{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "8e ANNÉE. TOME VII, N° 2.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAI", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "8e ANNÉE.      TOME VII, N° 2.        P R I X : FR. 0-60.                      15 FÉVRIER 1888.\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAI", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 1246, "texte": "SOMMAI RE:\n Charles Baudelaire                                              FRANCIS NAUTET.\n Vers                                                            ANDRÉ FONTAINAS.\n La Chanson des eaux. .                                          CH.-M. FLOR O'SQUARR\n Airs de flûte                                                   SIEBEL.\n Poème en prose                              .              .    HECTOR CHAINAYE.\n Vers                                                            GIBOYER.\n Chronique littéraire : Le Lys,        par F. Severin            ALBERT GIRAUD.\n Memento.                                                        ***\n\n\n\n\n                                  BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                      RÉDACTION :\n        26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                              80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                         PARIS\n                             LÉON VANIER, Editeur\n                             19, Quai Saint-Michel .\n\n\n                                             1888\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L eau forte de Félicien Rops", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1350, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. 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Eugène\n                                     Crépet qui les a rassemblées et qui les a\n                                     longuement et indiscrètement commen­\n                                tées, le poète mystérieux des Fleurs du mal\n                               nous est révélé dans son intimité; ses petits\n                             papiers secrets, ses notes, sa correspondance,\n                          sont livrés au public qui peut-être ne les lira pas\n                avec la délicatesse qu'il faudrait.\n                   Le commentateur s'est 'candidement figuré que la publi­\n                cation de ces papiers ne pouvait nuire à la réputation de\n                l'écrivain ; effectivement ses ennemis ont dû déclarer qu'à\n                le voir ainsi pauvre et souffrant, la sympathie s'était éveillée\n                en eux. Mais cette sympathie eût révolté Baudelaire, elle\n                eût blessé sa fierté : il n'en avait cure et c'est pourquoi,\n                dans tout son œuvre, dans tout ce qu'il a livré volontaire­\n                ment au public, il n'a pas proféré une plainte et n'est pas\n                descendu jusqu'à initier le monde à ses peines matérielles.\n                   Comme il le confesse, il aimait « la joie aristocratique\nde déplaire ». Il ne mendiait pas la compassion, et c'est avec bonheur\nqu'il termine une lettre à Sainte-Beuve en lui rappelant cette phrase amère\n                                                                      4\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "                                     — 54 —\n\nde Shelley : « Je sais que je suis de ceux que les hommes n'aiment pas,\nmais je suis de ceux dont ils se souviennent ! »\n   Ce dédain, joint à ses audaces et aux douloureux blasphèmes qui sont\nsortis des lèvres de celui qui fut à de courts moments un pieux impie,\ndevaient le faire bannir de tous les mondes, sauf du monde des artistes.\nIl ne me paraît pas établi pourtant que les catholiques aient répudié Bau­\ndelaire en tant que catholiques. Une réprobation générale a frappé ses écrits,\nréprobation dont le caractère est plus bourgeois que religieux. Sur ce\nterrain, des fils de Voltaire se sont rencontrés avec des adeptes du Christ\nqui, lui, eût accueilli cet enfant de race comme il a accueilli Marie-Magde­\nleine (1).\n    Il n'est rien de pire, disait un grand évêque, que les vertueux imbéciles.\n Ceux-là ont condamné Baudelaire sans rémission, violemment, implaca­\n blement, à jamais. Il n'a pas écrit « pour les femmes, pour ses filles ou\n pour ses sœurs », il a écrit pour sa conscience, pour les inquiets, les souf­\n frants, les malades d'idéal et pour dire toute l'horreur du mal, mal qu'il a\n vécu, qu'il a expérimenté mais avec des récurrences souveraines vers le bien.\n Elles sont de lui, ces pensées :\n    — Connais donc les jouissances d'une vie âpre, et prie, prie sans cesse.\n  La prière est un réservoir de force.\n    — Peuples civilisés, qui parlez toujours sottement de sauvages et de\n  barbares, bientôt, comme dit d'Aurevilly, vous ne vaudrez même plus\n  assez pour être idolâtres.\n     — Il n'existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le\n  poète.\n     — Celui qui s'attache au plaisir, c'est-à-dire au présent, me fait l'effet\n  d'un homme roulant sur une pente, et qui, voulant se raccrocher aux\n  arbustes, les arracherait et les emporterait dans sa chute. Avant tout, être\n  un grand homme et un saint pour soi-même.\n     — Prière. Ne me châtiez pas dans ma mère et ne châtiez pas ma mère à\n  cause de moi. — Je vous recommande les âmes de mon père et de Mariette.\n\n\n   (1) Dans un des récents numéros de la Revue des Deux-Mondes, M. Ferdinand Bru­\n netière a, en effet, consacré, à propos de l'ouvrage de M. Eugène Crépet, des pages peu\n laudatives à la mémoire de Baudelaire. M. Jules Lemaître a agi de même dans son feuil­\n leton des Débats. Par contre, lors de la mort du poète, M. Asselineau mentionne dans\n une de ses lettres que Veuillot fut un des seuls qui lui consacrèrent des lignes respec­\n tueuses. On y sent, dit M. Charles Asselineau, à travers les réserves du catholique mili­\n tant, un attendrissement réel et une sincère amitié.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "                                   — 55 —\n\n— Donnez-moi la force de faire immédiatement mon devoir tous les jours\net devenir ainsi un héros et un saint.\n   — Théorie de la vraie civilisation : Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la\nvapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des\ntraces du péché originel.\n   — L'homme qui fait sa prière, le soir, est un capitaine qui pose des sen­\ntinelles. Il peut dormir, etc., etc.\n   Il y a cent autres pensées aussi caractéristiques qui rallieraient à Baude­\nlaire bon nombre de ses ennemis, si sa vie malheureuse et trop libre ne\ntémoignait en sa défaveur.\n   Le livre de M. Crépet vient de nous révéler le martyre de son existence,\nmais c'est à peine si, dans ces confidences, on trouve un cri de faiblesse ou\nune aigreur. Certes, il a des colères, mais d'un ordre élevé, non suscitées\n par l'envie, et elles sont rares. Il disait que la colère était un sentiment si\nhaut et si dangereux, qu'il ne fallait en user qu'avec une sorte de respect.\n Pour tout ce qui touche à lui-même, à. ses jours si tourmentés et si péni­\n bles, il se renferme presque constamment dans un mutisme stoïque\n\n                 Puissé-je user du glaive et périr par le glaive !\n\nil l'a voulu, il en est mort. On peut donc à grands traits noter en lui ces\ntrois qualités primordiales : le caractère, le savoir-souffrir et le désintéres­\nsement, trois qualités de grande race. On peut y ajouter : la charité. Cer­\ntains faits de nature intime montrent qu'il l'a poussée jusqu'à des limites\nextrêmes, malgré des ingratitudes, des tromperies qu'il n'ignorait pas et qui\nn'ont pas amoindri sa compassion. Je ne parle pas de son affection pour sa\nmère, elle est naturelle, ni de la solidité de ses amitiés. Sa correspondance\navec Sainte-Beuve est une chose délicieuse d'enjouement, d'entrain, d'imper­\ntinence, au fond très respectueuse. Il joue le critique qui l'appelle « mon\ncher enfant » et c'est un enfant qui a écrit ces lettres, un enfant spirituel,\nespiègle, bon, caressant, calin : — un chat. « Il y a peu de jours, lui\nécrivait-il, mais alors par pur besoin de vous voir, comme Antée avait\nbesoin de la terre, je suis allé rue Montparnasse. En route, je passai\ndevant une boutique de pains d'épices, et l'idée fixe me prit que vous\ndeviez aimer le pain d'épices. Notez que rien n'est meilleur dans le vin\nau dessert ; et je sentais que j'allais tomber chez vous au moment du dîner.\nJ'espère bien que vous n'avez pas pris le morceau de pain d'épice, incrusté\nd'angélique, pour une plaisanterie de polisson et que vous l'aurez mangé\n avec simplicité ».\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "                                   — 56 —\n\n   Ces tout petits détails éclairent une âme, mieux que certains faits\ntrès gros. Devant ces preuves purement humaines et gentilles, les critiques\naimables ont désarmé, ils ont été conquis, ils l'ont avoué ; leur générosité a\nété jusqu'à admettre que Charles Baudelaire avait une certaine noblesse de\nsentiments; ils se sont apitoyés sur ses maux matériels, apitoiement vain\nqui n'eût pu toucher le poète, car ces blessures-là, si vives qu'elles fussent,\nne le préoccupaient pas autant que la blessure morale pour laquelle inuti­\nlement il a cherché des baumes qui n'existaient pas pour une âme aussi exi­\n geante et aussi haute que la sienne. Il avait tout à la fois le dégoût de la\n vie et l'extase de la vie — l'extase de celle qu'il rêvait et qui était d'une\n admirable conception. Je voudrais que ses ennemis dissent s'il est parmi les\n aspirations qu'il a formulées un seul désir qui ne fût pas noble et qui ne fût\n un désir de régénération humaine. Sa charité intellectuelle est là; il rêvait\n une créature non chimérique, mais grande jusque dans ses fautes et s'il avait\n en lui sa part de mal, s'il avait son péché, ce fut le seul des sept péchés\n dénué de bassesse : l'orgueil qui le hanta. Mettez-le dans la balance avec\n ses vertus et vous aurez plus que la moyenne nécessaire pour faire un juste,\n même si vous y ajoutez les trois douloureux blasphèmes qui sont sortis de\n ses lèvres catholiques en on ne sait quel moment de révolte. Encore ne\n peut-on donner à ces blasphèmes l'interprétation rigoureuse en crédit\n actuellement. Ce que Baudelaire désigne par le Mal qu'il a glorifié, c'est\n l'utilité de la douleur, la sainteté de la lutte qui nous régénère et nous per­\n  met d'accomplir cette mission de vaincre, de nous parfaire, à nous dévolue\n  par Dieu. Ce que Baudelaire entend par Abel qu'il maudit, c'est la race\n  des jouisseurs sans idéal\n\n                       Race d'Abel, dors, bois et mange...\n\n ce qu'il entend par Caïn qu'il honore, c'est l'être qui agit, qui marche vers\n l'avant, qui entrevoit de glorieuses destinées et qui a la haine de la créature\n animale, sans souci d'une perfection à atteindre, d'une œuvre à accomplir,\n d'une conquête à réaliser. La première est heureuse, elle jouit passivement\n  des biens terrestres sans les risques du sacrifice, et se réclame de Dieu.\n  L'autre est honnie et maudite, elle menace au profit de l'œuvre de la\n sélection morale le repos stérile des enfants d'Abel qui, forts par le nombre,\n  la supplicie.\n\n\n                       Race de Caïn, cœur qui brûle\n                       Prends garde à ces grands appétits...\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "                                   -   57   -\n\n   Oui, prends garde. Demeure dans les rangs, jouis-y de ton bonheur\nbanal, ne t'aventure pas dans les chemins non encore déblayés où tes pieds\ns'ensanglanteront, ne meurtris pas tes mains, n'écorche pas tes ongles :\n\n                     Race d'Abel, dors, bois et mange...\n\n   Voilà le sens des vers blasphématoires de Baudelaire et l'on s'explique\nque, dans sa conscience fermement religieuse, il ait résisté à la demande de\nsuppression que sa mère lui avait faite et à laquelle il a dû répondre péni­\nblement par un refus.\n   J'ai trop de respect pour les scrupules des lecteurs catholiques pour ne\npas comprendre à quel point l'expression de ces pièces a dû les froisser et\nj'ai d'autre part trop le respect de la vérité pour ne pas indiquer quelle fut\nl'intention de Baudelaire et pour laisser subsister une légende née de l'erreur\nd'une lecture inintelligente.\n    Le poète des Fleurs du mal est un des pécheurs dont le retour réjouit\nplus les anges que la venue de quatre-vingt-dix-neuf justes dont l'âme\ntranquille ne s'est heurtée à aucun écueil. Car pour qui seraient les pardons\nsinon pour ceux qu'un rêve supérieur a penchés sur les abîmes? Qui n'a rien\nrisqué n'a pas de mérite :\n\n                      Race d'Abel, dors, bois et mange...\n\n\n                                       II\n\n   Charles Baudelaire n'est donc pas un écrivain orthodoxe, mais il n'était\npas de ceux dont la cervelle est trop petite pour que Dieu puisse y entrer.\nLorsque l'heure du soir, du beau soir grave et religieux vint à sonner, il\nétait trop tard. La mort le surprenait au moment de l'évolution radicale\nqu'indiquaient ses tendances. S'il avait vécu, il aurait compris que la reli­\ngion ne peut exister qu'avec la discipline et il se serait discipliné sans peine;\ntel un saint Augustin ou un Ignace de Loyola. La discipline ne l'eût pas\ngêné, elle est assez large pour laisser à l'écrivain, d'essence catholique, la\nliberté de ses mouvements.\n   Tout, en Baudelaire, indiquait ce retour : l'esprit de sa forme et la forme\nde son esprit. La musique de son vers a la sévérité d'un chant liturgique,\nl'ampleur et la sobriété. Ce poète raffiné remonte aux sources de la\nsimplicité, substitue au style échevelé des romantiques un style pur et\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "                                  — 58 —\n\ncalme d'où il exclut tous les ornements et toutes les fioritures. Son vers est\nclassique et ses rhythmes ont la lenteur des musiques sacrées.\n   Plusieurs de ses poèmes évoquent des cathédrales gothiques, par leur\ncaractère sombre, leur expression douloureuse, leur aspect nocturne et ses\nfigures mystérieuses ont la gravité pensive des figures de vitrail. On peut\ndire, quoi qu'on pense des mondes étranges qu'il a explorés, que son\ninstrument est l'instrument religioso-profane par excellence.\n   Voilà pour l'esprit de sa forme.\n   La forme de son esprit accuse de semblables caractères. On a lu plus\nhaut quelques-unes de ses opinions qui sont tout au moins celles de l'élé­\nment laïque de l'Eglise et qui, socialement, ne sont pas hétérodoxes. On\nse rappellera particulièrement cette pensée : « Le seul progrès vrai con­\nsiste à effacer la tache originelle ». Connaît-on beaucoup de définitions aussi\n justes, aussi frappantes, aussi vastes dans son laconisme que cette défi­\n nition de l'esprit catholique? Elle éclaire l'idéal de Baudelaire, elle\n explique ses dédains pour les créatures passives, qui ne travaillent pas\n individuellement à leur perfection morale. Elle fait comprendre, mieux\n peut-être qu'il ne l'a compris lui-même, la religion du dandysme qu'on lui\n a tant reprochée et où l'on n'a voulu voir qu'une coquetterie superficielle.\n  On sait, en effet, que Baudelaire composait sa toilette avec des soins\nextrêmes. C'est qu'il savait que la figure extérieure correspond, dans des\nproportions qu'un œil fin perçoit toujours, à la physionomie intérieure. Et\npar réaction contre le débraillé des romantiques, il afficha, avec complai­\nsance, des dehors d'une correction absolue. D'ailleurs, là encore il trahissait\nquelque chose de la gravité de son âme. Les deux superbes portraits que\nnous connaissons de lui, nous le montrent vêtu avec une élégance anglaise,\nd'un goût sévère, sobre — et toujours religieux. Il avait l'horreur de la\nbohême dépenaillée, qui cherche à trancher sur la commune humanité par\ndes allures extravagantes et des vêtements offensant le goût bourgeois. Sa\nmise tout à la fois simple et cherchée, est légendaire, et il a fallu que cette\nnature sentît sa force dès le début, pour pouvoir réagir contre les modes\nlâches de presque toute la jeunesse de son temps.\n   Aussi bien, son dandysme est-il pareil à son art. Il n'est autre que la\n surveillance de soi-même, le souci de se parfaire extérieurement en accor­\n dance avec le souci de se parfaire intérieurement. Cette estimable préoccu­\n pation n'a pas empêché Baudelaire d'être rangé parmi les littérateurs\n bohèmes. C'est un des esprits les plus distingués, fin lettré, moraliste élevé,\n qui l'a rangé dans cette catégorie d'espèces mal venues et je regrette d'être\n en formel désaccord avec son sage, indulgent et pénétrant esprit.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "                                   -   59    -\n\n    Je sais qu'il faut entendre ici par bohême, au lieu de l'être déréglé de la\ntradition, une sorte de déclassé supérieur, désorbité et indiscipliné. Mais\ncomme il arrive pour tous ceux qui ont ce don élevé de procéder à une\nexpérience personnelle des choses, cette indiscipline, ce désorbitement\ndevraient s'expliquer favorablement, sinon l'œuvre du progrès serait incom­\npréhensible. Baudelaire indique non seulement une réaction artistique\nconsidérable, si légitime et si logique que sa lignée est la seule — la seule\n— qui enrichisse aujourd'hui, et le féconde, le domaine de l'impérissable\npoésie, mais il indique encore la réaction contre l'esprit d'utopie, libéral,\nsocial, des nouvelles couches.\n     Il est mystique en tout et partout, inquiété par l'inconnu, pénétré des\nvérités que nous sentons et que les dogmes ont formulées. D'où son étran­\ngeté apparente. Ces mondes, ces au delà, avaient été devinés, perçus, sentis\navant lui, mais il refait l'expérience avec une liberté d'examen choquante\npour certains esprits qui ne se disent pas que cette conduite, ces repensers,\n ont des conclusions conformes aux leurs, c'est-à-dire qu'elles aboutissent à\n l'exaltation de toutes les vertus humaines sauvegardées par l'Eglise.\n     Baudelaire n'était pas impassible, il était militant. Ses opinions sont\n calquées sur celles de de Maistre : d'esprit et d'âme, il est anti-matérialiste et\n spiritualiste profond. Critique, comme son siècle, il a voulu procéder lui-\n même aux investigations psychologiques et si, dans ses détails, son investi­\n gation a parfois des apparences hérétiques, il est, par la synthèse, l'une des\n plus indestructibles manifestations du sentiment catholique. Une voix plus\n autorisée que la mienne dira quelque jour quelle fut son influence, com­\n ment il a endigué, tout au moins chez les artistes, le flot des opinions maté­\n rialistes et avec quelle puissance il a gardé la génération succédante des\n atteintes grossières. Et sous le sceptique que l'on nous représente, on décou­\n vrira l'apôtre, le gardien du feu sacré.\n     Car, lorsqu'on parle de certaines natures exceptionnelles, il faut prendre\n garde aux mots dont le sens est trop général. Baudelaire est une nuance,\n « un cas ». Lorsqu'on dit sceptique, on se trompe. Il est vrai qu'il se trouve\n sur la pente du pessimisme, au premier stade, où rien n'est encore perdu.\n  Il souffre comme toutes les imaginations délicates et les êtres dont la sensi­\n bilité est trop aiguë, du mal du siècle ; il a l'horreur de son temps, il est en\n désaccord avec lui, il devine avec une intuition ferme l'un des deux courants\n que suivra la littérature, et celui qu'il annonce, c'est le courant artistique-\n  spiritualiste, où se trouve lancée aujourd'hui la poésie et qui contraste avec\n  l'autre courant, le courant matérialiste et naturaliste. Il a même deviné\n  quelques-unes des perceptions morales et psychologiques si déroutantes\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "                                    — 60 —\n\nauxquelles nous initient à cette heure les romans russes. A l'époque où\nil énonçait ces perceptions, elles paraissaient paradoxales. Actuellement, ce\nmonde, qui hier semblait si étrange, est devenu le domaine préféré où les\nartistes vont faire leurs explorations et ils y ont retrouvé Rembrandt,\nVinci, Shakespeare, Beethoven, tous les sondeurs des âmes. Certes, ces\nexamens, ces sondages sont désorbitants. Ils accaparent l'artiste, le rendent\ninhabile dans la vie; les forces vives étant exclusivement cérébrales, le culte\ntrop absorbant, le génie pratique manque et avec lui les appétences maté­\nrielles. De là les apparences bohêmes, l'existence torturée et irrégulière,\ninquiète et douloureuse de Baudelaire. Vivant dans une société sans idéal\net vouée au lucre, le poète n'a pas su se faire un abri et une résignation.\nC'est une des seules infériorités que je lui connaisse. Ses déclamations sont\ndémodées parce qu'elles sont parfois étroites. Il voulait l'absurde en rêvant\nune société à son image, et ce rêve manquait de désintéressement. Mais\nprécisément, on remarquera que ces vélléités enfantines font de lui le\ncontraire du sceptique.\n   Le sceptique c'est, je pense, celui qui dira avec M. Cherbuliez : « J'ai\nlongtemps cherché querelle à la vie, mais j'ai découvert qu'elle est sourde et\nn'entend pas les reproches. » Le sceptique c'est celui qui, après avoir souf­\nfert et surmonté les affres du pessimisme et n'ayant plus les sentiments assez\nvivaces pour se consoler dans les pratiques religieuses, se fait une raison, se\nrésigne, s'apaise dans le grand calme de l'indifférence, regarde la vie en\ncurieux, trouve le bien et le mal également pittoresques, également néces­\nsaires, comprend, s'explique et pardonne, se confine dans un aimable\négoïsme qui n'exclut pas la charité et l'idéal et se borne à le recouvrir d'un\nfin vernis et à le maintenir sous une discipline invisible et personnelle.\n   Baudelaire est loin de cette philosophie difficile et de cette stérile sagesse.\nSes ressorts sont si souples et si fermes qu'il n'a pu les user, ce sont eux qui\nl'ont détraqué, qui l'ont désorbité et perdu. Avec son âme bondissante, ses\nlégitimes besoins insatisfaits, ses inquiétudes, ses efforts pour voir ce qui\néchappe aux yeux vulgaires ; avec la difficulté qu'il éprouvait dans l'accom­\nplissement d'un travail d'ailleurs trop surveillé et trop pénible pour qu'il\npût s'y atteler à tout instant ; surtout avec les mauvaises chances qui frap­\npent en art les précurseurs au même titre qu'elles frappent les inventeurs,\navec ses doutes inavoués, ses incertitudes, l'insuccès persistant, il ne pou­\nvait offrir qu'une résistance limitée aux forces humaines.\n   M. de Monge a justement indiqué, dans un article malheureusement trop\nsévère, la nature du déséquilibre de l'auteur des Fleurs du mal, qui consis­\ntait dans la suprématie des sensations sur les idées. Et c'est exact si l'on\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "                                   — 61 —\n\n admet que les sensations d'âme sont forcément des idées. Ces sortes de sensa­\n tions n'étant pas purement physiques, ne se manifestent pas par des appé­\n tits, des désirs matériels. Elles n'émanent pas de la bête, elles prouvent\n l'âme, la formulent et sont, par conséquent, des idées qui, au lieu de trouver\n leur source dans la raison, la trouvent dans le sentiment. Baudelaire res­\n sentait évidemment plus qu'il ne pensait et c'est pourquoi ses pensées sont\n si chaudes, si vivantes et si pénétrantes. Elles ne sont pas, quoiqu'il y\n paraisse, le résultat d'un calcul intellectuel, de déductions, d'expériences\n spéculatives : elles sont surtout humaines. Le calcul, chez lui, n'a surtout\n d'empire que sur la forme ; pour le reste il s'ouvre, il s'affirme, s'épanche,\n s'abandonne, montre son cœur et ses blessures, sans accuser beaucoup de\n symptômes de philosophie.\n    Est-ce pour cela, est-ce parce qu'il avait une âme neuve, ardente, un\nesprit peu doctrinal? est-ce parce qu'il a si profondément exprimé notre\nspiritualité naturelle que les artistes en on fait leur maître?\n    Je le crois. On a trop vite fait de condamner le rôle sensationnel si impor­\ntant dans la littérature moderne, et à la valeur duquel la critique ne paraît\npas encore avoir songé. Il est des moyens « latins » et classiques d'affirmer\nle spiritualisme, qui sont certes précieux tout en ne suffisant pas. Faites des\nphrases, démontrez, énoncez des théories, des lois, certifiez, c'est très utile.\nSeulement, ne dédaignez pas la preuve, sans laquelle la théorie, les lois ne\nsont que des abstractions. La preuve du spiritualisme, Baudelaire est un de\nceux qui l'ont produite avec le plus d'intensité. Chacun de ses alexandrins\nl'appuient. On pourrait même dire qu'il a renouvelé à sa manière la preuve\nscientifique et métaphysique de l'existence de l'âme. Il ne l'a pas énoncée, il\na mieux fait : il en a exprimé la vie en renforçant l'idée spiritualiste par la\nsensation spiritualiste, surajoutant à d'autres qui n'en avaient décrit que les\naspirations.\n    Tel est son rôle, plus considérable qu'on ne veut actuellement le recon­\nnaître, et que Demain mettra en lumière. Il n'a pas tout dit; il demeure au\nrang des précurseurs et des éclaireurs. Depuis, on a été plus loin. Mais il\nest l'initiateur. Aujourd'hui, on le voit de trop près avec ses surfaces, ses\nfautes : ce qui est le plus visible. Sa mémoire subit la forte punition que la\nsociété inflige aux esprits qui ne sont pas soumis à ses arrêts et à ses goûts\nstationnaires.\n    Il y a pourtant des siècles que l'on sait que toute religion, tout art, toute\ndécouverte sont au prix d'un martyr ou d'une injustice.\n\n                                                        FRANCIS NAUTET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 64, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "VERS I ÉVOCATION", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA CHANSON DES EAUX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "VERS\n                              I\n\n                       ÉVOCATION\n\nDans la paix et l'oubli de mon âme endormie,\nOù gît le rêve mort d'une douleur amie,\nOh! puissiez-vous toujours, mes chers espoirs défunts,\nEffeuiller les baisers pensifs de vos parfums\nEt les lents souvenirs des anciennes ivresses.\nToi, qui viens la première, ô femme, et qui caresses\nLe velours bleu du songe innocent de ton œil\nOù sourit la Beauté dans un éclair d'orgueil,\nToi dont l'art déflora le désir de mes lèvres,\nEt Vous, ô chœur pâli de mes amantes mièvres,\nMaternelles, berçant de votre blond regard\nLe deuil enseveli dans l'œil vide et hagard\nOù se meurt le regret des candeurs délaissées,\nRepeuplez le jardin désert de mes pensées,\nRepeuplez de vos jeux et de votre gaîté\nLa désolation du jardin dévasté.\nEt Toi surtout, ma Sœur et ma Consolatrice,\nRenais dans ta beauté, viens ! qu'en nous refleurisse\nPlus rose que la pourpre odorante du sang\nLa tranquille fierté de notre amour naissant,\nEt de tes yeux de gloire où germent les lumières,\nEteins, flétris les yeux des visions premières\nEt les charmes lointains de leurs rires pervers :\nRenais dans notre amour et fleuris dans mes vers.\n\n                              II\n\nQu'importent les trois mots de f eu dans les ténèbres?\nVers l'avenir prochain des menaces funèbres\nJe vais résolument. Mon cœur est fort. Je veux\nDe chansons, de plaisirs, de regards et d'aveux\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "                        — 63 —\n\nRéjouir sans effroi mon cœur toujours avide;\nLa mort est insondable, et la vie est si vide.\nOh ! les vases sacrés dont j'ai pu me saisir :\nL'inaltérable rêve et l'éternel désir\nJe ne les rendrai pas à la voix du prophète;\nNul ne viendra troubler la splendeur de la fête\nQue l'amour impassible illumine d'orgueil;\nNul ne m'entraînera dans la nuit de son deuil :\nJe veux vivre. Je veux aimer. Je veux l'ivresse\nDe la voix qui commande et de l'œil qui caresse,\nJe veux aimer la femme et ses roses pâleurs\nOù circule le sang héroïque dés fleurs\nVirginales, des fleurs farouches et hautaines.\nO blonde enfant, pareille aux princesses lointaines\nQui dorment dans l'oubli de leur chère beauté,\nPrincesse de douceur et d'ardente clarté.\nC'est à Vous que s'en vont l'encens de mes pensées\nEt les dévotions de mes mains enlacées;\nCest Vous qui m'enseignez l'aurore et conduisez\nPar les sentiers fleuris mes pas divinisés ;\nPar Vous je n'aurai rien ignoré de la vie,\nPar Vous j'aurai vécu libre et fort, sans envie,\nLevant sur tous mes yeux sans mépris ni remord,\nEt, quand la mort viendra, sans crainte de la mort.\n\n\n                           III\n\n                        PRIÈRE\n\nO blonde enfant, penchée au balcon de la vie\nVers l'invisible azur du rêve inexploré,\nMon cœur qui s'est soumis et ma voix asservie\nChantent pour t'apaiser un lent miserere.\n\nO blonde enfant, perdue au lointain de ton songe,\nPrends pitié de la plaie ardente de mon sang;\nAu gouffre de mes vœux laisse que ton œil plonge,\nLaisse que vienne à moi ton regard caressant!\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 404, "texte": "                                -   64   -\n\n    Blonde enfant, dont toujours le fantôme se dresse\n    Parmi le triomphal désir de ma tendresse,\n    Accorde à mon orgueil ton baiser lilialr\n\n    Ne te détourne pas de moi, vers la clairière\n    Des pures floraisons du rêve initial :\n    Bénis de ton regard souriant ma prière.\n\n                                              ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 73, "titre_corps": "La Chanson des eaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ch.-M. 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Si vous demandez la per­\n               mission au patron..\n                  Elle avait répondu cela distraitement, sur un ton lent,\n               ennuyé, à travers son sourire professionnel, n'étant ni séduite\nni rebutée, consentant seulement par habitude, avec une résignation immé­\ndiate d'esclave.\n   Très poliment, et s'efforçant à des grimaces galantes, le client insista.\nC'était un gros gaillard rougeaud, trapu, vêtu comme un mannequin de\nconfectionneur, orné de bijoux massifs, ganté de chevreau trop clair et\nfumant un mauvais cigare. Cette toquade d'école buissonnière lui était\nvenue en haine et en dégoût de la boîte où l'enfermait son métier de calicot.\nPas drôle, ce métier-là. Et éreintant donc ! Des journées de douze heures\ndebout derrière un comptoir, aux prises avec les exigences des clientes,\nsous la sévérité des chefs de rayon et des inspecteurs, — ou bien de planton\nsur le trottoir, dans la bousculade des passants, devant les étalages, les car­\ntons ouverts bondés de colifichets confectionnés dans les prisons de femmes\net qui gardaient des odeurs de pharmacie. Depuis l'hiver il y songeait, à\ncette promenade, comptant bien ne pas la faire seul, mais avec quelque fille\nlevée dans une brasserie du quartier. Ce serait gentil : on partirait vers\ndix heures du matin par le chemin de fer pour gagner un trou de forêt avec\nune auberge sous les feuilles, au bout d'une avenue, — ou bien un chemin\nde halage bordant une berge gazonnée, dominant une belle rivière et con­\nduisant vers une guinguette à friture. Car il y aurait de la friture, et de la\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "                                  — 65 —\n\ngibelotte aussi. Au retour, dans le crépuscule, on chercherait un village\ntapageur, une foire, des fanfares de kermesse, des boniments de paillasses,\ndes violons de bal public, des orgies de gauffres et de macarons. Enfin, l'on\nregagnerait Paris sur le tard, avec des lilas et des coquelicots plein les\nbras, par un train à impériales. Une vraie partie. Les verdures du boule­\nvard l'avaient tenté en cette première quinzaine de mai, et il exposait son\nprogramme à la petite Irma qui venait de lui servir son Picon-Menthe; il\nattendait sa réponse, certain de son consentement, un peu scandalisé de la\ntrouver si froide à l'idée de son idylle canaille.\n    — Moi, je veux bien... si le patron donne la permission.\n    Le patron se montra charmant. Comment donc! Avec plaisir ! Seulement\nil fallait s'entendre. Il ne demandait pas mieux que d'être agréable à un\nclient. Mais quoi? Si Irma ne prenait pas son service à la brasserie, il serait\nnécessaire de la remplacer par une dame d'extra ; cela coûterait cinq francs.\n En outre, comme le lendemain se trouvait être un dimanche, la petite ren­\n trerait au plus tard à onze heures, pour aider au coup de feu jusqu'à la\n fermeture. Le calicot consentit, affecta de hausser les épaules, donna les\n cent sous, tenant à paraître très convenable. Irma entendit ce marchandage,\n silencieuse, sans volonté, pareille à une chose. Le patron ayant regagné sa\n place au comptoir, près de madame, elle se retrouva seule en face du com­\n mis qui reprenait sa causerie, disant des mots d'une tendresse banale, des\n phrases bêtes où pleuraient des sentimentalités d'harmonica coupées de\n ritournelles de beuglant. Et elle écoutait comme tout à l'heure, la tête ren­\n versée au dossier de sa chaise, les yeux au plafond, la bouche contournée\n en un sourire artificiel, les deux mains croisées sur la sacoche pendue à sa\n ceinture, — une sacoche de cuir rouge avec le nom de la brasserie en lettres\n d'argent.\n   Maintenant l'établissement se remplissait de consommateurs : des jeunes\ngens pour la plupart, étudiants du quartier, venant attendre l'heure de la\npension, gommeux de Bullier, élèves de Centrale en casquettes dorées,\nlycéens vêtus à la dernière mode, employés du boulevard Saint-Michel,\ninternes de la Charité, puis des bourgeois du voisinage attirés par des con­\nvoitises de débauche brutale, enfin quelques individus à face suspecte,\nportant beau, parlant fort et faisant bande à part.\n   Irma s'était levée, ressaisie par le service de ses tables. Toutes les filles\nallaient, venaient du comptoir aux clients, transportaient des litres, dispo­\nsaient les verres, traversaient la foule en dandinant des hanches, en bavant\ndes chutes de romances. On les appelait à haute voix, parfois avec des\n tutoiements, de guéridon en guéridon, sur l'asphalte de la terrasse, dans le\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "                                   — 66 —\n\npavillon vitré de l'entrée. Par instants elles prenaient place entre deux clients\négayés, se faisaient offrir à boire, augmentaient les piles de soucoupes,\nlâchaient de gros rires sonnant faux dans la gorge rauque. Bientôt une\nfumée de cigarettes monta dans l'évaporation des alcools, entoura les\nlampes d'une vapeur laiteuse, estompa des transparences bleues dans les\ncoins d'ombre du plafond ; les voix se fondirent en une rumeur faite de\nconversations bourdonnantes, de dominos remués sur les marbres, avec des\ntrilles de rires chuchotes et des pizzicati cristallins. Au fond, en pleine\nlumière, derrière le comptoir massif, Madame surveillait, tout en empilant\npar rouleaux des jetons de cuivre et en préparant des rations de sucre pour\nles mazagrans de la soirée.\n    Le calicot fut enfin rejoint par Irma déjà rompue, lourde, en proie à\nl'étourdissement quotidien des absinthes lichées de table en table pour\npousser à la consommation. Elle se laissa tomber sur la banquette de moles­\nkine sans égard pour ses jupes déjà fripées, compta ses pourboires, redressa\nd'un geste routinier le ruban de satin cerise noué dans ses cheveux, rafraî­\nchit d'un doigt de poudre son visage échauffé et sa gorge moite. Puis,\nramenée à la discipline journalière par l'habitude, ou peut-être par un\nregard de la patronne, elle bêla :\n   — Tu ne m'offres rien ?\n   — Parbleu, oui.\n   Elle choisit un Vermouth qu'elle alla se verser sous le comptoir, dans un\npetit verre où fondait un mince caillou de glace, ainsi qu'elle avait cou­\ntume à cette heure laborieuse où des pare?ses la brisaient. Elle but à petits\ntraits, par rasades minces et brèves, savourant la liqueur sensuellement\nfroide dont les frissons secouaient son cerveau, balayaient dans sa poitrine\nles feux des amers et les mucosités du houblon qui la laissaient non\npas saoule mais rassasiée jusqu'à l'écœurement.\n   Ils causèrent niaisement jusqu'au moment du dîner, lui, parlant volon­\ntiers du lendemain, citant des noms de localités suburbaines, des noms\nparés d'une célébrité canaille datant des premiers bonshommes de Paul de\nKock, elle, mâchonnant des réponses vagues, sans un geste.\n   Ils n'eurent pas un mot tendre en se séparant, pas un « au revoir » affec­\ntueux. En gens graves qui comptent se retrouver pour un motif sérieux, ils\nconvinrent rapidement du lieu, de l'heure.\n   — Alors ici, demain matin, à neuf heures?...\n   — Entendu.\n   Au lendemain, quand le calicot se présenta, très exact, il y avait bien dix\nminutes qu'Irma posait dans la brasserie remplie d'une poussière infecte\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "                                   — 67 —\n\npar le balai des garçons de salle. Il laissa échapper un « Oh ! » de surprise,\ntant la petite avait bonne mine dans sa robe claire, sous son chapeau de\npaille enrubanné. Il ne l'avait vue auparavant que sous sa livrée de ser­\nvante, de buveuse de chopes, avec le décolleté obscène, la chevelure luisante,\nles rubans de couleurs violentes, les jupes courtes découvrant les hautes\nbottines mordorées et les bas de soie rouge, les bras nus jusqu'à la saignée,\nla face poudrée, l'allure libre. Ce matin on eut juré une demoiselle, une\nvraie, bien élevée, timide, bégueule. La robe était d'une étoffe sobre et fine,\nd'une bonne coupe simple, moulant le corsage et les hanches comme en un\nmaillot, montant à petites boutonnières jusqu'au col, un col bien blanc,\ndroit comme un col d'officier. Le tout en différentes teintes bleues.\n     Plus de maquillage. Les blancheurs trop crues de la poudre, les rougeurs\ntrop vives des onguents avaient disparu. Rien qu'un soupçon de veloutine\nqui embaumait. Point de fleurs. Aucun de ces bouquets prétentieux ou\n salement défraîchis, à senteur d'eau croupie, dont elle chargeait son épaule,\n le soir, par déférence pour quelque client généreux. Elle avait pris soin de\n serrer en sa sacoche les porte-bonheur clinquants qn'elle reprendrait le soir,\n avec l'uniforme et le tablier.\n     — Et nous allons?...\n     A propos, oui, où irait-on? Elle consulta l'indicateur aux pages de trains\n de banlieue, tandis que le calicot cherchait dans le Petit Journal l'annonce\ndes fêtes patronales. Une coïncidence des départs avec l'heure, peut-être\n aussi un désir irraisonné d'aller loin, les fit se prononcer pour la gare du\n Nord et pour Pontoise. Il ne connaissait pas Pontoise; elle non plus.\n     — Cocher!\n     Et ils roulèrent à travers Paris.\n     Du coup, à peine sortie de la brasserie, Irma sourit, bavarda, montrant\n une joie espiègle de gamine. Ces dimanches de printemps, à Paris, sont\n charmants. Les passants semblent gais. Les femmes inaugurent les robes\n légères aux nuances pimpantes, les hommes, débarrassés du manteau\n d'hiver, prennent une désinvolture plus svelte, plus jeune. Les fenêtres\n s'ouvrent, boivent les chaleurs du premier soleil, encadrent des têtes\n curieuses ou béates ; on fait pousser des roses sur les terrasses et grimper\n des clématites aux ferrures des balcons. Aux carrefours, aux coins de rue,\n le long des trottoirs, des voitures s'arrêtent, attelées de fleuristes, portant\n des charges d'oeillets, de résédas, de lilas, de violettes. La verdure des arbres\n est à point; les feuilles gardent encore un peu de la fraîcheur des premières\n pousses et ne sont pas encore tachées de rouille. Un vent frais tempère\n  l'ardeur du jour, caresse les visages, gonfle les poitrines, balaie des parfums\n  à travers les rues.\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "                                  — 68 —\n\n     Un mouvement de vacances, d'échappées, secoue la grande ville labo­\n  rieuse. Les fiacres, rapides sur le pavé sec, transportent des gens contents\n de vivre, des travailleurs en congé pour un jour, des mamans fières d'exhiber\n leur marmots endimanchés. On se dispute les impériales d'omnibus et les\n places en plein air devant les cafés. Les troupiers portent des gants blancs,\n les bonnes d'enfants arborent, sous le feuillage des jardins publics, des\n rubans de satin cerise et de grands tabliers immaculés. Des marchands,\n souriant, dressent les volets et mettent les barres. Non seulement on va se\n reposer, mais on compte se distraire. Ce n'est point le dimanche cloîtré,\nquasi mort de Londres; ce n'est point la journée pieuse de Rome avec ses\nrumeurs de cloches et ses vibrations d'orgues; c'est un réveil hebdomadaire\nde jovialité parisienne dans la gloire du renouveau.\n    A la gare du Nord, une foule se pressait, se bousculait vers les guichets,\n traversait les salles d'attente, envahissait les longs trains auxquels les\nhommes d'équipe ajoutaient des voitures. Le calicot avait fait largement les\nchoses : Deux premières! Du nouveau pour Irma.\n    Le train s'ébranla, traversa La Chapelle, Saint-Denis, s'arrêta à Enghien,\nreprit vers Herblay, Pierrelaye, gagna Pontoise. Dès l'issue des petites\ncommunes industrielles, après le canal et les usines, la servante s'était\ncampée devant les glaces de la portière, regardant la campagne. Encore\ndu nouveau! L'Auvergne natale ne lui avait pas offert ces aspects-là, ces\nperspectives de grandes routes bordées de peupliers, ces verdures piquées de\nvillas blanches. Quelle différence entre ces coquetteries champêtres et la\ngrandeur sauvage des montagnes ! Et combien de fleurs ! Jamais sur les\nroutes de Riom, de Châteauneuf et de Tournoël, elle n'en avait vu autant.\nEt les blés ! Et les cerisiers ! Et tout ! Décidément, la promenade commen­\nçait bien, s'annonçait heureuse, ne ressemblait pas à la banale corvée qu'elle\navait redoutée.\n    En débarquant, ils coururent vers un cabaret, une vieille auberge bâtie au\nbord de l'Oise, où ils cassèrent une croûte dans un cabinet tendu de perse\nbleue, devant une fenêtre grande ouverte qui encadrait la fuite des bateaux.\nCela leur donna des idées de canotage, un désir de se laisser aller, de des­\ncendre au fil de l'eau, de voir, immobiles, les paysages marcher autour\nd'eux. Le gros gaillard s'affirma très fort, raconta qu'il avait manié des\navirons à Argenteuil dans une équipe de jeunes gens de commerce. Avec\nlui,'il n'y avait pas de danger. Il pourrait ramer pendant des heures sans\nfatigue.\n    En sortant de table, ils descendirent sur un coin sans gazon de la berge\noù, amarrées à des piquets, se heurtaient des petites yoles peintes en cou-\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "                                  -   69 -\n\nleurs claires. Ilsfirentchoix d'une norwégienne légère comme une coquille,\nau ventre arrondi, au nez effilé, avec joues plates et fuyantes\". L'em­\nbarquement n'alla pas sans peine, sans bascules de naufrage, sans petits\ncris effarouchés. Quand ils eurent pris place, bien d'aplomb, le calicot saisit\nles longs avirons à palettes renflées, et nagea vigoureusement vers une\ngrosse péniche, qui remontait la rivière, halée par deux gros chevaux per­\ncherons. A portée, il s'amarra au canot de la péniche, se laissant remorquer\ndans ce mouvement lent, radouci, glissant entre les roseaux du bord.\n   Ainsi entraînés, délivrés de toute corvée, affranchis de toute peur, ils\nbavardèrent. Irma, charmée, remercia son compagnon.\n   — Quelle bonne idée tu as eue!... Tu es vraiment bien gentil !... Ah ! la\nbonne promenade...\n   Touché, flatté, il en promit d'autres. De temps en temps, une fois par\nmois, on filerait le dimanche, faire un tour, jusqu'aux premiers froids. Ce\ndisant, il imaginait les amours régulières d'un collage, la possession d'une\npetite femme à lui tout seul. Elle, ravie de la variante présente, plus désin­\ntéressée, s'extasiait franchement, prenait ses aises, dénouait son chapeau,\nses cheveux, s'amusait de niaiseries, fouillait au passage les touffes de nénu-\nfars, admirait le vol tremblant des demoiselles vertes sur les remous.\n   A leur droite, à leur gauche, la rive déroulait ses panoramas accidentés.\nA droite, une plaine infinie, bordée seulement par l'horizon, coupée çà et là\nde maisonnettes basses dont les tuiles rouges éclataient ; — à gauche une\ncolline, escarpée comme une falaise, à demi voilée par un rideau de saules\ngrisâtres. Sous les saules, des canots immobilisés pour la pêche, chargés de\ngros vieux attendant, bouche close, l'occasion de ferrer une ablette. Dans les\néclaircies d'arbres, sur les pelouses, des familles déjeunant en plein air,\nles hommes sans veston, les femmes sans chapeau. Un cabaret lointain\ndont le toit fumait et qui laissait s'envoler par les croisées béantes et les\nportes hospitalières des crincrins de violon grossièrement rhythmés pour les\nquadrilles. Plus haut, au penchant de la colline, des blés ensanglantés de\ncoquelicots mouvants.\n   Peu à peu, le canot entra dans une ombre. Les berges, plus resserrées,\nportaient de grands arbres dont le feuillage recouvrait la rivière maintenant\nplus étroite et se profilant au loin sous un dais de fraîcheur verte. Une île\ncouronnée d'une forêt divisait le courant en deux bras, et la péniche n'avan­\nçait qu'en brisant les roseaux froissés avec un doux bruit de soie. Cela dura\nun quart d'heure: puis, au premier tournant, la rivière s'élargit brusque­\nment, vaste comme un lac, ensoleillée, éclatante, découvrant de nouvelles\nplaines, de nouveaux coteaux.\n                                                                       5\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "                                  — 70 —\n\n   Mais lorsqu'ils parvinrent en vue d'Auvers, ce fut un ébahissement. La\npetite Irma demeura stupéfiée, les mains jointes comme pour applaudir,\n ne trouvant d'autres paroles que :\n   — Ah! la bonne promenade! La bonne promenade! !\n   C'était d'un joli! d'un varié! Des rives charmantes, fleuries, parfumées,\navec des bateaux-lavoirs blancs et verts, son petit chantier pour les yoles,\nses abris de pêcheurs à la ligne qui offraient des allures de vide-bouteilles.\nUn grand pont suspendu, tremblant sous les roues des fardiers, coupait le\npaysage en deux, au dessus de l'horizon, dans les branches. Le village,\nblotti au fond d'une anse, s'étalait en cercle autour d'un clocher carré percé\nd'une horloge. Peu de monde, presque point.\n   Sous le pont ils lâchèrent la péniche et abordèrent pour courir s'asseoir\nsous la tonnelle d'un cabaret, au coin du chemin de halage. On leur apporta\ndu vin du pays et de la galette. Après deux rasades, le calicot déclara qu'il\ns'embêtait. Oui, pour sûr, et ferme ! Pas drôle, ce village d'Auvers, hein ?\nIrma approuva, mais seulement par politesse, pour ne pas le contredire,\nElle ne s'amusait point, à la vérité, mais elle se sentait heureuse.\n   Elle était ravie, émue de retrouver un bout de campagne. Ce lui avait été\nune surprise, car elle n'avait jamais soupçonné qu'à une heure de Paris, il\npoussât de vrais arbres. A son idée, la campagne c'était très loin, aussi loin\nque l'Auvergne, à une journée pour le moins. Depuis quatre ans, elle\nn'avait plus revu d'arbres, sinon ceux des boulevards qu'elle ne pouvait\nprendre au sérieux. La veille, encore le matin même, elle s'attendait à une\ndébauche de banlieue, à un bois de Vincennes quelconque peuplé d'artil­\nleurs, de saltimbanques et de marchands de coco : un quatorze juillet de\npetite sous-préfecture. Et voici qu'elle voyait de vraies prairies, qu'elle\ntraversait des solitudes, qu'elle rencontrait des paysans...\n   Ce n'était pas l'Auvergne, ce n'était pas sauvage, énorme, majestueux,\nimpressionnant, mais c'était doux et suave. Une évocation du passé villa­\ngeois surgissait presque au début de cette journée inattendue, et s'emparait\nd'Irma par surprise, sournoisement. La servante de brasserie se sentait\nimplacablement arrachée au présent et ramenée, malgré elle, à ses origines\nde gardeuse d'oies.\n   Tandis que le calicot, grisé de plein air et peut-être aussi de vin vert,\nabruti par la chaleur, s'accoudait au bois de la table et s'assoupissait\nvaguement, dans un demi-somme, la petite, libre, se souvient. Aucun\nbruit autour d'eux, sinon le bruissement de l'eau qui coule, doux comme\nune chanson.\n   Cette chanson des eaux la berce, l'attendrit, l'accable. Pour un peu, elle\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "                                        71\n\n  pleurerait, la petite Irma, la fille toujours en joie que tutoient les buveurs\n  du Quartier-Latin. Cette grue aux mœurs de pierreuse, accoutumée à\n  débattre froidement des marchés honteux, dévouée par état aux caprices\n  du passant, cette chair à vendre, cette souffre-plaisir, se découvre un cœur\n  ardent, un corps indigné, une âme blanche.\n    Qu'est-ce qui monte donc de cette eau vive? D'où vient-elle, cette eau?\n  Où va-t-elle? Irma l'ignore. Une anxiété la tient, étrange, mystérieuse,\n  qu'elle subit sans s'en rendre compte. De la tonnelle, elle n'aperçoit ni le\n haut ni le bas du courant. Elle a perdu de vue les dômes de verdure sous\n lesquels elle glissait tout à l'heure, derrière le gouvernail ; elle a oublié le\n large horizon entrevu dès l'arrivée. Elle distingue seulement l'eau, puis la\n  berge opposée qui est déserte. Pas un canot, pas une voile.\n    L'eau est si limpide, si claire qu'on la croirait profonde, glissant sur des\n gouffres inquiétants. Près du pont, elle se heurte à un quai de maçonnerie\n et cela fait un bruit perlé, joyeux, de cascade. C'est tout à fait comme la\n Sioule.\n    Combien c'est loin, la Sioule ! Irma se souvient d'y avoir baigné ses pieds\n brunis de bergère vagabonde, jadis, quand elle menait paître les oies de sa\n mère, dans les prairies de la vallée, près du vieux moulin. Elle chantait si\n gaiement, la Sioule !\n    Irma la revoit, l'entend encore. Puis le hameau de Châteauneuf ressus­\n cite dans sa pensée, maison par maison, chaumière par chaumière, avec ses\n rares troupeaux, ses bocages sombres, ses escarpements de granit, avec des\ngrelots lointains de patache, là-haut, dans la montagne, sur la route de\n Saint-Gervais. Ici, c'est la masure du vieux pêcheur de truites qui connais­\nsait tous les trous, tous les cailloux de la Sioule ; là, c'est le gué suivant\nsous le barrage et que les bestiaux traversent ruisselant de perles argentées;\nplus loin, la grotte aux cavités noires, suspectes, où les gamines du pays\nn'osaient aventurer trois pas ; en haut, sur une éminence boisée, le château\nà tourelles avec ses poivrières d'ardoises et son crépi tout battant neuf.\n   Elle se souvient. C'est le pays, un beau pays de montagne que l'hiver\nblanchit de neiges épaisses, mais si joli l'été ! L'église n'est point surmontée\nd'un clocher carré, massif, comme le clocher d'Auvers, mais elle est riante,\ntendue de voiles blancs toujours propres, parée de fleurs, illuminée de\ncierges. Il n'y a pas de cabarets, mais seulement un débit sur la route, une\nsalle haute, avec des bancs de chêne et une grande cheminée ; on y boit de\nbon vin à la veillée, un vin du plan, jaune comme une topaze, — et quand\non a bu de ce vin-là, les chansons viennent voleter sur les lèvres en battant\nce l'aile, comme des oiseaux. Il n'y a pas de bals publics, mais elle se rap-\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "                                   — 72 —\n\n\npelle avoir dansé des bourées et couru des rondes, les soirs de fêtes, sur la\nplace de la Mairie. On n'y porte guère de chapeaux, mais les fillettes ont de\nbeaux cheveux noirs qu'elles ornent de baies rouges.\n    Puis il y a l'établissement thermal, le grand hôtel des bains bati sur la\nSioule, les pavillons où aboutissent les sources. Ah! cet hôtel des bains,\ncomme elle voudrait y être encore, avec son tablier à bavettes et son bonnet\nruché de fille de chambre. C'était le bon temps. On trimait dur pendant la\nsaison mais on était heureuse et ce métier-là était plus gai que celui de\ngardeuse d'oies. Le soir venu, la besogne achevée, elle savourait des bonnes\nnonchalances sous les tilleuls de la terrasse, en écoutant couler l'eau.\n    Pourquoi être partie ? Pourquoi avoir voulu gagner ce Paris d'où, chaque\nannée, elle voyait arriver des gens riches, bien vêtus, luxueux? Par ambi­\ntion, ou simplement par curiosité. Devenir riche à son tour ou voir du\npays. Si elle avait pu se douter!... Et la voici depuis quatre ans fille de\nbrasserie, s'échouant de garni en garni, cédant à la gouape, passant ses\njournées à vider des chopes et à boire des petits verres. Pour la première\nfois, elle regarda sa misérable vie en face et cela lui fait regretter sa mon­\ntagne, son enfance à laquelle elle sourit.\n    Tout cela, ces pensées, ces regrets, ces hontes, ces remords, tout cela\ns'élève du courant jaseur, de la rivière emportée. Contemplative devant\nl'eau qui frissonne, elle songe, elle laisse ses rêves suivre cette eau, s'éloigner\nà la dérive, disparaître au tournant lointain derrière les peupliers, se perdre\ndans les nénufars et les roseaux. Et le courant ramène d'autres rêves en\nsoupirant la mélodie triste de l'eau qui s'exile.\n     Le calicot s'embêtait, commençait à ne plus la trouver drôle, cette Irma,\n et, n'osant cependant la brusquer, ébauchait des phrases, des appels :\n     — Ah ça... dis donc...\n     Et il n'achevait pas, ne sachant au fond que lui dire.\n     Brusquement, sur l'autre rive, un cortège surgit. C'était, loin derrière\n les haies, une fanfare canaille dont on n'avait entendu d'abord que des\n basses de cuivre, mais qui se rapprochait, s'affirmait, balançait un mouve­\n ment de polka viennoise ratée. Orchestre d'un cirque ambulant qui dispo­\n sait ses tentes dans le pays pour la soirée.\n     — Allons voir ça !\n     Elle leva vers l'homme un regard dur où brillait de la colère. Cette idée\n de quitter la rive, de courir à la chasse des plaisirs crapuleux, tapageurs,\n grossiers, sentant la brasserie du boulevard Saint-Michel, cette idée lui fit\n  mal. Elle céda pourtant. Mais le moyen de faire autrement. N'appartenait-\n  elle pas pour une journée à ce garçon, d'ailleurs pas méchant, plus doux,\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "                                  -   73   -\n\nplus poli même que les autres? Ainsi, elle était descendue à cet esclavage de\nn'avoir plus le droit de penser, de pleurer! Elle était condamnée, sa vie\ndurant, à ce métier d'amuseuse, à cette fonction vile d'exister seulement\npour la distraction ou les plaisirs des autres. Qu'une pensée lui vint, avec\nle besoin d'une halte à l'air libre, d'un repos, et il suffirait d'un geste, d'un\nmot : « Allons voir ça ! » pour l'obliger à reprendre le collier. Eh bien, soit!\nElle cédait encore aujourd'hui, déterminée par une sorte de respect pour la\nparole donnée ; mais après, ce serait bien fini.\n   Ils allèrent voir ça. C'était sale et cela faisait du bruit. Vers sept heures,\nils dînèrent dans une auberge, pêle-mêle avec des canotiers, desfilleset des\nvoyous. Ensuite, ils furent au cirque, puis sous la tente d'un bal. Quand\nils regagnèrent la gare voisine, Irma était lasse; son compagnon titubait.\nDepuis qu'elle avait quitté la tonnelle, la servante s'était décidée à être\namusante. A table, elle eut des éclats de voix. Au bal, elle leva la jambe\nconsciencieusement, tutoya le chef d'orchestre, appela le garde-champêtre\n « mon petit ». Pendant le trajet, à chaque arrêt du train, elle s'écria : « Ohé,\nles autres ! » et demanda des bocks aux hommes d'équipe. Le calicot était\ndans son droit : elle était tenue de se montrer drôle, de mériter les petites\ndépenses de la journée.\n   Jamais peut-être elle ne s'emballa aussi violemment. On eût dit un singe\nbien dressé.\n   Lorsque, débarqués à Paris, ils roulèrent en voiture vers la brasserie, le\ncalicot devint très galant. Elle le laissa faire, écœurée mais muette, sans une\nrévolte, sans colère contre cet ivrogne dans son droit. A la brasserie elle\nreprit le tablier et fit son service jusqu'à la fermeture. Son compagnon\nn'était plus en état de la suivre. Elle s'échappa tandis que le patron char­\ngeait l'homme dans un fiacre avec toutes sortes de respects.\n   Rentrée en son garni, la fille fit ses paquets, remplit ses malles à la hâte,\nrangea ses hardes comme pour un départ. Ce travail la mena jusqu'au jour.\nVers sept heures, elle fit venir une voiture ; et en route pour la gare de\nLyon.\n   Elle retournait pour tout de bon au pays, près de la Sioule, près de la\nrivière dont elle avait retrouvé et reconnu la vieille chanson, là-bas, à\nAuvers, en plein air, au bord de l'eau.\n                                               C H . - M . FLOR O'SQUARR."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 75, "titre_corps": "Airs de flûte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "AIRS DE FLUTE", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POEME EN PROSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "AIRS DE FLUTE\n                XXVII\n\n               RETOUR\n\n\n                    I\n\nIl est parti, le pauvre Amour\nQui me caressait de son aile...\nJe le trouverai quelque jour\nAu fond de la vie éternelle.\n\n\nC'était trop pur, trop clair, trop beau,\nC'était impossible, je pense,\nAlors j'ai risqué la dépense\nD'un marbre noir sur son tombeau.\n\n\nJe retourne au passé, sans lutte,\nSans grande joie et sans remords;\nTous mes petits enfants sont morts\nEt je noue un crêpe à ma flûte.\n\n\nMoi qui l'avais jetée au flot\nPlein de victimes! Repêchée,\nElle n'est pas encor séchée\nDes vieilles larmes et de l'eau.\n\n\nElle est toujours triste et dolente,\nJoyeuse, folle, et bonne aussi,\nElle chante, elle pleure, ô si\nVous aviez été mon amante!\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "                                   -   75   -\n\n\n\n                                       II\n\n                 Tu voulais, j'en suis sûr, cher ange,\n                 Un amant intrompé, trompant ;\n                 Eve, j'eusse été ton serpent,\n                 Un serpent fou qui se dérange.\n\n                 Oublie, et puis dis-toi qu'il faut\n                 Au canard, au cygne, des ailes;\n                 Et que j'avais le gros défaut :\n                 D'aimer toutes les demoiselles.\n\n                 Car c'est bien là que nous allons :\n                 « Bienfilâtre ou bien Malfilâtre »,\n                 A moins d'imiter le Pilâtre\n                 De Rosiers, qui fit des ballons,\n\n                 Et de s'envoler vers la nue,\n                 Secoué par lès ouragans\n                 Avec douze paires de gants\n                 Pour la Nébuleuse Inconnue!\n                                                                SIEBEL.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 76, "titre_corps": "Poème en prose : La Vie et le Rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Poème en prose", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "POEME EN PROSE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS DE PROFUNDIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 963, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "POEME EN PROSE\n                          LA VIE ET LE RÊVE\n\n             Ilsattendaient dans la plaine.\n                  \" II ne viendra pas, seigneur, dit un des témoins à un\n               chevalier, tout vêtu de noir, qui restait pensif, les bras croisés\n               sur la poitrine. Il ne viendra pas. Voyez, ajouta-t-il, en\nmontrant la plaine blanche de neige s'étendant à l'infini. Voyez... personne...\nOh ! le lâche ! »\n  « Mon ami, n'en doutez pas, il viendra » répondit le sombre chevalier.\n Aussitôt, un rayon de lune tomba obliquement près d'eux. Et, sur ce\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "                                  -   76   -\n\n rayon, comme sur un immense ruban de soie, le blanc seigneur du Rêve\nassis à califourchon glissa de la lune, suivi de deux petits pages.\n    « Merci ! » dit le blanc seigneur, qui avait entendu les paroles de son\nadversaire.\n    Bientôt les fleurets scintillèrent.\n   A la première passe, le chevalier traversa son antagoniste de part en part;\nmais celui-ci se remit aussitôt en garde, prêt à continuer la lutte.\n    « Il n'a donc pas de sang! dirent les témoins du chevalier.\n   A la seconde rencontre, le blanc seigneur transperça son adversaire;\nmais celui-ci se dégagea subtilement.\n   « Ce n'est donc pas un homme! » dirent les pages.\n   Le duel dura toute la nuit.\n   Lorsque le soleil parut à l'horizon, le chevalier dit : « Cessons. Nous ne\nnous tuerons jamais. Adieu, blanc seigneur du Rêve, je te rends à la lune. »\n   Et le blanc seigneur répondit : « Hélas ! nous devons donc vivre tous\ndeux. Et moi, qui espérais te tuer cette nuit, sombre seigneur de la Vie, ô\nfils du soleil, ou bien mourir de ta main! Oh! l'un de nous ne sera\nheureux qu'à la mort de l'autre! Mais.... si je me suicidais....\n   Aussitôt il se plongea le fleuret dans le cœur. Mais il n'en mourut pas.\n   « Tu le vois, fier ennemi, notre vie ne nous appartient pas. Adieu, fils\ndu soleil, nous devons éternellement souffrir! »\n    Et d'un bond, le blanc seigneur sauta dans la lune qui pâlissait dans les\nnues, emportant dans ses bras les deux petits pages.\n    Et comme la lune se refermait, le sombre seigneur de la Vie, un genou en\nterre, s'inclina devant le soleil, qui le baisa sur le front.\n                                                  HECTOR CHAINAYE.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 78, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Giboyer", "ancre_debut": "VERS DE PROFUNDIS", "ancre_fin": "GIBOYER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 1730, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "VERS\n                             DE PROFUNDIS\n\n                Cher, faut-il croire à ce voyage\n                Dont tu me peins le paysage\n            Par les sommets neigeux des Alpes dominé?\n                A tes gais récits de touriste\n                Qui me font l'âme encor plus triste ?\n            Ad te, de profundis, clamavi, Domine!\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "                    — 77 —\n\n    Moi, qui demeure dans la plaine,\n    Seule, et de regrets toute pleine,\nAvec ton souvenir dans le cœur buriné,\n    Pendant que tu poursuis ta course,\n    J'aperçois le fond de ma bourse.\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Est-ce beau, dis, cette Italie\n    Où te suit ma mélancolie?\nTout le temps, à pied sec, n'as-tu pas cheminé?\n    Moi, je sens l'eau, quand je trottine,\n    Emplir le fond de ma bottine...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Est-ce vrai qu'il fait froid en Suisse?...\n    Au clou j'ai porté ma pelisse,\nRedoutant les gros mots du concierge aviné.\n    Je gèle dans mon épiderme,\n    Mais il fallait payer le terme...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Rares sont les jours où je mange\n    A ma faim ; vrai, cela me change.\nN'auras-tu pas pitié de mon corps satiné ?\n     Tu l'aimais tant! — Je deviens hâve,\n    Il n'est plus de vin dans la cave...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Les femmes sont-elles bien mises ?\n    Ont-elles toutes des chemises,\nAu pays de soleil toujours illuminé ?\n    Moi, de ma dernière douzaine\n    Il ne m'en reste qu'une... à peine...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    On prétend que tu t'amouraches,\n   En écoutant le ranz des vaches,\nDe quelque pittoresque et rurale Phryné...\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "                        -   78   -\n\n       Le grelot de ta chienne fauve\n        T'appelle au fond de notre alcôve...\n    Ad te, de profundis, clamavi, Domine!\n\n         Ils mentent, n'est-ce pas, les lâches,\n         Quand ils disent que tu me lâches ?\n    Ils ont plaisir à voir mon cœur exterminé!\n         Sache que j'élargis mes tailles,\n        Parce qu'au fond de mes entrailles...\n    Ad te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n\n                       BAISERS\n\nAu seuil du vert printemps, du printemps adoré,\nNous irons, seuls à deux, chercher la violette;\nJ'ôterai mon chapeau, toi, ta fine voilette,\nPour nous embrasser mieux, sur le coteau doré.\n\nPuis ce sera l'Eté, l'Eté clair et chéri;\nPour baigner tes pieds blancs dans les eaux argentines,\nNous nous embrasserons, en ôtant tes bottines,\nAu bord du ruisseau bleu, sous le coteau fleuri.\n\nQuand l'automne viendra, l'automne sans parfum.\nNous irons nous asseoir devant l'horizon rouge,\nAu coucher du Soleil, à l'heure où rien ne bouge,\nEt nous embrasserons sur le coteau tout brun.\n\nLorsque l'hiver, — l'hiver, du cercueil affranchi,\nDéroulera pour toi son doux tapis d'hermine.\nNous irons, des moineaux apaisant la famine,\nNous baiser, devant eux, sur le coteau blanchi.\n                                                  GIBOYER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 80, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Lys", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLe Lys, par FERNAND SEVERIN. — Un volume avec un frontispice de M. Henry De\n          Groux. Bruxelles, Lacomblez. Paris, Lemerre. Prix : 2 francs.\n\n\n              Le poète du Lys, M. Fernand Severin, se présentée nous, dans\n               le mouvement littéraire actuel, comme une nature d'exception.\n                De tous nos poètes contemporains, l'auteur du Lys est\n               évidemment le plus isolé et le plus seul. Tandis que la plupart\ndes écrivains de la Jeune Belgique, fidèles au passé et aux traditions artis­\ntiques de notre race, laissent chanter en eux notre joie instinctive de la\ncouleur, et notre amour inné de la poésie plastique et picturale, M. Fernand\nSeverin, lui, est avant tout un poète d'analyse psychologique et senti­\nmentale. Il n'est pas, suivant la superbe expression de M. d'Aurevilly, un\n de ces « yeux de chair » qui s'enivrent des teintes somptueuses, du faste des\nchoses, de l'orgueil des formes ; il n'a pas le matérialisme, parfois exubérant,\nparfois subtil, des artistes de la Renaissance. Il nous apparaît, au contraire,\ncomme un primitif, un primitif à la grâce étrange et profonde, et l'on voit\nerrer sur les lèvres de ses strophes le déconcertant sourire des anges de\nBoticelli.\n   La poésie de M. Fernand Severin, au lieu de célébrer le triomphe de la\nBeauté physique, a les yeux qui regardent en dedans. Le monde extérieur\net ses fêtes animales, n'existe point pour lui. Son décor est presque toujours\nle même : c'est un jardin aux fleurs pâles, où le ciel vague et les arbres\nincertains s'estompent dans du souvenir et du rêve. « Les heures y coulent,\nlentes et seules » dans les grands « lys héraldiques », des lys de pensée et\nde solitude. Un silence plaintif règne dans ce décor illusoire, et quand il s'y\ndessiné une figure d'éphèbe ou de vierge, c'est à se demander si le paysage\nn'est point la forme visible de leur âme.\n   Les étranges fantômes d'enfants et de femmes, évoqués par M. Fernand\nSeverin, marchent dans ce décor sympathique à pas très lents, sur la pointe\ndes pieds, un doigt mystérieusement posé sur la bouche. Ils ont l'allure\nhiératique des personnages légendaires, qui n'expriment l'humanité qu'en\ns'élevant au dessus d'elle. Ils se promènent dans les fleurs, et très douce­\nment, sur le ton des confidences et du secret, exhalent, comme un parfum,\nla désillusion de vivre.\n   C'est l'aveu des âmes indolentes à l'action, le calme, l'incurable mépris\nde l'action impossible. C'est la plainte de l'amour en rêve, de cet amour de\nl'amour qui tue les autres amours. C'est la solitude dans le cœur et dans\nla pensée, une soif toujours nouvelle d'échanger la brutalité des choses\ncontre les douceurs du souvenir. On est pâle du « vide de la chair », pâle\n« des baisers qu'on n'aura pas donnés ». Le mal dont on souffre, « l'ennui\ndynastique de vivre » est éternisé par le sentiment qu'on a « d'en être seul\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "                                  - 80 —\n\natteint ». L'orgueil de cette souffrance devient une consolation amère, et\nl'on s'éteint, « sans avoir eu d'autrui » dans la joie solitaire « d'être le\ndernier rêve ».\n    Le rêve, voilà le poison lent dont se meurent les éphèbes et les vierges du\nLys. Et du rêve monte alors, comme un encens mauvais, une perversité\nétrange. La perversité qui s'exhale du rêve, de tout rêve, hélas! perversité\nd'autant plus profonde et plus vaste que le rêve est plus rare et plus haut.\n    Et cette perversité du rêve, cette perversité sans objet, semble le châti­\nment providentiel de ceux qui ont répudié la santé banale de la Vie.\n    Le Lys, avec ses qualités de psychologie et d'analyse sentimentale, est,\nnous l'avons dit, une œuvre déconcertante et excentrique. La poésie con­\ntemporaine a perdu l'habitude de ces vers d'une simplicité puissante, pareils\nà la lueur soudaine d'une lanterne sourde jetée sur l'intimité des âmes, et\nqui sont la marque personnelle de M. Fernand Severin. Les vers de cette\nespèce sont redevenus très neufs aujourd'hui, neufs d'une nouveauté spé­\nciale, et qui échappe aisément aux yeux routiniers. Réunis en volume, les\npoèmes de M. Fernand Severin prennent une signification intense, et\nl'heure n'est pas lointaine où les incrédules reconnaîtront dans l'auteur du\nLys un poète original et profond.\n    La forme de M. Fernand Severin est d'une simplicité savante et précoce.\nIl ne cherche pas l'originalité à quatorze heures. Il ne demande pas le\nsuccès à l'acrobatie ni à la mauvaise virtuosité. Il a un profond dédain pour\nles modes littéraires et les évangiles de cénacle. Aussi nos René Ghil de\nprovince, les décadents de la Pierreuse et les botteresses du symbolisme\ninstrumental lui ont fait entendre qu'il n'a pas « le rhythme intérieur ».\n Nous l'en félicitons hautement. Le poète du Lys est au dessus de cette école\nde grimaces.\n    Si l'on entend par don de poésie l'instinct qui consiste à trouver la\nmusique rimée d'une pensée, M. Fernand Severin est poète au sens absolu\n du mot. Et l'instinct est doublé chez lui d'une science déjà profonde.\n L'auteur de la Muse, des Mort-nées, de l'Oublié, d'Une Enfant, des Vers\npour Yseult — un des joyaux de notre Parnasse — et du Vallon, aime le\n vers simple et riche, ondulant avec la pensée, le vers souple et fort de nos\n grands poètes classiques. Son style, où les mots abstraits foisonnent, est si\n intellectuel que l'image, même la plus vive, ne parvient pas à le matéria­\n liser. Et il n'est pas défendu de retrouver, dans certaines strophes d'une\n musique éteinte, d'une mélodie presque racinienne, le roucoulement des\n ramiers qui meurent si plaintivement dans les vers d'Esther et de Bérénice.\n    Le Lys a les défauts de ses qualités. Il est d'une blancheur un peu mono­\n tone. Et le vers de M. Fernand Severin est parfois, à force de spontanéité,\n négligé et lâche. Tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts, ce vers nous\n paraît destiné au dialogue et au poème dramatique. Les grands sujets légen­\n daires sont, croyons-nous, la patrie du poète du Lys. Et nous ne doutons\n pas que ses étranges fleurs de psychologie sentimentale ne s'y épanouissent\n un jour dans tout leur noble et savant éclat.\n                                                      ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-02-15-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 84, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "notre silence", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 41, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 83, "texte": "Hors du Siècle, le volume de poésies de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 135, "fin_caractere_exclue": 175, "texte": "M. Albert Giraud, vient de paraître chez"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 270, "texte": "Vanier, éditeur à Paris. Nous consacrerons"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "dans notre prochain n° une étude à cette"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 385, "texte": "belle œuvre."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "Nous recevons la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "« Marseille. 6 février 1887."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1027, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "« Monsieur MAX WALLER,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "« directeur de la Jeune      Belgique."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "« J'apprends seulement aujourd'hui par"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1302, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "M. Péladan la petite perfidie machinée —"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1400, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "j'augure sous votre signature (1) — dans le"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "n° de janvier de la Jeune Belgique contre le"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1537, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "Missel."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1548, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "« L'accusation — j'en ignore la formule et"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1591, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "les termes exacts, la Jeune Belgique de ce"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "mois, sans doute pour cause, ne m'étant par­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "venue — prétendrait, paraît-il, à prouver que"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1917, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "j'ai pastiché les Litanies de M. Iwan Gilkin"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2019, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "dans une pièce de même titre : Litanies."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2155, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "«Pour défendre et relever pleinement ma"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "probité littéraire de cette insidieuse alléga­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "tion, je pourrais, en vérité, objecter, avec"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2328, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "quelques preuves d'une suffisante irréfuta­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2372, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "bilité à l'appui, que mes Litanies portent"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "une date manuscrite antérieure de cinq"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2557, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "mois à la publication des Litanies          de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2650, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "M. Gilkin, dans l'octobre 85 de la Jeune"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2707, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "Belgique, et doter tout aussi vraisemblable­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2753, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "ment ainsi M. Gilkin du plagiat qui m'est"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2796, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "attribué."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2983, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "« Mais en raison de la petitesse de la chi­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3118, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "cane, j'estime ma dignité ne pas devoir"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3253, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "condescendre vis-à-vis de vous à toute"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3390, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "réelle explication et préfère, en consé­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3514, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "quence, vous prier, aux termes du «projet"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3557, "fin_caractere_exclue": 3596, "texte": "de loi » si judicieusement codifié dans"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3648, "fin_caractere_exclue": 3685, "texte": "l'Art moderne du 6 novembre 1886 — de"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3836, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "(1) Erreur."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 134, "texte": "m'estimer au rang de ceux que, littéraire­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "ment, on ne salue plus — et qui ne saluent"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 278, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "pas."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 358, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "« R. PASCALIS."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 441, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "« P. S. Je vous prie de vouloir bien insé­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 534, "fin_caractere_exclue": 577, "texte": "rer cette lettre, dont j'envoie une copie à"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 628, "fin_caractere_exclue": 671, "texte": "l ' A r t moderne, dans votre plus prochain"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 722, "fin_caractere_exclue": 731, "texte": "numéro »."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 787, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "M. Pascalis se met le Russel dans l'œil"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "s'il croit que le public se laissera prendre"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 972, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "à cette explication. Sa date         manuscrite"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1070, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "n'aura aucun crédit et il est invraisemblable"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1166, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "que M. Gilkin ait pu, de Bruxelles, plagier"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1301, "texte": "une poésie qui n'avait pas paru... à Mar­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1352, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "seille. Sa lettre, pour n'être guère polie, est"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1450, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "donc d'une plaisante candeur, voilà tout."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1644, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "Poison, l'acte de M. Max Waller, repré­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1734, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "senté récemment à Paris, vient de paraître,"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 1874, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "tiré à 50 exemplaires de choix, tous sous­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2012, "fin_caractere_exclue": 2018, "texte": "crits."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "Nous donnerons un fragment de la pièce"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2202, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "dans un de nos prochains numéros."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2424, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "Sous presse : La Flûte à Siebel, poésies"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2515, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "de M. Max Waller, avec préflûte de M. Al­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2607, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "bert Giraud et frontispice de M. Léon Dar­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "denne."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2848, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "L'Almanach de l'université de Gand vient"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2939, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "de faire sa 4° apparition, et n'est pas"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3077, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "moins intéressant que les années précé­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3208, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "dentes. Ce nous est une grande joie de voir"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3342, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "les étudiants se mêler à la poussée littéraire"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3481, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "et donner leur coup de collier."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3609, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "On trouvera dans ce volume la comédie"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3697, "fin_caractere_exclue": 3738, "texte": "en un acte de [M. Fritz EU (Lutens) : Une"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3789, "fin_caractere_exclue": 3833, "texte": "réparation, qui vient de paraître en un élé­"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 3884, "fin_caractere_exclue": 3924, "texte": "gant tirage à part des presses de Hoste."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "Fin et délicat marivaudage, saynète de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "paravent d'une grande ténuité, qui suppor­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 223, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "terait difficilement un plus considérable"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "cadre. Nous croyons cependant qu'il est"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 402, "fin_caractere_exclue": 442, "texte": "question d'Une réparation pour les mati­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "nées littéraires du théâtre Molière. L'idée"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "est heureuse et nous y veillerons."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 772, "fin_caractere_exclue": 775, "texte": "***"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "Vient de paraître : la Foire de Sorotchi-"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "netf, supérieurement traduit du russe de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1042, "texte": "Gogol par M. Eugène Hins."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1280, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "Voici le sommaire du n° 1 (3 e année) de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "la Wallonie :"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1457, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "Paul Bourget, Vers. — Camille Lemon­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1523, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "nier, En Allemagne. — Georges Roden­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1614, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "bach, Paysages souffrants (vers). —Stuart"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1698, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "Merrill, Feuillets d'un vieux cahier. —"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1787, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "Emile Verhaeren, Là-bas ; Légendes; Les"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1870, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "vieux rois (vers). — Mario Varvara, Vieux"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1959, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "rieur. — Eudes Honin, Soir (vers). — Gas­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "ton Vyttall, Poèmes ironiques. — Fernand"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2134, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "Severin, Enfance ; Le retour (vers). —"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2220, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "Ernest Mahaim, De mon carnet. — George"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2309, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "Garnir, Requiem ; La fin (Vers). — P.-M."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2398, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "Olin, Mes mémoires. — Georges Rosmel,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2489, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "Miss Dispute. — Achille Delaroche, P a s ­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2532, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "tourelle-kermesse (vers). —Albert Mockel,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2574, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "Soirs mouvants."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2593, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "Chronique des arts : Albert St-Paul, Pu­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2678, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "vis de Chavannes. — D***, Gioconda à"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2765, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "Bruxelles. — Ludwig Gheldre, Théâtres et"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "Concerts de Bruxelles."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "Chronique littéraire : René Ghil, Les"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3024, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "Soirs d'Emile Verhaeren.— Maurice Siville,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3111, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "Un livre d'étrennes. — Albert Mockel, Ca­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3197, "fin_caractere_exclue": 3239, "texte": "mille Lemonnier et La Belgique.          —"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3272, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "P.-M. Olin, Les Forêts de Vandrunen. —"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3358, "fin_caractere_exclue": 3389, "texte": "Petite Chronique. — Nos livres."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3713, "fin_caractere_exclue": 3749, "texte": "Un nouveau confrère.— Nous venons de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3780, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "recevoir les premiers numéros du Salon"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3865, "fin_caractere_exclue": 3906, "texte": "pour tous. Nous nous faisons un véritable"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3917, "fin_caractere_exclue": 3960, "texte": "plaisir de recommander à nos lecteurs cette"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 4005, "fin_caractere_exclue": 4036, "texte": "nouvelle publication illustrée."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 4097, "fin_caractere_exclue": 4133, "texte": "La partie artistique ne comprend pas"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 4185, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "moins de huit à dix dessins par numéro,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "signés de noms de maîtres et d'artistes con­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "nus : Th. Ribot, Marcellin Desboutin,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 269, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "J . - F . Raffaelli, Henri Pille, H. Brispot,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 361, "fin_caractere_exclue": 401, "texte": "José Frappa, Jules Girardet, Félix Réga­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 448, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "mey, Léon Barillot, Viollier, Léon Baillif,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 538, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "Draner, Coll-Toc, Luc Catonnet, etc., etc."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 631, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "Chaque numéro contient en outre une"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 713, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "page de musique, une chronique, une nou­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 800, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "velle, des biographies, des poésies, des"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 887, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "échos artistiques, des renseignements sur"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "les expositions du pays et de l'étranger."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1067, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "La littérature y est brillamment repré­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1153, "fin_caractere_exclue": 1192, "texte": "sentée par MM. Ernest d'Hervilly, Réga­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1239, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "mey, Paul Foucher, Paul Arène, Coque­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1323, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "lin cadet, Gustave Rivet, Bertol-Graivil,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1411, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "J. de Gesvres, Raffaelli, Obry-Henry, Sau­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1500, "fin_caractere_exclue": 1522, "texte": "tereau, de Sivry, etc."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1573, "fin_caractere_exclue": 1613, "texte": "Le Salon pour tous paraît tous les same­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1660, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "dis. Ceux qui prendront un abonnement"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "pour l'année 1888 recevront la collection"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1832, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "complète des numéros parus. L'abonne­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "ment pour la Belgique est de 12 francs par"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "an, de fr. 6-50 pour six mois. Le prix du"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "numéro est de fr. 0-25. Un numéro spéci­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2180, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "men est adressé franco contre toute de­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2266, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "mande affranchie. Pour la rédaction, l'ad­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2355, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "ministration, la vente et les abonnements,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2444, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "s'adresser : rue de Brabant, 183, Bruxelles."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2638, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "La Wallonie, qui a de plus en plus soif"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2724, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "du ridicule, publie dans son dernier nu­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2811, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "méro, sous forme d'annonce, une pancarte"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2898, "fin_caractere_exclue": 2938, "texte": "prétentieusement intitulée : Nos Livres."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 2987, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "On y voit figurer l'œuvre complet de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3070, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "Camille Lemonnier, d'Emile Verhaeren, de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3157, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "Georges Rodenbach, les Lettres à Jeanne"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3243, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "de Jules Destrée, etc., etc."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3320, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "Le Mâle et le Mort, les Flamandes (si"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3404, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "wallonnes, n'est-ce pas?) et la Jeunesse"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3491, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "Blanche, sont désormais les livresde MM."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3578, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "Mockel, Mahaim, Olin et Siville. « Cette"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3665, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "malle doit être à nous ! » disait Bilboquet,"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3756, "fin_caractere_exclue": 3779, "texte": "dans les Saltimbanques."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3828, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "Ce Mâle est à moi, répondrait Lemon­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3911, "fin_caractere_exclue": 3916, "texte": "nier."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 3965, "fin_caractere_exclue": 4004, "texte": "La seule malle qui appartienne à Bilbo­"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 4051, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "quet, c'est celle qui contient les Fumistes"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 4141, "fin_caractere_exclue": 4184, "texte": "wallons et deux ou trois livres de Célestin"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 4231, "fin_caractere_exclue": 4269, "texte": "Demblon. Bilboquet peut se fouiller et"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "etourner ses poches, il ne trouvera pas"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 152, "texte": "autre chose."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 267, "texte": "Et quant au Lys, dont les principaux"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "poèmes ont paru soit dans la Jeune Belgi­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 454, "texte": "que, soit dans le Parnasse,         Bilboquet"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 539, "texte": "oublie un peu trop facilement que Fernand"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 628, "texte": "Severin a débuté chez nous, il y a trois"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 678, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "ans, à une époque où la Wallonie était"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 735, "fin_caractere_exclue": 758, "texte": "encore dans les limbes."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 762, "fin_caractere_exclue": 802, "texte": "L'outrecuidance de Bilboquet dépasse les"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 932, "texte": "bornes. Son catalogue de grand chemin a"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 984, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "provoqué chez nous un tel éclat de rire, que"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1075, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "les oreilles liégeoises ont dû en tinter."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "Un conseil pour finir. Parmi les écrivains"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1253, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "si wallons de la Wallonie, nous comptions"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1337, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "déjà plusieurs Français, et quelques Fla­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1423, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "mands de Flandre; ce n'est pas assez. Il y"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1513, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "a encore Charles De Coster et Marnix de"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1603, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "Sainte-Aldegonde, victimes d'un injuste"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1667, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "oubli de la part de Bilboquet."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1701, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "De cette façon le petit vestiaire liégeois"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "de l'Art moderne justifiera très bien son"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1833, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "titre et sa devise, qui ne feront plus qu'un"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "titre : « la Wallonie quand même ! »"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "Paul Verlaine vient de désavouer d'une"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2276, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "façon éclatante les vieux débris du symbo­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2344, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "lisme instrumental qui ont pris la Wallo­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "nie pour leur Hôtel des Invalides. La guerre"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2431, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "est déclarée entre René Ghil et Anatole"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2561, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "Baju, entre les symbolistes et les décadents."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2693, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "La Wallonie, prudente, ne souffle mot de"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "la querelle. Nous voudrions bien savoir si"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2960, "fin_caractere_exclue": 3002, "texte": "elle préfère René Ghil à Paul Verlaine, ou"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3063, "fin_caractere_exclue": 3081, "texte": "à Georges Khnopff?"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "Le jury chargé de décerner le prix"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3263, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "quinquennal de littérature est en gésine."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3352, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "On en connaît la composition. Nos écri­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3441, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "vains seront encore une fois jugés par un"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3531, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "jury incompétent en matière littéraire. A"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3621, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "deux ou trois exceptions près, le jury n'est"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3711, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "guère composé que d'un vieux solde de"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3800, "fin_caractere_exclue": 3844, "texte": "professeurs d'université et d'un reliquat de"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3895, "fin_caractere_exclue": 3940, "texte": "vieilles filles administratives. Nous protes­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3987, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "tons d'avance contre ce jury et contre son"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4079, "fin_caractere_exclue": 4087, "texte": "verdict."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4173, "fin_caractere_exclue": 4214, "texte": "Camille Lemonnier vient de publier l'édi­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4259, "fin_caractere_exclue": 4300, "texte": "tion définitive de sa Belgique, une œuvre"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "monumentale qui le désigne entre tous, une"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "œuvre éminemment nationale. On a refusé"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "le prix quinquennal à Camille Lemonnier"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "il y a cinq ans. Le lui refusera-t-on encore"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 457, "fin_caractere_exclue": 497, "texte": "aujourd'hui? Que le jury se souvienne du"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 546, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "banquet du Grand Hôtel, et qu'il n'oublie"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "pas que ce banquet pourrait bien avoir un"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 734, "texte": "dessert!"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 854, "fin_caractere_exclue": 892, "texte": "La Revue Indépendante, dont les évolu­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 941, "fin_caractere_exclue": 983, "texte": "tions ne surprennent plus personne, depuis"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1032, "fin_caractere_exclue": 1074, "texte": "qu'elle est tombée sous la coupe d'un syn­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "dicat d'avocats bruxellois, dont le vieux"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "boy et le mammamouchi qui réjouit en ce"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1301, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "moment le Maroc, vient de congédier"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1385, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "quatre collaborateurs : MM. Téodor de"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1471, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "Wyzewa, Villiers de l'Isle-Adam, Mallarmé"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1561, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "et J. K. Huysmans. Résultat : trois écri­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1651, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "vains de moins."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1795, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "M. Jules Destrée termine en ce moment"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1881, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "une série de poèmes en prose qui paraî­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1969, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "tront dans quelques mois sous ce titre :"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "les Chimères, en une édition de grand"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "luxe tirée à petit nombre. Le volume sera"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2234, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "précédé d'une étude sur le poème en prose"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2324, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "par J.-K. Huysmans."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2523, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "M. Maurice des Ombiaulx a sous presse"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2656, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "à l'imprimerie Monnom des Chants des"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2782, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "jours lointains pour paraître en avril en une"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2920, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": "élégante édition tirée à 60 exemplaires"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3052, "fin_caractere_exclue": 3062, "texte": "seulement."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3134, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "Les éditeurs Tresse et Stock de Paris"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3220, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "viennent de publier dans leur collection à"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3311, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "2 fr., en un très joli petit volume : Un"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3400, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "Dilemme de J.-K. Huysmans. On se r a p ­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3489, "fin_caractere_exclue": 3530, "texte": "pelle ce petit roman paru en 1886 dans la"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3579, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "Revue Indépendante. Il est d'une extraor­"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "dinaire intensité d'observation, avec des"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3759, "fin_caractere_exclue": 3799, "texte": "types magistralement campés, des détails"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3848, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "vécus très poussés, très osés, et une férocité"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 3943, "fin_caractere_exclue": 3986, "texte": "qui fouaille le bourgeois avec acharnement."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4035, "fin_caractere_exclue": 4078, "texte": "Ecrit en le beau style personnel du maître,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4127, "fin_caractere_exclue": 4169, "texte": "ce bref roman, si pénétrant et si parfait,"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4218, "fin_caractere_exclue": 4258, "texte": "prendra place dans son œuvre entre A Vau"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 4307, "fin_caractere_exclue": 4347, "texte": "l'eau et En Ménage. — Le prochain auquel"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "Huysmans travaille en ce moment s'ap­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 156, "texte": "pellera Là-Bas."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 501, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "RÉSULTAT DU CONCOURS DE 1887 DE la"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "Revue générale. — Le concours de poésie"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "n'a donné aucun résultat. Après beaucoup"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "d'hésitations le concours de nouvelles a été"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "ainsi classé :"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 966, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "1° Ex œquo : La fortune d'Otto Greifer,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1054, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "par M. Louis van Keymeulen; La fée du"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "Val Marie, par la vicomtesse de Blistain."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1242, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "2° Marc Haudriez, par M. X. 3° Madame"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1357, "texte": "Busschoff, par Fritz EU."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1428, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "Nouveau concours. — La Revue générale"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1510, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "ouvre un concours public : 1° Pour une"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1687, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "nouvelle ou un roman, d'une étendue d'en­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1729, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "viron huit feuilles d'impression au moins,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1813, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "soit 128 pages du format de la Revue;"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "2° pour un recueil de poésies."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "Les auteurs ont la liberté absolue du"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2132, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "choix de leurs sujets, pourvu qu'ils res­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2316, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "pectent la religion, la morale et les bien­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2407, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "séances."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2501, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "Les prix ne seront attribués que si les"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "œuvres envoyées sont passables, au dessus"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2768, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "du médiocre."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2866, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "Il y aura :"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2956, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "1° Pour le concours de nouvelles, trois"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3097, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "prix : le premier, de 500 francs, le deuxième,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3197, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "de 200 francs, le troisième, de 100 francs;"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3290, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "2° Pour le concours de poésie, trois prix"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3373, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "le premier, de 250 francs, le deuxième, de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3418, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "100 francs, le troisième, de 50 francs, tous"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3464, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "payables le 25 février 1889."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3560, "fin_caractere_exclue": 3598, "texte": "La Revue générale se réserve, en prin­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3651, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "cipe, le droit de propriété sur toutes les"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3741, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "œuvres primées."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3836, "fin_caractere_exclue": 3877, "texte": "Tous les manuscrits doivent être lisible­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3927, "fin_caractere_exclue": 3966, "texte": "ment écrits, sur le recto seulement des"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4020, "fin_caractere_exclue": 4063, "texte": "pages, porter une devise de concours repro­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4119, "fin_caractere_exclue": 4161, "texte": "duite sur une enveloppe cachetée contenant"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4164, "fin_caractere_exclue": 4196, "texte": "le nom et l'adresse de l'auteur."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4202, "fin_caractere_exclue": 4239, "texte": "Les manuscrits doivent être adressés,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4243, "fin_caractere_exclue": 4284, "texte": "avant le 1er août 1888, à la direction de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4291, "fin_caractere_exclue": 4328, "texte": "Revue, 97, rue Belliard, à Bruxelles."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4335, "fin_caractere_exclue": 4374, "texte": "Les manuscrits non primés seront resti­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 4378, "fin_caractere_exclue": 4416, "texte": "tués à leurs auteurs sur leur demande."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Le Royal Waterzoei a donné son ban­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 216, "texte": "quet le 11 février 1888."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 271, "fin_caractere_exclue": 307, "texte": "MM. Hillemacher et Benjamin Godard y"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "étaient conviés. Au dessert ont été dits ces"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 455, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "vers d'un poète mort l'an dernier. Ils sont"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 550, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "inédits :"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 651, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "Messieurs, nous avons la vieille coutume,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 744, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "— Où nous promettons de nous entêter, —"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 835, "fin_caractere_exclue": 876, "texte": "C'est d'aimer, an Heu du talent posthume,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 928, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "Le talent vivant, et de le fêter."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "Depuis quelque temps on admet, en somme,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1105, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "— Maïs ce n'est qu'après un très dur effort —"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1202, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "Qu'un musicien peut être un grand homme"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "Avant d'avoir eu l'esprit d'être mort !"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1384, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "Or, en ce festin dont les clartés vives"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "Célèbrent un soir où l'amitié rit,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1561, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "Des musiciens, parmi nos convives,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1647, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "N'ont pas eu besoin d'avoir cet esprit;"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "Des musiciens dont les mélodies"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1863, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "Dans nos cœurs touchés vibrent comme un dard ;"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 1961, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Des joueurs de lyre aux chansons hardies :"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2055, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "Les Hillemacher, Benjamin Godard."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2182, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "Les uns ont chanté de Guise et Joyeuse,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2273, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "La duchesse en pleurs aimant son chagrin,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "Et, dans la lumière ardente et joyeuse,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "Le masque affiné du beau Saint-Mégrin."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2592, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "Et l'autre, demain, chantera Laurence,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2725, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "Belle dans la mort, blanche comme un lin,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2818, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "Et dont la souffrance endort la souffrance"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 2912, "fin_caractere_exclue": 2950, "texte": "Qui palpite au cœur du grand Jocelyn !"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3048, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "C'est pourquoi, messieurs, il convient de faire"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3148, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "Deux coups d'un seul toast, qui VOUS sera cher,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3248, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "Et de célébrer, en levant mon verre."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3332, "fin_caractere_exclue": 3370, "texte": ":    Benjamin Godard, les Hillemacher!"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3518, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": "M. Jules Destrée avait bien voulu se"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3607, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "charger de faire la critique du salon des"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3701, "fin_caractere_exclue": 3738, "texte": "XX. Malheureusement, grâce à la cour­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3791, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "toisie de leur secrétaire, entrée a été"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 3883, "fin_caractere_exclue": 3924, "texte": "refusée à notre collaborateur, et M. 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Diners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. 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Un numéro 2 0 centimes,\n    abonnement (3 mois) 1 7 francs; en ventepartout.\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "        LA BELGIQUE\n                                           PAR\n\n                 CAMILLE                 LEMONNIER\n                              PARIS, HACHETTE\n\n\n    Un fort volume grand in-40, imprimé avec grand luxe sur beau papier,\n   t illustré par les meilleurs graveurs, d'après les œuvres de nos artistes le\nplus en renom.\n   LA B E L G I Q U E comporte 764 pages d'une typographie irréprochable\net constitue la plus complète et la plus littéraire description de notre pays.\n                                 Prix : 5o francs.\n                    me    e\n   S'adresser à M        V MONNOM, imprimeur-éditeur, 26, rue de l'Indus­\ntrie, Bruxelles.\n\n  Il est accordé facilité de paiement aux abonnés à la Jeune Belgique.—\nPaiements par à-comptes, dont le souscripteur peut fixer le montant et la\ndate qui lui conviennent.\n\n\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                      ÉPERNAY\n\n\n                                              Prix Courant\n                              Baron J. de Warnimont                                          2 25\n                              Marquis Armand de St-Hubert . . .                    .   .     2 75\n                              ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                           3 00\n                              Crème d'Ay            id.                                      3 50\n                              Bouzy extra           id.          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P R I X : FR. 0-60.                      15 FÉVRIER 1888.\n\n\n\n\n                                           LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAI RE:\n Charles Baudelaire                                              FRANCIS NAUTET.\n Vers                                                            ANDRÉ FONTAINAS.\n La Chanson des eaux. .                                          CH.-M. FLOR O'SQUARR\n Airs de flûte                                                   SIEBEL.\n Poème en prose                              .              .    HECTOR CHAINAYE.\n Vers                                                            GIBOYER.\n Chronique littéraire : Le Lys,        par F. Severin            ALBERT GIRAUD.\n Memento.                                                        ***\n\n\n\n\n                                  BRUXELLES\n            ADMINISTRATION :                                      RÉDACTION :\n        26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                              80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                         PARIS\n                             LÉON VANIER, Editeur\n                             19, Quai Saint-Michel .\n\n\n                                             1888\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                      REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\nparaissant le 1er de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe volume\n                               orné d'un frontispice.\n\n   Bruxelles : Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\nDirecteur    : MAX WALLER. — Administrateur                 : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n                               ABONNEMENTS :\n  Belgique .     .   7 francs par an. — Union postale .             .    fr.       8-50\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                 forfait.\n\n\n               P R I N C I P A U X COLLABORATEURS :\n                                     BELGIQUE\n  Hector Chainaye, Maurice Desombiaux, Jules Destrée, Georges\nEekhoud, Jacques Fère, André Fontainas, J. Frédéric, Jean Fusco,\nIwan Gilkin, Jules Gilson, Albert Giraud, Arnold Goffin, Théodore\nHannon, Auguste Jenart, Georges Kaiser, Camille Lemonnier, Grégoire\nLe Roy, Maurice Maeterlinck, Henry, Maubel, Léon Montenaeken,\nFrancis Nautet, Fernand Severin, Siebel, Charles Sluyts, Lucien Solvay,\nMaurice Sulzberger, Hélène Swarth, Emile Van Arenbergh, Jules\nVan der Brugghen, James Vandrunen, Charles Van Lerberghe,\nMax Waller.\n                                       FRANCE\n\n  Léon Bloy, Hippolyte Devillers, Joséphin Péladan, Marius Réty.\n\n\n  La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n  L'eau-forte de Félicien Rops n'est pas arrivée. Nous nous y attendions,\nmais l'attendons. Elle viendra tard, mais elle viendra et nos abonnés n'y\nperdront rien.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "            CHARLES BAUDELAIRE\n\n\n\n                                  Dans        les Œuvres posthumes de Charles\n                                       Baudelaire, recueillies par M. Eugène\n                                     Crépet qui les a rassemblées et qui les a\n                                     longuement et indiscrètement commen­\n                                tées, le poète mystérieux des Fleurs du mal\n                               nous est révélé dans son intimité; ses petits\n                             papiers secrets, ses notes, sa correspondance,\n                          sont livrés au public qui peut-être ne les lira pas\n                avec la délicatesse qu'il faudrait.\n                   Le commentateur s'est 'candidement figuré que la publi­\n                cation de ces papiers ne pouvait nuire à la réputation de\n                l'écrivain ; effectivement ses ennemis ont dû déclarer qu'à\n                le voir ainsi pauvre et souffrant, la sympathie s'était éveillée\n                en eux. Mais cette sympathie eût révolté Baudelaire, elle\n                eût blessé sa fierté : il n'en avait cure et c'est pourquoi,\n                dans tout son œuvre, dans tout ce qu'il a livré volontaire­\n                ment au public, il n'a pas proféré une plainte et n'est pas\n                descendu jusqu'à initier le monde à ses peines matérielles.\n                   Comme il le confesse, il aimait « la joie aristocratique\nde déplaire ». Il ne mendiait pas la compassion, et c'est avec bonheur\nqu'il termine une lettre à Sainte-Beuve en lui rappelant cette phrase amère\n                                                                      4\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                     — 54 —\n\nde Shelley : « Je sais que je suis de ceux que les hommes n'aiment pas,\nmais je suis de ceux dont ils se souviennent ! »\n   Ce dédain, joint à ses audaces et aux douloureux blasphèmes qui sont\nsortis des lèvres de celui qui fut à de courts moments un pieux impie,\ndevaient le faire bannir de tous les mondes, sauf du monde des artistes.\nIl ne me paraît pas établi pourtant que les catholiques aient répudié Bau­\ndelaire en tant que catholiques. Une réprobation générale a frappé ses écrits,\nréprobation dont le caractère est plus bourgeois que religieux. Sur ce\nterrain, des fils de Voltaire se sont rencontrés avec des adeptes du Christ\nqui, lui, eût accueilli cet enfant de race comme il a accueilli Marie-Magde­\nleine (1).\n    Il n'est rien de pire, disait un grand évêque, que les vertueux imbéciles.\n Ceux-là ont condamné Baudelaire sans rémission, violemment, implaca­\n blement, à jamais. Il n'a pas écrit « pour les femmes, pour ses filles ou\n pour ses sœurs », il a écrit pour sa conscience, pour les inquiets, les souf­\n frants, les malades d'idéal et pour dire toute l'horreur du mal, mal qu'il a\n vécu, qu'il a expérimenté mais avec des récurrences souveraines vers le bien.\n Elles sont de lui, ces pensées :\n    — Connais donc les jouissances d'une vie âpre, et prie, prie sans cesse.\n  La prière est un réservoir de force.\n    — Peuples civilisés, qui parlez toujours sottement de sauvages et de\n  barbares, bientôt, comme dit d'Aurevilly, vous ne vaudrez même plus\n  assez pour être idolâtres.\n     — Il n'existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le\n  poète.\n     — Celui qui s'attache au plaisir, c'est-à-dire au présent, me fait l'effet\n  d'un homme roulant sur une pente, et qui, voulant se raccrocher aux\n  arbustes, les arracherait et les emporterait dans sa chute. Avant tout, être\n  un grand homme et un saint pour soi-même.\n     — Prière. Ne me châtiez pas dans ma mère et ne châtiez pas ma mère à\n  cause de moi. — Je vous recommande les âmes de mon père et de Mariette.\n\n\n   (1) Dans un des récents numéros de la Revue des Deux-Mondes, M. Ferdinand Bru­\n netière a, en effet, consacré, à propos de l'ouvrage de M. Eugène Crépet, des pages peu\n laudatives à la mémoire de Baudelaire. M. Jules Lemaître a agi de même dans son feuil­\n leton des Débats. Par contre, lors de la mort du poète, M. Asselineau mentionne dans\n une de ses lettres que Veuillot fut un des seuls qui lui consacrèrent des lignes respec­\n tueuses. On y sent, dit M. Charles Asselineau, à travers les réserves du catholique mili­\n tant, un attendrissement réel et une sincère amitié.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                   — 55 —\n\n— Donnez-moi la force de faire immédiatement mon devoir tous les jours\net devenir ainsi un héros et un saint.\n   — Théorie de la vraie civilisation : Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la\nvapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des\ntraces du péché originel.\n   — L'homme qui fait sa prière, le soir, est un capitaine qui pose des sen­\ntinelles. Il peut dormir, etc., etc.\n   Il y a cent autres pensées aussi caractéristiques qui rallieraient à Baude­\nlaire bon nombre de ses ennemis, si sa vie malheureuse et trop libre ne\ntémoignait en sa défaveur.\n   Le livre de M. Crépet vient de nous révéler le martyre de son existence,\nmais c'est à peine si, dans ces confidences, on trouve un cri de faiblesse ou\nune aigreur. Certes, il a des colères, mais d'un ordre élevé, non suscitées\n par l'envie, et elles sont rares. Il disait que la colère était un sentiment si\nhaut et si dangereux, qu'il ne fallait en user qu'avec une sorte de respect.\n Pour tout ce qui touche à lui-même, à. ses jours si tourmentés et si péni­\n bles, il se renferme presque constamment dans un mutisme stoïque\n\n                 Puissé-je user du glaive et périr par le glaive !\n\nil l'a voulu, il en est mort. On peut donc à grands traits noter en lui ces\ntrois qualités primordiales : le caractère, le savoir-souffrir et le désintéres­\nsement, trois qualités de grande race. On peut y ajouter : la charité. Cer­\ntains faits de nature intime montrent qu'il l'a poussée jusqu'à des limites\nextrêmes, malgré des ingratitudes, des tromperies qu'il n'ignorait pas et qui\nn'ont pas amoindri sa compassion. Je ne parle pas de son affection pour sa\nmère, elle est naturelle, ni de la solidité de ses amitiés. Sa correspondance\navec Sainte-Beuve est une chose délicieuse d'enjouement, d'entrain, d'imper­\ntinence, au fond très respectueuse. Il joue le critique qui l'appelle « mon\ncher enfant » et c'est un enfant qui a écrit ces lettres, un enfant spirituel,\nespiègle, bon, caressant, calin : — un chat. « Il y a peu de jours, lui\nécrivait-il, mais alors par pur besoin de vous voir, comme Antée avait\nbesoin de la terre, je suis allé rue Montparnasse. En route, je passai\ndevant une boutique de pains d'épices, et l'idée fixe me prit que vous\ndeviez aimer le pain d'épices. Notez que rien n'est meilleur dans le vin\nau dessert ; et je sentais que j'allais tomber chez vous au moment du dîner.\nJ'espère bien que vous n'avez pas pris le morceau de pain d'épice, incrusté\nd'angélique, pour une plaisanterie de polisson et que vous l'aurez mangé\n avec simplicité ».\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                                   — 56 —\n\n   Ces tout petits détails éclairent une âme, mieux que certains faits\ntrès gros. Devant ces preuves purement humaines et gentilles, les critiques\naimables ont désarmé, ils ont été conquis, ils l'ont avoué ; leur générosité a\nété jusqu'à admettre que Charles Baudelaire avait une certaine noblesse de\nsentiments; ils se sont apitoyés sur ses maux matériels, apitoiement vain\nqui n'eût pu toucher le poète, car ces blessures-là, si vives qu'elles fussent,\nne le préoccupaient pas autant que la blessure morale pour laquelle inuti­\nlement il a cherché des baumes qui n'existaient pas pour une âme aussi exi­\n geante et aussi haute que la sienne. Il avait tout à la fois le dégoût de la\n vie et l'extase de la vie — l'extase de celle qu'il rêvait et qui était d'une\n admirable conception. Je voudrais que ses ennemis dissent s'il est parmi les\n aspirations qu'il a formulées un seul désir qui ne fût pas noble et qui ne fût\n un désir de régénération humaine. Sa charité intellectuelle est là; il rêvait\n une créature non chimérique, mais grande jusque dans ses fautes et s'il avait\n en lui sa part de mal, s'il avait son péché, ce fut le seul des sept péchés\n dénué de bassesse : l'orgueil qui le hanta. Mettez-le dans la balance avec\n ses vertus et vous aurez plus que la moyenne nécessaire pour faire un juste,\n même si vous y ajoutez les trois douloureux blasphèmes qui sont sortis de\n ses lèvres catholiques en on ne sait quel moment de révolte. Encore ne\n peut-on donner à ces blasphèmes l'interprétation rigoureuse en crédit\n actuellement. Ce que Baudelaire désigne par le Mal qu'il a glorifié, c'est\n l'utilité de la douleur, la sainteté de la lutte qui nous régénère et nous per­\n  met d'accomplir cette mission de vaincre, de nous parfaire, à nous dévolue\n  par Dieu. Ce que Baudelaire entend par Abel qu'il maudit, c'est la race\n  des jouisseurs sans idéal\n\n                       Race d'Abel, dors, bois et mange...\n\n ce qu'il entend par Caïn qu'il honore, c'est l'être qui agit, qui marche vers\n l'avant, qui entrevoit de glorieuses destinées et qui a la haine de la créature\n animale, sans souci d'une perfection à atteindre, d'une œuvre à accomplir,\n d'une conquête à réaliser. La première est heureuse, elle jouit passivement\n  des biens terrestres sans les risques du sacrifice, et se réclame de Dieu.\n  L'autre est honnie et maudite, elle menace au profit de l'œuvre de la\n sélection morale le repos stérile des enfants d'Abel qui, forts par le nombre,\n  la supplicie.\n\n\n                       Race de Caïn, cœur qui brûle\n                       Prends garde à ces grands appétits...\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                   -   57   -\n\n   Oui, prends garde. Demeure dans les rangs, jouis-y de ton bonheur\nbanal, ne t'aventure pas dans les chemins non encore déblayés où tes pieds\ns'ensanglanteront, ne meurtris pas tes mains, n'écorche pas tes ongles :\n\n                     Race d'Abel, dors, bois et mange...\n\n   Voilà le sens des vers blasphématoires de Baudelaire et l'on s'explique\nque, dans sa conscience fermement religieuse, il ait résisté à la demande de\nsuppression que sa mère lui avait faite et à laquelle il a dû répondre péni­\nblement par un refus.\n   J'ai trop de respect pour les scrupules des lecteurs catholiques pour ne\npas comprendre à quel point l'expression de ces pièces a dû les froisser et\nj'ai d'autre part trop le respect de la vérité pour ne pas indiquer quelle fut\nl'intention de Baudelaire et pour laisser subsister une légende née de l'erreur\nd'une lecture inintelligente.\n    Le poète des Fleurs du mal est un des pécheurs dont le retour réjouit\nplus les anges que la venue de quatre-vingt-dix-neuf justes dont l'âme\ntranquille ne s'est heurtée à aucun écueil. Car pour qui seraient les pardons\nsinon pour ceux qu'un rêve supérieur a penchés sur les abîmes? Qui n'a rien\nrisqué n'a pas de mérite :\n\n                      Race d'Abel, dors, bois et mange...\n\n\n                                       II\n\n   Charles Baudelaire n'est donc pas un écrivain orthodoxe, mais il n'était\npas de ceux dont la cervelle est trop petite pour que Dieu puisse y entrer.\nLorsque l'heure du soir, du beau soir grave et religieux vint à sonner, il\nétait trop tard. La mort le surprenait au moment de l'évolution radicale\nqu'indiquaient ses tendances. S'il avait vécu, il aurait compris que la reli­\ngion ne peut exister qu'avec la discipline et il se serait discipliné sans peine;\ntel un saint Augustin ou un Ignace de Loyola. La discipline ne l'eût pas\ngêné, elle est assez large pour laisser à l'écrivain, d'essence catholique, la\nliberté de ses mouvements.\n   Tout, en Baudelaire, indiquait ce retour : l'esprit de sa forme et la forme\nde son esprit. La musique de son vers a la sévérité d'un chant liturgique,\nl'ampleur et la sobriété. Ce poète raffiné remonte aux sources de la\nsimplicité, substitue au style échevelé des romantiques un style pur et\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                                  — 58 —\n\ncalme d'où il exclut tous les ornements et toutes les fioritures. Son vers est\nclassique et ses rhythmes ont la lenteur des musiques sacrées.\n   Plusieurs de ses poèmes évoquent des cathédrales gothiques, par leur\ncaractère sombre, leur expression douloureuse, leur aspect nocturne et ses\nfigures mystérieuses ont la gravité pensive des figures de vitrail. On peut\ndire, quoi qu'on pense des mondes étranges qu'il a explorés, que son\ninstrument est l'instrument religioso-profane par excellence.\n   Voilà pour l'esprit de sa forme.\n   La forme de son esprit accuse de semblables caractères. On a lu plus\nhaut quelques-unes de ses opinions qui sont tout au moins celles de l'élé­\nment laïque de l'Eglise et qui, socialement, ne sont pas hétérodoxes. On\nse rappellera particulièrement cette pensée : « Le seul progrès vrai con­\nsiste à effacer la tache originelle ». Connaît-on beaucoup de définitions aussi\n justes, aussi frappantes, aussi vastes dans son laconisme que cette défi­\n nition de l'esprit catholique? Elle éclaire l'idéal de Baudelaire, elle\n explique ses dédains pour les créatures passives, qui ne travaillent pas\n individuellement à leur perfection morale. Elle fait comprendre, mieux\n peut-être qu'il ne l'a compris lui-même, la religion du dandysme qu'on lui\n a tant reprochée et où l'on n'a voulu voir qu'une coquetterie superficielle.\n  On sait, en effet, que Baudelaire composait sa toilette avec des soins\nextrêmes. C'est qu'il savait que la figure extérieure correspond, dans des\nproportions qu'un œil fin perçoit toujours, à la physionomie intérieure. Et\npar réaction contre le débraillé des romantiques, il afficha, avec complai­\nsance, des dehors d'une correction absolue. D'ailleurs, là encore il trahissait\nquelque chose de la gravité de son âme. Les deux superbes portraits que\nnous connaissons de lui, nous le montrent vêtu avec une élégance anglaise,\nd'un goût sévère, sobre — et toujours religieux. Il avait l'horreur de la\nbohême dépenaillée, qui cherche à trancher sur la commune humanité par\ndes allures extravagantes et des vêtements offensant le goût bourgeois. Sa\nmise tout à la fois simple et cherchée, est légendaire, et il a fallu que cette\nnature sentît sa force dès le début, pour pouvoir réagir contre les modes\nlâches de presque toute la jeunesse de son temps.\n   Aussi bien, son dandysme est-il pareil à son art. Il n'est autre que la\n surveillance de soi-même, le souci de se parfaire extérieurement en accor­\n dance avec le souci de se parfaire intérieurement. Cette estimable préoccu­\n pation n'a pas empêché Baudelaire d'être rangé parmi les littérateurs\n bohèmes. C'est un des esprits les plus distingués, fin lettré, moraliste élevé,\n qui l'a rangé dans cette catégorie d'espèces mal venues et je regrette d'être\n en formel désaccord avec son sage, indulgent et pénétrant esprit.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                   -   59    -\n\n    Je sais qu'il faut entendre ici par bohême, au lieu de l'être déréglé de la\ntradition, une sorte de déclassé supérieur, désorbité et indiscipliné. Mais\ncomme il arrive pour tous ceux qui ont ce don élevé de procéder à une\nexpérience personnelle des choses, cette indiscipline, ce désorbitement\ndevraient s'expliquer favorablement, sinon l'œuvre du progrès serait incom­\npréhensible. Baudelaire indique non seulement une réaction artistique\nconsidérable, si légitime et si logique que sa lignée est la seule — la seule\n— qui enrichisse aujourd'hui, et le féconde, le domaine de l'impérissable\npoésie, mais il indique encore la réaction contre l'esprit d'utopie, libéral,\nsocial, des nouvelles couches.\n     Il est mystique en tout et partout, inquiété par l'inconnu, pénétré des\nvérités que nous sentons et que les dogmes ont formulées. D'où son étran­\ngeté apparente. Ces mondes, ces au delà, avaient été devinés, perçus, sentis\navant lui, mais il refait l'expérience avec une liberté d'examen choquante\npour certains esprits qui ne se disent pas que cette conduite, ces repensers,\n ont des conclusions conformes aux leurs, c'est-à-dire qu'elles aboutissent à\n l'exaltation de toutes les vertus humaines sauvegardées par l'Eglise.\n     Baudelaire n'était pas impassible, il était militant. Ses opinions sont\n calquées sur celles de de Maistre : d'esprit et d'âme, il est anti-matérialiste et\n spiritualiste profond. Critique, comme son siècle, il a voulu procéder lui-\n même aux investigations psychologiques et si, dans ses détails, son investi­\n gation a parfois des apparences hérétiques, il est, par la synthèse, l'une des\n plus indestructibles manifestations du sentiment catholique. Une voix plus\n autorisée que la mienne dira quelque jour quelle fut son influence, com­\n ment il a endigué, tout au moins chez les artistes, le flot des opinions maté­\n rialistes et avec quelle puissance il a gardé la génération succédante des\n atteintes grossières. Et sous le sceptique que l'on nous représente, on décou­\n vrira l'apôtre, le gardien du feu sacré.\n     Car, lorsqu'on parle de certaines natures exceptionnelles, il faut prendre\n garde aux mots dont le sens est trop général. Baudelaire est une nuance,\n « un cas ». Lorsqu'on dit sceptique, on se trompe. Il est vrai qu'il se trouve\n sur la pente du pessimisme, au premier stade, où rien n'est encore perdu.\n  Il souffre comme toutes les imaginations délicates et les êtres dont la sensi­\n bilité est trop aiguë, du mal du siècle ; il a l'horreur de son temps, il est en\n désaccord avec lui, il devine avec une intuition ferme l'un des deux courants\n que suivra la littérature, et celui qu'il annonce, c'est le courant artistique-\n  spiritualiste, où se trouve lancée aujourd'hui la poésie et qui contraste avec\n  l'autre courant, le courant matérialiste et naturaliste. Il a même deviné\n  quelques-unes des perceptions morales et psychologiques si déroutantes\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                                    — 60 —\n\nauxquelles nous initient à cette heure les romans russes. A l'époque où\nil énonçait ces perceptions, elles paraissaient paradoxales. Actuellement, ce\nmonde, qui hier semblait si étrange, est devenu le domaine préféré où les\nartistes vont faire leurs explorations et ils y ont retrouvé Rembrandt,\nVinci, Shakespeare, Beethoven, tous les sondeurs des âmes. Certes, ces\nexamens, ces sondages sont désorbitants. Ils accaparent l'artiste, le rendent\ninhabile dans la vie; les forces vives étant exclusivement cérébrales, le culte\ntrop absorbant, le génie pratique manque et avec lui les appétences maté­\nrielles. De là les apparences bohêmes, l'existence torturée et irrégulière,\ninquiète et douloureuse de Baudelaire. Vivant dans une société sans idéal\net vouée au lucre, le poète n'a pas su se faire un abri et une résignation.\nC'est une des seules infériorités que je lui connaisse. Ses déclamations sont\ndémodées parce qu'elles sont parfois étroites. Il voulait l'absurde en rêvant\nune société à son image, et ce rêve manquait de désintéressement. Mais\nprécisément, on remarquera que ces vélléités enfantines font de lui le\ncontraire du sceptique.\n   Le sceptique c'est, je pense, celui qui dira avec M. Cherbuliez : « J'ai\nlongtemps cherché querelle à la vie, mais j'ai découvert qu'elle est sourde et\nn'entend pas les reproches. » Le sceptique c'est celui qui, après avoir souf­\nfert et surmonté les affres du pessimisme et n'ayant plus les sentiments assez\nvivaces pour se consoler dans les pratiques religieuses, se fait une raison, se\nrésigne, s'apaise dans le grand calme de l'indifférence, regarde la vie en\ncurieux, trouve le bien et le mal également pittoresques, également néces­\nsaires, comprend, s'explique et pardonne, se confine dans un aimable\négoïsme qui n'exclut pas la charité et l'idéal et se borne à le recouvrir d'un\nfin vernis et à le maintenir sous une discipline invisible et personnelle.\n   Baudelaire est loin de cette philosophie difficile et de cette stérile sagesse.\nSes ressorts sont si souples et si fermes qu'il n'a pu les user, ce sont eux qui\nl'ont détraqué, qui l'ont désorbité et perdu. Avec son âme bondissante, ses\nlégitimes besoins insatisfaits, ses inquiétudes, ses efforts pour voir ce qui\néchappe aux yeux vulgaires ; avec la difficulté qu'il éprouvait dans l'accom­\nplissement d'un travail d'ailleurs trop surveillé et trop pénible pour qu'il\npût s'y atteler à tout instant ; surtout avec les mauvaises chances qui frap­\npent en art les précurseurs au même titre qu'elles frappent les inventeurs,\navec ses doutes inavoués, ses incertitudes, l'insuccès persistant, il ne pou­\nvait offrir qu'une résistance limitée aux forces humaines.\n   M. de Monge a justement indiqué, dans un article malheureusement trop\nsévère, la nature du déséquilibre de l'auteur des Fleurs du mal, qui consis­\ntait dans la suprématie des sensations sur les idées. Et c'est exact si l'on\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                   — 61 —\n\n admet que les sensations d'âme sont forcément des idées. Ces sortes de sensa­\n tions n'étant pas purement physiques, ne se manifestent pas par des appé­\n tits, des désirs matériels. Elles n'émanent pas de la bête, elles prouvent\n l'âme, la formulent et sont, par conséquent, des idées qui, au lieu de trouver\n leur source dans la raison, la trouvent dans le sentiment. Baudelaire res­\n sentait évidemment plus qu'il ne pensait et c'est pourquoi ses pensées sont\n si chaudes, si vivantes et si pénétrantes. Elles ne sont pas, quoiqu'il y\n paraisse, le résultat d'un calcul intellectuel, de déductions, d'expériences\n spéculatives : elles sont surtout humaines. Le calcul, chez lui, n'a surtout\n d'empire que sur la forme ; pour le reste il s'ouvre, il s'affirme, s'épanche,\n s'abandonne, montre son cœur et ses blessures, sans accuser beaucoup de\n symptômes de philosophie.\n    Est-ce pour cela, est-ce parce qu'il avait une âme neuve, ardente, un\nesprit peu doctrinal? est-ce parce qu'il a si profondément exprimé notre\nspiritualité naturelle que les artistes en on fait leur maître?\n    Je le crois. On a trop vite fait de condamner le rôle sensationnel si impor­\ntant dans la littérature moderne, et à la valeur duquel la critique ne paraît\npas encore avoir songé. Il est des moyens « latins » et classiques d'affirmer\nle spiritualisme, qui sont certes précieux tout en ne suffisant pas. Faites des\nphrases, démontrez, énoncez des théories, des lois, certifiez, c'est très utile.\nSeulement, ne dédaignez pas la preuve, sans laquelle la théorie, les lois ne\nsont que des abstractions. La preuve du spiritualisme, Baudelaire est un de\nceux qui l'ont produite avec le plus d'intensité. Chacun de ses alexandrins\nl'appuient. On pourrait même dire qu'il a renouvelé à sa manière la preuve\nscientifique et métaphysique de l'existence de l'âme. Il ne l'a pas énoncée, il\na mieux fait : il en a exprimé la vie en renforçant l'idée spiritualiste par la\nsensation spiritualiste, surajoutant à d'autres qui n'en avaient décrit que les\naspirations.\n    Tel est son rôle, plus considérable qu'on ne veut actuellement le recon­\nnaître, et que Demain mettra en lumière. Il n'a pas tout dit; il demeure au\nrang des précurseurs et des éclaireurs. Depuis, on a été plus loin. Mais il\nest l'initiateur. Aujourd'hui, on le voit de trop près avec ses surfaces, ses\nfautes : ce qui est le plus visible. Sa mémoire subit la forte punition que la\nsociété inflige aux esprits qui ne sont pas soumis à ses arrêts et à ses goûts\nstationnaires.\n    Il y a pourtant des siècles que l'on sait que toute religion, tout art, toute\ndécouverte sont au prix d'un martyr ou d'une injustice.\n\n                                                        FRANCIS NAUTET.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                          — 62 —\n\n\n\n\n                         VERS\n                              I\n\n                       ÉVOCATION\n\nDans la paix et l'oubli de mon âme endormie,\nOù gît le rêve mort d'une douleur amie,\nOh! puissiez-vous toujours, mes chers espoirs défunts,\nEffeuiller les baisers pensifs de vos parfums\nEt les lents souvenirs des anciennes ivresses.\nToi, qui viens la première, ô femme, et qui caresses\nLe velours bleu du songe innocent de ton œil\nOù sourit la Beauté dans un éclair d'orgueil,\nToi dont l'art déflora le désir de mes lèvres,\nEt Vous, ô chœur pâli de mes amantes mièvres,\nMaternelles, berçant de votre blond regard\nLe deuil enseveli dans l'œil vide et hagard\nOù se meurt le regret des candeurs délaissées,\nRepeuplez le jardin désert de mes pensées,\nRepeuplez de vos jeux et de votre gaîté\nLa désolation du jardin dévasté.\nEt Toi surtout, ma Sœur et ma Consolatrice,\nRenais dans ta beauté, viens ! qu'en nous refleurisse\nPlus rose que la pourpre odorante du sang\nLa tranquille fierté de notre amour naissant,\nEt de tes yeux de gloire où germent les lumières,\nEteins, flétris les yeux des visions premières\nEt les charmes lointains de leurs rires pervers :\nRenais dans notre amour et fleuris dans mes vers.\n\n                              II\n\nQu'importent les trois mots de f eu dans les ténèbres?\nVers l'avenir prochain des menaces funèbres\nJe vais résolument. Mon cœur est fort. Je veux\nDe chansons, de plaisirs, de regards et d'aveux\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                        — 63 —\n\nRéjouir sans effroi mon cœur toujours avide;\nLa mort est insondable, et la vie est si vide.\nOh ! les vases sacrés dont j'ai pu me saisir :\nL'inaltérable rêve et l'éternel désir\nJe ne les rendrai pas à la voix du prophète;\nNul ne viendra troubler la splendeur de la fête\nQue l'amour impassible illumine d'orgueil;\nNul ne m'entraînera dans la nuit de son deuil :\nJe veux vivre. Je veux aimer. Je veux l'ivresse\nDe la voix qui commande et de l'œil qui caresse,\nJe veux aimer la femme et ses roses pâleurs\nOù circule le sang héroïque dés fleurs\nVirginales, des fleurs farouches et hautaines.\nO blonde enfant, pareille aux princesses lointaines\nQui dorment dans l'oubli de leur chère beauté,\nPrincesse de douceur et d'ardente clarté.\nC'est à Vous que s'en vont l'encens de mes pensées\nEt les dévotions de mes mains enlacées;\nCest Vous qui m'enseignez l'aurore et conduisez\nPar les sentiers fleuris mes pas divinisés ;\nPar Vous je n'aurai rien ignoré de la vie,\nPar Vous j'aurai vécu libre et fort, sans envie,\nLevant sur tous mes yeux sans mépris ni remord,\nEt, quand la mort viendra, sans crainte de la mort.\n\n\n                           III\n\n                        PRIÈRE\n\nO blonde enfant, penchée au balcon de la vie\nVers l'invisible azur du rêve inexploré,\nMon cœur qui s'est soumis et ma voix asservie\nChantent pour t'apaiser un lent miserere.\n\nO blonde enfant, perdue au lointain de ton songe,\nPrends pitié de la plaie ardente de mon sang;\nAu gouffre de mes vœux laisse que ton œil plonge,\nLaisse que vienne à moi ton regard caressant!\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                                -   64   -\n\n    Blonde enfant, dont toujours le fantôme se dresse\n    Parmi le triomphal désir de ma tendresse,\n    Accorde à mon orgueil ton baiser lilialr\n\n    Ne te détourne pas de moi, vers la clairière\n    Des pures floraisons du rêve initial :\n    Bénis de ton regard souriant ma prière.\n\n                                              ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n          LA CHANSON DES EAUX\n                                                 A MON AMI FRITZ ROTIERS.\n\n\n               A la campagne?... Mon Dieu, oui... Si vous demandez la per­\n               mission au patron..\n                  Elle avait répondu cela distraitement, sur un ton lent,\n               ennuyé, à travers son sourire professionnel, n'étant ni séduite\nni rebutée, consentant seulement par habitude, avec une résignation immé­\ndiate d'esclave.\n   Très poliment, et s'efforçant à des grimaces galantes, le client insista.\nC'était un gros gaillard rougeaud, trapu, vêtu comme un mannequin de\nconfectionneur, orné de bijoux massifs, ganté de chevreau trop clair et\nfumant un mauvais cigare. Cette toquade d'école buissonnière lui était\nvenue en haine et en dégoût de la boîte où l'enfermait son métier de calicot.\nPas drôle, ce métier-là. Et éreintant donc ! Des journées de douze heures\ndebout derrière un comptoir, aux prises avec les exigences des clientes,\nsous la sévérité des chefs de rayon et des inspecteurs, — ou bien de planton\nsur le trottoir, dans la bousculade des passants, devant les étalages, les car­\ntons ouverts bondés de colifichets confectionnés dans les prisons de femmes\net qui gardaient des odeurs de pharmacie. Depuis l'hiver il y songeait, à\ncette promenade, comptant bien ne pas la faire seul, mais avec quelque fille\nlevée dans une brasserie du quartier. Ce serait gentil : on partirait vers\ndix heures du matin par le chemin de fer pour gagner un trou de forêt avec\nune auberge sous les feuilles, au bout d'une avenue, — ou bien un chemin\nde halage bordant une berge gazonnée, dominant une belle rivière et con­\nduisant vers une guinguette à friture. Car il y aurait de la friture, et de la\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                  — 65 —\n\ngibelotte aussi. Au retour, dans le crépuscule, on chercherait un village\ntapageur, une foire, des fanfares de kermesse, des boniments de paillasses,\ndes violons de bal public, des orgies de gauffres et de macarons. Enfin, l'on\nregagnerait Paris sur le tard, avec des lilas et des coquelicots plein les\nbras, par un train à impériales. Une vraie partie. Les verdures du boule­\nvard l'avaient tenté en cette première quinzaine de mai, et il exposait son\nprogramme à la petite Irma qui venait de lui servir son Picon-Menthe; il\nattendait sa réponse, certain de son consentement, un peu scandalisé de la\ntrouver si froide à l'idée de son idylle canaille.\n    — Moi, je veux bien... si le patron donne la permission.\n    Le patron se montra charmant. Comment donc! Avec plaisir ! Seulement\nil fallait s'entendre. Il ne demandait pas mieux que d'être agréable à un\nclient. Mais quoi? Si Irma ne prenait pas son service à la brasserie, il serait\nnécessaire de la remplacer par une dame d'extra ; cela coûterait cinq francs.\n En outre, comme le lendemain se trouvait être un dimanche, la petite ren­\n trerait au plus tard à onze heures, pour aider au coup de feu jusqu'à la\n fermeture. Le calicot consentit, affecta de hausser les épaules, donna les\n cent sous, tenant à paraître très convenable. Irma entendit ce marchandage,\n silencieuse, sans volonté, pareille à une chose. Le patron ayant regagné sa\n place au comptoir, près de madame, elle se retrouva seule en face du com­\n mis qui reprenait sa causerie, disant des mots d'une tendresse banale, des\n phrases bêtes où pleuraient des sentimentalités d'harmonica coupées de\n ritournelles de beuglant. Et elle écoutait comme tout à l'heure, la tête ren­\n versée au dossier de sa chaise, les yeux au plafond, la bouche contournée\n en un sourire artificiel, les deux mains croisées sur la sacoche pendue à sa\n ceinture, — une sacoche de cuir rouge avec le nom de la brasserie en lettres\n d'argent.\n   Maintenant l'établissement se remplissait de consommateurs : des jeunes\ngens pour la plupart, étudiants du quartier, venant attendre l'heure de la\npension, gommeux de Bullier, élèves de Centrale en casquettes dorées,\nlycéens vêtus à la dernière mode, employés du boulevard Saint-Michel,\ninternes de la Charité, puis des bourgeois du voisinage attirés par des con­\nvoitises de débauche brutale, enfin quelques individus à face suspecte,\nportant beau, parlant fort et faisant bande à part.\n   Irma s'était levée, ressaisie par le service de ses tables. Toutes les filles\nallaient, venaient du comptoir aux clients, transportaient des litres, dispo­\nsaient les verres, traversaient la foule en dandinant des hanches, en bavant\ndes chutes de romances. On les appelait à haute voix, parfois avec des\n tutoiements, de guéridon en guéridon, sur l'asphalte de la terrasse, dans le\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                   — 66 —\n\npavillon vitré de l'entrée. Par instants elles prenaient place entre deux clients\négayés, se faisaient offrir à boire, augmentaient les piles de soucoupes,\nlâchaient de gros rires sonnant faux dans la gorge rauque. Bientôt une\nfumée de cigarettes monta dans l'évaporation des alcools, entoura les\nlampes d'une vapeur laiteuse, estompa des transparences bleues dans les\ncoins d'ombre du plafond ; les voix se fondirent en une rumeur faite de\nconversations bourdonnantes, de dominos remués sur les marbres, avec des\ntrilles de rires chuchotes et des pizzicati cristallins. Au fond, en pleine\nlumière, derrière le comptoir massif, Madame surveillait, tout en empilant\npar rouleaux des jetons de cuivre et en préparant des rations de sucre pour\nles mazagrans de la soirée.\n    Le calicot fut enfin rejoint par Irma déjà rompue, lourde, en proie à\nl'étourdissement quotidien des absinthes lichées de table en table pour\npousser à la consommation. Elle se laissa tomber sur la banquette de moles­\nkine sans égard pour ses jupes déjà fripées, compta ses pourboires, redressa\nd'un geste routinier le ruban de satin cerise noué dans ses cheveux, rafraî­\nchit d'un doigt de poudre son visage échauffé et sa gorge moite. Puis,\nramenée à la discipline journalière par l'habitude, ou peut-être par un\nregard de la patronne, elle bêla :\n   — Tu ne m'offres rien ?\n   — Parbleu, oui.\n   Elle choisit un Vermouth qu'elle alla se verser sous le comptoir, dans un\npetit verre où fondait un mince caillou de glace, ainsi qu'elle avait cou­\ntume à cette heure laborieuse où des pare?ses la brisaient. Elle but à petits\ntraits, par rasades minces et brèves, savourant la liqueur sensuellement\nfroide dont les frissons secouaient son cerveau, balayaient dans sa poitrine\nles feux des amers et les mucosités du houblon qui la laissaient non\npas saoule mais rassasiée jusqu'à l'écœurement.\n   Ils causèrent niaisement jusqu'au moment du dîner, lui, parlant volon­\ntiers du lendemain, citant des noms de localités suburbaines, des noms\nparés d'une célébrité canaille datant des premiers bonshommes de Paul de\nKock, elle, mâchonnant des réponses vagues, sans un geste.\n   Ils n'eurent pas un mot tendre en se séparant, pas un « au revoir » affec­\ntueux. En gens graves qui comptent se retrouver pour un motif sérieux, ils\nconvinrent rapidement du lieu, de l'heure.\n   — Alors ici, demain matin, à neuf heures?...\n   — Entendu.\n   Au lendemain, quand le calicot se présenta, très exact, il y avait bien dix\nminutes qu'Irma posait dans la brasserie remplie d'une poussière infecte\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                   — 67 —\n\npar le balai des garçons de salle. Il laissa échapper un « Oh ! » de surprise,\ntant la petite avait bonne mine dans sa robe claire, sous son chapeau de\npaille enrubanné. Il ne l'avait vue auparavant que sous sa livrée de ser­\nvante, de buveuse de chopes, avec le décolleté obscène, la chevelure luisante,\nles rubans de couleurs violentes, les jupes courtes découvrant les hautes\nbottines mordorées et les bas de soie rouge, les bras nus jusqu'à la saignée,\nla face poudrée, l'allure libre. Ce matin on eut juré une demoiselle, une\nvraie, bien élevée, timide, bégueule. La robe était d'une étoffe sobre et fine,\nd'une bonne coupe simple, moulant le corsage et les hanches comme en un\nmaillot, montant à petites boutonnières jusqu'au col, un col bien blanc,\ndroit comme un col d'officier. Le tout en différentes teintes bleues.\n     Plus de maquillage. Les blancheurs trop crues de la poudre, les rougeurs\ntrop vives des onguents avaient disparu. Rien qu'un soupçon de veloutine\nqui embaumait. Point de fleurs. Aucun de ces bouquets prétentieux ou\n salement défraîchis, à senteur d'eau croupie, dont elle chargeait son épaule,\n le soir, par déférence pour quelque client généreux. Elle avait pris soin de\n serrer en sa sacoche les porte-bonheur clinquants qn'elle reprendrait le soir,\n avec l'uniforme et le tablier.\n     — Et nous allons?...\n     A propos, oui, où irait-on? Elle consulta l'indicateur aux pages de trains\n de banlieue, tandis que le calicot cherchait dans le Petit Journal l'annonce\ndes fêtes patronales. Une coïncidence des départs avec l'heure, peut-être\n aussi un désir irraisonné d'aller loin, les fit se prononcer pour la gare du\n Nord et pour Pontoise. Il ne connaissait pas Pontoise; elle non plus.\n     — Cocher!\n     Et ils roulèrent à travers Paris.\n     Du coup, à peine sortie de la brasserie, Irma sourit, bavarda, montrant\n une joie espiègle de gamine. Ces dimanches de printemps, à Paris, sont\n charmants. Les passants semblent gais. Les femmes inaugurent les robes\n légères aux nuances pimpantes, les hommes, débarrassés du manteau\n d'hiver, prennent une désinvolture plus svelte, plus jeune. Les fenêtres\n s'ouvrent, boivent les chaleurs du premier soleil, encadrent des têtes\n curieuses ou béates ; on fait pousser des roses sur les terrasses et grimper\n des clématites aux ferrures des balcons. Aux carrefours, aux coins de rue,\n le long des trottoirs, des voitures s'arrêtent, attelées de fleuristes, portant\n des charges d'oeillets, de résédas, de lilas, de violettes. La verdure des arbres\n est à point; les feuilles gardent encore un peu de la fraîcheur des premières\n pousses et ne sont pas encore tachées de rouille. Un vent frais tempère\n  l'ardeur du jour, caresse les visages, gonfle les poitrines, balaie des parfums\n  à travers les rues.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                  — 68 —\n\n     Un mouvement de vacances, d'échappées, secoue la grande ville labo­\n  rieuse. Les fiacres, rapides sur le pavé sec, transportent des gens contents\n de vivre, des travailleurs en congé pour un jour, des mamans fières d'exhiber\n leur marmots endimanchés. On se dispute les impériales d'omnibus et les\n places en plein air devant les cafés. Les troupiers portent des gants blancs,\n les bonnes d'enfants arborent, sous le feuillage des jardins publics, des\n rubans de satin cerise et de grands tabliers immaculés. Des marchands,\n souriant, dressent les volets et mettent les barres. Non seulement on va se\n reposer, mais on compte se distraire. Ce n'est point le dimanche cloîtré,\nquasi mort de Londres; ce n'est point la journée pieuse de Rome avec ses\nrumeurs de cloches et ses vibrations d'orgues; c'est un réveil hebdomadaire\nde jovialité parisienne dans la gloire du renouveau.\n    A la gare du Nord, une foule se pressait, se bousculait vers les guichets,\n traversait les salles d'attente, envahissait les longs trains auxquels les\nhommes d'équipe ajoutaient des voitures. Le calicot avait fait largement les\nchoses : Deux premières! Du nouveau pour Irma.\n    Le train s'ébranla, traversa La Chapelle, Saint-Denis, s'arrêta à Enghien,\nreprit vers Herblay, Pierrelaye, gagna Pontoise. Dès l'issue des petites\ncommunes industrielles, après le canal et les usines, la servante s'était\ncampée devant les glaces de la portière, regardant la campagne. Encore\ndu nouveau! L'Auvergne natale ne lui avait pas offert ces aspects-là, ces\nperspectives de grandes routes bordées de peupliers, ces verdures piquées de\nvillas blanches. Quelle différence entre ces coquetteries champêtres et la\ngrandeur sauvage des montagnes ! Et combien de fleurs ! Jamais sur les\nroutes de Riom, de Châteauneuf et de Tournoël, elle n'en avait vu autant.\nEt les blés ! Et les cerisiers ! Et tout ! Décidément, la promenade commen­\nçait bien, s'annonçait heureuse, ne ressemblait pas à la banale corvée qu'elle\navait redoutée.\n    En débarquant, ils coururent vers un cabaret, une vieille auberge bâtie au\nbord de l'Oise, où ils cassèrent une croûte dans un cabinet tendu de perse\nbleue, devant une fenêtre grande ouverte qui encadrait la fuite des bateaux.\nCela leur donna des idées de canotage, un désir de se laisser aller, de des­\ncendre au fil de l'eau, de voir, immobiles, les paysages marcher autour\nd'eux. Le gros gaillard s'affirma très fort, raconta qu'il avait manié des\navirons à Argenteuil dans une équipe de jeunes gens de commerce. Avec\nlui,'il n'y avait pas de danger. Il pourrait ramer pendant des heures sans\nfatigue.\n    En sortant de table, ils descendirent sur un coin sans gazon de la berge\noù, amarrées à des piquets, se heurtaient des petites yoles peintes en cou-\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                  -   69 -\n\nleurs claires. Ilsfirentchoix d'une norwégienne légère comme une coquille,\nau ventre arrondi, au nez effilé, avec joues plates et fuyantes\". L'em­\nbarquement n'alla pas sans peine, sans bascules de naufrage, sans petits\ncris effarouchés. Quand ils eurent pris place, bien d'aplomb, le calicot saisit\nles longs avirons à palettes renflées, et nagea vigoureusement vers une\ngrosse péniche, qui remontait la rivière, halée par deux gros chevaux per­\ncherons. A portée, il s'amarra au canot de la péniche, se laissant remorquer\ndans ce mouvement lent, radouci, glissant entre les roseaux du bord.\n   Ainsi entraînés, délivrés de toute corvée, affranchis de toute peur, ils\nbavardèrent. Irma, charmée, remercia son compagnon.\n   — Quelle bonne idée tu as eue!... Tu es vraiment bien gentil !... Ah ! la\nbonne promenade...\n   Touché, flatté, il en promit d'autres. De temps en temps, une fois par\nmois, on filerait le dimanche, faire un tour, jusqu'aux premiers froids. Ce\ndisant, il imaginait les amours régulières d'un collage, la possession d'une\npetite femme à lui tout seul. Elle, ravie de la variante présente, plus désin­\ntéressée, s'extasiait franchement, prenait ses aises, dénouait son chapeau,\nses cheveux, s'amusait de niaiseries, fouillait au passage les touffes de nénu-\nfars, admirait le vol tremblant des demoiselles vertes sur les remous.\n   A leur droite, à leur gauche, la rive déroulait ses panoramas accidentés.\nA droite, une plaine infinie, bordée seulement par l'horizon, coupée çà et là\nde maisonnettes basses dont les tuiles rouges éclataient ; — à gauche une\ncolline, escarpée comme une falaise, à demi voilée par un rideau de saules\ngrisâtres. Sous les saules, des canots immobilisés pour la pêche, chargés de\ngros vieux attendant, bouche close, l'occasion de ferrer une ablette. Dans les\néclaircies d'arbres, sur les pelouses, des familles déjeunant en plein air,\nles hommes sans veston, les femmes sans chapeau. Un cabaret lointain\ndont le toit fumait et qui laissait s'envoler par les croisées béantes et les\nportes hospitalières des crincrins de violon grossièrement rhythmés pour les\nquadrilles. Plus haut, au penchant de la colline, des blés ensanglantés de\ncoquelicots mouvants.\n   Peu à peu, le canot entra dans une ombre. Les berges, plus resserrées,\nportaient de grands arbres dont le feuillage recouvrait la rivière maintenant\nplus étroite et se profilant au loin sous un dais de fraîcheur verte. Une île\ncouronnée d'une forêt divisait le courant en deux bras, et la péniche n'avan­\nçait qu'en brisant les roseaux froissés avec un doux bruit de soie. Cela dura\nun quart d'heure: puis, au premier tournant, la rivière s'élargit brusque­\nment, vaste comme un lac, ensoleillée, éclatante, découvrant de nouvelles\nplaines, de nouveaux coteaux.\n                                                                       5\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                                  — 70 —\n\n   Mais lorsqu'ils parvinrent en vue d'Auvers, ce fut un ébahissement. La\npetite Irma demeura stupéfiée, les mains jointes comme pour applaudir,\n ne trouvant d'autres paroles que :\n   — Ah! la bonne promenade! La bonne promenade! !\n   C'était d'un joli! d'un varié! Des rives charmantes, fleuries, parfumées,\navec des bateaux-lavoirs blancs et verts, son petit chantier pour les yoles,\nses abris de pêcheurs à la ligne qui offraient des allures de vide-bouteilles.\nUn grand pont suspendu, tremblant sous les roues des fardiers, coupait le\npaysage en deux, au dessus de l'horizon, dans les branches. Le village,\nblotti au fond d'une anse, s'étalait en cercle autour d'un clocher carré percé\nd'une horloge. Peu de monde, presque point.\n   Sous le pont ils lâchèrent la péniche et abordèrent pour courir s'asseoir\nsous la tonnelle d'un cabaret, au coin du chemin de halage. On leur apporta\ndu vin du pays et de la galette. Après deux rasades, le calicot déclara qu'il\ns'embêtait. Oui, pour sûr, et ferme ! Pas drôle, ce village d'Auvers, hein ?\nIrma approuva, mais seulement par politesse, pour ne pas le contredire,\nElle ne s'amusait point, à la vérité, mais elle se sentait heureuse.\n   Elle était ravie, émue de retrouver un bout de campagne. Ce lui avait été\nune surprise, car elle n'avait jamais soupçonné qu'à une heure de Paris, il\npoussât de vrais arbres. A son idée, la campagne c'était très loin, aussi loin\nque l'Auvergne, à une journée pour le moins. Depuis quatre ans, elle\nn'avait plus revu d'arbres, sinon ceux des boulevards qu'elle ne pouvait\nprendre au sérieux. La veille, encore le matin même, elle s'attendait à une\ndébauche de banlieue, à un bois de Vincennes quelconque peuplé d'artil­\nleurs, de saltimbanques et de marchands de coco : un quatorze juillet de\npetite sous-préfecture. Et voici qu'elle voyait de vraies prairies, qu'elle\ntraversait des solitudes, qu'elle rencontrait des paysans...\n   Ce n'était pas l'Auvergne, ce n'était pas sauvage, énorme, majestueux,\nimpressionnant, mais c'était doux et suave. Une évocation du passé villa­\ngeois surgissait presque au début de cette journée inattendue, et s'emparait\nd'Irma par surprise, sournoisement. La servante de brasserie se sentait\nimplacablement arrachée au présent et ramenée, malgré elle, à ses origines\nde gardeuse d'oies.\n   Tandis que le calicot, grisé de plein air et peut-être aussi de vin vert,\nabruti par la chaleur, s'accoudait au bois de la table et s'assoupissait\nvaguement, dans un demi-somme, la petite, libre, se souvient. Aucun\nbruit autour d'eux, sinon le bruissement de l'eau qui coule, doux comme\nune chanson.\n   Cette chanson des eaux la berce, l'attendrit, l'accable. Pour un peu, elle\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                        71\n\n  pleurerait, la petite Irma, la fille toujours en joie que tutoient les buveurs\n  du Quartier-Latin. Cette grue aux mœurs de pierreuse, accoutumée à\n  débattre froidement des marchés honteux, dévouée par état aux caprices\n  du passant, cette chair à vendre, cette souffre-plaisir, se découvre un cœur\n  ardent, un corps indigné, une âme blanche.\n    Qu'est-ce qui monte donc de cette eau vive? D'où vient-elle, cette eau?\n  Où va-t-elle? Irma l'ignore. Une anxiété la tient, étrange, mystérieuse,\n  qu'elle subit sans s'en rendre compte. De la tonnelle, elle n'aperçoit ni le\n haut ni le bas du courant. Elle a perdu de vue les dômes de verdure sous\n lesquels elle glissait tout à l'heure, derrière le gouvernail ; elle a oublié le\n large horizon entrevu dès l'arrivée. Elle distingue seulement l'eau, puis la\n  berge opposée qui est déserte. Pas un canot, pas une voile.\n    L'eau est si limpide, si claire qu'on la croirait profonde, glissant sur des\n gouffres inquiétants. Près du pont, elle se heurte à un quai de maçonnerie\n et cela fait un bruit perlé, joyeux, de cascade. C'est tout à fait comme la\n Sioule.\n    Combien c'est loin, la Sioule ! Irma se souvient d'y avoir baigné ses pieds\n brunis de bergère vagabonde, jadis, quand elle menait paître les oies de sa\n mère, dans les prairies de la vallée, près du vieux moulin. Elle chantait si\n gaiement, la Sioule !\n    Irma la revoit, l'entend encore. Puis le hameau de Châteauneuf ressus­\n cite dans sa pensée, maison par maison, chaumière par chaumière, avec ses\n rares troupeaux, ses bocages sombres, ses escarpements de granit, avec des\ngrelots lointains de patache, là-haut, dans la montagne, sur la route de\n Saint-Gervais. Ici, c'est la masure du vieux pêcheur de truites qui connais­\nsait tous les trous, tous les cailloux de la Sioule ; là, c'est le gué suivant\nsous le barrage et que les bestiaux traversent ruisselant de perles argentées;\nplus loin, la grotte aux cavités noires, suspectes, où les gamines du pays\nn'osaient aventurer trois pas ; en haut, sur une éminence boisée, le château\nà tourelles avec ses poivrières d'ardoises et son crépi tout battant neuf.\n   Elle se souvient. C'est le pays, un beau pays de montagne que l'hiver\nblanchit de neiges épaisses, mais si joli l'été ! L'église n'est point surmontée\nd'un clocher carré, massif, comme le clocher d'Auvers, mais elle est riante,\ntendue de voiles blancs toujours propres, parée de fleurs, illuminée de\ncierges. Il n'y a pas de cabarets, mais seulement un débit sur la route, une\nsalle haute, avec des bancs de chêne et une grande cheminée ; on y boit de\nbon vin à la veillée, un vin du plan, jaune comme une topaze, — et quand\non a bu de ce vin-là, les chansons viennent voleter sur les lèvres en battant\nce l'aile, comme des oiseaux. Il n'y a pas de bals publics, mais elle se rap-\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                   — 72 —\n\n\npelle avoir dansé des bourées et couru des rondes, les soirs de fêtes, sur la\nplace de la Mairie. On n'y porte guère de chapeaux, mais les fillettes ont de\nbeaux cheveux noirs qu'elles ornent de baies rouges.\n    Puis il y a l'établissement thermal, le grand hôtel des bains bati sur la\nSioule, les pavillons où aboutissent les sources. Ah! cet hôtel des bains,\ncomme elle voudrait y être encore, avec son tablier à bavettes et son bonnet\nruché de fille de chambre. C'était le bon temps. On trimait dur pendant la\nsaison mais on était heureuse et ce métier-là était plus gai que celui de\ngardeuse d'oies. Le soir venu, la besogne achevée, elle savourait des bonnes\nnonchalances sous les tilleuls de la terrasse, en écoutant couler l'eau.\n    Pourquoi être partie ? Pourquoi avoir voulu gagner ce Paris d'où, chaque\nannée, elle voyait arriver des gens riches, bien vêtus, luxueux? Par ambi­\ntion, ou simplement par curiosité. Devenir riche à son tour ou voir du\npays. Si elle avait pu se douter!... Et la voici depuis quatre ans fille de\nbrasserie, s'échouant de garni en garni, cédant à la gouape, passant ses\njournées à vider des chopes et à boire des petits verres. Pour la première\nfois, elle regarda sa misérable vie en face et cela lui fait regretter sa mon­\ntagne, son enfance à laquelle elle sourit.\n    Tout cela, ces pensées, ces regrets, ces hontes, ces remords, tout cela\ns'élève du courant jaseur, de la rivière emportée. Contemplative devant\nl'eau qui frissonne, elle songe, elle laisse ses rêves suivre cette eau, s'éloigner\nà la dérive, disparaître au tournant lointain derrière les peupliers, se perdre\ndans les nénufars et les roseaux. Et le courant ramène d'autres rêves en\nsoupirant la mélodie triste de l'eau qui s'exile.\n     Le calicot s'embêtait, commençait à ne plus la trouver drôle, cette Irma,\n et, n'osant cependant la brusquer, ébauchait des phrases, des appels :\n     — Ah ça... dis donc...\n     Et il n'achevait pas, ne sachant au fond que lui dire.\n     Brusquement, sur l'autre rive, un cortège surgit. C'était, loin derrière\n les haies, une fanfare canaille dont on n'avait entendu d'abord que des\n basses de cuivre, mais qui se rapprochait, s'affirmait, balançait un mouve­\n ment de polka viennoise ratée. Orchestre d'un cirque ambulant qui dispo­\n sait ses tentes dans le pays pour la soirée.\n     — Allons voir ça !\n     Elle leva vers l'homme un regard dur où brillait de la colère. Cette idée\n de quitter la rive, de courir à la chasse des plaisirs crapuleux, tapageurs,\n grossiers, sentant la brasserie du boulevard Saint-Michel, cette idée lui fit\n  mal. Elle céda pourtant. Mais le moyen de faire autrement. N'appartenait-\n  elle pas pour une journée à ce garçon, d'ailleurs pas méchant, plus doux,\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                  -   73   -\n\nplus poli même que les autres? Ainsi, elle était descendue à cet esclavage de\nn'avoir plus le droit de penser, de pleurer! Elle était condamnée, sa vie\ndurant, à ce métier d'amuseuse, à cette fonction vile d'exister seulement\npour la distraction ou les plaisirs des autres. Qu'une pensée lui vint, avec\nle besoin d'une halte à l'air libre, d'un repos, et il suffirait d'un geste, d'un\nmot : « Allons voir ça ! » pour l'obliger à reprendre le collier. Eh bien, soit!\nElle cédait encore aujourd'hui, déterminée par une sorte de respect pour la\nparole donnée ; mais après, ce serait bien fini.\n   Ils allèrent voir ça. C'était sale et cela faisait du bruit. Vers sept heures,\nils dînèrent dans une auberge, pêle-mêle avec des canotiers, desfilleset des\nvoyous. Ensuite, ils furent au cirque, puis sous la tente d'un bal. Quand\nils regagnèrent la gare voisine, Irma était lasse; son compagnon titubait.\nDepuis qu'elle avait quitté la tonnelle, la servante s'était décidée à être\namusante. A table, elle eut des éclats de voix. Au bal, elle leva la jambe\nconsciencieusement, tutoya le chef d'orchestre, appela le garde-champêtre\n « mon petit ». Pendant le trajet, à chaque arrêt du train, elle s'écria : « Ohé,\nles autres ! » et demanda des bocks aux hommes d'équipe. Le calicot était\ndans son droit : elle était tenue de se montrer drôle, de mériter les petites\ndépenses de la journée.\n   Jamais peut-être elle ne s'emballa aussi violemment. On eût dit un singe\nbien dressé.\n   Lorsque, débarqués à Paris, ils roulèrent en voiture vers la brasserie, le\ncalicot devint très galant. Elle le laissa faire, écœurée mais muette, sans une\nrévolte, sans colère contre cet ivrogne dans son droit. A la brasserie elle\nreprit le tablier et fit son service jusqu'à la fermeture. Son compagnon\nn'était plus en état de la suivre. Elle s'échappa tandis que le patron char­\ngeait l'homme dans un fiacre avec toutes sortes de respects.\n   Rentrée en son garni, la fille fit ses paquets, remplit ses malles à la hâte,\nrangea ses hardes comme pour un départ. Ce travail la mena jusqu'au jour.\nVers sept heures, elle fit venir une voiture ; et en route pour la gare de\nLyon.\n   Elle retournait pour tout de bon au pays, près de la Sioule, près de la\nrivière dont elle avait retrouvé et reconnu la vieille chanson, là-bas, à\nAuvers, en plein air, au bord de l'eau.\n                                               C H . - M . FLOR O'SQUARR.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                 — 74 —\n\n\n\n\n   AIRS DE FLUTE\n                XXVII\n\n               RETOUR\n\n\n                    I\n\nIl est parti, le pauvre Amour\nQui me caressait de son aile...\nJe le trouverai quelque jour\nAu fond de la vie éternelle.\n\n\nC'était trop pur, trop clair, trop beau,\nC'était impossible, je pense,\nAlors j'ai risqué la dépense\nD'un marbre noir sur son tombeau.\n\n\nJe retourne au passé, sans lutte,\nSans grande joie et sans remords;\nTous mes petits enfants sont morts\nEt je noue un crêpe à ma flûte.\n\n\nMoi qui l'avais jetée au flot\nPlein de victimes! Repêchée,\nElle n'est pas encor séchée\nDes vieilles larmes et de l'eau.\n\n\nElle est toujours triste et dolente,\nJoyeuse, folle, et bonne aussi,\nElle chante, elle pleure, ô si\nVous aviez été mon amante!\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                   -   75   -\n\n\n\n                                       II\n\n                 Tu voulais, j'en suis sûr, cher ange,\n                 Un amant intrompé, trompant ;\n                 Eve, j'eusse été ton serpent,\n                 Un serpent fou qui se dérange.\n\n                 Oublie, et puis dis-toi qu'il faut\n                 Au canard, au cygne, des ailes;\n                 Et que j'avais le gros défaut :\n                 D'aimer toutes les demoiselles.\n\n                 Car c'est bien là que nous allons :\n                 « Bienfilâtre ou bien Malfilâtre »,\n                 A moins d'imiter le Pilâtre\n                 De Rosiers, qui fit des ballons,\n\n                 Et de s'envoler vers la nue,\n                 Secoué par lès ouragans\n                 Avec douze paires de gants\n                 Pour la Nébuleuse Inconnue!\n                                                                SIEBEL.\n\n\n\n\n                   POEME EN PROSE\n                          LA VIE ET LE RÊVE\n\n             Ilsattendaient dans la plaine.\n                  \" II ne viendra pas, seigneur, dit un des témoins à un\n               chevalier, tout vêtu de noir, qui restait pensif, les bras croisés\n               sur la poitrine. Il ne viendra pas. Voyez, ajouta-t-il, en\nmontrant la plaine blanche de neige s'étendant à l'infini. Voyez... personne...\nOh ! le lâche ! »\n  « Mon ami, n'en doutez pas, il viendra » répondit le sombre chevalier.\n Aussitôt, un rayon de lune tomba obliquement près d'eux. Et, sur ce\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                  -   76   -\n\n rayon, comme sur un immense ruban de soie, le blanc seigneur du Rêve\nassis à califourchon glissa de la lune, suivi de deux petits pages.\n    « Merci ! » dit le blanc seigneur, qui avait entendu les paroles de son\nadversaire.\n    Bientôt les fleurets scintillèrent.\n   A la première passe, le chevalier traversa son antagoniste de part en part;\nmais celui-ci se remit aussitôt en garde, prêt à continuer la lutte.\n    « Il n'a donc pas de sang! dirent les témoins du chevalier.\n   A la seconde rencontre, le blanc seigneur transperça son adversaire;\nmais celui-ci se dégagea subtilement.\n   « Ce n'est donc pas un homme! » dirent les pages.\n   Le duel dura toute la nuit.\n   Lorsque le soleil parut à l'horizon, le chevalier dit : « Cessons. Nous ne\nnous tuerons jamais. Adieu, blanc seigneur du Rêve, je te rends à la lune. »\n   Et le blanc seigneur répondit : « Hélas ! nous devons donc vivre tous\ndeux. Et moi, qui espérais te tuer cette nuit, sombre seigneur de la Vie, ô\nfils du soleil, ou bien mourir de ta main! Oh! l'un de nous ne sera\nheureux qu'à la mort de l'autre! Mais.... si je me suicidais....\n   Aussitôt il se plongea le fleuret dans le cœur. Mais il n'en mourut pas.\n   « Tu le vois, fier ennemi, notre vie ne nous appartient pas. Adieu, fils\ndu soleil, nous devons éternellement souffrir! »\n    Et d'un bond, le blanc seigneur sauta dans la lune qui pâlissait dans les\nnues, emportant dans ses bras les deux petits pages.\n    Et comme la lune se refermait, le sombre seigneur de la Vie, un genou en\nterre, s'inclina devant le soleil, qui le baisa sur le front.\n                                                  HECTOR CHAINAYE.\n\n\n\n\n                                 VERS\n                             DE PROFUNDIS\n\n                Cher, faut-il croire à ce voyage\n                Dont tu me peins le paysage\n            Par les sommets neigeux des Alpes dominé?\n                A tes gais récits de touriste\n                Qui me font l'âme encor plus triste ?\n            Ad te, de profundis, clamavi, Domine!\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                    — 77 —\n\n    Moi, qui demeure dans la plaine,\n    Seule, et de regrets toute pleine,\nAvec ton souvenir dans le cœur buriné,\n    Pendant que tu poursuis ta course,\n    J'aperçois le fond de ma bourse.\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Est-ce beau, dis, cette Italie\n    Où te suit ma mélancolie?\nTout le temps, à pied sec, n'as-tu pas cheminé?\n    Moi, je sens l'eau, quand je trottine,\n    Emplir le fond de ma bottine...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Est-ce vrai qu'il fait froid en Suisse?...\n    Au clou j'ai porté ma pelisse,\nRedoutant les gros mots du concierge aviné.\n    Je gèle dans mon épiderme,\n    Mais il fallait payer le terme...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Rares sont les jours où je mange\n    A ma faim ; vrai, cela me change.\nN'auras-tu pas pitié de mon corps satiné ?\n     Tu l'aimais tant! — Je deviens hâve,\n    Il n'est plus de vin dans la cave...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    Les femmes sont-elles bien mises ?\n    Ont-elles toutes des chemises,\nAu pays de soleil toujours illuminé ?\n    Moi, de ma dernière douzaine\n    Il ne m'en reste qu'une... à peine...\nAd te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n    On prétend que tu t'amouraches,\n   En écoutant le ranz des vaches,\nDe quelque pittoresque et rurale Phryné...\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                        -   78   -\n\n       Le grelot de ta chienne fauve\n        T'appelle au fond de notre alcôve...\n    Ad te, de profundis, clamavi, Domine!\n\n         Ils mentent, n'est-ce pas, les lâches,\n         Quand ils disent que tu me lâches ?\n    Ils ont plaisir à voir mon cœur exterminé!\n         Sache que j'élargis mes tailles,\n        Parce qu'au fond de mes entrailles...\n    Ad te, de profundis, clamavi, Domine !\n\n\n                       BAISERS\n\nAu seuil du vert printemps, du printemps adoré,\nNous irons, seuls à deux, chercher la violette;\nJ'ôterai mon chapeau, toi, ta fine voilette,\nPour nous embrasser mieux, sur le coteau doré.\n\nPuis ce sera l'Eté, l'Eté clair et chéri;\nPour baigner tes pieds blancs dans les eaux argentines,\nNous nous embrasserons, en ôtant tes bottines,\nAu bord du ruisseau bleu, sous le coteau fleuri.\n\nQuand l'automne viendra, l'automne sans parfum.\nNous irons nous asseoir devant l'horizon rouge,\nAu coucher du Soleil, à l'heure où rien ne bouge,\nEt nous embrasserons sur le coteau tout brun.\n\nLorsque l'hiver, — l'hiver, du cercueil affranchi,\nDéroulera pour toi son doux tapis d'hermine.\nNous irons, des moineaux apaisant la famine,\nNous baiser, devant eux, sur le coteau blanchi.\n                                                  GIBOYER.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                  — 79 —\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLe Lys, par FERNAND SEVERIN. — Un volume avec un frontispice de M. Henry De\n          Groux. Bruxelles, Lacomblez. Paris, Lemerre. Prix : 2 francs.\n\n\n              Le poète du Lys, M. Fernand Severin, se présentée nous, dans\n               le mouvement littéraire actuel, comme une nature d'exception.\n                De tous nos poètes contemporains, l'auteur du Lys est\n               évidemment le plus isolé et le plus seul. Tandis que la plupart\ndes écrivains de la Jeune Belgique, fidèles au passé et aux traditions artis­\ntiques de notre race, laissent chanter en eux notre joie instinctive de la\ncouleur, et notre amour inné de la poésie plastique et picturale, M. Fernand\nSeverin, lui, est avant tout un poète d'analyse psychologique et senti­\nmentale. Il n'est pas, suivant la superbe expression de M. d'Aurevilly, un\n de ces « yeux de chair » qui s'enivrent des teintes somptueuses, du faste des\nchoses, de l'orgueil des formes ; il n'a pas le matérialisme, parfois exubérant,\nparfois subtil, des artistes de la Renaissance. Il nous apparaît, au contraire,\ncomme un primitif, un primitif à la grâce étrange et profonde, et l'on voit\nerrer sur les lèvres de ses strophes le déconcertant sourire des anges de\nBoticelli.\n   La poésie de M. Fernand Severin, au lieu de célébrer le triomphe de la\nBeauté physique, a les yeux qui regardent en dedans. Le monde extérieur\net ses fêtes animales, n'existe point pour lui. Son décor est presque toujours\nle même : c'est un jardin aux fleurs pâles, où le ciel vague et les arbres\nincertains s'estompent dans du souvenir et du rêve. « Les heures y coulent,\nlentes et seules » dans les grands « lys héraldiques », des lys de pensée et\nde solitude. Un silence plaintif règne dans ce décor illusoire, et quand il s'y\ndessiné une figure d'éphèbe ou de vierge, c'est à se demander si le paysage\nn'est point la forme visible de leur âme.\n   Les étranges fantômes d'enfants et de femmes, évoqués par M. Fernand\nSeverin, marchent dans ce décor sympathique à pas très lents, sur la pointe\ndes pieds, un doigt mystérieusement posé sur la bouche. Ils ont l'allure\nhiératique des personnages légendaires, qui n'expriment l'humanité qu'en\ns'élevant au dessus d'elle. Ils se promènent dans les fleurs, et très douce­\nment, sur le ton des confidences et du secret, exhalent, comme un parfum,\nla désillusion de vivre.\n   C'est l'aveu des âmes indolentes à l'action, le calme, l'incurable mépris\nde l'action impossible. C'est la plainte de l'amour en rêve, de cet amour de\nl'amour qui tue les autres amours. C'est la solitude dans le cœur et dans\nla pensée, une soif toujours nouvelle d'échanger la brutalité des choses\ncontre les douceurs du souvenir. On est pâle du « vide de la chair », pâle\n« des baisers qu'on n'aura pas donnés ». Le mal dont on souffre, « l'ennui\ndynastique de vivre » est éternisé par le sentiment qu'on a « d'en être seul\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                  - 80 —\n\natteint ». L'orgueil de cette souffrance devient une consolation amère, et\nl'on s'éteint, « sans avoir eu d'autrui » dans la joie solitaire « d'être le\ndernier rêve ».\n    Le rêve, voilà le poison lent dont se meurent les éphèbes et les vierges du\nLys. Et du rêve monte alors, comme un encens mauvais, une perversité\nétrange. La perversité qui s'exhale du rêve, de tout rêve, hélas! perversité\nd'autant plus profonde et plus vaste que le rêve est plus rare et plus haut.\n    Et cette perversité du rêve, cette perversité sans objet, semble le châti­\nment providentiel de ceux qui ont répudié la santé banale de la Vie.\n    Le Lys, avec ses qualités de psychologie et d'analyse sentimentale, est,\nnous l'avons dit, une œuvre déconcertante et excentrique. La poésie con­\ntemporaine a perdu l'habitude de ces vers d'une simplicité puissante, pareils\nà la lueur soudaine d'une lanterne sourde jetée sur l'intimité des âmes, et\nqui sont la marque personnelle de M. Fernand Severin. Les vers de cette\nespèce sont redevenus très neufs aujourd'hui, neufs d'une nouveauté spé­\nciale, et qui échappe aisément aux yeux routiniers. Réunis en volume, les\npoèmes de M. Fernand Severin prennent une signification intense, et\nl'heure n'est pas lointaine où les incrédules reconnaîtront dans l'auteur du\nLys un poète original et profond.\n    La forme de M. Fernand Severin est d'une simplicité savante et précoce.\nIl ne cherche pas l'originalité à quatorze heures. Il ne demande pas le\nsuccès à l'acrobatie ni à la mauvaise virtuosité. Il a un profond dédain pour\nles modes littéraires et les évangiles de cénacle. Aussi nos René Ghil de\nprovince, les décadents de la Pierreuse et les botteresses du symbolisme\ninstrumental lui ont fait entendre qu'il n'a pas « le rhythme intérieur ».\n Nous l'en félicitons hautement. Le poète du Lys est au dessus de cette école\nde grimaces.\n    Si l'on entend par don de poésie l'instinct qui consiste à trouver la\nmusique rimée d'une pensée, M. Fernand Severin est poète au sens absolu\n du mot. Et l'instinct est doublé chez lui d'une science déjà profonde.\n L'auteur de la Muse, des Mort-nées, de l'Oublié, d'Une Enfant, des Vers\npour Yseult — un des joyaux de notre Parnasse — et du Vallon, aime le\n vers simple et riche, ondulant avec la pensée, le vers souple et fort de nos\n grands poètes classiques. Son style, où les mots abstraits foisonnent, est si\n intellectuel que l'image, même la plus vive, ne parvient pas à le matéria­\n liser. Et il n'est pas défendu de retrouver, dans certaines strophes d'une\n musique éteinte, d'une mélodie presque racinienne, le roucoulement des\n ramiers qui meurent si plaintivement dans les vers d'Esther et de Bérénice.\n    Le Lys a les défauts de ses qualités. Il est d'une blancheur un peu mono­\n tone. Et le vers de M. Fernand Severin est parfois, à force de spontanéité,\n négligé et lâche. Tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts, ce vers nous\n paraît destiné au dialogue et au poème dramatique. Les grands sujets légen­\n daires sont, croyons-nous, la patrie du poète du Lys. Et nous ne doutons\n pas que ses étranges fleurs de psychologie sentimentale ne s'y épanouissent\n un jour dans tout leur noble et savant éclat.\n                                                      ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                  MEMENTO\n  Hors du Siècle, le volume de poésies de         m'estimer au rang de ceux que, littéraire­\nM. Albert Giraud, vient de paraître chez          ment, on ne salue plus — et qui ne saluent\nVanier, éditeur à Paris. Nous consacrerons        pas.\ndans notre prochain n° une étude à cette                                   « R. PASCALIS.\nbelle œuvre.\n                                                       « P. S. Je vous prie de vouloir bien insé­\n                                                  rer cette lettre, dont j'envoie une copie à\n                                                  l ' A r t moderne, dans votre plus prochain\n                                                  numéro ».\n  Nous recevons la lettre suivante :                   M. Pascalis se met le Russel dans l'œil\n                « Marseille. 6 février 1887.      s'il croit que le public se laissera prendre\n                                                  à cette explication. Sa date         manuscrite\n       « Monsieur MAX WALLER,                     n'aura aucun crédit et il est invraisemblable\n    « directeur de la Jeune      Belgique.        que M. Gilkin ait pu, de Bruxelles, plagier\n   « J'apprends seulement aujourd'hui par         une poésie qui n'avait pas paru... à Mar­\nM. Péladan la petite perfidie machinée —          seille. Sa lettre, pour n'être guère polie, est\nj'augure sous votre signature (1) — dans le       donc d'une plaisante candeur, voilà tout.\nn° de janvier de la Jeune Belgique contre le\nMissel.\n   « L'accusation — j'en ignore la formule et\nles termes exacts, la Jeune Belgique de ce           Poison, l'acte de M. Max Waller, repré­\nmois, sans doute pour cause, ne m'étant par­      senté récemment à Paris, vient de paraître,\nvenue — prétendrait, paraît-il, à prouver que\n                                                  tiré à 50 exemplaires de choix, tous sous­\nj'ai pastiché les Litanies de M. Iwan Gilkin\n                                                  crits.\ndans une pièce de même titre : Litanies.\n                                                     Nous donnerons un fragment de la pièce\n   «Pour défendre et relever pleinement ma        dans un de nos prochains numéros.\nprobité littéraire de cette insidieuse alléga­\ntion, je pourrais, en vérité, objecter, avec\nquelques preuves d'une suffisante irréfuta­\nbilité à l'appui, que mes Litanies portent          Sous presse : La Flûte à Siebel, poésies\nune date manuscrite antérieure de cinq            de M. Max Waller, avec préflûte de M. Al­\nmois à la publication des Litanies          de    bert Giraud et frontispice de M. Léon Dar­\nM. Gilkin, dans l'octobre 85 de la Jeune          denne.\nBelgique, et doter tout aussi vraisemblable­\n ment ainsi M. Gilkin du plagiat qui m'est\n attribué.                                           L'Almanach de l'université de Gand vient\n                                                  de faire sa 4° apparition, et n'est pas\n    « Mais en raison de la petitesse de la chi­\n                                                  moins intéressant que les années précé­\n cane, j'estime ma dignité ne pas devoir\n                                                  dentes. Ce nous est une grande joie de voir\n condescendre vis-à-vis de vous à toute\n                                                  les étudiants se mêler à la poussée littéraire\n réelle explication et préfère, en consé­\n                                                  et donner leur coup de collier.\n quence, vous prier, aux termes du «projet\n de loi » si judicieusement codifié dans             On trouvera dans ce volume la comédie\n l'Art moderne du 6 novembre 1886 — de            en un acte de [M. Fritz EU (Lutens) : Une\n                                                  réparation, qui vient de paraître en un élé­\n  (1) Erreur.                                     gant tirage à part des presses de Hoste.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                       — 82 —\n\n\n   Fin et délicat marivaudage, saynète de     signés de noms de maîtres et d'artistes con­\nparavent d'une grande ténuité, qui suppor­    nus : Th. Ribot, Marcellin Desboutin,\nterait difficilement un plus considérable     J . - F . Raffaelli, Henri Pille, H. Brispot,\ncadre. Nous croyons cependant qu'il est       José Frappa, Jules Girardet, Félix Réga­\nquestion d'Une réparation pour les mati­      mey, Léon Barillot, Viollier, Léon Baillif,\nnées littéraires du théâtre Molière. L'idée   Draner, Coll-Toc, Luc Catonnet, etc., etc.\nest heureuse et nous y veillerons.                Chaque numéro contient en outre une\n                                              page de musique, une chronique, une nou­\n                  ***                         velle, des biographies, des poésies, des\n  Vient de paraître : la Foire de Sorotchi-   échos artistiques, des renseignements sur\nnetf, supérieurement traduit du russe de      les expositions du pays et de l'étranger.\nGogol par M. Eugène Hins.                         La littérature y est brillamment repré­\n                                              sentée par MM. Ernest d'Hervilly, Réga­\n                                              mey, Paul Foucher, Paul Arène, Coque­\n   Voici le sommaire du n° 1 (3 e année) de   lin cadet, Gustave Rivet, Bertol-Graivil,\nla Wallonie :                                 J. de Gesvres, Raffaelli, Obry-Henry, Sau­\n   Paul Bourget, Vers. — Camille Lemon­       tereau, de Sivry, etc.\nnier, En Allemagne. — Georges Roden­              Le Salon pour tous paraît tous les same­\nbach, Paysages souffrants (vers). —Stuart     dis. Ceux qui prendront un abonnement\nMerrill, Feuillets d'un vieux cahier. —       pour l'année 1888 recevront la collection\n Emile Verhaeren, Là-bas ; Légendes; Les      complète des numéros parus. L'abonne­\nvieux rois (vers). — Mario Varvara, Vieux     ment pour la Belgique est de 12 francs par\nrieur. — Eudes Honin, Soir (vers). — Gas­     an, de fr. 6-50 pour six mois. Le prix du\nton Vyttall, Poèmes ironiques. — Fernand      numéro est de fr. 0-25. Un numéro spéci­\nSeverin, Enfance ; Le retour (vers). —        men est adressé franco contre toute de­\nErnest Mahaim, De mon carnet. — George        mande affranchie. Pour la rédaction, l'ad­\nGarnir, Requiem ; La fin (Vers). — P.-M.      ministration, la vente et les abonnements,\nOlin, Mes mémoires. — Georges Rosmel,         s'adresser : rue de Brabant, 183, Bruxelles.\nMiss Dispute. — Achille Delaroche, P a s ­\ntourelle-kermesse (vers). —Albert Mockel,\nSoirs mouvants.\n   Chronique des arts : Albert St-Paul, Pu­     La Wallonie, qui a de plus en plus soif\nvis de Chavannes. — D***, Gioconda à          du ridicule, publie dans son dernier nu­\nBruxelles. — Ludwig Gheldre, Théâtres et      méro, sous forme d'annonce, une pancarte\nConcerts de Bruxelles.                        prétentieusement intitulée : Nos Livres.\n   Chronique littéraire : René Ghil, Les        On y voit figurer l'œuvre complet de\nSoirs d'Emile Verhaeren.— Maurice Siville,    Camille Lemonnier, d'Emile Verhaeren, de\nUn livre d'étrennes. — Albert Mockel, Ca­     Georges Rodenbach, les Lettres à Jeanne\nmille Lemonnier et La Belgique.          —    de Jules Destrée, etc., etc.\nP.-M. Olin, Les Forêts de Vandrunen. —          Le Mâle et le Mort, les Flamandes (si\nPetite Chronique. — Nos livres.               wallonnes, n'est-ce pas?) et la Jeunesse\n                                              Blanche, sont désormais les livresde MM.\n                                              Mockel, Mahaim, Olin et Siville. « Cette\n                                              malle doit être à nous ! » disait Bilboquet,\n   Un nouveau confrère.— Nous venons de       dans les Saltimbanques.\nrecevoir les premiers numéros du Salon          Ce Mâle est à moi, répondrait Lemon­\npour tous. Nous nous faisons un véritable     nier.\nplaisir de recommander à nos lecteurs cette     La seule malle qui appartienne à Bilbo­\nnouvelle publication illustrée.               quet, c'est celle qui contient les Fumistes\n  La partie artistique ne comprend pas        wallons et deux ou trois livres de Célestin\nmoins de huit à dix dessins par numéro,       Demblon. Bilboquet peut se fouiller et\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                         — 83 —\n\n etourner ses poches, il ne trouvera pas        monumentale qui le désigne entre tous, une\nautre chose.                                    œuvre éminemment nationale. On a refusé\n   Et quant au Lys, dont les principaux         le prix quinquennal à Camille Lemonnier\npoèmes ont paru soit dans la Jeune Belgi­       il y a cinq ans. Le lui refusera-t-on encore\nque, soit dans le Parnasse,         Bilboquet   aujourd'hui? Que le jury se souvienne du\noublie un peu trop facilement que Fernand       banquet du Grand Hôtel, et qu'il n'oublie\nSeverin a débuté chez nous, il y a trois        pas que ce banquet pourrait bien avoir un\nans, à une époque où la Wallonie était          dessert!\nencore dans les limbes.\n   L'outrecuidance de Bilboquet dépasse les\n                                                   La Revue Indépendante, dont les évolu­\nbornes. Son catalogue de grand chemin a         tions ne surprennent plus personne, depuis\nprovoqué chez nous un tel éclat de rire, que    qu'elle est tombée sous la coupe d'un syn­\nles oreilles liégeoises ont dû en tinter.       dicat d'avocats bruxellois, dont le vieux\n   Un conseil pour finir. Parmi les écrivains   boy et le mammamouchi qui réjouit en ce\nsi wallons de la Wallonie, nous comptions       moment le Maroc, vient de congédier\ndéjà plusieurs Français, et quelques Fla­       quatre collaborateurs : MM. Téodor de\nmands de Flandre; ce n'est pas assez. Il y      Wyzewa, Villiers de l'Isle-Adam, Mallarmé\na encore Charles De Coster et Marnix de         et J. K. Huysmans. Résultat : trois écri­\nSainte-Aldegonde, victimes d'un injuste         vains de moins.\noubli de la part de Bilboquet.\n   De cette façon le petit vestiaire liégeois\nde l'Art moderne justifiera très bien son          M. Jules Destrée termine en ce moment\ntitre et sa devise, qui ne feront plus qu'un    une série de poèmes en prose qui paraî­\ntitre : « la Wallonie quand même ! »            tront dans quelques mois sous ce titre :\n                                                les Chimères, en une édition de grand\n                                                luxe tirée à petit nombre. Le volume sera\n   Paul Verlaine vient de désavouer d'une       précédé d'une étude sur le poème en prose\nfaçon éclatante les vieux débris du symbo­      par J.-K. Huysmans.\nlisme instrumental qui ont pris la Wallo­\nnie pour leur Hôtel des Invalides. La guerre\nest déclarée entre René Ghil et Anatole\n                                                    M. Maurice des Ombiaulx a sous presse\nBaju, entre les symbolistes et les décadents.\n                                                 à l'imprimerie Monnom des Chants des\nLa Wallonie, prudente, ne souffle mot de\n                                                jours lointains pour paraître en avril en une\nla querelle. Nous voudrions bien savoir si\n                                                 élégante édition tirée à 60 exemplaires\nelle préfère René Ghil à Paul Verlaine, ou\n                                                 seulement.\nà Georges Khnopff?\n\n                                                   Les éditeurs Tresse et Stock de Paris\n   Le jury chargé de décerner le prix           viennent de publier dans leur collection à\nquinquennal de littérature est en gésine.       2 fr., en un très joli petit volume : Un\nOn en connaît la composition. Nos écri­         Dilemme de J.-K. Huysmans. On se r a p ­\nvains seront encore une fois jugés par un       pelle ce petit roman paru en 1886 dans la\njury incompétent en matière littéraire. A       Revue Indépendante. Il est d'une extraor­\ndeux ou trois exceptions près, le jury n'est    dinaire intensité d'observation, avec des\nguère composé que d'un vieux solde de           types magistralement campés, des détails\nprofesseurs d'université et d'un reliquat de    vécus très poussés, très osés, et une férocité\nvieilles filles administratives. Nous protes­   qui fouaille le bourgeois avec acharnement.\ntons d'avance contre ce jury et contre son      Ecrit en le beau style personnel du maître,\nverdict.                                        ce bref roman, si pénétrant et si parfait,\n   Camille Lemonnier vient de publier l'édi­    prendra place dans son œuvre entre A Vau\ntion définitive de sa Belgique, une œuvre       l'eau et En Ménage. — Le prochain auquel\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                                          -   84 -\n\nHuysmans travaille en ce moment s'ap­                Le Royal Waterzoei a donné son ban­\npellera Là-Bas.                                    quet le 11 février 1888.\n                                                      MM. Hillemacher et Benjamin Godard y\n                                                   étaient conviés. Au dessert ont été dits ces\n                                                   vers d'un poète mort l'an dernier. Ils sont\n  RÉSULTAT DU CONCOURS DE 1887 DE la               inédits :\nRevue générale. — Le concours de poésie\n                                                   Messieurs, nous avons la vieille coutume,\nn'a donné aucun résultat. Après beaucoup           — Où nous promettons de nous entêter, —\nd'hésitations le concours de nouvelles a été       C'est d'aimer, an Heu du talent posthume,\nainsi classé :                                     Le talent vivant, et de le fêter.\n    1° Ex œquo : La fortune d'Otto Greifer,        Depuis quelque temps on admet, en somme,\npar M. Louis van Keymeulen; La fée du              — Maïs ce n'est qu'après un très dur effort —\n Val Marie, par la vicomtesse de Blistain.         Qu'un musicien peut être un grand homme\n2° Marc Haudriez, par M. X. 3° Madame              Avant d'avoir eu l'esprit d'être mort !\nBusschoff, par Fritz EU.                           Or, en ce festin dont les clartés vives\n    Nouveau concours. — La Revue générale          Célèbrent un soir où l'amitié rit,\nouvre un concours public : 1° Pour une             Des musiciens, parmi nos convives,\n                                                   N'ont pas eu besoin d'avoir cet esprit;\nnouvelle ou un roman, d'une étendue d'en­\nviron huit feuilles d'impression au moins,         Des musiciens dont les mélodies\n soit 128 pages du format de la Revue;             Dans nos cœurs touchés vibrent comme un dard ;\n                                                   Des joueurs de lyre aux chansons hardies :\n 2° pour un recueil de poésies.                    Les Hillemacher, Benjamin Godard.\n    Les auteurs ont la liberté absolue du\n choix de leurs sujets, pourvu qu'ils res­         Les uns ont chanté de Guise et Joyeuse,\n                                                   La duchesse en pleurs aimant son chagrin,\n pectent la religion, la morale et les bien­       Et, dans la lumière ardente et joyeuse,\n séances.                                          Le masque affiné du beau Saint-Mégrin.\n     Les prix ne seront attribués que si les\n                                                   Et l'autre, demain, chantera Laurence,\n œuvres envoyées sont passables, au dessus\n                                                   Belle dans la mort, blanche comme un lin,\n du médiocre.                                      Et dont la souffrance endort la souffrance\n     Il y aura :                                   Qui palpite au cœur du grand Jocelyn !\n     1° Pour le concours de nouvelles, trois\n                                                    C'est pourquoi, messieurs, il convient de faire\n prix : le premier, de 500 francs, le deuxième,     Deux coups d'un seul toast, qui VOUS sera cher,\n de 200 francs, le troisième, de 100 francs;        Et de célébrer, en levant mon verre.\n     2° Pour le concours de poésie, trois prix :    Benjamin Godard, les Hillemacher!\n  le premier, de 250 francs, le deuxième, de\n  100 francs, le troisième, de 50 francs, tous\n payables le 25 février 1889.                          M. Jules Destrée avait bien voulu se\n     La Revue générale se réserve, en prin­         charger de faire la critique du salon des\n  cipe, le droit de propriété sur toutes les        XX. Malheureusement, grâce à la cour­\n  œuvres primées.                                   toisie de leur secrétaire, entrée a été\n     Tous les manuscrits doivent être lisible­      refusée à notre collaborateur, et M. Maus\n  ment écrits, sur le recto seulement des           voudra bien prendre vis-à-vis de MM. les\n  pages, porter une devise de concours repro­       Vingtistes la responsabilité de notre silence.\n  duite sur une enveloppe cachetée contenant\n  le nom et l'adresse de l'auteur.\n     Les manuscrits doivent être adressés,\n   avant le 1er août 1888, à la direction de la\n   Revue, 97, rue Belliard, à Bruxelles.\n      Les manuscrits non primés seront resti­\n   tués à leurs auteurs sur leur demande.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "    Aux amateurs de bières anglaises, nous recommandons la\n\n\n        TAVERNE BRITISH\ntenue par V A L A D E et située place du Musée. Diners\net déjeuners à la carte et à prix fixe. Hôtel meublé des plus\nconfortable.\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n     de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n                       ET M O N T A G N E DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n    cines,   16, à Paris; publie LE PAYSAN E T LA PAYSANNE\n    PERVERTIS, par MAURICE TALMEYR. Un numéro 2 0 centimes,\n    abonnement (3 mois) 1 7 francs; en ventepartout.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "        LA BELGIQUE\n                                           PAR\n\n                 CAMILLE                 LEMONNIER\n                              PARIS, HACHETTE\n\n\n    Un fort volume grand in-40, imprimé avec grand luxe sur beau papier,\n   t illustré par les meilleurs graveurs, d'après les œuvres de nos artistes le\nplus en renom.\n   LA B E L G I Q U E comporte 764 pages d'une typographie irréprochable\net constitue la plus complète et la plus littéraire description de notre pays.\n                                 Prix : 5o francs.\n                    me    e\n   S'adresser à M        V MONNOM, imprimeur-éditeur, 26, rue de l'Indus­\ntrie, Bruxelles.\n\n  Il est accordé facilité de paiement aux abonnés à la Jeune Belgique.—\nPaiements par à-comptes, dont le souscripteur peut fixer le montant et la\ndate qui lui conviennent.\n\n\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                      ÉPERNAY\n\n\n                                              Prix Courant\n                              Baron J. de Warnimont                                          2 25\n                              Marquis Armand de St-Hubert . . .                    .   .     2 75\n                              ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                           3 00\n                              Crème d'Ay            id.                                      3 50\n                              Bouzy extra           id.          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