Divin Fils lui eussent\n volé la tendresse copieuse de ces violents ».\n    J'ai noté ce point, plus longuement peut-être qu'il ne l'eût fallu dans une\nétude littéraire, mais j'y ai tenu, en prévision des procès de tendances que\nl'on pourrait faire à Eekhoud et aussi parce que, en ma qualité de catholique,\nj'attache à ces questions une importance capitale. Certes, tous sentiront\nl'amour sincère de l'auteur, tant sceptique puisse-t-il être, pour les convic­\ntions religieuses rudes, profondes et généreuses des habitants du Polder.\n Mais la peinture est violente comme la foi, et l'on pourrait craindre que\n cette intensité fût de nature à effaroucher certains catholiques. Eux, les\n habitants des villes, les craintifs, les pusillanimes qui hésitent à confesser\n leurs croyances, s'effrayeront des croyances fougueuses et militantes de ces\n sauvages. Ils ne sauront regarder en face la vérité et s'affranchir, enfin, des\n pudibonderies protestantes du siècle. Qu'ils laissent à d'autres des mesqui­\n neries de jugements que les plus grands parmi nos écrivains n'ont jamais\n eues et que, fermement ancrés dans leur foi, ils sauront en regarder sans\n faiblir toutes les manifestations !\n   Quant aux autres, les petits écrivassiers politiqueurs qui railleront\nGeorges Eekhoud pour cet amour qu'il porte aux vieilles et solides convic­\ntions d'antan ; qui voudront voir là autre chose qu'un artiste peignant ce\nqu'il a vu en artiste vibrant et qui prononceront le mot : Réaction (un bien\nvilain mot pour une bien belle chose), je n'en ai cure. Lui non plus, je\npense.\n   Revenons à la trame\" du roman. Ce but spécial de décrire le caractère\nreligieux du flamand étant constaté, le titre du livre ainsi expliqué, on\npeut s'étonner de l'ampleur relative donnée à l'histoire de Clara Mortsel.\nCette femme, toute d'exception, a été étudiée par l'auteur d'une façon\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                  — 274 —\n\nremarquable dans toutes les phases de son caractère et de son tempérament.\nClara est l'enfant de Nikkel Mortsel, un briquetier de Boom, qui l'obtint\nd'une fille élevée par charité dans un ouvroir, fille qu'il séduisit et épousa\npresqu'aussitôt. Le père, d'ouvrier briquetier se fait ouvrier maçon. Sa\nfemme, ménagère économe, a acheté des actions qui lui ont valu l'aubaine\nd'un lot de 25,000 francs. C'est l'époque des grandes bâtisses à Anvers.\nNikkel s'établit comme entrepreneur et ses affaires prospèrent si bien que,\nquelques années plus tard, nous le retrouvons millionnaire. Sa fille Clara,\nnée au début du mariage, conserve, malgré leur luxe croissant et l'éducation\n« distinguée » qu'elle reçoit, un violent amour pour le peuple. Quelques\nbouts de citations feront mieux, et plus vite que je ne pourrais le faire, con­\nnaître son tempérament :\n   « Le sens des mots la préoccupait moins que la musique des voix. Sa sen­\nsibilité à l'action de la couleur, du son, du parfum était extrême. Des\nparents moins désœuvrés que les siens eussent été alarmés plus d'une fois\npar la bizarrerie de ses affinités et de ses répugnances sensorielles. Le cla­\nquement d'un fouet de charretier, la corne du garde-barrière, la ritournelle\nmélopique des hâleurs, les moisissures de l'automne, les odeurs de brasse­\nries, voire l'âcre puanteur du tan, la plongeaient dans des extases et provo­\nquaient ses délectations. En revanche, elle dédaignait le parfum des roses,\nbâillait devant des murs fraîchement peints, tachait ou déchirait ses vête­\nments neufs et pleurait à chaudes larmes lorsqu'on jetait au rebut ses hardes\nusées. Toutes ses prédilections allèrent aux choses maussades, farouches,\nincomprises          Elle assistait à la manœuvre des ouvriers poudreux et\ngâcheux suivant le temps.... une chaleur délétère, des vapeurs azotées,\nâpres, lourdes et violâtres montaient des fournaises, répandant une fade\nodeur de terre cuite et renchérissaient sur la radiation d'un implacable\nsoleil. Dans cette géhenne les hommes travaillaient nus jusqu'à la ceinture.\n Et l'on ne savait, par moments, ce qui fumait ou grésillait le plus, de leur\nencolure tannée ou de leurs pains de briques. Clara bayait à ces labeurs,\nterrifiée, mais vaguement chatouillée dans ses transes. Impressions à la fois\nrudes et émollientes comme un massage de la pensée               Elle se sentait\nplus touchée, le cœur plus gros, devant ces dégradations morbides que\ndevant des couleurs franches.\n   « ...Tu sens trop le savon et pas assez la viande, disait-elle à sa mère, qui\navait retenu de son séjour au couvent des allures de propreté décente et\nminutieuse.... »\n   Pourtant cet amour de ce qui est sali, dégradé, pourri, se borne aux\nchoses. Quant aux hommes, cette fille ardente et sanguine préfère, il est\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                  — 275 —\n\nvrai, les plébéiens; elle porte à l'humanité laborieuse une sorte de culte\npanthéiste ; une plèbe énorme, rousse et farouche, comme les fauves, hante\nses rêves, mais ces plébéiens il les lui faut sains et bien portants. En ville,\nelle s'incline devant la robustesse des débardeurs puissants comme plus tard\nelle s'éprendra, plus violemment, des pacants savoureux de Santhoven.\nElle se perd en longues promenades au port. Elle recherche, avec une âpre\ncuriosité, les rues où sont à Anvers les maisons de débauche, et partout ses\nsympathies vont aux misérables rudes et séveux.\n   Le comte d'Adembrode, seul descendant d'une antique famille du pays\nflamand, se rend un jour chez l'entrepreneur, dont il veut utiliser les ser­\nvices. Le comte est un travailleur, un bénédictin de science et d'allures; il\nl'eût été de fait n'était le devoir qu'il avait de perpétuer la race des d'Adem­\nbrode. Mais il est faible, débile. Une lecture qu'il a faite de Charles\nDemailly et ses conversations avec un jeune savant rencontré en Angleterre,\nlui ont donné cette conviction que pour qu'il y ait chance d'héritier il faut\nmarier son sang appauvri au sang puissant d'une plébéienne.... Une mésal­\nliance qui deviendrait une sélection.... Aussi chez Nikkel Mortsel tombe-t-il\nen arrêt devant Clara.... « Il remarque le nez court, plutôt retroussé que\nbusqué, charnu au bout, les narines dilatées; le menton grassouillet rond,\nmarqué d'une fossette comme d'un coup de pouce ; le col fort, cerclé de deux\nlignes parallèles fixes comme des fils de soie entre lesquels la chair capi­\ntonne, la pomme d'Adam assez accentuée et un débordement de la nuque à\nl'attache du cou.... ». C'est bien la femme qu'il cherche. Il l'épousera.\n   Une remarque : dans cette scène le comte est présenté sous un jour com­\nplètement faux; il apparaît ici comme le premier venu, égrillard et alléché.\nPlus loin son portrait surprend et l'explication vient trop tard.\n   « Ce mariage comble de joie les époux Mortsel, affolés par leur vanité au\npoint d'accepter cette humiliante condition qu'ils ne pourront voir leur\nenfant que lorsque le noble comte daignera les y inviter. Clara accepte ce\ndernier pour époux, non pas certes par amour pour ce gringalet d'une lai­\ndeur minable, non plus même par ambition. « Le bizarre, c'est que l'excès\nmême de l'antipathie de Clara pour ce pâle gentilhomme la décida à\nl'épouser. Elle avait couru d'inquiétantes aventures, des sollicitations repré-\nhensibles continuaient de la chatouiller. Sa raison et sa volonté triom­\nphaient jusqu'à présent, mais pourraient-elles la garantir toujours contre\nles impulsions désordonnées de son tempérament? Elle se dit que le mariage\nseul la détournerait de l'abîme où l'entraînait le vertige de ses sens. Elle\nfinit par se persuader, la naïve et passionnée Clara, que la laideur et la fra­\ngilité du mari, autant que les obligations prévues, le commerce matrimonial\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                    — 276 —\n\n régulier, émousseraient ses envies et ses curiosités illicites et disperseraient\n les vols de monstrueuses chimères qui la frôlaient de leurs ailes enflam­\n mées.... Elle essayerait de chérir son époux, un galant homme et un homme\ninstruit, certes digne d'amitié et de confiance, et lui demanderait protection\n contre elle-même.... »\n    Cette décision résignée étonne chez Clara. On eût compris qu'elle cher­\nchât à satisfaire ses sens bien mieux qu'à les tromper et qu'elle choisît pour\nmari un particulier plus râblé que le pitoyable rejeton des d'Adembrode.\nAussi s'aperçoit-elle bientôt de son erreur. Le mari est insuffisant et la\ncampagne exalte les sens qu'elle devait atrophier. Parmi les gars de Sant-\n hoven, Clara remarque d'abord spécialement, puis bientôt uniquement\n Sussel Waarloos, un grand garçon de 23 ans, membru, large d'épaules,\n ferme des reins, solide sur ses jarrets. Il avait la face ronde et pleine, le teint\nvif      Le personnage de Sussel Waarloos est une des plus belles créations\nd'Eekhoud. Habile et rude travailleur, il est revenu du service sans une\ntare et s'est immédiatement remis à la besogne. Catholique convaincu, il\nrespectera sa fiancée et attendra le mariage. Il a cette foncière honnêteté\nqu'on retrouve chez cet autre franc gaillard de la Pucelle d'Anvers, Flup,\nles deux cents kilos. Passionné et fougueux, il organisera la vengeance\ncontre les signors anversois et dans la dernière scène il se haussera jusqu'à\nune indulgence suprême.\n    C'est à l'époque de la rencontre de Clara et de Sussel que se place le joyeux\népisode du meeting où perce une méprisante et haineuse raillerie à l'endroit\ndes sinistres enjôleurs de la ville. Après le meeting, les paysans ont attaqué\nles citadins et, au cours de la bataille, Waarloos a reçu une balle dans la poi­\ntrine. Il importe de soustraire le blessé aux recherches de la justice; on le\nconduit au château d'Adembrode, où Clara le reçoit et, seule, le veille\ndurant la première nuit. Sussel, fiévreux, a un accès de somnambulisme.\nD'abord reviennent les incidents de la bataille, puis la pensée dévie. Sussel\nest amoureux, et telle est l'apparente raison du paysan que la comtesse,\ncroyant avoir été devinée, va lui céder. Mais, brusquement, elle est détrom­\npée; Sussel la dépasse, et c'est à un fantôme qu'il adresse ses pressantes\nsollicitations. La femme aperçue en ce rêve délirant résiste et le rustre\nenfiévré va la forcer : « Je te prends ce soir. J'ai bu pour oser. Je m'en\nvoudrai demain de t'avoir fait mal, mais en attendant tu m'auras appar­\ntenue tout entière. — Prends-moi, alors ! — Cette fois, une autre voix\nrépondait à celle du somnambule. Clara venait de se glisser dans le cercle\nde ces bras musclés, prêts à broyer leur capture récalcitrante. La tentation\navait été trop forte. Elle savait qu'il n'existerait dans l'avenir de douleur\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                  — 277 —\n\ncomparable au regret. Jusqu'à l'aube, ils se possédèrent sans qu'il fût\nrevenu à la raison ou sorti du sommeil. »\n    La blessure du Xavérien n'est pas grave, et bientôt, malgré Clara qui\ns'efforce de prolonger la convalescence, un jour vient où le jeune paysan\n quitte le château.\n    Cependant cette union inconsciente a été féconde. Clara est enceinte des\n œuvres de Sussel Waarloos et accouche d'un fils. Le comte d'Adembrode\nexulte, le village entier est plein d'allégresse et Sussel, un des premiers, a\n félicité Clara, qui reste sombre au milieu de la gaieté de tous. Elle voit,\n sans pouvoir l'empêcher désormais, les préparatifs du mariage de Waarloos\navec Trine Zwartlée, la belle invisible de la nuit d'amour.\n    Au pèlerinage annuel, le comte, la comtesse d'Adembrode et leur enfant\n suivent à Montaigu les gens de Santhoven. Cette fin du volume est atta­\n chante indiciblement. Le pèlerinage, la messe de communion, l'entrevue de\n Clara et de Sussel sont d'une description superbement évocatrice. La com­\n tesse a vu communier le Xavérien et Trine Zwartlée. Elle ne sent plus\nqu'une volonté, ou mieux, qu'un instinct : parler aussitôt à Sussel Waarloos,\nempêcher, à n'importe quel prix, son mariage, l'arracher, même par un\nesclandre, à cette Trine Zwartlée. « A bout de moyens elle tenterait l'ho­\nmicide : les tempêtes charnelles, les ataxies débordaient sa conscience. Tout\ndevait éclater. Ne pouvant être à lui, éternellement frustrée dans son espoir,\nelle entendait qu'il ne fût à personne. Tour à tour caressante et traîtresse,\nessayant de diminuer l'amour du gars pour la paysanne, puis câline, s'of-\nfrant à lui doucereuse, insinuante, enfin passionnée, sauvage, allumant le\nsang du jeune homme par de fauves caresses, elle va l'emporter, quand des\nvagissements partent du fond de la chambre. Elle, pâmée, retient Waarloos\nqui se dégageait : Ne fais pas attention, c'est notre enfant! Le mot est\nmalheureux, le charme se rompt. Sussel redevient lucide, il voit ce qu'est\nla femme qu'il a devant lui : une comédienne qui, par ce pèlerinage, porte\nun défi au Ciel et à la Vierge qu'on invoque au profit de l'adultère. A\nl'idée du sacrilège, le sang du gars se glaça, ses moelles refluèrent, ses nerfs\nse détendirent : le ressort du spasme était brisé. Le fanatisme matait la\nchair. » La comtesse est adultère et félone ; « elle a sali l'écusson des mar­\nquis de Ryen, bafoué Notre Gentille Dame, renié le saint sacrement du\nmariage. — Clara, éperdue, se cramponne à lui, implore sa pitié, lui montre\nson fils! Fasciné, le père ne songe plus à partir, quand la maladroite\nchange de ton, elle menace : On ne te croira pas. Si tu essaies de me\nperdre, tu seras chassé ignominieusement. » — En voulant l'achever, elle\nJe perd. Le paysan, indigné, méprisant, se relève. — « Vrai, vous feriez\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                  — 278 —\n\ncela? prononça-t-il, terrible comme un justicier. — Ceux de la ville avaient\ndonc raison lorsqu'ils condamnèrent notre maître parce qu'il épousait une\nfemme de votre espèce. — Clara reçut cette insulte comme une foudroyante\ndécharge d'électricité. » La physionomie de la malheureuse révèle une telle\nsouffrance, que Sussel, qui l'observe, est repris de pitié. Il évoque la géné­\nreuse et secourable comtesse d'antan, il sent que si elle est tombée c'est à\ncause de lui et qu'il ne lui appartient pas de la marquer comme un bour­\nreau. Il pardonne. Le coup devait tuer ou guérir la pauvre femme ; il l'a\nguérie... Le cortège se reforme, et avec une exaltation de naufragée qui\nappelle au secours, elle disait : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le\nSeigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit\nde vos entrailles est béni. »\n\n\n\n    Il y a dans Marais Tybout un tableau particulièrement émotionnant,\n celui de la dernière entrevue du narrateur et du personnage principal.\n « A mesure que tombaient les ténèbres toutes les haleines de la campagne\n pâmée, les frisselis de la feuillée et de l'herbe se fondaient en une musique\n assoupissante. Une cigogne craquetait dans le lointain vers le mont des\n cigales. La veille, l'orage avait rompu un peuplier; l'arbre gisait en travers\n du sentier et semblait barrer le chemin à quelqu'un qui devait venir de ce\n côté.\n    — Allons ! dit-il, plus sérieux et d'une voix moins assurée que de cou­\ntume, bonsoir, monsieur, et merci de votre bon avis, mais je n'ai jamais\nsaigné du nez.\n    Et il enjamba l'arbre encroué.\n    — Je restai en deça et je le considérai si attentivement, avec une absorp­\ntion tellement intense que jamais son image n'a pâli dans mon souvenir. »\n    C'est avec cette absorption intense que Georges Eekhoud a toujours con­\nsidéré la Campine. L'image s'est fortement imprimée dans son souvenir, et il\nnous en donne une si nette et impressionnante reproduction, qu'elle s'in­\ncruste à jamais dans le nôtre. Ce vibrant, cet ultra-sensible sur lequel on\ncroit avoir tout dit quand on l'a baptisé « rude polderien », est parfois d'une\ndélicatesse exquise au point qu'on la dirait maladive. Ce bien portant\nfrémit comme un névrosé au moindre souffle de son terroir aimé; ce musclé\na des sens d'une acuité extrême. Lisez la fin du chapitre dont je citais à\nl'instant un passage : « Par quelle étrange correspondance ce jeune fou, ce\ndébauché généralement assez trivial, revêtait-il à mes yeux un caractère\npresque hiératique? Un moment il se retourna et je ne vis plus en lui l'an\"\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                  — 279 —\n\ncien sous-officier de cavalerie. Son visage affiné, frappé en plein par une\nsuprême fragrance du couchant, prenait une expression grave et souffrante.\nSon ample tablier de bisonne le drapait comme la tunique d'un lévite, sa\ncasquette le coiffait comme un de ces bonnets des antiques sacrificateurs,\net l'adieu qu'il m'envoya de la main s'emplissait d'une tragique majesté.\n   « En même temps, le triste craquetement de la cigogne reprenait. Et mon\ncœur se crispait comme je songeais à la superstition du paysan qui voit\ndans ce grand oiseau blanc le fatidique génie de son foyer. Sur quel chaume\nabandonné du ciel se lamentait cette voix? Les nues plombées se refer­\nmèrent, éteignant la sanglante lueur, l'oiseau se tut et la silhouette assour­\ndie de Marcus Tybout s'enfonça dans les vapeurs du soir. »\n   Lisez encore la Kermesse grise avec ses questions naïves, dans une forme\nvieillie, presque banale, et qui feraient sourire si l'on n'en sentait la saveur\nindéniable et si l'on n'était saisi, dès la première ligne, par l'âpre tristesse\ndu drame ; « D'où viennent ces deux hères? Certes, ce ménétrier sortit plus\nrécemment du Dépôt que du Conservatoire ! Figure vague, sans âge, on se\ndemande qui la ravagea le plus du vice ou de la misère ? Quelle pensée hon­\nnête pourrait bien couver encore derrière ces yeux éraillés et battus? »\n   Puis plus loin : Que fredonne-t-elle ainsi la petite chanteuse, la chanson\nde Pierrot la mort, n'est-ce pas, mignonne? » — Plus loin encore, quand la\npauvrette, tour à tour rudement molestée ou férocement caressée par\nKromme Jack, perd la mémoire et confond les couplets de ses chansons :\n« D'abord ces divagations firent rire ceux qui en étaient témoins ; puis les\nvillageois superstitieux prirent peur de ces drôleries sinistres qui prenaient\ndans la bouche de la chanteuse idiote quelque chose de voulu par une\nvolonté surnaturelle de sybillin. »\n   Qu'on se rappelle, enfin, l'Ex-voto, ce chef-d'œuvre d'émotion doulou­\nreuse : « Une indicible angoisse me poignait et je ne faisais aucun effort\npour me dérober à cette influence que je devinais provenir de sympathiques\ncorrespondances. A mon ivresse se mêlait déjà comme un regret. Et cette\nravissante après-midi avait la suggestion navrante des choses qui ont été\net qui ne se représenteront jamais... jamais plus ».\n    Le conte fantastique intitulé : La Jambette de Kors Davie, fourmille\n d'exemples à l'appui de cette assertion et stupéfiera fort ceux qui, sans rien\nregarder, voudraient enfermer Eekhoud dans une spécialité déterminée et\n qui n'imaginent pas, venant de lui, autre chose qu'une phrase rocailleuse,\n hérissée péniblement de vocables rudes, sonores, concassés et martelés à\n plaisir.\n    La conviction, la sincérité partiale de l'observation est ce qui accroche\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                  — 280 —\n\n\n et passionne dans Georges Eekhoud. Cela est si vrai que la désillusion est\n profonde aux jours où l'auteur se rappelle qu'il est de la ville, qu'il a\n étudié le latin et l'italien, et beaucoup d'autres langues ; aux jours où per­\n cent le scepticisme et la goguenardise. Ainsi, dans la Kermesse de\nDieghem, la peinture si uniformément solide d'habitude montre des\n défaillances. Des mots, des remarques dissonnent péniblement. Le manège\n de la vente à plusieurs reprises des volailles offertes à saint Corneille est\nsimple et excellent comme les vraies manifestations du génie... L'homme\ntient à la main un enfant plus âgé qui se fait traîner non passibus œquis...\nAux bifurcations des petites chapelles crayeuses, grillées, sollicitent l'au­\nmône des passants. En revanche, les autres chapelles sont rares, depuis\nSchaerbeek... des dilettanti en sabots... un tutti discordant... les coqs, ces\nmormons de la basse cour. Ainsi encore, dans les Milices de Saint-\nFrançois, ce blasphème paysan qui, pour expliquer le mariage du comte\net d'une plébéienne se disent : « Après tout, le Saint-Esprit a bien épousé\nla Vierge Marie ».\n   A la vérité, ces fautes sont rares dans les tableaux de ce maître peintre.\nPresque toujours ses paysages, ses décors, sont scrupuleusement exacts,\nparfois indiqués en une phrase comme celle-ci prise dans la description\ndes noces de Baut Flips et Lusse Domus : « Le soir les surprit en train de\nlamper. La braise des pipes et des cigares marquait déjà dans l'obscurité\nlorsqu'on alluma les quinquets ». Toujours aussi ses personnages sont fière­\nment campés. Ils vivent ; ils ont une physionomie bien à eux ; on les\nreconnaîtrait en les voyant. J'ai eu cette impression lors d'un voyage que\nje fis l'an dernier dans le Polder avec Georges Eekhoud. Il me montra\nplusieurs de ses héros, la Ferme Blanche et la fermière Annemie; j'assistai à\nune répétition de la fanfare Amicitia, je vis Marcus Tybout et bien d'autres.\nJe les revis en chair et en os, tels qu'ils étaient dans ma tête. Chacun de\nleurs gestes, de leurs sourires était attendu. Certains sons de voix, m'auraient\nfroissé dans leurs bouches. Les traits qu'Eekhoud avait notés s'accusaient\nseuls à mes yeux comme on voit avec leur visage d'autrefois les voyageurs\nlongtemps absents. Cette observation me vint en considérant' les autres\nhabitants. Je les aperçus si différents que je me demandai si les paysans\nd'Eekhoud sont bien exactement ceux de la nature et s'ils ne sont pas\nplutôt des créations plus intéressantes que réelles. Une remarque désobli­\ngeante que je fis, assombrit soudain le visage de mon compagnon, radieux\ndepuis le matin : « Tais-toi, me dit-il, ne me gâte pas mon Polder. » Il\navait cent fois raison. J'étais un sot. Cette terre élue n'est pas de celles que\nl'on prend à vol d'oiseau. Il nous en avait averti dans la fière déclaration\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                 — 281 —\n\nqui commence l'Ex-voto : « Je raffole de ces pacants. Je préfère leurs\npoétiques traditions, les légendes nasillées par une vieille pachteresse pen­\ndant la veillée, au plus joyeux conte de Voltaire, et leur fanatisme patrial et\nreligieux m'émeut davantage que les déclamations patriotiques et le plat\ncivisme des gazetiers... Ma glèbe est fruste, plane, vouée aux brouillards.\nMa contrée de dilection n'existe pour aucun touriste et jamais guide ou\nmédecin ne la recommandera. »\n\n                                      **\n   La langue de Georges Eekhoud est merveilleusement travaillée et d'une\nsouplesse qui étonne. Autant sa faculté compréhensive est grande, allant\nde Dickens à Shelley, de Zola au Huysmans d'A rebours, de Corneille à\nBaudelaire, autant la langue se prête à rendre les nuances les moins sen­\nsibles de la pensée. Il sait son métier. Personne n'a compris et raconté\nmieux que lui l'aérien et fantastique Pierrot lunaire de Giraud. Je me\nrappelle être entré chez lui au moment où il complétait un dictionnaire\nspécial des choses de la campagne. Il s'attachait avec un soin minutieux\nà bien indiquer les différences entre les nombreux vocables que les profes­\nseurs croient synonymes, Pour lui, certes, un falot n'est pas un faraud, ni\nun pataud, ni un pacant, ni un pitaut, ni un rustaud. Il tient à n'employer\nles mots que dans leur sens strict, précis. Chacun de ses romans ou\nnouvelles est à ce point de vue l'objet d'une étude spéciale. Il choisit les\nnoms de ses personnages. Il apprend leur métier. Voyez la description de\nl'opération dans le Cœur de Tony Wandel. Voyez, dans les Milices de\nSaint-François, l'élevage d'un bâtiment, la décharge des tombereaux, la\nconfection du mortier, la chaux qui, en s'éteignant, fuse et déflagre, le\nguindage des moellons. C'est un guide de l'ouvrier maçon, tant les termes\nsont d'une exactitude irréprochable ; les termes de patois même, les expres­\nsions propres à telle classe de travailleurs, sont scrupuleusement respectées.\n   La concision aussi, est une des grandes qualités de Georges Eekhoud.\nIl possède, autant que la concision de la phrase, la concision générale de\nl'œuvre. Il tient peu compte des transitions dans l'ordre des faits. Les cha­\npitres s'arrêtent net et l'action est souvent rompue.\n   Cette intensité de conviction et d'observation ; cette langue précise, riche,\ndécrivant avec un égal bonheur d'expression une pirouette de Pierrot,\nla virtuosité du jeu de Rubinstein exécutant du Schumann, le déchargement\nd'un navire, la rentrée des foins, assurément remarquable à une époque\noù tant d'autres empruntent leur langue aux nommés décadents et ne se\nsentent guère la force de sortir du vague des doctrines philosophiques et\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                — 282 —\n\n\nplus spécialement esthétiques, tout cela contribue à faire de Georges\nEekhoud le plus mûr et le plus personnel des auteurs belges et à le placer\nau tout premier rang dans la littérature contemporaine.\n                                                 GEORGES     KAISER.\n\n\n\n\n                      A. CALDÉRON\n\n                          LES CYCLOPES\n                                    I\n\n      Non, ils ne sont pas morts, les cyclopes d'Homère,\n      Sur les sommets sacrés, — et la vie éphémère\n      Est comme un océan qui passe au dessous d'eux !\n      Ils sont restés bergers comme aux temps fabuleux ;\n      Mais maintenant, le front nimbé d'une aube en flammes,\n      Ce qu'ils mènent là haut, ce sont des troupeaux d'âmes.\n      Chaque fois que l'un d'eux, emplissant l'horizon,\n      Surgit sur quelque cîme, un immense frisson\n      Agite en bas la foule, et l'on entend sur elle\n      L'orage de leur voix en rumeur éternelle.\n\n       Sur l'Olympe, à jamais désert, silencieux,\n       Et qui jadis portait, dans la gloire des deux,\n       Son cercle d'Immortels ainsi qu'un diadème,\n       Ecoutant une voix qui lui parle en lui-même,\n       Seul, un de ces géants, dans une clarté d'or,\n       Comme un reste des dieux est là, debout encor,\n       — Et la Grèce, à ses pieds, crie aux siècles : Eschyle !\n       Tandis que dans son rêve il se dresse, immobile,\n       Autour de lui, — troupeau terrible et surhumain, —\n       L'immense Prométhée, où fouille un bec d'airain,\n       Meurt éternellement, et les blêmes Furies\n       A faces de serpents tordent leurs chairs meurtries,\n       Et courent, secouant leurs torches au plein jour.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                      — 283 —\n\nPlus loin, sur Béatrice appuyant son amour,\nSuivi par les damnés en troupeaux lamentables,\nUn autre géant grave aux portes implacables :\nEn entrant, plus d'espoir ! Sous un rouge soleil,\nComme vêtu d'enfer en son camail vermeil,\nIl s'éloigne, et sans cesse, à travers l'onde ardente,\nFlorence à l'horizon regarde passer Dante !\nPlus loin encor, là bas, dans l'embrun de la mer,\nEt comme elle sauvage, infini, sombre, amer,\n Colosse effaçant tout d'ombres demesurées,\nLe vieux Will apparaît sur les hauteurs sacrées,\nEt chasse devant lui son tragique troupeau.\n C'est Juliette en pleurs qui montre à Roméo\nL'aube écartant la nuit comme un rideau d'alcôve ;\n C'est Othello, lâchant en lui son âme fauve,\n Qui dit à Desdémone : As-tu prié ce soir ?\n C'est Macbeth qui regarde, au dessous du vol noir\nDes sorcières, le bois de Birnam qui s'avance ;\nLe vieux Lear écoutant, à travers sa démence,\n Une voix murmurer : Je suis Cordélia !\nEt, sur son lit de fleurs, la pâle Ophélia\n Qui chante sa romance et flotte au fil de l'onde...\nEt tous, Eschyle, Dante et Shakespeare, — et ce monde\n Qu'ils vont menant là haut, Bergers prodigieux ;\nEt, vagues, tout au fond et presque dans les cieux,\nLes colosses pasteurs des Eddas et des Bibles ;\nPuis, plus près, s'étageant aux lieux inaccessibles,\n Tout le peuple géant, Tasse, Klopstock, Milton,\n Corneille, Camoëns, Vondel, Goethe, Byron,\n Tous, par dessus les temps, debout sur leur montagne,\nFont cercle à l'horizon et regardent l'Espagne.\n\n\n                           II\n\nQui donc sur la sierra, toute rousse au soleil,\nSe dresse, noircissant le fond du ciel vermeil,\nEt contemple à ses pieds, du haut de cette cîme,\nL'humanité petite et comme en un abîme ?\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                    — 284 —\n\n       Qui donc a pris ce mont ainsi pour piédestal,\n       Si haut qu'il y paraît debout dans l'Idéal ?\n       Et c'est toi, Caldéron ! et c'est toi, fier Cyclope,\n       Que sur les purs sommets la lumière enveloppe.\n\n       Tu fus avant de naître en proie à la douleur! (1)\n       Ta mère, dans son sein, — et si près de son cœur !\n       T'entendit par trois fois gémir : était-ce l'âme\n       Brûlant déjà ta chair en allumant sa flamme ?\n       Pleurais-tu déjà d'être homme, et, rebelle au sort,\n       Sans connaître la vie appelais-tu la mort ?\n       Ou bien est-ce le Cid ou Colomb qui te raille,\n       Géant, de ne pas être à hauteur de leur taille ?\n\n       Oh non ! tel que le Cid, — dont l'épée aux feux clairs,\n       En tournoyant sur lui, fait un cercle d'éclairs,\n       Couronnant son cimier comme d'une auréole, —\n       Ton âme contenait toute l'âme espagnole !\n       Toute grandeur était petite près de toi :\n       Ta stature effaçait dans son ombre le roi,\n       Et, tel que Cid proscrit, que sa gloire accompagne,\n       C'était toi qu'on voyait en regardant l'Espagne !\n\n        Tu pouvais contempler Colomb, sans œil amer,\n       Revenir vers tes bords et sur ta molle mer,\n       Qui semble, s'allongeant si bleue et si sereine,\n       Un ciel d'en bas dont l'autre est un reflet à peine :\n       Car n'apportais-tu pas aussi, sur tes sommets,\n       Un monde à ton pays qu'il ne perdrait jamais.\n       Et ce monde nouveau, Poète, tu le crées ;\n       Il marche devant toi sur les hauteurs sacrées\n       Et t'entoure, ô Cyclope, ainsi que ton troupeau :\n\n       Voici qu'au noble Alvar le paysan Crespo (2)\n       Redemande l'honneur de sa fille séduite :\n       Père, il tombe à genoux ; juge, il se lève ensuite,\n\n  (1) La légende raconte qu'avant la naissance du poète, on l'entendit gémir à trois\nreprises dans le sein maternel.\n  (2) El alcalde de Zalamea.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                    — 285 —\n\n      Et, mesurant sa taille à la hauteur du cœur,\n      Se fait égal au roi pour venger son honneur.\n      Plus loin, le Galant erre, épiant le passage\n      De sa Dame, et glissant à la Duègne un message ;\n      La Suivante s'attarde avec le Gracieux ;\n      Partout on reconnaît, dévot à ses dieux\n      Ainsi qu'à son épée, altier, farouche et tendre,\n      L'Espagnol qui revient d'Italie ou de Flandre.\n      — Cet esclave (1) en haillons, sur sa natte étendu,\n      Qui, l'œil déjà dans l'ombre éternelle perdu,\n      Demande à se tourner vers le soleil encore,\n      C'est l'infant don Fernand, l'otage du roi More,\n      Qui voulut bien donner sa vie, — et non Ceuta.\n      — Celui-ci, c'est Perez le bandit (2). Il lutta,\n      Dans sa montagne brute âme brute échappée,\n      Et son poignard avait des vaillances d'épée.\n      — Là, c'est Eusebio (3), c'est l'assassin pieux,\n      Fou sanglant de la Croix, qui, pour entrer aux cieux,\n      Mort, se relève et va se confesser au prêtre.\n      — Là, c'est don Lope (4). Seul, il sait sa femme    traître,\n      Il veut le châtiment comme l'affront, — discret,\n      Et la tue en secret pour l'outrage secret.\n      — Cet autre, Turani (5), vengea sa bien-aimée,\n      Qu'avait tuée un reître : à travers une armée,\n      Il chercha le soudard ; et, l'ayant découvert,\n      Le poignarda. — Ce roi (6), dont le front est couvert\n      De longs rubis de sang larmant de sa couronne,\n      C'est Henri VIII, qui f ait mettre au pied de son trône,\n      En guise de coussin, le tronc décapité\n      D'Anne Boleyn. — Voici, sinistre majesté (7)\n      Don Pèdre, dont un vol de corbeaux suit la trace,\n      Châtiant sur un seul les crimes d'une race ;\n\n\n(1) El principe constante.\n(2) Luis Perez el Gallego.\n(3) La devocion à la cruz.\n(4) A secreto agravio secreta venganza.\n(5) Amar despues de la muerte.\n(6) La cisma en Inglaterra.\n(7) Las tres justicias en una.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                             — 286 —\n\n      — Et là (1), le vieux Gutierre, écoutant dans son sein\n      Crier l'honneur blessé, s'en fait le médecin,\n      Et, voulant dans le sang laver la plaie infâme\n      Fait ouvrir sur le lit les veines à sa femme.\n\n      Et voici que soudain ta voix, ô Caldéron,\n      Courant comme un appel immense de clairon,\n      Déchire le silence étendu sur l'espace.\n\n      — « Shakespeare, Dante, Eschyle, et vous, toute la race\n      Surhumaine ! Titans sur les hauts lieux épars,\n      Que la foule, atteignant à peine des regards,\n      N'a mesuré d'en bas que par votre ombre à terre !\n      Colosses qui là haut, dans le calme mystère\n      Des cimes, écoutez à vos pieds, tout au fond,\n      Les rires, les sanglots faire un soupir profond,\n      Par dessus de ce qui vit, vous vivez ! Et nous sommes,\n      Sur les sommets sacrés, les géants pasteurs d'hommes.\n      Debout dans mes troupeaux, du haut de l'horizon,\n      Je secoue et répands ainsi que leur toison,\n      Qui sur la foule en bas s'éparpille et s'envole,\n      L'amour, la foi, l'honneur, toute l'âme espagnole.\n\n     Le soir, quand, vers les monts inclinant son essor,\n     Sur nos fronts le soleil tombe en couronne d'or,\n     Et, qu'au fond des clartés au loin diminuées,\n     Il nous vêt du manteau de pourpre des nuées,\n     Nous avons aussi notre étoile du berger,\n     Que nous ne voyons pas disparaître ou bouger !\n     Nuit et jour, nous marchons, épris de sa caresse,\n     Dans son mystérieux éveil d'astre, — et sans cesse\n     Elle répand sur nous une douceur d'amour.\n     Hommes, ce qui s'appelle en bas votre plein jour\n     Vous la cache ; approchez-vous d'elle sur nos cîmes,\n     Montez ; vous la verrez dans les divins abîmes\n     Paraître, et ses rayons pendre en tresses de feu.\n     Déjà pour nous étoile, elle est soleil pour Dieu.\n\n(1) El medico de su honra.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                  — 287 —\n\n       Calme immortellement par dessus vos tempêtes,\n       Elle reste invisible aux lieux bas où vous êtes ;\n       Comme un trou de lumière, elle laisse, à nos yeux,\n       Une aube d'au-delà luire à travers les deux ;\n       Elle est, — au ciel mouvant, — immobile, éternelle ;\n       Notre gloire, c'est la clarté qui nous vient d'elle :\n       Elle est tout notre amour, notre espoir, notre loi,\n       Et cette pure étoile, — ô VÉRITÉ ! c'est toi ! »\n\n                                             E M I L E VAN A R E N B E R G H .\n\n\n\n\n          IMPRESSIONS CRUELLES\n\n\n                       LES VACHERS DU MEER\n\n                                                 A MON AMI CH. H. DE TOMBEUR.\n\n             Le petit vacher de la ferme du Moulin nous accompagnera au\n               Meer, but de notre excursion; il nous servira à la fois de\n               guide et de commissionnaire, car la patache qui nous charrie\n               depuis Cappellen, par la chaussée de Bergen-op-Zoom, ne\npeut nous conduire à travers les dunes.\n   Drôle d'hommelet que ce Ton, le vacher. Douze ans ; plutôt maigre que\ngras, la face large, le nez crochu ; l'œil gris, malin et froid; l'air spéculatif,\nla bouche trop fendue, les allures régulières ; quelque chose de vieillot, de\nprécoce, répandu dans toute sa petite personne vêtue de la défroque de son\nmaître.\n   Un panier de provisions sous chaque bras il ouvre la marche :\n   — Fumez-vous, Ton?\n  — Ja, Mijnheer !\n   Il allume méthodiquement avec une lenteur et des précautions de fumeur\némérite un des pâles régalias achetés à la frontière. En cheminant, de loin\nen loin nous parvenons à arracher un mot à notre guide. Il ne parle que\nlorsqu'on l'interroge. Nous apprenons qu'il gagne trois florins par semaine\nchez le baes du Moulin. Il est né à Ossendrecht, du côté des Polders,\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                  — 288 —\n\n neuvième enfant d'un manouvrier ; son père et ses frères triment dans une\nfabrique de chicorée.\n    Il ne sourit que par condescendance, lorsque nous nous efforçons de le\ndérider. Ce sourire est silencieux, presque protecteur. Tout dans sa physio­\nnomie, dans son regard sec, dans son intonation claire mais sans timbre,\nsemble dire : « Il faut être peu sérieux pour venir de la ville et se promener\nen plein midi dans les ronces et les sablons ! »\n    Il nous conduit au sommet des dunes encaissant les deux lacs; là, il\ns'arrête et dépose ses paniers. Nous sommes arrivés ; si notre guide ne nous\nle fait entendre que par sa pantomime, le spectacle devant nous l'annonce\nsans équivoque. Voilà bien les nappes d'eau tant vantées.\n    Dans cette nature septentrionale, généralement plane, les moindres mon­\nticules permettent au spectateur d'embrasser une région de plusieurs lieues.\nDes bords du Meer nous découvrons la contrée adorablement farouche,\nl'étendue sablonneuse tachetée de bruyères roses comme l'améthyste et dé\nsapinières sombres comme le jaspe. Un silence presque absolu enveloppe\n cette immensité : le bruissement des ailes de la sauterelle, le sautillement et\n le cri de quelque poule d'eau parmi les broussailles ; la sourdine incessante\ndes moucherons, voilà tout ce qu'on entend. En face de nous, un héron,\nmélancolique pêcheur, campe sur une patte.\n    Nous sommes bien loin de la ville, bien loin des beaux parleurs et des\nfâcheux.\n    L'eau que fait miroiter le soleil d'août est si claire qu'on en distingue\npartout le fond couleur de rouille. Et l'élément exerce sur nous sa graduelle\net irrésistible attraction. La dame du Meer nous murmure à l'oreille de ces\ninvites que notèrent les ballades primitives. D'abord nos mains sont allées\nau devant des caresses de la nixe, puis débarrassés de nos vêtements, nous\nplongeons dans l'eau pure comme celle des glaciers alpestres, mais tiède\ncomme un golfe méditerranéen.\n    Des heures se passent ensuite à déjeuner, à paresser, à admirer. Ton a\nmangé de bon appétit avec nous. Le reste du programme — bain, sieste,\ncontemplations — a dû lui paraître absurde.\n    Nous regagnons le Moulin et allons remonter en voiture non sans avoir\nglissé quelques sous dans la main de notre guide.\n    Un incident nous attarde :\n    Sur la grand'route s'avancent, chantant et dansant, sept à huit jeunes\ndrilles en blouse bleue, la haute casquette de soie noire renversée dans la\nnuque ou posée la visière de travers. L'un d'eux arrache à un accordéon\ncâtarrheux les quintes d'un air triste comme le sont tant de refrains de kei--\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                  — 289 —\n\n messes ; un second bat du triangle; le reste clame et balle à contre temps.\n Rouges, poupins, ces gars approchent et en nous dévisageant avec des yeux\n dilatés et humides de somnambule, se poussent par les épaules, l'un derrière\n l'autre envahissent le cabaret, trahissent l'impatience agitée d'ouailles\nmottées par un Berger Invisible.\n    Là, toujours aux sons de leur musique élémentaire, un quadrille s'engage\nentre les quatre couples de palots émêchés.\n    La baezine du Moulin, en train de leur verser à boire, nous apprend que\nles vachers et valets de ferme du pays passent de cette façon les après-midis\n dominicales. Ils se sont cotisés pour la location de leur orchestre et réu­\nnissent leurs semaines afin de gobeloter de compagnie. Ils se rendent dans\ntous les cabarets de leur clocher, même dans les herberges les plus écartées\nau fond des varennes.\n    Joie démonstrative, mais sans entrain ! Poignants déduits rappelant les\ngaîtés menteuses des conscrits les soirs du tirage au sort ; rire forcé qui\ngrimace et qui dissonne: pirouettes de victimes qui tournent sur elles-\nmêmes avant que les fasse s'effondrer le coup irrémissible ; fallacieuses réac­\ntions des profondes douleurs, des nostalgies longues comme l'existence qui\ncherchent à se donner le change, à s'étourdir quand même!\n    Ton les a vus passer comme nous et je crois qu'il les a regardés, en fai­\nsant une moue répulsive, l'air d'un sage au dessus des communes faiblesses.\nIl semble même étonné de notre hésitation à escalader le marche-pied et à\nnous arracher à cette énervante orchestrique. C'est plus fort que moi ; j'ai la\ngorge serrée ; ils ne me sont pas indifférents ces passants de la grand'route.\n    Tandis que la patache retourne à Putte et que nous nous taisons, j'écoute\nencore — je l'écouterai longtemps — le bruit grêle du triangle, les hoquets\nde l'accordéon et la chanson plus crispante qu'un miserere.\n    Avec le crépuscule, des vapeurs blanches sourdent comme une haleine\ndes campagnes navrées. En s'élevant elles revêtent des formes fantastiques\net s'accrochent échevelées ou caressantes aux dentelures des sapins, et se\ndissolvent et se recondensent. On dirait d'une traînée de fantômes pour­\nchassés mais tenaces. Puis, derrière les bois, la lune se lève et monte lente­\nment, blanche, solennelle, triste comme le Viatique porté à l'agonie du jour.\n    Aux approches de Putte des gens se tiennent devant leurs portes; sur les\nseuils les commères conversent languissamment ; les vieux pipent, les bras\ncroisés; la turbulence des gamins assaille notre impassible cocher et son\nfouet leur impose à peine. A l'écart, sur les accotements, au bord des fossés,\nles gars haletants courtisent les pataudes rougissantes, et je devine des\ncouples furtifs qui s'éloignent, par les sentes, tendrement enlacés.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                 — 290 —\n\n   Mais, las, ma pensée attendrie retourne irrésistiblement aux danseurs\ngoffes de tout à l'heure. Je les revois s'avancer en fringant et nous dévisager\navec quelque chose de suppliant dans leurs grands yeux bénins et de dou­\nloureux dans leur grosse bouche convulsée. Encore une fois, que me veulent\nces batteurs de cabarets?\n   La lune plane ; je me dis qu'elle les voit et je l'envie. Je me représente à\nprésent leurs silhouettes telles que l'astre les reproduit en les agrandissant\nle long des arbres ou sur le sol. J'assiste à leurs gauches ébats; leurs déhan­\nchements balourds me requièrent ; je voudrais être là-bas, derrière nous,\nd'où nous venons, plus loin même, en pleine campagne, entre les enfilées\nd'arbres obscurcis où ils se trémoussent en ce moment, la voix fêlée, les\ngestes spasmodiques....\n   Alors me vient tout à coup cette pensée singulière que Ton avec son air\nde vieux, prévoyant et thésauriseur, et son énigmatique rire silencieux, ne\n déambulera pas, lui, lorsqu'il aura leur âge, le long des routes solitaires,\nvers les cabarets perdus, aux sons d'un triangle et d'un accordéon.\n   Je pressens qu'il ne restera pas au nombre des trimeurs passifs et résignés\nque leurrent et que daubent les possesseurs de la terre. Va, laisse bague­\nnauder sous les étoiles la kyrielle des garçons de charrue et des batteurs en\ngrange ; laisse-les liés par je ne sais quelle camaraderie douloureuse de for­\nçats, s'enivrer chaque dimanche de bière, de saltations et de musique ; toi,\npetit Ton, vacher de la ferme du Moulin, esprit positif et pratique — mets\npatiemment à rémotis sou par sou, épargne et ruse, dissimule, caponne, tu\niras loin.\n   Des fous que ceux qui se grisent d'alcool comme ces lugubres palots —\nde plus grands fous, dirais-tu, si tu les connaissais, que ceux qui se saoûlent\nd'art et de poésie. N'est-ce pas Ton, déconcertant petit vacher, futur bour­\ngeois, futur baes aux champs comme à la ville?\n   Ah! je sais à présent pourquoi l'afflux de sympathie pour ces pendards\nfut si impétueux qu'il me suffoquait ! Je sais toutes nos affinités, ce qui me\nrend solidaire de ces maroufles. Si je les aime à ce point, c'est parce que je\nte hais.\n\n                                      II\n\n                       CHEZ LES LAS-D'ALLER\n                                               A MON AMI ANDRÉ FONTAINAS.\n\n   Durant le voyage, les bruyères rouilleuses et les sapinières entre Schilde\net Oostmalle; les vastes plaines avec leurs flaques, couleur de plomb,\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                 — 291 —\n\n appelées « vennes », et l'horizon gris zébré par d'intermittentes averses, me\nprédisposaient à des spectacles poignants, mais depuis mon arrivée à\nHoogstraeten, une embellie ajoute un sourire de plus à la physionomie de\nl'avenante bourgade.\n   Derrière l'église j'enfile une longue « drève » de tilleuls et de hêtres qui\nmène droit à l'ancien château des hauts et puissants seigneurs de Cuyck, de\nSalm-Salm et de Lalaing, converti aujourd'hui en un asile pour les vaga­\nbonds.\n   Quelques minutes après je me présente au directeur du Dépôt et nous\nlions cordialement connaissance. Avant la visite du morose établissement,\nmon hôte tient à me faire les honneurs du plus coquet et du plus confor­\ntable des home.\n   Dans le salon aux arceaux gothiques artistement restaurés, polychrome\ncomme une chapelle byzantine, je cède à des évagations moyen-âgeuses, que\ncombat seulement le délectable anachronisme d'un cigare et d'un verre de\nporto.\n   Je sursaute. Ce long appel de clairon a-t-il été lancé par l'homme d'armes\nse promenant sur la courtine et annonce-t-il l'approche des reîtres Espa­\ngnols?\n   Mais le directeur me rappelle aux choses de ce siècle :\n   — Voici le contingent du jour.... Vous tombez bien.... Allons les voir\ndéfiler sur le pont....\n   La cloche a répondu au clairon. Un mouvement de gardiens et de soldats\ns'est produit vers l'entrée.\n   Comme nous arrivons, les truands viennent d'être extraits de deux vieilles\nguimbardes cellulaires qui les ramassèrent à Turnhout. Nous nous postons\nsous le porche, en nous effaçant.\n   Ils s'avancent, cahin-caha, traînant la jambe, presque trébuchants, anky­\nlosés par la longue étape, aveuglés par le brusque passage des ténèbres de\nla voiture au plein jour du dehors.\n   La pitoyable caravane !\n   Ils sont bien une cinquantaine d'individus de tout âge et de tout poil le\ndisputant en délabrement : pieds poudreux, coureurs des grèves, batteurs\nde pavé, rôdeurs de barrière, mendiants endurcis, canapsas, malandrins,\ntous les irréguliers, tous les las-d'aller de la ville et des champs....\n   Ils portent des souliers sans semelles, des pantalons effilochés, des sar­\nraux déteints, des casquettes sans visière, ou des chapeaux déchus, des\ncomplets souillés, révélant encore l'art d'un bon faiseur.\n   Leur masse tire sur le fauve, sur le brun de la glèbe ou sur la poussière\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                   — 292 —\n\n  des routes. Elle dégage cette puanteur spéciale des bosquets infestés de han­\n  netons.\n     Les recrues se reconnaissent à leur allure inquiète, à leur mine contrite,\n  à la façon dont elles détournent la tête ou dont leurs regards interrogent\n  rapidement l'aspect des lieux. Les chiens scrutent ainsi l'inconnu d'un nou­\n  veau domicile.\n     Les récidivistes, les « chevaux de retour », par contre, en passant devant'\n  le directeur, lui disent bonjour de la main ou lui sourient d'un air de for­\n  fanterie. Mais le triste bonjour et la fausse gaîté, l'atroce grimace de ce\n sourire! Les piteux cyniques!\n     Où donc ai-je vu ces silhouettes? S'il y en a d'épouvantables comme celles\n des cauchemars, il y en a de troublantes et d'amies comme celles des héros\n enfantés dans mes livres.\n     Un instant, que je me souvienne!\n     Celui-ci, conscrit fringant, mit à mal un brigadier qui le tyrannisait; cet\n autre, milicien, déserta trois fois pour respirer l'arome des brûlis dans la\n Bruyère natale; — cet autre encore, pilotin congédié, ballait dans les\n musicos du port, où ses bourrées ne provoquaient pas uniquement les filles;\n — les mésaventures de ce jeune garde-barrière, dont la corne achevait\n d'endeuillir un morne paysage faubourien, commencèrent une nuit que les\n lèvres de sa maîtresse collées aux siennes l'empêchèrent de signaler un train\n sournois qui profita de cette négligence pour supprimer un vieux couple\n lamentable; — ce maraud jouait crânement de la truelle et gagnait de\n beaux salaires lorsqu'un soir dominical, après des libations faites dans tous\n les cabarets de la paroisse avec huit goujats de sa trempe, il avisa une gour­\n gandine de la ville, la trouva belle, et la gorge serrée, des chaleurs dans le\n dos, lui courut sus, aida à démolir le calicot qui l'accompagnait, et s'assouvit\nle premier, tandis que ses compagnons la maintenaient en attendant leur\ntour.\n    Ils passent, vieillis, mais encore reconnaissables, malgré leur long temps\nde prison et le fallacieux élargissement qui suivit. Forçats libérés, voués au\nvagabondage; finis, brûlés, tarés, flétris, que la société, jugeant l'expiation\ninsuffisante et indélébile le déshonneur, s'obstine à rejeter comme l'estomac\nvomit l'émétique, comme la mer renvoie les épaves.\n    Beaucoup ne furent criminels qu'un moment, dans un coup de passion;\nbeaucoup ne furent que malheureux.\n    Oui, la plupart sont les indolents, les bayeurs, les effarés, les éblouis, les\néperdus, aux grands yeux humides et visionnaires, qui ne comprennent rien\nau monde et à la vie, au code et à la morale, qui ne savent pas ce qu'ils\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                 — 203 —\n\nsont venus faire sur cette terre; entraînés de « gaffe » en « gaffe », les\nfaibles, les pas-de-chance, les moutons toujours tondus, les passifs, les\nexploités, les dupes qui ont coudoyé toutes les scélératesses et sont restés\ncandides comme des enfants, qui ne tueraient pas une mouche, quoique\ndes escarpes les aient associés à leurs entreprises, viciés mais non vicieux,\nsouffre-douleurs autant que souffre-plaisirs.\n    Ils passent, d'autres suivent\n    Et les visages me paraissent de plus en plus connus. Je retrouve même,\ndans cette traînée, des êtres furtifs et sympathiques qui ne m'apparurent\nqu'une seule fois, le temps de graver pour toujours leurs traits et leur\ndémarche dans mon souvenir; des passants dont je n'ai pas même entendu\nla voix, dont les yeux n'ont pas seulement rencontré mes regards durant\ncette conjonction éphémère. Aborderais-je enfin à ce havre de grâce où\nmouillent les voiles inquiètes pleines de souffles haletants, à qui les houles\ncontrariantes de l'océan social ne permirent jamais d'appareiller et de navi­\nguer ensemble?...\n   Voici le matelot éveillé, qui nous promena pendant une lointaine saison\nen barquette et que je n'ai plus rencontré les étés suivants sur l'estacade\nparmi ses camarades empressés et importuns... Ce blousier me fascina en\nnovembre aux approches du crépuscule, dans la brouée crépusculaire, par\nson superbe geste de semeur ; ce pitaud me navra l'âme et me tordit les nerfs\nune après-midi de tirage au sort, où il gambillait et beuglait par les rues,\nla casquette fleurie, le teint allumé, les yeux fous, bras dessus bras dessous,\navec d'autres conscrits aussi émêchés que lui; — j'entrevis cet autre colon\nà la portière d'un wagon de troisième classe, comme nos deux trains se\ncroisaient : c'était près d'un viaduc et il y avait dans l'air une odeur d'eau\nstagnante et une chanson de haleur...\n   Ils sont donc revenus tous ceux que je souhaitais revoir, mêlés à ceux que\nj'ai pressentis et devinés au point de leur donner la vie de l'art : ce brunet\ncrépu n'est-ce pas Kees Doorik, le garçon de ferme affolé de sa fermière\njusqu'à étriper le valet que la coquette lui préférait; et plus loin, larves\nfarouches et ricanantes, déambulent les trois frères Mollendraf, qui chapon-\nnèrent Marcus Tybout, le dégourdi paillard ; et voici venir Kors Davie,\nqu'ensorcela Rika Let', et tous les héros des tragiques kermesses, et toutes\nmes belles brutes, vautrées dans l'orgie, la chair et le sang...\n    Avec eux il ferait bon vivre encore, même entre quatre murs, même dans\nces préaux lugubres, dans ces sordides chauffoirs. Ils t'accueilleraient comme\nun des leurs, comme un frère plus timoré, mais plein de bonnes intentions,\neux, qui illustrèrent tes romans avec de larges et tranchantes plumes non\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                 — 294 —\n\nfendues et de belle encre rouge... Je les appelais, je les faisais surgir dans\nmes rêves; à présent ils me conjurent à leur tour... A quoi bon résister à\nleur geste fatidique. Ne viendrai-je pas échouer ici de par mes affinités, de\npar mon étoile ; un peu plus tôt ou un peu plus tard, inévitablement... Que\nce soit donc aujourd'hui?... Allons, emboîte le pas à ces bons artistes... Et\nhue donc, traînard !\n   Un jaune rayon de soleil, un rayon humide du couchant, qui affine la\nmélancolie du tableau, me comprend dans leur procession, m'affilie à ces\nlas-d'aller, m'embrasse avec eux dans sa suprême caresse. J'ai fait deux pas.\n  — Halte-là! me dit le directeur en me retenant par le bras. Songeriez-\nvous par hasard à faire dresser votre écrou?...\n   Il plaisante et je m'efforce de rire de ce qu'il prend pour une méprise.\n   Las, ce sera pour la prochaine fois....\n                                               GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n                    AIRS DE FLUTE\n                                  XVIII\n\n                          T O U T E LA GAMME\n                                                       A IWAN GILKIN.\n\n                   Madame, je suis un fardeau\n                   Dans votre vie, et je m'éloigne,\n                   Que mon cœur malade se soigne;\n                   Il est tout seul désormais!                      DO.\n\n                  Pouviez-vous vouloir du Bohême\n                  Qui pourtant vous eût adoré ?\n                  Ma vie est couleur de poème,\n                  La vôtre couleur d'oubli.                         RÉ.\n\n                  Restons-en là, c'est inutile\n                  De nous perdre tous deux parmi\n                  Les chemins fleuris de l'idylle,\n                  Puisque vous ne m'aimez pas.                      MI.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                — 295 —\n\n                  Le premier amant, je l'envie,\n                  Qui de vos dédains triompha;\n                  Je le tuerai toute ma vie\n                  Dans le fond de moi-même.                         FA.\n\n                  Avec lui vous étiez câline\n                  Sous la pudeur du parasol,\n                  C'était doux comme une praline\n                  De croquer ce poème!                           SOL.\n\n                  Il vous disait des mots sans suite,\n                  Des mots stupides, mais voilà!\n                  Il était moins banal ensuite\n                  Et c'était délicieux'.                            LA.\n\n                  Je vous quitte, bonjour la blonde !\n                  Parfois rappelez-vous que si\n                   Vous le voulez il est au monde\n                  Quelqu'un qui vous désira...                      SI.\n\n                  Qu'il voudrait chanter sur sa flûte,\n                  Avec des accents doux de luth,\n                  Votre corps de superbe brute,\n                  Do, ré, mi, fa, sol, la, si,                  ZUT !\n                                                          SIEBEL.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE JUDICIAIRE\n  Nous empruntons à L'ART MODERNE le compte-rendu très excellent\nde notre procès contre la police qui a eu la sotte idée de nous arrêter\npour cause de sifflets : (M. W.)\n\n                    M. COQUELIN SIFFLÉ\n   Le tribunal de simple police a eu le mercredi 24 avril le régal de débats\nn'ayant, avec les préventions habituelles de vagabondage, d'injures, de\nvoies de fait ou violences légères, qu'un rapport extrêmement éloigné. Il\ns'agissait de la poursuite intentée contre quatre jeunes gens pour avoir, au\nthéâtre des Galeries, le 24 avril 1886, sifflé M. Coquelin dans Chamillac.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                   — 296 —\n\n    Les criminels ayant avoué leur forfait, ayant même affirmé que c'était\n avec préméditation et dans la plénitude de leur libre arbitre qu'ils l'avaient\n accompli, ce petit procès se haussait aux proportions d'une question de\n principe. — De là le grand intérêt de curiosité qu'il éveillait.\n    Détail à noter : les quatre prévenus étaient absolument étrangers l'un à\n l'autre. Ils se sont rencontrés pour la première fois dans l'auditoire du tri­\n bunal. L'un d'eux est M. Maurice Warlomont, que son pseudonyme litté­\nraire, Max Waller, a fait connaître de tous ceux qui lisent; les autres sont\n MM. François Van Hoetere, docteur en médecine, Armand Joos, employé,\n et Pierre Lechein, étudiant. A l'audience, que présidait M. Hayois, juge de\n paix suppléant, remplaçant le titulaire effectif, M. Antheunis, ils ont été\nrespectivement défendus par Mes Rodenbach, Brunet, Gilkin et Iresch.\n    Après une très courte instruction, Me Rodenbach a exposé l'affaire avec\n humour et dégagé nettement la question de droit sur laquelle le juge aura\nà statuer.\n    « C'est une question doublement intéressante, a-t-il dit en substance, que\ncelle qui nous amène ici ; intéressante pour le public, qui entend connaître\nquel est son droit dans les salles de spectacle et savoir s'il est livré à l'arbi­\n traire du premier policier venu ; intéressante aussi pour les artistes, car les\nsifflets, comme les applaudissements, sont l'expression publique de la liberté\nlittéraire.\n    « L'incident qui a donné naissance aux poursuites était une manifesta­\n tion artistique, purement artistique, et l'on ne saurait y trouver autre chose.\n Ce n'est certes pas, comme on a essayé de le faire croire, à cause de l'atti­\ntude prise par M, Coquelin à l'égard de M11e Dudlay, que ce comédien a été\nsifflé à Bruxelles.\n    « Pourquoi a-t-on sifflé M. Coquelin? On trouvait que l'acteur se relâ­\nchait, qu'il affichait dans ses excursions périodiques à Bruxelles, la\n « province » pour lui, un orgueil et un cabotinage assez agaçants. On vou­\nlait exprimer son avis. On a sifflé. Comment manifester autrement au\nthéâtre son opinion?\n    « Et remarquez que M. Warlomont a été gentil et délicat. Comme jour­\nnaliste, il a ses entrées au théâtre. Il n'a pas voulu profiter d'une faveur qui\nlui eût enlevé sa liberté d'appréciation. Il a payé son fauteuil, afin de pou­\nvoir user du droit qu'à la porte on achète entrant.\n    « Et qu'on ne parle pas de cabale, d'affaire montée. Grimm répondrait\nque les cabales peuvent s'enrhumer tout exprès la veille d'une représen­\ntation !\n    « Donc, M. Warlomont a sifflé. En quoi ce fait constitue-t-il une infrac­\ntion à la loi? Le sifflet, par lui-même, n'est pas un trouble au spectacle. Il\nne peut constituer un trouble que s'il se prolonge, s'il amène des désordres.\n    « Les applaudissements intempestifs du public troublent, eux, les repré­\nsentations bien plus que ne l'a fait le coup de sifflet du prévenu.\n    « Les concerts de Rubinstein nous en ont fourni un exemple récent. Et\nles applaudissements, on les tolère, on les encourage. Dans les théâtres où\nla claque officielle n'existe pas, on organise une claque officieuse.\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                 — 297 —\n\nM. Coquelin, chaque fois qu'il joue à Bruxelles, en a une qui fonctionne à\nmerveille. Elle est composée d'abord des gens qui lui ressemblent. Puis, de\nceux qui l'invitent à dîner. Car il est d'usage, en Belgique, de trouver du\ngénie à tous ceux qu'on traite chez soi.\n    « La vérité est que les sifflets sont aux bravos ce que le revers est à la\nmédaille, ce que la doublure est à l'habit. On pourrait dire aussi que si les\napplaudissements sont, pour la vanité des artistes, le poison, les sifflets\nservent de contre-poison salutaire.\n    « Qu'on ne transforme point, n'est-ce pas, les salles de spectacle en\nsalles de digestion, d'où toute manifestation artistique doive être bannie.\n    « L'art. 22 de l'arrêté communal de la ville de Bruxelles, sur lequel est\nfondée la prévention, est d'ailleurs formel. Ne dit-il pas : « Il est interdit\nd'interpeller ou d'apostropher les acteurs et de troubler l'ordre du spec-\ntacle. »\n    « A ce sujet, laissez-moi vous rappeler un souvenir. A Trianon, la reine\nMarie-Antoinette aimait à jouer elle-même la comédie. Les mémoires\nsecrets rapportent qu'elle joua, un soir, le rôle de Jennie dans le Roi et le\nFermier et que, dissimulé dans une loge, Louis XVI siffla sa royale épouse\nqui chantait faux.\n    « Sans remonter au siècle dernier, qui ne se souvient des représentations\nbruxelloises où les sifflets et les cris interrompirent le spectacle, sans que\njamais la police intervînt?\n    « A la Renaissance, au Casino des Galeries Saint-Hubert, aux Nou­\nveautés, c'était, paraît-il, une habitude. Les directeurs et secrétaires écri­\nvirent maintes fois aux commissariats de police, demandèrent aide et pro­\ntection, mais on respecta le droit du public.\n    « Et l'an dernier, ne vous rappelez-vous pas les sifflets qui, aux Maîtres\nChanteurs, tinrent tête aux applaudissements des partisans de Wagner?\nCe qui est piquant, c'est que ces sifflets partaient invariablement de cette\nmême loge qui donne, en faveur de M. Coquelin, le signal des applaudisse­\nments. C'est, du reste, logique.\n    « Mais pourquoi ces précautions inusitées, ce déploiement d'agents de\npolice? M. Warlomont, dès son entrée au théâtre, a été filé par deux agents.\nEt pourquoi ces poursuites quand il s'agit de M. Coquelin?\n    « Est-ce parce qu'il faillit être décoré? Qu'il faillit être député? Qu'il\ntutoyait, dit-on, Gambetta? qu'on le considère, à chacune de ses excursions\nen Belgique, comme un envoyé extraordinaire?\n    « Serait-ce parce qu'on espérait voir M. Coquelin se constituer partie\ncivile et donner ainsi, gratuitement, le plaisir au public d'un monologue en\njustice?\n    « Si ce n'est pas dans ce but, nous demandons l'application, à tous les\ncas analogues, des mêmes poids et des mêmes mesures. »\n    L'avocat termine en citant les auteurs et la jurisprudence, notamment\n MM. Vivien, Blanc et Dalloz, un arrêt de la Cour de cassation de France\n de 1840, un jugement du tribunal de Rouen de 1841 et un jugement du\n tribunal de Gand, rendu en décembre 1885.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                   — 298 —\n\n    « La Belgique passe, pour être la terre classique des libertés. C'est ainsi\n que s'expriment tous les Prudhommes étrangers. Mais ces libertés, on les\n restreint tous les jours. Et bientôt, si l'on continue, notre pays fera l'effet\n d'un de ces cafés-concerts sur lesquels on lit en lettres de feu : Entrée libre,\n mais où les consommations se paient très cher. »\n    MM. Gilkin, Brunet et Iresch ont pris ensuite la parole et ont ajouté\n quelques considérations à la plaidoirie de M. Rodenbach.\n    M. Iresch a fait remarquer, notamment, que l'arrêté du 23 juillet 1883,\n qui défend de troubler l'ordre et dont on demande l'application, abolit un\n arrêté antérieur, aux termes duquel les marques d'irnprobation ou d'appro­\n bation étaient interdites. « Aujourd'hui, non seulement il n'est pas défendu\nde siffler, dit-il, mais le public a en quelque sorte reçu l'ordre de le faire.\n Le cahier des charges du théâtre de la Monnaie, par exemple, stipule, dans\nson art. 25, que le concessionnaire devra remplacer immédiatement tout\nartiste dont le public n'aura pas été satisfait. En l'absence du vote par boules\nblanches et noires, selon le mode existant encore dans certains théâtres de\nprovince, comment, si ce n'est par des sifflets, le public pourra-t-il s'expri­\nmer au sujet de l'artiste qu'on lui présente? »\n    Le ministère public, M. Cremers, a maintenu néanmoins la prévention.\n   Le jugement a été rendu hier. On le trouvera reproduit in extenso dans\nle Journal des Tribunaux du 15 mai. Il décide d'abord que l'autorité\ncommunale a, nonobstant la disposition constitutionnelle qui consacre la\nliberté d'opinion, le droit de prendre des mesures de police pour empêcher\nque l'ordre soit troublé dans les lieux publics, notamment dans les théâtres.\n   Il décide ensuite que généralement les applaudissements ne troublent pas\nl'ordre, parce qu'on ne les fait entendre le plus souvent qu'à la fin des actes\nou des morceaux et que ceux qui s'y livrent ont intérêt à les cesser pour que\nla représentation puisse continuer.\n   Qu'il en est autrement des sifflets, surtout quand ils sont le résultat d'un\nprojet concerté et qu'ils se font entendre dès que l'acteur entre en scène, et\navant qu'il ait commencé son jeu ; qu'il y a lieu à cet égard de rechercher\nquelle a été l'intention des siffleurs.\n   Ce jugement bizarre contient aussi un éloge du talent de M. Coquelin et\nun examen des décisions antérieures, rendues en sens contraire, comme bien\non pense.\n   Bref, les quatre prévenus sont condamnés à cinq francs d'amende et aux\nfrais.\n   Il est presque inutile d'ajouter qu'il y a appel. L'affaire viendra le 12 juin.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                              —   299     —\n\n\n\n                                      MEMENTO\n                                                    le défilé des chars; peut-être eût-il mieux\n                BELGIQUE                            valu ne pas colorier les planches, mais la\n   Une dame qui signe du nom de Jacques             couleur en est assez discrète pour ne pas\nHermann publie dans l'Art moderne un                nuire aux remarquables dessins qu'elle\narticle dans lequel sa perspicacité lui             complète.\nsuggère des réflexions intéressantes sur un            Souhaitons à l'éditeur, qui livre l'ouvrage\ndes Airs de flûte de Siebel :  Amour-Hôtel.         à un prix relativement très mince, bonne\n  Mme Hermann ne comprend pas ce titre              vente et bon succès.\nnon plus que la strophe :\n       « Je les reçois sans leur rien dire,\n                                                                            ***\n       Porte leurs malles doucement,                        La mignonne revue liégeoise : L'Elan\n       Puis elles suivent mon aimant                    littéraire, change de titre et vogue vers sa\n       Mon aimant aimant le sourire. »                  troisième année sous le nom de La Wal-\n   Amour-Hôtel veut dire Hôtel de l'Amour               lonie; elle continuera à défendre de façon\ncomme Grand Hôtel veut dire Hôtel qui                   hardie et ferme les idées jeunes de son\nest grand.                                              groupe; inutile de dire que nous sommes\n   Le premier vers signifie : je les reçois             avec elle de tout cœur.\nsans rien leur dire.\n   Le deuxième : je porte doucement leurs                              FRANCE\nmalles.                                                Vient de paraître chez l'éditeur Maurice\n   Le troisième et le quatrième : « Elles           de Brunhoff un volume de poésies de Jean\nsuivent mon sourire comme le fer suit               Floux : Les Maîtresses. Malgré certaines\nl'aimant qui l'attire » et ici ce sourire est un    brutalités, l'œuvre est remarquable et saine\naimant qui serait aimant c'est-à-dire qui           dans son ensemble. Tout y est vécu, et\naimerait.                                           écrit dans une forme irréprochable. Ce\n   Ajoutons qu'un aimant est « un minéral           livre, qui se recommande d'abord aux let­\nqui a la propriété d'attirer le fer » que           trés, ne manquera pas d'attirer l'attention\naimer est un verbe actif: « avoir un senti­         des bibliophiles qui y trouveront neuf s u ­\nment plus ou moins vif d'affection, d'atta­         perbes gravures d'après Olivier Merson,\nchement » (Acad. fr.) que Jacques est un            Jean Béraud, Benj. Constant, Léon Glaize,\nnom propre que portent parfois les dames            Giacomelli, Maxime Faivre, Fanny Fleury,\npour signer des articles naïfs et Hermann           Vignal et Yamamoto.\nun autre nom propre que Gœthe avait\nchoisi pour le distinguer de Dorothée.                                      ***\nSalut respectueux à Madame Pidoulx.                    Les Malingreux,      contes et nouvelles,\n                                                    par Charles Richard (M. de Brunhoff, édi­\n                        ***                         teur, 16, rue des Vosges, Paris).\n   M. Rozez, éditeur, publie un album du               Aux conceptions chimériques et aux\nCortège historique des chemins de fer, texte        aventures romanesques, on préfère aujour­\nde M. Edm. Cattier, dessins de M. A. Heins.         d'hui la description des poignantes réalités\nL'ouvrage est assurément le précieux sou­           de l'existence. Dans cette étude, certains\nvenir d'une des plus artistiques cavalcades         écrivains modernes ont puisé le mépris de\nque nous ayons vues. Sans s'attarder aux            l'humanité, l'horreur de la vie et la soif du\ndescriptions honnêtes de M. Cattier, dont           néant. D'autres, moins pessimistes, ont\nle style a toujours la même modestie et la          senti germer dans leur cœur une grande\nmême saveur humble, on feuilletera avec             pitié, un grand amour pour les faibles, les\nplaisir les pages où M. Heins, l'excellent          souffrants et tous les chétifs C'est parmi\ndessinateur, a retracé de façon pittoresque         ceux-là qu'il faut ranger l'auteur des Malin-\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                                          — 300 —\n\n greux. M. Charles Richard a cherché les           d'été, dans son laboratoire de Menlo-Park,\n secrets de la vie des humbles. Et il nous         au milieu de ses mille et un appareils élec­\n montre tous les déshérités recommençant           triques ; il regrette de n'avoir pu clicher,\n incessamment leur tâche, dénués, gueux,           sur des plaques phonographiques, le son\n disgraciés, mais non découragés.                  des trompettes de Jéricho, le cri du taureau\n    Partout dans ce livre ému et chaste,           de Phalaris, le rire des augures, le chant de\n l'ombre des tristesses humaines flotte im­        Memnon à l'aurore... Qu'ai-je à phonogra-\n palpable, mais partout aussi, comme une           phier, aujourd'hui, sur la terre? gémissait-\n voix de'femme entendue au loin, dans la           il sarcastiquement : on pourrait, en vérité,\n mélancolie du soir, la tendresse et la pitié     croire que le destin n'a permis à mon ins­\n semblent bercer l'humanité tout entière.          trument d'apparaître qu'au moment où\n Le style de cet ouvrage est celui d'un artiste   rien de ce que dit l'homme ne semble plus\n sincère et soucieux de charmer le lecteur        guère valoir la peine d'être conservé...\n par l'harmonie des idées et des mots. On             Et il continue de décocher à la civilisation\n connaît d'ailleurs l'exquise sensibilité et la   des railleries dans le goût des ironiques\n touchante manière de l'auteur des Poèmes         discours de la Momie d'Edgar Poë :\njaponais et de Poulot et Boulenzinc, qui              ... Après cela, peut-être, mon instrument\n obtint un vif succès, l'an dernier, dans les     a-t-il été inventé, dédaigné et oublié. Voici\n Contes du « Figaro ».                            neuf cents ans, paraît-il, que mon téléphone\n                                                  a été mis au rebut par la vieille Chine, cette\n                                                  patrie archi-séculaire et ressassée des aéros­\n   Farniente, par Jean Berge. Un vol.\n                                                  tats, de l'imprimerie, de l'électricité, de la\nParis, Dentu.\n                                                   poudre, etc., et de tant de choses que nous\n   D'agréables vers dont on lit dix pages\n                                                  n'avons pas encore découvertes. — Qui\navec plaisir. M. Berge ne manque pas\n                                                  ne sait que l'on a constaté, dans Karnac,\nd'inspiration et redit avec grâce tout ce que     des traces de rails datant de trois mille\ntous les poètes ont dit et diront. Son livre      années, du temps où les peuples ne vivaient\ncompte près de 300 pages, ce qui prouve un        que d'invasions? — Heureusement q u ' a u ­\neffort louable chez un jeune qui ne pourra        jourd'hui les inventions de l'homme pré­\nmanquer d'arriver dans l'une ou l'autre           sentent des garanties de durée «définitive ».\nprofession sociale.                               Certes, on disait également cela du temps\n                      ***                         de Nabonassar, du temps même du prince\n                 L'Eve future.                    touranien Xixouthros, e'est-à-dire voici\n    Sous ce titre bizarre, et une couverture      environ sept ou huit mille ans, sauf erreur;\n qui ne l'est pas moins, M. Villiers de l'Isle-   — mais il faut admettre de toute nécessité\nAdam vient de publier, chez Brünhoff, une         qu'aujourd'hui ce sera « sérieux ». Pour­\nnouvelle aussi intéressante que longue ; elle     quoi? Je n'en sais rien. L'essentiel est d'en\nserait parfaite, condensée en 100 pages ; elle    être bien persuadé, voilà tout. Sans quoi,\nen a 375 ! Et cependant, on peut faire le tour    tout le monde, une fois fortune faite, se\ndes idées en 80 pages !                           croiserait les bras. — Moi tout le premier.\n   L'Eve future n'est pas un roman ; il n'y          Au milieu de ces songeries sarcastiques.\na dans ce livre ni étude de caractères, ni        survient lord Ewald, un jeune homme beau\ndéveloppement logique d'une action. C'est,        comme Antinoüs et riche comme M. de\ncomme mainte œuvre du même auteur, une            Rothschild. Lord Ewald est éperdument\nsatire à froid des enthousiasmes qu'éprou­        amoureux d'une demoiselle de la rampe,\nvent les amateurs de mécaniques pour ce           miss Alicia Clary ; seulement, si miss Alicia\nsiècle inventeur de locomotives, de machi­        est d'une esthétique irréprochable, cette\nnes à coudre et de téléphones.                    jeune personne possède une âme de qualité\n   M. Edison — un Edison de légende —             inférieure, plus basse que la voix de Las­\nl'inventeur de l'impossible, rêve, un soir        salle. Lord Ewald souhaiterait vivement\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                         — 301 —\n\nôter cette âme de ce corps ; faute d'y parve­     de Génie résultée d'une souffrance de six\nnir, il est résolu à quitter la vie. Par bon­     mille années. Reconnaissez dans mes yeux\nheur, Edison promet d'opérer le miracle.          voilés votre insensible lumière, étoiles qui\nVa-t-il reforger la cervelle de Miss Alicia?      périrez demain ; — et vous, âmes des vier­\nNenni. Edison, depuis des années, travaille       ges mortes avant le baiser nuptial, vous qui\nh confectionner une andréide, une femme           flottez, interdites, autour de ma présence,\nmécanique, se nourrissant d'huile pour            rassurez-vous! Je suis l'être obscur dont la\ngraisser les rouages, parlant d'or, grâce à       disparition ne vaut pas un souvenir de\ndeux phonographes du même métal qui lui           deuil. Mon sein infortuné n'est même pas\nservent de poumons, et qui renferment des         digne d'être appelé stérile... O parc en­\nconversations de soixante heures ! Rien que       chanté ! grands arbres qui sacrez mon hum­\ncela I Mais les paroles en sont dues aux          ble front des reflets de vos ombrages! Herbes\nmeilleurs poètes et aux plus profonds pen­        charmantes où des étincelles de rosée s'allu­\nseurs. (On voit bien qu'il s'agit d'une           ment et qui êtes plus que moi! Eaux vives\nfemme artificielle !)                             dont les pleurs ruissellent sur cette écume\n   La fabrication de Miss Hadaly — c'est le       de neige, en clartés plus pures que les lueurs\nnom de l'andréide — formée à l'image et à         de mes larmes sur son visage ! Et vous, cieux\nla ressemblance de Miss Alicia, occupe d'in­      d'Espérance, — hélas! si je pouvais vivre!\nterminables chapitres bourrés de fumiste­         Si je possédais la vie! O h ! que c'est beau\nries scientifiques. Enfin, le chef-d'œuvre est    de vivre! Heureux ceux qui palpitent!\nachevé. Lord Ewald arrive, au soir fixé,          O Lumière, te voir! Murmures d'extase,\ndans les jardins de Menlo-Park, où il doit        vous entendre ! Amour, s'abîmer en tes\n prendre livraison de sa bien-aimée, édition      joies! O h ! respirer, seulement une fois,\n revue et corrigée Dans une allée, il ren­         pendant leur sommeil, ces jeunes roses si\n contre l'authentique Miss Alicia, qui a posé     belles! Sentir seulement passer ce vent de\n en qualité de modèle pour la confection de       la nuit dans mes cheveux!... Pouvoir, seu­\n son double. Elle adresse la parole au jeune      lement, mourir! »\nlord. Quels discours nouveaux, pleins d'un           Après cet admirable hymne à la vie, que\n charme céleste ! Quelle émotion profonde!        l'ironique conteur fait jaillir des lèvres de\n Ah! il ne pense plus au vain simulacre que       sa femme mécanique, lord Ewald est en­\n lui a promis l'ingénieur-magicien ; c'est        chanté. Il se hâte d'amener en son château\n Alicia qu'il aime! Alicia ! Tout à coup, il a    ce phonographe qui parle si bien. Dame !\nreconnu les parfums qui composent l'ha­           On n'a pas tous les jours l'occasion d'épou­\n leine artificielle de l'andréide... la jeune     ser les plus beaux vers de Shakespeare et\n femme penche la tête et murmure : je suis        de Goethe... Mais, surpris par une tempête,\n Hadaly !                                         l'andréide et son fiancé périssent dans les\n   Lord Ewald est un peu défrisé. On n'em­        flots de l'Atlantique.\nbrasse pas ainsi du carton-pâte sans quel­           Telle est l'odyssée du premier exemplaire\nque surprise. Mais les phonographes d'or          de I'EVE FUTURE : car, selon l'Edison de ce\némettent harmonieusement d'ensorcelantes          conte mystificateur, l'avenir n'admettra plus\nparoles :                                         que des femmes électriques construites sur\n  « Hadaly se leva, puis, après un profond        le patron de miss Hadaly.\nsoupir, marcha vers un arbre, et, levant la          Nous espérons que M. Villiers de l'Isle-\nmain contre l'écorce, s'y appuya, regardant       Adam n'écrira pas trop de livres sur le pa­\nle parc illuminé par la lune.                     tron de l'Eve future. Cet ouvrage où bril­\n   « Le pâle visage de l'incantatrice resplen­    lent ses éblouissantes beautés est d'une\ndissait :                                         longueur inacceptable; maints chapitres\n  « — Nuit, dit-elle avec une simplicité          manquent absolument d'intérêt. Combien\nd'accent presque familière, c'est moi, la fille   nous préférons la concision des Contes cruels\nauguste des vivants, la fleur de Science et       où M. Villiers de l'Isle-Adam a condensé ses\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                                          — 302 —\n\n pensées dans des cadres mille fois mieux              Les roseaux : « Accusez-nous ! C'est vous\n appropriés, dans des conceptions mieux             qui, enveloppant les eaux, avez caché le\n ordonnées ! Mais voilà : était-il possible de      danger au voyageur. »\n mettre en scène une nouvelle Eve, même                « Il n'est pas tombé de notre côté » ripos­\n artificielle, sans bavardage?                      tèrent les arbres.\n                                                       « Moi, dit le vent, je ne soufflais pas au\n                      **                            bord de l'étang. La lune seule est coupa­\n  On annonce l'apparition prochaine des\n                                                    ble ! Elle blanchit traîtreusement l'eau.\nRécréations littéraires, paraissant le 1 e r ,\n                                                    Cette homme a cru voir une plaine. » Et le\nle 10 et le 20 de chaque mois, en huit\n                                                    vent hurla de colère : « Assassine! »\npages in-4°. Cinq centimes le numéro.\n                                                       Mais l'homme n'était pas mort. Il agita\nBureaux, rue du Midi, go.\n                                                    les bras et saisit convulsivement des ro­\n                      ***                           seaux. Ses mains glissèrent avec les siffle­\n                                                    ments stridents du zinc ouvert par les\n  Nous découpons dans la Basoche l'excel­\n                                                    vrilles, et des caillots de sang fumeux pleu­\nlent morceau suivant :\n                                                    raient aux lances.\n           LA LUNE ASSASSINE                          « Vous le voyez, dirent les arbres, ils ne\n    Les roseaux disaient leurs plaintes aux         veulent pas le sauver. »\n arbres :                                             « Vous qui êtes plus forts, répliquèrent\n    « Cette nuit, la lune blanchit les eaux        les roseaux, courbez-vous et tendez-lui vos\n passives d'une blancheur auguralement             branches. »\n funèbre. Nous verrons un malheur, un                 Et les arbres appelèrent le vent à leur\n malheur fatal. Pourquoi sommes-nous con­          aide. Le vent souffla pour les courber. Les\n damnés à border cet étang dramatique? »           arbres ne fléchirent pas.\n    Les arbres répondirent :                          « Vite! clamèrent les roseaux. Il va\n    « Mais vous aussi nous effrayez, cette         mourir. Il laissera ses mains et ses os à nos\n nuit. La lumière cruelle de la lune rend          piquants ! »\n vos lames d'acier. Vous aiguisez vos pointes         « Hélas ! je ne pourrais, soupira le vent. »\n au vent. Vous êtes des épées ! Quelles            Et s'adressant à l'homme :\n mains mystérieuses serrent vos gardes in­            « Pourquoi ne cries-tu pas à tes frères dé\nvisibles, et qui menacez-vous ? »                  te secourir? II y a non loin d'ici une maison.\n    Le vent, n'osant plus les faire parler,        Je pousserai ton cri d'alarme jusque-là. »\ns'éleva dans l'air en grelottant. Sous l'eau          L'homme, à la pensée d'implorer le se­\n blanche et froide glissaient silencieusement     cours des hommes, serra les lèvres hau-\ndes poissons plus blancs et plus froids           tainement. Et regardant avec douceur les\nqu'elle.                                          roseaux, le vent et les arbres, il eut honte\n    Un corps noir, lourd, tomba. Des r o ­        de sa peur involontaire de la mort et s'éten­\nseaux se teignirent de sang. D'autres se          dit sous l'eau froide sans trembler.\nbrisèrent, tremblants de rauques vibra­               Le vent hurla de rage contre la lune :\ntions. L'étang mugit sourdement. A ces            « assassine ! »\nbruits lugubres, le vent s'abattit et q u e s ­      « N'accusez pas » dit une voix s'élevant\ntionna les roseaux et les arbres.                 de l'étang. Et les roseaux, le vent et les\n   « Un homme vient de se noyer » dirent          arbres virent une âme glisser entre les\nles roseaux.                                      rayons blancs de la lune, comme un enfant\n   Et les arbres : « Non ! Vous l'avez tué. Je    entre les bras de sa mère.\nvous ai vus aiguisant vos pointes. Vous                                  HECTOR CHAINAYE.\nl'attendiez au passage. Assassines ! »\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "  Mais non, elle est bien nue.\n  Le Rajah jette sur ses serviteurs un mauvais regard noir et il rugit à nouveau :\nEncore !\n  Ils ont compris.\n  Les larges couteaux sortent des gaines.\n  Les serviteurs enlèvent avec dextérité la peau de la ba)adère.\n  El bientôt, elle apparaît au Rajah émerveillé, telle une pièce anatomique pantelante et\nfumante.\n  Et le Rajah ne s'ennuie plus.\n  119. J. H . Il est bien évident, cher correspondant, que vous ne pouvez pas traduire\nune œuvre, même anonyme, sans la permission de l'auteur. Adressez vous au directeur\nde la revue en question ; il vous mettra en rapport avec le mystérieux inconnu. A vous.\n  120. Kiss. Pas l'ombre de progrès. A recommencer.\n\n\n\n\n              L E S                     M O I N E S\n                                      poésies par\n                              EMILE VERHAEREN.\n\n        Un volume. Paris, Alphonse Lemerre — Prix : 3 francs.\n\n\n                LIRE DANS L'INDÉPENDANCE                         BELGE\n\n      LA                VIE                       MORTE\n                                   roman inédit de\n                             GEORGES      RODENBACH.\n\n\n                                           LA\n\n  SOCIÉTÉ                                    NOUVELLE\n                         REVUE       INTERNA           TIONALE\n\n              SOCIOLOGIE, ARTS, SCIENCES, LETTRES\n   La Société Nouvelle paraît à la fin de chaque mois par livraison de\n80 à 100 pages chacune. Elle publie des études sociales, historiques et\nlittéraires, ainsi que des articles de critique.\n   La Revue s'est assurée de nombreux correspondants dans les principaux\npays de l'Europe.\n    Grâce à l'appui que lui prêtent les chefs du mouvement social dans ces\ndivers pays, ses lecteurs sn-ont tenus au courant des principaux travaux\net des ouvrages paraissant à l'étranger.\n\n                            PRIX D'ABONNEMENT :\n            Belgique : Un an, 8 francs. — Etranger              : 1 2 francs\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "               POUR PARAITRE LE 20 OCTOBRE PROCHAIN :\n\n\n    LETTRES A JEANNE\n                                               par\n\n                                 JULES        DESTRÉE\n   Un beau volume de 250 pages, grand in-8°, imprimé avec luxe par la\nmaison Veuve Monnom, à Bruxelles. Prix en souscription, 4 francs.\n   Il sera tiré quelques exemplaires sur grand papier de Hollande, qui ne\nseront pas mis dans le commerce. Le prix en est provisoirement fixé\" à\n5 francs pour ceux qui enverront, avant le i cr juillet, leur souscription à\nl'imprimeur : Veuve Monnom, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.-\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris ; publie ZO-'HAR, par CATULLE MENDÈS. Un\n  numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n\nVient de paraître: LES MILICES DE SAINT FRANÇOIS, par\n  GEORGES EEKHOUD.               Prix : 5 francs.\n\n\n\n    La Jeune Belgique recommande à ses lecteurs\nle nouvel atelier de photographie EMERA\n         Montagne de la Ccur,\n             le plus artistique\n                     de-\n                 Bruxelles.\n\n                                                                    Photographies\n                                                                 d'artistes en vogue.\n\n                                            Les costumes du cortège historique\n                                                    des chemins de fer.\n\n\n\nVient de paraître chez Alphonse Lcmerre, à Paris : LA JEUNESSE\n  BLANCHE, par GEORGES RODENBACH. Prix : 3 francs.\n\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-06-10", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 300."}}