{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6° ANNÉE. TOME V, N° 12.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 536, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "6° ANNÉE.      TOME V, N° 12.   PRIX : 60 CENT. ÉTRANGER : 75 CENT,               5 DÉCEMBRE 1886.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                  De la musique encore et toujours!\n                                                  Que ton vers soit la chose envolée\n                                                  Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée\n                                                  Vers d'autres cieux à d'autres        amours,\n                                                  Que ton vers soit la bonne aventure\n                                                  Éparse au vent crispé du matin\n                                                  Qui va fleurant la menthe et le thym...\n                                                  Ei tout te reste est   littérature...\n                                                                         PAUL   VERLAINE.\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 536, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 989, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "SOMMAIRE:\n    Six années                                                   MAX WALLER.\n    Emblême et sourire                                           GEORGES KELLER.\n    A cœur perdu (fin) .        .                                HENRY MAUBEL.\n    Madrigal                                                     JULES GILSON.\n    Instantanés                                                  FLORENT VURGEY.\n    Oscillations                                                 JACQUES FÈRE.\n    Memento\n                                TABLE    DES   MATIÈRES.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                     80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1886\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "À nos lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "A NOS LECTEURS", "ancre_fin": "la table des matières", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ANNÉE QUI S OUVRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 537, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 663, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "A NOS LECTEURS\nComme tous les ans, nous donnerons le 1er janvier à nos lecteurs la\n     prime artistique d'un frontispice gravé en photogravure. Celui de 1887\nsera signé XAVIER MELLERY.\n\n\n  Dès Aujourd'hui, Pour Éviter l'Encombrement De\nLa Fin d'Année, Nous Lançons Nos Quittances De\nRenouvellement. Nous Comptons Qu'Aucun De Nos\nAmis Ne Se Fera Tirer l'Oreille & Que Tous\nLaisseront Aux Mains Du Facteur Les Modestes\nSept Francs De Leur Abonnement. Qu'ils Reçoivent\nd'Avance Nos Remerciements & Notre Gratitude.\n\n  Au présent numéro sont jointes la couverture du volume et la table\ndes matières.\n\n\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "L’Année qui s’ouvre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "L ANNÉE QUI S OUVRE", "ancre_fin": "NE CRAINS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 537, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1299, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "L'ANNÉE QUI S'OUVRE\n                          Nous pouvons (d'ores et déjà) promettre à nos lecteurs\n                       une série d'oeuvres de premier ordre pour le volume de\nla Jeune Belgique qui va s'ouvrir. Notre prochain numéro contiendra une\nnouvelle La fête des SS. Pierre et Paul de GEORGES E E K H O U D , un\nacte funambulesque en vers d'ALBERT GIRAUD, des vers d'EMILE\nVERHAEREN, un sonnet d'EMILE VAN ARENBERGH, une étude\nde FRANCIS N A U T E T sur L'Abbesse de Jouarre, etc., etc.\n   Les suivants fascicules renfermeront notamment une étude de JOSÉ­\nP H I N PÉLADAN sur Fra Angelico et les Primitifs, une suite de\nnouvelles d ' H I P P O L Y T E DEVILLERS : titre : Péchés véniels; une\n"}, {"page_pdf": 582, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 614, "texte": "nouvelle remarquable de M. JULES VAN DER BRUGGHEN : titre .\nHilda; de M. ALBERT DE NOCÉE : titre : La Renaude; des Souvenirs\nde jeunesse d'IWAN GILKIN ; une traduction libre de La duchesse de\nMalfi, drame shakespearien de WEBSTER, par GEORGES EEKHOUD,\ndes Nouvelles de la Grand'Route de MARIUS RÉTY, sans compter les\nvers et prose des Jeunes-Belgique qui ne sont pas cités ici, mais dont la\ncollaboration nous est toujours acquise.\n   Plus que jamais nous faciliterons aux jeunes et aux nouveaux venus\nl'accès de notre revue. Nous comptons sur le concours de tous.\n                                       NE CRAINS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 479, "page_fin": 489, "titre_corps": "Six années", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "SIX ANNÉES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EMBLEME ET SOURIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 538, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "SIX ANNÉES\n\n\n                                Au moment où nous fermons le volume pré­\n                           sent pour en recommencer un autre, nous de­\n                               vons, comme de coutume, regarder une mi­\n                               nute le travail accompli et nous demander si\n                              notre ligne a été droite et notre campagne\n                            bien conduite. Voilà six années déjà que nous\n                                 avons remplies de nos efforts, toujours en\n                                 éveil, toujours inquiets, toujours décidés à\n                                 ne pas faiblir.\n                    Notre programme n'a pas changé. Tout au long des\n                 deux mille et cinq cents pages de la Jeune Belgique, ou\n                 trouvera l'application des théories d'art que nous n'avons\n                 pas cessé de défendre avec persévérance et obstination.\n\n\n                                                I\n\n                   La littérature actuelle est hésitante et cherche ses voies.\n                Il semble qu'elle se recueille pour s'élancer, les ailes grandes,\n                vers des espaces inexplorés.\n   L'influence des romans russes, répandus subitement dans le monde des\nlettres, celle d'esprits étranges comme Villiers de l'Isle-Adam, ont profon­\ndément troublé la jeune génération ; la recherche psychologique, poussée\njusqu'à la métaphysique, paraît remplacer de jour en jour la notation scru­\npuleuse des choses extérieures qui fait la base de l'école naturaliste.\n                                                                         31\n"}, {"page_pdf": 539, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "                                      — 480 —\n\n    Des livres comme Le Crime et le Châtiment (*), comme L'Amour\n suprême (**) et L'Eve future (***) ; des estampes d'Odilon Redon ou des\n tableaux pensifs de Gustave Moreau, se sont imposés à la cervelle contem­\n poraine ; la dissection de l'immatériel devient une tâche suraiguë à laquelle\n on s'adonne avec des battements de tempes et des tremblements de mains.\n Le livre a des dessous magnétiques que l'on pénètre peu à peu, par une\n sorte d'initiation lente et cruelle.\n   On a tenté de fonder une école poétique nouvelle qui fût en rapport avec\nces aspirations à l'exactitude psychologique, une école où toutes nos facul­\ntés et nos sens fussent mis en œuvre pour donner une impression non\néprouvée encore, le « frisson nouveau » qui secoua la génération parnas­\nsienne des Fleurs du mal.\n   On poussa l'expérience trop loin. A force de couper en mille les cheveux\n « de l'esprit », on en arriva à ne plus voir trace de chevelure, et l'on tomba\ndans une obscurité où devait fatalement disparaître l'art récent. Les « déca­\ndents », parmi lesquels se trouvèrent des écrivains pleins de sève, virent\nleurs efforts engloutis par le bon sens.\n   On pouvait admettre l'Art poétique de Paul Verlaine :\n                       Car nous voulons la Nuance      encor,\n                       Pas la couleur, rien que la     Nuance!\n\n  Ce n'était là qu'un dogme de raffinement, de byzantinisme poétique qui\ndevait séduire certains artistes, et nous avions en Georges Khnopff un\ndélicat dont les vers appliquaient adorablement les nouveaux canons. Nous\neûmes aussi Grégoire Le Roy, qui modula cette pièce inexprimablement\nmusicale : Le passé qui file :\n                     La vieille fille et son rouet\n                     Parlent de vieilles, vieilles choses,\n                     La vieille a les paupières closes\n                     Et croit bercer un vieux jouet.\n                     Le chanvre est blond, la vieille est blanche.\n                     La vieille file lentement,\n                     Et pour mieux l'écouter se penche\n                     Sur le rouet bavard qui ment. (****)\n\n\n\n  (*) Dostoïevsky, Th. Le Crime et le Châtiment, traduit du russe par Victor Derély.\nDeux volumes, chez E. Plon, Nourrit et Cie. Paris, 1885.\n  (**) L'Amour suprême, par le comte de Villiers de l'Isle-Adam. Un volume, chez\nM. de Brunhoff. Paris, 1886.\n  (***) L'Eve future, par le même. Un volume, chez M. de Brunhoff. Paris, 1886.\n (****) La Jeune Belgique, tome V, page 317..\n"}, {"page_pdf": 540, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "                                    — 481 —\n\n   Nous nous inclinions insensiblement vers un art de demi-teinte; au lieu\ndes papillottements prestigieux du vers de Gautier et de Banville, nous\nallions aux décroissances presque imperceptibles, aux éclats éteints, aux\ncouleurs passées, au pâlissement de toutes choses, à une sorte de poésie\nconvalescente dans le demi-jour d'un Parnasse capitonné. Il y avait là\ndedans une atmosphère maladive — décadente, si l'on veut parler à la mode\n— mais d'une maladie gracieuse de relevailles, dans laquelle il était défendu\nde parler haut.\n   Pourquoi cet art n'eût-il pas eu droit à son heure de gloire ? On avait\nnommé les Parnassiens des Impassibles, parce qu'ils enchâssaient leur pen­\nsée de poètes dans du marbre ; ceux-ci auraient été les Sensitifs emmaillo­\ntant leur âme dans des plumes de grèbe...\n   Le besoin de « faire école » fit crouler le groupe décadent. Le Traité\ndu Verbe, de René Ghil (*), le Scapin, le Décadent, scellèrent de ridicule un\nsystème qui devait être manié avec mesure et délicatesse. On commit serei­\nnement des vers de ce genre :\n                Tel instant qui naissait des heurs éventuels,\n                Tout palmes de doigts longs aux nuits ondulatoires,\n                Vrais en le dôme espoir des vols perpétuels,\n                Nous ouvrit les passés de nos pures histoires.\n\n  L'école décadente fut jugée par un immense éclat de rire et l'on n'en\nparla plus.\n\n                                        II\n   Les poètes de la Jeune Belgique n'ont pas suivi dans ses écarts la pha­\nlange française. Au contraire, au lieu de torturer la langue, comme plu­\nsieurs de nous le firent à leur début dans l'art d'écrire, nous avons tous\nramené notre ambition littéraire à la clarté et à la netteté de l'idiome. Nous\nn'hésitons pas, il est vrai, à employer le mot rare, le terme délaissé, la\nphrase mignarde même que le dix-huitième siècle nous a transmise, mais le\nnéologisme disparaît peu à peu, le style s'éclaircit; nous tentons, en un\nmot, de parler et d'écrire en français impeccable, de donner au pays une\ntradition correcte en même temps qu'artiste. Y réussirons-nous?\n   Que l'on se souvienne du Scribe (**), d'Albert Giraud, cet accès de fièvre\nchaude où le malade écrivain prononçait la moitié des mots dans un bal-\n\n  (*) René Ghil :Traité du Verbe, avec Avant-dire de Stéphane Mallarmé. Une pla­\nquette grand in-8°, chez Giraud. Paris, 1886.\n  (**) Albert Giraud : Le Scribe. Un volume, chez Lucien Hochsteyn. Bruxelles, 1883.\n"}, {"page_pdf": 541, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "                                               — 482 —\n\n  butiement de delirium. C'était la « prime gourme » jetée dans tout son\n  fracas d'extravagance, premier jet magnifique de présomption, pétarade\n  d'avant-garde, bagatelle de la porte étouffée dans un vacarme de cymbales\n et de grosse caisse.\n     Lisez aujourd'hui de ces morceaux hors ligne de Hors du siècle (*) : Cré-\n puscule, Tourment du retour, et ce joyau Renaissance (**):\n                     II te suffit de faire un geste   aventureux,\n                     Pour qu'il y ait à mes yeux la soudaine puissance\n                     D'évoquer en mon cœur, sous un ciel amoureux\n                               Toute la Renaissance !\n                     FA j'imagine alors un vaste palais clair,\n                     Où des lacs de soleil dorment au pied des arbres,\n                     Et font à leurs reflets rosir comme une chair\n                              La chasteté des marbres!\n\n    Toute comparaison à part, le vers de Malherbe est-il, dans sa majesté de\n plain-chant, plus correct et plus français que ces strophes, et ne sont-elles\n pas une réponse à la légende du charabia Jeune-Belgique qui court les\n petites feuilles?\n   Est-il, ce charabia, dans les beaux vers de Rodenbach : Pour une\n rousse :\n                    Et vous, considérant ma divine agonie,\n                    Sentant dans votre cœur descendre mon génie,\n                    Heureux atrochement que je mourais pour vous,\n                    Et secouant au vent vos larges cheveux roux,\n                    Vous suiviez un départ d'anges dans les nuées,\n                    Aux ailes de condor lentement remuées,\n                    Qui s'en allaient porter mon âme au   Tout-Puissant.\n\n                    Et vos cheveux étaient tout rouges de mon sang! (***)\n\n  Est-il, ce jargon Jeune-Belgique, dans l'adorable Cantilène de Grégoire\nLe Roy (****)? Est-il dans les pauvres Airs de flûte (***) que Siebel a sifflotes\npour s'égayer un petit ?\n  Le trouve-t-on, le volapük Jeune-Belgique, dans les Milices de Saint-\nFrançois (*****) apportées par Georges Eekhoud à l'année 1886 Comme\n\n  (*) Va paraître chez Lemerre.\n  (**) La Jeune Belgique, tome V, page 209.\n  (***) La Jeune-Belgique, tome V, p 25.\n  (****) La Jeune-Belgique, p. 181.\n  (*****) La Jeune-Belgique, tome IV, pp. 493, 494, 547, 548, 550, tome V, pp. 77, 78,\n80. 8 1 , 153, 215, 216, 218, 243, 294, 344.\n  (******) Les Milices de Saint-François,         par Georges Eekhoud. Un volume, chez\nM1110 veuve Monnom. Bruxelles, 1886.\n"}, {"page_pdf": 542, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "                                  — 483 —\n\n  dans Kees Doorik, comme dans les Kermesses, c'estTouvrier qui occupe\n  la scène, non l'ouvrier sandesque, mais le pacant, le pitaud — ne souriez\n  pas, c'est au dictionnaire, — le rustre sauvage d'une terre inexplorée pâl­\n  ies Lettres. Parcourez le récit que fait Sussel Waarloos, dans les Milices, de\n  la manifestation catholique du 7 septembre. Morceau de maître, évocateur,\n  superbe. Mais pas de paillon, pas de ballonnement; un style serré, dur,\n inattaquable comme granit. Du français enfin, et du français qui évoque le\n flamand — sans tourner au belge; de la littérature de terroir admirablement\n noble et simple.\n     Eekhoud a évité la contagion terrible du pastiche. Il ne ressemble qu'à\n lui-même, et en lisant son œuvre, aucun autre nom que le sien ne vient\n à l'esprit.\n     C'est que ce concentré a subi dès l'origine le coup de la Terre. Pataud\n renforcé, il comprend l'art d'autrui mais ne se l'assimile pas. Il évoque\n pour nous ces garçons de ferme qui traînent la même charrue tout le long\n du jour, soulevant la même terre grasse, et allant jusqu'au bout du sillon,\n mais indifférents à tout ce qui n'est pas leur coin de pâture. Ainsi, Eekhoud\n laboure son champ bien-aimé, il le fait crier sous son fer, il le presse entre\n ses doigts, le pétrit, le modèle, en fait une statue aux contours robustes qui\n est son livre.\n    Est-il, cet apache Jeune-Belgique, dans le beau tableau de la Belgique\n dont le Tour du Monde vient de donner le dernier trait? Plus qu'aucune\n autre de l'auteur du Mort et de Morteroche, cette œuvre survivra à celui\n qui l'a écrite. Toutes ses facultés, tout son art, il les a entassés là dedans;\nil les y a jetés à pleines gerbes, sans compter, et ce livre restera comme un\nde ceux que notre pays peut dresser, ainsi qu'un indestructible monument,\nà la gloire de Camille Lemonnier. Quiconque a lu les descriptions de\nBruges, d'Anvers, du Brabant, a conservé dans la mémoire, avec une clarté\nde vision, ces largeurs de style et ces opulences de verbe.\n    Voici la fin du livre :\n    « Lentement le ciel s'apâlit sur ces idylles; une fumée rose monta des\nhorizons; le soleil décrut derrière la paix du grand paysage. Et mélancoli­\nquement, je pensai qu'il ne se relèverait plus sur les pages de ce livre. Avec\nson disque rouge, déjà froidi de silence et d'ombre, s'enfonçait dans la nuit\nl'œuvre accomplie après tant d'aurores et de couchants. Je l'ai menée à\ntravers la vie bonne et mauvaise : depuis bientôt cinq ans, j'y mets une ten­\ndresse religieuse pour la terre maternelle où dorment les miens, où moi-\nmême j'irai dormir un jour. Et voici que je touche à son déclin. A travers\nl'inévitable tristesse qui accompagne la fin des labeurs humains, il me reste\n"}, {"page_pdf": 543, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "                                  -   484    -\n\ndu moins une douceur, celle d'y avoir vécu, dans les siècles et le temps, chez\nles ancêtres et les vivants, de la vie même de la patrie, en communion\nconstante avec sa grande âme indéfectible (*). »\n   Fin mélancolique qui hausse l'artiste et lui donne une attitude impo­\nsante qui demeurera dans l'avenir comme le geste immuable des statues.\nHappe-Chair est un hoquet d'ivrogne, la Belgique un grand murmure\nqui traverse, en les magnifiant, les plaines de l'Art et les forêts pensives de\nl'Idéal.\n   Que tout ceci ne semble pas un panégyrique d'enfant de chœur : nous\ndéfendons ici notre forme littéraire contre ceux qui mettent leur mauvaise\nfoi au vent pour nous affubler d'une légende grotesque.\n   Nous qui avons dirigé matériellement la revue Jeune-Belgique, et en\navons suivi, de plus près que tout autre, les diverses phases, nous enten­\ndons faire justice, une fois pour toutes, de la sotte histoire qui fait de nous\ntous des maniaques, des épileptiques littéraires auxquels nul barbarisme\nn'est étranger et qui se contorsionnent à plaisir dans une sorte d' « acrobatie »\nde langage. On nous prend pour des équilibristes... déséquilibrés, et bientôt,\nsi nous ne tranchons violemment le commérage, le mot Jeune-Belgique\npassera dans le belge comme synonyme de javanais.\n   Aussi, dans cette étude, qui n'est pas une distribution de prix, voulons-\nnous montrer, preuves en main, ce que nous sommes ou du moins ce que\nnous rêvons d'être : des écrivains.\n\n\n                                       III\n  A côté de Georges Eekhoud, d'Albert Giraud, de Camille Lemonnier, de\nGeorges Rodenbach, il nous faut placer MM. James Vandrunen et Henry\nMaubel — nous ne parlons pas de M. Jules Destrée dont le premier livre\nparaît seulement.\n   Car, nous avons eu déjà l'occasion de le dire, ces fâcheux Jeunes-Belgique,\nque l'on confond dans la même ironie fine, — ne se ressemblent pas, quoi­\nqu'ils s'assemblent beaucoup, et si nous avons quelque intérêt, c'est préci­\nsément de la diversité de nos aptitudes que nous le tenons.\n   James Vandrunen est un « affineur » qui donne son observation à l'état\nde poudre légère; il aime les préciosités à manchettes; lorsqu'il a mis un\ntrait sur le papier vierge, il demande vite de la mie de pain pour l'effacer\nun peu ; il reste une chose vague comme ces ombres légères qui demeurent\n\n  (*) Le Tour du Monde. La Belgique, par M. Camille Lemonnier, tome LII. 1344e liv.\n"}, {"page_pdf": 544, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "                                   — 485 —\n\nfixées au verre des cadres où il y eut un pastel. Flemm-Oso .(*) et Elles (**)\n— encore un volume à l'actif de 1886 — sont une longue causerie pleine de\nmots délicats dits en sourdine. On croirait entendre les propos galants\nd'une marquise du vieux régime — telle la grand' mère des Tristesses et\nsourires — égrenant les réflexions semi-mélancoliques, semi-railleuses que\nlui inspirent les mœurs du jour. C'est comme un journal intime d'où les\npages trop franches ont été arrachées pour ne faire de peine à personne.\nC'est mince, mais ainsi que ces feuilles de papier de soie dans lesquelles on\naurait enveloppé des mandarines.\n   Plus vive et plus mordante est la verve de Henry Maubel; celui-ci voit\nautrement; dans son style comme dans sa personne, il y a une allure de\nflegme... ému. C'est un Pierrot de Londres. Il excelle à dire la jeune fille,\nmais spécialement la « mélancolique tintamarresque » comme Renée\nMauperin.\n   C'est, d'ailleurs, une des joliesses de notre époque que cette fusion du\nsourire dans la tiédeur des larmes. Il est de très mauvais ton de déranger le\nmonde du bruit de ses sanglots, de même qu'il est d'un goût détestable de\nrire de tout comme Figaro, qui est si souvent plus raseur que barbier. Mais\nsouligner d'une discrète ironie la petite larme qui perle à l'œil; insinuer que,\naprès tout, l'on est bien bête de « se faire du mauvais sang » et que si l'on\npleure un tantinet, c'est pour plaire aux dames; avoir un scepticisme dandy\nqui ne s'émeut de rien, mais se civilise parfois ; diminuer d'un mot fin, que\nl'on s'adresse à soi-même par politesse, la légère amertume que donnent les\n incidents de la vie; c'est le ton de la littérature fantaisiste d'aujourd'hui.\n C'est de la philosophie dans une papillote, de la science en jabot, de la\n profondeur qui ne pose pas à l'abîme.\n    Le pessimisme passe de mode, ou du moins cet enfant gâté de Me Acker­\n mann se corrige. Nos Schopenhauer ne dédaignent pas de faire des mots et\n les Léopardi du jour tranchent du bel esprit; nous nous suicidons, mais en\n nous grisant, comme le duc de Clarence dans son tonneau de Malvoisie...\n    Nous avons cité Villiers de l'Isle-Adam; celui-là est un pessimiste de la\n dernière heure, un Edgard Poë d'après le téléphone, un penseur, à coup\n sûr, mais un penseur selon la science plus que selon le sentiment. L'Eve\nfuture restera comme un des livres les plus originaux de l'année 1886, non\n\n\n  (*) Flemm-Oso. Un volume hors commerce tiré à 100 exemplaires. Bruxelles-Ixelles.\nImprimerie Générale, 1884.\n  (**) Elles, par James Vandrunen. Un volume hors commerce tiré à 150 exemplaires,\nchez M me veuve Monnom. Bruxelles, 1886.\n"}, {"page_pdf": 545, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "                                      — 486 —\n\nmoins que L'Amour suprême dans lequel rayonne ce parfait chef-d'œuvre:\nAkédysséril, plus parfait, si c'est possible, que les superbes Souvenirs\noccultes des Contes cruels (*).\n   L'exotisme, la recherche des littératures étrangères, la soif du breuvage\nnouveau, auront marqué la période de l'heure présente. On connaît actuel­\nlement Tolsto'i, Dostoïewsky, Gogol, Pouchkine — on lit les traductions\nde Verdaguer, de Valera, de Capuana, de Verga — ce rustique puissant\ndont la Jeune Belgique donna naguère une page supérieure adaptée par\nEekhoud (**).\n   Cet envahissement de manifestations littéraires, inattendues et encore mal\ncomprises, doit troubler fatalement toutes les idées d'une génération jeune\net apte aux empreintes ineffaçables.\n\n\n                                           IV\n   Ce mouvement est parallèle à celui dont le vieux vautour Barbey d'Au­\nrevilly est le premier chef, et dont Léon Bloy, Joséphin Péladan, Stanislas\nde Guaita, Charles Buet sont les héraults. Ceux-là sont les catholiques\ninquisiteurs, les Torquemada qui trouvent tiède la papauté.\n   Ils remontent au moyen-âge et plus haut encore, en mêlant le Dogme à\nla Kabbale, le Culte à la Magie. Ils donnent des poignées de main, par\ndessus le Trône et l'Autel, à l'Hermès Trismégiste. Ils parlent de Christna\nl'Indien, du Persan Zoroastre et de Fo-Hi le.Chinois, « qui reconstituèrent\npartiellement l'antique synarchie du Bélier », comme si tout le monde était\ntenu de connaître ces ancêtres, cette synarchie et ce bélier, et leurs romans\ns'égarent dans des correspondances hermétiques dont on sort impressionné\nmalgré soi — et son bon sens.\n   Dans cet ordre d'idées, nous avons eu en 1886 1' « Essai de sciences\noccultes » : Au seuil du mystère (***), qui semblait devoir nous initier à toute\ncette érudition exhumée par des Maspero de l'Art. Des journaux français\n\n\n  (*) Comte de Villiers de l'Isle-Adam : Contes cruels. Un volume chez Calmann-Lévy.\nParis, 1883.\n  (**) La Jeune Belgique donnera en 1887 la traduction faite par Georges Eekhoud d'un\ndrame anglais en 5 actes : La duchesse de Malfi. Cette pièce, qui n'a jamais été traduite,\nest de Webster, un contemporain de Shakespeare et nous la tenons pour un merveil­\nleux et pur chef-d'œuvre.\n  (***) Essais de sciences maudites : I. Au seuil du mystère, par Stanislas de Guaita.\nUne plaquette grand in-8°, chez Gjorges Carré et A. Manceaux. Paris et Bruxelles, 1886.\n(Extrait de l'Artiste.)\n"}, {"page_pdf": 546, "page_imprimee": 487, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "                                     -487\n\ntraitaient sérieusement l'initiation occulte et l'un d'eux rapporta ce fait\nque nous n'avons pas songé à vérifier :\n   « Il y a peu d'années, quand le grand artiste Félicien Rops eut publié\ncertaine série d'eaux-fortes, il fut fort surpris de voir arriver chez lui environ\ndeux cents personnages, qui lui dirent :\n   — Monsieur, vous avez restitué un tombeau égyptien que seuls connais­\nsent les adeptes du second degré; vous êtes donc un adepte du second\ndegré, touchez-là! » (Le Gaulois).\n   L'anecdote est sans doute une fantaisie d'artiste que Rops aura insinuée\navec gravité à quelque « interviewer » na'if, mais elle prouve qu'il y a un\nremue-ménage dans les cerveaux, et l'on a peine à croire qu'un écrivain, de\nl'envergure de Joséphin Péladan, crée des types inoubliables comme Méro-\ndack, le mage du Vice suprême (*), sans y croire un peu. Les jeunes devaient\nfatalement être arrêtés par cet art étrange dans son mystère et, sans aller\nplus loin, nous devions nous-même accepter le juste reproche d'avoir subi\nl'influence de Péladan lorsque nous écrivîmes Lysiane de Lysias (**).\n   Nous aurons bientôt à parler du Juré de M. Edmond Picard, qui nous\nservira, plus que tout autre livre, à démontrer l'influence irrésistible du\nroman étranger sur l'écrivain actuel.\n\n\n                                           V\n   Nous ne voulons pas, au demeurant, faire ici le résumé de l'éclosion lit­\ntéraire belge de 1886. Il nous faudrait ajouter aux livres que nous avons\ncités accidentellement : Les Moines d'Emile Verhaeren, Mademoiselle\nCorvin de Jean Fusco, l'édition définitive de Kees Doorik de Georges Eek-\nhoud, les Nuits du Garde de Paul Hagemans, le Pro Arte de M. Edmond\nPicard, les Contes de M. Jules Van der Brugghen, les Lettres du fond des\nbois de M. Frédéric Cousot; nous rappellerions la chute de La Basoche et\nla naissance de La Wallonie; enfin nous nous couvririons la tête de cendres\nau souvenir de l'insuccès de notre Jeanne Bijou, plongée, avec Le Saxe de\nFrancis Nautet, dans l'ombre d'un oubli peu regrettable.\n   Nous devrions nous arrêter à la Jeunesse blanche, ce livre plein de\n\n\n  (*) Jóséphin Péladan. Etudes passionnelles de décadence : Le Vice suprême, préface\nde Jules Barbey d'Aurevilly Frontispice de Félicien Rops. Un volume : à la Librairie des\nAuteurs modernes. Paris. 1884.\n  (**) Max Waller : Lysiane de Lysias. Un volume chez Mme Veuve Monnom.\nBrxuelles, 1885.\n"}, {"page_pdf": 547, "page_imprimee": 488, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "                                  — 488 —\n\n beautés où Georges Rodenbach, purifié de tout alliage français, a égrené\ndes vers débordants de passion et de mélancolie, pleins d'images neuves,\ninattendues, évocatives. Nous aurions à scruter l'art mystérieux et maladif\nd'Iwan Gilkin, ce poète scrupuleux à la forme rare et précieuse, où les\nmots enchâssés scintillent comme gemmes et brillants. Nous interroge­\nrions Francis Nautet, l'homme de la critique jeune, pleine d'enthou­\nsiasmes et d'injustices, mais pleine aussi de hardiesse et de perspicacité. Les\nNotes sur la littérature moderne, qui auront en 1887 leur seconde série,\ncompteront parmi les livres à vues élevées et grandes. Ce n'est pas la critique\naimable qui avance un mot pour le retirer dans l'instant, qui met des fleurs\nà son habit noir et marivaude ses sévérités, mais l'appréciation nette et\nfranche qui ne recule pas après avoir parlé et arbore fièrement son dra­\npeau d'intransigeance.\n   Mais, répétons-le, nous ne voulons pas offrir à chacun les louanges d'une\namitié fatalement suspecte et c'est à dessein que nous laissons la liste\nincomplète; à l'heure présente, nous tentons seulement de suivre, dans son\nondoiement compliqué, la marche des idées artistiques depuis que notre\ngroupe s'est formé, et nous avons la joie immense de constater que notre\neffort constant, notre combat sans cesse, n'ont pas été sans résultat. Lorsque\nnous sommes arrivés, on ne s'occupait pas des écrivains belges — il y en\navait pourtant. Si nous ne les avons pas faits, — ils sont nos aînés — nous\nles avons mis en lumière en des circonstances heureuses que d'aucuns ont\nregrettablement oubliées; nous avons élevé la dignité de l'artiste, en étant,\nsinon des créateurs nouveaux — ce n'est pas notre rôle de le prétendre —\nau moins des véhicules de la valeur d'autrui. Les écrivains français\nont été jugés et admirés par nous, et nous pouvons même prétendre les\navoir quelque peu répandus; enfin, par les polémiques les plus vives, nous\navons attiré l'attention sur cette éternelle beauté qui s'appelle la Littéra­\nture. Que l'on nous dénie tout talent, on ne pourra pas nous enlever ce\nfleuron-là.\n   Ne l'oublions jamais, la Belgique n'est pas une terre propice aux tenta­\ntives littéraires. Le souci de la chose sociale fait délaisser les aspirations\nesthétiques. Ici, moins qu'ailleurs, le Belge est prophète; s'il s'élève, c'est\nau prix des plus cruelles atteintes ; il n'arrive à s'imposer qu'après avoir\nessuyé les dédains et les mépris; il atteint le sommet de ses ambitions\nparfois, mais il s'y arrête blessé, secouant de sa poitrine sanglante les\nflèches qu'il a reçues en route. Souventes fois il tombe au milieu de la\nmontagne, les yeux mourants tournés vers le soleil.\n   Quant à nous autres, notre cœur n'arrête pas ses battements ; nous ne\n déposerons pas les armes, et nous n'avons pas peur.\n"}, {"page_pdf": 548, "page_imprimee": 489, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "                                 -   489   -\n\n   Nous avons prononcé le mot de polémiques; on sait avec qui nous en\navons eu et de quelle façon elles se sont éteintes ; Alexandre, trop maladroit\npour défaire le nœud gordien, l'a coupé. Il reste de ces luttes, déjà loin­\ntaines, le principe immuable de la Jeune Belgique : L'ART, VIERGE DE\nTOUT AUTRE SOUCI — nous n'en voulons pas et nous n'en aurons jamais\nd'autre.\n                                                      MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 489, "page_fin": 489, "titre_corps": "Emblème et sourire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Keller", "ancre_debut": "EMBLEME ET SOURIRE", "ancre_fin": "GEORGES KELLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 548, "page_imprimee": 489, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "EMBLEME ET SOURIRE\n         Le ciel ne songe plus aux nuages moroses,\n         Un parfum langoureux monte des églantiers,\n         Le soleil éparpille en ses lumières roses\n         Des paillettes au fond des espaces altiers.\n\n         Effeuillant tour à tour des pétales de roses,\n         A jamais unissant leurs blanches amitiés\n         Dans les illusions des rêves et des choses,\n         Ils s'isolent à l'ombre épaisse des sentiers.\n\n          Il parle... elle sourit... Et seul je me lamente,\n          Car, hélas ! c'est en vain que je cherche l'amante\n          Qui me consolerait lentement de mes pleurs...\n\n          Quand donc aurai je celle à qui je pourrais dire\n          L'élan de mon espoir par l'emblème des fleurs,\n          Et qui viendrait alors me donner son sourire?\n                                                    GEORGES     KELLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 490, "page_fin": 507, "titre_corps": "À cœur perdu (fin)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "A CŒUR PERDU", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MADRIGAL O chère accepte mon bouquet", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 549, "page_imprimee": 490, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "A CŒUR PERDU\n                                (Suite et fin)\n\n                                     VII\n   Après le dîner d'une heure, commençaient les parties de lawn-tennis et\nde tambourin. Les lectures et les causeries dans le sable ; les flaneries au\nhasard. Puis, à la suite de l'oncle Jean, la chasse dans les dunes, la pêche\nà l'estacade. Il y péchait le matin ; y revenait vers cinq heures, le fusil à\nl'épaule, en prévision des mouettes. Seulement, les mouettes ne passaient\npas ou passaient trop loin, et s'il en venait une à portée de carabine, l'oncle\navait toujours oublié la sienne, par hasard...\n   C'est pendant une de ces promenades qu'un coup de vent lança le\nchapeau de Miette à l'eau. Un filet le remonta plein de sardines.\n   — Vous pourrez bien le laver votre chapeau lui dit Lucien, en riant de\nson air désappointé; mais elle protesta, dégoûtée et repoussa le chapeau que\nLucien rapporta comme une corbeille avec les sardines dedans\n   Depuis lors, elle s'enfouissait le minois dans une capote de paille sombre\nqui lui faisait la mine gentiment vieillotte des poupées de Kate Greenaway.\n\n                                    VIII\n   — Quand irons-nous à Lisseweghe, à Knocke, au Zwijn? demandait\nMariette tous les matins.\n   On convenait d'y aller le lendemain, et le lendemain, la question se\nrépétait. C'est que le temps fuyait insaisissable. On passait les journées,\nles soirées à ressasser les projets d'excursions lointaines en suçant des cara­\nmels qui ne voulaient pas fondre, et les heures s'en allaient à la dérive, sans\nbut ; les meilleures du reste, cueillies au bord de l'infini, ces heures vides\nde réalité dont ou oublie les minutes comme si elles n'étaient plus marquées\nà aucun cadran de la terre, et par lesquelles la vie s'entr'ouvre un instant\nsur l'éternité.\n   C'était toujours devant la mer — la mer plate, calme, d'un bleu médi­\nterranéen où le soleil'faisait danser des myriades de points d'or répercutés\nen rayons aveuglants...\n   La mer lourde, mercurielle, des chauds après-midis, quand le soleil trans­\nparaissant comme une hostie jaune sous une taie de vapeurs, ne laisse\nsourdre que cette lumière aiguë qui fait dire que « le jour est bas »...\n   La mer houleuse des gros temps où l'eau, de limpide et transparente,\ndevient opaque, prend des tons bruns de toile à voile, des tons de café tra­\nversés de larges mares noires et laboure et triture son lit. Ses crinières\nd'écume moutonnent au loin, grandissent, s'allongent, se tordent par tron­\nçons qui surnagent comme des ailes de mouettes blessées, s'échevèlent,\ns'arrachent par masses que le vent chasse et éparpille en poussière.\n   Alors, si le soleil éclate, faisant poudroyer de l'or parmi cette poussière\n"}, {"page_pdf": 550, "page_imprimee": 491, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "                                   — 491 —\n\n blanche, la mer retrouve son expression passionnée, puissante des jours de\n vie intense où des gorgées de vent violent s'engouffrent et roulent parmi\n ses flots verts. La lumière coulant de tout le ciel, y étale au caprice des\n courants des bandes rouges, jaunes, bleues, violettes, comme un mirage des\n prairies immenses et de la campagne blonde bariolée des Flandres.\n     L'entière vie des êtres s'absorbait dans la vie de cet être panthéistique :\n la Mer. Pour elle était le premier et le dernier regard de tous, leur humeur\n variant suivant la sienne. Sa vie, depuis la couleur, le ton, l'allure, et le\n parfum de ses vagues, jusqu'au mouvement de la population flottante qui\n l'anime, faisait ici la base de la vie. Et Mariette vivant de sensations qui\n l'inclinaient irrésistiblement aux suggestions extérieures, était sensible entre\ntoutes à cette influence, à cette domination.\n    La physionomie de la mer lui était devenue tellement familière qu'elle en\ndevinait l'humeur, rien qu'au bruit changeant de ses vagues et en ressentait\nd'avance le contrecoup.\n    Toute commotion violente par les sons, les couleurs, les parfums, l'affec­\ntaient douloureusement Ces fouettées de vent furieux qui font courir au ras\n du sol des traînées de sable blanc, la rendaient vibrante; elle prétendait\nentendre ses fibres nerveuses y bourdonner d'une harmonie continuelle\ncomme des cordes de harpe eolienne. Les gros temps où le ciel sale\ns'abaisse sous le poids des nuages dans une mer empâtée de remous, l'amu­\nsaient pour une heure de marée haute où l'on va se faire tremper par les\nlames au bout de l'estacade, mais l'excitation tombée, ce temps là lui deve­\nnait lugubre.\n    Elle préférait la plage pimponnée de cabines roses, bleues, blanches, et\nde drapeaux qui claquent s'éveillant par une mer calme à demi ensoleillée,\naux coloris des ombrelles et des toilettes claires.\n    Elle aimait y passer de longues heures contemplatives : des steamers,\ndes voiles inconnues, indécises, glissaient au loin. Des hirondelles de mer\ntraversaient le ciel par chapelets noirs. Des mouettes voletaient, jouaient a\ntournoyer au dessus de 1'eau, plongeaient brusquement, repartaient en\nenlevant des paillettes de soleil a leurs ailes mouillees et Manette suivait\nces ailes jusqu à leur effacement dans la nue, pendant que sou esprit rêveur\nappuyait le regard à l'horizon du ciel pour mieux voir au delà.\n    Elle aimait surtout, et des le début de leurs retrouvailles, à les passer\navec Lucien, ces heures où leurs êtres sympathiques s appariaient mieux et\n— pensait Mariette — se comprenaient mieux encore claus le silence.\n    Lucien cédait volontiers a ses envies contemplatives. Il fixait ses songes\nen lui expliquant ce qu elle entrevoyait, répondait souvent à ses impres­\nsions informes par des idées positives qui ne la blessaient pas et, de plus en\nplus, s'intéressait à cette étrange imagination de jeune fille qui posait les\nHommes et les choses sous un angle de vision si imprévu ; à cet esprit\nmobile et physionomiste qui dissimulait sous un aspect superficiel et\nenfantin, tant de conprehension profonde et dont les singulières attitudes\nde pensée semblaient prendre plaisir a retourner la vie comme un gant.\nSouvent leurs deux pensées s unifiaient tellement, qu'il leur arrivait\nde lancer une idée dans les mêmes mots a l'unisson. Aussi, le hasard les\nremettait-il partout et de plus en plus côte à côte. Ils s attendaient l'un\nl'autre, et se rejoignaient; partageaient une chaise, un livre, un calembourg\ncommencé par l'un et que l'autre achevait. Ils avaient pris l'habitude de se\n"}, {"page_pdf": 551, "page_imprimee": 492, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "                                  — 492 —\n\ndire les choses les plus banales en façon de mystère, afin de bien se con­\nvaincre qu'elles n'étaient que pour eux seuls; à toutes les promenades,\ncherchaient des prétextes pour allonger la route et flaner en arrière et, s'ils\nne le pouvaient pas, se mettaient à mimer par toutes sortes de clins d'œils\net de gestes, ces secrets de polichinelle, plutôt que de les dire tout haut\ndevant le monde.\n   Il n'y eut bientôt rien pour l'un dont l'autre n'eût une part. Juliette ayant\ndit un jour en plaisantant qu'ils partageraient leur vie, Miette la bouda\njusqu'au lendemain.\n\n                                      IX\n   Au début, ce n'était, en effet, qu'une camaraderie pour rire, à mots per­\ndus, et l'on eût dit qu'il ne devait rien subsister de ces entretiens légers,\npleins de marivaudages et d'agaceries — ce combat de deux esprits vifs et\nindépendants, sautillant aux jours divers de toutes sortes de pensées. Mais\nen marivaudant, l'on flirte. Dans l'ardeur du corps à corps, on oublie la\nlutte pour n'en plus sentir que l'étreinte passionnée. Les regards, à la fin,\nlas de ferrailler, s'alanguissent, s'attardent, se frôlent, traînent l'un dans\nl'autre, et se dégagent plus mollement, comme à regret. Cette joute de\ndeux esprits devient le becquetage de deux cœurs qui s'inclinent, se tou­\nchent et, pendant des secondes, laissant tomber leur pensée dans le rêve,\ns'appuient l'un à l'autre, souvent si doucement qu'ils n'en ont pas con­\nscience.\n    Mariette avait une peur instinctive de ces défaillances; elle tâchait de les\nrompre d'un trait ou d'un geste qui, souvent, mal équilibré, dépassait sa\npensée.\n    C'est ainsi qu'un jour elle lança ce mot : Chouette ! qui lui fit dire par\nLucien : — Comme vous connaissez votre histoire naturelle!\n    Elle lui répondit en riant :\n   — Tant pis ! on me dit souvent que je suis trop dans le bleu, il faut\nbien que je reprenne du lest quelquefois. Puis elle ajouta gravement :\n— C'est vilain, n'est-ce pas?\n   — Tout dépend de la façon de le jeter, dit Lucien...\n    C'était à la plage encore une fois, au pied du perré, dans cette bande de\nsable blanc que la haute mer laisse à sec. Ils se retrouvaient souvent là\ndans ce coin de leur premier tête-à-tête. Des enfants, autour d'eux, fai­\nsaient des pâtés de sable. Mariette en ayant détruit un sans le vouloir, le\nbébé restait tout consterné en faisant de gros efforts pour retenir ses larmes.\nElle se mit à lui en refaire; puis Lucien l'y aida, et ils furent là, pendant\nun instant, côte à côte, à plat ventre, tassant du sable fin dans des formes en\nbois et les renversant doucement, les enlevant avec des précautions infinies\nde peur d'abîmer l'architecture des petits gâteaux alignés, tandis que le bébé,\nrasséréné, suivait d'un air mi-inquiet, mi-souriant, les péripéties du tra­\nvail....\n   Il était d'une frêleur excessive, avec ses grands yeux soyeux, trop expres­\nsifs et des boucles blondes lui roulant jusqu'au bord des paupières :\n   — Veux-tu m'embrasser? lui dit-elle.\n   L'enfant qui ne savait pas encore bien comment faire, avançait la tête et\nlui tenait sur la joue ses lèvres entr'ouvertes...\n"}, {"page_pdf": 552, "page_imprimee": 493, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "                                  — 493 —\n\n   — Qu'il est petit, qu'il est mignon !\n   — Vous aimez donc bien ce qui est petit? demanda Lucien.\n   — Oh! oui! C'est bien plus gentil et puis, comme j'ai de très petits bras\net un très petit cœur, moi, il n'y a que les petites choses que je puisse embras­\nser et aimer tout entières.\n   — Pourtant, Mariette, il n'y a pas que des petits enfants à aimer sur la\nterre !...\n   Elle le regarda brusquement, comme si cette objection imprévue l'inter­\nloquait; puis, abaissant le visage en souriant des lèvres : — Quelles idées\ndrôles vous avez, dit-elle, tandis que ses yeux distraits regardaient fuser des\nruisselets de sable blanc entre les doigts de Lucien.\n\n                                       X\n   Une autre fois, c'était dans une niche de sable isolée, au flanc des dunes,\nparmi les herbes sèches, où les bruits les plus rapprochés semblaient venir\nde loin. Leurs regards glissaient à la surface ensoleillée de la mer, jusques\nà l'horizon. La plage, à leurs pieds, s'étalait, toute blonde, coupée trans­\nversalement par les brise-lames de bois qui se serrent et s'accumulent,\npareils à des troncs d'arbres jetés en tas dans le raccourci de la perspective\net les caravanes à baudets couraient là, bruyamment. Des femmes trot­\ntaient avec leur chapeau dans le dos, en poussant des cris aigus. Des jambes\nd'homme traînaient au sol ou saillaient ridiculement du corps ramassé sur\nla selle plate. Des mamans y maintenaient leurs poupons comme un colis\nsur une charrette trop chargée. Des bonnes avaient l'air de conduire une\npaire d'ânes enlisière et les pauvres bêtes, aux longues oreilles ballantes, s'en\nallaient tristement, un peu plus lentement au départ, un peu plus vite au\nretour, insensibles aux secousses de la bride et aux coups de trique claquant\nsur leurs os comme sur du bois mort...\n   Indifférents à ces éclats de joie, venus de si loin qu'ils troublaient à peine\nleur isolement, Mariette et Lucien demeuraient silencieux, et l'oreille au\nsable, écoutaient monter avec la marée le bruit clair des vagues d'écume\nsoutenu par le ronflement de basse des flots profonds.\n   Lucien rompit le silence :\n   — 11 me semble que, comme dit Léon, nous sommes en train de placer\nnotre pensée à fonds perdus !...\n   — Perdus? dit-elle, en amenant nonchalamment la tête vers lui, et elle\nle dit avec une imperceptible nuance de reproche dans le ton de la voix...\nAvons-nous donc besoin de mettre le monde en tiers dans nos confidences?\nPuis, craignant d'avoir trop dit, elle s'arrêta sur ce mot, qui lui semblait\npresque un aveu...\n   Mais ce mot exprimait bien leur état d'âme, car leurs idées harmonisées\ncoulaient dans le même sillage et, tout en pensant, ils s'écoutaient l'un\nl'autre comme s'ils se fussent parlé à voix très basse.\n\n                                      XI\n   Une autre fois, c'était à l'extrémité d'un brise-lames, en pleine eau du\nflux qui coulait autour d'eux par nappes, glougloutait aux creux, ruisselait\n"}, {"page_pdf": 553, "page_imprimee": 494, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "                                  — 494 —\n\nen cascades blanches au flanc des pierres. Il faisait un de ces temps reposés\nque Miette adorait. La mer, vide de voiles, s'étendait comme un incom­\nmensurable lac sans rives, toute bleue, d'un bleu lacté.\n   Devant les cabines roulées pêle-mêle, un monde bruyant en couleurs\nbruyantes fondues au jour clair du matin, grouillait au bord et jusque\ndans l'eau parmi les baigneurs bariolés et les mioches à pieds nus.\n   Les plages de bains séparées par les jetées s'étendaient à perte de vue,\ntoutes identiques comme une seule reflétée par un jeu de glaces, avec leurs\nbaigneurs en grenouillère autour de la barque blanche des sauveteurs et\nleurs bouées flottantes qui semblaient, de loin, la tête noire et le bras tendu\nd'un baigneur en détresse.\n   Sans cesse, des portes de cabines claquaient et l'on voyait des bandes\nenjouées bondir à l'eau ; des jeunes filles y courir frileusement à petits pas\navec une arrière-crainte du froid ; des gens graves et chauves, au ventre\nbombant sous le maillot, y marcher d'une allure mesurée, les uns prélu­\ndant au bain par des ablutions partielles; d'autres, pour brusquer les sensa­\ntions, se faisant doucher d'un seau d'eau de mer en plein dos, et Mariette\nse moquait de tous, adorablement, se sentant fraîche et légère, ce jour-là,\nplus rieuse que jamais...\n   — Oh! celui-là! fit-elle tout à coup, en éclatant de rire, et elle mon­\ntrait au bord un monsieur plié en deux, enfonçant avec toutes sortes de\ncontorsions son arrière-corps dans des vagues si basses qu'elles ne parve­\nnaient pas à lui mouiller l'échine. En faisant ce geste, elle avait basculé sur\nune pierre et saisi la main de Lucien pour s'y accrocher...\n   ...Pourquoi leurs mains restèrent-elles liées l'une à l'autre quand il n'y\navait dans leurs regards et dans leur voix rien que d'insensible et de rail­\nleur.\n   Pourquoi ces mains cessèrent-elles de rire, quand les êtres autour d'elles\nriaient de tous leurs membres ?\n   Pourquoi cette pause subite et cette pression pensive qui semblait\nchercher l'âme dans la chair, quand tout glissait au plaisir, s'envolait,\ns'évaporait en éclats de rire dans l'air parfumé d'insouciante folie?...\n   Ils ne les délièrent qu'en reculant, peu à peu, devant la marée montante.\n\n                                     XII\n   Une autre fois, encore, c'était par un soir sans lune où le couchant mort\ndemeurait comme entr'ouvert à une arrière lueur lointaine. Des feux palpi­\ntants de barques à l'ancre marquaient des places d'ombre mystérieuse en\nmer...\n   La mer montait. Les flots noirs et lustrés, soulevés d'une seule masse à\npleins bords du chenal, roulaient dans du silence avec des vers luisants à\nleur échine et, du haut de l'estacade, les Roger regardaient appareiller des\nbarques au départ.\n   La tête balancée des mâts se penchait vers eux et les coques bousculées\npar la marée montante, à chaque poussée du flot, ébranlaient les madriers\nen faisant crisser les amarres. L'eau froide, ourlée de lueurs vertes, léchait\nles flancs lisses et retombait sur elle-même avec des plaquements de linge\nmouillé.\n   Des corps ramassés se mouvant comme des fantômes, eu battant de leurs\n"}, {"page_pdf": 554, "page_imprimee": 495, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "                                 -    495-\n\nsabots le fond des cales, jetaient dans l'air obscur des gloussements, des cris\nrauques arrachés par l'effort. Les poulies gémissaient.\n   Hissée lentement par saccades, dans un claquement de toiles et d'an­\nneaux, l'énorme voile lâche, secouée autour d'eux, battait la balustrade,\nleur flottait au visage... et ces formes et ces gestes aux proportions fantas­\ntiques et ces bruits étouffés par la nuit semblaient reculés dans un rêve...\n   Miette et Lucien, appuyés coude à coude, avaient amené le visage l'un\nvers l'autre. La lumière de leurs yeux brilla pour eux seuls; mais leurs\nregards apposés demeurèrent fixes, contenus, comme s'ils craignaient, en se\nmêlant dans cet instant-là, de ne pouvoir plus jamais se ressaisir...\n   Et, ce soir, Mariette revint triste, d'une tristesse vague sans but et sans\ncause, qui l'obséda pendant toute la journée du lendemain.\n\n\n                                     XIII\n    — Mes enfants, quel brouillard! ça monte, monte, monte! on ne dis\ntingue presque plus la mer et les voiles y passent comme des ombres !\n    Miette criait du vestibule. Elle entra :\n    — Vous n'avez pas vu Luc?... Tiens! on dîne ici!\n    — Si on dîne ! Voilà une demi-heure qu'on vous attend tous les deux.\n    — Ou qu'on ne nous attend pas.\n    — Et Lucien, l'as-tu perdu?\n    — Mais, je ne sais pas, dit-elle en s'asseyant; nous étions arrêtés\nensemble, je me suis tourné vers lui, il avait disparu.\n    — C'est le brouillard, dit Léon.\n    — Oh! mais voyez-donc! fit-elle en se penchant ; que c'est cocasse, on\ndirait de la neige. Et c'est venu tout d'un coup. Qui a pris ma serviette?\n    Elle avalait sa dernière cuillerée de potage en affamée, quand Lucien\nrentra.\n    — On dirait que vous avez faim, Miette !\n    — N'est-ce pas, comme je mange! C'est pour rattraper le temps où\nj'étais petit oiseau.\n    — Bon ! Sa toquade métempsychologique !\n    — Et Griolet?\n    — Griolet dort.\n    Tous les visages s'entre-regardèrent en se passant un sourire.\n    — Qu'est-ce qu'il y a, on se moque de moi!\n    — Veux-tu des crevettes, gamin ?\n    — Des creviches! Oh! que c'est joli, ce machin-là; ma tante, qu'est-ce\n que c'est?\n    — Appelle cela un crevettier, si tu veux, dit Mme Roger; c'est mon vieux\n pêcheur, tu ne le connaissais pas?\n    Dans un bac en cristal, un sujet de bronze et d'émail figurait un pêcheur\navec le chapeau de cuir bouilli dans la nuque et les pantalons en haillons\n tombant sur des chevilles nues. Il poussait devant lui un haveneau en\n filoche souple d'argent plein de crevettes et, dans ce filet, plongeait une\n petite pelle également en argent ayant, en plus large, la forme de ces écopes\n dont les pêcheurs se servent pour mouiller leurs voiles.\n    Mariette s'amusait à titer les crevettes une à une de l'eau fraîche qui\n                                                                       32\n"}, {"page_pdf": 555, "page_imprimee": 496, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                  — 496 —\n\n ruisselait sur leur cuirasse unie, pailletait leurs longues moustaches et\nl'éventail de leur queue comme des plumes.\n   — C'est gentil à faire tourner la cervelle de tous les jeunes poissonneaux,\nces petites bêtes. Quelles amusettes ça doit faire là-dessous. — Oh! pauvre\npetiote, celle-ci, je suis sûre qu'elle avait une passion.\n   Et, promenant un regard curieux à la roseur diaphane des écailles :\n   — Un duo de crevettes dans un fourré d'algues, ce doit être drôle, quand\nla mer est phosphorescente !\n   Lucien ajouta à l'unisson de sa voix :\n   — La phosphorescence, n'est-ce pas leur clair de lune?\n   L'image leur était venue en même temps.\n   — Les grands esprits.\n   — Ou les petits cœurs, dit Léon ; cela s'emboîte comme des plateaux\njaponais — si ceux-là ne se rencontraient pas.\n   Lucien, qui buvait, s'étrangla.\n   Mariette, d'un bond, se relevant de sa rêverie, prit un air de bataille :\n   — Où avez-vous vu, s'il vous plaît, Monsieur, des gens se rencontrer\nqui marchaient dans le même sens?\n   — Le hasard est si grand! soupira quelqu'un.\n   — Oh ! ça! reprit Léon, c'est un préjugé. Justement, je l'ai vu cette nuit,\nen rêve, le hasard, il était tout petit, joufflu, avec une paire d'ailes au dos\net s'exerçait à tirer à l'arc.\n   Alors Lucien, qui avait fini d'avaler, dit tranquillement :\n   — Mon cher, je te conseille de ne pas parler des bonshommes joufflus\nqui tirent à l'arc, car j'en connais, moi, qui sont très forts à la carabine\nFlobert — plus forts que toi !\n   L'intention de son regard, plutôt que sa phrase, fut accueillie par un\néclat de rire suivi d'un assaut de voix sur tous les tons :\n   — Oh! Lucien, une histoire, raconte! Oui, raconte-nous-la.\n   On regardait Léon. Lucien commençait : Il y avait une fois... Il y avait\nau bout de la digue, parmi les échoppes, un joli salon de tir où Blanche\navait beaucoup d'élèves maladroits... Un matin...\n   — Lucien interrompit Mme Roger, elle est convenable, au moins, ton\nhistoire?...\n   — Pas du tout, dit Lucien, elle est très inconvenante, — sans cela je ne\nla raconterais pas — puisque c'est pour faire enrager Léon.\n   — Alors, je l'interdis.\n   — Oh ! la censure.\n   Et les jeunes filles poussèrent, en chœur, une exclamation de désappoin­\ntement.\n   On s'était levé de table. Le brouillard se dissipait lentement, laissant aux\narrière-plans des vapeurs opaques qui comprimaient la mer. Quelques\npetites vagues, à peine indiquées par un ourlet de bave, au bord, éclataient\nune à une dans un bruit de pétard humide que l'écho répercutait en décharges\nsourdes de profondeur en profondeur et la voix de la mer semblait haleter\ndans l'atmosphère lourde.\n   Mariette, étendue sur le divan, une main pendante, tenait, de l'autre, un\nlivre déplié en éventail.\n   Juliette, qui avait pris sa tapisserie, dit :\n   — Mariette!\n"}, {"page_pdf": 556, "page_imprimee": 497, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "                                  — 497 —\n\n   Il y eut un silence où l'on entendit claquer les ciseaux de Juliette qui\ncoupait un brin de laine.\n   — Mariette est somnambule, dit Léon, elle prend le divan pour une\ngouttière.\n   — Mariette, tu dors?\n   — Il fait chaud ! dit Mariette en se soulevant à peine.\n   — Qu'est-ce que tu lis?\n   Elle regarda le titre et dit : — Fumée !\n   — Est-ce joli?\n   — Je ne sais pas.\n   Et, se levant tout à fait, elle descendit lentement à la veranda, en se\nlissant la taille du revers de la main.\n   — Eh bien, les jeunes filles! dit Mme Roger, si vous nous offriez le café\nqui refroidit!\n   Miette n'avait pas entendu. Elle rentra au moment où Juliette avançait\nune tasse à Lucien. Elle vint, d'un mouvement d'enfant gâte'e, la lui prendre\ndes mains:\n   — Moi ! dit-elle, et se mit à compter les morceaux de sucre à Lucien :\n   — Un, deux, encore?...\n   Ils se regardaient, les yeux dans les yeux, en se passant la tasse... Instinc­\ntivement leurs doigts se frôlèrent.\n   Elle se laissa tomber dans un fauteuil à côté de lui...\n   — Ainsi, Miette, tu es somnambule, commença Mme Roger. C'est donc\ntoi qui te promènes par la maison, la nuit?\n   Tous les yeux étonnés s'entreregardèrent.\n   — Moi, dit Mariette.\n   — Vers quatre heures, ajouta Mme Roger, je ne dormais pas, j'ai entendu\ndescendre...\n   — Pas moi! toujours! Qui est-ce?\n   Et faisant le tour du salon : Qui est-ce, répéta-t-elle, en désignant chacun\ndu doigt. Elle arrivait à Lucien :\n   — Est-ce vous ?\n   Lucien sourit sans répondre.\n   On éclatait de rire.\n   — Vous y êtes et vous n'y êtes pas ; je suis allé me promener.\n   — Où ça?\n   — A l'estacade.\n   — Cette nuit?\n   — Ce matin.\n   Et il avoua que, se trouvant éveillé avant le jour, une envie lui était\nvenue d'aller voir lever le soleil.\n   — Moi qui ne croyais pas à sa vertu ! dit Léon.\n   Et, tandis qu'il continuait de rire avec les autres de l'idée drôle, Mariette,\nse tournant vers Lucien, lui dit d'un ton de reproche :\n   — Tout seul! Tenez, vous êtes un vilain garçon ! et elle se rejeta dans\nson fauteuil en lui tournant le dos.\n\n                                     XIV\n  La sieste n'était jamais bien longue. Comme le ciel s'était éclairci et\nqu'un peu d'air frais venu on ne sait d'où, tournoyait dans le soleil, on\nproposa une promenade.\n"}, {"page_pdf": 557, "page_imprimee": 498, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "                                   -498      -\n\n   Juliette, s'approchant de Mariette, lui dit d'un ton câlin :\n   — Viens-tu Miette?\n   Mariette fit signe que non. Et comme Juliette insistait, elle refusa obsti­\nnément en prétextant de la fatigue.\n   La tête de la bande était déjà sur la digue.\n   Une voix appela : Lucien !\n   — Trop tard ! fit Léon en tirant sa montre : le soleil est levé.\n    Lucien les laissant s'éloigner pointa la lunette d'approche dans la direc­\ntion d'un voilier qui passait au large.\n   M me Roger était sortie de la chambre.\n   Il y eut entre eux un long silence, puis Mariette lui dit d'un ton de mau­\nvaise humeur :\n   — Pourquoi ne sortez-vous pas ?\n   — Et vous Mariette? fit-il en la regardant.\n   Elle se leva sans un mot et vint se planter à côté de lui.\n   — Voulez-vous voir? Il s'écartait.\n   Alors, toujours sans parler, et le regard détourné de lui, elle s'approcha\nde la lunette, se haussa sur les pointes en se fermant l'œil gauche d'une\nmain...\n   — C'est un peu haut, dit-il, en écartant les branches du trépied. Voyez-\nvous maintenant?\n   La lunette lui découpait à l'emporte-pièce dans le ciel et la mer, un\nhémisphère dont le coloris se détachait dans un rapprochement de\nlumière...\n   Quelques personnes causaient à l'estacade, accoudées en pleine mer\ncomme à l'extrémité d'un pier. Autour d'elles du monde circulait sur le fond\natone du ciel comme sur la table blanche d'une chambre obscure, où se\nmeuvent sans bruit, dans une vie de sourds-muets, toutes sortes d'êtres\nqu'on voit sans les entendre et qui s'éclipsent au bord du cadre.\n   Mariette rencontrait leurs visages, leurs regards et, gênée par le face à\nface avec ces yeux qui semblaient braqués de tout près sur elle, elle détourna\nla lunette.\n    La flotille de pêche, au large, encombrait tout un pan de l'ouest. Ses\nénormes coquilles normandes à voiles carrées prenaient une taille enfantine\nau flanc des steamers et des voiliers. L'horizon se peuplait de départs. Des\nvapeurs à la panse bourrée de coke traînaient à des lieues de ciel leur sillage\nde fumée et les bricks érigeant leur monumentale voilure aux tons de pierre\nblanche passaient d'une allure hiératique dans le soleil. Des silhouettes\ntriangulaires de bateaux-pilotes, portant un P. Antwerpen à leurs toiles\ninclinées sous le vent, baissaient la tête sous les pavillons, les cordages, et se\nfaufilaient en zig-zag, par bonds et rebonds, comme pour flotter entre les\njambes de toute cette architecture flottante où s'immobilisait le phare tour­\nnant, aplatissant sous son mât à lanterne une large coque lignée de rouge\net de noir avec, en grandes lettres blanches : Wandelaar. Mariette sortant\nde son mutisme dit d'une voix maussade et nonchalante :\n   — Je croyais que c'était Wielingen.\n   — Wielingen a été déplacé vers le nord, il est là-bas, le voyez-vous?\n   Elle allongeait la lunette au long du bras de Lucien... Mais, se redressant\nbrusquement :\n   — Tiens ! dit-elle et, se frottant l'œil, elle se remit au point. Au nord\n"}, {"page_pdf": 558, "page_imprimee": 499, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3045, "texte": "                                  — 499 —\n\n lointain, saillait de la mer une découpure nuageuse qui avait l'inconsistance\n d'un mirage.\n   — Lucien, sont-ce les dunes du Zwijn là-bas?\n   — Quoi donc?\n   — Voyez.\n   — C'est l'île de Walcheren, dit Lucien.\n   Le Zwijn est contre la frontière hollandaise, non loin du Hondt, une\ndéchirure de la terre, sorte de ramification extrême des bouches de l'Escaut\noù la mer haute s'étale en mare. Une branche des dunes, celle du nord-est, fait\nici un coude brusque, pour rentrer dans les terres, et va rejoindre la digue\ngazonneuse qui coupe la plaine, au fond. L'autre s'abaisse, se ronge, finit\nen une languette échevelée de végétation fruste, de sorte qu'au lieu de se\ncontinuer, les deux tronçons se présentent en angle droit, séparés par le lit\nvaseux du Zwijn, que le reflux laisse à sec. Et les navires éparsemés dans le\nsillage de l'Escaut regardent de loin, au vol des oiseaux de mer, l'étrange\nphysionomie de ce trou de la côte, dont les traits bouleversés se contrepo-\nsent et se désorientent.\n   La veille, les Roger avaient déjeûné là au bout d'une excursion de trois\nheures, sans y rencontrer qu'un vieux pauvre venu des villages environ­\nnants, ramasser du bois mort sur la grève.\n   La mer s'étalait à la plage, coulait au Zwijn, les entourait et ce bras\nrentrant des dunes, en face d'eux, semblait faire le front du continent. Au\ndelà, c'était la terre batave, lourde et cossue, traînant ses ailes de moulins à\nvent de l'allure lente qu'a toute sa faune de bestiaux gras et d'hommes\nventrus.\n   Mariette, étendue dans le sable, mâchait distraitement une herbe de saveur\nminérale... Le vieux pauvre, parmi les herbes, dévorait à mâchoires\naffamées des restes de leur repas en se laissant examiner comme un animal\ninsensible aux regards.\n   Ce petit vieux, misérable, à nez et menton saillants, aux jambes torses,\navec sa chemise bleu sale, entr'ouverte sur une gorge poilue, avait du\nméchant, du féroce, du sorcier dans le ramassement trapu de son être, dans\nson langage inintelligible, dans le scintillement de son regard, sous des\nmèches grises de cils.\n   Quand il eut disparu, ce coin de paysage où n'avait passé que lui, apparut\nà Mariette sous son véritable aspect de relais inculte, avec ses eaux pâles,\nses dunes blondes jaunies d'herbes malingres, ses prairies bordées de vase\net mangées par le soleil torride, et lui donna des réminiscences imaginatives\nd'île déserte, — où l'on trouve des barquettes pour se promener à deux...\n   — Dommage qu'on ne voie pas le Zwijn, dit-elle, et laissant la lunette\nelle vint sans plus rien dire s'asseoir à la veranda.\n   Elle était redevenue sombre et restait muette, les bras pendants, regar­\ndant devant elle d'un regard perdu au loin.\n   Lucien ne savait comment la prendre, car elle demeurait impénétrable\ndans ces moments-là.\n   Au bout d'un instant, il lui dit :\n   — Qu'avez-vous Mariette?\n   Elle lui répondit sans le regarder ni changer de visage.\n   — Moi?... rien.\n    Lucien ne sachant plus que dire, ils demeurèrent silencieux.\n"}, {"page_pdf": 559, "page_imprimee": 500, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "                                       500\n\n\n                                      XV\n    Ce qu'elle avait, Miette le savait bien, pourtant.\n    C'était cet étrange malaise d'âme, ce chagrin profond qui l'oppressait\njusqu'au désespoir, lorsque, toute petite, elle voyait une personne aimée\n s'en aller quelque part où elle n'allait pas aussi. C'était l'envie effrénée de\nrefaire le même trajet, repasser aux mêmes endroits, voir et toucher les\nmêmes objets, tandis que rien ne parvenait à la consoler de cet abandon et\nqu'elle sentait quelque chose d'irréparable dans le mal qu'on lui avait fait.\n    Il y avait encore de cela dans l'esprit de singerie qui lui faisait imiter les\ngestes et les yeux de ses petits camarades, comme si une sorte de jalousie\nenfantine la portait à faire les choses qu'ils faisaient.\n    C'est qu'elle était jalouse vraiment; jalouse non de quelqu'un, mais de\nquelque chose, et chez cette petite fille, qui allait devenir grande, cette\npassion singulière trahissait, comme par l'absurde, le mal d'aimer dont elle\n n'avait pas encore conscience.\n    Mais, aujourd'hui, Miette eut honte du vilain défaut qui la reprenait\nsoudain, s'accrochait, se cramponnait à elle. Jusqu'au soir on ne parvint\npas à lui faire dire une parole; elle luttait de toutes ses forces ramassées\ndans un mutisme obstiné, car une idée s'implantait en elle, l'étreignait,\nl'étouffait, l'écrasait, une idée fixe, d'autant plus inarrachable qu'elle était\nnée d'une impression plus profonde : aller là où Lucien était allé.\n    Elle se coucha en proie à cette excitation particulière, qui semble nous\nconserver une demi-conscience dans le sommeil et s'éveilla d'instinct à\nl'heure où Lucien s'était éveillé la veille. Il faisait nuit. Assise au bord de\nson lit, elle guetta le sommeil de Juliette et surprit dans le silence le bruit\nde sa respiration régulière et douce. Elle s'habilla mal, à tâtons, et descendit\nen se retenant à la rampe, de peur de faire crier les marches sous ses pas.\n    Rien ne bougeait encore dans l'entre-jour douteux de cette fin de nuit.\nElle fut effrayée par un homme qui rôdait devant la veranda. 11 se posta,\nramassé sur lui-même, en avançant la tête pour voir. C'était un douanier\nde garde Dès qu'elle l'eut reconnu, elle se força à sortir. Mais à partir de\ncet instant, elle qui n'avait pas peur aux plus épaisses ténèbres, eut peur ce\nmatin, peur de ses pas, de ses mouvements ; peur d'une étrange sensation\nde rêve, qui faisait flotter autour d'elle toutes sortes de bruits et de remue­\nments mystérieux, des ombres se lever, des formes surgir, qu'elle recon­\nnaissait ensuite pour être un banc, un poteau, un réverbère éteint. Les\nvillas avaient toutes leurs fenêtres noires qui la regardaient passer d'un air\nmorne. On dormait là derrière. Elle se trouva ridicule et voulut retourner,\nmais ses jambes, comme en état d'hypnotisme, la firent avancer de force.\nElle arriva au bout de l'estacade sans avoir rencontré personne. Ici, le\ngloussement de l'eau venant lécher un reflet de lune aux piliers, lui\nrenouvela les sensations de tout à l'heure.\n    Une teinte acre de brique pilée frottait l'horizon du levant. Des villas en\navant-corps y saillaient comme la minuscule tête d'un reptile fantastique.\nA mesure que la teinte rousse imprégnait davantage le ciel, la petite tête\nse découpait, s'ajourait, se détachait du fond ardent comme quelque chose\nde calciné qui va s'effondrer. Toute une ligne d'architecture noire, à sa\nsuite, s'allongeait dans la fournaise, et bientôt, ce bout de digue, trempé\n"}, {"page_pdf": 560, "page_imprimee": 501, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "                                  — 501 —\n\ndans une onde de feu, figura la silhouette sinistre d'un chateau fort au\nmilieu d'un champ de bataille incendié.\n   Des nuages s'en élevaient en fumée; s'ébattaient à la queue leu leu, pour\nse résoudre en ouate au fond bleu de l'ouest d'où la nuit se retirait en\npâlissant. Dans cet envahissement, le jour allait plus vite, poussait une eau\nblafarde sous la lune, de sorte qu'un commencement de clarté coulait déjà\nsous cette nuit fanée, qui n'était plus la nuit vraie ni le jour encore. Et,\ncomme si l'on eût pu décanter ce clair-obscur pour y démêler la lumière de\nl'ombre, l'œil y cherchait l'interligne imaginaire où l'une reculait devant\nl'autre.\n   Autour de la lune jaune, le ciel aussi balayé d'étoiles se mit à pâlir. Ce\nqui restait d'obscurité, refoulé, replié lentement au sable, s'amassait\naux arrière-plans engrisaillés de teintes neutres et, de ce paysage à peine\nentr'ouvert se dégageait un carré de tache blanche, une maisonnette\ndénichée des dunes, un clocheton, vaguement...\n   Au levant, la tache rousse passait à l'orange, puis à l'or pâle velouté de\ngris, se pulvérisait en une brume de lumière qui s'inclinait doucement vers\nl'intérieur de la côte. La terre, au loin, déchirait ses buées. Du village, dans\nun amoncellement architectural de vapeurs, allait surgir, encoigné d'un\npignon ou crénelé d'une crête de toits, un morceau de soleil ébréché.\n   Alors, une mare de jour clairet affluée de l'est, aplanit à la mer calme sa\ngamme d'aquarelle. On aperçut nettement, dans un mouvement d'eau\nlimpide, à l'horizon, une partie de la flottille de pêche au retour, croisée\nd'autres barques parties avant l'aube, et des steamers et des bricks enlevés\ndes eaux plates. Les feux de la côte, un à un, s'éteignirent. Un homme vint\nabaisser le fanal vert qui marque l'entrée du port. Des barques, prenant la\nmer, dansaient allègrement, et leurs hommes, d'ordinaire si balourds et\nmuets, s'interpelaient à grands cris, heureux de se sentir seuls en face du\nsoleil levant. Des reflets de soleil joyeux papillottaient au flanc goudronné\ndes coques, avivaient le coloris des girouettes à banderoles, des vareuses\nblanches et culottes rouges dans leur décor aux tons de cachou.\n   Le phare de Wandelaar s'éclipsa le dernier.\n   Mariette, qui était restée sans penser, rien qu'à voir, en se promenant de\nlong en large, emmitouflée, grelottante, à cause du vent froid et de la\nrosée, à ce réveil de vie fraîche crut s'éveiller seulement et, piquée d'une\nidée subite, s'enfuit avec la peur de rencontrer du monde ou que quelqu'un\nla vît d'une fenêtre, maintenant qu'il faisait plein jour.\n\n\n                                     XVI\n   Elle demeura triste et insatisfaite, honteuse au fond d'elle de cette folie\nqui ne devait pas l'apaiser. Elle l'avait faite sous l'empire d'une arrière-\nimpulsion qui ne venait pas de sa volonté. Obsédée de-plus en plus, puis\naffolée par cet inexplicable caprice de malade, elle avait couru là comme\ncourent des malheureux pour échapper aux flammes qui les entourent et\ntout aussi inutilement. Elle en gardait maintenant une pesanteur à la\npoitrine ; la sensation d'un sanglot, qui ne parvenait pas à se fondre, et\ncette pénible impression d'attente que laisse à tout l'être une harmonie\nsans résolution. L'harmonie de sa vie était encore une fois rompue. Son\n"}, {"page_pdf": 561, "page_imprimee": 502, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "                                      502\n\n\nesprit et son corps endoloris vibraient d'une plainte prolongée comme le\nbois d'une viole qu'on vient de jeter violemment.\n   Comme elle revenait du bain toute frissonnante et indisposée :\n   — Griolet n'a pas de chance! fit remarquer Léon, car ce jour était celui\nde la course de crabes ou Griolet devait débuter : un événement dans la\nvie sportive de la plage. Mais, cette remarque, Mariette ne parut même pas\nl'entendre. Que lui importait Griolet ! Ce jeu dont la perspective l'avait\ntant passionnée, lui paraissait maintenant n'être plus qu'un jeu d'enfants.\nC'est que, pour elle, ce mois passé si vite, était plus gros d'événements\nqu'une année. Un très long temps la séparait de cette époque d'arrivée ici,\ndont on disait : « il y a quelques semaines ». Il lui semblait que son cœur\navait grandi depuis ces jours et même un peu vieilli depuis hier. Qui sait\njusques à quand ce cœur fût resté maussade et réfugié en lui-même, qui\nsait jusques à quand ce cœur, de sensitive, eut conservé les rides que la\ndouleur aiguë venait de lui faire en le recroquevillant, si l'humeur de\nMiette n'avait tourné, tout à coup, en même temps que le vent.\n   Au milieu du jour, elle fut prise d'une de ces sautes de joie brusques\ndont elle était coutumière et qui s'expliquaient par l'inconstance de ses\nimpressions, et par ce qu'une peine, aussi bien qu'une joie prolongée, pesait\ntrop à son cœur, ce pèse-douleurs à minima.\n   Le vent s'était abattu sous une ondée diluvienne qui les avait chassés\nde la plage. Ils étaient rentrés jouer aux petits jeux. On avait mis tour à\ntour Léon et Lucien sur la sellette et Mariette les avait confessés, retournant\nleurs mots, leurs phrases, fouillant toutes leurs idées de cette ardente et\njalouse curiosité de jeune fille qui brûle du désir de connaître les coulisses\ndu théâtre, l'envers de la vie.\n   Ce fut Juliette qui cria la première :\n   — Il ne pleut plus !\n    Le mauvais temps avait dévié. Ils n'en avaient eu qu'une affraîchissante\n ondée et, les derniers rayons du soleil tombant, débarbouillaient le ciel de\n ses nuages.\n    Mariette, rejetant le châle dont elle s'emmitouflait, courut dehors en\n sautant par dessus les flaques. L'air était envahi d'une fraîcheur délicieuse;\n la mer limpide, le soleil agrandi et doré de tous ses feux pour un coucher\n splendide...\n    Légère, joyeuse, elle ne se demanda point pourquoi la nature faisait cette\n bonne action de finir dans le rire une journée si mal commencée...\n    Un battement de tambourin, ayant fait virer ses pensées, elle oubliait\n tout, et le rayonnement juvénile de son visage montrait le fond d'une joie\n que rien ne semblait devoir assombrir.\n    Elle respira deux trois fois, buvant de l'air à plein souffle, et cria de\n toute la force de ses poumons :\n   — Lucien, une partie à deux!\n    Et Lucien tenant les tambourins, enjambait la balustrade pendant\n qu'elle s'amusait à lancer sa balle en l'air pour la recevoir, tour à tour, sur\nla paume et sur le revers de la main.\n"}, {"page_pdf": 562, "page_imprimee": 503, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "                                  — 503 —\n\n\n                                    XVII\n   Elle se tenait droite, presqu'immobile, la tête seule battant un va-et-\nvient serré de haut en bas. Elle pivotait lentement, amenait son visage\nenfiévré où passaient des tiraillements nerveux sous des traits fixes, et ce\nmarmottement machinal des lèvres qui comptaient les coups. A chaque\nbattement, son chapeau lui tombait un peu plus sur l'oreille :\n   — Cent et trois ! criait-elle en ramassant la balle qu'elle venait de man­\nquer.\n   — J'en ai fait le double hier, dit Lucien.\n   — Toi !\n   Il éclata de rire à ce « toi » qu'elle venait de lui lancer en plein monde,\ntout haut, et la balle lui arrivait dans la bouche; n'étant pas en garde, il\nallait l'attraper entre les dents, quand un souffle l'écarta, il donna le coup\nde tambourin et elle dût courir.\n   C'était un caprice de jeu imaginé par elle, à qui ces heures de pluie\navaient mis une fourmilière dans les jambes. Une partie improvisée sans\nprétention stratégique pour le plaisir de courir et frapper, courir à deux\nsurtout et se rencontrer, se heurter, se frôler le visage et s'emmêler les\nmains; se mater un peu à cette gymnastique des muscles arcboutés et de\nregard tendu suivant la balle qu'on frappe et refrappe, qui fuse et rebondit\nau choc sonore du tambourin. Puis, ce vis-à-vis continuel, cet échange de\nparoles, de regards à la volée ; l'allée et venue de ce petit objet de lui à\nelle, et d'elle à lui, comme pour porter vers l'un un peu du fluide de l'autre,\nla remuait bien autrement qu'un attouchement réel.\n   — A chaque fusée de la balle, elle éprouvait un léger spasme qui se\ndétendait en une secousse électrique au rebond.\n   Elle commençait à se fatiguer.\n   — Plus fort! cria Lucien.\n   Elle donna un coup violent, de travers, qui envoya la balle sur la plage.\n   Ils dégringolèrent le perré, mais il fallait courir pour ne pas glisser sur\nles pierres bleues mouillées de pluie et, l'élan pris, ils ne rattrapèrent la\nballe qu'en roulant dessus, tous les deux, à plat ventre.\n   Le chapeau de Mariette avait heurté le visage de Lucien.\n   — ...Pas fait mal? dit-elle, en se relevant.\n   — Pourquoi?\n   Elle montrait sa capote de grosse paille :\n   — Ça râpe !...\n   Ils remontaient doucement, en s'accrochant le talon aux aspérités. En\nhaut, il se retourna vers elle. Elle était très rose et toute décoiffée, son\nchapeau dans le dos :\n   — Ouf! que j'ai chaud! dit-elle, en se hissant à la main de Lucien.\n\n                                    XVIII\n  Et les jours passaient sur les jours ; après une période de pluie le beau\ntemps avait reparu ; Mariette était redevenue très rieuse, et le boute-en-train\nde la bande qu'elle dératait de rire par ses drôleries. C'est elle, un soir, qui\ninventait un cramignon comme à Liége. On le fit aux lanternes et toute la\n"}, {"page_pdf": 563, "page_imprimee": 504, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "                                   — 504 —\n\n digue s'accrocha à cette file onduleuse torchant de lueurs fantastiques l'ar­\n chitecture sombre des villas.\n    On était en septembre. On soupait, à la lumière, de mets plus onctueux\n et.tièdes. Mariette qui d'ordinaire s'échappait des repas la première, s'y\n trouvait bien maintenant et s'attardait à l'intimité de cette grande table de\n famille où l'on se serrait par appréhension du froid à venir. Elle était à côté\n de Lucien. Ils tenaient très peu de place ensemble. Ils s'étaient placés tout\n naturellement ainsi dès le premier jour et continuaient là leur compagnon­\n nage... L'air frais du soir entrait par la vénitienne au large ouverte, leur\n apportant un bruit de voix et de pas traînants au dehors, et d'un même\n mouvement, ils se penchaient, le menton dans la fumée des tasses pour\n apercevoir, de leurs yeux écarquillés dans la nuit, les gens qui les regar­\ndaient manger.\n    Ils étaient venus à ce degré de camaraderie où l'on se dit « vous » pour\nle monde en se tuyoyant du geste et du regard. C'était devenu une habi­\n tude de les voir constamment ensemble et de les y remettre. On ne nommait\n pas Mariette sans ajouter : et Lucien, l'un n'allant pas sans l'autre. Les\ndeux ne faisaient presque plus qu'un ménage, un bon ménage qui égayait\nles soirées de ses disputes pour rire.\n   Aussi Mariette ne put-elle dissimuler une impression de tristesse, lors­\nqu'un soir on parla de départ. Elle songea à la date... se mit à compter les\njours...\n    Et après le souper, comme elle s'était écartée avec lui :\n   — Quand partez-vous?\n   — Demain en huit.\n   — Pourquoi ne restez-vous pas jusqu'au quinze ?\n   — Vous savez bien que je ne puis pas, Mariette, lui répondit-il avec un\npeu de tristesse aussi et de regret dans la voix...\n   Ce fut tout.\n   L'heure triste du départ était presque oubliée, quand un matin des der­\nniers jours, Lucien, en descendant, aperçut Mariette parla porte entr'ouverte.\nElle plantait là, tout habillée, tenant d'une main son miroir et, de l'autre,\ndonnant un coup de menotte à ses houppettes.\n   — Juliette est descendue, dit-il, en poussant la tête?\n   — Oui.\n   Il entra tout à fait :\n   — Bonjour Mariette!\n   — Bonjour! fit-elle en lui tendant la main et, levant moqueusement le\nvisage, elle le regardait sous le nez :\n   — Vous avez bien dormi ?\n   — Pas comme ça, va! dit Lucien en s'approchant pour l'embrasser et,\nd'une mine suppliante, en lui saisissant la tête à deux mains :\n   — Rien qu'une fois, puisque je pars !\n   — Lucien, Lucien! dit-elle, si on montait!\n   Puis, elle ferma les yeux pour ne pas voir des baisers rapides lui\ncaresser les yeux, les cheveux et ces deux petites places où l'on devinait la\npeau delicate à travers les mêches soyeuses des tempes.\n"}, {"page_pdf": 564, "page_imprimee": 505, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": "                                  — 505 —\n\n\n                                    XIX\n   Si quelqu'un était venu demander à Miette, brutalement, en trois mots :\nl'aimes-tu? la pauvre Miette, étourdie par le choc qui l'aurait jetée tout\nà coup aussi rudement à la réalité, fût demeurée sans pouvoir rien répondre.\n   L'aimes-tu? — Miette n'y avait pas pensé. Elle n'avait jamais pris à\nl'esprit, pour les regarder en face, ces trois mots qui ne lui réprésentaient\nque comme une banalité creuse le sentiment complexe et indéfini d'aimer.\n   Il y a de ces sensations mobiles, à fleur d'âme, qui ne trouvent de nom\ndans aucun langage rationnel ; les fixer, les saisir, c'est leur donner un\ncorps ; les faire tomber parmi les choses déterminées qui ont un but et\nune fin.\n   D'où lui venait, et depuis quand, ce bien-être physique et moral auquel\nelle s'était inclinée inconsciemment, s'abandonnant, se donnant d'un élan\nde cette passion qui lui emplissait le cœur sans regarder en-deca ni au-\ndelà?\n   Un beau jour de soleil et de rire avait passé, et sa nature primesau­\ntière s'y était jetée à cœur perdu, comme un papillon dans la lumière,\n   Etait-ce aimer, cela? Pendant quelques semaines elle avait vécu et s'était\nsenti vivre. Elle avait aimé l'eau, l'air, le soleil, les fleurs, des voiles à\nl'horizon, des oiseaux dans le ciel; le coin de plage où ils avaient fait des\npâtés de sable; la couchette en pleine dune où ils avaient rêvé; l'estacade,\net, le soir, son long chemin noir vers l'infini et tous ces chemins sans but,\nchemins d'ombre ou de lumière, où ils avaient égaré des serrements de\nmains, des paroles, des regards qui ne voulaient rien dire et disaient tant de\nchoses.\n   Elle s'était mise à aimer des figures inconnues, y passant et repassant\nchaque jour, comme des figures sympathiques à sa joie. Elle avait aimé\ndes mots, des sourires, des gestes, des riens pour l'instant qui les avait vus\npasser et, parmi toutes les choses familières qui, participant de leur vie\ncommune, s'y étaient animées comme des êtres, elle avait souvent aimé ce\nqu'il touchait, ce qu'il portait, ce qu'il aimait...\n   Mais lui, Lucien, rien que lui dans l'absolu de sa personne, dans l'en-\ntièreté de ce cœur et de ce corps qu'on échange pour une vie en les arra­\nchant de tout le reste — l'aimait-elle enfin?...\n   — S'il m'aimait ! songea Miette, et soudain elle tressaillit à la ressensa­\ntion toute vive des baisers dont elle croyait avoir gardé la trace visible au\nvisage...\n   — S'il l'aimait! en vérité, il n'était pas que des petits enfants à aimer\nsur la terre. Si petit que fût le cœur de Miette, il y avait place pour beau­\ncoup d'amour. Et, tout à coup, fermant les yeux, elle crut sentir ce cœur\nse gonfler, ses bras se tendre vers une ombre penchée d'où tombaient des\nbaisers et sa voix murmurer : Lucien ! Lucien !...\n   La joie du jour s'endormait au murmure décroissant des êtres.\n   Au couchant, dont le soleil venait de glisser, le dessin de tout s'effaçait,\nle coloris se fanait, ne laissant que des tons neutres, des gris de fer, des\ngris d'argent, des gris niellés, cuivrés de mares stagnantes et, devant la mer,\nen reflux, un reflet de moire irrisée suintait à la plage.\n   La mer se lustrait comme une soie tendue à craquer.\n   Des barquettes à fleur d'eau passaient et repassaient, glissant dans le\nmême sillage, quelque silhouette fixe à l'ombre de leur voile.\n"}, {"page_pdf": 565, "page_imprimee": 506, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "                                   — 506 —\n\n   De toutes parts des gerbes de petites balles jaillirent en fusées au son des\ntambourins. Un orgue, au loin, moulait des valses tristes et des nuées de\nmoustiques dansaient à leur rythme.\n   Mais, déjà, les balles, en retombant, se perdaient dans le gris du ciel. Les\ntambourins sonnaient mat. De l'humidité tombait dans un brouillard\nd'automne. Une ombre louche rampa de la plage. Du sable, devenu noir,\nune buée légère épandue émoussait les silhouettes, engrisaillait la mer et le\nciel, et ce n'était pas une nuit qui se pose ; c'était le retrait insensible de ces\ndemi-lueurs crépusculaires où papillottent et clignottent des points\nd'ombre parmi les teintes qui se dissolvent jusqu'au néant complet de la\nlumière.\n   Mariette rentra en grelottant.\n   Quand elle se retrouva le soir avec Juliette, dans leur chambre, aucune\nd'elles ne prononça plus le nom de Lucien.\n   — Nous ne rentrerons pas avant la fin du mois si le temps est beau.\nEst-ce que ton père viendra te chercher?\n   — A Bruxelles, sans doute Je partirai avec mon oncle Roger.\n   — Il ne fera pas gai quand vous serez tous partis; démon, nous n'allons\nplus rire !\n   Puis il y eut un silence, Juliette tendait l'oreille : — Ecoute, on dirait\nqu'on joue en bas...\n   — C'est ta mère, dit Miette en l'embrassant.\n   Juliette lui rendit son baiser : — Dors bien, sais-tu !\n   Miette s'endormit tout d'un coup, lourdement, jusqu'au lendemain. Son\nréveil fut maussade. Une pluie grise embrumait l'horizon.\n   Elle eut ce geste instinctif de détourner la face dans l'oreiller en refer­\nmant les yeux pour ne pas voir le vilain jour qui se levait.\n\n\n                                       XX\n   C'est triste, un départ, comme tout ce qui s'arrête, tout ce qui meurt.\nC'est de l'inconnu, du vide; quelque chose d'interrompu; un trou dans le\nplaisir et dans le rire. Un peu de nous s'égare à tous les coins de joie épar­\npillés dans la vie. Chaque fois que nous en passons un, nous avons peur\nque ce soit le dernier.\n   — Là-bas! dit Renée, voyez la mer, il vient du gros temps. Un grain\nmontait de l'ouest en d'épais nuages effilochés de vapeurs roussâtres. Une\nbande d'un violet clair, comme tracée grossièrement au pouce, bordait la\nmer au fond et, s'y étalant peu à peu, amenait à sa surface une flottille de\nvoiles, secouées, ballottées dans un brouillard humide. La ligne d'horizon,\nd'ordinaire si nette, semblait rongée de remous. La mer se soulevait de\nson lit.\n   Cependant, un reste de soleil, sourdant encore par des déchiquetures du\nciel, gardait à la mer cristalline une transparence de vert bouteille et\nl'écume de ses bords éclatait de blancheur sous ce faux jour de vitrail.\n   Mais le glacis de lumière se déplaça, glissa lentement vers l'est à mesure\nque, par derrière, la rafale se gonflait. L'eau devint opaque.\n   Les jeunes gens restaient à décompter tout bas les minutes en reculant\nindéfiniment, lâchement, ce baiser long et fort qui allait être le dernier»\n"}, {"page_pdf": 566, "page_imprimee": 507, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "                                   — 307 —\n\n\n    Mme Roger se leva : Lucien, je crois qu'il est l'heure.\n    — Il pleut là-bas! dit Juliette. La pluie tombait en mer.\n    Des rais gris descendaient des nuages, et descendaient de plus haut à\nmesure que la trombe avançait. Le pan violet se développait en pâlissant.\nAu choc des deux eaux la mer se cabra et se mit à rouler en une énorme\nbarre oblique. La flottille enveloppée parut hésiter, avoir peur, et s'immobi­\nliser sous l'ondée.\n    Mariette était sortie de la chambre, les poings sur les yeux, pour ne pas\npleurer. Lucien, après avoir embrassé ses sœurs et ses cousines, se précipita\nvers le vestibule :\n    — Où est Mariette?\n    Elle rentrait. Ils se serrèrent les deux mains.\n    Pendant qu'ils se tenaient ainsi le temps de se plonger un regard au fond\n de l'autre, elle ne put s'empêcher de lui dire : Manque le train! Mais si bas\n qu'il dut ne pas l'entendre et, de la digue, il lui cria un « Au revoir ! »\n presque joyeux qui la gonfla de larmes.\n    Subitement la nuée, crevant d'eau et de grêle, s'abattit rageusement,\n noyant l'air, le ciel, la mer dans un embrun mélancolique couleur de spleen,\n où le son se perdait du bruissement de l'averse au bruissement de la mer.\n     — Pourvu qu'il arrive ! dit Mme Roger.\n     Mariette se pencha. Elle le vit qui s'enfonçait en courant sous la pluie,\n et comme elle n'avait plus assez de courage pour se détacher de là, Juliette,\n la prenant par le bras, lui dit : — Ma pauvre petite Mariette, ne reste pas\n  là ; il te pleut dans les yeux! Ce qui lui fit avoir un joli sourire en larmes.\n     Juliette, la voyant si triste, avait pitié d'elle et ne voulait pas lui rappeler\n  ses allusions taquines et qu'elle avait eu raison, puisque c'était vrai... —\n  N'est-ce pas que c'était vrai? — Deux ou trois fois, sur le point de le lui\n  demander, en l'attirant câlinement, elle se contenta de la regarder dans les\n  yeux d'un regard affectueux qui signifiait la même chose, et Mariette ne\n  disait plus non. Elle se serrait contre Juliette en frissonnant, la retirait avec\n  elle devant les grelons qui claquaient à leurs pieds sur les carreaux de la\n   véranda. Elles durent reculer jusque dans le salon et restèrent sur le seuil\n   à regarder cette mer à la sépia, frottée d'un remous de sable, bousculant des\n   masses d'eau en heurtant les nuages et les rejetant sous l'horizon par blocs\n   qui continuaient à dégringoler pêle-mêle.\n                                                        H E N R Y MAUBEL.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 507, "page_fin": 508, "titre_corps": "Madrigal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Gilson", "ancre_debut": "MADRIGAL O chère accepte mon bouquet", "ancre_fin": "JULES GILSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "INSTANTANÉS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 566, "page_imprimee": 507, "debut_caractere": 2552, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "MADRIGAL\n                 O chère! accepte mon bouquet\n                 Puisque c'est aujourd'hui ta fête,\n                 Pour te fleurir, ô ma conquête,\n                 J'ai dévalisé le bosquet.\n\n                 Je l'ai fait mignon et coquet\n                 Afin qu'il te paraisse honnête;\n"}, {"page_pdf": 567, "page_imprimee": 508, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 476, "texte": "                                 — 508 —\n\n              O chère ! accepte mon bouquet\n              Puisque c'est aujourd'hui ta fête !\n\n              D'autres t'offriraient un banquet,\n              Mais je préfère en tête à tête,\n              Beaucoup de baisers, — c'est moins bête!\n              Chère, va mettre le loquet\n              Puisque c'est aujourd'hui ta fête.'...\n                                                       JULES GILSON.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 508, "page_fin": 510, "titre_corps": "Instantanés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. 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Qui...\n  — C'est ma veuve.\n  Elle lui sauta au cou, le couvrit de baisers, et, quand elle vint frôler son\noreille, elle chuchota :\n  — Vous resterez bien mort, Monsieur?\n\n                                LE CYGNE\n  0 ! sainte dont le crâne altier rayonne de beauté et de douceur, femme au\nregard séraphique bridé par la souffrance, je ne cherche plus ici-bas les\npuretés plastiques; elles n'y vivent point.\n   La rocaille et la fange ont tordu ton port alourdi dont la majesté évoque\ncelle du cygne empesée sur la rive.\n   Tu étais faite pour voguer sur l'éther, sainte engloutie !\n\n                                  L'ORGUE\n  Tes attraits sont voilés d'une vague tristesse. Le soleil de tes yeux brille\nderrière un nuage. Ton sourire est craintif, sourire de veuve où luttent deux\namours. N'es-tu pas l'éternelle éplorée dont le cœur jamais ne se donne\nentier. Oui, tu l'es, car le doux chant de ton âme vibre sous l'étouffement\nd'une brise immense, d'une plainte grise, comme la voix céleste des orgues\nse perd sur le fond morne des graves bassons, lancinante aspiration au cou­\nronnement de l'amour, là haut.\n\n                                  MÉDUSE\n  Quand j'étais enfant, on me disait que les fautes des mortels étaient mar­\nquées en grands points noirs sur le livre de l'Eternel.\n  La terreur qui me glaçait à l'idée de ces stigmates du Vice, me ressaisit\naujourd'hui que tes grands yeux brillent devant moi comme de fatales et\nsuperbes « Fleurs du Mal ». Tes narines palpitantes battent comme des ailes\nde vautour. Ton front morne a l'éclat mystique des soleils d'hiver au funèbre\nsourire. 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VURGEY.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 510, "page_fin": 513, "titre_corps": "Oscillations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Fère", "ancre_debut": "OSCILLATIONS", "ancre_fin": "JACQUES FÈRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 569, "page_imprimee": 510, "debut_caractere": 553, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "OSCILLATIONS\n                                      Sie vergolden sie nur und envârmen sie nicht.\n                                                        (SCHILLER. —   Berglied).\n\n              Ceci ne saurait être que peu de chose. Le siècle n'étant plus aux\n               grands actes, les hommes de vingt-cinq ans, n'ont été mêlés à\n               d'autre drame qu'à celui qui se joue dans leur cœur. Pour\n               banales qu'en soient les scènes, il n'en est de plus poignantes.\nLa vie en demeure lugubrement teintée : ce qui fut le riant prologue m'ap­\nparaît illusion ou mensonge; ces deux célestes ombres de femmes souriaient\nà un homme dans lequel je ne saurais me reconnaître.\n   De tout temps, ma destinée fut vacillante. En moi se combinaient dans\nune exacte proportion, deux éléments hostiles et d'une fougueuse intensité.\nC'est en vain que mon esprit assoiffé de grandeur et de beauté s'élançait\nvers les pures régions de lumière ; la matière qui l'enchaînait en des liens\ntrop étroits, le rejetait violemment vers la terre, équilibrant par la pesan­\nteur de la chute, la hardiesse de l'essor.\n   L'orgueil avait beau se cabrer en sa sujétion, l'âme et le corps poursui­\nvaient sans relâche leur implacable duel. C'est pourquoi, saisi d'un insur­\nmontable effroi, je méditais la métamorphose inévitable des choses, j'obser­\nvais combien dans la répartition des forces de l'Univers, une vitalité plus\ngrande fut attribuée aux principes de déchéance, aux agents de corruption;\n— alors, dans des paroxysmes d'angoisse, je voulais embrasser l'idéal d'une\nimmortelle étreinte, pour que l'exaspération de mes désirs le fît triompher\nau jour de la transformation inéluctable, j'étais hanté d'une vision!\n   Il me semblait que j'étais suspendu à la tige oscillante d'un balancier, et\nque, soit qu'elle s'arrêtât à droite dans les rayonnements de la clarté et de la\nsplendeur, soit qu'elle s'immobilisât à gauche dans les ténèbres et les épou­\nvantes de l'abîme, mon sort en serait irrémissiblement fixé.\n   Ce fut alors que j'aimai une femme ou plutôt un ange.\n   Un ange seul pouvait ravir le trouble véhément de ma pensée ; et je\nl'aimai comme mon bonheur et mon salut, à la folie, sans songer que c'est\n"}, {"page_pdf": 570, "page_imprimee": 511, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3418, "texte": "                                  — 511—\n\ndu ciel que nous vient la foudre. Je respirais auprès d'elle une atmosphère\nsurnaturelle, l'air auquel se mêlait son souffle purifiait jusqu'au sang de\nmes veines, aussi ne m'avait-elle jamais connu que spiritualisé par son\ncharme subtil. Je lisais un soir d'été ; Térésita ferma mon livre et me dit,\nrafraîchissant mon front brûlant de son doux baiser de sœur : « Elle\nvient, crois-moi, parle-lui, car elle t'aime. Puisque notre séparation est\nprochaine, qu'au moins je te laisse heureux »... Térésita était le soleil de\nma vie, l'image radieuse dont je n'étais que la contre-épreuve affaiblie, et\nmon frère l'empreinte oblitérée. En lui je retrouvai ma nature en dérive,\nen elle mes aspirations glorifiées ; leurs contrastes étaient ma crainte et mon\nespoir\n    Pénétré d'une allégresse sans bornes, je m'approchais de ma bien-aimée :\n« Cher poète, dit-elle, je serai très indiscrète, je voudrais terminer ce beau\njour en m'initiant à une de vos belles pages ». Elle s'était assise dans un\nvieux fauteuil, où j'avais beaucoup rêvé d'elle, sa fine tête blonde légère­\nment inclinée sur le fond sombre, telle que l'on voit les madones gothi­\nques. Debout à ses côtés et non moins belle se tenait Térésita. Toutes deux\n me souriaient, et je me sus transfiguré par une joie complète, et je crus\nen avoir fini avec ma misérable nature.\n    Quand d'ardentes rougeurs embrasèrent le couchant, ma douce amie se\nleva, et, pensive, s'appuya à la croisée : « Que faites-vous donc auprès de\ncet arbre? » dit-elle soudain. Je m'étonnai, puis répondis vaguement\noppressé. « Je ne vous ai point quittée. Celui que vous voyez est mon\n frère ». Elle reprit en riant. — « Vous ne m'en aviez jamais parlé. Voulez-\nvous que nous allions le rejoindre? Vous êtes si bons que vous prétendez\ntous m'aimer, voyons s'il fera de même ». Je la suivis à regret. Son erreur\n n'avait été que trop naturelle : mon frère et moi étions jumeaux et de même\n taille. Elle n'avait pu à cette distance remarquer la lourdeur de sa\n démarche, ni l'affaissé de son maintien, ni ses traits semblables aux miens,\n mais ridiculisés par l'exagération des lignes.\n    Nous le trouvâmes contemplant, avec une colère stupide, un très beau\n fruit qu'il avait cueilli à grande peine, et qui se trouvait rempli d'insectes.\n Il se retourna à mon appel; elle demeura interdite, scrutant involontaire­\n ment mon visage, comme le faisaient tous ceux qui m'apercevaient auprès\n de ce malheureux, comme si notre ressemblance physique impliquait néces­\n sairement une similitude morale. Quant à lui, arraché à son burlesque\n désappointement, il manifesta une joie d'enfant de connaître la belle com­\n pagne de Térésita, et la témoigna d'une manière si bassement extravagante,\n qu'elle en eut le malaise d'un organisme délicat rapproché d'un animal\n ignoble. Il me regardait et ricanait niaisement ; mes nerfs crispés reprodui­\n sirent les contractions de son visage et de crainte qu'elle ne s'aperçut de\n la funeste analogie, je l'emmenai précipitamment. Cependant nous étions\n arrivés en un frais sentier, délicieusement embaumé par la brise du soir;\n — c'était l'heure voilée où montent les étoiles ; je voulus lui décrire le\n ravissement de mon âme, mais je venais d'être parodié par une brutale\n allégresse ; instinctivement elle revoyait l'autre en moi.\n                                                                       33\n"}, {"page_pdf": 571, "page_imprimee": 512, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "                                   — 5I2\n\n\n    Dès lors, le charme s'évanouit. Térésita luttait sans trêve contre mon\ndécouragement; elle m'exhortait à me conquérir, et, s'autorisant des\nintimes affinités de nos natures, me promettait la victoire. Mais les sœurs\nne sont point immortelles, et pour nous elles meurent une première fois le\n jour de leur mariage. Térésita partie, je restai sans appui en présence de\ncet être déchu. Oh! le lent supplice des jours sans fin, sans consolation !\n mes gestes, mes actions bouffonnement contrefaits par un insensé, mes\nléthargiques rêveries brisées par son importune sollicitude! Car il avait\npour moi une sorte d'affection bestiale ; ni les injures, ni les mauvais trai­\ntements ne me sauvaient de lui; et si j'essayais de fuir, il me retrouvait\nguidé par un infaillible instinct. Je dois dire que je commençai à ressentir\nà son égard, une bonne haine fraternelle, la plus franche des haines; —\naussi riais-je amèrement, lorsque ma mémoire me rappelait les touchants\nrécits que nous ont légués certains poètes, sur l'amour entre frères. Fiction,\nfiction pour moi ! Un frère du même âge est parfois une chaîne, mais un\nfrère jumeau, dont la chair avait été pétrie avec la mienne, et qui était\nmoi d'une façon si précise, que les bouleversements de sa physionomie\nlivraient le secret des vices, que vaillamment je cherchais à étouffer, c'était\nle pire des ennemis, c'était le traître!...\n    Mes traits réflétèrent si fort l'état violent dont j'étais possédé, que je dus\nsuspendre presque toute visite chez ma bien-aimée, et les rares fois que je\nla revis, je ne pus me dissimuler sa souffrance. En cette créature éthérisée\ndont l'enveloppe même semblait esprit, la soudaine intuition de mon indi­\ngnité avait dû soulever une antipathie invincible. Moi-même, je savais\nma rapide déchéance. J'avais à mes côtés un mauvais génie inconscient\ndont l'entité formée d'atomes identiques aux miens, exerçaient sur eux une\nintoxication souveraine. Une des lois de la physique précipite les corps\nmoindres vers les masses plus denses ; de même j'étais attiré vers cette\n nature pétrifiée dans la matière, comme par un irrésistible aimant. Tous\n mes sens s'irritaient de leur contrainte, et se voulaient à l'unisson de cette\n force déchaînée, Ainsi se justifiaient les affres douloureuses de ma jeunesse,\nle balancier fatidique s'inclinait de plus en plus vers la gauche, dans les\n régions d'insondables ténèbres.\n    Toutefois, si j'eusse eu recours aux macérations sublimes par lesquelles\n d'héroiques religieux domptent la chair avant même qu'elle n'ait fait\n entendre ses premiers cris, et si l'affliction de mon corps n'eut cessé qu'avec\n ma vie, j'eusse été sauvé. Mais c'est alors que je perdis à jamais, cette\n femme douce et charmante, adorée quoique insensible, et dans l'anéantisse­\n ment qui se fit dans mon cœur, se brisèrent ses dernières cordes. Lui, ce\n pauvre fou, compatit à ma douleur, il vint à moi, ainsi que l'on voit des\n animaux farouches se secourir entre eux, et, me vantant ses honteux plaisirs,\n me tendit la coupe pour y boire l'oubli de la chimère. Quand dans nos longues\n ivresses nous profanions cette chambre où j'avais entrevu l'extase sublime,\n il eût été impossible de discerner, lesquels de ces yeux abrutis s'étaient\n allumés jadis à l'étincelle sacrée. Incessamment s'accrut l'angoisse et le\n désespoir, saveur amère dont la débauche désaltère ses enfants.\n"}, {"page_pdf": 572, "page_imprimee": 513, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "                                   — 513 —\n\n    Une dernière fois je m'efforçai, et j'implorai l'asile d'un monastère isolé,\n  perdu en un morne site. Les austérités d'une règle cruelle engourdirent ma\n pensée; j'espérai le repos; mais une nuit sombre que j'étais prosterné sur\n les dalles du cloître, la lune glissa entre les croisillons d'une fenêtre, et\n d'un long rayon, me montra la sainte que j'invoquais. Fût-ce un prestige\n de l'esprit tentateur ! ce fut Elle, Elle seule qui m'apparut dans les rigides\n vêtements d'une vierge de pierre; c'était vers Elle, Elle seule qu'avait\n monté ma prière, et c'était Elle, Elle seule anéantissait à jamais la paix\n recouvrée! Une douleur sans nom me mordit le cœur. Je gémis, je criai,\n je frappai les murs glacés. Arrachés au sommeil, les moines étonnés\n entr'ouvraient leurs cellules : affolé je pris la fuite, ne me souvenant plus de\nmes saintes croyances, ni de mes engagements solennels, mais sachant que\nj'avais ramassé un outil tranchant, et qu'avant peu je serais maître de\nmon sort. Une rivière profondément encaissée dans la montagne arrêta\nma course. Ce lieu était sauvage et désolé; une impénétrable obscurité\ntombait des rocs, quelques étoiles s'abîmant dans le précipice m'indi­\nquaient où mourir. Je fus saisi d'un sentiment étrange et passionné.\nEnfin, j'affranchirais mon âme, elle triompherait dans la souffrance de la\nmatière rebelle ! Tandis que je m'enivrais de la mélancolie de cette heure\nfunèbre, mon oreille fut frappée de ce ricanement auquel je préférais le\nhurlement de la plus sinistre chouette, ce signe d'une joie frénétique chez\nmon implacable persécuteur; et je sus qu'il m'avait suivi, qu'il était là\nsouillant de sa présence la pureté de l'instant suprême, stigmatisant du\nrictus de la rage, ma lèvre expirante. Semblables à des Némésis antiques,\nhaletantes de vengeance, se dressèrent toutes mes amertumes passées ; mais\ndans le calme de la nuit silencieuse, je crus entendre vibrer le nom de Caïn\net je lançai dans le gouffre béant, le fer qui m'eut rendu fratricide. L'onde\nblêmit à peine, elle réfléchissait maintenant un masque farouche, hideuse­\nment contourné dans sa furie.\n   C'était bien là le regard abject qu'avait eu ce misérable, le jour où sa\ncolère me dégrada aux yeux de ma bien-aimée, mais ce n'était pas lui,\nc'était moi qui me penchais frémissant sur l'abîme. Je ne pus endurer cette\npreuve irrésistible de l'annihilation complète de mon être, je vis rouge, je\nm'avançai vers lui, râlant après sa vie, et je le frappai avec une telle\nviolence qu'il s'en alla rouler sur la berge glissante. Il ne dit que « Mon\nfrère! » et se tordit sur l'herbe humide, comme un ver qu'a touché la\nfaucille. Un reflet lumineux, perçant la nue sombre, éclairait sa joue pâle,\nlargement coupée d'une trace sanglante. A ce cri, à cette vue, mon sang\ntrop pareil au sien se révolta ; il souffrait, il se lamentait en mon frère, et\nm'ordonnait impérieusement de soulager sa peine. Je courus plutôt vers la\nmort. Je n'atteignis point la rive, car en ce péril imminent, la même voix\nde la nature avait fait se relever le pauvre lâche et armé son bras d'une\nvigueur surhumaine. Dans un spasme convulsif il m'enchaînait à sa poitrine\net dans cet étroit embrassement, dissous par un mystérieux magnétisme\ns'anéantirent mes luttes, mes désirs, ma volonté, tout ce qui n'était pas\nLui. Et dans cette minute, la plus effroyable, la plus infernale de celles\nauxquelles je suis condamné à survivre, je sentis s'arrêter le fatal balancier,\net ce fut à GAUCHE.\n                                                        JACQUES F È R E ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 514, "page_fin": 518, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "simplement le grand succès", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 113, "fin_caractere_exclue": 121, "texte": "MEMENTO\n"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 160, "texte": "M. 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Sa tête seule était mouil­"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1025, "fin_caractere_exclue": 1068, "texte": "lée. Il pouvait se sauver encore. Mais d'un"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1136, "fin_caractere_exclue": 1181, "texte": "bond le spectre fut sur lui, et, s'accroupis-"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1249, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "sant, lui enfonça le visage sous l'eau. Il vou­"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1364, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "lait crier. Sa bouche entonna en grouillant"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "le liquide fangeux. Convulsif, il se débattit."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1589, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "Ses membres frappèrent le sol. Il était"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1696, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "mort (1) »."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "Le fragment s'arrête là et nous le don­"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1885, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "nons in extenso; on ne pourra pas dire que"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "nous l'avons choisi; c'est un admirateur"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "doublé d'un ami de M. Picard, qui a dé­"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2210, "fin_caractere_exclue": 2238, "texte": "coupé ce morceau renversant."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2309, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "Franchement, il pouvait tomber mieux;"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2414, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "si le Juré est tout entier dans ce style"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2522, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "mahorico-épileptique, nous avons sur la"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2629, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "planche de joyeux moments pour le jour"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2735, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "où il paraîtra."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2821, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "Dès aujourd'hui, M. Max Waller se"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 2922, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "réserve de faire ici la critique du livre."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3057, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "* *"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "L'Art moderne vient de publier un"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3322, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "article sur Cladel. Il y avait longtemps."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3503, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "* *"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3577, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "Le même a donné un article sur Les"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3679, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "lettres devant la plèbe. Tordant."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3789, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "Nous recevons de Huy une plaquette"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3891, "fin_caractere_exclue": 3928, "texte": "P. P. C, comédie-bouffe en un acte de"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 3996, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "M. G. Notule, qui ferait très bonne figure"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4106, "fin_caractere_exclue": 4146, "texte": "en lever de rideau sur une de nos scènes"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4214, "fin_caractere_exclue": 4252, "texte": "de genre. Avis à M. Boyer. L'esprit de"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4320, "fin_caractere_exclue": 4361, "texte": "P. P. C. n'est pas toujours très raffiné,"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4429, "fin_caractere_exclue": 4476, "texte": "mais il est drôle, c'est ce qu'il voulait et la"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4544, "fin_caractere_exclue": 4572, "texte": "plus belle fille du monde..."}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4664, "fin_caractere_exclue": 4667, "texte": "***"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4776, "fin_caractere_exclue": 4815, "texte": "Vient de paraître chez Monnom : le beau"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 514, "debut_caractere": 4902, "fin_caractere_exclue": 4928, "texte": "(1) Vingt-sept imparfaits."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "volume de Jules Destrée, Jeune-Belgique,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "intitulé : Lettres à Jeanne. Nous analyse­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 226, "fin_caractere_exclue": 266, "texte": "rons dans notre prochain numéro ce livre"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "qui se présente sous une forme de luxe"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 413, "fin_caractere_exclue": 445, "texte": "extraordinaire. Prix : 4 francs."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 533, "texte": "Le Tour du Monde vient de donner la"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "dernière livraison de La Belgique, de"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 681, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "Camille Lemonnier. Elle a trait au 1 im­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "bourg (Tersenderloo, Beverloo, Genck,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 864, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "Hasselt, Saint-Trond, etc.). L'ouvrage"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "complet paraîtra chez Hachette en un grand"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1032, "fin_caractere_exclue": 1072, "texte": "volume de luxe. Nous en parlerons alors."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1233, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "***"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1309, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "Voir Naples et puis mourir! M. Chalon"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1393, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "n'est pas mort, mais il a vu Naples et il l'a"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1488, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "si bien vue qu'il en rapporte, sous forme de"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1581, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "beau volume in-8°, la description pittores­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1666, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "que et pleine de charme. Nous prisons fort"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1756, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "ce livre que Camille Lemonnier patronne"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "dans une lettre préface adressée à l'auteur."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "C'est bien dangereux de parler de l'Italie"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2104, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "après Gautier — voire après l'excellente"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2199, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "Mme de Staël, mais M. Chalon s'en tire à"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2240, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "son honneur. 11 ne prétend pas éblouir le"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2444, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "lecteur par des feux d'artifice de style, mais"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2549, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "décrit avec sobriété, dans une langue nette"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2593, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "et déliée, les choses qui l'ont frappé au"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2789, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "cours de son excursion. Le récit de voyage"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2877, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "est un genre littéraire qui ne cesse pas"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2971, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "d'être de mode; chaque jour la librairie"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3068, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "Hachette lance des volumes de l'espèce et"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3256, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "trouve un public nombreux et impatient de"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3388, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "les lire. Celui de M. Chalon, édité par la"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3480, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "maison montoise d'Hector Manceaux, parta­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3571, "fin_caractere_exclue": 3615, "texte": "gera cette bonne fortune et nous le lui sou­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3755, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "haitons fort."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3983, "fin_caractere_exclue": 3986, "texte": "***"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4058, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "M. Albert de Nocée nous envoie, sous"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4150, "fin_caractere_exclue": 4194, "texte": "forme de tiré à part de l'Indépendant litté­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4351, "fin_caractere_exclue": 4396, "texte": "raire, une nouvelle très gracieuse intitulée:"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4494, "fin_caractere_exclue": 4528, "texte": "Rêves déçus. 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La critique est peu favorable."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 5206, "fin_caractere_exclue": 5246, "texte": "Elle s'accorde pour trouver que le livre"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "seul pouvait donner l'étude complète du"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 225, "texte": "caractère de Renée et qu'à la scène ce"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 275, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "caractère a des lacunes. Le succès d'estime"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 368, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "littéraire seul a accueilli le démarquage de"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "M. Céard."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "C'est à tort que M. Clovis Hugues a dit"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 637, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "dans la France que les députés ne faisaient"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 730, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "rien. Ils travaillent comme des nègres, ils"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 863, "texte": "inspirent des repo;ters, comme M. Gomot,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 913, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "vendent du cognac, comme M. Cunéo"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 996, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "d'Ornano, écrivent des drames comme"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1081, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "M. Clovis Hugues, ou commettent des poé­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1171, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "sies comme MM. Clovis, déjà cité, Gustave"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1262, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "Rivet, Louis Jourdan, etc. C'est de ce der­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1355, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "nier que nous nous occuperons aujour­"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1442, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "d'hui. Il vient de livrer à la Revue générale"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1537, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "une étude poétique sur les servantes qui ne"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "manque certainement pas de piquant."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "Qu'on juge de la grâce légère de notre"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1805, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "honorable :"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 1911, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "Auguste (1) et moi, tous deux ayant quinze ans à"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "[peine,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2153, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "Nous quittâmes la ferme, escortant Madeleine,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2289, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "Nous marchions côte à côte et lui tenant la main,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "P e u r e u x , nous nous serrions très fort contre ses"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2539, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "[hanches."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2642, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "Madeleine près d'elle, en u n e douce étreinte,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2739, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "Nous attirait, si bien, qu'oui liant les esprits,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2838, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "D e la réalité nous comprîmes le prix,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 2926, "fin_caractere_exclue": 2970, "texte": "E t que, subitement, au contact de la femme,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3020, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "U n sentiment nouveau s'éveilla dans notre âme."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3117, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "O volupté des sens qui s'ignorent encor!"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3207, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "Plus heureux que Midas pour qui tout était d'or,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "N o t r e admiration novice et décevante"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3437, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "Transformait en Vénus la massive servante."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3529, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "Bientôt même nos bras, devenus plus osés,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3620, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "Enlacèrent ses bras énormes et rosés,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3707, "fin_caractere_exclue": 3754, "texte": "N o t r e front s'inclina sur l'épaule robuste."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3818, "fin_caractere_exclue": 3860, "texte": "Fasciné p a r l'étrange opulence du buste,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 3910, "fin_caractere_exclue": 3962, "texte": "N o t r e œil avide errait sur ces objets puissants."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4012, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "Mais elle avait pitié de pareils innocents,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4105, "fin_caractere_exclue": 4149, "texte": "Et se moquait, la voix de rire entrecoupée :"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4199, "fin_caractere_exclue": 4247, "texte": "\" Pensiez-vous qu'une fille était u n e poupée \""}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4297, "fin_caractere_exclue": 4350, "texte": "Faut-il q u e des garçons soient simples à ce point !"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4446, "fin_caractere_exclue": 4493, "texte": "Pourquoi vous étonner, petits? ne suis-je point"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4543, "fin_caractere_exclue": 4594, "texte": "F a i t e comme le sont les femmes d e ma sorte ? »"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4644, "fin_caractere_exclue": 4693, "texte": "« — Oh ! non. Vous êtes bien plus grande, et bien"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4791, "fin_caractere_exclue": 4803, "texte": "[plus forte;"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4853, "fin_caractere_exclue": 4897, "texte": "Votre corsage est rond comme aucune ne l'a ;"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 4947, "fin_caractere_exclue": 4990, "texte": "Et nous vous préférons faite comme cela ! »"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 5042, "fin_caractere_exclue": 5079, "texte": "Précoces, Auguste et son ami! Quinz3."}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 5129, "fin_caractere_exclue": 5161, "texte": "ans, et déjà l'amour du torchon,"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 515, "debut_caractere": 5257, "fin_caractere_exclue": 5281, "texte": "(1) Pas celui du Cirque."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "Changement de décor. Place aux vieux!"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 174, "texte": "Est-elle jolie, hein ! Jean-Pierre :"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 237, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "Elle a du feu dans la paupière :"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "Son corsage orgueilleusement"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 428, "fin_caractere_exclue": 463, "texte": "Se gonfle sur des rondeurs blanches"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 555, "texte": "Et ses jupons battent ses hanches"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "Dans un large balancement."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 814, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "Excusez-nous, chaste Suzanne,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 949, "fin_caractere_exclue": 976, "texte": "Car de ces trésors il émane"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 983, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "Un parfum de jeunesse dont"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "Notre maturité se grise."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "Et pour vous notre barbe grise"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1269, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "Danserait un joyeux rigodon."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1461, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "Allons, allons, charmante fille."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1558, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "Approchez-vous, soyez gentille"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1682, "texte": "Et complaisante, faites voir"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1750, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "Ce mollet rond que l'on devine,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1848, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "Et ces beaux bras, Suzon divine."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1887, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "Qui sont les plus gros du lavoir."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "Certes, voilà une poésie qui n'est pas"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "gazée; elle manque de « tulle ». On voit"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2356, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "que M. Louis Jourdan n'est pas député de"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2496, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "la Corrèze !"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2590, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "Continuons la série des vers :"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2793, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "Nous faisons de la poésie,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2913, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "Anastasie... Anastasie."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "Ceux-ci sont dus à un poète décadent;"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3121, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "ils sont cités par M. Aurélien Scholl dans"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3324, "fin_caractere_exclue": 3334, "texte": "le Matin ;"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "Veules de l'angoisse expectante,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3533, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "Nous des trémieres feu bi onzés"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3636, "fin_caractere_exclue": 3663, "texte": "Et par l'armoire ankylosés,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3727, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "Dévalons vers l'encre latente."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3822, "fin_caractere_exclue": 3855, "texte": "Ceints de l'idéal qui nous tente,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3916, "fin_caractere_exclue": 3937, "texte": "Subodorons des alizés"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4008, "fin_caractere_exclue": 4037, "texte": "Du glas engluant aux baisers,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4196, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "Argyraspïdes sous la ten le."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4319, "fin_caractere_exclue": 4350, "texte": "Saouls d'espace et d'aberratif,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4455, "fin_caractere_exclue": 4485, "texte": "En proie, anges sonnant rétif,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4588, "fin_caractere_exclue": 4611, "texte": "Immobilise les pensées."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4711, "fin_caractere_exclue": 4735, "texte": "Nutrition finie. Enfants"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4838, "fin_caractere_exclue": 4864, "texte": "Mus des immortels gynécées"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4871, "fin_caractere_exclue": 4903, "texte": "Par des entonnoirs d'oliphants !"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4997, "fin_caractere_exclue": 5033, "texte": "Certainement, les malheureux enfants"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5124, "fin_caractere_exclue": 5165, "texte": "gâteux, que soigne une administration ma­"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5253, "fin_caractere_exclue": 5294, "texte": "ternelle, sont moins malades que l'auteur"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5364, "fin_caractere_exclue": 5405, "texte": "de ce sonnet d'une « déliquescence super­"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5498, "fin_caractere_exclue": 5512, "texte": "grotesquale »."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5701, "fin_caractere_exclue": 5737, "texte": "Nous avons parlé du Roman de Jeanne,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5787, "fin_caractere_exclue": 5827, "texte": "la dernière berquinade du bon Coppée. En"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5879, "fin_caractere_exclue": 5918, "texte": "voici une amusante parodie empruntée au"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5970, "fin_caractere_exclue": 5980, "texte": "Voltaire :"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 131, "texte": "L E ROMAN DE FRANÇOIS"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "C'était un doux poète, un très humble, un de ceux"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "Qui s'en vont, vers le soir, flâneurs et paresseux,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 381, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "Observer les garçons dans les épiceries,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 515, "texte": "Et content joliment, sur des rimes fleuries,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "La tristesse de vivre en ce monde bourgeois."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 659, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "Oh! les beaux vers flambants comme des feux"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 797, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "[grégeois,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "Les vers ensoleillés, les vers où l'or ruisselle,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "Les strophes où se trouve, ardente, l'étincelle"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "Du génie, oh! jamais, cet être délicat"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1211, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "Ne voulut en commettre. Il leur criait : \" Raca ! \""}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1312, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "Et l'on croyait alors qu'il n'avait pas de vices."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1411, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "O poète ! pourquoi fallut-il que tu visses,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "Un soir, par un beau soir mélancolique et doux,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "Celle dont la robe est crevée aux deux genoux,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1697, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "Celle qui, vieille, usée, est cependant baisée"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1793, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "Par les manieurs du Verbe et ceux de la Pensée ?"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 1930, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "Il habitait alors un cinquième. A l'étroit,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2023, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "Dans sa chambre, il vivait, — bohême, sous le toit»"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2124, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "Content de sa misère et raillant la Fortune."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2218, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "Il adorait, la nuit, songer au clair de lune,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2313, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "Et donner à manger aux pierrots, le matin."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2446, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "Or, un soir qu'il rêvait, il vit dans le lointain"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "Comme un corps féminin s'ébaucher dans la"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2684, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "[bruine."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2742, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "Etant de santé frêle et très sujet au rhume,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2869, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "Malgré tout l'imprévu de l'apparition"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 2986, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "Il s'en allait déjà (sage précaution)"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3073, "fin_caractere_exclue": 3120, "texte": "Se mettre dans son lit, quand soudain une femme"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3170, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "Entre chez lui. « Mon Dieu, lui dit-il, sur mon âme."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3272, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "Je ne vous connais point, mais j'ai rêvé de vous! «"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3373, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "— Oui, répondit la vieille, en faisant les yeux doux."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3476, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "Tu m'appelas souvent, la nuit, dans de fous rêves,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3576, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "Et je m'en viens vers toi. Voici l'heure des trêves !"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3679, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "Je te dorloterai sur mes seins amaigris ;"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3770, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "Je mettrai pour ton bec de la poudre de riz ;"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3865, "fin_caractere_exclue": 3909, "texte": "Salue en moi ta vieille et très fidèle amie."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 3959, "fin_caractere_exclue": 4001, "texte": "Incline-toi, François, je suis l'Académie."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4051, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "Il s'inclina, comblé de joie, ayant au cœur"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4144, "fin_caractere_exclue": 4189, "texte": "Tout le ravissement que connaît le vainqueur,"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4274, "fin_caractere_exclue": 4312, "texte": "Et ce ravissement fut de l'extase pure"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4400, "fin_caractere_exclue": 4448, "texte": "Quand la vieille, soudain, approchant sa figure."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4535, "fin_caractere_exclue": 4581, "texte": "Lui colla sur le front un long baiser brûlant."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4661, "fin_caractere_exclue": 4704, "texte": "Et ce baiser, ce fut la mort de son talent."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4824, "fin_caractere_exclue": 4831, "texte": "BRUNAY."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 4956, "fin_caractere_exclue": 4994, "texte": "M. Paul Verlaine vient de publier coup"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5083, "fin_caractere_exclue": 5123, "texte": "sur coup, chez Léon Vanier, deux curieux"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5215, "fin_caractere_exclue": 5252, "texte": "volumes de prose : Mémoires d'un VeuF"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5344, "fin_caractere_exclue": 5363, "texte": "et Louise Leclercq."}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5458, "fin_caractere_exclue": 5497, "texte": "Ce sont des recueils de nouvelles et de"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5562, "fin_caractere_exclue": 5604, "texte": "croquis dont plusieurs pages sont vraiment"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5654, "fin_caractere_exclue": 5697, "texte": "très curieuses et très personnelles. Le ton"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5747, "fin_caractere_exclue": 5786, "texte": "général en est une sorte de scepticisme"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5836, "fin_caractere_exclue": 5878, "texte": "mélancolique, un ce pince-sans-ririsme » à"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 5928, "fin_caractere_exclue": 5968, "texte": "l'Alphonse Allais. Nous ne nous arrêtons"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 516, "debut_caractere": 6018, "fin_caractere_exclue": 6059, "texte": "pas à quelques morceaux d'une langue bis-"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 100, "texte": "tournée et pénible dont les effets nous sem­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 149, "fin_caractere_exclue": 190, "texte": "blent mal atteints, mais nous croyons que"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 208, "fin_caractere_exclue": 248, "texte": "ce livre pourra compter parmi les œuvres"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 305, "fin_caractere_exclue": 347, "texte": "de fin d'école par son raffinement parfois"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 438, "texte": "excessif. Louise Leclercq est une étude"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 532, "texte": "hardie et forte; Madame Aubin, un acte"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 589, "fin_caractere_exclue": 631, "texte": "qui fait partie du même volume, a la soli­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 678, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "dité d'un drame de Becque. Il rappelle"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 770, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "en ce sens la Parisienne."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 864, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "« Les Mémoires d'un veuf, dit M. Emile"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "Verhaeren dans l'Art moderne, sont tels"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1045, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "quels, un livre de marque. Une douceur de"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1141, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "résigné flotte dans les tableaux et les récits."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1231, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "Certains sont délicats et fragiles, originale­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1324, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "ment présentés et toujours d'une note sin­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1418, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "cère. Parfois de l'excellent. Ainsi cette"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "aumône discrète à un enfant dans Nuit"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1605, "fin_caractere_exclue": 1612, "texte": "noire :"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1705, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "« Et le veuf s'arrête, infiniment ému. Il"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1798, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "fouille dans sa maigre poche, opération"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1893, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "lente à cause de l'ulster et du veston à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1985, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "retrousser, et des gants fourrés du Louvre à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "défaire, et c'est d'une main tremblante, en"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2171, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "poire (telle celle d'une vraie dévote dans"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2263, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "l'aumônière de M. le curé) qu'il dépose en"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2358, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "quelque sorte, au fond de la timbale"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2448, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "d'étain, comme par crainte d'offenser la"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "fierté des yeux morts pourtant du seul vrai"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2687, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "pauvre d'entre cette foule de pauvres, une"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2824, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "petite pièce, — d'or ou d'argent, — sa main"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2960, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "gauche ne le sait pas."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3081, "fin_caractere_exclue": 3120, "texte": "« Ceci si doucement fait, si discret et"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3173, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "avec une fuite si glissante et comme pudi­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3269, "fin_caractere_exclue": 3313, "texte": "que, que le petit aveugle s'écrie d'une voix"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3366, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "cassée, mais combien pénétrante :"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3460, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "« Merci, madame! »"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3747, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "La maison Quantin va publier une nou­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3840, "fin_caractere_exclue": 3877, "texte": "velle édition du roman de la Dame aux"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3931, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "Camélias, avec une préface nouvelle de"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4023, "fin_caractere_exclue": 4032, "texte": "l'auteur."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4120, "fin_caractere_exclue": 4155, "texte": "Une préface de Dumas est parfois un"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4207, "fin_caractere_exclue": 4248, "texte": "régal. Mais l'auteur de la Dame aux Camé-"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4301, "fin_caractere_exclue": 4345, "texte": "lias a tout dit sur son œuvre, et ne se sou­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4397, "fin_caractere_exclue": 4438, "texte": "ciant pas de se répéter, il passe à côté."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4490, "fin_caractere_exclue": 4526, "texte": "Voici un « à côté » qui est piquant."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4585, "fin_caractere_exclue": 4625, "texte": "On sait, par une préface antérieure, que"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4670, "fin_caractere_exclue": 4710, "texte": "le roman a été écrit en trois semaines à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4761, "fin_caractere_exclue": 4800, "texte": "Saint-Germain. Le jeune Dumas et un ami"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 148, "texte": "s'étaient installés à l'auberge du Cheval"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 207, "texte": "blanc :"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 262, "fin_caractere_exclue": 304, "texte": "« Le lendemain, à notre réveil, il faisait"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 356, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "beau. Au lieu de retourner tout de suite à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "Paris, nous avons l'idée d'aller chez Rave-"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 545, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "let prendre des chevaux pour faire une pro­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 640, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "menade dans la forêt. Vous n'avez pas"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 729, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "connu Ravelet. Je le regrette pour vous."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 821, "fin_caractere_exclue": 860, "texte": "Ravelet tenait un manège, ou plutôt une"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 912, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "écurie, au premier rond-point de la ter­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1004, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "rasse de Saint-Germain. Il était célèbre"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "parmi notre génération. Il achetait tous les"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1192, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "chevaux de réforme, ruant, se cabrant,"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "s'emportant, de la garnison de Saint-Ger­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1376, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "main, et l'on venait exprès de Paris, par"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "bandes, pour les monter. 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On leur mettait indiffé­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 1945, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "remment des selles d'homme ou de femme."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2037, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "Une fois munis de leurs cavaliers ou de"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "leurs cavalières, on les faisait sortir à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2223, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "grands coups de chambrière, et au petit"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2315, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "bonheur! Ça allait, la jeunesse et le rire"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2409, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "aidant. Tout le monde ne tombait pas ;"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2500, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "en tout cas, on se relevait. Heureux temps !"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2644, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "Cette maison Ravelet était, vous n'en dou­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "tez pas, un lieu de rendez vous. De 1840 à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 2919, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": "1860, — époque à laquelle, je crois, les"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3034, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "modifications apportées à la terrasse firent"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3130, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "disparaître son établissement, — Ravelet a"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3224, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "vu défiler sur ses carcans toutes les jolies"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3320, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "filles de la galanterie parisienne, y compris"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3417, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "Marie Duplessis, qui était une des habi­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3509, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "tuées du lieu et dont la nature fiévreuse se"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3605, "fin_caractere_exclue": 3647, "texte": "plaisait à ces promenades à fond de train."}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3702, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "Je me rappelle une histoire assez drôle à"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3795, "fin_caractere_exclue": 3839, "texte": "propos d'un cerisier qui faisait le plus bel"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3891, "fin_caractere_exclue": 3930, "texte": "ornement de la cour de cette écurie. Un"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 3982, "fin_caractere_exclue": 4022, "texte": "jour, je viens et dis qu'on m'apprête un"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4074, "fin_caractere_exclue": 4116, "texte": "cheval. En attendant, je demande à Ravelet"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4168, "fin_caractere_exclue": 4206, "texte": "si je puis grimper dans son arbre pour"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4258, "fin_caractere_exclue": 4300, "texte": "manger des cerises. Il était assez flegma­"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4352, "fin_caractere_exclue": 4396, "texte": "tique. « Vous pouvez, me dît-il, il y a déjà"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4448, "fin_caractere_exclue": 4486, "texte": "quelqu'un. » J'aperçois, en effet, une"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4538, "fin_caractere_exclue": 4581, "texte": "échelle appliquée à l'arbre; je monte et je"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4633, "fin_caractere_exclue": 4669, "texte": "vois une femme jolie, quoique brune,"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4721, "fin_caractere_exclue": 4760, "texte": "comme disait mon ami, assise à son aise"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 517, "debut_caractere": 4812, "fin_caractere_exclue": 4850, "texte": "entre deux branches faisant fourche et"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "mangeant tranquillement des cerises. « Vous"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "permettez, madame! lui dis-je. — Com­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "ment donc, monsieur! avec le plus grand"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 335, "fin_caractere_exclue": 380, "texte": "plaisir. » Et nous voilà mangeant des cerises"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 472, "texte": "et causant de toutes choses dont peuvent"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "causer, par une belle matinée de juin, un"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 661, "texte": "garçon de vingt ans et une jolie fille qui se"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 732, "texte": "rencontrent sur un cerisier. Il y a quatre"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 733, "fin_caractere_exclue": 772, "texte": "ou cinq ans, j'entre dans un magasin de"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 809, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "curiosités pour marchander une glace"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 899, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "Louis XVI. Je trouve une marchande fort"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "aimable, avec des cheveux grisonnants,"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1082, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "gris même, mais avec des yeux noirs en­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "core vifs et de belles dents encore blanches."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "Je me disais : « J'ai vu cette figure-là quel­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1351, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "que part. » Elle me regardait en souriant."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1440, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Je l'examine enfin d'une telle façon qu'elle"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1500, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "sent que je suis sur la piste d'un souvenir."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1628, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "« E h bien, oui, me dit elle, le cerisier de"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "Saint-Germain ! »"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1860, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "La marchande n'a aucun rôle dans le"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "roman, mais qu'importe? Ce souvenir est"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "charmant."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2207, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "Une Faute de Jeunesse (L. Frinzine"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2295, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "et C ie , éditeurs), tel est le titre du nouveau"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2387, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "roman de M. Alexandre Boutique, l'auteur"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "de Xavier Testelin, de Mal mariée et des"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2551, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "Amants adultères."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2647, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "L'amour sensuel de la vingtième année,"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2739, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "violent, aveugle, pouvant faire commettre"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2817, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "des fautes qui pèsent sur le reste de l'exis­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2907, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": "tence, et l'amour chaste, élevé qui forme le"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3001, "fin_caractere_exclue": 3046, "texte": "lien sacré de la famille, sont le double élé­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3093, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "ment de ce récit — un drame évidemment"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3187, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "emprunté à la vie réelle."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3278, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "Les carac.ères des trois personnages"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3366, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "principal x : Le Mari, placé entre l'Epouse"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3410, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "et l'Ancienne Maîtresse, sont d'une vérité"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3485, "fin_caractere_exclue": 3497, "texte": "saisissante."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3582, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "La haute bourgeoisie industrielle est le"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "milieu où se déroule l'action de : Une"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3763, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "Faute de Jeunesse, où l'on retrouve les"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "qualilés d'observation et d'analyse qui"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "furent remarquées dans Xavier       Testelin."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 295, "fin_caractere_exclue": 334, "texte": "Ça et là, quelques hardiesses rappelant"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 386, "fin_caractere_exclue": 431, "texte": "l'ironie agressive des Amants      adultères,"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 521, "texte": "(Fanny Goguelu) dénotent dans l'auteur"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 573, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "un écrivain avec lequel la société contem­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 667, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "poraine devra compter."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "***"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 863, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "Nous avons lu récemment une affiche"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 950, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "vraiment curieuse. Elle annonçait une re­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1043, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "présentation au Musée du Nord, rouvert"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1133, "fin_caractere_exclue": 1175, "texte": "pour la circonstance, pour le 30 novembre."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1227, "fin_caractere_exclue": 1263, "texte": "Voici le programme : « The wonderful"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1315, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "woman, a comic drama in two acts by"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1402, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "Charles Dance. Betsy Baker by Madison"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "Morton »"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1599, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "Et sous forme de nota bene :"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1727, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "« In the entract, M r Emile Sigogne will"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1837, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "give a conférence. »"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "Franchement, il faut qu'il soit enragé, ce"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "brave orateur, et nous l'aurons toujours"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "dans les jambes!"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2137, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "* **                            A ce propos, on nous assure que le"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2255, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "susdit Sigogne, sujet suisse, donne des"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "leçons de diction dans une des salles du"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2438, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "Palais de justice."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2511, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "Quel est le permittatur qui a introduit"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2602, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "ce monsieur dans un établissement public?"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "Quels sont les avocats qui ont besoin d'ap­"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2790, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "prendre la diction suisse?"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2871, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "Nous invitons nos amis des journaux"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 2958, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "quotidiens à demander la lumière sur cette"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3052, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "bizarrerie d'un côté et cette licence de"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3144, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "l'autre. M. Sigogne n'a droit ici à aucune"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3238, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "faveur et, comme monsieur absolument"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3326, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "obscur et nul, n'en mérite pas l'ombre."}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3481, "fin_caractere_exclue": 3484, "texte": "***"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3539, "fin_caractere_exclue": 3578, "texte": "Mlle Mélanie Bouré, cantatrice, a donné"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3630, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "le 4 décembre, un concert remarquable,"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 518, "debut_caractere": 3720, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "sur lequel nous reviendrons. 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Devillers (Hippolyte).\nPoèmes en prose :                             Petit-Pierre                       167\n  Les invités                           343\n  Les amis                              346           Eekhoud (Georges).\n  La lune vengeresse . . .              347   Les Milices de Saint-François\n  Toutes les larmes  . . .              348     (fragments)                       26\n  La fin du monde . . . .               348   Impressions cruelles :\n                                                  I. Les vachers du Mecr .       287\n        Chapaux (Albert).\n                                                 II. Chez les las-d'aller. .     290\nObsession                               255   H o m m e ou soldat? . . . .       403\n        Coriolis (Jacques).\n                                                        Fère (Jacques).\nBallade pour les regrets de la\n                                              Oscillations                       510\n  belle Rolande                         148\n                                                         Flaneur (Un).\n        Desbordes (Louise'.\n                                              Chronique artistique :\nYo-Tse (Fantaisie) . . . .              244\n                                               Notes très incomplètes      sur\n            Des Loges (X.).                       le Salon de Paris .        .   330\nChronique théâtrale.     .     .    .   438\n                                                      Fontainas (André).\n            Destrée (Jules).\n                                              Elévation                          145\nOdilon Redon                            131   Sonnet                             147\nBallade des réverbères mélan­                 Rimes de printemps :\n  coliques . . . . . . .                241     Le sanctuaire                    309\nBallades en prose :                             Le printemps                     310\n  I I . Les trains qui passent                  Langueur                         310\n       dans la nuit                     328     Adoration                        311\nL'Irréparable.                          417     Ariette                          312\n"}, {"page_pdf": 579, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "                                      — II —\n\n             Frédéric (J.).                  Résignation                                           381\nVers :                                       Les voix    .     .   .       .       .       .       382\n  I I I . La vierge  . . . .          177   Horoscope                                              415\n\n                  G.                                   Kaïser (Georges).\n\nToujours                              361   Georges Eekhoud            . . . .                     267\n                                                        Keiler (Georges).\n            Gilkin (Iwan),\n                                            Emblème et sourire . . . .                             489\nAmour d ' h ô p i t a l . . . .        39\nChâtiment                             240              Khnopff (Georges).\nUn assassinat dans u n café .         385   Vers                                                    62\nNocturnes :\n                                                              Kiss.\n      I Noctambule....                426\n    II Psychologie.      . . .        427   Baisers                                                210\n  I I I . Le veilleur de nuit   .     427\n                                                      Lemonnier (Camille).\n   IV. Vétang                         429\n                                            Happe-Chair [fragments).                           .     7\n            Gilson (Jules).\nVers :                                                 Le Roy (Grégoire).\n  V. Pour une vieille .       .   .   179   Vers :\n  Madrigal                            507       V I . Dernière visiteuse                           180\n                                               V I I . Cantilene . . .                         .   181\n           Giraud (Albert).                   V I I I . Résurrection . .                       .   181\nLysiane de Lysias. Lettre ou-\n                                                         Levis (Eddy).\n   verte au trappiste de \" Greta\n   Friedmann             \"            42    Sonnet                                                  67\nL e vieux Steen                       59    Vers :\nVers :                                          I. Sonnet                                          176\n   Silence                            207     I I . L'ombre    .       .       .       .           177\n   La voix brisée      . . . .        207   Rimes noires :\n   Tes yeux                           208     Les plaintes                                         433\n   Quand tu liras ces vers.     .     208     La tache                                             434\n   Crépuscule                         208     Fiançailles.     . . . . .                           435\n   Renaissance      . . . . .         209\n                                                         Lys (Pierre).\nLa Jeunesse blanche. Lettre à\n   Georges Rodenbach . . .            235   Litanies                                               384\nLes Moines. A Emile         Ver­                       Mac-Abre.\n   haeren                             303   Vers :\nLe silence du poète Hirel . .         371     IV. Un qui va se suicider                        .   179\nVers :\n   A un poète                         379               Maubel (Henry).\n   Le tourment du retour . .          380   La mort de Miette Stephen .   59\n   Silence                            380   Chronique musicale. . . 194, 258\n"}, {"page_pdf": 580, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "                                      — III —\n\nChronique musicale :                                         Siebel.\n  Pierrot macabre . . . . 22 3              Airs de flûte :\nFlux et reflux. . .          322                 V I I . C'est ainsi . .          11\nA cœur perdu    . . . . 464, 490                VIII. Mal          . . . .        78\n             Médard (S).                          IX. Au « British » .            19\nPépins :                                             X. Au boulevard .            80\n    I. Pépin triste . .       .       222         XI. La flûte est triste         81\n  I I . Pépin gai                     223        X I I . Il pleut . .             153\n                                                X I I I . Sun shine               2l5\n          Mériot (Henry).\n                                                XIV. La complainte          des\nVieux maîtres                         350\n                                                            boissons bues.        216\n         Monseur (Eugène).                        XV. Nuits d'avril       .       218\nCarte de visite                       360       XVI. Amour-Hôtel          .       219\n                                               X V I I . Pureté     . . .         243\n           Moréas (Jean).                     X V I I I . Toute la gamme          294\nChronique littéraire :                           XIX. Sans flûte                  344\n Le Symbolisme      .                 436\n                                                        Swarlh (Hélène).\n          Nautet (Francis'.                 Mépris ,                              374\nM. Ernest Renan . .           . 50, 149\nLe comte Léon Tolstoï            . 451.            Van Acker (Florimond).\n                                            La Jeune Belgique (frontispice\n       Féladan (Joséphin).\n                                              à l'eau forte)\nChronique littéraire . . .            246\nRembrandt                             351          Van Arenbergh (Emile).\n              R é t y (Marius),             A Calderon : Les Cyclopes .           282\nNouvelles de la grand'route :                          Vandrunen (James)\n  V I I . Solo de flûte . . .         390\n                                            Flemm-Oso                              71\n  V I I I . La promenade        . .   393\n                                            Les forêts :\n    IX Le gueux à l'orgue .           396\n                                               I. Forêt rousse         . . . .    375\n        Rodenbach (Georges).                  II. Forêt blanche.        . .       317\nVers pour une rousse . . .             19\nHappe-Chair                           203          Van Peteghem (Frantz).\nTrois nouveaux poètes .                     Sonnet                                 71\n  Charles    Van      Lerberghe,\n     Grégoire Le Roy,      Mau-                        Verhaeren (Emile)\n     rice Maeterlinck    . . .        313   Les soirs : Printemps .                46\n                                                        Les    Corneilles          46\n          Rotiers (Fritz).\n                                                        Les Brumes       .         47\nSouvenirs de la vie d'étudiant.        63\n                                                        Le Gel . . .               48\n            Russel (Raoul).                             Le Parc.    . .            48\nLa chambre hantée                     227               Le front du soir           49\n"}, {"page_pdf": 581, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "                                   — IV —\n\n\n Chronique artistique :                    Six années                           476\n  Dixième exposition de « l'Es-\n                                                              X.\n     sor »                    : 158\n  Le Salon des XX.      . . . 182          Chronique théâtrale :\n  Expositions Agncessens et                 Jeanne Bijou                        188\n     Baron                     .220\n  Exposition du Cercle artis-\n    tique                        255       La Jeune Belgique . . . .      5\n                                           NOTRE P R O C È S . . . .     82\n          Vurgey (Florent).                  I. LES PLAIDOIRIES: Plai-\nInstantanés : Betting .    .   .   5o8          doirie de M. Georges\n              L'Antre .    .   .   5o8          Rodenbach                83\n              Le Cygne     .   .   509          Plaidoirie de M. Albert\n              L'Orgue .        .   5og          Simon                   103\n              Méduse .     .   .   5 09     II.   D O C U M E N T S COMPLÉ­\n              Vénus .      .   .   510            MENTAIRES : Les débuts\n                                                  de Ric-Rac dans la litté-\n           Waller (Max).                          rature                        116\nSchmitt                         68        III.    L E JUGEMENT      .   .   .   118\nChronique littéraire. . . 154, 211        IV.     L E S COMPTES-RENDUS .        120\nM. Coquelin sifflé . . . . 253            Chronique judiciaire :\nL'Art au dessus des révolu­                 M. Coquelin sifflé . . . 295\n  tions                   339, 382        Memento . 125, 161, 199, 228, 262,\nJournaux belges                429              299, 334, 363, 400, 441, 475\nElles .                        447        Memento musical . . .          165\n\n  Nous conseillons à nos abonnés de faire relier leurs volumes de notre\nRevue, avec la suite de ses couverture \\ réunies à la fin du tome. Ils auront\nainsi les fantaisies et variétés dont voici la nomenclature :\nLe veau, par Alphonse Allais N°     1     Un moyen comme un autre,\nLes théâtres : Monnaie,                     par Alphonse Allais . . N° 5\n   Parc, Galeries, Alcazar . N°     1     Sur le vif, par Alph. Allais. N° 6\nPour en avoir le cœur net,                La belle Ida,      id.     N°     7\n   par Alphonse Allais . . N°       2     Obstination,       id.         N° 8\nLes théâtres : Bourse . . N°        2     Un enterrement aux champs,\nSalammbô — Le crabe déli-                   par Alphonse Allais       . N° 9\n  quescent. — Camembert      N°     3     Toto au Luxembourg, par\nLe bon peintre, par Al­                     Alphonse Allais       . . N° 10\n  phonse Allais . . . . N°          4     Variétés : Chez le comte\nLes théâtres : Monnaie. . N°        4       Tolstoï                     N° 11\nLe bon amant, par Alphonse                Le mot de la fin . . . . N° 11\n  Allais                     N°     5I\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Allons les lires aussitôt Mille gratitudes", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "GIL BLAS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 582, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 647, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n   138. Que trouve-t-on dans ces quatorze lettres : A. A. A. E . L. M. N . P . R. S. U. U .\nW . W . ? Déjà l'on y trouve Snamrewuaw Luap que l'on peut retourner pour le voir....\npar derrière. On y trouve encore Ane, puer, suer, sale, merle, lama; nos lecteurs sont\npriés de nous envoyer les combinaisons qu'ils auront découvertes et qui en même temps\nont de la justesse dans le.... rapport. Ce sera pour les étrennes de notre cher petit Paul.\nNos lecteurs sont conviés à trouver de nouveaux jeux.\n   13g. A. A. D D. C'est pas mal votre nouvelle La Renaude. Monsieur Dada ou Adad,\nmais un peu lâchée : « Les buveurs plus soifs de sa chair que de boisson » nous semble\nun peu risqué. Soif n'est pas un adjectif. Passera néanmoins un de ces jours.\n   140. SERGENT. Mon premier amour est faible, mais plein de jolies choses. Trop inégal,\ncela. Faites mieux. A vous et merci.\n   141. H. DE WAELE. Votre sonnet passera dans le prochain numéro.\n   142. C. DE ROL... Çà, une ballade! as-tu fini, m'amour ? Le panier lui sourit douce­\nment dans l'ombre...\n   143. PIERRE P. Le panier ne sourit plus. Lui-même n'en veut pas, de votre Matin\nd'hiver! Si c'est une gageure, dites le tout de suite.\n   144. MARCEL V. Quelques vers excellents, mais\n                    1° « Où les puissants dieux même sont pris d'effroi ».\n  Manque d'un pied.\n                     20 « Les encens consacrée que ? autel réclame ».\n  Manque d'un pied.\n                    3° « A tes pieds f ai placé vion cœur en ex-voto ».\n  Ressemble un peu fort à :\n                     a . .                     aux pointes empourprées\n                     De tes seins je suspens mon cœur en ex-voto »,\n  Qui se trouve dans les Vingt-quatre coups de sonnet de Théodore Hannon (1876).\n  En résumé, c'est très imparfait. Nous baillez autre chose plus soignée au point de vue\ndu mètre et des adjectifs, qui sont chez vous un peu hyperboliques.\n  145. JULES VANDER B. Hilda est une page de premier ordre qui passera sans retard.\nMerci — et recommencez.\n  146. CHARLES S. ANVERS: Votre idée, excellente, nous arrive trop tard malheureuse­\nment. Ce sera pour l'an prochain. Merci néanmoins bien cordialement. Nous comptons\nsur vous pour faire de la propagande à la J. B. Amenez-nous vos amis — la cause est\nbonne, servez-la. A vous.\n  147. A. J. QUAREGNON. Recevons à l'instant vos vers. Allons les lires aussitôt Mille\ngratitudes.\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1886-12-05-n12-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1886-001-005_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1886-001-005_f.pdf", "ocr_sha256": "32a690db597b6cdc03231c6c4fc9b65ee577c36da78544e4898070612b301bf2", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A tous les Artistes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 583, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "A\n           tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n           de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n           qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\n porain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                    6, R U E P A U L DEVAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                            ET    M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N C A R D O N ,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n                    V I E N T             D E       P A R A I T R E\n\n  LETTRES A JEANNE\n                              PAR     JULES        DESTRÉE.\n      Un beau volume imprimé chez Mme Ve Monnom. 4.00 francs.\n\n\n                                    E N        V E N T E\n        chez Ed. M A H E U , rue Fossé aux Loups\n\n\n\nPetite Bibliothèque Universelle\n                                 30 centimes le volume\n\n\n   Cladel : Les Va-nu-pieds. — Hector France : L'Amour au pays bleu.\n — Catulle Mendès : La demoiselle en or. — Clovis Hugues : Poésies\nchoisies. — Champfleury : La fille du Chiffonnier. — Paul Alexis : Les\nfemmes du père Lefèvre.\n\n                            DEMANDER LE CATALOGUE\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 536, "texte": "6° ANNÉE.      TOME V, N° 12.   PRIX : 60 CENT. ÉTRANGER : 75 CENT,               5 DÉCEMBRE 1886.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                  De la musique encore et toujours!\n                                                  Que ton vers soit la chose envolée\n                                                  Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée\n                                                  Vers d'autres cieux à d'autres        amours,\n                                                  Que ton vers soit la bonne aventure\n                                                  Éparse au vent crispé du matin\n                                                  Qui va fleurant la menthe et le thym...\n                                                  Ei tout te reste est   littérature...\n                                                                         PAUL   VERLAINE.\n\n\n\n                                 SOMMAIRE:\n    Six années                                                   MAX WALLER.\n    Emblême et sourire                                           GEORGES KELLER.\n    A cœur perdu (fin) .        .                                HENRY MAUBEL.\n    Madrigal                                                     JULES GILSON.\n    Instantanés                                                  FLORENT VURGEY.\n    Oscillations                                                 JACQUES FÈRE.\n    Memento\n                                TABLE    DES   MATIÈRES.\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                     80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1886\n"}, {"page_pdf": 537, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                      REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n               er\nparaissant le 1 de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe volume\n                                 orné d'un frontispice.\n   Bruxelles : Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n        Directeur    : MAX WALLER. - Secrétaire : F. VURGEY.\n                       Administrateur : H. VAN DIJK.\n\n                              ABONNEMENTS :\n              Belgique : 7 francs par an. — Union postale : fr. 8-50.\n         Les conditions pour les annonces se traitent à              forfait.\n\n\n                           A NOS LECTEURS\nComme tous les ans, nous donnerons le 1er janvier à nos lecteurs la\n     prime artistique d'un frontispice gravé en photogravure. Celui de 1887\nsera signé XAVIER MELLERY.\n\n\n  Dès Aujourd'hui, Pour Éviter l'Encombrement De\nLa Fin d'Année, Nous Lançons Nos Quittances De\nRenouvellement. Nous Comptons Qu'Aucun De Nos\nAmis Ne Se Fera Tirer l'Oreille & Que Tous\nLaisseront Aux Mains Du Facteur Les Modestes\nSept Francs De Leur Abonnement. Qu'ils Reçoivent\nd'Avance Nos Remerciements & Notre Gratitude.\n\n  Au présent numéro sont jointes la couverture du volume et la table\ndes matières.\n\n\n\n\n                                   L'ANNÉE QUI S'OUVRE\n                          Nous pouvons (d'ores et déjà) promettre à nos lecteurs\n                       une série d'oeuvres de premier ordre pour le volume de\nla Jeune Belgique qui va s'ouvrir. Notre prochain numéro contiendra une\nnouvelle La fête des SS. Pierre et Paul de GEORGES E E K H O U D , un\nacte funambulesque en vers d'ALBERT GIRAUD, des vers d'EMILE\nVERHAEREN, un sonnet d'EMILE VAN ARENBERGH, une étude\nde FRANCIS N A U T E T sur L'Abbesse de Jouarre, etc., etc.\n   Les suivants fascicules renfermeront notamment une étude de JOSÉ­\nP H I N PÉLADAN sur Fra Angelico et les Primitifs, une suite de\nnouvelles d ' H I P P O L Y T E DEVILLERS : titre : Péchés véniels; une\n"}, {"page_pdf": 538, "texte": "                         SIX ANNÉES\n\n\n                                Au moment où nous fermons le volume pré­\n                           sent pour en recommencer un autre, nous de­\n                               vons, comme de coutume, regarder une mi­\n                               nute le travail accompli et nous demander si\n                              notre ligne a été droite et notre campagne\n                            bien conduite. Voilà six années déjà que nous\n                                 avons remplies de nos efforts, toujours en\n                                 éveil, toujours inquiets, toujours décidés à\n                                 ne pas faiblir.\n                    Notre programme n'a pas changé. Tout au long des\n                 deux mille et cinq cents pages de la Jeune Belgique, ou\n                 trouvera l'application des théories d'art que nous n'avons\n                 pas cessé de défendre avec persévérance et obstination.\n\n\n                                                I\n\n                   La littérature actuelle est hésitante et cherche ses voies.\n                Il semble qu'elle se recueille pour s'élancer, les ailes grandes,\n                vers des espaces inexplorés.\n   L'influence des romans russes, répandus subitement dans le monde des\nlettres, celle d'esprits étranges comme Villiers de l'Isle-Adam, ont profon­\ndément troublé la jeune génération ; la recherche psychologique, poussée\njusqu'à la métaphysique, paraît remplacer de jour en jour la notation scru­\npuleuse des choses extérieures qui fait la base de l'école naturaliste.\n                                                                         31\n"}, {"page_pdf": 539, "texte": "                                      — 480 —\n\n    Des livres comme Le Crime et le Châtiment (*), comme L'Amour\n suprême (**) et L'Eve future (***) ; des estampes d'Odilon Redon ou des\n tableaux pensifs de Gustave Moreau, se sont imposés à la cervelle contem­\n poraine ; la dissection de l'immatériel devient une tâche suraiguë à laquelle\n on s'adonne avec des battements de tempes et des tremblements de mains.\n Le livre a des dessous magnétiques que l'on pénètre peu à peu, par une\n sorte d'initiation lente et cruelle.\n   On a tenté de fonder une école poétique nouvelle qui fût en rapport avec\nces aspirations à l'exactitude psychologique, une école où toutes nos facul­\ntés et nos sens fussent mis en œuvre pour donner une impression non\néprouvée encore, le « frisson nouveau » qui secoua la génération parnas­\nsienne des Fleurs du mal.\n   On poussa l'expérience trop loin. A force de couper en mille les cheveux\n « de l'esprit », on en arriva à ne plus voir trace de chevelure, et l'on tomba\ndans une obscurité où devait fatalement disparaître l'art récent. Les « déca­\ndents », parmi lesquels se trouvèrent des écrivains pleins de sève, virent\nleurs efforts engloutis par le bon sens.\n   On pouvait admettre l'Art poétique de Paul Verlaine :\n                       Car nous voulons la Nuance      encor,\n                       Pas la couleur, rien que la     Nuance!\n\n  Ce n'était là qu'un dogme de raffinement, de byzantinisme poétique qui\ndevait séduire certains artistes, et nous avions en Georges Khnopff un\ndélicat dont les vers appliquaient adorablement les nouveaux canons. Nous\neûmes aussi Grégoire Le Roy, qui modula cette pièce inexprimablement\nmusicale : Le passé qui file :\n                     La vieille fille et son rouet\n                     Parlent de vieilles, vieilles choses,\n                     La vieille a les paupières closes\n                     Et croit bercer un vieux jouet.\n                     Le chanvre est blond, la vieille est blanche.\n                     La vieille file lentement,\n                     Et pour mieux l'écouter se penche\n                     Sur le rouet bavard qui ment. (****)\n\n\n\n  (*) Dostoïevsky, Th. Le Crime et le Châtiment, traduit du russe par Victor Derély.\nDeux volumes, chez E. Plon, Nourrit et Cie. Paris, 1885.\n  (**) L'Amour suprême, par le comte de Villiers de l'Isle-Adam. Un volume, chez\nM. de Brunhoff. Paris, 1886.\n  (***) L'Eve future, par le même. Un volume, chez M. de Brunhoff. Paris, 1886.\n (****) La Jeune Belgique, tome V, page 317..\n"}, {"page_pdf": 540, "texte": "                                    — 481 —\n\n   Nous nous inclinions insensiblement vers un art de demi-teinte; au lieu\ndes papillottements prestigieux du vers de Gautier et de Banville, nous\nallions aux décroissances presque imperceptibles, aux éclats éteints, aux\ncouleurs passées, au pâlissement de toutes choses, à une sorte de poésie\nconvalescente dans le demi-jour d'un Parnasse capitonné. Il y avait là\ndedans une atmosphère maladive — décadente, si l'on veut parler à la mode\n— mais d'une maladie gracieuse de relevailles, dans laquelle il était défendu\nde parler haut.\n   Pourquoi cet art n'eût-il pas eu droit à son heure de gloire ? On avait\nnommé les Parnassiens des Impassibles, parce qu'ils enchâssaient leur pen­\nsée de poètes dans du marbre ; ceux-ci auraient été les Sensitifs emmaillo­\ntant leur âme dans des plumes de grèbe...\n   Le besoin de « faire école » fit crouler le groupe décadent. Le Traité\ndu Verbe, de René Ghil (*), le Scapin, le Décadent, scellèrent de ridicule un\nsystème qui devait être manié avec mesure et délicatesse. On commit serei­\nnement des vers de ce genre :\n                Tel instant qui naissait des heurs éventuels,\n                Tout palmes de doigts longs aux nuits ondulatoires,\n                Vrais en le dôme espoir des vols perpétuels,\n                Nous ouvrit les passés de nos pures histoires.\n\n  L'école décadente fut jugée par un immense éclat de rire et l'on n'en\nparla plus.\n\n                                        II\n   Les poètes de la Jeune Belgique n'ont pas suivi dans ses écarts la pha­\nlange française. Au contraire, au lieu de torturer la langue, comme plu­\nsieurs de nous le firent à leur début dans l'art d'écrire, nous avons tous\nramené notre ambition littéraire à la clarté et à la netteté de l'idiome. Nous\nn'hésitons pas, il est vrai, à employer le mot rare, le terme délaissé, la\nphrase mignarde même que le dix-huitième siècle nous a transmise, mais le\nnéologisme disparaît peu à peu, le style s'éclaircit; nous tentons, en un\nmot, de parler et d'écrire en français impeccable, de donner au pays une\ntradition correcte en même temps qu'artiste. Y réussirons-nous?\n   Que l'on se souvienne du Scribe (**), d'Albert Giraud, cet accès de fièvre\nchaude où le malade écrivain prononçait la moitié des mots dans un bal-\n\n  (*) René Ghil :Traité du Verbe, avec Avant-dire de Stéphane Mallarmé. Une pla­\nquette grand in-8°, chez Giraud. Paris, 1886.\n  (**) Albert Giraud : Le Scribe. Un volume, chez Lucien Hochsteyn. Bruxelles, 1883.\n"}, {"page_pdf": 541, "texte": "                                               — 482 —\n\n  butiement de delirium. C'était la « prime gourme » jetée dans tout son\n  fracas d'extravagance, premier jet magnifique de présomption, pétarade\n  d'avant-garde, bagatelle de la porte étouffée dans un vacarme de cymbales\n et de grosse caisse.\n     Lisez aujourd'hui de ces morceaux hors ligne de Hors du siècle (*) : Cré-\n puscule, Tourment du retour, et ce joyau Renaissance (**):\n                     II te suffit de faire un geste   aventureux,\n                     Pour qu'il y ait à mes yeux la soudaine puissance\n                     D'évoquer en mon cœur, sous un ciel amoureux\n                               Toute la Renaissance !\n                     FA j'imagine alors un vaste palais clair,\n                     Où des lacs de soleil dorment au pied des arbres,\n                     Et font à leurs reflets rosir comme une chair\n                              La chasteté des marbres!\n\n    Toute comparaison à part, le vers de Malherbe est-il, dans sa majesté de\n plain-chant, plus correct et plus français que ces strophes, et ne sont-elles\n pas une réponse à la légende du charabia Jeune-Belgique qui court les\n petites feuilles?\n   Est-il, ce charabia, dans les beaux vers de Rodenbach : Pour une\n rousse :\n                    Et vous, considérant ma divine agonie,\n                    Sentant dans votre cœur descendre mon génie,\n                    Heureux atrochement que je mourais pour vous,\n                    Et secouant au vent vos larges cheveux roux,\n                    Vous suiviez un départ d'anges dans les nuées,\n                    Aux ailes de condor lentement remuées,\n                    Qui s'en allaient porter mon âme au   Tout-Puissant.\n\n                    Et vos cheveux étaient tout rouges de mon sang! (***)\n\n  Est-il, ce jargon Jeune-Belgique, dans l'adorable Cantilène de Grégoire\nLe Roy (****)? Est-il dans les pauvres Airs de flûte (***) que Siebel a sifflotes\npour s'égayer un petit ?\n  Le trouve-t-on, le volapük Jeune-Belgique, dans les Milices de Saint-\nFrançois (*****) apportées par Georges Eekhoud à l'année 1886 Comme\n\n  (*) Va paraître chez Lemerre.\n  (**) La Jeune Belgique, tome V, page 209.\n  (***) La Jeune-Belgique, tome V, p 25.\n  (****) La Jeune-Belgique, p. 181.\n  (*****) La Jeune-Belgique, tome IV, pp. 493, 494, 547, 548, 550, tome V, pp. 77, 78,\n80. 8 1 , 153, 215, 216, 218, 243, 294, 344.\n  (******) Les Milices de Saint-François,         par Georges Eekhoud. Un volume, chez\nM1110 veuve Monnom. Bruxelles, 1886.\n"}, {"page_pdf": 542, "texte": "                                  — 483 —\n\n  dans Kees Doorik, comme dans les Kermesses, c'estTouvrier qui occupe\n  la scène, non l'ouvrier sandesque, mais le pacant, le pitaud — ne souriez\n  pas, c'est au dictionnaire, — le rustre sauvage d'une terre inexplorée pâl­\n  ies Lettres. Parcourez le récit que fait Sussel Waarloos, dans les Milices, de\n  la manifestation catholique du 7 septembre. Morceau de maître, évocateur,\n  superbe. Mais pas de paillon, pas de ballonnement; un style serré, dur,\n inattaquable comme granit. Du français enfin, et du français qui évoque le\n flamand — sans tourner au belge; de la littérature de terroir admirablement\n noble et simple.\n     Eekhoud a évité la contagion terrible du pastiche. Il ne ressemble qu'à\n lui-même, et en lisant son œuvre, aucun autre nom que le sien ne vient\n à l'esprit.\n     C'est que ce concentré a subi dès l'origine le coup de la Terre. Pataud\n renforcé, il comprend l'art d'autrui mais ne se l'assimile pas. Il évoque\n pour nous ces garçons de ferme qui traînent la même charrue tout le long\n du jour, soulevant la même terre grasse, et allant jusqu'au bout du sillon,\n mais indifférents à tout ce qui n'est pas leur coin de pâture. Ainsi, Eekhoud\n laboure son champ bien-aimé, il le fait crier sous son fer, il le presse entre\n ses doigts, le pétrit, le modèle, en fait une statue aux contours robustes qui\n est son livre.\n    Est-il, cet apache Jeune-Belgique, dans le beau tableau de la Belgique\n dont le Tour du Monde vient de donner le dernier trait? Plus qu'aucune\n autre de l'auteur du Mort et de Morteroche, cette œuvre survivra à celui\n qui l'a écrite. Toutes ses facultés, tout son art, il les a entassés là dedans;\nil les y a jetés à pleines gerbes, sans compter, et ce livre restera comme un\nde ceux que notre pays peut dresser, ainsi qu'un indestructible monument,\nà la gloire de Camille Lemonnier. Quiconque a lu les descriptions de\nBruges, d'Anvers, du Brabant, a conservé dans la mémoire, avec une clarté\nde vision, ces largeurs de style et ces opulences de verbe.\n    Voici la fin du livre :\n    « Lentement le ciel s'apâlit sur ces idylles; une fumée rose monta des\nhorizons; le soleil décrut derrière la paix du grand paysage. Et mélancoli­\nquement, je pensai qu'il ne se relèverait plus sur les pages de ce livre. Avec\nson disque rouge, déjà froidi de silence et d'ombre, s'enfonçait dans la nuit\nl'œuvre accomplie après tant d'aurores et de couchants. Je l'ai menée à\ntravers la vie bonne et mauvaise : depuis bientôt cinq ans, j'y mets une ten­\ndresse religieuse pour la terre maternelle où dorment les miens, où moi-\nmême j'irai dormir un jour. Et voici que je touche à son déclin. A travers\nl'inévitable tristesse qui accompagne la fin des labeurs humains, il me reste\n"}, {"page_pdf": 543, "texte": "                                  -   484    -\n\ndu moins une douceur, celle d'y avoir vécu, dans les siècles et le temps, chez\nles ancêtres et les vivants, de la vie même de la patrie, en communion\nconstante avec sa grande âme indéfectible (*). »\n   Fin mélancolique qui hausse l'artiste et lui donne une attitude impo­\nsante qui demeurera dans l'avenir comme le geste immuable des statues.\nHappe-Chair est un hoquet d'ivrogne, la Belgique un grand murmure\nqui traverse, en les magnifiant, les plaines de l'Art et les forêts pensives de\nl'Idéal.\n   Que tout ceci ne semble pas un panégyrique d'enfant de chœur : nous\ndéfendons ici notre forme littéraire contre ceux qui mettent leur mauvaise\nfoi au vent pour nous affubler d'une légende grotesque.\n   Nous qui avons dirigé matériellement la revue Jeune-Belgique, et en\navons suivi, de plus près que tout autre, les diverses phases, nous enten­\ndons faire justice, une fois pour toutes, de la sotte histoire qui fait de nous\ntous des maniaques, des épileptiques littéraires auxquels nul barbarisme\nn'est étranger et qui se contorsionnent à plaisir dans une sorte d' « acrobatie »\nde langage. On nous prend pour des équilibristes... déséquilibrés, et bientôt,\nsi nous ne tranchons violemment le commérage, le mot Jeune-Belgique\npassera dans le belge comme synonyme de javanais.\n   Aussi, dans cette étude, qui n'est pas une distribution de prix, voulons-\nnous montrer, preuves en main, ce que nous sommes ou du moins ce que\nnous rêvons d'être : des écrivains.\n\n\n                                       III\n  A côté de Georges Eekhoud, d'Albert Giraud, de Camille Lemonnier, de\nGeorges Rodenbach, il nous faut placer MM. James Vandrunen et Henry\nMaubel — nous ne parlons pas de M. Jules Destrée dont le premier livre\nparaît seulement.\n   Car, nous avons eu déjà l'occasion de le dire, ces fâcheux Jeunes-Belgique,\nque l'on confond dans la même ironie fine, — ne se ressemblent pas, quoi­\nqu'ils s'assemblent beaucoup, et si nous avons quelque intérêt, c'est préci­\nsément de la diversité de nos aptitudes que nous le tenons.\n   James Vandrunen est un « affineur » qui donne son observation à l'état\nde poudre légère; il aime les préciosités à manchettes; lorsqu'il a mis un\ntrait sur le papier vierge, il demande vite de la mie de pain pour l'effacer\nun peu ; il reste une chose vague comme ces ombres légères qui demeurent\n\n  (*) Le Tour du Monde. La Belgique, par M. Camille Lemonnier, tome LII. 1344e liv.\n"}, {"page_pdf": 544, "texte": "                                   — 485 —\n\nfixées au verre des cadres où il y eut un pastel. Flemm-Oso .(*) et Elles (**)\n— encore un volume à l'actif de 1886 — sont une longue causerie pleine de\nmots délicats dits en sourdine. On croirait entendre les propos galants\nd'une marquise du vieux régime — telle la grand' mère des Tristesses et\nsourires — égrenant les réflexions semi-mélancoliques, semi-railleuses que\nlui inspirent les mœurs du jour. C'est comme un journal intime d'où les\npages trop franches ont été arrachées pour ne faire de peine à personne.\nC'est mince, mais ainsi que ces feuilles de papier de soie dans lesquelles on\naurait enveloppé des mandarines.\n   Plus vive et plus mordante est la verve de Henry Maubel; celui-ci voit\nautrement; dans son style comme dans sa personne, il y a une allure de\nflegme... ému. C'est un Pierrot de Londres. Il excelle à dire la jeune fille,\nmais spécialement la « mélancolique tintamarresque » comme Renée\nMauperin.\n   C'est, d'ailleurs, une des joliesses de notre époque que cette fusion du\nsourire dans la tiédeur des larmes. Il est de très mauvais ton de déranger le\nmonde du bruit de ses sanglots, de même qu'il est d'un goût détestable de\nrire de tout comme Figaro, qui est si souvent plus raseur que barbier. Mais\nsouligner d'une discrète ironie la petite larme qui perle à l'œil; insinuer que,\naprès tout, l'on est bien bête de « se faire du mauvais sang » et que si l'on\npleure un tantinet, c'est pour plaire aux dames; avoir un scepticisme dandy\nqui ne s'émeut de rien, mais se civilise parfois ; diminuer d'un mot fin, que\nl'on s'adresse à soi-même par politesse, la légère amertume que donnent les\n incidents de la vie; c'est le ton de la littérature fantaisiste d'aujourd'hui.\n C'est de la philosophie dans une papillote, de la science en jabot, de la\n profondeur qui ne pose pas à l'abîme.\n    Le pessimisme passe de mode, ou du moins cet enfant gâté de Me Acker­\n mann se corrige. Nos Schopenhauer ne dédaignent pas de faire des mots et\n les Léopardi du jour tranchent du bel esprit; nous nous suicidons, mais en\n nous grisant, comme le duc de Clarence dans son tonneau de Malvoisie...\n    Nous avons cité Villiers de l'Isle-Adam; celui-là est un pessimiste de la\n dernière heure, un Edgard Poë d'après le téléphone, un penseur, à coup\n sûr, mais un penseur selon la science plus que selon le sentiment. L'Eve\nfuture restera comme un des livres les plus originaux de l'année 1886, non\n\n\n  (*) Flemm-Oso. Un volume hors commerce tiré à 100 exemplaires. Bruxelles-Ixelles.\nImprimerie Générale, 1884.\n  (**) Elles, par James Vandrunen. Un volume hors commerce tiré à 150 exemplaires,\nchez M me veuve Monnom. Bruxelles, 1886.\n"}, {"page_pdf": 545, "texte": "                                      — 486 —\n\nmoins que L'Amour suprême dans lequel rayonne ce parfait chef-d'œuvre:\nAkédysséril, plus parfait, si c'est possible, que les superbes Souvenirs\noccultes des Contes cruels (*).\n   L'exotisme, la recherche des littératures étrangères, la soif du breuvage\nnouveau, auront marqué la période de l'heure présente. On connaît actuel­\nlement Tolsto'i, Dostoïewsky, Gogol, Pouchkine — on lit les traductions\nde Verdaguer, de Valera, de Capuana, de Verga — ce rustique puissant\ndont la Jeune Belgique donna naguère une page supérieure adaptée par\nEekhoud (**).\n   Cet envahissement de manifestations littéraires, inattendues et encore mal\ncomprises, doit troubler fatalement toutes les idées d'une génération jeune\net apte aux empreintes ineffaçables.\n\n\n                                           IV\n   Ce mouvement est parallèle à celui dont le vieux vautour Barbey d'Au­\nrevilly est le premier chef, et dont Léon Bloy, Joséphin Péladan, Stanislas\nde Guaita, Charles Buet sont les héraults. Ceux-là sont les catholiques\ninquisiteurs, les Torquemada qui trouvent tiède la papauté.\n   Ils remontent au moyen-âge et plus haut encore, en mêlant le Dogme à\nla Kabbale, le Culte à la Magie. Ils donnent des poignées de main, par\ndessus le Trône et l'Autel, à l'Hermès Trismégiste. Ils parlent de Christna\nl'Indien, du Persan Zoroastre et de Fo-Hi le.Chinois, « qui reconstituèrent\npartiellement l'antique synarchie du Bélier », comme si tout le monde était\ntenu de connaître ces ancêtres, cette synarchie et ce bélier, et leurs romans\ns'égarent dans des correspondances hermétiques dont on sort impressionné\nmalgré soi — et son bon sens.\n   Dans cet ordre d'idées, nous avons eu en 1886 1' « Essai de sciences\noccultes » : Au seuil du mystère (***), qui semblait devoir nous initier à toute\ncette érudition exhumée par des Maspero de l'Art. Des journaux français\n\n\n  (*) Comte de Villiers de l'Isle-Adam : Contes cruels. Un volume chez Calmann-Lévy.\nParis, 1883.\n  (**) La Jeune Belgique donnera en 1887 la traduction faite par Georges Eekhoud d'un\ndrame anglais en 5 actes : La duchesse de Malfi. Cette pièce, qui n'a jamais été traduite,\nest de Webster, un contemporain de Shakespeare et nous la tenons pour un merveil­\nleux et pur chef-d'œuvre.\n  (***) Essais de sciences maudites : I. Au seuil du mystère, par Stanislas de Guaita.\nUne plaquette grand in-8°, chez Gjorges Carré et A. Manceaux. Paris et Bruxelles, 1886.\n(Extrait de l'Artiste.)\n"}, {"page_pdf": 546, "texte": "                                     -487\n\ntraitaient sérieusement l'initiation occulte et l'un d'eux rapporta ce fait\nque nous n'avons pas songé à vérifier :\n   « Il y a peu d'années, quand le grand artiste Félicien Rops eut publié\ncertaine série d'eaux-fortes, il fut fort surpris de voir arriver chez lui environ\ndeux cents personnages, qui lui dirent :\n   — Monsieur, vous avez restitué un tombeau égyptien que seuls connais­\nsent les adeptes du second degré; vous êtes donc un adepte du second\ndegré, touchez-là! » (Le Gaulois).\n   L'anecdote est sans doute une fantaisie d'artiste que Rops aura insinuée\navec gravité à quelque « interviewer » na'if, mais elle prouve qu'il y a un\nremue-ménage dans les cerveaux, et l'on a peine à croire qu'un écrivain, de\nl'envergure de Joséphin Péladan, crée des types inoubliables comme Méro-\ndack, le mage du Vice suprême (*), sans y croire un peu. Les jeunes devaient\nfatalement être arrêtés par cet art étrange dans son mystère et, sans aller\nplus loin, nous devions nous-même accepter le juste reproche d'avoir subi\nl'influence de Péladan lorsque nous écrivîmes Lysiane de Lysias (**).\n   Nous aurons bientôt à parler du Juré de M. Edmond Picard, qui nous\nservira, plus que tout autre livre, à démontrer l'influence irrésistible du\nroman étranger sur l'écrivain actuel.\n\n\n                                           V\n   Nous ne voulons pas, au demeurant, faire ici le résumé de l'éclosion lit­\ntéraire belge de 1886. Il nous faudrait ajouter aux livres que nous avons\ncités accidentellement : Les Moines d'Emile Verhaeren, Mademoiselle\nCorvin de Jean Fusco, l'édition définitive de Kees Doorik de Georges Eek-\nhoud, les Nuits du Garde de Paul Hagemans, le Pro Arte de M. Edmond\nPicard, les Contes de M. Jules Van der Brugghen, les Lettres du fond des\nbois de M. Frédéric Cousot; nous rappellerions la chute de La Basoche et\nla naissance de La Wallonie; enfin nous nous couvririons la tête de cendres\nau souvenir de l'insuccès de notre Jeanne Bijou, plongée, avec Le Saxe de\nFrancis Nautet, dans l'ombre d'un oubli peu regrettable.\n   Nous devrions nous arrêter à la Jeunesse blanche, ce livre plein de\n\n\n  (*) Jóséphin Péladan. Etudes passionnelles de décadence : Le Vice suprême, préface\nde Jules Barbey d'Aurevilly Frontispice de Félicien Rops. Un volume : à la Librairie des\nAuteurs modernes. Paris. 1884.\n  (**) Max Waller : Lysiane de Lysias. Un volume chez Mme Veuve Monnom.\nBrxuelles, 1885.\n"}, {"page_pdf": 547, "texte": "                                  — 488 —\n\n beautés où Georges Rodenbach, purifié de tout alliage français, a égrené\ndes vers débordants de passion et de mélancolie, pleins d'images neuves,\ninattendues, évocatives. Nous aurions à scruter l'art mystérieux et maladif\nd'Iwan Gilkin, ce poète scrupuleux à la forme rare et précieuse, où les\nmots enchâssés scintillent comme gemmes et brillants. Nous interroge­\nrions Francis Nautet, l'homme de la critique jeune, pleine d'enthou­\nsiasmes et d'injustices, mais pleine aussi de hardiesse et de perspicacité. Les\nNotes sur la littérature moderne, qui auront en 1887 leur seconde série,\ncompteront parmi les livres à vues élevées et grandes. Ce n'est pas la critique\naimable qui avance un mot pour le retirer dans l'instant, qui met des fleurs\nà son habit noir et marivaude ses sévérités, mais l'appréciation nette et\nfranche qui ne recule pas après avoir parlé et arbore fièrement son dra­\npeau d'intransigeance.\n   Mais, répétons-le, nous ne voulons pas offrir à chacun les louanges d'une\namitié fatalement suspecte et c'est à dessein que nous laissons la liste\nincomplète; à l'heure présente, nous tentons seulement de suivre, dans son\nondoiement compliqué, la marche des idées artistiques depuis que notre\ngroupe s'est formé, et nous avons la joie immense de constater que notre\neffort constant, notre combat sans cesse, n'ont pas été sans résultat. Lorsque\nnous sommes arrivés, on ne s'occupait pas des écrivains belges — il y en\navait pourtant. Si nous ne les avons pas faits, — ils sont nos aînés — nous\nles avons mis en lumière en des circonstances heureuses que d'aucuns ont\nregrettablement oubliées; nous avons élevé la dignité de l'artiste, en étant,\nsinon des créateurs nouveaux — ce n'est pas notre rôle de le prétendre —\nau moins des véhicules de la valeur d'autrui. Les écrivains français\nont été jugés et admirés par nous, et nous pouvons même prétendre les\navoir quelque peu répandus; enfin, par les polémiques les plus vives, nous\navons attiré l'attention sur cette éternelle beauté qui s'appelle la Littéra­\nture. Que l'on nous dénie tout talent, on ne pourra pas nous enlever ce\nfleuron-là.\n   Ne l'oublions jamais, la Belgique n'est pas une terre propice aux tenta­\ntives littéraires. Le souci de la chose sociale fait délaisser les aspirations\nesthétiques. Ici, moins qu'ailleurs, le Belge est prophète; s'il s'élève, c'est\nau prix des plus cruelles atteintes ; il n'arrive à s'imposer qu'après avoir\nessuyé les dédains et les mépris; il atteint le sommet de ses ambitions\nparfois, mais il s'y arrête blessé, secouant de sa poitrine sanglante les\nflèches qu'il a reçues en route. Souventes fois il tombe au milieu de la\nmontagne, les yeux mourants tournés vers le soleil.\n   Quant à nous autres, notre cœur n'arrête pas ses battements ; nous ne\n déposerons pas les armes, et nous n'avons pas peur.\n"}, {"page_pdf": 548, "texte": "                                 -   489   -\n\n   Nous avons prononcé le mot de polémiques; on sait avec qui nous en\navons eu et de quelle façon elles se sont éteintes ; Alexandre, trop maladroit\npour défaire le nœud gordien, l'a coupé. Il reste de ces luttes, déjà loin­\ntaines, le principe immuable de la Jeune Belgique : L'ART, VIERGE DE\nTOUT AUTRE SOUCI — nous n'en voulons pas et nous n'en aurons jamais\nd'autre.\n                                                      MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n            EMBLEME ET SOURIRE\n         Le ciel ne songe plus aux nuages moroses,\n         Un parfum langoureux monte des églantiers,\n         Le soleil éparpille en ses lumières roses\n         Des paillettes au fond des espaces altiers.\n\n         Effeuillant tour à tour des pétales de roses,\n         A jamais unissant leurs blanches amitiés\n         Dans les illusions des rêves et des choses,\n         Ils s'isolent à l'ombre épaisse des sentiers.\n\n          Il parle... elle sourit... Et seul je me lamente,\n          Car, hélas ! c'est en vain que je cherche l'amante\n          Qui me consolerait lentement de mes pleurs...\n\n          Quand donc aurai je celle à qui je pourrais dire\n          L'élan de mon espoir par l'emblème des fleurs,\n          Et qui viendrait alors me donner son sourire?\n                                                    GEORGES     KELLER.\n"}, {"page_pdf": 549, "texte": "                                  — 490 —\n\n\n\n\n                    A CŒUR PERDU\n                                (Suite et fin)\n\n                                     VII\n   Après le dîner d'une heure, commençaient les parties de lawn-tennis et\nde tambourin. Les lectures et les causeries dans le sable ; les flaneries au\nhasard. Puis, à la suite de l'oncle Jean, la chasse dans les dunes, la pêche\nà l'estacade. Il y péchait le matin ; y revenait vers cinq heures, le fusil à\nl'épaule, en prévision des mouettes. Seulement, les mouettes ne passaient\npas ou passaient trop loin, et s'il en venait une à portée de carabine, l'oncle\navait toujours oublié la sienne, par hasard...\n   C'est pendant une de ces promenades qu'un coup de vent lança le\nchapeau de Miette à l'eau. Un filet le remonta plein de sardines.\n   — Vous pourrez bien le laver votre chapeau lui dit Lucien, en riant de\nson air désappointé; mais elle protesta, dégoûtée et repoussa le chapeau que\nLucien rapporta comme une corbeille avec les sardines dedans\n   Depuis lors, elle s'enfouissait le minois dans une capote de paille sombre\nqui lui faisait la mine gentiment vieillotte des poupées de Kate Greenaway.\n\n                                    VIII\n   — Quand irons-nous à Lisseweghe, à Knocke, au Zwijn? demandait\nMariette tous les matins.\n   On convenait d'y aller le lendemain, et le lendemain, la question se\nrépétait. C'est que le temps fuyait insaisissable. On passait les journées,\nles soirées à ressasser les projets d'excursions lointaines en suçant des cara­\nmels qui ne voulaient pas fondre, et les heures s'en allaient à la dérive, sans\nbut ; les meilleures du reste, cueillies au bord de l'infini, ces heures vides\nde réalité dont ou oublie les minutes comme si elles n'étaient plus marquées\nà aucun cadran de la terre, et par lesquelles la vie s'entr'ouvre un instant\nsur l'éternité.\n   C'était toujours devant la mer — la mer plate, calme, d'un bleu médi­\nterranéen où le soleil'faisait danser des myriades de points d'or répercutés\nen rayons aveuglants...\n   La mer lourde, mercurielle, des chauds après-midis, quand le soleil trans­\nparaissant comme une hostie jaune sous une taie de vapeurs, ne laisse\nsourdre que cette lumière aiguë qui fait dire que « le jour est bas »...\n   La mer houleuse des gros temps où l'eau, de limpide et transparente,\ndevient opaque, prend des tons bruns de toile à voile, des tons de café tra­\nversés de larges mares noires et laboure et triture son lit. Ses crinières\nd'écume moutonnent au loin, grandissent, s'allongent, se tordent par tron­\nçons qui surnagent comme des ailes de mouettes blessées, s'échevèlent,\ns'arrachent par masses que le vent chasse et éparpille en poussière.\n   Alors, si le soleil éclate, faisant poudroyer de l'or parmi cette poussière\n"}, {"page_pdf": 550, "texte": "                                   — 491 —\n\n blanche, la mer retrouve son expression passionnée, puissante des jours de\n vie intense où des gorgées de vent violent s'engouffrent et roulent parmi\n ses flots verts. La lumière coulant de tout le ciel, y étale au caprice des\n courants des bandes rouges, jaunes, bleues, violettes, comme un mirage des\n prairies immenses et de la campagne blonde bariolée des Flandres.\n     L'entière vie des êtres s'absorbait dans la vie de cet être panthéistique :\n la Mer. Pour elle était le premier et le dernier regard de tous, leur humeur\n variant suivant la sienne. Sa vie, depuis la couleur, le ton, l'allure, et le\n parfum de ses vagues, jusqu'au mouvement de la population flottante qui\n l'anime, faisait ici la base de la vie. Et Mariette vivant de sensations qui\n l'inclinaient irrésistiblement aux suggestions extérieures, était sensible entre\ntoutes à cette influence, à cette domination.\n    La physionomie de la mer lui était devenue tellement familière qu'elle en\ndevinait l'humeur, rien qu'au bruit changeant de ses vagues et en ressentait\nd'avance le contrecoup.\n    Toute commotion violente par les sons, les couleurs, les parfums, l'affec­\ntaient douloureusement Ces fouettées de vent furieux qui font courir au ras\n du sol des traînées de sable blanc, la rendaient vibrante; elle prétendait\nentendre ses fibres nerveuses y bourdonner d'une harmonie continuelle\ncomme des cordes de harpe eolienne. Les gros temps où le ciel sale\ns'abaisse sous le poids des nuages dans une mer empâtée de remous, l'amu­\nsaient pour une heure de marée haute où l'on va se faire tremper par les\nlames au bout de l'estacade, mais l'excitation tombée, ce temps là lui deve­\nnait lugubre.\n    Elle préférait la plage pimponnée de cabines roses, bleues, blanches, et\nde drapeaux qui claquent s'éveillant par une mer calme à demi ensoleillée,\naux coloris des ombrelles et des toilettes claires.\n    Elle aimait y passer de longues heures contemplatives : des steamers,\ndes voiles inconnues, indécises, glissaient au loin. Des hirondelles de mer\ntraversaient le ciel par chapelets noirs. Des mouettes voletaient, jouaient a\ntournoyer au dessus de 1'eau, plongeaient brusquement, repartaient en\nenlevant des paillettes de soleil a leurs ailes mouillees et Manette suivait\nces ailes jusqu à leur effacement dans la nue, pendant que sou esprit rêveur\nappuyait le regard à l'horizon du ciel pour mieux voir au delà.\n    Elle aimait surtout, et des le début de leurs retrouvailles, à les passer\navec Lucien, ces heures où leurs êtres sympathiques s appariaient mieux et\n— pensait Mariette — se comprenaient mieux encore claus le silence.\n    Lucien cédait volontiers a ses envies contemplatives. Il fixait ses songes\nen lui expliquant ce qu elle entrevoyait, répondait souvent à ses impres­\nsions informes par des idées positives qui ne la blessaient pas et, de plus en\nplus, s'intéressait à cette étrange imagination de jeune fille qui posait les\nHommes et les choses sous un angle de vision si imprévu ; à cet esprit\nmobile et physionomiste qui dissimulait sous un aspect superficiel et\nenfantin, tant de conprehension profonde et dont les singulières attitudes\nde pensée semblaient prendre plaisir a retourner la vie comme un gant.\nSouvent leurs deux pensées s unifiaient tellement, qu'il leur arrivait\nde lancer une idée dans les mêmes mots a l'unisson. Aussi, le hasard les\nremettait-il partout et de plus en plus côte à côte. Ils s attendaient l'un\nl'autre, et se rejoignaient; partageaient une chaise, un livre, un calembourg\ncommencé par l'un et que l'autre achevait. Ils avaient pris l'habitude de se\n"}, {"page_pdf": 551, "texte": "                                  — 492 —\n\ndire les choses les plus banales en façon de mystère, afin de bien se con­\nvaincre qu'elles n'étaient que pour eux seuls; à toutes les promenades,\ncherchaient des prétextes pour allonger la route et flaner en arrière et, s'ils\nne le pouvaient pas, se mettaient à mimer par toutes sortes de clins d'œils\net de gestes, ces secrets de polichinelle, plutôt que de les dire tout haut\ndevant le monde.\n   Il n'y eut bientôt rien pour l'un dont l'autre n'eût une part. Juliette ayant\ndit un jour en plaisantant qu'ils partageraient leur vie, Miette la bouda\njusqu'au lendemain.\n\n                                      IX\n   Au début, ce n'était, en effet, qu'une camaraderie pour rire, à mots per­\ndus, et l'on eût dit qu'il ne devait rien subsister de ces entretiens légers,\npleins de marivaudages et d'agaceries — ce combat de deux esprits vifs et\nindépendants, sautillant aux jours divers de toutes sortes de pensées. Mais\nen marivaudant, l'on flirte. Dans l'ardeur du corps à corps, on oublie la\nlutte pour n'en plus sentir que l'étreinte passionnée. Les regards, à la fin,\nlas de ferrailler, s'alanguissent, s'attardent, se frôlent, traînent l'un dans\nl'autre, et se dégagent plus mollement, comme à regret. Cette joute de\ndeux esprits devient le becquetage de deux cœurs qui s'inclinent, se tou­\nchent et, pendant des secondes, laissant tomber leur pensée dans le rêve,\ns'appuient l'un à l'autre, souvent si doucement qu'ils n'en ont pas con­\nscience.\n    Mariette avait une peur instinctive de ces défaillances; elle tâchait de les\nrompre d'un trait ou d'un geste qui, souvent, mal équilibré, dépassait sa\npensée.\n    C'est ainsi qu'un jour elle lança ce mot : Chouette ! qui lui fit dire par\nLucien : — Comme vous connaissez votre histoire naturelle!\n    Elle lui répondit en riant :\n   — Tant pis ! on me dit souvent que je suis trop dans le bleu, il faut\nbien que je reprenne du lest quelquefois. Puis elle ajouta gravement :\n— C'est vilain, n'est-ce pas?\n   — Tout dépend de la façon de le jeter, dit Lucien...\n    C'était à la plage encore une fois, au pied du perré, dans cette bande de\nsable blanc que la haute mer laisse à sec. Ils se retrouvaient souvent là\ndans ce coin de leur premier tête-à-tête. Des enfants, autour d'eux, fai­\nsaient des pâtés de sable. Mariette en ayant détruit un sans le vouloir, le\nbébé restait tout consterné en faisant de gros efforts pour retenir ses larmes.\nElle se mit à lui en refaire; puis Lucien l'y aida, et ils furent là, pendant\nun instant, côte à côte, à plat ventre, tassant du sable fin dans des formes en\nbois et les renversant doucement, les enlevant avec des précautions infinies\nde peur d'abîmer l'architecture des petits gâteaux alignés, tandis que le bébé,\nrasséréné, suivait d'un air mi-inquiet, mi-souriant, les péripéties du tra­\nvail....\n   Il était d'une frêleur excessive, avec ses grands yeux soyeux, trop expres­\nsifs et des boucles blondes lui roulant jusqu'au bord des paupières :\n   — Veux-tu m'embrasser? lui dit-elle.\n   L'enfant qui ne savait pas encore bien comment faire, avançait la tête et\nlui tenait sur la joue ses lèvres entr'ouvertes...\n"}, {"page_pdf": 552, "texte": "                                  — 493 —\n\n   — Qu'il est petit, qu'il est mignon !\n   — Vous aimez donc bien ce qui est petit? demanda Lucien.\n   — Oh! oui! C'est bien plus gentil et puis, comme j'ai de très petits bras\net un très petit cœur, moi, il n'y a que les petites choses que je puisse embras­\nser et aimer tout entières.\n   — Pourtant, Mariette, il n'y a pas que des petits enfants à aimer sur la\nterre !...\n   Elle le regarda brusquement, comme si cette objection imprévue l'inter­\nloquait; puis, abaissant le visage en souriant des lèvres : — Quelles idées\ndrôles vous avez, dit-elle, tandis que ses yeux distraits regardaient fuser des\nruisselets de sable blanc entre les doigts de Lucien.\n\n                                       X\n   Une autre fois, c'était dans une niche de sable isolée, au flanc des dunes,\nparmi les herbes sèches, où les bruits les plus rapprochés semblaient venir\nde loin. Leurs regards glissaient à la surface ensoleillée de la mer, jusques\nà l'horizon. La plage, à leurs pieds, s'étalait, toute blonde, coupée trans­\nversalement par les brise-lames de bois qui se serrent et s'accumulent,\npareils à des troncs d'arbres jetés en tas dans le raccourci de la perspective\net les caravanes à baudets couraient là, bruyamment. Des femmes trot­\ntaient avec leur chapeau dans le dos, en poussant des cris aigus. Des jambes\nd'homme traînaient au sol ou saillaient ridiculement du corps ramassé sur\nla selle plate. Des mamans y maintenaient leurs poupons comme un colis\nsur une charrette trop chargée. Des bonnes avaient l'air de conduire une\npaire d'ânes enlisière et les pauvres bêtes, aux longues oreilles ballantes, s'en\nallaient tristement, un peu plus lentement au départ, un peu plus vite au\nretour, insensibles aux secousses de la bride et aux coups de trique claquant\nsur leurs os comme sur du bois mort...\n   Indifférents à ces éclats de joie, venus de si loin qu'ils troublaient à peine\nleur isolement, Mariette et Lucien demeuraient silencieux, et l'oreille au\nsable, écoutaient monter avec la marée le bruit clair des vagues d'écume\nsoutenu par le ronflement de basse des flots profonds.\n   Lucien rompit le silence :\n   — 11 me semble que, comme dit Léon, nous sommes en train de placer\nnotre pensée à fonds perdus !...\n   — Perdus? dit-elle, en amenant nonchalamment la tête vers lui, et elle\nle dit avec une imperceptible nuance de reproche dans le ton de la voix...\nAvons-nous donc besoin de mettre le monde en tiers dans nos confidences?\nPuis, craignant d'avoir trop dit, elle s'arrêta sur ce mot, qui lui semblait\npresque un aveu...\n   Mais ce mot exprimait bien leur état d'âme, car leurs idées harmonisées\ncoulaient dans le même sillage et, tout en pensant, ils s'écoutaient l'un\nl'autre comme s'ils se fussent parlé à voix très basse.\n\n                                      XI\n   Une autre fois, c'était à l'extrémité d'un brise-lames, en pleine eau du\nflux qui coulait autour d'eux par nappes, glougloutait aux creux, ruisselait\n"}, {"page_pdf": 553, "texte": "                                  — 494 —\n\nen cascades blanches au flanc des pierres. Il faisait un de ces temps reposés\nque Miette adorait. La mer, vide de voiles, s'étendait comme un incom­\nmensurable lac sans rives, toute bleue, d'un bleu lacté.\n   Devant les cabines roulées pêle-mêle, un monde bruyant en couleurs\nbruyantes fondues au jour clair du matin, grouillait au bord et jusque\ndans l'eau parmi les baigneurs bariolés et les mioches à pieds nus.\n   Les plages de bains séparées par les jetées s'étendaient à perte de vue,\ntoutes identiques comme une seule reflétée par un jeu de glaces, avec leurs\nbaigneurs en grenouillère autour de la barque blanche des sauveteurs et\nleurs bouées flottantes qui semblaient, de loin, la tête noire et le bras tendu\nd'un baigneur en détresse.\n   Sans cesse, des portes de cabines claquaient et l'on voyait des bandes\nenjouées bondir à l'eau ; des jeunes filles y courir frileusement à petits pas\navec une arrière-crainte du froid ; des gens graves et chauves, au ventre\nbombant sous le maillot, y marcher d'une allure mesurée, les uns prélu­\ndant au bain par des ablutions partielles; d'autres, pour brusquer les sensa­\ntions, se faisant doucher d'un seau d'eau de mer en plein dos, et Mariette\nse moquait de tous, adorablement, se sentant fraîche et légère, ce jour-là,\nplus rieuse que jamais...\n   — Oh! celui-là! fit-elle tout à coup, en éclatant de rire, et elle mon­\ntrait au bord un monsieur plié en deux, enfonçant avec toutes sortes de\ncontorsions son arrière-corps dans des vagues si basses qu'elles ne parve­\nnaient pas à lui mouiller l'échine. En faisant ce geste, elle avait basculé sur\nune pierre et saisi la main de Lucien pour s'y accrocher...\n   ...Pourquoi leurs mains restèrent-elles liées l'une à l'autre quand il n'y\navait dans leurs regards et dans leur voix rien que d'insensible et de rail­\nleur.\n   Pourquoi ces mains cessèrent-elles de rire, quand les êtres autour d'elles\nriaient de tous leurs membres ?\n   Pourquoi cette pause subite et cette pression pensive qui semblait\nchercher l'âme dans la chair, quand tout glissait au plaisir, s'envolait,\ns'évaporait en éclats de rire dans l'air parfumé d'insouciante folie?...\n   Ils ne les délièrent qu'en reculant, peu à peu, devant la marée montante.\n\n                                     XII\n   Une autre fois, encore, c'était par un soir sans lune où le couchant mort\ndemeurait comme entr'ouvert à une arrière lueur lointaine. Des feux palpi­\ntants de barques à l'ancre marquaient des places d'ombre mystérieuse en\nmer...\n   La mer montait. Les flots noirs et lustrés, soulevés d'une seule masse à\npleins bords du chenal, roulaient dans du silence avec des vers luisants à\nleur échine et, du haut de l'estacade, les Roger regardaient appareiller des\nbarques au départ.\n   La tête balancée des mâts se penchait vers eux et les coques bousculées\npar la marée montante, à chaque poussée du flot, ébranlaient les madriers\nen faisant crisser les amarres. L'eau froide, ourlée de lueurs vertes, léchait\nles flancs lisses et retombait sur elle-même avec des plaquements de linge\nmouillé.\n   Des corps ramassés se mouvant comme des fantômes, eu battant de leurs\n"}, {"page_pdf": 554, "texte": "                                 -    495-\n\nsabots le fond des cales, jetaient dans l'air obscur des gloussements, des cris\nrauques arrachés par l'effort. Les poulies gémissaient.\n   Hissée lentement par saccades, dans un claquement de toiles et d'an­\nneaux, l'énorme voile lâche, secouée autour d'eux, battait la balustrade,\nleur flottait au visage... et ces formes et ces gestes aux proportions fantas­\ntiques et ces bruits étouffés par la nuit semblaient reculés dans un rêve...\n   Miette et Lucien, appuyés coude à coude, avaient amené le visage l'un\nvers l'autre. La lumière de leurs yeux brilla pour eux seuls; mais leurs\nregards apposés demeurèrent fixes, contenus, comme s'ils craignaient, en se\nmêlant dans cet instant-là, de ne pouvoir plus jamais se ressaisir...\n   Et, ce soir, Mariette revint triste, d'une tristesse vague sans but et sans\ncause, qui l'obséda pendant toute la journée du lendemain.\n\n\n                                     XIII\n    — Mes enfants, quel brouillard! ça monte, monte, monte! on ne dis\ntingue presque plus la mer et les voiles y passent comme des ombres !\n    Miette criait du vestibule. Elle entra :\n    — Vous n'avez pas vu Luc?... Tiens! on dîne ici!\n    — Si on dîne ! Voilà une demi-heure qu'on vous attend tous les deux.\n    — Ou qu'on ne nous attend pas.\n    — Et Lucien, l'as-tu perdu?\n    — Mais, je ne sais pas, dit-elle en s'asseyant; nous étions arrêtés\nensemble, je me suis tourné vers lui, il avait disparu.\n    — C'est le brouillard, dit Léon.\n    — Oh! mais voyez-donc! fit-elle en se penchant ; que c'est cocasse, on\ndirait de la neige. Et c'est venu tout d'un coup. Qui a pris ma serviette?\n    Elle avalait sa dernière cuillerée de potage en affamée, quand Lucien\nrentra.\n    — On dirait que vous avez faim, Miette !\n    — N'est-ce pas, comme je mange! C'est pour rattraper le temps où\nj'étais petit oiseau.\n    — Bon ! Sa toquade métempsychologique !\n    — Et Griolet?\n    — Griolet dort.\n    Tous les visages s'entre-regardèrent en se passant un sourire.\n    — Qu'est-ce qu'il y a, on se moque de moi!\n    — Veux-tu des crevettes, gamin ?\n    — Des creviches! Oh! que c'est joli, ce machin-là; ma tante, qu'est-ce\n que c'est?\n    — Appelle cela un crevettier, si tu veux, dit Mme Roger; c'est mon vieux\n pêcheur, tu ne le connaissais pas?\n    Dans un bac en cristal, un sujet de bronze et d'émail figurait un pêcheur\navec le chapeau de cuir bouilli dans la nuque et les pantalons en haillons\n tombant sur des chevilles nues. Il poussait devant lui un haveneau en\n filoche souple d'argent plein de crevettes et, dans ce filet, plongeait une\n petite pelle également en argent ayant, en plus large, la forme de ces écopes\n dont les pêcheurs se servent pour mouiller leurs voiles.\n    Mariette s'amusait à titer les crevettes une à une de l'eau fraîche qui\n                                                                       32\n"}, {"page_pdf": 555, "texte": "                                  — 496 —\n\n ruisselait sur leur cuirasse unie, pailletait leurs longues moustaches et\nl'éventail de leur queue comme des plumes.\n   — C'est gentil à faire tourner la cervelle de tous les jeunes poissonneaux,\nces petites bêtes. Quelles amusettes ça doit faire là-dessous. — Oh! pauvre\npetiote, celle-ci, je suis sûre qu'elle avait une passion.\n   Et, promenant un regard curieux à la roseur diaphane des écailles :\n   — Un duo de crevettes dans un fourré d'algues, ce doit être drôle, quand\nla mer est phosphorescente !\n   Lucien ajouta à l'unisson de sa voix :\n   — La phosphorescence, n'est-ce pas leur clair de lune?\n   L'image leur était venue en même temps.\n   — Les grands esprits.\n   — Ou les petits cœurs, dit Léon ; cela s'emboîte comme des plateaux\njaponais — si ceux-là ne se rencontraient pas.\n   Lucien, qui buvait, s'étrangla.\n   Mariette, d'un bond, se relevant de sa rêverie, prit un air de bataille :\n   — Où avez-vous vu, s'il vous plaît, Monsieur, des gens se rencontrer\nqui marchaient dans le même sens?\n   — Le hasard est si grand! soupira quelqu'un.\n   — Oh ! ça! reprit Léon, c'est un préjugé. Justement, je l'ai vu cette nuit,\nen rêve, le hasard, il était tout petit, joufflu, avec une paire d'ailes au dos\net s'exerçait à tirer à l'arc.\n   Alors Lucien, qui avait fini d'avaler, dit tranquillement :\n   — Mon cher, je te conseille de ne pas parler des bonshommes joufflus\nqui tirent à l'arc, car j'en connais, moi, qui sont très forts à la carabine\nFlobert — plus forts que toi !\n   L'intention de son regard, plutôt que sa phrase, fut accueillie par un\néclat de rire suivi d'un assaut de voix sur tous les tons :\n   — Oh! Lucien, une histoire, raconte! Oui, raconte-nous-la.\n   On regardait Léon. Lucien commençait : Il y avait une fois... Il y avait\nau bout de la digue, parmi les échoppes, un joli salon de tir où Blanche\navait beaucoup d'élèves maladroits... Un matin...\n   — Lucien interrompit Mme Roger, elle est convenable, au moins, ton\nhistoire?...\n   — Pas du tout, dit Lucien, elle est très inconvenante, — sans cela je ne\nla raconterais pas — puisque c'est pour faire enrager Léon.\n   — Alors, je l'interdis.\n   — Oh ! la censure.\n   Et les jeunes filles poussèrent, en chœur, une exclamation de désappoin­\ntement.\n   On s'était levé de table. Le brouillard se dissipait lentement, laissant aux\narrière-plans des vapeurs opaques qui comprimaient la mer. Quelques\npetites vagues, à peine indiquées par un ourlet de bave, au bord, éclataient\nune à une dans un bruit de pétard humide que l'écho répercutait en décharges\nsourdes de profondeur en profondeur et la voix de la mer semblait haleter\ndans l'atmosphère lourde.\n   Mariette, étendue sur le divan, une main pendante, tenait, de l'autre, un\nlivre déplié en éventail.\n   Juliette, qui avait pris sa tapisserie, dit :\n   — Mariette!\n"}, {"page_pdf": 556, "texte": "                                  — 497 —\n\n   Il y eut un silence où l'on entendit claquer les ciseaux de Juliette qui\ncoupait un brin de laine.\n   — Mariette est somnambule, dit Léon, elle prend le divan pour une\ngouttière.\n   — Mariette, tu dors?\n   — Il fait chaud ! dit Mariette en se soulevant à peine.\n   — Qu'est-ce que tu lis?\n   Elle regarda le titre et dit : — Fumée !\n   — Est-ce joli?\n   — Je ne sais pas.\n   Et, se levant tout à fait, elle descendit lentement à la veranda, en se\nlissant la taille du revers de la main.\n   — Eh bien, les jeunes filles! dit Mme Roger, si vous nous offriez le café\nqui refroidit!\n   Miette n'avait pas entendu. Elle rentra au moment où Juliette avançait\nune tasse à Lucien. Elle vint, d'un mouvement d'enfant gâte'e, la lui prendre\ndes mains:\n   — Moi ! dit-elle, et se mit à compter les morceaux de sucre à Lucien :\n   — Un, deux, encore?...\n   Ils se regardaient, les yeux dans les yeux, en se passant la tasse... Instinc­\ntivement leurs doigts se frôlèrent.\n   Elle se laissa tomber dans un fauteuil à côté de lui...\n   — Ainsi, Miette, tu es somnambule, commença Mme Roger. C'est donc\ntoi qui te promènes par la maison, la nuit?\n   Tous les yeux étonnés s'entreregardèrent.\n   — Moi, dit Mariette.\n   — Vers quatre heures, ajouta Mme Roger, je ne dormais pas, j'ai entendu\ndescendre...\n   — Pas moi! toujours! Qui est-ce?\n   Et faisant le tour du salon : Qui est-ce, répéta-t-elle, en désignant chacun\ndu doigt. Elle arrivait à Lucien :\n   — Est-ce vous ?\n   Lucien sourit sans répondre.\n   On éclatait de rire.\n   — Vous y êtes et vous n'y êtes pas ; je suis allé me promener.\n   — Où ça?\n   — A l'estacade.\n   — Cette nuit?\n   — Ce matin.\n   Et il avoua que, se trouvant éveillé avant le jour, une envie lui était\nvenue d'aller voir lever le soleil.\n   — Moi qui ne croyais pas à sa vertu ! dit Léon.\n   Et, tandis qu'il continuait de rire avec les autres de l'idée drôle, Mariette,\nse tournant vers Lucien, lui dit d'un ton de reproche :\n   — Tout seul! Tenez, vous êtes un vilain garçon ! et elle se rejeta dans\nson fauteuil en lui tournant le dos.\n\n                                     XIV\n  La sieste n'était jamais bien longue. Comme le ciel s'était éclairci et\nqu'un peu d'air frais venu on ne sait d'où, tournoyait dans le soleil, on\nproposa une promenade.\n"}, {"page_pdf": 557, "texte": "                                   -498      -\n\n   Juliette, s'approchant de Mariette, lui dit d'un ton câlin :\n   — Viens-tu Miette?\n   Mariette fit signe que non. Et comme Juliette insistait, elle refusa obsti­\nnément en prétextant de la fatigue.\n   La tête de la bande était déjà sur la digue.\n   Une voix appela : Lucien !\n   — Trop tard ! fit Léon en tirant sa montre : le soleil est levé.\n    Lucien les laissant s'éloigner pointa la lunette d'approche dans la direc­\ntion d'un voilier qui passait au large.\n   M me Roger était sortie de la chambre.\n   Il y eut entre eux un long silence, puis Mariette lui dit d'un ton de mau­\nvaise humeur :\n   — Pourquoi ne sortez-vous pas ?\n   — Et vous Mariette? fit-il en la regardant.\n   Elle se leva sans un mot et vint se planter à côté de lui.\n   — Voulez-vous voir? Il s'écartait.\n   Alors, toujours sans parler, et le regard détourné de lui, elle s'approcha\nde la lunette, se haussa sur les pointes en se fermant l'œil gauche d'une\nmain...\n   — C'est un peu haut, dit-il, en écartant les branches du trépied. Voyez-\nvous maintenant?\n   La lunette lui découpait à l'emporte-pièce dans le ciel et la mer, un\nhémisphère dont le coloris se détachait dans un rapprochement de\nlumière...\n   Quelques personnes causaient à l'estacade, accoudées en pleine mer\ncomme à l'extrémité d'un pier. Autour d'elles du monde circulait sur le fond\natone du ciel comme sur la table blanche d'une chambre obscure, où se\nmeuvent sans bruit, dans une vie de sourds-muets, toutes sortes d'êtres\nqu'on voit sans les entendre et qui s'éclipsent au bord du cadre.\n   Mariette rencontrait leurs visages, leurs regards et, gênée par le face à\nface avec ces yeux qui semblaient braqués de tout près sur elle, elle détourna\nla lunette.\n    La flotille de pêche, au large, encombrait tout un pan de l'ouest. Ses\nénormes coquilles normandes à voiles carrées prenaient une taille enfantine\nau flanc des steamers et des voiliers. L'horizon se peuplait de départs. Des\nvapeurs à la panse bourrée de coke traînaient à des lieues de ciel leur sillage\nde fumée et les bricks érigeant leur monumentale voilure aux tons de pierre\nblanche passaient d'une allure hiératique dans le soleil. Des silhouettes\ntriangulaires de bateaux-pilotes, portant un P. Antwerpen à leurs toiles\ninclinées sous le vent, baissaient la tête sous les pavillons, les cordages, et se\nfaufilaient en zig-zag, par bonds et rebonds, comme pour flotter entre les\njambes de toute cette architecture flottante où s'immobilisait le phare tour­\nnant, aplatissant sous son mât à lanterne une large coque lignée de rouge\net de noir avec, en grandes lettres blanches : Wandelaar. Mariette sortant\nde son mutisme dit d'une voix maussade et nonchalante :\n   — Je croyais que c'était Wielingen.\n   — Wielingen a été déplacé vers le nord, il est là-bas, le voyez-vous?\n   Elle allongeait la lunette au long du bras de Lucien... Mais, se redressant\nbrusquement :\n   — Tiens ! dit-elle et, se frottant l'œil, elle se remit au point. Au nord\n"}, {"page_pdf": 558, "texte": "                                  — 499 —\n\n lointain, saillait de la mer une découpure nuageuse qui avait l'inconsistance\n d'un mirage.\n   — Lucien, sont-ce les dunes du Zwijn là-bas?\n   — Quoi donc?\n   — Voyez.\n   — C'est l'île de Walcheren, dit Lucien.\n   Le Zwijn est contre la frontière hollandaise, non loin du Hondt, une\ndéchirure de la terre, sorte de ramification extrême des bouches de l'Escaut\noù la mer haute s'étale en mare. Une branche des dunes, celle du nord-est, fait\nici un coude brusque, pour rentrer dans les terres, et va rejoindre la digue\ngazonneuse qui coupe la plaine, au fond. L'autre s'abaisse, se ronge, finit\nen une languette échevelée de végétation fruste, de sorte qu'au lieu de se\ncontinuer, les deux tronçons se présentent en angle droit, séparés par le lit\nvaseux du Zwijn, que le reflux laisse à sec. Et les navires éparsemés dans le\nsillage de l'Escaut regardent de loin, au vol des oiseaux de mer, l'étrange\nphysionomie de ce trou de la côte, dont les traits bouleversés se contrepo-\nsent et se désorientent.\n   La veille, les Roger avaient déjeûné là au bout d'une excursion de trois\nheures, sans y rencontrer qu'un vieux pauvre venu des villages environ­\nnants, ramasser du bois mort sur la grève.\n   La mer s'étalait à la plage, coulait au Zwijn, les entourait et ce bras\nrentrant des dunes, en face d'eux, semblait faire le front du continent. Au\ndelà, c'était la terre batave, lourde et cossue, traînant ses ailes de moulins à\nvent de l'allure lente qu'a toute sa faune de bestiaux gras et d'hommes\nventrus.\n   Mariette, étendue dans le sable, mâchait distraitement une herbe de saveur\nminérale... Le vieux pauvre, parmi les herbes, dévorait à mâchoires\naffamées des restes de leur repas en se laissant examiner comme un animal\ninsensible aux regards.\n   Ce petit vieux, misérable, à nez et menton saillants, aux jambes torses,\navec sa chemise bleu sale, entr'ouverte sur une gorge poilue, avait du\nméchant, du féroce, du sorcier dans le ramassement trapu de son être, dans\nson langage inintelligible, dans le scintillement de son regard, sous des\nmèches grises de cils.\n   Quand il eut disparu, ce coin de paysage où n'avait passé que lui, apparut\nà Mariette sous son véritable aspect de relais inculte, avec ses eaux pâles,\nses dunes blondes jaunies d'herbes malingres, ses prairies bordées de vase\net mangées par le soleil torride, et lui donna des réminiscences imaginatives\nd'île déserte, — où l'on trouve des barquettes pour se promener à deux...\n   — Dommage qu'on ne voie pas le Zwijn, dit-elle, et laissant la lunette\nelle vint sans plus rien dire s'asseoir à la veranda.\n   Elle était redevenue sombre et restait muette, les bras pendants, regar­\ndant devant elle d'un regard perdu au loin.\n   Lucien ne savait comment la prendre, car elle demeurait impénétrable\ndans ces moments-là.\n   Au bout d'un instant, il lui dit :\n   — Qu'avez-vous Mariette?\n   Elle lui répondit sans le regarder ni changer de visage.\n   — Moi?... rien.\n    Lucien ne sachant plus que dire, ils demeurèrent silencieux.\n"}, {"page_pdf": 559, "texte": "                                       500\n\n\n                                      XV\n    Ce qu'elle avait, Miette le savait bien, pourtant.\n    C'était cet étrange malaise d'âme, ce chagrin profond qui l'oppressait\njusqu'au désespoir, lorsque, toute petite, elle voyait une personne aimée\n s'en aller quelque part où elle n'allait pas aussi. C'était l'envie effrénée de\nrefaire le même trajet, repasser aux mêmes endroits, voir et toucher les\nmêmes objets, tandis que rien ne parvenait à la consoler de cet abandon et\nqu'elle sentait quelque chose d'irréparable dans le mal qu'on lui avait fait.\n    Il y avait encore de cela dans l'esprit de singerie qui lui faisait imiter les\ngestes et les yeux de ses petits camarades, comme si une sorte de jalousie\nenfantine la portait à faire les choses qu'ils faisaient.\n    C'est qu'elle était jalouse vraiment; jalouse non de quelqu'un, mais de\nquelque chose, et chez cette petite fille, qui allait devenir grande, cette\npassion singulière trahissait, comme par l'absurde, le mal d'aimer dont elle\n n'avait pas encore conscience.\n    Mais, aujourd'hui, Miette eut honte du vilain défaut qui la reprenait\nsoudain, s'accrochait, se cramponnait à elle. Jusqu'au soir on ne parvint\npas à lui faire dire une parole; elle luttait de toutes ses forces ramassées\ndans un mutisme obstiné, car une idée s'implantait en elle, l'étreignait,\nl'étouffait, l'écrasait, une idée fixe, d'autant plus inarrachable qu'elle était\nnée d'une impression plus profonde : aller là où Lucien était allé.\n    Elle se coucha en proie à cette excitation particulière, qui semble nous\nconserver une demi-conscience dans le sommeil et s'éveilla d'instinct à\nl'heure où Lucien s'était éveillé la veille. Il faisait nuit. Assise au bord de\nson lit, elle guetta le sommeil de Juliette et surprit dans le silence le bruit\nde sa respiration régulière et douce. Elle s'habilla mal, à tâtons, et descendit\nen se retenant à la rampe, de peur de faire crier les marches sous ses pas.\n    Rien ne bougeait encore dans l'entre-jour douteux de cette fin de nuit.\nElle fut effrayée par un homme qui rôdait devant la veranda. 11 se posta,\nramassé sur lui-même, en avançant la tête pour voir. C'était un douanier\nde garde Dès qu'elle l'eut reconnu, elle se força à sortir. Mais à partir de\ncet instant, elle qui n'avait pas peur aux plus épaisses ténèbres, eut peur ce\nmatin, peur de ses pas, de ses mouvements ; peur d'une étrange sensation\nde rêve, qui faisait flotter autour d'elle toutes sortes de bruits et de remue­\nments mystérieux, des ombres se lever, des formes surgir, qu'elle recon­\nnaissait ensuite pour être un banc, un poteau, un réverbère éteint. Les\nvillas avaient toutes leurs fenêtres noires qui la regardaient passer d'un air\nmorne. On dormait là derrière. Elle se trouva ridicule et voulut retourner,\nmais ses jambes, comme en état d'hypnotisme, la firent avancer de force.\nElle arriva au bout de l'estacade sans avoir rencontré personne. Ici, le\ngloussement de l'eau venant lécher un reflet de lune aux piliers, lui\nrenouvela les sensations de tout à l'heure.\n    Une teinte acre de brique pilée frottait l'horizon du levant. Des villas en\navant-corps y saillaient comme la minuscule tête d'un reptile fantastique.\nA mesure que la teinte rousse imprégnait davantage le ciel, la petite tête\nse découpait, s'ajourait, se détachait du fond ardent comme quelque chose\nde calciné qui va s'effondrer. Toute une ligne d'architecture noire, à sa\nsuite, s'allongeait dans la fournaise, et bientôt, ce bout de digue, trempé\n"}, {"page_pdf": 560, "texte": "                                  — 501 —\n\ndans une onde de feu, figura la silhouette sinistre d'un chateau fort au\nmilieu d'un champ de bataille incendié.\n   Des nuages s'en élevaient en fumée; s'ébattaient à la queue leu leu, pour\nse résoudre en ouate au fond bleu de l'ouest d'où la nuit se retirait en\npâlissant. Dans cet envahissement, le jour allait plus vite, poussait une eau\nblafarde sous la lune, de sorte qu'un commencement de clarté coulait déjà\nsous cette nuit fanée, qui n'était plus la nuit vraie ni le jour encore. Et,\ncomme si l'on eût pu décanter ce clair-obscur pour y démêler la lumière de\nl'ombre, l'œil y cherchait l'interligne imaginaire où l'une reculait devant\nl'autre.\n   Autour de la lune jaune, le ciel aussi balayé d'étoiles se mit à pâlir. Ce\nqui restait d'obscurité, refoulé, replié lentement au sable, s'amassait\naux arrière-plans engrisaillés de teintes neutres et, de ce paysage à peine\nentr'ouvert se dégageait un carré de tache blanche, une maisonnette\ndénichée des dunes, un clocheton, vaguement...\n   Au levant, la tache rousse passait à l'orange, puis à l'or pâle velouté de\ngris, se pulvérisait en une brume de lumière qui s'inclinait doucement vers\nl'intérieur de la côte. La terre, au loin, déchirait ses buées. Du village, dans\nun amoncellement architectural de vapeurs, allait surgir, encoigné d'un\npignon ou crénelé d'une crête de toits, un morceau de soleil ébréché.\n   Alors, une mare de jour clairet affluée de l'est, aplanit à la mer calme sa\ngamme d'aquarelle. On aperçut nettement, dans un mouvement d'eau\nlimpide, à l'horizon, une partie de la flottille de pêche au retour, croisée\nd'autres barques parties avant l'aube, et des steamers et des bricks enlevés\ndes eaux plates. Les feux de la côte, un à un, s'éteignirent. Un homme vint\nabaisser le fanal vert qui marque l'entrée du port. Des barques, prenant la\nmer, dansaient allègrement, et leurs hommes, d'ordinaire si balourds et\nmuets, s'interpelaient à grands cris, heureux de se sentir seuls en face du\nsoleil levant. Des reflets de soleil joyeux papillottaient au flanc goudronné\ndes coques, avivaient le coloris des girouettes à banderoles, des vareuses\nblanches et culottes rouges dans leur décor aux tons de cachou.\n   Le phare de Wandelaar s'éclipsa le dernier.\n   Mariette, qui était restée sans penser, rien qu'à voir, en se promenant de\nlong en large, emmitouflée, grelottante, à cause du vent froid et de la\nrosée, à ce réveil de vie fraîche crut s'éveiller seulement et, piquée d'une\nidée subite, s'enfuit avec la peur de rencontrer du monde ou que quelqu'un\nla vît d'une fenêtre, maintenant qu'il faisait plein jour.\n\n\n                                     XVI\n   Elle demeura triste et insatisfaite, honteuse au fond d'elle de cette folie\nqui ne devait pas l'apaiser. Elle l'avait faite sous l'empire d'une arrière-\nimpulsion qui ne venait pas de sa volonté. Obsédée de-plus en plus, puis\naffolée par cet inexplicable caprice de malade, elle avait couru là comme\ncourent des malheureux pour échapper aux flammes qui les entourent et\ntout aussi inutilement. Elle en gardait maintenant une pesanteur à la\npoitrine ; la sensation d'un sanglot, qui ne parvenait pas à se fondre, et\ncette pénible impression d'attente que laisse à tout l'être une harmonie\nsans résolution. L'harmonie de sa vie était encore une fois rompue. Son\n"}, {"page_pdf": 561, "texte": "                                      502\n\n\nesprit et son corps endoloris vibraient d'une plainte prolongée comme le\nbois d'une viole qu'on vient de jeter violemment.\n   Comme elle revenait du bain toute frissonnante et indisposée :\n   — Griolet n'a pas de chance! fit remarquer Léon, car ce jour était celui\nde la course de crabes ou Griolet devait débuter : un événement dans la\nvie sportive de la plage. Mais, cette remarque, Mariette ne parut même pas\nl'entendre. Que lui importait Griolet ! Ce jeu dont la perspective l'avait\ntant passionnée, lui paraissait maintenant n'être plus qu'un jeu d'enfants.\nC'est que, pour elle, ce mois passé si vite, était plus gros d'événements\nqu'une année. Un très long temps la séparait de cette époque d'arrivée ici,\ndont on disait : « il y a quelques semaines ». Il lui semblait que son cœur\navait grandi depuis ces jours et même un peu vieilli depuis hier. Qui sait\njusques à quand ce cœur fût resté maussade et réfugié en lui-même, qui\nsait jusques à quand ce cœur, de sensitive, eut conservé les rides que la\ndouleur aiguë venait de lui faire en le recroquevillant, si l'humeur de\nMiette n'avait tourné, tout à coup, en même temps que le vent.\n   Au milieu du jour, elle fut prise d'une de ces sautes de joie brusques\ndont elle était coutumière et qui s'expliquaient par l'inconstance de ses\nimpressions, et par ce qu'une peine, aussi bien qu'une joie prolongée, pesait\ntrop à son cœur, ce pèse-douleurs à minima.\n   Le vent s'était abattu sous une ondée diluvienne qui les avait chassés\nde la plage. Ils étaient rentrés jouer aux petits jeux. On avait mis tour à\ntour Léon et Lucien sur la sellette et Mariette les avait confessés, retournant\nleurs mots, leurs phrases, fouillant toutes leurs idées de cette ardente et\njalouse curiosité de jeune fille qui brûle du désir de connaître les coulisses\ndu théâtre, l'envers de la vie.\n   Ce fut Juliette qui cria la première :\n   — Il ne pleut plus !\n    Le mauvais temps avait dévié. Ils n'en avaient eu qu'une affraîchissante\n ondée et, les derniers rayons du soleil tombant, débarbouillaient le ciel de\n ses nuages.\n    Mariette, rejetant le châle dont elle s'emmitouflait, courut dehors en\n sautant par dessus les flaques. L'air était envahi d'une fraîcheur délicieuse;\n la mer limpide, le soleil agrandi et doré de tous ses feux pour un coucher\n splendide...\n    Légère, joyeuse, elle ne se demanda point pourquoi la nature faisait cette\n bonne action de finir dans le rire une journée si mal commencée...\n    Un battement de tambourin, ayant fait virer ses pensées, elle oubliait\n tout, et le rayonnement juvénile de son visage montrait le fond d'une joie\n que rien ne semblait devoir assombrir.\n    Elle respira deux trois fois, buvant de l'air à plein souffle, et cria de\n toute la force de ses poumons :\n   — Lucien, une partie à deux!\n    Et Lucien tenant les tambourins, enjambait la balustrade pendant\n qu'elle s'amusait à lancer sa balle en l'air pour la recevoir, tour à tour, sur\nla paume et sur le revers de la main.\n"}, {"page_pdf": 562, "texte": "                                  — 503 —\n\n\n                                    XVII\n   Elle se tenait droite, presqu'immobile, la tête seule battant un va-et-\nvient serré de haut en bas. Elle pivotait lentement, amenait son visage\nenfiévré où passaient des tiraillements nerveux sous des traits fixes, et ce\nmarmottement machinal des lèvres qui comptaient les coups. A chaque\nbattement, son chapeau lui tombait un peu plus sur l'oreille :\n   — Cent et trois ! criait-elle en ramassant la balle qu'elle venait de man­\nquer.\n   — J'en ai fait le double hier, dit Lucien.\n   — Toi !\n   Il éclata de rire à ce « toi » qu'elle venait de lui lancer en plein monde,\ntout haut, et la balle lui arrivait dans la bouche; n'étant pas en garde, il\nallait l'attraper entre les dents, quand un souffle l'écarta, il donna le coup\nde tambourin et elle dût courir.\n   C'était un caprice de jeu imaginé par elle, à qui ces heures de pluie\navaient mis une fourmilière dans les jambes. Une partie improvisée sans\nprétention stratégique pour le plaisir de courir et frapper, courir à deux\nsurtout et se rencontrer, se heurter, se frôler le visage et s'emmêler les\nmains; se mater un peu à cette gymnastique des muscles arcboutés et de\nregard tendu suivant la balle qu'on frappe et refrappe, qui fuse et rebondit\nau choc sonore du tambourin. Puis, ce vis-à-vis continuel, cet échange de\nparoles, de regards à la volée ; l'allée et venue de ce petit objet de lui à\nelle, et d'elle à lui, comme pour porter vers l'un un peu du fluide de l'autre,\nla remuait bien autrement qu'un attouchement réel.\n   — A chaque fusée de la balle, elle éprouvait un léger spasme qui se\ndétendait en une secousse électrique au rebond.\n   Elle commençait à se fatiguer.\n   — Plus fort! cria Lucien.\n   Elle donna un coup violent, de travers, qui envoya la balle sur la plage.\n   Ils dégringolèrent le perré, mais il fallait courir pour ne pas glisser sur\nles pierres bleues mouillées de pluie et, l'élan pris, ils ne rattrapèrent la\nballe qu'en roulant dessus, tous les deux, à plat ventre.\n   Le chapeau de Mariette avait heurté le visage de Lucien.\n   — ...Pas fait mal? dit-elle, en se relevant.\n   — Pourquoi?\n   Elle montrait sa capote de grosse paille :\n   — Ça râpe !...\n   Ils remontaient doucement, en s'accrochant le talon aux aspérités. En\nhaut, il se retourna vers elle. Elle était très rose et toute décoiffée, son\nchapeau dans le dos :\n   — Ouf! que j'ai chaud! dit-elle, en se hissant à la main de Lucien.\n\n                                    XVIII\n  Et les jours passaient sur les jours ; après une période de pluie le beau\ntemps avait reparu ; Mariette était redevenue très rieuse, et le boute-en-train\nde la bande qu'elle dératait de rire par ses drôleries. C'est elle, un soir, qui\ninventait un cramignon comme à Liége. On le fit aux lanternes et toute la\n"}, {"page_pdf": 563, "texte": "                                   — 504 —\n\n digue s'accrocha à cette file onduleuse torchant de lueurs fantastiques l'ar­\n chitecture sombre des villas.\n    On était en septembre. On soupait, à la lumière, de mets plus onctueux\n et.tièdes. Mariette qui d'ordinaire s'échappait des repas la première, s'y\n trouvait bien maintenant et s'attardait à l'intimité de cette grande table de\n famille où l'on se serrait par appréhension du froid à venir. Elle était à côté\n de Lucien. Ils tenaient très peu de place ensemble. Ils s'étaient placés tout\n naturellement ainsi dès le premier jour et continuaient là leur compagnon­\n nage... L'air frais du soir entrait par la vénitienne au large ouverte, leur\n apportant un bruit de voix et de pas traînants au dehors, et d'un même\n mouvement, ils se penchaient, le menton dans la fumée des tasses pour\n apercevoir, de leurs yeux écarquillés dans la nuit, les gens qui les regar­\ndaient manger.\n    Ils étaient venus à ce degré de camaraderie où l'on se dit « vous » pour\nle monde en se tuyoyant du geste et du regard. C'était devenu une habi­\n tude de les voir constamment ensemble et de les y remettre. On ne nommait\n pas Mariette sans ajouter : et Lucien, l'un n'allant pas sans l'autre. Les\ndeux ne faisaient presque plus qu'un ménage, un bon ménage qui égayait\nles soirées de ses disputes pour rire.\n   Aussi Mariette ne put-elle dissimuler une impression de tristesse, lors­\nqu'un soir on parla de départ. Elle songea à la date... se mit à compter les\njours...\n    Et après le souper, comme elle s'était écartée avec lui :\n   — Quand partez-vous?\n   — Demain en huit.\n   — Pourquoi ne restez-vous pas jusqu'au quinze ?\n   — Vous savez bien que je ne puis pas, Mariette, lui répondit-il avec un\npeu de tristesse aussi et de regret dans la voix...\n   Ce fut tout.\n   L'heure triste du départ était presque oubliée, quand un matin des der­\nniers jours, Lucien, en descendant, aperçut Mariette parla porte entr'ouverte.\nElle plantait là, tout habillée, tenant d'une main son miroir et, de l'autre,\ndonnant un coup de menotte à ses houppettes.\n   — Juliette est descendue, dit-il, en poussant la tête?\n   — Oui.\n   Il entra tout à fait :\n   — Bonjour Mariette!\n   — Bonjour! fit-elle en lui tendant la main et, levant moqueusement le\nvisage, elle le regardait sous le nez :\n   — Vous avez bien dormi ?\n   — Pas comme ça, va! dit Lucien en s'approchant pour l'embrasser et,\nd'une mine suppliante, en lui saisissant la tête à deux mains :\n   — Rien qu'une fois, puisque je pars !\n   — Lucien, Lucien! dit-elle, si on montait!\n   Puis, elle ferma les yeux pour ne pas voir des baisers rapides lui\ncaresser les yeux, les cheveux et ces deux petites places où l'on devinait la\npeau delicate à travers les mêches soyeuses des tempes.\n"}, {"page_pdf": 564, "texte": "                                  — 505 —\n\n\n                                    XIX\n   Si quelqu'un était venu demander à Miette, brutalement, en trois mots :\nl'aimes-tu? la pauvre Miette, étourdie par le choc qui l'aurait jetée tout\nà coup aussi rudement à la réalité, fût demeurée sans pouvoir rien répondre.\n   L'aimes-tu? — Miette n'y avait pas pensé. Elle n'avait jamais pris à\nl'esprit, pour les regarder en face, ces trois mots qui ne lui réprésentaient\nque comme une banalité creuse le sentiment complexe et indéfini d'aimer.\n   Il y a de ces sensations mobiles, à fleur d'âme, qui ne trouvent de nom\ndans aucun langage rationnel ; les fixer, les saisir, c'est leur donner un\ncorps ; les faire tomber parmi les choses déterminées qui ont un but et\nune fin.\n   D'où lui venait, et depuis quand, ce bien-être physique et moral auquel\nelle s'était inclinée inconsciemment, s'abandonnant, se donnant d'un élan\nde cette passion qui lui emplissait le cœur sans regarder en-deca ni au-\ndelà?\n   Un beau jour de soleil et de rire avait passé, et sa nature primesau­\ntière s'y était jetée à cœur perdu, comme un papillon dans la lumière,\n   Etait-ce aimer, cela? Pendant quelques semaines elle avait vécu et s'était\nsenti vivre. Elle avait aimé l'eau, l'air, le soleil, les fleurs, des voiles à\nl'horizon, des oiseaux dans le ciel; le coin de plage où ils avaient fait des\npâtés de sable; la couchette en pleine dune où ils avaient rêvé; l'estacade,\net, le soir, son long chemin noir vers l'infini et tous ces chemins sans but,\nchemins d'ombre ou de lumière, où ils avaient égaré des serrements de\nmains, des paroles, des regards qui ne voulaient rien dire et disaient tant de\nchoses.\n   Elle s'était mise à aimer des figures inconnues, y passant et repassant\nchaque jour, comme des figures sympathiques à sa joie. Elle avait aimé\ndes mots, des sourires, des gestes, des riens pour l'instant qui les avait vus\npasser et, parmi toutes les choses familières qui, participant de leur vie\ncommune, s'y étaient animées comme des êtres, elle avait souvent aimé ce\nqu'il touchait, ce qu'il portait, ce qu'il aimait...\n   Mais lui, Lucien, rien que lui dans l'absolu de sa personne, dans l'en-\ntièreté de ce cœur et de ce corps qu'on échange pour une vie en les arra­\nchant de tout le reste — l'aimait-elle enfin?...\n   — S'il m'aimait ! songea Miette, et soudain elle tressaillit à la ressensa­\ntion toute vive des baisers dont elle croyait avoir gardé la trace visible au\nvisage...\n   — S'il l'aimait! en vérité, il n'était pas que des petits enfants à aimer\nsur la terre. Si petit que fût le cœur de Miette, il y avait place pour beau­\ncoup d'amour. Et, tout à coup, fermant les yeux, elle crut sentir ce cœur\nse gonfler, ses bras se tendre vers une ombre penchée d'où tombaient des\nbaisers et sa voix murmurer : Lucien ! Lucien !...\n   La joie du jour s'endormait au murmure décroissant des êtres.\n   Au couchant, dont le soleil venait de glisser, le dessin de tout s'effaçait,\nle coloris se fanait, ne laissant que des tons neutres, des gris de fer, des\ngris d'argent, des gris niellés, cuivrés de mares stagnantes et, devant la mer,\nen reflux, un reflet de moire irrisée suintait à la plage.\n   La mer se lustrait comme une soie tendue à craquer.\n   Des barquettes à fleur d'eau passaient et repassaient, glissant dans le\nmême sillage, quelque silhouette fixe à l'ombre de leur voile.\n"}, {"page_pdf": 565, "texte": "                                   — 506 —\n\n   De toutes parts des gerbes de petites balles jaillirent en fusées au son des\ntambourins. Un orgue, au loin, moulait des valses tristes et des nuées de\nmoustiques dansaient à leur rythme.\n   Mais, déjà, les balles, en retombant, se perdaient dans le gris du ciel. Les\ntambourins sonnaient mat. De l'humidité tombait dans un brouillard\nd'automne. Une ombre louche rampa de la plage. Du sable, devenu noir,\nune buée légère épandue émoussait les silhouettes, engrisaillait la mer et le\nciel, et ce n'était pas une nuit qui se pose ; c'était le retrait insensible de ces\ndemi-lueurs crépusculaires où papillottent et clignottent des points\nd'ombre parmi les teintes qui se dissolvent jusqu'au néant complet de la\nlumière.\n   Mariette rentra en grelottant.\n   Quand elle se retrouva le soir avec Juliette, dans leur chambre, aucune\nd'elles ne prononça plus le nom de Lucien.\n   — Nous ne rentrerons pas avant la fin du mois si le temps est beau.\nEst-ce que ton père viendra te chercher?\n   — A Bruxelles, sans doute Je partirai avec mon oncle Roger.\n   — Il ne fera pas gai quand vous serez tous partis; démon, nous n'allons\nplus rire !\n   Puis il y eut un silence, Juliette tendait l'oreille : — Ecoute, on dirait\nqu'on joue en bas...\n   — C'est ta mère, dit Miette en l'embrassant.\n   Juliette lui rendit son baiser : — Dors bien, sais-tu !\n   Miette s'endormit tout d'un coup, lourdement, jusqu'au lendemain. Son\nréveil fut maussade. Une pluie grise embrumait l'horizon.\n   Elle eut ce geste instinctif de détourner la face dans l'oreiller en refer­\nmant les yeux pour ne pas voir le vilain jour qui se levait.\n\n\n                                       XX\n   C'est triste, un départ, comme tout ce qui s'arrête, tout ce qui meurt.\nC'est de l'inconnu, du vide; quelque chose d'interrompu; un trou dans le\nplaisir et dans le rire. Un peu de nous s'égare à tous les coins de joie épar­\npillés dans la vie. Chaque fois que nous en passons un, nous avons peur\nque ce soit le dernier.\n   — Là-bas! dit Renée, voyez la mer, il vient du gros temps. Un grain\nmontait de l'ouest en d'épais nuages effilochés de vapeurs roussâtres. Une\nbande d'un violet clair, comme tracée grossièrement au pouce, bordait la\nmer au fond et, s'y étalant peu à peu, amenait à sa surface une flottille de\nvoiles, secouées, ballottées dans un brouillard humide. La ligne d'horizon,\nd'ordinaire si nette, semblait rongée de remous. La mer se soulevait de\nson lit.\n   Cependant, un reste de soleil, sourdant encore par des déchiquetures du\nciel, gardait à la mer cristalline une transparence de vert bouteille et\nl'écume de ses bords éclatait de blancheur sous ce faux jour de vitrail.\n   Mais le glacis de lumière se déplaça, glissa lentement vers l'est à mesure\nque, par derrière, la rafale se gonflait. L'eau devint opaque.\n   Les jeunes gens restaient à décompter tout bas les minutes en reculant\nindéfiniment, lâchement, ce baiser long et fort qui allait être le dernier»\n"}, {"page_pdf": 566, "texte": "                                   — 307 —\n\n\n    Mme Roger se leva : Lucien, je crois qu'il est l'heure.\n    — Il pleut là-bas! dit Juliette. La pluie tombait en mer.\n    Des rais gris descendaient des nuages, et descendaient de plus haut à\nmesure que la trombe avançait. Le pan violet se développait en pâlissant.\nAu choc des deux eaux la mer se cabra et se mit à rouler en une énorme\nbarre oblique. La flottille enveloppée parut hésiter, avoir peur, et s'immobi­\nliser sous l'ondée.\n    Mariette était sortie de la chambre, les poings sur les yeux, pour ne pas\npleurer. Lucien, après avoir embrassé ses sœurs et ses cousines, se précipita\nvers le vestibule :\n    — Où est Mariette?\n    Elle rentrait. Ils se serrèrent les deux mains.\n    Pendant qu'ils se tenaient ainsi le temps de se plonger un regard au fond\n de l'autre, elle ne put s'empêcher de lui dire : Manque le train! Mais si bas\n qu'il dut ne pas l'entendre et, de la digue, il lui cria un « Au revoir ! »\n presque joyeux qui la gonfla de larmes.\n    Subitement la nuée, crevant d'eau et de grêle, s'abattit rageusement,\n noyant l'air, le ciel, la mer dans un embrun mélancolique couleur de spleen,\n où le son se perdait du bruissement de l'averse au bruissement de la mer.\n     — Pourvu qu'il arrive ! dit Mme Roger.\n     Mariette se pencha. Elle le vit qui s'enfonçait en courant sous la pluie,\n et comme elle n'avait plus assez de courage pour se détacher de là, Juliette,\n la prenant par le bras, lui dit : — Ma pauvre petite Mariette, ne reste pas\n  là ; il te pleut dans les yeux! Ce qui lui fit avoir un joli sourire en larmes.\n     Juliette, la voyant si triste, avait pitié d'elle et ne voulait pas lui rappeler\n  ses allusions taquines et qu'elle avait eu raison, puisque c'était vrai... —\n  N'est-ce pas que c'était vrai? — Deux ou trois fois, sur le point de le lui\n  demander, en l'attirant câlinement, elle se contenta de la regarder dans les\n  yeux d'un regard affectueux qui signifiait la même chose, et Mariette ne\n  disait plus non. Elle se serrait contre Juliette en frissonnant, la retirait avec\n  elle devant les grelons qui claquaient à leurs pieds sur les carreaux de la\n   véranda. Elles durent reculer jusque dans le salon et restèrent sur le seuil\n   à regarder cette mer à la sépia, frottée d'un remous de sable, bousculant des\n   masses d'eau en heurtant les nuages et les rejetant sous l'horizon par blocs\n   qui continuaient à dégringoler pêle-mêle.\n                                                        H E N R Y MAUBEL.\n\n\n\n\n                              MADRIGAL\n                 O chère! accepte mon bouquet\n                 Puisque c'est aujourd'hui ta fête,\n                 Pour te fleurir, ô ma conquête,\n                 J'ai dévalisé le bosquet.\n\n                 Je l'ai fait mignon et coquet\n                 Afin qu'il te paraisse honnête;\n"}, {"page_pdf": 567, "texte": "                                 — 508 —\n\n              O chère ! accepte mon bouquet\n              Puisque c'est aujourd'hui ta fête !\n\n              D'autres t'offriraient un banquet,\n              Mais je préfère en tête à tête,\n              Beaucoup de baisers, — c'est moins bête!\n              Chère, va mettre le loquet\n              Puisque c'est aujourd'hui ta fête.'...\n                                                       JULES GILSON.\n\n\n\n\n                      INSTANTANÉS\n                                BETTING\n   Le turf est morne. Seul, un homme se promène. Il passe sur la pelouse\nen regardant des piquets sur lesquels sont cloués des numéros, traverse la\npiste, s'arrête devant les tribunes désertes, repart vers le pesage, contourne\nles écuries, regarde encore des piquets numérotés, et tombe.\n   Pendant trois ans, il a économisé sur ses appointements du ministère.\nIl a parié. Toujours, il a perdu.\n   Hier, c'était la dernière journée de la réunion. Il a parié plus gros, pour\nse rattraper, et il a parié avec l'argent d'amis. Il a tout perdu.\n   C'est bien fini. Il est sorti emportant un rasoir.\n   Maintenant, sur la terrasse, deux grandes ailes de sang se déploient à ses\ncôtés, comme l'ombre rouge de l'âme envolée. Et dans l'air, au milieu de\nla solitude et du silence, semble passer un vague écho : 20 + 120.\n\n                                 L'AUTRE\n   L'office est terminé. Les mariés, se donnant le bras, marchent vers la\nsortie. Des deux côtés du tapis rouge, une haie de curieux derrière une haie\nde chaises.\n   Elle, baisse les yeux. Lui, regarde.\n   Près du porche, une femme prie, la tête baissée. Quand ils passent, elle\ntressaille, et, à travers sa voilette, une grosse larme tombe en se dorant\ndans un rayon de soleil qui raye les vitraux, et se meurt, noire, sur le\nvelours du livre d'heures.\n   Lui voit cette larme, et tressaille comme elle...\n"}, {"page_pdf": 568, "texte": "                                 — 509 —\n\n\n  — Dis, mon chéri, pourquoi as-tu tremblé comme ça, ce matin ?\n  — Tremblé ?\n  — Oui, allons... en sortant de l'église...\n     <i\n\n  — Voyons,... il n'y avait pas une... dame.\n  — Ah!\n  — E h ! bien? Qui...\n  — C'est ma veuve.\n  Elle lui sauta au cou, le couvrit de baisers, et, quand elle vint frôler son\noreille, elle chuchota :\n  — Vous resterez bien mort, Monsieur?\n\n                                LE CYGNE\n  0 ! sainte dont le crâne altier rayonne de beauté et de douceur, femme au\nregard séraphique bridé par la souffrance, je ne cherche plus ici-bas les\npuretés plastiques; elles n'y vivent point.\n   La rocaille et la fange ont tordu ton port alourdi dont la majesté évoque\ncelle du cygne empesée sur la rive.\n   Tu étais faite pour voguer sur l'éther, sainte engloutie !\n\n                                  L'ORGUE\n  Tes attraits sont voilés d'une vague tristesse. Le soleil de tes yeux brille\nderrière un nuage. Ton sourire est craintif, sourire de veuve où luttent deux\namours. N'es-tu pas l'éternelle éplorée dont le cœur jamais ne se donne\nentier. Oui, tu l'es, car le doux chant de ton âme vibre sous l'étouffement\nd'une brise immense, d'une plainte grise, comme la voix céleste des orgues\nse perd sur le fond morne des graves bassons, lancinante aspiration au cou­\nronnement de l'amour, là haut.\n\n                                  MÉDUSE\n  Quand j'étais enfant, on me disait que les fautes des mortels étaient mar­\nquées en grands points noirs sur le livre de l'Eternel.\n  La terreur qui me glaçait à l'idée de ces stigmates du Vice, me ressaisit\naujourd'hui que tes grands yeux brillent devant moi comme de fatales et\nsuperbes « Fleurs du Mal ». Tes narines palpitantes battent comme des ailes\nde vautour. Ton front morne a l'éclat mystique des soleils d'hiver au funèbre\nsourire. Et tes lèvres sanguines sont les portes de fer des enfers charnels.\n"}, {"page_pdf": 569, "texte": "                                  —     510   —\n\n\n                                   VÉNUS\n   Blonde que j'aime doucement, tes yeux ont des étonnements pudiques de\nvierge. Sur tes joues folâtrent, comme des flammes d'amour, des accroche-\ncœur d'or. Et, pareille à une étoile de sang, une tache rose semble draper\ntes chairs sur ta pommette. Ta bouche divine peut s'ouvrir pour montrer\nses perles, mais doit se taire.\n   Je t'aime muette. Savez-vous !\n                                                               F.   VURGEY.\n\n\n\n\n                      OSCILLATIONS\n                                      Sie vergolden sie nur und envârmen sie nicht.\n                                                        (SCHILLER. —   Berglied).\n\n              Ceci ne saurait être que peu de chose. Le siècle n'étant plus aux\n               grands actes, les hommes de vingt-cinq ans, n'ont été mêlés à\n               d'autre drame qu'à celui qui se joue dans leur cœur. Pour\n               banales qu'en soient les scènes, il n'en est de plus poignantes.\nLa vie en demeure lugubrement teintée : ce qui fut le riant prologue m'ap­\nparaît illusion ou mensonge; ces deux célestes ombres de femmes souriaient\nà un homme dans lequel je ne saurais me reconnaître.\n   De tout temps, ma destinée fut vacillante. En moi se combinaient dans\nune exacte proportion, deux éléments hostiles et d'une fougueuse intensité.\nC'est en vain que mon esprit assoiffé de grandeur et de beauté s'élançait\nvers les pures régions de lumière ; la matière qui l'enchaînait en des liens\ntrop étroits, le rejetait violemment vers la terre, équilibrant par la pesan­\nteur de la chute, la hardiesse de l'essor.\n   L'orgueil avait beau se cabrer en sa sujétion, l'âme et le corps poursui­\nvaient sans relâche leur implacable duel. C'est pourquoi, saisi d'un insur­\nmontable effroi, je méditais la métamorphose inévitable des choses, j'obser­\nvais combien dans la répartition des forces de l'Univers, une vitalité plus\ngrande fut attribuée aux principes de déchéance, aux agents de corruption;\n— alors, dans des paroxysmes d'angoisse, je voulais embrasser l'idéal d'une\nimmortelle étreinte, pour que l'exaspération de mes désirs le fît triompher\nau jour de la transformation inéluctable, j'étais hanté d'une vision!\n   Il me semblait que j'étais suspendu à la tige oscillante d'un balancier, et\nque, soit qu'elle s'arrêtât à droite dans les rayonnements de la clarté et de la\nsplendeur, soit qu'elle s'immobilisât à gauche dans les ténèbres et les épou­\nvantes de l'abîme, mon sort en serait irrémissiblement fixé.\n   Ce fut alors que j'aimai une femme ou plutôt un ange.\n   Un ange seul pouvait ravir le trouble véhément de ma pensée ; et je\nl'aimai comme mon bonheur et mon salut, à la folie, sans songer que c'est\n"}, {"page_pdf": 570, "texte": "                                  — 511—\n\ndu ciel que nous vient la foudre. Je respirais auprès d'elle une atmosphère\nsurnaturelle, l'air auquel se mêlait son souffle purifiait jusqu'au sang de\nmes veines, aussi ne m'avait-elle jamais connu que spiritualisé par son\ncharme subtil. Je lisais un soir d'été ; Térésita ferma mon livre et me dit,\nrafraîchissant mon front brûlant de son doux baiser de sœur : « Elle\nvient, crois-moi, parle-lui, car elle t'aime. Puisque notre séparation est\nprochaine, qu'au moins je te laisse heureux »... Térésita était le soleil de\nma vie, l'image radieuse dont je n'étais que la contre-épreuve affaiblie, et\nmon frère l'empreinte oblitérée. En lui je retrouvai ma nature en dérive,\nen elle mes aspirations glorifiées ; leurs contrastes étaient ma crainte et mon\nespoir\n    Pénétré d'une allégresse sans bornes, je m'approchais de ma bien-aimée :\n« Cher poète, dit-elle, je serai très indiscrète, je voudrais terminer ce beau\njour en m'initiant à une de vos belles pages ». Elle s'était assise dans un\nvieux fauteuil, où j'avais beaucoup rêvé d'elle, sa fine tête blonde légère­\nment inclinée sur le fond sombre, telle que l'on voit les madones gothi­\nques. Debout à ses côtés et non moins belle se tenait Térésita. Toutes deux\n me souriaient, et je me sus transfiguré par une joie complète, et je crus\nen avoir fini avec ma misérable nature.\n    Quand d'ardentes rougeurs embrasèrent le couchant, ma douce amie se\nleva, et, pensive, s'appuya à la croisée : « Que faites-vous donc auprès de\ncet arbre? » dit-elle soudain. Je m'étonnai, puis répondis vaguement\noppressé. « Je ne vous ai point quittée. Celui que vous voyez est mon\n frère ». Elle reprit en riant. — « Vous ne m'en aviez jamais parlé. Voulez-\nvous que nous allions le rejoindre? Vous êtes si bons que vous prétendez\ntous m'aimer, voyons s'il fera de même ». Je la suivis à regret. Son erreur\n n'avait été que trop naturelle : mon frère et moi étions jumeaux et de même\n taille. Elle n'avait pu à cette distance remarquer la lourdeur de sa\n démarche, ni l'affaissé de son maintien, ni ses traits semblables aux miens,\n mais ridiculisés par l'exagération des lignes.\n    Nous le trouvâmes contemplant, avec une colère stupide, un très beau\n fruit qu'il avait cueilli à grande peine, et qui se trouvait rempli d'insectes.\n Il se retourna à mon appel; elle demeura interdite, scrutant involontaire­\n ment mon visage, comme le faisaient tous ceux qui m'apercevaient auprès\n de ce malheureux, comme si notre ressemblance physique impliquait néces­\n sairement une similitude morale. Quant à lui, arraché à son burlesque\n désappointement, il manifesta une joie d'enfant de connaître la belle com­\n pagne de Térésita, et la témoigna d'une manière si bassement extravagante,\n qu'elle en eut le malaise d'un organisme délicat rapproché d'un animal\n ignoble. Il me regardait et ricanait niaisement ; mes nerfs crispés reprodui­\n sirent les contractions de son visage et de crainte qu'elle ne s'aperçut de\n la funeste analogie, je l'emmenai précipitamment. Cependant nous étions\n arrivés en un frais sentier, délicieusement embaumé par la brise du soir;\n — c'était l'heure voilée où montent les étoiles ; je voulus lui décrire le\n ravissement de mon âme, mais je venais d'être parodié par une brutale\n allégresse ; instinctivement elle revoyait l'autre en moi.\n                                                                       33\n"}, {"page_pdf": 571, "texte": "                                   — 5I2\n\n\n    Dès lors, le charme s'évanouit. Térésita luttait sans trêve contre mon\ndécouragement; elle m'exhortait à me conquérir, et, s'autorisant des\nintimes affinités de nos natures, me promettait la victoire. Mais les sœurs\nne sont point immortelles, et pour nous elles meurent une première fois le\n jour de leur mariage. Térésita partie, je restai sans appui en présence de\ncet être déchu. Oh! le lent supplice des jours sans fin, sans consolation !\n mes gestes, mes actions bouffonnement contrefaits par un insensé, mes\nléthargiques rêveries brisées par son importune sollicitude! Car il avait\npour moi une sorte d'affection bestiale ; ni les injures, ni les mauvais trai­\ntements ne me sauvaient de lui; et si j'essayais de fuir, il me retrouvait\nguidé par un infaillible instinct. Je dois dire que je commençai à ressentir\nà son égard, une bonne haine fraternelle, la plus franche des haines; —\naussi riais-je amèrement, lorsque ma mémoire me rappelait les touchants\nrécits que nous ont légués certains poètes, sur l'amour entre frères. Fiction,\nfiction pour moi ! Un frère du même âge est parfois une chaîne, mais un\nfrère jumeau, dont la chair avait été pétrie avec la mienne, et qui était\nmoi d'une façon si précise, que les bouleversements de sa physionomie\nlivraient le secret des vices, que vaillamment je cherchais à étouffer, c'était\nle pire des ennemis, c'était le traître!...\n    Mes traits réflétèrent si fort l'état violent dont j'étais possédé, que je dus\nsuspendre presque toute visite chez ma bien-aimée, et les rares fois que je\nla revis, je ne pus me dissimuler sa souffrance. En cette créature éthérisée\ndont l'enveloppe même semblait esprit, la soudaine intuition de mon indi­\ngnité avait dû soulever une antipathie invincible. Moi-même, je savais\nma rapide déchéance. J'avais à mes côtés un mauvais génie inconscient\ndont l'entité formée d'atomes identiques aux miens, exerçaient sur eux une\nintoxication souveraine. Une des lois de la physique précipite les corps\nmoindres vers les masses plus denses ; de même j'étais attiré vers cette\n nature pétrifiée dans la matière, comme par un irrésistible aimant. Tous\n mes sens s'irritaient de leur contrainte, et se voulaient à l'unisson de cette\n force déchaînée, Ainsi se justifiaient les affres douloureuses de ma jeunesse,\nle balancier fatidique s'inclinait de plus en plus vers la gauche, dans les\n régions d'insondables ténèbres.\n    Toutefois, si j'eusse eu recours aux macérations sublimes par lesquelles\n d'héroiques religieux domptent la chair avant même qu'elle n'ait fait\n entendre ses premiers cris, et si l'affliction de mon corps n'eut cessé qu'avec\n ma vie, j'eusse été sauvé. Mais c'est alors que je perdis à jamais, cette\n femme douce et charmante, adorée quoique insensible, et dans l'anéantisse­\n ment qui se fit dans mon cœur, se brisèrent ses dernières cordes. Lui, ce\n pauvre fou, compatit à ma douleur, il vint à moi, ainsi que l'on voit des\n animaux farouches se secourir entre eux, et, me vantant ses honteux plaisirs,\n me tendit la coupe pour y boire l'oubli de la chimère. Quand dans nos longues\n ivresses nous profanions cette chambre où j'avais entrevu l'extase sublime,\n il eût été impossible de discerner, lesquels de ces yeux abrutis s'étaient\n allumés jadis à l'étincelle sacrée. Incessamment s'accrut l'angoisse et le\n désespoir, saveur amère dont la débauche désaltère ses enfants.\n"}, {"page_pdf": 572, "texte": "                                   — 513 —\n\n    Une dernière fois je m'efforçai, et j'implorai l'asile d'un monastère isolé,\n  perdu en un morne site. Les austérités d'une règle cruelle engourdirent ma\n pensée; j'espérai le repos; mais une nuit sombre que j'étais prosterné sur\n les dalles du cloître, la lune glissa entre les croisillons d'une fenêtre, et\n d'un long rayon, me montra la sainte que j'invoquais. Fût-ce un prestige\n de l'esprit tentateur ! ce fut Elle, Elle seule qui m'apparut dans les rigides\n vêtements d'une vierge de pierre; c'était vers Elle, Elle seule qu'avait\n monté ma prière, et c'était Elle, Elle seule anéantissait à jamais la paix\n recouvrée! Une douleur sans nom me mordit le cœur. Je gémis, je criai,\n je frappai les murs glacés. Arrachés au sommeil, les moines étonnés\n entr'ouvraient leurs cellules : affolé je pris la fuite, ne me souvenant plus de\nmes saintes croyances, ni de mes engagements solennels, mais sachant que\nj'avais ramassé un outil tranchant, et qu'avant peu je serais maître de\nmon sort. Une rivière profondément encaissée dans la montagne arrêta\nma course. Ce lieu était sauvage et désolé; une impénétrable obscurité\ntombait des rocs, quelques étoiles s'abîmant dans le précipice m'indi­\nquaient où mourir. Je fus saisi d'un sentiment étrange et passionné.\nEnfin, j'affranchirais mon âme, elle triompherait dans la souffrance de la\nmatière rebelle ! Tandis que je m'enivrais de la mélancolie de cette heure\nfunèbre, mon oreille fut frappée de ce ricanement auquel je préférais le\nhurlement de la plus sinistre chouette, ce signe d'une joie frénétique chez\nmon implacable persécuteur; et je sus qu'il m'avait suivi, qu'il était là\nsouillant de sa présence la pureté de l'instant suprême, stigmatisant du\nrictus de la rage, ma lèvre expirante. Semblables à des Némésis antiques,\nhaletantes de vengeance, se dressèrent toutes mes amertumes passées ; mais\ndans le calme de la nuit silencieuse, je crus entendre vibrer le nom de Caïn\net je lançai dans le gouffre béant, le fer qui m'eut rendu fratricide. L'onde\nblêmit à peine, elle réfléchissait maintenant un masque farouche, hideuse­\nment contourné dans sa furie.\n   C'était bien là le regard abject qu'avait eu ce misérable, le jour où sa\ncolère me dégrada aux yeux de ma bien-aimée, mais ce n'était pas lui,\nc'était moi qui me penchais frémissant sur l'abîme. Je ne pus endurer cette\npreuve irrésistible de l'annihilation complète de mon être, je vis rouge, je\nm'avançai vers lui, râlant après sa vie, et je le frappai avec une telle\nviolence qu'il s'en alla rouler sur la berge glissante. Il ne dit que « Mon\nfrère! » et se tordit sur l'herbe humide, comme un ver qu'a touché la\nfaucille. Un reflet lumineux, perçant la nue sombre, éclairait sa joue pâle,\nlargement coupée d'une trace sanglante. A ce cri, à cette vue, mon sang\ntrop pareil au sien se révolta ; il souffrait, il se lamentait en mon frère, et\nm'ordonnait impérieusement de soulager sa peine. Je courus plutôt vers la\nmort. Je n'atteignis point la rive, car en ce péril imminent, la même voix\nde la nature avait fait se relever le pauvre lâche et armé son bras d'une\nvigueur surhumaine. Dans un spasme convulsif il m'enchaînait à sa poitrine\net dans cet étroit embrassement, dissous par un mystérieux magnétisme\ns'anéantirent mes luttes, mes désirs, ma volonté, tout ce qui n'était pas\nLui. Et dans cette minute, la plus effroyable, la plus infernale de celles\nauxquelles je suis condamné à survivre, je sentis s'arrêter le fatal balancier,\net ce fut à GAUCHE.\n                                                        JACQUES F È R E .\n"}, {"page_pdf": 573, "texte": "                                                        — 314 —\n\n\n\n                                              MEMENTO\n   M. Georges Rodenbach a donné au Pro-                            corps basculer et tomber en arrière tandis\ngrès (14 novembre), une intéressante chro­                         que les phalanges qui garottaient son cou\nnique sur les avocats-écrivains. Il v cite le                      se détachaient.\npassage suivant du Juré, la nouvelle fan­                             « Dans sa chute, il frappa de l'occiput la\ntaisie juridique de M. Edmond Picard :                             glace, qui se brisa.\n   « Le spectre avait saisi Larbalestrier à                           « Il se retenait de ses mains crispées aux\nla gorge, des deux mains. Et celui-ci vacil­                       herbages, les jambes étendues vers le haut\nlant d'épouvante et d'horreur, sentait au                          de l'accotement. Sa tête seule était mouil­\ncol la même impression étranglante et                              lée. Il pouvait se sauver encore. Mais d'un\nmolle, qu'un an auparavant, dans son rêve,                         bond le spectre fut sur lui, et, s'accroupis-\nquand un des cavaliers de l'escorte mili­                          sant, lui enfonça le visage sous l'eau. Il vou­\ntaire l'avait en passant cueilli sous le péris­                    lait crier. Sa bouche entonna en grouillant\ntyle du Palais de justice, de ses doigts                           le liquide fangeux. Convulsif, il se débattit.\nrouges comme de la viande de boucherie.                            Ses membres frappèrent le sol. Il était\nDans ses narines, pestilentielle, suffocante,                      mort (1) ».\nentrait l'odeur cadavérique. De ses poings,                           Le fragment s'arrête là et nous le don­\nen désespéré, l'halluciné martelait la tête                        nons in extenso; on ne pourra pas dire que\nde son horrible ennemi. Ses bras passaient                         nous l'avons choisi; c'est un admirateur\net repassaient dans l'air, tournoyant en                           doublé d'un ami de M. Picard, qui a dé­\nailes de moulin. Il entendait les coups qui                        coupé ce morceau renversant.\nmeurtrissaient ex fendaient la chair ; elle se                        Franchement, il pouvait tomber mieux;\ndétachait par morceaux, sèche et vide de                           si le Juré est tout entier dans ce style\nsang; comme s'il frappait sur du plâtre,                           mahorico-épileptique, nous avons sur la\ndes écailles tombaient. La crâne d'un sque­                        planche de joyeux moments pour le jour\nlette apparut par degrés et finalement                             où il paraîtra.\nresta seul, hideux, invulnérable dans sa                              Dès aujourd'hui, M. Max Waller se\ndure ossature.                                                     réserve de faire ici la critique du livre.\n    « Larbalestrier, se piétant et s'arcbou-                                                * *\n tant, malgré ses efforts, reculait. Le fan­\n                                                                     L'Art moderne vient de publier un\n tôme corporifié, sépulcral athlète, le pous-\n                                                                   article sur Cladel. Il y avait longtemps.\n sait vers le canal marécageux et torpide (1 ).\n L'épouvantable combattant voulait ' le                                                    * *\n noyer. Frénétique, il résistait. Rien n'y                            Le même a donné un article sur Les\nfaisait; irrésistiblement il approchait de la                      lettres devant la plèbe. Tordant.\n rive.\n    « Il sentit (2) le moment où ses pieds,                          Nous recevons de Huy une plaquette\n arrachés du chemin auquel d'une volonté                           P. P. C, comédie-bouffe en un acte de\n surhumain»; il essayait de les coller, entrè­                     M. G. Notule, qui ferait très bonne figure\n rent dans le gazon de la berge dont le gré­                       en lever de rideau sur une de nos scènes\n sil craqua. 11 sentit (3) l'infériorité qui lui                   de genre. Avis à M. Boyer. L'esprit de\n donnait la pente pour résister à l'impitoya­                      P. P. C. n'est pas toujours très raffiné,\n ble poussée du monstre. Il sentit (4) son                         mais il est drôle, c'est ce qu'il voulait et la\n                                                                   plus belle fille du monde...\n   (1) D a n s quel dictionnaire peut-on t r o u v e r la signi­                           ***\nfication d e torpide ? P a s français.\n   (2) U n ,                                                         Vient de paraître chez Monnom : le beau\n   (3) D e u x .\n   (4) Trois.                                                        (1) Vingt-sept imparfaits.\n"}, {"page_pdf": 574, "texte": "                                        — 515 —\n\nvolume de Jules Destrée, Jeune-Belgique,         seul pouvait donner l'étude complète du\nintitulé : Lettres à Jeanne. Nous analyse­       caractère de Renée et qu'à la scène ce\nrons dans notre prochain numéro ce livre         caractère a des lacunes. Le succès d'estime\nqui se présente sous une forme de luxe           littéraire seul a accueilli le démarquage de\nextraordinaire. Prix : 4 francs.                 M. Céard.\n                    ***\n  Le Tour du Monde vient de donner la               C'est à tort que M. Clovis Hugues a dit\ndernière livraison de La Belgique, de            dans la France que les députés ne faisaient\nCamille Lemonnier. Elle a trait au 1 im­         rien. Ils travaillent comme des nègres, ils\nbourg (Tersenderloo, Beverloo, Genck,            inspirent des repo;ters, comme M. Gomot,\nHasselt, Saint-Trond, etc.). L'ouvrage           vendent du cognac, comme M. Cunéo\ncomplet paraîtra chez Hachette en un grand       d'Ornano, écrivent des drames comme\nvolume de luxe. Nous en parlerons alors.         M. Clovis Hugues, ou commettent des poé­\n                                                 sies comme MM. Clovis, déjà cité, Gustave\n                    ***                          Rivet, Louis Jourdan, etc. C'est de ce der­\n   Voir Naples et puis mourir! M. Chalon         nier que nous nous occuperons aujour­\nn'est pas mort, mais il a vu Naples et il l'a    d'hui. Il vient de livrer à la Revue générale\nsi bien vue qu'il en rapporte, sous forme de     une étude poétique sur les servantes qui ne\nbeau volume in-8°, la description pittores­      manque certainement pas de piquant.\nque et pleine de charme. Nous prisons fort         Qu'on juge de la grâce légère de notre\nce livre que Camille Lemonnier patronne          honorable :\ndans une lettre préface adressée à l'auteur.\n                                                 Auguste (1) et moi, tous deux ayant quinze ans à\nC'est bien dangereux de parler de l'Italie\n                                                                                             [peine,\naprès Gautier — voire après l'excellente         Nous quittâmes la ferme, escortant Madeleine,\nMme de Staël, mais M. Chalon s'en tire à\nson honneur. 11 ne prétend pas éblouir le        Nous marchions côte à côte et lui tenant la main,\n                                                 P e u r e u x , nous nous serrions très fort contre ses\nlecteur par des feux d'artifice de style, mais                                                 [hanches.\ndécrit avec sobriété, dans une langue nette\net déliée, les choses qui l'ont frappé au        Madeleine près d'elle, en u n e douce étreinte,\n                                                 Nous attirait, si bien, qu'oui liant les esprits,\ncours de son excursion. Le récit de voyage       D e la réalité nous comprîmes le prix,\nest un genre littéraire qui ne cesse pas         E t que, subitement, au contact de la femme,\nd'être de mode; chaque jour la librairie         U n sentiment nouveau s'éveilla dans notre âme.\nHachette lance des volumes de l'espèce et        O volupté des sens qui s'ignorent encor!\n                                                 Plus heureux que Midas pour qui tout était d'or,\ntrouve un public nombreux et impatient de\n                                                 N o t r e admiration novice et décevante\nles lire. Celui de M. Chalon, édité par la       Transformait en Vénus la massive servante.\nmaison montoise d'Hector Manceaux, parta­        Bientôt même nos bras, devenus plus osés,\ngera cette bonne fortune et nous le lui sou­     Enlacèrent ses bras énormes et rosés,\n                                                 N o t r e front s'inclina sur l'épaule robuste.\nhaitons fort.\n                                                 Fasciné p a r l'étrange opulence du buste,\n                                                 N o t r e œil avide errait sur ces objets puissants.\n                    ***                          Mais elle avait pitié de pareils innocents,\n  M. Albert de Nocée nous envoie, sous           Et se moquait, la voix de rire entrecoupée :\nforme de tiré à part de l'Indépendant litté­     \" Pensiez-vous qu'une fille était u n e poupée \"\n                                                 Faut-il q u e des garçons soient simples à ce point !\nraire, une nouvelle très gracieuse intitulée:\n                                                 Pourquoi vous étonner, petits? ne suis-je point\nRêves déçus. Tous nos compliments.               F a i t e comme le sont les femmes d e ma sorte ? »\n                                                 « — Oh ! non. Vous êtes bien plus grande, et bien\n                    ***                                                                          [plus forte;\n   On a joué, le 18 novembre, au théâtre de      Votre corsage est rond comme aucune ne l'a ;\nl'Odéon à Paris, une pièce tirée par             Et nous vous préférons faite comme cela ! »\nM. Henri Céard, un des lévites de Médan,           Précoces, Auguste et son ami! Quinz3.\nde Renée Mauperin, le roman des frères           ans, et déjà l'amour du torchon,\nde Concourt. La critique est peu favorable.\nElle s'accorde pour trouver que le livre           (1) Pas celui du Cirque.\n"}, {"page_pdf": 575, "texte": "                                             — 516 —\n\n  Changement de décor. Place aux vieux!                 L E ROMAN DE FRANÇOIS\n      Est-elle jolie, hein ! Jean-Pierre :       C'était un doux poète, un très humble, un de ceux\n      Elle a du feu dans la paupière :           Qui s'en vont, vers le soir, flâneurs et paresseux,\n      Son corsage orgueilleusement               Observer les garçons dans les épiceries,\n      Se gonfle sur des rondeurs blanches        Et content joliment, sur des rimes fleuries,\n      Et ses jupons battent ses hanches          La tristesse de vivre en ce monde bourgeois.\n      Dans un large balancement.                 Oh! les beaux vers flambants comme des feux\n                                                                                              [grégeois,\n      Excusez-nous, chaste Suzanne,\n                                                 Les vers ensoleillés, les vers où l'or ruisselle,\n      Car de ces trésors il émane\n      Un parfum de jeunesse dont                 Les strophes où se trouve, ardente, l'étincelle\n      Notre maturité se grise.                   Du génie, oh! jamais, cet être délicat\n      Et pour vous notre barbe grise             Ne voulut en commettre. Il leur criait : \" Raca ! \"\n      Danserait un joyeux rigodon.               Et l'on croyait alors qu'il n'avait pas de vices.\n                                                 O poète ! pourquoi fallut-il que tu visses,\n      Allons, allons, charmante fille.           Un soir, par un beau soir mélancolique et doux,\n      Approchez-vous, soyez gentille             Celle dont la robe est crevée aux deux genoux,\n      Et complaisante, faites voir               Celle qui, vieille, usée, est cependant baisée\n      Ce mollet rond que l'on devine,            Par les manieurs du Verbe et ceux de la Pensée ?\n      Et ces beaux bras, Suzon divine.\n      Qui sont les plus gros du lavoir.          Il habitait alors un cinquième. A l'étroit,\n                                                 Dans sa chambre, il vivait, — bohême, sous le toit»\n   Certes, voilà une poésie qui n'est pas        Content de sa misère et raillant la Fortune.\ngazée; elle manque de « tulle ». On voit         Il adorait, la nuit, songer au clair de lune,\n                                                 Et donner à manger aux pierrots, le matin.\nque M. Louis Jourdan n'est pas député de\n                                                 Or, un soir qu'il rêvait, il vit dans le lointain\nla Corrèze !                                     Comme un corps féminin s'ébaucher dans la\n   Continuons la série des vers :                                                                [bruine.\n                                                 Etant de santé frêle et très sujet au rhume,\n      Nous faisons de la poésie,\n                                                 Malgré tout l'imprévu de l'apparition\n      Anastasie... Anastasie.\n                                                 Il s'en allait déjà (sage précaution)\n   Ceux-ci sont dus à un poète décadent;         Se mettre dans son lit, quand soudain une femme\nils sont cités par M. Aurélien Scholl dans       Entre chez lui. « Mon Dieu, lui dit-il, sur mon âme.\n                                                 Je ne vous connais point, mais j'ai rêvé de vous! «\nle Matin ;                                       — Oui, répondit la vieille, en faisant les yeux doux.\n      Veules de l'angoisse expectante,           Tu m'appelas souvent, la nuit, dans de fous rêves,\n      Nous des trémieres feu bi onzés            Et je m'en viens vers toi. Voici l'heure des trêves !\n      Et par l'armoire ankylosés,                Je te dorloterai sur mes seins amaigris ;\n      Dévalons vers l'encre latente.             Je mettrai pour ton bec de la poudre de riz ;\n      Ceints de l'idéal qui nous tente,          Salue en moi ta vieille et très fidèle amie.\n      Subodorons des alizés                      Incline-toi, François, je suis l'Académie.\n      Du glas engluant aux baisers,              Il s'inclina, comblé de joie, ayant au cœur\n                                                 Tout le ravissement que connaît le vainqueur,\n      Argyraspïdes sous la ten le.\n                                                 Et ce ravissement fut de l'extase pure\n      Saouls d'espace et d'aberratif,\n                                                 Quand la vieille, soudain, approchant sa figure.\n      En proie, anges sonnant rétif,\n                                                 Lui colla sur le front un long baiser brûlant.\n      Immobilise les pensées.\n                                                 Et ce baiser, ce fut la mort de son talent.\n      Nutrition finie. Enfants\n                                                                                        BRUNAY.\n      Mus des immortels gynécées\n      Par des entonnoirs d'oliphants !\n                                                    M. Paul Verlaine vient de publier coup\n  Certainement, les malheureux enfants\n                                                 sur coup, chez Léon Vanier, deux curieux\ngâteux, que soigne une administration ma­\n                                                 volumes de prose : Mémoires d'un VeuF\nternelle, sont moins malades que l'auteur\n                                                 et Louise Leclercq.\nde ce sonnet d'une « déliquescence super­\n                                                    Ce sont des recueils de nouvelles et de\ngrotesquale ».\n                                                 croquis dont plusieurs pages sont vraiment\n                                                 très curieuses et très personnelles. Le ton\n   Nous avons parlé du Roman de Jeanne,          général en est une sorte de scepticisme\nla dernière berquinade du bon Coppée. En         mélancolique, un ce pince-sans-ririsme » à\nvoici une amusante parodie empruntée au          l'Alphonse Allais. Nous ne nous arrêtons\n Voltaire :                                      pas à quelques morceaux d'une langue bis-\n"}, {"page_pdf": 576, "texte": "                                          -       517-\n\ntournée et pénible dont les effets nous sem­       s'étaient installés à l'auberge du Cheval\nblent mal atteints, mais nous croyons que          blanc :\nce livre pourra compter parmi les œuvres              « Le lendemain, à notre réveil, il faisait\nde fin d'école par son raffinement parfois         beau. Au lieu de retourner tout de suite à\nexcessif. Louise Leclercq est une étude            Paris, nous avons l'idée d'aller chez Rave-\nhardie et forte; Madame Aubin, un acte             let prendre des chevaux pour faire une pro­\nqui fait partie du même volume, a la soli­         menade dans la forêt. Vous n'avez pas\ndité d'un drame de Becque. Il rappelle             connu Ravelet. Je le regrette pour vous.\nen ce sens la Parisienne.                          Ravelet tenait un manège, ou plutôt une\n   « Les Mémoires d'un veuf, dit M. Emile          écurie, au premier rond-point de la ter­\nVerhaeren dans l'Art moderne, sont tels            rasse de Saint-Germain. Il était célèbre\nquels, un livre de marque. Une douceur de          parmi notre génération. Il achetait tous les\nrésigné flotte dans les tableaux et les récits.    chevaux de réforme, ruant, se cabrant,\nCertains sont délicats et fragiles, originale­     s'emportant, de la garnison de Saint-Ger­\nment présentés et toujours d'une note sin­          main, et l'on venait exprès de Paris, par\ncère. Parfois de l'excellent. Ainsi cette          bandes, pour les monter. A trente sous\naumône discrète à un enfant dans Nuit               l'heure, tout l'été, de sept heures du matin\nnoire :                                             à neuf heures du soir, ils étaient bien vite\n   « Et le veuf s'arrête, infiniment ému. Il        corrigés des vices qui les avaient fait ex­\nfouille dans sa maigre poche, opération            clure du régiment. On leur mettait indiffé­\nlente à cause de l'ulster et du veston à            remment des selles d'homme ou de femme.\nretrousser, et des gants fourrés du Louvre à        Une fois munis de leurs cavaliers ou de\ndéfaire, et c'est d'une main tremblante, en         leurs cavalières, on les faisait sortir à\npoire (telle celle d'une vraie dévote dans          grands coups de chambrière, et au petit\nl'aumônière de M. le curé) qu'il dépose en          bonheur! Ça allait, la jeunesse et le rire\nquelque sorte, au fond de la timbale               aidant. Tout le monde ne tombait pas ;\nd'étain, comme par crainte d'offenser la            en tout cas, on se relevait. Heureux temps !\nfierté des yeux morts pourtant du seul vrai\n                                                       Cette maison Ravelet était, vous n'en dou­\npauvre d'entre cette foule de pauvres, une\n                                                   tez pas, un lieu de rendez vous. De 1840 à\npetite pièce, — d'or ou d'argent, — sa main\n                                                   1860, — époque à laquelle, je crois, les\ngauche ne le sait pas.\n                                                   modifications apportées à la terrasse firent\n  « Ceci si doucement fait, si discret et          disparaître son établissement, — Ravelet a\navec une fuite si glissante et comme pudi­         vu défiler sur ses carcans toutes les jolies\nque, que le petit aveugle s'écrie d'une voix       filles de la galanterie parisienne, y compris\ncassée, mais combien pénétrante :                  Marie Duplessis, qui était une des habi­\n  « Merci, madame! »                               tuées du lieu et dont la nature fiévreuse se\n                                                   plaisait à ces promenades à fond de train.\n                                                      Je me rappelle une histoire assez drôle à\n   La maison Quantin va publier une nou­           propos d'un cerisier qui faisait le plus bel\nvelle édition du roman de la Dame aux              ornement de la cour de cette écurie. Un\nCamélias, avec une préface nouvelle de             jour, je viens et dis qu'on m'apprête un\nl'auteur.                                          cheval. En attendant, je demande à Ravelet\n   Une préface de Dumas est parfois un             si je puis grimper dans son arbre pour\nrégal. Mais l'auteur de la Dame aux Camé-          manger des cerises. Il était assez flegma­\nlias a tout dit sur son œuvre, et ne se sou­       tique. « Vous pouvez, me dît-il, il y a déjà\nciant pas de se répéter, il passe à côté.          quelqu'un. » J'aperçois, en effet, une\n   Voici un « à côté » qui est piquant.            échelle appliquée à l'arbre; je monte et je\n   On sait, par une préface antérieure, que        vois une femme jolie, quoique brune,\nle roman a été écrit en trois semaines à           comme disait mon ami, assise à son aise\nSaint-Germain. Le jeune Dumas et un ami            entre deux branches faisant fourche et\n"}, {"page_pdf": 577, "texte": "                                           — 518 —\n\nmangeant tranquillement des cerises. « Vous        qualilés d'observation et d'analyse qui\npermettez, madame! lui dis-je. — Com­              furent remarquées dans Xavier       Testelin.\nment donc, monsieur! avec le plus grand                Ça et là, quelques hardiesses rappelant\nplaisir. » Et nous voilà mangeant des cerises      l'ironie agressive des Amants      adultères,\net causant de toutes choses dont peuvent           (Fanny Goguelu) dénotent dans l'auteur\ncauser, par une belle matinée de juin, un          un écrivain avec lequel la société contem­\ngarçon de vingt ans et une jolie fille qui se      poraine devra compter.\nrencontrent sur un cerisier. Il y a quatre\nou cinq ans, j'entre dans un magasin de                                 ***\ncuriosités pour marchander une glace                  Nous avons lu récemment une affiche\nLouis XVI. Je trouve une marchande fort            vraiment curieuse. Elle annonçait une re­\naimable, avec des cheveux grisonnants,             présentation au Musée du Nord, rouvert\ngris même, mais avec des yeux noirs en­            pour la circonstance, pour le 30 novembre.\ncore vifs et de belles dents encore blanches.      Voici le programme : « The wonderful\nJe me disais : « J'ai vu cette figure-là quel­     woman, a comic drama in two acts by\nque part. » Elle me regardait en souriant.         Charles Dance. Betsy Baker by Madison\nJe l'examine enfin d'une telle façon qu'elle       Morton »\nsent que je suis sur la piste d'un souvenir.\n                                                      Et sous forme de nota bene :\n« E h bien, oui, me dit elle, le cerisier de\n                                                      « In the entract, M r Emile Sigogne will\nSaint-Germain ! »\n                                                   give a conférence. »\n  La marchande n'a aucun rôle dans le                 Franchement, il faut qu'il soit enragé, ce\nroman, mais qu'importe? Ce souvenir est            brave orateur, et nous l'aurons toujours\ncharmant.                                          dans les jambes!\n                      * **                            A ce propos, on nous assure que le\n   Une Faute de Jeunesse (L. Frinzine              susdit Sigogne, sujet suisse, donne des\net C ie , éditeurs), tel est le titre du nouveau   leçons de diction dans une des salles du\nroman de M. Alexandre Boutique, l'auteur           Palais de justice.\nde Xavier Testelin, de Mal mariée et des              Quel est le permittatur qui a introduit\nAmants adultères.                                  ce monsieur dans un établissement public?\n   L'amour sensuel de la vingtième année,          Quels sont les avocats qui ont besoin d'ap­\nviolent, aveugle, pouvant faire commettre          prendre la diction suisse?\ndes fautes qui pèsent sur le reste de l'exis­         Nous invitons nos amis des journaux\ntence, et l'amour chaste, élevé qui forme le       quotidiens à demander la lumière sur cette\nlien sacré de la famille, sont le double élé­      bizarrerie d'un côté et cette licence de\nment de ce récit — un drame évidemment             l'autre. M. Sigogne n'a droit ici à aucune\nemprunté à la vie réelle.                          faveur et, comme monsieur absolument\n   Les carac.ères des trois personnages            obscur et nul, n'en mérite pas l'ombre.\nprincipal x : Le Mari, placé entre l'Epouse\net l'Ancienne Maîtresse, sont d'une vérité                             ***\nsaisissante.                                          Mlle Mélanie Bouré, cantatrice, a donné\n   La haute bourgeoisie industrielle est le        le 4 décembre, un concert remarquable,\nmilieu où se déroule l'action de : Une             sur lequel nous reviendrons. Constatons en\nFaute de Jeunesse, où l'on retrouve les            simplement le grand succès.\n"}, {"page_pdf": 578, "texte": "     TABLE                         ALPHABÉTIQUE\n                             DES MATIÈRES\n               CONTENUES DANS LE TOME CINQUIÈME DE\n\n                         LA        JEUNE        BELGIQUE\n\n\n\n        Chainaye (Hector).                           Devillers (Hippolyte).\nPoèmes en prose :                             Petit-Pierre                       167\n  Les invités                           343\n  Les amis                              346           Eekhoud (Georges).\n  La lune vengeresse . . .              347   Les Milices de Saint-François\n  Toutes les larmes  . . .              348     (fragments)                       26\n  La fin du monde . . . .               348   Impressions cruelles :\n                                                  I. Les vachers du Mecr .       287\n        Chapaux (Albert).\n                                                 II. Chez les las-d'aller. .     290\nObsession                               255   H o m m e ou soldat? . . . .       403\n        Coriolis (Jacques).\n                                                        Fère (Jacques).\nBallade pour les regrets de la\n                                              Oscillations                       510\n  belle Rolande                         148\n                                                         Flaneur (Un).\n        Desbordes (Louise'.\n                                              Chronique artistique :\nYo-Tse (Fantaisie) . . . .              244\n                                               Notes très incomplètes      sur\n            Des Loges (X.).                       le Salon de Paris .        .   330\nChronique théâtrale.     .     .    .   438\n                                                      Fontainas (André).\n            Destrée (Jules).\n                                              Elévation                          145\nOdilon Redon                            131   Sonnet                             147\nBallade des réverbères mélan­                 Rimes de printemps :\n  coliques . . . . . . .                241     Le sanctuaire                    309\nBallades en prose :                             Le printemps                     310\n  I I . Les trains qui passent                  Langueur                         310\n       dans la nuit                     328     Adoration                        311\nL'Irréparable.                          417     Ariette                          312\n"}, {"page_pdf": 579, "texte": "                                      — II —\n\n             Frédéric (J.).                  Résignation                                           381\nVers :                                       Les voix    .     .   .       .       .       .       382\n  I I I . La vierge  . . . .          177   Horoscope                                              415\n\n                  G.                                   Kaïser (Georges).\n\nToujours                              361   Georges Eekhoud            . . . .                     267\n                                                        Keiler (Georges).\n            Gilkin (Iwan),\n                                            Emblème et sourire . . . .                             489\nAmour d ' h ô p i t a l . . . .        39\nChâtiment                             240              Khnopff (Georges).\nUn assassinat dans u n café .         385   Vers                                                    62\nNocturnes :\n                                                              Kiss.\n      I Noctambule....                426\n    II Psychologie.      . . .        427   Baisers                                                210\n  I I I . Le veilleur de nuit   .     427\n                                                      Lemonnier (Camille).\n   IV. Vétang                         429\n                                            Happe-Chair [fragments).                           .     7\n            Gilson (Jules).\nVers :                                                 Le Roy (Grégoire).\n  V. Pour une vieille .       .   .   179   Vers :\n  Madrigal                            507       V I . Dernière visiteuse                           180\n                                               V I I . Cantilene . . .                         .   181\n           Giraud (Albert).                   V I I I . Résurrection . .                       .   181\nLysiane de Lysias. Lettre ou-\n                                                         Levis (Eddy).\n   verte au trappiste de \" Greta\n   Friedmann             \"            42    Sonnet                                                  67\nL e vieux Steen                       59    Vers :\nVers :                                          I. Sonnet                                          176\n   Silence                            207     I I . L'ombre    .       .       .       .           177\n   La voix brisée      . . . .        207   Rimes noires :\n   Tes yeux                           208     Les plaintes                                         433\n   Quand tu liras ces vers.     .     208     La tache                                             434\n   Crépuscule                         208     Fiançailles.     . . . . .                           435\n   Renaissance      . . . . .         209\n                                                         Lys (Pierre).\nLa Jeunesse blanche. Lettre à\n   Georges Rodenbach . . .            235   Litanies                                               384\nLes Moines. A Emile         Ver­                       Mac-Abre.\n   haeren                             303   Vers :\nLe silence du poète Hirel . .         371     IV. Un qui va se suicider                        .   179\nVers :\n   A un poète                         379               Maubel (Henry).\n   Le tourment du retour . .          380   La mort de Miette Stephen .   59\n   Silence                            380   Chronique musicale. . . 194, 258\n"}, {"page_pdf": 580, "texte": "                                      — III —\n\nChronique musicale :                                         Siebel.\n  Pierrot macabre . . . . 22 3              Airs de flûte :\nFlux et reflux. . .          322                 V I I . C'est ainsi . .          11\nA cœur perdu    . . . . 464, 490                VIII. Mal          . . . .        78\n             Médard (S).                          IX. Au « British » .            19\nPépins :                                             X. Au boulevard .            80\n    I. Pépin triste . .       .       222         XI. La flûte est triste         81\n  I I . Pépin gai                     223        X I I . Il pleut . .             153\n                                                X I I I . Sun shine               2l5\n          Mériot (Henry).\n                                                XIV. La complainte          des\nVieux maîtres                         350\n                                                            boissons bues.        216\n         Monseur (Eugène).                        XV. Nuits d'avril       .       218\nCarte de visite                       360       XVI. Amour-Hôtel          .       219\n                                               X V I I . Pureté     . . .         243\n           Moréas (Jean).                     X V I I I . Toute la gamme          294\nChronique littéraire :                           XIX. Sans flûte                  344\n Le Symbolisme      .                 436\n                                                        Swarlh (Hélène).\n          Nautet (Francis'.                 Mépris ,                              374\nM. Ernest Renan . .           . 50, 149\nLe comte Léon Tolstoï            . 451.            Van Acker (Florimond).\n                                            La Jeune Belgique (frontispice\n       Féladan (Joséphin).\n                                              à l'eau forte)\nChronique littéraire . . .            246\nRembrandt                             351          Van Arenbergh (Emile).\n              R é t y (Marius),             A Calderon : Les Cyclopes .           282\nNouvelles de la grand'route :                          Vandrunen (James)\n  V I I . Solo de flûte . . .         390\n                                            Flemm-Oso                              71\n  V I I I . La promenade        . .   393\n                                            Les forêts :\n    IX Le gueux à l'orgue .           396\n                                               I. Forêt rousse         . . . .    375\n        Rodenbach (Georges).                  II. Forêt blanche.        . .       317\nVers pour une rousse . . .             19\nHappe-Chair                           203          Van Peteghem (Frantz).\nTrois nouveaux poètes .                     Sonnet                                 71\n  Charles    Van      Lerberghe,\n     Grégoire Le Roy,      Mau-                        Verhaeren (Emile)\n     rice Maeterlinck    . . .        313   Les soirs : Printemps .                46\n                                                        Les    Corneilles          46\n          Rotiers (Fritz).\n                                                        Les Brumes       .         47\nSouvenirs de la vie d'étudiant.        63\n                                                        Le Gel . . .               48\n            Russel (Raoul).                             Le Parc.    . .            48\nLa chambre hantée                     227               Le front du soir           49\n"}, {"page_pdf": 581, "texte": "                                   — IV —\n\n\n Chronique artistique :                    Six années                           476\n  Dixième exposition de « l'Es-\n                                                              X.\n     sor »                    : 158\n  Le Salon des XX.      . . . 182          Chronique théâtrale :\n  Expositions Agncessens et                 Jeanne Bijou                        188\n     Baron                     .220\n  Exposition du Cercle artis-\n    tique                        255       La Jeune Belgique . . . .      5\n                                           NOTRE P R O C È S . . . .     82\n          Vurgey (Florent).                  I. LES PLAIDOIRIES: Plai-\nInstantanés : Betting .    .   .   5o8          doirie de M. Georges\n              L'Antre .    .   .   5o8          Rodenbach                83\n              Le Cygne     .   .   509          Plaidoirie de M. Albert\n              L'Orgue .        .   5og          Simon                   103\n              Méduse .     .   .   5 09     II.   D O C U M E N T S COMPLÉ­\n              Vénus .      .   .   510            MENTAIRES : Les débuts\n                                                  de Ric-Rac dans la litté-\n           Waller (Max).                          rature                        116\nSchmitt                         68        III.    L E JUGEMENT      .   .   .   118\nChronique littéraire. . . 154, 211        IV.     L E S COMPTES-RENDUS .        120\nM. Coquelin sifflé . . . . 253            Chronique judiciaire :\nL'Art au dessus des révolu­                 M. Coquelin sifflé . . . 295\n  tions                   339, 382        Memento . 125, 161, 199, 228, 262,\nJournaux belges                429              299, 334, 363, 400, 441, 475\nElles .                        447        Memento musical . . .          165\n\n  Nous conseillons à nos abonnés de faire relier leurs volumes de notre\nRevue, avec la suite de ses couverture \\ réunies à la fin du tome. Ils auront\nainsi les fantaisies et variétés dont voici la nomenclature :\nLe veau, par Alphonse Allais N°     1     Un moyen comme un autre,\nLes théâtres : Monnaie,                     par Alphonse Allais . . N° 5\n   Parc, Galeries, Alcazar . N°     1     Sur le vif, par Alph. Allais. N° 6\nPour en avoir le cœur net,                La belle Ida,      id.     N°     7\n   par Alphonse Allais . . N°       2     Obstination,       id.         N° 8\nLes théâtres : Bourse . . N°        2     Un enterrement aux champs,\nSalammbô — Le crabe déli-                   par Alphonse Allais       . N° 9\n  quescent. — Camembert      N°     3     Toto au Luxembourg, par\nLe bon peintre, par Al­                     Alphonse Allais       . . N° 10\n  phonse Allais . . . . N°          4     Variétés : Chez le comte\nLes théâtres : Monnaie. . N°        4       Tolstoï                     N° 11\nLe bon amant, par Alphonse                Le mot de la fin . . . . N° 11\n  Allais                     N°     5I\n"}, {"page_pdf": 582, "texte": "nouvelle remarquable de M. JULES VAN DER BRUGGHEN : titre .\nHilda; de M. ALBERT DE NOCÉE : titre : La Renaude; des Souvenirs\nde jeunesse d'IWAN GILKIN ; une traduction libre de La duchesse de\nMalfi, drame shakespearien de WEBSTER, par GEORGES EEKHOUD,\ndes Nouvelles de la Grand'Route de MARIUS RÉTY, sans compter les\nvers et prose des Jeunes-Belgique qui ne sont pas cités ici, mais dont la\ncollaboration nous est toujours acquise.\n   Plus que jamais nous faciliterons aux jeunes et aux nouveaux venus\nl'accès de notre revue. Nous comptons sur le concours de tous.\n                                       NE CRAINS.\n\n\n                              BOITE AUX LETTRES\n   138. Que trouve-t-on dans ces quatorze lettres : A. A. A. E . L. M. N . P . R. S. U. U .\nW . W . ? Déjà l'on y trouve Snamrewuaw Luap que l'on peut retourner pour le voir....\npar derrière. On y trouve encore Ane, puer, suer, sale, merle, lama; nos lecteurs sont\npriés de nous envoyer les combinaisons qu'ils auront découvertes et qui en même temps\nont de la justesse dans le.... rapport. Ce sera pour les étrennes de notre cher petit Paul.\nNos lecteurs sont conviés à trouver de nouveaux jeux.\n   13g. A. A. D D. C'est pas mal votre nouvelle La Renaude. Monsieur Dada ou Adad,\nmais un peu lâchée : « Les buveurs plus soifs de sa chair que de boisson » nous semble\nun peu risqué. Soif n'est pas un adjectif. Passera néanmoins un de ces jours.\n   140. SERGENT. Mon premier amour est faible, mais plein de jolies choses. Trop inégal,\ncela. Faites mieux. A vous et merci.\n   141. H. DE WAELE. Votre sonnet passera dans le prochain numéro.\n   142. C. DE ROL... Çà, une ballade! as-tu fini, m'amour ? Le panier lui sourit douce­\nment dans l'ombre...\n   143. PIERRE P. Le panier ne sourit plus. Lui-même n'en veut pas, de votre Matin\nd'hiver! Si c'est une gageure, dites le tout de suite.\n   144. MARCEL V. Quelques vers excellents, mais\n                    1° « Où les puissants dieux même sont pris d'effroi ».\n  Manque d'un pied.\n                     20 « Les encens consacrée que ? autel réclame ».\n  Manque d'un pied.\n                    3° « A tes pieds f ai placé vion cœur en ex-voto ».\n  Ressemble un peu fort à :\n                     a . .                     aux pointes empourprées\n                     De tes seins je suspens mon cœur en ex-voto »,\n  Qui se trouve dans les Vingt-quatre coups de sonnet de Théodore Hannon (1876).\n  En résumé, c'est très imparfait. Nous baillez autre chose plus soignée au point de vue\ndu mètre et des adjectifs, qui sont chez vous un peu hyperboliques.\n  145. JULES VANDER B. Hilda est une page de premier ordre qui passera sans retard.\nMerci — et recommencez.\n  146. CHARLES S. ANVERS: Votre idée, excellente, nous arrive trop tard malheureuse­\nment. Ce sera pour l'an prochain. Merci néanmoins bien cordialement. Nous comptons\nsur vous pour faire de la propagande à la J. B. Amenez-nous vos amis — la cause est\nbonne, servez-la. A vous.\n  147. A. J. QUAREGNON. Recevons à l'instant vos vers. Allons les lires aussitôt Mille\ngratitudes.\n\n\n\nG I L B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\n cines, 16, à Paris; publie TOUSSAINT GALABRU, par FERDINAND\n  FABRE. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en\n vente partout.\n"}, {"page_pdf": 583, "texte": " A\n           tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n           de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n           qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\n porain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                    6, R U E P A U L DEVAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                            ET    M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N C A R D O N ,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n                    V I E N T             D E       P A R A I T R E\n\n  LETTRES A JEANNE\n                              PAR     JULES        DESTRÉE.\n      Un beau volume imprimé chez Mme Ve Monnom. 4.00 francs.\n\n\n                                    E N        V E N T E\n        chez Ed. M A H E U , rue Fossé aux Loups\n\n\n\nPetite Bibliothèque Universelle\n                                 30 centimes le volume\n\n\n   Cladel : Les Va-nu-pieds. — Hector France : L'Amour au pays bleu.\n — Catulle Mendès : La demoiselle en or. — Clovis Hugues : Poésies\nchoisies. — Champfleury : La fille du Chiffonnier. — Paul Alexis : Les\nfemmes du père Lefèvre.\n\n                            DEMANDER LE CATALOGUE\n\n   Bruxelles. — Imprimerie Félix Callewaert père, Ve Monnom successeur, 26, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1886-12-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 536."}}