{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NUMERO DOUBLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "NUMERO DOUBLE\nTOME VII,   N° s 3 ET 4 . —    PRIX : F r .   1-20\n\n             Mars-Avril 1888\n\n\n\n\n                                                 LA JEUNE BE\n\n\n\n\n                                                                   BRUXELLES\n                                                  ADMINISTRATION :                      REDACTION :\n                                              26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26            80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                                                           PARIS\n                                                               LÉON V A N I E R , ÉDITEUR\n                                                                   10, Quai Saint-Michel\n\n                                                                            1888\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-022", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\n seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\n revue. 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Sommes forcés ajourner Guidel bien malgré nous. Questions\n personelles en jeu. Vous écrirons.\n   6 PAUL ORG. Avortement soumis au comité. .Réponse le 1 er mai. B. à v.\n   7. JEHAN L E RAMEUR. Vos feuilles mortes sont bien mortes, je crains. Manuscrit sera\n examiné à nouveau cependant.\n   8. ALBERT MEU. . Apathie est fort inégal. D'excellents vers mêlés de lignage :\n                             Si le néant est là pour qui nous sommes nés\n est d'une forme douteuse. D'autres vers ne valent guère mieux. Courage.\n   g. FÉLICIEN ROPS, Paris Attendons toujours la planche-frontispice promise. C'est pas\n chic de se faire tant prier Arrivez à l'heure avec Peladan, f ..ez des amis d'ici. Si conti­\n nuez, dirons êtes devenu ami intime d'Englebienne.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 94, "titre_corps": "Amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Verlaine", "ancre_debut": "AMOUR", "ancre_fin": "PAUL VERLAINE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1111, "texte": "AMOUR\n\n\n           Notre collaborateur M. Albert Giraud publiera,\n            dans notre prochain numéro, une étude sur\n            l'œuvre de M. Paul Verlaine. Nous offrons\n            aujourd'hui à nos lecteurs quelques pages\n            inédites du prochain livre de M. Paul Ver­\n              laine. Nous les choisissons parmi les\n              bonnes feuilles que notre éditeur parisien,\n              M. Léon Vanier, a bien voulu nous com­\nmuniquer.\n  Amour, qui paraîtra vers la fin du mois de mars,\nsort de la même inspiration que Sagesse. L'œuvre est\ndédiée au fils du poète, à M. Georges Verlaine.\n  Voici l'envoi, qui est la dernière pièce du volume\n\n\n         A GEORGES VERLAINE\n\n  Ce livre ira vers toi comme celui d'Ovide\n             S'en alla vers la Ville.\n  Il fut chassé de Rome; un coup bien plus perfide\n             Loin de mon fils m'exile.\n\n   Te reverrai-je? Et quel ? Mais quoi ! moi mort ou non,\n             Voici mon testament :\n   Crains Dieu, ne hais personne, et porte bien ton nom\n             Qui fut porté dûment.\n                                                     6\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "                                 — 86 —\n\nLe livre débute par une PRIÈRE DU MATIN.\n\n         O Seigneur, exaucez et dictez ma prière,\n         Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté,\n         Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière,\n         Et gui m'avez aimé de toute éternité.\n\n\n         Car — ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère\n         Miséricordieux, que, cent fois médité,\n         Toujours il confondit ma raison qu'il atterre, —\n         Oui, vous m'avez aimé de toute éternité.\n\n\n          Oui, votre grand souci c'est mon heure dernière,\n          Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi,\n          Dès avant l'univers, dès avant la lumière,\n          Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.\n\n\n          Exaucez ma prière après l'avoir formée\n          De gratitude immense et des plus humbles vœux,\n          Comme un poète scande une ode bien-aimée,\n          Comme une mère baise un fils sur les cheveux.\n\n\n          Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire\n          Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur\n          Parmi les hommes durs sous une loi sévère,\n          Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,\n\n\n           Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie\n           Eternelle, ravi dans les spendeurs des saints,\n           O donnez-moi la foi très forte, que je croie\n           Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins :\n\n\n           Et donnez-moi la foi très douce, que j'estime\n           N'avoir de haine juste et sainte que pour moi,\n           Que j'aime le pécheur en détestant mon crime,\n           Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi ;\n\n\n           Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure\n           Sur l'impropriété de tant de maux soufferts,\n           Sur l'inutilité des grâces et sur Theure\n           Lâchement gaspillée aux efforts que je perds ;\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "                        -   87    -\n\nEt que votre Esprit Saint qui sait toute nuance\nBende prudent mon zèle et sage mon ardeur :\nDonnez, juste Seigneur, avec la confiance,\nDonnez la méfiance à votre serviteur.\n\n\nQue je ne sois jamais un objet de censure\nDans l'action pieuse et le juste discours ;\nEnseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure;\nD'un scandale, d'un seul, préservez mes entours ;\n\nFaites que mon exemple amène à vous connaître\nTous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,\nVos enfants sans leur Père, un état sans le Maître,\nEt que, si je suis bon, toute gloire aille à vous;\n\n\nEt puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,\nL'homme, la patience et ce devoir dicté,\nAura fructifié de mon mieux dans vos serres,\nLaissez-moi vous aimer en toute charité.\n\n\nLaissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses\nAimer jusqu'à la mort votre perfection,\nJusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,\nJusqu'à la mort du cœur, orgueil et passion,\n\n\nJusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle\nQue votre volonté dès longtemps appelait\nVers l'humanité sainte éternellement belle,\nMais lui, gardait son rêve infernalement laid,\n\n\nSon gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques,\nSpéculation creuse et calculs impuissants\nRonflant et s'étirant en phrases pléthoriques,\nAh ! tuez mon esprit et mon cœur et mes sens ;\n\n\nPlace à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie\nQue tout est vanité fors elle-même en Dieu;\nPlace à l'âme, Seigneur, marchant dans votre voie\nEt ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu!\n\n\nEt que cette âme soit la servante très douce\nAvant d'être l'épouse au trône non pareil.\nDonnez lui l'oraison comme le lit de mousse\nOù ce petit oiseau se baigne de soleil.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "                        — 88 —\n\nLa paisible oraison comme la fraîche étable\nOù cet agneau s'ébatte et broute dans les coins\nD'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable\nEt que juin f ait crier l'insecte dans les foins,\n\n\n\nL'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule,\nFût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités.\nDonnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle\nUn ruisseau toujours clair d'austères vérités :\n\n\nLa mort, le noir péché, la pénitence blanche,\nL'occasion à fuir et la grâce à guetter;\nDonnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche\nLe fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter;\n\n\n\n Mortification spirituelle, épreuve\n Du feu par le désir et de l'eau par le pleur\n Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve\n D'un amour que doit seule aviver la douleur,\n\n\n\n Sécheresses ainsi que des trombes de sable\n En travers du torrent où luttent ses bras lourds,\n Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable\n Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours,\n\n\n\n Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle,\n Et la vague bientôt porterait doucement\n L'âme persévérante et son amour fidèle\n Aux pieds de votre Amour fidèle, 6 Dieu clément !\n\n\n\n  La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes\n  Me ressusciterait à votre éternité,\n  Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes\n  Et bénissez l'effort de ma débilité .'\n\n\n\n  Pitié, Dieu pitoyable ! et m'aidez à parfaire\n  L'œuvre de votre Coeur adorable en sauvant\n  L'âme que rachetaient les affres du Calvaire :\n  Père, considérez le prix de votre enfant.\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "                                    - 8 9 -\n\n  Après cette introduction, viennent deux impressions anglaises : There et\nBournemouth. Nous citons cette dernière, un Noël digne du fameux\nKaléidoscope de Jadis et naguère :\n\n\n                                BOURNEMOUTH\n                                                                     A Francis Poictevin.\n\n            Le long bois de sapins se tord jusqu'au rivage,\n            L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins,\n            Avec la ville autour déguisée en village :\n            Chalets éparpillés rouges dans le feuillage\n            El les blanches villas des stations de bains.\n\n\n            Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère,\n            Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir\n            Et redescend en fins bosquets où la lumière\n            Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière\n            Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir.\n\n\n            A gauche la tour lourde (elle attend une flèche)\n            Se dresse d'une église invisible d'ici,\n            L'estacade très loin; haute, la tour est sèche;\n            C'est bien l'anglicanisme impérieux et rèche\n            A qui l'essor du cœur vers le ciel manque aussi.\n\n\n             Il fait un de ces temps ainsi que je les aime,\n             Ni brume ni soleil ! le soleil deviné,\n             Presssenti, du brouillard mourant dansant à même,\n             Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crême;\n             L'atmosphère est de perle et la mer d'or fané.\n\n\n             De la tour protestante il part un chant de cloche,\n             Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois,\n             Instinctive harmonie allant de proche en proche.\n             Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche,\n             Avec de l'or, du bronze et du feu dans la voix;\n\n\n             Bruit immense et bien doux que le long bois écoute!\n             La Musique n'est pas plus belle. Cela vient\n             Lentement sur la mer qui chante et frémit toute,\n             Comme sous une armée au pas sonne une route\n             Dans l'écho qu'un combat d'avant-garde    retient.\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "                                 — 90 —\n\n          La sonnerie est morte. Une rouge traînée\n          De grands sanglots palpite et s'éteint sur la mer.\n          L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année\n          Ensanglante là-bas la ville couronnée\n          De nuit tombante, et vibre à l'ouest encore clair.\n\n\n          Le soir se fonce. Il fait glacial. L'estacade\n          Frissonne et le ressac a gémi dans son bois\n          Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade\n          Sur un rhythme brutal comme l'ennui maussade\n          Qui martelait mes jours coupables d'autrefois :\n\n\n          Solitude du cœur dans le vide de l'âme,\n          Le combat de la mer et des vents de l'hiver,\n          L'Orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame,\n          Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme,\n          Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer!...\n\n\n          Voici trois tintements comme trois coups de flûtes,\n          Trois encor, trois encor ! /'Angelus oublié\n          Se souvient, le voici qui dit : Paix à ces luttes!\n          Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes,\n          Une vierge a conçu, le monde est délié !\n\n\n          Ainsi Dieu parle par la voix de sa chapelle\n          Sise à mi-côte à droite et sur le bord du bois...\n          O Rome, ô Mère ! Cri, geste qui nous rappelle\n          Sans cesse au bonheur seul et donne au cœur rebelle\n          Et triste le conseil pratique de la Croix.\n\n\n          — La nuit est de velours. L'estacade laissée\n          Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait,\n          Une route assez droite heureusement tracée\n          Guide jusque chez moi ma retraite pressée\n          Dans ce noir absolu sous le long bois muet.\n                                                                Janvier 1877.\n\n\nPuis, après quelques piécettes d'une veine élégante et fine,\n\n                                   ADIEU\n\n          Hélas ! je n'étais pas fait pour cette haine\n          Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai.\n           Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine\n          Et pourquoi m'avoir fait ce cœur outragé !\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "                        — 91 —\n\nJ'étais né pour plaire à toute âme un peu fiere,\nSorte d'homme en rêve et capable du mieux,\nParfois tout sourire et parfois tout prière,\nEt toujours des cieux attendris dans les yeux;\n\n\n\nToujours la bonté des caresses sincères,\nEn dépit de tout et quoi qu'il y parût,\nToujours la pudeur des hontes nécessaires\nDans l'argent brutal et les stupeurs du rut;\n\n\nToujours le pardon, toujours le sacrifice !\nJeus plus d'un des torts, mais j'avais tous les soins.\nVotre mère était tendrement ma complice,\nQui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.\n\n\nElle n'aimait pas que par vous je souffrisse.\nElle est morte et j'ai prié sur son tombeau ;\nMais je doute fort qu'elle approuve et bénisse\nLa chose actuelle et trouve cela beau.\n\n\nEt j'ai peur aussi, nous en terre, de croire\nQue le pauvre enfant, votre fils et le mien,\nNe vénérera pas trop votre mémoire,\nO vous sans égard pour le mien et le tien.\n\n\nJe n'étais pas fait pour dire de ces choses,\nMoi dont la parole exhalait autrefois\nUn épithalame en des apothéoses,\nCe chant du matin où mentait votre voix.\n\n\nJ'étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,\nPour les consoler un peu d'un monde impur,\nCimier d'or chanteur et tunique de flammes,\nMoi le Chevalier qui saigne sur azur,\n\n\nMoi qui dois mourir d'une mort douce et chaste\nDont le cygne et l'aigle encore seront jaloux,\nDans l'honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,\nDans la gloire aussi des Illustres  Epoux!\n                                                         Novembre 1886.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2126, "texte": "                                    -      92   -\n\n\n  S'ouvre alors une série de sonnets d'une armure sévère à la fois et souple.\nParmi eux, nous remarquons un sonnet\n\n                                A VICTOR HUGO\n                           EN LUI ENVOYANT SA GESSE\n\n             Nul parmi vos flatteurs d'aujourd 'hui n'a connu\n             Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire :\n             Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,\n             Votre œuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.\n\n             Depuis, la Vérité m'a mis le inonde à nu.\n             J'aime Dieu, son Eglise, et ma vie est de croire\n             Tout ce que vous tenez, hélas ! pour dérisoire,\n             Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.\n\n              J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.\n              Tout petit que je suis j'avais aussi le droit\n              D'une évolution, la bonne, la dernière.\n\n              Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit\n              L'enthousiasme ancien; la voici franche, pleine,\n              Car vous me fûtes doux en des heures, de peine.\n                                                                        1881.\n\n\n   Et un SONNET HÉROÏQUE, de la façon la plus personnelle du Maître\n\n              La Gueule parle : « L'or, et puis encore l'or,\n              Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande,\n              Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande\n              Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor! »\n\n              La Panse dit : « A moi la chute du trésor !\n              La viande et les vins fins, et l'or, toute provende,\n              A moi! Dégringolez dans l'outre toute grande\n              Ouverte du seigneur Nabuchodonosor!»\n\n              L'œil est de pur cristal dans les suifs de la face :\n              Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,\n              Seule perfection parmi tous les défauts.\n\n               L'Ame attend vainement un remord efficace,\n               Et dans l'impénitence agonise de faim\n               Et de soif, et sanglote en pensant à La Fin.\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "                                    -    93    -\n\n   La dernière partie de l'œuvre est dédiée à un jeune mort, que le poète\nde Sagesse pleure avec des larmes paternelles. Il le salue en des vers\nd'une douceur profonde :\n\n                            l'ange ignorant de nos routes,\n            Le pur esprit vêtu d'une innocente chair !\n            O souvenir, de tous peut-être le plus cher!\n            Mots frais, la phrase enfant, style naïf et chaste\n            Où marche la vertu dans la sorte de faste,\n            Déroulement d'encens, cymbales de cristal,\n            Qui sied à la candeur de cet âge natal :\n            Vingt ans !\n\n\n\n   Au même cycle appartient la pièce suivante, écho charmant des Images\nd'un sou.\n\n            La Belle au Bois dormait. Cendrillon     sommeillait.\n            Madame Barbe-Bleue ? elle attendait ses frères;\n            Et le Petit Poucet, loin de l'Ogre si laid,\n            Se reposait sur l'herbe en chantant des prières.\n\n\n\n           L'Oiseau couleur-de-temps planait dans l'air léger\n           Qui caresse la feuille au sommet des bocages\n           Très nombreux, tout petits, et rêvant d'ombrager\n           Semailles, fenaison, et les autres ouvrages.\n\n\n           Les fleurs des champs, les fleurs innombrables des champs,\n           Plus belles qu'un jardin où l'Homme a mis ses tailles,\n           Ses coupes et son goût à lui, — les fleurs des gens ! —\n           Flottaient comme un tissu très fin dans l'or des pailles,\n\n\n\n           Et, fleurant simple, ôtaient au vent sa crudité,\n           Au vent fort mais alors atténué, de l'heure\n           Où l'après-midi va mourir. Et la bonté\n           Du paysage au cœur disait : Meure ou demeure !\n\n\n\n           Les blés encore verts, les seigles déjà blonds •\n           Accueillaient l'hirondelle en leur flot pacifique.\n           Un tas de voix d'oiseaux criaient vers les sillons\n           Si doucement qu'il ne faut pas d'autre musique...\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "                                   — 94 —\n\n            Peau-d'Ane rentre. On bat la retraite — écoutez! —\n            Dans les états voisins de Riquet-à-la-Houppe,\n            Et nous joignons l'auberge, enchantés, esquintés.\n            Le bon coin où se coupe et se trempe la soupe !\n\n\n  Et pour finir, car il est difficile, en présence d'une œuvre pareille, de\nchoisir dans son choix, une des dernières pièces du livre, — sans titre :\n\n                                      XVII\n\n             Ame, te souvient-il, au fond du paradis,\n             De la gare d'Auteuil et des trains de jadis\n             T'amenant chaque jour, venus de La Chapelle?\n             Jadis déjà! Combien pourtant je me rappelle\n             Mes stations au bas du rapide escalier,\n             Dans l'attente de toi, sans pouvoir oublier\n             Ta grâce en descendant les marches, mince et leste,\n             Comme un ange le long de l'échelle céleste,\n             Ton sourire amical ensemble et filial,\n             Ton serrement de main cordial et loyal,\n             Ni tes yeux d'innocent, doux mais vifs, clairs et sombres,\n             Qui m'allaient droit au cœur et pénétraient mes ombres.\n             Après les premiers mots de bonjour et d'accueil,\n             Mon vieux bras dans le tien, nous quittions cet Auteuil,\n             Et, sous les arbres pleins d'une gente musique,\n              Notre entretien était souvent métaphysique.\n              O tes forts arguments, ta foi du charbonnier !\n             Non sans quelque tendance, ô si franche! à nier,\n              Mais si vite quittée au premier pas du doute!\n              Et puis nous rentrions plus que lents, par la route\n              Un peu des écoliers, chef moi, chez nous plutôt,\n              Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt,\n              Et dépêcher longtemps une vague besogne.\n\n\n              Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne!\n\n\n                                                             P A U L VERLAINE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 98, "titre_corps": "Hors du siècle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "HORS DU SIÈCLE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS AME DE SERRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "HORS DU SIÈCLE\n                Un poète, — un poète, — m'affirmait un jour : « Faire des vers\n                pour faire des vers, c'est absurde!... Ainsi, MOI, à chacun\n                 de mes sonnets, il me serait loisible de mettre le nom de la\n                 femme pour ou à l'occasion de laquelle il a été fait !... »\n   Ce gracieux rimeur avait, sans doute, raison ; l'ingénuité de son aveu\nm'empêcha de lui insinuer qu'il oubliait, — et bien injustement, — les\ncantates et les chansons à boire !\n   Les vers de Hors du Siècle ne sont pas pour les femmes, ni même pour\nbeaucoup d'hommes, fussent-ils de lettres.\n    Il est de pénibles promiscuités d'admiration et certains applaudissements\nm'apparaissent comme une très difficilement pardonnable offense.\n   Stendhal écrivait en 1823 : « Faire des vers est devenu un métier dans la\nlittérature française. Un jeune homme, en travaillant constamment pendant\nquatre ans, parvient, en général, à faire des vers corrects et assez bons, au\npremier coup d'œil... »\n   Nos lettrés, gens essentiellement de premier coup d'œil, — et pour cause !\n— exaltent avec une candide et touchante impartialité toute poésie quel­\nconque, hormis celles d'une par trop notoire indigence; et cela afin d'obéir\nau rôle assumé, parce qu'ils se proclament et veulent rester lettrés!\n   Laissons-les s'arrêter aux mots, — ces vestibules de la pensée; — ils s'at­\ntacheront à la forme, à l'apparence extérieure ; la flamme, la lumière qui\nbrillent et illuminent la matérialité du Verbe, ne brûlent pas pour eux. Un\naccessoire leur manque pour sentir et pénétrer des livres tels que Hors du\nSiècle, car ceux-là seuls possèdent une âme qui ont su s'en forger une!\n\n\n\n\n   Dans sa lettre au sujet du Parnasse de la Jeune Belgique, M. Taine\ndisait : « Les vers de M. Albert Giraud m'ont rappelé le style, l'imagina­\ntion, la richesse luxuriante de mes chers poètes anglais du XVIe siècle ».\n   En effet, la dominante du talent de M. Albert Giraud est l'énergie;\nl'énergie dans la haine, l'inflexible énergie dans le mépris : la haine véhé­\nmente de cette ère de négation et de lâcheté, le mépris de la lutte pour l'exis­\ntence, combattue à l'aide de ces armes viles, l'hypocrisie et la duplicité. Il\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "                                     -   96    -\n\npourrait s'appliquer le mot superbe de Stendhal : « Mon âme est un feu qui\nsouffre lorsqu'il ne flambe pas ».\n   C'est cette énergie qui attire le poète, exilé en ce siècle de boue, vers les\népoques primitives, les époques d'action et de force. Il se grise de leur par­\nfum violent, s'enivre à la splendeur évocative de son rêve et ne retombe à\nla réalité coutumière que pour cracher l'anathème au front des idoles con­\ntemporaines.\n   Mais, si son cœur bat plus hautainement à la vision des âges héroïques,\n dans leur somptueuse plénitude de foi et de courage, les heures climatéri-\n ques, pour ainsi dire, de la civilisation, les crépuscules des races, le han­\n tent. Il aime l'âme simple, impétueuse et altière de\n\n\n                Celui dont l'avenir verra les larges mains\n                S'appuyer à jamais en songe sur l'Épée,\n\n\nmais n'ignore rien du mystère intense des âmes tortueuses, compliquées et\nfélines.\n   Borgia, Guise, noms magiques que la burlesque morale roturière a stig­\nmatisés, — et ces derniers rejetons d'une lignée souveraine, ces énigmati-\nques et inquiétants Valois, cerveaux troubles et obscurs, artistes royaux,\nressuscitent dans les pages de Hors du Siècle, profilent un instant, à nos\nyeux, leur silhouette pâle et fière :\n\n                 Je revois, dans la mort ineffable de l'heure,\n                 S'accouder un gracile et rose enfant princier\n                 Qui pleure d'être heureux, et dont la tête lasse\n                 Plie adorablement sous l'orgueil de sa race,\n                 Comme sous un tragique et trop pesant cimier.\n\n\n\n\n   Je commettrai le truisme de rééditer ces évidentes vérités : la Joie fut\n dévolue — en compensation, sans doute, — aux créatures assez heureuses\n pour n'avoir qu'une idée à la fois. Tous les grands artistes sont donc des\n Tristes.\n    M. Albert Giraud subit cette loi fatale. Le poète nostalgique de Hors du\n Siècle, ainsi qu'un fauve interné loin des sables et des soleils natals, s'in­\n surge contre les évidences obligatoires, cherche vainement une issue à sa\n chimère, se réfugie, enfin, dans le rêve, dans la solitude de sa pensée. Ce\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "                                    — 97 —\n\nvers, si simple et si incisivement suggestif, me résumerait bien la définitiv\nconclusion de cette lutte décevante :\n\n               Personne ne m'attend etje n'attends personne.\n\n   Cependant, le malaise métaphysique, l'Inespérance finale dont s'émeu­\nvent encore quelques êtres d'élite, quelques intelligences suzeraines, assiè­\ngent également son esprit. Il connaît les tristesses maladives et inexplica­\nbles, les satiétés prématurées, les désirs d'être ailleurs, — la volupté\ndouloureuse de la souffrance. De cette source d'inspiration ont jailli les\npièces suprêmes de Hors du Siècle, les plus troublantes : Le Regret de\nl'Enfance, Lohengrin, la Mort de Hunald, d'autres, parmi lesquelles je\nchoisis la très significative\n\n\n                                  RENCONTRE\n\n               — Je reviens d'un voyage au cher pays des lèvres,\n               A u pays des baisers d'un siècle, de là-bas :\n               Crépuscule des chairs, torches roses des fièvres,\n               Tout s'est fané, tout s'est éteint, et je suis las.\n\n\n              — De ce même pays des torches et des fièvres,\n              Du pays du baiser séculaire, là-bas,\n              Du pays de la chair, du cher pays des lèvres\n              Je reviens comme toi, comme toi, je suis las.\n\n\n              — Qu'avons-nous rapporté de cet amer voyage?\n              — Rien qu'un impitoyable et stérile veuvage,\n              Qu'un mauvais compagnon d'exil et de prison.'\n\n\n              — Aimons-nous cependant, û ma pauvre âme lasse,\n              Aimons-nous doucement, lentement, à voix basse,\n              Sans éveiller celui qui dort dans la maison.\n\n\n  Ne voyez-vous pas luire confusément, derrière ces rhythmes indolents, le\nsecret qui nous rend si singulièrement alliciants, les yeux hermétiques et\nsybillins des personnages de Léonard de Vinci?\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "                                  -   98   -\n\n  Les vers de M. Albert Giraud, d'une langue souple et sonore, nerveuse\naussi, sans alliage ni scories, roulent, comme un large fleuve moiré et\nréverbérant dans ses eaux incessantes, toutes les infinies, merveilleuses et\ntoujours renouvelées songeries du Ciel.\n   Les images précises, fastueuses, évocatoires ne se surajoutent pas à la\npensée, mais s'amalgament étroitement avec elle. Ce style a, pour la foule\nde nos dilettanti, ce défaut cardinal de sembler trop naturellement aisé ; on\nne sent pas l'effort. Dès lors, comprendre est sans gloire et — ils s'illusion­\nnent comprendre !\n   Par ce livre et les précédents, M. Albert Giraud se place à la tête des\nartistes de sa génération, — et même de quelques autres! — et, au ricane­\nment, à l'acclamation des imbéciles, s'opposeront dédaigneusement le\npaisible orgueil, la belle et pure fierté de son œuvre.\n                                                      ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 98, "page_fin": 100, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "VERS AME DE SERRE", "ancre_fin": "MAURICE MAETERLINCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE THE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "VERS\n\n\n                             AME DE SERRE\n\n                  Je vois des songes dans mes yeux ;\n                  Et mon âme enclose sous verre\n                  Eclairant sa mobile serre\n                  Affleure les vitrages bleus.\n\n\n                  O les serres de l'âme tiède !\n                  Les lys contre les verres clos,\n                  Les roseaux éclos sous leurs eaux,\n                  Et tous mes désirs sans remède !\n\n\n                  Je voudrais atteindre à travers\n                  L'oubli de mes pupilles closes\n                  Les ombelles autrefois roses\n                  De tous mes songes entr'ouverts!\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "               — 99 —\n\nTattends pour voir leurs feuilles mortes\nReverdir un peu dans mes yeux;\nJ'attends que la lune aux doigts bleus\nEntr'ouvre en silence les portes.\n\n\n                   II\n\n              ORAISON\n\nMon âme a peur comme une femme.\nVoyez ce que j'ai fait, Seigneur,\nDe mes mains, les lys de mon âme,\nDe mes yeux, les cieux de mon cœur!\n\nAyez pitié de mes misères !\nJ'ai perdu la palme et l'anneau;\nA y e z pitié de mes prières,\nFaibles fleurs dans un verre d'eau.\n\nAyez pitié du mal des lèvres,\nAyez pitié de mes regrets,\nSemez des lys le long des fièvres\nEt des roses sur les marais.\n\nMon Dieu! d'anciens vols de colombes\nJaunissent le ciel de mes yeux,\nA y e z pitié du lin des lombes\nQui m'entoure de gestes bleus.\n\n\n                   III\n\n           VERRE ARDENT\n\n Je regarde d'anciennes heures\n Sous le verre ardent des regrets\n Et du fond bleu de leurs secrets\n Émergent des flores meilleures.\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 722, "texte": "                                 — 100 —\n\n\n                 0 ce verre sur mes désirs!\n                 Mes désirs à travers mon âme!\n                 Et l'herbe morte qu'elle enflamme\n                 En approchant des souvenirs!\n\n                 Je l'élève sur mes pensées,\n                 Et je vois éclore au milieu\n                 De la fuite du cristal bleu\n                 Les feuilles des douleurs passées.\n\n                 Jusqu'à l'éloignement des soirs\n                 Morts si longtemps dans ma mémoire,\n                 Qu'ils troublent de leur lente moire,\n                 L'âme verte d'autres espoirs.\n\n                                           MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 102, "titre_corps": "Le Thé", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LE THE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS VISION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 722, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "LE THE\n             Le 26 janvier a été joué, à la deuxième matinée du Théâtre\n              Molière, un acte inédit : Poison, de M. Max Waller. La pièce\n              ne devant pas être publiée, nous en donnons un fragment,\n              simple hors d'œuvre dans l'action.\n\n                                 JACQUES\n\n  Quel parfum ! Je vous assure qu'il n'y a que le Souchong. A propos,\nMademoiselle, connaissez-vous l'histoire de la création du thé? C'est très\ngentil. Il paraît que ça se lit sur certains crépons.\n\n                            MADAME AUBERT\n  Conte nous cela.\n                                 JACQUES\n  C'est un rien. Voici : Après avoir créé les mandarines, les éventails, les\nparasols et une foule de jolies choses très utiles, le créateur du Céleste\nEmpire s'endormit. Le lendemain, il fut fort étonné de se lever très tard\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "                                    —   101 —\n\n\n avec des lourdeurs dans les jambes. — « Je n'ai pas fait grand'chose\n hier cependant » ; allons, c'est que je deviens vieux. Il appela Fa-li-ko,\n son prophète, et lui dit : <c Qu'est ce que nous allons sortir du néant\n aujourd'hui? » Fa-li-ko répondit : « Je vais voir la liste », et il revint :\n « aujourd'hui; les écrans, les crépons et les nattes ».\n\n                                   MADELEINE\n\n   Est ce qu'il s'endormit encore?\n\n                                     JACQUES\n\n  Parfaitement, après les écrans. Le lendemain, Fa-li-ko lui dit : « Doux\nSeigneur, il s'agit de créer quelque chose qui vous tienne éveillé. — Eh\nbien quoi? — Faites la femme. »\n\n                                   MADELEINE\n   Ah! je l'attends là.\n                                    JACQUES\n\n  Vous allez voir : il prit un rien de velours, un soupçon de satin, un\nbout de sourire avec une ombre de larme, remua le tout dans un creuset\nde coquetterie avec un pilon de mensonge....\n\n                                   MADELEINE\n   Vous exagérez.\n                                    JACQUES\n\n   J'atténue; il saupoudra le tout de cruauté, de douceur, de vice mignon —\net ce fut la femme.\n                                  MADELEINE\n\n  Il ne s'endormit plus cette fois!\n\n                                    JACQUES\n\n   Erreur. Il s'endormit trois jours et trois nuits, tant cela avait été difficile\nà faire; mais quand il se réveilla, toutes les potiches du paradis bleu furent\nrenversées, les cloisonnés s'entrechoquèrent et le lac de porcelaine en fit\nune tempête.\n                                 MADELEINE\n  C'est horrible.\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "                                 —   102 —\n\n\n                                  JACQUES\n\n   Horrible. Le créateur avait bondi en poussant un juron d'admiration.\nJ'ai fait cela, moi! cria-t-il. Devant lui souriait doucement une petite\ncréature au teint jaune pâle : des mimosas dans du lait, aux yeux en\namande gentiment bridés, aux ongles d'or mat.\n\n                                MADELEINE\n  Habillée?\n                                  JACQUES\n\n   Oh! Mademoiselle, les dieux chinois savent se tenir. Toilette : une robe\nde satin rouge brodée de cigognes blanches et de lunes roses, retenue par\nune large ceinture faisant un grand papillon noir au dos. Les cheveux\nrelevés en boule sur le haut de la tête par deux longues épingles croisées.\n\n                                MADELEINE\n  Et alors ?\n                                  JACQUES\n\n  Et alors le doux seigneur créa le baiser — pour son usage personnel.\n\n                                MADELEINE\n  Et alors?\n                                  JACQUES\n   Alors, ayant une peur atroce de s'endormir, il consulta Fa-li-ko. Celui-ci,\ntrès ingénieux, prit le parfum de toutes les fleurs, la sève odorante des\nplantes aromatiques, en fit une graine qu'il planta dans un enclos de rêves\naériens et doux. Et ce fut le thé!\n                                                        MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 104, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Van Lerberghe", "ancre_debut": "VERS VISION", "ancre_fin": "CHARLES VAN LERBERGHE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DANS LE RÊVE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 1384, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "VERS\n                                  VISION\n\n               La fille aux onctions subtiles,\n               La revoici, des soirs autour,\n               Cela, sont ses yeux   immobiles,\n               D'un sourire infini d'amour.\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "                 — 103 —\n\nEt cela, qu'elle porte ainsi\nEntre ses lèvres, c'est l'exquise\nDouceur de l'aimer, c'est aussi\nL'occulte fleur, la fleur promise\n\nDe ses jardins, c'est la fleur d'or\nDe son péché, la fleur mortelle\nDe sa bouche endormie encor\nEt qu'on aspire à travers elle.\n\n\nCelle qui marche douce, sans\nBruit et sans ombre, comme une Eve\nDe quelque vitrail où l'encens\nLa fait passante de mon rêve\n\n\n           SOIR DE VIERGES\n\nDans ma demeure où me berçait\nL'essaim des anges du silence,\nVoici les ombres, et qui sait\nDe quelle invisible présence ;\n\n\nDans les eaux mortes, sans couleurs,\nDe mes fenêtres   d'hyacinthes,\nMeurent mes gardiennes fleurs\nEt mes plaines se sont éteintes ;\n\n\nSais-je qui m'aime dans le noir ?\nVierge, en ce palais de mensonges,\nVeille aux embûches de ce soir,\nDivine sœur, veille à mes songes;\n\n\nJoins mes mains, mes lèvres, mes      yeux,\nFerme mes genoux et repose\nEn mes cheveux silencieux,\nAfin que je sois toute close;\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "                                   — 104 —\n\n              Afin qu'en eux ne sourde rien,\n              Ne souffle en mes mains, ou n'aspire\n              A ma bouche sombre, et que bien\n              Seule tu sois à me sourire ;\n\n\n              Et sans frôler les noirs soucis,\n              Montés de ma robe dernière,\n              Viens en mes rêves obscurcis\n              Et signe-les de ta lumière.\n\n                                         CHARLES VAN L E R B E R G H E .\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 107, "titre_corps": "Dans le Rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Destrée", "ancre_debut": "DANS LE RÊVE", "ancre_fin": "GEORGES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 504, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "DANS LE RÊVE\n\n\n                               NOCTURNE\n\n      A MONSIEUR GEORGES LEMMEN.\n\n\n                                      And none but thou shalt be my paramour.\n                                                 CHRISTOPHER MARLOWE\n                                        (The tragical history of Docter   Faustus).\n\n                                      N'autre que vous n\"aura la garde\n                                      Elas de moy qui suis à vous 1\n                                               CHARLES D'ORLÉANS    (Chansons).\n\n\n             Dans la ville il n'y avait plus personne. Rien ne bougeait et l'on\n              n'entendait que le bruit de mes pas qui résonnaient si\n              bruyamment sur les trottoirs des rues désertes. Sur la place,\n              devant la statue, je rejoignis ma bien-aimée. Jamais je n'avais\npu lui parler auparavant et je ne l'avais même point vue, sauf en quelques\npeintures qui, vaguement, lui ressemblaient et que j'exaltais fervemment en\nmon cœur. Grande et blonde en une robe noire ornée de dentelles de même\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "                                    — 105 —\n\n couleur, elle était Habillée avec le goût exquis des Anglaises. Des gants de\n Suède jaunes lui venaient au coude, et un gigantesque boa de fourrure\n noire lui encerclait le col et tombait droit sur ses pieds, tandis que s'épa­\n nouissait à son corsage une touffe, d'orchidées couleur de sang. Ses yeux\n bleus, inexprimablement doux, noyaient l'âme de tendresses et son visage\n avait l'ovale parfait de celui des madones florentines. Maintenue par une\n chaînette d'or, une large émeraude brillait à son front dans un cercle de\n rubis, illuminant vaguement le visage pâle. Et comme je m'agenouillais\n pour lui baiser la main, relevant les yeux je vis la lune derrière sa tête, telle\n l'auréole d'or pâle des reines de Byzance,\n    Les grands arbres tout noirs sur le ciel bleu se courbaient frémissants\n vers le sable de l'allée, et là-bas, par derrière les jets d'eau plaintifs et les\n bassins scintillants, les fenêtres du château s'illuminaient. Tout en mar­\n chant, Elle disait les poèmes sonores en une langue merveilleuse que je n'en­\n tendais point. Sa voix avait le charme des longs arpèges sur les harpes, cou­\n lant comme l'eau des sources au bruit doux des flûtes, tantôt grave et pro­\n fonde semblait un accord triste des classiques symphonies.\n    Les portes blanches du château s'ouvrirent sans qu'elle eut frappé et deux\n enfants, vêtus de velours violet, nous précédaient portant des flambeaux sur\nle large escalier tendu de tapis sombre.\n    C'était un grand salon blanc et or éclatant de lumières. Des bougies roses\n brûlaient partout devant les miroirs biseautés des appliques et dans les lus­\n tres délicats de Bohême tournant lentement avec les scintillements des\nlumières répercutées sans fin dans les glaces. Des tentures de soies et de\nmoires blanches tombaient mollement le long des murs, ornés çà et là de\nquelques vieux portraits, pastels affaiblis et dans les coins, sur une console\naux pieds d'or amoureusement contournés, se détachait tout blanc le torse\nd'un plâtre grec sur le fond vert de quelque bouquet.\n    Où donc sonnait alors le carillon de la très ancienne pendule, et pourquoi\nsonnait-il si tristement en mon âme le carillon de la très ancienne pendule.\nAu premier son des clochettes lointaines, Ses lèvres avaient frissonné et un\nlong soupir s'était exhalé de Sa bouche. Ses yeux bleus s'étaient remplis de\nlarmes et sa tête était devenue plus pâle que les blanches draperies. Elle se\ntenait droite sous les feux scintillants des lustres et semblait prête à défaillir.\nLes rubis s'incendièrent tout à coup et l'émeraude superbe rayonna, illu­\nminant une fois encore tout le visage. Ses yeux, ses chers yeux amoureux,\nà jamais frappèrent mes yeux, tandis qu'en les rougeâtres orchidées, Son\ncœur parut, saignant parmi les fleurs, Son doux cœur tout sanglant de\nl'Impossible amour.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "                                 — 106 —\n\n\n\n\n                                      II\n\n\n                            DÉCOR DE LUNE\n\n     A MES SŒURS.\n\n                                       O h ! je voudrais me perdre dans la brume\n                                     des nuits, dans le flot des fontaines, dans la\n                                     sève des arbres, sortir de mon corps, n'être\n                                     qu'un souffle, qu'un rayon, et glisser, monter\n                                     jusqu'à toi, ô mère !\n\n                                                GUSTAVE FLAUBERT      (Salammbô).\n\n\n   Dans le silence absolu de la nuit, les nuages blancs, partant du sol, s'élè­\nvent lentement, formant au loin, tout là-bas, là-bas, comme des montagnes\nde neige — inaccessibles. Entre deux lignes de sommets blancs, le ciel tout\nbleu, — telle une draperie lissée des soies merveilleuses de Svaïnagar —\nconstellé des croix d'or scintillantes des étoiles. Au milieu, une moitié de\nlune pâle, baignant toutes choses d'une lumière de rêve filtrant d'imagi­\nnaires opales. Et seul, prosterné devant Elle dans la plaine immense, je\nchante pour Elle les noms sacrés les plus purs et les choses belles les plus\ndouces.\n    « O Lune, Lune, souveraine impératrice des mers et des mondes qui\ns'agitent à ta clarté dans les espaces, dominatrice des eaux profondes et des\nOcéans verdâtres dont les flots luisants répètent éternellement ton image\noscillante, espoir des affligés, consolation des faibles, souffle et germe de\ntoutes les fleurs, reine des lys et des blancheurs immaculées, sœur et mère\ndes glorieux poètes et des Vierges tremblantes, glaive et lueur des opprimés,\n immortel miroir de vertu, lumière du monde, auréole et diadème de notre\n très sainte Vierge Marie, mère du Christ, toi qui pardonnes, pardon pour\n mes péchés, rémission de mes fautes, reçois ma prière indigne et sois-moi\n secourable. »\n    Et doucement elle se balance, la Lune se balance, et, soudain, après une\n explosion effroyable, s'écoule, en un large fleuve d'or ruisselant entre les\n monts insensibles, avec le bruit irréel et fantastique d'artificielles cascades\n  provoquées au théâtre. Cependant que les ramures séchées des arbres se\n  détachent en noir sur l'or pâle et s'entrechoquent au vent d'hiver.\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "                                  — 107 —\n\n\n\n                                      III\n\n\n                      LA PRINCESSE ENDORMIE\n\n      A MADEMOISELLE LOUISE DANSE.\n\n                                        This — all this — was in the olden\n                                        Time long ago.\n                                           ED. ALLAN POÉ (The haunted palace).\n\n   J'écoute chanter de la musique en souvenir. C'est la princesse de Boro-\ndine, qui, par le charme d'une fée, depuis si longtemps repose en la forêt\nenchantée.\n   Ses cheveux d'or épandus, ses lèvres roses entr'ouvertes, elle dort\n en le rhythme lent de la musique charmeresse. Sur un lit blanc Elle est\n couchée, d'une longue robe blanche entourée, les bras en croix recourbés\n sur la poitrine qu'abaisse et soulève tour à tour son souffle léger. De quoi\nsonge-t-Elle, de qui pense-t-EUe, la tête pâle, et qu'ont-ils vu ces yeux voi­\nlés depuis des siècles fermés ?\n   Dans le palais, autour d'Elle, tout dort d'un sommeil pareil — valets,\nguerriers et pages et nobles dames, en le geste interrompu s'immobilisent\ndans les salles silencieuses. Veillent, seuls, les dragons verts, aux corps lui­\nsants d'écailles couverts, dardant hors gueules leur langue rouge, leur\nlangue rouge comme le sang, leurs griffes aiguës d'acier sorties, leurs yeux\nde flamme sur la forêt.\n   Les matins violets ont relui, les fleurs se sont redressées et sont retom­\nbées, les oiseaux ont chanté et se sont tus, les soleils rouges sont venus\nilluminer la forêt sombre, et les vitraux des verrières, soudainement, se sont\nenflammés aux baisers de feu des lumières. Au travers des branches et des\nramures grises, la Lune s'est levée pensive et s'est mirée dedans les lacs,\nargentant les tours et les armures des guerriers au palais, enveloppant l'en­\ndormie d'une caresse douce plus qu'aucune autre. Chants des oiseaux, lan­\ngueur des fleurs, aubes violettes, couchants vermeils, pâles lueurs des froides\nlunes. Tout a commencé et tout a fini pour recommencer ensuite. Toujours\nl'immobile princesse dort en le rhythme lent de la musique charmeresse. De\nquoi songe-t-Elle, de qui pense-t-Elle, la tête pâle, et qu'ont-ils vu ces yeux\nvoilés depuis des siècles fermés. Viendra-t-il le chevalier, le duc, le prince,\nle preux guerrier qui, de son premier baiser, doit réveiller la Fiancée?\n                                                GEORGES D E S T R É E ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 108, "page_fin": 108, "titre_corps": "Le Portrait", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE PORTRAIT", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VISIONS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "LE PORTRAIT\n       O cher cœur! le printemps de tes beaux yeux lointains\n       De ses lilas de fête embaume cette image,\n       Et mon vieux souvenir, courbé comme un roi mage,\n       Répand tous ses parfums sur tes pieds enfantins.\n\n       Car tes yeux, où fleurit la divine surprise,\n       Sont un ciel matinal étonné du soleil.\n       Et tes cheveux cendrés sont frais comme un réveil\n       De lavande et de thym sous un baiser de brise.\n\n       Des plaisirs neufs et fiers, au détour du chemin,\n       Implorent ta jeunesse en te léchant la main,\n       Lévriers bondissant à l'appel de leur maître.\n\n       Et voici qu'un désir étrange me pénètre,\n       C'est de redevenir, grâce à ta nouveauté,\n       Le pur et simple enfant que je n'ai pas été.\n\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 108, "page_fin": 111, "titre_corps": "Visions", "titre_sommaire": "Vision", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "VISIONS", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HYPNOTISME", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "VISIONS\n              1 est une époque de ma jeunesse dont le réveil, en ma\n               mémoire, s'accompagne toujours d'une profonde, térébrante\n               épouvante. Il me semble maintenant, — alors, cette idée ne\n               me visita jamais, — il me semble que, pendant ces quelques\nmois, mon sort a été en suspens, mon destin près de se transmuer, qu'une\npériode j'ai habité constamment ces régions imprécises, limitrophes de la\nfolie, — pays d'indolence lourde, de perfides miasmes, de fièvres débilitantes\net charmeur malgré cela, se parant de mirages nonchalants et corrupteurs\nqui dérobent les gouffres prochains, les douloureux et séduisants abîmes.\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "                                    — 109 —\n\n    — A la suite de circonstances qu'il serait long et fastidieux, — puis, au\n  reste, si parfaitement superflu, — de détailler ici, j'étais complètement privé\n de famille, — toutes relations avec mes amis rompues, non violemment,\n mais par je ne sais quel laisser-aller lâche, quelle veule indifférence\n dont ils se froissèrent, sans doute. Ce fut alors, au milieu de la grande\n capitale, une complète déréliction; plus un parent ni un compagnon. A\n l'origine, mon existence resta, à fort peu près, la même qu'auparavant; et,\n chose singulière, en dépit de la routine bien ancienne d'une vie en com­\n mun, mêlée d'intérêts divers si brusquement interrompue, la conscience\n nette, précise de mon isolement ne se présenta pas à mon esprit ; évidem­\n ment cette sensation gisait latente en moi, mais je ne l'évoquai jamais et si\n parfois un incident quelconque la matérialisait, pour ainsi dire, je n'en\n ressentais ni tristesse, ni joie.\n      Le printemps s'écoula dans cet état lymphatique, cotonneux. J'accom­\n   plissais l'identique et quotidienne pérégrination, machinalement, sans y\n  prendre aucune attention, sans le moindre ennui. Avec une tenace assiduité,\n  je fréquentais un petit théâtre de genre ; chaque soir m'y retrouvait, —\n  pourquoi? Certes pas pour le spectacle, des semaines on jouait le même\n  vaudeville et d'ailleurs, n'est-ce toujours le même vaudeville? L'heure me\n  ramenait là, comme à une besogne bien maussade et ennuyeuse, mais inévi­\n  table. Peu à peu, cependant, je cessai d'y retourner, sans, au surplus, me\n  motiver mon abstention... A un moment invariable de la journée, aussi,\n je me rendais en un café où j'affectionnais un coin, — quel déplaisir véhé­\n  ment, lorsqu'il était occupé, déjà ! — Au bout d'un laps, j'abandonnai cette\n habitude également, par dégoût, probable fatigue, — en somme d'une ma­\n nière automatique, toujours...\n     Une sensation obsédante qui m'entretenait dans une perpétuelle terreur,\n me prit tout entier vers ce temps-là : Je faisais de longues promenades ou\n plutôt je pérambulais parmi les rues et les places, désœuvré, sans but, pour\n voir. Et l'impression funèbre qui me coagulait les moelles de l'effroi obscur\n des ténèbres spirituelles, se définirait, à peu près ainsi: — Les passants,\n cette foule environnante que je sentais autour de moi, simultanément à la\ncertitude absolue de sa proximité, me paraissait s'agiter, gesticuler, vivre\ntrès loin de ma personne, m'apparaissait comme illusoire, fabuleuse presque\net projetée toute de mon imagination. Et le bruit, le tapage des voitures, le\ncahotement des fardiers, des chariots pesants, les mille cris des camelots ne\nm'arrivaient qu'assourdis, infiniment lointains, perceptibles à peine, sem­\nblables aux rumeurs distantes, indéfinies d'une cité qui se lève. Et parallèle\nà ces émotions la peur confuse m'opprimait, d'un brusque réveil, la crainte\n                                                                       8\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "                                  —   110 —\n\n\nd'être tout à coup abasourdi par le fracas énorme de la Vie, de me sentir\nécraser sous les roues cruelles de cette réalité que je ne parvenais plus à\nsaisir.\n    Pour rentrer chez moi, je devais traverser un boulevard nouvellement\npercé, rectangulaire, encore encombré de gravats, planté d'arbres chétifs,\nmalingres, au feuillage de zinc pulvérulent, qui dépérissaient dans un ter­\nrain sablonneux, — et cette avenue était large, immense et morte... En\nm'engageant au travers de ce désert, où tourbillonnaient des poussières cal­\ncaires, tout illuminé et poudroyant de soleil et si lugubre et mélancolique\nde clarté, — mon cœur se contractait douloureusement, un malaise me sub­\n juguait, une détresse que je subissais, chaque fois, sans tenter de réagir ou\n seulement de me l'expliquer.\n     Je restreignis mes courses vagabondes de plus en plus, me confinai en\n une réclusion parfaite, enfin. C'est alors, je présume, que je fus proche,\n très proche de l'anéantissement intellectuel.\n     La fenêtre de ma petite chambre, — une case d'un des caravansérails\n modernes, américains, — donnait sur une étroite cour sans air, sans\n lumière, identique à une citerne bien plâtrée: on ne voyait, à l'infini, que\n  de rectilignes suites de croisées et toutes — en cet hôtel garni, — revêtaient\n  la même physionomie morose, masquaient les appartements d'uniformes et\n  impersonnelles tentures. Installé auprès de la mezzanine, je regardais la\n  cour monotone : — ce que j'y considérais m'est resté un insondable mys­\n  tère. Je fumais incessamment et des heures, non pas longues, — je n'en\n  avais aucune idée, — des heures, je m'immobilisais là, assis et fumant,\n   mais ne songeant, ne réfléchissant à rien. Quelquefois, une évanescente\n   pensée se présentait, timidement, cherchait à naître, mais, comme je n'y\n   prêtais aucune attention, elle s'évanouissait aussitôt, avec la fumée de mon\n   cigare. A la longue, fumer même me fut un trop pénible effort et je chus à\n   une existence végétative, exclusivement. Un far-niente, un kief éternel,\n   mais exonéré de toute jouissance; je n'étais ni bien ni mal, je n'étais point,\n   je flottais, en quelque sorte. Le nirvanah, presque...\n    Une image persistante hantait cependant, mon erratique cerveau : Dans\n l'atmosphère gris-perle, — un ciel humide et attendri, m'illusionnais-je,\n — des flocons de fumée pâle, s'étirant en volutes, en spirales, en colonnes,\n erraient, s'aggloméraient, puis amoncelés, fermaient l'horizon, bientôt...\n et toujours (il faudrait pouvoir dire le perceptible et majestueux silence du\n spectacle) et toujours glissaient de nouvelles nuées de plus en plus sombres,\n jusqu'au noir définitif, opaque et mat... Alors recommençait une proces­\n sion de claires et transparentes vapeurs, se détachant en mezzotinto sur\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "                                   —   111   —\n\n\n\nl'antérieure obscurité, — puis, par l'inéluctable progression du blanc au\nau gris, du gris au noir, le firmament de mon rêve s'ensevelissait de nou­\nveau en la sépulcrale et nocturne horreur .. Reprenait, ensuite, le thème\ninitial de cette musique fuligineuse...\n   — Les gens avec lesquels j'entretenais les obligatoires et insupportables rela­\ntions m'apparaissaient absolument problématiques, derrière des brumes...\nPendant leur présence, m'évertuant à corriger mon aléatoire optique,\navec difficulté me convainquais-je de leur évidence et je commençais seule­\nment à m'y résigner, lorsqu'ils s'éloignaient, — et instantanément, je les\noubliais.\n   Un jour, à la fin, après un combat désespéré contre mon inertie, je par­\nvins à me décider à sortir. Il gelait très fort, un vent cinglait, me vrillait\nles chairs, — et il me sembla que quelque chose se fondait en moi, se\n diluait, — que quelque chose qui m'oppressait achevait de disparaître et\n que, maintenant, j'aspirais mieux, d'un poumon avide, l'air rêche, pur et\nrafraîchissant de cette hivernale matinée... Et ce fut une commotion subite,\n — un réveil en sursaut; — le vieil homme se dépouillait de son vêtement\n d'angoisse... J'entendis le vacarme de la chaussée, discordant, criard et si\n doux, pourtant ; — je vis, oui, je vis les êtres qui marchaient aux alentours,\n bien vivants et agissants et j'en vins presqu'à aimer tout d'un coup, d'un\n amour insensé et rayonnant, la grimaçante et vicieuse face humaine...\n\n                                                        ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 111, "page_fin": 112, "titre_corps": "Hypnotisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "HYPNOTISME", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POÈMES EN PROSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 1629, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "HYPNOTISME\n     Par les yeux solennels du vaisseau, les sabords,\n     Sur la mer et le ciel ouvrant leurs insomnies,\n     Le passager peut voir les vagues infinies\n     Par delà l'horizon chercher en vain leurs bords.\n\n     Dans tes yeux transparents je vois ton âme bleue,\n     Mon enfant, dérouler son azur expansif\n     Où passent, sous un ciel monotone et pensif,\n     Des vagues que le vent pousse de lieue en lieue.\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "                                 —   112 —\n\n\n    Le nostalgique appel des vierges horizons\n    Vers l'inconnu m'attire et m'invite au voyage;\n    — Vers l'inconnu du gouffre où gronde un grand               naufrage\n    Où vers l'or inconquis des magiques toisons,\n\n    Qu'importe ? Ivre d'espace et de houle athlétique,\n    Bercé par les roulis de ta puissante chair,\n    Oeil contre œil, en tes yeux je regarde la mer\n    Sans borne et les flots bleus de ton cœur pacifique.\n\n                                                          IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 113, "titre_corps": "Poèmes en prose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "POÈMES EN PROSE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "POÈMES EN PROSE\n                          LE RÊVE DES EAUX\n\n               Les eaux rêvent.\n                   Un long poisson glisse. Le soleil allume son dos écaillé\n                d'éclairs éblouissants. Il glisse comme une lente volonté. Ses\n                yeux verts explorent paisiblement les profondeurs du lac. Ses\nroses nageoires battent paresseusement. Il glisse comme une très lente\nvolonté.\n   Les eaux rêvent. Et sous le poids du rêve qui les oppresse, elles s'étendent\nlasses d'être.\n   Un oiseau passe. De ses ailes mouillées il sème dans l'air des diamants\nde feu. Il coupe les rayons d'or et déjà disparaît.\n   Et sous le poids du rêve qui les oppresse, les eaux s'étendant lasses d'être,\n regardent au ciel les nuages indolents.\n    « Consolez-vous, leur disent les nuages répondant à leur muette prière,\n pas une âme ne peut connaître votre rêve et en partager les souffrances.\n Nous, nous visitons les mondes et ne sommes pas compris. Consolez-vous ;\n tous nous sommes condamnés à porter seuls le poids de nos rêves. »\n\n                        LA MAGIE DU RETOUR\n\n  Assise au balcon, la châtelaine Irminte travaille distraitement à une\nsomptueuse tapisserie. De ses longs doigts, elle semble tirer au soleil du\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "                                  — 113 —\n\n\nsoir ses fils d'or et les mêler à la soie précieuse dont les couleurs éclatantes\nl'éblouissent.\n   Lors, au milieu d'une pelouse aux herbes lisses et profondes, un paon\nqui arrondit sa queue en un large éventail étoile d'ceils songeurs, lève vers\nle balcon sa fine tête aux frémissantes aigrettes, et jette de lugubres cris\ndans la paix effrayée du jardin.\n   Ainsi le paon a crié lorsque le châtelain est parti. Irminte tressaille à\ncet appel du passé, puis se retourne nerveusement. Et après avoir regardé\nfixement la porte du salon, Irminte lève la main en signe de commande­\nment.\n   Aussitôt les ventaux s'entr'ouvrent, et sous des pas timides et pressés le\ntapis frémit. Et les grands vases sonnent comme frappés d'un coup d'ongle,\net les fleurs qui s'en échappent s'allument de neigeuses clartés.\n   « Tu ne le reconnais pas? dit une voix qui s'élève de la pendule, dont\nle balancier depuis longtemps arrêté se remet en mouvement. Et moi, qui\nme suis révoltée contre l'envolement des heures, pour l'aimer à son retour\ndu même et jeune amour? Mais c'est lui! Reconnais-le donc! »\n   Et dans le jardin, un vent glacial emporte sans pitié les feuilles sèches\nsur le sol plein d'échos.\n   « Vous ne vous quitterez plus! » dit une autre voix qui s'échappe des\nvieux fauteuils.\n   Un coup de feu retentit dans la montagne voisine, et l'on entend les\nrâles de la biche qui se meurt, et les bonds sauvages du cerf qui s'enfuit à\ntravers les halliers.\n   Mais dans le foyer profond un feu pétillant s'éclaire. Et de mystérieuses\nmains font glisser deux fauteuils devant la haute cheminée.\n   Et une voix commande : « Irminte, n'en doute plus C'est bien lui. Vois\ncomme il t'implore et te tend les bras. Irminte, lève-toi. »\n   Et la châtelaine se dresse comme une somnambule. Subjuguée au rêve\ndes choses, elle se laisse conduire devant la cheminée et s'affaisse dans un\n fauteuil, abandonnant sa tête aux baisers d'invisibles lèvres.\n\n                                                      HECTOR CHAINAYE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 116, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "VERS MUSIQUE D OMBRE", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 137, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "VERS\n          MUSIQUE D'OMBRE\n\nUn peu de musique incolore\nAfin d'éterniser le soir,\nEt qu'il revive et chante encore\nAux pâles nuits de nonchaloir...\n\nRésonance lunaire et lasse,\nEclose d'ombre dans le rêve,\nEt dont la phrase ne s'achève\nPour qu'à jamais elle s'efface...\n\nOh! Doucement... Loin de mes yeux.\nUn peu vers le cœur mais dans l'âme...\nPrès de l'amour, loin de la femme...\nQue je m'en sente un peu plus vieux...\n\nD'où vient ce baiser d'inconnue\nQue ma lèvre n'a pas rendu'!\nElle s'en va, la bienvenue,\nElle s'en va... tout est perdu!\n\n Tout est pourtant bien en cette heure;\n La mélodie éteinte en l'ombre,\n Et plus de rhythme, et plus de nombre...\n Et qu'elle meure... Et qu'elle meure...\n\n\n                 SOLITUDE\n\n O seule, et triste, et d'âme sombre !\n Tout s'enténèbre autour de moi,\n Et le soir, me hantant d'émoi,\n Met à mes yeux la mort de l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "                —    115   —\n\n\nEt j'ai peur de ma voix, j'ai peur...\nSon aile cogne la silence,\nEt ma ballade humaine offense\nLes coins solitaires du cœur.\n\n\nJe n'ose plus chanter. La laine\nS'englue après mes pauvres doigts,\nEt c'est l'âme de l'Autrefois\nDont je me narre de la peine.\n\n\nDehors, sous la nuit qui s'amasse,\nEt sur les grands étangs du soir,\nLes cygnes s'endorment de noir,\nEt leur lueur au loin se glace.\n\n\n 0 nuit! Clarté de l'Autrefois,\n Tout s'illune de ton mystère;\n Que je suis seule sur la terre,\n Oh! j'ai peur, j'ai peur de ma voix.\n\n\n Car ma complainte trop humaine\n Frôle, soudain oiseau de nuit,\n Les coins d'ombre insultés de bruit,\n Et ma douleur n'est plus sereine.\n\n\n Et j'ai peur de la nuit, j'ai peur ;\n L'immensité porte rancune,\n Ouvrez la porte au clair de lune,\n Mon Dieu ! dans mon si pauvre cœur !\n\n\n\n                    VISIONS\n\n  Aux bords opalisés de lune\n  Et déserts d'adieux éternels,\n  Nous errons seules, une à une,\n  Veuves des Iys spirituels;\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "                 — 116 —\n\nEt nos mains, à jamais marries,\nSont, oublieuses des fuseaux,\nFleurs nonchalantes et flétries\nEt royales sur les manteaux.\n\nL'Amour a blessé toute envie;\nC'est pourquoi telles nous voici :\nImmarcessibles à la vie,\nComme mortes déjà d'ici.\n\n\nTocsin de cloche, appel nocturne,\nL'espoir du cœur a tu sa voix;\nNos lasses mains ont brisé l'urne\nDans quoi nous buvions autrefois.\n\n\nLà, sous des robes nuptiales\nDont nul n'entrouvrira   l'orgueil.\nVoilant le mal qui nous fit pâles,\nNous illuminons notre deuil ;\n\n\nEt contemplons, bien résignées,\nPasser sur l'eau de nos pâleurs,\nLes barques folles... mais signées\nDu souvenir de nos douleurs.\n\n                                 GRÉGOIRE LE ROY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 119, "titre_corps": "Péchés véniels : Curieuse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Péchés véniels", "signature_source": "Hippolyte Devillers", "ancre_debut": "PÉCHÉS VÉNIELS", "ancre_fin": "HIPPOLYTE DEVILLERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LIED", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "PÉCHÉS VÉNIELS\n                                CURIEUSE\n\n               C'est bien la plus adorable plante de serre, le joyau le plus\n                parisien, que la toute rose et mignonne vicomtesse Laure de\n                Fleures ; — Laura dans l'intimité.\n                  Si, arrivée intacte au mariage, il y a deux ans déjà, elle n'a\npas encore conçu, en revanche elle a beaucoup péché... mais avec le vicomte\nGaston de Fleures, son mari, qu'elle aime et ne trompe pas, — je suis\nsérieux !\n   Elle a d'admirables cheveux blonds dont elle est fière, et qui, dénoués, la\nferaient présentable en costume d'Eve, aïeule dont elle est la plus capiteuse\ndes arrière-petites-filles. Ils sont d'un blond d'enfant, ces cheveux, avec de\nbeaux reflets d'or pâle ; Gaston fait et refait souvent la conquête de cette\ntoison. Il a un mot : « Je jasonne ».\n   Laura se mêle volontiers au monde qui n'en est guère; elle excelle, en\nmendiante, à faire de grosses recettes dans les fêtes de charité.\n   Le noble faubourg ne peut la renier, Breda-Street l'accepterait. Elle est\nsur la lisière, — elle côtoie.\n   Elle n'a de dévotion que juste ce qu'il faut. Elle pratique peu ; c'est un\nminimum. Du reste, elle voudrait des réformes, et n'accepte que six péchés\nmortels. Gaston l'approuve, sachant bien que les Pères de l'église n'ont\nintelligemment défendu les mignardes préfaces, et aussi toute volupté d'art\nqui n'a pas pour fin directe l'incarnation, qu'à cause du désir qu'ils ont que\nla femme, pour son salut, ne reçoive du mari que l'insuffisante instruction\nprimaire, se réservant de la conduire eux-mêmes jusqu'en philosophie.\n   Elle est chatte par tempérament, c'est-à-dire libre; frileuse et caressante,\ndeux synonymes. Son hôtel est un nid, sa chambre une boîte capitonnée,\nson lit... un petit Sénégal. Excentrique d'instinct, elle écrit à l'encre rose\nsur papier noir; enfin curieuse, oh! mais curieuse!... elle a le machiavé­\nlisme de la curiosité !\n   Avec elle, Gaston, dont elle a su faire un pacha, a dix maîtresses. Elle a,\npar foucades, la jalousie d'une Andalouse, la passion d'une Napolitaine,\nla lourdeur d'une Allemande, les hardiesses d'une Russe, l'ennui de l'An­\nglaise, la gaminerie d'une Parisienne. Tranchons le mot : elle est amou-\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2907, "texte": "                                  —   118   —\n\n\nreuse de son mari, Laura, et, comédienne intéressée, la fine mouche\nescompte en herbe et à son profit les caprices que Gaston pourrait avoir.\nLe vicomte voltige en cage, et sa femme dit : « Il me trompe avec moi ».\n    En carnaval, Laura ne manque pas un bal travesti. Bien grimée, on ne\nla devine pas sous les habits d'homme; c'est un charmant cavalier, un ché­\nrubin de fraîche mine et quelque peu dangereux. On conte même (mais\ntout bas) qu'une nuit elle eut l'espièglerie de se faire enlever, sous les yeux\nde Gaston qui en rit, par une bonne amie à elle, mais à qui il ou elle plut\ntellement que l'inconséquente poussa la curiosité jusqu'à ne réintégrer le\ndomicile conjugal qu'un peu tard en matinée. Gaston voulut alors des\nexplications; elle avoua presque tout, en riant toujours comme une folle, et\nen donna au vicomte qui, cette fois, rit de moins bon cœur. Une après-\nmidi, fourrageant dans la bibliothèque de Gaston, elle mit la main sur un\n Brantôme et le hasard fit qu'elle en lut la fin du premier discours. Elle eut\n une petite moue et ferma le livre. Laura en voulut à la cour des Valois;\n elle n'aimait pas à aller sur les brisées de ce Monsieur dont on dit qu'il a\n plus d'esprit qu'Arouet. A quelque temps de là, causant avec le corps du\n délit : l'amie, et coquetant à cœur joie sur une intime, belle mondaine dont\n le contrat était labouré de coups de canif, Laura dit : « Et nous, ma chère,\n comment dire... une griffure, n'est-ce pas?... »\n   Si Laura est l'enfant gâtée de Gaston, elle, de son côté, n'attend que le\ndésir d'une folie qui la lui fasse commettre en s'y associant.\n   L'été dernier, étant à Franchart, Laura voulut explorer la vallée, la par­\ncourir, monter sur les roches, se perdre dans les grandes fougères, et meur­\ntrir ses petits pieds en Parisienne lâchée, échappée du boudoir. Au fond,\nla vallée se trouve enserrée par de hauts éboulements de pierres qui donnent\nau paysage un aspect étrangement sauvage, c'est le Carnage. Gaston émit\nl'opinion que ce tableau serait complet avec des formes blanches de nym­\nphes poursuivies, qu'éclaireraient blafardement des rayons de lune. Laura\ntrouva l'image jolie, y revint au dîner, et voulut coucher à l'auberge de\nFranchart. Tard en soirée, ils redescendirent dans la vallée; une fantaisie\nde Laura qui se mourait de peur, mais avait son idée...\n   Deux jours après, à Paris, la vicomtesse de Fleures défendit sa porte, et\ncela dura toute une longue semaine. Qu'elle soit souffrante, très bien, mais\nne pas recevoir même les intimes, les bonnes amies!... elle était donc\nenlaidie?... Et les histoires d'aller leur train! En fait, convenons que, pour\nune femme à la mode, il est ridicule d'avoir le nez rouge et d'éternuer à tout\ninstant... et l'indiscrète femme de chambre de Laura insinua que ce n'était\nprosaïquement que cela : un coryza, vulgo : rhume de cerveau ! !\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "                                — 119 —\n\n\n  A leur première sortie, Laura et Gaston étant au Louvre, dans la galerie\ndes Antiques, la convalescente — avec ce rire à la Samary que seules peu­\nvent se permettre de jolies dents — dit :\n  « Mais alors, autrefois, Gaston, la Grèce était chauffée?... »\n\n                                           HIPPOLYTE DEVILLERS.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 119, "page_fin": 119, "titre_corps": "Lied", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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Max Wal­\n               ler. Nous en prenons quelques bonnes feuilles :\n\n                                                  Lukungu, 1er octobre 1887.\n\n\n   Enfin, nous voilà installés presque confortablement. J'ai une petite\nchambre où j'ai pu déballer mon fourniment, un grand lit en bois, enve­\nloppé de la traditionnelle moustiquaire; bientôt, j'aurai un matelas de\nfeuilles de palmier, une commode, s'il vous plaît, un lavabo et deux tables.\nJe mange bien, tout en ne méprisant pas le Café Riche. Notre jardin nous\nfournit presque tous les légumes d'Europe : des choux verts et rouges, des\nradis, carottes, navets, betteraves, salades, endives; c'est inappréciable, car\navec les chèvres et les poules étiques qui font la base de nos repas, il nous\nfaut faire des prodiges d'imagination pour varier les menus : nous atten­\ndons, en ce moment, avec impatience nos provisions de vivres trimestrielles\npour nous régaler de jambon, de fromage et de confiture. Tout cela vous\nmontre que vous pouvez être rassurés sur le sort du « triste exilé sur la\nterre étrangère ».\n   Je suis rentré, il y a trois jours, d'une petite expédition distrayante : deux\nchefs du district se battaient, depuis quelques jours, et il s'agissait d'aller\nleur faire un peu de morale. P.... a été envoyé avec une dizaine de Zou­\nlous; j'ai rassemblé les chefs, — il s'agissait d'un vol d'ivoire, — fait resti­\ntuer les objets et payer une mince amende; c'est d'une simplicité primitive.\n   Allé récemment en excursion en pirogue sur la Lukunga, qui coule au\npied de la station ; c'est bien la plus ravissante petite rivière qu'on puisse\nrêver; les arbres des rives se rejoignent en tonnelle au dessus de vous et,\npartout, c'est une débauche de luxuriante végétation ; l'eau étant assez peu\nabondante plusieurs fois nos hommes devaient y descendre pour porter\nnotre embarcation au dessus des petites cataractes inoffensives dont la\nrivière est criblée.\n   Le pays est rempli d'aminaux intéressants : outre les éléphants, les buf­\nfles et les antilopes, qui se tiennent soigneusement écartés de la station, il\ny a ici un tas de bestioles curieuses; à chaque instant, les indigènes nous\napportent des petits que nous essayons d'apprivoiser; nous avons, en ce\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "                                   —   121 —\n\n\n moment, un chacal, un chat-civette (en Belgique et ailleurs, ce sont des\n chats... civets!), un chat sauvage, une autre petite bête du même genre,\nqui est méchante comme une teigne, et que nous ferons bien de lâcher\n aussitôt que les dents lui auront poussé; naturellement, nous possédons\n aussi un perroquet.\n    Outre que nous sommes assez occupés pour ne pas avoir le temps de nous\n ennuyer, nous voyons souvent du monde ici ; la semaine dernière, nous\n avons reçu la visite d'un certain M. B..., missionnaire anglais, qui compte\n aller au Soudan ; il y va, sans doute, faire ce que ses confrères font ici :\n nothing at all.\n    A ce propos, tout parti-pris de nationalité mis à part, tout le monde est\n d'accord pour trouver que les missionnaires catholiques travaillent beaucoup\n en Afrique; ils cultivent leurs terrains et font travailler les enfants à qui ils\n enseignent la langue française et différents métiers manuels. Les mission­\n naires anglais, au contraire, ne font absolument rien que chanter, prier,\nmanger et dormir, le tout à extinction ; ils n'ont, d'ailleurs, aucune\ninfluence.\n    J'ai vu, avant-hier, le pauvre de St..., qui est forcé de retourner en\n Europe après une terrible fièvre hématurique, compliquée d'une maladie\nde foie, qui a failli l'emporter; ce n'est plus qu'une ombre; avec lui partira,\nsans doute, le jeune Ronnberg. Le capitaine Thys vient de passer à\n Lukungu; il va à Léopoldville et, de là partira pour les Falls; il semble\n passer une inspection générale et s'est montré, du reste, pour tous, d'une\nextrême courtoisie.\n    Sont passés également par ici : le capitaine Bailey (pas celui qui fut le\nhéros de la joyeuse aventure que vous savez), et le lieutenant Deane, qui a\nassisté à la mort de notre pauvre Dubois. Ces messieurs viennent de notre\ncôté pour chasser le buffle (pour ses « beefsteaks », non, ses bufflesteaks!)\net l'éléphant (pour son ivoire) ; dur métier!\n    Un petit incident que j'ai oublié de vous conter. C'était à mon dernier\nvoyage. Un chef était venu se plaindre qu'un autre chef des environs lui\navait pris quatre hommes. L'origine de la querelle : une femme (parbleu!);\naprès avoir été achetée par le plaignant, la pauvre était morte au bout de\nquelques jours. Or, d'après les usages du pays, elle devait être remplacée\npar le vendeur ; l'acheteur avait même offert de se contenter d'un cochon !\nl'autre, non seulement a refusé de donner le cochon, mais poussa l'indéli­\ncatesse jusqu'à voler encore quatre hommes à son client !\n    J'ai envoyé un de nos Zoulous à ce négociant un peu étrange, pour le\nprier de venir me trouver. Au lieu d'obéir, il a amarré mon messager en lui\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "disant qu'il n'avait pas peur du blanc, et que, s'il venait, il lui couperait le\ncou ; simple fanfaronnade bien connue. Mon Zoulou parvint à s'échapper\n(comme le jeune enfant de la rue de Namur !) et revint au camp nous\nraconter l'affaire; aussitôt ses camarades prennent leurs fusils et me\ndéclarent qu'ils veulent partir tout de suite pour se venger (en leur bon droit,\nils ont confiance). J'ai dû « palabrer » avec eux et leur promettre que le\ncoupable serait puni, en leur faisant comprendre que le blanc ne se laisse­\nrait pas insulter impunément : pour plus de sûreté, je leur ai pris leurs\narmes et les ai mis dans ma tente. L'expédition n'a pas été nécessaire ; le\nvoleur a eu une peur bleue en apprenant notre arrivée et s'est absolument\naplati. .\n   Hier, journée à émotions : vers 3 heures de l'après-dîner, de Saint-Marcq\npasse près de ma chambre en criant : « Prends ton revolver, il y a une\nbande de Zanzibarites qui descend du Pool ; ils sont enragés et menacent\nBuxens (1) » ; je prends mon revolver et nous voilà partis tous deux à son\nsecours; à notre vue, toute la bande s'enfuit en poussant des cris, en\nagitant drapeaux, lances et couteaux ; nous leur crions de s'arrêter et de\nvenir à la station ; il faut à tout prix les empêcher de se répandre dans la\ncontrée avec leurs armes ; il paraît qu'ils ont quitté le Pool après avoir\nassassiné des femmes et pillé des villages, et comptent sans doute continuer\nleurs exploits jusqu'à Matadi : nous les poursuivons ; les plus peureux\njettent leurs lances et fuient dans les herbes, quelques-uns, huit ou dix,\nplus déterminés, nous attendent : je veux arracher à l'un d'eux sa lance\nqu'il brandit de façon inquiétante; il ne veut pas la lâcher malgré mon\nrevolver que je lui braque sur la figure; je ne tire pas encore, mais lui\nassène un coup de crosse sur la tête ; il finit par lâcher prise. Mais un\nautre s'avance vers moi et veut me frapper de son casse-tête ; je n'hésite\nplus et je tire ; il a le temps de se baisser, pousse un cri et s'enfuit.\n   Un seul Zanzibarite est resté ; comme il n'a pas pris part à la lutte, nous\nle laissons aller. Nous envoyons ensuite un homme de la station — un de\nleurs compatriotes — pour tâcher de les faire revenir, peine inutile; ils\nsont tous partis, mais heureusement sans armes.\n   L'homme sur lequel j'ai tiré a reçu, paraît-il, la balle près de l'épaule;\nj'aimerais fort qu'il n'en mourût pas, mais j'ai la conscience tranquille.\nMboté Kombo (bonjour, frère), mono tonda egge (je t'aime).\n                                                   CHARLES WARLOMONT."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 125, "titre_corps": "Le Parnasse de la Jeune Casserole (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Basoef", "ancre_debut": "Le Parnasse de la Jeune Casserole", "ancre_fin": "Ou dont l arôme fasse appel aux sens défunts", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "Le Parnasse de la Jeune Casserole\n                              (Suite).\n\n                            MAX DE BINCHE\n\n\n                        RÊVASSERIE\n\n   Allons-nous-en tous deux, ô mon gros chien vert, vers\n   Les prés inviolés, loin du monde pervers\n   Et lâche oit l'amour même est, trois fois hélas! une\n   Vilaine chose, orde, et combien inopportune\n   Et malpropre et fort peu recommandatie, ô crime\n   Atroce contre lequel vainement s'escrime\n\n   Mon vers sonore et plein, pareil au savoureux\n   Raisin de l'Hymette. Ah! viens, loin de ces lépreux\n   Climats, fuyons vers les pays où les systoles\n   Sont encore de mode, où vibrent les cytholes,\n\n   Sous les longs pleurs de la Lune; où sans peur des nielles\n   Malsaines, ni des loups, baisent d'or les agnelles,\n   Dont la maigre toison, sous le ciseau brutal\n   Doit tomber un beau jour. O l'Anankhe fatal !\n\n   Viens, vois, la nuit descend. O la douce sottise\n   D'aimer quand tout repose autour de soi, parmi\n   La blancheur des rideaux. Viens, la voix d'un ami\n   T'invite à contempler l'ombre du vert cytise,\n\n   S'étendant sur les eaux où plongent les glaïeuls\n   Et les convolvulus, et ces floraisons vaines\n   Que nous autres rimeurs nous appelons verveines,\n   Telles que les virent les yeux de nos aïeuls.'\n\n\n                           ALBERT MA FEMME\n\n\n                       A     LETOCHÈS\n\n   Quel autre à ce degré possède un pareil flair,\n   Un œil américain, perçant comme une vrille,\n   Sous l'habit du marquis devinant     Mascarille,\n   Déchiffrant les rébus plus vite que l'éclair ?\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "                       —    124 —\n\nSur bien des fronts pourtant n'est pas écrit en clair\nCe que pense vraiment plus d'un dont le nom brille :\nToujours tu le trouvas sans l'aide de la grille\nEt sans même un instant de chercher avoir l'air.\n\nSi je ne te savais nullement noctambule,\nVraiment je te croirais quelque peu somnambule,\nMoi qui suis le plus chaud de tes admirateurs ;\n\nCar, ma foi, je ne fais plus que de ripopées\nQuand je sens dans ma chair, ainsi que des épées,\nS'enfoncer froidement tes yeux   inquisiteurs.\n\n\n                  ALMA-MATER-STABAT-L1NK\n\n\n              VÉGÉTATIONS DU COCCYX\n\n\n        Les chiens jaunes de mes péchés\n        Au milieu des ombres mentales,\n        Avec leurs flammes    végétales\n        Ont l'air de très sérieux michés.\n\n        Les chats de mes mélancolies\n        Qui me font penser à Bouffé,\n        Je les vois dans l'auto-da-fé\n        Songer aux douleurs abolies.\n\n        Mes désirs malades de faim\n        Ouverts au seuil des nuits sans trèves\n        Sont en train d'étancher mes rêves\n        Que seuls la lune éclaire enfin.\n\n        Les serpents violets des rêves,\n        La lune verte de serpents,\n        Les écrous à plus de six pans\n        Comme les vénéneuses grives ;\n\n        Les palmes lentes des désirs,\n        La verge de ma lassitude\n        Qui féconde ma solitude,\n        Et les nénufars des plaisirs;\n\n       Tous ces élans plus lents encore\n       Et ces désirs que je voulais\n       Sont des pauvres dans un palais\n       Et des cierges las dans l'aurore !\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "                         — 125 —\n\n\n                   FERNAND   C'EST-PAS-VRAIN\n\n\n\n\n                LES JAMAIS LAS DAIMER\n\nElle et lui s'en allaient, recherchant les c o i n s noirs,\nDans le jardin baigné de lune et de silence.\nSur son bras s'appuyant, pleine de nonchalance,\nElle avait dans les yeux la langueur des beaux soirs.\n\n\nDans la grotte en rocaille ils restèrent  longtemps.\nCes deux éphèbes aux cœurs blancs comme les cierges:\nIls en sortirent purs, immaculés et vierges.\nAyant de Jésus-Christ discouru tout le temps.\n\n\nIl disait : C'est si doux, ô chère Beatrix!\nDe garder à jamais au plus profond de l'âme\nLe mépris du baiser et l'amour de la femme,\nEt de brûler d'un feu vif pour le crucifix.\n\n\nQue ton âme à jamais, recluse en tous ces lys,\nReste blanche malgré nos mâles mains tendues.\nTon linon est aux prix des choses défendues,\nEt le seul mot d'aimer dérangerait ses plis !\n\n\nTout au plus, quelquefois, des soupçons de parfums\nAvec les seuls échos d'une lointaine lyre,\nEt rien qui chante un peu les charmes du délire\nOu dont l'arôme fasse appel aux sens défunts:\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 126, "page_fin": 130, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Soirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Sons l", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                           I\n\n      Les Soirs, par Emile Verhaeren. — Bruxelles, Edmond Deman, éditeur.\n\n\n               Née dans les tourments de René et dans l'amertume des Mémoires\n                d'Outre-Tombe, la littérature française du XIXe siècle n'est\n                qu'un hymne terrible à la Douleur. Et sur son déclin, ce siècle\n                de progrès à vapeur et de civilisation électrique, que des pro­\nsateurs naïfs ont salué naguère comme l'aurore d'un nouvel âge d'or,\ndéchaîne le finale encore assombri, toujours plus orageux et plus lugubre,\nde la tragique symphonie. Après René, — les Confessions d'un Enfant\ndu siècle, Rolla, les Poèmes barbares, les Fleurs du mal et tant d'autres\nlivres merveilleux où les premiers d'entre les poètes ont magnifié les\nconceptions du plus navrant pessimisme. Depuis quinze ans même, il\nsemble que l'affreuse tristesse redouble. Chaque jour présente aux lecteurs,\ncomme autant d'éponges trempées dans le fiel et l'absinthe, de nouveaux\nouvrages d'une acreté plus intense. Et cette étrange maladie des âmes con­\ntemporaines, cette noire hypocondrie littéraire n'est pas un phénomène\ninconscient que chacun, public et auteurs, s'efforcera de guérir dès qu'il\nen connaîtra le diagnostic ; c'est, tout au contraire, un mal étudié avec\ngoût, avec passion, avec une frénésie sans cesse grandissante qui, par\nréaction, accroît sans cesse le mal lui-même. Nous nous excitons, nous\n nous reprochons de « croupir dans la raison natale ». Nous aimons notre\n spleen et nous nous en grisons comme d'une liqueur divine ; liqueur perfide\nqui à chaque ivresse nous empoisonne davantage. Jusqu'où'? Si le courage\n de mourir n'était pas mort, c'est par centaines que l'on compterait aujour­\n d'hui les Werther de la décadence latine. Mais le suicide exige encore quel­\n que énergie, et l'intoxication a rongé la volonté jusqu'en ses racines.\n    On peut préjuger qu'un tel état d'âme est intimement lié à un analogue\n état de santé corporelle. Dans son très remarquable A Rebours, M. Huys-\n mans a suivi le développement parallèle de la maladie dans la Pensée et\n dans les organes de son personnage. C'est un thème voisin de celui-là que\n M Emile Verhaeren développe dans ses SOIRS, non plus en critique, mais\n en poète.\n     La première pièce intitulée les Malades, indique le sujet fondamental\n du livre ; c'est une sorte de préface générale aux Soirs et aux deux volumes\n  annoncés : les Débâcles et les Flambeaux noirs, qui formeront la deuxième\n  et la troisième partie de cet ouvrage.\n\n                Blafards et seuls, ils sont, les sceptiques   malades,\n                Hostiles de leurs maux.\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "  Leur maladie les isole; séparés de la vie banale des bien portants, ils la\njugent, la jaugent, la déclarent vaine, mauvaise, stupide et se prennent à la\nha'ir. Ils la connaissent bien, d'ailleurs :\n\n                Ils ont mâché la vie et ses jours identiques.\n\n  Et dans leurs souffrances actuelles, elle leur paraît plus bête et plus\nhideuse. Tout ne leur a-t-il pas craqué entre les doigts? Ont-ils jamais pu\ntoucher les chatoyants mirages de leurs rêves d'anlan, dont le souvenir\naujourd'hui aigrit leur mal?\n\n                Sèches, toutes les fleurs des loins et des nagueres :\n                Les enfances, les jeunesses et leur douceur;\n                Et les touchers joyeux de ces mains éphémères\n                Et de ces regards clairs sur les roses du cœur !\n\n                Vides, les îles d'or, là-bas, par l'or des brumes,\n                Oit les rêves assis sous leur manteau vermeil\n                Avec de longs doigts d'or effeuillaient aux écumes\n                Les ors silencieux qui pleuvaieut du soleil !\n\n   Tout est vain, douloureux et fatal. Seule, une consolation reste à ceux\ndont la souffrance n'a point anéanti le ressort personnel; c'est de se forger\nune illusion suprême, c'est de tromper la fatalité, et puisqu'il faut souffrir.\nirrémissiblement, c'est de se prouver cette maîtrise de soi par le seul acte\nqui soit possible, c'est de dompter la douleur subie par une douleur plus\nforte, mais voulue celle-là! Ah! la volonté est misérablement bornée et\nn'agit guère que sur le moi! Ah! la volonté est misérablement malfaisante\net ne produit que le mal ! Eh bien, qu'importe! qu'elle Me Torture! puis­\nque tel est le seul règne qui reste à l'homme, ce roi-fantoche du monde, qui\nne gouverne son corps et son âme que pour leur nuire !\n\n                Souffrir éperdûment, mais par sa volonté !\n\n    Triste vœu qui se répercute de vers en vers tout le long de ce livre de\n tristesse !\n    Mais les Soirs ne décrivent que le premier stade de la maladie. Elle\n est sourde, presque latente encore; à peine çà et là, comme dans la Fleur\nfatale, fait-elle une brusque explosion. C'est dans LES DÉBACLES qu'elle\n se déchaînera ; puis les FLAMBEAUX NOIRS éclaireront de leurs lueurs sab­\n batiques les rêves effroyables de la folie; étoiles monstrueuses, ils luiront\n sur la haute mer des démences et des crimes. Ici, les malades marchent\n encore, d'un pied meurtri, sur la terre des vivants. Ce que leurs yeux fixent,\n ce sont les villes et les paysages où se meuvent leurs ex-frères, les hommes\n sains de chair et d'âme: mais de quel regard trouble et fiévreux! Au ciel,\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "                                 — 128 —\n\nles nuages sont « jetés ainsi que des grabats ». Les chaumières aux seuils\nvermoulus « poussent des cris souffrants comme des voix humaines ». Les\nsoirs sont « crucifiés sur l'horizon ». « Les très souffreteuses bicoques »\nfixent « avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques - Le vieux mou­\nlin qui tourne et las, qui tourne et meurt ». Les vitres des façades « versent\nleur blessure qui saigne ». Une ville s'évoque, énorme, grande comme un\nempire, gluante et vomissant un fleuve boueux, couleur de fiel, qui ballotte\ndes cadavres de marins ; ville des malades et des spléenétiques : « O mon\nâme du soir, ce Londres du soir qui traîne en toi ! »\n   Cependant, au cœur de cette douleur, pointent des désirs mystiques.\n Des prières sont balbutiées. S'il existait un Dieu! Si mes souffrances\n n'étaient qu'une volonté divine! Si l'on pouvait fléchir le céleste bourreau\n qui me martyrise ! — Allons donc ! Loin d'ici cette faiblesse sentimentale !\n Encore une fois, sachons nous torturer nous-mêmes plus âprement !\n\n               Je mords en moi mon propre cœur et je l'outrage\n               Et ricane, s'il tord son martyre vers Dieu.\n\n    C'est que dans les malades des Soirs toute énergie n'est pas morte\nencore. Si d'involontaires élans les portent vers la Religion des douleurs\nrésignées et des souffrances subies — « vers ces cultes d'hystérie et de\nflamme » — leur force persistante et leur fièvre tumultueuse veulent davan­\ntage. N'oublions point que ces haineux malades « discutent combien la\ncruauté rapproche plus que l'amour ». Leur mysticisme se pimente de\nférocité. Ce n'est plus le dieu souffrant qui surgit dans leurs visions, ce sont\nles dieux monstrueux qui font souffrir. Ils ont tant souffert eux-mêmes,\nces cruels malades, que pour soulager leurs maux, ils martyriseront les\nautres. Car ils ne conçoivent plus que la douleur; elle remplit tout le\nchamp de leur vue ; c'est en elle seule qu'ils mettent désormais leurs rêves\net leurs désirs ; et pour réaliser les supplices où ils aspirent sans en être\neux-mêmes les victimes, que faut-il faire? Supplicier, ou, tout au moins,\nvoir supplicier les autres hommes. C'est ainsi que dans l'épaisse fumée des\nencens maudits se dressent, au fond de leurs cerveaux, des figures de divi­\n nités cruelles, mystérieuses, pareilles à ces effrayantes idoles souterraines\n qui dévoraient et engloutissaient dans leur ventre d'airain, au milieu des\n flammes rouges, les enfants voués au divin Destructeur. Alors tu apparais\n sur l'autel ensanglanté, dans la grotte nocturne,\n\n                               Madone énorme et noire,\n              Dont les cheveux noués en vipères s'en vont\n              Mordre les seins, madone énorme et noire, et dont\n              Les mains tiennent le houx et la rose de gloire,\n              — Madone énorme et noire, — et le crapaud de bronze.\n\n    Nous la retrouverons, la ténébreuse et sanglante idole, dans les villes\n d'un Hindoustan de rêve : elle sera alors la bête féroce, emprisonnée en sa\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "                                     —   129 —\n\n\nforme de marbre, sous les colonnades des temples, et ravagée du désir fou\nde fondre comme une tempête de mâchoires dans la longue et paisible pro­\ncession des pèlerins.\n  Au centre de ces visions désordonnées :\n\n             L'absurdité grandit comme une fleur fatale.\n\n\n   La folie monte. « Je veux marcher vers la folie et ses soleils! » s'écrie le\nmalade. Et ses yeux s'emplissent d'apparitions magnifiquement incohé­\nrentes, ciels splendides, lacs de fleurs, oiseaux fantasques aux grands gestes\ninutiles, essaims bariolés d'insectes inexplicables, et soudain ce cri déses­\n péré :\n             L'inconscience gaie et le tic-tac débile\n             De la tranquille mort des fous, je l'entends bien !\n\n\n   Jusqu'ici nous n'avons, dans cette trop brève étude, parlé que de la psy­\nchologie de M. Verhaeren. C'est qu'après les préliminaires et indispensables\nsacrifices à la forme et à ses succulences, il s'est élevé au degré supérieur\ndu magistère poétique; après avoir étudié les arcanes de la forme artis­\ntique, sans laquelle il n'y a point d'art, il a entendu, comme l'initié\nd'Eleusis, une voix mystérieuse chuchoter à son oreille : « Osiris est un\ndieu noir ». Peut-être, à notre gré, la versification de M. Verhaeren est-\nelle d'une esthétique un peu lâchée. Nous aimons de trouver dans les vers la\nsévérité classique des Baudelaire et des Leconte de Lisle. Mais il se peut\nque nous soyons parnassien à l'excès. Aussi nous hâtons-nous de recon­\nnaître à chacun le droit de bousculer un peu le rythme qui nous est cher.\n   Quant aux images de M. Verhaeren, elles sont énergiques jusqu'à la\nviolence, parfois jusqu'au sublime. Ainsi un groupe de rochers tordus lui\nsuggère ce vers : « Vieux tonnerres figés des époques occultes ». Il marque\nses malades de cette description féroce : « leurs corps, cages d'os pour les\nfièvres ». D'autres fois, quelques locutions familières s'appliquent avec une\nprécision charmante, quand il célèbre les complaintes : « Avec leurs mots\nen panne et leur rythme en déroute ». Puis ce sont, à mainte reprise,\ndes sonorités imitatives, tels ces mirages « qui vont flottant au flot le flot,\nflottants et vains ». Mainte fois aussi l'effet est raté; car M. Verhaeren est\nun poète inégal, et lorsque son vers est mauvais, il l'est terriblement. Ainsi\nà nos yeux épris des strictes règles rien ne peut excuser cet enjambement\nsans but :\n\n             Une immobile nuit lame les peupliers\n             Autour\n\n\n  Mais à quoi bon poursuivre ces critiques que tout versificateur saura à\nsuffisance se formuler au fur à mesure de sa lecture? Terminons cette page\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "                                    —   130   —\n\n\nen félicitant M. Verhaeren de qui nous attendons avec une impatiente\ncuriosité les prochains vers. N'oublions pas, dans nos congratulations, le\nmaître artiste M. Odilon Redon qui a magnifié lès Soirs d'une superbe tête\nde sphynge symbolique (ne serait-ce pas plutôt un étrange Memnon de\npierre murmurant de troublantes psalmodies à l'heure des crépuscules?) ;\nni notre ami l'éditeur M. Edmond Deman et nos excellents imprimeurs\nMme Monnom et M. De Winter, qui ont fait des Soirs l'un des plus beaux\nvolumes typographies en Belgique.\n                                                            IWAN    GILKIN.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 133, "titre_corps": "Chronique littéraire : Sous l’œil des Barbares", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "II Sons l", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III A cœur perdu", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 702, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "II\n\n   Sons l'œil des Barbares,   par M. MAURICK BARRKS. — Paris, Lemerre, éditeur.\n\n\n    Tel, le titre clair et suggestif que profère un volume de M. Maurice\nBarrès, paru ce mois chez l'éditeur Lemerre.\n    Titre qui précise avec netteté l'intellectualité spéciale du livre, titre pour\nles affinés et les curieux de Penser, plein de promesses. Les promesses sont\ntenues, disons-le de suite, en cette œuvre de début, paraît-il, très parfaite\ndéjà et qui s'impose à l'attention.\n    Rappel, tout d'abord, du merveilleux sonnet de Paul Verlaine : — Je\nsuis l'Empire à la fin de la décadence — qui regarde passer les grands Bar­\nbares blancs — en composant des acrostiches indolents, etc. Lassitude, las­\nsitude extrême de civilisations épuisées, trop délicates pour la vie; ce que\nsynthétiquement, en ces vers décisifs et d'un désespoir dolent et fin, le poète\navait dit, M. Barrès, pour une analogue impression, le développe en deux\ncents pages par la minutieuse analyse d'un esprit.\n    Rappel, aussi, de certaines pages étonnantes du nihiliste Herzen, où se\n démontre, avec une ampleur redoutable, comment notre monde exténué\n répète les phénomènes d'agonie de la Rome ancienne, et combien sont\n menaçants les Barbares! Même situation, aux deux époques, pour ceux qui\n pensent, ceux que de longues méditations ont doués de clairvoyance et\n d'amertume, étrangers à leur temps, douloureusement, attachés au présent\n qui pourrit et détesté, et n'ayant pas l'énergie et la foi primitive de ceux de\n l'avenir. Vision de réformateur, de prophétique annonciateur des catas­\n trophes sociales, que M. Barrès reprend, spécialise en une forme artiste.\n     On peut comprendre déjà le particulier état d'esprit d'où est issu ce livre,\n roman si l'on veut, mais bien plutôt dissertation philosophique : sur ces\n thèmes : — la haine du présent nauséeux, le froissement et la rancœur des\n nécessaires coudoiements d'une foule imbécile et, pour qui est « autre »,\n hostile, — la concentration en soi-même, le refuge aigri dans une tour d'ivoire\n où la contemplation a des autels, cette contemplation dirigée d'abord vers\n les livres, aboutissant, par une érudition formidable et un éclectisme fatal,\n à l'abolition de toute croyance : les pensées et les beautés également légiti­\n mées et contradictoires, partout la recherche et la négation de l'absolu, et,\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "                                   — 131 —\n\naprès cette lamentable banqueroute de tous les espoirs, cette réflexion\ntournée vers le seul « moi », en des rêves uniques réalités. La folie, alors,\nn'est pas loin. Le génie, non plus, parfois.\n    Cette monographie d'une âme, M. Barrès l'a faite avec une subtilité rare.\nContournements précieux et imprévus comme les lignes de frêles orchidées,\nprocession changeante de pensées avec leurs hésitations, leur vague, leurs\nnuances, leurs arrêts, leurs bifurcations, très bizarres bavardages indolents\nsur des choses graves, réflexions profondes énoncées avec futilité, une amer­\ntume un peu coquette, des préoccupations microscopiques d'un enfant qui\nserait très vieux, des cancans de Byzance. Pas de force, oh ! non ! mais des\ngestes élégants, lassés, d'une distinction soucieuse. Des psychologies ténues,\nnon pas nerveusement démontrées comme chez Poë ou Dostoïevsky, mais\ntrès indécises, flottantes, pareilles à des musiques.\n     Suivons un peu, malgré la grossièreté d'un résumé et de lignes abrégeantes,\n cette étude :\n     Les idées de « morale » sont réduites à peu près à zéro : « Vos maîtres,\n leurs livres et leurs pensées vous firent une excellente vision, un monde\n d'où est absente l'idée du devoir (l'effort, le dévouement), sinon comme\n volupté raffinée ». Un certain souci de la tenue, de la dignité vis-à-vis de\n soi-même, subsiste seul et conduit au dandysme : « L'imperfection des\n plus distingués, la niaiserie de quelques notoires, le tapage d'un grand\n nombre lui donnaient l'horreur de tous les spécialistes et la conviction que,\n s'il faut parfois se résigner à paraître fonctionnaire, commerçant, soldat,\n artiste ou savant, il convient de n'oublier jamais que ce sont là de tristes\n infirmités et que seules deux choses importent : i° se développer soi-même\n pour soi-même; 20 être bien élevé. Principes auxquels il prêtait une exces­\n sive importance ».\n     Le côté passionnel s'atténue aussi considérablement. Le courage, l'élan,\n les impulsions primesautières, dès le premier chapitre, sont fauchées :\n « c'était une belle attitude, dans le couchant du premier jour de cet adoles­\n cent, qu'un homme chauve et très renseigné, d'une voix grandie, lui attestant\n par la poussière des traditions la détresse d'être, et reniant le passé et l'avenir\n et la Chimère elle-même, à cause de ses ailes décevantes. Le jeune homme\n entrevit les luttes, les hauts et les bas qui vacillent, le troupeau des incon­\n séquences ; une grande fatigue l'affaissait, au départ, devant la prairie des\n  foules. Et son âme demeura, parmi tant de débris, solitaire au fossé de son\n  premier chemin ».\n     — L'amour? la femme? entre plusieurs nuances, celle-ci fondamentale.\n  « Elle se laissa glisser sur la grève et, cachant contre lui son visage, elle\n  gémissait. Ah ! tu savais trop de choses avant les initiations. Je pense que\n  tu écoutas ce qui monte du passé et que les morts t'auront mangé le\n  cœur. » — L'orgueil même, seul sentiment demeuré, évite les manifes­\n  tations : « Dédaignons-les, dit Lucien devant les Barbares, un léger dédain\n  est encore un plaisir. Mais gardons-nous de les mépriser ; le mépris veut\n  un effort et nous rapprocherait de ces curieux fanatiques ».\n      Dernier tressaillement de l'individu avant le renoncement suprême : l'art,\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "                                  —   l32 —\n\n\nla gloire. Mais quand on voit comment la notoriété s'obtient, ceux à qui\nelle va, bientôt le dégoût. Puis, au reste, à quoi bon? Pourquoi confier ses\nsouffrances, ses mélancolies, par des mots « dont la précision grossière\nmaltraite nos complications », à la foule qui ne peut comprendre, aux\n Barbares. Car la notion du Barbare s'est agrandie : « C'est trop peu de\n borner son orgueil à l'approbation d'une plèbe. Qu'on le classe vulgaire ou\nd'élite, chacun hors moi n'est que Barbare. A vouloir me comprendre, les\n plus subtils et bienveillants ne peuvent que tâtonner, dénaturer, ricaner,\n s'attrister, me déformer enfin comme de grossiers dévastateurs, auprès de la\n tendresse, des restrictions de la souplesse que je prodigue à cultiver les\n nuances de mon moi. Et c'est à ces Barbares que je céderais le soin de me\n créer chaque matin, puisque je dépendrais de leur opinion quotidienne!\n Petit philosophe, s'il imagine que cette lisible vie m'allait séduire ! » —\n D'ailleurs, que dire'? « Tout est dit, redit, aucune idée qu'il ne soit honteux\n d'exprimer. En sorte que cette constatation même n'est qu'un lieu commun\n et que rien ne vaut que par la forme du dire. Et cette forme, si belle que les\n  plus parfaits des véritables dandys ont frissonné, jusqu'à la névrosthénie,\n de l'amour des phrases, cette forme qui consolerait de vivre, qui sait des\n alanguissements comme des caresses pour les douleurs, des chuchotements\n  et des nostalgies pour les tendresses et des sursauts d'hosannah pour nos\n  triomphes rares, cette beauté du verbe, plastique et idéale et dont il est\n  délicieux de se tourmenter, on l'explique, on la démontre, elle se fait d'épi­\n  thètes, de cadences que les sots apprennent presque, dont ils jonglent et\n  qu'ils avilissent, et cela écœure, à la longue, comme une liqueur trop\n  douce... »\n      La logique, la sincère conclusion de ces dispositions d'esprit serait donc\n  le silence. Le livre de M. Barrès, au contraire, finit par une oraison, une\n  prière au dieu inconnu — axiome, religion au prince des hommes — qui\n  lui donnera de l'énergie en lui montrant un but. Tout espoir n'est donc pas\n  mort en cette âme lasse et découragée.\n      Au fond, M. Barrès est un mystique qui n'a pas trouvé sa foi. Et je\n   m'étonne que l'ombre grandiose de Notre-Dame l'ait si peu retenu. A ce\n   degré de détachement des choses humaines, je ne vois guère, — et même si\n   l'on ne croit pas ! — qu'une religion quelconque qui puisse donner aux\n   froissés de la vie sociale les consolations qu'ils implorent. Les fous de\n   Bicêtre, si paisibles idéalistes, ont fait envie à M. Barrès pour le dédain de\n   tout ce qui n'est pas leur chimère, leurs éperdus vagabondages dans les\n   rêves, la sécurité de leur vie matérielle. Mais fallait-il aller chercher ces\n   lénifiants attraits chez les insensés, et M. Barrès ne les eût-il pas trouvés\n   dans les monastères, par exemple? Il est singulier que ce refuge ne l'ait\n   pas tenté.\n      L'état d'âme, dont il s'est fait l'historien, est à peine concevable, je le\n   sais, pour l'immense majorité de nos contemporains ; il est fréquent déjà\n   pourtant dans les centres d'activité intellectuelle surchauffée, d'autant plus\n   que sa conclusion normale est le silence et qu'il ne se révèle point partout\n    où il est. Et c'est là, je pense, le plus certain, le plus décisif symptôme de\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "                                     — 133 —\n\nnotre décadence irrémissible, une société constituée de tels organismes\ndevant nécessairement périr. Plus que des commotions sociales, des livres\ncomme celui de M. Barrès annoncent d'imminents cataclysmes, un boule­\nversement terrible qui renouvellera la vie, Ignis !\n  Je voudrais m'arrêter plus longtemps : ce volume est curieux et de valeur,\nmais ces notes suffiront à ceux qui pourront goûter quelque plaisir à sa\nlecture, et, quant aux autres, plusieurs livraisons de la Jeune Belgique ne\nparviendraient pas à le leur faire comprendre. Les citations faites, prises\nau milieu d'un grand nombre de charmants et aigus traits d'analyse, auront\nprouvé que la forme n'est point banale.\n                                                            JULES DESTRÉE.\n\n                                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 135, "titre_corps": "Chronique littéraire : À cœur perdu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "III A cœur perdu", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV Histoires insolites", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 849, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "III\n\n    A cœur perdu, par Joséphin Péladan, 1 vol. Paris, Edinger. Prix : 2 francs (1).\n\n   « Trêve de verbiages, — dit la princesse, — vous m'intéressez trop ou\nvous ne m'intéressez plus assez pour que je vous écoute disserter            ;\ndétourner les êtres de leur destination, c'est impie et c'est absurde... je me\nfigure mal des immortels dissertant, je les vois se baisant. Les idées doivent\nêtre écrites ; les sentiments, il faut les vivre au lieu de les parler ».\n   Joséphin Péladan n'a, dans toute son œuvre où mainte belle page le\nclasse définitivement parmi les premiers des jeunes écrivains de France,\nJoséphin Péladan n'a pas cessé de faire se baiser à corps et à cœur perdu...\net retrouvé, ses êtres, ses immortels, ses idées et ses sentiments. Les lignes\nque nous citons ci-dessus et qu'il met aux lèvres de l'Initiée, Paule de\nRiazan, sont de lui plus que de son personnage, et l'on ne s'élève pas du\ntout en ce livre aux sérénités du platonisme, on descend, ce qui ne manque\npas d'agrément — aux réalités plus tangibles d'une passionnalité fort\n naturelle.\n    En dehors des petites manies faciles qui font appeler par M. Péladan\n Putiphar : Put Phare, Salomon : Schlomo et la Reine de Saba : Reine de\nScheba, qui lui font dire daïmon pour démon, exoticismes antiques à la\nportée de tous ; abstraction faite des vocables bizarres qu'il a trouvés dans\nle livre, non magique mais de magie, d'Eliphas Lévy, il faut reconnaître\nchez le bouillant méridional qui est en lui et dont le platonisme semblera\n douteux à tous, une extraordinaire puissance de style et une enlevante\n élévation d'idées. Assurément, son érudition s'américanise; sans doute, il a\n\n\n  (1) L'ouvrage est orné d'un frontispice (vernis mou) de Félicien Rops, dont le tirage\nnous paraît assez mal venu La griffe du maître est toujours là cependant.\n  A cœur perdu a été tiré dans le format in-8° : à 5 exemplaires sur Japon (25 francs ;\n5 sur Chine (20 francs); 10 sur Whatman (15 francs); 100 sur Hollande (fr. 7-50). —\nDans le format in-16 : à 5 exemplaires sur Japon (15 francs); 5 sur Chine (10 francs);\n10 sur Whatman (fr. 7-50); 150 sur Hollande (5 francs).                              :\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "                                  -   134   -\n\n\nle don de l'épate, mais il a aussi — heureusement — une force de. psycho­\nlogie en chambre et d'observation de cabinet qui étonnent. Les héros sont\nchimériques sauf un qui est tous : Joséphin Péladan. C'est lui le mage et\nla « magesse » qui certes, hors de ses livres, ne croit ni : Anteros-Roi, ni\nNoli me tangere, et laisse tout, sauf son manteau, ès-mains de la Put-Pharé\nde ses rêves.\n    Il serait piquant de démontrer que les livres où M. Péladan semble\n faire l'apologie de la chasteté suprême, de la victoire de l'esprit sur la\n matière, s'élever aux sérénités virginales, sont tous, depuis le Vice suprême\n jusques A cœur perdit, remplis d'une troublante et capiteuse sensualité, des\n livres que les petits jeunes gens liront d'une main et qui sont à coup sûr\n plus ravageurs à ce point de vue que les grosses brutalités de la Terre ou\n même les faits-divers érotiques de M. Mendès.\n     Ce point de vue nous préoccuperait d'ailleurs fort peu, — nous n'admet­\n tons pas la charge d'âmes en Art, — si M. Péladan n'affirmait à toute heure\nqu'il est plus catholique que Torquemada, et plus pur que les saintes. En\n réalité il a écrit un bel hymne à la chair, en quatre chants : I. Le Vice\n suprême; II. Curieuse; III. L'Initiation sentimentale; IV. A cœur perdu.\n  Jusqu'où ira son erotomanie dans V. Istar, qui est sous presse?\n     A cœur perdu est donc, et bien ouvertement, un livre de variations sur le\n  VIe commandement, un manuel de passion physique simplement mieux\n  écrit que celui des confesseurs, où malheureusement le poète n'a pas tou­\n  jours gardé la mesure dans ses révélations et dans lequel de rares lignes\n  diminuent fort ses héros. Il avait, avec beaucoup de vigueur, planté le\n  type de Paule de Riazan, la princesse de chair à laquelle l'initiation senti­\n  mentale ne suffit plus, qui est curieuse à voir autre chose que les mystères,\n  de Paris et n'a pas honte d'aimer le vice suprême qui n'est, en somme, que la\n  nature exaspérée normalement. Il l'a gâtée en mettant à ses lèvres des mots\n  de fille pâmée à autant le spasme : « Tu me fais mourir — fais-moi mourir!\n  — Oui, tue-moi, tu m'as tuée » (p. 326). Ou encore : « Oh! qu'est-ce que\n  tu me fais? qu'est-ce que tu me fais donc? » (p. 207). La princesse, en\n  ceci, n'est plus celle de l'hôtel Vologda, mais de l'hôtel garni, et ce nous la\n  gâte.\n     M. Péladan n'a, certes, pas songé à mettre en scène des héros vraisem­\n  blables. Avec ses conceptions « kabbalistiques » (oh!) il a trouvé un filon\n  inexploré presque, dont il épuise lentement les veines un peu bouffonnes ;\n  mais c'est une joie cependant de s'élever avec lui, lorsqu'il prend le ton\n  d'inspiration lyrique dont il possède vraiment l'éloquence sacrée. Lisez\n  cette belle prière : « Avant de condamner ta faible créature, condamne\n   donc tes œuvres, Créateur! Dis à tes nuits d'été d'éteindre leurs étoiles,\n   aux parfums de se taire, aux brises de cesser. Défends au peuplier de\n   chanter sa complainte, au bois de fasciner par des prestiges d'ombre, au\n   ruisseau d'alanguir avec son gazouillis ; qu'une immobilité de mort s'épande\n   de sons les cieux froidis, ma voix découragée se taira.\n      « Mais, tant que la nature, comme une immense lyre, ne fera résonner\n   que des accents d'amour, et que nos insomnies aux lendemains livides\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "                                    — 135 —\n\nseront moins amères que nos jours; tant que la poésie, céleste visionnaire,\nne nous montrera d'autres consolateurs que les songes fiévreux; tant que\nl'âme en délire verra un paradis où la dualité aboutit à l'Archange,\nl'amante devenant la sœur — je n'aurai pas la force, atrocement stérile, de\nme tuer le cœur. »\n    M. Péladan a dit quelque part : « Il n'y a pas d'amour, là où les chairs\nne s'électrisent pas. » Opinion de femme, assurément, parce que, dans les\nchoses de cet ordre, la femme, en amour comme au spectacle, aime les\ndénouements qui la rassurent, mais opinion d'homme aussi... a posteriori.\n    Si l'auteur du Vice suprême a, dans son livre, démontré, ou voulu\n démontrer quelque vérité — ce qui serait un tort, puisqu'un livre d'art ne\n doit démontrer autre chose que le talent de celui qui l'a écrit, il a établi\n ceci : Le platonisme est une invention des amoureux dont l'amour n'est\n pas ratifié, — le baiser, comme le décolletage, est le commencement de\nl'union sensuelle, — il n'y a pas d'amour sans os ni chair, et somme toute,\nl'homme est une bête qui s'accouple à une autre bête, avec cette diminu­\n tion qu'il sait pourquoi.\n                                                              MAX W A L L E R .\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 135, "titre_corps": "Chronique littéraire : Histoires insolites", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "S.", "ancre_debut": "IV Histoires insolites", "ancre_fin": "S", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1318, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "IV\n\n Histoires insolites du comte de Villiers de l'Isle-Adam. —Librairie moderne, Paris.\n\n   C'est là encore un de ces livres, sereins comme des tombeaux, qui nais­\nsent dans l'inespérance des fins de race. « Inespérance », car si l'auteur\nprévoit une ère nouvelle, il sait trop que les barbares seuls en profiteront,\neux jeunes et forts, et qu'il n'entrera pas dans cette de Khanaan. Et il\nchante, lui, la fleur de cette décadence, son ineffable chant du cygne.\n   Ce livre n'apporte, en général, rien que nous ne connaissions. C'est sur­\ntout ici le Villiers de Tribulat Bonhomet et de l'Eve future, irritant, amer,\nau style d'acier étrangement scientifique et artistique à la fois.\n   La ressemblance avec Poë s'accentue : Villiers de l'Isle-Adam fait aussi\ndes canards, d'érudites fumisteries, il a la même noire splendeur; mais\nceci est plus féroce. Il règne dans les Histoires insolites une glaçante ironie,\nun immobile rire de tête de mort, et la lecture en fait mal, vraiment. La\nnarration vous entraîne haletant, et, à tel mot souligné, le cœur vous bat\néperdument, et les moins nerveux subissent un irrésistible haut-le-corps.\nVoyez le Secret de la Belle Ardiane, l'Héroïsme du docteur Hulli­\n donhill, les Phantasmes de M. Redoux, ce Mahoin (un « caprice » de\n Goya!) les Amants de Tolède, l'Etna chez soi, etc.\n    Çà et là, comme dans cette admirable MAISON DU BONHEUR et dans\n la Légende moderne, réapparaît le Villiers des splendeurs. Ce dédaigneux\n a les profondes tendresses solitaires des forts; et il les dit aux élus en un\n style inoubliable, qui sonne dans les souvenirs ! et que j'appellerai la quin­\n tessence d'une admirable langue romantique.\n                                                                      S.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-020", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 137, "titre_corps": "Chronique musicale : Jocelyn", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "A. 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Il est, tout au plus, de Lamartinette.\n   Ces trois anabaptistes du boulevard se sont donc assis en rond, certain\nsoir. Il faisait grand vent. M. Silvestre était heureux. Quand ils se sont\nrelevés, ils ont regardé sous eux : il y avait quelque chose. C'était le livret\net la partition de Jocelyn.\n   Ils ne s'étaient pas accroupis pour rien.\n   Mais laissons là ces mercanti de la plume et du théâtre, ces écrivains à\ntout faire, ces maquignons de tout poil et de tout plumage, qui, depuis\nlongtemps devraient être familiarisés avec les pommes cuites, s'il restait\ndans l'âme de notre public la moindre étincelle de vie et de respect pour les\ngrandes œuvres.\n   Occupons-nous de M. Benjamin Godard.\n   M. Godard est fameux par ses algarades avec des poètes célèbres. Il eut\nnaguère une affaire avec le Tasse. La rencontre, eut lieu sur le terrain de la\ncantate. Inutile d'ajouter que c'est le Tasse qui fut battu. Puis M. Godard\neut une rixe avec Calderon, un Espagnol redoutable. Ils se rencontrèrent à\nAnvers. Calderon fut translardé. Aujourd'hui, après avoir blessé — par\nderrière — Lamartine, M. Godard vient d'adresser un cartel à Victor\nHugo. M. Godard veut mettre en prose d'orchestre les vers castillans de\nRuy-Blas. M. Godard est en appétit.\n   La partition de Jocelyn est l'apothéose du déficit en matière musicale.\nDes flatteurs ont dit à M. Godard que son œuvre est d'une belle simplicité.\nAbélard aussi, à certain moment, fut d'une belle simplicité.\n   Il est impossible d'imaginer musique plus platement distinguée et plus\ningénieusement incolore. M. Godard est mauvais par quatre chemins. Qui\ndonc a dit de M. Godard qu'il écrit long tout ce qui devrait être court, et\ncourt tout ce qui devrait être long ?\n   Rien n'aboutit, rien ne « sort » dans cette partition désespérante, grise\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "                                  -   137   -\n\nsans avoir rien bu, et qui fait l'effet d'un Sahara de notes quelconques et\nindifférentes, sans une oasis pour les oreilles.\n    Des mélodies, coulées dans les vieux moules de M. Gounod, dolentes,\nlarmoyantes, insupportables. L'acte de la Révolution est d'une pauvreté,\nd'un dénuement qui crie vengeance        voyez l'horreur! — même à M. Mas­\nsenet. Pas l'ombre de symphonie. De petits chœurs alternés, comme chez\nles bergers de Virgile, pour figurer un des épisodes les plus tragiques de la\nTerreur ! Ce n'est pas de la musique, ça ! C'est une réclame adroite pour la\n Charlotte Corday de M. Peter Benoit.\n    Malgré sa nullité, — peut-être même à cause d'elle — Jocelyn est un\nsuccès de curiosité. L'interprétation est excellente. M. Engel a de l'autorité.\n Mme Caron est dramatique. M. Seguin est l'admirable artiste que l'on sait.\n Les rôles accessoires sont fort bien tenus. La mise en scène est superbe, et\n l'orchestre, sous la conduite de M. Joseph Dupont, a été d'une vaillance à\n toute épreuve.\n    Nous n'en regrettons pas moins que les directeurs du théâtre royal de la\n Monnaie accueillent ainsi — sans aucune raison — les épaves musicales\n françaises. Refuser un opéra de M. César Franck, — u n maître qui eut\n l'imprévoyance de naître à Liége — pour recevoir Jocelyn, c'est impardon­\n nable.\n    Pendant ce temps, Siegfried attend dans les coulisses; les Maîtres-\n  Chanteurs auront une reprise étranglée, à la fin de la saison ; et Mme Melba\n chante Lakmé en français de Melbourne, aux pâmoisons de prétendus\n amateurs incapables de distinguer un contre-mi d'un ut dièze, et qui se\n connaissent en musique comme les cachalots en timbres-poste.\n                                                                       A. G."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-021", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 140, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Crétins", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 217, "texte": "Le lieutenant Charles Warlomont,"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 269, "fin_caractere_exclue": 305, "texte": "frère de notre directeur Max Waller,"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 343, "fin_caractere_exclue": 367, "texte": "vient de mourir à Borna."}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 406, "texte": "La Jeune Belgique s'associe respec­"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 407, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "tueusement à la douleur de la famille"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "Warlomont."}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "Charles Warlomont était notre ami,"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 536, "texte": "à tous. 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Titre provisoire : Une Rupture."}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "Nous recevons copie de la lettre suivante:"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1628, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "« A Monsieur Maus, rédacteur de l'Art"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1719, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "moderne,"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "« La direction rappelle aux lecteurs de"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "« la Jeune Belgique qu'elle assume seule"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "« la responsabilité des articles sans signa­"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2051, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "ture, etc. » — Il est donc tout à fait"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2138, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "incorrect de me prendre à partie à propos"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2228, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "d'un article que vous saviez ne pas être de"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2320, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "moi. — Que vous manquiez de courtoisie,"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2408, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "cela me semble à nouveau démontré, par"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2495, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "vos excuses même."}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2564, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "« J'approuve, d'ailleurs, l'entrefilet de"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "M. 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Waller quand"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 267, "texte": "l'article promis me fut réclamé."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 330, "fin_caractere_exclue": 368, "texte": "« Cet incident, avec plusieurs autres,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "édifiera MM. les Vingtistes sur l'utilité d'un"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 516, "fin_caractere_exclue": 555, "texte": "ecrétaire-dictateur qui, sortant de son"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "subalterne rôle de porte-plume, leur vou­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 620, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "drait imposer — tant exposants que visi­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 661, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "teurs — les invités de son bon plaisir, et,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 705, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "pour satisfaire de misérables rancunes per­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 791, "texte": "sonnelles, cherche à leur aliéner les sym­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 840, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "paties les plus anciennes."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 930, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "« Veuillez insérer ceci."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1045, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "« J. DESTRÉE."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1155, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "« De Marcinelle, et non pas de Charle­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1239, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "roi. Je rectifie, car, bien que vous vous"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "soyez efforcé, jusqu'en un âge déjà mûr,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "d'apprendre la littérature en des salons"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1463, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "choisis ou des ateliers d'artistes, les préoc­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1553, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "cupations géographiques me paraissent être"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "restées les dominantes de l'auteur de Malte"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1720, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "à Constantinople. »"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "La carte permanente de la Jeune Bel­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1938, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "gique a servi au directeur de la Revue pour"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1982, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "chroniquer les XX au Soir. Nous avons"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2020, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "prévenu M. Maus de cette mutation et lui"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2061, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "avons demandé une carte pour M. Destrée,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2153, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "la nôtre étant « strictement personnelle » et"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2250, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "ayant payé sa redevance écrite. M. Destrée"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2341, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "devait payer cette redevance à la Jeune Bel­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2437, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "gique ; on n'a pas fait droit à notre"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2510, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "demande ; c'est de la ladrerie ou de la"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2550, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "discourtoisie."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2598, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "M. W."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2881, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "A propos de la réponse de M. Destrée à"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2972, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "M. Old Boy, réponse que nous reprodui­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3062, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "sons ci-dessus, il n'est pas inutile de signa­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3154, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "ler à MM. les artistes, peintres ou musi­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3247, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "ciens, l'insigne maladresse dont leurs"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3339, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "secrétaires font preuve en restreignant le"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3432, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": "moins du monde les entrées de critique, cette"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3527, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "critique fût-elle trimestrielle, annuelle ou"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3618, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "même lustrale. Une oeuvre d'art se vend"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3702, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "fort fréquemment sur la foi d'un compte-"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3743, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "rendu, et le dernier journal de district peut"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3789, "fin_caractere_exclue": 3836, "texte": "fournir, sans le vouloir, à un artiste, l'achat"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3883, "fin_caractere_exclue": 3925, "texte": "d'un tableau ou l'acceptation d'un livret."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Nous ignorons si les XX ont, le moins du"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "monde l'envie de vendre ce qu'ils exposent,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "mais, malgré M. Maus, nous avons le droit"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "de penser que les Vingtistes n'adoptent pas"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "le mot de l'affiche théâtrale : « Tout pour"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 577, "texte": "l'honneur »."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 801, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "On nous communique la copie d'un télé­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 926, "texte": "gramme envoyé à M. Edmond Picard, au"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 977, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "nom d'un groupe d'esthètes bruxellois :"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1121, "fin_caractere_exclue": 1152, "texte": "Amiral, sur vaisseau du désert,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1232, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "Maroc."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "Tatave devenir insupportable. Gâtera"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1420, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "tout. Lui guimauve. Air taupe qui se prend"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1513, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "pour scorpion. Vous plus amusant. Reve­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1603, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "nez premier chameau. Vieux boy train de"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1693, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "réconcilier tout le monde."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1799, "fin_caractere_exclue": 1809, "texte": "O. PIGNON."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 1862, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "N. B. L'Amiral est revenu aussitôt."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2114, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "Pourquoi l'Art moderne, qui trouve que"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2203, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "l'anonymat ajoute à la valeur de ses articles,"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2300, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "laisse-t-il signer par M. Félix (felix!)"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2391, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "Fénéon, les canons artistiques (artistiques?)"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2487, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "de cet apôtre bizarre?"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2657, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "En son article de l'Indépendance de la"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2746, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "Mi-Carême, M. X. X. se montre d'une"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2832, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "extraordinaire sévérité vis-à-vis de l'Essor."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 2928, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "M. Fétis a carnavalisé sa douceur bien con­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3022, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "nue et fait trêve à sa mansuétude habi­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "tuelle. Qu'il nous permette de lui donner"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3204, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "tort. Ses opinions sont assurément respec­"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3297, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "tables esthétiquement, mais il y a un mot"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3389, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "d'Octave Feuillet qu'il nous pardonnera de"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3482, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "lui rappeler : « La bonté est le seul charme"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3577, "fin_caractere_exclue": 3617, "texte": "qui soit permis aux vieillards; c'est la"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3668, "fin_caractere_exclue": 3701, "texte": "coquetterie des cheveux blancs »."}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3841, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "Au reste, il faut que nous réagissions de"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 3933, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "toutes les forces dont nous sommes maîtres,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "contre le réenvahissement des cadavres qui"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 177, "texte": "récalcitrent. Sans nommer personne pour"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 232, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "le moment, nous tenons à annoncer des"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 367, "texte": "abatages prochains, à commencer par cer­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 389, "fin_caractere_exclue": 431, "texte": "tains vieux bonzes de la critique, dont la"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "désinvolture sénile nous déplaît. Qui vivra"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 576, "fin_caractere_exclue": 595, "texte": "verra, Verra-Cruz !"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 945, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "Un npuveau cercle formé d'éléments"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1043, "texte": "divers vient de se fonder à Bruxelles, où"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1098, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "déjà Ton a entendu parler de lui. C'est"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1170, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "l'Aréopage. En voici les membres d'hon­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1259, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "neur : MM. Chr. Dansaert, J. Portaels,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1344, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "B. Lœwenstein, G. Lemaire, Armand Sil­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1410, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "vestre, Dumon, J. Lebègue, G. Lorand,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1505, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "Victor Hallaux P. de Haulleville, Paul"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "Alhaiza."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1651, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "Cy les humbles membres effectifs :"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1743, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "MM. Em. Dansaert, Théo Hannon, Luc"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "Malper, F. Raguez, Joseph Van Mosse­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1892, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "velde, V. Crabbe, Fr. Brouwet, Ch. Brou­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1983, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "wez, Victor Reding, Ach. Cliainaye, Mau­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "rice Frison, J. Galesloot, De Nobele, Max"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2168, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "Hallet, E. Royer, Ch Craninckx, Paul Ber­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2238, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "lier, Albert de Fierlant, Jef Lambeaux,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2331, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "Eug. Broerman, Jean Gaspard, Eug. Ber­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2427, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "trand, E. Huysmans, Jules Lagaë, Franz"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2521, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "Courtens, Struys, Lerminiaux. L. Dubois,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2610, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "Alf. Tilman, J. de Greef, Clément Philippe,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2694, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "Chomé, Cordeweener, Crespin, Willems,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2790, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "Lucien Solvay, Max Waller, Iwan Gilkin,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2882, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "Léon Frédéric, Nerval"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3013, "texte": "En sa séance du 13 mars, l'Aréopage a"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3068, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "définitivement formé son comité :"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3159, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "MM. Hannon, président, Victor Reding,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3251, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "vice-président, Maurice Frison et Max"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3346, "fin_caractere_exclue": 3385, "texte": "Waller, secrétaires, Crabbe, trésorier."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3756, "fin_caractere_exclue": 3794, "texte": "Le supplément du dictionnaire Larousse"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3848, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "vient de paraître. Il contient un article con­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3942, "fin_caractere_exclue": 3962, "texte": "sacré à la Belgique."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4016, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "Cet article est royal."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4103, "fin_caractere_exclue": 4142, "texte": "Les écrivains belges, d'après Larousse,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4164, "fin_caractere_exclue": 4209, "texte": "se divisent « en trois classes, d'après leurs"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4229, "fin_caractere_exclue": 4271, "texte": "opinions politiques. Les uns, qui se grou­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4294, "fin_caractere_exclue": 4334, "texte": "pent autour de la « Revue de Belgique »,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "se rallient aux principes libéraux ; les"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 231, "texte": "autres, dont la « Revue générale » est l'or­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "gane principal, défendent les intérêts catho­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 388, "texte": "liques.... »"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 442, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "A la tête de l'école libérale, ce bon La­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "rousse découvre, parmi les poètes, Charles"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 625, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "Potvin, et.... notre ami Georges Eekhoud."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 720, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "Après eux viennent « le chef bien connu"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 809, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "du libéralisme belge, François Laurent »"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 899, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "et un peu plus loin, « le littérateur Jean"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "Stécher »."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1055, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "« Le littérateur Stécher », c'est plus que"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1147, "fin_caractere_exclue": 1169, "texte": "royal, c'est impérial."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1223, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "Camille Lemonnier « a eu des succès"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1308, "fin_caractere_exclue": 1343, "texte": "dans la nouvelle, notamment avec La"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "Tache noire ! »"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1463, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "Parmi les écrivains catholiques, Larousse"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1554, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "cite un M. Van Meddingen, aimé des fem­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "mes."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1701, "fin_caractere_exclue": 1742, "texte": "Qui ça peut-il bien être ! Georges Roden­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1792, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "bach ? '"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1854, "fin_caractere_exclue": 1891, "texte": "Au nombre des meilleures publications"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 1941, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "périodiques, Larousse cite le Journal des"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2032, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "Beaux-Arts       et l'Athenœum belge, mortes"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2126, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "toutes les deux. Elles n'en sont évidem­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2217, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "ment que meilleures."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2291, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "La peinture est aussi bien partagée que"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2381, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "la littérature. « Il n'existe pas en Belgique"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2477, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "de peinture nationale bien caractérisée »."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2573, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "Savez vous pourquoi? Parce que « de"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2659, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "Keyser se rattache à Delaroche »."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2747, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "Cela n'empêche pas l'auteur de cet extra­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2839, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "ordinaire article de citer un certain Van"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 2931, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "Lerins, Verlat, « le Gustave Doré belge »,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3024, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "Henri « de » Leys, Braekeleer, qui « repré­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3118, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "sente la peinture historique », Hammée"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3207, "fin_caractere_exclue": 3250, "texte": "(sic), Sonbre (sic), Van der Bussche (sic),"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3301, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "de Briendt (sic), Arton (!!), Charles Verlat"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3397, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "de Prateren (!!!!), etc., etc."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3482, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "Savez vous quelle est l'influence qui"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3571, "fin_caractere_exclue": 3595, "texte": "domine notre sculpture ?"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3689, "texte": "Celle de Geefs, de Geerts et de J. Pee­"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3741, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "her(!!!!?)."}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3807, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "Parmi les sources auxquelles il a puisé,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3899, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "l'auteur de cet article énumère Hochsteyn,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 3993, "fin_caractere_exclue": 4012, "texte": "Baedeker et Joanne,"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4067, "fin_caractere_exclue": 4099, "texte": "Consultez Larousse, après cela I"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4154, "fin_caractere_exclue": 4163, "texte": "Crétins !"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4218, "fin_caractere_exclue": 4228, "texte": "Crétins !1"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4283, "fin_caractere_exclue": 4293, "texte": "Crétins!!!"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 4349, "fin_caractere_exclue": 4360, "texte": "Crétins!!!!"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-03-n3-4-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE : HORS DU SIÈCLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1181, "texte": "VIENT     DE PARAITRE          :\n\n\n     HORS DU SIÈCLE\n                                 POESIES\n                                     PAR\n\n\n\n                         ALBERT       GIRAUD\n              Un beau vol. Chez VANIER, éditeur à Paris.\n                               Prix : 3 fr. 50\n\n\n\nEn souscription chez M me Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n                      pour paraître à fin mars :\n\n\n           CORRESPONDANCE D'AFRIQUE\n\n  Le       Lieutenant CHARLES W A R L O M O N T\n                           DU RÉGIMENTDESGRENADIERS\n\n\n             AVEC L E P O R T R A I T      DE    L'AUTEUR\n\n                 et une Préface de MAX W A L L E R\n\n       Un beau vol. in-18. — Prix : 3 fr. 50 en librairie, 4 francs)\n\n   Il sera tiré vingt-cinq exemplaires spéciaux, dont vingt sur papier de\nHollande Van Gelder (10 fr. et cinq sur papier impérial du Japon 40 fr. ,\ntons numérotés.\n\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n  cines,   16, à Paris; publie LE PAYSAN ET LA PAYSANNE\n  PERVERTIS, d'après RESTIF DE LA BRETONNE, par MAURICE\n  TALMEYR. Un numéro 2 0 centimes, abonnement 3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "A\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n    de Block's Universal Wine C0\n                6, RUE P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n                       ET MONTAGNE             DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nrasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                    ÉPERNAY\n\n\n                                             Prix Courant\n                            Baron J. de Warnimont               2 25\n                            Marquis Armand de St-Hubert . . . . 2 75\n                            ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                 3 00\n                            Crême d'Ay            id.                            3 50\n                            Bouzy extra           id.          Cuvée réservée.   4 50\n                            Bouzy Cristal         id.                            5 00\n                                          0.S0 en plus par 2/2 bouteilles\n                                     EXPEDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                            Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n          ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n      19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26 rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 106, "texte": "        NUMERO DOUBLE\nTOME VII,   N° s 3 ET 4 . —    PRIX : F r .   1-20\n\n             Mars-Avril 1888\n\n\n\n\n                                                 LA JEUNE BE\n\n\n\n\n                                                                   BRUXELLES\n                                                  ADMINISTRATION :                      REDACTION :\n                                              26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26            80, RUE BOSQUET, 80\n\n                                                                           PARIS\n                                                               LÉON V A N I E R , ÉDITEUR\n                                                                   10, Quai Saint-Michel\n\n                                                                            1888\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                         REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n                er\nparaissant le 1      de chaque mois et formant au bout de l'année un superbe                 volume\n                                  orné d'un frontispice.\n\n   Bruxelles : Administration,    26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n                                  SOMMAIRE:\nAmour                                                             PAUL VERLAINE.\nH o r s d u siècle                                               ARNOLD G O F F I N .\nVers                                                             M A U R . MAETERLINCK.\nLe Thé                                                           MAX W A L L E R .\nVers                                                             CH        VAN L E R B E R G R E .\nDans le Rêve                                                     GEORGES DESTRÉE.\nLe Portrait                                                      ALBERT GIRAUD.\nVision                                                           ARNOLD GOFFIN.\nHypnotisme                     IWAN                                   GILKIN.\nPoèmes en prose                                                  HECTOR CHAINAYE.\nVers                                                              GRÉGOIRE L E R O Y .\nPéchés véniels. — Curieuse                                       HIPP. DE VILLERS.\nLied                                                             AUG. JENART.\nCorrespondance d'Afrique                                         CHARLES WARLOMONT.\nParnassse de la Jeune Casserole\n                                                                  I.       IWAN GILKIN.\n                                                                  II.      JULES DESTRÉE.\n Chronique litteraire                                             III. MAX WALLER.\n                                                                  IV. S.\n Chronique musicale. Jocelyn                                      ALBERT GIRAUD.\n Memento                                                            ...\n\n   La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\n seule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\n revue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n                                 BOITE AUX LETTRES\n   5. FRITZ E L L , Gand. Sommes forcés ajourner Guidel bien malgré nous. Questions\n personelles en jeu. Vous écrirons.\n   6 PAUL ORG. Avortement soumis au comité. .Réponse le 1 er mai. B. à v.\n   7. JEHAN L E RAMEUR. Vos feuilles mortes sont bien mortes, je crains. Manuscrit sera\n examiné à nouveau cependant.\n   8. ALBERT MEU. . Apathie est fort inégal. D'excellents vers mêlés de lignage :\n                             Si le néant est là pour qui nous sommes nés\n est d'une forme douteuse. D'autres vers ne valent guère mieux. Courage.\n   g. FÉLICIEN ROPS, Paris Attendons toujours la planche-frontispice promise. C'est pas\n chic de se faire tant prier Arrivez à l'heure avec Peladan, f ..ez des amis d'ici. Si conti­\n nuez, dirons êtes devenu ami intime d'Englebienne.\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "       AMOUR\n\n\n           Notre collaborateur M. Albert Giraud publiera,\n            dans notre prochain numéro, une étude sur\n            l'œuvre de M. Paul Verlaine. Nous offrons\n            aujourd'hui à nos lecteurs quelques pages\n            inédites du prochain livre de M. Paul Ver­\n              laine. Nous les choisissons parmi les\n              bonnes feuilles que notre éditeur parisien,\n              M. Léon Vanier, a bien voulu nous com­\nmuniquer.\n  Amour, qui paraîtra vers la fin du mois de mars,\nsort de la même inspiration que Sagesse. L'œuvre est\ndédiée au fils du poète, à M. Georges Verlaine.\n  Voici l'envoi, qui est la dernière pièce du volume\n\n\n         A GEORGES VERLAINE\n\n  Ce livre ira vers toi comme celui d'Ovide\n             S'en alla vers la Ville.\n  Il fut chassé de Rome; un coup bien plus perfide\n             Loin de mon fils m'exile.\n\n   Te reverrai-je? Et quel ? Mais quoi ! moi mort ou non,\n             Voici mon testament :\n   Crains Dieu, ne hais personne, et porte bien ton nom\n             Qui fut porté dûment.\n                                                     6\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                                 — 86 —\n\nLe livre débute par une PRIÈRE DU MATIN.\n\n         O Seigneur, exaucez et dictez ma prière,\n         Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté,\n         Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière,\n         Et gui m'avez aimé de toute éternité.\n\n\n         Car — ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère\n         Miséricordieux, que, cent fois médité,\n         Toujours il confondit ma raison qu'il atterre, —\n         Oui, vous m'avez aimé de toute éternité.\n\n\n          Oui, votre grand souci c'est mon heure dernière,\n          Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi,\n          Dès avant l'univers, dès avant la lumière,\n          Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.\n\n\n          Exaucez ma prière après l'avoir formée\n          De gratitude immense et des plus humbles vœux,\n          Comme un poète scande une ode bien-aimée,\n          Comme une mère baise un fils sur les cheveux.\n\n\n          Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire\n          Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur\n          Parmi les hommes durs sous une loi sévère,\n          Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,\n\n\n           Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie\n           Eternelle, ravi dans les spendeurs des saints,\n           O donnez-moi la foi très forte, que je croie\n           Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins :\n\n\n           Et donnez-moi la foi très douce, que j'estime\n           N'avoir de haine juste et sainte que pour moi,\n           Que j'aime le pécheur en détestant mon crime,\n           Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi ;\n\n\n           Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure\n           Sur l'impropriété de tant de maux soufferts,\n           Sur l'inutilité des grâces et sur Theure\n           Lâchement gaspillée aux efforts que je perds ;\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                        -   87    -\n\nEt que votre Esprit Saint qui sait toute nuance\nBende prudent mon zèle et sage mon ardeur :\nDonnez, juste Seigneur, avec la confiance,\nDonnez la méfiance à votre serviteur.\n\n\nQue je ne sois jamais un objet de censure\nDans l'action pieuse et le juste discours ;\nEnseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure;\nD'un scandale, d'un seul, préservez mes entours ;\n\nFaites que mon exemple amène à vous connaître\nTous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,\nVos enfants sans leur Père, un état sans le Maître,\nEt que, si je suis bon, toute gloire aille à vous;\n\n\nEt puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,\nL'homme, la patience et ce devoir dicté,\nAura fructifié de mon mieux dans vos serres,\nLaissez-moi vous aimer en toute charité.\n\n\nLaissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses\nAimer jusqu'à la mort votre perfection,\nJusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,\nJusqu'à la mort du cœur, orgueil et passion,\n\n\nJusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle\nQue votre volonté dès longtemps appelait\nVers l'humanité sainte éternellement belle,\nMais lui, gardait son rêve infernalement laid,\n\n\nSon gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques,\nSpéculation creuse et calculs impuissants\nRonflant et s'étirant en phrases pléthoriques,\nAh ! tuez mon esprit et mon cœur et mes sens ;\n\n\nPlace à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie\nQue tout est vanité fors elle-même en Dieu;\nPlace à l'âme, Seigneur, marchant dans votre voie\nEt ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu!\n\n\nEt que cette âme soit la servante très douce\nAvant d'être l'épouse au trône non pareil.\nDonnez lui l'oraison comme le lit de mousse\nOù ce petit oiseau se baigne de soleil.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                        — 88 —\n\nLa paisible oraison comme la fraîche étable\nOù cet agneau s'ébatte et broute dans les coins\nD'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable\nEt que juin f ait crier l'insecte dans les foins,\n\n\n\nL'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule,\nFût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités.\nDonnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle\nUn ruisseau toujours clair d'austères vérités :\n\n\nLa mort, le noir péché, la pénitence blanche,\nL'occasion à fuir et la grâce à guetter;\nDonnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche\nLe fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter;\n\n\n\n Mortification spirituelle, épreuve\n Du feu par le désir et de l'eau par le pleur\n Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve\n D'un amour que doit seule aviver la douleur,\n\n\n\n Sécheresses ainsi que des trombes de sable\n En travers du torrent où luttent ses bras lourds,\n Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable\n Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours,\n\n\n\n Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle,\n Et la vague bientôt porterait doucement\n L'âme persévérante et son amour fidèle\n Aux pieds de votre Amour fidèle, 6 Dieu clément !\n\n\n\n  La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes\n  Me ressusciterait à votre éternité,\n  Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes\n  Et bénissez l'effort de ma débilité .'\n\n\n\n  Pitié, Dieu pitoyable ! et m'aidez à parfaire\n  L'œuvre de votre Coeur adorable en sauvant\n  L'âme que rachetaient les affres du Calvaire :\n  Père, considérez le prix de votre enfant.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                    - 8 9 -\n\n  Après cette introduction, viennent deux impressions anglaises : There et\nBournemouth. Nous citons cette dernière, un Noël digne du fameux\nKaléidoscope de Jadis et naguère :\n\n\n                                BOURNEMOUTH\n                                                                     A Francis Poictevin.\n\n            Le long bois de sapins se tord jusqu'au rivage,\n            L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins,\n            Avec la ville autour déguisée en village :\n            Chalets éparpillés rouges dans le feuillage\n            El les blanches villas des stations de bains.\n\n\n            Le bois sombre descend d'un plateau de bruyère,\n            Va, vient, creuse un vallon, puis monte vert et noir\n            Et redescend en fins bosquets où la lumière\n            Filtre et dore l'obscur sommeil du cimetière\n            Qui s'étage bercé d'un vague nonchaloir.\n\n\n            A gauche la tour lourde (elle attend une flèche)\n            Se dresse d'une église invisible d'ici,\n            L'estacade très loin; haute, la tour est sèche;\n            C'est bien l'anglicanisme impérieux et rèche\n            A qui l'essor du cœur vers le ciel manque aussi.\n\n\n             Il fait un de ces temps ainsi que je les aime,\n             Ni brume ni soleil ! le soleil deviné,\n             Presssenti, du brouillard mourant dansant à même,\n             Le ciel très haut qui tourne et fuit, rose de crême;\n             L'atmosphère est de perle et la mer d'or fané.\n\n\n             De la tour protestante il part un chant de cloche,\n             Puis deux et trois et quatre, et puis huit à la fois,\n             Instinctive harmonie allant de proche en proche.\n             Enthousiasme, joie, appel, douleur, reproche,\n             Avec de l'or, du bronze et du feu dans la voix;\n\n\n             Bruit immense et bien doux que le long bois écoute!\n             La Musique n'est pas plus belle. Cela vient\n             Lentement sur la mer qui chante et frémit toute,\n             Comme sous une armée au pas sonne une route\n             Dans l'écho qu'un combat d'avant-garde    retient.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                                 — 90 —\n\n          La sonnerie est morte. Une rouge traînée\n          De grands sanglots palpite et s'éteint sur la mer.\n          L'éclair froid d'un couchant de la nouvelle année\n          Ensanglante là-bas la ville couronnée\n          De nuit tombante, et vibre à l'ouest encore clair.\n\n\n          Le soir se fonce. Il fait glacial. L'estacade\n          Frissonne et le ressac a gémi dans son bois\n          Chanteur, puis est tombé lourdement en cascade\n          Sur un rhythme brutal comme l'ennui maussade\n          Qui martelait mes jours coupables d'autrefois :\n\n\n          Solitude du cœur dans le vide de l'âme,\n          Le combat de la mer et des vents de l'hiver,\n          L'Orgueil vaincu, navré, qui râle et qui déclame,\n          Et cette nuit où rampe un guet-apens infâme,\n          Catastrophe flairée, avant-goût de l'Enfer!...\n\n\n          Voici trois tintements comme trois coups de flûtes,\n          Trois encor, trois encor ! /'Angelus oublié\n          Se souvient, le voici qui dit : Paix à ces luttes!\n          Le Verbe s'est fait chair pour relever tes chutes,\n          Une vierge a conçu, le monde est délié !\n\n\n          Ainsi Dieu parle par la voix de sa chapelle\n          Sise à mi-côte à droite et sur le bord du bois...\n          O Rome, ô Mère ! Cri, geste qui nous rappelle\n          Sans cesse au bonheur seul et donne au cœur rebelle\n          Et triste le conseil pratique de la Croix.\n\n\n          — La nuit est de velours. L'estacade laissée\n          Tait par degrés son bruit sous l'eau qui refluait,\n          Une route assez droite heureusement tracée\n          Guide jusque chez moi ma retraite pressée\n          Dans ce noir absolu sous le long bois muet.\n                                                                Janvier 1877.\n\n\nPuis, après quelques piécettes d'une veine élégante et fine,\n\n                                   ADIEU\n\n          Hélas ! je n'étais pas fait pour cette haine\n          Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai.\n           Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine\n          Et pourquoi m'avoir fait ce cœur outragé !\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                        — 91 —\n\nJ'étais né pour plaire à toute âme un peu fiere,\nSorte d'homme en rêve et capable du mieux,\nParfois tout sourire et parfois tout prière,\nEt toujours des cieux attendris dans les yeux;\n\n\n\nToujours la bonté des caresses sincères,\nEn dépit de tout et quoi qu'il y parût,\nToujours la pudeur des hontes nécessaires\nDans l'argent brutal et les stupeurs du rut;\n\n\nToujours le pardon, toujours le sacrifice !\nJeus plus d'un des torts, mais j'avais tous les soins.\nVotre mère était tendrement ma complice,\nQui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.\n\n\nElle n'aimait pas que par vous je souffrisse.\nElle est morte et j'ai prié sur son tombeau ;\nMais je doute fort qu'elle approuve et bénisse\nLa chose actuelle et trouve cela beau.\n\n\nEt j'ai peur aussi, nous en terre, de croire\nQue le pauvre enfant, votre fils et le mien,\nNe vénérera pas trop votre mémoire,\nO vous sans égard pour le mien et le tien.\n\n\nJe n'étais pas fait pour dire de ces choses,\nMoi dont la parole exhalait autrefois\nUn épithalame en des apothéoses,\nCe chant du matin où mentait votre voix.\n\n\nJ'étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,\nPour les consoler un peu d'un monde impur,\nCimier d'or chanteur et tunique de flammes,\nMoi le Chevalier qui saigne sur azur,\n\n\nMoi qui dois mourir d'une mort douce et chaste\nDont le cygne et l'aigle encore seront jaloux,\nDans l'honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,\nDans la gloire aussi des Illustres  Epoux!\n                                                         Novembre 1886.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "                                    -      92   -\n\n\n  S'ouvre alors une série de sonnets d'une armure sévère à la fois et souple.\nParmi eux, nous remarquons un sonnet\n\n                                A VICTOR HUGO\n                           EN LUI ENVOYANT SA GESSE\n\n             Nul parmi vos flatteurs d'aujourd 'hui n'a connu\n             Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire :\n             Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,\n             Votre œuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.\n\n             Depuis, la Vérité m'a mis le inonde à nu.\n             J'aime Dieu, son Eglise, et ma vie est de croire\n             Tout ce que vous tenez, hélas ! pour dérisoire,\n             Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.\n\n              J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.\n              Tout petit que je suis j'avais aussi le droit\n              D'une évolution, la bonne, la dernière.\n\n              Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit\n              L'enthousiasme ancien; la voici franche, pleine,\n              Car vous me fûtes doux en des heures, de peine.\n                                                                        1881.\n\n\n   Et un SONNET HÉROÏQUE, de la façon la plus personnelle du Maître\n\n              La Gueule parle : « L'or, et puis encore l'or,\n              Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande,\n              Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande\n              Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor! »\n\n              La Panse dit : « A moi la chute du trésor !\n              La viande et les vins fins, et l'or, toute provende,\n              A moi! Dégringolez dans l'outre toute grande\n              Ouverte du seigneur Nabuchodonosor!»\n\n              L'œil est de pur cristal dans les suifs de la face :\n              Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,\n              Seule perfection parmi tous les défauts.\n\n               L'Ame attend vainement un remord efficace,\n               Et dans l'impénitence agonise de faim\n               Et de soif, et sanglote en pensant à La Fin.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                    -    93    -\n\n   La dernière partie de l'œuvre est dédiée à un jeune mort, que le poète\nde Sagesse pleure avec des larmes paternelles. Il le salue en des vers\nd'une douceur profonde :\n\n                            l'ange ignorant de nos routes,\n            Le pur esprit vêtu d'une innocente chair !\n            O souvenir, de tous peut-être le plus cher!\n            Mots frais, la phrase enfant, style naïf et chaste\n            Où marche la vertu dans la sorte de faste,\n            Déroulement d'encens, cymbales de cristal,\n            Qui sied à la candeur de cet âge natal :\n            Vingt ans !\n\n\n\n   Au même cycle appartient la pièce suivante, écho charmant des Images\nd'un sou.\n\n            La Belle au Bois dormait. Cendrillon     sommeillait.\n            Madame Barbe-Bleue ? elle attendait ses frères;\n            Et le Petit Poucet, loin de l'Ogre si laid,\n            Se reposait sur l'herbe en chantant des prières.\n\n\n\n           L'Oiseau couleur-de-temps planait dans l'air léger\n           Qui caresse la feuille au sommet des bocages\n           Très nombreux, tout petits, et rêvant d'ombrager\n           Semailles, fenaison, et les autres ouvrages.\n\n\n           Les fleurs des champs, les fleurs innombrables des champs,\n           Plus belles qu'un jardin où l'Homme a mis ses tailles,\n           Ses coupes et son goût à lui, — les fleurs des gens ! —\n           Flottaient comme un tissu très fin dans l'or des pailles,\n\n\n\n           Et, fleurant simple, ôtaient au vent sa crudité,\n           Au vent fort mais alors atténué, de l'heure\n           Où l'après-midi va mourir. Et la bonté\n           Du paysage au cœur disait : Meure ou demeure !\n\n\n\n           Les blés encore verts, les seigles déjà blonds •\n           Accueillaient l'hirondelle en leur flot pacifique.\n           Un tas de voix d'oiseaux criaient vers les sillons\n           Si doucement qu'il ne faut pas d'autre musique...\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "                                   — 94 —\n\n            Peau-d'Ane rentre. On bat la retraite — écoutez! —\n            Dans les états voisins de Riquet-à-la-Houppe,\n            Et nous joignons l'auberge, enchantés, esquintés.\n            Le bon coin où se coupe et se trempe la soupe !\n\n\n  Et pour finir, car il est difficile, en présence d'une œuvre pareille, de\nchoisir dans son choix, une des dernières pièces du livre, — sans titre :\n\n                                      XVII\n\n             Ame, te souvient-il, au fond du paradis,\n             De la gare d'Auteuil et des trains de jadis\n             T'amenant chaque jour, venus de La Chapelle?\n             Jadis déjà! Combien pourtant je me rappelle\n             Mes stations au bas du rapide escalier,\n             Dans l'attente de toi, sans pouvoir oublier\n             Ta grâce en descendant les marches, mince et leste,\n             Comme un ange le long de l'échelle céleste,\n             Ton sourire amical ensemble et filial,\n             Ton serrement de main cordial et loyal,\n             Ni tes yeux d'innocent, doux mais vifs, clairs et sombres,\n             Qui m'allaient droit au cœur et pénétraient mes ombres.\n             Après les premiers mots de bonjour et d'accueil,\n             Mon vieux bras dans le tien, nous quittions cet Auteuil,\n             Et, sous les arbres pleins d'une gente musique,\n              Notre entretien était souvent métaphysique.\n              O tes forts arguments, ta foi du charbonnier !\n             Non sans quelque tendance, ô si franche! à nier,\n              Mais si vite quittée au premier pas du doute!\n              Et puis nous rentrions plus que lents, par la route\n              Un peu des écoliers, chef moi, chez nous plutôt,\n              Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt,\n              Et dépêcher longtemps une vague besogne.\n\n\n              Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne!\n\n\n                                                             P A U L VERLAINE.\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                   — 95 —\n\n\n\n\n                    HORS DU SIÈCLE\n                Un poète, — un poète, — m'affirmait un jour : « Faire des vers\n                pour faire des vers, c'est absurde!... Ainsi, MOI, à chacun\n                 de mes sonnets, il me serait loisible de mettre le nom de la\n                 femme pour ou à l'occasion de laquelle il a été fait !... »\n   Ce gracieux rimeur avait, sans doute, raison ; l'ingénuité de son aveu\nm'empêcha de lui insinuer qu'il oubliait, — et bien injustement, — les\ncantates et les chansons à boire !\n   Les vers de Hors du Siècle ne sont pas pour les femmes, ni même pour\nbeaucoup d'hommes, fussent-ils de lettres.\n    Il est de pénibles promiscuités d'admiration et certains applaudissements\nm'apparaissent comme une très difficilement pardonnable offense.\n   Stendhal écrivait en 1823 : « Faire des vers est devenu un métier dans la\nlittérature française. Un jeune homme, en travaillant constamment pendant\nquatre ans, parvient, en général, à faire des vers corrects et assez bons, au\npremier coup d'œil... »\n   Nos lettrés, gens essentiellement de premier coup d'œil, — et pour cause !\n— exaltent avec une candide et touchante impartialité toute poésie quel­\nconque, hormis celles d'une par trop notoire indigence; et cela afin d'obéir\nau rôle assumé, parce qu'ils se proclament et veulent rester lettrés!\n   Laissons-les s'arrêter aux mots, — ces vestibules de la pensée; — ils s'at­\ntacheront à la forme, à l'apparence extérieure ; la flamme, la lumière qui\nbrillent et illuminent la matérialité du Verbe, ne brûlent pas pour eux. Un\naccessoire leur manque pour sentir et pénétrer des livres tels que Hors du\nSiècle, car ceux-là seuls possèdent une âme qui ont su s'en forger une!\n\n\n\n\n   Dans sa lettre au sujet du Parnasse de la Jeune Belgique, M. Taine\ndisait : « Les vers de M. Albert Giraud m'ont rappelé le style, l'imagina­\ntion, la richesse luxuriante de mes chers poètes anglais du XVIe siècle ».\n   En effet, la dominante du talent de M. Albert Giraud est l'énergie;\nl'énergie dans la haine, l'inflexible énergie dans le mépris : la haine véhé­\nmente de cette ère de négation et de lâcheté, le mépris de la lutte pour l'exis­\ntence, combattue à l'aide de ces armes viles, l'hypocrisie et la duplicité. Il\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "                                     -   96    -\n\npourrait s'appliquer le mot superbe de Stendhal : « Mon âme est un feu qui\nsouffre lorsqu'il ne flambe pas ».\n   C'est cette énergie qui attire le poète, exilé en ce siècle de boue, vers les\népoques primitives, les époques d'action et de force. Il se grise de leur par­\nfum violent, s'enivre à la splendeur évocative de son rêve et ne retombe à\nla réalité coutumière que pour cracher l'anathème au front des idoles con­\ntemporaines.\n   Mais, si son cœur bat plus hautainement à la vision des âges héroïques,\n dans leur somptueuse plénitude de foi et de courage, les heures climatéri-\n ques, pour ainsi dire, de la civilisation, les crépuscules des races, le han­\n tent. Il aime l'âme simple, impétueuse et altière de\n\n\n                Celui dont l'avenir verra les larges mains\n                S'appuyer à jamais en songe sur l'Épée,\n\n\nmais n'ignore rien du mystère intense des âmes tortueuses, compliquées et\nfélines.\n   Borgia, Guise, noms magiques que la burlesque morale roturière a stig­\nmatisés, — et ces derniers rejetons d'une lignée souveraine, ces énigmati-\nques et inquiétants Valois, cerveaux troubles et obscurs, artistes royaux,\nressuscitent dans les pages de Hors du Siècle, profilent un instant, à nos\nyeux, leur silhouette pâle et fière :\n\n                 Je revois, dans la mort ineffable de l'heure,\n                 S'accouder un gracile et rose enfant princier\n                 Qui pleure d'être heureux, et dont la tête lasse\n                 Plie adorablement sous l'orgueil de sa race,\n                 Comme sous un tragique et trop pesant cimier.\n\n\n\n\n   Je commettrai le truisme de rééditer ces évidentes vérités : la Joie fut\n dévolue — en compensation, sans doute, — aux créatures assez heureuses\n pour n'avoir qu'une idée à la fois. Tous les grands artistes sont donc des\n Tristes.\n    M. Albert Giraud subit cette loi fatale. Le poète nostalgique de Hors du\n Siècle, ainsi qu'un fauve interné loin des sables et des soleils natals, s'in­\n surge contre les évidences obligatoires, cherche vainement une issue à sa\n chimère, se réfugie, enfin, dans le rêve, dans la solitude de sa pensée. Ce\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                                    — 97 —\n\nvers, si simple et si incisivement suggestif, me résumerait bien la définitiv\nconclusion de cette lutte décevante :\n\n               Personne ne m'attend etje n'attends personne.\n\n   Cependant, le malaise métaphysique, l'Inespérance finale dont s'émeu­\nvent encore quelques êtres d'élite, quelques intelligences suzeraines, assiè­\ngent également son esprit. Il connaît les tristesses maladives et inexplica­\nbles, les satiétés prématurées, les désirs d'être ailleurs, — la volupté\ndouloureuse de la souffrance. De cette source d'inspiration ont jailli les\npièces suprêmes de Hors du Siècle, les plus troublantes : Le Regret de\nl'Enfance, Lohengrin, la Mort de Hunald, d'autres, parmi lesquelles je\nchoisis la très significative\n\n\n                                  RENCONTRE\n\n               — Je reviens d'un voyage au cher pays des lèvres,\n               A u pays des baisers d'un siècle, de là-bas :\n               Crépuscule des chairs, torches roses des fièvres,\n               Tout s'est fané, tout s'est éteint, et je suis las.\n\n\n              — De ce même pays des torches et des fièvres,\n              Du pays du baiser séculaire, là-bas,\n              Du pays de la chair, du cher pays des lèvres\n              Je reviens comme toi, comme toi, je suis las.\n\n\n              — Qu'avons-nous rapporté de cet amer voyage?\n              — Rien qu'un impitoyable et stérile veuvage,\n              Qu'un mauvais compagnon d'exil et de prison.'\n\n\n              — Aimons-nous cependant, û ma pauvre âme lasse,\n              Aimons-nous doucement, lentement, à voix basse,\n              Sans éveiller celui qui dort dans la maison.\n\n\n  Ne voyez-vous pas luire confusément, derrière ces rhythmes indolents, le\nsecret qui nous rend si singulièrement alliciants, les yeux hermétiques et\nsybillins des personnages de Léonard de Vinci?\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                                  -   98   -\n\n  Les vers de M. Albert Giraud, d'une langue souple et sonore, nerveuse\naussi, sans alliage ni scories, roulent, comme un large fleuve moiré et\nréverbérant dans ses eaux incessantes, toutes les infinies, merveilleuses et\ntoujours renouvelées songeries du Ciel.\n   Les images précises, fastueuses, évocatoires ne se surajoutent pas à la\npensée, mais s'amalgament étroitement avec elle. Ce style a, pour la foule\nde nos dilettanti, ce défaut cardinal de sembler trop naturellement aisé ; on\nne sent pas l'effort. Dès lors, comprendre est sans gloire et — ils s'illusion­\nnent comprendre !\n   Par ce livre et les précédents, M. Albert Giraud se place à la tête des\nartistes de sa génération, — et même de quelques autres! — et, au ricane­\nment, à l'acclamation des imbéciles, s'opposeront dédaigneusement le\npaisible orgueil, la belle et pure fierté de son œuvre.\n                                                      ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                                 VERS\n\n\n                             AME DE SERRE\n\n                  Je vois des songes dans mes yeux ;\n                  Et mon âme enclose sous verre\n                  Eclairant sa mobile serre\n                  Affleure les vitrages bleus.\n\n\n                  O les serres de l'âme tiède !\n                  Les lys contre les verres clos,\n                  Les roseaux éclos sous leurs eaux,\n                  Et tous mes désirs sans remède !\n\n\n                  Je voudrais atteindre à travers\n                  L'oubli de mes pupilles closes\n                  Les ombelles autrefois roses\n                  De tous mes songes entr'ouverts!\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "               — 99 —\n\nTattends pour voir leurs feuilles mortes\nReverdir un peu dans mes yeux;\nJ'attends que la lune aux doigts bleus\nEntr'ouvre en silence les portes.\n\n\n                   II\n\n              ORAISON\n\nMon âme a peur comme une femme.\nVoyez ce que j'ai fait, Seigneur,\nDe mes mains, les lys de mon âme,\nDe mes yeux, les cieux de mon cœur!\n\nAyez pitié de mes misères !\nJ'ai perdu la palme et l'anneau;\nA y e z pitié de mes prières,\nFaibles fleurs dans un verre d'eau.\n\nAyez pitié du mal des lèvres,\nAyez pitié de mes regrets,\nSemez des lys le long des fièvres\nEt des roses sur les marais.\n\nMon Dieu! d'anciens vols de colombes\nJaunissent le ciel de mes yeux,\nA y e z pitié du lin des lombes\nQui m'entoure de gestes bleus.\n\n\n                   III\n\n           VERRE ARDENT\n\n Je regarde d'anciennes heures\n Sous le verre ardent des regrets\n Et du fond bleu de leurs secrets\n Émergent des flores meilleures.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                                 — 100 —\n\n\n                 0 ce verre sur mes désirs!\n                 Mes désirs à travers mon âme!\n                 Et l'herbe morte qu'elle enflamme\n                 En approchant des souvenirs!\n\n                 Je l'élève sur mes pensées,\n                 Et je vois éclore au milieu\n                 De la fuite du cristal bleu\n                 Les feuilles des douleurs passées.\n\n                 Jusqu'à l'éloignement des soirs\n                 Morts si longtemps dans ma mémoire,\n                 Qu'ils troublent de leur lente moire,\n                 L'âme verte d'autres espoirs.\n\n                                           MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                             LE THE\n             Le 26 janvier a été joué, à la deuxième matinée du Théâtre\n              Molière, un acte inédit : Poison, de M. Max Waller. La pièce\n              ne devant pas être publiée, nous en donnons un fragment,\n              simple hors d'œuvre dans l'action.\n\n                                 JACQUES\n\n  Quel parfum ! Je vous assure qu'il n'y a que le Souchong. A propos,\nMademoiselle, connaissez-vous l'histoire de la création du thé? C'est très\ngentil. Il paraît que ça se lit sur certains crépons.\n\n                            MADAME AUBERT\n  Conte nous cela.\n                                 JACQUES\n  C'est un rien. Voici : Après avoir créé les mandarines, les éventails, les\nparasols et une foule de jolies choses très utiles, le créateur du Céleste\nEmpire s'endormit. Le lendemain, il fut fort étonné de se lever très tard\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                    —   101 —\n\n\n avec des lourdeurs dans les jambes. — « Je n'ai pas fait grand'chose\n hier cependant » ; allons, c'est que je deviens vieux. Il appela Fa-li-ko,\n son prophète, et lui dit : <c Qu'est ce que nous allons sortir du néant\n aujourd'hui? » Fa-li-ko répondit : « Je vais voir la liste », et il revint :\n « aujourd'hui; les écrans, les crépons et les nattes ».\n\n                                   MADELEINE\n\n   Est ce qu'il s'endormit encore?\n\n                                     JACQUES\n\n  Parfaitement, après les écrans. Le lendemain, Fa-li-ko lui dit : « Doux\nSeigneur, il s'agit de créer quelque chose qui vous tienne éveillé. — Eh\nbien quoi? — Faites la femme. »\n\n                                   MADELEINE\n   Ah! je l'attends là.\n                                    JACQUES\n\n  Vous allez voir : il prit un rien de velours, un soupçon de satin, un\nbout de sourire avec une ombre de larme, remua le tout dans un creuset\nde coquetterie avec un pilon de mensonge....\n\n                                   MADELEINE\n   Vous exagérez.\n                                    JACQUES\n\n   J'atténue; il saupoudra le tout de cruauté, de douceur, de vice mignon —\net ce fut la femme.\n                                  MADELEINE\n\n  Il ne s'endormit plus cette fois!\n\n                                    JACQUES\n\n   Erreur. Il s'endormit trois jours et trois nuits, tant cela avait été difficile\nà faire; mais quand il se réveilla, toutes les potiches du paradis bleu furent\nrenversées, les cloisonnés s'entrechoquèrent et le lac de porcelaine en fit\nune tempête.\n                                 MADELEINE\n  C'est horrible.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                 —   102 —\n\n\n                                  JACQUES\n\n   Horrible. Le créateur avait bondi en poussant un juron d'admiration.\nJ'ai fait cela, moi! cria-t-il. Devant lui souriait doucement une petite\ncréature au teint jaune pâle : des mimosas dans du lait, aux yeux en\namande gentiment bridés, aux ongles d'or mat.\n\n                                MADELEINE\n  Habillée?\n                                  JACQUES\n\n   Oh! Mademoiselle, les dieux chinois savent se tenir. Toilette : une robe\nde satin rouge brodée de cigognes blanches et de lunes roses, retenue par\nune large ceinture faisant un grand papillon noir au dos. Les cheveux\nrelevés en boule sur le haut de la tête par deux longues épingles croisées.\n\n                                MADELEINE\n  Et alors ?\n                                  JACQUES\n\n  Et alors le doux seigneur créa le baiser — pour son usage personnel.\n\n                                MADELEINE\n  Et alors?\n                                  JACQUES\n   Alors, ayant une peur atroce de s'endormir, il consulta Fa-li-ko. Celui-ci,\ntrès ingénieux, prit le parfum de toutes les fleurs, la sève odorante des\nplantes aromatiques, en fit une graine qu'il planta dans un enclos de rêves\naériens et doux. Et ce fut le thé!\n                                                        MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                                 VERS\n                                  VISION\n\n               La fille aux onctions subtiles,\n               La revoici, des soirs autour,\n               Cela, sont ses yeux   immobiles,\n               D'un sourire infini d'amour.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                 — 103 —\n\nEt cela, qu'elle porte ainsi\nEntre ses lèvres, c'est l'exquise\nDouceur de l'aimer, c'est aussi\nL'occulte fleur, la fleur promise\n\nDe ses jardins, c'est la fleur d'or\nDe son péché, la fleur mortelle\nDe sa bouche endormie encor\nEt qu'on aspire à travers elle.\n\n\nCelle qui marche douce, sans\nBruit et sans ombre, comme une Eve\nDe quelque vitrail où l'encens\nLa fait passante de mon rêve\n\n\n           SOIR DE VIERGES\n\nDans ma demeure où me berçait\nL'essaim des anges du silence,\nVoici les ombres, et qui sait\nDe quelle invisible présence ;\n\n\nDans les eaux mortes, sans couleurs,\nDe mes fenêtres   d'hyacinthes,\nMeurent mes gardiennes fleurs\nEt mes plaines se sont éteintes ;\n\n\nSais-je qui m'aime dans le noir ?\nVierge, en ce palais de mensonges,\nVeille aux embûches de ce soir,\nDivine sœur, veille à mes songes;\n\n\nJoins mes mains, mes lèvres, mes      yeux,\nFerme mes genoux et repose\nEn mes cheveux silencieux,\nAfin que je sois toute close;\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                   — 104 —\n\n              Afin qu'en eux ne sourde rien,\n              Ne souffle en mes mains, ou n'aspire\n              A ma bouche sombre, et que bien\n              Seule tu sois à me sourire ;\n\n\n              Et sans frôler les noirs soucis,\n              Montés de ma robe dernière,\n              Viens en mes rêves obscurcis\n              Et signe-les de ta lumière.\n\n                                         CHARLES VAN L E R B E R G H E .\n\n\n\n\n                     DANS LE RÊVE\n\n\n                               NOCTURNE\n\n      A MONSIEUR GEORGES LEMMEN.\n\n\n                                      And none but thou shalt be my paramour.\n                                                 CHRISTOPHER MARLOWE\n                                        (The tragical history of Docter   Faustus).\n\n                                      N'autre que vous n\"aura la garde\n                                      Elas de moy qui suis à vous 1\n                                               CHARLES D'ORLÉANS    (Chansons).\n\n\n             Dans la ville il n'y avait plus personne. Rien ne bougeait et l'on\n              n'entendait que le bruit de mes pas qui résonnaient si\n              bruyamment sur les trottoirs des rues désertes. Sur la place,\n              devant la statue, je rejoignis ma bien-aimée. Jamais je n'avais\npu lui parler auparavant et je ne l'avais même point vue, sauf en quelques\npeintures qui, vaguement, lui ressemblaient et que j'exaltais fervemment en\nmon cœur. Grande et blonde en une robe noire ornée de dentelles de même\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                    — 105 —\n\n couleur, elle était Habillée avec le goût exquis des Anglaises. Des gants de\n Suède jaunes lui venaient au coude, et un gigantesque boa de fourrure\n noire lui encerclait le col et tombait droit sur ses pieds, tandis que s'épa­\n nouissait à son corsage une touffe, d'orchidées couleur de sang. Ses yeux\n bleus, inexprimablement doux, noyaient l'âme de tendresses et son visage\n avait l'ovale parfait de celui des madones florentines. Maintenue par une\n chaînette d'or, une large émeraude brillait à son front dans un cercle de\n rubis, illuminant vaguement le visage pâle. Et comme je m'agenouillais\n pour lui baiser la main, relevant les yeux je vis la lune derrière sa tête, telle\n l'auréole d'or pâle des reines de Byzance,\n    Les grands arbres tout noirs sur le ciel bleu se courbaient frémissants\n vers le sable de l'allée, et là-bas, par derrière les jets d'eau plaintifs et les\n bassins scintillants, les fenêtres du château s'illuminaient. Tout en mar­\n chant, Elle disait les poèmes sonores en une langue merveilleuse que je n'en­\n tendais point. Sa voix avait le charme des longs arpèges sur les harpes, cou­\n lant comme l'eau des sources au bruit doux des flûtes, tantôt grave et pro­\n fonde semblait un accord triste des classiques symphonies.\n    Les portes blanches du château s'ouvrirent sans qu'elle eut frappé et deux\n enfants, vêtus de velours violet, nous précédaient portant des flambeaux sur\nle large escalier tendu de tapis sombre.\n    C'était un grand salon blanc et or éclatant de lumières. Des bougies roses\n brûlaient partout devant les miroirs biseautés des appliques et dans les lus­\n tres délicats de Bohême tournant lentement avec les scintillements des\nlumières répercutées sans fin dans les glaces. Des tentures de soies et de\nmoires blanches tombaient mollement le long des murs, ornés çà et là de\nquelques vieux portraits, pastels affaiblis et dans les coins, sur une console\naux pieds d'or amoureusement contournés, se détachait tout blanc le torse\nd'un plâtre grec sur le fond vert de quelque bouquet.\n    Où donc sonnait alors le carillon de la très ancienne pendule, et pourquoi\nsonnait-il si tristement en mon âme le carillon de la très ancienne pendule.\nAu premier son des clochettes lointaines, Ses lèvres avaient frissonné et un\nlong soupir s'était exhalé de Sa bouche. Ses yeux bleus s'étaient remplis de\nlarmes et sa tête était devenue plus pâle que les blanches draperies. Elle se\ntenait droite sous les feux scintillants des lustres et semblait prête à défaillir.\nLes rubis s'incendièrent tout à coup et l'émeraude superbe rayonna, illu­\nminant une fois encore tout le visage. Ses yeux, ses chers yeux amoureux,\nà jamais frappèrent mes yeux, tandis qu'en les rougeâtres orchidées, Son\ncœur parut, saignant parmi les fleurs, Son doux cœur tout sanglant de\nl'Impossible amour.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                                 — 106 —\n\n\n\n\n                                      II\n\n\n                            DÉCOR DE LUNE\n\n     A MES SŒURS.\n\n                                       O h ! je voudrais me perdre dans la brume\n                                     des nuits, dans le flot des fontaines, dans la\n                                     sève des arbres, sortir de mon corps, n'être\n                                     qu'un souffle, qu'un rayon, et glisser, monter\n                                     jusqu'à toi, ô mère !\n\n                                                GUSTAVE FLAUBERT      (Salammbô).\n\n\n   Dans le silence absolu de la nuit, les nuages blancs, partant du sol, s'élè­\nvent lentement, formant au loin, tout là-bas, là-bas, comme des montagnes\nde neige — inaccessibles. Entre deux lignes de sommets blancs, le ciel tout\nbleu, — telle une draperie lissée des soies merveilleuses de Svaïnagar —\nconstellé des croix d'or scintillantes des étoiles. Au milieu, une moitié de\nlune pâle, baignant toutes choses d'une lumière de rêve filtrant d'imagi­\nnaires opales. Et seul, prosterné devant Elle dans la plaine immense, je\nchante pour Elle les noms sacrés les plus purs et les choses belles les plus\ndouces.\n    « O Lune, Lune, souveraine impératrice des mers et des mondes qui\ns'agitent à ta clarté dans les espaces, dominatrice des eaux profondes et des\nOcéans verdâtres dont les flots luisants répètent éternellement ton image\noscillante, espoir des affligés, consolation des faibles, souffle et germe de\ntoutes les fleurs, reine des lys et des blancheurs immaculées, sœur et mère\ndes glorieux poètes et des Vierges tremblantes, glaive et lueur des opprimés,\n immortel miroir de vertu, lumière du monde, auréole et diadème de notre\n très sainte Vierge Marie, mère du Christ, toi qui pardonnes, pardon pour\n mes péchés, rémission de mes fautes, reçois ma prière indigne et sois-moi\n secourable. »\n    Et doucement elle se balance, la Lune se balance, et, soudain, après une\n explosion effroyable, s'écoule, en un large fleuve d'or ruisselant entre les\n monts insensibles, avec le bruit irréel et fantastique d'artificielles cascades\n  provoquées au théâtre. Cependant que les ramures séchées des arbres se\n  détachent en noir sur l'or pâle et s'entrechoquent au vent d'hiver.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                  — 107 —\n\n\n\n                                      III\n\n\n                      LA PRINCESSE ENDORMIE\n\n      A MADEMOISELLE LOUISE DANSE.\n\n                                        This — all this — was in the olden\n                                        Time long ago.\n                                           ED. ALLAN POÉ (The haunted palace).\n\n   J'écoute chanter de la musique en souvenir. C'est la princesse de Boro-\ndine, qui, par le charme d'une fée, depuis si longtemps repose en la forêt\nenchantée.\n   Ses cheveux d'or épandus, ses lèvres roses entr'ouvertes, elle dort\n en le rhythme lent de la musique charmeresse. Sur un lit blanc Elle est\n couchée, d'une longue robe blanche entourée, les bras en croix recourbés\n sur la poitrine qu'abaisse et soulève tour à tour son souffle léger. De quoi\nsonge-t-Elle, de qui pense-t-EUe, la tête pâle, et qu'ont-ils vu ces yeux voi­\nlés depuis des siècles fermés ?\n   Dans le palais, autour d'Elle, tout dort d'un sommeil pareil — valets,\nguerriers et pages et nobles dames, en le geste interrompu s'immobilisent\ndans les salles silencieuses. Veillent, seuls, les dragons verts, aux corps lui­\nsants d'écailles couverts, dardant hors gueules leur langue rouge, leur\nlangue rouge comme le sang, leurs griffes aiguës d'acier sorties, leurs yeux\nde flamme sur la forêt.\n   Les matins violets ont relui, les fleurs se sont redressées et sont retom­\nbées, les oiseaux ont chanté et se sont tus, les soleils rouges sont venus\nilluminer la forêt sombre, et les vitraux des verrières, soudainement, se sont\nenflammés aux baisers de feu des lumières. Au travers des branches et des\nramures grises, la Lune s'est levée pensive et s'est mirée dedans les lacs,\nargentant les tours et les armures des guerriers au palais, enveloppant l'en­\ndormie d'une caresse douce plus qu'aucune autre. Chants des oiseaux, lan­\ngueur des fleurs, aubes violettes, couchants vermeils, pâles lueurs des froides\nlunes. Tout a commencé et tout a fini pour recommencer ensuite. Toujours\nl'immobile princesse dort en le rhythme lent de la musique charmeresse. De\nquoi songe-t-Elle, de qui pense-t-Elle, la tête pâle, et qu'ont-ils vu ces yeux\nvoilés depuis des siècles fermés. Viendra-t-il le chevalier, le duc, le prince,\nle preux guerrier qui, de son premier baiser, doit réveiller la Fiancée?\n                                                GEORGES D E S T R É E .\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                                  — 108 —\n\n\n\n\n                       LE PORTRAIT\n       O cher cœur! le printemps de tes beaux yeux lointains\n       De ses lilas de fête embaume cette image,\n       Et mon vieux souvenir, courbé comme un roi mage,\n       Répand tous ses parfums sur tes pieds enfantins.\n\n       Car tes yeux, où fleurit la divine surprise,\n       Sont un ciel matinal étonné du soleil.\n       Et tes cheveux cendrés sont frais comme un réveil\n       De lavande et de thym sous un baiser de brise.\n\n       Des plaisirs neufs et fiers, au détour du chemin,\n       Implorent ta jeunesse en te léchant la main,\n       Lévriers bondissant à l'appel de leur maître.\n\n       Et voici qu'un désir étrange me pénètre,\n       C'est de redevenir, grâce à ta nouveauté,\n       Le pur et simple enfant que je n'ai pas été.\n\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                              VISIONS\n              1 est une époque de ma jeunesse dont le réveil, en ma\n               mémoire, s'accompagne toujours d'une profonde, térébrante\n               épouvante. Il me semble maintenant, — alors, cette idée ne\n               me visita jamais, — il me semble que, pendant ces quelques\nmois, mon sort a été en suspens, mon destin près de se transmuer, qu'une\npériode j'ai habité constamment ces régions imprécises, limitrophes de la\nfolie, — pays d'indolence lourde, de perfides miasmes, de fièvres débilitantes\net charmeur malgré cela, se parant de mirages nonchalants et corrupteurs\nqui dérobent les gouffres prochains, les douloureux et séduisants abîmes.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                    — 109 —\n\n    — A la suite de circonstances qu'il serait long et fastidieux, — puis, au\n  reste, si parfaitement superflu, — de détailler ici, j'étais complètement privé\n de famille, — toutes relations avec mes amis rompues, non violemment,\n mais par je ne sais quel laisser-aller lâche, quelle veule indifférence\n dont ils se froissèrent, sans doute. Ce fut alors, au milieu de la grande\n capitale, une complète déréliction; plus un parent ni un compagnon. A\n l'origine, mon existence resta, à fort peu près, la même qu'auparavant; et,\n chose singulière, en dépit de la routine bien ancienne d'une vie en com­\n mun, mêlée d'intérêts divers si brusquement interrompue, la conscience\n nette, précise de mon isolement ne se présenta pas à mon esprit ; évidem­\n ment cette sensation gisait latente en moi, mais je ne l'évoquai jamais et si\n parfois un incident quelconque la matérialisait, pour ainsi dire, je n'en\n ressentais ni tristesse, ni joie.\n      Le printemps s'écoula dans cet état lymphatique, cotonneux. J'accom­\n   plissais l'identique et quotidienne pérégrination, machinalement, sans y\n  prendre aucune attention, sans le moindre ennui. Avec une tenace assiduité,\n  je fréquentais un petit théâtre de genre ; chaque soir m'y retrouvait, —\n  pourquoi? Certes pas pour le spectacle, des semaines on jouait le même\n  vaudeville et d'ailleurs, n'est-ce toujours le même vaudeville? L'heure me\n  ramenait là, comme à une besogne bien maussade et ennuyeuse, mais inévi­\n  table. Peu à peu, cependant, je cessai d'y retourner, sans, au surplus, me\n  motiver mon abstention... A un moment invariable de la journée, aussi,\n je me rendais en un café où j'affectionnais un coin, — quel déplaisir véhé­\n  ment, lorsqu'il était occupé, déjà ! — Au bout d'un laps, j'abandonnai cette\n habitude également, par dégoût, probable fatigue, — en somme d'une ma­\n nière automatique, toujours...\n     Une sensation obsédante qui m'entretenait dans une perpétuelle terreur,\n me prit tout entier vers ce temps-là : Je faisais de longues promenades ou\n plutôt je pérambulais parmi les rues et les places, désœuvré, sans but, pour\n voir. Et l'impression funèbre qui me coagulait les moelles de l'effroi obscur\n des ténèbres spirituelles, se définirait, à peu près ainsi: — Les passants,\n cette foule environnante que je sentais autour de moi, simultanément à la\ncertitude absolue de sa proximité, me paraissait s'agiter, gesticuler, vivre\ntrès loin de ma personne, m'apparaissait comme illusoire, fabuleuse presque\net projetée toute de mon imagination. Et le bruit, le tapage des voitures, le\ncahotement des fardiers, des chariots pesants, les mille cris des camelots ne\nm'arrivaient qu'assourdis, infiniment lointains, perceptibles à peine, sem­\nblables aux rumeurs distantes, indéfinies d'une cité qui se lève. Et parallèle\nà ces émotions la peur confuse m'opprimait, d'un brusque réveil, la crainte\n                                                                       8\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                                  —   110 —\n\n\nd'être tout à coup abasourdi par le fracas énorme de la Vie, de me sentir\nécraser sous les roues cruelles de cette réalité que je ne parvenais plus à\nsaisir.\n    Pour rentrer chez moi, je devais traverser un boulevard nouvellement\npercé, rectangulaire, encore encombré de gravats, planté d'arbres chétifs,\nmalingres, au feuillage de zinc pulvérulent, qui dépérissaient dans un ter­\nrain sablonneux, — et cette avenue était large, immense et morte... En\nm'engageant au travers de ce désert, où tourbillonnaient des poussières cal­\ncaires, tout illuminé et poudroyant de soleil et si lugubre et mélancolique\nde clarté, — mon cœur se contractait douloureusement, un malaise me sub­\n juguait, une détresse que je subissais, chaque fois, sans tenter de réagir ou\n seulement de me l'expliquer.\n     Je restreignis mes courses vagabondes de plus en plus, me confinai en\n une réclusion parfaite, enfin. C'est alors, je présume, que je fus proche,\n très proche de l'anéantissement intellectuel.\n     La fenêtre de ma petite chambre, — une case d'un des caravansérails\n modernes, américains, — donnait sur une étroite cour sans air, sans\n lumière, identique à une citerne bien plâtrée: on ne voyait, à l'infini, que\n  de rectilignes suites de croisées et toutes — en cet hôtel garni, — revêtaient\n  la même physionomie morose, masquaient les appartements d'uniformes et\n  impersonnelles tentures. Installé auprès de la mezzanine, je regardais la\n  cour monotone : — ce que j'y considérais m'est resté un insondable mys­\n  tère. Je fumais incessamment et des heures, non pas longues, — je n'en\n  avais aucune idée, — des heures, je m'immobilisais là, assis et fumant,\n   mais ne songeant, ne réfléchissant à rien. Quelquefois, une évanescente\n   pensée se présentait, timidement, cherchait à naître, mais, comme je n'y\n   prêtais aucune attention, elle s'évanouissait aussitôt, avec la fumée de mon\n   cigare. A la longue, fumer même me fut un trop pénible effort et je chus à\n   une existence végétative, exclusivement. Un far-niente, un kief éternel,\n   mais exonéré de toute jouissance; je n'étais ni bien ni mal, je n'étais point,\n   je flottais, en quelque sorte. Le nirvanah, presque...\n    Une image persistante hantait cependant, mon erratique cerveau : Dans\n l'atmosphère gris-perle, — un ciel humide et attendri, m'illusionnais-je,\n — des flocons de fumée pâle, s'étirant en volutes, en spirales, en colonnes,\n erraient, s'aggloméraient, puis amoncelés, fermaient l'horizon, bientôt...\n et toujours (il faudrait pouvoir dire le perceptible et majestueux silence du\n spectacle) et toujours glissaient de nouvelles nuées de plus en plus sombres,\n jusqu'au noir définitif, opaque et mat... Alors recommençait une proces­\n sion de claires et transparentes vapeurs, se détachant en mezzotinto sur\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                   —   111   —\n\n\n\nl'antérieure obscurité, — puis, par l'inéluctable progression du blanc au\nau gris, du gris au noir, le firmament de mon rêve s'ensevelissait de nou­\nveau en la sépulcrale et nocturne horreur .. Reprenait, ensuite, le thème\ninitial de cette musique fuligineuse...\n   — Les gens avec lesquels j'entretenais les obligatoires et insupportables rela­\ntions m'apparaissaient absolument problématiques, derrière des brumes...\nPendant leur présence, m'évertuant à corriger mon aléatoire optique,\navec difficulté me convainquais-je de leur évidence et je commençais seule­\nment à m'y résigner, lorsqu'ils s'éloignaient, — et instantanément, je les\noubliais.\n   Un jour, à la fin, après un combat désespéré contre mon inertie, je par­\nvins à me décider à sortir. Il gelait très fort, un vent cinglait, me vrillait\nles chairs, — et il me sembla que quelque chose se fondait en moi, se\n diluait, — que quelque chose qui m'oppressait achevait de disparaître et\n que, maintenant, j'aspirais mieux, d'un poumon avide, l'air rêche, pur et\nrafraîchissant de cette hivernale matinée... Et ce fut une commotion subite,\n — un réveil en sursaut; — le vieil homme se dépouillait de son vêtement\n d'angoisse... J'entendis le vacarme de la chaussée, discordant, criard et si\n doux, pourtant ; — je vis, oui, je vis les êtres qui marchaient aux alentours,\n bien vivants et agissants et j'en vins presqu'à aimer tout d'un coup, d'un\n amour insensé et rayonnant, la grimaçante et vicieuse face humaine...\n\n                                                        ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                         HYPNOTISME\n     Par les yeux solennels du vaisseau, les sabords,\n     Sur la mer et le ciel ouvrant leurs insomnies,\n     Le passager peut voir les vagues infinies\n     Par delà l'horizon chercher en vain leurs bords.\n\n     Dans tes yeux transparents je vois ton âme bleue,\n     Mon enfant, dérouler son azur expansif\n     Où passent, sous un ciel monotone et pensif,\n     Des vagues que le vent pousse de lieue en lieue.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                                 —   112 —\n\n\n    Le nostalgique appel des vierges horizons\n    Vers l'inconnu m'attire et m'invite au voyage;\n    — Vers l'inconnu du gouffre où gronde un grand               naufrage\n    Où vers l'or inconquis des magiques toisons,\n\n    Qu'importe ? Ivre d'espace et de houle athlétique,\n    Bercé par les roulis de ta puissante chair,\n    Oeil contre œil, en tes yeux je regarde la mer\n    Sans borne et les flots bleus de ton cœur pacifique.\n\n                                                          IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n                 POÈMES EN PROSE\n                          LE RÊVE DES EAUX\n\n               Les eaux rêvent.\n                   Un long poisson glisse. Le soleil allume son dos écaillé\n                d'éclairs éblouissants. Il glisse comme une lente volonté. Ses\n                yeux verts explorent paisiblement les profondeurs du lac. Ses\nroses nageoires battent paresseusement. Il glisse comme une très lente\nvolonté.\n   Les eaux rêvent. Et sous le poids du rêve qui les oppresse, elles s'étendent\nlasses d'être.\n   Un oiseau passe. De ses ailes mouillées il sème dans l'air des diamants\nde feu. Il coupe les rayons d'or et déjà disparaît.\n   Et sous le poids du rêve qui les oppresse, les eaux s'étendant lasses d'être,\n regardent au ciel les nuages indolents.\n    « Consolez-vous, leur disent les nuages répondant à leur muette prière,\n pas une âme ne peut connaître votre rêve et en partager les souffrances.\n Nous, nous visitons les mondes et ne sommes pas compris. Consolez-vous ;\n tous nous sommes condamnés à porter seuls le poids de nos rêves. »\n\n                        LA MAGIE DU RETOUR\n\n  Assise au balcon, la châtelaine Irminte travaille distraitement à une\nsomptueuse tapisserie. De ses longs doigts, elle semble tirer au soleil du\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                  — 113 —\n\n\nsoir ses fils d'or et les mêler à la soie précieuse dont les couleurs éclatantes\nl'éblouissent.\n   Lors, au milieu d'une pelouse aux herbes lisses et profondes, un paon\nqui arrondit sa queue en un large éventail étoile d'ceils songeurs, lève vers\nle balcon sa fine tête aux frémissantes aigrettes, et jette de lugubres cris\ndans la paix effrayée du jardin.\n   Ainsi le paon a crié lorsque le châtelain est parti. Irminte tressaille à\ncet appel du passé, puis se retourne nerveusement. Et après avoir regardé\nfixement la porte du salon, Irminte lève la main en signe de commande­\nment.\n   Aussitôt les ventaux s'entr'ouvrent, et sous des pas timides et pressés le\ntapis frémit. Et les grands vases sonnent comme frappés d'un coup d'ongle,\net les fleurs qui s'en échappent s'allument de neigeuses clartés.\n   « Tu ne le reconnais pas? dit une voix qui s'élève de la pendule, dont\nle balancier depuis longtemps arrêté se remet en mouvement. Et moi, qui\nme suis révoltée contre l'envolement des heures, pour l'aimer à son retour\ndu même et jeune amour? Mais c'est lui! Reconnais-le donc! »\n   Et dans le jardin, un vent glacial emporte sans pitié les feuilles sèches\nsur le sol plein d'échos.\n   « Vous ne vous quitterez plus! » dit une autre voix qui s'échappe des\nvieux fauteuils.\n   Un coup de feu retentit dans la montagne voisine, et l'on entend les\nrâles de la biche qui se meurt, et les bonds sauvages du cerf qui s'enfuit à\ntravers les halliers.\n   Mais dans le foyer profond un feu pétillant s'éclaire. Et de mystérieuses\nmains font glisser deux fauteuils devant la haute cheminée.\n   Et une voix commande : « Irminte, n'en doute plus C'est bien lui. Vois\ncomme il t'implore et te tend les bras. Irminte, lève-toi. »\n   Et la châtelaine se dresse comme une somnambule. Subjuguée au rêve\ndes choses, elle se laisse conduire devant la cheminée et s'affaisse dans un\n fauteuil, abandonnant sa tête aux baisers d'invisibles lèvres.\n\n                                                      HECTOR CHAINAYE.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                —   114   —\n\n\n\n\n                VERS\n          MUSIQUE D'OMBRE\n\nUn peu de musique incolore\nAfin d'éterniser le soir,\nEt qu'il revive et chante encore\nAux pâles nuits de nonchaloir...\n\nRésonance lunaire et lasse,\nEclose d'ombre dans le rêve,\nEt dont la phrase ne s'achève\nPour qu'à jamais elle s'efface...\n\nOh! Doucement... Loin de mes yeux.\nUn peu vers le cœur mais dans l'âme...\nPrès de l'amour, loin de la femme...\nQue je m'en sente un peu plus vieux...\n\nD'où vient ce baiser d'inconnue\nQue ma lèvre n'a pas rendu'!\nElle s'en va, la bienvenue,\nElle s'en va... tout est perdu!\n\n Tout est pourtant bien en cette heure;\n La mélodie éteinte en l'ombre,\n Et plus de rhythme, et plus de nombre...\n Et qu'elle meure... Et qu'elle meure...\n\n\n                 SOLITUDE\n\n O seule, et triste, et d'âme sombre !\n Tout s'enténèbre autour de moi,\n Et le soir, me hantant d'émoi,\n Met à mes yeux la mort de l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                —    115   —\n\n\nEt j'ai peur de ma voix, j'ai peur...\nSon aile cogne la silence,\nEt ma ballade humaine offense\nLes coins solitaires du cœur.\n\n\nJe n'ose plus chanter. La laine\nS'englue après mes pauvres doigts,\nEt c'est l'âme de l'Autrefois\nDont je me narre de la peine.\n\n\nDehors, sous la nuit qui s'amasse,\nEt sur les grands étangs du soir,\nLes cygnes s'endorment de noir,\nEt leur lueur au loin se glace.\n\n\n 0 nuit! Clarté de l'Autrefois,\n Tout s'illune de ton mystère;\n Que je suis seule sur la terre,\n Oh! j'ai peur, j'ai peur de ma voix.\n\n\n Car ma complainte trop humaine\n Frôle, soudain oiseau de nuit,\n Les coins d'ombre insultés de bruit,\n Et ma douleur n'est plus sereine.\n\n\n Et j'ai peur de la nuit, j'ai peur ;\n L'immensité porte rancune,\n Ouvrez la porte au clair de lune,\n Mon Dieu ! dans mon si pauvre cœur !\n\n\n\n                    VISIONS\n\n  Aux bords opalisés de lune\n  Et déserts d'adieux éternels,\n  Nous errons seules, une à une,\n  Veuves des Iys spirituels;\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "                 — 116 —\n\nEt nos mains, à jamais marries,\nSont, oublieuses des fuseaux,\nFleurs nonchalantes et flétries\nEt royales sur les manteaux.\n\nL'Amour a blessé toute envie;\nC'est pourquoi telles nous voici :\nImmarcessibles à la vie,\nComme mortes déjà d'ici.\n\n\nTocsin de cloche, appel nocturne,\nL'espoir du cœur a tu sa voix;\nNos lasses mains ont brisé l'urne\nDans quoi nous buvions autrefois.\n\n\nLà, sous des robes nuptiales\nDont nul n'entrouvrira   l'orgueil.\nVoilant le mal qui nous fit pâles,\nNous illuminons notre deuil ;\n\n\nEt contemplons, bien résignées,\nPasser sur l'eau de nos pâleurs,\nLes barques folles... mais signées\nDu souvenir de nos douleurs.\n\n                                 GRÉGOIRE LE ROY.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                  -   117   —\n\n\n\n\n                   PÉCHÉS VÉNIELS\n                                CURIEUSE\n\n               C'est bien la plus adorable plante de serre, le joyau le plus\n                parisien, que la toute rose et mignonne vicomtesse Laure de\n                Fleures ; — Laura dans l'intimité.\n                  Si, arrivée intacte au mariage, il y a deux ans déjà, elle n'a\npas encore conçu, en revanche elle a beaucoup péché... mais avec le vicomte\nGaston de Fleures, son mari, qu'elle aime et ne trompe pas, — je suis\nsérieux !\n   Elle a d'admirables cheveux blonds dont elle est fière, et qui, dénoués, la\nferaient présentable en costume d'Eve, aïeule dont elle est la plus capiteuse\ndes arrière-petites-filles. Ils sont d'un blond d'enfant, ces cheveux, avec de\nbeaux reflets d'or pâle ; Gaston fait et refait souvent la conquête de cette\ntoison. Il a un mot : « Je jasonne ».\n   Laura se mêle volontiers au monde qui n'en est guère; elle excelle, en\nmendiante, à faire de grosses recettes dans les fêtes de charité.\n   Le noble faubourg ne peut la renier, Breda-Street l'accepterait. Elle est\nsur la lisière, — elle côtoie.\n   Elle n'a de dévotion que juste ce qu'il faut. Elle pratique peu ; c'est un\nminimum. Du reste, elle voudrait des réformes, et n'accepte que six péchés\nmortels. Gaston l'approuve, sachant bien que les Pères de l'église n'ont\nintelligemment défendu les mignardes préfaces, et aussi toute volupté d'art\nqui n'a pas pour fin directe l'incarnation, qu'à cause du désir qu'ils ont que\nla femme, pour son salut, ne reçoive du mari que l'insuffisante instruction\nprimaire, se réservant de la conduire eux-mêmes jusqu'en philosophie.\n   Elle est chatte par tempérament, c'est-à-dire libre; frileuse et caressante,\ndeux synonymes. Son hôtel est un nid, sa chambre une boîte capitonnée,\nson lit... un petit Sénégal. Excentrique d'instinct, elle écrit à l'encre rose\nsur papier noir; enfin curieuse, oh! mais curieuse!... elle a le machiavé­\nlisme de la curiosité !\n   Avec elle, Gaston, dont elle a su faire un pacha, a dix maîtresses. Elle a,\npar foucades, la jalousie d'une Andalouse, la passion d'une Napolitaine,\nla lourdeur d'une Allemande, les hardiesses d'une Russe, l'ennui de l'An­\nglaise, la gaminerie d'une Parisienne. Tranchons le mot : elle est amou-\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                                  —   118   —\n\n\nreuse de son mari, Laura, et, comédienne intéressée, la fine mouche\nescompte en herbe et à son profit les caprices que Gaston pourrait avoir.\nLe vicomte voltige en cage, et sa femme dit : « Il me trompe avec moi ».\n    En carnaval, Laura ne manque pas un bal travesti. Bien grimée, on ne\nla devine pas sous les habits d'homme; c'est un charmant cavalier, un ché­\nrubin de fraîche mine et quelque peu dangereux. On conte même (mais\ntout bas) qu'une nuit elle eut l'espièglerie de se faire enlever, sous les yeux\nde Gaston qui en rit, par une bonne amie à elle, mais à qui il ou elle plut\ntellement que l'inconséquente poussa la curiosité jusqu'à ne réintégrer le\ndomicile conjugal qu'un peu tard en matinée. Gaston voulut alors des\nexplications; elle avoua presque tout, en riant toujours comme une folle, et\nen donna au vicomte qui, cette fois, rit de moins bon cœur. Une après-\nmidi, fourrageant dans la bibliothèque de Gaston, elle mit la main sur un\n Brantôme et le hasard fit qu'elle en lut la fin du premier discours. Elle eut\n une petite moue et ferma le livre. Laura en voulut à la cour des Valois;\n elle n'aimait pas à aller sur les brisées de ce Monsieur dont on dit qu'il a\n plus d'esprit qu'Arouet. A quelque temps de là, causant avec le corps du\n délit : l'amie, et coquetant à cœur joie sur une intime, belle mondaine dont\n le contrat était labouré de coups de canif, Laura dit : « Et nous, ma chère,\n comment dire... une griffure, n'est-ce pas?... »\n   Si Laura est l'enfant gâtée de Gaston, elle, de son côté, n'attend que le\ndésir d'une folie qui la lui fasse commettre en s'y associant.\n   L'été dernier, étant à Franchart, Laura voulut explorer la vallée, la par­\ncourir, monter sur les roches, se perdre dans les grandes fougères, et meur­\ntrir ses petits pieds en Parisienne lâchée, échappée du boudoir. Au fond,\nla vallée se trouve enserrée par de hauts éboulements de pierres qui donnent\nau paysage un aspect étrangement sauvage, c'est le Carnage. Gaston émit\nl'opinion que ce tableau serait complet avec des formes blanches de nym­\nphes poursuivies, qu'éclaireraient blafardement des rayons de lune. Laura\ntrouva l'image jolie, y revint au dîner, et voulut coucher à l'auberge de\nFranchart. Tard en soirée, ils redescendirent dans la vallée; une fantaisie\nde Laura qui se mourait de peur, mais avait son idée...\n   Deux jours après, à Paris, la vicomtesse de Fleures défendit sa porte, et\ncela dura toute une longue semaine. Qu'elle soit souffrante, très bien, mais\nne pas recevoir même les intimes, les bonnes amies!... elle était donc\nenlaidie?... Et les histoires d'aller leur train! En fait, convenons que, pour\nune femme à la mode, il est ridicule d'avoir le nez rouge et d'éternuer à tout\ninstant... et l'indiscrète femme de chambre de Laura insinua que ce n'était\nprosaïquement que cela : un coryza, vulgo : rhume de cerveau ! !\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                — 119 —\n\n\n  A leur première sortie, Laura et Gaston étant au Louvre, dans la galerie\ndes Antiques, la convalescente — avec ce rire à la Samary que seules peu­\nvent se permettre de jolies dents — dit :\n  « Mais alors, autrefois, Gaston, la Grèce était chauffée?... »\n\n                                           HIPPOLYTE DEVILLERS.\n\n\n\n\n                                LIED\n                La Terre enfin lasse de pleurs,\n                Que l'ombre endeuille de ses voiles,\n                Plus près des cieux larmes d'étoiles\n                Sommeille et rêve à ses douleurs.\n\n\n                La Lune caresse les tombes\n                Et les zéphires embaumés,\n                Bercent les âmes des aimés,\n                — Mystiques et blanches colombes.\n\n\n                 Car sous les charmes délaissés\n                 Dont les échos se ressouviennent,\n                 Toutes les nuits elles reviennent\n                 Causer tout bas des temps passés.\n                                                       AUG. JENART.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "                                   —    120 —\n\n\n\n\n    CORRESPONDANCE D'AFRIQUE\n              Sous ce titre, paraîtront prochainement, les lettres choisies de feu\n               le lieutenant Warlomont, avec une préface de M. Max Wal­\n               ler. Nous en prenons quelques bonnes feuilles :\n\n                                                  Lukungu, 1er octobre 1887.\n\n\n   Enfin, nous voilà installés presque confortablement. J'ai une petite\nchambre où j'ai pu déballer mon fourniment, un grand lit en bois, enve­\nloppé de la traditionnelle moustiquaire; bientôt, j'aurai un matelas de\nfeuilles de palmier, une commode, s'il vous plaît, un lavabo et deux tables.\nJe mange bien, tout en ne méprisant pas le Café Riche. Notre jardin nous\nfournit presque tous les légumes d'Europe : des choux verts et rouges, des\nradis, carottes, navets, betteraves, salades, endives; c'est inappréciable, car\navec les chèvres et les poules étiques qui font la base de nos repas, il nous\nfaut faire des prodiges d'imagination pour varier les menus : nous atten­\ndons, en ce moment, avec impatience nos provisions de vivres trimestrielles\npour nous régaler de jambon, de fromage et de confiture. Tout cela vous\nmontre que vous pouvez être rassurés sur le sort du « triste exilé sur la\nterre étrangère ».\n   Je suis rentré, il y a trois jours, d'une petite expédition distrayante : deux\nchefs du district se battaient, depuis quelques jours, et il s'agissait d'aller\nleur faire un peu de morale. P.... a été envoyé avec une dizaine de Zou­\nlous; j'ai rassemblé les chefs, — il s'agissait d'un vol d'ivoire, — fait resti­\ntuer les objets et payer une mince amende; c'est d'une simplicité primitive.\n   Allé récemment en excursion en pirogue sur la Lukunga, qui coule au\npied de la station ; c'est bien la plus ravissante petite rivière qu'on puisse\nrêver; les arbres des rives se rejoignent en tonnelle au dessus de vous et,\npartout, c'est une débauche de luxuriante végétation ; l'eau étant assez peu\nabondante plusieurs fois nos hommes devaient y descendre pour porter\nnotre embarcation au dessus des petites cataractes inoffensives dont la\nrivière est criblée.\n   Le pays est rempli d'aminaux intéressants : outre les éléphants, les buf­\nfles et les antilopes, qui se tiennent soigneusement écartés de la station, il\ny a ici un tas de bestioles curieuses; à chaque instant, les indigènes nous\napportent des petits que nous essayons d'apprivoiser; nous avons, en ce\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                   —   121 —\n\n\n moment, un chacal, un chat-civette (en Belgique et ailleurs, ce sont des\n chats... civets!), un chat sauvage, une autre petite bête du même genre,\nqui est méchante comme une teigne, et que nous ferons bien de lâcher\n aussitôt que les dents lui auront poussé; naturellement, nous possédons\n aussi un perroquet.\n    Outre que nous sommes assez occupés pour ne pas avoir le temps de nous\n ennuyer, nous voyons souvent du monde ici ; la semaine dernière, nous\n avons reçu la visite d'un certain M. B..., missionnaire anglais, qui compte\n aller au Soudan ; il y va, sans doute, faire ce que ses confrères font ici :\n nothing at all.\n    A ce propos, tout parti-pris de nationalité mis à part, tout le monde est\n d'accord pour trouver que les missionnaires catholiques travaillent beaucoup\n en Afrique; ils cultivent leurs terrains et font travailler les enfants à qui ils\n enseignent la langue française et différents métiers manuels. Les mission­\n naires anglais, au contraire, ne font absolument rien que chanter, prier,\nmanger et dormir, le tout à extinction ; ils n'ont, d'ailleurs, aucune\ninfluence.\n    J'ai vu, avant-hier, le pauvre de St..., qui est forcé de retourner en\n Europe après une terrible fièvre hématurique, compliquée d'une maladie\nde foie, qui a failli l'emporter; ce n'est plus qu'une ombre; avec lui partira,\nsans doute, le jeune Ronnberg. Le capitaine Thys vient de passer à\n Lukungu; il va à Léopoldville et, de là partira pour les Falls; il semble\n passer une inspection générale et s'est montré, du reste, pour tous, d'une\nextrême courtoisie.\n    Sont passés également par ici : le capitaine Bailey (pas celui qui fut le\nhéros de la joyeuse aventure que vous savez), et le lieutenant Deane, qui a\nassisté à la mort de notre pauvre Dubois. Ces messieurs viennent de notre\ncôté pour chasser le buffle (pour ses « beefsteaks », non, ses bufflesteaks!)\net l'éléphant (pour son ivoire) ; dur métier!\n    Un petit incident que j'ai oublié de vous conter. C'était à mon dernier\nvoyage. Un chef était venu se plaindre qu'un autre chef des environs lui\navait pris quatre hommes. L'origine de la querelle : une femme (parbleu!);\naprès avoir été achetée par le plaignant, la pauvre était morte au bout de\nquelques jours. Or, d'après les usages du pays, elle devait être remplacée\npar le vendeur ; l'acheteur avait même offert de se contenter d'un cochon !\nl'autre, non seulement a refusé de donner le cochon, mais poussa l'indéli­\ncatesse jusqu'à voler encore quatre hommes à son client !\n    J'ai envoyé un de nos Zoulous à ce négociant un peu étrange, pour le\nprier de venir me trouver. Au lieu d'obéir, il a amarré mon messager en lui\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "disant qu'il n'avait pas peur du blanc, et que, s'il venait, il lui couperait le\ncou ; simple fanfaronnade bien connue. Mon Zoulou parvint à s'échapper\n(comme le jeune enfant de la rue de Namur !) et revint au camp nous\nraconter l'affaire; aussitôt ses camarades prennent leurs fusils et me\ndéclarent qu'ils veulent partir tout de suite pour se venger (en leur bon droit,\nils ont confiance). J'ai dû « palabrer » avec eux et leur promettre que le\ncoupable serait puni, en leur faisant comprendre que le blanc ne se laisse­\nrait pas insulter impunément : pour plus de sûreté, je leur ai pris leurs\narmes et les ai mis dans ma tente. L'expédition n'a pas été nécessaire ; le\nvoleur a eu une peur bleue en apprenant notre arrivée et s'est absolument\naplati. .\n   Hier, journée à émotions : vers 3 heures de l'après-dîner, de Saint-Marcq\npasse près de ma chambre en criant : « Prends ton revolver, il y a une\nbande de Zanzibarites qui descend du Pool ; ils sont enragés et menacent\nBuxens (1) » ; je prends mon revolver et nous voilà partis tous deux à son\nsecours; à notre vue, toute la bande s'enfuit en poussant des cris, en\nagitant drapeaux, lances et couteaux ; nous leur crions de s'arrêter et de\nvenir à la station ; il faut à tout prix les empêcher de se répandre dans la\ncontrée avec leurs armes ; il paraît qu'ils ont quitté le Pool après avoir\nassassiné des femmes et pillé des villages, et comptent sans doute continuer\nleurs exploits jusqu'à Matadi : nous les poursuivons ; les plus peureux\njettent leurs lances et fuient dans les herbes, quelques-uns, huit ou dix,\nplus déterminés, nous attendent : je veux arracher à l'un d'eux sa lance\nqu'il brandit de façon inquiétante; il ne veut pas la lâcher malgré mon\nrevolver que je lui braque sur la figure; je ne tire pas encore, mais lui\nassène un coup de crosse sur la tête ; il finit par lâcher prise. Mais un\nautre s'avance vers moi et veut me frapper de son casse-tête ; je n'hésite\nplus et je tire ; il a le temps de se baisser, pousse un cri et s'enfuit.\n   Un seul Zanzibarite est resté ; comme il n'a pas pris part à la lutte, nous\nle laissons aller. Nous envoyons ensuite un homme de la station — un de\nleurs compatriotes — pour tâcher de les faire revenir, peine inutile; ils\nsont tous partis, mais heureusement sans armes.\n   L'homme sur lequel j'ai tiré a reçu, paraît-il, la balle près de l'épaule;\nj'aimerais fort qu'il n'en mourût pas, mais j'ai la conscience tranquille.\nMboté Kombo (bonjour, frère), mono tonda egge (je t'aime).\n                                                   CHARLES WARLOMONT.\n\n\n  (I) Buxens est un planteur qui est ici depuis quelques mois pour foire des plantations\nde riz et de café.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                123 —\n\n\n\n\nLe Parnasse de la Jeune Casserole\n                              (Suite).\n\n                            MAX DE BINCHE\n\n\n                        RÊVASSERIE\n\n   Allons-nous-en tous deux, ô mon gros chien vert, vers\n   Les prés inviolés, loin du monde pervers\n   Et lâche oit l'amour même est, trois fois hélas! une\n   Vilaine chose, orde, et combien inopportune\n   Et malpropre et fort peu recommandatie, ô crime\n   Atroce contre lequel vainement s'escrime\n\n   Mon vers sonore et plein, pareil au savoureux\n   Raisin de l'Hymette. Ah! viens, loin de ces lépreux\n   Climats, fuyons vers les pays où les systoles\n   Sont encore de mode, où vibrent les cytholes,\n\n   Sous les longs pleurs de la Lune; où sans peur des nielles\n   Malsaines, ni des loups, baisent d'or les agnelles,\n   Dont la maigre toison, sous le ciseau brutal\n   Doit tomber un beau jour. O l'Anankhe fatal !\n\n   Viens, vois, la nuit descend. O la douce sottise\n   D'aimer quand tout repose autour de soi, parmi\n   La blancheur des rideaux. Viens, la voix d'un ami\n   T'invite à contempler l'ombre du vert cytise,\n\n   S'étendant sur les eaux où plongent les glaïeuls\n   Et les convolvulus, et ces floraisons vaines\n   Que nous autres rimeurs nous appelons verveines,\n   Telles que les virent les yeux de nos aïeuls.'\n\n\n                           ALBERT MA FEMME\n\n\n                       A     LETOCHÈS\n\n   Quel autre à ce degré possède un pareil flair,\n   Un œil américain, perçant comme une vrille,\n   Sous l'habit du marquis devinant     Mascarille,\n   Déchiffrant les rébus plus vite que l'éclair ?\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                       —    124 —\n\nSur bien des fronts pourtant n'est pas écrit en clair\nCe que pense vraiment plus d'un dont le nom brille :\nToujours tu le trouvas sans l'aide de la grille\nEt sans même un instant de chercher avoir l'air.\n\nSi je ne te savais nullement noctambule,\nVraiment je te croirais quelque peu somnambule,\nMoi qui suis le plus chaud de tes admirateurs ;\n\nCar, ma foi, je ne fais plus que de ripopées\nQuand je sens dans ma chair, ainsi que des épées,\nS'enfoncer froidement tes yeux   inquisiteurs.\n\n\n                  ALMA-MATER-STABAT-L1NK\n\n\n              VÉGÉTATIONS DU COCCYX\n\n\n        Les chiens jaunes de mes péchés\n        Au milieu des ombres mentales,\n        Avec leurs flammes    végétales\n        Ont l'air de très sérieux michés.\n\n        Les chats de mes mélancolies\n        Qui me font penser à Bouffé,\n        Je les vois dans l'auto-da-fé\n        Songer aux douleurs abolies.\n\n        Mes désirs malades de faim\n        Ouverts au seuil des nuits sans trèves\n        Sont en train d'étancher mes rêves\n        Que seuls la lune éclaire enfin.\n\n        Les serpents violets des rêves,\n        La lune verte de serpents,\n        Les écrous à plus de six pans\n        Comme les vénéneuses grives ;\n\n        Les palmes lentes des désirs,\n        La verge de ma lassitude\n        Qui féconde ma solitude,\n        Et les nénufars des plaisirs;\n\n       Tous ces élans plus lents encore\n       Et ces désirs que je voulais\n       Sont des pauvres dans un palais\n       Et des cierges las dans l'aurore !\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                         — 125 —\n\n\n                   FERNAND   C'EST-PAS-VRAIN\n\n\n\n\n                LES JAMAIS LAS DAIMER\n\nElle et lui s'en allaient, recherchant les c o i n s noirs,\nDans le jardin baigné de lune et de silence.\nSur son bras s'appuyant, pleine de nonchalance,\nElle avait dans les yeux la langueur des beaux soirs.\n\n\nDans la grotte en rocaille ils restèrent  longtemps.\nCes deux éphèbes aux cœurs blancs comme les cierges:\nIls en sortirent purs, immaculés et vierges.\nAyant de Jésus-Christ discouru tout le temps.\n\n\nIl disait : C'est si doux, ô chère Beatrix!\nDe garder à jamais au plus profond de l'âme\nLe mépris du baiser et l'amour de la femme,\nEt de brûler d'un feu vif pour le crucifix.\n\n\nQue ton âme à jamais, recluse en tous ces lys,\nReste blanche malgré nos mâles mains tendues.\nTon linon est aux prix des choses défendues,\nEt le seul mot d'aimer dérangerait ses plis !\n\n\nTout au plus, quelquefois, des soupçons de parfums\nAvec les seuls échos d'une lointaine lyre,\nEt rien qui chante un peu les charmes du délire\nOu dont l'arôme fasse appel aux sens défunts:\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                    —    126   —\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                           I\n\n      Les Soirs, par Emile Verhaeren. — Bruxelles, Edmond Deman, éditeur.\n\n\n               Née dans les tourments de René et dans l'amertume des Mémoires\n                d'Outre-Tombe, la littérature française du XIXe siècle n'est\n                qu'un hymne terrible à la Douleur. Et sur son déclin, ce siècle\n                de progrès à vapeur et de civilisation électrique, que des pro­\nsateurs naïfs ont salué naguère comme l'aurore d'un nouvel âge d'or,\ndéchaîne le finale encore assombri, toujours plus orageux et plus lugubre,\nde la tragique symphonie. Après René, — les Confessions d'un Enfant\ndu siècle, Rolla, les Poèmes barbares, les Fleurs du mal et tant d'autres\nlivres merveilleux où les premiers d'entre les poètes ont magnifié les\nconceptions du plus navrant pessimisme. Depuis quinze ans même, il\nsemble que l'affreuse tristesse redouble. Chaque jour présente aux lecteurs,\ncomme autant d'éponges trempées dans le fiel et l'absinthe, de nouveaux\nouvrages d'une acreté plus intense. Et cette étrange maladie des âmes con­\ntemporaines, cette noire hypocondrie littéraire n'est pas un phénomène\ninconscient que chacun, public et auteurs, s'efforcera de guérir dès qu'il\nen connaîtra le diagnostic ; c'est, tout au contraire, un mal étudié avec\ngoût, avec passion, avec une frénésie sans cesse grandissante qui, par\nréaction, accroît sans cesse le mal lui-même. Nous nous excitons, nous\n nous reprochons de « croupir dans la raison natale ». Nous aimons notre\n spleen et nous nous en grisons comme d'une liqueur divine ; liqueur perfide\nqui à chaque ivresse nous empoisonne davantage. Jusqu'où'? Si le courage\n de mourir n'était pas mort, c'est par centaines que l'on compterait aujour­\n d'hui les Werther de la décadence latine. Mais le suicide exige encore quel­\n que énergie, et l'intoxication a rongé la volonté jusqu'en ses racines.\n    On peut préjuger qu'un tel état d'âme est intimement lié à un analogue\n état de santé corporelle. Dans son très remarquable A Rebours, M. Huys-\n mans a suivi le développement parallèle de la maladie dans la Pensée et\n dans les organes de son personnage. C'est un thème voisin de celui-là que\n M Emile Verhaeren développe dans ses SOIRS, non plus en critique, mais\n en poète.\n     La première pièce intitulée les Malades, indique le sujet fondamental\n du livre ; c'est une sorte de préface générale aux Soirs et aux deux volumes\n  annoncés : les Débâcles et les Flambeaux noirs, qui formeront la deuxième\n  et la troisième partie de cet ouvrage.\n\n                Blafards et seuls, ils sont, les sceptiques   malades,\n                Hostiles de leurs maux.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "  Leur maladie les isole; séparés de la vie banale des bien portants, ils la\njugent, la jaugent, la déclarent vaine, mauvaise, stupide et se prennent à la\nha'ir. Ils la connaissent bien, d'ailleurs :\n\n                Ils ont mâché la vie et ses jours identiques.\n\n  Et dans leurs souffrances actuelles, elle leur paraît plus bête et plus\nhideuse. Tout ne leur a-t-il pas craqué entre les doigts? Ont-ils jamais pu\ntoucher les chatoyants mirages de leurs rêves d'anlan, dont le souvenir\naujourd'hui aigrit leur mal?\n\n                Sèches, toutes les fleurs des loins et des nagueres :\n                Les enfances, les jeunesses et leur douceur;\n                Et les touchers joyeux de ces mains éphémères\n                Et de ces regards clairs sur les roses du cœur !\n\n                Vides, les îles d'or, là-bas, par l'or des brumes,\n                Oit les rêves assis sous leur manteau vermeil\n                Avec de longs doigts d'or effeuillaient aux écumes\n                Les ors silencieux qui pleuvaieut du soleil !\n\n   Tout est vain, douloureux et fatal. Seule, une consolation reste à ceux\ndont la souffrance n'a point anéanti le ressort personnel; c'est de se forger\nune illusion suprême, c'est de tromper la fatalité, et puisqu'il faut souffrir.\nirrémissiblement, c'est de se prouver cette maîtrise de soi par le seul acte\nqui soit possible, c'est de dompter la douleur subie par une douleur plus\nforte, mais voulue celle-là! Ah! la volonté est misérablement bornée et\nn'agit guère que sur le moi! Ah! la volonté est misérablement malfaisante\net ne produit que le mal ! Eh bien, qu'importe! qu'elle Me Torture! puis­\nque tel est le seul règne qui reste à l'homme, ce roi-fantoche du monde, qui\nne gouverne son corps et son âme que pour leur nuire !\n\n                Souffrir éperdûment, mais par sa volonté !\n\n    Triste vœu qui se répercute de vers en vers tout le long de ce livre de\n tristesse !\n    Mais les Soirs ne décrivent que le premier stade de la maladie. Elle\n est sourde, presque latente encore; à peine çà et là, comme dans la Fleur\nfatale, fait-elle une brusque explosion. C'est dans LES DÉBACLES qu'elle\n se déchaînera ; puis les FLAMBEAUX NOIRS éclaireront de leurs lueurs sab­\n batiques les rêves effroyables de la folie; étoiles monstrueuses, ils luiront\n sur la haute mer des démences et des crimes. Ici, les malades marchent\n encore, d'un pied meurtri, sur la terre des vivants. Ce que leurs yeux fixent,\n ce sont les villes et les paysages où se meuvent leurs ex-frères, les hommes\n sains de chair et d'âme: mais de quel regard trouble et fiévreux! Au ciel,\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                 — 128 —\n\nles nuages sont « jetés ainsi que des grabats ». Les chaumières aux seuils\nvermoulus « poussent des cris souffrants comme des voix humaines ». Les\nsoirs sont « crucifiés sur l'horizon ». « Les très souffreteuses bicoques »\nfixent « avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques - Le vieux mou­\nlin qui tourne et las, qui tourne et meurt ». Les vitres des façades « versent\nleur blessure qui saigne ». Une ville s'évoque, énorme, grande comme un\nempire, gluante et vomissant un fleuve boueux, couleur de fiel, qui ballotte\ndes cadavres de marins ; ville des malades et des spléenétiques : « O mon\nâme du soir, ce Londres du soir qui traîne en toi ! »\n   Cependant, au cœur de cette douleur, pointent des désirs mystiques.\n Des prières sont balbutiées. S'il existait un Dieu! Si mes souffrances\n n'étaient qu'une volonté divine! Si l'on pouvait fléchir le céleste bourreau\n qui me martyrise ! — Allons donc ! Loin d'ici cette faiblesse sentimentale !\n Encore une fois, sachons nous torturer nous-mêmes plus âprement !\n\n               Je mords en moi mon propre cœur et je l'outrage\n               Et ricane, s'il tord son martyre vers Dieu.\n\n    C'est que dans les malades des Soirs toute énergie n'est pas morte\nencore. Si d'involontaires élans les portent vers la Religion des douleurs\nrésignées et des souffrances subies — « vers ces cultes d'hystérie et de\nflamme » — leur force persistante et leur fièvre tumultueuse veulent davan­\ntage. N'oublions point que ces haineux malades « discutent combien la\ncruauté rapproche plus que l'amour ». Leur mysticisme se pimente de\nférocité. Ce n'est plus le dieu souffrant qui surgit dans leurs visions, ce sont\nles dieux monstrueux qui font souffrir. Ils ont tant souffert eux-mêmes,\nces cruels malades, que pour soulager leurs maux, ils martyriseront les\nautres. Car ils ne conçoivent plus que la douleur; elle remplit tout le\nchamp de leur vue ; c'est en elle seule qu'ils mettent désormais leurs rêves\net leurs désirs ; et pour réaliser les supplices où ils aspirent sans en être\neux-mêmes les victimes, que faut-il faire? Supplicier, ou, tout au moins,\nvoir supplicier les autres hommes. C'est ainsi que dans l'épaisse fumée des\nencens maudits se dressent, au fond de leurs cerveaux, des figures de divi­\n nités cruelles, mystérieuses, pareilles à ces effrayantes idoles souterraines\n qui dévoraient et engloutissaient dans leur ventre d'airain, au milieu des\n flammes rouges, les enfants voués au divin Destructeur. Alors tu apparais\n sur l'autel ensanglanté, dans la grotte nocturne,\n\n                               Madone énorme et noire,\n              Dont les cheveux noués en vipères s'en vont\n              Mordre les seins, madone énorme et noire, et dont\n              Les mains tiennent le houx et la rose de gloire,\n              — Madone énorme et noire, — et le crapaud de bronze.\n\n    Nous la retrouverons, la ténébreuse et sanglante idole, dans les villes\n d'un Hindoustan de rêve : elle sera alors la bête féroce, emprisonnée en sa\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                     —   129 —\n\n\nforme de marbre, sous les colonnades des temples, et ravagée du désir fou\nde fondre comme une tempête de mâchoires dans la longue et paisible pro­\ncession des pèlerins.\n  Au centre de ces visions désordonnées :\n\n             L'absurdité grandit comme une fleur fatale.\n\n\n   La folie monte. « Je veux marcher vers la folie et ses soleils! » s'écrie le\nmalade. Et ses yeux s'emplissent d'apparitions magnifiquement incohé­\nrentes, ciels splendides, lacs de fleurs, oiseaux fantasques aux grands gestes\ninutiles, essaims bariolés d'insectes inexplicables, et soudain ce cri déses­\n péré :\n             L'inconscience gaie et le tic-tac débile\n             De la tranquille mort des fous, je l'entends bien !\n\n\n   Jusqu'ici nous n'avons, dans cette trop brève étude, parlé que de la psy­\nchologie de M. Verhaeren. C'est qu'après les préliminaires et indispensables\nsacrifices à la forme et à ses succulences, il s'est élevé au degré supérieur\ndu magistère poétique; après avoir étudié les arcanes de la forme artis­\ntique, sans laquelle il n'y a point d'art, il a entendu, comme l'initié\nd'Eleusis, une voix mystérieuse chuchoter à son oreille : « Osiris est un\ndieu noir ». Peut-être, à notre gré, la versification de M. Verhaeren est-\nelle d'une esthétique un peu lâchée. Nous aimons de trouver dans les vers la\nsévérité classique des Baudelaire et des Leconte de Lisle. Mais il se peut\nque nous soyons parnassien à l'excès. Aussi nous hâtons-nous de recon­\nnaître à chacun le droit de bousculer un peu le rythme qui nous est cher.\n   Quant aux images de M. Verhaeren, elles sont énergiques jusqu'à la\nviolence, parfois jusqu'au sublime. Ainsi un groupe de rochers tordus lui\nsuggère ce vers : « Vieux tonnerres figés des époques occultes ». Il marque\nses malades de cette description féroce : « leurs corps, cages d'os pour les\nfièvres ». D'autres fois, quelques locutions familières s'appliquent avec une\nprécision charmante, quand il célèbre les complaintes : « Avec leurs mots\nen panne et leur rythme en déroute ». Puis ce sont, à mainte reprise,\ndes sonorités imitatives, tels ces mirages « qui vont flottant au flot le flot,\nflottants et vains ». Mainte fois aussi l'effet est raté; car M. Verhaeren est\nun poète inégal, et lorsque son vers est mauvais, il l'est terriblement. Ainsi\nà nos yeux épris des strictes règles rien ne peut excuser cet enjambement\nsans but :\n\n             Une immobile nuit lame les peupliers\n             Autour\n\n\n  Mais à quoi bon poursuivre ces critiques que tout versificateur saura à\nsuffisance se formuler au fur à mesure de sa lecture? Terminons cette page\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                    —   130   —\n\n\nen félicitant M. Verhaeren de qui nous attendons avec une impatiente\ncuriosité les prochains vers. N'oublions pas, dans nos congratulations, le\nmaître artiste M. Odilon Redon qui a magnifié lès Soirs d'une superbe tête\nde sphynge symbolique (ne serait-ce pas plutôt un étrange Memnon de\npierre murmurant de troublantes psalmodies à l'heure des crépuscules?) ;\nni notre ami l'éditeur M. Edmond Deman et nos excellents imprimeurs\nMme Monnom et M. De Winter, qui ont fait des Soirs l'un des plus beaux\nvolumes typographies en Belgique.\n                                                            IWAN    GILKIN.\n\n\n                                         II\n\n   Sons l'œil des Barbares,   par M. MAURICK BARRKS. — Paris, Lemerre, éditeur.\n\n\n    Tel, le titre clair et suggestif que profère un volume de M. Maurice\nBarrès, paru ce mois chez l'éditeur Lemerre.\n    Titre qui précise avec netteté l'intellectualité spéciale du livre, titre pour\nles affinés et les curieux de Penser, plein de promesses. Les promesses sont\ntenues, disons-le de suite, en cette œuvre de début, paraît-il, très parfaite\ndéjà et qui s'impose à l'attention.\n    Rappel, tout d'abord, du merveilleux sonnet de Paul Verlaine : — Je\nsuis l'Empire à la fin de la décadence — qui regarde passer les grands Bar­\nbares blancs — en composant des acrostiches indolents, etc. Lassitude, las­\nsitude extrême de civilisations épuisées, trop délicates pour la vie; ce que\nsynthétiquement, en ces vers décisifs et d'un désespoir dolent et fin, le poète\navait dit, M. Barrès, pour une analogue impression, le développe en deux\ncents pages par la minutieuse analyse d'un esprit.\n    Rappel, aussi, de certaines pages étonnantes du nihiliste Herzen, où se\n démontre, avec une ampleur redoutable, comment notre monde exténué\n répète les phénomènes d'agonie de la Rome ancienne, et combien sont\n menaçants les Barbares! Même situation, aux deux époques, pour ceux qui\n pensent, ceux que de longues méditations ont doués de clairvoyance et\n d'amertume, étrangers à leur temps, douloureusement, attachés au présent\n qui pourrit et détesté, et n'ayant pas l'énergie et la foi primitive de ceux de\n l'avenir. Vision de réformateur, de prophétique annonciateur des catas­\n trophes sociales, que M. Barrès reprend, spécialise en une forme artiste.\n     On peut comprendre déjà le particulier état d'esprit d'où est issu ce livre,\n roman si l'on veut, mais bien plutôt dissertation philosophique : sur ces\n thèmes : — la haine du présent nauséeux, le froissement et la rancœur des\n nécessaires coudoiements d'une foule imbécile et, pour qui est « autre »,\n hostile, — la concentration en soi-même, le refuge aigri dans une tour d'ivoire\n où la contemplation a des autels, cette contemplation dirigée d'abord vers\n les livres, aboutissant, par une érudition formidable et un éclectisme fatal,\n à l'abolition de toute croyance : les pensées et les beautés également légiti­\n mées et contradictoires, partout la recherche et la négation de l'absolu, et,\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                   — 131 —\n\naprès cette lamentable banqueroute de tous les espoirs, cette réflexion\ntournée vers le seul « moi », en des rêves uniques réalités. La folie, alors,\nn'est pas loin. Le génie, non plus, parfois.\n    Cette monographie d'une âme, M. Barrès l'a faite avec une subtilité rare.\nContournements précieux et imprévus comme les lignes de frêles orchidées,\nprocession changeante de pensées avec leurs hésitations, leur vague, leurs\nnuances, leurs arrêts, leurs bifurcations, très bizarres bavardages indolents\nsur des choses graves, réflexions profondes énoncées avec futilité, une amer­\ntume un peu coquette, des préoccupations microscopiques d'un enfant qui\nserait très vieux, des cancans de Byzance. Pas de force, oh ! non ! mais des\ngestes élégants, lassés, d'une distinction soucieuse. Des psychologies ténues,\nnon pas nerveusement démontrées comme chez Poë ou Dostoïevsky, mais\ntrès indécises, flottantes, pareilles à des musiques.\n     Suivons un peu, malgré la grossièreté d'un résumé et de lignes abrégeantes,\n cette étude :\n     Les idées de « morale » sont réduites à peu près à zéro : « Vos maîtres,\n leurs livres et leurs pensées vous firent une excellente vision, un monde\n d'où est absente l'idée du devoir (l'effort, le dévouement), sinon comme\n volupté raffinée ». Un certain souci de la tenue, de la dignité vis-à-vis de\n soi-même, subsiste seul et conduit au dandysme : « L'imperfection des\n plus distingués, la niaiserie de quelques notoires, le tapage d'un grand\n nombre lui donnaient l'horreur de tous les spécialistes et la conviction que,\n s'il faut parfois se résigner à paraître fonctionnaire, commerçant, soldat,\n artiste ou savant, il convient de n'oublier jamais que ce sont là de tristes\n infirmités et que seules deux choses importent : i° se développer soi-même\n pour soi-même; 20 être bien élevé. Principes auxquels il prêtait une exces­\n sive importance ».\n     Le côté passionnel s'atténue aussi considérablement. Le courage, l'élan,\n les impulsions primesautières, dès le premier chapitre, sont fauchées :\n « c'était une belle attitude, dans le couchant du premier jour de cet adoles­\n cent, qu'un homme chauve et très renseigné, d'une voix grandie, lui attestant\n par la poussière des traditions la détresse d'être, et reniant le passé et l'avenir\n et la Chimère elle-même, à cause de ses ailes décevantes. Le jeune homme\n entrevit les luttes, les hauts et les bas qui vacillent, le troupeau des incon­\n séquences ; une grande fatigue l'affaissait, au départ, devant la prairie des\n  foules. Et son âme demeura, parmi tant de débris, solitaire au fossé de son\n  premier chemin ».\n     — L'amour? la femme? entre plusieurs nuances, celle-ci fondamentale.\n  « Elle se laissa glisser sur la grève et, cachant contre lui son visage, elle\n  gémissait. Ah ! tu savais trop de choses avant les initiations. Je pense que\n  tu écoutas ce qui monte du passé et que les morts t'auront mangé le\n  cœur. » — L'orgueil même, seul sentiment demeuré, évite les manifes­\n  tations : « Dédaignons-les, dit Lucien devant les Barbares, un léger dédain\n  est encore un plaisir. Mais gardons-nous de les mépriser ; le mépris veut\n  un effort et nous rapprocherait de ces curieux fanatiques ».\n      Dernier tressaillement de l'individu avant le renoncement suprême : l'art,\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                  —   l32 —\n\n\nla gloire. Mais quand on voit comment la notoriété s'obtient, ceux à qui\nelle va, bientôt le dégoût. Puis, au reste, à quoi bon? Pourquoi confier ses\nsouffrances, ses mélancolies, par des mots « dont la précision grossière\nmaltraite nos complications », à la foule qui ne peut comprendre, aux\n Barbares. Car la notion du Barbare s'est agrandie : « C'est trop peu de\n borner son orgueil à l'approbation d'une plèbe. Qu'on le classe vulgaire ou\nd'élite, chacun hors moi n'est que Barbare. A vouloir me comprendre, les\n plus subtils et bienveillants ne peuvent que tâtonner, dénaturer, ricaner,\n s'attrister, me déformer enfin comme de grossiers dévastateurs, auprès de la\n tendresse, des restrictions de la souplesse que je prodigue à cultiver les\n nuances de mon moi. Et c'est à ces Barbares que je céderais le soin de me\n créer chaque matin, puisque je dépendrais de leur opinion quotidienne!\n Petit philosophe, s'il imagine que cette lisible vie m'allait séduire ! » —\n D'ailleurs, que dire'? « Tout est dit, redit, aucune idée qu'il ne soit honteux\n d'exprimer. En sorte que cette constatation même n'est qu'un lieu commun\n et que rien ne vaut que par la forme du dire. Et cette forme, si belle que les\n  plus parfaits des véritables dandys ont frissonné, jusqu'à la névrosthénie,\n de l'amour des phrases, cette forme qui consolerait de vivre, qui sait des\n alanguissements comme des caresses pour les douleurs, des chuchotements\n  et des nostalgies pour les tendresses et des sursauts d'hosannah pour nos\n  triomphes rares, cette beauté du verbe, plastique et idéale et dont il est\n  délicieux de se tourmenter, on l'explique, on la démontre, elle se fait d'épi­\n  thètes, de cadences que les sots apprennent presque, dont ils jonglent et\n  qu'ils avilissent, et cela écœure, à la longue, comme une liqueur trop\n  douce... »\n      La logique, la sincère conclusion de ces dispositions d'esprit serait donc\n  le silence. Le livre de M. Barrès, au contraire, finit par une oraison, une\n  prière au dieu inconnu — axiome, religion au prince des hommes — qui\n  lui donnera de l'énergie en lui montrant un but. Tout espoir n'est donc pas\n  mort en cette âme lasse et découragée.\n      Au fond, M. Barrès est un mystique qui n'a pas trouvé sa foi. Et je\n   m'étonne que l'ombre grandiose de Notre-Dame l'ait si peu retenu. A ce\n   degré de détachement des choses humaines, je ne vois guère, — et même si\n   l'on ne croit pas ! — qu'une religion quelconque qui puisse donner aux\n   froissés de la vie sociale les consolations qu'ils implorent. Les fous de\n   Bicêtre, si paisibles idéalistes, ont fait envie à M. Barrès pour le dédain de\n   tout ce qui n'est pas leur chimère, leurs éperdus vagabondages dans les\n   rêves, la sécurité de leur vie matérielle. Mais fallait-il aller chercher ces\n   lénifiants attraits chez les insensés, et M. Barrès ne les eût-il pas trouvés\n   dans les monastères, par exemple? Il est singulier que ce refuge ne l'ait\n   pas tenté.\n      L'état d'âme, dont il s'est fait l'historien, est à peine concevable, je le\n   sais, pour l'immense majorité de nos contemporains ; il est fréquent déjà\n   pourtant dans les centres d'activité intellectuelle surchauffée, d'autant plus\n   que sa conclusion normale est le silence et qu'il ne se révèle point partout\n    où il est. Et c'est là, je pense, le plus certain, le plus décisif symptôme de\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                     — 133 —\n\nnotre décadence irrémissible, une société constituée de tels organismes\ndevant nécessairement périr. Plus que des commotions sociales, des livres\ncomme celui de M. Barrès annoncent d'imminents cataclysmes, un boule­\nversement terrible qui renouvellera la vie, Ignis !\n  Je voudrais m'arrêter plus longtemps : ce volume est curieux et de valeur,\nmais ces notes suffiront à ceux qui pourront goûter quelque plaisir à sa\nlecture, et, quant aux autres, plusieurs livraisons de la Jeune Belgique ne\nparviendraient pas à le leur faire comprendre. Les citations faites, prises\nau milieu d'un grand nombre de charmants et aigus traits d'analyse, auront\nprouvé que la forme n'est point banale.\n                                                            JULES DESTRÉE.\n\n                                          III\n\n    A cœur perdu, par Joséphin Péladan, 1 vol. Paris, Edinger. Prix : 2 francs (1).\n\n   « Trêve de verbiages, — dit la princesse, — vous m'intéressez trop ou\nvous ne m'intéressez plus assez pour que je vous écoute disserter            ;\ndétourner les êtres de leur destination, c'est impie et c'est absurde... je me\nfigure mal des immortels dissertant, je les vois se baisant. Les idées doivent\nêtre écrites ; les sentiments, il faut les vivre au lieu de les parler ».\n   Joséphin Péladan n'a, dans toute son œuvre où mainte belle page le\nclasse définitivement parmi les premiers des jeunes écrivains de France,\nJoséphin Péladan n'a pas cessé de faire se baiser à corps et à cœur perdu...\net retrouvé, ses êtres, ses immortels, ses idées et ses sentiments. Les lignes\nque nous citons ci-dessus et qu'il met aux lèvres de l'Initiée, Paule de\nRiazan, sont de lui plus que de son personnage, et l'on ne s'élève pas du\ntout en ce livre aux sérénités du platonisme, on descend, ce qui ne manque\npas d'agrément — aux réalités plus tangibles d'une passionnalité fort\n naturelle.\n    En dehors des petites manies faciles qui font appeler par M. Péladan\n Putiphar : Put Phare, Salomon : Schlomo et la Reine de Saba : Reine de\nScheba, qui lui font dire daïmon pour démon, exoticismes antiques à la\nportée de tous ; abstraction faite des vocables bizarres qu'il a trouvés dans\nle livre, non magique mais de magie, d'Eliphas Lévy, il faut reconnaître\nchez le bouillant méridional qui est en lui et dont le platonisme semblera\n douteux à tous, une extraordinaire puissance de style et une enlevante\n élévation d'idées. Assurément, son érudition s'américanise; sans doute, il a\n\n\n  (1) L'ouvrage est orné d'un frontispice (vernis mou) de Félicien Rops, dont le tirage\nnous paraît assez mal venu La griffe du maître est toujours là cependant.\n  A cœur perdu a été tiré dans le format in-8° : à 5 exemplaires sur Japon (25 francs ;\n5 sur Chine (20 francs); 10 sur Whatman (15 francs); 100 sur Hollande (fr. 7-50). —\nDans le format in-16 : à 5 exemplaires sur Japon (15 francs); 5 sur Chine (10 francs);\n10 sur Whatman (fr. 7-50); 150 sur Hollande (5 francs).                              :\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                                  -   134   -\n\n\nle don de l'épate, mais il a aussi — heureusement — une force de. psycho­\nlogie en chambre et d'observation de cabinet qui étonnent. Les héros sont\nchimériques sauf un qui est tous : Joséphin Péladan. C'est lui le mage et\nla « magesse » qui certes, hors de ses livres, ne croit ni : Anteros-Roi, ni\nNoli me tangere, et laisse tout, sauf son manteau, ès-mains de la Put-Pharé\nde ses rêves.\n    Il serait piquant de démontrer que les livres où M. Péladan semble\n faire l'apologie de la chasteté suprême, de la victoire de l'esprit sur la\n matière, s'élever aux sérénités virginales, sont tous, depuis le Vice suprême\n jusques A cœur perdit, remplis d'une troublante et capiteuse sensualité, des\n livres que les petits jeunes gens liront d'une main et qui sont à coup sûr\n plus ravageurs à ce point de vue que les grosses brutalités de la Terre ou\n même les faits-divers érotiques de M. Mendès.\n     Ce point de vue nous préoccuperait d'ailleurs fort peu, — nous n'admet­\n tons pas la charge d'âmes en Art, — si M. Péladan n'affirmait à toute heure\nqu'il est plus catholique que Torquemada, et plus pur que les saintes. En\n réalité il a écrit un bel hymne à la chair, en quatre chants : I. Le Vice\n suprême; II. Curieuse; III. L'Initiation sentimentale; IV. A cœur perdu.\n  Jusqu'où ira son erotomanie dans V. Istar, qui est sous presse?\n     A cœur perdu est donc, et bien ouvertement, un livre de variations sur le\n  VIe commandement, un manuel de passion physique simplement mieux\n  écrit que celui des confesseurs, où malheureusement le poète n'a pas tou­\n  jours gardé la mesure dans ses révélations et dans lequel de rares lignes\n  diminuent fort ses héros. Il avait, avec beaucoup de vigueur, planté le\n  type de Paule de Riazan, la princesse de chair à laquelle l'initiation senti­\n  mentale ne suffit plus, qui est curieuse à voir autre chose que les mystères,\n  de Paris et n'a pas honte d'aimer le vice suprême qui n'est, en somme, que la\n  nature exaspérée normalement. Il l'a gâtée en mettant à ses lèvres des mots\n  de fille pâmée à autant le spasme : « Tu me fais mourir — fais-moi mourir!\n  — Oui, tue-moi, tu m'as tuée » (p. 326). Ou encore : « Oh! qu'est-ce que\n  tu me fais? qu'est-ce que tu me fais donc? » (p. 207). La princesse, en\n  ceci, n'est plus celle de l'hôtel Vologda, mais de l'hôtel garni, et ce nous la\n  gâte.\n     M. Péladan n'a, certes, pas songé à mettre en scène des héros vraisem­\n  blables. Avec ses conceptions « kabbalistiques » (oh!) il a trouvé un filon\n  inexploré presque, dont il épuise lentement les veines un peu bouffonnes ;\n  mais c'est une joie cependant de s'élever avec lui, lorsqu'il prend le ton\n  d'inspiration lyrique dont il possède vraiment l'éloquence sacrée. Lisez\n  cette belle prière : « Avant de condamner ta faible créature, condamne\n   donc tes œuvres, Créateur! Dis à tes nuits d'été d'éteindre leurs étoiles,\n   aux parfums de se taire, aux brises de cesser. Défends au peuplier de\n   chanter sa complainte, au bois de fasciner par des prestiges d'ombre, au\n   ruisseau d'alanguir avec son gazouillis ; qu'une immobilité de mort s'épande\n   de sons les cieux froidis, ma voix découragée se taira.\n      « Mais, tant que la nature, comme une immense lyre, ne fera résonner\n   que des accents d'amour, et que nos insomnies aux lendemains livides\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                    — 135 —\n\nseront moins amères que nos jours; tant que la poésie, céleste visionnaire,\nne nous montrera d'autres consolateurs que les songes fiévreux; tant que\nl'âme en délire verra un paradis où la dualité aboutit à l'Archange,\nl'amante devenant la sœur — je n'aurai pas la force, atrocement stérile, de\nme tuer le cœur. »\n    M. Péladan a dit quelque part : « Il n'y a pas d'amour, là où les chairs\nne s'électrisent pas. » Opinion de femme, assurément, parce que, dans les\nchoses de cet ordre, la femme, en amour comme au spectacle, aime les\ndénouements qui la rassurent, mais opinion d'homme aussi... a posteriori.\n    Si l'auteur du Vice suprême a, dans son livre, démontré, ou voulu\n démontrer quelque vérité — ce qui serait un tort, puisqu'un livre d'art ne\n doit démontrer autre chose que le talent de celui qui l'a écrit, il a établi\n ceci : Le platonisme est une invention des amoureux dont l'amour n'est\n pas ratifié, — le baiser, comme le décolletage, est le commencement de\nl'union sensuelle, — il n'y a pas d'amour sans os ni chair, et somme toute,\nl'homme est une bête qui s'accouple à une autre bête, avec cette diminu­\n tion qu'il sait pourquoi.\n                                                              MAX W A L L E R .\n\n                                         IV\n\n Histoires insolites du comte de Villiers de l'Isle-Adam. —Librairie moderne, Paris.\n\n   C'est là encore un de ces livres, sereins comme des tombeaux, qui nais­\nsent dans l'inespérance des fins de race. « Inespérance », car si l'auteur\nprévoit une ère nouvelle, il sait trop que les barbares seuls en profiteront,\neux jeunes et forts, et qu'il n'entrera pas dans cette de Khanaan. Et il\nchante, lui, la fleur de cette décadence, son ineffable chant du cygne.\n   Ce livre n'apporte, en général, rien que nous ne connaissions. C'est sur­\ntout ici le Villiers de Tribulat Bonhomet et de l'Eve future, irritant, amer,\nau style d'acier étrangement scientifique et artistique à la fois.\n   La ressemblance avec Poë s'accentue : Villiers de l'Isle-Adam fait aussi\ndes canards, d'érudites fumisteries, il a la même noire splendeur; mais\nceci est plus féroce. Il règne dans les Histoires insolites une glaçante ironie,\nun immobile rire de tête de mort, et la lecture en fait mal, vraiment. La\nnarration vous entraîne haletant, et, à tel mot souligné, le cœur vous bat\néperdument, et les moins nerveux subissent un irrésistible haut-le-corps.\nVoyez le Secret de la Belle Ardiane, l'Héroïsme du docteur Hulli­\n donhill, les Phantasmes de M. Redoux, ce Mahoin (un « caprice » de\n Goya!) les Amants de Tolède, l'Etna chez soi, etc.\n    Çà et là, comme dans cette admirable MAISON DU BONHEUR et dans\n la Légende moderne, réapparaît le Villiers des splendeurs. Ce dédaigneux\n a les profondes tendresses solitaires des forts; et il les dit aux élus en un\n style inoubliable, qui sonne dans les souvenirs ! et que j'appellerai la quin­\n tessence d'une admirable langue romantique.\n                                                                      S.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                  — 136 —\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n                                 JOCELYN\n\n\n               I1sétaient trois : M. Silvestre, M. Godard et M. Capoul.\n                M. Armand Silvestre, — ce Paul De Kock. du Parnasse —\n                qu'on rencontre partout où il y a une belle œuvre à souiller;\n                M. Benjamin Godard, un musicastre pédant et dénué de\nsouffle, et un ténor appelé à d'autres fonctions, un coiffeur né coiffé :\nM. Capoul.\n   Ils étaient trois. Lamartine était seul. Que vouliez-vous qu'il fît contre\ntrois? Qu'il mourût? Eh bien, il est mort.\n   Le Jocelyn éclaboussé par MM. Silvestre, Capoul et Godard n'est plus\nde Lamartine. Il est, tout au plus, de Lamartinette.\n   Ces trois anabaptistes du boulevard se sont donc assis en rond, certain\nsoir. Il faisait grand vent. M. Silvestre était heureux. Quand ils se sont\nrelevés, ils ont regardé sous eux : il y avait quelque chose. C'était le livret\net la partition de Jocelyn.\n   Ils ne s'étaient pas accroupis pour rien.\n   Mais laissons là ces mercanti de la plume et du théâtre, ces écrivains à\ntout faire, ces maquignons de tout poil et de tout plumage, qui, depuis\nlongtemps devraient être familiarisés avec les pommes cuites, s'il restait\ndans l'âme de notre public la moindre étincelle de vie et de respect pour les\ngrandes œuvres.\n   Occupons-nous de M. Benjamin Godard.\n   M. Godard est fameux par ses algarades avec des poètes célèbres. Il eut\nnaguère une affaire avec le Tasse. La rencontre, eut lieu sur le terrain de la\ncantate. Inutile d'ajouter que c'est le Tasse qui fut battu. Puis M. Godard\neut une rixe avec Calderon, un Espagnol redoutable. Ils se rencontrèrent à\nAnvers. Calderon fut translardé. Aujourd'hui, après avoir blessé — par\nderrière — Lamartine, M. Godard vient d'adresser un cartel à Victor\nHugo. M. Godard veut mettre en prose d'orchestre les vers castillans de\nRuy-Blas. M. Godard est en appétit.\n   La partition de Jocelyn est l'apothéose du déficit en matière musicale.\nDes flatteurs ont dit à M. Godard que son œuvre est d'une belle simplicité.\nAbélard aussi, à certain moment, fut d'une belle simplicité.\n   Il est impossible d'imaginer musique plus platement distinguée et plus\ningénieusement incolore. M. Godard est mauvais par quatre chemins. Qui\ndonc a dit de M. Godard qu'il écrit long tout ce qui devrait être court, et\ncourt tout ce qui devrait être long ?\n   Rien n'aboutit, rien ne « sort » dans cette partition désespérante, grise\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                  -   137   -\n\nsans avoir rien bu, et qui fait l'effet d'un Sahara de notes quelconques et\nindifférentes, sans une oasis pour les oreilles.\n    Des mélodies, coulées dans les vieux moules de M. Gounod, dolentes,\nlarmoyantes, insupportables. L'acte de la Révolution est d'une pauvreté,\nd'un dénuement qui crie vengeance        voyez l'horreur! — même à M. Mas­\nsenet. Pas l'ombre de symphonie. De petits chœurs alternés, comme chez\nles bergers de Virgile, pour figurer un des épisodes les plus tragiques de la\nTerreur ! Ce n'est pas de la musique, ça ! C'est une réclame adroite pour la\n Charlotte Corday de M. Peter Benoit.\n    Malgré sa nullité, — peut-être même à cause d'elle — Jocelyn est un\nsuccès de curiosité. L'interprétation est excellente. M. Engel a de l'autorité.\n Mme Caron est dramatique. M. Seguin est l'admirable artiste que l'on sait.\n Les rôles accessoires sont fort bien tenus. La mise en scène est superbe, et\n l'orchestre, sous la conduite de M. Joseph Dupont, a été d'une vaillance à\n toute épreuve.\n    Nous n'en regrettons pas moins que les directeurs du théâtre royal de la\n Monnaie accueillent ainsi — sans aucune raison — les épaves musicales\n françaises. Refuser un opéra de M. César Franck, — u n maître qui eut\n l'imprévoyance de naître à Liége — pour recevoir Jocelyn, c'est impardon­\n nable.\n    Pendant ce temps, Siegfried attend dans les coulisses; les Maîtres-\n  Chanteurs auront une reprise étranglée, à la fin de la saison ; et Mme Melba\n chante Lakmé en français de Melbourne, aux pâmoisons de prétendus\n amateurs incapables de distinguer un contre-mi d'un ut dièze, et qui se\n connaissent en musique comme les cachalots en timbres-poste.\n                                                                       A. G.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                        — 138 —\n\n\n\n\n                                   MEMENTO\n                                                  Notre ami Georges Eekhoud met en ce\n    Le lieutenant Charles Warlomont,            moment la dernière main à un drame tiré\nfrère de notre directeur Max Waller,            de son roman Kees Doorik.\nvient de mourir à Borna.\n   La Jeune Belgique s'associe respec­\ntueusement à la douleur de la famille\nWarlomont.\n   Charles Warlomont était notre ami,\nà tous. Il nous était cher par sa loyauté,        Une adaptation du Mâle sera, dit-on,\npar sa franchise un peu brusque, par            jouée, pendant la saison d'été, au théâtre\nson inépuisable bonté. Il nous souvient         du Parc.\nde l'avoir vu, à nos côtés, en des circon­\nstances difficiles, et il nous souvient\naussi que son dévouement à nous et aux\nnôtres ne se démentit jamais.                     Le poète d'Elaine, Eddy Levis, prépare\n    Nous croyons le revoir encore, avec         une œuvre de jeunesse, destinée au Théâtre\nsa bonne figure réjouie, que fleurissait        Libre.\nla belle humeur d'un sang riche et géné­          C'est une comeddy (1) en un acte, en\n reux, et l'éclair affectueux, derrière le\n                                                vers. Titre provisoire : Une Rupture.\n miroitement du binocle, de ses yeux\n joyeux et clairs.\n    Il avait pour son plus jeune frère —\n pour le frérot — l'affection bourrue des\n grands chiens doux de leur force. Nous           Nous recevons copie de la lettre suivante:\n nous rappellerons toujours l'entrée qu'il\n fit un soir, dans le cénacle, après un            « A Monsieur Maus, rédacteur de l'Art\n duel de Max Waller.                                 moderne,\n    Charles Warlomont avait cherché               « La direction rappelle aux lecteurs de\n son frère, partout, en vain, depuis des        « la Jeune Belgique qu'elle assume seule\n heures. Il le savait sain et sauf. Mais il     « la responsabilité des articles sans signa­\n lui tardait de l'embrasser. Il fit irruption      ture, etc. » — Il est donc tout à fait\n  comme une bombe, et ne regardant per­         incorrect de me prendre à partie à propos\n  sonne, serra le cadet sur sa poitrine, et     d'un article que vous saviez ne pas être de\n  entre deux gros baisers, lui dit de sa        moi. — Que vous manquiez de courtoisie,\n  voix rogue et bonne : « Tu t'es battu, et     cela me semble à nouveau démontré, par\n  moi pas encore, gamin 1 »                     vos excuses même.\n                     * \" ' \" * ■                   « J'approuve, d'ailleurs, l'entrefilet de\n   Notre ami Emile Verhaeren vient de           M. Waller. Le secrétaire des XX m'a refusé\n perdre son père, M. Gustave Verhaeren,         une entrée permanente, c'est avoué. Il pou­\n mort à Saint-Amand, le jeudi 8 mars.           vait avoir d'excellentes raisons — avait-il\n   Nous présentons à Emile Verhaeren,            déjà donné une entrée à la Jeune Belgique?\n au nom de la Jeune Belgique, nos plus           M. Waller le dira — mais j'étais dès lors\n sincères compliments de condoléance.\n                                                   (1) Pardon!\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                         — 139 —\n\ndispensé de faire la critique de ce Salon.        Nous ignorons si les XX ont, le moins du\nC'est ce que je répondis à M. Waller quand        monde l'envie de vendre ce qu'ils exposent,\nl'article promis me fut réclamé.                  mais, malgré M. Maus, nous avons le droit\n   « Cet incident, avec plusieurs autres,         de penser que les Vingtistes n'adoptent pas\nédifiera MM. les Vingtistes sur l'utilité d'un    le mot de l'affiche théâtrale : « Tout pour\n ecrétaire-dictateur qui, sortant de son          l'honneur ».\nsubalterne rôle de porte-plume, leur vou­\ndrait imposer — tant exposants que visi­\nteurs — les invités de son bon plaisir, et,\npour satisfaire de misérables rancunes per­\nsonnelles, cherche à leur aliéner les sym­          On nous communique la copie d'un télé­\npaties les plus anciennes.                        gramme envoyé à M. Edmond Picard, au\n   « Veuillez insérer ceci.                       nom d'un groupe d'esthètes bruxellois :\n                            « J. DESTRÉE.\n                                                              Amiral, sur vaisseau du désert,\n  « De Marcinelle, et non pas de Charle­                                       Maroc.\nroi. Je rectifie, car, bien que vous vous\nsoyez efforcé, jusqu'en un âge déjà mûr,            Tatave devenir insupportable. Gâtera\nd'apprendre la littérature en des salons          tout. Lui guimauve. Air taupe qui se prend\nchoisis ou des ateliers d'artistes, les préoc­    pour scorpion. Vous plus amusant. Reve­\ncupations géographiques me paraissent être        nez premier chameau. Vieux boy train de\nrestées les dominantes de l'auteur de Malte       réconcilier tout le monde.\nà Constantinople. »                                                            O. PIGNON.\n                                                    N. B. L'Amiral est revenu aussitôt.\n   La carte permanente de la Jeune Bel­\ngique a servi au directeur de la Revue pour\nchroniquer les XX au Soir. Nous avons\nprévenu M. Maus de cette mutation et lui\navons demandé une carte pour M. Destrée,             Pourquoi l'Art moderne, qui trouve que\nla nôtre étant « strictement personnelle » et     l'anonymat ajoute à la valeur de ses articles,\nayant payé sa redevance écrite. M. Destrée        laisse-t-il signer par M. Félix (felix!)\ndevait payer cette redevance à la Jeune Bel­      Fénéon, les canons artistiques (artistiques?)\ngique ; on n'a pas fait droit à notre             de cet apôtre bizarre?\ndemande ; c'est de la ladrerie ou de la\ndiscourtoisie.\n                                 M. W.\n                                                     En son article de l'Indépendance de la\n                                                  Mi-Carême, M. X. X. se montre d'une\n                                                  extraordinaire sévérité vis-à-vis de l'Essor.\n   A propos de la réponse de M. Destrée à         M. Fétis a carnavalisé sa douceur bien con­\nM. Old Boy, réponse que nous reprodui­            nue et fait trêve à sa mansuétude habi­\nsons ci-dessus, il n'est pas inutile de signa­    tuelle. Qu'il nous permette de lui donner\nler à MM. les artistes, peintres ou musi­         tort. Ses opinions sont assurément respec­\nciens, l'insigne maladresse dont leurs            tables esthétiquement, mais il y a un mot\nsecrétaires font preuve en restreignant le        d'Octave Feuillet qu'il nous pardonnera de\nmoins du monde les entrées de critique, cette     lui rappeler : « La bonté est le seul charme\ncritique fût-elle trimestrielle, annuelle ou      qui soit permis aux vieillards; c'est la\nmême lustrale. Une oeuvre d'art se vend           coquetterie des cheveux blancs ».\nfort fréquemment sur la foi d'un compte-\nrendu, et le dernier journal de district peut\nfournir, sans le vouloir, à un artiste, l'achat     Au reste, il faut que nous réagissions de\nd'un tableau ou l'acceptation d'un livret.        toutes les forces dont nous sommes maîtres,\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                                       — 140 —\n\ncontre le réenvahissement des cadavres qui       se rallient aux principes libéraux ; les\nrécalcitrent. Sans nommer personne pour          autres, dont la « Revue générale » est l'or­\nle moment, nous tenons à annoncer des            gane principal, défendent les intérêts catho­\nabatages prochains, à commencer par cer­         liques.... »\ntains vieux bonzes de la critique, dont la           A la tête de l'école libérale, ce bon La­\ndésinvolture sénile nous déplaît. Qui vivra      rousse découvre, parmi les poètes, Charles\nverra, Verra-Cruz !                              Potvin, et.... notre ami Georges Eekhoud.\n                                                     Après eux viennent « le chef bien connu\n                                                 du libéralisme belge, François Laurent »\n                                                 et un peu plus loin, « le littérateur Jean\n   Un npuveau cercle formé d'éléments            Stécher ».\ndivers vient de se fonder à Bruxelles, où            « Le littérateur Stécher », c'est plus que\ndéjà Ton a entendu parler de lui. C'est          royal, c'est impérial.\nl'Aréopage. En voici les membres d'hon­              Camille Lemonnier « a eu des succès\nneur : MM. Chr. Dansaert, J. Portaels,           dans la nouvelle, notamment avec La\nB. Lœwenstein, G. Lemaire, Armand Sil­            Tache noire ! »\nvestre, Dumon, J. Lebègue, G. Lorand,                Parmi les écrivains catholiques, Larousse\nVictor Hallaux P. de Haulleville, Paul           cite un M. Van Meddingen, aimé des fem­\nAlhaiza.                                         mes.\n   Cy les humbles membres effectifs :                Qui ça peut-il bien être ! Georges Roden­\nMM. Em. Dansaert, Théo Hannon, Luc               bach ? '\nMalper, F. Raguez, Joseph Van Mosse­                 Au nombre des meilleures publications\nvelde, V. Crabbe, Fr. Brouwet, Ch. Brou­         périodiques, Larousse cite le Journal des\nwez, Victor Reding, Ach. Cliainaye, Mau­         Beaux-Arts       et l'Athenœum belge, mortes\nrice Frison, J. Galesloot, De Nobele, Max        toutes les deux. Elles n'en sont évidem­\n Hallet, E. Royer, Ch Craninckx, Paul Ber­        ment que meilleures.\nlier, Albert de Fierlant, Jef Lambeaux,              La peinture est aussi bien partagée que\nEug. Broerman, Jean Gaspard, Eug. Ber­            la littérature. « Il n'existe pas en Belgique\ntrand, E. Huysmans, Jules Lagaë, Franz            de peinture nationale bien caractérisée ».\n Courtens, Struys, Lerminiaux. L. Dubois,            Savez vous pourquoi? Parce que « de\n Alf. Tilman, J. de Greef, Clément Philippe,      Keyser se rattache à Delaroche ».\n Chomé, Cordeweener, Crespin, Willems,                Cela n'empêche pas l'auteur de cet extra­\n Lucien Solvay, Max Waller, Iwan Gilkin,          ordinaire article de citer un certain Van\n Léon Frédéric, Nerval                            Lerins, Verlat, « le Gustave Doré belge »,\n  En sa séance du 13 mars, l'Aréopage a           Henri « de » Leys, Braekeleer, qui « repré­\ndéfinitivement formé son comité :                 sente la peinture historique », Hammée\n  MM. Hannon, président, Victor Reding,           (sic), Sonbre (sic), Van der Bussche (sic),\nvice-président, Maurice Frison et Max             de Briendt (sic), Arton (!!), Charles Verlat\nWaller, secrétaires, Crabbe, trésorier.            de Prateren (!!!!), etc., etc.\n                                                      Savez vous quelle est l'influence qui\n                                                   domine notre sculpture ?\n                                                      Celle de Geefs, de Geerts et de J. Pee­\n                                                   her(!!!!?).\n   Le supplément du dictionnaire Larousse             Parmi les sources auxquelles il a puisé,\nvient de paraître. Il contient un article con­     l'auteur de cet article énumère Hochsteyn,\nsacré à la Belgique.                               Baedeker et Joanne,\n   Cet article est royal.                             Consultez Larousse, après cela I\n   Les écrivains belges, d'après Larousse,            Crétins !\nse divisent « en trois classes, d'après leurs         Crétins !1\nopinions politiques. Les uns, qui se grou­            Crétins!!!\npent autour de la « Revue de Belgique »,               Crétins!!!!\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                       VIENT     DE PARAITRE          :\n\n\n     HORS DU SIÈCLE\n                                 POESIES\n                                     PAR\n\n\n\n                         ALBERT       GIRAUD\n              Un beau vol. Chez VANIER, éditeur à Paris.\n                               Prix : 3 fr. 50\n\n\n\nEn souscription chez M me Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n                      pour paraître à fin mars :\n\n\n           CORRESPONDANCE D'AFRIQUE\n\n  Le       Lieutenant CHARLES W A R L O M O N T\n                           DU RÉGIMENTDESGRENADIERS\n\n\n             AVEC L E P O R T R A I T      DE    L'AUTEUR\n\n                 et une Préface de MAX W A L L E R\n\n       Un beau vol. in-18. — Prix : 3 fr. 50 en librairie, 4 francs)\n\n   Il sera tiré vingt-cinq exemplaires spéciaux, dont vingt sur papier de\nHollande Van Gelder (10 fr. et cinq sur papier impérial du Japon 40 fr. ,\ntons numérotés.\n\n\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n  cines,   16, à Paris; publie LE PAYSAN ET LA PAYSANNE\n  PERVERTIS, d'après RESTIF DE LA BRETONNE, par MAURICE\n  TALMEYR. Un numéro 2 0 centimes, abonnement 3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "A\n          tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n    de Block's Universal Wine C0\n                6, RUE P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n                       ET MONTAGNE             DE LA C O U R\n\n\n\n\n E\n          n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nrasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                    ÉPERNAY\n\n\n                                             Prix Courant\n                            Baron J. de Warnimont               2 25\n                            Marquis Armand de St-Hubert . . . . 2 75\n                            ROSÉE JEUNE BELGIQUE                                 3 00\n                            Crême d'Ay            id.                            3 50\n                            Bouzy extra           id.          Cuvée réservée.   4 50\n                            Bouzy Cristal         id.                            5 00\n                                          0.S0 en plus par 2/2 bouteilles\n                                     EXPEDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                            Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n          ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n      19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26 rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1888-03-01", "preuve": "Couverture PDF 106 : numéro double 3 et 4, mars-avril 1888, sans jour de parution. Dates de début et fin de mois employées pour le classement.", "date_fin": "1888-04-30"}}