{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7 e ANNÉE. TOME VI, N° 10.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 194, "texte": "7 e ANNÉE.     TOME VI, N° 10.          PRIX : FR.             0-60.         12 OCTOBRE 1887.\n\n\n\n\n                                            LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "SOMMAIRE:\n  La mère de d'Jean                                              JEAN FUSCO.\n  Sonnets                                                        VALÈRE GILLE.\n  La Harpe abandonnée .            .                             LÉON MONTENAEKEN.\n  Airs de flûte                                                  SIEBEL.\n  Regard . . .                                                   CHARLES SLUYTS.\n  Chronique littéraire                                           M. W.\n  Chronique artistique                         ,     .   . ,      MAX WALLER.\n  Chronique théâtrale                                             M. 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Aurions voulu donner Retour triste, mais il y a ces vers :\n                                  Pourquoi, lorsque je t'ai revue\n                                  Soudain mes yeux ont eu des pleurs ?\n   II y a là un ils escamoté avec trop de désinvolture.\n   Puis ce vers :\n                                  Triste, ô triste pour en mourir\n qui est d'un français douteux, Au panier donc. Mais quel progrès ! Allez y gaiement, jeune\n Belgique !\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 316, "titre_corps": "La Mère de d’Jean", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Fusco", "ancre_debut": "LA MÈRE DE D JEAN", "ancre_fin": "JEAN FUSCO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 350, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "LA MÈRE DE D'JEAN\n                       (CROQUIS D'APRÈS NATURE).\n\n\n\n\n                                  Elle s'appelait Irma.\n                                     Enfantée en un «jour de débauche, sa\n                                  mère l'ayant jetée dans un coin quelconque\n                                  comme un paquet gênant dont on se débar­\n                                  rasse; celui qui était son père ne se doutant\n                                  certes pas de cette paternité; elle grandit\n                                  au hasard comme une plante sauvage dont\n                                  elle avait la vigueur et la grâce étrange.\n                                     On la recueillait de ci, de là — parfois,\n                   pas toujours.\n                     Elle dormait dans les granges, sur un peu de paille,\n                  ou dans des tas de foin, lorsque le valet de ferme la trou­\n                   vait jolie.\n                     Un jour ils se mirent à plusieurs pour lui faire boire\n                  du genièvre, et lorsqu'elle fut grise ils la jetèrent sur la\n                  grand'route. Elle avait treize ans.\n                     Vagabonde, elle fut conduite au dépôt de mendicité de\n                   Hoogstraeten et, lâchée dans la vie à vingt ans, sans un\n                  sou, sans protection, fainéante et vicieuse, elle roula dans\nles pires débauches.\n   Elle était belle réellement, comme une fille de race, avec sa taille si\nsouple et longue, son visage un peu olivâtre coupé de lèvres fleuries, ses\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "                                   — 304 —\n\nyeux noirs et sa chevelure bleutée. Lorsqu'elle riait, ses dents pointues\nsemblaient vouloir mordre et dans ses yeux passaient des lueurs fauves.\n    Elle était incapable de pitié ou de bonté si ce n'est à l'égard des enfants.\nLe fils tuant le père; la femme assassinant le mari aidé de l'amant; le frère\nviolant la sœur, étaient, à ses yeux, méfaits de peu d'importance, mais\nl'infanticide ! l'infanticide, seul, la jetait dans des colères terribles ; l'indi­\ngnation faisait frémir ses lèvres et mettait dans son regard une expression\nde folle ou de méchante bête traquée\n   Huit années elle mena cette misérable vie, lorsqu'un jour elle s'aperçut\nqu'elle était grosse. Ce fut une immense joie — car c'avait toujours été son\nsecret espoir, ce désir de maternité — et lorsqu'elle sentit le premier tres­\nsaillement de son « p'tit », qu'elle se sentit revivre dans ses entrailles, elle\neut horreur, dégoût, de ses débauches, voulant perdre jusqu'au souvenir de\ntoute cette boue dans laquelle elle avait vécu.\n   Elle possédait des économies, de quoi acheter une maisonnette et un\ncoin de terre à la campagne. Et puis elle travaillerait. Vite, elle quitta\nMarchiennes et ses visages trop connus, et, cherchant un refuge au village,\nchoisit le Tilleul à cause de sa situation hygiénique au milieu des bois et\ndes vergers, sur un plateau élevé — car elle tenait à ce que le p'tit vînt\nau monde dans un air vif et pur.\n\n                                        II\n\n   Quelques mois plus tard, Irma était installée dans sa maison, soignant\nses bêtes, cultivant son jardin, adorant son fils qui l'avait rajeunie, embellie,\nsanctifiée. La venue de ce petit être pur semblait avoir lavé la femme des\nsouillures anciennes : d'une fille, il avait fait une mère dévouée, aimante,\ncapable de ressentir la douceur infinie des joies de la maternité, — ivre de\nbonheur, heureuse à en pleurer,\n   Lorsqu'elle voyait son fils lui sourire, lui tendre les bras, ou se démener\ndans sa couche en découvrant ses petites jambes roses, elle mordait dans\nle berceau afin d'échapper à la tentation qui la tenait de planter ses dents\ndans cette chair satinée et ferme.\n   Puis, soudain, cette grande joie tombait. Le visage de la mère devenait\nsombre et de grosses larmes roulaient sur le nourrisson qui tétait tout en\npétrissant de ses menottes le robuste sein qui l'allaitait. C'est qu'elle\nsongeait que son fils n'avait pas de père; qu'il n'aurait pas de nom, sa mère\nelle-même n'en ayant pas ; qu'il souffrirait toute sa vie d'être le fils d'une\ngueuse et qu'elle n'y pourrait rien ! Que tout son amour, son abnégation et\nson dévouement n'y pourraient rien !...\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "                                  — 305 —\n\n   Oh! combien elle maudissait sa vie de débauche et celle qui, l'ayant\nenfantée, l'avait rejetée ainsi loin d'elle — pauvre petite épave sur les flots\nmouvants et traîtres de la vie.\n    Les larmes coulaient toujours en pluie chaude sur le front de l'enfant.\nEtonné, il lâchait le sein et regardait sa mère, la bouche entr'ouverte, une\ngoutte de lait sur ses lèvres de roses. Il souriait, montrant ses gencives\nblanches à cause de la dentition, souriait plus fort, puis, semblant renoncer\nà comprendre, se remettait goulument à boire à la source maternelle. Alors\nla douleur d'Irma se fondait dans un grand élan de tendresse, et serrant son\nfils dans ses bras, le couvrant de baisers fous :\n    — Oh! murmurait elle, oh! d'je vos voirai toudi si volti e'm bia p'tit\néfant! Toudi si volti, si volti!...\n    Elle espérait, par l'intensité de son amour, inspirer à son fils une si réelle\ntendresse, que jamais il ne songerait à lui reprocher sa naissance illé­\ngitime.\n    Cette affection tant désirée, d'Jean la ressentit pour sa mère. Ce fils de\ncoureuse devint un être absolument bon, honnête et vaillant. Physiquement\nil ressemblait à Irma, avec, en plus, une expression de douceur profonde.\n    Au milieu de son bonheur, Irma était en proie à de cruels accès de mélan­\ncolie. Son fils l'aimait, petit enfant, et elle sentait bien que, grand, elle\n aurait son cœur aussi. Mais il souffrirait plus tard. On ricanerait en lui\n parlant de sa mère, et ce serait — accolé à des épithètes ordurières — qu'on\n prononcerait son nom devant d'Jean, devant son fils! Et quand il serait\nun homme, qu'il voudrait se marier — oh! avec une honnête fille, elle y\ntenait — ne serait-il pas repoussé, lui le bâtard, lui le maudit... lui le\n pauvre cher garçon innocent de tout crime, flétri avant de naître ?\n    Et elle se remettait à chercher le nom de ce père, à le chercher avec\n rage, avec furie, avec désespoir, et cela le jour, la nuit, se meurtrissant les\n chairs, pleurant, priant, le cerveau traversé des lueurs de la folie.\n    Parfois, brûlée par la fièvre, elle se levait de sa couche, et, dans les ténè­\n bres, descendait en courant la pente des vergers, arrivait au cimetière, se\n promenait parmi les morts, entre les croix penchées, les fosses entr'ou­\n vertes, les pierres vermoulues. Elle promettait des messes à ceux de ces\n disparus brûlant en purgatoire ; la Vierge aurait une belle robe brodée, le\n petit Jésus une couronne à feuilles d'argent.\n     Elle fit des pèlerinages à Lobbes, à Thuin, un peu partout, brûlant des\n cierges, jetant des gros sous dans tous les troncs, implorant toujours le ciel\n qui semblait rester sourd à ses prières. Bientôt elle crut cependant qu'il\n s'était laissé toucher.\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "                                  — 306 —\n\n\n                                      III\n\n   Irma, depuis bientôt trois ans qu'elle habitait le Tilleul, vivait complè­\ntement retirée, ne se permettant même jamais les petites jaseries, entre\nvoisines, sur le pas de la porte. Sa maison était située un peu en recul du\n« Grand Chemin » en face du Bois du Prince. Le propriétaire de ce bois\npermet aux pauvres gens d'aller y ramasser les feuilles mortes, et la com­\nmune y a le droit de pâture.\n   Irma, aussi, menait sa vache brouter sous les grands arbres, suivie de\nson p'tit d'Jean. Elle s'asseyait au pied d'un chêne et tricotait; l'enfant\ncueillait des fleurs, des fraises ou des myrtilles, selon la saison ; la vache\npaissait tranquillement, reniflant dans l'herbe, agitant à chaque mouvement\nla clochette au ton fêlé qui pendait à son cou, battant de sa longue queue\nson flanc arrondi.\n   Un ouvrier mineur qui, depuis longtemps, avait remarqué Irma, la\nrencontra fréquemment au bois, qu'il traversait en revenant de sa besogne.\nUn jour il lui adressa la parole et fut fort mal reçu — les hommes mainte­\nnant lui faisaient horreur.\n   Se voyant repoussé, Charles lança le mot magique de mariage. Irma\ntressaillit, entrevoyant déjà la réhabilitation pour elle, et, pour son fils, un\nnom. Un nom! il aurait un nom son p'tit d'Jean. Mais avec la réflexion\ntomba sa folle joie, car ce nom, son fils ne pourrait le porter, à moins que...\n   Charles, semblant deviner les pensées qui l'agitaient, lui proposa de\nreconnaître l'enfant. Elle ne put, comme ça d'un coup, croire à tant de\nbonheur et elle restait muette, hébétée, un peu tremblante.\n   L'autre se méprit à ce silence :\n   — Vo n'volez nin ? interrogea-t-il ?\n   — Oï, cria-t-elle. le prenant à bras le corps, o'i d'je veux et bin volti !\n   Irma, trop confiante, accepta le « mariage des oiseaux » selon la jolie et\nexpressive locution du pays, et — deux années plus tard — la situation\nn'avait pas changé, Charles retardant toujours, pour des motifs futiles,\nl'époque du mariage.\n                                      IV\n\n   Charles avait pour ami un ancien lamineur, devenu chiffonnier et mar­\nchand de peaux de lapin. C'était un brave garçon, pas bien malin, travail­\nleur, ne fêtant guère la Saint-Lundi.\n   Lorsque Charles et Irma allaient à la ducasse, c'était lui, Joseph, qui\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                                 — 307 —\n\ntenait le p'tit d'Jean pendant la danse et, la fête terminée, rapportait dans\nses bras l'enfant endormi : c'était sa façon de faire la cour à Irma dont il\nétait fort épris.\n   Charles tomba gravement malade ; Irma et Joseph le soignèrent avec un\ndévouement de tous les instants. La maladie fut longue, plus longue encore\nla convalescence et, lorsque vint la guérison, les deux gardes-malades,\ntimides, s'embrouillant en des circonlocutions pénibles, avouèrent à\nCharles qu'ils s'aimaient et avaient l'intention de se marier. Ils redoutaient\nune colère terrible, des reproches, des menaces; il n'en fut rien. Charles\nleur confessa que, lui aussi, avait en vue depuis quelque temps déjà, une\njeune fille qui lui plaisait fort ; qu'il n'aurait jamais osé parler de cela à\nIrma lui ayant promis le mariage ; mais que, puisqu'ils avaient pris les\ndevants, il ne restait plus qu'à aller « bouaire eunne gotte » sur la bonne\nnouvelle.\n   Les bans furent publiés et les deux couples décidèrent de se marier le\nmême jour, afin de partager les frais du repas de noce.\n\n                                      V\n\n   Par une belle gelée, sous les rayons blancs d'un soleil hivernal, la noce\ndescendit, deux par deux, le petit sentier zigzaguant au travers des vergers.\n   Les pommiers tendaient leurs branches noires, et la gelée, qui, la nuit,\navait couvert d'un voile raide les longues bandes de prairies, fondait douce­\nment, laissant aux brins d'herbe des points scintillants et joyeux.\n   Irma, de la main gauche, conduisait le p'tit d'Jean qui bientôt aurait un\nnom, le pauvret ; de la droite elle serrait, avec conviction, un bouquet de\nfleurs d'oranger — bouquet absolument pareil à celui de l'autre fiancée,\ngrosse de six mois celle-là. Les femmes avaient remonté leur robe et leur\njupon blanc qui faisaient un gros bourrelet autour de leurs hanches : elles\nsemblaient de larges cloches mises en branle.\n   Les hommes — dont les redingotes étaient trop courtes de la taille et des\nmanches et étriquées de carrure; dont les pantalons, semblant taillés dans\ndu bois, faisaient de grands plis durs le long des cuisses — marchaient en\nécartant les jambes, l'air empesé et bête avec leur haute casquette de soie\npenchée sur l'oreille gauche.\n   Le mariage civil était accompli : le p'tit d'Jean avait un nom, et sa mère\ns'appelait Madame. Irma était heureuse à en avoir l'esprit troublé, disant\nm'homme à Charles, et Charles à Joseph, embrassant son fils à pleines\nlèvres, lui faisant répéter sans cesse « e'm papa ».\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "                                   — 308 —\n\n\n   La maison d'Irma étant la plus spacieuse, c'est chez elle que se fit la\nnoce — un Balthazar ! On y mangea de la soupe aux oignons, du lapin\ndomestique, des boudins noirs et de la tarte au sucre trempée dans du café.\n   Tout le repas fut plein de cordialité jusqu'aux tartes au sucre et au café,\ninclusivement, auxquels succéda la liqueur qui mit le feu aux poudres.\n   Les hommes s'animèrent. Les femmes se disputèrent. Marie traita Irma\nde « garce », et Irma lui répliqua par une gifle qui claqua comme un coup\nde fouet.\n   Alors les maris se rossèrent d'importance, jusqu'à ce que Charles se\nredressât la figure ruisselante de sang. — Joseph lui avait à moitié écrasé\nle nez et cela calma l'ardeur des combattants. Les femmes soignèrent\nCharles avec tendresse, l'une parce qu'il avait été son amant, l'autre parce\nqu'il était son mari.| Puis, l'émotion calmée, Joseph proposa une tournée\nde genièvre, afin d'effacer jusqu'au souvenir de ces regrettables vivacités.\n   La proposition fut acceptée. L'on se rendit au cabaret et, le soir venu,\nles deux couples et les convives se couchèrent ivres-morts. Jamais noce\nne fut mieux réussie.\n   — Qu'on d'â yeû du plaîgi! disaient-ils en s'éveillant le lendemain; nom\nde Diom qu'on d'â yeû du plaîgi; jamais !...\n\n\n                                       VI\n\n   Joseph n'eut pas à se repentir d'avoir pris Irma pour femme, car elle lui\nfut une compagne dévouée, fidèle et laborieuse. Lui, en route une grande\npartie de la journée avec sa charrette à trois chiens, rentrait le soir, exténué,\nramenant un monceau de vieux chiffons, une nuée de peaux de lapins, et\nparfois de vieux habits. Son commerce marchait.\n   La femme tenait bien la maison, soignait les bêtes et son jardin, entre­\ntenait les hardes du ménage, réservait à son mari un bon morceau à se\nmettre sous la dent lorsqu'il rentrait. Elle « voyait volti s'n'homme » parce\nqu'il aimait beaucoup le p'tit d'Jean qui le lui rendait bien.\n   C'était un si brave enfant que ce p'tit d'Jean. Quand approchait l'heure\nà laquelle rentrait son père, lui sortait afin de le voir venir de loin. Lorsqu'il\nl'apercevait, il courait à sa rencontre, et après l'avoir embrassé, se mettait\nà côté des chiens ; les conduisant, les excitant de sa pauvre petite voix,\nfaisant claquer sa langue ; rentrés à la maison, il dételait les bêtes, leur\ndonnait à boire et à manger, les menait au chenil, puis rejoignait ses parents\nauxquels il contait des histoires de mioche drôlet et qui faisaient toujours\nrire aux larmes Irma et Joseph.\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "                                  — 309 —\n\n   A quatorze ans il entra dans un charbonnage. Ce fut une douleur pour\nIrma, et longtemps elle s'était opposée à voir son fils descendre dans ces\nimmenses fosses noires où le grisou guette constamment, prêt à tuer ; où il\nfaut vivre dans une atmosphère lourde, loin de la lumière, presque supprimé\ndu nombre des vivants. Mais Joseph avait tenu bon. Il voulait que d'Jean\nprît un métier et puisque c'était celui-là que l'enfant choisissait il n'y avait\npas à hésiter.\n   Les sept premiers jours furent durs, à Irma, mais bien plus durs les sept\nnuits qui suivirent — certaines catégories de mineurs, comme les ouvriers\nd'usine, ayant alternativement une semaine de travail de nuit et de travail\nde jour. — Oui, les nuits furent cruelles pour la mère, lorsqu'elle sut, vide,\nla couche de son d'Jean. Elle ne se disait pas qu'entre ces murs noirs; sous\nces galeries basses, resserrées, où il faut ramper ; dans cette obscurité\nprofonde, ayant pour tout soleil la lumière de sa lampe, le mineur travaille\nindistinctement la nuit comme le jour. C'est ce que Joseph et d'Jean lui-même\ns'efforçaient de lui faire comprendre, ce qu'elle comprenait évidemment,\nmais son cœur maternel ne pouvait que souffrir, il ne raisonnait pas. Elle\nadorait son fils, et lui l'aimait tant. Il sentait sa mère — s'mâmme — si\npleine de profonde tendresse pour lui, de dévouement, d'admiration. Elle,\nétait si fière de son fils, de sa bonté, de son courage, de sa beauté.\n   — Oh d'Jean, disait-elle, lorsqu'elle le voyait décrassé du poussier de\ncharbon qui lui collait à la peau, qué bia gârçon vo s'ti tod' mînme!\n\n\n                                      VII\n\n   Et toujours le ménage était heureux; les affaires prospéraient; les discus­\nsions étaient rares ; les gifles plus rares encore.\n   D'Jean allait sur ses vingt ans. C'était un garçon superbe, aimé de tous,\ncité comme exemple. Les filles en raffolaient. Les mères jalousaient Irma,\net elle, devant ce bonheur trop complet pour être durable, était prise de\npeur. Son mari et son fils riaient de ses noirs pressentiments, mais ne\nparvenaient pas à les chasser loin d'elle.\n   C'était au mois de décembre. Trois heures après midi.\n   Irma se trouvait dans le petit fournil attenant à sa cuisine, et, avec une\ngrande barre de fer elle attisait le feu du four à cuire le pain. La farine\nqu'elle était allée chercher au village et que, selon la coutume des paysannes\nelle avait portée en un sac sur sa tête et ses épaules, l'avait couverte d'une\npoussière blanche et grasse — ses cheveux noirs en étaient imprégnés, et\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "                                   — 310 —\n\n  aussi sa jaquette de laine grise et son tablier bleu. Ses bras et ses mains\n  étaient mal essuyés de la pâte onctueuse qu'elle avait pétrie.\n     La porte extérieure faisant face à la porte du fournil, s'ouvrit, et sur le\n  seuil parut une femme couverte de neige. Elle était essoufflée d'avoir couru\n  et dans ses yeux luisait une épouvante.\n     — D'Jean ! cria Irma.\n     — Oï.\n     Immobiles, elles se turent. Irma, blanche de farine, éclairée par la flamme\n vive du four ; l'autre, blanche de neige, dans laquelle un soleil d'hiver,\n l'éclairant de côté, jetait une pluie de petits brillants. Mais la torpeur qui\n avait paralysé Irma fut courte. Vieillie, la voix changée, pliée en deux\n comme si un coup de massue lui avait cassé les reins, elle gémit :\n    — A'll fosse?\n    — Oï.\n    — A'll fosse!...\n     D'un bond elle se redressa, et l'œil injecté, le regard fou :\n    — Mourt?\n    — On n' sait nin...\n     Irma poussa la femme dehors et elles se mirent à courir.\n    Depuis deux jours il neigeait. Un irradiant soleil courait joyeusement\n sur les champs. La neige qui les recouvrait était bosselée par les inégalités\n du terrain et trouée de ci de là par quelques branches sortant drues. Le\n ciel était gris, coupé de nuages bleuâtres s'étendant en longues bandes\n minces et comme effilochées.\n    Les bois, avec leurs arbres majestueux drapés de neige, se déroulaient\n dans une immuable blancheur; seul, le sommet des hauts chênes apparais­\n sait noir, à côté des verts sapins qui, tout l'hiver, sourient dans le deuil de\nla nature.\n    Le charbonnage dans lequel travaillait d'Jean, était situé à Fontaine-\n l'Évêque, et la silhouette de la petite ville se profilait dans le lointain,\nvaguement encore. Il faut passer par Landelies pour y arriver, et c'est vers\n Landelies que couraient les deux femmes. Elles descendaient, glissant à\nchaque pas, la large descente menant vers la Sambre, sous un vent âpre,\npiquant, sous le grésil douloureux à la peau comme des coups de bistouri.\n    Arrivées à la Sambre, les ponts étaient levés.\n    Un énorme bateau, chargé de charbon recouvert de neige et se dirigeant\nvers la France, passait lentement, lentement, comme un cortège funèbre,\ncomme les funérailles d'une vierge qui dormirait sous le blanc drap mor­\ntuaire qu'aurait tissé pour elle la nature attristée.\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "                                  — 311 —\n\n   La compagne d'Irma voulait attendre que l'on tournât la passerelle, mais\nl'autre se révolta. Attendre, alors que peut-être se mourait son fils — son\nfils ! sa joie, son orgueil, sa vie.\n   — Astinte! fit-elle, éclatant d'un rire sauvage.\n   La Sambre canalisée est fort étroite en cet endroit, le bateau était dans\nl'écluse, Irma sauta sur le bateau, enjamba adroitement la cargaison mou­\nvante, les apparaux glissants, et aborda sur l'autre rive.\n   Là elle eut le bonheur de rencontrer un marchand de Landelies. Il était\ndans une petite charrette que tirait une bique efflanquée et se rendait au\ncharbonnage de Fontaine-l'Evêque, à l'endroit même vers lequel tendaient\ntoutes les forces vives d'Irma.\n   Le marchand lui permit de prendre place à ses côtés. Comme elle mon­\ntait près de lui, elle aperçut de loin sa compagne lui faisant des gestes déses­\npérés, suppliant qu'elle l'attendît... Elle était exténuée ayant déjà fait\nplusieurs lieues à pied. Pour toute réponse, Irma arracha le fouet des\nmains du conducteur et cingla d'un maître coup la pauvre bête, qui se\nmit à courir comme s'il avait mangé son saoûl : la mère de d'Jean ne\nvoulait pas perdre une seconde, ni ralentir, par une surcharge, l'allure du\ncheval.\n   — Astinte! murmura-t-elle encore.\n   Le chemin menant de Landelies à Fontaine-l'Evêque est fort accidenté.\nLes montées et les descentes se succédant presque sans interruption, allon­\ngent de beaucoup la route, éreintant rapidement les chevaux, aussi, les\ncharretiers prévoyants descendent-ils de leur charrette durant les montées.\nCes retards faisaient mourir Irma : on n'arriverait jamais...\n   Afin de gagner du temps, elle proposa à l'homme de pousser le véhicule,\nqu'ainsi le cheval, étant soulagé, cela irait mieux :\n   — Faites à vosse mode, répondit-il — quant à lui, il ne s'en souciait\nguère.\n   Irma donna de si vigoureuses poussées que le cheval prit le petit trot.\nAlors le charretier réclama : il n'avait pas envie de courir lui... il fallait\nralentir un peu...\n   — Rintrez d'in l' t'charrette, implora la triste martyre, d'je vos pousse­\nrai bin étou.\n   Il remonta.\n   Pendant tout le trajet Irma prodigua les coups de fouet pendant les des­\ncentes et les poussées durant les côtes. Quant au marchand, il se prélassait,\nles bras croisés, trouvant cet arrangement fort de son goût.\n   Enfin, ils arrivèrent à Fontaine-l'Evêque.\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "                                   — 3l2     —\n\n\n\n\n                                      VIII\n\n    Le charbonnage est situé tout près d'une chaussée plantée d'arbres.\n    De loin, Irma découvrit les groupes animés et les femmes s'abordant en\n faisant de grands gestes.\n    — D'Jean ! gémit-elle, sautant de la charrette et courant vers le charbon­\n nage.\n    Là se trouvaient quantité de femmes. Beaucoup criaient, levant les bras\n au ciel ou se couvrant la tête de leurs tabliers. D'autres étaient affaissées,\n accroupies, sanglotant ou silencieuses, les yeux rouges, fixes, regardant\n dans le vide.\n    Un coup de grisou — terrible — avait éclaté dans la mine, tuant ou\n blessant une cinquantaine de travailleurs, hommes, fillettes et gamins.\n    Depuis l'accident, trois fois le cuffat était remonté, chargé de corps\n immobiles effroyablement abîmés, et chaque fois avaient éclaté les cris et\n les sourds gémissements.\n    Une mère reconnaissant son fils criait :\n   — E'm garçon ! — et la malheureuse se jetait sur le corps, espérant le\n ranimer par ses caresses.\n    Plus loin c'était une femme retrouvant son mari ; une fiancée mise en\n présence du cadavre de son amant ; une sœur découvrant son jeune frère,\nle Benjamin — celui que les grandes sœurs « voyaient si volti ».\n    Comme Irma arrivait, le cuffat remontait encore. Elle se rua dessus,\nregardant, palpant chaque cadavre et bousculée par ces autres désespérées\nqui, elles aussi, voulaient voir.\n    Mais d'Jean n'y était pas.\n    Quand le cuffat redescendit, Irma s'élança, voulant aussi descendre, elle,\nprétendant qu'elle avait bien le droit « d'aller kaire e'ss garçon ». On la\nmenaça de l'enfermer, et alors, stoïquement, elle attendit.\n    Elle attendait encore lorsque vint le soir ; elle attendait encore, lorsqu'a-\nprès une nuit de surhumaines douleurs, vint l'aurore.\n   La neige tombait toujours.\n   Les silhouettes apparaissaient blanches et semblaient grandies sous les\nrayons de la lune entourée d'un halo aux teintes d'argent poli. Les falots\net les lanternes jetant sur tout ce monde consterné des lueurs éclatantes ou\ndouces, faisaient courir des ombres gigantesques, fantastiques, autour de\nces blanches apparitions.\n   Vers six heures — alors que se dessinaient vaguement dans le ciel les\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "                                  — 313 —\n\npremières lignes pâles annonçant le jour — on entendit, partant du puits,\nla voix du porion, criant :\n   — C'est les deux dérins.\n   — Mourts ?\n   — Oï!\n    Irma poussa un gémissement, — car jusque-là — et quoique les blessés\neussent été remontés les premiers — elle avait espéré que, peut-être, d'Jean\navait été oublié parmi les morts.\n    Le cuffat remonté, elle s'élança, un vague espoir subsistant encore dans\nle fond de son âme.\n    Des deux morts, l'un était une fillette blonde et mignonne et l'autre....\nl'autre était ce fils tant chéri, qui, en bégayant ses premiers mots, avait fait\nde sa mère une manière d'honnête femme.\n    Ce grand garçon, ce « bia d'Jean » dont elle était si fière, c'était donc\nça ? ça !... Ce pauvre mutilé dont l'explosion avait emporté les deux jambes ;\ndont les cheveux et les yeux étaient brûlés ; dont la chair calcinée par\nplaces, pendait saignante à d'autres... ça ?...\n    — Non ! cria la mère martyre ; c'n'est nin d'Jean !\n    D'Jean — ce débris d'homme qu'animait encore un souffle de vie — se\nréveilla à la caresse de la voix maternelle. Il tenta d'ouvrir ses pauvres yeux\nbrûlés et murmura dans un soupir :\n    — Mâmme...\n    — Oh m'fi !\n    — Mâmme...\n    — Oï d'Jean e'm petit ; oï m' n'éfant...\n    La mère était penchée sur ce fils, sa bouche près de sa bouche, ses yeux\nprès de ses yeux, croyant retenir par l'intensité de son amour, cette âme\nprès de s'envoler. Cela dura deux secondes à peine, puis dans un hoquet\nd'Jean murmura :\n    — A 'r vouair...\n    Il mourut.\n    Alors Irma prit dans ses bras ce qui restait de son fils. Sous un ciel gris,\nlourd comme une voûte de plomb — éclairée par les lueurs mourantes d'un\n falot — elle contempla longuement ce morceau d'homme, son enfant !...\n Mais ses forces l'abandonnèrent, et blanche, elle roula dans la blanche\nneige, serrant toujours dans ses bras cette masse noire et informe, calcinée\net saignante, qui résumait tout ce qu'elle avait aimé, et qui emportait son\ncœur et sa raison.\n    Lorsque Joseph arriva, Irma ne le reconnut pas, et le pauvre hère, si\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "                                    - 314 —\n\n heureux la veille, ramena chez lui une folle et un mort — sa femme et son\n fils.\n                                    VIII\n\n     La folie d'Irma était douce et très particulière. Elle pleurait parfois,\n  parfois riait, continuait à faire sa besogne, semblait avoir complètement\n  perdu le souvenir de l'événement terrible, et le nom de d'Jean ne fut plus\n  prononcé par elle, mais prise d'un grand besoin de parler, elle adressait de\n  longs discours à ses animaux.\n     Elle resta ainsi, inoffensive pendant quelques mois, insensible aux\n  injures que lui lançaient les ivrognes, aux pierres que lui jetaient les\n  gamins, aux paroles de pitié que murmuraient les femmes.\n    Joseph, la voyant si calme, espérait, attendant tout du temps.\n     Bientôt la crise éclata — violente. C'était au printemps.\n     La feuillaison avait été très hâtive, suivie de près par la floraison des\n arbres fruitiers.\n     La nature, en ce moment-là, avait un aspect étrange, très curieux. Dans\n les vergers, les pommiers étaient noirs, sans la moindre apparence de\n feuilles; les cerisiers étaient chargés de fleurs; les poiriers montraient, à\n côté de blancs pétales, de petites feuilles d'un vert tendre et velouté ; dans\n les prés, les pâquerettes, les anémones et les renoncules couraient, se\n dressant ou rampant ; les taillis déjà feuillus annonçaient le renouveau\n joyeux de la nature; l'alouette lançait vers les cieux sa joyeuse fanfare de\n bestiole heureuse, et dessus tout cela, il neigeait — le 20 avril.\n    Les gazons étaient recouverts de neige, par place, tandis qu'à d'autres\n se montrait l'herbe et toute la flore des prés ; la blancheur de la neige était\neffacée sur les cerisiers par celle des fleurs et semblait sale, comparée à l'éclat\n des pétales immaculés; sur les poiriers perçaient, entre ces deux blancs, les\nfeuilles naissantes se racornissant sous le froid et les troncs sombres de tous\nles autres arbres étaient coupés de longues stries blanches.\n    Irma, depuis quelques jours, semblait plus nerveuse, beaucoup plus irri­\ntable. Lorsqu'elle se leva, ce matin-là, et qu'elle aperçut la neige, elle eut\nun moment de stupeur. Elle sembla réfléchir profondément, puis, d'un ton\nlugubre, elle gémit :\n    — D'Jean! d'Jean !\n    En chemise, pieds nus, elle s'élança dans la campagne et disparut, alors\nque Joseph dormait encore.\n    Elle ne se rappelait que vaguement la mort de son fils, et pourtant elle\nen voulait à la neige, instinctivement, comme le taureau en veut au rouge.\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "                                  — 315 —\n\nPourquoi? Dans son cerveau, l'impression de la nature, toute blanche le\njour où son enfant mourut, s'était-elle imprimée d'une façon indélébile?\nPeut-être...\n    Voyant les arbres blancs, Irma se rua dessus, les secoua, faisant tomber\nsur ses cheveux, tout argentés maintenant, une pluie de pétales et de neige.\nElle criait, riait, sautait dans la neige, s'y roulait; puis, des souvenirs plus\nanciens se réveillant peu à peu dans son cerveau malade, elle redevint la\nfille d'autrefois, lançant des mots ignobles, se livrant à des gestes obscènes.\nElle gambadait par les prés, par les champs, demi-nue, enjambant les haies\nqui lui écorchaient les jambes, cognant aux pierres, échevelée, lugubre,\navec son rire incolore.\n    Elle courut tout le jour sans que Joseph, qui la cherchait partout, par­\nvint à la retrouver.\n    Vers le soir, il la découvrit, sanglante et couverte de boue, étendue dans\nun fossé : des ouvriers, en revenant de la fosse ou du laminoir — on ne\nconnut jamais les coupables — rencontrant demi-nue et « sotte » cette\nancienne gueuse d'Irma, la rouèrent de coups de canne, la jetèrent dans un\nfossé et lui labourèrent le dos de leurs gros souliers ferrés.\n    L'ayant ranimée, après beaucoup de peine, Joseph la ramena à la maison\net elle le suivit docilement.\n    La nuit et la matinée furent assez calmes, mais vers le milieu du jour se\ndéclara un accès de folie furieuse. La folle déchira les vêtements qu'elle\nportait sur elle. Lorsqu'elle fut complètement nue, elle empoigna ses robes,\nses jupes, ses bonnets, qu'elle lacéra, s'aidant de ses ongles et de ses dents,\nmêlant à ses cris sauvages des blaphèmes et des injures. Puis elle se tut, se\njeta à terre et pleura.\n    Joseph voulut profiter de ce moment d'accalmie pour tâcher de la vêtir\nun peu, mais de toutes ses hardes il ne restait que des lambeaux. Alors\nil lui passa un pantalon à lui et une vieille redingote qu'un jour il avait\nachetée avec des chiffons; elle se laissa faire.\n    Soudain une rage la prit, plus terrible encore que la première.\n    Elle bondit, semblable à une furie et se rua vers son lit. Elle arracha le\nmatelas qu'elle mit en pièces, faisant voler la laine par toute la chambre,\ndétruisit le bois de lit, arrachant les planches qu'elle jetait au hasard, et qui\nallaient tomber dans les coins, renversant, brisant tout.\n    Mais la patience de Joseph était épuisée et la brute se réveillait en lui.\nIl prit un couteau, courut sur Irma et cherchant à la saisir :\n    — Ah! canaille!\n    Il leva le bras.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "                                 — 316 —\n\n   Voyant le couteau, la folle eut peur. Elle voulut fuir, mais trouva la\nporte fermée, se jeta sur la fenêtre, passant ses mains, puis sa tête au tra­\nvers des carreaux, croyant sortir par là.\n   Joseph la saisit par les cheveux, la repoussa dans un coin — son dos\nmeurtri allant cogner le mur — et la menaçant du couteau, il cria :\n   — Si vos s'ti core méchante, attintion a'm coutia.\n   Irma ne bougeait plus.\n   Accroupie dans un coin, elle était hideuse avec son visage et ses mains\nensanglantés. La redingote ouverte mettait à découvert sa poitrine de\nvieille femme, cachée en partie par le flot de ses cheveux gris que le sang\nrougissait par places. Sa face pâle, tachée de rouge, semblait hébétée. Ses\ngrands yeux étaient sans regard, ses joues creuses, ses lèvres contractées\net baveuses ; un tremblement la secouait toute, des pieds à la tête.\n   Le médecin ayant ordonné le transfert immédiat dans une maison de\nsanté, Joseph aidé de Charles, l'ancien amant, conduisit Irma à Mons.\n   Elle y passa cinq mois et en revint guérie de sa folie furieuse, mais tou­\njours un peu « sotte », n'ayant guère de temps à vivre, une plaie cancéreuse\nau dos la rongeant lentement.\n   La raison lui revint — absolue — quelques jours avant sa mort. Elle se\nsouvint de tout, remercia Joseph qui l'avait soignée avec dévouement, et\n mourut en murmurant le nom de d'Jean, un sourire sur les lèvres et une\n joie dans les yeux, car elle allait le retrouver, son enfant bien-aimé.\n                                                         JEAN F U S C O .\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 318, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "SONNETS I PRÉLUDE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA HARPE ABANDONNEE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 363, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1619, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "SONNETS\n                               I\n                                PRÉLUDE\n         Des mots chantant dans les lumières, des vers\n         Lamelles d'or qui vibrent comme une grappe\n         De gemmes qu'un rayon éblouissant frappe;\n         Mais toujours enrichis de métaux pervers.\n\n          Un chant grèle la nuit, des accords couverts,\n          Toute la douceur rose d'un crépuscule\n          Vers des fonds mystiques couleur renoncule,\n          L'ingénue des lys, et des parfums divers.\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "                        -    317   -\n\n\n   Et la tristesse des choses anciennes\n   Et leur langueur, que des mains magiciennes\n   Les raniment en de modernes clartés!\n\n   Et cette musique dont nous nous éprîmes\n   En des harpes d'or sous des doigts attristés,\n   Qu'elle s'éveille au choc fulgurant des rimes!\n\n                             II\n           Beaux ongles de cornaline\n           Qui déchirâtes nos âmes,\n           Mais qui nous plûtes ! ô femmes\n           Inconstantes et félines\n\n           Au jeu d'amour! Vos câlines\n           Caresses que nous aimâmes,\n           Nous prirent, belles infâmes\n           A leurs douceurs agnelines!\n\n           O vouloir le bien doux piège\n           De vos cils d'or sur la neige!\n           S'y prendre un peu ! Lors, cruelles\n\n           Rieuses! Votre œil enjôle\n           Les cœurs qui battent des ailes...\n           Si peu s'y prendre à la geôle !\n\n                            III\n\nSi vague! à peine l'on devine une souffrance!\nLe vent d'une aile, un peu d'amour, un peu d'espoir,\nUn peu du passé, très peu de cette huile rance\nQui rallume le cœur qui se meurt dans le soir!\n\nEst-ce un regret de ne pouvoir dans les nuits sauves\nEncor! joindre tes mains d'enfant pleines d'oublis,\nDérouler de mes doigts tremblants tes cheveux fauves,\nEt contempler ton front qui pâlirait les lys!\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "                        — 318 —\n\nTes yeux, ô ces joyaux vibrants qui s'incrustèrent\nDans le passé! Ciels d'or où les clartés chantèrent !\nQuelque rayon secret les a-t-il réveillés?\n\nSais-je pourquoi les morts ont clamé leurs détresses?\nSais-je pourquoi les blancs nympheas, conseillers\nDes pleurs, ont refleuri le lac pur des tristesses?\n                                           VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 318, "page_fin": 319, "titre_corps": "La Harpe abandonnée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Montenaeken", "ancre_debut": "LA HARPE ABANDONNEE", "ancre_fin": "LÉON MONTENAEKEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AIRS DE FLUTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 365, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 405, "fin_caractere_exclue": 1203, "texte": "LA HARPE ABANDONNEE\n                                A MADAME MERCEDES W.    DE S.\n\n     Sur les reliques de la morte,\n     Pieusement, depuis le deuil,\n     De la chambre on a clos la porte\n     Et nul n'en passe plus le seuil.\n\n     Quelque chose de sa mémoire\n     Flotte à l'entour de chaque objet,\n     Et l'âme de ses doigts d'ivoire\n     Dort sur la harpe qui se tait.\n\n    Mais, l'hiver, par la cheminée,\n    Lorsque souffle le vent du soir,\n    Parfois la harpe abandonnée\n    Paraît encore s'émouvoir...\n\n    Ce n'est rien qu'un confus murmure,\n    Mais la maison qui se souvient\n    Prête l'oreille — et se figure\n    Que c'est la morte qui revient.\n\n   — Parfois ainsi, dans l'âme close,\n   Alors que l'amour est bien mort,\n   La harpe intime qui repose\n   Au hasard retrouve un accord.\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 211, "texte": "                 -   319   —\n\nMais ce mélodieux mensonge\nEst moins un son qu'un souvenir\nEt c'est le Regret seul qui songe\nQu'il entend l'Amour revenir.\n                               LÉON MONTENAEKEN.\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 320, "titre_corps": "Airs de flûte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "AIRS DE FLUTE", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REGARD", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 211, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "AIRS DE FLUTE\n                     XXIV\n          LA F L U T E DÉCADE\n\nMignonne allons voir si la rose\nQui s'ouvre sur son vert rosier\nA tous les soins du jardinier...\nMignonne, allons voir s'il l'arrose.\n\nQui, ce matin avait, déclose,\nSa rose robe de satin?\nC'est toi, mignonne, ce matin,\nOn voyait ta poitrine rose...\n\nSein ! ne rosis que pour moi seul,\nNe parle pas, je t'en supplie,\nVers moi seul darde ta folie,\nRose du nuptial linceul.\n\nNous nous aimons — la pluie au loin\nEst comme la pluie aux peintures\nEn travail, que gâte avec soin\nLe peintre âpre aux candidatures.\n\nMignonne, ouvrez votre corset\nPour celui qui sent votre crême\nD'iris, dire ici : « Je vous aime »\nMignonne ouvrez! Votre corps, c'est\n                                              22\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "                  — 320 —\n\n\n La joie et la tristesse énorme,\n La fatigue exquise d'avoir\n Eu, d'avoir encor, de devoir\n Avoir toujours... — C'est pour la forme!\n\nPour la forme, ô forme, te voir !\nJ'en ai fait une turlutaine\nTurlutaine, as-tu relu Taine ?\nÇa ne veut rien dire, tontaine !\n\nAvec des douceurs de mouton\nJ'ai soigneusement lu Verlaine\nEt Khnopff, j'en ai des points vers   l'aine...\nL'un ne veut rien dire, tonton !\n                                                  SIEBEL.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 320, "page_fin": 320, "titre_corps": "Regard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Sluyts", "ancre_debut": "REGARD", "ancre_fin": "CHARLES SLUYTS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 367, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 504, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "REGARD\n   Oh ! je te tiendrai frémissante\n   Sous l'éclat sombre de mes yeux,\n   Et comme une fièvre puissante\n   Et ses frissons  délicieux,\n\n    Ta chère ivresse sera telle\n   Qu'un sommeil encor palpitant.\n   Où se perdrait quoique immortelle\n   L'image des douleurs d'antan.\n\n  Et là, sous l'image ravie,\n  A jamais heureux, à jamais\n  Te sentant vivre de ma vie,\n  Moi, de la tienne désormais.\n\n   Te prodiguer l'ardente flamme,\n  Et descendre, silencieux,\n  Avec les yeux bleus de mon âme\n  Jusqu'au fond de ses sombres yeux !\n                             CHARLES SLUYTS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 322, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Parnasse de la Jeune Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "M. 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Un des anthologistes officiels nous\nfait remarquer que le mot n'est pas neuf; il date, en effet, de Neptune et\nde la nymphe Cléodore, avant de dater de Catulle Mendès, de même\nqu'anthologie date de cent ans avant Jésus-Christ, époque à laquelle\nMéléagre, le premier anthologiste (sous Démétrius II), ne pensait ni à\nM. Lemonnier, ni à M. Rodenbach, ni même à M. Picard. Comme\ndécouverte, Parnasse vaut donc Anthologie.\n   Comme oeuvre, — on verra.\n   Notre Parnasse compte dix-huit poètes : MM. Emile Van Arenbergh,\nPaul Berlier, André Fontainas, Georges Garnir, Iwan Gilkin, Valère Gille,\nOctave Gillion, Albert Giraud, Théodore Hannon, Paul Lamber, Charles\nVan Lerberghe, Grégoire Le Roy, Maurice Maeterlinck, Léon Montenae­\nken, Fernand Severin, Lucien Solvay, Hélène Swarth et Max Waller.\n   Ce sera notre exposition des XX, moins deux, — sans invités.\n   MM. Rodenbach, Verhaeren et Khnopff n'en sont pas. Les deux premiers\nont décliné pour des raisons qui ne relèvent que de leur conscience.\n   Nous regrettons M. Rodenbach et le poète des Flamandes ; leur défec­\ntion tient à des susceptibilités de personnes que nous ne jugeons pas. Quant\nà M. Khnopff, il est de ceux que, littérairement, l'on ne salue plus.\n   Nous eussions voulu reproduire quelques poèmes de M. Georges\nEekhoud, mais celui-ci, tout en restant bien fermement des nôtres, s'est\nménagé pour le livre de prose qui se fera quelque jour, et dans lequel il\npourra se montrer plus puissant et plus complet.\n   L'ordre alphabétique nous a paru le plus logique pour le classement des\npoètes ; quant à la place que chacun occupe, elle varie selon l'importance\ndes œuvres qui nous ont été confiées. En ce qui concerne l'orthographe de\ncertains mots, tels que rhythme, phthisique, qui selon la dernière édition\ndu dictionnaire de l'Académie française (1877) devraient s'orthographier\ndésormais rythme, phtisique, nous nous sommes néanmoins tenus à Littré\nqui, pour être moins récent, nous a paru plus logique au point de vue de\nl'étymologie (ῤυθμός, φθίω). L'esprit rude de ῤ indique rh, comme θ\nrequiert th.\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "                                   — 322 —\n\n\n     Le Parnasse de la Jeune Belgique formera un volume in-8° de plus de\n 300 pages; imprimé avec un soin spécial, des caractères neufs, des orne­\n ments inédits, par l'artiste chef d'atelier de la maison Monnom, M. Edouard\n De Winter; il sera tiré à 500 exemplaires sur un superbe papier vélin. Les\n tirages spéciaux se bornent à 25 exemplaires sur papier de Hollande authen­\n tique et 4 sur japon impérial, tous numérotés avec le nom de leur souscrip­\n teur. L'ouvrage étant exécuté par souscriptions libres, en dehors de notre\n service de presse, nous nous sommes décidés à ne pas distraire un seul\n exemplaire de la vente. Les poètes mêmes du Parnasse nous soutiendront\n de leur quote-part.\n    C'est, nous l'avons dit, l'éditeur Léon Vanier qui se fait à Paris l'éditeur\n du Parnasse. Avec Lemerre, qui semble ne plus avoir l'ardeur d'antan,\nVanier est le vrai éditeur de la jeune poésie. A lui sont Verlaine, Mallarmé,\n Jacques Madeleine, Vignier, Moréas; chez lui fut édité Laforgue; nous\nserons donc en bonne compagnie.\n    Un aimable journal nous dit que nous nous sommes essouflés pour\narriver bon premier. Bon premier sur qui? Sur l'anthologie officielle? Notre\nouvrage devait paraître il y a deux ans, avant qu'il fût question du projet\nde Moreau; nous donnons des vers; les IV donnent de la prose. Ce n'est\npas un steeple, ce semble, et autant vaudrait dire que nous avons défié à la\ncourse un monolithe surmonté de M. Kervyn, du brave Théodore Juste\net de l'excellent quoique feu père Grandgagnage.\n    Le même journal des IV ajoute : « Quant aux Quatre, ils regardent, non\nsans ébahissement et joie (1), et arriveront quand les autres auront fini. On\nleur prend le pain de la bouche. Mais la viande reste ».\n    Quel pain ? Quelle viande ? Quel est ce bafouillage de gens vexés ?\n    Oh! les petits, petits...\n                                                              M. 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A côté de productions super­\nficielles de l'art parisien, où excellent les Jean Béraud et les Gervex, celles\nde nos peintres s'étalent en toute gloire, Stobbaerts, Stevens, Artan, Ter\nLinden, Marie Collart, Alfred Verhaeren, Verheyden, Speeckaert, Frédéric,\n\n\n (1) Peuh!\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "                                  — 323 —\n\nBinjé, apportent triomphalement, qui sa force, qui sa grâce légère et\ndélicate.\n   En retard Verwée, Meunier et De Braekeleer.\n    Religieusement on s'arrête devant le Jardin de religieuses de Mme MARIE\nCOLLART; le printemps a neigé sur les arbres, le soleil se vaporise sur les\ngazons, et les cloîtrées, dans la paix du matin, étalent du linge sur\nl'herbe. Le silence circule avec l'air reposé; c'est la nature angélique­\nment vue, et rendue avec la couleur ambrée de ces maîtres anciens qui\nvoyaient les choses à travers une sorte de prisme monastique. Art solide et\ndurable qui n'a point failli depuis le jour où le peintre renonçant au monde,\nsa palette a pris le voile dans ce verger recueilli, dont elle connaît toute la\nlitanie des arbres et tous les psaumes du soleil.\n    M lle ALIX D'ANETHAN est jeune fille, comme Marie Collait est matrone.\nElève de Stevens, elle s'est assimilé les délicatesses de son maître, en les\nrelevant d'une pointe de dandysme anglais. Son Quatuor est exquis d'élé­\ngance puritaine. Ces misses, vêtues à la mode esthetic, de longs fourreaux\nclairs à peine garnis de bouillonnes, ont toute la retenue rieuse et sévère\nqu'elles affectent là-bas ; elles chantent un choral de Christmas, en songeant\nau Seigneur, holy Lord, et au petit cousin des horse-guards, qui les\nembrassera sous les branches pointues du mistletoe...\n    ALFRED STEVENS est toujours superbe, non point tant de vie et d'expres­\nsion, peut-être, que de prestigieuse couleur. Ses deux pastels sont des mer­\nveilles de virtuosité. Les étoffes y sont traitées avec une extraordinaire\nrichesse de tons et de reflets. Ces deux dames, belges dit-on, sont vues par\nun Parisien qui n'a pas tout à fait oublié qu'il habite parfois rue des Dra­\npiers, à Bruxelles... Dans ses Impressions sur la peinture, M. Stevens a\nformulé ceci : « La critique d'art a un penchant à plus s'occuper du côté\nlittéraire que de la partie technique. » Cela est vrai, mais point un\nmal. Après avoir constaté que M. Stevens est un ouvrier de première force,\ndémontrant que le pastel, cet instrument délicat, peut avoir toutes les\nperfections de la brosse, que la vitre qui le protège entre pour beaucoup\ndans l'éclat de ces deux portraits puisqu'elle y remplace un vernis de toile\nà l'huile — il ne nous déplait pas de remarquer (littérairement) que les\nétoffes y vivent plus que les figures et que celles-là écrasant celles-ci, les\ndeux portraits en question pourraient bien un jour n'être que les modèles,\nadmirables, de deux robes à la mode de 1887.\n    M. GERVEX n'est pas exposé à cette déchéance. Les masques ne suivent pas\nle courant des toilettes ; mais cela n'empêchera pas La femme au masque\nd'être et de rester toujours le plus scandaleux spécimen de la moderne pein­\nture canaille. Comme M. Chaplin, M. Gervex s'est livré dans ce tableau à un\n art de boudoir que l'on croyait fait uniquement pour M. Van Beers. Cette\n femme nue a des chairs anémiques, poudrées, sous lesquelles circule du lait\n d'iris — non du sang. C'est un affriolant déshabillage de maison de passe qui\n fera les délices d'un vieux garçon, aux jours de faiblesse... C'est la même\n femme que le docteur Péan opère un peu plus loin, en démontrant d'un air\n satisfait l'excellence de la pince à laquelle il a donné son nom et qui,\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": "                                  -   324   -\n\n\ncomme nous l'avons dit, se vend fr. 1-75 chez Collin, 6, rue de l'Ecole de\nMédecine. M. Gervex a oublié de noter ce détail dans son tableau-réclame.\nUn coin de drap qui tombe du lit d'opération était une place toute indi­\nquée; on eût pu même y ajouter les mérites divers des pastilles Géraudel.\n   On est heureux de quitter ces machines et de se reposer sur la magie des\nportraits qu'expose M. RIBOT, peintre superbe, sans personnalité. Du\nRibeira tout pur, admirablement transcrit. M. Ribot pourrait être le\nTrouillebert du maître espagnol. Mais quelle main ! Le père Bresteau a\nune tête extraordinaire de vie sombre et tragique, taillée, fouillée, couturée\nen pleine chair pourrie. Oubliez d'où cela procède et c'est de toute beauté.\n   M. JAN VERHAS est en sympathique progrès. Ses deux fillettes, Mar-\nguerite et Germaine dans la dune, sont gentiment campées dans le plein\nsoleil, rappelant un peu le « Carnation, lily, lily, rose » de John Sargent, vu\nau dernier Salon de Londres. M. Verhas n'a pas reculé devant les difficultés\nde la lumière crue, et l'œuvre, toute en note claire, n'est cependant pas aveu­\nglante. A ce jeu, le tableau devient facilement fanfare et il est peu com­\nmode d'éviter les vibrations des blancs et le papillotage des ensembles. Ceci\nest vraiment lumineux et frais. Dans cette gamme gaie sont, en valeurs\ndiverses, MM. CH.-S. PEARCE et RINGEL. La Sainte-Geneviève, du pre­\nmier, est de belle marque ; à coup sûr, les bleus éclatants de Bastien-Lepage\ny dominent, mais ils s'harmonisent avec l'atmosphère vraiment fluide du\ntableau ; quant à l'expression générale, celle de la sainte pastourelle et celle\ndu paysage, elle est d'une touchante candeur mystique qui pénètre et\nrepose. C'est la nature dans du rêve pieux, mais la nature néanmoins, et la\nnature modernisée par des fraîcheurs spéciales.\n   Telle n'est pas, à beaucoup près, celle que comprend M. LÉON FRÉ­\nDÉRIC. Les âges du paysan nous la montrent avec plus de réalité, mais\naussi plus de profondeur. Cette étonnante frise écrase tout ce qui l'entoure.\nM. Frédéric semble, malgré son âge, être arrivé à une maturité parfaite,\ntant est solide, tant est vigoureux son esprit de composition. Voilà une\nrangée considérable d'hommes, de femmes, d'enfants, campés au milieu\nd'un champ ; quelque chose comme un appel de farandole ; et, cependant,\ncela fait groupe; aucune figure ne s'isole... et quelle expression dans toute\ncette laide vérité ! Quelle poésie triste dans ces groupes de rustres, qui nais­\nsent, qui s'aiment, qui se recueillent ! Sur le tapis de gazon, où les fleu­\nrettes sont minutieusement traitées avec des scrupules à la Botticelli, ces\ngens ont une vie d'animalité pensante qui empoigne jusqu'aux fibres.\n M. Frédéric s'est dégagé de ses diverses paternités. Les tons Becs de ses\nMarchands de craie ont ici disparu, et sa palette n'a désormais tenu au\n pouce d'aucun peintre.\n    M. FANTIN-LATOUR est, lui aussi, de la famille des maîtres, mais quelle\n absence complète de couleur et quelle triste composition 1 Les portraits\n qu'il intitule Autour du piano sont monotones par la tonalité uniforme et\n terne de tous les plans. Et puis, ils posent désagréablement, depuis Cha­\n brier, ce petit homme vif, agité, bavard, que nous vîmes lors de Gwendo­\n Une et qui, aujourd'hui, semble avoir ôté ses nerfs avant d'entrer chez\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "                                   — 325- —\n\n\n Fantin, jusqu'au mal élevé wagnérien qui conserve son chapeau haut\nde forme. Autant nous aimions l'Etude, cette jeune fille pensive, à la tête\nfine, au geste reposé, qui figura au Salon de 1884, autant nous passons\nindifférent devant ce portrait qui n'est pas quelconque et cependant n'émeut\nni n'intéresse. Tournez-vous vers JAN STOBBAERTS, c'est une illumination.\n Marie Collart a les vergers, celui-ci les étables, mais les étables grasses et\nsuintantes de l'or des purins et du bronze des bouses. La paille dégoutte\nde berdouilles saines, de pissats chauds pour l'engrais. C'est une fête d'exu­\nbérances animales, de lourdeurs tièdes, et sur toute cette fermentation de\nbêtes et de choses coule un soleil fluide qui semble les macérer davantage.\n   M. HENRI DE BRAEKELEER avait aussi, lui, cet ambre des grands maî­\ntres ; il semble aujourd'hui l'avoir éteint dans la craie. La partie de cartes\nest loin de la banalité, mais paraît due à un art moins reposé que celui du\nJoueur de cor, bien connu. Il y a des morceaux d'une virtuosité un peu\nsuperficielle dans les étoffes, les tapis, les tentures. M. Stevens est un génial\ntailleur pour dames; M. de Braekeleer est bien près de devenir un merveil­\nleux tapissier décorateur, tant il écrase la vie par l'objet. Son tableau\nactuel est assurément une réjouissance des yeux, mais cela n'entre pas\njusqu'à ce bout du cerveau qui est, sans paradoxe, le cœur.\n   Combien plus a la faculté de nous émouvoir le maître LOUIS ARTAN !\nQuelle colère et quel tragique geste de vagues ! Mon atelier à la Panne est\nune des plus belles évocations qui soient, des tempêtes grondantes, du\nsinistre bouleversement des flots, de la convulsion des abîmes. Regardez à\ncôté de cela les perpétrations céramiques de M. Musin, quelle chute, regar­\ndez M. Claeys, quelle désolation! Un seul mariniste, M. LE MAYEUR, a\ndroit au respect, non loin d'Artan. Celui-là a compris autrement la mer,\nmais au moins a-t-elle une expression qui saisit et peut émouvoir. Nous\nsommes loin, heureusement, des fantaisies parisiennes de M. Béraud et de\nM. Gervex.\n   Il ne nous faut cependant pas être injuste pour les envois français.\nM. BOUY expose un portrait de femme d'une rare élégance discrète. C'est\njeune, gracieux, avec une jolie pointe d'espièglerie aux lèvres et une extrême\nsimplicité de pose. A noter encore une Madeleine, de M. PROUVÉ; le\nPortrait de M. Devillez, par M. CARRIÈRE; l'Été à Monaco, un peu\naveuglant, de M. LEROY SAINT-AUBERT, qui est, ne l'oublions pas, un\ntableau décoratif; l'Étude, de M. ROLL, et nous pouvons constater que\nParis n'est, en somme, pas mal représenté dans les bonnes choses comme\ndans les mauvaises.\n   M. TER LINDEN, avec tout son grand talent, n'est pas parfait. Nous\ngoûtons peu sa Charmeuse mal équilibrée et d'une élégance foraine. Le\nparquet uni semble, en la perspective, favoriser le glissement des objets, et\nn'était une certaine draperie traitée avec une délicatesse exquise, nous ne\nreconnaîtrions pas le peintre qui nous donna Après 93. Heureusement il\nprend plus loin sa revanche dans Le Parc, où nous le retrouvons tout entier\navec sa distinction et sa douceur intenses. Le parc, avec son eau calme\noù s'éparpille la verdure, est d'une intimité troublante. C'est un rêve\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3295, "texte": "                                 — 326 —\n\n seigneurial tel que l'évoquait De Knyff ou, pour remonter plus haut,\n Claude Gelée, et nous pouvons donner de toute notre admiration.\n    Il faut le constater avec joie, ce qu'on appelle les « grandes machines »\n est rare au Salon. Il y a bien de ci de là un panneau absorbé tout entier\n par de vastes toiles, mais heureusement on a placé ces monuments dans\nune salle étroite où le recul, insuffisant, empêche de les voir. C'est\n M. JACQUES DE LALAING qui en souffre. Son groupe de plâtre bronzé, où\n l'on démêle un monstrueux enlacement de reptiles et de fauves, est noyé\n dans une lumière verticale qui en mange toutes les arêtes et tous les\n contours. Il faudrait voir sur une place publique ce colossal chandelier,\n pour juger du mouvement du groupe, qui, de prime abord, semble\n fougueux et rude. Mais nous avons toujours quelque défiance vis-à-vis de\n M. de Lalaing. Son étonnante facilité à toute chose le porte au truquage,\n et de plus, toute sa hardiesse n'est en réalité que de l'Académie en école\n buissonnière. Ainsi le Portrait équestre, ainsi les Lutteurs, ainsi le Citas­\nseur primitif semblaient-ils indiquer un peintre destiné, comme M. Emile\n Wauters, à portraicturer LL. MM. le Roi et la Reine. Ces choses, point\n banales, même curieuses, avaient des perfections de « fort en thème » qui\njugulaient l'effort pétulant d'une jeune imagination. A vue de pays, le Mât\n électrique est oeuvre décorative et industrielle qui ornera heureusement\nquelque place publique. Des réductions pour lampadaires d'appartement\nauront une vogue méritée, et l'on peut excuser M. de Lalaing d'avoir mêlé\nquelque souci commercial à l'exécution d'une belle œuvre d'art. Il est clair\nque si la ville adopte ce compliqué support pour en faire la base du mât\nde la place des Nations, elle aura doublement fait preuve d'initiative\nlouable, d'abord en favorisant un art encore trop peu développé, en nous\ndélivrant ensuite d'une statue de Rogier qui est dans la catégorie doulou­\nreuse des événements inévitables.\n    Le groupe de M. de Lalaing a plusieurs repoussoirs dont je ne citerai\nque la Jeanne d'Arc de M. MATEJKO de Cracovie. Si nous en croyons\nM. Téodor de Wyzewa, le critique fumiste de la Revue indépendante, un\nPolonais du boulevard Montmartre, les tableaux de M. Matejko font force\nesthétique en leur pays. Quand Matejko expose, la Pologne est ivre de\njoie — ce qui la change. Mais nous n'étions nullement grisé en regardant la\nJeanne d'Arc et force nous est d'en être fort aise. Pensez donc, nous\nl'aurions vue double et elle est déjà kilométrique ! Un travail immense,\nune composition stupéfiante tant compliquée, pour aboutir à de la décora­\ntion de sous-Mackart trempée dans du jus de pipe. Cela n'a que le bénéfice\nde faire ressortir les tons crayeux du Chantier de M. ROLL et les invrai­\nsemblables bleus du cheval que monte Lady Godiva sous les auspices de\nM. FRANTZ VINCK.\n    Retournons au paysage et nous avons une bonne surprise devant le tout\nremarquable Soir de M. MARCETTE; sa recette... est triomphante; Maris a\neu de ces tragédies de nature; ce Soir a des obscurités criminelles du plus\némouvant effet; c'est là de profonde évocation et de superbe peinture;\nM. HAMESSE est plus décoloré, mais ses plaines, où miroitent des palettes\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "                                   — 327 —\n\nd'eau stagnante, ont conservé leur mélancolie bien connue, et son Coin\nd'étang a d'inattendues émotions. M. BINJÉ a la troisième note de cette\ngamme sensationnelle ; il voit plus fin ; on a dit que ses aquarelles sont des\ntableaux et ses tableaux des aquarelles; c'est inexact; l'aquarelliste domine\ntoujours, quel que soit le procédé. La silhouette d'arbres grêles dans la pluie\nfouettante, les ombres noyées dans le brouillard, les perspectives qui se\nperdent sans que l'on sache où les lignes se rejoignent, tout cela est traité avec\nune délicatesse spéciale, un peu mièvre, comme avec une pointe d'aiguille\natténuée d'estompe. A signaler encore dans le paysage M. COOSEMANS\net M. DENDUYTS, et nous voici parmi les fleurs de M lle GEORGETTE\nMEUNIER et les Roses trémières de M. OSCAR ANGENOT. Un triptyque\nde fleurs, non loin des éclatements harmonieux de M. Alfred Stevens, à\ndeux pas des draperies opulentes de M. de Braekeleer, était-ce une atten­\ntion ou une farce du jury de placement? M11e- Georgette Meunier n'en est\npas anéantie. Il nous souvient avec émotion du Souvenir de la mariée,\nde 1884, un rêve plus qu'un tableau. Tout ce blanc sur blanc avait la\ntransparence de quelque chose que l'on entrevoit et qu'on n'oserait toucher,\nde peur de le voir disparaître : une virginité diaphane sommeillait dans ce\ncoffret, dans tout cet épanchement de blandices abandonnées — comme\nun regret, ou dans l'attente — comme un espoir. Ici, même émotion virgi­\nnale. Cette Vie des fleurs eût pu s''appeler Souvenir de la jeune fille, tant\nalbe et chaste est cette éclosion de calices, ce doux jet de pistils. La légende\nporte :\n\n           Fleurs, filles du Midi, que le Nord a vu naître,\n           Quelle vie on vous fait sous ce verre étouffant ;\n           Un poêle pour soleil et ne jamais connaître\n           Ni les pleurs du matin ni les baisers du vent.\n           Aujourd'hui, chères fleurs, je viens vous rendre heureuses,\n           Je vous cueille pour elle, allez, courez, joyeuses,\n           Lui porter vos parfums et puis... et puis    mourez!...\n\n\n   Moins délicate est la main de M. Angenot, mais sa brosse cultive avec\nferveur aussi les fleurs épanouies de son rêve. Ses Roses trémières sont\nd'une parfumante fraîcheur et d'une extrême sincérité. Nous avons vu du\nmême peintre des portraits qui ne dénotent pas moins une nature dont\nl'avenir se préoccupera.\n   MM. ALFRED HUBERT et LÉON ABRY continuent leur vie militaire,\nfaisant tous deux la nique à M. VAN SEVERDONCK, de plaisant souvenir.\nLe Pansage de M. Abry, a les qualités du Gendarme de M. Hubert. C'est\nplus dessiné que peint, mais ce l'est de main experte, avec une vigueur peu\ncommune.\n   De FEU FRITZ RINGEL, une délicieuse Liseuse de romans — rien de\nWiertz — toute en note lumineuse, mais transcrite avec une légèreté de\npastel, surtout dans le clavier des bleus tendres.\n   De M. NICOLAS (ah! ah! ah!) VAN DEN EEDEN, surnommé « le petit\nvicaire », la Criée aux halles de Bruxelles, une affreuse toile, d'un ton\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3293, "texte": "                                  — 328 —\n\n canaille, où se prélassent toutes les vulgarités qui forment le fond du\n talent de ce rapin. M. Van den Eeden, qui a jadis commis un Charles\n Rogier en putréfaction, n'est, certes, pas malhabile; sans être artiste, il\n possède son métier et nous devons rendre hommage à ses grandes\n qualités de composition, mais malgré cela, rien ne peut l'empêcher de\n produire des choses extraordinairement laides et parfaitement communes.\n Quelle joie de se détourner et de trouver, non loin de là, la superbe Cène,\n de FRITZ VON U H D E Depuis l'exquise Ecole des Tambours, depuis la\n Grande sœur, que nous admirâmes en 1885 au Salon des XX, nous\n n'avions plus rien vu du grand peintre bavarois. La Cène nous renouvelle\n toutes nos impressions ; un peu terne, c'est calme, d'une sérénité évangé­\n lique sur laquelle plane la tristesse des trahisons prochaines; point d'apôtres\n de la légende à ces frugales agapes, mais une réunion d'hommes humbles\n et craignant Dieu, autour d'un Christ humain qui les regarde avec amour\n et paix du cœur.\n    Le nom de M. JOSEPH DIERICKX, tout rapprochement à part, nous con­\n tinue le poème chrétien avec la Résurrection de Lazare. Le jeune artiste\n n'est pas à son début et voilà longtemps déjà qu'il exposait à l'Essor une\n ravissante figure nue, dont nous eûmes l'occasion de faire l'éloge. Ici la\n visée est plus complexe et l'œuvre plus importante. Le prix Godecharle a\n des exigences de dimensions ! Sujet académique, interprété de façon bien\n moderne; nous aimons peu la figure de Jésus, qui n'a pas, dans la lumière,\n une suffisante importance, mais le groupe des curieux est vraiment remar­\n quable et celui des fossoyeurs ne l'est pas moins; la buée qui enveloppe\nl'ensemble d'une atmosphère de tombe est peut-être un peu lourde, mais\nl'œuvre est bonne et sérieuse. Sérieuse est aussi la grande toile de\n M. CLUYSENAAR, Liberté, Egalité, Fraternité, qui nous mène cette fois\nau faîte du Calvaire. Œuvre symbolique. De la croix d'où le corps du Christ\na été détaché et gît sur le sol, s'envolent trois femmes nues. L'avouerons-\nnous, ce mélange de nu et d'évangélisme nous choque fort ; la pensée est\npeut-être fort congrue, mais est-ce l'imperfection des corps vulgaires de ces\nMarianne, est-ce le simple rapprochement, il passe certainement sur l'œuvre\n— non sans mérite — un souffle de vague obscénité qui répugne.\n    M. THÉODORE HANNON est sacrifié dans un coin à faux jour, avec son\n Ombrelle japonaise, portrait d'une jolie femme qui est la femme d'un joli\nportrait; ce madrigal suffira-t-il au joyeux Théo lorsque nous ajouterons\nque le paysage du fond est tout simplement exquis? Signalons encore — il\nnous faut abréger — l'Atelier de M. CHARLES MERTENS, les Mineurs,\nbien lourds cependant, de M. CONSTANTIN MEUNIER, les Moments de\npeine de M. NEUHUYS, les lourdes, mais solides scènes des frères OYENS,\nla Meuse de M. SPEECKAERT, le Retour de l'école de M. VAN GELDER,\nles Livres et parchemins et le Homard de M. ALFRED VERHAEREN, les\nsuperbes portraits de M. VERHEYDEN, la Digue de M. VERWÉE, les\nportraits excellents de M. HUBERT VOS, et passons rapidement à la sculp­\nture, où se font remarquer le San Giovannino connu de M. ACHILLE\nCHAINAYE, le groupe de M. DE RUDDER, l'adorable Allegretto, la déli-\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "                                  — 329 —\n\ncate Figure tombale, déjà admirés ailleurs, de M. JULIEN DILLENS, un\nremarquable Projet de médaille de M. FERNAND DUBOIS, un buste de\nM. LAGAE, un Ugolin de M. RODIN, des médailles étonnantes de\nM. ROTY, et saluons en sortant le groupe de M. GASPAR, l'Enlèvement,\ndébut de jeune maître.\n   Sauf ces quelques envois, la sculpture n'a pas belle mine au Salon. Les\nSylvains de M. DEVILLEZ font sourire comme chose saugrenue, bien que\nméritante, mais décidément la généralité des sculpteurs comprennent mal\nle nu ; ils ne retrouvent pas le secret antique de la calme force dans la grâce,\net leurs modelés sont ou d'une platitude molle ou d'un tourmenté qui pré­\ntend. Je voudrais voir nos artistes aborder carrément l'étude du vêtement\nmoderne sous lequel on peut palper la chair vive, considérer le veston, le\nmanteau, la tunique avec autant d'intérêt qu'ils étudient le pli d'un peplum\nou d'une toge, pénétrer enfin dans la vie d'aujourd'hui à l'aide de l'instru­\nment, ciseau ou brosse, qu'ils ont choisi, et qui savent tous deux donner,\nl'un le modelé par la couleur, l'autre la couleur par le modelé. Le nu ne\npeut émouvoir que par sa perfection ; il ne souffre pas la médiocrité, et, de\nplus, ne peut-on pas affirmer qu'il n'existe plus qu'idéalement. Notre race\npétrie et modifiée par le vêtement doit avoir perdu ses modèles d'autrefois,\net à moins de copier les antiques, nous n'arrivons plus qu'à du déshabillé\nhonteux. Ainsi ne soit-il point.\n                                                    MAX WALLER.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 329, "page_fin": 331, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. 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Début de M lle Storell,\njeune fille d'excellente famille qui a eu des revers ; la voix est comme la\nfamille. Et puis Mignon, et puis Robert, toi que je n'aime pas, et puis le\nChien du Jardinier oublié depuis 1870 et le Médecin malgré lui. Début\nde M. Rouyer, baryton honnête; et puis la Favorite, ô mon Fernand! et\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3689, "texte": "                                        — 330 —\n\n puis l'Africaine et enfin la triomphante et ensorcelante Walkyrie avec sa\n perfection d'interprétation, sa mise en scène merveilleuse et son succès qui\n ne finit point. Jusque-là, le théâtre tâtonnait; la presse, peu clémente,\n n'était pas pour donner du cœur aux chefs ; enfin revoici la vraie, l'incon­\ntestée, la complète victoire que l'on peut claironner à tous poumons.\n Chanteurs et orchestre mènent la campagne avec un ensemble tel, si sûre\net si enflammée est la main qui les dirige, que l'on se figure difficilement\n qu'oeuvre géniale puisse être plus génialement transportée à la scène (1). Le\npublic a accueilli de façons diverses la Walkyrie. Les protestations cessent\n et ceux mêmes que la musique wagnérienne n'étreint pas encore, éprouvent\ncette déception indéfinissable de trouver vide et sans ressort l'art qu'ils\n semblent regretter. « Je n'aime pas Wagner, mais depuis que je l'ai entendu,\nles autres me déplaisent ». Cet aveu de goût qui se cherche est significatif.\n Le répertoire courant ne peut plus satisfaire et les directeurs actuels en sont\nà préparer péniblement la fortune de leurs successeurs. Ce sera leur grand\nmérite et leur grand déboire. C'est à nous et au public de les dédommager\n et de leur donner courage.\n    Cette évolution n'existe pas moins dans la comédie, la féerie et l'opérette.\nLe Parc, donnant le Testament de César Girodot et Célimare le Bien\naimé, interprétés par une bonne troupe, affirme le besoin de neuf, n'en\nfût-il plus au monde. Sans doute, Labiche est un maître; certes, Célimare\nest une œuvre de première force, de bon comique et de vigoureuse obser­\nvation psychologique. C'est humain, pourtant c'est vieilli. On retourne à\nCélimare, on n'y reretourne point, et la pièce, pour être classique, l'est\ntrop ou ne l'est pas assez. Les Effrontés donnent encore.\n    Pour l'opérette, il faut à présent d'extraordinaires déploiements de mise\nen scène. Orphée aux Enfers eut l'heur de plaire encore grâce à des décors\n\n\n   (1) Voici, à ce propos, l'exquise énormité de M. Edmond Cattier à la Galette :\n   « Un conte à dormir debout, mis au théâtre avec une maladresse sereine; un premier\nacte de musique merveilleuse, qui a surtout le mérite d'arriver avant les deux autres; un\nsecond acte démesuré, où des morceaux splendides ne procurent cependant qu'une\nsensation de fatigue et de monotonie; la Chevauchée colossale, suivie d'interminables\nlongueurs, qui aboutissent à cette éblouissante page des Adieux de Wotan ; une orches­\ntration à laquelle on appliquera si l'on veut tous les adjectifs propres à exprimer l'admi­\nration, mais qui fatigue aussi à la fin, PAR SA PERFECTION MÊME, par une richesse trop\nsoutenue, — c'est l'histoire du pâté d'anguilles, qui était bien le meilleur des pâtés, mais\ndont on ne pouvait pourtant pas manger tous les jours ; le fameux système du leitmotif\nappliqué mathématiquement et montrant, à chaque instant, les ficelles du génie ; une\nmise en scène enfantine aboutissant à des effets ridicules, comme ce combat de tréteaux,\ndu second acte, ce spectacle de lanterne magique, du troisième et même cette fameuse\nscène du feu, qui ne donne pas d'autre illusion, si elle en donne, que celle d'un incendie\ndans un théâtre, et qui inquiète tout le monde, sans rien ajouter à l'effet descriptif de la\nmusique ; nous avons retrouvé tout cela dans cette Walküre qui doit à l'anémie musicale\ncontemporaine la grosse part de son succès. Il faut bien nous contenter de Wagner, EN\nATTENDANT MIEUX. »\n   Le « en attendant mieux » n'est-il pas un rêve?????\n  On dirait de la sculpture écrite sous la dictée du père Cattier? C'est gaga, c'est\ngaga, ah ! ah ! ah !\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "                                 — 331 —\n\nmerveilleux, de superbes costumes et une interprétation hors ligne qui\nnous font regretter des directeurs de la taille de M. Maurice Simon.\n L'Alhambra, de M. Oppenheim, a voulu reprendre ce bail de la vogue et\nne l'a pas fait sans succès avec Geneviève de Brabant ; la bouffonnerie\nd'Offenbach est bien montée en ses cadres neufs et ses décorations cha­\ntoyantes, tout est mis en jeu pour assurer le succès et le succès n'a point\nmanqué ; mais les yeux se sont détournés un instant vers le triste Alcazar\noù régna pendant quelques soirs la déconcertante et superbe Thérésa. La\nGlu, le Bon Gîte, l'Eté de la Saint-Martin, des romances d'orgue de\nBarbarie ont fait jaillir des larmes vraies, grâce à d'indéfinissables nuances\némotionnelles que seule la grande artiste sait trouver.\n   Et en somme, la saison s'annonce bien. Delaquerrière et Landouzy\nressuscitent le Barbier; les directeurs subissent la crise d'automne, mais il\nfaut avoir confiance — et nous espérons.                              M. W."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 334, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "l aimaient", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 379, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 131, "texte": "On nous annonce comme devant paraître"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 177, "fin_caractere_exclue": 214, "texte": "en novembre, une nouvelle publication"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 265, "fin_caractere_exclue": 305, "texte": "d'art : La Revue musicale et dramatique,"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 354, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "bi-mensuelle. 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LÉON HENNIQUE : Les funé-"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 789, "fin_caractere_exclue": 820, "texte": "railles de Francine    Cloarec."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 922, "texte": "1re série, 4. — GEORGES EEKHOUD : Ker-"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "messes (Le pèlerinage de Dieghem)."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1064, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "Chaque fascicule, composé de 16 pages,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1154, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "avec couverture, convenablement imprimé"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "par Gilon le Verviétois, veau trois sous."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1470, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "Mercredi a eu lieu au foyer du théâtre"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "Molière, la première lecture par M. Armand"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1735, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "Silvestre de son drame inédit en 4 actes,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1828, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "La Tesi. M. Alhaiza, qui rouvrira les"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "portes de son théâtre le 15 octobre avec"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2007, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "Andréa, la comédie de Sardou, compte"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2095, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "donner immédiatement après La Tesi dont"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2182, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "la lecture a fait excellent effet. Nous n'en"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2267, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "déflorerons pas le sujet. Disons seulement"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2356, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "qu'il est traité non par le gaulois de Gil"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2447, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Blas, mais par le poète du Pays des roses"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2536, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "et du Chemin des étoiles."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2676, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "Ce brave Art moderne a décidément le"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2764, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "monopole des trouvailles. A propos d'un"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "article de M. Champsaur, il trouve que les"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2941, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "vers devraient être imprimés sans les"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3030, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "majuscules conventionnelles. Dans Dinah"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3120, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "Samuel qui parut en 1882, M. Champsaur"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3210, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "a, en effet, imprimé des vers (fort mauvais)"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3303, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "de cette façon, mais en 1879 paraissaient"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3392, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "Les rimes futiles, de M. Montenaeken,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3479, "fin_caractere_exclue": 3518, "texte": "devançant M. Champsaur dans sa peu heu­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3568, "fin_caractere_exclue": 3608, "texte": "reuse idée et l'Art moderne, dans sa peu"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3624, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "nouvelle découverte. Ousqu'elle est, l'igno­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3705, "fin_caractere_exclue": 3722, "texte": "rance imposante ?"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3863, "fin_caractere_exclue": 3901, "texte": "La réouverture des cours de l'Ecole de"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3991, "texte": "musique de Saint-Josse-ten-Noode-Schaer-"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4041, "fin_caractere_exclue": 4084, "texte": "beek, sous la direction de M. Henry W a r -"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4127, "fin_caractere_exclue": 4156, "texte": "nots, a eu lieu le 3 octobre."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4220, "fin_caractere_exclue": 4252, "texte": "Le programme d'enseignement com­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4306, "fin_caractere_exclue": 4346, "texte": "prend le solfège élémentaire, le solfège"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "approfondi, l'harmonie, le chant individuel"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 210, "texte": "et le chant d'ensemble."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 261, "fin_caractere_exclue": 290, "texte": "Tous les cours sont gratuits."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "L'inscription des élèves s'est faite à par­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 477, "texte": "tir du 3 octobre, dans les locaux de l'Ecole,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 525, "fin_caractere_exclue": 533, "texte": "savoir :"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "Pour les jeunes filles, le jeudi après-midi"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 675, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "et le dimanche matin, rue Royale Sainte-"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 763, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "Marie, 152, à Schaerbeek."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "Pour les jeunes garçons, le lundi, le mer­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "credi et le vendredi, à 6 heures du soir, rue"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1022, "fin_caractere_exclue": 1061, "texte": "Traversière. 11, Saint-Josse-ten-NooJe."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1112, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "Pour les adultes (hommes), le lundi et le"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1201, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "le jeudi, à 8 heures du soir, rue Traver­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "sière, n° 11."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1398, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "***                         M. Clovis de Melr publie sous le titre :"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1556, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "Art. artistes et critiques, une brochure très"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "intéressante où il semble admirer beaucoup"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1782, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "la Pestede Tournai et fort peu les réalistes."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1875, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "Tout l'ouvrage est à tendance morale, ce"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 1963, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "qui le détruit; il conclut : « A Zola oppo­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2054, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "sons donc un naturalisme vrai et propre,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2142, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "en un mot : L E NATURALISME CHRÉTIEN »."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2229, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "Voilà une grosse sottise, M. de Melr."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2314, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "Chrétien, païen, apache, mohican ou pata­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2403, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "gon, lArt c'est l'Art, et l'Art c'est beau,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2494, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "voilà tout. Ce n'est pas difficile à com­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2583, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "prendre, voyons !"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2723, "fin_caractere_exclue": 2763, "texte": "De M. Jules Gilson, une brochure aussi :"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2811, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "Bâtarde! L'histoire d'une fille qui a un"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2899, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "protecteur vieux et un protégé jeune très"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 2988, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "godiche; elle aime le second et trompe le"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3077, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "premier; elle file cependant avec le vieux"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3167, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "et lâche le jeune. Et un jour elle meurt à"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3257, "fin_caractere_exclue": 3302, "texte": "l'hôpital, ce qui est fort triste et tire les"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3350, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "larmes à M.Jules Gilson. Son jeune héros,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3439, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "désolé, en rate tous ses examens et, de"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3526, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "désespoir, se fait journaliste et chienne"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3615, "fin_caractere_exclue": 3623, "texte": "d'enfer."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3674, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "Et cela est très bien imprimé."}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3772, "fin_caractere_exclue": 3775, "texte": "***"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3798, "fin_caractere_exclue": 3860, "texte": "***                        Comme les fumeurs d'opium, les man­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3908, "fin_caractere_exclue": 3950, "texte": "geurs de haschisch ont un club dans Paris,"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 3998, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "au fond de l'île Saint-Louis. Un rédacteur"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4088, "fin_caractere_exclue": 4126, "texte": "du Paris, M. Georges Montorgueil, rap­"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4174, "fin_caractere_exclue": 4217, "texte": "porte une curieuse conversation qu'il a eue"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4265, "fin_caractere_exclue": 4305, "texte": "avec un membre de ce cercle, à propos de"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 4353, "fin_caractere_exclue": 4364, "texte": "Baudelaire."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "Comme j'exprimais le regret qu'un si"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "beau génie se fût éteint sous l'influence des"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 254, "texte": "stupéfiants :"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 334, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "— Baudelaire mort du haschisch, répéta"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "mon homme, légende. Il cessa d'en manger"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 509, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "le jour où il en connut les affres."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 601, "fin_caractere_exclue": 634, "texte": "— Les affres? Qu'est-ce que cela?"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "Mon haschischin roula des yeux étranges,"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "sa figure grimaça, apeurée, ses mains firent"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 876, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "de grands gestes poltrons, et, d'un air ter­"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 933, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "riblement mystérieux, il répéta :"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 999, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "— Oh! les affres... Bigre! les affres!..."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1094, "fin_caractere_exclue": 1134, "texte": "Il paraissait sous l'empire d'une vision"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1184, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "affolante, d'une émotion lointaine et per­"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1275, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "sistante; quelque chose de mystérieux était"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "entre lui et moi. Je le pressai de questions."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "« Voyons ! les affres, expliquez-moi ça ! »"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1555, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "Il éclata tout à coup..."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1646, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "— Je ne les ai eu qu'une fois... mais"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1732, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "chaque fois que je les ai... eues je me suis"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1826, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "couché..."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1923, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "Il mentait en me disant qu'il ne les avait"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "eues qu'une fois et se démentait. Sous"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2099, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "l'empire d'une préoccupation tenace, il"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2160, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "oubliait de déguiser son mensonge. Il"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2233, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "poursuivit :"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2339, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "— Ah! oui! c'est épouvantable... é-pou-"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2426, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "van-table. C'est la lutte avec la mort. On a"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2515, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "conscience que la carcasse craque, que l'on"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2587, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "est fini, rasé, que l'on tombe en deliquium..."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2635, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "L'intelligence subsiste ; on sait que cette"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2679, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "angoisse est le produit de la sacrée confi­"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2772, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "ture ... On se reproche d'en avoir pris... on"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2864, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "s'accuse... on s'injurie... l'esprit sermonne"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "furieusement la bête... on a le vertige. On"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 3042, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "combat contre on ne sait quoi, contre l'In­"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 149, "texte": "visible... un Invisible qui vous touche qui,"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 199, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "vous soufflette, qui vous broie, qui vous"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 290, "fin_caractere_exclue": 330, "texte": "roule... Autour de soi, c'est noir... un"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 380, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "océan d'encre, avec un horizon indéfini."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "Puis, vous savez, pas de peintre pour"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "peindre ça... Le Frisson n'a pas encore"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 647, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "trouvé son traducteur... Baudelaire, après"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "les affres, a juré de ne jamais plus toucher"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "de sa vie à la divine et abominable confi­"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 932, "texte": "ture..."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 985, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "— Et vous?"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1048, "fin_caractere_exclue": 1090, "texte": "— Moi... j'ai continué. Mais j'ai veillé à"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1140, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "ne pas me laisser endiguer, à rester maître"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1233, "fin_caractere_exclue": 1274, "texte": "de ma volonté. 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Je me place sous une influence et,"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "réveillé, jouissant de mes plénitudes, je"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "continue mon rêve, de minute en minute,"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1781, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "le reculant par delà les bornes de l'extrême"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 1875, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "possible, l'amplifiant, le magnifiant. 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Keymolen. Devant le juge"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 2913, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "d'instruction il a avoué se nommer Paul"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 3002, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "Wauwermans, avocat à la Cour d'appel de"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 3091, "fin_caractere_exclue": 3125, "texte": "Bruxelles (dangereux récidiviste)."}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 3129, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "      Au moment de mettre sous presse, on nous apprend la mort de Charles-Henry\n   De Tombeur, notre frère en lettres, qui nous est ravi à l'âge de vingt-trois ans.\n      Sans avoir jamais fait partie de la Jeune Belgique, De Tombeur était le cama­\n   rade et l'ami de la plupart des nôtres. Un instant il connut la lutte des Lettres,\n   lorsqu'il fonda et dirigea La Basoche. Il fit là de grands efforts avec une ténacité\n   rare et cette revue, grâce à lui, mérite d'être conservée et rappelée.\n      De Tombeur y écrivit beaucoup. Plume alerte et fine, — recherche du pitto­\n   resque et du mot rare — vraiment moderne et destinée à valoir un jour.\n      C'est une douloureuse mort que celle-là; nous en subissons tristement l'irrépa­\n   rable réalité, en envoyant à notre ami disparu le regret des nombreux qui\n   l'aimaient.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1887-10-12-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1887-001-006_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1887-001-006_f.pdf", "ocr_sha256": "0bc5512decbb160e86306f28bb794f4379ca1dbe5018548136b32c388ac43d89", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Aux amateurs de bières anglaises", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 382, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n      TAVERNE BRITISH\ntenue par V A L A D E et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n\nA\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de BIock's Universal Wine C0\n                6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA B O U R S E\n\n                       E T M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora .\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LE NOMMÉ PERREUX, par PAUL BONNE-\n  TAIN. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois 1 7 francs; en\n  vente partout.\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "         POUR       PARAITRE               EN NOVEMBRE                        :\n\n\nHORS DU SIÈCLE\n                                POÉSIES\n\n                                     PAR\n\n\n\n                      ALBERT             GIRAUD\nÉditeur : Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n\n\n\n   GENEVIÈVE DE BRABÀNT\n             GRAND SUCCÈS A L'ALHAMBRA\n\n\n\n\nASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                    ÉPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                      Baron J. de Warnimont                                                2 25\n                      Marquis Armand de St-Hubert                          . . . .         2 75\n                      ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                                 3 00\n                      Crême d'Ay               id.                                         3 50\n                      Bouzy extra              id.              Cuvée réservée.            4 50\n                      Bouzy Cristal            id.                                         5 00\n                                    0.50     e n p l u s p a r 2/2 b o u t e i l l e s\n\n                              EXPÉDITION        PAR PANIERS DE 25            BOUTEILLES\n\n                     Franco   de port,     droits   et emballage       dans toute la      Belgique\n\n    ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n\n         Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 348, "texte": "7 e ANNÉE.     TOME VI, N° 10.          PRIX : FR.             0-60.         12 OCTOBRE 1887.\n\n\n\n\n                                            LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE:\n  La mère de d'Jean                                              JEAN FUSCO.\n  Sonnets                                                        VALÈRE GILLE.\n  La Harpe abandonnée .            .                             LÉON MONTENAEKEN.\n  Airs de flûte                                                  SIEBEL.\n  Regard . . .                                                   CHARLES SLUYTS.\n  Chronique littéraire                                           M. W.\n  Chronique artistique                         ,     .   . ,      MAX WALLER.\n  Chronique théâtrale                                             M. W .\n  Memento                                                         ***\n\n\n\n\n                                       'BRUXELLES\n             ADMINISTRATION :                                    RÉDACTION :\n         26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                            80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                          PARIS\n                                 LÉON V A N I E R, ÉDITEUR\n                                     19, Quai Sàint-Micïiel\n\n\n                                           r 1887\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                               REYUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\nparaissant    le 1er de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe                 volinne\n                                  orné d'un frontispice.\n\n\n   Bruxelles : Administration,         26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet\n\n\nDirecteur       : MAX WALLER. — Administrateur                           : HUBERT VAN DIJK.\n\n                                       ABONNEMENTS :\n    Belgique.         .        7 francs par an. — Union postale.              .   fr. 8 - 5 0 .\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                       forfait.\n\n\n  La direction tient à rappeler aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle\nassume seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature\ndans la revue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n                  POUR                PARAITRE                      DEMAIN\n\n\n\n\n                          PARNASSE                DE LA\n\n\n\n         JEUNE BELGIQUE\n      Chez Léon V A N I E R , éditeur, 19, Quai St-Michel, P a r i s\n                 UN VOLUME IN-8° DE LUXE. 300 PAGES\n                                         PRIX : FR. 7 - 5 0\n                 me        e\n     Chez M               V M O N N O M , 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n\n  N. B. Le volume sera tiré à 500 exemplaires sur papier vélin, plus\n25 sur papier de Hollande. Six de ceux-ci seulement sont mis en vente\nau prix de 40 francs pour nos abonnés, de 50 francs pour le public.\n\n\n                                    BOITE AUX L E T T R E S\n   41. CHARLES DU ZAND, Anvers. Aurions voulu donner Retour triste, mais il y a ces vers :\n                                  Pourquoi, lorsque je t'ai revue\n                                  Soudain mes yeux ont eu des pleurs ?\n   II y a là un ils escamoté avec trop de désinvolture.\n   Puis ce vers :\n                                  Triste, ô triste pour en mourir\n qui est d'un français douteux, Au panier donc. Mais quel progrès ! Allez y gaiement, jeune\n Belgique !\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "               LA MÈRE DE D'JEAN\n                       (CROQUIS D'APRÈS NATURE).\n\n\n\n\n                                  Elle s'appelait Irma.\n                                     Enfantée en un «jour de débauche, sa\n                                  mère l'ayant jetée dans un coin quelconque\n                                  comme un paquet gênant dont on se débar­\n                                  rasse; celui qui était son père ne se doutant\n                                  certes pas de cette paternité; elle grandit\n                                  au hasard comme une plante sauvage dont\n                                  elle avait la vigueur et la grâce étrange.\n                                     On la recueillait de ci, de là — parfois,\n                   pas toujours.\n                     Elle dormait dans les granges, sur un peu de paille,\n                  ou dans des tas de foin, lorsque le valet de ferme la trou­\n                   vait jolie.\n                     Un jour ils se mirent à plusieurs pour lui faire boire\n                  du genièvre, et lorsqu'elle fut grise ils la jetèrent sur la\n                  grand'route. Elle avait treize ans.\n                     Vagabonde, elle fut conduite au dépôt de mendicité de\n                   Hoogstraeten et, lâchée dans la vie à vingt ans, sans un\n                  sou, sans protection, fainéante et vicieuse, elle roula dans\nles pires débauches.\n   Elle était belle réellement, comme une fille de race, avec sa taille si\nsouple et longue, son visage un peu olivâtre coupé de lèvres fleuries, ses\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                   — 304 —\n\nyeux noirs et sa chevelure bleutée. Lorsqu'elle riait, ses dents pointues\nsemblaient vouloir mordre et dans ses yeux passaient des lueurs fauves.\n    Elle était incapable de pitié ou de bonté si ce n'est à l'égard des enfants.\nLe fils tuant le père; la femme assassinant le mari aidé de l'amant; le frère\nviolant la sœur, étaient, à ses yeux, méfaits de peu d'importance, mais\nl'infanticide ! l'infanticide, seul, la jetait dans des colères terribles ; l'indi­\ngnation faisait frémir ses lèvres et mettait dans son regard une expression\nde folle ou de méchante bête traquée\n   Huit années elle mena cette misérable vie, lorsqu'un jour elle s'aperçut\nqu'elle était grosse. Ce fut une immense joie — car c'avait toujours été son\nsecret espoir, ce désir de maternité — et lorsqu'elle sentit le premier tres­\nsaillement de son « p'tit », qu'elle se sentit revivre dans ses entrailles, elle\neut horreur, dégoût, de ses débauches, voulant perdre jusqu'au souvenir de\ntoute cette boue dans laquelle elle avait vécu.\n   Elle possédait des économies, de quoi acheter une maisonnette et un\ncoin de terre à la campagne. Et puis elle travaillerait. Vite, elle quitta\nMarchiennes et ses visages trop connus, et, cherchant un refuge au village,\nchoisit le Tilleul à cause de sa situation hygiénique au milieu des bois et\ndes vergers, sur un plateau élevé — car elle tenait à ce que le p'tit vînt\nau monde dans un air vif et pur.\n\n                                        II\n\n   Quelques mois plus tard, Irma était installée dans sa maison, soignant\nses bêtes, cultivant son jardin, adorant son fils qui l'avait rajeunie, embellie,\nsanctifiée. La venue de ce petit être pur semblait avoir lavé la femme des\nsouillures anciennes : d'une fille, il avait fait une mère dévouée, aimante,\ncapable de ressentir la douceur infinie des joies de la maternité, — ivre de\nbonheur, heureuse à en pleurer,\n   Lorsqu'elle voyait son fils lui sourire, lui tendre les bras, ou se démener\ndans sa couche en découvrant ses petites jambes roses, elle mordait dans\nle berceau afin d'échapper à la tentation qui la tenait de planter ses dents\ndans cette chair satinée et ferme.\n   Puis, soudain, cette grande joie tombait. Le visage de la mère devenait\nsombre et de grosses larmes roulaient sur le nourrisson qui tétait tout en\npétrissant de ses menottes le robuste sein qui l'allaitait. C'est qu'elle\nsongeait que son fils n'avait pas de père; qu'il n'aurait pas de nom, sa mère\nelle-même n'en ayant pas ; qu'il souffrirait toute sa vie d'être le fils d'une\ngueuse et qu'elle n'y pourrait rien ! Que tout son amour, son abnégation et\nson dévouement n'y pourraient rien !...\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                                  — 305 —\n\n   Oh! combien elle maudissait sa vie de débauche et celle qui, l'ayant\nenfantée, l'avait rejetée ainsi loin d'elle — pauvre petite épave sur les flots\nmouvants et traîtres de la vie.\n    Les larmes coulaient toujours en pluie chaude sur le front de l'enfant.\nEtonné, il lâchait le sein et regardait sa mère, la bouche entr'ouverte, une\ngoutte de lait sur ses lèvres de roses. Il souriait, montrant ses gencives\nblanches à cause de la dentition, souriait plus fort, puis, semblant renoncer\nà comprendre, se remettait goulument à boire à la source maternelle. Alors\nla douleur d'Irma se fondait dans un grand élan de tendresse, et serrant son\nfils dans ses bras, le couvrant de baisers fous :\n    — Oh! murmurait elle, oh! d'je vos voirai toudi si volti e'm bia p'tit\néfant! Toudi si volti, si volti!...\n    Elle espérait, par l'intensité de son amour, inspirer à son fils une si réelle\ntendresse, que jamais il ne songerait à lui reprocher sa naissance illé­\ngitime.\n    Cette affection tant désirée, d'Jean la ressentit pour sa mère. Ce fils de\ncoureuse devint un être absolument bon, honnête et vaillant. Physiquement\nil ressemblait à Irma, avec, en plus, une expression de douceur profonde.\n    Au milieu de son bonheur, Irma était en proie à de cruels accès de mélan­\ncolie. Son fils l'aimait, petit enfant, et elle sentait bien que, grand, elle\n aurait son cœur aussi. Mais il souffrirait plus tard. On ricanerait en lui\n parlant de sa mère, et ce serait — accolé à des épithètes ordurières — qu'on\n prononcerait son nom devant d'Jean, devant son fils! Et quand il serait\nun homme, qu'il voudrait se marier — oh! avec une honnête fille, elle y\ntenait — ne serait-il pas repoussé, lui le bâtard, lui le maudit... lui le\n pauvre cher garçon innocent de tout crime, flétri avant de naître ?\n    Et elle se remettait à chercher le nom de ce père, à le chercher avec\n rage, avec furie, avec désespoir, et cela le jour, la nuit, se meurtrissant les\n chairs, pleurant, priant, le cerveau traversé des lueurs de la folie.\n    Parfois, brûlée par la fièvre, elle se levait de sa couche, et, dans les ténè­\n bres, descendait en courant la pente des vergers, arrivait au cimetière, se\n promenait parmi les morts, entre les croix penchées, les fosses entr'ou­\n vertes, les pierres vermoulues. Elle promettait des messes à ceux de ces\n disparus brûlant en purgatoire ; la Vierge aurait une belle robe brodée, le\n petit Jésus une couronne à feuilles d'argent.\n     Elle fit des pèlerinages à Lobbes, à Thuin, un peu partout, brûlant des\n cierges, jetant des gros sous dans tous les troncs, implorant toujours le ciel\n qui semblait rester sourd à ses prières. Bientôt elle crut cependant qu'il\n s'était laissé toucher.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                                  — 306 —\n\n\n                                      III\n\n   Irma, depuis bientôt trois ans qu'elle habitait le Tilleul, vivait complè­\ntement retirée, ne se permettant même jamais les petites jaseries, entre\nvoisines, sur le pas de la porte. Sa maison était située un peu en recul du\n« Grand Chemin » en face du Bois du Prince. Le propriétaire de ce bois\npermet aux pauvres gens d'aller y ramasser les feuilles mortes, et la com­\nmune y a le droit de pâture.\n   Irma, aussi, menait sa vache brouter sous les grands arbres, suivie de\nson p'tit d'Jean. Elle s'asseyait au pied d'un chêne et tricotait; l'enfant\ncueillait des fleurs, des fraises ou des myrtilles, selon la saison ; la vache\npaissait tranquillement, reniflant dans l'herbe, agitant à chaque mouvement\nla clochette au ton fêlé qui pendait à son cou, battant de sa longue queue\nson flanc arrondi.\n   Un ouvrier mineur qui, depuis longtemps, avait remarqué Irma, la\nrencontra fréquemment au bois, qu'il traversait en revenant de sa besogne.\nUn jour il lui adressa la parole et fut fort mal reçu — les hommes mainte­\nnant lui faisaient horreur.\n   Se voyant repoussé, Charles lança le mot magique de mariage. Irma\ntressaillit, entrevoyant déjà la réhabilitation pour elle, et, pour son fils, un\nnom. Un nom! il aurait un nom son p'tit d'Jean. Mais avec la réflexion\ntomba sa folle joie, car ce nom, son fils ne pourrait le porter, à moins que...\n   Charles, semblant deviner les pensées qui l'agitaient, lui proposa de\nreconnaître l'enfant. Elle ne put, comme ça d'un coup, croire à tant de\nbonheur et elle restait muette, hébétée, un peu tremblante.\n   L'autre se méprit à ce silence :\n   — Vo n'volez nin ? interrogea-t-il ?\n   — Oï, cria-t-elle. le prenant à bras le corps, o'i d'je veux et bin volti !\n   Irma, trop confiante, accepta le « mariage des oiseaux » selon la jolie et\nexpressive locution du pays, et — deux années plus tard — la situation\nn'avait pas changé, Charles retardant toujours, pour des motifs futiles,\nl'époque du mariage.\n                                      IV\n\n   Charles avait pour ami un ancien lamineur, devenu chiffonnier et mar­\nchand de peaux de lapin. C'était un brave garçon, pas bien malin, travail­\nleur, ne fêtant guère la Saint-Lundi.\n   Lorsque Charles et Irma allaient à la ducasse, c'était lui, Joseph, qui\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                 — 307 —\n\ntenait le p'tit d'Jean pendant la danse et, la fête terminée, rapportait dans\nses bras l'enfant endormi : c'était sa façon de faire la cour à Irma dont il\nétait fort épris.\n   Charles tomba gravement malade ; Irma et Joseph le soignèrent avec un\ndévouement de tous les instants. La maladie fut longue, plus longue encore\nla convalescence et, lorsque vint la guérison, les deux gardes-malades,\ntimides, s'embrouillant en des circonlocutions pénibles, avouèrent à\nCharles qu'ils s'aimaient et avaient l'intention de se marier. Ils redoutaient\nune colère terrible, des reproches, des menaces; il n'en fut rien. Charles\nleur confessa que, lui aussi, avait en vue depuis quelque temps déjà, une\njeune fille qui lui plaisait fort ; qu'il n'aurait jamais osé parler de cela à\nIrma lui ayant promis le mariage ; mais que, puisqu'ils avaient pris les\ndevants, il ne restait plus qu'à aller « bouaire eunne gotte » sur la bonne\nnouvelle.\n   Les bans furent publiés et les deux couples décidèrent de se marier le\nmême jour, afin de partager les frais du repas de noce.\n\n                                      V\n\n   Par une belle gelée, sous les rayons blancs d'un soleil hivernal, la noce\ndescendit, deux par deux, le petit sentier zigzaguant au travers des vergers.\n   Les pommiers tendaient leurs branches noires, et la gelée, qui, la nuit,\navait couvert d'un voile raide les longues bandes de prairies, fondait douce­\nment, laissant aux brins d'herbe des points scintillants et joyeux.\n   Irma, de la main gauche, conduisait le p'tit d'Jean qui bientôt aurait un\nnom, le pauvret ; de la droite elle serrait, avec conviction, un bouquet de\nfleurs d'oranger — bouquet absolument pareil à celui de l'autre fiancée,\ngrosse de six mois celle-là. Les femmes avaient remonté leur robe et leur\njupon blanc qui faisaient un gros bourrelet autour de leurs hanches : elles\nsemblaient de larges cloches mises en branle.\n   Les hommes — dont les redingotes étaient trop courtes de la taille et des\nmanches et étriquées de carrure; dont les pantalons, semblant taillés dans\ndu bois, faisaient de grands plis durs le long des cuisses — marchaient en\nécartant les jambes, l'air empesé et bête avec leur haute casquette de soie\npenchée sur l'oreille gauche.\n   Le mariage civil était accompli : le p'tit d'Jean avait un nom, et sa mère\ns'appelait Madame. Irma était heureuse à en avoir l'esprit troublé, disant\nm'homme à Charles, et Charles à Joseph, embrassant son fils à pleines\nlèvres, lui faisant répéter sans cesse « e'm papa ».\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                                   — 308 —\n\n\n   La maison d'Irma étant la plus spacieuse, c'est chez elle que se fit la\nnoce — un Balthazar ! On y mangea de la soupe aux oignons, du lapin\ndomestique, des boudins noirs et de la tarte au sucre trempée dans du café.\n   Tout le repas fut plein de cordialité jusqu'aux tartes au sucre et au café,\ninclusivement, auxquels succéda la liqueur qui mit le feu aux poudres.\n   Les hommes s'animèrent. Les femmes se disputèrent. Marie traita Irma\nde « garce », et Irma lui répliqua par une gifle qui claqua comme un coup\nde fouet.\n   Alors les maris se rossèrent d'importance, jusqu'à ce que Charles se\nredressât la figure ruisselante de sang. — Joseph lui avait à moitié écrasé\nle nez et cela calma l'ardeur des combattants. Les femmes soignèrent\nCharles avec tendresse, l'une parce qu'il avait été son amant, l'autre parce\nqu'il était son mari.| Puis, l'émotion calmée, Joseph proposa une tournée\nde genièvre, afin d'effacer jusqu'au souvenir de ces regrettables vivacités.\n   La proposition fut acceptée. L'on se rendit au cabaret et, le soir venu,\nles deux couples et les convives se couchèrent ivres-morts. Jamais noce\nne fut mieux réussie.\n   — Qu'on d'â yeû du plaîgi! disaient-ils en s'éveillant le lendemain; nom\nde Diom qu'on d'â yeû du plaîgi; jamais !...\n\n\n                                       VI\n\n   Joseph n'eut pas à se repentir d'avoir pris Irma pour femme, car elle lui\nfut une compagne dévouée, fidèle et laborieuse. Lui, en route une grande\npartie de la journée avec sa charrette à trois chiens, rentrait le soir, exténué,\nramenant un monceau de vieux chiffons, une nuée de peaux de lapins, et\nparfois de vieux habits. Son commerce marchait.\n   La femme tenait bien la maison, soignait les bêtes et son jardin, entre­\ntenait les hardes du ménage, réservait à son mari un bon morceau à se\nmettre sous la dent lorsqu'il rentrait. Elle « voyait volti s'n'homme » parce\nqu'il aimait beaucoup le p'tit d'Jean qui le lui rendait bien.\n   C'était un si brave enfant que ce p'tit d'Jean. Quand approchait l'heure\nà laquelle rentrait son père, lui sortait afin de le voir venir de loin. Lorsqu'il\nl'apercevait, il courait à sa rencontre, et après l'avoir embrassé, se mettait\nà côté des chiens ; les conduisant, les excitant de sa pauvre petite voix,\nfaisant claquer sa langue ; rentrés à la maison, il dételait les bêtes, leur\ndonnait à boire et à manger, les menait au chenil, puis rejoignait ses parents\nauxquels il contait des histoires de mioche drôlet et qui faisaient toujours\nrire aux larmes Irma et Joseph.\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                  — 309 —\n\n   A quatorze ans il entra dans un charbonnage. Ce fut une douleur pour\nIrma, et longtemps elle s'était opposée à voir son fils descendre dans ces\nimmenses fosses noires où le grisou guette constamment, prêt à tuer ; où il\nfaut vivre dans une atmosphère lourde, loin de la lumière, presque supprimé\ndu nombre des vivants. Mais Joseph avait tenu bon. Il voulait que d'Jean\nprît un métier et puisque c'était celui-là que l'enfant choisissait il n'y avait\npas à hésiter.\n   Les sept premiers jours furent durs, à Irma, mais bien plus durs les sept\nnuits qui suivirent — certaines catégories de mineurs, comme les ouvriers\nd'usine, ayant alternativement une semaine de travail de nuit et de travail\nde jour. — Oui, les nuits furent cruelles pour la mère, lorsqu'elle sut, vide,\nla couche de son d'Jean. Elle ne se disait pas qu'entre ces murs noirs; sous\nces galeries basses, resserrées, où il faut ramper ; dans cette obscurité\nprofonde, ayant pour tout soleil la lumière de sa lampe, le mineur travaille\nindistinctement la nuit comme le jour. C'est ce que Joseph et d'Jean lui-même\ns'efforçaient de lui faire comprendre, ce qu'elle comprenait évidemment,\nmais son cœur maternel ne pouvait que souffrir, il ne raisonnait pas. Elle\nadorait son fils, et lui l'aimait tant. Il sentait sa mère — s'mâmme — si\npleine de profonde tendresse pour lui, de dévouement, d'admiration. Elle,\nétait si fière de son fils, de sa bonté, de son courage, de sa beauté.\n   — Oh d'Jean, disait-elle, lorsqu'elle le voyait décrassé du poussier de\ncharbon qui lui collait à la peau, qué bia gârçon vo s'ti tod' mînme!\n\n\n                                      VII\n\n   Et toujours le ménage était heureux; les affaires prospéraient; les discus­\nsions étaient rares ; les gifles plus rares encore.\n   D'Jean allait sur ses vingt ans. C'était un garçon superbe, aimé de tous,\ncité comme exemple. Les filles en raffolaient. Les mères jalousaient Irma,\net elle, devant ce bonheur trop complet pour être durable, était prise de\npeur. Son mari et son fils riaient de ses noirs pressentiments, mais ne\nparvenaient pas à les chasser loin d'elle.\n   C'était au mois de décembre. Trois heures après midi.\n   Irma se trouvait dans le petit fournil attenant à sa cuisine, et, avec une\ngrande barre de fer elle attisait le feu du four à cuire le pain. La farine\nqu'elle était allée chercher au village et que, selon la coutume des paysannes\nelle avait portée en un sac sur sa tête et ses épaules, l'avait couverte d'une\npoussière blanche et grasse — ses cheveux noirs en étaient imprégnés, et\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                                   — 310 —\n\n  aussi sa jaquette de laine grise et son tablier bleu. Ses bras et ses mains\n  étaient mal essuyés de la pâte onctueuse qu'elle avait pétrie.\n     La porte extérieure faisant face à la porte du fournil, s'ouvrit, et sur le\n  seuil parut une femme couverte de neige. Elle était essoufflée d'avoir couru\n  et dans ses yeux luisait une épouvante.\n     — D'Jean ! cria Irma.\n     — Oï.\n     Immobiles, elles se turent. Irma, blanche de farine, éclairée par la flamme\n vive du four ; l'autre, blanche de neige, dans laquelle un soleil d'hiver,\n l'éclairant de côté, jetait une pluie de petits brillants. Mais la torpeur qui\n avait paralysé Irma fut courte. Vieillie, la voix changée, pliée en deux\n comme si un coup de massue lui avait cassé les reins, elle gémit :\n    — A'll fosse?\n    — Oï.\n    — A'll fosse!...\n     D'un bond elle se redressa, et l'œil injecté, le regard fou :\n    — Mourt?\n    — On n' sait nin...\n     Irma poussa la femme dehors et elles se mirent à courir.\n    Depuis deux jours il neigeait. Un irradiant soleil courait joyeusement\n sur les champs. La neige qui les recouvrait était bosselée par les inégalités\n du terrain et trouée de ci de là par quelques branches sortant drues. Le\n ciel était gris, coupé de nuages bleuâtres s'étendant en longues bandes\n minces et comme effilochées.\n    Les bois, avec leurs arbres majestueux drapés de neige, se déroulaient\n dans une immuable blancheur; seul, le sommet des hauts chênes apparais­\n sait noir, à côté des verts sapins qui, tout l'hiver, sourient dans le deuil de\nla nature.\n    Le charbonnage dans lequel travaillait d'Jean, était situé à Fontaine-\n l'Évêque, et la silhouette de la petite ville se profilait dans le lointain,\nvaguement encore. Il faut passer par Landelies pour y arriver, et c'est vers\n Landelies que couraient les deux femmes. Elles descendaient, glissant à\nchaque pas, la large descente menant vers la Sambre, sous un vent âpre,\npiquant, sous le grésil douloureux à la peau comme des coups de bistouri.\n    Arrivées à la Sambre, les ponts étaient levés.\n    Un énorme bateau, chargé de charbon recouvert de neige et se dirigeant\nvers la France, passait lentement, lentement, comme un cortège funèbre,\ncomme les funérailles d'une vierge qui dormirait sous le blanc drap mor­\ntuaire qu'aurait tissé pour elle la nature attristée.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                  — 311 —\n\n   La compagne d'Irma voulait attendre que l'on tournât la passerelle, mais\nl'autre se révolta. Attendre, alors que peut-être se mourait son fils — son\nfils ! sa joie, son orgueil, sa vie.\n   — Astinte! fit-elle, éclatant d'un rire sauvage.\n   La Sambre canalisée est fort étroite en cet endroit, le bateau était dans\nl'écluse, Irma sauta sur le bateau, enjamba adroitement la cargaison mou­\nvante, les apparaux glissants, et aborda sur l'autre rive.\n   Là elle eut le bonheur de rencontrer un marchand de Landelies. Il était\ndans une petite charrette que tirait une bique efflanquée et se rendait au\ncharbonnage de Fontaine-l'Evêque, à l'endroit même vers lequel tendaient\ntoutes les forces vives d'Irma.\n   Le marchand lui permit de prendre place à ses côtés. Comme elle mon­\ntait près de lui, elle aperçut de loin sa compagne lui faisant des gestes déses­\npérés, suppliant qu'elle l'attendît... Elle était exténuée ayant déjà fait\nplusieurs lieues à pied. Pour toute réponse, Irma arracha le fouet des\nmains du conducteur et cingla d'un maître coup la pauvre bête, qui se\nmit à courir comme s'il avait mangé son saoûl : la mère de d'Jean ne\nvoulait pas perdre une seconde, ni ralentir, par une surcharge, l'allure du\ncheval.\n   — Astinte! murmura-t-elle encore.\n   Le chemin menant de Landelies à Fontaine-l'Evêque est fort accidenté.\nLes montées et les descentes se succédant presque sans interruption, allon­\ngent de beaucoup la route, éreintant rapidement les chevaux, aussi, les\ncharretiers prévoyants descendent-ils de leur charrette durant les montées.\nCes retards faisaient mourir Irma : on n'arriverait jamais...\n   Afin de gagner du temps, elle proposa à l'homme de pousser le véhicule,\nqu'ainsi le cheval, étant soulagé, cela irait mieux :\n   — Faites à vosse mode, répondit-il — quant à lui, il ne s'en souciait\nguère.\n   Irma donna de si vigoureuses poussées que le cheval prit le petit trot.\nAlors le charretier réclama : il n'avait pas envie de courir lui... il fallait\nralentir un peu...\n   — Rintrez d'in l' t'charrette, implora la triste martyre, d'je vos pousse­\nrai bin étou.\n   Il remonta.\n   Pendant tout le trajet Irma prodigua les coups de fouet pendant les des­\ncentes et les poussées durant les côtes. Quant au marchand, il se prélassait,\nles bras croisés, trouvant cet arrangement fort de son goût.\n   Enfin, ils arrivèrent à Fontaine-l'Evêque.\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                   — 3l2     —\n\n\n\n\n                                      VIII\n\n    Le charbonnage est situé tout près d'une chaussée plantée d'arbres.\n    De loin, Irma découvrit les groupes animés et les femmes s'abordant en\n faisant de grands gestes.\n    — D'Jean ! gémit-elle, sautant de la charrette et courant vers le charbon­\n nage.\n    Là se trouvaient quantité de femmes. Beaucoup criaient, levant les bras\n au ciel ou se couvrant la tête de leurs tabliers. D'autres étaient affaissées,\n accroupies, sanglotant ou silencieuses, les yeux rouges, fixes, regardant\n dans le vide.\n    Un coup de grisou — terrible — avait éclaté dans la mine, tuant ou\n blessant une cinquantaine de travailleurs, hommes, fillettes et gamins.\n    Depuis l'accident, trois fois le cuffat était remonté, chargé de corps\n immobiles effroyablement abîmés, et chaque fois avaient éclaté les cris et\n les sourds gémissements.\n    Une mère reconnaissant son fils criait :\n   — E'm garçon ! — et la malheureuse se jetait sur le corps, espérant le\n ranimer par ses caresses.\n    Plus loin c'était une femme retrouvant son mari ; une fiancée mise en\n présence du cadavre de son amant ; une sœur découvrant son jeune frère,\nle Benjamin — celui que les grandes sœurs « voyaient si volti ».\n    Comme Irma arrivait, le cuffat remontait encore. Elle se rua dessus,\nregardant, palpant chaque cadavre et bousculée par ces autres désespérées\nqui, elles aussi, voulaient voir.\n    Mais d'Jean n'y était pas.\n    Quand le cuffat redescendit, Irma s'élança, voulant aussi descendre, elle,\nprétendant qu'elle avait bien le droit « d'aller kaire e'ss garçon ». On la\nmenaça de l'enfermer, et alors, stoïquement, elle attendit.\n    Elle attendait encore lorsque vint le soir ; elle attendait encore, lorsqu'a-\nprès une nuit de surhumaines douleurs, vint l'aurore.\n   La neige tombait toujours.\n   Les silhouettes apparaissaient blanches et semblaient grandies sous les\nrayons de la lune entourée d'un halo aux teintes d'argent poli. Les falots\net les lanternes jetant sur tout ce monde consterné des lueurs éclatantes ou\ndouces, faisaient courir des ombres gigantesques, fantastiques, autour de\nces blanches apparitions.\n   Vers six heures — alors que se dessinaient vaguement dans le ciel les\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                  — 313 —\n\npremières lignes pâles annonçant le jour — on entendit, partant du puits,\nla voix du porion, criant :\n   — C'est les deux dérins.\n   — Mourts ?\n   — Oï!\n    Irma poussa un gémissement, — car jusque-là — et quoique les blessés\neussent été remontés les premiers — elle avait espéré que, peut-être, d'Jean\navait été oublié parmi les morts.\n    Le cuffat remonté, elle s'élança, un vague espoir subsistant encore dans\nle fond de son âme.\n    Des deux morts, l'un était une fillette blonde et mignonne et l'autre....\nl'autre était ce fils tant chéri, qui, en bégayant ses premiers mots, avait fait\nde sa mère une manière d'honnête femme.\n    Ce grand garçon, ce « bia d'Jean » dont elle était si fière, c'était donc\nça ? ça !... Ce pauvre mutilé dont l'explosion avait emporté les deux jambes ;\ndont les cheveux et les yeux étaient brûlés ; dont la chair calcinée par\nplaces, pendait saignante à d'autres... ça ?...\n    — Non ! cria la mère martyre ; c'n'est nin d'Jean !\n    D'Jean — ce débris d'homme qu'animait encore un souffle de vie — se\nréveilla à la caresse de la voix maternelle. Il tenta d'ouvrir ses pauvres yeux\nbrûlés et murmura dans un soupir :\n    — Mâmme...\n    — Oh m'fi !\n    — Mâmme...\n    — Oï d'Jean e'm petit ; oï m' n'éfant...\n    La mère était penchée sur ce fils, sa bouche près de sa bouche, ses yeux\nprès de ses yeux, croyant retenir par l'intensité de son amour, cette âme\nprès de s'envoler. Cela dura deux secondes à peine, puis dans un hoquet\nd'Jean murmura :\n    — A 'r vouair...\n    Il mourut.\n    Alors Irma prit dans ses bras ce qui restait de son fils. Sous un ciel gris,\nlourd comme une voûte de plomb — éclairée par les lueurs mourantes d'un\n falot — elle contempla longuement ce morceau d'homme, son enfant !...\n Mais ses forces l'abandonnèrent, et blanche, elle roula dans la blanche\nneige, serrant toujours dans ses bras cette masse noire et informe, calcinée\net saignante, qui résumait tout ce qu'elle avait aimé, et qui emportait son\ncœur et sa raison.\n    Lorsque Joseph arriva, Irma ne le reconnut pas, et le pauvre hère, si\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                    - 314 —\n\n heureux la veille, ramena chez lui une folle et un mort — sa femme et son\n fils.\n                                    VIII\n\n     La folie d'Irma était douce et très particulière. Elle pleurait parfois,\n  parfois riait, continuait à faire sa besogne, semblait avoir complètement\n  perdu le souvenir de l'événement terrible, et le nom de d'Jean ne fut plus\n  prononcé par elle, mais prise d'un grand besoin de parler, elle adressait de\n  longs discours à ses animaux.\n     Elle resta ainsi, inoffensive pendant quelques mois, insensible aux\n  injures que lui lançaient les ivrognes, aux pierres que lui jetaient les\n  gamins, aux paroles de pitié que murmuraient les femmes.\n    Joseph, la voyant si calme, espérait, attendant tout du temps.\n     Bientôt la crise éclata — violente. C'était au printemps.\n     La feuillaison avait été très hâtive, suivie de près par la floraison des\n arbres fruitiers.\n     La nature, en ce moment-là, avait un aspect étrange, très curieux. Dans\n les vergers, les pommiers étaient noirs, sans la moindre apparence de\n feuilles; les cerisiers étaient chargés de fleurs; les poiriers montraient, à\n côté de blancs pétales, de petites feuilles d'un vert tendre et velouté ; dans\n les prés, les pâquerettes, les anémones et les renoncules couraient, se\n dressant ou rampant ; les taillis déjà feuillus annonçaient le renouveau\n joyeux de la nature; l'alouette lançait vers les cieux sa joyeuse fanfare de\n bestiole heureuse, et dessus tout cela, il neigeait — le 20 avril.\n    Les gazons étaient recouverts de neige, par place, tandis qu'à d'autres\n se montrait l'herbe et toute la flore des prés ; la blancheur de la neige était\neffacée sur les cerisiers par celle des fleurs et semblait sale, comparée à l'éclat\n des pétales immaculés; sur les poiriers perçaient, entre ces deux blancs, les\nfeuilles naissantes se racornissant sous le froid et les troncs sombres de tous\nles autres arbres étaient coupés de longues stries blanches.\n    Irma, depuis quelques jours, semblait plus nerveuse, beaucoup plus irri­\ntable. Lorsqu'elle se leva, ce matin-là, et qu'elle aperçut la neige, elle eut\nun moment de stupeur. Elle sembla réfléchir profondément, puis, d'un ton\nlugubre, elle gémit :\n    — D'Jean! d'Jean !\n    En chemise, pieds nus, elle s'élança dans la campagne et disparut, alors\nque Joseph dormait encore.\n    Elle ne se rappelait que vaguement la mort de son fils, et pourtant elle\nen voulait à la neige, instinctivement, comme le taureau en veut au rouge.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                  — 315 —\n\nPourquoi? Dans son cerveau, l'impression de la nature, toute blanche le\njour où son enfant mourut, s'était-elle imprimée d'une façon indélébile?\nPeut-être...\n    Voyant les arbres blancs, Irma se rua dessus, les secoua, faisant tomber\nsur ses cheveux, tout argentés maintenant, une pluie de pétales et de neige.\nElle criait, riait, sautait dans la neige, s'y roulait; puis, des souvenirs plus\nanciens se réveillant peu à peu dans son cerveau malade, elle redevint la\nfille d'autrefois, lançant des mots ignobles, se livrant à des gestes obscènes.\nElle gambadait par les prés, par les champs, demi-nue, enjambant les haies\nqui lui écorchaient les jambes, cognant aux pierres, échevelée, lugubre,\navec son rire incolore.\n    Elle courut tout le jour sans que Joseph, qui la cherchait partout, par­\nvint à la retrouver.\n    Vers le soir, il la découvrit, sanglante et couverte de boue, étendue dans\nun fossé : des ouvriers, en revenant de la fosse ou du laminoir — on ne\nconnut jamais les coupables — rencontrant demi-nue et « sotte » cette\nancienne gueuse d'Irma, la rouèrent de coups de canne, la jetèrent dans un\nfossé et lui labourèrent le dos de leurs gros souliers ferrés.\n    L'ayant ranimée, après beaucoup de peine, Joseph la ramena à la maison\net elle le suivit docilement.\n    La nuit et la matinée furent assez calmes, mais vers le milieu du jour se\ndéclara un accès de folie furieuse. La folle déchira les vêtements qu'elle\nportait sur elle. Lorsqu'elle fut complètement nue, elle empoigna ses robes,\nses jupes, ses bonnets, qu'elle lacéra, s'aidant de ses ongles et de ses dents,\nmêlant à ses cris sauvages des blaphèmes et des injures. Puis elle se tut, se\njeta à terre et pleura.\n    Joseph voulut profiter de ce moment d'accalmie pour tâcher de la vêtir\nun peu, mais de toutes ses hardes il ne restait que des lambeaux. Alors\nil lui passa un pantalon à lui et une vieille redingote qu'un jour il avait\nachetée avec des chiffons; elle se laissa faire.\n    Soudain une rage la prit, plus terrible encore que la première.\n    Elle bondit, semblable à une furie et se rua vers son lit. Elle arracha le\nmatelas qu'elle mit en pièces, faisant voler la laine par toute la chambre,\ndétruisit le bois de lit, arrachant les planches qu'elle jetait au hasard, et qui\nallaient tomber dans les coins, renversant, brisant tout.\n    Mais la patience de Joseph était épuisée et la brute se réveillait en lui.\nIl prit un couteau, courut sur Irma et cherchant à la saisir :\n    — Ah! canaille!\n    Il leva le bras.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                 — 316 —\n\n   Voyant le couteau, la folle eut peur. Elle voulut fuir, mais trouva la\nporte fermée, se jeta sur la fenêtre, passant ses mains, puis sa tête au tra­\nvers des carreaux, croyant sortir par là.\n   Joseph la saisit par les cheveux, la repoussa dans un coin — son dos\nmeurtri allant cogner le mur — et la menaçant du couteau, il cria :\n   — Si vos s'ti core méchante, attintion a'm coutia.\n   Irma ne bougeait plus.\n   Accroupie dans un coin, elle était hideuse avec son visage et ses mains\nensanglantés. La redingote ouverte mettait à découvert sa poitrine de\nvieille femme, cachée en partie par le flot de ses cheveux gris que le sang\nrougissait par places. Sa face pâle, tachée de rouge, semblait hébétée. Ses\ngrands yeux étaient sans regard, ses joues creuses, ses lèvres contractées\net baveuses ; un tremblement la secouait toute, des pieds à la tête.\n   Le médecin ayant ordonné le transfert immédiat dans une maison de\nsanté, Joseph aidé de Charles, l'ancien amant, conduisit Irma à Mons.\n   Elle y passa cinq mois et en revint guérie de sa folie furieuse, mais tou­\njours un peu « sotte », n'ayant guère de temps à vivre, une plaie cancéreuse\nau dos la rongeant lentement.\n   La raison lui revint — absolue — quelques jours avant sa mort. Elle se\nsouvint de tout, remercia Joseph qui l'avait soignée avec dévouement, et\n mourut en murmurant le nom de d'Jean, un sourire sur les lèvres et une\n joie dans les yeux, car elle allait le retrouver, son enfant bien-aimé.\n                                                         JEAN F U S C O .\n\n\n\n\n                            SONNETS\n                               I\n                                PRÉLUDE\n         Des mots chantant dans les lumières, des vers\n         Lamelles d'or qui vibrent comme une grappe\n         De gemmes qu'un rayon éblouissant frappe;\n         Mais toujours enrichis de métaux pervers.\n\n          Un chant grèle la nuit, des accords couverts,\n          Toute la douceur rose d'un crépuscule\n          Vers des fonds mystiques couleur renoncule,\n          L'ingénue des lys, et des parfums divers.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                        -    317   -\n\n\n   Et la tristesse des choses anciennes\n   Et leur langueur, que des mains magiciennes\n   Les raniment en de modernes clartés!\n\n   Et cette musique dont nous nous éprîmes\n   En des harpes d'or sous des doigts attristés,\n   Qu'elle s'éveille au choc fulgurant des rimes!\n\n                             II\n           Beaux ongles de cornaline\n           Qui déchirâtes nos âmes,\n           Mais qui nous plûtes ! ô femmes\n           Inconstantes et félines\n\n           Au jeu d'amour! Vos câlines\n           Caresses que nous aimâmes,\n           Nous prirent, belles infâmes\n           A leurs douceurs agnelines!\n\n           O vouloir le bien doux piège\n           De vos cils d'or sur la neige!\n           S'y prendre un peu ! Lors, cruelles\n\n           Rieuses! Votre œil enjôle\n           Les cœurs qui battent des ailes...\n           Si peu s'y prendre à la geôle !\n\n                            III\n\nSi vague! à peine l'on devine une souffrance!\nLe vent d'une aile, un peu d'amour, un peu d'espoir,\nUn peu du passé, très peu de cette huile rance\nQui rallume le cœur qui se meurt dans le soir!\n\nEst-ce un regret de ne pouvoir dans les nuits sauves\nEncor! joindre tes mains d'enfant pleines d'oublis,\nDérouler de mes doigts tremblants tes cheveux fauves,\nEt contempler ton front qui pâlirait les lys!\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                        — 318 —\n\nTes yeux, ô ces joyaux vibrants qui s'incrustèrent\nDans le passé! Ciels d'or où les clartés chantèrent !\nQuelque rayon secret les a-t-il réveillés?\n\nSais-je pourquoi les morts ont clamé leurs détresses?\nSais-je pourquoi les blancs nympheas, conseillers\nDes pleurs, ont refleuri le lac pur des tristesses?\n                                           VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n LA HARPE ABANDONNEE\n                                A MADAME MERCEDES W.    DE S.\n\n     Sur les reliques de la morte,\n     Pieusement, depuis le deuil,\n     De la chambre on a clos la porte\n     Et nul n'en passe plus le seuil.\n\n     Quelque chose de sa mémoire\n     Flotte à l'entour de chaque objet,\n     Et l'âme de ses doigts d'ivoire\n     Dort sur la harpe qui se tait.\n\n    Mais, l'hiver, par la cheminée,\n    Lorsque souffle le vent du soir,\n    Parfois la harpe abandonnée\n    Paraît encore s'émouvoir...\n\n    Ce n'est rien qu'un confus murmure,\n    Mais la maison qui se souvient\n    Prête l'oreille — et se figure\n    Que c'est la morte qui revient.\n\n   — Parfois ainsi, dans l'âme close,\n   Alors que l'amour est bien mort,\n   La harpe intime qui repose\n   Au hasard retrouve un accord.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                 -   319   —\n\nMais ce mélodieux mensonge\nEst moins un son qu'un souvenir\nEt c'est le Regret seul qui songe\nQu'il entend l'Amour revenir.\n                               LÉON MONTENAEKEN.\n\n\n\n\n     AIRS DE FLUTE\n                     XXIV\n          LA F L U T E DÉCADE\n\nMignonne allons voir si la rose\nQui s'ouvre sur son vert rosier\nA tous les soins du jardinier...\nMignonne, allons voir s'il l'arrose.\n\nQui, ce matin avait, déclose,\nSa rose robe de satin?\nC'est toi, mignonne, ce matin,\nOn voyait ta poitrine rose...\n\nSein ! ne rosis que pour moi seul,\nNe parle pas, je t'en supplie,\nVers moi seul darde ta folie,\nRose du nuptial linceul.\n\nNous nous aimons — la pluie au loin\nEst comme la pluie aux peintures\nEn travail, que gâte avec soin\nLe peintre âpre aux candidatures.\n\nMignonne, ouvrez votre corset\nPour celui qui sent votre crême\nD'iris, dire ici : « Je vous aime »\nMignonne ouvrez! Votre corps, c'est\n                                              22\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                  — 320 —\n\n\n La joie et la tristesse énorme,\n La fatigue exquise d'avoir\n Eu, d'avoir encor, de devoir\n Avoir toujours... — C'est pour la forme!\n\nPour la forme, ô forme, te voir !\nJ'en ai fait une turlutaine\nTurlutaine, as-tu relu Taine ?\nÇa ne veut rien dire, tontaine !\n\nAvec des douceurs de mouton\nJ'ai soigneusement lu Verlaine\nEt Khnopff, j'en ai des points vers   l'aine...\nL'un ne veut rien dire, tonton !\n                                                  SIEBEL.\n\n\n\n\n             REGARD\n   Oh ! je te tiendrai frémissante\n   Sous l'éclat sombre de mes yeux,\n   Et comme une fièvre puissante\n   Et ses frissons  délicieux,\n\n    Ta chère ivresse sera telle\n   Qu'un sommeil encor palpitant.\n   Où se perdrait quoique immortelle\n   L'image des douleurs d'antan.\n\n  Et là, sous l'image ravie,\n  A jamais heureux, à jamais\n  Te sentant vivre de ma vie,\n  Moi, de la tienne désormais.\n\n   Te prodiguer l'ardente flamme,\n  Et descendre, silencieux,\n  Avec les yeux bleus de mon âme\n  Jusqu'au fond de ses sombres yeux !\n                             CHARLES SLUYTS.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                — 321 —\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n    LE PARNASSE DE LA JEUNE BELGIQUE\n   Nous avons dit : « Ce sera notre chère, notre seule et bien dédaigneuse\nvengeance »; donc nous désarmons jusqu'à nouvel ordre. Le 15 octobre\nparaîtra chez Léon Vanier, éditeur à Paris, le Parnasse de la Jeune\nBelgique.\n   Pourquoi Parnasse? Parce que le mot est plus joli qu'anthologie, que\nchrestomathie, que recueil, voilà tout. Un des anthologistes officiels nous\nfait remarquer que le mot n'est pas neuf; il date, en effet, de Neptune et\nde la nymphe Cléodore, avant de dater de Catulle Mendès, de même\nqu'anthologie date de cent ans avant Jésus-Christ, époque à laquelle\nMéléagre, le premier anthologiste (sous Démétrius II), ne pensait ni à\nM. Lemonnier, ni à M. Rodenbach, ni même à M. Picard. Comme\ndécouverte, Parnasse vaut donc Anthologie.\n   Comme oeuvre, — on verra.\n   Notre Parnasse compte dix-huit poètes : MM. Emile Van Arenbergh,\nPaul Berlier, André Fontainas, Georges Garnir, Iwan Gilkin, Valère Gille,\nOctave Gillion, Albert Giraud, Théodore Hannon, Paul Lamber, Charles\nVan Lerberghe, Grégoire Le Roy, Maurice Maeterlinck, Léon Montenae­\nken, Fernand Severin, Lucien Solvay, Hélène Swarth et Max Waller.\n   Ce sera notre exposition des XX, moins deux, — sans invités.\n   MM. Rodenbach, Verhaeren et Khnopff n'en sont pas. Les deux premiers\nont décliné pour des raisons qui ne relèvent que de leur conscience.\n   Nous regrettons M. Rodenbach et le poète des Flamandes ; leur défec­\ntion tient à des susceptibilités de personnes que nous ne jugeons pas. Quant\nà M. Khnopff, il est de ceux que, littérairement, l'on ne salue plus.\n   Nous eussions voulu reproduire quelques poèmes de M. Georges\nEekhoud, mais celui-ci, tout en restant bien fermement des nôtres, s'est\nménagé pour le livre de prose qui se fera quelque jour, et dans lequel il\npourra se montrer plus puissant et plus complet.\n   L'ordre alphabétique nous a paru le plus logique pour le classement des\npoètes ; quant à la place que chacun occupe, elle varie selon l'importance\ndes œuvres qui nous ont été confiées. En ce qui concerne l'orthographe de\ncertains mots, tels que rhythme, phthisique, qui selon la dernière édition\ndu dictionnaire de l'Académie française (1877) devraient s'orthographier\ndésormais rythme, phtisique, nous nous sommes néanmoins tenus à Littré\nqui, pour être moins récent, nous a paru plus logique au point de vue de\nl'étymologie (ῤυθμός, φθίω). L'esprit rude de ῤ indique rh, comme θ\nrequiert th.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "                                   — 322 —\n\n\n     Le Parnasse de la Jeune Belgique formera un volume in-8° de plus de\n 300 pages; imprimé avec un soin spécial, des caractères neufs, des orne­\n ments inédits, par l'artiste chef d'atelier de la maison Monnom, M. Edouard\n De Winter; il sera tiré à 500 exemplaires sur un superbe papier vélin. Les\n tirages spéciaux se bornent à 25 exemplaires sur papier de Hollande authen­\n tique et 4 sur japon impérial, tous numérotés avec le nom de leur souscrip­\n teur. L'ouvrage étant exécuté par souscriptions libres, en dehors de notre\n service de presse, nous nous sommes décidés à ne pas distraire un seul\n exemplaire de la vente. Les poètes mêmes du Parnasse nous soutiendront\n de leur quote-part.\n    C'est, nous l'avons dit, l'éditeur Léon Vanier qui se fait à Paris l'éditeur\n du Parnasse. Avec Lemerre, qui semble ne plus avoir l'ardeur d'antan,\nVanier est le vrai éditeur de la jeune poésie. A lui sont Verlaine, Mallarmé,\n Jacques Madeleine, Vignier, Moréas; chez lui fut édité Laforgue; nous\nserons donc en bonne compagnie.\n    Un aimable journal nous dit que nous nous sommes essouflés pour\narriver bon premier. Bon premier sur qui? Sur l'anthologie officielle? Notre\nouvrage devait paraître il y a deux ans, avant qu'il fût question du projet\nde Moreau; nous donnons des vers; les IV donnent de la prose. Ce n'est\npas un steeple, ce semble, et autant vaudrait dire que nous avons défié à la\ncourse un monolithe surmonté de M. Kervyn, du brave Théodore Juste\net de l'excellent quoique feu père Grandgagnage.\n    Le même journal des IV ajoute : « Quant aux Quatre, ils regardent, non\nsans ébahissement et joie (1), et arriveront quand les autres auront fini. On\nleur prend le pain de la bouche. Mais la viande reste ».\n    Quel pain ? Quelle viande ? Quel est ce bafouillage de gens vexés ?\n    Oh! les petits, petits...\n                                                              M. W.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                  LE SALON DE BRUXELLES 1887.\n\n               Nous ne gardons de la chronique télégraphique du dernier\n                numéro de la Jeune Belgique qu'une opinion bien ferme :\n                depuis les XX, voici l'exposition la plus intéressante que nous\n                ayons eue depuis longtemps. A côté de productions super­\nficielles de l'art parisien, où excellent les Jean Béraud et les Gervex, celles\nde nos peintres s'étalent en toute gloire, Stobbaerts, Stevens, Artan, Ter\nLinden, Marie Collart, Alfred Verhaeren, Verheyden, Speeckaert, Frédéric,\n\n\n (1) Peuh!\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                                  — 323 —\n\nBinjé, apportent triomphalement, qui sa force, qui sa grâce légère et\ndélicate.\n   En retard Verwée, Meunier et De Braekeleer.\n    Religieusement on s'arrête devant le Jardin de religieuses de Mme MARIE\nCOLLART; le printemps a neigé sur les arbres, le soleil se vaporise sur les\ngazons, et les cloîtrées, dans la paix du matin, étalent du linge sur\nl'herbe. Le silence circule avec l'air reposé; c'est la nature angélique­\nment vue, et rendue avec la couleur ambrée de ces maîtres anciens qui\nvoyaient les choses à travers une sorte de prisme monastique. Art solide et\ndurable qui n'a point failli depuis le jour où le peintre renonçant au monde,\nsa palette a pris le voile dans ce verger recueilli, dont elle connaît toute la\nlitanie des arbres et tous les psaumes du soleil.\n    M lle ALIX D'ANETHAN est jeune fille, comme Marie Collait est matrone.\nElève de Stevens, elle s'est assimilé les délicatesses de son maître, en les\nrelevant d'une pointe de dandysme anglais. Son Quatuor est exquis d'élé­\ngance puritaine. Ces misses, vêtues à la mode esthetic, de longs fourreaux\nclairs à peine garnis de bouillonnes, ont toute la retenue rieuse et sévère\nqu'elles affectent là-bas ; elles chantent un choral de Christmas, en songeant\nau Seigneur, holy Lord, et au petit cousin des horse-guards, qui les\nembrassera sous les branches pointues du mistletoe...\n    ALFRED STEVENS est toujours superbe, non point tant de vie et d'expres­\nsion, peut-être, que de prestigieuse couleur. Ses deux pastels sont des mer­\nveilles de virtuosité. Les étoffes y sont traitées avec une extraordinaire\nrichesse de tons et de reflets. Ces deux dames, belges dit-on, sont vues par\nun Parisien qui n'a pas tout à fait oublié qu'il habite parfois rue des Dra­\npiers, à Bruxelles... Dans ses Impressions sur la peinture, M. Stevens a\nformulé ceci : « La critique d'art a un penchant à plus s'occuper du côté\nlittéraire que de la partie technique. » Cela est vrai, mais point un\nmal. Après avoir constaté que M. Stevens est un ouvrier de première force,\ndémontrant que le pastel, cet instrument délicat, peut avoir toutes les\nperfections de la brosse, que la vitre qui le protège entre pour beaucoup\ndans l'éclat de ces deux portraits puisqu'elle y remplace un vernis de toile\nà l'huile — il ne nous déplait pas de remarquer (littérairement) que les\nétoffes y vivent plus que les figures et que celles-là écrasant celles-ci, les\ndeux portraits en question pourraient bien un jour n'être que les modèles,\nadmirables, de deux robes à la mode de 1887.\n    M. GERVEX n'est pas exposé à cette déchéance. Les masques ne suivent pas\nle courant des toilettes ; mais cela n'empêchera pas La femme au masque\nd'être et de rester toujours le plus scandaleux spécimen de la moderne pein­\nture canaille. Comme M. Chaplin, M. Gervex s'est livré dans ce tableau à un\n art de boudoir que l'on croyait fait uniquement pour M. Van Beers. Cette\n femme nue a des chairs anémiques, poudrées, sous lesquelles circule du lait\n d'iris — non du sang. C'est un affriolant déshabillage de maison de passe qui\n fera les délices d'un vieux garçon, aux jours de faiblesse... C'est la même\n femme que le docteur Péan opère un peu plus loin, en démontrant d'un air\n satisfait l'excellence de la pince à laquelle il a donné son nom et qui,\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "                                  -   324   -\n\n\ncomme nous l'avons dit, se vend fr. 1-75 chez Collin, 6, rue de l'Ecole de\nMédecine. M. Gervex a oublié de noter ce détail dans son tableau-réclame.\nUn coin de drap qui tombe du lit d'opération était une place toute indi­\nquée; on eût pu même y ajouter les mérites divers des pastilles Géraudel.\n   On est heureux de quitter ces machines et de se reposer sur la magie des\nportraits qu'expose M. RIBOT, peintre superbe, sans personnalité. Du\nRibeira tout pur, admirablement transcrit. M. Ribot pourrait être le\nTrouillebert du maître espagnol. Mais quelle main ! Le père Bresteau a\nune tête extraordinaire de vie sombre et tragique, taillée, fouillée, couturée\nen pleine chair pourrie. Oubliez d'où cela procède et c'est de toute beauté.\n   M. JAN VERHAS est en sympathique progrès. Ses deux fillettes, Mar-\nguerite et Germaine dans la dune, sont gentiment campées dans le plein\nsoleil, rappelant un peu le « Carnation, lily, lily, rose » de John Sargent, vu\nau dernier Salon de Londres. M. Verhas n'a pas reculé devant les difficultés\nde la lumière crue, et l'œuvre, toute en note claire, n'est cependant pas aveu­\nglante. A ce jeu, le tableau devient facilement fanfare et il est peu com­\nmode d'éviter les vibrations des blancs et le papillotage des ensembles. Ceci\nest vraiment lumineux et frais. Dans cette gamme gaie sont, en valeurs\ndiverses, MM. CH.-S. PEARCE et RINGEL. La Sainte-Geneviève, du pre­\nmier, est de belle marque ; à coup sûr, les bleus éclatants de Bastien-Lepage\ny dominent, mais ils s'harmonisent avec l'atmosphère vraiment fluide du\ntableau ; quant à l'expression générale, celle de la sainte pastourelle et celle\ndu paysage, elle est d'une touchante candeur mystique qui pénètre et\nrepose. C'est la nature dans du rêve pieux, mais la nature néanmoins, et la\nnature modernisée par des fraîcheurs spéciales.\n   Telle n'est pas, à beaucoup près, celle que comprend M. LÉON FRÉ­\nDÉRIC. Les âges du paysan nous la montrent avec plus de réalité, mais\naussi plus de profondeur. Cette étonnante frise écrase tout ce qui l'entoure.\nM. Frédéric semble, malgré son âge, être arrivé à une maturité parfaite,\ntant est solide, tant est vigoureux son esprit de composition. Voilà une\nrangée considérable d'hommes, de femmes, d'enfants, campés au milieu\nd'un champ ; quelque chose comme un appel de farandole ; et, cependant,\ncela fait groupe; aucune figure ne s'isole... et quelle expression dans toute\ncette laide vérité ! Quelle poésie triste dans ces groupes de rustres, qui nais­\nsent, qui s'aiment, qui se recueillent ! Sur le tapis de gazon, où les fleu­\nrettes sont minutieusement traitées avec des scrupules à la Botticelli, ces\ngens ont une vie d'animalité pensante qui empoigne jusqu'aux fibres.\n M. Frédéric s'est dégagé de ses diverses paternités. Les tons Becs de ses\nMarchands de craie ont ici disparu, et sa palette n'a désormais tenu au\n pouce d'aucun peintre.\n    M. FANTIN-LATOUR est, lui aussi, de la famille des maîtres, mais quelle\n absence complète de couleur et quelle triste composition 1 Les portraits\n qu'il intitule Autour du piano sont monotones par la tonalité uniforme et\n terne de tous les plans. Et puis, ils posent désagréablement, depuis Cha­\n brier, ce petit homme vif, agité, bavard, que nous vîmes lors de Gwendo­\n Une et qui, aujourd'hui, semble avoir ôté ses nerfs avant d'entrer chez\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                   — 325- —\n\n\n Fantin, jusqu'au mal élevé wagnérien qui conserve son chapeau haut\nde forme. Autant nous aimions l'Etude, cette jeune fille pensive, à la tête\nfine, au geste reposé, qui figura au Salon de 1884, autant nous passons\nindifférent devant ce portrait qui n'est pas quelconque et cependant n'émeut\nni n'intéresse. Tournez-vous vers JAN STOBBAERTS, c'est une illumination.\n Marie Collart a les vergers, celui-ci les étables, mais les étables grasses et\nsuintantes de l'or des purins et du bronze des bouses. La paille dégoutte\nde berdouilles saines, de pissats chauds pour l'engrais. C'est une fête d'exu­\nbérances animales, de lourdeurs tièdes, et sur toute cette fermentation de\nbêtes et de choses coule un soleil fluide qui semble les macérer davantage.\n   M. HENRI DE BRAEKELEER avait aussi, lui, cet ambre des grands maî­\ntres ; il semble aujourd'hui l'avoir éteint dans la craie. La partie de cartes\nest loin de la banalité, mais paraît due à un art moins reposé que celui du\nJoueur de cor, bien connu. Il y a des morceaux d'une virtuosité un peu\nsuperficielle dans les étoffes, les tapis, les tentures. M. Stevens est un génial\ntailleur pour dames; M. de Braekeleer est bien près de devenir un merveil­\nleux tapissier décorateur, tant il écrase la vie par l'objet. Son tableau\nactuel est assurément une réjouissance des yeux, mais cela n'entre pas\njusqu'à ce bout du cerveau qui est, sans paradoxe, le cœur.\n   Combien plus a la faculté de nous émouvoir le maître LOUIS ARTAN !\nQuelle colère et quel tragique geste de vagues ! Mon atelier à la Panne est\nune des plus belles évocations qui soient, des tempêtes grondantes, du\nsinistre bouleversement des flots, de la convulsion des abîmes. Regardez à\ncôté de cela les perpétrations céramiques de M. Musin, quelle chute, regar­\ndez M. Claeys, quelle désolation! Un seul mariniste, M. LE MAYEUR, a\ndroit au respect, non loin d'Artan. Celui-là a compris autrement la mer,\nmais au moins a-t-elle une expression qui saisit et peut émouvoir. Nous\nsommes loin, heureusement, des fantaisies parisiennes de M. Béraud et de\nM. Gervex.\n   Il ne nous faut cependant pas être injuste pour les envois français.\nM. BOUY expose un portrait de femme d'une rare élégance discrète. C'est\njeune, gracieux, avec une jolie pointe d'espièglerie aux lèvres et une extrême\nsimplicité de pose. A noter encore une Madeleine, de M. PROUVÉ; le\nPortrait de M. Devillez, par M. CARRIÈRE; l'Été à Monaco, un peu\naveuglant, de M. LEROY SAINT-AUBERT, qui est, ne l'oublions pas, un\ntableau décoratif; l'Étude, de M. ROLL, et nous pouvons constater que\nParis n'est, en somme, pas mal représenté dans les bonnes choses comme\ndans les mauvaises.\n   M. TER LINDEN, avec tout son grand talent, n'est pas parfait. Nous\ngoûtons peu sa Charmeuse mal équilibrée et d'une élégance foraine. Le\nparquet uni semble, en la perspective, favoriser le glissement des objets, et\nn'était une certaine draperie traitée avec une délicatesse exquise, nous ne\nreconnaîtrions pas le peintre qui nous donna Après 93. Heureusement il\nprend plus loin sa revanche dans Le Parc, où nous le retrouvons tout entier\navec sa distinction et sa douceur intenses. Le parc, avec son eau calme\noù s'éparpille la verdure, est d'une intimité troublante. C'est un rêve\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "                                 — 326 —\n\n seigneurial tel que l'évoquait De Knyff ou, pour remonter plus haut,\n Claude Gelée, et nous pouvons donner de toute notre admiration.\n    Il faut le constater avec joie, ce qu'on appelle les « grandes machines »\n est rare au Salon. Il y a bien de ci de là un panneau absorbé tout entier\n par de vastes toiles, mais heureusement on a placé ces monuments dans\nune salle étroite où le recul, insuffisant, empêche de les voir. C'est\n M. JACQUES DE LALAING qui en souffre. Son groupe de plâtre bronzé, où\n l'on démêle un monstrueux enlacement de reptiles et de fauves, est noyé\n dans une lumière verticale qui en mange toutes les arêtes et tous les\n contours. Il faudrait voir sur une place publique ce colossal chandelier,\n pour juger du mouvement du groupe, qui, de prime abord, semble\n fougueux et rude. Mais nous avons toujours quelque défiance vis-à-vis de\n M. de Lalaing. Son étonnante facilité à toute chose le porte au truquage,\n et de plus, toute sa hardiesse n'est en réalité que de l'Académie en école\n buissonnière. Ainsi le Portrait équestre, ainsi les Lutteurs, ainsi le Citas­\nseur primitif semblaient-ils indiquer un peintre destiné, comme M. Emile\n Wauters, à portraicturer LL. MM. le Roi et la Reine. Ces choses, point\n banales, même curieuses, avaient des perfections de « fort en thème » qui\njugulaient l'effort pétulant d'une jeune imagination. A vue de pays, le Mât\n électrique est oeuvre décorative et industrielle qui ornera heureusement\nquelque place publique. Des réductions pour lampadaires d'appartement\nauront une vogue méritée, et l'on peut excuser M. de Lalaing d'avoir mêlé\nquelque souci commercial à l'exécution d'une belle œuvre d'art. Il est clair\nque si la ville adopte ce compliqué support pour en faire la base du mât\nde la place des Nations, elle aura doublement fait preuve d'initiative\nlouable, d'abord en favorisant un art encore trop peu développé, en nous\ndélivrant ensuite d'une statue de Rogier qui est dans la catégorie doulou­\nreuse des événements inévitables.\n    Le groupe de M. de Lalaing a plusieurs repoussoirs dont je ne citerai\nque la Jeanne d'Arc de M. MATEJKO de Cracovie. Si nous en croyons\nM. Téodor de Wyzewa, le critique fumiste de la Revue indépendante, un\nPolonais du boulevard Montmartre, les tableaux de M. Matejko font force\nesthétique en leur pays. Quand Matejko expose, la Pologne est ivre de\njoie — ce qui la change. Mais nous n'étions nullement grisé en regardant la\nJeanne d'Arc et force nous est d'en être fort aise. Pensez donc, nous\nl'aurions vue double et elle est déjà kilométrique ! Un travail immense,\nune composition stupéfiante tant compliquée, pour aboutir à de la décora­\ntion de sous-Mackart trempée dans du jus de pipe. Cela n'a que le bénéfice\nde faire ressortir les tons crayeux du Chantier de M. ROLL et les invrai­\nsemblables bleus du cheval que monte Lady Godiva sous les auspices de\nM. FRANTZ VINCK.\n    Retournons au paysage et nous avons une bonne surprise devant le tout\nremarquable Soir de M. MARCETTE; sa recette... est triomphante; Maris a\neu de ces tragédies de nature; ce Soir a des obscurités criminelles du plus\némouvant effet; c'est là de profonde évocation et de superbe peinture;\nM. HAMESSE est plus décoloré, mais ses plaines, où miroitent des palettes\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                                   — 327 —\n\nd'eau stagnante, ont conservé leur mélancolie bien connue, et son Coin\nd'étang a d'inattendues émotions. M. BINJÉ a la troisième note de cette\ngamme sensationnelle ; il voit plus fin ; on a dit que ses aquarelles sont des\ntableaux et ses tableaux des aquarelles; c'est inexact; l'aquarelliste domine\ntoujours, quel que soit le procédé. La silhouette d'arbres grêles dans la pluie\nfouettante, les ombres noyées dans le brouillard, les perspectives qui se\nperdent sans que l'on sache où les lignes se rejoignent, tout cela est traité avec\nune délicatesse spéciale, un peu mièvre, comme avec une pointe d'aiguille\natténuée d'estompe. A signaler encore dans le paysage M. COOSEMANS\net M. DENDUYTS, et nous voici parmi les fleurs de M lle GEORGETTE\nMEUNIER et les Roses trémières de M. OSCAR ANGENOT. Un triptyque\nde fleurs, non loin des éclatements harmonieux de M. Alfred Stevens, à\ndeux pas des draperies opulentes de M. de Braekeleer, était-ce une atten­\ntion ou une farce du jury de placement? M11e- Georgette Meunier n'en est\npas anéantie. Il nous souvient avec émotion du Souvenir de la mariée,\nde 1884, un rêve plus qu'un tableau. Tout ce blanc sur blanc avait la\ntransparence de quelque chose que l'on entrevoit et qu'on n'oserait toucher,\nde peur de le voir disparaître : une virginité diaphane sommeillait dans ce\ncoffret, dans tout cet épanchement de blandices abandonnées — comme\nun regret, ou dans l'attente — comme un espoir. Ici, même émotion virgi­\nnale. Cette Vie des fleurs eût pu s''appeler Souvenir de la jeune fille, tant\nalbe et chaste est cette éclosion de calices, ce doux jet de pistils. La légende\nporte :\n\n           Fleurs, filles du Midi, que le Nord a vu naître,\n           Quelle vie on vous fait sous ce verre étouffant ;\n           Un poêle pour soleil et ne jamais connaître\n           Ni les pleurs du matin ni les baisers du vent.\n           Aujourd'hui, chères fleurs, je viens vous rendre heureuses,\n           Je vous cueille pour elle, allez, courez, joyeuses,\n           Lui porter vos parfums et puis... et puis    mourez!...\n\n\n   Moins délicate est la main de M. Angenot, mais sa brosse cultive avec\nferveur aussi les fleurs épanouies de son rêve. Ses Roses trémières sont\nd'une parfumante fraîcheur et d'une extrême sincérité. Nous avons vu du\nmême peintre des portraits qui ne dénotent pas moins une nature dont\nl'avenir se préoccupera.\n   MM. ALFRED HUBERT et LÉON ABRY continuent leur vie militaire,\nfaisant tous deux la nique à M. VAN SEVERDONCK, de plaisant souvenir.\nLe Pansage de M. Abry, a les qualités du Gendarme de M. Hubert. C'est\nplus dessiné que peint, mais ce l'est de main experte, avec une vigueur peu\ncommune.\n   De FEU FRITZ RINGEL, une délicieuse Liseuse de romans — rien de\nWiertz — toute en note lumineuse, mais transcrite avec une légèreté de\npastel, surtout dans le clavier des bleus tendres.\n   De M. NICOLAS (ah! ah! ah!) VAN DEN EEDEN, surnommé « le petit\nvicaire », la Criée aux halles de Bruxelles, une affreuse toile, d'un ton\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "                                  — 328 —\n\n canaille, où se prélassent toutes les vulgarités qui forment le fond du\n talent de ce rapin. M. Van den Eeden, qui a jadis commis un Charles\n Rogier en putréfaction, n'est, certes, pas malhabile; sans être artiste, il\n possède son métier et nous devons rendre hommage à ses grandes\n qualités de composition, mais malgré cela, rien ne peut l'empêcher de\n produire des choses extraordinairement laides et parfaitement communes.\n Quelle joie de se détourner et de trouver, non loin de là, la superbe Cène,\n de FRITZ VON U H D E Depuis l'exquise Ecole des Tambours, depuis la\n Grande sœur, que nous admirâmes en 1885 au Salon des XX, nous\n n'avions plus rien vu du grand peintre bavarois. La Cène nous renouvelle\n toutes nos impressions ; un peu terne, c'est calme, d'une sérénité évangé­\n lique sur laquelle plane la tristesse des trahisons prochaines; point d'apôtres\n de la légende à ces frugales agapes, mais une réunion d'hommes humbles\n et craignant Dieu, autour d'un Christ humain qui les regarde avec amour\n et paix du cœur.\n    Le nom de M. JOSEPH DIERICKX, tout rapprochement à part, nous con­\n tinue le poème chrétien avec la Résurrection de Lazare. Le jeune artiste\n n'est pas à son début et voilà longtemps déjà qu'il exposait à l'Essor une\n ravissante figure nue, dont nous eûmes l'occasion de faire l'éloge. Ici la\n visée est plus complexe et l'œuvre plus importante. Le prix Godecharle a\n des exigences de dimensions ! Sujet académique, interprété de façon bien\n moderne; nous aimons peu la figure de Jésus, qui n'a pas, dans la lumière,\n une suffisante importance, mais le groupe des curieux est vraiment remar­\n quable et celui des fossoyeurs ne l'est pas moins; la buée qui enveloppe\nl'ensemble d'une atmosphère de tombe est peut-être un peu lourde, mais\nl'œuvre est bonne et sérieuse. Sérieuse est aussi la grande toile de\n M. CLUYSENAAR, Liberté, Egalité, Fraternité, qui nous mène cette fois\nau faîte du Calvaire. Œuvre symbolique. De la croix d'où le corps du Christ\na été détaché et gît sur le sol, s'envolent trois femmes nues. L'avouerons-\nnous, ce mélange de nu et d'évangélisme nous choque fort ; la pensée est\npeut-être fort congrue, mais est-ce l'imperfection des corps vulgaires de ces\nMarianne, est-ce le simple rapprochement, il passe certainement sur l'œuvre\n— non sans mérite — un souffle de vague obscénité qui répugne.\n    M. THÉODORE HANNON est sacrifié dans un coin à faux jour, avec son\n Ombrelle japonaise, portrait d'une jolie femme qui est la femme d'un joli\nportrait; ce madrigal suffira-t-il au joyeux Théo lorsque nous ajouterons\nque le paysage du fond est tout simplement exquis? Signalons encore — il\nnous faut abréger — l'Atelier de M. CHARLES MERTENS, les Mineurs,\nbien lourds cependant, de M. CONSTANTIN MEUNIER, les Moments de\npeine de M. NEUHUYS, les lourdes, mais solides scènes des frères OYENS,\nla Meuse de M. SPEECKAERT, le Retour de l'école de M. VAN GELDER,\nles Livres et parchemins et le Homard de M. ALFRED VERHAEREN, les\nsuperbes portraits de M. VERHEYDEN, la Digue de M. VERWÉE, les\nportraits excellents de M. HUBERT VOS, et passons rapidement à la sculp­\nture, où se font remarquer le San Giovannino connu de M. ACHILLE\nCHAINAYE, le groupe de M. DE RUDDER, l'adorable Allegretto, la déli-\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                                  — 329 —\n\ncate Figure tombale, déjà admirés ailleurs, de M. JULIEN DILLENS, un\nremarquable Projet de médaille de M. FERNAND DUBOIS, un buste de\nM. LAGAE, un Ugolin de M. RODIN, des médailles étonnantes de\nM. ROTY, et saluons en sortant le groupe de M. GASPAR, l'Enlèvement,\ndébut de jeune maître.\n   Sauf ces quelques envois, la sculpture n'a pas belle mine au Salon. Les\nSylvains de M. DEVILLEZ font sourire comme chose saugrenue, bien que\nméritante, mais décidément la généralité des sculpteurs comprennent mal\nle nu ; ils ne retrouvent pas le secret antique de la calme force dans la grâce,\net leurs modelés sont ou d'une platitude molle ou d'un tourmenté qui pré­\ntend. Je voudrais voir nos artistes aborder carrément l'étude du vêtement\nmoderne sous lequel on peut palper la chair vive, considérer le veston, le\nmanteau, la tunique avec autant d'intérêt qu'ils étudient le pli d'un peplum\nou d'une toge, pénétrer enfin dans la vie d'aujourd'hui à l'aide de l'instru­\nment, ciseau ou brosse, qu'ils ont choisi, et qui savent tous deux donner,\nl'un le modelé par la couleur, l'autre la couleur par le modelé. Le nu ne\npeut émouvoir que par sa perfection ; il ne souffre pas la médiocrité, et, de\nplus, ne peut-on pas affirmer qu'il n'existe plus qu'idéalement. Notre race\npétrie et modifiée par le vêtement doit avoir perdu ses modèles d'autrefois,\net à moins de copier les antiques, nous n'arrivons plus qu'à du déshabillé\nhonteux. Ainsi ne soit-il point.\n                                                    MAX WALLER.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n        MONNAIE — PARC — ALHAMBRA — ALCAZAR\n\n\n             Terrible pour la direction et pour le public, un premier mois de\n               campagne. On se cherche, on se perd, on grinche. Et les\n               ténors n'arrivent toujours pas. Le 10 septembre, la Monnaie\n               a rouvert ses valves et levé son rideau sur les malheurs de\nRaoul de Nangis. A part M. Tournié dont la voix date de Solferino, la\ntroupe a fait bonne impression. MM. Seguin et Isnardon, connus,\nMmes Litvinne et Legault connues. Une basse de belle force M. Vinche,\nun exquis rossignol, Mlle Léria.\n   Et puis Haydée pour la rentrée du bel Engel. Début de M lle Storell,\njeune fille d'excellente famille qui a eu des revers ; la voix est comme la\nfamille. Et puis Mignon, et puis Robert, toi que je n'aime pas, et puis le\nChien du Jardinier oublié depuis 1870 et le Médecin malgré lui. Début\nde M. Rouyer, baryton honnête; et puis la Favorite, ô mon Fernand! et\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "                                        — 330 —\n\n puis l'Africaine et enfin la triomphante et ensorcelante Walkyrie avec sa\n perfection d'interprétation, sa mise en scène merveilleuse et son succès qui\n ne finit point. Jusque-là, le théâtre tâtonnait; la presse, peu clémente,\n n'était pas pour donner du cœur aux chefs ; enfin revoici la vraie, l'incon­\ntestée, la complète victoire que l'on peut claironner à tous poumons.\n Chanteurs et orchestre mènent la campagne avec un ensemble tel, si sûre\net si enflammée est la main qui les dirige, que l'on se figure difficilement\n qu'oeuvre géniale puisse être plus génialement transportée à la scène (1). Le\npublic a accueilli de façons diverses la Walkyrie. Les protestations cessent\n et ceux mêmes que la musique wagnérienne n'étreint pas encore, éprouvent\ncette déception indéfinissable de trouver vide et sans ressort l'art qu'ils\n semblent regretter. « Je n'aime pas Wagner, mais depuis que je l'ai entendu,\nles autres me déplaisent ». Cet aveu de goût qui se cherche est significatif.\n Le répertoire courant ne peut plus satisfaire et les directeurs actuels en sont\nà préparer péniblement la fortune de leurs successeurs. Ce sera leur grand\nmérite et leur grand déboire. C'est à nous et au public de les dédommager\n et de leur donner courage.\n    Cette évolution n'existe pas moins dans la comédie, la féerie et l'opérette.\nLe Parc, donnant le Testament de César Girodot et Célimare le Bien\naimé, interprétés par une bonne troupe, affirme le besoin de neuf, n'en\nfût-il plus au monde. Sans doute, Labiche est un maître; certes, Célimare\nest une œuvre de première force, de bon comique et de vigoureuse obser­\nvation psychologique. C'est humain, pourtant c'est vieilli. On retourne à\nCélimare, on n'y reretourne point, et la pièce, pour être classique, l'est\ntrop ou ne l'est pas assez. Les Effrontés donnent encore.\n    Pour l'opérette, il faut à présent d'extraordinaires déploiements de mise\nen scène. Orphée aux Enfers eut l'heur de plaire encore grâce à des décors\n\n\n   (1) Voici, à ce propos, l'exquise énormité de M. Edmond Cattier à la Galette :\n   « Un conte à dormir debout, mis au théâtre avec une maladresse sereine; un premier\nacte de musique merveilleuse, qui a surtout le mérite d'arriver avant les deux autres; un\nsecond acte démesuré, où des morceaux splendides ne procurent cependant qu'une\nsensation de fatigue et de monotonie; la Chevauchée colossale, suivie d'interminables\nlongueurs, qui aboutissent à cette éblouissante page des Adieux de Wotan ; une orches­\ntration à laquelle on appliquera si l'on veut tous les adjectifs propres à exprimer l'admi­\nration, mais qui fatigue aussi à la fin, PAR SA PERFECTION MÊME, par une richesse trop\nsoutenue, — c'est l'histoire du pâté d'anguilles, qui était bien le meilleur des pâtés, mais\ndont on ne pouvait pourtant pas manger tous les jours ; le fameux système du leitmotif\nappliqué mathématiquement et montrant, à chaque instant, les ficelles du génie ; une\nmise en scène enfantine aboutissant à des effets ridicules, comme ce combat de tréteaux,\ndu second acte, ce spectacle de lanterne magique, du troisième et même cette fameuse\nscène du feu, qui ne donne pas d'autre illusion, si elle en donne, que celle d'un incendie\ndans un théâtre, et qui inquiète tout le monde, sans rien ajouter à l'effet descriptif de la\nmusique ; nous avons retrouvé tout cela dans cette Walküre qui doit à l'anémie musicale\ncontemporaine la grosse part de son succès. Il faut bien nous contenter de Wagner, EN\nATTENDANT MIEUX. »\n   Le « en attendant mieux » n'est-il pas un rêve?????\n  On dirait de la sculpture écrite sous la dictée du père Cattier? C'est gaga, c'est\ngaga, ah ! ah ! ah !\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                                 — 331 —\n\nmerveilleux, de superbes costumes et une interprétation hors ligne qui\nnous font regretter des directeurs de la taille de M. Maurice Simon.\n L'Alhambra, de M. Oppenheim, a voulu reprendre ce bail de la vogue et\nne l'a pas fait sans succès avec Geneviève de Brabant ; la bouffonnerie\nd'Offenbach est bien montée en ses cadres neufs et ses décorations cha­\ntoyantes, tout est mis en jeu pour assurer le succès et le succès n'a point\nmanqué ; mais les yeux se sont détournés un instant vers le triste Alcazar\noù régna pendant quelques soirs la déconcertante et superbe Thérésa. La\nGlu, le Bon Gîte, l'Eté de la Saint-Martin, des romances d'orgue de\nBarbarie ont fait jaillir des larmes vraies, grâce à d'indéfinissables nuances\némotionnelles que seule la grande artiste sait trouver.\n   Et en somme, la saison s'annonce bien. Delaquerrière et Landouzy\nressuscitent le Barbier; les directeurs subissent la crise d'automne, mais il\nfaut avoir confiance — et nous espérons.                              M. W.\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "                                        — 332 —\n\n\n                                 MEMENTO\n   On nous annonce comme devant paraître         de M. Albert Giraud. On nous annonce\nen novembre, une nouvelle publication            encore un volume de Ballades en prose,\nd'art : La Revue musicale et dramatique,         de M. Jules Destrée; Le Lys, poésies de\nbi-mensuelle. Le prix d'abonnement est de        M. Fernand Severin ; un volume de Nou-\n12 francs par an pour la Belgique, avec          velles (chez Ollendorff), de M. Frédéric\nréduction de 5 francs pour les professeurs       Cousot ; une deuxième série de Notes sur\nde musique, les élèves des conservatoires        la littérature  moderne de M. Francis\net le personnel des théâtres. On s'abonne,       Nautet; des Impressions et sensations, de\n26, rue de l'Industrie, chezMmeVeMonnom.         M. Arnold Goffin; une plaquette : Les\nNous souhaitons la bienvenue à notre nou­        chants des jours lointains de M. Maurice\nveau confrère.                                   Desombiaux.\n                     ***                                               ***\n  A rapprocher : un projet pour lequel              La petite revue dont nous avons parlé\nnous prenons date : L'Anthologie des musi-       dernièrement n'est pas contente de nous voir\nciens belges que nous entreprendrons pro­        disposés à encourager ses efforts. Dans son\nchainement.                                      dernier numéro, dont la fantaisie nous a dé­\n                     ***                         licieusement fait passer une heure, elle\n  M. Jules Destrée continuera dans La            affirme d'une façon tellement formelle que\nJeune Belgique les Portraits et silhouettes      La Jeune Belgique est une vieille belle à\nqui ont été tant remarqués à l'Artiste.          cheveux blancs, à bouche dégarnie, que\n                     ***                         nous devons nous incliner devant cet état-\n   Nous apprenons avec une douce surprise        civil que nous ne soupçonnions pas. « Fi­\nque les abonnés de feu l'Artiste seront ser­     dèle à ses principes » cette précoce édentée\nvis dorénavant par l'Art moderne. C'est          renonce donc au projet qu'elle avait caressé\nencore une des joyeuses facéties du groupe       d'abriter dans ses jupes octogénaires les\nEdmond, Vieux boy et C ie . On se souvient       merveilles de lucidité de M. René Ghil, les\nen effet que l'Art moderne, le jour où notre     virtuosités de M. Kahn et même les œuvres\nconfrère déposa les armes, n'eut pas assez       toujours curieuses de M. Dubedat et de\nde brocards pour le défunt. Aujourd'hui il       M. Baju. Elle laisse donc à ces jeunes élia­\nsemble n'être pas trop fâché de recueillir       cins l'honneur du symbolisme-instrumen­\nles dépouilles de l'Artiste.                     tiste. Elle est vieille et ne comprend plus.\n                                                 Que M. Albert Mockel soit, et la Jeune\n   C'est, au point de vue de la confraternité,\n                                                 Belgique fut.\nle procédé du vampire de Saint-Ouen.\n                                                                      ***\n                     ***                           On vient de découvrir à Carlsruhe une\n  Notre grand sculpteur Jef Lambeaux             fabrique de faux Ruisdael, Van der Meer,\nachève en ce moment, dans son atelier de la      Van Delft et Van Ostade. L'imitation est,\nHollestraat, un grand carton où figurent         paraît-il, georgeskhnopffoïdale. Il faut\ndes personnages multiples représentant en        qu'elle le soit, puisque les fabricants étaient\ndivers groupes : les Passions humaines.          arrivés à vendre soixante-et-un tableaux\n  Le carton terminé sera exposé publique­        faux au musée de Francfort-sur-le-Mein.\nment.                                                                 ***\n  Le gouvernement a l'intention de com­             M. de Nocée publie périodiquement, sous\nmander l'œuvre, en marbre, pour le palais        le titre Anthologie contemporaine, des fas­\nde justice.                                      cicules contenant chacun des extraits d'œu­\n                                                 vres françaises et belges choisis avec tact.\n Aussitôt après le Parnasse de la Jeune          Les quatre premières livraisons renfer­\nBelgique paraîtra Hors du siècle, poésies        ment :\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                                     -    333 —\n\n  1re série, 1. — CATULLE MENDÈS :       Les   approfondi, l'harmonie, le chant individuel\nMonstres parisiens (Le Mangeur de rêve),       et le chant d'ensemble.\nLes Contes du rouet (Le Mauvais convive).         Tous les cours sont gratuits.\n  1re série, 2. — GEORGES RODENBACH : Les         L'inscription des élèves s'est faite à par­\nTristesses (Le Coffret), L'Hiver mondain       tir du 3 octobre, dans les locaux de l'Ecole,\n(Femme en deuil, Jardin d'hiver), La           savoir :\nJeunesse blanche (Béguinage flamand, Di           Pour les jeunes filles, le jeudi après-midi\nmanches, Vieux quais, Veillée de gloire).      et le dimanche matin, rue Royale Sainte-\n  1re série, 3. LÉON HENNIQUE : Les funé-      Marie, 152, à Schaerbeek.\nrailles de Francine    Cloarec.                   Pour les jeunes garçons, le lundi, le mer­\n  1re série, 4. — GEORGES EEKHOUD : Ker-       credi et le vendredi, à 6 heures du soir, rue\nmesses (Le pèlerinage de Dieghem).             Traversière. 11, Saint-Josse-ten-NooJe.\n  Chaque fascicule, composé de 16 pages,          Pour les adultes (hommes), le lundi et le\navec couverture, convenablement imprimé        le jeudi, à 8 heures du soir, rue Traver­\npar Gilon le Verviétois, veau trois sous.      sière, n° 11.\n                                                                    ***\n                      ***                         M. Clovis de Melr publie sous le titre :\n   Mercredi a eu lieu au foyer du théâtre\n                                               Art. artistes et critiques, une brochure très\nMolière, la première lecture par M. Armand\n                                               intéressante où il semble admirer beaucoup\nSilvestre de son drame inédit en 4 actes,      la Pestede Tournai et fort peu les réalistes.\nLa Tesi. M. Alhaiza, qui rouvrira les          Tout l'ouvrage est à tendance morale, ce\nportes de son théâtre le 15 octobre avec       qui le détruit; il conclut : « A Zola oppo­\nAndréa, la comédie de Sardou, compte           sons donc un naturalisme vrai et propre,\ndonner immédiatement après La Tesi dont        en un mot : L E NATURALISME CHRÉTIEN ».\nla lecture a fait excellent effet. Nous n'en   Voilà une grosse sottise, M. de Melr.\ndéflorerons pas le sujet. Disons seulement     Chrétien, païen, apache, mohican ou pata­\nqu'il est traité non par le gaulois de Gil     gon, lArt c'est l'Art, et l'Art c'est beau,\nBlas, mais par le poète du Pays des roses      voilà tout. Ce n'est pas difficile à com­\net du Chemin des étoiles.                      prendre, voyons !\n                                                                    ***\n   Ce brave Art moderne a décidément le           De M. Jules Gilson, une brochure aussi :\nmonopole des trouvailles. A propos d'un        Bâtarde! L'histoire d'une fille qui a un\narticle de M. Champsaur, il trouve que les     protecteur vieux et un protégé jeune très\nvers devraient être imprimés sans les          godiche; elle aime le second et trompe le\nmajuscules conventionnelles. Dans Dinah        premier; elle file cependant avec le vieux\nSamuel qui parut en 1882, M. Champsaur         et lâche le jeune. Et un jour elle meurt à\na, en effet, imprimé des vers (fort mauvais)   l'hôpital, ce qui est fort triste et tire les\nde cette façon, mais en 1879 paraissaient      larmes à M.Jules Gilson. Son jeune héros,\nLes rimes futiles, de M. Montenaeken,          désolé, en rate tous ses examens et, de\ndevançant M. Champsaur dans sa peu heu­        désespoir, se fait journaliste et chienne\nreuse idée et l'Art moderne, dans sa peu       d'enfer.\nnouvelle découverte. Ousqu'elle est, l'igno­      Et cela est très bien imprimé.\nrance imposante ?                                                  ***\n                      ***                        Comme les fumeurs d'opium, les man­\n  La réouverture des cours de l'Ecole de       geurs de haschisch ont un club dans Paris,\nmusique de Saint-Josse-ten-Noode-Schaer-       au fond de l'île Saint-Louis. Un rédacteur\nbeek, sous la direction de M. Henry W a r -    du Paris, M. Georges Montorgueil, rap­\nnots, a eu lieu le 3 octobre.                  porte une curieuse conversation qu'il a eue\n  Le programme d'enseignement com­             avec un membre de ce cercle, à propos de\nprend le solfège élémentaire, le solfège       Baudelaire.\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "                                         -   334     -\n\n   Comme j'exprimais le regret qu'un si          visible... un Invisible qui vous touche qui,\nbeau génie se fût éteint sous l'influence des    vous soufflette, qui vous broie, qui vous\nstupéfiants :                                    roule... Autour de soi, c'est noir... un\n   — Baudelaire mort du haschisch, répéta        océan d'encre, avec un horizon indéfini.\nmon homme, légende. Il cessa d'en manger          Puis, vous savez, pas de peintre pour\nle jour où il en connut les affres.              peindre ça... Le Frisson n'a pas encore\n   — Les affres? Qu'est-ce que cela?             trouvé son traducteur... Baudelaire, après\n   Mon haschischin roula des yeux étranges,      les affres, a juré de ne jamais plus toucher\nsa figure grimaça, apeurée, ses mains firent     de sa vie à la divine et abominable confi­\nde grands gestes poltrons, et, d'un air ter­     ture...\nriblement mystérieux, il répéta :                   — Et vous?\n   — Oh! les affres... Bigre! les affres!...        — Moi... j'ai continué. Mais j'ai veillé à\n   Il paraissait sous l'empire d'une vision      ne pas me laisser endiguer, à rester maître\naffolante, d'une émotion lointaine et per­       de ma volonté. Le haschisch fait ce qu'il\nsistante; quelque chose de mystérieux était      veut des autres : moi, je fais ce que je veux\nentre lui et moi. Je le pressai de questions.    du haschisch... J'ai les rêves qu'il me\n« Voyons ! les affres, expliquez-moi ça ! »      plaît... Je me place sous une influence et,\n   Il éclata tout à coup...                      réveillé, jouissant de mes plénitudes, je\n   — Je ne les ai eu qu'une fois... mais         continue mon rêve, de minute en minute,\nchaque fois que je les ai... eues je me suis     le reculant par delà les bornes de l'extrême\ncouché...                                        possible, l'amplifiant, le magnifiant. C'est\n   Il mentait en me disant qu'il ne les avait    le ravissement sans fatigue; un bonheur\neues qu'une fois et se démentait. Sous           auquel il ne manque que les mots pouvant\nl'empire d'une préoccupation tenace, il          l'exprimer.\noubliait de déguiser son mensonge. Il                                »**\npoursuivit :\n                                                   M. de Nocée nous prie d'annoncer l'ap­\n   — Ah! oui! c'est épouvantable... é-pou-       parition prochaine de son volume de nou­\nvan-table. C'est la lutte avec la mort. On a     velles, sous ce titre : Tas de cochons!\nconscience que la carcasse craque, que l'on        Avis aux intéressés.\nest fini, rasé, que l'on tombe en deliquium...\n L'intelligence subsiste ; on sait que cette\nangoisse est le produit de la sacrée confi­         On a enfin découvert l'un des ravisseurs\nture ... On se reproche d'en avoir pris... on    de l'infortuné M. Keymolen. Devant le juge\ns'accuse... on s'injurie... l'esprit sermonne    d'instruction il a avoué se nommer Paul\nfurieusement la bête... on a le vertige. On      Wauwermans, avocat à la Cour d'appel de\ncombat contre on ne sait quoi, contre l'In­      Bruxelles (dangereux récidiviste).\n\n\n\n      Au moment de mettre sous presse, on nous apprend la mort de Charles-Henry\n   De Tombeur, notre frère en lettres, qui nous est ravi à l'âge de vingt-trois ans.\n      Sans avoir jamais fait partie de la Jeune Belgique, De Tombeur était le cama­\n   rade et l'ami de la plupart des nôtres. Un instant il connut la lutte des Lettres,\n   lorsqu'il fonda et dirigea La Basoche. Il fit là de grands efforts avec une ténacité\n   rare et cette revue, grâce à lui, mérite d'être conservée et rappelée.\n      De Tombeur y écrivit beaucoup. Plume alerte et fine, — recherche du pitto­\n   resque et du mot rare — vraiment moderne et destinée à valoir un jour.\n      C'est une douloureuse mort que celle-là; nous en subissons tristement l'irrépa­\n   rable réalité, en envoyant à notre ami disparu le regret des nombreux qui\n   l'aimaient.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "   Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n      TAVERNE BRITISH\ntenue par V A L A D E et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortables.\n\n\n\n\nA\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de BIock's Universal Wine C0\n                6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA B O U R S E\n\n                       E T M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal-\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora .\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LE NOMMÉ PERREUX, par PAUL BONNE-\n  TAIN. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois 1 7 francs; en\n  vente partout.\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "         POUR       PARAITRE               EN NOVEMBRE                        :\n\n\nHORS DU SIÈCLE\n                                POÉSIES\n\n                                     PAR\n\n\n\n                      ALBERT             GIRAUD\nÉditeur : Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n\n\n\n   GENEVIÈVE DE BRABÀNT\n             GRAND SUCCÈS A L'ALHAMBRA\n\n\n\n\nASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                    ÉPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                      Baron J. de Warnimont                                                2 25\n                      Marquis Armand de St-Hubert                          . . . .         2 75\n                      ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                                 3 00\n                      Crême d'Ay               id.                                         3 50\n                      Bouzy extra              id.              Cuvée réservée.            4 50\n                      Bouzy Cristal            id.                                         5 00\n                                    0.50     e n p l u s p a r 2/2 b o u t e i l l e s\n\n                              EXPÉDITION        PAR PANIERS DE 25            BOUTEILLES\n\n                     Franco   de port,     droits   et emballage       dans toute la      Belgique\n\n    ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n\n         Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1887-10-12", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 348."}}