{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6e A N N É E . T O M E V, N ° I O .", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "6e A N N É E .     T O M E V, N ° I O .   P R I X : 60 CENT. ÉTRANGER                          5 OCTOBRE      1886.\n\n\n\n\n                                                     LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                        Sois, esprit altier, mon esprit ! Sois moi, être impé-\n                                                      tueux ! Chasse mes pensées mortes sur l'univers comme\n                                                      des feuilles flétries, Pour hâter une nouvelle naissance !\n                                                      Et, Par l'incantation de cette strophe, disperse, comme\n                                                      d'un foyer inextinguible des cendres et des étincelles,\n                                                      mes parâtes parmi L4humanité !\n                                                                                                SHELLEY.\n\n\n\n                                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 979, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "SOMMAIRE\n       Homme ou soldat                                                       GEORGES          EEKHOUD.\n       Horoscope . .                                                         ALBERT         GIRAUD.\n       L'Irréparable                                                         JULES       DESTRÉE.\n       Nocturnes . .                                                         IWAN GILKIN.\n       Journaux belges                                                       MAX       WALLER.\n       Rimes noires                                                           EDDY L E V I S .\n       Chronique littéraire                                                  JEAN      MORÉAS.\n       Chronique théâtrale                                                   X.    DES LOGES.\n       Memento. . . .\n\n\n\n\n                                             BRUXELLES\n                    ADMINISTRATION :                                        RÉDACTION :\n                 26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                             80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                                       1886\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "ALPHONSE ALLAIS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 453, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 941, "fin_caractere_exclue": 3813, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n   131. G. NOTULE, Huy. La boîte aux lettres est le bourreau des manuscrits, il faut que\nle vôtre y passe. Ah ! mon cher confrère, que voilà de copie mince et phtisique. Vous\navez une tuberculose de phrases et vos mots sont aux camélias. Puis vous dites à une\ndemoiselle qu'el.e est « châtaigne », c'est peut-être flatteur pour les marrons, mais le\nfrançais des Cours n'admet pas ces orthographes peu galantes. Laissez tousser ces deux\nnovelettes et mettez du fer dans votre prochain envoi. A vous.\n   132. Pauline n'en aura jamais eu d'aussi monstrueux. II nous est envoyé par Basoef ;\nécoutez :\n   Mon premier fabrique une étoffe à petits grains dans la capitale de l'Egypte ; c'est\n Vau, parce que hoc erat in votis, ou, en français : Au Caire ratine Vau tisse.\n   Mon second est ce que disent les enfants à l'auteur de leurs jours pour lui clore le bec ;\nc'est Ver, parce qu'on dit : Papavéracé.\n   Mon troisième est un soldat hindou, c'est Mans, parce qu'on dit : est Mans cipaye.\n   133. J. SAY. Amorose nous semble un peu dictionnaire de rimes, mais la pièce est\nbonne quand même et passera à son tour.\n   134. FERNAND S. Certaines pièces de la Wallonie (n° 4), entre autres les Litanies\nvalent infiniment mieux que votre lied où vous faites rimer frais avec sacrés. Certaines\nstrophes sont bonnes, mais il nous faut le dessus de votre riche panier et non des choses\nimparfaites. Ceci soit dit une fois pour toutes. Bon courage et amitiés.\n   135. JACQUES FÈRE, Louvain. Votre nouvelle est très curieuse, nous la donnerons\nbientôt. Vos nom et adresse, s'il vous plait.\n   136. J. DE G., Namur. Je ne vous dirai pas que c'est bon à mettre au cabinet. Les\nW. C. ont leur dignité spéciale, mais c'est à vous frotler sur le nez avec une titanesque\nénergie Oui, Monsieur!\n   137. Du Chat noir :\n                              T O T O AU LUXEMBOURG.\n                                                                    à Jean Rodolphe Salis.\n  Toto, un jeune gentleman de cinq ans et demi, passait tous ses loisirs, c'est-à-dire ses\nmatinées et ses après-midi, au jardin du Luxembourg. Là, par ses façons avenantes et\npas fières, il s'était créé quelques relations dans le monde des potaches et des étudiants.\nSa bonne le laissait agir à sa guise, et tandis qu'elle jacassait avec les nounous ses payses,\nToto circulait dans les groupes, appelant chacun de son nom, et distribuant gravement\nde grandes poignées de main\n  Malheureusement, cette belle existence est terminée. Un jour. Toto est venu au Luxem­\nbourg avec sa maman, et cette dernière a pu s'assurer que l'éducation du jeune homme\navait fait de trop rapides progrès dans une regrettable direction.\n  — Dis donc, m'man ! avait dit Toto.\n  — Quoi, Toto?\n  — Tu vois c'te p'tite blonde qui passe là. toute frisée avec ses cheveux sur l'front?\n  — Eh bien ?\n  — Tu sais pas comment qu'é s'appelle?\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4128, "texte": "   — Non, Toto.\n   — Eh bien moi je l'sais... E's'appelle Alida Veau-d'Or.\n   — Alida...?\n    — Veau-d'Or... Tu sais comme le veau d'or que Moïse a fichu par terre, dans l'his-\ntoire sainte, que les juifs étaient si colère... Tu sais bien?\n   — Et comment sais-tu le nom de cette dame ?\n   — C'te dame?... D'abord c'est pas une dame.\n   — Demoiselle, alors?\n   — Demoiselle non plus... C'est une grenouille.\n   — Une grenouille!!! — ???\n   — Oui, une grenouille... Ah oui, toi tu connais qu'les grenouilles dans les mares à la\ncampagne. Eh ben ! à Paris, y en a aussi des grenouilles, seulement c'est pas les mêmes\ngrenouilles.\n   — Et, à Paris, qu'est-ce que c'est que les grenouilles?\n   - - Comment, à ton âge, tu ne sais pas encore ce que c'est que des grenouilles?\n   — Toto, je te prie d'être poli. On ne parle pas comme ça à sa mère.\n   — Mais m'man, je suis poli avec toi, seulement j'peux pas m'empêcher d'être épaté !\n   — Epaté!... Mais, quelles drôles d'expressions tu as depuis quelque temps! Tu me\nferas le plaisir de renoncer à tous ces vilains mots.\n   — Des vilains mots!... Ah zut! alors, c'est toujours des vilains mots avec toi. J'dirai\npus rien, v'ià tout!\n   Toto boude une grande minute, puis se ravisant tout à coup :\n   — A propos, j't'aipas dit ce que c'est qu'les grenouilles à Paris.\n   — Qu'est-ce que c'est?\n   — Eh ben c'est des petites femmes qui sont comme des bonnes dans les cafés, seule­\nment, tu sais, des chouettes bonnes, bien peignées, avec des chic robes et des petits\ntabliers blancs, et puis des petits sacs accrochés à la ceinture.\n   — Ah !\n   — Il y en a qui sont rud'ment gentilles.\n   — Ah bah!\n   — Mais oui .. si tu veux, nous repasserons par la rue de Vaugirard. J'connais un café\noù qu'é sont tout l'temps à la porte... J'te les montrerai. J'en connais une justement, une\nqui s'appelle Titine.\n   La maman de Toto pousse un cri d'horreur.\n   — Comment tu connais de ces créatures ?\n   Toto paraît stupéfié de l'indignation maternelle.\n   — Pourquoi q'tu les appelles des créatures? E sont pas méchantes du tout, pourtant.\n   — Je te défends absolument, tu entends bien, Toto, de fréquenter ce monde-là !\n   — Bon... Bon. T'emballe pas, m'man, t'emballe pas ! j'fréquent'rai pas ce monde-là,\ncomme tu dis.\n   — Et puis, si tu n'es pas plus convenable, je te ferai corriger par ton père.\n   — Oh I la la ! Avec ça que p'pa, quand il était étudiant, il allait pas voir les grenouilles !\nEt moi, quand j'serai étudiant, avec ça qu'je m'gênerai !\n   La maman resta confondue de tant de perversité précoce. Tout à coup déboucha une\n troupe de touristes anglais qui se rendent au musée.\n   Toto fait autour de sa bouche un entonnoir avec ses deux mains, et de sa voix la plus\ntumultueuse :\n   — Ohé, les Angliches !... Ohé, les Angliches!\n   Les Angliches, ainsi interpellés, se retournsnt et, méprisant leur microscopique blas­\nphémateur, continuent vers le musée leur marche triomphale et saccadée.\n   La maman est devenue rouge de honte et de confusion. Toto s'en aperçut et sourit\nsupérieurement :\n   — Ça t'épate, ça?... Eh ben qu'est-ce que t'aurais dit l'aut'jour!... Imagine-toi que\nv'ià une voiture d'Anglais qui s'arrête devant l'Panthéon... Alors y avait un bonhomme\nqui leur expliquait tout haut, en anglais, c'que c'était qu'le Panthéon... Alors, v'là un\npoivrot qui s'amène et qui s'met à les attraper, comme j'faisais tout à l'heure : Ohé, les\nAngliches!... Ohé, les Angliches ! . Les Angliches étaient furieux... Alors le pochard est\nparti en leur faisant comme ça. . et puis il leur a dit : Quand vous verrez l'prince de\nGalles, vous lui direz que 'jt'em... !\n   Et Toto reproduit exactement la scène.\n   Les derniers mots, il les hurle au grand complet, en les rhythmant sur ce geste bien\nconnu, qui s'appelle dans les régiments tailler une basane.\n   La maman de Toto ne sait plus ou elle eu est. Fiévreusement elle saisit le poignet de\nson fils, et s'enfuit, éperdue.\n   Et voilà pourquoi le parc des Médicis est désormais interdit à Toto, jeune gentleman\nde cinq ans et demi.\n                                                                     ALPHONSE ALLAIS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 403, "page_fin": 414, "titre_corps": "Homme ou soldat ?", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "HOMME OU SOLDAT", "ancre_fin": "Érich HOLM", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 454, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "HOMME OU SOLDAT ?\n\n\n                              Quinze jours après Sedan, donc vers la mi­\n                               septembre 1870, M. Von Bleichroden, em­\n                                 ployé au bureau géologique de Prusse, et\n                                 Centré comme lieutenant dans la réserve,\n                                  était assis, en manches de chemise, devant\n                              son pupitre, dans une chambre du Café du\n                              Cercle, la principale auberge du village de\n                              Marlotte.\n                     Il avait jeté sur le dossier d'un fauteuil sa tunique au\n                raide collet, autour de laquelle le ceinturon avait creusé\n            son empreinte et dont le fourreau du sabre avait littéralement\n            poli la basque gauche. En inspectant le soir son uniforme\n            poudreux comme la grand'route, M. le lieutenant-géologue\n            aurait pu faire des études sur la couche tertiaire du terrain\n            parcouru. Il lui suffisait même de consulter les traces laissées\n            sur le plancher par les bottes maculées de son ordonnance\n            pour savoir si celle-ci avait traversé des formations « éocènes »\n            ou « pliocènes ».\n                 Géologue par goût, militaire par devoir, pour le quart\n              d'heure, M. Von Bleichroden se mettait à jour, ce qui ne l'em­\n              pêchait pas de relever souvent ses lunettes, de déposer la plume\net de laisser par ,1a fenêtre ouverte, ses regards embrasser le jardin paré de\ntoutes les magnificences de l'automne.\n   Pommiers et poiriers s'écroulaient sous le poids des fruits. Des carrés de\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "                                   — 404 —\n\n légumes alternaient avec des parterres de fleurs. Près des melons d'un\n rouge orange, des tournesols aussi grands que des assiettes tournaient leurs\n disques jaunes vers l'ouest, où le soleil commençait de descendre ; les\n choux fleurs d'un blanc cotonneux s'alignaient militairement au milieu du\n coquet désordre des œillets de toutes nuances pressés les uns contre les\n autres comme les badauds assistant à une manoeuvre. Un chemin tapissé\n de gravier et bordé de giroflées traversait le jardin dans toute sa largeur.\n    La perspective se prolongeait au delà de l'enclos. On apercevait des\n coteaux de vignobles, dont le feuillage riant se détachait sur la masse impo­\n sante des hêtres et des chênes de la forêt de Fontainebleau. Et le soleil\n couchant accrochait des fils d'or aux pampres et aux branches.\n    Quelques abeilles attardées visitaient encore les calices à miel du jardin ;\n blotti dans le feuillage d'un pommier, le rouge-gorge lançait un dernier\n trille; les fortes senteurs des giroflées envahissaient par intervalle la\n chambre de l'auberge.\n    — Le beau pays! murmurait le lieutenant, en extase.\n    Et ses pensées retournèrent aux bruyères natales où des sapins de petite\n taille, maigres et contrefaits, tordent leurs bras noueux vers le ciel qu'ils\n supplient de ne pas les laisser périr dans le sable.\n    Cependant sur le tableau magique, enfermé comme dans un cadre par le\n châssis de la fenêtre ouverte, le fusil de la sentinelle, postée dans le chemin,\npassait et repassait avec la régularité d'un pendule. Le va-et-vient de la\nbaïonnette livide semblait trouer le tableau au milieu et le déchirer en\ndeux; le lieutenant, agacé par cette discordance, songea un moment à\ndésigner un autre poste au factionnaire; puis, trop nonchalant pour se\nlever, il essaya d'éviter l'objet importun en dirigeant ses regards vers la\ngauche.\n    Le mur de l'église bornait le jardin de ce côté ; un mur jaune, sans fenê­\ntres, lavé à la chaux, auquel grimpait une vigne desséchée et nue ressem­\nblant au squelette d'une plante dans un herbier. Veuve de feuillage et de\nraisins, aux trois quarts morte, clouée à un espalier vermoulu, elle avait\naussi l'air d'un crucifié et c'était, chaque fois que la sentinelle sans défiance\narrivait devant ce mur, et tournait automatiquement sur ses talons, comme\nsi de longs bras de spectre avaient voulu l'agripper pour la presser dans\nune étreinte macabre.\n   Décidément, cette sentinelle tournait à l'obsession. Aussi, faisant son\ndeuil de la bonne rêverie de tout à l'heure, le jeune officier rabaissa les\nyeux sur la lettre qu'il était en train d'écrire à sa jeune femme.\n    Il n'était marié que de quatre mois; la déclaration de guerre l'avait\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "                                 — 405 —\n\n\n surpris huit semaines après les noces. Sa femme venait de lui annoncer une\n grande nouvelle : il allait être père. Aussi, dans les premières pages de son\n épitre, son cœur débordant d'émotion, d'espérance et de tendresse, donnait\n longuement cours à ses sentiments. Et c'est après cette première effusion\n qu'il s'était abandonné, attendri et un peu énervé, à l'influence du paysage\n septembral.\n    Le principal sujet de conversation avec la chère épouse était épuisé, mais\nle lieutenant désirait prolonger la causerie et il lui narra au hasard de ses\n souvenirs les récents épisodes de sa vie de soldat :\n   « ...Te raconterai-je, écrivait-il, comment, arrivé l'autre jour dans une\n forêt, avec mes cent hommes, après quatorze heures de marche, durant\nlesquelles ils n'avaient rien trouvé à mettre sous la dent, nous avisâmes un\n fourgon de vivres, abandonné par l'ennemi. Sais-tu ce qui arriva ? Affamés\nau point d'en ressemblera des morts mal ressuscités, ils rompirent les rangs,\nse jetèrent comme des loups sur le fourgon, le mirent en pièces pour arriver\nplus vite aux aliments. Malheureusement la voiture ne contenait que la\nration de vingt-cinq hommes. Il en résulta une bagarre. Je m'étais inter­\nposé, mais mes commandements résonnaient en pure perte. Le sergent qui\nvoulut les séparer, le sabre au poing, fut assommé à coups de crosse.\nSeize demeurèrent sur le carreau, grièvement blessés. Ceux qui étaient\nparvenus à s'emparer des vivres, les dévorèrent avec une telle voracité qu'ils\nen devinrent malades. J'en vis, étendus par terre, vautrés, qui étaient\ntombés comme des masses et dormaient d'un sommeil de plomb à la façon\ndes brutes repues. Je n'eus pas le courage de sévir après ; ils me faisaient\nautant de pitié que d'horreur... Et, note bien qu'il ne s'agissait plus\nici d'Allemands et de Français. C'étaient tous Allemands qui s'étaient\nmassacrés pour une tranche de pain... Oh ! la guerre !...\n   « En voici une autre. Un jour nous reçûmes ordre d'établir sur le champ\ndes retranchements en palissades. Mais l'immense plateau sans arbres ne\nnous offrait d'autre bois que celui des vignes tapissant ses versants. Il n'y\navait pas à barguigner : l'ennemi n'attend pas. Mais te représentes-tu le\nspectacle, moins d'une heure après? Les vignobles avaient été saccagés, les\nceps déracinés, les sarments arrachés pêle-mêle avec les pampres et les fruits\npour être liés en facines encore dégouttantes du jus des raisins broyés par\nles rudes poignes des troupiers. On nous avait assuré que ces vignes avaient\nquarante ans. Elles en auraient eu cent que cela ne nous eût pas arrêtés!\nBref, on détruisit en une heure l'œuvre de près d'un siècle ! Et ceci afin de\nfusiller plus aisément, sous la protection de ces vignes converties en forti­\nfications, les vignerons mêmes qui les avaient plantées.\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "                                  — 406 —\n\n    « Je me rappelle encore cet autre incident de la campagne. On nous\n avait ordonné de nous établir en tirailleurs dans un champ de froment non\n moissonné. En avant ! comme les chiens et les cavaliers du Féroce chasseur,\n de Bürger, nous nous jetons dans les blés. Le grain crépitait sous nos pieds\n comme dans une meule, et les épis renversés pour ne plus se relever devaient\n fatalement pourrir sur tige aux prochaines pluies. Crois-tu, ma chérie, que\nl'on dorme bien, la nuit, après de pareils exploits? Et pourtant je n'ai fait,\nlà, que mon devoir ! Et après, le moraliste prétendra que le sentiment du\ndevoir accompli est le meilleur des oreillers ! Il faudrait pourtant s'entendre\nsur la définition du devoir et expliquer comment telle action répréhensible\npeut devenir très louable, du moment que l'homme la commet en uni­\nforme\n    « Mais tout cela n'est qu'un prélude à des nécessités plus cruelles encore.\nTu auras sans doute entendu dire que le peuple français, voulant suppléer\nses armées régulières, détruites ou décimées par les nôtres, se levait en masse\net organisait des corps francs. Or, le gouvernement prussien refuse la qua­\nlité de belligérants à ces francs-tireurs et menace même de les fusiller comme\ntraîtres et espions partout où il les rencontrera. Pour justifier cette mesure\nextrême, il invoque ce principe que ce sont les Etats qui font la guerre et\nnon les individus. Mais les soldats ne sont-ils pas des individus? Et ces\nfrancs-tireurs ne sont-ils pas des soldats? Ils portent un uniforme gris\ntirant sur celui de nos régiments de chasseurs, et c'est bien l'uniforme qui\nfait le soldat ! On objecte qu'ils ne sont pas immatriculés. D'accord. Mais\nsi les communications entre les districts et leurs chefs-lieux sont interrom­\npues et empêchent le volontaire de s'enrôler plus régulièrement ?\n   « Pour tout te dire, — et la chose ne laisse pas de me tracasser, — tan­\ndis que je t'écris, tout près de moi, dans la salle de billard voisine, se\ntrouvent trois de ces partisans, et j'attends d'un moment à l'autre qu'un\nordre émanant du quartier général décide de leur sort. ».\n   Ici, M. Von Bleichroden interrompit sa lettre et sonna son ordonnance.\n   — Comment vont les prisonniers ?\n   — Bien, mon lieutenant. Ils jouent tranquillement leur partie de billard\net roulent des cigarettes.\n   — Qu'on leur serve une couple de bouteilles de vin blanc ; mais du moins\ncapiteux... Rien de particulier à part ça?\n   — Rien de particulier. A vos ordres, mon lieutenant...\n   M. Von Bleichroden reprit sa correspondance :\n   « De singulières gens que ces Français ! Les trois francs-tireurs dont je te\nparlais et qu'une condamnation à mort atteindra peut-être dans quelques\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "                                  — 407 —\n\njours — je dis peut-être, parce que je m'intéresse à ces pauvres diables —\nsont en train de jouer au billard, et j'entends le bruit de leurs carambo­\nlages. Quel joyeux mépris du danger! Vrai, il y a quelque chose de fier\ndans cette façon d'être prêt au départ... Ou bien cette insouciance prouve­\nrait tout bonnement que la vie ne vaut pas grand'chose, puisqu'on peut la\nquitter avec tant de désinvolture ! Naturellement je ne parle que de ces\nFrançais et je suppose que de tendres liens ne les rattachent p a s , comme\nmoi, à la terre... »\n   On frappait à la porte. « Entrez ! » dit le lieutenant, et dans le visiteur\nqui se présenta il reconnut le curé du village ; un homme d'une cinquan­\ntaine d'années, d'une physionomie à la fois douce, réfléchie et résolue.\n   — Monsieur le lieutenant, commença-t-il, je viens vous demander l'au­\ntorisation de voir vos prisonniers ?\n   Le lieutenant se leva, endossa prestement sa tunique et offrit au prêtre\nune place sur le sofa. Mais à peine se fût-il sanglé dans son uniforme et le\nroide collet de sa tunique eût-il enfermé son cou comme dans un carcan,\nqu'il lui sembla que les fonctions de ses organes nobles étaient suspendues\net que le sang n'arrivait plus jusqu'à son cœur. La main appuyée sur un\nvolume de Schopenhauer traînant sur la table à côté de la carte de France,\nil dit d'un ton sec : « A votre service, Monsieur le curé, mais je ne crois pas\nque les prisonniers vous accorderont beaucoup d'attention en ce moment,\nengagés qu'ils sont dans une partie de billard...\n   — Pardon, mon lieutenant... Je crois connaître mes compatriotes mieux\nque vous! répondit le prêtre. Permettez-moi de vous poser une question :\nAvez-vous l'intention de faire fusiller ces jeunes gens?\n   — Certainement! répliqua le Prussien. Et tout à fait rentré dans son\nrôle de militaire, il ajouta sentencieusement : ce sont les Etats qui font la\nguerre, Monsieur le curé, et non pas les individus!...\n   — Mais alors, mon lieutenant, vous et vos soldats auriez cessé d'être des\nindividus?...\n   — En effet! Monsieur le curé.\n   Instinctivement, il glissa sous le buvard la lettre à sa femme, et con­\ntinua avec plus de résolution, comme débarrassé du contrôle d'un témoin\nimportun :\n   — En ce moment je ne suis qu'un représentant des Etats allemands con­\nfédérés...\n   — Mais vous m'accorderez, Monsieur le lieutenant, que votre gracieuse\nsouveraine, sur qui Dieu veuille étendre toujours sa droite protectrice,\nreprésentait aussi votre patrie lorsqu'elle engagea les femmes d'Allemagne à\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "                                   — 408 —\n\nsecourir les blessés français... Monsieur le lieutenant, — fit-il en se levant\n et en s'emparant de la main de l'ennemi— ne pourriez-vous pas en appeler\nà votre souveraine de la mesure atroce prise par vos généraux?\n    Le prêtre avait des sanglots dans la voix et le lieutenant était bien près de\nperdre contenance, mais il rencontra la poignée de son sabre et répondit\n avec un sourire :\n    — Chez nous, curé, les femmes n'ont pas encore la main dans la poli­\ntique !...\n    — Eh bien, tant pis pour votre patrie! fit l'ecclésiastique en se redres­\nsant.\n    Cependant, depuis quelques secondes, le lieutenant paraissait préoccupé.\n Sans doute, il n'entendit pas la dernière répartie de son interlocuteur. Il\n s'était approché de la fenêtre et prêtait l'oreille aux rumeurs du dehors.\n    Comme le curé faisait mine de se retirer.\n    — Asseyez-vous encore un moment, Monsieur le curé ! dit-il, d'une voix\nmoins assurée... Vous aurez tout le temps d'entretenir vos compatriotes...\n    Il se remit aux écoutes, oubliant la présence de son visiteur. On enten­\ndait distinctement les battues d'un cheval lancé au grand trot.\n    — Non, ne partez pas encore, Monsieur le curé! dit l'officier en se tour­\nnant de nouveau vers le prêtre qui fut frappé, cette fois, du trouble qu'indi­\nquaient la pâleur de son visage et le tremblement de sa voix.\n    Le prêtre demeura, angoissé lui-même. De nouveau le lieutenant se pen­\ncha au dehors. Le trot se rapprochait, se ralentissait, s'arrêtait enfin dans\nla rue. Un bref échange de paroles entre l'arrivant et la garde, le fracas d'un\ngrand sabre, le cliquetis des éperons, un pas délibéré.\n    Deux coups à la porte. « Entrez ! »\n    — Ah!... Donnez !... Le lieutenant prenait le pli que lui tendait l'esta­\nfette et en avait déchiré l'enveloppe et parcouru fébrilement le contenu\navant que celle-ci, congédiée du geste, eut pivoté correctement sur ses\ntalons après un automatique salut.\n    — Quelle heure est-il? fit le lieutenant en froissant la lettre et comme\ns'il se parlait à lui-même... Cinq heures! Dans deux heures donc, Mon­\nsieur le curé, les prisonniers seront fusillés..\n   — Mais, Monsieur le lieutenant! se récria le prêtre, on n'expédie pas de\ncette façon ses semblables dans l'éternité.\n   — Dans l'éternité ou ailleurs!... L'ordre est formel... Il faut que tout\nsoit terminé avant la prière du soir, à moins que je ne veuille passer pour\ncomplice de ces brigands... Tenez, pour vous prouver que les chefs ne\nbadinent pas, lisez vous-même... Hein? On m'inflige, un blâme parce que\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "                                      409\n\n j'ai demandé des instructions supplémentaires?... Cette fois, je n'ai plus\n qu'à obéir. A vous de les préparer, Monsieur le curé... Allez, je ne vous\n retiens plus... La guerre c'est la guerre!...\n    Il s'efforçait de recouvrer son beau sang-froid du commencement de l'en­\n tretien; mais c'était peine perdue. Au moment où le prêtre sortait, il le\n retint par le bras :\n    — Sont-ils mariés? Ont-ils femme et enfants? De vieux parents, peut-\n être?\n    — Tous trois sont célibataires! fit le prêtre. Mais ils ont père et mère en\n cheveux blancs... De grâce, accordez-leur au moins cette nuit?...\n    — Mais vous êtes fou! cria M. Von Bleichroden. Vous me demandez\n l'impossible!\n    Et, craignant de céder à ces prières, il poussa le prêtre par les épaules\ndans la salle de billard, puis il referma précipitamment la porte...\n    M. Von Bleichroden poussa un gros soupir, termina sa lettre, dans un état\nde surexcitation extrême, en s'abstenant de parler du dernier incident, la\nconfia au planton et fit appeler le sergent-major :\n    — Ah! c'est vous, major... Vous prendrez vingt-sept hommes, vos plus\nmauvais sujets, ceux qui ont déjà été au feu, vous comprenez? Par exemple\nle n° 86, Besel, le n° 19, Eberwein, et ainsi de suite? Avec ce peloton vous\nfusillerez les trois Français... Vous mettrez aussi une patrouille à ma dis­\nposition; seize hommes suffiront; les meilleurs... Nous pousserons une\nreconnaissance dans la direction de Fontainebleau. Faites en sorte que le\nreste soit fini à notre retour... C'est entendu?\n    — Seize hommes pour le lieutenant; vingt-sept pour les prisonniers.\nDieu vous garde, lieutenant!\n    Et le sous-officier fit demi tour.\n    Le lieutenant boucla son ceinturon et mit un revolver dans sa poche.\nEnsuite il alluma un cigare, mais pas moyen d'en tirer une bouffée; ses\npoumons refusaient leur service. Au moment où il entendit le cliquetis des\nfusils de la patrouille prête au départ, il n'y avait pas dans la chambre un\nseul objet que ses mains fébriles n'eussent déplacé.\n    Descendu à la cour, il commanda : « Par le flanc gauche... Marche! » ;\npuis : « Pas accéléré ! »\n    Arrivé à la lisière de la forêt, le lieutenant fit faire halte à ses hommes,\net s'engagea seul à travers les taillis.\n    Il se trouvait dans la Gorge-aux-Loups, un des coins les plus sauvages\net les plus romantiques de la forêt de Fontainebleau. M. le lieutenant Von\nBleichroden, d'ordinaire si sensible aux beautés de la nature, n'éprouvait à\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "                                   —410—\ncette heure, sous les épaisses futaies de hêtres et de chênes embrasés aux\nderniers feux du jour, qu'une impression de malaise et d'inquiétude. Pour­\nquoi les grands arbres, qui lui avaient toujours été si compatissants aux\njours de soucis, lui battaient-ils froid à présent; pourquoi la généreuse\nforêt se montrait-elle si farouche, si sombre, si rebutante ! Cependant, dans\nl'espoir d'apitoyer la grande boudeuse, il s'enfonçait toujours plus avant\nsous les dômes compacts, s'accrochait aux ronces, escaladait des roches.\nTout à coup, il s'arrêta court. Une rumeur, grave comme un coup de ton­\nnerre lointain, venue de la plaine, se répercutait dans les gorges et les\n « dormoirs » de la forêt. C'était le tambour. D'abord un roulement pro­\nlongé, puis deux coups secs et pesants. Rrrrran-plan, plan!... Après un\n moment d'intervalle, la même rumeur recommença.\n    Il tira sa montre : le quart avant sept. Dans un quart d'heure la chose\n devait s'accomplir. Retournerait-il à Marlotte? Pourquoi s'était-il sauvé\nalors? En lui tout devenait contradiction. Certes, il n'aurait pas voulu,\npour tout au monde, assister à l'exécution. Et pourtant, quelques minutes\n après, il grimpa sur un arbre pour essayer de voir.\n   De cet observatoire, il aperçut le petit village si radieux, si paisible, avec\n ses courtils et ses toits au dessus desquels pointait le clocher. Rien d'ex­\ntraordinaire ne semblait devoir se préparer dans cette calme paroisse.\nMontre en main, le lieutenant suivait la marche de l'aiguille des secondes.\nTictic! Tiquetic!... Elle trottait, comme un bon cheval dans la piste, l'ai­\nguille, autour du petit cadran ! Mais la grave aiguille des minutes faisait un\ntout petit mouvement à chaque rotation de la petite, et même la solennelle\naiguille des heures, qui lui paraissait complètement immobile, avançait\nimperceptiblement vers le chiffre fatal. A présent il ne manquait plus\nque cinq minutes pour faire le compte de l'heure. La montre tremblait dans\nla main de l'officier, le sang martelait ses tempes, et il se cramponnait à la\nbranche du hêtre...\n   Crac!.... Ce fut le bruit d'une planche qui se rompt. Et, là-bas, dans la\ndirection du village, une fumée bleuâtre comme un brouillard printanier\nplana au dessus des pommiers et des toits d'ardoises. Mais aussitôt, au\ndessus de ce nuage compact, un anneau de fumée, puis un second, puis une\nsérie d'anneaux montèrent dans l'air du soir, comme si on avait tiré au\npigeon au lieu de tirer à la cible.\n   — Tous ces drôles ne sont donc pas si mauvais que leur réputation !\npensa l'officier en descendant de l'arbre.\n   A présent que c'était passé, il avait recouvré une sorte de calme.\n   Cependant, après la fusillade, la petite cloche du village s'était mise en\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "                                  411\n\n\nbranle et semblait dire : Paix aux morts qui remplirent leur devoir ici bas,\nmais non pas aux vivants qui croient l'avoir rempli !...\n   Le lieutenant, ayant rejoint sa poignée de soldats, se remit en marche\nvers Moritcourt, toujours accompagné par le glas de la petite cloche\n   La nuit étant tombée depuis longtemps, la lune avait atteint tout son\néclat, qu'il marchait encore et ses soldats derrière lui.\n   Les hommes des derniers rangs commençaient à chuchoter. On se con­\ncertait à voix basse pour savoir si on ne chargerait pas le sous-officier de\nfaire remarquer d'une façon détournée au lieutenant que le pays n'était pas\nsûr, et qu'il serait temps de rentrer au quartier s'il fallait lever le camp le\nlendemain au point du jour.\n   Pendant ce conciliabule, M. Von Bleichroden commanda inopinément :\n « Halte! »\n   On se trouvait sur une hauteur d'où s'apercevait Marlotte.\n   Là-bas, le tambour battit de nouveau. Neuf heures sonnèrent à Mont-\ncourt et à Grez, à Bourron, à Nemours ; et toutes les cloches des paroisses\ncirconvoisines firent leur prière du soir, les unes d'une voix plus retentissante\nque les autres. Mais les regrets de la petite cloche de Marlotte dominaient\nle pieux concert. Elle appelait : A l'aide ! A l'aide ! A l'aide ! Et M. Von\nBleichroden ne pouvait rien pour elle ! Puis, un fracas ébranla la plaine,\ncomme s'il provenait des entrailles de la terre : c'était le coup de canon du\ncoucher tiré au quartier général de Châlons. Et la lune rouge traversa les\nbrouillards qui flottaient comme d'immenses voiles de crêpe sur la petite\nrivière Loing.\n   La soirée était accablante. Les hommes avaient des visages si pâles que\nles chauve-souris qui voletaient autour d'eux, frôlaient leurs oreilles, attirées\ncomme elles le sont toujours lorsqu'elles voient du blanc.\n   Enfin, le sous-officier s'étant approché du lieutenant eut l'audace de lui\nfaire observer, sous une forme indirecte, que la retraite venait d'être battue.\nM. Von Bleichroden reçut cet avis avec la plus grande condescendance, et\nil donna l'ordre de rebrousser chemin.\n   Sur la place il commanda de rompre les rangs et s'éclipsa sans présider\ncomme d'ordinaire à la prière du soir.\n   Il ne voulait pas rentrer immédiatement. Quelque chose l'attirait, il ne\nsavait où. Il allait et venait les yeux écarquillés, les narines au vent.\n   Dans la cour, il se butta au sergent-major :\n   — J'ai cherché partout, M. le lieutenant, pour lui soumettre le rap­\nport...\n   — C'est bon, c'est bon ! Rentrez et allez vous coucher !\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "                                  — 412 —\n\n    — Tout va bien, mon lieutenant ; mais c'était...\n    — C'est assez, vous dis-je. Allez vous en !... »\n    Le ton dont ce congé fut donné n'admettait plus de réplique. Débar­\nrassé du sous-officier, le lieutenant respira comme un écolier qui aurait\nesquivé une correction.\n    Il traversa le jardin.\n    La lune donnait sur le mur jaune de l'église, et la vigne ouvrait ses\nbras'comme un dormeur qui s'étire en bâillant. Mais que signifiait ceci? Il\ny a deux ou trois heures encore, cette vigne était morte et desséchée et ne\nreprésentait qu'un squelette, tandis qu'à présent... Oui, à présent, le\nbois arborait des pampres, des feuilles et même des raisins du plus beau\nrouge... Il se rapprocha pour bien s'assurer de la réalité de ce qu'il voyait.\nArrivé au mur, son pied rencontra quelque chose de visqueux et une odeur\nlourde et douceâtre, cette odeur qui règne dans les abattoirs, le prit à la\ngorge. Et soudain, il reconnut la vigne observée l'après-midi. Seulement,\nentre les branches, la chaux du mur avait été criblée de balles et éclaboussée\nde sang. C'était ici ! Cela, s'était donc passé ici !\n    Il se hâta de quitter cet endroit. Sur le seuil de la maison, le je ne sais\nquoi de visqueux qui adhérait à sa semelle lui fit faire un faux pas. Il retint\nà grande peine un juron, se déchaussa et jeta ses bottes dans la cour.\n   Son souper l'attendait. Il éprouvait une faim terrible, mais, il le sentait,\nles morceaux ne passeraient pas. Dès la première bouchée il renonça à\nmanger. Ses yeux regardaient fixément la table. Que le couvert était coquet­\ntement arrangé! Que les mets avaient l'air appétissant! Il s'étonna presque\nque la nappe, d'un blanc de neige, n'était brodée ni à son chiffre ni à celui\nde sa femme.\n    Soudain il agita violemment la sonnette. Aussitôt l'hôtesse se présenta,\nmais se tint, sans dire un mot, dans l'embrasure de la porte. Elle regardait\nles pieds du lieutenant et attendait un ordre. Lui ne se rappelait plus ce\nqu'il voulait et pourquoi il avait sonné. Il fallait pourtant dire quelque\nchose :\n   — Vous m'en voulez?\n    — Non, Monsieur le lieutenant, répondit la femme d'un ton humble.\nMonsieur a sonné?...\n   — Donnez-moi la main, ma brave femme!\n   — Non ! répondit-elle sèchement, et elle quitta la chambre.\n   Cet affront parut avoir rendu quelque courage à M. Von Bleichroden, car\nil prit un fauteuil et se mit en devoir de souper. Il avisa le rôti et allait en\n faire sauter une tranche dans son assiette, mais à peine l'odeur de la viande\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "                                 413\n\n\neut-elle chatouillé sa narine que lui vinrent des nausées. Il se leva, ouvrit\nla fenêtre, et jeta le plat dans la cour. Il tremblait de tous ses membres et\nse sentait devenir malade. Ses yeux étaient devenus si sensibles que la\nlumière le tourmentait, que toutes les couleurs violentes l'exaspéraient.\n    Ne pouvant manger, il s'affala sur le lit et essaya de dormir; mais ses\nyeux fatigués tardaient à se fermer. Il était couché depuis quelque temps,\nlorsqu'il entendit des voix, partant de la salle commune. Il écouta\nmalgré lui.\n   C'étaient deux sous-officiers bavardant devant une canette de bière :\n   — Les deux plus petits étaient de fermes gaillards, mais le long avait\npeur, pas vrai, Hans?\n   — Tu dis cela parce qu'il balançait comme un paquet de chiffons. Mais\nrappelle-toi qu'il a demandé à être attaché à l'espalier, voulant, disait-il,\n« mourir aussi droit » que ses camarades...\n   — Mais les autres, que le diable m'emporte, les crânes gaillards! Ils\nse tenaient debout, raides comme des piquets, les bras croisés sur la poi­\ntrine, comme s'ils posaient devant un photographe..,\n   — C'est vrai. Lorsque le curé s'est approché d'eux, dans la salle de bil­\nlard, et leur a dit qu'ils étaient « fichus », tous trois — du moins à ce que\nraconte le sergent-major — ont fait une assez vilaine grimace ; puis ils se\nsont moqués l'un de l'autre et ont achevé leur partie....\n   — Oui, c'étaient de fermes compères !... Santé!\n    M. Von Bleichroden enfonça la tête dans les coussins et ramena ses couver­\ntures sur son visage pour ne plus rien entendre. Mais un instant après il se\nlevait en sursaut. Quelque chose l'attirait impérieusement vers cette porte\nderrière laquelle jabotaient les soldats. Il voulait en savoir davantage.\n   Maintenant les deux hommes parlaient d'une voix de plus en plus basse.\n   Haletant il se glissa sur la pointe des pieds, colla l'oreille à la serrure,\net écouta :\n   — Dis, as-tu observé nos hommes? Leurs visages étaient gris comme la\ncendre dans ma pipe. Et combien ont tiré en l'air! Mais, inutile de le dire\nplus loin du moment que les prisonniers ont reçu leur compte ; tout ce\nqu'il fallait pour les expédier...\n   — Et les rouges enfants de chœur, dis, les as-tu aperçus, non loin de\nlà, comme ils agitaient leurs encensoirs et chantaient des psaumes... Et au\nmoment où la fusillade est partie il m'a semblé que le jour s'éteignait, tant\nil faisait noir autour de moi... Les trois s'écroulèrent dans les carrés de\npois comme des moineaux atteints qui battent encore des ailes; et ils rou­\nlaient des yeux dont on ne voyait plus que le blanc ! Et as-tu vu alors, accou-\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "                                     — 414 —\n\nrir les poussins de la ferme et picorer les éclats de cervelles? Pouah ! Mais la\nguerre c'est la guerre !... Santé!... »\n   La guerre c'est la guerre! Ses propres paroles au curé !\n   M. Von Bleichroden en avait entendu assez. Il se rendit dans la salle\ncommune et enjoignit aux bavards de lever la séance.\n   Ensuite il se déshabilla, se plongea la tête dans la cuvette pleine d'eau,\nprit le volume de Schopenhauer et se mit à lire à haute voix : « La nais­\nsance comme la mort appartiennent toutes deux à la vie. Elles se servent\nmutuellement de contrepoids; elles dépendent l'une de l'autre. Elles for­\nment les deux limites, les deux pôles de toute manifestation de la vie. C'est\ncette vérité que la plus profonde des mythologies, celle des Indous, a\nexprimée par un symbole servant d'attribut à Schiwa le Destructeur : un\ncollier de têtes de morts à côté de l'organe et de l'emblème de la concep­\ntion...\n   « ... La mort est la solution douloureuse du lien que la création a noué\navec volupté, c'est la grande désillusion... »\n   Il ne lit plus. Etendu à ses côtés quelqu'un geint et se débat. Puis il se\nreconnaît lui-même dans ce corps secoué par la fièvre. Il crie plus fort.\nDes gens de l'auberge, des soldats accourent. Pas moyen de tirer une\nparole de cet agité.\n   La vue de ses soldats, loin de le rassurer, paraît l'exaspérer davantage. Il\nécume comme un épileptique. Brusquement, avant qu'on ait pu l'en\nempêcher, il bondit et enjambe la fenêtre. Dans la cour on parvient, non\nsans peine, à le maintenir. Il ne reconnaît plus personne, et cherche à\nmordre ses gens.\n\n   On fut forcé de le ficeler comme une bête furieuse, et de le diriger\nd'urgence sur le quartier général, enfermé dans un fourgon capitonné de\npaille.\n   Il n'est plus sorti de la maison des fous.\n                                                    GEORGES EEKHOUD.\n    [Imité d'une nouvelle suédoise d'Érich HOLM.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 415, "page_fin": 416, "titre_corps": "Horoscope", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "HOROSCOPE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 466, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "HOROSCOPE\n                                        A ARNOLD GOFFIN.\n\nEnfant désordonné, turbulent et nerveux,\nDont rien ne peut fléchir la volonté hardie,\nDéjà l'on voit courir dans For de tes cheveux\n         Des rêves d'incendie.\n\nD'ardents reflets de chair, de fournaise et de sang,\nAllumés dans les plis de tes lèvres vaillantes,\nFardent superbement d'un fard éblouissant\n         Tes pommettes saillantes.\n\nL'espoir de la maraude et du fruit défendu\nEt le pressentiment des balafres futures\nRedressent vers le ciel ton nez large et fendu\n         De flaireur   d'aventures.\n\nTon front impérieux, farouchement bombé,\nQui s'enflamme soudain de révolte et de rage,\nA les sombres lueurs d'un horizon plombé\n         Où s'amasse un orage.\n\nTa main italienne, au jeu souple et lascif,\nPar un vouloir tenace à chaque instant crispée,\nSemble chercher partout d'un geste convulsif\n        Le pommeau d'une épée.\n\nRapides, frémissants, aiguisés de clarté,\nPointus et barbelés comme des javelines,\nTes regards chauds et roux tigrent l'obscurité\n         De leurs flèches félines.\n\nTa bouche sensuelle et lourde, où rit le jour,\nRouge comme une plaie embrasée et profonde,\nEst tendue au devant de quelqu immense amour\n         Qui changera le monde!\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "                      — 416 —\n\nTa foi ? La fantaisie ! Et ta loi ? Le plaisir !\nTes vastes appétits, sans attache et sans règle,\nDans la foudre et l'éclair fondront sur leur désir\n         Avec des serres d'aigle.\n\nTu laisseras ton cœur, où dorment les aïeux,\nVierge implacablement de tout rêve vulgaire,\nBattre dans ta poitrine, héroïque et joyeux\n         Comme un tambour de guerre.\n\nCher annonciateur des soldats qui naîtront,\nDu seuil déshonoré de ces temps impassibles,\nSalut ! Je sens flotter et chanter sur ton front\n         Des drapeaux invincibles !\n\nLe siècle doit brûler à ton avènement,\nEt par toi la Douleur sera découronnée,\nToi qui feras peser sur la lyre qui ment\n         Ta botte éperonnée !\n\nVa ! Tu seras le chef des hommes qui demain\nCloueront comme un hibou sur le bois de leur porte,\nSouffletée et brisée au seul vent de ta main,\n          Notre chimère morte.\n\n Va ! tu n'auras souci ni du bien, ni du mal :\nTu vivras sans penser dans un torrent de joie,\nIgnorant comme un Dieu, beau comme un animal,\n         0 fier enfant de proie !\n\nEt ton œuvre, écrasant d'un mépris mérité\nTous les trieurs de mots à l'âme inassouvie,\nConfrontera le Rêve et la Réalité,\n         Et l'Art avec la Vie!\n                                     ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 417, "page_fin": 426, "titre_corps": "L’Irréparable", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "L IRRÉPARABLE", "ancre_fin": "Mars 1886", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOCTURNES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 468, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "L'irréparable ronge, avec sa dent maudite.\n                                                                 BAUDELAIRE   (Fleurs   du   Mal).\n\n\n          Au pénétrant poète curieux       d'anormales\n            tristesses,   IWAN GILKIN.\n\n\n                                            I\n\n               Tout à coup, au milieu de la conversation familière et tendre,\n                Georges s'était tu. Et son visage mobile ne pouvant rien céler\n                de ses préoccupations intimes, toute sa gaieté s'était assom­\n                brie, ses traits s'étaient durcis en une expression crispée de\nlutte et de souffrance. Après un instant de silence, — de ces silences déli­\ncieux entre ceux qui s'aiment, où les pensées semblent continuer tout bas,\ncomme des confidences vagues, la conversation commencée, — Marguerite\navait levé les yeux sur son fiancé et l'ayant vu soucieux, un peu pâli, le\nregard singulier, en quelque sorte retourné vers l'être intérieur, la pauvre\nenfant était demeurée interdite, le cœur gros de tristesse, devant ce chan­\ngement inexplicable et subit. Elle n'avait rien dit pourtant qui pût l'attris­\nter, et leur causerie tantôt était si confiante et si douce... Ils étaient si\nbien, en cette embrasure de fenêtre, à parler de bonheur et d'amour, pres­\nque seuls, puisque sa mère venait de s'assoupir près du feu, dans le grand\nfauteuil... Qu'y avait-il maintenant?... Ce silence l'accablait et les suppo­\nsitions folles voletaient dans son cerveau, comme des oiseaux effarés.\n   Georges, un peu grave, un pli au travers du front, se leva. Il balbutia un\nprétexte, salua Mme Darzens l'éveillée, serra distraitement la main de Mar­\nguerite, en murmurant quelques paroles affectueuses et banales, et, avec\ndes gestes hâtifs et secs, comme un qui fuit, il prit congé. A peine dans la\nrue, il eut un profond soupir de soulagement et continua à marcher vite,\nfrémissant comme s'il venait d'échapper à un grand danger.\n\n\n                                            II\n   Georges réfléchissait tristement aux causes de son brusque départ. Il\nétait désolé d'avoir dû fuir ainsi, désolé et furieux d'avoir cédé à une obses-\n\n   (*) Extrait du volume qui paraîtra le 1er novembre chez Mme Vve Monnom, rue de\nl'Industrie, 26, sous le titre : Lettres à Jeanne.\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "                                    — 418 —\n\n sion absurde, d'avoir senti sa Volonté fléchir devant son Esprit. Mais il\n était tout ému encore du supplice moral dont il venait de se délivrer, il\n sentait toute résistance vaine et, avec une résignation lâche, il acceptait le\n passé, — et d'avance, aussi l'avenir.\n    Au milieu de la conversation familière et tendre, une idée ridicule et\n qu'avait raillée un léger sourire intérieur lui avait traversé la tête ; puis était\n revenue comme une mouche importune, et il avait dû y penser, la dis­\n cuter, la regarder face à face, comme un ennemi auquel il faut livrer\n combat. Et c'est en vain que, désespérément, se sentant enfoncer et\n engloutir en cette idée ainsi qu'en un sable fangeux, il avait essayé de dis­\n traire et d'accrocher sa méditation aux choses extérieures.\n    Il n'osait regarder Marguerite, sa fiancée si chère pourtant et qui était si\n jolie en sa toilette blanche, dans le ruissellement pâle du soleil d'hiver; et\n M me Darzens dont il se savait aimé à l'égal d'un fils, lui était devenue\ncomme étrangère. Ces affections qui l'entouraient et qui lui étaient si pré­\ncieuses, se trouvaient reculées bien loin, vaguement et tous les souvenirs\névoqués par ce petit salon qu'il connaissait depuis si longtemps semblaient\nse rapporter à un autre, à un être différent avec lequel il n'avait que des\nliens confus.\n   Et pourtant il était venu là, depuis son enfance. Il avait grandi au milieu\nde tous ces meubles et de tous ces objets familiers — le vieux buffet bizarre\nchargé de verres anciens et de porcelaines rares, le piano où jouait Mar­\nguerite, les aquarelles et les gravures appendues aux murs, le petit cheval\nde bronze bêta qui surmontait la pendule, tout cela avait, en temps ordi­\nnaire, le charme exquis des choses accoutumées, des choses qui ont gardé\nle souvenir des vies aimées et disparues, et Georges était souvent venu, en\nce petit salon, comme en un refuge béni d'innocence et de tranquillité, se\nreposer de la fièvre et des platitudes de la vie commune.\n   Mais maintenant, tous ces souvenirs, évoqués comme des arguments, et\nen un instant enfuis, le laissaient indifférent et froid ; et bien plus, cette\natmosphère quiète d'honnêteté, cette tendresse simple et familiale qui pla­\nnait en cette chambre introublée par le malheur et le vice du dehors, l'éner-\nvait en exaspérant, comme une contradiction, Vidée à laquelle il songeait :\nl'envie lui était venue de crier bien haut une formidable obscénité, quelque\nchose d'énorme et de bas, contre lequel sa délicatesse écœurée se révoltait,\nune phrase qui ferait sursauter M me Darzens de colère indignée, et étonne­\nrait la pureté de Marguerite, un cri d'injure, de haine, de souffrance qui\ndissiperait comme un coup de tempête, le repos bourgeois et honnête dans\nlequel s'endormaient les êtres et les choses, et qui l'en éloignerait à jamais,\nsans retour possible, irréparablement...\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "                                   — 419 —\n\n   Et ce désir monstrueux était grandi avec une effrayante rapidité et avait\nenlacé son esprit malgré ses résistances. Georges le regardait comme un\ngouffre, dans lequel il pouvait précipiter son bonheur, son amour, ses espé­\nrances, tout ce qui faisait pour lui le prix de la vie, et sa vie aussi sans\ndoute, et il trouvait un charme aigu à cette méditation épouvantante...\n   A la fin, la tentation était devenue si forte que se sentant vaciller sur le\nbord de l'abîme, il s'était raidi en un dernier effort de volonté et sauvé en\ntremblant...\n\n                                      III\n\n    Ce n'était d'ailleurs pas la première fois que pareille obsession lui venait.\n Mais jamais il n'en avait autant souffert que ce jour ; jamais il ne l'avait\n portée avec lui jusqu'au logis de l'aimée. Et en y songeant, marchant vite\n sur le boulevard à demi désert, Georges se remémorait combien cette\nidée : l'Irréparable l'avait déjà tourmenté. A certains jours de sa jeunesse,\n elle s'était posée à son esprit comme une interrogation énorme et vague,\ndans ses plaisirs ou dans ses rêveries. La force naturelle d'épanouissement\net l'inexpérimentée insouciance des vingt ans avaient été les plus puissants,\nalors. Mais plus tard, à mesure que les années venaient refroidir les ardeurs\nde la vie, que les lectures, les méditations, l'observation apportaient le\ndésillusionnement, l'Idée était souvent revenue, sous mille formes.\n    Elle apparaissait sans motif apparent. Georges la voyait se lever au\nmilieu de ses pensées comme un spectre fatal et sombre, le hanter,\nl'apeurer, puis disparaître, sans cause. Les mêmes faits ne l'évoquaient pas\ntoujours. Parfois des mois entiers s'écoulaient sans que Georges y songeât.\nPuis, elle revenait brusquement, inattendue, et laissait Georges oppressé,\ntriste, — de plus en plus chaque fois.\n\n\n                                      IV\n   Cette idée : l'Irréparable, il la retrouvait jusque dans les choses les plus\nfutiles. Ainsi souvent, en mettant une lettre à la poste, il éprouvait un\npetit frisson en la lâchant et l'écoutait tomber dans la boîte, avec un bruit\nétouffé. Il songeait aux difficultés sans nombre qu'il aurait à vaincre pour\nréparer cette action si simple et si rapide, à toutes les volontés adverses\navec lesquelles il faudrait discuter pour remettre en son pouvoir ce carré\nde papier qu'il tenait en main, une minute avant...\n   D'autres fois, en se promenant en désœuvré dans les rues, et surtout\n                                                                        26\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "                                  — 420 —\n\nquand quelque tracas d'argent le préoccupait, il avait eu des désirs exas­\npérés d'entrer dans un magasin, d'y choisir ce qu'il pourrait trouver de\nplus beau et de plus cher, d'y jeter son dernier pécule, sans retour ; et son\nimagination lancée lui montrait tous les futurs déboires, les tristesses pro­\nbables, les démarches vaines, et il jouissait délicieusement, et malgré lui,\nde cette incertitude fiévreuse au bord du malheur !...\n\n\n                                      V\n    Mais c'étaient là, malgré des complications pénibles, des accidents répa­\n rables encore. L'idée était surtout obsédante et forte lorsque Georges pen­\n sait à quelque chose de réellement irréparable, à une circonstance qu'aucun\n effort humain ne pourrait empêcher ou atténuer...\n    Il se souvenait ainsi d'avoir, chez un de ses amis, regardé une admirable\n et précieuse gravure et avoir frémi d'une grondante tentation de l'anéantir,\n de la déchirer, de la détruire à jamais, quand cet ami lui avait dit, avec la\n fierté du collectionneur: — « Un exemplaire introuvable, unique !... »\n    Et plusieurs fois, depuis, cette même férocité de sauvage lui était venue,\n surtout pour des choses délicates, qu'il sentait fragiles entre ses doigts, et\n qu'il admirait profondément. Plus l'action était facile, plus elle était\n absurde et malheureuse, plus la tentation était grande...\n    Et, par crainte des mêmes envies, Georges évitait les armes, les hauteurs,\n le bord de l'eau. Les revolvers et les poignards l'incitaient toujours à s'en\n servir contre lui-même ou contre les personnes les plus chères, et il com­\n prenait des crimes odieux, inexplicables, un fils frappant son père, à cause\n de l'éclat impératif d'une hache au soleil.\n    Le long des rivières, ou du haut des ponts, ou bien encore à une fenêtre\n béante sur l'horreur vague de la nuit, des vertiges le prenaient, non le\n vertige ordinaire, étourdissement tout physique, abolissant la conscience,\n mais au contraire un vertige résultant d'un désir réfléchi d'une chute\n irréparable, d'un anéantissement volontaire résultant d'une délibération\n consciente...\n    Alors, Georges se dédoublait en quelques sorte. L'être bon, intelligent,\n qu'il était dans la vie ordinaire regardait avec effroi, avec l'épouvante d'une\n analyse cruelle et fatale grandir à ses côtés, en lui, un être malheureux et\n pervers, et c'était une épuisante lutte entre ces deux esprits dans sa pensée\n.oscillante et éperdue...\n    Ces jours-là, Georges avait peur de la folie...\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "                                  — 421 —\n\n\n\n                                      VI\n   Georges retourna le lendemain chez les Darzens. Il s'excusa de son\ndépart un peu brusque, avant l'heure accoutumée, et les yeux interroga­\nteurs de Marguerite eurent pour la première fois un éclair suppliant et\ninquiet. Elle sentait confusément que quelque chose d'obscur et de puissant\nles avait séparés la veille et elle était peinée de la dissimulation de Georges.\n   Quant à lui, il avait à demi oublié ses pensées de la veille et s'efforçait\nde les effacer tout à fait de sa mémoire. Une impression de cauchemar lui\nen restait, d'un rêve mauvais et redoutable auquel il valait mieux ne plus\nsonger.\n   Il se retrouvait avec bonheur près de sa fiancée, aux fins cheveux blonds\ncomme une couronne de clarté, à la gaieté naïve et confiante ; il se sentait\ncomme protégé par l'affection bienveillante et tendrement conseillère de\nMme Darzens et tous les objets familiers, le vieux buffet, le piano, les aqua­\nrelles, étaient rentrés dans leur apparence coutumiere, toute parfumée du\nsouvenir des êtres chers...\n   Et cette atmosphère de paix et de tendresse familiale, qu'il aimait tant,\nGeorges s'en enveloppait de nouveau comme d'un manteau tiède et réchauf­\nfant, comme d'un bouclier contre la vie extérieure, contre les cauchemars\nétranges de sa pensée...\n   Les exquises causeries d'amour recommencèrent; mais Marguerite\ngardait une inquiétude et un doute qu'elle voulait absolument expli­\nquer...\n\n                                     VII\n   Plusieurs fois son obsédante idée avait de nouveau traversé et hanté\nl'espritjde Georges ; l'éternité du mariage lui déplaisait. Alors qu'il se sen­\ntait assez loyal et assez amoureux pour ne quitter Marguerite de la vie, la\ncontrainte qui lui était imposée le froissait, comme une injure. Puis habi­\ntué au Doute, aux rêves noirs, il supposait Marguerite infidèle, plus tard,\net songeait aux moyens de rompre alors leur enchaînement. Cela était diffi­\ncile, lamentable, mais possible pourtant... Ainsi, l'irréparable, à degrés\ndivers, se représentait toujours à lui, malgré tout son désir d'y échapper,\nde s'endormir dans son amour comme dans un rêve heureux.\n   Aussi ce fut pour lui une grande souffrance que de rencontrer cette idée\n— et sa discussion -^ dans cet amour même où il se blottissait comme en\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "                                  — 422 —\n\n un refuge. Marguerite, qui pour avoir joué enfant avec Georges et\n grandi avec lui, n'en connaissait cependant que ce qu'en voyait tout le\n monde, voulut un j'our l'explication de ce départ si prompt auquel elle avait\n tant pensé, sans y trouver un plausible motif. Georges ne répondit pas,\ninventa des histoires que Marguerite ne croyait pas et dont elle lui faisait\navouer la fausseté, quelques jours après, malgré lui, nature incapable de\nmentir.\n    Cela devint bientôt un continuel sujet de légères querelles, de causeries\nattristées. Georges, lassé, se décida enfin à tout avouer.\n   Il se montra tout entier à Marguerite; avec la tranquillité froide du chirur­\ngien qui dissèque, il lui dit son cœur blessé par une Idée, les combats, les\ntristesses, les incertitudes de son esprit, il dut lui dire aussi sa conviction\ndu néant et du malheur final ; et toute cette philosophie de désespérance\nétonna la jeune fille. Elle ne dit rien, mais Georges lut clairement dans ses\nyeux, comme en un livre ouvert, que son âme vierge et tendre, joyeuse de\nvivre, ne voyant le monde qu'à travers la jeunesse radieuse et les illusions\nriantes, ne comprenait rien à la souffrance de son âme à lui, qu'il l'effrayait\net lui faisait presque peur, comme un fou, peut-être dangereux ; il vit\nqu'elle était indignée et pleine de larmes en pensant aux idées qui pouvaient,\ndevant elle, préoccuper l'esprit de Georges. Elle n'en pouvait saisir la fata­\nlité, et, de tout ce qu'il lui dit, de cette longue confidence à laquelle\nGeorges s'était laissé entraîner par l'espoir de reconquérir un amour qui\ns'en allait, elle ne retint qu'une chose, l'impression que Georges ne l'aimait\npas... Ce n'était pas ainsi, son amour, à elle !\n   Loin de les rapprocher, ces aveux les avaient séparés. Les jours qui\n suivaient, Georges le sentit. Il sentit que cette fois, cet Irréparable qu'il\n avait essayé d'expliquer à sa bien-aimée, était entre eux; qu'à jamais elle\naurait pour lui une involontaire terreur, et lui pour elle, un mépris invo­\nlontaire de son inférieure compréhension. Et cette désunion des esprits peu\nà peu amena l'inquiétude, la souffrance, la désunion des cœurs. Lléternité\ndu mariage épouvanta de nouveau Georges; et comme il se croyait si loin\nde Marguerite, il se dit qu'il ne pourrait jamais lui donner ce bonheur\nrêvé pour elle, que jamais il ne se marierait, jamais... Georges cessa d'aller\nchez Darzens et les projets de mariage furent abandonnés...\n\n\n                                    VIII\n A partir de cette époque, Georges vécut encore plus solitaire et plus\nméditatif. Il lut beaucoup les poètes et les romanciers modernes ; voyagea\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "                                   -4^3       -\n\nun peu, et loin du monde dont les distractions vulgaires et banales ne\nl'attiraient plus, il se confina dans la société de quelques amis, esprits\nsubtils et compréhensifs, avec lesquels il aimait à discuter art et philo­\nsophie, à se perdre dans les rêves énormes et minutieux, à se fortifier dans\nl'admiration de quelques rares artistes et dans un dédain vaste de la foule.\n   Depuis que cette idée de l'Irréparable avait bouleversé sa vie, en lui\nfaisant rompre, pour des motifs à lui seul expliqués, un mariage depuis\nlongtemps désiré, il l'avait souvent, et volontairement cette fois, retournée,\nexaminée, comme un blessé curieux fouillant cruellement ses plaies pour\nsavoir sa douleur... Mais l'Idée était protée, elle jaillissait souvent de la\nmanière la plus inattendue, de la circonstance la plus insignifiante. Georges\nqui pourtant ne cessait de se conduire dans la vie avec un parfait bon sens\net qui jugeait les événements et les hommes avec une rectitude et une péné­\ntration singulières, se croyait un peu fou. Il avait honte de ses cauchemars\net n'osait avouer à personne les idées étranges qui l'obsédaient. Surtout à\nses camarades, il les dissimulait avec un soin patient, comme s'il avait\ncraint de se voir déchoir en leur estime.\n\n\n                                       IX\n   Souvent, les cafés fermés, Georges accompagnait l'un ou l'autre de ses\namis et la causerie continuait plus intime, dans ce tête-à-tête et le silence\ndes rues désertes. Un soir, dans une de ce\"s longues promenades, qu'on ne\nsait se décider à finir tant il semble que l'on ait de confidences et de secrets\nà se dire, un jeune peintre avec lequel il s'était fort lié lui conta que se trou­\nvant au théâtre, il y avait bien longtemps déjà, et regardant distraitement\nle public, cette idée saugrenue lui était venue, tout à coup : « Si je devais\ntoujours penser à M\" e Heimer, avec des ciseaux?... » Gela lui avait paru\ntellement absurde d'avoir pensé cela que l'idée lui était indestructiblement\nrestée en l'esprit.\n   M\"e Heimer? Il n'en connaissait guère que le nom,, ni jolie, ni laide,\nsemblable à toutes les petites pensionnaires que sont les jeunes filles d'à\nprésent, elle lui était absolument indifférente. Et pourtant il y pensait sans\ncesse. Et avec des ciseaux... Pourquoi l'avait-il vue ainsi en sa blanche toi­\nlette de fête, avec des ciseaux? il n'eût pu le dire. Mais c'était en vain que\n— une fois qu'il eût reconnu l'impossibilité de se soustraire au souvenir de\nMllc Heimer, il avait essayé d'y associer la pensée d'un autre objet, il avait\nsans succès tenté de se l'imaginer avec un livre, une ombrelle, au piano ;\ntoujours il l'avait revue ainsi que la première fois, et avec son imagination\n                                                                         27\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "                                  — 424 —\n\nvive de peintre, il lui semblait la voir réellement, comme une apparition,\ntoute blanche sous les lumières, ses ciseaux en main, vision d'autant plus\ninsupportable qu'elle était ridicule. Oui, c'est idiot, je le sais, continua-t-il\nen serrant le bras de Georges, et avec une grande tristesse dans la voix.\nIdiot! mais que veux-tu? C'est plus fort que moi, surtout à certains jours\nde découragement, quand mes pinceaux ne m'ont pas donné ce que je vou­\nlais, je pense à MUe Heimer. C'est étrange, n'est-ce pas? mais, mon cher\nGeorges, cela devient épouvantable quand cette vieille idée me revient tout\nentière, quand je pense que je devrai toujours penser à cette absurdité,\ntoujours, comprends-tu ?\n   Il y eut un silence. Georges était surpris. Il avait une égoïste satisfaction\nà constater qu'il n'était pas seul à souffrir de ces cauchemars singuliers, car\nc'était bien son Irréparable qu'il retrouvait au fond de cette confidence\ndésolée. Ce fut pour lui un soulagement énorme, et, à son tour, il ouvrit à\nson ami son esprit blessé pour lui en montrer les bizarreries douloureuses...\n   Et, depuis ce soir, ils s'habituèrent à causer de leurs obsessions de spleen,\n à en disserter, à en chercher les lois mystérieuses. Ils en parlèrent même à\nd'autres amis et, chez presque tous, ils rencontrèrent une sympathique\n compréhension ; sous diverses formes, ils avaient eu les mêmes songeries.\n   Cela rendit à Georges la paix mentale et la confiance en sa raison. Il\ns'était cru fou ; et voilà qu'il s'apercevait que son mal était presque général,\ncomme une perturbation caractéristique des intelligences de cette fin de\nsiècle, sans doute la conséquence de l'esprit d'analyse exaspéré.\n\n\n                                       X\n   La trace pouvait s'en apercevoir d'ailleurs dans toute la littérature\nmoderne. Le mot même « Irréparable » était à la mode; on le rencontrait\ndans les moindres articles et il avait servi de titre à un roman d'un péné­\ntrant et délicat poète : Paul Bourget.\n   Seulement, Georges accusait Bourget d'avoir singulièrement rapetissé,\nmesquinisé, cette idée énorme et formidable. Cette obsession qui ravageait\nsa vie, Bourget l'avait comprise d'une manière un peu vulgaire et bour­\ngeoise, en l'enfermant tout entière dans l'anéantissement d'une virginité et\nla meurtrissure d'une âme. C'était à coup sûr l'irréparable déjà ; mais en\ndépit des préjugés ordinaires, combien fréquemment, dans la vie, cet irré­\nparable là se réparait et s'oubliait ! De sorte que, songeait Georges, s'il\nn'en est pas ainsi dans le livre de Bourget, cfest à cause du caractère spécial\nde son héroïne et le roman vaut comme étude d'un caractère, mais laisse de\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "                                   -425    -\n\ncôté, sans l'effleurer même, toute la profondeur philosophique de son titre...\n   Pourtant quelle que fût sa confiance en la réparation inévitable des\naccrocs de l'honneur féminin, Georges se souvenait d'avoir en sa jeunesse\nconnu ces remords. Il se rappelait l'effrayante tristesse qui l'avait troublé,\net tant étonné, le jour où l'une de ses premières maîtresses — dont il avait\nété le premier amant — s'était donnée à lui. Ce jour, — si longtemps et\nsi ardemment désiré ! — ne lui avait laissé qu'un sentiment d'angoisse et\nd'effroi, comme s'il eût commis un crime. Puis, cela s'était dissipé, peu à\npeu, dans les enchantements d'un amour partagé ; mais Georges com­\nprenait maintenant seulement les causes de sa surprise et de sa tristesse :\nl'Irréparable...\n\n                                     XI\n   Et cette idée avait tourmenté les plus hauts esprits contemporains.\nSurtout dans les poètes, Georges la voyait constamment reparaître. Le\npremier, l'un de ses maîtres d'élection, Baudelaire, l'avait découverte en ces\ndessous ténébreux et complexes de l'âme humaine, et l'Irréparable planait,\ncomme un immense oiseau noir, dans plusieurs de ses FLEURS DU MAL,\nsurtout en cette pièce : les Sept vieillards, que Georges relisait avec des\nfrissons délicieux, pour voir, exprimer en ces irréprochables vers des visions\nqu'il avait eues lui aussi, maintes fois et qui l'avaient laissé :\n                                    Fiévreux et   trouble...\n                   Blessé par le mystère et par   l'absurdité...\n\n   Même Baudelaire avait donné ce titre à l'un de ses poèmes. Mais celui-là\nattirait moins Georges que d'autres où sans le mot même, l'idée était\nexprimée d'une façon plus intense. Il y sentait un irréparable réduit au seul\nRemords, à la Désespérance, avec certains souvenirs de conceptions catho­\nliques qui en restreignaient singulièrement la signification...\n   A la suite de Baudelaire, la poésie s'était efforcée à la notation des plus\nsecrets et des plus fugaces états de l'esprit, mais Georges ne connaissait\naucun poète qui eût repris formellement le thème du maître. Il en retrou­\nvait l'impression dans certaines pièces d'une mélancolie exquise de Verlaine,\ndans les puissants romans de Zola où la fatalité apparaissait si grande, et\nencore dans les auteurs russes pour lesquels il s'était passionné, en certains\npersonnages de Tolstoï, par exemple.\n\n\n                               *     XII\n   Toutes ses rêveries, ses lectures, ses méditations arrivaient à la même\n"}, {"page_pdf": 477, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "                                  — 426 —\n\n\nfin : la méchanceté et la petitesse de l'homme. Georges retrouvait l'Irrépa­\nrable dans le moindre fait et l'impuissance absolue de l'humanité à le\nmodifier d'une manière quelconque, le consternait.\n   Et, puisque les phénomènes s'engendraient l'un l'autre, que les mêmes\nvices, les mêmes vertus, les mêmes misères périodiquement revenaient, que\nleur interminable chaîne se déroulait irréparablement et que tout l'effort\nhumain n'y pouvait rien changer, Georges en venait lentement à la convic­\ntion de l'inutilité de la lutte, de l'action, de la parole même — à l'inutilité\nde la vie...\n   Et, chose bizarre — la mort — cet Irréparable dernier — ne l'effrayait\npoint. Il y pensait souvent, et ne voyant rien dans la vie qui valût la peine\nde vivre, il l'attendait, avec indifférence, comme une délivrance d'anéantis­\nsemsnt et d'oubli.\n                                                    JULES DESTRÉE.\n     Mars 1886.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 426, "page_fin": 428, "titre_corps": "Nocturnes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "NOCTURNES", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 993, "fin_caractere_exclue": 1809, "texte": "NOCTURNES\n                                       I\n\n                              NOCTAMBULE\n\n    Dans le quartier tapi derrière la caserne\n    Bat, comme un cœur peureux, le bruit d'un pas hâtif.\n    O Nuit ! Dans la terreur du silence attentif\n    L'Ange des Lâchetés ouvre son aile terne.\n\n    Quelqu'un fuit. Un danger qu'on ignore, le cerne.\n    Angoisse des longs murs cauteleux, et plaintif\n    Désir d'aide ! Là-bas, sur le plâtre craintif\n    Cligne l'œil injecté d'une rouge lanterne.\n\n    Des cris? Non. Rien. Pas même un souffle, ou la rumeur\n    D'un meurtre sourd, au loin, ni la chute qui meurt\n    Sous un pont, dans le vent des ténèbres velues.\n\n     Mais voici que, tirant les soldats du sommeil,\n     Un clairon, dont l'appel perce les mornes rues,\n     Annonce la puissance et la paix du soleil.\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "                         — 427 —\n\n\n\n                             II\n                                          A CAMILLE LEMONNIER.\n\n                     PSYCHOLOGIE\n\nJe suis un médecin qui dissèque les âmes,\nPenchant mon front fiévreux sur les corruptions,\nLes vices, les péchés et les perversions\nDe l'instinct primitif en appétits infâmes.\n\nSur le marbre, le ventre ouvert, hommes et femmes\nEtalent salement dans leurs contorsions\nLes ulcères cachés des noires passions.\nJ'ai palpé les secrets douloureux des grands drames.\n\nPuis, les deux bras encor teints d'un sang scrofuleux,\nPoète, j'ai noté dans mes vers scrupuleux\nCe que mes yeux aigus ont vu dans ces ténèbres.\n\nEt s'il manque un sujet au couteau disséqueur,\nJe m'étends à mon tour sur les dalles funèbres\nEt j'enfonce en criant le scalpel dans mon cœur.\n\n\n                            III\n\n                                          A CAMILLE LEMONNIER,\n\n                LE VEILLEUR DE N U I T\n\nVoici la ténébreuse et vicieuse nuit\nQue le pas du filou, le hoquet de l'ivrogne,\nLa voix de la catin qui se pâme et qui hogne,\nEmplissent de terreur, de silence et de bruit.\n\nL'heure tinte au clocher. Sur le fumier des âmes,\nD'où montent vers le Ciel d'acres exhalaisons,\nEclot dans l'ombre, en ses putrides floraisons.\nLe désir obsédant des voluptés infâmes.\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "                          — 428 —\n\nO nocturnes péchés, fournisseurs de l'enfer !\nVotre douceur se change en acide et perfore\nLes cerveaux libertins dépouillés de phosphore.\n\n— Est-ce l'ange sonnant la trompette de fer?\nBeuglant sur la cité sa clameur rauque et morne,\nLe veilleur, sur la tour, a soufflé dans sa corne.\n\n\n                              IV\n\n                          L'ÉTANG\nUn étang, où la verte image des bois plonge,\nRéjouit son eau fraîche, où des adolescents\nDe leurs beaux membres nus, délicats et puissants\nCaressent les regards épars dans l'air qui songe.\n\nFleur de jeunesse, ô rose et blond nageur, allonge,\nAllonge la candeur de tes bras innocents\nVers mon Rêve, attiré par ces bras caressants\nDans l'étang, où la verte image des bois plonge.\n\nO bonté de la vie ! O santé du soleil !\nVoici que dans l'air bleu bourdonne un doux conseil\nD'oublier, d'être heureux dans l'herbe en fleur des berges.\n\n— Et dans l'azur du ciel l'invisible Avenir\nQue cette joie offense, afin de la punir\nAiguise en tapinois ses cruelles flamberges.\n                                          IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 429, "page_fin": 432, "titre_corps": "Journaux belges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "JOURNAUX BELGES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 480, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "JOURNAUX BELGES\n                                        ... Je dis en effet ce que je dis et nullement\n                                     ce qu'on assure que j'ai voulu dire, et je réponds\n                                     encore moins de ce qu'on me fait dire et que je\n                                     ne dis point.                (LA BRUYÈRE).\n\n              Les journalistes, qui parfois ne sont pas à prendre avec des\n                pincettes, nous devons les prendre avec des gants blancs ici,\n                d'abord pour être poli, ensuite pour cacher nos griffes ainsi\n                qu'un chat qui se serait promené dans la neige. Certes, nous\nn'avons pas la prétention de faire une physiologie bien profonde, pas plus\nque nous ne voulons susciter les cris et faire grincer les dents. Nous voulons\nsimplement noter quelques observations faites dans un monde bruxellois\nque le Bruxellois ignore un peu.\n   Le bourgeoisant bourgeois regarde avec un brin de terreur les bureaux de\nrédaction d'où sort, toute faite, l'opinion qu'il aura demain ; il a une cer­\ntaine émotion en songeant que c'est là qu'arrivent les bruits du monde\ncomme en un vaste laboratoire où les événements se triturent, s'accommo­\ndent, se macèrent et se transforment en quelque chose de réel, canard, bou­\nlette — ou vérité — quelquefois.\n   En général, le journaliste est né d'une ambition — ambition puérile,\ninvraisemblable dans son enfantillage : avoir son entrée dans les théâtres.\n   Le bon jeune homme se figure avec envie le reporter ou le critique\nentrant dans les coulisses, ayant un sérail d'actrices qu'il tient au bout de sa\nplume, tutoyant le cabotin, ce roi de la rampe moderne, passant partout,\nécoutant tout et jugeant du haut de son habit noir l'œuvre nouvelle. Avoir\nson entrée, des billets, rêve caressé dès l'Université, quand la bourse encore\nplate autorise tout au plus, et de loin en loin, le modeste parterre ou le\ndémocratique paradis.\n   Le doux Eliacin a un peu écrit ; ses œuvres complètes ont paru dans\nquelque petit journal d'étudiants ; il a été lu par ses frères de Faculté, il\nveut davantage; lors, à l'aide de diplomaties félines, après des présenta­\ntions aux jeunes reporters déjà calés, il obtient de placer un peu de prose\n dans un quotidien; une place minime s'offre-t-elle, la place du monsieur\n qui reçoit les dépêches Havas, celle du martyr qui court les bureaux de\n police, il se présente.\n   — Combien demandez-vous ?\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "                                   — 430 —\n\n    — Oh ! rien, mon entrée dans les théâtres seulement.\n   — Nous vous essaierons.\n   Au bout de six mois, le bon jeune homme, qui n'a pas manqué une soire'e\n théâtrale et qui ne peut plus voir une stalle en peinture, mais qui, en\n revanche, a essuyé la tyrannie des policiers pour s'être permis de demander\n des renseignements officiels que tout le monde connaît, s'est brouillé avec\n sa famille, a lâché ses études et se trouve sur le pavé — avec ses entrées et les\n cent francs qu'on a fini par lui accorder pour qu'il ne meure pas de faim.\n    Et il entre dans la galère ; peu à peu il pénètre dans cette cuisine quoti­\n dienne où l'on recueille parfois toutes les amertumes et parfois toutes les\njoies.\n   Pour celui qui a le feu sacré, c'est une jouissance qui ne finit point, de\n découvrir d'heure en heure comment tourne le globe, de lever un à un les\n voiles qui cachent les misères et d'étaler les cadavres de la société comme\n sur une table d'amphithéâtre. Enlever seulement la bande du journal frais\n sorti des presses, que personne n'a lu encore, c'est prendre des virginités\n aux choses; un télégramme que l'on déchiffre, où l'on trouve un événement\nsoudain qui va peut-être bouleverser la face du monde et que le monde\n ignore à cette minute-là, c'est une joie inconnue; demain votre pensée, vos\npronostics, vos craintes, vont être répandus dans le cerveau du public, com­\nmentés, discutés, injuriés — ou admis ; on se sent tout à coup puissance à\nlaquelle rien ne résiste, même si elle est mensongère, car, raffiné, l'on a\n parfois cette volupté de mentir pour mentir, pour crier en soi-même au\n public :\n   — « Public bête, tiens prends, mange, c'est faux et tu croiras — parce\nqu'il me plaît, à moi! »\n    Le journaliste tient en main des millions de destinées ; une dépêche trop\nhâtive, un mot hasardé, fait baisser le cours de la Bourse. Le bruit faux de\nla maladie de l'empereur d'Allemagne a bouleversé un instant la finance\nuniverselle.\n   Un orateur hasarde-t-il un mot, simple lapsus malheureux, l'écrivain s'en\nempare, le rend plus sot qu'il n'est, en fait une chose ridicule — si cela lui\nplaît — et, si cela lui plaît, l'orateur est perdu, tourné en fantoche; s'il se\nfâche, on ne le lâche plus ; s'il riposte, on l'accable eh prenant dans sa vie\npublique tout ce qui n'est pas sagesse pure, dignité parfaite. On lui rappelle\nun devoir de rhétorique où il a vaguement ânonné, — un peu plus, on lui\nreprocherait l'air bête du pompier de sa nourrice.\n   Chez nous, la puissance de la presse est loin d'être aussi grande que chez\nnos voisins. Le journalisme y est presque honnête et les, vendus n'existent\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "                                  -   431    -\n\n\nguère. Les écrivains sont en rapport constant avec le public, à cause du\ncercle étroit où l'un et l'autre évoluent. On perd sa force à être connu; le\nprestige de la signature mystérieuse n'existe pas. On sait d'où partent les\ncoups et l'on a le temps de se garer.\n   Aussi sommes-nous moins des artistes doublés d'écrivains du journal que\nde bons bourgeois qui accomplissent une besogne matérielle. Nous accep­\ntons avec plaisir de faire de la réclame pour rien, et lorsqu'un brave homme\nnous dit dans son langage bon garçon : « Mets un peu ça sur ton journal »,\nnous mettons ça sur notre journal.\n   A Paris, ça se paierait à la ligne.\n   Au contraire du grand boulevard, les événements de notre vie quoti­\ndienne sont rares; les faits les plus intéressants de nos journaux sont\ndécoupés à grands coups de ciseaux dans les feuilles parisiennes. Notre\npolitique étroite, dont l'horizon est borné par des partis sans puissance et\ndes querelles sans portée, cède le pas à la politique extérieure, et nous\nnous préoccupons beaucoup plus du général Boulanger que de notre\npropre ministère. C'est, d'ailleurs, notre préoccupation constante de savoir\nsi nous serons mangés ou non, et peu nous importe que nous soyons dévorés\ncatholiques ou déglutis libéraux.\n   Depuis deux ans à peine, les journaux belges ont senti qu'ils devaient se\nmodifier, donner plus de place aux Lettres, et l'on voit aujourd'hui la chro­\nnique à la première page de certaines feuilles quotidiennes, la chronique,\ncette éclosion fantaisiste sur la chose du jour, cet air de flûte joué entre deux\nfaits-divers. Nous sommes loin encore de l'article de tête où les Banville\net les Mendès lancent le livre nouveau, enjambent la politique, rompent la\nmonotonie de ce qu'on nomme la copie courante ; la chronique à Paris est\ndigne parfois de la forme définitive du livre. Rochefort a réuni dans les\nFrançais de la décadence, dans la Grande Bohême, dans les Signes du\ntemps, dans Farces amères, des articles de journaux qui seront de précieux\ndocuments pour l'histoire de nos mœurs. Ainsi avait fait Timothée Trimm\ndans ses Soirées, ainsi fait Henry Fouquier dans la Sagesse parisienne,\nClaretie dans les sept volumes de sa Vie à Paris, Bergerat dans les Chro-\nniques de l'homme masqué et la Vie de Caliban, Arnold Mortier dans\nses dix volumes de Soirées parisiennes, Auguste Vitu dans ses trois volu­\nmes des Mille et une Nuits du Théâtre, Emile Blavet dans sa Vie pari-\nsienne, Henry Houssaye dans les Hommes et les idées, Paul Mahalin dans\nses Jolies actrices, Noël et Stoullig dans les onze volumes d'Annales du\nthéâtre et de la musique.\n   Tout cela n'est pas encore de l'art, mais c'est plus que du journalisme, et\nc'est presque de l'histoire.\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "                                  — 432 —\n\n   Nous n'avons pas, nous, cette précieuse notation des faits ; mais le repor­\ntage a pris plus d'envergure et la chronique a droit de cité dans quelques\njournaux. Je ne citerai que l'Etoile belge avec ses Croquis à la plume de\nGiraud et d'Eekhoud, la Nation, où Henri Maubel, Lucien Solvay, Théo­\ndore Hannon, etc., chroniquent fréquemment, l'Indépendance, où la fan­\ntaisie n'est pas interdite, la Chronique, avec les Lundis de Léon Dom­\nmartin, d'autres encore qui suivent de loin Paris et habituent le public à la\nforme littéraire.\n   Ne l'oublions pas, c'est le journal qui assure en Belgique la situation\nmatérielle de l'homme de lettres. On n'a pas d'exemple qu'un écrivain y ait\nvécu uniquement de ses livres, si ce n'est ceux qui ont été, grâce à des\nmanœuvres... spéciales, protégés puissamment par le budget.\n   On a dit que « les écrits dont on vit ne vivent pas » et nous en demeu­\nrons d'accord, mais le journal a pour lui de faire voir la vie contemporaine,\net si l'on y récolte parfois des amoindrissements, on s'y aguerrit aussi dans\nune activité intellectuelle qui ne s'interrompt point ; les faibles s'y noient,\nles forts s'y trempent.\n   Les Goncourt ont dit :\n   « La littérature, c'est une industrie de luxe ». —\n   « L'opinion de mes parents sur la littérature, c'a été un grand coup de\npied dans ma vocation ».\n   — « Un homme de lettres, c'est un homme qui fait danser la danse des\nœufs aux vingt-quatre lettres de l'alphabet, et qui lance jusqu'à l'avenir des\nidées qui lui retombent droit dans le gousset, en gros sous ».\n   Ils ont dit encore :\n   « Un éditeur, c'est le mont-de-piété des manuscrits ».\n   — « Un journal? Trois sous d'histoire dans un cornet de papier ».\n   — « Un journaliste? Un homme de lettres à la journée ».\n   Et le public?\n  — C E L U I QUI PAIE.\n  Tout ce que nous avions à dire se résume dans ces spirituelles formules...\n                                                    MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 433, "page_fin": 435, "titre_corps": "Rimes noires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eddy Levis", "ancre_debut": "RIMES NOIRES", "ancre_fin": "EDDY LEVIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 484, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "RIMES NOIRES\n\n                   LES PLAINTES\n                                          A   MAX   WALLER.\n\nTant les bois sont profonds que leur voix est divine\nEt que leur moindre souffle, exhalé dans la nuit,\nOrdonne la pensée au cerveau qui la fuit\nEt fait frémir le cœur qui passe et qui devine.\n\nNocturne voyageur des forêts     effrayantes,\nQui du bout des rameaux proclament leur orgueil,\nJe vais chercher le soir, sous les arbres en deuil,\nLe mal des cœurs latents qui vibrent dans leurs fentes.\n\nO plainte qui finit, plainte qui recommence,\nDe plusieurs siècles morts tu clâmes la douleur,\nEt, du front du grand chêne à l'âme de la fleur,\nTu gémis au travers de la nature immense.\n\nO le mal, ô le cri qui part du fond des choses,\nO phtisique poumon des profondes forêts,\nLe cancer qui vous ronge en d'horribles secrets\nRonge aussi les soleils et les apothéoses!\n\nCrépuscule semé de couleur fulgurante,\nSplendeur des astres roux transpercés par le soir !\nVotre ardente beauté saigne de désespoir.\nO larmes du Ciel bleu que la nuit noire hante.\n\nGrands esprits glorieux, debout sur votre vie,\nTel sur un socle d'or ciselé par vos mains,\nVous songez tristement au vol des lendemains\nQui s'en viendront frapper votre âme inassouvie.\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "                        — 434 —\n\nSceptique, cerveau froid, pâle liseur d'histoire,\nQui narguez le néant et qui riez des dieux,\nQui sait si votre front aux plis silencieux,\nLa nuit, n'a pas senti l'horrible mal de croire?\n\nNéant, nous retournons au néant, à la terre,\nLa plainte continue au milieu des forêts.\nLes âmes des temps morts, pour clamer leurs décrets,\nOnt choisi pour séjour le grand bois séculaire.\n\nEt là, divinement, se répandent leurs plaintes,\nL'homme passe et frémit en écoutant leurs voix,\nEt le poète, seul, sur ces tombes sans croix,\nVa mesurer son âme à leurs ces éteintes.\n\n                      LA TACHE\n                                     A EMILE VAN ARENBERGH.\n\nJe me mets à genoux, je blasphème et j'implore,\nO deux ! pour pénétrer le mystère et l'émoi\nQui roule, en caressant l'humanité d'effroi,\nDu calme de la terre à l'espace sonore.\n\nJe vis sans rien comprendre au travail souverain,\nFarouches, mes baisers ne touchent qu'à la terre,\nJe méprise la Foi, ton nom, ô Ciel austère!\nEt je n'ai pas d'autels, et l'on me prêche en vain.\n\nMes yeux, sombres flambeaux, ont crainte des désastres,\nLe souci de la vie et la peur des dangers\nSe mêlent au respect immaculé des astres.\n\nJ'appréhende moins Dieu que le feu des bûchers,\nL'instinct de l'animal me rend haineux et lâche.\n— Le corps sur le cerveau fait une énorme tache.\n\n                    FIANÇAILLES\nPar de cuisants remords incessamment suivi\nJ'écoulerai mes jours, le fond de l'œil humide,\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "                                -   435   -\n\n      Et chaque heure apportant à l'âme un nouveau vide,\n      Je bénirai le Ciel quand je l'aurai gravi.\n\n      Au mal de tous les jours mon espoir asservi\n      Laissa briser l'essor de son aile timide,\n      Et son vol dans l'azur, de moins en moins rapide,\n      Heurte aujourd'hui le sol, — Satan est assouvi.\n\n      O frères, quand j'entends vos ailes triomphales,\n      Accroupi, plein de sang, sur le marbre des dalles,\n      Je n'ai plus même un cri pour trahir mon passé.\n\n      L'air ne me connaît plus; que nul ne me haïsse!\n      Adieu ! je ne crains pas que ma lèvre pâlisse,\n      Dès longtemps à la mort je me suis fiancé.\n                                                       EDDY LEVIS.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 435, "page_fin": 438, "titre_corps": "Le Symbolisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Jean Moréas", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "JEAN MORÉAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE THEATRALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 486, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 764, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n    Bien que nous n'ayons jamais prêté une grande attention aux tenta-\ntives littéraires d'une nouvelle et fort compromettante école de jeunes\nécrivains qui s'intitulent décadents et dont Adoré Floupette a fait une si\njoyeuse charge, il nous faut cependant tenir nos lecteurs au courant du\n mouvement que dirigent à Paris ces écrivains dont plusieurs ont — ou\n ont eu — beaucoup de talent.\n    Le Figaro a publié récemment (18 septembre) le manifeste de l'école,\n signé Jean Moréas. Nous en découpons les principaux passages. On y\n verra un singulier cas d'aberration artistique, le mépris de la langue, la\n déformation du verbe, une tendance au charabia dont le simple bon sens\nfait raison. Des amateurs de lettres ont tenté d'établir une confusion entre\n ces illuminés de l'art et ceux qui tentent de faire de la littérature sincère\n en même temps que ciselée.\n     Personne ne s'y est laissé prendre heureusement, et l'on a remis à leur\n place, avec toute la déférence possible, les tristes apôtres de la critique\n  ignorante et de mauvaise foi. Cela dit, nous laissons la parole au\n prophète :\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "                                   — 436 —\n\n\n                          LE SYMBOLISME\n   Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des\nretours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifica­\ntions apportées par la marche des temps et les bouleversements des milieux.\nIl serait superflu de faire observer que chaque nouvelle phase évolutive de\nl'art correspond exactement à la décrépitude sénile, à l'inéluctable fin de\nl'école immédiatement antérieure. Deux exemples suffiront : Ronsard\ntriomphe de l'impuissance des derniers imitateurs de Marot, le romantisme\néploie ses oriflammes sur les décombres classiques mal gardés par Casimir\nDelavigne et Etienne de Jouy. C'est que toute manifestation d'art arrive\nfatalement à s'appauvrir, à s'épuiser; alors, de copie en copie, d'imitation\nen imitation, ce qui fut plein de sève et de fraîcheur se dessèche et se recro­\nqueville; ce qui fut le neuf et le spontané devient le poncif et le lieu-\ncommun.\n   Ainsi le romantisme, après avoir sonné tous les tumultueux tocsins de la\nrévolte, après avoir eu ses jours de gloire et de bataille, perdit de sa force\net de sa grâce, abdiqua ses audaces héroïques, se fit rangé, sceptique et\nplein de bon sens; dans l'honorable et mesquine tentative des Parnassiens,\nil espéra de fallacieux renouveaux, puis finalement, tel un monarque tombé\nen enfance, il se laissa déposer par le naturalisme auquel on ne peut\naccorder sérieusement qu'une valeur de protestation, légitime mais mal\navisée, contre les fadeurs de quelques romanciers alors à la mode.\n   Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévi­\ntable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et\ntoutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes\ndes critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses\nnonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la\nvitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que\ndes juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence.\nRemarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentielle­\nment coriaces, filandreuses, timorées et serviles : toutes les tragédies de\nVoltaire, par exemple, sont marquées de ces tavelures de décadence. Et que\npeut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la\npompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies\nse combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute\nrenaissance.\n   Nous avons déjà proposé la dénomination de Symbolisme comme la\nseule capable de désigner raisonnablement la tendance actuelle de l'esprit\ncréateur en art. Cette dénomination peut être maintenue.\n   Il a été dit au commencement de cet article que les évolutions d'art\noffrent un caractère cyclique extrêmement compliqué de divergences; ainsi,\npour suivre l'exacte filiation de la nouvelle école, il faudrait remonter jus­\nques à certains poèmes d'Alfred de Vigny, jusques à Shakespeare, jusques\naux mystiques, plus loin encore. Ces questions demanderaient un volume\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "                                 — 437 —\n\nde commentaires ; disons donc que Charles Baudelaire doit être considéré\ncomme le véritable précurseur du mouvement actuel; M.Stéphane Mal­\nlarmé le lotit du sens du mystère et de l'ineffable ; M. Paul Verlaine brisa\nen son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de\nM. Théodore de Banville avaient assoupli auparavant. Cependant le\nSuprême Enchantement n'est pas encore consommé : un labeur opiniâtre\net jaloux solliciteles nouveaux venus.\n\n\n\n    Ennemie de « l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la\ndescription objective », la poésie symbolique cherche : à vêtir l'Idée d'une\nforme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui,\ntout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour,\nne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies\nextérieures; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne\njamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi. Ainsi, dans cet art, les\ntableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes con­\ncrets ne sauraient se manifester eux-mêmes : ce sont là des apparences sen­\nsibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des Idées pri­\nmordiales.\n    L'accusation d'obscurité lancée contre une telle esthétique par des lec­\nteurs à bâtons rompus n'a rien qui puisse surprendre. Mais qu'y faire? Les\nPythiques de Pindare, 1''Hamlet de Shakespeare, la Vita Nuova de Dante,\nle Second Faust de Gœthe, la Tentation de Saint-Antoine de Flaubert ne\n furent-ils pas aussi taxés d'ambiguïté ?\n    Pour la traduction exacte de sa synthèse, il faut au symbolisme un style\n archétype et complexe : d'impollués vocables, la période qui s'arcboute\n alternant avec la période aux défaillances ondulées, les pléonasmes signifi­\n catifs, les mystérieuses ellipses, l'anacoluthe en suspens, tout trope hardi et\n multiforme : enfin la bonne langue — instaurée et modernisée — la bonne\n et luxuriante et fringante langue française d'avant les Vaugelas et les Boi­\n leau-Despréaux, la langue de François Rabelais et de Philippe de Com­\n mines, de Villon, de Rutebœuf et de tant d'autres écrivains libres et dar­\n dant le terme acut du langage, tels des toxotes de Thrace leurs flèches\n sinueuses.\n     LE RYTHME : L'ancienne métrique arrivée; un désordre savamment\n  ordonné ; la rime illucescente et martelée comme un bouclier d'or et d'ai­\n  rain, auprès de la rime aux fluidités absconses; l'alexandrin à arrêts multi­\n  ples et mobiles ; l'emploi de certains nombres premiers — sept, neuf, onze,\n  treize — résolus en les diverses combinaisons rythmiques dont ils sont les\n  sommes.\n     La prose, — romans, nouvelles, contes, fantaisies, — évolue dans un\n  sens analogue à celui de la poésie. Des éléments, en apparence hétérogènes,\n  y concourent : Stendhal apporte sa psychologie translucide, Balzac sa\n  vision exorbitée, Flaubert ses cadences de phrase aux amples volutes,\n  M. Edmond de Goncourt son impressionnisme modernement suggestif.\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "                                   — 438 —\n\n   La conception du roman symbolique est polymorphe : tantôt un person­\nnage unique se meut dans des milieux déformés par ses hallucinations pro­\npres, son tempérament ; en cette déformation gît le seul réel. Des êtres au\ngeste mécanique, aux silhouettes obombrées, s'agitent autour du person­\nnage unique : ce ne lui sont que prétextes à sensations et à conjectures.\nLui-même est un masque tragique ou bouffon, d'une humanité toutefois\nparfaite bien que rationnelle. — Tantôt des foules, superficiellement affec­\ntées par l'ensemble des représentations ambiantes, se portent avec des alter­\nnatives de heurts et de stagnances vers des actes qui demeurent inachevés.\nPar moments, des volontés individuelles se manifestent; elles s'attirent,\ns'agglomèrent, se généralisent pour un but qui, atteint ou manqué, les\ndisperse en leurs éléments primitifs. — Tantôt de mythiques phantasmes\névoqués, depuis l'antique Démogorgôn jusques à Bélial, depuis les Kabires\njusques aux Nigromans, apparaissent fastueusement atournés sur le roc de\nCaliban ou par la forêt de Titania aux modes mixolydiens des barbitons et\ndes octocordes.\n   Ainsi dédaigneux de la méthode puérile du naturalisme, — M. Zola, lui,\nfut sauvé par un merveilleux instinct d'écrivain — le roman symbolique —\nimpressionniste édifiera son œuvre de déformation subjective, fort de cet\naxiome : que l'art ne saurait chercher en l'objectif qu'un simple point de\ndépart extrêmement succinct.\n                                                       JEAN M O R É A S .\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 438, "page_fin": 440, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X. des Loges", "ancre_debut": "CHRONIQUE THEATRALE", "ancre_fin": "X DES LOGES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 489, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 1577, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "CHRONIQUE THEATRALE\n    La Monnaie. — Le Parc. — Les Galeries. — Le Vaudeville. —\n            Le Théâtre de la Bourse. — L'Eden théâtre.\n\n\n              Triste, triste rentrée! La fameuse crise dont tout le monde parle\n               n'est décidément pas une légende ! Les salles de spectacle ont\n               des navrements, les stalles semblent tristes, les loges attendent,\n               et sœur Anne ne voit rien venir que le rare abonné qui rou­\ngeoie et le journaliste qui rabat-joie.\n  LA MONNAIE a rouvert un dimanche pour les Anglais et les bons bour­\ngeois, avec Zampa, cette éternelle mandoline ; puis sont venus l'Africaine,\nRobert, Mireille, avec les petites histoires du Châlet et de Maître\nPathelin.\n  Et la série des ténors a repris. M. Sylva débute par une laryngite,\nM. Massart lui succède, M. Cossira le suit, et, pour payer cela, MM. les\nDirecteurs font leurs affiches plus petites, histoire d'économiser par jour\n12 francs 50 de timbre.\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "                                  — 439 —\n\n   Le grand-opéra compte deux bons ténors, M. Sylva, ténor margrave qui,\nlorsqu'il lâche une note, a l'air de « vuider un vidrecome » ; son chant\ndonne des coups de poing sur le public dynamomètre — et le superbe\nM. Cossira. C'est superbe, mais écrase tout, même la remarquable\nMme Litwinne, un monument du grand air, à qui l'on croit toujours\nentendre dire : « Je suis née dans les Pyrénées, j'ai 18 ans, je pèse 200 kilos,\ndites-le à vos amis et connaissances ».\n   Retours : MM. Seguin, le Hans Sachs à l'organe vibrant et fort, beau\ncomédien, beau chanteur; Engel, empoté, s'habillant mal, mais artiste\nmalgré la toile d'araignée que l'âge a posé sur ses cordes vocales;\nMlle Legault, charmante et nasillante: M. Gandubert, en progrès;\nM. Chappuis, aussi détestable que devant; M. Nerval, plus pître que\njamais; Mlle Wolff, malade; Thuringer, en bois, et Renaud, très beau\ngarçon.\n   Nouveaux venus : M lle Vuillaume, adorable dans Mireille malgré sa\nbouche considérable; M. Isnardon, quelconque; M. Giraud, quelconque;\nM. Larbaudière, quelconque; Mme Gazet, convenable; Mme Balensi, une\nDeschamps en moins bon; corps de ballet passable, orchestre parfait,\nensemble absolument insuffisant pour Bruxelles.\n   Ne l'oublions pas cependant, les directeurs tâtonnent et font leurs pre­\nmières armes; au point de vue artistique, nous avons la conviction que l'in­\nfluence de M. Dupont, le parfait chef d'orchestre, veillera à ce que le niveau\nde notre opéra se maintienne. Lohengrin, la Walkyrie, sans compter des\nœuvres inédites, nous sont promis et nous aurions mauvaise grâce à nous\nfaire prophètes de malheur après un mois d'essais où la température devait\nannihiler bien des efforts et surtout bien des recettes.\n    Comme l'an dernier, l'opéra-comique est déjà suffisamment armé pour\n faire bonne figure dans la campagne qui s'ouvre et les directeurs veilleront\nà ce que les trous soient bouchés et les desiderata satisfaits. Au demeurant,\nceci ne sont que notes à la diable, en attendant une critique sérieuse de\nM. Henry Maubel.\n\n\n  Nous n'en dirons pas autant des autres théâtres. Le Parc, au lieu de\nrechercher dans le répertoire « progressiste » quelque pièce novatrice, de\nBecque ou de Goncourt par exemple, a trop compté sur l'esprit bourgeois\ndu public et n'a pas craint de rentrer dans l'arène avec la plate « hohnêterie »\nque l'on sait. Sans avoir une mauvaise troupe — où nous retrouvons le très\noriginal M. Lortheur, la frétillante Sigall, l'auguste Subra, d'autres encore\nqui les valent — M. Candeilh ne veut pas utiliser ses comédiens à des\nbesognes moins terre-à-terre que celle qui consiste à planter sous le feu\ndes herses les personnages factices, pleurards, godichons et mal français du\nthéâtre-feuilleton.\n                                       *\n\n  Aux Galeries, Lucy Abel continue à glapir, M. Pottier à faire des mots\n                                                                       28\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "                                 — 440 —\n\nde la rue des Bouchers, et M. Deschamps à fatiguer de sa présence inévi­\ntable ceux qui aimaient son talent, mais le connaissent trop. Les Brigands\nmal joués, Lili mal jouée, la Vie parisienne mal jouée, et enfin Joséphine\nvendue par ses sœurs, non moins mal jouée. Pièce d'une douce ineptie au\ndemeurant, dont le premier acte seul a des bonheurs et qui continuera la\ndégringolade de l'ancien théâtre de Delvil.\n\n\n   Restent LE VAUDEVILLE qui attend le retour de tout-Bruxelles pour se\nrenouveler et LE THÉÂTRE DE LA BOURSE qui, seul, avec le Petit-Poucet,\nfait salle comble et attire à lui tout le public. Le plaisir des yeux remplace\nici les ficelles du théâtre moderne, et l'intrigue n'est qu'un prétexte au\ndéroulement de 32 tableaux brillants qui font venir la foule, ce grand pha­\nlène éternel.\n   Au milieu du décor fastueux évoluent, avec toute leur grâce naïve, des\nbataillons d'enfants exquis, parmi lesquels la petite Tata et le Petit-Poucet\nfont merveille. Le duo de la Mascotte, chanté par ces deux bambinos, est\nà lui seul une petite merveille qui tire les larmes aux mamans et fait tousser\nles hommes. Le défilé des bottes — sans odeur — est une trouvaille bur­\nlesque dont l'effet est irrésistible et auquel les airs populaires du Père\nBugeaud, de l'Amant d'Amanda, des Bottes, d'Offenbach, alternant avec\nles trompettes d'Aïda, donnent une allure entraînante du plus trémoussant\neffet.\n   La Gaîté de Paris a dépassé sa 300e représentation du Petit-Poucet.\n   Nous ne doutons pas que la Bourse ne dépasse, elle, la centième.\n   Ce théâtre, livré dès son origine à une direction maladroite et inexpéri­\nmentée, est tombé entre les mains d'un maître ès planches, M. Maurice\nSimon, qui, du premier coup, a créé véritablement une scène qui n'existait\npas avant lui. Elle ne fera d'ailleurs pas la concurrence à l'Eden-Théâtre\nqui conserve son genre Alcazar ou Folies-Bergère et qui va son petit train\nsûr avec des spectacles sans cesse renouvelés et des femmes sans cesse....\npareilles.\n   Le grand art est bien sacrifié dans tout cela, mais les bourses y voient\ndes apaisements et, quand la poche parle, l'esthétique malheureusement\ndoit se taire. A la Monnaie et au Parc de lui rendre un peu de voix pour\ndire que les grands jours de l'art dramatique ne sont pas finis.\n\n                                                     X. 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4269, "fin_caractere_exclue": 4314, "texte": "Je ne veux plus aimer d'autre vierge que vous"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 4366, "fin_caractere_exclue": 4415, "texte": "Et suis l'enfant de chœur qui vous sert à genoux."}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 4467, "fin_caractere_exclue": 4517, "texte": "Je suis l'enfant de chœur qui passe, qui s'incline"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 4569, "fin_caractere_exclue": 4608, "texte": "Sous votre souvenir vêtu de mousseline."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 107, "texte": "Quelquefois, je vous donne, et cela m'est charmant,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "Des noms de litanie avec recueillement."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 251, "fin_caractere_exclue": 298, "texte": "Je voudrais bien encore appuyer sur les pointes"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 350, "fin_caractere_exclue": 400, "texte": "De vos souliers brodés, appuyer mes mains jointes."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "Et j'enluminerai selon le rituel"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 553, "fin_caractere_exclue": 594, "texte": "Un poème d'amour qui vous soit un missel."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 650, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "Un missel où, parmi de longues banderoles,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 746, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "Des strophes tout en fleurs ouvriront leurs corolles,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 844, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": "Où vous verrez sous l'or fluide des ciels fins"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 940, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "Mes aveux prosternés comme des séraphins,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1141, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "Où je vous vêtirai d'une robe de moire,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1182, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "Pour que le temps futur vous garde en sa mémoire"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1349, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "Et qu'à vous voir si belle entre des rameaux verts"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1401, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "Sur le mystique autel qu'auront bâti mes vers,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "D'autres hommes, plus tard, ô ma vierge ingénue,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1652, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "Vous aiment comme moi sans vous avoir connue."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1898, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "Dans la Jeunesse blanche on rencontre"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1984, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "des vers qui, par la justesse rare de l'image,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2085, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "par le choix, le charme, l'accord et la"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2164, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "musique des mots, sont pour ravir les poè­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2248, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "tes. Je citerai cette strophe sur les « bé­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2336, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "guines » :"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2436, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "Elles mettent un voile à longs plis ; le secret"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2527, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "De leur âme s'épanche à la lueur des cierges,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2627, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "Et, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2729, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "Voir le Seigneur marcher dans un jardin de vierges."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "Ou encore ces vers, cueillis au hasard :"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2969, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "Au beau de notre amour elle s'en est allée"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3070, "fin_caractere_exclue": 3118, "texte": "Comme une noce en blanc au lointain d'une allée."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3239, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "Et la lune attristait comme un portrait d'absent."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3385, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "L'âme des déserteurs pleurant dans les tambours."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3677, "fin_caractere_exclue": 3717, "texte": "HISTOIRE DE LA POÉSIE en rapport avec la"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3772, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "civilisation dans l'antiquité et chez les peu-"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3860, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "ples modernes de race latine, par Ferdinand"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3949, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "Loise. Un vol. Bruxelles, Castaigne."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4052, "fin_caractere_exclue": 4090, "texte": "Les écrivains qui s'occupent de poésie"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4137, "fin_caractere_exclue": 4175, "texte": "sont trop rares en notre pays pour que"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4219, "fin_caractere_exclue": 4263, "texte": "nous ne leur fassions fête lorsqu'ils lèvent"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4311, "fin_caractere_exclue": 4353, "texte": "le doigt pour l'immortalité. M. Loise, qui"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4392, "fin_caractere_exclue": 4432, "texte": "compte à son actif plusieurs ouvrages de"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4471, "fin_caractere_exclue": 4511, "texte": "consciencieuse érudition et n'a eu qu'un"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4558, "fin_caractere_exclue": 4598, "texte": "tort, c'est de vouloir à un moment donné"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4640, "fin_caractere_exclue": 4682, "texte": "juger les lettres contemporaines avec les­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4730, "fin_caractere_exclue": 4774, "texte": "quelles il est peu familiarisé, M. Loise est"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4819, "fin_caractere_exclue": 4863, "texte": "avant tout un professeur. Son livre a le ton"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4896, "fin_caractere_exclue": 4936, "texte": "pédagogue et nous semble un peu resserré"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 151, "texte": "dans les limites d'un cours d'histoire."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 208, "fin_caractere_exclue": 249, "texte": "L'étude en est érudite et sérieuse. L'au­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 306, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "teur, après avoir un peu superficiellement"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 405, "fin_caractere_exclue": 448, "texte": "traité de la poésie hébraïque et mal appré­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "cié la poésie hindoue, est tout à fait sur son"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "terrain lorsqu'il parle des Grecs et des"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 705, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "Latins. On sent l'instituteur qui s'est"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 801, "fin_caractere_exclue": 842, "texte": "abreuvé, dans l'enseignement, aux sources"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 899, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "classiques, l'homme qui possède ses au­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "teurs. Et pourtant, là encore M. Loise s'est"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "laissé entraîner par ses prédilections pro­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1237, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "fessionnelles."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1311, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "Parle-t-il d'Homère et plus loin des"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "poètes du siècle de Périclès, c'est avec la"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1555, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "ferveur du néophyte; arrive-t-il à la période"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1753, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "byzantine, son esprit, compréhensif pour­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1850, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "tant, s'égare ; ainsi pour la décadence la­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1936, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "tine. Il n'a pas le sens affiné des choses qui"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2038, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "se « faisandent ». Pétrone, Juvénal, Martial,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2125, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "comme Héliodore et Longus lui donnent"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2207, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "des défiances; l'austère académicien se"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2292, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "trouve aux prises avec une littérature aux"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2390, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "yeux cernés qui lui fait l'effet d'une fille"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "publique. Tout en rendant hommage à"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2581, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "l'auteur de Daphnis et Chloé, dont il recon­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2681, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "naît le style étincelant, M. Loise se voile la"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2836, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "face et passe rapidement sur « cet héritier"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 2925, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "de Callimaque, dont les tableaux indécents"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3023, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "ne sont rachetés par aucune qualité solide »."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "Ce sont là des affirmations d'une impartia­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3223, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "lité douteuse."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "Ainsi fait M. Loise pour Ovide, ainsi"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3440, "fin_caractere_exclue": 3480, "texte": "pour Lucain, « une cymbale retentissante"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3536, "fin_caractere_exclue": 3579, "texte": "qui assourdit l'oreille et l'imagination »,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3635, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "pour Perse qui « ne mérite pas le nom"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3770, "texte": "d'écrivain », pour Martial « qui se vautre"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3819, "fin_caractere_exclue": 3859, "texte": "dans la fange », etc. Apulée seul trouve"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 3904, "fin_caractere_exclue": 3947, "texte": "grâce devant la barre du vertueux critique."}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4006, "fin_caractere_exclue": 4047, "texte": "Il ne faut pas nous étonner des tendances"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4091, "fin_caractere_exclue": 4136, "texte": "de l'Histoire de la poésie ; voyant la litté­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4176, "fin_caractere_exclue": 4218, "texte": "rature à travers la morale et la foi chré­"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4264, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "tienne, l'auteur l'a transfigurée et défigurée"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4354, "fin_caractere_exclue": 4391, "texte": "avec un sentiment de sacerdoce qui ne"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4433, "fin_caractere_exclue": 4470, "texte": "manque pas de grandeur. Au demeurant,"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4512, "fin_caractere_exclue": 4557, "texte": "son livre est tout de patience et de scrupule"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4599, "fin_caractere_exclue": 4639, "texte": "catholique; on retient beaucoup de cette"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4683, "fin_caractere_exclue": 4729, "texte": "lecture, et quelles qu'en soient les tares, il"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4775, "fin_caractere_exclue": 4818, "texte": "est juste de dire que l'œuvre de M. Loise a"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 4864, "fin_caractere_exclue": 4895, "texte": "de nombreux et sérieux mérites."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "Une manifestation a eu lieu le dimanche"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 300, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "19 septembre à Anvers, en l'honneur de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 396, "fin_caractere_exclue": 407, "texte": "Conscience."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 497, "fin_caractere_exclue": 538, "texte": "Cent trente-six sociétés ont pris part au"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 590, "fin_caractere_exclue": 633, "texte": "cortège qui s'est rendu à l'inauguration du"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "monument que l'on vient d'élever en l'hon­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 790, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "neur de l'écrivain flamand."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 887, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "Ce monument, œuvre du sculpteur Joris,"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "est d'un grand caractère : Conscience est"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1084, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "couché sur un haut catafalque, à ses pieds"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1178, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "repose le lion de Flandre; derrière, une"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1272, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "colonne brisée."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1369, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "Un temps magnifique a favorisé cette"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1455, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "cérémonie qui avait attiré une foule consi­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1550, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "dérable."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1732, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "M. le lieutenant Jérôme Becker vient de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1864, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "faire paraître une brochure des plus inté­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1964, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "ressantes, simple extrait de son livre en"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2061, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "voie de publication : La Vie en Afrique."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2193, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "Nous attendons, pour parler plus longue­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2234, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "ment du sympathique auteur et de son"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2316, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "œuvre, que celle-ci ait paru en entier."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2472, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "Aujourd'hui, contentons-nous de constater"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2609, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "que d'un bout à l'autre, les quelques pages"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2747, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "que M. Becker nous envoie se lisent avec"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2880, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "un intérêt qui nous fait bien augurer de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3019, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "l'ouvrage complet. C'est le récit simple, en"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3158, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": "belle langue claire et correcte d'un séjour"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3253, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "actif et utile dans les contrées lointaines, et"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3389, "texte": "la littérature y a assez de place pour que"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3443, "fin_caractere_exclue": 3485, "texte": "cet éloge ne soit pas disparate dans notre"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3542, "fin_caractere_exclue": 3548, "texte": "Revue."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3753, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "Lire dans la Revue bleue l'article de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3891, "fin_caractere_exclue": 3934, "texte": "Jules Lemaître sur PIERRE LOTI, et celui de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4032, "fin_caractere_exclue": 4070, "texte": "Maxime Gaucher sur Les Moines, d'Emile"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4166, "fin_caractere_exclue": 4200, "texte": "VERHAEREN (n° 12, 18 s e p t . ) ."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4401, "fin_caractere_exclue": 4437, "texte": "Vient de paraître une nouvelle Revue"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4496, "fin_caractere_exclue": 4528, "texte": "fumisto-décadente : Le Décadent."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4560, "fin_caractere_exclue": 4599, "texte": "Je ne crois pas que l'amphigourique, le"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4654, "fin_caractere_exclue": 4693, "texte": "contourné, le compliqué, le tarabiscoté"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4753, "fin_caractere_exclue": 4794, "texte": "aient jamais été poussés plus loin que ne"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4849, "fin_caractere_exclue": 4894, "texte": "l'a fait l'auteur de cette étonnante poésie :"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4946, "fin_caractere_exclue": 4959, "texte": "M. René Ghil."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 5041, "fin_caractere_exclue": 5080, "texte": "Tûe en l'étonnement de nos Yeux mutuels"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 5138, "fin_caractere_exclue": 5182, "texte": "Qui délivrèrent là l'or d e latentes gloires"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 5200, "fin_caractere_exclue": 5248, "texte": "Que veuve dans le T e m p l e aux signes rituels"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 5250, "fin_caractere_exclue": 5297, "texte": "L'onde d'éternité r e p r e n n e nos mémoires."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 153, "texte": "Tel instant qui naissait des heurs éventuels"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 248, "fin_caractere_exclue": 299, "texte": "Tout palmes d e doigts longs aux nuits ondulatoires"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 352, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "Vrais en le dôme espoir des vols perpétuels"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 448, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "Nous ouvrit les passés de nos pures Histoires."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 547, "fin_caractere_exclue": 589, "texte": "Une moire de vains soupirs pleure sous les"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 642, "fin_caractere_exclue": 686, "texte": "Trop seuls saluts riants de nos vœux exhalés"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "Aussi haut qu'un néant de plumes vers les gnoses :"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 842, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "Advenu rêve des vitraux pleins de demains,"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 937, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "Doux et nuls à pleurer et d'un midi de roses"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1034, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "Nous venons l'Un à l'Autre en élevant les mains."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "C'est une gageure évidemment contre le"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1231, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "sens commun. Si vous avez compris un mot"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1325, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "à ce stupéfiant sonnet, nous vous serons"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1419, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "obligés de nous le faire connaître."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "Cependant, en fait d'extravagance vou­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1603, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "lue, je préfère le sonnet célèbre de Pierre"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1700, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "Berton : La larme de marbre."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1825, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "Sur l'étang glacé q u e le zéphyr ride"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 1917, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "Cours, ô mon coursier, sans mors et sans bride"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2017, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "L'éclair de m a dague en tes noirs cheveux."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2158, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "C'est d'une drôlerie plus franche."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2312, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "***"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "lle"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2435, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "M Louise Derscheid, une compatriote,"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2567, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "élève de feu Louis Brassin et diplômée du"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2706, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "Conservatoire de Saint-Pétersbourg, que"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2841, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "l'on a entendue aux XX cette année, a"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 2974, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "ouvert le 1e1' octobre, à la Salle Gunther,"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3117, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "rue Thérésienne, 4, un cours de musique"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3210, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "comprenant une année préparatoire pour le"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3305, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "solfège et le piano élémentaire, et cinq"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3400, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "années pour l'étude approfondie du piano,"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3496, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "de l'harmonie, du contrepoint, de l'instru-"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3594, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "mentation, de l'histoire de la musique et de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3727, "fin_caractere_exclue": 3749, "texte": "la musique de chambre."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3848, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "Si nous signalons ce cours, c'est que son"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 4030, "texte": "programme, faisant une large part à l'en­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4125, "fin_caractere_exclue": 4164, "texte": "seignement théorique, a pour but non de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4255, "fin_caractere_exclue": 4298, "texte": "créer des virtuoses amateurs, mais de four­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4353, "fin_caractere_exclue": 4396, "texte": "nir une éducation complète d'artiste à tous"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4451, "fin_caractere_exclue": 4494, "texte": "ceux que leur instinct porte vers l'art mu­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4549, "fin_caractere_exclue": 4555, "texte": "sical."}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4613, "fin_caractere_exclue": 4652, "texte": "Les personnes qui désireraient fréquen­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4707, "fin_caractere_exclue": 4751, "texte": "ter ce cours sont priées d'en faire la d e ­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4806, "fin_caractere_exclue": 4847, "texte": "mande par écrit à M lle L. Derscheid, rue"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4902, "fin_caractere_exclue": 4944, "texte": "Thérésienne, 4, en indiquant si elles veu­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 4999, "fin_caractere_exclue": 5039, "texte": "lent suivre le cours au complet ou s'in­"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 5095, "fin_caractere_exclue": 5136, "texte": "scrire seulement comme élèves du cours de"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 5192, "fin_caractere_exclue": 5198, "texte": "piano."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "Il est aujourd'hui tout à fait décidé que"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "le théâtre de Bayreuth rouvrira ses portes"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 226, "fin_caractere_exclue": 266, "texte": "en 1888 et qu'on y donnera Tristan, Par­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 318, "fin_caractere_exclue": 359, "texte": "sifal et les Maîtres Chanteurs. Au lende­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 447, "texte": "main de la dernière représentation, le"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 501, "fin_caractere_exclue": 541, "texte": "21 août, une réunion a eu lieu à l'hôtel"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 634, "texte": "« Sonne », dans laquelle a été souscrite,"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 683, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "séance tenante, une somme de 20,000 marcs"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 769, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "(25,000 francs), pour assurer la continua­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 826, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "tion des fêtes théâtrales. D'autre part, le"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "comité de l'Association wagnérienne de"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1012, "fin_caractere_exclue": 1047, "texte": "Berlin a promis une somme de 50,000"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1072, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "marcs (62,500 francs), qu'elle versera en"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "temps utile au comité de Bayreuth. On"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1251, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "cite deux admirateurs français du maître"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1342, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "qui se sont chacun engagés à une contri­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1432, "fin_caractere_exclue": 1471, "texte": "bution de mille marcs pendant cinq ans."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1525, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "Dès à présent donc, au point de vue finan­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1661, "fin_caractere_exclue": 1704, "texte": "cier, l'affaire est absolument assurée. Les"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "contributions des comités wagnériens de"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 1928, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "l'Allemagne et de l'étranger porteront cer­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2061, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "tainement à plus de cent mille marcs le"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2194, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "fonds de garantie dès à actuellement sous­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "crit."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2488, "fin_caractere_exclue": 2513, "texte": "Du journal des Goncourt :"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2561, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "Charles Blanc, à l'Artiste, en train de"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2601, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "reprocher à Théophile Gautier, avec force"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2693, "fin_caractere_exclue": 2734, "texte": "coups d'encensoir, de mettre tout au pre­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2779, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "mier plan dans ses articles, de ne laisser"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2867, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "ni repos ni parties plates, de tout faire"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "étinceler."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3057, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "— Voyez comme je suis malheureux,"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "dit Gautier, tout me paraît plat. Mes arti­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3200, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "cles les plus colorés, je trouve ça gris,"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3291, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "papier brouillard. Je f... du rouge, du"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3379, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "jaune, de l'or, je barbouille comme un en­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3468, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "ragé, et jamais ça ne me paraît éclatant."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3557, "fin_caractere_exclue": 3598, "texte": "Et je suis très embêté, parce que avec ça"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3645, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "j'adore la ligne et Ingres... 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Je vous parle très franche­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3990, "fin_caractere_exclue": 4025, "texte": "ment : c'est écrit comme un cochon!"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4083, "fin_caractere_exclue": 4124, "texte": "— Oh ! peut-on blasphémer ainsi ! s'écrie"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4168, "fin_caractere_exclue": 4182, "texte": "Charles Blanc."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4260, "fin_caractere_exclue": 4295, "texte": "— Non, Molière je ne le sens pas du"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4346, "fin_caractere_exclue": 4386, "texte": "tout. Il y a dans ses pièces un bon gros"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4434, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "sens, carré, ignoble. 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Tout en suivant un traitement"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 2915, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "très sérieux, il prépare un grand roman sur"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3007, "fin_caractere_exclue": 3053, "texte": "l'Académie, dont le titre provisoire est l'Im-"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3102, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "mortelle."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3163, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "M. François Coppée, retour des Eaux-"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3248, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "Bonnes, écrit un drame qui se déroule à la"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3339, "fin_caractere_exclue": 3378, "texte": "fin du moyen âge, dans la péninsule des"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3427, "fin_caractere_exclue": 3467, "texte": "Balkans. Il travaille en même temps à un"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3516, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "roman essentiellement parisien, qui sera"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 3605, "fin_caractere_exclue": 3644, "texte": "comme l'autobiographie du poète. 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Paul Bourget, qui respire en ce mo­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4128, "fin_caractere_exclue": 4167, "texte": "ment l'air pur des Vosges, admirant les"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4216, "fin_caractere_exclue": 4256, "texte": "eaux limpides et profondes du lac de Gé­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4305, "fin_caractere_exclue": 4345, "texte": "rardmer et les hauts sommets couverts de"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4394, "fin_caractere_exclue": 4433, "texte": "sapins, achève un roman des plus drama­"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4482, "fin_caractere_exclue": 4489, "texte": "tiques."}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 4541, "fin_caractere_exclue": 4581, "texte": "M. Leconte de Lisle termine son discours"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "de réception à l'Académie et travaille à un"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 175, "texte": "poème lyrique : Apolloniade."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 246, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "Perdu dans un grand château, au fond"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 333, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "du Nivernais, M. Théodore de Banville"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 427, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "met la dernière main à une œuvre en vers."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 523, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "M. André Theuriet prépare à Annecy un"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 613, "fin_caractere_exclue": 650, "texte": "volume de nouvel an : Contes pour les"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 681, "fin_caractere_exclue": 706, "texte": "jeunes et pour les vieux."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "La Revue d'art dramatique nous signale"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1081, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "un petit événement littéraire, fait pour cau­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "ser de la joie à tout le clan des « Molié­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1270, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "ristes ». Un écrivain des Pays-Bas, M. Al­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1366, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "berdingk-Thym vient de traduire le Misan-"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1458, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "thrope en hollandais, et la pièce va être"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1550, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "représentée à Amsterdam en grande solen­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1648, "texte": "nité."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1740, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "Il paraît, d'ailleurs, que ce n'est pas la"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1827, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "première fois que la pièce de Molière est"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1918, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "l'objet d'une traduction néerlandaise, et"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1980, "fin_caractere_exclue": 2018, "texte": "M. van Hamel nous donne, sur ce sujet,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2055, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "de curieux détails."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2149, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "La première adaptation date duXVIIesiè­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2237, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "cle même, de 1682. 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En 1851, autre essai, piquant cette"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3182, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "fois par certains détails. L'adaptateur,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3271, "fin_caractere_exclue": 3311, "texte": "nommé Calisch, avait étrangement modifié"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3366, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "le texte original. Alceste, au dernier acte,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3459, "fin_caractere_exclue": 3503, "texte": "se convertissait, revenait à la douce philo­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3554, "fin_caractere_exclue": 3595, "texte": "sophie de Philinte, sans rattraper cepen­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3641, "fin_caractere_exclue": 3682, "texte": "dant le cœur de Célimène. Ainsi comprise,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3716, "fin_caractere_exclue": 3759, "texte": "la pièce ne devait pas manquer d'une saveur"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3807, "fin_caractere_exclue": 3851, "texte": "assez particulière. Il avait eu aussi l'idée"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3901, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "assez bizarre de supprimer les juges qui"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3993, "fin_caractere_exclue": 4035, "texte": "font perdre son procès à Alceste : « Il ne"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4084, "fin_caractere_exclue": 4130, "texte": "faut, disait-il dans sa préface, ébranler chez"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4174, "fin_caractere_exclue": 4221, "texte": "le peuple la foi h l'incorruptibilité de la ma­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4265, "fin_caractere_exclue": 4311, "texte": "gistrature. Il avait remplacé, enfin, la chan­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4359, "fin_caractere_exclue": 4400, "texte": "son du roi Henri par des vers de son crû."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4446, "fin_caractere_exclue": 4482, "texte": "M. Thym, lui, a eu la modestie de se"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "borner à une traduction littérale. Il n'a re­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 242, "texte": "culé devant aucune difficulté, et l'on raconte"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 293, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "qu'il est entré en correspondance avec"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 382, "fin_caractere_exclue": 425, "texte": "M. Delaunay au sujet de l'interprétation de"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 476, "fin_caractere_exclue": 519, "texte": "certains points qui lui semblaient obscurs."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "Enfin, il a demandé la mise en scène à la"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 662, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "Comédie-Française."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "C'est une société littéraire, le Neder­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 824, "fin_caractere_exclue": 860, "texte": "landsch Tooneel, qui va donner cette"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 946, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "représentation, qui valait la peine d'être"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "signalée. Amsterdam, assure-t-on, a aussi"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1131, "fin_caractere_exclue": 1175, "texte": "ses Moliéristes, et c'est même une chose qui"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "n'est pas indifférente à noter que la popu­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1320, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "larité de Molière en Hollande. Il y est clas­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1416, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "sique, comme en France. Il y a trois ans,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "quand I'Odéon alla faire une tournée dans"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "les Pays-Bas, on fut contraint à ne jouer,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1693, "fin_caractere_exclue": 1736, "texte": "pour ainsi dire, que du Molière. Les pièces"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1787, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "modernes, qui étaient sur le programme,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1877, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "finirent par céder tout à fait le pas au"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 1968, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "répertoire."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2051, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "***"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2108, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "Prochainement paraîtra La Bièvre, par"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2196, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "J.-K. Huysmans. La donnée de ce livre se"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2287, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "trouvait dans un des Croquis parisiens. De"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2380, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "l'auteur d'A Rebours, on ne peut s'attendre"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2474, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "qu'à une œuvre puissante en conception et"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2566, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "en style."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2647, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "***"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2704, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "L'éditeur Lemerre vient de rééditer Titi"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2795, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "Foyssac IV de Léon Cladel, qui parut"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2882, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "naguère dans Bonshommes, un recueil où"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2971, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "brille une merveille Dux."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3050, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "Ce Titi est une noble horreur littéraire,"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3142, "fin_caractere_exclue": 3181, "texte": "un plaidoyer bête, un pamphlet lourdaud"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3232, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "qui déshonore le grand écrivain d'Omp­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3321, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "drailles. Nous n'en dirons pas plus ; signa­"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3416, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "ler cette erreur d'art est déjà trop; ceux"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3509, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "qui aiment ces sortes d'écrits prouvent leur"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3604, "fin_caractere_exclue": 3640, "texte": "ignorance artistique ; oui monsieur."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3712, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "***"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3769, "fin_caractere_exclue": 3806, "texte": "Katia, le nouveau livre du comte Léon"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3857, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "Tolstoï, que la librairie académique Perrin"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3992, "texte": "met en vente, est digne de l'auteur qui a"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4043, "fin_caractere_exclue": 4083, "texte": "signé la Guerre et la Paix et Anna Karé-"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4134, "fin_caractere_exclue": 4173, "texte": "nine. On y retrouve toutes les qualités"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4224, "fin_caractere_exclue": 4264, "texte": "vivement appréciées dans ses précédentes"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4315, "fin_caractere_exclue": 4358, "texte": "œuvres, qui donnent à son talent un attrait"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4409, "fin_caractere_exclue": 4441, "texte": "si particulier et si saisissant."}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 4495, "fin_caractere_exclue": 4536, "texte": "Katia nous fait la confession de sa vie ;"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "elle raconte comment, après avoir aimé son"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "mari d'une certaine façon, elle est éloignée"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 225, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "de lui par l'existence mondaine qu'elle"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 317, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "mène et comment elle se reprend à l'aimer"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 408, "fin_caractere_exclue": 447, "texte": "mais d'un autre amour plus fort et plus"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "vrai que le premier, dans lequel elle trouve"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 594, "fin_caractere_exclue": 632, "texte": "un bonheur calme qu'elle avait en vain"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 688, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "poursuivi jusque-là."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "La mort, par le même auteur, traduction"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 960, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "et préface par E. Halpérine. Librairie acadé­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1053, "fin_caractere_exclue": 1093, "texte": "mique Didier. Perrin et C ie , éditeurs."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1143, "fin_caractere_exclue": 1181, "texte": "Le nom du comte Léon Tolstoï est aussi"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1234, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "célèbre à cette heure en France qu'en"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1324, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "Russie. Sa dernière œuvre traduite, comme"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "toujours, avec le plus scrupuleux respect"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1462, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "du texte original par E. Halpérine, et dont"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1550, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "on vient d'annoncer la publication sous ce"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1637, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "titre empoignant : La mort, ne fera qu'ac­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1727, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "croître la gloire du grand Russe."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1825, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "C'est le plus complet tableau de l'agonie"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "et de la fin d'un être, le plus saisissant qui"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "soit sorti d'une plume de romancier."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "Lente ou soudaine, indifférente et pres­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2183, "fin_caractere_exclue": 2228, "texte": "que joyeuse chez la plante et la bête, simple"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2278, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "encore et sereine chez le moujik, complète"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2371, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "et plus effrayante à mesure que s'élève le"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "niveau intellectuel — émouvante toujours"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "— la mort est envisagée dans ce livre sous"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2636, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "toutes ses faces, avec l'âme d'un grand"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2728, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "poète et l'œil d'un observateur sagace"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2821, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "jusqu'à la cruauté."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "A la recherche du bonheur, mêmes auteur,"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3099, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "traducteur, préfacier et éditeurs."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3195, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "Sous ce titre général : A la recherche du"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3284, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "bonheur, M. Halpérine a réuni la plupart"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3376, "fin_caractere_exclue": 3419, "texte": "de ces contes populaires où le grand roman­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3465, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "cier, tout en nous familiarisant, dans un"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3557, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "style d'une simplicité merveilleuse, avec sa"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3646, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "morale, nous initie en même temps, d'une"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3736, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "manière attrayante et dramatique, à la vie et"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3819, "fin_caractere_exclue": 3860, "texte": "aux mœurs si curieuses des paysans russes"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3914, "fin_caractere_exclue": 3950, "texte": "En écrivant ces pages d'une grandeur"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4007, "fin_caractere_exclue": 4049, "texte": "biblique, l'auteur de la Guerre et la paix"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4098, "fin_caractere_exclue": 4138, "texte": "avait encore un autre but; il l'expliqua"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4187, "fin_caractere_exclue": 4231, "texte": "dans une conversation qu'il eut tout derniè­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4278, "fin_caractere_exclue": 4320, "texte": "rement avec l'écrivain russe Danilevsky et"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4368, "fin_caractere_exclue": 4412, "texte": "que le traducteur reproduit dans sa préface."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4458, "fin_caractere_exclue": 4497, "texte": "« ... Les millions de Russes qui savent"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4547, "fin_caractere_exclue": 4589, "texte": "« lire, disait le comte Tolstoï, demeurent"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 133, "texte": "« devant nous bouche bée, comme de"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "« jeunes choucas, et nous disent : — Mes­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 316, "texte": "sieurs nos écrivains, jetez-nous dans la"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 366, "fin_caractere_exclue": 407, "texte": "« bouche de la nourriture intellectuelle,"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 457, "fin_caractere_exclue": 499, "texte": "« digne de vous et de nous ; écrivez aussi"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 549, "fin_caractere_exclue": 593, "texte": "« pour nous autres, les altérés d'une parole"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 645, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "vivante et littéraire, débarrassez-nous de"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 737, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "« ces Erouslan Lazarevitch, de ces Milord"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 800, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "***                         « George et autre nourriture de foire !"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "« Le simple et honnête peuple russe vaut"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1009, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "« bien que nous repondions à l'appel de son"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "« âme bonne et juste. J'y ai beaucoup"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1191, "fin_caractere_exclue": 1233, "texte": "pensé, et je me suis décidé à tenter quel­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1285, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "que chose en ce sens dans la mesure de"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1373, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "« mes forces. »"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1458, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "***"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1514, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "Madame la comtesse d'Armaillé, bien"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1599, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "connue déjà par ses travaux sur Marie"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1686, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "Leckzinska, Catherine de Bourbon, Marie-"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1777, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "Thérèse et Marie-Antoinette,      publie au­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1871, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "jourd'hui, à la librairie académique Perrin,"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 1965, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "un nouvel ouvrage sur Madame Elisabeth,"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2054, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "sœur de Louis XVI. La touchante figure"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2142, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "de la princesse y est présentée, pour la"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2232, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "première fois peut-être, dans toute sa vérité"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "et toute sa grandeur. Un journal tiré de sa"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2420, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "propre correspondance nous la montre"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2506, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "d'abord à l'époque heureuse de sa vie à"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2595, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "Versailles et à Montreuil. Puis, nous la"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2685, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "suivons à travers les terribles événements"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2777, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "de la Révolution, au milieu des souffrances"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2870, "fin_caractere_exclue": 2915, "texte": "de la famille royale qu'elle partage jusqu'au"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2936, "fin_caractere_exclue": 3007, "texte": "***                          bout avec un courage héroïque et une admi­"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3057, "fin_caractere_exclue": 3098, "texte": "rable résignation. Rien ne saurait rendre"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3148, "fin_caractere_exclue": 3191, "texte": "l'émotion qui se dégage de ce récit où l'on"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3241, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "voit à chaque page une sublime force d'âme"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3333, "fin_caractere_exclue": 3375, "texte": "dominer les plus grandes infortunes et les"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3425, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "situations les plus accablantes. Madame"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3514, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "d'Armaillé a su peindre avec une intensité"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3606, "fin_caractere_exclue": 3645, "texte": "prodigieuse les scènes déchirantes, les"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3695, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "angoisses mortelles au milieu desquelles"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3785, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "vivent les prisonniers du Temple."}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3871, "fin_caractere_exclue": 3911, "texte": "Des documents inédits tirés des archives"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 3961, "fin_caractere_exclue": 4006, "texte": "des Affaires étrangères, l'analyse de travaux"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4056, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "qui n'avaient pas encore été utilisés ont"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4147, "fin_caractere_exclue": 4186, "texte": "fourni à l'auteur des sources nouvelles"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4236, "fin_caractere_exclue": 4277, "texte": "d'information et lui ont permis d'établir"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4327, "fin_caractere_exclue": 4367, "texte": "avec autorité des faits demeurés douteux"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4417, "fin_caractere_exclue": 4455, "texte": "jusqu'ici, notamment en ce qui regarde"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4505, "fin_caractere_exclue": 4546, "texte": "Louis XVII et le rôle de Robespierre dans"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 4596, "fin_caractere_exclue": 4626, "texte": "le procès de madame Elisabeth."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-10-05-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A tous les Artistes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 499, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "A\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine O0\n                   6, R U E P A U L D E V A U X , (PRÈS LA B O U R S E )\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, à'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nYAchaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora, et l'absinthe Pernod.\n  (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\n\nO          pantagruélistes ! après avoir, à l'aide de ces apéritifs délectables,\n           préparé votre esiomac aux douceurs de la table, prenez le Bou­\n          levard, enfilez à droite la rue de l'Evêque, traversez en diagonale\nla place de la Monnaie, laissez à votre gauche l'infâme Munich des Trois-\nSuisses, glissez à côté de la Taverne Tom et entrez à la\n\n   TAVERIsTE LOUIS\n                        RUE DES P R I N C E S .\n  Vous y trouverez des plats du jour exquis et pour rien. A la carte, nous\nvous recommandons l'Entrecôte aux pommes sautées ; comme bière, le\nScotch dans des verres mousseline.\n                    P. S. On n'y parle pas politique.\n\n             POUR          PARAITRE                 INCESSAMMENT\n\n  LETTRES A JEANNE\n                             PAR J U L E S         DESTRÉE.\n\n               AriDB3STT             DIE          P A E A I T B E :\n\n                               ELLES\n                      PAR J A M E S V A N D R U N E N .\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, i6, à Paris; publie LA BELLE F I L L E , par A. MATTHEY. Un\n  numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, V - Monnom successeur, 2G, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 452, "texte": "6e A N N É E .     T O M E V, N ° I O .   P R I X : 60 CENT. ÉTRANGER                          5 OCTOBRE      1886.\n\n\n\n\n                                                     LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                        Sois, esprit altier, mon esprit ! Sois moi, être impé-\n                                                      tueux ! Chasse mes pensées mortes sur l'univers comme\n                                                      des feuilles flétries, Pour hâter une nouvelle naissance !\n                                                      Et, Par l'incantation de cette strophe, disperse, comme\n                                                      d'un foyer inextinguible des cendres et des étincelles,\n                                                      mes parâtes parmi L4humanité !\n                                                                                                SHELLEY.\n\n\n\n                                          SOMMAIRE\n       Homme ou soldat                                                       GEORGES          EEKHOUD.\n       Horoscope . .                                                         ALBERT         GIRAUD.\n       L'Irréparable                                                         JULES       DESTRÉE.\n       Nocturnes . .                                                         IWAN GILKIN.\n       Journaux belges                                                       MAX       WALLER.\n       Rimes noires                                                           EDDY L E V I S .\n       Chronique littéraire                                                  JEAN      MORÉAS.\n       Chronique théâtrale                                                   X.    DES LOGES.\n       Memento. . . .\n\n\n\n\n                                             BRUXELLES\n                    ADMINISTRATION :                                        RÉDACTION :\n                 26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                             80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                                       1886\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant le 1er de chaque mois en livraisons de 40 pages au moins et formant au bout\n                               de l'année un superbe volume.\n   Bruxelles : Administration,   26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n                        Directeur ; MAX WALLER.\nSecrétaire de la rédaction : F.VURGEY. — Administrateur                    : H.VAN DYK.\n\n                                 ABONNEMENTS :\n                 Belgique : 7 francs par an. — Union postale : fr. 8-50.\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                 forfait.\n   Nous donnerons dans notre prochain numéro une étude de Francis\nNautet sur Tolstoï, une nouvelle de Georges Eekhoud : Dimanche mauvais,\ndes Vers d'Emile Verhaeren, une nouvelle d'Henri Maubel : A cœur\nperdu, et des Airs de flûte de Siebel.\n\n                             BOITE AUX LETTRES\n   131. G. NOTULE, Huy. La boîte aux lettres est le bourreau des manuscrits, il faut que\nle vôtre y passe. Ah ! mon cher confrère, que voilà de copie mince et phtisique. Vous\navez une tuberculose de phrases et vos mots sont aux camélias. Puis vous dites à une\ndemoiselle qu'el.e est « châtaigne », c'est peut-être flatteur pour les marrons, mais le\nfrançais des Cours n'admet pas ces orthographes peu galantes. Laissez tousser ces deux\nnovelettes et mettez du fer dans votre prochain envoi. A vous.\n   132. Pauline n'en aura jamais eu d'aussi monstrueux. II nous est envoyé par Basoef ;\nécoutez :\n   Mon premier fabrique une étoffe à petits grains dans la capitale de l'Egypte ; c'est\n Vau, parce que hoc erat in votis, ou, en français : Au Caire ratine Vau tisse.\n   Mon second est ce que disent les enfants à l'auteur de leurs jours pour lui clore le bec ;\nc'est Ver, parce qu'on dit : Papavéracé.\n   Mon troisième est un soldat hindou, c'est Mans, parce qu'on dit : est Mans cipaye.\n   133. J. SAY. Amorose nous semble un peu dictionnaire de rimes, mais la pièce est\nbonne quand même et passera à son tour.\n   134. FERNAND S. Certaines pièces de la Wallonie (n° 4), entre autres les Litanies\nvalent infiniment mieux que votre lied où vous faites rimer frais avec sacrés. Certaines\nstrophes sont bonnes, mais il nous faut le dessus de votre riche panier et non des choses\nimparfaites. Ceci soit dit une fois pour toutes. Bon courage et amitiés.\n   135. JACQUES FÈRE, Louvain. Votre nouvelle est très curieuse, nous la donnerons\nbientôt. Vos nom et adresse, s'il vous plait.\n   136. J. DE G., Namur. Je ne vous dirai pas que c'est bon à mettre au cabinet. Les\nW. C. ont leur dignité spéciale, mais c'est à vous frotler sur le nez avec une titanesque\nénergie Oui, Monsieur!\n   137. Du Chat noir :\n                              T O T O AU LUXEMBOURG.\n                                                                    à Jean Rodolphe Salis.\n  Toto, un jeune gentleman de cinq ans et demi, passait tous ses loisirs, c'est-à-dire ses\nmatinées et ses après-midi, au jardin du Luxembourg. Là, par ses façons avenantes et\npas fières, il s'était créé quelques relations dans le monde des potaches et des étudiants.\nSa bonne le laissait agir à sa guise, et tandis qu'elle jacassait avec les nounous ses payses,\nToto circulait dans les groupes, appelant chacun de son nom, et distribuant gravement\nde grandes poignées de main\n  Malheureusement, cette belle existence est terminée. Un jour. Toto est venu au Luxem­\nbourg avec sa maman, et cette dernière a pu s'assurer que l'éducation du jeune homme\navait fait de trop rapides progrès dans une regrettable direction.\n  — Dis donc, m'man ! avait dit Toto.\n  — Quoi, Toto?\n  — Tu vois c'te p'tite blonde qui passe là. toute frisée avec ses cheveux sur l'front?\n  — Eh bien ?\n  — Tu sais pas comment qu'é s'appelle?\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "              HOMME OU SOLDAT ?\n\n\n                              Quinze jours après Sedan, donc vers la mi­\n                               septembre 1870, M. Von Bleichroden, em­\n                                 ployé au bureau géologique de Prusse, et\n                                 Centré comme lieutenant dans la réserve,\n                                  était assis, en manches de chemise, devant\n                              son pupitre, dans une chambre du Café du\n                              Cercle, la principale auberge du village de\n                              Marlotte.\n                     Il avait jeté sur le dossier d'un fauteuil sa tunique au\n                raide collet, autour de laquelle le ceinturon avait creusé\n            son empreinte et dont le fourreau du sabre avait littéralement\n            poli la basque gauche. En inspectant le soir son uniforme\n            poudreux comme la grand'route, M. le lieutenant-géologue\n            aurait pu faire des études sur la couche tertiaire du terrain\n            parcouru. Il lui suffisait même de consulter les traces laissées\n            sur le plancher par les bottes maculées de son ordonnance\n            pour savoir si celle-ci avait traversé des formations « éocènes »\n            ou « pliocènes ».\n                 Géologue par goût, militaire par devoir, pour le quart\n              d'heure, M. Von Bleichroden se mettait à jour, ce qui ne l'em­\n              pêchait pas de relever souvent ses lunettes, de déposer la plume\net de laisser par ,1a fenêtre ouverte, ses regards embrasser le jardin paré de\ntoutes les magnificences de l'automne.\n   Pommiers et poiriers s'écroulaient sous le poids des fruits. Des carrés de\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                                   — 404 —\n\n légumes alternaient avec des parterres de fleurs. Près des melons d'un\n rouge orange, des tournesols aussi grands que des assiettes tournaient leurs\n disques jaunes vers l'ouest, où le soleil commençait de descendre ; les\n choux fleurs d'un blanc cotonneux s'alignaient militairement au milieu du\n coquet désordre des œillets de toutes nuances pressés les uns contre les\n autres comme les badauds assistant à une manoeuvre. Un chemin tapissé\n de gravier et bordé de giroflées traversait le jardin dans toute sa largeur.\n    La perspective se prolongeait au delà de l'enclos. On apercevait des\n coteaux de vignobles, dont le feuillage riant se détachait sur la masse impo­\n sante des hêtres et des chênes de la forêt de Fontainebleau. Et le soleil\n couchant accrochait des fils d'or aux pampres et aux branches.\n    Quelques abeilles attardées visitaient encore les calices à miel du jardin ;\n blotti dans le feuillage d'un pommier, le rouge-gorge lançait un dernier\n trille; les fortes senteurs des giroflées envahissaient par intervalle la\n chambre de l'auberge.\n    — Le beau pays! murmurait le lieutenant, en extase.\n    Et ses pensées retournèrent aux bruyères natales où des sapins de petite\n taille, maigres et contrefaits, tordent leurs bras noueux vers le ciel qu'ils\n supplient de ne pas les laisser périr dans le sable.\n    Cependant sur le tableau magique, enfermé comme dans un cadre par le\n châssis de la fenêtre ouverte, le fusil de la sentinelle, postée dans le chemin,\npassait et repassait avec la régularité d'un pendule. Le va-et-vient de la\nbaïonnette livide semblait trouer le tableau au milieu et le déchirer en\ndeux; le lieutenant, agacé par cette discordance, songea un moment à\ndésigner un autre poste au factionnaire; puis, trop nonchalant pour se\nlever, il essaya d'éviter l'objet importun en dirigeant ses regards vers la\ngauche.\n    Le mur de l'église bornait le jardin de ce côté ; un mur jaune, sans fenê­\ntres, lavé à la chaux, auquel grimpait une vigne desséchée et nue ressem­\nblant au squelette d'une plante dans un herbier. Veuve de feuillage et de\nraisins, aux trois quarts morte, clouée à un espalier vermoulu, elle avait\naussi l'air d'un crucifié et c'était, chaque fois que la sentinelle sans défiance\narrivait devant ce mur, et tournait automatiquement sur ses talons, comme\nsi de longs bras de spectre avaient voulu l'agripper pour la presser dans\nune étreinte macabre.\n   Décidément, cette sentinelle tournait à l'obsession. Aussi, faisant son\ndeuil de la bonne rêverie de tout à l'heure, le jeune officier rabaissa les\nyeux sur la lettre qu'il était en train d'écrire à sa jeune femme.\n    Il n'était marié que de quatre mois; la déclaration de guerre l'avait\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                 — 405 —\n\n\n surpris huit semaines après les noces. Sa femme venait de lui annoncer une\n grande nouvelle : il allait être père. Aussi, dans les premières pages de son\n épitre, son cœur débordant d'émotion, d'espérance et de tendresse, donnait\n longuement cours à ses sentiments. Et c'est après cette première effusion\n qu'il s'était abandonné, attendri et un peu énervé, à l'influence du paysage\n septembral.\n    Le principal sujet de conversation avec la chère épouse était épuisé, mais\nle lieutenant désirait prolonger la causerie et il lui narra au hasard de ses\n souvenirs les récents épisodes de sa vie de soldat :\n   « ...Te raconterai-je, écrivait-il, comment, arrivé l'autre jour dans une\n forêt, avec mes cent hommes, après quatorze heures de marche, durant\nlesquelles ils n'avaient rien trouvé à mettre sous la dent, nous avisâmes un\n fourgon de vivres, abandonné par l'ennemi. Sais-tu ce qui arriva ? Affamés\nau point d'en ressemblera des morts mal ressuscités, ils rompirent les rangs,\nse jetèrent comme des loups sur le fourgon, le mirent en pièces pour arriver\nplus vite aux aliments. Malheureusement la voiture ne contenait que la\nration de vingt-cinq hommes. Il en résulta une bagarre. Je m'étais inter­\nposé, mais mes commandements résonnaient en pure perte. Le sergent qui\nvoulut les séparer, le sabre au poing, fut assommé à coups de crosse.\nSeize demeurèrent sur le carreau, grièvement blessés. Ceux qui étaient\nparvenus à s'emparer des vivres, les dévorèrent avec une telle voracité qu'ils\nen devinrent malades. J'en vis, étendus par terre, vautrés, qui étaient\ntombés comme des masses et dormaient d'un sommeil de plomb à la façon\ndes brutes repues. Je n'eus pas le courage de sévir après ; ils me faisaient\nautant de pitié que d'horreur... Et, note bien qu'il ne s'agissait plus\nici d'Allemands et de Français. C'étaient tous Allemands qui s'étaient\nmassacrés pour une tranche de pain... Oh ! la guerre !...\n   « En voici une autre. Un jour nous reçûmes ordre d'établir sur le champ\ndes retranchements en palissades. Mais l'immense plateau sans arbres ne\nnous offrait d'autre bois que celui des vignes tapissant ses versants. Il n'y\navait pas à barguigner : l'ennemi n'attend pas. Mais te représentes-tu le\nspectacle, moins d'une heure après? Les vignobles avaient été saccagés, les\nceps déracinés, les sarments arrachés pêle-mêle avec les pampres et les fruits\npour être liés en facines encore dégouttantes du jus des raisins broyés par\nles rudes poignes des troupiers. On nous avait assuré que ces vignes avaient\nquarante ans. Elles en auraient eu cent que cela ne nous eût pas arrêtés!\nBref, on détruisit en une heure l'œuvre de près d'un siècle ! Et ceci afin de\nfusiller plus aisément, sous la protection de ces vignes converties en forti­\nfications, les vignerons mêmes qui les avaient plantées.\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                                  — 406 —\n\n    « Je me rappelle encore cet autre incident de la campagne. On nous\n avait ordonné de nous établir en tirailleurs dans un champ de froment non\n moissonné. En avant ! comme les chiens et les cavaliers du Féroce chasseur,\n de Bürger, nous nous jetons dans les blés. Le grain crépitait sous nos pieds\n comme dans une meule, et les épis renversés pour ne plus se relever devaient\n fatalement pourrir sur tige aux prochaines pluies. Crois-tu, ma chérie, que\nl'on dorme bien, la nuit, après de pareils exploits? Et pourtant je n'ai fait,\nlà, que mon devoir ! Et après, le moraliste prétendra que le sentiment du\ndevoir accompli est le meilleur des oreillers ! Il faudrait pourtant s'entendre\nsur la définition du devoir et expliquer comment telle action répréhensible\npeut devenir très louable, du moment que l'homme la commet en uni­\nforme\n    « Mais tout cela n'est qu'un prélude à des nécessités plus cruelles encore.\nTu auras sans doute entendu dire que le peuple français, voulant suppléer\nses armées régulières, détruites ou décimées par les nôtres, se levait en masse\net organisait des corps francs. Or, le gouvernement prussien refuse la qua­\nlité de belligérants à ces francs-tireurs et menace même de les fusiller comme\ntraîtres et espions partout où il les rencontrera. Pour justifier cette mesure\nextrême, il invoque ce principe que ce sont les Etats qui font la guerre et\nnon les individus. Mais les soldats ne sont-ils pas des individus? Et ces\nfrancs-tireurs ne sont-ils pas des soldats? Ils portent un uniforme gris\ntirant sur celui de nos régiments de chasseurs, et c'est bien l'uniforme qui\nfait le soldat ! On objecte qu'ils ne sont pas immatriculés. D'accord. Mais\nsi les communications entre les districts et leurs chefs-lieux sont interrom­\npues et empêchent le volontaire de s'enrôler plus régulièrement ?\n   « Pour tout te dire, — et la chose ne laisse pas de me tracasser, — tan­\ndis que je t'écris, tout près de moi, dans la salle de billard voisine, se\ntrouvent trois de ces partisans, et j'attends d'un moment à l'autre qu'un\nordre émanant du quartier général décide de leur sort. ».\n   Ici, M. Von Bleichroden interrompit sa lettre et sonna son ordonnance.\n   — Comment vont les prisonniers ?\n   — Bien, mon lieutenant. Ils jouent tranquillement leur partie de billard\net roulent des cigarettes.\n   — Qu'on leur serve une couple de bouteilles de vin blanc ; mais du moins\ncapiteux... Rien de particulier à part ça?\n   — Rien de particulier. A vos ordres, mon lieutenant...\n   M. Von Bleichroden reprit sa correspondance :\n   « De singulières gens que ces Français ! Les trois francs-tireurs dont je te\nparlais et qu'une condamnation à mort atteindra peut-être dans quelques\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                                  — 407 —\n\njours — je dis peut-être, parce que je m'intéresse à ces pauvres diables —\nsont en train de jouer au billard, et j'entends le bruit de leurs carambo­\nlages. Quel joyeux mépris du danger! Vrai, il y a quelque chose de fier\ndans cette façon d'être prêt au départ... Ou bien cette insouciance prouve­\nrait tout bonnement que la vie ne vaut pas grand'chose, puisqu'on peut la\nquitter avec tant de désinvolture ! Naturellement je ne parle que de ces\nFrançais et je suppose que de tendres liens ne les rattachent p a s , comme\nmoi, à la terre... »\n   On frappait à la porte. « Entrez ! » dit le lieutenant, et dans le visiteur\nqui se présenta il reconnut le curé du village ; un homme d'une cinquan­\ntaine d'années, d'une physionomie à la fois douce, réfléchie et résolue.\n   — Monsieur le lieutenant, commença-t-il, je viens vous demander l'au­\ntorisation de voir vos prisonniers ?\n   Le lieutenant se leva, endossa prestement sa tunique et offrit au prêtre\nune place sur le sofa. Mais à peine se fût-il sanglé dans son uniforme et le\nroide collet de sa tunique eût-il enfermé son cou comme dans un carcan,\nqu'il lui sembla que les fonctions de ses organes nobles étaient suspendues\net que le sang n'arrivait plus jusqu'à son cœur. La main appuyée sur un\nvolume de Schopenhauer traînant sur la table à côté de la carte de France,\nil dit d'un ton sec : « A votre service, Monsieur le curé, mais je ne crois pas\nque les prisonniers vous accorderont beaucoup d'attention en ce moment,\nengagés qu'ils sont dans une partie de billard...\n   — Pardon, mon lieutenant... Je crois connaître mes compatriotes mieux\nque vous! répondit le prêtre. Permettez-moi de vous poser une question :\nAvez-vous l'intention de faire fusiller ces jeunes gens?\n   — Certainement! répliqua le Prussien. Et tout à fait rentré dans son\nrôle de militaire, il ajouta sentencieusement : ce sont les Etats qui font la\nguerre, Monsieur le curé, et non pas les individus!...\n   — Mais alors, mon lieutenant, vous et vos soldats auriez cessé d'être des\nindividus?...\n   — En effet! Monsieur le curé.\n   Instinctivement, il glissa sous le buvard la lettre à sa femme, et con­\ntinua avec plus de résolution, comme débarrassé du contrôle d'un témoin\nimportun :\n   — En ce moment je ne suis qu'un représentant des Etats allemands con­\nfédérés...\n   — Mais vous m'accorderez, Monsieur le lieutenant, que votre gracieuse\nsouveraine, sur qui Dieu veuille étendre toujours sa droite protectrice,\nreprésentait aussi votre patrie lorsqu'elle engagea les femmes d'Allemagne à\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                                   — 408 —\n\nsecourir les blessés français... Monsieur le lieutenant, — fit-il en se levant\n et en s'emparant de la main de l'ennemi— ne pourriez-vous pas en appeler\nà votre souveraine de la mesure atroce prise par vos généraux?\n    Le prêtre avait des sanglots dans la voix et le lieutenant était bien près de\nperdre contenance, mais il rencontra la poignée de son sabre et répondit\n avec un sourire :\n    — Chez nous, curé, les femmes n'ont pas encore la main dans la poli­\ntique !...\n    — Eh bien, tant pis pour votre patrie! fit l'ecclésiastique en se redres­\nsant.\n    Cependant, depuis quelques secondes, le lieutenant paraissait préoccupé.\n Sans doute, il n'entendit pas la dernière répartie de son interlocuteur. Il\n s'était approché de la fenêtre et prêtait l'oreille aux rumeurs du dehors.\n    Comme le curé faisait mine de se retirer.\n    — Asseyez-vous encore un moment, Monsieur le curé ! dit-il, d'une voix\nmoins assurée... Vous aurez tout le temps d'entretenir vos compatriotes...\n    Il se remit aux écoutes, oubliant la présence de son visiteur. On enten­\ndait distinctement les battues d'un cheval lancé au grand trot.\n    — Non, ne partez pas encore, Monsieur le curé! dit l'officier en se tour­\nnant de nouveau vers le prêtre qui fut frappé, cette fois, du trouble qu'indi­\nquaient la pâleur de son visage et le tremblement de sa voix.\n    Le prêtre demeura, angoissé lui-même. De nouveau le lieutenant se pen­\ncha au dehors. Le trot se rapprochait, se ralentissait, s'arrêtait enfin dans\nla rue. Un bref échange de paroles entre l'arrivant et la garde, le fracas d'un\ngrand sabre, le cliquetis des éperons, un pas délibéré.\n    Deux coups à la porte. « Entrez ! »\n    — Ah!... Donnez !... Le lieutenant prenait le pli que lui tendait l'esta­\nfette et en avait déchiré l'enveloppe et parcouru fébrilement le contenu\navant que celle-ci, congédiée du geste, eut pivoté correctement sur ses\ntalons après un automatique salut.\n    — Quelle heure est-il? fit le lieutenant en froissant la lettre et comme\ns'il se parlait à lui-même... Cinq heures! Dans deux heures donc, Mon­\nsieur le curé, les prisonniers seront fusillés..\n   — Mais, Monsieur le lieutenant! se récria le prêtre, on n'expédie pas de\ncette façon ses semblables dans l'éternité.\n   — Dans l'éternité ou ailleurs!... L'ordre est formel... Il faut que tout\nsoit terminé avant la prière du soir, à moins que je ne veuille passer pour\ncomplice de ces brigands... Tenez, pour vous prouver que les chefs ne\nbadinent pas, lisez vous-même... Hein? On m'inflige, un blâme parce que\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                                      409\n\n j'ai demandé des instructions supplémentaires?... Cette fois, je n'ai plus\n qu'à obéir. A vous de les préparer, Monsieur le curé... Allez, je ne vous\n retiens plus... La guerre c'est la guerre!...\n    Il s'efforçait de recouvrer son beau sang-froid du commencement de l'en­\n tretien; mais c'était peine perdue. Au moment où le prêtre sortait, il le\n retint par le bras :\n    — Sont-ils mariés? Ont-ils femme et enfants? De vieux parents, peut-\n être?\n    — Tous trois sont célibataires! fit le prêtre. Mais ils ont père et mère en\n cheveux blancs... De grâce, accordez-leur au moins cette nuit?...\n    — Mais vous êtes fou! cria M. Von Bleichroden. Vous me demandez\n l'impossible!\n    Et, craignant de céder à ces prières, il poussa le prêtre par les épaules\ndans la salle de billard, puis il referma précipitamment la porte...\n    M. Von Bleichroden poussa un gros soupir, termina sa lettre, dans un état\nde surexcitation extrême, en s'abstenant de parler du dernier incident, la\nconfia au planton et fit appeler le sergent-major :\n    — Ah! c'est vous, major... Vous prendrez vingt-sept hommes, vos plus\nmauvais sujets, ceux qui ont déjà été au feu, vous comprenez? Par exemple\nle n° 86, Besel, le n° 19, Eberwein, et ainsi de suite? Avec ce peloton vous\nfusillerez les trois Français... Vous mettrez aussi une patrouille à ma dis­\nposition; seize hommes suffiront; les meilleurs... Nous pousserons une\nreconnaissance dans la direction de Fontainebleau. Faites en sorte que le\nreste soit fini à notre retour... C'est entendu?\n    — Seize hommes pour le lieutenant; vingt-sept pour les prisonniers.\nDieu vous garde, lieutenant!\n    Et le sous-officier fit demi tour.\n    Le lieutenant boucla son ceinturon et mit un revolver dans sa poche.\nEnsuite il alluma un cigare, mais pas moyen d'en tirer une bouffée; ses\npoumons refusaient leur service. Au moment où il entendit le cliquetis des\nfusils de la patrouille prête au départ, il n'y avait pas dans la chambre un\nseul objet que ses mains fébriles n'eussent déplacé.\n    Descendu à la cour, il commanda : « Par le flanc gauche... Marche! » ;\npuis : « Pas accéléré ! »\n    Arrivé à la lisière de la forêt, le lieutenant fit faire halte à ses hommes,\net s'engagea seul à travers les taillis.\n    Il se trouvait dans la Gorge-aux-Loups, un des coins les plus sauvages\net les plus romantiques de la forêt de Fontainebleau. M. le lieutenant Von\nBleichroden, d'ordinaire si sensible aux beautés de la nature, n'éprouvait à\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                                   —410—\ncette heure, sous les épaisses futaies de hêtres et de chênes embrasés aux\nderniers feux du jour, qu'une impression de malaise et d'inquiétude. Pour­\nquoi les grands arbres, qui lui avaient toujours été si compatissants aux\njours de soucis, lui battaient-ils froid à présent; pourquoi la généreuse\nforêt se montrait-elle si farouche, si sombre, si rebutante ! Cependant, dans\nl'espoir d'apitoyer la grande boudeuse, il s'enfonçait toujours plus avant\nsous les dômes compacts, s'accrochait aux ronces, escaladait des roches.\nTout à coup, il s'arrêta court. Une rumeur, grave comme un coup de ton­\nnerre lointain, venue de la plaine, se répercutait dans les gorges et les\n « dormoirs » de la forêt. C'était le tambour. D'abord un roulement pro­\nlongé, puis deux coups secs et pesants. Rrrrran-plan, plan!... Après un\n moment d'intervalle, la même rumeur recommença.\n    Il tira sa montre : le quart avant sept. Dans un quart d'heure la chose\n devait s'accomplir. Retournerait-il à Marlotte? Pourquoi s'était-il sauvé\nalors? En lui tout devenait contradiction. Certes, il n'aurait pas voulu,\npour tout au monde, assister à l'exécution. Et pourtant, quelques minutes\n après, il grimpa sur un arbre pour essayer de voir.\n   De cet observatoire, il aperçut le petit village si radieux, si paisible, avec\n ses courtils et ses toits au dessus desquels pointait le clocher. Rien d'ex­\ntraordinaire ne semblait devoir se préparer dans cette calme paroisse.\nMontre en main, le lieutenant suivait la marche de l'aiguille des secondes.\nTictic! Tiquetic!... Elle trottait, comme un bon cheval dans la piste, l'ai­\nguille, autour du petit cadran ! Mais la grave aiguille des minutes faisait un\ntout petit mouvement à chaque rotation de la petite, et même la solennelle\naiguille des heures, qui lui paraissait complètement immobile, avançait\nimperceptiblement vers le chiffre fatal. A présent il ne manquait plus\nque cinq minutes pour faire le compte de l'heure. La montre tremblait dans\nla main de l'officier, le sang martelait ses tempes, et il se cramponnait à la\nbranche du hêtre...\n   Crac!.... Ce fut le bruit d'une planche qui se rompt. Et, là-bas, dans la\ndirection du village, une fumée bleuâtre comme un brouillard printanier\nplana au dessus des pommiers et des toits d'ardoises. Mais aussitôt, au\ndessus de ce nuage compact, un anneau de fumée, puis un second, puis une\nsérie d'anneaux montèrent dans l'air du soir, comme si on avait tiré au\npigeon au lieu de tirer à la cible.\n   — Tous ces drôles ne sont donc pas si mauvais que leur réputation !\npensa l'officier en descendant de l'arbre.\n   A présent que c'était passé, il avait recouvré une sorte de calme.\n   Cependant, après la fusillade, la petite cloche du village s'était mise en\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                                  411\n\n\nbranle et semblait dire : Paix aux morts qui remplirent leur devoir ici bas,\nmais non pas aux vivants qui croient l'avoir rempli !...\n   Le lieutenant, ayant rejoint sa poignée de soldats, se remit en marche\nvers Moritcourt, toujours accompagné par le glas de la petite cloche\n   La nuit étant tombée depuis longtemps, la lune avait atteint tout son\néclat, qu'il marchait encore et ses soldats derrière lui.\n   Les hommes des derniers rangs commençaient à chuchoter. On se con­\ncertait à voix basse pour savoir si on ne chargerait pas le sous-officier de\nfaire remarquer d'une façon détournée au lieutenant que le pays n'était pas\nsûr, et qu'il serait temps de rentrer au quartier s'il fallait lever le camp le\nlendemain au point du jour.\n   Pendant ce conciliabule, M. Von Bleichroden commanda inopinément :\n « Halte! »\n   On se trouvait sur une hauteur d'où s'apercevait Marlotte.\n   Là-bas, le tambour battit de nouveau. Neuf heures sonnèrent à Mont-\ncourt et à Grez, à Bourron, à Nemours ; et toutes les cloches des paroisses\ncirconvoisines firent leur prière du soir, les unes d'une voix plus retentissante\nque les autres. Mais les regrets de la petite cloche de Marlotte dominaient\nle pieux concert. Elle appelait : A l'aide ! A l'aide ! A l'aide ! Et M. Von\nBleichroden ne pouvait rien pour elle ! Puis, un fracas ébranla la plaine,\ncomme s'il provenait des entrailles de la terre : c'était le coup de canon du\ncoucher tiré au quartier général de Châlons. Et la lune rouge traversa les\nbrouillards qui flottaient comme d'immenses voiles de crêpe sur la petite\nrivière Loing.\n   La soirée était accablante. Les hommes avaient des visages si pâles que\nles chauve-souris qui voletaient autour d'eux, frôlaient leurs oreilles, attirées\ncomme elles le sont toujours lorsqu'elles voient du blanc.\n   Enfin, le sous-officier s'étant approché du lieutenant eut l'audace de lui\nfaire observer, sous une forme indirecte, que la retraite venait d'être battue.\nM. Von Bleichroden reçut cet avis avec la plus grande condescendance, et\nil donna l'ordre de rebrousser chemin.\n   Sur la place il commanda de rompre les rangs et s'éclipsa sans présider\ncomme d'ordinaire à la prière du soir.\n   Il ne voulait pas rentrer immédiatement. Quelque chose l'attirait, il ne\nsavait où. Il allait et venait les yeux écarquillés, les narines au vent.\n   Dans la cour, il se butta au sergent-major :\n   — J'ai cherché partout, M. le lieutenant, pour lui soumettre le rap­\nport...\n   — C'est bon, c'est bon ! Rentrez et allez vous coucher !\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                                  — 412 —\n\n    — Tout va bien, mon lieutenant ; mais c'était...\n    — C'est assez, vous dis-je. Allez vous en !... »\n    Le ton dont ce congé fut donné n'admettait plus de réplique. Débar­\nrassé du sous-officier, le lieutenant respira comme un écolier qui aurait\nesquivé une correction.\n    Il traversa le jardin.\n    La lune donnait sur le mur jaune de l'église, et la vigne ouvrait ses\nbras'comme un dormeur qui s'étire en bâillant. Mais que signifiait ceci? Il\ny a deux ou trois heures encore, cette vigne était morte et desséchée et ne\nreprésentait qu'un squelette, tandis qu'à présent... Oui, à présent, le\nbois arborait des pampres, des feuilles et même des raisins du plus beau\nrouge... Il se rapprocha pour bien s'assurer de la réalité de ce qu'il voyait.\nArrivé au mur, son pied rencontra quelque chose de visqueux et une odeur\nlourde et douceâtre, cette odeur qui règne dans les abattoirs, le prit à la\ngorge. Et soudain, il reconnut la vigne observée l'après-midi. Seulement,\nentre les branches, la chaux du mur avait été criblée de balles et éclaboussée\nde sang. C'était ici ! Cela, s'était donc passé ici !\n    Il se hâta de quitter cet endroit. Sur le seuil de la maison, le je ne sais\nquoi de visqueux qui adhérait à sa semelle lui fit faire un faux pas. Il retint\nà grande peine un juron, se déchaussa et jeta ses bottes dans la cour.\n   Son souper l'attendait. Il éprouvait une faim terrible, mais, il le sentait,\nles morceaux ne passeraient pas. Dès la première bouchée il renonça à\nmanger. Ses yeux regardaient fixément la table. Que le couvert était coquet­\ntement arrangé! Que les mets avaient l'air appétissant! Il s'étonna presque\nque la nappe, d'un blanc de neige, n'était brodée ni à son chiffre ni à celui\nde sa femme.\n    Soudain il agita violemment la sonnette. Aussitôt l'hôtesse se présenta,\nmais se tint, sans dire un mot, dans l'embrasure de la porte. Elle regardait\nles pieds du lieutenant et attendait un ordre. Lui ne se rappelait plus ce\nqu'il voulait et pourquoi il avait sonné. Il fallait pourtant dire quelque\nchose :\n   — Vous m'en voulez?\n    — Non, Monsieur le lieutenant, répondit la femme d'un ton humble.\nMonsieur a sonné?...\n   — Donnez-moi la main, ma brave femme!\n   — Non ! répondit-elle sèchement, et elle quitta la chambre.\n   Cet affront parut avoir rendu quelque courage à M. Von Bleichroden, car\nil prit un fauteuil et se mit en devoir de souper. Il avisa le rôti et allait en\n faire sauter une tranche dans son assiette, mais à peine l'odeur de la viande\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                 413\n\n\neut-elle chatouillé sa narine que lui vinrent des nausées. Il se leva, ouvrit\nla fenêtre, et jeta le plat dans la cour. Il tremblait de tous ses membres et\nse sentait devenir malade. Ses yeux étaient devenus si sensibles que la\nlumière le tourmentait, que toutes les couleurs violentes l'exaspéraient.\n    Ne pouvant manger, il s'affala sur le lit et essaya de dormir; mais ses\nyeux fatigués tardaient à se fermer. Il était couché depuis quelque temps,\nlorsqu'il entendit des voix, partant de la salle commune. Il écouta\nmalgré lui.\n   C'étaient deux sous-officiers bavardant devant une canette de bière :\n   — Les deux plus petits étaient de fermes gaillards, mais le long avait\npeur, pas vrai, Hans?\n   — Tu dis cela parce qu'il balançait comme un paquet de chiffons. Mais\nrappelle-toi qu'il a demandé à être attaché à l'espalier, voulant, disait-il,\n« mourir aussi droit » que ses camarades...\n   — Mais les autres, que le diable m'emporte, les crânes gaillards! Ils\nse tenaient debout, raides comme des piquets, les bras croisés sur la poi­\ntrine, comme s'ils posaient devant un photographe..,\n   — C'est vrai. Lorsque le curé s'est approché d'eux, dans la salle de bil­\nlard, et leur a dit qu'ils étaient « fichus », tous trois — du moins à ce que\nraconte le sergent-major — ont fait une assez vilaine grimace ; puis ils se\nsont moqués l'un de l'autre et ont achevé leur partie....\n   — Oui, c'étaient de fermes compères !... Santé!\n    M. Von Bleichroden enfonça la tête dans les coussins et ramena ses couver­\ntures sur son visage pour ne plus rien entendre. Mais un instant après il se\nlevait en sursaut. Quelque chose l'attirait impérieusement vers cette porte\nderrière laquelle jabotaient les soldats. Il voulait en savoir davantage.\n   Maintenant les deux hommes parlaient d'une voix de plus en plus basse.\n   Haletant il se glissa sur la pointe des pieds, colla l'oreille à la serrure,\net écouta :\n   — Dis, as-tu observé nos hommes? Leurs visages étaient gris comme la\ncendre dans ma pipe. Et combien ont tiré en l'air! Mais, inutile de le dire\nplus loin du moment que les prisonniers ont reçu leur compte ; tout ce\nqu'il fallait pour les expédier...\n   — Et les rouges enfants de chœur, dis, les as-tu aperçus, non loin de\nlà, comme ils agitaient leurs encensoirs et chantaient des psaumes... Et au\nmoment où la fusillade est partie il m'a semblé que le jour s'éteignait, tant\nil faisait noir autour de moi... Les trois s'écroulèrent dans les carrés de\npois comme des moineaux atteints qui battent encore des ailes; et ils rou­\nlaient des yeux dont on ne voyait plus que le blanc ! Et as-tu vu alors, accou-\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "                                     — 414 —\n\nrir les poussins de la ferme et picorer les éclats de cervelles? Pouah ! Mais la\nguerre c'est la guerre !... Santé!... »\n   La guerre c'est la guerre! Ses propres paroles au curé !\n   M. Von Bleichroden en avait entendu assez. Il se rendit dans la salle\ncommune et enjoignit aux bavards de lever la séance.\n   Ensuite il se déshabilla, se plongea la tête dans la cuvette pleine d'eau,\nprit le volume de Schopenhauer et se mit à lire à haute voix : « La nais­\nsance comme la mort appartiennent toutes deux à la vie. Elles se servent\nmutuellement de contrepoids; elles dépendent l'une de l'autre. Elles for­\nment les deux limites, les deux pôles de toute manifestation de la vie. C'est\ncette vérité que la plus profonde des mythologies, celle des Indous, a\nexprimée par un symbole servant d'attribut à Schiwa le Destructeur : un\ncollier de têtes de morts à côté de l'organe et de l'emblème de la concep­\ntion...\n   « ... La mort est la solution douloureuse du lien que la création a noué\navec volupté, c'est la grande désillusion... »\n   Il ne lit plus. Etendu à ses côtés quelqu'un geint et se débat. Puis il se\nreconnaît lui-même dans ce corps secoué par la fièvre. Il crie plus fort.\nDes gens de l'auberge, des soldats accourent. Pas moyen de tirer une\nparole de cet agité.\n   La vue de ses soldats, loin de le rassurer, paraît l'exaspérer davantage. Il\nécume comme un épileptique. Brusquement, avant qu'on ait pu l'en\nempêcher, il bondit et enjambe la fenêtre. Dans la cour on parvient, non\nsans peine, à le maintenir. Il ne reconnaît plus personne, et cherche à\nmordre ses gens.\n\n   On fut forcé de le ficeler comme une bête furieuse, et de le diriger\nd'urgence sur le quartier général, enfermé dans un fourgon capitonné de\npaille.\n   Il n'est plus sorti de la maison des fous.\n                                                    GEORGES EEKHOUD.\n    [Imité d'une nouvelle suédoise d'Érich HOLM.)\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                     -   415   -\n\n\n\n\n             HOROSCOPE\n                                        A ARNOLD GOFFIN.\n\nEnfant désordonné, turbulent et nerveux,\nDont rien ne peut fléchir la volonté hardie,\nDéjà l'on voit courir dans For de tes cheveux\n         Des rêves d'incendie.\n\nD'ardents reflets de chair, de fournaise et de sang,\nAllumés dans les plis de tes lèvres vaillantes,\nFardent superbement d'un fard éblouissant\n         Tes pommettes saillantes.\n\nL'espoir de la maraude et du fruit défendu\nEt le pressentiment des balafres futures\nRedressent vers le ciel ton nez large et fendu\n         De flaireur   d'aventures.\n\nTon front impérieux, farouchement bombé,\nQui s'enflamme soudain de révolte et de rage,\nA les sombres lueurs d'un horizon plombé\n         Où s'amasse un orage.\n\nTa main italienne, au jeu souple et lascif,\nPar un vouloir tenace à chaque instant crispée,\nSemble chercher partout d'un geste convulsif\n        Le pommeau d'une épée.\n\nRapides, frémissants, aiguisés de clarté,\nPointus et barbelés comme des javelines,\nTes regards chauds et roux tigrent l'obscurité\n         De leurs flèches félines.\n\nTa bouche sensuelle et lourde, où rit le jour,\nRouge comme une plaie embrasée et profonde,\nEst tendue au devant de quelqu immense amour\n         Qui changera le monde!\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "                      — 416 —\n\nTa foi ? La fantaisie ! Et ta loi ? Le plaisir !\nTes vastes appétits, sans attache et sans règle,\nDans la foudre et l'éclair fondront sur leur désir\n         Avec des serres d'aigle.\n\nTu laisseras ton cœur, où dorment les aïeux,\nVierge implacablement de tout rêve vulgaire,\nBattre dans ta poitrine, héroïque et joyeux\n         Comme un tambour de guerre.\n\nCher annonciateur des soldats qui naîtront,\nDu seuil déshonoré de ces temps impassibles,\nSalut ! Je sens flotter et chanter sur ton front\n         Des drapeaux invincibles !\n\nLe siècle doit brûler à ton avènement,\nEt par toi la Douleur sera découronnée,\nToi qui feras peser sur la lyre qui ment\n         Ta botte éperonnée !\n\nVa ! Tu seras le chef des hommes qui demain\nCloueront comme un hibou sur le bois de leur porte,\nSouffletée et brisée au seul vent de ta main,\n          Notre chimère morte.\n\n Va ! tu n'auras souci ni du bien, ni du mal :\nTu vivras sans penser dans un torrent de joie,\nIgnorant comme un Dieu, beau comme un animal,\n         0 fier enfant de proie !\n\nEt ton œuvre, écrasant d'un mépris mérité\nTous les trieurs de mots à l'âme inassouvie,\nConfrontera le Rêve et la Réalité,\n         Et l'Art avec la Vie!\n                                     ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                                         — 417 —\n\n\n\n                          L'IRRÉPARALE (*)\n                                                     L'irréparable ronge, avec sa dent maudite.\n                                                                 BAUDELAIRE   (Fleurs   du   Mal).\n\n\n          Au pénétrant poète curieux       d'anormales\n            tristesses,   IWAN GILKIN.\n\n\n                                            I\n\n               Tout à coup, au milieu de la conversation familière et tendre,\n                Georges s'était tu. Et son visage mobile ne pouvant rien céler\n                de ses préoccupations intimes, toute sa gaieté s'était assom­\n                brie, ses traits s'étaient durcis en une expression crispée de\nlutte et de souffrance. Après un instant de silence, — de ces silences déli­\ncieux entre ceux qui s'aiment, où les pensées semblent continuer tout bas,\ncomme des confidences vagues, la conversation commencée, — Marguerite\navait levé les yeux sur son fiancé et l'ayant vu soucieux, un peu pâli, le\nregard singulier, en quelque sorte retourné vers l'être intérieur, la pauvre\nenfant était demeurée interdite, le cœur gros de tristesse, devant ce chan­\ngement inexplicable et subit. Elle n'avait rien dit pourtant qui pût l'attris­\nter, et leur causerie tantôt était si confiante et si douce... Ils étaient si\nbien, en cette embrasure de fenêtre, à parler de bonheur et d'amour, pres­\nque seuls, puisque sa mère venait de s'assoupir près du feu, dans le grand\nfauteuil... Qu'y avait-il maintenant?... Ce silence l'accablait et les suppo­\nsitions folles voletaient dans son cerveau, comme des oiseaux effarés.\n   Georges, un peu grave, un pli au travers du front, se leva. Il balbutia un\nprétexte, salua Mme Darzens l'éveillée, serra distraitement la main de Mar­\nguerite, en murmurant quelques paroles affectueuses et banales, et, avec\ndes gestes hâtifs et secs, comme un qui fuit, il prit congé. A peine dans la\nrue, il eut un profond soupir de soulagement et continua à marcher vite,\nfrémissant comme s'il venait d'échapper à un grand danger.\n\n\n                                            II\n   Georges réfléchissait tristement aux causes de son brusque départ. Il\nétait désolé d'avoir dû fuir ainsi, désolé et furieux d'avoir cédé à une obses-\n\n   (*) Extrait du volume qui paraîtra le 1er novembre chez Mme Vve Monnom, rue de\nl'Industrie, 26, sous le titre : Lettres à Jeanne.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "                                    — 418 —\n\n sion absurde, d'avoir senti sa Volonté fléchir devant son Esprit. Mais il\n était tout ému encore du supplice moral dont il venait de se délivrer, il\n sentait toute résistance vaine et, avec une résignation lâche, il acceptait le\n passé, — et d'avance, aussi l'avenir.\n    Au milieu de la conversation familière et tendre, une idée ridicule et\n qu'avait raillée un léger sourire intérieur lui avait traversé la tête ; puis était\n revenue comme une mouche importune, et il avait dû y penser, la dis­\n cuter, la regarder face à face, comme un ennemi auquel il faut livrer\n combat. Et c'est en vain que, désespérément, se sentant enfoncer et\n engloutir en cette idée ainsi qu'en un sable fangeux, il avait essayé de dis­\n traire et d'accrocher sa méditation aux choses extérieures.\n    Il n'osait regarder Marguerite, sa fiancée si chère pourtant et qui était si\n jolie en sa toilette blanche, dans le ruissellement pâle du soleil d'hiver; et\n M me Darzens dont il se savait aimé à l'égal d'un fils, lui était devenue\ncomme étrangère. Ces affections qui l'entouraient et qui lui étaient si pré­\ncieuses, se trouvaient reculées bien loin, vaguement et tous les souvenirs\névoqués par ce petit salon qu'il connaissait depuis si longtemps semblaient\nse rapporter à un autre, à un être différent avec lequel il n'avait que des\nliens confus.\n   Et pourtant il était venu là, depuis son enfance. Il avait grandi au milieu\nde tous ces meubles et de tous ces objets familiers — le vieux buffet bizarre\nchargé de verres anciens et de porcelaines rares, le piano où jouait Mar­\nguerite, les aquarelles et les gravures appendues aux murs, le petit cheval\nde bronze bêta qui surmontait la pendule, tout cela avait, en temps ordi­\nnaire, le charme exquis des choses accoutumées, des choses qui ont gardé\nle souvenir des vies aimées et disparues, et Georges était souvent venu, en\nce petit salon, comme en un refuge béni d'innocence et de tranquillité, se\nreposer de la fièvre et des platitudes de la vie commune.\n   Mais maintenant, tous ces souvenirs, évoqués comme des arguments, et\nen un instant enfuis, le laissaient indifférent et froid ; et bien plus, cette\natmosphère quiète d'honnêteté, cette tendresse simple et familiale qui pla­\nnait en cette chambre introublée par le malheur et le vice du dehors, l'éner-\nvait en exaspérant, comme une contradiction, Vidée à laquelle il songeait :\nl'envie lui était venue de crier bien haut une formidable obscénité, quelque\nchose d'énorme et de bas, contre lequel sa délicatesse écœurée se révoltait,\nune phrase qui ferait sursauter M me Darzens de colère indignée, et étonne­\nrait la pureté de Marguerite, un cri d'injure, de haine, de souffrance qui\ndissiperait comme un coup de tempête, le repos bourgeois et honnête dans\nlequel s'endormaient les êtres et les choses, et qui l'en éloignerait à jamais,\nsans retour possible, irréparablement...\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                                   — 419 —\n\n   Et ce désir monstrueux était grandi avec une effrayante rapidité et avait\nenlacé son esprit malgré ses résistances. Georges le regardait comme un\ngouffre, dans lequel il pouvait précipiter son bonheur, son amour, ses espé­\nrances, tout ce qui faisait pour lui le prix de la vie, et sa vie aussi sans\ndoute, et il trouvait un charme aigu à cette méditation épouvantante...\n   A la fin, la tentation était devenue si forte que se sentant vaciller sur le\nbord de l'abîme, il s'était raidi en un dernier effort de volonté et sauvé en\ntremblant...\n\n                                      III\n\n    Ce n'était d'ailleurs pas la première fois que pareille obsession lui venait.\n Mais jamais il n'en avait autant souffert que ce jour ; jamais il ne l'avait\n portée avec lui jusqu'au logis de l'aimée. Et en y songeant, marchant vite\n sur le boulevard à demi désert, Georges se remémorait combien cette\nidée : l'Irréparable l'avait déjà tourmenté. A certains jours de sa jeunesse,\n elle s'était posée à son esprit comme une interrogation énorme et vague,\ndans ses plaisirs ou dans ses rêveries. La force naturelle d'épanouissement\net l'inexpérimentée insouciance des vingt ans avaient été les plus puissants,\nalors. Mais plus tard, à mesure que les années venaient refroidir les ardeurs\nde la vie, que les lectures, les méditations, l'observation apportaient le\ndésillusionnement, l'Idée était souvent revenue, sous mille formes.\n    Elle apparaissait sans motif apparent. Georges la voyait se lever au\nmilieu de ses pensées comme un spectre fatal et sombre, le hanter,\nl'apeurer, puis disparaître, sans cause. Les mêmes faits ne l'évoquaient pas\ntoujours. Parfois des mois entiers s'écoulaient sans que Georges y songeât.\nPuis, elle revenait brusquement, inattendue, et laissait Georges oppressé,\ntriste, — de plus en plus chaque fois.\n\n\n                                      IV\n   Cette idée : l'Irréparable, il la retrouvait jusque dans les choses les plus\nfutiles. Ainsi souvent, en mettant une lettre à la poste, il éprouvait un\npetit frisson en la lâchant et l'écoutait tomber dans la boîte, avec un bruit\nétouffé. Il songeait aux difficultés sans nombre qu'il aurait à vaincre pour\nréparer cette action si simple et si rapide, à toutes les volontés adverses\navec lesquelles il faudrait discuter pour remettre en son pouvoir ce carré\nde papier qu'il tenait en main, une minute avant...\n   D'autres fois, en se promenant en désœuvré dans les rues, et surtout\n                                                                        26\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "                                  — 420 —\n\nquand quelque tracas d'argent le préoccupait, il avait eu des désirs exas­\npérés d'entrer dans un magasin, d'y choisir ce qu'il pourrait trouver de\nplus beau et de plus cher, d'y jeter son dernier pécule, sans retour ; et son\nimagination lancée lui montrait tous les futurs déboires, les tristesses pro­\nbables, les démarches vaines, et il jouissait délicieusement, et malgré lui,\nde cette incertitude fiévreuse au bord du malheur !...\n\n\n                                      V\n    Mais c'étaient là, malgré des complications pénibles, des accidents répa­\n rables encore. L'idée était surtout obsédante et forte lorsque Georges pen­\n sait à quelque chose de réellement irréparable, à une circonstance qu'aucun\n effort humain ne pourrait empêcher ou atténuer...\n    Il se souvenait ainsi d'avoir, chez un de ses amis, regardé une admirable\n et précieuse gravure et avoir frémi d'une grondante tentation de l'anéantir,\n de la déchirer, de la détruire à jamais, quand cet ami lui avait dit, avec la\n fierté du collectionneur: — « Un exemplaire introuvable, unique !... »\n    Et plusieurs fois, depuis, cette même férocité de sauvage lui était venue,\n surtout pour des choses délicates, qu'il sentait fragiles entre ses doigts, et\n qu'il admirait profondément. Plus l'action était facile, plus elle était\n absurde et malheureuse, plus la tentation était grande...\n    Et, par crainte des mêmes envies, Georges évitait les armes, les hauteurs,\n le bord de l'eau. Les revolvers et les poignards l'incitaient toujours à s'en\n servir contre lui-même ou contre les personnes les plus chères, et il com­\n prenait des crimes odieux, inexplicables, un fils frappant son père, à cause\n de l'éclat impératif d'une hache au soleil.\n    Le long des rivières, ou du haut des ponts, ou bien encore à une fenêtre\n béante sur l'horreur vague de la nuit, des vertiges le prenaient, non le\n vertige ordinaire, étourdissement tout physique, abolissant la conscience,\n mais au contraire un vertige résultant d'un désir réfléchi d'une chute\n irréparable, d'un anéantissement volontaire résultant d'une délibération\n consciente...\n    Alors, Georges se dédoublait en quelques sorte. L'être bon, intelligent,\n qu'il était dans la vie ordinaire regardait avec effroi, avec l'épouvante d'une\n analyse cruelle et fatale grandir à ses côtés, en lui, un être malheureux et\n pervers, et c'était une épuisante lutte entre ces deux esprits dans sa pensée\n.oscillante et éperdue...\n    Ces jours-là, Georges avait peur de la folie...\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                                  — 421 —\n\n\n\n                                      VI\n   Georges retourna le lendemain chez les Darzens. Il s'excusa de son\ndépart un peu brusque, avant l'heure accoutumée, et les yeux interroga­\nteurs de Marguerite eurent pour la première fois un éclair suppliant et\ninquiet. Elle sentait confusément que quelque chose d'obscur et de puissant\nles avait séparés la veille et elle était peinée de la dissimulation de Georges.\n   Quant à lui, il avait à demi oublié ses pensées de la veille et s'efforçait\nde les effacer tout à fait de sa mémoire. Une impression de cauchemar lui\nen restait, d'un rêve mauvais et redoutable auquel il valait mieux ne plus\nsonger.\n   Il se retrouvait avec bonheur près de sa fiancée, aux fins cheveux blonds\ncomme une couronne de clarté, à la gaieté naïve et confiante ; il se sentait\ncomme protégé par l'affection bienveillante et tendrement conseillère de\nMme Darzens et tous les objets familiers, le vieux buffet, le piano, les aqua­\nrelles, étaient rentrés dans leur apparence coutumiere, toute parfumée du\nsouvenir des êtres chers...\n   Et cette atmosphère de paix et de tendresse familiale, qu'il aimait tant,\nGeorges s'en enveloppait de nouveau comme d'un manteau tiède et réchauf­\nfant, comme d'un bouclier contre la vie extérieure, contre les cauchemars\nétranges de sa pensée...\n   Les exquises causeries d'amour recommencèrent; mais Marguerite\ngardait une inquiétude et un doute qu'elle voulait absolument expli­\nquer...\n\n                                     VII\n   Plusieurs fois son obsédante idée avait de nouveau traversé et hanté\nl'espritjde Georges ; l'éternité du mariage lui déplaisait. Alors qu'il se sen­\ntait assez loyal et assez amoureux pour ne quitter Marguerite de la vie, la\ncontrainte qui lui était imposée le froissait, comme une injure. Puis habi­\ntué au Doute, aux rêves noirs, il supposait Marguerite infidèle, plus tard,\net songeait aux moyens de rompre alors leur enchaînement. Cela était diffi­\ncile, lamentable, mais possible pourtant... Ainsi, l'irréparable, à degrés\ndivers, se représentait toujours à lui, malgré tout son désir d'y échapper,\nde s'endormir dans son amour comme dans un rêve heureux.\n   Aussi ce fut pour lui une grande souffrance que de rencontrer cette idée\n— et sa discussion -^ dans cet amour même où il se blottissait comme en\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "                                  — 422 —\n\n un refuge. Marguerite, qui pour avoir joué enfant avec Georges et\n grandi avec lui, n'en connaissait cependant que ce qu'en voyait tout le\n monde, voulut un j'our l'explication de ce départ si prompt auquel elle avait\n tant pensé, sans y trouver un plausible motif. Georges ne répondit pas,\ninventa des histoires que Marguerite ne croyait pas et dont elle lui faisait\navouer la fausseté, quelques jours après, malgré lui, nature incapable de\nmentir.\n    Cela devint bientôt un continuel sujet de légères querelles, de causeries\nattristées. Georges, lassé, se décida enfin à tout avouer.\n   Il se montra tout entier à Marguerite; avec la tranquillité froide du chirur­\ngien qui dissèque, il lui dit son cœur blessé par une Idée, les combats, les\ntristesses, les incertitudes de son esprit, il dut lui dire aussi sa conviction\ndu néant et du malheur final ; et toute cette philosophie de désespérance\nétonna la jeune fille. Elle ne dit rien, mais Georges lut clairement dans ses\nyeux, comme en un livre ouvert, que son âme vierge et tendre, joyeuse de\nvivre, ne voyant le monde qu'à travers la jeunesse radieuse et les illusions\nriantes, ne comprenait rien à la souffrance de son âme à lui, qu'il l'effrayait\net lui faisait presque peur, comme un fou, peut-être dangereux ; il vit\nqu'elle était indignée et pleine de larmes en pensant aux idées qui pouvaient,\ndevant elle, préoccuper l'esprit de Georges. Elle n'en pouvait saisir la fata­\nlité, et, de tout ce qu'il lui dit, de cette longue confidence à laquelle\nGeorges s'était laissé entraîner par l'espoir de reconquérir un amour qui\ns'en allait, elle ne retint qu'une chose, l'impression que Georges ne l'aimait\npas... Ce n'était pas ainsi, son amour, à elle !\n   Loin de les rapprocher, ces aveux les avaient séparés. Les jours qui\n suivaient, Georges le sentit. Il sentit que cette fois, cet Irréparable qu'il\n avait essayé d'expliquer à sa bien-aimée, était entre eux; qu'à jamais elle\naurait pour lui une involontaire terreur, et lui pour elle, un mépris invo­\nlontaire de son inférieure compréhension. Et cette désunion des esprits peu\nà peu amena l'inquiétude, la souffrance, la désunion des cœurs. Lléternité\ndu mariage épouvanta de nouveau Georges; et comme il se croyait si loin\nde Marguerite, il se dit qu'il ne pourrait jamais lui donner ce bonheur\nrêvé pour elle, que jamais il ne se marierait, jamais... Georges cessa d'aller\nchez Darzens et les projets de mariage furent abandonnés...\n\n\n                                    VIII\n A partir de cette époque, Georges vécut encore plus solitaire et plus\nméditatif. Il lut beaucoup les poètes et les romanciers modernes ; voyagea\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                                   -4^3       -\n\nun peu, et loin du monde dont les distractions vulgaires et banales ne\nl'attiraient plus, il se confina dans la société de quelques amis, esprits\nsubtils et compréhensifs, avec lesquels il aimait à discuter art et philo­\nsophie, à se perdre dans les rêves énormes et minutieux, à se fortifier dans\nl'admiration de quelques rares artistes et dans un dédain vaste de la foule.\n   Depuis que cette idée de l'Irréparable avait bouleversé sa vie, en lui\nfaisant rompre, pour des motifs à lui seul expliqués, un mariage depuis\nlongtemps désiré, il l'avait souvent, et volontairement cette fois, retournée,\nexaminée, comme un blessé curieux fouillant cruellement ses plaies pour\nsavoir sa douleur... Mais l'Idée était protée, elle jaillissait souvent de la\nmanière la plus inattendue, de la circonstance la plus insignifiante. Georges\nqui pourtant ne cessait de se conduire dans la vie avec un parfait bon sens\net qui jugeait les événements et les hommes avec une rectitude et une péné­\ntration singulières, se croyait un peu fou. Il avait honte de ses cauchemars\net n'osait avouer à personne les idées étranges qui l'obsédaient. Surtout à\nses camarades, il les dissimulait avec un soin patient, comme s'il avait\ncraint de se voir déchoir en leur estime.\n\n\n                                       IX\n   Souvent, les cafés fermés, Georges accompagnait l'un ou l'autre de ses\namis et la causerie continuait plus intime, dans ce tête-à-tête et le silence\ndes rues désertes. Un soir, dans une de ce\"s longues promenades, qu'on ne\nsait se décider à finir tant il semble que l'on ait de confidences et de secrets\nà se dire, un jeune peintre avec lequel il s'était fort lié lui conta que se trou­\nvant au théâtre, il y avait bien longtemps déjà, et regardant distraitement\nle public, cette idée saugrenue lui était venue, tout à coup : « Si je devais\ntoujours penser à M\" e Heimer, avec des ciseaux?... » Gela lui avait paru\ntellement absurde d'avoir pensé cela que l'idée lui était indestructiblement\nrestée en l'esprit.\n   M\"e Heimer? Il n'en connaissait guère que le nom,, ni jolie, ni laide,\nsemblable à toutes les petites pensionnaires que sont les jeunes filles d'à\nprésent, elle lui était absolument indifférente. Et pourtant il y pensait sans\ncesse. Et avec des ciseaux... Pourquoi l'avait-il vue ainsi en sa blanche toi­\nlette de fête, avec des ciseaux? il n'eût pu le dire. Mais c'était en vain que\n— une fois qu'il eût reconnu l'impossibilité de se soustraire au souvenir de\nMllc Heimer, il avait essayé d'y associer la pensée d'un autre objet, il avait\nsans succès tenté de se l'imaginer avec un livre, une ombrelle, au piano ;\ntoujours il l'avait revue ainsi que la première fois, et avec son imagination\n                                                                         27\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "                                  — 424 —\n\nvive de peintre, il lui semblait la voir réellement, comme une apparition,\ntoute blanche sous les lumières, ses ciseaux en main, vision d'autant plus\ninsupportable qu'elle était ridicule. Oui, c'est idiot, je le sais, continua-t-il\nen serrant le bras de Georges, et avec une grande tristesse dans la voix.\nIdiot! mais que veux-tu? C'est plus fort que moi, surtout à certains jours\nde découragement, quand mes pinceaux ne m'ont pas donné ce que je vou­\nlais, je pense à MUe Heimer. C'est étrange, n'est-ce pas? mais, mon cher\nGeorges, cela devient épouvantable quand cette vieille idée me revient tout\nentière, quand je pense que je devrai toujours penser à cette absurdité,\ntoujours, comprends-tu ?\n   Il y eut un silence. Georges était surpris. Il avait une égoïste satisfaction\nà constater qu'il n'était pas seul à souffrir de ces cauchemars singuliers, car\nc'était bien son Irréparable qu'il retrouvait au fond de cette confidence\ndésolée. Ce fut pour lui un soulagement énorme, et, à son tour, il ouvrit à\nson ami son esprit blessé pour lui en montrer les bizarreries douloureuses...\n   Et, depuis ce soir, ils s'habituèrent à causer de leurs obsessions de spleen,\n à en disserter, à en chercher les lois mystérieuses. Ils en parlèrent même à\nd'autres amis et, chez presque tous, ils rencontrèrent une sympathique\n compréhension ; sous diverses formes, ils avaient eu les mêmes songeries.\n   Cela rendit à Georges la paix mentale et la confiance en sa raison. Il\ns'était cru fou ; et voilà qu'il s'apercevait que son mal était presque général,\ncomme une perturbation caractéristique des intelligences de cette fin de\nsiècle, sans doute la conséquence de l'esprit d'analyse exaspéré.\n\n\n                                       X\n   La trace pouvait s'en apercevoir d'ailleurs dans toute la littérature\nmoderne. Le mot même « Irréparable » était à la mode; on le rencontrait\ndans les moindres articles et il avait servi de titre à un roman d'un péné­\ntrant et délicat poète : Paul Bourget.\n   Seulement, Georges accusait Bourget d'avoir singulièrement rapetissé,\nmesquinisé, cette idée énorme et formidable. Cette obsession qui ravageait\nsa vie, Bourget l'avait comprise d'une manière un peu vulgaire et bour­\ngeoise, en l'enfermant tout entière dans l'anéantissement d'une virginité et\nla meurtrissure d'une âme. C'était à coup sûr l'irréparable déjà ; mais en\ndépit des préjugés ordinaires, combien fréquemment, dans la vie, cet irré­\nparable là se réparait et s'oubliait ! De sorte que, songeait Georges, s'il\nn'en est pas ainsi dans le livre de Bourget, cfest à cause du caractère spécial\nde son héroïne et le roman vaut comme étude d'un caractère, mais laisse de\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                                   -425    -\n\ncôté, sans l'effleurer même, toute la profondeur philosophique de son titre...\n   Pourtant quelle que fût sa confiance en la réparation inévitable des\naccrocs de l'honneur féminin, Georges se souvenait d'avoir en sa jeunesse\nconnu ces remords. Il se rappelait l'effrayante tristesse qui l'avait troublé,\net tant étonné, le jour où l'une de ses premières maîtresses — dont il avait\nété le premier amant — s'était donnée à lui. Ce jour, — si longtemps et\nsi ardemment désiré ! — ne lui avait laissé qu'un sentiment d'angoisse et\nd'effroi, comme s'il eût commis un crime. Puis, cela s'était dissipé, peu à\npeu, dans les enchantements d'un amour partagé ; mais Georges com­\nprenait maintenant seulement les causes de sa surprise et de sa tristesse :\nl'Irréparable...\n\n                                     XI\n   Et cette idée avait tourmenté les plus hauts esprits contemporains.\nSurtout dans les poètes, Georges la voyait constamment reparaître. Le\npremier, l'un de ses maîtres d'élection, Baudelaire, l'avait découverte en ces\ndessous ténébreux et complexes de l'âme humaine, et l'Irréparable planait,\ncomme un immense oiseau noir, dans plusieurs de ses FLEURS DU MAL,\nsurtout en cette pièce : les Sept vieillards, que Georges relisait avec des\nfrissons délicieux, pour voir, exprimer en ces irréprochables vers des visions\nqu'il avait eues lui aussi, maintes fois et qui l'avaient laissé :\n                                    Fiévreux et   trouble...\n                   Blessé par le mystère et par   l'absurdité...\n\n   Même Baudelaire avait donné ce titre à l'un de ses poèmes. Mais celui-là\nattirait moins Georges que d'autres où sans le mot même, l'idée était\nexprimée d'une façon plus intense. Il y sentait un irréparable réduit au seul\nRemords, à la Désespérance, avec certains souvenirs de conceptions catho­\nliques qui en restreignaient singulièrement la signification...\n   A la suite de Baudelaire, la poésie s'était efforcée à la notation des plus\nsecrets et des plus fugaces états de l'esprit, mais Georges ne connaissait\naucun poète qui eût repris formellement le thème du maître. Il en retrou­\nvait l'impression dans certaines pièces d'une mélancolie exquise de Verlaine,\ndans les puissants romans de Zola où la fatalité apparaissait si grande, et\nencore dans les auteurs russes pour lesquels il s'était passionné, en certains\npersonnages de Tolstoï, par exemple.\n\n\n                               *     XII\n   Toutes ses rêveries, ses lectures, ses méditations arrivaient à la même\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "                                  — 426 —\n\n\nfin : la méchanceté et la petitesse de l'homme. Georges retrouvait l'Irrépa­\nrable dans le moindre fait et l'impuissance absolue de l'humanité à le\nmodifier d'une manière quelconque, le consternait.\n   Et, puisque les phénomènes s'engendraient l'un l'autre, que les mêmes\nvices, les mêmes vertus, les mêmes misères périodiquement revenaient, que\nleur interminable chaîne se déroulait irréparablement et que tout l'effort\nhumain n'y pouvait rien changer, Georges en venait lentement à la convic­\ntion de l'inutilité de la lutte, de l'action, de la parole même — à l'inutilité\nde la vie...\n   Et, chose bizarre — la mort — cet Irréparable dernier — ne l'effrayait\npoint. Il y pensait souvent, et ne voyant rien dans la vie qui valût la peine\nde vivre, il l'attendait, avec indifférence, comme une délivrance d'anéantis­\nsemsnt et d'oubli.\n                                                    JULES DESTRÉE.\n     Mars 1886.\n\n\n\n\n                         NOCTURNES\n                                       I\n\n                              NOCTAMBULE\n\n    Dans le quartier tapi derrière la caserne\n    Bat, comme un cœur peureux, le bruit d'un pas hâtif.\n    O Nuit ! Dans la terreur du silence attentif\n    L'Ange des Lâchetés ouvre son aile terne.\n\n    Quelqu'un fuit. Un danger qu'on ignore, le cerne.\n    Angoisse des longs murs cauteleux, et plaintif\n    Désir d'aide ! Là-bas, sur le plâtre craintif\n    Cligne l'œil injecté d'une rouge lanterne.\n\n    Des cris? Non. Rien. Pas même un souffle, ou la rumeur\n    D'un meurtre sourd, au loin, ni la chute qui meurt\n    Sous un pont, dans le vent des ténèbres velues.\n\n     Mais voici que, tirant les soldats du sommeil,\n     Un clairon, dont l'appel perce les mornes rues,\n     Annonce la puissance et la paix du soleil.\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                         — 427 —\n\n\n\n                             II\n                                          A CAMILLE LEMONNIER.\n\n                     PSYCHOLOGIE\n\nJe suis un médecin qui dissèque les âmes,\nPenchant mon front fiévreux sur les corruptions,\nLes vices, les péchés et les perversions\nDe l'instinct primitif en appétits infâmes.\n\nSur le marbre, le ventre ouvert, hommes et femmes\nEtalent salement dans leurs contorsions\nLes ulcères cachés des noires passions.\nJ'ai palpé les secrets douloureux des grands drames.\n\nPuis, les deux bras encor teints d'un sang scrofuleux,\nPoète, j'ai noté dans mes vers scrupuleux\nCe que mes yeux aigus ont vu dans ces ténèbres.\n\nEt s'il manque un sujet au couteau disséqueur,\nJe m'étends à mon tour sur les dalles funèbres\nEt j'enfonce en criant le scalpel dans mon cœur.\n\n\n                            III\n\n                                          A CAMILLE LEMONNIER,\n\n                LE VEILLEUR DE N U I T\n\nVoici la ténébreuse et vicieuse nuit\nQue le pas du filou, le hoquet de l'ivrogne,\nLa voix de la catin qui se pâme et qui hogne,\nEmplissent de terreur, de silence et de bruit.\n\nL'heure tinte au clocher. Sur le fumier des âmes,\nD'où montent vers le Ciel d'acres exhalaisons,\nEclot dans l'ombre, en ses putrides floraisons.\nLe désir obsédant des voluptés infâmes.\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "                          — 428 —\n\nO nocturnes péchés, fournisseurs de l'enfer !\nVotre douceur se change en acide et perfore\nLes cerveaux libertins dépouillés de phosphore.\n\n— Est-ce l'ange sonnant la trompette de fer?\nBeuglant sur la cité sa clameur rauque et morne,\nLe veilleur, sur la tour, a soufflé dans sa corne.\n\n\n                              IV\n\n                          L'ÉTANG\nUn étang, où la verte image des bois plonge,\nRéjouit son eau fraîche, où des adolescents\nDe leurs beaux membres nus, délicats et puissants\nCaressent les regards épars dans l'air qui songe.\n\nFleur de jeunesse, ô rose et blond nageur, allonge,\nAllonge la candeur de tes bras innocents\nVers mon Rêve, attiré par ces bras caressants\nDans l'étang, où la verte image des bois plonge.\n\nO bonté de la vie ! O santé du soleil !\nVoici que dans l'air bleu bourdonne un doux conseil\nD'oublier, d'être heureux dans l'herbe en fleur des berges.\n\n— Et dans l'azur du ciel l'invisible Avenir\nQue cette joie offense, afin de la punir\nAiguise en tapinois ses cruelles flamberges.\n                                          IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                                  — 429 —\n\n\n\n\n                JOURNAUX BELGES\n                                        ... Je dis en effet ce que je dis et nullement\n                                     ce qu'on assure que j'ai voulu dire, et je réponds\n                                     encore moins de ce qu'on me fait dire et que je\n                                     ne dis point.                (LA BRUYÈRE).\n\n              Les journalistes, qui parfois ne sont pas à prendre avec des\n                pincettes, nous devons les prendre avec des gants blancs ici,\n                d'abord pour être poli, ensuite pour cacher nos griffes ainsi\n                qu'un chat qui se serait promené dans la neige. Certes, nous\nn'avons pas la prétention de faire une physiologie bien profonde, pas plus\nque nous ne voulons susciter les cris et faire grincer les dents. Nous voulons\nsimplement noter quelques observations faites dans un monde bruxellois\nque le Bruxellois ignore un peu.\n   Le bourgeoisant bourgeois regarde avec un brin de terreur les bureaux de\nrédaction d'où sort, toute faite, l'opinion qu'il aura demain ; il a une cer­\ntaine émotion en songeant que c'est là qu'arrivent les bruits du monde\ncomme en un vaste laboratoire où les événements se triturent, s'accommo­\ndent, se macèrent et se transforment en quelque chose de réel, canard, bou­\nlette — ou vérité — quelquefois.\n   En général, le journaliste est né d'une ambition — ambition puérile,\ninvraisemblable dans son enfantillage : avoir son entrée dans les théâtres.\n   Le bon jeune homme se figure avec envie le reporter ou le critique\nentrant dans les coulisses, ayant un sérail d'actrices qu'il tient au bout de sa\nplume, tutoyant le cabotin, ce roi de la rampe moderne, passant partout,\nécoutant tout et jugeant du haut de son habit noir l'œuvre nouvelle. Avoir\nson entrée, des billets, rêve caressé dès l'Université, quand la bourse encore\nplate autorise tout au plus, et de loin en loin, le modeste parterre ou le\ndémocratique paradis.\n   Le doux Eliacin a un peu écrit ; ses œuvres complètes ont paru dans\nquelque petit journal d'étudiants ; il a été lu par ses frères de Faculté, il\nveut davantage; lors, à l'aide de diplomaties félines, après des présenta­\ntions aux jeunes reporters déjà calés, il obtient de placer un peu de prose\n dans un quotidien; une place minime s'offre-t-elle, la place du monsieur\n qui reçoit les dépêches Havas, celle du martyr qui court les bureaux de\n police, il se présente.\n   — Combien demandez-vous ?\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "                                   — 430 —\n\n    — Oh ! rien, mon entrée dans les théâtres seulement.\n   — Nous vous essaierons.\n   Au bout de six mois, le bon jeune homme, qui n'a pas manqué une soire'e\n théâtrale et qui ne peut plus voir une stalle en peinture, mais qui, en\n revanche, a essuyé la tyrannie des policiers pour s'être permis de demander\n des renseignements officiels que tout le monde connaît, s'est brouillé avec\n sa famille, a lâché ses études et se trouve sur le pavé — avec ses entrées et les\n cent francs qu'on a fini par lui accorder pour qu'il ne meure pas de faim.\n    Et il entre dans la galère ; peu à peu il pénètre dans cette cuisine quoti­\n dienne où l'on recueille parfois toutes les amertumes et parfois toutes les\njoies.\n   Pour celui qui a le feu sacré, c'est une jouissance qui ne finit point, de\n découvrir d'heure en heure comment tourne le globe, de lever un à un les\n voiles qui cachent les misères et d'étaler les cadavres de la société comme\n sur une table d'amphithéâtre. Enlever seulement la bande du journal frais\n sorti des presses, que personne n'a lu encore, c'est prendre des virginités\n aux choses; un télégramme que l'on déchiffre, où l'on trouve un événement\nsoudain qui va peut-être bouleverser la face du monde et que le monde\n ignore à cette minute-là, c'est une joie inconnue; demain votre pensée, vos\npronostics, vos craintes, vont être répandus dans le cerveau du public, com­\nmentés, discutés, injuriés — ou admis ; on se sent tout à coup puissance à\nlaquelle rien ne résiste, même si elle est mensongère, car, raffiné, l'on a\n parfois cette volupté de mentir pour mentir, pour crier en soi-même au\n public :\n   — « Public bête, tiens prends, mange, c'est faux et tu croiras — parce\nqu'il me plaît, à moi! »\n    Le journaliste tient en main des millions de destinées ; une dépêche trop\nhâtive, un mot hasardé, fait baisser le cours de la Bourse. Le bruit faux de\nla maladie de l'empereur d'Allemagne a bouleversé un instant la finance\nuniverselle.\n   Un orateur hasarde-t-il un mot, simple lapsus malheureux, l'écrivain s'en\nempare, le rend plus sot qu'il n'est, en fait une chose ridicule — si cela lui\nplaît — et, si cela lui plaît, l'orateur est perdu, tourné en fantoche; s'il se\nfâche, on ne le lâche plus ; s'il riposte, on l'accable eh prenant dans sa vie\npublique tout ce qui n'est pas sagesse pure, dignité parfaite. On lui rappelle\nun devoir de rhétorique où il a vaguement ânonné, — un peu plus, on lui\nreprocherait l'air bête du pompier de sa nourrice.\n   Chez nous, la puissance de la presse est loin d'être aussi grande que chez\nnos voisins. Le journalisme y est presque honnête et les, vendus n'existent\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                                  -   431    -\n\n\nguère. Les écrivains sont en rapport constant avec le public, à cause du\ncercle étroit où l'un et l'autre évoluent. On perd sa force à être connu; le\nprestige de la signature mystérieuse n'existe pas. On sait d'où partent les\ncoups et l'on a le temps de se garer.\n   Aussi sommes-nous moins des artistes doublés d'écrivains du journal que\nde bons bourgeois qui accomplissent une besogne matérielle. Nous accep­\ntons avec plaisir de faire de la réclame pour rien, et lorsqu'un brave homme\nnous dit dans son langage bon garçon : « Mets un peu ça sur ton journal »,\nnous mettons ça sur notre journal.\n   A Paris, ça se paierait à la ligne.\n   Au contraire du grand boulevard, les événements de notre vie quoti­\ndienne sont rares; les faits les plus intéressants de nos journaux sont\ndécoupés à grands coups de ciseaux dans les feuilles parisiennes. Notre\npolitique étroite, dont l'horizon est borné par des partis sans puissance et\ndes querelles sans portée, cède le pas à la politique extérieure, et nous\nnous préoccupons beaucoup plus du général Boulanger que de notre\npropre ministère. C'est, d'ailleurs, notre préoccupation constante de savoir\nsi nous serons mangés ou non, et peu nous importe que nous soyons dévorés\ncatholiques ou déglutis libéraux.\n   Depuis deux ans à peine, les journaux belges ont senti qu'ils devaient se\nmodifier, donner plus de place aux Lettres, et l'on voit aujourd'hui la chro­\nnique à la première page de certaines feuilles quotidiennes, la chronique,\ncette éclosion fantaisiste sur la chose du jour, cet air de flûte joué entre deux\nfaits-divers. Nous sommes loin encore de l'article de tête où les Banville\net les Mendès lancent le livre nouveau, enjambent la politique, rompent la\nmonotonie de ce qu'on nomme la copie courante ; la chronique à Paris est\ndigne parfois de la forme définitive du livre. Rochefort a réuni dans les\nFrançais de la décadence, dans la Grande Bohême, dans les Signes du\ntemps, dans Farces amères, des articles de journaux qui seront de précieux\ndocuments pour l'histoire de nos mœurs. Ainsi avait fait Timothée Trimm\ndans ses Soirées, ainsi fait Henry Fouquier dans la Sagesse parisienne,\nClaretie dans les sept volumes de sa Vie à Paris, Bergerat dans les Chro-\nniques de l'homme masqué et la Vie de Caliban, Arnold Mortier dans\nses dix volumes de Soirées parisiennes, Auguste Vitu dans ses trois volu­\nmes des Mille et une Nuits du Théâtre, Emile Blavet dans sa Vie pari-\nsienne, Henry Houssaye dans les Hommes et les idées, Paul Mahalin dans\nses Jolies actrices, Noël et Stoullig dans les onze volumes d'Annales du\nthéâtre et de la musique.\n   Tout cela n'est pas encore de l'art, mais c'est plus que du journalisme, et\nc'est presque de l'histoire.\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "                                  — 432 —\n\n   Nous n'avons pas, nous, cette précieuse notation des faits ; mais le repor­\ntage a pris plus d'envergure et la chronique a droit de cité dans quelques\njournaux. Je ne citerai que l'Etoile belge avec ses Croquis à la plume de\nGiraud et d'Eekhoud, la Nation, où Henri Maubel, Lucien Solvay, Théo­\ndore Hannon, etc., chroniquent fréquemment, l'Indépendance, où la fan­\ntaisie n'est pas interdite, la Chronique, avec les Lundis de Léon Dom­\nmartin, d'autres encore qui suivent de loin Paris et habituent le public à la\nforme littéraire.\n   Ne l'oublions pas, c'est le journal qui assure en Belgique la situation\nmatérielle de l'homme de lettres. On n'a pas d'exemple qu'un écrivain y ait\nvécu uniquement de ses livres, si ce n'est ceux qui ont été, grâce à des\nmanœuvres... spéciales, protégés puissamment par le budget.\n   On a dit que « les écrits dont on vit ne vivent pas » et nous en demeu­\nrons d'accord, mais le journal a pour lui de faire voir la vie contemporaine,\net si l'on y récolte parfois des amoindrissements, on s'y aguerrit aussi dans\nune activité intellectuelle qui ne s'interrompt point ; les faibles s'y noient,\nles forts s'y trempent.\n   Les Goncourt ont dit :\n   « La littérature, c'est une industrie de luxe ». —\n   « L'opinion de mes parents sur la littérature, c'a été un grand coup de\npied dans ma vocation ».\n   — « Un homme de lettres, c'est un homme qui fait danser la danse des\nœufs aux vingt-quatre lettres de l'alphabet, et qui lance jusqu'à l'avenir des\nidées qui lui retombent droit dans le gousset, en gros sous ».\n   Ils ont dit encore :\n   « Un éditeur, c'est le mont-de-piété des manuscrits ».\n   — « Un journal? Trois sous d'histoire dans un cornet de papier ».\n   — « Un journaliste? Un homme de lettres à la journée ».\n   Et le public?\n  — C E L U I QUI PAIE.\n  Tout ce que nous avions à dire se résume dans ces spirituelles formules...\n                                                    MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                      — 433 —\n\n\n\n\n             RIMES NOIRES\n\n                   LES PLAINTES\n                                          A   MAX   WALLER.\n\nTant les bois sont profonds que leur voix est divine\nEt que leur moindre souffle, exhalé dans la nuit,\nOrdonne la pensée au cerveau qui la fuit\nEt fait frémir le cœur qui passe et qui devine.\n\nNocturne voyageur des forêts     effrayantes,\nQui du bout des rameaux proclament leur orgueil,\nJe vais chercher le soir, sous les arbres en deuil,\nLe mal des cœurs latents qui vibrent dans leurs fentes.\n\nO plainte qui finit, plainte qui recommence,\nDe plusieurs siècles morts tu clâmes la douleur,\nEt, du front du grand chêne à l'âme de la fleur,\nTu gémis au travers de la nature immense.\n\nO le mal, ô le cri qui part du fond des choses,\nO phtisique poumon des profondes forêts,\nLe cancer qui vous ronge en d'horribles secrets\nRonge aussi les soleils et les apothéoses!\n\nCrépuscule semé de couleur fulgurante,\nSplendeur des astres roux transpercés par le soir !\nVotre ardente beauté saigne de désespoir.\nO larmes du Ciel bleu que la nuit noire hante.\n\nGrands esprits glorieux, debout sur votre vie,\nTel sur un socle d'or ciselé par vos mains,\nVous songez tristement au vol des lendemains\nQui s'en viendront frapper votre âme inassouvie.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                        — 434 —\n\nSceptique, cerveau froid, pâle liseur d'histoire,\nQui narguez le néant et qui riez des dieux,\nQui sait si votre front aux plis silencieux,\nLa nuit, n'a pas senti l'horrible mal de croire?\n\nNéant, nous retournons au néant, à la terre,\nLa plainte continue au milieu des forêts.\nLes âmes des temps morts, pour clamer leurs décrets,\nOnt choisi pour séjour le grand bois séculaire.\n\nEt là, divinement, se répandent leurs plaintes,\nL'homme passe et frémit en écoutant leurs voix,\nEt le poète, seul, sur ces tombes sans croix,\nVa mesurer son âme à leurs ces éteintes.\n\n                      LA TACHE\n                                     A EMILE VAN ARENBERGH.\n\nJe me mets à genoux, je blasphème et j'implore,\nO deux ! pour pénétrer le mystère et l'émoi\nQui roule, en caressant l'humanité d'effroi,\nDu calme de la terre à l'espace sonore.\n\nJe vis sans rien comprendre au travail souverain,\nFarouches, mes baisers ne touchent qu'à la terre,\nJe méprise la Foi, ton nom, ô Ciel austère!\nEt je n'ai pas d'autels, et l'on me prêche en vain.\n\nMes yeux, sombres flambeaux, ont crainte des désastres,\nLe souci de la vie et la peur des dangers\nSe mêlent au respect immaculé des astres.\n\nJ'appréhende moins Dieu que le feu des bûchers,\nL'instinct de l'animal me rend haineux et lâche.\n— Le corps sur le cerveau fait une énorme tache.\n\n                    FIANÇAILLES\nPar de cuisants remords incessamment suivi\nJ'écoulerai mes jours, le fond de l'œil humide,\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                -   435   -\n\n      Et chaque heure apportant à l'âme un nouveau vide,\n      Je bénirai le Ciel quand je l'aurai gravi.\n\n      Au mal de tous les jours mon espoir asservi\n      Laissa briser l'essor de son aile timide,\n      Et son vol dans l'azur, de moins en moins rapide,\n      Heurte aujourd'hui le sol, — Satan est assouvi.\n\n      O frères, quand j'entends vos ailes triomphales,\n      Accroupi, plein de sang, sur le marbre des dalles,\n      Je n'ai plus même un cri pour trahir mon passé.\n\n      L'air ne me connaît plus; que nul ne me haïsse!\n      Adieu ! je ne crains pas que ma lèvre pâlisse,\n      Dès longtemps à la mort je me suis fiancé.\n                                                       EDDY LEVIS.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n    Bien que nous n'ayons jamais prêté une grande attention aux tenta-\ntives littéraires d'une nouvelle et fort compromettante école de jeunes\nécrivains qui s'intitulent décadents et dont Adoré Floupette a fait une si\njoyeuse charge, il nous faut cependant tenir nos lecteurs au courant du\n mouvement que dirigent à Paris ces écrivains dont plusieurs ont — ou\n ont eu — beaucoup de talent.\n    Le Figaro a publié récemment (18 septembre) le manifeste de l'école,\n signé Jean Moréas. Nous en découpons les principaux passages. On y\n verra un singulier cas d'aberration artistique, le mépris de la langue, la\n déformation du verbe, une tendance au charabia dont le simple bon sens\nfait raison. Des amateurs de lettres ont tenté d'établir une confusion entre\n ces illuminés de l'art et ceux qui tentent de faire de la littérature sincère\n en même temps que ciselée.\n     Personne ne s'y est laissé prendre heureusement, et l'on a remis à leur\n place, avec toute la déférence possible, les tristes apôtres de la critique\n  ignorante et de mauvaise foi. Cela dit, nous laissons la parole au\n prophète :\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                                   — 436 —\n\n\n                          LE SYMBOLISME\n   Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des\nretours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifica­\ntions apportées par la marche des temps et les bouleversements des milieux.\nIl serait superflu de faire observer que chaque nouvelle phase évolutive de\nl'art correspond exactement à la décrépitude sénile, à l'inéluctable fin de\nl'école immédiatement antérieure. Deux exemples suffiront : Ronsard\ntriomphe de l'impuissance des derniers imitateurs de Marot, le romantisme\néploie ses oriflammes sur les décombres classiques mal gardés par Casimir\nDelavigne et Etienne de Jouy. C'est que toute manifestation d'art arrive\nfatalement à s'appauvrir, à s'épuiser; alors, de copie en copie, d'imitation\nen imitation, ce qui fut plein de sève et de fraîcheur se dessèche et se recro­\nqueville; ce qui fut le neuf et le spontané devient le poncif et le lieu-\ncommun.\n   Ainsi le romantisme, après avoir sonné tous les tumultueux tocsins de la\nrévolte, après avoir eu ses jours de gloire et de bataille, perdit de sa force\net de sa grâce, abdiqua ses audaces héroïques, se fit rangé, sceptique et\nplein de bon sens; dans l'honorable et mesquine tentative des Parnassiens,\nil espéra de fallacieux renouveaux, puis finalement, tel un monarque tombé\nen enfance, il se laissa déposer par le naturalisme auquel on ne peut\naccorder sérieusement qu'une valeur de protestation, légitime mais mal\navisée, contre les fadeurs de quelques romanciers alors à la mode.\n   Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévi­\ntable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et\ntoutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes\ndes critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses\nnonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la\nvitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que\ndes juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence.\nRemarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentielle­\nment coriaces, filandreuses, timorées et serviles : toutes les tragédies de\nVoltaire, par exemple, sont marquées de ces tavelures de décadence. Et que\npeut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la\npompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies\nse combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute\nrenaissance.\n   Nous avons déjà proposé la dénomination de Symbolisme comme la\nseule capable de désigner raisonnablement la tendance actuelle de l'esprit\ncréateur en art. Cette dénomination peut être maintenue.\n   Il a été dit au commencement de cet article que les évolutions d'art\noffrent un caractère cyclique extrêmement compliqué de divergences; ainsi,\npour suivre l'exacte filiation de la nouvelle école, il faudrait remonter jus­\nques à certains poèmes d'Alfred de Vigny, jusques à Shakespeare, jusques\naux mystiques, plus loin encore. Ces questions demanderaient un volume\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                 — 437 —\n\nde commentaires ; disons donc que Charles Baudelaire doit être considéré\ncomme le véritable précurseur du mouvement actuel; M.Stéphane Mal­\nlarmé le lotit du sens du mystère et de l'ineffable ; M. Paul Verlaine brisa\nen son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de\nM. Théodore de Banville avaient assoupli auparavant. Cependant le\nSuprême Enchantement n'est pas encore consommé : un labeur opiniâtre\net jaloux solliciteles nouveaux venus.\n\n\n\n    Ennemie de « l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la\ndescription objective », la poésie symbolique cherche : à vêtir l'Idée d'une\nforme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui,\ntout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour,\nne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies\nextérieures; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne\njamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi. Ainsi, dans cet art, les\ntableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes con­\ncrets ne sauraient se manifester eux-mêmes : ce sont là des apparences sen­\nsibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des Idées pri­\nmordiales.\n    L'accusation d'obscurité lancée contre une telle esthétique par des lec­\nteurs à bâtons rompus n'a rien qui puisse surprendre. Mais qu'y faire? Les\nPythiques de Pindare, 1''Hamlet de Shakespeare, la Vita Nuova de Dante,\nle Second Faust de Gœthe, la Tentation de Saint-Antoine de Flaubert ne\n furent-ils pas aussi taxés d'ambiguïté ?\n    Pour la traduction exacte de sa synthèse, il faut au symbolisme un style\n archétype et complexe : d'impollués vocables, la période qui s'arcboute\n alternant avec la période aux défaillances ondulées, les pléonasmes signifi­\n catifs, les mystérieuses ellipses, l'anacoluthe en suspens, tout trope hardi et\n multiforme : enfin la bonne langue — instaurée et modernisée — la bonne\n et luxuriante et fringante langue française d'avant les Vaugelas et les Boi­\n leau-Despréaux, la langue de François Rabelais et de Philippe de Com­\n mines, de Villon, de Rutebœuf et de tant d'autres écrivains libres et dar­\n dant le terme acut du langage, tels des toxotes de Thrace leurs flèches\n sinueuses.\n     LE RYTHME : L'ancienne métrique arrivée; un désordre savamment\n  ordonné ; la rime illucescente et martelée comme un bouclier d'or et d'ai­\n  rain, auprès de la rime aux fluidités absconses; l'alexandrin à arrêts multi­\n  ples et mobiles ; l'emploi de certains nombres premiers — sept, neuf, onze,\n  treize — résolus en les diverses combinaisons rythmiques dont ils sont les\n  sommes.\n     La prose, — romans, nouvelles, contes, fantaisies, — évolue dans un\n  sens analogue à celui de la poésie. Des éléments, en apparence hétérogènes,\n  y concourent : Stendhal apporte sa psychologie translucide, Balzac sa\n  vision exorbitée, Flaubert ses cadences de phrase aux amples volutes,\n  M. Edmond de Goncourt son impressionnisme modernement suggestif.\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                                   — 438 —\n\n   La conception du roman symbolique est polymorphe : tantôt un person­\nnage unique se meut dans des milieux déformés par ses hallucinations pro­\npres, son tempérament ; en cette déformation gît le seul réel. Des êtres au\ngeste mécanique, aux silhouettes obombrées, s'agitent autour du person­\nnage unique : ce ne lui sont que prétextes à sensations et à conjectures.\nLui-même est un masque tragique ou bouffon, d'une humanité toutefois\nparfaite bien que rationnelle. — Tantôt des foules, superficiellement affec­\ntées par l'ensemble des représentations ambiantes, se portent avec des alter­\nnatives de heurts et de stagnances vers des actes qui demeurent inachevés.\nPar moments, des volontés individuelles se manifestent; elles s'attirent,\ns'agglomèrent, se généralisent pour un but qui, atteint ou manqué, les\ndisperse en leurs éléments primitifs. — Tantôt de mythiques phantasmes\névoqués, depuis l'antique Démogorgôn jusques à Bélial, depuis les Kabires\njusques aux Nigromans, apparaissent fastueusement atournés sur le roc de\nCaliban ou par la forêt de Titania aux modes mixolydiens des barbitons et\ndes octocordes.\n   Ainsi dédaigneux de la méthode puérile du naturalisme, — M. Zola, lui,\nfut sauvé par un merveilleux instinct d'écrivain — le roman symbolique —\nimpressionniste édifiera son œuvre de déformation subjective, fort de cet\naxiome : que l'art ne saurait chercher en l'objectif qu'un simple point de\ndépart extrêmement succinct.\n                                                       JEAN M O R É A S .\n\n\n\n\n          CHRONIQUE THEATRALE\n    La Monnaie. — Le Parc. — Les Galeries. — Le Vaudeville. —\n            Le Théâtre de la Bourse. — L'Eden théâtre.\n\n\n              Triste, triste rentrée! La fameuse crise dont tout le monde parle\n               n'est décidément pas une légende ! Les salles de spectacle ont\n               des navrements, les stalles semblent tristes, les loges attendent,\n               et sœur Anne ne voit rien venir que le rare abonné qui rou­\ngeoie et le journaliste qui rabat-joie.\n  LA MONNAIE a rouvert un dimanche pour les Anglais et les bons bour­\ngeois, avec Zampa, cette éternelle mandoline ; puis sont venus l'Africaine,\nRobert, Mireille, avec les petites histoires du Châlet et de Maître\nPathelin.\n  Et la série des ténors a repris. M. Sylva débute par une laryngite,\nM. Massart lui succède, M. Cossira le suit, et, pour payer cela, MM. les\nDirecteurs font leurs affiches plus petites, histoire d'économiser par jour\n12 francs 50 de timbre.\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                  — 439 —\n\n   Le grand-opéra compte deux bons ténors, M. Sylva, ténor margrave qui,\nlorsqu'il lâche une note, a l'air de « vuider un vidrecome » ; son chant\ndonne des coups de poing sur le public dynamomètre — et le superbe\nM. Cossira. C'est superbe, mais écrase tout, même la remarquable\nMme Litwinne, un monument du grand air, à qui l'on croit toujours\nentendre dire : « Je suis née dans les Pyrénées, j'ai 18 ans, je pèse 200 kilos,\ndites-le à vos amis et connaissances ».\n   Retours : MM. Seguin, le Hans Sachs à l'organe vibrant et fort, beau\ncomédien, beau chanteur; Engel, empoté, s'habillant mal, mais artiste\nmalgré la toile d'araignée que l'âge a posé sur ses cordes vocales;\nMlle Legault, charmante et nasillante: M. Gandubert, en progrès;\nM. Chappuis, aussi détestable que devant; M. Nerval, plus pître que\njamais; Mlle Wolff, malade; Thuringer, en bois, et Renaud, très beau\ngarçon.\n   Nouveaux venus : M lle Vuillaume, adorable dans Mireille malgré sa\nbouche considérable; M. Isnardon, quelconque; M. Giraud, quelconque;\nM. Larbaudière, quelconque; Mme Gazet, convenable; Mme Balensi, une\nDeschamps en moins bon; corps de ballet passable, orchestre parfait,\nensemble absolument insuffisant pour Bruxelles.\n   Ne l'oublions pas cependant, les directeurs tâtonnent et font leurs pre­\nmières armes; au point de vue artistique, nous avons la conviction que l'in­\nfluence de M. Dupont, le parfait chef d'orchestre, veillera à ce que le niveau\nde notre opéra se maintienne. Lohengrin, la Walkyrie, sans compter des\nœuvres inédites, nous sont promis et nous aurions mauvaise grâce à nous\nfaire prophètes de malheur après un mois d'essais où la température devait\nannihiler bien des efforts et surtout bien des recettes.\n    Comme l'an dernier, l'opéra-comique est déjà suffisamment armé pour\n faire bonne figure dans la campagne qui s'ouvre et les directeurs veilleront\nà ce que les trous soient bouchés et les desiderata satisfaits. Au demeurant,\nceci ne sont que notes à la diable, en attendant une critique sérieuse de\nM. Henry Maubel.\n\n\n  Nous n'en dirons pas autant des autres théâtres. Le Parc, au lieu de\nrechercher dans le répertoire « progressiste » quelque pièce novatrice, de\nBecque ou de Goncourt par exemple, a trop compté sur l'esprit bourgeois\ndu public et n'a pas craint de rentrer dans l'arène avec la plate « hohnêterie »\nque l'on sait. Sans avoir une mauvaise troupe — où nous retrouvons le très\noriginal M. Lortheur, la frétillante Sigall, l'auguste Subra, d'autres encore\nqui les valent — M. Candeilh ne veut pas utiliser ses comédiens à des\nbesognes moins terre-à-terre que celle qui consiste à planter sous le feu\ndes herses les personnages factices, pleurards, godichons et mal français du\nthéâtre-feuilleton.\n                                       *\n\n  Aux Galeries, Lucy Abel continue à glapir, M. Pottier à faire des mots\n                                                                       28\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                                 — 440 —\n\nde la rue des Bouchers, et M. Deschamps à fatiguer de sa présence inévi­\ntable ceux qui aimaient son talent, mais le connaissent trop. Les Brigands\nmal joués, Lili mal jouée, la Vie parisienne mal jouée, et enfin Joséphine\nvendue par ses sœurs, non moins mal jouée. Pièce d'une douce ineptie au\ndemeurant, dont le premier acte seul a des bonheurs et qui continuera la\ndégringolade de l'ancien théâtre de Delvil.\n\n\n   Restent LE VAUDEVILLE qui attend le retour de tout-Bruxelles pour se\nrenouveler et LE THÉÂTRE DE LA BOURSE qui, seul, avec le Petit-Poucet,\nfait salle comble et attire à lui tout le public. Le plaisir des yeux remplace\nici les ficelles du théâtre moderne, et l'intrigue n'est qu'un prétexte au\ndéroulement de 32 tableaux brillants qui font venir la foule, ce grand pha­\nlène éternel.\n   Au milieu du décor fastueux évoluent, avec toute leur grâce naïve, des\nbataillons d'enfants exquis, parmi lesquels la petite Tata et le Petit-Poucet\nfont merveille. Le duo de la Mascotte, chanté par ces deux bambinos, est\nà lui seul une petite merveille qui tire les larmes aux mamans et fait tousser\nles hommes. Le défilé des bottes — sans odeur — est une trouvaille bur­\nlesque dont l'effet est irrésistible et auquel les airs populaires du Père\nBugeaud, de l'Amant d'Amanda, des Bottes, d'Offenbach, alternant avec\nles trompettes d'Aïda, donnent une allure entraînante du plus trémoussant\neffet.\n   La Gaîté de Paris a dépassé sa 300e représentation du Petit-Poucet.\n   Nous ne doutons pas que la Bourse ne dépasse, elle, la centième.\n   Ce théâtre, livré dès son origine à une direction maladroite et inexpéri­\nmentée, est tombé entre les mains d'un maître ès planches, M. Maurice\nSimon, qui, du premier coup, a créé véritablement une scène qui n'existait\npas avant lui. Elle ne fera d'ailleurs pas la concurrence à l'Eden-Théâtre\nqui conserve son genre Alcazar ou Folies-Bergère et qui va son petit train\nsûr avec des spectacles sans cesse renouvelés et des femmes sans cesse....\npareilles.\n   Le grand art est bien sacrifié dans tout cela, mais les bourses y voient\ndes apaisements et, quand la poche parle, l'esthétique malheureusement\ndoit se taire. A la Monnaie et au Parc de lui rendre un peu de voix pour\ndire que les grands jours de l'art dramatique ne sont pas finis.\n\n                                                     X. DES LOGES.\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                                         — 441 —\n\n                                 MEMENTO\n  Hors du siècle, le nouveau volume en                M. Rodenbach a publié déjà quatre vo­\nvers d'Albert Giraud, paraîtra dans le cou­       lumes de vers : Les Tristesses, la Mer\nrant de ce mois, chez Alphonse Lemerre.           élégante, l'Hiver mondain et la Jeunesse\n                                                  blanche. J'aime médiocrement la Mer élé-\n                     ***                          gante et l'Hiver mondain. Ce n'est point\n   Au moment de mettre sous presse,               qu'il n'y ait, dans ces deux volumes, de la\nnous lisons dans une revue artistique de          grâce, de la virtuosité, de l'esprit, de belles\nBruxelles un article qui débute par ces           rimes et de jolis sentiments. Après\nmots :                                            Th. Gautier, M. Rodenbach a écrit une\n   — « Rien n'est mieux fait pour juger de la     Symphonie en blanc qui a de l'éclat et du\nvaleur d'un artiste belge que de consulter        vague. La pièce intitulée Watteau est une\nles critiques des Français sur son œuvre. »        suite aimable aux Fêtes galantes            de\n   Suit une liste d'articulets de journaux         M. Verlaine. Tout cela donne l'impression\nfrançais envoyés à l'artiste dont il s'agit par    d'un poète un peu compassé et mièvre ou,\n« l'Argus de la Presse », et communiqués           pour recourir à une image, d'un clair de\npar lui. Ce système de réclame n'a rien            lune dans un boudoir. Si M. Rodenbach,\nd'absolument répréhensible, mais parler            qui habite Bruxelles, avait rimé à Paris\ndes mérites de la critique française — qui         l'Hiver mondain, il semble qu'on pourrait\n légendairement se fourre le doigt dans            assez justement l'appeler un Lakiste du\nl'œil lorsqu'il s'agit de choses belges —          bois de Boulogne. Combien je préfère les\n c'est avoir une candeur non moins légen­           Tristesses et la Jeunesse blanche (titre un\n daire ou un de ces amours-propres qui             peu obscur, mais M. Rodenbach veut dire :\n défient toute concurrence. Petit ! Petit ! !      la jeunesse virginale, ou plus simplement\n                                                    encore : la jeunesse). A part quelques\n                                                   lourdeurs, quelques impropriétés d'ex­\n   Sous ce titre : Les poètes de demain,            pression qui ont parfois le tort de déparer\nM. Marcel Fouquier, le fils de Nestor et de         des pièces de tout point charmantes, la\nColombine de Gil-Blas, consacre une inté­           Jeunesse blanche est l'œuvre d'un poète\nressante étude dans Le XIXe siècle (20 sep­         chez qui la mélancolie du rêve s'allie à la\ntembre) aux ouvrages suivants : La Jeu-             précision de l'analyse. Quand M. Roden­\nnesse pensive, de M. A. Dorchain; Inter-            bach mêle le mysticisme aux choses de\nmèdes, de M. E. Peyreford; Sur le vif, de           l'amour, ses vers ont le charme unique\nM. J. Ajalbert; VAme nue, de M. E. Ha-              d'un madrigal dans une prière et aussi\nraucourt; La vie et la mort, de M. J. Ra­           cette naïveté candide qui s'épanouit comme\nmeau ; Folles ballades, de M. Tancrède              une fleur dans ces miniatures où Memling\n Martel; Sérénités, de M. A. Tinchant;              peignait des âmes en blanc sur des fonds\nBaisers perdus, de M. Marsolleau; l'Idylle          d'azur :\n éternelle, de M. J. Madeleine; Sang des\n dieux, de M. J. Lorrain; Chants d'avril,\n                                                   Je lui disais souvent : vous êtes ma Madone,\n de Mlle J. Loiseau; Chants d'aurore, de           Et mon âme est un lis d'argent que je vous donne.\n Mlle H. Vacaresco ; l'Eternel féminin, de\n                                                   J'ai pleuré mes péchés comme font les pécheurs\n M. J. Gayda; la Nuit, de M. Darzens, livres       Et je suis maintenant digne de vos blancheurs.\n récents que nous avons signalés pour la\n                                                   J'ai le ferme propos, le propos salutaire\n plupart.                                          De ne plus retomber en péché volontaire.\n   Une partie de la chronique de M. Marcel         Je ne veux plus aimer d'autre vierge que vous\n Fouquier est consacrée à la Jeunesse blan-        Et suis l'enfant de chœur qui vous sert à genoux.\n che, de M. G. Rodenbach. Nous en déta­            Je suis l'enfant de chœur qui passe, qui s'incline\n chons ce passage :                                Sous votre souvenir vêtu de mousseline.\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                                               — 442 —\n\nQuelquefois, je vous donne, et cela m'est charmant,     dans les limites d'un cours d'histoire.\nDes noms de litanie avec recueillement.                 L'étude en est érudite et sérieuse. L'au­\n Je voudrais bien encore appuyer sur les pointes        teur, après avoir un peu superficiellement\n De vos souliers brodés, appuyer mes mains jointes.     traité de la poésie hébraïque et mal appré­\n Et j'enluminerai selon le rituel                       cié la poésie hindoue, est tout à fait sur son\n Un poème d'amour qui vous soit un missel.              terrain lorsqu'il parle des Grecs et des\n Un missel où, parmi de longues banderoles,             Latins. On sent l'instituteur qui s'est\n Des strophes tout en fleurs ouvriront leurs corolles,  abreuvé, dans l'enseignement, aux sources\n Où vous verrez sous l'or fluide des ciels fins         classiques, l'homme qui possède ses au­\n Mes aveux prosternés comme des séraphins,              teurs. Et pourtant, là encore M. Loise s'est\n                                                        laissé entraîner par ses prédilections pro­\n Où je vous vêtirai d'une robe de moire,\n Pour que le temps futur vous garde en sa mémoire       fessionnelles.\n                                                           Parle-t-il d'Homère et plus loin des\n Et qu'à vous voir si belle entre des rameaux verts\n Sur le mystique autel qu'auront bâti mes vers,         poètes du siècle de Périclès, c'est avec la\n                                                       ferveur du néophyte; arrive-t-il à la période\n D'autres hommes, plus tard, ô ma vierge ingénue,\n Vous aiment comme moi sans vous avoir connue.\n                                                       byzantine, son esprit, compréhensif pour­\n                                                       tant, s'égare ; ainsi pour la décadence la­\n    Dans la Jeunesse blanche on rencontre tine. Il n'a pas le sens affiné des choses qui\n des vers qui, par la justesse rare de l'image,        se « faisandent ». Pétrone, Juvénal, Martial,\n par le choix, le charme, l'accord et la comme Héliodore et Longus lui donnent\n musique des mots, sont pour ravir les poè­ des défiances; l'austère académicien se\n tes. Je citerai cette strophe sur les « bé­ trouve aux prises avec une littérature aux\n guines » :                                            yeux cernés qui lui fait l'effet d'une fille\n Elles mettent un voile à longs plis ; le secret       publique. Tout en rendant hommage à\n De leur âme s'épanche à la lueur des cierges,         l'auteur de Daphnis et Chloé, dont il recon­\n Et, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait naît le style étincelant, M. Loise se voile la\n Voir le Seigneur marcher dans un jardin de vierges.\n                                                       face et passe rapidement sur « cet héritier\n    Ou encore ces vers, cueillis au hasard : de Callimaque, dont les tableaux indécents\n Au beau de notre amour elle s'en est allée            ne sont rachetés par aucune qualité solide ».\n Comme une noce en blanc au lointain d'une allée.      Ce sont là des affirmations d'une impartia­\n                                                       lité douteuse.\n Et la lune attristait comme un portrait d'absent.\n                                                          Ainsi fait M. Loise pour Ovide, ainsi\nL'âme des déserteurs pleurant dans les tambours.       pour Lucain, « une cymbale retentissante\n                                                       qui assourdit l'oreille et l'imagination »,\n                                                       pour Perse qui « ne mérite pas le nom\n    HISTOIRE DE LA POÉSIE en rapport avec la           d'écrivain », pour Martial « qui se vautre\n civilisation dans l'antiquité et chez les peu- dans la fange », etc. Apulée seul trouve\nples modernes de race latine, par Ferdinand grâce devant la barre du vertueux critique.\n Loise. Un vol. Bruxelles, Castaigne.                     Il ne faut pas nous étonner des tendances\n    Les écrivains qui s'occupent de poésie de l'Histoire de la poésie ; voyant la litté­\nsont trop rares en notre pays pour que rature à travers la morale et la foi chré­\nnous ne leur fassions fête lorsqu'ils lèvent tienne, l'auteur l'a transfigurée et défigurée\nle doigt pour l'immortalité. M. Loise, qui avec un sentiment de sacerdoce qui ne\ncompte à son actif plusieurs ouvrages de manque pas de grandeur. Au demeurant,\nconsciencieuse érudition et n'a eu qu'un son livre est tout de patience et de scrupule\ntort, c'est de vouloir à un moment donné catholique; on retient beaucoup de cette\njuger les lettres contemporaines avec les­ lecture, et quelles qu'en soient les tares, il\nquelles il est peu familiarisé, M. Loise est est juste de dire que l'œuvre de M. Loise a\navant tout un professeur. Son livre a le ton de nombreux et sérieux mérites.\npédagogue et nous semble un peu resserré\n                                                                          *   ■   *   *\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                                                — 443 —\n\n                                                    Tel instant qui naissait des heurs éventuels\n  Une manifestation a eu lieu le dimanche\n                                                    Tout palmes d e doigts longs aux nuits ondulatoires\n19 septembre à Anvers, en l'honneur de              Vrais en le dôme espoir des vols perpétuels\nConscience.                                         Nous ouvrit les passés de nos pures Histoires.\n  Cent trente-six sociétés ont pris part au         Une moire de vains soupirs pleure sous les\ncortège qui s'est rendu à l'inauguration du         Trop seuls saluts riants de nos vœux exhalés\nmonument que l'on vient d'élever en l'hon­          Aussi haut qu'un néant de plumes vers les gnoses :\nneur de l'écrivain flamand.                         Advenu rêve des vitraux pleins de demains,\n  Ce monument, œuvre du sculpteur Joris,            Doux et nuls à pleurer et d'un midi de roses\nest d'un grand caractère : Conscience est           Nous venons l'Un à l'Autre en élevant les mains.\n\ncouché sur un haut catafalque, à ses pieds             C'est une gageure évidemment contre le\nrepose le lion de Flandre; derrière, une             sens commun. Si vous avez compris un mot\ncolonne brisée.                                      à ce stupéfiant sonnet, nous vous serons\n   Un temps magnifique a favorisé cette              obligés de nous le faire connaître.\ncérémonie qui avait attiré une foule consi­             Cependant, en fait d'extravagance vou­\ndérable.                                             lue, je préfère le sonnet célèbre de Pierre\n                                                     Berton : La larme de marbre.\n   M. le lieutenant Jérôme Becker vient de\n                                                     Sur l'étang glacé q u e le zéphyr ride\nfaire paraître une brochure des plus inté­           Cours, ô mon coursier, sans mors et sans bride\nressantes, simple extrait de son livre en            L'éclair de m a dague en tes noirs cheveux.\nvoie de publication : La Vie en Afrique.\n                                                        C'est d'une drôlerie plus franche.\nNous attendons, pour parler plus longue­\nment du sympathique auteur et de son                                          ***\nœuvre, que celle-ci ait paru en entier.                    lle\n                                                        M Louise Derscheid, une compatriote,\nAujourd'hui, contentons-nous de constater\n                                                     élève de feu Louis Brassin et diplômée du\nque d'un bout à l'autre, les quelques pages\n                                                     Conservatoire de Saint-Pétersbourg, que\n que M. Becker nous envoie se lisent avec\n                                                     l'on a entendue aux XX cette année, a\n un intérêt qui nous fait bien augurer de\n                                                     ouvert le 1e1' octobre, à la Salle Gunther,\n l'ouvrage complet. C'est le récit simple, en\n                                                     rue Thérésienne, 4, un cours de musique\n belle langue claire et correcte d'un séjour         comprenant une année préparatoire pour le\n actif et utile dans les contrées lointaines, et     solfège et le piano élémentaire, et cinq\n la littérature y a assez de place pour que           années pour l'étude approfondie du piano,\n cet éloge ne soit pas disparate dans notre           de l'harmonie, du contrepoint, de l'instru-\n  Revue.                                              mentation, de l'histoire de la musique et de\n                          * ■   *\n                                                      la musique de chambre.\n   Lire dans la Revue bleue l'article de\n                                                         Si nous signalons ce cours, c'est que son\n Jules Lemaître sur PIERRE LOTI, et celui de\n                                                      programme, faisant une large part à l'en­\n Maxime Gaucher sur Les Moines, d'Emile\n                                                      seignement théorique, a pour but non de\n VERHAEREN (n° 12, 18 s e p t . ) .\n                                                      créer des virtuoses amateurs, mais de four­\n                                                      nir une éducation complète d'artiste à tous\n    Vient de paraître une nouvelle Revue              ceux que leur instinct porte vers l'art mu­\n fumisto-décadente : Le Décadent.                     sical.\n    Je ne crois pas que l'amphigourique, le              Les personnes qui désireraient fréquen­\n contourné, le compliqué, le tarabiscoté              ter ce cours sont priées d'en faire la d e ­\n aient jamais été poussés plus loin que ne            mande par écrit à M lle L. Derscheid, rue\n l'a fait l'auteur de cette étonnante poésie :        Thérésienne, 4, en indiquant si elles veu­\n M. René Ghil.                                        lent suivre le cours au complet ou s'in­\n Tûe en l'étonnement de nos Yeux mutuels               scrire seulement comme élèves du cours de\n Qui délivrèrent là l'or d e latentes gloires          piano.\n Que veuve dans le T e m p l e aux signes rituels\n L'onde d'éternité r e p r e n n e nos mémoires.\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                                       — 444 —\n\n   Il est aujourd'hui tout à fait décidé que    pièce typique le Cocu imaginaire, et pour\nle théâtre de Bayreuth rouvrira ses portes      essayer si j'avais l'instrument bien en\nen 1888 et qu'on y donnera Tristan, Par­        bouche, j'ai fait une petite pièce, le Tri-\nsifal et les Maîtres Chanteurs. Au lende­       corne enchanté. L'intrigue, nous n'en par­\nmain de la dernière représentation, le          lons pas, n'est-ce pas, ça n'a pas d'impor­\n21 août, une réunion a eu lieu à l'hôtel        tance, mais la langue, mais les vers, c'est\n« Sonne », dans laquelle a été souscrite,       beaucoup plus fort que Molière. Pour moi,\nséance tenante, une somme de 20,000 marcs       Molière, c'est Prudhomme écrivant des\n(25,000 francs), pour assurer la continua­      pièces !\ntion des fêtes théâtrales. D'autre part, le        — Il ose, il ose dire cela du Misanthrope !\ncomité de l'Association wagnérienne de          fait Charles Blanc, se voilant la face des\nBerlin a promis une somme de 50,000             deux mains.\nmarcs (62,500 francs), qu'elle versera en          — Le Misanthrope, une véritable or­\ntemps utile au comité de Bayreuth. On           dure... Je dois vous dire que' je suis très\ncite deux admirateurs français du maître        mal organisé d'une certaine façon. L'homme\nqui se sont chacun engagés à une contri­        m'est parfaitement égal. Dans les drames,\nbution de mille marcs pendant cinq ans.         quand le père frotte sa fille retrouvée con­\nDès à présent donc, au point de vue finan­\n                                                tre les boutons de son gilet, ça m'est abso­\ncier, l'affaire est absolument assurée. Les\n                                                lument indifférent, je ne vois que les plis\ncontributions des comités wagnériens de\n                                                de la robe de sa fille. Je suis une nature\nl'Allemagne et de l'étranger porteront cer­\n                                                subjective... Oui, je vous dis ce que je\ntainement à plus de cent mille marcs le\n                                                sens... Après ça, [ces choses-là, du diable\n fonds de garantie dès à actuellement sous­\n                                                si je les écrirai. Il ne faut pas diminuer\n crit.\n                                                les chefs-d'œuvre consacrés. Mais le Misan-\n                    ***                         thrope...\n   Du journal des Goncourt :                                         ***\n   Charles Blanc, à l'Artiste, en train de\nreprocher à Théophile Gautier, avec force          Ce que font les littérateurs français. —\ncoups d'encensoir, de mettre tout au pre­       M. Alphonse Daudet est en ce moment à\nmier plan dans ses articles, de ne laisser      La Malou. Tout en suivant un traitement\nni repos ni parties plates, de tout faire       très sérieux, il prépare un grand roman sur\nétinceler.                                      l'Académie, dont le titre provisoire est l'Im-\n   — Voyez comme je suis malheureux,            mortelle.\ndit Gautier, tout me paraît plat. Mes arti­        M. François Coppée, retour des Eaux-\ncles les plus colorés, je trouve ça gris,       Bonnes, écrit un drame qui se déroule à la\npapier brouillard. Je f... du rouge, du         fin du moyen âge, dans la péninsule des\njaune, de l'or, je barbouille comme un en­      Balkans. Il travaille en même temps à un\nragé, et jamais ça ne me paraît éclatant.       roman essentiellement parisien, qui sera\nEt je suis très embêté, parce que avec ça       comme l'autobiographie du poète. Atten­\nj'adore la ligne et Ingres... Mon opinion       dons-nous à un grand succès de curiosité.\nsur Molière, vous voulez l'avoir, sur              Un autre membre de l'Académie fran­\nMolière et le Misantrope. Eh bien, ça me        çaise, M. Sully-Prudhomme, termine, à En­\nsemble infect. Je vous parle très franche­      ghien, un poème de 4000 vers.\nment : c'est écrit comme un cochon!                M. Paul Bourget, qui respire en ce mo­\n   — Oh ! peut-on blasphémer ainsi ! s'écrie    ment l'air pur des Vosges, admirant les\nCharles Blanc.                                  eaux limpides et profondes du lac de Gé­\n   — Non, Molière je ne le sens pas du          rardmer et les hauts sommets couverts de\ntout. Il y a dans ses pièces un bon gros        sapins, achève un roman des plus drama­\nsens, carré, ignoble. Molière, je le connais    tiques.\nbien, je l'ai étudié, je me suis rempli de sa      M. Leconte de Lisle termine son discours\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                                         — 445 —\n\nde réception à l'Académie et travaille à un       borner à une traduction littérale. Il n'a re­\n poème lyrique : Apolloniade.                     culé devant aucune difficulté, et l'on raconte\n   Perdu dans un grand château, au fond           qu'il est entré en correspondance avec\n du Nivernais, M. Théodore de Banville            M. Delaunay au sujet de l'interprétation de\n met la dernière main à une œuvre en vers.        certains points qui lui semblaient obscurs.\n   M. André Theuriet prépare à Annecy un          Enfin, il a demandé la mise en scène à la\n volume de nouvel an : Contes pour les            Comédie-Française.\njeunes et pour les vieux.                            C'est une société littéraire, le Neder­\n                                                  landsch Tooneel, qui va donner cette\n                    ■   *   *   *\n\n                                                  représentation, qui valait la peine d'être\n   La Revue d'art dramatique nous signale         signalée. Amsterdam, assure-t-on, a aussi\nun petit événement littéraire, fait pour cau­     ses Moliéristes, et c'est même une chose qui\nser de la joie à tout le clan des « Molié­        n'est pas indifférente à noter que la popu­\nristes ». Un écrivain des Pays-Bas, M. Al­        larité de Molière en Hollande. Il y est clas­\nberdingk-Thym vient de traduire le Misan-         sique, comme en France. Il y a trois ans,\nthrope en hollandais, et la pièce va être         quand I'Odéon alla faire une tournée dans\nreprésentée à Amsterdam en grande solen­          les Pays-Bas, on fut contraint à ne jouer,\nnité.                                             pour ainsi dire, que du Molière. Les pièces\n   Il paraît, d'ailleurs, que ce n'est pas la     modernes, qui étaient sur le programme,\npremière fois que la pièce de Molière est         finirent par céder tout à fait le pas au\nl'objet d'une traduction néerlandaise, et         répertoire.\nM. van Hamel nous donne, sur ce sujet,                                 ***\nde curieux détails.                                  Prochainement paraîtra La Bièvre, par\n   La première adaptation date duXVIIesiè­        J.-K. Huysmans. La donnée de ce livre se\ncle même, de 1682. Elle avait pour auteur         trouvait dans un des Croquis parisiens. De\nun certain Hermann Angelkot, qui la fit           l'auteur d'A Rebours, on ne peut s'attendre\nreprésenter sous les auspices de la munici­       qu'à une œuvre puissante en conception et\npalité d'Amsterdam. Mais il avait assez           en style.\nlibrement transporté la scène de Paris en                              ***\nHollande, et il avait été jusqu'à débaptiser         L'éditeur Lemerre vient de rééditer Titi\nles personnages : Alceste ne s'appelait plus      Foyssac IV de Léon Cladel, qui parut\nqu'Ernest !                                       naguère dans Bonshommes, un recueil où\n   Au début de ce siècle, Ogelnick renou­         brille une merveille Dux.\nvela cette tentative, avec non moins de              Ce Titi est une noble horreur littéraire,\nliberté. En 1851, autre essai, piquant cette      un plaidoyer bête, un pamphlet lourdaud\nfois par certains détails. L'adaptateur,          qui déshonore le grand écrivain d'Omp­\nnommé Calisch, avait étrangement modifié          drailles. Nous n'en dirons pas plus ; signa­\nle texte original. Alceste, au dernier acte,      ler cette erreur d'art est déjà trop; ceux\nse convertissait, revenait à la douce philo­      qui aiment ces sortes d'écrits prouvent leur\nsophie de Philinte, sans rattraper cepen­         ignorance artistique ; oui monsieur.\ndant le cœur de Célimène. Ainsi comprise,                              ***\nla pièce ne devait pas manquer d'une saveur          Katia, le nouveau livre du comte Léon\nassez particulière. Il avait eu aussi l'idée      Tolstoï, que la librairie académique Perrin\nassez bizarre de supprimer les juges qui          met en vente, est digne de l'auteur qui a\nfont perdre son procès à Alceste : « Il ne        signé la Guerre et la Paix et Anna Karé-\nfaut, disait-il dans sa préface, ébranler chez    nine. On y retrouve toutes les qualités\nle peuple la foi h l'incorruptibilité de la ma­   vivement appréciées dans ses précédentes\ngistrature. Il avait remplacé, enfin, la chan­    œuvres, qui donnent à son talent un attrait\nson du roi Henri par des vers de son crû.         si particulier et si saisissant.\n    M. Thym, lui, a eu la modestie de se             Katia nous fait la confession de sa vie ;\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "                                         — 446 —\n\nelle raconte comment, après avoir aimé son       « devant nous bouche bée, comme de\nmari d'une certaine façon, elle est éloignée     « jeunes choucas, et nous disent : — Mes­\nde lui par l'existence mondaine qu'elle            sieurs nos écrivains, jetez-nous dans la\nmène et comment elle se reprend à l'aimer        « bouche de la nourriture intellectuelle,\nmais d'un autre amour plus fort et plus          « digne de vous et de nous ; écrivez aussi\nvrai que le premier, dans lequel elle trouve     « pour nous autres, les altérés d'une parole\nun bonheur calme qu'elle avait en vain             vivante et littéraire, débarrassez-nous de\npoursuivi jusque-là.                             « ces Erouslan Lazarevitch, de ces Milord\n                     ***                         « George et autre nourriture de foire !\n   La mort, par le même auteur, traduction         « Le simple et honnête peuple russe vaut\net préface par E. Halpérine. Librairie acadé­    « bien que nous repondions à l'appel de son\nmique Didier. Perrin et C ie , éditeurs.         « âme bonne et juste. J'y ai beaucoup\n   Le nom du comte Léon Tolstoï est aussi          pensé, et je me suis décidé à tenter quel­\ncélèbre à cette heure en France qu'en              que chose en ce sens dans la mesure de\nRussie. Sa dernière œuvre traduite, comme        « mes forces. »\ntoujours, avec le plus scrupuleux respect                            ***\ndu texte original par E. Halpérine, et dont         Madame la comtesse d'Armaillé, bien\non vient d'annoncer la publication sous ce       connue déjà par ses travaux sur Marie\ntitre empoignant : La mort, ne fera qu'ac­       Leckzinska, Catherine de Bourbon, Marie-\ncroître la gloire du grand Russe.                 Thérèse et Marie-Antoinette,      publie au­\n   C'est le plus complet tableau de l'agonie     jourd'hui, à la librairie académique Perrin,\net de la fin d'un être, le plus saisissant qui   un nouvel ouvrage sur Madame Elisabeth,\nsoit sorti d'une plume de romancier.             sœur de Louis XVI. La touchante figure\n   Lente ou soudaine, indifférente et pres­      de la princesse y est présentée, pour la\nque joyeuse chez la plante et la bête, simple    première fois peut-être, dans toute sa vérité\nencore et sereine chez le moujik, complète       et toute sa grandeur. Un journal tiré de sa\net plus effrayante à mesure que s'élève le       propre correspondance nous la montre\nniveau intellectuel — émouvante toujours         d'abord à l'époque heureuse de sa vie à\n— la mort est envisagée dans ce livre sous       Versailles et à Montreuil. Puis, nous la\ntoutes ses faces, avec l'âme d'un grand          suivons à travers les terribles événements\npoète et l'œil d'un observateur sagace           de la Révolution, au milieu des souffrances\njusqu'à la cruauté.                              de la famille royale qu'elle partage jusqu'au\n                    ***                          bout avec un courage héroïque et une admi­\n  A la recherche du bonheur, mêmes auteur,       rable résignation. Rien ne saurait rendre\ntraducteur, préfacier et éditeurs.               l'émotion qui se dégage de ce récit où l'on\n   Sous ce titre général : A la recherche du     voit à chaque page une sublime force d'âme\nbonheur, M. Halpérine a réuni la plupart         dominer les plus grandes infortunes et les\nde ces contes populaires où le grand roman­      situations les plus accablantes. Madame\ncier, tout en nous familiarisant, dans un        d'Armaillé a su peindre avec une intensité\nstyle d'une simplicité merveilleuse, avec sa     prodigieuse les scènes déchirantes, les\nmorale, nous initie en même temps, d'une         angoisses mortelles au milieu desquelles\nmanière attrayante et dramatique, à la vie et    vivent les prisonniers du Temple.\naux mœurs si curieuses des paysans russes           Des documents inédits tirés des archives\n  En écrivant ces pages d'une grandeur           des Affaires étrangères, l'analyse de travaux\nbiblique, l'auteur de la Guerre et la paix       qui n'avaient pas encore été utilisés ont\navait encore un autre but; il l'expliqua         fourni à l'auteur des sources nouvelles\ndans une conversation qu'il eut tout derniè­     d'information et lui ont permis d'établir\nrement avec l'écrivain russe Danilevsky et       avec autorité des faits demeurés douteux\nque le traducteur reproduit dans sa préface.     jusqu'ici, notamment en ce qui regarde\n  « ... Les millions de Russes qui savent        Louis XVII et le rôle de Robespierre dans\n« lire, disait le comte Tolstoï, demeurent       le procès de madame Elisabeth.\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "   — Non, Toto.\n   — Eh bien moi je l'sais... E's'appelle Alida Veau-d'Or.\n   — Alida...?\n    — Veau-d'Or... Tu sais comme le veau d'or que Moïse a fichu par terre, dans l'his-\ntoire sainte, que les juifs étaient si colère... Tu sais bien?\n   — Et comment sais-tu le nom de cette dame ?\n   — C'te dame?... D'abord c'est pas une dame.\n   — Demoiselle, alors?\n   — Demoiselle non plus... C'est une grenouille.\n   — Une grenouille!!! — ???\n   — Oui, une grenouille... Ah oui, toi tu connais qu'les grenouilles dans les mares à la\ncampagne. Eh ben ! à Paris, y en a aussi des grenouilles, seulement c'est pas les mêmes\ngrenouilles.\n   — Et, à Paris, qu'est-ce que c'est que les grenouilles?\n   - - Comment, à ton âge, tu ne sais pas encore ce que c'est que des grenouilles?\n   — Toto, je te prie d'être poli. On ne parle pas comme ça à sa mère.\n   — Mais m'man, je suis poli avec toi, seulement j'peux pas m'empêcher d'être épaté !\n   — Epaté!... Mais, quelles drôles d'expressions tu as depuis quelque temps! Tu me\nferas le plaisir de renoncer à tous ces vilains mots.\n   — Des vilains mots!... Ah zut! alors, c'est toujours des vilains mots avec toi. J'dirai\npus rien, v'ià tout!\n   Toto boude une grande minute, puis se ravisant tout à coup :\n   — A propos, j't'aipas dit ce que c'est qu'les grenouilles à Paris.\n   — Qu'est-ce que c'est?\n   — Eh ben c'est des petites femmes qui sont comme des bonnes dans les cafés, seule­\nment, tu sais, des chouettes bonnes, bien peignées, avec des chic robes et des petits\ntabliers blancs, et puis des petits sacs accrochés à la ceinture.\n   — Ah !\n   — Il y en a qui sont rud'ment gentilles.\n   — Ah bah!\n   — Mais oui .. si tu veux, nous repasserons par la rue de Vaugirard. J'connais un café\noù qu'é sont tout l'temps à la porte... J'te les montrerai. J'en connais une justement, une\nqui s'appelle Titine.\n   La maman de Toto pousse un cri d'horreur.\n   — Comment tu connais de ces créatures ?\n   Toto paraît stupéfié de l'indignation maternelle.\n   — Pourquoi q'tu les appelles des créatures? E sont pas méchantes du tout, pourtant.\n   — Je te défends absolument, tu entends bien, Toto, de fréquenter ce monde-là !\n   — Bon... Bon. T'emballe pas, m'man, t'emballe pas ! j'fréquent'rai pas ce monde-là,\ncomme tu dis.\n   — Et puis, si tu n'es pas plus convenable, je te ferai corriger par ton père.\n   — Oh I la la ! Avec ça que p'pa, quand il était étudiant, il allait pas voir les grenouilles !\nEt moi, quand j'serai étudiant, avec ça qu'je m'gênerai !\n   La maman resta confondue de tant de perversité précoce. Tout à coup déboucha une\n troupe de touristes anglais qui se rendent au musée.\n   Toto fait autour de sa bouche un entonnoir avec ses deux mains, et de sa voix la plus\ntumultueuse :\n   — Ohé, les Angliches !... Ohé, les Angliches!\n   Les Angliches, ainsi interpellés, se retournsnt et, méprisant leur microscopique blas­\nphémateur, continuent vers le musée leur marche triomphale et saccadée.\n   La maman est devenue rouge de honte et de confusion. Toto s'en aperçut et sourit\nsupérieurement :\n   — Ça t'épate, ça?... Eh ben qu'est-ce que t'aurais dit l'aut'jour!... Imagine-toi que\nv'ià une voiture d'Anglais qui s'arrête devant l'Panthéon... Alors y avait un bonhomme\nqui leur expliquait tout haut, en anglais, c'que c'était qu'le Panthéon... Alors, v'là un\npoivrot qui s'amène et qui s'met à les attraper, comme j'faisais tout à l'heure : Ohé, les\nAngliches!... Ohé, les Angliches ! . Les Angliches étaient furieux... Alors le pochard est\nparti en leur faisant comme ça. . et puis il leur a dit : Quand vous verrez l'prince de\nGalles, vous lui direz que 'jt'em... !\n   Et Toto reproduit exactement la scène.\n   Les derniers mots, il les hurle au grand complet, en les rhythmant sur ce geste bien\nconnu, qui s'appelle dans les régiments tailler une basane.\n   La maman de Toto ne sait plus ou elle eu est. Fiévreusement elle saisit le poignet de\nson fils, et s'enfuit, éperdue.\n   Et voilà pourquoi le parc des Médicis est désormais interdit à Toto, jeune gentleman\nde cinq ans et demi.\n                                                                     ALPHONSE ALLAIS.\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "A\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine O0\n                   6, R U E P A U L D E V A U X , (PRÈS LA B O U R S E )\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, à'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nYAchaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora, et l'absinthe Pernod.\n  (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\n\nO          pantagruélistes ! après avoir, à l'aide de ces apéritifs délectables,\n           préparé votre esiomac aux douceurs de la table, prenez le Bou­\n          levard, enfilez à droite la rue de l'Evêque, traversez en diagonale\nla place de la Monnaie, laissez à votre gauche l'infâme Munich des Trois-\nSuisses, glissez à côté de la Taverne Tom et entrez à la\n\n   TAVERIsTE LOUIS\n                        RUE DES P R I N C E S .\n  Vous y trouverez des plats du jour exquis et pour rien. A la carte, nous\nvous recommandons l'Entrecôte aux pommes sautées ; comme bière, le\nScotch dans des verres mousseline.\n                    P. S. On n'y parle pas politique.\n\n             POUR          PARAITRE                 INCESSAMMENT\n\n  LETTRES A JEANNE\n                             PAR J U L E S         DESTRÉE.\n\n               AriDB3STT             DIE          P A E A I T B E :\n\n                               ELLES\n                      PAR J A M E S V A N D R U N E N .\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, i6, à Paris; publie LA BELLE F I L L E , par A. MATTHEY. Un\n  numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, V - Monnom successeur, 2G, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-10-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 452."}}