{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e ANNÉE. TOME VI, N° 7.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 244, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "7e ANNÉE.      TOME VI, N° 7.        PRIX : FR.   0-60.                       5 JUILLET   1887.\n\n\n\n\n                                         LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 244, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "SOMMAIRE:\n Nouvelles Kermesses       .                                   MAX WALLER.\n Vers.                                                         ANDRÉ FONTAINAS.\n Anciens jours.                               .    .      .    MAURICE DESOMBIAUX.\n Vers                                                          GRÉGOIRE LE ROY.\n Lettre à Lieschen                                             SIEBEL.\n Rêve blanc                                                    VALÈRE GILLE.\n La réponse de                                                 MAITRE PICARD.\n Soir. .                                                       AUG. JENART.\n La joyeuse aventure de l'Anthologie          .    .      .    MAX WALLER.\n Le Salon de Paris                                             HlPPOLYTE DEVILLERS.\n Chronique littéraire                                          M. W .\n Memento                           :          .    .      .     ***\n\n\n\n\n                                'BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                    REDACTION :\n        a6, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                            80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                          1887\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction tient à rappeler", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 245, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature\ndans la revue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "C est juré A vous", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 245, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n\n  28. J. DE LÉONNES. Namur. Reçu votre nouvelle : Le dernier des Reginski. Toute la\npremière partie est bonne; la scène du violon joliment stylée, mais le dénouement un\npeu maladroit. Envoyez mieux, ceci est ajourné, non refusé. A vous.\n  29. JULES V. d. B. L'abondance des matières... (air connu).\n  30. H. PASSILLY. VOS Soirs d'automne, élégamment décrits, ressemblent à la Chute\ndes feuilles. La phrase : « Il me prend un désir inoui, alors, de chanter mezza-voce\n— de crainte de réveiller — un requiem, dolent, ou encore de redire l'air de Robert.\n\n                                   « Nonnes qui repose^. »\n\n  Cette phrase nous a fort amusé. Un soir d'automne donnant de ces envies-là est un soir\nd'un état fort intéressant ; les orgues de Barbarie sont là, cher confrère. Sérieusement,\nvos essais sont encore faibles et minces, sans être d'un écrivain banal. Ayez courage.\n  31. A. de N. La Mort-vive paraîtra dans notre prochain numéro. C'est juré. A vous.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 213, "titre_corps": "Nouvelles Kermesses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "NOUVELLES KERMESSES", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS ET ODELETTES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 246, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "NOUVELLES KERMESSES (1)\n\n                                Il est bon et salutaire, au milieu des incessan­\n                             t e s polémiques où l'on se sent devenir inclé­\n                                ment et farouche, de reposer son esprit sur des\n                                    œuvres érigées dans le calme et la paix.\n                               Le combat littéraire n'arrive pas à des victoi­\n                               res au seul moyen de la satire, du pamphlet,\n                                  de l'âpre discussion des principes; il y par­\n                                  vient grâce aux œuvres qui s'élèvent comme\n                                  les remparts de la pensée, comme des tours\n                 crénelées du haut desquelles on lutte avec plus de courage\n                 et aussi plus d'orgueil, sans doute parce que l'on est plus\n                 près du ciel.\n                  Le groupe d'écrivains qui, depuis déjà bien des années,\n               tente de faire besogne durable pour honorer la terre qu'il\n               foule et sa conscience propre, se divise en deux. D'un côté\n               sont les attaquants, de l'autre les défendeurs. Tous deux\n               ont une même arme : la plume; mais chez les uns, elle est\n             de fer — et transperce, — chez les autres, elle est d'acier — et\n             burine. La légende qui faisait de ce groupe une cohue de\n          turbulents sans puissance, est rentrée dans l'ombre. Les livres,\n          les beaux livres l'on tuée, et rien n'en reste plus que de rares\n          plaisanteries de province dont le bruit nous parvient à peine.\n  Voici un nouveau livre conçu dans la méditation et le culte du Verbe; un\n\n (1) Nouvelles Kermesses, par Georges Eckhoud. Un vol. in-8° de luxe chez Mme Veuve\nMonnom, éditeur. Prix : fr. 7-50.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "                                  —   212   —\n\n\nlivre d'où s'élève, comme un encens, le parfum de la terre féconde et dont\nchaque page est pareille à l'hymne qui la magnifierait. Alors que des écri­\nvains sur lesquels comptait le monde des Lettres, s'attardent dans l'imper­\nsonnelle formule d'un style aux ampleurs connues, Georges Eekhoud se\nconfine dans le mode qu'il a créé lui-même et dont nul autre que lui ne\npeut se servir. Il le martèle et le triture de livre à livre, mais ce n'est point\npour en compliquer les facettes ; au contraire, le récit, la phrase, le mot\ndeviennent plus nets, plus pénétrants, grâce à une simplicité dont on ne\nsaisit pas la douloureuse gestation. Qu'on lise La Fête des SS. Pierre et\nPaul ou Les Débonnaires, on éprouve la plus profonde des émotions.\nPourquoi? Comment? De quelque côté que l'on retourne ce style, qui ne\nressemble à aucun autre, on n'y trouve point la clef de cette impression\nportée de l'âme de l'écrivain à celle du lecteur. On est saisi par le frisson\nd'Art et l'on ignore comment il a passé dans les fibres.\n   J'ai relu trois fois la nouvelle : Bon pour le service, irrité de me sentir\npris à l'une de ces calamités sociales que les déclamateurs humanitaires font\ndédaigner. Le sujet de ces pages m'agaçait en lui-même ; il me déplaisait\nde voir une oeuvre d'imagination plaider inconsciemment une cause qui\nconfine à la politique, et ja m'en voulais de m'intéresser à cet acte d'accu­\nsation dressé dans une langue que les prétoires de la Loi n'entendront\njamais. J'ai subi pourtant l'étreinte de ce sanglot, et intérieurement j'ai dû\nm'avouer que cette grande plainte était désormais sanctifiée par l'instru­\nment qui l'interprétait.\n   Et cette Fête des SS. Pierre et Paul, au pays de Campine, quel can­\ntique et quelle envolée de palmes ! Cette description de terre flamande, avec\nla mélancolie des départs, de l'éternel pèlerinage des hommes; ce grandis­\nsement de l'être par le paysage, cette union sainte de l'un et de l'autre; puis\nl'amour rustique sous le ciel, avec sa simplicité d'églogue; puis encore et\nenfin, la bataille où s'épand la triomphante Force du mâle, tout ce poème\nen strophes de prose se poursuit merveilleusement, ainsi qu'une large et\nrobuste épopée.\n   Autre part, on dirait que l'artiste a tourné la clef de son chant. De grave\net liturgique, il devient joyeux — jovial plutôt. Le Cœur de Tony Wan­\ndel est un gros et franc éclat de rire, au milieu des sérénités du livre. L'émo­\ntion se détend, on est dans le fantastique et la drôlerie, mais encore une\ndrôlerie spéciale, du pince-sans-rire yankee, un conte de fée scientifique,\nde la chimère dans de la chirurgie. Autre part encore, nouvelle note. C'est\nLa fin de Bats, une légende. La terre maudite et le feu du ciel, comme\ndans la Bible, racontés sur un ton de prophétie...\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 316, "texte": "                               — 2l3 —\n\n  Telles, dites en une langue impeccable, sont les Nouvelles Kermesses,\nde Georges Eekhoud, livre de puissante maturité, fait avec la chair et le\nsang de l'artiste, pour célébrer la Terre élue.\n                                                    MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 217, "titre_corps": "Sonnets et odelettes", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "SONNETS ET ODELETTES", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ANCIENS JOURS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 248, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "SONNETS ET ODELETTES\n                               LA VOIX\n    Voix vibrante de rêve et de chant qui m'affoles,\n    O voix frêle et sonore où planent par essaims\n    Les rires éclatant plus clairs que des tocsins,\n    O sa voix... je l'écoute autant que ses paroles!\n\n    Je retrouve en sa voix vos inflexions molles,\n    Ame des vieux rebecs, esprit des clavecins,\n    Baisers épanouis en rapides larcins,\n    Confidences d'amour des anciennes violes.\n\n    Sa voix, c'est la douceur des songes innocents,\n    C'est un souffle d'iris, de cinname et d'encens,\n    Cest un enivrement d'harmonie et d'optique,\n\n    Et c'est, au fond de moi, fait d'un vivant soleil\n    De fierté lumineuse et de rythme vermeil,\n    Le plus éblouissant et le plus pur cantique.\n\n                               RÉVOLTE\n    Lentement mon amour devient une habitude\n    Qui tempère l'ardeur de l'esprit et du sang;\n    Je me laisse endormir au charme envahissant\n    De l'adoration et de la servitude.\n\n    Mon âme, prosternée avec incertitude,\n    Adresse à la Madone un appel gémissant\n    Et s'acharne à fixer en soi-même l'accent\n    Et le geste divins, pleins de mansuétude.\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "                          — 214 —\n\nOh! quand me sentirai-je assez de fermeté\nPour dompter à mon tour l'amour qui m'a dompté,\nDussé-je dans l'ivresse où la volonté sombre,\n\n— Pour n'être pas vaincu par l'amour de nouveau —\nEngloutir à jamais mon cœur et mon cerveau ?...\nMais pourquoi son regard me poursuit-il dans l'ombre?\n\n                      VÉNUS VÊTUE\n\nPudique et blonde, au fond du temple, où s'évapore\nLa subtile torpeur des aromes brûlants,\nDes roses, des jasmins, des grands lys nonchalants,\nRêve amoureusement la Vénus Pastophore.\n\nUne moisson de fleurs odorantes décore\nLa tunique aux plis droits qui glisse sur ses flancs,\nEt sa tête surgit de ces flots ruisselants\nComme une rose, fleur plus odorante encore.\n\nQuand Vous venez, parfois, Vous que j'aime,      je sens\nDe même m'enivrer des arômes puissants,\nInconnus et rêvés dans les pays du Rêve,\n\nQuand, dans une clarté bienfaisante, un éveil\nDe rayons, un brouillard parfumé qui s'élève,\nIl semble que Vos pas refoulent du soleil.\n\n\n                        L'AURORE\n        Jardin rare et délicieux\n        Dont les fleurs embaument les    deux,\n                 Splendide Aurore,\n        Que le réveil chaque matin\n        De son rire chaud et mutin\n                 Câline et dore,\n\n        Bouquet des riches floraisons,\n        Que ne fanent pas les saisons\n                Endolories,\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "                — 2l5   —\n\n\nLes Automnes ni les Hivers,\nGloire des Printemps toujours   verts\n         Et des féeries,\n\nAme du soleil caressant\nQui de la pourpre de son sang\n         Es parfumée,\nD'où la céleste éclosion\nDes fleurs sans cesse en fusion\n         Sort transformée,\n\nAurore, est-ce toi qui pétris\nLa finesse des tons fleuris\n          Pâles et roses\nDe la Madone de Beauté,\nDont la chair surpasse en clarté\n          La chair des roses?\n\n Sur ses lèvres, où les chansons\n S'épandent comme des frissons,\n          Où semblent vivre\n Les mots tendrement étourdis,\n N'est-ce pas toi qui répandis\n           La lumière ivre?\n\n  Et son œil doux d'un bleu si clair\n  Est frais comme un souffle de l'air;\n            Sa chevelure\n  Qui s'éparpille, et jase, et rit,\n  Est faite, comme son esprit,\n            De clarté pure!\n\n\n                 PROMENADE\n\n  Pareilles aux Muses antiques,\n  Aux Grâces, aux chœurs rougissants\n            Et dansants\n  Dans les plis des chitons rustiques,\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "                     — 2l6 —\n\n\n     O blanches filles de Cythère,\n     Vous allez, vous donnant le bras ;\n               Et vos pas\n     Effleurent à peine la terre;\n\n     Et vos voix chaudes et rieuses\n     Vibrent dans le flamboi vermeil\n             Du soleil,\n     Dardant ses flèches glorieuses;\n\n     Vous allez par les grands bois calmes\n     Et sur vos beaux fronts réjouis,\n              Eblouis\n     Frémissent l'encens et les palmes.\n\n    Et j'écris l'ode coutumière\n    Pour la vierge aux yeux les plus      doux\n              Parmi vous :\n    Elle est l'orgueil de la lumière.\n\n\n                 AU PRINTEMPS\n\nPrintemps jeune et doux, ton retour caresse\n     Mollement notre paresse;\n\nLe soleil naissant grise le cerveau\n    Comme un flot de vin nouveau,\n\nVoici les bourgeons pointant sur les branches,\n    Qui s'ouvrent par avalanches,\n\nEt c'est le Printemps qui revient, le temps\n    Des délires palpitants.\n\nO salut, saison consolante et brève\n    Qui renouvelles le rêve;\n\nSalut, blond poète, amoureux   pensif,\n     O religieux lascif,\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 602, "texte": "                                — 217 —\n\n         Printemps qui, joyeux, comme des étoffes,\n              Déroules l'or de tes strophes!\n\n         Clair printemps qui fais rire, triomphants,\n             Les cheveux blonds des enfants,\n\n         Printemps ébloui de tes splendeurs     même,\n              Tendre et céleste poème,\n\n         Fraîche éclosion, chant divin du sang\n             De l'Amour éblouissant,\n\n         Printemps, qui n'as pas tout le charme encore\n              De la Vierge que j'adore !\n                                                 ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 218, "titre_corps": "Anciens jours", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "ANCIENS JOURS", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 602, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "ANCIENS JOURS\n                                                A MON AMI JULES DESTRÉE.\n\n\n             Dans l'admiration naïve des choses, ignorant des hommes, je\n              pense à d'anciens jours vécus tranquille, loin des foules mar­\n              quées des hideux stigmates du vice, en proie aux soucis qui\n              creusent des rides et flétrissent les visages.\n   Je pense à des jours vécus dans la paix, le calme, là-bas, bien loin, au\npays natal, si loin qu'il ne me semble plus être que dans mes rêves.\n   Je pense à d'anciens jours... Là-bas... bien loin... l'antique demeure de\ngrand'mère, toute blanche, avec des portes vertes, un toit d'ardoises et\ndes fenêtres pensives comme de grands yeux tristes.\n   Oui, blanche... portes vertes... toit d'ardoises, fenêtres pensives comme\ndes yeux. Je me rappelle d'anciens jours. Je pense...\n   De grandes chambres, dont les plafonds traversés par d'énormes poutres.\n   Des vieux meubles tout noirs, dans lesquels de la vaisselle bariolée de\ndessins bizarres. Puis de vieilles armures : arquebuses, arbalètes, dagues...\nDe vieux livres reliés de cuir, des parchemins, des tapisseries représentant\ndes chasses, des combats, des scènes d'amour. De grands et rudes fauteuils\nfaits pour des hommes plus robustes que ceux d'à présent...\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "                                  — 2l8 —\n\n   Et là, dans une longue et étroite salle, toute une série de portraits d'aïeux\nqui semblaient me regarder d'un air attendri.\n   Dans toutes, un silence lourd et comme un regret de générations dispa­\nrues. Dans l'escalier aux degrés en chêne vieilli, aux montants de la rampe\nsculptés, tout un souvenir de siècles défunts.\n   Je pense à d'anciens jours...\n   Ma chambre : un grand lit à colonnes, et des sièges lourds que je mou­\nvais à peine avec mes mains d'enfant débiles. Un bahut, dont les serrures et\nles menottes en vieux fer. En le mur épais, la porte énorme, sur laquelle\ndeux gros verrous...\n   Oui, je me rappelle, un aspect sévère, sinistre...\n   La chambre de ma grand'mère : deux portraits... Une femme, oh! si\nbelle ! avec sa tête marmoréenne d'une étrange pureté, son teint d'une blan­\ncheur de cygne, ses grands yeux noirs insondables remplis d'une énigme\nprofonde... Un jeune homme, une moustache blonde, de longs cheveux\nblonds et des yeux pleins d'une tristesse vague, augmentée par un sourire\nde résigné. Un front haut, large, qui semblait renfermer de vastes pensées.\n   Et grand'mère, je m'en souviens, me faisait baiser leurs bagues et des\nmèches de cheveux, puis tous deux nous nous agenouillions devant un grand\ncrucifix, le cœur plein de débordantes prières. Une larme perlait dans les\nyeux de la chère vieille. Elle passait ses doigts maigres dans ma chevelure\net m'embrassait longuement sur le front.\n   Oui, je me rappelle ces anciens jours...\n   De toutes ces choses, je me souviens.\n   Puis du sang, du sang... coulant d'une large blessure. Grand'mère assas­\nsinée. Sur le parquet noir, ses cheveux d'argent, son visage ensanglanté,\nnavrant avec les yeux mi-clos et ternes.\n   Du sang, du sang partout.\n   Oui, je me rappelle, du sang sur les meubles, partout.\n   Et les portraits, sur les murs, dans leurs cadres, frémissaient ensan­\nglantés.\n                                               M A U R I C E DESOMBIAUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 219, "page_fin": 222, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "VERS I LES PORTES CLOSES", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LETTRE A LIESCHEN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "VERS\n\n                    I\n       LES PORTES CLOSES\n\nO vous, chères, que j'ai connues\nEt qu'aux jours tristes je revois,\nVous voici, ce soir, revenues,\nCar mon cœur pleure      d'autrefois.\n\nQuand, souvenir de vos caresses,\nJe pense à celles qui viendront,\nMes mains sont lourdes de paresses,\nJe ne tends même plus mon front.\n\nCar c'est vous seules que j'écoute,\nQui, dans le crépuscule aimé,\nDe vos voix où tremble le doute\nChantez en un palais fermé.\n\nMoi, j'attends qu'à travers la porte\nClose par mon fol abandon,\nVotre chanson de deuil m'apporte\nUn peu de rêve et de pardon.\n\nOui, c'est vous seules, vous, lointaines,\nDont me revienne encor la voix,\nO vous toutes qui fûtes miennes\nDans l'inoubliable autrefois.\n\nLà, vous êtes dans l'ombre, seules,\nTelles que vous m'apparaissez\nDéjà semblables aux aïeules\nParlant de très lointains passés.\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "              — 220 —\n\n\nOui, j'entends vos voix paresseuses,\nSi douces que j'en souffre un peu,\nComme un chœur de tristes fileuses,\nAssis, — un soir, — autour du feu.\n\n\n\n                  II\n\n       RONDE DE VIEILLES\n\nPetites vieilles, mes pensées,\nIl neige, il tombe du lointain\n Un peu de mort et d'incertain\nSur toutes les choses passées.\n\nEn moi pourquoi cette froidure ?\nEt ce calme et ces longs hivers?\nEt ces lugubres ciels couverts!\nEt cet hiver qui dure et dure?\n\nPetites vieilles inutiles,\nFaites du feu de vos passés,\nEt de tous ces roseaux cassés,\nEt de tous ces rêves stériles.\n\nLes souvenirs de toutes sortes\nBrûlez-les comme du sarment,\nEt chauffez-Vous très longuement\nAu petit feu des branches mortes.\n\n Parlez-vous bien dans vos souffrances,\n De ces bons jours de l'Autrefois,\n Et videz encor de vos doigts,\n Les fuseaux bleus des souvenances.\n\n Et quand la nuit, la nuit pleureuse,\n Dans la chaumière se fera,\n L'une de vous rallumera,\n — Comme une lampe un peu fumeuse, —\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "              — 221\n\n\n— Oh ! pourquoi faut-il que je pleure\nDe n'en avoir oublié rien ! —\nLa souvenance, la meilleure,\nDe Celle que vous savez bien.\n\n\n                  III\n\n             LES MAINS\n                                       A PAUL FRANEAU.\n\nSur les fenêtres de mon cœur\nDeux pâles mains se sont collées :\nMains de douleur et de malheur,\nMains de la mort, mains effilées...\n\nC'était sinistre de les voir\nSi nocturnement illunées,\nLevant vers moi leur désespoir,\nTelles que des mains de damnées.\n\nEt Celle de ces mains de deuil\nQui donc pouvait-elle bien être,\nPour que la mort fût sur mon seuil\nDepuis ce soir de la fenêtre ?\n\n Non, ces mains ne pouvaient bénir,\n Maudites, certes, étaient-elles,\n Puisque j'ai désiré mourir\n D'avoir vu leurs pâleurs mortelles.\n\n Puisque le vin de mes amours\n Amertumeux et plein de larmes\n Endolorit le pain des jours\n Depuis leur signe aux fatals charmes.\n\n Mains sinistres! Mains de poison!\n Gestes de ténébreuses vierges!\n Vous avez lui dans ma maison\n Comme deux mortuaires cierges!\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "                                    — 222 —\n\n\n                  Ma douleur regarde la mort,\n                  Car l'Espoir a fermé sa porte,\n                  — Et, tristement, le vent du Nord\n                  Souffle sur ma chandelle morte.\n                                                     GRÉGOIRE L E       ROY.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 222, "page_fin": 224, "titre_corps": "Lettre à Lieschen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "LETTRE A LIESCHEN", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "LETTRE A LIESCHEN\n             Ne sais si tu vis encore, Lieschen, là-bas au bord du Rhin\n               couleur de ciel ? Depuis dix ans que nous nous sommes dit\n               adieu, peut-être la mort a-t-elle pris soin de toi; mais je\n               t'écris où que tu sois, dans l'infini du mystère ou dans la\ntiédeur de ton doux pays; je t'écris, à toi et à nous, à nos souvenirs loin­\ntains qui de minute en minute s'en vont dans la distance, comme la nacelle\nfragile de notre jeunesse !\n   Va, Lieschen, c'est bon de se rappeler; les vieilles fleurs et les vieux sourires\nse fanent aux tiges et se fanent aux lèvres, mais le parfum des unes et le\nrayon joyeux des autres ne disparaissent pas tout à fait ; nous les enfermons\ndans le suaire de nos coeurs, ces morts bien-aimés, et nos larmes, comme\ndes baumes et des aromates, les conservent dans leur vie éteinte.\n\n                                         I\n   — Mais tu es gris, Siebel?\n   — Tais-toi, je vois rose, liebchen ! Oh ! cette réception !... désormais je\nje suis fuchs ; ils m'ont fait boire douze brocs de bière, je dois ressembler\nau tonneau de Nürnberg... prosit!... mon enfant, je vous aime!... j'ai soif\ncomme une éponge grillée... tu me regardes, Lieschen, je suis gris... oh! la\ndifférence qu'il y a entre l'althaea et le rhododendron... tu ne sais pas?\nattends... Lieschen, regardez-moi...\n   — Va te coucher, mon Siebelchen !\n   — Me coucher, dans le ciel, dans le bleu, dans le rose, dans tes yeux,\ndans tes bras. Vous rougissez, senora... venez embrasser bon maître.\nFuchs! je le suis ; quel sommeil ! le rhododendron...\n   Et Siebel s'endormit, pendant que, très délicatement, la petite lui posait\n a tête sur l'oreiller; il fit encore un geste fatigué, comme pour saisir la fleur\nde l'althaea, et ce fut tout.\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "                                  — 223 —\n\n\n   Lieschen alors alluma la lampe et jeta les yeux sur le volume abandonné\nle matin au pied de la table. Elle lut :\n   « 2. Althaea L. Calice muni d'un calicule à 6-9 folioles soudées dans\nleur tiers inférieur, 2 espèces : A hirsuta L (G. hérissée), A officinalis L\n(G. officinale). »\n   Elle referma le livre, l'alla ranger dans la bibliothèque, mit tout en ordre\ndans la chambre, et se déshabilla lentement et sans bruit, sous l'œil grivois\ndes étoiles.\n   Cette Kneipe solennelle avait été grande comme un monde. Toute la\ncorporation des Hanseaten s'était réunie au premier étage de la taverne du\nKronprinz. Une énorme salle blanche décorée de feuillage et traversée dans\nsa largeur par des théories de lanternes vénitiennes. Une table en fer à\ncheval, des escabeaux de chêne bruni, et au fond, un tonneau bedonnant\nsur lequel trônait un étudiant respectable, à lunettes bleues.\n   La salle fut remplie à 8 heures et le président réclama le silence pour\ndire à peu près ceci :\n   « Messieurs, la Belgique est un pays lointain qui n'est pas encore victime\nde la civilisation ; elle nous envoie un de ses enfants les plus remarquables\npar son indécrassable stupidité. Cet être bizarre, le voici. Approchez, herr\nSiebel. Voyez, Messieurs, sur ce jeune front, les traces de la nature inclé­\nmente ; il est déprimé, l'angle facial traversé de lignes idiotes, les yeux sont\néteints par la débauche ; les mains vulgaires, les pieds navigateurs ; voulez-\nvous recevoir ce cas tératologique parmi vous?\n   — Sait-il boire? cria une voix de tonnerre.\n   — Buvez, fit le maître.\n   Siebel but une chope.\n   — Encore!\n   Siebel en vida deux.\n   — Encore.\n   Siebel demanda grâce.\n   — Sait-il chanter?\n   — Chantez, jeune macaque!\n   Siebel chanta le Miserere du. Trouvère; on fut d'accord pour l'arrêter\nà la deuxième mesure, et demander autre chose. Alors, de sa plus belle\nvoix (baryton déchirant), il servit une Brabançonne accompagnée de gestes\npatriotiques du plus bel effet. Ce fut un triomphe, et force fut à l'infortune\nde briser six fois l'Orange sous six arbres de la liberté, une pépinière com­\nplète. Pour le coup, Siebel avait « conquis tous les suffrages » et marcha\nde victoire en victoire aux épreuves suivantes. Il lui fallut faire une confé-\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "                                    — 224 —\n\n\nrence sur un sujet de botanique appliquée à l'extinction du paupérisme\ndans la classe étudiante, une pièce de vers destinée à célébrer les suites\nfâcheuses de la prostitution en Polynésie; il dut danser la pavane, avec les\ngestes de l'époque ! enfin on le sacra fuchs d'honneur en lui passant la\ncorne pleine à bords, qu'il vida comme un Polonais qui ne se respecte plus.\n\n\n                                         II\n\n    Le lendemain, la fête continua. Il avait été décidé que l'on irait dîner à\nl'Hôtel du Drachenfels, et que l'on prendrait le bateau à 10 heures du\nmatin. Une heure avant, Siebel se leva la tête lourde, mais le cœur léger.\n Il s'habilla vite, dégringola la Fahrgasse et entra au bassin de natation du\nvieux Neelhof, situé en amont du fleuve. Après la baignade, les dernières\n fumées de la bière avaient disparu. Siebel se sentit heureux. Le Rhin\nsemblait joyeux aussi. L'eau verte et pâle s'allumait de paillettes de soleil,\ncomme si les rayons s'y fussent éparpillés en poudre. Les montagnes loin­\ntaines se bleutaient de décroissantes azurations, et l'on eût dit qu'elles\n étaient plus hautes que jamais, plus rêveuses dans tout ce ciel, plus mélan­\n coliques avec leur pied de roc plongé dans l'eau courante. L'étudiant resta\nlongtemps immobile devant cette féerie qui lui remplissait les yeux. Il y\n savoura, comme une liqueur chimérique, l'allégresse de vivre, d'être porté\n par le sort au milieu de cette joie suprême. Il ne vit pas plus loin, dans\n l'avenir ; alors, c'était le repos des seize ans, l'indolence qui se regarde et se\ncaresse; le Rhin coulait de même, pareil à cette fin d'enfant qui va se faire\nhomme; les minutes, comme les flots aux tons pleins de clarté, s'enfuyaient\nvers les tourbillons où les fanges bouillonnent, où l'onde s'épaissit telle\nqu'une mer d'absinthe.\n    Et ce rêve d'une heure, je sais bien, Siebel, que tu l'as revu souvent et\nque cela te fait pleurer, grande bête !\n    Dirai-je cette excursion unique d'une bande de cinquante têtes folles au\nvieux Drachenfels? On dut boire et chanter beaucoup, mais Siebel eut\nl'ivresse triste sans doute, car la terre en fleurs était trop belle, le fleuve\ntrop grandiose pour ne pas impressionner l'enfant, et lorsqu'il te revit le\nsoir, Lieschen, il te regarda dans les yeux, t'en souvient-il, et te dit son\npremier mot douloureux : cela devra finir un jour !\n    Et c'est fini, petite que Siebel aima quelques semaines ! C'est fini, c'est\nperdu, c'est détruit, et comme une vieille blessure qui ne se fermera jamais,\nle cœur de Siebel laisse filtrer des perles de sang — des gouttes de passé!\n— ou vice versa, comme vous voudrez. Flûte!\n                                                                    SIEBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 226, "titre_corps": "Rêve blanc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "RÊVE BLANC", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA RÉPONSE DE MAITRE PICARD", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 260, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "RÊVE BLANC\n                                              A IWAN GlLKIN.\n\nCalme, parmi les deux bleutés, la lune neige\nSilencieusement ses rêveuses blancheurs ;\nDes flocons de lumière éparpillent des fleurs\nPâles, sur les buissons dormants; comme une grège\nSoie, aux grêles rameaux des rayons se suspendent,\nEt les grands lys, bercés de rêves blancs, épandent\nLeurs parfums reposés. Dans ce calme décor\nEnsommeillé de songe et tandis que s'endort\nLe dernier oiselet, à deux, dans les charmilles,\nEffeuiller les rayons épars sur les ramilles,\nSur la mousse poudrée, aux aigrettes de givre,\nMarcher en écartant les rais curieux, ivre\nDe ce soleil de nuit, boire dans les corolles\nLe vin des fleurs de lune et trouver des paroles\nQui papillonnent comme un essaim qui butine\nEt s'en aller vers cette aurore adamantine\nSous les dômes mouvants des soyeuses feuillées,\nFouler les galons clairs, et les herbes mouillées\nD'argent, et les boutons endormis des glaïeuls,\nEt las enfin, sous la paresse des tilleuls\nMoutonnés de lumière, assoupir des ivresses,\n Oh! C'est le rêve blanc où luisent des caresses,\nLe rêve auréolé de visions de femmes,\nLe rêve d'innocence et de candeur des âmes,\n Qui glisse dans mes nuits, ainsi qu'une gondole\nSur un étang d'azur songeur et d'où s'envole\n Un essaim d'oiseaux d'or. C'est le rêve que bercent\nLes calices fleuris des nénuphars qui percent\nLe sommeil lourd des eaux, les soirs teintés de rose.\n C'est le rêve d'amour qui parfume la rose\nDe l'absente... Oh! viens toi! Rêveurs sous la glycine,\nNous parlerons d'amour, tout bas, à la bruine\n Qui sème des points d'or parmi l'air où bourdonnent\nDes papillons vibrants, aux heures qui pardonnent\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 452, "texte": "                                  — 226 —\n\n\n       Et qui calment, au ciel, à l'astre, à la nuit pure,\n       Aux fleurs, à tout, à rien! O bonheur qui ne dure,\n       O souvenir de songe, enlacement des âmes\n       Entrevu vague et doux, reste d'encens, cynnames\n       Devinés, vision que l'on berce et qu'on chante,\n       Gazouillement discret d'hirondelle nichante!\n                                                          VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 226, "page_fin": 226, "titre_corps": "La Réponse de Maître Picard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Picard", "ancre_debut": "LA RÉPONSE DE MAITRE PICARD", "ancre_fin": "L Art moderne 19 juin 1887", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 452, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "LA RÉPONSE DE MAITRE PICARD\n                       ... Mais quanta répondre spirituellement et victorieusement,\n                          je vous en défie.\n                                      (MAX WALLER. Jeune Belgique, tome VI, n° 6).\n\nA              lire en tête du dernier numéro de la Jeune Belgique les vapo­\n               risations que proj'ette du haut de sa tour d'ivoire un demi-\n               syphon de lettres. En pénombre depuis trop longtemps à son\n               gré, il souhaiterait être honoré d'une querelle qui lui rendrait\nquelque notoriété. Ce Midas, qui confie ses peines aux roseaux d'une revue,\nj'adis sympathique et charmante, qui se meurt d'être devenue exclusivement\nun exutoire pour ses rancunes, ses jalousies et ses déceptions, a sur le cœur\ncertain règlement de compte qui clôtura, de toutes les manières, on s'en\nsouvient, une affaire où il était de part à demi. Toutes sortes de conve­\nnances lui commandent de ne pas revenir sur cette liquidation. Mais le\nsouvenir lui en est amer et il-voudrait se dégager de la chose jugée.\n   « Celui qu'il attaque avec une persistance aussi maladive quïnoffensive\nest, pour en avoir beaucoup pris, réfractaire aux poisons de cette plume, et\ncomme il ne refait pas les virginités mises à mal, le jeune homme en\nquestion peut attendre sous l'orme de sa vanité souffrante l'occasion tapa­\ngeuse après laquelle il soupire. Sespstt! pstt! n'attireront aucun polémiste :\non devine trop que ce n'est qu'histoire de faire du bruit.\n   « Bénissez le hasard et laissez-moi tranquille », lui écrivait-on jadis dans\nune lettre de congé. Ces sentiments, empreints de calme et de dédain,\npersistent. En chirurgie, le patient, dont la jambe a été mal remise,\ndemande parfois qu'on la lui recasse, mais il faut que le chirurgien\nconsente : or, ici le chirurgien ne consent pas. »\n                                         (L'Art moderne, 19 juin 1887"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 227, "page_fin": 227, "titre_corps": "Vers : Soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "Auguste Jenart", "ancre_debut": "VERS SOIR", "ancre_fin": "AUGUSTE JENART", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA JOYEUSE AVENTURE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 262, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 81, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "VERS\n                                     SOIR\n   Fêtant d'un reflet d'or les choses orgueilleuses,\n   Le soleil fastueux, berger de l'Infini,\n   Sur le vaste horizon vespéral réunit\n   Ses troupeaux indolents de pourpres     merveilleuses.\n\n   Comme ils sont beaux! comme ils sont loin! comme ils s'en vont!\n   Oh! se perdre comme eux vers les cimes lointaines!\n   Tant de nos chers amours, tant de nos fois hautaines!\n   S'enfoncèrent, là-bas, dans le grand soir sans fond!\n\n  Que l'on est seul! que l'on est triste à l'heure austère!\n  Dans l'âme quel adieu! quel spleen et quel mystère!\n  Un lambeau de nos cœurs se meurt-il chaque soir?\n\n  Et lorsque tout se tait voilé du deuil de l'ombre,\n  Les en allés se lèvent-ils de l'oubli sombre\n  Pour accueillir le mort du rêve ou de l'espoir!\n                                                        AUGUSTE JENART.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 227, "page_fin": 232, "titre_corps": "La Joyeuse Aventure de l’Anthologie officielle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LA JOYEUSE AVENTURE", "ancre_fin": "Nous n avons rien à ajouter", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SALON DE PARIS", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 262, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 961, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "LA JOYEUSE AVENTURE\n                                       DE\n\n\n                 L'ANTHOLOGIE OFFICIELLE\n\n                                                      Much ado about nothing.\n\n             La Jeune Belgique ne se trompait pas, lorsque dans le memento\n              de sa dernière livraison, elle disait :\n                 Au moment de mettre sous presse, on nous annonce la publication\n               d'une Anthologie d'auteurs belges, subsidiée par le gouvernement.\nCollecteurs : MM. Edmond Picard, Georges Rodenbach, Emile Verhaeren et Camille\nLemonnier.\n                                                                        16\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "                                         — 228 —\n\n\n   Le même jour paraissait l'Art moderne où nous pouvions lire ceci :\n\n   Quand après le discours de M. Slingeneyer à la Chambre, il y a quelques semaines,\nfrappés de sa proposition de publier une Anthologie des écrivains belges, pour l'instruc­\ntion de ce public étonnant auquel jadis Deschanel put lire deux heures des vers d'un\ninconnu qu'il révéla être Van Hasselt, — Lemonnier, Rodenbach, Verhaeren et votre\nserviteur (1), conversant, dans une paisible retraite, bien loin des tavernes où les gens-\nde-lettres vident les bocks et évacuent leurs idées, nous nous dîmes : « Mais si nous la\nfaisions cette Anthologie », l'un de nous, à qui vingt ans de fréquentation à trop courte\ndistance de la vénéneuse cohue des plumigères avait donné la clairvoyance des prophètes,\ndit flegmatiquement : « Vous entendrez d'incomparables coassements sur les bords de la\nmare aux grenouilles qui nous tient lieu de patrie ».\n    Il ne se trompait pas, le voyant. Ça y est ! Ces jours derniers le divin concert (grenouil­\nlère ou chiennerie, qu'importe) a commencé ses mélodieux accords. Les cordes journa­\nlistiques résonnent. Ah ! quel charivari !\n    Donc pas surpris, nous. Contents, au contraire. En effet, puisque c'était prédit. On est\ntoujours satisfait d'avoir prédit.\n    Que les criaillements (criailleries serait faible) de ces milices de Saint-Basile soient\nabondamment mélangés de vilenies et de calomnies, qui s'en étonnerait, qui s'en offus­\nquerait! C'est absolument comme si, frappant sur des casseroles fêlées, on espérait en\nfaire sortir les sons de la cythare. Ou comme si, étripant un porc mort de contagion, on\ns'attendait à respirer les parfums de la rose. Trahit sua quemque voluptas : ils y vont,\nces amours, chacun selon ses moyens. Ne nous émotionnons pas, rectifions seulement.\n    Nous allons donc faire une Anthologie des écrivains belges. Oui, Monsieur. Avec l'aide\ndu Gouvernement, du Gouvernement clérical, oui, mon cher Monsieur. Sans avoir\n demandé la permission de votre clique, oui, mon petit Monsieur.\n     C'est hardi, n'est-ce pas?\n    A nous, ça nous a paru tout simple. Nous avons été séduits par cette idée que nous\n allions, une fois de plus, braver la coalition de ceux qui se croient avoir l'aptitude à tout\n empêcher et à tout permettre, nous moquer de la réclame sans laquelle le bruit court\n qu'on ne peut rien faire, rompre en visière à la Grande Vermine, bousculer quelques\n préjugés qui semblent bien portants, nous lancer dans une de ces aventures où l'on\n a contre soi toutes les forces que les médiocres courtisent et qu'il est délectable de\n mépriser.\n     Quel sera notre choix pour la formation de ce bouquet de fleurs du terroir, puisque\n bouquet il y a, Anthos voulant dire fleurs? C'est ce qui épouvante. Pensez donc, entre\n autres, Lemonnier, l'auteur de l'Hystérique! Et Verhaeren, l'auteur des Flamandes!\n     Braves concitoyens, si fraternellement bienveillants pour les vôtres, nous avons un but\n  très compliqué : Composer un ensemble exprimant impartialement, sans distinction sotte\n  d'opinions, l'évolution de la littérature nationale en langue française depuis 1830. Histoire,\n  Roman, Critique. Ces jours-ci nous avons dressé une première liste provisoire. La\n  voulez-vous connaître ? La voici :\n     Thonissen, de Saint-Génois, de Reiffenberg, Altmeyer, Brialmont, Coomans, De\n\n\n   (1) M. Edmond Picard                          (N.                           D. X. R.).\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "                                        — 229 —\n\nDecker, de Gerlache, De Fré, Devaux, Gens, Grandgagnage, Victor Joly, Marie Joly,\nKervyn de Lettenhove, Moke, Nothomb, Van Bemmel, Van Praet, Veydt, Wiertz, De\nCoster, Delaveleye, De Monge, De Reul, Frédérix, Gravière, Greyson, Hymans,\nLeclercq, Lemonnier, Picard, Prins, Jean Rousseau, Pirmez, Arthur Stevens, Vander\nKindere, le chanoine Van Weddingen, Wilmart. Godefroid Kurth, Pergameni, Solvay,\nEekhoud, Heusy, Alvin, Faider, Destrée, l'abbé Van Tricht, Rops, Fétis, Maubel, Vande\nWiele, Waller, Van Drunen, Nautet, James, Demblon, Nizet, Maus, Goffin.\n\n  A la suite de cette bizarre élucubration, nous envoyâmes à une revue\namie, L'Artiste, deux listes de noms oubliés par MM. les Anthologistes,\nnous engageant d'ailleurs à en trouver encore de non moins importants ;\nvoici ces noms :\n  MM. Potvin, Van Hasselt, Tiberghien, Siret, Victor Wilder, le baron\nde Haulleville, Namèche, Georges Vautier, Mme Popp, Eugène Landoy,\nThéodore Juste, Fétis, Gevaert, Léon Dommartin, Edmond Cattier,\nJean Fusco, Franz Mahutte, Emile Valentin, Discailles, d'Omalius\nd'Halloy, le comte du Chastel, Ducpétiaux (40 volumes de prose),\nAbrassart (12 volumes), le capitaine Girard, Victor Arnould, le comte de\nSpoelberg de Lovenjoul, Liagre, Quetelet, le général Eenens, Flor\nO'Squarr, Houzeau, Rolin-Jaequemyns, Lecointe, Nollée de Noduwez,\n Genissieu, José de Coppin, Loise, Goblet d'Alviella, Delboeuf, Haus, Nypels,\n Laurent, Frison, Coppieters, F. Cousot, Kufferath, Tardieu, Harry, Karl\n Maubray, Jérôme Becker, Joseph Nève, Jules Van der Brugghen, Maurice\n Hagemans, F. Gravrand, Karl Grün, Mme Deros, Eugène Hins, le\nR. P. Broeckaert, le R. P. De Smet, de Woelmont, Pierre Olin,\nA.-J. Wauters, Henne et Wauters, Willems, Fern. Gueymard, Bogaerts,\n Marcelin Lagarde, Ph. Bourson, H. Van Dorslaer, Tilman, Faber, Alfred\nMichiels, Van der Straeten, Léop. Stapleaux, Cl. Lyon, Chalon, Aug.\n Lavallé, Alb. Verhaeren, Greyson, Combes, J. de Mauriac...\n  L'Art moderne ne répondit naturellement pas, trouvant sans doute que\nces noms étaient indignes de son choix judicieux.\n   Cependant, prévoyant qu'il y aurait quelque révolte de la part des\njeunes, il trouva ceci :\n   « Dans notre article de dimanche dernier, nous envisagions l'hypothèse des refus\nd'autoriser la reproduction de morceaux choisis. C'est le droit de l'artiste. Mais la loi\nautorise les articles critiques avec citations. Si par l'effet des intrigues de quelque coterie,\nnous nous trouvions devant un tel obstacle, nous le tournerions par une étude sur\nl'auteur récalcitrant (pourvu qu'il en valût la peine, car il est des convives équivoques\nqu'on invite par convenance, mais dont on se réjouit d'être débarrassé quand ils ont le\nbon sens de refuser) et l'Anthologie restera ainsi complète, sans souffrir de ces mesqui­\nneries. « (L'Art moderne, 17 juin)\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "                                         — 230 —\n\n  C'est à la suite de ce singulier défi que nous adressâmes, le 28 juin, à M. le\nministre des Beaux-Arts, la lettre suivante :\n\n                     MONSIEUR LE MINISTRE,\n\n    Une revue hebdomadaire, l'Art moderne, annonçait, dans son numéro du 12 juin, la\n publication d'une Anthologie des écrivains prosateurs belges, subsidiée par le départe­\n ment des beaux a n s .\n    Plusieurs artistes appartenant au groupe de la Jeune Belgique, pour des raisons qui\n ne relèvent que de leurs convictions littéraires, ont l'intention d'user du droit que leur\n confère la loi sur la propriété littéraire, que vous avez fait voter par la législature il y a\n quelques'mois, et d'interdire la reproduction de leurs travaux.\n    Prévoyant cet obstacle, les anthologistes ont décidé de tourner la loi et voici comment\n ils formulent leur intention :\n    « Dans notre article de dimanche dernier, nous envisagions l'hypothèse des refus\nd'autoriser la reproduction de morceaux choisis. C'est le droit de l'artiste. Mais la loi\nautorise les articles critiques avec citations. Si par l'effet des intrigues de quelque coterie,\nnous nous trouvions devant un tel obstacle, nous le tournerions par une étude sur l'auteur\nrécalcitrant (pourvu qu'il en valût la peine, car il est des convives équivoques qu'on invite\npar convenance, mais dont on se réjouit d'être débarrassé quand ils ont le bon sens de\nrefuser) et l'Anthologie restera ainsi complète, sans souffrir de ces mesquineries. » (L'ART\nMODERNE, 17 juin.)\n   S'il est vrai qu'en promulguant une loi sur la propriété littéraire vous avez eu pour but\nunique, Monsieur le Ministre, d'entourer toute production d'art d'une sauvegarde rigou­\nreuse, vous apprécierez s'il y a lieu de délivrer une lettre de marque à la manœuvre qui\nse prépare et qui, si elle arrivait à son but, relèverait des tribunaux. Que les anthologistes\nreçoivent de vous, Monsieur le Ministre, tels encouragements qu'il vous plaira de leur\naccorder, rien de mieux, à la condition qu'ils observent les lois et respectent la volonté\ndes écrivains.\n   Comme éditeur de la revue la Jeune Belgique et comme écrivain, au nom de mes\nconfrères et amis qui partagent mes idées et en mon nom personnel, je vous prie,\nMonsieur le Ministre, d'empêcher que la Belgique continue à passer pour le pays légal\nde la contrefaçon littéraire, et j'ai l'honneur de vous envoyer l'assurance de mon confiant\net profond respect.\n                                                           MAURICE WARLOMONT,\n                                                        directeur de la Jeune     Belgique.\n\n   L ' A r t moderne étant hebdomadaire, eut le temps de riposter et nous\ndemanda naturellement la liste des M confrères et amis » dont il est ques­\ntion. Comme MM. les Anthologistes, avant d'entreprendre leur œuvre,\nseront obligés de demander autant d'autorisations à reproduire, qu'il y aura\nde vivants parmi les auteurs de leur choix, il leur sera facile de compter\nceux qui déclineront l'honneur grand, et nous voulons leur laisser tout\nl'inattendu de la chose.\n   Au reste, les surprises ne manqueront pas, et si MM. les Anthologistes\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "                                          — 231 —\n\n\n— ou plutôt Me Picard qui heureusement est seul responsable des gaffes,\nerreurs, grossièretés qui s'accumulent de son côté, — si donc Me Picard\nveut jouir d'une petite chose inédite, nous lui offrons ici la réponse que\nl'on nous a faite ; on peut y lire ceci :\n\n   L'Anthologie, objet de la lettre que vous m'avez fait\nl'honneur de m'adresser, en date du 28 juin, n'est pas\nune œuvre gouvernementale, et les écrivains qui en ont\nconçu le projet, auront à l'exécuter à leurs risques et\npérils, sous leur responsabilité absolue.\n   Si, à raison de leur entreprise, ces écrivains provo­\nquaient des contestations quelconques, c'est aux tribu­\nnaux qu'il appartiendrait de les juger.\n   Le Gouvernement de ce chef n'a à assumer aucune\nresponsabilité.\n   D'où il résulte que Me Picard a puisé le fameux subside dans sa féconde\nimagination et qu'il a vu ce que nous n'avons pas vu.\n   De son initiative privée, il va faire une Anthologie; qu'il en fasse dix s'il\nle veut, c'est son droit absolu et nous n'avons pas à y redire; mais pourquoi\ndiable nous a-t-il fait verser tant d'encre à l'occasion de son songe d'une\nnuit d'été.\n                                                                     MAX W A L L E R .\n\n  N. B. Pour donner complet le dossier de cette amusante affaire, mettons\nen regard deux citations curieuses, dont nous soulignons les points les plus\ndrolatiques. Nous les intitulerons :\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1462, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "Me PICARD EN 1883."}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1536, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "Oui, jeunes gens, la vie de ces deux"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1624, "fin_caractere_exclue": 1664, "texte": "hommes restera pour nous un grand ensei­"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1716, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "gnement. Elle peut être imitée dans tout"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1806, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "ce qu'ils ont fait depuis l'âge où ils ont"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "commencé à écrire. Elle nous montre que"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "le grand art dédaigne les protections gou-"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2065, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "vernementales, et qu'il n'a pas besoin d'elles"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2145, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "pour réussir, que, seul, il dépasse les bornes"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2239, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "au delà desquelles ne vont jamais ceux que"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2331, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "l'appui officiel soutient. Aussi, puisque l'oc­"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2428, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "casion, déjà presque oubliée de cette fête,"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2520, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "a été l'étrange et injuste refus d'accorder"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1501, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "Me             PICARD EN 1887."}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1586, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "Nous allons donc faire une Anthologie"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1674, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "des écrivains belges. Oui, Monsieur. Avec"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "l'aide du Gouvernement, du Gouvernement"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1856, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "clérical, oui, mon cher Monsieur. Sans avoir"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1951, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "demandé la permission de votre clique, oui,"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2045, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "mon petit Monsieur."}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "C'est hardi, n'est-ce pas?"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2198, "fin_caractere_exclue": 2238, "texte": "A nous, ça nous a paru tout simple. Nous"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2289, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "avons été séduits par cette idée que nous"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2381, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "allions, une fois de plus, braver la coalition"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2478, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "de ceux qui se croient avoir l'aptitude à"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2570, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "tout empêcher et à tout permettre, nous"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "au plus grand de nos écrivains une récom­"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "pense qui lui revenait de droit, pouvons-"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 284, "texte": "nous, aujourd'hui qu'un tel acte a augmenté"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 331, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "notre mépris pour toutes ces distinctions"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 465, "texte": "arbitraires, renvoyer à ceux gui en dispo-"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 515, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "sent, tout ce qui pourrait en revenir aux"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 611, "fin_caractere_exclue": 654, "texte": "nôtres. Qu'ils gardent pour eux leurs prix,"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 704, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "leurs médailles, leurs décorations, leurs"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 778, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "faveurs. Dédaignons-les.       Dans la cohue"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 874, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "des médiocrités qui s'abritent autour d'eux,"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 920, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "ils trouveront toujours assez de personna­"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 964, "fin_caractere_exclue": 1011, "texte": "lités dignes de les recevoir; qu'il soit désor-"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "mais acquis, dans notre art libre et notre"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1057, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "littérature indépendante, que nous savons"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "réussir sans rien obtenir, et que nos œuvres"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1146, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "seront d'autant plus belles et plus fortes"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1231, "texte": "qu'elles grandiront dans une liberté plus"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1233, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "haute et plus fière. (Discours prononcé pen-"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1279, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "dant la manifestation organisée par la"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1357, "texte": "Jeune Belgique en l'honneur de Camille"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "Lemonnier (le 27 mai 1883)."}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "moquer de la réclame sans laquelle le bruit"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "court qu'on ne peut rien faire, rompre en"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 329, "texte": "visière à la Grande Vermine, bousculer"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 381, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "quelques préjugés qui semblent bien por­"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 473, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "tants, nous lancer dans une de ces aven­"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "tures où l'on a contre soi toutes les forces"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 661, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "que les médiocres courtisent et qu'il est"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 754, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "délectable de mépriser."}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "(L'Art   moderne,   17 juin)."}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1388, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "    Nous n'avons rien à ajouter.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 232, "page_fin": 237, "titre_corps": "Salon de Paris", "titre_sommaire": "Le Salon de Paris", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Devillers", "ancre_debut": "SALON DE PARIS", "ancre_fin": "Juin 1887", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 267, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1449, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "SALON DE PARIS\n               I1 devient aussi utile qu'humain de décourager tous les jeunes\n                hommes qui veulent encore, aujourd'hui, faire de la peinture ;\n                — et si après leur avoir démontré qu'en bien faire ne compte\n                guère, qu'un tableau suffisant est aussi perdu dans la marée\n montante des Salons qu'un galet sur la plage, si après avoir affirmé à tout\n enthousiaste, hanté par les médailles de demain, qu'en dépit de quelques\n succès éphémères, il y a gros à parier que dans un demi-siècle ses toiles\n Seront la proie dé celles d'araignées ; si après lui avoir dit qu'il devra se\n cloîtrer, travailler, souffrir, lutter toujours, être conspué, et cependant\n rester fier et toujours intolérant ; qu'enfin il lui faudra trouver encore une\n formule inédite qui soit en même temps l'expression intense de son senti­\n ment intime; si alors, voyant la profondeur du précipice, il répond brave­\n ment... qu'il le tournera — tournez-lui le dos; si au contraire il se déclare\n attiré par lui; plaignez-le et encouragez-le... il aura raison un jour, ou\n grossira le nombre de ces Claude, que les imbéciles seuls prennent pour de\n modestes ignorés, et qui ne sont heureusement que des orgueilleux.\n    Plus les Halles sont encombrées et plus les Ventres-de-Paris peuvent se\n montrer exigeants. Dans un Salon de 2,500 toiles, le talent moyen est fata-\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2966, "texte": "                                  — 233 —\n\n lement sacrifié au profit des Personnels, ce qui est peut-être dur mais\n heureux et juste. Si l'on voulait parler de tous ceux qui font de la peinture\nproprement, comme un professeur, plus ou moins Des Essart fait des vers\n corrects, ce n'est plus d'articles de critique mais d'un journal quotidien\n qu'il faudrait s'occuper.\n    Je serai donc bref :\n    Bonnat, qui est plutôt un robuste, qu'un violent, a fait un beau portrait\n de M. Dumas fils, c'est bien vivant sans être trop maçonné, le peintre de\n ce gavroche-mystique qui joue au philosophe, embêté qu'il est de n'avoir\n que tout plein d'esprit, a été mieux inspiré que son modèle qui s'est cru de\n force à jongler avec le nom d'Hugo, et a pensé, ô l'erreur! qu'il lui était\nloisible de l'enterrer sous la cendre de sa cigarette de boulevardier.\n    On reprochait un jour à Henner de refaire toujours la même petite\n nymphe (et ce « on » était quelqu'un) ; alors il répondit, son énigmatique\nsourire de faune aux lèvres, et avec ce bon accent d'Alsacien patriote qui\nfait chaud au cœur :\n    « C'est parce que je ne la trouve jamais assez PIEN... »\n   Ce maître incomparable de la chair, expose deux petites toiles : Une\n Créole, et une Hérodiade, qui flanquent une claque à tout ce qui est dans\nla salle — excepté cependant à la Madeleine, de Falguière, peu faite, mais\nd'une simplicité et d'une unité de ton adorables.\n   La médaille d'honneur a été votée à M. Cormon pour les Vainqueurs\nde Salamine. C'était son tour. Cette grande toile ressemble un peu à la\nfin du cinquième acte d'une féerie.\n   M. Duez expose un Pré grandeur naturelle, dont le vert cru coupe\ndésagréablement le gris-bleu de la mer ; une vache peu d'aplomb est sauvée\ndans sa chute par un arbre obligeant. Ce peintre de talent s'est vastement\ntrompé.\n   La toile de M. Roll sent la poudre.\n   Le grand tableau de M. Clairin, Funérailles de V. Hugo, n'est qu'une\nillustration agrandie.\n   Les peintres perdent le sens de la proportion, ils sacrifient au mauvais\ngoût d'un public qui veut d'autant plus grand qu'il voit petit. Je voudrais\nvoir la Joconde, inconnue, dans un Salon annuel... ce qu'on passerait\ndevant !\n   Beaucoup de paysages, presque tous acceptables ; peu de pénétrants, de\npersonnels. Quelques peintres comme Rapin restent fidèles à la saine\npoésie et à eux-mêmes ; celui-ci est par excellence un délicat et un sensible ;\nen des colorations atténuées, il sait traduire toutes les caresses matinales\nqui rôdent dans l'air ambiant, et toutes celles plus mélancoliques des fins\nde journées automnales. Les deux toiles : Matin au bord du Doubs, et\nAutomne, sont à la hauteur de son tempérament de synthétique ému. La\npremière est achetée pour le Luxembourg.\n   M. Pointelin, dans sa peinture aussi bien qu'en ses superbes pastels,\ndemeure plus sombre ; c'est le poète du soir, de l'entrée en scène de la\nnuit. Sur les monts est son meilleur tableau de cette année. M. Pointelin\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "                                  — 234 —\n\n prouve une fois de plus qu'il n'est pas besoin d'une toile démesurée pour\ndonner une impression forte et durable.\n   MM. Rapin, Pointelin, Cazin, sont des poètes dont Corot serait content\n— quelques autres restent bons paysagistes, la masse est praticienne. Il y\na encore Jean Desbrosses, mis trop tardivement hors concours cette année\npour sa belle Vue du Mont-Dore; celui-là est un véridique, hardi et san­\nguin, qui a une façon si vraie de voir la nature, qu'il arrive à faire aimer\nla vérité crue ; c'est encore une façon d'être personnel qui n'est pas à la\nportée de tout le monde. Il faut aussi songer à ceux qui, vieux, font partie\nde la grande école qui a été la rénovatrice : je veux parler de Français,\n Harpignies, Bellel — des maîtres que les jeunes impuissants commencent\nà ignorer.\n   M. André Brouillet est un peintre encore jeune et déjà très arrivé ; c'est\nun travailleur et un consciencieux ; sa Leçon clinique à la Salpétrière,\nnous montre le docteur Charcot, soutenant d'un bras une femme hypno­\ntisée, et expliquant le phénomène à son auditoire. Il y a là les docteurs\n Paul Richer, Féré, de Bourneville, Gilles de la Tourette, e t c . . puis\n Philippe Burty, Jules Claretie, Naquet, Paul Arène, en tout une tren­\ntaine de portraits brossés avec une belle sûreté de main. M. Brouillet a en\nlui un impérieux besoin de sincérité qui lui fait volontiers tenir en réserve\n ce qu'il a d'essentiellement individuel dans la vision, et même dans son\n désir de créateur. C'est un opiniâtre, très en vue, ce qui est justice, et qui\nse reposera quelque jour en nous donnant de ces œuvres qui sont des enfants\npréférés, faits librement, à l'aise, et dans le bon silence de l'alcôve.\n   Valadon, toujours exalté et poète, irrégulier et artiste, brusque et tendre,\nheureusement faillible comme ceux qui sont de race; Valadon dont un\ninfluent répétait avec quelque ironie ce mot qui est pourtant d'un beau\npeintre : « Moi, quand je sens que j'ai vibré, je m'arrête... » Valadon expose\nun portrait de femme de facture un peu rapide, mais où des superbes bleus\nde velours rachètent la hâte de l'exécution. Son autre toile, Amour de\nl'art, et qui devait s'appeler primitivement Andante, est une œuvre atti­\nrante. Une femme joue du violon — sujet si l'on veut, étude plutôt; l'ar­\ntiste, sans être peinte tout à fait en pied, est vue grandeur naturelle : le\ngeste demandait le titre supprimé Andante; l'expression veut le dernier,\nsynonyme de souffrance ; les blancs jaunis de la tunique de laine sont\ndignes de la palette d'un maître ancien. Valadon est sûr de vivre après lui ;\ncertitude qui se fait rare aujourd'hui.\n   M. Cabanel, redevenu lui-même, n'est plus supportable. Sa Cléopâtre,\nennuyée moins encore qu'ennuyeuse, demeure stupide en voyant que les\npoisons qu'elle fait administrer à de siens esclaves ont pour effet de faire\nparaître si petits des suppliciés qui sont aussi près d'elle. C'est l'école de\nl'anti-perspective.\n   Par exemple, je voudrais vider une bonne fois une querelle avec quelques\nmiens amis au sujet de Jules Breton. Je l'aime ce peintre-poète, toujours,\net souvent beaucoup; et si Philistin je suis, Philistin je tiens à rester. Je\nsais bien que Jean Dolent, un délicat de la plume, qui a toujours de la\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "                                  — 235 —\n\ncharpie prête pour les blessures qu'il fait, trouve qu'il arrondit, qu'il\nignore le geste direct, comme il lui fut dit un soir chez Leconte de Lisle,\nsoit... Mais un autre,..plus méchant que Dolent et qui ne l'est que par amour\nde l'art, a dit : « C'est du Millet arrangé pour le piano!... » Enfin, un\ntout doux, qui a autant de talent que de férocité, s'étonnait devant moi que\nl'on fît bon marché de Bouguereau quand on acceptait Jules Breton.\nDiantre ! c'est rbide, cher ami; Bouguereau est un imprimeur sur étoffes,\nusine à Puteaux ou ailleurs, et Jules Breton est un poète, incontestable­\nment; quand on a fait la Procession dans les blés du Luxembourg et der­\nnièrement le Chant de l'alouette, on est, en même temps qu'un vrai peintre,\nun penseur ému et qui émeut.\n   S'il y a fort peu de tableaux attirants au Salon, fort peu de toiles qui se\ngravent dans la mémoire, Eugène Carrière, lui, sait être un de ces rares\nartistes dont les œuvres se fixent en nous, inoubliables, et, quoique d'un\ncoloris qui semble effacé et n'est que pénétrant, nous hantent, une fois\nvues, comme le souvenir d'un rêve s'épand et se case au cerveau. Son\ngrand portrait en pied, du sculpteur Louis-Henri Devillez, dans son ate­\nlier, vient d'obtenir une seconde médaille — passons ; — les Grecs, d'un\ngoût douteux, de M. Cormon, même avec leur médaille d'honneur, feraient\ntriste figure à côté de cette toile étonnante de vérité, de simplicité, de tran­\nquillité. Cela semble l'œuvre d'un maître d'une autre époque; on est peu\nhabitué à ce profond mépris du tire-1'œil, à cet amour parfait du sentiment\npersonnel; — le sujet lui-même, M. Devillez, debout, pétrissant une bou­\nlette de terre, et vêtu d'un tricot de laine, pourrait passer pour quelque\nsculpteur Florentin. La tête est belle, expressive, et prêtait au grand por­\ntrait. Un superbe épagneul se caresse aux jambes du portraituré et fait une\nbelle tache au centre de ce tableau qui, plus tard, devra trouver sa place\ndans quelque grand musée.\n   Ce sculpteur Devillez, un véritable artiste encore, expose un groupe en\nplâtre aussi hardi que savant : Les Sylvains; une femme nue, plantureuse,\nest étendue à terre et dort profondément, couchée sur le ventre. Les jambes\nécartées sont d'un modelé parfait, la nature est absolument vue et res­\npectée. La femme est robuste, un sein gonflé s'offre, pressé par le corps, à\nterre; et deux petits sylvains, des maraudeurs, se battent à qui le premier y\npuisera la vie ! C'est la Terre, la Maya, la Nourrice! En somme, une con­\nsciencieuse et belle chose.\n   Le nu'? — grave affaire ! Que de peintres font du nu comme ils scieraient\ndu bois, sans savoir pourquoi — combien peu ont encore la religion jalouse\nde la forme; l'unique, la belle, l'ancienne! que l'impuissance des généra­\ntions nouvelles est venu combattre au nom de je ne sais quel idéalisme gro­\ntesque? Comme si la matière divinisée n'était pas l'unique vase qui puisse\nrenfermer l'idéal !\n   Henner n'expose pas de figure nue cette année; c'est un vide.\n M. Carolus-Duran nous montre une Andromède qui me paraît bien peu\ninquiète de son sort, mais qui a le mérite d'être d'un bien joli ton.\n   Une femme nue qui se chauffe, tel est le titre d'une toile de M. Besnard ;\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "                                  — 236 —\n\n un artiste qui tient à recueillir la succession de Manet, cherche à faire\n hurler le bourgeois et n'arrive qu'à intéresser les artistes. Votre dame nue,\n assise en chien-de-fusil, a, M. Besnard, des qualités d'étude que nous ne\n saurions nier, mais qui ne suffisent pas pour donner longue vie à un\n tableau. Vous pouvez autre chose, prouvez-le à ceux qui en doutent.\n    M. Gervex a peint sa scène d'hôpital; le docteur Péan démontre, sur le\n torse d'une femme demi-nue. Nul ne joue des blancs comme M. Gervex,\n mais comme il y mêle je ne saurais dire quelle substance aphrodisiaque qui\n n'est pas à dédaigner, qu'il nous réédite Marion, l'épouvante du Jury, ou la\n Femme au masque. Il est bon d'approprier son sujet à son mot. M. Gervex\n a de la polissonnerie sur sa palette, qu'il s'en serve.\n    Chaplin, c'est différent ; c'est un voluptueux qui couche avec le souvenir\n de Fragonard. Emprunter au XVIIIe siècle est une preuve de haut goût;\n s'en rapprocher est une louable ambition. Je tiens l'école française de ce\n temps (seul temps de l'école française pour de bon) pour une des plus déli­\ncieuses manifestations de la poésie des sens associés à l'esprit. Dans les\nrêves, qu'expose cette année M. Chaplin, est une femme couchée, plus\nenchiffonnée que nue, et que caressent, avec une gredinerie sans pareille,\nune foule pressée de touches, de jeux de couleurs, qui sont des chatouilles,\ndes baisers, de jolies inconvenances de derrière les rideaux. On a dit :\n« Une femme dans de la crême fouettée ». — Moi, si je suis invité, j'en\nredemande !\n    L'Armide en zinc, de M. Jacquet, ne peut être qu'une gageure que d'au­\ntres parmi toutes ces dames au Salon, du Salon si vous voulez, méritent,\ncomme l'infortunée de M. Jacquet, d'être abandonnées par leur Renaud!\nUne Eve, au pastel, Eva dit le livret, est peut-être la plus jolie chose que\nje connaisse de M. Feyen-Perrin : debout, vue de dos, près d'un arbre\nqu'elle touche, elle guette?... le serpent, parbleu! De sa chair une vapeur\nduveteuse se dégage, qui sensualise l'air ambiant, jusqu'alors vierge de\ndésirs.\n    J'avais promis à la Jeune Belgique, où j'aime écrire, parce qu'on y est\nlibre, deux mots sur le Salon ; j'ai déjà dépassé et j'ai peur d'être coupé (1).\nNous verrons.\n    M. Montenard voit bleu et bien. J.-P. Laurens reste un fort qui sculpte\nde la peinture. Mesdag connaît la mer. Matejko voit jaune à outrance!\nJeannin et Grivolas restent fidèles aux fleurs qu'ils aiment. J. Béraud con­\ntinue de fixer les types parisiens ; cette année les avocats ont posé. La Cène,\nde M. Uhde, est d'une vérité rétrospective de penseur. Vollon reste un\nmaître. Rochegrosse s'inspire de Plutarque pour nous évoquer le meurtre\nde César; mais il nous montre en une autre petite toile, qui rappelle le\nGérome du bon temps, une Salomé dansant devant Hérode, qui est d'un\nfaire et d'un ragoût des plus intéressants. M. Benjamin Constant, le peintre\nqui sait éveiller chez l'homme, comme dit notre confrère Hugues le Roux,\n« ce désir toujours dormant de la femme esclave, de la douce bête tendre\n\n (1) Va toujours!                                              ( N . D. L . R.)\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "                                     — 237 —\n\nqui n'aurait pas d'âme », M. B. Constant expose une Théodora, assise sur\nson trône, et vêtue de draperies brochées d'or et de pierreries. Son second\nenvoi est un Orphée dans les montagnes de la Thrace. C'est un effort vers\nl'évocation grandiose et pensée d'un mythe immortel. Je consacrerai une\nétude à cette œuvre; mais je n'ai plus ici ni la place ni le temps; je ne\nciterai que les derniers vers d'un sonnet que le poète Haraucourt écrivit sur\ncette œuvre capitale dont il sera toujours temps de parler, et dont on ne\nsaurait parler à demi :\n               ... Seul ! alors, il s'en va vers l'inconnu, là-bas,\n               Vers la Mort, le front las, il s'en va, pas à pas,\n               Dans le renoncement du rêve et de la gloire.\n               Seul! il oublie... Et loin des clartés, loin du bruit,\n               Vieux d'espérer, vaincu d'aimer, usé de croire,\n               Tandis que le jour monte, il descend vers la nuit.\n  Puisque la médaille d'honneur n'a pas été votée à cet Orphée, je sais gré\naux voix intelligentes qui se sont portées sur l'œuvre superbe de M. Tatte-\ngrain : Les Casselois se rendant à merci au duc Philippe-le-Bon. C'est\npeint sans fracas, avec une ample unité de vision, c'est enfin le passé gran-\ndiosement reconstitué, avec autant de simplicité dans le côté historique que\nde puissance dans l'effet.\n  Et puis? Fantin-Latour qui nous écrit avec le crayon de couleur et le\npinceau de si troublants poèmes qu'un livre suffirait à peine pour les tra­\nduire, — et Puvis de Chavannes, le Grand chantre de l'Humanité; sorte\nd'Orphée, poète rétrospectif et cependant moderne, immuable et grand ;\nhier, aujourd'hui et demain !\n                                             HIPPOLYTE DEVILLERS.\n    Juin 1887.\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 238, "titre_corps": "Chronique littéraire : L’Initiation sentimentale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "M. 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Votre livre de début, si éclatant, si rempli, si vaste,\ncontient tout ce que les suivants délaient, et vous répétez en « tirant à la\nligne » les incohérences, heureusement rares, du Vice suprême. Votre\nNebo est un Mérodack affaibli, votre Paule de Riazan une princesse d'Esté\neffacée, et la part d'hermétisme, qui faisait sourire dans le Vice, agace\ndans l'Initiation. Laissez donc là votre Rose-Croix et votre magie. Rentrez\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "                                  — 238 —\n\n  dans la Vie, et s'il vous plaît de raconter la décadence des races latines,\n  sujet digne de votre grand talent, ne nous renouvelez pas, en des récits de\n  Sheherazade, les aventures du prince Rodolphe, d'Eugène Sue.\n     Vous prétendez dire notre temps, — et vous le peuplez de mages; vous\n  en êtes encore aux princesses déguisées en hommes, aux justiciers en habit\n  noir, aux adorateurs d'étoiles, cela dans la société parisienne que vous ne\n  voyez pas, mais que vous inventez. La décadence, réelle ou non, vous la\n  rendez invraisemblable, et vos héros n'existent qu'en dehors du monde\n  connu ; ils ne vivent pas plus que Monte-Christo ou Lagardère ; impos­\n  sibles comme eux, ils gravitent dans le rêve de votre imagination créatrice,\n  et tous sont autant de Péladan qui se ressemblent et se narcissisent dans\n  leur langage érudit. Vous avez lu, étudié, compulsé beaucoup et vous\n  passez devant votre écritoire le baccalauréat de votre science.\n     J'avoue qu'il est original de moderniser les choses chimériques. Merlin\n en frac avec gardénia, dansant au bal de l'Elysée, ne me choque point, et\n je conviens que votre tout-puissant Mérodack faisant de l'or, envoûtant les\n mauvais, fascinant les dames, est un type invraisemblable plein de gran­\n deur et de nouveauté. Mais c'est bon pour une fois cela; l'écrivain, devant\n l'art, n'a pas plus le droit de se plagier lui-même que de larronner les\n autres, et les raclages de veines exploitées ne donnent, vous le savez, que\n l'impalpable poussière qui dénonce leur néant. Est-ce le besoin de publier\n qui vous pousse à cette ingrate besogne, ou bien, avez-vous, d'un seul cri\n sonore et majestueux, cassé la voix dans votre gorge ?\n    Et la théorie de l'androgyne, théorie ancienne qui date des plus beaux\n temps de la statuaire antique, n'avez-vous point fini de l'introduire dans la\nréalité? Vous mettez un pantalon noir à l'héroïne, vous lui coupez les\ncheveux et c'est l'androgyne ! Et cette femme-homme aux formes floren­\ntines, sans le vouloir, vous la faites plus femme qu'aucune femme. Homme\npar le costume, elle a la passion physique et la passion morale de la Vierge\nou de l'Amante. Ce n'est plus qu'un déguisement de surface sous lequel les\nseins frissonnent, le ventre palpite, les sens s'abandonnent. Paule de Riazan\nne cesse d'avoir les yeux fixés sur Nebo; la concupiscence admirative pour\ncet être qu'elle sent supérieur n'a point d'arrêt, et si elle accepte de faire\navec lui ce voyage d'observation que vous appelez « périple » pour étonner\nnotre langage courant, c'est parce qu'elle est convaincue que l'initiateur\nsentimental sera l'initié corporel. Et que dirai-je de ce Nebo Joseph qui\nlaisse avec mollesse son manteau ès mains de la Paule Putiphar? Vous\navez, Péladan, fait tout ce qu'il fallait pour nous convaincre de votre vertu\nplatonique — pardon ! de celle de vos héros — et votre érotisme — pardon!\nle leur! — éclate ou plutôt jaillit à chaque mot, à chaque geste, à chaque\npas qu'ils osent hasarder, ces héros qui sont Vous !\n    Je ne vous dirai pas : « Laissez-moi rire » ménager que je suis de mes\nrires pour des écrivains drolatiques ; j'estime que vous avez droit, de par\nle Vice suprême, au respect littéraire des artistes qui sont et de ceux qui\nseront, mais permettez-moi de vous dire toute ma pensée et ne m'en\nveuillez pas de ma franchise. Votre livre n'est pas digne de vous.\n                                                                M. W ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 242, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Je te promets sa vie", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 131, "texte": "Nous avons donné plus haut la réponse"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 225, "texte": "de Me Picard. 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Et personne ne trouve"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1417, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "grâce devant lui, ni Alexandre Dumas père,"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "ni Augier, ni aucun des maîtres de la scène"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "contemporaine, — ni même Molière, Cor­"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "***                         neille et Racine. Mais c'est là rancune de"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "vieille dévote... Quand le diable n'en peut"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1870, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "plus, il se fait ermite. »"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "Sans commentaire."}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2170, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "M.Edmond Lambrichs, peintre méritant,"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2300, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "est mort le 25 mai dernier."}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2397, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "***"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2451, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "Un événement grave s'est passé le mois"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2538, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "dernier. En plein bois de Boulogne,"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2622, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "M Ile Martinez Campos a été enlevée par"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2710, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "M. Paul Wauwermans."}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2844, "fin_caractere_exclue": 2847, "texte": "***"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2899, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "Le troisième volume de l'Almanach de"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "l'Université de Gand (1887), vient de"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3070, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "paraître. La partie littéraire en est des plus"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3165, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "fournies et des plus choisies; signalons les"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3258, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "vers de MM. Paul Berlier, Aug. Vierset,"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3346, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "Georges Rodenbach, Fritz Elle; Carolus"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3475, "texte": "Bex, Nihil, etc. Dans le recueil se trouve"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3524, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "la nouvelle Lettre à Lieschen, que nous"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3612, "fin_caractere_exclue": 3653, "texte": "reproduisons ci-dessus. Plusieurs noms et"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3702, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "pseudonymes des écrivains de l'Almanach,"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3791, "fin_caractere_exclue": 3832, "texte": "nous sont inconnus, mais ils dénotent des"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3920, "texte": "***                         artistes jeunes et charmants à qui nous"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 4015, "fin_caractere_exclue": 4057, "texte": "envoyons toute notre sympathie littéraire."}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 4167, "fin_caractere_exclue": 4170, "texte": "***"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 4221, "fin_caractere_exclue": 4264, "texte": "Reçu : L'Ame       entrevue,   poésies   de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 86, "texte": "M. Frans Van Peleghem. Le volume est"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "remarquablement imprimé par la maison"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 238, "texte": "Monnom."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 342, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "***"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "C'est M. Albert Mockel et non M. Siville"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 504, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "qui est l'auteur de la plaquette des Fu-"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 597, "fin_caractere_exclue": 638, "texte": "mistes wallons, récemment mise en vente à"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "Liége."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 803, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "***"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Il y a eu des surprises, cette année, aux"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 968, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "concours du Conservatoire."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1029, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "Une débutante de la classe de M. War­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "nots, Mlle Bauveroy a choisi comme second"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1181, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "morceau de concours le récit de Sieglinde"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1273, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "au premier acte de la Walküre."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1366, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "On dit même — chose invraisemblable"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "— que c'est M. Gevaert qui le lui a con­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1551, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "seillé!!!"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1646, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "M. Gevaert Jeune-Belgique!"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1737, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "Eh bien ! et nous alors ?"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1826, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "Ajoutons que la débutante, qui possède"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "un fort joli soprano dramatique, a très intel­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "ligemment phrasé ce fragment de Wagner."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2102, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "Voici donc un nouveau nom — que"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2191, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "disons-nous? — DEUX nouveaux noms"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "d'artistes à retenir."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "***"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2563, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "Dans la Bibliothèque nationale de la rue"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2650, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "Richelieu, vient de paraître en trois volumes"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2739, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "à cinq sous, une curieuse réimpression de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "L'An deux mille quatre cent          quarante,"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2921, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "rêve s'il en fut de Mercier, l'auteur du"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3027, "texte": "Tableau de Paris."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3189, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "Choses vues, par Victor Hugo, sorte de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3278, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "mémoire-journal d'une saveur toute par­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3369, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "culière où le maître a consigné des faits et"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3461, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "des figures d'un haut intérêt."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3556, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "Voici comment l'Académie juge les con­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3736, "fin_caractere_exclue": 3755, "texte": "cours littéraires :"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3852, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "« A l'Académie française, on juge le con­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3987, "fin_caractere_exclue": 4018, "texte": "cours de prose. Voici comment :"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4112, "fin_caractere_exclue": 4152, "texte": "« M. de Barante lit une brochure, M. Mé­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4245, "fin_caractere_exclue": 4287, "texte": "rimée écrit, MM. Salvandy et Vitet causent"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4379, "fin_caractere_exclue": 4420, "texte": "à voix haute, MM. Guizot et Pasquier cau­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4511, "fin_caractere_exclue": 4550, "texte": "sent à voix basse, M. de Ségur tient un"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4640, "fin_caractere_exclue": 4680, "texte": "journal, MM. Mignet, Lebrun et Saint-Au­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4771, "fin_caractere_exclue": 4812, "texte": "laire rient de je ne sais quels lazzis de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4902, "fin_caractere_exclue": 4945, "texte": "M. Viennet, M. Scribe fait des dessins à la"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "plume sur un couteau de bois, M. Flourens"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "arrive et ôte son paletot, MM. Patin, de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "Vigny, Pongerville et Empis regardent le"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "plafond ou le tapis, M. Sainte-Beuve s'ex­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "clame de temps en temps, M. Villemain lit"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 553, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "le manuscrit, en se plaignant du soleil qui"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 646, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "entre par la fenêtre d'en face, M. de Noailles"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 742, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "est absorbé dans une manière d'almanach"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 831, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "qu'il lient entr'ouvert, M. Tissot dort. Moi"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "j'écris ceci. Les autres académiciens sont"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "absents."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "« Le sujet du concours est l'éloge de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1165, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "Mme de Staël. »"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1233, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "A l'occasion d'un dîner chez M. de Sal­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 1362, "texte": "vandy, nous assistons à une portraicture"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1412, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "des plus curieuses des célébrités de l'époque:"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "« Hier jeudi, j'ai dîné chez M. de Sal­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "vandy, ministre de l'instruction publique."}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "Il y avait le marquis de Normanby, ambas­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1783, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "sadeur d'Angleterre; le duc de Caraman,"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "jeune grand seigneur intelligent et simple,"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 1965, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "très occupé d'études philosophiques ; Dupin"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "ainé, avec son air de bourgeois brusque;"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2148, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "M. de Rémusat, l'académicien d'il y a huit"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2240, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "jours, esprit fin, intelligence impartiale;"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2333, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "M. Gay-Lussac, le chimiste, que la renom­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2424, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "mée a fait pair de France et à qui la nature"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2518, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "a donné une figure de bon paysan , l'autre"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2610, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "chimiste, M. Dumas, homme de talent, un"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2699, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "peu trop frisé, et montrant beaucoup le"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2788, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "ruban de commandeur de la Légion d'hon­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2877, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "neur; Sainte-Beuve, chauve et petit; Alfred"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3009, "texte": "de Musset, avec son air jeune, sa barbe"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3059, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "blonde, ses opinions équivoques et son"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3147, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "visage spirituel; M. Ponsard, homme de"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3235, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "trente-deux ans, aux traits réguliers, aux"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3327, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "yeux grands et ternes, au front médiocre,"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3418, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "le tout encadré d'une barbe noire et d'une"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3510, "fin_caractere_exclue": 3552, "texte": "chevelure noire, beau garçon pour les bou­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3602, "fin_caractere_exclue": 3644, "texte": "tiquières, grand poète pour les bourgeois;"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3694, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "M. Michel Chevalier, avec sa tête tondue,"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3805, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "son front fuyant, son profil d'oiseau et sa"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 3943, "fin_caractere_exclue": 3986, "texte": "taille mince ; Alfred de Vigny, autre blond"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4068, "fin_caractere_exclue": 4108, "texte": "à profil d'oiseau, mais à longs cheveux;"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4202, "fin_caractere_exclue": 4244, "texte": "Viennet, avec sa grimace; Scribe, avec son"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4337, "fin_caractere_exclue": 4378, "texte": "air placide, un peu préoccupé d'une pièce"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4470, "fin_caractere_exclue": 4510, "texte": "qu'on lui jouait le soir même au Gymnase"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4600, "fin_caractere_exclue": 4639, "texte": "et qui est tombée; Dupaty, triste de sa"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4730, "fin_caractere_exclue": 4770, "texte": "chute du 7 en pleine Académie; Montalem­"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 4862, "fin_caractere_exclue": 4901, "texte": "bert, avec ses cheveux longs et son air"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "anglais, doux et dédaigneux; Philippe de"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 188, "texte": "Ségur, causeur familier et gaî, au nez"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 244, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "aquilin, aux yeux enfoncés, aux cheveux"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "gris imitant la coiffure de l'empereur; les"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 438, "fin_caractere_exclue": 475, "texte": "généraux Fabvier et Rapatel, en grand"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "uniforme, Rapatel avec sa bonne figure"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 634, "fin_caractere_exclue": 678, "texte": "ronde, Fabvier avec sa face de lion camard ;"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 728, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "Mignet, souriant et froid ; Gustave de"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "Beaumont, tête brune, vive et ferme ;"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "Halévy, toujours timide; l'astronome Le-"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1014, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "verrier, un peu rougeaud ; Vitet, avec sa"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1107, "fin_caractere_exclue": 1149, "texte": "grande taille et son sourire aimable quoi­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1201, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "qu'il lui déchausse les dents; M. Victor"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "Leclerc, le candidat académique qui avait"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1392, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "échoué le matin ; Ingres, à qui la table"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1486, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "venait au menton, si bien que sa cravate"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1584, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "blanche et son cordon de commandeur"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1675, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "semblaient sortir de la nappe ; Pradier avec"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "ses longs cheveux et son air d'avoir qua­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1861, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "rante ans, quoiqu'il en ait soixante; Auber,"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1952, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "avec sa tête en torticolis, ses façons polies"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2048, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "et ses deux croix d'officier à sa bouton­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2147, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "nière »."}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2461, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "Beaumarchais, par Paul Bonnefoy. —"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2591, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "Cette étude a été honorée d'une mention à"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2729, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "l'Académie française et est suivie de lettres"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2871, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "et de documents inédits. — « P e u t - o n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3007, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "s'en tenir aux mérites littéraires de quel­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3149, "fin_caractere_exclue": 3190, "texte": "qu'un qui en avait tant d'autres, demande"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3289, "fin_caractere_exclue": 3329, "texte": "l'auteur, et qui rangeait la littérature"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3428, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "dans la classe de ses amusements ? La"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3559, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "passion du théâtre? répondit-il plus loin,"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3697, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "s'il s'y livra, nous dit-il, c'est parce qu'il"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3841, "fin_caractere_exclue": 3885, "texte": "n'aimait pas le jeu de loto, et ses comédies"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3954, "fin_caractere_exclue": 3998, "texte": "furent les meilleures de ses spéculations. »"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3999, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "C'est sous ce vrai jour que la monographie"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4093, "fin_caractere_exclue": 4132, "texte": "savante de M. Paul Bonnefoy nous montre"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4186, "fin_caractere_exclue": 4227, "texte": "Beaumarchais. Quelques traits établissent"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4261, "fin_caractere_exclue": 4303, "texte": "vivement sa silhouette morale : « Beaumar­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4304, "fin_caractere_exclue": 4348, "texte": "chais ne s'est pas contenté de créer Figaro;"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4382, "fin_caractere_exclue": 4429, "texte": "il l'a créé à son image, et il lui a donné tant"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4477, "fin_caractere_exclue": 4518, "texte": "de lui-même, qu'il suffit, pour connaître"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4570, "fin_caractere_exclue": 4618, "texte": "l'auteur, d'analyser le personnage...N'alla-t-il"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4659, "fin_caractere_exclue": 4702, "texte": "pas jusqu'à aider la marquise de La Croix à"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4756, "fin_caractere_exclue": 4800, "texte": "devenir la maîtresse du prince des Asturies,"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4834, "fin_caractere_exclue": 4878, "texte": "sous le prétexte que l'empire de cette Fran­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4928, "fin_caractere_exclue": 4968, "texte": "çaise sur l'héritier présomptif du trône"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 5018, "fin_caractere_exclue": 5061, "texte": "d'Espagne augmenterait d'autant le prestige"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 5078, "fin_caractere_exclue": 5120, "texte": "français ? II écrivit un mémoire pour mon­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 149, "texte": "trer les avantages de cette combinaison plus"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 243, "texte": "patriotique qu'honnête. Tout Beaumarchais"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 296, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "est là : les entraînements de la spéculation"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 393, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "lui font souvent perdre de vue l'humanité et"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 490, "fin_caractere_exclue": 532, "texte": "la morale, et il combat les abus seulement"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 585, "fin_caractere_exclue": 633, "texte": "lorsqu'il lui est impossible d'en tirer parti »."}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 686, "fin_caractere_exclue": 727, "texte": "Tel nous est représenté cet être ondoyant"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 780, "fin_caractere_exclue": 824, "texte": "et divers : « Assemblage bizarre de qualités"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "et de défauts qui se contrarient, mélange"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 971, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "de ruse et de sincérité, de témérité et de"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "finesse, de flegme et de décision ». Tel"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "nous apparaît ce précurseur de la révolu­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1253, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "tion qui fut un des esprits les plus auda­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1348, "fin_caractere_exclue": 1391, "texte": "cieux et les plus actifs de son siècle, qui"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1444, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "soutint des procès innombrable et dont la"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1538, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "devise était : « Ma vie est un combat ». Elle"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1636, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "est intéressante la vie d'un homme qui"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1727, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "invente un échappement de montre (d'où"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1818, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "premier procès), donne des leçons de harpe"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 1913, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "— instrument peu joué à cette époque —"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2004, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "aux filles de Louis XV, achète des charges,"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2100, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "fait valoir des fiefs imaginaires pour ne plus"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2199, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "s'appeler Pierre-Augustin Caron, fonde des"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2294, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "sociétés commerciales, lance des affaires"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2413, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "financières gigantesques et pleines de péri­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "péties extraordinairement embrouillées, le"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2685, "fin_caractere_exclue": 2728, "texte": "tout entre un procès qu'on juge et un autre"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2827, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "que l'on introduit.- M. Bonnefoy estime que"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 2966, "fin_caractere_exclue": 3006, "texte": "les œuvres de ce bel esprit rimeur, sans"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3103, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "être des chefs-d'œuvre, seront éternelles par"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3243, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "la peinture des défauts humains. Il dit, par­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3382, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "lant d'elles : « Pas parfaites, gaies, vives,"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3518, "fin_caractere_exclue": 3558, "texte": "puissantes et alertes comme leur auteur;"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3654, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "on n'y trouve pas cette recherche du mieux"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3796, "fin_caractere_exclue": 3840, "texte": "idéal, qui passionne tout écrivain ambitieux"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 3938, "fin_caractere_exclue": 3953, "texte": "de la gloire. »"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4054, "fin_caractere_exclue": 4092, "texte": "Rappelons que c'est à Beaumarchais que"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4145, "fin_caractere_exclue": 4185, "texte": "l'on doit la première édition des œuvres"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4238, "fin_caractere_exclue": 4260, "texte": "complètes de Voltaire."}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4378, "fin_caractere_exclue": 4381, "texte": "***"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4436, "fin_caractere_exclue": 4475, "texte": "Vous rappelez-vous les enfants de Thac­"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4528, "fin_caractere_exclue": 4568, "texte": "keray lui demandant grâce pour l'héroïne"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4621, "fin_caractere_exclue": 4657, "texte": "d'un de ses romans, condamnée par la"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4710, "fin_caractere_exclue": 4754, "texte": "Faculté? Voici le pendant de cette histoire,"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4807, "fin_caractere_exclue": 4832, "texte": "récit d'Aurélien Scholl :"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4888, "fin_caractere_exclue": 4926, "texte": "Paul Duplessis avait toujours un grand"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 4979, "fin_caractere_exclue": 5016, "texte": "roman en cours de publication dans la"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 5069, "fin_caractere_exclue": 5076, "texte": "Patrie."}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 5132, "fin_caractere_exclue": 5172, "texte": "Un soir, Vernet, qui semblait l'attendre"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "avec impatience, l'aborda dès son arrivée à"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "la Brasserie de la rue des Martyrs."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 237, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "— Un renseignement, lui dit-il. Mon"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 365, "texte": "oncle suit ton roman avec une attention"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 380, "fin_caractere_exclue": 423, "texte": "fébrile. Tu as laissé hier la comtesse dans"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 448, "fin_caractere_exclue": 490, "texte": "une situation des plus critiques; elle est"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 520, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "tombée dans un guet-apens, entourée de"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 600, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "ceux qui ont intérêt à la faire disparaître..."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 674, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "Est-ce qu'elle meurt?"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 765, "fin_caractere_exclue": 791, "texte": "— Oui, répondit Duplessis."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 894, "texte": "Vernet donna un coup de poing sur la"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 935, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "table en soupirant :"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1024, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "— Pas de chance!"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "— Qu'est-ce que cela peut te faire?"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1192, "texte": "demande Duplessis."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1253, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "— Mon oncle m'a parié qu'elle mour­"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "rait... et moi, pensant que tu aurais encore"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "besoin de la comtesse dans la suite du"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "feuilleton, j'ai parié qu'elle ne mourrait"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "pas."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 447, "texte": "— Un gros pari?"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 499, "fin_caractere_exclue": 519, "texte": "— Deux cents francs."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "— Diable ! fit Duplessis..,"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 652, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "Et tirant sa montre :"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 761, "texte": "— Neuf heures, j'ai encore le temps"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 811, "fin_caractere_exclue": 854, "texte": "d'aller à l'imprimerie, je prends un fiacre"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 904, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "et je vais sauver la comtesse."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 987, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "— Vrai ? s'écria Vernet attendri."}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1073, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "Duplessis lui serra la main et dit avec"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1162, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "solennité :"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "— Je te promets sa vie."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-07-05-n7-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Aux amateurs de bières anglaises", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n     TAVERNE BRITISH\ntenue par VALADE et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n\n             LA LIBRAIRIE NOUVELLE\nvient de s'ouvrir au BOULEVARD ANSPACH. On y trouve tous\nles journaux français et les livres du jour. L'Artiste et La\nJeune Belgique, y sont en vente.\n   Située en plein mouvement de la ville, la Librairie nou­\nvelle est déjà devenue le centre des Lettres à Bruxelles.\n\n\n\n\n                    L'ARTISTE\n    REVUE HEBDOMADAIRE DES ARTS E T DES L E T T R E S\n\n                               10 f r a n c s par a n\n             O n s ' a b o n n e chez M. F U C H S , a r c h i t e c t e\n       94,     RUE       DUJ        P R I N C E      ROYAL,                94\n                                 BRUXELLES\n\n\n                   En vente chez tous les libraires\n     NOUVELLES KERMESSES\n                                          PAR\n\n                            Georges E E K H O U D\n\n  U n volume de luxe avec couverture de Léon Dardenne, imprimé en\ncaractères elzevjriens sur beau papier, par la maison Monnom.\n\n                             Prix     :     fr.   7-50\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "A         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                         ET M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L A TERRE, par EMILE ZOLA. Un numéro\n  2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n\n    L'ODIEUSE               bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au lord-maire et cette pâtée aux manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troubleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le cristal léger; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n A près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\n\nV   otre bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes !\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 244, "texte": "7e ANNÉE.      TOME VI, N° 7.        PRIX : FR.   0-60.                       5 JUILLET   1887.\n\n\n\n\n                                         LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                SOMMAIRE:\n Nouvelles Kermesses       .                                   MAX WALLER.\n Vers.                                                         ANDRÉ FONTAINAS.\n Anciens jours.                               .    .      .    MAURICE DESOMBIAUX.\n Vers                                                          GRÉGOIRE LE ROY.\n Lettre à Lieschen                                             SIEBEL.\n Rêve blanc                                                    VALÈRE GILLE.\n La réponse de                                                 MAITRE PICARD.\n Soir. .                                                       AUG. JENART.\n La joyeuse aventure de l'Anthologie          .    .      .    MAX WALLER.\n Le Salon de Paris                                             HlPPOLYTE DEVILLERS.\n Chronique littéraire                                          M. W .\n Memento                           :          .    .      .     ***\n\n\n\n\n                                'BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                    REDACTION :\n        a6, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                            80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                          1887\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                            REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n                  er\nparaissant    le 1     de chaque mois et formant au bout de Vannée un superbe         volume\n                                    orné d'un frontispice.\n   Bruxelles : Administration,     26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n         Directeur          : MAX WALLER. — Secrétaire : F. VURGEY.\n                           Administrateur : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n                                   ABONNEMENTS :\n    Belgique.          .    Il francs par an. — Union postale.         .   fr. 8 - 5 0 .\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                forfait.\n\n\n\n  La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature\ndans la revue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n                                BOITE AUX L E T T R E S\n\n  28. J. DE LÉONNES. Namur. Reçu votre nouvelle : Le dernier des Reginski. Toute la\npremière partie est bonne; la scène du violon joliment stylée, mais le dénouement un\npeu maladroit. Envoyez mieux, ceci est ajourné, non refusé. A vous.\n  29. JULES V. d. B. L'abondance des matières... (air connu).\n  30. H. PASSILLY. VOS Soirs d'automne, élégamment décrits, ressemblent à la Chute\ndes feuilles. La phrase : « Il me prend un désir inoui, alors, de chanter mezza-voce\n— de crainte de réveiller — un requiem, dolent, ou encore de redire l'air de Robert.\n\n                                   « Nonnes qui repose^. »\n\n  Cette phrase nous a fort amusé. Un soir d'automne donnant de ces envies-là est un soir\nd'un état fort intéressant ; les orgues de Barbarie sont là, cher confrère. Sérieusement,\nvos essais sont encore faibles et minces, sans être d'un écrivain banal. Ayez courage.\n  31. A. de N. La Mort-vive paraîtra dans notre prochain numéro. C'est juré. A vous.\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "        NOUVELLES KERMESSES (1)\n\n                                Il est bon et salutaire, au milieu des incessan­\n                             t e s polémiques où l'on se sent devenir inclé­\n                                ment et farouche, de reposer son esprit sur des\n                                    œuvres érigées dans le calme et la paix.\n                               Le combat littéraire n'arrive pas à des victoi­\n                               res au seul moyen de la satire, du pamphlet,\n                                  de l'âpre discussion des principes; il y par­\n                                  vient grâce aux œuvres qui s'élèvent comme\n                                  les remparts de la pensée, comme des tours\n                 crénelées du haut desquelles on lutte avec plus de courage\n                 et aussi plus d'orgueil, sans doute parce que l'on est plus\n                 près du ciel.\n                  Le groupe d'écrivains qui, depuis déjà bien des années,\n               tente de faire besogne durable pour honorer la terre qu'il\n               foule et sa conscience propre, se divise en deux. D'un côté\n               sont les attaquants, de l'autre les défendeurs. Tous deux\n               ont une même arme : la plume; mais chez les uns, elle est\n             de fer — et transperce, — chez les autres, elle est d'acier — et\n             burine. La légende qui faisait de ce groupe une cohue de\n          turbulents sans puissance, est rentrée dans l'ombre. Les livres,\n          les beaux livres l'on tuée, et rien n'en reste plus que de rares\n          plaisanteries de province dont le bruit nous parvient à peine.\n  Voici un nouveau livre conçu dans la méditation et le culte du Verbe; un\n\n (1) Nouvelles Kermesses, par Georges Eckhoud. Un vol. in-8° de luxe chez Mme Veuve\nMonnom, éditeur. Prix : fr. 7-50.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                  —   212   —\n\n\nlivre d'où s'élève, comme un encens, le parfum de la terre féconde et dont\nchaque page est pareille à l'hymne qui la magnifierait. Alors que des écri­\nvains sur lesquels comptait le monde des Lettres, s'attardent dans l'imper­\nsonnelle formule d'un style aux ampleurs connues, Georges Eekhoud se\nconfine dans le mode qu'il a créé lui-même et dont nul autre que lui ne\npeut se servir. Il le martèle et le triture de livre à livre, mais ce n'est point\npour en compliquer les facettes ; au contraire, le récit, la phrase, le mot\ndeviennent plus nets, plus pénétrants, grâce à une simplicité dont on ne\nsaisit pas la douloureuse gestation. Qu'on lise La Fête des SS. Pierre et\nPaul ou Les Débonnaires, on éprouve la plus profonde des émotions.\nPourquoi? Comment? De quelque côté que l'on retourne ce style, qui ne\nressemble à aucun autre, on n'y trouve point la clef de cette impression\nportée de l'âme de l'écrivain à celle du lecteur. On est saisi par le frisson\nd'Art et l'on ignore comment il a passé dans les fibres.\n   J'ai relu trois fois la nouvelle : Bon pour le service, irrité de me sentir\npris à l'une de ces calamités sociales que les déclamateurs humanitaires font\ndédaigner. Le sujet de ces pages m'agaçait en lui-même ; il me déplaisait\nde voir une oeuvre d'imagination plaider inconsciemment une cause qui\nconfine à la politique, et ja m'en voulais de m'intéresser à cet acte d'accu­\nsation dressé dans une langue que les prétoires de la Loi n'entendront\njamais. J'ai subi pourtant l'étreinte de ce sanglot, et intérieurement j'ai dû\nm'avouer que cette grande plainte était désormais sanctifiée par l'instru­\nment qui l'interprétait.\n   Et cette Fête des SS. Pierre et Paul, au pays de Campine, quel can­\ntique et quelle envolée de palmes ! Cette description de terre flamande, avec\nla mélancolie des départs, de l'éternel pèlerinage des hommes; ce grandis­\nsement de l'être par le paysage, cette union sainte de l'un et de l'autre; puis\nl'amour rustique sous le ciel, avec sa simplicité d'églogue; puis encore et\nenfin, la bataille où s'épand la triomphante Force du mâle, tout ce poème\nen strophes de prose se poursuit merveilleusement, ainsi qu'une large et\nrobuste épopée.\n   Autre part, on dirait que l'artiste a tourné la clef de son chant. De grave\net liturgique, il devient joyeux — jovial plutôt. Le Cœur de Tony Wan­\ndel est un gros et franc éclat de rire, au milieu des sérénités du livre. L'émo­\ntion se détend, on est dans le fantastique et la drôlerie, mais encore une\ndrôlerie spéciale, du pince-sans-rire yankee, un conte de fée scientifique,\nde la chimère dans de la chirurgie. Autre part encore, nouvelle note. C'est\nLa fin de Bats, une légende. La terre maudite et le feu du ciel, comme\ndans la Bible, racontés sur un ton de prophétie...\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                               — 2l3 —\n\n  Telles, dites en une langue impeccable, sont les Nouvelles Kermesses,\nde Georges Eekhoud, livre de puissante maturité, fait avec la chair et le\nsang de l'artiste, pour célébrer la Terre élue.\n                                                    MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n        SONNETS ET ODELETTES\n                               LA VOIX\n    Voix vibrante de rêve et de chant qui m'affoles,\n    O voix frêle et sonore où planent par essaims\n    Les rires éclatant plus clairs que des tocsins,\n    O sa voix... je l'écoute autant que ses paroles!\n\n    Je retrouve en sa voix vos inflexions molles,\n    Ame des vieux rebecs, esprit des clavecins,\n    Baisers épanouis en rapides larcins,\n    Confidences d'amour des anciennes violes.\n\n    Sa voix, c'est la douceur des songes innocents,\n    C'est un souffle d'iris, de cinname et d'encens,\n    Cest un enivrement d'harmonie et d'optique,\n\n    Et c'est, au fond de moi, fait d'un vivant soleil\n    De fierté lumineuse et de rythme vermeil,\n    Le plus éblouissant et le plus pur cantique.\n\n                               RÉVOLTE\n    Lentement mon amour devient une habitude\n    Qui tempère l'ardeur de l'esprit et du sang;\n    Je me laisse endormir au charme envahissant\n    De l'adoration et de la servitude.\n\n    Mon âme, prosternée avec incertitude,\n    Adresse à la Madone un appel gémissant\n    Et s'acharne à fixer en soi-même l'accent\n    Et le geste divins, pleins de mansuétude.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                          — 214 —\n\nOh! quand me sentirai-je assez de fermeté\nPour dompter à mon tour l'amour qui m'a dompté,\nDussé-je dans l'ivresse où la volonté sombre,\n\n— Pour n'être pas vaincu par l'amour de nouveau —\nEngloutir à jamais mon cœur et mon cerveau ?...\nMais pourquoi son regard me poursuit-il dans l'ombre?\n\n                      VÉNUS VÊTUE\n\nPudique et blonde, au fond du temple, où s'évapore\nLa subtile torpeur des aromes brûlants,\nDes roses, des jasmins, des grands lys nonchalants,\nRêve amoureusement la Vénus Pastophore.\n\nUne moisson de fleurs odorantes décore\nLa tunique aux plis droits qui glisse sur ses flancs,\nEt sa tête surgit de ces flots ruisselants\nComme une rose, fleur plus odorante encore.\n\nQuand Vous venez, parfois, Vous que j'aime,      je sens\nDe même m'enivrer des arômes puissants,\nInconnus et rêvés dans les pays du Rêve,\n\nQuand, dans une clarté bienfaisante, un éveil\nDe rayons, un brouillard parfumé qui s'élève,\nIl semble que Vos pas refoulent du soleil.\n\n\n                        L'AURORE\n        Jardin rare et délicieux\n        Dont les fleurs embaument les    deux,\n                 Splendide Aurore,\n        Que le réveil chaque matin\n        De son rire chaud et mutin\n                 Câline et dore,\n\n        Bouquet des riches floraisons,\n        Que ne fanent pas les saisons\n                Endolories,\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                — 2l5   —\n\n\nLes Automnes ni les Hivers,\nGloire des Printemps toujours   verts\n         Et des féeries,\n\nAme du soleil caressant\nQui de la pourpre de son sang\n         Es parfumée,\nD'où la céleste éclosion\nDes fleurs sans cesse en fusion\n         Sort transformée,\n\nAurore, est-ce toi qui pétris\nLa finesse des tons fleuris\n          Pâles et roses\nDe la Madone de Beauté,\nDont la chair surpasse en clarté\n          La chair des roses?\n\n Sur ses lèvres, où les chansons\n S'épandent comme des frissons,\n          Où semblent vivre\n Les mots tendrement étourdis,\n N'est-ce pas toi qui répandis\n           La lumière ivre?\n\n  Et son œil doux d'un bleu si clair\n  Est frais comme un souffle de l'air;\n            Sa chevelure\n  Qui s'éparpille, et jase, et rit,\n  Est faite, comme son esprit,\n            De clarté pure!\n\n\n                 PROMENADE\n\n  Pareilles aux Muses antiques,\n  Aux Grâces, aux chœurs rougissants\n            Et dansants\n  Dans les plis des chitons rustiques,\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                     — 2l6 —\n\n\n     O blanches filles de Cythère,\n     Vous allez, vous donnant le bras ;\n               Et vos pas\n     Effleurent à peine la terre;\n\n     Et vos voix chaudes et rieuses\n     Vibrent dans le flamboi vermeil\n             Du soleil,\n     Dardant ses flèches glorieuses;\n\n     Vous allez par les grands bois calmes\n     Et sur vos beaux fronts réjouis,\n              Eblouis\n     Frémissent l'encens et les palmes.\n\n    Et j'écris l'ode coutumière\n    Pour la vierge aux yeux les plus      doux\n              Parmi vous :\n    Elle est l'orgueil de la lumière.\n\n\n                 AU PRINTEMPS\n\nPrintemps jeune et doux, ton retour caresse\n     Mollement notre paresse;\n\nLe soleil naissant grise le cerveau\n    Comme un flot de vin nouveau,\n\nVoici les bourgeons pointant sur les branches,\n    Qui s'ouvrent par avalanches,\n\nEt c'est le Printemps qui revient, le temps\n    Des délires palpitants.\n\nO salut, saison consolante et brève\n    Qui renouvelles le rêve;\n\nSalut, blond poète, amoureux   pensif,\n     O religieux lascif,\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                — 217 —\n\n         Printemps qui, joyeux, comme des étoffes,\n              Déroules l'or de tes strophes!\n\n         Clair printemps qui fais rire, triomphants,\n             Les cheveux blonds des enfants,\n\n         Printemps ébloui de tes splendeurs     même,\n              Tendre et céleste poème,\n\n         Fraîche éclosion, chant divin du sang\n             De l'Amour éblouissant,\n\n         Printemps, qui n'as pas tout le charme encore\n              De la Vierge que j'adore !\n                                                 ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n                    ANCIENS JOURS\n                                                A MON AMI JULES DESTRÉE.\n\n\n             Dans l'admiration naïve des choses, ignorant des hommes, je\n              pense à d'anciens jours vécus tranquille, loin des foules mar­\n              quées des hideux stigmates du vice, en proie aux soucis qui\n              creusent des rides et flétrissent les visages.\n   Je pense à des jours vécus dans la paix, le calme, là-bas, bien loin, au\npays natal, si loin qu'il ne me semble plus être que dans mes rêves.\n   Je pense à d'anciens jours... Là-bas... bien loin... l'antique demeure de\ngrand'mère, toute blanche, avec des portes vertes, un toit d'ardoises et\ndes fenêtres pensives comme de grands yeux tristes.\n   Oui, blanche... portes vertes... toit d'ardoises, fenêtres pensives comme\ndes yeux. Je me rappelle d'anciens jours. Je pense...\n   De grandes chambres, dont les plafonds traversés par d'énormes poutres.\n   Des vieux meubles tout noirs, dans lesquels de la vaisselle bariolée de\ndessins bizarres. Puis de vieilles armures : arquebuses, arbalètes, dagues...\nDe vieux livres reliés de cuir, des parchemins, des tapisseries représentant\ndes chasses, des combats, des scènes d'amour. De grands et rudes fauteuils\nfaits pour des hommes plus robustes que ceux d'à présent...\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                                  — 2l8 —\n\n   Et là, dans une longue et étroite salle, toute une série de portraits d'aïeux\nqui semblaient me regarder d'un air attendri.\n   Dans toutes, un silence lourd et comme un regret de générations dispa­\nrues. Dans l'escalier aux degrés en chêne vieilli, aux montants de la rampe\nsculptés, tout un souvenir de siècles défunts.\n   Je pense à d'anciens jours...\n   Ma chambre : un grand lit à colonnes, et des sièges lourds que je mou­\nvais à peine avec mes mains d'enfant débiles. Un bahut, dont les serrures et\nles menottes en vieux fer. En le mur épais, la porte énorme, sur laquelle\ndeux gros verrous...\n   Oui, je me rappelle, un aspect sévère, sinistre...\n   La chambre de ma grand'mère : deux portraits... Une femme, oh! si\nbelle ! avec sa tête marmoréenne d'une étrange pureté, son teint d'une blan­\ncheur de cygne, ses grands yeux noirs insondables remplis d'une énigme\nprofonde... Un jeune homme, une moustache blonde, de longs cheveux\nblonds et des yeux pleins d'une tristesse vague, augmentée par un sourire\nde résigné. Un front haut, large, qui semblait renfermer de vastes pensées.\n   Et grand'mère, je m'en souviens, me faisait baiser leurs bagues et des\nmèches de cheveux, puis tous deux nous nous agenouillions devant un grand\ncrucifix, le cœur plein de débordantes prières. Une larme perlait dans les\nyeux de la chère vieille. Elle passait ses doigts maigres dans ma chevelure\net m'embrassait longuement sur le front.\n   Oui, je me rappelle ces anciens jours...\n   De toutes ces choses, je me souviens.\n   Puis du sang, du sang... coulant d'une large blessure. Grand'mère assas­\nsinée. Sur le parquet noir, ses cheveux d'argent, son visage ensanglanté,\nnavrant avec les yeux mi-clos et ternes.\n   Du sang, du sang partout.\n   Oui, je me rappelle, du sang sur les meubles, partout.\n   Et les portraits, sur les murs, dans leurs cadres, frémissaient ensan­\nglantés.\n                                               M A U R I C E DESOMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "               — 219 —\n\n\n\n\n               VERS\n\n                    I\n       LES PORTES CLOSES\n\nO vous, chères, que j'ai connues\nEt qu'aux jours tristes je revois,\nVous voici, ce soir, revenues,\nCar mon cœur pleure      d'autrefois.\n\nQuand, souvenir de vos caresses,\nJe pense à celles qui viendront,\nMes mains sont lourdes de paresses,\nJe ne tends même plus mon front.\n\nCar c'est vous seules que j'écoute,\nQui, dans le crépuscule aimé,\nDe vos voix où tremble le doute\nChantez en un palais fermé.\n\nMoi, j'attends qu'à travers la porte\nClose par mon fol abandon,\nVotre chanson de deuil m'apporte\nUn peu de rêve et de pardon.\n\nOui, c'est vous seules, vous, lointaines,\nDont me revienne encor la voix,\nO vous toutes qui fûtes miennes\nDans l'inoubliable autrefois.\n\nLà, vous êtes dans l'ombre, seules,\nTelles que vous m'apparaissez\nDéjà semblables aux aïeules\nParlant de très lointains passés.\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "              — 220 —\n\n\nOui, j'entends vos voix paresseuses,\nSi douces que j'en souffre un peu,\nComme un chœur de tristes fileuses,\nAssis, — un soir, — autour du feu.\n\n\n\n                  II\n\n       RONDE DE VIEILLES\n\nPetites vieilles, mes pensées,\nIl neige, il tombe du lointain\n Un peu de mort et d'incertain\nSur toutes les choses passées.\n\nEn moi pourquoi cette froidure ?\nEt ce calme et ces longs hivers?\nEt ces lugubres ciels couverts!\nEt cet hiver qui dure et dure?\n\nPetites vieilles inutiles,\nFaites du feu de vos passés,\nEt de tous ces roseaux cassés,\nEt de tous ces rêves stériles.\n\nLes souvenirs de toutes sortes\nBrûlez-les comme du sarment,\nEt chauffez-Vous très longuement\nAu petit feu des branches mortes.\n\n Parlez-vous bien dans vos souffrances,\n De ces bons jours de l'Autrefois,\n Et videz encor de vos doigts,\n Les fuseaux bleus des souvenances.\n\n Et quand la nuit, la nuit pleureuse,\n Dans la chaumière se fera,\n L'une de vous rallumera,\n — Comme une lampe un peu fumeuse, —\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "              — 221\n\n\n— Oh ! pourquoi faut-il que je pleure\nDe n'en avoir oublié rien ! —\nLa souvenance, la meilleure,\nDe Celle que vous savez bien.\n\n\n                  III\n\n             LES MAINS\n                                       A PAUL FRANEAU.\n\nSur les fenêtres de mon cœur\nDeux pâles mains se sont collées :\nMains de douleur et de malheur,\nMains de la mort, mains effilées...\n\nC'était sinistre de les voir\nSi nocturnement illunées,\nLevant vers moi leur désespoir,\nTelles que des mains de damnées.\n\nEt Celle de ces mains de deuil\nQui donc pouvait-elle bien être,\nPour que la mort fût sur mon seuil\nDepuis ce soir de la fenêtre ?\n\n Non, ces mains ne pouvaient bénir,\n Maudites, certes, étaient-elles,\n Puisque j'ai désiré mourir\n D'avoir vu leurs pâleurs mortelles.\n\n Puisque le vin de mes amours\n Amertumeux et plein de larmes\n Endolorit le pain des jours\n Depuis leur signe aux fatals charmes.\n\n Mains sinistres! Mains de poison!\n Gestes de ténébreuses vierges!\n Vous avez lui dans ma maison\n Comme deux mortuaires cierges!\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                                    — 222 —\n\n\n                  Ma douleur regarde la mort,\n                  Car l'Espoir a fermé sa porte,\n                  — Et, tristement, le vent du Nord\n                  Souffle sur ma chandelle morte.\n                                                     GRÉGOIRE L E       ROY.\n\n\n\n\n                LETTRE A LIESCHEN\n             Ne sais si tu vis encore, Lieschen, là-bas au bord du Rhin\n               couleur de ciel ? Depuis dix ans que nous nous sommes dit\n               adieu, peut-être la mort a-t-elle pris soin de toi; mais je\n               t'écris où que tu sois, dans l'infini du mystère ou dans la\ntiédeur de ton doux pays; je t'écris, à toi et à nous, à nos souvenirs loin­\ntains qui de minute en minute s'en vont dans la distance, comme la nacelle\nfragile de notre jeunesse !\n   Va, Lieschen, c'est bon de se rappeler; les vieilles fleurs et les vieux sourires\nse fanent aux tiges et se fanent aux lèvres, mais le parfum des unes et le\nrayon joyeux des autres ne disparaissent pas tout à fait ; nous les enfermons\ndans le suaire de nos coeurs, ces morts bien-aimés, et nos larmes, comme\ndes baumes et des aromates, les conservent dans leur vie éteinte.\n\n                                         I\n   — Mais tu es gris, Siebel?\n   — Tais-toi, je vois rose, liebchen ! Oh ! cette réception !... désormais je\nje suis fuchs ; ils m'ont fait boire douze brocs de bière, je dois ressembler\nau tonneau de Nürnberg... prosit!... mon enfant, je vous aime!... j'ai soif\ncomme une éponge grillée... tu me regardes, Lieschen, je suis gris... oh! la\ndifférence qu'il y a entre l'althaea et le rhododendron... tu ne sais pas?\nattends... Lieschen, regardez-moi...\n   — Va te coucher, mon Siebelchen !\n   — Me coucher, dans le ciel, dans le bleu, dans le rose, dans tes yeux,\ndans tes bras. Vous rougissez, senora... venez embrasser bon maître.\nFuchs! je le suis ; quel sommeil ! le rhododendron...\n   Et Siebel s'endormit, pendant que, très délicatement, la petite lui posait\n a tête sur l'oreiller; il fit encore un geste fatigué, comme pour saisir la fleur\nde l'althaea, et ce fut tout.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                  — 223 —\n\n\n   Lieschen alors alluma la lampe et jeta les yeux sur le volume abandonné\nle matin au pied de la table. Elle lut :\n   « 2. Althaea L. Calice muni d'un calicule à 6-9 folioles soudées dans\nleur tiers inférieur, 2 espèces : A hirsuta L (G. hérissée), A officinalis L\n(G. officinale). »\n   Elle referma le livre, l'alla ranger dans la bibliothèque, mit tout en ordre\ndans la chambre, et se déshabilla lentement et sans bruit, sous l'œil grivois\ndes étoiles.\n   Cette Kneipe solennelle avait été grande comme un monde. Toute la\ncorporation des Hanseaten s'était réunie au premier étage de la taverne du\nKronprinz. Une énorme salle blanche décorée de feuillage et traversée dans\nsa largeur par des théories de lanternes vénitiennes. Une table en fer à\ncheval, des escabeaux de chêne bruni, et au fond, un tonneau bedonnant\nsur lequel trônait un étudiant respectable, à lunettes bleues.\n   La salle fut remplie à 8 heures et le président réclama le silence pour\ndire à peu près ceci :\n   « Messieurs, la Belgique est un pays lointain qui n'est pas encore victime\nde la civilisation ; elle nous envoie un de ses enfants les plus remarquables\npar son indécrassable stupidité. Cet être bizarre, le voici. Approchez, herr\nSiebel. Voyez, Messieurs, sur ce jeune front, les traces de la nature inclé­\nmente ; il est déprimé, l'angle facial traversé de lignes idiotes, les yeux sont\néteints par la débauche ; les mains vulgaires, les pieds navigateurs ; voulez-\nvous recevoir ce cas tératologique parmi vous?\n   — Sait-il boire? cria une voix de tonnerre.\n   — Buvez, fit le maître.\n   Siebel but une chope.\n   — Encore!\n   Siebel en vida deux.\n   — Encore.\n   Siebel demanda grâce.\n   — Sait-il chanter?\n   — Chantez, jeune macaque!\n   Siebel chanta le Miserere du. Trouvère; on fut d'accord pour l'arrêter\nà la deuxième mesure, et demander autre chose. Alors, de sa plus belle\nvoix (baryton déchirant), il servit une Brabançonne accompagnée de gestes\npatriotiques du plus bel effet. Ce fut un triomphe, et force fut à l'infortune\nde briser six fois l'Orange sous six arbres de la liberté, une pépinière com­\nplète. Pour le coup, Siebel avait « conquis tous les suffrages » et marcha\nde victoire en victoire aux épreuves suivantes. Il lui fallut faire une confé-\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                                    — 224 —\n\n\nrence sur un sujet de botanique appliquée à l'extinction du paupérisme\ndans la classe étudiante, une pièce de vers destinée à célébrer les suites\nfâcheuses de la prostitution en Polynésie; il dut danser la pavane, avec les\ngestes de l'époque ! enfin on le sacra fuchs d'honneur en lui passant la\ncorne pleine à bords, qu'il vida comme un Polonais qui ne se respecte plus.\n\n\n                                         II\n\n    Le lendemain, la fête continua. Il avait été décidé que l'on irait dîner à\nl'Hôtel du Drachenfels, et que l'on prendrait le bateau à 10 heures du\nmatin. Une heure avant, Siebel se leva la tête lourde, mais le cœur léger.\n Il s'habilla vite, dégringola la Fahrgasse et entra au bassin de natation du\nvieux Neelhof, situé en amont du fleuve. Après la baignade, les dernières\n fumées de la bière avaient disparu. Siebel se sentit heureux. Le Rhin\nsemblait joyeux aussi. L'eau verte et pâle s'allumait de paillettes de soleil,\ncomme si les rayons s'y fussent éparpillés en poudre. Les montagnes loin­\ntaines se bleutaient de décroissantes azurations, et l'on eût dit qu'elles\n étaient plus hautes que jamais, plus rêveuses dans tout ce ciel, plus mélan­\n coliques avec leur pied de roc plongé dans l'eau courante. L'étudiant resta\nlongtemps immobile devant cette féerie qui lui remplissait les yeux. Il y\n savoura, comme une liqueur chimérique, l'allégresse de vivre, d'être porté\n par le sort au milieu de cette joie suprême. Il ne vit pas plus loin, dans\n l'avenir ; alors, c'était le repos des seize ans, l'indolence qui se regarde et se\ncaresse; le Rhin coulait de même, pareil à cette fin d'enfant qui va se faire\nhomme; les minutes, comme les flots aux tons pleins de clarté, s'enfuyaient\nvers les tourbillons où les fanges bouillonnent, où l'onde s'épaissit telle\nqu'une mer d'absinthe.\n    Et ce rêve d'une heure, je sais bien, Siebel, que tu l'as revu souvent et\nque cela te fait pleurer, grande bête !\n    Dirai-je cette excursion unique d'une bande de cinquante têtes folles au\nvieux Drachenfels? On dut boire et chanter beaucoup, mais Siebel eut\nl'ivresse triste sans doute, car la terre en fleurs était trop belle, le fleuve\ntrop grandiose pour ne pas impressionner l'enfant, et lorsqu'il te revit le\nsoir, Lieschen, il te regarda dans les yeux, t'en souvient-il, et te dit son\npremier mot douloureux : cela devra finir un jour !\n    Et c'est fini, petite que Siebel aima quelques semaines ! C'est fini, c'est\nperdu, c'est détruit, et comme une vieille blessure qui ne se fermera jamais,\nle cœur de Siebel laisse filtrer des perles de sang — des gouttes de passé!\n— ou vice versa, comme vous voudrez. Flûte!\n                                                                    SIEBEL.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                       — 225 —\n\n\n\n\n              RÊVE BLANC\n                                              A IWAN GlLKIN.\n\nCalme, parmi les deux bleutés, la lune neige\nSilencieusement ses rêveuses blancheurs ;\nDes flocons de lumière éparpillent des fleurs\nPâles, sur les buissons dormants; comme une grège\nSoie, aux grêles rameaux des rayons se suspendent,\nEt les grands lys, bercés de rêves blancs, épandent\nLeurs parfums reposés. Dans ce calme décor\nEnsommeillé de songe et tandis que s'endort\nLe dernier oiselet, à deux, dans les charmilles,\nEffeuiller les rayons épars sur les ramilles,\nSur la mousse poudrée, aux aigrettes de givre,\nMarcher en écartant les rais curieux, ivre\nDe ce soleil de nuit, boire dans les corolles\nLe vin des fleurs de lune et trouver des paroles\nQui papillonnent comme un essaim qui butine\nEt s'en aller vers cette aurore adamantine\nSous les dômes mouvants des soyeuses feuillées,\nFouler les galons clairs, et les herbes mouillées\nD'argent, et les boutons endormis des glaïeuls,\nEt las enfin, sous la paresse des tilleuls\nMoutonnés de lumière, assoupir des ivresses,\n Oh! C'est le rêve blanc où luisent des caresses,\nLe rêve auréolé de visions de femmes,\nLe rêve d'innocence et de candeur des âmes,\n Qui glisse dans mes nuits, ainsi qu'une gondole\nSur un étang d'azur songeur et d'où s'envole\n Un essaim d'oiseaux d'or. C'est le rêve que bercent\nLes calices fleuris des nénuphars qui percent\nLe sommeil lourd des eaux, les soirs teintés de rose.\n C'est le rêve d'amour qui parfume la rose\nDe l'absente... Oh! viens toi! Rêveurs sous la glycine,\nNous parlerons d'amour, tout bas, à la bruine\n Qui sème des points d'or parmi l'air où bourdonnent\nDes papillons vibrants, aux heures qui pardonnent\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                                  — 226 —\n\n\n       Et qui calment, au ciel, à l'astre, à la nuit pure,\n       Aux fleurs, à tout, à rien! O bonheur qui ne dure,\n       O souvenir de songe, enlacement des âmes\n       Entrevu vague et doux, reste d'encens, cynnames\n       Devinés, vision que l'on berce et qu'on chante,\n       Gazouillement discret d'hirondelle nichante!\n                                                          VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\nLA RÉPONSE DE MAITRE PICARD\n                       ... Mais quanta répondre spirituellement et victorieusement,\n                          je vous en défie.\n                                      (MAX WALLER. Jeune Belgique, tome VI, n° 6).\n\nA              lire en tête du dernier numéro de la Jeune Belgique les vapo­\n               risations que proj'ette du haut de sa tour d'ivoire un demi-\n               syphon de lettres. En pénombre depuis trop longtemps à son\n               gré, il souhaiterait être honoré d'une querelle qui lui rendrait\nquelque notoriété. Ce Midas, qui confie ses peines aux roseaux d'une revue,\nj'adis sympathique et charmante, qui se meurt d'être devenue exclusivement\nun exutoire pour ses rancunes, ses jalousies et ses déceptions, a sur le cœur\ncertain règlement de compte qui clôtura, de toutes les manières, on s'en\nsouvient, une affaire où il était de part à demi. Toutes sortes de conve­\nnances lui commandent de ne pas revenir sur cette liquidation. Mais le\nsouvenir lui en est amer et il-voudrait se dégager de la chose jugée.\n   « Celui qu'il attaque avec une persistance aussi maladive quïnoffensive\nest, pour en avoir beaucoup pris, réfractaire aux poisons de cette plume, et\ncomme il ne refait pas les virginités mises à mal, le jeune homme en\nquestion peut attendre sous l'orme de sa vanité souffrante l'occasion tapa­\ngeuse après laquelle il soupire. Sespstt! pstt! n'attireront aucun polémiste :\non devine trop que ce n'est qu'histoire de faire du bruit.\n   « Bénissez le hasard et laissez-moi tranquille », lui écrivait-on jadis dans\nune lettre de congé. Ces sentiments, empreints de calme et de dédain,\npersistent. En chirurgie, le patient, dont la jambe a été mal remise,\ndemande parfois qu'on la lui recasse, mais il faut que le chirurgien\nconsente : or, ici le chirurgien ne consent pas. »\n                                         (L'Art moderne, 19 juin 1887J.\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                   — 227 —\n\n\n\n\n                                  VERS\n                                     SOIR\n   Fêtant d'un reflet d'or les choses orgueilleuses,\n   Le soleil fastueux, berger de l'Infini,\n   Sur le vaste horizon vespéral réunit\n   Ses troupeaux indolents de pourpres     merveilleuses.\n\n   Comme ils sont beaux! comme ils sont loin! comme ils s'en vont!\n   Oh! se perdre comme eux vers les cimes lointaines!\n   Tant de nos chers amours, tant de nos fois hautaines!\n   S'enfoncèrent, là-bas, dans le grand soir sans fond!\n\n  Que l'on est seul! que l'on est triste à l'heure austère!\n  Dans l'âme quel adieu! quel spleen et quel mystère!\n  Un lambeau de nos cœurs se meurt-il chaque soir?\n\n  Et lorsque tout se tait voilé du deuil de l'ombre,\n  Les en allés se lèvent-ils de l'oubli sombre\n  Pour accueillir le mort du rêve ou de l'espoir!\n                                                        AUGUSTE JENART.\n\n\n\n\n           LA JOYEUSE AVENTURE\n                                       DE\n\n\n                 L'ANTHOLOGIE OFFICIELLE\n\n                                                      Much ado about nothing.\n\n             La Jeune Belgique ne se trompait pas, lorsque dans le memento\n              de sa dernière livraison, elle disait :\n                 Au moment de mettre sous presse, on nous annonce la publication\n               d'une Anthologie d'auteurs belges, subsidiée par le gouvernement.\nCollecteurs : MM. Edmond Picard, Georges Rodenbach, Emile Verhaeren et Camille\nLemonnier.\n                                                                        16\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                                         — 228 —\n\n\n   Le même jour paraissait l'Art moderne où nous pouvions lire ceci :\n\n   Quand après le discours de M. Slingeneyer à la Chambre, il y a quelques semaines,\nfrappés de sa proposition de publier une Anthologie des écrivains belges, pour l'instruc­\ntion de ce public étonnant auquel jadis Deschanel put lire deux heures des vers d'un\ninconnu qu'il révéla être Van Hasselt, — Lemonnier, Rodenbach, Verhaeren et votre\nserviteur (1), conversant, dans une paisible retraite, bien loin des tavernes où les gens-\nde-lettres vident les bocks et évacuent leurs idées, nous nous dîmes : « Mais si nous la\nfaisions cette Anthologie », l'un de nous, à qui vingt ans de fréquentation à trop courte\ndistance de la vénéneuse cohue des plumigères avait donné la clairvoyance des prophètes,\ndit flegmatiquement : « Vous entendrez d'incomparables coassements sur les bords de la\nmare aux grenouilles qui nous tient lieu de patrie ».\n    Il ne se trompait pas, le voyant. Ça y est ! Ces jours derniers le divin concert (grenouil­\nlère ou chiennerie, qu'importe) a commencé ses mélodieux accords. Les cordes journa­\nlistiques résonnent. Ah ! quel charivari !\n    Donc pas surpris, nous. Contents, au contraire. En effet, puisque c'était prédit. On est\ntoujours satisfait d'avoir prédit.\n    Que les criaillements (criailleries serait faible) de ces milices de Saint-Basile soient\nabondamment mélangés de vilenies et de calomnies, qui s'en étonnerait, qui s'en offus­\nquerait! C'est absolument comme si, frappant sur des casseroles fêlées, on espérait en\nfaire sortir les sons de la cythare. Ou comme si, étripant un porc mort de contagion, on\ns'attendait à respirer les parfums de la rose. Trahit sua quemque voluptas : ils y vont,\nces amours, chacun selon ses moyens. Ne nous émotionnons pas, rectifions seulement.\n    Nous allons donc faire une Anthologie des écrivains belges. Oui, Monsieur. Avec l'aide\ndu Gouvernement, du Gouvernement clérical, oui, mon cher Monsieur. Sans avoir\n demandé la permission de votre clique, oui, mon petit Monsieur.\n     C'est hardi, n'est-ce pas?\n    A nous, ça nous a paru tout simple. Nous avons été séduits par cette idée que nous\n allions, une fois de plus, braver la coalition de ceux qui se croient avoir l'aptitude à tout\n empêcher et à tout permettre, nous moquer de la réclame sans laquelle le bruit court\n qu'on ne peut rien faire, rompre en visière à la Grande Vermine, bousculer quelques\n préjugés qui semblent bien portants, nous lancer dans une de ces aventures où l'on\n a contre soi toutes les forces que les médiocres courtisent et qu'il est délectable de\n mépriser.\n     Quel sera notre choix pour la formation de ce bouquet de fleurs du terroir, puisque\n bouquet il y a, Anthos voulant dire fleurs? C'est ce qui épouvante. Pensez donc, entre\n autres, Lemonnier, l'auteur de l'Hystérique! Et Verhaeren, l'auteur des Flamandes!\n     Braves concitoyens, si fraternellement bienveillants pour les vôtres, nous avons un but\n  très compliqué : Composer un ensemble exprimant impartialement, sans distinction sotte\n  d'opinions, l'évolution de la littérature nationale en langue française depuis 1830. Histoire,\n  Roman, Critique. Ces jours-ci nous avons dressé une première liste provisoire. La\n  voulez-vous connaître ? La voici :\n     Thonissen, de Saint-Génois, de Reiffenberg, Altmeyer, Brialmont, Coomans, De\n\n\n   (1) M. Edmond Picard                          (N.                           D. X. R.).\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                                        — 229 —\n\nDecker, de Gerlache, De Fré, Devaux, Gens, Grandgagnage, Victor Joly, Marie Joly,\nKervyn de Lettenhove, Moke, Nothomb, Van Bemmel, Van Praet, Veydt, Wiertz, De\nCoster, Delaveleye, De Monge, De Reul, Frédérix, Gravière, Greyson, Hymans,\nLeclercq, Lemonnier, Picard, Prins, Jean Rousseau, Pirmez, Arthur Stevens, Vander\nKindere, le chanoine Van Weddingen, Wilmart. Godefroid Kurth, Pergameni, Solvay,\nEekhoud, Heusy, Alvin, Faider, Destrée, l'abbé Van Tricht, Rops, Fétis, Maubel, Vande\nWiele, Waller, Van Drunen, Nautet, James, Demblon, Nizet, Maus, Goffin.\n\n  A la suite de cette bizarre élucubration, nous envoyâmes à une revue\namie, L'Artiste, deux listes de noms oubliés par MM. les Anthologistes,\nnous engageant d'ailleurs à en trouver encore de non moins importants ;\nvoici ces noms :\n  MM. Potvin, Van Hasselt, Tiberghien, Siret, Victor Wilder, le baron\nde Haulleville, Namèche, Georges Vautier, Mme Popp, Eugène Landoy,\nThéodore Juste, Fétis, Gevaert, Léon Dommartin, Edmond Cattier,\nJean Fusco, Franz Mahutte, Emile Valentin, Discailles, d'Omalius\nd'Halloy, le comte du Chastel, Ducpétiaux (40 volumes de prose),\nAbrassart (12 volumes), le capitaine Girard, Victor Arnould, le comte de\nSpoelberg de Lovenjoul, Liagre, Quetelet, le général Eenens, Flor\nO'Squarr, Houzeau, Rolin-Jaequemyns, Lecointe, Nollée de Noduwez,\n Genissieu, José de Coppin, Loise, Goblet d'Alviella, Delboeuf, Haus, Nypels,\n Laurent, Frison, Coppieters, F. Cousot, Kufferath, Tardieu, Harry, Karl\n Maubray, Jérôme Becker, Joseph Nève, Jules Van der Brugghen, Maurice\n Hagemans, F. Gravrand, Karl Grün, Mme Deros, Eugène Hins, le\nR. P. Broeckaert, le R. P. De Smet, de Woelmont, Pierre Olin,\nA.-J. Wauters, Henne et Wauters, Willems, Fern. Gueymard, Bogaerts,\n Marcelin Lagarde, Ph. Bourson, H. Van Dorslaer, Tilman, Faber, Alfred\nMichiels, Van der Straeten, Léop. Stapleaux, Cl. Lyon, Chalon, Aug.\n Lavallé, Alb. Verhaeren, Greyson, Combes, J. de Mauriac...\n  L'Art moderne ne répondit naturellement pas, trouvant sans doute que\nces noms étaient indignes de son choix judicieux.\n   Cependant, prévoyant qu'il y aurait quelque révolte de la part des\njeunes, il trouva ceci :\n   « Dans notre article de dimanche dernier, nous envisagions l'hypothèse des refus\nd'autoriser la reproduction de morceaux choisis. C'est le droit de l'artiste. Mais la loi\nautorise les articles critiques avec citations. Si par l'effet des intrigues de quelque coterie,\nnous nous trouvions devant un tel obstacle, nous le tournerions par une étude sur\nl'auteur récalcitrant (pourvu qu'il en valût la peine, car il est des convives équivoques\nqu'on invite par convenance, mais dont on se réjouit d'être débarrassé quand ils ont le\nbon sens de refuser) et l'Anthologie restera ainsi complète, sans souffrir de ces mesqui­\nneries. « (L'Art moderne, 17 juin)\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                                         — 230 —\n\n  C'est à la suite de ce singulier défi que nous adressâmes, le 28 juin, à M. le\nministre des Beaux-Arts, la lettre suivante :\n\n                     MONSIEUR LE MINISTRE,\n\n    Une revue hebdomadaire, l'Art moderne, annonçait, dans son numéro du 12 juin, la\n publication d'une Anthologie des écrivains prosateurs belges, subsidiée par le départe­\n ment des beaux a n s .\n    Plusieurs artistes appartenant au groupe de la Jeune Belgique, pour des raisons qui\n ne relèvent que de leurs convictions littéraires, ont l'intention d'user du droit que leur\n confère la loi sur la propriété littéraire, que vous avez fait voter par la législature il y a\n quelques'mois, et d'interdire la reproduction de leurs travaux.\n    Prévoyant cet obstacle, les anthologistes ont décidé de tourner la loi et voici comment\n ils formulent leur intention :\n    « Dans notre article de dimanche dernier, nous envisagions l'hypothèse des refus\nd'autoriser la reproduction de morceaux choisis. C'est le droit de l'artiste. Mais la loi\nautorise les articles critiques avec citations. Si par l'effet des intrigues de quelque coterie,\nnous nous trouvions devant un tel obstacle, nous le tournerions par une étude sur l'auteur\nrécalcitrant (pourvu qu'il en valût la peine, car il est des convives équivoques qu'on invite\npar convenance, mais dont on se réjouit d'être débarrassé quand ils ont le bon sens de\nrefuser) et l'Anthologie restera ainsi complète, sans souffrir de ces mesquineries. » (L'ART\nMODERNE, 17 juin.)\n   S'il est vrai qu'en promulguant une loi sur la propriété littéraire vous avez eu pour but\nunique, Monsieur le Ministre, d'entourer toute production d'art d'une sauvegarde rigou­\nreuse, vous apprécierez s'il y a lieu de délivrer une lettre de marque à la manœuvre qui\nse prépare et qui, si elle arrivait à son but, relèverait des tribunaux. Que les anthologistes\nreçoivent de vous, Monsieur le Ministre, tels encouragements qu'il vous plaira de leur\naccorder, rien de mieux, à la condition qu'ils observent les lois et respectent la volonté\ndes écrivains.\n   Comme éditeur de la revue la Jeune Belgique et comme écrivain, au nom de mes\nconfrères et amis qui partagent mes idées et en mon nom personnel, je vous prie,\nMonsieur le Ministre, d'empêcher que la Belgique continue à passer pour le pays légal\nde la contrefaçon littéraire, et j'ai l'honneur de vous envoyer l'assurance de mon confiant\net profond respect.\n                                                           MAURICE WARLOMONT,\n                                                        directeur de la Jeune     Belgique.\n\n   L ' A r t moderne étant hebdomadaire, eut le temps de riposter et nous\ndemanda naturellement la liste des M confrères et amis » dont il est ques­\ntion. Comme MM. les Anthologistes, avant d'entreprendre leur œuvre,\nseront obligés de demander autant d'autorisations à reproduire, qu'il y aura\nde vivants parmi les auteurs de leur choix, il leur sera facile de compter\nceux qui déclineront l'honneur grand, et nous voulons leur laisser tout\nl'inattendu de la chose.\n   Au reste, les surprises ne manqueront pas, et si MM. les Anthologistes\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                                          — 231 —\n\n\n— ou plutôt Me Picard qui heureusement est seul responsable des gaffes,\nerreurs, grossièretés qui s'accumulent de son côté, — si donc Me Picard\nveut jouir d'une petite chose inédite, nous lui offrons ici la réponse que\nl'on nous a faite ; on peut y lire ceci :\n\n   L'Anthologie, objet de la lettre que vous m'avez fait\nl'honneur de m'adresser, en date du 28 juin, n'est pas\nune œuvre gouvernementale, et les écrivains qui en ont\nconçu le projet, auront à l'exécuter à leurs risques et\npérils, sous leur responsabilité absolue.\n   Si, à raison de leur entreprise, ces écrivains provo­\nquaient des contestations quelconques, c'est aux tribu­\nnaux qu'il appartiendrait de les juger.\n   Le Gouvernement de ce chef n'a à assumer aucune\nresponsabilité.\n   D'où il résulte que Me Picard a puisé le fameux subside dans sa féconde\nimagination et qu'il a vu ce que nous n'avons pas vu.\n   De son initiative privée, il va faire une Anthologie; qu'il en fasse dix s'il\nle veut, c'est son droit absolu et nous n'avons pas à y redire; mais pourquoi\ndiable nous a-t-il fait verser tant d'encre à l'occasion de son songe d'une\nnuit d'été.\n                                                                     MAX W A L L E R .\n\n  N. B. Pour donner complet le dossier de cette amusante affaire, mettons\nen regard deux citations curieuses, dont nous soulignons les points les plus\ndrolatiques. Nous les intitulerons :\n           Me PICARD EN 1883.                     Me             PICARD EN 1887.\n\n   Oui, jeunes gens, la vie de ces deux              Nous allons donc faire une Anthologie\nhommes restera pour nous un grand ensei­          des écrivains belges. Oui, Monsieur. Avec\ngnement. Elle peut être imitée dans tout          l'aide du Gouvernement, du Gouvernement\nce qu'ils ont fait depuis l'âge où ils ont        clérical, oui, mon cher Monsieur. Sans avoir\ncommencé à écrire. Elle nous montre que           demandé la permission de votre clique, oui,\nle grand art dédaigne les protections gou-        mon petit Monsieur.\nvernementales, et qu'il n'a pas besoin d'elles       C'est hardi, n'est-ce pas?\npour réussir, que, seul, il dépasse les bornes       A nous, ça nous a paru tout simple. Nous\nau delà desquelles ne vont jamais ceux que        avons été séduits par cette idée que nous\nl'appui officiel soutient. Aussi, puisque l'oc­   allions, une fois de plus, braver la coalition\ncasion, déjà presque oubliée de cette fête,       de ceux qui se croient avoir l'aptitude à\na été l'étrange et injuste refus d'accorder       tout empêcher et à tout permettre, nous\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                                          — 232 —\n\n\n au plus grand de nos écrivains une récom­         moquer de la réclame sans laquelle le bruit\n pense qui lui revenait de droit, pouvons-         court qu'on ne peut rien faire, rompre en\n nous, aujourd'hui qu'un tel acte a augmenté       visière à la Grande Vermine, bousculer\n notre mépris pour toutes ces distinctions         quelques préjugés qui semblent bien por­\n arbitraires, renvoyer à ceux gui en dispo-        tants, nous lancer dans une de ces aven­\n sent, tout ce qui pourrait en revenir aux         tures où l'on a contre soi toutes les forces\n nôtres. Qu'ils gardent pour eux leurs prix,       que les médiocres courtisent et qu'il est\n leurs médailles, leurs décorations, leurs         délectable de mépriser.\nfaveurs. Dédaignons-les.       Dans la cohue                     (L'Art   moderne,   17 juin).\n des médiocrités qui s'abritent autour d'eux,\n ils trouveront toujours assez de personna­\n lités dignes de les recevoir; qu'il soit désor-\n mais acquis, dans notre art libre et notre\n littérature indépendante, que nous savons\n réussir sans rien obtenir, et que nos œuvres\n seront d'autant plus belles et plus fortes\n qu'elles grandiront dans une liberté plus\n haute et plus fière. (Discours prononcé pen-\n dant la manifestation organisée par la\n Jeune Belgique en l'honneur de Camille\n Lemonnier (le 27 mai 1883).\n\n    Nous n'avons rien à ajouter.\n\n\n\n\n                        SALON DE PARIS\n               I1 devient aussi utile qu'humain de décourager tous les jeunes\n                hommes qui veulent encore, aujourd'hui, faire de la peinture ;\n                — et si après leur avoir démontré qu'en bien faire ne compte\n                guère, qu'un tableau suffisant est aussi perdu dans la marée\n montante des Salons qu'un galet sur la plage, si après avoir affirmé à tout\n enthousiaste, hanté par les médailles de demain, qu'en dépit de quelques\n succès éphémères, il y a gros à parier que dans un demi-siècle ses toiles\n Seront la proie dé celles d'araignées ; si après lui avoir dit qu'il devra se\n cloîtrer, travailler, souffrir, lutter toujours, être conspué, et cependant\n rester fier et toujours intolérant ; qu'enfin il lui faudra trouver encore une\n formule inédite qui soit en même temps l'expression intense de son senti­\n ment intime; si alors, voyant la profondeur du précipice, il répond brave­\n ment... qu'il le tournera — tournez-lui le dos; si au contraire il se déclare\n attiré par lui; plaignez-le et encouragez-le... il aura raison un jour, ou\n grossira le nombre de ces Claude, que les imbéciles seuls prennent pour de\n modestes ignorés, et qui ne sont heureusement que des orgueilleux.\n    Plus les Halles sont encombrées et plus les Ventres-de-Paris peuvent se\n montrer exigeants. Dans un Salon de 2,500 toiles, le talent moyen est fata-\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                  — 233 —\n\n lement sacrifié au profit des Personnels, ce qui est peut-être dur mais\n heureux et juste. Si l'on voulait parler de tous ceux qui font de la peinture\nproprement, comme un professeur, plus ou moins Des Essart fait des vers\n corrects, ce n'est plus d'articles de critique mais d'un journal quotidien\n qu'il faudrait s'occuper.\n    Je serai donc bref :\n    Bonnat, qui est plutôt un robuste, qu'un violent, a fait un beau portrait\n de M. Dumas fils, c'est bien vivant sans être trop maçonné, le peintre de\n ce gavroche-mystique qui joue au philosophe, embêté qu'il est de n'avoir\n que tout plein d'esprit, a été mieux inspiré que son modèle qui s'est cru de\n force à jongler avec le nom d'Hugo, et a pensé, ô l'erreur! qu'il lui était\nloisible de l'enterrer sous la cendre de sa cigarette de boulevardier.\n    On reprochait un jour à Henner de refaire toujours la même petite\n nymphe (et ce « on » était quelqu'un) ; alors il répondit, son énigmatique\nsourire de faune aux lèvres, et avec ce bon accent d'Alsacien patriote qui\nfait chaud au cœur :\n    « C'est parce que je ne la trouve jamais assez PIEN... »\n   Ce maître incomparable de la chair, expose deux petites toiles : Une\n Créole, et une Hérodiade, qui flanquent une claque à tout ce qui est dans\nla salle — excepté cependant à la Madeleine, de Falguière, peu faite, mais\nd'une simplicité et d'une unité de ton adorables.\n   La médaille d'honneur a été votée à M. Cormon pour les Vainqueurs\nde Salamine. C'était son tour. Cette grande toile ressemble un peu à la\nfin du cinquième acte d'une féerie.\n   M. Duez expose un Pré grandeur naturelle, dont le vert cru coupe\ndésagréablement le gris-bleu de la mer ; une vache peu d'aplomb est sauvée\ndans sa chute par un arbre obligeant. Ce peintre de talent s'est vastement\ntrompé.\n   La toile de M. Roll sent la poudre.\n   Le grand tableau de M. Clairin, Funérailles de V. Hugo, n'est qu'une\nillustration agrandie.\n   Les peintres perdent le sens de la proportion, ils sacrifient au mauvais\ngoût d'un public qui veut d'autant plus grand qu'il voit petit. Je voudrais\nvoir la Joconde, inconnue, dans un Salon annuel... ce qu'on passerait\ndevant !\n   Beaucoup de paysages, presque tous acceptables ; peu de pénétrants, de\npersonnels. Quelques peintres comme Rapin restent fidèles à la saine\npoésie et à eux-mêmes ; celui-ci est par excellence un délicat et un sensible ;\nen des colorations atténuées, il sait traduire toutes les caresses matinales\nqui rôdent dans l'air ambiant, et toutes celles plus mélancoliques des fins\nde journées automnales. Les deux toiles : Matin au bord du Doubs, et\nAutomne, sont à la hauteur de son tempérament de synthétique ému. La\npremière est achetée pour le Luxembourg.\n   M. Pointelin, dans sa peinture aussi bien qu'en ses superbes pastels,\ndemeure plus sombre ; c'est le poète du soir, de l'entrée en scène de la\nnuit. Sur les monts est son meilleur tableau de cette année. M. Pointelin\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "                                  — 234 —\n\n prouve une fois de plus qu'il n'est pas besoin d'une toile démesurée pour\ndonner une impression forte et durable.\n   MM. Rapin, Pointelin, Cazin, sont des poètes dont Corot serait content\n— quelques autres restent bons paysagistes, la masse est praticienne. Il y\na encore Jean Desbrosses, mis trop tardivement hors concours cette année\npour sa belle Vue du Mont-Dore; celui-là est un véridique, hardi et san­\nguin, qui a une façon si vraie de voir la nature, qu'il arrive à faire aimer\nla vérité crue ; c'est encore une façon d'être personnel qui n'est pas à la\nportée de tout le monde. Il faut aussi songer à ceux qui, vieux, font partie\nde la grande école qui a été la rénovatrice : je veux parler de Français,\n Harpignies, Bellel — des maîtres que les jeunes impuissants commencent\nà ignorer.\n   M. André Brouillet est un peintre encore jeune et déjà très arrivé ; c'est\nun travailleur et un consciencieux ; sa Leçon clinique à la Salpétrière,\nnous montre le docteur Charcot, soutenant d'un bras une femme hypno­\ntisée, et expliquant le phénomène à son auditoire. Il y a là les docteurs\n Paul Richer, Féré, de Bourneville, Gilles de la Tourette, e t c . . puis\n Philippe Burty, Jules Claretie, Naquet, Paul Arène, en tout une tren­\ntaine de portraits brossés avec une belle sûreté de main. M. Brouillet a en\nlui un impérieux besoin de sincérité qui lui fait volontiers tenir en réserve\n ce qu'il a d'essentiellement individuel dans la vision, et même dans son\n désir de créateur. C'est un opiniâtre, très en vue, ce qui est justice, et qui\nse reposera quelque jour en nous donnant de ces œuvres qui sont des enfants\npréférés, faits librement, à l'aise, et dans le bon silence de l'alcôve.\n   Valadon, toujours exalté et poète, irrégulier et artiste, brusque et tendre,\nheureusement faillible comme ceux qui sont de race; Valadon dont un\ninfluent répétait avec quelque ironie ce mot qui est pourtant d'un beau\npeintre : « Moi, quand je sens que j'ai vibré, je m'arrête... » Valadon expose\nun portrait de femme de facture un peu rapide, mais où des superbes bleus\nde velours rachètent la hâte de l'exécution. Son autre toile, Amour de\nl'art, et qui devait s'appeler primitivement Andante, est une œuvre atti­\nrante. Une femme joue du violon — sujet si l'on veut, étude plutôt; l'ar­\ntiste, sans être peinte tout à fait en pied, est vue grandeur naturelle : le\ngeste demandait le titre supprimé Andante; l'expression veut le dernier,\nsynonyme de souffrance ; les blancs jaunis de la tunique de laine sont\ndignes de la palette d'un maître ancien. Valadon est sûr de vivre après lui ;\ncertitude qui se fait rare aujourd'hui.\n   M. Cabanel, redevenu lui-même, n'est plus supportable. Sa Cléopâtre,\nennuyée moins encore qu'ennuyeuse, demeure stupide en voyant que les\npoisons qu'elle fait administrer à de siens esclaves ont pour effet de faire\nparaître si petits des suppliciés qui sont aussi près d'elle. C'est l'école de\nl'anti-perspective.\n   Par exemple, je voudrais vider une bonne fois une querelle avec quelques\nmiens amis au sujet de Jules Breton. Je l'aime ce peintre-poète, toujours,\net souvent beaucoup; et si Philistin je suis, Philistin je tiens à rester. Je\nsais bien que Jean Dolent, un délicat de la plume, qui a toujours de la\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                                  — 235 —\n\ncharpie prête pour les blessures qu'il fait, trouve qu'il arrondit, qu'il\nignore le geste direct, comme il lui fut dit un soir chez Leconte de Lisle,\nsoit... Mais un autre,..plus méchant que Dolent et qui ne l'est que par amour\nde l'art, a dit : « C'est du Millet arrangé pour le piano!... » Enfin, un\ntout doux, qui a autant de talent que de férocité, s'étonnait devant moi que\nl'on fît bon marché de Bouguereau quand on acceptait Jules Breton.\nDiantre ! c'est rbide, cher ami; Bouguereau est un imprimeur sur étoffes,\nusine à Puteaux ou ailleurs, et Jules Breton est un poète, incontestable­\nment; quand on a fait la Procession dans les blés du Luxembourg et der­\nnièrement le Chant de l'alouette, on est, en même temps qu'un vrai peintre,\nun penseur ému et qui émeut.\n   S'il y a fort peu de tableaux attirants au Salon, fort peu de toiles qui se\ngravent dans la mémoire, Eugène Carrière, lui, sait être un de ces rares\nartistes dont les œuvres se fixent en nous, inoubliables, et, quoique d'un\ncoloris qui semble effacé et n'est que pénétrant, nous hantent, une fois\nvues, comme le souvenir d'un rêve s'épand et se case au cerveau. Son\ngrand portrait en pied, du sculpteur Louis-Henri Devillez, dans son ate­\nlier, vient d'obtenir une seconde médaille — passons ; — les Grecs, d'un\ngoût douteux, de M. Cormon, même avec leur médaille d'honneur, feraient\ntriste figure à côté de cette toile étonnante de vérité, de simplicité, de tran­\nquillité. Cela semble l'œuvre d'un maître d'une autre époque; on est peu\nhabitué à ce profond mépris du tire-1'œil, à cet amour parfait du sentiment\npersonnel; — le sujet lui-même, M. Devillez, debout, pétrissant une bou­\nlette de terre, et vêtu d'un tricot de laine, pourrait passer pour quelque\nsculpteur Florentin. La tête est belle, expressive, et prêtait au grand por­\ntrait. Un superbe épagneul se caresse aux jambes du portraituré et fait une\nbelle tache au centre de ce tableau qui, plus tard, devra trouver sa place\ndans quelque grand musée.\n   Ce sculpteur Devillez, un véritable artiste encore, expose un groupe en\nplâtre aussi hardi que savant : Les Sylvains; une femme nue, plantureuse,\nest étendue à terre et dort profondément, couchée sur le ventre. Les jambes\nécartées sont d'un modelé parfait, la nature est absolument vue et res­\npectée. La femme est robuste, un sein gonflé s'offre, pressé par le corps, à\nterre; et deux petits sylvains, des maraudeurs, se battent à qui le premier y\npuisera la vie ! C'est la Terre, la Maya, la Nourrice! En somme, une con­\nsciencieuse et belle chose.\n   Le nu'? — grave affaire ! Que de peintres font du nu comme ils scieraient\ndu bois, sans savoir pourquoi — combien peu ont encore la religion jalouse\nde la forme; l'unique, la belle, l'ancienne! que l'impuissance des généra­\ntions nouvelles est venu combattre au nom de je ne sais quel idéalisme gro­\ntesque? Comme si la matière divinisée n'était pas l'unique vase qui puisse\nrenfermer l'idéal !\n   Henner n'expose pas de figure nue cette année; c'est un vide.\n M. Carolus-Duran nous montre une Andromède qui me paraît bien peu\ninquiète de son sort, mais qui a le mérite d'être d'un bien joli ton.\n   Une femme nue qui se chauffe, tel est le titre d'une toile de M. Besnard ;\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                                  — 236 —\n\n un artiste qui tient à recueillir la succession de Manet, cherche à faire\n hurler le bourgeois et n'arrive qu'à intéresser les artistes. Votre dame nue,\n assise en chien-de-fusil, a, M. Besnard, des qualités d'étude que nous ne\n saurions nier, mais qui ne suffisent pas pour donner longue vie à un\n tableau. Vous pouvez autre chose, prouvez-le à ceux qui en doutent.\n    M. Gervex a peint sa scène d'hôpital; le docteur Péan démontre, sur le\n torse d'une femme demi-nue. Nul ne joue des blancs comme M. Gervex,\n mais comme il y mêle je ne saurais dire quelle substance aphrodisiaque qui\n n'est pas à dédaigner, qu'il nous réédite Marion, l'épouvante du Jury, ou la\n Femme au masque. Il est bon d'approprier son sujet à son mot. M. Gervex\n a de la polissonnerie sur sa palette, qu'il s'en serve.\n    Chaplin, c'est différent ; c'est un voluptueux qui couche avec le souvenir\n de Fragonard. Emprunter au XVIIIe siècle est une preuve de haut goût;\n s'en rapprocher est une louable ambition. Je tiens l'école française de ce\n temps (seul temps de l'école française pour de bon) pour une des plus déli­\ncieuses manifestations de la poésie des sens associés à l'esprit. Dans les\nrêves, qu'expose cette année M. Chaplin, est une femme couchée, plus\nenchiffonnée que nue, et que caressent, avec une gredinerie sans pareille,\nune foule pressée de touches, de jeux de couleurs, qui sont des chatouilles,\ndes baisers, de jolies inconvenances de derrière les rideaux. On a dit :\n« Une femme dans de la crême fouettée ». — Moi, si je suis invité, j'en\nredemande !\n    L'Armide en zinc, de M. Jacquet, ne peut être qu'une gageure que d'au­\ntres parmi toutes ces dames au Salon, du Salon si vous voulez, méritent,\ncomme l'infortunée de M. Jacquet, d'être abandonnées par leur Renaud!\nUne Eve, au pastel, Eva dit le livret, est peut-être la plus jolie chose que\nje connaisse de M. Feyen-Perrin : debout, vue de dos, près d'un arbre\nqu'elle touche, elle guette?... le serpent, parbleu! De sa chair une vapeur\nduveteuse se dégage, qui sensualise l'air ambiant, jusqu'alors vierge de\ndésirs.\n    J'avais promis à la Jeune Belgique, où j'aime écrire, parce qu'on y est\nlibre, deux mots sur le Salon ; j'ai déjà dépassé et j'ai peur d'être coupé (1).\nNous verrons.\n    M. Montenard voit bleu et bien. J.-P. Laurens reste un fort qui sculpte\nde la peinture. Mesdag connaît la mer. Matejko voit jaune à outrance!\nJeannin et Grivolas restent fidèles aux fleurs qu'ils aiment. J. Béraud con­\ntinue de fixer les types parisiens ; cette année les avocats ont posé. La Cène,\nde M. Uhde, est d'une vérité rétrospective de penseur. Vollon reste un\nmaître. Rochegrosse s'inspire de Plutarque pour nous évoquer le meurtre\nde César; mais il nous montre en une autre petite toile, qui rappelle le\nGérome du bon temps, une Salomé dansant devant Hérode, qui est d'un\nfaire et d'un ragoût des plus intéressants. M. Benjamin Constant, le peintre\nqui sait éveiller chez l'homme, comme dit notre confrère Hugues le Roux,\n« ce désir toujours dormant de la femme esclave, de la douce bête tendre\n\n (1) Va toujours!                                              ( N . D. L . R.)\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                     — 237 —\n\nqui n'aurait pas d'âme », M. B. Constant expose une Théodora, assise sur\nson trône, et vêtue de draperies brochées d'or et de pierreries. Son second\nenvoi est un Orphée dans les montagnes de la Thrace. C'est un effort vers\nl'évocation grandiose et pensée d'un mythe immortel. Je consacrerai une\nétude à cette œuvre; mais je n'ai plus ici ni la place ni le temps; je ne\nciterai que les derniers vers d'un sonnet que le poète Haraucourt écrivit sur\ncette œuvre capitale dont il sera toujours temps de parler, et dont on ne\nsaurait parler à demi :\n               ... Seul ! alors, il s'en va vers l'inconnu, là-bas,\n               Vers la Mort, le front las, il s'en va, pas à pas,\n               Dans le renoncement du rêve et de la gloire.\n               Seul! il oublie... Et loin des clartés, loin du bruit,\n               Vieux d'espérer, vaincu d'aimer, usé de croire,\n               Tandis que le jour monte, il descend vers la nuit.\n  Puisque la médaille d'honneur n'a pas été votée à cet Orphée, je sais gré\naux voix intelligentes qui se sont portées sur l'œuvre superbe de M. Tatte-\ngrain : Les Casselois se rendant à merci au duc Philippe-le-Bon. C'est\npeint sans fracas, avec une ample unité de vision, c'est enfin le passé gran-\ndiosement reconstitué, avec autant de simplicité dans le côté historique que\nde puissance dans l'effet.\n  Et puis? Fantin-Latour qui nous écrit avec le crayon de couleur et le\npinceau de si troublants poèmes qu'un livre suffirait à peine pour les tra­\nduire, — et Puvis de Chavannes, le Grand chantre de l'Humanité; sorte\nd'Orphée, poète rétrospectif et cependant moderne, immuable et grand ;\nhier, aujourd'hui et demain !\n                                             HIPPOLYTE DEVILLERS.\n    Juin 1887.\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n L'Initiation sentimentale, par Joséphin Péladan. Un vol. Edition in-16 : fr. 2-00.\n                    Edition in-8° : fr. 7-50. Paris, Edinger.\n\n               Non, Péladan, ce n'est plus vous, l'auteur du Vice suprême, que\n                je reconnais dans l'Initiation sentimentale. Ce dernier livre\n                est médiocre, empli de redondances qui choquent, d'une\n                psychologie fantaisiste où vous prétendez ouvrir le mystère\ndes choses, alors que vous fermez les valves du bon sens et clouez le\ncercueil de la pensée. Votre livre de début, si éclatant, si rempli, si vaste,\ncontient tout ce que les suivants délaient, et vous répétez en « tirant à la\nligne » les incohérences, heureusement rares, du Vice suprême. Votre\nNebo est un Mérodack affaibli, votre Paule de Riazan une princesse d'Esté\neffacée, et la part d'hermétisme, qui faisait sourire dans le Vice, agace\ndans l'Initiation. Laissez donc là votre Rose-Croix et votre magie. Rentrez\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "                                  — 238 —\n\n  dans la Vie, et s'il vous plaît de raconter la décadence des races latines,\n  sujet digne de votre grand talent, ne nous renouvelez pas, en des récits de\n  Sheherazade, les aventures du prince Rodolphe, d'Eugène Sue.\n     Vous prétendez dire notre temps, — et vous le peuplez de mages; vous\n  en êtes encore aux princesses déguisées en hommes, aux justiciers en habit\n  noir, aux adorateurs d'étoiles, cela dans la société parisienne que vous ne\n  voyez pas, mais que vous inventez. La décadence, réelle ou non, vous la\n  rendez invraisemblable, et vos héros n'existent qu'en dehors du monde\n  connu ; ils ne vivent pas plus que Monte-Christo ou Lagardère ; impos­\n  sibles comme eux, ils gravitent dans le rêve de votre imagination créatrice,\n  et tous sont autant de Péladan qui se ressemblent et se narcissisent dans\n  leur langage érudit. Vous avez lu, étudié, compulsé beaucoup et vous\n  passez devant votre écritoire le baccalauréat de votre science.\n     J'avoue qu'il est original de moderniser les choses chimériques. Merlin\n en frac avec gardénia, dansant au bal de l'Elysée, ne me choque point, et\n je conviens que votre tout-puissant Mérodack faisant de l'or, envoûtant les\n mauvais, fascinant les dames, est un type invraisemblable plein de gran­\n deur et de nouveauté. Mais c'est bon pour une fois cela; l'écrivain, devant\n l'art, n'a pas plus le droit de se plagier lui-même que de larronner les\n autres, et les raclages de veines exploitées ne donnent, vous le savez, que\n l'impalpable poussière qui dénonce leur néant. Est-ce le besoin de publier\n qui vous pousse à cette ingrate besogne, ou bien, avez-vous, d'un seul cri\n sonore et majestueux, cassé la voix dans votre gorge ?\n    Et la théorie de l'androgyne, théorie ancienne qui date des plus beaux\n temps de la statuaire antique, n'avez-vous point fini de l'introduire dans la\nréalité? Vous mettez un pantalon noir à l'héroïne, vous lui coupez les\ncheveux et c'est l'androgyne ! Et cette femme-homme aux formes floren­\ntines, sans le vouloir, vous la faites plus femme qu'aucune femme. Homme\npar le costume, elle a la passion physique et la passion morale de la Vierge\nou de l'Amante. Ce n'est plus qu'un déguisement de surface sous lequel les\nseins frissonnent, le ventre palpite, les sens s'abandonnent. Paule de Riazan\nne cesse d'avoir les yeux fixés sur Nebo; la concupiscence admirative pour\ncet être qu'elle sent supérieur n'a point d'arrêt, et si elle accepte de faire\navec lui ce voyage d'observation que vous appelez « périple » pour étonner\nnotre langage courant, c'est parce qu'elle est convaincue que l'initiateur\nsentimental sera l'initié corporel. Et que dirai-je de ce Nebo Joseph qui\nlaisse avec mollesse son manteau ès mains de la Paule Putiphar? Vous\navez, Péladan, fait tout ce qu'il fallait pour nous convaincre de votre vertu\nplatonique — pardon ! de celle de vos héros — et votre érotisme — pardon!\nle leur! — éclate ou plutôt jaillit à chaque mot, à chaque geste, à chaque\npas qu'ils osent hasarder, ces héros qui sont Vous !\n    Je ne vous dirai pas : « Laissez-moi rire » ménager que je suis de mes\nrires pour des écrivains drolatiques ; j'estime que vous avez droit, de par\nle Vice suprême, au respect littéraire des artistes qui sont et de ceux qui\nseront, mais permettez-moi de vous dire toute ma pensée et ne m'en\nveuillez pas de ma franchise. Votre livre n'est pas digne de vous.\n                                                                M. W .\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                        — 239 —\n\n\n\n                                MEMENTO\n   Nous avons donné plus haut la réponse           « Et dire que l'on a voulu faire un maître\nde Me Picard. Elle renferme des insinua­        de cet écrivain, que quelques-uns nous\ntions qui veulent dire quelque chose. On ne     l'ont offert comme un modèle. Mais on ne\nse défend pas sur un tel terrain, sans donner   parla jamais une langue plus lourde, plus\nà croire que l'on a besoin de se disculper.     incorrecte et plus prétentieuse ! Mais c'est\nL'autorité de Me Picard, si incontestée dans    un écrivain de Mardi-Gras, ou, plutôt, de\nle rôle de jurisconsulte, soulève quelque       Mercredi des Cendres. Son style est fait\ndoute lorsqu'il s'agit de questions du genre    d'oripeaux défraîchis, et il paraît sorti de\nde celle dont il rappelle si malencontreuse­    quelque boutique de « décrochez-moi ça ! »\nment le souvenir ; qu'il reste, comme nous,     Est-ce parce qu'il a écrit la vie de Brummel ?\nsur le terrain littéraire et ne s'avoue pas     Il vise, sans doute, à l'élégance; il se pose,\nvaincu en le quittant ; notre défi tient tou­   se cambre, fait le beau ; mais il ne peut\njours, mais M 0 Picard a tort de le prendre     faire illusion qu'à sa portière ou à des trot-\npour une provocation de matamore ; les          tins de magasin. Et personne ne trouve\ndemi-syphons peuvent mousser gaîment;           grâce devant lui, ni Alexandre Dumas père,\nil faut être Amiral pour les confondre avec     ni Augier, ni aucun des maîtres de la scène\nles torpilles.                                  contemporaine, — ni même Molière, Cor­\n                    ***                         neille et Racine. Mais c'est là rancune de\n   Notre excellent Jeune Belgique, James        vieille dévote... Quand le diable n'en peut\nVandrunen, publie chez l'éditeur de notre       plus, il se fait ermite. »\nrevue une exquise plaquette intitulée Forêts,      Sans commentaire.\nque nos lecteurs connaissent en partie.\nCinq sous-bois décrits avec une extrême\n                                                                     ***\n                                                   M.Edmond Lambrichs, peintre méritant,\ndélicatesse de tons en une langue fluide et\n pleine de cette virtuosité dont notre ami a    est mort le 25 mai dernier.\ntous les secrets. Jamais Vandrunen n'est                             ***\narrivé à ce chatoiement de mots rendant le        Un événement grave s'est passé le mois\nchatoiement des choses. Sa Forêt morte,         dernier. En plein bois de Boulogne,\npleine des voix éteintes et des murmures        M Ile Martinez Campos a été enlevée par\nétouffés qui montent de la terre, est à ce      M. Paul Wauwermans.\ntitre une des grandes pages descriptives que\nnous connaissions, d'une impression pro­                             ***\nfonde et d'un art de haute marque.                 Le troisième volume de l'Almanach de\n   Ajoutons que le volume, tiré à cent          l'Université de Gand (1887), vient de\nexemplaires hors commerce, est une mer­         paraître. La partie littéraire en est des plus\nveille typographique. Le maître chef d'ate­     fournies et des plus choisies; signalons les\nlier De Winter a donné la mesure de son         vers de MM. Paul Berlier, Aug. Vierset,\nextrême habileté, et fourni à un petit chef-    Georges Rodenbach, Fritz Elle; Carolus\nd'œuvre un cadre qui le vaut. La maison         Bex, Nihil, etc. Dans le recueil se trouve\nMonnom est devenue, grâce à lui, l'impri­       la nouvelle Lettre à Lieschen, que nous\nmerie des Bibliophiles belges et peut riva­     reproduisons ci-dessus. Plusieurs noms et\nliser avec les Quantin et les Jouaust.          pseudonymes des écrivains de l'Almanach,\n                                                nous sont inconnus, mais ils dénotent des\n                    ***                         artistes jeunes et charmants à qui nous\n  L'Office de Publicité fait suivre l'annonce\n                                                envoyons toute notre sympathie littéraire.\ndu théâtre contemporain de Barbey d'Au­\nrevilly, de cette petite perle que nous                              ***\nrecueillons délicatement :                        Reçu : L'Ame       entrevue,   poésies   de\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                                        — 240 —\n\n\nM. Frans Van Peleghem. Le volume est             plume sur un couteau de bois, M. Flourens\nremarquablement imprimé par la maison            arrive et ôte son paletot, MM. Patin, de\nMonnom.                                          Vigny, Pongerville et Empis regardent le\n                     ***                         plafond ou le tapis, M. Sainte-Beuve s'ex­\n  C'est M. Albert Mockel et non M. Siville       clame de temps en temps, M. Villemain lit\nqui est l'auteur de la plaquette des Fu-         le manuscrit, en se plaignant du soleil qui\nmistes wallons, récemment mise en vente à        entre par la fenêtre d'en face, M. de Noailles\nLiége.                                           est absorbé dans une manière d'almanach\n                     ***                         qu'il lient entr'ouvert, M. Tissot dort. Moi\n   Il y a eu des surprises, cette année, aux     j'écris ceci. Les autres académiciens sont\nconcours du Conservatoire.                       absents.\n   Une débutante de la classe de M. War­            « Le sujet du concours est l'éloge de\nnots, Mlle Bauveroy a choisi comme second        Mme de Staël. »\nmorceau de concours le récit de Sieglinde           A l'occasion d'un dîner chez M. de Sal­\nau premier acte de la Walküre.                   vandy, nous assistons à une portraicture\n   On dit même — chose invraisemblable           des plus curieuses des célébrités de l'époque:\n— que c'est M. Gevaert qui le lui a con­            « Hier jeudi, j'ai dîné chez M. de Sal­\nseillé!!!                                        vandy, ministre de l'instruction publique.\n   M. Gevaert Jeune-Belgique!                    Il y avait le marquis de Normanby, ambas­\n   Eh bien ! et nous alors ?                     sadeur d'Angleterre; le duc de Caraman,\n   Ajoutons que la débutante, qui possède        jeune grand seigneur intelligent et simple,\nun fort joli soprano dramatique, a très intel­   très occupé d'études philosophiques ; Dupin\nligemment phrasé ce fragment de Wagner.          ainé, avec son air de bourgeois brusque;\n   Voici donc un nouveau nom — que               M. de Rémusat, l'académicien d'il y a huit\ndisons-nous? — DEUX nouveaux noms                jours, esprit fin, intelligence impartiale;\nd'artistes à retenir.                            M. Gay-Lussac, le chimiste, que la renom­\n                                                 mée a fait pair de France et à qui la nature\n                     ***                         a donné une figure de bon paysan , l'autre\n  Dans la Bibliothèque nationale de la rue       chimiste, M. Dumas, homme de talent, un\nRichelieu, vient de paraître en trois volumes    peu trop frisé, et montrant beaucoup le\nà cinq sous, une curieuse réimpression de        ruban de commandeur de la Légion d'hon­\nL'An deux mille quatre cent          quarante,   neur; Sainte-Beuve, chauve et petit; Alfred\nrêve s'il en fut de Mercier, l'auteur du         de Musset, avec son air jeune, sa barbe\nTableau de Paris.                                blonde, ses opinions équivoques et son\n                                                 visage spirituel; M. Ponsard, homme de\n   Choses vues, par Victor Hugo, sorte de        trente-deux ans, aux traits réguliers, aux\nmémoire-journal d'une saveur toute par­          yeux grands et ternes, au front médiocre,\nculière où le maître a consigné des faits et     le tout encadré d'une barbe noire et d'une\ndes figures d'un haut intérêt.                   chevelure noire, beau garçon pour les bou­\n   Voici comment l'Académie juge les con­        tiquières, grand poète pour les bourgeois;\n                                                 M. Michel Chevalier, avec sa tête tondue,\ncours littéraires :\n                                                 son front fuyant, son profil d'oiseau et sa\n   « A l'Académie française, on juge le con­\n                                                 taille mince ; Alfred de Vigny, autre blond\ncours de prose. Voici comment :\n                                                 à profil d'oiseau, mais à longs cheveux;\n   « M. de Barante lit une brochure, M. Mé­\n                                                 Viennet, avec sa grimace; Scribe, avec son\nrimée écrit, MM. Salvandy et Vitet causent\n                                                 air placide, un peu préoccupé d'une pièce\nà voix haute, MM. Guizot et Pasquier cau­\n                                                 qu'on lui jouait le soir même au Gymnase\nsent à voix basse, M. de Ségur tient un\n                                                 et qui est tombée; Dupaty, triste de sa\njournal, MM. Mignet, Lebrun et Saint-Au­\n                                                 chute du 7 en pleine Académie; Montalem­\nlaire rient de je ne sais quels lazzis de\n                                                 bert, avec ses cheveux longs et son air\nM. Viennet, M. Scribe fait des dessins à la\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                           — 241 —\n\n\nanglais, doux et dédaigneux; Philippe de            trer les avantages de cette combinaison plus\nSégur, causeur familier et gaî, au nez              patriotique qu'honnête. Tout Beaumarchais\naquilin, aux yeux enfoncés, aux cheveux             est là : les entraînements de la spéculation\ngris imitant la coiffure de l'empereur; les         lui font souvent perdre de vue l'humanité et\ngénéraux Fabvier et Rapatel, en grand               la morale, et il combat les abus seulement\nuniforme, Rapatel avec sa bonne figure              lorsqu'il lui est impossible d'en tirer parti ».\nronde, Fabvier avec sa face de lion camard ;        Tel nous est représenté cet être ondoyant\nMignet, souriant et froid ; Gustave de              et divers : « Assemblage bizarre de qualités\nBeaumont, tête brune, vive et ferme ;               et de défauts qui se contrarient, mélange\nHalévy, toujours timide; l'astronome Le-            de ruse et de sincérité, de témérité et de\nverrier, un peu rougeaud ; Vitet, avec sa           finesse, de flegme et de décision ». Tel\ngrande taille et son sourire aimable quoi­          nous apparaît ce précurseur de la révolu­\nqu'il lui déchausse les dents; M. Victor            tion qui fut un des esprits les plus auda­\nLeclerc, le candidat académique qui avait           cieux et les plus actifs de son siècle, qui\néchoué le matin ; Ingres, à qui la table            soutint des procès innombrable et dont la\nvenait au menton, si bien que sa cravate            devise était : « Ma vie est un combat ». Elle\nblanche et son cordon de commandeur                 est intéressante la vie d'un homme qui\nsemblaient sortir de la nappe ; Pradier avec        invente un échappement de montre (d'où\nses longs cheveux et son air d'avoir qua­           premier procès), donne des leçons de harpe\nrante ans, quoiqu'il en ait soixante; Auber,        — instrument peu joué à cette époque —\navec sa tête en torticolis, ses façons polies       aux filles de Louis XV, achète des charges,\net ses deux croix d'officier à sa bouton­           fait valoir des fiefs imaginaires pour ne plus\nnière ».                                            s'appeler Pierre-Augustin Caron, fonde des\n                                                    sociétés commerciales, lance des affaires\n                     ***\n                                                    financières gigantesques et pleines de péri­\n   Beaumarchais, par Paul Bonnefoy. —\n                                                    péties extraordinairement embrouillées, le\nCette étude a été honorée d'une mention à\n                                                    tout entre un procès qu'on juge et un autre\nl'Académie française et est suivie de lettres\n                                                    que l'on introduit.- M. Bonnefoy estime que\net de documents inédits. — « P e u t - o n\n                                                    les œuvres de ce bel esprit rimeur, sans\ns'en tenir aux mérites littéraires de quel­\n                                                    être des chefs-d'œuvre, seront éternelles par\nqu'un qui en avait tant d'autres, demande\n                                                    la peinture des défauts humains. Il dit, par­\nl'auteur, et qui rangeait la littérature\n                                                    lant d'elles : « Pas parfaites, gaies, vives,\ndans la classe de ses amusements ? La\n                                                    puissantes et alertes comme leur auteur;\npassion du théâtre? répondit-il plus loin,\n                                                    on n'y trouve pas cette recherche du mieux\ns'il s'y livra, nous dit-il, c'est parce qu'il\n                                                    idéal, qui passionne tout écrivain ambitieux\nn'aimait pas le jeu de loto, et ses comédies\n                                                    de la gloire. »\nfurent les meilleures de ses spéculations. »\nC'est sous ce vrai jour que la monographie             Rappelons que c'est à Beaumarchais que\nsavante de M. Paul Bonnefoy nous montre             l'on doit la première édition des œuvres\nBeaumarchais. Quelques traits établissent           complètes de Voltaire.\nvivement sa silhouette morale : « Beaumar­\nchais ne s'est pas contenté de créer Figaro;                              ***\nil l'a créé à son image, et il lui a donné tant       Vous rappelez-vous les enfants de Thac­\n de lui-même, qu'il suffit, pour connaître          keray lui demandant grâce pour l'héroïne\n l'auteur, d'analyser le personnage...N'alla-t-il   d'un de ses romans, condamnée par la\n pas jusqu'à aider la marquise de La Croix à        Faculté? Voici le pendant de cette histoire,\n devenir la maîtresse du prince des Asturies,       récit d'Aurélien Scholl :\n sous le prétexte que l'empire de cette Fran­          Paul Duplessis avait toujours un grand\n çaise sur l'héritier présomptif du trône           roman en cours de publication dans la\n d'Espagne augmenterait d'autant le prestige        Patrie.\n français ? II écrivit un mémoire pour mon­            Un soir, Vernet, qui semblait l'attendre\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "                                             242 —\n\navec impatience, l'aborda dès son arrivée à      rait... et moi, pensant que tu aurais encore\nla Brasserie de la rue des Martyrs.              besoin de la comtesse dans la suite du\n   — Un renseignement, lui dit-il. Mon           feuilleton, j'ai parié qu'elle ne mourrait\noncle suit ton roman avec une attention          pas.\nfébrile. Tu as laissé hier la comtesse dans         — Un gros pari?\nune situation des plus critiques; elle est         — Deux cents francs.\ntombée dans un guet-apens, entourée de              — Diable ! fit Duplessis..,\nceux qui ont intérêt à la faire disparaître...      Et tirant sa montre :\nEst-ce qu'elle meurt?                               — Neuf heures, j'ai encore le temps\n   — Oui, répondit Duplessis.                    d'aller à l'imprimerie, je prends un fiacre\n   Vernet donna un coup de poing sur la          et je vais sauver la comtesse.\ntable en soupirant :                                — Vrai ? s'écria Vernet attendri.\n   — Pas de chance!                                 Duplessis lui serra la main et dit avec\n   — Qu'est-ce que cela peut te faire?           solennité :\ndemande Duplessis.                                  — Je te promets sa vie.\n   — Mon oncle m'a parié qu'elle mour­\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "  Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n     TAVERNE BRITISH\ntenue par VALADE et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n\n             LA LIBRAIRIE NOUVELLE\nvient de s'ouvrir au BOULEVARD ANSPACH. On y trouve tous\nles journaux français et les livres du jour. L'Artiste et La\nJeune Belgique, y sont en vente.\n   Située en plein mouvement de la ville, la Librairie nou­\nvelle est déjà devenue le centre des Lettres à Bruxelles.\n\n\n\n\n                    L'ARTISTE\n    REVUE HEBDOMADAIRE DES ARTS E T DES L E T T R E S\n\n                               10 f r a n c s par a n\n             O n s ' a b o n n e chez M. F U C H S , a r c h i t e c t e\n       94,     RUE       DUJ        P R I N C E      ROYAL,                94\n                                 BRUXELLES\n\n\n                   En vente chez tous les libraires\n     NOUVELLES KERMESSES\n                                          PAR\n\n                            Georges E E K H O U D\n\n  U n volume de luxe avec couverture de Léon Dardenne, imprimé en\ncaractères elzevjriens sur beau papier, par la maison Monnom.\n\n                             Prix     :     fr.   7-50\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "A         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX, (PRÈS LA BOURSE)\n\n                         ET M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L A TERRE, par EMILE ZOLA. Un numéro\n  2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n\n    L'ODIEUSE               bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au lord-maire et cette pâtée aux manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troubleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le cristal léger; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n A près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\n\nV   otre bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes !\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1887-07-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 244."}}