{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e ANNÉE. TOME VI, N° 8.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "7e ANNÉE.     TOME VI, N° 8.         PRIX : Fr. 0-60.                        5 AOÛT 1887.\n\n\n\n\n                                         LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "SOMMAIRE :\n Le Parnasse de la Jeune Belgique.             .        LA JEUNE BELGIQUE.\n Vers.                                                  FERNAND SÉVERIN.\n Whist                                              JULES VAN DER BRUGGHEN.\n Airs de              flûte                         SIEBEL.\n La mort-vive                                       ALBERT DE NOCÉE.\n Vaporisations . . . . . . . .                      SODA-WALLER.\n Chronique littéraire . . . . . .                   JOSÉPHIN PÉLADAN.\n Memento                                            ***\n\n\n\n\n                               \"BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n        26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                         80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1887\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction tient à rappeler", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 281, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature\ndans la revue. 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Rendrons compte\ndans prochain numéro. Merci.\n  33. G. HAGEMANS. Reçu Vie domestique. Idem. Merci.\n  34. VICTOR JANLET. Reçu Protection des œuvres de la pensée. Idem. Merci.\n  35. HIPP. DEVILLERS. Paris. Péchés véniels remis au prochain numéro. Nouvelle dont\nparlez trop longue. Amitiés.\n  36. J. PÉLADAN. Si vous êtes en rapport avec M. Gabriel Mourey, soyez assez bon, cher\nami, pour lui dire que j'ai reçu ses vers et que la J. B. donnera de lui le sonnet qui vous\nest dédié. Reçu aussi votre bonne lettre. C'est d'un homme d'esprit et d'un camarade.\n  37. JEAN GAUSSAIN. Vous êtes d'une amabilité déconcertante, mais 1° injurieux, mais\nVision ont l'un quatre et l'autre trois pieds. 2° le vers\n                         \" L'incarnation d'un mythe, une âme matérielle \"\nest un peu long pour un alexandrin; bref, ce n'est pas correct. Envoyez mieux. A vous.\n   38. GEORGES K. Bien incohérent, bien lâché, bien flou. Du délire de collégien qui\ns'embête. Pas bon, pas bon, camarade.\n  39. JULES BR. Oui.    Br ! ! !\n  40. RAOUL PASC. Attendons votre Missel, mais n'osons vous promettre l'insertion des\npièces inédites avant l'apparition. Et après, trop tard, eh? Amitiés.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 243, "page_fin": 245, "titre_corps": "Le Parnasse de la Jeune Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "LE PARNASSE DE LA JEUNE BELGIQUE", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LES JARDINS DU SOUVENIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "LE PARNASSE DE LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                                     Le Parnasse de la Jeune Belgique paraîtra\n                                 le 1er octobre prochain.\n                                    Il y a trois ans, nous eûmes l'intention de\n                                 publier un Parnasse. Ce fut alors M. Georges\n                                  Rodenbach qui se chargea des premières négo­\n                                    ciations. L'idée ne fut pas réalisée, à cause\n                                       de l'indolence naturelle aux poètes lyri­\n                                         ques. Il y a un an, l'un des nôtres\n                   reprit le projet abandonné. L'idée ne se réalisa pas davan­\n                   tage.\n                      Si elle prend corps aujourd'hui, c'est un peu, sans doute,\n                   grâce à nos amis, mais surtout grâce à nos ennemis.\n                   Car nous avons cet honneur d'en avoir encore, et c'est la\n                   meilleure preuve de notre vitalité artistique. La Jeune\n                 Belgique a su conserver autour d'elle les rancunes obligées\n                 et les haines nécessaires. Quand les anciennes colères ont\n                 désarmé, elle a su en susciter de nouvelles. Et elle possède\n                 aujourd'hui quelques détracteurs de marque, qui sont, malgré\n                 eux, les hérauts et les proclamateurs de ses victoires.\n                   Il sera piquant, dans quelques années, quand on écrira\nl'histoire littéraire de la poésie en Belgique, de reproduire les attaques\npassionnées auxquelles on se livre aujourd'hui contre des artistes désin­\ntéressés et dédaigneux. On relèvera, dans ces polémiques, à côté de\n                                                                        17\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "                                    — 244 —\n\n   quelques arguments littéraires empruntés à nos critiques de 1830, les per­\n   sonnalités les plus sottes et les plus odieuses. Jamais ce que Baudelaire\n   appelle notre goût national de l'ignoble ne s'est mieux incarné que dans\n   quelques-uns de nos adversaires, et jamais la haine de l'art ne les a plus\n  vilement inspirés.\n     Le Parnasse sort d'un mouvement d'enthousiasme pareil à celui d'où\n  sortit naguère le banquet Lemonnier.\n     A part quelques rares hésitants, tous les jeunes poètes belges seront\n  représentés dans notre Parnasse.\n     Le Parnasse contiendra des vers de tous les collaborateurs actuels de\n  notre Revue. Mais comme la Jeune Belgique n'a jamais été un groupe\n  fermé, nous nous sommes bien gardés d'exclure du Parnasse des écrivains\n  de talent qui, sans avoir collaboré à la Revue qui s'appelle la Jeune Bel-\n gique, font incontestablement partie du mouvement littéraire de la Jeune\n Belgique. C'est ainsi que le Parnasse contiendra des vers d'un poète anver­\n sois, trop peu connu, même des jeunes, et qui est un petit neveu d'Henri\n Heine, M. Montenaken. C'est ainsi encore qu'il contiendra des vers de\n plusieurs poètes qui viennent de se révéler dans d'autres revues belges.\n Nous avons voulu faire une œuvre d'art et non pas une besogne de coterie.\n     Nous n'avons pas songé davantage à écarter les poètes qui n'ont pas\n publié de recueils de vers. Ces raisons de... librairie nous sont restées étran­\n gères. Il nous a paru que le Parnasse doit être ouvert surtout à ces poètes-\n là, qui, pour ne pas être des écrivains-mère Gigogne, ont embaumé leur\nrêve dans quelques poèmes impeccables et définitifs. Tel est, par exemple,\nle cas de M. Emile Van Arenbergh.\n    Si nous n'avons pas songé à nous préoccuper des raisons de librairie,\nnous n'avons pas songé non plus à nous embarrasser des questions de hié­\nrarchie ou d'ancienneté. Nous pensons que cette question bizarre n'a rien\nde commun avec la question littéraire. Aussi n'avons-nous pas hésité à faire\nla part très large à des poètes qui n'ont pas ou presque pas publié dans\nles revues belges, comme MM. Maeterlinck et Van Lerberghe.\n    Nous avons fait appel aux jeunes écrivains, et aux plus récents des\njeunes. Nous avons la conviction d'avoir été ainsi plus Jeune Belgique\nque jamais. Notre Revue n'a pas été fondée pour permettre à quelques\nartistes, toujours les mêmes, de voir leurs poèmes imprimés. Elle a été\nfondée surtout pour faire connaître les talents nouveaux, pour attirer tout\nl'effort littéraire de notre pays. Elle ne peut rester la Jeune Belgique qu'au\nprix d'un renouveau perpétuel. Ces poètes de la première heure, certes,\nseront toujours là, fiers de coudoyer des jeunes capables de continuer et\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "                                —   245   —\n\n\nd'achever leur œuvre. Et si eux, les aînés, ont eu quelque mérite, leur\nplus chère récompense — ils n'en veulent pas d'autre — sera de voir surgir\nune génération de poètes plus forts et plus-heureux. Et pour un chevalier\nWalther, il y aura dix Hans Sachs.\n   Notre appel a été entendu. Tous viennent à nous, tous viennent frapper\nà la porte hospitalière de cette Jeune Belgique que d'éternels moribonds\naccusent plaisamment de mourir. C'est autour de nous une explosion char­\nmante de jeunesse et de talents. Si c'est là mourir, nous trouvons notre\nmort plus belle que la solitude et le désert de certaine agonie. Les fleurs\nnouvelles de la jeunesse belge, nous les offrirons au public lettré dans\nnotre Parnasse. Et ce sera notre chère, notre seule, et notre bien dédai­\ngneuse vengeance.\n                                              LA J E U N E BELGIQUE.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 245, "page_fin": 247, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "VERS LES JARDINS DU SOUVENIR", "ancre_fin": "FERNAND SÉVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 284, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 941, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "VERS\n                   LES JARDINS DU SOUVENIR\n\n         Il est certains jardins dont je crains les parfums\n         Comme les trahisons d'un confident de fautes;\n         Ils n'ont vu cependant que les beaux jours défunts\n         Où mes quelques vertus marchaient libres et hautes.\n\n         Mais c'est là ce jadis irréparable et cher\n         Dont le seul nom flétrit la volupté présente,\n         Et je hâte le pas dans l'avenir amer\n         Sans vouloir des douceurs que l'heure me présente.\n\n         Mon passé me revient dans l'arôme des fleurs\n         Avec l'étrangeté que n'avait pas la vie,\n         Et l'on voudrait mourir à verser d'anciens pleurs,\n         Si le devoir n'était dans la route suivie.\n\n         D'abord il me plairait d'aspirer les lilas\n         Fleuris dans mes jardins de vierge qui s'ignore.\n         Et Dieu sait si déjà je n'en souffrirais pas,\n         Tant ce fut un éveil divin que cette aurore!\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "                      — 246 —\n\nJ'aspirerais encor les lys délicieux\nDe ma virginité consciente et rebelle,\nEt ceux-là sont les plus fanés et les plus vieux\nCar j'ai baisé sur eux l'immensité charnelle.\n\nEnfin dans le néant de toute illusion\nJ'oserais respirer les roses meurtrières\nEt fier de me voir seul souffrant ma passion,\nJe mourrais doucement sans cris et sans prières.\n\n\n                     LE SANG\n\nDans la venue en fleur du soir aux mains bénies\nS'apaisait la rumeur des besognes finies.\n\nPieusement pleuraient de lointains angelus,\nLes espoirs qui seront et ceux qui ne sont plus.\n\nLes charmilles songeaient, plus tristes et plus closes,\nA cette heure où les lys parlaient de rêve aux roses.\n\nDes sourdines d'odeurs, de rayons et de voix\nS'en venaient par instants du plus profond des bois.\n\nLasses d'avoir cueilli d'innocentes pervenches\nFrôlèrent mes cheveux tes mains vagues et blanches.\n\nTes doigts patriciens erraient, silencieux,\nEt firent s'endormir mes lèvres et mes yeux,\n\nEt toujours, et plus lents, chère, nous nous aimâmes,\nEt le silence était plein du parler des âmes\n\nUne félicité d'ignorance et d'oubli\nEmbaumait ce repos de mon rêve accompli.\n\nTel un écho perdu de très vieilles histoires,\nLe souvenir humain mourait dans nos mémoires.\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "                      — 247 —\n\nEt nous n'avions souci des choses du plaisir,\nTant l'oubli de l'instant endormait le désir.\n\nMais ce fut un réveil aux paupières baissées\nQuand reflua le sang en nos veines lassées,\n\nCar la chair oublia ces charmes recueillis,\nEt sous d'autres baisers se fanèrent nos lys.\n\n            A CELLE QUI VIENDRA\nO toi qui me viendras des lointains de l'espoir\nDans les jardins de lys où t'attendent mes lèvres,\nNe me dis que des mots pleins de rêve et de soir\nEt qui calment en moi le feu des vielles fièvres.\n\nQue ton amour me soit un sépulcre voulu\nOù l'on dorme enlacés dans des roses fanées,\nLes lèvres de l'aimée au front las de l'élu,\nEt que s'écroule ainsi la fleur de nos années.\n\nRien ne vivra vraiment que ce que nous tairons,\nEt pour éterniser cet instant que nous sommes\nPuissent nos chers bouquets se mourir en boutons\nEt céler leur parfum au vain baiser des hommes.\n\nLa douleur des amants et l'ennui des époux,\nCes pauvres assouvis dont l'âme est exilée,\nViendront à notre seuil et s'en iront de nous\nSans soupçonner jamais la paix qu'il ont frôlée.\n\nAussi les verrons-nous s'en aller sans leurs croix\nAvec les yeux en pleurs, d'une pitié sans bornes,\nEt ces yeux amoureux s'entendront quelquefois\nPour donner un sourire aux yeux flétris et mornes.\n\nEt nul jamais parmi ces hommes de la fin\nNe saura que l'amour leur fit ce don sublime,\nEt sitôt de retour, dans leur soif et leur faim,\nIls maudiront le jour tombé dans leur abîme.\n                                    FERNAND SÉVERIN"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 248, "page_fin": 258, "titre_corps": "Whist", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Van der Brugghen", "ancre_debut": "WHIST CONTE", "ancre_fin": "JULES VANDER BRUGGHEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AIRS DE FLUTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 287, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "WHIST\n                                   CONTE\n\n              Les sinuosités de l'immense prairie s'étalant à mes yeux, trop\n               faibles pour en apercevoir les confins, se mouvaient dans la\n               prime lueur du crépuscule. Les contours se noyaient; les\n               teintes se brouillaient, et les herbes hautes s'inclinaient, mur­\nmurant des phrases indécises, si douces qu'elles émotionnaient mon cœur.\nDe la terre montaient des accords suaves que nul instrument ne pourrait\nrendre, tant leurs vibrations étaient légères, leurs nuances délicates, et que\nmon ouie percevait. A quelques pas, une saussaie, que la perspective effa­\nçait dans l'éloignement, tressaillait d'un frisson imperceptible que mon âme\néprouvait. Et le ruisseau, alangui amoureusement, rêvait, baisant les pieds\ndes saules. Je comprenais ce rêve consonnant à mon rêve... Et, lentement,\nle jour fuyait devant la nuit conquérante ; la campagne paraissait renier ses\nmagnificences diurnes; les ombres flottaient errantes, n'osant se poser sur\nles choses que la clarté du jour expirant rendait encore trop brutales. De\ntemps à autre, un craintif battement d'ailes s'élevait, dérangeant les ondes\nmusicales palpitantes, assoupies dans l'air aphone. Puis, l'ombre s'installa\nsouveraine, commandant un silence imposant. Et ce silence avait je ne sais\nquoi de religieux, exhalant une mélancolie de statue pensive, muette et\néloquente, qui parlait à mon esprit, paralysait mes sens, suspendait en moi\nla conscience de ma matérialité...\n    Sous son voile noir, la Nuit enveloppait sa mystérieuse beauté cachée\naux regards profanes, et je voyais, sans voir, les incomparables lignes de sa\ncarnation chimérique; j'entendais, sans entendre, le rythme ondoyant et\nvoluptueux de son corps de sirène langoureuse et ennuyée d'amour.\n    Ce charme m'avait conquis; cette musique, comme une incantation de\nl'oubli, rivait ma pensée aux jeux de ses harmonies, anéantissait en moi\nl'idée de vivre. Et, autour de moi, errait un peuple invisible, intactile,\nsilencieux, s'agitant dans cette atmosphère idéale, de même que le fantôme\nde l'aimée, évoqué, vient immobile et souriant hanter notre lumière astrale...\nJe me laissais aller, bercé par la troublante et délicieuse accalmie mollement\nrépandue, fasciné, en quelque sorte par la féerie chatoyante et lumineuse\nqu'ont pour mes yeux les ténèbres profondes, infrangibles, soumis à la magie\ndes séductions suprahumaines de l'énigmatique Nuit. A mes regards appa­\nraissaient des formes qui émeuvent, mais qu'on ne peut rendre, car il n'est\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "                                    — 249 —\n\n   nul dessin apte à les fixer, nulle couleur assez éthérée pour les peindre ;\n  j'écoutais mille voix me chuchoter des mots intraduisibles en aucun vocable\n  des langues humaines. Et je goûtais l'enivrante chanterie que disent les\n  choses endormies ; je contemplais, radieux, l'image mystique, le tumulte\n  muet de la vie du sommeil...\n     Et, lente, l'heure de minuit dans le lointain tinta. A l'airain somnolent,\n  et, s'unissant aux voix mourantes des cloches, le son d'une flûte aiguë sur­\n  git. D'abord, la gamme s'énonça baroque; l'allure heurtée semblait mimer\n  les poses impudiques, excitantes, les contorsions lubriques des croupes, les\n  mouvements lascifs des gorges des filles de la nuit dansant lymphatiques ;\n  et dans l'air traînait un bruissement de chevelures qui se dénouent, flot­\n  tent. Petit à petit, la cadence s'accélérait. A mesure que le son, sans croître\n  en intensité, se rapprochait de moi, le chant se régularisait, quoique les\n intervalles entre les intonations restassent bizarres, inouïes, avec comme des\n trous dans cette mélodie d'un caractère macabre, décrivant des soupirs\n d'âmes qui souffrent, subitement annihilés par une suite ascendante de tons\n chromatiques, semblables à un rire strident, évoquant une fuite folle, éche­\n velée, de démoniaques femelles. Et ce chant, triste et ironique tour à tour,\n arrachait de longs frissons aux ténèbres.\n     Bientôt, l'instrument se jouait si près de mes oreilles que je distinguais le\n bruit des lèvres de l'exécutant. Puis, brusque, la flûte se tut.\n    — Le voici, dit quelqu'un à mes côtés, mais si bas que ce fut comme un\n souffle.\n    — Enfin, remarqua un autre du même ton.\n    — Tu nous manques, chuchota un troisième. — Lève-toi.\n    Des mains me soulevèrent et lentement on m'entraînait. Je ne ressentais\n aucune envie de résister, tant cela me semblait naturel, et, au risque de\n paraître fanfaron pour certains esprits, j'avoue que je n'avais pas peur.\n    N'était-ce pas l'effet, une solution produite par l'enchaînement d'une\n suite logique d'événements? Tout fait vient d'un fait et en engendre un\nautre, et je ne vis là rien qui dût m'étonner.\n    Tandis que je marchais dans la prairie, une confabulation discrètement\nmurmurée me parvenait.\n    Une pierre dit :\n    — Quels sont ces mécréants qui troublent ma rêverie?...\n    — Il faut souffrir en silence, répondit une ortie.\n    Le ruisseau :\n    — Leurs pas rident ma surface et ternissent le miroir où se reflétaient\nles grâces de la Nuit, et cette image brouillée m'ôte le plaisir de mes\nvoluptés...\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "                                 — 250 —\n\n   Les gazons murmuraient :\n   — Offrons nos échines aux pieds des hommes; la rosée du matin nous\nredressera...\n   — Ma corolle est effeuillée et mes pétales blancs souillés, soupira une\nmarguerite.\n   Une violette la consola :\n   — Pauvre chère vierge, ma sœur... et elle se pencha vers la meurtrie.\n   Une feuille tombait :\n   — Je vais où vont toutes choses : que Dieu soit béni...\n    Un papillon s'éleva, un lis tendit son calice et reçut le papillon retombant\nsans vie, et la fleur s'inclinant éplorée :\n   — Repose, repose... Je parfumerai ta cendre et la bercerai au soleil sous\nl'haleine des brises folles...\n    Un feu-follet brilla :\n    — La lumière est venue de l'ombre ; je suis l'âme de la fange...\n    Un vent tiède et doux chantait :\n    — J'apporte, de bien loin, un chant de baisers et de désirs...\n    Et les saules :\n    — Nous vibrerons aussi sous tes caresses; nous unirons nos accents aux\n accents de là-bas, ô toi qui veux dire la chanson de l'Universelle Har­\nmonie...\n    Et les ronces du chemin implorèrent :\n    — Chantez... chantez... nous écoutons...\n    Et les oiseaux s'aimaient dans la ramure.\n    Et l'ombre nonchalante disait :\n    — Je règne... je règne...\n    Mes compagnons ne me parlaient point... Je les devinais marchant à\n mes côtés. Mais la flûte reprit son chant et je me sentais enlevé en une\n course vertigineuse, affolante, rythmée par une série de sifflements aigus,\n saccadés, s'activant toujours... toujours... et mes oreilles s'emplirent d'un\n froissement sourd comme d'un tourbillon de feuilles sèches. — D'un coup,\n on s'arrêta.\n    — Entre, me dit-on.\n    Un instant après, je me trouvais dans une chambre, une construction\n humaine, dont l'ameublement pittoresque et artistique me frappa vivement,\n me communiqua une joie grande, un plaisir ineffable.\n    L'entrée était masquée d'une longue et ample draperie blanche, où\n grimaçaient des figures grotesques, brodées de rouge — en face, la fenêtre\n voilée de noir, à rayures albes, brisées par le chiffonnage de l'étoffe. Au\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "                                 — 25l    —\n\n\ncentre, une table carrée, habillée de velours carmin, comme une nappe de\nsang, où se détachaient des têtes de morts d'argent. Autour de la table,\nquatre escabeaux d'ébène. Les murs nus, peints en jaune, ainsi que le par­\nquet et le plafond. Du charbon brûlait dans un trépied de marbre sombre,\nau dessus duquel se trouvait suspendu un chaudron vertdegrisé, fixé à la\nvoûte au moyen d'une chaîne. Du récipient s'échappaient des flammes\nbleuâtres et verdâtres comme d'une fusion d'alcool. Et cette lumière dan­\nsante moirait les tentures de nuances fantastiques, étranges, variées inces­\nsamment.\n   J'étais seul. Le premier moment d'étonnement passé, et quand mes\nyeux habitués à cette clarté soudaine me permirent de mieux me rendre\ncompte de l'endroit où je me trouvais si inopinément transporté, je résolus\nde satisfaire ma curiosité et d'inspecter minutieusement ce lieu extraordi­\nnaire.\n   Tout d'abord j'aperçus, un peu relégué dans l'ombre, un squelette\nd'homme d'une stature superbe, remarquable.\n   Je m'approchai, et religieusement je contemplais les restes de ce frère\ndisparu. Mais je ne sais quoi de vague et de triste m'oppressa, un senti­\nment de profonde mélancolie me saisit, une crainte aussi; son attitude me\nparaissait résignée, rêveuse ; ses orbites vides et profondes me semblaient\navoir un regard perdu, abstrait, scrutant l'inconnu d'un songe. Le squelette\nme suggéra cette question : que pense-t-il?...\n   Et à cet instant, je remarquai que dans l'ossature passait un frisson,\nmais si faible, si faible, que je doutais, croyant être sous le coup d'une\nhallucination. Subitement, l'idée que peut-être il désirait sortir de son\nimmobilité, m'entra dans le cerveau, et, après des hésitations, je lui pris la\nmain et la soulevai ; comme un tressaillement de ses doigts sur mes doigts\nm'affola, et je lâchai prise et le bras retomba, se balança lentement avec\nun bruit lugubre, un gémissement.\n   Maintenant en ses orbites scintillait un point lumineux : il me regardait,\net je vis dans ce regard un reproche pour ma profanation. Mais le mort\nparla :\n   — Tout se meut, respire, vit, même dans ce que vous appelez la mort,\nqui n'est qu'une fiction, l'image marquant le terme d'un changement de\nfonction de la matière. La vie est éternelle pour toutes les choses n'en\nformant qu'une et étant l'harmonie du tout venu de l'unique source :\nDieu.\n   Ainsi, tout existe et ne peut mourir, comme rien ne peut être nié,\npuisque la négation prouve l'évidence; car, comment nier ce qu'on peut\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "                                    — 252 —\n\n\n  exprimer, et comment exprimer ce qui ne tombe pas sous vos sens?... Toi,\n  cela t'étonne de m'entendre, et si tu disais aux hommes que je t'ai conté\n  ceci, ils diraient que tu es fou. Pourtant, je te parle, je te vois, je t'entends.\n  Vous n'accordez la vie qu'à ce que vous pouvez toucher, analyser. Erreur !\n  erreur! A côté de la vie visible par les yeux de votre corps, il y a la vie de\n  l'immobitité de celle des êtres invisibles, perceptibles seulement par les yeux\n  de l'Esprit. Ce que vous appelez Imagination, n'est autre : le reflet de la\n  vue de l'âme — nul n'imagine, mais il voit parfois au delà de ce qu'il\n  nomme : Réalité. Les visions sont des faits existants, des scènes se révélant\n aux natures choisies, possédant la médiumnité. Quoi d'étonnant ?...\n     Les tableaux si délicats de la vie immatérielle selon vous, mais qui a sa\n matière propre, que vous ne pouvez définir avec vos sens grossiers restent\n cachés au vulgaire. Les voyants sont des poètes. Et vous traitez d'invention,\n les révélations d'un monde dont vous n'avez nulle idée, ne pouvant le com­\n prendre.\n     Admettre qu'un être pense à une chose inexistante, c'est lui reconnaître\n le don de création, et quelle folie ! quel renversement de cette théorie si\n vraie : Tout est dans Tout. Or, créer, serait ajouter, ne fût-ce qu'un atome\n à ce Tout, et partant, le déclarer imparfait. Mais comment concevoir une\n totalité qui n'en est pas une ?\n     Il habite une âme en chaque chose, et ces âmes d'une essence inconnue,\n forment un monde impalpable, ayant une langue uniforme. Une fleur vous\n impressionne, elle vous parle, votre âme s'est émue de ce que lui a dit la\n sienne, en un vocable inintelligible pour qui n'a aucune affinité avec votre\n nature.\n     Vous désignez ces émotions sous le nom baroque de : Préférence. Non !\nnon ! ce sont des dons émanant de Dieu, qui a permis à certaines de ses\ncréatures de s'initier à la poésie divine, de s'élever dans des régions idéales,\npar le rêve !...\n     Un soupir s'échappa de sa carcasse osseuse. Il s'était tu depuis long­\ntemps, et je l'écoutais toujours, remué, le regard fixe, l'examinant anxieuse­\nment, avec le désir de l'entendre encore, et la crainte que m'avait laissée ce\ndiscours dit d'une voix étouffée, sans que rien en lui ne bougeât.\n     Dans le silence qui suivit, mon attention fut peu à peu attirée par le\nmouvement d'une horloge que je n'avais pas encore aperçue, posée dans\nle coin opposé à celui où se dressait le squelette. Le tic-tac était puissant,\nsec, pareil à un tintement de clochette, et à mesure que j'écoutais, le son\ndevenait plus clair, plus métallique. Le cadran instantanément illuminé\navait des reflets d'or bruni, où les heures se détachaient en blanc, et les\naiguilles, en forme de faulx, brillaient vives, comme rougies au feu.\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "                                   — 253 —\n\n\n   Le balancier constituait un triangle, au milieu duquel se montraient un\nœil et une bouche au dessous. Et l'œil à chaque oscillation clignota, et\npendant sa course continuelle me poursuivait obstinément, se livrant à une\ninvestigation irritante. Cependant, je ne pouvais m'en détacher, et tandis\nque je subissais cette inquisition, je sentais les yeux du mort fixés sur moi,\nfulgurer dans ma pensée. Je restais là, cloué sur place, n'osant me retourner,\nne pouvant échapper à l'analyse de ces regards, dont les rayons pénétraient\nen ma chair et fouillaient mon cœur comme des tisons ardents. En ce\nmoment j'avais peur, une peur horrible, qui rend lâche. Le balancier con­\ntinuait son va-et-vient méthodique, ponctué de tintements, promenant son\nœil mystérieux. La magie de cette prunelle prestigieuse, régulièrement voilée\nd'un battement de paupière me fascinait, me terrifiait, et toujours aussi,\nces autres prunelles hantaient ma pensée, y jetaient un trouble paralysant.\nEt longtemps, cette situation énervante se prolongea.\n   Un frémissement m'agitait. Par degrés, je m'avançais vers l'horloge,\nattiré vers cet œil d'où se dégageait une force magnétique irrésistible, et à\nmesure que je m'approchais, il devenait plus grand, plus brillant, plus lim­\npide, avec des éclairs d'une ironie diabolique.\n   Mon anxiété était profonde, extrême, quand se fit ce bourdonnement\nprécurseur de la sonnerie de l'heure, j'attendis : le bourdonnement cessa,\nl'heure ne cessa pas, mais la bouche s'ouvrit et d'une voix flegmatique,\nennuyée, traduisant une résignation grande elle dit : Vivre!... Les aiguilles\nmarquaient une heure. Le balancier oscilla trois fois; de nouveau, les\nlèvres se desserrèrent et un long éclat de rire retentit dans le silence émou­\nvant de la chambre. Derrière moi, un autre éclat de rire répondit ; je me\nretournai : mes trois compagnons siégeaient autour de la table, et du geste\nm'indiquèrent l'escabeau vide.\n   Quand je fus assis, le calme renaquit en moi ; les yeux n'exercèrent plus\nleur influence torturante. Je ne fus pas médiocrement surpris de voir mes\ntrois compagnons restés invisibles jusqu'à présent. Entièrement enveloppés\nd'une pièce d'étoffe blanche, comme d'un linceul, d'où leurs têtes seules\nsortaient, ils restaient muets, ayant un identique sourire sur les lèvres, une\négale courtoisie dans les yeux. Ils se prêtaient à l'examen que je faisais d'eux,\navec une infinie bonne grâce, tournant même la tête, afin de se montrer en\ndétail, et satisfaire pleinement ma curiosité poussée à l'extrême, mais qu'ils\navaient la bonté de ne pas trouver intempestive.\n   Celui en face de moi était absolument chauve et imberbe ; le visage long,\nle front haut, les yeux ronds, protubérants, ternes, d'une teinte d'ardoise;\nle nez camard couvrait le tiers de la face, et la bouche largement fendue,\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "                                  -   254   -\n\naux lèvres minces, soulignait d'une façon apparente son monument\nnasal.\n   Le particulier à ma gauche avait la face large, carrée, une forêt de che­\nveux roux broussaillant au dessus d'un front bas et proéminent aux arcades\nsourcilières, les yeux petits et vifs, profondément enchassés dans la tête, les\nlèvres grosses garnies de poils également roux, droits et drus, filant en tous\nsens comme des épies ; mais ce qui distinguait particulièrement cette phy­\nsionomie, c'était le nez, démesurément long, dont le bout, mollement bal­\nlottait, descendant jusqu'au bas du menton, de sorte que la bouche se\ntrouvait cachée, lorsque par hasard le nez se tenait immobile. Cette infir­\nmité me fit sourire. Je me demandais à quels exercices ce personnage devait\nse livrer pour satisfaire aux exigences de son estomac. Mais comme il parut\nprendre ombrage de ma trop longue observation de son être, je l'aban­\ndonnai.\n   Le troisième, assis à droite, m'intéressa plus que les autres par son visage\novale d'une grande beauté; ses cheveux blonds bouclés, descendant jusqu'au\ncol, ses yeux bleus fort doux, ayant une expression angélique, et une cer­\ntaine tristesse, contrastant avec le sourire qui n'avait pas encore quitté ses\nlèvres d'un rose tendre, d'un dessin parfait.\n   Quand ils crurent avoir été suffisamment l'objet de mon attention, leurs\nvisages devinrent graves, et à leur tour, silencieux et froids, ils m'obser­\nvaient.\n   Un instant après cet examen gênant, ces messieurs baissèrent les yeux.\nLa draperie voilant la fenêtre glissa sans bruit, et quatre hiboux perchés\nsur la tablette se profilaient sur le vert sombre des vitres. Et ces hiboux\ntrois fois huèrent. Et l'horloge dit : Vivre ! Et trois secondes après, le rire\nretentit. Et les oiseaux prirent leur vol et s'en vinrent après avoir décrit\nautour de la chambre des cercles allant se rétrécissant, se placer sur nos\ntêtes. Et leurs ombres, par un singulier phénomène de réflexion, se fixaient\nencore à la croisée donnant sur le gouffre béant de la nuit.\n   Alors le personnage chauve parla :\n   — Messeigneurs. Sans doute avons-nous tort de nous détruire.\n   — Nous avons tort, affirma l'homme à la trompe.\n   — Puisque rien ne se détruit, émit le troisième.\n   — Que nous est-il réservé dans la mort?...\n   — Nous l'ignorons — rien! qui sait?...\n   — Mystère!...\n   — C'est courir vers un inconnu, peut-être terrible!..,\n   — Oui!\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "                                 — 255 —\n\n   — Oui!...\n   — Tandis que la vie, nous la connaissons, et dégagée de toutes joies, de\n toutes peines, de tous soucis, c'est un délice...\n   — Une ivresse sans boisson !\n   — Un poème sans paroles !...\n   — Seigneur — il s'adressait à moi, le cou de l'orateur s'allongea par\ndessus la table avec une flexibilité extraordinaire — Seigneur, nous présu­\n mons que dans la mort tout est fini. Le frère que vous voyez là à l'état\nde squelette est allé à la mort pour se dégager des douleurs de son exis­\n tence.\n    Il était sourd, et adorait la musique, que jamais il ne pouvait entendre.\n Cette calamité l'a conduit où il est. Que lui est-il advenu ?...\n   — Répondez ! '\n   — Répondez !\n   — Le saurons-nous jamais?... Avant de prendre cette forme ridicule —\ncar il est ridicule.\n   — Il n'a pas de nez! interrompit le propriétaire de ce rare spécimen.\n   — Il n'a pas de cheveux! cria le jeune homme bouclé.\n   — Un homme sensé, soucieux de sa royauté et du decorum, peut-il le\nregarder sans pouffer de rire? continua avec pitié le monsieur au crâne lui­\nsant, — donc, avant de s'affubler de ces dehors grotesques, il nous a promis\nde nous renseigner sur les plaisirs de ce monde-là. S'adressant de nouveau\nà l'assemblée :\n   — Il se tait toujours ! Que faut-il conclure? Que tout est dans la présente\nvie et que la vie future est un mensonge, que la mort c'est le néant ! Prenons\ndonc l'existence par ses côtés joyeux, écartons-nous de tout ce qui nuit,\nembarrasse, et si une partie de notre être est malade et nous fait souffrir,\nextirpons-la et jetons-la loin de nous comme une chose immonde !...\n   En ce moment, il eut un sourire qui lui fendit la figure, des sourcils jus­\nqu'à la nuque, la peau se plissait et se déplissait vivement, signe évident de\ncontentement, et son regard se promenait radieux sur nous. Mon voisin de\ngauche se leva et dit avec gravité :\n   — Le très docte et savant discours que nous venons d'ouïr est bien fait\npour nous remuer et démontre combien furent fous ceux qui se sont\nanéantis parce qu'une partie de leur individu était malsaine. Jette-t-on la\nplante parce que des feuilles sont pourries, des fleurs fanées ? Homme de\nscience, je te salue ! Tu viens de poser la première pierre d'un édifice gran­\ndiose qui abritera les esprits positifs !...\n   Il s'inclina, balança son nez avec élégance et s'installa sur l'escabeau.\nMon voisin de droite fut debout aussitôt :\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "                                   — 256 —\n\n\n    — Est-il sur terre une peine plus horrible que celle de vivre avec un\n chagrin constant, perpétuel, qui vous ronge, vous torture, vous accable ?...\n Oui! cent fois! notre compagnon est un grand médecin : il faut couper le\nmal, rien que le mal!... Le monde, comme notre brillant auditoire, a tres­\n sailli au verbe génial de notre ami. Une lumière s'est faite et a déchiré les\n ténèbres, et cette lumière s'appellera désormais : Matérialisme ! Oh ! devant\n toi je m'humilie ! Il se prosterna le front contre la table, secoua sa chevelure\n admirable et reprit sa place.\n    Les hiboux battirent des ailes en manière d'applaudissements.\n    — La matière est éternelle, émit le premier.\n    — Il n'y a que la matière... répliqua le second.\n    — Il faut la perfectionner, interrompit le troisième.\n    — Qu'en penses-tu? me demandèrent-ils ensemble.\n    — Je me recueille, répondis-je.\n    — Il se recueille! s'écrièrent-ils affreusement scandalisés. Et ils me regar­\ndèrent avec une telle intensité, que leurs yeux sortirent des orbites et vinrent,\ncomme des vers luisants fixés au bout de rayons lumineux, se poser à deux\npouces de mes yeux ; puis lentement ils se retirèrent, pareils à des mol­\nlusques rentrant dans leurs coquilles.\n   — Vivre ! dit l'horloge — et son éclat de rire fut répété par mes trois\ncompagnons.\n    Le personnage chauve reprit :\n   — Messeigneurs, vous le savez, j'ai dans l'esprit des conceptions surhu­\nmaines, j'invente des choses que l'homme le plus savant ne voudrait\nadmettre, même comme simple énoncé. Et cependant, je ne puis descendre\njusqu'à lui. Obligé de conserver pour moi seul la haute et brillante intelli­\ngence qui m'est départie, avoir le tracas d'un travail constant du cerveau\npour des faits qui n'aboutiront pas, qui ne peuvent aboutir, attendu que je\ndevance l'esprit humain de plusieurs siècles, est une torture sans nom. —\nOh ! être soulagé de ce labeur horrible ! ô vivre sans penser !...\n   Le personnage à la trompe parla ensuite :\n   — J'ai gardé l'estomac de l'homme primitif, je suis insatiable, hélas! La\nnourriture connue en ces jours maudits que je vis est insuffisante pour mon\nféroce appétit ; la subsistance des hommes actuels est nulle pour mon orga­\nnisme étonnant. Ma continuelle préoccupation est : manger ! Cette idée de\nconservation m'obsède, me consterne. La faim me parle plus haut que tout.\nLa faim ! Cet épouvantable fléau me souffle des tentations qui sont autant\nde supplices que j'endure! Oh ! quel martyre!...\n   Ce fut le tour de l'adolescent :\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "                                  — 257 —\n\n   — Mon cœur a des goûts étranges que l'humanité ne peut satisfaire.\nJ'aime comme nul mortel n'a aimé, mais ce que je désire n'est point encore\ncréé : je le vois, je le pressens, et tout reste chaos autour de moi. Je cherche\nen vain, et toujours... les déceptions se succèdent, et les douleurs aussi. Je\nveux des amours si fortes, si robustes, que la vulgarité des hommes me les\ninterdit. Oh ! mon cœur ! Oh ! que ne veux-tu me quitter et me laisser vivre\ndans l'insouciance d'une paix ineffable!...\n   — Que le calumet des grandes solennités s'allume! cria mon voisin de\ngauche. Immédiatement se posa sur la table, je ne sais comment, une sorte\nde narghilé d'où partaient quatre tuyaux — ces tuyaux faits d'entrailles\nhumaines et terminés par de petits osselets, s'allongeaient, rampaient, se\ncontorsionnaient comme de petites vipères et vinrent se poser devant nous.\nDu narghilé montait une fumée noire, à l'odeur acre, pimentée.\n   — Au jeu! cria-t-on, et de même que le narghilé, un jeu de whist se\nplaça sur la table.\n   — Vous n'avez pas d'esprit, me dit l'homme chauve.\n   J'allais protester.\n   — Vous n'avez pas d'esprit, affirma-t-il, et vous subirez le mien tout\nentier. Il me pèse... Et son crâne s'ouvrit; une invisible main déposa son\ncerveau dans le chaudron au dessus du trépied. Et subitement, mon parte­\nnaire était idiot. Et les cartes voltigeaient, sans que je visse un mouvement\nde la part de mes voisins. Je gagnai.\n   — Vous n'avez pas d'appétit seigneur! me cria violemment mon voisin\nde gauche. Il suffit! le mien me gêne, je vous prie de me le gagner. Son\nestomac alla rejoindre le cerveau. Le jeu se fit encore, mon partenaire saisi\nd'une quiétude grande perdit.\n   — Vous n'avez pas de cœur, vociféra le jeune homme si doux, vous\nn'avez pas de cœur vous dis-je, vous seriez ému de tant de bonheur.\n   — De grâce, soupirai-je.\n   — Mon cœur m'est à charge, seigneur, et vous me ferez l'honneur de\nm'en délivrer. Et le cœur devant moi arraché, prit le chemin du cerveau et\nde l'estomac. Je gagnai encore.\n   — Vivre! vivre ! dit l'horloge, et quand l'éclat de rire résonna, mes com­\npagnons avaient disparu, les hiboux s'élevèrent, allèrent se fixer à la fenêtre,\net la draperie glissa les voilant à mes yeux.\n   Et je restai perplexe, anxieux, chargé d'un poids énorme qui m'empêchait\nde me lever. Le silence m'effarait. Je ne sais quoi de mystérieux enveloppait\nles choses, je me sentis soudain enclin à regarder le mort : ses orbites bril­\nlaient et s'attachaient sur moi avec fixité. Mais il s'avança d'un pas grave,\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "                                — 258 —\n\nmacabrement majestueux avec un craquement d'os lugubre, et vint s'asseoir\nen face de moi.\n  Après un moment de contemplation réciproque, le squelette porta un\ndoigt sur les cartes et me dit :\n  — Ce que ces fous ont joué et perdu si sottement, le risqueriez-vous pour\nmon Eternité?...\n  Longtemps nous nous sommes regardés— silencieux.\n\n                                       J U L E S VANDER   BRUGGHEN.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 258, "page_fin": 260, "titre_corps": "Airs de flûte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "AIRS DE FLUTE", "ancre_fin": "Pour leur faire danser des rondes", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 297, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "AIRS DE FLUTE\n                               XXIII\n                               EN    MER\n                                                A GRÉGOIRE L E ROY.\n\n                  Au bastingage du steamer,\n                  Où caressante, l'eau déferle,\n                  Avec des nacrures de perle,\n                  Je regarde danser la mer.\n\n                  Les vagues vont, les vagues vagues\n                  Comme un rêve d'eau sanglotant,\n                  Et ce n'est que de l'eau pourtant...\n                  Et j'écoute vaguer les vagues.\n\n                  C'est adorable, ce lointain,\n                  Cet horizon qui gronde et lutte,\n                  Il est deux heures du matin,\n                  Mignonne Mer, un air de flûte!\n\n                  Un air de flûte qui serait\n                  Plus chaste qu'un baiser de lame,\n                  Dans le jour au loin qui s'enflamme,\n                  Un air de flûte bien discret,\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "            —   259   —\n\nA tous les engloutis des ondes\nMangés par les petits poissons.\nUne de mes minces chansons\nPour leur faire danser des rondes.\n\nIl est inédit, de mon choix,\nUn air à peine d'un quart d'heure,\nEt je le dédie aux anchois.\nAfin qu'ils en fassent leur beurre.\n\n\n\nLe soir s'étend avec lenteur\nSur la mer qui songe et qui pleure,\nEt le vol de l'écume effleure\nMa main, effleure aussi mon cœur...\n\nC'est comme un baiser à la mousse,\nUn baiser de femme, au dessert,\nOh oui, je sais : ... A quoi ça sert?\nMais la caresse est douce, douce!\n\nPuis tout à coup j'entends un son,\nDe ces occultes sons funèbres,\nEt dans les lugubres ténèbres,\nJe regarde, avec un frisson...\n\n C'est un bruit de cloche qui tinte\n Comme un râle d'agonisant,\n Sous le ciel au reflet luisant\n Où l'aime lune s'est éteinte,\n\n Et puis je vois, je vois enfin,\n Cest une flottante bouée,\n Et cette cloche est là nouée;\n La vague l'agite sans fin.\n\n Elle se tord et sonne et sonne,\n Signalant les obscurs dangers,\n Ce pendant que les passagers\n Dorment et n'y sont pour personne.\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "             —   260   —\n\n\nEt je pense : ce sont les morts\nQui rêvent dans la tombe immense.\nEt se réveillent en démence\nPour secouer leurs longs remords.\n\nCe sont les mauvais capitaines,\nLes pirates et les mutins,\nQui se lèvent tous les matins\nPour hurler de leurs voix lointaines.\n\nIls tirent, du fond des flots noirs,\nLe câble de cette bouée\nQui semble n'être qu'échouée,\nMais détraque ses désespoirs.\n\nIls tirent, accrochés en foule\nA la corde que le sel mord,\nMais rien ne répond à la Mort\n Que chaque vague qui s'écroule.\n\nC'est adorable, ce lointain,\nCet horizon qui gronde et lutte;\nIl est deux heures du matin,\nDans la mer j'ai jeté ma flûte.\n\nElle est chez les petits poissons,\nChez tous les engloutis des ondes,\nEt sifflotera mes chansons\nPour leur faire danser des rondes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 264, "titre_corps": "La Mort-vive", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert de Nocée", "ancre_debut": "LA MORT VIVE", "ancre_fin": "ALBERT DE NOCÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VAPORISATIONS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "LA MORT-VIVE\n                                      I\n                                                   POUR GEORGES   RODENBACH.\n\n               Sous les ombrages verts des arbres, une jeune fille de seize ans\n                repose, les yeux ouverts, — de grands yeux profonds et bleuis\n                de fièvre.\n                   Elle se meurt...\n   Etendu sur sa chaise longue, son petit corps de malade se détache, —\nfrêle et alangui, — dans le bourgeonnement blanc des haies.\n   Amaigri et creusé, son visage a la pâleur livide d'une morte, une pâleur\nd'albâtre transparent qui donne à tout son être le charme attrayant des\ncorps phtisiques.\n   Et son regard vague sans fixité, se promène sur la nature en éveil, renais­\nsant à la vie.\n   Tout semble s'animer, sous une forte poussée de sève, comme un souffle\nravive des léthargiques dormant dans leur torpeur, — une torpeur de\nmort.\n    La feuillée a des teintes faibles, au reflet de lait ; et dans cet encadre­\nment d'un vert pâle, le lilas se dessine avec peine, confondu dans la clarté\n blanche des jeunes pousses.\n   Au pied des arbres, dans leur ombre humide et mousseuse, l'herbe croît,\n plus verte, plus foncée, en gazons touffus.\n    Et là-bas, devant elle, dans leurs horizons sans fin, les prés s'étalent au\n soleil, criblés de marguerites et de coquelicots qui piquent toute l'étendue\n de leurs tachetures vives.\n    Une fraîcheur embaumée sort des profondeurs vertes, capiteuse,\n enivrante, pleine de senteurs ; et la brise semble balancer, couler, diffuser\n de blanches poussières d'aube, poussières fécondantes, versant la vie.\n    Tout s'agite sous la chaude caresse de cette haleine bienfaisante, tout\n palpite, se meurt, se crispe, se tord.\n    C'est le réveil de la nature, réveil bruyant de tous les êtres. C'est la\n sève montant dans les corps réchauffés, dilatant, raidissant leurs membres,\n ravivant...\n    C'est le chœur des choses, les vols d'insectes bourdonnants, les bruits\n d'ailes dans les branches, la voix des ruisseaux pleine de murmures, c'est le\n gazouillis des fauvettes.\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "                                   —   262   —\n\n\n     C'est la vie !\n    Et l'on devine dans ce réveil de toutes choses, l'ardent désir de respirer,\n de renaître, l'ardent désir d'aimer. Les plantes ont de légers frissons sous\n  le baiser d'amour qui les chatouille, et se tendent leurs tiges, enlacées,\n  caressantes. Les brins d'herbe, en s'étreignant boivent les gouttes de rosée\n  qui perlent à leurs fronts. Les oiseaux, sur les branches, se becquettent avec\n  des petits cris étouffés, tendant le cou.\n    Joie de vivre! Joie d'aimer !\n    Et au milieu de la symphonie murmurante des êtres et des choses, une\n voix s'élève, voix faible, plaintive, mourante.\n    — « Petite mère, je veux vivre!... »\n    Et la voix s'éteint, comme noyée dans un soupir.\n    C'est la petite malade que la vue de cette germination infinie agite,\n émeut, trouble dans un désir de jouissance vitale : ses yeux, — bien que\n caves, •— brillent à présent avec de faibles scintillements ; ses mains maigres\n et décharnées ont d'affreuses crispations d'impatience; sa poitrine, effroya­\n blement creuse, se soulève péniblement en d'irréguliers soubresauts et ses\n joues se rosent aux tempes, comme sous un aspect de spasme nerveux, de\n spasme hystérique.\n    — « Petite mère, je veux vivre ! »\n    Elle veut vivre! parce qu'autour d'elle, tout vit, s'agite, se meut.\n    Vivre ! parce que l'air pousse des haleines embaumées, bienfaisantes, des\n haleines de vie!\n    Vivre ! parce qu'elle est jeune, et que dans son corps meurtri, brisé, il y\na un feu qui brûle, qui bouillonne ; un souffle qui transpire à travers tout\nson être, la fait se pâmer, presque mourante; une âme enfin, pleine de\nforce, une âme vivante qui veut aimer !\n    Vivre !...\n    Et deux larmes froides roulent de ses yeux entre les sillons de ses joues\ncreuses, larmes d'espoir déçu et de profond regret : Elle doit mourir !\n    Elle le devine, elle le sait : il y a un mois de cela ; une toux l'avait prise\ntout à coup, légère d'abord, puis violente, sèche, persistante. Et le lende­\nmain, elle avait dû garder le lit, fièvreuse, la tête en feu, la poitrine\ndéchirée par de cuisantes douleurs. Alors le médecin — un tout jeune\nhomme, — était accouru en toute hâte, l'avait auscultée longuement, avec\nprécaution, cherchant à deviner quelque chose dans ce corps creux, miné\npar un souffle de mort. Et comme elle l'avait regardé, dans un regard de\ndouloureuse supplication, il lui avait répondu, presque gaîment : — « Ce\nne sera rien, ma petite Renée; l'affaire de quelques jours... beaucoup de\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                                   — 263 —\n\nsoins,. . et puis, le printemps est à nos portes... » — Mais ce regard froid\nfixé sur lui avec obstination, avec ténacité l'avait troublé; un regard qui\ncherchait à lire au fond de son être... Il mentait!... Plus de doute : elle le\ndevinait, elle le sentait... Et lorsque sa mère, — après avoir reconduit le\njeune médecin, — était entrée dans sa chambre bleue, les yeux cerclés de\nrouge, elle avait murmuré, d'une voix calme : — « Cest fini, n'est-ce pas,\npetite mère?... Ne dis pas non... Tes yeux parlent pour toi... » — Et\ndepuis ce jour, elle n'avait plus fait aucune allusion à son état, qu'elle\nsavait désespéré; elle semblait comme résignée, se refusant à écouter les\nvives protestations de sa mère, se sentant dépérir de jour en jour. On eût\ndit qu'elle attendait, qu'elle acceptait la mort, sans crainte, froidement,\ncomme une volonté fatale que rien ne peut ni ne sait contredire.\n   Mais aujourd'hui, la renaissance infinie de toutes choses l'a émotionnée,\nétonnée, puis agitée, comme si un reste de sève s'était pris subitement à\ncouler dans ses veines, animant en un instant son corps d'albâtre rigide et\nfroid.\n   Et elle s'est écriée, dans un suprême et violent désir d'existence : « Je\nveux vivre!... »\n\n\n   Cependant, la mère s'est approchée, doucement, à pas lents; et, accoudée\ncontre le tronc mousseux d'un vieux chêne, elle contemple sa fille d'un œil\nattendri, attristé, voilé de larmes. Elle devine la pensée qui occupe son\nesprit ; elle la devine dans l'altération visible de ses traits contractés ; dans\nla fièvreuse agitation qui fait palpiter son petit corps de malade ; telle une\nbrise, coulant entre les branches, fait trembler la feuillée...\n   Maintenant la jeune fille paraît moins agitée : tout son être, — tant\nphysique qu'intellectuel, — semble retombé dans son état ordinaire de\nprostration.\n   Alors, la mère, avec de grandes précautions, et d'une voix très douce :\n   — « Eh bien! Renée?... Comment te sens-tu, à présent?. . Mieux\nn'est-ce pas! Tu as les joues roses, et puis... »\n   — « Ecoute, petite mère », répond Renée, comme si elle n'avait pas\nentendu la question qu'on lui pose ; et elle se lève péniblement sur son\nséant, brisée en deux, et promène vers divers points son bras étendu, un\nbras maigre, coupant la manche de sa robe trop large...\n   — Regarde, petite mère... Vois-tu ces plantes qui raidissent leurs\ntiges?... Vois-tu les bourgeons qui pointent dans leur blancheur rose?...\nEntends-tu le joyeux murmure du ruisseau rocailleux?... Entends-tu les\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "                                      — 264 —\n\noiseaux qui chantent dans la fraîcheur verte et se répondent tendrement\nd'un arbre à l'autre?... Et combien tout cela sent bon! petite mère... je\nveux vivre!...\n   — Tu vivras, mon amour; il faut que tu vives! Tu es jeune! La vie\nt'appartient ! Avec le printemps tes couleurs fraîches et tes forces te vont\nrevenir... Pourquoi ne vivrais-tu pas, quand tout s'agite autour de toi? Je\nveux que tu vives!...\n   Et la fillette, avec un triste sourire d'incrédulité, faisait « non » de la tête,\nfaiblement, mais avec conviction\n\n   Maintenant, les deux femmes se taisent, sans qu'elles sachent pourquoi,\nla mère ne trouvant plus ces bons mots qui consolent, et elle, rêvant\ntoujours...\n   Et tandis qu'un morne silence, — un silence sans vie, — plane sur ces\ndeux êtres, liés pourtant l'un à l'autre par un amour aux bornes infinies,\nle chœur des choses, — chœur vivant, lui ! — monte plus bruyant, plus\njoyeux,... immense...\n   La mort coudoyant la vie, se mêlant l'une à l'autre, s'embrassant,\ns'étreignant follement dans un désir d'être et un regret d'avoir été.\n   — « Je vis ! » s'écrie la nature.\n   — « Je veux vivre! » murmure la voix.\n                                                           ALBERT DE NOCÉE.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 264, "page_fin": 268, "titre_corps": "Vaporisations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Soda-Waller", "ancre_debut": "VAPORISATIONS", "ancre_fin": "Du haut de ma tour d ivoire avec un compte gouttes d honneur", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "VAPORISATIONS\n             Le bouillant Guzman Picard, qui continue à se fâcher, tout en\n              ne trouvant pas d'obstacles, nous annonce que la campagne\n              contre l'Anthologie est terminée et que nous sommes battus.\n                 Qu'il nous permette de constater le contraire.\n   Il nous disait :\n  « Dans notre article de dimanche dernier, nous envisagions l'hypothèse des refus\nd'autoriser la reproduction de morceaux choisis. C'est le droit de l'artiste. Mais la loi\nautorise les articles critiques avec citations. Si par l'effet d'intrigues de quelque coterie,\nnous nous trouvions devant un tel obstacle, nous le tournerions par une étude sur l'auteur\nrécalcitrant (pourvu qu'il en valût la peine, car il est des convives équivoques qu'on\ninvite par convenance, mais dont on se réjouit d'être débarrassé quand ils ont le bon\nsens de refuser) et l'Anthologie restera ainsi complète, sans, souffrir de ces mesqui-\nneries » (L'ART MODERNE, 17 juin).\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "                                      — 265 —\n\n   Nous demandâmes, en faisant le plus de tapage possible pour attirer\nl'attention sur ce projet de piraterie littéraire, que l'on jugeât le procédé.\n   Aujourd'hui, voici ce que dit l'Art moderne :\n  « Nous avons établi les faits et prouvé notre droit de réunir des extraits pris où il\nnous plaira. Mais en terminant, nous dirons à ces inconnus dont on parle toujours et gui\nne se nomment jamais : Dormez tranquilles sur la collection complète de vos œuvres.\nNous n'userons pas de la faculté que la loi nous donne. Nous NE METTRONS DANS L'ANTHO­\nLOGIE A LAQUELLE NOUS TRAVAILLONS QUE CEUX QUI Y CONSENTIRONT » .\n\n   C'est tout ce que nous demandions. Et nous sommes battus?\n\n\n\n   Il y a mieux. Le prétendu concours gouvernemental accordé à l'Antho­\nlogie restait vague, indécis, mystérieux. Nous publions la réponse minis­\ntérielle, dans l'arrière-pensée que l'étourneau de Guzman, que l'on mène\ncomme un enfant quand on veut, fera connaître le pot aux roses. Et\nGuzman tombe en plein dans le petit piège que nous lui tendions.\n  Voici la lettre du ministre à Me Picard :\n\n               MONSIEUR,\n    J'ai pris connaissance, avec intérêt, de votre lettre du 28 avril, par laquelle vous\nvoulez bien me soumettre les bases d'un projet de publication d'une Anthologie des\nauteurs belges qui ont écrit en français depuis 1830.\n    Tout en acceptant votre proposition je dois cependant vous faire savoir que les\nressources du budget ne permettent pas au Gouvernement d'intervenir dans les condi­\ntions que vous indiquez. Désirant toutefois encourager votre projet, je suis disposé à\nallouer pour sa réalisation un premier subside de 3,000 francs sur le budget de l'exercice\ncourant, et un second subside d'égale somme sur le budget de l'année prochaine.\n    Mon département se réserverait d'examiner après la publication du premier volume,\nsi le succès serait de nature à justifier le concours du Gouvernement pour l'impression\ndes autres parties de l'ouvrage.\n    Il va de soi qu'en retour des subsides alloués par l'Etat, un nombre d'exemplaires de\n l'ouvrage à déterminer ultérieurement serait mis à la disposition de mon département en\nfaveur des bibliothèques publiques.\n    Agréez, Monsieur, etc.\n                                                                    Le Ministre,\n                                                                 (s) DE MOREAU.\n  Bruxelles, le 21 mai 1887.\n\n   D'où il résulte que le gouvernement est « disposé » à allouer 6,000 francs\npour la publication du premier volume. Pas décidé, disposé. Le gouverne­\nment n'est pas engagé du tout, et cette phrase démontre que nous avons eu\nraison d'interpréter la lettre ministérielle comme nous l'avons interprétée.\n   Mais il résulte aussi de cette lettre que M. Picard ne se contente de\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "                                      — 266 —\n\n6,000 francs, que parce qu'il le faut bien, et qu'il avait demandé davantage.\nCombien? Nous serions curieux le connaître ce chiffre-là.\n  Quant aux opposants, ils se feront connaître quand M. Picard leur\ndemandera l'autorisation de reproduire leurs œuvres. Ils ont pour eux,\ndans cette attitude, la loi, le bon sens, l'équité et les convenances litté­\nraires.\n                                           ***\n  Un argument de M. Picard :\n  « Nous n'avons jamais rien sollicité pour nos écrits personnels... Mais lorsqu'il s'agit\nde publier les œuvres D'AUTRUI... »\n\n  Ceci est drôle, mais M. Picard est autrui pour ses trois confrères, je\nprésume, et ses trois confrères le publieront, pas vrai?\n\n                                     * *\n   Trève de plaisanterie. Sans arrière-pensée, nous pouvons examiner\naujourd'hui, froidement, le projet d'Anthologie nationale. Notre opposition\nest arrivée à son but, puisque, cédant ou bien à des avertissements venus de\nhaut, ou bien au simple retour à la dignité littéraire, M. Picard nous affirme\nceci : « Nous ne mettrons dans l'Anthologie à laquelle nous travaillons que\nceux qui y consentiront ». Cette amende honorable nous suffit ; elle satis­\nfait à la seule opposition que nous ayons le droit de faire, et que nous\nayons faite. Notre amour-propre personnel n'est pas moins en paix ; enfin,\ncomme nous avons décliné l'honneur qu'on voulait nous faire, il nous est\npermis de parler comme témoin désintéressé du plan qui s'élabore.\n   Ce plan, dont nous avons de vagues traits, sera certainement modifié.\nAprès l'enthousiasme irréfléchi de la première heure, les écrivains qui ont\navec ou sans subside, assumé la responsabilité artistique de l'œuvre, ont dû\nse trouver devant un fardeau qu'ils ne pouvaient soupçonner.\n   Nous avons d'abord, par jeu, donné des listes de noms qui ne « gueu­\nlaient » pas à côté de ceux présentés à la hâte par l'Art moderne. Celui-ci\na dû comprendre qu'il avait fait fausse route, et le comprendra davantage\nà mesure que se feront les recherches.\n   Tel écrivain — mettons Quetelet, Altmeyer, Moke— peut avoir et a fait\ndes ouvrages hors ligne, par la science, l'esprit de déduction ou la vision\nd'ensemble, mais nulle page ne peut être détachée de son œuvre, qui le fasse\nvaloir à son point d'optique littéraire. Van Hasselt a écrit un excellent\nEssai sur l'Histoire de la Poésie française en Belgique. Détachez en une,\ndeux, trois pages, cela ne vaudra rien comme spécimen de style; j'en dirai\nautant de son Histoire des Belges.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "                                  — 267 —\n\n  Il y a des écrivains « anthologibles » — qu'on nous passe le mot, — il y\nen a d'autres qui ne le sont pas, et c'est à cette distinction qu'il s'agit de\npenser avant de dresser une table des matières.\n  Cela pourrait être développé, nous indiquons seulement.\n\n                                     ***\n  Prenons à présent les dates. Pourquoi inscrire celles de 1830 et 1887? Le\njour où le Congrès national proclama l'indépendance de la Belgique et\nprononça l'exclusion des Orange de tout pouvoir, ce jour-là vit-il une\ngénération spontanée d'écrivains belges? Pourquoi cette date arrêtée à\ncoups de canon, pourquoi cette Muette de Portici et cet « Amour sacré »\nen matière littéraire? On fut Belge avant d'être Belge, je pense, et ce ne\nsont pas les membres du Congrès ni leur proclamation qui firent éclore une\n                                                 «\nnationalité dans l'art d'écrire.\n  Pourquoi partir d'une date et non d'un homme ou d'une oeuvre? d'une\npersonnalité bien nette, bien « ressortante » ?\n                                     *   ■   *   *\n\n\n\n\n   Autre point encore. Que choisir dans l'œuvre d'un auteur? Le but est de\nfaire connaître cet oeuvre à ceux qui n'ont pas le loisir de lire dix volumes\npour s'édifier. Or — choisissons Lemonnier — je connais au moins cinq\nLemonnier :\n   Lemonnier des Contes flamands et wallons, léger, naïf, simple, touchant.\n   Lemonnier du Mâle, ample, puissant, lyrique.\n   Lemonnier du Mort, sombre, sec, aqua-fortiste, cruel.\n   Lemonnier de l'Histoire des Beaux-Arts, didactique, critique, savant.\n   Lemonnier de Ni Chair ni Poisson, nouvelliste sans prétention, fantai­\nsiste, ni chair ni poisson.\n   Lequel choisira-t-on pour qu'on le voie bien, et si on prend les cinq, où\ncela mène-t-il ?\n  Je sais certainement quatre Picard :\n   Picard de l'Amiral, grosse brosse, larges traits, apothéose, tempête.\n   Picard du Paradoxe et de Mon Oncle le Jurisconsulte, raisonneur,\navocat, sobre.\n   Picard de la Veillée de l'Huissier, conteur, humouriste, genre Bret-Hart.\n   Picard de Pro arte, polémiste, combatif, brutal, cogneur, mal\nembouché.\n   Et je néglige encore le Picard des plaidoiries, qui appartient au livre des\norateurs,\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "                                     — 268 —\n\n   Et celui des Pandectes, le vrai durable?\n   Lequel choisira-t-on ?\n   Si l'on ne prend que vingt élus — et il peut y en avoir cent, au cas où\nl'on partirait de 1830, — un volume de mille pages suffira peut-être et sera\ndigne d'attention.\n   Est-ce cela que l'on a l'intention de faire? Le public voudrait bien le\nsavoir; ohé Guzman!\n\n\n   La Société Nouvelle et le correspondant belge de la Revue indépendante\ny vont aussi de leur petite sortie à notre adresse.\n   Pas méchant, l'article d'Arthur James, mais inexact. Il prétend que notre\nquerelle porte tout entière sur la question de gros sous, que les 24,000, ou\nplutôt les 6,000 francs, nous gênent et nous font envie.\n   Un petit calcul. Supposons que le prix minimum d'impression pour\ncinq cents exemplaires soit de 2,000 francs et qu'il n'y ait que cela de frais.\nRestent 4,000 francs à partager en quatre.\n   Pour 1,000 francs, chacun des anthologistes fera donc un quart de la\nbesogne.\n   Or, cette besogne, nous l'avons prouvé, est une tâche de bénédictin ou de\nforçat. Il y a des centaines de volumes à trouver d'abord, à parcourir, à\nlire, des chapitres à recopier, c'est infini ! c'est atroce! Et en été, cela !\n   Eh bien, mon cher James, les 1,000 francs auront été bien gagués, et nous\nne voudrions pas avoir rêvé de faire la dixième partie de ce livre si l'on\nnous payait dix fois davantage !\n   Lorsque nous déplorons le subside, c'est que donc, si misérable qu'il\nsoit, il lie les pattes à quatre oiseaux qui volaient librement naguère.\n   Voilà ce qui est lamentable.\n\n\n   Pour Octave Maus et la Revue indépendante, pas la peine de répondre.\nLe papier buvard de l'Amiral a bien bu, et cela a fait Chronique bruxel­\nloise. C'est un triste début dans la polémique et Jacquot n'a pas bien\ndéjeûné.\n                                                          SODA W A L L E R .\n\n  Ce 1er août. Du haut de ma tour d'ivoire, avec un compte-gouttes d'honneur."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 270, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Maison de Vie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Joséphin Péladan", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "JOSÉPHIN PÉLADAN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLa Maison de Vie, de Gabriel Rossetti, traduction littérale et littéraire de Clémence-\n  H. Couve, introduction de Joséphin Péladan, in-8°. Paris, A. Lemerre : eau-forte de\n  Courboin.\n\n\n              Un des caractères les plus symptômatiques de la culture actuelle\n               n'est-ce pas, dans les hautes classes, la tendance féminine à\n               rechercher et à conquérir un prestige intellectuel ?\n                  A mesure que l'écrivain et l'artiste supplantent le noble\ndevant l'attention publique et le suffrage des salons, les mondaines\ns'efforcent à une œuvre d'art, qui les sonorise avec l'écrivain et le peintre\nqu'elles admirent. Ce n'est point là le bas-bleuisme, tant raillé par mon\ngrand ami J. Barbey d'Aurevilly, ni une préoccupation de gloriole : c'est\nune toilette d'un ordre supérieur, une façon de dire à l'intellectuel : « Je\nporte les couleurs que vous aimez ».\n   Ce mouvement, qui a mis tant de pinceaux d'aquarelles et d'ébauchoirs\naux petites mains parisiennes, s'est étendu jusqu'aux Parisiennes de\nprovince.\n   Il y a, à Marseille, par exemple, un boudoir où Rodenbach y trouverait\nses poésies, Waller y apercevrait Lysiane de Lysias, Nautet, ses critiques,\nVerhaeren, ses Moines ; et ce boudoir des Platanes je l'ai décrit, aux pre­\nmières pages d'un livre singulier. La Maison de Vie, de Gabriel Rossetti,\ntraduite par Mme Clémence-H. Couve.\n   Le choix du poète, si aristocratiquement obscur dans sa préciosité senti­\nmentale, indique bien la lassitude des grosses réalités, et une réaction, qui\ns'exagèrera bientôt comme toute réaction, contre les derniers rayonnements\nde l'influence zoliste.\n   Il y a dans Rossetti un clair-obscur d'expression très impressionnant à\nla longue, et, si la sensation qu'il donne, n'est pas une vibration, du moins\nest-elle rare et possible, seulement à une élite restreinte.\n    Mme Couve a su faire œuvré de styliste, tout en restant traductrice fidèle.\nSatisfaisant par une version scrupuleusement littérale au mot à mot\nmême du texte.\n    En regard, elle a paraphrasé, avec des modernités d'expression et de\nprofondes anagogies, qui lui eussent valu de feu M. Caro, la note maxima\nin minimis. Traduire engage à respecter deux langues ; or, on ne respecte\nque ce qu'on connaît à fond, et le véritable intérêt de cette Maison de Vie,\nréside pour moi dans le caractère de poème en prose indéniable au plus\ngrand nombre de ces sonnets, en translation littéraire.\n   A une époque où les grandes vertus et les grandes fautes sont impossibles,\noù la médiocrité de la vie éteint, pures ou impures, toutes les flammes de\nl'individualité, la femme, qui jouit d'un grand luxe, par ce luxe même,\nperd en partie ces deux modes d'activité, le soin du ménage et l'éducation\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "                                  — 270 —\n\n\n des enfants, et lorsqu'elle a d'autres aspirations que celles du train de son\n milieu, forcément elle est conduite à bas-bleuir. Seulement, on ignore\n un peu à Paris, qu'une tache d'encre au doigt, déteint sur la réputation\n d'une femme. En province, plus on descend vers la mer, plus on se heurte,\nà une bêtise d'opinion grandissante : la vraie provinciale, la pot-au-feu,\n la pondeuse, bigote on simplement épicière ne comprend pas qu'on\n s'intellectualise; lectures ou conversations masculines, pour M me Pru­\n dhomme, ce sont de simples prétextes : elles en sont encore à se signer\n devant un artiste, parce qu'il voit des femmes nues ; et croient dogmatique­\n ment que Barbey d'Aurevilly et ses amis, écrivent sur des peaux de femmes\n assassinées et dont le tannage qui doit être secret, absorbe le plus clair des\n droits d'auteur.\n    J'ai entendu moi-même, une Marseillaise s'écrier en un bal :\n    « Madame *** vient de se déshonorer ». Or, Madame *** venait sim­\n plement de se faire présenter un écrivain, arrivé la veille.\n    Le déshonneur va vite au pays de Mistral, mais la curiosité plus vite\nencore... On s'arrache la présence du même artiste dont on déclare les\nœuvres ignobles, dès qu'il est parti. Certaines admirations, à peine expri­\nmées, mettent en suspicion la plus évidente vertu. « Madame *** n'est pas\nune honnête femme? — Pourquoi?— J'ai vu Baudelaire sur sa table ».\nUne femme du monde doit renoncer à l'estime de la province ou à celle de\nParis : l'une se perd par où l'autre s'obtient. M me C.-H. Couve vient de\nconquérir l'une en gardant l'autre, thaumaturgie véritable ; car, suivant ce\nbeau mot marseillais : « Une femme qui publie est femme publique, un\nlivre c'est une faute ; entrer en littérature, c'est ce déclasser ». Nous\nconvions respectueusement Mme Couve, à la publication de ses Impressions\nd'ennui provincial, qui la classeront parmi les Ackerman et les Swetchine,\ncomme le Salon de 1883 l'a mise au rang des beautés célèbres.\n\n                                                  JOSÉPHIN PÉLADAN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 274, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Il y en a même", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 101, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "Découpé dans l'Hilart moderne :"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 223, "texte": "« Il y a quelques jours, à Bruxelles, dans"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 270, "fin_caractere_exclue": 313, "texte": "un fort cordial et fort gai repas de noces,"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "nous avons vu mettre en pratique ce qu'on"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 455, "fin_caractere_exclue": 499, "texte": "nous a assuré être une coutume hollandaise :"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "une amie de la mariée s'est levée à l'heure"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "des toasts, et, en termes gracieux et char­"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 731, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "mants, lui a parlé comme une femme d'un"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "esprit délicat et élevé, ayant l'expérience du"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 892, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "monde, peut le faire à une autre femme,"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "qui commence la vie de famille. 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Il est incontestable"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4411, "fin_caractere_exclue": 4454, "texte": "que Me Picard a plus de talent que M. Vande"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4544, "fin_caractere_exclue": 4570, "texte": "Sande et que M. Hellebaut."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 177, "texte": "L'Anthologie-morbus !"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 232, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "On nous annonce la publication — sous"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "la direction de notre collaborateur Albert"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 454, "texte": "de Nocée, et sous le titre d'Anthologie"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 506, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "contemporains — d'une série de petits"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 595, "fin_caractere_exclue": 635, "texte": "volumes à fr. 0-12 (franco par la poste:"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 730, "texte": "fr. 0-15) contenant les œuvres de nos meil­"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 782, "fin_caractere_exclue": 798, "texte": "leurs écrivains."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 853, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "Citons au hasard : MM. Catulle Mendès,"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 943, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "Jean Richepin, Jules Claretie, Georges"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "Rodenbach, Léon Cladel, Léon Hennique,"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "Stéphane Mallarmé, Georges Eekhoud,"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "Paul Combes, Albert Gérès,_ Edmond"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "Lepelletier, Paul Bourget, Gyp, Huysmans,"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "Ludovic Halévy, etc., etc., etc."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1476, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "Le premier numéro était signalé pour la"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1567, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "fin du mois de juillet 1887."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1649, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "Qu' c'est qu' ça GÉRÈS?"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1726, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "Qu' c'est qu' ça PAUL COMBES?"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1809, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Du Gilon alors?"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 1878, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "Et Picard, on l'oublie? (Jaloux?)"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "***"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2084, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "Pranzini a enfin nommé l'homme brun"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2171, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "au chapeau boule qui a fait le coup de la"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2264, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "rue Montaigne."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "C'est Paul Wauwermans, avocat à la"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "Cour d'appel de Bruxelles. Chimène, l'eus­"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "ses-tu cru ?"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2681, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "Une perle tirée du compte-rendu de la"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2814, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "séance du 22 juillet au Conseil provincial :"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 2923, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "M. Vinkenbosch préside. La première"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3056, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "question à l'ordre du jour est la demande"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3194, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "de subsides des directeurs du théâtre de la"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3330, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "Monnaie. Les conclusions du rapport de"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3458, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "M. Van Meenen sont défavorables."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3588, "fin_caractere_exclue": 3626, "texte": "M. Lavergne fait remarquer que le Con­"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3713, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "seil provincial subsidie des sociétés drama­"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3849, "fin_caractere_exclue": 3892, "texte": "tiques flamandes et le théâtre flamand dont"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 3986, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "l'utilité artistique est moindre que celle du"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4125, "fin_caractere_exclue": 4147, "texte": "théâtre de la Monnaie."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4240, "fin_caractere_exclue": 4277, "texte": "M. Lepage estime que le théâtre de la"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4375, "fin_caractere_exclue": 4410, "texte": "Monnaie peut être regardé comme une"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4506, "fin_caractere_exclue": 4543, "texte": "annexe du Conservatoire et à ce titre"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4622, "fin_caractere_exclue": 4645, "texte": "mérite d'être subsidié."}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4668, "fin_caractere_exclue": 4736, "texte": "***                             La demande de subsides est néanmoins"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "rejetée et le Conseil reprend l'examen des"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 153, "texte": "articles du budget."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 212, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "Le théâtre de la Monnaie, annexe du"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "Conservatoire ????"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 503, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "***"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "M. A.-J. Wauters qui, depuis l'entreprise"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 631, "texte": "africaine du roi des Belges, s'est continuel­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 676, "fin_caractere_exclue": 720, "texte": "lement dévoué à l'œuvre de civilisation dont"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 764, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "on célébrera bientôt le 10e anniversaire,"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 852, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "publie une carte de l'Etat indépendant du"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 942, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "Congo, dressée d'après les derniers rensei­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "gnements (échelle 1 : 6.600.000). Il y a"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1121, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "joint un résumé chronologique des princi­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1212, "fin_caractere_exclue": 1257, "texte": "paux faits de l'histoire de l'œuvre africaine"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1303, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "et ainsi complète un travail des plus com­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1390, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "plets et des plus intéressants pour ceux qui"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "s'intéressent aux choses du continent noir."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1661, "texte": "***"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1730, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "Reçu une très gracieuse Idylle pour"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "piano, par M. Zénon Etienne, publiée"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1908, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "par Hartmann. Recommandée aux jeunes"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2001, "fin_caractere_exclue": 2024, "texte": "rêveuses qui pianotent."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2107, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "A"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2272, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "De M. Jules Gilson, notre collaborateur,"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2383, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "vient de paraître une comédie en un acte :"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2426, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "Divorce manqué, agréable imbroglio qui"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "finit par une embrassade générale. 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A un certain moment, son nom fut"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4087, "fin_caractere_exclue": 4132, "texte": "célèbre, à l'égal de ceux de Gallait, de Wap­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4176, "fin_caractere_exclue": 4217, "texte": "pers, de De Biefve. On se rappelle encore"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4265, "fin_caractere_exclue": 4308, "texte": "le retentissement que produisit sa Bataille"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4354, "fin_caractere_exclue": 4397, "texte": "des Eperons d'or, exposée au Salon de 1836,"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4427, "fin_caractere_exclue": 4466, "texte": "et qui lui valut la commande d'un grand"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4517, "fin_caractere_exclue": 4560, "texte": "nombre d'autres batailles, — la Bataille de"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 133, "texte": "Woeringen, la Bataille de Seneffe, la"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 182, "fin_caractere_exclue": 208, "texte": "Bataille de Nieuport, etc."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 260, "fin_caractere_exclue": 303, "texte": "Il y avait, dans tout cela, un certain mou­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 352, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "vement, une ardeur de jeunesse qui, à"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 438, "fin_caractere_exclue": 480, "texte": "cette époque de lutte, pouvait passer pour"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 529, "fin_caractere_exclue": 539, "texte": "du talent."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 637, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "Depuis lors, on en est bien revenu, et"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 763, "texte": "les « chefs-d'œuvre » de De Keyser sont"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 812, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "descendus au rang de toiles estimables,"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "d'une coloration fade et d'un dessin gra­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 990, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "cieux; — aimables vignettes, simplement."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1082, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "Depuis ses grands succès, De Keyser ne"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1169, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "cessa de produire des tableaux historiques"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "et des portraits, qui se recommandent tous"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1351, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "par la même absence d'accent et par la"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1438, "fin_caractere_exclue": 1452, "texte": "même facilité."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "De Keyser était, d'ailleurs, un artiste"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1635, "texte": "aimable, qui sut se faire aimer, alors même"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "qu'on ne l'admirait guère. Il resta pendant"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "vingt-quatre ans directeur de l'Académie"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1865, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "d'Anvers. Il eut tous les honneurs, toutes"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 1956, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "les décorations, et fut membre de toutes les"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2049, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "Académies. Ce fut un homme heureux,"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "digne de respect et de sympathie, et qui ne"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2225, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "laissera que ce souvenir-là dans l'histoire"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2361, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "de l'art en Belgique."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2516, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "Les grandes chaleurs ont desséché les"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2602, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "plaines de La Wallonie. Les âpres vents"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "qui mordent ont rempli de sable ses ruis­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2780, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "selets. Ses fleurs, aujourd'hui trop lourdes"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "pour leurs tiges, n'ont plus la force de lever"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 2968, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "les yeux vers les splendeurs du Rêve et du"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3089, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "Symbole."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3167, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "C'est pourquoi elle attendra le 15 août"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3285, "fin_caractere_exclue": 3328, "texte": "pour offrir à ses lecteurs son bouquet men­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3410, "fin_caractere_exclue": 3455, "texte": "suel. D'ici là, une pluviale bénédiction ren­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3504, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "dra à ses guérets la vie séveuse et juvénile ;"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3599, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "aussi, son bouquet sera double."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3682, "fin_caractere_exclue": 3723, "texte": "On y trouvera le vers Iilinl de F . Séve­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3772, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "rin, la gerbe champêtre de Célestin Dem­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3861, "fin_caractere_exclue": 3904, "texte": "blon, la bruyère blanche d'Aug. Vierset, un"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 3953, "fin_caractere_exclue": 3996, "texte": "gardénia de Paul Reivax, une vieille pensée"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4086, "texte": "du XVIe siècle, retrouvée par P.-M. Olin,"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4135, "fin_caractere_exclue": 4175, "texte": "une fleur sombre de M. Desombiaux, toute"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4224, "fin_caractere_exclue": 4264, "texte": "une collection d'étonnantes orchidées de"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4313, "fin_caractere_exclue": 4353, "texte": "Mockel, etc., enfin une ample bordure de"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4402, "fin_caractere_exclue": 4426, "texte": "critique, cette fougère."}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4478, "fin_caractere_exclue": 4516, "texte": "Le tout sera enveloppé dans une artis­"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 4565, "fin_caractere_exclue": 4581, "texte": "tique eau-forte."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 203, "texte": "Bazoef, à la Casserole,    c o n t i n u e à se"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 333, "texte": "payer u n e tranche de parodie :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "AIR DE P E T I T E         FLUTE."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 721, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "Tout au bout du pont du steamer,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 759, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "Dans un abandonnement veule,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 891, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "J'ai la nausée et je dég   :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1018, "texte": "Dieu ! qu'on souffre du mal de mer !"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1075, "fin_caractere_exclue": 1110, "texte": "Près de moi, dans des poses vagues,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "Ceux que torture ce bourreau"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "Mettent le cœur sur le carreau :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1364, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "Loin, bien loin l'emportent les vagues."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "Seigneur ! que je suis abattu!"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1589, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "Avec mes intestins je lutte... :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1627, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "Hélas ! si jeune être f.... !"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1724, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "Pourquoi donc n'ai-je pas dit : flûte!"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1823, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "Je ne quitte pas le plancher,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "O regretté plancher des vaches,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2021, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "Où me retenaient tant d'attaches"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2120, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "Et dont j'eus tort de m'arracher."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2260, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "Je ne vogue pas sur les ondes :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2361, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "C'est bon pour les petits poissons !"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2500, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "Si je leur chantais des chansons,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2540, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "Danseraient-ils, d'ailleurs, des rondes."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2637, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "Non, non, la mer, c'est pas mon lot !"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2713, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "Si l'on ne veut pas que j'en meure,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2755, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "Qu'il se hâte le paquebot :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2843, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "Il sera trop tard dans une heure ?"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3101, "fin_caractere_exclue": 3136, "texte": "M. Caro, le philosophe mondain, est"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3156, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "mort le mois dernier à Paris. Nous trou­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3262, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "vons sur lui, dans Gil Blas, de fines"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3356, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "remarques de Colombine (H. Fouquier) :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3453, "fin_caractere_exclue": 3489, "texte": "« ... Les hommes ont détesté M. Caro"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3652, "fin_caractere_exclue": 3688, "texte": "comme beaucoup de maris détestent le"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3785, "fin_caractere_exclue": 3829, "texte": "directeur de conscience que consulte la plus"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3928, "fin_caractere_exclue": 3971, "texte": "fidèle des épouses. Ce prêtre laïque, à qui"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4028, "fin_caractere_exclue": 4071, "texte": "on disait tout comme s'il eût porté la robe"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4133, "fin_caractere_exclue": 4173, "texte": "et qui répondait librement et honorable­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4230, "fin_caractere_exclue": 4274, "texte": "ment sur tout parce qu'il ne la portait pas,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4336, "fin_caractere_exclue": 4379, "texte": "a inquiété, agacé, irrité toute une généra­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4436, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "tion de séducteurs de salon. M. Pailleron,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4625, "fin_caractere_exclue": 4668, "texte": "fin comme l'ambre, a compris la chose ; et,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4723, "fin_caractere_exclue": 4767, "texte": "de toutes ces vengeances sournoises et inas­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4769, "fin_caractere_exclue": 4815, "texte": "souvies il a grossi le succès de sa caricature"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4893, "fin_caractere_exclue": 4919, "texte": "plus joyeuse que profonde."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5001, "fin_caractere_exclue": 5039, "texte": "Pour moi, ce qui demeurera de M. Caro,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5091, "fin_caractere_exclue": 5132, "texte": "c'est le souvenir de ce rôle mondain, que"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5134, "fin_caractere_exclue": 5174, "texte": "j'ai essayé de dire. Rien de lui n'avait"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5323, "fin_caractere_exclue": 5364, "texte": "grande valeur sans lui-même. J'avoue même"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5425, "fin_caractere_exclue": 5467, "texte": "combien je crains de son enseignement, qui"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 153, "texte": "était extrêmement intéressant, il ne reste"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 257, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "pas une œuvre? Certes, à relire ses leçons,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 430, "texte": "à parcourir ses travaux, qui sont nombreux,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 525, "texte": "on trouve cent endroits, où l'art de bien"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 579, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "dire vous frappe ou vous séduit. Mais la"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 673, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "tentative de M. Caro de mettre d'accord la"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 841, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "raison philosophique avec la foi chrétienne,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 976, "texte": "paraît ne pas être une œuvre de notre"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1030, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "temps. Le divorce semble accompli entre"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "la critique et la croyance, mariées jadis (un"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1222, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "peu de force) par la grande voix de Bossuet"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "et raccommodées un instant par la grâce"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1412, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "ineffable de Fénélon. Le cours de M. Caro"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1543, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "sans son auditoire féminin était un non-"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1675, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "sens. C'est à nous, à nous surtout et pres­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1772, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "que à nous seules qu'il devait parler, car il"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "excellait non pas à convaincre, mais à mon­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 1970, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "trer les joies, souvent utiles, toujours pro­"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2070, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "fondes, qu'on peut trouver à être convaincu."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2208, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "Il montrait Dieu plus qu'il ne le démontrait."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2308, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "Son spiritualisme, en dernier ressort, n'était"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2451, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "guère qu'une espérance ; mais il savait la"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2588, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "faire aimer et il donnait moins la foi que"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2685, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "l'envie de croire. »"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2833, "fin_caractere_exclue": 2836, "texte": "***"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 2934, "fin_caractere_exclue": 2991, "texte": "L'éditeur L e m e r r e p u b l i e u n petit v o l u m e"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3017, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "***                         d e v e r s : Rêves et chimères, de M. G e o r g e s"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3151, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "Bal."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3212, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "S'y p r é l a s s e u n s o n n e t q u e voici :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3315, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "Mon cœur se désespère et mon âme soupire"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3409, "fin_caractere_exclue": 3449, "texte": "Au douloureux secret d'un éternel amour."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3503, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "Hélas ! je dois le taire à celle qui l'inspire."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3604, "fin_caractere_exclue": 3651, "texte": "Hais je ne puis cesser d'y penser un seul jour."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3742, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "Ignorant si je dois l'aimer ou la maudire,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3883, "fin_caractere_exclue": 3927, "texte": "Je veux ou la revoir ou la fuir sans retour,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 3981, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "Mais je voudrais mourir plutôt que de lui dire"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4081, "fin_caractere_exclue": 4132, "texte": "Par quels affreux tourments j'ai passé tour à tour."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4186, "fin_caractere_exclue": 4229, "texte": "Je voudrais l'oublier et puis je me ravise,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4283, "fin_caractere_exclue": 4335, "texte": "Je sens que pour toujours, ma vie, hélas ! est prise"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4389, "fin_caractere_exclue": 4435, "texte": "Et j'irai jusqu'au bout en rêvant sur ses pas."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4489, "fin_caractere_exclue": 4530, "texte": "Si je laisse jamais ma douleur apparaître"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4584, "fin_caractere_exclue": 4623, "texte": "A ses yeux étonnés, elle rira peut-être"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4678, "fin_caractere_exclue": 4721, "texte": "En me voyant souffrir et ne comprendra pas."}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4825, "fin_caractere_exclue": 4891, "texte": "D i t e s - d o n c , M . B a l ! et A r v e r s ? R e l i s e z -"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 4946, "fin_caractere_exclue": 4995, "texte": "d o n c le s o n n e t d ' A r v e r s , M. Bal :"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5073, "fin_caractere_exclue": 5089, "texte": "UN S E C R E T ,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5187, "fin_caractere_exclue": 5229, "texte": "Mon âme a son secret, ma vie a son mystère"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5284, "fin_caractere_exclue": 5321, "texte": "Un amour éternel en un moment conçu ;"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5376, "fin_caractere_exclue": 5423, "texte": "Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 5478, "fin_caractere_exclue": 5522, "texte": "Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 101, "texte": "Hélas! j'aurai passé près d'elle inaperçu,"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 160, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "Toujours a ses côtés, et pourtant solitaire ;"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 255, "fin_caractere_exclue": 308, "texte": "Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 310, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "N'osant rien demander et n'ayant rien reçu."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 458, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 617, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "Elle suit son chemin, distraite et sans entendre"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 723, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "Le murmure d'amour élevé sur ses pas."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 827, "fin_caractere_exclue": 864, "texte": "A l'austère devoir pieusement fidèle,"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 996, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "« Quelle est donc cette femme ?» et ne comprendra pas."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1132, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "Vous avez un joli toupet, M. Bal !"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1425, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "Le mystère de la création ; mise en scène"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1544, "fin_caractere_exclue": 1589, "texte": "nouvelle d'après les Coulisses, de Scholl, au"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1591, "fin_caractere_exclue": 1598, "texte": "Matin :"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1687, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "Dernièrement, l'instituteur d'un village"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1829, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "de Saintonge, obligé de s'absenter pour un"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1915, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "mariage, pria l'épicier — son ami — de faire"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "la classe à sa place, ou, du moins, d'amuser"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2086, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "le tapis."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2152, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "— Mes enfants, dit l'épicier, nous allons"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2225, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "causer de la création du monde. Figurez-"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2315, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "vous que, dans ce temps-là, il n'y avait ni"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2405, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "maire, ni conseil municipal; il n'y avait"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2474, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "même rien du tout. C'est vous dire qu'on"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2569, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "s'embêtait ferme. Dieu fit alors le soleil,"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "puis l'eau et la terre. Après quoi il se mit"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2744, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "carrément aux animaux."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2841, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "L'élève Begusseau, — Il a dû bien rire"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2925, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "quand il a fait les singes?"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3000, "fin_caractere_exclue": 3027, "texte": "L'épicier. — Il se tordait."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3090, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "L'élève Gaudinard. — Et qu'est-ce qu'il"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3181, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "a fait après?"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3268, "fin_caractere_exclue": 3311, "texte": "L'épicier. — Après, il s'est mis aux perro­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3353, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "quets."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3447, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "L'élève Begusseau. — Et comment s'y"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3492, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "est-il pris?"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3589, "fin_caractere_exclue": 3628, "texte": "L'épicier. — Très simplement : il a en­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3677, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "voyé chercher des plumes, des becs et des"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3748, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "pattes, et il a fait des perroquets."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3832, "fin_caractere_exclue": 3871, "texte": "L'élève Bergouillou. — Et les poissons."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3921, "fin_caractere_exclue": 3958, "texte": "L'épicier. — Les poissons avaient été"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3983, "fin_caractere_exclue": 4024, "texte": "créés la veille; ainsi, même au moment de"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 4073, "fin_caractere_exclue": 4114, "texte": "la création, il n'étaient pas très frais."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 158, "texte": "L'élève Begusseau. —Est-ce que tous les"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 217, "fin_caractere_exclue": 253, "texte": "poissons ont été faits le même jour?"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 456, "texte": "L'épicier. — Tous, depuis la baleine jus­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 569, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "qu'à la sardine à l'huile. Ç'a été si vite que"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 674, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "le soir il n'y avait plus d'arêtes. C'est alors"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 780, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "que le créateur se décida à faire les huîtres"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "et les moules."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 960, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "L'élève Gaudinard. — Et il n'a pas"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1109, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "éprouvé de fatigue?"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "L'épicier. — Pas la moindre. Il n'a été"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1288, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "incommodé qu'un instant, quand il a fait"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1354, "fin_caractere_exclue": 1420, "texte": "***                              les morues... à cause de l'odeur."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1682, "texte": "M. Decourcelles,   qui signa naguère le"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1732, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "Dictionnaire   du  Figaro  (les Formules du"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1826, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "r"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "D Grégoire), publie sous le titre de Tur­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "lutaines, un nouveau dictionnaire humou­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "ristique dont nous détachons quelques"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2134, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "définitions :"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2200, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "ALBUM : Mirliton relié."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2276, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "APPÉTIT : Le commencement de la faim."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "BASSINOIRE : Un marchand d'antiquités"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2447, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "disait un jour à Vivier :"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2525, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "— J'attends une pièce des plus curieuses :"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2616, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "La dernière bassinoire de Louis XIV."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2705, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "— M me de Maintenon ? s'écrie Vivier."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2795, "fin_caractere_exclue": 2836, "texte": "BŒUF : Un taureau qui a renoncé à plaire."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2889, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "CASTRAT : « Heureux les hommes qui"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 2972, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "n'ont pas d'histoire. »"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3072, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "(Montesquieu)"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3138, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "CHEF-D'ŒUVRE : Un enfant qu'on ne baptise"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3228, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "jamais qu'après la mort de son père."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3317, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "COLLÈGE : Le paradis... plus tard."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3404, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "DÉCRÉPITUDE: Préserve-m'en, sainte Apo­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3483, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "plexie !"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3544, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "ENCORE. — Héloïse : « Encore ! encore ! »"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3649, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "Abeilard (d'une voix plain­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3740, "fin_caractere_exclue": 3747, "texte": "tive) :"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3798, "fin_caractere_exclue": 3828, "texte": "— Je ne demanderais pas mieux!"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3879, "fin_caractere_exclue": 3917, "texte": "Ajoutons que les Turlutaines sont loin"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 3959, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "de valoir les Formules."}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 4034, "fin_caractere_exclue": 4072, "texte": "Il y en a même d'un gâtisme extraordi­"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 4121, "fin_caractere_exclue": 4127, "texte": "naire."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-08-05-n8-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Aux amateurs de bières anglaises", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n       TAVERNE                              BRITISH\ntenue par V A L A D E et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n\nA\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                 6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA B O U R S E\n\n                       E T MONTAGNE DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et à'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LA TERRE, par EMILE ZOLA. Un numéro\n  2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1452, "texte": "              POUR PARAITRE                         EN OCTOBRE\n\n\n\n                  PARNASSE\n                                         DE LA\n\n\n       JEUNE BELGIQUE\n             UN VOLUME IN-8° DE LUXE. 35o PAGES .\n\n                     E n s o u s c r i p t i o n : fr.- 7 - 5 0\n\n    Chez M me V e MONNOM, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n\n  N. B. Le volume sera tiré à 500 exemplaires, plus 20 sur beau papier\nde Hollande. Six de ceux-ci seulement sont mis en vente au prix de\n40 francs pour nos abonnés, de 50 francs pour le public.\n\n\n\n    L'ODIEUSE bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au lord-maire et cette pâtée aux manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troubleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le cristal léger; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n A près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\nVotre    bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes !\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 280, "texte": "7e ANNÉE.     TOME VI, N° 8.         PRIX : Fr. 0-60.                        5 AOÛT 1887.\n\n\n\n\n                                         LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                               SOMMAIRE :\n Le Parnasse de la Jeune Belgique.             .        LA JEUNE BELGIQUE.\n Vers.                                                  FERNAND SÉVERIN.\n Whist                                              JULES VAN DER BRUGGHEN.\n Airs de              flûte                         SIEBEL.\n La mort-vive                                       ALBERT DE NOCÉE.\n Vaporisations . . . . . . . .                      SODA-WALLER.\n Chronique littéraire . . . . . .                   JOSÉPHIN PÉLADAN.\n Memento                                            ***\n\n\n\n\n                               \"BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n        26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                         80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                           1887\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant    le 1er de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe               volume\n                                  orné d'un frontispice.\n\n   Bruxelles : Administration,      26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n\nDirecteur      : MAX WAL.LER. — Administrateur                      : HUBERT VAW DlJK.\n\n\n                                    ABONNEMENTS :\n    Belgique.       .   7 francs par an. — Union postale.                   .   fr. 8 - 5 0 .\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                     forfait.\n\n\n\n   La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature\ndans la revue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n                                   BOITE AUX LETTRES\n  32. VAILLENT CARMANNE. Liége. Reçu le Répertoire dramatique. Rendrons compte\ndans prochain numéro. Merci.\n  33. G. HAGEMANS. Reçu Vie domestique. Idem. Merci.\n  34. VICTOR JANLET. Reçu Protection des œuvres de la pensée. Idem. Merci.\n  35. HIPP. DEVILLERS. Paris. Péchés véniels remis au prochain numéro. Nouvelle dont\nparlez trop longue. Amitiés.\n  36. J. PÉLADAN. Si vous êtes en rapport avec M. Gabriel Mourey, soyez assez bon, cher\nami, pour lui dire que j'ai reçu ses vers et que la J. B. donnera de lui le sonnet qui vous\nest dédié. Reçu aussi votre bonne lettre. C'est d'un homme d'esprit et d'un camarade.\n  37. JEAN GAUSSAIN. Vous êtes d'une amabilité déconcertante, mais 1° injurieux, mais\nVision ont l'un quatre et l'autre trois pieds. 2° le vers\n                         \" L'incarnation d'un mythe, une âme matérielle \"\nest un peu long pour un alexandrin; bref, ce n'est pas correct. Envoyez mieux. A vous.\n   38. GEORGES K. Bien incohérent, bien lâché, bien flou. Du délire de collégien qui\ns'embête. Pas bon, pas bon, camarade.\n  39. JULES BR. Oui.    Br ! ! !\n  40. RAOUL PASC. Attendons votre Missel, mais n'osons vous promettre l'insertion des\npièces inédites avant l'apparition. Et après, trop tard, eh? Amitiés.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "LE PARNASSE DE LA JEUNE BELGIQUE\n\n\n\n                                     Le Parnasse de la Jeune Belgique paraîtra\n                                 le 1er octobre prochain.\n                                    Il y a trois ans, nous eûmes l'intention de\n                                 publier un Parnasse. Ce fut alors M. Georges\n                                  Rodenbach qui se chargea des premières négo­\n                                    ciations. L'idée ne fut pas réalisée, à cause\n                                       de l'indolence naturelle aux poètes lyri­\n                                         ques. Il y a un an, l'un des nôtres\n                   reprit le projet abandonné. L'idée ne se réalisa pas davan­\n                   tage.\n                      Si elle prend corps aujourd'hui, c'est un peu, sans doute,\n                   grâce à nos amis, mais surtout grâce à nos ennemis.\n                   Car nous avons cet honneur d'en avoir encore, et c'est la\n                   meilleure preuve de notre vitalité artistique. La Jeune\n                 Belgique a su conserver autour d'elle les rancunes obligées\n                 et les haines nécessaires. Quand les anciennes colères ont\n                 désarmé, elle a su en susciter de nouvelles. Et elle possède\n                 aujourd'hui quelques détracteurs de marque, qui sont, malgré\n                 eux, les hérauts et les proclamateurs de ses victoires.\n                   Il sera piquant, dans quelques années, quand on écrira\nl'histoire littéraire de la poésie en Belgique, de reproduire les attaques\npassionnées auxquelles on se livre aujourd'hui contre des artistes désin­\ntéressés et dédaigneux. On relèvera, dans ces polémiques, à côté de\n                                                                        17\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                                    — 244 —\n\n   quelques arguments littéraires empruntés à nos critiques de 1830, les per­\n   sonnalités les plus sottes et les plus odieuses. Jamais ce que Baudelaire\n   appelle notre goût national de l'ignoble ne s'est mieux incarné que dans\n   quelques-uns de nos adversaires, et jamais la haine de l'art ne les a plus\n  vilement inspirés.\n     Le Parnasse sort d'un mouvement d'enthousiasme pareil à celui d'où\n  sortit naguère le banquet Lemonnier.\n     A part quelques rares hésitants, tous les jeunes poètes belges seront\n  représentés dans notre Parnasse.\n     Le Parnasse contiendra des vers de tous les collaborateurs actuels de\n  notre Revue. Mais comme la Jeune Belgique n'a jamais été un groupe\n  fermé, nous nous sommes bien gardés d'exclure du Parnasse des écrivains\n  de talent qui, sans avoir collaboré à la Revue qui s'appelle la Jeune Bel-\n gique, font incontestablement partie du mouvement littéraire de la Jeune\n Belgique. C'est ainsi que le Parnasse contiendra des vers d'un poète anver­\n sois, trop peu connu, même des jeunes, et qui est un petit neveu d'Henri\n Heine, M. Montenaken. C'est ainsi encore qu'il contiendra des vers de\n plusieurs poètes qui viennent de se révéler dans d'autres revues belges.\n Nous avons voulu faire une œuvre d'art et non pas une besogne de coterie.\n     Nous n'avons pas songé davantage à écarter les poètes qui n'ont pas\n publié de recueils de vers. Ces raisons de... librairie nous sont restées étran­\n gères. Il nous a paru que le Parnasse doit être ouvert surtout à ces poètes-\n là, qui, pour ne pas être des écrivains-mère Gigogne, ont embaumé leur\nrêve dans quelques poèmes impeccables et définitifs. Tel est, par exemple,\nle cas de M. Emile Van Arenbergh.\n    Si nous n'avons pas songé à nous préoccuper des raisons de librairie,\nnous n'avons pas songé non plus à nous embarrasser des questions de hié­\nrarchie ou d'ancienneté. Nous pensons que cette question bizarre n'a rien\nde commun avec la question littéraire. Aussi n'avons-nous pas hésité à faire\nla part très large à des poètes qui n'ont pas ou presque pas publié dans\nles revues belges, comme MM. Maeterlinck et Van Lerberghe.\n    Nous avons fait appel aux jeunes écrivains, et aux plus récents des\njeunes. Nous avons la conviction d'avoir été ainsi plus Jeune Belgique\nque jamais. Notre Revue n'a pas été fondée pour permettre à quelques\nartistes, toujours les mêmes, de voir leurs poèmes imprimés. Elle a été\nfondée surtout pour faire connaître les talents nouveaux, pour attirer tout\nl'effort littéraire de notre pays. Elle ne peut rester la Jeune Belgique qu'au\nprix d'un renouveau perpétuel. Ces poètes de la première heure, certes,\nseront toujours là, fiers de coudoyer des jeunes capables de continuer et\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                —   245   —\n\n\nd'achever leur œuvre. Et si eux, les aînés, ont eu quelque mérite, leur\nplus chère récompense — ils n'en veulent pas d'autre — sera de voir surgir\nune génération de poètes plus forts et plus-heureux. Et pour un chevalier\nWalther, il y aura dix Hans Sachs.\n   Notre appel a été entendu. Tous viennent à nous, tous viennent frapper\nà la porte hospitalière de cette Jeune Belgique que d'éternels moribonds\naccusent plaisamment de mourir. C'est autour de nous une explosion char­\nmante de jeunesse et de talents. Si c'est là mourir, nous trouvons notre\nmort plus belle que la solitude et le désert de certaine agonie. Les fleurs\nnouvelles de la jeunesse belge, nous les offrirons au public lettré dans\nnotre Parnasse. Et ce sera notre chère, notre seule, et notre bien dédai­\ngneuse vengeance.\n                                              LA J E U N E BELGIQUE.\n\n\n\n\n                                VERS\n                   LES JARDINS DU SOUVENIR\n\n         Il est certains jardins dont je crains les parfums\n         Comme les trahisons d'un confident de fautes;\n         Ils n'ont vu cependant que les beaux jours défunts\n         Où mes quelques vertus marchaient libres et hautes.\n\n         Mais c'est là ce jadis irréparable et cher\n         Dont le seul nom flétrit la volupté présente,\n         Et je hâte le pas dans l'avenir amer\n         Sans vouloir des douceurs que l'heure me présente.\n\n         Mon passé me revient dans l'arôme des fleurs\n         Avec l'étrangeté que n'avait pas la vie,\n         Et l'on voudrait mourir à verser d'anciens pleurs,\n         Si le devoir n'était dans la route suivie.\n\n         D'abord il me plairait d'aspirer les lilas\n         Fleuris dans mes jardins de vierge qui s'ignore.\n         Et Dieu sait si déjà je n'en souffrirais pas,\n         Tant ce fut un éveil divin que cette aurore!\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "                      — 246 —\n\nJ'aspirerais encor les lys délicieux\nDe ma virginité consciente et rebelle,\nEt ceux-là sont les plus fanés et les plus vieux\nCar j'ai baisé sur eux l'immensité charnelle.\n\nEnfin dans le néant de toute illusion\nJ'oserais respirer les roses meurtrières\nEt fier de me voir seul souffrant ma passion,\nJe mourrais doucement sans cris et sans prières.\n\n\n                     LE SANG\n\nDans la venue en fleur du soir aux mains bénies\nS'apaisait la rumeur des besognes finies.\n\nPieusement pleuraient de lointains angelus,\nLes espoirs qui seront et ceux qui ne sont plus.\n\nLes charmilles songeaient, plus tristes et plus closes,\nA cette heure où les lys parlaient de rêve aux roses.\n\nDes sourdines d'odeurs, de rayons et de voix\nS'en venaient par instants du plus profond des bois.\n\nLasses d'avoir cueilli d'innocentes pervenches\nFrôlèrent mes cheveux tes mains vagues et blanches.\n\nTes doigts patriciens erraient, silencieux,\nEt firent s'endormir mes lèvres et mes yeux,\n\nEt toujours, et plus lents, chère, nous nous aimâmes,\nEt le silence était plein du parler des âmes\n\nUne félicité d'ignorance et d'oubli\nEmbaumait ce repos de mon rêve accompli.\n\nTel un écho perdu de très vieilles histoires,\nLe souvenir humain mourait dans nos mémoires.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                      — 247 —\n\nEt nous n'avions souci des choses du plaisir,\nTant l'oubli de l'instant endormait le désir.\n\nMais ce fut un réveil aux paupières baissées\nQuand reflua le sang en nos veines lassées,\n\nCar la chair oublia ces charmes recueillis,\nEt sous d'autres baisers se fanèrent nos lys.\n\n            A CELLE QUI VIENDRA\nO toi qui me viendras des lointains de l'espoir\nDans les jardins de lys où t'attendent mes lèvres,\nNe me dis que des mots pleins de rêve et de soir\nEt qui calment en moi le feu des vielles fièvres.\n\nQue ton amour me soit un sépulcre voulu\nOù l'on dorme enlacés dans des roses fanées,\nLes lèvres de l'aimée au front las de l'élu,\nEt que s'écroule ainsi la fleur de nos années.\n\nRien ne vivra vraiment que ce que nous tairons,\nEt pour éterniser cet instant que nous sommes\nPuissent nos chers bouquets se mourir en boutons\nEt céler leur parfum au vain baiser des hommes.\n\nLa douleur des amants et l'ennui des époux,\nCes pauvres assouvis dont l'âme est exilée,\nViendront à notre seuil et s'en iront de nous\nSans soupçonner jamais la paix qu'il ont frôlée.\n\nAussi les verrons-nous s'en aller sans leurs croix\nAvec les yeux en pleurs, d'une pitié sans bornes,\nEt ces yeux amoureux s'entendront quelquefois\nPour donner un sourire aux yeux flétris et mornes.\n\nEt nul jamais parmi ces hommes de la fin\nNe saura que l'amour leur fit ce don sublime,\nEt sitôt de retour, dans leur soif et leur faim,\nIls maudiront le jour tombé dans leur abîme.\n                                    FERNAND SÉVERIN,\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "                                  — 248 —\n\n\n\n\n                              WHIST\n                                   CONTE\n\n              Les sinuosités de l'immense prairie s'étalant à mes yeux, trop\n               faibles pour en apercevoir les confins, se mouvaient dans la\n               prime lueur du crépuscule. Les contours se noyaient; les\n               teintes se brouillaient, et les herbes hautes s'inclinaient, mur­\nmurant des phrases indécises, si douces qu'elles émotionnaient mon cœur.\nDe la terre montaient des accords suaves que nul instrument ne pourrait\nrendre, tant leurs vibrations étaient légères, leurs nuances délicates, et que\nmon ouie percevait. A quelques pas, une saussaie, que la perspective effa­\nçait dans l'éloignement, tressaillait d'un frisson imperceptible que mon âme\néprouvait. Et le ruisseau, alangui amoureusement, rêvait, baisant les pieds\ndes saules. Je comprenais ce rêve consonnant à mon rêve... Et, lentement,\nle jour fuyait devant la nuit conquérante ; la campagne paraissait renier ses\nmagnificences diurnes; les ombres flottaient errantes, n'osant se poser sur\nles choses que la clarté du jour expirant rendait encore trop brutales. De\ntemps à autre, un craintif battement d'ailes s'élevait, dérangeant les ondes\nmusicales palpitantes, assoupies dans l'air aphone. Puis, l'ombre s'installa\nsouveraine, commandant un silence imposant. Et ce silence avait je ne sais\nquoi de religieux, exhalant une mélancolie de statue pensive, muette et\néloquente, qui parlait à mon esprit, paralysait mes sens, suspendait en moi\nla conscience de ma matérialité...\n    Sous son voile noir, la Nuit enveloppait sa mystérieuse beauté cachée\naux regards profanes, et je voyais, sans voir, les incomparables lignes de sa\ncarnation chimérique; j'entendais, sans entendre, le rythme ondoyant et\nvoluptueux de son corps de sirène langoureuse et ennuyée d'amour.\n    Ce charme m'avait conquis; cette musique, comme une incantation de\nl'oubli, rivait ma pensée aux jeux de ses harmonies, anéantissait en moi\nl'idée de vivre. Et, autour de moi, errait un peuple invisible, intactile,\nsilencieux, s'agitant dans cette atmosphère idéale, de même que le fantôme\nde l'aimée, évoqué, vient immobile et souriant hanter notre lumière astrale...\nJe me laissais aller, bercé par la troublante et délicieuse accalmie mollement\nrépandue, fasciné, en quelque sorte par la féerie chatoyante et lumineuse\nqu'ont pour mes yeux les ténèbres profondes, infrangibles, soumis à la magie\ndes séductions suprahumaines de l'énigmatique Nuit. A mes regards appa­\nraissaient des formes qui émeuvent, mais qu'on ne peut rendre, car il n'est\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                                    — 249 —\n\n   nul dessin apte à les fixer, nulle couleur assez éthérée pour les peindre ;\n  j'écoutais mille voix me chuchoter des mots intraduisibles en aucun vocable\n  des langues humaines. Et je goûtais l'enivrante chanterie que disent les\n  choses endormies ; je contemplais, radieux, l'image mystique, le tumulte\n  muet de la vie du sommeil...\n     Et, lente, l'heure de minuit dans le lointain tinta. A l'airain somnolent,\n  et, s'unissant aux voix mourantes des cloches, le son d'une flûte aiguë sur­\n  git. D'abord, la gamme s'énonça baroque; l'allure heurtée semblait mimer\n  les poses impudiques, excitantes, les contorsions lubriques des croupes, les\n  mouvements lascifs des gorges des filles de la nuit dansant lymphatiques ;\n  et dans l'air traînait un bruissement de chevelures qui se dénouent, flot­\n  tent. Petit à petit, la cadence s'accélérait. A mesure que le son, sans croître\n  en intensité, se rapprochait de moi, le chant se régularisait, quoique les\n intervalles entre les intonations restassent bizarres, inouïes, avec comme des\n trous dans cette mélodie d'un caractère macabre, décrivant des soupirs\n d'âmes qui souffrent, subitement annihilés par une suite ascendante de tons\n chromatiques, semblables à un rire strident, évoquant une fuite folle, éche­\n velée, de démoniaques femelles. Et ce chant, triste et ironique tour à tour,\n arrachait de longs frissons aux ténèbres.\n     Bientôt, l'instrument se jouait si près de mes oreilles que je distinguais le\n bruit des lèvres de l'exécutant. Puis, brusque, la flûte se tut.\n    — Le voici, dit quelqu'un à mes côtés, mais si bas que ce fut comme un\n souffle.\n    — Enfin, remarqua un autre du même ton.\n    — Tu nous manques, chuchota un troisième. — Lève-toi.\n    Des mains me soulevèrent et lentement on m'entraînait. Je ne ressentais\n aucune envie de résister, tant cela me semblait naturel, et, au risque de\n paraître fanfaron pour certains esprits, j'avoue que je n'avais pas peur.\n    N'était-ce pas l'effet, une solution produite par l'enchaînement d'une\n suite logique d'événements? Tout fait vient d'un fait et en engendre un\nautre, et je ne vis là rien qui dût m'étonner.\n    Tandis que je marchais dans la prairie, une confabulation discrètement\nmurmurée me parvenait.\n    Une pierre dit :\n    — Quels sont ces mécréants qui troublent ma rêverie?...\n    — Il faut souffrir en silence, répondit une ortie.\n    Le ruisseau :\n    — Leurs pas rident ma surface et ternissent le miroir où se reflétaient\nles grâces de la Nuit, et cette image brouillée m'ôte le plaisir de mes\nvoluptés...\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                                 — 250 —\n\n   Les gazons murmuraient :\n   — Offrons nos échines aux pieds des hommes; la rosée du matin nous\nredressera...\n   — Ma corolle est effeuillée et mes pétales blancs souillés, soupira une\nmarguerite.\n   Une violette la consola :\n   — Pauvre chère vierge, ma sœur... et elle se pencha vers la meurtrie.\n   Une feuille tombait :\n   — Je vais où vont toutes choses : que Dieu soit béni...\n    Un papillon s'éleva, un lis tendit son calice et reçut le papillon retombant\nsans vie, et la fleur s'inclinant éplorée :\n   — Repose, repose... Je parfumerai ta cendre et la bercerai au soleil sous\nl'haleine des brises folles...\n    Un feu-follet brilla :\n    — La lumière est venue de l'ombre ; je suis l'âme de la fange...\n    Un vent tiède et doux chantait :\n    — J'apporte, de bien loin, un chant de baisers et de désirs...\n    Et les saules :\n    — Nous vibrerons aussi sous tes caresses; nous unirons nos accents aux\n accents de là-bas, ô toi qui veux dire la chanson de l'Universelle Har­\nmonie...\n    Et les ronces du chemin implorèrent :\n    — Chantez... chantez... nous écoutons...\n    Et les oiseaux s'aimaient dans la ramure.\n    Et l'ombre nonchalante disait :\n    — Je règne... je règne...\n    Mes compagnons ne me parlaient point... Je les devinais marchant à\n mes côtés. Mais la flûte reprit son chant et je me sentais enlevé en une\n course vertigineuse, affolante, rythmée par une série de sifflements aigus,\n saccadés, s'activant toujours... toujours... et mes oreilles s'emplirent d'un\n froissement sourd comme d'un tourbillon de feuilles sèches. — D'un coup,\n on s'arrêta.\n    — Entre, me dit-on.\n    Un instant après, je me trouvais dans une chambre, une construction\n humaine, dont l'ameublement pittoresque et artistique me frappa vivement,\n me communiqua une joie grande, un plaisir ineffable.\n    L'entrée était masquée d'une longue et ample draperie blanche, où\n grimaçaient des figures grotesques, brodées de rouge — en face, la fenêtre\n voilée de noir, à rayures albes, brisées par le chiffonnage de l'étoffe. Au\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                 — 25l    —\n\n\ncentre, une table carrée, habillée de velours carmin, comme une nappe de\nsang, où se détachaient des têtes de morts d'argent. Autour de la table,\nquatre escabeaux d'ébène. Les murs nus, peints en jaune, ainsi que le par­\nquet et le plafond. Du charbon brûlait dans un trépied de marbre sombre,\nau dessus duquel se trouvait suspendu un chaudron vertdegrisé, fixé à la\nvoûte au moyen d'une chaîne. Du récipient s'échappaient des flammes\nbleuâtres et verdâtres comme d'une fusion d'alcool. Et cette lumière dan­\nsante moirait les tentures de nuances fantastiques, étranges, variées inces­\nsamment.\n   J'étais seul. Le premier moment d'étonnement passé, et quand mes\nyeux habitués à cette clarté soudaine me permirent de mieux me rendre\ncompte de l'endroit où je me trouvais si inopinément transporté, je résolus\nde satisfaire ma curiosité et d'inspecter minutieusement ce lieu extraordi­\nnaire.\n   Tout d'abord j'aperçus, un peu relégué dans l'ombre, un squelette\nd'homme d'une stature superbe, remarquable.\n   Je m'approchai, et religieusement je contemplais les restes de ce frère\ndisparu. Mais je ne sais quoi de vague et de triste m'oppressa, un senti­\nment de profonde mélancolie me saisit, une crainte aussi; son attitude me\nparaissait résignée, rêveuse ; ses orbites vides et profondes me semblaient\navoir un regard perdu, abstrait, scrutant l'inconnu d'un songe. Le squelette\nme suggéra cette question : que pense-t-il?...\n   Et à cet instant, je remarquai que dans l'ossature passait un frisson,\nmais si faible, si faible, que je doutais, croyant être sous le coup d'une\nhallucination. Subitement, l'idée que peut-être il désirait sortir de son\nimmobilité, m'entra dans le cerveau, et, après des hésitations, je lui pris la\nmain et la soulevai ; comme un tressaillement de ses doigts sur mes doigts\nm'affola, et je lâchai prise et le bras retomba, se balança lentement avec\nun bruit lugubre, un gémissement.\n   Maintenant en ses orbites scintillait un point lumineux : il me regardait,\net je vis dans ce regard un reproche pour ma profanation. Mais le mort\nparla :\n   — Tout se meut, respire, vit, même dans ce que vous appelez la mort,\nqui n'est qu'une fiction, l'image marquant le terme d'un changement de\nfonction de la matière. La vie est éternelle pour toutes les choses n'en\nformant qu'une et étant l'harmonie du tout venu de l'unique source :\nDieu.\n   Ainsi, tout existe et ne peut mourir, comme rien ne peut être nié,\npuisque la négation prouve l'évidence; car, comment nier ce qu'on peut\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                                    — 252 —\n\n\n  exprimer, et comment exprimer ce qui ne tombe pas sous vos sens?... Toi,\n  cela t'étonne de m'entendre, et si tu disais aux hommes que je t'ai conté\n  ceci, ils diraient que tu es fou. Pourtant, je te parle, je te vois, je t'entends.\n  Vous n'accordez la vie qu'à ce que vous pouvez toucher, analyser. Erreur !\n  erreur! A côté de la vie visible par les yeux de votre corps, il y a la vie de\n  l'immobitité de celle des êtres invisibles, perceptibles seulement par les yeux\n  de l'Esprit. Ce que vous appelez Imagination, n'est autre : le reflet de la\n  vue de l'âme — nul n'imagine, mais il voit parfois au delà de ce qu'il\n  nomme : Réalité. Les visions sont des faits existants, des scènes se révélant\n aux natures choisies, possédant la médiumnité. Quoi d'étonnant ?...\n     Les tableaux si délicats de la vie immatérielle selon vous, mais qui a sa\n matière propre, que vous ne pouvez définir avec vos sens grossiers restent\n cachés au vulgaire. Les voyants sont des poètes. Et vous traitez d'invention,\n les révélations d'un monde dont vous n'avez nulle idée, ne pouvant le com­\n prendre.\n     Admettre qu'un être pense à une chose inexistante, c'est lui reconnaître\n le don de création, et quelle folie ! quel renversement de cette théorie si\n vraie : Tout est dans Tout. Or, créer, serait ajouter, ne fût-ce qu'un atome\n à ce Tout, et partant, le déclarer imparfait. Mais comment concevoir une\n totalité qui n'en est pas une ?\n     Il habite une âme en chaque chose, et ces âmes d'une essence inconnue,\n forment un monde impalpable, ayant une langue uniforme. Une fleur vous\n impressionne, elle vous parle, votre âme s'est émue de ce que lui a dit la\n sienne, en un vocable inintelligible pour qui n'a aucune affinité avec votre\n nature.\n     Vous désignez ces émotions sous le nom baroque de : Préférence. Non !\nnon ! ce sont des dons émanant de Dieu, qui a permis à certaines de ses\ncréatures de s'initier à la poésie divine, de s'élever dans des régions idéales,\npar le rêve !...\n     Un soupir s'échappa de sa carcasse osseuse. Il s'était tu depuis long­\ntemps, et je l'écoutais toujours, remué, le regard fixe, l'examinant anxieuse­\nment, avec le désir de l'entendre encore, et la crainte que m'avait laissée ce\ndiscours dit d'une voix étouffée, sans que rien en lui ne bougeât.\n     Dans le silence qui suivit, mon attention fut peu à peu attirée par le\nmouvement d'une horloge que je n'avais pas encore aperçue, posée dans\nle coin opposé à celui où se dressait le squelette. Le tic-tac était puissant,\nsec, pareil à un tintement de clochette, et à mesure que j'écoutais, le son\ndevenait plus clair, plus métallique. Le cadran instantanément illuminé\navait des reflets d'or bruni, où les heures se détachaient en blanc, et les\naiguilles, en forme de faulx, brillaient vives, comme rougies au feu.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                   — 253 —\n\n\n   Le balancier constituait un triangle, au milieu duquel se montraient un\nœil et une bouche au dessous. Et l'œil à chaque oscillation clignota, et\npendant sa course continuelle me poursuivait obstinément, se livrant à une\ninvestigation irritante. Cependant, je ne pouvais m'en détacher, et tandis\nque je subissais cette inquisition, je sentais les yeux du mort fixés sur moi,\nfulgurer dans ma pensée. Je restais là, cloué sur place, n'osant me retourner,\nne pouvant échapper à l'analyse de ces regards, dont les rayons pénétraient\nen ma chair et fouillaient mon cœur comme des tisons ardents. En ce\nmoment j'avais peur, une peur horrible, qui rend lâche. Le balancier con­\ntinuait son va-et-vient méthodique, ponctué de tintements, promenant son\nœil mystérieux. La magie de cette prunelle prestigieuse, régulièrement voilée\nd'un battement de paupière me fascinait, me terrifiait, et toujours aussi,\nces autres prunelles hantaient ma pensée, y jetaient un trouble paralysant.\nEt longtemps, cette situation énervante se prolongea.\n   Un frémissement m'agitait. Par degrés, je m'avançais vers l'horloge,\nattiré vers cet œil d'où se dégageait une force magnétique irrésistible, et à\nmesure que je m'approchais, il devenait plus grand, plus brillant, plus lim­\npide, avec des éclairs d'une ironie diabolique.\n   Mon anxiété était profonde, extrême, quand se fit ce bourdonnement\nprécurseur de la sonnerie de l'heure, j'attendis : le bourdonnement cessa,\nl'heure ne cessa pas, mais la bouche s'ouvrit et d'une voix flegmatique,\nennuyée, traduisant une résignation grande elle dit : Vivre!... Les aiguilles\nmarquaient une heure. Le balancier oscilla trois fois; de nouveau, les\nlèvres se desserrèrent et un long éclat de rire retentit dans le silence émou­\nvant de la chambre. Derrière moi, un autre éclat de rire répondit ; je me\nretournai : mes trois compagnons siégeaient autour de la table, et du geste\nm'indiquèrent l'escabeau vide.\n   Quand je fus assis, le calme renaquit en moi ; les yeux n'exercèrent plus\nleur influence torturante. Je ne fus pas médiocrement surpris de voir mes\ntrois compagnons restés invisibles jusqu'à présent. Entièrement enveloppés\nd'une pièce d'étoffe blanche, comme d'un linceul, d'où leurs têtes seules\nsortaient, ils restaient muets, ayant un identique sourire sur les lèvres, une\négale courtoisie dans les yeux. Ils se prêtaient à l'examen que je faisais d'eux,\navec une infinie bonne grâce, tournant même la tête, afin de se montrer en\ndétail, et satisfaire pleinement ma curiosité poussée à l'extrême, mais qu'ils\navaient la bonté de ne pas trouver intempestive.\n   Celui en face de moi était absolument chauve et imberbe ; le visage long,\nle front haut, les yeux ronds, protubérants, ternes, d'une teinte d'ardoise;\nle nez camard couvrait le tiers de la face, et la bouche largement fendue,\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                                  -   254   -\n\naux lèvres minces, soulignait d'une façon apparente son monument\nnasal.\n   Le particulier à ma gauche avait la face large, carrée, une forêt de che­\nveux roux broussaillant au dessus d'un front bas et proéminent aux arcades\nsourcilières, les yeux petits et vifs, profondément enchassés dans la tête, les\nlèvres grosses garnies de poils également roux, droits et drus, filant en tous\nsens comme des épies ; mais ce qui distinguait particulièrement cette phy­\nsionomie, c'était le nez, démesurément long, dont le bout, mollement bal­\nlottait, descendant jusqu'au bas du menton, de sorte que la bouche se\ntrouvait cachée, lorsque par hasard le nez se tenait immobile. Cette infir­\nmité me fit sourire. Je me demandais à quels exercices ce personnage devait\nse livrer pour satisfaire aux exigences de son estomac. Mais comme il parut\nprendre ombrage de ma trop longue observation de son être, je l'aban­\ndonnai.\n   Le troisième, assis à droite, m'intéressa plus que les autres par son visage\novale d'une grande beauté; ses cheveux blonds bouclés, descendant jusqu'au\ncol, ses yeux bleus fort doux, ayant une expression angélique, et une cer­\ntaine tristesse, contrastant avec le sourire qui n'avait pas encore quitté ses\nlèvres d'un rose tendre, d'un dessin parfait.\n   Quand ils crurent avoir été suffisamment l'objet de mon attention, leurs\nvisages devinrent graves, et à leur tour, silencieux et froids, ils m'obser­\nvaient.\n   Un instant après cet examen gênant, ces messieurs baissèrent les yeux.\nLa draperie voilant la fenêtre glissa sans bruit, et quatre hiboux perchés\nsur la tablette se profilaient sur le vert sombre des vitres. Et ces hiboux\ntrois fois huèrent. Et l'horloge dit : Vivre ! Et trois secondes après, le rire\nretentit. Et les oiseaux prirent leur vol et s'en vinrent après avoir décrit\nautour de la chambre des cercles allant se rétrécissant, se placer sur nos\ntêtes. Et leurs ombres, par un singulier phénomène de réflexion, se fixaient\nencore à la croisée donnant sur le gouffre béant de la nuit.\n   Alors le personnage chauve parla :\n   — Messeigneurs. Sans doute avons-nous tort de nous détruire.\n   — Nous avons tort, affirma l'homme à la trompe.\n   — Puisque rien ne se détruit, émit le troisième.\n   — Que nous est-il réservé dans la mort?...\n   — Nous l'ignorons — rien! qui sait?...\n   — Mystère!...\n   — C'est courir vers un inconnu, peut-être terrible!..,\n   — Oui!\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                 — 255 —\n\n   — Oui!...\n   — Tandis que la vie, nous la connaissons, et dégagée de toutes joies, de\n toutes peines, de tous soucis, c'est un délice...\n   — Une ivresse sans boisson !\n   — Un poème sans paroles !...\n   — Seigneur — il s'adressait à moi, le cou de l'orateur s'allongea par\ndessus la table avec une flexibilité extraordinaire — Seigneur, nous présu­\n mons que dans la mort tout est fini. Le frère que vous voyez là à l'état\nde squelette est allé à la mort pour se dégager des douleurs de son exis­\n tence.\n    Il était sourd, et adorait la musique, que jamais il ne pouvait entendre.\n Cette calamité l'a conduit où il est. Que lui est-il advenu ?...\n   — Répondez ! '\n   — Répondez !\n   — Le saurons-nous jamais?... Avant de prendre cette forme ridicule —\ncar il est ridicule.\n   — Il n'a pas de nez! interrompit le propriétaire de ce rare spécimen.\n   — Il n'a pas de cheveux! cria le jeune homme bouclé.\n   — Un homme sensé, soucieux de sa royauté et du decorum, peut-il le\nregarder sans pouffer de rire? continua avec pitié le monsieur au crâne lui­\nsant, — donc, avant de s'affubler de ces dehors grotesques, il nous a promis\nde nous renseigner sur les plaisirs de ce monde-là. S'adressant de nouveau\nà l'assemblée :\n   — Il se tait toujours ! Que faut-il conclure? Que tout est dans la présente\nvie et que la vie future est un mensonge, que la mort c'est le néant ! Prenons\ndonc l'existence par ses côtés joyeux, écartons-nous de tout ce qui nuit,\nembarrasse, et si une partie de notre être est malade et nous fait souffrir,\nextirpons-la et jetons-la loin de nous comme une chose immonde !...\n   En ce moment, il eut un sourire qui lui fendit la figure, des sourcils jus­\nqu'à la nuque, la peau se plissait et se déplissait vivement, signe évident de\ncontentement, et son regard se promenait radieux sur nous. Mon voisin de\ngauche se leva et dit avec gravité :\n   — Le très docte et savant discours que nous venons d'ouïr est bien fait\npour nous remuer et démontre combien furent fous ceux qui se sont\nanéantis parce qu'une partie de leur individu était malsaine. Jette-t-on la\nplante parce que des feuilles sont pourries, des fleurs fanées ? Homme de\nscience, je te salue ! Tu viens de poser la première pierre d'un édifice gran­\ndiose qui abritera les esprits positifs !...\n   Il s'inclina, balança son nez avec élégance et s'installa sur l'escabeau.\nMon voisin de droite fut debout aussitôt :\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "                                   — 256 —\n\n\n    — Est-il sur terre une peine plus horrible que celle de vivre avec un\n chagrin constant, perpétuel, qui vous ronge, vous torture, vous accable ?...\n Oui! cent fois! notre compagnon est un grand médecin : il faut couper le\nmal, rien que le mal!... Le monde, comme notre brillant auditoire, a tres­\n sailli au verbe génial de notre ami. Une lumière s'est faite et a déchiré les\n ténèbres, et cette lumière s'appellera désormais : Matérialisme ! Oh ! devant\n toi je m'humilie ! Il se prosterna le front contre la table, secoua sa chevelure\n admirable et reprit sa place.\n    Les hiboux battirent des ailes en manière d'applaudissements.\n    — La matière est éternelle, émit le premier.\n    — Il n'y a que la matière... répliqua le second.\n    — Il faut la perfectionner, interrompit le troisième.\n    — Qu'en penses-tu? me demandèrent-ils ensemble.\n    — Je me recueille, répondis-je.\n    — Il se recueille! s'écrièrent-ils affreusement scandalisés. Et ils me regar­\ndèrent avec une telle intensité, que leurs yeux sortirent des orbites et vinrent,\ncomme des vers luisants fixés au bout de rayons lumineux, se poser à deux\npouces de mes yeux ; puis lentement ils se retirèrent, pareils à des mol­\nlusques rentrant dans leurs coquilles.\n   — Vivre ! dit l'horloge — et son éclat de rire fut répété par mes trois\ncompagnons.\n    Le personnage chauve reprit :\n   — Messeigneurs, vous le savez, j'ai dans l'esprit des conceptions surhu­\nmaines, j'invente des choses que l'homme le plus savant ne voudrait\nadmettre, même comme simple énoncé. Et cependant, je ne puis descendre\njusqu'à lui. Obligé de conserver pour moi seul la haute et brillante intelli­\ngence qui m'est départie, avoir le tracas d'un travail constant du cerveau\npour des faits qui n'aboutiront pas, qui ne peuvent aboutir, attendu que je\ndevance l'esprit humain de plusieurs siècles, est une torture sans nom. —\nOh ! être soulagé de ce labeur horrible ! ô vivre sans penser !...\n   Le personnage à la trompe parla ensuite :\n   — J'ai gardé l'estomac de l'homme primitif, je suis insatiable, hélas! La\nnourriture connue en ces jours maudits que je vis est insuffisante pour mon\nféroce appétit ; la subsistance des hommes actuels est nulle pour mon orga­\nnisme étonnant. Ma continuelle préoccupation est : manger ! Cette idée de\nconservation m'obsède, me consterne. La faim me parle plus haut que tout.\nLa faim ! Cet épouvantable fléau me souffle des tentations qui sont autant\nde supplices que j'endure! Oh ! quel martyre!...\n   Ce fut le tour de l'adolescent :\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                                  — 257 —\n\n   — Mon cœur a des goûts étranges que l'humanité ne peut satisfaire.\nJ'aime comme nul mortel n'a aimé, mais ce que je désire n'est point encore\ncréé : je le vois, je le pressens, et tout reste chaos autour de moi. Je cherche\nen vain, et toujours... les déceptions se succèdent, et les douleurs aussi. Je\nveux des amours si fortes, si robustes, que la vulgarité des hommes me les\ninterdit. Oh ! mon cœur ! Oh ! que ne veux-tu me quitter et me laisser vivre\ndans l'insouciance d'une paix ineffable!...\n   — Que le calumet des grandes solennités s'allume! cria mon voisin de\ngauche. Immédiatement se posa sur la table, je ne sais comment, une sorte\nde narghilé d'où partaient quatre tuyaux — ces tuyaux faits d'entrailles\nhumaines et terminés par de petits osselets, s'allongeaient, rampaient, se\ncontorsionnaient comme de petites vipères et vinrent se poser devant nous.\nDu narghilé montait une fumée noire, à l'odeur acre, pimentée.\n   — Au jeu! cria-t-on, et de même que le narghilé, un jeu de whist se\nplaça sur la table.\n   — Vous n'avez pas d'esprit, me dit l'homme chauve.\n   J'allais protester.\n   — Vous n'avez pas d'esprit, affirma-t-il, et vous subirez le mien tout\nentier. Il me pèse... Et son crâne s'ouvrit; une invisible main déposa son\ncerveau dans le chaudron au dessus du trépied. Et subitement, mon parte­\nnaire était idiot. Et les cartes voltigeaient, sans que je visse un mouvement\nde la part de mes voisins. Je gagnai.\n   — Vous n'avez pas d'appétit seigneur! me cria violemment mon voisin\nde gauche. Il suffit! le mien me gêne, je vous prie de me le gagner. Son\nestomac alla rejoindre le cerveau. Le jeu se fit encore, mon partenaire saisi\nd'une quiétude grande perdit.\n   — Vous n'avez pas de cœur, vociféra le jeune homme si doux, vous\nn'avez pas de cœur vous dis-je, vous seriez ému de tant de bonheur.\n   — De grâce, soupirai-je.\n   — Mon cœur m'est à charge, seigneur, et vous me ferez l'honneur de\nm'en délivrer. Et le cœur devant moi arraché, prit le chemin du cerveau et\nde l'estomac. Je gagnai encore.\n   — Vivre! vivre ! dit l'horloge, et quand l'éclat de rire résonna, mes com­\npagnons avaient disparu, les hiboux s'élevèrent, allèrent se fixer à la fenêtre,\net la draperie glissa les voilant à mes yeux.\n   Et je restai perplexe, anxieux, chargé d'un poids énorme qui m'empêchait\nde me lever. Le silence m'effarait. Je ne sais quoi de mystérieux enveloppait\nles choses, je me sentis soudain enclin à regarder le mort : ses orbites bril­\nlaient et s'attachaient sur moi avec fixité. Mais il s'avança d'un pas grave,\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "                                — 258 —\n\nmacabrement majestueux avec un craquement d'os lugubre, et vint s'asseoir\nen face de moi.\n  Après un moment de contemplation réciproque, le squelette porta un\ndoigt sur les cartes et me dit :\n  — Ce que ces fous ont joué et perdu si sottement, le risqueriez-vous pour\nmon Eternité?...\n  Longtemps nous nous sommes regardés— silencieux.\n\n                                       J U L E S VANDER   BRUGGHEN.\n\n\n\n\n                   AIRS DE FLUTE\n                               XXIII\n                               EN    MER\n                                                A GRÉGOIRE L E ROY.\n\n                  Au bastingage du steamer,\n                  Où caressante, l'eau déferle,\n                  Avec des nacrures de perle,\n                  Je regarde danser la mer.\n\n                  Les vagues vont, les vagues vagues\n                  Comme un rêve d'eau sanglotant,\n                  Et ce n'est que de l'eau pourtant...\n                  Et j'écoute vaguer les vagues.\n\n                  C'est adorable, ce lointain,\n                  Cet horizon qui gronde et lutte,\n                  Il est deux heures du matin,\n                  Mignonne Mer, un air de flûte!\n\n                  Un air de flûte qui serait\n                  Plus chaste qu'un baiser de lame,\n                  Dans le jour au loin qui s'enflamme,\n                  Un air de flûte bien discret,\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "            —   259   —\n\nA tous les engloutis des ondes\nMangés par les petits poissons.\nUne de mes minces chansons\nPour leur faire danser des rondes.\n\nIl est inédit, de mon choix,\nUn air à peine d'un quart d'heure,\nEt je le dédie aux anchois.\nAfin qu'ils en fassent leur beurre.\n\n\n\nLe soir s'étend avec lenteur\nSur la mer qui songe et qui pleure,\nEt le vol de l'écume effleure\nMa main, effleure aussi mon cœur...\n\nC'est comme un baiser à la mousse,\nUn baiser de femme, au dessert,\nOh oui, je sais : ... A quoi ça sert?\nMais la caresse est douce, douce!\n\nPuis tout à coup j'entends un son,\nDe ces occultes sons funèbres,\nEt dans les lugubres ténèbres,\nJe regarde, avec un frisson...\n\n C'est un bruit de cloche qui tinte\n Comme un râle d'agonisant,\n Sous le ciel au reflet luisant\n Où l'aime lune s'est éteinte,\n\n Et puis je vois, je vois enfin,\n Cest une flottante bouée,\n Et cette cloche est là nouée;\n La vague l'agite sans fin.\n\n Elle se tord et sonne et sonne,\n Signalant les obscurs dangers,\n Ce pendant que les passagers\n Dorment et n'y sont pour personne.\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "             —   260   —\n\n\nEt je pense : ce sont les morts\nQui rêvent dans la tombe immense.\nEt se réveillent en démence\nPour secouer leurs longs remords.\n\nCe sont les mauvais capitaines,\nLes pirates et les mutins,\nQui se lèvent tous les matins\nPour hurler de leurs voix lointaines.\n\nIls tirent, du fond des flots noirs,\nLe câble de cette bouée\nQui semble n'être qu'échouée,\nMais détraque ses désespoirs.\n\nIls tirent, accrochés en foule\nA la corde que le sel mord,\nMais rien ne répond à la Mort\n Que chaque vague qui s'écroule.\n\nC'est adorable, ce lointain,\nCet horizon qui gronde et lutte;\nIl est deux heures du matin,\nDans la mer j'ai jeté ma flûte.\n\nElle est chez les petits poissons,\nChez tous les engloutis des ondes,\nEt sifflotera mes chansons\nPour leur faire danser des rondes.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                                 —   261   —\n\n\n\n\n                     LA MORT-VIVE\n                                      I\n                                                   POUR GEORGES   RODENBACH.\n\n               Sous les ombrages verts des arbres, une jeune fille de seize ans\n                repose, les yeux ouverts, — de grands yeux profonds et bleuis\n                de fièvre.\n                   Elle se meurt...\n   Etendu sur sa chaise longue, son petit corps de malade se détache, —\nfrêle et alangui, — dans le bourgeonnement blanc des haies.\n   Amaigri et creusé, son visage a la pâleur livide d'une morte, une pâleur\nd'albâtre transparent qui donne à tout son être le charme attrayant des\ncorps phtisiques.\n   Et son regard vague sans fixité, se promène sur la nature en éveil, renais­\nsant à la vie.\n   Tout semble s'animer, sous une forte poussée de sève, comme un souffle\nravive des léthargiques dormant dans leur torpeur, — une torpeur de\nmort.\n    La feuillée a des teintes faibles, au reflet de lait ; et dans cet encadre­\nment d'un vert pâle, le lilas se dessine avec peine, confondu dans la clarté\n blanche des jeunes pousses.\n   Au pied des arbres, dans leur ombre humide et mousseuse, l'herbe croît,\n plus verte, plus foncée, en gazons touffus.\n    Et là-bas, devant elle, dans leurs horizons sans fin, les prés s'étalent au\n soleil, criblés de marguerites et de coquelicots qui piquent toute l'étendue\n de leurs tachetures vives.\n    Une fraîcheur embaumée sort des profondeurs vertes, capiteuse,\n enivrante, pleine de senteurs ; et la brise semble balancer, couler, diffuser\n de blanches poussières d'aube, poussières fécondantes, versant la vie.\n    Tout s'agite sous la chaude caresse de cette haleine bienfaisante, tout\n palpite, se meurt, se crispe, se tord.\n    C'est le réveil de la nature, réveil bruyant de tous les êtres. C'est la\n sève montant dans les corps réchauffés, dilatant, raidissant leurs membres,\n ravivant...\n    C'est le chœur des choses, les vols d'insectes bourdonnants, les bruits\n d'ailes dans les branches, la voix des ruisseaux pleine de murmures, c'est le\n gazouillis des fauvettes.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                                   —   262   —\n\n\n     C'est la vie !\n    Et l'on devine dans ce réveil de toutes choses, l'ardent désir de respirer,\n de renaître, l'ardent désir d'aimer. Les plantes ont de légers frissons sous\n  le baiser d'amour qui les chatouille, et se tendent leurs tiges, enlacées,\n  caressantes. Les brins d'herbe, en s'étreignant boivent les gouttes de rosée\n  qui perlent à leurs fronts. Les oiseaux, sur les branches, se becquettent avec\n  des petits cris étouffés, tendant le cou.\n    Joie de vivre! Joie d'aimer !\n    Et au milieu de la symphonie murmurante des êtres et des choses, une\n voix s'élève, voix faible, plaintive, mourante.\n    — « Petite mère, je veux vivre!... »\n    Et la voix s'éteint, comme noyée dans un soupir.\n    C'est la petite malade que la vue de cette germination infinie agite,\n émeut, trouble dans un désir de jouissance vitale : ses yeux, — bien que\n caves, •— brillent à présent avec de faibles scintillements ; ses mains maigres\n et décharnées ont d'affreuses crispations d'impatience; sa poitrine, effroya­\n blement creuse, se soulève péniblement en d'irréguliers soubresauts et ses\n joues se rosent aux tempes, comme sous un aspect de spasme nerveux, de\n spasme hystérique.\n    — « Petite mère, je veux vivre ! »\n    Elle veut vivre! parce qu'autour d'elle, tout vit, s'agite, se meut.\n    Vivre ! parce que l'air pousse des haleines embaumées, bienfaisantes, des\n haleines de vie!\n    Vivre ! parce qu'elle est jeune, et que dans son corps meurtri, brisé, il y\na un feu qui brûle, qui bouillonne ; un souffle qui transpire à travers tout\nson être, la fait se pâmer, presque mourante; une âme enfin, pleine de\nforce, une âme vivante qui veut aimer !\n    Vivre !...\n    Et deux larmes froides roulent de ses yeux entre les sillons de ses joues\ncreuses, larmes d'espoir déçu et de profond regret : Elle doit mourir !\n    Elle le devine, elle le sait : il y a un mois de cela ; une toux l'avait prise\ntout à coup, légère d'abord, puis violente, sèche, persistante. Et le lende­\nmain, elle avait dû garder le lit, fièvreuse, la tête en feu, la poitrine\ndéchirée par de cuisantes douleurs. Alors le médecin — un tout jeune\nhomme, — était accouru en toute hâte, l'avait auscultée longuement, avec\nprécaution, cherchant à deviner quelque chose dans ce corps creux, miné\npar un souffle de mort. Et comme elle l'avait regardé, dans un regard de\ndouloureuse supplication, il lui avait répondu, presque gaîment : — « Ce\nne sera rien, ma petite Renée; l'affaire de quelques jours... beaucoup de\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                                   — 263 —\n\nsoins,. . et puis, le printemps est à nos portes... » — Mais ce regard froid\nfixé sur lui avec obstination, avec ténacité l'avait troublé; un regard qui\ncherchait à lire au fond de son être... Il mentait!... Plus de doute : elle le\ndevinait, elle le sentait... Et lorsque sa mère, — après avoir reconduit le\njeune médecin, — était entrée dans sa chambre bleue, les yeux cerclés de\nrouge, elle avait murmuré, d'une voix calme : — « Cest fini, n'est-ce pas,\npetite mère?... Ne dis pas non... Tes yeux parlent pour toi... » — Et\ndepuis ce jour, elle n'avait plus fait aucune allusion à son état, qu'elle\nsavait désespéré; elle semblait comme résignée, se refusant à écouter les\nvives protestations de sa mère, se sentant dépérir de jour en jour. On eût\ndit qu'elle attendait, qu'elle acceptait la mort, sans crainte, froidement,\ncomme une volonté fatale que rien ne peut ni ne sait contredire.\n   Mais aujourd'hui, la renaissance infinie de toutes choses l'a émotionnée,\nétonnée, puis agitée, comme si un reste de sève s'était pris subitement à\ncouler dans ses veines, animant en un instant son corps d'albâtre rigide et\nfroid.\n   Et elle s'est écriée, dans un suprême et violent désir d'existence : « Je\nveux vivre!... »\n\n\n   Cependant, la mère s'est approchée, doucement, à pas lents; et, accoudée\ncontre le tronc mousseux d'un vieux chêne, elle contemple sa fille d'un œil\nattendri, attristé, voilé de larmes. Elle devine la pensée qui occupe son\nesprit ; elle la devine dans l'altération visible de ses traits contractés ; dans\nla fièvreuse agitation qui fait palpiter son petit corps de malade ; telle une\nbrise, coulant entre les branches, fait trembler la feuillée...\n   Maintenant la jeune fille paraît moins agitée : tout son être, — tant\nphysique qu'intellectuel, — semble retombé dans son état ordinaire de\nprostration.\n   Alors, la mère, avec de grandes précautions, et d'une voix très douce :\n   — « Eh bien! Renée?... Comment te sens-tu, à présent?. . Mieux\nn'est-ce pas! Tu as les joues roses, et puis... »\n   — « Ecoute, petite mère », répond Renée, comme si elle n'avait pas\nentendu la question qu'on lui pose ; et elle se lève péniblement sur son\nséant, brisée en deux, et promène vers divers points son bras étendu, un\nbras maigre, coupant la manche de sa robe trop large...\n   — Regarde, petite mère... Vois-tu ces plantes qui raidissent leurs\ntiges?... Vois-tu les bourgeons qui pointent dans leur blancheur rose?...\nEntends-tu le joyeux murmure du ruisseau rocailleux?... Entends-tu les\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                      — 264 —\n\noiseaux qui chantent dans la fraîcheur verte et se répondent tendrement\nd'un arbre à l'autre?... Et combien tout cela sent bon! petite mère... je\nveux vivre!...\n   — Tu vivras, mon amour; il faut que tu vives! Tu es jeune! La vie\nt'appartient ! Avec le printemps tes couleurs fraîches et tes forces te vont\nrevenir... Pourquoi ne vivrais-tu pas, quand tout s'agite autour de toi? Je\nveux que tu vives!...\n   Et la fillette, avec un triste sourire d'incrédulité, faisait « non » de la tête,\nfaiblement, mais avec conviction\n\n   Maintenant, les deux femmes se taisent, sans qu'elles sachent pourquoi,\nla mère ne trouvant plus ces bons mots qui consolent, et elle, rêvant\ntoujours...\n   Et tandis qu'un morne silence, — un silence sans vie, — plane sur ces\ndeux êtres, liés pourtant l'un à l'autre par un amour aux bornes infinies,\nle chœur des choses, — chœur vivant, lui ! — monte plus bruyant, plus\njoyeux,... immense...\n   La mort coudoyant la vie, se mêlant l'une à l'autre, s'embrassant,\ns'étreignant follement dans un désir d'être et un regret d'avoir été.\n   — « Je vis ! » s'écrie la nature.\n   — « Je veux vivre! » murmure la voix.\n                                                           ALBERT DE NOCÉE.\n\n\n\n\n                        VAPORISATIONS\n             Le bouillant Guzman Picard, qui continue à se fâcher, tout en\n              ne trouvant pas d'obstacles, nous annonce que la campagne\n              contre l'Anthologie est terminée et que nous sommes battus.\n                 Qu'il nous permette de constater le contraire.\n   Il nous disait :\n  « Dans notre article de dimanche dernier, nous envisagions l'hypothèse des refus\nd'autoriser la reproduction de morceaux choisis. C'est le droit de l'artiste. Mais la loi\nautorise les articles critiques avec citations. Si par l'effet d'intrigues de quelque coterie,\nnous nous trouvions devant un tel obstacle, nous le tournerions par une étude sur l'auteur\nrécalcitrant (pourvu qu'il en valût la peine, car il est des convives équivoques qu'on\ninvite par convenance, mais dont on se réjouit d'être débarrassé quand ils ont le bon\nsens de refuser) et l'Anthologie restera ainsi complète, sans, souffrir de ces mesqui-\nneries » (L'ART MODERNE, 17 juin).\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                      — 265 —\n\n   Nous demandâmes, en faisant le plus de tapage possible pour attirer\nl'attention sur ce projet de piraterie littéraire, que l'on jugeât le procédé.\n   Aujourd'hui, voici ce que dit l'Art moderne :\n  « Nous avons établi les faits et prouvé notre droit de réunir des extraits pris où il\nnous plaira. Mais en terminant, nous dirons à ces inconnus dont on parle toujours et gui\nne se nomment jamais : Dormez tranquilles sur la collection complète de vos œuvres.\nNous n'userons pas de la faculté que la loi nous donne. Nous NE METTRONS DANS L'ANTHO­\nLOGIE A LAQUELLE NOUS TRAVAILLONS QUE CEUX QUI Y CONSENTIRONT » .\n\n   C'est tout ce que nous demandions. Et nous sommes battus?\n\n\n\n   Il y a mieux. Le prétendu concours gouvernemental accordé à l'Antho­\nlogie restait vague, indécis, mystérieux. Nous publions la réponse minis­\ntérielle, dans l'arrière-pensée que l'étourneau de Guzman, que l'on mène\ncomme un enfant quand on veut, fera connaître le pot aux roses. Et\nGuzman tombe en plein dans le petit piège que nous lui tendions.\n  Voici la lettre du ministre à Me Picard :\n\n               MONSIEUR,\n    J'ai pris connaissance, avec intérêt, de votre lettre du 28 avril, par laquelle vous\nvoulez bien me soumettre les bases d'un projet de publication d'une Anthologie des\nauteurs belges qui ont écrit en français depuis 1830.\n    Tout en acceptant votre proposition je dois cependant vous faire savoir que les\nressources du budget ne permettent pas au Gouvernement d'intervenir dans les condi­\ntions que vous indiquez. Désirant toutefois encourager votre projet, je suis disposé à\nallouer pour sa réalisation un premier subside de 3,000 francs sur le budget de l'exercice\ncourant, et un second subside d'égale somme sur le budget de l'année prochaine.\n    Mon département se réserverait d'examiner après la publication du premier volume,\nsi le succès serait de nature à justifier le concours du Gouvernement pour l'impression\ndes autres parties de l'ouvrage.\n    Il va de soi qu'en retour des subsides alloués par l'Etat, un nombre d'exemplaires de\n l'ouvrage à déterminer ultérieurement serait mis à la disposition de mon département en\nfaveur des bibliothèques publiques.\n    Agréez, Monsieur, etc.\n                                                                    Le Ministre,\n                                                                 (s) DE MOREAU.\n  Bruxelles, le 21 mai 1887.\n\n   D'où il résulte que le gouvernement est « disposé » à allouer 6,000 francs\npour la publication du premier volume. Pas décidé, disposé. Le gouverne­\nment n'est pas engagé du tout, et cette phrase démontre que nous avons eu\nraison d'interpréter la lettre ministérielle comme nous l'avons interprétée.\n   Mais il résulte aussi de cette lettre que M. Picard ne se contente de\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                      — 266 —\n\n6,000 francs, que parce qu'il le faut bien, et qu'il avait demandé davantage.\nCombien? Nous serions curieux le connaître ce chiffre-là.\n  Quant aux opposants, ils se feront connaître quand M. Picard leur\ndemandera l'autorisation de reproduire leurs œuvres. Ils ont pour eux,\ndans cette attitude, la loi, le bon sens, l'équité et les convenances litté­\nraires.\n                                           ***\n  Un argument de M. Picard :\n  « Nous n'avons jamais rien sollicité pour nos écrits personnels... Mais lorsqu'il s'agit\nde publier les œuvres D'AUTRUI... »\n\n  Ceci est drôle, mais M. Picard est autrui pour ses trois confrères, je\nprésume, et ses trois confrères le publieront, pas vrai?\n\n                                     * *\n   Trève de plaisanterie. Sans arrière-pensée, nous pouvons examiner\naujourd'hui, froidement, le projet d'Anthologie nationale. Notre opposition\nest arrivée à son but, puisque, cédant ou bien à des avertissements venus de\nhaut, ou bien au simple retour à la dignité littéraire, M. Picard nous affirme\nceci : « Nous ne mettrons dans l'Anthologie à laquelle nous travaillons que\nceux qui y consentiront ». Cette amende honorable nous suffit ; elle satis­\nfait à la seule opposition que nous ayons le droit de faire, et que nous\nayons faite. Notre amour-propre personnel n'est pas moins en paix ; enfin,\ncomme nous avons décliné l'honneur qu'on voulait nous faire, il nous est\npermis de parler comme témoin désintéressé du plan qui s'élabore.\n   Ce plan, dont nous avons de vagues traits, sera certainement modifié.\nAprès l'enthousiasme irréfléchi de la première heure, les écrivains qui ont\navec ou sans subside, assumé la responsabilité artistique de l'œuvre, ont dû\nse trouver devant un fardeau qu'ils ne pouvaient soupçonner.\n   Nous avons d'abord, par jeu, donné des listes de noms qui ne « gueu­\nlaient » pas à côté de ceux présentés à la hâte par l'Art moderne. Celui-ci\na dû comprendre qu'il avait fait fausse route, et le comprendra davantage\nà mesure que se feront les recherches.\n   Tel écrivain — mettons Quetelet, Altmeyer, Moke— peut avoir et a fait\ndes ouvrages hors ligne, par la science, l'esprit de déduction ou la vision\nd'ensemble, mais nulle page ne peut être détachée de son œuvre, qui le fasse\nvaloir à son point d'optique littéraire. Van Hasselt a écrit un excellent\nEssai sur l'Histoire de la Poésie française en Belgique. Détachez en une,\ndeux, trois pages, cela ne vaudra rien comme spécimen de style; j'en dirai\nautant de son Histoire des Belges.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                  — 267 —\n\n  Il y a des écrivains « anthologibles » — qu'on nous passe le mot, — il y\nen a d'autres qui ne le sont pas, et c'est à cette distinction qu'il s'agit de\npenser avant de dresser une table des matières.\n  Cela pourrait être développé, nous indiquons seulement.\n\n                                     ***\n  Prenons à présent les dates. Pourquoi inscrire celles de 1830 et 1887? Le\njour où le Congrès national proclama l'indépendance de la Belgique et\nprononça l'exclusion des Orange de tout pouvoir, ce jour-là vit-il une\ngénération spontanée d'écrivains belges? Pourquoi cette date arrêtée à\ncoups de canon, pourquoi cette Muette de Portici et cet « Amour sacré »\nen matière littéraire? On fut Belge avant d'être Belge, je pense, et ce ne\nsont pas les membres du Congrès ni leur proclamation qui firent éclore une\n                                                 «\nnationalité dans l'art d'écrire.\n  Pourquoi partir d'une date et non d'un homme ou d'une oeuvre? d'une\npersonnalité bien nette, bien « ressortante » ?\n                                     *   ■   *   *\n\n\n\n\n   Autre point encore. Que choisir dans l'œuvre d'un auteur? Le but est de\nfaire connaître cet oeuvre à ceux qui n'ont pas le loisir de lire dix volumes\npour s'édifier. Or — choisissons Lemonnier — je connais au moins cinq\nLemonnier :\n   Lemonnier des Contes flamands et wallons, léger, naïf, simple, touchant.\n   Lemonnier du Mâle, ample, puissant, lyrique.\n   Lemonnier du Mort, sombre, sec, aqua-fortiste, cruel.\n   Lemonnier de l'Histoire des Beaux-Arts, didactique, critique, savant.\n   Lemonnier de Ni Chair ni Poisson, nouvelliste sans prétention, fantai­\nsiste, ni chair ni poisson.\n   Lequel choisira-t-on pour qu'on le voie bien, et si on prend les cinq, où\ncela mène-t-il ?\n  Je sais certainement quatre Picard :\n   Picard de l'Amiral, grosse brosse, larges traits, apothéose, tempête.\n   Picard du Paradoxe et de Mon Oncle le Jurisconsulte, raisonneur,\navocat, sobre.\n   Picard de la Veillée de l'Huissier, conteur, humouriste, genre Bret-Hart.\n   Picard de Pro arte, polémiste, combatif, brutal, cogneur, mal\nembouché.\n   Et je néglige encore le Picard des plaidoiries, qui appartient au livre des\norateurs,\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                     — 268 —\n\n   Et celui des Pandectes, le vrai durable?\n   Lequel choisira-t-on ?\n   Si l'on ne prend que vingt élus — et il peut y en avoir cent, au cas où\nl'on partirait de 1830, — un volume de mille pages suffira peut-être et sera\ndigne d'attention.\n   Est-ce cela que l'on a l'intention de faire? Le public voudrait bien le\nsavoir; ohé Guzman!\n\n\n   La Société Nouvelle et le correspondant belge de la Revue indépendante\ny vont aussi de leur petite sortie à notre adresse.\n   Pas méchant, l'article d'Arthur James, mais inexact. Il prétend que notre\nquerelle porte tout entière sur la question de gros sous, que les 24,000, ou\nplutôt les 6,000 francs, nous gênent et nous font envie.\n   Un petit calcul. Supposons que le prix minimum d'impression pour\ncinq cents exemplaires soit de 2,000 francs et qu'il n'y ait que cela de frais.\nRestent 4,000 francs à partager en quatre.\n   Pour 1,000 francs, chacun des anthologistes fera donc un quart de la\nbesogne.\n   Or, cette besogne, nous l'avons prouvé, est une tâche de bénédictin ou de\nforçat. Il y a des centaines de volumes à trouver d'abord, à parcourir, à\nlire, des chapitres à recopier, c'est infini ! c'est atroce! Et en été, cela !\n   Eh bien, mon cher James, les 1,000 francs auront été bien gagués, et nous\nne voudrions pas avoir rêvé de faire la dixième partie de ce livre si l'on\nnous payait dix fois davantage !\n   Lorsque nous déplorons le subside, c'est que donc, si misérable qu'il\nsoit, il lie les pattes à quatre oiseaux qui volaient librement naguère.\n   Voilà ce qui est lamentable.\n\n\n   Pour Octave Maus et la Revue indépendante, pas la peine de répondre.\nLe papier buvard de l'Amiral a bien bu, et cela a fait Chronique bruxel­\nloise. C'est un triste début dans la polémique et Jacquot n'a pas bien\ndéjeûné.\n                                                          SODA W A L L E R .\n\n  Ce 1er août. Du haut de ma tour d'ivoire, avec un compte-gouttes d'honneur.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                  — 269 —\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLa Maison de Vie, de Gabriel Rossetti, traduction littérale et littéraire de Clémence-\n  H. Couve, introduction de Joséphin Péladan, in-8°. Paris, A. Lemerre : eau-forte de\n  Courboin.\n\n\n              Un des caractères les plus symptômatiques de la culture actuelle\n               n'est-ce pas, dans les hautes classes, la tendance féminine à\n               rechercher et à conquérir un prestige intellectuel ?\n                  A mesure que l'écrivain et l'artiste supplantent le noble\ndevant l'attention publique et le suffrage des salons, les mondaines\ns'efforcent à une œuvre d'art, qui les sonorise avec l'écrivain et le peintre\nqu'elles admirent. Ce n'est point là le bas-bleuisme, tant raillé par mon\ngrand ami J. Barbey d'Aurevilly, ni une préoccupation de gloriole : c'est\nune toilette d'un ordre supérieur, une façon de dire à l'intellectuel : « Je\nporte les couleurs que vous aimez ».\n   Ce mouvement, qui a mis tant de pinceaux d'aquarelles et d'ébauchoirs\naux petites mains parisiennes, s'est étendu jusqu'aux Parisiennes de\nprovince.\n   Il y a, à Marseille, par exemple, un boudoir où Rodenbach y trouverait\nses poésies, Waller y apercevrait Lysiane de Lysias, Nautet, ses critiques,\nVerhaeren, ses Moines ; et ce boudoir des Platanes je l'ai décrit, aux pre­\nmières pages d'un livre singulier. La Maison de Vie, de Gabriel Rossetti,\ntraduite par Mme Clémence-H. Couve.\n   Le choix du poète, si aristocratiquement obscur dans sa préciosité senti­\nmentale, indique bien la lassitude des grosses réalités, et une réaction, qui\ns'exagèrera bientôt comme toute réaction, contre les derniers rayonnements\nde l'influence zoliste.\n   Il y a dans Rossetti un clair-obscur d'expression très impressionnant à\nla longue, et, si la sensation qu'il donne, n'est pas une vibration, du moins\nest-elle rare et possible, seulement à une élite restreinte.\n    Mme Couve a su faire œuvré de styliste, tout en restant traductrice fidèle.\nSatisfaisant par une version scrupuleusement littérale au mot à mot\nmême du texte.\n    En regard, elle a paraphrasé, avec des modernités d'expression et de\nprofondes anagogies, qui lui eussent valu de feu M. Caro, la note maxima\nin minimis. Traduire engage à respecter deux langues ; or, on ne respecte\nque ce qu'on connaît à fond, et le véritable intérêt de cette Maison de Vie,\nréside pour moi dans le caractère de poème en prose indéniable au plus\ngrand nombre de ces sonnets, en translation littéraire.\n   A une époque où les grandes vertus et les grandes fautes sont impossibles,\noù la médiocrité de la vie éteint, pures ou impures, toutes les flammes de\nl'individualité, la femme, qui jouit d'un grand luxe, par ce luxe même,\nperd en partie ces deux modes d'activité, le soin du ménage et l'éducation\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                  — 270 —\n\n\n des enfants, et lorsqu'elle a d'autres aspirations que celles du train de son\n milieu, forcément elle est conduite à bas-bleuir. Seulement, on ignore\n un peu à Paris, qu'une tache d'encre au doigt, déteint sur la réputation\n d'une femme. En province, plus on descend vers la mer, plus on se heurte,\nà une bêtise d'opinion grandissante : la vraie provinciale, la pot-au-feu,\n la pondeuse, bigote on simplement épicière ne comprend pas qu'on\n s'intellectualise; lectures ou conversations masculines, pour M me Pru­\n dhomme, ce sont de simples prétextes : elles en sont encore à se signer\n devant un artiste, parce qu'il voit des femmes nues ; et croient dogmatique­\n ment que Barbey d'Aurevilly et ses amis, écrivent sur des peaux de femmes\n assassinées et dont le tannage qui doit être secret, absorbe le plus clair des\n droits d'auteur.\n    J'ai entendu moi-même, une Marseillaise s'écrier en un bal :\n    « Madame *** vient de se déshonorer ». Or, Madame *** venait sim­\n plement de se faire présenter un écrivain, arrivé la veille.\n    Le déshonneur va vite au pays de Mistral, mais la curiosité plus vite\nencore... On s'arrache la présence du même artiste dont on déclare les\nœuvres ignobles, dès qu'il est parti. Certaines admirations, à peine expri­\nmées, mettent en suspicion la plus évidente vertu. « Madame *** n'est pas\nune honnête femme? — Pourquoi?— J'ai vu Baudelaire sur sa table ».\nUne femme du monde doit renoncer à l'estime de la province ou à celle de\nParis : l'une se perd par où l'autre s'obtient. M me C.-H. Couve vient de\nconquérir l'une en gardant l'autre, thaumaturgie véritable ; car, suivant ce\nbeau mot marseillais : « Une femme qui publie est femme publique, un\nlivre c'est une faute ; entrer en littérature, c'est ce déclasser ». Nous\nconvions respectueusement Mme Couve, à la publication de ses Impressions\nd'ennui provincial, qui la classeront parmi les Ackerman et les Swetchine,\ncomme le Salon de 1883 l'a mise au rang des beautés célèbres.\n\n                                                  JOSÉPHIN PÉLADAN.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                           — 271      —\n\n\n\n                                   MEMENTO\n   Découpé dans l'Hilart moderne :                    L'Anthologie-morbus !\n   « Il y a quelques jours, à Bruxelles, dans         On nous annonce la publication — sous\nun fort cordial et fort gai repas de noces,        la direction de notre collaborateur Albert\nnous avons vu mettre en pratique ce qu'on          de Nocée, et sous le titre d'Anthologie\nnous a assuré être une coutume hollandaise :       contemporains — d'une série de petits\nune amie de la mariée s'est levée à l'heure        volumes à fr. 0-12 (franco par la poste:\ndes toasts, et, en termes gracieux et char­        fr. 0-15) contenant les œuvres de nos meil­\nmants, lui a parlé comme une femme d'un            leurs écrivains.\nesprit délicat et élevé, ayant l'expérience du        Citons au hasard : MM. Catulle Mendès,\nmonde, peut le faire à une autre femme,            Jean Richepin, Jules Claretie, Georges\nqui commence la vie de famille. Les sages          Rodenbach, Léon Cladel, Léon Hennique,\nconseils, les recommandations tendres, les         Stéphane Mallarmé, Georges Eekhoud,\naperçus graves sur l'existence en ménage           Paul Combes, Albert Gérès,_ Edmond\nont été exprimés de la façon la plus péné­         Lepelletier, Paul Bourget, Gyp, Huysmans,\ntrante et la plus caressante. C'était de l'élo­    Ludovic Halévy, etc., etc., etc.\nquence féminine, nuancée, sentimentale et             Le premier numéro était signalé pour la\nvraiment intéressante. Il y a là, dans le          fin du mois de juillet 1887.\ndiscret domaine des fêtes familiales, deve­          Qu' c'est qu' ça GÉRÈS?\nnues si rares depuis que nous sommes                 Qu' c'est qu' ça PAUL COMBES?\ndevenus si sceptiques, un petit coin d'art à         Du Gilon alors?\ncultiver, vraiment inaperçu jusqu'ici, et où         Et Picard, on l'oublie? (Jaloux?)\nnos femmes pourraient certes briller, comme\ncelle dont nous parlons, si elles se gardent                           ***\nde tout pédantisme et de toute prétention à          Pranzini a enfin nommé l'homme brun\nautre chose que de laisser parler leur cœur        au chapeau boule qui a fait le coup de la\npar leurs lèvres. »                                rue Montaigne.\n  Mystère et amirauté.                               C'est Paul Wauwermans, avocat à la\n Mais gai tout de même. Ça, la polychro­           Cour d'appel de Bruxelles. Chimène, l'eus­\nmie et l'esthétisme, ô fête ! ô gloire ! ô joie!   ses-tu cru ?\n                                                                        ***\n                      ***\n                                                      Une perle tirée du compte-rendu de la\n  Confidence d'un honorable conseiller pro­\n                                                   séance du 22 juillet au Conseil provincial :\nvincial :\n                                                      M. Vinkenbosch préside. La première\n  I1 paraît que trois écrivains belges jouis­\n                                                   question à l'ordre du jour est la demande\nsent des faveurs du Conseil. Celui-ci attri­\n                                                   de subsides des directeurs du théâtre de la\nbue à M. Vande Sande 400 francs de prime\n                                                   Monnaie. Les conclusions du rapport de\nannuelle, à M. Emmanuel Hiel 200 et à\n                                                   M. Van Meenen sont défavorables.\nM. Hellebaut 100. (Ce dernier est l'auteur\n                                                      M. Lavergne fait remarquer que le Con­\ndu Dictionnaire des bourgmestres.)\n                                                   seil provincial subsidie des sociétés drama­\n  Ajoutons que cela nous est fort égal,\n                                                   tiques flamandes et le théâtre flamand dont\nmais il serait assez juste que le Conseil\n                                                   l'utilité artistique est moindre que celle du\nprovincial pensât un peu plus à Me Picard\n                                                   théâtre de la Monnaie.\net un peu moins à M. Hiel qui n'a pas\n                                                      M. Lepage estime que le théâtre de la\nbesoin de subsides, lui. Il est incontestable\n                                                   Monnaie peut être regardé comme une\nque Me Picard a plus de talent que M. Vande\n                                                   annexe du Conservatoire et à ce titre\nSande et que M. Hellebaut.\n                                                   mérite d'être subsidié.\n                      ***                             La demande de subsides est néanmoins\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                       — 272 —\n\nrejetée et le Conseil reprend l'examen des      Woeringen, la Bataille de Seneffe, la\narticles du budget.                             Bataille de Nieuport, etc.\n   Le théâtre de la Monnaie, annexe du             Il y avait, dans tout cela, un certain mou­\nConservatoire ????                              vement, une ardeur de jeunesse qui, à\n                                                cette époque de lutte, pouvait passer pour\n                      ***                       du talent.\n    M. A.-J. Wauters qui, depuis l'entreprise\nafricaine du roi des Belges, s'est continuel­      Depuis lors, on en est bien revenu, et\nlement dévoué à l'œuvre de civilisation dont    les « chefs-d'œuvre » de De Keyser sont\non célébrera bientôt le 10e anniversaire,       descendus au rang de toiles estimables,\npublie une carte de l'Etat indépendant du       d'une coloration fade et d'un dessin gra­\nCongo, dressée d'après les derniers rensei­     cieux; — aimables vignettes, simplement.\ngnements (échelle 1 : 6.600.000). Il y a           Depuis ses grands succès, De Keyser ne\njoint un résumé chronologique des princi­       cessa de produire des tableaux historiques\npaux faits de l'histoire de l'œuvre africaine   et des portraits, qui se recommandent tous\net ainsi complète un travail des plus com­      par la même absence d'accent et par la\nplets et des plus intéressants pour ceux qui    même facilité.\n s'intéressent aux choses du continent noir.       De Keyser était, d'ailleurs, un artiste\n                                                aimable, qui sut se faire aimer, alors même\n                      ***                       qu'on ne l'admirait guère. Il resta pendant\n  Reçu une très gracieuse Idylle pour           vingt-quatre ans directeur de l'Académie\npiano, par M. Zénon Etienne, publiée            d'Anvers. Il eut tous les honneurs, toutes\npar Hartmann. Recommandée aux jeunes            les décorations, et fut membre de toutes les\nrêveuses qui pianotent.                         Académies. Ce fut un homme heureux,\n                      A                         digne de respect et de sympathie, et qui ne\n                                                laissera que ce souvenir-là dans l'histoire\n   De M. Jules Gilson, notre collaborateur,\n                                                de l'art en Belgique.\nvient de paraître une comédie en un acte :\nDivorce manqué, agréable imbroglio qui\nfinit par une embrassade générale. La pièce        Les grandes chaleurs ont desséché les\nde M. Gilson est une scène de paravent que      plaines de La Wallonie. Les âpres vents\nnous recommandons aux amateurs. Un seul         qui mordent ont rempli de sable ses ruis­\nmot risqué, mais joli : Un avocat va recevoir   selets. Ses fleurs, aujourd'hui trop lourdes\nune cliente accorte et savoureuse :             pour leurs tiges, n'ont plus la force de lever\n                                                les yeux vers les splendeurs du Rêve et du\n                    L'AVOCAT.\n                                                Symbole.\n  Je l'attends...\n                                                   C'est pourquoi elle attendra le 15 août\n                LE STAGIAIRE.\n                                                pour offrir à ses lecteurs son bouquet men­\n   Pour compulser son dossier...\n                                                suel. D'ici là, une pluviale bénédiction ren­\n                      ***                       dra à ses guérets la vie séveuse et juvénile ;\n   Un des chefs du mouvement romantique         aussi, son bouquet sera double.\nen Belgique, Nicaise De Keyser, vient de           On y trouvera le vers Iilinl de F . Séve­\nmourir à Anvers.                                rin, la gerbe champêtre de Célestin Dem­\n   Il était né, en 1813, à Santyliet.           blon, la bruyère blanche d'Aug. Vierset, un\n   De Keyser eut son heure de gloire artis­     gardénia de Paul Reivax, une vieille pensée\ntique. A un certain moment, son nom fut         du XVIe siècle, retrouvée par P.-M. Olin,\ncélèbre, à l'égal de ceux de Gallait, de Wap­   une fleur sombre de M. Desombiaux, toute\npers, de De Biefve. On se rappelle encore       une collection d'étonnantes orchidées de\nle retentissement que produisit sa Bataille     Mockel, etc., enfin une ample bordure de\ndes Eperons d'or, exposée au Salon de 1836,     critique, cette fougère.\net qui lui valut la commande d'un grand            Le tout sera enveloppé dans une artis­\nnombre d'autres batailles, — la Bataille de     tique eau-forte.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                                 — 273 —\n\n                                                     était extrêmement intéressant, il ne reste\n  Bazoef, à la Casserole,    c o n t i n u e à se\n                                                     pas une œuvre? Certes, à relire ses leçons,\npayer u n e tranche de parodie :\n                                                     à parcourir ses travaux, qui sont nombreux,\n                                                     on trouve cent endroits, où l'art de bien\n       AIR DE P E T I T E         FLUTE.             dire vous frappe ou vous séduit. Mais la\n                                                     tentative de M. Caro de mettre d'accord la\n     Tout au bout du pont du steamer,\n     Dans un abandonnement veule,\n                                                     raison philosophique avec la foi chrétienne,\n     J'ai la nausée et je dég   :                    paraît ne pas être une œuvre de notre\n     Dieu ! qu'on souffre du mal de mer !            temps. Le divorce semble accompli entre\n     Près de moi, dans des poses vagues,             la critique et la croyance, mariées jadis (un\n     Ceux que torture ce bourreau                    peu de force) par la grande voix de Bossuet\n     Mettent le cœur sur le carreau :                et raccommodées un instant par la grâce\n     Loin, bien loin l'emportent les vagues.         ineffable de Fénélon. Le cours de M. Caro\n     Seigneur ! que je suis abattu!\n                                                     sans son auditoire féminin était un non-\n     Avec mes intestins je lutte... :\n     Hélas ! si jeune être f.... !                   sens. C'est à nous, à nous surtout et pres­\n     Pourquoi donc n'ai-je pas dit : flûte!          que à nous seules qu'il devait parler, car il\n     Je ne quitte pas le plancher,                    excellait non pas à convaincre, mais à mon­\n     O regretté plancher des vaches,                  trer les joies, souvent utiles, toujours pro­\n     Où me retenaient tant d'attaches                 fondes, qu'on peut trouver à être convaincu.\n     Et dont j'eus tort de m'arracher.\n                                                      Il montrait Dieu plus qu'il ne le démontrait.\n      Je ne vogue pas sur les ondes :                 Son spiritualisme, en dernier ressort, n'était\n      C'est bon pour les petits poissons !\n                                                     guère qu'une espérance ; mais il savait la\n      Si je leur chantais des chansons,\n      Danseraient-ils, d'ailleurs, des rondes.        faire aimer et il donnait moins la foi que\n      Non, non, la mer, c'est pas mon lot !           l'envie de croire. »\n       Si l'on ne veut pas que j'en meure,\n      Qu'il se hâte le paquebot :                                                   ***\n      Il sera trop tard dans une heure ?\n                                                        L'éditeur L e m e r r e p u b l i e u n petit v o l u m e\n                         ***                         d e v e r s : Rêves et chimères, de M. G e o r g e s\n   M. Caro, le philosophe mondain, est               Bal.\nmort le mois dernier à Paris. Nous trou­                S'y p r é l a s s e u n s o n n e t q u e voici :\nvons sur lui, dans Gil Blas, de fines                Mon cœur se désespère et mon âme soupire\nremarques de Colombine (H. Fouquier) :               Au douloureux secret d'un éternel amour.\n   « ... Les hommes ont détesté M. Caro              Hélas ! je dois le taire à celle qui l'inspire.\n                                                     Hais je ne puis cesser d'y penser un seul jour.\ncomme beaucoup de maris détestent le\n                                                     Ignorant si je dois l'aimer ou la maudire,\ndirecteur de conscience que consulte la plus\n                                                     Je veux ou la revoir ou la fuir sans retour,\nfidèle des épouses. Ce prêtre laïque, à qui          Mais je voudrais mourir plutôt que de lui dire\non disait tout comme s'il eût porté la robe          Par quels affreux tourments j'ai passé tour à tour.\net qui répondait librement et honorable­             Je voudrais l'oublier et puis je me ravise,\nment sur tout parce qu'il ne la portait pas,         Je sens que pour toujours, ma vie, hélas ! est prise\na inquiété, agacé, irrité toute une généra­          Et j'irai jusqu'au bout en rêvant sur ses pas.\ntion de séducteurs de salon. M. Pailleron,           Si je laisse jamais ma douleur apparaître\n                                                     A ses yeux étonnés, elle rira peut-être\n fin comme l'ambre, a compris la chose ; et,          En me voyant souffrir et ne comprendra pas.\n de toutes ces vengeances sournoises et inas­\n souvies il a grossi le succès de sa caricature          D i t e s - d o n c , M . B a l ! et A r v e r s ? R e l i s e z -\n plus joyeuse que profonde.                           d o n c le s o n n e t d ' A r v e r s , M. Bal :\n\n    Pour moi, ce qui demeurera de M. Caro,                                  UN S E C R E T ,\n c'est le souvenir de ce rôle mondain, que\n j'ai essayé de dire. Rien de lui n'avait             Mon âme a son secret, ma vie a son mystère\n                                                      Un amour éternel en un moment conçu ;\n grande valeur sans lui-même. J'avoue même            Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,\n combien je crains de son enseignement, qui           Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                                 — 274 —\n\n Hélas! j'aurai passé près d'elle inaperçu,                  L'élève Begusseau. —Est-ce que tous les\n Toujours a ses côtés, et pourtant solitaire ;            poissons ont été faits le même jour?\n Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,\n N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.\n                                                             L'épicier. — Tous, depuis la baleine jus­\n Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,\n                                                          qu'à la sardine à l'huile. Ç'a été si vite que\n Elle suit son chemin, distraite et sans entendre         le soir il n'y avait plus d'arêtes. C'est alors\n Le murmure d'amour élevé sur ses pas.                    que le créateur se décida à faire les huîtres\n A l'austère devoir pieusement fidèle,                    et les moules.\n Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :            L'élève Gaudinard. — Et il n'a pas\n « Quelle est donc cette femme ?» et ne comprendra pas.\n                                                          éprouvé de fatigue?\n   Vous avez un joli toupet, M. Bal !                        L'épicier. — Pas la moindre. Il n'a été\n                                                          incommodé qu'un instant, quand il a fait\n                         ***                              les morues... à cause de l'odeur.\n    Le mystère de la création ; mise en scène\n                                                                       ***\n  nouvelle d'après les Coulisses, de Scholl, au\n Matin :                                             M. Decourcelles,   qui signa naguère le\n    Dernièrement, l'instituteur d'un village     Dictionnaire   du  Figaro  (les Formules du\n                                                  r\n de Saintonge, obligé de s'absenter pour un D Grégoire), publie sous le titre de Tur­\n mariage, pria l'épicier — son ami — de faire lutaines, un nouveau dictionnaire humou­\n la classe à sa place, ou, du moins, d'amuser ristique dont nous détachons quelques\n le tapis.                                       définitions :\n    — Mes enfants, dit l'épicier, nous allons       ALBUM : Mirliton relié.\n causer de la création du monde. Figurez-           APPÉTIT : Le commencement de la faim.\n vous que, dans ce temps-là, il n'y avait ni        BASSINOIRE : Un marchand d'antiquités\n maire, ni conseil municipal; il n'y avait disait un jour à Vivier :\n même rien du tout. C'est vous dire qu'on           — J'attends une pièce des plus curieuses :\n s'embêtait ferme. Dieu fit alors le soleil,    La dernière bassinoire de Louis XIV.\n puis l'eau et la terre. Après quoi il se mit       — M me de Maintenon ? s'écrie Vivier.\n carrément aux animaux.                             BŒUF : Un taureau qui a renoncé à plaire.\n    L'élève Begusseau, — Il a dû bien rire          CASTRAT : « Heureux les hommes qui\n quand il a fait les singes?                    n'ont pas d'histoire. »\n    L'épicier. — Il se tordait.                                             (Montesquieu)\n    L'élève Gaudinard. — Et qu'est-ce qu'il         CHEF-D'ŒUVRE : Un enfant qu'on ne baptise\n a fait après?                                  jamais qu'après la mort de son père.\n   L'épicier. — Après, il s'est mis aux perro­      COLLÈGE : Le paradis... plus tard.\n quets.                                             DÉCRÉPITUDE: Préserve-m'en, sainte Apo­\n   L'élève Begusseau. — Et comment s'y plexie !\nest-il pris?                                        ENCORE. — Héloïse : « Encore ! encore ! »\n   L'épicier. — Très simplement : il a en­                     Abeilard (d'une voix plain­\nvoyé chercher des plumes, des becs et des                      tive) :\npattes, et il a fait des perroquets.              — Je ne demanderais pas mieux!\n   L'élève Bergouillou. — Et les poissons.        Ajoutons que les Turlutaines sont loin\n   L'épicier. — Les poissons avaient été de valoir les Formules.\ncréés la veille; ainsi, même au moment de          Il y en a même d'un gâtisme extraordi­\nla création, il n'étaient pas très frais.       naire.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "   Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n       TAVERNE                              BRITISH\ntenue par V A L A D E et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n\nA\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                 6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA B O U R S E\n\n                       E T MONTAGNE DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et à'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LA TERRE, par EMILE ZOLA. Un numéro\n  2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "              POUR PARAITRE                         EN OCTOBRE\n\n\n\n                  PARNASSE\n                                         DE LA\n\n\n       JEUNE BELGIQUE\n             UN VOLUME IN-8° DE LUXE. 35o PAGES .\n\n                     E n s o u s c r i p t i o n : fr.- 7 - 5 0\n\n    Chez M me V e MONNOM, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n\n  N. B. Le volume sera tiré à 500 exemplaires, plus 20 sur beau papier\nde Hollande. Six de ceux-ci seulement sont mis en vente au prix de\n40 francs pour nos abonnés, de 50 francs pour le public.\n\n\n\n    L'ODIEUSE bière de Munich répugne aux palais délicats.\nLaissons les enfants au lord-maire et cette pâtée aux manants. Seuls les\nvins qui ont des teintes d'ambre brûlé, les liqueurs, douces comme des\ncaresses, nous sauveront du teutonisme bachique. Chez\n\n\n             COULOMB-ROBIETS\n                            19, Boulevard         du Nord\n\n  Dégustez-les, ces baisers fluides et troubleurs. Le vermouth de Turin s'y\ndonne dans le cristal léger; l'Algarve perfide et joyeux, tout ce qui a la\ncouleur et l'arôme...\n A près les avoir savourés, votre cerveau vous dictera des vers amoureux\n    et fous, votre cœur aura des effusions infinies et, loin du monde brutal,\nplongé dans une rêverie lente, vous serez heureux.\nVotre    bonheur, sans hideuse ivresse, allez le boire chez Coulomb-\n    Robiets, le Lillas Pastia des artistes !\n\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1887-08-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 280."}}