{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7B ANNÉE., TOME.VI", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "7B ANNÉE.,                  TOME.VI, N°.2.                  .   P.RIX.   :60   CENT.                   5 FÉVRIER 1 8 8 7 .\n\n\n\n\n                                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                     II ne reste, plus que l ' A r t . Un art proscrit, il est vrai,\n                                                   méprisé, subaltenisé,   famélique, fugitif,     guenilleux    et ca-\n                                                   tacombal ; mais quand même, c'est l'uniquc refuge               pour\n                                                  quelques âmes altissimes condamnées         à tramer      leur souf-\n                                                 frante    carcasse dans les charogneux      carrefours du monde.\n                                                                                                   Léon   BLOY.\n                                                                                   Grâce à ce v a i l l a n t amiral,\n                                                                                   Nos affaires ne. vont pas mal.\n                                                                                           (GIROFLÉ-GIROFLA.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "SOMMAIRE:\n Primeroses .                                                                   IWAN GILKIN.\n Vers .      . . . . .                       .      . . . .              .      FERNAND SEVERIN.\n L'Hermaphrodite prussien                                                       LÉON BLOY.\n Les Noëls éteints                                                              GREGOIRE LE ROY.\n Autour du mirliton . .                      .           . . . .                TÊTE-DE-MORT.\n Vieille femme                                                                  J. FRÉDÉRIC.\n Chronique musicale                                                             HENRY MAUBEL.\n Memento.\n\n\n\n\n                                             BRUXELLES\n             ADMINISTRATION :                                                      RÉDACTION :\n        26, R U E D E L ' I N D U S T R I E , 26                               80, R U E B O S Q U E T , 80\n\n                                                           1887\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "ce sera gai Ami", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n  9.   A TOI, MA BIEN-AIMEE PAULINE :\n  Mon un est comme mon tout.\n  Mon deux aussi.\n   Mon trois également.\n  Mon un est veau. Et, comme mon tout, il n'est lu que par les imbéciles — car on dit :\nun sot-lit-veau.\n   Mon deux est ver. Et ce qu'on dit de lui pouvait se dire de mon tout lors du fâcheux\naccident qui endommagea sa partie. Puisqu'on dit ver-mit-cul-laid. Du reste l'ami veau\nétait en ce moment un homme acculé !\n   Mon trois est mans. Et mon tout comme lui se montre du doigt. Car on dit -. ce\nmans !\n  10. ALBERT DE N O . . . Mettons que nous n'avons rien dit, et soyez des nôtres; mais un\npeu de patience. Amitiés.\n  11. J. GÉRARD. Verviers. La librairie Rozez doit avoir Les chants de Maldoror. Salve.\n  12. BAZOEF. Il va lire le Juré aux XX, avec une mimique sobre. Viens-y, ce sera gai.\nAmi.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 59, "titre_corps": "Primeroses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "PRIMEROSES", "ancre_fin": "1876", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LIED", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "PRIMEROSES\n                                                          A Albert Giraud.\n\n\n\n                                   Tu es seul responsable de la publication de\n                                ces enfantillages, mon cher Albert. Te rap­\n                                pelles-tu ce soir où tu vins, après minuit\n                                sonné, fumer un dernier cigare chez moi? A\n                                propos de bottes, que rien n'empêchait d'être\n                                de sept lieues, notre conversation en ses folles\n                                enjambées heurta de vieux souvenirs, qui\n                                dorment indéchiffrablement griffonnés entre\n                   les pages usées de mes préhistoriques cahiers, où j'allai,\n                   malgré la poussière d'antan, pour toi seul, les exhumer.\n                   Pauvres et nues notules, projets pas même vagis d'ode­\n                   lettes qui ne furent jamais rimées, semés au petit bonheur\n                   de mes dix-huit ans, alors si naïvement, si chastement,\n                   si délicieusement amoureux! En lisant cahin-caha, ma\n                   voix se prit à trembler, car je revoyais tout à coup vivan­\n                   tes et vibrantes toutes ces puériles douceurs. Tu me de­\n                        mandas, tu m'ordonnas plutôt de les offrir à mes\n                    amis, comme un daguerréotype presque effacé de mon\n                    adolescence. Les voici donc, tels quels. Puisses-tu, main­\n                    tenant, te contenter d'en sourire. Amen.\n\n                                       I\n  Vite, vite, entre deux études, pauvre écolier, je trouve un instant de répit.\nJe griffonne deux mots à la hâte pour te redire encore que je t'aime. Sans\nce maudit grimoire qui me retient, je le murmurerais à tes pieds.\n                                                                        4\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "                                  — 52 —\n\n\n\n                                      II\n   Jadis, c'était un ramier qui portait à son cou la lettre d'amour. Tendre\nemblème du sujet de la missive ! En le voyant de loin venir comme une\nflèche vivante, le cœur de la jeune fille battait à l'unisson des ailes de\nl'oiseau. Le ramier est à présent remplacé par le facteur. C'est moins\npoétique et cela coûte un timbre. Il est vrai que c'est plus sur.\n\n                                      III\n   Tantôt, le vent passait en jouant dans mes cheveux. Il me disait une\nmélodie si douce et si tendre que mon cœur, pour écouter, retenait ses\nbattements. Jamais au fond des bois, où il agite le carillon des muguets et\ndes campanules ; jamais dans les blés dont il ploie les chaumes d'or ; jamais\nau bord de la source qu'il ride de son souffle, je n'ouïs si gracieuse romance.\n   Et pourtant, c'est le même mot qu'il répétait sans cesse; mais ce mot,\nc'était ton nom.\n                                      IV\n   Que me veut-elle encore, la lune, qui monte sur les toits? Pourquoi ce\nregard indiscret plonge-t-il si insolemment dans ma fenêtre ? Tout passe,\nlasse et casse en ce monde charmant : les rêves, le bonheur, les larmes,\nl'amour même. Et voilà six mille ans que cette lune effrontée rit du\nspectacle de la comédie humaine et regarde ironiquement comme la foule\ns'agite et grouille en bas.\n                                      V\n   Au jardin, sous le rosier ruisselant de fleurs, quelque chose a remué.\nC'est un essaim léger de petits anges et de sylphes mignons qui, avec les\npapillons et les insectes dorés, dansent et jouent. L'un surtout, un petit\nfripon aux cheveux blonds, aux yeux bleus, tout nu et potelé, qui semble\nné d'une rose, charme mes regards. C'est l'Amour. Il s'est mis à rire à mon\napproche. Que je le serrerais volontiers sur mon cœur, que je mettrais avec\njoie un baiser sur ses joues rebondies, malgré son petit air railleur, malgré\nla flèche acérée qui se balance sur son épaule rose.\n\n                                      VI\n   Miséricorde! Col, cravate et manchettes, puis gants et épingles, cela n'en\nfinira pas ! Sancta simplicitas ! Que de colifichets ! Et que tu devrais me\nplaindre, ma bien-aimée, si tu n'en portais mille fois plus que moi!\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "                                    — 53 —\n\n\n                                       VII\n   Vois ! Je me suis peigné et pommadé ; j'ai lustré ma peau avec des huiles\nodoriférantes, je l'ai adoucie avec du lait d'iris; la poudre de riz a rafraîchi\nmon teint un peu fané par les veilles et les pensées d'amour ; mes lèvres, je\nles ai frottées des plus tendres parfums. J'ai mis trois quarts d'heure à faire\nle nœud de ma cravate, à le défaire, à le refaire encore. Mes bottines trop\nétroites meurtrissent mes pieds et mon habit, pincé à la taille, menace de\nm'étouffer. Tout cela, je l'ai fait pour toi, — et tu n'es pas à la maison!\n\n                                      VIII\n   Ecoute ! Quel calme, quel divin silence ! Le vent se tait et courbe à peine\nles herbes allanguies ; les rameaux qui susurraient hier encore, se penchent\nimmobiles et écoutent. L'étang qui, à nos pieds, entre les berges fleuries,\nétend ses eaux tranquilles, pas une ride n'y fait trembler l'image des arbres\net du blond nuage qui fuit au ciel. Quelle sérénité profonde dans la nature !\nPourquoi donc fait-elle silence? Ecoute. Le bouvreuil chante dans l'églan­\ntier. Sa chère'voix seule se balance dans l'atmosphère, Ainsi, dans nos\ncœurs quand chante l'amour, tout le reste est muet.\n\n                                       IX\n  Entends-tu ce que chantent les oiseaux? Oui, tu l'entends aussi, mais tu\nne veux pas me comprendre.\n                                        X\n  Maudit pays ! A verse, à verse, il pleut matin et soir, sans repos ni trêve.\nUn nouveau déluge, à coup sûr ! Nos places deviennent des marais, nos\nrues des ruisseaux bourbeux; la ville n'est qu'un immense et vaseux maré­\ncage. Est-il donc étonnant qu'on n'y trouve que des grues?\n\n                                       XI\n   Le Zéphyr s'éveilla tout joyeux. « Allons jouer sous les grands arbres,\ndit-il ; les violettes sont écloses et la mousse est touffue ». — Là-bas, là-bas,\nsous les bois, il court, soulevant les feuilles mortes et donnant un baiser\naux violettes.\n   Plus loin, tout au fond, croissait une fleur blanche, mignonne et frêle.\nUne goutte de rosée brillait dans son petit œil d'or. — Bondissant, souriant,\nle Zéphyr passe sans la voir. Elle se penche et de son œil d'or, comme une\ngrosse larme, roule la gouttelette.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "                                  -    54    -\n\n\n                                      XII\n   Seul, sous la gloriette, devant la petite table de bois, je déjeune d'un\njambon, d'un pain noir et d'une omelette. Je suis bien aise à l'ombre ; je\nrespire les fraîches senteurs du printemps. En regardant le bois qui frissonne,\nl'étang limpide et l'herbe ensoleillée, je savoure ce rustique repas.\n   Pourquoi suis-je seul à la petite table ? Pourquoi n'es-tu pas ma parte­\nnaire? Plus gai serait le paysage et meilleur le déjeuner.\n\n                                      XIII\n  L'hiver a tout poudré de givre. Les arbres sont vêtus de blanc et les\nbuissons ouatés de neige.\n  Sur l'étang, au milieu du bois, le monde patine. Viens, allons aussi. Les\nbras enlacés, glissons légèrement, légèrement, comme deux hirondelles\noubliées. Elançons-nous à travers la foule.\n   Là-bas s'écarte un coin solitaire ; nous y serons en paix. Appuie-toi plus\nprès de mon cœur, lève tes yeux sur les miens. Le vent nous fouette le\nvisage; le froid nous aiguillonne et nous engourdit à la fois ; mais dans nos\ncœurs quelle joie sereine, quelle douce et pénétrante chaleur !\n\n                                      XIV\n   Connais-tu la vieille ballade? Il était une belle jeune fille. Au bord du\nruisseau elle peignait sa chevelure d'or en chantant une douce chanson.\n   Un pêcheur passa dans sa barque. Il entendit la chanson, il vit la jeune\nfille; ils s'aimèrent et se quittèrent.\n   Elle fut au fond des bois, peignant sa chevelure d'or et chantant la douce\nchanson.\n   Vint un chasseur qui poursuivait un chevreuil. Il entendit la chanson,\nil vit la jeune fille; ils s'aimèrent et se quittèrent.\n    Le pêcheur dort au fond de la rivière. Le chasseur dort au fond d'un\nprécipice. La jeune fille peigne sa chevelure d'or, chante sa romance, et\npour elle bien d'autres encore vont mourir.\n\n                                       XV\n  C'est kermesse au faubourg. Sur la place les carrousels tournent à la\nlueur des lampes fumeuses, au bruit des orchestres discords. C'est un\nvacarme à réveiller Mathusalem.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "                                    — 55 —\n\n   Les chevaux de bois se poursuivent, les palanquins glissent, les gamins\nse trémoussent et lutinent les fillettes avec de grands éclats de rire.\n   Ainsi fleurit la gaîté du peuple. Regarde : un beau garçon s'approche\nd'une jolie rieuse. Il lui parle, il lui serre les bras, et un gros baiser retentit\navec un cri joyeux.\n   Voilà six mois que je soupire pour une belle enfant sans rien oser lui\ndire ; nous nous disons Vous et nous nous saluons gravement d'un trottoir\nà l'autre.\n                                       XVI\n   Il pleut à cascades. Sous mon grand parapluie, comme un scarabée sous\nun champignon, je peste de tout cœur et me donne au diable.\n   Quelle est cette belle enfant qui trottine si vite à travers les gouttes ? Elle\nm'a fait un petit signe de tête, de loin. Plus de doute, c'est elle. Galam­\nment je lui offre mon parapluie ; elle se serre dessous, à côté de moi, toute\nfrissonnante ; et je la reconduis ainsi, écoutant sa voix chérie, noyant mes\nregards dans ses beaux yeux.\n   S'il pouvait pleuvoir ainsi tous les jours !\n\n                                       XVII\n   Je sais une vieille église, où sous les arceaux gothiques coule avec un\ndemi-jour mystérieux, un silence qui pénètre l'âme et la fait frémir.\n   Contre un pilier de pierre se dresse une Vierge au profil séraphique ; elle\nest vêtue de bleu et tient dans ses bras l'enfant Jésus. Elle marche sur la\nlune et sept étoiles environnent son front.\n   Aux pieds de la Vierge est agenouillée une blonde enfant, pleine de grâce.\nLe front penché sur ses mains, elle prie avec ferveur.\n   L'orgue pleure et se lamente. Mon cœur tressaille. Et voilà qu'un pâle\nrayon à travers le vitrail caresse sa tête blonde et flotte comme une auréole.\n   Sur la grande croix le Christ saigne ; il remue sa tête désolée et sourit\ntristement. La jeune fille élève vers lui ses regards étincelant d'un ardent,\namour.\n   Ah ! une amère angoisse me mord au cœur. Elle est trop pieuse, elle est\ntrop sainte, elle est toute à Dieu, et je l'aime à mourir.\n\n                                      XVIII\n  Minuit sonne au clocher. Les dernières vibrations se meurent sur la ville\nobscure et silencieuse.\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "                                  — 56 —\n\n   Le veilleur passe devant le cimetière. Tout à coup, à travers les vitraux, il\nvoit trembler une bizarre lueur.\n  Tout tremblant aussi il s'approche et regarde par le trou de la serrure.\nQuel spectacle étrange ! Le Christ en croix est étendu sur les dalles et les\ndouze apôtres, descendus de leurs piliers, clouent et martellent le Sauveur.\n  Ils ont un air féroce. Quelques-uns rient bruyamment.\n  Et là-bas, dans un coin, pleure et se lamente Judas, qui intercède en\nvain pour le malheureux.\n                                     XIX\n   Les cloches sonnent, l'orgue mugit, les chantres beuglent leur latin de\ncuisine et, par dessus le tout, glapissent les enfants de chœur.\n   De gros cierges fument. La sainte Vierge a revêtu sa plus belle robe ;\nsaint Joseph a raccommodé son auréole et l'on a mis une belle tête toute\nneuve au veau qui flaire la crèche.\n   Dans le chœur, monseigneur officie. Sur deux longues files, des reli­\ngieuses se prosternent sur les dalles, le visage plus blême que leur voile.\n   Une famille est à genoux. Tous pleurent et regardent leur enfant qui va\nprononcer ses vœux. La voilà, debout, les yeux fixés sur le crucifix, ses\nlongs cheveux défaits tombant comme un manteau d'or.\n  De chaudes larmes roulent entre mes doigts comme du plomb fondu.\nAh ! si la foudre pouvait frapper cette église maudite ! Si les anges de la\nmort pouvaient sécher les sources de la vie !\n  Donne-moi ta main, tourne tes chers yeux vers mes yeux. Dis, ce n'était\nqu'un horrible rêve, que ta douce haleine va dissiper?\n\n                                      XX\n   Puisque tu le veux, soit! Je ne murmurerai plus. Mais je t'aimerai\ntoujours et je veux te retrouver au delà de la mort.\n  Je sais dans la bruyère un cloître sévère. J'y passerai mes jours à prier,\nà penser à vous, à désirer la mort.\n  Ce même crucifié que tu presses sur ta poitrine, je le serrerai sur mes\nlèvres. Une douleur mortelle et chérie m'en descendra jusques au fond dû\ncœur.\n                                    XXI\n  Quel bruit fâcheux me distrait de mes pensées? C'est un orgue de bar­\nbarie dans la rue. Les gamins crient joyeusement à l'entour et organisent\nune ronde.\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "                                   -    57     -\n\n   Comme ils sautent gaiement ! Te souviens-tu de cette soirée où tu dan­\nsais dans mes bras? Tu étais légère comme une fauvette; je sentais à peine\nle poids chéri de ton corps.\n   Nous causions si tendrement! Tout à coup le ruban qui retenait tes\ncheveux, tombe. Je le saisis au vol, et pour me récompenser tu l'attaches à\nmon bras.\n   De temps en temps nous quittions la danse. Te rappelles-tu ce délicieux\nquart d'heure où nous bavardions à deux sur la causeuse, regardant valser\ndans le salon, et seuls dans la pénombre?\n   Je ne sais de quoi nous parlions. Tu t'en souviens, peut-être, et tu veux\nme quitter pour jamais !\n                                    XXII\n   Avec ses petits frères nous jouons au jardin. « Regarde ces pierres là-bas,\ndit-elle; voyons qui le premier y arrivera ». Et voilà que nous courons à\ntoutes jambes. Animée, les joues teintes d'un sang frais, elle s'élance, légère\ncomme la brise. Je cours à ses côtés, et longtemps ainsi nous nous essouf­\nflons côte à côte. Ensemble nous arrivons, comme ensemble nous étions\npartis.\n   Elle s'appuie sur mon bras, et lentement nous retournons en devisant\nvers la gloriette. Elle s'assied à côté de moi, chacun tenant un des garçon­\nnets sur nos genoux, et tout haletants encore nous regardons les étoiles qui\ns'allument et nos yeux qui brillent plus fort qu'elles.\n\n                                       XXIII\n   C'est le matin. Son large chapeau de paille posé sur sa tête blonde, ma\nbelle amie se promène dans son jardin, cueillant des roses et des résédas\nqu'elle attache à sa ceinture.\n   Elle respire l'air frais, rempli de senteurs délicates. Elle contemple avec\njoie les parterres de mille couleurs, où les lis et les œillets penchent leurs\ncorolles diamantées par la rosée, et les verts gazons étincelants.\n   Puis la voici qui agrafe dans ses cheveux une longue branche de liserons,\nblancs et roses, qui s'agitent au vent et retombent sur son cou. J'aimerais\nêtre cette branche pour couronner son beau front, pour caresser son cou\nflexible.\n   Mais elle s'arrête devant un cerisier et, se haussant sur la pointe des\npieds, décroche les petits bouquets de cerises rouges et fermes.\n   Oh! j'aimerais mille fois mieux être une de ces cerises, pour qu'elle me\npressât dans ses petites mains et contre ses lèvres vermeilles, pour mourir\ndans ses chers baisers.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "                                    — 58 —\n\n\n                                     XXIV\n   Le jardin est sombre, mais la foule y grouille. C'est fête au skating. Voilà\nbientôt qu'on allume les becs de gaz, puis de-ci, de-là, dans les massifs\nd'arbres, s'élèvent de magiques feux de Bengale.\n   Les patineurs s'élancent par couples. J'aperçois une brune jeune fille qui\nglisse comme une mouette sur les vagues. Nous nous connaissons bien,\nmais elle ne me voit pas.\n   Je regarde obstinément dans la foule, parmi les patineurs, bousculé,\nbousculant, ennuyé par les quêteurs de la fête (car cette maudite fête est,\ndit-on, de bienfaisance). J'écarquille les yeux, cherchant partout ma bien-\naimée.\n   En vain, hélas! En vain! Je m'en retourne en maugréant. Quel fut mon\nchagrin en apprenant qu'elle était là, pourtant, qui m'attendait.\n\n                                      XXV\n   Il pleut, il pleut, et l'on dirait qu'il ne doit plus faire autre chose. Cet\naffreux temps m'énerve et je ne sais que faire.\n   J'allume ma pipe allemande et, renversé dans mon vieux fauteuil, je\nmédite en regardant jouer la fumée.\n   Je découvre que je suis perforé d'ennui. Dans cette disposition je doute\nde tout, tout me devient indifférent.\n   En vain, je songe à mon amie; son image s'évapore doucement. Je me\ndis : « Je ne l'aime pas, peut-être; et sans doute, elle ne m'aime pas ».\n   Il m'est à charge de penser, d'aimer et même d'être. Je voudrais être le\ntabac qui brûle dans ma pipe et fumer en quelques bouffées mon existence.\n   Mais qu'un rayon de soleil perce le nuage de ses lances d'or; — aussitôt\nje songe à ma bien-aimée, je sonne à sa porte, et plus ne pense qu'il est dur\nd'être au monde.\n                                       XXVI\n   La petite est assise sur l'épaule de son grand frère. Elle lui passe ses deux\n mains sous le menton, comme une bride, et crie : Voyez comme je le mène\n par la barbe !\n   Et lui, qui n'a encore que des espérances follettes : Petite flatteuse ! Voilà\ncomme elles sont toutes, menant les hommes par leurs mensonges.\n   La petite est bien jolie ; elle a de grands yeux noirs et de longs cheveux\nchâtains, doux comme la soie. Encore un peu de temps et plus d'un ambi­\ntionnera la douce bride et le mignon mensonge.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "                                 -    59     -\n\n                                     XXVII\n   La nuit tombe. Accoudés tous deux au balcon fleuri de capucines, nous\nregardons s'éveiller les étoiles. Doucement, tendrement elles clignotent\nleurs blanches paupières; et le vent qui passe dans nos cheveux, nous dit\nde leur part : « Venez jouer avec nous. Il fait si bon au ciel! »\n  Ah! chères petites étoiles, il fait si bon aussi sur la terre! Quand le bras\nde ma bien-aimée frissonne sous le mien, quand sa joue tremble près de la\nmienne, le ciel entier s'épanouit dans nos âmes.\n                                                         IWAN GILKIN.\n  1876.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 61, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "VERS LIED", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "VERS\n                                     LIED\n                                                 Au POÈTE ALBERT GIRAUD\n\n          « Par les halliers du rêve » ineffablement frais\n          Que peuple la tribu des belles désirées,\n          Elle apaise les pleurs des mystiques cyprès\n          De ses chansons d'azur à mi-voix murmurées.\n\n          « Elle va soupirant » les récits oubliés\n          Qu'enclosent les Eddas de leurs hautes feuillées\n          Et c'est meilleur que la senteur des bois mouillés\n          Et qu'un chant de fileuse égayant les veillées\n\n          « Des lieder rimes d'or » racontent Parsifal\n          Et, sous un ciel béni de clair de lune pâle,\n          Tous les vierges nimbés du cimier triomphal\n          En allés sans amour vers des lointains d'opale.\n\n          « Et fleuris de légende » auguste et de soleil,\n          Traversent joyeux la cantilène vermeille\n          Les chevaliers partis en royal appareil\n          Pour le burg où la belle invisible sommeille.\n\n          « Et dans ses yeux au charme » indicible d'azur\n          Pâles yeux de langueur et d'alme meurtrissure\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "                     — 60 —\n\n\n5e reflètent, mirage insaisissable et pur,\nLes choses que la voix eurythmique susurre.\n\n« Indécise et mourante » au fond du songe noir\nQu'enlumine mon cœur d'espérance et de gloire,\nSe traîne la candeur frileuse au fond du soir\nDe sa grâce couleur morte de vieil ivoire.\n\n« Dorment les profondeurs » sereines d'une mer\nDans tes yeux souriants comme des yeux de mère,\nO toi, mienne, et l'orgueil et le mépris amer,\nEt l'éternel et dur dédain d'une chimère.\n\n« De musique allemande » et de vin et de toi,\nO rêveuse qui fais de tes larmes mes joies,\nJ'assouvis les désirs immenses de ma foi\nEn rêvant aux halliers du rêve oit tu flamboies.\n\n« Par les halliers du rêve elle va soupirant\nDes lieder rimes d'or et fleuris de légende,\nEt dans tes yeux au charme indécis et mourant\nDorment des profondeurs de musique allemande. »\n\n                     PRIÈRE\nLente aux aveux et molle aux baisers sans retour,\nDouce effeuilleuse ainsi des roses de l'amour,\nTelle soit, ô mon Dieu, celle à qui vont mes rêves.\n\nCar mes rêves sont las comme de blancs oiseaux\nEn qui verse l'ennui de l'azur et des eaux\nLe lointain appétit de dormir sur les grèves.\n\nIl me plairait m'étendre en de pâles cheveux\nEt mourir, à jamais exaucé de mes vœux,\nLoin des clameurs du bronze et de l'hymne des glaives.\n\n             MA SEMAINE SAINTE\nPlaise à qui va ployé du faix de ses chimères\nClore sur mon passé de tristes nœuds d'oubli,\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "                      — 61 —\n\nPlaise honorer encor de bouquets éphémères\nLes restes douloureux du frêle enseveli.\n\nCar, vraiment, s'il n'a point désennuyé les races\nD'un livre où soient inscrits leurs rêves à venir,\nSes étreintes, du moins, étaient bonnes et lasses\nEt des baisers reçus savaient se souvenir.\n\nMais il s'est trop penché vers les larmes versées\nPour y mirer l'ennui de ses charmes en deuil,\nEt d'avoir attendu de vaines fiancées\nS'en retournent enfin sa force et son orgueil.\n\nPlaise à vous, les bénis de son geste suprême\nLe bien ensevelir, ce cher passé défunt,\nDorme-t-il, exilé des mémoires qu'il aime,\nMariant à des fleurs la mort de son parfum !\n\nEt plus tard, du néant de braises expirées,\nOù tout ce qui fut mien se sera replongé,\nDans le calme béat des futures vesprées\nOn verra revenir le lointain naufragé.\n\nMais il sera si beau, les mains pleines de roses,\nEt le cœur enlacé de longs rameaux de lys,\nQue nul n'ira rouvrir les bandelettes closes\nOù ses jours écoulés dorment ensevelis.\n\n                                   FERNAND SEVERIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 68, "titre_corps": "L’Hermaphrodite prussien : Albert Wolff", "titre_sommaire": "L’Hermaphrodite prussien", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Bloy", "ancre_debut": "L HERMAPHRODITE PRUSSIEN", "ancre_fin": "LÉON BLOY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES NOËLS ETEINTS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "L'HERMAPHRODITE PRUSSIEN\n\n                                ALBERT W O L F F\n   Mercredi dernier, je m'excusais de parler d'un subalterne chenapan du\nnom de Maubec, alléguant que nul, dans le monde des journaux, ne le sur­\npassait en ignominie. Je l'appelais, pour cette raison : Roi de la Presse.\n   Quelques-uns ont trouvé cela excessif. On m'a reproché de m'être laissé\nemporter par mon sujet, d'avoir donné trop d'importance à ce drôle chétif,\nau préjudice d'Albert Wolff et de quelques autres, d'une bien plus aveu­\nglante splendeur de salauderie morale 1\n   Je confesse que le reproche peut paraître fondé. Il est incontestable\nqu'à ce point de vue, le courriériste du Figaro, — pour ne parler, aujour­\nd'hui, que de celui-là, — a plus de crédit et plus d'envergure.\n   C'est sur le globe qu'il plane, ce condor d'abomination! Il soutire si\npuissamment, à lui seul, l'universelle pourriture contemporaine, qu'il en\ndevient positivement volatile et qu'il a l'air de s'enlever dans les nues.\n   Mais, sans prétendre l'égaler, on peut encore être diablement prodi­\ngieux, et c'est le cas du petit Maubec.\n   D'ailleurs, tous ces monstres engendrés d'un même suintement verdâtre\nde notre charogne de société en copulation immédiate avec le néant,\nsont tellement identiques par leur origine, qu'on croit toujours contempler\nle plus horrible quand on les regarde successivement.\n\n\n   Albert Wolff a eu son Plutarque en M. Toudouze, romancier cynocé­\nphale qui aurait pu se contenter d'être un impuissant de lettres, mais qui a\nchoisi de faire bonne garde aux alentours du « grand chroniqueur », comme\nsi la pestilence ne suffisait pas !\n   Le livre de ce chien est, en effet, un essai d'apothéose d'Albert Wolff.\n   Certes, je peux me flatter d'avoir lu terriblement dans mon existence\nde quarante ans! Mais, jamais, je n'avais lu une chose semblable.\n\n  (1) Bien que nous n'ayons pas l'habitude de donner à nos lecteurs des extraits de livres\nnon inédits, nous ne résistons pas cependant à faire exception aujourd'hui pour le frag­\nment du livre de Léon Bloy. Il montre l'auteur de la Béatification de Christophe\nColomb dans sa vraie lumière, comme polémiste redoutable en même temps qu'écrivain\nà la forme rare et précise.\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "                                  — 63 —\n\n   Ici, la bassesse de la flatterie tient du surnaturel, puisqu'on a trouvé le\nsecret d'admirer un être, soi-disant humain, dont le nom seul est une for­\nmule évocatoire de tout ce qu'il y a de plus déshonorant et de plus hideux\ndans l'humanité.\n   Il paraît que M. Toudouze est un riche qui n'a pas besoin de faire ce\nsale métier, que la plus déchirante misère n'excuserait pas. Mais la vanité\nd'un pou de lettres est inscrutable et profonde comme la nuit de l'espace,\nc'est une épouvantable contre-partie de la miraculeuse puissance de Dieu,...\net celui-là, qui s'en va chercher sa pâture aux génitoires absents d'Albert\nWolff, — dans l'inexprimable espérance d'une familiarité à épouvanter des\nléproseries, — est cent fois plus confondant qu'un thaumaturge qui rani­\nmerait de vieux ossements !\n\n\n   Feu Bastien Lepage, que de lointaines ressemblances physiques et\nmorales rendaient sympathique à Wolff, le peignit, un jour, dans l'ignoble\ndébraillé de son intérieur.\n   Ce portrait, aussi ressemblant que pourrait l'être celui d'un gorille,\neut un succès de terreur au Salon de 1880.\n   La brutale autant que précieuse médiocrité du peinturier avait trouvé\nlà sa formule.\n   Il fut démontré que Bastien Lepage avait été engendré pour peindre\nWolff et Wolff lui-même, pour être étonné du génie de Bastien Lepage,\ndont la destinée fut dès lors accomplie et qui, promptement, s'alla recoucher\nle premier, dans les puantes ténèbres de leur commune esthétique.\n   Ce portrait devrait être acquis par l'Etat et conservé avec grand soin\ndans notre Musée national. Il raconterait plus éloquemment notre histoire\nque ne le ferait un Tacite, à supposer qu'un Tacite français fût possible et\nque la désespérante platitude de notre canaillerie républicaine ne le décou­\nrageât pas!...\n                                       *\n\n   Il est assez connu des gens du boulevard, ce grand bossu à la tête\nrentrée dans les épaules, comme une tumeur entre deux excroissances; au\ndéhanchement de balourd allemand, qu'aucune fréquentation parisienne\nn'a pu dégrossir depuis vingt-cinq ans, — dégaîne goujate qui semble\nappeler les coups de souliers plus impérieusement que l'abîme n'invoque\nl'abîme !\n   Quand il daigne parler à quelque voisin, l'oscillation dextrale de son\nhorrible chef ouvre un angle pénible de quarante-cinq degrés sur la vertèbre\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "                                  -   64 —\n\net force l'épaule à remonter un peu plus, ce qui donne l'impression quasi\nfantastique d'une gueule de raie émergeant derrière un écueil.\n   Alors, on croirait que toute la carcasse va se désassembler comme un\nmauvais meuble vendu à crédit par la maison Crépin, et la douce crainte\ndevient une espérance, quand le monstre est secoué de cette hystérique com­\nbinaison du hennissement et du gloussement qui remplace pour lui la viri­\nlité du franc rire.\n   Planté sur d'immenses jambes qu'on dirait avoir appartenu à un autre\npersonnage et qui ont l'air de vouloir se débarrasser à chaque pas de la\ndégoûtante boîte à ordures qu'elles ne supportent qu'à regret, maintenu en\néquilibre par de simiesques appendices latéraux qui semblent implorer la\nterre du Seigneur, — on s'interroge sur son passage pour arriver à com­\nprendre le sot amour-propre qui l'empêche encore, à son âge, de se mettre\nfranchement à quatre pattes sur le macadam !\n\n\n\n  Quant au visage, ou, du moins, ce qui en tient lieu, je ne sais quelles\népithètes pourraient en exprimer la paradoxale, la ravageante dégoûtation !\n\n   Wolff est le monstre pur, le monstre essentiel, et il n'a besoin d'aucune\nsanie pour inspirer l'horreur. Il lui pousserait des champignons bleus sur\nle visage, que cela ne le rendrait pas plus épouvantable. Peut-être même\nqu'il y gagnerait !...\n    L'aspect général rappelle immédiatement, mais d'une manière invin­\ncible, le fameux homme à la tête de veau, qu'on exhiba l'an passé, et dont\nl'affreuse image a souillé si longtemps nos murs.\n    Je connais un poète qui avait entendu : l'homme à la tête de Wolff et\nqui n'en voulut jamais démordre. Il trouvait, peut-être, un peu moins de\nvivacité spirituelle dans l'œil du chroniqueur. A cela près, il les aurait crus\njumeaux.\n\n\n   La face entièrement glabre, comme celle d'un Annamite ou d'un singe\npapion, est de la couleur d'un énorme fromage blanc, dans lequel on aurait\nlonguement battu le solide excrément d'un travailleur.\n   Le nez, passablement osseux, comme il convient aux gibbosiaques,\nsans finesse ni courbure aquiline, un peu groïnant à l'extrémité, solidement\nplanté d'ailleurs, mais sans précision plastique, éveille confusément l'idée\nd'une ébauche de monument religieux, que des sauvages découragés\nauraient abandonné dans une infertile plaine.\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "                                  — 65 —\n\n   En haut, des sourcils en forme de cirrus, s'envolent dans un front de\nTartare, au dessus d'une paire d'yeux cupides, bridés et pochetés de vieille\ncatin, devenue entremetteuse et patronne achalandée d'un bas tripot.\n  La bouche est inénarrable de bestialité, de gouaillerie populacière, de\nmonstrueuse perversité supposable !\n  C'est un rictus, c'est un vagin, c'est une gueule, c'est un suçoir, c'est un\nhiatus immonde. On ne peut dire ce que c'est...\n  Les images les plus infâmes se présentent seules à l'esprit.\n  On ne peut s'empêcher de croire que cette bouche de mauvais esclave\nou d'espion décrié, fut exclusivement faite pour engloutir des ordures et\npour lécher les semelles du premier maître venu qui ne craindra pas de\ndécrotter sa chaussure à ce mascaron vivant.\n  Et c'est tout. Il n'y a pas de menton. La lippe pendante de ce gâteux\nde demain rie recouvre rien que le fuyant dessous d'entonnoir de son\nmuseau de poisson, qui disparaît ainsi, pour notre subite consternation,\ndans le plus ridicule accoutrement de cuistre sordide qu'on ait jamais ren­\ncontré sur nos boulevards !\n                                     *\n\n   Le moral du sire est en harmonie parfaite avec sa physique. Sa vie,\ndénuée de toute péripétie juponnière, — pour l'excellente raison d'un her­\nmaphrodisme des plus frigides, — est aussi plate que celle du premier\ncabotin venu, dont la carrière aurait été sans orages.\n   Albert Wolff est né juif et Prussien, à Cologne, dans les bras de la\ngrand'mère de Béranger.\n   Parvenu à l'âge viril, — pour lui dérisoire, — on le trouve copiste\nd'actes chez un notaire, à Bonn, mêlé aux étudiants de l'Université, dont il\npartage les études de physiologie.\n   Il s'amuse même, dit son biographe, à décapiter des grenouilles, — en\nattendant celles, qu'en des jours meilleurs, il devra manger.\n   Puis, la vocation littéraire s'allumant tout à coup en lui, comme une\ntorche, il écrit Guillaume le Tisserand, conte moral qui fit pleurer des\nfamilles, assure-t-on.\n   Seulement, ces choses se passaient en Prusse et son ambition ne pou­\nvait se satisfaire à si peu de frais.\n   Il lui fallait Paris et le café de Mulhouse, où se réunissait alors, vers\n1857, la rédaction du Figaro hebdomadaire, foetus plein de santé du puis­\nsant journal qui règne aujourd'hui sur les cinq parties du monde.\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "                                   — 66 —\n\n   Il ne s'agissait pas précisément d'avoir du génie pour être admis à par­\ntager la fortune de ce perruquier.\n   Il s'agissait, surtout, de faire rire Villemessant et le balourd y parvint.\n   Dès ce jour, il fut jugé digne d'entrer dans le groupe des farceurs, par\nqui la France est devenue, intellectuellement, ce que vous savez, et il ne\ns'arrêta plus de monter, lentement, sans doute, à cause de la pesanteur de\nson gros esprit, mais avec l'infaillible sécurité du cloporte.\n   L'héroïque Toudouze raconte, sans aucun agrément, cette plate\nOdyssée de journaliste, jugée par lui cent fois plus épique que l'Odyssée du\nvieil Ulysse.\n   Il s'arrête çà et là, — comme un âne gratté, — pour exhaler d'idiotes\nréflexions admiratives, à propos d'Aurélien Scholl, de Jules Noriac,\nd'Alexandre Dumas, père et fils, ou de tout autre décrocheur de timbale de\nl'arrivage parisien.\n   Au fond, toute cette histoire n'est rien de plus qu'un livre de caisse,\noù le comptable inscrit exactement les recettes et dépenses de son héros.\n   On voit bien que c'est là l'essentiel pour le narré et le narrateur.\n   Aussi, quelle exultation pour celui-ci, quand il relate le succès d'argent\nde cette honorable brochure : les Mémoires de Thérésa, écrits par elle-\nmême, mémoires inventés par Wolff, en collaboration avec Blum, Rochefort\net Peragallo, et quels lyriques accents désolés, quand sa conscience impla­\ncable le force à mentionner une perte de jeu de cent quatre-vingt-quinze\nmille francs !\n   Cette catastrophe, arrivée en 1877, fut, sans doute, pour beaucoup\ndans la vocation de Salonnier de l'hermaphrodite du Figaro.\n   Il avait, une minute, pensé au suicide, mais il se tint ce raisonnement\nlucide, qu'après tout, il serait bien imbécile de se faire périr, comme un\nvulgaire décavé, quand il avait sous la main la riche mamelle de la vache\nà lait d'un Salon sincère.\n   La Fortune recommença donc à rouler vers lui, à dater de cette\nréflexion salvatrice.\n   Il devint très puissant, sa sincérité prussienne n'ayant plus de bornes\net, du même coup, le malheur ayant fait tomber les squammes qui enténé-\nbraient son génie, le simple pître qu'il avait été jusque-là, fit enfin place au\ngrand moraliste, que consultent, avec respect, les magistrats les plus sévères\net qui tient l'humanité contemporaine sous son arbitrage !\n\n\n Telle est sa dernière et, probablement, définitive incarnation. Albert\nWolff crèvera dans la peau d'un moraliste révéré.\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "                                   - 6 7 -\n\n   Nous en sommes venus à ce point.\n   Ce semblant d'homme, raté même comme eunuque, ce bas-bleu ger-\nmanique, — suivant l'expression de Glatigny, — dispose d'une autorité si\ngrande, que le plus sublime artiste du monde relèverait de son bon plaisir,\net qu'il a le pouvoir de faire tomber des têtes ou de déterminer des verdicts\nd'acquittement !\n   Ce vermineux juif de Prusse est le roi que nous avons élu dans notre\ninexprimable avilissement, roi respecté de l'opinion, comme Louis XIV ne\nle fut pas, et devant qui bave de peur toute la rampante crapule des jour­\nnaux !\n   Bismarck peut dormir tranquille.\n   Son bon lieutenant est le maître en France.\n   Il se charge de nous émasculer, comme il est émasculé lui-même, et de\ntellement nous mettre par terre, qu'il ne reste plus qu'à nous piétiner\ncomme un fumier de peuple, bon à engraisser le sol de l'universelle Alle­\nmagne de l'avenir !\n\n\n   Lorsque la guerre de 1870 éclata, la situation de l'horrible drôle, non\nassise comme elle l'est aujourd'hui, ne fut plus tenable.\n    Il se vit forcé de disparaître, ainsi que la plupart de ses compatriotes.\nIl erra, dit-on, par toute l'Europe, comme un chacal inassouvi, attendant\nque le Belluaire de Prusse eût achevé sa besogne et que le vieux Lion fran­\nçais, épuisé de vieillesse, fût abattu, pour venir l'achever de sa lâche gueule.\n    Il n'osa pas immédiatement reparaître après la Commune. Il y avait\nencore, pour lui, trop de bouillonnement et trop de calottes dans l'air\nparisien.\n   Il se fit imperceptible, il s'aplatit sous les meubles comme une punaise,\nil se coula dans la boiserie.\n   Avec la ténacité d'acarus de sa double race, il se cramponna au bitume,\nessuyant les crachats et l'ordure dont l'inondait le passant stupéfait de son\nimpudence, voulant, quand même, s'imposer à Paris, qu'un atome de\nfierté lui eût conseillé de fuir.\n   Humble, mais inarrachable d'abord, victorieux et superbe, à la fin\ndes fins !\n                                          *\n\n  Il ne lui suffisait pas d'être implanté parmi nous. Il lui fallait régner\npar le Figaro, et Villemessant fut assez infâme pour le lui abandonner.\n  On sait, d'ailleurs, la reconnaissance du légataire, et le mot, révélateur\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1047, "texte": "                                 — 68 —\n\n de la beauté de son âme, qu'il laissa tomber, en manière d'oraison funèbre,\n sur la montagneuse charogne de son bienfaiteur.\n   Il venait de rembourser quatorze cent cinquante francs à la caisse du\n journal pour dette de jeu contractée envers le patron.\n   Presque aussitôt, le télégraphe apporte la nouvelle de la mort de Ville­\nmessant.\n   Après la première émotion, Wolff dit à ses camarades :\n   — Je n'ai jamais eu de chance avec notre rédacteur en chef. Si la nou­\nvelle était arrivée quelques heures plus tôt, je ne payais pas les quatorze\ncent cinquante francs et la famille ne les aurait jamais réclamés.\n   Il ne reste plus qu'à rapprocher de cette anecdote le cantique d'allé­\ngresse des journaux allemands, apprenant la sinistre farce de naturalisation\ndu chroniqueur, et félicitant l'Allemagne d'être débarrassée d'une fière\ncanaille aux dépens de cette imbécile de France qui s'empressait de la\nrecueillir.\n                                                        LÉON BLOY.\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 69, "titre_corps": "Les Noëls éteints", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "LES NOËLS ETEINTS", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AUTOUR DU MIRLITON", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 1047, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "LES NOËLS ETEINTS\n      C'est l'heure de mon cœur, et le soir sur le monde\n      Joint ses mains de sommeil, ses ténébreuses mains;\n      C'est l'heure doucement, où se rêve la ronde\n      Des vieilles de légende et des mystiques nains.\n\n      Entendez-vous, là-bas, là-bas, dans ma pensée,\n      Les aïeules conter de fabuleux récits?\n      Comme un silence d'aile et de branche froissée,\n      Le passage muet sur l'ombre des esprits ?\n\n      Je vois dans les maisons anciennes de mon âme,\n      La veille des petits devant le feu ronflant,\n      Ils entendent de rêve une très vieille femme\n      Et le vent qui dans l'ombre erre rythmique et lent.\n\n      Ce sont de très vieux soirs dans de vieilles chaumières;\n      Ce sont de vieux hivers qui neigent au dehors,...\n      Alors, dans la douceur tremblante des lumières,\n      Doucement, doucement, ô mon cœur, tu t'endors....\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "                              69\n\n    La vieille parle au loin, et l'histoire s'achève\n    Au loin, dans un manoir, comme une fin de jour,\n    Tandis que dans un coin très vague, un rouet rêve\n    Comme un cœur de princesse exilé de l'amour.\n\n    O douceur'. O langueur! Ce souvenir de choses\n    Qui ne furent jamais pour nous qu'en souvenir !\n    O jours si peu vécus, si plaintifs et si roses,\n    Et morts ! Si douces morts, qu'on en voudrait mourir !\n\n    Quelqu'un, dans notre enfance, un prince, une princesse,\n    Que nous pleurons parfois, vainement rappelé\n    D'amour et de regret ! Quelqu'un de la tristesse,\n    Quelqu'un de bien aimé, quelqu'un s'en est allé...\n                                          GRÉGOIRE LE ROY.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 72, "titre_corps": "Autour du mirliton", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tête-de-mort", "ancre_debut": "AUTOUR DU MIRLITON", "ancre_fin": "une courtisane Cora", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 747, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "AUTOUR DU MIRLITON\nAux symbolistes de « la Wallonie » et de « l'Art moderne »\n                                                     AJAX.\n                                                  Toute chaîne\n                                                  A deux poids.\n                                                  Toute peine\n                                                  En a trois.\n                                                 AGAMEMNON.\n                                         Toute peine en a trois!... C'est doux\n                                       à l'oreille et ça ne veut rien dire du\n                                       tout. Vous ferez école, mon ami, vous\n                                       ferez école.\n                                           (La Belle Hélène, Acte I\", scène XI-\n\n                               I\n\n                      AUTRE SONNET\n                                          Mais chez qui du rêve se dore,\n                                          Tristement dort une mandore\n                                          Au creux néant musicien.\n                                                             S. MALLARMÉ.\n\n              Le creux néant musicien\n              De la mandore qu'échevèle\n              Le tourment du vent ancien,\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1032, "texte": "             — 70 —\n\nTel qu'un Dieu reconnaît le sien.\nBlanc de Nuit, l'ARTISTE révèle\nLe creux néant musicien.\n\nPour l'horreur du chat et du chien\nOyant mugir dans sa cervelle\nLe tourment du vent ancien,\n\nMéphitique magicien,\nCrispe-t-il l'âpre manivelle :\nLe creux néant musicien,\n\nSi, muant l'heur éphésien\nDu noir prodige où l'ange vèle\nLe tourment du vent ancien,\n\nUn piano stoïcien\nAux heurts du silence nivèle\nLe creux néant musicien ?\n\nQu'il, lorsqu'un doigt physicien\nAu très vierge anus renouvelle\nLe tourment du vent ancien,\n\nNoie, et sans remords prussien,\nHoules! dans l'idoine cuvelle\nLe creux néant musicien,\nLe tourment du vent ancien !\n\n\n                 II\n\n   NIHILISME TRISMÉGISTE\n                   L'homme y passe à travers des forêts de symboles;\n                                                       BAUDELAIRE.\n                   Nadal\n                                     (CALLE DE LA VUELTA ABAJO)\n\n     Ah! Nada! Nadada!\n     Petit cheval de bois!\n     La canne à Canada!\n     Oh! plusieurs à la fois !\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "                                  — 71 —\n\n                         Voilà : Goya gronda\n                        Nada, quand Quinquempoix,\n                        Camarde! canarda\n                        Soulary sous la croix\n\n                        Du carrefour. L'ara\n                        Qu'aura Lara leurra\n                        Laura,   qu'amarrera,\n\n                        Flotte! l'honorera\n                        Ses père et mère. Hara\n                        Kiri, Caro, Cora.\n\n\n                            COMMENTAIRE.\n   Ce sonnet symbolique est bâti sur les sonorités a et o, l'alpha et l'omega,\nréunis phonétiquement dans la diphthongue oi (o-a) qui indique le retour\nde la Fin aux Origines, et qui met la queue du fatidique serpent dans sa\ngueule, fermant ainsi le cercle de l'Eternité.\n   Un sens unique, déclaré par le titre : Nihilisme Trismégiste, a rigou­\nreusement gouverné, dans ce poème, l'emploi de tous les Mots et de toutes\nles Figures.\n   D'emblée est affirmée l'idée essentielle, la Négation fondamentale du\nNihilisme. Et comme le Nihilisme est une conception non point vulgaire­\nment individuelle ou locale, mais universelle, cette affirmation se produit\ndans un idiome exotique : Nada.\n   Quoi de plus naturel, devant ce Verbe vertigineux, que d'exclamer Ah!\n   Nada! Nadada! Une répétition, une prolongation, avec cette musicale\nredondance syllabique ronronnant comme un tambourin dans le tympan\nextasié.\n   Mais dans Nadada, l'oreille a perçu la sonorité à dada ! le cri de l'en­\nfançon qui galope sa précoce chevauchée. L'esprit, de sa part, iiitellige que\nsi, pour d'aucuns, le Nihilisme est une haute et vaste Idée, pour d'autres,\nagonisants de muflisme, c'est un stupide Dada, un vain jouet d'enfant :\nPetit cheval de bois.\n   Quelle est votre monture, mignonnes jambes mollettes? Une canne. La\nCanne à Canada! Pourquoi à Canada? C'est que l'oreille, éblouie encore\ndes sonorités du premier vers : Ah! Nada! Nadada! évoque par une\nnaturelle symphonie ce populaire refrain, auquel l'Esprit insufle un Sens\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "                                   -   72   -\n\n supérieur. Mais les cannes modernes sont si frêles! On falsifie tout. Si l'en­\n fant est gros?? Eh bien, il faudra beaucoup de cannes. Oh! plusieurs à la\nfois !\n    Telle que dans une Phonie musicale le thème primordial reparaît maintes\n fois afin de serrer l'unité compositionnelle, l'initiale pensée Nada est ici\n ramenée, précédée de la fanfare démonstrative Voilà et illuminée du nom\n du Grand Ouvrier d'Art qui illustra d'une célèbre eau-forte cette hispa­\n nique formule, Goya! « Voilà : Goya gronda Nada ! »\n    Quand ce grondement terrible brisera-t-il toutes oreilles? Quand le Nihi­\n lisme sera-t-il vraiment triomphant? Quand sera donc accompli son nivel­\n lement suprême? On le verra à ce signe ultime que les poètes, non pas les\n mauvais, mais les simples médiocres, comme Soulary, seront méprisés\n jusque dans les petites villes telles que Quinquempoix, et qu'ils y recevront\n l'anéantissement bêtement mélodramatique mérité par leur art feuilleton­\n nesque ; — lorsqu'ils seront canardés sous la croix du carrefour.\n    Un tel résultat ne justifie-t-il point cette ironique invocation; Camarde!\n à la Souveraine Libératrice ?\n    Le poème prend le large. Le symbolisme se dilate et s'obscurcit de\n vapeurs fuligineuses.\n    L'ara. Ce symbolique oiseau figure ici la poésie éclatante qui se répète\n elle-même. L'ara qu'aura Lara signifie la poésie romantique, personnifiée\n par le héros de Byron. Cette ramageuse bavarde trompa, leurra l'espoir des\n Rénovateurs qui croyaient ressusciter l'ancienne et libre poésie du cœur,\n symbolisée par la Laura de Pétrarque.\n    Mais lorsque périront les derniers Soulary, ce faux art sera lié, ligotté,\n que dis-je? amarré (et ici, pour légitimer cette expression peut-être lyrique\n à l'excès, on a mis en interjection le mot Flotte!), oui, amarré au moyen\n de câbles définitifs, c'est-à-dire par le seul bon sens, que représente ici une\n locution proverbiale : 1' « Honoreras tes père et mère! »\n    Quand le Nihilisme en sera venu là, il ne restera plus, dans l'Anéantisse­\n ment final, qu'à s'ouvrir le ventre : Hara Kiri. (Voir, pour l'emploi du\n japonais, les remarques précédentes sur l'espagnol Nada.) Et c'est l'huma­\n nité entière qui s'étripera, le monde de la pensée et le monde de.la chair,\n figurés par un philosophe, Caro, et une courtisane, Cora.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 73, "titre_corps": "Vieille Dame", "titre_sommaire": "Vieille femme", "rubrique": "", "signature_source": "J. 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F R É D É R I C .\n  17 décembre 1886.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 78, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 1184, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n     Le Cid, à Anvers. — Le Concert russe. - L'Amour médecin. — Les Contes\n                                 d'Hoffmann.\n\n              Une mention pour le Cid de Massenet, qui a passé par Anvers\n                le mois dernier. C'est comme s'il n'y avait pas passé. Non\n                seulement l'interprétation, mais la simple exécution maté­\n                rielle a été si déplorable qu'elle n'a fait que brouiller ce qu'une\n ecture nous avait laissé d'impressions.\n   A beaucoup de pages du Cid, M. Massenet semble être sorti de sa nature.\nOn dirait qu'il cherche, dans sa musique de scène, à guérir sa névrose par\nl'allopathie, et qu'il prend du cuivre, comme certaines gens prennent du fer,\nparce qu'on leur a dit qu'ils étaient anémiques. Je puis me tromper, mais\nje crois que M. Massenet a tort; les ressources de son talent sont dans cette\ntendresse un peu féminine qui lui a inspiré ses plus belles oeuvres,\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3089, "texte": "                                   — 74 —\n\n  Aussi le meilleur du Cid est-il dans son troisième acte, où l'on retrouve\ntout l'amour mystique de ce musicien-poète descendu du ciel par les\nfemmes.\n                                     II\n    Le concert russe, et peu après la première des Contes d'Hoffmann, ont\nmarqué la rentrée en scène de M lle Wolf.\n    Malheureusement, si l'artiste est guérie, sa pauvre jolie voix d'antan\nn'est encore que convalescente et a bien perdu de ses forces. Cette faiblesse\nde l'exécution a-t-elle été la cause principale du demi insuccès de l'œuvre\nde César Cui? Toujours est-il que j'exprime l'impression d'une minorité, en\nadmirant cette œuvre comme une des meilleures choses de la production\ncontemporaine. Jusqu'à ce jour, et dernièrement encore au Cercle, le public\ns'était habitué à n'entendre que le Cui de la Suite miniature et du Petit\ncoq et du Petit lièvre et d'un tas d'autres machinuscules microscopiques, le\npetit Cui, enfin.\n    Le fragment d'Angelo (prélude et deuxième acte, scènes I et II), exécuté\nau Concert populaire, a fait apparaître aux oreilles étonnées des auditeurs,\net surtout des auditrices, un Cui renforcé de souffle, agrandi d'allures. Du\nminiaturiste est sorti un modeleur de longues lignes souples et ondoyantes,\nun coloriste sensible aux moindres dégradations de teintes sonores, dont\nl'étoffe symphonique, moelleuse et chaude fait rêver à Schumann.\n    Ce nom de Schumann a fait dire : Ce n'est pas russe ! Le bel argument\nd'esthétique! Qu'est-ce que cela nous fait que ce ne soit pas russe? Si c'est\nbeau. Fallait-il l'arrêter à la douane peut-être?\n    Sommes-nous donc habitués au chef-d'œuvre quotidien que nous préten­\ndions trouver en chaque personne une personnalité originale de toutes\npièces? Je n'en veux pas à Cui de s'être approché de Schumann; je lui en\nveux d'autant moins que cette analogie paraît provenir, avant tout, d'une\nsympathie de nature et que, s'il en est ainsi, il a trop de délicatesse et d'im­\npressionnabilité en lui pour n'être qu'un pasticheur.\n    Ces pages d'Angelo sont d'une tout autre manière que les Danses circas-\nsiennes, pétries de couleurs plus voyantes, mais d'une originalité plus facile,\nplus « conventionnelle » et plus sensible aux masses.\n    J'ai aussi entendu reprocher à Cui son habileté. C'est un reproche inutile\net risqué. S'il y a un habile, c'est bien Rimsky-Korsakoff. Ce n'est pas seu­\nlement en nationalisme que celui-ci dépasse Cui de toute une tête énergique\net sombre. Cette tête porte quelque chose de plus : un caractère supérieur,\noù l'on sent la pleine maîtrise de soi-même et la volonté puissante d'exprimer\nune inspiration venue de loin. Sa musique, comme son nom, s'imprègne,\nde tartare et d'arabe. Elle a la couleur somptueuse de ces sauvages illu­\nminés de l'Orient. Son poème : Antar (symphonie pour orchestre d'après\nun conte arabe de Seunkowsky), composé suivant un programme, est une\npièce merveilleuse, serrant de près le sujet descriptif et le rendant avec toute,\nl'intensité profonde et la richesse imaginative que peut traduire la sym­\nphonie.\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2984, "texte": "   Rimsky-Korsakoff, dont le nom avait déjà figuré au programme des Con­\n certs populaires, a fait cette fois l'effet d'un nouveau venu, car il n'y avait\njamais paru avec une œuvre d'aussi grande allure.\n   C'est l'esprit encore illuminé de l'éclat de son poème, qu'on a écouté\nl'adorable cavatine du Prince Ygor, de Borodine, et sa marche : Dans les\nSteppes de l'Asie centrale\n   Ç'a été comme une immense accalmie, une élévation lente à un art de\nlumière et de sérénité qui, pourtant, plante ses racines au plus profond du\nsol natal. Aucun ne m'a donné, autant que Borodine, l'impression de la\ngrande nature russe telle que je la devine. Son imagination est plus reposée,\nelle est plus haute. C'est une imagination panthéistique, qui prête de la\ndivinité aux choses du paysage et s'enveloppe de leur essence. Esprit supé­\nrieur et religieux, simple, biblique, comme l'esprit d'un apôtre qui ne\nprêcherait pas, aimant à perte d'âme ce qu'il trouve en deçà du ciel, faute\nde pouvoir aimer ce qu'il devine au delà. Borodine est tout en cet amour\nsurhumain, et je me demande si l'on pourrait trouver une page de lui qui\nn'en fût pas imprégnée. C'est ce qui en fait le plus élevé des compositeurs\nrusses.\n   Des auditions comme celle-ci laissent une impression vivace, sous\nlaquelle s'effaceront peut-être toutes les impressions d'un hiver.\n   L'invasion d'Orient s'accentue de jour en jour. La jeunesse et le souffle\nde cette musique dépouillée de tout élément scolastique, sont si intenses,\nla disproportion entre cet art et le nôtre paraît si énorme qu'on se prend\nà avoir peur de cette invasion comme d'un écrasement. Car la poussée se\nproduit de plus loin qu'on ne pense. A ne considérer que la saveur géné­\nrique des œuvres, ce n'est plus la musique russe qu'il faudrait dire, mais\nla musique asiatique.\n                                        III\n   Redescendons en France.\n   Je ne sais ce qui m'a empêché, il y a deux ans, de parler de Joli Gilles.\nLa faute n'en est pas à M. Poise, car Joli Gilles est une des plus délicieuses\npetites machines que nous ait données la France depuis longtemps.\n    L'Amour médecin ne la vaut pas. On dirait de cette partition, malgré\ntoutes ses qualités de facture, que c'est une œuvre de déchet, une œuvre de\ntransition où la personnalité s'attiédit, se fige ; où l'inspiration demande à\nse renouveler.\n   C'est toujours bien du Poise, cette musique mince, si mince qu'on est\ntenté de la regarder au jour pour en apercevoir le fignolage gracieux et le\ndessin à fleur de sons. La symphonie est serrée, à fines mailles, et la couleur\norchestrale n'a qu'une couche posée d'une main sûre et légère d'aquarel­\nliste qui lui donne d'emblée sa place et sa juste valeur tonale; mais, cette\nfois, la main y a plus travaillé que « l'autre chose » qui insufle aux œuvres\nle courage et la force de vivre.\n   Celle-ci. n'en a plus guère, de courage ; elle est un peu lasse, elle répète les\nchansons de Gilles, mais timidement, presque tout bas, comme en se\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "                                   -   76   -\n\n demandant si l'on voudra bien encore les applaudir un brin, car elle n'a pas\n trouvé mieux. Elle n'a pas trouvé mieux que la gracieuse chanson-sérénade\n et le trio du début ; pas mieux que l'air du baryton : « Dis à ton petit\n papa... » ; pas mieux que le divertissement du premier acte où se place très\n spirituellement le pas des apothicaires; pas mieux, enfin, que la tendre\n romance du ténor au troisième acte et le quatuor des médecins au deuxième.\n C'en est assez, cependant, pour agrémenter cette courte partitionnette,\n si courte que la scène des médecins y constitue un acte entier. Cette scène,\n qui est réussie musicalement et d'un joli effet vocal avec ses différents\n thèmes habilement combinés, est trop longue et se répète. M. Poise ne\n craint pas les répétitions, il en abuse même parfois. Ici il s'est trouvé le\n complice de M. Monselet pour insister sur cet élément comique et principal\nde sa pièce. Ce n'est pas, à mon avis, l'élément qui lui est le plus per­\n sonnel.\n    A première vue, on pourrait se dire que Joli Gilles et Y Amour médecin\nappartiennent au même genre dix-huitième siècle, puisqu'il y a de la poudre\nde riz et des soubrettes, des talons rouges et des menuets. N'oublions pas\ncependant que Joli Gilles venait de ce pays du tendre qui est de toutes les\népoques humaines, parce qu'on y aime tendrement, et que, s'il faisait la\nbouche en cœur, c'est qu'il avait le cœur sur les lèvres et qu'il en tombait à\ntout bout de « chant » des baisers.\n    Molière, lui, qui s'appelait Poquelin, n'a vu souvent de ce pays que ce\nqu'il y avait de laid à en voir. Il l'a vu tout en grimaces. Il en a ri d'un\ngros rire avec un gros bâton en guise de plume.\n    Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que, après avoir fait de la musique spirituelle à\nforce d'âme, M. Poise ait été moins heureux à cette musique bouffe, comme\non l'appelait à l'époque du Barbier de Séville, et qu'il se soit souvenu de\ncette époque et de ses formules surannées jusqu'à banaliser ses formes d'ac­\ncompagnement à certaines pages de l'Amour médecin, comme jamais dans\nJoli Gilles.\n   Ajoutons qu'il faut à ces œuvrettes une interprétation toute en délica­\ntesse. Joli Gilles avait été ravissamment exécuté et mis en scène. C'est un\npeu ce qui a manqué à l'Amour médecin.\n   Je ne veux pas faire de personnalités. Une exception seulement pour le\ndécor rouge carotte qui encadrait les costumes rose fané de Manon et à\nqui je prétends dire son fait avec tous les égards dus à un aussi vilain\ndécor.\n\n\n   L'interprétation des Contes d'Hoffmann, au contraire, est l'une des\nmeilleures qu'on ait eues jusqu'à présent.\n   M lle Vuillaume, fort intelligente dans ses trois incarnations, y serait par­\nfaite si sa voix se conduisait un peu mieux. M. Engel, plus dégourdi que\ndans Lakmé, semble avoir eu l'imagination fouettée par les contes fantas­\ntiques, au point d'y renouveler un peu son jeu et son allure. M1le Legault,\ngracieuse en étudiant allemand, fait regretter qu'on ne comprenne jamais\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "                                    — 77 —\n\nles petits cris qu'elle pousse. Quant à M. Isnardon, il s'est véritablement\nrévélé comme comédien, notamment dans la grande scène du docteur\nMiracle.\n   Tout cela eût donc été parfait si seulement M. Lapissida, revenant de\nDresde, avait bien voulu faire un petit crochet par Anvers pour aller voir\ncomme se fait la mise en scène en province. Malheureusement, M. Lapis-\nsida, qui était pressé, n'a pas fait de petit crochet et voilà, sans doute,\npourquoi l'on nous a rendu le décor rouge carotte de 1''Amour médecin en\ny mettant des meubles bleu pâle? Il me semble, pourtant, qu'en nous\nappliquant un peu, nous pourrions faire au moins aussi bien qu'à Ver-\nviers !\n   On connaît cette définition de l'œuvre posthume : une. œuvre composée\naprès la mort de l'auteur. Pour que la définition soit complète et tout à\nfait juste, il faut ajouter : par les autres. Sous ce rapport, je me figure que\nla partition des Contes d'Hoffmann, interprétée à la Monnaie, est bien une\nœuvre posthume, conforme à ce qui fut représenté en 1883 sur la scène de\n Paris. Mais il y en a eu une autre représentée à Paris en 1881, absolument\ndifférente de l'édition corrigée, augmentée et si ce n'est pas la vraie, c'est\nau moins la bonne, car elle est infiniment meilleure que celle qu'on nous a\ndonnée.\n   Celle-ci ajoute à l'œuvre tout le deuxième conte (Giulietta, le Reflet\nperdu) qui en est la moins bonne chose ; le prologue y est notablement\nraccourci et l'épilogue précédé d'un entr'acte « ollapodridesque » résumant\ntous les motifs des contes sans oublier le thème de la barcarolle, qu'on a\nbissé le premier soir et que l'on continuera à bisser jusqu'à la consomma­\ntion des Contes d'Hoffmann, c'est fatal.\n   L'édition princeps finissait tout différemment.\n   Au lieu de ce hors-d'œuvre, elle répétait ici le thème final du prologue :\n « Il est doux de boire au récit d'une folle histoire » joué rêveusement en\nmoderato aux sonorités moelleuses des cors, qui ramenait l'esprit, par une\ntransition logique, de l'action au récit, du fantastique au réel. La Muse\napparaissant à Hoffmann le rappelait à elle :\n             Et moi?., moi la fidèle amie\n             Dont la main essuya tes yeux?\n             Par qui la douleur endormie\n             S'exhale en rêves dans les cieux ?\n             Ne suis-je rien ! .. que la tempête\n             Des passions s'apaise en toi!\n             L'homme n'est plus. Renais poète !\n             Je t'aime! Hoffmann,       appartiens-moi\n             Des cendres de ton cœur réchauffe ton génie.\n             Dans la sérénité souris à tes douleurs!\n             La Muse apaisera ta souffrance bénie.\n             On est grand par l'amour et plus grand par les pleurs,\n\npendant qu'un, andante symphonique, des meilleures pages de l'œuvre,\napportait l'accalmie, la convalescence au pauvre cœur du poète meurtri et\ndéchiré par les passions, Ainsi se dissipait peu à peu tout l'élément factice,\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "                                    -   78   -\n\n   étrange, maladif des contes, et l'on se retrouvait sur le sol ferme de la cave\n   de Luther où Hoffmann entonnait le dernier couplet de la chanson de\n  Kleinzach.\n      Le tableau de Giulietta supprimé ou inexistant enlevait quelques trous à\n   la partition et l'action des contes s'encadrait plus étroitement des deux\n  tableaux pittoresques de la taverne, rappelant bien la vieille Allemagne uni­\n  versitaire, tête carrée et pieds dans le plat, qui émaille ses chansons de\n  pédagogie et de De profundis et parle le latin pour dire : Réjouissons-nous !\n  Comme si ce mot-là aussi choquait l'honnêteté: Gaudeamiis igitur! Dès\n  lors, il ne restait plus, dans ce cadre, que l'épisode drolatique d'Olympia la\n  poupée à ressort, qui a fait le grand succès de la pièce ici, et le touchant\n  conte d'Antonia (le violon de Crémone). Fort heureusement, cette dernière\n  partie a été conservée à peu près intacte. Elle suffirait à faire coter haut la\n  valeur de l'ouvrage, car elle est traitée dans un style dramatique profond et\n  élevé qui a étonné bien des gens.\n     Il y a, en effet, dans Offenbach, deux natures : l'une, échevelée de joie\n bruyante et de cancans qui a jeté le bonnet de sa muse par dessus les mou­\n  lins et les toits de la Vie Parisienne ; l'autre, plus concentrée et tendre,\n  presque triste... Pourquoi dire : presque?... N'est-ce pas celle-là qui a\n donné la Chanson de Fortunio et cette romance où la Périchole se souve­\n nant des paroles de Manon à Desgrieux écrit dans une lettre d'adieu à son\n amant : « Crois-tu qu'on puisse être bien tendre alors que l'on manque de\n pain ? »\n     Tout, le tableau d'Antonia est dans cette note impressionnante : la\n mélodie de la tourterelle, le thème du duo : « C'est une chanson d'amour\n qui s'envole triste ou folle », tout jusqu'à la scène si dramatiquement écrite\n du docteur Miracle, jusqu'au trio que traverse le thème obsédant de l'appa­\n rition, écrit suivant une progression ascendante à l'italienne, et répété par\n trois fois dans des tonalités de plus en plus élevées comme le thème :\n « Anges purs » de Faust.\n     On ne me soupçonnera pas, j'espère, de repousser la forme artiste. Ce que\n j'ai dit plus haut des Russes et ce que j'espère dire prochainement de Wagner,\n ne m'empêche pas d'admirer l'art simple de ce fantaisiste original en qui\n l'opérette n'a pas tué l'artiste fin et sensible. De même qu'on oublie un peu\n la littérature pour apprécier certains conteurs qui ont fait vibrer une corde\n humaine dans leur œuvre, de même faut-il oublier un peu la musique toute\n moderne de forme que nous avons à l'esprit pour apprécier l'Offenbach des\n Contes d'Hoffmann.\n     On trouvera en lui, à défaut de cette finesse de forme extérieure, qui\ndépend de la culture, une extraordinaire délicatesse de sentiment et l'on se\ndemandera si ce faiseur d'opérettes, qui a poussé la joie jusqu'à l'outrance,\nn'était pas avant tout un affolé de nervosisme, plus triste que joyeux, dont le\nrire — suraigu comme tout le rire moderne — fait la grimace, et qui ne\ns'est jeté dans cette frénésie de flonflons et de cancans que pour ne pas\npleurer .. ce qui ne l'a pas empêché d'affiner quelquefois son rire en sou­\nrires et d'y mêler un peu de larmes quand la foule ne le regardait pas.\n                                                      HENRY     MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 82, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Nous en reparlerons le mois prochain", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 212, "texte": "LETTRES"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 265, "fin_caractere_exclue": 298, "texte": "Découpé dans l'Opinion de Namur :"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 396, "texte": "« Samedi prochain, M. 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On sait"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "que la revue de MM. les avocats esthètes"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 343, "texte": "ne permet pas que les œuvres de ses colla­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 441, "texte": "borateursysoient analysées ni même citées."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 499, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "Mesure de prudence pour éviter la camara­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 596, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "derie partiale. Alors un truc. L'Art mo-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 702, "fin_caractere_exclue": 738, "texte": "derne publie un compte-rendu du Juré"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 807, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "sans le nommer (ô Fortunio!) et tout porte"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 912, "fin_caractere_exclue": 958, "texte": "à croire que cette critique est due à l'auteur"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1011, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "même du Juré."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1132, "texte": "C'est fantastique."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1215, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "Mais c'est réel !"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1520, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "M. Edmond Picard, le samedi 29 janvier"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1660, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "a lu Le Juré au théâtre de la Bourse."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1806, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "On lui a décerné le prix de beauté."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2126, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "Et moi qui croyais qu'il était mort!"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "La Revue de Belgique publie une chro­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2413, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "nique littéraire de Charles Potvin, le ma­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2561, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "crobite catapultueux."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2664, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "C'est très ennuyeux."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2780, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "11 est vrai que c'est peut-être posthume!"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2826, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "La même Vieille Belgique donne des"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2963, "fin_caractere_exclue": 2994, "texte": "vers d'un nommé Félix Gravrand."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3095, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "En voici un spécimen récréatif :"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3242, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "UNE VIEILLE CHANSON"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3317, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "Je sors du Tannhœuser : la musique est savante,."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3389, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "Fuguée, et figurée, et symbolisée, et"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3489, "fin_caractere_exclue": 3538, "texte": "Tourmentée à tel point qu'il faudra qu'on invente"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3555, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "Des termes tout exprès pour en rendre l'effet."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3705, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "Richard Wagner sait bien à coup sûr ce qu'il fait :"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3808, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "C'est un maître, et ce n'est pas à tort qu'on le vante ;"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3901, "fin_caractere_exclue": 3945, "texte": "Mais combien je préfère à son art si parfait"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4004, "fin_caractere_exclue": 4051, "texte": "Un vieil air que souvent fredonne ma servante !"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4156, "fin_caractere_exclue": 4203, "texte": "C'est l'air avec lequel, enfant, je fus bercé ;"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4260, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "Sans peine il me transporte en un lointain passé ;"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4358, "fin_caractere_exclue": 4399, "texte": "Et par lui je me sens l'âme ragaillardie."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4505, "fin_caractere_exclue": 4556, "texte": "J'admets le chant nouveau, je conçois ses preneurs;"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4604, "fin_caractere_exclue": 4655, "texte": "Mais tu trouves mieux place en mes petits bonheurs,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4693, "fin_caractere_exclue": 4735, "texte": "Refrain des premiers jours, naïve mélodie!"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4819, "fin_caractere_exclue": 4832, "texte": "Fini, Wagner!"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4895, "fin_caractere_exclue": 4939, "texte": "Oh ! lés gagas ! les gagas ! les gagas ' Une"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4997, "fin_caractere_exclue": 5014, "texte": "cuiller, s. v. p."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 204, "texte": "L'alcool et Musset; une observation de"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "M. Arsène Houssaye dans le Gaulois :"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 363, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "On a trop dit que de Musset n'avait"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 458, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "recherché les griseries de l'imagination"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 595, "texte": "que pour se consoler de ses mésaven -"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 701, "texte": "tures avec Lélia. Il en riait tout le premier."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 761, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "Il faudrait dire plutôt que, dès les premiers"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 866, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "jours de cette passion, il tenta de donner sa"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 971, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "méthode inspiratrice à la grande roman­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1070, "fin_caractere_exclue": 1110, "texte": "cière. Déjà en sa dix-huitième année, au"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1170, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "temps où la lune tombait « sur le clocher"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "jauni comme un point sur un : », il s'était"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1374, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "oublié en orgie romantique, dans son haut"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "dédain du prosaïsme de la vie bourgeoise."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1621, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "Si Musset essaya de rallier Lélia à sa"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1757, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "« méthode », il n'y réussit guère. Il le r a ­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1918, "texte": "contait lui-même."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1981, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "Un jour, disait-il, nous nous étions mis"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2081, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "à travailler l'un devant l'autre à la même"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2222, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "table. Au bout de trois heures, j'avais vidé"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "un petit carafon d'eau-de-vie, et écrit quatre"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2515, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "vers. Elle avait vidé trois verres de lait et"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2642, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "écrit trente pages."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2746, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "Voilà les deux méthodes jugées."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 2923, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "On nous prie d'insérer une réclame pour"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3054, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "la Revue dite Verte. Revue de concours"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3187, "fin_caractere_exclue": 3229, "texte": "donc escroquerie littéraire, nous l'annon­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3289, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "çons pour qu'on s'en garde."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3379, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "Ecoutez :"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3451, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "« La Revue Verte paie TOUS ses rédac­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": "teurs."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3664, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "Elle organise un grand concours de prose"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3764, "fin_caractere_exclue": 3807, "texte": "et de vers qui, ouvert depuis le 1 e r jan­"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3867, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "vier 1887, sera clos le 1er mars."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 3963, "fin_caractere_exclue": 4003, "texte": "Les trois MEILLEURES compositions (prose"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4111, "fin_caractere_exclue": 4155, "texte": "et vers) seront insérées dans la Revue Verte"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4215, "fin_caractere_exclue": 4259, "texte": "et payées, la prose à raison de 25 centimes,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4319, "fin_caractere_exclue": 4357, "texte": "les vers à raison de 1 franc la ligne."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4462, "fin_caractere_exclue": 4504, "texte": "Tous les genres sont admis. Il n'est perçu"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4564, "fin_caractere_exclue": 4603, "texte": "aucun droit de concours. Pour y prendre"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4663, "fin_caractere_exclue": 4692, "texte": "part il suffit d'être abonné."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4798, "fin_caractere_exclue": 4816, "texte": "Vous avez compris?"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4879, "fin_caractere_exclue": 4892, "texte": "C'est simple."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 4955, "fin_caractere_exclue": 4996, "texte": "Les meilleures compositions seront celles"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 5056, "fin_caractere_exclue": 5090, "texte": "du directeur. Alors, il se paiera!"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "Il suffit d'être abonné pour jouir de ce"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 158, "texte": "spectacle curieux."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 342, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "***"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 416, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "Quelques souvenirs de Benjamin Con­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 504, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "stant, publiés par la Revue internationale :"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 692, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "« Le 2. Je travaille peu et mal, mais, en"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "revanche, j'ai vu Gœthe!"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 945, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "« Finesse, amour-propre, irritabilité"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1075, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "physique jusqu'à la souffrance, esprit"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1205, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "remarquable, beau regard, figure un peu"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1337, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "dégradée, voilà son portrait."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1461, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "« Le 26. Souper très intéressant chez"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1584, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "Goethe. C'est un homme plein d'esprit,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1716, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "de saillies, de profondeurs, d'idées neuves."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1853, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "Mais c'est le moins bon homme que je"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1982, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "connaisse. En parlant de Werther,            il"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2121, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "disait : « Ce qui rend l'ouvrage dange­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2251, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "reux, c'est d'avoir peint de la faiblesse"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2361, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "« comme de la force. Mais, quand je fais"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2402, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "« une chose qui me convient, les consé­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2528, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "quences ne me regardent pas. S'il y a"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2566, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "« des fous à qui la lecture tourne mal, ma"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2649, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "« foi,, tant pis! » Soupe avec Schiller et"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2738, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "Goethe. Je ne connais personne au monde"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "qui ait autant de gaieté, de finesse, de force"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2919, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "et d'étendue dans l'esprit que Goethe ! »"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3014, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "Voilà des choses fort exactes peut-être,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3102, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "mais qui sont évidemment écrites sous"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3191, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "l'influence de « soupers » répétés."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3447, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "Le Petit Parisien rappelle les débuts de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3488, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "l'auteur de Francillon :"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3583, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "Après avoir constaté que M. A. Dumas"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3671, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "rédigea u n jour le prospectus de la loterie"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3760, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "du « Lingot d'or », il dit :"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3854, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "« Il entra au journal l'Assemblée natio-"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3941, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "nale, où il fit le compte-rendu des"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4032, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "Chambres. Ce fut sur ces entrefaites"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4122, "fin_caractere_exclue": 4166, "texte": "que, une fois qu'il se trouvait des loisirs,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4219, "fin_caractere_exclue": 4258, "texte": "à Saint-Germain, il écrivit la Dame aux"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4309, "fin_caractere_exclue": 4346, "texte": "Camélias. Le succès du roman fut long"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4398, "fin_caractere_exclue": 4440, "texte": "à se décider. Pour tout bénéfice, l'auteur"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4489, "fin_caractere_exclue": 4530, "texte": "en avait d'abord retiré mille francs. Son"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4584, "fin_caractere_exclue": 4620, "texte": "père se refusait encore à prendre le"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4674, "fin_caractere_exclue": 4713, "texte": "nouvel écrivain en considération litté­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4731, "fin_caractere_exclue": 4768, "texte": "raire. Un jour que M. Alexandre Dumas"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4769, "fin_caractere_exclue": 4809, "texte": "disait à l'auteur de Monte-Christo qu'il"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "voulait tirer une pièce de la Dame aux"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 228, "texte": "Camélias, le fécond romancier se mit à"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 279, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "rire : — Il n'y a pas l'ombre d'une pièce"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "là dedans ! lui répondit-il. — Mais c'est"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "très beau|! s'écriait-il. M. Dumas avait"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 554, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "déjà une volonté très opiniâtre : il fit la"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 648, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "pièce quand même et vint un jour la lire"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 824, "texte": "à son père. Celui-ci l'écouta en hochant"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "la tête, puis tout à coup il fut saisi par"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 1074, "texte": "l'intérêt et l'émotion. Dumas père avait,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1164, "fin_caractere_exclue": 1204, "texte": "en ce moment, le Théâtre-Historique : il"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1295, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "reçut la pièce d'emblée. Mais avec Dumas,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1417, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "le lendemain n'avait rien de trop sûr. La"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1549, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "Dame aux Camélias ne fut jouée que"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1673, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "longtemps après avoir été refusée partout."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "Voilà qui peut consoler de leurs déboires"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1940, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "certains auteurs malheureux! On a raconté"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2080, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "que, le jour de la première de sa pièce,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2211, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "M. Alexandre Dumas fils possédait dix"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2343, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "francs en tout »."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2618, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "On annonce un nouveau roman de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2699, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "M. Paul Bourget. La Revue illustrée en"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2788, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "donne des fragments d'un grand intérêt."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2881, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "M. Paul Bonnetain qui, depuis quelque"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2969, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "temps écrit à Gil Blas, publie un nouveau"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3061, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "volume : En Mer. L'auteur de l'Opium, et"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3152, "fin_caractere_exclue": 3190, "texte": "ses souvenirs de voyages se retrouvent"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3241, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "dans la nouvelle oeuvre. Willette a illustré"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3336, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "une partie du livre avec la fantaisie qu'on"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3430, "fin_caractere_exclue": 3442, "texte": "lui connaît."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3541, "fin_caractere_exclue": 3579, "texte": "Le Journal des Débats publie en feuil­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3630, "fin_caractere_exclue": 3670, "texte": "leton : Nais, une des nouvelles qui com­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3721, "fin_caractere_exclue": 3759, "texte": "posent le livre que M. E. Roustan fait"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3810, "fin_caractere_exclue": 3850, "texte": "éditer chez Calmann-Lévy et qui paraîtra"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3901, "fin_caractere_exclue": 3940, "texte": "prochainement. L'auteur, qui est un ami"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "intime de Pierre Loti, a donné naguère à"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4082, "fin_caractere_exclue": 4121, "texte": "la Nouvelle Revue une étude brillamment"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4172, "fin_caractere_exclue": 4218, "texte": "écrite et pleine de détails délicats sur l'au­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4269, "fin_caractere_exclue": 4308, "texte": "teur des Pécheurs d'Islande. A en juger"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4359, "fin_caractere_exclue": 4397, "texte": "par l'extrait que nous en avons lu, le"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4448, "fin_caractere_exclue": 4488, "texte": "volume que prépare M. Roustan sera d'une"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4539, "fin_caractere_exclue": 4583, "texte": "lecture agréable par la belle coloration des"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4634, "fin_caractere_exclue": 4673, "texte": "cadres et la pureté de caractère de ses"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 4724, "fin_caractere_exclue": 4730, "texte": "héros."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 100, "texte": "L'exquis Jules Blancard nous envoie sa"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 159, "texte": "carte ainsi rédigée :"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 265, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "JULES BLANCARD"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 458, "fin_caractere_exclue": 477, "texte": "Félibre méridional,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 576, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "compagnon de Mistral, Aubanel, Rouma­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 722, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "nille et tutti quanti..."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 809, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "Et au dos ce chef-d'œuvre :"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "UN DILEMME!"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1122, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": ". 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Indépendamment de l'exposi­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 406, "fin_caractere_exclue": 446, "texte": "tion des membres de l'Association et des"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "envois des artistes étrangers, on remarque"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 711, "texte": "surtout une admirable collection d'oeuvres"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 767, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "de De Braekeleer, choisies avec le plus"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 862, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "grand soin dans les collections particu­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 958, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "lières de quelques amateurs de goût. Plu­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "sieurs de ces œuvres magistrales n'ont"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1205, "texte": "jamais figuré à une exposition."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "Il y a aussi un important envoi d'œuvres"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "c!e Louis Artan, l'un des artistes qui ont"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1487, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "été le plus maltraités dans les, Salons offi­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1589, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "ciels par les jurys de placement."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1713, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "Parmi les œuvres « à scandale » on se"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1844, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "montre surtout la Grande Jatte de l'im­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1940, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "pressionniste parisien, Georges Seurat, une"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "peinture devant laquelle, bien certaine­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2137, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "ment, suivant le mot pittoresque de Millet,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2270, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "on se f....a des gifles."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2396, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "MUSIQUE"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2502, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Le troisième concert de l'Association des"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2600, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "Artistes-Musiciens a eu lieu le 5 février."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "On y a exécuté des œuvres symphoniques"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2796, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "de M. Arthur Coquard et de M. Léon Van"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2891, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "Cromphout."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2960, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "Nous en reparlerons le mois prochain."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-02-05-n2-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "EN VENTE PARTOUT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "E N V E N T E PARTOUT :\n\nŒUVRES DE LÉON VALADE (poésies).\n Un vol. chez Lemerre. Petite bibliothèque elzévirienne. Prix : 6 francs.\n\n\nPOESIES POUR TOUS, par Anaïs Ségalas. U n\n vol.   chez Lemerre. Prix : 3 francs.\n\n\nCENTON , par Charles Vignier. Un vol. chez le bibliopole,\n Léon Vanier. Prix : 3 francs\n\n\nJULES CESAR de Shakespeare. Traduction de Letour-\n neur. Trois vol. de la Bibliothèque nationale. Prix : fr. 0-75.\n\n\nLA VIE EN AFRIQUE, par Jérôme Becker. Deux\n vol.   illustrés avec luxe chez Lebègue à Bruxelles. Prix ; 20 francs.\n                         /■        r\n\n\nLE DESESPERE-, par Léon Bloy. Un vol. Paris. Soirat.\n  Prix : fr. 3-5o.\n\n                          E N          V E N T E   :\n\n LETTRES A JEANNE\n                        PAR J U L E S      DESTRÉE.\n        Un beau volume imprimé chez M me Ve Monnom. 4.00 francs.\n\n                              EN        VENTE\n         chez Ed. MAHEU, rue Fossé-aux-Loups\n\n\nPetite Bibliothèque Universelle\n                         3o centimes le volume\n\n   Cladel : Les Va-nu-pieds. — Hector France : L'Amour au pays bleu.\n— Catulle Mendès : La demoiselle en or. — Clovis Hugues : Poésies\nchoisies. — Champfleury : La fille du Chiffonnier. — Paul Alexis : Les\nfemmes du père Lefèvre.\n                        DEMANDER LE CATALOGUE\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "         1\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E PAUL: DEVAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                        ET M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA-\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LEON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kal liste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie TOUSSAINT GALABRU, par FERDINAND\n  FABRE.Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en\n  vente partout.\n\n\n    L'ODIEUSE                bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au' lord maire et cette pâtée aux manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces, comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troùbleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le, cristal léger ; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n\nA   près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\n\nV   otre: bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire, chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes ! . .                    . .\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie,\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 68, "texte": "7B ANNÉE.,                  TOME.VI, N°.2.                  .   P.RIX.   :60   CENT.                   5 FÉVRIER 1 8 8 7 .\n\n\n\n\n                                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                     II ne reste, plus que l ' A r t . Un art proscrit, il est vrai,\n                                                   méprisé, subaltenisé,   famélique, fugitif,     guenilleux    et ca-\n                                                   tacombal ; mais quand même, c'est l'uniquc refuge               pour\n                                                  quelques âmes altissimes condamnées         à tramer      leur souf-\n                                                 frante    carcasse dans les charogneux      carrefours du monde.\n                                                                                                   Léon   BLOY.\n                                                                                   Grâce à ce v a i l l a n t amiral,\n                                                                                   Nos affaires ne. vont pas mal.\n                                                                                           (GIROFLÉ-GIROFLA.\n\n\n                                         SOMMAIRE:\n Primeroses .                                                                   IWAN GILKIN.\n Vers .      . . . . .                       .      . . . .              .      FERNAND SEVERIN.\n L'Hermaphrodite prussien                                                       LÉON BLOY.\n Les Noëls éteints                                                              GREGOIRE LE ROY.\n Autour du mirliton . .                      .           . . . .                TÊTE-DE-MORT.\n Vieille femme                                                                  J. FRÉDÉRIC.\n Chronique musicale                                                             HENRY MAUBEL.\n Memento.\n\n\n\n\n                                             BRUXELLES\n             ADMINISTRATION :                                                      RÉDACTION :\n        26, R U E D E L ' I N D U S T R I E , 26                               80, R U E B O S Q U E T , 80\n\n                                                           1887\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "         LA JEUNE BELGIQUE\n                              REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n                     er\nparaissant    le 1de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe volume\n                                 orné d'un frontispice.\n   Bruxelles : Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n          Directeur           : MAX WALLER. — Secrétaire : F . VURGEY.\n                                Administrateur : H. VAN DIJK.\n\n                                     ABONNEMENTS :\n       Belgique.          .   7 francs par an. — Union postale.         .   fr. 8 - 5 0 .\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                 forfait.\n\n  NOTRE NUMÉRO PROCHAIN CONTIENDRA : Pierrot Narcisse, un acte\nen vers de M. Albert Giraud.\n\n   L'abondance des manuscrits nous force à ajourner les Poèmes en prose\nde M. Hector Chainaye, la Nouvelle de M. Jules Van der Brugghen, le\nCauchemar-Actualité de Ch.-M. Flor O'Squarr, l'étude sur l ' A r t Espa-\ngnol de Lucien Solvay ainsi que de nombreux poèmes ; tout cela paraîtra\nà son heure.\n\n  Le superbe dessin de Xavier Mellery que nous donnons aujourd'hui, fait\npartie de la collection de M. Georges Eekhoud, qui a bien voulu nous le\ncommuniquer. Il était destiné à servir de frontispice à Kees Doorik, le rude\nroman de notre ami, et c'est Annemie, la fermière, qu'il évoque. Il est\ninutile que nous insistions sur la valeur de cette œuvre rare.\n\n                                  BOITE AUX L E T T R E S\n  9.   A TOI, MA BIEN-AIMEE PAULINE :\n  Mon un est comme mon tout.\n  Mon deux aussi.\n   Mon trois également.\n  Mon un est veau. Et, comme mon tout, il n'est lu que par les imbéciles — car on dit :\nun sot-lit-veau.\n   Mon deux est ver. Et ce qu'on dit de lui pouvait se dire de mon tout lors du fâcheux\naccident qui endommagea sa partie. Puisqu'on dit ver-mit-cul-laid. Du reste l'ami veau\nétait en ce moment un homme acculé !\n   Mon trois est mans. Et mon tout comme lui se montre du doigt. Car on dit -. ce\nmans !\n  10. ALBERT DE N O . . . Mettons que nous n'avons rien dit, et soyez des nôtres; mais un\npeu de patience. Amitiés.\n  11. J. GÉRARD. Verviers. La librairie Rozez doit avoir Les chants de Maldoror. Salve.\n  12. BAZOEF. Il va lire le Juré aux XX, avec une mimique sobre. Viens-y, ce sera gai.\nAmi.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                         PRIMEROSES\n                                                          A Albert Giraud.\n\n\n\n                                   Tu es seul responsable de la publication de\n                                ces enfantillages, mon cher Albert. Te rap­\n                                pelles-tu ce soir où tu vins, après minuit\n                                sonné, fumer un dernier cigare chez moi? A\n                                propos de bottes, que rien n'empêchait d'être\n                                de sept lieues, notre conversation en ses folles\n                                enjambées heurta de vieux souvenirs, qui\n                                dorment indéchiffrablement griffonnés entre\n                   les pages usées de mes préhistoriques cahiers, où j'allai,\n                   malgré la poussière d'antan, pour toi seul, les exhumer.\n                   Pauvres et nues notules, projets pas même vagis d'ode­\n                   lettes qui ne furent jamais rimées, semés au petit bonheur\n                   de mes dix-huit ans, alors si naïvement, si chastement,\n                   si délicieusement amoureux! En lisant cahin-caha, ma\n                   voix se prit à trembler, car je revoyais tout à coup vivan­\n                   tes et vibrantes toutes ces puériles douceurs. Tu me de­\n                        mandas, tu m'ordonnas plutôt de les offrir à mes\n                    amis, comme un daguerréotype presque effacé de mon\n                    adolescence. Les voici donc, tels quels. Puisses-tu, main­\n                    tenant, te contenter d'en sourire. Amen.\n\n                                       I\n  Vite, vite, entre deux études, pauvre écolier, je trouve un instant de répit.\nJe griffonne deux mots à la hâte pour te redire encore que je t'aime. Sans\nce maudit grimoire qui me retient, je le murmurerais à tes pieds.\n                                                                        4\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                                  — 52 —\n\n\n\n                                      II\n   Jadis, c'était un ramier qui portait à son cou la lettre d'amour. Tendre\nemblème du sujet de la missive ! En le voyant de loin venir comme une\nflèche vivante, le cœur de la jeune fille battait à l'unisson des ailes de\nl'oiseau. Le ramier est à présent remplacé par le facteur. C'est moins\npoétique et cela coûte un timbre. Il est vrai que c'est plus sur.\n\n                                      III\n   Tantôt, le vent passait en jouant dans mes cheveux. Il me disait une\nmélodie si douce et si tendre que mon cœur, pour écouter, retenait ses\nbattements. Jamais au fond des bois, où il agite le carillon des muguets et\ndes campanules ; jamais dans les blés dont il ploie les chaumes d'or ; jamais\nau bord de la source qu'il ride de son souffle, je n'ouïs si gracieuse romance.\n   Et pourtant, c'est le même mot qu'il répétait sans cesse; mais ce mot,\nc'était ton nom.\n                                      IV\n   Que me veut-elle encore, la lune, qui monte sur les toits? Pourquoi ce\nregard indiscret plonge-t-il si insolemment dans ma fenêtre ? Tout passe,\nlasse et casse en ce monde charmant : les rêves, le bonheur, les larmes,\nl'amour même. Et voilà six mille ans que cette lune effrontée rit du\nspectacle de la comédie humaine et regarde ironiquement comme la foule\ns'agite et grouille en bas.\n                                      V\n   Au jardin, sous le rosier ruisselant de fleurs, quelque chose a remué.\nC'est un essaim léger de petits anges et de sylphes mignons qui, avec les\npapillons et les insectes dorés, dansent et jouent. L'un surtout, un petit\nfripon aux cheveux blonds, aux yeux bleus, tout nu et potelé, qui semble\nné d'une rose, charme mes regards. C'est l'Amour. Il s'est mis à rire à mon\napproche. Que je le serrerais volontiers sur mon cœur, que je mettrais avec\njoie un baiser sur ses joues rebondies, malgré son petit air railleur, malgré\nla flèche acérée qui se balance sur son épaule rose.\n\n                                      VI\n   Miséricorde! Col, cravate et manchettes, puis gants et épingles, cela n'en\nfinira pas ! Sancta simplicitas ! Que de colifichets ! Et que tu devrais me\nplaindre, ma bien-aimée, si tu n'en portais mille fois plus que moi!\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                    — 53 —\n\n\n                                       VII\n   Vois ! Je me suis peigné et pommadé ; j'ai lustré ma peau avec des huiles\nodoriférantes, je l'ai adoucie avec du lait d'iris; la poudre de riz a rafraîchi\nmon teint un peu fané par les veilles et les pensées d'amour ; mes lèvres, je\nles ai frottées des plus tendres parfums. J'ai mis trois quarts d'heure à faire\nle nœud de ma cravate, à le défaire, à le refaire encore. Mes bottines trop\nétroites meurtrissent mes pieds et mon habit, pincé à la taille, menace de\nm'étouffer. Tout cela, je l'ai fait pour toi, — et tu n'es pas à la maison!\n\n                                      VIII\n   Ecoute ! Quel calme, quel divin silence ! Le vent se tait et courbe à peine\nles herbes allanguies ; les rameaux qui susurraient hier encore, se penchent\nimmobiles et écoutent. L'étang qui, à nos pieds, entre les berges fleuries,\nétend ses eaux tranquilles, pas une ride n'y fait trembler l'image des arbres\net du blond nuage qui fuit au ciel. Quelle sérénité profonde dans la nature !\nPourquoi donc fait-elle silence? Ecoute. Le bouvreuil chante dans l'églan­\ntier. Sa chère'voix seule se balance dans l'atmosphère, Ainsi, dans nos\ncœurs quand chante l'amour, tout le reste est muet.\n\n                                       IX\n  Entends-tu ce que chantent les oiseaux? Oui, tu l'entends aussi, mais tu\nne veux pas me comprendre.\n                                        X\n  Maudit pays ! A verse, à verse, il pleut matin et soir, sans repos ni trêve.\nUn nouveau déluge, à coup sûr ! Nos places deviennent des marais, nos\nrues des ruisseaux bourbeux; la ville n'est qu'un immense et vaseux maré­\ncage. Est-il donc étonnant qu'on n'y trouve que des grues?\n\n                                       XI\n   Le Zéphyr s'éveilla tout joyeux. « Allons jouer sous les grands arbres,\ndit-il ; les violettes sont écloses et la mousse est touffue ». — Là-bas, là-bas,\nsous les bois, il court, soulevant les feuilles mortes et donnant un baiser\naux violettes.\n   Plus loin, tout au fond, croissait une fleur blanche, mignonne et frêle.\nUne goutte de rosée brillait dans son petit œil d'or. — Bondissant, souriant,\nle Zéphyr passe sans la voir. Elle se penche et de son œil d'or, comme une\ngrosse larme, roule la gouttelette.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                  -    54    -\n\n\n                                      XII\n   Seul, sous la gloriette, devant la petite table de bois, je déjeune d'un\njambon, d'un pain noir et d'une omelette. Je suis bien aise à l'ombre ; je\nrespire les fraîches senteurs du printemps. En regardant le bois qui frissonne,\nl'étang limpide et l'herbe ensoleillée, je savoure ce rustique repas.\n   Pourquoi suis-je seul à la petite table ? Pourquoi n'es-tu pas ma parte­\nnaire? Plus gai serait le paysage et meilleur le déjeuner.\n\n                                      XIII\n  L'hiver a tout poudré de givre. Les arbres sont vêtus de blanc et les\nbuissons ouatés de neige.\n  Sur l'étang, au milieu du bois, le monde patine. Viens, allons aussi. Les\nbras enlacés, glissons légèrement, légèrement, comme deux hirondelles\noubliées. Elançons-nous à travers la foule.\n   Là-bas s'écarte un coin solitaire ; nous y serons en paix. Appuie-toi plus\nprès de mon cœur, lève tes yeux sur les miens. Le vent nous fouette le\nvisage; le froid nous aiguillonne et nous engourdit à la fois ; mais dans nos\ncœurs quelle joie sereine, quelle douce et pénétrante chaleur !\n\n                                      XIV\n   Connais-tu la vieille ballade? Il était une belle jeune fille. Au bord du\nruisseau elle peignait sa chevelure d'or en chantant une douce chanson.\n   Un pêcheur passa dans sa barque. Il entendit la chanson, il vit la jeune\nfille; ils s'aimèrent et se quittèrent.\n   Elle fut au fond des bois, peignant sa chevelure d'or et chantant la douce\nchanson.\n   Vint un chasseur qui poursuivait un chevreuil. Il entendit la chanson,\nil vit la jeune fille; ils s'aimèrent et se quittèrent.\n    Le pêcheur dort au fond de la rivière. Le chasseur dort au fond d'un\nprécipice. La jeune fille peigne sa chevelure d'or, chante sa romance, et\npour elle bien d'autres encore vont mourir.\n\n                                       XV\n  C'est kermesse au faubourg. Sur la place les carrousels tournent à la\nlueur des lampes fumeuses, au bruit des orchestres discords. C'est un\nvacarme à réveiller Mathusalem.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                    — 55 —\n\n   Les chevaux de bois se poursuivent, les palanquins glissent, les gamins\nse trémoussent et lutinent les fillettes avec de grands éclats de rire.\n   Ainsi fleurit la gaîté du peuple. Regarde : un beau garçon s'approche\nd'une jolie rieuse. Il lui parle, il lui serre les bras, et un gros baiser retentit\navec un cri joyeux.\n   Voilà six mois que je soupire pour une belle enfant sans rien oser lui\ndire ; nous nous disons Vous et nous nous saluons gravement d'un trottoir\nà l'autre.\n                                       XVI\n   Il pleut à cascades. Sous mon grand parapluie, comme un scarabée sous\nun champignon, je peste de tout cœur et me donne au diable.\n   Quelle est cette belle enfant qui trottine si vite à travers les gouttes ? Elle\nm'a fait un petit signe de tête, de loin. Plus de doute, c'est elle. Galam­\nment je lui offre mon parapluie ; elle se serre dessous, à côté de moi, toute\nfrissonnante ; et je la reconduis ainsi, écoutant sa voix chérie, noyant mes\nregards dans ses beaux yeux.\n   S'il pouvait pleuvoir ainsi tous les jours !\n\n                                       XVII\n   Je sais une vieille église, où sous les arceaux gothiques coule avec un\ndemi-jour mystérieux, un silence qui pénètre l'âme et la fait frémir.\n   Contre un pilier de pierre se dresse une Vierge au profil séraphique ; elle\nest vêtue de bleu et tient dans ses bras l'enfant Jésus. Elle marche sur la\nlune et sept étoiles environnent son front.\n   Aux pieds de la Vierge est agenouillée une blonde enfant, pleine de grâce.\nLe front penché sur ses mains, elle prie avec ferveur.\n   L'orgue pleure et se lamente. Mon cœur tressaille. Et voilà qu'un pâle\nrayon à travers le vitrail caresse sa tête blonde et flotte comme une auréole.\n   Sur la grande croix le Christ saigne ; il remue sa tête désolée et sourit\ntristement. La jeune fille élève vers lui ses regards étincelant d'un ardent,\namour.\n   Ah ! une amère angoisse me mord au cœur. Elle est trop pieuse, elle est\ntrop sainte, elle est toute à Dieu, et je l'aime à mourir.\n\n                                      XVIII\n  Minuit sonne au clocher. Les dernières vibrations se meurent sur la ville\nobscure et silencieuse.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                                  — 56 —\n\n   Le veilleur passe devant le cimetière. Tout à coup, à travers les vitraux, il\nvoit trembler une bizarre lueur.\n  Tout tremblant aussi il s'approche et regarde par le trou de la serrure.\nQuel spectacle étrange ! Le Christ en croix est étendu sur les dalles et les\ndouze apôtres, descendus de leurs piliers, clouent et martellent le Sauveur.\n  Ils ont un air féroce. Quelques-uns rient bruyamment.\n  Et là-bas, dans un coin, pleure et se lamente Judas, qui intercède en\nvain pour le malheureux.\n                                     XIX\n   Les cloches sonnent, l'orgue mugit, les chantres beuglent leur latin de\ncuisine et, par dessus le tout, glapissent les enfants de chœur.\n   De gros cierges fument. La sainte Vierge a revêtu sa plus belle robe ;\nsaint Joseph a raccommodé son auréole et l'on a mis une belle tête toute\nneuve au veau qui flaire la crèche.\n   Dans le chœur, monseigneur officie. Sur deux longues files, des reli­\ngieuses se prosternent sur les dalles, le visage plus blême que leur voile.\n   Une famille est à genoux. Tous pleurent et regardent leur enfant qui va\nprononcer ses vœux. La voilà, debout, les yeux fixés sur le crucifix, ses\nlongs cheveux défaits tombant comme un manteau d'or.\n  De chaudes larmes roulent entre mes doigts comme du plomb fondu.\nAh ! si la foudre pouvait frapper cette église maudite ! Si les anges de la\nmort pouvaient sécher les sources de la vie !\n  Donne-moi ta main, tourne tes chers yeux vers mes yeux. Dis, ce n'était\nqu'un horrible rêve, que ta douce haleine va dissiper?\n\n                                      XX\n   Puisque tu le veux, soit! Je ne murmurerai plus. Mais je t'aimerai\ntoujours et je veux te retrouver au delà de la mort.\n  Je sais dans la bruyère un cloître sévère. J'y passerai mes jours à prier,\nà penser à vous, à désirer la mort.\n  Ce même crucifié que tu presses sur ta poitrine, je le serrerai sur mes\nlèvres. Une douleur mortelle et chérie m'en descendra jusques au fond dû\ncœur.\n                                    XXI\n  Quel bruit fâcheux me distrait de mes pensées? C'est un orgue de bar­\nbarie dans la rue. Les gamins crient joyeusement à l'entour et organisent\nune ronde.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                   -    57     -\n\n   Comme ils sautent gaiement ! Te souviens-tu de cette soirée où tu dan­\nsais dans mes bras? Tu étais légère comme une fauvette; je sentais à peine\nle poids chéri de ton corps.\n   Nous causions si tendrement! Tout à coup le ruban qui retenait tes\ncheveux, tombe. Je le saisis au vol, et pour me récompenser tu l'attaches à\nmon bras.\n   De temps en temps nous quittions la danse. Te rappelles-tu ce délicieux\nquart d'heure où nous bavardions à deux sur la causeuse, regardant valser\ndans le salon, et seuls dans la pénombre?\n   Je ne sais de quoi nous parlions. Tu t'en souviens, peut-être, et tu veux\nme quitter pour jamais !\n                                    XXII\n   Avec ses petits frères nous jouons au jardin. « Regarde ces pierres là-bas,\ndit-elle; voyons qui le premier y arrivera ». Et voilà que nous courons à\ntoutes jambes. Animée, les joues teintes d'un sang frais, elle s'élance, légère\ncomme la brise. Je cours à ses côtés, et longtemps ainsi nous nous essouf­\nflons côte à côte. Ensemble nous arrivons, comme ensemble nous étions\npartis.\n   Elle s'appuie sur mon bras, et lentement nous retournons en devisant\nvers la gloriette. Elle s'assied à côté de moi, chacun tenant un des garçon­\nnets sur nos genoux, et tout haletants encore nous regardons les étoiles qui\ns'allument et nos yeux qui brillent plus fort qu'elles.\n\n                                       XXIII\n   C'est le matin. Son large chapeau de paille posé sur sa tête blonde, ma\nbelle amie se promène dans son jardin, cueillant des roses et des résédas\nqu'elle attache à sa ceinture.\n   Elle respire l'air frais, rempli de senteurs délicates. Elle contemple avec\njoie les parterres de mille couleurs, où les lis et les œillets penchent leurs\ncorolles diamantées par la rosée, et les verts gazons étincelants.\n   Puis la voici qui agrafe dans ses cheveux une longue branche de liserons,\nblancs et roses, qui s'agitent au vent et retombent sur son cou. J'aimerais\nêtre cette branche pour couronner son beau front, pour caresser son cou\nflexible.\n   Mais elle s'arrête devant un cerisier et, se haussant sur la pointe des\npieds, décroche les petits bouquets de cerises rouges et fermes.\n   Oh! j'aimerais mille fois mieux être une de ces cerises, pour qu'elle me\npressât dans ses petites mains et contre ses lèvres vermeilles, pour mourir\ndans ses chers baisers.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                                    — 58 —\n\n\n                                     XXIV\n   Le jardin est sombre, mais la foule y grouille. C'est fête au skating. Voilà\nbientôt qu'on allume les becs de gaz, puis de-ci, de-là, dans les massifs\nd'arbres, s'élèvent de magiques feux de Bengale.\n   Les patineurs s'élancent par couples. J'aperçois une brune jeune fille qui\nglisse comme une mouette sur les vagues. Nous nous connaissons bien,\nmais elle ne me voit pas.\n   Je regarde obstinément dans la foule, parmi les patineurs, bousculé,\nbousculant, ennuyé par les quêteurs de la fête (car cette maudite fête est,\ndit-on, de bienfaisance). J'écarquille les yeux, cherchant partout ma bien-\naimée.\n   En vain, hélas! En vain! Je m'en retourne en maugréant. Quel fut mon\nchagrin en apprenant qu'elle était là, pourtant, qui m'attendait.\n\n                                      XXV\n   Il pleut, il pleut, et l'on dirait qu'il ne doit plus faire autre chose. Cet\naffreux temps m'énerve et je ne sais que faire.\n   J'allume ma pipe allemande et, renversé dans mon vieux fauteuil, je\nmédite en regardant jouer la fumée.\n   Je découvre que je suis perforé d'ennui. Dans cette disposition je doute\nde tout, tout me devient indifférent.\n   En vain, je songe à mon amie; son image s'évapore doucement. Je me\ndis : « Je ne l'aime pas, peut-être; et sans doute, elle ne m'aime pas ».\n   Il m'est à charge de penser, d'aimer et même d'être. Je voudrais être le\ntabac qui brûle dans ma pipe et fumer en quelques bouffées mon existence.\n   Mais qu'un rayon de soleil perce le nuage de ses lances d'or; — aussitôt\nje songe à ma bien-aimée, je sonne à sa porte, et plus ne pense qu'il est dur\nd'être au monde.\n                                       XXVI\n   La petite est assise sur l'épaule de son grand frère. Elle lui passe ses deux\n mains sous le menton, comme une bride, et crie : Voyez comme je le mène\n par la barbe !\n   Et lui, qui n'a encore que des espérances follettes : Petite flatteuse ! Voilà\ncomme elles sont toutes, menant les hommes par leurs mensonges.\n   La petite est bien jolie ; elle a de grands yeux noirs et de longs cheveux\nchâtains, doux comme la soie. Encore un peu de temps et plus d'un ambi­\ntionnera la douce bride et le mignon mensonge.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                 -    59     -\n\n                                     XXVII\n   La nuit tombe. Accoudés tous deux au balcon fleuri de capucines, nous\nregardons s'éveiller les étoiles. Doucement, tendrement elles clignotent\nleurs blanches paupières; et le vent qui passe dans nos cheveux, nous dit\nde leur part : « Venez jouer avec nous. Il fait si bon au ciel! »\n  Ah! chères petites étoiles, il fait si bon aussi sur la terre! Quand le bras\nde ma bien-aimée frissonne sous le mien, quand sa joue tremble près de la\nmienne, le ciel entier s'épanouit dans nos âmes.\n                                                         IWAN GILKIN.\n  1876.\n\n\n\n\n                                VERS\n                                     LIED\n                                                 Au POÈTE ALBERT GIRAUD\n\n          « Par les halliers du rêve » ineffablement frais\n          Que peuple la tribu des belles désirées,\n          Elle apaise les pleurs des mystiques cyprès\n          De ses chansons d'azur à mi-voix murmurées.\n\n          « Elle va soupirant » les récits oubliés\n          Qu'enclosent les Eddas de leurs hautes feuillées\n          Et c'est meilleur que la senteur des bois mouillés\n          Et qu'un chant de fileuse égayant les veillées\n\n          « Des lieder rimes d'or » racontent Parsifal\n          Et, sous un ciel béni de clair de lune pâle,\n          Tous les vierges nimbés du cimier triomphal\n          En allés sans amour vers des lointains d'opale.\n\n          « Et fleuris de légende » auguste et de soleil,\n          Traversent joyeux la cantilène vermeille\n          Les chevaliers partis en royal appareil\n          Pour le burg où la belle invisible sommeille.\n\n          « Et dans ses yeux au charme » indicible d'azur\n          Pâles yeux de langueur et d'alme meurtrissure\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                     — 60 —\n\n\n5e reflètent, mirage insaisissable et pur,\nLes choses que la voix eurythmique susurre.\n\n« Indécise et mourante » au fond du songe noir\nQu'enlumine mon cœur d'espérance et de gloire,\nSe traîne la candeur frileuse au fond du soir\nDe sa grâce couleur morte de vieil ivoire.\n\n« Dorment les profondeurs » sereines d'une mer\nDans tes yeux souriants comme des yeux de mère,\nO toi, mienne, et l'orgueil et le mépris amer,\nEt l'éternel et dur dédain d'une chimère.\n\n« De musique allemande » et de vin et de toi,\nO rêveuse qui fais de tes larmes mes joies,\nJ'assouvis les désirs immenses de ma foi\nEn rêvant aux halliers du rêve oit tu flamboies.\n\n« Par les halliers du rêve elle va soupirant\nDes lieder rimes d'or et fleuris de légende,\nEt dans tes yeux au charme indécis et mourant\nDorment des profondeurs de musique allemande. »\n\n                     PRIÈRE\nLente aux aveux et molle aux baisers sans retour,\nDouce effeuilleuse ainsi des roses de l'amour,\nTelle soit, ô mon Dieu, celle à qui vont mes rêves.\n\nCar mes rêves sont las comme de blancs oiseaux\nEn qui verse l'ennui de l'azur et des eaux\nLe lointain appétit de dormir sur les grèves.\n\nIl me plairait m'étendre en de pâles cheveux\nEt mourir, à jamais exaucé de mes vœux,\nLoin des clameurs du bronze et de l'hymne des glaives.\n\n             MA SEMAINE SAINTE\nPlaise à qui va ployé du faix de ses chimères\nClore sur mon passé de tristes nœuds d'oubli,\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                      — 61 —\n\nPlaise honorer encor de bouquets éphémères\nLes restes douloureux du frêle enseveli.\n\nCar, vraiment, s'il n'a point désennuyé les races\nD'un livre où soient inscrits leurs rêves à venir,\nSes étreintes, du moins, étaient bonnes et lasses\nEt des baisers reçus savaient se souvenir.\n\nMais il s'est trop penché vers les larmes versées\nPour y mirer l'ennui de ses charmes en deuil,\nEt d'avoir attendu de vaines fiancées\nS'en retournent enfin sa force et son orgueil.\n\nPlaise à vous, les bénis de son geste suprême\nLe bien ensevelir, ce cher passé défunt,\nDorme-t-il, exilé des mémoires qu'il aime,\nMariant à des fleurs la mort de son parfum !\n\nEt plus tard, du néant de braises expirées,\nOù tout ce qui fut mien se sera replongé,\nDans le calme béat des futures vesprées\nOn verra revenir le lointain naufragé.\n\nMais il sera si beau, les mains pleines de roses,\nEt le cœur enlacé de longs rameaux de lys,\nQue nul n'ira rouvrir les bandelettes closes\nOù ses jours écoulés dorment ensevelis.\n\n                                   FERNAND SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                                       — 62 —\n\n\n\n\n              L'HERMAPHRODITE PRUSSIEN\n\n                                ALBERT W O L F F\n   Mercredi dernier, je m'excusais de parler d'un subalterne chenapan du\nnom de Maubec, alléguant que nul, dans le monde des journaux, ne le sur­\npassait en ignominie. Je l'appelais, pour cette raison : Roi de la Presse.\n   Quelques-uns ont trouvé cela excessif. On m'a reproché de m'être laissé\nemporter par mon sujet, d'avoir donné trop d'importance à ce drôle chétif,\nau préjudice d'Albert Wolff et de quelques autres, d'une bien plus aveu­\nglante splendeur de salauderie morale 1\n   Je confesse que le reproche peut paraître fondé. Il est incontestable\nqu'à ce point de vue, le courriériste du Figaro, — pour ne parler, aujour­\nd'hui, que de celui-là, — a plus de crédit et plus d'envergure.\n   C'est sur le globe qu'il plane, ce condor d'abomination! Il soutire si\npuissamment, à lui seul, l'universelle pourriture contemporaine, qu'il en\ndevient positivement volatile et qu'il a l'air de s'enlever dans les nues.\n   Mais, sans prétendre l'égaler, on peut encore être diablement prodi­\ngieux, et c'est le cas du petit Maubec.\n   D'ailleurs, tous ces monstres engendrés d'un même suintement verdâtre\nde notre charogne de société en copulation immédiate avec le néant,\nsont tellement identiques par leur origine, qu'on croit toujours contempler\nle plus horrible quand on les regarde successivement.\n\n\n   Albert Wolff a eu son Plutarque en M. Toudouze, romancier cynocé­\nphale qui aurait pu se contenter d'être un impuissant de lettres, mais qui a\nchoisi de faire bonne garde aux alentours du « grand chroniqueur », comme\nsi la pestilence ne suffisait pas !\n   Le livre de ce chien est, en effet, un essai d'apothéose d'Albert Wolff.\n   Certes, je peux me flatter d'avoir lu terriblement dans mon existence\nde quarante ans! Mais, jamais, je n'avais lu une chose semblable.\n\n  (1) Bien que nous n'ayons pas l'habitude de donner à nos lecteurs des extraits de livres\nnon inédits, nous ne résistons pas cependant à faire exception aujourd'hui pour le frag­\nment du livre de Léon Bloy. Il montre l'auteur de la Béatification de Christophe\nColomb dans sa vraie lumière, comme polémiste redoutable en même temps qu'écrivain\nà la forme rare et précise.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                                  — 63 —\n\n   Ici, la bassesse de la flatterie tient du surnaturel, puisqu'on a trouvé le\nsecret d'admirer un être, soi-disant humain, dont le nom seul est une for­\nmule évocatoire de tout ce qu'il y a de plus déshonorant et de plus hideux\ndans l'humanité.\n   Il paraît que M. Toudouze est un riche qui n'a pas besoin de faire ce\nsale métier, que la plus déchirante misère n'excuserait pas. Mais la vanité\nd'un pou de lettres est inscrutable et profonde comme la nuit de l'espace,\nc'est une épouvantable contre-partie de la miraculeuse puissance de Dieu,...\net celui-là, qui s'en va chercher sa pâture aux génitoires absents d'Albert\nWolff, — dans l'inexprimable espérance d'une familiarité à épouvanter des\nléproseries, — est cent fois plus confondant qu'un thaumaturge qui rani­\nmerait de vieux ossements !\n\n\n   Feu Bastien Lepage, que de lointaines ressemblances physiques et\nmorales rendaient sympathique à Wolff, le peignit, un jour, dans l'ignoble\ndébraillé de son intérieur.\n   Ce portrait, aussi ressemblant que pourrait l'être celui d'un gorille,\neut un succès de terreur au Salon de 1880.\n   La brutale autant que précieuse médiocrité du peinturier avait trouvé\nlà sa formule.\n   Il fut démontré que Bastien Lepage avait été engendré pour peindre\nWolff et Wolff lui-même, pour être étonné du génie de Bastien Lepage,\ndont la destinée fut dès lors accomplie et qui, promptement, s'alla recoucher\nle premier, dans les puantes ténèbres de leur commune esthétique.\n   Ce portrait devrait être acquis par l'Etat et conservé avec grand soin\ndans notre Musée national. Il raconterait plus éloquemment notre histoire\nque ne le ferait un Tacite, à supposer qu'un Tacite français fût possible et\nque la désespérante platitude de notre canaillerie républicaine ne le décou­\nrageât pas!...\n                                       *\n\n   Il est assez connu des gens du boulevard, ce grand bossu à la tête\nrentrée dans les épaules, comme une tumeur entre deux excroissances; au\ndéhanchement de balourd allemand, qu'aucune fréquentation parisienne\nn'a pu dégrossir depuis vingt-cinq ans, — dégaîne goujate qui semble\nappeler les coups de souliers plus impérieusement que l'abîme n'invoque\nl'abîme !\n   Quand il daigne parler à quelque voisin, l'oscillation dextrale de son\nhorrible chef ouvre un angle pénible de quarante-cinq degrés sur la vertèbre\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                                  -   64 —\n\net force l'épaule à remonter un peu plus, ce qui donne l'impression quasi\nfantastique d'une gueule de raie émergeant derrière un écueil.\n   Alors, on croirait que toute la carcasse va se désassembler comme un\nmauvais meuble vendu à crédit par la maison Crépin, et la douce crainte\ndevient une espérance, quand le monstre est secoué de cette hystérique com­\nbinaison du hennissement et du gloussement qui remplace pour lui la viri­\nlité du franc rire.\n   Planté sur d'immenses jambes qu'on dirait avoir appartenu à un autre\npersonnage et qui ont l'air de vouloir se débarrasser à chaque pas de la\ndégoûtante boîte à ordures qu'elles ne supportent qu'à regret, maintenu en\néquilibre par de simiesques appendices latéraux qui semblent implorer la\nterre du Seigneur, — on s'interroge sur son passage pour arriver à com­\nprendre le sot amour-propre qui l'empêche encore, à son âge, de se mettre\nfranchement à quatre pattes sur le macadam !\n\n\n\n  Quant au visage, ou, du moins, ce qui en tient lieu, je ne sais quelles\népithètes pourraient en exprimer la paradoxale, la ravageante dégoûtation !\n\n   Wolff est le monstre pur, le monstre essentiel, et il n'a besoin d'aucune\nsanie pour inspirer l'horreur. Il lui pousserait des champignons bleus sur\nle visage, que cela ne le rendrait pas plus épouvantable. Peut-être même\nqu'il y gagnerait !...\n    L'aspect général rappelle immédiatement, mais d'une manière invin­\ncible, le fameux homme à la tête de veau, qu'on exhiba l'an passé, et dont\nl'affreuse image a souillé si longtemps nos murs.\n    Je connais un poète qui avait entendu : l'homme à la tête de Wolff et\nqui n'en voulut jamais démordre. Il trouvait, peut-être, un peu moins de\nvivacité spirituelle dans l'œil du chroniqueur. A cela près, il les aurait crus\njumeaux.\n\n\n   La face entièrement glabre, comme celle d'un Annamite ou d'un singe\npapion, est de la couleur d'un énorme fromage blanc, dans lequel on aurait\nlonguement battu le solide excrément d'un travailleur.\n   Le nez, passablement osseux, comme il convient aux gibbosiaques,\nsans finesse ni courbure aquiline, un peu groïnant à l'extrémité, solidement\nplanté d'ailleurs, mais sans précision plastique, éveille confusément l'idée\nd'une ébauche de monument religieux, que des sauvages découragés\nauraient abandonné dans une infertile plaine.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                  — 65 —\n\n   En haut, des sourcils en forme de cirrus, s'envolent dans un front de\nTartare, au dessus d'une paire d'yeux cupides, bridés et pochetés de vieille\ncatin, devenue entremetteuse et patronne achalandée d'un bas tripot.\n  La bouche est inénarrable de bestialité, de gouaillerie populacière, de\nmonstrueuse perversité supposable !\n  C'est un rictus, c'est un vagin, c'est une gueule, c'est un suçoir, c'est un\nhiatus immonde. On ne peut dire ce que c'est...\n  Les images les plus infâmes se présentent seules à l'esprit.\n  On ne peut s'empêcher de croire que cette bouche de mauvais esclave\nou d'espion décrié, fut exclusivement faite pour engloutir des ordures et\npour lécher les semelles du premier maître venu qui ne craindra pas de\ndécrotter sa chaussure à ce mascaron vivant.\n  Et c'est tout. Il n'y a pas de menton. La lippe pendante de ce gâteux\nde demain rie recouvre rien que le fuyant dessous d'entonnoir de son\nmuseau de poisson, qui disparaît ainsi, pour notre subite consternation,\ndans le plus ridicule accoutrement de cuistre sordide qu'on ait jamais ren­\ncontré sur nos boulevards !\n                                     *\n\n   Le moral du sire est en harmonie parfaite avec sa physique. Sa vie,\ndénuée de toute péripétie juponnière, — pour l'excellente raison d'un her­\nmaphrodisme des plus frigides, — est aussi plate que celle du premier\ncabotin venu, dont la carrière aurait été sans orages.\n   Albert Wolff est né juif et Prussien, à Cologne, dans les bras de la\ngrand'mère de Béranger.\n   Parvenu à l'âge viril, — pour lui dérisoire, — on le trouve copiste\nd'actes chez un notaire, à Bonn, mêlé aux étudiants de l'Université, dont il\npartage les études de physiologie.\n   Il s'amuse même, dit son biographe, à décapiter des grenouilles, — en\nattendant celles, qu'en des jours meilleurs, il devra manger.\n   Puis, la vocation littéraire s'allumant tout à coup en lui, comme une\ntorche, il écrit Guillaume le Tisserand, conte moral qui fit pleurer des\nfamilles, assure-t-on.\n   Seulement, ces choses se passaient en Prusse et son ambition ne pou­\nvait se satisfaire à si peu de frais.\n   Il lui fallait Paris et le café de Mulhouse, où se réunissait alors, vers\n1857, la rédaction du Figaro hebdomadaire, foetus plein de santé du puis­\nsant journal qui règne aujourd'hui sur les cinq parties du monde.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                   — 66 —\n\n   Il ne s'agissait pas précisément d'avoir du génie pour être admis à par­\ntager la fortune de ce perruquier.\n   Il s'agissait, surtout, de faire rire Villemessant et le balourd y parvint.\n   Dès ce jour, il fut jugé digne d'entrer dans le groupe des farceurs, par\nqui la France est devenue, intellectuellement, ce que vous savez, et il ne\ns'arrêta plus de monter, lentement, sans doute, à cause de la pesanteur de\nson gros esprit, mais avec l'infaillible sécurité du cloporte.\n   L'héroïque Toudouze raconte, sans aucun agrément, cette plate\nOdyssée de journaliste, jugée par lui cent fois plus épique que l'Odyssée du\nvieil Ulysse.\n   Il s'arrête çà et là, — comme un âne gratté, — pour exhaler d'idiotes\nréflexions admiratives, à propos d'Aurélien Scholl, de Jules Noriac,\nd'Alexandre Dumas, père et fils, ou de tout autre décrocheur de timbale de\nl'arrivage parisien.\n   Au fond, toute cette histoire n'est rien de plus qu'un livre de caisse,\noù le comptable inscrit exactement les recettes et dépenses de son héros.\n   On voit bien que c'est là l'essentiel pour le narré et le narrateur.\n   Aussi, quelle exultation pour celui-ci, quand il relate le succès d'argent\nde cette honorable brochure : les Mémoires de Thérésa, écrits par elle-\nmême, mémoires inventés par Wolff, en collaboration avec Blum, Rochefort\net Peragallo, et quels lyriques accents désolés, quand sa conscience impla­\ncable le force à mentionner une perte de jeu de cent quatre-vingt-quinze\nmille francs !\n   Cette catastrophe, arrivée en 1877, fut, sans doute, pour beaucoup\ndans la vocation de Salonnier de l'hermaphrodite du Figaro.\n   Il avait, une minute, pensé au suicide, mais il se tint ce raisonnement\nlucide, qu'après tout, il serait bien imbécile de se faire périr, comme un\nvulgaire décavé, quand il avait sous la main la riche mamelle de la vache\nà lait d'un Salon sincère.\n   La Fortune recommença donc à rouler vers lui, à dater de cette\nréflexion salvatrice.\n   Il devint très puissant, sa sincérité prussienne n'ayant plus de bornes\net, du même coup, le malheur ayant fait tomber les squammes qui enténé-\nbraient son génie, le simple pître qu'il avait été jusque-là, fit enfin place au\ngrand moraliste, que consultent, avec respect, les magistrats les plus sévères\net qui tient l'humanité contemporaine sous son arbitrage !\n\n\n Telle est sa dernière et, probablement, définitive incarnation. Albert\nWolff crèvera dans la peau d'un moraliste révéré.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                   - 6 7 -\n\n   Nous en sommes venus à ce point.\n   Ce semblant d'homme, raté même comme eunuque, ce bas-bleu ger-\nmanique, — suivant l'expression de Glatigny, — dispose d'une autorité si\ngrande, que le plus sublime artiste du monde relèverait de son bon plaisir,\net qu'il a le pouvoir de faire tomber des têtes ou de déterminer des verdicts\nd'acquittement !\n   Ce vermineux juif de Prusse est le roi que nous avons élu dans notre\ninexprimable avilissement, roi respecté de l'opinion, comme Louis XIV ne\nle fut pas, et devant qui bave de peur toute la rampante crapule des jour­\nnaux !\n   Bismarck peut dormir tranquille.\n   Son bon lieutenant est le maître en France.\n   Il se charge de nous émasculer, comme il est émasculé lui-même, et de\ntellement nous mettre par terre, qu'il ne reste plus qu'à nous piétiner\ncomme un fumier de peuple, bon à engraisser le sol de l'universelle Alle­\nmagne de l'avenir !\n\n\n   Lorsque la guerre de 1870 éclata, la situation de l'horrible drôle, non\nassise comme elle l'est aujourd'hui, ne fut plus tenable.\n    Il se vit forcé de disparaître, ainsi que la plupart de ses compatriotes.\nIl erra, dit-on, par toute l'Europe, comme un chacal inassouvi, attendant\nque le Belluaire de Prusse eût achevé sa besogne et que le vieux Lion fran­\nçais, épuisé de vieillesse, fût abattu, pour venir l'achever de sa lâche gueule.\n    Il n'osa pas immédiatement reparaître après la Commune. Il y avait\nencore, pour lui, trop de bouillonnement et trop de calottes dans l'air\nparisien.\n   Il se fit imperceptible, il s'aplatit sous les meubles comme une punaise,\nil se coula dans la boiserie.\n   Avec la ténacité d'acarus de sa double race, il se cramponna au bitume,\nessuyant les crachats et l'ordure dont l'inondait le passant stupéfait de son\nimpudence, voulant, quand même, s'imposer à Paris, qu'un atome de\nfierté lui eût conseillé de fuir.\n   Humble, mais inarrachable d'abord, victorieux et superbe, à la fin\ndes fins !\n                                          *\n\n  Il ne lui suffisait pas d'être implanté parmi nous. Il lui fallait régner\npar le Figaro, et Villemessant fut assez infâme pour le lui abandonner.\n  On sait, d'ailleurs, la reconnaissance du légataire, et le mot, révélateur\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                 — 68 —\n\n de la beauté de son âme, qu'il laissa tomber, en manière d'oraison funèbre,\n sur la montagneuse charogne de son bienfaiteur.\n   Il venait de rembourser quatorze cent cinquante francs à la caisse du\n journal pour dette de jeu contractée envers le patron.\n   Presque aussitôt, le télégraphe apporte la nouvelle de la mort de Ville­\nmessant.\n   Après la première émotion, Wolff dit à ses camarades :\n   — Je n'ai jamais eu de chance avec notre rédacteur en chef. Si la nou­\nvelle était arrivée quelques heures plus tôt, je ne payais pas les quatorze\ncent cinquante francs et la famille ne les aurait jamais réclamés.\n   Il ne reste plus qu'à rapprocher de cette anecdote le cantique d'allé­\ngresse des journaux allemands, apprenant la sinistre farce de naturalisation\ndu chroniqueur, et félicitant l'Allemagne d'être débarrassée d'une fière\ncanaille aux dépens de cette imbécile de France qui s'empressait de la\nrecueillir.\n                                                        LÉON BLOY.\n\n\n\n              LES NOËLS ETEINTS\n      C'est l'heure de mon cœur, et le soir sur le monde\n      Joint ses mains de sommeil, ses ténébreuses mains;\n      C'est l'heure doucement, où se rêve la ronde\n      Des vieilles de légende et des mystiques nains.\n\n      Entendez-vous, là-bas, là-bas, dans ma pensée,\n      Les aïeules conter de fabuleux récits?\n      Comme un silence d'aile et de branche froissée,\n      Le passage muet sur l'ombre des esprits ?\n\n      Je vois dans les maisons anciennes de mon âme,\n      La veille des petits devant le feu ronflant,\n      Ils entendent de rêve une très vieille femme\n      Et le vent qui dans l'ombre erre rythmique et lent.\n\n      Ce sont de très vieux soirs dans de vieilles chaumières;\n      Ce sont de vieux hivers qui neigent au dehors,...\n      Alors, dans la douceur tremblante des lumières,\n      Doucement, doucement, ô mon cœur, tu t'endors....\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                              69\n\n    La vieille parle au loin, et l'histoire s'achève\n    Au loin, dans un manoir, comme une fin de jour,\n    Tandis que dans un coin très vague, un rouet rêve\n    Comme un cœur de princesse exilé de l'amour.\n\n    O douceur'. O langueur! Ce souvenir de choses\n    Qui ne furent jamais pour nous qu'en souvenir !\n    O jours si peu vécus, si plaintifs et si roses,\n    Et morts ! Si douces morts, qu'on en voudrait mourir !\n\n    Quelqu'un, dans notre enfance, un prince, une princesse,\n    Que nous pleurons parfois, vainement rappelé\n    D'amour et de regret ! Quelqu'un de la tristesse,\n    Quelqu'un de bien aimé, quelqu'un s'en est allé...\n                                          GRÉGOIRE LE ROY.\n\n\n\n\n        AUTOUR DU MIRLITON\nAux symbolistes de « la Wallonie » et de « l'Art moderne »\n                                                     AJAX.\n                                                  Toute chaîne\n                                                  A deux poids.\n                                                  Toute peine\n                                                  En a trois.\n                                                 AGAMEMNON.\n                                         Toute peine en a trois!... C'est doux\n                                       à l'oreille et ça ne veut rien dire du\n                                       tout. Vous ferez école, mon ami, vous\n                                       ferez école.\n                                           (La Belle Hélène, Acte I\", scène XI-\n\n                               I\n\n                      AUTRE SONNET\n                                          Mais chez qui du rêve se dore,\n                                          Tristement dort une mandore\n                                          Au creux néant musicien.\n                                                             S. MALLARMÉ.\n\n              Le creux néant musicien\n              De la mandore qu'échevèle\n              Le tourment du vent ancien,\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "             — 70 —\n\nTel qu'un Dieu reconnaît le sien.\nBlanc de Nuit, l'ARTISTE révèle\nLe creux néant musicien.\n\nPour l'horreur du chat et du chien\nOyant mugir dans sa cervelle\nLe tourment du vent ancien,\n\nMéphitique magicien,\nCrispe-t-il l'âpre manivelle :\nLe creux néant musicien,\n\nSi, muant l'heur éphésien\nDu noir prodige où l'ange vèle\nLe tourment du vent ancien,\n\nUn piano stoïcien\nAux heurts du silence nivèle\nLe creux néant musicien ?\n\nQu'il, lorsqu'un doigt physicien\nAu très vierge anus renouvelle\nLe tourment du vent ancien,\n\nNoie, et sans remords prussien,\nHoules! dans l'idoine cuvelle\nLe creux néant musicien,\nLe tourment du vent ancien !\n\n\n                 II\n\n   NIHILISME TRISMÉGISTE\n                   L'homme y passe à travers des forêts de symboles;\n                                                       BAUDELAIRE.\n                   Nadal\n                                     (CALLE DE LA VUELTA ABAJO)\n\n     Ah! Nada! Nadada!\n     Petit cheval de bois!\n     La canne à Canada!\n     Oh! plusieurs à la fois !\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                  — 71 —\n\n                         Voilà : Goya gronda\n                        Nada, quand Quinquempoix,\n                        Camarde! canarda\n                        Soulary sous la croix\n\n                        Du carrefour. L'ara\n                        Qu'aura Lara leurra\n                        Laura,   qu'amarrera,\n\n                        Flotte! l'honorera\n                        Ses père et mère. Hara\n                        Kiri, Caro, Cora.\n\n\n                            COMMENTAIRE.\n   Ce sonnet symbolique est bâti sur les sonorités a et o, l'alpha et l'omega,\nréunis phonétiquement dans la diphthongue oi (o-a) qui indique le retour\nde la Fin aux Origines, et qui met la queue du fatidique serpent dans sa\ngueule, fermant ainsi le cercle de l'Eternité.\n   Un sens unique, déclaré par le titre : Nihilisme Trismégiste, a rigou­\nreusement gouverné, dans ce poème, l'emploi de tous les Mots et de toutes\nles Figures.\n   D'emblée est affirmée l'idée essentielle, la Négation fondamentale du\nNihilisme. Et comme le Nihilisme est une conception non point vulgaire­\nment individuelle ou locale, mais universelle, cette affirmation se produit\ndans un idiome exotique : Nada.\n   Quoi de plus naturel, devant ce Verbe vertigineux, que d'exclamer Ah!\n   Nada! Nadada! Une répétition, une prolongation, avec cette musicale\nredondance syllabique ronronnant comme un tambourin dans le tympan\nextasié.\n   Mais dans Nadada, l'oreille a perçu la sonorité à dada ! le cri de l'en­\nfançon qui galope sa précoce chevauchée. L'esprit, de sa part, iiitellige que\nsi, pour d'aucuns, le Nihilisme est une haute et vaste Idée, pour d'autres,\nagonisants de muflisme, c'est un stupide Dada, un vain jouet d'enfant :\nPetit cheval de bois.\n   Quelle est votre monture, mignonnes jambes mollettes? Une canne. La\nCanne à Canada! Pourquoi à Canada? C'est que l'oreille, éblouie encore\ndes sonorités du premier vers : Ah! Nada! Nadada! évoque par une\nnaturelle symphonie ce populaire refrain, auquel l'Esprit insufle un Sens\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                   -   72   -\n\n supérieur. Mais les cannes modernes sont si frêles! On falsifie tout. Si l'en­\n fant est gros?? Eh bien, il faudra beaucoup de cannes. Oh! plusieurs à la\nfois !\n    Telle que dans une Phonie musicale le thème primordial reparaît maintes\n fois afin de serrer l'unité compositionnelle, l'initiale pensée Nada est ici\n ramenée, précédée de la fanfare démonstrative Voilà et illuminée du nom\n du Grand Ouvrier d'Art qui illustra d'une célèbre eau-forte cette hispa­\n nique formule, Goya! « Voilà : Goya gronda Nada ! »\n    Quand ce grondement terrible brisera-t-il toutes oreilles? Quand le Nihi­\n lisme sera-t-il vraiment triomphant? Quand sera donc accompli son nivel­\n lement suprême? On le verra à ce signe ultime que les poètes, non pas les\n mauvais, mais les simples médiocres, comme Soulary, seront méprisés\n jusque dans les petites villes telles que Quinquempoix, et qu'ils y recevront\n l'anéantissement bêtement mélodramatique mérité par leur art feuilleton­\n nesque ; — lorsqu'ils seront canardés sous la croix du carrefour.\n    Un tel résultat ne justifie-t-il point cette ironique invocation; Camarde!\n à la Souveraine Libératrice ?\n    Le poème prend le large. Le symbolisme se dilate et s'obscurcit de\n vapeurs fuligineuses.\n    L'ara. Ce symbolique oiseau figure ici la poésie éclatante qui se répète\n elle-même. L'ara qu'aura Lara signifie la poésie romantique, personnifiée\n par le héros de Byron. Cette ramageuse bavarde trompa, leurra l'espoir des\n Rénovateurs qui croyaient ressusciter l'ancienne et libre poésie du cœur,\n symbolisée par la Laura de Pétrarque.\n    Mais lorsque périront les derniers Soulary, ce faux art sera lié, ligotté,\n que dis-je? amarré (et ici, pour légitimer cette expression peut-être lyrique\n à l'excès, on a mis en interjection le mot Flotte!), oui, amarré au moyen\n de câbles définitifs, c'est-à-dire par le seul bon sens, que représente ici une\n locution proverbiale : 1' « Honoreras tes père et mère! »\n    Quand le Nihilisme en sera venu là, il ne restera plus, dans l'Anéantisse­\n ment final, qu'à s'ouvrir le ventre : Hara Kiri. (Voir, pour l'emploi du\n japonais, les remarques précédentes sur l'espagnol Nada.) Et c'est l'huma­\n nité entière qui s'étripera, le monde de la pensée et le monde de.la chair,\n figurés par un philosophe, Caro, et une courtisane, Cora.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                         73\n\n\n\n                        VIEILLE DAME\n                                   ESQUISSE\n                                                               POUR IWAN GILKIN.\n     C'est un visage auguste et sublimement pâle\n     Avec ses blancs cheveux en bandeaux, son front doux,\n     Sillonné, calme, enfin!, mais aux tempes deux trous :\n     Goutte à goutte les eaux peuvent creuser la dalle.\n\n     Car ses yeux sont éteints par l'averse des pleurs\n     Et sa joue est profonde : Hélas ! fière et farouche\n     Elle a mangé souvent les parois de sa bouche\n     Pour avaler le cri fauve de ses douleurs.\n\n     Sa main est diaphane et saillante aux phalanges;\n     La souffrance a passé comme un feu dans sa chair,\n     Elle a tout ravagé mais laissé de l'éclair\n     Un reflet à son front qui l'approche des anges.\n\n     Pourtant ce ne sont pas ses yeux, ses tristes yeux\n     Qui racontent le mieux les larmes, mais, tranquille,\n     Son sourire indulgent vers une jeune fille\n     Et retraçant l'enfer en promettant les cieux.\n                                                             J. F R É D É R I C .\n  17 décembre 1886.\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n     Le Cid, à Anvers. — Le Concert russe. - L'Amour médecin. — Les Contes\n                                 d'Hoffmann.\n\n              Une mention pour le Cid de Massenet, qui a passé par Anvers\n                le mois dernier. C'est comme s'il n'y avait pas passé. Non\n                seulement l'interprétation, mais la simple exécution maté­\n                rielle a été si déplorable qu'elle n'a fait que brouiller ce qu'une\n ecture nous avait laissé d'impressions.\n   A beaucoup de pages du Cid, M. Massenet semble être sorti de sa nature.\nOn dirait qu'il cherche, dans sa musique de scène, à guérir sa névrose par\nl'allopathie, et qu'il prend du cuivre, comme certaines gens prennent du fer,\nparce qu'on leur a dit qu'ils étaient anémiques. Je puis me tromper, mais\nje crois que M. Massenet a tort; les ressources de son talent sont dans cette\ntendresse un peu féminine qui lui a inspiré ses plus belles oeuvres,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                   — 74 —\n\n  Aussi le meilleur du Cid est-il dans son troisième acte, où l'on retrouve\ntout l'amour mystique de ce musicien-poète descendu du ciel par les\nfemmes.\n                                     II\n    Le concert russe, et peu après la première des Contes d'Hoffmann, ont\nmarqué la rentrée en scène de M lle Wolf.\n    Malheureusement, si l'artiste est guérie, sa pauvre jolie voix d'antan\nn'est encore que convalescente et a bien perdu de ses forces. Cette faiblesse\nde l'exécution a-t-elle été la cause principale du demi insuccès de l'œuvre\nde César Cui? Toujours est-il que j'exprime l'impression d'une minorité, en\nadmirant cette œuvre comme une des meilleures choses de la production\ncontemporaine. Jusqu'à ce jour, et dernièrement encore au Cercle, le public\ns'était habitué à n'entendre que le Cui de la Suite miniature et du Petit\ncoq et du Petit lièvre et d'un tas d'autres machinuscules microscopiques, le\npetit Cui, enfin.\n    Le fragment d'Angelo (prélude et deuxième acte, scènes I et II), exécuté\nau Concert populaire, a fait apparaître aux oreilles étonnées des auditeurs,\net surtout des auditrices, un Cui renforcé de souffle, agrandi d'allures. Du\nminiaturiste est sorti un modeleur de longues lignes souples et ondoyantes,\nun coloriste sensible aux moindres dégradations de teintes sonores, dont\nl'étoffe symphonique, moelleuse et chaude fait rêver à Schumann.\n    Ce nom de Schumann a fait dire : Ce n'est pas russe ! Le bel argument\nd'esthétique! Qu'est-ce que cela nous fait que ce ne soit pas russe? Si c'est\nbeau. Fallait-il l'arrêter à la douane peut-être?\n    Sommes-nous donc habitués au chef-d'œuvre quotidien que nous préten­\ndions trouver en chaque personne une personnalité originale de toutes\npièces? Je n'en veux pas à Cui de s'être approché de Schumann; je lui en\nveux d'autant moins que cette analogie paraît provenir, avant tout, d'une\nsympathie de nature et que, s'il en est ainsi, il a trop de délicatesse et d'im­\npressionnabilité en lui pour n'être qu'un pasticheur.\n    Ces pages d'Angelo sont d'une tout autre manière que les Danses circas-\nsiennes, pétries de couleurs plus voyantes, mais d'une originalité plus facile,\nplus « conventionnelle » et plus sensible aux masses.\n    J'ai aussi entendu reprocher à Cui son habileté. C'est un reproche inutile\net risqué. S'il y a un habile, c'est bien Rimsky-Korsakoff. Ce n'est pas seu­\nlement en nationalisme que celui-ci dépasse Cui de toute une tête énergique\net sombre. Cette tête porte quelque chose de plus : un caractère supérieur,\noù l'on sent la pleine maîtrise de soi-même et la volonté puissante d'exprimer\nune inspiration venue de loin. Sa musique, comme son nom, s'imprègne,\nde tartare et d'arabe. Elle a la couleur somptueuse de ces sauvages illu­\nminés de l'Orient. Son poème : Antar (symphonie pour orchestre d'après\nun conte arabe de Seunkowsky), composé suivant un programme, est une\npièce merveilleuse, serrant de près le sujet descriptif et le rendant avec toute,\nl'intensité profonde et la richesse imaginative que peut traduire la sym­\nphonie.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "   Rimsky-Korsakoff, dont le nom avait déjà figuré au programme des Con­\n certs populaires, a fait cette fois l'effet d'un nouveau venu, car il n'y avait\njamais paru avec une œuvre d'aussi grande allure.\n   C'est l'esprit encore illuminé de l'éclat de son poème, qu'on a écouté\nl'adorable cavatine du Prince Ygor, de Borodine, et sa marche : Dans les\nSteppes de l'Asie centrale\n   Ç'a été comme une immense accalmie, une élévation lente à un art de\nlumière et de sérénité qui, pourtant, plante ses racines au plus profond du\nsol natal. Aucun ne m'a donné, autant que Borodine, l'impression de la\ngrande nature russe telle que je la devine. Son imagination est plus reposée,\nelle est plus haute. C'est une imagination panthéistique, qui prête de la\ndivinité aux choses du paysage et s'enveloppe de leur essence. Esprit supé­\nrieur et religieux, simple, biblique, comme l'esprit d'un apôtre qui ne\nprêcherait pas, aimant à perte d'âme ce qu'il trouve en deçà du ciel, faute\nde pouvoir aimer ce qu'il devine au delà. Borodine est tout en cet amour\nsurhumain, et je me demande si l'on pourrait trouver une page de lui qui\nn'en fût pas imprégnée. C'est ce qui en fait le plus élevé des compositeurs\nrusses.\n   Des auditions comme celle-ci laissent une impression vivace, sous\nlaquelle s'effaceront peut-être toutes les impressions d'un hiver.\n   L'invasion d'Orient s'accentue de jour en jour. La jeunesse et le souffle\nde cette musique dépouillée de tout élément scolastique, sont si intenses,\nla disproportion entre cet art et le nôtre paraît si énorme qu'on se prend\nà avoir peur de cette invasion comme d'un écrasement. Car la poussée se\nproduit de plus loin qu'on ne pense. A ne considérer que la saveur géné­\nrique des œuvres, ce n'est plus la musique russe qu'il faudrait dire, mais\nla musique asiatique.\n                                        III\n   Redescendons en France.\n   Je ne sais ce qui m'a empêché, il y a deux ans, de parler de Joli Gilles.\nLa faute n'en est pas à M. Poise, car Joli Gilles est une des plus délicieuses\npetites machines que nous ait données la France depuis longtemps.\n    L'Amour médecin ne la vaut pas. On dirait de cette partition, malgré\ntoutes ses qualités de facture, que c'est une œuvre de déchet, une œuvre de\ntransition où la personnalité s'attiédit, se fige ; où l'inspiration demande à\nse renouveler.\n   C'est toujours bien du Poise, cette musique mince, si mince qu'on est\ntenté de la regarder au jour pour en apercevoir le fignolage gracieux et le\ndessin à fleur de sons. La symphonie est serrée, à fines mailles, et la couleur\norchestrale n'a qu'une couche posée d'une main sûre et légère d'aquarel­\nliste qui lui donne d'emblée sa place et sa juste valeur tonale; mais, cette\nfois, la main y a plus travaillé que « l'autre chose » qui insufle aux œuvres\nle courage et la force de vivre.\n   Celle-ci. n'en a plus guère, de courage ; elle est un peu lasse, elle répète les\nchansons de Gilles, mais timidement, presque tout bas, comme en se\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                   -   76   -\n\n demandant si l'on voudra bien encore les applaudir un brin, car elle n'a pas\n trouvé mieux. Elle n'a pas trouvé mieux que la gracieuse chanson-sérénade\n et le trio du début ; pas mieux que l'air du baryton : « Dis à ton petit\n papa... » ; pas mieux que le divertissement du premier acte où se place très\n spirituellement le pas des apothicaires; pas mieux, enfin, que la tendre\n romance du ténor au troisième acte et le quatuor des médecins au deuxième.\n C'en est assez, cependant, pour agrémenter cette courte partitionnette,\n si courte que la scène des médecins y constitue un acte entier. Cette scène,\n qui est réussie musicalement et d'un joli effet vocal avec ses différents\n thèmes habilement combinés, est trop longue et se répète. M. Poise ne\n craint pas les répétitions, il en abuse même parfois. Ici il s'est trouvé le\n complice de M. Monselet pour insister sur cet élément comique et principal\nde sa pièce. Ce n'est pas, à mon avis, l'élément qui lui est le plus per­\n sonnel.\n    A première vue, on pourrait se dire que Joli Gilles et Y Amour médecin\nappartiennent au même genre dix-huitième siècle, puisqu'il y a de la poudre\nde riz et des soubrettes, des talons rouges et des menuets. N'oublions pas\ncependant que Joli Gilles venait de ce pays du tendre qui est de toutes les\népoques humaines, parce qu'on y aime tendrement, et que, s'il faisait la\nbouche en cœur, c'est qu'il avait le cœur sur les lèvres et qu'il en tombait à\ntout bout de « chant » des baisers.\n    Molière, lui, qui s'appelait Poquelin, n'a vu souvent de ce pays que ce\nqu'il y avait de laid à en voir. Il l'a vu tout en grimaces. Il en a ri d'un\ngros rire avec un gros bâton en guise de plume.\n    Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que, après avoir fait de la musique spirituelle à\nforce d'âme, M. Poise ait été moins heureux à cette musique bouffe, comme\non l'appelait à l'époque du Barbier de Séville, et qu'il se soit souvenu de\ncette époque et de ses formules surannées jusqu'à banaliser ses formes d'ac­\ncompagnement à certaines pages de l'Amour médecin, comme jamais dans\nJoli Gilles.\n   Ajoutons qu'il faut à ces œuvrettes une interprétation toute en délica­\ntesse. Joli Gilles avait été ravissamment exécuté et mis en scène. C'est un\npeu ce qui a manqué à l'Amour médecin.\n   Je ne veux pas faire de personnalités. Une exception seulement pour le\ndécor rouge carotte qui encadrait les costumes rose fané de Manon et à\nqui je prétends dire son fait avec tous les égards dus à un aussi vilain\ndécor.\n\n\n   L'interprétation des Contes d'Hoffmann, au contraire, est l'une des\nmeilleures qu'on ait eues jusqu'à présent.\n   M lle Vuillaume, fort intelligente dans ses trois incarnations, y serait par­\nfaite si sa voix se conduisait un peu mieux. M. Engel, plus dégourdi que\ndans Lakmé, semble avoir eu l'imagination fouettée par les contes fantas­\ntiques, au point d'y renouveler un peu son jeu et son allure. M1le Legault,\ngracieuse en étudiant allemand, fait regretter qu'on ne comprenne jamais\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                    — 77 —\n\nles petits cris qu'elle pousse. Quant à M. Isnardon, il s'est véritablement\nrévélé comme comédien, notamment dans la grande scène du docteur\nMiracle.\n   Tout cela eût donc été parfait si seulement M. Lapissida, revenant de\nDresde, avait bien voulu faire un petit crochet par Anvers pour aller voir\ncomme se fait la mise en scène en province. Malheureusement, M. Lapis-\nsida, qui était pressé, n'a pas fait de petit crochet et voilà, sans doute,\npourquoi l'on nous a rendu le décor rouge carotte de 1''Amour médecin en\ny mettant des meubles bleu pâle? Il me semble, pourtant, qu'en nous\nappliquant un peu, nous pourrions faire au moins aussi bien qu'à Ver-\nviers !\n   On connaît cette définition de l'œuvre posthume : une. œuvre composée\naprès la mort de l'auteur. Pour que la définition soit complète et tout à\nfait juste, il faut ajouter : par les autres. Sous ce rapport, je me figure que\nla partition des Contes d'Hoffmann, interprétée à la Monnaie, est bien une\nœuvre posthume, conforme à ce qui fut représenté en 1883 sur la scène de\n Paris. Mais il y en a eu une autre représentée à Paris en 1881, absolument\ndifférente de l'édition corrigée, augmentée et si ce n'est pas la vraie, c'est\nau moins la bonne, car elle est infiniment meilleure que celle qu'on nous a\ndonnée.\n   Celle-ci ajoute à l'œuvre tout le deuxième conte (Giulietta, le Reflet\nperdu) qui en est la moins bonne chose ; le prologue y est notablement\nraccourci et l'épilogue précédé d'un entr'acte « ollapodridesque » résumant\ntous les motifs des contes sans oublier le thème de la barcarolle, qu'on a\nbissé le premier soir et que l'on continuera à bisser jusqu'à la consomma­\ntion des Contes d'Hoffmann, c'est fatal.\n   L'édition princeps finissait tout différemment.\n   Au lieu de ce hors-d'œuvre, elle répétait ici le thème final du prologue :\n « Il est doux de boire au récit d'une folle histoire » joué rêveusement en\nmoderato aux sonorités moelleuses des cors, qui ramenait l'esprit, par une\ntransition logique, de l'action au récit, du fantastique au réel. La Muse\napparaissant à Hoffmann le rappelait à elle :\n             Et moi?., moi la fidèle amie\n             Dont la main essuya tes yeux?\n             Par qui la douleur endormie\n             S'exhale en rêves dans les cieux ?\n             Ne suis-je rien ! .. que la tempête\n             Des passions s'apaise en toi!\n             L'homme n'est plus. Renais poète !\n             Je t'aime! Hoffmann,       appartiens-moi\n             Des cendres de ton cœur réchauffe ton génie.\n             Dans la sérénité souris à tes douleurs!\n             La Muse apaisera ta souffrance bénie.\n             On est grand par l'amour et plus grand par les pleurs,\n\npendant qu'un, andante symphonique, des meilleures pages de l'œuvre,\napportait l'accalmie, la convalescence au pauvre cœur du poète meurtri et\ndéchiré par les passions, Ainsi se dissipait peu à peu tout l'élément factice,\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                                    -   78   -\n\n   étrange, maladif des contes, et l'on se retrouvait sur le sol ferme de la cave\n   de Luther où Hoffmann entonnait le dernier couplet de la chanson de\n  Kleinzach.\n      Le tableau de Giulietta supprimé ou inexistant enlevait quelques trous à\n   la partition et l'action des contes s'encadrait plus étroitement des deux\n  tableaux pittoresques de la taverne, rappelant bien la vieille Allemagne uni­\n  versitaire, tête carrée et pieds dans le plat, qui émaille ses chansons de\n  pédagogie et de De profundis et parle le latin pour dire : Réjouissons-nous !\n  Comme si ce mot-là aussi choquait l'honnêteté: Gaudeamiis igitur! Dès\n  lors, il ne restait plus, dans ce cadre, que l'épisode drolatique d'Olympia la\n  poupée à ressort, qui a fait le grand succès de la pièce ici, et le touchant\n  conte d'Antonia (le violon de Crémone). Fort heureusement, cette dernière\n  partie a été conservée à peu près intacte. Elle suffirait à faire coter haut la\n  valeur de l'ouvrage, car elle est traitée dans un style dramatique profond et\n  élevé qui a étonné bien des gens.\n     Il y a, en effet, dans Offenbach, deux natures : l'une, échevelée de joie\n bruyante et de cancans qui a jeté le bonnet de sa muse par dessus les mou­\n  lins et les toits de la Vie Parisienne ; l'autre, plus concentrée et tendre,\n  presque triste... Pourquoi dire : presque?... N'est-ce pas celle-là qui a\n donné la Chanson de Fortunio et cette romance où la Périchole se souve­\n nant des paroles de Manon à Desgrieux écrit dans une lettre d'adieu à son\n amant : « Crois-tu qu'on puisse être bien tendre alors que l'on manque de\n pain ? »\n     Tout, le tableau d'Antonia est dans cette note impressionnante : la\n mélodie de la tourterelle, le thème du duo : « C'est une chanson d'amour\n qui s'envole triste ou folle », tout jusqu'à la scène si dramatiquement écrite\n du docteur Miracle, jusqu'au trio que traverse le thème obsédant de l'appa­\n rition, écrit suivant une progression ascendante à l'italienne, et répété par\n trois fois dans des tonalités de plus en plus élevées comme le thème :\n « Anges purs » de Faust.\n     On ne me soupçonnera pas, j'espère, de repousser la forme artiste. Ce que\n j'ai dit plus haut des Russes et ce que j'espère dire prochainement de Wagner,\n ne m'empêche pas d'admirer l'art simple de ce fantaisiste original en qui\n l'opérette n'a pas tué l'artiste fin et sensible. De même qu'on oublie un peu\n la littérature pour apprécier certains conteurs qui ont fait vibrer une corde\n humaine dans leur œuvre, de même faut-il oublier un peu la musique toute\n moderne de forme que nous avons à l'esprit pour apprécier l'Offenbach des\n Contes d'Hoffmann.\n     On trouvera en lui, à défaut de cette finesse de forme extérieure, qui\ndépend de la culture, une extraordinaire délicatesse de sentiment et l'on se\ndemandera si ce faiseur d'opérettes, qui a poussé la joie jusqu'à l'outrance,\nn'était pas avant tout un affolé de nervosisme, plus triste que joyeux, dont le\nrire — suraigu comme tout le rire moderne — fait la grimace, et qui ne\ns'est jeté dans cette frénésie de flonflons et de cancans que pour ne pas\npleurer .. ce qui ne l'a pas empêché d'affiner quelquefois son rire en sou­\nrires et d'y mêler un peu de larmes quand la foule ne le regardait pas.\n                                                      HENRY     MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                         — 79 —\n\n\n                                 MEMENTO\n                                                 Elle voulait, elle souhaitait, elle pressentait\n                 LETTRES                         une condamnation à mort.\n   Découpé dans l'Opinion de Namur :                « Dans la salle des assises, sous le clair\n   « Samedi prochain, M. Edmond Picard,          obscur d'un éclairage de hasard, au milieu\nl'éminent avocat à la Cour de cassation, le      de l'atmosphère étouffante vomie par les\nsavant jurisconsulte et l'écrivain distingué     calorifères, ici la Cour et ses juges, les\nbien connu, viendra lire, au Cercle artis-       bancs en amphithéâtre des jurés, la cage\ntique et littéraire, sa dernière œuvre : Le      de l'accusé, vides, mornes, attendant le\nJuré.                                            retour de leurs tragiques occupants; la,\n   C'est une œuvre puissante et dramatique,      derrière la massive balustrade, un entasse­\nqui a obtenu le plus vif succès dans les         ment de corps et de têtes, agité de remous\ndifférents Cercles où M. Picard en a donné       et de rumeurs, noir dans les dessous où se\nlecture.                                         piètent les corps, brillant de l'éclat des\n   C'est donc un régal de gourmets que           chairs dans les dessus où pullulent les\nnous aurons, samedi, à notre Cercle.             visages : la foule ! non plus agrégat d'âmes\n   P. S. Les enfants que cette lecture ne        capables de pitié, mais hyure farouche,\npeut nullement intéresser, ne seront pas         tenaillée aux entrailles par des appétits\nadmis à cette soirée. »                          sanglants, qui, tantôt, avait hué la défense\n   Les Namurois sont aussitôt retombés en        tentant un dernier assaut pour emporter\nenfance, pour se donner une excuse.              l'acquittement.\n                                                    « Du dehors arrivait en bruit régulier,\n                     ***                         sinistre, de fer heurtant les pavés, le piéti­\n  A rapprocher de cette joyeuseté, celle du      nement d'escadrons de gendarmes occupant\nPalais. L'organe du Jeune Barreau, trou­         militairement la cour.\nvant comme nous que l'idée du monodrame             « Les jures étaient menacés. S'ils ne\nétait doucement risible, a découpé en scènes     frappaient point, ils seraient frappés eux-\net actes une parodie du Juré de M. Picard.       mêmes. La fureur populaire depuis six\nCe n'est pas' très respectueux et nous soup­     mois, depuis le crime, leur criait le verdict.\nçonnons fort notre ami Félix Fuchs de ne         Elle voulait être obéie. Des sabres étaient\npas être étranger à cette innocente fumis­       là pour protéger la Justice si elle refusait\nterie. Voici la scène première :                 de tirer son glaive. Pris par le froid de cette\n               ACTE PREMIER                      nuit de décembre, les cavaliers, sous leurs\n                                                 bonnets à poil et leurs manteaux sombres,\n                   SCÈNE I\n                                                 tournaient en un circuit lugubre, ininter­\n    « L'affaire en était à sa dix-neuvième       rompu. »\n  audience et finissait; le Jury délibérait.        — La «lente minutie belge », les « dessous\n    « C'était un dimanche, mais sans repos       où se piètent les corps », les visages qui\n  pour la population bruxelloise que trois       « pullulent », 1' « agrégat d'âmes . », la\n  semaines de débats d'un procès retentis-       « fureur populaire », le « glaive » de la\n' sant, conduit avec la lente minutie belge,      Justice et les bonnets à poil (tout nus) sont\n  avait amenée au paroxysme de la surexci­        vraiment drôles; ajoutons que l'acte tout\n  tation et de l'acharnement contre l'accusé.     entier est écrit avec un sérieux étonnant\n     « C'était le soir, mais sans la paix, car    auquel plus d'un lecteur s'est laissé pren­\n  partout dans le vieux Palais de Justice et      dre, croyant de bonne foi que M. Picard\n  aux alentours, grondait le bourdonnement        était capable de signer cette littérature\n  d'une grande ville n'ayant d'autre préoccu­     plaisante. Toutes nos félicitations au'paro-\n  pation que sa curiosité et sa rage cruelles.    diste du Palais.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                                   — 80 —\n\n\n\n   A rapprocher encore un article de l'Art\nmoderne sur le Fantastique réel. On sait                      L'alcool et Musset; une observation de\nque la revue de MM. les avocats esthètes                   M. Arsène Houssaye dans le Gaulois :\nne permet pas que les œuvres de ses colla­                    On a trop dit que de Musset n'avait\nborateursysoient analysées ni même citées.                 recherché les griseries de l'imagination\nMesure de prudence pour éviter la camara­                  que pour se consoler de ses mésaven -\nderie partiale. Alors un truc. L'Art mo-                   tures avec Lélia. Il en riait tout le premier.\nderne publie un compte-rendu du Juré                       Il faudrait dire plutôt que, dès les premiers\nsans le nommer (ô Fortunio!) et tout porte                 jours de cette passion, il tenta de donner sa\nà croire que cette critique est due à l'auteur             méthode inspiratrice à la grande roman­\nmême du Juré.                                              cière. Déjà en sa dix-huitième année, au\n   C'est fantastique.                                      temps où la lune tombait « sur le clocher\n   Mais c'est réel !                                       jauni comme un point sur un : », il s'était\n                                                           oublié en orgie romantique, dans son haut\n                                                           dédain du prosaïsme de la vie bourgeoise.\n   M. Edmond Picard, le samedi 29 janvier\n                                                              Si Musset essaya de rallier Lélia à sa\na lu Le Juré au théâtre de la Bourse.\n                                                           « méthode », il n'y réussit guère. Il le r a ­\n  On lui a décerné le prix de beauté.\n                                                           contait lui-même.\n                                                              Un jour, disait-il, nous nous étions mis\n                                                           à travailler l'un devant l'autre à la même\n  Et moi qui croyais qu'il était mort!\n                                                           table. Au bout de trois heures, j'avais vidé\n  La Revue de Belgique publie une chro­\n                                                           un petit carafon d'eau-de-vie, et écrit quatre\nnique littéraire de Charles Potvin, le ma­\n                                                           vers. Elle avait vidé trois verres de lait et\ncrobite catapultueux.\n                                                           écrit trente pages.\n  C'est très ennuyeux.\n                                                             Voilà les deux méthodes jugées.\n  11 est vrai que c'est peut-être posthume!\n\n\n  La même Vieille Belgique donne des\n                                                              On nous prie d'insérer une réclame pour\nvers d'un nommé Félix Gravrand.\n                                                           la Revue dite Verte. Revue de concours\n  En voici un spécimen récréatif :\n                                                           donc escroquerie littéraire, nous l'annon­\n            UNE VIEILLE CHANSON                            çons pour qu'on s'en garde.\nJe sors du Tannhœuser : la musique est savante,.              Ecoutez :\nFuguée, et figurée, et symbolisée, et                         « La Revue Verte paie TOUS ses rédac­\nTourmentée à tel point qu'il faudra qu'on invente          teurs.\nDes termes tout exprès pour en rendre l'effet.\n                                                              Elle organise un grand concours de prose\nRichard Wagner sait bien à coup sûr ce qu'il fait :        et de vers qui, ouvert depuis le 1 e r jan­\nC'est un maître, et ce n'est pas à tort qu'on le vante ;   vier 1887, sera clos le 1er mars.\nMais combien je préfère à son art si parfait                  Les trois MEILLEURES compositions (prose\nUn vieil air que souvent fredonne ma servante !\n                                                           et vers) seront insérées dans la Revue Verte\nC'est l'air avec lequel, enfant, je fus bercé ;            et payées, la prose à raison de 25 centimes,\nSans peine il me transporte en un lointain passé ;         les vers à raison de 1 franc la ligne.\nEt par lui je me sens l'âme ragaillardie.\n                                                              Tous les genres sont admis. Il n'est perçu\nJ'admets le chant nouveau, je conçois ses preneurs;        aucun droit de concours. Pour y prendre\nMais tu trouves mieux place en mes petits bonheurs,        part il suffit d'être abonné.\nRefrain des premiers jours, naïve mélodie!\n                                                              Vous avez compris?\n  Fini, Wagner!                                               C'est simple.\n  Oh ! lés gagas ! les gagas ! les gagas ' Une                Les meilleures compositions seront celles\ncuiller, s. v. p.                                          du directeur. Alors, il se paiera!\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                          — 81 —\n\n\n  Il suffit d'être abonné pour jouir de ce        voulait tirer une pièce de la Dame aux\nspectacle curieux.                                Camélias, le fécond romancier se mit à\n                                                  rire : — Il n'y a pas l'ombre d'une pièce\n                     ***                          là dedans ! lui répondit-il. — Mais c'est\n   Quelques souvenirs de Benjamin Con­            très beau|! s'écriait-il. M. Dumas avait\nstant, publiés par la Revue internationale :      déjà une volonté très opiniâtre : il fit la\n                                                  pièce quand même et vint un jour la lire\n   « Le 2. Je travaille peu et mal, mais, en\n                                                  à son père. Celui-ci l'écouta en hochant\nrevanche, j'ai vu Gœthe!\n                                                  la tête, puis tout à coup il fut saisi par\n  « Finesse, amour-propre, irritabilité\n                                                  l'intérêt et l'émotion. Dumas père avait,\nphysique jusqu'à la souffrance, esprit\n                                                  en ce moment, le Théâtre-Historique : il\nremarquable, beau regard, figure un peu\n                                                  reçut la pièce d'emblée. Mais avec Dumas,\ndégradée, voilà son portrait.\n                                                  le lendemain n'avait rien de trop sûr. La\n  « Le 26. Souper très intéressant chez\n                                                  Dame aux Camélias ne fut jouée que\nGoethe. C'est un homme plein d'esprit,\n                                                  longtemps après avoir été refusée partout.\nde saillies, de profondeurs, d'idées neuves.\n                                                  Voilà qui peut consoler de leurs déboires\nMais c'est le moins bon homme que je\n                                                  certains auteurs malheureux! On a raconté\nconnaisse. En parlant de Werther,            il\n                                                  que, le jour de la première de sa pièce,\ndisait : « Ce qui rend l'ouvrage dange­\n                                                  M. Alexandre Dumas fils possédait dix\n  reux, c'est d'avoir peint de la faiblesse\n                                                  francs en tout ».\n« comme de la force. Mais, quand je fais\n« une chose qui me convient, les consé­\n                                                                       * ■ ' ' ' *\n\n  quences ne me regardent pas. S'il y a\n« des fous à qui la lecture tourne mal, ma          On annonce un nouveau roman de\n« foi,, tant pis! » Soupe avec Schiller et        M. Paul Bourget. La Revue illustrée en\nGoethe. Je ne connais personne au monde           donne des fragments d'un grand intérêt.\nqui ait autant de gaieté, de finesse, de force       M. Paul Bonnetain qui, depuis quelque\net d'étendue dans l'esprit que Goethe ! »         temps écrit à Gil Blas, publie un nouveau\n   Voilà des choses fort exactes peut-être,       volume : En Mer. L'auteur de l'Opium, et\nmais qui sont évidemment écrites sous             ses souvenirs de voyages se retrouvent\nl'influence de « soupers » répétés.               dans la nouvelle oeuvre. Willette a illustré\n                                                  une partie du livre avec la fantaisie qu'on\n                                                  lui connaît.\n\n   Le Petit Parisien rappelle les débuts de\nl'auteur de Francillon :                             Le Journal des Débats publie en feuil­\n   Après avoir constaté que M. A. Dumas           leton : Nais, une des nouvelles qui com­\nrédigea u n jour le prospectus de la loterie      posent le livre que M. E. Roustan fait\ndu « Lingot d'or », il dit :                      éditer chez Calmann-Lévy et qui paraîtra\n   « Il entra au journal l'Assemblée natio-       prochainement. L'auteur, qui est un ami\nnale, où il fit le compte-rendu des               intime de Pierre Loti, a donné naguère à\nChambres. Ce fut sur ces entrefaites              la Nouvelle Revue une étude brillamment\nque, une fois qu'il se trouvait des loisirs,      écrite et pleine de détails délicats sur l'au­\nà Saint-Germain, il écrivit la Dame aux           teur des Pécheurs d'Islande. A en juger\nCamélias. Le succès du roman fut long             par l'extrait que nous en avons lu, le\nà se décider. Pour tout bénéfice, l'auteur        volume que prépare M. Roustan sera d'une\nen avait d'abord retiré mille francs. Son         lecture agréable par la belle coloration des\npère se refusait encore à prendre le              cadres et la pureté de caractère de ses\nnouvel écrivain en considération litté­           héros.\nraire. Un jour que M. Alexandre Dumas\ndisait à l'auteur de Monte-Christo qu'il\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                                    — 82 —\n\n  L'exquis Jules Blancard nous envoie sa                                  ART\ncarte ainsi rédigée :\n                                                          Le Salon des XX est particulièrement\n          JULES BLANCARD                               intéressant. Indépendamment de l'exposi­\n                                                       tion des membres de l'Association et des\n           Félibre méridional,\n                                                       envois des artistes étrangers, on remarque\ncompagnon de Mistral, Aubanel, Rouma­\n                                                       surtout une admirable collection d'oeuvres\n          nille et tutti quanti...                     de De Braekeleer, choisies avec le plus\n  Et au dos ce chef-d'œuvre :                          grand soin dans les collections particu­\n                                                       lières de quelques amateurs de goût. Plu­\n             UN DILEMME!\n                                                       sieurs de ces œuvres magistrales n'ont\n   . L'exportation      des         récidivistes.      jamais figuré à une exposition.\n                                                          Il y a aussi un important envoi d'œuvres\n          A NOS LÉGISLATEURS\n                                                       c!e Louis Artan, l'un des artistes qui ont\n                       Hoc opus, hic labor est...      été le plus maltraités dans les, Salons offi­\n      Je tiens pour on ne peut plus sage                ciels par les jurys de placement.\n      Mesure prise en un débat\n                                                           Parmi les œuvres « à scandale » on se\n      Où l'on vit briller le courage\n      De nos vaillants hommes d'Etat !                  montre surtout la Grande Jatte de l'im­\n                                                        pressionniste parisien, Georges Seurat, une\n      Donc, sans m'en faire l'avocat,                   peinture devant laquelle, bien certaine­\n      Au bon ordre ce nouveau gage ;                    ment, suivant le mot pittoresque de Millet,\n      Arme d'un difficile usage,\n      Quel en sera le résultat ?...                     on se f....a des gifles.\n\n      Epurer notre capitale\n      Rendre habitable ce dédale                                        MUSIQUE\n      Cest fort bien penser, mes amis.\n\n      Mais, sévir en bas, c'est misère...                 Le troisième concert de l'Association des\n      Et, sévir en la haute sphère                      Artistes-Musiciens a eu lieu le 5 février.\n      Serait trop dépeupler Paris !...                    On y a exécuté des œuvres symphoniques\n                                   JULES BLANCARD.      de M. Arthur Coquard et de M. Léon Van\n                                                        Cromphout.\n                       * ■ * * ■                          Nous en reparlerons le mois prochain.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "          E N V E N T E PARTOUT :\n\nŒUVRES DE LÉON VALADE (poésies).\n Un vol. chez Lemerre. Petite bibliothèque elzévirienne. Prix : 6 francs.\n\n\nPOESIES POUR TOUS, par Anaïs Ségalas. U n\n vol.   chez Lemerre. Prix : 3 francs.\n\n\nCENTON , par Charles Vignier. Un vol. chez le bibliopole,\n Léon Vanier. Prix : 3 francs\n\n\nJULES CESAR de Shakespeare. Traduction de Letour-\n neur. Trois vol. de la Bibliothèque nationale. Prix : fr. 0-75.\n\n\nLA VIE EN AFRIQUE, par Jérôme Becker. Deux\n vol.   illustrés avec luxe chez Lebègue à Bruxelles. Prix ; 20 francs.\n                         /■        r\n\n\nLE DESESPERE-, par Léon Bloy. Un vol. Paris. Soirat.\n  Prix : fr. 3-5o.\n\n                          E N          V E N T E   :\n\n LETTRES A JEANNE\n                        PAR J U L E S      DESTRÉE.\n        Un beau volume imprimé chez M me Ve Monnom. 4.00 francs.\n\n                              EN        VENTE\n         chez Ed. MAHEU, rue Fossé-aux-Loups\n\n\nPetite Bibliothèque Universelle\n                         3o centimes le volume\n\n   Cladel : Les Va-nu-pieds. — Hector France : L'Amour au pays bleu.\n— Catulle Mendès : La demoiselle en or. — Clovis Hugues : Poésies\nchoisies. — Champfleury : La fille du Chiffonnier. — Paul Alexis : Les\nfemmes du père Lefèvre.\n                        DEMANDER LE CATALOGUE\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "         1\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E PAUL: DEVAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                        ET M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA-\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LEON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kal liste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie TOUSSAINT GALABRU, par FERDINAND\n  FABRE.Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en\n  vente partout.\n\n\n    L'ODIEUSE                bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au' lord maire et cette pâtée aux manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces, comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troùbleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le, cristal léger ; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n\nA   près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\n\nV   otre: bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire, chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes ! . .                    . .\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie,\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1887-02-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 68."}}