{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e A N N É E . T O M E VI, N ° 5.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "7e A N N É E .         T O M E VI,   N ° 5.             PRIX:   FR.    0-60.                                     6 MAI 1 8 8 7 .\n\n\n\n\n                                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                                                     l'ourii!   Fourtt! Fotirîi !\n                                                                                        (Injure d e s Germairts primitifs).\n                                                                         Celui (jiti n'a pas, en naissant, dans sa Poitrine*\n                                                                       le sentiment de sa- propre gloire, tic connaîtra\n                                                                       jamais la signification     réelle de ce moi.\n                                                                                         VILLIERS DE L'ISLE-ADAM.\n\n\n\n                                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "SOMMAIRE:\n  Poèmes en prose                            HECTOR CHAINAYE.\n  Oraisons nocturnes                          MAURICE MAETERLINCK.\n  Cauchemar-Actualité                        C H . M. FLOR O'SQUARR.\n  Incantation                                JOSÉPHIN PÉLADAN.\n  Hilda                                      J U L E S VAN DER B R U G G H E N .\n  Chronique littéraire : I. L'art espagnol ;\n                        II. Chef nous . . MAX W A L L E R .\n                       III. Don Juan d'Ar-\n                       mana; IV. La Bible. JOSÉPHIN PÉLADAN.\n  Memento\n\n\n\n\n                                                 BRUXELLES\n                 ADMINISTRATION :                                                     RÉDACTION :\n             26, R U E D E L ' I N D U S T R I E , 26                             80, R U E B O S Q U E T , 80\n\n                                                                1887\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction tient à rappeler", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE DE NOTRE PROCHAIN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 665, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent non signés dans la\nrevue. 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Vos « bouleaux sourcilleux «valent votre rossignol « chantre\ndivin, » ; sans rire, tout cela nous semble étonnamment vieillot. On dirait un devoir de\nrhétorique dicté par M. Tilman. Et puis franchement, avez-vous jamais entendu un\nrossignol pousser un « cri terrible »? Envoyez cela à Paul Wauvermans, le cher Paul,\nl'obligeant Paul ; il se déridera, l'enfant.\n   19. CHARLES SL., Anvers. Ne vous découragez pas et envoyez encore; il y a progrès.\n   20. TILMAN, professeur à l'athénée de Louvain. Je t'embrasse.\n  21. JACQUES FÈRE, Louvain. Une lettre, à vous envoyée, nous est revenue. Quelle est\nvotre adresse ?\n   22. HECTOR PASSILLY. Votre nouvelle la Coquette est bien mince et bien lâchée comme\nstyle. « Elle avait une robe de soie mauve ornée de dentelles, de guipures et de mille et\nun autres agréments » ; voilà une robe fantastique, cher monsieur, et l'on se demande\nquels peuvent bien être tous ces agréments folâtres. Il y a beaucoup de naïvetés du même\ngenre dans votre article et nous devons, pour vous inscrire au nombre des nôtres, atten­\ndre que vous ayez un peu plus de fermeté de plume.\n  23. JULES S. Très bien, Rhadamante ! C'est infect !\n  24. CHARLES TILMAN, Louvain. Reçu votre volume : Du réalisme dans la littérature.\nTrès drôle. En parlerons. Vendu beaucoup? Tais-toi, mon cœur. Dag, Karel !\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 152, "titre_corps": "Poèmes en prose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "POEMES EN PROSE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ORAISONS NOCTURNES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 174, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1618, "texte": "POEMES EN PROSE\n\n                       LE SOMBRE COMPAGNON\n\n\n\n\n                                    Les plaines et les montagnes tremblaient\n                                sous le poids des grosses fleurs d'avril. Et le\n                                ciel reflétait les blancheurs rosées de la terre.\n                                Et le soleil, qui sans doute par un désir de\n                                Dieu, était resté d'une lumière pâle tout le\n                                  jour, pâlissait encore à l'horizon, au point\n                                      qu'il ressemblait, comme une sœur, à la\n                 lune             qui              s'arquait dans la neige des\n                  nues. Et l'on pouvait croire que pour la belle nuit qui se\n                  préparait, il y aurait deux lunes au ciel, une seule ne suffi­\n                  sant pas.\n                     — « J'ai rêvé la nuit dernière, » me dit-elle, assise auprès\n                  de la fenêtre argentée. « J'ai rêvé. » Et sa voix chantait, et\n                  ses regards éteints, plus que sa voix lointaine déjà, sollici­\n              taient une question.\n                  — « Rêvé? » Et ce beau vocable aux ailes de nuit s'arrêta\n               tremblant sur mes lèvres. « Et quel a été ton rêve ? » lui\n               demandai-je, m'emparant de ses mains blanches amaigries,\n               craignant qu'elle m'échappe, et regrettant ma question.\n                  — « Je glissais dans une barque blanche sur un large\nfleuve aux eaux claires. Le ciel était immaculé. A l'horizon le fleuve entrait\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "                                    -   148    -\n\n  dans le ciel. La barque voguait lentement obéissant à un magnétisme irré­\n  sistible. A l'avant, et à contre-jour, se tenait un homme. Il m'apparaissait\n  tout noir, se silhouettant dans le disque du soleil. Je ne pouvais distinguer\n  ses traits, et cependant je sentais qu'il était triste, et triste à cause de moi.\n  Où allions- nous? J'eus peur, et me rejetai en arrière pour résister à la force\n occulte et fatale qui m'attirait. Je fis un mouvement de la tête, et ce mou­\n vement me réveilla. »\n     En parlant, elle regardait le ciel ; et moi, qui étais assis devant elle, à\n contre-jour, je voyais dans ses yeux passer de longs nuages blancs. J'étais\n triste, j'aurais voulu lui dire de ne plus parler de ce rêve, et de n'y plus\n penser. Mais elle reprit.\n    — « Plus tard dans la nuit, j'eus un autre rêve. J'étais encore lentement\n emmenée, mais cette fois dans un carosse si bien suspendu que je ne sen­\n tais le moindre cahotement. Il était tendu de satin blanc, et par les portières\n je voyais des deux côtés de la route d'immenses champs de blé, argentés par\n la lune, et qui frissonnaient sous le vent d'électriques phosphorescences. Je\n n'entendais pas le sabot des chevaux, et il me sembla que j'étais emportée\n par une force mystérieuse. Je n'avais plus peur, et la mort m'eût été douce\n au milieu de ces féeries de blanches lumières. »\n    Elle regardait toujours le ciel. Je frissonnai. Et encore une fois, j'aurais\n voulu pouvoir lui crier : « Arrête. Tais-toi... tais-toi. » Mais il était trop\n tard. Moi-même j'étais entraîné.\n    Elle continua, et sa voix mourait.\n    « Cependant je n'aurais pas voulu expirer, seule, loin de toi. Tout à\n coup, devant moi, s'assit un homme sombre, je ne voyais que sa silhouette,\n mais je te reconnus. Et je me dis alors que je pouvais m'éteindre. »\n    Elle me fixa, j'étais assis à contre-jour. Elle eut un léger frisson en\n arrière.\n    Et ce mouvement la réveilla, mais dans un autre monde. Et je pressais\n encore ses longs doigts amaigris, et il me sembla que je tenais en mes\n.mains des rayons de la lune.\n\n                         LA MORT DE L'HEURE\n\n   Dans une grande salle, un silence religieux écoutait ; car le silence écoute,\nlorsqu'il ne parle pas.\n   Autour d'une lourde et large table en ébène poli, étaient assemblés de\ngrands fauteuils vêtus de leur housse blanche.\n   De hautes plantes, placées près d'une fenêtre, découpaient sèchement\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "                                  — 149 —\n\nleurs feuilles acérées sur le ciel, et se reflétaient dans la table noire, unie\net brillante, comme dans un lac sombre et dramatiquement muet.\n   La glace était frileusement blanchie d'un rayon de lune; il semblait\nqu'il neigeait dans l'obscurité, à flocons prismatiques.\n   La lune étendait sur les fenêtres qui paraissaient très élevées une lumière\nfatale.\n   L'horloge tic-tacait régulièrement.\n   Et le silence était impressionné par ce qu'il entendait.\n   « Tout ce qui est arrivé devait arriver. Nous l'avions prévu, et cepen­\ndant nous sommes tristes. »\n   « Moi je suis triste, parce que je vois toujours devant moi ce lac atti­\nrant ; je voudrais m'y noyer, et je ne puis bouger. »\n   « Ce qui me désole, moi, c'est la cruelle fatalité de la lune; il y a du\ndrame dans cette lumière. »\n   « Oh ! qu'il fait froid ! Voyez donc comme il neige, nous sommes déjà\ntout blancs »\n   « Moi j'ai peur, parce que je n'ose parler, le silence nous écoute. »\n   « Et moi je suis triste, non à cause du deuil prévu qui nous frappe,\nmais parce que l'horloge a conservé en notre malheur son tic-tac des temps\nheureux. Elle n'a donc pas d'âme. »\n   Lors le balancier tomba avec un petit bruit sec, l'horloge s'arrêta, et\nun soupir humain, léger comme le dernier soupir d'un enfant, s'échappa.\n  Et le silence entendit psalmodier des prières, comme si quelqu'un venait\nde trépasser.\n                      L'INFATIGABLE PÊCHEUR\n\n   Le lac chantait au vent du soir.\n   Sur une yole faite d'un tronc de bouleau, un squelette s'avança. Il ramait\ndoucement, et cependant ses os craquaient. Son crâne était coiffé d'une\ntoque de satin noir, au fond de ses orbites phosphoresçaient de clignotantes\nprunelles. Il traversa des roseaux, et ses coups de rame semblèrent être des\ncoups de faux, puis il s'approcha des grands cygnes qui glissaient sur le\nmystère du lac.\n   « Beaux seigneurs, leur dit-il, ayez pitié de moi. Je suis un pauvre\nhomme. Il m'est resté, après la mort, assez de mon âme pour animer mon\nvilain squelette. Et volontiers je quitterais cette hideuse carcasse, si l'un\nd'entre vous me permettait de me loger en lui. Je me suis adressé aux êtres\nqui vivent sur terre et dans les airs. J'ai même supplié les plantes. Tous\nm'ont repoussé. Vous, cygnes majestueux, me paraissez charitables. Vous\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "                                  — 150 —\n\nêtes les maîtres du lac; et cependant celui d'entre vous qui accepterait mon\nâme, deviendrait le chef de ses frères et le roi de ces parages, car je possède\nla science. »\n   Les cygnes dédaigneusement s'écartèrent de lui.\n   Le pauvre squelette reprit ses rames avec résignation, et se dirigea vers les\nfleurs. Mais les nénuphars lui fermèrent leur corolle, et les belles de nuit se\ncachèrent sous l'eau.\n   Il pleura de lumineuses larmes, et plus désespéré regagna le bord. Il\ns'éloignait du lac lorsqu'il vit, pendus devant la chaumière d'un pêcheur,\ndes lignes et des filets.\n   « Si je m'adressais aux poissons, se dit-il. »\n   Il prit une ligne et se mit à pêcher.\n   Chaque fois qu'il lève un poisson, le squelette lui demande : « Veux-tu\nde mon âme? » Le poisson refuse et, charitable, il le rejette à l'eau. Mais il\nne se décourage plus, toutes les nuits il revient pêcher.\n\n\n                        LES DEUX POIGNARDS\n   Deux frères avaient entre eux telle ressemblance qu'ils se haïssaient. Leur\nmère leur ayant donné mêmes aspirations, ils choisirent fatalement la même\ncarrière. Et la jalousie augmenta leur haine. Ils sentaient que l'un nuisait\nà l'autre. Mais pourquoi étaient-ils ensemble au monde?\n   Ils aimèrent la même femme. Et cette femme, tant ils se ressemblaient,\nles chérissait également et ne savait lequel choisir pour époux. Il fallait\nque l'un d'eux mourût.\n   Une nuit, les deux frères se rendirent sous les fenêtres de la bien-aimée.\n   L'aîné se dirigeait vers la demeure lorsqu'il vit, sous le portail d'une\néglise, un long objet qui brillait d'un éclat magnétique. Il se pencha et\nreconnut que c'était un poignard.\n   « Un poignard trouvé devant une église ? se dit-il. Dieu me permet donc\nde tuer mon frère. »\n   Il se cacha dans l'ombre près de la maison de la belle, pressentant que\n son frère allait arriver.\n   Cependant, le cadet suivait le même chemin lorsqu'il vit, sous le portail\n de l'église, un long objet qui brillait d'un éclat magnétique. Il crut voir un\n rayon de lune et voulut continuer sa route. Mais l'objet l'attira irrésistible­\n ment à lui. Il se pencha et reconnut que c'était un poignard.\n   « Un poignard trouvé devant une église? se dit-il... Et puis j'ai été\n entraîné vers ce poignard?... Dieu m'ordonne donc de tuer mon frère. »\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "                                 — 151 —\n\n   Et cachant l'arme, il s'approcha à pas étouffés.\n   L'aîné le vit s'avancer et voulut s'élancer sur lui, mais il crut deviner\nque son frère, lui aussi, venait se mettre en embuscade et, pour s'en assurer,\nil attendit.\n   Et le cadet se glissa dans l'ombre.\n   Leurs regards illuminés par la haine se rencontrèrent. Alors tous deux\nmarchèrent franchement l'un vers l'autre et sans faire de bruit pour ne pas\néveiller leur bien-aimée.\n   Ils levèrent leur poignard. Mais la lune fit briller les deux lames d'un\néclat magnétique et les deux frères regardèrent leurs armes.\n   Un éclair traversa leur âme. Les deux poignards étaient semblables. Ils\navaient été trouvés devant la même église... « Dieu veut donc que nous\nnous entretuions », dirent-ils en même temps. Et, après s'être embrassés\npour la première fois de leur vie, ils relevèrent ensemble et machinalement\nleur arme et s'entretuèrent.\n\n\n                      LES EAUX MAGNÉTIQUES\n\n   De grands chariots aux silhouettes inquiétantes reposent près du canal.\nEt, dans le brouillard de la soirée, on croirait voir de fantastiques animaux\nqui soufflent d'ahan, épuisés par de longs voyages, longs de mille lieues.\nIls sont arrivés, assoiffés ils ont bu longuement, puis se sont endormis sans\npouvoir se coucher, tant la fatigue les raidissait.\n   Plus loin, une grue gigantesque se hausse dans l'ombre sur ses pattes de\nfer et tend avidement le cou pour manger la lune.\n   Les arches du pont font songer à d'énormes oiseaux arrondissant leurs\nailes puissantes.\n   Et noir, sur le canal lumineusement sombre, glisse un mystérieux\nbateau. Où va-t-il? Lui-même l'ignore peut-être. Il passe comme un nuage\nmuet et menaçant dans un ciel orageux.\n   Et toutes choses dirent : « Taisez-vous, les hommes. Nous ne pouvons\nparler lorsque vous faites du bruit ».\n   Et l'on entendit : « Mes eaux sont magnétiques. De brûlants parfums\ns'en dégagent. Et si éloignée que soit la grande ville, je sais en attirer les\namants qui viennent fatalement à moi, et me donnent leurs derniers baisers.\nJ'aime les corps amaigris par la misère et le vice, j'aime les cerveaux\nmalades, les yeux phosphorescents et les cœurs qui battent fort ».\n   Et les arbres qui longent le canal frémirent d'indignation.\n   « Silence vous autres. Il y a longtemps que vous seriez noyés si vous\nn'étiez retenus à la terre. »\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "                                 — 152 —\n\n  On allume les réverbères. Et les flammes, pleurant leurs reflets désespérés\ndans l'eau dramatique et vacillant dans les dernières lueurs enténébrées du\njour, semblent avoir été entourées de crêpe pour le passage d'un cortège\nfunèbre.\n                                               H E C T O R CHAINAYE.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 153, "titre_corps": "Oraisons nocturnes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "ORAISONS NOCTURNES", "ancre_fin": "MAURICE MAETERLINCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CAUCHEMAR ACTUALITÉ", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 363, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "ORAISONS NOCTURNES\n                                      I\n\n                En mes oraisons endormies\n                Sous de languides visions\n                J'entends jaillir les passions\n                Et les luxures ennemies.\n\n                Je vois un clair de lune amer\n                Sous l'ennui nocturne des rêves\n                Et sur de vénéneuses grèves\n                La joie errante de la chair.\n\n                De mauvaises tendresses noires\n                Reviennent troubler ma raison;\n                Sous une éclipse à l'horizon\n                Je vois des marais illusoires !\n\n                Il est temps, Seigneur, il est temps\n                De faucher la ciguë inculte !\n                A travers mon désir occulte\n                La lune est verte de serpents !\n\n\n                                     II\n\n                J'entends les virides poisons\n                Et les jaunes lys des luxures\n                Elever leurs sèves obscures\n                Sur mes arides oraisons.\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "                                 — 153 —\n\n                 Epaisses des crises passées\n                 Leurs moites végétations\n                 En glauques salivations\n                 Coulent à travers mes pensées !\n\n                 Seigneur, versez donc dans mon cœur\n                 Vos grâces aux fraîcheurs aiguës,\n                 Car le tiède vert des ciguës\n                 Enveloppe seul ma langueur !\n\n                 J'étouffe sous votre rancune !\n                 Seigneur ! ayez pitié, Seigneur !\n                 Ouvrez au malade en sueur\n                 L'herbe entrevue au clair de lune !\n                                            MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 160, "titre_corps": "Cauchemar-Actualité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ch.-M. 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Une exquise douceur de manières, presque de\nla timidité. Un visage rose, frais comme le visage d'une fillette; des che­\nveux de ce blond inexprimablement tendre qui est particulier aux demoi­\nselles d'Inverness et aux bébés; une moustache si fine, si légère et si pâle\nqu'on eût dit de la soie vierge. La taille bien prise, plus gracieuse que\nvirile. Une voix pleine de caresses, chantante, où l'accent du Nord pique\ndes notes graves. D'ensemble, un fort joli garçon.\n   Ce timide, qui ne compte pas dix années de vie personnelle, a déjà une\nhistoire. Affilié au groupe nihiliste de Saint-Pétersbourg dès sa seizième\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "                                 -   154    -\n\n\nannée, Félianine a connu la Sibérie, a pu s'en évader, s'est trouvé à Saint-\nPétersbourg juste à temps pour contribuer à l'explosion du Palais d'Eté,\ns'est entendu, perdu dans la foule, condamner à la potence par contumace\net n'a quitté la Russie qu'après avoir vu le bourreau pendre ses deux frères\nsur la place Semianowski. Après quelques mois passés en Suisse, il a gagné\nParis, où un emploi lui permet de vivre, c'est-à-dire de conspirer.\n   Quand je le rejoignis dans mon cabinet de travail, je fus surpris de sa\npâleur. Ce n'était plus le garçon calme, froid de tous les jours. Aussitôt je\nsongeai à quelque nouvelle persécution de l'audacieuse police russe, à un\ndanger inattendu; mais lorsque je lui en parlai,\n   — C'est vous, au contraire, me dit-il, qui êtes en péril, et je ne suis venu\nvous déranger que pour vous donner un salutaire conseil.\n   Je me crus encore sous l'influence du sommeil.\n   — Que voulez-vous dire, Félianine?... Un péril,... un conseil.... Je ne\ncomprends pas.\n   — Vous allez comprendre, fit-il, en prenant place vis-à-vis de moi.\n   Ah! dussé-je vivre cent ans, mille ans, jamais, jamais, jamais il ne me\nsera permis d'oublier cet entretien. Ni mes plaisirs, ni mes chagrins, ni mes\namours ne rempliront assez ma pensée pour en chasser le souvenir atroce\nqu'une heure y a gravé. Et quand je deviendrais fou, quand ma mémoire\nsombrerait avec ma raison, je me souviendrais encore de cela. Je verrais —\noh ! je verrai toujours ! — devant moi ce jeune homme affable, souriant,\ncorrect, me parlant avec son assurance habituelle bientôt reconquise, m'ini­\ntiant à son projet démoniaque — et puis....\n   « — ...Vous nous avez parfois raillé, disait-il, et, de fait, vous en aviez\nbien le droit. Le nihilisme est dans son enfance, et ceux-là sont vraiment\nd'une sensibilité par trop irritable qui s'épouvantent de ses piètres exploits.\nDes tâtonnements, tout au plus. Russes, Irlandais, Français, tous ceux\nqu'une impitoyable logique fait recourir aux moyens violents, — car les\nexpédients recommandés par la modération sont illusoires, — tous ceux-là\nn'ont rien accompli de sérieux qui mérite la haine épouvantée des vieilles\nbourgeoisies. Miner quelques lieues de voie ferrée, faire sauter la salle du\nbanquet impérial, mitrailler le tsar, poignarder quelques policiers, jeter bas\nune vieille tour de Westminster, loger une bombe sous les banquettes d'un\ncafé de Lyon,... vous disiez vrai : ce sont besognes vaines. On recon­\nstruit le palais, on relève la tour, on remplace les policiers. Peines perdues.\nTout à recommencer. Ce n'est point là notre but. Ce que nous avons juré\nde réaliser, c'est la destruction totale. Il faut qu'il ne reste rien. Rien,\nentendez-vous?... »\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "                                  — 155 —\n\n   Si j'entendais! Je n'en étais point à ma première conversation de ce genre\navec le jeune Russe. Maintes fois, soit dans la nonchalance de nos prome­\nnades, soit assis le soir face à face au coin du feu, j'avais écouté, en curieux\npassionné, ses évocations de la guerre sociale. Mais cette nuit j'attendais\navec anxiété cette communication urgente, capitale....\n   Si j'écoutais!...\n   — « Depuis que je suis libre, j'ai songé uniquement au but à atteindre;\nj'y ai travaillé — je le dis avec orgueil — sans qu'une minute de mon temps\nait été gaspillée, perdue. Ce soir je suis heureux : j'ai enfin trouvé le moyen\nrêvé, l'agent infaillible qui doit nous donner la fin de tout!...\n   « J'ai étudié toutes les poudres explosibles. Dans ma petite cabane de\nValmondois, si jolie en été sous les fleurs, j'ai d'abord étudié la vieille\npoudre à canon; j'ai substitué tour à tour au salpêtre le nitrate de soude, le\nnitrate de baryte, le nitrate d'ammoniaque et le chlorate de potasse : je n'ai\nobtenu que des compositions bonnes tout au plus à lancer des boulets ou\nà tuer des perdreaux. J'ai examiné ensuite les pyroxiles, le fulmi-coton, le\nbois nitrifié. Chimiquement, physiquement, mécaniquement, ils sont\nimpropres au grand œuvre ; l'instantanéité de leur action est douteuse. Les\nIrlandais fondaient quelque espérance sur les picrates et les fulminates, —\nj'ai voulu voir. Les Irlandais se trompent. Le picrate de potasse, le picrate\nde plomb, le picrate d'ammoniaque, le chlorure et l'iodure d'azote seraient\nsuffisants s'il s'agissait de faire tomber quelques pans de mur. J'en dirai\nautant du fulminate de mercure, qui se décompose avec une lenteur ridi­\ncule... Mes études se sont étendues à des poudres spéciales, vantées en\ncertains pays; j'ai analysé et soumis à l'expérience la poudre anglaise\nd'Harsley, le Rhexit des Autrichiens, la Sébastine et la dynamite à l'ammo­\nniaque des Suédois, le lithofracteur et la dualine des Allemands, le Rend-\nRok, la poudre de Vulcain et la poudre d'Hercule des Américains. Aucun\nde ces explosifs ne m'assurait un résultat satisfaisant.... Pour faire sauter le\nplus petit quartier de Saint-Pétersbourg ou de Paris, il faudrait les accu­\nmuler tous en quantités considérables. Or, pouvons-nous réunir ces quan­\ntités? Non. Pouvons-nous fabriquer, transporter ces poudres sans donner\nl'éveil, sans nous trahir? Non. Et puis ce serait trop long et il nous faudrait\ntrop de complices... »\n   Ce disant, il souriait, Félianine, dédaigneusement, en homme supérieur\nprononçant sur des vétilles. Il n'avait pas l'air méchant. On eût dit, à\nentendre la jolie mélodie de sa voix, à contempler ses clairs yeux bleus, un\npoète bavardant à travers des souvenirs de lectures.\n   Il alluma une cigarette, et poursuivit :\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "                                  — 156 —\n\n   — « Ne perdez pas de vue qu'il ne saurait plus être question ici d'une\nexplosion locale. Il faut que tout saute à là fois. Il faut que, sur un signal\ndonné par moi, Paris, Saint-Pétersbourg, Londres, Berlin, Vienne, Rome,\n Madrid, Bruxelles, Copenhague, Lisbonne, toutes les capitales, toutes les\ngrandes villes, toutes les cités maudites, toutes les citadelles de la féodalité\ncontemporaine, soient réduites en cendres. Il faut que plus rien ne subsiste.\n Plus rien... »\n   Et il accentua cette parole d'un geste large, rapide, qui semblait effacer\nd'immenses horizons.\n   — Et, dis-je lentement, — ma voix tremblait un peu, — vous avez\ntrouvé?\n   Il dit « oui » d'un signe de tête.\n   — Mais il vous faudrait des années !...\n   Il répondit lentement, sans émotion perceptible :\n   — Il me faudra environ une heure.... Non, pas même une heure. Le\nplus long était de tout préparer, et...\n   — Et?\n   — Et c'est fait !\n   « ...Je vous épouvante, n'est-ce pas? Sachez-le, je me fais peur à moi-\n même. Que de fois, depuis ma fuite et tandis qu'en mon laboratoire je pré­\nparais la solution, j'ai senti les larmes obscurcir mes prunelles et mon cœur\nsaigner. Oh! mon cœur! Mon lâche et misérable cœur! Ce cœur qui me\nparlait, qui plaidait dans ma poitrine la cause des victorieux, des oppres­\nseurs, des voleurs et des assassins ! Ce cœur qui se faisait le complice des\nbourreaux de mes frères ! Oh ! il m'a fallu lutter, et douloureusement ! Mais\ngrâce à ma logique — ou à ma passion, c'est la 'même chose — je suis\naujourd'hui maître de moi...\n   « ...Je vous épouvante parce que je vous dis : « C'est fait ». Eh bien, oui,\nc'est fait. Ceux qui souffrent ont assez attendu. Il n'est plus temps de dis­\ncuter les politiques, les systèmes, les philosophies. A quoi cela nous mène­\nrait-il, puisqu'après des siècles écoulés cela ne nous a mené à rien? A rien !\nEh bien, on le verra, ce « rien » auquel aboutissent les doctrines de nos\nhommes d'Etat, ceux de la république comme ceux de l'empire, ceux de\nla monarchie constitutionnelle comme ceux de la monarchie traditionnelle.\nPuisque « ce rien » est le total des générations, regardons-le bien en face et\ndétruisons les nombres figurés par les siècles et les événements. »\n   Un professeur de mathématiques spéciales, faisant son cours, ne se serait\npas exprimé de façon plus calme, plus égale. Félianine était remarquable\npar son geste simple, naturel, harmonieux en raison du ton. Par instants,\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                  -   157   -\n\n\nun bref mouvement des paupières, découvrant des yeux qui interrogent, qui\nvont au devant de l'objection, qui l'appellent; puis d'imperceptibles haus­\nsements d'épaules en réponse à de mentales objections.\n   — Le moyen? dit-il. Ah! oui, vous avez raison : revenons au moyen.\nPartons de ceci : il est nécessaire que la catastrophe se produise au même\nmoment sur tous les points où notre logique nous la montre nécessaire...\nVoyons. Je vous ai dit l'insuffisance des poudres. J'arrive au mélange\ndétonnant connu sous le nom de nitroglycérine           Vous savez? Bon. C'est\nun liquide jaunâtre, huileux, insoluble dans l'eau et plus lourd qu'elle. —\nJ'appelle votre attention sur ces deux propriétés. — La nitroglycérine\ndétonne violemment et se transforme en gaz sans donner de résidus ; elle\nrenferme, en proportions miraculeusement combinées, les éléments combu­\nrants et combustibles, l'hydrogène et l'oxygène. Sa stabilité est parfaite; la\nrapidité de sa décomposition est inexprimable. Il n'y a de mots en aucune\nlangue pour traduire cela ; c'est la pensée, l'éclair. Le choc et l'explosion ne\nfont qu'un. Enfin, le volume des gaz et la chaleur dégagée par son explosion\nse formulent en des chiffres fantastiques. Sa force dynamique n'est peut-être\npas encore tout à fait connue ; à de certains moments elle déroute la science\net jusqu'à l'imagination des chimistes. Quant à sa préparation, elle est élé­\nmentaire : vous l'obtenez en faisant agir un mélange d'acide azotique et\nd'acide sulfurique sur de la glycérine pure...\n    « ...Telle est la puissance de cette composition que la chimie, effrayée,\ns'est préoccupée de l'amoindrir par l'adjonction de poudres inertes. — C'est\nà cette préoccupation que nous devons la dynamite, bonne seulement lors­\nqu'elle a pour base les poudres actives. — Eh bien, c'est à la nitroglycérine\nque j'aurai recours...\n    « ...La nitroglycérine, vous ai-je dit, plus lourde que l'eau, y est inso­\nluble. Tout est là. Ayant épuisé plusieurs modes d'application, j'imaginai\n finalement de faire disposer, le long des murs de mon laboratoire, environ\n huit cents mètres d'une petite gouttière en plomb, à moitié remplie d'eau.\n Vous me suivez? Bien. Sur un point de cette gouttière, j'ai mêlé à l'eau\n cinquante grammes — rien que cinquante ! — de nitroglycérine. Eh bien,\n en moins de trois minutes, cette quantité de nitroglycérine s'était partagée\n en une infinité de gouttelettes microscopiques — des millions ! — dans\n toute la longueur de la gouttière. L'eau circulant autour du laboratoire\n avait distribué, sur tous les points des murs, des molécules de l'explosif.\n Une seule de ces molécules, si on lui imprimait le plus léger choc ou si elle\n tombait à terre, ferait sauter la maison et jusqu'à la muraille qui clôture le\n jardin à vingt mètres alentour.\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "                                   — 158 —\n\n   « ...Vous m'avez compris, n'est-ce pas, et déjà vous concevez le dénoue­\nment au devant duquel chaque heure nous porte.\n   « ...Au jour que je fixerai, — et ce jour ne peut être éloigné, — ce que\nj'ai fait dans les tuyaux de mon laboratoire, des hommes dévoués le feront\npour la canalisation d'eau potable des grandes capitales. Ici, par exemple,\ndès la nuit venue, cinq tonneaux de nitroglycérine seront introduits dans\nles cinq grandes canalisations d'eau de la ville de Paris. En une heure, les\nmolécules du foudroyant mélange seront partout sous les rues, dans les\nréservoirs, le long des égouts, contre les conduites de gaz. Des milliards et\ndes milliards de gouttelettes couleront doucement, véhiculées par l'eau\ninnocente, sous les boulevards, sous les ministères, sous les palais, sous les\ncasernes, sous les statues, sous les théâtres, sous les repaires des policiers,\nsous les caisses de la haute banque, sous les résidences des anciens rois et\ndes empereurs abolis ! En une heure Paris sera miné sans que nous ayons\nremué une pelletée de terre, ni dérangé un caillou, à l'aide seulement des\ntravaux exécutés de longue date et bénévolement par nos ennemis. Ah!\nlorsque, en échange de quelque modique salaire cruellement marchandé,\nils faisaient descendre ceux de la plèbe dans l'argile immonde des grandes\nvilles pour y faire circuler l'eau claire, ils étaient loin de songer, les oppres­\nseurs, les princes, les capitalistes, les bourgeois, qu'une nuit cette eau vive,\nsi facilement obtenue, roulerait sourdement la ruine et la mort sous le pavé\nbalayé des avenues ! Leurs savants n'avaient rien prévu ! Et celui-là même\nqui trouva la nitroglycérine, — ce bourgeois ! — est mort, dans sa gloire\nnoire, sans se douter qu'un vengeur s'emparerait de cette force aveugle\npour faire place en ce monde à des sociétés neuves et plus belles !\n   « ...Ce que je dis pour Paris, pensez-le pour l'Europe. Au même\nmoment, Paris; au même moment, Saint-Pétersbourg; au même moment,\nLondres ; au même moment, Constantinople.\n   « ...Et contemplez! Voici que commence le désastre! L'huile fatale est\npartout, les villes sont minées! Regardez. C'est l'aube. La capitale se\nréveille. On va préparer le café au lait et le chocolat des bourgeois. Faites !\nLa cuisinière ouvre le robinet; une seule des molécules de nitroglycérine\na-t-elle frappé son poëlon, tout saute! Si, par miracle, l'eau a coulé lente­\nment, la cuisinière dépose tranquillement sur son fourneau vingt ou trente\ngouttes qui, chauffées bientôt à cent et dix degrés, pulvériseront deux ou\ntrois immeubles. Sur tous les points, mêmes causes naïves, mêmes résultats\nterrifiants. Les pompiers accourent! C'est de la nitroglycérine que leurs\npompes lanceront sur les maisons en braises. Tout s'effondre! Tout brûle!\nLa commotion a gagné aussitôt les canaux, et voici la chaussée éventrée,\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "                                   — 159 —\n\n dispersée, réduite en poudre, élargissant à chaque détonation de nouveaux\nprécipices !... C'est l'écroulement des vieilles cathédrales, prisons mystiques\noù les idées ont pleuré, esclaves ; c'est l'engloutissement des palais élevés aux\nmorbides sensualités des peintres et des sculpteurs, le néant pour les\nLouvres, les Pinacothèques, les Royal-Gallery ! C'est la chute tragique et\nridicule des statues qui se vantaient — les impudentes ! — d'éterniser le sou­\nvenir de nos faux grands hommes! Vous vouliez de la conciliation 1 En\nvoilà ! Les trois mille appartements du Vatican crouleront en face des deux\ncents écuries du Quirinal, roulant dans la même poussière embrasée. Vous\nvisiez à l'égalité? Où sont les Rothschild? Où sont leurs laquais?... Plus de\nrois, plus de dignitaires, plus de magistrats, plus de régiments, plus de\npédagogues, plus d'usuriers, plus de catins!... C'est la fin de tout!...\n   « ...Vous me regardez. Vous n'avez pas l'air de comprendre!... Mais\nvous ne sentez donc pas que ce cataclysme est nécessaire et que c'est la\nbonne nouvelle du salut que je vous apporte! Quel autre remède trou-\nverez-vous au mal qui nous tient, qui endort les uns et qui étrangle les\nautres? Une révolution? Nous ne comptons plus nos révolutions et, si\nquelques intrigants en ont tiré profit, l'universalité des hommes n'y a trouvé\nque de nouvelles douleurs.\n   « ....Je sais bien que vous allez me dire : les victimes? Soit. Examinons\nce côté sentimental de la question. 11 y aura des victimes, beaucoup,\nplusieurs millions. Eh bien, quoi? C'est une misère! Les conquérants, les\npapes, les Césars, les sectaires, les politiciens, les philosophes ont fait des\nvictimes, et cela sans but, niaisement, par un pur besoin d'égoïsme, d'agi­\ntation et de férocité. Détruire Paris, ce n'est même pas nouveau, mon cher.\nBismarck l'a bombardé, Vallès a signé des ordres d'incendie, Thiers y a fait\ntonner trois mille pièces de canon pendant une longue semaine. Je ferai\ndes victimes, pardi I Mais à coup sûr un peu moins que le grand Napo­\nléon... Et cette fois au moins l'hécatombe ne sera pas stérile.\n   « ...D'ailleurs, qui diable allez-vous plaindre? L'homme des villes,\nl'homme infirme ou l'homme artificiel, poussé sur le fumier de toutes les\ncorruptions. Le beau monde, vraiment 1 Quelques génies, quelques talents,\nquelques caractères, — cinq ou six hommes tout au plus ! Qu'est cela en\ncomparaison de la rénovation totale de l'espèce !... »\n   L'enthousiasme,— cette ivresse des âmes sobres, — donnait à Felianine,\navec une chaleur neuve éclose dans sa voix, des accents d'apôtre, des inspi­\nrations singulières, des phrases rouges où flambaient des tragédies. Cela\ndura peu. Le jeune russe revint bientôt au ton calme, froid qui lui était\nhabituel.\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "                                     160 —\n\n   — Bref, conclut-il, nous sommes prêts... Je n'ai plus que quelques\nordres, les derniers, à donner... En cette circonstance, j'ai songé à vous.\nNon seulement, vous m'avez procuré l'emploi et les leçons qui m'ont donné\nle pain quotidien, mais, l'an dernier, lors de mon arrestation, vous êtes\nintervenu auprès du ministre et vous avez obtenu mon élargissement. Grâce\nà votre généreuse bienveillance, les complots de la police russe ont été\ndéjoués et mon extradition a été refusée au gouvernement du tsar. Je ne\nvous dois pas seulement la liberté, je vous dois d'avoir pu préparer dans\nl'ombre, à loisir, mon œuvre de vengeance et de justice. Réellement, bien\nqu'à votre insu, vous aurez été mon premier complice, et le plus utile : celui\nsans lequel rien ne pouvait réussir. A ce titre, vous deviez être sauvé. Eh\nbien, partez sur-le-champ, gagnez un coin dé la campagne, loin des villes,\nau bord d'une rivière ou au fond d'une forêt. Faites vite; votre salut est à\nce prix. Dans quelques jours, il serait trop tard.\n\n   Il ne me vint pas un mot aux lèvres;\n   Depuis quelques secondes, je jouais machinalement avec la crosse d'un\npetit revolver qui tient lieu de presse-papier sur ma table de travail. Tandis\nque Felianine parlait, je regardais tantôt le jeune Russe, tantôt l'arme\nmignonne, ciselée et damasquinée, au fond de laquelle dormaient les car­\ntouches, — et cela sans y songer, par un geste routinier.\n  Quelle force me poussa subitement? Je ne sais. Mais tout à coup, je bra­\nquai le canon du pistolet vers mon ami le nihiliste et, instinctivement,\ncomme on se protège, je lui logeai deux balles dans la tête.\n\n   ... Et je demande maintenant si je n'ai pas, mouchard providentiel,\narrêté le rédempteur.\n                                            CH.-M. FLOR      O'SQUARR"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 163, "titre_corps": "Incantation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "INCANTATION", "ancre_fin": "JOSÉPHIN PÉLADAN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HILDA", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "INCANTATION (I)\n                                         I\n\n              Eros, roi des coeurs vagissants, sagittaire railleur dont les flèches\n               ignées hérissent de désirs les reins mortels ! De l'Olympe\n               descends et viens de ta divinité animer cette forme pieusement\n               pétrie, selon le rituel.\n   A t'évoquer l'heure est propice, le taureau bondit au Zodiaque; Pasiphaë\nle suit, d'une course affolée, aux champs crétois.\n   Les doux mystères du printemps, dans la forêt frissonnante se révèlent à\nl'amant hardi, à la craintive amante. Les mondes amoureusement dans leur\nronde solaire irradient jusqu'à nous de purs rayons de lumière.\n   L'air est plein de baisers flottants qui effleurent très doucement les bras,\nnus des neiges. Quel souffle chaud fait voltiger aux lèvres la moue d'un\nbaiser, le poil follet aux nuques frêles; du Désir jaillit sous les pas; et dans\nles plis droits des tuniques des effluves montent lubriques.\n   Alanguies, enlacées et le regard perdu, sous bois elles s'en vont interroger\nles fleurs; et dans l'écorce des bouleaux, avec l'épingle de leurs cheveux,\nelles écrivent le nom qu'elles n'osent pas prononcer.\n   Loin du pédagogue ennuyeux, l'adolescent rêveur s'esseule en des che­\n mins ombreux pour écouter la voix nouvelle qui parle en lui et qui parle\nd'aimer. A travers le fourré, entend-il pas ricaner les vieux faunes : aper­\n çoit-il point l'éclair charnel d'une nymphe surprise et qui fuit vers les\n saules, un peplos mal jeté sur ses beaux membres nus.\n\n  Eros, roi des cœurs vagissants, sagittaire railleur dont les flèches ignées\nhérissent de désirs les reins mortels ! De l'Olympe descends et viens de ta\ndivinité animer cette forme pieusement pétrie, selon le rituel.\n\n\n                                         II\n  Eros, roi des coeurs battants, titilleur des seins turgescents, entremetteur\nde la nature entière, proxénète par qui tout rut est exaucé, insuffle à cette\nargile et l'extasie amollie du plaisir qui s'avance et les spasmes délirants.\n\n   (1) Prononcée par Nebo dans l'Initiation sentimentale, troisième roman de la Déca­\n dence latine, pour paraître en mai 1887, chez Edinger.\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "                                  —   162   —\n\n\n   C'est toi qui règnes et resplendis quand sous l'or d'Hélios, la strideuse\ncigale chante les pâmoisons de la terre enflammée : quand l'argent de\nPhœbé poudroie dans la nuit bleue, autant de cubicules, autant d'autels,\nEros ! autant de sacrifices en ton nom, puissant Dieu !\n   Gomme des lutteurs acharnés, les amants l'un à l'autre liés ne sont plus\nqu'un seul corps ; ils balbutient des mots perdus dans les baisers ; en leurs\nfauves ardeurs ils crient et mordent. Zeus alors peut lancer ses foudres\nredoutables, Poséidon soulever les vagues monstrueuses et celles-ci vomir\nd'effroyables dragons, — sans troubler seulement ces mortels enivrés. Le\nbattement de leurs artères et la pulsation de leur cœur les fait semblables\naux dieux, extasiés et solitaires, sans pensée et sans peur.\n\n  Eros, roi des cœurs battants, titilleur des seins turgescents, entremetteur\nde la nature entière, proxénète par qui tout rut est exaucé, insuffle à cette\nargile et l'extasie amollie du plaisir qui s'avance et les spasmes délirants.\n\n\n\n                                      III\n\n    Eros, roi des cœurs mourants, déceveur des âmes candides qui souffles\nl'inconstance au cœur, la lassitude au corps, donne à cette effigie le regard\néperdu d'un grand amour trompé, artisan des déceptions amères.\n   Lamentables et obstinées, les chercheuses d'amour ne te maudissent pas\nles seins pendants, les lèvres lasses et le corps tout meurtri au combat du\nplaisir, elles mendient encore un même amant trompeur. D'autres, à\nl'abandon, ne se résignent pas et de la même main qui versait la caresse\nbroient la ciguë, impuissantes à garder leur amant, elles le donnent à la\nMort.\n    Plus avides, les mâles fourragent des baisers sur les lèvres qui passent et\npresque sans choisir errent de femme en femme : Là-bas, à l'écart, le rocher\nde Leucade atteste, ô Dieu de la vie, que tu fiances à la Mort. L'humanité\nte fait, Eros, un effrayant cortège ; les râles du trépas, les râles du plaisir,\naffreusement se mêlent ; ces cris confus sont-ils de haine ou de bénédiction,\nces passionnés, tes serfs, sont-ils sages ou fous? Charmes-tu la vie ou bien\nsi tu la troubles?\n\n   Eros, roi des cœurs mourants, déceveur des âmes candides qui souffles\nl'inconstance au cœur, la lassitude au corps, donne à cette effigie le regard\néperdu d'un grand amour trompé, artisan des déceptions amères.\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "                                  — 163 —\n\n\n\n                                      IV\n   Eros, roi des formes aimées, au milieu de l'oubli d'un siècle inconscient\ntu renais sous main et ta gloire à nouveau par mon art apparaît. Aux Ero-\ntides les Thespiens t'ont-ils voué plus bel icône ! Je t'ai ressuscité, Eros,\npour te braver et te vaincre; Vois en moi, Antéros le hiérophante, —\nMaître.\n   La forme splendide où tu revis n'est que le signe de ma volonté; sous ces\ntraits d'argile j'enchaîne tes prestiges et tes charmes et la cause seconde qui\nfait ta force.\n   J'ai brisé la ligne verte dès longtemps et je la brise aujourd'hui pour cette\nvierge : aussi t'ai-je donné le double charme asmodéen. Règne sur les mul­\ntitudes, Eros, elles sont viles et dignes d'un tel roi, mais souviens-toi de\ndocilement servir ceux qui piétinent l'aspic et le basilic et qui foulent le\nlion et le dragon.\n                                                   JOSÉPHIN PÉLADAN.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 166, "titre_corps": "Hilda", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Van der Brugghen", "ancre_debut": "HILDA", "ancre_fin": "Novembre 1886", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 998, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "HILDA\n                                                 Oh ! Dites-moi que je dors !..\n\n              La chapelle, toute tendue de moire blanche frangée d'or,\n               éblouissait. Par les fenêtres, en ogive, aux vitraux anciens, le\n               soleil versait une lumière caressante et nuancée. L'enceinte\n               remplie de fillettes vêtues de mousseline, semblait une profu­\nsion de jasmins frissonnant sous un baiser de brise. L'encens buait, s'éle­\nvant diaphane sur l'autel, répandait son parfum âcre et grisant L'ostensoir\ndans sa gloire irradiante faisait songer au lever du soleil sur un horizon de\nneige. L'orgue braissait de subjuguants murmures indéfinis, évoquant les\ntroublantes rêveries vesprales vécues dans le silence de quelque forêt\naphone.\n   Par moments, un chant large, pareil à une musique d'ange où éclataient\ndes voix d'enfants, vibrait sous la voûte constellée; et, quand la mélodie\ncessait, des prêtres invoquaient Dieu ; puis le chœur reprenait les cantiques\net des voix célestes paraissaient répondre à l'appel des hommes !... Et ces\nharmonies, pénétrant en mon cœur, incitaient à l'oubli ; le chatoiement\ncapricieux des ors, de la nîoire et des lumières mobiles que tamisaient les\n                                                                           12\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "                                    -   164   -\n\n croisées, reposait mes yeux où les larmes avaient mis une mordante\n  brûlure ; l'encens m'enivrait, traçait en mon esprit les séduisantes images\n des Edens entrevus. Et, malgré le catafalque se dressant devant moi, opu-\n lemment drapé de soie albe où scintillaient des pierreries et emprisonnant\n mon Hilda morte, une douce quiétude m'envahissait ; une sorte de lascivité\n captivait mes sens, annihilait ma pensée, me plongeant dans la béatifiante\n jouissance du rêve heureux. Ces funérailles me semblaient des festivités\n divines. J'éprouvais la joie candide des vierges amoureuses, ignorantes des\n matériels et décevants futurs...\n\n     Un long temps je restai soumis à l'influence religieuse qui m'enveloppait.\n  Mais la fumée de l'encens de plus en plus s'étendit, et comme un voile sus­\n  pendu, flotta sur les choses; peu à peu les objets prirent des formes indé­\n  cises, noyées; à mon oreille arriva un Pie Jesu, en un rythme incertain,\n  brisé, fatigant; il se fit parmi les assistants un frôlement prolongé d'étoffes\n  qu'on froisse et un vagissement aigu de prières s'enflant par intervalles ; les\n  prêtres, d'une voix sourde et lente, monotonement dirent des litanies\n funèbres ; et, par dessus tout, l'orgue, délirant en un murmure harmonieux,\n égrenait des mélodies, délicieuses comme des mensonges d'amour.\n     J'écoutais, n'ayant nulle souvenance.\n     Puis, d'un coup, la brume bleutée du parfum s'épaissit, atténuant les\n clartés. Et les voix au lutrin montant en un crescendo, éclatèrent. Et les\n officiants activèrent les répons. Et les prières parurent des ricanements. Et\n les pilliers grandirent. Et la voûte s'éleva. Et le catafalque se haussa. Et les\ncierges s'allongèrent. Et les murs reculèrent en un glissement hâté, élargis­\nsant et prolongeant la chapelle. Et les draperies, comme de larges suaires,\ns'enflèrent et produisirent des claquements sinistres. Et dans l'air passa un\nsouffle strident à une clameur de damnés semblable. Et les ténèbres s'éten­\ndirent. Et dans le lointain de l'enceinte, les ombres blanches de la foule,\nainsi que des feuilles chassées par une tourmente, fuirent, jetant d'orgiaques\ncris. Et un lourd roulement de tonnerre gronda, éclata avec un fracas\neffroyable. Et un éclair raya la nuit. Alors, par degrés, tout se mobilisa;\nl'orgue se tut; les voix, bientôt affaiblies, semblèrent un écho lamentable et\ncessèrent; quelques éclats de rire plusieurs fois se répercutèrent au loin\navec des différences d'intensité, et ce fut tout : l'accalmie s'établit frémis­\nsante.\n\n   Avec un poignant serrement de cœur je cessai d'oublier ! Devant moi\nl'appareil funéraire où gisait Hilda se montrait, éclairé douteusement par\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "                                  — 165 —\n\nquatre cierges, et ces cierges me parurent songeurs, et le long de leur corps\ncoulaient des globules rouges, pareilles à des larmes de sang. J'étais seul\ndans l'église muette, et ma solitude m'épouvantait. La peur me glaça. Mon\nimagination enfantait des monstres dont elle peupla l'église. Je n'osais\nrespirer, car mon souffle arracha à l'enceinte déserte un écho plaintif et\ndouloureux. Mes yeux, agrandis par l'horreur éprouvée, apercevaient des\nfantômes contorsionnés, grimaçant des sourires hideux, et des formes vagues,\nsillonnant rapides, l'obscurité. Les piliers mêmes paraissaient secouer leur\nimmobilité et vivre.\n   Comme je fermai les paupières pour ne plus voir, je sentis des haleines\nfroides me frôler la peau et de légers attouchements m'arrachaient des fris­\nsons, et, avec horreur, j'avançai les mains pour écarter ces visions obsé­\ndantes. Peu à peu un tremblement me secoua jusqu'à ce que je tombasse,\net le bruit de ma chute sur les dalles vibra longuement dans la majesté\nsilencieuse de la nuit.\n   A ce moment l'image d'Hilda surgit en mon esprit. Les spectres s'éva­\n nouirent ; mes sens se calmèrent ; mes idées prirent un cours régulier. Et je\n priai pour l'âme d'Hilda, l'Aimée, mêlant aux paroles saintes des tendresses\n au souvenir de nos amours défuntes.\n    Des heures paraissaient s'être écoulées depuis que j'étais agenouillé,\n quand un craquement se fit entendre sous le catafalque, et plusieurs fois le\n bruit se répéta, semblable à celui que fait un objet.qu'on veut briser sous\n une lente et tenace tension des muscles.\n    Mon cœur se prit à battre avec violence. Subite une espérance germa\n en mon cerveau : Hilda vivante!... Mon âme s'inonda de félicité. Crainti­\n vement je tendis les bras, l'invitant aux caresses ; des baisers chantèrent sur\n mes lèvres. Oh ! Hilda ! Hilda ! ! et je m'avançai, plein de crainte et de joie\n émotionnante vers le catafalque pour aider l'adorée dans son retour vers\n moi. Et déjà j'avais soulevé le drap mortuaire; mes regards fouillèrent\n avides l'endroit où se trouvait le cercueil, quand soudain les planches se\n disjoignirent, et Hilda, blanche, enveloppée de son linceul, se dressa droite\n et austère. Ses yeux, d'une dureté âpre, me fascinèrent et me firent reculer;\n mais, les mains suppliantes, je balbutiai, j'implorai, je ris, je pleurai tour à\n tour. Je me sentais devenir insensé. Et son attitude demeura impassible,\n sévère, et je mandai un sourire, un mot d'amour qui me prouvât qu'elle fût\n vivante, à moi, encore à moi ! Et je me traînai à genoux. Sa bouche gardait\n son pli amer, ses prunelles leur cruauté. Impassible et superbe en sa nudité\n mal cachée, m'inspirant le désir fou de l'étreindre, femme ou fantôme, et\n de la couvrir de baisers, — Hilda me fixa étrangement, s'approcha et\n parla :\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "                                   — 166 —\n\n   — « Mortel, je te hais!. . Ton souvenir m'opprime et me torture.\nL'amour de ta chair offense mon âme et la souille, car ma carnation est\ninsensible désormais. Ah! pourquoi ton âme impure, habitante de ton\ncorps, me poursuit-elle en mon immatérialité et m'empêche-t-elle de goûter\nles joies de mon essence nouvelle?... Ingrat! le plaisir de ma vie ne te\nsuffit-il pas que tu doives me soustraire aux félicités célestes?... Oublie!\nOh! oublie!... arrache-moi de ton esprit; fais que ton amour insensé ne\nm'enchaîne pas ici-bas ! Epargne-moi le supplice de me sentir le moindre\nlien à l'humanité, — la honte des saintes régions de l'âme. Oublie ! Oublie ! !\nefface en toi mon image et mon nom ; et si ta volonté est lâche, ne me\nsacrifie pas à ta jouissance égoïste. Meurs! Anéantis-toi! car les désirs de\nton corps sont mes châtiments! Ma damnation est en toi, homme, — en\nton esprit, en tes sens. Grâce! ne me supplicie pas pour le restant de ta vie.\nOh! ne m'accorde plus une pensée, ni d'amour, ni de haine, ni de mépris.\nChasse-moi de ton cœur, chasse-moi ! Oublie ! Meurs ! car vivre en ton\ncœur, c'est encore vivre en ce monde!... »\n\n                                              J U L E S VANDER B R U G G H E N .\n    Novembre 1886.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 168, "titre_corps": "Chronique littéraire : L’Art espagnol", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "à celui qui l a écrit", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Chef nous", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 193, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 1299, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                        I\n  L'Art espagnol, par LUCIEN SOLVAY. Un volume grand in-4° illustré. Paris, Rouam\n                                (librairie de l'Art).\n\n             I1 y a deux façons d'écrire l'histoire de l'art, ou d'un art; la\n               première, toute de patience, expose des dates, des œuvres;\n               elle fait défiler aux yeux du lecteur la chronologie et la généa­\n               logie des hommes, des choses et des faits ; cela mène à ce livre,\nexact comme un calcul mathématique, auquel on a donné le nom de précis.\n   L'autre manière est toute de philosophie et de critique; elle raconte les\nfaits, assurément, mais en dégage la synthèse intime; les œuvres, avant\nd'arriver à nous, ont été vues par un œil et une pensée; elles ont subi la\nfiltration lumineuse d'une âme accoutumée à vivre avec elles, et, de cette\nalliance de la chose admirée à l'esprit sagace qui l'admire, sort une œuvre\nnouvelle qui concentre toutes les autres.\n   Le livre de M. Solvay est tel. Pour celui qui n'a pas visité l'Espagne, il\névoque, d'un trait sûr et séduisant, le sol et son expression d'art. Une\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3231, "texte": "                                   — 167 —\n\nlongue introduction précède l'ouvrage lui-même et l'explique. De page en\npage, nous y parcourons le pays, trouvant en la nature, diverse et capri­\ncieuse, la genèse de l'art qu'elle a produit. Ouvrons à n'importe quelle place\nce volume aux opulences d'incunable, et aussitôt l'impression d'art se\ndégage de l'impression de terre. Voici Avila :\n   « Entre Burgos et Madrid, au sein de campagnes monotones, où\ncroissent l'érable et la bruyère, quels sont ces remparts flanqués d'une\nforêt de tours et de moucharabys, et intacts comme s'ils venaient d'être\nfraîchement élevés? C'est Avila. Une de ces villes du moyen-âge, telles\nqu'on en voit sur les miniatures des anciens missels, dans toute sa naïve\nintégrité, avec ses ruelles plantées de cailloux pointus, ses palacios en\ngranit brun du pays, ses églises en pur style roman ou ogival de la meil­\nleure époque, sa cathédrale qui, au dehors, a l'allure fière d'une forteresse,\net, au dedans, l'obscurité glaciale d'un tombeau... »\n   Et aussitôt, parlant d'Avila, l'écrivain rappelle que cette ville fut celle de\nsainte Thérèse, cette sainte enamourée, comme il l'appelle, dont la vie\névoque une des manifestations les plus surprenantes de l'art espagnol : « La\nreligiosité attendrie, s'exprimant en vers passionnés ou en concetti soulignés\nd'œillades langoureuses et de soupirs galants. Cruel quand l'affolement du\nfanatisme s'empare de lui, ce peuple devient sensible et soumis, quand son\ncœur est touché. La religiosité n'est souvent chez lui qu'une forme de\nl'amour. Si on voulait le représenter exactement par un emblême naïf, il\nfaudrait peindre un cœur ensanglanté, percé d'une navaja et enguirlandé\nd'un rosaire ».\n   Le dernier trait est d'un artiste à la vision claivoyante et vigoureuse. Il\npourrait, avec bien d'autres de la même netteté, servir d'épigraphe au livre.\nLe cœur dégouttant de sang, c'est Murillo, Zurbaran, Ribeira, avec leur\nmysticisme séraphique et cruel, leur peinture d'inquisiteurs ; c'est l'époque\ndu rosaire et du poignard, transcrite en des toiles admirablement féroces de\npiété.\n   Mais M. Solvay se complaît surtout à nous dire Velasquez, « le peintre\ndes rois et des princes », Velasquez dont les portraits s'apparient à nos idées\ndemeurées romantiques, quoi qu'on en dise. Car, avec Rubens, il fut le grand\npeintre du faste déroulé en plis lourds dans les manteaux castillans, dans\nles draperies écroulées au bord des escaliers de palais. Ses figures au regard\nprofond et méditant restent à la mémoire avec des poses de défi superbe.\nElles semblent garder quelque trésor enfoui dont le secret n'échappe pas à\nleur pensée, mais qu'ils conservent avec hauteur et dédain.\n   Le côté grandiose de Velasquez, M. Solvay le transcrit dans son style;\nà cette place du livre, volontairement ou non, il donne plus d'ampleur à\nsa phrase, et celle-ci se développe en périodes élargies comme un chant\nd'église.\n   C'est là, pour nous, le principal mérite de l'œuvre, de maintenir constam­\nment le ton de l'écriture au diapason de celui du sujet. Aussi, avec quel\ndédain discret M. Solvay parle-t-il, pour finir, de Fortuny, ce Meissonier\ndont la palette papillote sans éclairer et qui marivaude des toiles char-\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "                                   — 168 —\n\nmantes, plus qu'il ne les peint. Ce chapitre est le moins complet du livre.\nA notre sens, l'auteur n'a pas eu le courage de porter assez vigoureusement\nle coup final de ses déceptions. Après Goya, qu'il étudie en de maîtresses\npages, et dont il précise avec beaucoup de sens le caractère complexe, il\nlaisse tomber la plume et recule devant l'exécution de la décadence contem­\nporaine. Il avait à raconter l'art espagnol d'aujourd'hui, après avoir glo­\nrifié celui d'hier. Certes, il l'a fait un peu dans son introduction, où il cite\nMadrazo et d'autres, mais il devait constater la chute d'un art qui n'a plus\nrien à perdre.\n    Les peintres actuels qui ont tenté de « faire espagnol », feu Regnault,\nJohn Sargent, Constantin Meunier, Van Rysselberghe, Regoyos, cela avec\ndes mérites bien divers, occupent une place dans le livre de M. Solvay,\nsoit dans le texte, soit dans les illustrations ; ils le complètent avec bonheur\net en font ouvrage durable et solide.\n    M. Lucien Solvay, bien que jeune d'âge et d'idées, a déjà derrière lui un\nfort bagage littéraire. Il y a dix ans que paraissait son premier livre : la\nFanfare du cœur. Des vers. Nous commençons tous par là; c'est une\ndouce maladie de jeunesse à laquelle ne résiste personne, et l'auteur de\nl'Art espagnol n'a pas à renier l'enfantelet de son talent. Il est piquant de\nlui rappeler ici le petit recueil oublié; de même que tous ses pareils, il finit\npar une larme :\n                        «     Le pauvre livre est tombé,\n                        Dispersant dans les airs farouches,\n                        Avec nos cris et nos rancœurs,\n                        Tous les murmures de nos cœurs\n                        Et tous les baisers de nos bouches! »\n   Depuis, la fanfare a cessé, la vie est venue, en des livres d'une critique\nsincère, exprimée en des termes toujours élevés. M. Solvay a commencé\nd'écrire à une période où la tâche était dure. Se faire écouter en un pays\nque la politique absorbe et circonvient, exercer le dangereux apostolat\nde la critique au milieu des mesquines rancunes et des petites rivalités,\ndemande une tête obstinée et une religion artistique sans recul. L'écrivain,\npresque seul à son entrée dans la route littéraire, n'y a point failli. Les\nchemins ne sont plus aussi pleins de ronces, et les artistes ont leur place\nmodeste sous notre froid soleil. L'Art espagnol sera lu et apprécié, nous\nen sommes certain et le souhaitons autant à ceux qui le liront qu'à celui\nqui l'a écrit.\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 168, "page_fin": 169, "titre_corps": "Chronique littéraire : Chez nous", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "II Chef nous", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 195, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 2568, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "II\n\n       Chef nous, par JEAN FUSCO. Un vol. — Paris, Ollendorff. Prix : fr. 3-50,\n  Après Germinal et même après Happe-Chair, il est assez audacieux de\ndécrire la vie du pays charbonnier ; le seul refuge contre une périlleuse\ncomparaison est une sincérité absolue, un dépouillement complet des vir­\ntuosités auxquelles l'écrivain se laisse si facilement aller, une « remise au\npoint » des choses vues.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "                                   — 169 —\n\n    Ainsi a procédé Jean Fusco, et c'est un mérite d'honnêteté plus que de\n littérature. Les livres de Zola et de Lemonnier sont le résultat de la fameuse\n vision à travers un tempérament ; Chez nous a été filtré par un cœur plutôt\n que par une rétine artiste. L'auteur y plaide beaucoup, mais y écrit peu ;\n la défense est éloquente, le roman s'y noie.\n    Lors des terribles événements du bassin de Charleroi, lors des tragiques\n fusillades que l'on a reprochées avec tant de véhémence à l'autorité mili­\n taire, les gérants des verreries, des houillères et des laminoirs furent soup­\n çonnés d'être les ennemis de l'ouvrier, et plus d'un paya durement ce soup­\n çon. Jean Fusco veut démontrer que les gérants sont les meilleurs gens du\n monde, les ouvriers des brebis bêlantes, et que les uns se dévouent aux\n autres avec une inaltérable obstination. Zola et Lemonnier ne désirent rien\n prouver du tout ; Fusco, lui, n'a en tête que hypothèses, thèses et résultats,\n à croire qu'il est un peu gérant lui-même et qu'il a quelque chose sur la\n conscience. C'est Fusco défendant Fusco à la barre fixe. Aussi tout le livre\n n'est-il que l'apologie d'un monsieur et d'une dame, M. le gérant et Mme la\ngérante, M. Carlier et Mme Carlier ou si vous voulez M. et Mme Fusco.\n L'un a du cœur, du courage, du sangfroid; l'autre a du sangfroid, du cou­\nrage et du cœur. Monsieur est beau garçon, Madame est jolie femme. Il\nest grand, elle est petite, et cela fait un très gracieux couple doué, en partie\ndouble, lui de toutes les qualités, elle de tous les charmes.\n    Il y a ensuite l'histoire d'un ménage d'ouvriers, Antoine et Sylvie, que\nl'on a très bien connus dans Germinal, de même que dans Happe-Chair,\nl'homme honnête et laborieux, la femme immonde et paresseuse, celle-ci\nfaisant mourir celui-là. L'histoire s'interrompt vite pour faire place à un\ncompte-rendu sténographique des événements arrivés il y a quelques mois,\net le livre se termine par un sermon très évangélique où nous sommes priés\nde « prêcher le calme et la patience aux déshérités » d'être « actifs à com­\nbattre la misère » ce que l'on pourrait tout aussi bien demander pour les\navocats et les gens de lettres.\n    Le livre de Jean Fusco, bien que mal bâti et peu écrit, a cependant un\ngrand mérite, c'est d'évoquer fortement les tableaux dramatiques dont nous\navons eu le déroulement sinistre il y a si peu de temps. Les pages où l'au­\nteur raconte sans plaider ont un accent extraordinaire de vérité et de vie.\nElles sont précises et nettes comme des documents, et, de fait, elles resteront\ncomme telles, lorsque l'on voudra se reporter aux sanglantes désolations\ndes jours passés. Le roman ne vaut pas grand'chose, le morceau d'histoire\nest excellent.\n   Moins que tout autre, cependant, nous goûtons le genre de Chez nous,\nCela rentre dans la sociologie traitée pour les gens du monde, et nous\navons souvent déclaré que l'Art n'a pas à se mêler des questions sociales ; il\ns'y galvaude sans profit et s'y confond sans mérite.\n   Chez nous est un ouvrage très intéressant et plein d'excellentes qualités ;\nmais il n'appartient pas aux Lettres françaises.\n                                                         MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 170, "page_fin": 172, "titre_corps": "Chronique littéraire : Don Juan d’Armana", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "Don Juan d Armand", "ancre_fin": "une incomparable louange", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV La Bible", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 197, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "Don   Juan d'Armand, par ARMAND HAYEM, drame en quatre actes, en prose,\n                   in-12, elz. — Paris, Lemerre. Prix : 3 francs.\n\n   Feu ma Revue des livres et des estampes a sonné jadis à M. Renan,\ncomme un ban digne de lui, les cocasseries phalliques de la Belle Hélène :\nen ce temps, il annonçait un paroissien ; aujourd'hui, évoquant les deux\nderniers jours de ce globe, il les prévoit consacrés au rut, universellement :\n« On mourrait dans le sentiment de la plus haute adoration, et dans l'acte\nde prière le plus parfait. » La Bête a deux dos, l'acte de prière le plus parfait,\nle lupanar, l'Eglise la plus parfaite !!...\n   De pareilles idées, sous une signature si célèbre, indiquent une singu­\nlière fermentation du fumier latin, et un état d'esprit anarchique en\nmorale, et au moment même où, dans l'Abbesse de Jouarre, M. Renan\nprêche avec des mots doucereux à la Tartufe, le même sermon que\nM. Catulle Mendès, M. Armand Hayem, qui nous avait donné la psycho­\nlogie de l'homme d'amour, nous montre ce même homme que tout le\nmonde voudrait être et d'un pinceau dramatique aussi admirable qu'im­\nprévu. Une strophe célèbre de Musset décourage depuis longtemps les\nrésurrections de l'Orphée charnel :\n              Oui, Don Juan. Le voilà, ce nom que tout répète,\n              Ce nom mystérieux, que tout l'univers prend,\n              Dont chacun veut pdrler et que nul ne comprend,\n              Si vaste et si puissant, qu'il n'est pas de poète.\n              Qui ne l'ait soulevé dans son cœur et sa tête,\n              Et pour l'avoir tenté ne soit resté plus grand.\n\n    M. Armand Hayem a plus fait que de le soulever, il l'a porté dans son\ncœur. Ne dit-il pas dans son avant-propos : « l'Auteur ne s'est inspiré d'aucun\ndes ouvrages écrits avant lui. Il a écrit son rêve : voilà tout ». Tout homme\nest éloquent qui parle de sa Chimère. L'auteur du Don Juanisme, a souvent\ndans la bouche de son d'Armana, des rencontres Shakespeariennes. Don\nJuan entre en scène au moment où il vient de navrer un laid chevalier qui\nlui disputait une guitarrera. Une jeune femme passe avec sa duègne, il les\nséduit toutes deux sur le champ, et la duègne qui espère tater la première\ndu beau d'Armana accepte de s'arrêter dans l'hôtel de Don Juan, lorsque\ntraverse une femme voilée que poursuit un gentilhomme; Don Juan navre,\ncela va de soi, le Don Pasqual; la femme poursuivie, qui a nom Doha\nSahè'le, se prend d'amour pour le blessé dont elle fuyait l'amour un peu\navant ; mais notre héros, malgré les objurgations de son fidèle valet Per­\ndrigo, séduit cette femme farouche et dangereuse; il séduit aussi l'alcade qui\nlui fait des remontrances; plus tard il séduira chez le duc de Miralès, les\ngentilhommes les plus prévenus contre lui : et ce charme irrésistible qui\nconquiert la bienveillance des hommes tout aussi bien que l'amour des\nfemmes, est un trait propre au drame de M. Hayem et qui augmente\nl'intensité du type.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "                                  — 171 —\n\n\n    Le second acte est consacré à l'enlèvement de Doña Clara, au couvent\nde Ségovie, et à sa séduction : au troisième, Don Juan, amant de la sœur\ndu duc de Miralès, va en épouser la fille; mais c'est pour une nuit qu'il la\nprend, et à l'heure de la noce il a déjà fait plusieurs lieues à bride abattue.\n    Le quatrième acte est certainement celui qui fait le plus d'honneur à\nM. A. Hayem, il a eu l'audace de montrer la décadence de Don Juan. Le\nhéros est revenu dans sa ville natale, à Séville ; il accoste une jeune fille,\nqui lui lance au nez \" oh! Monsieur ! à votre âge \". Ce simple mot est ter­\nrible ; et dès cet instant, le lecteur s'attend à voir paraître le commandeur :\net c'est la commanderesse qui vient. Doña Sahële a été vue par Perdrigo,\nrôdant autour du palais, il conseille de quitter Séville, et à ce moment\nentre la virago. Don Juan reste Don Juan devant la menaçante femelle,\nil veut séduire et tente de rallumer l'amour dans ce cœur plein de haine :\nmais si Don Juan a toujours les talents amoureux, il n'a plus sa jeunesse.\n    « Si ma grâce et ma beauté, soutenues du vol léger de mes discours,\nsont impuissants à désarmer une femme, la nature est contre moi et je n'ai\nplus qu'à me défendre ». Mais il se défend mal et tombe poignardé. Sahële\nse tue à son retour.\n    L'agonie de Don Juan montre bien que la morale et l'art ne sauraient\nmarcher du même pas : rien de plus immoral que ces dernières paroles,\nmais rien de plus Don Juanesque, de plus vrai et de plus humain, au point\nde vue réaliste.\n    « Puisque je n'ai pas su inspirer assez d'amour pour désarmer la haine, je\nn'ai plus de raison de vivre. Monde insensé, qui veut jouir et veut être\nvertueux. Je te quitte sans regrets. J'allais m'ennuyer trop. Tourne, danse\net pleure jusqu'à la consommation des siècles. Si je te vois d'en haut, tu\nme feras bien rire. Adieu ! Perdrigo. Entre dans mes chausses et tâche de\nn'avoir pas plus de malheur que ton maître, pour tout le bonheur qu'il a\nsu trouver ». On le voit, Don Juan ne se repent ni ne s'inquiète des fins\ndernières ; Sahële ne l'a pas puni ; peut-être se serait-il fait sauter lui même.\n Il meurt content, en somme, et aussi indifférent à son salut qu'il est\npossible.\n    Je suis de ceux qui admirent les farouches phallophories de Félicien\n Rops et ne peux être soupçonné de pruderie ; mais, si je concède le droit\nartistique le plus cteïforme, j'avoue sur le terrain des idées avoir le scrupule\nplus grand. Le Don Juan de M. Hayem n'a jamais été baptisé, il est\npresque grec d'éducation; c'est le jouisseur, à sa plus haute puissance;\n mais j'avoue plus d'estime pour celui qui a écrit Don Juan d'Armana que\n pour qui l'aurait vécu. Ce que je réprouve en Don Juan, ce n'est pas\n l'accroc perpétuel qu'il fait aux mœurs : c'est la gloire sans charité et sans\n profondeur. Pour moi, quiconque se substante avec du réel, est un être\n inférieur ; et je baserais volontiers la hiérarchie sur la préoccupation du\n mystère. Mais à se placer devant le lettré contemporain, l'œuvre de\n M. Armand Hayem ne saurait être trop signalée et en des termes assez\n affirmatifs de sa valeur. Déjà, en parlant du Don Juanisme, j'ai dit aux\n lecteurs de la Jeune Belgique, le foisonnement d'aperçus psychologiques,\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "                                       172\n\nqui est une des originalités de l'auteur de l'Etre social. Aujourd'hui, nous\navons plus haute difficulté vaincue à louer.\n   Le clou, logiquement ge'nial du drame, c'est le poignard de Doña Sahële :\nce Gargantua de la femme, tué par une femme, a vraiment sa mort natu-\nrelle; Molière ne l'a pas vu ; peut-être parce que les mœurs de son temps ne\nproduisaient pas les vitrioleuses du nôtre. La prose de Poquelin, pour son\nFestin de Pierre, quoique trop semée de relatifs, reste incomparable;\nquant au héros, je n'hésite pas à déclarer Don Juan d'Armana le seul\nvraiment humain, en chair et os. Il est dommage que les changements de\nlieux, et la vérité même du dialogue, mettent cette pièce avec Lorenzaccio,\nparmi le théâtre de chambre. Le public parisien, au reste, est trop hypocrite\npour entendre l'accent si superbement cynique de ce Don Juan là : toutefois\n« le tout est dit », de La Bruyère peut se spécifier à cette dernière incar­\nnation des Tenorio.\n   M. Armand Hayem peut hardiment mettre en tête de sa seconde édition\nles vers de Musset que j'ai cités. Il l'a compris, Don Juan l'a fait parler\navec une réalité surprenante et si le poète des Nuits affirme que pour\nl'avoir tenté, on en reste plus grand, M. Armand Hayem, qui a mieux fait\nque tenter, qui a réussi, reçoit, du poète lui-même, une incomparable\nlouange.\n\n                                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 174, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Bible", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "IV La Bible", "ancre_fin": "JOSÉPHIN PÉLADAN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 1412, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "IV\n\n  La Bible, traduction de Ledrain. Tome I, grand in-8°, elzev. — Paris, Lemerre.\n                                   Prix : fr. 7-50.\n\n   Une nouvelle version du Livre saint, canonique et inspiré pour un tiers\nle plus civilisé de l'humanité, important par dessus tout autre pour le\n savant, et colonnes d'Hercule du sublime pour le poète et l'écrivain, — est\ntoujours un événement, lorsque le traducteur, s'adressant aux textes hébreu\net grec, prétend les éclairer et les rendre avec plus de fidélité que ses pré­\ndécesseurs. Or, la nouvelle Bible va profiter des résultats immenses,\nquoique récents, de la philologie comparée. On sait que l'auteur, conser­\nvateur des antiquités orientales au Palais du Louvre, instigateur de la\ncréation d'une école du Louvre, y professe deux cours, l'un d'hébreu, l'autre\n d'Arameen. Il est seul, avec Oppert et Lenormant, à lire cursivement le\ncunéiforme Kaldéen, aussi prépare-t-il le dictionnaire, la grammaire et le\n Panthéon de Soumir (Accad) qui nous restitueront la religion, la langue et\nla civilisation des sémites du nord.\n   Certes, par la personnalité de ses découvertes et la nouveauté même de\nsa science, Ledrain aura droit de bésicler parmi les savants en robe et en\n bonnet carré. Quitte à scandaliser ses confrères renfrognés et maussades, il\nose dire, en sa préface, au lieu de passer la rhubarbe à un vieux bonze de\nl'Institut, qui lui rendrait le séné de son vote. « Je confie mon œuvre aux\njeunes artistes et aux jeunes savants, à mes amis de la presse, qui sont à la\nfois des hommes de talent et de savoir. Que m'importent ceux qui ont l'im-\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3370, "texte": "                                      173\n\nmobilité des morts, je n'écris pas pour eux. A cela seul qui est la vie, j'offre\nce monde vivant, dans la contemplation duquel j'ai passé de si longs jours.\nJe suis certain d'avance de ne point trop déplaire à qui aime avant tout\nl'exactitude, la poésie et l'indépendance ». A ce savant, qui ne croit pas\nque les poètes et les romanciers sont de simples histrions, nous devons, ce\nsemble, l'accueil qu'il veut bien solliciter et qui'ne sera que justice rendue.\n   N'être pas protestant, c'est être presque catholique, et M. Ledrain pro­\nfesse ce demi-catholicisme ; rappelant la seconde lettre écrite de la Mon­\ntagne de J.-J. Rousseau, il trouve une antinomie absolue entre l'idée\nprotestante et l'idée de religion, considère Israël comme une race, non\ncomme une Eglise. « Il n'y a autour de la Bible qu'une religion dont il soit\npermis de tenir compte : le catholicisme ».\n   M. Ledrain semble croire en disant que les théologiens enseignèrent\njadis l'inspiration des mots eux-mêmes de la Bible, que le Concile de Trente\na décrété seul canonique le texte de saint Jérôme. Les catholiques pares­\nseux, comme ceux de l'Univers, trouvent l'apologétique plus aisée en pro­\npageant cette erreur parmi les fidèles, alors que la Vulgate n'a jamais été\nqu'un texte recommandé pour l'usage quotidien et cérémoniel, et non pas\nimposé comme base de controverse.\n   Un autre point où M. Ledrain me semble d'opinion exagérée, c'est\nlorsque, considérant Job, Jonas et Suzanne, comme récits, il nie, la réalité\ndes personnages, au même titre que ceux de la Morte, de M. Feuillet.\n   La citation de ce livre nul du poète des notaires, qui a eu la lueur de\nM. de Camors, puis est retombé en bourgeoisie, est d'un choix malheu­\nreux; inexact aussi. N'y aurait-il pas plus de justesse à rapprocher les\nContes de Perrault, par exemple, des récits aggadiques : là le merveilleux\nintervient et le merveilleux divin, le rapport cesse avec les histoires\nbébêtes de M. Feuillet. Puis, M. Ledrain ne pourrait-il pas concéder que\nde même que la Belle au bois dormant représente le sommeil de l'âme, sans\nobjet d'amour; l'inertie du principe féminin isolé; Riquet à la Houppe,\nfigure les transfigurations physiques opérées par le moral et la fécondation,\nc'est-à-dire, l'embellissement du principe masculin au respect de l'autre\npôle sexuel. L'aggada biblique a ses analogues dans les épisodes du\nRamayana; c'est une légende nationale et mythique, mais sans rapport\navec le roman de M. Feuillet : Job et Jonas n'étant pas des personnages\nréels, ont cependant la réalité de la conception juive, et je voudrais bien\nvoir que M. Feuillet prétendît que sa Morte est une conception française,\nde quelque signification.\n   Cette Bible sera complète en neuf volumes, en Kabbale, neuf est le\nchiffre sacerdotal, un dixième volume renfermera l'Exégèse. Le tome I, le\nseul encore paru, contient les Juges Samuel I et II, Rois I.\n   Hors du petit nombre des hébraïsants, à peu près tout le monde ignore\nla flamme et la sauvage grandeur de ces récits des juges où le cantique de\nDeborah claironne la victoire des Bene-Israël et magnifie l'Elohim de\nIahvé. Ni Sacy, ni Reuss, ni Genonde ne rendent l'accent barbare et\nterrible que Ledrain a su faire passer dans sa traduction, scrupuleuse de\nfidélité et d'une langue aussi bellement française que celle de Salammbô.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "                                 — 174 —\n\n   Il faut lire à nouveau la prière d'Hanna et la lamentation de David sur\nSchaoul et sur Jonathan, et cette action de grâce, la plus belle qui ait été\nécrite, quand David est délivré de la paume de tous ses ennemis : alors\nle génie hébreu apparaîtra, dans l'incomparable sublimité de son lyrisme.\nLedrain s'est fait le Sigalon du Livre saint, il l'a copié en français, mais\nsans le réduire, il l'a transporté de l'hébreu, en toute son âpreté.\n   Aucune littérature ne déploie un appareil plus hautement mélancolique\nque ce livre des Rois qui s'ouvre sur la vieillesse de David et bientôt\nresplendit des merveilles Salomoniques.\n   Il fut question un moment de publier cette Bible, in-4°, Félicien Rops\navait l'idée de faire sa Bible; le dommage est grand qu'il ne l'ait pas\nréalisée. Toutefois, Ledrain, poète et artiste en même temps que docteur,\naura donné la version la plus propre à inspirer le peintre comme l'écrivain ;\net je ne doute pas que de sa lecture ne jaillisse des visions plus conscientes\nque celles de la tentation de saint Antoine et des tableaux un peu plus\nrespectueux de l'Ancien Testament que la Judith de M. Cazin.\n   M. Lemerre qui croit avoir vidé toutes les coupes de la satisfaction, a\nacquis le plus sérieux de ses titres d'éditeur en mettant la marque de sa\nmaison sur une Bible, la meilleure. Pour M. Ledrain, sa réputation sera\ndemain de la gloire.\n                                                   JOSÉPHIN PÉLADAN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-05-06-n5-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 178, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "1887 Leconte de Lisle", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 134, "texte": "Nous venons de recevoir sur papier tim­"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 211, "texte": "bré le billet que voici :"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "« Au 1er décembre prochain, je livrerai"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "« contre ce mandat à mon ordre à M. 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"debut_caractere": 1867, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "Où montait la fumée ondulante et tranquille"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "Comme une gaze où des prunelles sont cachées."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2097, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "Et Jésus, rien qu'à voir ces brumes détachées,"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2193, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "Se sentit un regret de ciel et de voyage,"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "Car la blanche fumée est la sœur du nuage"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "Et va vers les lointains où se mêlent en rêve"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2470, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "L'odeur fanée et la musique qui s'achève !"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2562, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "La fumée, elle entraîne autour des cathédrales"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2658, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "L'âme éparse des gran (1) des cloches vespérales"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2756, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "Qui se meurt avec elle en très lente agonie."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2850, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "Et tout le triste doux d'une chose finie,"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 2941, "fin_caractere_exclue": 2984, "texte": "Et tout le triste doux d'une chose en allée"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3034, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "Subsiste après ce bleu de vapeur exhalée"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "Comme si la fumée, on savait qu'elle porte"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3216, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "Un linceul impalpable à quelque étoile mortel"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3389, "texte": "II"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3441, "fin_caractere_exclue": 3486, "texte": "Or Jésus dont l'esprit change tout en symbole"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3538, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "Songea que la fumée est une banderole"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3671, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "Qui sur chaque maison en raconte l'histoire."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3767, "fin_caractere_exclue": 3807, "texte": "Banderole pareille à ces tissus de moire"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3859, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "Qu'on voit se déroulant hors des lèvres mystiques"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 3960, "fin_caractere_exclue": 4011, "texte": "Des séraphins en blanc dans le bleu des triptyques."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4063, "fin_caractere_exclue": 4099, "texte": "Ainsi Jésus se mit à lire les Fumées"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4151, "fin_caractere_exclue": 4194, "texte": "Comme si d'une étoffe elles étaient tramées"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4331, "texte": "Avec un texte vague, à lui seul déchiffrable."}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4383, "fin_caractere_exclue": 4428, "texte": "Au loin c'était d'abord un quartier misérable"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4480, "fin_caractere_exclue": 4523, "texte": "Doucement endormi comme un coin de province"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4575, "fin_caractere_exclue": 4623, "texte": "D'où s'élevait des toits pauvres un filet mince,"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4675, "fin_caractere_exclue": 4726, "texte": "Lequel disait au ciel le cercle étroit des chaises,"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4778, "fin_caractere_exclue": 4830, "texte": "Les foyers d'ouvriers qui n'ont qu'un peu de braises"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 4927, "fin_caractere_exclue": 4942, "texte": "(1) Tu quoque !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 106, "texte": "Pour chauffer le repas du soir dans les ruelles!"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 155, "fin_caractere_exclue": 201, "texte": "Là, sur le luxe épars des maisons à tourelles,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "Qui disait la tiédeur et la paix des grands âtres"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 463, "texte": "Et le bonheur qu'on a, rien qu'à se laisser vivre"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 519, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "Avec un feu de bois sur des chenets de cuivre !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 827, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "Or donc Jésus se dit : C'est ainsi pour les Ames !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 936, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "Les chastes, les méchants, les saintes, les infâmes,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1048, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "Ceux dont les doigts pieux ont voulu condescendre"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "A ranimer mon nom dans eux comme une cendre,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1257, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "Ceux dont les cœurs publics sont pareils à des bouges"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1362, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "Où tremble dans le feu l'ombre des rideaux rouges,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1465, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "Ceux qui brûlent ma Croix pour se chauffer les mem­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "Ceux qui brûlent leur lèvre à prier dans leurs cham­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1889, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "Tous, les cœurs s'éteignant, les âmes allumées,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2217, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "Alors Jésus songea que par une loi sûre"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2328, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "Cet écheveau des cœurs s'enroulait à son Père,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2434, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "Comme sur l'horizon la fumée éphémère"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2544, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "Monte en se détachant des maisons une à une"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2660, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "Et pend sa laine bleue au rouet de la lune !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "M. Georges Rodenbach, moins « sensi­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2996, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "tive » que l'ami Khnopff, nous pardonnera"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3213, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "de donner ici la réjouissante parodie que"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3355, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "Bazoef consacre à ses Fumées. La charge"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3457, "fin_caractere_exclue": 3501, "texte": "de cette page remarquable n'a rien de cruel,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3562, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "au reste, La voici :"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3900, "fin_caractere_exclue": 3910, "texte": "LES FUMÉES"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4043, "fin_caractere_exclue": 4044, "texte": "I"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4130, "fin_caractere_exclue": 4171, "texte": "Bellac vînt contempler l'horrible tabagie"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4219, "fin_caractere_exclue": 4257, "texte": "Où montait la fumée en vaporeuse orgie"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4258, "fin_caractere_exclue": 4297, "texte": "Comme une vitre où se mirerait la buée."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4361, "fin_caractere_exclue": 4402, "texte": "Et Bellac, rien qu'à voir son opaque buée"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4461, "fin_caractere_exclue": 4502, "texte": "Se sentit un regret de pipe et de cigare."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4545, "fin_caractere_exclue": 4587, "texte": "Car la blanche fumée est l'hôte de la gare"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4588, "fin_caractere_exclue": 4632, "texte": "Et va vers les plafonds où se mêlent en rêve"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4689, "fin_caractere_exclue": 4730, "texte": "Son odeur fanée et sa spirale qui crève !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4792, "fin_caractere_exclue": 4841, "texte": "La fumée, elle entraîne autour des tables lourdes"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4842, "fin_caractere_exclue": 4885, "texte": "L'âme épaisse des sottes et niaises bourdes"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4943, "fin_caractere_exclue": 4987, "texte": "Qui se meurt avec elle en très lente agonie."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5037, "fin_caractere_exclue": 5077, "texte": "Et tout le triste doux d'une pinte finie"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5135, "fin_caractere_exclue": 5177, "texte": "Et tout le triste doux de la bière enallée"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5178, "fin_caractere_exclue": 5218, "texte": "Subsiste après ce bleu de vapeur exhalée"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5276, "fin_caractere_exclue": 5318, "texte": "Comme si la fumée, on savait qu'elle porte"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5371, "fin_caractere_exclue": 5416, "texte": "Un linceul impalpable à des dessus de porte !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5494, "fin_caractere_exclue": 5496, "texte": "II"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5498, "fin_caractere_exclue": 5544, "texte": "Or Bcllac dont l'esprit change tout en symbole"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5596, "fin_caractere_exclue": 5633, "texte": "Songea que la fumée est une banderole"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5698, "fin_caractere_exclue": 5742, "texte": "Qui sur chaque maison en raconte l'histoire,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5849, "fin_caractere_exclue": 5889, "texte": "Banderole pareille à ces tissus de moire"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5891, "fin_caractere_exclue": 5940, "texte": "Qu'on voit se déroulant hors des lèvres mystiques"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5994, "fin_caractere_exclue": 6045, "texte": "Des Séraphins en blanc dans le bleu des triptyques."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 154, "texte": "Ainsi Bellac se mit à lire les Fumées"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 214, "fin_caractere_exclue": 258, "texte": "Comme si noir sur blanc on les eût imprimées"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 259, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "Traînait une fumée aux courbes plus bleuâtres              Avec un texte vague, à lui seul déchiffrable."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 473, "fin_caractere_exclue": 518, "texte": "Au loin c'était d'abord un quartier misérable"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "Doucement endormi comme un coin de province"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 681, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "D'où s'élevait du sol une spirale mince,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "III                              Disant au ciel l'arrêt dans des poses falotes"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 886, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "Des tristes vagabonds mettant bas leurs culottes,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1047, "texte": "Mais pas pour se chauffer au soleil leurs derrières!"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1107, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "Là, sur le luxe épars d'hôtels à poivrières,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1211, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "Traînait une fumée aux courbes plus bleuâtres"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1316, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "Qui disait la tiédeur des Systermans folâtres"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1421, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "Et le bonheur qu'on a de se sentir à l'aise"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1524, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "A soulager son ventre en un lieu (z')à l'anglaise !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1627, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "bres,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "III"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1826, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "bres,   Or donc Bellac se dit : C'est ainsi pour les Crottes !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Les chastes, les méchants, les correcteurs, les protes,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2004, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "Tous ont au dessus d'eux d'invisibles fumées               Ceux dont les doigts pieux dessinent des virgules"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "Blanches, si c'est vertu, — noires, si c'est luxure !      Sur les murs blanchis des inodores cellules,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2276, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "Ceux dont les intestins (sait-on par quel mystère?)"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2387, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "Ont besoin du secours d'un bon petit clystère,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2493, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Ceux qui brûlent du bois pour se chauffer les mem­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "bres,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2719, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "Ceux qui font sur les pots, enfermés dans leurs cham­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2883, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "bres,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 2948, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "Tous, les cœurs s'éteignant, les âmes allumées."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3055, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "Tous ont au dessus d'eux d'invisibles fumées"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3159, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "Blanches, si c'est vertu, — noires, si c'est luxure !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3314, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "Alors Bellac songea que par une loi sûre"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3414, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "Ce monde de pensers assiégeant sa cervelle"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3516, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "Devait se faire jour en quelquœuvre nouvelle,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3621, "fin_caractere_exclue": 3670, "texte": "Puis, qu'en vers féminins devaient être imprimées"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3730, "fin_caractere_exclue": 3777, "texte": "Les strophes qu'il allait consacrer aux Fumées."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3837, "fin_caractere_exclue": 3881, "texte": "Bientôt sur le papier, s'alignant une à une,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 3970, "fin_caractere_exclue": 4014, "texte": "Elles étaient au net quand se leva la Lune !"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4116, "fin_caractere_exclue": 4128, "texte": "RÔDE EN BAC."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4215, "fin_caractere_exclue": 4218, "texte": "***"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4319, "fin_caractere_exclue": 4360, "texte": "L'Artiste de Paris publie dans sa livrai­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4420, "fin_caractere_exclue": 4460, "texte": "son d'avril, un article de M. Max Waller"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4520, "fin_caractere_exclue": 4544, "texte": "sur l'Exposition des XX."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4673, "fin_caractere_exclue": 4686, "texte": "*   ■   \"   *"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4751, "fin_caractere_exclue": 4791, "texte": "La comédie d'Albert Giraud, Pierrot Nar-"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 4901, "fin_caractere_exclue": 4942, "texte": "cisse, vient de paraître chez Mme Ve Mon­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5002, "fin_caractere_exclue": 5036, "texte": "nom, sous forme de volume de luxe."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5099, "fin_caractere_exclue": 5134, "texte": "Tirage : 100 exemplaires sur vélin."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5248, "fin_caractere_exclue": 5275, "texte": "20       id.      Hollande."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5346, "fin_caractere_exclue": 5370, "texte": "JO       id.      Japon."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5433, "fin_caractere_exclue": 5464, "texte": "Tous numérotés (hors commerce)."}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5559, "fin_caractere_exclue": 5594, "texte": "A l'esbaudissement des populations,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5655, "fin_caractere_exclue": 5696, "texte": "nous livrons un volume tout nouveau inti­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5803, "fin_caractere_exclue": 5847, "texte": "tulé : Causeries littéraires, par L. de Mul­"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 5950, "fin_caractere_exclue": 5992, "texte": "der, professeur à l'Athénée royal de Mons,"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 6053, "fin_caractere_exclue": 6096, "texte": "avec lettre-préface d'Antoine Clesse. C'est"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "à mourir sur place, dans les affres tortico-"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 149, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "lantes du rire. Le de Mulder vaut son con­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 274, "texte": "frère de Louvain, le suave Tilman."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "D'après lui : 1° l'œuvre de Lemonnier"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "vivra parmi les plus « gracieuses. »"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 567, "texte": "2° L'œuvre de Benoît Quinet restera"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "parce que « le poète ne se perd pas dans de"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 740, "texte": "longues digressions »."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 819, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": "3° \" C'est dans le genre judiciaire que"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "Picard s'est illustré. \" (J'te crois.)"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 942, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "4° Octave Pirmez « aime à se perdre"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "dans l'infini, mais ce n'est pas pour nous"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1076, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "effrayer »."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1172, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "5° Charles Potvin « prendra rang parmi"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1266, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "ceux que la Patrie est fière de compter au"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1363, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "nombre de ses enfants ». (Berce, gentille"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1457, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "Odette, ton vieil enfant.)"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1554, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "6° « Le génie a touché Emile Valentin."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1648, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "7° Les vers de Rodenbach « font présa­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1741, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "ger un brillant avenir » (pas aimable, de"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1835, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "Mulder)."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1933, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "Je plains l'Athénée de Mons."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2216, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "M. Octave Maus publie sous forme de"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2311, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "plaquette élégante : Sur les Cimes, (1) des"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2411, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "souvenirs d'un voyage qu'il fit dans les"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2507, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Carpathes où malheureusement il tomba"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2599, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "dans un ravin sous les yeux de Madame"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2699, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "II.... Ded..., aux yeux fauves."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2790, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "A l'instar de son patron lé Juré, notre"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2830, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "ami Maus a l'habitude de répandre ses"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2868, "fin_caractere_exclue": 2912, "texte": "œuvres en gros et en détail. C'est ainsi que"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2964, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "Sur les Cimes a paru in extenso dans la"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3063, "fin_caractere_exclue": 3104, "texte": "Société Nouvelle et fragmentairement à la"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3156, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "petite Wallonie. Les lecteurs n'y ont fait"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3250, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": "que gagner; le récit, lestement troussé, est"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3340, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "comme un madrigal en alpenstock à"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3436, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": "Madame II.... ci-dessus, mais il contient"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3535, "fin_caractere_exclue": 3578, "texte": "quelques jolis paysages. Il n'est tiré qu'à"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3628, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "6o exemplaires pour embêter le Juré, qui"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3725, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "en aura 100."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3848, "fin_caractere_exclue": 3865, "texte": "*   ■   ■   *   *"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3920, "fin_caractere_exclue": 3958, "texte": "On a joué deux fois à la Monnaie Fran-"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4010, "fin_caractere_exclue": 4051, "texte": "cillon, la dernière pièce de Dumas. L'Art"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4106, "fin_caractere_exclue": 4148, "texte": "moderne constate avec plaisir que c'est un"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4198, "fin_caractere_exclue": 4240, "texte": "numéro de son journal que lisait Lucien de"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4242, "fin_caractere_exclue": 4283, "texte": "Riverolles au troisième acte. Le fait est"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4495, "fin_caractere_exclue": 4540, "texte": "(i) Sans circonflexe s. t. p. mon vieux Tavc."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 148, "texte": "vrai, quoique peu intéressant, et le public a"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "pu constater que le vicomte aime beau­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 292, "fin_caractere_exclue": 334, "texte": "coup les annonces, attendu que le titre de"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "l'Art moderne faisait face au public. Il a pu"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 485, "fin_caractere_exclue": 528, "texte": "constater aussi que la vicomtesse Franchie,"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 620, "texte": "aimant comme son mari, les lectures qui"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 673, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "ne détournent pas l'attention, avait au der­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 770, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "nier acte, entre les mains, le dernier volume"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 868, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "paru de la bibliothèque Gilon !"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 1074, "texte": "Il paraît que nos innocentes railleries à"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1127, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "propos de la Salammbô de Georges Khnopff"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1220, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "ont navré le poète et blessé le compositeur."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1317, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "C'est avoir peu de chance et nous le regret­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1414, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "tons. II y avait lieu cependant de douter"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "que M. Khnopff eût eu la naïveté de pren­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "dre le roman de Flaubert pour en faire un"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1696, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "opéra, alors qu'il ne doit pas igno'rer que"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1792, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "seul M. Reyer est autorisé par la famille"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1886, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "du grand écrivain à tirer un drame lyrique"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1981, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "de Salammbô. M. Khnopff ne pourra donc"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2072, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "jamais ni éditer ni faire jouer son opéra. Il"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2170, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "existe, cet opéra, on nous l'affirme, nous"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2266, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "voulons le croire ; il existe et Shahabarim-"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2364, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "basse-taille existe aussi, mais on ne l'enten­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2464, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "dra jamais que dans de rares salons, après"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2560, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "une lecture du Juré dont personne n'a,"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2652, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "hélas! le droit d'enlever les droits d'édition"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2752, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "et de représentation à son Edmond."}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 2924, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "A ce propos, nous ne voulons pas entrer"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3017, "fin_caractere_exclue": 3062, "texte": "dans la querelle qui a éclaté entre M. Picard"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3116, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "et M. Théo Hannon à propos de la Valki­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3209, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "rigole. Faisons simplement remarquer que"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3303, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "lorsque la Forge Roussel, Au pays de"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3393, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "Manneken-Pis, Mon oncle le jurisconsulte,"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3488, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "Bruxelles - Attractions, l'Amiral,      Vingt-"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3588, "fin_caractere_exclue": 3627, "texte": "quatre coups de sonnet, le Paradoxe sur"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3681, "fin_caractere_exclue": 3723, "texte": "l'avocat, la Valkirigole et le Juré seront"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3777, "fin_caractere_exclue": 3822, "texte": "oubliés depuis longtemps, (1) il restera: les"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3876, "fin_caractere_exclue": 3915, "texte": "Rimes de joie, un des plus éblouissants"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 3969, "fin_caractere_exclue": 4008, "texte": "volumes de vers qui aient été écrits en"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4062, "fin_caractere_exclue": 4104, "texte": "Belgique et... les Pandectes belges un des"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4158, "fin_caractere_exclue": 4196, "texte": "plus complets, des plus méthodiques et"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4339, "fin_caractere_exclue": 4388, "texte": "(1) Pardon ! jamais personne n'oubliera les Rêve-"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4442, "fin_caractere_exclue": 4491, "texte": "ries Sun stagiaire, de chevillarde et joyeuse mé­"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 4545, "fin_caractere_exclue": 4551, "texte": "moire."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 107, "texte": "des plus indispensables recueils judiciai­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 161, "fin_caractere_exclue": 201, "texte": "res (1). Résultat net pour les Lettres :"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 259, "fin_caractere_exclue": 291, "texte": "Hannon — Picard = Rimes de joie."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 595, "texte": "La Gaule, revue mensuelle, vient de"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "oaraître à Bruxelles. Nous y retrouvons"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 759, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "les noms de MM. Baudoux et Roger qui"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "écrivirent naguère un volume de nouvelles,"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 951, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "en collaboration avec le joyeux Joseph"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 990, "fin_caractere_exclue": 1032, "texte": "Tintilaire. La Gaule n'a pas de programme."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "Elle annonce : liberté complète. Nous ne"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "pouvons assez engager les débutants à y"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1170, "fin_caractere_exclue": 1208, "texte": "donner leurs essais. Le premier numéro"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1268, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "contient en tête un sonnet de Musset abso­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1368, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "lument nouveau..."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1563, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "Nous donnerons régulièrement les som­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1656, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "maires de l'aimable revue nouvelle, appelée"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "à renverser très prochainement la Jeune"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1851, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "Belgique, si nous en jugeons par les terri­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1949, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "bles coups de boutoir qu'elle lui donne."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2043, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "Nous lui souhaitons bonne vie quand"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "même ; qu'elle ne justifie pas le mot de"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2241, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "César : « Gallia est omnis divisa in partes"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2343, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "très.... «"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2544, "fin_caractere_exclue": 2584, "texte": "Vient de paraître chez Vuylsteke à Gand,"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2643, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "la traduction par M. Jules Sabbe de l'excel­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2742, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "lente Histoire de la peinture flamande, de"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2808, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "M. A -J. Wauters, dont le dixième mille est"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "en vente à Paris, chez Quantin. Le même"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2973, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "ouvrage traduit en anglais par Mad. E. Ros­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3069, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "sel, vient de paraître à Londres chez les"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3149, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "éditeurs Cassel."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3431, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "Vient de paraître, une étude très intéres­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3491, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "sante des œuvres du baron Isidore van"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3591, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "Overstraeten, un publiciste religieux dont"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3657, "fin_caractere_exclue": 3699, "texte": "les travaux ne sont pas oubliés. Ce souve­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3753, "fin_caractere_exclue": 3798, "texte": "nir d'un parent est curieux à lire et nous le"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3863, "texte": "recommandons aux amateurs de mono­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3927, "fin_caractere_exclue": 3936, "texte": "graphies."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4199, "fin_caractere_exclue": 4234, "texte": "Alphonse Lemerre vient de commencer"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4235, "fin_caractere_exclue": 4277, "texte": "la publication, par livraisons à cinquante"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4429, "fin_caractere_exclue": 4479, "texte": "(l) Un confrère de Maître Picard me souffle que ce"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4546, "fin_caractere_exclue": 4598, "texte": "n'est pas complet du tout. J'enregistre (sans compé­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4625, "fin_caractere_exclue": 4648, "texte": "tence) son affirmation."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 123, "fin_caractere_exclue": 160, "texte": "centimes, d'une Anthologie des poètes"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 218, "fin_caractere_exclue": 256, "texte": "français du XIXe siècle. Les deux pre­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "miers fascicules renferment des extraits"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 456, "texte": "choisis avec tact des deux Chênier, de Le­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 481, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "***                               gouvé, Arnault, Chateaubriand, Chênedollé"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 615, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "— Désaugiers, Nodier, Béranger et Mille­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 758, "texte": "voye. Lorsqu'il sera complet, l'ouvrage sera"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "des plus précieux tant au point de vue bi­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 918, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "bliophilique que littérairement."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1134, "fin_caractere_exclue": 1169, "texte": "Leconte de Lisle vient de remplacer"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1227, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "Victor Hugo à l'Académie française. Cela"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1325, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "nous a valu deux discours, l'un superbe du"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1425, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "poète des Ery unies, l'autre curieux de"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1522, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "Dumas le Petit. A ce propos rappelons"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1617, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "qu'il y a en Belgique une Académie des"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1713, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "Lettres dont personne n'entend jamais"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1808, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "parler, attendu qu'elle observe un silence"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 1908, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "grandiose. On ignore absolument de quels"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2042, "texte": "immortels se compose cette assemblée"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2100, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "mystérieuse et rien ne sort de cette franc-"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2201, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "maçonnerie où les maçons n'ont vraiment"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2298, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "aucune franchise. 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On verrait alors s'ils parlent"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "correctement, ce qui nous a toujours paru"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 2799, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "douteux."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3033, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "Rappelons les hommes qui occupèrent"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3126, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "le neuvième fauteuil :"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3209, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "1582. François Maynard (Satires)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3303, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "1647. Pierre Corneille."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3351, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "***                                 1685. Thomas Corneille (le Comte d E s ­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3485, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "sex)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3551, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "1710. Ant. Houdard de la Motte (Inès de"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3648, "fin_caractere_exclue": 3656, "texte": "Castro)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3717, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "1731. Bussy-Rabutin (Histoire amou-"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3810, "fin_caractere_exclue": 3828, "texte": "reuse des Gaules)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3889, "fin_caractere_exclue": 3926, "texte": "1737. E. Laureault de Foncemagne(Tes­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 3984, "fin_caractere_exclue": 4015, "texte": "tament politique de Richelieu)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4040, "fin_caractere_exclue": 4111, "texte": "***                                 1780. Chabanon (Eponine — trad. des"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4169, "fin_caractere_exclue": 4196, "texte": "Odes pythiques de Pindare)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4295, "fin_caractere_exclue": 4333, "texte": "1795. Naigeon (annotateur de Diderot)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4394, "fin_caractere_exclue": 4426, "texte": "1810. Népomucène Lemercier (Aga­"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4537, "fin_caractere_exclue": 4545, "texte": "memnon)."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4606, "fin_caractere_exclue": 4624, "texte": "1841. Victor Hugo."}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 4685, "fin_caractere_exclue": 4708, "texte": "1887. 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Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n             LA LIBRAIRIE NOUVELLE\nvient de s'ouvrir au BOULEVARD ANSPACH. On y trouve tous\nles journaux français et les livres du jour. L'Artiste et La\nJeune Belgique, y sont en vente.\n   Située en plein mouvement de la ville, la Librairie nou­\nvelle est déjà devenue le centre des Lettres à Bruxelles.\n\n\n\n                   L'ARTISTE\n    REVUE HEBDOMADAIRE DES ARTS ET DES LETTRES\n\n                              10 f r a n c s p a r a n\n             On   s'abonne    chez     M.   FUCHS,         architecte\n\n       94,     R U E     DU      P R I N C E              ROYAL,        94\n                                BRUXELLES\n\n\n\n\n      LE GUIDE MUSICAL\n                        PARAISSANT TOUS LES JEUDIS\n\n                              10 francs par an\n                  On   s'abonne      chez     MM.        SCHOTT\n\n         82,      M O N T A G N E            D E     LA       COUR\n                               BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "A         tous les Artistes, Buveurs raffinés. Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DE-VAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                        E T M O N T A G N E D E LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie FILLES DU MONDE, par CAMILLE OUDINOT.\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\n  partout.\n\n\n    L'ODIEUSE               bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au lord maire et cette pâtée aux, manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troubleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le cristal léger; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n\nA   près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\n\nV   otre bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes !\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 20, rue de l'Industrie,\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 172, "texte": "7e A N N É E .         T O M E VI,   N ° 5.             PRIX:   FR.    0-60.                                     6 MAI 1 8 8 7 .\n\n\n\n\n                                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                                                                     l'ourii!   Fourtt! Fotirîi !\n                                                                                        (Injure d e s Germairts primitifs).\n                                                                         Celui (jiti n'a pas, en naissant, dans sa Poitrine*\n                                                                       le sentiment de sa- propre gloire, tic connaîtra\n                                                                       jamais la signification     réelle de ce moi.\n                                                                                         VILLIERS DE L'ISLE-ADAM.\n\n\n\n                                              SOMMAIRE:\n  Poèmes en prose                            HECTOR CHAINAYE.\n  Oraisons nocturnes                          MAURICE MAETERLINCK.\n  Cauchemar-Actualité                        C H . M. FLOR O'SQUARR.\n  Incantation                                JOSÉPHIN PÉLADAN.\n  Hilda                                      J U L E S VAN DER B R U G G H E N .\n  Chronique littéraire : I. L'art espagnol ;\n                        II. Chef nous . . MAX W A L L E R .\n                       III. Don Juan d'Ar-\n                       mana; IV. La Bible. JOSÉPHIN PÉLADAN.\n  Memento\n\n\n\n\n                                                 BRUXELLES\n                 ADMINISTRATION :                                                     RÉDACTION :\n             26, R U E D E L ' I N D U S T R I E , 26                             80, R U E B O S Q U E T , 80\n\n                                                                1887\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant   le 1er de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe        volume\n                                 orné d'un frontispice.\n   Bruxelles : Administration,   26, rue de l'Industrie. — Rédaction ; 80, rue Bosquet.\n\n\n         Directeur     : MAX WALLER. — Secrétaire : F. VURGEY.\n                         Administrateur : H. VAN DIJK.\n\n                                 ABONNEMENTS :\n    Belgique. . 7 francs par an. — Union postale.      .                 fr. 8 - 5 0 .\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                  forfait.\n\n\n  La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent non signés dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n                 SOMMAIRE DE NOTRE PROCHAIN NUMÉRO :\nOn en meurt                                               .     HENRY MAUBEL.\nVers                                                            FERNAND SEVERIN.\nVisions                                                         ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n                             BOITE AUX LETTRES\n\n   18. CHARLES DR., Laeken. Vos « bouleaux sourcilleux «valent votre rossignol « chantre\ndivin, » ; sans rire, tout cela nous semble étonnamment vieillot. On dirait un devoir de\nrhétorique dicté par M. Tilman. Et puis franchement, avez-vous jamais entendu un\nrossignol pousser un « cri terrible »? Envoyez cela à Paul Wauvermans, le cher Paul,\nl'obligeant Paul ; il se déridera, l'enfant.\n   19. CHARLES SL., Anvers. Ne vous découragez pas et envoyez encore; il y a progrès.\n   20. TILMAN, professeur à l'athénée de Louvain. Je t'embrasse.\n  21. JACQUES FÈRE, Louvain. Une lettre, à vous envoyée, nous est revenue. Quelle est\nvotre adresse ?\n   22. HECTOR PASSILLY. Votre nouvelle la Coquette est bien mince et bien lâchée comme\nstyle. « Elle avait une robe de soie mauve ornée de dentelles, de guipures et de mille et\nun autres agréments » ; voilà une robe fantastique, cher monsieur, et l'on se demande\nquels peuvent bien être tous ces agréments folâtres. Il y a beaucoup de naïvetés du même\ngenre dans votre article et nous devons, pour vous inscrire au nombre des nôtres, atten­\ndre que vous ayez un peu plus de fermeté de plume.\n  23. JULES S. Très bien, Rhadamante ! C'est infect !\n  24. CHARLES TILMAN, Louvain. Reçu votre volume : Du réalisme dans la littérature.\nTrès drôle. En parlerons. Vendu beaucoup? Tais-toi, mon cœur. Dag, Karel !\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                 POEMES EN PROSE\n\n                       LE SOMBRE COMPAGNON\n\n\n\n\n                                    Les plaines et les montagnes tremblaient\n                                sous le poids des grosses fleurs d'avril. Et le\n                                ciel reflétait les blancheurs rosées de la terre.\n                                Et le soleil, qui sans doute par un désir de\n                                Dieu, était resté d'une lumière pâle tout le\n                                  jour, pâlissait encore à l'horizon, au point\n                                      qu'il ressemblait, comme une sœur, à la\n                 lune             qui              s'arquait dans la neige des\n                  nues. Et l'on pouvait croire que pour la belle nuit qui se\n                  préparait, il y aurait deux lunes au ciel, une seule ne suffi­\n                  sant pas.\n                     — « J'ai rêvé la nuit dernière, » me dit-elle, assise auprès\n                  de la fenêtre argentée. « J'ai rêvé. » Et sa voix chantait, et\n                  ses regards éteints, plus que sa voix lointaine déjà, sollici­\n              taient une question.\n                  — « Rêvé? » Et ce beau vocable aux ailes de nuit s'arrêta\n               tremblant sur mes lèvres. « Et quel a été ton rêve ? » lui\n               demandai-je, m'emparant de ses mains blanches amaigries,\n               craignant qu'elle m'échappe, et regrettant ma question.\n                  — « Je glissais dans une barque blanche sur un large\nfleuve aux eaux claires. Le ciel était immaculé. A l'horizon le fleuve entrait\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                    -   148    -\n\n  dans le ciel. La barque voguait lentement obéissant à un magnétisme irré­\n  sistible. A l'avant, et à contre-jour, se tenait un homme. Il m'apparaissait\n  tout noir, se silhouettant dans le disque du soleil. Je ne pouvais distinguer\n  ses traits, et cependant je sentais qu'il était triste, et triste à cause de moi.\n  Où allions- nous? J'eus peur, et me rejetai en arrière pour résister à la force\n occulte et fatale qui m'attirait. Je fis un mouvement de la tête, et ce mou­\n vement me réveilla. »\n     En parlant, elle regardait le ciel ; et moi, qui étais assis devant elle, à\n contre-jour, je voyais dans ses yeux passer de longs nuages blancs. J'étais\n triste, j'aurais voulu lui dire de ne plus parler de ce rêve, et de n'y plus\n penser. Mais elle reprit.\n    — « Plus tard dans la nuit, j'eus un autre rêve. J'étais encore lentement\n emmenée, mais cette fois dans un carosse si bien suspendu que je ne sen­\n tais le moindre cahotement. Il était tendu de satin blanc, et par les portières\n je voyais des deux côtés de la route d'immenses champs de blé, argentés par\n la lune, et qui frissonnaient sous le vent d'électriques phosphorescences. Je\n n'entendais pas le sabot des chevaux, et il me sembla que j'étais emportée\n par une force mystérieuse. Je n'avais plus peur, et la mort m'eût été douce\n au milieu de ces féeries de blanches lumières. »\n    Elle regardait toujours le ciel. Je frissonnai. Et encore une fois, j'aurais\n voulu pouvoir lui crier : « Arrête. Tais-toi... tais-toi. » Mais il était trop\n tard. Moi-même j'étais entraîné.\n    Elle continua, et sa voix mourait.\n    « Cependant je n'aurais pas voulu expirer, seule, loin de toi. Tout à\n coup, devant moi, s'assit un homme sombre, je ne voyais que sa silhouette,\n mais je te reconnus. Et je me dis alors que je pouvais m'éteindre. »\n    Elle me fixa, j'étais assis à contre-jour. Elle eut un léger frisson en\n arrière.\n    Et ce mouvement la réveilla, mais dans un autre monde. Et je pressais\n encore ses longs doigts amaigris, et il me sembla que je tenais en mes\n.mains des rayons de la lune.\n\n                         LA MORT DE L'HEURE\n\n   Dans une grande salle, un silence religieux écoutait ; car le silence écoute,\nlorsqu'il ne parle pas.\n   Autour d'une lourde et large table en ébène poli, étaient assemblés de\ngrands fauteuils vêtus de leur housse blanche.\n   De hautes plantes, placées près d'une fenêtre, découpaient sèchement\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                  — 149 —\n\nleurs feuilles acérées sur le ciel, et se reflétaient dans la table noire, unie\net brillante, comme dans un lac sombre et dramatiquement muet.\n   La glace était frileusement blanchie d'un rayon de lune; il semblait\nqu'il neigeait dans l'obscurité, à flocons prismatiques.\n   La lune étendait sur les fenêtres qui paraissaient très élevées une lumière\nfatale.\n   L'horloge tic-tacait régulièrement.\n   Et le silence était impressionné par ce qu'il entendait.\n   « Tout ce qui est arrivé devait arriver. Nous l'avions prévu, et cepen­\ndant nous sommes tristes. »\n   « Moi je suis triste, parce que je vois toujours devant moi ce lac atti­\nrant ; je voudrais m'y noyer, et je ne puis bouger. »\n   « Ce qui me désole, moi, c'est la cruelle fatalité de la lune; il y a du\ndrame dans cette lumière. »\n   « Oh ! qu'il fait froid ! Voyez donc comme il neige, nous sommes déjà\ntout blancs »\n   « Moi j'ai peur, parce que je n'ose parler, le silence nous écoute. »\n   « Et moi je suis triste, non à cause du deuil prévu qui nous frappe,\nmais parce que l'horloge a conservé en notre malheur son tic-tac des temps\nheureux. Elle n'a donc pas d'âme. »\n   Lors le balancier tomba avec un petit bruit sec, l'horloge s'arrêta, et\nun soupir humain, léger comme le dernier soupir d'un enfant, s'échappa.\n  Et le silence entendit psalmodier des prières, comme si quelqu'un venait\nde trépasser.\n                      L'INFATIGABLE PÊCHEUR\n\n   Le lac chantait au vent du soir.\n   Sur une yole faite d'un tronc de bouleau, un squelette s'avança. Il ramait\ndoucement, et cependant ses os craquaient. Son crâne était coiffé d'une\ntoque de satin noir, au fond de ses orbites phosphoresçaient de clignotantes\nprunelles. Il traversa des roseaux, et ses coups de rame semblèrent être des\ncoups de faux, puis il s'approcha des grands cygnes qui glissaient sur le\nmystère du lac.\n   « Beaux seigneurs, leur dit-il, ayez pitié de moi. Je suis un pauvre\nhomme. Il m'est resté, après la mort, assez de mon âme pour animer mon\nvilain squelette. Et volontiers je quitterais cette hideuse carcasse, si l'un\nd'entre vous me permettait de me loger en lui. Je me suis adressé aux êtres\nqui vivent sur terre et dans les airs. J'ai même supplié les plantes. Tous\nm'ont repoussé. Vous, cygnes majestueux, me paraissez charitables. Vous\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                  — 150 —\n\nêtes les maîtres du lac; et cependant celui d'entre vous qui accepterait mon\nâme, deviendrait le chef de ses frères et le roi de ces parages, car je possède\nla science. »\n   Les cygnes dédaigneusement s'écartèrent de lui.\n   Le pauvre squelette reprit ses rames avec résignation, et se dirigea vers les\nfleurs. Mais les nénuphars lui fermèrent leur corolle, et les belles de nuit se\ncachèrent sous l'eau.\n   Il pleura de lumineuses larmes, et plus désespéré regagna le bord. Il\ns'éloignait du lac lorsqu'il vit, pendus devant la chaumière d'un pêcheur,\ndes lignes et des filets.\n   « Si je m'adressais aux poissons, se dit-il. »\n   Il prit une ligne et se mit à pêcher.\n   Chaque fois qu'il lève un poisson, le squelette lui demande : « Veux-tu\nde mon âme? » Le poisson refuse et, charitable, il le rejette à l'eau. Mais il\nne se décourage plus, toutes les nuits il revient pêcher.\n\n\n                        LES DEUX POIGNARDS\n   Deux frères avaient entre eux telle ressemblance qu'ils se haïssaient. Leur\nmère leur ayant donné mêmes aspirations, ils choisirent fatalement la même\ncarrière. Et la jalousie augmenta leur haine. Ils sentaient que l'un nuisait\nà l'autre. Mais pourquoi étaient-ils ensemble au monde?\n   Ils aimèrent la même femme. Et cette femme, tant ils se ressemblaient,\nles chérissait également et ne savait lequel choisir pour époux. Il fallait\nque l'un d'eux mourût.\n   Une nuit, les deux frères se rendirent sous les fenêtres de la bien-aimée.\n   L'aîné se dirigeait vers la demeure lorsqu'il vit, sous le portail d'une\néglise, un long objet qui brillait d'un éclat magnétique. Il se pencha et\nreconnut que c'était un poignard.\n   « Un poignard trouvé devant une église ? se dit-il. Dieu me permet donc\nde tuer mon frère. »\n   Il se cacha dans l'ombre près de la maison de la belle, pressentant que\n son frère allait arriver.\n   Cependant, le cadet suivait le même chemin lorsqu'il vit, sous le portail\n de l'église, un long objet qui brillait d'un éclat magnétique. Il crut voir un\n rayon de lune et voulut continuer sa route. Mais l'objet l'attira irrésistible­\n ment à lui. Il se pencha et reconnut que c'était un poignard.\n   « Un poignard trouvé devant une église? se dit-il... Et puis j'ai été\n entraîné vers ce poignard?... Dieu m'ordonne donc de tuer mon frère. »\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                 — 151 —\n\n   Et cachant l'arme, il s'approcha à pas étouffés.\n   L'aîné le vit s'avancer et voulut s'élancer sur lui, mais il crut deviner\nque son frère, lui aussi, venait se mettre en embuscade et, pour s'en assurer,\nil attendit.\n   Et le cadet se glissa dans l'ombre.\n   Leurs regards illuminés par la haine se rencontrèrent. Alors tous deux\nmarchèrent franchement l'un vers l'autre et sans faire de bruit pour ne pas\néveiller leur bien-aimée.\n   Ils levèrent leur poignard. Mais la lune fit briller les deux lames d'un\néclat magnétique et les deux frères regardèrent leurs armes.\n   Un éclair traversa leur âme. Les deux poignards étaient semblables. Ils\navaient été trouvés devant la même église... « Dieu veut donc que nous\nnous entretuions », dirent-ils en même temps. Et, après s'être embrassés\npour la première fois de leur vie, ils relevèrent ensemble et machinalement\nleur arme et s'entretuèrent.\n\n\n                      LES EAUX MAGNÉTIQUES\n\n   De grands chariots aux silhouettes inquiétantes reposent près du canal.\nEt, dans le brouillard de la soirée, on croirait voir de fantastiques animaux\nqui soufflent d'ahan, épuisés par de longs voyages, longs de mille lieues.\nIls sont arrivés, assoiffés ils ont bu longuement, puis se sont endormis sans\npouvoir se coucher, tant la fatigue les raidissait.\n   Plus loin, une grue gigantesque se hausse dans l'ombre sur ses pattes de\nfer et tend avidement le cou pour manger la lune.\n   Les arches du pont font songer à d'énormes oiseaux arrondissant leurs\nailes puissantes.\n   Et noir, sur le canal lumineusement sombre, glisse un mystérieux\nbateau. Où va-t-il? Lui-même l'ignore peut-être. Il passe comme un nuage\nmuet et menaçant dans un ciel orageux.\n   Et toutes choses dirent : « Taisez-vous, les hommes. Nous ne pouvons\nparler lorsque vous faites du bruit ».\n   Et l'on entendit : « Mes eaux sont magnétiques. De brûlants parfums\ns'en dégagent. Et si éloignée que soit la grande ville, je sais en attirer les\namants qui viennent fatalement à moi, et me donnent leurs derniers baisers.\nJ'aime les corps amaigris par la misère et le vice, j'aime les cerveaux\nmalades, les yeux phosphorescents et les cœurs qui battent fort ».\n   Et les arbres qui longent le canal frémirent d'indignation.\n   « Silence vous autres. Il y a longtemps que vous seriez noyés si vous\nn'étiez retenus à la terre. »\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                 — 152 —\n\n  On allume les réverbères. Et les flammes, pleurant leurs reflets désespérés\ndans l'eau dramatique et vacillant dans les dernières lueurs enténébrées du\njour, semblent avoir été entourées de crêpe pour le passage d'un cortège\nfunèbre.\n                                               H E C T O R CHAINAYE.\n\n\n\n\n            ORAISONS NOCTURNES\n                                      I\n\n                En mes oraisons endormies\n                Sous de languides visions\n                J'entends jaillir les passions\n                Et les luxures ennemies.\n\n                Je vois un clair de lune amer\n                Sous l'ennui nocturne des rêves\n                Et sur de vénéneuses grèves\n                La joie errante de la chair.\n\n                De mauvaises tendresses noires\n                Reviennent troubler ma raison;\n                Sous une éclipse à l'horizon\n                Je vois des marais illusoires !\n\n                Il est temps, Seigneur, il est temps\n                De faucher la ciguë inculte !\n                A travers mon désir occulte\n                La lune est verte de serpents !\n\n\n                                     II\n\n                J'entends les virides poisons\n                Et les jaunes lys des luxures\n                Elever leurs sèves obscures\n                Sur mes arides oraisons.\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                 — 153 —\n\n                 Epaisses des crises passées\n                 Leurs moites végétations\n                 En glauques salivations\n                 Coulent à travers mes pensées !\n\n                 Seigneur, versez donc dans mon cœur\n                 Vos grâces aux fraîcheurs aiguës,\n                 Car le tiède vert des ciguës\n                 Enveloppe seul ma langueur !\n\n                 J'étouffe sous votre rancune !\n                 Seigneur ! ayez pitié, Seigneur !\n                 Ouvrez au malade en sueur\n                 L'herbe entrevue au clair de lune !\n                                            MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n\n       CAUCHEMAR — ACTUALITÉ\n                                    A MON AMI LE NIHILISTE SERGE POURTENEFF.\n\n\n              Cependant j'avais recommandé formellement à ma domestique\n                de protéger mon repos contre les fâcheux. A peine étais-je au\n                lit depuis une heure qu'elle venait me réveiller, objectant\n                l'insistance de mon ami Félianine, que j'entendais marcher\ndans la pièce voisine. Le Russe avait parlé d'une communication urgente,\nd'un objet de la plus haute importance. Je me levai.\n   Un personnage intéressant, ce Félianine. Vingt-cinq ans à peine et\nparaissant plus jeune encore. Une exquise douceur de manières, presque de\nla timidité. Un visage rose, frais comme le visage d'une fillette; des che­\nveux de ce blond inexprimablement tendre qui est particulier aux demoi­\nselles d'Inverness et aux bébés; une moustache si fine, si légère et si pâle\nqu'on eût dit de la soie vierge. La taille bien prise, plus gracieuse que\nvirile. Une voix pleine de caresses, chantante, où l'accent du Nord pique\ndes notes graves. D'ensemble, un fort joli garçon.\n   Ce timide, qui ne compte pas dix années de vie personnelle, a déjà une\nhistoire. Affilié au groupe nihiliste de Saint-Pétersbourg dès sa seizième\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                 -   154    -\n\n\nannée, Félianine a connu la Sibérie, a pu s'en évader, s'est trouvé à Saint-\nPétersbourg juste à temps pour contribuer à l'explosion du Palais d'Eté,\ns'est entendu, perdu dans la foule, condamner à la potence par contumace\net n'a quitté la Russie qu'après avoir vu le bourreau pendre ses deux frères\nsur la place Semianowski. Après quelques mois passés en Suisse, il a gagné\nParis, où un emploi lui permet de vivre, c'est-à-dire de conspirer.\n   Quand je le rejoignis dans mon cabinet de travail, je fus surpris de sa\npâleur. Ce n'était plus le garçon calme, froid de tous les jours. Aussitôt je\nsongeai à quelque nouvelle persécution de l'audacieuse police russe, à un\ndanger inattendu; mais lorsque je lui en parlai,\n   — C'est vous, au contraire, me dit-il, qui êtes en péril, et je ne suis venu\nvous déranger que pour vous donner un salutaire conseil.\n   Je me crus encore sous l'influence du sommeil.\n   — Que voulez-vous dire, Félianine?... Un péril,... un conseil.... Je ne\ncomprends pas.\n   — Vous allez comprendre, fit-il, en prenant place vis-à-vis de moi.\n   Ah! dussé-je vivre cent ans, mille ans, jamais, jamais, jamais il ne me\nsera permis d'oublier cet entretien. Ni mes plaisirs, ni mes chagrins, ni mes\namours ne rempliront assez ma pensée pour en chasser le souvenir atroce\nqu'une heure y a gravé. Et quand je deviendrais fou, quand ma mémoire\nsombrerait avec ma raison, je me souviendrais encore de cela. Je verrais —\noh ! je verrai toujours ! — devant moi ce jeune homme affable, souriant,\ncorrect, me parlant avec son assurance habituelle bientôt reconquise, m'ini­\ntiant à son projet démoniaque — et puis....\n   « — ...Vous nous avez parfois raillé, disait-il, et, de fait, vous en aviez\nbien le droit. Le nihilisme est dans son enfance, et ceux-là sont vraiment\nd'une sensibilité par trop irritable qui s'épouvantent de ses piètres exploits.\nDes tâtonnements, tout au plus. Russes, Irlandais, Français, tous ceux\nqu'une impitoyable logique fait recourir aux moyens violents, — car les\nexpédients recommandés par la modération sont illusoires, — tous ceux-là\nn'ont rien accompli de sérieux qui mérite la haine épouvantée des vieilles\nbourgeoisies. Miner quelques lieues de voie ferrée, faire sauter la salle du\nbanquet impérial, mitrailler le tsar, poignarder quelques policiers, jeter bas\nune vieille tour de Westminster, loger une bombe sous les banquettes d'un\ncafé de Lyon,... vous disiez vrai : ce sont besognes vaines. On recon­\nstruit le palais, on relève la tour, on remplace les policiers. Peines perdues.\nTout à recommencer. Ce n'est point là notre but. Ce que nous avons juré\nde réaliser, c'est la destruction totale. Il faut qu'il ne reste rien. Rien,\nentendez-vous?... »\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                  — 155 —\n\n   Si j'entendais! Je n'en étais point à ma première conversation de ce genre\navec le jeune Russe. Maintes fois, soit dans la nonchalance de nos prome­\nnades, soit assis le soir face à face au coin du feu, j'avais écouté, en curieux\npassionné, ses évocations de la guerre sociale. Mais cette nuit j'attendais\navec anxiété cette communication urgente, capitale....\n   Si j'écoutais!...\n   — « Depuis que je suis libre, j'ai songé uniquement au but à atteindre;\nj'y ai travaillé — je le dis avec orgueil — sans qu'une minute de mon temps\nait été gaspillée, perdue. Ce soir je suis heureux : j'ai enfin trouvé le moyen\nrêvé, l'agent infaillible qui doit nous donner la fin de tout!...\n   « J'ai étudié toutes les poudres explosibles. Dans ma petite cabane de\nValmondois, si jolie en été sous les fleurs, j'ai d'abord étudié la vieille\npoudre à canon; j'ai substitué tour à tour au salpêtre le nitrate de soude, le\nnitrate de baryte, le nitrate d'ammoniaque et le chlorate de potasse : je n'ai\nobtenu que des compositions bonnes tout au plus à lancer des boulets ou\nà tuer des perdreaux. J'ai examiné ensuite les pyroxiles, le fulmi-coton, le\nbois nitrifié. Chimiquement, physiquement, mécaniquement, ils sont\nimpropres au grand œuvre ; l'instantanéité de leur action est douteuse. Les\nIrlandais fondaient quelque espérance sur les picrates et les fulminates, —\nj'ai voulu voir. Les Irlandais se trompent. Le picrate de potasse, le picrate\nde plomb, le picrate d'ammoniaque, le chlorure et l'iodure d'azote seraient\nsuffisants s'il s'agissait de faire tomber quelques pans de mur. J'en dirai\nautant du fulminate de mercure, qui se décompose avec une lenteur ridi­\ncule... Mes études se sont étendues à des poudres spéciales, vantées en\ncertains pays; j'ai analysé et soumis à l'expérience la poudre anglaise\nd'Harsley, le Rhexit des Autrichiens, la Sébastine et la dynamite à l'ammo­\nniaque des Suédois, le lithofracteur et la dualine des Allemands, le Rend-\nRok, la poudre de Vulcain et la poudre d'Hercule des Américains. Aucun\nde ces explosifs ne m'assurait un résultat satisfaisant.... Pour faire sauter le\nplus petit quartier de Saint-Pétersbourg ou de Paris, il faudrait les accu­\nmuler tous en quantités considérables. Or, pouvons-nous réunir ces quan­\ntités? Non. Pouvons-nous fabriquer, transporter ces poudres sans donner\nl'éveil, sans nous trahir? Non. Et puis ce serait trop long et il nous faudrait\ntrop de complices... »\n   Ce disant, il souriait, Félianine, dédaigneusement, en homme supérieur\nprononçant sur des vétilles. Il n'avait pas l'air méchant. On eût dit, à\nentendre la jolie mélodie de sa voix, à contempler ses clairs yeux bleus, un\npoète bavardant à travers des souvenirs de lectures.\n   Il alluma une cigarette, et poursuivit :\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                  — 156 —\n\n   — « Ne perdez pas de vue qu'il ne saurait plus être question ici d'une\nexplosion locale. Il faut que tout saute à là fois. Il faut que, sur un signal\ndonné par moi, Paris, Saint-Pétersbourg, Londres, Berlin, Vienne, Rome,\n Madrid, Bruxelles, Copenhague, Lisbonne, toutes les capitales, toutes les\ngrandes villes, toutes les cités maudites, toutes les citadelles de la féodalité\ncontemporaine, soient réduites en cendres. Il faut que plus rien ne subsiste.\n Plus rien... »\n   Et il accentua cette parole d'un geste large, rapide, qui semblait effacer\nd'immenses horizons.\n   — Et, dis-je lentement, — ma voix tremblait un peu, — vous avez\ntrouvé?\n   Il dit « oui » d'un signe de tête.\n   — Mais il vous faudrait des années !...\n   Il répondit lentement, sans émotion perceptible :\n   — Il me faudra environ une heure.... Non, pas même une heure. Le\nplus long était de tout préparer, et...\n   — Et?\n   — Et c'est fait !\n   « ...Je vous épouvante, n'est-ce pas? Sachez-le, je me fais peur à moi-\n même. Que de fois, depuis ma fuite et tandis qu'en mon laboratoire je pré­\nparais la solution, j'ai senti les larmes obscurcir mes prunelles et mon cœur\nsaigner. Oh! mon cœur! Mon lâche et misérable cœur! Ce cœur qui me\nparlait, qui plaidait dans ma poitrine la cause des victorieux, des oppres­\nseurs, des voleurs et des assassins ! Ce cœur qui se faisait le complice des\nbourreaux de mes frères ! Oh ! il m'a fallu lutter, et douloureusement ! Mais\ngrâce à ma logique — ou à ma passion, c'est la 'même chose — je suis\naujourd'hui maître de moi...\n   « ...Je vous épouvante parce que je vous dis : « C'est fait ». Eh bien, oui,\nc'est fait. Ceux qui souffrent ont assez attendu. Il n'est plus temps de dis­\ncuter les politiques, les systèmes, les philosophies. A quoi cela nous mène­\nrait-il, puisqu'après des siècles écoulés cela ne nous a mené à rien? A rien !\nEh bien, on le verra, ce « rien » auquel aboutissent les doctrines de nos\nhommes d'Etat, ceux de la république comme ceux de l'empire, ceux de\nla monarchie constitutionnelle comme ceux de la monarchie traditionnelle.\nPuisque « ce rien » est le total des générations, regardons-le bien en face et\ndétruisons les nombres figurés par les siècles et les événements. »\n   Un professeur de mathématiques spéciales, faisant son cours, ne se serait\npas exprimé de façon plus calme, plus égale. Félianine était remarquable\npar son geste simple, naturel, harmonieux en raison du ton. Par instants,\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                  -   157   -\n\n\nun bref mouvement des paupières, découvrant des yeux qui interrogent, qui\nvont au devant de l'objection, qui l'appellent; puis d'imperceptibles haus­\nsements d'épaules en réponse à de mentales objections.\n   — Le moyen? dit-il. Ah! oui, vous avez raison : revenons au moyen.\nPartons de ceci : il est nécessaire que la catastrophe se produise au même\nmoment sur tous les points où notre logique nous la montre nécessaire...\nVoyons. Je vous ai dit l'insuffisance des poudres. J'arrive au mélange\ndétonnant connu sous le nom de nitroglycérine           Vous savez? Bon. C'est\nun liquide jaunâtre, huileux, insoluble dans l'eau et plus lourd qu'elle. —\nJ'appelle votre attention sur ces deux propriétés. — La nitroglycérine\ndétonne violemment et se transforme en gaz sans donner de résidus ; elle\nrenferme, en proportions miraculeusement combinées, les éléments combu­\nrants et combustibles, l'hydrogène et l'oxygène. Sa stabilité est parfaite; la\nrapidité de sa décomposition est inexprimable. Il n'y a de mots en aucune\nlangue pour traduire cela ; c'est la pensée, l'éclair. Le choc et l'explosion ne\nfont qu'un. Enfin, le volume des gaz et la chaleur dégagée par son explosion\nse formulent en des chiffres fantastiques. Sa force dynamique n'est peut-être\npas encore tout à fait connue ; à de certains moments elle déroute la science\net jusqu'à l'imagination des chimistes. Quant à sa préparation, elle est élé­\nmentaire : vous l'obtenez en faisant agir un mélange d'acide azotique et\nd'acide sulfurique sur de la glycérine pure...\n    « ...Telle est la puissance de cette composition que la chimie, effrayée,\ns'est préoccupée de l'amoindrir par l'adjonction de poudres inertes. — C'est\nà cette préoccupation que nous devons la dynamite, bonne seulement lors­\nqu'elle a pour base les poudres actives. — Eh bien, c'est à la nitroglycérine\nque j'aurai recours...\n    « ...La nitroglycérine, vous ai-je dit, plus lourde que l'eau, y est inso­\nluble. Tout est là. Ayant épuisé plusieurs modes d'application, j'imaginai\n finalement de faire disposer, le long des murs de mon laboratoire, environ\n huit cents mètres d'une petite gouttière en plomb, à moitié remplie d'eau.\n Vous me suivez? Bien. Sur un point de cette gouttière, j'ai mêlé à l'eau\n cinquante grammes — rien que cinquante ! — de nitroglycérine. Eh bien,\n en moins de trois minutes, cette quantité de nitroglycérine s'était partagée\n en une infinité de gouttelettes microscopiques — des millions ! — dans\n toute la longueur de la gouttière. L'eau circulant autour du laboratoire\n avait distribué, sur tous les points des murs, des molécules de l'explosif.\n Une seule de ces molécules, si on lui imprimait le plus léger choc ou si elle\n tombait à terre, ferait sauter la maison et jusqu'à la muraille qui clôture le\n jardin à vingt mètres alentour.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                   — 158 —\n\n   « ...Vous m'avez compris, n'est-ce pas, et déjà vous concevez le dénoue­\nment au devant duquel chaque heure nous porte.\n   « ...Au jour que je fixerai, — et ce jour ne peut être éloigné, — ce que\nj'ai fait dans les tuyaux de mon laboratoire, des hommes dévoués le feront\npour la canalisation d'eau potable des grandes capitales. Ici, par exemple,\ndès la nuit venue, cinq tonneaux de nitroglycérine seront introduits dans\nles cinq grandes canalisations d'eau de la ville de Paris. En une heure, les\nmolécules du foudroyant mélange seront partout sous les rues, dans les\nréservoirs, le long des égouts, contre les conduites de gaz. Des milliards et\ndes milliards de gouttelettes couleront doucement, véhiculées par l'eau\ninnocente, sous les boulevards, sous les ministères, sous les palais, sous les\ncasernes, sous les statues, sous les théâtres, sous les repaires des policiers,\nsous les caisses de la haute banque, sous les résidences des anciens rois et\ndes empereurs abolis ! En une heure Paris sera miné sans que nous ayons\nremué une pelletée de terre, ni dérangé un caillou, à l'aide seulement des\ntravaux exécutés de longue date et bénévolement par nos ennemis. Ah!\nlorsque, en échange de quelque modique salaire cruellement marchandé,\nils faisaient descendre ceux de la plèbe dans l'argile immonde des grandes\nvilles pour y faire circuler l'eau claire, ils étaient loin de songer, les oppres­\nseurs, les princes, les capitalistes, les bourgeois, qu'une nuit cette eau vive,\nsi facilement obtenue, roulerait sourdement la ruine et la mort sous le pavé\nbalayé des avenues ! Leurs savants n'avaient rien prévu ! Et celui-là même\nqui trouva la nitroglycérine, — ce bourgeois ! — est mort, dans sa gloire\nnoire, sans se douter qu'un vengeur s'emparerait de cette force aveugle\npour faire place en ce monde à des sociétés neuves et plus belles !\n   « ...Ce que je dis pour Paris, pensez-le pour l'Europe. Au même\nmoment, Paris; au même moment, Saint-Pétersbourg; au même moment,\nLondres ; au même moment, Constantinople.\n   « ...Et contemplez! Voici que commence le désastre! L'huile fatale est\npartout, les villes sont minées! Regardez. C'est l'aube. La capitale se\nréveille. On va préparer le café au lait et le chocolat des bourgeois. Faites !\nLa cuisinière ouvre le robinet; une seule des molécules de nitroglycérine\na-t-elle frappé son poëlon, tout saute! Si, par miracle, l'eau a coulé lente­\nment, la cuisinière dépose tranquillement sur son fourneau vingt ou trente\ngouttes qui, chauffées bientôt à cent et dix degrés, pulvériseront deux ou\ntrois immeubles. Sur tous les points, mêmes causes naïves, mêmes résultats\nterrifiants. Les pompiers accourent! C'est de la nitroglycérine que leurs\npompes lanceront sur les maisons en braises. Tout s'effondre! Tout brûle!\nLa commotion a gagné aussitôt les canaux, et voici la chaussée éventrée,\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                   — 159 —\n\n dispersée, réduite en poudre, élargissant à chaque détonation de nouveaux\nprécipices !... C'est l'écroulement des vieilles cathédrales, prisons mystiques\noù les idées ont pleuré, esclaves ; c'est l'engloutissement des palais élevés aux\nmorbides sensualités des peintres et des sculpteurs, le néant pour les\nLouvres, les Pinacothèques, les Royal-Gallery ! C'est la chute tragique et\nridicule des statues qui se vantaient — les impudentes ! — d'éterniser le sou­\nvenir de nos faux grands hommes! Vous vouliez de la conciliation 1 En\nvoilà ! Les trois mille appartements du Vatican crouleront en face des deux\ncents écuries du Quirinal, roulant dans la même poussière embrasée. Vous\nvisiez à l'égalité? Où sont les Rothschild? Où sont leurs laquais?... Plus de\nrois, plus de dignitaires, plus de magistrats, plus de régiments, plus de\npédagogues, plus d'usuriers, plus de catins!... C'est la fin de tout!...\n   « ...Vous me regardez. Vous n'avez pas l'air de comprendre!... Mais\nvous ne sentez donc pas que ce cataclysme est nécessaire et que c'est la\nbonne nouvelle du salut que je vous apporte! Quel autre remède trou-\nverez-vous au mal qui nous tient, qui endort les uns et qui étrangle les\nautres? Une révolution? Nous ne comptons plus nos révolutions et, si\nquelques intrigants en ont tiré profit, l'universalité des hommes n'y a trouvé\nque de nouvelles douleurs.\n   « ....Je sais bien que vous allez me dire : les victimes? Soit. Examinons\nce côté sentimental de la question. 11 y aura des victimes, beaucoup,\nplusieurs millions. Eh bien, quoi? C'est une misère! Les conquérants, les\npapes, les Césars, les sectaires, les politiciens, les philosophes ont fait des\nvictimes, et cela sans but, niaisement, par un pur besoin d'égoïsme, d'agi­\ntation et de férocité. Détruire Paris, ce n'est même pas nouveau, mon cher.\nBismarck l'a bombardé, Vallès a signé des ordres d'incendie, Thiers y a fait\ntonner trois mille pièces de canon pendant une longue semaine. Je ferai\ndes victimes, pardi I Mais à coup sûr un peu moins que le grand Napo­\nléon... Et cette fois au moins l'hécatombe ne sera pas stérile.\n   « ...D'ailleurs, qui diable allez-vous plaindre? L'homme des villes,\nl'homme infirme ou l'homme artificiel, poussé sur le fumier de toutes les\ncorruptions. Le beau monde, vraiment 1 Quelques génies, quelques talents,\nquelques caractères, — cinq ou six hommes tout au plus ! Qu'est cela en\ncomparaison de la rénovation totale de l'espèce !... »\n   L'enthousiasme,— cette ivresse des âmes sobres, — donnait à Felianine,\navec une chaleur neuve éclose dans sa voix, des accents d'apôtre, des inspi­\nrations singulières, des phrases rouges où flambaient des tragédies. Cela\ndura peu. Le jeune russe revint bientôt au ton calme, froid qui lui était\nhabituel.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                                     160 —\n\n   — Bref, conclut-il, nous sommes prêts... Je n'ai plus que quelques\nordres, les derniers, à donner... En cette circonstance, j'ai songé à vous.\nNon seulement, vous m'avez procuré l'emploi et les leçons qui m'ont donné\nle pain quotidien, mais, l'an dernier, lors de mon arrestation, vous êtes\nintervenu auprès du ministre et vous avez obtenu mon élargissement. Grâce\nà votre généreuse bienveillance, les complots de la police russe ont été\ndéjoués et mon extradition a été refusée au gouvernement du tsar. Je ne\nvous dois pas seulement la liberté, je vous dois d'avoir pu préparer dans\nl'ombre, à loisir, mon œuvre de vengeance et de justice. Réellement, bien\nqu'à votre insu, vous aurez été mon premier complice, et le plus utile : celui\nsans lequel rien ne pouvait réussir. A ce titre, vous deviez être sauvé. Eh\nbien, partez sur-le-champ, gagnez un coin dé la campagne, loin des villes,\nau bord d'une rivière ou au fond d'une forêt. Faites vite; votre salut est à\nce prix. Dans quelques jours, il serait trop tard.\n\n   Il ne me vint pas un mot aux lèvres;\n   Depuis quelques secondes, je jouais machinalement avec la crosse d'un\npetit revolver qui tient lieu de presse-papier sur ma table de travail. Tandis\nque Felianine parlait, je regardais tantôt le jeune Russe, tantôt l'arme\nmignonne, ciselée et damasquinée, au fond de laquelle dormaient les car­\ntouches, — et cela sans y songer, par un geste routinier.\n  Quelle force me poussa subitement? Je ne sais. Mais tout à coup, je bra­\nquai le canon du pistolet vers mon ami le nihiliste et, instinctivement,\ncomme on se protège, je lui logeai deux balles dans la tête.\n\n   ... Et je demande maintenant si je n'ai pas, mouchard providentiel,\narrêté le rédempteur.\n                                            CH.-M. FLOR      O'SQUARR\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                    — 161 —\n\n\n\n\n                      INCANTATION (I)\n                                         I\n\n              Eros, roi des coeurs vagissants, sagittaire railleur dont les flèches\n               ignées hérissent de désirs les reins mortels ! De l'Olympe\n               descends et viens de ta divinité animer cette forme pieusement\n               pétrie, selon le rituel.\n   A t'évoquer l'heure est propice, le taureau bondit au Zodiaque; Pasiphaë\nle suit, d'une course affolée, aux champs crétois.\n   Les doux mystères du printemps, dans la forêt frissonnante se révèlent à\nl'amant hardi, à la craintive amante. Les mondes amoureusement dans leur\nronde solaire irradient jusqu'à nous de purs rayons de lumière.\n   L'air est plein de baisers flottants qui effleurent très doucement les bras,\nnus des neiges. Quel souffle chaud fait voltiger aux lèvres la moue d'un\nbaiser, le poil follet aux nuques frêles; du Désir jaillit sous les pas; et dans\nles plis droits des tuniques des effluves montent lubriques.\n   Alanguies, enlacées et le regard perdu, sous bois elles s'en vont interroger\nles fleurs; et dans l'écorce des bouleaux, avec l'épingle de leurs cheveux,\nelles écrivent le nom qu'elles n'osent pas prononcer.\n   Loin du pédagogue ennuyeux, l'adolescent rêveur s'esseule en des che­\n mins ombreux pour écouter la voix nouvelle qui parle en lui et qui parle\nd'aimer. A travers le fourré, entend-il pas ricaner les vieux faunes : aper­\n çoit-il point l'éclair charnel d'une nymphe surprise et qui fuit vers les\n saules, un peplos mal jeté sur ses beaux membres nus.\n\n  Eros, roi des cœurs vagissants, sagittaire railleur dont les flèches ignées\nhérissent de désirs les reins mortels ! De l'Olympe descends et viens de ta\ndivinité animer cette forme pieusement pétrie, selon le rituel.\n\n\n                                         II\n  Eros, roi des coeurs battants, titilleur des seins turgescents, entremetteur\nde la nature entière, proxénète par qui tout rut est exaucé, insuffle à cette\nargile et l'extasie amollie du plaisir qui s'avance et les spasmes délirants.\n\n   (1) Prononcée par Nebo dans l'Initiation sentimentale, troisième roman de la Déca­\n dence latine, pour paraître en mai 1887, chez Edinger.\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                                  —   162   —\n\n\n   C'est toi qui règnes et resplendis quand sous l'or d'Hélios, la strideuse\ncigale chante les pâmoisons de la terre enflammée : quand l'argent de\nPhœbé poudroie dans la nuit bleue, autant de cubicules, autant d'autels,\nEros ! autant de sacrifices en ton nom, puissant Dieu !\n   Gomme des lutteurs acharnés, les amants l'un à l'autre liés ne sont plus\nqu'un seul corps ; ils balbutient des mots perdus dans les baisers ; en leurs\nfauves ardeurs ils crient et mordent. Zeus alors peut lancer ses foudres\nredoutables, Poséidon soulever les vagues monstrueuses et celles-ci vomir\nd'effroyables dragons, — sans troubler seulement ces mortels enivrés. Le\nbattement de leurs artères et la pulsation de leur cœur les fait semblables\naux dieux, extasiés et solitaires, sans pensée et sans peur.\n\n  Eros, roi des cœurs battants, titilleur des seins turgescents, entremetteur\nde la nature entière, proxénète par qui tout rut est exaucé, insuffle à cette\nargile et l'extasie amollie du plaisir qui s'avance et les spasmes délirants.\n\n\n\n                                      III\n\n    Eros, roi des cœurs mourants, déceveur des âmes candides qui souffles\nl'inconstance au cœur, la lassitude au corps, donne à cette effigie le regard\néperdu d'un grand amour trompé, artisan des déceptions amères.\n   Lamentables et obstinées, les chercheuses d'amour ne te maudissent pas\nles seins pendants, les lèvres lasses et le corps tout meurtri au combat du\nplaisir, elles mendient encore un même amant trompeur. D'autres, à\nl'abandon, ne se résignent pas et de la même main qui versait la caresse\nbroient la ciguë, impuissantes à garder leur amant, elles le donnent à la\nMort.\n    Plus avides, les mâles fourragent des baisers sur les lèvres qui passent et\npresque sans choisir errent de femme en femme : Là-bas, à l'écart, le rocher\nde Leucade atteste, ô Dieu de la vie, que tu fiances à la Mort. L'humanité\nte fait, Eros, un effrayant cortège ; les râles du trépas, les râles du plaisir,\naffreusement se mêlent ; ces cris confus sont-ils de haine ou de bénédiction,\nces passionnés, tes serfs, sont-ils sages ou fous? Charmes-tu la vie ou bien\nsi tu la troubles?\n\n   Eros, roi des cœurs mourants, déceveur des âmes candides qui souffles\nl'inconstance au cœur, la lassitude au corps, donne à cette effigie le regard\néperdu d'un grand amour trompé, artisan des déceptions amères.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                  — 163 —\n\n\n\n                                      IV\n   Eros, roi des formes aimées, au milieu de l'oubli d'un siècle inconscient\ntu renais sous main et ta gloire à nouveau par mon art apparaît. Aux Ero-\ntides les Thespiens t'ont-ils voué plus bel icône ! Je t'ai ressuscité, Eros,\npour te braver et te vaincre; Vois en moi, Antéros le hiérophante, —\nMaître.\n   La forme splendide où tu revis n'est que le signe de ma volonté; sous ces\ntraits d'argile j'enchaîne tes prestiges et tes charmes et la cause seconde qui\nfait ta force.\n   J'ai brisé la ligne verte dès longtemps et je la brise aujourd'hui pour cette\nvierge : aussi t'ai-je donné le double charme asmodéen. Règne sur les mul­\ntitudes, Eros, elles sont viles et dignes d'un tel roi, mais souviens-toi de\ndocilement servir ceux qui piétinent l'aspic et le basilic et qui foulent le\nlion et le dragon.\n                                                   JOSÉPHIN PÉLADAN.\n\n\n\n\n                                HILDA\n                                                 Oh ! Dites-moi que je dors !..\n\n              La chapelle, toute tendue de moire blanche frangée d'or,\n               éblouissait. Par les fenêtres, en ogive, aux vitraux anciens, le\n               soleil versait une lumière caressante et nuancée. L'enceinte\n               remplie de fillettes vêtues de mousseline, semblait une profu­\nsion de jasmins frissonnant sous un baiser de brise. L'encens buait, s'éle­\nvant diaphane sur l'autel, répandait son parfum âcre et grisant L'ostensoir\ndans sa gloire irradiante faisait songer au lever du soleil sur un horizon de\nneige. L'orgue braissait de subjuguants murmures indéfinis, évoquant les\ntroublantes rêveries vesprales vécues dans le silence de quelque forêt\naphone.\n   Par moments, un chant large, pareil à une musique d'ange où éclataient\ndes voix d'enfants, vibrait sous la voûte constellée; et, quand la mélodie\ncessait, des prêtres invoquaient Dieu ; puis le chœur reprenait les cantiques\net des voix célestes paraissaient répondre à l'appel des hommes !... Et ces\nharmonies, pénétrant en mon cœur, incitaient à l'oubli ; le chatoiement\ncapricieux des ors, de la nîoire et des lumières mobiles que tamisaient les\n                                                                           12\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                                    -   164   -\n\n croisées, reposait mes yeux où les larmes avaient mis une mordante\n  brûlure ; l'encens m'enivrait, traçait en mon esprit les séduisantes images\n des Edens entrevus. Et, malgré le catafalque se dressant devant moi, opu-\n lemment drapé de soie albe où scintillaient des pierreries et emprisonnant\n mon Hilda morte, une douce quiétude m'envahissait ; une sorte de lascivité\n captivait mes sens, annihilait ma pensée, me plongeant dans la béatifiante\n jouissance du rêve heureux. Ces funérailles me semblaient des festivités\n divines. J'éprouvais la joie candide des vierges amoureuses, ignorantes des\n matériels et décevants futurs...\n\n     Un long temps je restai soumis à l'influence religieuse qui m'enveloppait.\n  Mais la fumée de l'encens de plus en plus s'étendit, et comme un voile sus­\n  pendu, flotta sur les choses; peu à peu les objets prirent des formes indé­\n  cises, noyées; à mon oreille arriva un Pie Jesu, en un rythme incertain,\n  brisé, fatigant; il se fit parmi les assistants un frôlement prolongé d'étoffes\n  qu'on froisse et un vagissement aigu de prières s'enflant par intervalles ; les\n  prêtres, d'une voix sourde et lente, monotonement dirent des litanies\n funèbres ; et, par dessus tout, l'orgue, délirant en un murmure harmonieux,\n égrenait des mélodies, délicieuses comme des mensonges d'amour.\n     J'écoutais, n'ayant nulle souvenance.\n     Puis, d'un coup, la brume bleutée du parfum s'épaissit, atténuant les\n clartés. Et les voix au lutrin montant en un crescendo, éclatèrent. Et les\n officiants activèrent les répons. Et les prières parurent des ricanements. Et\n les pilliers grandirent. Et la voûte s'éleva. Et le catafalque se haussa. Et les\ncierges s'allongèrent. Et les murs reculèrent en un glissement hâté, élargis­\nsant et prolongeant la chapelle. Et les draperies, comme de larges suaires,\ns'enflèrent et produisirent des claquements sinistres. Et dans l'air passa un\nsouffle strident à une clameur de damnés semblable. Et les ténèbres s'éten­\ndirent. Et dans le lointain de l'enceinte, les ombres blanches de la foule,\nainsi que des feuilles chassées par une tourmente, fuirent, jetant d'orgiaques\ncris. Et un lourd roulement de tonnerre gronda, éclata avec un fracas\neffroyable. Et un éclair raya la nuit. Alors, par degrés, tout se mobilisa;\nl'orgue se tut; les voix, bientôt affaiblies, semblèrent un écho lamentable et\ncessèrent; quelques éclats de rire plusieurs fois se répercutèrent au loin\navec des différences d'intensité, et ce fut tout : l'accalmie s'établit frémis­\nsante.\n\n   Avec un poignant serrement de cœur je cessai d'oublier ! Devant moi\nl'appareil funéraire où gisait Hilda se montrait, éclairé douteusement par\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                  — 165 —\n\nquatre cierges, et ces cierges me parurent songeurs, et le long de leur corps\ncoulaient des globules rouges, pareilles à des larmes de sang. J'étais seul\ndans l'église muette, et ma solitude m'épouvantait. La peur me glaça. Mon\nimagination enfantait des monstres dont elle peupla l'église. Je n'osais\nrespirer, car mon souffle arracha à l'enceinte déserte un écho plaintif et\ndouloureux. Mes yeux, agrandis par l'horreur éprouvée, apercevaient des\nfantômes contorsionnés, grimaçant des sourires hideux, et des formes vagues,\nsillonnant rapides, l'obscurité. Les piliers mêmes paraissaient secouer leur\nimmobilité et vivre.\n   Comme je fermai les paupières pour ne plus voir, je sentis des haleines\nfroides me frôler la peau et de légers attouchements m'arrachaient des fris­\nsons, et, avec horreur, j'avançai les mains pour écarter ces visions obsé­\ndantes. Peu à peu un tremblement me secoua jusqu'à ce que je tombasse,\net le bruit de ma chute sur les dalles vibra longuement dans la majesté\nsilencieuse de la nuit.\n   A ce moment l'image d'Hilda surgit en mon esprit. Les spectres s'éva­\n nouirent ; mes sens se calmèrent ; mes idées prirent un cours régulier. Et je\n priai pour l'âme d'Hilda, l'Aimée, mêlant aux paroles saintes des tendresses\n au souvenir de nos amours défuntes.\n    Des heures paraissaient s'être écoulées depuis que j'étais agenouillé,\n quand un craquement se fit entendre sous le catafalque, et plusieurs fois le\n bruit se répéta, semblable à celui que fait un objet.qu'on veut briser sous\n une lente et tenace tension des muscles.\n    Mon cœur se prit à battre avec violence. Subite une espérance germa\n en mon cerveau : Hilda vivante!... Mon âme s'inonda de félicité. Crainti­\n vement je tendis les bras, l'invitant aux caresses ; des baisers chantèrent sur\n mes lèvres. Oh ! Hilda ! Hilda ! ! et je m'avançai, plein de crainte et de joie\n émotionnante vers le catafalque pour aider l'adorée dans son retour vers\n moi. Et déjà j'avais soulevé le drap mortuaire; mes regards fouillèrent\n avides l'endroit où se trouvait le cercueil, quand soudain les planches se\n disjoignirent, et Hilda, blanche, enveloppée de son linceul, se dressa droite\n et austère. Ses yeux, d'une dureté âpre, me fascinèrent et me firent reculer;\n mais, les mains suppliantes, je balbutiai, j'implorai, je ris, je pleurai tour à\n tour. Je me sentais devenir insensé. Et son attitude demeura impassible,\n sévère, et je mandai un sourire, un mot d'amour qui me prouvât qu'elle fût\n vivante, à moi, encore à moi ! Et je me traînai à genoux. Sa bouche gardait\n son pli amer, ses prunelles leur cruauté. Impassible et superbe en sa nudité\n mal cachée, m'inspirant le désir fou de l'étreindre, femme ou fantôme, et\n de la couvrir de baisers, — Hilda me fixa étrangement, s'approcha et\n parla :\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                   — 166 —\n\n   — « Mortel, je te hais!. . Ton souvenir m'opprime et me torture.\nL'amour de ta chair offense mon âme et la souille, car ma carnation est\ninsensible désormais. Ah! pourquoi ton âme impure, habitante de ton\ncorps, me poursuit-elle en mon immatérialité et m'empêche-t-elle de goûter\nles joies de mon essence nouvelle?... Ingrat! le plaisir de ma vie ne te\nsuffit-il pas que tu doives me soustraire aux félicités célestes?... Oublie!\nOh! oublie!... arrache-moi de ton esprit; fais que ton amour insensé ne\nm'enchaîne pas ici-bas ! Epargne-moi le supplice de me sentir le moindre\nlien à l'humanité, — la honte des saintes régions de l'âme. Oublie ! Oublie ! !\nefface en toi mon image et mon nom ; et si ta volonté est lâche, ne me\nsacrifie pas à ta jouissance égoïste. Meurs! Anéantis-toi! car les désirs de\nton corps sont mes châtiments! Ma damnation est en toi, homme, — en\nton esprit, en tes sens. Grâce! ne me supplicie pas pour le restant de ta vie.\nOh! ne m'accorde plus une pensée, ni d'amour, ni de haine, ni de mépris.\nChasse-moi de ton cœur, chasse-moi ! Oublie ! Meurs ! car vivre en ton\ncœur, c'est encore vivre en ce monde!... »\n\n                                              J U L E S VANDER B R U G G H E N .\n    Novembre 1886.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                        I\n  L'Art espagnol, par LUCIEN SOLVAY. Un volume grand in-4° illustré. Paris, Rouam\n                                (librairie de l'Art).\n\n             I1 y a deux façons d'écrire l'histoire de l'art, ou d'un art; la\n               première, toute de patience, expose des dates, des œuvres;\n               elle fait défiler aux yeux du lecteur la chronologie et la généa­\n               logie des hommes, des choses et des faits ; cela mène à ce livre,\nexact comme un calcul mathématique, auquel on a donné le nom de précis.\n   L'autre manière est toute de philosophie et de critique; elle raconte les\nfaits, assurément, mais en dégage la synthèse intime; les œuvres, avant\nd'arriver à nous, ont été vues par un œil et une pensée; elles ont subi la\nfiltration lumineuse d'une âme accoutumée à vivre avec elles, et, de cette\nalliance de la chose admirée à l'esprit sagace qui l'admire, sort une œuvre\nnouvelle qui concentre toutes les autres.\n   Le livre de M. Solvay est tel. Pour celui qui n'a pas visité l'Espagne, il\névoque, d'un trait sûr et séduisant, le sol et son expression d'art. Une\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                   — 167 —\n\nlongue introduction précède l'ouvrage lui-même et l'explique. De page en\npage, nous y parcourons le pays, trouvant en la nature, diverse et capri­\ncieuse, la genèse de l'art qu'elle a produit. Ouvrons à n'importe quelle place\nce volume aux opulences d'incunable, et aussitôt l'impression d'art se\ndégage de l'impression de terre. Voici Avila :\n   « Entre Burgos et Madrid, au sein de campagnes monotones, où\ncroissent l'érable et la bruyère, quels sont ces remparts flanqués d'une\nforêt de tours et de moucharabys, et intacts comme s'ils venaient d'être\nfraîchement élevés? C'est Avila. Une de ces villes du moyen-âge, telles\nqu'on en voit sur les miniatures des anciens missels, dans toute sa naïve\nintégrité, avec ses ruelles plantées de cailloux pointus, ses palacios en\ngranit brun du pays, ses églises en pur style roman ou ogival de la meil­\nleure époque, sa cathédrale qui, au dehors, a l'allure fière d'une forteresse,\net, au dedans, l'obscurité glaciale d'un tombeau... »\n   Et aussitôt, parlant d'Avila, l'écrivain rappelle que cette ville fut celle de\nsainte Thérèse, cette sainte enamourée, comme il l'appelle, dont la vie\névoque une des manifestations les plus surprenantes de l'art espagnol : « La\nreligiosité attendrie, s'exprimant en vers passionnés ou en concetti soulignés\nd'œillades langoureuses et de soupirs galants. Cruel quand l'affolement du\nfanatisme s'empare de lui, ce peuple devient sensible et soumis, quand son\ncœur est touché. La religiosité n'est souvent chez lui qu'une forme de\nl'amour. Si on voulait le représenter exactement par un emblême naïf, il\nfaudrait peindre un cœur ensanglanté, percé d'une navaja et enguirlandé\nd'un rosaire ».\n   Le dernier trait est d'un artiste à la vision claivoyante et vigoureuse. Il\npourrait, avec bien d'autres de la même netteté, servir d'épigraphe au livre.\nLe cœur dégouttant de sang, c'est Murillo, Zurbaran, Ribeira, avec leur\nmysticisme séraphique et cruel, leur peinture d'inquisiteurs ; c'est l'époque\ndu rosaire et du poignard, transcrite en des toiles admirablement féroces de\npiété.\n   Mais M. Solvay se complaît surtout à nous dire Velasquez, « le peintre\ndes rois et des princes », Velasquez dont les portraits s'apparient à nos idées\ndemeurées romantiques, quoi qu'on en dise. Car, avec Rubens, il fut le grand\npeintre du faste déroulé en plis lourds dans les manteaux castillans, dans\nles draperies écroulées au bord des escaliers de palais. Ses figures au regard\nprofond et méditant restent à la mémoire avec des poses de défi superbe.\nElles semblent garder quelque trésor enfoui dont le secret n'échappe pas à\nleur pensée, mais qu'ils conservent avec hauteur et dédain.\n   Le côté grandiose de Velasquez, M. Solvay le transcrit dans son style;\nà cette place du livre, volontairement ou non, il donne plus d'ampleur à\nsa phrase, et celle-ci se développe en périodes élargies comme un chant\nd'église.\n   C'est là, pour nous, le principal mérite de l'œuvre, de maintenir constam­\nment le ton de l'écriture au diapason de celui du sujet. Aussi, avec quel\ndédain discret M. Solvay parle-t-il, pour finir, de Fortuny, ce Meissonier\ndont la palette papillote sans éclairer et qui marivaude des toiles char-\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                   — 168 —\n\nmantes, plus qu'il ne les peint. Ce chapitre est le moins complet du livre.\nA notre sens, l'auteur n'a pas eu le courage de porter assez vigoureusement\nle coup final de ses déceptions. Après Goya, qu'il étudie en de maîtresses\npages, et dont il précise avec beaucoup de sens le caractère complexe, il\nlaisse tomber la plume et recule devant l'exécution de la décadence contem­\nporaine. Il avait à raconter l'art espagnol d'aujourd'hui, après avoir glo­\nrifié celui d'hier. Certes, il l'a fait un peu dans son introduction, où il cite\nMadrazo et d'autres, mais il devait constater la chute d'un art qui n'a plus\nrien à perdre.\n    Les peintres actuels qui ont tenté de « faire espagnol », feu Regnault,\nJohn Sargent, Constantin Meunier, Van Rysselberghe, Regoyos, cela avec\ndes mérites bien divers, occupent une place dans le livre de M. Solvay,\nsoit dans le texte, soit dans les illustrations ; ils le complètent avec bonheur\net en font ouvrage durable et solide.\n    M. Lucien Solvay, bien que jeune d'âge et d'idées, a déjà derrière lui un\nfort bagage littéraire. Il y a dix ans que paraissait son premier livre : la\nFanfare du cœur. Des vers. Nous commençons tous par là; c'est une\ndouce maladie de jeunesse à laquelle ne résiste personne, et l'auteur de\nl'Art espagnol n'a pas à renier l'enfantelet de son talent. Il est piquant de\nlui rappeler ici le petit recueil oublié; de même que tous ses pareils, il finit\npar une larme :\n                        «     Le pauvre livre est tombé,\n                        Dispersant dans les airs farouches,\n                        Avec nos cris et nos rancœurs,\n                        Tous les murmures de nos cœurs\n                        Et tous les baisers de nos bouches! »\n   Depuis, la fanfare a cessé, la vie est venue, en des livres d'une critique\nsincère, exprimée en des termes toujours élevés. M. Solvay a commencé\nd'écrire à une période où la tâche était dure. Se faire écouter en un pays\nque la politique absorbe et circonvient, exercer le dangereux apostolat\nde la critique au milieu des mesquines rancunes et des petites rivalités,\ndemande une tête obstinée et une religion artistique sans recul. L'écrivain,\npresque seul à son entrée dans la route littéraire, n'y a point failli. Les\nchemins ne sont plus aussi pleins de ronces, et les artistes ont leur place\nmodeste sous notre froid soleil. L'Art espagnol sera lu et apprécié, nous\nen sommes certain et le souhaitons autant à ceux qui le liront qu'à celui\nqui l'a écrit.\n                                         II\n\n       Chef nous, par JEAN FUSCO. Un vol. — Paris, Ollendorff. Prix : fr. 3-50,\n  Après Germinal et même après Happe-Chair, il est assez audacieux de\ndécrire la vie du pays charbonnier ; le seul refuge contre une périlleuse\ncomparaison est une sincérité absolue, un dépouillement complet des vir­\ntuosités auxquelles l'écrivain se laisse si facilement aller, une « remise au\npoint » des choses vues.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                   — 169 —\n\n    Ainsi a procédé Jean Fusco, et c'est un mérite d'honnêteté plus que de\n littérature. Les livres de Zola et de Lemonnier sont le résultat de la fameuse\n vision à travers un tempérament ; Chez nous a été filtré par un cœur plutôt\n que par une rétine artiste. L'auteur y plaide beaucoup, mais y écrit peu ;\n la défense est éloquente, le roman s'y noie.\n    Lors des terribles événements du bassin de Charleroi, lors des tragiques\n fusillades que l'on a reprochées avec tant de véhémence à l'autorité mili­\n taire, les gérants des verreries, des houillères et des laminoirs furent soup­\n çonnés d'être les ennemis de l'ouvrier, et plus d'un paya durement ce soup­\n çon. Jean Fusco veut démontrer que les gérants sont les meilleurs gens du\n monde, les ouvriers des brebis bêlantes, et que les uns se dévouent aux\n autres avec une inaltérable obstination. Zola et Lemonnier ne désirent rien\n prouver du tout ; Fusco, lui, n'a en tête que hypothèses, thèses et résultats,\n à croire qu'il est un peu gérant lui-même et qu'il a quelque chose sur la\n conscience. C'est Fusco défendant Fusco à la barre fixe. Aussi tout le livre\n n'est-il que l'apologie d'un monsieur et d'une dame, M. le gérant et Mme la\ngérante, M. Carlier et Mme Carlier ou si vous voulez M. et Mme Fusco.\n L'un a du cœur, du courage, du sangfroid; l'autre a du sangfroid, du cou­\nrage et du cœur. Monsieur est beau garçon, Madame est jolie femme. Il\nest grand, elle est petite, et cela fait un très gracieux couple doué, en partie\ndouble, lui de toutes les qualités, elle de tous les charmes.\n    Il y a ensuite l'histoire d'un ménage d'ouvriers, Antoine et Sylvie, que\nl'on a très bien connus dans Germinal, de même que dans Happe-Chair,\nl'homme honnête et laborieux, la femme immonde et paresseuse, celle-ci\nfaisant mourir celui-là. L'histoire s'interrompt vite pour faire place à un\ncompte-rendu sténographique des événements arrivés il y a quelques mois,\net le livre se termine par un sermon très évangélique où nous sommes priés\nde « prêcher le calme et la patience aux déshérités » d'être « actifs à com­\nbattre la misère » ce que l'on pourrait tout aussi bien demander pour les\navocats et les gens de lettres.\n    Le livre de Jean Fusco, bien que mal bâti et peu écrit, a cependant un\ngrand mérite, c'est d'évoquer fortement les tableaux dramatiques dont nous\navons eu le déroulement sinistre il y a si peu de temps. Les pages où l'au­\nteur raconte sans plaider ont un accent extraordinaire de vérité et de vie.\nElles sont précises et nettes comme des documents, et, de fait, elles resteront\ncomme telles, lorsque l'on voudra se reporter aux sanglantes désolations\ndes jours passés. Le roman ne vaut pas grand'chose, le morceau d'histoire\nest excellent.\n   Moins que tout autre, cependant, nous goûtons le genre de Chez nous,\nCela rentre dans la sociologie traitée pour les gens du monde, et nous\navons souvent déclaré que l'Art n'a pas à se mêler des questions sociales ; il\ns'y galvaude sans profit et s'y confond sans mérite.\n   Chez nous est un ouvrage très intéressant et plein d'excellentes qualités ;\nmais il n'appartient pas aux Lettres françaises.\n                                                         MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                   — 170 —\n\n\n                                        III\n\n    Don   Juan d'Armand, par ARMAND HAYEM, drame en quatre actes, en prose,\n                   in-12, elz. — Paris, Lemerre. Prix : 3 francs.\n\n   Feu ma Revue des livres et des estampes a sonné jadis à M. Renan,\ncomme un ban digne de lui, les cocasseries phalliques de la Belle Hélène :\nen ce temps, il annonçait un paroissien ; aujourd'hui, évoquant les deux\nderniers jours de ce globe, il les prévoit consacrés au rut, universellement :\n« On mourrait dans le sentiment de la plus haute adoration, et dans l'acte\nde prière le plus parfait. » La Bête a deux dos, l'acte de prière le plus parfait,\nle lupanar, l'Eglise la plus parfaite !!...\n   De pareilles idées, sous une signature si célèbre, indiquent une singu­\nlière fermentation du fumier latin, et un état d'esprit anarchique en\nmorale, et au moment même où, dans l'Abbesse de Jouarre, M. Renan\nprêche avec des mots doucereux à la Tartufe, le même sermon que\nM. Catulle Mendès, M. Armand Hayem, qui nous avait donné la psycho­\nlogie de l'homme d'amour, nous montre ce même homme que tout le\nmonde voudrait être et d'un pinceau dramatique aussi admirable qu'im­\nprévu. Une strophe célèbre de Musset décourage depuis longtemps les\nrésurrections de l'Orphée charnel :\n              Oui, Don Juan. Le voilà, ce nom que tout répète,\n              Ce nom mystérieux, que tout l'univers prend,\n              Dont chacun veut pdrler et que nul ne comprend,\n              Si vaste et si puissant, qu'il n'est pas de poète.\n              Qui ne l'ait soulevé dans son cœur et sa tête,\n              Et pour l'avoir tenté ne soit resté plus grand.\n\n    M. Armand Hayem a plus fait que de le soulever, il l'a porté dans son\ncœur. Ne dit-il pas dans son avant-propos : « l'Auteur ne s'est inspiré d'aucun\ndes ouvrages écrits avant lui. Il a écrit son rêve : voilà tout ». Tout homme\nest éloquent qui parle de sa Chimère. L'auteur du Don Juanisme, a souvent\ndans la bouche de son d'Armana, des rencontres Shakespeariennes. Don\nJuan entre en scène au moment où il vient de navrer un laid chevalier qui\nlui disputait une guitarrera. Une jeune femme passe avec sa duègne, il les\nséduit toutes deux sur le champ, et la duègne qui espère tater la première\ndu beau d'Armana accepte de s'arrêter dans l'hôtel de Don Juan, lorsque\ntraverse une femme voilée que poursuit un gentilhomme; Don Juan navre,\ncela va de soi, le Don Pasqual; la femme poursuivie, qui a nom Doha\nSahè'le, se prend d'amour pour le blessé dont elle fuyait l'amour un peu\navant ; mais notre héros, malgré les objurgations de son fidèle valet Per­\ndrigo, séduit cette femme farouche et dangereuse; il séduit aussi l'alcade qui\nlui fait des remontrances; plus tard il séduira chez le duc de Miralès, les\ngentilhommes les plus prévenus contre lui : et ce charme irrésistible qui\nconquiert la bienveillance des hommes tout aussi bien que l'amour des\nfemmes, est un trait propre au drame de M. Hayem et qui augmente\nl'intensité du type.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                  — 171 —\n\n\n    Le second acte est consacré à l'enlèvement de Doña Clara, au couvent\nde Ségovie, et à sa séduction : au troisième, Don Juan, amant de la sœur\ndu duc de Miralès, va en épouser la fille; mais c'est pour une nuit qu'il la\nprend, et à l'heure de la noce il a déjà fait plusieurs lieues à bride abattue.\n    Le quatrième acte est certainement celui qui fait le plus d'honneur à\nM. A. Hayem, il a eu l'audace de montrer la décadence de Don Juan. Le\nhéros est revenu dans sa ville natale, à Séville ; il accoste une jeune fille,\nqui lui lance au nez \" oh! Monsieur ! à votre âge \". Ce simple mot est ter­\nrible ; et dès cet instant, le lecteur s'attend à voir paraître le commandeur :\net c'est la commanderesse qui vient. Doña Sahële a été vue par Perdrigo,\nrôdant autour du palais, il conseille de quitter Séville, et à ce moment\nentre la virago. Don Juan reste Don Juan devant la menaçante femelle,\nil veut séduire et tente de rallumer l'amour dans ce cœur plein de haine :\nmais si Don Juan a toujours les talents amoureux, il n'a plus sa jeunesse.\n    « Si ma grâce et ma beauté, soutenues du vol léger de mes discours,\nsont impuissants à désarmer une femme, la nature est contre moi et je n'ai\nplus qu'à me défendre ». Mais il se défend mal et tombe poignardé. Sahële\nse tue à son retour.\n    L'agonie de Don Juan montre bien que la morale et l'art ne sauraient\nmarcher du même pas : rien de plus immoral que ces dernières paroles,\nmais rien de plus Don Juanesque, de plus vrai et de plus humain, au point\nde vue réaliste.\n    « Puisque je n'ai pas su inspirer assez d'amour pour désarmer la haine, je\nn'ai plus de raison de vivre. Monde insensé, qui veut jouir et veut être\nvertueux. Je te quitte sans regrets. J'allais m'ennuyer trop. Tourne, danse\net pleure jusqu'à la consommation des siècles. Si je te vois d'en haut, tu\nme feras bien rire. Adieu ! Perdrigo. Entre dans mes chausses et tâche de\nn'avoir pas plus de malheur que ton maître, pour tout le bonheur qu'il a\nsu trouver ». On le voit, Don Juan ne se repent ni ne s'inquiète des fins\ndernières ; Sahële ne l'a pas puni ; peut-être se serait-il fait sauter lui même.\n Il meurt content, en somme, et aussi indifférent à son salut qu'il est\npossible.\n    Je suis de ceux qui admirent les farouches phallophories de Félicien\n Rops et ne peux être soupçonné de pruderie ; mais, si je concède le droit\nartistique le plus cteïforme, j'avoue sur le terrain des idées avoir le scrupule\nplus grand. Le Don Juan de M. Hayem n'a jamais été baptisé, il est\npresque grec d'éducation; c'est le jouisseur, à sa plus haute puissance;\n mais j'avoue plus d'estime pour celui qui a écrit Don Juan d'Armana que\n pour qui l'aurait vécu. Ce que je réprouve en Don Juan, ce n'est pas\n l'accroc perpétuel qu'il fait aux mœurs : c'est la gloire sans charité et sans\n profondeur. Pour moi, quiconque se substante avec du réel, est un être\n inférieur ; et je baserais volontiers la hiérarchie sur la préoccupation du\n mystère. Mais à se placer devant le lettré contemporain, l'œuvre de\n M. Armand Hayem ne saurait être trop signalée et en des termes assez\n affirmatifs de sa valeur. Déjà, en parlant du Don Juanisme, j'ai dit aux\n lecteurs de la Jeune Belgique, le foisonnement d'aperçus psychologiques,\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                       172\n\nqui est une des originalités de l'auteur de l'Etre social. Aujourd'hui, nous\navons plus haute difficulté vaincue à louer.\n   Le clou, logiquement ge'nial du drame, c'est le poignard de Doña Sahële :\nce Gargantua de la femme, tué par une femme, a vraiment sa mort natu-\nrelle; Molière ne l'a pas vu ; peut-être parce que les mœurs de son temps ne\nproduisaient pas les vitrioleuses du nôtre. La prose de Poquelin, pour son\nFestin de Pierre, quoique trop semée de relatifs, reste incomparable;\nquant au héros, je n'hésite pas à déclarer Don Juan d'Armana le seul\nvraiment humain, en chair et os. Il est dommage que les changements de\nlieux, et la vérité même du dialogue, mettent cette pièce avec Lorenzaccio,\nparmi le théâtre de chambre. Le public parisien, au reste, est trop hypocrite\npour entendre l'accent si superbement cynique de ce Don Juan là : toutefois\n« le tout est dit », de La Bruyère peut se spécifier à cette dernière incar­\nnation des Tenorio.\n   M. Armand Hayem peut hardiment mettre en tête de sa seconde édition\nles vers de Musset que j'ai cités. Il l'a compris, Don Juan l'a fait parler\navec une réalité surprenante et si le poète des Nuits affirme que pour\nl'avoir tenté, on en reste plus grand, M. Armand Hayem, qui a mieux fait\nque tenter, qui a réussi, reçoit, du poète lui-même, une incomparable\nlouange.\n\n                                       IV\n\n  La Bible, traduction de Ledrain. Tome I, grand in-8°, elzev. — Paris, Lemerre.\n                                   Prix : fr. 7-50.\n\n   Une nouvelle version du Livre saint, canonique et inspiré pour un tiers\nle plus civilisé de l'humanité, important par dessus tout autre pour le\n savant, et colonnes d'Hercule du sublime pour le poète et l'écrivain, — est\ntoujours un événement, lorsque le traducteur, s'adressant aux textes hébreu\net grec, prétend les éclairer et les rendre avec plus de fidélité que ses pré­\ndécesseurs. Or, la nouvelle Bible va profiter des résultats immenses,\nquoique récents, de la philologie comparée. On sait que l'auteur, conser­\nvateur des antiquités orientales au Palais du Louvre, instigateur de la\ncréation d'une école du Louvre, y professe deux cours, l'un d'hébreu, l'autre\n d'Arameen. Il est seul, avec Oppert et Lenormant, à lire cursivement le\ncunéiforme Kaldéen, aussi prépare-t-il le dictionnaire, la grammaire et le\n Panthéon de Soumir (Accad) qui nous restitueront la religion, la langue et\nla civilisation des sémites du nord.\n   Certes, par la personnalité de ses découvertes et la nouveauté même de\nsa science, Ledrain aura droit de bésicler parmi les savants en robe et en\n bonnet carré. Quitte à scandaliser ses confrères renfrognés et maussades, il\nose dire, en sa préface, au lieu de passer la rhubarbe à un vieux bonze de\nl'Institut, qui lui rendrait le séné de son vote. « Je confie mon œuvre aux\njeunes artistes et aux jeunes savants, à mes amis de la presse, qui sont à la\nfois des hommes de talent et de savoir. Que m'importent ceux qui ont l'im-\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                      173\n\nmobilité des morts, je n'écris pas pour eux. A cela seul qui est la vie, j'offre\nce monde vivant, dans la contemplation duquel j'ai passé de si longs jours.\nJe suis certain d'avance de ne point trop déplaire à qui aime avant tout\nl'exactitude, la poésie et l'indépendance ». A ce savant, qui ne croit pas\nque les poètes et les romanciers sont de simples histrions, nous devons, ce\nsemble, l'accueil qu'il veut bien solliciter et qui'ne sera que justice rendue.\n   N'être pas protestant, c'est être presque catholique, et M. Ledrain pro­\nfesse ce demi-catholicisme ; rappelant la seconde lettre écrite de la Mon­\ntagne de J.-J. Rousseau, il trouve une antinomie absolue entre l'idée\nprotestante et l'idée de religion, considère Israël comme une race, non\ncomme une Eglise. « Il n'y a autour de la Bible qu'une religion dont il soit\npermis de tenir compte : le catholicisme ».\n   M. Ledrain semble croire en disant que les théologiens enseignèrent\njadis l'inspiration des mots eux-mêmes de la Bible, que le Concile de Trente\na décrété seul canonique le texte de saint Jérôme. Les catholiques pares­\nseux, comme ceux de l'Univers, trouvent l'apologétique plus aisée en pro­\npageant cette erreur parmi les fidèles, alors que la Vulgate n'a jamais été\nqu'un texte recommandé pour l'usage quotidien et cérémoniel, et non pas\nimposé comme base de controverse.\n   Un autre point où M. Ledrain me semble d'opinion exagérée, c'est\nlorsque, considérant Job, Jonas et Suzanne, comme récits, il nie, la réalité\ndes personnages, au même titre que ceux de la Morte, de M. Feuillet.\n   La citation de ce livre nul du poète des notaires, qui a eu la lueur de\nM. de Camors, puis est retombé en bourgeoisie, est d'un choix malheu­\nreux; inexact aussi. N'y aurait-il pas plus de justesse à rapprocher les\nContes de Perrault, par exemple, des récits aggadiques : là le merveilleux\nintervient et le merveilleux divin, le rapport cesse avec les histoires\nbébêtes de M. Feuillet. Puis, M. Ledrain ne pourrait-il pas concéder que\nde même que la Belle au bois dormant représente le sommeil de l'âme, sans\nobjet d'amour; l'inertie du principe féminin isolé; Riquet à la Houppe,\nfigure les transfigurations physiques opérées par le moral et la fécondation,\nc'est-à-dire, l'embellissement du principe masculin au respect de l'autre\npôle sexuel. L'aggada biblique a ses analogues dans les épisodes du\nRamayana; c'est une légende nationale et mythique, mais sans rapport\navec le roman de M. Feuillet : Job et Jonas n'étant pas des personnages\nréels, ont cependant la réalité de la conception juive, et je voudrais bien\nvoir que M. Feuillet prétendît que sa Morte est une conception française,\nde quelque signification.\n   Cette Bible sera complète en neuf volumes, en Kabbale, neuf est le\nchiffre sacerdotal, un dixième volume renfermera l'Exégèse. Le tome I, le\nseul encore paru, contient les Juges Samuel I et II, Rois I.\n   Hors du petit nombre des hébraïsants, à peu près tout le monde ignore\nla flamme et la sauvage grandeur de ces récits des juges où le cantique de\nDeborah claironne la victoire des Bene-Israël et magnifie l'Elohim de\nIahvé. Ni Sacy, ni Reuss, ni Genonde ne rendent l'accent barbare et\nterrible que Ledrain a su faire passer dans sa traduction, scrupuleuse de\nfidélité et d'une langue aussi bellement française que celle de Salammbô.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                                 — 174 —\n\n   Il faut lire à nouveau la prière d'Hanna et la lamentation de David sur\nSchaoul et sur Jonathan, et cette action de grâce, la plus belle qui ait été\nécrite, quand David est délivré de la paume de tous ses ennemis : alors\nle génie hébreu apparaîtra, dans l'incomparable sublimité de son lyrisme.\nLedrain s'est fait le Sigalon du Livre saint, il l'a copié en français, mais\nsans le réduire, il l'a transporté de l'hébreu, en toute son âpreté.\n   Aucune littérature ne déploie un appareil plus hautement mélancolique\nque ce livre des Rois qui s'ouvre sur la vieillesse de David et bientôt\nresplendit des merveilles Salomoniques.\n   Il fut question un moment de publier cette Bible, in-4°, Félicien Rops\navait l'idée de faire sa Bible; le dommage est grand qu'il ne l'ait pas\nréalisée. Toutefois, Ledrain, poète et artiste en même temps que docteur,\naura donné la version la plus propre à inspirer le peintre comme l'écrivain ;\net je ne doute pas que de sa lecture ne jaillisse des visions plus conscientes\nque celles de la tentation de saint Antoine et des tableaux un peu plus\nrespectueux de l'Ancien Testament que la Judith de M. Cazin.\n   M. Lemerre qui croit avoir vidé toutes les coupes de la satisfaction, a\nacquis le plus sérieux de ses titres d'éditeur en mettant la marque de sa\nmaison sur une Bible, la meilleure. Pour M. Ledrain, sa réputation sera\ndemain de la gloire.\n                                                   JOSÉPHIN PÉLADAN.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                             175\n\n\n\n                                 MEMENTO\n  Nous venons de recevoir sur papier tim­        manquer d'y avoir de très beaux vers. Seu­.\nbré le billet que voici :                        lement les bien-pensants le prendront entre\n  « Au 1er décembre prochain, je livrerai        le pouce et l'index (librorum prohibitorum),\n« contre ce mandat à mon ordre à M. Max          pour le livrer aux flammes.\n« Waller directeur de la Jeune Belgique,            Une remarque : le vers de M. Roden­\n« un frontispice gravé sur cuivre.               bach :\n                     « FÉLICIEN ROPS. »             Car les poètes doux, ce sont presque des prêtres\n  Nos lecteurs se réjouiront avec nous de        a été dit plus vigoureusement par Emile\ncette inespérée aubaine. Nos collections,        Verhaeren :\ndéjà fort rares à l'état complet, en double­          Les poètes venus trop tard pour être prêtres...\nront de valeur.                                       Une autre : M. Rodenbach parle quelque\n                     ***                           part de Jésus qui vivait « au milieu des\n   Nous prions les amis et confrères de feu        anses,» des bosquets... ». Cette assonance\nEdouard Agneessens d'assister à l'inaugura­        entendue à la lecture du Cercle a fait sou­\ntion du monument élevé à sa mémoire, par           rire.\nsa famille et l'ancien atelier Portaels. Cette        Voici une des pièces les plus applaudies\ninauguration aura lieu, le dimanche 8 mai,         du Livre de Jésus :\nà 3 heures de l'après-midi, au cimetière de                         LES FUMÉES\nSaint-Josse-ten-Noode.\n                                                                             I\n                                                 Jésus vint contempler l'horizon de la ville\n                                                 Où montait la fumée ondulante et tranquille\n   M. Georges Rodenbach a lu le 6 mars au\n                                                 Comme une gaze où des prunelles sont cachées.\nCercle du Waux-Hall des fragments du             Et Jésus, rien qu'à voir ces brumes détachées,\nLivre de Jésus, sa nouvelle oeuvre. Nous         Se sentit un regret de ciel et de voyage,\napprécierons le volume lorsqu'il paraîtra.       Car la blanche fumée est la sœur du nuage\n                                                 Et va vers les lointains où se mêlent en rêve\nDès aujourd'hui cependant, nous pouvons          L'odeur fanée et la musique qui s'achève !\nen dire l'allure : de la fantaisie autour des    La fumée, elle entraîne autour des cathédrales\nlivres saints. Au Christ qui disait : «Aimez-    L'âme éparse des gran (1) des cloches vespérales\nvous les uns les autres », le poète fait prê­    Qui se meurt avec elle en très lente agonie.\n                                                 Et tout le triste doux d'une chose finie,\ncher une doctrine de solitude, le mépris des     Et tout le triste doux d'une chose en allée\n« gens de peu » et une foule d'autres héré­      Subsiste après ce bleu de vapeur exhalée\nsies qui feraient dresser les cheveux sur la     Comme si la fumée, on savait qu'elle porte\n                                                 Un linceul impalpable à quelque étoile mortel\ntête aux évangélistes le plus tolérants. C'est\nce que l'Indépendance belge a nommé très                                      II\nfinement « l'Evangile selon saint Georges »,       Or Jésus dont l'esprit change tout en symbole\n                                                   Songea que la fumée est une banderole\net, de fait, le nouvel apôtre nous livre un\n                                                   Qui sur chaque maison en raconte l'histoire.\nJésus inédit qui porte les cravates de             Banderole pareille à ces tissus de moire\nM. Rodenbach, a son geste, son accent, sa          Qu'on voit se déroulant hors des lèvres mystiques\ntaille, et même, pour ne pas l'humilier,           Des séraphins en blanc dans le bleu des triptyques.\ntous ses défauts mignons. Ce Jésus a beau­         Ainsi Jésus se mit à lire les Fumées\n                                                   Comme si d'une étoffe elles étaient tramées\ncoup d'amour-propre et veut passer à la\n                                                   Avec un texte vague, à lui seul déchiffrable.\npostérité comme l'autre, le vrai, celui du         Au loin c'était d'abord un quartier misérable\nGolgotha. Il a aussi son Golgotha, mais au         Doucement endormi comme un coin de province\nlieu d'être heureux, il est fâché qu'on ne         D'où s'élevait des toits pauvres un filet mince,\nlui donne pas une croix à porter; cela,            Lequel disait au ciel le cercle étroit des chaises,\n                                                   Les foyers d'ouvriers qui n'ont qu'un peu de braises\ngrâce à la trahison de ses meilleurs amis.\n Enfin, nous verrons le livre, où il ne peut         (1) Tu quoque !\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                                                 — 176 —\n\nPour chauffer le repas du soir dans les ruelles!           Ainsi Bellac se mit à lire les Fumées\nLà, sur le luxe épars des maisons à tourelles,             Comme si noir sur blanc on les eût imprimées\nTraînait une fumée aux courbes plus bleuâtres              Avec un texte vague, à lui seul déchiffrable.\nQui disait la tiédeur et la paix des grands âtres\nEt le bonheur qu'on a, rien qu'à se laisser vivre          Au loin c'était d'abord un quartier misérable\nAvec un feu de bois sur des chenets de cuivre !            Doucement endormi comme un coin de province\n                                                           D'où s'élevait du sol une spirale mince,\n                          III                              Disant au ciel l'arrêt dans des poses falotes\nOr donc Jésus se dit : C'est ainsi pour les Ames !         Des tristes vagabonds mettant bas leurs culottes,\nLes chastes, les méchants, les saintes, les infâmes,       Mais pas pour se chauffer au soleil leurs derrières!\nCeux dont les doigts pieux ont voulu condescendre          Là, sur le luxe épars d'hôtels à poivrières,\nA ranimer mon nom dans eux comme une cendre,               Traînait une fumée aux courbes plus bleuâtres\nCeux dont les cœurs publics sont pareils à des bouges      Qui disait la tiédeur des Systermans folâtres\nOù tremble dans le feu l'ombre des rideaux rouges,         Et le bonheur qu'on a de se sentir à l'aise\nCeux qui brûlent ma Croix pour se chauffer les mem­        A soulager son ventre en un lieu (z')à l'anglaise !\n                                                   bres,\n                                                                                     III\nCeux qui brûlent leur lèvre à prier dans leurs cham­\n                                                   bres,   Or donc Bellac se dit : C'est ainsi pour les Crottes !\nTous, les cœurs s'éteignant, les âmes allumées,            Les chastes, les méchants, les correcteurs, les protes,\nTous ont au dessus d'eux d'invisibles fumées               Ceux dont les doigts pieux dessinent des virgules\nBlanches, si c'est vertu, — noires, si c'est luxure !      Sur les murs blanchis des inodores cellules,\nAlors Jésus songea que par une loi sûre                    Ceux dont les intestins (sait-on par quel mystère?)\nCet écheveau des cœurs s'enroulait à son Père,             Ont besoin du secours d'un bon petit clystère,\nComme sur l'horizon la fumée éphémère                      Ceux qui brûlent du bois pour se chauffer les mem­\nMonte en se détachant des maisons une à une                                                                   bres,\nEt pend sa laine bleue au rouet de la lune !               Ceux qui font sur les pots, enfermés dans leurs cham­\n                                                                                                              bres,\n   M. Georges Rodenbach, moins « sensi­                    Tous, les cœurs s'éteignant, les âmes allumées.\ntive » que l'ami Khnopff, nous pardonnera                  Tous ont au dessus d'eux d'invisibles fumées\n                                                           Blanches, si c'est vertu, — noires, si c'est luxure !\nde donner ici la réjouissante parodie que\n                                                           Alors Bellac songea que par une loi sûre\nBazoef consacre à ses Fumées. La charge                    Ce monde de pensers assiégeant sa cervelle\nde cette page remarquable n'a rien de cruel,               Devait se faire jour en quelquœuvre nouvelle,\nau reste, La voici :                                       Puis, qu'en vers féminins devaient être imprimées\n                                                           Les strophes qu'il allait consacrer aux Fumées.\n                                                           Bientôt sur le papier, s'alignant une à une,\n                  LES FUMÉES\n                                                           Elles étaient au net quand se leva la Lune !\n                            I                                                                        RÔDE EN BAC.\n\nBellac vînt contempler l'horrible tabagie                                            ***\nOù montait la fumée en vaporeuse orgie\nComme une vitre où se mirerait la buée.                      L'Artiste de Paris publie dans sa livrai­\nEt Bellac, rien qu'à voir son opaque buée                  son d'avril, un article de M. Max Waller\nSe sentit un regret de pipe et de cigare.                  sur l'Exposition des XX.\nCar la blanche fumée est l'hôte de la gare\nEt va vers les plafonds où se mêlent en rêve                                         *   ■   \"   *\n\n\nSon odeur fanée et sa spirale qui crève !                     La comédie d'Albert Giraud, Pierrot Nar-\nLa fumée, elle entraîne autour des tables lourdes\nL'âme épaisse des sottes et niaises bourdes                cisse, vient de paraître chez Mme Ve Mon­\nQui se meurt avec elle en très lente agonie.               nom, sous forme de volume de luxe.\nEt tout le triste doux d'une pinte finie                      Tirage : 100 exemplaires sur vélin.\nEt tout le triste doux de la bière enallée\nSubsiste après ce bleu de vapeur exhalée                              20       id.      Hollande.\nComme si la fumée, on savait qu'elle porte                            JO       id.      Japon.\nUn linceul impalpable à des dessus de porte !                 Tous numérotés (hors commerce).\n\n                            II\n Or Bcllac dont l'esprit change tout en symbole               A l'esbaudissement des populations,\n Songea que la fumée est une banderole                      nous livrons un volume tout nouveau inti­\n Qui sur chaque maison en raconte l'histoire,\n                                                            tulé : Causeries littéraires, par L. de Mul­\n Banderole pareille à ces tissus de moire\n Qu'on voit se déroulant hors des lèvres mystiques          der, professeur à l'Athénée royal de Mons,\n Des Séraphins en blanc dans le bleu des triptyques.        avec lettre-préface d'Antoine Clesse. C'est\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                              171\n\nà mourir sur place, dans les affres tortico-        vrai, quoique peu intéressant, et le public a\nlantes du rire. Le de Mulder vaut son con­          pu constater que le vicomte aime beau­\nfrère de Louvain, le suave Tilman.                  coup les annonces, attendu que le titre de\n   D'après lui : 1° l'œuvre de Lemonnier            l'Art moderne faisait face au public. Il a pu\nvivra parmi les plus « gracieuses. »                constater aussi que la vicomtesse Franchie,\n   2° L'œuvre de Benoît Quinet restera              aimant comme son mari, les lectures qui\nparce que « le poète ne se perd pas dans de         ne détournent pas l'attention, avait au der­\nlongues digressions ».                              nier acte, entre les mains, le dernier volume\n   3° \" C'est dans le genre judiciaire que          paru de la bibliothèque Gilon !\nPicard s'est illustré. \" (J'te crois.)\n   4° Octave Pirmez « aime à se perdre\ndans l'infini, mais ce n'est pas pour nous             Il paraît que nos innocentes railleries à\n effrayer ».                                        propos de la Salammbô de Georges Khnopff\n    5° Charles Potvin « prendra rang parmi          ont navré le poète et blessé le compositeur.\n ceux que la Patrie est fière de compter au         C'est avoir peu de chance et nous le regret­\n nombre de ses enfants ». (Berce, gentille          tons. II y avait lieu cependant de douter\n Odette, ton vieil enfant.)                         que M. Khnopff eût eu la naïveté de pren­\n    6° « Le génie a touché Emile Valentin.          dre le roman de Flaubert pour en faire un\n    7° Les vers de Rodenbach « font présa­          opéra, alors qu'il ne doit pas igno'rer que\n ger un brillant avenir » (pas aimable, de          seul M. Reyer est autorisé par la famille\n Mulder).                                           du grand écrivain à tirer un drame lyrique\n    Je plains l'Athénée de Mons.                    de Salammbô. M. Khnopff ne pourra donc\n                                                    jamais ni éditer ni faire jouer son opéra. Il\n                                                    existe, cet opéra, on nous l'affirme, nous\n   M. Octave Maus publie sous forme de               voulons le croire ; il existe et Shahabarim-\nplaquette élégante : Sur les Cimes, (1) des          basse-taille existe aussi, mais on ne l'enten­\nsouvenirs d'un voyage qu'il fit dans les             dra jamais que dans de rares salons, après\nCarpathes où malheureusement il tomba                une lecture du Juré dont personne n'a,\ndans un ravin sous les yeux de Madame                hélas! le droit d'enlever les droits d'édition\nII.... Ded..., aux yeux fauves.                      et de représentation à son Edmond.\n   A l'instar de son patron lé Juré, notre\nami Maus a l'habitude de répandre ses\nœuvres en gros et en détail. C'est ainsi que            A ce propos, nous ne voulons pas entrer\nSur les Cimes a paru in extenso dans la              dans la querelle qui a éclaté entre M. Picard\nSociété Nouvelle et fragmentairement à la            et M. Théo Hannon à propos de la Valki­\npetite Wallonie. Les lecteurs n'y ont fait           rigole. Faisons simplement remarquer que\nque gagner; le récit, lestement troussé, est         lorsque la Forge Roussel, Au pays de\ncomme un madrigal en alpenstock à                    Manneken-Pis, Mon oncle le jurisconsulte,\n Madame II.... ci-dessus, mais il contient           Bruxelles - Attractions, l'Amiral,      Vingt-\nquelques jolis paysages. Il n'est tiré qu'à          quatre coups de sonnet, le Paradoxe sur\n6o exemplaires pour embêter le Juré, qui             l'avocat, la Valkirigole et le Juré seront\n en aura 100.                                        oubliés depuis longtemps, (1) il restera: les\n                         *   ■   ■   *   *           Rimes de joie, un des plus éblouissants\n    On a joué deux fois à la Monnaie Fran-           volumes de vers qui aient été écrits en\n cillon, la dernière pièce de Dumas. L'Art           Belgique et... les Pandectes belges un des\n moderne constate avec plaisir que c'est un          plus complets, des plus méthodiques et\n numéro de son journal que lisait Lucien de\n Riverolles au troisième acte. Le fait est\n                                                       (1) Pardon ! jamais personne n'oubliera les Rêve-\n                                                     ries Sun stagiaire, de chevillarde et joyeuse mé­\n   (i) Sans circonflexe s. t. p. mon vieux Tavc.     moire.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                               -       178    -\n\ndes plus indispensables recueils judiciai­                centimes, d'une Anthologie des poètes\nres (1). Résultat net pour les Lettres :                 français du XIXe siècle. Les deux pre­\n  Hannon — Picard = Rimes de joie.                        miers fascicules renferment des extraits\n                                                          choisis avec tact des deux Chênier, de Le­\n                        ***                               gouvé, Arnault, Chateaubriand, Chênedollé\n   La Gaule, revue mensuelle, vient de                    — Désaugiers, Nodier, Béranger et Mille­\noaraître à Bruxelles. Nous y retrouvons                   voye. Lorsqu'il sera complet, l'ouvrage sera\nles noms de MM. Baudoux et Roger qui                      des plus précieux tant au point de vue bi­\nécrivirent naguère un volume de nouvelles,                bliophilique que littérairement.\nen collaboration avec le joyeux Joseph\nTintilaire. La Gaule n'a pas de programme.\nElle annonce : liberté complète. Nous ne\npouvons assez engager les débutants à y                     Leconte de Lisle vient de remplacer\ndonner leurs essais. Le premier numéro                   Victor Hugo à l'Académie française. Cela\ncontient en tête un sonnet de Musset abso­               nous a valu deux discours, l'un superbe du\nlument nouveau...                                        poète des Ery unies, l'autre curieux de\n                                                         Dumas le Petit. A ce propos rappelons\n   Nous donnerons régulièrement les som­                 qu'il y a en Belgique une Académie des\nmaires de l'aimable revue nouvelle, appelée              Lettres dont personne n'entend jamais\nà renverser très prochainement la Jeune                  parler, attendu qu'elle observe un silence\nBelgique, si nous en jugeons par les terri­              grandiose. On ignore absolument de quels\nbles coups de boutoir qu'elle lui donne.                 immortels se compose cette assemblée\nNous lui souhaitons bonne vie quand                      mystérieuse et rien ne sort de cette franc-\nmême ; qu'elle ne justifie pas le mot de                 maçonnerie où les maçons n'ont vraiment\nCésar : « Gallia est omnis divisa in partes              aucune franchise. Ne serait-il pas bon cette\ntrès.... «                                               fois de singer Paris et de décréter que les\n                        ***                              nouveaux arrivants pondront un discours\n   Vient de paraître chez Vuylsteke à Gand,              de réception. On verrait alors s'ils parlent\nla traduction par M. Jules Sabbe de l'excel­             correctement, ce qui nous a toujours paru\nlente Histoire de la peinture flamande, de               douteux.\nM. A -J. Wauters, dont le dixième mille est\nen vente à Paris, chez Quantin. Le même\n                                                                             ***\nouvrage traduit en anglais par Mad. E. Ros­                 Rappelons les hommes qui occupèrent\nsel, vient de paraître à Londres chez les                le neuvième fauteuil :\néditeurs Cassel.                                            1582. François Maynard (Satires).\n                                                            1647. Pierre Corneille.\n                        ***                                 1685. Thomas Corneille (le Comte d E s ­\n   Vient de paraître, une étude très intéres­            sex).\nsante des œuvres du baron Isidore van                       1710. Ant. Houdard de la Motte (Inès de\nOverstraeten, un publiciste religieux dont               Castro).\nles travaux ne sont pas oubliés. Ce souve­                  1731. Bussy-Rabutin (Histoire amou-\nnir d'un parent est curieux à lire et nous le            reuse des Gaules).\nrecommandons aux amateurs de mono­                          1737. E. Laureault de Foncemagne(Tes­\ngraphies.                                                tament politique de Richelieu).\n                        ***                                 1780. Chabanon (Eponine — trad. des\n                                                         Odes pythiques de Pindare).\n  Alphonse Lemerre vient de commencer\nla publication, par livraisons à cinquante                  1795. Naigeon (annotateur de Diderot).\n                                                            1810. Népomucène Lemercier (Aga­\n  (l) Un confrère de Maître Picard me souffle que ce\n                                                         memnon).\nn'est pas complet du tout. J'enregistre (sans compé­        1841. Victor Hugo.\ntence) son affirmation.                                     1887. Leconte de Lisle.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "  Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n     TAVERNE BRITISH\ntenue par VALADE et située place du Musée. Dîners\net déjeûners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n             LA LIBRAIRIE NOUVELLE\nvient de s'ouvrir au BOULEVARD ANSPACH. On y trouve tous\nles journaux français et les livres du jour. L'Artiste et La\nJeune Belgique, y sont en vente.\n   Située en plein mouvement de la ville, la Librairie nou­\nvelle est déjà devenue le centre des Lettres à Bruxelles.\n\n\n\n                   L'ARTISTE\n    REVUE HEBDOMADAIRE DES ARTS ET DES LETTRES\n\n                              10 f r a n c s p a r a n\n             On   s'abonne    chez     M.   FUCHS,         architecte\n\n       94,     R U E     DU      P R I N C E              ROYAL,        94\n                                BRUXELLES\n\n\n\n\n      LE GUIDE MUSICAL\n                        PARAISSANT TOUS LES JEUDIS\n\n                              10 francs par an\n                  On   s'abonne      chez     MM.        SCHOTT\n\n         82,      M O N T A G N E            D E     LA       COUR\n                               BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "A         tous les Artistes, Buveurs raffinés. Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DE-VAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                        E T M O N T A G N E D E LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie FILLES DU MONDE, par CAMILLE OUDINOT.\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\n  partout.\n\n\n    L'ODIEUSE               bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au lord maire et cette pâtée aux, manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troubleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le cristal léger; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n\nA   près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\n\nV   otre bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes !\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 20, rue de l'Industrie,\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1887-05-06", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 172."}}