{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "8e ANNÉE. TOME VII, N° 1.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "8e ANNÉE.      TOME VII, N°    1.     PRIX : FR. 1-00.                   15 JANVIER 1888.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "SOMMAIRE:\n  Hiep-Hioup                                              GEORGES EEKHOUD.\n  Le Baiser                                               THÉODORE DE BANVILLE\n  Bonheur cruel                                           ALBERT GIRAUD.\n  Notes et silhouettes                                    JULES DESTRÉE.\n  Le Miroir magique                                       IWAN GILKIN.\n  Sons de cloches                             .   .   .   HENRY MAUBEL.\n  Noël                                                    CH. VAN LERBERGHE.\n  L'Amour conjugal                                        JEAN MOURET.\n  Vers                                                    GRÉGOIRE LE ROY.\n  L'Absent                                                ARNOLD GOFFIN.\n  Les Orgues                                              FERNAND SEVERIN.\n  Jésus sur la montagne                                   VALERE GILLE.\n  Pur-Pur                                             .   MAX WALLER.\n  Memento                             .       . . .       ***\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                  RÉDACTION :\n         26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                          PARIS\n                              L É O N V A N I E R , ÉDITEUR\n                                     19, Quai Saint-Michel\n\n\n                                           1888\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L eau forte de Félicien Rops", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\n revue. 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C'est du Féval éventé, votre Mlle de Noirval; banal, lâché de style,\n mauvais, ininsérable.\n   2. NESTOR OUTER. Amours roses remises au n° 3.\n   3. H. L. N. Croquis bruxellois excellent pour une chronique de quotidien, mais trop\n connu et pas assez poussé pour nous. Quant à Ninon, Clesse ferait mieux et c'est tout\n dire.\n   4. R. G. Cueillerons une de vos jolies fleurettes. Merci.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 16, "titre_corps": "Hiep-Hioup !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "HIEP HIOUP", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1616, "texte": "HIEP-HIOUP !\n\n\n                                 a ferme du Boschhof ou « Maison Fores­\n                             tière » était située entre Wortel et Ippenroy.\n                                Pays désolé mais plein de caractère, comme\n                             disent les peintres d'aujourd'hui : des bruyères\n                              couleur de rouille, des sapins d'un vert noi­\n                                râtre, des genêts d'or, çà et là un de ces\n                                   marais glauques et figés, entourés de\n                                     genévriers, que nos paysans appellent\n                venues, de rares chênayes, des cultures plus rares, trois\n                ou quatre clochers ayant l'air de se faire des signaux\n                par de.ssus des lieues de landes, et presque toujours un\n                grand ciel nuageux, aussi mobile, aussi tourmenté que la\n                plaine est quiète et amortie.\n                   Le contraste s'étend du décor à la population : au\n              noyau des habitants primitifs, gens résignés et laborieux,\n              sont venus s'ajouter, à cause du voisinage de la frontière\n              hollandaise et du Dépôt de mendicité d'Hoogstraeten,\n              quelques rafales, d'humeur moins chrétienne, vivant de con­\n              trebande, de braconnage et de maraude.\n                 Les Overmaat, habitants du Boschhof, de père en fils\nfermiers et gardes forestiers des comtes de Thyme, grande famille néer­\nlandaise aujourd'hui éteinte, passaient pour les paysans les plus aisés de la.\ncontrée.\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "                                    — 6 —\n\n    Jakkè Overmaat, le dernier garde, était un superbe gaillard de vingt-cinq\nans. « Solide comme le chêne, droit comme le sapin, sain comme les\nbruyères ! » dit-on là-bas de ceux de sa trempe. La mort subite de son\npère et d'un aîné qui devait hériter des fonctions paternelles avaient fait\nrappeler Jakkè du séminaire de Malines où, comme la plupart des cadets\nde fermiers flamands, il se préparait à devenir curé. Il avait rapporté du\ncollège des manières déférentes, et les livres avaient fait lever dans son\nimagination ce grain de merveilleux qui germe au fond de toute âme\ncampinoise.\n     L'air réservé, plus grave que son âge, il était une sorte d'oracle pour sa\nparoisse. Le caractère epclésiastique qu'il avait failli revêtir ajoutait à sa\nconsidération. Les réfractaires même vantaient son humanité et son esprit\n de justice. S'il tenait à distance les familiers, il ne se connaissait aucun\n ennemi, et pas une mère qui ne l'eût rêvé pour gendre.\n     Sa vieille mère à lui, aurait bien désiré qu'il se mariât, mais le jeune\n homme un peu farouche, ne se pressait pas,' sincèrement convaincu de n'être\n jamais plus heureux qu'auprès d'elle.\n     Tout alla bien jusqu'au jour où l'appoint des irréguliers s'augmenta\n d'une pauvresse et de sa fille, exilées d'on ne sait combien de patries\n et qui obtinrent de la charité du comte de Thyme, la jouissance — puisque\n cela s'appelle ainsi — d'une masure abandonnée, sur la lisière des bois, de\n l'autre côté du Boschhof.\n     Comme leurs pareils, ces étrangères vivaient de rares aumônes, d'un peu\n  de travail, et de continuelles rapines. Leurs ressources avouables consis­\n taient dans la récolte des champignons et des faînes et dans la fabrication\n  des paillassons. En outre elles avaient ouvert un débit de liqueurs dans\n  leur taudis et la vieille disait la bonne aventure à sa clientèle de pieds-\n  poudreux et de claque-dents.\n      La fille était une grande pièce, dégingandée, maigrichonne, les cheveux\n  ébouriffés luisant comme du charbon, l'ovale allongé du masque troué de\n  deux yeux noirs comme l'orage, toute sa personne serpentine, travaillée\n  par un brasier intérieur. En somme, une femelle peu engageante pour les\n  terriens honnêtes, friands de blondines potelées et d'humeur placide. Aussi\n  elle ne recruta de galants que parmi les manouvriers de passage, les porte-\n  balle, les forains, les valets infimes ou parmi les braconniers qui l'associaient\n  comme recéleuse ou comme chienne de garde à leurs entreprises. Encore\n  fallait-il qu'elle les provoquât ouvertement, car, aussi décriés qu'ils fussent,\n   ces gueux avaient trop de vergogne pour tirer vanité de leur aubaine.\n      Au demeurant, la gaillarde avait bon caractère. Comme ceux de sa gent,\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "                                    —7 ~\nelle n'en voulait qu'à l'autorité, au garde-champêtre, au gendarme, au juge,\naux riches et à leurs salariés, en général à ces heureux qui détiennent la\nterre et l'argent ou qui traquent, pourchassent et vexent de mille façons les\nventres creux et les goussets vides. Mais ceux-là, elle les haïssait pour toute\nla chrétienté et il n'est pas de méchant tour qu'elle n'eût voulu leur jouer.\nLes villageois l'avaient appelée Hiep-Hioup ! à cause de ses interjections\nfavorites qu'elle accompagnait d'un entrechat et d'un claquement des\ndoigts, et bientôt elle ne fut connue que sous ce sobriquet.\n   Cette paroissienne devait avoir fatalement maille à partir avec Jakkè\nOvermaat. La sorte de respect et de sympathie que le garde inspirait jusque\nlà aux plus incorrigibles vauriens irritait particulièrement la mâtine. Elle\nn'admettait pas qu'on isolât cette casquette galonnée de la légion des tour­\nmenteurs du pauvre monde.\n    Un jour elle était en train, la cognée au poing, de faire subir aux\nbouleaux du domaine confié à la surveillance du garde, un émondage de\nsa façon, lorsque le fils Overmaat arriva de ce côté. Au lieu de fuir, elle\nrassembla, de l'air le plus insouciant, une abondante provision de bois.\n Il la tança sans colère, l'engageant à venir demander plutôt à la ferme les\nbûches dont elle aurait besoin. La noiraude le regarda dans le blanc des\nyeux, et lorsqu'il eût eu fini de bredouiller sa semonce, elle lui rit au nez\nd'un rire aigre comme un trille de fifre, puis tourna les talons et s'enfuit\nen sautant et en brandissant la cognée : « Hiep-Hioup ! »\n    Ce rire strident causa au garde un embarras et un malaise qu'il n'avait\njamais éprouvés. Le reste du jour il l'entendit grincer à son oreille. Pour la\npremière fois de sa vie il fut mécontent de lui-même et se trouva inférieur à\n son poste.\n    Sa mauvaise humeur durait encore, lorsque, quelque temps après, à\nl'aube, il trouva Hiep-Hioup accroupie dans les taillis, occupée à dénicher\n des œufs de faisan. Il bénit presque cette occasion de se réconcilier avec\nlui-même; sur un ton qui n'admettait pas de réplique, il lui ordonna de\n vider le contenu de ses poches et de remettre les œufs dans le nid.\n Comme elle n'en faisait rien, il lui prit le bras et le serra assez fortement.\n Elle cria comme une taupe mordue par un chien, laissa choir les œufs\n qu'elle cachait dans son tablier, les écrabouilla sous son sabot, puis, se\n dégageant de sa poigne, elle détala à toutes jambes, non sans lui jeter son :\n « Hiep-Hioup ! » le plus moqueur.\n    Jakkè la vit s'éloigner, ahuri, sans se résoudre à la conduire chez le garde-\n champêtre. C'est à peine s'il marmonna une menace de procès-verbal.\n  Son beau zèle et son désir de revanche étaient loin et il demeurait tout\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "                                   — 8 —\n\ncamus, plus démonté que la première fois, par cette physionomie trou­\nblante et ce je ne sais quoi d'effronté et d'agressif qu'il n'avait jamais connu\nà une femme. Et ces yeux de braise, et cette voix grêle et rauque, lui cau­\nsèrent des insomnies.\n   Encouragée par les deux premiers avantages remportés dans sa cam­\npagne contre le garde des comtes de Thyme, la mauvaise engeance chercha\nmaintenant à se trouver sur son chemin. Elle ne se mettait plus en frais\nde ruses pour lui cacher ses délits. Elle rôdait même de préférence aux\nalentours du Boschhof et opérait pour ainsi dire à sa barbe.\n   Jakkè, au contraire, n'avait pas encore recouvré sa sérénité et son calme,\net le résultat piteux de ses démêlés avec la maraudeuse, loin de l'engager\nà affronter une nouvelle affaire, lui faisait craindre de se mesurer une\ntroisième fois avec elle.\n    Il l'évitait ou détournait la tête et les regards à son passage. Il leur\narrivait cependant de tomber nez à nez, et Jakkè avait alors une mine si\nétrange, un tel air de matou échaudé à la fois penaud et rancunier, il répon­\ndait si piteusement au bonjour impertinent de la dessalée, que s'il n'avait\npas eu la réputation de ne jamais lever le coude, on l'aurait cru sous\nl'influence du genièvre.\n   — Suis-je bête! se dit à la fin Hiep-Hioup. Mais c'est qu'il m'aime, le\nnigaud!\n    Et cette découverte la plongea dans une terrible bonne humeur. Les\ngagne-deniers à qui elle en fit part, crurent qu'elle plaisantait, mais cela\nne les empêcha pas de trouver l'invention exquise et de la corner à tout\nvenant.\n   Un dimanche, à l'heure de la première messe, Jakkè avisa Hiep-Hioup en\ntrain de chasser le lapin au furet dans les labours avoisinant le Boschhof.\n   Avertie de l'approche du garde, l'incorrigible braconnière avait sifflé la\nbestiole lancée au fond du terrier et l'ayant saisie et logée, sans trop se\nhâter, sous son corsage, elle attendait de pied ferme, le trouble-fête.\n   Jakkè commença par insinuer rapidement le poing entre l'étoffe et la\nchair, dénicha le furet et lui tordit le cou. Puis, après avoir rejeté loin de\nlui l'animal et secoué ses doigts sanglants cruellement mordus par la\nvictime, il se mit en devoir de conduire Hiep-Hioup chez le garde-cham­\npêtre de Wortel. Cette exécution avait fait l'affaire d'une seconde. Hiep-\nHioup n'en pouvait croire ses yeux. Pour sûr on lui avait changé son\ncomplaisant Overmaat. Ce fut bien pis lorsqu'elle fut revenue de la stupé­\nfaction causée par ces procédés expéditifs et qu'elle essaya de ses grimaces\nhabituelles. Menaces, défis, cabrioles, cris de rage, regards de basilic, ne\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "                                    — 9 —\n\nparvinrent pas à intimider le justicier. Il fallut qu'elle emboîtât le pas.\nEn route il lui fit de la morale sur un ton très calme qui mit le comble au\ndépit de sa capture.\n    L'instinct de la braconnière la servait mal ; il lui eût suffi, en ce moment,\nencore, d'un mot de douceur pour amollir la résolution du garde, pour\nqu'il la relâchât de nouveau.\n    Car elle avait deviné plus juste l'autre fois : Jakkè aimait Hiep-Hioup.\n    L'honnête garçon, d'humeur un peu apathique, que n'impressionnaient\npas les yeux bleus si caressants des paroissiennes de sa condition avait\nété retourné jusque dans les moelles par les simagrées de cette créature.\nMais la chose était si anormale, si odieuse, qu'il n'osait se l'avouer à lui-\nmême et qu'il se fût tué plutôt que de la confesser. Seulement, depuis\nquelque temps lorsque sa mère vaguement inquiète insistait pour qu'il prît\nfemme, il répondait à ses propos avec une brusquerie et un air rogue qu'il\n n'avait jamais montrés autrefois. De là aussi, des luttes, des remords, et\n l'énergie inattendue dont, voulant réagir à toute force, il venait de faire\n preuve.\n     Mais il se trouva que l'aventure qui devait affranchir le gars des enchan­\n tements de Hiep-Hioup tourna à sa confusion et le perdit à jamais.\n     Procès-verbal ayant été dressé : la picoreuse citée devant le juge de paix\n et Jakkè appelé en témoignage, celui-ci, revenant sur ses premières décla­\n rations, tenta de blanchir la coupable. Il se contredisait à tel point dans\n ses deux dépositions, qu'il faillit se compromettre lui-même et que le juge\n eut envie de le mettre en cause. Ceux d'Ippenroy et de Wortel accourus\n pour assister aux débats, constatèrent que le garde avait eu, tout le\n temps, plutôt l'air d'un accusé que d'un témoin.\n    Affligée d'un casier judiciaire très fourni, où les récidives ne se comptaient\n plus, Hiep-Hioup fut condamnée au maximum, c'est à dire à quinze\n jours d'internement au Dépôt d'Hoogstraeten en dépit des rétractations\n de son accusateur.\n     Avant de les entendre énumérer à l'audience, Jakkè ignorait le total et la\n variété des condamnations pour vagabondage, vol, affaires de mœurs et\n autres peccadilles, encourues par la gourgandine. Ce dossier aurait dû\n guérir un brave garçon comme lui, de son obsession maladive ; au\n contraire, ces tares ne firent que ragoûter son penchant, et la sentence\n prononcée, il s'en voulut amèrement de valoir ces nouveaux ennuis à cette\n  « cavale de retour » comme l'avait appelée le juge.\n     Hiep-Hioup prit gaîment la chose. La prison, elle en avait assez mangé\n  pour ne plus s'en effrayer! La mine contrite et repentie de Jakkè l'avait\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "                                    — 10 —\n\n\namusée plus que les autres. À présent elle était sûre de le tenir ! Cette\ncertitude compensait largement la honte d'un nouveau voyage à Hoog­\nstraeten ! Non pas qu'elle sût le moindre gré à Jakkè de ses sentiments.\nElle n'y voyait que le moyen de lui faire payer cher sa dénonciation, plus\ntard, et d'assouvir une haine aussi inexplicable mais aussi violente que\nl'amour du garde.\n   Au retour du tribunal la sequelle des pieds-poudreux et des irréguliers,\nqui avaient fait escorte à leur commère, ne manquèrent pas de colporter,\npar tout le village, la narration de ces débats édifiants.\n   Ces lurons, amants honteux et dégoûtés de la ribaude, commençaient\nà présent à tirer vanité de leur conquête. Auparavant ils se l'étaient passée\net repassée sans jalousie, sans rivalité ; ils se la partageaient en bons zigs\nau bord des fossés, comme le reste du butin commun. Du jour où un\ngarçon propre haletait après sa part de ce gibier, Hiep-Hioup, ce rebut,\nce pis-aller, devenait presque une maîtresse avouable.\n    Il en advint que ces pendards commencèrent à considérer Jakkè comme\nleur égal et leur affilié. Ayant fait son temps à Hoogstraeten, Hiep-\n Hioup les encourageait dans leur insubordination. Et quand Jakkè inter­\n venait et les menaçait du juge : « Pas d'enfantillages ! faisaient-ils. Le juge !\n Tu en as plus peur que nous. Nous ne sommes que les valets de Hiep-\n Hioup. C'est à elle que tu dois t'en prendre! »\n    Jakkè se sentant lui-même en défaut, lié par ses complaisances premières,\n n'avait garde d'insister.\n    Il continuait pourtant de fuir la maraudeuse, mais sans parvenir à en\n détacher sa pensée. Et des souvenirs de ses livres du séminaire, des « vies\n de saints » lues au réfectoire achevaient de le troubler. Il n'était pas loin\n de se croire possédé du démon.\n    Hiep-Hioup s'était juré de mener au désespoir ce grand blondin si\n sage et si honnête. Bien décidée à n'être jamais à lui, elle aurait voulu qu'il\n se rendît à merci, et pour l'assoter, pour exaspérer son désir sournois elle\n se livrait au premier venu, de préférence au plus débraillé, au plus misé­\n rable.\n    Lorsque Jakkè la rencontrait, elle était toujours accrochée à l'encolure\n d'un de ses galants. Une fois, comme le garde la croisait au tournant d'un\n sentier, le batteur en grange à qui elle se cramponnait comme la flamme\n à une branche résineuse, la repoussa d'un poing brutal, en glouton repu\n qui demande une trève, ou peut-être, garçon à scrupules, se montrait-il\n vexé d'être surpris accolé à cette paillarde. Jakkè qui pressait le pas\n entendit la femme dire au bourru : « Ce n'est pas celui-là qui ferait le\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                                 — 11 —\n\n\ndégoûté! » Et de sa voix rauque et stridente, elle héla le fuyard : « Hein,\nque tu ne dirais pas non? hé! toi! la Sainte-Nitouche? »\n    Il passa, sto'ique, sans plus lui répondre que les autres fois.\n    Il cachait sa passion comme un mal innommable; il espérait mourir\navant de se déclarer.\n    A la vérité aucune preuve n'existait de la toquade que lui attribuaient\nles bavards de la paroisse et si les commères et les envieux se déclaraient\nsuffisamment renseignés par les allures équivoques du jeune Overmaat, les\nbonnes âmes doutaient encore d'une folie claironnée seulement par Hiep-\nHioup et les mécréants de son espèce.\n    Mise au courant par une voisine charitable, la mère Overmaat, la toute\npremière, quoique tourmentée du changement survenu chez son garçon, se\nrefusait à attribuer ses lubies à une passion déshonorante. Elle se fût même\n fait un reproche de l'interroger sur ces fables. Seulement elle craignait que\n ces histoires forgées par des compétiteurs du garde ne vinssent aux oreilles\n de « leur seigneur ».\n     Un dimanche de kermesse, Jakkè rencontra Hiep-Hioup à la danse\n dans le principal cabaret de la paroisse.\n     Entourée d'un trio de blousiers, garçons de charrue ou botteleurs forte­\n ment émêchés, la noiraude se prêtait aux privautés les plus expansives.\n Elle sautait à tour de rôle avec l'un de ces compagnons. On demanda un\n quadrille. Mais comme il n'y avait pas dans l'assistance de femelle assez\n oublieuse de son bon renom pour faire vis-à-vis à la braconnière, force fut\n à deux de ses cavaliers de gambiller ensemble. De plus en plus allumés ,les\n trois lurons ne la ménageaient pas : ils la trituraient comme une pâte, la\n pinçaient à la faire glapir ; l'étreignaient avec des contorsions lubriques,\n puis feignant l'assouvissement, se la renvoyaient comme un paquet de\n chair. Les autres danseurs se souciant peu de se frotter à ces falots, leur\n laissaient le champ libre, faisaient cercle, et s'ébaudissaient, narquois,\n égrillards, mais méprisants.\n     Avisant Jakkè dans la salle, Hiep-Hioup encouragea ses partenaires à\n corser encore leur pantomime et elle-même redoubla de laisser-aller; elle\n gigottait, se pâmait, se renversait entre les bras des maroufles, roulait des\n yeux hébétés; puis, après une prostration, se dégageait brusquement,\n  galvanisée, se tortillant comme une pouliche en folie.\n     Echauffé par plusieurs gouttes de genièvre qu'il avait sifflées coup sur\n  coup, pour noyer ses derniers scrupules, Jakkè profita d'une pause, écarta\n  les regardants, marcha déliberément sur Hiep-Hioup et d'une voix qui\n  démentait l'assurance de sa démarche, il lui demanda la première polka.\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "                                   —   12 —-\n\n\n     Dans la salle on se trémoussa; on salua ce scandale par d'ironiques\n  bravos. Jamais à la kermesse, en présence des honnêtes filles du village,\n  un gars qui se respectait n'aurait engagé cette perdue. Et voilà que\n Jakkè Overmaat, le garde des comtes de Thyme, convoité par plus\n  d'une de ces héritières, s'oubliait, se ravalait à ce point! Pas une protes­\n tation ne s'éleva. Mais quel anathème dans ces trépignements et ces vivats\n  féroces de la galerie !\n     Jakkè n'entendait point le toile. Déjà, il faisait tourner Hiep-Hioup.\n  Lui, pantelant, ravi, se croyant élu pour du bon ; elle, triomphante mais\n implacable, heureuse de l'esclandre, savourant la stupeur des honnêtes\n gens, l'affront infligé aux filles à marier, enchantée surtout de la chute de\n ces orgueilleux Overmaat.\n     Aussi se montra-t-elle presque aimable pour le vaincu. La danse finie,\n elle accepta de boire à son verre. Pour la valse suivante elle lui donna la\n préférence sur le plus irrésistible des polissons de tout à l'heure. Toutefois,\n elle se fit un plaisir cruel de ne pas négliger complètement ces boute-en­\n train; elle força Jakkè de s'entendre avec eux; ils lui cédèrent leur tour de\n danse pour quelques verres de bière, pris, en trinquant fraternellement, sur\n le comptoir. Enfin, elle se fit prier et supplier, avant de lui permettre de\n la reconduire.\n    En route, dès qu'ils se trouvèrent assez loin de la salle de bal, il voulut\n l'embrasser et la lutiner à son tour. La nuit de juillet dans laquelle les\n meules de foin exhalaient leurs senteurs poivrées, aiguillonnait son morne\n désir. Hiep-Hioup lui donna sur les doigts et, comme il continuait de la\n chiffonner, elle le souffleta.\n    — Tu te laisses bien toucher par les autres, des pouilleux, des crapules !\n    Il les énumérait avec jalousie.\n    — Raison de plus pour te tenir à distance. Je les console, ils n'ont que\nmoi. Toi, tu pourrais les avoir toutes ; toutes celles qui leur crachent dessus\net leur tournent le dos.... Eh bien, au contraire, moi j'en veux de ces\ngaillards, et ne veux pas de leurs tourmenteurs, et ne te prendrai jamais,\nentends-tu bien? Je me régale de ces pauvres bougres; et toi, leur ennemi,\ntu me dégoûtes !\n    Alors il changea de tactique, s'abaissa jusqu'à mêler son cœur à cette\naberration charnelle. Il s'offrait de l'aimer toujours. Il lui procurerait un\nlogis plus décent et pourvoirait à son existence. Elle serait heureuse, elle\nverrait.... Pourquoi n'essayait-elle pas? Plus il se montrait tendre, plus\nelle ricanait.\n    On avait dû les suivre, on les épiait, car lorsqu'il élevait la voix, des\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "                                  — 13 —\n\n rires mal étouffés et des chuchotements moqueurs faisaient écho, dans les\n taillis, à l'hilarité de la coquine.\n    Ils approchaient de la masure de Hiep-Hioup. Et Jakkè, le cœur serré,\n la sève en ébullition, voyait ses chances diminuer à chaque pas, et cette\n occasion tant attendue lui échapper.\n    Brusquement il empoigna Hiep-Hioup, la coucha par terre. Elle appela\nau secours, mais sans trahir beaucoup d'alarme. Ses trois suppôts du bal\n débouchèrent des taillis, agrippèrent le galant et le maintinrent tandis que\nla gaupe se relevait. Comme il se débattait ils le daubèrent ; il écumait\ncomme un épileptique; ils finirent par l'assommer et le rouler, sans con­\nnaissance, au fond d'un fossé.\n    Sorti de son évanouissement et parvenu à se désembourber, il entendit\nles voix railleuses de la rosse et de ses rossards qui se perdaient au loin.\n Ils accompagnaient Hiep-Hioup dans son bouge dont on voyait rougeoyer\nles lucarnes à travers les arbres. Un instant il songea à les poursuivre, à\nles rejoindre dans leur repaire, mais démoli, maltraité comme il l'était,\ncomment recommencer cette lutte inégale? Ils l'auraient achevé.\n    Il se résigna donc à rentrer. Au Boschhof aussi il y avait encore de la\nlumière. Il poussa la porte de la grande chambre. Sa mère veillait, assise\ndans un fauteuil, auprès de l'âtre éteint, frileuse malgré cette étouffante\nnuit de juillet. On l'avait avertie du scandale. Pourtant elle ne s'attendait\npas à cette apparition atroce. Jakkè, sans casquette, le sarrau déchiré, le\npantalon presque arraché du corps, meurtri, sanglant, boueux, ignoble :\nl'image de la crapule et du déshonneur. On lui avait dit le mal, elle se\ntrouvait en présence du pire. Le coupable lut l'angoisse, le reproche, l'hor­\nreur dans les yeux de la pauvre femme. Il n'osa pas approcher, se retira\nsans mot dire, et alla s'effondrer dans le fenil, en sanglotant de rage et\nde douleur.\n    C'en était fait. Il ne devait plus se relever. L'aveu de son mal lui avait\ncoûté; mais à présent qu'on savait toute son abjection, il se trouva presque\nheureux de ne plus rien avoir à cacher.\n    Sa mère ne lui fit point de reproche et il ne provoqua aucune explica­\ntion, convaincu que les meilleures et les plus saines raisons ne parvien­\ndraient pas à le sauver.\n    Il retourna lâchement auprès de celle qui avait failli le faire massacrer\nmais n'en obtint rien de plus que la première fois. Il revint à la charge,\nl'importuna de ses attentions ; mais loin de se laisser fléchir, elle redoubla\nde cruauté.\n    Pour la mère Overmaat, la déchéance de Jakkè était tellement inexpli-\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "                                       14\n\ncable qu'elle ne pouvait admettre que cette honteuse affection eût été\ninspirée à l'honnête garçon sans le secours d'un maléfice.\n    Inquiète non seulement pour la position de son enfant mais encore pour\nsa santé, elle se résigna à faire une démarche pénible. A l'insu de son fils\nelle se rendit, elle, fermière honnête et considérée, chez ces étrangères de\nmalheur, chez ces voleuses et ces sorcières, et les supplia, la mère et la fille,\nde retirer le sort jeté sur son pauvre garçon. Les deux coquines, la vieille\net la jeune, toujours de connivence, feignirent une violente colère d'être\n prises pour des associées du diable, et congédièrent la veuve Overmaat\n en lui conseillant d'envoyer son fils à Gheel. En sortant de cette masure,\nle cœur saignant, persuadée de plus en plus des pratiques infernales de ces\nfemelles, elle rêva un instant de les enfumer et de les brûler dans leur taudis.\n    A quelques mois de là, le malheur redouté par la mère arriva. Après\n plusieurs avertissements et sur les dénonciations répétées des gens du pays,\n le comte de Thyme se décidait à donner congé aux Overmaat et à retirer à\n Jakkè la surveillance de ses domaines. Il leur accordait jusqu'au prochain\n terme pour trouver un autre logis.\n     Mais cette éviction n'était plus qu'un malheur secondaire. Les Overmaat\n n'avaient pas à craindre de se trouver sur la paille le jour où « leur sei­\n gneur » leur retirait sa confiance. L'état de son fils alarmait autrement la\n digne femme! Il dépérissait de jour en jour, perdait l'appétit, dégoûté de\n toute occupation, toujours plongé dans ses rêveries malsaines. Alors la\n mère qui n'avait que cet enfant, eut recours à un sacrifice suprême : « Eh\n  bien, dit-elle un jour au malade, un moyen nous reste de te guérir et de\n désarmer celle qui te tue lentement... Comme il nous faudra quitter cette\n  ferme dans quelques mois, cette ferme où tous les Overmaat naissaient\n  et mouraient depuis tant d'années, mieux vaut nous fixer dans un autre\n pays... Tu guériras, tu es jeune encore, tu travailleras et ne seras pas\n  même forcé d'entamer ton héritage. S'il te faut cette femme à toute force,\n  épouse-la. Elle s'amendera peut-être; puis on ne les connaît pas hors\n  d'ici... Moi j'en mourrai; mais tu vivras, mon Jakkè, et il faut que lu\n  vives... »\n   Jakkè remercia à peine la sainte femme. Déjà il volait à la recherche\nde Hiep-Hioup. Ah! cette fois, elle l'écouterait! Il la rencontra trôlant par\nla campagne. Elle reçut cette proposition inouïe sans broncher. Son visage\nblafard exprimait à peine une joie équivoque. Lorsque le pauvre garçon\neût cessé de parler, elle le regarda quelques secondes, puis elle éclata de\nson rire de taupe rageuse et claqua des doigts en poussant son fameux :\n« Hiep-Hioup! »\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "                                   —   15   —\n\n\n   Et comme il la conjurait, elle se fit un porte-voix de ses mains et clama :\n« Hé, vous autres, approchez, entendez ce que me veut celui-ci! »\n   Les tâcherons qui retournaient la terre à quelques mètres de là, délais­\nsèrent leurs herses et leurs bêches et accoururent, affriandés :\n   — Non, vous ne savez pas ce que Jakkè Overmaat me propose très\nsérieusement. Sa main! Entendez-vous? Sa main! Je n'ai qu'à dire oui,\npour être sa femme. Moi Hiep-Hioup, la vagabonde, la fille de la jeteuse\nde sorts, la perdue, le rebut du village, la paillasse des braconniers et des\nrôdeurs de frontières !\n   Et comme les autres interrogeaient Jakkè d'un air apitoyé, le temps de\nrire de sa folie étant passé, pour tous, sauf pour l'implacable Hiep-Hioup,\nil hocha la tête, tout piteux, confirmant ce que la diablesse venait dé\npublier.\n   — Dites, est-ce assez sale, est-ce assez vil? continua Hiep-Hioup. Eh bien\nje serai plus propre que lui, moi ! Et s'il veut de moi pour épouse, je per­\nsiste à ne pas vouloir de lui, pas même pour mari, pas même pendant\nun jour, dût-il même crever et me débarrasser de sa personne, sur l'heure,\naprès la bénédiction du curé ! »\n   Tous se taisaient consternés, partagés entre de l'horreur pour la méchan­\nceté de cette gale et de l'estime pour son désintéressement, ne sachant au\njuste quel était en ce moment le plus fou des deux, de celui qui recherclaait\ncette ribaude, ou de la rien-du-tout qui refusait ce parti inespéré.\n   Alors, pour mieux accentuer son refus, avisant dans le groupe des labou­\nreurs interloqués, un gamin de mine copieuse, un petit vacher, une graine\nde réfractaire, en manches de chemise, la culotte rapiécée et mal soutenue\npar une ombre de bretelle, elle lui sauta au cou, l'embrassa à pleines lèvres,\npuis se retournant vers Jakkè :\n   — Tiens, regarde..., plutôt que d'être ton épousée!...\n   En voyant chanceler Jakkè, deux des manouvriers le prirent chacun par\nun bras et le l'amenèrent au Boschhof. Il s'était laissé faire, comme un qui\nvient de tomber du haut mal et qui ne sait pas trop ce qu'il lui arrive. On\ndut le coucher, il tremblait la fièvre et délirait. Sa mère le veilla trois jours\net trois nuits. Le quatrième soir, comme il dormait bien, sans crier et sans\nse débattre, la pauvre femme, cédant à la fatigue, s'était assoupie à son tour\ndans l'alcôve contigue à la sienne. Il se réveilla, consulta l'horloge et\ncomme elle marquait quatre heures, c'est-à-dire l'heure de sa ronde habi­\ntuelle, il s'habilla en tapinois de peur d'éveiller sa mère, décrocha son fusil\nchargé, et sortit, presque dispos, ce qui s'était passé ne lui laissant pas\nmême, sous le crâne, le souvenir confus d'un cauchemar.\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "                                  — 16 —\n\n   Cependant, à mesure qu'il s'engageait dans les sapinières, sous l'influence\n de cette brise presque froide qui précède la pointe du jour, et qui donne\ntant de lucidité à la mémoire, l'image de Hiep-Hioup se levait dans le cré­\npuscule de son esprit. Cette image montait et grossissait comme là-bas à\nl'horizon, derrière des nuées légères, le disque rouge du soleil. Et il se rap­\npelait bien des phases de son désolant amour, mais les plus lointaines, pas\ncelles des derniers jours, pas les émotions qui l'avaient jeté sur le flanc. Il\nse rapprochait cependant des scènes récentes. Il allait se souvenir de la con­\nversation avec sa mère, du consentement accordé à son mariage, de sa\nsuprême démarche auprès de Hiep-Hioup...\n   Et sa vaillance ressuscitée à l'atmosphère guillerette et saine de l'aube,\ndiminuait, à présent, à chaque pas...\n   Un froissement prolongé de branches et de brousailles... Quelque bra­\nconnier sans doute. Il redressa son arme, épaula, marcha dans la direction\n d'où venait la rumeur.\n   Deux ombres sortirent d'un fourré et galopèrent pour prendre le large.\n Dans l'individu mal rhabillé qui détalait à toutes jambes, le garde reconnut\nle petit vacher, le dernier favori de Hiep-Hioup. Avant de la voir, il savait\n quelle était la seconde ombre...\n    Et maintenant il se rappelait tout...\n   — Halte ! râla-t-il.\n    Quoique le gamin eût une forte avance sur sa compagne :\n    — Dépêche, petiot! cria-t-elle, ne craignant que pour lui.\n    Elle-même, s'exposait, prenait son temps.\n    Elle se retourna, tordit d'une main, pour la réunir en torsade, sa longue\n chevelure de jais qui lui battait les hanches; releva de l'autre main son\n'corsage dégrafé. Jakkè entrevoyait son sein brun et irritant.\n    Les yeux humides, mal réveillée de la volupté, elle était cruelle et dési­\n rable.\n    Jakkè en oubliait le fuyard. D'ailleurs, sa première balle ne l'atteindrait\n plus.\n    Alors, rassurée, capable de dévouement pour le galopin vicieux ramassé\n au bord d'un champ, mais éternellement mauvaise pour le garde, elle éclata\n de ce rire que Jakkè ne connaissait que trop. Il tira.\n    Elle riait encore, en tombant, un trou sous la mamelle gauche.\n    Hiep!\n    Hioup ! lui resta dans la gorge.\n                                                     GEORGES EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 19, "titre_corps": "Le Baiser", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Théodore de Banville", "ancre_debut": "LE BAISER", "ancre_fin": "THÉODORE DE BANVILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "LE BAISER\n             Ayant assisté à toutes les représentations données au théâtre du\n              Parc par la troupe du Théâtre Libre, nous sommes parvenus\n              à reconstituer toute une scène du Baiser, l'exquise pièce\n              INÉDITE de Théodore de Banville. Le maître nous pardonnera\nce vol de... mémoire, en sachant combien ce fragment de son chef d'œuvre\nsera apprécié de notre public lettré.\n\n\n  Pierrot vient de donner à Urgèle le baiser qui lui rend la jeunesse et la\nbeauté :\n                                 PIERROT\n    Terre et Cieux! Quelle est cette métamorphose\n    O doux cheveux! regards chatoyants ! Bouche rose!\n    Oh! comme tu fis bien d'avoir demandé mon\n    Baiser! dis-moi, qui donc es-tu, joli démon,\n    Belle reine, de feux et de perles coiffée,\n    Etoile, rayon, fleur, astre?\n\n                                 URGÈLE\n                                  Je suis la fée\n    Urgèle. Un enchanteur, qui me faisait la cour,\n   Pour me punir d'avoir dédaigné son amour,\n   M'avait ainsi changée en une affreuse vieille.\n   Mais je renais avec ma beauté. Je m'éveille.\n   Oui, le prodige si follement amer, si\n   Cruel, n'existe plus; et je te dis merci.\n   Papillon, ma prison funèbre se déchire,\n   Je ne suis plus que joie, orgueil, espoir, sourire ;\n   Car sur la verte mousse et dans ces bois épars,\n   Ton baiser m'a rendu la jeunesse, et je pars !\n\n                                PIERROT\n   Vous me remerciez, madame! c'est je pense,\n   Faire un gros sacrifice, et vous mettre en dépense.\n   Et... vous partez ? Comment avez-vous dit cela ?\n   Donc, après que sur vous Jouvence ruissela,\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1690, "texte": "                        — 18 —\n\nVous partez !, ah rions de cette moquerie.\nCe serait de lu pure et simple escroquerie,\nBref, un de ces vols qui, dans les grands magasins\nDu Louvre, font dresser l'oreille aux argousins,\nUne fraude à coup sûr très intentionnelle,\nQui vous mènerait droit en correctionnelle!\n« Je pars ! » — Et vous croyez que je serais content!\nNon, j'ai fourni, Madame, un bon baiser comptant,\nLa dette est claire. Elle eût semblé même évidente\nAu siècle qui chanta Béatrix — et vit Dante!\nMa créance est liquide, et pour que vous puissiez\nMe payer, j'enverrai, s'il le faut, les huissiers.\nJ'ai droit au baiser. — Là, ne prenez pas la fuite.\nMadame! — non pas fin courant, mais tout de suite.\n\n                             URGÈEE\nSi ce n'est que cela qu'il faut pour t'apaiser,\nBon Pierrot, je veux bien te rendre ton baiser.\n                         PIERROT\nUn baiser! c'est assez pour ma chienne de face!\nEt que voulez-vous donc, madame, que j'en fasse?\nAllez au désert fauve, et faites lui cadeau,\nPour rafraîchir son sable en feu, d'un verre d'eau,\nEt quand Rothschild, qui peut acheter la Grande-Ourse,\nPlongeant dans le grand flot que l'on nomme : la Bourse,\nDe cet Océan d'or, explore les dessous,\nDésintéressez-le, madame, avec deux sous!\nDemandez aux brillants auteurs, Alphonse, Emile,\nS'ils se contenteraient de se vendre à vingt-mille,\nOffrez du sucre aux loups pour les apprivoiser,\nMais ne me parlez pas, Madame, d'un baiser !\n Car j'ai trop faim, depuis votre métempsycose,\n Pour me rassasier avec si peu de chose.\n                       URGÈI.E (s'assied)\n Enfin, que veux-tu donc ?\n\n                             PIERROT\n                              Tout.\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "                            — 19 —\n\n                             URGÈLE\n\n                                 Excusez du peu !\n\n                            PIERROT\n\nUn hydre a son logis dans ma poitrine en feu.\nOui, je veux tout, je veux tes bras, tes yeux, tes lèvres,\nTous les biens, tous les chers trésors dont tu me sèvres !\nOui, tout... et le reste. Il s'agit bien d'un baiser!\nMon innocence enfin commence à me peser,\nEt, pour être Pierrot, je n'en suis pas moins homme,\nLà, sur quelque pommier doit mûrir une pomme !\nJ'y veux mordre.\n                             URGÈLE\n\n                   Oh! tout beau! que fait         là votre main?\n                             PIERROT\n\nJe tâte votre habit, l'étoffe en est...\n                        URGÈLE (se lève)\n                                          Demain\nNous causerons\n                            PIERROT\n\n                 Demain? Non. Seul avec tes charmes.\nJe brûle. Ce grand bois est exempt de gendarmes.\nNous avons des bosquets exprès pour nous enclos,\nEt ce toit de feuillage étouffe les sanglots.\nJe baiserai vos bras, malgré votre sourire,\nMadame, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.\nC'est l'instant de te prendre et de te posséder.\nEt, s'il faut parler franc, je désire broder\nDes variations nombreuses sur ce thème.\nViens.\n                             URGÈLE\n\n       Ecoutez, Pierrot, je sens que je vous aime.\n\n\n                                       THÉODORE DE BANVILLE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 20, "titre_corps": "Bonheur cruel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "BONHEUR CRUEL", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "BONHEUR CRUEL\nChère âme, ton baiser m'afflige quelquefois\nJusqu'aux pleurs, et l'ivresse ineffable, l'ivresse\nQui s'exhale du vin puissant de ta caresse,\nDu silence de ton regard et de ta voix,\nM'accable d'une angoisse immense, et ni ta bouche\nSi maternelle à la souffrance, ni tes mains\nParesseuses qui font neiger de blancs jasmins\nSur le lion blessé de mon orgueil farouche,\nNi rien de ton amour plus profond que la mer\nNe pourrait dans la paix de sa houle infinie\nAdoucir le tourment de ma lente agonie\nQui descend sur ses flots comme un soleil amer;\nEt mon sang pleure et songe en ses veines lassées\nQue nous avons tué l'espoir, que tout est su,\nQue tout est vu, tout est prévu, qu'il est déçu\nLe désir d'un bonheur nouveau, que nos pensées\nNe pourront plus jamais s'être vierges, que rien\nNe fera refleurir dans nos veilles funèbres\nLa rose de l'énigme et le lys des ténèbres,\nEt je te pleure, et je nous pleure, et je sais bien,\nToi mon dernier calice et ma douleur suprême!\nQue je ne pourrais pas t'ainier mieux, ni plus fort,\nQue notre fier bonheur est pur comme la mort,\nQue tu le sais, que tu m'aimes et que je t'aime,\nEt c'est pourquoi je souffre, et pourquoi, le cœur las,\nSolitaire, et buvant ma soif inassouvie,\nJe me meurs, transpercé par l'impossible envie\nD'un sacrifice obscur que tu ne prévois pas!\n\n                                       ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 31, "titre_corps": "Notes et silhouettes : Villiers de l’Isle-Adam", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Notes et silhouettes", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "NOTES ET SILHOUETTES", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "NOTES ET SILHOUETTES (I)\n\n\n\n          VILLIERS DE L'ISLE ADAM\n                                      Two things are invariably required, — first,\n                                    some amount of complexty or, more properly,\n                                    of adaptation; and secondity, some amount of\n                                    suggestiveness, some under current, howewer\n                                    indefinite, of meaning.\n                                      EDGAR ALLAN POE. — Philosophy   of   composition.\n\n                Il arrive aux imbéciles les plus absolus de proférer par d'inexpli­\n                  cables hasards, de décisives paroles. C'est ainsi que l'encom­\n                  brant Polonais, qui étale en la REVUE INDÉPENDANTE une\n                  cuistrerie d'autant plus redoutable qu'elle se dissimule sous\n  des allures vaguement spirituelles, l'augurai ciron de lettres qui, chaque\n  mois avec une impertubable gravité, révèle de veules opinions sur tous les\n livres parus, le même qui grotesquement vulgarise Mallarmé et médit de\n  Dostoïevsky et de Baudelaire, a eu, à propos de Villiers un mot d'une rare\n justesse : un PRINCE, a-t-il dit. Et ainsi, avec une concision louable, fut\n défini l'admirable écrivain, et plus encore, fut, nettement, caractérisé\n l'homme. Cela m'apparut violemment quand j'eus l'honneur d'être reçu par\n Villiers.\n    Léon Bloy, le pamphlétaire sauvage au style merveilleux, le farouche\n imprécateur dont on a dit qu'il ciselait ses crachats, était mon introduc­\nteur. Montée rapide de quatre étages au moins, si pas plus, dans une\nmaison misérable, rue Pigalle. La gêne de petits ménages bourgeois devinée\nderrière des portes sales. Nous arrivâmes essoufflés. Au seuil, un mot de\nVilliers s'excusant de devoir s'absenter. Bloy me tendit le papier, avec un\nsourire désappointé: — « Un autographe! » Et avant de reprendre notre\ncourse en l'interminable escalier, nous nous arrêtions à causer, regardant\npar la fenêtre, la cour, béant comme un puits jaune, moi stupéfait de ce\nque Villiers pût habiter un aussi lamentable réduit, Bloy vociférant contre\ncette blasphématoire platitude des contemporains, quand, par la porte\nentrebâillée, se montra une tête inquiète et curieuse. C'était Villiers, occupé\nà sa toilette, et qui nous fit entrer.\n   Le logis était plus glacial encore et plus nu que je ne l'avais pressenti.\n\n (I) Voir dans L'ARTISTE : J. K.   Huysmans.\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "                                      22\n\n\nUn lit dans un coin, un pupitre avec des journaux épars, une dizaine de\nlivres au plus, trois chaises et une table. Aux murs, la symétrie fripée d'une\nbanale tapisserie, pas une gravure, pas un tableau. Pas un bibelot, pas un\nsouvenir de luxe qui pût distraire et réjouir le regard. Une chambre d'étu­\ndiant, une chambre de pauvre. Je me souviendrai toujours d'avoir aperçu\nsur le lit un pardessus mastic dont une large tache déshonorait l'élégance.\nEt ce futile détail révélait tant d'infortune, un dénûment si lassé que j'en\neus le cœur serré. Indignation et colère contre Paris : Huysmans scribe en\nun ministère et Villiers ici; vraiment la France est douce à ses grands\nécrivains!\n    Mais pourquoi s'obstinent-ils aussi, ces naïfs presque héroïques, à vou­\nloir rester des artistes purs, à ne descendre à aucune des manœuvres viles\nmais indispensables, qui font les succès d'argent ! A quoi bon cet isolement\nfier et cette hypertrophie de dignité, si méprisante pour les autres? Ne\nvoit-on pas Zola convertir en beaux écus inodores les grossières curiosités\n de la foule, et Daudet exploiter, à en faire pâlir Ohnet, la bassesse bour­\ngeoise, avec son TARTARIN, si spirituel, n'est-ce pas, Môssieu ! et si commer­\ncialement beau! et Maupassant, et Mendès, et tant d'autres estimables\nmercantis de la plume !\n    Villiers, ce jour-là, était triste et découragé. D'ordinaire, sa particulière\nphilosophie et une heureuse disposition d'esprit lui font supporter allègre­\nment les duretés de sa destinée. Optimiste et chimérique, il s'environne de\n projets somptueux et fantasques. Aujourd'hui peut être mauvais mais,\n demain? — Demain, c'est l'imprévu, toutes les chances possibles, l'éditeur\n inespéré venant s'agenouiller pour lui demander ses manuscrits, c'est la\n fortune, la bruyante gloire, le triomphe enivrant, la justice peut-être.\n Et les désillusions peuvent s'amasser, il se console vite, confiant dans\n l'à-venir meilleur et d'autant plus proche que voici plus longtemps qu'il\n tarde.\n    Assez grand, la stature nerveuse et svelte, il enveloppait son corps maigri\n en une piteuse robe de chambre, et le désespoir courbait sa tête énergique\n et fière malgré tout. Son visage dolent et marqué de rides, aux traits fins,\n s'encadrait dans de longs cheveux grisonnants. La moustache s'arquait\n aristocratiquement au dessus de la bouche dédaigneuse un peu, au sourire\n amer, et l'œil, par instants, étincelait comme pour des despotismes. Au cours\n de la causerie, il s'excusa de la détresse de sa mise et, avec une charmante\n coquetterie : « Oh! je puis encore être beaucoup mieux que cela ! » Tel quel,\n je le trouvai superbe et sentis alors combien c'était, exactement, un prince.\n  Il avait en cette adversité, je ne sais quelle native simplicité hautaine,\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "                                               23\n\n\nune aisance élégante de grand seigneur, une sûreté de gestes nobles, une\nrythmique allure de créature de race, dont ses portraits ne donnent point\nl'idée. Ceux d'AKEDYSSÉRIL et des ÉCRITS POUR L'ART lui font une\napparence de ténor de province, à cent lieues du réel. Une caricature\npubliée chez Vanier, avec une notice de Paul Verlaine (1) me le rappelle\nmieux.\n    Peu à peu Villiers sortit de son chagrin et nous conta de longues his­\ntoires. L'exquis conteur! Une langue pure et claire, des phrases admirable­\nment déroulées comme en ses livres, et dites ! oh ! dites ! avec un charme,\nune finesse, une couleur extraordinaires. — L'on parla de Shakespeare, de\nson esprit, nié par Bloy, et Villiers s'animait, récitait des morceaux entiers,\nThersite et Falstaff, mimant, accentuant, donnant au poète aimé toutes ses\n valeurs. — L'on parla de Wagner de cet art prodigieux qui devait résister\nmême à l'admiration des masses, de la WALKYRIE qui venait d'être jouée\nà Bruxelles, et de LOHENGRIN qu'une cabale inepte venait d'étouffer à\n Paris : l'apparition de Brünnhilde, l'adieu de Wotan, et le Cygne et le\n Graal! Et les MAITRES CHANTEURS, et ces sommets perdus : TRISTAN\net PARSIFAL ! Il exultait, fredonnait, se réjouissait à nous dire son culte\npour Wagner, son admiration dévote, avec des souvenirs, des anecdotes,\net par instants, fuyant, comme à tire d'aile, en des digressions envolées\n d'une ampleur! Sur une question de Bloy, il fit de PARSIFAL,une éblouis­\n sante paraphrase, avec de l'or, de l'encens, du rêve, la solennité des cathé­\n drales, le mysticisme splendide, la profondeur des symboles! — Et je lui'\n parlai de ses livres. Je vis en ses yeux un éclair de joie, un attendrisse­\n ment furtif, quand je lui citai des vers de ses PREMIÈRES POÉSIES et de\n pièces ignorées que seuls connaissent les bibliophiles. Alors, avec une\n expansion charmante, il s'apprécia lui-même, dit sa façon de travailler,\n presque toujours sur les épreuves, au grand désespoir des éditeurs! Il\n exposa des projets de livres, lut d'une manière inoubliable et tragique\n l'horrible scène qui termine Claire Lenoir, puis avec une évocative\n précision de détails, rappela l'histoire étonnante de Raymond Lulle, dont\n il voulait faire une nouvelle, cette rencontre dans la cathédrale, le soir,\n avec la signora Ambrosia qui découvre au poursuivant son sein rongé d'un\n cancer !\n    Je lui dis combien il était aimé et vénéré du petit groupe fervent d'art\n en Belgique. Il connaissait la plupart d'entre nous, s'intéressait à nos\n revues, à notre agitation qui lui paraissait plus curieuse qu'aucune à Paris,\n\n  (I) L E S HOMMES D'AUJOURD'HUI, n° 258. Paris, V a n i e r .\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "                                       — 24 —\n\nla grande cité où les lettres agonisent dans l'indifférence et le mépris. Il\nprojetait de venir donner des conférences à Bruxelles et il eut une ques­\ntion bien naïve : « Vous avez un Roi, là-bas, une cour, on fait fête aux\nartistes, sans doute? » C'était ignorer que notre monarchie est aussi\nprudhommesquement constitutionnelle que possible, et qu'il n'y a point\nici de grands seigneurs, aimant et protégeant les gens de lettres, et accueil­\nlant Villiers pour son génie, pas plus que de nobles assez nobles pour\ncomprendre encore l'honneur de recevoir un de Villiers de l'Isle-Adam !\n   — Mais qu'il vienne, quand même ! Ses dons séducteurs de diction lui\nconquerront vite le public et nous sommes assez de jeunes pour lui faire\nune suite de pages respectueux. Vraiment, si, au lieu de tous les gâteux\nde France et d'ailleurs que nous exhibent les Cercles littéraires, s'ils se déci­\ndaient, oh! une seule fois, à nous convier à une fête d'art?\n\n   Villiers avait dix-neuf ans quand parut son volume de début, PREMIÈRES\nPOÉSIES (I). Ce livre, joliment imprimé, est à présent une rareté bibliogra­\nphique. Il est dédié à Alfred de Vigny et sursaturé de romantisme. Rien n'y\nrévèle le Villiers des CONTES CRUELS, et ce ne sont guère que des imita­\ntions, parfois heureuses, des grands poètes romantiques, surtout Hugo et\nMusset. Les titres seuls des pièces l'indiquent déjà : Barcarolle, Chanson\narabe, Une bouteille de vin d'Espagne, Prière indienne, Guitare, Zaïra,\nHermosa, les Préludes, etc. C'est peu original et sans grande valeur.\nCitons parmi les meilleurs, ces vers qui, en ce volume, ont l'inattendu d'un\ncrucifiement gothique :\n              Et cloué sur sa croix, il regardait la terre...\n              Pensif, il contemplait la vie et la lumière;\n              Sa mère qui pleurait en bas, sur une pierre ;\n              Les moissons qui brillaient, les oiseaux gui chantaient.\n              Penché sur la nature insondable et superbe\n              Il vit sous les palmiers, parmi les fleurs, dans l'herbe,\n                        Les petits enfants gui jouaient.\n\n              Et tout était heureux, tout, même les esclaves.\n              Il leva vers la mort ses beaux yeux bleus et graves.\n              Les deux voleurs luttaient, secouant leurs entraves ;\n              L'heure sourde passa sans bruit dans l'infini,\n              Alors il inclina son front sur sa poitrine\n              Et cria d'une voix expirante et divine :\n                       « Héli ! Lamma Sabactanni! »\n\n\n  (1) PREMIÈRES POÉSIES, 1856-1858. Lyon, 1859, chez Sheuring. Imprimé par Perrin.\n180 pages.\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "                                     — 25 —\n\n\n             Soudain le jour tomba sous un flot de ténèbres,\n             Les trois gibets, tremblants sous leurs fardeaux     funèbres,\n             Craquaient dans l'ombre au vent. Sur ses vagues regards,\n             L'Agonie étendait ses mains ensanglantées;\n             Sur la colline, où les trois croix étaient plantées,\n             Une lueur ombrait de teintes argentées\n                      Les trois crucifiés blafards !\n\n                  Sur les sphères d'azur que la lumière embrase\n             Les séraphins penchés, ensevelis d'extase,\n             De leurs âmes d'amour étoilaient les autels ;\n             Et leur vue apaisa les anges des ruines,\n             Et les sombres accords de leurs lyres divines\n             Accompagnaient le nom du couronné d'épines\n                      Dans leurs cantiques immortels.\n\n\n   Plus tard, vers 1865, parurent successivement IsiS, la première partie\nd'un roman philosophique jusqu'à ce jour inachevé, ELEN et MORGANE,\ndeux drames, tous introuvables aujourd'hui en librairie. Paul Verlaine en\ndit : — ELEN, un drame d'amour exquis et sombre dont il faudrait citer le\nmagnifique rêve d'opium. Le lecteur, après avoir pris connaissance de ce\nfragment pourrait comprendre à quel écrivain de race et de taille on a\naffajre quand on visite ce poète absolu. Car poète, bien qu'ayant écrit rela­\ntivement peu de vers, il l'est plus certainement qu'aucun de cette époque-ci,\nou tout au moins autant que les plus vraiment poètes du siècle. Du poète,\nil a la sensibilité, la vibration, l'éclair, il en a aussi la langue au suprême\ndegré, sonore et riche et disant magnifiquement tout ce qu'il a fallu dire et\nrien d'autre, puisque du poète il possède encore le bon sens, ce don suprême\ndu poète, le bon sens, le vrai! le tact et la mesure dans les deux sens qui\nn'en font qu'un... — MORGANE, un drame plus beau peut être encore\nqu'ELEN, profond et noir, avec des splendeurs. La cour de Naples, de Nelson\net de Caroline y déploie ses intrigues sanglantes, ses terribles passions,\nson luxe et son mystère. La charmante et perverse figure d'Emma Lyonna\npénètre l'action d'un frisson saphique tout nouveau depuis Shakespeare\nau théâtre. LA RÉVOLTE, absurdement tombée en 1869 au Vaudeville,\nLE NOUVEAU MONDE, que jouèrent naguère les Nations, aux applaudis­\nsements de l'élite, deux essais miraculeux, complètent, avec AXEL, dont\nles fragments publiés pronostiquent un immense succès définitif, le théâtre\nde Villiers, qui a toute une série dramatique en gestation, pour notre\nbonheur et l'honneur éternel des Lettres.\n\n  Il convenait de rappeler ces premières œuvres. Mais ce sont surtout les\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "                                    — 26 —\n\n  volumes publiés depuis quelques années qui ont valu à Villiers la haute\n  estime des lettrés et lui ont assuré, chez les délicats au moins, l'une des\n  premières places des lettres françaises. Le grand public ne connaît pas\n  encore Villiers ; peut-être même ignorera-t-il toujours son génie subtil et\n  supérieur.\n     Villiers est l'une des plus fortes originalités de l'époque actuelle. Il a su\n  non seulement se créer une forme personnelle, mais en outre, il a une très\n  spéciale compréhension de la vie ; et, de l'ensemble de ses livres se dégage\n  une philosophie sans règles précises, mais très particulière et saisissante.\n  Huysmans, surtout artiste, fait des livres pour écrire d'admirables phrases;\n  Villiers, surtout penseur, en fait pour démontrer des vérités ou des erreurs ;\n  mais tant sont, en définitive, inséparables l'Idée et la Forme, il arrive\n  que Huysmans sous ses phrases ciselées, cèle un pessimisme redoutable, et\n  que Villiers habille ses préoccupations métaphysiques de la plus opulente\n  parure.\n     Le style d'or de Villiers vaut surtout par la richesse et l'harmonie. Il n'a\n  point, comme celui de Huysmans, le sens aigu de l'épithète et de l'adjectif\n  bizarre. Mais\" il se déroule avec une majesté et une ampleur souveraines,\n chatoyant et doux comme du velours, presque classique par le balancement\n rythmé et ordonnancé de ses périodes. Villiers a trouvé un tour de phrase\n qui lui appartient à lui seul, une phrase large et solennelle, dans laquelle\n  viennent se fondre de petites phrases adventives, et qui s'avance alors splen­\n dide, comme un fleuve gonflé d'affluents et chargé d'images, vers la mer.\n    Telles, par exemple, les finales de Impatience de la foule, et du Droit du\npassé. C'est essentiellement du Villiers, et je ne sais rien de plus beau en\n prose française.\n    Ample et musical toujours, le style de Villiers reste aussi invariablement\n aristocratique. Jamais il ne descend aux expressions familières et triviales;\n jamais sa hautaine distinction ne s'encanaille dans une audace ou dans une\n modernité. Surtout descripteur, il n'est pas apte à noter les multiples traits\n d'un caractère ou d'un esprit; tous les personnages de Villiers sont généra­\n lement fort peu compliqués et n'ont que la fugitive apparence nécessaire à\nla brève action dans laquelle ils évoluent. Dès que l'histoire s'allonge, on\nsent tout ce qu'ils ont d'abstrait et de conventionnel : Edison et Tribulat,\npar exemple. Et dans les spectacles à décrire, le Prince choisira spécia­\nlement ceux mystérieux ou éblouissants. Et logiquement, pour satisfaire ce\ndésir, il devra s'évader du monde contemporain, errer dans les fourrés de\nl'histoire, dans l'antiquité lointaine, comme le fit Flaubert, ou dans les pays\nfabuleux de l'Inde et de l'Orient. Quand il parlera des choses modernes, ce\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "                                   — 27 —\n\n\nsera avec un âpre dédain et pour les bafouer. — Ainsi, les seuls mots\npréférés, le style reflétant l'homme, entraînent le choix des sujets et déter­\nminent les caractéristiques principales du talent.\n   Une autre particularité du style de Villiers, révélatrice aussi de plus\nd'une tendance de son esprit, c'est l'épigraphe. Vieille habitude perdue et\ncharmante, si légitime surtout dans des œuvres courtes et suggestives,\nVilliers a été l'un des premiers à la recommencer. Toutes ses nouvelles,\ntous ses chapitres, sont ainsi ornés d'une épigraphe, soigneusement cueillie\ndu milieu d'une érudition vaste, étincelant comme une lumière qui\nannonce, éclaire, et environne de rêve, l'œuvre, en avivant l'accent comme\n une mouche noire sur la joue d'une marquise. Curieuse serait la liste de\n celles employées par Villiers, empruntées à Shakespeare, à Gœthe, à\n Baudelaire, à Poë, aux pères de l'église et maintes fois s'attesterait sa\n philosophie idéaliste. La parole de Hamlet lui est favorite : « Il n'y a\n plus de choses au ciel et sur la terre, Horatio, que n'en contient toute\n votre philosophie ». Et les âmes éprises de mystère et d'inconnu, l'ont\n comme lui, souvent répétée.\n\n   S'il fallait chercher de quelle famille artistique est Villiers, je le rappro­\ncherais, comme écrivain, de Flaubert, et d'Edgar Poë, comme esprit.\nComme Flaubert, Villiers a l'amour des spectacles magnifiques, rayonnant\nde lumières, où triomphent les étoffes rares, les pierres précieuses, les archi­\ntectures grandioses, et a réussi des descriptions d'une opulence incompa­\nrable. Que mettre au dessus de l'Annonciateur? (1) L'auteur de SALAMMBÔ\nmême n'a pas été plus loin. Est-il de plus éclatante et plus sonore énumé-\nration : Ils vendent les vins épais et dorés, les esclaves habiles dans l'art\nde la toilette, la liqueur arrière des mandragores du Carmel pour les illu­\nsions du désir, les coffrets de bois de camphrier pour serrer les présents, les\nbaumes de Guilè'ad, les singes, stupeur d'Israël, mais amusement de ses\nvierges, importés des rives de l'Indus par les flottes de Tadmor, les épices\nsubtiles, e t c . . Est-il rien de plus éblouissant et de plus fastueux que cette\névocation de l'antique Judée, de Sion la prédestinée, endormie sous la\nsolennité des siècles, et de son roi Salomon. le mage perdu en des rêveries\nsublimes?\n   Et toute l'orientale splendeur d'Akédysseril (2), avec ce début : La ville\n sainte apparaissait, violette, au fond des brumes d'or... Et plus loin l'arrivée\n\n\n   (1) LES CONTES CRUELS. — Paris 1883. C. Lévy.\n   (2) L'AMOUR SUPRÊME. — Paris 1886. De Brünhof.\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "                                     — 28 —\n\n\n de la reine, sur son éléphant noir : Déjà, dans la haute lueur de l'air, on\n  distinguait la forme de la reine du Habad qui, debout entre les quatre\n lances de son dais, se détachait mystiquement, blanche en sa robe d'or, sur\n le disque du soleil... A l'exemple des Dêvas sculptés au loin sur le faîte des\n monts du Habad, elle élevait en sa main droite la fleur sceptrale de l'Inde,\n un lotus d'or mouillé d'une rosée de rubis. Le soir qui l'illuminait, empour­\n prait le grandiose entourage... Le ciel jetait par éclairs, des rougeoiements\n sur les pointes des ivoires, sur les pierres précieuses des turbans, les fers des\n haches...\n    A citer encore, en ce genre, Vox populi, un poème en prose d'une perfec­\n tion absolue, et Impatience de la foule, moins coloré peut-être, mais d'une\n pureté et d'une pondération de lignes dignes d'un marbre grec.\n    Mais quelle que soit l'analogie de ces descriptions merveilleuses avec\n celles de Flaubert, il y a toujours chez Villiers une préoccupation spéciale\n d'au delà, de mystère ou de symbole que nous ne trouvons pas chez\n Flaubert, plus uniquement peintre et plus constamment parfait. Ainsi, la\nterrifiante venue d'Azraël, dans l'Annonciateur; les yeux magnifiques\nd'Akédysseril surchargés de rêves et cachant une énigme inaccessible;\nl'aveugle psalmodiant sa rectification de prophète, dans Vox populi;\nl'atroce méprise du peuple devant l'envoyé de Léonidas, ajoutent toujours\nà l'opulence du décor des signifiances obscures et profondes.\n\n    C'est, d'ailleurs, la fondamentale tendance de cet esprit, de chercher la\n suggestivité. En cela il se rapproche de Poë. Beaucoup en France ont,\n comme lui, subi l'influence du merveilleux poète américain. C'est une chose\n curieuse et peu remarquée, mais toute la littérature présente, celle des\n recherches et des fièvres, celle préoccupée d'art exaspéré et d'au delà, celle de\n mystère et de symbole, porte la marque de Poë. Pour Baudelaire, ce n'est\n pas contestable et ce n'est pas un blasphème que dire que le meilleur de son\ngénie vient de là. On pourrait le démontrer également pour Stéphane\n Mallarmé; cet admirable artiste est aussi de la descendance d'Edgar Poë.\nMais c'est, chez Villiers surtout, que cette parenté est la plus évidente.\n   Tous deux se servent de la nouvelle comme la forme où l'effet, dispersé\ndans un roman, affaibli par le sacrifice nécessaire de l'analyse en un poème,\npeut-être le plus impressionnant. Même procédé de souligner étrangement\ncertains mots pour les faire apparaître en un relief inattendu. Dès le début,\nle récit revêt une allure solennelle. Quelque chose de grave se pressent. Et\npar de vagues indications, des coïncidences, des notations de faits d'autant\nplus logiquement déduits qu'ils sont plus fantastiques, peu à peu se lève\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "                                            29\n\ndans l'âme une inquiétude vague, un frisson devant l'inconnu. Mais tandis\nque Poë a souvent obtenu cet effet par l'horreur ou l'excentricité, Villiers y\narrive par des moyens beaucoup plus simples, et aussi par des narrations\nmoins démonstratives, ce sont des suppositions à peine définies au milieu\nde faits réels, de petits détails angoissants, des singularités très plausibles,\nde sorte que l'on se sent tout à coup bouleversé d'effroi, pris de religieuse\nterreur, comme si, réellement, le souffle d'un esprit venait de vous effleurer,\net l'on reste pensif, profondément secoué et méditant, comme si l'abîme de\nl'incognoscible tout à coup se fût ouvert béant.\n    Le mystère des existences continuées au delà de la mort, des inexplicables\nsurvivances, des lourdes fatalités des choses qui doivent être, des mélan­\ncolies désespérées de l'irréparable, de même que Poë l'avait dit dans ces\nmerveilleux contes : Ligeïa, Morella, la Chute de la maison Usher,\nVilliers, également et autrement, l'a dit dans ces chefs d'oeuvre : Véra,\nl'Intersigne, le Droit du passé, dont je ne puis rien citer car nulle phrase\nn'en est, sans sacrilège, détachable (I).\n\n   Mais l'analogie avec Edgar Poë continue. Frères par l'ampleur du\nrêve et la curiosité de l'étrange, ces deux esprits se ressemblent étonnam­\nment dans leur haine du monde moderne. Ironies féroces et bafouements\nimpitoyables de part et d'autre. On pourrait dire de Villiers tout ce que\nde Poë dit Charles Baudelaire : Du sein d'un monde goulu, affamé de\nmatérialités, Poë s'est élancé dans les rêves. Etouffé qu'il était par l'atmo­\nsphère américaine, il a écrit en tête d'EURÉKA : « J'offre ce livre à ceux qui\nont mis leur foi dans les rêves comme dans les seules réalités ! (2) » Il fut\n donc une admirable protestation ; il la fut et il la fit à sa manière. L'auteur\n qui dans le Colloque entre Monos et Una, lâche à torrents son mépris et\n'son dégoût sur la démocratie, le progrès, et la civilisation, cet auteur est le\n même qui, pour enlever la crédulité, pour ravir la badauderie des siens, a le\n plus énergiquement posé la souveraineté humaine et le plus ingénieusement\nfabriqué les canards les plus flatteurs pour l'orgueil de l'homme moderne.\n Pris sous ce jour, Poë m'apparaît comme un Ilote qui veut faire rougir son\n maître (3).... Le lecteur verra de quels termes il se servait pour caractériser\n\n  (1) Comparer encore des psychologies détraquées et aiguës : le Démon de la perversité\navec le Désir d'être un homme.\n  (2) De même Villiers dédie I'EVE FUTURE : aux Rêveurs, aux Railleurs.\n  (3) Chez Villiers, l'Affichage céleste, la Machine à Gloire, l'Analyse chimique du\ndernier soupir, le Traitement du docteur Tristan, etc., cette phrase, entre cent : Hurrah !\nLe progrès nous emporte dans son torrent.... Victoire! Victoire! la vitesse de notre\nentraînement prend des proportions de brouillard tellement admirables que c'est à peine\nsi nous avons le loisir de distinguer autre chose que l'extrémité de notre propre nu.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "                                        30\n\nle progrès, cette grande hérésie de la décrépitude. On dirait vraiment, à\nvoir l'ardeur qu'il y dépense, qu'il avait à s'en venger comme d'un embarras\npublic, comme d'un fléau de la rue. Combien eût-il ri, de ce rire méprisant\ndu poète qui ne grossit jamais la grappe des badauds, s'il était tombé sur\ncette phrase mirifique qui fait rêver aux bouffonnes et volontaires absur­\ndités des paillasses, et que j'ai trouvée se pavanant perfidement dans un\njournal plus que grave : « Le progrès incessant de la science a permis tout\nrécemment de retrouver le secret perdu et si longtemps cherché de ... (feu\ngrégeois, trempe du cuivre, n'importe quoi disparu), dont les applications\nles plus réussies remontent à une époque barbare et très ancienne....\n    Nous retrouvons chez l'écrivain français la même haine acharnée contre\nla science prétentieuse et téméraire des temps actuels, le même dénigrement\n sarcastique, la même causticité spirituelle dans des farces énormes. Bien\n que ce soit là le côté le moins intéressant de son talent, il faut reconnaître\n que Villiers reste toujours, même en ces railleries, d'une grande élévation\n et rareté de concepts. Il s'empare d'une banalité quelconque, bout de loi,\n observation scientifique, article de journal, qu'il met dédaigneusement en\n épigraphe, et en tire des conséquences stupéfiantes, extraordinaires, avec une\n clarté flegmatique qui se moque supérieurement. Mais cela a beau être\n curieux et pris de haut, on en est lassé vite et l'on regrette le grand artiste\n descripteur et évocatif. La moitié de l'EVE FUTURE m'est ainsi gâtée par la\n vaine préoccupation de rendre plausibles les impossibilités et la manie des\n minutieuses démonstrations scientifiques. Mais quel émerveillement, quand,\n en plein dans le Rêve, dialoguent au fond du parc, Hadaly et lord Ewald!\n De même après les longueurs de Claire Lenoir, quel épouvantement\n quand l'incroyable vision se découvre en les yeux vitreux de la morte !\n\n   En ces œuvres, nées toutes deux d'une pensée méprisante pour la science,\net contournées alors en développements imprévus, toutes deux diffuses et\nmal équilibrées ce qui les empêche d'être des chefs-d'œuvre purs comme\nles CONTES CRUELS, outre les qualités habituelles de splendeur et d'har­\nmonie dans le style, de hauteur et d'ingéniosité dans les aperçus, nous\ntrouvons plus particulièrement, l'exposé de la philosophie de Villiers,\npratique dans l'EVE FUTURE (1), métaphysique dans CLAIRE LENOIR (2).\nC'est un idéalisme sceptique d'une grande profondeur, rappelant d'auda­\ncieuses théories de philosophes allemands.\n\n\n  (1) L'EVE FUTURE. — Paris 1886. De Brünhof.\n  (2) TRIBULAT BONHOMET. — Paris 1887. Tresse et Stock.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "                                      31\n\n\n   Pour Villiers, toute certitude est dans les Rêves; nous ne connaissons\nle monde extérieur que par nos sensations et la sensation n'a d'autre\nvéritable réalité que l'idée qu'on en a. L'objet ayant de variables et\nfuyantes propriétés, plus changeantes encore selon le sujet qui le conçoit,\nil s'ensuit qu'il n'est, au fond, qu'apparence; que la pensée est tout. La\nseule chose positive, sérieuse, c'est l'illusion; c'est pour une danseuse qui,\nen définitive, n'existait pas, que s'est tué l'ami d'Edison ; le monde est mené\npar les fictions. D'où une très particulière compréhension de la vie et de la\nmort, la prédominance de l'âme, la possibilité de sa continuation dans la\nténèbre et de son influence sur les restants; socialement, un hiérarchisme\nrigoureux, déduit de l'inégalité foncière des intelligences. Qu'on lise, au\nreste, les discours d'Edison et ceux de Lenoir, ils édifient vertigineusement\nces conceptions avec une abondance d'arguments, une plénitude de preuves,\nune ampleur géniale d'hypothèses, une logique victorieuse, et par des\nexemples saisissants, des démonstrations sans réplique, telle que la mathé­\n matique décomposition de la danseuse, qui vous laissent troublé, hésitant,\nsongeur, les yeux perdus dans la nuit, comme au seuil du mystère!\n    De cette philosophie et de cette véhémente dégoûtation du monde\n moderne, est née cette création : Tribulat Bonhomet. Villiers a réussi là\n un type, qui, irrévocablement, pour les affinés, remplace le trop rudimen­\n taire Joseph Prudhomme. Le bourgeois d'ailleurs, depuis Monnier, a consi­\n dérablement modifié son extérieur ; il n'en est pas devenu moins haïssable,\n au contraire ! A présent, il aime les artistes, le bon docteur tueur de cygnes!\n Il discute littérature et philosophie, vénère la science, se propose à l'admi­\n ration de ses illustres contemporains! Oh! hideur — et ils sont légion!\n hideur de ce monstre pédant et stupide, féroce en sa cruauté, inconscient\n de son horreur, rayonnant dans sa quiète vanité, si idiotement spirituel,\n que la Voix attristée renvoie parmi les vivants « afin que votre nombreuse\n personne inspire, là-bas, quelqu'une de ces pages de feu, de honte et de\n vomissement que, de siècle en siècle, l'un de mes soldats crache, en\n frémissant, au front de vos congénères ! »\n\n  Décembre 1887.\n                                                       JULES DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 32, "page_fin": 32, "titre_corps": "Le Miroir magique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE MIROIR MAGIQUE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "LE MIROIR MAGIQUE\n\nVille immonde, cloaque où coasse, la fange\nAux dents, la lèpre au ventre, un peuple de carcasses\nFétides, grimaçant les vieux rites cocasses,\nQuel magique miroir me creuse un ciel étrange?\n\n\nPur acier, vierge azur ébloui d'un vol d'ange,\nLumière ivre où s'endort la paix des ailes lasses,\nO mon cœur, aigle amer, c'est l'air clair où tu chasses\nTes songes éployant leur chantante phalange.\n\n\n\nHors du subtil mirage où l'avenir m'attire,\nTous ces baisers ailés de leur rose sourire\nMourront, flasques et vains, sous ma bouche déçue.\n\n\nSorcières! le bonheur prévu n'a plus de joie !\nEt nulle chair future en image conçue\nN'assouvira ma faim d'une idéale proie.\n\n                                            IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 34, "titre_corps": "Sons de cloches", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "SONS DE CLOCHES", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOËL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "SONS DE CLOCHES\n                                                      A Mademoiselle Katy G....\n\n               es sons de profondes voix troubles chantant : Noël! Noël!\n                pour tous ceux qui sont morts à la vie et à la souffrance ; des\n                sons dont la puissance ébranle et fait osciller les tours et dont\n                les larges gouttes tombent, s'étalent et se dissipent en soule­\n vant du passé des nuages de souvenirs.\n    René s'était inutilement abrité derrière ses fenêtres closes et ses rideaux\n tirés; inutilement réfugié en lui, dans son âme et dans sa tristesse, la Noël\n des vivants, Noël chrétienne et païenne de tous ceux qui prient et de tous\nceux qui rient, Noël étoilée d'amour et de joyeux réveillons, violait sa soli­\n tude et sa souffrance.\n    Accoudé à sa table, la tête entre les mains, devant une page à demi écrite,\nil fixait d'un regard lointain une étrange et mélancolique enluminure de\n Christmas que le courrier d'Angleterre venait de lui apporter. C'était,\ndans le cadre symbolique d'une feuille de houx hérissée de pointes dures\npareilles à des glaçons, un paysage de neige pailleté de givre, éclairé d'un\nsoleil jaune qui se couchait en grelottant. Et, sur ce fond de lumière atone,\ns'enlevait la tête mignonne d'une de ces blondes ophéliennes, petites-filles\nspirituelles de Shakespeare, dont le sourire figé sous un froid regard bleu\nsemblait jeter au souffle coupant de l'hiver, la devise :« Merry Christmas\nand happy neiu y car ! »\n    Quelqu'un entra sans frapper. René, redressé brusquement, alla vers lui,\nles mains avidement tendues comme pour saisir du bonheur ; puis, assis\nl'un devant l'autre, comme ils causaient à mi-voix, René, souriant d'un de\nces horribles sourires qui semblent déchirer la tristesse des visages, dit :\n— Pourquoi parlons-nous si bas? On peut faire du bruit, va! Il n'y a\nplus personne qui dort dans la maison !\n    Ces paroles tombèrent comme écrasées sous le poids du profond silence\nqui les suivit. René, effrayé de les avoir dites, abaissa les paupières et ils\neurent l'impression, pendant une seconde, de se sentir enveloppés d'obscu­\nrité.\n   Alors celui qui était entré reprit, sans élever la voix davantage :\n   — Tu te trompes, René, il y a quelqu'un qui dort dans la maison;\nQuelqu'un qui dort d'un sommeil d'âme bien plus léger que le sommeil\n                                                                       3\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "                                  -   34   -\n\ndes vivants. Ceux qui ont cessé de vivre à côté de toi vivent en toi. Ceux qui\nont emporté leurs enlacements et leurs baisers, en s'en allant de toi t'ont\nlaissé leur amour. Ceux qui ne te verront plus, qui ne t'embrasseront plus,\nqui ne te consoleront plus, t'aiment toujours... et nous devons parler très\nbas, vois-tu, pour ne pas troubler la cendresse que cet immatériel sommeil\néternise en eux.\n   L'inoubliable mort de leur voix, de leur regard, de leur geste est une\ncaresse suprême qui nous enveloppe pour toujours...\n    Un son de cloche grave et lourd, détaché de très haut, s'affaissa comme\n une immense nappe de bronze et s'en alla, mourant, à la dérive, entraînant\n après lui des vibrations prolongées ; avant qu'elles se fussent effacées, un\n autre coup tomba, plus grave et plus sonore et, dans l'atmosphère emplie\n d'ondes, les sons sur les sons s'amoncelèrent en un chant liturgique funèbre\n pour célébrer la fête de la Nativité,\n    Ils étaient demeurés haletants, cloués par une sorte d'effroi sous l'enva­\n hissante tristesse de ce chant.\n    Quand les dernières rumeurs du glas se furent éteintes, une à une, dans\n le silence de la nuit, ils détachèrent lentement leurs regards l'un de l'autre.\n    Le vent qui soulevait, au dehors, la neige en tourbillons, coulait par la\n cheminée son mystérieux et follet gémissement, pareil à ces petites flammes\n pâles qui vacillent à tous les souffles et se rallument sans cesse.\n    René s'était levé en frissonnant. D'une allure accablée, machinale, il\n  marcha par la chambre comme pour chercher un objet qu'il ne trouva\n  point et revint, le regard à terre, s'affaisser devant la table où la tête\n  mignonne, du fond de son paysage de neige pailleté de givre, continuait\n  de jeter son souhait de bonheur : « Merry Christmas and happy new\n  rear ! »                                               HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 35, "titre_corps": "Noël", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Van Lerberghe", "ancre_debut": "NOËL", "ancre_fin": "CHARLES VAN LERBERGHE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L AMOUR CONJUGAL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "NOËL\n                                               Tamquam sponsus de talamo suo.\n                                                               ANT. NATIVITÉ.\n                     Je suis en couronne d'autel,\n                     En plis d'enfance, je suis close,\n                     Mystiquement, et je repose,\n                     Blanche, à mes robes d'or pareille,\n                     En moi-même, comme on sommeille;\n                     Car élue, Enfant de Noël,\n                      Tu viens à moi qui me réveille.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 833, "texte": "                                 — 35 —\n\n                  Voilé de neiges dans le soir,\n                  Jardin de roses invisibles,\n                  Ma chair et mes fleurs    intangibles,\n                  Aux baisers que mon ombre exhale,\n                  Pour Toi, dont je suis nuptiale,\n                   Toi, qu'en moi je Pais recevoir,\n                   T'ouvrent leur virginité pâle.\n\n                  Le Paradis repose en moi;\n                  Lumière, mon amour s'achève\n                  A u tabernacle de mon Rêve :\n                  Mon rêve blanc, silence et flamme,\n                  Longue innocence blanche, trame\n                  De joie immortelle, û mon Roi!\n                  Toi qui viens d'entrer dans mon âme.\n\n                                        C H A R L E S VAN   LERBERGHE.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 39, "titre_corps": "L’Amour conjugal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Mouret", "ancre_debut": "L AMOUR CONJUGAL", "ancre_fin": "JEAN MOURET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LA MAISON DU MALHEUR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "L'AMOUR CONJUGAL\n             Cela n'existe pas.\n                 Il y a 1' « amour » — et il y a le « conjugal ».\n                 Deux choses, et non pas une.\n                 L'amour est, pour les époux, ce qu'il est pour tous ceux\nqui s'aiment : même sincérité, mêmes transports, même enthousiasme — et\naussi, mêmes effets sensoriels.\n   Ceux qui l'ont connu me comprennent ; les autres ne me comprendraient\npas.\n   Donc, ici, ni définition, ni description.\n   L'amour dure ce qu'il peut, entre époux, comme ailleurs.\n   Sans cesse en proie à mille causes de destruction, d'ordres divers, physi­\nques ou morales, il résiste, parfois, jusqu'à ce que l'âge, cet inéluctable\nchâtreur, vienne le frapper dans ses sources vives ; mais, — qu'il meure de\ncela ou d'autre chose, — il ne renaît point de ses cendres ; et surtout, il\nn'est point vrai que, suivant la formule bourgeoise, l'amour des époux se\ntransforme.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "                                    — 36 —\n\n   Quand il est mort, il est bien mort, et le « conjugal », qui lui succède, le\nremplace.\n   Ce « conjugal » peut être un supplice cruel, comme il peut être un pré­\ncieux trésor, lorsqu'il hérite immédiatement des souvenirs de l'amour.\n   C'est, alors, une affection nouvelle, qui a bien aussi sa grandeur et sa\npoésie.\n   C'est la seconde étape du sentiment, dans les unions heureuses : « l'amour »,\ntant que l'on peut aimer ; le « conjugal », quand on voudrait aimer encore!\n   Hors de là, pas de bonheur.\n\n\n   Dussé-je soulever la clameur des Tartufes et des Impuissants, j'affirme\nque l'amour est, en grande partie, physique.\n   L'œuvre de la nature le prouve.\n   Laissez, isolés ensemble, l'homme et la femme qui s'aiment, — à quelque\nrang qu'ils appartiennent, quels que soient leur éducation, leur religion,\nleurs principes, — ils iront aux bras l'un de l'autre ; séparez-les, réunissez-\nles ensuite, ils y retomberont, dans un premier baiser.\n   Et la femme, — la vraie femme, — se donnera toujours, sans choisir\nl'occasion ni l'heure, sans songer aux douleurs d'une maternité déjà souf­\nferte ou à peine entrevue, sans souci de ses fatigues, de sa santé, de ses\ndevoirs — au prix même des plus graves dangers !\n   Paradis. — Paradou.\n   Si elle réfléchit, si elle raisonne, si l'ivresse de son cœur et de ses sens ne\nla trouble, au point de lui faire oublier, au seuil de cette minute divine,\ntout ce qui n'est pas cela — c'est qu'elle n'a pas ou n'a plus d'amour ! —\nC'est, alors, une femelle subissant, bêtement ou salement, la saillie.\n\n\n   En dehors du mariage, pareille situation a sa solution indiquée : on\ns'envoie réciproquement aimer ailleurs, et l'on recommence ailleurs, si\nl'on peut.\n   Mais, entre époux, il y a un nœud normalement indissoluble, fait de\nlois, de convenances, et surtout d'enfants. — Ce nœud, on ne peut le\ndéfaire, le relâcher est une faute, le trancher, une extrémité légale qui n'est\npoint donnée pour ce cas là.\n   C'est ici que commence le conjugal, fait, non plus de souvenirs et\nd'estime, mais d'habitude ou de résignation.\n   Deux corps, dont l'un a des besoins que l'autre consent à satisfaire,\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "                                         37\n\n  comme dans un viol, tantôt physique, tantôt moral, avec lassitude, ennui,\n  répugnance même !\n                                            *\n     La situation de l'homme est, alors, absolument misérable; car — sem­\n  blable à ces chiens qui dédaignent leur pâtée, mais qui montrent les dents\n  dès qu'un autre s'en approche, — la femme prétend à la fidélité parfaite de\n  son mari; et quel prix en donne-t-elle? Sa propre fidélité matérielle! — Ce\n  n'est point assez.\n     Lui est encore à l'âge d'aimer; on peut même affirmer qu'il est, mieux\n qu'au début de la vie, apte à ressentir et à provoquer l'ivresse: il l'avait\n rêvée sans fin, dans son union avec l'idole choisie.\n     Et voilà qu'elle lui échappe! Il est condamné, désormais, à l'acte physio­\n logique — hygiénique presque — sans réciprocité de jouissance, sans baiser,\n sans poésie, sans flamme.\n     La lèvre ne cherche plus la lèvre, ou ne la trouve pas ; la main se dérobe ;\n les battements du cœur ne devancent plus le tic-tac de l'horloge!\n     C'est pis que le célibat du mystique, car c'est la jouissance sans cesse\n entrevue, espérée, souvenue, et jamais plus atteinte.\n    Sa femme glacée le glace. Elle raisonne — profanation ! — l'amour, et\n le met en coupe réglée. Il a sa place — toute petite — parmi les devoirs\n de la ménagère; il a son moment, non psychologique, mais domestique!\n                    Le jour est mauvais, l'heure mal choisie, la toilette n'est\npas faite le matin, ou l'est trop, dans la journée; est-ce la peine de se\ndégrafer pour si peu? Non,           ce soir; pas trop tard, elle a sommeil; pas\ntrop tôt, ses invités la retiennent ; pas trop souvent, c'est une fatigue ; pas\ntrop ardemment, elle en souffre ; pas trop          nu, c'est indécent! Bref, il\nfaut bien       ; mais le strict nécessaire, au moment le moins gênant !\n    C'est, pour elle, un si terrible ennui, qu'elle pense, dès qu'elle l'entrevoit,\nau moment, à l'endroit, au costume, à la température dans lesquels elle\nconsentira à le subir.\n    Et elle semble ne pas même se douter des froissements cruels qu'elle\ninflige à son mari, réduit à les souffrir en silence, pour elle, pour ses\nenfants, pour lui-même, jusqu'à ce que la coupe déborde!\n                                          *\n\n  A-t-elle tort? Est-elle blâmable? Non.\n  Il suffit que ses impressions soient telles, pour qu'elle doive ne point les\ncacher, alors qu'elle les ressent. La dissimulation, en ce cas, serait la gri­\nmace d'une prostituée!\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "                                  — 38 —\n\n  Il n'en est pas moins vrai que toute dignité dérive, de part et d'autre,\ndans ces dégels superficiels d'un instant.\n\n\n\n\n   Déteste-t-elle son mari, cette femme?\n   Point. L'homme ne l'émeut pas; voilà tout. Elle ne trahit pas ses devoirs\nElle n'est pas matériellement adultère; d'ailleurs, pour être pourchassée\npar un amant, comme elle l'est par son mari, ce ne serait vraiment pas la\npeine de changer!\n   Mort, elle le pleurerait peut-être avec quelque sincérité, quoiqu'elle lui\ntrouve tous les vices, à l'encontre d'un ou de plusieurs, qui semblent avoir\ntous les mérites. Ici, un peu d'adultère immatériel, fait de comparaisons,\nde regrets et d'illusions ; mais, en somme, sensuellement au moins, elle\nne lui préfère personne, par cette seule et décisive raison qu'elle n'a pas de\nsens.\n   Aussi est-ce grand dommage qu'il aime tant des choses si ennuyeuses.\n« Les autres hommes ne doivent cependant pas être tous ainsi, puisque les\n« femmes sont toutes, dit-elle, autrement! On peut s'aimer sans cela,\n« n'est-ce pas? Elle peut donc refuser sans scrupule ».\n   Refuser ! Toute la situation est dans ce mot-là.\n   Ce ne sont plus les deux êtres aimants et aimés, impatients, avides d'être\naux lèvres l'un de l'autre, s'y précipitant et mourant dans une étreinte spon­\ntanée, réciproque, inconsciente, irrésistible ; non, il y a un pauvre qui crie :\n Charité! et un riche qui, pour avoir la paix, lui fait parfois l'aumône!\n   Ce qui était abandon et enthousiasme est devenu concession et sacrifice.\n C'est navrant !\n   L'homme s'épuise au travail, est en proie à mille soucis matériels, encourt\ntoutes les responsabilités, pour répandre, autour d'eux, l'abondance et le\nbien-être. Et lorsqu'après le labeur du jour, il aspire à la femme aimée, il\ntrouve sa maison livrée aux étrangers, qui y règnent en maîtres, lui volent\nsa nuit et lui laissent, lorsqu'ils se décident à lui faire place, une femme\nénervée, indifférente, ensommeillée !\n   Alors il s'en va, meurtri comme un chien que l'on a repoussé du pied,\npleurer, dans son oreiller comme sur une tombe, tout ce qu'il s'était repris\nà espérer pour la millième fois !\n   Aussi, plus d'un, hanté par cette lancinante et épuisante obsession, — faite\nd'une femme nue, ardente, sautant sur son homme,—sur son mâle,— et l'enla­\nçant dans un baiser sauvage, — plus d'un, en proie à cette surexcitation con\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 943, "texte": "                                  - 39 -\n\nstante et jamais calmée, est mort sous une douche ou dans un cabanon\nd'excès, a-t-on dit.\n   D'autres, faisant enfin violence à leur dignité personnelle, ont demandé\nà la débauche ce qui manquait à leur part de bonheur.\n   Mais il y a, dans l'amour, autre chose que deux brutes ; aussi ont-ils\ntrouvé, dans la vénalité, les grimaces de l'amour, seulement, et s'en sont\nrevenus diminués, avilis, éreintés, non satisfaits, reprendre silencieusement\nle collier.\n   Ainsi finit souvent cette lutte, dans laquelle l'homme est vaincu d'avance,\npar la Nature même.\n   Pour l'amour, il faut être deux, et, de quelque côté qu'il se tourne, il\nest tout seul !\n\n\n   A tout cela, quel remède? Pas. Il y aurait bien le mariage à terme, mais\nles enfants, alors?\n   Le problème est éternel comme la souffrance.\n                                                     JEAN   MOURET.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 39, "page_fin": 40, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "VERS LA MAISON DU MALHEUR", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 943, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "VERS\n                     LA MAISON DU MALHEUR\n\n                 L'ennui tisse aux coins de mon cœur,\n                 Comme des toiles d'araignées,\n                 De grandes ombres imprégnées\n                 Du souvenir de mon malheur.\n\n                 Oh! la demeure solitaire,\n                 Sans espérance et sans amour,\n                 Où la douleur s'assit, un jour,\n                 Comme une sœur mystique et chère.\n\n                 Oh ! la triste, triste maison !\n                 Le silence en devient le maître!\n                 Toutes les larmes de son être,\n                 On les y pleure sans raison.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 876, "texte": "               — 40 —\n\nParfois mon âme, elle est trop pleine !\nOh! fuir alors! Mais cest en vain :\nOn a tant pleuré qu'à la fin\nVon ne peut vivre sans sa peine.\n\nLes pleurs font aimer la prison.\nNe sortez pas, c'est inutile,\nVous seriez comme un qu'on exile,\nRegrettant la triste maison.\n\nCar vous avez pris la coutume\n— Le ciel pur vous serait mortel, —\nDe respirer l'ambre et le sel\nD'un air saturé d'amertume.\n\n\n      LA VIEILLE CHANSON\n\nC'est la vieille chanson, mon âme,\nDu clair de lune dans le cœur :\nLa romance dont j'ai si peur,\nTous les mensonges de la femme.\n\nC'est la chanson de l'autre jour,\nTu te souviens de quelle peine;\nLa trahison sûre et prochaine,\nBeaucoup de mal pour peu d'amour.\n\nOui, la complainte recommence,\nEt la souffrance, la voilà !\nMais elle est douce, écoutons-la,\nÉcoutons la triste romance...\n                              GRÉGOIRE L E   ROY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 45, "titre_corps": "L’Absent", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "L ABSENT", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES ORGUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "L'ABSENT\n       A GEORGES EEKHOUD.\n                                          J'ai l'air de dire des absurdités, mais tous\n                                        ceux qui aiment me comprendront.\n                                                                            (R. l'A.).\n\n               Depuis plusieurs mois, mon frère aurait dû avoir atterri; sa\n                 dernière missive, datée de Bangie-Wangie, trop précise et\n                 explicite ne me permettait, malheureusement aucune indéci­\n                 sion. Après m'être leurré des fallacieux prétextes de retard que\nput me fournir ma raison et auxquels je n'ajoutais, d'ailleurs, aucune foi,\n— les affres de l'attente subies,— l'intensité de mon désespoir me jeta enfin,\nà une espèce de résignation stupide, entrecoupée d'accès fiévreux, d'halluci­\nnations, de songes qui m'otèrent, à la longue, toute notion exacte de la\nréalité.\n    L'autre matin, au réveil, je ne sais d'où venue, la certitude entière,\nabsolue me saisit que le jour n'expirerait pas sans la présence de l'absent :\n— « C'est certainement pour aujourd'hui, me répétais-je en m'habillant, il\nfait si clair, si gai et ma chambre a un air de renouveau ».\n    Le temps s'écoula dans une joyeuse impatience; je ne pus m'appliquer à\nrien, ni lire, ni écrire; — « à quoi bon commencer quelque chose, puisque\nje serai si tôt interrompu? » — J'avais arrêté l'horloge afin d'ignorer l'éva­\nsion des impassibles heures, ne pas entendre la sonnerie qui, à chaque coup,\nemporterait un lambeau de mon espérance.\n    Le crépuscule étendit graduellement ses ombres maussades qui s'enténé-\n brèrent bientôt et me plongèrent en un indicible étonnement, une stupeur\n navrée de l'irréalisation d'un événement, pour moi, certain. Mais il pouvait\n arriver encore, — au milieu de la nuit, peut-être. Je ne me couchai pas,\n attentif à toutes les rumeurs du dehors, épiant la course des voitures parmi\n les rues voisines, tressaillant d'allégresse lorsque le bruit se rapprochait,\n ralentissait devant notre porte. Bien des fois, je m'illusionnai, tendant\n l'oreille au coup de sonnette imminent, mais rien, rien... Le silence\n bourdonnait.\n    En d'incertaines banlieues, des trains sifflaient, incisivement... C'était\n un relulement aux modulations attendrissantes; puis partaient des coups\n brefs, saccadés, impératifs qui lacéraient la nuit comme des fusées\n d'alarme... Et il y avait un sifflement continu, sur un diapason monotone,\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "                                  -    42   -\n\n\ninsonore et éraillé déjà. Signal éploré et défaillant d'un convoi perdu en\nquelque indicible détresse...\n   Je tombai à un état de nervosité exaspérée et les tableaux sinistres s'évo­\nquèrent, sans trève en moi : — Navires sombrant lentement, engloutis par\nune mer infinie et lisse et froide, illuminée des rayons d'un sardonique\nsoleil; — malades succombant à de putrides choléras, sous des cieux impla­\ncables, et martyrisés par les moustiques assassins ; — marins, vivantes\népaves que les vagues éloignent du salut et dont les yeux et les gestes sup­\nplient en vain. Et toujours, le cher visage dominait ces scènes lugubres,\ns'imposait au premier plan et mon regard vaincu et fasciné ne pouvait s'en\n détacher... Oh! l'atroce agonie des espoirs suprêmes!\n    Morne, atterré de cette nouvelle — et plus forte — évidence du rêve pro­\n phétique, je contemplais tristement la chambre, si animée tantôt, croyant\n trouver chez les choses, le réconfort, les consolations que me refusait mon\n esprit mais, elles aussi, assombries semblaient me répondre un non dolent\n et plaintif.\n    Pour distraire cette trop pesante oisiveté, — et morbide envie d'attiser\n encore ma rancœur, sans doute, — j'entrepris de relire les lettres reçues\n depuis le jour lointain de la séparation, — et parmi elles, j'exhumai ces\n notes, tracées ce jour-là même et empreintes d'un accablement sans\n retour :\n\n   « Ah! combien plus déchirant un adieu, l'automne! Combien plus tor­\nturante l'inertie muette des choses !... Il n'y avait point, cette fois, la beauté\ndu fleuve, la majesté des voiles, la fierté du vaisseau svelte et gracile, le\nsoleil déversant sur tout sa tranquille splendeur... C'était un soir brumeux\nde novembre. La gare mal éclairée, humide, revêtue de désolation par les\nfumées des machines, — et remplie alors, de pas rapides, d'appels, de cris,\n— d'une vie artificielle qui tout d'un coup, s'éteindra ; — le brouillard que\ntrouent, çà et là, les feux rouges, la masse énorme et confuse d'une locomo.\ntive ; — et là-bas, l'illimité, l'avenir, — des tunnels de ténèbres où, tout à\nl'heure, s'engouffrera le train emportant ma joie, toute ma joie... — « Pour­\nquoi? mon Dieu, pourquoi? » — Les gardes ferment violemment les por­\ntières. Je cesse de le voir ; il occupe une place au fond d'un compartiment\n bondé. Une dernière fois, penché à la fenêtre, la voix rauque et avec un\n sourire contraint, il me dit : — « Au revoir ! ».\n   « Immobile, pétrifié, je demeure sur le quai. De toutes mes forces, je\n désire que le convoi parte, vite, vite — pour que ça finisse — et, en même\n temps, il me paraît impossible de m'éloigner, tant qu'il sera là... — Des\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "                                  - 4 3 -\n\ncoups de sifflet, une bousculade, le vacarme d'une querelle; — les voitures\ns'ébranlent. — Le voilà loin.\n    « Le cœur broyé lentement, je vis disparaître le train dans le noir, l'œil\nattaché à son fanal qui, brusquement, à un coude de la voie, s'éclipsa... Et\nmaintenant, cette obscurité s'épaississait, la tristesse se condensait matériel­\nlement, autour de moi.\n    « A pas traînants, je sors; — je sens affluer les larmes mais je ne veux\npas pleurer. Me voici sur la place — qui m'apparaît immense; — « les\nlumières, le tapage... que de voitures ! Pourvu que je ne rencontre\npersonne !... »\n     « Et je vais. Où ? Au détour d'une ruelle, j'aperçus une maison vide, des\naffiches A vendre sur les volets et les sanglots réprimés jusqu'alors, écla­\n tèrent, soudain. J'entrai chez un libraire et me chargeai de livres. Accosté\n par un de mes amis, — que me dit-il ? — je lui répliquais d'un ton machi­\n nal : « Oui... oh! oui... oui. » — Dans un café, je pris un intérêt singulier,\n anxieux, à la conversation de deux vieillards. Ils discutaient et l'un d'eux\n émettait constamment des objections turbulentes et légèrement saugrenues ;\n  l'autre répondait doucement, d'un accent persuasif, comme à un enfant, en\n  soulignant les mots pour ouvrir à ses arguments l'intellect obtus de son\n  compagnon, et je suivais sur la face béate de ce dernier les progrès de la\n  compréhension... L'objet de leur controverse me resta, au surplus, absolu­\n  ment inintelligible...\n     « Puis, je retournai partout où, lui et moi, fûmes ensemble naguère, et,\n en cet inconscient pèlerinage, une réflexion revenait toujours, m'écrasait le\n cerveau avec la régularité, la prestesse silencieuse et funèbre d'un marteau\n pilon : — « Il y a une semaine, il y a un mois, il était ici et à présent... Et,\n qui sait ? l'ai-je vu en cet endroit, alors, pour la dernière fois... »\n     « Je voulus me remémorer les circonstances de son séjour, minutieuse­\n ment; l'esprit tendu, raidi, je tâchais de combler les lacunes de mes récur­\n rences... Aussi se réveilla le souvenir des quelques querelles, si vite apai­\n  sées, au reste, et des remords pesants m'oppressèrent.\n      « Un moment, aberration inouïe, je m'ingéniai à me consoler par des\n  mots, comme si les mots avaient jamais consolé personne : — je m'obstinais\n  à me démontrer l'inexorable du Destin, la Fatalité se jouant de nous ainsi\n  que d'une vaine poussière ; — mais ces condoléances abstraites me glissaient\n  entre les mains; inutilement m'épuisais-je à les préciser en moi, à leur don­\n   ner une rigueur mathématique; cette vapeur philosophique ne se laissait\n   pas éteindre, se volatilisait ironiquement. La profonde vacuité des spécu­\n   lations confrontées avec le fait brutal s'éclaira d'une glaciale évidence.\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "                                   — 44 —\n\n     « Le regret me lancina, aussi, de n'avoir point, l'heure finale, dit les\n choses qui étaient à dire, d'avoir échangé de si banales et insipides paroles.\n Cette peur de prononcer des mots, des adieux décisifs et virils, attermoyer,\n en somme, devant l'inévitable, me fit rire, presque...\n    « Et comment, me reprochais-je aussitôt, comment puis-je syllogiser,\nm'y plaire même, lorsque je devrais être accablé complètement et incapable\n de raisonner ?... »\n    « Je m'efforçai donc de chasser ces idées, de me reporter au jour, bien\n éloigné, certes, mais qui écherrait pourtant, de la réunion. J'essayais de me\n figurer vivement l'allégresse de cette époque, l'espèce de mieux-être phy­\nsique et moral dont je jouirais à son aurore, mais ces imaginations se dis­\nsolvaient aussi et, avide de dénouements amers, c'était à l'instant du nou­\nveau déchirement, à l'heure inéluctable où je rechoirais au désespoir actuel\nque s'ancrait mon esprit. Ainsi la certitude heureuse du retour se mêlait\ndéjà de toute l'appréhension du départ et me la rendait insupportable et\ndouloureuse...\n    « Enfin, une sorte d'hypermnésie m'emporta. Pêle-mêle des réminiscences\nd'enfance, de collège, de voyage, m'assaillirent; des silhouettes oubliées\ndepuis des ans — auxquelles je cherchais en vain un nom — surgirent,\nclaires et distinctes, au milieu des cadres jadis familiers; puis, peu à peu\ncela se brouilla, se confondit, les figures, à peine entr'aperçues, s'effacèrent\ndans les limbes...\n    « Des idées embryonnaires, suggestions du délire, passèrent encore. Je\ntentais d'y amarrer mon attention. Quelquefois, me dégageant à demi de ce\ncauchemar, des déductions s'ébauchaient, d'une logique parfaite, mais,\nsoudain, elles se trouvaient couronnées de conclusions déconcertantes. Mon\ncerveau surmené se dérobait, travaillait à vide, déroulait à mes yeux d'in­\ncohérentes visions... »\n\n  Les sensations retracées en ces pages fébriles, atténuées, adoucies par les\nheures subies depuis et maintenant si grises en mes souvenirs, à cette\nrésurrection, s'imposèrent avec toute leur primitive poignance...\n\n   ...Je sursautai, tout à coup, j'avais perçu le roulement d'une voiture,\nroulement faible, imperceptible, comme si le raboteux pavé se fut aplani\nsous les roues. Il s'accentua, puis décrût et — oh! la fièvre de cette\nminute ! — le timbre retentit sec, rapide, impérieux... Je descendis en cou­\nrant pour lui ouvrir : il gravissait déjà l'escalier. Sans considérer, alors,\nl'extraordinaire de ce fait, je l'embrassai longuement.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "                                  — 45 —\n\n   Installé, à présent, vis-à-vis de moi. il écoutait, silencieux, le récit de\nmes inquiétudes, souriant doucement et finement parfois, comme quelqu'un\nqui entendrait un enfant raconter ses peurs puériles. Il se taisait, ne m'avait\npas adressé un mot et, détail étrange, son mutisme ne me surprenait pas;\nil me paraissait que cela devait être ainsi.\n   L'aube taciturne apâlit la flamme de la lampe, des lueurs mouillées et\nlivides recouvrirent les murs d'un deuil plus sombre ; je parlais encore, lui\nnarrais mon existence pendant ses pérégrinations, mes projets d'avenir\npour nous deux. Il approuvait de la tête, gardant aux lèvres ce persistant\nsourire, ambigu, sarcastique presque, et qui, peu à peu, glaçait ma parole,\n épouvantait ma pensée prête à éclore... Frémissante, ma voix s'affaiblit,\n mourut et un colloque muet, solennel, s'établit, dont ma mémoire\n éperdue n'a gardé qu'une indéchiffrable empreinte, car des pensées fulgurè-\n rent que l'écriture profanerait.\n    Mais se levant, à la fin, mon frère fit de la main un geste vague d'aban­\n don, d'indifférence, de lassitude et proféra sourdement, en me jetant un\n regard de pitié attendrie : « Adieu, donc ! »\n    Hagard, stupéfait, je m'élançai vers lui et foudroyé, m'évanouis. La vio­\n lence de la chute me rendit mes sens; j'étais étendu au seuil de la salle\n plongée en une opaque obscurité; longtemps je restai immobile, retenant\n mon haleine, envahi d'une terreur inexprimable, suant et gémissant d'an­\n goisse, courbé sous le souffle mystérieux qui avait passé...\n\n  Et depuis, j'attends toujours le cher exilé, mais je n'ose plus prononcer\nson nom...\n                                                   ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 46, "titre_corps": "Les Orgues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "LES ORGUES", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 1760, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "LES ORGUES\n     Orgue des jours passés ! en silence à cette heure\n     Sous l'indécise main des moindres dernier-nés,\n     T'ai-je pas fait pleurer tout ce que l'âme pleure,\n     Dans l'attentive paix des soirs abandonnés ?\n\n     Je ne retrouve pas mon plain-chant d'espérance\n     Dans les temples déchus de l'âme d'aujourd'hui;\n     Rien de beau depuis moi n'a rompu le silence\n     Et j'en mourrai plus fier dans un plus morne ennui.\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "                         — 46 —\n\nLes douceurs de jadis et les maux de naguères\nÉtaient deux infinis pleins de l'âme des morts,\nEt les lys du jardin, mes grands lys congénères,\nSont devenus de sang sous mes lèvres d'alors.\n\nQuand se touchaient nos mains dans la moisson des roses\nLa vie accélérait ses flots mystérieux\nEt parmi les baisers inconscients des choses\nNos veines palpitaient, pleines du sang des dieux.\n\nDans des jardins nouveaux et sous d'autres tonnelles,\nUniront mains amants qui jalousent les fleurs\nPour d'éternels baisers les lèvres éternelles,\nLe souvenir des miens me console des leurs.\n\nJe sors de mon passé comme d'une patrie\nEt je suis ce banni qui ne reviendra pas;\nQuelqu'un d'impérieux qui sait ma rêverie\nMe saisit par la main et m'emmène à grands     pas.\n\nTout mon être muet respire une prière\nQue ne comprendra pas le débile avenir\nEt je prolonge en vain mon regard en arrière\nPour confirmer en moi le frêle souvenir.\n\nPlein des anciens bonheurs effeuillés en légendes\nJe m'en vais par un soir de siècles révolus\nEn contemplant au loin s'esseuler dans les landes\nLes orgues du passé qui ne chanteront plus.\n\n                                        FERNAND S E V E R I N ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 47, "page_fin": 47, "titre_corps": "Pur-Pur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "PUR PUR", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "PUR-PUR\n                                                              A SIEBEL !\n\n               Ecrire une chose absolument vertueuse, sans l'ombre d'un mot\n                qui choque, sans se troubler soi-même ni troubler personne,\n                quelque chose qui fasse rêver de ce qui est pur et chaste\n                encor : les jeunes filles, — être jeune fille soi-même en mettant\nde l'encre — fi ! le noir ! — sur du blanc — oh ! l'exquis blanc ! — je veux\nbien...\n    Des souvenirs, alors ?\n    Et il y en a, des souvenirs ! Car tout ce qui est loin est doux, ce qui est\nloin est simple, ce qui est loin est comme une absinthe bue qui aurait un\narrière-goût d'anisette ! douce ! douce ! — ce qui fait doudouce : un nom\nd'amour.\n    Une vieille, vieille histoire du passé, une histoire à caresses, voulez-\n vous ? Laissez-moi, c'est si bon raconter des choses qu'on a eues, qu'on n'a\n plus et qu'on met sur le compte des autres. Vous comprenez, c'est de l'auto­\n biographie qui n'en a pas l'air — et l'on a l'air d'avoir beaucoup de talent\n parce qu'on a pleuré « pour de vrai » sans faire semblant de rien, ou qu'on\n rit avec sincérité, ce qui est le comble de l'art et simple comme bonjour.\n    Ecoutez : il y a longtemps vivait dans une petite ville d'Allemagne un\n jeune homme — oh ! jeune à faire peur — qui ne faisait peur à personne\n tant il était peu allemand ; il aimait beaucoup le ciel — avant l'éternité —\n le Rhin — avant la Wacht qu'on y prodigue — et les jeunes filles blondes,\n Car elles sont blondes, je vous assure, elles ont une façon de dire : O\n schweig ! tais-toi ! qui vous fait parler à mort — non, à vie — à vie que\n veux-tu ?\n     Et elles veulent...\n     Ce qu'elles veulent, je ne sais pas ! Elles sont si blondes qu'on a envie\n  de faire des vers bleu vergiss, elles sont si grâce, qu'on se prend à leur\n  parler français, elles sont si exquises qu'on songe à se jeter dans le Rhin\n  avec elles, tant c'est lit, leur Rhin.\n     Alors, vous comprenez l'histoire, ce sera pour une autre fois !\n\n                                                           MAX WALLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 49, "titre_corps": "Jésus sur la montagne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "JÉSUS SUR LA MONTAGNE", "ancre_fin": "VALÈRE GlLLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "JÉSUS SUR LA MONTAGNE\n                                        A ALBERT GIRAUD.\n\n\n O ville ingrate ! O lac ignoré des lumières !\n La luxure est tapie en les lourdes crinières\n Des joncs entremêlés sur la torpeur des eaux.\n Les yeux silencieux des nocturnes oiseaux\n Fixent de leurs feux froids les songes de tes morts\nSeuls ! et quel autre phare allumé sur tes bords ?\n   Et pourtant, tu m'as vu dans les clartés sereines\nM'avancer sur tes flots, et mes mains souveraines\nRefoulaient l'ombre et mes pieds nus traînaient une aube\n D'amour ! La piété des lys parait ma robe\n Virginale où flottait la douce chasteté\nDe mon corps glorieux !\n                            Mais quel livide été\nA saccagé tes eaux ? Moi, je vins, les mains closes\nSur mon cœur parfumé de la fraîcheur des roses,\nD'où perlait la rosée efficace des pleurs.\nEt lorsque j'éployais mes bras implorants, leurs\nOmbres rafraîchissaient les fronts comme le soir !\nJ'étais la nef au loin frissonnante   d'espoir.\n   Mon amour maternel et pur vers toi s'envole\nPour te couvrir de ses ailes, race frivole,\nQui t'amusais au vol rapide d'éphémères;\nCar mes yeux ignoraient comme des yeux de mères\nTes fautes et tes cris irrités du pardon.\nVoici mon cœur saignant de son morne abandon !...\nFraîche clarté s'ouvrant dans la nuit absolue,\nA mon appel, en cet exil, quelle âme élue\nA l'amour répondra ? Quelle enfantine main\nDoucement guidera mes pas sur le chemin ?\nO solitude ! Nul n'apportera l'offrande\nDe ses yeux innocents; j'ai tressé la guirlande\nDes roses de mon rêve au seuil du crépuscule.\nEt voici que la nuit descend ! Peuple incrédule,\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "                      — 40 —\n\nMon âme était le clair jardin baigné de lune\nQu'éventaient les doux chants des séraphins; aucune\nBrise ne balançait l'étincelle des fleurs.\nPourquoi n'as-tu pas bu l'eau vive de mes pleurs ?\nPourtant, mon cœur est lâche à t'aimer. Je ne puis\nVoiler mon pur amour de mes ailes; depuis\nCe jour où ma main rose appelait dans l'étable\nLes bergers, j'ai toujours souffert, inconsolable\nEn mon exil ! — N'as-tu pas entendu ma voix\nD'espérance pleurer ma solitude ?\n                                     Vois !\nLes palmes de la nuit s'inclinent sur mon âme,\nMes astres radieux, comme des yeux de femme,\nS'ouvrent. C'est l'heure calme et si fraîche et sereine,\nEt pleine de pardon. Vois ! déroulant sa trahie\nLumineuse, la lune au ras du ciel, s'élève\n Comme un chant.\n                     Mais voici qu'étincelle le glaive\n Qui percera mon cœur... Oh ! reviens-moi ! J'oublie\n L'avenir, je ne sais ni les cris ni la lie\n Dont tu m'abreuveras. Je suis la coupe pleine\n De vin et de parfum de rose et de verveine,\n Je suis la lampe douce éclairant la maison !\n Voici mes lèvres, bois la vie !... A l'horizon\n J'apparais rayonnant dans la mort et mes anges\n S'agenouillent au ciel pour chanter mes louanges.\n                                          VALÈRE GlLLE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-01-15-n1-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 52, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "invités", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 290, "texte": "MEMENTO\n  Décidément la Jeune Belgique n'a pas de chance. Nous recevons de M. Raoul Pascalis\n(Russel) un volume de vers Le Missel dans lequel nous trouvons ces litanies ... d'Iwan\nGilkin !\n\n\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 311, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "LITANIES."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 374, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "Femme Madone, ô très éclatante Beauté,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 468, "fin_caractere_exclue": 507, "texte": "O ma Reine, ô ma Vierge, ô ma Divinité,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 574, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "Ecoute-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 645, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "Trinité de Vertu, d'Amour et de Science,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 737, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "Flambeau spirituel, Lumière, Prescience,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "Inspire-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "O Rive de Salut, Espoir des Naufragés,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1034, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "Hâvre de son Amour, à l'abri des dangers,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "Recueille-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1245, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "Tour d'ivoire, Maison d'or, Palais de porphyre,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1348, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "O Temple de ton Corps, Nef blanche, ô beau Navire,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1464, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "Abrite-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1534, "fin_caractere_exclue": 1566, "texte": "Refuge de douleur et contrition,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1633, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "O Baume de ton Cœur, Sainte Absolution,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1745, "fin_caractere_exclue": 1758, "texte": "Console-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "Etincelante Epée, ô Force des batailles,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "Bouclier de son Bras, défiant les entailles,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2023, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "Protège-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2094, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "Etoile du matin, Soleil éblouissant,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "O Phare de tes Yeux, dans ma nuit 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"debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "O Lit de tes genoux, Romance paresseuse,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": "Dorlote-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 343, "fin_caractere_exclue": 391, "texte": "Vigne d'Hébron, Liqueur des Forts, Suc enivrant,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 446, "fin_caractere_exclue": 489, "texte": "O vin de ton Amour, Fleuve de Feu, Torrent,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "Enivre-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "Harpe d'or, Luth d'ivoire, Orgue apocalyptique,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 742, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "O Concert de ta Voix, innommable Cantique,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 865, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "Embrase-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 936, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "Aile d'azur, Dragon d'or, Oiseau fabuleux,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1040, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "O Char de ton Amour, au fond des séjours bleus,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1157, "fin_caractere_exclue": 1170, "texte": "Emporte-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1262, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "RAOUL PASCALIS."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "(Janvier 1888)."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "LITANIES"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 427, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "Surnaturelle, calme et puissante Beauté,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "Fontaine de santé, Miroir d'étrangeté,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 643, "texte": "Écoutez-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 698, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "Phare spirituel allumé sur les roches,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 790, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "Beffroi des jours défunts, où sanglotent les cloches,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 927, "texte": "Appelez-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "Hâvre où les blancs voiliers et les fumeux steamers"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1135, "texte": "Chargés de cœurs vaillants, viennent du bout des"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1205, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "Accueillez-moi !                [mers,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1298, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "Soleil vertigineux, vous qui dans les yeux faites"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1401, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "Fleurir des visions de splendeurs et de fûtes,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1518, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "Aveuglez-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1587, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "Jardinier qui semez dans la nuit des cerveaux"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1686, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "Les songes imprévus et les verbes nouveaux,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1799, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "Fécondez-moi!"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1867, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "Fleuve majestueux, où sur l'eau lente éclate"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 1965, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "La gloire des lotus d'azur et d'écarlate,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "Submergez-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2147, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "Tour d'ivoire, château que les tentations"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2242, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "Entourent vainement de leurs obsessions."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2353, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "Abritez-moi I"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2421, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "Forêt crépusculaire, où les oiseaux nocturnes"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2520, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "Ouvrent leurs clairs yeux d'or et leurs vols taciturnes,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2646, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "Apaisez-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "Porte du Paradis, par l'absurde habité,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2807, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "Haschisch libérateur de la réalité,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2912, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "Délivrez-moi!"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 2980, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "Tapis de velours blanc, où marchent cadencées"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 3079, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "D'amples processions d'orgueilleuses pensées,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 3194, "fin_caractere_exclue": 3207, "texte": "Exaltez-moi !"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 3262, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "Flacon, où tournent dans un cerveau de cristal"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 3362, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "Les vertiges du musc, de l'ambre et du santal,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 3478, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "Parfumez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 151, "texte": "Orgue religieux dont les vastes musiques"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 208, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "Bâtissent dans les cœurs des églises mystiques,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 329, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "Élevez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 445, "texte": "Maison d'or et d'albâtre, où les vins généreux"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "Versent aux vagabonds les espoirs vigoureux,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 619, "fin_caractere_exclue": 633, "texte": "Hébergez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 691, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "Liqueur soyeuse, crème où les fruits et les baumes"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "Fondent leur bienfaisance et leurs subtils arômes,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "Enivrez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "Manne d'amour, agneau pascal, pain sans levain,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "Festin miraculeux où l'eau se change en vin,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Nourrissez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1287, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "Hamac, qu'une exotique et moelleuse indolence"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1436, "texte": "A l'ombre des palmiers rafraîchissants balance,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1509, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "Endormez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1581, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "Jardin officinal aux douces floraisons,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1677, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "Où croît parmi les lys l'herbe des guérisons,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "Guérissez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1870, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "Aérostat vainqueur des sublimes nuages,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1966, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "Nostalgique wagon, berceur des longs voyages,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2084, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "Emportez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2156, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "Livre mystérieux des Sybilles, coffret"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2251, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "Où dort, loin des savants, maint austère secret,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "Instruisez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2447, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "Lourde mante opulente où les fauves soieries"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "Étoilent leurs prés d'or de fleurs de pierreries,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "Revêtez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2743, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "Turquoise de douceur, Rubîs de cruauté,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2840, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "Topaze où la lumière endort la volupté,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2966, "texte": "Adornez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3025, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "Lupanar éhonté, plein d'immondes ivresses,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3125, "fin_caractere_exclue": 3174, "texte": "Mêlant tous les baisers et toutes les tristesses,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3248, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "Épuisez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3320, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "Hypocrite vivier, où des poulpes gluants"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3418, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "Traînent leurs suçoirs mous sur les cailloux puanti,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3545, "fin_caractere_exclue": 3558, "texte": "Dévorez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3617, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "Lazaret des lépreux, hôpital des poètes."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3715, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "Ténébreux cabanon, pourrissoir des prophètes,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3834, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "Étouffez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 3907, "fin_caractere_exclue": 3946, "texte": "Torche Néronienne, ô monstrueuse croix,"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 4004, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "Où flambent des martyrs oints de graisse et de poix"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 4128, "fin_caractere_exclue": 4142, "texte": "Consumez-moi !"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 4234, "fin_caractere_exclue": 4246, "texte": "IWAN GlLKIS."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 4335, "fin_caractere_exclue": 4352, "texte": "(Septembre 1885)."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "Vient de paraître chez M. Edmond De­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "man, éditeur, un volume de vers, Les Soirs,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "par Emile Verhaeren, imprimé avec une"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 336, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "grande élégance artiste par l'imprimeur de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 431, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "la Jeune Belgique, Mme Ve Monnom. —"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 527, "fin_caractere_exclue": 568, "texte": "Les Soirs forment le premier cahier d'une"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 624, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "oeuvre que complèteront les Débâcles et les"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 717, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "Flambeaux    noirs."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1048, "texte": "Maître Jean-Bernard — avec un trait"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1141, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "d'union — avocat et correspondant parisien"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "de la Société Nouvelle, a publié dernière­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1393, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "ment dans cette revue un hilarant article"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1534, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "sur les avocats-littérateurs dans lequel on"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1674, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "lit « que maître Picard est le chef du mou­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1819, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "vement littéraire belge dont Me Delinge fut"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1947, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "l'initiateur » (!) et que la Jeune Belgique"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1991, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "est un bataillon d'avocats »."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2024, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "Dans sa causerie de janvier, le même"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2159, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "M e Jean-Bernard, toujours avec son trait"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2295, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "d'union, entreprend l'éloge d'un tas de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2428, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "poètes démocrates et « médiocrates »"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2564, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "comme ce M. Henri Terrai, ouvrier gantier,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2705, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "qui passe ses nuits à écrire des vers pareils"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2845, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "à ceux-ci :"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2962, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "Accourez, vaillants régicides,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2999, "fin_caractere_exclue": 3032, "texte": "Venez dire à tous nos trembleurs,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3094, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "Que si vous fûtes intrépides,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "C'est que vous aviez en vos cœurs"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": "Un immense amour pour la France,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3423, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "Qui réclamait l'indépendance"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3458, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "Que lui refusaient les tyrans."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3647, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "Cela s'appelle les Loisirs d'un prolétaire."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3829, "texte": "Voilà des loisirs joliment bien employés!"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "Pour paraître en avril : Contes pour"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4028, "fin_caractere_exclue": 4067, "texte": "l'Aimée, par Maurice Siville. Un volume"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4068, "fin_caractere_exclue": 4109, "texte": "de grand luxe, hors commerce, avec dessin"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4157, "fin_caractere_exclue": 4173, "texte": "d'Em. Berchmans."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4403, "fin_caractere_exclue": 4443, "texte": "La Comédie des jouets sera le vrai livre"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4444, "fin_caractere_exclue": 4485, "texte": "d'étrennes de cette année, car M. Camille"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4538, "fin_caractere_exclue": 4578, "texte": "Lemonnier est un maître conteur qui sait"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4639, "fin_caractere_exclue": 4679, "texte": "frapper l'imagination de l'enfant par le"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4733, "fin_caractere_exclue": 4776, "texte": "relief de ses récits et leur donner un tour"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 147, "texte": "d'art auquel les grandes personnes elles-"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "mêmes ne peuvent demeurer insensibles."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 293, "fin_caractere_exclue": 335, "texte": "Toute sa science d'analyse du cœur humain,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 389, "fin_caractere_exclue": 430, "texte": "il l'emploie dans la Comédie des jouets à"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 526, "texte": "étudier les bons joujoux, et ceux-ci, sous"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 580, "fin_caractere_exclue": 623, "texte": "sa plume, finissent pas s'animer, penser et"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 677, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "agir comme une délicieuse caricature de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 770, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "l'humanité. C'est tout un petit monde dont"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 866, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "il fait mouvoir les ficelles, une vraie comé­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 965, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "die d'arlequins, de polichinelles, de petits"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "soldats de plomb et de poupées; et les"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1237, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "enfants ne seront pas les seuls à en rire ni"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1378, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "à s'en amuser."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "Le livre, d'ailleurs, édité avec un grand"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1631, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "soin par la maison A. Piaget, est illustré"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1771, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "par la fine fleur des artistes du jour: Auriol,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "Bac, Fau, Gorguet et Steinlen."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "L'éditeur Édinger vient de faire paraître"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2254, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "un roman : Evangile d'Amour, dans lequel"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "Henri Pagat met aux prises, d'une façon"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2518, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "saisissante, la passion humaine et la passion"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2660, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "religieuse. 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Max Waller."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4500, "fin_caractere_exclue": 4537, "texte": "Le cinquième Salon annuel des XX aura"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 4591, "fin_caractere_exclue": 4638, "texte": "lieu à Bruxelles, en février. 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Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortable.\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n    de Block's Universal Wine C0\n                6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n                       ET MONTAGNE DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça.)\n\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n  cines, 16, à Paris; publie MONSIEUR J U L E S , par OCTAVE\n  MIRBEAU. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs\n  en vente partout.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "        LA BELGIQUE                      PAR\n\n\n                CAMILLE                 LEMONNIER\n                              PARIS, HACHETTE\n\n\n   Un fort volume grand in-4°, imprimé avec grand luxe sur beau papier,\net illustré par les meilleurs graveurs, d'après les oeuvres de nos artistes le\nplus en renom.\n   LA B E L G I Q U E comporte 764 pages d'une typographie irréprochable\net constitue la plus complète et la plus littéraire description de notre pays.\n                                Prix : 50 francs.\n                    me    e\n   S'adresser à M        V MONNOM, imprimeur-éditeur, 26, rue de l'Indus­\ntrie, Bruxelles.\n\n  Il est accordé facilité de paiement aux abonnés à la Jeune Belgique.—\nPaiements par à-comptes, dont le souscripteur peut fixer le montant et la\ndate qui lui conviennent.\n\n\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                     ÉPERNAY\n\n\n                                              Prix Courant\n                              Baron J. de Warnimont                                        2 25\n                              Marquis Armand de St-Hubert . . . .                          2 75\n                              ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                         3 00\n                              Crème d'Ay           id.                                     3 50\n                              Bouzy extra          id.           Cuvée réservée.           4 50\n                              Bouzy Cristal        id.                                     5 00\n                                           0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                      EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25           BOUTEILLES\n\n                              Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n       19, B o u l e v a r d du N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n                 Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 18, "texte": "8e ANNÉE.      TOME VII, N°    1.     PRIX : FR. 1-00.                   15 JANVIER 1888.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                               SOMMAIRE:\n  Hiep-Hioup                                              GEORGES EEKHOUD.\n  Le Baiser                                               THÉODORE DE BANVILLE\n  Bonheur cruel                                           ALBERT GIRAUD.\n  Notes et silhouettes                                    JULES DESTRÉE.\n  Le Miroir magique                                       IWAN GILKIN.\n  Sons de cloches                             .   .   .   HENRY MAUBEL.\n  Noël                                                    CH. VAN LERBERGHE.\n  L'Amour conjugal                                        JEAN MOURET.\n  Vers                                                    GRÉGOIRE LE ROY.\n  L'Absent                                                ARNOLD GOFFIN.\n  Les Orgues                                              FERNAND SEVERIN.\n  Jésus sur la montagne                                   VALERE GILLE.\n  Pur-Pur                                             .   MAX WALLER.\n  Memento                             .       . . .       ***\n\n\n\n\n                                    BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                  RÉDACTION :\n         26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                          PARIS\n                              L É O N V A N I E R , ÉDITEUR\n                                     19, Quai Saint-Michel\n\n\n                                           1888\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "        LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\nparaissant   le 1er de chaque mois et formant     au bout de l'année un superbe        volume\n                                    orné d'un   frontispice.\n\n   Bruxelles : Administration,    26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n\nDirecteur      : MAX WALLER. — Administrateur                  : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n\n                                  ABONNEMENTS :\n\n   Belgique .      .   7 francs par an. — Union postale .              .    fr.       8-50\n             Les conditions pour les annonces se traitent à                forfait.\n\n\n\n\n   La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\n revue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n\n    L'eau-forte de Félicien Rops n'est pas arrivée. Nous nous y attendions,\n mais l'attendons. Elle viendra tard, mais elle viendra et nos lecteurs n'y\n perdrons rien.\n\n\n\n\n                                 BOITE AUX L E T T R E S\n\n    1. H. VAN D. C'est du Féval éventé, votre Mlle de Noirval; banal, lâché de style,\n mauvais, ininsérable.\n   2. NESTOR OUTER. Amours roses remises au n° 3.\n   3. H. L. N. Croquis bruxellois excellent pour une chronique de quotidien, mais trop\n connu et pas assez poussé pour nous. Quant à Ninon, Clesse ferait mieux et c'est tout\n dire.\n   4. R. G. Cueillerons une de vos jolies fleurettes. Merci.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                        HIEP-HIOUP !\n\n\n                                 a ferme du Boschhof ou « Maison Fores­\n                             tière » était située entre Wortel et Ippenroy.\n                                Pays désolé mais plein de caractère, comme\n                             disent les peintres d'aujourd'hui : des bruyères\n                              couleur de rouille, des sapins d'un vert noi­\n                                râtre, des genêts d'or, çà et là un de ces\n                                   marais glauques et figés, entourés de\n                                     genévriers, que nos paysans appellent\n                venues, de rares chênayes, des cultures plus rares, trois\n                ou quatre clochers ayant l'air de se faire des signaux\n                par de.ssus des lieues de landes, et presque toujours un\n                grand ciel nuageux, aussi mobile, aussi tourmenté que la\n                plaine est quiète et amortie.\n                   Le contraste s'étend du décor à la population : au\n              noyau des habitants primitifs, gens résignés et laborieux,\n              sont venus s'ajouter, à cause du voisinage de la frontière\n              hollandaise et du Dépôt de mendicité d'Hoogstraeten,\n              quelques rafales, d'humeur moins chrétienne, vivant de con­\n              trebande, de braconnage et de maraude.\n                 Les Overmaat, habitants du Boschhof, de père en fils\nfermiers et gardes forestiers des comtes de Thyme, grande famille néer­\nlandaise aujourd'hui éteinte, passaient pour les paysans les plus aisés de la.\ncontrée.\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                                    — 6 —\n\n    Jakkè Overmaat, le dernier garde, était un superbe gaillard de vingt-cinq\nans. « Solide comme le chêne, droit comme le sapin, sain comme les\nbruyères ! » dit-on là-bas de ceux de sa trempe. La mort subite de son\npère et d'un aîné qui devait hériter des fonctions paternelles avaient fait\nrappeler Jakkè du séminaire de Malines où, comme la plupart des cadets\nde fermiers flamands, il se préparait à devenir curé. Il avait rapporté du\ncollège des manières déférentes, et les livres avaient fait lever dans son\nimagination ce grain de merveilleux qui germe au fond de toute âme\ncampinoise.\n     L'air réservé, plus grave que son âge, il était une sorte d'oracle pour sa\nparoisse. Le caractère epclésiastique qu'il avait failli revêtir ajoutait à sa\nconsidération. Les réfractaires même vantaient son humanité et son esprit\n de justice. S'il tenait à distance les familiers, il ne se connaissait aucun\n ennemi, et pas une mère qui ne l'eût rêvé pour gendre.\n     Sa vieille mère à lui, aurait bien désiré qu'il se mariât, mais le jeune\n homme un peu farouche, ne se pressait pas,' sincèrement convaincu de n'être\n jamais plus heureux qu'auprès d'elle.\n     Tout alla bien jusqu'au jour où l'appoint des irréguliers s'augmenta\n d'une pauvresse et de sa fille, exilées d'on ne sait combien de patries\n et qui obtinrent de la charité du comte de Thyme, la jouissance — puisque\n cela s'appelle ainsi — d'une masure abandonnée, sur la lisière des bois, de\n l'autre côté du Boschhof.\n     Comme leurs pareils, ces étrangères vivaient de rares aumônes, d'un peu\n  de travail, et de continuelles rapines. Leurs ressources avouables consis­\n taient dans la récolte des champignons et des faînes et dans la fabrication\n  des paillassons. En outre elles avaient ouvert un débit de liqueurs dans\n  leur taudis et la vieille disait la bonne aventure à sa clientèle de pieds-\n  poudreux et de claque-dents.\n      La fille était une grande pièce, dégingandée, maigrichonne, les cheveux\n  ébouriffés luisant comme du charbon, l'ovale allongé du masque troué de\n  deux yeux noirs comme l'orage, toute sa personne serpentine, travaillée\n  par un brasier intérieur. En somme, une femelle peu engageante pour les\n  terriens honnêtes, friands de blondines potelées et d'humeur placide. Aussi\n  elle ne recruta de galants que parmi les manouvriers de passage, les porte-\n  balle, les forains, les valets infimes ou parmi les braconniers qui l'associaient\n  comme recéleuse ou comme chienne de garde à leurs entreprises. Encore\n  fallait-il qu'elle les provoquât ouvertement, car, aussi décriés qu'ils fussent,\n   ces gueux avaient trop de vergogne pour tirer vanité de leur aubaine.\n      Au demeurant, la gaillarde avait bon caractère. Comme ceux de sa gent,\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                                    —7 ~\nelle n'en voulait qu'à l'autorité, au garde-champêtre, au gendarme, au juge,\naux riches et à leurs salariés, en général à ces heureux qui détiennent la\nterre et l'argent ou qui traquent, pourchassent et vexent de mille façons les\nventres creux et les goussets vides. Mais ceux-là, elle les haïssait pour toute\nla chrétienté et il n'est pas de méchant tour qu'elle n'eût voulu leur jouer.\nLes villageois l'avaient appelée Hiep-Hioup ! à cause de ses interjections\nfavorites qu'elle accompagnait d'un entrechat et d'un claquement des\ndoigts, et bientôt elle ne fut connue que sous ce sobriquet.\n   Cette paroissienne devait avoir fatalement maille à partir avec Jakkè\nOvermaat. La sorte de respect et de sympathie que le garde inspirait jusque\nlà aux plus incorrigibles vauriens irritait particulièrement la mâtine. Elle\nn'admettait pas qu'on isolât cette casquette galonnée de la légion des tour­\nmenteurs du pauvre monde.\n    Un jour elle était en train, la cognée au poing, de faire subir aux\nbouleaux du domaine confié à la surveillance du garde, un émondage de\nsa façon, lorsque le fils Overmaat arriva de ce côté. Au lieu de fuir, elle\nrassembla, de l'air le plus insouciant, une abondante provision de bois.\n Il la tança sans colère, l'engageant à venir demander plutôt à la ferme les\nbûches dont elle aurait besoin. La noiraude le regarda dans le blanc des\nyeux, et lorsqu'il eût eu fini de bredouiller sa semonce, elle lui rit au nez\nd'un rire aigre comme un trille de fifre, puis tourna les talons et s'enfuit\nen sautant et en brandissant la cognée : « Hiep-Hioup ! »\n    Ce rire strident causa au garde un embarras et un malaise qu'il n'avait\njamais éprouvés. Le reste du jour il l'entendit grincer à son oreille. Pour la\npremière fois de sa vie il fut mécontent de lui-même et se trouva inférieur à\n son poste.\n    Sa mauvaise humeur durait encore, lorsque, quelque temps après, à\nl'aube, il trouva Hiep-Hioup accroupie dans les taillis, occupée à dénicher\n des œufs de faisan. Il bénit presque cette occasion de se réconcilier avec\nlui-même; sur un ton qui n'admettait pas de réplique, il lui ordonna de\n vider le contenu de ses poches et de remettre les œufs dans le nid.\n Comme elle n'en faisait rien, il lui prit le bras et le serra assez fortement.\n Elle cria comme une taupe mordue par un chien, laissa choir les œufs\n qu'elle cachait dans son tablier, les écrabouilla sous son sabot, puis, se\n dégageant de sa poigne, elle détala à toutes jambes, non sans lui jeter son :\n « Hiep-Hioup ! » le plus moqueur.\n    Jakkè la vit s'éloigner, ahuri, sans se résoudre à la conduire chez le garde-\n champêtre. C'est à peine s'il marmonna une menace de procès-verbal.\n  Son beau zèle et son désir de revanche étaient loin et il demeurait tout\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                                   — 8 —\n\ncamus, plus démonté que la première fois, par cette physionomie trou­\nblante et ce je ne sais quoi d'effronté et d'agressif qu'il n'avait jamais connu\nà une femme. Et ces yeux de braise, et cette voix grêle et rauque, lui cau­\nsèrent des insomnies.\n   Encouragée par les deux premiers avantages remportés dans sa cam­\npagne contre le garde des comtes de Thyme, la mauvaise engeance chercha\nmaintenant à se trouver sur son chemin. Elle ne se mettait plus en frais\nde ruses pour lui cacher ses délits. Elle rôdait même de préférence aux\nalentours du Boschhof et opérait pour ainsi dire à sa barbe.\n   Jakkè, au contraire, n'avait pas encore recouvré sa sérénité et son calme,\net le résultat piteux de ses démêlés avec la maraudeuse, loin de l'engager\nà affronter une nouvelle affaire, lui faisait craindre de se mesurer une\ntroisième fois avec elle.\n    Il l'évitait ou détournait la tête et les regards à son passage. Il leur\narrivait cependant de tomber nez à nez, et Jakkè avait alors une mine si\nétrange, un tel air de matou échaudé à la fois penaud et rancunier, il répon­\ndait si piteusement au bonjour impertinent de la dessalée, que s'il n'avait\npas eu la réputation de ne jamais lever le coude, on l'aurait cru sous\nl'influence du genièvre.\n   — Suis-je bête! se dit à la fin Hiep-Hioup. Mais c'est qu'il m'aime, le\nnigaud!\n    Et cette découverte la plongea dans une terrible bonne humeur. Les\ngagne-deniers à qui elle en fit part, crurent qu'elle plaisantait, mais cela\nne les empêcha pas de trouver l'invention exquise et de la corner à tout\nvenant.\n   Un dimanche, à l'heure de la première messe, Jakkè avisa Hiep-Hioup en\ntrain de chasser le lapin au furet dans les labours avoisinant le Boschhof.\n   Avertie de l'approche du garde, l'incorrigible braconnière avait sifflé la\nbestiole lancée au fond du terrier et l'ayant saisie et logée, sans trop se\nhâter, sous son corsage, elle attendait de pied ferme, le trouble-fête.\n   Jakkè commença par insinuer rapidement le poing entre l'étoffe et la\nchair, dénicha le furet et lui tordit le cou. Puis, après avoir rejeté loin de\nlui l'animal et secoué ses doigts sanglants cruellement mordus par la\nvictime, il se mit en devoir de conduire Hiep-Hioup chez le garde-cham­\npêtre de Wortel. Cette exécution avait fait l'affaire d'une seconde. Hiep-\nHioup n'en pouvait croire ses yeux. Pour sûr on lui avait changé son\ncomplaisant Overmaat. Ce fut bien pis lorsqu'elle fut revenue de la stupé­\nfaction causée par ces procédés expéditifs et qu'elle essaya de ses grimaces\nhabituelles. Menaces, défis, cabrioles, cris de rage, regards de basilic, ne\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                    — 9 —\n\nparvinrent pas à intimider le justicier. Il fallut qu'elle emboîtât le pas.\nEn route il lui fit de la morale sur un ton très calme qui mit le comble au\ndépit de sa capture.\n    L'instinct de la braconnière la servait mal ; il lui eût suffi, en ce moment,\nencore, d'un mot de douceur pour amollir la résolution du garde, pour\nqu'il la relâchât de nouveau.\n    Car elle avait deviné plus juste l'autre fois : Jakkè aimait Hiep-Hioup.\n    L'honnête garçon, d'humeur un peu apathique, que n'impressionnaient\npas les yeux bleus si caressants des paroissiennes de sa condition avait\nété retourné jusque dans les moelles par les simagrées de cette créature.\nMais la chose était si anormale, si odieuse, qu'il n'osait se l'avouer à lui-\nmême et qu'il se fût tué plutôt que de la confesser. Seulement, depuis\nquelque temps lorsque sa mère vaguement inquiète insistait pour qu'il prît\nfemme, il répondait à ses propos avec une brusquerie et un air rogue qu'il\n n'avait jamais montrés autrefois. De là aussi, des luttes, des remords, et\n l'énergie inattendue dont, voulant réagir à toute force, il venait de faire\n preuve.\n     Mais il se trouva que l'aventure qui devait affranchir le gars des enchan­\n tements de Hiep-Hioup tourna à sa confusion et le perdit à jamais.\n     Procès-verbal ayant été dressé : la picoreuse citée devant le juge de paix\n et Jakkè appelé en témoignage, celui-ci, revenant sur ses premières décla­\n rations, tenta de blanchir la coupable. Il se contredisait à tel point dans\n ses deux dépositions, qu'il faillit se compromettre lui-même et que le juge\n eut envie de le mettre en cause. Ceux d'Ippenroy et de Wortel accourus\n pour assister aux débats, constatèrent que le garde avait eu, tout le\n temps, plutôt l'air d'un accusé que d'un témoin.\n    Affligée d'un casier judiciaire très fourni, où les récidives ne se comptaient\n plus, Hiep-Hioup fut condamnée au maximum, c'est à dire à quinze\n jours d'internement au Dépôt d'Hoogstraeten en dépit des rétractations\n de son accusateur.\n     Avant de les entendre énumérer à l'audience, Jakkè ignorait le total et la\n variété des condamnations pour vagabondage, vol, affaires de mœurs et\n autres peccadilles, encourues par la gourgandine. Ce dossier aurait dû\n guérir un brave garçon comme lui, de son obsession maladive ; au\n contraire, ces tares ne firent que ragoûter son penchant, et la sentence\n prononcée, il s'en voulut amèrement de valoir ces nouveaux ennuis à cette\n  « cavale de retour » comme l'avait appelée le juge.\n     Hiep-Hioup prit gaîment la chose. La prison, elle en avait assez mangé\n  pour ne plus s'en effrayer! La mine contrite et repentie de Jakkè l'avait\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "                                    — 10 —\n\n\namusée plus que les autres. À présent elle était sûre de le tenir ! Cette\ncertitude compensait largement la honte d'un nouveau voyage à Hoog­\nstraeten ! Non pas qu'elle sût le moindre gré à Jakkè de ses sentiments.\nElle n'y voyait que le moyen de lui faire payer cher sa dénonciation, plus\ntard, et d'assouvir une haine aussi inexplicable mais aussi violente que\nl'amour du garde.\n   Au retour du tribunal la sequelle des pieds-poudreux et des irréguliers,\nqui avaient fait escorte à leur commère, ne manquèrent pas de colporter,\npar tout le village, la narration de ces débats édifiants.\n   Ces lurons, amants honteux et dégoûtés de la ribaude, commençaient\nà présent à tirer vanité de leur conquête. Auparavant ils se l'étaient passée\net repassée sans jalousie, sans rivalité ; ils se la partageaient en bons zigs\nau bord des fossés, comme le reste du butin commun. Du jour où un\ngarçon propre haletait après sa part de ce gibier, Hiep-Hioup, ce rebut,\nce pis-aller, devenait presque une maîtresse avouable.\n    Il en advint que ces pendards commencèrent à considérer Jakkè comme\nleur égal et leur affilié. Ayant fait son temps à Hoogstraeten, Hiep-\n Hioup les encourageait dans leur insubordination. Et quand Jakkè inter­\n venait et les menaçait du juge : « Pas d'enfantillages ! faisaient-ils. Le juge !\n Tu en as plus peur que nous. Nous ne sommes que les valets de Hiep-\n Hioup. C'est à elle que tu dois t'en prendre! »\n    Jakkè se sentant lui-même en défaut, lié par ses complaisances premières,\n n'avait garde d'insister.\n    Il continuait pourtant de fuir la maraudeuse, mais sans parvenir à en\n détacher sa pensée. Et des souvenirs de ses livres du séminaire, des « vies\n de saints » lues au réfectoire achevaient de le troubler. Il n'était pas loin\n de se croire possédé du démon.\n    Hiep-Hioup s'était juré de mener au désespoir ce grand blondin si\n sage et si honnête. Bien décidée à n'être jamais à lui, elle aurait voulu qu'il\n se rendît à merci, et pour l'assoter, pour exaspérer son désir sournois elle\n se livrait au premier venu, de préférence au plus débraillé, au plus misé­\n rable.\n    Lorsque Jakkè la rencontrait, elle était toujours accrochée à l'encolure\n d'un de ses galants. Une fois, comme le garde la croisait au tournant d'un\n sentier, le batteur en grange à qui elle se cramponnait comme la flamme\n à une branche résineuse, la repoussa d'un poing brutal, en glouton repu\n qui demande une trève, ou peut-être, garçon à scrupules, se montrait-il\n vexé d'être surpris accolé à cette paillarde. Jakkè qui pressait le pas\n entendit la femme dire au bourru : « Ce n'est pas celui-là qui ferait le\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                                 — 11 —\n\n\ndégoûté! » Et de sa voix rauque et stridente, elle héla le fuyard : « Hein,\nque tu ne dirais pas non? hé! toi! la Sainte-Nitouche? »\n    Il passa, sto'ique, sans plus lui répondre que les autres fois.\n    Il cachait sa passion comme un mal innommable; il espérait mourir\navant de se déclarer.\n    A la vérité aucune preuve n'existait de la toquade que lui attribuaient\nles bavards de la paroisse et si les commères et les envieux se déclaraient\nsuffisamment renseignés par les allures équivoques du jeune Overmaat, les\nbonnes âmes doutaient encore d'une folie claironnée seulement par Hiep-\nHioup et les mécréants de son espèce.\n    Mise au courant par une voisine charitable, la mère Overmaat, la toute\npremière, quoique tourmentée du changement survenu chez son garçon, se\nrefusait à attribuer ses lubies à une passion déshonorante. Elle se fût même\n fait un reproche de l'interroger sur ces fables. Seulement elle craignait que\n ces histoires forgées par des compétiteurs du garde ne vinssent aux oreilles\n de « leur seigneur ».\n     Un dimanche de kermesse, Jakkè rencontra Hiep-Hioup à la danse\n dans le principal cabaret de la paroisse.\n     Entourée d'un trio de blousiers, garçons de charrue ou botteleurs forte­\n ment émêchés, la noiraude se prêtait aux privautés les plus expansives.\n Elle sautait à tour de rôle avec l'un de ces compagnons. On demanda un\n quadrille. Mais comme il n'y avait pas dans l'assistance de femelle assez\n oublieuse de son bon renom pour faire vis-à-vis à la braconnière, force fut\n à deux de ses cavaliers de gambiller ensemble. De plus en plus allumés ,les\n trois lurons ne la ménageaient pas : ils la trituraient comme une pâte, la\n pinçaient à la faire glapir ; l'étreignaient avec des contorsions lubriques,\n puis feignant l'assouvissement, se la renvoyaient comme un paquet de\n chair. Les autres danseurs se souciant peu de se frotter à ces falots, leur\n laissaient le champ libre, faisaient cercle, et s'ébaudissaient, narquois,\n égrillards, mais méprisants.\n     Avisant Jakkè dans la salle, Hiep-Hioup encouragea ses partenaires à\n corser encore leur pantomime et elle-même redoubla de laisser-aller; elle\n gigottait, se pâmait, se renversait entre les bras des maroufles, roulait des\n yeux hébétés; puis, après une prostration, se dégageait brusquement,\n  galvanisée, se tortillant comme une pouliche en folie.\n     Echauffé par plusieurs gouttes de genièvre qu'il avait sifflées coup sur\n  coup, pour noyer ses derniers scrupules, Jakkè profita d'une pause, écarta\n  les regardants, marcha déliberément sur Hiep-Hioup et d'une voix qui\n  démentait l'assurance de sa démarche, il lui demanda la première polka.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                                   —   12 —-\n\n\n     Dans la salle on se trémoussa; on salua ce scandale par d'ironiques\n  bravos. Jamais à la kermesse, en présence des honnêtes filles du village,\n  un gars qui se respectait n'aurait engagé cette perdue. Et voilà que\n Jakkè Overmaat, le garde des comtes de Thyme, convoité par plus\n  d'une de ces héritières, s'oubliait, se ravalait à ce point! Pas une protes­\n tation ne s'éleva. Mais quel anathème dans ces trépignements et ces vivats\n  féroces de la galerie !\n     Jakkè n'entendait point le toile. Déjà, il faisait tourner Hiep-Hioup.\n  Lui, pantelant, ravi, se croyant élu pour du bon ; elle, triomphante mais\n implacable, heureuse de l'esclandre, savourant la stupeur des honnêtes\n gens, l'affront infligé aux filles à marier, enchantée surtout de la chute de\n ces orgueilleux Overmaat.\n     Aussi se montra-t-elle presque aimable pour le vaincu. La danse finie,\n elle accepta de boire à son verre. Pour la valse suivante elle lui donna la\n préférence sur le plus irrésistible des polissons de tout à l'heure. Toutefois,\n elle se fit un plaisir cruel de ne pas négliger complètement ces boute-en­\n train; elle força Jakkè de s'entendre avec eux; ils lui cédèrent leur tour de\n danse pour quelques verres de bière, pris, en trinquant fraternellement, sur\n le comptoir. Enfin, elle se fit prier et supplier, avant de lui permettre de\n la reconduire.\n    En route, dès qu'ils se trouvèrent assez loin de la salle de bal, il voulut\n l'embrasser et la lutiner à son tour. La nuit de juillet dans laquelle les\n meules de foin exhalaient leurs senteurs poivrées, aiguillonnait son morne\n désir. Hiep-Hioup lui donna sur les doigts et, comme il continuait de la\n chiffonner, elle le souffleta.\n    — Tu te laisses bien toucher par les autres, des pouilleux, des crapules !\n    Il les énumérait avec jalousie.\n    — Raison de plus pour te tenir à distance. Je les console, ils n'ont que\nmoi. Toi, tu pourrais les avoir toutes ; toutes celles qui leur crachent dessus\net leur tournent le dos.... Eh bien, au contraire, moi j'en veux de ces\ngaillards, et ne veux pas de leurs tourmenteurs, et ne te prendrai jamais,\nentends-tu bien? Je me régale de ces pauvres bougres; et toi, leur ennemi,\ntu me dégoûtes !\n    Alors il changea de tactique, s'abaissa jusqu'à mêler son cœur à cette\naberration charnelle. Il s'offrait de l'aimer toujours. Il lui procurerait un\nlogis plus décent et pourvoirait à son existence. Elle serait heureuse, elle\nverrait.... Pourquoi n'essayait-elle pas? Plus il se montrait tendre, plus\nelle ricanait.\n    On avait dû les suivre, on les épiait, car lorsqu'il élevait la voix, des\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                                  — 13 —\n\n rires mal étouffés et des chuchotements moqueurs faisaient écho, dans les\n taillis, à l'hilarité de la coquine.\n    Ils approchaient de la masure de Hiep-Hioup. Et Jakkè, le cœur serré,\n la sève en ébullition, voyait ses chances diminuer à chaque pas, et cette\n occasion tant attendue lui échapper.\n    Brusquement il empoigna Hiep-Hioup, la coucha par terre. Elle appela\nau secours, mais sans trahir beaucoup d'alarme. Ses trois suppôts du bal\n débouchèrent des taillis, agrippèrent le galant et le maintinrent tandis que\nla gaupe se relevait. Comme il se débattait ils le daubèrent ; il écumait\ncomme un épileptique; ils finirent par l'assommer et le rouler, sans con­\nnaissance, au fond d'un fossé.\n    Sorti de son évanouissement et parvenu à se désembourber, il entendit\nles voix railleuses de la rosse et de ses rossards qui se perdaient au loin.\n Ils accompagnaient Hiep-Hioup dans son bouge dont on voyait rougeoyer\nles lucarnes à travers les arbres. Un instant il songea à les poursuivre, à\nles rejoindre dans leur repaire, mais démoli, maltraité comme il l'était,\ncomment recommencer cette lutte inégale? Ils l'auraient achevé.\n    Il se résigna donc à rentrer. Au Boschhof aussi il y avait encore de la\nlumière. Il poussa la porte de la grande chambre. Sa mère veillait, assise\ndans un fauteuil, auprès de l'âtre éteint, frileuse malgré cette étouffante\nnuit de juillet. On l'avait avertie du scandale. Pourtant elle ne s'attendait\npas à cette apparition atroce. Jakkè, sans casquette, le sarrau déchiré, le\npantalon presque arraché du corps, meurtri, sanglant, boueux, ignoble :\nl'image de la crapule et du déshonneur. On lui avait dit le mal, elle se\ntrouvait en présence du pire. Le coupable lut l'angoisse, le reproche, l'hor­\nreur dans les yeux de la pauvre femme. Il n'osa pas approcher, se retira\nsans mot dire, et alla s'effondrer dans le fenil, en sanglotant de rage et\nde douleur.\n    C'en était fait. Il ne devait plus se relever. L'aveu de son mal lui avait\ncoûté; mais à présent qu'on savait toute son abjection, il se trouva presque\nheureux de ne plus rien avoir à cacher.\n    Sa mère ne lui fit point de reproche et il ne provoqua aucune explica­\ntion, convaincu que les meilleures et les plus saines raisons ne parvien­\ndraient pas à le sauver.\n    Il retourna lâchement auprès de celle qui avait failli le faire massacrer\nmais n'en obtint rien de plus que la première fois. Il revint à la charge,\nl'importuna de ses attentions ; mais loin de se laisser fléchir, elle redoubla\nde cruauté.\n    Pour la mère Overmaat, la déchéance de Jakkè était tellement inexpli-\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                       14\n\ncable qu'elle ne pouvait admettre que cette honteuse affection eût été\ninspirée à l'honnête garçon sans le secours d'un maléfice.\n    Inquiète non seulement pour la position de son enfant mais encore pour\nsa santé, elle se résigna à faire une démarche pénible. A l'insu de son fils\nelle se rendit, elle, fermière honnête et considérée, chez ces étrangères de\nmalheur, chez ces voleuses et ces sorcières, et les supplia, la mère et la fille,\nde retirer le sort jeté sur son pauvre garçon. Les deux coquines, la vieille\net la jeune, toujours de connivence, feignirent une violente colère d'être\n prises pour des associées du diable, et congédièrent la veuve Overmaat\n en lui conseillant d'envoyer son fils à Gheel. En sortant de cette masure,\nle cœur saignant, persuadée de plus en plus des pratiques infernales de ces\nfemelles, elle rêva un instant de les enfumer et de les brûler dans leur taudis.\n    A quelques mois de là, le malheur redouté par la mère arriva. Après\n plusieurs avertissements et sur les dénonciations répétées des gens du pays,\n le comte de Thyme se décidait à donner congé aux Overmaat et à retirer à\n Jakkè la surveillance de ses domaines. Il leur accordait jusqu'au prochain\n terme pour trouver un autre logis.\n     Mais cette éviction n'était plus qu'un malheur secondaire. Les Overmaat\n n'avaient pas à craindre de se trouver sur la paille le jour où « leur sei­\n gneur » leur retirait sa confiance. L'état de son fils alarmait autrement la\n digne femme! Il dépérissait de jour en jour, perdait l'appétit, dégoûté de\n toute occupation, toujours plongé dans ses rêveries malsaines. Alors la\n mère qui n'avait que cet enfant, eut recours à un sacrifice suprême : « Eh\n  bien, dit-elle un jour au malade, un moyen nous reste de te guérir et de\n désarmer celle qui te tue lentement... Comme il nous faudra quitter cette\n  ferme dans quelques mois, cette ferme où tous les Overmaat naissaient\n  et mouraient depuis tant d'années, mieux vaut nous fixer dans un autre\n pays... Tu guériras, tu es jeune encore, tu travailleras et ne seras pas\n  même forcé d'entamer ton héritage. S'il te faut cette femme à toute force,\n  épouse-la. Elle s'amendera peut-être; puis on ne les connaît pas hors\n  d'ici... Moi j'en mourrai; mais tu vivras, mon Jakkè, et il faut que lu\n  vives... »\n   Jakkè remercia à peine la sainte femme. Déjà il volait à la recherche\nde Hiep-Hioup. Ah! cette fois, elle l'écouterait! Il la rencontra trôlant par\nla campagne. Elle reçut cette proposition inouïe sans broncher. Son visage\nblafard exprimait à peine une joie équivoque. Lorsque le pauvre garçon\neût cessé de parler, elle le regarda quelques secondes, puis elle éclata de\nson rire de taupe rageuse et claqua des doigts en poussant son fameux :\n« Hiep-Hioup! »\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                                   —   15   —\n\n\n   Et comme il la conjurait, elle se fit un porte-voix de ses mains et clama :\n« Hé, vous autres, approchez, entendez ce que me veut celui-ci! »\n   Les tâcherons qui retournaient la terre à quelques mètres de là, délais­\nsèrent leurs herses et leurs bêches et accoururent, affriandés :\n   — Non, vous ne savez pas ce que Jakkè Overmaat me propose très\nsérieusement. Sa main! Entendez-vous? Sa main! Je n'ai qu'à dire oui,\npour être sa femme. Moi Hiep-Hioup, la vagabonde, la fille de la jeteuse\nde sorts, la perdue, le rebut du village, la paillasse des braconniers et des\nrôdeurs de frontières !\n   Et comme les autres interrogeaient Jakkè d'un air apitoyé, le temps de\nrire de sa folie étant passé, pour tous, sauf pour l'implacable Hiep-Hioup,\nil hocha la tête, tout piteux, confirmant ce que la diablesse venait dé\npublier.\n   — Dites, est-ce assez sale, est-ce assez vil? continua Hiep-Hioup. Eh bien\nje serai plus propre que lui, moi ! Et s'il veut de moi pour épouse, je per­\nsiste à ne pas vouloir de lui, pas même pour mari, pas même pendant\nun jour, dût-il même crever et me débarrasser de sa personne, sur l'heure,\naprès la bénédiction du curé ! »\n   Tous se taisaient consternés, partagés entre de l'horreur pour la méchan­\nceté de cette gale et de l'estime pour son désintéressement, ne sachant au\njuste quel était en ce moment le plus fou des deux, de celui qui recherclaait\ncette ribaude, ou de la rien-du-tout qui refusait ce parti inespéré.\n   Alors, pour mieux accentuer son refus, avisant dans le groupe des labou­\nreurs interloqués, un gamin de mine copieuse, un petit vacher, une graine\nde réfractaire, en manches de chemise, la culotte rapiécée et mal soutenue\npar une ombre de bretelle, elle lui sauta au cou, l'embrassa à pleines lèvres,\npuis se retournant vers Jakkè :\n   — Tiens, regarde..., plutôt que d'être ton épousée!...\n   En voyant chanceler Jakkè, deux des manouvriers le prirent chacun par\nun bras et le l'amenèrent au Boschhof. Il s'était laissé faire, comme un qui\nvient de tomber du haut mal et qui ne sait pas trop ce qu'il lui arrive. On\ndut le coucher, il tremblait la fièvre et délirait. Sa mère le veilla trois jours\net trois nuits. Le quatrième soir, comme il dormait bien, sans crier et sans\nse débattre, la pauvre femme, cédant à la fatigue, s'était assoupie à son tour\ndans l'alcôve contigue à la sienne. Il se réveilla, consulta l'horloge et\ncomme elle marquait quatre heures, c'est-à-dire l'heure de sa ronde habi­\ntuelle, il s'habilla en tapinois de peur d'éveiller sa mère, décrocha son fusil\nchargé, et sortit, presque dispos, ce qui s'était passé ne lui laissant pas\nmême, sous le crâne, le souvenir confus d'un cauchemar.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                  — 16 —\n\n   Cependant, à mesure qu'il s'engageait dans les sapinières, sous l'influence\n de cette brise presque froide qui précède la pointe du jour, et qui donne\ntant de lucidité à la mémoire, l'image de Hiep-Hioup se levait dans le cré­\npuscule de son esprit. Cette image montait et grossissait comme là-bas à\nl'horizon, derrière des nuées légères, le disque rouge du soleil. Et il se rap­\npelait bien des phases de son désolant amour, mais les plus lointaines, pas\ncelles des derniers jours, pas les émotions qui l'avaient jeté sur le flanc. Il\nse rapprochait cependant des scènes récentes. Il allait se souvenir de la con­\nversation avec sa mère, du consentement accordé à son mariage, de sa\nsuprême démarche auprès de Hiep-Hioup...\n   Et sa vaillance ressuscitée à l'atmosphère guillerette et saine de l'aube,\ndiminuait, à présent, à chaque pas...\n   Un froissement prolongé de branches et de brousailles... Quelque bra­\nconnier sans doute. Il redressa son arme, épaula, marcha dans la direction\n d'où venait la rumeur.\n   Deux ombres sortirent d'un fourré et galopèrent pour prendre le large.\n Dans l'individu mal rhabillé qui détalait à toutes jambes, le garde reconnut\nle petit vacher, le dernier favori de Hiep-Hioup. Avant de la voir, il savait\n quelle était la seconde ombre...\n    Et maintenant il se rappelait tout...\n   — Halte ! râla-t-il.\n    Quoique le gamin eût une forte avance sur sa compagne :\n    — Dépêche, petiot! cria-t-elle, ne craignant que pour lui.\n    Elle-même, s'exposait, prenait son temps.\n    Elle se retourna, tordit d'une main, pour la réunir en torsade, sa longue\n chevelure de jais qui lui battait les hanches; releva de l'autre main son\n'corsage dégrafé. Jakkè entrevoyait son sein brun et irritant.\n    Les yeux humides, mal réveillée de la volupté, elle était cruelle et dési­\n rable.\n    Jakkè en oubliait le fuyard. D'ailleurs, sa première balle ne l'atteindrait\n plus.\n    Alors, rassurée, capable de dévouement pour le galopin vicieux ramassé\n au bord d'un champ, mais éternellement mauvaise pour le garde, elle éclata\n de ce rire que Jakkè ne connaissait que trop. Il tira.\n    Elle riait encore, en tombant, un trou sous la mamelle gauche.\n    Hiep!\n    Hioup ! lui resta dans la gorge.\n                                                     GEORGES EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                         LE BAISER\n             Ayant assisté à toutes les représentations données au théâtre du\n              Parc par la troupe du Théâtre Libre, nous sommes parvenus\n              à reconstituer toute une scène du Baiser, l'exquise pièce\n              INÉDITE de Théodore de Banville. Le maître nous pardonnera\nce vol de... mémoire, en sachant combien ce fragment de son chef d'œuvre\nsera apprécié de notre public lettré.\n\n\n  Pierrot vient de donner à Urgèle le baiser qui lui rend la jeunesse et la\nbeauté :\n                                 PIERROT\n    Terre et Cieux! Quelle est cette métamorphose\n    O doux cheveux! regards chatoyants ! Bouche rose!\n    Oh! comme tu fis bien d'avoir demandé mon\n    Baiser! dis-moi, qui donc es-tu, joli démon,\n    Belle reine, de feux et de perles coiffée,\n    Etoile, rayon, fleur, astre?\n\n                                 URGÈLE\n                                  Je suis la fée\n    Urgèle. Un enchanteur, qui me faisait la cour,\n   Pour me punir d'avoir dédaigné son amour,\n   M'avait ainsi changée en une affreuse vieille.\n   Mais je renais avec ma beauté. Je m'éveille.\n   Oui, le prodige si follement amer, si\n   Cruel, n'existe plus; et je te dis merci.\n   Papillon, ma prison funèbre se déchire,\n   Je ne suis plus que joie, orgueil, espoir, sourire ;\n   Car sur la verte mousse et dans ces bois épars,\n   Ton baiser m'a rendu la jeunesse, et je pars !\n\n                                PIERROT\n   Vous me remerciez, madame! c'est je pense,\n   Faire un gros sacrifice, et vous mettre en dépense.\n   Et... vous partez ? Comment avez-vous dit cela ?\n   Donc, après que sur vous Jouvence ruissela,\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                        — 18 —\n\nVous partez !, ah rions de cette moquerie.\nCe serait de lu pure et simple escroquerie,\nBref, un de ces vols qui, dans les grands magasins\nDu Louvre, font dresser l'oreille aux argousins,\nUne fraude à coup sûr très intentionnelle,\nQui vous mènerait droit en correctionnelle!\n« Je pars ! » — Et vous croyez que je serais content!\nNon, j'ai fourni, Madame, un bon baiser comptant,\nLa dette est claire. Elle eût semblé même évidente\nAu siècle qui chanta Béatrix — et vit Dante!\nMa créance est liquide, et pour que vous puissiez\nMe payer, j'enverrai, s'il le faut, les huissiers.\nJ'ai droit au baiser. — Là, ne prenez pas la fuite.\nMadame! — non pas fin courant, mais tout de suite.\n\n                             URGÈEE\nSi ce n'est que cela qu'il faut pour t'apaiser,\nBon Pierrot, je veux bien te rendre ton baiser.\n                         PIERROT\nUn baiser! c'est assez pour ma chienne de face!\nEt que voulez-vous donc, madame, que j'en fasse?\nAllez au désert fauve, et faites lui cadeau,\nPour rafraîchir son sable en feu, d'un verre d'eau,\nEt quand Rothschild, qui peut acheter la Grande-Ourse,\nPlongeant dans le grand flot que l'on nomme : la Bourse,\nDe cet Océan d'or, explore les dessous,\nDésintéressez-le, madame, avec deux sous!\nDemandez aux brillants auteurs, Alphonse, Emile,\nS'ils se contenteraient de se vendre à vingt-mille,\nOffrez du sucre aux loups pour les apprivoiser,\nMais ne me parlez pas, Madame, d'un baiser !\n Car j'ai trop faim, depuis votre métempsycose,\n Pour me rassasier avec si peu de chose.\n                       URGÈI.E (s'assied)\n Enfin, que veux-tu donc ?\n\n                             PIERROT\n                              Tout.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                            — 19 —\n\n                             URGÈLE\n\n                                 Excusez du peu !\n\n                            PIERROT\n\nUn hydre a son logis dans ma poitrine en feu.\nOui, je veux tout, je veux tes bras, tes yeux, tes lèvres,\nTous les biens, tous les chers trésors dont tu me sèvres !\nOui, tout... et le reste. Il s'agit bien d'un baiser!\nMon innocence enfin commence à me peser,\nEt, pour être Pierrot, je n'en suis pas moins homme,\nLà, sur quelque pommier doit mûrir une pomme !\nJ'y veux mordre.\n                             URGÈLE\n\n                   Oh! tout beau! que fait         là votre main?\n                             PIERROT\n\nJe tâte votre habit, l'étoffe en est...\n                        URGÈLE (se lève)\n                                          Demain\nNous causerons\n                            PIERROT\n\n                 Demain? Non. Seul avec tes charmes.\nJe brûle. Ce grand bois est exempt de gendarmes.\nNous avons des bosquets exprès pour nous enclos,\nEt ce toit de feuillage étouffe les sanglots.\nJe baiserai vos bras, malgré votre sourire,\nMadame, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.\nC'est l'instant de te prendre et de te posséder.\nEt, s'il faut parler franc, je désire broder\nDes variations nombreuses sur ce thème.\nViens.\n                             URGÈLE\n\n       Ecoutez, Pierrot, je sens que je vous aime.\n\n\n                                       THÉODORE DE BANVILLE.\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "        BONHEUR CRUEL\nChère âme, ton baiser m'afflige quelquefois\nJusqu'aux pleurs, et l'ivresse ineffable, l'ivresse\nQui s'exhale du vin puissant de ta caresse,\nDu silence de ton regard et de ta voix,\nM'accable d'une angoisse immense, et ni ta bouche\nSi maternelle à la souffrance, ni tes mains\nParesseuses qui font neiger de blancs jasmins\nSur le lion blessé de mon orgueil farouche,\nNi rien de ton amour plus profond que la mer\nNe pourrait dans la paix de sa houle infinie\nAdoucir le tourment de ma lente agonie\nQui descend sur ses flots comme un soleil amer;\nEt mon sang pleure et songe en ses veines lassées\nQue nous avons tué l'espoir, que tout est su,\nQue tout est vu, tout est prévu, qu'il est déçu\nLe désir d'un bonheur nouveau, que nos pensées\nNe pourront plus jamais s'être vierges, que rien\nNe fera refleurir dans nos veilles funèbres\nLa rose de l'énigme et le lys des ténèbres,\nEt je te pleure, et je nous pleure, et je sais bien,\nToi mon dernier calice et ma douleur suprême!\nQue je ne pourrais pas t'ainier mieux, ni plus fort,\nQue notre fier bonheur est pur comme la mort,\nQue tu le sais, que tu m'aimes et que je t'aime,\nEt c'est pourquoi je souffre, et pourquoi, le cœur las,\nSolitaire, et buvant ma soif inassouvie,\nJe me meurs, transpercé par l'impossible envie\nD'un sacrifice obscur que tu ne prévois pas!\n\n                                       ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                      NOTES ET SILHOUETTES (I)\n\n\n\n          VILLIERS DE L'ISLE ADAM\n                                      Two things are invariably required, — first,\n                                    some amount of complexty or, more properly,\n                                    of adaptation; and secondity, some amount of\n                                    suggestiveness, some under current, howewer\n                                    indefinite, of meaning.\n                                      EDGAR ALLAN POE. — Philosophy   of   composition.\n\n                Il arrive aux imbéciles les plus absolus de proférer par d'inexpli­\n                  cables hasards, de décisives paroles. C'est ainsi que l'encom­\n                  brant Polonais, qui étale en la REVUE INDÉPENDANTE une\n                  cuistrerie d'autant plus redoutable qu'elle se dissimule sous\n  des allures vaguement spirituelles, l'augurai ciron de lettres qui, chaque\n  mois avec une impertubable gravité, révèle de veules opinions sur tous les\n livres parus, le même qui grotesquement vulgarise Mallarmé et médit de\n  Dostoïevsky et de Baudelaire, a eu, à propos de Villiers un mot d'une rare\n justesse : un PRINCE, a-t-il dit. Et ainsi, avec une concision louable, fut\n défini l'admirable écrivain, et plus encore, fut, nettement, caractérisé\n l'homme. Cela m'apparut violemment quand j'eus l'honneur d'être reçu par\n Villiers.\n    Léon Bloy, le pamphlétaire sauvage au style merveilleux, le farouche\n imprécateur dont on a dit qu'il ciselait ses crachats, était mon introduc­\nteur. Montée rapide de quatre étages au moins, si pas plus, dans une\nmaison misérable, rue Pigalle. La gêne de petits ménages bourgeois devinée\nderrière des portes sales. Nous arrivâmes essoufflés. Au seuil, un mot de\nVilliers s'excusant de devoir s'absenter. Bloy me tendit le papier, avec un\nsourire désappointé: — « Un autographe! » Et avant de reprendre notre\ncourse en l'interminable escalier, nous nous arrêtions à causer, regardant\npar la fenêtre, la cour, béant comme un puits jaune, moi stupéfait de ce\nque Villiers pût habiter un aussi lamentable réduit, Bloy vociférant contre\ncette blasphématoire platitude des contemporains, quand, par la porte\nentrebâillée, se montra une tête inquiète et curieuse. C'était Villiers, occupé\nà sa toilette, et qui nous fit entrer.\n   Le logis était plus glacial encore et plus nu que je ne l'avais pressenti.\n\n (I) Voir dans L'ARTISTE : J. K.   Huysmans.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                      22\n\n\nUn lit dans un coin, un pupitre avec des journaux épars, une dizaine de\nlivres au plus, trois chaises et une table. Aux murs, la symétrie fripée d'une\nbanale tapisserie, pas une gravure, pas un tableau. Pas un bibelot, pas un\nsouvenir de luxe qui pût distraire et réjouir le regard. Une chambre d'étu­\ndiant, une chambre de pauvre. Je me souviendrai toujours d'avoir aperçu\nsur le lit un pardessus mastic dont une large tache déshonorait l'élégance.\nEt ce futile détail révélait tant d'infortune, un dénûment si lassé que j'en\neus le cœur serré. Indignation et colère contre Paris : Huysmans scribe en\nun ministère et Villiers ici; vraiment la France est douce à ses grands\nécrivains!\n    Mais pourquoi s'obstinent-ils aussi, ces naïfs presque héroïques, à vou­\nloir rester des artistes purs, à ne descendre à aucune des manœuvres viles\nmais indispensables, qui font les succès d'argent ! A quoi bon cet isolement\nfier et cette hypertrophie de dignité, si méprisante pour les autres? Ne\nvoit-on pas Zola convertir en beaux écus inodores les grossières curiosités\n de la foule, et Daudet exploiter, à en faire pâlir Ohnet, la bassesse bour­\ngeoise, avec son TARTARIN, si spirituel, n'est-ce pas, Môssieu ! et si commer­\ncialement beau! et Maupassant, et Mendès, et tant d'autres estimables\nmercantis de la plume !\n    Villiers, ce jour-là, était triste et découragé. D'ordinaire, sa particulière\nphilosophie et une heureuse disposition d'esprit lui font supporter allègre­\nment les duretés de sa destinée. Optimiste et chimérique, il s'environne de\n projets somptueux et fantasques. Aujourd'hui peut être mauvais mais,\n demain? — Demain, c'est l'imprévu, toutes les chances possibles, l'éditeur\n inespéré venant s'agenouiller pour lui demander ses manuscrits, c'est la\n fortune, la bruyante gloire, le triomphe enivrant, la justice peut-être.\n Et les désillusions peuvent s'amasser, il se console vite, confiant dans\n l'à-venir meilleur et d'autant plus proche que voici plus longtemps qu'il\n tarde.\n    Assez grand, la stature nerveuse et svelte, il enveloppait son corps maigri\n en une piteuse robe de chambre, et le désespoir courbait sa tête énergique\n et fière malgré tout. Son visage dolent et marqué de rides, aux traits fins,\n s'encadrait dans de longs cheveux grisonnants. La moustache s'arquait\n aristocratiquement au dessus de la bouche dédaigneuse un peu, au sourire\n amer, et l'œil, par instants, étincelait comme pour des despotismes. Au cours\n de la causerie, il s'excusa de la détresse de sa mise et, avec une charmante\n coquetterie : « Oh! je puis encore être beaucoup mieux que cela ! » Tel quel,\n je le trouvai superbe et sentis alors combien c'était, exactement, un prince.\n  Il avait en cette adversité, je ne sais quelle native simplicité hautaine,\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                               23\n\n\nune aisance élégante de grand seigneur, une sûreté de gestes nobles, une\nrythmique allure de créature de race, dont ses portraits ne donnent point\nl'idée. Ceux d'AKEDYSSÉRIL et des ÉCRITS POUR L'ART lui font une\napparence de ténor de province, à cent lieues du réel. Une caricature\npubliée chez Vanier, avec une notice de Paul Verlaine (1) me le rappelle\nmieux.\n    Peu à peu Villiers sortit de son chagrin et nous conta de longues his­\ntoires. L'exquis conteur! Une langue pure et claire, des phrases admirable­\nment déroulées comme en ses livres, et dites ! oh ! dites ! avec un charme,\nune finesse, une couleur extraordinaires. — L'on parla de Shakespeare, de\nson esprit, nié par Bloy, et Villiers s'animait, récitait des morceaux entiers,\nThersite et Falstaff, mimant, accentuant, donnant au poète aimé toutes ses\n valeurs. — L'on parla de Wagner de cet art prodigieux qui devait résister\nmême à l'admiration des masses, de la WALKYRIE qui venait d'être jouée\nà Bruxelles, et de LOHENGRIN qu'une cabale inepte venait d'étouffer à\n Paris : l'apparition de Brünnhilde, l'adieu de Wotan, et le Cygne et le\n Graal! Et les MAITRES CHANTEURS, et ces sommets perdus : TRISTAN\net PARSIFAL ! Il exultait, fredonnait, se réjouissait à nous dire son culte\npour Wagner, son admiration dévote, avec des souvenirs, des anecdotes,\net par instants, fuyant, comme à tire d'aile, en des digressions envolées\n d'une ampleur! Sur une question de Bloy, il fit de PARSIFAL,une éblouis­\n sante paraphrase, avec de l'or, de l'encens, du rêve, la solennité des cathé­\n drales, le mysticisme splendide, la profondeur des symboles! — Et je lui'\n parlai de ses livres. Je vis en ses yeux un éclair de joie, un attendrisse­\n ment furtif, quand je lui citai des vers de ses PREMIÈRES POÉSIES et de\n pièces ignorées que seuls connaissent les bibliophiles. Alors, avec une\n expansion charmante, il s'apprécia lui-même, dit sa façon de travailler,\n presque toujours sur les épreuves, au grand désespoir des éditeurs! Il\n exposa des projets de livres, lut d'une manière inoubliable et tragique\n l'horrible scène qui termine Claire Lenoir, puis avec une évocative\n précision de détails, rappela l'histoire étonnante de Raymond Lulle, dont\n il voulait faire une nouvelle, cette rencontre dans la cathédrale, le soir,\n avec la signora Ambrosia qui découvre au poursuivant son sein rongé d'un\n cancer !\n    Je lui dis combien il était aimé et vénéré du petit groupe fervent d'art\n en Belgique. Il connaissait la plupart d'entre nous, s'intéressait à nos\n revues, à notre agitation qui lui paraissait plus curieuse qu'aucune à Paris,\n\n  (I) L E S HOMMES D'AUJOURD'HUI, n° 258. Paris, V a n i e r .\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                                       — 24 —\n\nla grande cité où les lettres agonisent dans l'indifférence et le mépris. Il\nprojetait de venir donner des conférences à Bruxelles et il eut une ques­\ntion bien naïve : « Vous avez un Roi, là-bas, une cour, on fait fête aux\nartistes, sans doute? » C'était ignorer que notre monarchie est aussi\nprudhommesquement constitutionnelle que possible, et qu'il n'y a point\nici de grands seigneurs, aimant et protégeant les gens de lettres, et accueil­\nlant Villiers pour son génie, pas plus que de nobles assez nobles pour\ncomprendre encore l'honneur de recevoir un de Villiers de l'Isle-Adam !\n   — Mais qu'il vienne, quand même ! Ses dons séducteurs de diction lui\nconquerront vite le public et nous sommes assez de jeunes pour lui faire\nune suite de pages respectueux. Vraiment, si, au lieu de tous les gâteux\nde France et d'ailleurs que nous exhibent les Cercles littéraires, s'ils se déci­\ndaient, oh! une seule fois, à nous convier à une fête d'art?\n\n   Villiers avait dix-neuf ans quand parut son volume de début, PREMIÈRES\nPOÉSIES (I). Ce livre, joliment imprimé, est à présent une rareté bibliogra­\nphique. Il est dédié à Alfred de Vigny et sursaturé de romantisme. Rien n'y\nrévèle le Villiers des CONTES CRUELS, et ce ne sont guère que des imita­\ntions, parfois heureuses, des grands poètes romantiques, surtout Hugo et\nMusset. Les titres seuls des pièces l'indiquent déjà : Barcarolle, Chanson\narabe, Une bouteille de vin d'Espagne, Prière indienne, Guitare, Zaïra,\nHermosa, les Préludes, etc. C'est peu original et sans grande valeur.\nCitons parmi les meilleurs, ces vers qui, en ce volume, ont l'inattendu d'un\ncrucifiement gothique :\n              Et cloué sur sa croix, il regardait la terre...\n              Pensif, il contemplait la vie et la lumière;\n              Sa mère qui pleurait en bas, sur une pierre ;\n              Les moissons qui brillaient, les oiseaux gui chantaient.\n              Penché sur la nature insondable et superbe\n              Il vit sous les palmiers, parmi les fleurs, dans l'herbe,\n                        Les petits enfants gui jouaient.\n\n              Et tout était heureux, tout, même les esclaves.\n              Il leva vers la mort ses beaux yeux bleus et graves.\n              Les deux voleurs luttaient, secouant leurs entraves ;\n              L'heure sourde passa sans bruit dans l'infini,\n              Alors il inclina son front sur sa poitrine\n              Et cria d'une voix expirante et divine :\n                       « Héli ! Lamma Sabactanni! »\n\n\n  (1) PREMIÈRES POÉSIES, 1856-1858. Lyon, 1859, chez Sheuring. Imprimé par Perrin.\n180 pages.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                     — 25 —\n\n\n             Soudain le jour tomba sous un flot de ténèbres,\n             Les trois gibets, tremblants sous leurs fardeaux     funèbres,\n             Craquaient dans l'ombre au vent. Sur ses vagues regards,\n             L'Agonie étendait ses mains ensanglantées;\n             Sur la colline, où les trois croix étaient plantées,\n             Une lueur ombrait de teintes argentées\n                      Les trois crucifiés blafards !\n\n                  Sur les sphères d'azur que la lumière embrase\n             Les séraphins penchés, ensevelis d'extase,\n             De leurs âmes d'amour étoilaient les autels ;\n             Et leur vue apaisa les anges des ruines,\n             Et les sombres accords de leurs lyres divines\n             Accompagnaient le nom du couronné d'épines\n                      Dans leurs cantiques immortels.\n\n\n   Plus tard, vers 1865, parurent successivement IsiS, la première partie\nd'un roman philosophique jusqu'à ce jour inachevé, ELEN et MORGANE,\ndeux drames, tous introuvables aujourd'hui en librairie. Paul Verlaine en\ndit : — ELEN, un drame d'amour exquis et sombre dont il faudrait citer le\nmagnifique rêve d'opium. Le lecteur, après avoir pris connaissance de ce\nfragment pourrait comprendre à quel écrivain de race et de taille on a\naffajre quand on visite ce poète absolu. Car poète, bien qu'ayant écrit rela­\ntivement peu de vers, il l'est plus certainement qu'aucun de cette époque-ci,\nou tout au moins autant que les plus vraiment poètes du siècle. Du poète,\nil a la sensibilité, la vibration, l'éclair, il en a aussi la langue au suprême\ndegré, sonore et riche et disant magnifiquement tout ce qu'il a fallu dire et\nrien d'autre, puisque du poète il possède encore le bon sens, ce don suprême\ndu poète, le bon sens, le vrai! le tact et la mesure dans les deux sens qui\nn'en font qu'un... — MORGANE, un drame plus beau peut être encore\nqu'ELEN, profond et noir, avec des splendeurs. La cour de Naples, de Nelson\net de Caroline y déploie ses intrigues sanglantes, ses terribles passions,\nson luxe et son mystère. La charmante et perverse figure d'Emma Lyonna\npénètre l'action d'un frisson saphique tout nouveau depuis Shakespeare\nau théâtre. LA RÉVOLTE, absurdement tombée en 1869 au Vaudeville,\nLE NOUVEAU MONDE, que jouèrent naguère les Nations, aux applaudis­\nsements de l'élite, deux essais miraculeux, complètent, avec AXEL, dont\nles fragments publiés pronostiquent un immense succès définitif, le théâtre\nde Villiers, qui a toute une série dramatique en gestation, pour notre\nbonheur et l'honneur éternel des Lettres.\n\n  Il convenait de rappeler ces premières œuvres. Mais ce sont surtout les\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                                    — 26 —\n\n  volumes publiés depuis quelques années qui ont valu à Villiers la haute\n  estime des lettrés et lui ont assuré, chez les délicats au moins, l'une des\n  premières places des lettres françaises. Le grand public ne connaît pas\n  encore Villiers ; peut-être même ignorera-t-il toujours son génie subtil et\n  supérieur.\n     Villiers est l'une des plus fortes originalités de l'époque actuelle. Il a su\n  non seulement se créer une forme personnelle, mais en outre, il a une très\n  spéciale compréhension de la vie ; et, de l'ensemble de ses livres se dégage\n  une philosophie sans règles précises, mais très particulière et saisissante.\n  Huysmans, surtout artiste, fait des livres pour écrire d'admirables phrases;\n  Villiers, surtout penseur, en fait pour démontrer des vérités ou des erreurs ;\n  mais tant sont, en définitive, inséparables l'Idée et la Forme, il arrive\n  que Huysmans sous ses phrases ciselées, cèle un pessimisme redoutable, et\n  que Villiers habille ses préoccupations métaphysiques de la plus opulente\n  parure.\n     Le style d'or de Villiers vaut surtout par la richesse et l'harmonie. Il n'a\n  point, comme celui de Huysmans, le sens aigu de l'épithète et de l'adjectif\n  bizarre. Mais\" il se déroule avec une majesté et une ampleur souveraines,\n chatoyant et doux comme du velours, presque classique par le balancement\n rythmé et ordonnancé de ses périodes. Villiers a trouvé un tour de phrase\n qui lui appartient à lui seul, une phrase large et solennelle, dans laquelle\n  viennent se fondre de petites phrases adventives, et qui s'avance alors splen­\n dide, comme un fleuve gonflé d'affluents et chargé d'images, vers la mer.\n    Telles, par exemple, les finales de Impatience de la foule, et du Droit du\npassé. C'est essentiellement du Villiers, et je ne sais rien de plus beau en\n prose française.\n    Ample et musical toujours, le style de Villiers reste aussi invariablement\n aristocratique. Jamais il ne descend aux expressions familières et triviales;\n jamais sa hautaine distinction ne s'encanaille dans une audace ou dans une\n modernité. Surtout descripteur, il n'est pas apte à noter les multiples traits\n d'un caractère ou d'un esprit; tous les personnages de Villiers sont généra­\n lement fort peu compliqués et n'ont que la fugitive apparence nécessaire à\nla brève action dans laquelle ils évoluent. Dès que l'histoire s'allonge, on\nsent tout ce qu'ils ont d'abstrait et de conventionnel : Edison et Tribulat,\npar exemple. Et dans les spectacles à décrire, le Prince choisira spécia­\nlement ceux mystérieux ou éblouissants. Et logiquement, pour satisfaire ce\ndésir, il devra s'évader du monde contemporain, errer dans les fourrés de\nl'histoire, dans l'antiquité lointaine, comme le fit Flaubert, ou dans les pays\nfabuleux de l'Inde et de l'Orient. Quand il parlera des choses modernes, ce\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                   — 27 —\n\n\nsera avec un âpre dédain et pour les bafouer. — Ainsi, les seuls mots\npréférés, le style reflétant l'homme, entraînent le choix des sujets et déter­\nminent les caractéristiques principales du talent.\n   Une autre particularité du style de Villiers, révélatrice aussi de plus\nd'une tendance de son esprit, c'est l'épigraphe. Vieille habitude perdue et\ncharmante, si légitime surtout dans des œuvres courtes et suggestives,\nVilliers a été l'un des premiers à la recommencer. Toutes ses nouvelles,\ntous ses chapitres, sont ainsi ornés d'une épigraphe, soigneusement cueillie\ndu milieu d'une érudition vaste, étincelant comme une lumière qui\nannonce, éclaire, et environne de rêve, l'œuvre, en avivant l'accent comme\n une mouche noire sur la joue d'une marquise. Curieuse serait la liste de\n celles employées par Villiers, empruntées à Shakespeare, à Gœthe, à\n Baudelaire, à Poë, aux pères de l'église et maintes fois s'attesterait sa\n philosophie idéaliste. La parole de Hamlet lui est favorite : « Il n'y a\n plus de choses au ciel et sur la terre, Horatio, que n'en contient toute\n votre philosophie ». Et les âmes éprises de mystère et d'inconnu, l'ont\n comme lui, souvent répétée.\n\n   S'il fallait chercher de quelle famille artistique est Villiers, je le rappro­\ncherais, comme écrivain, de Flaubert, et d'Edgar Poë, comme esprit.\nComme Flaubert, Villiers a l'amour des spectacles magnifiques, rayonnant\nde lumières, où triomphent les étoffes rares, les pierres précieuses, les archi­\ntectures grandioses, et a réussi des descriptions d'une opulence incompa­\nrable. Que mettre au dessus de l'Annonciateur? (1) L'auteur de SALAMMBÔ\nmême n'a pas été plus loin. Est-il de plus éclatante et plus sonore énumé-\nration : Ils vendent les vins épais et dorés, les esclaves habiles dans l'art\nde la toilette, la liqueur arrière des mandragores du Carmel pour les illu­\nsions du désir, les coffrets de bois de camphrier pour serrer les présents, les\nbaumes de Guilè'ad, les singes, stupeur d'Israël, mais amusement de ses\nvierges, importés des rives de l'Indus par les flottes de Tadmor, les épices\nsubtiles, e t c . . Est-il rien de plus éblouissant et de plus fastueux que cette\névocation de l'antique Judée, de Sion la prédestinée, endormie sous la\nsolennité des siècles, et de son roi Salomon. le mage perdu en des rêveries\nsublimes?\n   Et toute l'orientale splendeur d'Akédysseril (2), avec ce début : La ville\n sainte apparaissait, violette, au fond des brumes d'or... Et plus loin l'arrivée\n\n\n   (1) LES CONTES CRUELS. — Paris 1883. C. Lévy.\n   (2) L'AMOUR SUPRÊME. — Paris 1886. De Brünhof.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                     — 28 —\n\n\n de la reine, sur son éléphant noir : Déjà, dans la haute lueur de l'air, on\n  distinguait la forme de la reine du Habad qui, debout entre les quatre\n lances de son dais, se détachait mystiquement, blanche en sa robe d'or, sur\n le disque du soleil... A l'exemple des Dêvas sculptés au loin sur le faîte des\n monts du Habad, elle élevait en sa main droite la fleur sceptrale de l'Inde,\n un lotus d'or mouillé d'une rosée de rubis. Le soir qui l'illuminait, empour­\n prait le grandiose entourage... Le ciel jetait par éclairs, des rougeoiements\n sur les pointes des ivoires, sur les pierres précieuses des turbans, les fers des\n haches...\n    A citer encore, en ce genre, Vox populi, un poème en prose d'une perfec­\n tion absolue, et Impatience de la foule, moins coloré peut-être, mais d'une\n pureté et d'une pondération de lignes dignes d'un marbre grec.\n    Mais quelle que soit l'analogie de ces descriptions merveilleuses avec\n celles de Flaubert, il y a toujours chez Villiers une préoccupation spéciale\n d'au delà, de mystère ou de symbole que nous ne trouvons pas chez\n Flaubert, plus uniquement peintre et plus constamment parfait. Ainsi, la\nterrifiante venue d'Azraël, dans l'Annonciateur; les yeux magnifiques\nd'Akédysseril surchargés de rêves et cachant une énigme inaccessible;\nl'aveugle psalmodiant sa rectification de prophète, dans Vox populi;\nl'atroce méprise du peuple devant l'envoyé de Léonidas, ajoutent toujours\nà l'opulence du décor des signifiances obscures et profondes.\n\n    C'est, d'ailleurs, la fondamentale tendance de cet esprit, de chercher la\n suggestivité. En cela il se rapproche de Poë. Beaucoup en France ont,\n comme lui, subi l'influence du merveilleux poète américain. C'est une chose\n curieuse et peu remarquée, mais toute la littérature présente, celle des\n recherches et des fièvres, celle préoccupée d'art exaspéré et d'au delà, celle de\n mystère et de symbole, porte la marque de Poë. Pour Baudelaire, ce n'est\n pas contestable et ce n'est pas un blasphème que dire que le meilleur de son\ngénie vient de là. On pourrait le démontrer également pour Stéphane\n Mallarmé; cet admirable artiste est aussi de la descendance d'Edgar Poë.\nMais c'est, chez Villiers surtout, que cette parenté est la plus évidente.\n   Tous deux se servent de la nouvelle comme la forme où l'effet, dispersé\ndans un roman, affaibli par le sacrifice nécessaire de l'analyse en un poème,\npeut-être le plus impressionnant. Même procédé de souligner étrangement\ncertains mots pour les faire apparaître en un relief inattendu. Dès le début,\nle récit revêt une allure solennelle. Quelque chose de grave se pressent. Et\npar de vagues indications, des coïncidences, des notations de faits d'autant\nplus logiquement déduits qu'ils sont plus fantastiques, peu à peu se lève\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                            29\n\ndans l'âme une inquiétude vague, un frisson devant l'inconnu. Mais tandis\nque Poë a souvent obtenu cet effet par l'horreur ou l'excentricité, Villiers y\narrive par des moyens beaucoup plus simples, et aussi par des narrations\nmoins démonstratives, ce sont des suppositions à peine définies au milieu\nde faits réels, de petits détails angoissants, des singularités très plausibles,\nde sorte que l'on se sent tout à coup bouleversé d'effroi, pris de religieuse\nterreur, comme si, réellement, le souffle d'un esprit venait de vous effleurer,\net l'on reste pensif, profondément secoué et méditant, comme si l'abîme de\nl'incognoscible tout à coup se fût ouvert béant.\n    Le mystère des existences continuées au delà de la mort, des inexplicables\nsurvivances, des lourdes fatalités des choses qui doivent être, des mélan­\ncolies désespérées de l'irréparable, de même que Poë l'avait dit dans ces\nmerveilleux contes : Ligeïa, Morella, la Chute de la maison Usher,\nVilliers, également et autrement, l'a dit dans ces chefs d'oeuvre : Véra,\nl'Intersigne, le Droit du passé, dont je ne puis rien citer car nulle phrase\nn'en est, sans sacrilège, détachable (I).\n\n   Mais l'analogie avec Edgar Poë continue. Frères par l'ampleur du\nrêve et la curiosité de l'étrange, ces deux esprits se ressemblent étonnam­\nment dans leur haine du monde moderne. Ironies féroces et bafouements\nimpitoyables de part et d'autre. On pourrait dire de Villiers tout ce que\nde Poë dit Charles Baudelaire : Du sein d'un monde goulu, affamé de\nmatérialités, Poë s'est élancé dans les rêves. Etouffé qu'il était par l'atmo­\nsphère américaine, il a écrit en tête d'EURÉKA : « J'offre ce livre à ceux qui\nont mis leur foi dans les rêves comme dans les seules réalités ! (2) » Il fut\n donc une admirable protestation ; il la fut et il la fit à sa manière. L'auteur\n qui dans le Colloque entre Monos et Una, lâche à torrents son mépris et\n'son dégoût sur la démocratie, le progrès, et la civilisation, cet auteur est le\n même qui, pour enlever la crédulité, pour ravir la badauderie des siens, a le\n plus énergiquement posé la souveraineté humaine et le plus ingénieusement\nfabriqué les canards les plus flatteurs pour l'orgueil de l'homme moderne.\n Pris sous ce jour, Poë m'apparaît comme un Ilote qui veut faire rougir son\n maître (3).... Le lecteur verra de quels termes il se servait pour caractériser\n\n  (1) Comparer encore des psychologies détraquées et aiguës : le Démon de la perversité\navec le Désir d'être un homme.\n  (2) De même Villiers dédie I'EVE FUTURE : aux Rêveurs, aux Railleurs.\n  (3) Chez Villiers, l'Affichage céleste, la Machine à Gloire, l'Analyse chimique du\ndernier soupir, le Traitement du docteur Tristan, etc., cette phrase, entre cent : Hurrah !\nLe progrès nous emporte dans son torrent.... Victoire! Victoire! la vitesse de notre\nentraînement prend des proportions de brouillard tellement admirables que c'est à peine\nsi nous avons le loisir de distinguer autre chose que l'extrémité de notre propre nu.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                                        30\n\nle progrès, cette grande hérésie de la décrépitude. On dirait vraiment, à\nvoir l'ardeur qu'il y dépense, qu'il avait à s'en venger comme d'un embarras\npublic, comme d'un fléau de la rue. Combien eût-il ri, de ce rire méprisant\ndu poète qui ne grossit jamais la grappe des badauds, s'il était tombé sur\ncette phrase mirifique qui fait rêver aux bouffonnes et volontaires absur­\ndités des paillasses, et que j'ai trouvée se pavanant perfidement dans un\njournal plus que grave : « Le progrès incessant de la science a permis tout\nrécemment de retrouver le secret perdu et si longtemps cherché de ... (feu\ngrégeois, trempe du cuivre, n'importe quoi disparu), dont les applications\nles plus réussies remontent à une époque barbare et très ancienne....\n    Nous retrouvons chez l'écrivain français la même haine acharnée contre\nla science prétentieuse et téméraire des temps actuels, le même dénigrement\n sarcastique, la même causticité spirituelle dans des farces énormes. Bien\n que ce soit là le côté le moins intéressant de son talent, il faut reconnaître\n que Villiers reste toujours, même en ces railleries, d'une grande élévation\n et rareté de concepts. Il s'empare d'une banalité quelconque, bout de loi,\n observation scientifique, article de journal, qu'il met dédaigneusement en\n épigraphe, et en tire des conséquences stupéfiantes, extraordinaires, avec une\n clarté flegmatique qui se moque supérieurement. Mais cela a beau être\n curieux et pris de haut, on en est lassé vite et l'on regrette le grand artiste\n descripteur et évocatif. La moitié de l'EVE FUTURE m'est ainsi gâtée par la\n vaine préoccupation de rendre plausibles les impossibilités et la manie des\n minutieuses démonstrations scientifiques. Mais quel émerveillement, quand,\n en plein dans le Rêve, dialoguent au fond du parc, Hadaly et lord Ewald!\n De même après les longueurs de Claire Lenoir, quel épouvantement\n quand l'incroyable vision se découvre en les yeux vitreux de la morte !\n\n   En ces œuvres, nées toutes deux d'une pensée méprisante pour la science,\net contournées alors en développements imprévus, toutes deux diffuses et\nmal équilibrées ce qui les empêche d'être des chefs-d'œuvre purs comme\nles CONTES CRUELS, outre les qualités habituelles de splendeur et d'har­\nmonie dans le style, de hauteur et d'ingéniosité dans les aperçus, nous\ntrouvons plus particulièrement, l'exposé de la philosophie de Villiers,\npratique dans l'EVE FUTURE (1), métaphysique dans CLAIRE LENOIR (2).\nC'est un idéalisme sceptique d'une grande profondeur, rappelant d'auda­\ncieuses théories de philosophes allemands.\n\n\n  (1) L'EVE FUTURE. — Paris 1886. De Brünhof.\n  (2) TRIBULAT BONHOMET. — Paris 1887. Tresse et Stock.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                      31\n\n\n   Pour Villiers, toute certitude est dans les Rêves; nous ne connaissons\nle monde extérieur que par nos sensations et la sensation n'a d'autre\nvéritable réalité que l'idée qu'on en a. L'objet ayant de variables et\nfuyantes propriétés, plus changeantes encore selon le sujet qui le conçoit,\nil s'ensuit qu'il n'est, au fond, qu'apparence; que la pensée est tout. La\nseule chose positive, sérieuse, c'est l'illusion; c'est pour une danseuse qui,\nen définitive, n'existait pas, que s'est tué l'ami d'Edison ; le monde est mené\npar les fictions. D'où une très particulière compréhension de la vie et de la\nmort, la prédominance de l'âme, la possibilité de sa continuation dans la\nténèbre et de son influence sur les restants; socialement, un hiérarchisme\nrigoureux, déduit de l'inégalité foncière des intelligences. Qu'on lise, au\nreste, les discours d'Edison et ceux de Lenoir, ils édifient vertigineusement\nces conceptions avec une abondance d'arguments, une plénitude de preuves,\nune ampleur géniale d'hypothèses, une logique victorieuse, et par des\nexemples saisissants, des démonstrations sans réplique, telle que la mathé­\n matique décomposition de la danseuse, qui vous laissent troublé, hésitant,\nsongeur, les yeux perdus dans la nuit, comme au seuil du mystère!\n    De cette philosophie et de cette véhémente dégoûtation du monde\n moderne, est née cette création : Tribulat Bonhomet. Villiers a réussi là\n un type, qui, irrévocablement, pour les affinés, remplace le trop rudimen­\n taire Joseph Prudhomme. Le bourgeois d'ailleurs, depuis Monnier, a consi­\n dérablement modifié son extérieur ; il n'en est pas devenu moins haïssable,\n au contraire ! A présent, il aime les artistes, le bon docteur tueur de cygnes!\n Il discute littérature et philosophie, vénère la science, se propose à l'admi­\n ration de ses illustres contemporains! Oh! hideur — et ils sont légion!\n hideur de ce monstre pédant et stupide, féroce en sa cruauté, inconscient\n de son horreur, rayonnant dans sa quiète vanité, si idiotement spirituel,\n que la Voix attristée renvoie parmi les vivants « afin que votre nombreuse\n personne inspire, là-bas, quelqu'une de ces pages de feu, de honte et de\n vomissement que, de siècle en siècle, l'un de mes soldats crache, en\n frémissant, au front de vos congénères ! »\n\n  Décembre 1887.\n                                                       JULES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                            32\n\n\n\n\n       LE MIROIR MAGIQUE\n\nVille immonde, cloaque où coasse, la fange\nAux dents, la lèpre au ventre, un peuple de carcasses\nFétides, grimaçant les vieux rites cocasses,\nQuel magique miroir me creuse un ciel étrange?\n\n\nPur acier, vierge azur ébloui d'un vol d'ange,\nLumière ivre où s'endort la paix des ailes lasses,\nO mon cœur, aigle amer, c'est l'air clair où tu chasses\nTes songes éployant leur chantante phalange.\n\n\n\nHors du subtil mirage où l'avenir m'attire,\nTous ces baisers ailés de leur rose sourire\nMourront, flasques et vains, sous ma bouche déçue.\n\n\nSorcières! le bonheur prévu n'a plus de joie !\nEt nulle chair future en image conçue\nN'assouvira ma faim d'une idéale proie.\n\n                                            IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                   — 33 —\n\n\n\n\n                  SONS DE CLOCHES\n                                                      A Mademoiselle Katy G....\n\n               es sons de profondes voix troubles chantant : Noël! Noël!\n                pour tous ceux qui sont morts à la vie et à la souffrance ; des\n                sons dont la puissance ébranle et fait osciller les tours et dont\n                les larges gouttes tombent, s'étalent et se dissipent en soule­\n vant du passé des nuages de souvenirs.\n    René s'était inutilement abrité derrière ses fenêtres closes et ses rideaux\n tirés; inutilement réfugié en lui, dans son âme et dans sa tristesse, la Noël\n des vivants, Noël chrétienne et païenne de tous ceux qui prient et de tous\nceux qui rient, Noël étoilée d'amour et de joyeux réveillons, violait sa soli­\n tude et sa souffrance.\n    Accoudé à sa table, la tête entre les mains, devant une page à demi écrite,\nil fixait d'un regard lointain une étrange et mélancolique enluminure de\n Christmas que le courrier d'Angleterre venait de lui apporter. C'était,\ndans le cadre symbolique d'une feuille de houx hérissée de pointes dures\npareilles à des glaçons, un paysage de neige pailleté de givre, éclairé d'un\nsoleil jaune qui se couchait en grelottant. Et, sur ce fond de lumière atone,\ns'enlevait la tête mignonne d'une de ces blondes ophéliennes, petites-filles\nspirituelles de Shakespeare, dont le sourire figé sous un froid regard bleu\nsemblait jeter au souffle coupant de l'hiver, la devise :« Merry Christmas\nand happy neiu y car ! »\n    Quelqu'un entra sans frapper. René, redressé brusquement, alla vers lui,\nles mains avidement tendues comme pour saisir du bonheur ; puis, assis\nl'un devant l'autre, comme ils causaient à mi-voix, René, souriant d'un de\nces horribles sourires qui semblent déchirer la tristesse des visages, dit :\n— Pourquoi parlons-nous si bas? On peut faire du bruit, va! Il n'y a\nplus personne qui dort dans la maison !\n    Ces paroles tombèrent comme écrasées sous le poids du profond silence\nqui les suivit. René, effrayé de les avoir dites, abaissa les paupières et ils\neurent l'impression, pendant une seconde, de se sentir enveloppés d'obscu­\nrité.\n   Alors celui qui était entré reprit, sans élever la voix davantage :\n   — Tu te trompes, René, il y a quelqu'un qui dort dans la maison;\nQuelqu'un qui dort d'un sommeil d'âme bien plus léger que le sommeil\n                                                                       3\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                  -   34   -\n\ndes vivants. Ceux qui ont cessé de vivre à côté de toi vivent en toi. Ceux qui\nont emporté leurs enlacements et leurs baisers, en s'en allant de toi t'ont\nlaissé leur amour. Ceux qui ne te verront plus, qui ne t'embrasseront plus,\nqui ne te consoleront plus, t'aiment toujours... et nous devons parler très\nbas, vois-tu, pour ne pas troubler la cendresse que cet immatériel sommeil\néternise en eux.\n   L'inoubliable mort de leur voix, de leur regard, de leur geste est une\ncaresse suprême qui nous enveloppe pour toujours...\n    Un son de cloche grave et lourd, détaché de très haut, s'affaissa comme\n une immense nappe de bronze et s'en alla, mourant, à la dérive, entraînant\n après lui des vibrations prolongées ; avant qu'elles se fussent effacées, un\n autre coup tomba, plus grave et plus sonore et, dans l'atmosphère emplie\n d'ondes, les sons sur les sons s'amoncelèrent en un chant liturgique funèbre\n pour célébrer la fête de la Nativité,\n    Ils étaient demeurés haletants, cloués par une sorte d'effroi sous l'enva­\n hissante tristesse de ce chant.\n    Quand les dernières rumeurs du glas se furent éteintes, une à une, dans\n le silence de la nuit, ils détachèrent lentement leurs regards l'un de l'autre.\n    Le vent qui soulevait, au dehors, la neige en tourbillons, coulait par la\n cheminée son mystérieux et follet gémissement, pareil à ces petites flammes\n pâles qui vacillent à tous les souffles et se rallument sans cesse.\n    René s'était levé en frissonnant. D'une allure accablée, machinale, il\n  marcha par la chambre comme pour chercher un objet qu'il ne trouva\n  point et revint, le regard à terre, s'affaisser devant la table où la tête\n  mignonne, du fond de son paysage de neige pailleté de givre, continuait\n  de jeter son souhait de bonheur : « Merry Christmas and happy new\n  rear ! »                                               HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                                  NOËL\n                                               Tamquam sponsus de talamo suo.\n                                                               ANT. NATIVITÉ.\n                     Je suis en couronne d'autel,\n                     En plis d'enfance, je suis close,\n                     Mystiquement, et je repose,\n                     Blanche, à mes robes d'or pareille,\n                     En moi-même, comme on sommeille;\n                     Car élue, Enfant de Noël,\n                      Tu viens à moi qui me réveille.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                 — 35 —\n\n                  Voilé de neiges dans le soir,\n                  Jardin de roses invisibles,\n                  Ma chair et mes fleurs    intangibles,\n                  Aux baisers que mon ombre exhale,\n                  Pour Toi, dont je suis nuptiale,\n                   Toi, qu'en moi je Pais recevoir,\n                   T'ouvrent leur virginité pâle.\n\n                  Le Paradis repose en moi;\n                  Lumière, mon amour s'achève\n                  A u tabernacle de mon Rêve :\n                  Mon rêve blanc, silence et flamme,\n                  Longue innocence blanche, trame\n                  De joie immortelle, û mon Roi!\n                  Toi qui viens d'entrer dans mon âme.\n\n                                        C H A R L E S VAN   LERBERGHE.\n\n\n\n\n               L'AMOUR CONJUGAL\n             Cela n'existe pas.\n                 Il y a 1' « amour » — et il y a le « conjugal ».\n                 Deux choses, et non pas une.\n                 L'amour est, pour les époux, ce qu'il est pour tous ceux\nqui s'aiment : même sincérité, mêmes transports, même enthousiasme — et\naussi, mêmes effets sensoriels.\n   Ceux qui l'ont connu me comprennent ; les autres ne me comprendraient\npas.\n   Donc, ici, ni définition, ni description.\n   L'amour dure ce qu'il peut, entre époux, comme ailleurs.\n   Sans cesse en proie à mille causes de destruction, d'ordres divers, physi­\nques ou morales, il résiste, parfois, jusqu'à ce que l'âge, cet inéluctable\nchâtreur, vienne le frapper dans ses sources vives ; mais, — qu'il meure de\ncela ou d'autre chose, — il ne renaît point de ses cendres ; et surtout, il\nn'est point vrai que, suivant la formule bourgeoise, l'amour des époux se\ntransforme.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                    — 36 —\n\n   Quand il est mort, il est bien mort, et le « conjugal », qui lui succède, le\nremplace.\n   Ce « conjugal » peut être un supplice cruel, comme il peut être un pré­\ncieux trésor, lorsqu'il hérite immédiatement des souvenirs de l'amour.\n   C'est, alors, une affection nouvelle, qui a bien aussi sa grandeur et sa\npoésie.\n   C'est la seconde étape du sentiment, dans les unions heureuses : « l'amour »,\ntant que l'on peut aimer ; le « conjugal », quand on voudrait aimer encore!\n   Hors de là, pas de bonheur.\n\n\n   Dussé-je soulever la clameur des Tartufes et des Impuissants, j'affirme\nque l'amour est, en grande partie, physique.\n   L'œuvre de la nature le prouve.\n   Laissez, isolés ensemble, l'homme et la femme qui s'aiment, — à quelque\nrang qu'ils appartiennent, quels que soient leur éducation, leur religion,\nleurs principes, — ils iront aux bras l'un de l'autre ; séparez-les, réunissez-\nles ensuite, ils y retomberont, dans un premier baiser.\n   Et la femme, — la vraie femme, — se donnera toujours, sans choisir\nl'occasion ni l'heure, sans songer aux douleurs d'une maternité déjà souf­\nferte ou à peine entrevue, sans souci de ses fatigues, de sa santé, de ses\ndevoirs — au prix même des plus graves dangers !\n   Paradis. — Paradou.\n   Si elle réfléchit, si elle raisonne, si l'ivresse de son cœur et de ses sens ne\nla trouble, au point de lui faire oublier, au seuil de cette minute divine,\ntout ce qui n'est pas cela — c'est qu'elle n'a pas ou n'a plus d'amour ! —\nC'est, alors, une femelle subissant, bêtement ou salement, la saillie.\n\n\n   En dehors du mariage, pareille situation a sa solution indiquée : on\ns'envoie réciproquement aimer ailleurs, et l'on recommence ailleurs, si\nl'on peut.\n   Mais, entre époux, il y a un nœud normalement indissoluble, fait de\nlois, de convenances, et surtout d'enfants. — Ce nœud, on ne peut le\ndéfaire, le relâcher est une faute, le trancher, une extrémité légale qui n'est\npoint donnée pour ce cas là.\n   C'est ici que commence le conjugal, fait, non plus de souvenirs et\nd'estime, mais d'habitude ou de résignation.\n   Deux corps, dont l'un a des besoins que l'autre consent à satisfaire,\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                         37\n\n  comme dans un viol, tantôt physique, tantôt moral, avec lassitude, ennui,\n  répugnance même !\n                                            *\n     La situation de l'homme est, alors, absolument misérable; car — sem­\n  blable à ces chiens qui dédaignent leur pâtée, mais qui montrent les dents\n  dès qu'un autre s'en approche, — la femme prétend à la fidélité parfaite de\n  son mari; et quel prix en donne-t-elle? Sa propre fidélité matérielle! — Ce\n  n'est point assez.\n     Lui est encore à l'âge d'aimer; on peut même affirmer qu'il est, mieux\n qu'au début de la vie, apte à ressentir et à provoquer l'ivresse: il l'avait\n rêvée sans fin, dans son union avec l'idole choisie.\n     Et voilà qu'elle lui échappe! Il est condamné, désormais, à l'acte physio­\n logique — hygiénique presque — sans réciprocité de jouissance, sans baiser,\n sans poésie, sans flamme.\n     La lèvre ne cherche plus la lèvre, ou ne la trouve pas ; la main se dérobe ;\n les battements du cœur ne devancent plus le tic-tac de l'horloge!\n     C'est pis que le célibat du mystique, car c'est la jouissance sans cesse\n entrevue, espérée, souvenue, et jamais plus atteinte.\n    Sa femme glacée le glace. Elle raisonne — profanation ! — l'amour, et\n le met en coupe réglée. Il a sa place — toute petite — parmi les devoirs\n de la ménagère; il a son moment, non psychologique, mais domestique!\n                    Le jour est mauvais, l'heure mal choisie, la toilette n'est\npas faite le matin, ou l'est trop, dans la journée; est-ce la peine de se\ndégrafer pour si peu? Non,           ce soir; pas trop tard, elle a sommeil; pas\ntrop tôt, ses invités la retiennent ; pas trop souvent, c'est une fatigue ; pas\ntrop ardemment, elle en souffre ; pas trop          nu, c'est indécent! Bref, il\nfaut bien       ; mais le strict nécessaire, au moment le moins gênant !\n    C'est, pour elle, un si terrible ennui, qu'elle pense, dès qu'elle l'entrevoit,\nau moment, à l'endroit, au costume, à la température dans lesquels elle\nconsentira à le subir.\n    Et elle semble ne pas même se douter des froissements cruels qu'elle\ninflige à son mari, réduit à les souffrir en silence, pour elle, pour ses\nenfants, pour lui-même, jusqu'à ce que la coupe déborde!\n                                          *\n\n  A-t-elle tort? Est-elle blâmable? Non.\n  Il suffit que ses impressions soient telles, pour qu'elle doive ne point les\ncacher, alors qu'elle les ressent. La dissimulation, en ce cas, serait la gri­\nmace d'une prostituée!\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                  — 38 —\n\n  Il n'en est pas moins vrai que toute dignité dérive, de part et d'autre,\ndans ces dégels superficiels d'un instant.\n\n\n\n\n   Déteste-t-elle son mari, cette femme?\n   Point. L'homme ne l'émeut pas; voilà tout. Elle ne trahit pas ses devoirs\nElle n'est pas matériellement adultère; d'ailleurs, pour être pourchassée\npar un amant, comme elle l'est par son mari, ce ne serait vraiment pas la\npeine de changer!\n   Mort, elle le pleurerait peut-être avec quelque sincérité, quoiqu'elle lui\ntrouve tous les vices, à l'encontre d'un ou de plusieurs, qui semblent avoir\ntous les mérites. Ici, un peu d'adultère immatériel, fait de comparaisons,\nde regrets et d'illusions ; mais, en somme, sensuellement au moins, elle\nne lui préfère personne, par cette seule et décisive raison qu'elle n'a pas de\nsens.\n   Aussi est-ce grand dommage qu'il aime tant des choses si ennuyeuses.\n« Les autres hommes ne doivent cependant pas être tous ainsi, puisque les\n« femmes sont toutes, dit-elle, autrement! On peut s'aimer sans cela,\n« n'est-ce pas? Elle peut donc refuser sans scrupule ».\n   Refuser ! Toute la situation est dans ce mot-là.\n   Ce ne sont plus les deux êtres aimants et aimés, impatients, avides d'être\naux lèvres l'un de l'autre, s'y précipitant et mourant dans une étreinte spon­\ntanée, réciproque, inconsciente, irrésistible ; non, il y a un pauvre qui crie :\n Charité! et un riche qui, pour avoir la paix, lui fait parfois l'aumône!\n   Ce qui était abandon et enthousiasme est devenu concession et sacrifice.\n C'est navrant !\n   L'homme s'épuise au travail, est en proie à mille soucis matériels, encourt\ntoutes les responsabilités, pour répandre, autour d'eux, l'abondance et le\nbien-être. Et lorsqu'après le labeur du jour, il aspire à la femme aimée, il\ntrouve sa maison livrée aux étrangers, qui y règnent en maîtres, lui volent\nsa nuit et lui laissent, lorsqu'ils se décident à lui faire place, une femme\nénervée, indifférente, ensommeillée !\n   Alors il s'en va, meurtri comme un chien que l'on a repoussé du pied,\npleurer, dans son oreiller comme sur une tombe, tout ce qu'il s'était repris\nà espérer pour la millième fois !\n   Aussi, plus d'un, hanté par cette lancinante et épuisante obsession, — faite\nd'une femme nue, ardente, sautant sur son homme,—sur son mâle,— et l'enla­\nçant dans un baiser sauvage, — plus d'un, en proie à cette surexcitation con\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                  - 39 -\n\nstante et jamais calmée, est mort sous une douche ou dans un cabanon\nd'excès, a-t-on dit.\n   D'autres, faisant enfin violence à leur dignité personnelle, ont demandé\nà la débauche ce qui manquait à leur part de bonheur.\n   Mais il y a, dans l'amour, autre chose que deux brutes ; aussi ont-ils\ntrouvé, dans la vénalité, les grimaces de l'amour, seulement, et s'en sont\nrevenus diminués, avilis, éreintés, non satisfaits, reprendre silencieusement\nle collier.\n   Ainsi finit souvent cette lutte, dans laquelle l'homme est vaincu d'avance,\npar la Nature même.\n   Pour l'amour, il faut être deux, et, de quelque côté qu'il se tourne, il\nest tout seul !\n\n\n   A tout cela, quel remède? Pas. Il y aurait bien le mariage à terme, mais\nles enfants, alors?\n   Le problème est éternel comme la souffrance.\n                                                     JEAN   MOURET.\n\n\n\n\n                                 VERS\n                     LA MAISON DU MALHEUR\n\n                 L'ennui tisse aux coins de mon cœur,\n                 Comme des toiles d'araignées,\n                 De grandes ombres imprégnées\n                 Du souvenir de mon malheur.\n\n                 Oh! la demeure solitaire,\n                 Sans espérance et sans amour,\n                 Où la douleur s'assit, un jour,\n                 Comme une sœur mystique et chère.\n\n                 Oh ! la triste, triste maison !\n                 Le silence en devient le maître!\n                 Toutes les larmes de son être,\n                 On les y pleure sans raison.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "               — 40 —\n\nParfois mon âme, elle est trop pleine !\nOh! fuir alors! Mais cest en vain :\nOn a tant pleuré qu'à la fin\nVon ne peut vivre sans sa peine.\n\nLes pleurs font aimer la prison.\nNe sortez pas, c'est inutile,\nVous seriez comme un qu'on exile,\nRegrettant la triste maison.\n\nCar vous avez pris la coutume\n— Le ciel pur vous serait mortel, —\nDe respirer l'ambre et le sel\nD'un air saturé d'amertume.\n\n\n      LA VIEILLE CHANSON\n\nC'est la vieille chanson, mon âme,\nDu clair de lune dans le cœur :\nLa romance dont j'ai si peur,\nTous les mensonges de la femme.\n\nC'est la chanson de l'autre jour,\nTu te souviens de quelle peine;\nLa trahison sûre et prochaine,\nBeaucoup de mal pour peu d'amour.\n\nOui, la complainte recommence,\nEt la souffrance, la voilà !\nMais elle est douce, écoutons-la,\nÉcoutons la triste romance...\n                              GRÉGOIRE L E   ROY.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                      41\n\n\n\n                            L'ABSENT\n       A GEORGES EEKHOUD.\n                                          J'ai l'air de dire des absurdités, mais tous\n                                        ceux qui aiment me comprendront.\n                                                                            (R. l'A.).\n\n               Depuis plusieurs mois, mon frère aurait dû avoir atterri; sa\n                 dernière missive, datée de Bangie-Wangie, trop précise et\n                 explicite ne me permettait, malheureusement aucune indéci­\n                 sion. Après m'être leurré des fallacieux prétextes de retard que\nput me fournir ma raison et auxquels je n'ajoutais, d'ailleurs, aucune foi,\n— les affres de l'attente subies,— l'intensité de mon désespoir me jeta enfin,\nà une espèce de résignation stupide, entrecoupée d'accès fiévreux, d'halluci­\nnations, de songes qui m'otèrent, à la longue, toute notion exacte de la\nréalité.\n    L'autre matin, au réveil, je ne sais d'où venue, la certitude entière,\nabsolue me saisit que le jour n'expirerait pas sans la présence de l'absent :\n— « C'est certainement pour aujourd'hui, me répétais-je en m'habillant, il\nfait si clair, si gai et ma chambre a un air de renouveau ».\n    Le temps s'écoula dans une joyeuse impatience; je ne pus m'appliquer à\nrien, ni lire, ni écrire; — « à quoi bon commencer quelque chose, puisque\nje serai si tôt interrompu? » — J'avais arrêté l'horloge afin d'ignorer l'éva­\nsion des impassibles heures, ne pas entendre la sonnerie qui, à chaque coup,\nemporterait un lambeau de mon espérance.\n    Le crépuscule étendit graduellement ses ombres maussades qui s'enténé-\n brèrent bientôt et me plongèrent en un indicible étonnement, une stupeur\n navrée de l'irréalisation d'un événement, pour moi, certain. Mais il pouvait\n arriver encore, — au milieu de la nuit, peut-être. Je ne me couchai pas,\n attentif à toutes les rumeurs du dehors, épiant la course des voitures parmi\n les rues voisines, tressaillant d'allégresse lorsque le bruit se rapprochait,\n ralentissait devant notre porte. Bien des fois, je m'illusionnai, tendant\n l'oreille au coup de sonnette imminent, mais rien, rien... Le silence\n bourdonnait.\n    En d'incertaines banlieues, des trains sifflaient, incisivement... C'était\n un relulement aux modulations attendrissantes; puis partaient des coups\n brefs, saccadés, impératifs qui lacéraient la nuit comme des fusées\n d'alarme... Et il y avait un sifflement continu, sur un diapason monotone,\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                                  -    42   -\n\n\ninsonore et éraillé déjà. Signal éploré et défaillant d'un convoi perdu en\nquelque indicible détresse...\n   Je tombai à un état de nervosité exaspérée et les tableaux sinistres s'évo­\nquèrent, sans trève en moi : — Navires sombrant lentement, engloutis par\nune mer infinie et lisse et froide, illuminée des rayons d'un sardonique\nsoleil; — malades succombant à de putrides choléras, sous des cieux impla­\ncables, et martyrisés par les moustiques assassins ; — marins, vivantes\népaves que les vagues éloignent du salut et dont les yeux et les gestes sup­\nplient en vain. Et toujours, le cher visage dominait ces scènes lugubres,\ns'imposait au premier plan et mon regard vaincu et fasciné ne pouvait s'en\n détacher... Oh! l'atroce agonie des espoirs suprêmes!\n    Morne, atterré de cette nouvelle — et plus forte — évidence du rêve pro­\n phétique, je contemplais tristement la chambre, si animée tantôt, croyant\n trouver chez les choses, le réconfort, les consolations que me refusait mon\n esprit mais, elles aussi, assombries semblaient me répondre un non dolent\n et plaintif.\n    Pour distraire cette trop pesante oisiveté, — et morbide envie d'attiser\n encore ma rancœur, sans doute, — j'entrepris de relire les lettres reçues\n depuis le jour lointain de la séparation, — et parmi elles, j'exhumai ces\n notes, tracées ce jour-là même et empreintes d'un accablement sans\n retour :\n\n   « Ah! combien plus déchirant un adieu, l'automne! Combien plus tor­\nturante l'inertie muette des choses !... Il n'y avait point, cette fois, la beauté\ndu fleuve, la majesté des voiles, la fierté du vaisseau svelte et gracile, le\nsoleil déversant sur tout sa tranquille splendeur... C'était un soir brumeux\nde novembre. La gare mal éclairée, humide, revêtue de désolation par les\nfumées des machines, — et remplie alors, de pas rapides, d'appels, de cris,\n— d'une vie artificielle qui tout d'un coup, s'éteindra ; — le brouillard que\ntrouent, çà et là, les feux rouges, la masse énorme et confuse d'une locomo.\ntive ; — et là-bas, l'illimité, l'avenir, — des tunnels de ténèbres où, tout à\nl'heure, s'engouffrera le train emportant ma joie, toute ma joie... — « Pour­\nquoi? mon Dieu, pourquoi? » — Les gardes ferment violemment les por­\ntières. Je cesse de le voir ; il occupe une place au fond d'un compartiment\n bondé. Une dernière fois, penché à la fenêtre, la voix rauque et avec un\n sourire contraint, il me dit : — « Au revoir ! ».\n   « Immobile, pétrifié, je demeure sur le quai. De toutes mes forces, je\n désire que le convoi parte, vite, vite — pour que ça finisse — et, en même\n temps, il me paraît impossible de m'éloigner, tant qu'il sera là... — Des\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                                  - 4 3 -\n\ncoups de sifflet, une bousculade, le vacarme d'une querelle; — les voitures\ns'ébranlent. — Le voilà loin.\n    « Le cœur broyé lentement, je vis disparaître le train dans le noir, l'œil\nattaché à son fanal qui, brusquement, à un coude de la voie, s'éclipsa... Et\nmaintenant, cette obscurité s'épaississait, la tristesse se condensait matériel­\nlement, autour de moi.\n    « A pas traînants, je sors; — je sens affluer les larmes mais je ne veux\npas pleurer. Me voici sur la place — qui m'apparaît immense; — « les\nlumières, le tapage... que de voitures ! Pourvu que je ne rencontre\npersonne !... »\n     « Et je vais. Où ? Au détour d'une ruelle, j'aperçus une maison vide, des\naffiches A vendre sur les volets et les sanglots réprimés jusqu'alors, écla­\n tèrent, soudain. J'entrai chez un libraire et me chargeai de livres. Accosté\n par un de mes amis, — que me dit-il ? — je lui répliquais d'un ton machi­\n nal : « Oui... oh! oui... oui. » — Dans un café, je pris un intérêt singulier,\n anxieux, à la conversation de deux vieillards. Ils discutaient et l'un d'eux\n émettait constamment des objections turbulentes et légèrement saugrenues ;\n  l'autre répondait doucement, d'un accent persuasif, comme à un enfant, en\n  soulignant les mots pour ouvrir à ses arguments l'intellect obtus de son\n  compagnon, et je suivais sur la face béate de ce dernier les progrès de la\n  compréhension... L'objet de leur controverse me resta, au surplus, absolu­\n  ment inintelligible...\n     « Puis, je retournai partout où, lui et moi, fûmes ensemble naguère, et,\n en cet inconscient pèlerinage, une réflexion revenait toujours, m'écrasait le\n cerveau avec la régularité, la prestesse silencieuse et funèbre d'un marteau\n pilon : — « Il y a une semaine, il y a un mois, il était ici et à présent... Et,\n qui sait ? l'ai-je vu en cet endroit, alors, pour la dernière fois... »\n     « Je voulus me remémorer les circonstances de son séjour, minutieuse­\n ment; l'esprit tendu, raidi, je tâchais de combler les lacunes de mes récur­\n rences... Aussi se réveilla le souvenir des quelques querelles, si vite apai­\n  sées, au reste, et des remords pesants m'oppressèrent.\n      « Un moment, aberration inouïe, je m'ingéniai à me consoler par des\n  mots, comme si les mots avaient jamais consolé personne : — je m'obstinais\n  à me démontrer l'inexorable du Destin, la Fatalité se jouant de nous ainsi\n  que d'une vaine poussière ; — mais ces condoléances abstraites me glissaient\n  entre les mains; inutilement m'épuisais-je à les préciser en moi, à leur don­\n   ner une rigueur mathématique; cette vapeur philosophique ne se laissait\n   pas éteindre, se volatilisait ironiquement. La profonde vacuité des spécu­\n   lations confrontées avec le fait brutal s'éclaira d'une glaciale évidence.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                   — 44 —\n\n     « Le regret me lancina, aussi, de n'avoir point, l'heure finale, dit les\n choses qui étaient à dire, d'avoir échangé de si banales et insipides paroles.\n Cette peur de prononcer des mots, des adieux décisifs et virils, attermoyer,\n en somme, devant l'inévitable, me fit rire, presque...\n    « Et comment, me reprochais-je aussitôt, comment puis-je syllogiser,\nm'y plaire même, lorsque je devrais être accablé complètement et incapable\n de raisonner ?... »\n    « Je m'efforçai donc de chasser ces idées, de me reporter au jour, bien\n éloigné, certes, mais qui écherrait pourtant, de la réunion. J'essayais de me\n figurer vivement l'allégresse de cette époque, l'espèce de mieux-être phy­\nsique et moral dont je jouirais à son aurore, mais ces imaginations se dis­\nsolvaient aussi et, avide de dénouements amers, c'était à l'instant du nou­\nveau déchirement, à l'heure inéluctable où je rechoirais au désespoir actuel\nque s'ancrait mon esprit. Ainsi la certitude heureuse du retour se mêlait\ndéjà de toute l'appréhension du départ et me la rendait insupportable et\ndouloureuse...\n    « Enfin, une sorte d'hypermnésie m'emporta. Pêle-mêle des réminiscences\nd'enfance, de collège, de voyage, m'assaillirent; des silhouettes oubliées\ndepuis des ans — auxquelles je cherchais en vain un nom — surgirent,\nclaires et distinctes, au milieu des cadres jadis familiers; puis, peu à peu\ncela se brouilla, se confondit, les figures, à peine entr'aperçues, s'effacèrent\ndans les limbes...\n    « Des idées embryonnaires, suggestions du délire, passèrent encore. Je\ntentais d'y amarrer mon attention. Quelquefois, me dégageant à demi de ce\ncauchemar, des déductions s'ébauchaient, d'une logique parfaite, mais,\nsoudain, elles se trouvaient couronnées de conclusions déconcertantes. Mon\ncerveau surmené se dérobait, travaillait à vide, déroulait à mes yeux d'in­\ncohérentes visions... »\n\n  Les sensations retracées en ces pages fébriles, atténuées, adoucies par les\nheures subies depuis et maintenant si grises en mes souvenirs, à cette\nrésurrection, s'imposèrent avec toute leur primitive poignance...\n\n   ...Je sursautai, tout à coup, j'avais perçu le roulement d'une voiture,\nroulement faible, imperceptible, comme si le raboteux pavé se fut aplani\nsous les roues. Il s'accentua, puis décrût et — oh! la fièvre de cette\nminute ! — le timbre retentit sec, rapide, impérieux... Je descendis en cou­\nrant pour lui ouvrir : il gravissait déjà l'escalier. Sans considérer, alors,\nl'extraordinaire de ce fait, je l'embrassai longuement.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                  — 45 —\n\n   Installé, à présent, vis-à-vis de moi. il écoutait, silencieux, le récit de\nmes inquiétudes, souriant doucement et finement parfois, comme quelqu'un\nqui entendrait un enfant raconter ses peurs puériles. Il se taisait, ne m'avait\npas adressé un mot et, détail étrange, son mutisme ne me surprenait pas;\nil me paraissait que cela devait être ainsi.\n   L'aube taciturne apâlit la flamme de la lampe, des lueurs mouillées et\nlivides recouvrirent les murs d'un deuil plus sombre ; je parlais encore, lui\nnarrais mon existence pendant ses pérégrinations, mes projets d'avenir\npour nous deux. Il approuvait de la tête, gardant aux lèvres ce persistant\nsourire, ambigu, sarcastique presque, et qui, peu à peu, glaçait ma parole,\n épouvantait ma pensée prête à éclore... Frémissante, ma voix s'affaiblit,\n mourut et un colloque muet, solennel, s'établit, dont ma mémoire\n éperdue n'a gardé qu'une indéchiffrable empreinte, car des pensées fulgurè-\n rent que l'écriture profanerait.\n    Mais se levant, à la fin, mon frère fit de la main un geste vague d'aban­\n don, d'indifférence, de lassitude et proféra sourdement, en me jetant un\n regard de pitié attendrie : « Adieu, donc ! »\n    Hagard, stupéfait, je m'élançai vers lui et foudroyé, m'évanouis. La vio­\n lence de la chute me rendit mes sens; j'étais étendu au seuil de la salle\n plongée en une opaque obscurité; longtemps je restai immobile, retenant\n mon haleine, envahi d'une terreur inexprimable, suant et gémissant d'an­\n goisse, courbé sous le souffle mystérieux qui avait passé...\n\n  Et depuis, j'attends toujours le cher exilé, mais je n'ose plus prononcer\nson nom...\n                                                   ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n                        LES ORGUES\n     Orgue des jours passés ! en silence à cette heure\n     Sous l'indécise main des moindres dernier-nés,\n     T'ai-je pas fait pleurer tout ce que l'âme pleure,\n     Dans l'attentive paix des soirs abandonnés ?\n\n     Je ne retrouve pas mon plain-chant d'espérance\n     Dans les temples déchus de l'âme d'aujourd'hui;\n     Rien de beau depuis moi n'a rompu le silence\n     Et j'en mourrai plus fier dans un plus morne ennui.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                         — 46 —\n\nLes douceurs de jadis et les maux de naguères\nÉtaient deux infinis pleins de l'âme des morts,\nEt les lys du jardin, mes grands lys congénères,\nSont devenus de sang sous mes lèvres d'alors.\n\nQuand se touchaient nos mains dans la moisson des roses\nLa vie accélérait ses flots mystérieux\nEt parmi les baisers inconscients des choses\nNos veines palpitaient, pleines du sang des dieux.\n\nDans des jardins nouveaux et sous d'autres tonnelles,\nUniront mains amants qui jalousent les fleurs\nPour d'éternels baisers les lèvres éternelles,\nLe souvenir des miens me console des leurs.\n\nJe sors de mon passé comme d'une patrie\nEt je suis ce banni qui ne reviendra pas;\nQuelqu'un d'impérieux qui sait ma rêverie\nMe saisit par la main et m'emmène à grands     pas.\n\nTout mon être muet respire une prière\nQue ne comprendra pas le débile avenir\nEt je prolonge en vain mon regard en arrière\nPour confirmer en moi le frêle souvenir.\n\nPlein des anciens bonheurs effeuillés en légendes\nJe m'en vais par un soir de siècles révolus\nEn contemplant au loin s'esseuler dans les landes\nLes orgues du passé qui ne chanteront plus.\n\n                                        FERNAND S E V E R I N .\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                  — 47 —\n\n\n\n                             PUR-PUR\n                                                              A SIEBEL !\n\n               Ecrire une chose absolument vertueuse, sans l'ombre d'un mot\n                qui choque, sans se troubler soi-même ni troubler personne,\n                quelque chose qui fasse rêver de ce qui est pur et chaste\n                encor : les jeunes filles, — être jeune fille soi-même en mettant\nde l'encre — fi ! le noir ! — sur du blanc — oh ! l'exquis blanc ! — je veux\nbien...\n    Des souvenirs, alors ?\n    Et il y en a, des souvenirs ! Car tout ce qui est loin est doux, ce qui est\nloin est simple, ce qui est loin est comme une absinthe bue qui aurait un\narrière-goût d'anisette ! douce ! douce ! — ce qui fait doudouce : un nom\nd'amour.\n    Une vieille, vieille histoire du passé, une histoire à caresses, voulez-\n vous ? Laissez-moi, c'est si bon raconter des choses qu'on a eues, qu'on n'a\n plus et qu'on met sur le compte des autres. Vous comprenez, c'est de l'auto­\n biographie qui n'en a pas l'air — et l'on a l'air d'avoir beaucoup de talent\n parce qu'on a pleuré « pour de vrai » sans faire semblant de rien, ou qu'on\n rit avec sincérité, ce qui est le comble de l'art et simple comme bonjour.\n    Ecoutez : il y a longtemps vivait dans une petite ville d'Allemagne un\n jeune homme — oh ! jeune à faire peur — qui ne faisait peur à personne\n tant il était peu allemand ; il aimait beaucoup le ciel — avant l'éternité —\n le Rhin — avant la Wacht qu'on y prodigue — et les jeunes filles blondes,\n Car elles sont blondes, je vous assure, elles ont une façon de dire : O\n schweig ! tais-toi ! qui vous fait parler à mort — non, à vie — à vie que\n veux-tu ?\n     Et elles veulent...\n     Ce qu'elles veulent, je ne sais pas ! Elles sont si blondes qu'on a envie\n  de faire des vers bleu vergiss, elles sont si grâce, qu'on se prend à leur\n  parler français, elles sont si exquises qu'on songe à se jeter dans le Rhin\n  avec elles, tant c'est lit, leur Rhin.\n     Alors, vous comprenez l'histoire, ce sera pour une autre fois !\n\n                                                           MAX WALLER.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                      - 48 -\n\n\n\nJÉSUS SUR LA MONTAGNE\n                                        A ALBERT GIRAUD.\n\n\n O ville ingrate ! O lac ignoré des lumières !\n La luxure est tapie en les lourdes crinières\n Des joncs entremêlés sur la torpeur des eaux.\n Les yeux silencieux des nocturnes oiseaux\n Fixent de leurs feux froids les songes de tes morts\nSeuls ! et quel autre phare allumé sur tes bords ?\n   Et pourtant, tu m'as vu dans les clartés sereines\nM'avancer sur tes flots, et mes mains souveraines\nRefoulaient l'ombre et mes pieds nus traînaient une aube\n D'amour ! La piété des lys parait ma robe\n Virginale où flottait la douce chasteté\nDe mon corps glorieux !\n                            Mais quel livide été\nA saccagé tes eaux ? Moi, je vins, les mains closes\nSur mon cœur parfumé de la fraîcheur des roses,\nD'où perlait la rosée efficace des pleurs.\nEt lorsque j'éployais mes bras implorants, leurs\nOmbres rafraîchissaient les fronts comme le soir !\nJ'étais la nef au loin frissonnante   d'espoir.\n   Mon amour maternel et pur vers toi s'envole\nPour te couvrir de ses ailes, race frivole,\nQui t'amusais au vol rapide d'éphémères;\nCar mes yeux ignoraient comme des yeux de mères\nTes fautes et tes cris irrités du pardon.\nVoici mon cœur saignant de son morne abandon !...\nFraîche clarté s'ouvrant dans la nuit absolue,\nA mon appel, en cet exil, quelle âme élue\nA l'amour répondra ? Quelle enfantine main\nDoucement guidera mes pas sur le chemin ?\nO solitude ! Nul n'apportera l'offrande\nDe ses yeux innocents; j'ai tressé la guirlande\nDes roses de mon rêve au seuil du crépuscule.\nEt voici que la nuit descend ! Peuple incrédule,\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                      — 40 —\n\nMon âme était le clair jardin baigné de lune\nQu'éventaient les doux chants des séraphins; aucune\nBrise ne balançait l'étincelle des fleurs.\nPourquoi n'as-tu pas bu l'eau vive de mes pleurs ?\nPourtant, mon cœur est lâche à t'aimer. Je ne puis\nVoiler mon pur amour de mes ailes; depuis\nCe jour où ma main rose appelait dans l'étable\nLes bergers, j'ai toujours souffert, inconsolable\nEn mon exil ! — N'as-tu pas entendu ma voix\nD'espérance pleurer ma solitude ?\n                                     Vois !\nLes palmes de la nuit s'inclinent sur mon âme,\nMes astres radieux, comme des yeux de femme,\nS'ouvrent. C'est l'heure calme et si fraîche et sereine,\nEt pleine de pardon. Vois ! déroulant sa trahie\nLumineuse, la lune au ras du ciel, s'élève\n Comme un chant.\n                     Mais voici qu'étincelle le glaive\n Qui percera mon cœur... Oh ! reviens-moi ! J'oublie\n L'avenir, je ne sais ni les cris ni la lie\n Dont tu m'abreuveras. Je suis la coupe pleine\n De vin et de parfum de rose et de verveine,\n Je suis la lampe douce éclairant la maison !\n Voici mes lèvres, bois la vie !... A l'horizon\n J'apparais rayonnant dans la mort et mes anges\n S'agenouillent au ciel pour chanter mes louanges.\n                                          VALÈRE GlLLE.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                                                 — 50 —\n\n\n\n\n                                       MEMENTO\n  Décidément la Jeune Belgique n'a pas de chance. Nous recevons de M. Raoul Pascalis\n(Russel) un volume de vers Le Missel dans lequel nous trouvons ces litanies ... d'Iwan\nGilkin !\n\n\n                     LITANIES.                                            LITANIES\n\nFemme Madone, ô très éclatante Beauté,               Surnaturelle, calme et puissante Beauté,\nO ma Reine, ô ma Vierge, ô ma Divinité,              Fontaine de santé, Miroir d'étrangeté,\n              Ecoute-moi !                                            Écoutez-moi !\n\nTrinité de Vertu, d'Amour et de Science,             Phare spirituel allumé sur les roches,\nFlambeau spirituel, Lumière, Prescience,             Beffroi des jours défunts, où sanglotent les cloches,\n                Inspire-moi !                                         Appelez-moi !\n\nO Rive de Salut, Espoir des Naufragés,               Hâvre où les blancs voiliers et les fumeux steamers\nHâvre de son Amour, à l'abri des dangers,            Chargés de cœurs vaillants, viennent du bout des\n                Recueille-moi !                                      Accueillez-moi !                [mers,\n\nTour d'ivoire, Maison d'or, Palais de porphyre,      Soleil vertigineux, vous qui dans les yeux faites\nO Temple de ton Corps, Nef blanche, ô beau Navire,   Fleurir des visions de splendeurs et de fûtes,\n                Abrite-moi !                                          Aveuglez-moi !\n\nRefuge de douleur et contrition,                     Jardinier qui semez dans la nuit des cerveaux\nO Baume de ton Cœur, Sainte Absolution,              Les songes imprévus et les verbes nouveaux,\n               Console-moi !                                         Fécondez-moi!\n\nEtincelante Epée, ô Force des batailles,             Fleuve majestueux, où sur l'eau lente éclate\nBouclier de son Bras, défiant les entailles,         La gloire des lotus d'azur et d'écarlate,\n                Protège-moi !                                         Submergez-moi !\n\nEtoile du matin, Soleil éblouissant,                 Tour d'ivoire, château que les tentations\nO Phare de tes Yeux, dans ma nuit fleurissant,       Entourent vainement de leurs obsessions.\n                Eclaire-moi !                                         Abritez-moi I\n\nTorche ardente, Foyer d'amour, Flamme divine,        Forêt crépusculaire, où les oiseaux nocturnes\nO Brasier de ton Cœur qui pénètre et ranime,         Ouvrent leurs clairs yeux d'or et leurs vols taciturnes,\n                Réchauffe-moi !                                      Apaisez-moi !\n\nFontaine du Liban, Eaux douces de l'Eden,            Porte du Paradis, par l'absurde habité,\nO Fleuve de ton Sang, ô Mer Rouge, ô Jourdain,       Haschisch libérateur de la réalité,\n               Abreuve-moi !                                         Délivrez-moi!\n\nManne d'amour, Brebis pascale, Sainte-Table,         Tapis de velours blanc, où marchent cadencées\nO Festin de ta chair, Pain bénit délectable,         D'amples processions d'orgueilleuses pensées,\n                Sustente-moi !                                       Exaltez-moi !\n\nViolette sacrée, Encensoir de Vertus,                Flacon, où tournent dans un cerveau de cristal\nO Sachet de ta Lèvre, ô Tulipe, ô Lotus,             Les vertiges du musc, de l'ambre et du santal,\n                 Parfume-moi !                                       Parfumez-moi !\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                                   51\n\nNacelle de douceur, Vague lente, Berceuse,              Orgue religieux dont les vastes musiques\nO Lit de tes genoux, Romance paresseuse,                Bâtissent dans les cœurs des églises mystiques,\n                Dorlote-moi !                                            Élevez-moi !\n\nVigne d'Hébron, Liqueur des Forts, Suc enivrant,        Maison d'or et d'albâtre, où les vins généreux\nO vin de ton Amour, Fleuve de Feu, Torrent,             Versent aux vagabonds les espoirs vigoureux,\n               Enivre-moi !                                             Hébergez-moi !\n\nHarpe d'or, Luth d'ivoire, Orgue apocalyptique,         Liqueur soyeuse, crème où les fruits et les baumes\nO Concert de ta Voix, innommable Cantique,              Fondent leur bienfaisance et leurs subtils arômes,\n                Embrase-moi !                                           Enivrez-moi !\n\nAile d'azur, Dragon d'or, Oiseau fabuleux,              Manne d'amour, agneau pascal, pain sans levain,\nO Char de ton Amour, au fond des séjours bleus,         Festin miraculeux où l'eau se change en vin,\n                Emporte-moi !                                           Nourrissez-moi !\n\n                               RAOUL PASCALIS.          Hamac, qu'une exotique et moelleuse indolence\n                                (Janvier 1888).         A l'ombre des palmiers rafraîchissants balance,\n                                                                        Endormez-moi !\n\n                                                        Jardin officinal aux douces floraisons,\n                                                        Où croît parmi les lys l'herbe des guérisons,\n                                                                          Guérissez-moi !\n\n                                                        Aérostat vainqueur des sublimes nuages,\n                                                        Nostalgique wagon, berceur des longs voyages,\n                                                                        Emportez-moi !\n\n                                                        Livre mystérieux des Sybilles, coffret\n                                                        Où dort, loin des savants, maint austère secret,\n                                                                         Instruisez-moi !\n\n                                                        Lourde mante opulente où les fauves soieries\n                                                        Étoilent leurs prés d'or de fleurs de pierreries,\n                                                                         Revêtez-moi !\n\n                                                         Turquoise de douceur, Rubîs de cruauté,\n                                                         Topaze où la lumière endort la volupté,\n                                                                         Adornez-moi !\n\n                                                         Lupanar éhonté, plein d'immondes ivresses,\n                                                         Mêlant tous les baisers et toutes les tristesses,\n                                                                         Épuisez-moi !\n\n                                                         Hypocrite vivier, où des poulpes gluants\n                                                         Traînent leurs suçoirs mous sur les cailloux puanti,\n                                                                          Dévorez-moi !\n\n                                                         Lazaret des lépreux, hôpital des poètes.\n                                                         Ténébreux cabanon, pourrissoir des prophètes,\n                                                                         Étouffez-moi !\n\n                                                         Torche Néronienne, ô monstrueuse croix,\n                                                         Où flambent des martyrs oints de graisse et de poix\n                                                                        Consumez-moi !\n\n                                                                                          IWAN GlLKIS.\n                                                                                        (Septembre 1885).\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "                                                52\n\n\n  Vient de paraître chez M. Edmond De­               d'art auquel les grandes personnes elles-\nman, éditeur, un volume de vers, Les Soirs,          mêmes ne peuvent demeurer insensibles.\npar Emile Verhaeren, imprimé avec une                Toute sa science d'analyse du cœur humain,\ngrande élégance artiste par l'imprimeur de           il l'emploie dans la Comédie des jouets à\nla Jeune Belgique, Mme Ve Monnom. —                  étudier les bons joujoux, et ceux-ci, sous\nLes Soirs forment le premier cahier d'une            sa plume, finissent pas s'animer, penser et\noeuvre que complèteront les Débâcles et les          agir comme une délicieuse caricature de\nFlambeaux    noirs.                                  l'humanité. C'est tout un petit monde dont\n                                                     il fait mouvoir les ficelles, une vraie comé­\n                                                     die d'arlequins, de polichinelles, de petits\n   Maître Jean-Bernard — avec un trait\n                                                     soldats de plomb et de poupées; et les\nd'union — avocat et correspondant parisien\n                                                     enfants ne seront pas les seuls à en rire ni\nde la Société Nouvelle, a publié dernière­\n                                                     à s'en amuser.\nment dans cette revue un hilarant article\n                                                         Le livre, d'ailleurs, édité avec un grand\nsur les avocats-littérateurs dans lequel on\n                                                     soin par la maison A. Piaget, est illustré\nlit « que maître Picard est le chef du mou­\n                                                     par la fine fleur des artistes du jour: Auriol,\nvement littéraire belge dont Me Delinge fut\n                                                     Bac, Fau, Gorguet et Steinlen.\nl'initiateur » (!) et que la Jeune Belgique\nest un bataillon d'avocats ».\n   Dans sa causerie de janvier, le même\n                                                        L'éditeur Édinger vient de faire paraître\nM e Jean-Bernard, toujours avec son trait\n                                                     un roman : Evangile d'Amour, dans lequel\nd'union, entreprend l'éloge d'un tas de\n                                                     Henri Pagat met aux prises, d'une façon\npoètes démocrates et « médiocrates »\n                                                     saisissante, la passion humaine et la passion\ncomme ce M. Henri Terrai, ouvrier gantier,\n                                                     religieuse. Il se dégage de ce drame la sen­\nqui passe ses nuits à écrire des vers pareils\n                                                     sation qu'un coin d'âme humaine vient de\nà ceux-ci :\n                                                     nous être révélée, et rien n'est plus angois­\n      Accourez, vaillants régicides,\n      Venez dire à tous nos trembleurs,              sant que la lutte où se débat le héros du\n      Que si vous fûtes intrépides,                  livre, superbe figure, largement peinte et\n      C'est que vous aviez en vos cœurs              qui restera dans notre littérature moderne.\n      Un immense amour pour la France,\n                                                        Ce volume, édité d'ailleurs avec le plus\n      Qui réclamait l'indépendance\n      Que lui refusaient les tyrans.                 grand soin et orné d'une superbe couver­\n                                                     ture en couleur, fait partie de cette collec-\n  Cela s'appelle les Loisirs d'un prolétaire.\n                                                     à 2 francs le volume qui, malgré la modi­\n  Voilà des loisirs joliment bien employés!\n                                                     cité de son prix, se recommande aux biblio­\n                                                     philes.\n   Pour paraître en avril : Contes pour\nl'Aimée, par Maurice Siville. Un volume\nde grand luxe, hors commerce, avec dessin             Prochainement sera joué au théâtre\nd'Em. Berchmans.                                     Molière Poison, pièce inédite en un acte de\n                                                     M. Max Waller.\n                                                                          ***\n   La Comédie des jouets sera le vrai livre\nd'étrennes de cette année, car M. Camille               Le cinquième Salon annuel des XX aura\nLemonnier est un maître conteur qui sait             lieu à Bruxelles, en février. Il est limité aux\nfrapper l'imagination de l'enfant par le             membres de l'Association et aux artistes\nrelief de ses récits et leur donner un tour          invités.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "    Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n\n      TAVERNE BRITISH\ntenue par\n             VALADE et située place du Musée. Dîners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortable.\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n    de Block's Universal Wine C0\n                6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n                       ET MONTAGNE DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça.)\n\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n  cines, 16, à Paris; publie MONSIEUR J U L E S , par OCTAVE\n  MIRBEAU. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs\n  en vente partout.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "        LA BELGIQUE                      PAR\n\n\n                CAMILLE                 LEMONNIER\n                              PARIS, HACHETTE\n\n\n   Un fort volume grand in-4°, imprimé avec grand luxe sur beau papier,\net illustré par les meilleurs graveurs, d'après les oeuvres de nos artistes le\nplus en renom.\n   LA B E L G I Q U E comporte 764 pages d'une typographie irréprochable\net constitue la plus complète et la plus littéraire description de notre pays.\n                                Prix : 50 francs.\n                    me    e\n   S'adresser à M        V MONNOM, imprimeur-éditeur, 26, rue de l'Indus­\ntrie, Bruxelles.\n\n  Il est accordé facilité de paiement aux abonnés à la Jeune Belgique.—\nPaiements par à-comptes, dont le souscripteur peut fixer le montant et la\ndate qui lui conviennent.\n\n\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                     ÉPERNAY\n\n\n                                              Prix Courant\n                              Baron J. de Warnimont                                        2 25\n                              Marquis Armand de St-Hubert . . . .                          2 75\n                              ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                         3 00\n                              Crème d'Ay           id.                                     3 50\n                              Bouzy extra          id.           Cuvée réservée.           4 50\n                              Bouzy Cristal        id.                                     5 00\n                                           0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                      EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25           BOUTEILLES\n\n                              Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n       19, B o u l e v a r d du N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n                 Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1888-01-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 18."}}