{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6« ANNÉE. TOME V, N° 11.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 500, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "6« ANNÉE.     TOME V, N° 11.    PRIX : 60 CENT. ÉTRANGER : 75 CENT.              5 NOVEMBRE        1886.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                  Lajète de f univers manquerait de quelque\n                                                chose, si le monde ?i'était peuplé de fanatiques\n                                                iconoclastes et de lourdauds     vertueux.\n                                                                         ERNEST RENAN.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 500, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 574, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "SOMMAIRE:\n\n    Elles                                                        MAX W A L L E R .\n    Le Comte Léon Tolstoï                                        FRANCIS NAUTET.\n    A cœur perdu                                                 HENRI MAUBEL.\n    Memento                                                      **■*\n\n\n\n\n                                   'BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                            1886\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À nos lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "A NOS LECTEURS", "ancre_fin": "LETTRES FRANÇAISES EN BELGIQUE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 501, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "A NOS LECTEURS\n                                                       er\n\nComme  tous les ans, nous donnerons le i janvier à nos lecteurs la\n  prime artistique d'un frontispice gravé en photogravure. Celui de 1887\nsera signé XAVIER MELLERY.\n   Nous devons à l'amitié de GEORGES EEKHOUD communication de\nl'original, destiné primitivement à orner Kees Doorik. Ce n'est plus la\nmièvre nudité de l'année dernière, mais une forte flamande plantée, les\npoings sur les hanches, au seuil de la ferme. Elle personnifiera bien la\nJeune Belgique crâne et décidée à la lutte. C'est une œuvre de premier\nordre digne du grand nom qui l'a signée.\n\n\nA uquemoment où l'année présente va finir, il nous faut faire appel, et plus\n        jamais, à la fidélité de nos abonnés. Sans tenir compte de la valeur\nlibraire de notre revue dont les collections sont très haut cotées dans les\ncatalogues de ventes et qui deviendront rarissimes avant six mois d'ici,\nnous invoquons les difficultés de notre œuvre, toujours plus combattue à\nmesure qu'elle grandit. Les lettrés sont si clair-semés qu'aucun ne peut\nrenoncer à soutenir de son concours — fût-il restreint — un effort sans\nprécédent, en Belgique. Peu à peu nous sommes parvenus par de petits\nperfectionnements — épigraphes célèbres, correspondance drôle, historiettes\nde couverture — à donner de l'intérêt à toutes nos pages. Enfin, toutes les\nnouvelles de l'Art nous arrivent régulièrement et de première main. C'est\ndire que notre prix d'abonnement est dérisoire. Porté à 7 francs, il ne sera\ncependant plus augmenté, bien que nos volumes en représentent plus de 20\nau point de vue de leur luxe.\n\nE    n parcourant notre table des matières prochaine, nos lecteurs y verront\n      les noms de Georges Eekhoud, Emile Verhaeren, Albert Giraud,\nGeorges Rodenbach, Camille Lemonnier, F r a n c i s Nautet, I w a n\nGilkin, H e n r y Maubel, Georges Khnopff, Eddy Levis, J a m e s Van-\ndrunen, Siebel, André Fontainas, Jules Destrée, Hippolyte Devil-\nlers, J . Frédéric, Jules Gilson, Grégoire Le Roy, Raoul Russel,\nLouise Desbordes, Joséphin Péladan, Emile Van Arenbergh,\n Georges Kaiser, Hector Chainaye, H e n r i Mériot, Eugène Monseur,\n Marius Réty, J e a n Moréas, Fritz Rotiers, Max Waller, dont les\nabonnés de la Jeune Belgique ont pu apprécier les pages.\n\nA     l'œuvre donc par la fidélité, la propagande et la coopération, au nom\n        des    L E T T R E S FRANÇAISES EN B E L G I Q U E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 447, "page_fin": 451, "titre_corps": "Elles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "ELLES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE COMTE LÉON TOLSTOÏ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 502, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "ELLES (*)\n\n\n                                 itre charmant et sans limite. Eternel féminin\n                                que personne n'a songé — pas même M. Van­\n                                drunen — à fixer en quelques formules ; on y\n                                perdrait ses peines et ses illusions.\n                                   Des illusions, l'auteur de ce « keepsake »\n                                en a beaucoup, et c'est ce qui fait le charme\n                                de son livre. Stendhal a divisé l'amour en\n                                quatre catégories : 1° l'amour-goût (Lauzun,\n                  Chamfort), 2° l'amour-passion (Héloïse, Laure), 3° l'amour\n                  physique, et 4° l'amour de vanité. Il a négligé l'amour-\n                  puceau pour en laisser tout l'honneur à James Vandrunen ;\n                  car, sans donner à celui-ci la robe blanche — symbole de\n                  toutes les virginités, — nous prétendons que notre ami est\n                  le plus candide et le plus neuf des hommes.\n                     La femme est pour lui le piédestal de marbre blanc sur\n                  lequel il pose son idéal ; il se prosterne, il adore — et cela\n                       suffit. Son humilité n'est pas cette aimable concession\n                   que l'on nomme galanterie ; c'est un véritable sentiment\n                   de vasselage. Il adore la femme, sans même oser lui\n                   demander quelque chose en échange ; sa religion est celle\n                   du bout du nez ; — et alors, défilent devant lui les êtres\nles plus divers, depuis la chaste jeune fille jusqu'à la dernière traînée, sans\n\n  (*) Elles, par James Vandrunen. Un vol., chez Mme Veuve Monnom, à Bruxelles (hors\ncommerce).\n                                                                          29\n"}, {"page_pdf": 503, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "                                   -   448    -\n\n   qu'il perde un instant son inaltérable sourire et ne dise à toutes : « Chère\n   belle », en s'inclinant.\n      Il est difficile de dire aux femmes ce que l'on pense d'elles : à savoir\n  qu'elles ont de moins en intelligence ce qu'elles ont de plus en sensibilité;\n  M. Vandrunen ne saurait s'y résoudre. Il dit quelque part : « Le délicat\n  séquestre l'image adorée dans un idéal inviolable, il l'enveloppe d'une ido­\n  lâtrie respectueuse... », oubliant que même les yisions de femmes ne se lais­\n  sent pas séquestrer, ces Agnès, et que l'idolâtrie ne leur convient qu'à con­\n  dition de n'être point respectueuse. Elles veulent être flattées sans culte et\n  n'aiment les baisers que lorsqu'elles les sentent donnés par des lèvres qui\n  pourraient mordre. Chose déconcertante, les hommes aimés le plus éper­\n  dûment, le plus farouchement, le plus irrémédiablement, ce sont les soute­\n  neurs — ceux qui méprisent, qui battent et qui tuent leurs maîtresses ! Que\n  cela prouve-t-il, sinon que la position d'esclave est pour Elles, et que, plus\n  Eux seront hautains et dédaigneux, plus ils seront aimés — et bien pour\n  eux.\n     Ernest Renan le dit dans L'abbesse de Jouarre : « L'humiliation est\n nécessaire à la femme. La Nature l'a voulu. Abélard ne fut maître d'Hélo'ise\n que quand il l'eut domptée ».\n     « La femme est une poupée qui a des migraines », a dit Vandrunen. Le\n mot est joli. Il ajoute : « C'est un paquet de nerfs qu'il ne faut pas remuer »,\n alors que cette poupée est en gomme incassable et que ce paquet de nerfs\n s'éteint si l'on ne le remue.\n    Sans avoir le mépris de la femme, l'homme supérieur en a le dédain, lors­\n qu'il a affaire à autre qu'à la femme de foyer — sacrée celle-là. Il ne voit\n en elle que l'occasion d'exercer une fonction physiologique, et l'habitude\n qu'il en prend est une manière de passion; ne rompt-il pas? c'est pour ne\n pas déranger ses manies ; rompt-il ? c'est pour perfectionner son plaisir ; les\n femmes sont des corps qui ne pensent pas, mais assimilent, ne parlent pas\n mais gazouillent; c'est comme un vin de bon goût qui chanterait pour vous\n distraire le gosier.\n    Dumas fils disait : « L'amour, voilà une chose que je comprends que l'on\ndesire ou que l'on regrette, mais que je ne comprends pas qu'on fasse ».\nParadoxe.\n    L'amour, en dehors du mariage, où les préoccupations sentimentales\ns'élèvent, est un exercice matériel plus agréable que les autres, mais auquel\nl'esprit se mêle si peu, que l'on voudrait parfois rencontrer des femmes\nmuettes, pour n'y être point troublé.\n    « Heureux, gouaillait canaillement Grévin, le bourgeois placide qui ne\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "                                   — 449 —\n\n vit jamais dans la femme qu'un simple moule à singes! » Sage aussi, ce\n bourgeois.\n     Le sentiment, avec les maîtresses, est un non-sens.\n    Les maîtresses sont toutes bêtes, sinon vous les auriez prises pour\n femmes; mais vous ne les estimez pas, car elles ne peuvent vous comprendre ;\n et vous ne les aimez pas vraiment, puisque vous les quittez un jour. Vous\n les prenez en vue d'une séparation, et ne buvez à ces coupes que parce que\n vous savez qu'elles se briseront vite.\n    Ces choses positives et peu galantes, M. James Vandrunen ne les dit\n pas, car il n'en pense rien, et c'est ce qui fait, qu'après avoir lu son livre de\n forme fine et délicate, on est fort embarrassé de savoir ce qu'on a lu. Tout\n y est couleur de temps qui va changer; c'est un marivaudage sentimental\n dont il ne reste à l'esprit qu'un effleurement, une poudre rose tombée des\n ailes d'un papillon. Ses femmes sont toutes à fleur de peau, « visionnées »\nplutôt que devinées, soupçonnées plus que comprises, des ombres chinoises\ntrès gracieuses devinées à travers un rêve de mousseline couleur de ciel. Il a\ndes étonnements d'explorateur qui, voyant un amas de pierres où serait dis­\nposée une série d'orifices garnis de vitres, dirait : Cela ne serait-il pas une\nmaison ?\n    Je néglige le chapitre intitulé ?, qui n'est que le décalque du prologue\nd'Henriette Maréchal, quelque chose comme une syncope de Goncourt,\net j'arrive au style.\n    Ici tout est charmant; le mot juste, affiné, subtil, relève à tout coup la\nphrase joliment française, une phrase dix-huitième siècle aux gracieuses\naffêteries, une phrase qui ne rit pas, mais rougit de se voir si belle en ce\nmiroir. M. Vandrunen a peur de ce qu'il dit; il le hasarde en regardant de\ntous côtés pour voir si la police des mœurs littéraires ne le file pas ; de là\nquelque chose de timide dans le mot comme dans la pensée, une observa­\ntion qui doute et n'avance que le petit doigt, une étude de soi-même, avec\ndes ombres de femmes dedans.\n    De loin en loin, l'excellent cocquebin s'arrête et dit : « Si nous frap­\npions un grand coup ! » et il devient enragé. Lisez le chapitre Verseuse,\noù Vandrunen décrit une femme d'Eden; il force la note et dépeint une\nmonstruosité sans forme, invraisemblable, qu'il n'a jamais vue, mais qui\ndoit être comme cela, en comparaison des misses blanches et roses qu'il\n« sorbette » de sa spatule d'ivoire. Oh! la gueuse! elle est « veule », elle est\n« sanglée dans une toilette de friperie, satin fané, souillé, qui crève sous\nla poussée des graisses débordantes. » Son décolletage « cynique expose\ndes seins exagérés et une boucherie flasque, pesante » et enfin : « les\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "                                    — 450 —\n\nhoquets secouent la masse du corps ». Assez! assez! cette purée est digne\ndes maisons à soldats, en province, à l'heure où l'on éteint les deux quin­\nquets ; mais tu les calomnies, ces grues, mon vieux camarade! Elles ne sont\npas si malpropres que cela — même je me suis laissé dire qu'elles se soi­\ngnaient plus... loin que les femmes honnêtes. Mais cette indignation injuste,\nje veux la comprendre encore. Vallès l'a dans le premier chapitre de La\nRue, Lemonnier dans Nos Flamands au chapitre de Nos amours, et c'est\nune bonne et salutaire pensée de vouloir inspirer du dégoût pour ce qui\nn'est pas honnête — demande à l'Art moderne qui a toujours rêvé de con­\nfier à Leconte de Lisle la mise en vers de Parent-Duchâtelet!\n   Lorsque tu parles des Petites, mon ami, des petites ouvrières, tu conti­\nnues ton idéalisation. Celles de Mürger ne sont que des maritornes à côté\ndes travailleuses auxquelles tu prêtes le pareil bénitier, et, à la fenêtre, le\nsemblable pot de giroflées. Tu les contes, allant aux champs avec leur\nArthur, et tu t'attardes avec les amoureux dans cette chute de phrase\nexquise : « Ils continuent lentement, s'arrêtent devant les belles propriétés,\ncueillent des fleurs et se disent avec mélancolie que les dimanches sont\ncertainement plus courts que les autres jours »... Un peu plus, tu ajou­\nterais avec Coppée :\n\n                   « Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule ! »\n\n   Eh! non, ce n'est pas si ridicule, mais ce n'est pas, voilà tout, et je le\nregrette pour nous qui ne dédaignons pas de cueillir des fleurs et avons sou­\nvent des spleens — ce qui n'est, après tout, que de la mélancolie qui sait se\ntenir.\n   Où je trouve Vandrunen plus humain, plus pénétrant, c'est dans la page\nintitulée : La Femme qui rit. Le décor, une baraque de foire où le presti­\ndigitateur escamote les objets que « veulent bien lui confier les personnes\nde l'honorable société ». Deux femmes sont là ; l'une a passé son mouchoir,\nl'autre son anneau d'alliance. La première est une dévoyée, la seconde une\nhonnête. Le pître va rendre les objets :\n   « — A qui l'alliance? à qui le mouchoir?\n   « Ma vosine, la créature pâle, avait donné le mouchoir; elle tend la\nmain : le physicien lui présente l'alliance...\n   « ... Il y eut alors, devant cette bague, devant cette chose d'un bonheur\n« honnête et défendu, une contraction aiguë, endolorie dans le visage de\n« cette femme; elle retira la main vivement, craignant de toucher l'anneau\n« symbolique. Il y avait de la honte, du regret, de l'envie dans ce mouve­\n   ment — et elle se sentit alors, elle, la plus remuante, elle se sentit moins\n« que ces autres entourées du bruit de leurs enfants.\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1136, "texte": "                                  -   451   -\n\n   « Elle baissa la tête, reprit son mouchoir et elle souffrit véritablement\n « cette malheureuse de joie. Pauvre fille!... »\n   Voilà un coin de vie et de réalité douloureuse exprimé avec une belle\npitié de style ; et ces seuls mots : « malheureuse de joie » sont d'un écrivain\nqui concentre — non loin d'un qui... évapore.\n   James Vandrunen est un triste qui a beaucoup lu. A côté de la science\n— sa carrière — il a les Lettres et le respect d'elles ; parmi nous, il est de\nceux qui ont le plus enregistré avant de produire; étant silencieux, il est\nobservateur, mais surtout découvreur, et c'est ce qui fait que certaines\nchoses ne le frappent que par leur côté externe et mystérieux encore, tan­\ndis qu'il s'enfonce dans d'autres avec une sûreté de sonde. Dans son\nlivre, le découvreur domine, mais n'est-ce pas un rêve exquis de n'avoir pas\nvu, et de révéler au monde, demain, comme si l'on était le Christophe\nColomb de la nature, que le ciel est bleu, les étoiles d'or et les fleurs de\nparfum ?\n                                                        MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 451, "page_fin": 463, "titre_corps": "Le Comte Léon Tolstoï", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Nautet", "ancre_debut": "LE COMTE LÉON TOLSTOÏ", "ancre_fin": "FRANCIS NAUTET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 506, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 1136, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "LE COMTE LÉON TOLSTOÏ\n              Nous compterons au total du XIXe siècle deux écrivains de génie :\n               l'un, français et lyrique, Victor Hugo ; l'autre russe et réa­\n               liste, le comte Léon Tolstoï. Celui-ci a porté le roman aux\n               hauteurs où Shakespeare a porté le drame. De même que\n Shakespeare est un sommet au dessus duquel nous ne percevons rien; de\nmême ne pouvons-nous rien concevoir qui puisse dépasser l'envergure de\nl'observation, l'image complexe et rigoureusement vraie de la vie des\nromans de Tolstoï. Sans doute, il n'a pas l'imagination poétique, le lyrisme\net le sentiment du fantastique. Mais en cela, il est de son temps. Shake­\nspeare, seul, a rassemblé toutes les formes du génie et exploité tous les\ndomaines.\n   Néanmoins, quand on ferme les romans de l'écrivain russe après les\navoir lus, on peut se faire la certitude d'avoir vu le monde moral et le\nmonde social sous leurs principaux aspects. Si son œuvre n'a pas les grâces\nélevées du style, la séduction des termes artistement assemblés et le sens\nsupranaturel de la forme, elle a toutes les expressions humaines, depuis la\njeunesse joyeuse, si fraîchement représentée par des personnages dont les\nfigures riantes nous hantent encore comme des amis que nous aurions connus»\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "                                  — 452 —\n\njusqu'aux maturités soucieuses et pensantes; elle a aussi toutes les expres­\nsions intellectuelles, depuis le doute jusqu'à la foi. Le comte Léon Tolstoï a\nen quelque sorte refait, au cours de ses romans, l'histoire de la pensée en la\nmêlant aux actes sur lesquels porte sa réflexion souveraine. Comme ceux\nqui pensent en écrivant, au lieu de n'écrire qu'après avoir pensé, il nous\nentraîne, avec l'expérience même, à travers tous les méandres qu'il a suivis,\navant d'aboutir à la conclusion à laquelle il s'est arrêté. Ce procédé de vraie\nanalyse n'a ni effets, ni résolutions immédiats, mais ses décisions loin­\ntaines et péniblement atteintes, en passant par les contradictions, sont plus\nfermes et plus vivantes.\n   Il y a des problèmes non résolus sur lesquels tant de générations ont\npeiné sans en découvrir le secret, que nous nous en sommes lassés. Nous\navons pris l'habitude de les admettre avec leur mystère qu'il nous paraît,\ndu reste, irrévocablement impossible de pénétrer. La naissance et la mort,\npar exemple, ne nous préoccupent même plus. Tolstoï, avec cette fraîcheur\nde perception qui est une des caractéristiques, du Russe, s'y arrête, comme\ndevant un spectacle nouveau et dresse devant ces mystères des interroga­\ntions profondes. Il en a agi de même pour toutes les manifestations\nsociales. Il a tout analysé, tout décomposé, avec les moyens d'une critique\nsi supérieure, si désintéressée, si élevée et si sympathique que son juge­\nment nous indique la personnalité morale la plus sûre et la plus éminente\nqui ait jamais existé. Quand il nous ouvre le cœur d'un personnage, nous\nsommes certains d'y tout voir de ce qu'il contient. Parfois, le spectacle est\nnaturellement désagréable; les indices mauvais y sont en nombre, mais\nl'observateur, de ses mains consciencieuses, obligeantes et délicates, va cher­\ncher, au milieu des ronces, la fleur pure, le ferment de noblesse et nous le\nmontrer victorieusement. Plus tard, dans son ouvrage Ma Religion, il\nconseillera d'observer la parole du Christ : Ne jugez pas. De par sa nature\nplus encore que de par sa raison, il devait propager ce doux conseil, car\nmême dans ses ouvrages de début, alors qu'aucune doctrine ne l'a fixé, il\nanalyse l'âme humaine avec cette indulgence admirable à laquelle il ne\nfaillit jamais. Aussi, son œuvre, nous dit-il toutes les sensations ; des sen­\nsations exquises, des sensations tendres, des sensations fortes ; la peine et\nl'amour, la joie et la crainte, la foi et le doute, tous les sentiments, sauf la\nhaine !\n    Il en résulte que son réalisme sympathique est d'un caractère tout per­\n sonnel. Les Anglais nous ont donné le réalisme imaginatif, Dostoïevsky,\n cet autre romancier russe, le réalisme maladif et visionnaire, les Français,\n'le réalisme misanthropique. Ces différentes formes d'observation impliquent\n"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "                                  — 453 —\n\nune idée d'exaspération, de parti-pris, en tous cas d'humeur. La repré­\nsentation de la vie n'y sera donc naturelle qu'approximativement. Sans\ncompter la largeur qui a fait défaut à ces divers représentants du réalisme,\nnous sommes en droit de n'admettre leur jugement que comme entravé par\ndes dispositions personnelles. Ainsi, Flaubert a inoculé son pessimisme à\ntous ses personnages; il les a vus bas, mesquins, sincèrement, mais avec\nune vision de malade, sans une espérance au cœur et sans une sympathie\ndans l'âme. Il n'aimait que son art et quelques proches. L'homme, en\ngénéral, lui faisait horreur ; d'où des tableaux poussés au noir où il n'y a\nd'autre lumière que la lumière artiste. C'était un écrivain blessé qui a tout\nimprégné du sang de sa blessure et qui a voulu se justifier à lui-même son\npessimisme en nous montrant une société bien faite pour le communiquer à\ntous ceux qui vivaient dans son atmosphère.\n   On peut trouver qu'il avait raison ou qu'il avait tort avec également de\nconscience. Tolstoï, dont le réalisme est tout indifférent, qui se montre\naussi généreux pour les grands que pour les humbles, et qui conclut par\nune ardente profession de foi, n'en paraîtra pas moins pessimiste à celui que\nsa doctrine n'aura pas rallié. Mais au moins, on reconnaîtra que son\nréalisme est aussi large, aussi désintéressé, aussi vrai, que le réalisme de\nFlaubert est étroit, purement physique et peu sainement entendu. L'un\nhait, l'autre s'attriste et ne se diminue pas. Avec Tolstoï on n'a pas le soupçon\nd'une charge gravement faite, et il en résulte peut-être une tristesse plus\nvive. Les uns, les plus heureux, auront trouvé dans ses œuvres un credo\nnouveau, une source fraîche d'espérances et de quiétudes; les autres, ceux\nqu'il n'aura pas convaincus, y trouveront une amertume profonde, les\néléments d'un désespoir certain, car il a fait son expérimentation avec une\nhonnêteté et une sûreté incomparables. La vie l'a fait souffrir, certes, elle l'a\nébranlé, mais elle ne l'a pas déséquilibré. Il est resté infailliblement maître\nde sa pensée, de son imagination, de ses sentiments intimes, sans jamais\nincliner d'un côté ou de l'autre, si juste toujours, si noble et si grand, qu'un\nde ses lecteurs me le définissait par cette parole frappante mais malheureu­\nsement impie : « Tolstoï, c'est une sorte de bon Dieu... supérieur. »\n\n                                        I\n                   SES ROMANS ET SES PERSONNAGES\n\n   Les romans du grand écrivain russe ont eu en France une fortune rapide\net d'autant plus extraordinaire qu'ils sont d'un abord difficile. La Guerre et\nla Paix compte près de quinze cents pages d'un texte serré, Anna Karé-\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "                                  — 454 —\n\nnine, les deux tiers, et il n'y a pas un mot de trop dans ces longues narra­\ntions. Les intelligences minces ne peuvent s'approprier tous les faits qu'elles\nrecèlent. Ce monde, qu'il nous présente dès les premières pages et de\npréférence dans quelque scène d'ensemble, est d'une complexité où tout\nd'abord l'on s'égare.\n   Nous voici débarqués à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, au milieu d'une\nsociété qui nous est inconnue. Les figures se pressent et nous n'en savons\nrien encore que le nom, ce qui n'est pas d'un intérêt suffisant. Mais\nprenons patience, nous distinguerons peu à peu, dans cet encombrement\nde personnalités de tous genres, quelques types mis en relief avec qui nous\nlierons connaissance, aux actes desquels nous nous intéresserons avec un\nattachement toujours croissant, pour finir par nous identifier à un tel point\navec eux qu'il nous semblera réellement les connaître, les voir et les\nentendre. Il n'y a pas d'écrivain qui évoque avec des traits plus sobres et\nplus frappants un personnage. La parole est toujours accompagnée d'un\ngeste en communion avec la pensée, et le jeu des regards, l'expression des\nphysionomies, le son de la voix expliquent l'être jusqu'au plus profond de\nlui-même.\n   Les deux romans que je viens de citer résument tout l'œuvre du roman­\ncier. Anna Karénine est une simple histoire d'adultère. La femme du\nministre Karénine devient la maîtresse d'un jeune seigneur que le hasard a\nmis sur son chemin. Ne pouvant accorder sa vie avec ses aspirations, elle\nse suicide. Un tel sujet est de ceux dont tous les écrivains auraient pu\ns'emparer. Mais personne ne l'a traité à fond. Madame Bovary, qui sem­\nblait naguère l'étude moderne le plus creusée écrite sur cette passion, n'est\nplus qu'une forte esquisse physiologique, comparée à Anna Karénine.\nEmma Bovary, elle aussi, déçue dans ses amours, se suicide. Mais dans la\npassion, sa chair seule a parlé. C'est une créature sensuelle et voluptueuse,\nqui n'a pas un seul élan pur. Le jour où on l'a conduite au bal, chez un vieux\nseigneur galant, ce n'est pas le luxe qui éblouit ses yeux, ou du moins si\nelle en a le sens, qui pourrait être supérieur et ne trahir qu'une attirance\nvers le beau, il s'y mêle un goût précoce pour la dépravation. Et ce qui\nfixe ses regards, c'est ce vieillard « qui a couché dans le lit d'une reine. »\nElle est lascive dans tous ses actes, jusque dans son linceul qui la couvre des\npieds à la tête, en dessinant les formes voluptueuses du corps. Et, pour la\nrésumer, elle n'est rien de plus qu'une femelle avide de jouissances.\n   Le type d'Anna Karénine est de tout autre essence. Ici la passion prend\nune de ses personnifications les plus hautes et les plus nobles. Belle sculptu­\nralement, elle a épousé un de ces hommes austères qui n'ont aucune\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "                                   — 455 —\n\npassion personnelle et ne vivent que pour les choses publiques. Cette\nnature irréprochable, façonnée pour le monde et pour les choses générales,\nn'a pas de ces détentes où le naturel se livre. Les convenances l'ont matée\nautant que les doctrines, et toute sa conscience consiste à observer stricte­\nment les règles convenues et, d'ailleurs, basées sur une tolérance aristocra­\ntique. Mais le ton du mari sonne toujours faux aux oreilles de la femme.\nElle sait qu'il ne lui appartient pas, qu'il est un « ministre » plus qu'il n'est\nun homme. Elle devine le frein qui le retient toujours et lui donne cette\nréserve sèche, cette retenue rigoureuse où jamais il n'y a un abandon. Elle\nl'accusera intérieurement de mensonge, alors qu'il y a chez lui qu'un\nmaintien trop sévère et une sorte de perfection toute mécanique. Aussi,\nquand Anna rencontre Wronsky, ardent, se donnant tout à la vie, subit-elle\nvivement le charme du contraste. Elle se trouve devant une créature\noriginellement distinguée, devant des yeux qui la regardent avec désir,\npassion et franchise. Ce n'est plus la perfection automatique, mais c'est la\nvie ! la vie débordante et franche, qui s'affirme, qui s'ignore, et que l'on\nsent décidée à se satisfaire.\n   Les débuts de la liaison entre Anna et Wronsky sont d'une psychologie\nà la Shakespeare. Nous assistons aux combats intérieurs qui font reculer la\nfemme devant l'amant, qui l'attire et la magnétise avec une puissance\nmagique. Elle croit d'abord que le devoir sera assez fort pour l'empêcher\nd'aller là où la nature impérieuse l'entraîne. Mais elle se sent emportée\nmalgré elle et elle en a la conscience. Wronsky, ayant prononcé le mot\namour, Anna répond : — Souvenez-vous que je vous ai défendu de pro­\nnoncer ce mot, ce vilain mot, — « et aussitôt elle comprit, que par ce seul\nmot défendu, elle se reconnaissait de certains droits sur lui et semblait\nl'encourager à parler ».\n   Un incident, un de ces incidents naturels, à l'effet irrésistible, va préci­\npiter l'action et consommer l'adultère. Wronsky doit prendre part à des\ncourses de chevaux, dont la description, faite par Tolstoï, est la plus belle\npage de réalisme qui peut-être ait été écrite. C'est une des facultés les plus\nétonnantes de ce penseur grave, toujours en quête de quelque solution\nphilosophique, que ce don de pouvoir s'intéresser à des choses qui peuvent\nparaître frivoles. Mais, sous sa plume, cette admirable description de\ncourses, où il fait preuve, comme en toute chose, d'une science technique\nsolide, deviendra l'un des plus beaux éléments du drame. Ces épisodes isolés,\nqui forment un tout si serré, qu'ils pourraient être détachés, sont des chefs-\nd'œuvre qui suffiraient seuls à rendre un écrivain célèbre. Et s'il est vrai\nque tout est relatif, qu'un ton n'a de valeur que par les tons qui le font\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "                                   — 456 —\n\nressortir, que les choses ne prennent de relief que par les autres choses\nmise sau même plan, la richesse, l'abondance d'observation de Tolstoï sont\nd'une valeur inestimable.\n    Jusqu'à ce jour, Anna n'a eu avec Wronsky que des relations sans impor­\ntance grave. Moralement, elle est prise, et s'est déjà éloignée de son mari\nchez qui elle a soudain découvert des défauts qu'elle ne lui connaissait pas\nauparavant. Celui-ci à également pressenti le danger; il ne se reconnaît\npas le droit d'entrer dans les intimités de conscience de sa femme et\ns'avoue à lui-même que la certitude d'une infidélité morale ne le tourmen­\nterait pas. Mais il veut que le devoir, le devoir extérieur, ne soit pas\nenfreint. Anna a déviné les soupçons de Karénine aussi parfaitement que\n Karénine a compris ses déchirements d'âme et ses élans d'amour com­\n primés. Entre eux, ils n'échangent plus que des paroles pleines de retenue,\n où manque la sincérité. Et tout le monde, jusque Serge, l'unique enfant, a\nsenti qu'un élément nouveau, plein de danger et d'inconnu, est entré dans\n la vie naguère paisible de la famille : « Serge faisait de vains efforts pour\n comprendre comment il devait se comporter avec ce monsieur (Wronsky) ;\n il avait deviné, avec la finesse d'intuition propre à l'enfance, que son père,\nsa gouvernante et sa bonne, le considéraient avec horreur, tandis que sa\n mère le traitait comme son meilleur ami ».\n     Il résulte de cette atmosphère renfermée une gêne contre laquelle Anna\n se révolte. Elle s'aperçoit qu'elle s'habitue à feindre et que le mensonge\n glisse plus facilement sur ses lèvres. Cette constatation répugne à sa nature\n fière et, malgré la brutalité d'un pareil aveu, elle se sentirait prête à déclarer\n à son mari les troubles qui l'agitent et l'amour qui la maîtrise. Wronsky,\n de son côté, a si bien compris ce que cette situation fausse et dissimulée\n avait de répulsif, qu'il a lui-même conseillé à Anna une franche rupture.\n Mais elle lui a répondu : « Supposons que je le fasse, savez-vous ce qu'il en\n résultera? Je vais vous le dire : — et un éclair méchant jaillit de ses yeux\n tout à l'heure si tendres — Ah ! vous en aimez un autre et avez une liaison\n criminelle? dit-elle, en imitant son mari et en appuyant sur le mot crimi-\n nelle comme lui. Je vous avais avertie des suites qu'elle aurait au point de\n vue de la religion, de la société et de la famille. Vous ne m'avez pas écoutée,\n maintenant je ne puis livrer à la honte mon nom, et.... — elle allait dire\n mon fils, mais s'arrêta, car elle ne pouvait plaisanter de son fils. — En un\n mot, il me dira nettement, clairement, sur ce ton dont il discute les affaires\n d'État, qu'il ne peut me rendre la liberté, mais qu'il prendra des mesures\n  pour éviter le scandale. C'est là ce qui se passera, car ce n'est pas un homme,\n  c'est une machine et, quand il se fâche, une très méchante machine. » —\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "                                  — 457 —\n\n« Et elle se rappela les moindres détails du langage et de la physionomie de\nson mari, prête à lui reprocher intérieurement tout ce qu'elle pourrait\ntrouver en lui de mal, avec d'autant moins d'indulgence qu'elle se sentait\nplus coupable ».\n   Voilà quelle est la situation des personnages au moment où vont avoir\nlieu les courses. Anna est dans la tribune avec son mari. Wronsky, monté\nsur sa bonne jument Frou-Frou, est dans la piste. Je regrette de ne pouvoir\ndonner au lecteur une citation complète, trop longue pour la reproduction,\ndes préliminaires de ce tournoi qui va être accidenté. On voit du reste la\nscène, le départ a sonné : « Frou-Frou agitée et trop nerveuse, perdit du\nterrain au début. Pendant ces premières minutes, Wronsky ne fut pas plus\nmaître de lui-même que de sa monture. Gladiator et Diane se rappro­\nchèrent et franchirent la rivière presque d'un même bond; Frou-Frou\ns'élança légèrement derrière eux comme portée par des ailes ; au moment\noù Wronsky se sentait dans les airs, il aperçut sous les pieds de son cheval\nKouzlof, se débattant avec Diane de l'autre côté de la rivière (il avait lâché\nles rênes après avoir sauté, et son cheval s'était abattu sous lui) ; Wronsky\nn'apprit ces détails que plus tard, il ne vit qu'une chose alors, c'est que\nFrou-Frou reprendrait pied sur le corps de Diane. Mais Frou-Frou, sem­\nblable à un chat qui tombe, fit un effort du dos et des jambes tout en sau­\ntant, et retomba à terre par dessus le cheval abattu. — Oh! ma belle! —\npensa Wronsky ».\n   Il gagne, il gagne, le voilà menant la course. « Son émotion, sa joie et\nsa tendresse pour Frou-Frou allaient toujours croissant ». Elle franchit les\nobstacles avec aisance. — Tous les yeux sont fixés sur lui et des voix\nl'encouragent. Un fossé reste à franchir. « Frou-Frou s'envola comme un\noiseau, plutôt qu'elle ne sauta, mais à ce moment Wronsky sentit avec\nhorreur qu'au lieu de suivre l'allure du cheval, le poids de son corps avait\nporté à faux en retombant en selle ». Il avait brisé les reins de la vaillante\njument, qu'il fallut abattre.\n   J'ai dû abréger la longue et vivante description qui, ainsi résumée paraîtra\nquelconque. Pendant la course, Anna, assise près de son mari, n'a pu\ndéguiser son émotion. Ils ne se disent pas un mot, mais ils s'entendent et\nlisent clairement au fond d'eux-mêmes. Anna gênée, fiévreuse, en arrive au\nparoxysme de l'énervement, quand arrive la chute de Wronsky. Un\nofficier vient heureusement leur apprendre que le cavalier n'est pas blessé.\n « A cette nouvelle, Anna cacha son visage derrière son éventail ; Alexis\n Karénine remarqua non seulement qu'elle pleurait, mais qu'elle ne pouvait\n réprimer les sanglots qui soulevaient sa poitrine ». On croit peut-être à\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "                                   — 458 —\n\n quelque crise de colère de la part du mari offensé, recevant publiquement\n la preuve des amours adultères de sa femme? Non, le personnage est de la\n trempe de ceux qui savent se maîtriser. « Il se plaça devant elle pour la\n dissimuler aux regards du public et lui donner le temps de se remettre ».\n D'ailleurs, il doute encore, il veut douter. Le plus important à ses yeux,\n c'est le manque de convenance évident de sa femme, et il lui en fait timi­\n dement le reproche ; reproche maladroit, blessant, car ce dont elle souffre\n précisément, c'est de ne découvrir d'autre souci chez l'homme à qui elle est\n liée, que le souci des convenances. « Je vous ai déjà priée, lui dit Alexis\n Karénine, de vous comporter dans le monde de telle sorte que les\n méchantes langues ne puissent vous attaquer. Il fut un temps où je parlais\n de sentiments intimes, je n'en parle plus; il n'est question maintenant que\n de faits extérieurs ; vous vous êtes tenue d'une façon inconvenante et je\n désire que cela ne se renouvelle plus ». Anna qui l'écoute avec terreur ne\nl'a pourtant pas entendu. L'émotion est si forte chez elle, la passion si\nviolente, la dissimulation lui paraît si inutile que Karénine, prenant le\nchange, croit lire sur ses traits bouleversés une offense. Et désirant croire\nses craintes non fondées il ajoute : « Peut-être me suis-je trompé ; dans ce\ncas, pardonnez-moi ». — « Non, vous ne vous êtes pas trompé, répond-elle\nlentement, en jetant un regard désespéré sur la figure impassible de son\nmari. Vous ne vous êtes pas trompé : j'ai été au désespoir et ne puis m'em­\npêcher de l'être encore. Je vous écoute : je ne pense qu'à lui. Je l'aime, je\nsuis sa maîtresse : je ne puis vous souffrir, je vous crains, je vous hais.\nFaites de moi ce que vous voudrez. Et, se rejetant au fond de la voiture,\nelle couvrait son visage de ses mains et éclata en sanglots. Alexis ne bougea\npas, ne changea pas la direction de son regard, mais l'expression solennelle\nde Sa physionomie prit une rigidité de mort, qu'elle garda pendant tout le\ntrajet ».\n   Cependant, cet aveu soulage Karénine d'un grand poids. « Il lui sembla\nqu'il était débarrassé de ses doutes, de sa jalousie ». Que fera-t-il? Il ne veut\npas d'esclandre, pas même le divorce qui en serait un. Ce qu'il veut sauver\nce sont les apparences. Pour le reste, son égoïsme lui donnera des consola­\ntions. Tolstoï nous le montre dans une scène expédiant ses affaires minis­\ntérielles. Pendant son travail, ses yeux se fixent un instant sur le portrait\nde sa femme et « tout lui paraît impertinent dans ce beau portrait ». Mais\nqu'importe, il reprend tranquillement sa besogne avec un sourire de mépris.\nQue vaut sa femme, comparée à sa mission publique?\n   Cet homme qui n'aime pas, doit avoir le pardon facile. Et, en effet, sa\nfemme étant tombée malade, à la veille de ses couches, il accourt, il pleure,\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "                                   — 459 —\n\nen sentant en lui-même la satisfaction que sa propre générosité lui fait\néprouver. Il est si généreux qu'il permet même à l'amant de venir visiter\nAnna moribonde et, dans un moment d'expansion, lui déclare : « Je souhai­\ntais sa mort, mais je l'ai revue, je lui ai pardonné sans restriction. Le\nbonheur de pouvoir pardonner m'a clairement montré mon devoir. J'offre\nl'autre joue au soufflet, je donne mon dernier vêtement à celui qui me\ndépouille, je ne demande qu'une chose à Dieu, c'est de me conserver la\njoie du pardon ». — Wronsky, pendant cet entretien, le regarde en dessous.\n« Incapable de comprendre des sentiments de ce genre, il s'avoue cepen­\ndant que c'est là un ordre d'idées supérieur, inconciliable avec une concep­\ntion vulgaire de la vie ». Et l'amant va subir cette grandeur comme un\naffront, le mari va lui paraître aussi magnanime qu'il se sent petit et misé­\nrable. Malheureusement le psychologue nous diminuera plus loin quelque\npeu le personnage. Anna s'étant rétablie, Karénine s'aperçoit que ses senti­\nments perdent de leur vigueur : « Il n'avait pas prévu le cas où, après avoir\nobtenu son pardon, sa femme se rétablirait ». Plus d'une fois il regrette sa\ngénérosité ; la jalousie, si éteinte qu'elle soit dans son âme, se reveille parfois\net le pique d'une piqûre lancinante. « Comment aiment donc les hommes\nde la trempe de Wronsky se demande-t-il ? Et il évoquait une série de ces\nêtres vigoureux, forts, sûrs d'eux-mêmes qui avaient toujours attiré sa\ncuriosité et son attention ».\n   Anna n'a pas été touchée du pardon de son mari. Au contraire, elle en a\nété blessée. D'ailleurs, son amour, loin de se calmer, l'a plus profondément\nenvahie. Ne pouvant obtenir le divorce, elle fuit avec Wronsky. Il est\nimpossible d'analyser dans une étude toutes les nuances de cette passion\nqui, pour cette maîtresse femme, ne sera jamais satisfaite. Peu à peu elle\ncroira trouver chez Wronsky de la froideur ; les soupçons naîtront, s'accu­\nmuleront, et la jalousie, une jalousie hystérique, la brûlera, la rongera, la\nfera recourir, après quelles fièvres et quels cauchemars génialement décrits,\nà la mort ! Et cette femme reste toujours grande et toujours supérieure,\nnon moins que l'amant, non moins que le mari. Celui-ci, après le départ\nd'Anna, s'est consolé dans la pratique d'une sorte de puritanisme. Nous\nverrons comment plusieurs personnages de Tolstoï et l'auteur lui-même,\ncherchent, après les déceptions de la vie, un refuge dans le mysticisme.\n   Il y a dans Anna Karénine une action qui se développe parallèlement à\ncelle que je viens d'esquisser et qui y est rattachée par différents liens. Anna\na deux amies, Kitty et Dolly, la première ayant pour mari Constantin\nLévine, la seconde ayant épousé le frère d'Anna, le prince Oblonsky. Ces deux\nménages forment, avec celui des Karénine, une sorte de triptyque du\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "                                    — 460 —\n\n mariage. Chez Oblonsky c'est le mari qui est infidèle, mais d'une façon si\n humaine et si « bonne », j'ose dire le mot, que cette figure se pare d'un inté­\n rêt contre lequel le rigorisme le plus sombre s'émousserait. Il a des dettes,\n Oblonsky, sa pauvre femme le chagrine, et son humeur ne change pas! Rien\n ne l'émeut. Devant le désespoir de sa sœur Anna : « il souriait sans paraître\n grossier ; son sourire était si plein de bonté et d'une douceur presque fémi­\n nine, que, loin de froisser, il calmait et attendrissait ; ses paroles agissaient\n à la façon d'une lotion d'huile d'amandes douces ». Une autre fois qu'il a\n été chez Karénine pour lui conseiller le divorce et qu'il s'est brisé la tête\ndans un entretien sérieux, il en sort « fort ému », ce qui ne l'empêche pas\nde songer immédiatement « à un calembour qu'il comptait faire à sa\n femme ». Au surplus, voici un portrait plus étendu de ce personnage qui\n montrera la façon dont Tolstoï sait dessiner un caractère :\n    « Une fois habillé, Oblonsky se parfuma, arrangea ses manchettes, mit\ndans ses poches, suivant son habitude, ses cigarettes, son portefeuille, ses\nallumettes, sa montre avec une double chaîne et des breloques, chiffonna\nson mouchoir de poche et, malgré ses malheurs, se sentit frais, dispos, par­\nfumé et physiquement heureux. Il se dirigea vers la salle à manger, où\nl'attendaient déjà son café, et près du café ses lettres et ses papiers.\n    « Il parcourut les lettres. L'une d'elles était fort désagréable; c'était celle\nd'un marchand qui achetait du bois dans une terre de sa femme. Ce bois\ndevait absolument être vendu; mais, tant que la réconciliation n'aurait pas\neu lieu, il ne pouvait être question de cette vente. Ç'eût été chose déplai­\nsante que de mêler une affaire d'intérêt à l'affaire principale, celle de la\nréconciliation. Et la pensée qu'il pouvait être influencé par cette question\nd'argent lui sembla blessante. Après avoir lu ses lettres, Oblonsky attira\nvers lui ses papiers, feuilleta vivement deux dossiers, fit quelques notes avec\nun gros crayon et, repoussant ces paperasses, se mit enfin à déjeuner; tout\nen prenant son café, il déplia son journal du matin, encore humide, et le\nparcourut.\n   « Le journal que recevait Oblonsky était libéral, sans être trop avancé, et\nd'une tendance qui convenait à la majorité du public. Quoique Oblonsky\nne s'intéressât guère ni à la science, ni aux arts, ni à la politique, il ne s'en\ntenait pas moins très fermement aux opinions de son journal sur toutes ces\nquestions, et ne changeait de manière de voir que lorsque la majorité du\npublic en changeait. Pour mieux dire, ses opinions le quittaient d'elles-mêmes\naprès lui être venues sans qu'il prît la peine de les choisir ; il les adoptait\ncomme les formes de ses chapeaux et de ses redingotes, parce que tout le\nmonde les portait, et, vivant dans une société où une certaine activité intel-\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 461, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "                                   — 461 —\n\nlectuelle devient obligatoire avec l'âge, les opinions lui étaient aussi néces­\nsaires que les chapeaux. Si ses tendances étaient libérales plutôt que conser­\nvatrices, comme celles de bien des personnes de son monde, ce n'est pas\nqu'il trouvait les libéraux plus raisonnables, mais parce que leurs opinions\ncadraient mieux avec son genre de vie. Le parti libéral soutenait que tout\nallait mal en Russie, et c'était le cas pour Oblonsky, qui avait beaucoup de\ndettes et peu d'argent. Le parti libéral prétendait que le mariage est une\ninstitution vieillie qu'il est urgent de réformer, et pour Oblonsky la vie\nconjugale offrait effectivement peu d'agréments et l'obligeait à mentir et à\ndissimuler, ce qui répugnait à sa nature. Les libéraux disaient, ou plutôt\nfaisaient entendre, que la religion n'est un frein que pour la partie inculte\nde la population, et Oblonsky, qui ne pouvait supporter l'office le plus\ncourt sans souffrir des jambes, ne comprenait pas pourquoi l'on s'inquiétait\nen termes effrayants et solennels de l'autre monde, quand il faisait si bon\nvivre dans celui-ci. Joignez à cela que Oblonsky ne détestait pas une bonne\nplaisanterie, et il s'amusait volontiers à scandaliser les gens tranquilles, en\nsoutenant que, du moment qu'on se glorifie de ses ancêtres, il ne convient\npas de s'arrêter à Rurick et de renier l'ancêtre primitif — le singe.\n   « Les tendances libérales lui devinrent ainsi une habitude; il aimait son\njournal comme son cigare après dîner, pour le plaisir de sentir un léger\nbrouillard envelopper son cerveau.\n   « Oblonsky parcourut le « leading article », dans lequel il était expliqué\nque de notre temps on s'inquiète bien à tort de voir le radicalisme menacer\nd'engloutir tous les éléments conservateurs, et qu'on a plus tort encore de\nsupposer que le gouvernement doive prendre des mesures pour écraser\nl'hydre révolutionnaire. « A notre avis, au contraire, le danger ne vient pas\nde cette fameuse hydre révolutionnaire, mais de l'entêtement traditionnel\nqui arrête tout progrès, etc., etc. ». Il parcourut également le second article,\nun article financier où il était question de Bentham et de Mill, avec\nquelques pointes à l'adresse du ministère. Prompt à tout s'assimiler, il sai­\nsissait chacune des allusions, devinait d'où elle partait et à qui elle s'adres­\nsait, ce qui, d'ordinaire, l'amusait beaucoup, mais, ce jour-là, son plaisir était\ngâté par le sentiment du malaise qui régnait dans la maison. Il parcourut\ntout le journal, apprit que le comte de Beust était parti pour Wiesbaden,\nqu'il n'existait plus de cheveux gris, qu'il se vendait une calèche, qu'une\njeune personne cherchait une place, et ces nouvelles ne lui procurèrent pas\nla satisfaction tranquille et légèrement ironique qu'il éprouvait habituelle­\nment. Après avoir terminé sa lecture, pris une seconde tasse de café avec du\nkalatch et du beurre, il se leva, secoua les miettes qui s'étaient attachées à\n"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 462, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "                                   — 462 —\n\nson gilet, et sourit de plaisir, tout en redressant sa large poitrine; ce n'est\npas qu'il eut rien de particulièrement gai dans l'âme, ce sourire était simple­\nment le résultat d'une excellente digestion. »\n   Connaît-on un portrait d'une touche plus moderne? Tel qu'il nous a\nété présenté, nous retrouverons fidèlement le personnage, logique dans ses\nactes, heureux malgré tout, insouciant toujours, et traversant le roman,\ntout peuplé de figures songeuses, comme l'être inconscient, joyeux, sûr\ndans la vie, et la pratiquant avec intelligence ; — pour tout dire, un Fran­\nçais de Saint-Pétersbourg. Dans la famille des Oblonsky, il forme un con­\ntraste frappant avec Anna, sa sœur, et toute la passion qui dévore le cœur\nde cette dernière semble s'être tranquillisée en lui, sans jamais lui donner\nun tourment. Du reste, Tolstoï, tout en dédaignant les douteuses preuves\nde l'hérédité, note avec sûreté les ressemblances de famille. Dans le com­\nmencement de sa lutte contre l'amour de Wronsky, Anna, doutant d'elle-\nmême, et se donnant le change sur sa fidélité, a un entretien avec Dolly,\noù celle-ci, sentant le trouble de ses paroles, l'interrompt tout à coup pour\nlui dire : « Oh ! comme tu as ressemblé à Stiva (Oblonsky) en disant\ncela ! »\n    La maison de Lévine et de Kitty nous offrira des tableaux aussi tran­\n quilles, aussi reposants, que le ménage des Karénine offre de scènes pas­\n sionnées. Constantin Lévine, jeune homme, représente l'amoureux timide,\nconsidérant l'amour comme une passion sacrée et ne s'y livrant qu'avec les\nhésitations d'une conscience scrupuleuse. Marié, il nous représente la créa­\nture réfléchissante, qui a besoin dans la vie d'une certitude et d'une morale.\nNous le voyons anxieux, questionneur, se demander le pourquoi des\nchoses, s'acharnant à pénétrer le mystère de la vie, cherchant sans cesse\nla raison de l'existence humaine, regardant tous les spectacles avec un\nétonnement de primitif, une sensation neuve et profonde, et les analysant\navec une subtilité de raffiné. Rien ne lui est indifférent, il scrute la reli­\ngion, la famille, la société, et s'en fait une opinion indépendante de toute\nopinion connue, pour aboutir à l'apologie d'une sorte de patriarcat. Je\ndisais en commençant que la lecture des romans de Tolstoï donnait la certi­\ntude d'une connaissance nette et précise de tout le mécanisme du monde.\nC'est surtout Lévine et Pierre Besoukhow de la Guerre et la Paix qui\nsont les investigateurs à la suite desquels nous faisons cet examen. Il y a\nlà une façon de décrire qui, je crois, n'a jamais été employée avec une pareille\namplitude. Des romanciers fort habiles se contentent de nous montrer les\nfaits et d'y ajouter quelques réflexions personnelles. Chez Lévine, dès qu'une\nidée lui vient, il la décompose ; dès qu'un spectacle s'offre à ses yeux, il en\n"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 463, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "                                   — 463 —\n\nobserve le moindre détail et nous fait éprouver, comme si nous-mêmes nous\nétions le héros du roman, toutes les sensations qu'il éprouve. Aussi rien\nn'égale-t-il comme émotion — je ne dis pas attendrissement — cette Anna\nKarénine d'une si serrée composition dramatique. L'émotion que nous\nressentons a quelque chose de noble et de solennel, surtout lorsque Tolstoï\nnous fait assister à quelques-unes de ces agonies qu'il s'est plu à traiter à\ndifférentes reprises. Je ne sais pas de tableaux plus religieux et plus impo­\nsants de la mort que les siens. Il y a là une mise en scène d'une simplicité,\"\nd'une grandeur dont le procédé nous échappe. La maladie et la mort du\nfrère de Lévine, par exemple, laissent dans l'esprit un souvenir ineffaçable.\nEt quelle superbe entente des caractères, là comme ailleurs ! Tandis que\nLévine ne peut être d'aucune assistance au pauvre phtisique, qu'au contraire\nil ne parvient pas à lui dissimuler sa figure soucieuse et les appréhensions\nqui le hantent, Kitty, de ses mains légères, le manie avec cette douceur et\ncette décision particulières à son sexe. Autant l'homme est impuissant à\nsecourir et à alléger le malade, autant ses efforts sont maladroits, autant\nles soins de la femme agissent-ils avec une force silencieuse et souveraine.\n Elle est là dans son élément normal et Tolstoï nous a admirablement repré­\n senté cette aptitude toute naturelle aux femmes. Dans cette mission délicate,\n elles ont la charité pratique, l'action; Lévine, lui, ne connaît pas cette charité\n active; son cœur saigne, mais ses mains sont inhabiles. La pensée travaille\n trop pour qu'il puisse agir. Et, auprès de ce moribond, qui s'éteint lente­\n ment, le problème de la mort tourmente son imagination pensive. Il lui\n semble lire sur le visage de son frère, n'appartenant déjà plus à la vie que\n par un dernier souffle, la connaissance de vérités suprêmes, la perception\n d'un mystère d'outre-tombe, la perception nette de l'au-delà que les vivants\n sont condamnés à ignorer. Sur cette figure amaigrie de mourant, une\n expression éloquente accuse une certitude. Ce que Lévine ne peut voir, il\n le voit, lui. Et cette vision solennelle jette le lecteur dans un trouble si poi­\n  gnant, si religieux, si austère, qu'on a l'impression réelle, profonde, de se\n  trouver sur le seuil de quelque monde inconnu dont l'existence apparaît,\n  dans ces intenses moments, indiscutable et certaine. Tolstoï nous entraîne\n  ainsi vers ce qui échappe à notre intelligence, et que nous devinons cepen­\n  dant, et dont nous sentons confusément la réalité. Personne n'a été aussi\n  avant dans les brouillards du spiritualisme, personne ne s'est approché de\n  plus près du mystère final.\n\n      (A continuer).                                    FRANCIS NAUTET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 464, "page_fin": 474, "titre_corps": "À cœur perdu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "A CŒUR PERDU", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 519, "page_imprimee": 464, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "A CŒUR PERDU\n                                       I\n                                                    « Blankenberghe, jeudi...\n              Z u t ! pour la date.\n                   « Ici, mignonne, les jours n'en ont pas ; ils coulent comme\n                l'eau sous le ciel, en dépit du calendrier.\n                   « Je t'écris de notre chambre à deux Juliette, pendant que\nles autres finissent de souper au retour d'une enragée promenade que nous\nvenons de faire à Wenduyne; les papas, les mamans et Juliette, Jane,\nRenée, Léon, Lucien, toute l'arche. J'en suis encore tout essoufflée de\nplaisir !\n   « Lucien Roger est arrivé hier soir, tellement changé, que tu ne le recon­\nnaîtrais plus; et pas en mal; c'est un homme maintenant, un vrai, plus\ncarré, plus formé; le nez un peu fort aux narines palpitantes, les dents\nblanches et les lèvres charnues dont le retroussis a le mouvement glouton\nde mordre une prune, — je crois que la prune voudrait bien y mordre\naussi. Sa voix grave et la moissonnette de poils follets qui lui brûle les\njoues, me l'ont fait paraître plus brun. Il a une jolie pomme d'Adam avec\nun petit creux d'ombre qui remue en dessous, et toujours cette façon drôle\nd'abaisser son regard vert pour vous fixer entre les cils...\n   « Nous avons fait toute la route ensemble, parlé de toi beaucoup ; puis un\npeu de tout et de tous ; rappelé d'anciennes choses et d'anciennes gens ; des\njeux, des promenades, des farces de jadis et des souvenirs, des souvenirs en\nmasse, grâce à cette vilaine manie que nous avons, paraît-il, tous les deux,\nde regarder en arrière comme des vieux... si loin, que nous avons failli y\nrester pendant que les autres à la queue-leu-leu dévalaient les dunes, à\nl'entrée d'un cabaret : In het Compas, — A la Boussole — pour ta gou­\nverne ; le pain noir y est très noir. A gauche de la porte il y avait des ânes;\nà droite un carré de promeneurs goûtant sur du linge blanc. Ils nous ont\nregardés si bêtement, et les ânes ont eu un tel air de rire, que nous devions\navoir la mine bien drôle. C'est qu'il faisait cuisant, vois-tu. J'avais chaud\njusque dans les cheveux. Aussi nous étions-nous remis en route, très dou­\ncement, par le bord de l'eau, en savourant la perspective d'une bonne demi-\nlieue de flâne au soleil tombant...\n  « Voilà-t-il pas que ces messieurs imaginent un Collin-Maillard. — Pour\nne pas nous refroidir! crie Lucien en me regardant. Ça prend. On tire au\nsort. Il y est et moi de lui faire : Bernique!\n"}, {"page_pdf": 520, "page_imprimee": 465, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2865, "texte": "                                  — 465 —\n\n   « Au premier tour, il part, les mains étendues au milieu du cercle avec le\nmouvement d'un aveugle qui lève la tête vers la lumière. On crie : — Il\ntriche. Il voit en dessous. — Je crois que c'était vrai, car il vient droit à\nmoi. Je pousse pour qu'on tourne. Je me baisse ; il m'attrape par les\ncheveux...\n   « Toute droite, me mordant au sang à retenir mon rire et mon souffle,\nj'entends chuchoter ; on me campe un chapeau d'homme sur la tête ; il était\nbien temps! Lucien lâche mes « chiens ». Je ne voyais plus que lui. Je\nsuivais ses mains qui se promenaient caresseusement à mes joues, tâtaient\nmes oreilles, me passaient sur les yeux, le nez, le menton... descendaient,\ndescendaient toujours... Personne ne bougeait plus. Je sentais mon cœur\nbattre et moi devenir toute rouge. Comme il me saisissait les bras, je me\nrecule d'instinct. Il crie : Renée! On éclate de rire ; moi aussi tu penses.\nSeulement je lui ai revalu ça. Plus tard, comme j'avais le bandeau, je l'ai\nattrapé par le col ; il a serré brusquement et j'ai eu les doigts pris dans son\npetit creux d'ombre. Je ne l'ai pas reconnu non plus, cette fois-là.\n   « Grâce à lui, nous sommes repartis plus en nage et débraillés. Il était sept\nheures et le souper, là-bas, nous attendait avec une barbue superbe achetée\npar l'oncle Jean et qui allait être trop cuite... Enfin ouf! la barbue était\ndélicieuse et me voilà remontée d'une traque à t'écrire, sans même prendre\nle temps de me mouiller le bout des doigts que j'ai aux crevettes.\n   « Ma petite Katy, je suis pétrie de remords de ne pas t'avoir écrit depuis\nquinze jours que je suis ici — de vrais remords, tu sais, regarde-moi\nbien; — mais, que veux-tu? nous nageons dans l'infini; j'en ai même avalé\nce matin; ça râpe à la gorge. A chaque instant, je me dis : c'est trop fort, il\nfaut que j'écrive à Katy; quelqu'un me prend par le bras ; nous sortons,\nnous jouons, nous bavardons et, quand je cherche après « tout à l'heure »,\nil m'est passé sous le corps depuis plusieurs jours. Et dis-toi que nous\nsommes tous comme ça, tellement occupés que nous ne trouvons le temps\nde rien faire. Nous pratiquons la fainéantise ventre à terre, comme les\ncrabes, avec cette différence qu'ici, c'est eux qui courent.\n   « Tu sais que mon oncle, — je dis mon oncle — M. Roger, a acheté la\nvilla des Mouettes. Juliette et moi avons choisi le colombier au troisième,\nà la mer. Si tu viens, tu coucheras en dessous de nous. Ta chambre est\nprête. Aussi, viens vite; nous irons à Knocke, à Lisseweghe, à Clems­\nkerke, en mer, au Zwijn, partout! et je te ferai faire la connaissance d'un\npetit crabe, petit comme une araignée, qui s'appelle Griolet, en souvenir\nde la romance du petit tailleur que nous chantions en pension, tout bas...\n   « Katy, j'ai envie de rire et ne me suis jamais tant amusée de la vie. Viens\n"}, {"page_pdf": 521, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "                                      466\n\nvite, avant que la joie passe. Tu me diras pourquoi je suis si gaie et\npourquoi le soleil, aujourd'hui, n'a pas sa couleur de tous les jours!... »\n   Miette, en achevant cette lettre, eut l'impression d'y avoir mis beaucoup\nde bêtises ; mais elle sentit, en même temps, combien il lui en coûterait de\nles effacer et, sans céder à la tentation de se relire, elle courut jeter sa\nmissive à la boîte. Puis, voyant le souper fini, la table abandonnée, la\nchambre vide, elle était revenue au bord de la digue à explorer longuement\nles alentours, quand elle entendit marcher derrière elle :\n   — Ça ne vient pas?\n   — Qui ça? dit-elle, brusquée dans un commencement de rêverie et\ndétournant lentement son visage qu'elle sentait rougir : Je regardais là-bas,\ntout ce monde au brise-lames. Puis, apercevant le chapeau de Lucien\ndans le tas, elle ajouta : — Vous descendez, moi aussi !\n   Et Léon s'effaça devant elle en haut de l'escalier de sapin démantibulé où\nl'on ne pouvait passer qu'un de front.\n\n\n                                       II\n   Chaque année, vers la fin de juillet, débarquaient, à Blankenberghe, les\ndeux familles Roger et s'éparpillaient à la plage par groupes de deux, trois,\ncinq, dix, le premier noyau, comme boule de neige, roulant de la gare aux\nvillas, des villas à la gare, cueillir et déballer, peu à peu, les nouveaux arri­\nvants. C'était presque toujours par un beau temps de soleil. Devant eux,\nparmi les cris de bienvenue et les embrassades, un mouvement frais d'air et\nde lumière s'éveillait à leur bavardage et, pendant plusieurs jours, cela ne\nfinissait pas de défiler en triomphe, par troupes joyeuses où des jeunes\nfilles, séparées de la veille, s'appendaient, attendries, l'une à l'autre, comme\naprès une longue absence.\n    C'étaient de superbes blondes garçonnièrement plantées, découplées et\ndrapées à l'anglaise, portant la tête haute, le buste et le visage ouverts,\navec des lèvres rouges et de grands yeux impertinents de franchise. Une\nseule d'elles, Juliette, du tempérament nerveux de sa mère, moins grande,\navait les yeux et les cheveux plus sombres et, dans toute son « académie »,\nune espèce de coup de pouce bohême échevelant les lignes, brouillant le\nregard, laissant, au coin des lèvres, un perpétuel mouvement terne» énigma­\ntique qui ressemblait à la trace mal effacée d'un sourire.\n    Quant à Léon et Lucien, les deux cousins aînés, c'étaient de vrais Roger,\ncalmes, solides, exubérants de la jeunesse saine de leur race, le cœur et l'es­\nprit larges développés par une éducation de plein air.\n"}, {"page_pdf": 522, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "                                 — 467 —\n\n   La bande, au complet, commençait les allées et venues, les parties de\nflâne, de bavardage et, de villa en villa, le colportage des petits potins de\nprovince par ce joli coin de villégiature intime — ouvert à tous venants au\nbord de l'infini.\n   La nichée n'avolait au nid que pour manger et dormir et, comme un\nenfant impatient de courir, qu'on lâche au dessert, elle reprenait ses mar­\nches et contre-marches, bras à bras, en larges files qui faisaient retourner\nle monde ; les jeux, les excursions, les travaux gigantesques dans le sable et\ntous ces plaisirs gymniques d'où les muscles tirent la sensation de leur\nvigueur et se relèvent assouvis d'action.\n   Par les gros temps, les rafales, en dépit des vents et marées, on aperce­\nvait de loin, cinglés de pluie, criblés de sable sous leurs spencers à capu­\nchon, cette rangée de corps cabrés à la tourmente...\n   Et, comme pour une vie entière de ces tours de soleil coupés seulement\naux flux et reflux de la mer, coulaient trop vite deux mois de relâche au\nmilieu de cette nature tellement active qu'on n'a qu'à s'y laisser vivre dans\nune atmosphère galvanique d'eau saline et de soleil.\n   Pourtant, il y eut, cette année-là, quelques accalmies. Le mois d'août\ndevenait torride et, par les après-midi de soleil ardent, l'on se réfugiait\nsous les verandas touffées de sapins et de plantes grimpantes. Des rondes\nouvragères s'y pelotonnaient à l'ombre où l'on brode comme on dort,\nles yeux ouverts à ce qui passe à l'horizon bleu. Des jeunes filles s'enfon­\nçaient dans la mousse des pins à mordiller, le regard en l'air, une branche\nde capucine, de géranium ou de bruyère qui leur chatouillait le front et,\n dans les plis des jupes étalées genoux à genoux, des mains s'enchevêtraient\n parmi les fluches de laine et les fils de soie. Quelquefois, si l'on y trouvait\n une main de trop, c'est qu'entre deux bustes passait une tête mâle...\n   Alors, le regard revenu « d'en l'air », glissait à un autre regard :\n   — Soufflez ! disait Mariette.\n    Lucien soufflait fort. Une petite effilochée de soie bleue, montée en tour­\n noyant, redescendait lentement, passait dans un rais de soleil, frôlait une\n mêche blonde, s'y posait et, comme un oiseau sur une branche, le brin de\n soie sur la mèche follette continuait d'onduler au vent.\n\n\n                                      III\n\n   Quand on se promenait en bande, Mariette nichait au milieu, appendu\nà deux bras, si mignonne au milieu de ces grandes, qu'elle semblait un\noiseau frêle à le casser d'un coup de pouce. Tout en elle avait la ligne\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "                                  — 468 —\n\npetite et, parmi la plastique sinueuse de ces corps aux plans de chair très\nsimplement drapés, elle semblait, avec ses saillies de jupes, sa tournure\nlégère et volubile, une femme en réduction.\n   Pour un si petit corps, le visage s'accentuait extraordinairement : des\ncheveux irrégulièrement plantés sur un front bas, très bombé, où retom­\nbaient des houppettes de mêches brunes ; des pommettes saillantes ; des\nsourcils tracés l'un dans l'autre à coups de braise et de longs cils clignotants.\nElle avait l'habitude de tenir les yeux mi-clos au soleil, dans un ren-\nfrognement de tout le visage où le nez s'écrasait, les pommettes lui remon­\ntaient devant le regard.\n   — Que tu est vilaine comme cela, lui disait-on.\n    Elle répliquait :\n    — J'en puis rien, c'est le soleil! Sans cela j'éternue.\n   Ainsi lui courait, à fleur de peau, chaque impression, en grimaces drôles,\nsouvent gracieuses, qu'elle savait balayer, à temps, d'un regard et, sous ces\nhachures de traits subitement détendus, ce visage âpre s'amollissait de\nlumière, devenait très doux, très grave et ses paupières repliées tout à fait\ndécouvraient de grands yeux, qu'elle étalait aux vôtres, comme pour vous\n demander pardon de s'être faite si laide.\n    Mariette adorait la mer. La mer l'avait relevée jadis d'une maladie grave;\nelle lui en gardait une reconnaissance instinctive, un attachement incon­\nscient à son sable, à son eau qu'elle avait faits siens, à peu près comme un\n sol natal dont, quel qu'il soit, l'on garde toujours une certaine nostalgie.\n Et tant de jours passés dès l'âge le plus tendre au bord de ces paysages\n infinis, dont l'attirance hypnotise l'esprit, éparpille les idées, avaient aidé\n au développement excessif de son imagination contemplative.\n    Elevée en enfant unique et frêle, selon toutes ses volontés, Mariette devint\n un être fantasque et intransigeant, tout d'une pièce, adorant ou détestant,\n affirmant « oui » ou « non », « je veux » ou « je ne veux pas » et dont la\n volonté, faite de caprices, se trouvait faible au point de subir irrésistiblement\n des colères suivies d'accalmies tendres où elle enveloppait de caresses l'objet\n de sa passionnette. Alors, son regard s'abaissait, se veloutait d'un de ces\n imperceptibles mouvements de fluide visuel qui ne sont presque plus des\n mouvements physiques et, dans ce regard qui la livrait à fond, il y avait un\n profond besoin d'être sincère et d'aimer.\n    De toutes les Roger, Juliette avait le plus d'influence sur elle. Elle\n n'avait qu'à lui dire :\n    — Allons gamin, viens ici !\n  . Cette épithète de gamin passait à l'oreille de Mariette comme une\n"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 469, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "                                  — 469 —\n\ncaresse; elle accourait à Juliette et, quelquefois, se mettait à l'embrasser en\npleine rue au point que les garçons leur disaient :\n  — Ne vous lèchez donc pas ainsi.\n  Alors, Mariette l'inspectait de haut en bas, s'amusait à lui examiner la\npeau, les yeux, les cheveux, à repousser une mêche, refaire un bouton,\nrabattre un pli de la robe.\n  — Tiens, ta broche est ouverte !\n  Et, en la refermant, elle jetait un baiser, à la dérobée, dans le cou de\nJuliette.\n  Elle affectionnait particulièrement cette broche. C'était une envolée\nd'hirondelles soulignée d'une banderole avec ces mots : Nous reviendrons !\nCe poème d'oiseaux lui rappelait toutes ces fins de soleil où se repliait sa\nnature de sensitive qu'un rien blessait aux larmes.\n   Un soir, Juliette, détachant sa broche, la lui mit au col en lui disant :\n  — Tiens, gamin; c'est parce que tu as été bien sage.\n  Ce fut quelques heures plus tard que Lucien arriva.\n   Mariette et lui, s'appelèrent par leur nom. Leur première poignée de\nmains fut un retour à leur camaraderie passée et, depuis ce soir, le lende­\nmain, les jours suivants, de ci de là, par bribes, continuaient-ils à mots per­\ndus, leur pèlerinage aux souvenirs.\n\n\n                                     VI\n   — Vous croyez?\n   — J'en suis bien sûr.\n   — Au temps jadis?\n   — Nous sommes si vieux.\n   — Quand nous faisions des pâtés de sable et des fours et des forts et des\ntrous et que nous courions, pieds nus, ramasser des coquillages avec nos\npetits paniers en bandoulière.\n   — Ah! oui, nos petits paniers fendus comme des tirelires.\n   — Je me rappelle qu'avant de sortir vous aviez bu toute une carafe\nd'eau, comme ça, au goulot.\n   — J'aimais tant à boire à la carafe quand j'étais petite.\n   — Il faisait très chaud et vous aviez des bottines jaunes.\n   — Attendez, je me souviens ; ce devait être un jour foncé.\n   — Un jour foncé! Vous donnez donc aussi des couleurs aux jours?\n   — Je vois en imagination tout ce que je pense. Quel jour est-ce aujour­\nd'hui?\n"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 470, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "                                 — 470 —\n\n   — Lundi.\n   — Lundi c'est blanc. Dites un peu la couleur de mon nom, pour voir.\n   — Mariette?\n   — Miette plutôt.\n   — Miette c'est un ton modeste, effacé, cendré... Quelque chose comme\nde la bruyère ou de la violette grise...\n   Ils se mirent à rire tous les deux.\n   — On nous a fait un esprit à image.\n   — Comme les livres des petits enfants.\n   — Sans cela, nous n'aurions jamais pu apprendre à lire.\n   Et ils riaient de plus belle aux éclats en songeant qu'on les avait traités\nde fous pour de pareilles idées.\n    — C'est de la sympathie.\n   — Ou du plagiat! dit Miette.\n   — C'est gentil, vous n'allez pas dire que j'ai plagié votre système ner­\nveux.\n   — Faut voir qui est le premier en date.\n    — Ce doit être moi.\n   — Ne fut-ce que par galanterie, n'est-ce pas?\n   — Une galanterie dont je ne serais guère responsable. Est-ce ma faute si\nj'ai deux ans de plus que vous?\n   — Qui vous l'a dit?\n   — Personne.\n   — Vous devinez bien mal.\n    — Prouvez-le moi.\n    — Non.\n    — Quelle coquetterie.\n   — Je n'ai pas de coquetterie.\n    — C'est la plus grande de toutes.\n   — Je ne suis pas coquette, vous dis-je.\n    — Pas comme tout le monde.\n    — Pas du tout!\n   — Alors vous l'êtes davantage.\n    — Comprends pas. Pourquoi?\n    — Ne demandez pas pourquoi, je croirais que vous avez des principes.\nC'est affreux pour une femme.\n    — J'en ai.\n   — Seulement vous les faites marcher la tête en bas pour ne pas en avoir\nl'air.\n    Mariette eut un sourire dans un petit mouvement de tête.\n"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 471, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "                                  — 471 —\n\n   — Moi, continua Lucien, j'aime les femmes qui sont toutes sortes de\nchoses, sans savoir pourquoi. C'est bien plus gentil!\n   — Même quand c'est laid?\n   — Répétez cela sérieusement, dit Lucien, et je vous raconterai une his­\ntoire.\n   Miette se mit à rire.\n   — Je le savais bien, dit-il. Mais je vous la raconterai tout de même.\nEcoutez : presque toutes les femmes ont un petit système de coquetterie\ndont un ouistiti mystérieux tire les fils. Celles qui n'ont pas d'ouistiti ne\nsont pas des femmes ; et celles qui portent, comme vous, leur petit système\nà l'envers, sont des femmes d'esprit. Une femme d'esprit n'est jamais...\n   Miette l'interrompit :\n   — Alors, quand on nous dissèque, on trouve... Oh! vous savez que vous\nn'êtes pas poli.\n   — Non, dit Lucien, on ne le trouve jamais ; ce n'est qu'une âme qui\ns'envole.\n   — Au paradis des ouistitis?\n   — Peut-être, à moins qu'elle devienne un petit ange en route.\n\n   Toute la plage des bains, repoussée par la marée montante, se tassait au\nperré. Un mioche, au sortir de l'eau, qui trébuchait comme un jeune\ncanard parmi les roues des cabines, cherchait sa bonne, égarée dans\nl'encombrement. Mariette se précipita vers lui.\n   — Qu'il est gentil! dit-elle, pendant que sa bonne l'enlevait.\n   Lucien dit :\n   — S'il était à nous, ce mioche-là, je l'embrasserais.\n   — Comme ça, tout cru?\n   — Tout cru. C'est si bon de mordre dans un fruit mouillé!\n   Autour d'eux grouillait le bariolage des costumes de bain au séchoir.\nLe vent, en les gonflant, les ballottait comme des troncs de pendus et l'om­\nbre déchiquetée de leurs membres flasques gigottait en d'épileptiques panta­\nlonnades. Un éclat de rire unanime, apporté dans un coup de vent, secoua\nplus fort les torses ballonnés et dix voix s'élevèrent en une seule de tous ces\ncorps sans têtes : Ça brûle ! ça brûle !\n   Mariette s'était redressée, assise, un poing dans le sable, sa frimousse rose\nsouriant d'un air moqueur.\n   — Qu'est-ce qui brûle ?\n   Léon poussa sa figure railleuse au col d'un maillot bouffi :\n   — Ne vous fachez pas, c'est Juliette. Nous vous cherchions ; elle était en\navant; on lui a crié : ça brûle!... Eh! bien, vous voilà... donc...\n"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "                                  — 472 —\n\n  — Donc, ça brûlait, répétèrent les autres en chœur.\n  Et Miette, qui avait suivi par un clignement d'yeux le raisonnement de\nLéon, lui jeta son mouchoir dans la figure avec un geste qui signifiait :\nCoquin !\n                                      V\n   Installée dans sa cabine de bain, Mariette, sérieusement affairée à recoudre\nun bouton à son costume, s'était piquée deux fois. Juliette qui, depuis un\ninstant, la regardait, lui dit de ce ton dont on appelle une confidence :\nMariette, est-il vrai que « ça brûle » ?\n  Mariette lâcha son costume, saisit à deux mains le menton de Juliette, la\nregarda dans les yeux sans rire et lui répliqua du même ton pénétré : « Ma\npauvre petite Juliette, il faut absolument que tu te soignes'. » Puis elle\nsauta dehors, claqua la porte et s'enfuit.\n\n\n                                     VI\n\n   D'ordinaire, les garçons entraient au bain les premiers, à grands cris et\ngestes de clowns en exécutant une série de sauts périlleux et de cumulets.\nD'autres fois, les jours graves, c'étaient de monumentales entrées de frères\nacrobates qui ameutaient la plage : une échelle horizontale, soulevée à bras\ntendus, amenait l'un d'eux accroupi entre deux barreaux, les genoux au\nvisage, les mains cramponnées aux montants. Le porteur d'avant comptait\nsolennellement les vagues; à la troisième on renversait l'échelle et\nl'accroupi barbottait une seconde à se secouer comme un caniche; puis\nl'échelle, traînée plus avant, se dressait en verticale ; un corps équilibré\nmal au sommet, les bras tâtonnant l'air, plongeait, souvent tout d'une\nclaque, à plat ventre, aux rires bruyants de la foule répercutés de groupe\nen groupe jusqu'au bord. — Et les nageurs s'éparpillaient.\n   Lucien, après un tour, reprenant pied, revenait poings aux hanches,\nbiceps à nu saillants du torse cambré dans un maillot bleu sombre et se\ndandinant, à la rencontre de Mariette; il l'appelait du geste, lui faisait\nsigne de se plonger :\n   — Trempez-vous, voyez moi, je suis mouillé, je n'ai plus froid !\n   Mariette, cependant, n'avançait que lentement, dans une attitude d'oiseau\nfrileux, serrant les coudes et rentrant la tête. Elle soulevait les pieds comme\npour marcher au dessus de l'eau ; prenait toute la peine du monde à éviter\nles vagues par des petits sauts de crevette qui la rejetaient dedans et, tandis\nqu'elle suivait, en trébuchant, leur masse convulsée sous un échevèlement\nd'écume, d'autres lames violentes la refouettaient à la nuque, l'enfonçaient,\n"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "                                 — 473 —\n\nahurie, entre deux montagnes liquides où flottaient d'énormes crachats de\nmousse blanche :\n   — Lucien ! Lucien! Alors, elle l'appelait à l'aide — où sont les autres?\nJuliette, Renée, Léon, on ne les voit plus !\n   Lucien les lui montrait au loin et, tout de suite, remise de son émoi, se\nsentant ferme à sa main, elle s'emballait :\n   — Allons-y!\n   Au bord, les vagues se précipitent en bousculade, montent les unes sur\nles autres, jusqu'à ce que la première, sous la poussée, se cabre et retombe\nen se brisant comme une coque qui chavire. Ce ne sont plus, au delà, que\ndes plis qui roulent; de mouvants talus où les corps enlevés flottent et\nglissent mollement à l'autre versant.\n   Toutes les Roger nageaient comme des garçons, redressant à demi leur\nvisage brouillé d'eau et, pour fendre le courant, brandissant, d'un mouve­\nment de rame, la chair de leurs bras ruisselants de gouttelettes. Ainsi\nparfois, jusqu'aux dernières bouées, d'où elles apparaissaient au repos,\ntalonnant l'eau\" d'un léger rebond de valse, comme des mannequins à\nressort qui feraient une causette en rond.\n    Aux premiers bains, les surveillants, les « sauveteurs » tracassèrent cette\nhorde gênante qui voulait aller loin. On ne pouvait pas dépasser leur canot.\nUn arsenal de sabots et de hampes de drapeaux menaça les infracteurs.\nJuliette sur le point de recevoir un chapeau graisseux, poussa ce cri d'indi­\ngnation : « Heu ! un sale chapeau avec des bêtes ! — et rejaillit en arrière,\nd'un coup de reins. Lucien, ayant plongé sous une tape de rame, reparut\ncinq mètres au delà avec un pied de nez à la maladresse des rameurs.\n Mais un matin de représailles, à dix, ils s'appendirent au canot pour le\n faire chavirer. [Alors, les sauveteurs cessèrent de les harceler. De jour en\n jour, ils s'habituèrent à la vigueur, à la confiance calme de ces membres et,\n ces gaillards à tête de phoque, lourds, rablés, trapus, engoncés dans leur\n corsage de liège, suivaient, maintenant, avec une passion de gens du métier,\n le désarticulement souple, le jeu artiste et rythmique de ces corps, leurs\n coulées lentes entre deux eaux qui leur modelaient les formes et les jolis\n mouvements courbes dont ils s'enveloppaient...\n   Mariette nageait mal ; elle nageottait en happant de petites gorgées d'air\nentre deux mouvements serrés qui l'épuisaient vite et l'époumonnaient. S'il\npassait une vaguette, elle l'avalait du même coup et sa cervelle nerveuse\ns'effarait, sans retrouver le sangfroid qu'il faut pour se remettre à flot.\nPourtant, rongée d'envie d'aller comme les autres à l'espace, de se tremper,\nà brassées goulues, dans l'eau froide où l'on se perd jusqu'aux yeux, elle les\nsuivait du regard et, chaque fois qu'elle voyait se dresser la silhouette des\n"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                                   — 474 —\n\nrameurs et la barque poursuivre quelque tête noire en avant de sa proue,\ncriait, en l'air, toutes sortes de recommandations que personne n'entendait.\n   Lucien lui avait appris à « faire la planche » et c'était sa grande jouis­\nsance, les jours calmes, comme on s'étale dans l'herbe, de s'étendre, les\norteils émergeant, le corps raide, la tête enversée dans une calotte d'eau\nlourde qui lui battait les tempes, lui ourlait le masque et de s'y laisser\nbercer et d'y fermer les yeux comme pour dormir. Elle remontait lentement\nen se retournant deux ou trois fois vers la pleine mer ; s'arrêtait une minute\navec de l'eau jusqu'à mi-jambes ; s'abaissait pour caresser les flots qui lui\npassaient aux mollets, glissait assise, puis se couchait doucement et, renou­\nvelant à rebours la bonne sensation de se garer du froid dans un lit profond,\nelle écoutait les flots mignons se dérouler sur elle, lui fluer aux aisselles, à la\ngorge, les amenait de la main, les nappait, les remontait comme une cou­\nverture jusqu'au menton pour bien s'emmitoufler et que plus la moindre\nsoufflette chaude ne vint gâter cette fraîcheur. Dans sa cabine, elle conti­\nnuait d'en amasser des bribes autour d'elle dans les plis de son peignoir et\ns'y pelotonnait sans retrouver le courage de se r'habiller. Quelles bonnes\nminutes paisibles elle savourait là, se sentant très vigoureuse et souple, les\nnerfs détendus, l'esprit libre et retrottant gaiement à toutes les péripéties\ndu bain. Se rappelant l'exclamation qui l'avait troublée tantôt : Ça brûle !\nelle en riait toute seule. Elle avait les lèvres soyeuses, la peau douce, un\npeu pâle, marbrée, par places, de taches violettes ..\n   — ...C'est par là qu'il l'avait tenue pour lui faire faire la planche, bien\ndoucement pourtant...\n   ...Son peignoir dégrafé lui glissait jusqu'aux reins; elle se passait une\nserviette sur les cheveux, la nuque, les yeux, le visage; la nouait à ses\népaules sous sa chevelure épandue ; s'amusait à passer le linge sur la peau\nfine du menton qui restait humide ; le promenait par tout son corps, en\ntamponnant, à deux mains, les places moelleuses et, caressant d'un long\nregard jusqu'en bas, ses chairs blanches perlées de gouttelettes, elle reson­\ngeait à la phrase de Lucien : — C'est si bon de mordre dans un fruit\nmouillé!....\n   ...Quelque chose grattait au carreau. Elle reconnaissait le coup d'ongle\nde Juliette; glissait, un rien, sa fenêtre à coulisse et présentait, au cran d'air,\nun mouvement vague de chair rose et de linge blanc : — J'arrive !\n   Et quand elle arrivait, toujours la dernière, parmi les jeunes filles portant\nle chapeau au bras, la chevelure dénouée au soleil, on remontait, la peau\nbrûlante, avec des soifs inextinguibles et des envies violentes de se rejeter en\npleine eau.\n                                                        HENRY      MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 475, "page_fin": 478, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "je ne le dirai à personne", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "MEMENTO\n"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 118, "texte": "Encore l'art social !"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 123, "fin_caractere_exclue": 162, "texte": "Nous lisons dans le Progrès du 10 octo­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 206, "fin_caractere_exclue": 248, "texte": "bre un article de Camille Lemonnier sur le"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 288, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "Pro arte de M. Edmond Picard, et dans"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "lequel nous découpons le passage suivant :"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 499, "texte": "« M. Edmond Picard examine ensuite le"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "Jeune mouvement littéraire belge; il l'exa­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 620, "fin_caractere_exclue": 661, "texte": "mine en critique quelquefois sévère, mais"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 691, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "dont la sévérité n'exclut pas une profonde"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 779, "fin_caractere_exclue": 820, "texte": "et vivace sympathie pour cette génération"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "ardente, batailleuse, douée d'étonnantes"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 943, "fin_caractere_exclue": 987, "texte": "aptitudes. Il apporte à les discuter la pas­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1030, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "sion fraternelle d'un aîné qui, même en"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1152, "texte": "morigénant, ne peut s'empêcher de les"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1193, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "défendre contre ce qu'il appelle les illusions"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "dangereuses de leur jeune témérité. Certes,"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1367, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "nous qui, par nos aspirations et notre invin­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1452, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "cible attachement à la doctrine de l'art pur,"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1538, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "n'avons pu nous rallier aux principes de"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "l'utilitarisme, nous n'acceptons pas la con­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1711, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "ception d'un art social, tel que l'entend"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1754, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "notre éminent ami et confrère. Nous esti­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1840, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "mons, au contraire, que l'art est en dehors"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1927, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "et au dessus des variations de la politique"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2019, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "et qu'il ne pourrait que déchoir en quittant"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2108, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "l'impartial terrain de l'observation sereine"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2199, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "pour se mettre à la remorque des partis. Il"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2289, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "nous suffit que l'œuvre soit personnelle,"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2382, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "artiste, humaine au large sens du mot,"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2464, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "pour lui reconnaître, par delà le temps et"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "les circonstances, une mission quasi provi­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2635, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "dentielle. L'utilité, qui n'est en somme que"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2722, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "de l'opportunité sublimée, caractérise à"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2803, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "notre sens la visée des besognes transi­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2890, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "toires, momentanées, secondaires, accom­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3022, "texte": "plies en vue d'un résultat limité, réglées par"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3025, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "la préoccupation d'une minute dans l'éter­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3097, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "nité des évolutions sociales. L'œuvre supé­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3186, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "rieure échappe à la loi des contingences;"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3271, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "elle n'est pas utile dans le moment; elle est"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3364, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "nécessaire dans la suite des âges ; elle"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3449, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "importe à l'humanité tout entière; elle"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3536, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": "rayonne à travers les races, les temps et les"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3625, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "philosophies; et ce caractère d'imprescrip­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3715, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "tible et radieuse fatalité fait sa grandeur »."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3808, "fin_caractere_exclue": 3842, "texte": "Pour être modéré dans la forme, le"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3888, "fin_caractere_exclue": 3924, "texte": "désaveu n'en est pas moins éclatant."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 170, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "M. Edmond Picard donnera prochaine­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 249, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "ment lecture, à la Conférence du Jeune"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "Barreau, d'une œuvre inédite intitulée : Le"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 413, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "Juré. C'est, à ce qu'il paraît, le récit des"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "tortures d'un juré poursuivi par le fantôme"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "d'un innocent qu'il a condamné."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "***"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 742, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "Le Progrès du 24 octobre publie sous"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 821, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "ce titre : Matin d'automne, un morceau"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 901, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "qui porte en note : Essai d'un Jeune-Bel-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 988, "fin_caractere_exclue": 1029, "texte": "gique. Ce machin est une sorte de rêverie"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1070, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "peu française, essayant d'être drôle et des­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1153, "fin_caractere_exclue": 1192, "texte": "tinée à prouver aux populations ahuries"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1240, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "que Jeune-Belgique est synonyme de déca­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1325, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "dent, verbolâtre. Chose curieuse, le mor­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1413, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "ceau pastiche, de façon reconnaissable"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1498, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "quoique maladroite, le style de Camille"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1587, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "Lemonnier qui fait partie de la rédaction"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1675, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "du Progrès. C'est peu confraternel."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1821, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "*   '   *   ■"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1890, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "Notre collaborateur et ami Joséphin"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 1971, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "Péladan nous initie à ses projets littéraires;"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2064, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "Ce qu'il nomme « l'Ethopée de la décadence"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2153, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "latine » comptera sept volumes dont les deux"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2243, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "premiers existent déjà : I. Le vice suprême;"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2331, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "II. Curieuse; III. L'initiation      sentimentale"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2421, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "(étude des passions contemporaines; sorte"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2507, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "de casuistique en action); IV. A cœur"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2590, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "perdu (rituel de la passion, revêtu de fan­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2680, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "tasmagories hiératiques); V. L'Enclos de"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2763, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "Rey (un faubourg méridional d'où l'on"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2844, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "expulse les Récollets, étude de province) ;"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 2931, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "VI. Puberté; VII. Nergal (autobiographie)."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3091, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "* *"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3147, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "M. Frédéric Cousot, un de nos jeunes"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3228, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "compatriotes qui écrivit naguère dans le"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3317, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "Correspondant belge et qui, installé aujour­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3405, "fin_caractere_exclue": 3446, "texte": "d'hui à Paris, donne à la France de déli­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3489, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "cates chroniques, fait paraître chez Lemerre"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3582, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "une charmante plaquette intitulée : LET­"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "TRES DU FOND DES Bois. Idylles virgiliennes"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3762, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "en prose où le pasteur chante d'une voix"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3843, "fin_caractere_exclue": 3884, "texte": "fraîche la fleur et l'oiseau. Comme André"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 3934, "fin_caractere_exclue": 3971, "texte": "Theuriet, mais avec plus de jeunesse,"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 4021, "fin_caractere_exclue": 4064, "texte": "M. Cousot s'abandonne dans la forêt p r o -"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "fonde au charme des choses qui s'agitent"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "dans l'ombre, aux vies mystérieuses des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "végétations, au bruissement des brises dans"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 356, "texte": "les feuilles et il en tire quelque chose"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 406, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "comme une biographie de la nature d'un"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "art très pénétrant et très parfumé. Livre"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 626, "texte": "qui plaira surtout aux femmes et ne pourra"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 676, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "manquer d'avoir son succès."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 788, "fin_caractere_exclue": 791, "texte": "***"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 840, "fin_caractere_exclue": 880, "texte": "Aux mêmes lecteurs et lectrices s'adres­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "sent les   SOUVENIRS    D'UN ENFANT   PAUVRE,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "signés Rose Romain (chez Fetscherin et"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1122, "texte": "Chuit). Ceci n'est que la notation, jour par"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1172, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "jour, d'une vie de fillette pauvre, un jour­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1266, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "nal écrit avec la simplicité des larmes et le"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1356, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "regret des heures tristes. Nous ne sachons"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1450, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "que Le petit Chose, qui nous ait donné"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1543, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "l'impression de ces pages émues, d'un style"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1637, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "pur, sur un sujet toujours attendrissant."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1728, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "Les mères y trouveront la poésie des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "impressions connues et chères ; tout le"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1906, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "monde y revivra quelque peu le lointain"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1997, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "passé. On nous assure que la deuxième édi­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2061, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "tion vient déjà de paraître."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2174, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "***"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2246, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "La « saison des livres » commence. Les"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2333, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "imprimeurs se hâtent; les étalages des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2424, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "librairies porteront par douzaines, sur des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2513, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "volumes de toute couleur, cette étiquette :"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2603, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "Vient de paraître."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "Les « nouveautés » seront très nom­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "breuses cette, année."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2878, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "— Chez Ollendorff, André Theuriet"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2964, "fin_caractere_exclue": 3007, "texte": "publiera un roman intitulé : Au paradis des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3030, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "enfants; c'est l'enseigne d'un magasin de"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3119, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "jouets, ce titre qui annonce une étude d'in­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3211, "fin_caractere_exclue": 3228, "texte": "térieur parisien."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3306, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "Arsène Houssaye, un volume de « pen­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3395, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "sées inédites », le Livre de minuit; Octave"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3487, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "Mirbeau, le Calvaire. Voici encore un"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3579, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "livre de Souvenirs et Etudes de théâtre,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3668, "fin_caractere_exclue": 3711, "texte": "par Paul Régnier, ex-sociétaire de la Comé­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3735, "fin_caractere_exclue": 3749, "texte": "die-Française."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3868, "texte": "— L'éditeur Lemerre a plusieurs volumes"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3913, "fin_caractere_exclue": 3926, "texte": "à sensation :"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4008, "fin_caractere_exclue": 4045, "texte": "Un roman parisien de François Coppée,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4096, "fin_caractere_exclue": 4141, "texte": "dont le titre n'est pas arrêté encore : voilà"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4186, "fin_caractere_exclue": 4223, "texte": "bien une « nouveauté » véritable, car"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4279, "fin_caractere_exclue": 4318, "texte": "F . Coppée n'a fait qu'un roman encore,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4373, "fin_caractere_exclue": 4401, "texte": "son Idylle pendant le siège."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "Paul Bourget, retiré dans les Vosges,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "publie en ce moment aux Débats un roman"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "très dramatique qui s'écartera quelque"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 365, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "peu de sa manière habituelle : la partie"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 455, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "psychologique en sera très développée,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "comme de coutume, mais l'action est très"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 633, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "vive, presque noire. Bourget écrit qu'il a"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 725, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "peur parfois de « faire du Gaboriau » !"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 814, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "Titre : André Cornélis."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "Chez le même éditeur, un volume de"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "poésies de Jean Aicard : le Livre d'heures"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "de l'amour."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1130, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "— A la librairie Dentu, un ouvrage à sen­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1221, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "sation tout le premier : un drame inédit, en"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1315, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "prose, par Claude Bernard, — oui, Claude"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1405, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "Bernard, l'illustre physiologiste qui débuta"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1499, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "en faisant du théâtre et en écrivant, entre"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "autres, cet Arthur de Bretagne          dont"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1686, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "Mme veuve Dentu a le manuscrit en mains !"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "Voici ensuite le Théâtre en prose de"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "Catulle Mendès, et Revolver et Vitriol,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "d'Emile Bergerat, recueil de nouvelles et"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2046, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "de chroniques."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "— L'éditeur Plon mettra en vente deux"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2200, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "nouvelles traductions de Dostoïevsky, les"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2291, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "Possédés et l'Esprit souterrain, le Comte"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2382, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "Xavier, de Mme H. Gréville ; une Histoire"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2473, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "de l'opéra français, par MM. Nuitter et"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2562, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "Thoinon; les Mémoires du prince Czarto­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2651, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "risky; puis deux livres de médecins qui"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2740, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "étudient les problèmes du magnétisme, si"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2830, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "controversés : l'Hypnotisme, par le docteur"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 2924, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "G. de La Tourette ; Sorcellerie, par le"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3013, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "docteur Regnard."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3082, "fin_caractere_exclue": 3118, "texte": "— Calmann Lévy prépare la Correspon-"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3168, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "dance inédite de Balzac avec sa femme ; un"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3260, "fin_caractere_exclue": 3301, "texte": "volume de nouvelles sur l'Extrême-Orient,"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3352, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "par Pierre Loti; enfin le Répertoire de la"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3485, "texte": "Comédie humaine, de Balzac, par MM.Cerf­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3536, "fin_caractere_exclue": 3578, "texte": "beer et Christophe, biographie de tous les"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3629, "fin_caractere_exclue": 3667, "texte": "personnages qui jouent un rôle dans la"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3718, "fin_caractere_exclue": 3734, "texte": "Comédie humaine."}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3824, "texte": "— Charpentier éditera le Journal des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3911, "texte": "Goncourt, Madame Fuster, un roman de"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 3962, "fin_caractere_exclue": 4003, "texte": "Ferdinand Fabre ; les Souvenirs de Schau­"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4054, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "nard (de la Vie de Bohême); et enfin, le"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4145, "fin_caractere_exclue": 4184, "texte": "livre de Zola, la Terre, cette étude de"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4235, "fin_caractere_exclue": 4277, "texte": "paysans pour laquelle le maître a pris des"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4328, "fin_caractere_exclue": 4371, "texte": "notes, six mois durant, dans tous les coins"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 4422, "fin_caractere_exclue": 4465, "texte": "perdus de la Beauce, où il suivait les mar-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "chés, les foires, notant chaque mot, chaque"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 172, "texte": "trait de mœurs se présentant à lui."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 265, "texte": "— MM. Marpon et Flammarion pu­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 308, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "blieront :"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 404, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "La Belle Nivernaise, histoire d'un vieux"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 487, "fin_caractere_exclue": 526, "texte": "bateau et de son équipage, par Alphonse"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "Daudet. C'est un volume pour les enfants,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 628, "fin_caractere_exclue": 674, "texte": "petits et grands ; l'auteur de Sapho travaille"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 706, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "en ce moment à cinq ou six ouvrages diffé­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 801, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "rents. On lui prête l'intention de faire, sous"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 936, "texte": "ce titre : l'Immortelle, une étude du monde"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "académique; mais l'apparition en est ajour­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "née à un an tout au moins."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1164, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "Chez Marpon et Flammarion, encore :"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1244, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "Pour lire au couvent, pur Catulle Mendès,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "un volume de nouvelles légères; Faustine"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1383, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "Verrier, des nouvelles de René Maizeroy;"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1482, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "les Souvenirs et Poésies diverses de M. de"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1562, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "La Rounat."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1635, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "— Tresse et Stock consacrent tous leurs"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1677, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "soins aux « décadents»; Francis Poictevin"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1774, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "vient de publier chez eux un roman, Seuls;"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "Léon Bloy donnera aussi un roman, son"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "premier, le Désespéré, qui est une violente"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2034, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "satire de toute la littérature contemporaine ;"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2127, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "Villiers de l'Isle-Adam, Honoré Bonhomet."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2216, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "Voici, d'autre part, dans une autre note,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2306, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "un livre fort attrayant, le Carnet d'un admi-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2395, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "nistrateur de la Comédie-Française, par"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2482, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "Edourd Thierry, qui raconte là toute l'épo­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2574, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "que troublée du siège de Paris; enfin, un"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2661, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "roman d'Huysmans sur les Paysans."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2761, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "— Jules Lévy mettra en vente un volume"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2834, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "de Paul Bonnetain, En mer."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3107, "fin_caractere_exclue": 3145, "texte": "Un journal français annonce que M. Co­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3245, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "quelin (le grand) va présenter à un théâtre"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3380, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "parisien une pièce inédite, dont il est l'au­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3523, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "teur."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3624, "fin_caractere_exclue": 3663, "texte": "Espérons qu'elle vaudra mieux que celle"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3760, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "qu'il a fait jouer au Parc,. l'Aîné, dont il"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3899, "fin_caractere_exclue": 3939, "texte": "était le collaborateur avec Paul Delair."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4035, "fin_caractere_exclue": 4073, "texte": "M. Coquelin, après s'être fait siffler"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4117, "fin_caractere_exclue": 4155, "texte": "comme artiste, veut peut-être avoir le"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4169, "fin_caractere_exclue": 4194, "texte": "même succès comme auteur."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4391, "fin_caractere_exclue": 4427, "texte": "Chez Alphonse Lemerre, signalons Les"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4476, "fin_caractere_exclue": 4517, "texte": "Adorées, un volume de nouvelles adorables"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4564, "fin_caractere_exclue": 4605, "texte": "de M. Joseph Montet, le chroniqueur délié"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "de Gil Bias, et un recueil de M. Paul Her­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "vieu : Les yeux verts et les yeux bleus, où"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 266, "fin_caractere_exclue": 307, "texte": "l'influence des romans russes a fait pro­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 358, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "duire une œuvre mi-partie vraiment origi­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 486, "texte": "nale et troublante. Histoire d'halluciné,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 527, "fin_caractere_exclue": 569, "texte": "racontée en une langue souple et subtile ;"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 612, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "livre à relire."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 701, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "***"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 759, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "La bibliothèque nationale (8, rue Riche­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 848, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "lieu. Un vol., fr. 0-25) publie ses 291 e ."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 937, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "292e et 293e volumes. Ce sont : L'Essai sur"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "les préjugés, de Dumarsais, ce curieux"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1159, "texte": "écrivain de la fin du XVIIe siècle, ouvrage"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "dont Mirabeau disait : « C'est le livre le"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1286, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "moins connu et celui qui mérite le plus de"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "l'être »."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1436, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "U ne traduction très excellente par M. Clé­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1525, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "ment des Harangues au peuple et au"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "Sénat, de Cicéron."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1730, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "A la séance publique annuelle de l'Insti­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "tut de France, qui a eu lieu le mois dernier,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1904, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "M. Charles Gounoda lu une étude d'esthé­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1992, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "tique dont nous détachons ce passage :"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2086, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "« L'artiste n'est donc pas simplement"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "une sorte d'appareil mécanique sur lequel"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2258, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "se réfléchit ou s'imprime l'image des objets"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2352, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "extérieurs et sensibles; c'est une lyre"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2435, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "vivante et consciente, que le contact de la"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2526, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "nature révèle à elle-même et fait vibrer; et"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2616, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "c'est précisément cette vibration qui est"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2710, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "l'indice de la vocation artistique et la cause"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2805, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "première de l'œuvre d'art."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "« Toute œuvre d'art doit éclore sous la"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2972, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "lumière personnelle de la sensibilité, pour"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3064, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "se consommer dans la lumière imperson­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3194, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "nelle de la raison. L'art, c'est la réalité con­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3337, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "crète et sensible fécondée jusqu'au beau"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": "par cette autre réalité, abstraite et intelli­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3577, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "gible, que l'artiste porte en lui-même et"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3712, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "qui est son idéal, c'est-à-dire cette révéla­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3896, "texte": "tion intérieure, ce tribunal suprême, cette"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3988, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "vision toujours croissante du terme final"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4074, "fin_caractere_exclue": 4114, "texte": "vers lequel il tend de toute l'ardeur de"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4156, "fin_caractere_exclue": 4165, "texte": "son être."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4247, "fin_caractere_exclue": 4290, "texte": "« S'il était possible de saisir directement"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4340, "fin_caractere_exclue": 4385, "texte": "l'idéal, de le contempler face à face dans la"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4428, "fin_caractere_exclue": 4472, "texte": "vision complète de sa réalité, il n'y aurait"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4518, "fin_caractere_exclue": 4560, "texte": "plus qu'à le copier pour le reproduire, ce"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4606, "fin_caractere_exclue": 4646, "texte": "qui reviendrait à un véritable réalisme,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 110, "texte": "supérieur assurément, mais définitif, et qui,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 165, "fin_caractere_exclue": 206, "texte": "du même coup, supprimerait chez l'artiste"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 362, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "les deux facteurs de son œuvre, la fonction"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 465, "fin_caractere_exclue": 507, "texte": "personnelle qui constitue son originalité,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 614, "texte": "et la fonction esthétique qui constitue sa"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "rationalité. »"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 908, "texte": "A la même séance, M. François Coppée,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 969, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "toujours attendri, a lu Le Roman de Jeanne,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1067, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "un poème d'une banalité implorante."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1278, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "Jeanne a dix-huit ans; elle loge avec sa"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "mère aveugle et pauvre. En face demeure"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "un jeune homme qu'elle voit à travers ses"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1537, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "capucines. Elle se prend d'affection pour"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1579, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "lui, mais il ne la regarde guère. Un jour,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1682, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "au Jardin des Plantes, assise à côté d'un"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1784, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "petit écolier, elle travaillait, mais son"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1885, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "aiguille se casse sur son dé. Elle cherche"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1985, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "son étui; il est là-bas par terre. Elle va se"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2084, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "lever pour le ramasser, quand elle voit"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2185, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "devant elle son voisin, le jeune homme"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2287, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "auquel elle a, sans le connaître, donné naï­"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2387, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "vement son cœur :"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2568, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "Il s'avançait toujours ! Il était à dix pas !"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "Jeanne eut le cœur étreint d'une émotion telle"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2713, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "Qu'elle crut défaillir. Quand il fut tout près d'elle,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2807, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "Ayant vu quelque chose à terre, il se baissa."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2902, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "C'était l'étui perdu. Le passant ramassa"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3037, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "L'objet, et, du regard cherchant à qui le rendre,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3087, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "Aperçut Jeanne et fit un pas pour le lui tendre."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3187, "fin_caractere_exclue": 3231, "texte": "Alors la pauvre fille eut un immense espoir,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3280, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "Il allait lui parler, la connaître, la voir,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3375, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "La deviner, l'aimer peut-être... Oh! bonne chance!..."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3469, "fin_caractere_exclue": 3515, "texte": "Mais le petit garçon, par gentille obligeance,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3516, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "Courut vers le jeune homme en lui tendant la main ;"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3614, "fin_caractere_exclue": 3651, "texte": "Le poète remit sa trouvaille au gamin"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3714, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "Et, par ces beaux cheveux d'enfant séduit sans doute,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3778, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "Le baisa sur le front et poursuivit sa route."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3824, "fin_caractere_exclue": 3871, "texte": "Le fol espoir de Jeanne, hélas t s'était enfui!"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3909, "fin_caractere_exclue": 3957, "texte": "Mais quand l'enfant, venant lui rapporter l'étui"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4010, "fin_caractere_exclue": 4052, "texte": "Lui présenta sa tête innocente et bouclée,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4108, "fin_caractere_exclue": 4149, "texte": "L'amoureuse, un instant de désir affolée,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4208, "fin_caractere_exclue": 4255, "texte": "Etreignit le petit d'un geste ardent et prompt,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4256, "fin_caractere_exclue": 4303, "texte": "Et recueillit, collant ses lèvres sur ce front,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4373, "fin_caractere_exclue": 4419, "texte": "Avec un rauque et long sanglot de tourterelle."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4471, "fin_caractere_exclue": 4517, "texte": "Ce baiser de hasard qui n'était pas pour elle,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4518, "fin_caractere_exclue": 4569, "texte": "Le jeune homme a quitté sa chambre sous les toits ;"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4649, "fin_caractere_exclue": 4698, "texte": "Puis ont passé les jours, les semaines, les mois,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4734, "fin_caractere_exclue": 4775, "texte": "Et celle que sa vue a pour jamais charmée"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4831, "fin_caractere_exclue": 4876, "texte": "Ne sait plus rien de lui que par la renommée."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4931, "fin_caractere_exclue": 4980, "texte": "Pareille aux pauvres gens qu'on voit en carnaval,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4981, "fin_caractere_exclue": 5020, "texte": "Ecouter la musique à la porte d'un bal,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5044, "fin_caractere_exclue": 5092, "texte": "Jeanne que font souffrir son cœur et sa mémoire,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5142, "fin_caractere_exclue": 5188, "texte": "Entend de loin ce nom retentir dans la gloire,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5243, "fin_caractere_exclue": 5291, "texte": "Tandis que sans amour, sans joie et sans beauté,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5356, "fin_caractere_exclue": 5397, "texte": "Toujours elle s'enfonce en son obscurité."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5398, "fin_caractere_exclue": 5449, "texte": "Sa vie est grise et morne ; elle veut s'y résoudre."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5498, "fin_caractere_exclue": 5541, "texte": "Une ouvrière, assise à sa machine à coudre,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 122, "fin_caractere_exclue": 164, "texte": "Habite la mansarde où Jeanne aimait à voir"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 222, "fin_caractere_exclue": 260, "texte": "Le poète rêver devant le ciel du soir."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 318, "fin_caractere_exclue": 361, "texte": "Avec le calme ennui que l'habitude enfante,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 419, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "Elle fait son devoir de fille et de servante."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 524, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "Elle oublie ; et parfois, quand le petit garçon"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 629, "fin_caractere_exclue": 668, "texte": "De la pauvre voisine arrive à la maison"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "Et tend naïvement son front à sa caresse,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "Jeanne, se reprochant sa minute d'ivresse,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "Et ne voulant plus même un moment se griser"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "Avec le souvenir de l'ombre d'un baiser,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1124, "fin_caractere_exclue": 1170, "texte": "A ne pas embrasser ce front pur se condamne..."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "Et ce baiser, ce fut tout le roman de Jeanne. »"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1379, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "Et voilà, sanctus gagaïsmus !"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1639, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "L'éditeur Edinger de Paris, vient d'entre­"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1739, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "prendre la publication d'une série d'oeuvres"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1841, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "de la littérature contemporaine, en volumes"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1942, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "à 25 centimes. L'entreprise est excellente"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2042, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "et ne peut manquer de réussir ; le volume"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2141, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "à fr. 3-50, n'est pas à la portée de toutes"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2242, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "les bourses, et la vulgarisation des Lettres"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2344, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "sera une puissante arme contre celle de la"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2444, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "politique et de l'art social que le journal"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "tient entre ses mains."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2674, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "Sont annoncés d'ores et déjà : Les Va­"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2770, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "nu-pieds, de Léon Cladel, L'amour au"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2864, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "pays bleu, d'Hector France, L'Amiral,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3000, "fin_caractere_exclue": 3036, "texte": "d'Edmond Picard (en vente déjà), Les"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3144, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "enfants de Giberne, de Paul Bonnetain, des"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3244, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "ouvrages de Mendès, Heusy, Talmeyr,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3337, "fin_caractere_exclue": 3374, "texte": "Champfleury, Maizeroy, Clovis Hugues,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3432, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "Sutter Laumann (de la Justice), sans"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3573, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "compter les réimpressions de classiques."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3674, "fin_caractere_exclue": 3713, "texte": "Plusieurs volumes sont en vente aujour­"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3771, "fin_caractere_exclue": 3777, "texte": "d'hui."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3905, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "***"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3969, "fin_caractere_exclue": 4009, "texte": "Jean Richepin vient de faire représenter"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4067, "fin_caractere_exclue": 4107, "texte": "au Théâtre-Français une pièce en 3 actes"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4165, "fin_caractere_exclue": 4207, "texte": "et en vers : Monsieur Scapin. Grand succès"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4361, "fin_caractere_exclue": 4372, "texte": "littéraire."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4455, "fin_caractere_exclue": 4468, "texte": "*   *   *   ■"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4630, "fin_caractere_exclue": 4648, "texte": "Le mot de la fin :"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4709, "fin_caractere_exclue": 4733, "texte": "Un dessin du Chat noir :"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4794, "fin_caractere_exclue": 4830, "texte": "Une jeune personne de mœurs aimables"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4888, "fin_caractere_exclue": 4930, "texte": "s'approche d'un Gontran tout à fait copur­"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5038, "fin_caractere_exclue": 5043, "texte": "chic."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5104, "fin_caractere_exclue": 5141, "texte": "— Ecoute, je vais te faire une confi­"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5199, "fin_caractere_exclue": 5242, "texte": "dence... j'ai absolument besoin de quarante"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5349, "fin_caractere_exclue": 5355, "texte": "louis."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5458, "fin_caractere_exclue": 5496, "texte": "— Tu as raison, chère, de te confier à"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5554, "fin_caractere_exclue": 5585, "texte": "moi, je ne le dirai à personne."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La place nous manque pour la Boîte aux Lettres", "ancre_fin": "Dag Paulintje", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VARIÉTÉS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 534, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 582, "texte": "La place nous manque pour la Boîte aux Lettres, mais le devoir nous\noblige à penser à Paul-Ric-Wauwermans-Rac-de-Fontanar dit Digitus\nalbus, Pauline pour les dames.\n  Or donc, mon premier est forgeron à Jérusalem, car on dit veau-scie-fer à Sion.\n  Mon deuxième a profité de la conversion de l'emprunt, n'est ce pas ver-millionf\n  Mon troisième est excessivement ce qu'il est; on dirait un delirium très mans.\n  Mon tout est très difficile à deviner. Bon pour une plaidoirie du jeune Wauwermans à\nqui devinera (pro Deo). Dag, Paulintje!\n\n\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Chez le comte Tolstoï", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Variétés", "signature_source": "Grégoire Danilewsky", "ancre_debut": "VARIÉTÉS", "ancre_fin": "qui mûrit dans son âme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE MOT DE LA FIN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 534, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 582, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "VARIÉTÉS\n                              CHEZ LE COMTE TOLSTOÏ\n   Le directeur du Journal officiel, de Saint-Pétersbourg, M. Grégoire Davilewsky vient\nd'avoir une entrevue avec le comte Tolstoï.\n   On sait que la conversion mystique de Tolstoï, ses allures et ses proclamations au\npeuple ont paru tellement étranges qu'on a cru devoir le proclamer fou.\n   11 paraît qu'on a eu tort.\n   Voici le portrait de Tolstoï que nous trace M. Danilewsky :\n   Avant que j'eusse le temps de descendre de voiture, le comte apparut sur le seuil, et,\naprès m'avoir cordialement souhaité la bienvenue, il m'invita à le suivre dans son\ncabinet.\n   Il y a longtemps que j'avais vu pour la première fois le comte Léon Tolstoï à Saint-\nPétersbourg, dit plus loin M. Danilewsky. Alors l'auteur de la Guerre et la Paix, était\nun fringant et brillant officier d'artillerie. Je l'avais rencontré dans la maison d'un célèbre\nsculpteur russe. Je ne l'avais point revu depuis bien des années ; mille et un obstacles de\nla vie courante nous avaient séparés, sans que jamais pourtant mon admiration pour lui\neût failli.\n   Certes, il est changé, mais ce sont toujours les mêmes yeux profonds et rêveurs, c'est\ntoujours cette figure avenante, sympathique, éclairée de ce je ne sais quoi si bizarrement\npersonnel, et c'est surtout la même barbe longue et épaisse, quoique parsemée de neige\naujourd'hui.\n   Après avoir allumé des cigarettes, nous causâmes du temps passé, de ceux que nous\navons connus tous deux et qui, pour la plupart, ne comptent plus parmi les vivants.\n   Un grand chien à poil roux interrompt indiscrètement notre causerie, faisant irruption\ndans la chambre en gambadant, et va se coucher aux pieds de son maître.\n   Tolstoï parla de différentes choses, de littérature surtout, et voici l'impression que\nM. Danilewsky a rapportée de cette entrevue :\n   Au retour, j'ai analysé mes impressions, et j'ai constaté que le comte Tolstoï, malgré la\nnouvelle et dangereuse voie dans laquelle il s'est engagé, est resté au fond le grand artiste\ndu passé, qu'il dispose sainement de ses facultés d'esprit des plus élevés et qu'il peut\nencore enrichir la patrie de plus d'une œuvre aussi parfaite que la Guerre et la Paix.\nJ'ose affirmer davantage : comme le silence qu'il a gardé après Sébastopol n'était point de\nl'inertie, mais du recueillement ayant pour résultat la Guerre et la Paix, de même peut-\nêtre aujourd'hui il délasse son esprit par la lecture de la Bible et de la Vie des saints pour\nnous donner bientôt un art nouveau qui mûrit dans son âme.\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Le Mot de la fin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "LE MOT DE LA FIN", "ancre_fin": "écartons ces tristes pensées", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 534, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3153, "fin_caractere_exclue": 3677, "texte": "LE MOT DE LA FIN\n   Deux époux causaient : « Si tu mourais, mon chéri, disait la femme, je te ferais faire\nune bière doublée en satin avec des bouillonnes, j'entourerais ta tombe d'un treillage\nartistique et je mettrais, au milieu, un ange en plâtre, à genoux, dans les giroflées, qui\nprierait pour toi... » L'époux, ravi de tant de prévenances, ne voulut pas être en reste :\n« E t toi, ma chère femme, si tu mourais, sais-tu ce que je ferais?... » Elle l'interrompit\nvivement : « Oh 1 mon ami écartons ces tristes pensées. "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-11-05-n11-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A tous les Artistes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 535, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "A         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                    6, R U E P A U L D E V A U X , (PRÈS LA. B O U R S E )\n\n                            ET    M O N T A G N E D E LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Or ange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nYAchaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora, et l'absinthe Pernod.\n  (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\n\nO          pantagruélistes ! après avoir, à l'aide de ces apéritifs délectables,\n           préparé votre estomac aux douceurs de la table, prenez le Bou­\n           levard, enfilez à droite la rue de l'Evêque, traversez en diagonale\nla place de la Monnaie, laissez à votre gauche l'infâme Munich des Trois-\nSuisses, glissez à côté de la Taverne Tom et entrez à la\n\n   TAVERNE                                                      LOUIS\n                         RUE DES P R I N C E S .\n  Vous y trouverez des plats du jour exquis et pour rien. A la carte, nous\nvous recommandons VEntrecôte aux pommes sautées ; comme bière, le\nScotch dans des verres mousseline.\n\n                          P. S. On n'y parle pas politique.\n\n\n              POUR          PARAITRE                 INCESSAMMENT\n\n  LETTRES A JEANNE\n                              PAR JULES             DESTRÉE.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie MADAME ROBERT, par THÉODORE DE\n  BANVILLE. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n\n    Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 500, "texte": "6« ANNÉE.     TOME V, N° 11.    PRIX : 60 CENT. ÉTRANGER : 75 CENT.              5 NOVEMBRE        1886.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                  Lajète de f univers manquerait de quelque\n                                                chose, si le monde ?i'était peuplé de fanatiques\n                                                iconoclastes et de lourdauds     vertueux.\n                                                                         ERNEST RENAN.\n\n\n\n\n                                 SOMMAIRE:\n\n    Elles                                                        MAX W A L L E R .\n    Le Comte Léon Tolstoï                                        FRANCIS NAUTET.\n    A cœur perdu                                                 HENRI MAUBEL.\n    Memento                                                      **■*\n\n\n\n\n                                   'BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                            1886\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant le i « de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe volume\n                                 orné d'un frontispice. '\n   Bruxelles : Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n         Directeur      : MAX WALLER. — Secrétaire : F . VURGEY.\n                          Administrateur : H. VAN DlJK.\n\n                                ABONNEMENTS :\n                 Belgique : 7 francs par an. — Union postale : fr. 8-50.\n             Les conditions pour les annonces se traitent à           forfait.\n\n\n                             A NOS LECTEURS\n                                                       er\n\nComme  tous les ans, nous donnerons le i janvier à nos lecteurs la\n  prime artistique d'un frontispice gravé en photogravure. Celui de 1887\nsera signé XAVIER MELLERY.\n   Nous devons à l'amitié de GEORGES EEKHOUD communication de\nl'original, destiné primitivement à orner Kees Doorik. Ce n'est plus la\nmièvre nudité de l'année dernière, mais une forte flamande plantée, les\npoings sur les hanches, au seuil de la ferme. Elle personnifiera bien la\nJeune Belgique crâne et décidée à la lutte. C'est une œuvre de premier\nordre digne du grand nom qui l'a signée.\n\n\nA uquemoment où l'année présente va finir, il nous faut faire appel, et plus\n        jamais, à la fidélité de nos abonnés. Sans tenir compte de la valeur\nlibraire de notre revue dont les collections sont très haut cotées dans les\ncatalogues de ventes et qui deviendront rarissimes avant six mois d'ici,\nnous invoquons les difficultés de notre œuvre, toujours plus combattue à\nmesure qu'elle grandit. Les lettrés sont si clair-semés qu'aucun ne peut\nrenoncer à soutenir de son concours — fût-il restreint — un effort sans\nprécédent, en Belgique. Peu à peu nous sommes parvenus par de petits\nperfectionnements — épigraphes célèbres, correspondance drôle, historiettes\nde couverture — à donner de l'intérêt à toutes nos pages. Enfin, toutes les\nnouvelles de l'Art nous arrivent régulièrement et de première main. C'est\ndire que notre prix d'abonnement est dérisoire. Porté à 7 francs, il ne sera\ncependant plus augmenté, bien que nos volumes en représentent plus de 20\nau point de vue de leur luxe.\n\nE    n parcourant notre table des matières prochaine, nos lecteurs y verront\n      les noms de Georges Eekhoud, Emile Verhaeren, Albert Giraud,\nGeorges Rodenbach, Camille Lemonnier, F r a n c i s Nautet, I w a n\nGilkin, H e n r y Maubel, Georges Khnopff, Eddy Levis, J a m e s Van-\ndrunen, Siebel, André Fontainas, Jules Destrée, Hippolyte Devil-\nlers, J . Frédéric, Jules Gilson, Grégoire Le Roy, Raoul Russel,\nLouise Desbordes, Joséphin Péladan, Emile Van Arenbergh,\n Georges Kaiser, Hector Chainaye, H e n r i Mériot, Eugène Monseur,\n Marius Réty, J e a n Moréas, Fritz Rotiers, Max Waller, dont les\nabonnés de la Jeune Belgique ont pu apprécier les pages.\n\nA     l'œuvre donc par la fidélité, la propagande et la coopération, au nom\n        des    L E T T R E S FRANÇAISES EN B E L G I Q U E .\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                               ELLES (*)\n\n\n                                 itre charmant et sans limite. Eternel féminin\n                                que personne n'a songé — pas même M. Van­\n                                drunen — à fixer en quelques formules ; on y\n                                perdrait ses peines et ses illusions.\n                                   Des illusions, l'auteur de ce « keepsake »\n                                en a beaucoup, et c'est ce qui fait le charme\n                                de son livre. Stendhal a divisé l'amour en\n                                quatre catégories : 1° l'amour-goût (Lauzun,\n                  Chamfort), 2° l'amour-passion (Héloïse, Laure), 3° l'amour\n                  physique, et 4° l'amour de vanité. Il a négligé l'amour-\n                  puceau pour en laisser tout l'honneur à James Vandrunen ;\n                  car, sans donner à celui-ci la robe blanche — symbole de\n                  toutes les virginités, — nous prétendons que notre ami est\n                  le plus candide et le plus neuf des hommes.\n                     La femme est pour lui le piédestal de marbre blanc sur\n                  lequel il pose son idéal ; il se prosterne, il adore — et cela\n                       suffit. Son humilité n'est pas cette aimable concession\n                   que l'on nomme galanterie ; c'est un véritable sentiment\n                   de vasselage. Il adore la femme, sans même oser lui\n                   demander quelque chose en échange ; sa religion est celle\n                   du bout du nez ; — et alors, défilent devant lui les êtres\nles plus divers, depuis la chaste jeune fille jusqu'à la dernière traînée, sans\n\n  (*) Elles, par James Vandrunen. Un vol., chez Mme Veuve Monnom, à Bruxelles (hors\ncommerce).\n                                                                          29\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "                                   -   448    -\n\n   qu'il perde un instant son inaltérable sourire et ne dise à toutes : « Chère\n   belle », en s'inclinant.\n      Il est difficile de dire aux femmes ce que l'on pense d'elles : à savoir\n  qu'elles ont de moins en intelligence ce qu'elles ont de plus en sensibilité;\n  M. Vandrunen ne saurait s'y résoudre. Il dit quelque part : « Le délicat\n  séquestre l'image adorée dans un idéal inviolable, il l'enveloppe d'une ido­\n  lâtrie respectueuse... », oubliant que même les yisions de femmes ne se lais­\n  sent pas séquestrer, ces Agnès, et que l'idolâtrie ne leur convient qu'à con­\n  dition de n'être point respectueuse. Elles veulent être flattées sans culte et\n  n'aiment les baisers que lorsqu'elles les sentent donnés par des lèvres qui\n  pourraient mordre. Chose déconcertante, les hommes aimés le plus éper­\n  dûment, le plus farouchement, le plus irrémédiablement, ce sont les soute­\n  neurs — ceux qui méprisent, qui battent et qui tuent leurs maîtresses ! Que\n  cela prouve-t-il, sinon que la position d'esclave est pour Elles, et que, plus\n  Eux seront hautains et dédaigneux, plus ils seront aimés — et bien pour\n  eux.\n     Ernest Renan le dit dans L'abbesse de Jouarre : « L'humiliation est\n nécessaire à la femme. La Nature l'a voulu. Abélard ne fut maître d'Hélo'ise\n que quand il l'eut domptée ».\n     « La femme est une poupée qui a des migraines », a dit Vandrunen. Le\n mot est joli. Il ajoute : « C'est un paquet de nerfs qu'il ne faut pas remuer »,\n alors que cette poupée est en gomme incassable et que ce paquet de nerfs\n s'éteint si l'on ne le remue.\n    Sans avoir le mépris de la femme, l'homme supérieur en a le dédain, lors­\n qu'il a affaire à autre qu'à la femme de foyer — sacrée celle-là. Il ne voit\n en elle que l'occasion d'exercer une fonction physiologique, et l'habitude\n qu'il en prend est une manière de passion; ne rompt-il pas? c'est pour ne\n pas déranger ses manies ; rompt-il ? c'est pour perfectionner son plaisir ; les\n femmes sont des corps qui ne pensent pas, mais assimilent, ne parlent pas\n mais gazouillent; c'est comme un vin de bon goût qui chanterait pour vous\n distraire le gosier.\n    Dumas fils disait : « L'amour, voilà une chose que je comprends que l'on\ndesire ou que l'on regrette, mais que je ne comprends pas qu'on fasse ».\nParadoxe.\n    L'amour, en dehors du mariage, où les préoccupations sentimentales\ns'élèvent, est un exercice matériel plus agréable que les autres, mais auquel\nl'esprit se mêle si peu, que l'on voudrait parfois rencontrer des femmes\nmuettes, pour n'y être point troublé.\n    « Heureux, gouaillait canaillement Grévin, le bourgeois placide qui ne\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                                   — 449 —\n\n vit jamais dans la femme qu'un simple moule à singes! » Sage aussi, ce\n bourgeois.\n     Le sentiment, avec les maîtresses, est un non-sens.\n    Les maîtresses sont toutes bêtes, sinon vous les auriez prises pour\n femmes; mais vous ne les estimez pas, car elles ne peuvent vous comprendre ;\n et vous ne les aimez pas vraiment, puisque vous les quittez un jour. Vous\n les prenez en vue d'une séparation, et ne buvez à ces coupes que parce que\n vous savez qu'elles se briseront vite.\n    Ces choses positives et peu galantes, M. James Vandrunen ne les dit\n pas, car il n'en pense rien, et c'est ce qui fait, qu'après avoir lu son livre de\n forme fine et délicate, on est fort embarrassé de savoir ce qu'on a lu. Tout\n y est couleur de temps qui va changer; c'est un marivaudage sentimental\n dont il ne reste à l'esprit qu'un effleurement, une poudre rose tombée des\n ailes d'un papillon. Ses femmes sont toutes à fleur de peau, « visionnées »\nplutôt que devinées, soupçonnées plus que comprises, des ombres chinoises\ntrès gracieuses devinées à travers un rêve de mousseline couleur de ciel. Il a\ndes étonnements d'explorateur qui, voyant un amas de pierres où serait dis­\nposée une série d'orifices garnis de vitres, dirait : Cela ne serait-il pas une\nmaison ?\n    Je néglige le chapitre intitulé ?, qui n'est que le décalque du prologue\nd'Henriette Maréchal, quelque chose comme une syncope de Goncourt,\net j'arrive au style.\n    Ici tout est charmant; le mot juste, affiné, subtil, relève à tout coup la\nphrase joliment française, une phrase dix-huitième siècle aux gracieuses\naffêteries, une phrase qui ne rit pas, mais rougit de se voir si belle en ce\nmiroir. M. Vandrunen a peur de ce qu'il dit; il le hasarde en regardant de\ntous côtés pour voir si la police des mœurs littéraires ne le file pas ; de là\nquelque chose de timide dans le mot comme dans la pensée, une observa­\ntion qui doute et n'avance que le petit doigt, une étude de soi-même, avec\ndes ombres de femmes dedans.\n    De loin en loin, l'excellent cocquebin s'arrête et dit : « Si nous frap­\npions un grand coup ! » et il devient enragé. Lisez le chapitre Verseuse,\noù Vandrunen décrit une femme d'Eden; il force la note et dépeint une\nmonstruosité sans forme, invraisemblable, qu'il n'a jamais vue, mais qui\ndoit être comme cela, en comparaison des misses blanches et roses qu'il\n« sorbette » de sa spatule d'ivoire. Oh! la gueuse! elle est « veule », elle est\n« sanglée dans une toilette de friperie, satin fané, souillé, qui crève sous\nla poussée des graisses débordantes. » Son décolletage « cynique expose\ndes seins exagérés et une boucherie flasque, pesante » et enfin : « les\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                                    — 450 —\n\nhoquets secouent la masse du corps ». Assez! assez! cette purée est digne\ndes maisons à soldats, en province, à l'heure où l'on éteint les deux quin­\nquets ; mais tu les calomnies, ces grues, mon vieux camarade! Elles ne sont\npas si malpropres que cela — même je me suis laissé dire qu'elles se soi­\ngnaient plus... loin que les femmes honnêtes. Mais cette indignation injuste,\nje veux la comprendre encore. Vallès l'a dans le premier chapitre de La\nRue, Lemonnier dans Nos Flamands au chapitre de Nos amours, et c'est\nune bonne et salutaire pensée de vouloir inspirer du dégoût pour ce qui\nn'est pas honnête — demande à l'Art moderne qui a toujours rêvé de con­\nfier à Leconte de Lisle la mise en vers de Parent-Duchâtelet!\n   Lorsque tu parles des Petites, mon ami, des petites ouvrières, tu conti­\nnues ton idéalisation. Celles de Mürger ne sont que des maritornes à côté\ndes travailleuses auxquelles tu prêtes le pareil bénitier, et, à la fenêtre, le\nsemblable pot de giroflées. Tu les contes, allant aux champs avec leur\nArthur, et tu t'attardes avec les amoureux dans cette chute de phrase\nexquise : « Ils continuent lentement, s'arrêtent devant les belles propriétés,\ncueillent des fleurs et se disent avec mélancolie que les dimanches sont\ncertainement plus courts que les autres jours »... Un peu plus, tu ajou­\nterais avec Coppée :\n\n                   « Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule ! »\n\n   Eh! non, ce n'est pas si ridicule, mais ce n'est pas, voilà tout, et je le\nregrette pour nous qui ne dédaignons pas de cueillir des fleurs et avons sou­\nvent des spleens — ce qui n'est, après tout, que de la mélancolie qui sait se\ntenir.\n   Où je trouve Vandrunen plus humain, plus pénétrant, c'est dans la page\nintitulée : La Femme qui rit. Le décor, une baraque de foire où le presti­\ndigitateur escamote les objets que « veulent bien lui confier les personnes\nde l'honorable société ». Deux femmes sont là ; l'une a passé son mouchoir,\nl'autre son anneau d'alliance. La première est une dévoyée, la seconde une\nhonnête. Le pître va rendre les objets :\n   « — A qui l'alliance? à qui le mouchoir?\n   « Ma vosine, la créature pâle, avait donné le mouchoir; elle tend la\nmain : le physicien lui présente l'alliance...\n   « ... Il y eut alors, devant cette bague, devant cette chose d'un bonheur\n« honnête et défendu, une contraction aiguë, endolorie dans le visage de\n« cette femme; elle retira la main vivement, craignant de toucher l'anneau\n« symbolique. Il y avait de la honte, du regret, de l'envie dans ce mouve­\n   ment — et elle se sentit alors, elle, la plus remuante, elle se sentit moins\n« que ces autres entourées du bruit de leurs enfants.\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                                  -   451   -\n\n   « Elle baissa la tête, reprit son mouchoir et elle souffrit véritablement\n « cette malheureuse de joie. Pauvre fille!... »\n   Voilà un coin de vie et de réalité douloureuse exprimé avec une belle\npitié de style ; et ces seuls mots : « malheureuse de joie » sont d'un écrivain\nqui concentre — non loin d'un qui... évapore.\n   James Vandrunen est un triste qui a beaucoup lu. A côté de la science\n— sa carrière — il a les Lettres et le respect d'elles ; parmi nous, il est de\nceux qui ont le plus enregistré avant de produire; étant silencieux, il est\nobservateur, mais surtout découvreur, et c'est ce qui fait que certaines\nchoses ne le frappent que par leur côté externe et mystérieux encore, tan­\ndis qu'il s'enfonce dans d'autres avec une sûreté de sonde. Dans son\nlivre, le découvreur domine, mais n'est-ce pas un rêve exquis de n'avoir pas\nvu, et de révéler au monde, demain, comme si l'on était le Christophe\nColomb de la nature, que le ciel est bleu, les étoiles d'or et les fleurs de\nparfum ?\n                                                        MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n        LE COMTE LÉON TOLSTOÏ\n              Nous compterons au total du XIXe siècle deux écrivains de génie :\n               l'un, français et lyrique, Victor Hugo ; l'autre russe et réa­\n               liste, le comte Léon Tolstoï. Celui-ci a porté le roman aux\n               hauteurs où Shakespeare a porté le drame. De même que\n Shakespeare est un sommet au dessus duquel nous ne percevons rien; de\nmême ne pouvons-nous rien concevoir qui puisse dépasser l'envergure de\nl'observation, l'image complexe et rigoureusement vraie de la vie des\nromans de Tolstoï. Sans doute, il n'a pas l'imagination poétique, le lyrisme\net le sentiment du fantastique. Mais en cela, il est de son temps. Shake­\nspeare, seul, a rassemblé toutes les formes du génie et exploité tous les\ndomaines.\n   Néanmoins, quand on ferme les romans de l'écrivain russe après les\navoir lus, on peut se faire la certitude d'avoir vu le monde moral et le\nmonde social sous leurs principaux aspects. Si son œuvre n'a pas les grâces\nélevées du style, la séduction des termes artistement assemblés et le sens\nsupranaturel de la forme, elle a toutes les expressions humaines, depuis la\njeunesse joyeuse, si fraîchement représentée par des personnages dont les\nfigures riantes nous hantent encore comme des amis que nous aurions connus»\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                                  — 452 —\n\njusqu'aux maturités soucieuses et pensantes; elle a aussi toutes les expres­\nsions intellectuelles, depuis le doute jusqu'à la foi. Le comte Léon Tolstoï a\nen quelque sorte refait, au cours de ses romans, l'histoire de la pensée en la\nmêlant aux actes sur lesquels porte sa réflexion souveraine. Comme ceux\nqui pensent en écrivant, au lieu de n'écrire qu'après avoir pensé, il nous\nentraîne, avec l'expérience même, à travers tous les méandres qu'il a suivis,\navant d'aboutir à la conclusion à laquelle il s'est arrêté. Ce procédé de vraie\nanalyse n'a ni effets, ni résolutions immédiats, mais ses décisions loin­\ntaines et péniblement atteintes, en passant par les contradictions, sont plus\nfermes et plus vivantes.\n   Il y a des problèmes non résolus sur lesquels tant de générations ont\npeiné sans en découvrir le secret, que nous nous en sommes lassés. Nous\navons pris l'habitude de les admettre avec leur mystère qu'il nous paraît,\ndu reste, irrévocablement impossible de pénétrer. La naissance et la mort,\npar exemple, ne nous préoccupent même plus. Tolstoï, avec cette fraîcheur\nde perception qui est une des caractéristiques, du Russe, s'y arrête, comme\ndevant un spectacle nouveau et dresse devant ces mystères des interroga­\ntions profondes. Il en a agi de même pour toutes les manifestations\nsociales. Il a tout analysé, tout décomposé, avec les moyens d'une critique\nsi supérieure, si désintéressée, si élevée et si sympathique que son juge­\nment nous indique la personnalité morale la plus sûre et la plus éminente\nqui ait jamais existé. Quand il nous ouvre le cœur d'un personnage, nous\nsommes certains d'y tout voir de ce qu'il contient. Parfois, le spectacle est\nnaturellement désagréable; les indices mauvais y sont en nombre, mais\nl'observateur, de ses mains consciencieuses, obligeantes et délicates, va cher­\ncher, au milieu des ronces, la fleur pure, le ferment de noblesse et nous le\nmontrer victorieusement. Plus tard, dans son ouvrage Ma Religion, il\nconseillera d'observer la parole du Christ : Ne jugez pas. De par sa nature\nplus encore que de par sa raison, il devait propager ce doux conseil, car\nmême dans ses ouvrages de début, alors qu'aucune doctrine ne l'a fixé, il\nanalyse l'âme humaine avec cette indulgence admirable à laquelle il ne\nfaillit jamais. Aussi, son œuvre, nous dit-il toutes les sensations ; des sen­\nsations exquises, des sensations tendres, des sensations fortes ; la peine et\nl'amour, la joie et la crainte, la foi et le doute, tous les sentiments, sauf la\nhaine !\n    Il en résulte que son réalisme sympathique est d'un caractère tout per­\n sonnel. Les Anglais nous ont donné le réalisme imaginatif, Dostoïevsky,\n cet autre romancier russe, le réalisme maladif et visionnaire, les Français,\n'le réalisme misanthropique. Ces différentes formes d'observation impliquent\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                                  — 453 —\n\nune idée d'exaspération, de parti-pris, en tous cas d'humeur. La repré­\nsentation de la vie n'y sera donc naturelle qu'approximativement. Sans\ncompter la largeur qui a fait défaut à ces divers représentants du réalisme,\nnous sommes en droit de n'admettre leur jugement que comme entravé par\ndes dispositions personnelles. Ainsi, Flaubert a inoculé son pessimisme à\ntous ses personnages; il les a vus bas, mesquins, sincèrement, mais avec\nune vision de malade, sans une espérance au cœur et sans une sympathie\ndans l'âme. Il n'aimait que son art et quelques proches. L'homme, en\ngénéral, lui faisait horreur ; d'où des tableaux poussés au noir où il n'y a\nd'autre lumière que la lumière artiste. C'était un écrivain blessé qui a tout\nimprégné du sang de sa blessure et qui a voulu se justifier à lui-même son\npessimisme en nous montrant une société bien faite pour le communiquer à\ntous ceux qui vivaient dans son atmosphère.\n   On peut trouver qu'il avait raison ou qu'il avait tort avec également de\nconscience. Tolstoï, dont le réalisme est tout indifférent, qui se montre\naussi généreux pour les grands que pour les humbles, et qui conclut par\nune ardente profession de foi, n'en paraîtra pas moins pessimiste à celui que\nsa doctrine n'aura pas rallié. Mais au moins, on reconnaîtra que son\nréalisme est aussi large, aussi désintéressé, aussi vrai, que le réalisme de\nFlaubert est étroit, purement physique et peu sainement entendu. L'un\nhait, l'autre s'attriste et ne se diminue pas. Avec Tolstoï on n'a pas le soupçon\nd'une charge gravement faite, et il en résulte peut-être une tristesse plus\nvive. Les uns, les plus heureux, auront trouvé dans ses œuvres un credo\nnouveau, une source fraîche d'espérances et de quiétudes; les autres, ceux\nqu'il n'aura pas convaincus, y trouveront une amertume profonde, les\néléments d'un désespoir certain, car il a fait son expérimentation avec une\nhonnêteté et une sûreté incomparables. La vie l'a fait souffrir, certes, elle l'a\nébranlé, mais elle ne l'a pas déséquilibré. Il est resté infailliblement maître\nde sa pensée, de son imagination, de ses sentiments intimes, sans jamais\nincliner d'un côté ou de l'autre, si juste toujours, si noble et si grand, qu'un\nde ses lecteurs me le définissait par cette parole frappante mais malheureu­\nsement impie : « Tolstoï, c'est une sorte de bon Dieu... supérieur. »\n\n                                        I\n                   SES ROMANS ET SES PERSONNAGES\n\n   Les romans du grand écrivain russe ont eu en France une fortune rapide\net d'autant plus extraordinaire qu'ils sont d'un abord difficile. La Guerre et\nla Paix compte près de quinze cents pages d'un texte serré, Anna Karé-\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                                  — 454 —\n\nnine, les deux tiers, et il n'y a pas un mot de trop dans ces longues narra­\ntions. Les intelligences minces ne peuvent s'approprier tous les faits qu'elles\nrecèlent. Ce monde, qu'il nous présente dès les premières pages et de\npréférence dans quelque scène d'ensemble, est d'une complexité où tout\nd'abord l'on s'égare.\n   Nous voici débarqués à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, au milieu d'une\nsociété qui nous est inconnue. Les figures se pressent et nous n'en savons\nrien encore que le nom, ce qui n'est pas d'un intérêt suffisant. Mais\nprenons patience, nous distinguerons peu à peu, dans cet encombrement\nde personnalités de tous genres, quelques types mis en relief avec qui nous\nlierons connaissance, aux actes desquels nous nous intéresserons avec un\nattachement toujours croissant, pour finir par nous identifier à un tel point\navec eux qu'il nous semblera réellement les connaître, les voir et les\nentendre. Il n'y a pas d'écrivain qui évoque avec des traits plus sobres et\nplus frappants un personnage. La parole est toujours accompagnée d'un\ngeste en communion avec la pensée, et le jeu des regards, l'expression des\nphysionomies, le son de la voix expliquent l'être jusqu'au plus profond de\nlui-même.\n   Les deux romans que je viens de citer résument tout l'œuvre du roman­\ncier. Anna Karénine est une simple histoire d'adultère. La femme du\nministre Karénine devient la maîtresse d'un jeune seigneur que le hasard a\nmis sur son chemin. Ne pouvant accorder sa vie avec ses aspirations, elle\nse suicide. Un tel sujet est de ceux dont tous les écrivains auraient pu\ns'emparer. Mais personne ne l'a traité à fond. Madame Bovary, qui sem­\nblait naguère l'étude moderne le plus creusée écrite sur cette passion, n'est\nplus qu'une forte esquisse physiologique, comparée à Anna Karénine.\nEmma Bovary, elle aussi, déçue dans ses amours, se suicide. Mais dans la\npassion, sa chair seule a parlé. C'est une créature sensuelle et voluptueuse,\nqui n'a pas un seul élan pur. Le jour où on l'a conduite au bal, chez un vieux\nseigneur galant, ce n'est pas le luxe qui éblouit ses yeux, ou du moins si\nelle en a le sens, qui pourrait être supérieur et ne trahir qu'une attirance\nvers le beau, il s'y mêle un goût précoce pour la dépravation. Et ce qui\nfixe ses regards, c'est ce vieillard « qui a couché dans le lit d'une reine. »\nElle est lascive dans tous ses actes, jusque dans son linceul qui la couvre des\npieds à la tête, en dessinant les formes voluptueuses du corps. Et, pour la\nrésumer, elle n'est rien de plus qu'une femelle avide de jouissances.\n   Le type d'Anna Karénine est de tout autre essence. Ici la passion prend\nune de ses personnifications les plus hautes et les plus nobles. Belle sculptu­\nralement, elle a épousé un de ces hommes austères qui n'ont aucune\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                                   — 455 —\n\npassion personnelle et ne vivent que pour les choses publiques. Cette\nnature irréprochable, façonnée pour le monde et pour les choses générales,\nn'a pas de ces détentes où le naturel se livre. Les convenances l'ont matée\nautant que les doctrines, et toute sa conscience consiste à observer stricte­\nment les règles convenues et, d'ailleurs, basées sur une tolérance aristocra­\ntique. Mais le ton du mari sonne toujours faux aux oreilles de la femme.\nElle sait qu'il ne lui appartient pas, qu'il est un « ministre » plus qu'il n'est\nun homme. Elle devine le frein qui le retient toujours et lui donne cette\nréserve sèche, cette retenue rigoureuse où jamais il n'y a un abandon. Elle\nl'accusera intérieurement de mensonge, alors qu'il y a chez lui qu'un\nmaintien trop sévère et une sorte de perfection toute mécanique. Aussi,\nquand Anna rencontre Wronsky, ardent, se donnant tout à la vie, subit-elle\nvivement le charme du contraste. Elle se trouve devant une créature\noriginellement distinguée, devant des yeux qui la regardent avec désir,\npassion et franchise. Ce n'est plus la perfection automatique, mais c'est la\nvie ! la vie débordante et franche, qui s'affirme, qui s'ignore, et que l'on\nsent décidée à se satisfaire.\n   Les débuts de la liaison entre Anna et Wronsky sont d'une psychologie\nà la Shakespeare. Nous assistons aux combats intérieurs qui font reculer la\nfemme devant l'amant, qui l'attire et la magnétise avec une puissance\nmagique. Elle croit d'abord que le devoir sera assez fort pour l'empêcher\nd'aller là où la nature impérieuse l'entraîne. Mais elle se sent emportée\nmalgré elle et elle en a la conscience. Wronsky, ayant prononcé le mot\namour, Anna répond : — Souvenez-vous que je vous ai défendu de pro­\nnoncer ce mot, ce vilain mot, — « et aussitôt elle comprit, que par ce seul\nmot défendu, elle se reconnaissait de certains droits sur lui et semblait\nl'encourager à parler ».\n   Un incident, un de ces incidents naturels, à l'effet irrésistible, va préci­\npiter l'action et consommer l'adultère. Wronsky doit prendre part à des\ncourses de chevaux, dont la description, faite par Tolstoï, est la plus belle\npage de réalisme qui peut-être ait été écrite. C'est une des facultés les plus\nétonnantes de ce penseur grave, toujours en quête de quelque solution\nphilosophique, que ce don de pouvoir s'intéresser à des choses qui peuvent\nparaître frivoles. Mais, sous sa plume, cette admirable description de\ncourses, où il fait preuve, comme en toute chose, d'une science technique\nsolide, deviendra l'un des plus beaux éléments du drame. Ces épisodes isolés,\nqui forment un tout si serré, qu'ils pourraient être détachés, sont des chefs-\nd'œuvre qui suffiraient seuls à rendre un écrivain célèbre. Et s'il est vrai\nque tout est relatif, qu'un ton n'a de valeur que par les tons qui le font\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "                                   — 456 —\n\nressortir, que les choses ne prennent de relief que par les autres choses\nmise sau même plan, la richesse, l'abondance d'observation de Tolstoï sont\nd'une valeur inestimable.\n    Jusqu'à ce jour, Anna n'a eu avec Wronsky que des relations sans impor­\ntance grave. Moralement, elle est prise, et s'est déjà éloignée de son mari\nchez qui elle a soudain découvert des défauts qu'elle ne lui connaissait pas\nauparavant. Celui-ci à également pressenti le danger; il ne se reconnaît\npas le droit d'entrer dans les intimités de conscience de sa femme et\ns'avoue à lui-même que la certitude d'une infidélité morale ne le tourmen­\nterait pas. Mais il veut que le devoir, le devoir extérieur, ne soit pas\nenfreint. Anna a déviné les soupçons de Karénine aussi parfaitement que\n Karénine a compris ses déchirements d'âme et ses élans d'amour com­\n primés. Entre eux, ils n'échangent plus que des paroles pleines de retenue,\n où manque la sincérité. Et tout le monde, jusque Serge, l'unique enfant, a\nsenti qu'un élément nouveau, plein de danger et d'inconnu, est entré dans\n la vie naguère paisible de la famille : « Serge faisait de vains efforts pour\n comprendre comment il devait se comporter avec ce monsieur (Wronsky) ;\n il avait deviné, avec la finesse d'intuition propre à l'enfance, que son père,\nsa gouvernante et sa bonne, le considéraient avec horreur, tandis que sa\n mère le traitait comme son meilleur ami ».\n     Il résulte de cette atmosphère renfermée une gêne contre laquelle Anna\n se révolte. Elle s'aperçoit qu'elle s'habitue à feindre et que le mensonge\n glisse plus facilement sur ses lèvres. Cette constatation répugne à sa nature\n fière et, malgré la brutalité d'un pareil aveu, elle se sentirait prête à déclarer\n à son mari les troubles qui l'agitent et l'amour qui la maîtrise. Wronsky,\n de son côté, a si bien compris ce que cette situation fausse et dissimulée\n avait de répulsif, qu'il a lui-même conseillé à Anna une franche rupture.\n Mais elle lui a répondu : « Supposons que je le fasse, savez-vous ce qu'il en\n résultera? Je vais vous le dire : — et un éclair méchant jaillit de ses yeux\n tout à l'heure si tendres — Ah ! vous en aimez un autre et avez une liaison\n criminelle? dit-elle, en imitant son mari et en appuyant sur le mot crimi-\n nelle comme lui. Je vous avais avertie des suites qu'elle aurait au point de\n vue de la religion, de la société et de la famille. Vous ne m'avez pas écoutée,\n maintenant je ne puis livrer à la honte mon nom, et.... — elle allait dire\n mon fils, mais s'arrêta, car elle ne pouvait plaisanter de son fils. — En un\n mot, il me dira nettement, clairement, sur ce ton dont il discute les affaires\n d'État, qu'il ne peut me rendre la liberté, mais qu'il prendra des mesures\n  pour éviter le scandale. C'est là ce qui se passera, car ce n'est pas un homme,\n  c'est une machine et, quand il se fâche, une très méchante machine. » —\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                                  — 457 —\n\n« Et elle se rappela les moindres détails du langage et de la physionomie de\nson mari, prête à lui reprocher intérieurement tout ce qu'elle pourrait\ntrouver en lui de mal, avec d'autant moins d'indulgence qu'elle se sentait\nplus coupable ».\n   Voilà quelle est la situation des personnages au moment où vont avoir\nlieu les courses. Anna est dans la tribune avec son mari. Wronsky, monté\nsur sa bonne jument Frou-Frou, est dans la piste. Je regrette de ne pouvoir\ndonner au lecteur une citation complète, trop longue pour la reproduction,\ndes préliminaires de ce tournoi qui va être accidenté. On voit du reste la\nscène, le départ a sonné : « Frou-Frou agitée et trop nerveuse, perdit du\nterrain au début. Pendant ces premières minutes, Wronsky ne fut pas plus\nmaître de lui-même que de sa monture. Gladiator et Diane se rappro­\nchèrent et franchirent la rivière presque d'un même bond; Frou-Frou\ns'élança légèrement derrière eux comme portée par des ailes ; au moment\noù Wronsky se sentait dans les airs, il aperçut sous les pieds de son cheval\nKouzlof, se débattant avec Diane de l'autre côté de la rivière (il avait lâché\nles rênes après avoir sauté, et son cheval s'était abattu sous lui) ; Wronsky\nn'apprit ces détails que plus tard, il ne vit qu'une chose alors, c'est que\nFrou-Frou reprendrait pied sur le corps de Diane. Mais Frou-Frou, sem­\nblable à un chat qui tombe, fit un effort du dos et des jambes tout en sau­\ntant, et retomba à terre par dessus le cheval abattu. — Oh! ma belle! —\npensa Wronsky ».\n   Il gagne, il gagne, le voilà menant la course. « Son émotion, sa joie et\nsa tendresse pour Frou-Frou allaient toujours croissant ». Elle franchit les\nobstacles avec aisance. — Tous les yeux sont fixés sur lui et des voix\nl'encouragent. Un fossé reste à franchir. « Frou-Frou s'envola comme un\noiseau, plutôt qu'elle ne sauta, mais à ce moment Wronsky sentit avec\nhorreur qu'au lieu de suivre l'allure du cheval, le poids de son corps avait\nporté à faux en retombant en selle ». Il avait brisé les reins de la vaillante\njument, qu'il fallut abattre.\n   J'ai dû abréger la longue et vivante description qui, ainsi résumée paraîtra\nquelconque. Pendant la course, Anna, assise près de son mari, n'a pu\ndéguiser son émotion. Ils ne se disent pas un mot, mais ils s'entendent et\nlisent clairement au fond d'eux-mêmes. Anna gênée, fiévreuse, en arrive au\nparoxysme de l'énervement, quand arrive la chute de Wronsky. Un\nofficier vient heureusement leur apprendre que le cavalier n'est pas blessé.\n « A cette nouvelle, Anna cacha son visage derrière son éventail ; Alexis\n Karénine remarqua non seulement qu'elle pleurait, mais qu'elle ne pouvait\n réprimer les sanglots qui soulevaient sa poitrine ». On croit peut-être à\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                                   — 458 —\n\n quelque crise de colère de la part du mari offensé, recevant publiquement\n la preuve des amours adultères de sa femme? Non, le personnage est de la\n trempe de ceux qui savent se maîtriser. « Il se plaça devant elle pour la\n dissimuler aux regards du public et lui donner le temps de se remettre ».\n D'ailleurs, il doute encore, il veut douter. Le plus important à ses yeux,\n c'est le manque de convenance évident de sa femme, et il lui en fait timi­\n dement le reproche ; reproche maladroit, blessant, car ce dont elle souffre\n précisément, c'est de ne découvrir d'autre souci chez l'homme à qui elle est\n liée, que le souci des convenances. « Je vous ai déjà priée, lui dit Alexis\n Karénine, de vous comporter dans le monde de telle sorte que les\n méchantes langues ne puissent vous attaquer. Il fut un temps où je parlais\n de sentiments intimes, je n'en parle plus; il n'est question maintenant que\n de faits extérieurs ; vous vous êtes tenue d'une façon inconvenante et je\n désire que cela ne se renouvelle plus ». Anna qui l'écoute avec terreur ne\nl'a pourtant pas entendu. L'émotion est si forte chez elle, la passion si\nviolente, la dissimulation lui paraît si inutile que Karénine, prenant le\nchange, croit lire sur ses traits bouleversés une offense. Et désirant croire\nses craintes non fondées il ajoute : « Peut-être me suis-je trompé ; dans ce\ncas, pardonnez-moi ». — « Non, vous ne vous êtes pas trompé, répond-elle\nlentement, en jetant un regard désespéré sur la figure impassible de son\nmari. Vous ne vous êtes pas trompé : j'ai été au désespoir et ne puis m'em­\npêcher de l'être encore. Je vous écoute : je ne pense qu'à lui. Je l'aime, je\nsuis sa maîtresse : je ne puis vous souffrir, je vous crains, je vous hais.\nFaites de moi ce que vous voudrez. Et, se rejetant au fond de la voiture,\nelle couvrait son visage de ses mains et éclata en sanglots. Alexis ne bougea\npas, ne changea pas la direction de son regard, mais l'expression solennelle\nde Sa physionomie prit une rigidité de mort, qu'elle garda pendant tout le\ntrajet ».\n   Cependant, cet aveu soulage Karénine d'un grand poids. « Il lui sembla\nqu'il était débarrassé de ses doutes, de sa jalousie ». Que fera-t-il? Il ne veut\npas d'esclandre, pas même le divorce qui en serait un. Ce qu'il veut sauver\nce sont les apparences. Pour le reste, son égoïsme lui donnera des consola­\ntions. Tolstoï nous le montre dans une scène expédiant ses affaires minis­\ntérielles. Pendant son travail, ses yeux se fixent un instant sur le portrait\nde sa femme et « tout lui paraît impertinent dans ce beau portrait ». Mais\nqu'importe, il reprend tranquillement sa besogne avec un sourire de mépris.\nQue vaut sa femme, comparée à sa mission publique?\n   Cet homme qui n'aime pas, doit avoir le pardon facile. Et, en effet, sa\nfemme étant tombée malade, à la veille de ses couches, il accourt, il pleure,\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                                   — 459 —\n\nen sentant en lui-même la satisfaction que sa propre générosité lui fait\néprouver. Il est si généreux qu'il permet même à l'amant de venir visiter\nAnna moribonde et, dans un moment d'expansion, lui déclare : « Je souhai­\ntais sa mort, mais je l'ai revue, je lui ai pardonné sans restriction. Le\nbonheur de pouvoir pardonner m'a clairement montré mon devoir. J'offre\nl'autre joue au soufflet, je donne mon dernier vêtement à celui qui me\ndépouille, je ne demande qu'une chose à Dieu, c'est de me conserver la\njoie du pardon ». — Wronsky, pendant cet entretien, le regarde en dessous.\n« Incapable de comprendre des sentiments de ce genre, il s'avoue cepen­\ndant que c'est là un ordre d'idées supérieur, inconciliable avec une concep­\ntion vulgaire de la vie ». Et l'amant va subir cette grandeur comme un\naffront, le mari va lui paraître aussi magnanime qu'il se sent petit et misé­\nrable. Malheureusement le psychologue nous diminuera plus loin quelque\npeu le personnage. Anna s'étant rétablie, Karénine s'aperçoit que ses senti­\nments perdent de leur vigueur : « Il n'avait pas prévu le cas où, après avoir\nobtenu son pardon, sa femme se rétablirait ». Plus d'une fois il regrette sa\ngénérosité ; la jalousie, si éteinte qu'elle soit dans son âme, se reveille parfois\net le pique d'une piqûre lancinante. « Comment aiment donc les hommes\nde la trempe de Wronsky se demande-t-il ? Et il évoquait une série de ces\nêtres vigoureux, forts, sûrs d'eux-mêmes qui avaient toujours attiré sa\ncuriosité et son attention ».\n   Anna n'a pas été touchée du pardon de son mari. Au contraire, elle en a\nété blessée. D'ailleurs, son amour, loin de se calmer, l'a plus profondément\nenvahie. Ne pouvant obtenir le divorce, elle fuit avec Wronsky. Il est\nimpossible d'analyser dans une étude toutes les nuances de cette passion\nqui, pour cette maîtresse femme, ne sera jamais satisfaite. Peu à peu elle\ncroira trouver chez Wronsky de la froideur ; les soupçons naîtront, s'accu­\nmuleront, et la jalousie, une jalousie hystérique, la brûlera, la rongera, la\nfera recourir, après quelles fièvres et quels cauchemars génialement décrits,\nà la mort ! Et cette femme reste toujours grande et toujours supérieure,\nnon moins que l'amant, non moins que le mari. Celui-ci, après le départ\nd'Anna, s'est consolé dans la pratique d'une sorte de puritanisme. Nous\nverrons comment plusieurs personnages de Tolstoï et l'auteur lui-même,\ncherchent, après les déceptions de la vie, un refuge dans le mysticisme.\n   Il y a dans Anna Karénine une action qui se développe parallèlement à\ncelle que je viens d'esquisser et qui y est rattachée par différents liens. Anna\na deux amies, Kitty et Dolly, la première ayant pour mari Constantin\nLévine, la seconde ayant épousé le frère d'Anna, le prince Oblonsky. Ces deux\nménages forment, avec celui des Karénine, une sorte de triptyque du\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "                                    — 460 —\n\n mariage. Chez Oblonsky c'est le mari qui est infidèle, mais d'une façon si\n humaine et si « bonne », j'ose dire le mot, que cette figure se pare d'un inté­\n rêt contre lequel le rigorisme le plus sombre s'émousserait. Il a des dettes,\n Oblonsky, sa pauvre femme le chagrine, et son humeur ne change pas! Rien\n ne l'émeut. Devant le désespoir de sa sœur Anna : « il souriait sans paraître\n grossier ; son sourire était si plein de bonté et d'une douceur presque fémi­\n nine, que, loin de froisser, il calmait et attendrissait ; ses paroles agissaient\n à la façon d'une lotion d'huile d'amandes douces ». Une autre fois qu'il a\n été chez Karénine pour lui conseiller le divorce et qu'il s'est brisé la tête\ndans un entretien sérieux, il en sort « fort ému », ce qui ne l'empêche pas\nde songer immédiatement « à un calembour qu'il comptait faire à sa\n femme ». Au surplus, voici un portrait plus étendu de ce personnage qui\n montrera la façon dont Tolstoï sait dessiner un caractère :\n    « Une fois habillé, Oblonsky se parfuma, arrangea ses manchettes, mit\ndans ses poches, suivant son habitude, ses cigarettes, son portefeuille, ses\nallumettes, sa montre avec une double chaîne et des breloques, chiffonna\nson mouchoir de poche et, malgré ses malheurs, se sentit frais, dispos, par­\nfumé et physiquement heureux. Il se dirigea vers la salle à manger, où\nl'attendaient déjà son café, et près du café ses lettres et ses papiers.\n    « Il parcourut les lettres. L'une d'elles était fort désagréable; c'était celle\nd'un marchand qui achetait du bois dans une terre de sa femme. Ce bois\ndevait absolument être vendu; mais, tant que la réconciliation n'aurait pas\neu lieu, il ne pouvait être question de cette vente. Ç'eût été chose déplai­\nsante que de mêler une affaire d'intérêt à l'affaire principale, celle de la\nréconciliation. Et la pensée qu'il pouvait être influencé par cette question\nd'argent lui sembla blessante. Après avoir lu ses lettres, Oblonsky attira\nvers lui ses papiers, feuilleta vivement deux dossiers, fit quelques notes avec\nun gros crayon et, repoussant ces paperasses, se mit enfin à déjeuner; tout\nen prenant son café, il déplia son journal du matin, encore humide, et le\nparcourut.\n   « Le journal que recevait Oblonsky était libéral, sans être trop avancé, et\nd'une tendance qui convenait à la majorité du public. Quoique Oblonsky\nne s'intéressât guère ni à la science, ni aux arts, ni à la politique, il ne s'en\ntenait pas moins très fermement aux opinions de son journal sur toutes ces\nquestions, et ne changeait de manière de voir que lorsque la majorité du\npublic en changeait. Pour mieux dire, ses opinions le quittaient d'elles-mêmes\naprès lui être venues sans qu'il prît la peine de les choisir ; il les adoptait\ncomme les formes de ses chapeaux et de ses redingotes, parce que tout le\nmonde les portait, et, vivant dans une société où une certaine activité intel-\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                                   — 461 —\n\nlectuelle devient obligatoire avec l'âge, les opinions lui étaient aussi néces­\nsaires que les chapeaux. Si ses tendances étaient libérales plutôt que conser­\nvatrices, comme celles de bien des personnes de son monde, ce n'est pas\nqu'il trouvait les libéraux plus raisonnables, mais parce que leurs opinions\ncadraient mieux avec son genre de vie. Le parti libéral soutenait que tout\nallait mal en Russie, et c'était le cas pour Oblonsky, qui avait beaucoup de\ndettes et peu d'argent. Le parti libéral prétendait que le mariage est une\ninstitution vieillie qu'il est urgent de réformer, et pour Oblonsky la vie\nconjugale offrait effectivement peu d'agréments et l'obligeait à mentir et à\ndissimuler, ce qui répugnait à sa nature. Les libéraux disaient, ou plutôt\nfaisaient entendre, que la religion n'est un frein que pour la partie inculte\nde la population, et Oblonsky, qui ne pouvait supporter l'office le plus\ncourt sans souffrir des jambes, ne comprenait pas pourquoi l'on s'inquiétait\nen termes effrayants et solennels de l'autre monde, quand il faisait si bon\nvivre dans celui-ci. Joignez à cela que Oblonsky ne détestait pas une bonne\nplaisanterie, et il s'amusait volontiers à scandaliser les gens tranquilles, en\nsoutenant que, du moment qu'on se glorifie de ses ancêtres, il ne convient\npas de s'arrêter à Rurick et de renier l'ancêtre primitif — le singe.\n   « Les tendances libérales lui devinrent ainsi une habitude; il aimait son\njournal comme son cigare après dîner, pour le plaisir de sentir un léger\nbrouillard envelopper son cerveau.\n   « Oblonsky parcourut le « leading article », dans lequel il était expliqué\nque de notre temps on s'inquiète bien à tort de voir le radicalisme menacer\nd'engloutir tous les éléments conservateurs, et qu'on a plus tort encore de\nsupposer que le gouvernement doive prendre des mesures pour écraser\nl'hydre révolutionnaire. « A notre avis, au contraire, le danger ne vient pas\nde cette fameuse hydre révolutionnaire, mais de l'entêtement traditionnel\nqui arrête tout progrès, etc., etc. ». Il parcourut également le second article,\nun article financier où il était question de Bentham et de Mill, avec\nquelques pointes à l'adresse du ministère. Prompt à tout s'assimiler, il sai­\nsissait chacune des allusions, devinait d'où elle partait et à qui elle s'adres­\nsait, ce qui, d'ordinaire, l'amusait beaucoup, mais, ce jour-là, son plaisir était\ngâté par le sentiment du malaise qui régnait dans la maison. Il parcourut\ntout le journal, apprit que le comte de Beust était parti pour Wiesbaden,\nqu'il n'existait plus de cheveux gris, qu'il se vendait une calèche, qu'une\njeune personne cherchait une place, et ces nouvelles ne lui procurèrent pas\nla satisfaction tranquille et légèrement ironique qu'il éprouvait habituelle­\nment. Après avoir terminé sa lecture, pris une seconde tasse de café avec du\nkalatch et du beurre, il se leva, secoua les miettes qui s'étaient attachées à\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                                   — 462 —\n\nson gilet, et sourit de plaisir, tout en redressant sa large poitrine; ce n'est\npas qu'il eut rien de particulièrement gai dans l'âme, ce sourire était simple­\nment le résultat d'une excellente digestion. »\n   Connaît-on un portrait d'une touche plus moderne? Tel qu'il nous a\nété présenté, nous retrouverons fidèlement le personnage, logique dans ses\nactes, heureux malgré tout, insouciant toujours, et traversant le roman,\ntout peuplé de figures songeuses, comme l'être inconscient, joyeux, sûr\ndans la vie, et la pratiquant avec intelligence ; — pour tout dire, un Fran­\nçais de Saint-Pétersbourg. Dans la famille des Oblonsky, il forme un con­\ntraste frappant avec Anna, sa sœur, et toute la passion qui dévore le cœur\nde cette dernière semble s'être tranquillisée en lui, sans jamais lui donner\nun tourment. Du reste, Tolstoï, tout en dédaignant les douteuses preuves\nde l'hérédité, note avec sûreté les ressemblances de famille. Dans le com­\nmencement de sa lutte contre l'amour de Wronsky, Anna, doutant d'elle-\nmême, et se donnant le change sur sa fidélité, a un entretien avec Dolly,\noù celle-ci, sentant le trouble de ses paroles, l'interrompt tout à coup pour\nlui dire : « Oh ! comme tu as ressemblé à Stiva (Oblonsky) en disant\ncela ! »\n    La maison de Lévine et de Kitty nous offrira des tableaux aussi tran­\n quilles, aussi reposants, que le ménage des Karénine offre de scènes pas­\n sionnées. Constantin Lévine, jeune homme, représente l'amoureux timide,\nconsidérant l'amour comme une passion sacrée et ne s'y livrant qu'avec les\nhésitations d'une conscience scrupuleuse. Marié, il nous représente la créa­\nture réfléchissante, qui a besoin dans la vie d'une certitude et d'une morale.\nNous le voyons anxieux, questionneur, se demander le pourquoi des\nchoses, s'acharnant à pénétrer le mystère de la vie, cherchant sans cesse\nla raison de l'existence humaine, regardant tous les spectacles avec un\nétonnement de primitif, une sensation neuve et profonde, et les analysant\navec une subtilité de raffiné. Rien ne lui est indifférent, il scrute la reli­\ngion, la famille, la société, et s'en fait une opinion indépendante de toute\nopinion connue, pour aboutir à l'apologie d'une sorte de patriarcat. Je\ndisais en commençant que la lecture des romans de Tolstoï donnait la certi­\ntude d'une connaissance nette et précise de tout le mécanisme du monde.\nC'est surtout Lévine et Pierre Besoukhow de la Guerre et la Paix qui\nsont les investigateurs à la suite desquels nous faisons cet examen. Il y a\nlà une façon de décrire qui, je crois, n'a jamais été employée avec une pareille\namplitude. Des romanciers fort habiles se contentent de nous montrer les\nfaits et d'y ajouter quelques réflexions personnelles. Chez Lévine, dès qu'une\nidée lui vient, il la décompose ; dès qu'un spectacle s'offre à ses yeux, il en\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                                   — 463 —\n\nobserve le moindre détail et nous fait éprouver, comme si nous-mêmes nous\nétions le héros du roman, toutes les sensations qu'il éprouve. Aussi rien\nn'égale-t-il comme émotion — je ne dis pas attendrissement — cette Anna\nKarénine d'une si serrée composition dramatique. L'émotion que nous\nressentons a quelque chose de noble et de solennel, surtout lorsque Tolstoï\nnous fait assister à quelques-unes de ces agonies qu'il s'est plu à traiter à\ndifférentes reprises. Je ne sais pas de tableaux plus religieux et plus impo­\nsants de la mort que les siens. Il y a là une mise en scène d'une simplicité,\"\nd'une grandeur dont le procédé nous échappe. La maladie et la mort du\nfrère de Lévine, par exemple, laissent dans l'esprit un souvenir ineffaçable.\nEt quelle superbe entente des caractères, là comme ailleurs ! Tandis que\nLévine ne peut être d'aucune assistance au pauvre phtisique, qu'au contraire\nil ne parvient pas à lui dissimuler sa figure soucieuse et les appréhensions\nqui le hantent, Kitty, de ses mains légères, le manie avec cette douceur et\ncette décision particulières à son sexe. Autant l'homme est impuissant à\nsecourir et à alléger le malade, autant ses efforts sont maladroits, autant\nles soins de la femme agissent-ils avec une force silencieuse et souveraine.\n Elle est là dans son élément normal et Tolstoï nous a admirablement repré­\n senté cette aptitude toute naturelle aux femmes. Dans cette mission délicate,\n elles ont la charité pratique, l'action; Lévine, lui, ne connaît pas cette charité\n active; son cœur saigne, mais ses mains sont inhabiles. La pensée travaille\n trop pour qu'il puisse agir. Et, auprès de ce moribond, qui s'éteint lente­\n ment, le problème de la mort tourmente son imagination pensive. Il lui\n semble lire sur le visage de son frère, n'appartenant déjà plus à la vie que\n par un dernier souffle, la connaissance de vérités suprêmes, la perception\n d'un mystère d'outre-tombe, la perception nette de l'au-delà que les vivants\n sont condamnés à ignorer. Sur cette figure amaigrie de mourant, une\n expression éloquente accuse une certitude. Ce que Lévine ne peut voir, il\n le voit, lui. Et cette vision solennelle jette le lecteur dans un trouble si poi­\n  gnant, si religieux, si austère, qu'on a l'impression réelle, profonde, de se\n  trouver sur le seuil de quelque monde inconnu dont l'existence apparaît,\n  dans ces intenses moments, indiscutable et certaine. Tolstoï nous entraîne\n  ainsi vers ce qui échappe à notre intelligence, et que nous devinons cepen­\n  dant, et dont nous sentons confusément la réalité. Personne n'a été aussi\n  avant dans les brouillards du spiritualisme, personne ne s'est approché de\n  plus près du mystère final.\n\n      (A continuer).                                    FRANCIS NAUTET.\n\n\n                                                                           30\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "                                  — 464 —\n\n\n\n                    A CŒUR PERDU\n                                       I\n                                                    « Blankenberghe, jeudi...\n              Z u t ! pour la date.\n                   « Ici, mignonne, les jours n'en ont pas ; ils coulent comme\n                l'eau sous le ciel, en dépit du calendrier.\n                   « Je t'écris de notre chambre à deux Juliette, pendant que\nles autres finissent de souper au retour d'une enragée promenade que nous\nvenons de faire à Wenduyne; les papas, les mamans et Juliette, Jane,\nRenée, Léon, Lucien, toute l'arche. J'en suis encore tout essoufflée de\nplaisir !\n   « Lucien Roger est arrivé hier soir, tellement changé, que tu ne le recon­\nnaîtrais plus; et pas en mal; c'est un homme maintenant, un vrai, plus\ncarré, plus formé; le nez un peu fort aux narines palpitantes, les dents\nblanches et les lèvres charnues dont le retroussis a le mouvement glouton\nde mordre une prune, — je crois que la prune voudrait bien y mordre\naussi. Sa voix grave et la moissonnette de poils follets qui lui brûle les\njoues, me l'ont fait paraître plus brun. Il a une jolie pomme d'Adam avec\nun petit creux d'ombre qui remue en dessous, et toujours cette façon drôle\nd'abaisser son regard vert pour vous fixer entre les cils...\n   « Nous avons fait toute la route ensemble, parlé de toi beaucoup ; puis un\npeu de tout et de tous ; rappelé d'anciennes choses et d'anciennes gens ; des\njeux, des promenades, des farces de jadis et des souvenirs, des souvenirs en\nmasse, grâce à cette vilaine manie que nous avons, paraît-il, tous les deux,\nde regarder en arrière comme des vieux... si loin, que nous avons failli y\nrester pendant que les autres à la queue-leu-leu dévalaient les dunes, à\nl'entrée d'un cabaret : In het Compas, — A la Boussole — pour ta gou­\nverne ; le pain noir y est très noir. A gauche de la porte il y avait des ânes;\nà droite un carré de promeneurs goûtant sur du linge blanc. Ils nous ont\nregardés si bêtement, et les ânes ont eu un tel air de rire, que nous devions\navoir la mine bien drôle. C'est qu'il faisait cuisant, vois-tu. J'avais chaud\njusque dans les cheveux. Aussi nous étions-nous remis en route, très dou­\ncement, par le bord de l'eau, en savourant la perspective d'une bonne demi-\nlieue de flâne au soleil tombant...\n  « Voilà-t-il pas que ces messieurs imaginent un Collin-Maillard. — Pour\nne pas nous refroidir! crie Lucien en me regardant. Ça prend. On tire au\nsort. Il y est et moi de lui faire : Bernique!\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "                                  — 465 —\n\n   « Au premier tour, il part, les mains étendues au milieu du cercle avec le\nmouvement d'un aveugle qui lève la tête vers la lumière. On crie : — Il\ntriche. Il voit en dessous. — Je crois que c'était vrai, car il vient droit à\nmoi. Je pousse pour qu'on tourne. Je me baisse ; il m'attrape par les\ncheveux...\n   « Toute droite, me mordant au sang à retenir mon rire et mon souffle,\nj'entends chuchoter ; on me campe un chapeau d'homme sur la tête ; il était\nbien temps! Lucien lâche mes « chiens ». Je ne voyais plus que lui. Je\nsuivais ses mains qui se promenaient caresseusement à mes joues, tâtaient\nmes oreilles, me passaient sur les yeux, le nez, le menton... descendaient,\ndescendaient toujours... Personne ne bougeait plus. Je sentais mon cœur\nbattre et moi devenir toute rouge. Comme il me saisissait les bras, je me\nrecule d'instinct. Il crie : Renée! On éclate de rire ; moi aussi tu penses.\nSeulement je lui ai revalu ça. Plus tard, comme j'avais le bandeau, je l'ai\nattrapé par le col ; il a serré brusquement et j'ai eu les doigts pris dans son\npetit creux d'ombre. Je ne l'ai pas reconnu non plus, cette fois-là.\n   « Grâce à lui, nous sommes repartis plus en nage et débraillés. Il était sept\nheures et le souper, là-bas, nous attendait avec une barbue superbe achetée\npar l'oncle Jean et qui allait être trop cuite... Enfin ouf! la barbue était\ndélicieuse et me voilà remontée d'une traque à t'écrire, sans même prendre\nle temps de me mouiller le bout des doigts que j'ai aux crevettes.\n   « Ma petite Katy, je suis pétrie de remords de ne pas t'avoir écrit depuis\nquinze jours que je suis ici — de vrais remords, tu sais, regarde-moi\nbien; — mais, que veux-tu? nous nageons dans l'infini; j'en ai même avalé\nce matin; ça râpe à la gorge. A chaque instant, je me dis : c'est trop fort, il\nfaut que j'écrive à Katy; quelqu'un me prend par le bras ; nous sortons,\nnous jouons, nous bavardons et, quand je cherche après « tout à l'heure »,\nil m'est passé sous le corps depuis plusieurs jours. Et dis-toi que nous\nsommes tous comme ça, tellement occupés que nous ne trouvons le temps\nde rien faire. Nous pratiquons la fainéantise ventre à terre, comme les\ncrabes, avec cette différence qu'ici, c'est eux qui courent.\n   « Tu sais que mon oncle, — je dis mon oncle — M. Roger, a acheté la\nvilla des Mouettes. Juliette et moi avons choisi le colombier au troisième,\nà la mer. Si tu viens, tu coucheras en dessous de nous. Ta chambre est\nprête. Aussi, viens vite; nous irons à Knocke, à Lisseweghe, à Clems­\nkerke, en mer, au Zwijn, partout! et je te ferai faire la connaissance d'un\npetit crabe, petit comme une araignée, qui s'appelle Griolet, en souvenir\nde la romance du petit tailleur que nous chantions en pension, tout bas...\n   « Katy, j'ai envie de rire et ne me suis jamais tant amusée de la vie. Viens\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "                                      466\n\nvite, avant que la joie passe. Tu me diras pourquoi je suis si gaie et\npourquoi le soleil, aujourd'hui, n'a pas sa couleur de tous les jours!... »\n   Miette, en achevant cette lettre, eut l'impression d'y avoir mis beaucoup\nde bêtises ; mais elle sentit, en même temps, combien il lui en coûterait de\nles effacer et, sans céder à la tentation de se relire, elle courut jeter sa\nmissive à la boîte. Puis, voyant le souper fini, la table abandonnée, la\nchambre vide, elle était revenue au bord de la digue à explorer longuement\nles alentours, quand elle entendit marcher derrière elle :\n   — Ça ne vient pas?\n   — Qui ça? dit-elle, brusquée dans un commencement de rêverie et\ndétournant lentement son visage qu'elle sentait rougir : Je regardais là-bas,\ntout ce monde au brise-lames. Puis, apercevant le chapeau de Lucien\ndans le tas, elle ajouta : — Vous descendez, moi aussi !\n   Et Léon s'effaça devant elle en haut de l'escalier de sapin démantibulé où\nl'on ne pouvait passer qu'un de front.\n\n\n                                       II\n   Chaque année, vers la fin de juillet, débarquaient, à Blankenberghe, les\ndeux familles Roger et s'éparpillaient à la plage par groupes de deux, trois,\ncinq, dix, le premier noyau, comme boule de neige, roulant de la gare aux\nvillas, des villas à la gare, cueillir et déballer, peu à peu, les nouveaux arri­\nvants. C'était presque toujours par un beau temps de soleil. Devant eux,\nparmi les cris de bienvenue et les embrassades, un mouvement frais d'air et\nde lumière s'éveillait à leur bavardage et, pendant plusieurs jours, cela ne\nfinissait pas de défiler en triomphe, par troupes joyeuses où des jeunes\nfilles, séparées de la veille, s'appendaient, attendries, l'une à l'autre, comme\naprès une longue absence.\n    C'étaient de superbes blondes garçonnièrement plantées, découplées et\ndrapées à l'anglaise, portant la tête haute, le buste et le visage ouverts,\navec des lèvres rouges et de grands yeux impertinents de franchise. Une\nseule d'elles, Juliette, du tempérament nerveux de sa mère, moins grande,\navait les yeux et les cheveux plus sombres et, dans toute son « académie »,\nune espèce de coup de pouce bohême échevelant les lignes, brouillant le\nregard, laissant, au coin des lèvres, un perpétuel mouvement terne» énigma­\ntique qui ressemblait à la trace mal effacée d'un sourire.\n    Quant à Léon et Lucien, les deux cousins aînés, c'étaient de vrais Roger,\ncalmes, solides, exubérants de la jeunesse saine de leur race, le cœur et l'es­\nprit larges développés par une éducation de plein air.\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "                                 — 467 —\n\n   La bande, au complet, commençait les allées et venues, les parties de\nflâne, de bavardage et, de villa en villa, le colportage des petits potins de\nprovince par ce joli coin de villégiature intime — ouvert à tous venants au\nbord de l'infini.\n   La nichée n'avolait au nid que pour manger et dormir et, comme un\nenfant impatient de courir, qu'on lâche au dessert, elle reprenait ses mar­\nches et contre-marches, bras à bras, en larges files qui faisaient retourner\nle monde ; les jeux, les excursions, les travaux gigantesques dans le sable et\ntous ces plaisirs gymniques d'où les muscles tirent la sensation de leur\nvigueur et se relèvent assouvis d'action.\n   Par les gros temps, les rafales, en dépit des vents et marées, on aperce­\nvait de loin, cinglés de pluie, criblés de sable sous leurs spencers à capu­\nchon, cette rangée de corps cabrés à la tourmente...\n   Et, comme pour une vie entière de ces tours de soleil coupés seulement\naux flux et reflux de la mer, coulaient trop vite deux mois de relâche au\nmilieu de cette nature tellement active qu'on n'a qu'à s'y laisser vivre dans\nune atmosphère galvanique d'eau saline et de soleil.\n   Pourtant, il y eut, cette année-là, quelques accalmies. Le mois d'août\ndevenait torride et, par les après-midi de soleil ardent, l'on se réfugiait\nsous les verandas touffées de sapins et de plantes grimpantes. Des rondes\nouvragères s'y pelotonnaient à l'ombre où l'on brode comme on dort,\nles yeux ouverts à ce qui passe à l'horizon bleu. Des jeunes filles s'enfon­\nçaient dans la mousse des pins à mordiller, le regard en l'air, une branche\nde capucine, de géranium ou de bruyère qui leur chatouillait le front et,\n dans les plis des jupes étalées genoux à genoux, des mains s'enchevêtraient\n parmi les fluches de laine et les fils de soie. Quelquefois, si l'on y trouvait\n une main de trop, c'est qu'entre deux bustes passait une tête mâle...\n   Alors, le regard revenu « d'en l'air », glissait à un autre regard :\n   — Soufflez ! disait Mariette.\n    Lucien soufflait fort. Une petite effilochée de soie bleue, montée en tour­\n noyant, redescendait lentement, passait dans un rais de soleil, frôlait une\n mêche blonde, s'y posait et, comme un oiseau sur une branche, le brin de\n soie sur la mèche follette continuait d'onduler au vent.\n\n\n                                      III\n\n   Quand on se promenait en bande, Mariette nichait au milieu, appendu\nà deux bras, si mignonne au milieu de ces grandes, qu'elle semblait un\noiseau frêle à le casser d'un coup de pouce. Tout en elle avait la ligne\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "                                  — 468 —\n\npetite et, parmi la plastique sinueuse de ces corps aux plans de chair très\nsimplement drapés, elle semblait, avec ses saillies de jupes, sa tournure\nlégère et volubile, une femme en réduction.\n   Pour un si petit corps, le visage s'accentuait extraordinairement : des\ncheveux irrégulièrement plantés sur un front bas, très bombé, où retom­\nbaient des houppettes de mêches brunes ; des pommettes saillantes ; des\nsourcils tracés l'un dans l'autre à coups de braise et de longs cils clignotants.\nElle avait l'habitude de tenir les yeux mi-clos au soleil, dans un ren-\nfrognement de tout le visage où le nez s'écrasait, les pommettes lui remon­\ntaient devant le regard.\n   — Que tu est vilaine comme cela, lui disait-on.\n    Elle répliquait :\n    — J'en puis rien, c'est le soleil! Sans cela j'éternue.\n   Ainsi lui courait, à fleur de peau, chaque impression, en grimaces drôles,\nsouvent gracieuses, qu'elle savait balayer, à temps, d'un regard et, sous ces\nhachures de traits subitement détendus, ce visage âpre s'amollissait de\nlumière, devenait très doux, très grave et ses paupières repliées tout à fait\ndécouvraient de grands yeux, qu'elle étalait aux vôtres, comme pour vous\n demander pardon de s'être faite si laide.\n    Mariette adorait la mer. La mer l'avait relevée jadis d'une maladie grave;\nelle lui en gardait une reconnaissance instinctive, un attachement incon­\nscient à son sable, à son eau qu'elle avait faits siens, à peu près comme un\n sol natal dont, quel qu'il soit, l'on garde toujours une certaine nostalgie.\n Et tant de jours passés dès l'âge le plus tendre au bord de ces paysages\n infinis, dont l'attirance hypnotise l'esprit, éparpille les idées, avaient aidé\n au développement excessif de son imagination contemplative.\n    Elevée en enfant unique et frêle, selon toutes ses volontés, Mariette devint\n un être fantasque et intransigeant, tout d'une pièce, adorant ou détestant,\n affirmant « oui » ou « non », « je veux » ou « je ne veux pas » et dont la\n volonté, faite de caprices, se trouvait faible au point de subir irrésistiblement\n des colères suivies d'accalmies tendres où elle enveloppait de caresses l'objet\n de sa passionnette. Alors, son regard s'abaissait, se veloutait d'un de ces\n imperceptibles mouvements de fluide visuel qui ne sont presque plus des\n mouvements physiques et, dans ce regard qui la livrait à fond, il y avait un\n profond besoin d'être sincère et d'aimer.\n    De toutes les Roger, Juliette avait le plus d'influence sur elle. Elle\n n'avait qu'à lui dire :\n    — Allons gamin, viens ici !\n  . Cette épithète de gamin passait à l'oreille de Mariette comme une\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                                  — 469 —\n\ncaresse; elle accourait à Juliette et, quelquefois, se mettait à l'embrasser en\npleine rue au point que les garçons leur disaient :\n  — Ne vous lèchez donc pas ainsi.\n  Alors, Mariette l'inspectait de haut en bas, s'amusait à lui examiner la\npeau, les yeux, les cheveux, à repousser une mêche, refaire un bouton,\nrabattre un pli de la robe.\n  — Tiens, ta broche est ouverte !\n  Et, en la refermant, elle jetait un baiser, à la dérobée, dans le cou de\nJuliette.\n  Elle affectionnait particulièrement cette broche. C'était une envolée\nd'hirondelles soulignée d'une banderole avec ces mots : Nous reviendrons !\nCe poème d'oiseaux lui rappelait toutes ces fins de soleil où se repliait sa\nnature de sensitive qu'un rien blessait aux larmes.\n   Un soir, Juliette, détachant sa broche, la lui mit au col en lui disant :\n  — Tiens, gamin; c'est parce que tu as été bien sage.\n  Ce fut quelques heures plus tard que Lucien arriva.\n   Mariette et lui, s'appelèrent par leur nom. Leur première poignée de\nmains fut un retour à leur camaraderie passée et, depuis ce soir, le lende­\nmain, les jours suivants, de ci de là, par bribes, continuaient-ils à mots per­\ndus, leur pèlerinage aux souvenirs.\n\n\n                                     VI\n   — Vous croyez?\n   — J'en suis bien sûr.\n   — Au temps jadis?\n   — Nous sommes si vieux.\n   — Quand nous faisions des pâtés de sable et des fours et des forts et des\ntrous et que nous courions, pieds nus, ramasser des coquillages avec nos\npetits paniers en bandoulière.\n   — Ah! oui, nos petits paniers fendus comme des tirelires.\n   — Je me rappelle qu'avant de sortir vous aviez bu toute une carafe\nd'eau, comme ça, au goulot.\n   — J'aimais tant à boire à la carafe quand j'étais petite.\n   — Il faisait très chaud et vous aviez des bottines jaunes.\n   — Attendez, je me souviens ; ce devait être un jour foncé.\n   — Un jour foncé! Vous donnez donc aussi des couleurs aux jours?\n   — Je vois en imagination tout ce que je pense. Quel jour est-ce aujour­\nd'hui?\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": "                                 — 470 —\n\n   — Lundi.\n   — Lundi c'est blanc. Dites un peu la couleur de mon nom, pour voir.\n   — Mariette?\n   — Miette plutôt.\n   — Miette c'est un ton modeste, effacé, cendré... Quelque chose comme\nde la bruyère ou de la violette grise...\n   Ils se mirent à rire tous les deux.\n   — On nous a fait un esprit à image.\n   — Comme les livres des petits enfants.\n   — Sans cela, nous n'aurions jamais pu apprendre à lire.\n   Et ils riaient de plus belle aux éclats en songeant qu'on les avait traités\nde fous pour de pareilles idées.\n    — C'est de la sympathie.\n   — Ou du plagiat! dit Miette.\n   — C'est gentil, vous n'allez pas dire que j'ai plagié votre système ner­\nveux.\n   — Faut voir qui est le premier en date.\n    — Ce doit être moi.\n   — Ne fut-ce que par galanterie, n'est-ce pas?\n   — Une galanterie dont je ne serais guère responsable. Est-ce ma faute si\nj'ai deux ans de plus que vous?\n   — Qui vous l'a dit?\n   — Personne.\n   — Vous devinez bien mal.\n    — Prouvez-le moi.\n    — Non.\n    — Quelle coquetterie.\n   — Je n'ai pas de coquetterie.\n    — C'est la plus grande de toutes.\n   — Je ne suis pas coquette, vous dis-je.\n    — Pas comme tout le monde.\n    — Pas du tout!\n   — Alors vous l'êtes davantage.\n    — Comprends pas. Pourquoi?\n    — Ne demandez pas pourquoi, je croirais que vous avez des principes.\nC'est affreux pour une femme.\n    — J'en ai.\n   — Seulement vous les faites marcher la tête en bas pour ne pas en avoir\nl'air.\n    Mariette eut un sourire dans un petit mouvement de tête.\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                                  — 471 —\n\n   — Moi, continua Lucien, j'aime les femmes qui sont toutes sortes de\nchoses, sans savoir pourquoi. C'est bien plus gentil!\n   — Même quand c'est laid?\n   — Répétez cela sérieusement, dit Lucien, et je vous raconterai une his­\ntoire.\n   Miette se mit à rire.\n   — Je le savais bien, dit-il. Mais je vous la raconterai tout de même.\nEcoutez : presque toutes les femmes ont un petit système de coquetterie\ndont un ouistiti mystérieux tire les fils. Celles qui n'ont pas d'ouistiti ne\nsont pas des femmes ; et celles qui portent, comme vous, leur petit système\nà l'envers, sont des femmes d'esprit. Une femme d'esprit n'est jamais...\n   Miette l'interrompit :\n   — Alors, quand on nous dissèque, on trouve... Oh! vous savez que vous\nn'êtes pas poli.\n   — Non, dit Lucien, on ne le trouve jamais ; ce n'est qu'une âme qui\ns'envole.\n   — Au paradis des ouistitis?\n   — Peut-être, à moins qu'elle devienne un petit ange en route.\n\n   Toute la plage des bains, repoussée par la marée montante, se tassait au\nperré. Un mioche, au sortir de l'eau, qui trébuchait comme un jeune\ncanard parmi les roues des cabines, cherchait sa bonne, égarée dans\nl'encombrement. Mariette se précipita vers lui.\n   — Qu'il est gentil! dit-elle, pendant que sa bonne l'enlevait.\n   Lucien dit :\n   — S'il était à nous, ce mioche-là, je l'embrasserais.\n   — Comme ça, tout cru?\n   — Tout cru. C'est si bon de mordre dans un fruit mouillé!\n   Autour d'eux grouillait le bariolage des costumes de bain au séchoir.\nLe vent, en les gonflant, les ballottait comme des troncs de pendus et l'om­\nbre déchiquetée de leurs membres flasques gigottait en d'épileptiques panta­\nlonnades. Un éclat de rire unanime, apporté dans un coup de vent, secoua\nplus fort les torses ballonnés et dix voix s'élevèrent en une seule de tous ces\ncorps sans têtes : Ça brûle ! ça brûle !\n   Mariette s'était redressée, assise, un poing dans le sable, sa frimousse rose\nsouriant d'un air moqueur.\n   — Qu'est-ce qui brûle ?\n   Léon poussa sa figure railleuse au col d'un maillot bouffi :\n   — Ne vous fachez pas, c'est Juliette. Nous vous cherchions ; elle était en\navant; on lui a crié : ça brûle!... Eh! bien, vous voilà... donc...\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "                                  — 472 —\n\n  — Donc, ça brûlait, répétèrent les autres en chœur.\n  Et Miette, qui avait suivi par un clignement d'yeux le raisonnement de\nLéon, lui jeta son mouchoir dans la figure avec un geste qui signifiait :\nCoquin !\n                                      V\n   Installée dans sa cabine de bain, Mariette, sérieusement affairée à recoudre\nun bouton à son costume, s'était piquée deux fois. Juliette qui, depuis un\ninstant, la regardait, lui dit de ce ton dont on appelle une confidence :\nMariette, est-il vrai que « ça brûle » ?\n  Mariette lâcha son costume, saisit à deux mains le menton de Juliette, la\nregarda dans les yeux sans rire et lui répliqua du même ton pénétré : « Ma\npauvre petite Juliette, il faut absolument que tu te soignes'. » Puis elle\nsauta dehors, claqua la porte et s'enfuit.\n\n\n                                     VI\n\n   D'ordinaire, les garçons entraient au bain les premiers, à grands cris et\ngestes de clowns en exécutant une série de sauts périlleux et de cumulets.\nD'autres fois, les jours graves, c'étaient de monumentales entrées de frères\nacrobates qui ameutaient la plage : une échelle horizontale, soulevée à bras\ntendus, amenait l'un d'eux accroupi entre deux barreaux, les genoux au\nvisage, les mains cramponnées aux montants. Le porteur d'avant comptait\nsolennellement les vagues; à la troisième on renversait l'échelle et\nl'accroupi barbottait une seconde à se secouer comme un caniche; puis\nl'échelle, traînée plus avant, se dressait en verticale ; un corps équilibré\nmal au sommet, les bras tâtonnant l'air, plongeait, souvent tout d'une\nclaque, à plat ventre, aux rires bruyants de la foule répercutés de groupe\nen groupe jusqu'au bord. — Et les nageurs s'éparpillaient.\n   Lucien, après un tour, reprenant pied, revenait poings aux hanches,\nbiceps à nu saillants du torse cambré dans un maillot bleu sombre et se\ndandinant, à la rencontre de Mariette; il l'appelait du geste, lui faisait\nsigne de se plonger :\n   — Trempez-vous, voyez moi, je suis mouillé, je n'ai plus froid !\n   Mariette, cependant, n'avançait que lentement, dans une attitude d'oiseau\nfrileux, serrant les coudes et rentrant la tête. Elle soulevait les pieds comme\npour marcher au dessus de l'eau ; prenait toute la peine du monde à éviter\nles vagues par des petits sauts de crevette qui la rejetaient dedans et, tandis\nqu'elle suivait, en trébuchant, leur masse convulsée sous un échevèlement\nd'écume, d'autres lames violentes la refouettaient à la nuque, l'enfonçaient,\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                                 — 473 —\n\nahurie, entre deux montagnes liquides où flottaient d'énormes crachats de\nmousse blanche :\n   — Lucien ! Lucien! Alors, elle l'appelait à l'aide — où sont les autres?\nJuliette, Renée, Léon, on ne les voit plus !\n   Lucien les lui montrait au loin et, tout de suite, remise de son émoi, se\nsentant ferme à sa main, elle s'emballait :\n   — Allons-y!\n   Au bord, les vagues se précipitent en bousculade, montent les unes sur\nles autres, jusqu'à ce que la première, sous la poussée, se cabre et retombe\nen se brisant comme une coque qui chavire. Ce ne sont plus, au delà, que\ndes plis qui roulent; de mouvants talus où les corps enlevés flottent et\nglissent mollement à l'autre versant.\n   Toutes les Roger nageaient comme des garçons, redressant à demi leur\nvisage brouillé d'eau et, pour fendre le courant, brandissant, d'un mouve­\nment de rame, la chair de leurs bras ruisselants de gouttelettes. Ainsi\nparfois, jusqu'aux dernières bouées, d'où elles apparaissaient au repos,\ntalonnant l'eau\" d'un léger rebond de valse, comme des mannequins à\nressort qui feraient une causette en rond.\n    Aux premiers bains, les surveillants, les « sauveteurs » tracassèrent cette\nhorde gênante qui voulait aller loin. On ne pouvait pas dépasser leur canot.\nUn arsenal de sabots et de hampes de drapeaux menaça les infracteurs.\nJuliette sur le point de recevoir un chapeau graisseux, poussa ce cri d'indi­\ngnation : « Heu ! un sale chapeau avec des bêtes ! — et rejaillit en arrière,\nd'un coup de reins. Lucien, ayant plongé sous une tape de rame, reparut\ncinq mètres au delà avec un pied de nez à la maladresse des rameurs.\n Mais un matin de représailles, à dix, ils s'appendirent au canot pour le\n faire chavirer. [Alors, les sauveteurs cessèrent de les harceler. De jour en\n jour, ils s'habituèrent à la vigueur, à la confiance calme de ces membres et,\n ces gaillards à tête de phoque, lourds, rablés, trapus, engoncés dans leur\n corsage de liège, suivaient, maintenant, avec une passion de gens du métier,\n le désarticulement souple, le jeu artiste et rythmique de ces corps, leurs\n coulées lentes entre deux eaux qui leur modelaient les formes et les jolis\n mouvements courbes dont ils s'enveloppaient...\n   Mariette nageait mal ; elle nageottait en happant de petites gorgées d'air\nentre deux mouvements serrés qui l'épuisaient vite et l'époumonnaient. S'il\npassait une vaguette, elle l'avalait du même coup et sa cervelle nerveuse\ns'effarait, sans retrouver le sangfroid qu'il faut pour se remettre à flot.\nPourtant, rongée d'envie d'aller comme les autres à l'espace, de se tremper,\nà brassées goulues, dans l'eau froide où l'on se perd jusqu'aux yeux, elle les\nsuivait du regard et, chaque fois qu'elle voyait se dresser la silhouette des\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": "                                   — 474 —\n\nrameurs et la barque poursuivre quelque tête noire en avant de sa proue,\ncriait, en l'air, toutes sortes de recommandations que personne n'entendait.\n   Lucien lui avait appris à « faire la planche » et c'était sa grande jouis­\nsance, les jours calmes, comme on s'étale dans l'herbe, de s'étendre, les\norteils émergeant, le corps raide, la tête enversée dans une calotte d'eau\nlourde qui lui battait les tempes, lui ourlait le masque et de s'y laisser\nbercer et d'y fermer les yeux comme pour dormir. Elle remontait lentement\nen se retournant deux ou trois fois vers la pleine mer ; s'arrêtait une minute\navec de l'eau jusqu'à mi-jambes ; s'abaissait pour caresser les flots qui lui\npassaient aux mollets, glissait assise, puis se couchait doucement et, renou­\nvelant à rebours la bonne sensation de se garer du froid dans un lit profond,\nelle écoutait les flots mignons se dérouler sur elle, lui fluer aux aisselles, à la\ngorge, les amenait de la main, les nappait, les remontait comme une cou­\nverture jusqu'au menton pour bien s'emmitoufler et que plus la moindre\nsoufflette chaude ne vint gâter cette fraîcheur. Dans sa cabine, elle conti­\nnuait d'en amasser des bribes autour d'elle dans les plis de son peignoir et\ns'y pelotonnait sans retrouver le courage de se r'habiller. Quelles bonnes\nminutes paisibles elle savourait là, se sentant très vigoureuse et souple, les\nnerfs détendus, l'esprit libre et retrottant gaiement à toutes les péripéties\ndu bain. Se rappelant l'exclamation qui l'avait troublée tantôt : Ça brûle !\nelle en riait toute seule. Elle avait les lèvres soyeuses, la peau douce, un\npeu pâle, marbrée, par places, de taches violettes ..\n   — ...C'est par là qu'il l'avait tenue pour lui faire faire la planche, bien\ndoucement pourtant...\n   ...Son peignoir dégrafé lui glissait jusqu'aux reins; elle se passait une\nserviette sur les cheveux, la nuque, les yeux, le visage; la nouait à ses\népaules sous sa chevelure épandue ; s'amusait à passer le linge sur la peau\nfine du menton qui restait humide ; le promenait par tout son corps, en\ntamponnant, à deux mains, les places moelleuses et, caressant d'un long\nregard jusqu'en bas, ses chairs blanches perlées de gouttelettes, elle reson­\ngeait à la phrase de Lucien : — C'est si bon de mordre dans un fruit\nmouillé!....\n   ...Quelque chose grattait au carreau. Elle reconnaissait le coup d'ongle\nde Juliette; glissait, un rien, sa fenêtre à coulisse et présentait, au cran d'air,\nun mouvement vague de chair rose et de linge blanc : — J'arrive !\n   Et quand elle arrivait, toujours la dernière, parmi les jeunes filles portant\nle chapeau au bras, la chevelure dénouée au soleil, on remontait, la peau\nbrûlante, avec des soifs inextinguibles et des envies violentes de se rejeter en\npleine eau.\n                                                        HENRY      MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                                      -    475    -\n\n\n                               MEMENTO\n    Encore l'art social !\n    Nous lisons dans le Progrès du 10 octo­        M. Edmond Picard donnera prochaine­\nbre un article de Camille Lemonnier sur le ment lecture, à la Conférence du Jeune\nPro arte de M. Edmond Picard, et dans Barreau, d'une œuvre inédite intitulée : Le\nlequel nous découpons le passage suivant : Juré. C'est, à ce qu'il paraît, le récit des\n    « M. Edmond Picard examine ensuite le tortures d'un juré poursuivi par le fantôme\nJeune mouvement littéraire belge; il l'exa­ d'un innocent qu'il a condamné.\nmine en critique quelquefois sévère, mais                          ***\ndont la sévérité n'exclut pas une profonde         Le Progrès du 24 octobre publie sous\net vivace sympathie pour cette génération ce titre : Matin d'automne, un morceau\nardente, batailleuse, douée d'étonnantes qui porte en note : Essai d'un Jeune-Bel-\naptitudes. Il apporte à les discuter la pas­ gique. Ce machin est une sorte de rêverie\nsion fraternelle d'un aîné qui, même en peu française, essayant d'être drôle et des­\nmorigénant, ne peut s'empêcher de les tinée à prouver aux populations ahuries\ndéfendre contre ce qu'il appelle les illusions que Jeune-Belgique est synonyme de déca­\ndangereuses de leur jeune témérité. Certes, dent, verbolâtre. Chose curieuse, le mor­\nnous qui, par nos aspirations et notre invin­ ceau pastiche, de façon reconnaissable\ncible attachement à la doctrine de l'art pur, quoique maladroite, le style de Camille\nn'avons pu nous rallier aux principes de         Lemonnier qui fait partie de la rédaction\n l'utilitarisme, nous n'acceptons pas la con­ du Progrès. C'est peu confraternel.\nception d'un art social, tel que l'entend\n notre éminent ami et confrère. Nous esti­                          *   '   *   ■\n\n\n\n\n mons, au contraire, que l'art est en dehors       Notre collaborateur et ami Joséphin\n et au dessus des variations de la politique Péladan nous initie à ses projets littéraires;\n et qu'il ne pourrait que déchoir en quittant Ce qu'il nomme « l'Ethopée de la décadence\n l'impartial terrain de l'observation sereine latine » comptera sept volumes dont les deux\n pour se mettre à la remorque des partis. Il premiers existent déjà : I. Le vice suprême;\n nous suffit que l'œuvre soit personnelle, II. Curieuse; III. L'initiation      sentimentale\n artiste, humaine au large sens du mot, (étude des passions contemporaines; sorte\n pour lui reconnaître, par delà le temps et de casuistique en action); IV. A cœur\n les circonstances, une mission quasi provi­ perdu (rituel de la passion, revêtu de fan­\n dentielle. L'utilité, qui n'est en somme que tasmagories hiératiques); V. L'Enclos de\n de l'opportunité sublimée, caractérise à Rey (un faubourg méridional d'où l'on\n  notre sens la visée des besognes transi­ expulse les Récollets, étude de province) ;\n  toires, momentanées, secondaires, accom­ VI. Puberté; VII. Nergal (autobiographie).\n  plies en vue d'un résultat limité, réglées par\n  la préoccupation d'une minute dans l'éter­                        * *\n  nité des évolutions sociales. L'œuvre supé­       M. Frédéric Cousot, un de nos jeunes\n  rieure échappe à la loi des contingences; compatriotes qui écrivit naguère dans le\n  elle n'est pas utile dans le moment; elle est Correspondant belge et qui, installé aujour­\n  nécessaire dans la suite des âges ; elle d'hui à Paris, donne à la France de déli­\n  importe à l'humanité tout entière; elle cates chroniques, fait paraître chez Lemerre\n  rayonne à travers les races, les temps et les une charmante plaquette intitulée : LET­\n  philosophies; et ce caractère d'imprescrip­ TRES DU FOND DES Bois. Idylles virgiliennes\n  tible et radieuse fatalité fait sa grandeur ». en prose où le pasteur chante d'une voix\n     Pour être modéré dans la forme, le fraîche la fleur et l'oiseau. Comme André\n   désaveu n'en est pas moins éclatant.          Theuriet, mais avec plus de jeunesse,\n                                                 M. Cousot s'abandonne dans la forêt p r o -\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": "                                            476\n\nfonde au charme des choses qui s'agitent            Paul Bourget, retiré dans les Vosges,\ndans l'ombre, aux vies mystérieuses des          publie en ce moment aux Débats un roman\nvégétations, au bruissement des brises dans      très dramatique qui s'écartera quelque\nles feuilles et il en tire quelque chose         peu de sa manière habituelle : la partie\ncomme une biographie de la nature d'un           psychologique en sera très développée,\nart très pénétrant et très parfumé. Livre        comme de coutume, mais l'action est très\nqui plaira surtout aux femmes et ne pourra       vive, presque noire. Bourget écrit qu'il a\nmanquer d'avoir son succès.                      peur parfois de « faire du Gaboriau » !\n                       ***                       Titre : André Cornélis.\n  Aux mêmes lecteurs et lectrices s'adres­          Chez le même éditeur, un volume de\nsent les   SOUVENIRS    D'UN ENFANT   PAUVRE,    poésies de Jean Aicard : le Livre d'heures\nsignés Rose Romain (chez Fetscherin et           de l'amour.\nChuit). Ceci n'est que la notation, jour par        — A la librairie Dentu, un ouvrage à sen­\njour, d'une vie de fillette pauvre, un jour­     sation tout le premier : un drame inédit, en\nnal écrit avec la simplicité des larmes et le    prose, par Claude Bernard, — oui, Claude\nregret des heures tristes. Nous ne sachons       Bernard, l'illustre physiologiste qui débuta\nque Le petit Chose, qui nous ait donné           en faisant du théâtre et en écrivant, entre\nl'impression de ces pages émues, d'un style      autres, cet Arthur de Bretagne          dont\npur, sur un sujet toujours attendrissant.        Mme veuve Dentu a le manuscrit en mains !\nLes mères y trouveront la poésie des                Voici ensuite le Théâtre en prose de\nimpressions connues et chères ; tout le          Catulle Mendès, et Revolver et Vitriol,\nmonde y revivra quelque peu le lointain          d'Emile Bergerat, recueil de nouvelles et\npassé. On nous assure que la deuxième édi­       de chroniques.\ntion vient déjà de paraître.                        — L'éditeur Plon mettra en vente deux\n                       ***                       nouvelles traductions de Dostoïevsky, les\n    La « saison des livres » commence. Les       Possédés et l'Esprit souterrain, le Comte\nimprimeurs se hâtent; les étalages des           Xavier, de Mme H. Gréville ; une Histoire\nlibrairies porteront par douzaines, sur des      de l'opéra français, par MM. Nuitter et\nvolumes de toute couleur, cette étiquette :      Thoinon; les Mémoires du prince Czarto­\n Vient de paraître.                              risky; puis deux livres de médecins qui\n    Les « nouveautés » seront très nom­          étudient les problèmes du magnétisme, si\nbreuses cette, année.                            controversés : l'Hypnotisme, par le docteur\n    — Chez Ollendorff, André Theuriet             G. de La Tourette ; Sorcellerie, par le\npubliera un roman intitulé : Au paradis des      docteur Regnard.\nenfants; c'est l'enseigne d'un magasin de           — Calmann Lévy prépare la Correspon-\njouets, ce titre qui annonce une étude d'in­     dance inédite de Balzac avec sa femme ; un\ntérieur parisien.                                volume de nouvelles sur l'Extrême-Orient,\n    Arsène Houssaye, un volume de « pen­          par Pierre Loti; enfin le Répertoire de la\nsées inédites », le Livre de minuit; Octave       Comédie humaine, de Balzac, par MM.Cerf­\n Mirbeau, le Calvaire. Voici encore un            beer et Christophe, biographie de tous les\nlivre de Souvenirs et Etudes de théâtre,          personnages qui jouent un rôle dans la\npar Paul Régnier, ex-sociétaire de la Comé­       Comédie humaine.\ndie-Française.                                       — Charpentier éditera le Journal des\n    — L'éditeur Lemerre a plusieurs volumes       Goncourt, Madame Fuster, un roman de\n à sensation :                                    Ferdinand Fabre ; les Souvenirs de Schau­\n    Un roman parisien de François Coppée,         nard (de la Vie de Bohême); et enfin, le\n dont le titre n'est pas arrêté encore : voilà    livre de Zola, la Terre, cette étude de\n bien une « nouveauté » véritable, car            paysans pour laquelle le maître a pris des\n F . Coppée n'a fait qu'un roman encore,          notes, six mois durant, dans tous les coins\n son Idylle pendant le siège.                     perdus de la Beauce, où il suivait les mar-\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                                         — 477 —\n\nchés, les foires, notant chaque mot, chaque de Gil Bias, et un recueil de M. Paul Her­\ntrait de mœurs se présentant à lui.               vieu : Les yeux verts et les yeux bleus, où\n    — MM. Marpon et Flammarion pu­ l'influence des romans russes a fait pro­\nblieront :                                        duire une œuvre mi-partie vraiment origi­\n    La Belle Nivernaise, histoire d'un vieux nale et troublante. Histoire d'halluciné,\nbateau et de son équipage, par Alphonse racontée en une langue souple et subtile ;\nDaudet. C'est un volume pour les enfants, livre à relire.\npetits et grands ; l'auteur de Sapho travaille                           ***\n en ce moment à cinq ou six ouvrages diffé­           La bibliothèque nationale (8, rue Riche­\n rents. On lui prête l'intention de faire, sous lieu. Un vol., fr. 0-25) publie ses 291 e .\n ce titre : l'Immortelle, une étude du monde 292e et 293e volumes. Ce sont : L'Essai sur\n académique; mais l'apparition en est ajour­ les préjugés, de Dumarsais, ce curieux\n née à un an tout au moins.                        écrivain de la fin du XVIIe siècle, ouvrage\n    Chez Marpon et Flammarion, encore : dont Mirabeau disait : « C'est le livre le\n Pour lire au couvent, pur Catulle Mendès, moins connu et celui qui mérite le plus de\n un volume de nouvelles légères; Faustine l'être ».\n  Verrier, des nouvelles de René Maizeroy;             U ne traduction très excellente par M. Clé­\n  les Souvenirs et Poésies diverses de M. de ment des Harangues au peuple et au\n  La Rounat.                                       Sénat, de Cicéron.\n     — Tresse et Stock consacrent tous leurs\n  soins aux « décadents»; Francis Poictevin            A la séance publique annuelle de l'Insti­\n  vient de publier chez eux un roman, Seuls; tut de France, qui a eu lieu le mois dernier,\n   Léon Bloy donnera aussi un roman, son M. Charles Gounoda lu une étude d'esthé­\n   premier, le Désespéré, qui est une violente tique dont nous détachons ce passage :\n   satire de toute la littérature contemporaine ;      « L'artiste n'est donc pas simplement\n   Villiers de l'Isle-Adam, Honoré Bonhomet. une sorte d'appareil mécanique sur lequel\n     Voici, d'autre part, dans une autre note, se réfléchit ou s'imprime l'image des objets\n   un livre fort attrayant, le Carnet d'un admi- extérieurs et sensibles; c'est une lyre\n   nistrateur de la Comédie-Française, par vivante et consciente, que le contact de la\n   Edourd Thierry, qui raconte là toute l'épo­ nature révèle à elle-même et fait vibrer; et\n   que troublée du siège de Paris; enfin, un c'est précisément cette vibration qui est\n   roman d'Huysmans sur les Paysans.                l'indice de la vocation artistique et la cause\n    — Jules Lévy mettra en vente un volume      première de l'œuvre d'art.\n  de Paul Bonnetain, En mer.                        « Toute œuvre d'art doit éclore sous la\n                                                lumière personnelle de la sensibilité, pour\n                                                se consommer dans la lumière imperson­\n    Un journal français annonce que M. Co­\n                                                nelle de la raison. L'art, c'est la réalité con­\n  quelin (le grand) va présenter à un théâtre\n                                                crète et sensible fécondée jusqu'au beau\n  parisien une pièce inédite, dont il est l'au­\n                                                par cette autre réalité, abstraite et intelli­\n  teur.\n                                                gible, que l'artiste porte en lui-même et\n     Espérons qu'elle vaudra mieux que celle\n                                                qui est son idéal, c'est-à-dire cette révéla­\n  qu'il a fait jouer au Parc,. l'Aîné, dont il\n                                                tion intérieure, ce tribunal suprême, cette\n  était le collaborateur avec Paul Delair.\n                                                vision toujours croissante du terme final\n     M. Coquelin, après s'être fait siffler vers lequel il tend de toute l'ardeur de\n  comme artiste, veut peut-être avoir le son être.\n   même succès comme auteur.\n                                                    « S'il était possible de saisir directement\n                                                 l'idéal, de le contempler face à face dans la\n     Chez Alphonse Lemerre, signalons Les vision complète de sa réalité, il n'y aurait\n   Adorées, un volume de nouvelles adorables plus qu'à le copier pour le reproduire, ce\n   de M. Joseph Montet, le chroniqueur délié qui reviendrait à un véritable réalisme,\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": "                                                -    478      -\n\nsupérieur assurément, mais définitif, et qui,            Habite la mansarde où Jeanne aimait à voir\ndu même coup, supprimerait chez l'artiste                Le poète rêver devant le ciel du soir.\n                                                         Avec le calme ennui que l'habitude enfante,\nles deux facteurs de son œuvre, la fonction              Elle fait son devoir de fille et de servante.\npersonnelle qui constitue son originalité,                 Elle oublie ; et parfois, quand le petit garçon\net la fonction esthétique qui constitue sa               De la pauvre voisine arrive à la maison\nrationalité. »                                           Et tend naïvement son front à sa caresse,\n                                                         Jeanne, se reprochant sa minute d'ivresse,\n   A la même séance, M. François Coppée,                 Et ne voulant plus même un moment se griser\ntoujours attendri, a lu Le Roman de Jeanne,              Avec le souvenir de l'ombre d'un baiser,\nun poème d'une banalité implorante.                      A ne pas embrasser ce front pur se condamne...\n                                                         Et ce baiser, ce fut tout le roman de Jeanne. »\n  Jeanne a dix-huit ans; elle loge avec sa\nmère aveugle et pauvre. En face demeure                     Et voilà, sanctus gagaïsmus !\nun jeune homme qu'elle voit à travers ses\n                                                                                  ***\ncapucines. Elle se prend d'affection pour\nlui, mais il ne la regarde guère. Un jour,                  L'éditeur Edinger de Paris, vient d'entre­\nau Jardin des Plantes, assise à côté d'un                prendre la publication d'une série d'oeuvres\npetit écolier, elle travaillait, mais son                de la littérature contemporaine, en volumes\naiguille se casse sur son dé. Elle cherche               à 25 centimes. L'entreprise est excellente\nson étui; il est là-bas par terre. Elle va se            et ne peut manquer de réussir ; le volume\nlever pour le ramasser, quand elle voit                  à fr. 3-50, n'est pas à la portée de toutes\ndevant elle son voisin, le jeune homme                   les bourses, et la vulgarisation des Lettres\nauquel elle a, sans le connaître, donné naï­             sera une puissante arme contre celle de la\nvement son cœur :                                        politique et de l'art social que le journal\n                                                         tient entre ses mains.\nIl s'avançait toujours ! Il était à dix pas !\nJeanne eut le cœur étreint d'une émotion telle              Sont annoncés d'ores et déjà : Les Va­\nQu'elle crut défaillir. Quand il fut tout près d'elle,   nu-pieds, de Léon Cladel, L'amour au\nAyant vu quelque chose à terre, il se baissa.            pays bleu, d'Hector France, L'Amiral,\nC'était l'étui perdu. Le passant ramassa\n                                                         d'Edmond Picard (en vente déjà), Les\nL'objet, et, du regard cherchant à qui le rendre,\nAperçut Jeanne et fit un pas pour le lui tendre.         enfants de Giberne, de Paul Bonnetain, des\nAlors la pauvre fille eut un immense espoir,             ouvrages de Mendès, Heusy, Talmeyr,\nIl allait lui parler, la connaître, la voir,             Champfleury, Maizeroy, Clovis Hugues,\nLa deviner, l'aimer peut-être... Oh! bonne chance!...    Sutter Laumann (de la Justice), sans\nMais le petit garçon, par gentille obligeance,\nCourut vers le jeune homme en lui tendant la main ;      compter les réimpressions de classiques.\nLe poète remit sa trouvaille au gamin                       Plusieurs volumes sont en vente aujour­\nEt, par ces beaux cheveux d'enfant séduit sans doute,    d'hui.\nLe baisa sur le front et poursuivit sa route.\nLe fol espoir de Jeanne, hélas t s'était enfui!                                  ***\nMais quand l'enfant, venant lui rapporter l'étui            Jean Richepin vient de faire représenter\nLui présenta sa tête innocente et bouclée,               au Théâtre-Français une pièce en 3 actes\nL'amoureuse, un instant de désir affolée,                et en vers : Monsieur Scapin. Grand succès\nEtreignit le petit d'un geste ardent et prompt,\nEt recueillit, collant ses lèvres sur ce front,\n                                                         littéraire.\nAvec un rauque et long sanglot de tourterelle.                                    *   *   *   ■\n\n\nCe baiser de hasard qui n'était pas pour elle,\nLe jeune homme a quitté sa chambre sous les toits ;\n                                                            Le mot de la fin :\nPuis ont passé les jours, les semaines, les mois,           Un dessin du Chat noir :\nEt celle que sa vue a pour jamais charmée                   Une jeune personne de mœurs aimables\nNe sait plus rien de lui que par la renommée.            s'approche d'un Gontran tout à fait copur­\nPareille aux pauvres gens qu'on voit en carnaval,\nEcouter la musique à la porte d'un bal,                  chic.\nJeanne que font souffrir son cœur et sa mémoire,            — Ecoute, je vais te faire une confi­\nEntend de loin ce nom retentir dans la gloire,           dence... j'ai absolument besoin de quarante\nTandis que sans amour, sans joie et sans beauté,\n                                                         louis.\nToujours elle s'enfonce en son obscurité.\nSa vie est grise et morne ; elle veut s'y résoudre.         — Tu as raison, chère, de te confier à\n Une ouvrière, assise à sa machine à coudre,             moi, je ne le dirai à personne.\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": "   La place nous manque pour la Boîte aux Lettres, mais le devoir nous\noblige à penser à Paul-Ric-Wauwermans-Rac-de-Fontanar dit Digitus\nalbus, Pauline pour les dames.\n  Or donc, mon premier est forgeron à Jérusalem, car on dit veau-scie-fer à Sion.\n  Mon deuxième a profité de la conversion de l'emprunt, n'est ce pas ver-millionf\n  Mon troisième est excessivement ce qu'il est; on dirait un delirium très mans.\n  Mon tout est très difficile à deviner. Bon pour une plaidoirie du jeune Wauwermans à\nqui devinera (pro Deo). Dag, Paulintje!\n\n\n\n\n                                      VARIÉTÉS\n                              CHEZ LE COMTE TOLSTOÏ\n   Le directeur du Journal officiel, de Saint-Pétersbourg, M. Grégoire Davilewsky vient\nd'avoir une entrevue avec le comte Tolstoï.\n   On sait que la conversion mystique de Tolstoï, ses allures et ses proclamations au\npeuple ont paru tellement étranges qu'on a cru devoir le proclamer fou.\n   11 paraît qu'on a eu tort.\n   Voici le portrait de Tolstoï que nous trace M. Danilewsky :\n   Avant que j'eusse le temps de descendre de voiture, le comte apparut sur le seuil, et,\naprès m'avoir cordialement souhaité la bienvenue, il m'invita à le suivre dans son\ncabinet.\n   Il y a longtemps que j'avais vu pour la première fois le comte Léon Tolstoï à Saint-\nPétersbourg, dit plus loin M. Danilewsky. Alors l'auteur de la Guerre et la Paix, était\nun fringant et brillant officier d'artillerie. Je l'avais rencontré dans la maison d'un célèbre\nsculpteur russe. Je ne l'avais point revu depuis bien des années ; mille et un obstacles de\nla vie courante nous avaient séparés, sans que jamais pourtant mon admiration pour lui\neût failli.\n   Certes, il est changé, mais ce sont toujours les mêmes yeux profonds et rêveurs, c'est\ntoujours cette figure avenante, sympathique, éclairée de ce je ne sais quoi si bizarrement\npersonnel, et c'est surtout la même barbe longue et épaisse, quoique parsemée de neige\naujourd'hui.\n   Après avoir allumé des cigarettes, nous causâmes du temps passé, de ceux que nous\navons connus tous deux et qui, pour la plupart, ne comptent plus parmi les vivants.\n   Un grand chien à poil roux interrompt indiscrètement notre causerie, faisant irruption\ndans la chambre en gambadant, et va se coucher aux pieds de son maître.\n   Tolstoï parla de différentes choses, de littérature surtout, et voici l'impression que\nM. Danilewsky a rapportée de cette entrevue :\n   Au retour, j'ai analysé mes impressions, et j'ai constaté que le comte Tolstoï, malgré la\nnouvelle et dangereuse voie dans laquelle il s'est engagé, est resté au fond le grand artiste\ndu passé, qu'il dispose sainement de ses facultés d'esprit des plus élevés et qu'il peut\nencore enrichir la patrie de plus d'une œuvre aussi parfaite que la Guerre et la Paix.\nJ'ose affirmer davantage : comme le silence qu'il a gardé après Sébastopol n'était point de\nl'inertie, mais du recueillement ayant pour résultat la Guerre et la Paix, de même peut-\nêtre aujourd'hui il délasse son esprit par la lecture de la Bible et de la Vie des saints pour\nnous donner bientôt un art nouveau qui mûrit dans son âme.\n\n                                   LE MOT DE LA FIN\n   Deux époux causaient : « Si tu mourais, mon chéri, disait la femme, je te ferais faire\nune bière doublée en satin avec des bouillonnes, j'entourerais ta tombe d'un treillage\nartistique et je mettrais, au milieu, un ange en plâtre, à genoux, dans les giroflées, qui\nprierait pour toi... » L'époux, ravi de tant de prévenances, ne voulut pas être en reste :\n« E t toi, ma chère femme, si tu mourais, sais-tu ce que je ferais?... » Elle l'interrompit\nvivement : « Oh 1 mon ami écartons ces tristes pensées. »\n"}, {"page_pdf": 535, "texte": "A         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                    6, R U E P A U L D E V A U X , (PRÈS LA. B O U R S E )\n\n                            ET    M O N T A G N E D E LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Or ange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nYAchaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora, et l'absinthe Pernod.\n  (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\n\nO          pantagruélistes ! après avoir, à l'aide de ces apéritifs délectables,\n           préparé votre estomac aux douceurs de la table, prenez le Bou­\n           levard, enfilez à droite la rue de l'Evêque, traversez en diagonale\nla place de la Monnaie, laissez à votre gauche l'infâme Munich des Trois-\nSuisses, glissez à côté de la Taverne Tom et entrez à la\n\n   TAVERNE                                                      LOUIS\n                         RUE DES P R I N C E S .\n  Vous y trouverez des plats du jour exquis et pour rien. A la carte, nous\nvous recommandons VEntrecôte aux pommes sautées ; comme bière, le\nScotch dans des verres mousseline.\n\n                          P. S. On n'y parle pas politique.\n\n\n              POUR          PARAITRE                 INCESSAMMENT\n\n  LETTRES A JEANNE\n                              PAR JULES             DESTRÉE.\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie MADAME ROBERT, par THÉODORE DE\n  BANVILLE. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n\n    Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-11-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 500."}}