{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6° ANNÉE. TOME V, N° 9.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "6° ANNÉE.      TOME V, N° 9.             PRIX : 60 CENT ÉTRANGER •. 75 CENT.                             5 SEPTEMBRE 1886.\n\n\n\n\n                                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                              Nous avons notre religion, une religion de tête pour\n                                                            laquelle nous luttons, souffrons, mourons : la conscience\n                                                            de    l'esprit.\n                                                                                    EDM. et J . DE GONCOURT.\n\n\n\n                                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "SOMMAIRE:\n    Le silence du poète Hirel                                                             ALBERT GIRAUD.\n    Mépris                                                                                HÉLÈNE SWARTH.\n    Les forêts                                                                            JAMES VAN DRUNEN.\n    Vers                                                                         .        ALBERT GlRAUD.\n    L'Art au dessus des révolutions                                                       MAX WALLER.\n    Litanies                                                                              PIERRE LYS.\n    U n assassinat dans un café                                                           IWAN GILKIN.\n    Nouvelles de la Grand'route                                                           MARIUS RÉTY.\n    Memento\n\n\n\n\n                                                BRUXELLES\n                ADMINISTRATION :                                                          RÉDACTION\n            26, R U E D E L ' I N D U S T R I E , 26                                 80, R U E B O S Q U E T , 80\n\n                                                        PARIS\n                                ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR\n                                          27-31, P A S S A G E C H O I S E U L , 27-31.\n                                                             1886\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "ALPHONSE ALLAIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 417, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1097, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "boîte aux lettres, parce que pas de lettres; elles sont\n à la mer ou à la campagne; je les y em...mène...\n\n                             UN ENTERREMENT AUX CHAMPS\n    Mai était venu, joli, tout ensoleillé, déjà chaud, mettant au cœur des Parisiens des idées\n de campagne et de fleurs.\n    Particulièrement sensibles à ce renouveau, trois jeunes peintres, le beau Gontran\n Gobert, le vigoureux Pantinel et le spirituel Grandfuret, résolurent de faire appel à toutes\n leurs ressources et de s'envoler vers un coin qu'ils connaissaient, pas très loin de Paris,\n mais perdu et bien ignoré.\n    C'étaient trois joyeux lascars, bien à la vie, piocheurs à leurs heures, et tumultueux\n plus souvent qu'à leur tour.\n    Avant de partir, ils voulurent voir le Salon qui venait d'ouvrir. Au lieu de déclarer,\n à l'instar des imbéciles sentencieux et périodiques, que c'est encore plus mauvais cette\n année que les aut's années, ils se retirèrent très ébouriffés, proclamant qu'il y avait bou­\n grement de talent dans tout ça.\n    Cette visite leur communiqua une ardeur, un besoin fou de travail, un désir de s'atta­\n bler devant la nature, longuement, et les voilà partis, le lendemain même, sac au dos,\n guêtres, vêtus de clair.\n    C'était un joli petit pays qu'ils avaient choisi, intime et frais, loin du chemin de fer.\n Pas même d'omnibus pour y arriver.\n    L'hospitalité y était représentée par une grande vieille auberge, moitié ferme, où l'on\n tleurait la bonne cuisine, plantureuse.\n    Le lendemain, dès l'aube, nos trois amis s'installaient à peu de distance l'un de l'autre,\n devant de belles toiles neuves.\n    Le petit chemin creux où ils se trouvaient était bordé d'un côté par la haie d'aubépine\n d'une villa bourgeoise et cossue.\n    Bientôt un homme se montra, un bonhomme d'une cinquantaine d'années, teint fleuri,\n air jovial, poil gris taillé ras. C'était évidemment le propriétaire de la villa.\n    — Bonjour, messieurs les artistes.\n    — Bonjour, monsieur le bourgeois, fit Grandfuret.\n    — Ah ! ah ! vous êtes du matin aujourd'hui !\n    — Rapport à l'aurore.\n    — Ah ! oui, c'est beau l'aurore.\n        Quand nous ferons du crépuscule, ajouta Grandfuret, vous ne nous verrez pas à\n cette heure-là.\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3955, "texte": "   Mais il paraissait si gentil, le bourgeois, que Grandfuret lui-même, l'impitoyable\nGrandfuret, cessa de le blaguer.\n   De très bon cœur, on accepta le café au lait qu'il leur offrait, et puis la goutte, si bien\nqu'au bout d'une heure on était des vieux amis.\n   Ils s'étaient présentés mutuellement. Lui, un ancien quincaillier du Marais, retiré dans\nce pays avec sa femme, après fortune faite.\n   Son désespoir de n'avoir jamais eu d'enfant l'avait poussé à adopter un petit orphelin\ndu village.\n   L'épouse, une grande brune encore pas mal, était descendue. Elle parut un peu sur­\nprise de voir tout ce monde, mais elle sourit aux jeunes gens et particulièrement, je crois,\nau beau Gobert.\n   — Et le portrait, demanda le quincaillier, faites-vous aussi le portrait?\n   — Notre spécialité, répondit Grandfuret, consiste à traiter tous les genres avec le\nmême brio, la même maestria, et, oserais-je l'ajouter, le même succès.\n   Alors, du coup, il leur commanda son portrait, celui de sa femme et celui du bébé.\n    Selon leur genre de talent, ils se distribuèrent l'ouvrage.\n    Pantinel prit l'homme. Il le fit poser sous la tonnelle, gilet déboutonné, verre en\nmain.\n    Grandfuret peignit le petit, assis au beau milieu de la pelouse, gentil comme tout.\n    Quant à la dame, Gobert, qui se l'était adjugée, l'installa, en matinée rouge, sur une\nchaise longue, tenant à la main le Cœur de Félicien Champsaur.\n    Tout marchait bien ; les portraits avançaient, déjà ressemblants. Les jeunes gens ne\n quittaient plus la villa, où ils s'étaient rendus indispensables.\n    L'ex-quincaillier avait même envoyé chercher leurs affaires à l'auberge, tenant à ce\n qu'ils logeassent entièrement chez lui.\n    Soudain, un événement lugubre vint jeter la désolation dans cette joie.\n    Le petit mourut du croup en vingt-quatre heures.\n    Tout le monde fut attristé de cette mort. On s'y était attaché, à ce bébé.\n    L'enterrement était pour le lendemain matin.\n     Le soir, le quincaillier déclara qu'il ne se coucherait pas. Il veillerait le petit.\n    Les trois amis offrirent de passer la nuit avec lui.\n    Dans la chambre même où était le petit corps, ils s'assirent tous quatre, commodé­\n ment.\n     Pour chasser l'émotion on buvait du rhum, on en buvait beaucoup.\n     L'émotion était disparue qu'on en buvait encore.\n     On avait commencé par des petits verres, mais c'est embêtant les petits verres. Ça se\n vide comme rien.\n     On avait pris des grands. Les grands se vidèrent comme les petits.\n     Tout à coup, le quincaillier se sentit pris d'un attendrissement en songeant au pauvre\n petit qui gisait là, inanimé.\n     — Je veux le voir encore une fois, cria-t-il.\n     Et il le prit dans ses mains.\n     — Hein ! qu'il était beau !\n     Et il le passa à Pantinel, qui le passa à Grandfuret, lequel s'en débarrassa sur Gobert.\n     Ce dernier était abominablement gris.\n     Il se sentit épouvanté à la seule idée de faire quelques pas pour remettre le petit corps\n  sur le lit.\n     Il essaya de se lever, mais vainement.\n     Une commode se trouvait près de lui, un tiroir ouvert.\n     Il y déposa doucement l'enfant et poussa le tiroir.\n     Le jour était venu.\n     On sortit dans le jardin pour humer un peu d'air frais.\n     Gobert s'installa dans la tonnelle et s'y endormit comme un juste.\n     Les croque-morts arrivèrent avec la boîte à violon.\n     Ah ! ce fut une affaire !\n     Voilà qu'on ne trouvait plus le petit, maintenant!\n     Elle était raide, celle-là !\n     Ce n'est que bien après, quand Gobert se fut réveillé, au prix de quels efforts ! qu'on\n  trouva le corps.\n      L'enterrement eut un peu de retard, mais se passa dignement.\n      Gobert trébuchait bien un peu, mais on mit cette allure sur le compte de la douleur.\n      — Pauvre garçon! disaient les gens du pays, ça serait son petit à lui, qu'il ne serait\n  pas plus chagrin.\n                                                                  ALPHONSE ALLAIS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 371, "page_fin": 374, "titre_corps": "Le Silence du poète Hirel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE SILENCE DU POÈTE HIREL", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MÉPRIS Je mettrai mon âme si haut", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "LE SILENCE DU POÈTE HIREL\n\n                                                    A MON AMI JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                                  Le quinze août mil huit cent quatre-vingt-six,\n                              accoudés au balcon d'un hôtel de la rue Royale,\n                              le poète Hirel et l'orateur populaire Hédouin\n                              attendaient le passage du cortège ouvrier qui\n                              devait, ce jour-là, pour réclamer le suffrage\n                                 universel et la grâce des condamnés de Mons,\n                                   le drapeau rouge en tête, aux clameurs de\n                                     la Marseillaise, parcourir Bruxelles.\n                   Les deux amis étaient songeurs, émus jusqu'au silence,\n                dans l'appréhension d'ils ne savaient quoi de solennel et\n                d'irréparable. Ils parlaient peu, et dans les phrases banales\n                et rares qu'ils échangeaient depuis une heure, ils ne recon­\n                naissaient plus le son de leurs voix.\n                    Un calme et joyeux soleil, ruisselant sur les beaux arbres\n                du Parc et dans les claires fenêtres des maisons fleuries,\n               semblait démentir l'agitation de leur âme, mais du piétine­\n               ment sourd et des confuses rumeurs de la foule montaient vers\n               leur cerveau, comme d'un vin qui fermente, d'étranges ver­\n               tiges de tumulte et d'ivresse.\n                  Quelque chose d'obscur, d'inconnu, remuait et grondait en\neux. Ils évitaient de se regarder en face, tant ils sentaient que leurs regards\nse mesuraient pour se croiser, pénétraient dans leur chair avec leurs épées\n                                                                      23\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "                                 — 372 —\n\n cruelles, se tournaient et se retournaient, comme en une plaie, au fond de\n leur conscience et de leur cœur.\n    Ils s'observaient à la dérobée. Hédouin contemplait Hirel, comme s'il\n ne l'eût jamais vu, avec des yeux inquiets et avides. Hirel avait quarante\n ans : élancé, un peu voûté, d'une maigreur élégante et souple, il portait\n très haut sa tête volontaire, impérieuse, que les plus folles dépenses de\nl'esprit et du corps avaient bronzée en une attitude de défi. Son visage\n mobile, doux et violent à la fois, parlait vaguement d'une vaste illusion\nbrisée, et il avait aux lèvres ce sourire indéfinissable qui semble murmurer\nà la Vie : « Laisse-moi tranquille : tu n'as plus rien à m'apprendre ! » Une\nprofonde impression de calme et de maîtrise illuminait cette figure irrégu­\nlière. Celui-là était, on le devinait, le roi de sa pensée, un roi absolu, qui\nn'abdiquait pas.\n    Hédouin aussi avait quarante ans. Il était petit et trapu. Son masque\npuissant et vulgaire ; son nez plébéien largement fendu ; ses lèvres ora­\ngeuses, la rapidité foudroyante de ses regards, où luisaient des commence­\nments d'actions plutôt que des pensées, tout en lui, jusqu'à son allure de\nbélier prêt à enfoncer des portes, dénonçait une nature matérielle, ivre\nd'elle-même, et qui trouvait la jouissance suprême dans le jeu désordonné\nde sa force. Parfois cependant, l'œil se plissait d'une façon sournoise, la\nbouche semblait retenir des secrets ironiques, et c'était alors comme si une\npoche de ruse et' d'astuce eût crevé sous la peau du visage, éteignant d'un\nafflux de prudence la flamme et l'intrépidité de ce profil.\n\n  Les deux amis ne cessaient de s'épier jusqu'au fond des yeux.\n\n  Tout à coup, des cris s'élevèrent de la rue, et des clairons résonnèrent\nau loin.\n  Les deux hommes du balcon, heureux d'être distraits par le spectacle\nextérieur du drame poignant qui se jouait dans leur âme, se penchèrent\nvers la foule, coupée en deux par un détachement de gendarmes à cheval,\ndont les sabres nus accrochaient du soleil.\n\n  « Les voici! » s'écria Hédouin. Hirel regardait, pensif, en silence.\n\n  Une longue masse noire, hérissée de cartels et d'emblêmes rouges, pro­\nmesses de massacre et d'incendie, ondulait là-bas. Des tambours battaient\nlugubrement, et, tout en avant, près des organisateurs de la manifestation\npopulaire, un drapeau national balançait, à demi renversé, du haut en bas\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "                                 -   373    -\n\nrecouvert de crêpe. Et soudain, d'abord derrière le drapeau voilé, puis\nplus loin, et plus loin, et plus loin encore, vibrante, planante et folle,\ncomme si une étincelle électrique eût éveillé, de groupe en groupe, des\nexplosions de clairons et de cymbales, vers les cartels, les bonnets phrygiens\net les bannières, la Marseillaise éclata d'un vol, répétée par cinquante\nfanfares, entonnée à l'unisson par vingt mille bouches, superbe et tonnante\ncomme si ses strophes enflammées eussent été le vent des drapeaux et la\nrespiration de la multitude.\n\n   Hédouin eut l'air de vouloir parler. Hirel le regarda fixement, abaissa\nles yeux sur les deux ou trois agitateurs qui marchaient en tête du cortège,\net de nouveau toisa son ami. Hédouin rougit, et se détourna brusquement,\npendant que ses mains tourmentaient la balustrade du balcon.\n\n   En bas, dans la rue, le cortège continuait à se dérouler. Des femmes, des\nenfants chantaient le « Ça ira » d'une voix haute et grêle, qui par moments\nse cassait en un sanglot. L'une d'elles portait un garçonnet de deux ans,\nvêtu de blanc, qui souriait d'un sourire sérieux, en tendant à la foule ses\nmains ingénues. Une espèce de Théroigne, grande comme un gendarme,\nlaide et tragique, agitait à tours de bras un drapeau révolutionnaire, la\nbouche pleine de huées, chancelante et saoule de ce rouge qui dansait\ndevant ses yeux. Et toutes ces femmes et tous ces enfants criaient d'une\nvoix harassée et lente : « Vi-ve le suffra-ge uni-ver-sel ! »\n\n   Hirel eut un mouvement de colère, qu'il réprima ; mais ses prunelles\ns'alourdirent de plus en plus, avec une expression bizarre, sur Hédouin,\nqui les évitait.\n\n   Maintenant c'étaient les Borains qui passaient sous la fenêtre, les\nhommes de Roux, de Marcinelle et de Jumet. Ils marchaient d'un pas\nmachinal et lourd, poussés par des mains invisibles, comme un bétail mar­\nqué, farouches, jetant sur les spectateurs des regards éblouis et clignotants\npareils à ceux des oiseaux nocturnes égarés dans la lumière. C'étaient les\ndamnés des nouvelles Géhennes, les mornes captifs du charbon et de la\nterre. Leurs visages, où la pensée était depuis longtemps éteinte, avaient\nquelque chose d'automatique et de spectral. « Des machines qui souffrent ! »\npensa Hirel. Et soudain, au commandement d'un porteur de bâton, ils\ncrièrent tous : « Vi-ve le suffra-ge uni-ver-sel ! » Et ils crièrent d'une voix\nsi lointaine, d'une voix de sourds-muets et de ventriloques, aux vibrations\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "                                 — 374 —\n\nfactices et traînantes, longues à mourir dans l'air attristé, et ce bêlement\nétait si lugubre qu'Hirel, les mains sur la face, se prit à pleurer.\n   Enfin, lorsque le dernier groupe eût défilé, et que la dernière Marseil-\nlaise se fût envolée, tremblant et blême, craignant une parole définitive\nmais préférant l'insulte à ce silence mortel, Hédouin mit la main sur\nl'épaule d'Hirel, et d'une voix étranglée :\n   « Eh bien?... » fit-il..,\n   Il n'acheva point. Hirel avait redressé la tête. Lentement, très lentement,\net sans rompre son silence redoutable, il releva les yeux vers son ami ;\net quand leurs yeux se rencontrèrent, Hédouin reçut en face un regard\nd'acier, vengeur, impitoyable, électrique et chargé d'une telle projection de\nmépris, qu'il recula, se couvrit, et, s'inclinant devant Hirel, lui dit d'une\nvoix sifflante comme une balle et pleine de menaces : « Nous nous rever­\nrons, Monsieur! »\n   Et quand Hédouin eut disparu, Hirel resta longtemps, dans le soir,\naccoudé à ce balcon mortuaire, pensif, et regardant décroître la foule, avec\nun énigmatique et puissant sourire où il y avait à la fois du pardon, du\ndédain et de la pitié.\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 374, "page_fin": 374, "titre_corps": "Mépris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hélène Swarth", "ancre_debut": "MÉPRIS Je mettrai mon âme si haut", "ancre_fin": "HÉLÈNE SWARTH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 421, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 1295, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "MÉPRIS\n                   Je mettrai mon âme si haut\n                   Que rien du monde ne Vatteigne.\n                   Maudire n'est pas ce qu'il faut :\n                   Je souris, fière, et je dédaigne.\n\n                   Courage ! l'animal rampant\n                   Reculera dans l'ombre infâme\n                   Et je serai comme la femme\n                   Qui mit le pied sur le serpent.\n\n                   O serpent ! rentre dans la vase !\n                   Haine et colère, endormez-vous !\n                   Le mépris vaut bien le courroux :\n                   Il ne mord pas, mais il écrase.\n                                                 HÉLÈNE SWARTH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 375, "page_fin": 379, "titre_corps": "Les Forêts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "James Vandrunen", "ancre_debut": "LES FORÊTS", "ancre_fin": "JAMES VANDRUNEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS A UN POÈTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 422, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "LES FORÊTS\n\n                   I. —       F O R Ê T ROUSSE\n             Le soleil fatigué fait ses journées moins longues... Déjà, les\n               notaires frileux ont fait clouer les volets de leur maison de\n               campagne. On arrache les navets. Des gamins s'en vont\n               ramasser des « beukenoten »...\n   Sur la forêt, d'un jaune réchauffé de roux intenses, un dernier coup de\nsoleil allume des flambées d'ardentes couleurs.\n   Sous le grand ciel bleu, uni comme un marbre poncé, un poudroiement\nrougeoie dans la masse feuilleuse des bois roussâtres.\n   Les hêtres, grands, secouent leur pourpre sur les mélèzes verts ; les\nbouleaux gris frissonnent à côté des bruyères brunies; les chênes sont en\nbronze, et sur les houx, qui font des rideaux sombres, les châtaigniers se\ndessinent en jaune d'or.\n   Des cimes sont étrangement carminées ; des frondaisons se cuivrent ; de\ngrands arbres semblent en acajou luisant.\n   C'est un mouvement compact et impétueux de tons riches, un embrouil­\nlage de cachemire, et tout le jeu bataillant des ocres, des vermillons violents,\ndes rouges qui saignent, des bruns encore chauds de juillet, et qui, super­\nbement, réveillent l'assoupissement des ombres.\n   Des nuances olive sont piquées de pointes de rubis ; sur des roses velou­\nteux papillotent les feuilles d'or et les feuilles d'argent.\n   Arrangement merveilleux, mouvementé, éclaboussé d'oppositions heur­\ntées avec de crânes et tumultueuses intensités, comme si la forêt demeurait\nimprégnée de toute la chaleur que l'été a fait tomber sur elle. Décor\nsomptueux et féerique auquel l'année entière semble avoir travaillé depuis\nle printemps — car, ici se termine le chant dernier du Poème annuel, et\nvoici, dans ses feux, l'apothéose de la grande épopée : la Forêt, comme un\nchœur grave, chante les dernières gloires de la terre féconde.\n   Et des rivalités paraissent exciter chacun de ces arbres. Ils luttent ; ils\nveulent se surpasser et se dominer par l'éclat magique de leur parure, ces\nmillionnaires de la couleur qui se fichent magnifiquement des manieurs de\npinceau.\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "                                  — 376 —\n\n\n    Comme la saison est finie, le bois lâche toute sa splendeur et gaspille ses\n trésors de coloris, sans ménagement : et c'est bien la beauté suprême de la\n tout ultime maturité.\n    De près, les frondaisons se font moins denses, s'ouvrent en profondeurs\n ombreuses, et des arbres mi-dépouillés, chauves déjà, dessinent en noir\n leur grêle nudité.\n    Avec des respects de culte, on pénètre dans le mystérieux enchantement\n des allées paisibles, sous la voûte rousse et jaunie que les arbres droits\nsoutiennent comme des pilastres. L'humidité rend les chemins tendres; des\n feuilles se noient dans la boue, et les grains que les rafales d'octobre font\n passer, laissent un vernis brillant sur les branches moirées d'une teinte\nlilas. Les talus, revêtus de grosse mousse et de fougères, sont troués par de\n grosses racines. Plus loin, dans les fonds, l'épaisseur des feuilles tombées\n étend des tapis lie de vin. Un filet d'eau glisse sur les cailloux. Des tas de\n bûches fendues attendent — et le bruit d'un coup de feu résonne molle­\nment.\n    De beaux arbres sont marqués d'un trait blanc pour l'abatage; un sapin\nrenversé barre la route. Le vent emporte des senteurs résineuses et fait\ntourbillonner des feuilles fanées. Devant le chemin, des branches convul­\nsionnées s'avancent et planent. Au carrefour, l'écriteau d'un poteau-indica­\nteur pleure des larmes lentes. Des arbres vigoureux portent en balafres les\ndéchirures de la foudre ; de larges champignons ouvrent leur clair para­\npluie ; un vieux journal gras rappelle un déjeuner sous bois, et sur la\nperspective à la sépia d'un sentier qui file sous les arbres, une pile\nde planches sciées dresse une nette blancheur. Des fonds plus humides con­\nservent une verdure avivée. En haut, des corneilles dans leur rogue craille­\nment de mauvaise humeur, s'injurient : la dispute terminée, elles s'en vont;\nle silence austère reprend, et sur la mousse et les feuilles mouillées, le bruit\ndes pas s'étouffe respectueusement.\n   On avance dans cette saisissante sérénité des bois, au milieu de géants\nendormis, vénérables impassibles, d'un âge si grand, et qui depuis tant\nd'années, gravement et sans fléchir, montent vers les nuages, fiers seulement\nde leur front de verdure; colosses immobiles, indifférents au monde qu'ils\nveulent ignorer, ils se savent suffisamment splendides pour qu'on se\ndérange et qu'on vienne à leurs pieds, en lente contemplation, admirer la\nforêt — la forêt assez majestueuse pour faire oublier qu'on n'y voit pas le\nciel.\n  Mais la nuit pressée s'annonce déjà.\n  L'humidité brumeuse augmente, se tasse. Les teintes fauves coulent ; la\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "                                  — 377 —\n\nluxuriante parure se défait ; du gâchis brouille les couleurs chocolatées ; les\nbeaux tons de cuir se fanent ; le jaune sale déteint et devient cette nuance\nfausse des tignasses de filles de bar ; des feuillages qui se gâtent ont des tons\nde friture ratée. Les feuilles collent, lourdes comme du papier trempé; les\nrouges noircissent désolément et des taches tombent sur le velours des\nmousses. Seuls, les toujours jeunes et frais sapins, gaillards et bien\nconservés, restent verts, flegmatiques, invaincus.\n   Le vent, plus brutal, grogne et rudoie les feuilles qui cèdent et tombent,\nlasses, épuisées — et c'est une pluie de copeaux d'acajou.\n   Lentement, la forêt s'éteint...\n   Sa mine alors est farouche, rogue. La route, dans sa boue noire, est\ncreusée de profondes ornières, ces rides du chemin séculaire. Dans la\nmélancolie des ronces et des taillis d'un sombre roussâtre, traînent des\nruines piteuses d'églogue, des restes d'idylles fripées. Et après la saison\ndorée et joyeuse des promeneurs du dimanche et des jacassantes demoiselles\nde magasin qui venaient jouer aux quatre coins, cet esseulement lugubre et\nrenfrogné, cet abandon immense est d'une navrante désolation.\n   Passe dans le lointain le sifflet d'un bûcheron qui rentre. Un gamin\nemporte des fagots et file vite, la peur derrière lui. L'appel bref d'un oiseau\nperce encore le silence. Une branche casse sèchement. Et les quelques\nfeuilles qui restent aux arbres, les dernières, semblent si précieuses.\n   Alors, les vapeurs se sont faites plus denses et, gagnant doucement,\nenvahissantes comme des pensées tristes, deviennent des brouillards qui\nestompent les vagues perspectives endeuillies...\n   La forêt n'est pas encore faite à ces cruelles froidures des soirs d'octobre,\net, dans les brumes glaçantes, elle grelotte en faisant frissonner ses pauvres\nfeuilles maigres, et elle semble, devant l'effroi de l'obscurité, se faire plus\ncompacte et se resserrer dans les restes de sa toison rousse.\n\n\n                   II. —        FORÊT BLANCHE\n   Par la neige. Seul. Dans la forêt.\n   Un éblouissement de blancheurs, ce bois travesti en pierrot, ouaté, emmi­\ntouflé.\n   Personne encore n'a passé — et la neige moelleuse, pure et fine s'étend\ntoute neuve, immaculée. Un calme absolu. Lentement, obstinément, avec\nune inlassable patience, la neige a tout envahi, tout accaparé : tout est en\nneige. Elle marque tout du long, du côté du vent, les gros arbres défeuillés;\nelle entoure les noeuds et les fait lumineusement saillir ; elle avance le long\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                                  — 378 —\n\n des moindres branchettes ses caresses doucereuses et attachantes ; des mares,\nelle fait de grands plats de crême, et elle emplit, comme avec de la craie, les\ninitiales et les cœurs taillés au canif dans l'écorce des vieux troncs. Partout\nelle s'étend avec d'enveloppantes tendresses, elle continue et gagne, tou­\n jours plus loin, sans fin, sans trouée, uniforme, tendre et laiteuse, la neige\nvirginale, dans un silence lourd. Cette pluie blanche tombe comme de la\nlumière. Les noirs secs du bois soulignent durement les clairs où repose\ncette pluie et tracent, d'une touche dure, de vigoureux reliefs à la gouache.\n   On marche, dirait-on, dans des œufs battus; le pied enfonce et disparaît,\nsans résistance, dans cette nappe pure qui va, sous les arbres empanachés,\nperdre sa continuité dans un embrumement pâle.\n   Le chemin, sous cet immense tapis de velours blanc et épais, est indiqué\npar l'alignement des arbres dont quelques-uns, ressortants, fiers, raides et\ncérémonieusement poudrés, ont des airs de vieux marquis : au bout de leurs\nbranches, la neige a brodé des jabots de dentelle; d'autres, au contraire,\nsemblent honteux : ils éprouvent une gêne, ces robustes gaillards, ils pensent\nà leurs feuilles arrachées et ils demeurent penauds de se voir tout en blanc\n— comme des arbres en chemise. Au milieu des arbustes cotonneux, les\nmassifs verts, enfarinés, s'arrondissent en gros choux-fleurs ; les pins portent\nde fausses barbes blanches ; des brins d'herbe piquent la neige, et de longs\nfestons, minces et délicats, pendent aux branches et se balancent au dessus\ndes chemins comme des guirlandes de mousseline. Les bois noirs, gelés, se\ncroisent, accrochent de gros floconnements et s'emmêlent, s'enchevêtrent,\ns'embrouillent inextricablement; ils forment à l'infini un gribouillis de\nbranches dont le jeu bizarre et les expressions compliquées jouent une\nétonnante chinoiserie en noir sur un fond de soie blanche.\n   On ne voit devant soi qu'une grande feuille de papier sur laquelle on a\nessayé des plumes...\n   Le ciel confus se dissout en une nuance molle, émerisée. Une poussière\nblanche s'élève. Un frisson de vent apporte le roulement d'une charrette\ntrès lointaine. Ce mouvement de l'air fait vaciller un arbre, les branches\nalourdies oscillent et secouent une légère neigée qui tombe mollement\ncomme les plumes d'un grand cygne qui bat des ailes. C'est un commence­\nment d'agitation : une mésange à longue queue se sauve en poussant de\npetits sifflements d'appel; en haut, passe une corneille agitant bruyamment\nses larges ailes engourdies — et le silence reprend.\n   Une douce bourrasque de neige tourbillonne, un instant, comme la fuite\nd'une armée de papillons blancs en déroute — ou bien, c'est une averse de\nduvet, comme si une furie avait soudain allumé dans le ciel une bataille\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "                                  — 379 —\n\nrageuse de tourterelles et de colombes se déchiquetant férocement et épar­\npillant leurs plumes. Le calme revient, avec quelques envolées de flocons\nlégers qui fraîchissent le visage et dessinent, sur les fourrures, des fougères\net des étoiles faites avec la régularité ténue de leur délicate cristallisation.\n    Malgré ses formes amollies et ses airs de chattemite, ce bois est d'un\naspect aveuglant et il s'allume d'un éclat intense, insoutenable — et triste.\nC'est, de tous côtés, des bizarreries de détail, des fantaisies qui étonnent,\ndes caprices qui scintillent. Le dessin blanc a rongé la couleur et cette\nimplacable uniformité de ton produit une frigide impression. C'est un rêve\nde marbre blanc qui se dresse solennel dans cette paix immuable et mélan­\ncolisante. La mollesse des contours veloutés, les tendresses enlaçantes de la\nneige donnent cependant à ce décor rigide une douceur vague qui semble\npréparer et attendre une cérémonie pompeuse d'un culte grandiose, uni­\nversel : une prise de voile de la Nature qui, dépouillée de ses riantes ver­\ndures, apparaît en mariée triste, résignée, et dit, en ses prières blanches,\nadieu aux joies de l'été. Les arbres agitent lentement des palmes d'argent\n et, dans le lointain, une cloche de village, qui sonne pour un mort, balance\n des sons lourds...\n    Le soir vient, efface la lumière et endeuillit le tableau de pâleurs mornes\n et usées de chromolithographies. Un silence de mausolée. L'ombre est\n funèbre. Dans cet isolement absolu, angoissant, le sol est pareil à une couche\n de pierre. Les arbres, comme des bâtons noirs et durs, plantés en tous sens,\n se rencontrent et forment des croix à moitié renversées — et, dans la tris­\n tesse poignante du froid, dans ce deuil de l'hiver, on se croit, sacrilège, au\n milieu d'un cimetière abandonné, un cimetière oublié où ne reposeraient\n que des Vierges endormies pour l'éternité dans leur blancheur immaculée.\n                                                   JAMES VANDRUNEN.\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 379, "page_fin": 382, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "VERS A UN POÈTE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ART AU DESSUS DES RÉVOLUTIONS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 426, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2072, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "VERS\n                             A UN P O È T E\n            Ton livre est un miroir symbolique et puissant\n            Que ton art a dressé pour les races futures,\n            Et qui réfléchira leurs nouvelles tortures\n            A travers des lueurs d'épouvante et de sang.\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "                     — 380 —\n\n  Et quand l'immense horreur d'un monde finissant\n  Aura débilité les plus fortes natures,\n  Il renverra leur mal aux tristes créatures\n  Qui crieront vers le ciel en se reconnaissant.\n\n  Puis il disparaîtra dans l'infini des rêves,\n  Et ses pâles débris sur le sable des grèves,\n  Retrouvés quelque soir par les peuples tardifs,\n\n  Parleront vaguement de ces villes tragiques\n  Dont la mer a noyé dans ses grottes magiques\n  Le luxe douloureux et les joyaux  pensifs.\n\n\n        LE TOURMENT DU RETOUR\n\n Voyageur au long cours dont l'obscur souvenir\nS'éteint comme un soleil dans les brumes d'un fleuve,\nEpargne-toi l'horreur d'une saignante épreuve,\nEt poursuis l'horizon sans jamais revenir !\n\nEn vain dans les yeux chers tu veux te rajeunir.\nRegarde : ils sont emplis d'une chimère neuve,\nEt leur âme est fermée à ton âme, Ame veuve\nQui crois dans le passé trouver un avenir!\n\nLeur accueil fait penser à ces vieilles demeures\nOù vous tintiez jadis, cristal des jeunes heures !\nOù vous mourez encor, parfum des cœurs aimants !\n\nO fenêtres d'antan! Qu'êtes-vous devenues ?\nEt dans le morne oubli de vos carreaux dormants\nPourquoi nous montrez-vous des faces inconnues 1\n\n                    SILENCE\n\nJe voudrais inventer des mots frêles et doux\nPour parler à tes sens pendant les heures brèves,\nOù les mains dans tes mains, assis à tes genoux,\nJe regarde en tes yeux l'infini de mes rêves ;\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "                     — 381 —\n\nDes mots mystérieux, fleuris et palpitants,\nPleins d'humides parfums et de glauques murmures.\nQui ressemblent au ciel renversé des étangs\nFrôlés par le sommeil des nocturnes ramures; .\n\nDes mots pareils à ceux que de lointains gosiers\nSusurraient dans les soirs songés par Cimarose,\nComme un souffle alangui de suaves rosiers\nOù lentement se meurt, feuille à feuille, une rose;\n\nDes mots d'un opéra triste et sentimental,\nDont la vibration magique réalise\nLa plaintive chanson des coupes de cristal\nOù se pleure à jamais l'âme de Cydalise.\n\nEt cependant aucun de ces mots long voilés,\nAucun mot de Shelley ne vaudrait l'indolence\nDe nos profonds regards l'un par l'autre étoilés,\nNi l'ombre de nos cœurs où chante le silence.\n\n\n                 RÉSIGNATION\n\nJ'ai lutté contre moi, j'ai crié, j'ai souffert,\nEsseulé dans la nuit de mon âme blessée,\nEt, ma vie en lambeaux, je sors de mon enfer,\nCar peut-être l'enfer n'est rien qu'une pensée.\n\nJe comprends aujourd'hui que mon rêve était fou,\nQue mon amour d'automne était presque une offense,\nEt j'arrache à jamais de mon cœur, comme un clou,\nLe tragique désir d'une impossible enfance.\n\nEt je t'offre ces vers, ô mon glaive! ô ma croix!\nSemblables à des soirs de Noël, blancs et calmes,\nOù plane vaguement dans l'azur des cieux froids\nLa palpitation souveraine des palmes ;\n\nCes vers d'un méconnu, ces vers d'un résigné,\nCes vers où ma douleur devient de la lumière,\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "                                             382\n\n           Ces vers où ma tendresse a longuement saigné\n           Comme un soleil couchant dans l'or d'une verrière.\n\n\n                                     LES VOIX\n\n           Voix de mon sang qui pleure, et vous, voix de ma chair,\n           De ma chair pantelante et folle ! Voix pensives\n           Plus hautes que le cri des houles convulsives,\n           Taisez-vous, longues voix d'un passé triste et cher!\n\n           Taisez-vous, longues voix! Voix des fleurs paresseuses !\n           O voix, velours des voix, voix des fleurs d'autrefois\n           Qui rêviez dans sa chair, qui chantiez dans sa voix,\n           Voix des jasmins lascifs et des roses mousseuses,\n\n            Taisez-vous ! Je tairai ma honte et ma rancœur.\n           Le silence et l'hiver sont entrés dans mon cœur :\n           Il neige du silence en mon cœur vaste et sombre.\n\n           Neige, neige, ô silence, et tâche de couvrir\n           Ces roses de l'enfer trop lentes à mourir,\n           Et mon unique amour crucifié dans l'ombre.\n                                                             A L B E R T GIRAUD.\n\n\n\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 382, "page_fin": 384, "titre_corps": "L’Art au-dessus des révolutions (deuxième article)", "titre_sommaire": "L’Art au-dessus des révolutions", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "L ART AU DESSUS DES RÉVOLUTIONS", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LITANIES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 1193, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "L'ART\n              AU DESSUS DES RÉVOLUTIONS\n                                  Deuxième    article (*)\n\n              De l'article de l'Art moderne, qui vient de paraître une deuxième\n               fois, revu et augmenté, dans la Société nouvelle nous pour­\n               rions ne retenir qu'une phrase :\n                  « Il faut penser à descendre sur la place publique et à\nmontrer ce que l'art peut apporter de secours aux réformes que la politique\ndoit réaliser. »\n\n  (*) L'auteur de l'article sur l'Art et la Révolution ayant jugé à propos de faire de sa\nprose une deuxième mouture, nous ne voulons pas être en reste et insistons à nouveau\nsur ce que nous avons déjà dit.\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "                                   — 383 —\n\n    L'article est signé Edmond Picard, ce qui explique bien des erreurs en\n matière de littérature, et néanmoins il nous faut tenir compte de son étude\n eu égard à la personnalité éminente de celui qui l'a écrite.\n    Ce que fait M. Picard, est rarement banal et le célèbre avocat a certai­\n nement son public de croyants, même lorsqu'il s'égare en amateur inexpé­\n rimenté, dans les sentiers de l'Art.\n    Nous avons essayé de tracer la ligne de démarcation qui sépare la socio­\n logie de la littérature. L'une est une science quasi faite, dont les principes\n sont à peu près établis, dont les bases sont nettes, qui sait où elle va ;\n l'autre est un art, c'est-à-dire quelque chose d'ondoyant, sans autre but\nque le Beau réalisé selon le caprice des maîtres, sans autre utilité que l'élé­\n vation esthétique au dessus des médiocrités de la pensée des foules. La\n sociologie est pour tous, l'art pour quelques-uns. Le jour où il sera acces­\nsible aux foules, c'est qu'il sera descendu jusqu'à elles, non qu'elles auront\nmonté jusqu'à lui. Mâtiné de préoccupations sociales, il déchoit, il s'abaisse,\nil s'attarde dans les mauvais lieux, dans les lieux communs.\n    Le niveau intellectuel du nombre n'a jamais sensiblement monté depuis\nque le monde existe ; le peuple d'Athènes était aussi cultivé que celui du\nParis d'aujourd'hui. Le propre des masses, c'est d'être médiocres ; elles ont\nune moyenne d'esprit qui pivote sur elle-même depuis toujours. Les\nidées sociales changent de forme, elles restent néanmoins stationnaires ; de\ntous temps il y a eu des révolutions à la suite desquelles les têtes gouver­\nnantes se préoccupèrent d'améliorer le sort de l'ouvrier (l'enquête que l'on\nfait aujourd'hui n'est pas neuve, je gage) ; aux heures de trouble, on a\ndétruit bien des Bastilles, mais un homme supérieur venait qui les bâtissait\navec des matériaux plus résistants, qui mettait sa botte sur les masses et\ncelles-ci, esclaves de nature, retombaient dans leur soumission.\n    L'Art aussi fut, de tout temps, mais au dessus des mouvements sociaux.\n De tout temps, sous les empires comme sous les républiques, il y eut des\nartistes qui chantèrent pour chanter, que ce fût sur la lyre, sur la toile, sur\nle marbre; ils planaient au dessus des foules qui ne pouvaient les com­\n prendre et sans souci des barricades et des coups de mitraille ; ils laissaient\ntomber sur la tête des élus leur pensée de lumière et passaient à côté de la\nfoule sans la voir ; pour la voir, ne devaient-ils pas se baisser ?\n    M. Edmond Picard a sérieusement choisi deux livres-types pour en faire\nla démonstration de ses principes. Ces deux livres se tournent contre lui.\nNous avons montré ce que sont les Paroles d'un Révolté, livre de sectaire,\naccumulant dans ses pages tout ce qui traîne de poncifs dans les journaux\n quotidiens; langue courante de la copie hâtive, de l'article facile, à la portée\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "                                  — 384 —\n\nde tous, se servant du vocabulaire restreint qui suffit aux masses. L'Insurgé\nun roman stylé, d'une forme martelée et sonore, racontant un homme\ngeignant sa souffrance en la généralisant à tous pour ne pas avoir l'air\négoïste et personnel.\n   Un roman encore une fois, un roman sans portée et que le peuple ne\ncomprendrait pas, alors que de l'autre il ferait, non une Bible, mais un\ncatéchisme. Le socialisme de Vallès est un « socialisme aristocrate ». Vallès\nà vu le côté plastique, artiste du peuple; il a fait un tableau, non une phy­\nsiologie.\n   « Que deviennent, dit M. Picard, les théories sur l'Art pour l'Art, sur\nl'Art fantaisiste, sur l'Art réduit à la forme sauf à mettre sous la forme une\npensée quelconque, comme on fourre du son dans une poupée ».\n   Ce qu'elles deviennent? Elles sont. Qu'est-ce que Leconte de Lisle,\nCharles Baudelaire, Banville, Paul de Saint-Victor ? Et Barbey d'Aure­\nvilly, et les Goncourt ?\n   Du son dans une poupée !\n   Et Zola? Car vous nous la bâillez joyeuse avec Germinal. Un écrivain\ntrace le tableau d'une société ; après avoir décrit le grand, monde, le théâtre,\nla vie qui mange, la bourgeoisie, il arrive au tome qui est celui du peuple ;\nà dater de ce moment il a voulu faire de l'Art social et on l'enrégimente\ndans l'armée des Kropotkine. Que sera-t-il, s'il vous plaît, lorsqu'il décrira\nl'armée et les chemins de fer ?\n   Du son dans une poupée !\n   Que les poètes chantent — la foule hurle ; qu'ils donnent au verbe des\nharmonies si délicieuses que les êtres d'élection puissent seuls en saisir les\ncharmes ineffables, et que leur voix monte aux douceurs célestes loin, bien\nloin des bassesses et des querelles humaines !\n                                                         MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 384, "page_fin": 385, "titre_corps": "Litanies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Lys", "ancre_debut": "LITANIES", "ancre_fin": "PIERRE LYS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN ASSASSINAT DANS UN CAFÉ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 1829, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "LITANIES\n       Laisse encor que je dorme — ô ma fille de joie —\n       En tes bras comme si j'étais enseveli,\n       Que ton corps qu'un divin ouvrier a poli\n       Pour mon enchantement, se débatte et se ploie,\n       Et s'attache à mon corps comme un maillot sans pli\n\n       O Toi qui m'as donné ton corps comme une aumône.\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "                                — 385 —\n\n      Saoûle-moi, fais de moi plus humble qu'une bête,\n      Fais-moi rouler au puits où nul soleil ne luit.\n      Que ton baiser en fleur pousse sur mon ennui ;\n      Et sois toute douceur et sois toute tempête,\n      Qu'on dise en me voyant demain : « Ce n'est pas lui ! »\n\n      O Toi devant qui tout astre d'or a pâli.\n\n     , Comme d'un instrument subtil sur mon cœur joue\n      A ta guise des airs. Archet souple et nerveux,\n      Souffle puissant, fais-moi triste, ou gai, si tu veux\n      — Mon vouloir ! — et d'un bras que la volupté noue\n      Enlève-moi jusqu'aux Edens par les cheveux ?\n\n      O Toi riche en bonheur et féconde en oubli.\n\n      Prolonge la caresse et vide ma cervelle,\n      Que je sois un vieillard quand tu n'étreindras plus\n      Mon corps; qu'en un instant les temps soient résolus\n      Sans me sonner l'heure où le dégoût se révèle\n      Et que ma raison parte — Océan — sur ton flux,\n\n      O Toi pour qui mon âme est prête comme un trône!\n                                                      PIERRE LYS.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 385, "page_fin": 390, "titre_corps": "Un assassinat dans un café", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "UN ASSASSINAT DANS UN CAFÉ", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOUVELLES DE LA GRAND ROUTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 432, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "UN ASSASSINAT DANS UN CAFÉ\n                                     I\n              Un cri suraigu lancina dans le ronron habituel du café. La\n               vieille hideur de femme, la vendeuse de journaux à voix\n               d'outre-tombe, le menton soulevé par le poing vigoureux de\n               Georges de Cléophas, se redressait comme une oie qu'on tire\npar la tête, son châle vert, une apparence d'étoffe avec des trous et des\nrapiéçages, battant l'air comme une paire d'ailes moisies; puis, d'une pièce,\nelle s'écroula, cogna de la tête la table de marbre, où pourpra une goutte­\nlette de sang, et s'aplatit sur le parquet.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "                                 — 386 —\n\n   Le café entier houla.\n   Dans le brouhaha des exclamations, des verres entrechoqués, des chaises\nqu'on renversait, les consommateurs tumultuèrent, avec des gestes de\nmenace, des brandissements de cannes et de parapluies. Au comptoir la\ngrosse demoiselle en robe de soie orange, de peur de s'évanouir dans un\ngrog, se siphonnait de la limonade. Les garçons, oubliant leurs serviettes,\naccouraient le nez en flair; l'un d'eux, sur un mot du patron, courut\nchercher la police. En l'attendant, quelques messieurs de la propriété pour\ntous subtilisaient des cuillers de ruolz ou des tabatières oubliées sur les\ntables.\n   Cependant on entourait Cléophas et la vieille. Une dizaine de spectateurs,\nen se bousculant, ramassèrent cette guenille de femelle et l'emportèrent\ndans une arrière-salle. Les autres, poing levé, la colère aux dents, enfer­\nmaient dans un cercle de fureur Georges de Cléophas, sans oser porter la\nmain sur lui, car il braquait à la ronde, froidement, comme un revolver\nchargé, son regard d'acier qui matait les brutalités dans une terreur respec­\ntueuse. Il était superbe, le fier jeune homme, au milieu de cette foule enco¬\nlérée qu'il cravachait des yeux, comme un dompteur dans une cage de\nfauves ! Ses narines dilatées accaparaient l'air des autres avec une autorité\nde roi qui prend la vie de ses sujets. Son front, ce trône d'orgueil, éblouis­\nsait de majesté. Toute l'aristocratie de sa race semblait casquer son visage\nd'un cimier invisible, qui faisait peur. Il avait croisé ses bras sur sa poi­\ntrine, tout simplement comme s'il avait conscience de l'inviolabilité de sa\npersonne. Et véritablement il y avait en lui quelque chose de sacré et de\nvaguement redoutable : son aspect évoquait le souvenir de ces personnages\nde la Bible qui d'un mot changeaient l'eau en sang et faisaient mourir les\npremier-nés. Grand et mince, ondoyant de hanches comme une femme, il\navait une maigre et impérative figure que trouaient deux yeux nocturnes,\ndeux gouffres noirs, plongeant dans des profondeurs mystérieures, deux\nbures d'une houillère infernale, exhalant comme la crevasse de Delphes,\ndans des vapeurs prophétiques, les arrêts d'une inflexible volonté. Georges\nde Cléophas avait été officier : de là sans doute lui venait cet air de com­\nmandement qui d'emblée, partout où il allait, le faisait maître. Les hommes\ncomme lui prennent dans la vie militaire l'héritage de César, et chacun de\nleurs gestes est une conquête. Au reste c'était un parfait gentilhomme, très\nrecherché dans le noble faubourg, et incapable d'une action vile. Pourquoi\ndonc avait-il frappé cette malheureuse? Ses lèvres serraient son secret der­\nrière un dédaigneux sourire. Un moment ses yeux dardèrent jusqu'au fond\nde la salle sur la porte étroite par où l'on avait emporté la marchande de\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "                                 — 387 —\n\njournaux, et un éclair de colère passa sur ses traits. Ce fut tout. Il redevint\nimmobile dans sa pose hautaine, pareil à une statue de dieu.\n   Rudement deux agents de police entrèrent et lui mirent la main sur\nl'épaule. Ils allaient lui passer les menottes quand d'une voix basse mais\npénétrante comme un poignard il leur dit : « Je vous suis, messieurs ! »\navec un tel air de grandesse qu'ils rempochèrent leur outil. On faisait\nsilence. Il y avait dans toutes les poitrines l'attente de quelque chose de\npoignant, car on espérait, on désirait, en une sourde méchanceté de\nbadauds, un second drame plus émouvant, plus canaille que le premier.\nAllait-il se laisser emmener, ce hardi jeune homme, sans casser la mâchoire\naux argousins, comme à la vieille maugrabine qui râlait là-bas? Il fallut\npourtant se résigner à ce dénouement fade quand on le vit sortir entre les\ndeux policiers, en boutonnant ses gants. C'était un désappointement,\ncomme à un spectacle manqué. On eût sifflé volontiers. Mais au moment\noù Cléophas passait le seuil, une phrase sinistre circula : Elle est morte'. Il\ny eut alors des menaces grommelées à demi-lèvres, puis des huées : le\ndompteur parti, les bêtes humiliées rugissaient. On se pressa aux fenêtres\npour voir « l'assassin » s'éloigner dans l'obscurité de la rue, entre les deux\nsabres qui s'allumaient parfois aux clartés des réverbères et qui semblaient\nécrire sur les murailles un blafard Mané- Thécel-Pharès, une lucide pro­\nphétie de guillotine.\n   Puis on revint à la victime. Les garçons, qui avaient repris leurs ser­\nviettes, barrèrent la porte du fond et annoncèrent que la vendeuse de jour­\nnaux avait été portée à l'étage. Un jeune médecin, qui buvait un mazagran\nau moment du crime, la soignait. Il avait défait ses jupes, son châle vert et\nson corsage de laine brune, où les doigts faisaient des trous. Elle n'avait\npas de linge. Sous l'étoffe effiloquée la peau jaune et plissée flasquait sur\ndes pointes d'os bleuâtres. Le docteur penché sur ce dépoitraillement écou­\ntait; son oreille épiait la parole de vie que murmurent les plus vieux\ncoeurs, les plus délabrés par la maladie et le chagrin. Brusque, il se redressa\net souleva la tête de la vieille. Le visage était atone. Les yeux révulsés gon­\nflaient leurs globes bilieux, baignés de chassie. Par la bouche violette\nentr'ouverte, quelque chose avait fui. Cette femme était morte.\n   Lentement les consommateurs s'en allèrent. Les garçons, d'un visage\nbêtement tragique, se mirent à ranger les verres et les jeux de cartes, puis\nils éteignirent le gaz et fermèrent l'établissement, échangeant à mi-voix de\nbrefs épiphonèmes. La morte, là-haut, les gênait. Ils songeaient vaguement\nà demander leurs gages, car le meurtre allait certainement porter malheur\nà la maison.\n                                                                       24\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2728, "texte": "                                   — 388 —\n\n\n\n                                       II\n\n    Par les hautes fenêtres de la salle d'audience, un jour lumineux et chaud\n s'allongeait en lanières blondes qui flagellaient comme une toupie le crâne\n rose de l'huissier. On était au mois de mai. L'ironique printemps jetait de\n bouffonnes faussetés d'idylle au nez de la justice.\n    Le tapis vert, baigné de soleil, ressemblait à une épaisse pelouse. Dans\n leurs robes écarlates, le président et l'avocat général paraissaient habillés\n de coquelicots. Ils faisaient songer aux Fleurs animées de Grandville. Le\n greffier regardait un hanneton s'empêtrer dans la barbe d'un juré endormi.\n    Il y avait peu de public : quelques galopins qui faisaient leur éducation\n de cour d'assises et trois vieilles, veuves de leurs chats, que la fréquentation\n des tribunaux dispensait de s'abonner à la Chronique.\n    Dans le silence soporeux de la grande salle, une voix frémissait, musica­\n lement riche, puissante, persuasive comme une incantation de violoncelle.\n L'accusé se défendait lui-même.\n    « Rien n'est plus naturel et légitime que ce meurtre prétendument inex­\n plicable. Certes il a dû étonner ceux qui n'en ont pas aperçu la cause\nmorale, faute de voir clair dans l'abîme mystérieux de l'âme. Les esprits\nsuperficiels soupçonneraient un trouble mental. Si j'avais confié ma justifi­\ncation à un orateur du barreau, grand sauveur d'assassins devant la justice,\nil plaiderait l'inconscience, la folie, un accès de fièvre chaude, que sais-je?\n Il n'en est rien. J'ai tué par un acte de volonté lucide, sur l'ordre impérieux\nde ma conscience et ce fut là une action vertueuse... Laissez-moi continuer,\nmonsieur le président; je sais que je lutte ici pour mon honneur et pour ma\nvie, et je ne vous débite point de stupides paradoxes.\n    « Vous connaissez ma vie. Elle fut calme, vouée aux études esthétiques\nles plus hautes et les plus délicates. Mes travaux ne sont pas ignorés; mon­\nsieur l'avocat général vous a dénoncé tout à l'heure le pseudonyme que mes\npoèmes ont clamé dans le clairon de la renommée, et vous a même signalé\ncharitablement l'immoralité de mes vers, qui ont offusqué jadis la pudeur\nde tous les faiseurs de feuilletons. Ont-elles assez barboté, les gazettes!\nL'on m'a traité de fangeux matérialiste, alors que mon cœur était prosterné\ndans l'inaltérable adoration de la beauté spirituelle, et l'on n'a pas vu que\nl'horrible m'obsédait par cela même qu'il me faisait horreur. N'avez-vous\njamais eu les yeux hantés d'une effroyable charogne aperçue au coin d'une\nrue? Un homme grossier ne l'eût point remarquée. En la regardant comme\nl'oiseau-de-paradis regarde la vipère qui le fascine, le poète doué d'un sens\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "                                  — 389 —\n\nexquis du beau sent son cœur se serrer d'angoisse ; il a beau fermer les yeux,\nla monstrueuse image reste collée aux yeux toujours béants de son esprit,\ncomme la tache de sang aux doigts de lady Macbeth.\n    « Cette digression vous a sans doute édifiés sur l'homme que vous avez à\njuger. Il me faut maintenant vous retracer le drame tel qu'il s'est passé dans\nle Café du Méridien et dans le château invisible de mon âme.\n    « Ce soir-là, j'étais assis dans un coin du café, devant un verre d'absinthe.\nLe cerveau surexcité par la puissante liqueur, mon âme appareillait pour le\npays des rêves. Le bruit des conversations ondoyait comme les molles\nvagues d'une marée des tropiques ; mes yeux, ivres de lumière, croyaient,\ndans les grandes glaces brouillées, contempler l'eau profonde, pleine de\nvisions fondantes. Puis, tout en haut, le plafond bleu bordé de feuillages,\nles acanthes des colonnes, les fleurs de plâtre et les rosaces, vibrant dans\nune joie lumineuse, n'était-ce pas, à l'horizon, une île fortunée roulant\njusque dans la mer les opulences de sa chaude végétation? Soudain, je crus\n entendre le sifflement doux d'une vipère : une effroyable vieille approchait,\n sale, déguenillée, l'œil visqueux, la bouche coulante, les cheveux affaissés\n en bandeaux trop larges, le corps bistourné, la croupe à la hauteur de la\n tête, en sorte que son horrible visage triangulaire avançait et semblait\n traîner son corps derrière, à la manière des serpents. C'était la vendeuse de\n journaux. Sa voix, un râle fluet de souris blessée, flûtait : L'Etoile belge !\n édition pour demain ! C'était suffoqué comme l'appel assourdi d'une\n enterrée vive.\n   « Elle était arrêtée devant ma table, roulant sur moi ses prunelles\nvitreuses : L'Etoile belge! édition pour demain! miaula-t-elle; puis elle\npassa.\n   « Je frissonnai. Les cauchemars anciens, évoqués par cette voix exécrable,\nassaillaient ma mémoire épouvantée. Une nuit de terreur enténébrait mes\nyeux. Soudain le même sifflotement d'aspic me piqua l'oreille : la vieille\nétait encore là, m'offrant ses journaux avec un mauvais sourire. Ah! la\nhideuse carcasse! Mon âme, vigoureusement éprise de la beauté idéale,\ntressaillait d'indignation. Comment la Providence laissait-elle errer dans le\nmonde cet être dégoûtant, qui devait faire horreur aux chiens des rues ? La\nlaideur est plus repoussante que le vice. S'il est vrai que le Beau n'est que\nle Vrai ou le Bien dans leur splendeur pure, le Laid est plus monstrueux\nque le mensonge et le péché, le Laid est la suprême injure faite à la loi\nmorale! Vieille maudite! me disais-je, ton impure charogne est une insulte\nà l'Idéal! Tu fais honte au Créateur. Ton ignoble visage est un crime. Ta\nposture infâme viole la volonté divine. Ta difformité blasphème.\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 456, "texte": "                                 — 390 —\n\n   « Et comme une troisième fois, l'affreuse sorcière approchait, je sentis\navec la violence d'un coup de sang monter à ma cervelle la volonté de\nredresser l'immonde retorse ou de lui ôter la vie... D'un brusque coup de\npoing je lui soulevai la tête... Je l'ai tuée par haine des dépravations, par\namour du Beau, de la Vertu, de la Règle ! »\n                                                       IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 390, "page_fin": 399, "titre_corps": "Nouvelles de la Grand’route", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marius Réty", "ancre_debut": "NOUVELLES DE LA GRAND ROUTE", "ancre_fin": "MARIUS RÉTY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 437, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 456, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "NOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n                                    VII\n                           SOLO DE F L U T E .\n              Un clair matin d'avril, sur la route de la capitale du Brabant,\n                à peu de distance de Nivelles, je cheminais, voyageur égayé\n                par les rayons d'un soleil neuf, sur la chaussée pierreuse,\n                entre des carrés de terre brune fraîchement remuée, et de\npetits bouquets de bois estompés d'opale par les derniers brouillards de\nl'aube.\n   J'avais passé la nuit en chambrée, à l'auberge de la Pinte Rouge, dans\nune pièce garnie de six lits en bois peint, en compagnie d'un grand garçon\nmaigre et chevelu, qui ne m'avait pas adressé la parole. Ce mutisme absolu,\nde la part d'un étranger au pays, avait eu lieu de m'étonner ; les routiers\nsont ordinairement bavards.\n    Quoi qu'il en soit, au point du jour, en descendant dans la salle de l'au­\nberge, j'appris que mon silencieux était parti depuis une heure au moins.\nA mon tour, j'avais quitté l'établissement et gagné la route.\n   Au sommet de la côte, l'horizon s'élargissait à perte de vue humaine ; des\ncoupées de bois succédaient aux bouquets embrumés de la vallée; une\ncarrière profonde, où les hommes et les choses prenaient une teinte d'ardoise\nsous la poussière de la mine, défonçait brusquement le sol, à quelques pas\ndes fossés; une longue file d'arbustes rachitiques partageait en deux la\nperspective, au loin; et enfin, au milieu même de la route, un groupe de\nconstructions riantes s'étalait sans façon autour d'un clocher bizarre, dont\nl'aiguille avait une face dorée au levant.\n   Je marchais d'un bon pas, à jeun encore, et me promettant de ne prendre\nle genièvre qu'une fois arrivé à la ville prochaine. Déjà deux bornes kilo­\nmétriques se trouvaient derrière moi ; la carrière et les coupées de chênes\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "                                   -   391   -\n\n avaient disparu ; seuls le clocher et le groupe de maisons me restaient vis-\n à-vis ; puis, la route obliquait, et je ne voyais plus lien.\n    Soudain, plusieurs notes aiguës, mais rythmées, comme un placage d'ac­\ncords, s'envolèrent d'un lieu peu éloigné et vinrent me frapper l'oreille,\nD'abord j'admis l'hypothèse d'un chant d'oiseau inconnu; mais bientôt les\ntrilles d'un air en vogue me détrompèrent : on entend rarement un ros­\nsignol chanter : Si j'étais Roi!\n   Après un moment de réflexion, je fus pris d'un accès d'hilarité à mes\npropres dépens. Etais-je simple! c'était tout bonnement un flûtiste ennuyé\nqui, sans doute, pour oublier les déboires de l'existence, remplissait ses\nloisirs de grands flots d'harmonie !\n    Cependant, il m'eût été agréable de voir le musicien. J'écoutai encore\nquelques instants, et marchai dans la direction d'où venait le son. Lente­\nment j'arrivai à travers champs jusqu'à une colline au pied de laquelle, de\nl'autre côté, courait en festonnant un ruisseau caillouteux bordé d'émousses\nrabougries.\n    Là, tout près, assis sur le sol, le musicien se recueillait, le front penché,\nles coudes aux hanches, les jambes nues, allongées dans l'onde du ruisseau.\nEspérant que l'artiste ne s'en tiendrait pas aux morceaux déjà exécutés, et\nvoulant jouir du concert dans son entier, je m'allongeai sur l'herbe, me\ndissimulant de mon mieux afin de voir sans être vu.\n   Bientôt, en effet, un nouvel accord retentit, et l'instrumentiste recom­\nmença.\n   Ce fut d'abord une musique étrange et farouche, quelque chose de vierge\net de sauvage, avec des bonds, des chutes et des cris ; puis les tons se lièrent\ninsensiblement, les notes se fondirent, et les saccades se transformèrent en\nun andante paisible et doux, faisant songer aux échos lointains des mélopées\nque les paysans chantent le soir en rentrant à la ferme. L'air, de doux qu'il\nétait, devint ensuite mélancolique; les notes traînaient, étagées doucement,\nsemées de demi-tons plaintifs, dans une mesure à quatre temps. L'instru­\nment eut des soupirs, des sanglots ; cela ressemblait à une idylle changée\nen élégie ; on eût dit que le musicien exhalait, non du souffle par ses lèvres,\nmais de la douleur par son âme.\n   Puis, progressivement, la mélodie devint plus virile ; il y eut une ariette,\nsuivie de petits airs sautillants et simples : une polka, dans un bal cham­\npêtre. Enfin, les notes redevinrent vibrantes, et s'étendirent, répétées par\nl'écho de la campagne ; j'eus la vague idée d'un quadrille échevelé, d'une\ndanse macabre autour de pierres tumulaires flamboyantes, tourbillonnant\ncomme dans une ronde infernale, brusquée, à intervalles égaux par la son­\nnerie lourde d'un'glas funèbre...\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "                                  — 392 —\n\n    L'artiste se tut, et laissa retomber ses mains sur le sol.\n   Alors, véritablement ému, la larme à l'œil, je me dressai vivement et me\nmis à applaudir avec force.\n    Le musicien stupéfait se retourna et cacha prestement sa flûte sous ses\nhardes. Quel ne fut pas mon étonnement de reconnaître mon taciturne de\nl'auberge !\n    Sans plus attendre, je descendis le mamelon et courus souhaiter le bon­\njour à l'artiste. Mais celui-ci ne me répondit point de vive voix, et me fit\ncomprendre, par signes, qu'il était muet.\n    Cela m'expliquait son silence, mais ne me disait point pourquoi le musi­\ncien avait tout d'abord caché sa flûte en m'apercevant.\n    Après avoir écouté les quelques paroles que je lui dis, il me regarda lon­\nguement; puis, avec un geste comme s'il se disposait à quelque acte de\ncourage, il tira de sa poche un carnet, en déchira quelques feuilles, et y\nécrivit au crayon les lignes qui suivent :\n    « Je ne puis plus articuler une parole, bien que je sois encore capable\nde jouer de mon instrument; ma mutité est la suite d'une blessure que je\nreçus à Frceschwiller, en 1870.\n    « Il y aura trois ans à l'anniversaire de la république, ma mère mourut,\n— la pauvre vieille! — Moi, je quittais le pays, après avoir dit adieu aux\ncamarades de la fonderie ; et, mes effets dans mon mouchoir, ma flûte dans\nson étui, je partis pour la capitale.\n    « Malheureusement, le travail manquait à Paris. Que faire? J'avais mon\ninstrument : j'allai jouer le soir dans les cabarets ; mais quand l'ouvrage\nest rare, l'argent l'est plus encore, chez les ouvriers ! Cela dura quelque\n temps. Je soupais quelquefois; je logeais moins. Enfin, voyant la marche\n des affaires, je voulus retourner au pays. A la fonderie on refusa de m'oc­\n cuper. J'avais déserté l'ouvrage, disait-on, je pouvais crever, ce serait bien\n fait.\n    « Alors je repris la grand'route, et me mis à voyager, bagage au dos,\n coudre à la main.\n    « Le mois dernier, — il gelait encore, — tombant de froid, je vendis ma\n flûte pour avoir un abri. J'eus trois francs, et je vécus quinze jours. Hier,\n un riche m'a jeté dix sous dans une ornière. J'ai logé cette nuit; et j'ai volé\n dans l'auberge l'instrument avec lequel je viens de jouer...\n    « Je vous crois un honnête homme, — plus que moi ; — prenez cette\n flûte et reportez-la, si vous allez de ce côté; vous direz l'avoir trouvée près\n de la porte.\n    « Tenez, il faut que je vous dise... C'a été plus fort que moi; il y avait\n trop longtemps que je n'avais plus la mienne !... »\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "                                 — 393 —\n\n   Lorsque j'eus fini de lire, le muet me tendit l'instrument en s'essuyant les\nyeux. Je pris machinalement la flûte, et, serrant la main à l'artiste, je\nm'éloignai à petits pas.\n   Au bout de quelques minutes j'entendis un son rauque, inarticulé, réson­\nner derrière moi. Je me retournai : le musicien courait de mon côté, les\npieds nus, avec des gestes suppliants. Je m'arrêtai pour l'attendre. Lorsqu'il\nfut auprès de moi, il joignit les mains comme pour une prière, et ses yeux,\nregardant tour à tour les miens et la flûte que j'avais sous le bras, avaient\nl'air de me dire :\n   — Encore, encore une seule octave !\n\n\n\n                                    VIII\n\n                            LA PROMENADE\n\n\n   Chaussé de ses vastes sabots jaunes, dans lesquels il a mis de la paille\nfraîche ; vêtu du sarrau de toile bleue luisante ; coiffé du large feutre gris\nd'usage, l'homme suit lentement le sentier qui conduit vers les champs de\nblé.\n   C'est dimanche ; les cloches de l'église sont devenues muettes ; les vêpres\nsont achevées; les paysans ont regagné le village. Là-bas, du côté des mai­\nsons, des rires retentissants entre les notes d'un violon aigre tourmenté par\nl'archet du maître d'école ; c'est un bal champêtre où la jeunesse campa­\ngnarde va s'ébattre joyeusement durant une heure, sous les branches à demi\ndépouillées de quelques tilleuls rachitiques. A la ferme, des femmes, vieilles\net courbées, apprêtent silencieusement le repas du soir; les poules becquè-\ntent dans la cour; les pigeons roucoulent dans le ramier; et la poulie du\npuits tourne sur son axe rouillé, en grinçant sous le poids des seaux rem­\nplis.\n   Du reste, tout est calme, aux logis et aux champs. Des vieux, assis devant\nleurs portes, la face rouge, les mains grises et tremblotantes, fument gra­\nvement leurs pipes, perdus dans les songes intraductibles de leur intelli­\ngence obtuse.\n   Tout se repose ou s'amuse : aux jeunes la danse, les conversations\nbruyantes, les galanteries brutales; aux vieillards le foyer, la rêverie, le\ncabaret; le cabaret du pays, avec son bouchon de houx ou de vigne pour\nenseigne, au dessus de la porte, et ses rideaux rouges aux fenêtres ; des\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "                                  — 394 —\n\ntables de charme raboté; ses buveurs froids et mornes, penchés sur leurs\nverres ; et son atmosphère bleue de fumée.\n\n\n\n   Cependant, l'homme s'éloigne du village et gagne les champs. Son\nvisage, roussi aux feux de l'été, paraît à peine sous les larges bords retom­\nbés de son feutre. Il va, sans se presser, les mains ballantes, le dos un peu\nvoûté, la tête droite. Devant lui, la campagne s'étend, jaunâtre, au coucher\ndu soleil; des carrés de blé s'élèvent à gauche, courbant leurs tiges sous le\npoids des épis presque mûrs; plus loin, un bouquet d'acacias ferme la\nperspective; à droite, des coteaux s'élargissent en pente douce, couverts de\nvégétation vigoureuse, brune dans les plis du terrain; au fond, surgit en\nligne droite une chaîne de petits tertres peu élevés, d'où l'on découvre, par\nun ciel clair, un horizon immense.\n    L'homme va toujours de son pas lent et mesuré ; il ne se détourne pas ;\n sa tête, automatique, se meut en demi-cercle, de droite à gauche, de gauche\n à droite ; à peine de temps à autre s'approche-t-il des épis qui bordent le\n sentier, afin d'en chasser quelque essaim de moineaux pillards. Il marche;\n il traverse les champs ; il passe devant le bouquet d'acacias et s'enfonce\n dans le fouillis de végétation. Là, à l'abri des rayons, il se découvre et s'ar­\n rête.\n\n\n\n   Les mains jointes sur les reins, il compte d'un œil sûr les promesses de la\nrécolte prochaine ; il calcule, il contemple ; son regard s'élève de la terre au\nciel : il prie, il bénit, peut-être.\n   Car l'homme est religieux; mais d'une religion particulière; il ne croit\npas au Dieu que lui prêche le curé. Il n'a qu'une idole : le temps. Le temps\nest le maître des récoltes ; il peut, d'un coup de vent ou d'un rayon de\nsoleil, remplir les sacs ou vider la huche.\n   Aussi le temps vaut-il plus que Dieu.\n   L'homme est logique dans son gros bon sens rural.\n   C'est qu'il est le gros bonnet du pays. A lui appartiennent ces prés, ces\nchamps, ces coteaux, et jusqu'à ces acacias, qui maintenant sont enveloppés\nd'ombre; sans compter la ferme et l'abreuvoir du village, femmes et bêtes\ncomprises.\n   L'homme est taciturne, mélancolique; il ne rit jamais, parle rarement,\nsourit quelquefois. Toute la semaine il s'est courbé sur ces sillons qui ren-\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "                                  — 395 —\n\n\nferment l'espoir de quelques mesures de grain ; aujourd'hui, il vient donner\nle coup-d'œil du maître, satisfait de son travail.\n   Après une pause de quelques instants, il quitte la vallée et s'éloigne du\ncôté de la chaîne de collines dont les crêtes sont encore empourprées de\nclartés mourantes. Bientôt il gravit d'un pas égal la pente des tertres et\nparaît au sommet, sur le plafond rouge du couchant, comme une ombre\nnoire, silencieuse, immobile.\n   L'homme n'a pas recouvert son front; il tient son feutre entre ses mains\ntoujours croisées. Sa large face brûlée et polie miroite aux dernières lueurs\ndu crépuscule. Il ne porte point de barbe ; ses yeux, peut-être passés de\nteinte à la lumière, ont une nuance verdâtre et changeante; son front\nsemble fait de deux pièces soudées l'une à l'autre, tant le haut et le bas dif­\nfèrent de couleur; ses cheveux, ras et drus, sont blancs sur le crâne et gris\nderrière les oreilles ; et cette forte silhouette demeure là, roide, impassible,\nla vue perdue dans l'horizon, au loin.\n\n\n\n\n   Maintenant, l'homme est le rêveur; il contemple la nature, — sa nature,\ncar ces terres sont à lui, — au coucher du soleil ; il regarde les ondulations\ndes blés, les zigzags désordonnés de la vigne et les sillons parallèles des\nplants encore enfouis ; il admire, sans le comprendre, le mécanisme subtil\net fécond qui changera bientôt quelques produits imparfaits en beaux et\nbons écus d'or. Et il se laisse emporter, lui, intelligence faible, dans le tor­\nrent de poésie qui s'échappe vaguement du bouquet d'acacias.\n   Il se retourne; il lève son front vers l'ouest ; il cherche à percer du regard\nles bandes cuivrées du ciel. Et, dans son admiration muette, deux grosses\nlarmes incolores roulent en scintillant comme des gouttes de rosée sur la\npeau tannée de ses joues.\n   Oh ! les douces larmes d'attendrissement ! ô puissance imprescriptible de\nla poésie I\n   Eh bien, non ! l'homme n'a pas le cœur ouvert à des sentiments sembla­\nbles ! Savez-vous pourquoi l'homme pleure? c'est parce que, dans ces bandes\ncuivrées qui disparaissent maintenant sous le voile de la brune, il a\nreconnu le signe certain d'un vent terrible, destructeur de la récolte der­\nnière.\n   Il reprend à présent le chemin du village. Tout à l'heure, en rentrant à la\nferme, il redeviendra le paysan austère, âpre au gain, dur à la famille, froid\nau sentiment ; et, dans sa mauvaise humeur d'un labeur compromis, il ne\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "                                  — 396 —\n\nménagera ni les injures aux femmes, ni les ruades au vieux griffon décharné\nqui viendra au devant de lui pour lui lécher les mains.\n\n\n                                      IX\n                        LE GUEUX A L'ORGUE\n\n   Le vieux qui court les rues, portant sa boîte sur le dos, comme un\nescargot sa coquille, s'était mis en route de bonne heure.\n   Et comme c'était jour de fête, le pantalon du gueux avait été soigneuse­\nment brossé ; aussi la redingote à la « propriétaire » ; aussi la large cas­\nquette de drap vert, à visière de cuir verni. Il allait y avoir tantôt deux\njours que le loqueteux n'avait dîné. Aussi, les poches et le cœur pleins\nd'espoir, il avait endossé sa boîte à musique et s'était dirigé vers la ville.\n   Le vieux n'était pas infirme, oh non ! tant s'en fallait ! Le champagne\nqu'il avait sablé durant son existence avait été insuffisant pour lui léguer la\ngoutte, ce châtiment des: jouisseurs; il avait de bonnes jambes, bien\nosseuses et bien maigres : des jambes de vagabond, capables de faire leurs\nhuit lieues en dix heures. Le coffre était solide, large et velu comme une\npoitrine d'ours. Les yeux aussi étaient bons, gris et vifs, susceptibles de\nfouiller le ruisseau bourbeux pour y découvrir un liard oxydé : des yeux\nde maraudeur.\n   Eh bien, malgré tout cela, le vieux mendiait presque. Sous son écorce\nrugueuse et vivace, l'homme gardait l'indolence du désœuvrement. Il vou­\nlait ignorer le travail. L'atelier? ah bien oui! et le grand air, donc? et les\nbonnes heures de sommeil, en plein midi, dans les fossés, la tête à l'ombre,\nderrière la boîte à musique, sa vieille inséparable! et les fines lampées de\ntrois-six sur les tables clopinantes de la barrière ! que serait devenu tout\ncela?\n   Non que le vieux fût fainéant par nature; il trimait, et rude, quelquefois.\nSeulement voilà : le gueux en était un vrai, un de dessous les fagots. Il\nn'était pas paresseux; il était flegme. Et puis, cette incertaine vie de bohé­\nmien lui allait ; il y était façonné. En sortir, c'eût été sortir de sa sphère,\nde son climat vital. Vrai, il eût crevé, dans l'atelier! Et le vieux tenait à la\nvie, au moins autant qu'à sa boîte, à son repos et à son trois-six.\n\n\n\n\n  Tu les as chantés, Richepin, ces marlous, marloupins et marloupattes;\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "                                 — 397 —\n\ntu as étudié leur existence végétative sur la route, sous les ponts et dans la\nrue ; tu as appris leur langage au pays de Largonji, avec les dos, les mendi­\ngots et les loucherbems. Les claquepatins, les loqueteux, les catins et les\nmarmousets ont été immortalisés par ton œuvre. Mais puisque, dans tes\nvolées pittoresques, tu nas pas rencontré mon homme, permets-moi de te le\nprésenter. Tu as eu « Le bon gueux qui rôde », j'aurai le « Gueux qui joue\nde l'orgue ».\n\n\n\n   Sur la grande allée bordée de marronniers, le vieux avait posé sa boîte Il\nfaisait chaud ; et le marchand de coco avait eu bon nez en flairant la\nrecette.\n   En fraîches toilettes d'été, les margots balayaient le sable du cours, éta­\nlant aux yeux de la plèbe l'audace de leur richesse impure.\n   De temps à autre, une calèche passait sur la chaussée, soulevant un flot\nde poussière sous les pieds des chevaux. De temps en temps aussi, un cava­\nlier filait, rapide, sous les branches vertes de la contre-allée qui ne permet­\ntaient d'apercevoir le fugitif que dans leurs éclaircies. Parfois, c'était une\namazone, toute pâle, dans un costume noir, qui traversait au petit trop la\nplace dorée et poudroyante au soleil.\n   Le vieux avait mis sa machine en branle.\n   Il était peu varié le répertoire de la boîte à musique; quatre airs le com­\nposaient : « Partant pour la Syrie; » « D'ici voyez ce beau domaine... ; »\n« Ohé lesp'tits agneaux! » et « Je vais revoir ma Normandie... » Sur un\nrythme mélancolique, l'orgue geignait des fa dièze et des mi bémol qui se\nperdaient presque dans le bruit de la foule qui ne les entendait pas.\n   Et le vieux tournait, tournait toujours, avançant bravement vers les pro­\nmeneurs sa coquille de nacre.\n   L'ombre n'est pas faite pour les mendiants, à l'air libre. Le loqueteux,\nrefoulé le long des murailles, recevait sur sa tête nue les brûlants rayons de\njuillet. Il suait, le bonhomme !\n   Mais aussi, quelle idée de s'entêter à perdre ainsi de l'harmonie! Si seu­\nlement les petits sous avaient plu dans la coquille! Mais non, rien, pas une\nrouge pièce !\n   Il y eut un instant où le marchand de coco eut pitié de notre homme ; il\ns'approcha, remplit un verre à sa fontaine, et le tendit au vieux, avec une\nespèce de confraternité protectrice, en lui disant :\n   — Va, bois; tu me rendras ça quand tu pourras.\n   On sentait, dans le ton dont le marchand de coco parlait, toute la dis­\ntance qui sépare le négociant de l'artiste.\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "                                   -   398 —\n\n   Philistin, va!\n   Le gueux but. Vraiment, il avait soif. Et les sous ne tombaient pas.\n\n\n\n\n   Trois heures durant l'homme resta à la même place, attendant l'aubaine.\nLa foule passait, indifférente à Ma Normandie comme à la Dame blanche,\ndure à la poche comme à l'oreille.\n   Cependant le dîner devenait de plus en plus problématique. Alors le\nvieux fut pris de désespoir. D'un coup brusque il se hissa la boîte sur\nl'échiné et se mit à descendre l'avenue. Maintenant il marchait à l'ombre,\nheurtant ses voisins au passage, humilié de l'égoïsme de ce monde qu'il\ncoudoyait.\n   Peu à peu cependant sa nature philosophique reprenant le dessus, il se\ndit qu'un dîner de plus ou de moins ne devait point paraître dans la vie\nd'un homme.\n   Et lorsque le loqueteux arriva à la barrière, il était tout à fait consolé et\nn'avait plus souci que de faire un bon somme, à l'ombre des verts talus.\n\n\n\n\n   Entraîné par cette puissance invisible qui fait que les gueux s'assemblent,\nj'avais suivi le vieux jusqu'au delà des portes de la ville. Un large champ\nd'avoine s'étendait devant nous. A gauche, sur le terrain nu, des tentes se\ndressaient, pittoresques, désordonnées, sales, pailletées de métal, semant\ndes étincelles dans le gris vague de la campagne. Des Bohémiens, des Zin-\ngari, sans doute, avaient élevé leurs constructions nomades en ce lieu.\n   Le vieux déposa son orgue sur le sol et se coucha à l'entrée du champ\nd'avoine. Resté un peu en arrière, je fis comme lui, et me mis à sommeiller.\n\n\n\n\n  Je ne sais combien de temps je dormis.\n  Tout à coup je fus réveillé par une musique étrange qui semblait sortir\ndu milieu même des épis. Je me dressai et regardai du côté d'où venait le\nbruit...\n  Quel ne fut pas mon étonnement de voir le vieux à l'orgue tourner avec\nune bonne foi inimaginable la manivelle grinçante de sa commode à\nmusique !\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "                                 — 399 —\n\n  Oui, il tournait. Et, l'un après l'autre, se relayant sans interruption, les\nquatre morceaux du répertoire couraient, glapissant, roulant, tonnant,\ntonitruant, avec des sursauts, des soupirs et des pauses démesurées.\n   Le mendiant s'était dit : « Ma foi, puisque les gens ne veulent point\ndonner, je vais envoyer une aubade au soleil. Celui-ci, du moins, s'il me\ngrille l'été, me réchauffe l'hiver.\n   « Et en avant la musique ».\n  Et le vieux tournait, tournait toujours.\n\n\n\n  Avant le soir j'étais assis devant l'une des tentes des Zingari.\n  Des femmes, jeunes et vieilles, jolies et laides, allaient et venaient autour\ndes feux qui brûlaient sur le sol. Le vieux loqueteux était allongé auprès\nde moi, attendant le repas qui nous était offert.\n  Eh parbleu, oui ! ces bons gueux nous avaient invités, de frères à frères.\nEt nous avions accepté.\n  Bientôt nous fûmes servis; et nous mangeâmes dans l'immense écuelle\nde bois le brouet aillé et le pain noir de nos orientaux compagnons.\n  Puis, le vieux à l'orgue de Barbarie, commença une histoire. Elle était\nlongue...\n  Alors, pendant que les pipes s'allumaient, je m'étendis sur le dos, auprès\ndes feux mourants, et, regardant les étoiles, je me mis à fredonner incon­\nsciemment le vieux refrain de Béranger :\n                              Les gueux, les gueux,\n                           Sont des gens heureux,\n                           Ils s'aiment entre eux;\n                              Vivent les gueux !\n                                                      MARIUS RÉTY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 400, "page_fin": 402, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Gilles de Rays", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "MEMENTO\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 116, "texte": "BELGIQUE"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 284, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "MM. 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Au moment où"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 2776, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "nous craignons de le voir s'assoupir dans"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 2908, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "le quiétisme du rêve vécu, notre cavalier"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3039, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "se cogne"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": "Au comptoir d'un épicier!"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3228, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "Devant ce sombre autel du prosaïsme,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3343, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "déception amère qui se dresse devant lui"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3472, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "avec des couleurs de deuil, M. Gallaud"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3601, "fin_caractere_exclue": 3643, "texte": "s'arrête. C'était le moment de remonter en"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3733, "fin_caractere_exclue": 3774, "texte": "selle et de chevaucher dans les landes de"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3864, "fin_caractere_exclue": 3905, "texte": "1' « Art social. » L'auteur s'en est bien"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 3956, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "gardé, et nous l'en félicitons."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4078, "fin_caractere_exclue": 4118, "texte": "Sa pièce de vers, correctement bâtie est"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4198, "fin_caractere_exclue": 4242, "texte": "sans prétention et d'une fraîcheur délicate."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4293, "fin_caractere_exclue": 4334, "texte": "Nous lui souhaitons le succès qu'elle mé­"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4384, "fin_caractere_exclue": 4389, "texte": "rite."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4443, "fin_caractere_exclue": 4483, "texte": "Un dessin pas banal et bien compris orne"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4533, "fin_caractere_exclue": 4576, "texte": "la couverture.                        F. V."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 4646, "fin_caractere_exclue": 4648, "texte": "**"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "La deuxième de La Casserole :"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 167, "fin_caractere_exclue": 201, "texte": "A I R S DE P E T I T E F L U T E ."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "LE TEMPS EST AUX CHANSONS I"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 537, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "A Max Waller."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 607, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "H o l à ! les gens mal habillés,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 706, "fin_caractere_exclue": 740, "texte": "Venez donc ça qu'on vous parfume :"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "L'odorant thurifera fume"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 824, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "D a n s nos encensoirs ciselés."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 927, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "Voyez avec quelle a p a t h i e ."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "Avec quelles nobles façons,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "Quel dédain nous les balançons"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1160, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "D a n s l'atmosphère e m p u a n t i e !"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "Car l'air q u e vous contaminez"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1361, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "D e l'odeur de vos dessous sales,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1465, "fin_caractere_exclue": 1495, "texte": "O ! masses autrefois vassales,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1503, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "N e doit plus offenser nos nez !"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1596, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "Observant et rythme et césure,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1695, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "N o u s disons d'exquises chansons,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1796, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "Et mollement nous balançons"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1831, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "N o s beaux encensoirs en mesure."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1929, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "E t très haut et très doucement,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2029, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "Afin d'étouffer vos m u r m u r e s ."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2127, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "Tels les oiseaux sous les r a m u r e s ,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2176, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Nous trillons agréablement."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "Eh ! va donc, tourbe mariolle"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2443, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "8 ui te plains de manquer de pain,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2486, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "e n'est pas vrai : tu n'as pas faim,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2530, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "Sinon d'un peu d e gloriole!"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2586, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "MARTHE      SCHWERDTLEIN."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2905, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "Deux volumes, des nôtres, sont sous"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3042, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "presse, chez l'imprimeur Monnom : Lettres"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3186, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "à Jeanne, par Jules Destrée et Elles, par"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3330, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "James Van Drunen. Ce dernier volume, tiré"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3471, "fin_caractere_exclue": 3515, "texte": "à très petit nombre, ne sera pas mis dans le"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3616, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "commerce."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3729, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "FRANCE"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3814, "fin_caractere_exclue": 3851, "texte": "A travers la vie, par Francis Pittié."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3911, "fin_caractere_exclue": 3923, "texte": "Cela fait..."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4127, "fin_caractere_exclue": 4130, "texte": "***"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4166, "fin_caractere_exclue": 4195, "texte": "Du « journal des Goncourt » :"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4297, "fin_caractere_exclue": 4334, "texte": "Je grimpais allègrement et fiévreuse­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4431, "fin_caractere_exclue": 4468, "texte": "ment ainsi qu'un fou et machinalement"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4568, "fin_caractere_exclue": 4608, "texte": "ainsi qu'un somnambule. J'étais entraîné"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4703, "fin_caractere_exclue": 4747, "texte": "dans l'orbite de cette robe blanche et de ce"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4846, "fin_caractere_exclue": 4891, "texte": "rayonnement blanc. Enfin j'arrivai. Je sautai"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4986, "fin_caractere_exclue": 5027, "texte": "sur le 'balcon. J'avais été amoureux pen­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5084, "fin_caractere_exclue": 5127, "texte": "dant une longueur de quinze pieds. Je crois"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5182, "fin_caractere_exclue": 5223, "texte": "bien que je n'aurai de l'amour dans toute"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5280, "fin_caractere_exclue": 5325, "texte": "ma vie que de telles bouffées... Je passai la"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5380, "fin_caractere_exclue": 5418, "texte": "nuit avec cette femme qui me disait en"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5481, "fin_caractere_exclue": 5525, "texte": "voyant mes regards sur elle : « Es-tu drôle,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5526, "fin_caractere_exclue": 5570, "texte": "tu as l'air d'un enfant qui regarde une tar­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 161, "texte": "tine de beurre! » Mais j'étais déjà dégrisé,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 219, "fin_caractere_exclue": 263, "texte": "j'avais peur qu'elle ne me demandât, le len­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 364, "texte": "demain matin, un petit ouistiti que j'avais"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 461, "fin_caractere_exclue": 500, "texte": "acheté au Havre, dans la journée. 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Il m'apparut"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "dans cette peau de voyou je ne sais quelle"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1310, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "petite figure attristée, songeuse, rêveuse,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1410, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "dessinée sur l'envers d'une affiche de théâtre."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1552, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "Après chaque étreinte amoureuse, son"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1645, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "cœur faisait toc-toc comme un coucou d'au­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "berge de village : un bruit funèbre. C'était"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1880, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "le plaisir sonnant la mort. « Oh! je sais"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 1978, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "bien, me dit-elle, que si je faisais seule­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "ment la vie six mois, je serais morte. Je"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2225, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "mourrais jeune avec une poitrine comme"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2320, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "ça... Si je me mettais à souper, ce ne serait"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2422, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "pas long... «"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "Le Barbe-Bleue légendaire, celui des"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2764, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "contes enfantins et des opérettes, est un"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2862, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "personnage peu recommandable sans doute"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 2997, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "par sa moralité. 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C'était une tout autre"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3427, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "passion que celle de changer d'épouse légi­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3571, "fin_caractere_exclue": 3615, "texte": "time qui animait le seigneur Gilles de Rays."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3671, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "Un chercheur, qui est en même temps un"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3765, "fin_caractere_exclue": 3811, "texte": "spécialiste, M. le D r Julien Chevalier, vient"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3867, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "d'exhumer le véritable Barbe-Bleue, et il"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 3964, "fin_caractere_exclue": 4003, "texte": "nous le présente comme un simple mania­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4059, "fin_caractere_exclue": 4101, "texte": "que atteint tout bonnement de folie impul­"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4157, "fin_caractere_exclue": 4162, "texte": "sive."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4254, "fin_caractere_exclue": 4293, "texte": "« On sait, écrit le Journal de médecine"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4390, "fin_caractere_exclue": 4429, "texte": "et de chirurgie pratique, que le nom de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4524, "fin_caractere_exclue": 4567, "texte": "Barbe-Bleue est attribué par les historiens"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4664, "fin_caractere_exclue": 4702, "texte": "à divers personnages parmi lesquels on"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4803, "fin_caractere_exclue": 4845, "texte": "signale surtout le seigneur Gilles de Retz"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 4947, "fin_caractere_exclue": 4985, "texte": "ou Rays, qui vivait au commencement du"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5041, "fin_caractere_exclue": 5083, "texte": "quinzième siècle et est très connu par les"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5139, "fin_caractere_exclue": 5181, "texte": "atrocités qu'il commit. Or, on trouve dans"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5237, "fin_caractere_exclue": 5279, "texte": "un livre récent du Dr Julien Chevalier sur"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5335, "fin_caractere_exclue": 5379, "texte": "l'Inversion de l'instinct sexuel au point de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5435, "fin_caractere_exclue": 5480, "texte": "vue médico-légal (*), des détails historiques"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 5582, "fin_caractere_exclue": 5626, "texte": "(*) In-8° d e 170 p a g e s , chez O. Douin."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "qui montrent que ces cruautés doivent"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "être attribuées à un état mental tout parti­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "culier, bien étudié maintenant et très"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 330, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "répandu à cette époque. Aux quatorzième,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "quinzième et seizième siècles, dit cet auteur,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 516, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "se développa, avec une intensité inouïe, une"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 651, "texte": "sorte de folie génésique générale. La démo­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 703, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "nomanie, la sorcellerie, la croyance aux"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "succubes, aux maléfices et vilenies du"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "diable, remplissent cette époque, s'accom­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 985, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "pagnant d'un priapisme universel. Les pas­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1081, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "sions contre nature ne pouvaient moins"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1172, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "faire que d'apparaître : elles se manifes­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1263, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "tèrent par un fait monstrueux. Le très haut"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1362, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "et très puissant seigneur Gilles de Laval,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "sire de Rays et autres lieux, maréchal de"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1557, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "France, compagnon de Jeanne d'Arc avec"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1650, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "laquelle il prit part à la délivrance d'Or­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1743, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "léans, de retour de ses campagnes, dans"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1838, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "son château de Machecoul, en Bretagne, sa­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1931, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "crifia plus de huit cents enfants à ses appé­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2029, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "tits contre nature. Chez lui la volupté du"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2120, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "meurtre s'associait à l'aberration sexuelle."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2218, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "Traduit devant la haute Cour de Bretagne,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2306, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "il finit par avouer ses crimes et écrivit à"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2402, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "Charles VII une lettre où il raconte son"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2498, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "histoire. 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Com­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3991, "texte": "damné, il fut brûlé à Nantes en 1440. On"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4042, "fin_caractere_exclue": 4082, "texte": "voit encore les ruines de son château de"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4133, "fin_caractere_exclue": 4143, "texte": "Machecoul."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4197, "fin_caractere_exclue": 4237, "texte": "« C'est là un exemple de folie impulsive"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4288, "fin_caractere_exclue": 4326, "texte": "comme on en voit encore assez fréquem­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4377, "fin_caractere_exclue": 4417, "texte": "ment des exemples, avec cette différence"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4468, "fin_caractere_exclue": 4511, "texte": "que les attentats ne peuvent plus se multi­"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 4562, "fin_caractere_exclue": 4603, "texte": "plier comme au temps de Gilles de Rays. »"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-09-05-n9-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A tous les artistes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 451, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "A tous les artistes, buveurs raffinés, amoureux des vins couleur de soleil,\ndes liqueurs exquises et de la verte empoisonneuse qui engourdit les peines\net calme le dégoût du mufflisme contemporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universel Wine C°\n                 6, R U E P A U L D E V A U X , 6 (PRÈS LA BOURSE)\n\n   En cette osteria décorée dansle style de la Renaissance flamande parnotre\nexcellent décorateur, C H . - L É O N CARDON, nos amis Jeunes-Belgique,\nVingtistes, Essoriens, Hydrophiles et autres trouveront à déguster les vins\ndélicats de Xérès et d'Alicante, les vins de Portugal, d'Orange-Cap, le\nKalliste, le Misistra noir, le Moscato et l'Achaja de Grèce, le Tokay de\nHongrie, le Syracuse, le Capri, le Malvasia de Lipari, et comme apéritifs\nles Vermouths Noilly-Prat et Fratelli Cora et l'absinthe Pernod.\n   (Prix modestes, et pour les jours de joyeuses beuveries, du vin de cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n      LIE                C H A T                                   NOIR,\n                     Directeur : RODOLPHE SALIS.\nSecrétaires de la rédaction : GEORGE AURIOL; ALBERT TINCHANT.\n                             PARAIT TOUS LES SAMEDIS\n           Abonnement pour la Belgique : Un an : 12 francs.\n                   Bureaux : à Paris, 12, rue de Laval, 12.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LA GRANDE BABYLONE, par EDGAR\n  MONTEIL. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n\n\n    La Jeune Belgique recommande à ses lecteurs\nle nouvel atelier de photographie EMERA\n         Montagne de la Cour,\n            le plus artistique\n                     de\n                Bruxelles.\n\n                                                                    Photographies\n                                                                 d'artistes en vogue.\n\n                                             Les costumes du cortège historique\n                                                    des chemins de fer.\n\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 416, "texte": "6° ANNÉE.      TOME V, N° 9.             PRIX : 60 CENT ÉTRANGER •. 75 CENT.                             5 SEPTEMBRE 1886.\n\n\n\n\n                                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                              Nous avons notre religion, une religion de tête pour\n                                                            laquelle nous luttons, souffrons, mourons : la conscience\n                                                            de    l'esprit.\n                                                                                    EDM. et J . DE GONCOURT.\n\n\n\n                                            SOMMAIRE:\n    Le silence du poète Hirel                                                             ALBERT GIRAUD.\n    Mépris                                                                                HÉLÈNE SWARTH.\n    Les forêts                                                                            JAMES VAN DRUNEN.\n    Vers                                                                         .        ALBERT GlRAUD.\n    L'Art au dessus des révolutions                                                       MAX WALLER.\n    Litanies                                                                              PIERRE LYS.\n    U n assassinat dans un café                                                           IWAN GILKIN.\n    Nouvelles de la Grand'route                                                           MARIUS RÉTY.\n    Memento\n\n\n\n\n                                                BRUXELLES\n                ADMINISTRATION :                                                          RÉDACTION\n            26, R U E D E L ' I N D U S T R I E , 26                                 80, R U E B O S Q U E T , 80\n\n                                                        PARIS\n                                ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR\n                                          27-31, P A S S A G E C H O I S E U L , 27-31.\n                                                             1886\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant  le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant au bout\n                                 de Vannée un superbe volume.\n     Bruxelles : Administration,    26, rue l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n                           Directeur : MAX WALLER.\n                   Secrétaire de la rédaction : F . VURGEY.\n                     Administrateur   : HUBERT VAN DYK.\n\n                                 ABONNEMENTS :\n                 Belgique : 7 francs par an. — Union postale : fr. 8-50.\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                forfait.\n\n                                         ENCORE\n        Mon premier est un miroir, c'est veau, car vomir.\n        Mon second est le meurtrier du sieur Gadin, c'est ver, puisque vertugadin.\n        Mon troisième ouvre les serrures, c'est mans, attendu que clémence.\n        Mon tout sera scié jusqu'à la fin de sa vie et jusque dans la postérité; ohé Lam­\n         bert !\n\n\n   Aujourd'hui pas de boîte aux lettres, parce que pas de lettres; elles sont\n à la mer ou à la campagne; je les y em...mène...\n\n                             UN ENTERREMENT AUX CHAMPS\n    Mai était venu, joli, tout ensoleillé, déjà chaud, mettant au cœur des Parisiens des idées\n de campagne et de fleurs.\n    Particulièrement sensibles à ce renouveau, trois jeunes peintres, le beau Gontran\n Gobert, le vigoureux Pantinel et le spirituel Grandfuret, résolurent de faire appel à toutes\n leurs ressources et de s'envoler vers un coin qu'ils connaissaient, pas très loin de Paris,\n mais perdu et bien ignoré.\n    C'étaient trois joyeux lascars, bien à la vie, piocheurs à leurs heures, et tumultueux\n plus souvent qu'à leur tour.\n    Avant de partir, ils voulurent voir le Salon qui venait d'ouvrir. Au lieu de déclarer,\n à l'instar des imbéciles sentencieux et périodiques, que c'est encore plus mauvais cette\n année que les aut's années, ils se retirèrent très ébouriffés, proclamant qu'il y avait bou­\n grement de talent dans tout ça.\n    Cette visite leur communiqua une ardeur, un besoin fou de travail, un désir de s'atta­\n bler devant la nature, longuement, et les voilà partis, le lendemain même, sac au dos,\n guêtres, vêtus de clair.\n    C'était un joli petit pays qu'ils avaient choisi, intime et frais, loin du chemin de fer.\n Pas même d'omnibus pour y arriver.\n    L'hospitalité y était représentée par une grande vieille auberge, moitié ferme, où l'on\n tleurait la bonne cuisine, plantureuse.\n    Le lendemain, dès l'aube, nos trois amis s'installaient à peu de distance l'un de l'autre,\n devant de belles toiles neuves.\n    Le petit chemin creux où ils se trouvaient était bordé d'un côté par la haie d'aubépine\n d'une villa bourgeoise et cossue.\n    Bientôt un homme se montra, un bonhomme d'une cinquantaine d'années, teint fleuri,\n air jovial, poil gris taillé ras. C'était évidemment le propriétaire de la villa.\n    — Bonjour, messieurs les artistes.\n    — Bonjour, monsieur le bourgeois, fit Grandfuret.\n    — Ah ! ah ! vous êtes du matin aujourd'hui !\n    — Rapport à l'aurore.\n    — Ah ! oui, c'est beau l'aurore.\n        Quand nous ferons du crépuscule, ajouta Grandfuret, vous ne nous verrez pas à\n cette heure-là.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "     LE SILENCE DU POÈTE HIREL\n\n                                                    A MON AMI JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                                  Le quinze août mil huit cent quatre-vingt-six,\n                              accoudés au balcon d'un hôtel de la rue Royale,\n                              le poète Hirel et l'orateur populaire Hédouin\n                              attendaient le passage du cortège ouvrier qui\n                              devait, ce jour-là, pour réclamer le suffrage\n                                 universel et la grâce des condamnés de Mons,\n                                   le drapeau rouge en tête, aux clameurs de\n                                     la Marseillaise, parcourir Bruxelles.\n                   Les deux amis étaient songeurs, émus jusqu'au silence,\n                dans l'appréhension d'ils ne savaient quoi de solennel et\n                d'irréparable. Ils parlaient peu, et dans les phrases banales\n                et rares qu'ils échangeaient depuis une heure, ils ne recon­\n                naissaient plus le son de leurs voix.\n                    Un calme et joyeux soleil, ruisselant sur les beaux arbres\n                du Parc et dans les claires fenêtres des maisons fleuries,\n               semblait démentir l'agitation de leur âme, mais du piétine­\n               ment sourd et des confuses rumeurs de la foule montaient vers\n               leur cerveau, comme d'un vin qui fermente, d'étranges ver­\n               tiges de tumulte et d'ivresse.\n                  Quelque chose d'obscur, d'inconnu, remuait et grondait en\neux. Ils évitaient de se regarder en face, tant ils sentaient que leurs regards\nse mesuraient pour se croiser, pénétraient dans leur chair avec leurs épées\n                                                                      23\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                 — 372 —\n\n cruelles, se tournaient et se retournaient, comme en une plaie, au fond de\n leur conscience et de leur cœur.\n    Ils s'observaient à la dérobée. Hédouin contemplait Hirel, comme s'il\n ne l'eût jamais vu, avec des yeux inquiets et avides. Hirel avait quarante\n ans : élancé, un peu voûté, d'une maigreur élégante et souple, il portait\n très haut sa tête volontaire, impérieuse, que les plus folles dépenses de\nl'esprit et du corps avaient bronzée en une attitude de défi. Son visage\n mobile, doux et violent à la fois, parlait vaguement d'une vaste illusion\nbrisée, et il avait aux lèvres ce sourire indéfinissable qui semble murmurer\nà la Vie : « Laisse-moi tranquille : tu n'as plus rien à m'apprendre ! » Une\nprofonde impression de calme et de maîtrise illuminait cette figure irrégu­\nlière. Celui-là était, on le devinait, le roi de sa pensée, un roi absolu, qui\nn'abdiquait pas.\n    Hédouin aussi avait quarante ans. Il était petit et trapu. Son masque\npuissant et vulgaire ; son nez plébéien largement fendu ; ses lèvres ora­\ngeuses, la rapidité foudroyante de ses regards, où luisaient des commence­\nments d'actions plutôt que des pensées, tout en lui, jusqu'à son allure de\nbélier prêt à enfoncer des portes, dénonçait une nature matérielle, ivre\nd'elle-même, et qui trouvait la jouissance suprême dans le jeu désordonné\nde sa force. Parfois cependant, l'œil se plissait d'une façon sournoise, la\nbouche semblait retenir des secrets ironiques, et c'était alors comme si une\npoche de ruse et' d'astuce eût crevé sous la peau du visage, éteignant d'un\nafflux de prudence la flamme et l'intrépidité de ce profil.\n\n  Les deux amis ne cessaient de s'épier jusqu'au fond des yeux.\n\n  Tout à coup, des cris s'élevèrent de la rue, et des clairons résonnèrent\nau loin.\n  Les deux hommes du balcon, heureux d'être distraits par le spectacle\nextérieur du drame poignant qui se jouait dans leur âme, se penchèrent\nvers la foule, coupée en deux par un détachement de gendarmes à cheval,\ndont les sabres nus accrochaient du soleil.\n\n  « Les voici! » s'écria Hédouin. Hirel regardait, pensif, en silence.\n\n  Une longue masse noire, hérissée de cartels et d'emblêmes rouges, pro­\nmesses de massacre et d'incendie, ondulait là-bas. Des tambours battaient\nlugubrement, et, tout en avant, près des organisateurs de la manifestation\npopulaire, un drapeau national balançait, à demi renversé, du haut en bas\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                 -   373    -\n\nrecouvert de crêpe. Et soudain, d'abord derrière le drapeau voilé, puis\nplus loin, et plus loin, et plus loin encore, vibrante, planante et folle,\ncomme si une étincelle électrique eût éveillé, de groupe en groupe, des\nexplosions de clairons et de cymbales, vers les cartels, les bonnets phrygiens\net les bannières, la Marseillaise éclata d'un vol, répétée par cinquante\nfanfares, entonnée à l'unisson par vingt mille bouches, superbe et tonnante\ncomme si ses strophes enflammées eussent été le vent des drapeaux et la\nrespiration de la multitude.\n\n   Hédouin eut l'air de vouloir parler. Hirel le regarda fixement, abaissa\nles yeux sur les deux ou trois agitateurs qui marchaient en tête du cortège,\net de nouveau toisa son ami. Hédouin rougit, et se détourna brusquement,\npendant que ses mains tourmentaient la balustrade du balcon.\n\n   En bas, dans la rue, le cortège continuait à se dérouler. Des femmes, des\nenfants chantaient le « Ça ira » d'une voix haute et grêle, qui par moments\nse cassait en un sanglot. L'une d'elles portait un garçonnet de deux ans,\nvêtu de blanc, qui souriait d'un sourire sérieux, en tendant à la foule ses\nmains ingénues. Une espèce de Théroigne, grande comme un gendarme,\nlaide et tragique, agitait à tours de bras un drapeau révolutionnaire, la\nbouche pleine de huées, chancelante et saoule de ce rouge qui dansait\ndevant ses yeux. Et toutes ces femmes et tous ces enfants criaient d'une\nvoix harassée et lente : « Vi-ve le suffra-ge uni-ver-sel ! »\n\n   Hirel eut un mouvement de colère, qu'il réprima ; mais ses prunelles\ns'alourdirent de plus en plus, avec une expression bizarre, sur Hédouin,\nqui les évitait.\n\n   Maintenant c'étaient les Borains qui passaient sous la fenêtre, les\nhommes de Roux, de Marcinelle et de Jumet. Ils marchaient d'un pas\nmachinal et lourd, poussés par des mains invisibles, comme un bétail mar­\nqué, farouches, jetant sur les spectateurs des regards éblouis et clignotants\npareils à ceux des oiseaux nocturnes égarés dans la lumière. C'étaient les\ndamnés des nouvelles Géhennes, les mornes captifs du charbon et de la\nterre. Leurs visages, où la pensée était depuis longtemps éteinte, avaient\nquelque chose d'automatique et de spectral. « Des machines qui souffrent ! »\npensa Hirel. Et soudain, au commandement d'un porteur de bâton, ils\ncrièrent tous : « Vi-ve le suffra-ge uni-ver-sel ! » Et ils crièrent d'une voix\nsi lointaine, d'une voix de sourds-muets et de ventriloques, aux vibrations\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                 — 374 —\n\nfactices et traînantes, longues à mourir dans l'air attristé, et ce bêlement\nétait si lugubre qu'Hirel, les mains sur la face, se prit à pleurer.\n   Enfin, lorsque le dernier groupe eût défilé, et que la dernière Marseil-\nlaise se fût envolée, tremblant et blême, craignant une parole définitive\nmais préférant l'insulte à ce silence mortel, Hédouin mit la main sur\nl'épaule d'Hirel, et d'une voix étranglée :\n   « Eh bien?... » fit-il..,\n   Il n'acheva point. Hirel avait redressé la tête. Lentement, très lentement,\net sans rompre son silence redoutable, il releva les yeux vers son ami ;\net quand leurs yeux se rencontrèrent, Hédouin reçut en face un regard\nd'acier, vengeur, impitoyable, électrique et chargé d'une telle projection de\nmépris, qu'il recula, se couvrit, et, s'inclinant devant Hirel, lui dit d'une\nvoix sifflante comme une balle et pleine de menaces : « Nous nous rever­\nrons, Monsieur! »\n   Et quand Hédouin eut disparu, Hirel resta longtemps, dans le soir,\naccoudé à ce balcon mortuaire, pensif, et regardant décroître la foule, avec\nun énigmatique et puissant sourire où il y avait à la fois du pardon, du\ndédain et de la pitié.\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                              MÉPRIS\n                   Je mettrai mon âme si haut\n                   Que rien du monde ne Vatteigne.\n                   Maudire n'est pas ce qu'il faut :\n                   Je souris, fière, et je dédaigne.\n\n                   Courage ! l'animal rampant\n                   Reculera dans l'ombre infâme\n                   Et je serai comme la femme\n                   Qui mit le pied sur le serpent.\n\n                   O serpent ! rentre dans la vase !\n                   Haine et colère, endormez-vous !\n                   Le mépris vaut bien le courroux :\n                   Il ne mord pas, mais il écrase.\n                                                 HÉLÈNE SWARTH.\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                   — 375 —\n\n\n\n\n                         LES FORÊTS\n\n                   I. —       F O R Ê T ROUSSE\n             Le soleil fatigué fait ses journées moins longues... Déjà, les\n               notaires frileux ont fait clouer les volets de leur maison de\n               campagne. On arrache les navets. Des gamins s'en vont\n               ramasser des « beukenoten »...\n   Sur la forêt, d'un jaune réchauffé de roux intenses, un dernier coup de\nsoleil allume des flambées d'ardentes couleurs.\n   Sous le grand ciel bleu, uni comme un marbre poncé, un poudroiement\nrougeoie dans la masse feuilleuse des bois roussâtres.\n   Les hêtres, grands, secouent leur pourpre sur les mélèzes verts ; les\nbouleaux gris frissonnent à côté des bruyères brunies; les chênes sont en\nbronze, et sur les houx, qui font des rideaux sombres, les châtaigniers se\ndessinent en jaune d'or.\n   Des cimes sont étrangement carminées ; des frondaisons se cuivrent ; de\ngrands arbres semblent en acajou luisant.\n   C'est un mouvement compact et impétueux de tons riches, un embrouil­\nlage de cachemire, et tout le jeu bataillant des ocres, des vermillons violents,\ndes rouges qui saignent, des bruns encore chauds de juillet, et qui, super­\nbement, réveillent l'assoupissement des ombres.\n   Des nuances olive sont piquées de pointes de rubis ; sur des roses velou­\nteux papillotent les feuilles d'or et les feuilles d'argent.\n   Arrangement merveilleux, mouvementé, éclaboussé d'oppositions heur­\ntées avec de crânes et tumultueuses intensités, comme si la forêt demeurait\nimprégnée de toute la chaleur que l'été a fait tomber sur elle. Décor\nsomptueux et féerique auquel l'année entière semble avoir travaillé depuis\nle printemps — car, ici se termine le chant dernier du Poème annuel, et\nvoici, dans ses feux, l'apothéose de la grande épopée : la Forêt, comme un\nchœur grave, chante les dernières gloires de la terre féconde.\n   Et des rivalités paraissent exciter chacun de ces arbres. Ils luttent ; ils\nveulent se surpasser et se dominer par l'éclat magique de leur parure, ces\nmillionnaires de la couleur qui se fichent magnifiquement des manieurs de\npinceau.\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                  — 376 —\n\n\n    Comme la saison est finie, le bois lâche toute sa splendeur et gaspille ses\n trésors de coloris, sans ménagement : et c'est bien la beauté suprême de la\n tout ultime maturité.\n    De près, les frondaisons se font moins denses, s'ouvrent en profondeurs\n ombreuses, et des arbres mi-dépouillés, chauves déjà, dessinent en noir\n leur grêle nudité.\n    Avec des respects de culte, on pénètre dans le mystérieux enchantement\n des allées paisibles, sous la voûte rousse et jaunie que les arbres droits\nsoutiennent comme des pilastres. L'humidité rend les chemins tendres; des\n feuilles se noient dans la boue, et les grains que les rafales d'octobre font\n passer, laissent un vernis brillant sur les branches moirées d'une teinte\nlilas. Les talus, revêtus de grosse mousse et de fougères, sont troués par de\n grosses racines. Plus loin, dans les fonds, l'épaisseur des feuilles tombées\n étend des tapis lie de vin. Un filet d'eau glisse sur les cailloux. Des tas de\n bûches fendues attendent — et le bruit d'un coup de feu résonne molle­\nment.\n    De beaux arbres sont marqués d'un trait blanc pour l'abatage; un sapin\nrenversé barre la route. Le vent emporte des senteurs résineuses et fait\ntourbillonner des feuilles fanées. Devant le chemin, des branches convul­\nsionnées s'avancent et planent. Au carrefour, l'écriteau d'un poteau-indica­\nteur pleure des larmes lentes. Des arbres vigoureux portent en balafres les\ndéchirures de la foudre ; de larges champignons ouvrent leur clair para­\npluie ; un vieux journal gras rappelle un déjeuner sous bois, et sur la\nperspective à la sépia d'un sentier qui file sous les arbres, une pile\nde planches sciées dresse une nette blancheur. Des fonds plus humides con­\nservent une verdure avivée. En haut, des corneilles dans leur rogue craille­\nment de mauvaise humeur, s'injurient : la dispute terminée, elles s'en vont;\nle silence austère reprend, et sur la mousse et les feuilles mouillées, le bruit\ndes pas s'étouffe respectueusement.\n   On avance dans cette saisissante sérénité des bois, au milieu de géants\nendormis, vénérables impassibles, d'un âge si grand, et qui depuis tant\nd'années, gravement et sans fléchir, montent vers les nuages, fiers seulement\nde leur front de verdure; colosses immobiles, indifférents au monde qu'ils\nveulent ignorer, ils se savent suffisamment splendides pour qu'on se\ndérange et qu'on vienne à leurs pieds, en lente contemplation, admirer la\nforêt — la forêt assez majestueuse pour faire oublier qu'on n'y voit pas le\nciel.\n  Mais la nuit pressée s'annonce déjà.\n  L'humidité brumeuse augmente, se tasse. Les teintes fauves coulent ; la\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                  — 377 —\n\nluxuriante parure se défait ; du gâchis brouille les couleurs chocolatées ; les\nbeaux tons de cuir se fanent ; le jaune sale déteint et devient cette nuance\nfausse des tignasses de filles de bar ; des feuillages qui se gâtent ont des tons\nde friture ratée. Les feuilles collent, lourdes comme du papier trempé; les\nrouges noircissent désolément et des taches tombent sur le velours des\nmousses. Seuls, les toujours jeunes et frais sapins, gaillards et bien\nconservés, restent verts, flegmatiques, invaincus.\n   Le vent, plus brutal, grogne et rudoie les feuilles qui cèdent et tombent,\nlasses, épuisées — et c'est une pluie de copeaux d'acajou.\n   Lentement, la forêt s'éteint...\n   Sa mine alors est farouche, rogue. La route, dans sa boue noire, est\ncreusée de profondes ornières, ces rides du chemin séculaire. Dans la\nmélancolie des ronces et des taillis d'un sombre roussâtre, traînent des\nruines piteuses d'églogue, des restes d'idylles fripées. Et après la saison\ndorée et joyeuse des promeneurs du dimanche et des jacassantes demoiselles\nde magasin qui venaient jouer aux quatre coins, cet esseulement lugubre et\nrenfrogné, cet abandon immense est d'une navrante désolation.\n   Passe dans le lointain le sifflet d'un bûcheron qui rentre. Un gamin\nemporte des fagots et file vite, la peur derrière lui. L'appel bref d'un oiseau\nperce encore le silence. Une branche casse sèchement. Et les quelques\nfeuilles qui restent aux arbres, les dernières, semblent si précieuses.\n   Alors, les vapeurs se sont faites plus denses et, gagnant doucement,\nenvahissantes comme des pensées tristes, deviennent des brouillards qui\nestompent les vagues perspectives endeuillies...\n   La forêt n'est pas encore faite à ces cruelles froidures des soirs d'octobre,\net, dans les brumes glaçantes, elle grelotte en faisant frissonner ses pauvres\nfeuilles maigres, et elle semble, devant l'effroi de l'obscurité, se faire plus\ncompacte et se resserrer dans les restes de sa toison rousse.\n\n\n                   II. —        FORÊT BLANCHE\n   Par la neige. Seul. Dans la forêt.\n   Un éblouissement de blancheurs, ce bois travesti en pierrot, ouaté, emmi­\ntouflé.\n   Personne encore n'a passé — et la neige moelleuse, pure et fine s'étend\ntoute neuve, immaculée. Un calme absolu. Lentement, obstinément, avec\nune inlassable patience, la neige a tout envahi, tout accaparé : tout est en\nneige. Elle marque tout du long, du côté du vent, les gros arbres défeuillés;\nelle entoure les noeuds et les fait lumineusement saillir ; elle avance le long\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                                  — 378 —\n\n des moindres branchettes ses caresses doucereuses et attachantes ; des mares,\nelle fait de grands plats de crême, et elle emplit, comme avec de la craie, les\ninitiales et les cœurs taillés au canif dans l'écorce des vieux troncs. Partout\nelle s'étend avec d'enveloppantes tendresses, elle continue et gagne, tou­\n jours plus loin, sans fin, sans trouée, uniforme, tendre et laiteuse, la neige\nvirginale, dans un silence lourd. Cette pluie blanche tombe comme de la\nlumière. Les noirs secs du bois soulignent durement les clairs où repose\ncette pluie et tracent, d'une touche dure, de vigoureux reliefs à la gouache.\n   On marche, dirait-on, dans des œufs battus; le pied enfonce et disparaît,\nsans résistance, dans cette nappe pure qui va, sous les arbres empanachés,\nperdre sa continuité dans un embrumement pâle.\n   Le chemin, sous cet immense tapis de velours blanc et épais, est indiqué\npar l'alignement des arbres dont quelques-uns, ressortants, fiers, raides et\ncérémonieusement poudrés, ont des airs de vieux marquis : au bout de leurs\nbranches, la neige a brodé des jabots de dentelle; d'autres, au contraire,\nsemblent honteux : ils éprouvent une gêne, ces robustes gaillards, ils pensent\nà leurs feuilles arrachées et ils demeurent penauds de se voir tout en blanc\n— comme des arbres en chemise. Au milieu des arbustes cotonneux, les\nmassifs verts, enfarinés, s'arrondissent en gros choux-fleurs ; les pins portent\nde fausses barbes blanches ; des brins d'herbe piquent la neige, et de longs\nfestons, minces et délicats, pendent aux branches et se balancent au dessus\ndes chemins comme des guirlandes de mousseline. Les bois noirs, gelés, se\ncroisent, accrochent de gros floconnements et s'emmêlent, s'enchevêtrent,\ns'embrouillent inextricablement; ils forment à l'infini un gribouillis de\nbranches dont le jeu bizarre et les expressions compliquées jouent une\nétonnante chinoiserie en noir sur un fond de soie blanche.\n   On ne voit devant soi qu'une grande feuille de papier sur laquelle on a\nessayé des plumes...\n   Le ciel confus se dissout en une nuance molle, émerisée. Une poussière\nblanche s'élève. Un frisson de vent apporte le roulement d'une charrette\ntrès lointaine. Ce mouvement de l'air fait vaciller un arbre, les branches\nalourdies oscillent et secouent une légère neigée qui tombe mollement\ncomme les plumes d'un grand cygne qui bat des ailes. C'est un commence­\nment d'agitation : une mésange à longue queue se sauve en poussant de\npetits sifflements d'appel; en haut, passe une corneille agitant bruyamment\nses larges ailes engourdies — et le silence reprend.\n   Une douce bourrasque de neige tourbillonne, un instant, comme la fuite\nd'une armée de papillons blancs en déroute — ou bien, c'est une averse de\nduvet, comme si une furie avait soudain allumé dans le ciel une bataille\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                  — 379 —\n\nrageuse de tourterelles et de colombes se déchiquetant férocement et épar­\npillant leurs plumes. Le calme revient, avec quelques envolées de flocons\nlégers qui fraîchissent le visage et dessinent, sur les fourrures, des fougères\net des étoiles faites avec la régularité ténue de leur délicate cristallisation.\n    Malgré ses formes amollies et ses airs de chattemite, ce bois est d'un\naspect aveuglant et il s'allume d'un éclat intense, insoutenable — et triste.\nC'est, de tous côtés, des bizarreries de détail, des fantaisies qui étonnent,\ndes caprices qui scintillent. Le dessin blanc a rongé la couleur et cette\nimplacable uniformité de ton produit une frigide impression. C'est un rêve\nde marbre blanc qui se dresse solennel dans cette paix immuable et mélan­\ncolisante. La mollesse des contours veloutés, les tendresses enlaçantes de la\nneige donnent cependant à ce décor rigide une douceur vague qui semble\npréparer et attendre une cérémonie pompeuse d'un culte grandiose, uni­\nversel : une prise de voile de la Nature qui, dépouillée de ses riantes ver­\ndures, apparaît en mariée triste, résignée, et dit, en ses prières blanches,\nadieu aux joies de l'été. Les arbres agitent lentement des palmes d'argent\n et, dans le lointain, une cloche de village, qui sonne pour un mort, balance\n des sons lourds...\n    Le soir vient, efface la lumière et endeuillit le tableau de pâleurs mornes\n et usées de chromolithographies. Un silence de mausolée. L'ombre est\n funèbre. Dans cet isolement absolu, angoissant, le sol est pareil à une couche\n de pierre. Les arbres, comme des bâtons noirs et durs, plantés en tous sens,\n se rencontrent et forment des croix à moitié renversées — et, dans la tris­\n tesse poignante du froid, dans ce deuil de l'hiver, on se croit, sacrilège, au\n milieu d'un cimetière abandonné, un cimetière oublié où ne reposeraient\n que des Vierges endormies pour l'éternité dans leur blancheur immaculée.\n                                                   JAMES VANDRUNEN.\n\n\n\n\n                                  VERS\n                             A UN P O È T E\n            Ton livre est un miroir symbolique et puissant\n            Que ton art a dressé pour les races futures,\n            Et qui réfléchira leurs nouvelles tortures\n            A travers des lueurs d'épouvante et de sang.\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                     — 380 —\n\n  Et quand l'immense horreur d'un monde finissant\n  Aura débilité les plus fortes natures,\n  Il renverra leur mal aux tristes créatures\n  Qui crieront vers le ciel en se reconnaissant.\n\n  Puis il disparaîtra dans l'infini des rêves,\n  Et ses pâles débris sur le sable des grèves,\n  Retrouvés quelque soir par les peuples tardifs,\n\n  Parleront vaguement de ces villes tragiques\n  Dont la mer a noyé dans ses grottes magiques\n  Le luxe douloureux et les joyaux  pensifs.\n\n\n        LE TOURMENT DU RETOUR\n\n Voyageur au long cours dont l'obscur souvenir\nS'éteint comme un soleil dans les brumes d'un fleuve,\nEpargne-toi l'horreur d'une saignante épreuve,\nEt poursuis l'horizon sans jamais revenir !\n\nEn vain dans les yeux chers tu veux te rajeunir.\nRegarde : ils sont emplis d'une chimère neuve,\nEt leur âme est fermée à ton âme, Ame veuve\nQui crois dans le passé trouver un avenir!\n\nLeur accueil fait penser à ces vieilles demeures\nOù vous tintiez jadis, cristal des jeunes heures !\nOù vous mourez encor, parfum des cœurs aimants !\n\nO fenêtres d'antan! Qu'êtes-vous devenues ?\nEt dans le morne oubli de vos carreaux dormants\nPourquoi nous montrez-vous des faces inconnues 1\n\n                    SILENCE\n\nJe voudrais inventer des mots frêles et doux\nPour parler à tes sens pendant les heures brèves,\nOù les mains dans tes mains, assis à tes genoux,\nJe regarde en tes yeux l'infini de mes rêves ;\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                     — 381 —\n\nDes mots mystérieux, fleuris et palpitants,\nPleins d'humides parfums et de glauques murmures.\nQui ressemblent au ciel renversé des étangs\nFrôlés par le sommeil des nocturnes ramures; .\n\nDes mots pareils à ceux que de lointains gosiers\nSusurraient dans les soirs songés par Cimarose,\nComme un souffle alangui de suaves rosiers\nOù lentement se meurt, feuille à feuille, une rose;\n\nDes mots d'un opéra triste et sentimental,\nDont la vibration magique réalise\nLa plaintive chanson des coupes de cristal\nOù se pleure à jamais l'âme de Cydalise.\n\nEt cependant aucun de ces mots long voilés,\nAucun mot de Shelley ne vaudrait l'indolence\nDe nos profonds regards l'un par l'autre étoilés,\nNi l'ombre de nos cœurs où chante le silence.\n\n\n                 RÉSIGNATION\n\nJ'ai lutté contre moi, j'ai crié, j'ai souffert,\nEsseulé dans la nuit de mon âme blessée,\nEt, ma vie en lambeaux, je sors de mon enfer,\nCar peut-être l'enfer n'est rien qu'une pensée.\n\nJe comprends aujourd'hui que mon rêve était fou,\nQue mon amour d'automne était presque une offense,\nEt j'arrache à jamais de mon cœur, comme un clou,\nLe tragique désir d'une impossible enfance.\n\nEt je t'offre ces vers, ô mon glaive! ô ma croix!\nSemblables à des soirs de Noël, blancs et calmes,\nOù plane vaguement dans l'azur des cieux froids\nLa palpitation souveraine des palmes ;\n\nCes vers d'un méconnu, ces vers d'un résigné,\nCes vers où ma douleur devient de la lumière,\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                             382\n\n           Ces vers où ma tendresse a longuement saigné\n           Comme un soleil couchant dans l'or d'une verrière.\n\n\n                                     LES VOIX\n\n           Voix de mon sang qui pleure, et vous, voix de ma chair,\n           De ma chair pantelante et folle ! Voix pensives\n           Plus hautes que le cri des houles convulsives,\n           Taisez-vous, longues voix d'un passé triste et cher!\n\n           Taisez-vous, longues voix! Voix des fleurs paresseuses !\n           O voix, velours des voix, voix des fleurs d'autrefois\n           Qui rêviez dans sa chair, qui chantiez dans sa voix,\n           Voix des jasmins lascifs et des roses mousseuses,\n\n            Taisez-vous ! Je tairai ma honte et ma rancœur.\n           Le silence et l'hiver sont entrés dans mon cœur :\n           Il neige du silence en mon cœur vaste et sombre.\n\n           Neige, neige, ô silence, et tâche de couvrir\n           Ces roses de l'enfer trop lentes à mourir,\n           Et mon unique amour crucifié dans l'ombre.\n                                                             A L B E R T GIRAUD.\n\n\n\n\n                                     L'ART\n              AU DESSUS DES RÉVOLUTIONS\n                                  Deuxième    article (*)\n\n              De l'article de l'Art moderne, qui vient de paraître une deuxième\n               fois, revu et augmenté, dans la Société nouvelle nous pour­\n               rions ne retenir qu'une phrase :\n                  « Il faut penser à descendre sur la place publique et à\nmontrer ce que l'art peut apporter de secours aux réformes que la politique\ndoit réaliser. »\n\n  (*) L'auteur de l'article sur l'Art et la Révolution ayant jugé à propos de faire de sa\nprose une deuxième mouture, nous ne voulons pas être en reste et insistons à nouveau\nsur ce que nous avons déjà dit.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                   — 383 —\n\n    L'article est signé Edmond Picard, ce qui explique bien des erreurs en\n matière de littérature, et néanmoins il nous faut tenir compte de son étude\n eu égard à la personnalité éminente de celui qui l'a écrite.\n    Ce que fait M. Picard, est rarement banal et le célèbre avocat a certai­\n nement son public de croyants, même lorsqu'il s'égare en amateur inexpé­\n rimenté, dans les sentiers de l'Art.\n    Nous avons essayé de tracer la ligne de démarcation qui sépare la socio­\n logie de la littérature. L'une est une science quasi faite, dont les principes\n sont à peu près établis, dont les bases sont nettes, qui sait où elle va ;\n l'autre est un art, c'est-à-dire quelque chose d'ondoyant, sans autre but\nque le Beau réalisé selon le caprice des maîtres, sans autre utilité que l'élé­\n vation esthétique au dessus des médiocrités de la pensée des foules. La\n sociologie est pour tous, l'art pour quelques-uns. Le jour où il sera acces­\nsible aux foules, c'est qu'il sera descendu jusqu'à elles, non qu'elles auront\nmonté jusqu'à lui. Mâtiné de préoccupations sociales, il déchoit, il s'abaisse,\nil s'attarde dans les mauvais lieux, dans les lieux communs.\n    Le niveau intellectuel du nombre n'a jamais sensiblement monté depuis\nque le monde existe ; le peuple d'Athènes était aussi cultivé que celui du\nParis d'aujourd'hui. Le propre des masses, c'est d'être médiocres ; elles ont\nune moyenne d'esprit qui pivote sur elle-même depuis toujours. Les\nidées sociales changent de forme, elles restent néanmoins stationnaires ; de\ntous temps il y a eu des révolutions à la suite desquelles les têtes gouver­\nnantes se préoccupèrent d'améliorer le sort de l'ouvrier (l'enquête que l'on\nfait aujourd'hui n'est pas neuve, je gage) ; aux heures de trouble, on a\ndétruit bien des Bastilles, mais un homme supérieur venait qui les bâtissait\navec des matériaux plus résistants, qui mettait sa botte sur les masses et\ncelles-ci, esclaves de nature, retombaient dans leur soumission.\n    L'Art aussi fut, de tout temps, mais au dessus des mouvements sociaux.\n De tout temps, sous les empires comme sous les républiques, il y eut des\nartistes qui chantèrent pour chanter, que ce fût sur la lyre, sur la toile, sur\nle marbre; ils planaient au dessus des foules qui ne pouvaient les com­\n prendre et sans souci des barricades et des coups de mitraille ; ils laissaient\ntomber sur la tête des élus leur pensée de lumière et passaient à côté de la\nfoule sans la voir ; pour la voir, ne devaient-ils pas se baisser ?\n    M. Edmond Picard a sérieusement choisi deux livres-types pour en faire\nla démonstration de ses principes. Ces deux livres se tournent contre lui.\nNous avons montré ce que sont les Paroles d'un Révolté, livre de sectaire,\naccumulant dans ses pages tout ce qui traîne de poncifs dans les journaux\n quotidiens; langue courante de la copie hâtive, de l'article facile, à la portée\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                  — 384 —\n\nde tous, se servant du vocabulaire restreint qui suffit aux masses. L'Insurgé\nun roman stylé, d'une forme martelée et sonore, racontant un homme\ngeignant sa souffrance en la généralisant à tous pour ne pas avoir l'air\négoïste et personnel.\n   Un roman encore une fois, un roman sans portée et que le peuple ne\ncomprendrait pas, alors que de l'autre il ferait, non une Bible, mais un\ncatéchisme. Le socialisme de Vallès est un « socialisme aristocrate ». Vallès\nà vu le côté plastique, artiste du peuple; il a fait un tableau, non une phy­\nsiologie.\n   « Que deviennent, dit M. Picard, les théories sur l'Art pour l'Art, sur\nl'Art fantaisiste, sur l'Art réduit à la forme sauf à mettre sous la forme une\npensée quelconque, comme on fourre du son dans une poupée ».\n   Ce qu'elles deviennent? Elles sont. Qu'est-ce que Leconte de Lisle,\nCharles Baudelaire, Banville, Paul de Saint-Victor ? Et Barbey d'Aure­\nvilly, et les Goncourt ?\n   Du son dans une poupée !\n   Et Zola? Car vous nous la bâillez joyeuse avec Germinal. Un écrivain\ntrace le tableau d'une société ; après avoir décrit le grand, monde, le théâtre,\nla vie qui mange, la bourgeoisie, il arrive au tome qui est celui du peuple ;\nà dater de ce moment il a voulu faire de l'Art social et on l'enrégimente\ndans l'armée des Kropotkine. Que sera-t-il, s'il vous plaît, lorsqu'il décrira\nl'armée et les chemins de fer ?\n   Du son dans une poupée !\n   Que les poètes chantent — la foule hurle ; qu'ils donnent au verbe des\nharmonies si délicieuses que les êtres d'élection puissent seuls en saisir les\ncharmes ineffables, et que leur voix monte aux douceurs célestes loin, bien\nloin des bassesses et des querelles humaines !\n                                                         MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                            LITANIES\n       Laisse encor que je dorme — ô ma fille de joie —\n       En tes bras comme si j'étais enseveli,\n       Que ton corps qu'un divin ouvrier a poli\n       Pour mon enchantement, se débatte et se ploie,\n       Et s'attache à mon corps comme un maillot sans pli\n\n       O Toi qui m'as donné ton corps comme une aumône.\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                — 385 —\n\n      Saoûle-moi, fais de moi plus humble qu'une bête,\n      Fais-moi rouler au puits où nul soleil ne luit.\n      Que ton baiser en fleur pousse sur mon ennui ;\n      Et sois toute douceur et sois toute tempête,\n      Qu'on dise en me voyant demain : « Ce n'est pas lui ! »\n\n      O Toi devant qui tout astre d'or a pâli.\n\n     , Comme d'un instrument subtil sur mon cœur joue\n      A ta guise des airs. Archet souple et nerveux,\n      Souffle puissant, fais-moi triste, ou gai, si tu veux\n      — Mon vouloir ! — et d'un bras que la volupté noue\n      Enlève-moi jusqu'aux Edens par les cheveux ?\n\n      O Toi riche en bonheur et féconde en oubli.\n\n      Prolonge la caresse et vide ma cervelle,\n      Que je sois un vieillard quand tu n'étreindras plus\n      Mon corps; qu'en un instant les temps soient résolus\n      Sans me sonner l'heure où le dégoût se révèle\n      Et que ma raison parte — Océan — sur ton flux,\n\n      O Toi pour qui mon âme est prête comme un trône!\n                                                      PIERRE LYS.\n\n\n\n\nUN ASSASSINAT DANS UN CAFÉ\n                                     I\n              Un cri suraigu lancina dans le ronron habituel du café. La\n               vieille hideur de femme, la vendeuse de journaux à voix\n               d'outre-tombe, le menton soulevé par le poing vigoureux de\n               Georges de Cléophas, se redressait comme une oie qu'on tire\npar la tête, son châle vert, une apparence d'étoffe avec des trous et des\nrapiéçages, battant l'air comme une paire d'ailes moisies; puis, d'une pièce,\nelle s'écroula, cogna de la tête la table de marbre, où pourpra une goutte­\nlette de sang, et s'aplatit sur le parquet.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                                 — 386 —\n\n   Le café entier houla.\n   Dans le brouhaha des exclamations, des verres entrechoqués, des chaises\nqu'on renversait, les consommateurs tumultuèrent, avec des gestes de\nmenace, des brandissements de cannes et de parapluies. Au comptoir la\ngrosse demoiselle en robe de soie orange, de peur de s'évanouir dans un\ngrog, se siphonnait de la limonade. Les garçons, oubliant leurs serviettes,\naccouraient le nez en flair; l'un d'eux, sur un mot du patron, courut\nchercher la police. En l'attendant, quelques messieurs de la propriété pour\ntous subtilisaient des cuillers de ruolz ou des tabatières oubliées sur les\ntables.\n   Cependant on entourait Cléophas et la vieille. Une dizaine de spectateurs,\nen se bousculant, ramassèrent cette guenille de femelle et l'emportèrent\ndans une arrière-salle. Les autres, poing levé, la colère aux dents, enfer­\nmaient dans un cercle de fureur Georges de Cléophas, sans oser porter la\nmain sur lui, car il braquait à la ronde, froidement, comme un revolver\nchargé, son regard d'acier qui matait les brutalités dans une terreur respec­\ntueuse. Il était superbe, le fier jeune homme, au milieu de cette foule enco¬\nlérée qu'il cravachait des yeux, comme un dompteur dans une cage de\nfauves ! Ses narines dilatées accaparaient l'air des autres avec une autorité\nde roi qui prend la vie de ses sujets. Son front, ce trône d'orgueil, éblouis­\nsait de majesté. Toute l'aristocratie de sa race semblait casquer son visage\nd'un cimier invisible, qui faisait peur. Il avait croisé ses bras sur sa poi­\ntrine, tout simplement comme s'il avait conscience de l'inviolabilité de sa\npersonne. Et véritablement il y avait en lui quelque chose de sacré et de\nvaguement redoutable : son aspect évoquait le souvenir de ces personnages\nde la Bible qui d'un mot changeaient l'eau en sang et faisaient mourir les\npremier-nés. Grand et mince, ondoyant de hanches comme une femme, il\navait une maigre et impérative figure que trouaient deux yeux nocturnes,\ndeux gouffres noirs, plongeant dans des profondeurs mystérieures, deux\nbures d'une houillère infernale, exhalant comme la crevasse de Delphes,\ndans des vapeurs prophétiques, les arrêts d'une inflexible volonté. Georges\nde Cléophas avait été officier : de là sans doute lui venait cet air de com­\nmandement qui d'emblée, partout où il allait, le faisait maître. Les hommes\ncomme lui prennent dans la vie militaire l'héritage de César, et chacun de\nleurs gestes est une conquête. Au reste c'était un parfait gentilhomme, très\nrecherché dans le noble faubourg, et incapable d'une action vile. Pourquoi\ndonc avait-il frappé cette malheureuse? Ses lèvres serraient son secret der­\nrière un dédaigneux sourire. Un moment ses yeux dardèrent jusqu'au fond\nde la salle sur la porte étroite par où l'on avait emporté la marchande de\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                 — 387 —\n\njournaux, et un éclair de colère passa sur ses traits. Ce fut tout. Il redevint\nimmobile dans sa pose hautaine, pareil à une statue de dieu.\n   Rudement deux agents de police entrèrent et lui mirent la main sur\nl'épaule. Ils allaient lui passer les menottes quand d'une voix basse mais\npénétrante comme un poignard il leur dit : « Je vous suis, messieurs ! »\navec un tel air de grandesse qu'ils rempochèrent leur outil. On faisait\nsilence. Il y avait dans toutes les poitrines l'attente de quelque chose de\npoignant, car on espérait, on désirait, en une sourde méchanceté de\nbadauds, un second drame plus émouvant, plus canaille que le premier.\nAllait-il se laisser emmener, ce hardi jeune homme, sans casser la mâchoire\naux argousins, comme à la vieille maugrabine qui râlait là-bas? Il fallut\npourtant se résigner à ce dénouement fade quand on le vit sortir entre les\ndeux policiers, en boutonnant ses gants. C'était un désappointement,\ncomme à un spectacle manqué. On eût sifflé volontiers. Mais au moment\noù Cléophas passait le seuil, une phrase sinistre circula : Elle est morte'. Il\ny eut alors des menaces grommelées à demi-lèvres, puis des huées : le\ndompteur parti, les bêtes humiliées rugissaient. On se pressa aux fenêtres\npour voir « l'assassin » s'éloigner dans l'obscurité de la rue, entre les deux\nsabres qui s'allumaient parfois aux clartés des réverbères et qui semblaient\nécrire sur les murailles un blafard Mané- Thécel-Pharès, une lucide pro­\nphétie de guillotine.\n   Puis on revint à la victime. Les garçons, qui avaient repris leurs ser­\nviettes, barrèrent la porte du fond et annoncèrent que la vendeuse de jour­\nnaux avait été portée à l'étage. Un jeune médecin, qui buvait un mazagran\nau moment du crime, la soignait. Il avait défait ses jupes, son châle vert et\nson corsage de laine brune, où les doigts faisaient des trous. Elle n'avait\npas de linge. Sous l'étoffe effiloquée la peau jaune et plissée flasquait sur\ndes pointes d'os bleuâtres. Le docteur penché sur ce dépoitraillement écou­\ntait; son oreille épiait la parole de vie que murmurent les plus vieux\ncoeurs, les plus délabrés par la maladie et le chagrin. Brusque, il se redressa\net souleva la tête de la vieille. Le visage était atone. Les yeux révulsés gon­\nflaient leurs globes bilieux, baignés de chassie. Par la bouche violette\nentr'ouverte, quelque chose avait fui. Cette femme était morte.\n   Lentement les consommateurs s'en allèrent. Les garçons, d'un visage\nbêtement tragique, se mirent à ranger les verres et les jeux de cartes, puis\nils éteignirent le gaz et fermèrent l'établissement, échangeant à mi-voix de\nbrefs épiphonèmes. La morte, là-haut, les gênait. Ils songeaient vaguement\nà demander leurs gages, car le meurtre allait certainement porter malheur\nà la maison.\n                                                                       24\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                                   — 388 —\n\n\n\n                                       II\n\n    Par les hautes fenêtres de la salle d'audience, un jour lumineux et chaud\n s'allongeait en lanières blondes qui flagellaient comme une toupie le crâne\n rose de l'huissier. On était au mois de mai. L'ironique printemps jetait de\n bouffonnes faussetés d'idylle au nez de la justice.\n    Le tapis vert, baigné de soleil, ressemblait à une épaisse pelouse. Dans\n leurs robes écarlates, le président et l'avocat général paraissaient habillés\n de coquelicots. Ils faisaient songer aux Fleurs animées de Grandville. Le\n greffier regardait un hanneton s'empêtrer dans la barbe d'un juré endormi.\n    Il y avait peu de public : quelques galopins qui faisaient leur éducation\n de cour d'assises et trois vieilles, veuves de leurs chats, que la fréquentation\n des tribunaux dispensait de s'abonner à la Chronique.\n    Dans le silence soporeux de la grande salle, une voix frémissait, musica­\n lement riche, puissante, persuasive comme une incantation de violoncelle.\n L'accusé se défendait lui-même.\n    « Rien n'est plus naturel et légitime que ce meurtre prétendument inex­\n plicable. Certes il a dû étonner ceux qui n'en ont pas aperçu la cause\nmorale, faute de voir clair dans l'abîme mystérieux de l'âme. Les esprits\nsuperficiels soupçonneraient un trouble mental. Si j'avais confié ma justifi­\ncation à un orateur du barreau, grand sauveur d'assassins devant la justice,\nil plaiderait l'inconscience, la folie, un accès de fièvre chaude, que sais-je?\n Il n'en est rien. J'ai tué par un acte de volonté lucide, sur l'ordre impérieux\nde ma conscience et ce fut là une action vertueuse... Laissez-moi continuer,\nmonsieur le président; je sais que je lutte ici pour mon honneur et pour ma\nvie, et je ne vous débite point de stupides paradoxes.\n    « Vous connaissez ma vie. Elle fut calme, vouée aux études esthétiques\nles plus hautes et les plus délicates. Mes travaux ne sont pas ignorés; mon­\nsieur l'avocat général vous a dénoncé tout à l'heure le pseudonyme que mes\npoèmes ont clamé dans le clairon de la renommée, et vous a même signalé\ncharitablement l'immoralité de mes vers, qui ont offusqué jadis la pudeur\nde tous les faiseurs de feuilletons. Ont-elles assez barboté, les gazettes!\nL'on m'a traité de fangeux matérialiste, alors que mon cœur était prosterné\ndans l'inaltérable adoration de la beauté spirituelle, et l'on n'a pas vu que\nl'horrible m'obsédait par cela même qu'il me faisait horreur. N'avez-vous\njamais eu les yeux hantés d'une effroyable charogne aperçue au coin d'une\nrue? Un homme grossier ne l'eût point remarquée. En la regardant comme\nl'oiseau-de-paradis regarde la vipère qui le fascine, le poète doué d'un sens\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                  — 389 —\n\nexquis du beau sent son cœur se serrer d'angoisse ; il a beau fermer les yeux,\nla monstrueuse image reste collée aux yeux toujours béants de son esprit,\ncomme la tache de sang aux doigts de lady Macbeth.\n    « Cette digression vous a sans doute édifiés sur l'homme que vous avez à\njuger. Il me faut maintenant vous retracer le drame tel qu'il s'est passé dans\nle Café du Méridien et dans le château invisible de mon âme.\n    « Ce soir-là, j'étais assis dans un coin du café, devant un verre d'absinthe.\nLe cerveau surexcité par la puissante liqueur, mon âme appareillait pour le\npays des rêves. Le bruit des conversations ondoyait comme les molles\nvagues d'une marée des tropiques ; mes yeux, ivres de lumière, croyaient,\ndans les grandes glaces brouillées, contempler l'eau profonde, pleine de\nvisions fondantes. Puis, tout en haut, le plafond bleu bordé de feuillages,\nles acanthes des colonnes, les fleurs de plâtre et les rosaces, vibrant dans\nune joie lumineuse, n'était-ce pas, à l'horizon, une île fortunée roulant\njusque dans la mer les opulences de sa chaude végétation? Soudain, je crus\n entendre le sifflement doux d'une vipère : une effroyable vieille approchait,\n sale, déguenillée, l'œil visqueux, la bouche coulante, les cheveux affaissés\n en bandeaux trop larges, le corps bistourné, la croupe à la hauteur de la\n tête, en sorte que son horrible visage triangulaire avançait et semblait\n traîner son corps derrière, à la manière des serpents. C'était la vendeuse de\n journaux. Sa voix, un râle fluet de souris blessée, flûtait : L'Etoile belge !\n édition pour demain ! C'était suffoqué comme l'appel assourdi d'une\n enterrée vive.\n   « Elle était arrêtée devant ma table, roulant sur moi ses prunelles\nvitreuses : L'Etoile belge! édition pour demain! miaula-t-elle; puis elle\npassa.\n   « Je frissonnai. Les cauchemars anciens, évoqués par cette voix exécrable,\nassaillaient ma mémoire épouvantée. Une nuit de terreur enténébrait mes\nyeux. Soudain le même sifflotement d'aspic me piqua l'oreille : la vieille\nétait encore là, m'offrant ses journaux avec un mauvais sourire. Ah! la\nhideuse carcasse! Mon âme, vigoureusement éprise de la beauté idéale,\ntressaillait d'indignation. Comment la Providence laissait-elle errer dans le\nmonde cet être dégoûtant, qui devait faire horreur aux chiens des rues ? La\nlaideur est plus repoussante que le vice. S'il est vrai que le Beau n'est que\nle Vrai ou le Bien dans leur splendeur pure, le Laid est plus monstrueux\nque le mensonge et le péché, le Laid est la suprême injure faite à la loi\nmorale! Vieille maudite! me disais-je, ton impure charogne est une insulte\nà l'Idéal! Tu fais honte au Créateur. Ton ignoble visage est un crime. Ta\nposture infâme viole la volonté divine. Ta difformité blasphème.\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                 — 390 —\n\n   « Et comme une troisième fois, l'affreuse sorcière approchait, je sentis\navec la violence d'un coup de sang monter à ma cervelle la volonté de\nredresser l'immonde retorse ou de lui ôter la vie... D'un brusque coup de\npoing je lui soulevai la tête... Je l'ai tuée par haine des dépravations, par\namour du Beau, de la Vertu, de la Règle ! »\n                                                       IWAN GILKIN.\n\n\n\n\nNOUVELLES DE LA GRAND'ROUTE\n                                    VII\n                           SOLO DE F L U T E .\n              Un clair matin d'avril, sur la route de la capitale du Brabant,\n                à peu de distance de Nivelles, je cheminais, voyageur égayé\n                par les rayons d'un soleil neuf, sur la chaussée pierreuse,\n                entre des carrés de terre brune fraîchement remuée, et de\npetits bouquets de bois estompés d'opale par les derniers brouillards de\nl'aube.\n   J'avais passé la nuit en chambrée, à l'auberge de la Pinte Rouge, dans\nune pièce garnie de six lits en bois peint, en compagnie d'un grand garçon\nmaigre et chevelu, qui ne m'avait pas adressé la parole. Ce mutisme absolu,\nde la part d'un étranger au pays, avait eu lieu de m'étonner ; les routiers\nsont ordinairement bavards.\n    Quoi qu'il en soit, au point du jour, en descendant dans la salle de l'au­\nberge, j'appris que mon silencieux était parti depuis une heure au moins.\nA mon tour, j'avais quitté l'établissement et gagné la route.\n   Au sommet de la côte, l'horizon s'élargissait à perte de vue humaine ; des\ncoupées de bois succédaient aux bouquets embrumés de la vallée; une\ncarrière profonde, où les hommes et les choses prenaient une teinte d'ardoise\nsous la poussière de la mine, défonçait brusquement le sol, à quelques pas\ndes fossés; une longue file d'arbustes rachitiques partageait en deux la\nperspective, au loin; et enfin, au milieu même de la route, un groupe de\nconstructions riantes s'étalait sans façon autour d'un clocher bizarre, dont\nl'aiguille avait une face dorée au levant.\n   Je marchais d'un bon pas, à jeun encore, et me promettant de ne prendre\nle genièvre qu'une fois arrivé à la ville prochaine. Déjà deux bornes kilo­\nmétriques se trouvaient derrière moi ; la carrière et les coupées de chênes\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                   -   391   -\n\n avaient disparu ; seuls le clocher et le groupe de maisons me restaient vis-\n à-vis ; puis, la route obliquait, et je ne voyais plus lien.\n    Soudain, plusieurs notes aiguës, mais rythmées, comme un placage d'ac­\ncords, s'envolèrent d'un lieu peu éloigné et vinrent me frapper l'oreille,\nD'abord j'admis l'hypothèse d'un chant d'oiseau inconnu; mais bientôt les\ntrilles d'un air en vogue me détrompèrent : on entend rarement un ros­\nsignol chanter : Si j'étais Roi!\n   Après un moment de réflexion, je fus pris d'un accès d'hilarité à mes\npropres dépens. Etais-je simple! c'était tout bonnement un flûtiste ennuyé\nqui, sans doute, pour oublier les déboires de l'existence, remplissait ses\nloisirs de grands flots d'harmonie !\n    Cependant, il m'eût été agréable de voir le musicien. J'écoutai encore\nquelques instants, et marchai dans la direction d'où venait le son. Lente­\nment j'arrivai à travers champs jusqu'à une colline au pied de laquelle, de\nl'autre côté, courait en festonnant un ruisseau caillouteux bordé d'émousses\nrabougries.\n    Là, tout près, assis sur le sol, le musicien se recueillait, le front penché,\nles coudes aux hanches, les jambes nues, allongées dans l'onde du ruisseau.\nEspérant que l'artiste ne s'en tiendrait pas aux morceaux déjà exécutés, et\nvoulant jouir du concert dans son entier, je m'allongeai sur l'herbe, me\ndissimulant de mon mieux afin de voir sans être vu.\n   Bientôt, en effet, un nouvel accord retentit, et l'instrumentiste recom­\nmença.\n   Ce fut d'abord une musique étrange et farouche, quelque chose de vierge\net de sauvage, avec des bonds, des chutes et des cris ; puis les tons se lièrent\ninsensiblement, les notes se fondirent, et les saccades se transformèrent en\nun andante paisible et doux, faisant songer aux échos lointains des mélopées\nque les paysans chantent le soir en rentrant à la ferme. L'air, de doux qu'il\nétait, devint ensuite mélancolique; les notes traînaient, étagées doucement,\nsemées de demi-tons plaintifs, dans une mesure à quatre temps. L'instru­\nment eut des soupirs, des sanglots ; cela ressemblait à une idylle changée\nen élégie ; on eût dit que le musicien exhalait, non du souffle par ses lèvres,\nmais de la douleur par son âme.\n   Puis, progressivement, la mélodie devint plus virile ; il y eut une ariette,\nsuivie de petits airs sautillants et simples : une polka, dans un bal cham­\npêtre. Enfin, les notes redevinrent vibrantes, et s'étendirent, répétées par\nl'écho de la campagne ; j'eus la vague idée d'un quadrille échevelé, d'une\ndanse macabre autour de pierres tumulaires flamboyantes, tourbillonnant\ncomme dans une ronde infernale, brusquée, à intervalles égaux par la son­\nnerie lourde d'un'glas funèbre...\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                  — 392 —\n\n    L'artiste se tut, et laissa retomber ses mains sur le sol.\n   Alors, véritablement ému, la larme à l'œil, je me dressai vivement et me\nmis à applaudir avec force.\n    Le musicien stupéfait se retourna et cacha prestement sa flûte sous ses\nhardes. Quel ne fut pas mon étonnement de reconnaître mon taciturne de\nl'auberge !\n    Sans plus attendre, je descendis le mamelon et courus souhaiter le bon­\njour à l'artiste. Mais celui-ci ne me répondit point de vive voix, et me fit\ncomprendre, par signes, qu'il était muet.\n    Cela m'expliquait son silence, mais ne me disait point pourquoi le musi­\ncien avait tout d'abord caché sa flûte en m'apercevant.\n    Après avoir écouté les quelques paroles que je lui dis, il me regarda lon­\nguement; puis, avec un geste comme s'il se disposait à quelque acte de\ncourage, il tira de sa poche un carnet, en déchira quelques feuilles, et y\nécrivit au crayon les lignes qui suivent :\n    « Je ne puis plus articuler une parole, bien que je sois encore capable\nde jouer de mon instrument; ma mutité est la suite d'une blessure que je\nreçus à Frceschwiller, en 1870.\n    « Il y aura trois ans à l'anniversaire de la république, ma mère mourut,\n— la pauvre vieille! — Moi, je quittais le pays, après avoir dit adieu aux\ncamarades de la fonderie ; et, mes effets dans mon mouchoir, ma flûte dans\nson étui, je partis pour la capitale.\n    « Malheureusement, le travail manquait à Paris. Que faire? J'avais mon\ninstrument : j'allai jouer le soir dans les cabarets ; mais quand l'ouvrage\nest rare, l'argent l'est plus encore, chez les ouvriers ! Cela dura quelque\n temps. Je soupais quelquefois; je logeais moins. Enfin, voyant la marche\n des affaires, je voulus retourner au pays. A la fonderie on refusa de m'oc­\n cuper. J'avais déserté l'ouvrage, disait-on, je pouvais crever, ce serait bien\n fait.\n    « Alors je repris la grand'route, et me mis à voyager, bagage au dos,\n coudre à la main.\n    « Le mois dernier, — il gelait encore, — tombant de froid, je vendis ma\n flûte pour avoir un abri. J'eus trois francs, et je vécus quinze jours. Hier,\n un riche m'a jeté dix sous dans une ornière. J'ai logé cette nuit; et j'ai volé\n dans l'auberge l'instrument avec lequel je viens de jouer...\n    « Je vous crois un honnête homme, — plus que moi ; — prenez cette\n flûte et reportez-la, si vous allez de ce côté; vous direz l'avoir trouvée près\n de la porte.\n    « Tenez, il faut que je vous dise... C'a été plus fort que moi; il y avait\n trop longtemps que je n'avais plus la mienne !... »\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                 — 393 —\n\n   Lorsque j'eus fini de lire, le muet me tendit l'instrument en s'essuyant les\nyeux. Je pris machinalement la flûte, et, serrant la main à l'artiste, je\nm'éloignai à petits pas.\n   Au bout de quelques minutes j'entendis un son rauque, inarticulé, réson­\nner derrière moi. Je me retournai : le musicien courait de mon côté, les\npieds nus, avec des gestes suppliants. Je m'arrêtai pour l'attendre. Lorsqu'il\nfut auprès de moi, il joignit les mains comme pour une prière, et ses yeux,\nregardant tour à tour les miens et la flûte que j'avais sous le bras, avaient\nl'air de me dire :\n   — Encore, encore une seule octave !\n\n\n\n                                    VIII\n\n                            LA PROMENADE\n\n\n   Chaussé de ses vastes sabots jaunes, dans lesquels il a mis de la paille\nfraîche ; vêtu du sarrau de toile bleue luisante ; coiffé du large feutre gris\nd'usage, l'homme suit lentement le sentier qui conduit vers les champs de\nblé.\n   C'est dimanche ; les cloches de l'église sont devenues muettes ; les vêpres\nsont achevées; les paysans ont regagné le village. Là-bas, du côté des mai­\nsons, des rires retentissants entre les notes d'un violon aigre tourmenté par\nl'archet du maître d'école ; c'est un bal champêtre où la jeunesse campa­\ngnarde va s'ébattre joyeusement durant une heure, sous les branches à demi\ndépouillées de quelques tilleuls rachitiques. A la ferme, des femmes, vieilles\net courbées, apprêtent silencieusement le repas du soir; les poules becquè-\ntent dans la cour; les pigeons roucoulent dans le ramier; et la poulie du\npuits tourne sur son axe rouillé, en grinçant sous le poids des seaux rem­\nplis.\n   Du reste, tout est calme, aux logis et aux champs. Des vieux, assis devant\nleurs portes, la face rouge, les mains grises et tremblotantes, fument gra­\nvement leurs pipes, perdus dans les songes intraductibles de leur intelli­\ngence obtuse.\n   Tout se repose ou s'amuse : aux jeunes la danse, les conversations\nbruyantes, les galanteries brutales; aux vieillards le foyer, la rêverie, le\ncabaret; le cabaret du pays, avec son bouchon de houx ou de vigne pour\nenseigne, au dessus de la porte, et ses rideaux rouges aux fenêtres ; des\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                                  — 394 —\n\ntables de charme raboté; ses buveurs froids et mornes, penchés sur leurs\nverres ; et son atmosphère bleue de fumée.\n\n\n\n   Cependant, l'homme s'éloigne du village et gagne les champs. Son\nvisage, roussi aux feux de l'été, paraît à peine sous les larges bords retom­\nbés de son feutre. Il va, sans se presser, les mains ballantes, le dos un peu\nvoûté, la tête droite. Devant lui, la campagne s'étend, jaunâtre, au coucher\ndu soleil; des carrés de blé s'élèvent à gauche, courbant leurs tiges sous le\npoids des épis presque mûrs; plus loin, un bouquet d'acacias ferme la\nperspective; à droite, des coteaux s'élargissent en pente douce, couverts de\nvégétation vigoureuse, brune dans les plis du terrain; au fond, surgit en\nligne droite une chaîne de petits tertres peu élevés, d'où l'on découvre, par\nun ciel clair, un horizon immense.\n    L'homme va toujours de son pas lent et mesuré ; il ne se détourne pas ;\n sa tête, automatique, se meut en demi-cercle, de droite à gauche, de gauche\n à droite ; à peine de temps à autre s'approche-t-il des épis qui bordent le\n sentier, afin d'en chasser quelque essaim de moineaux pillards. Il marche;\n il traverse les champs ; il passe devant le bouquet d'acacias et s'enfonce\n dans le fouillis de végétation. Là, à l'abri des rayons, il se découvre et s'ar­\n rête.\n\n\n\n   Les mains jointes sur les reins, il compte d'un œil sûr les promesses de la\nrécolte prochaine ; il calcule, il contemple ; son regard s'élève de la terre au\nciel : il prie, il bénit, peut-être.\n   Car l'homme est religieux; mais d'une religion particulière; il ne croit\npas au Dieu que lui prêche le curé. Il n'a qu'une idole : le temps. Le temps\nest le maître des récoltes ; il peut, d'un coup de vent ou d'un rayon de\nsoleil, remplir les sacs ou vider la huche.\n   Aussi le temps vaut-il plus que Dieu.\n   L'homme est logique dans son gros bon sens rural.\n   C'est qu'il est le gros bonnet du pays. A lui appartiennent ces prés, ces\nchamps, ces coteaux, et jusqu'à ces acacias, qui maintenant sont enveloppés\nd'ombre; sans compter la ferme et l'abreuvoir du village, femmes et bêtes\ncomprises.\n   L'homme est taciturne, mélancolique; il ne rit jamais, parle rarement,\nsourit quelquefois. Toute la semaine il s'est courbé sur ces sillons qui ren-\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                  — 395 —\n\n\nferment l'espoir de quelques mesures de grain ; aujourd'hui, il vient donner\nle coup-d'œil du maître, satisfait de son travail.\n   Après une pause de quelques instants, il quitte la vallée et s'éloigne du\ncôté de la chaîne de collines dont les crêtes sont encore empourprées de\nclartés mourantes. Bientôt il gravit d'un pas égal la pente des tertres et\nparaît au sommet, sur le plafond rouge du couchant, comme une ombre\nnoire, silencieuse, immobile.\n   L'homme n'a pas recouvert son front; il tient son feutre entre ses mains\ntoujours croisées. Sa large face brûlée et polie miroite aux dernières lueurs\ndu crépuscule. Il ne porte point de barbe ; ses yeux, peut-être passés de\nteinte à la lumière, ont une nuance verdâtre et changeante; son front\nsemble fait de deux pièces soudées l'une à l'autre, tant le haut et le bas dif­\nfèrent de couleur; ses cheveux, ras et drus, sont blancs sur le crâne et gris\nderrière les oreilles ; et cette forte silhouette demeure là, roide, impassible,\nla vue perdue dans l'horizon, au loin.\n\n\n\n\n   Maintenant, l'homme est le rêveur; il contemple la nature, — sa nature,\ncar ces terres sont à lui, — au coucher du soleil ; il regarde les ondulations\ndes blés, les zigzags désordonnés de la vigne et les sillons parallèles des\nplants encore enfouis ; il admire, sans le comprendre, le mécanisme subtil\net fécond qui changera bientôt quelques produits imparfaits en beaux et\nbons écus d'or. Et il se laisse emporter, lui, intelligence faible, dans le tor­\nrent de poésie qui s'échappe vaguement du bouquet d'acacias.\n   Il se retourne; il lève son front vers l'ouest ; il cherche à percer du regard\nles bandes cuivrées du ciel. Et, dans son admiration muette, deux grosses\nlarmes incolores roulent en scintillant comme des gouttes de rosée sur la\npeau tannée de ses joues.\n   Oh ! les douces larmes d'attendrissement ! ô puissance imprescriptible de\nla poésie I\n   Eh bien, non ! l'homme n'a pas le cœur ouvert à des sentiments sembla­\nbles ! Savez-vous pourquoi l'homme pleure? c'est parce que, dans ces bandes\ncuivrées qui disparaissent maintenant sous le voile de la brune, il a\nreconnu le signe certain d'un vent terrible, destructeur de la récolte der­\nnière.\n   Il reprend à présent le chemin du village. Tout à l'heure, en rentrant à la\nferme, il redeviendra le paysan austère, âpre au gain, dur à la famille, froid\nau sentiment ; et, dans sa mauvaise humeur d'un labeur compromis, il ne\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                  — 396 —\n\nménagera ni les injures aux femmes, ni les ruades au vieux griffon décharné\nqui viendra au devant de lui pour lui lécher les mains.\n\n\n                                      IX\n                        LE GUEUX A L'ORGUE\n\n   Le vieux qui court les rues, portant sa boîte sur le dos, comme un\nescargot sa coquille, s'était mis en route de bonne heure.\n   Et comme c'était jour de fête, le pantalon du gueux avait été soigneuse­\nment brossé ; aussi la redingote à la « propriétaire » ; aussi la large cas­\nquette de drap vert, à visière de cuir verni. Il allait y avoir tantôt deux\njours que le loqueteux n'avait dîné. Aussi, les poches et le cœur pleins\nd'espoir, il avait endossé sa boîte à musique et s'était dirigé vers la ville.\n   Le vieux n'était pas infirme, oh non ! tant s'en fallait ! Le champagne\nqu'il avait sablé durant son existence avait été insuffisant pour lui léguer la\ngoutte, ce châtiment des: jouisseurs; il avait de bonnes jambes, bien\nosseuses et bien maigres : des jambes de vagabond, capables de faire leurs\nhuit lieues en dix heures. Le coffre était solide, large et velu comme une\npoitrine d'ours. Les yeux aussi étaient bons, gris et vifs, susceptibles de\nfouiller le ruisseau bourbeux pour y découvrir un liard oxydé : des yeux\nde maraudeur.\n   Eh bien, malgré tout cela, le vieux mendiait presque. Sous son écorce\nrugueuse et vivace, l'homme gardait l'indolence du désœuvrement. Il vou­\nlait ignorer le travail. L'atelier? ah bien oui! et le grand air, donc? et les\nbonnes heures de sommeil, en plein midi, dans les fossés, la tête à l'ombre,\nderrière la boîte à musique, sa vieille inséparable! et les fines lampées de\ntrois-six sur les tables clopinantes de la barrière ! que serait devenu tout\ncela?\n   Non que le vieux fût fainéant par nature; il trimait, et rude, quelquefois.\nSeulement voilà : le gueux en était un vrai, un de dessous les fagots. Il\nn'était pas paresseux; il était flegme. Et puis, cette incertaine vie de bohé­\nmien lui allait ; il y était façonné. En sortir, c'eût été sortir de sa sphère,\nde son climat vital. Vrai, il eût crevé, dans l'atelier! Et le vieux tenait à la\nvie, au moins autant qu'à sa boîte, à son repos et à son trois-six.\n\n\n\n\n  Tu les as chantés, Richepin, ces marlous, marloupins et marloupattes;\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                 — 397 —\n\ntu as étudié leur existence végétative sur la route, sous les ponts et dans la\nrue ; tu as appris leur langage au pays de Largonji, avec les dos, les mendi­\ngots et les loucherbems. Les claquepatins, les loqueteux, les catins et les\nmarmousets ont été immortalisés par ton œuvre. Mais puisque, dans tes\nvolées pittoresques, tu nas pas rencontré mon homme, permets-moi de te le\nprésenter. Tu as eu « Le bon gueux qui rôde », j'aurai le « Gueux qui joue\nde l'orgue ».\n\n\n\n   Sur la grande allée bordée de marronniers, le vieux avait posé sa boîte Il\nfaisait chaud ; et le marchand de coco avait eu bon nez en flairant la\nrecette.\n   En fraîches toilettes d'été, les margots balayaient le sable du cours, éta­\nlant aux yeux de la plèbe l'audace de leur richesse impure.\n   De temps à autre, une calèche passait sur la chaussée, soulevant un flot\nde poussière sous les pieds des chevaux. De temps en temps aussi, un cava­\nlier filait, rapide, sous les branches vertes de la contre-allée qui ne permet­\ntaient d'apercevoir le fugitif que dans leurs éclaircies. Parfois, c'était une\namazone, toute pâle, dans un costume noir, qui traversait au petit trop la\nplace dorée et poudroyante au soleil.\n   Le vieux avait mis sa machine en branle.\n   Il était peu varié le répertoire de la boîte à musique; quatre airs le com­\nposaient : « Partant pour la Syrie; » « D'ici voyez ce beau domaine... ; »\n« Ohé lesp'tits agneaux! » et « Je vais revoir ma Normandie... » Sur un\nrythme mélancolique, l'orgue geignait des fa dièze et des mi bémol qui se\nperdaient presque dans le bruit de la foule qui ne les entendait pas.\n   Et le vieux tournait, tournait toujours, avançant bravement vers les pro­\nmeneurs sa coquille de nacre.\n   L'ombre n'est pas faite pour les mendiants, à l'air libre. Le loqueteux,\nrefoulé le long des murailles, recevait sur sa tête nue les brûlants rayons de\njuillet. Il suait, le bonhomme !\n   Mais aussi, quelle idée de s'entêter à perdre ainsi de l'harmonie! Si seu­\nlement les petits sous avaient plu dans la coquille! Mais non, rien, pas une\nrouge pièce !\n   Il y eut un instant où le marchand de coco eut pitié de notre homme ; il\ns'approcha, remplit un verre à sa fontaine, et le tendit au vieux, avec une\nespèce de confraternité protectrice, en lui disant :\n   — Va, bois; tu me rendras ça quand tu pourras.\n   On sentait, dans le ton dont le marchand de coco parlait, toute la dis­\ntance qui sépare le négociant de l'artiste.\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                                   -   398 —\n\n   Philistin, va!\n   Le gueux but. Vraiment, il avait soif. Et les sous ne tombaient pas.\n\n\n\n\n   Trois heures durant l'homme resta à la même place, attendant l'aubaine.\nLa foule passait, indifférente à Ma Normandie comme à la Dame blanche,\ndure à la poche comme à l'oreille.\n   Cependant le dîner devenait de plus en plus problématique. Alors le\nvieux fut pris de désespoir. D'un coup brusque il se hissa la boîte sur\nl'échiné et se mit à descendre l'avenue. Maintenant il marchait à l'ombre,\nheurtant ses voisins au passage, humilié de l'égoïsme de ce monde qu'il\ncoudoyait.\n   Peu à peu cependant sa nature philosophique reprenant le dessus, il se\ndit qu'un dîner de plus ou de moins ne devait point paraître dans la vie\nd'un homme.\n   Et lorsque le loqueteux arriva à la barrière, il était tout à fait consolé et\nn'avait plus souci que de faire un bon somme, à l'ombre des verts talus.\n\n\n\n\n   Entraîné par cette puissance invisible qui fait que les gueux s'assemblent,\nj'avais suivi le vieux jusqu'au delà des portes de la ville. Un large champ\nd'avoine s'étendait devant nous. A gauche, sur le terrain nu, des tentes se\ndressaient, pittoresques, désordonnées, sales, pailletées de métal, semant\ndes étincelles dans le gris vague de la campagne. Des Bohémiens, des Zin-\ngari, sans doute, avaient élevé leurs constructions nomades en ce lieu.\n   Le vieux déposa son orgue sur le sol et se coucha à l'entrée du champ\nd'avoine. Resté un peu en arrière, je fis comme lui, et me mis à sommeiller.\n\n\n\n\n  Je ne sais combien de temps je dormis.\n  Tout à coup je fus réveillé par une musique étrange qui semblait sortir\ndu milieu même des épis. Je me dressai et regardai du côté d'où venait le\nbruit...\n  Quel ne fut pas mon étonnement de voir le vieux à l'orgue tourner avec\nune bonne foi inimaginable la manivelle grinçante de sa commode à\nmusique !\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                 — 399 —\n\n  Oui, il tournait. Et, l'un après l'autre, se relayant sans interruption, les\nquatre morceaux du répertoire couraient, glapissant, roulant, tonnant,\ntonitruant, avec des sursauts, des soupirs et des pauses démesurées.\n   Le mendiant s'était dit : « Ma foi, puisque les gens ne veulent point\ndonner, je vais envoyer une aubade au soleil. Celui-ci, du moins, s'il me\ngrille l'été, me réchauffe l'hiver.\n   « Et en avant la musique ».\n  Et le vieux tournait, tournait toujours.\n\n\n\n  Avant le soir j'étais assis devant l'une des tentes des Zingari.\n  Des femmes, jeunes et vieilles, jolies et laides, allaient et venaient autour\ndes feux qui brûlaient sur le sol. Le vieux loqueteux était allongé auprès\nde moi, attendant le repas qui nous était offert.\n  Eh parbleu, oui ! ces bons gueux nous avaient invités, de frères à frères.\nEt nous avions accepté.\n  Bientôt nous fûmes servis; et nous mangeâmes dans l'immense écuelle\nde bois le brouet aillé et le pain noir de nos orientaux compagnons.\n  Puis, le vieux à l'orgue de Barbarie, commença une histoire. Elle était\nlongue...\n  Alors, pendant que les pipes s'allumaient, je m'étendis sur le dos, auprès\ndes feux mourants, et, regardant les étoiles, je me mis à fredonner incon­\nsciemment le vieux refrain de Béranger :\n                              Les gueux, les gueux,\n                           Sont des gens heureux,\n                           Ils s'aiment entre eux;\n                              Vivent les gueux !\n                                                      MARIUS RÉTY.\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                         — 400 —\n\n\n                                  MEMENTO\n               BELGIQUE                            1re danseuse demi-caractère; Teresa Ma­\n                                                   gliana et Emilia Righettini, 2es danseuses ;\n    MM. Joseph Dupont et Lapissida vien­           Enrichetta Righettini, 3 e danseuse.\n nent de publier le tableau du personnel du           Coryphées. — Mmes Vanlancker, Tribout,\n théâtre royal de la Monnaie pour la cam­          Desmet, Schacht, J. Matthys, Zuccoli,\n pagne 1886-1887.                                  Vangoetem et M. Matthys.\n    Le voici :                                        38 danseuses, — 12 danseurs.\n    Chefs de service. — Joseph Dupont,                Chœurs. — 16 premiers dessus, 14 deu­\n 1er chef d'orchestre.                            xièmes dessus, 8 enfants de chœur, 14\n    Léon Jehin, chef d'orchestre ; Ph. Flon,      premiers ténors, 10 seconds ténors, g pre­\n 2° chef d'orchestre, chef des chœurs.            mières basses, 11 secondes basses.\n    Lapissida, régisseur général.                    Orchestre. — 80 musiciens : 12 premiers\n    Falchieri, régisseur de la scène parlant      violons, 11 deuxièmes violons, 8 altos,\nau public, Léon Herbaut, 2e régisseur.            8 violoncelles, 8 contrebasses, 3 flûtes,\n   Saracco, maître de ballet; Duchamp,            3 hautbois, 3 clarinettes, 1 saxophone,\nrégisseur du ballet.                              6 cors, 3 bassons, 4 trompettes, 1 tuba,\n   Beauvais, Triaille, Paul Mailly, pianistes-    4 trombones, 1 grosse caisse, 1 triangle-\naccompagnateurs.                                  tambour, 1 timbalier, 1 cymbalier, 1 harpe.\n   Fiévet, bibliothécaire. Bullens, chef de          Musique de scène. — Un chef, 20 musi­\nla comptabilité. Charles Lombaerts, machi­        ciens.\nniste en chef. Feignaert, costumier. Bardin,         20 machinistes, 20 employés placeurs et\ncoiffeur. Colle, armurier.                        ouvreuses, 30 habilleurs et habilleuses\n   Jean Cloetens, préposé à la location, con­\ntrôleur en chef. Maillard, percepteur de                              ***\nl'abonnement.                                         Au Galop, poésie par Gallaud. Une bro­\n   Lynen et Devis, peintres décorateurs.           chure. Bruxelles, imprimerie Vanbug-\n                                                   genhoudt.\n GRAND-OPÉRA, TRADUCTION, OPÉRA-COMIQUE               L'optimiste auteur, dans un élan de ly­\n            ARTISTES DU CHANT.                     risme sincère, galope sur l'illusion devant\n                                                   la fresque d'une vie idéale. Au moment où\n   Ténors. — MM. Sylva, Engel, Berroney,\n                                                   nous craignons de le voir s'assoupir dans\nGandubert, Larbaudière, Nerval, Durand.\n                                                  le quiétisme du rêve vécu, notre cavalier\n   Barytons. — MM. Séguin, Giraud, Re­\n                                                  se cogne\nnaud.\n                                                          Au comptoir d'un épicier!\n  Basses. — MM. Bourgeois, Isnardon,\n                                                     Devant ce sombre autel du prosaïsme,\nChappuis, Frankin, Séguier.\n                                                  déception amère qui se dresse devant lui\n   Chanteuses. — Mmes Litvinne, Marie\n                                                  avec des couleurs de deuil, M. Gallaud\nVuillaume, Martini, Balensi, Thuringer,\n                                                  s'arrête. C'était le moment de remonter en\nWolf, Angèle Legault, Gayet, Gandubert\n                                                  selle et de chevaucher dans les landes de\n  Coryphées. — Mmes Vléminckx, Legros,\n                                                  1' « Art social. » L'auteur s'en est bien\nTilman Zoé. MM. Fleurix, Léonard, Krier,          gardé, et nous l'en félicitons.\nVanderlinden, Blondeau, Schmier, Si­\n                                                     Sa pièce de vers, correctement bâtie est\nmonis, Pennequin, Dobbelaere.\n                                                 sans prétention et d'une fraîcheur délicate.\n          ARTISTES DE LA DANSE.                   Nous lui souhaitons le succès qu'elle mé­\n  Danseurs. — MM. Saracco, Duchamp,              rite.\nDesmet, De Ridder.                                   Un dessin pas banal et bien compris orne\n   Danseuses. — Mmes Cleofe Lavezzari,           la couverture.                        F. V.\n1re danseuse; Consuelo De Labruyère,                                 **\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                                   — 401 —\n\n    La deuxième de La Casserole :                        tine de beurre! » Mais j'étais déjà dégrisé,\n     A I R S DE P E T I T E F L U T E .                  j'avais peur qu'elle ne me demandât, le len­\n                                                         demain matin, un petit ouistiti que j'avais\n           LE TEMPS EST AUX CHANSONS I\n                                                         acheté au Havre, dans la journée. Il me\n                                    A Max Waller.        paraissait que cette femme devait adorer\n        H o l à ! les gens mal habillés,                 les singes... Cette nuit, ce fut comme un\n        Venez donc ça qu'on vous parfume :\n        L'odorant thurifera fume                         déshabillé d'âme.\n        D a n s nos encensoirs ciselés.                     Elle me conta sa vie, mille choses tristes,\n       Voyez avec quelle a p a t h i e .                 sinistres, qu'elle coupait par un zut qui\n       Avec quelles nobles façons,\n       Quel dédain nous les balançons                    semblait boire des larmes... Il m'apparut\n       D a n s l'atmosphère e m p u a n t i e !          dans cette peau de voyou je ne sais quelle\n       Car l'air q u e vous contaminez                   petite figure attristée, songeuse, rêveuse,\n       D e l'odeur de vos dessous sales,                dessinée sur l'envers d'une affiche de théâtre.\n       O ! masses autrefois vassales,\n       N e doit plus offenser nos nez !                 Après chaque étreinte amoureuse, son\n       Observant et rythme et césure,                   cœur faisait toc-toc comme un coucou d'au­\n       N o u s disons d'exquises chansons,              berge de village : un bruit funèbre. C'était\n       Et mollement nous balançons\n       N o s beaux encensoirs en mesure.                le plaisir sonnant la mort. « Oh! je sais\n       E t très haut et très doucement,                 bien, me dit-elle, que si je faisais seule­\n       Afin d'étouffer vos m u r m u r e s .            ment la vie six mois, je serais morte. Je\n       Tels les oiseaux sous les r a m u r e s ,\n       Nous trillons agréablement.                      mourrais jeune avec une poitrine comme\n                                                        ça... Si je me mettais à souper, ce ne serait\n       Eh ! va donc, tourbe mariolle                    pas long... «\n       8 ui te plains de manquer de pain,\n        e n'est pas vrai : tu n'as pas faim,\n       Sinon d'un peu d e gloriole!\n                           MARTHE      SCHWERDTLEIN.\n                                                           Le Barbe-Bleue légendaire, celui des\n                                                        contes enfantins et des opérettes, est un\n                                                        personnage peu recommandable sans doute\n   Deux volumes, des nôtres, sont sous\n                                                        par sa moralité. Qu'il y a loin cependant de\npresse, chez l'imprimeur Monnom : Lettres\n                                                        la réputation transmise à travers les siècles\nà Jeanne, par Jules Destrée et Elles, par\n                                                       à la vérité historique. C'était une tout autre\nJames Van Drunen. Ce dernier volume, tiré\n                                                       passion que celle de changer d'épouse légi­\nà très petit nombre, ne sera pas mis dans le\n                                                       time qui animait le seigneur Gilles de Rays.\ncommerce.                                              Un chercheur, qui est en même temps un\n                   FRANCE                              spécialiste, M. le D r Julien Chevalier, vient\n  A travers la vie, par Francis Pittié.                d'exhumer le véritable Barbe-Bleue, et il\n  Cela fait...                                         nous le présente comme un simple mania­\n                                                       que atteint tout bonnement de folie impul­\n                         ***                           sive.\n   Du « journal des Goncourt » :\n                                                          « On sait, écrit le Journal de médecine\n   Je grimpais allègrement et fiévreuse­\n                                                       et de chirurgie pratique, que le nom de\n ment ainsi qu'un fou et machinalement\n                                                       Barbe-Bleue est attribué par les historiens\nainsi qu'un somnambule. J'étais entraîné\n                                                       à divers personnages parmi lesquels on\ndans l'orbite de cette robe blanche et de ce\n                                                       signale surtout le seigneur Gilles de Retz\nrayonnement blanc. Enfin j'arrivai. Je sautai\n                                                       ou Rays, qui vivait au commencement du\nsur le 'balcon. J'avais été amoureux pen­              quinzième siècle et est très connu par les\ndant une longueur de quinze pieds. Je crois            atrocités qu'il commit. Or, on trouve dans\nbien que je n'aurai de l'amour dans toute              un livre récent du Dr Julien Chevalier sur\nma vie que de telles bouffées... Je passai la          l'Inversion de l'instinct sexuel au point de\nnuit avec cette femme qui me disait en                 vue médico-légal (*), des détails historiques\nvoyant mes regards sur elle : « Es-tu drôle,\ntu as l'air d'un enfant qui regarde une tar­            (*) In-8° d e 170 p a g e s , chez O. Douin.\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                          — 402 —\n\n qui montrent que ces cruautés doivent             étaient ses pourvoyeurs. Il avoua avoir\n être attribuées à un état mental tout parti­      abusé des enfants « pour son ardeur et\n culier, bien étudié maintenant et très            délectation de luxure, et les avoir fait tuer\n répandu à cette époque. Aux quatorzième,          pur ses gens, soit en leur coupant la gorge\n quinzième et seizième siècles, dit cet auteur,    avec dagues et couteaux, en séparant la\n se développa, avec une intensité inouïe, une      teste de leur corps, en leur rompant les\n sorte de folie génésique générale. La démo­       testes à coups de bâtons, ou autres choses;\n nomanie, la sorcellerie, la croyance aux          et aucune fois leur enlevait ou leur faisait\n succubes, aux maléfices et vilenies du            enlever les membres pour en avoir les\n diable, remplissent cette époque, s'accom­        entrailles, les faisait attacher à un croc de\n pagnant d'un priapisme universel. Les pas­        fer pour les étrangler et les faire languir;\n sions contre nature ne pouvaient moins            comme ils languissaient à mourir, avait\n faire que d'apparaître : elles se manifes­        habitation d'eux, et aucune fois, après\n tèrent par un fait monstrueux. Le très haut       qu'ils étaient morts, prenait plaisir et délec­\n et très puissant seigneur Gilles de Laval,        tation h voir les plus belles têtes des dicts\n sire de Rays et autres lieux, maréchal de         enfants, lesquels, en après, étaient ars. » Il\n France, compagnon de Jeanne d'Arc avec            continue plus loin : « Quant à ceux occis\n laquelle il prit part à la délivrance d'Or­       à..., on les bruslait en ma chambre, sauf\n léans, de retour de ses campagnes, dans           quelques belles testes que je gardais comme\n son château de Machecoul, en Bretagne, sa­        reliques. Or, je ne saurais dire au juste\n crifia plus de huit cents enfants à ses appé­     combien furent ainsi tués et ars, sinon qu'ils\n tits contre nature. Chez lui la volupté du        furent bien au nombre de six vingts par\n meurtre s'associait à l'aberration sexuelle.      an. » Il ajoute en s'adressant au roi : « Sou­\n Traduit devant la haute Cour de Bretagne,        ventes fois je me lamente et reproche\n il finit par avouer ses crimes et écrivit à      d'avoir laissé votre service, mon très vénéré\n Charles VII une lettre où il raconte son         sire, il y a six ans, car en y persévérant je\n histoire. Cette lettre est une véritable         n'eusse point tant forfait : mais je dois\n observation clinique et mérite d'être rap­       néanmoins confesser que je fus induit à\n portée... « Je ne sais, dit-il, mais j'ai de     me retirer en mes terres de Rays par cer­\n moi-même et de ma pauvre tète, sans con­         taine furieuse passion et convoitise que je\n seil d'autrui, pris ces imaginations d'agir      sentais envers votre propre dauphin, telle­\n ainsi, seulement par plaisance et délecta­       ment que je faillis l'occire un jour, comme\n tion de luxure; de fait, j'y trouvai incom­      j'ai depuis occis nombre de petits enfants\n parable jouissance, sans doute par l'instiga­    par secrète tentation du diable. Donc, je\ntion du diable. Il y a huit ans que cette         vous en conjure, très redouté sire, de ne\n idée diabolique me vint.... Or, étant d'aven­    pas abandonner en ce péril votre très hum­\n ture en la librairie du château, je trouvai      ble chambellan et maréchal de France,\n un livre latin de la vie et des mœurs des        lequel ne veut avoir la vie sauve que pour\n Césars de Rome, par un savant historien          une belle expiation de ses méfaits, selon la\nqui a nom Suetonius. Le dict était orné           règle des Carmes. »\nd'images fort bien peintes, auxquelles se\nvoyaient les déportements de ces empe­               « Sa prière ne fut pas écoutée. Com­\nreurs païens, et je lis en cette belle histoire   damné, il fut brûlé à Nantes en 1440. On\ncomment Tibérius, Caracalla et autres             voit encore les ruines de son château de\nCésars s'esbattaient avec des enfants et          Machecoul.\nprenaient plaisir à les martyriser. Sur quoi         « C'est là un exemple de folie impulsive\nje voulus imiter les dits Césars, et le mesme     comme on en voit encore assez fréquem­\nsoir, je commençais à le faire en suivant         ment des exemples, avec cette différence\nles images de la leçon et du livre. » Henriet     que les attentats ne peuvent plus se multi­\net Pontou, qu'il avait dressés à ce jeu,          plier comme au temps de Gilles de Rays. »\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "   Mais il paraissait si gentil, le bourgeois, que Grandfuret lui-même, l'impitoyable\nGrandfuret, cessa de le blaguer.\n   De très bon cœur, on accepta le café au lait qu'il leur offrait, et puis la goutte, si bien\nqu'au bout d'une heure on était des vieux amis.\n   Ils s'étaient présentés mutuellement. Lui, un ancien quincaillier du Marais, retiré dans\nce pays avec sa femme, après fortune faite.\n   Son désespoir de n'avoir jamais eu d'enfant l'avait poussé à adopter un petit orphelin\ndu village.\n   L'épouse, une grande brune encore pas mal, était descendue. Elle parut un peu sur­\nprise de voir tout ce monde, mais elle sourit aux jeunes gens et particulièrement, je crois,\nau beau Gobert.\n   — Et le portrait, demanda le quincaillier, faites-vous aussi le portrait?\n   — Notre spécialité, répondit Grandfuret, consiste à traiter tous les genres avec le\nmême brio, la même maestria, et, oserais-je l'ajouter, le même succès.\n   Alors, du coup, il leur commanda son portrait, celui de sa femme et celui du bébé.\n    Selon leur genre de talent, ils se distribuèrent l'ouvrage.\n    Pantinel prit l'homme. Il le fit poser sous la tonnelle, gilet déboutonné, verre en\nmain.\n    Grandfuret peignit le petit, assis au beau milieu de la pelouse, gentil comme tout.\n    Quant à la dame, Gobert, qui se l'était adjugée, l'installa, en matinée rouge, sur une\nchaise longue, tenant à la main le Cœur de Félicien Champsaur.\n    Tout marchait bien ; les portraits avançaient, déjà ressemblants. Les jeunes gens ne\n quittaient plus la villa, où ils s'étaient rendus indispensables.\n    L'ex-quincaillier avait même envoyé chercher leurs affaires à l'auberge, tenant à ce\n qu'ils logeassent entièrement chez lui.\n    Soudain, un événement lugubre vint jeter la désolation dans cette joie.\n    Le petit mourut du croup en vingt-quatre heures.\n    Tout le monde fut attristé de cette mort. On s'y était attaché, à ce bébé.\n    L'enterrement était pour le lendemain matin.\n     Le soir, le quincaillier déclara qu'il ne se coucherait pas. Il veillerait le petit.\n    Les trois amis offrirent de passer la nuit avec lui.\n    Dans la chambre même où était le petit corps, ils s'assirent tous quatre, commodé­\n ment.\n     Pour chasser l'émotion on buvait du rhum, on en buvait beaucoup.\n     L'émotion était disparue qu'on en buvait encore.\n     On avait commencé par des petits verres, mais c'est embêtant les petits verres. Ça se\n vide comme rien.\n     On avait pris des grands. Les grands se vidèrent comme les petits.\n     Tout à coup, le quincaillier se sentit pris d'un attendrissement en songeant au pauvre\n petit qui gisait là, inanimé.\n     — Je veux le voir encore une fois, cria-t-il.\n     Et il le prit dans ses mains.\n     — Hein ! qu'il était beau !\n     Et il le passa à Pantinel, qui le passa à Grandfuret, lequel s'en débarrassa sur Gobert.\n     Ce dernier était abominablement gris.\n     Il se sentit épouvanté à la seule idée de faire quelques pas pour remettre le petit corps\n  sur le lit.\n     Il essaya de se lever, mais vainement.\n     Une commode se trouvait près de lui, un tiroir ouvert.\n     Il y déposa doucement l'enfant et poussa le tiroir.\n     Le jour était venu.\n     On sortit dans le jardin pour humer un peu d'air frais.\n     Gobert s'installa dans la tonnelle et s'y endormit comme un juste.\n     Les croque-morts arrivèrent avec la boîte à violon.\n     Ah ! ce fut une affaire !\n     Voilà qu'on ne trouvait plus le petit, maintenant!\n     Elle était raide, celle-là !\n     Ce n'est que bien après, quand Gobert se fut réveillé, au prix de quels efforts ! qu'on\n  trouva le corps.\n      L'enterrement eut un peu de retard, mais se passa dignement.\n      Gobert trébuchait bien un peu, mais on mit cette allure sur le compte de la douleur.\n      — Pauvre garçon! disaient les gens du pays, ça serait son petit à lui, qu'il ne serait\n  pas plus chagrin.\n                                                                  ALPHONSE ALLAIS.\n\n\n   Allez voir LE P E T I T POUCET au Théâtre de la Bourse.\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "   A tous les artistes, buveurs raffinés, amoureux des vins couleur de soleil,\ndes liqueurs exquises et de la verte empoisonneuse qui engourdit les peines\net calme le dégoût du mufflisme contemporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universel Wine C°\n                 6, R U E P A U L D E V A U X , 6 (PRÈS LA BOURSE)\n\n   En cette osteria décorée dansle style de la Renaissance flamande parnotre\nexcellent décorateur, C H . - L É O N CARDON, nos amis Jeunes-Belgique,\nVingtistes, Essoriens, Hydrophiles et autres trouveront à déguster les vins\ndélicats de Xérès et d'Alicante, les vins de Portugal, d'Orange-Cap, le\nKalliste, le Misistra noir, le Moscato et l'Achaja de Grèce, le Tokay de\nHongrie, le Syracuse, le Capri, le Malvasia de Lipari, et comme apéritifs\nles Vermouths Noilly-Prat et Fratelli Cora et l'absinthe Pernod.\n   (Prix modestes, et pour les jours de joyeuses beuveries, du vin de cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n      LIE                C H A T                                   NOIR,\n                     Directeur : RODOLPHE SALIS.\nSecrétaires de la rédaction : GEORGE AURIOL; ALBERT TINCHANT.\n                             PARAIT TOUS LES SAMEDIS\n           Abonnement pour la Belgique : Un an : 12 francs.\n                   Bureaux : à Paris, 12, rue de Laval, 12.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LA GRANDE BABYLONE, par EDGAR\n  MONTEIL. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n\n\n    La Jeune Belgique recommande à ses lecteurs\nle nouvel atelier de photographie EMERA\n         Montagne de la Cour,\n            le plus artistique\n                     de\n                Bruxelles.\n\n                                                                    Photographies\n                                                                 d'artistes en vogue.\n\n                                             Les costumes du cortège historique\n                                                    des chemins de fer.\n\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-09-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 416."}}