{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "8e ANNÉE. TOME VII, N° 9.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 318, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "8e ANNÉE.       TOME VII,   N°   9.   P R I X : FR. 0-60.          1er       SEPTEMBRE 1888.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 318, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 1348, "texte": "SOMMAIRE:\n\n L'Art et le Gode .                                                LA JEUNE BELGIQUE.\n Vers                                                              FERNAND SEYERIN.\n La mort de Miette Stephen . . . .           . .                   HENRY MAUBEL.\n\n Femina.                                                          IWAN GILKIN.\n Proses lyriques                                                  ARNOLD GOFFIN.\n Lettres de mon Cottage                                           MAX WALLER.\n Henri de Braekeleer. .                                           GEORGES EEKHOUD.\n Chronique I. Le Guide de Jean d'Ardenne        .                 MAX WALLER.\n  littéraire : II. Les droits de lapensée . . .                   HENRY MAUBEL.\n Memento\n\n\n\n\n                                 BRUXELLES\n                ADMINISTRATION :                               RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80 RUE BOSQUET, 60\n\n                                       PARIS\n                             LÉON V A N I E R , ÉDITEUR\n                                 19, Quai Saint-Michel\n\n                                          l888\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "En l absence de M Max Waller", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "En l'absence de M. Max Waller, M. Henry Maubel (72, rue de Trèves),\na bien voulu accepter la direction par intérim de la Jeune Belgique.\n\n\n  La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. 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Que voulez-vous que nous fassions de ce bloc de pensées? La\nJeune Belgique n'est pas une chaire de philosophie pratique et, pourtant, il y en a de\njolies comme celle-ci :\n   « Les vieux souvenirs sont les cheveux blancs du cœur. »\n   Et cette autre :\n   « La rêverie est la poésie de la paresse. »\n   Voulez-vous nous permettre d'en cueillir quelques-unes que nous donnerons à la cou\nverture comme des petits radis à l'entrée du déjeuner ?\n   26. JACQUES F... Il y a quelque chose dans ce violon-là, lon, la ! — Mais le violoneux\nest encore bien novice.\n   27. ALBERT... ILLISIBLE.\n   SI 1'auteur possède le sens du comique, il se reconnaîtra sans peine dans les vers qui\n suivent :\n                        Tout n'est que mots ; ô mots poussant l'humanité,\n                        A des tortillements de cent mille couleuvres!\n                        Mais le mortel qui voit devient silencieux\n                        Il se traîne placide où le hasard le mène\n                        Spectateur aux debats de la sottise humaine\n                        Qui ne maudit la terre et ne soupire aux Cieux.\n   Qu'c'est qu'ça ? ! Comme dirait Tata.\n   28. Rc. Devenir des nôtres n'est pas impossible, mais il faudra pour cela, comme dit\n René Ghil, meilleur devenir.\n                        Comme l'on est pensif, fuir ainsi par le soir !\n                        On fuit, et comme on croit pour tromper l'existence\n                        Par l'heure du regret pleurant le désespoir —\n                        Retrouver quelque peu le calme de l'enfance !\n     Comment voulez-vous qu'on retrouve le calme de l'enfance en lisant des vers comme\nceux là. Est-ce un logogriphe ou du macaroni mal cuit?\n     Ceci n'est pas pour vous décourager — au contraire. Battez un peu le rappel de vos\nd i e s e t revenez-nous avec de vrais vers qui ne soient plus de Babel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 278, "titre_corps": "L’Art et le Code", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "L ART ET LE CODE", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LE DON DE JEUNESSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 320, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "L'ART ET LE CODE\n\n\n                               ,., L'auteur du Mâle, M. Camille Lemonnier,\n                                comparaîtra bientôt devant la Cour d'assises\n                                de la Seine, pour avoir outragé les mœurs\n                                dans un article de Gil Blas.\n                                    Nous n'avons pas à discuter l'article Dis­\n                                   cuter un instant serait admettre que la lit­\n                                      térature relève de la justice. Discuter,\n                                        dans un cas pareil, ce serait abdiquer.\n                      Or, nous avons toujours soutenu, et nous soutenons\n                  encore, que l'Art n'a rien de commun avec la morale ni\n                  avec le Code.\n                      Nous n'entendons point placer la question sur le ter­\n                   rain philosophique. On accumulerait les raisonnements\n                  de toute espèce, on nous jetterait à la tête tous les argu­\n                ments de toutes les écoles, que l'on ne changerait rien au\n                débat, qui est d'ordre essentiellement positif et pratique.\n                   Qui donc peut peser dans de justes balances l'intention\n                de l'écrivain, la façon dont il l'a réalisée, et les artifices\n                qu'il a employés en vue de cette réalisation?\n                   Des juges? Mais ils sont incompétents, aussi incompé­\ntents que le seraient des poètes qui prétendraient trancher une question de\ndroit.\n   Le jury, comme ce sera le cas pour M. Camille Lemonnier ? Mais le jury\n                                                                     17\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "                                -   278   -\n\n\nn'offre aucune garantie de culture intellectuelle, ni de goût littéraire, ni\nmême d'instruction. Les jurés sont encore plus incompétents que les juges\n   Nous protestons au nom de la logique et du bon sens, horriblement\nfroissés dans cette aventure, dont le dénouement n'est pas douteux.\n   Quant à M. Camille Lemonnier, loin d'avoir à se plaindre, il a le droit\nde se réjouir, puisqu'on le traite, en France, de la même façon qu'on a\ntraité Baudelaire, Flaubert et Barbey d'Aurevilly.\n                                               LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 282, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "VERS LE DON DE JEUNESSE", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 639, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "VERS\n                       LE DON DE JEUNESSE\n    Rappelle-toi longtemps, rappelle-toi toujours\n    Ce soir d'été, vainqueur clément des mornes jours,\n    Où nos cœurs se sont dit des choses éternelles,\n    Ce soir superbe, fait pour nos seules prunelles,\n    Et que nos yeux distraits ne contemplèrent pas !\n\n    Quel ange, ce soir-là, noua nos jeunes bras,\n    Sans qu'ils en sussent rien, pour ces noces des âmes,\n    Toi, l'enfant des enfants, femme parmi les femmes,\n    Enfant et femme ainsi que les anges le sont,\n    Moi dont des soleils morts doraient le pâle front\n    Et qui ne savais pas mon cœur si jeune encore ?\n\n    Il fut irrésistible et lent comme une aurore,\n    Cet aveu haletant d'un cœur longtemps fermé;\n    J'avais le vague effroi d'un crime consommé,\n    Le soupçon d'une folle et décisive offense,\n    Et, sans doute, le sang sublime de l'enfance,\n    Allait mettre sa pourpre à ton front outragé.\n\n    Sans un mot tu posas sur mon cœur allégé\n    Mais qui, soudain comblé, s'effrayait de sa joie,\n    Une tête mourante et confuse qui ploie\n    Dans un gémissement mêlé de doux sanglots,\n    Et je vis s'éclairer ta bouche et tes yeux clos\n    Du sourire muet de ta première extase!\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "                              279\n\nMon âme d'aujourd'hui, l'âme pleine d'emphase,\nRedevint l'âme en blanc que j'avais  autrefois,\nSans orgueil à sa joie et sans haine à sa croix,\nL'âme aux veux clairs, triste de tout, d'un rien ravie!\n\nEt quel instant, alors, vaste comme une viel\nQuand le cœur éperdu se pâme sur le cœur\nSans qu'un mot prononcé trouble cette langueur\nOù le bonheur d'aimer s'accroît de son mystère.\n\nSois bénie à jamais, mon Eve solitaire\nDans les Edens perdus où me voilà rentré,\nPour l'aveu palpitant que tu m'as soupiré :\n\" Je t'ai longtemps aimé sans oser te le dire. \"\nTu m'as rendu le grave et bienheureux sourire\nQue mes lèvres d'enfant jadis avaient connu,\nCœur de pauvre d'esprit, noble cœur ingénu\nQui n'as pas honte encor des larmes répandues,\nReine des soirs passés et des candeurs perdues.\nMais reviens, ah! reviens, mon épouse et ma sœur,\nEnchanter de ta paix, bercer de ta douceur\nLa douceur et la paix de mon âme nouvelle,\nEt ne tiens pas rigueur au cœur qui te révèle\nLes abîmes d'un grand amour silencieux,\nPuisque cette blessure est l'œuvre de tes yeux.\n\n                    CONVALESCENCE\n                           C'était un de ces soirs comme il en faut aux convalescents\n                        pour se réaccoutumer à la vie ! une de ces vesprées d'une b e a u t é\n                        si chaudement splendide q u e l'âme la plus détachée d e la terre\n                        n'aurait pas voulu cependant, ce soir-là, mourir !  J . B. D'A.\n\n\n                                  I\nLe soleil des pays perdus baise mes mains\nAh ! lasses, cette fois, des vains fardeaux humains,\nBaise avec trop d'amour mes mains pâles encore!\n\nLes premiers battements d'un grand cœur qui s'ignore\nÉbranlent déjà trop mon sein convalescent,\nCœur nouveau-né de bienheureux et d'innocent,\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "                          — 280 —\n\n\nTout gauche et tout ravi devant les belles choses !\nLe voilà qui faiblit dans la senteur des roses,\nEt ma tête et mes mains, aussi mortes que hier,\nSe pâment tout à coup aux caresses de l'air\nDans un linge enfantin et doux comme des langes.\nEnvoyez-moi, mon Dieu, quelques-uns de vos anges,\nQu'ils soutiennent ma tête en ses ravissements,\nDe ces anges en pleurs, de ces anges aimants,\nDont le sourire est beau comme un couchant d'automne!\nQu'ils soutiennent ce cœur que la nature étonne\nQuand il défaillira dans des parfums trop doux,\nEt m'aident quelquefois à rester à genoux.\nMon Dieu, devant d'aussi merveilleux paysages !\n\nOu bien ce cœur épris des eaux et des nuages,\nQui devait vous aimer dans ce qu'il aimerait,\nMourra de trop d'amour devant cette forêt.\n\n                              II\n\nCette heure est chère et triste à mon cœur hors d'haleine,\nChère comme un rappel d'une ancienne peine,\nTriste comme un beau soir parmi des inconnus.\nJe sens se rendormir mes désirs ingénus,\nLe blanc dortoir d'enfants de mes jeunes chimères,\nSous des baisers de morts et des baisers de mères,\nEn mon cœur hors d'haleine après ses premiers pas,\nEn ce cœur trop heureux, qui ne se souvient pas.\n\nCe royaume peuplé d'anges mélancoliques\nQui gardent ses bosquets comme autant de reliques\nEst une solitude où coule le Léthé ;\nC'est la terre oubliée, inconnue à l'été,\nOù les vents désolés bercent les jeunes roses,\nTerre des bois joyeux sous les couchants moroses,\nQui semblé me sourire au travers de ses pleurs.\n\nQuel baume tout-puissant s'exhale ici des fleurs\nDans l'infini loisir des paresses sacrées ?\nVoilà bien le sommeil des premières vesprées\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "                        —   281   —\n\n\nDormi dans son Eden par l'homme nouveau-né,\nRendu, mon Dieu, par vous à mon cœur pardonné\nQuand vous m'avez rendu l'innocence et la grâce.\nLe maternel sommeil qui ravit l'âme lasse\nDoux comme quand on dort pour la première fois !\n\nLes cors de mon passé se sont tus dans les bois,\nSe sont tus à jamais dans les bois de mon âme;\nJe suis un autre Adam, qui n'attend pas la femme,\nHeureux de ce seul monde ineffable et charmant,\nUn Adam bien comblé dans son délaissement !\n\n                     CRÉPUSCULES\n\n                              I\n\nMon cœur est éperdu du ciel vaste et des bois\nComme s'il les voyait pour la première fois !\n\nUn musical bosquet de hêtres séculaires,\nSur qui le vent d'ouest fatigue ses colères,\nSurgit confusément vers les hauts horizons,\nPleins de fermes, et de clochers, et de maisons!\nDans les lointains précis des mornes paysages\nLe vent s'exerce, et, de parmi de noirs nuages,\nL'équivoque splendeur d'un couchant pluvieux\nPénètre effrayamment les bois mystérieux,\nTout sonores déjà des prochaines rafales.\nLe soir a déchiré ses pourpres triomphales !\nEt les nobles lambeaux semés d'abeilles d'or\nSont, dans l'obscur taillis qu'ils éclairent encor,\nDes prunelles de morts que la mort n'a pas closes.\n\nLe crépuscule plein de présences moroses\nSuscite autour de moi des cris graves et doux :\nC'est la voix du passé chantant derrière nous,\nTendre de plus en plus comme une voix de femme,\nSanglot d'âme mourant sur les grèves de l'âme!\nC'est le triste retour des cris de mon orgueil\n Pareils aux memento d'un incurable deuil,\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1594, "texte": "                         — 282 —\n\n\nCe sont de nobles yeux profonds comme l'aurore,\nDont le regard connu me poursuit et m'implore\nPlus sublime et plus doux encore qu'autrefois;\nC'est un enfant qui passe en qui je me revois !\n\n                             II\n\nMon cœur, ivre de lui, s'égare dans les landes ;\nCest bien lui ce héros des mauvaises légendes\nQui fuit éperdûment par les pays du soir\nSur le noir étalon boiteux du désespoir,\nPar les pays du soir, oubliés et sans bornes,\nDont maint fleuve ennuyé trempe les bas-fonds mornes\nEt baigne les lointains halliers marécageux,\nSous un ciel d'airain sombre, à jamais orageux,\nQui pèse à la muette angoisse de la terre.\n\nJe vois au fond du soir une ruine austère\nQui contemple, en rêvant, de ses prunelles d'or,\nLe troupeau mugissant des folles mers du nord\nDéraciner les grands bois vierges de ses grèves.\n\nOui, j'ai vu ce manoir ailleurs que dans mes rêves,\nEt je fus le jaloux qui monte dans sa tour\nChassé par les cruels fantômes de l'amour,\nTandis que l'ouragan du large bat les portes!\nSouvenir ! les poignants tableaux que tu m'apportes\nOnt tous les aiguillons de la réalité;\nEt l'effrayante paix de mon éternité\nGarde des vains instants d'un amour solitaire\nDe multiples échos que rien ne fera taire.\n\nAinsi, sous les puissants baisers de la douleur\nJe suis seul, et quel soir d'orage dans mon cœur!\nQuel tumulte de cors désolant la vesprée !\nSeul encore, et plus seul, quand la pâle adorée\nFixe par dessus moi qui lui baise les mains\nLes profonds paradis perdus de ses lointains.\n                                       FERNAND SEVERIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 289, "titre_corps": "La Mort de Miette Stephen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN\n                                                          A   ALBERT   GIRAUD.\n                                       I\n              Mardi 3 heures. — Le docteur vient de venir, Miette est très\n               mal.\n                  Mercredi matin. — Miette est plus calme. Elle te\n               demande.\n   Jane, en rentrant, revoit ces deux dépêches chiffonnées sur la table; elle\nn'en relit pas les mots qu'elle sait par cœur; elle les repense et ressent\nl'impression de ces deux coups mats qui lui ont laissé comme des caillots\nde sang à la gorge. Elle vient de porter des fleurs à Miette. D'avoir un peu\npleuré en cachette, elle a le cœur moins gros et les nerfs détendus. C'est\nla fin d'une intense journée d'été, sombrant dans un parfum de sève qui\nmonte de la terre. Sa chambre ouverte lui paraît agrandie et vide comme\nsi l'on venait d'en emporter' un cercueil. Des roses s'effeuillent sur la\ncheminée; elle en prend les pétales par poignées et se met à en aspirer\nl'odeur au creux de ses mains jointes, tandis qu'accoudée à la fenêtre, elle\nsent fondre le jour. Des enfants jouent dans la rue; des trams chargés\nde monde et de fleurs, au retour du Bois, descendent joyeusement l'avenue\nsuivant, dans un léger mouvement de tangage, le trot de leurs chevaux. Le\nregard au loin, elle écoute cette vie lourde s'anéantir, cette coulée de bruit\net de lumière, s'en aller goutte à goutte vers les nuages épais du couchant,\ncomme si le soleil, pour elle, ne devait plus jamais remonter ; mais, lorsque\nà la nuit pleine, elle revient chez Miette, un pressentiment alentit son allure ;\nla main au bouton du timbre, elle hésite à entrer puis monte lentement en\nretenant son haleine; les marches crient sous ses pas... — On n'a laissé\nque deux personnes dans la petite chambre de la malade, afin que les vivants\n ne prennent pas le peu d'air qui doit prolonger son agonie. La mère et les\n amies de Miette sont au salon, tranquilles, assises en rond, sans parler\n presque, gardant l'air guindé de personnes qui attendent; son entrée\n n'amène aucun mouvement aux physionomies ; Mme Stephen, une petite\n femme bourgeoise, très courte de corps et d'esprit, à la figure indifférente\n dont les bouffées de larmes sèchent brusquement, lui prend les mains :\n « Comme c'est gentil à vous d'être revenue quand il fait si bon pour se\n promener. » « Il fait étouffant, ajoute quelqu'un, je crois que nous aurons\n de l'orage. » Et cela dit à mi-voix dans une pénombre où l'on distingue\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "                                  - 2 8 4 -\n\nmal les visages, tous retombent à fixer la tache de lumière qui vacille au\nplancher.\n   Jane sent sa gorge se gonfler, du brûlant lui monter sous les yeux; dans\nun sanglot qui lui tremble aux lèvres, elle balbutie : « Madame ne pour­\nrai-je donc pas la revoir?... » Une jeune femme entre précipitamment : « De\nl'air », dit-elle, d'une voix angoissée, et court à la fenêtre qu'elle ouvre au\nlarge; à ce moment un éclair passe au fond du ciel; Mme Stephen fait un\nsigne de croix, et Jane repart sans avoir pu embrasser Miette, et, de la rue,\nelle se retourne pour regarder la fenêtre éclairée, derrière laquelle remuent\ndes ombres.\n   L'orage roule aux lointains de la nuit ; des gouttes de pluie chaude\ns'écrasent aux dalles des trottoirs. Elle se retourne encore, deux, trois fois,\npuis une dernière... elle repart, emportant au souvenir l'image de cette\nagonie qu'elle n'a pas vue et à laquelle s'attache pendant toute une nuit\nd'insomnie, sa pensée fixe comme une pensée de folle, et le lendemain,\nJane sait que Miette est morte quand on lui apporte cette dépêche à son\nlever ;\n   « Tout fini, deux heures ».\n   Il en est huit.\n                                      II\n\n   Elle ne pleure pas; assise au bord de son lit, tandis que tombent lente­\nment les huit coups de l'heure, elle répète mentalement la phrase de la\ndépêche. Elle se dit à voix haute : Miette est morte, puis elle essaie de\ncomprendre.\n   Elle écoute le timbre étrange de sa voix, fait sonner un à un ces trois\nmots sans signification pour elle : Miette est morte et, s'approchant de son\nmiroir, elle se met à sourire en voyant la coiffure drôle que cette nuit lui\na faite.\n   Elle retourne chez les Stephen comme tous les jours et remarque, en y\narrivant, que la façade est encore toute jaune des averses de la nuit. Les\nstores sont baissés; en bas, les volets clos; des coups de sonnette sans\nrelâche amènent des personnes d'allure affairée, qui s'enfoncent par l'en­\ntrebâillement de la porte dans un intérieur sombre et dans la maison, elles\nvont, viennent, de ce va-et-vient hâtif, éperdu, qui prépare une cérémonie.\nDu froid moral enveloppe les physionomies, les voix, les gestes; les physio­\nnomies ternes, les voix sourdes, les gestes mystérieux d'une sorte de recueil­\nlement Derrière une porte, Jane entend des sanglots; quelqu'un vient à\nelle, lui tend une poignée de mains comprimée d'un long regard. Alors\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                                 — 285 —\n\nseulement, à la tiédeur de cette étreinte, son impressionnabilité paralysée se\nréveille; elle conçoit la réalité tout à coup, elle comprend le sens horrible­\nment triste de cette phrase : Miette est morte, et laissant peser sa main dans\nla main qui la presse, elle pleure à chaudes larmes.\n   — Jane, je vous en prie, pour sa mère!...\n   Au même instant la porte s'ouvre. Jane veut entrer, mais elle s'arrête,\nune seconde, à retenir ses larmes et la main appuyée au cœur qui lui\npalpite affreusement...\n   La chambre est obscure, pailletée de quelques flammes jaunes de cierges;\n deux personnes au pied du lit, une troisième, une femme noire, encapu­\n chonnée, écrasée à genoux et puis le corps, dont les paupières s'abaissent.\n La bouche vide de souffle, qui demande pitié, la demande pour ceux qui\n pleurent et les lèvres aphones essaient de leur sourire de cette expression\n défigurée de vie que gardent un instant ceux qui viennent de mourir.\n\n\n                                      III\n\n   Les vivants ont de ces expressions étranges dans le sommeil. Jane se\nrappela un sourire qu'elle avait vu à Miette après une nuit de bal. Miette,\nbien lasse d'avoir trop dansé, s'était endormie la première, et Jane qui la\nsavait heureuse, avait longuement contemplé ce sourire arrêté sur ses lèvres\ncomme la trace d'un joli rêve.\n\n                                       IV\n\n    Les rideaux tirés ondulaient devant la fenêtre ouverte et l'air plus frais\n remuait, dans la chambre, le parfum pénétrant des roses qui jonchaient\n le lit.\n    Le ciel était resté voilé depuis l'orage ; le jour terne. Un vent mouillé qui\n se levait à travers les arbres les faisait frissonner dans un bruissement\n d'averse et leur feuillage, où des moineaux pépiants jouaient à se dénicher\n l'un l'autre, palpitait de frisselis et de battements d'ailes. Un gros chien ne\n cessait d'aboyer aux cris de basse-cour qui venaient des environs. Une petite\n cloche d'église coulait goutte à goutte lente ses notes dans l'air humide qui\n  montait du jardin.\n    Quelqu'un dit à voix basse : Comme elle est calme; elle semble\n  endormie.\n    Et Jane qui ne voyait plus de la morte que ce visage de cire dans l'oreiller\n  blanc, ressentit plus douloureusement l'impression du sourire éteint qui\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "                                    — 286 —\n\n  s'éternisait sur cette bouche muette; elle s'avança machinalement vers le\n  lit en murmurant : Miette! et, tout d'un coup, lui repassa par la mémoire\n  cette phrase à elle écrite par Miette un jour qu'elles étaient très loin l'une\n  de l'autre :\n     « Ne m'oublie pas. Une pensée c'est presque un regard. Quand tu me\n  dis : je pense à toi, il me semble te voir tourner vers moi les yeux de ton\n esprit et que nous nous regardons l'âme dans l'âme ».\n     Elle comprit, alors, l'affreux sourire de ce corps qui n'aurait plus, pour\n elle, ni pensée, ni regard : ce n'était qu'une grimace mise là pour déguiser\n la mort; une ombre, une trace, dont l'âme en s'échappant avait effleuré les\n lèvres entr'ouvertes, un pli de la chair perpétuant l'illusion du dernier mou­\n vement de vie, de même que le pli du vêtement que l'on vient d'ôter et de cet\nobjet affalé, tout d'une masse exsangue, bouffie, terreuse, se dégageait peu\nà peu l'horrible vision du cadavre. La persistance de ce sourire qui s'étirait\ndans les traits épaissis, lui donnait une expression à la fois idiote et déses­\npérée : où l'on eût dit que la chair, dans un suprême effort, cherchait à\nremonter vers l'esprit.\n    Cette expression navrante qui ne cessait pas, ne se détournait pas, lui\ndéchirait le cœur maintenant qu'elle en voyait la signification cynique et\nrévoltante et, devant ce corps qu'elle avait vu vivre, qu'elle avait embrassé\ncomme si c'était sa Miette aimante, aimée et qu'on n'avait pas emporté,\nJane sentit combien Miette était à jamais loin d'elle, car leurs âmes ne\npourraient plus même se joindre par le souvenir,\n\n                                       V\n\n    Parmi les événements de son enfance, la mort de sa grand'mère avait\n laissé à Jane une impression ineffacée. C'était en plein été de l'année ou elle\n avait eu huit ans; elle n'avait plus vu sa grand'mère depuis deux semaines\n et s'était habituée, peu à peu, à vivre dans le mystère qui imprégnait la vie\n des siens. Elle marchait sans bruit, parlait bas, s'arrêtant religieusement au\nseuil de la chambre sans plus jamais demander ce que l'on faisait derrière\ncette porte close depuis le jour où on lui avait répondu : « Chut! Jane;\n tais-toi. Bonne maman dort ». Un matin, sa mère l'embrassa en pleurant; elle\nlui rendit de sa petite main tendue, son baiser le plus doux et le plus silen­\ncieux, et se laissa emmener sans se plaindre comme si elle comprenait l'iné­\nvitabilité des choses qui se passaient autour d'elle. Mais lorsqu'elle revint\nle dimanche soir avec ses tantes et qu'après avoir traversé les boulevards au\nfeuillage épaissi par une atmosphère d'orage elles approchèrent de la maison,\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "                                  — 287 —\n\nleur cortège de longs vêtements noirs éveilla l'intérêt des voisins qui les\nsaluèrent plus gravement que d'habitude. Jane, qui suffoquait sous son voile,\nobserva qu'on la saluait comme une grande. Son deuil d'enfant valait donc\naussi puisqu'on y donnait une part de piété et dans l'orgueil de sa peine,\nelle se sentit grandie.\n   Cette impression neuve fut si forte qu'elle n'en perdit jamais lesouvenir,\net, pendant longtemps, la sensation chaude de ce soir d'été où le parfum des\narbres feuillus lui arrivait à travers l'odeur suffocante du crêpe, s'était mêlée\nen elle à l'idée de la mort.\n\n                                       VI\n\n   A quelque temps de là, Jane demandait : « Mère, quand on est mort,\nest-ce qu'on ne revit plus jamais, dis? »\n   — Jamais, Jane.\n    Et Jane, devenue pensive, répétait : Jamais! en ouvrant démesurément\nle regard et la pensée pour tâcher d'embrasser de toute l'étendue de\nson imagination d'enfant, l'idée de ce « jamais plus » qu'elle ne pouvait\nconcevoir.\n    Cette idée de l'infini la frappa d'autant plus qu'elle ne la voyait à travers\naucun mirage de religion positive. Les croyants se consolent de la mort par\nla conviction qu'elle n'est qu'un déplacement de l'être; mais personne\n n'avait dit à Jane que les morts vont au ciel. Plus elle avançait dans la vie,\n plus le mystère l'obsédait d'inquiétudes inapaisées, la plongeait dans des\n contemplations sans fin. Quelque chose l'attirait vers ces vies pareilles à la\n sienne qui s'en allaient à la dérive pour l'éternité. Il lui arrivait, au passage\n d'un char funèbre, de s'arrêter à fixer la forme d'un corps allongé sous le\n drap, et, tandis que le convoi s'éloignait tête basse, en raccourci, dans la\n perspective perdue des rues, de se fouiller désespèrement la pensée dans\n l'espoir de trouver enfin la manifestation palpable, la formule positive de\n cette négation d'être, qui fait du néant avec des corps et des âmes, du néant\n avec de l'esprit de vie, d'amour et de création.\n     Ces premiers troubles nerveux, ces premières émotions dissonnantes lui lais­\n  sèrent l'impression vaguement douloureuse d'un accord sans résolution. Une\n  pénombre de mélancolie descendit sur ses illusions mais sans en rien effacer;\n  car, jusque-là, cette nostalgie de la mort n'était encore qu'une de ces nos­\n  talgies d'amour dont on souffre à seize ans; elle n'avait rien eu de cruel\n  pour ce cœur qui cherchait dans la souffrance, un aliment à ses voluptés\n  passionnelles, quand, tout à coup, la mort était entrée comme un coin\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "                                   — 288 —\n\n  brutal dans sa vie, en arrachant tout. Jane éprouvait maintenant ce que\n c'est que cette mort et ce que c'est qu'une morte, emportée dans un\n cercueil lourd qui heurte les murailles. Il était là dans sa manifestation la\n plus matérielle, ce « jamais plus » qu'elle avait voulu connaître; pour se\n faire sensible et palpable, la mort lui prenait l'être le mieux aimé, celui dont\n la vie entière avait pénétré la sienne, et, cette fois, le tourment de l'inson­\n dable mystère renaissait à point pour exaspérer le mal atroce de cet arra­\n chement.\n    Son immense charité, sa compassion poignante pour ceux qui cessent\n d'être et qui ne reviendront de nulle part, jamais, se détournèrent de la\n mort pour ne pleurer que cette morte et ne croyant pas au ciel et ne croyant\n plus à la terre après le départ de celle qui l'y avait tant de fois soutenue et\n consolée, elle ne sût où réfugier sa douleur affolée.\n   Tantôt, saisie d'un indéfinissable sentiment devant ce corps, elle s'y était\nsentie étrangère au point de ne pas même songer à l'embrasser ; il lui avait\nfallu sa raison pour se dire : « c'est elle »; tandis qu'elle s'approchait\ndu lit en appelant « Miette! », c'est d'autre part qu'elle attendait la réponse\nà son appel et son esprit cherchait éperdûment l'autre Miette, ailleurs.\n   Maintenant qu'on allait lui cacher, lui emporter Miette, voilà qu'un\nmouvement désespéré la raccrochait à la matière inanimée. Rendue folle\npar la pensée qu'elle ne pourrait plus même toucher ces restes glacés et que\ntout d'elle allait disparaître... à ce moment suprême où les mains se\ndénouent pour toujours, elle aurait voulu arrêter les heures, revenir en\narrière, recommencer sans cesse ces trois jours d'attente et de veillée,\nne songeant pas quel supplice ce serait de demeurer en contemplation\ndevant cette vie et ce corps éternellement figés, sourds à toutes ses paroles,\naveugles à tous ses regards.\n   Lorsqu'on revint du cimetière, elle pensa, désormais, l'avoir perdue\ndavantage.\n                                       VII\n\n   Le lendemain, la vie se rouvrait pour Jane, ainsi que tous les jours; elle\ncrut s'éveiller dans un cauchemar et ressentit un étrange sentiment\nd'angoisse, comme si son être moral était pris de vertige.\n   Elle regarda l'heure : neuf heures ! et se sentant brisée, se laissa tomber\nsur une chaise auprès de son lit.\n   — Quel jour?\n   Puis elle songea : aujourd'hui samedi... deux semaines à cette heure-\nci... Miette entrait dans ma chambre... j'étais à me coiffer.\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "                                 — 289 —\n\n    — Paresseuse, je viens te chercher ! Voilà des heures que je suis levée, moi,\n    — Alors tu vas bien?\n    — Pourquoi pas, quand il fait beau !\n    Le soleil, par les persiennes abaissées, faisait danser des rais de lumière\nbrûlante au plancher.\n    — Et fait-il chaud, Miette?\n    — S'il fait chaud? J'étouffe, s'écriait-elle en me montrant sa robe de toile\nde Vichy légère, d'un mouvement qui fit frémir les saxifrages de son\nchapeau.\n    — Tu n'en es que là? Frise vite tes chiens. Nous allons au marché aux\nfleurs, j'ai envie de roses. Dépêche-toi, dis! Je vais travailler à ta courte­\npointe en t'attendant... Eh bien! où est-elle?... Oh! quel ordre, Janneton!\n     — Miette, Miette, comme tu bavardes, lui disais-je ; tu vas te faire mal.\n     Elle répondait : — Oui, maman, d'un air moqueur et se mettait à tousser\nen riant aux éclats. Puis, redevenue sérieuse, au bout d'un silence elle\n reprenait d'une voix plus faible : Ça frise?\n     Au moment de sortir, comme elle se retournait pour me chuchoter\n quelque chose à l'oreille, mère lui criait en passant : — Bonjour Miette et,\n venant à elle : vous allez mieux? C'est de ce soleil-là qu'il vous faudrait\n toujours, n'est-ce pas?\n     — Oh! oui, toujours, répondait-elle en rosissant, un peu confuse de ce\n qu'on vint surprendre ses confidences de pensionnaire dans des crans de\n portes...\n     Et nous allions longtemps sous le soleil brûlant sans qu'elle en parût\n fatiguée.\n     En me ramenant jusqu'à l'avenue, elle ne cessait de répéter, alentissant\n  le pas pour prolonger la route : — A dimanche.\n      — Alors, à demain ?\n     — C'est juste, à demain, reprenait-elle en riant, et comme j'allais\n  l'embrasser : Veux-tu bien, en pleine rue, c'est bête !\n      Jane songea que le lendemain Miette était retombée si malade qu'elle\n   n'avait plus pu la revoir que de loin, d'une chambre à l'autre, et le regret\n   cuisant de ce baiser se mit à lui ronger le cœur.\n      Elle se leva, le visage brouillé de larmes, s'éloigna de quelques pas et,\n   cédant à un insurmontable accès nerveux, vint retomber auprès de son lit,\n   la figure dans ses draps, l'esprit traversé de cette exclamation désespérée :\n   Miette, Miette, oh! tous les baisers que je ne te donnerai plus !\n      Mais soudain la peur d'avoir crié coupa net ses sanglots. Elle se redressa,\n   les larmes brusquement taries dans son visage bouleversé, et resta pendant\n   quelques secondes, immobile, la tête tendue, à' écouter si l'on venait.\n                                                        HENRY     MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 290, "page_fin": 290, "titre_corps": "Femina", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "FEM1NA", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "FEM1NA\n\nToujours sorcière, ô femme, et rusée à l'appeau\nDes seins frais et des yeux attirants comme un phare,\nPrincesse que nul viol inéprouvé n'effare,\nCourtisane fardant d'amour sa grasse peau,\n\n\nSous le brocart du luxe ou l'ignoble oripeau\nTa chair terrible change en animaux immondes\nJusqu'aux enfants divins qu'espèrent les vieux mondes\nEt les mêle en riant aux porcs de ton troupeau.\n\n\nQue t'importe qu'ils aient sucé la mandragore\nSi leurs yeux méprisants ne proclament encore\nQu'ils ont lu dans tes yeux ta bestialité?\n\n\nQui ne démasque en toi la brute redoutable\nQui tend un groin goulu vers sa virilité,\nIra manger, Circé! la fange en ton étable.\n\n                                             IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 291, "page_fin": 294, "titre_corps": "Proses lyriques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PROSES LYRIQUES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LETTRES DE MON COTTAGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "PROSES LYRIQUES\n                                       I\n          AU ROYAUME DE LA SÉRÉNITÉ DU MATIN\n\n               C'était en une province bien éloignée de ce monde tumultueux,\n                sur les rives d'une mer paisible et nacrée, sous un ciel d'un\n                lumineux et mol azur. Il y avait là, dans un jardin rempli\n                de verdures délicates et de fleurs multicolores, peuplé de\nbelles statues grecques à l'expression tranquillement énergique, — des\npalais ioniens où triomphait la splendeur des lignes, des portiques ornés de\nfresques polychromes, retraçant de diaphanes paysages qui ne font pas\npenser, — des sources toujours vives et jaillissantes, — des oiseaux aux\nplumages chatoyants et diaprés. Et, sans cesse, un sémillant et radieux\nsoleil, une température de nonchalance veloutée.\n   Au milieu de ces merveilleuses choses, deux adolescents, robustes, joyeux\net purs.\n    Longtemps ils jouirent du jardin, des palais, sans regrets, sans désirs\net ils ne se lassaient point d'admirer l'horizon irisé, les marbres impas­\nsibles et la flore éternellement printanière, car ils n'avaient aucune vanité.\n    Un jour, pourtant, que la jeune fille au regard si candide, au sourire\n étonné et naïf, folâtrait parmi les allées du parc enchanté, l'incarnat de ses\njoues languit, ses yeux immaculés s'humectèrent et il lui vint, tout d'un\n coup, une grande envie de pleurer, de pleurer sans savoir pourquoi.\n    Et, lui, surpris, inquiet et troublé en sa quiétude divine et un peu stupide :\n — « Qu'as-tu donc? tout est si nouveau, si gai, — viens, jouons ce matin\n encore, sur les pelouses!... »\n    — Oh! oui, répartit lentement l'enfant inattentive et rêveuse, — je suis\n très contente...\n    Mais, éclatant soudain :\n    — Comment veux-tu que je croie encore en Dieu, alors?\n\n                                        II\n                       BOUFFONNERIE SINISTRE\n  A l'angle d'un nauséabond carrefour populaire, par une visqueuse brume\nlondonienne, juché sur des tréteaux aux bariolures versicolores, ce triste et\nsérieux pître déclamait et hurlait.\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "                                 — 292 —\n\n   Il semblait accomplir une très dure et singulière pénitence, à lui-même\npar lui-même imposée, en expiation d'un peut-être inexplicable attentat,\nquelque offense trop subtile pour les balances frauduleuses et brutales de\nla Justice humaine.\n   Parfois, il entonnait d'immémoriales et plaintives ballades, sur un mode\nsi lamentable et meurtri que son auditoire interlope de débardeurs et de\nmatelots se dispersait, silencieusement. — L'émotion que ces chants susci­\ntaient, l'importunait, sans doute, car alors, à un signe de sa main, un pri­\nmitif orchestre emplissait ses cuivres informes, d'un fracas discordant et\nsauvage; et pendant que ces musiciens barbares s'essoufflaient à quelque\nstridente et implacable valse, il se reposait, promenant la pâle nostalgie de\nses yeux vitreux parmi la multitude effervescente.\n   Mais, bientôt, sursautant et agitant frénétiquement un graisseux manu­\nscrit, il recommençait sa lecture et son organe insonore, éraillé, soudain\nmuait, se transformait en une adorable voix enfantine, tremblante, mono­\ntone tout à la fois et boudeuse, — une voix où sourdaient des rancunes et\nde timides reproches inexprimés.\n   — C'était le livre de l'Amour fastueusement morose, — le livre maussade\nd'un maniaque très opiniâtre, traînant avec ostensation sa démesurée et\nbruissante robe de deuil violette.\n   Sur la pourpre stagnante de ses rhapsodies, la tige douloureusement\ntendue, s'érigeaient des fleurs d'un terne et taciturne acier. Il y avait des\nodes aux rimes massives et spleenétiques, des vers fiévreux d'inavouables\nespérances, des hymnes et des épithalames dont le rhythme forcené tintait\ncomme le métal fêlé d'un cœur incrédule.\n   Et de chastes palinods, tout imprégnés de folle et délirante exaltation,\nà la gloire virginale d'authentiques Ophélias, — d'angéliques palinods que\nce baladin profanait de clins d'yeux équivoques et obscènes.\n   Mais repentant alors, le pauvre histrion s'humilie, implore un pardon\ninutile, — parodie ses angoisses et enfin, ricanant puissamment et triom­\nphalement, d'un fer rouge et ardent, il cautérise sa plaie saignante.\n\n                                     III\n\n                      TRANSSUBSTANTIATION\n   L'empereur rêve.\n   Le fade dégoût l'écœure des mets, — toujours aussi somptueux, — étalés\ndevant lui; de même l'excède son si incontesté Pouvoir, le murmure craintif\net adulateur de ses hôtes mercenaires...\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "                                 —   293   —\n\n\n    Insupportablement viagère et impuissante Toute-Puissance ! Accablante\nfélicité! A quoi bon vouloir désormais, puisque tout cède et plie? Ah! une\nrésistance à briser ; une vertu à acheter ; une dernière pureté à contaminer!\n   — Le monde est vide... Illusoires, mensongères et trop brèves les\nvoluptés, — et trop amers leurs lendemains. Oh ! détruire éperdûment, —\ndétruire !\n    Le sybarite auguste bâille et soupire ainsi désespérément après la feuille\nde rose qui écorchera ses chairs énervées. Il songe et aspire à il ne sait\nquelles joies complètes et meurtrières. — L'invincible Ennui l'enlace de ses\ntentacules molles et flasques.\n    Cependant son regard, lourd d'immuable Lassitude, s'arrête sur le pâle\nadolescent qui l'avoisine : — Félinement accoudé à son lit, — il triomphe,\nle frère trop aimé, de son impubère science, de sa maturité juvénile, lys\nartificiel, souillé et plus troublant de sa saveur criminelle. Ses beaux yeux\ncernés, sondeurs et qui frôlent, humides de langueur taciturne, mi-voilés\nde lentes paupières, répondent au vague coup d'œil impérial par un idolâtre\net malicieux sourire où une sourde volupté tremble.\n    Sous l'ample prétexte de l'éphèbe, s'imprécise la grâce éblouissante et\n fine de ses formes patriciennes, que les hanches souples et grêles féminisent\n encore. — Ses lèvres tentatrices s'offrent, — lascivement s'étirent ses bras\ncharmants et provocantes et câlines se tendent ses mains effilées vers\n l'Empereur morose.\n     La morne affliction de César, à ces signes, s'attendrit et se colore; une\n aurore se lève en son cœur, une aube de fraîches et neuves délices... Chairs\n transparentes et dorées; — chères étreintes de corps et d'âme; — plaisirs\n sacrilèges, mortels et purs; — yeux palpitants sous la tristesse des caresses\n et pourtant chastes ! Amour fraternel et candide que nul égoïsme n'effleure,\n Amour unique, — pervers et ingénu, savant et novice!...\n     Mais, — semblable à un reptile longtemps endormi et que la faim\n réveille, — en son esprit, soudain, la terrible pensée somnolente dénoue ses\n anneaux diaprés, rampe, dresse en sifflant et balance sa tête fascinatrice,\n — lui verse le venin subtil d'une vertigineuse suggestion... — Des regrets\n pleurent et intercèdent ; pourtant il se soumet, abdique, et pour vaincre se\n résigne à mourir.\n     A un ordre sommaire, son affranchi apporte une coupe pleine; Néron\n la saisit, considère un instant le liquide ténébreux et lustré, — la présente\n enfin, d'un seul geste, grave et doux, au jeune prince.\n     Docile et soumis, sans hésiter et d'un trait, Britannicus vide le cratère,\n — s'inanime et glisse au pied du lit, frêle et tout blanc dans la pourpre.\n                                                                     18\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 853, "texte": "                                  — 294 —\n\n   Les serviles convives s'effarent, chuchottent,à pas clandestins s'esquivent;\nles esclaves aussi désertent ce festin tragique .. Un silence d'exil tombe.\nLa lumière des torchères s'ensanglante ; le décor s'attriste d'ombre et\nblémit; dans l'air qu'épaississent de douloureux parfums, passe comme le\nvol blafard et circulaire d'obliques, de sombres et démentes pensées...\n   Néron s'attarde à contempler le cadavre déjà livide de son cher, cher\nBritannicus; une fugitive et sceptique satisfaction plisse sa bouche, mais\nquelque importune idée surgissant, son visage se contracte, n'exprime plus\nqu'un dépit boudeur. Il hausse, imperceptiblement, les épaules, se détourne,\n — clôt ses yeux fatigués et déçus...\n   L'Empereur rêve.\n                                                      ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 295, "titre_corps": "Lettres de mon cottage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "LETTRES DE MON COTTAGE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 853, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "LETTRES DE MON COTTAGE\n                                       V\n\n               Le Sussex, comme la Chine, est un pays charmant qui doit\n                 me plaire assurément, mais il a trop de moutons — oui,\n                 décidément, il a trop de moutons, et j'en bêle. Si l'on se\n                 promène ici, l'on voit bien quelques bœufs superbes ruminant\n avec placidité dans le calme de merveilleux pâturages, mais ils ne sont\n là que pour l'effet décoratif; on ne les mange pas; en revanche, les brebis,\n les moutons, et les chèvres à la barbe champalisante, envahissent les vergers,\n les prairies et même les jardins privés. Ces timides créatures sont extraor­\n dinairement blanches et grasses; les moutons semblent avoir peine à se\n tenir sur leurs pattes grêles et n'y restent d'ailleurs pas longtemps. On les\n abat aussitôt qu'ils ont la capacité nécessaire, et on les sert à table sous\n forme de chops, qui veut dire : petites côtelettes, et de cutlets, qui signifie\n côtelettes sérieuses. C'est très bon le premier jour; le deuxième, on y\n  ajoute de la sauce anglaise (Lea and Perrin's) pour changer; le troisième,\n  un peu de curry ne fait pas mal comme transformation, et le quatrième\n  on a envie de flanquer des giffles à la cuisinière.\n     Alors, elle vous sert une côte de brebis.\n     Alors, elle vous sert un gigot d'agneau.\n     Alors, elle vous sert des rognons de mouton.\n     Et, chose curieuse, vous avez toujours envie de lui flanquer des giffles.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "                                    — 295 —\n\n\n    Cette orgie de mouton donne certes des douceurs ; on a le rêve de brouter\net de lire les œuvres complètes de Mme Des Houlières, qui n'a jamais cepen­\ndant, vu moutons pareils ; mais le moindre petit rôti de bœuf ferait si bien\ndans le menu!\n    J'ai été détourné de ces préoccupations matérielles par El Mogreb al\nAksa, nom barbare qui doit vouloir dire — mais je n'en suis pas sûr : Une\nambassade belge au Maroc. On a beau être dans le Sussex, ces choses-là\nfont plaisir, après le mouton. Cet excellent Sir Edm. P. Esq. sera donc\ntoujours le même instrumentiste-symboliste-philosophique! Persuadé que\n nous devons savoir ce que c'est que des djillabas, il transforme avec une\n incomparable virtuosité sa serviette d'avocat (simple peau de chagrin) en\n portefeuille de pur cuir marocain qui lui servira peut-être un jour au minis­\n tère., de la marine. A distance, de tels cas pathologiques ont autant de\n drôlerie qu'un événement rare. C'est ainsi que le Sussex possède en ce\n moment un exemplaire de l'Anthologie des Prosateurs belges qui, lui\n aussi, fait ma joie.\n     J'admire très sincèrement la plupart des écrivains qui font groupe en ce\n livre, autour de M. Mockel, dont la valeur a devancé de beaucoup le nombre\n des années, dans son livre « tumultueux » (sic), mais j'admire bien davan­\n tage la sérénité du caractère belge !\n     Dans le pays pacifique où s'abrite modestement mon cottage, je ne sais\n  pas trop si John Grandgagnage aurait aimé qu'on dît de lui : « Ses œuvres\n  « n'ont ni l'invention abondante, ni l'ironie sanglante, et surtout se\n  « délaient dans une prolixité qui a parfois des apparences de bavardage. »\n     J'ignore si Mr. Anthony Wiertz (Esq.) eût trouvé divertissante cette épi­\n  taphe :\n      « Il a été un tourmenté, un affolé après le génie qu'il n'avait pas. »\n      Enfin, pour ne pas trop allonger mes citations, je me demande comment\n  il faut concilier ces deux bouts de notice :\n        GUSTAVE F R É D É R I X :               L É O N DOMMARTIN :\n   « Un des rares en ce pays, M. Fré­ « Leseul, il rehausse d'une pointe\n dérix a conservé dans le journalisme d'art l'article de journal » p. 232.\n des préoccupations d'écrivain      »\n p . 202.\n    Mais je ne sais si la Jeune Belgique, dont je ne suis momentanément que\n le directeur honoraire, a l'intention de relever ces articles de maroquinerie,\n et je reviens, hélas ! à mes moutons ! mutton chops.'\n                                                         MAX W A L L E R ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 301, "titre_corps": "Henri de Braekeleer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "HENRI DE BRAEKELEER", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "HENRI DE BRAEKELEER\n              I1 y a quelques jours on enterrait, à Anvers, l'Anversois\n                De Braekeleer, sans cette affluence, sans cette pompe indi­\n                quant chez une ville le culte des enfants qui lui font le plus\n                d'honneur. Derrière le corbillard à peine une centaine\nd'artistes, des Bruxellois pour la plupart.\n   La mort de De Braekeleer n'avait ému que peu de personnes dans sa\nville natale. Beaucoup le croyaient enterré depuis longtemps. Pour d'autres\nil avait toujours été inexistant.\n   Je me rappelle certain dîner auquel j'assistai, il y a trois ans, à Anvers et\nle scandale ou l'ahurissement que je provoquai, au dessert, lorsque, la con­\nversation roulant sur les derniers bons et vrais peintres de la patrie de\nRubens, je me risquai à faire l'éloge de Jan Stobbaerts et de Henri De Brae­\nkeleer.\n   A peine eus-je prononcé les noms de ces savoureux et solides coloristes,\nque tous les regards des convives semblèrent me demander s'ils devaient en\ncroire leurs oreilles, et si c'était bien De Braekeleer et Stobbaerts que je\nvenais d'exalter. Proh pudor! Ma sincère profession de foi artistique deve­\nnait, en pareil milieu, défi intempestif et incendiaire; elle tombait, là, comme\nun caillou dans une grenouillère, dérangeant dans leurs habitudes admira-\ntives, dans leurs idées reçues, dans leurs préjugés, une partie de cette gent\ncoassante, routinière, encombrante, bedonnante, qu'on appelle la bonne\nsociété.\n   Je ne me trouvais pas, tant s'en faut, chez un ignorant. Mon amphitryon\npouvait passer pour un garçon instruit, lettré, ayant de la lecture et du\ngoût. Mais lui-même me parut décontenancé par l'imprévu de mon credo\nartistique ; et, pour refroidir mon enthousiasme, avec un fin sourire de\nsceptique et d'homme du monde, il laissa tomber négligemment cette défi­\nnition des deux maîtres : « Stobbaerts : un boucher ! De Braekeleer : un\nfou ! »\n   Après ce verdict sagace, je crus ne plus devoir insister. Ces deux épithètes\ndédaigneuses m'ouvraient des horizons infinis, des abîmes vertigineux de\n publicanisme. Et ce fut à mon tour de demeurer pétrifié. Peinture canaille,\n pour ne pas dire crapuleuse; peinture excentrique, peinture de monomane !\n Voilà ce que l'art de Stobbaerts et de De Braekeleer évoquait à ces augures.\n    Aussi, Stobbaerts, fatigué de l'atmosphère d'apathie, de mépris, de\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "                                  — 297 —\n\nmalveillance qui l'entourait dans son aimable berceau, s'est réfugié à\nBruxelles, à l'exemple de Jef Lambeaux et de plus d'un autre artiste de leur\ntrempe.\n    De Braekeleer, lui, n'a pas eu le temps de changer d'air, de se soustraire\nà ces miasmes débilitants suspendus depuis nombre d'années sur les bords\nde l'Escaut et y causant d'autres ravages que la fièvre paludéenne, dite\ndes Polders.\n     C'est cette malaria anversoise qui a tué De Braekeleer.\n     On a beau s'isoler dans ce que le poète appelle la « tour d'ivoire », se cal­\nfeutrer chez soi, empêcher que les échos de la bêtise et de la méchanceté\nambiantes se répercutent dans votre ermitage et troublent votre fier et\npersonnel labeur, les effluves délétères défient vos précautions. Impossible\nde vous soustraire complètement aux pernicieuses influences. Et un jour\nvient où, dans la lutte acharnée contre les médiocres, les intrigants, les\n officiels, vibrions académiques ou mondains, magistrats magistralement\n bornés, cuistres de toute couleur et de toute provenance, si votre pensée et\n votre art triomphent et éclatent malgré les malveillants, c'est au prix de\n la santé et de la vie.\n     Et leur consolation à ces rapaces, c'est qu'au moins vos yeux fermés\n n'auront pas vu se lever votre gloire, soleil trop longtemps boudeur, dans\n l'empyrée des maîtres-peintres !\n     Les journaux ont raconté que le modeste convoi funèbre de De Braeke­\n leer croisa un bruyant et tumultueux cortège de rapins faisant escorte à un\n primus ou lauréat de l'Académie. Le cercueil du grand coloriste passa\n  devant les façades pavoisées, sous les fenêtres garnies de lampions et de\n  transparents pour l'illumination du soir; les aubades étouffant à peine\n  leurs fanfares insolentes et tapageuses à l'approche de la procession\n  funèbre. L'épicier du coin, la verdurière d'en face, les baes des nombreux\n  cabarets du quartier, tous les voisins s'étaient cotisés pour faire honneur au\n  jeune vainqueur d'un concours académique. Car la gloire de ce prodige\n  rejaillit sur les riverains !\n      Braves gens, leur orgueil part d'un bon naturel! L'ancienne renommée\n  artistique de leur ville continue de les enflammer d'un bel enthousiasme à\n  certaines manifestations locales. Le seul nom de primus les plonge dans un\n  ravissement béat. Ils ont foi dans l'étiquette officielle. Cela ne les empê­\n  chera pas d'acclamer l'année suivante de nouveaux lauréats et d'oublier\n   jusqu'au nom du vainqueur d'antan.\n      Et il est fort probable que ces fanatiques, prêts à dételer les chevaux de\n   la voiture d'un primus revenant de la distribution solennelle des prix,\n   n'auront jamais entendu parler de De Braekeleer.\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "                                  -   298   -\n\n   Les mœurs artistiques des Anversois contemporains se résument dans\nce rapprochement.\n   Chez eux l'amour de l'art est devenu routine, manie, engouement,\ntradition.\n   Il leur faut des dieux, des idoles, mais ils manquent de vraie religion et\nde ferveur. Ils admirent le succès et leurs encensoirs ne brûlent que devant\nles gloires dûment consacrées.\n   Ainsi, ils n'aiment pas la musique, pour elle-même, mais pour ceux qui\nla composent ou la font exécuter.\n   Leurs grands festivals ne sont à proprement parler que l'apothéose de\nl'un ou l'autre musicien, tantôt Gounod, tantôt Liszt, tantôt Verdi.\n   Du moment que ces personnages consentent à monter au pupitre et à\nconduire eux-mêmes l'exécution, les Anversois se fondent en extases, se\npâment, trépignent, crient au chef-d'œuvre. Leur idée de l'art se ravale à\nune question de mise en scène, de décor, de parade, de tape-1'œil. Si\nMangin avait composé de la musique, Mangin fût devenu leur musicien\nfavori.\n   Et s'ils ont accueilli Benoît, c'est moins à cause de l'envergure et de la\nréelle splendeur de ses oratorios que parce que la pompe et l'ordonnance\nun peu théâtrale de ses exécutions, l'ostentation de son orchestre, le\ndéploiement inusité de ses' masses chorales, le milieu impressionnant où\nces exécutions se produisaient, sans oublier la personnalité fort décorative\ndu compositeur dirigeant, flattaient leur inclination au faste extérieur,\nleur américanisme, leur partialité pour les dehors, les gros effets, pour ce\nqui piaffe et ce qui ronfle.\n   Pays par excellence des plastiques cavalcades, il n'est pas étonnant\nque tout leur art, du moins l'art qu'ils patronent, revête des allures cabo­\ntines et grandiloquentes plutôt que sereines et grandioses.\n   Dans ces conditions, on conçoit le peu de cas que ces parvenus d'art et\nde finances, ces suffètres confits dans leur importance, faisaient de Henri\nDe Braekeleer. Il dérangeait leur digestion et troublait leur grossière\nesthétique. Cet art intimiste, épris de clair-obscur, de tranquillité, de doux\nintérieurs ménagers et laborieux, cet art claustral contrariait leur amour\nde la ferblanterie et du clinquant.\n   A une époque où tout tendait à se transformer autour de lui, et les rues,\net la société, et les mœurs, en présence de cet envahissement cosmopolite\nqui n'a pas peu contribué à introduire dans l'Anvers d'aujourd'hui ce besoin\nd'épate, de jouissance immédiate, de bonheur improvisé, que déplorent les\nesprits aristocratiques (tant les patriciens de race que les patriciens d'intel-\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "                                  — 299 —\n\nligence), il se confinait religieusement dans les derniers coins d'originalité\nde la grande ville. Anversois, il le demeurait profondément, un Anversois\nde vieille roche. Répugnant à flatter le caravansérail nouveau, s'attachant,\ncomme à des reliques, aux vestiges du passé. De là l'éloquence de ses\ntableaux.\n     On a affecté de ne voir en lui qu'un ouvrier merveilleux possédant la\npatte et l'œil des grands flamands. On l'a comparé, et non sans raison, à\n Van der Meer de Delft pour ses couleurs harmonieuses et chaudes, pour\n l'admirable pulvérin d'or dansant dans les mystérieuses pénombres de ses\n toiles, pour son étonnant instinct de coloriste faisant chanter avec tant\n de suggestive émotion la gamme des caressantes couleurs. Nul, mieux que\n lui ne s'entend à entretenir la morbidesse délicieuse d'un ton opulent et\n royal qui se dégrade en d'exquises nuances, à provoquer de nerveux et\n claironnants contrastes entre les couleurs d'apparence hostiles, à rem­\n  placer leur corps à corps homicide par un sapide baiser. Mais il y avait\n  autre chose chez ce sublime tritureur et broyeur de grasses pâtes. Quant\n  à moi j'ai été requis, dès la première vision de ses toiles, par la poésie\n  profondément humaine, quasi évangélique, que dégagent ces prétendues\n  réussites de couleurs.\n      Il y a chez De Braekeleer non seulement le beau coup de pinceau de\n  Van der Meer, mais la profonde sollicitude pour les petits, pour leurs\n   vies précaires et cachées, souffrantes ou résignées, qui a caractérisé toute\n   l'école hollandaise, à commencer par Rembrandt.\n      J'accorde qu'il met plus de discrétion dans ses préférences, et qu'il recule\n   devant les misères trop cruelles et trop grimaçantes. Ses gens de peu sont\n   d'honnêtes gens et de saines gens. Il laissera à des pinceaux plus orageux\n   et plus tragiques le soin de peindre les maladreries, les bagnes, les charniers\n    et les gehennes de l'humanité, lui s'attachera aux conditions plus normales,\n    aux êtres qui peinent et qui vivotent sans impatience, sans convulsions,\n    sans révolte. Intérieurs de savants déchiffrant un livre rare ou étudiant la\n    mappemonde, cabarets flamands aux heures d'accalmie, lorsque les pipes\n    en terre reposent dans le ratelier, que les pompes du comptoir ont cessé de\n    gémir, et que la bazine assise au coin du feu a le temps de ravauder les\n     bas de son homme.\n        Ou bien il raconte une chambre de ferme, le vieux paysan donnant des\n     conseils à un jeune gars, son fils, campé, mains en poches, devant lui; un\n     fumeur jouissant des bouffées bleues de sa pipe; un blond adolescent, arra­\n     chant à un cor de chasse, dans le recueillement frileux et presque gothique\n     d'une chambre tapissée de lourdes étoffes, quelques sons éclatants et farauds,\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "                                      — 300 —\n\n  et savourant cette musique, en écolier mordant dans une pomme verte.\n     Un jardinet étroit, borné par de hautes murailles garnies de lierre; une\n  mansarde de débarras où le beau désordre de la friperie parle des mobiliers\n  abolis, un pauvre atelier d'artiste, où le peu de lumière s'accroche si brillant\n  aux objets; siestes et veillées chez d'obscurs chambrelans; petits vieux\n  et petites vieilles oubliés dans leur coin de bonheur; métiers sédentaires, etc.\n  De Braekeleer choie ce monde, le traite avec des soins d'antiquaire mettant\n  en valeur les pièces rares de sa collection.\n     Il n'a pas seulement eu de la bonté pour les êtres, il en prodiguait aux\n  choses de leur entourage. Il prisait la physionomie mélancolique d'un\n  mur, l'attitude réfléchie d'un vieux meuble, la sérénité et le sourire avenant\n  et hospitalier d'un manteau de cheminée, le regard voilé de larmes d'une\n  petite fenêtre à carreaux glauques; l'air grave et solennel d'un atlas dressé\n sur un lutrin. Il peint le silence, le calme, il confesse les existences mono­\n tones et peu compliquées. Le cœur des êtres qu'il nous montre tient de\n ces bonnes horloges à rouages primitifs, dont il semble qu'on entende le\n tic-tac régulier et obsédant dans le coin de ses toiles. Ce bruit, ce murmure\n perçu dans ses tableaux, ne sont là que pour en faire valoir la quiétude (1).\n    Comme on s'explique, en voyant ces pages vibrantes imprégnées de\n tant de tendresse, si doucement expansives et si pleines de confidences tout\n en étant sobres de démonstrations, que le succès ne soit pas allé de son\n vivant à ce farouche! Comme on comprend les dédains du vulgaire, du\n gros parvenu, et cette sorte de persécution sourde, cette guerre à coups de\nréticences et de dénigrements de la part des bons confreres et des amateurs\n moutonniers; les uns froissés dans leurs recettes, dans leurs formules,\nles autres tremblant pour la belle symétrie et l'ordre bureaucratique de\nleurs admirations :\n    — Repassez un autre jour, mon bonhomme, tous mes casiers sont occupés\npour le moment, je n'ai aucune opinion vacante...\n    Du moins faut-il leur rendre cette justice qu'à sa mort, odieux, mais\nlogiques et sincères, ils n'ont feint ni regrets ni enthousiasme.\n    C'est égal, à présent, de quelque côté que nous nous tournions, à Anvers,\nnous cherchons un peintre, un vrai peintre capable de nous communiquer\nce frisson des intérieurs de De Braekeleer.\n    Depuis longtemps ceux qui promettaient à leurs débuts ont sacrifié au\ngoût déplorable de funestes Mécènes. Les nouveaux venus accusent les\nroueries, les prudences et les habiletés des vieux compères. Comme s'il ne\n\n (1) Je ne connais que Mellery qui le vaille comme intimiste.   G. E.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "                                    — 301 —\n\nsuffisait pas de la prépondérance des Verlat, des Lamorinière, des Van\nLuppen, de la lymphe d'un De Keyser opposée au sang d'un baron Leys,\nvoilà qu'ils se prostituent aujourd'hui aux Cap, aux Boks, aux Col. C'est\ncomplet.\n    La fondation de l'Institut des Beaux-Arts coïncide avec le crépuscule\nirrémédiable de l'Ecole d'Anvers. Si quelque chose est fait pour accélérer\ncette décrépitude, c'est bien cet Institut d'organisme sénile. Peu à peu les\n dernières exceptions disparaissent.' Il ne restera bientôt là-bas que d'écœu­\n rants farceurs. Quand on attaquait Anvers on pouvait au moins opposer\n De Braekeleer au flot montant des méchants peintres.\n    A présent c'est fini\n    Et il n'y a plus, au bord du grand fleuve, sublime inspirateur de colo­\n ristes, qu'une grande ville de commerce. Quelque chose comme un\n admirable modèle sans emploi.\n                                                           GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 303, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Guide de Jean d’Ardenne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II De la protection", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 344, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 985, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                            I\n Guide descriptif illustré de la côte de Flandre et des plages de la mer du Nord, par\n  JEAN D'ARDENNE. 106 dessins d'après nature, par HENRY CASSIERS. Carte du littoral et\n   trois plans de villes.— Un beau vol. de 421 pages cartonné. Bruxelles, Mertens. Prix :\n   6 francs.\n\n                Désirez-vous voir Jean d'Ardenne, allez trouver son directeur à\n                 la Chronique ; M. Victor Hallaux vous répondra invariable­\n                 ment : — Je ne sais pas où il est, peut-être à Bayreuth,\n                  peut-être à Ixelles, à moins qu'il ne soit dans les Pyrénées,\n  et le spirituel bonhomme de la Hesbaye lancera quelques épithètes soignées\n  contre les rédacteurs qui vagabondent et font tout, sauf rédiger !\n      De loin en loin, on aperçoit Dommartin, brillant causeur, vous regar­\n  dant d'un œil malicieux avec un petit geste de la tête sur le côté ; s'il a sa\n  chemise de flanelle, c'est signe de fugue, vous pouvez hardiment lui sou­\n  haiter bon voyage ; Jean d'Ardenne s'en va en sifflotant la ballade de Beck­\n   messer... Où écrit-il ses chroniques, où élabore-t-il ses livres? Demandez\n  aux tables d'auberges, aux Braiiereien de Munich, aux flots de la Meuse,\n   au palais des Médicis, ne le demandez à personne.\n      Et le style de Léon Dommartin vagabonde comme lui; c'est tantôt\n   l'expression musicale des paysages mélancoliques qui se déroulent à ses\n   yeux, tantôt le pizzicato des réflexions plaisantes qui éclate dans la phrase\n   par quelque mot drôle, gamin, argotique même; quelquefois de vraie litté­\n   rature dérubannée en belle harmonie descriptive, quelquefois de la simple\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "                                   — 302 —\n\n\n chronique pleine d'humour, mais de la chronique, de l'article-journal qui\n pirouette sur un rien, une enseigne cocasse, un pourboire trop élevé, une\n réflexion de bonne femme.\n    Jean d'Ardenne qui pleure et Jean d'Ardenne qui rit, mais on ne voit pas\n toujours le point où le contemplatif va se dérider, ni le moment où le rieur\n se fait grave, si bien que l'ensemble de ce qu'écrit ce bohême artiste a un\n bizarre détraquement qui fait son originalité.\n    Après les Notes d'un vagabond, que cet autre vagabond, le suprême\n artiste Félicien Rops, avait paraphé d'une admirable griffe, voici la Côte\n de Flandre piquée des jolis croquis de Cassiers.\n    Un guide, mon Dieu oui, un guide dans lequel se trouvent les heures des\n trains et les prix des hôtels, le service des postes et la longueur exacte des\n routes, un guide un peu plus discrètement cartonné que les Baedeker ; mais\n un livre aussi, un livre de littérature pittoresque et variée avec lequel on\n peut faire le voyage sans alpenstock, sans guêtres ni souliers à clous, en\n restant chez soi dans son fauteuil.\n    Lorsqu'il décrit, Dommartin n'a certes pas l'ampleur imagée et sympho­\n nique de Lemonnier, mais il a peut-être plus d'émotion et, sans nul doute,\n plus de simplicité. Il rend avec moins d'ampleur, mais il sent avec plus de\ngrâce.\n    Est-il à Bruges, ses fonctions de guide l'abandonnent d'abord, et il muse.\n « Il faut, dit-il, errer tranquillement, flâner à l'aise, pour sentir peu à\n « peu s'emparer de votre être un charme inexprimable, fait également de\n « mélancolie et de gaieté : — la mélancolie d'un passé dont les témoins\n « restés debout, racontent la splendeur comme les tombeaux disent la\n « gloire des morts, — la gaieté du ciel, de l'ineffable lumière épandue, des\n « eaux miroitantes, des verdures étalées. Car la nature vivace joue ici un\n « rôle merveilleux; l'antique poème des pierres s'en trouve éternellement\n « rajeuni et il se produit une délicieuse intimité entre les vieilles architec­\n   tures, la clarté si mollement vibrante des ciels brugeois, le miroir des\n« canaux, la verte parure que l'automne effeuille et que le printemps renou­\n   velle ».\n   A coup sûr, voilà des indications vagues qui ne satisferont point les exi­\ngences positives desanglais en rupturede home. Certes, ils apprendront avec\nplaisir, en feuilletant, que Notre-Dame a 72 mètres de long sur 50 de\nlarge, que l'ascension de la tour coûte un franc et les tableaux voilés\ncinquante centimes; mais ils ne verront pas — et je l'espère pour l'auteur\n— qu'ils ont entre les mains un livre qui écrase l'indicateur et l'anéantit.\n   La Côte de Flandre n'a pas été écrite pour les imbéciles, et pourtant\nelle leur sera précieuse. Il faut de l'habileté doublée d'art pour obtenir de\ntels résultats. Je ne chicanerai pas M. Dommartin sur le tout-en-rose au\ntravers duquel il voit notre pays. A cet infatigable touriste, à ce juif-errant\nnon circoncis, tout paraît superbe et confortable; la moindre petite plage\nbordée de six chaumières lui semble un lieu de délices, et, pour des raisons\nde famille qui ont quelque chose d'ingénuement touchant, il n'est pas loin\nde dire que Wenduyne pourrait bien, un jour, faire la concurrence à\nOstende ! C'est d'un excellent beau-fils.\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "                                     — 303 —\n\n   Pour suivre fidèlement l'itinéraire de Jean d'Ardenne, il ne faut donc pas\nêtre l'élégant clubman des grandes stations balnéaires, mais le marcheur\nintrépide, sans cesse épris de la nature marine; et celui-ci retrouvera sans\ndoute au cours de ses pérégrinations les beautés que M. Léon Dommartin a\ntranscrites en penseur et en poète.\n                                                             MAX W A L L E R .\n                                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 305, "titre_corps": "Chronique littéraire : De la protection des œuvres de la pensée", "titre_sommaire": "Les droits de la pensée", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "II De la protection", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 3219, "texte": "II\n  De la protection des œuvres de la pensée, créations artistiques,   par VICTOR JANLET.\n                              Un vol. Bruxelles, Moens\n   Le volume concernant la protection des créations artistiques que\nM. Janlet vient de publier, se divise en douze chapitres, dont voici les\nsujets : I. Propriété intellectuelle. — Caractères généraux. II. Œuvres\nprotégées. III. Journaux et recueils périodiques. IV Ouvrages anonymes\net pseudonymes. V. Œuvres posthumes. VI. De la qualité d'auteur.\nVII. Preuve de cette qualité. VIII. Des divers auteurs. IX. De la colla­\nboration. X. Du droit de citation. XI. Durée du droit d'auteur. XII. De\nla propriété du nom.\n     L'ouvrage de M. Janlet est très juridique, c'est dire qu'il serre de près\n tous ces billets de caramel en prose qui sont les articles de la loi. Çà et là,\n M. Janlet se risque à les desserrer un peu, il y intercale alors des idées,\n des remarques personnelles intéressantes, mais trop écourtées. Son livre est\n  plutôt une annotation rapide du texte, une explication de la lettre, qu'un\n  développement de pensées autour de l'esprit de cette fameuse loi du\n  22 mars 1886, qui remplit consciencieusement son rôle de loi en édictant\n  quelques vérités sur lesquelles M. de la Palisse n'a même plus droit d'au­\n  teur et en embrouillant le sens des autres, afin de permettre aux avocats de\n  les controverser. Les avocats vont toujours par couple. Or, si la loi n'avait\n  pas deux sens, il y en a toujours un qui devrait se taire, ce qui est\n  contraire à l'ordre public.\n       M. Janlet me pardonnera ces réflexions attrapées au vol. Son ouvrage\n   est incontestablement utile et intéressant, surtout pour les écrivains,\n   auxquels il fixe les principes de droit positif qui régissent leur métier. Je\n   regrette seulement qu'un homme aussi compétent dans cette matière de la\n   propriété artistique n'ait pas songé ou pas voulu - par modestie, par res­\n   pect, que sais-je— éclairer un peu plus la magistrature chargée d'interpréter\n   la loi. Il laisse trop souvent aux tribunaux l'appréciation des circonstances\n   qui... que... dont.... etc. Il a peut-être eu peur, en l'éclairant trop, de\n    l'éblouir et qu'elle n'y vît plus du tout.\n       Pourtant, il tranche quelques questions importantes, et notamment celle\n    de savoir si un auteur peut interdire les citations de son œuvre faites dans\n    un but de critique, de polémique ou d'enseignement. Cette question a été\n     soulevée lors de l'annonce de {'Anthologie officielle des prosateurs.\n     M. Janlet la résout en faveur des auteurs, en se basant sur le principe\n     général de l'art. I er , qui dit que l'auteur d'une œuvre a seul le droit d'en\n     autoriser la reproduction.\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3252, "texte": "                                     — 304 —\n\n        Il est vrai que l'art. 13 dit : LE DROIT D'AUTEUR n'exclut pas le\n    droit de faire des citations lorsqu'elles ont lieu dans un but de cri­\n    tique, etc.. Or, comme le droit d'auteur dont il est question ici n'est rien\n    autre que celui de l'art. I er , le gâchis peut recommencer et le caoutchouc de\n    l'interprétation a beau jeu. Je suis de l'avis de M. Janlet et je suis heureux\n   de lui voir, en cette matière, une opinion nette qui étaye la mienne. Mais,\n   constatant une fois de plus combien il est dangereux d'avoir une opinion en\n   matière juridique, me voilà tenté de retirer mon reproche de ci-dessus, ou\n   tout au moins de lui en demander pardon. Les parties les plus développées\n   et les plus personnelles du livre sont celles qui traitent de sujets de détails\n   non fixés par la loi et pour l'explication desquels l'auteur se base sur la\n   jurisprudence.\n        On y retrouve, à propos du droit de critique, la décision rendue dans\n   l'affaire de la Lily entre le peintre Van Beers et le critique d'art de la\n   Galette, d'où l'auteur tire le principe du droit très large accordé à la cri­\n   tique. Ajoutons qu'en cette matière, l'artiste qui se fâche par avoué parce\n   qu'on le critique, est toujours grotesque. Si l'esthétique est en jeu, les\n   tribunaux sont incompétents et les questions personnelles que peut faire\n   naître la critique tournée en polémique, sont d'une nature trop subtile pour\n  céder à un recurage au papier timbré.\n       Un point délicat est celui qui a trait à la propriété d'un titre; le titre\n  puisé dans l'âme de l'œuvre et qui en résume toute la physionomie psycho­\n  logique, participe de l'affection de l'auteur comme le nom de baptême\n  d'une personne aimée. Le titre est définitif et irrévocable comme l'œuvre\n  elle-même. En cas de coïncidence, et elles sont fréquentes, qui cèdera le\n  titre à l'autre? Qui en sera le véritable propriétaire? L'un et l'autre s'ils\n  l'ont découvert simultanément.\n       « Certains faits peuvent suffire, dit M. Janlet, pour démontrer la prise\n  de possession du titre : c'est notamment l'annonce de l'ouvrage dans des\n  prospectus ou dans les journaux, ou toute autre circonstance qui indique\n d'une manière non équivoque que l'écrivain a donné à son livre une déno­\n mination particulière. »\n      C'est parfait. Ce qui est moins parfait, c'est le paragraphe suivant :\n      « Cependant, il faudrait admettre que si un temps assez long s'était\n écoulé entre l'annonce de l'ouvrage et sa publication, l'auteur pourrait être\n considéré comme ayant abandonné au domaine public le titre qu'il voulait\n attacher à son œuvre. »\n      Voyez-vous cet auteur qui passerait son temps à inventer des titres pour\n le domaine public? !\n      Que, par la force des choses, on laisse tomber, dans ce domaine-là, le\nproduit matériel d'une œuvre et le droit de l'exploiter, cela se comprend ;\nmais déclarer que le titre, cette création intellectuelle, pourra, au bout de\nquelques années, changer d'auteur, ce n'est pas injuste ou illégal, c'est gro­\ntesque. Voyez-vous ce monsieur allant adopter le titre d'un autre aux\nenfants-trouvés?\n     Et pourtant cette absurdité, que consacrent de nombreuses décisions\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "                                  — 305 —\n\njuridiques, s'affirme dans ce principe de la prescription du titre par cin­\nquante années après le décès de l'auteur; de sorte que, dans quarante-six\nans, n'importe quel monsieur pourra déclarer qu'il est l'auteur de la\nLégende des Siècles, et les juges diront que c'est vrai !\n     J'admettrais fort bien, par contre, que l'on reconnût à deux auteurs\nla propriété d'un même titre, pourvu que l'hypothèse d'un plagiat fût\n écartée.\n     Ainsi, pour prendre nos exemples tout près d'ici, A Cœur perdu est le\n titre d'une nouvelle qui fut publiée en deux fois dans la Jeune Belgique.\n Le numéro qui en publiait la fin annonça que M. Péladan allait publier\n un nouveau volume de son éthopée sous ce titre : A Cœur perdu. Eh bien !\n si j'étais l'auteur de la nouvelle, je ne ferais aucune espèce de procès à\n M. Péladan et je reconnaîtrais fort sincèrement que nos deux titres en un\n seul nous appartiennent respectivement, parce que les œuvres qu'ils expri­\n ment sont d'essences absolument différentes et que les mots seuls font la\n similitude de leurs noms de baptême.\n      A ceux de nos confrères de lettres qui collaborent à des journaux quoti­\n  diens, je recommande incidemment un paragraphe intitulé : Droit du\n  directeur de refuser les articles, et un autre intitulé : Droit du directeur\n  de modifier les articles de ses collaborateurs. Il y en a un aussi qui parle\n  de l'indemnité due en cas de retrait d'emploi; étant donné les mœurs qui\n  règnent chez quelques-uns de nos petits canards, il n'est pas négligeable,\n  mais il m'éloigne un peu du point de vue littéraire où je me place.\n      Pour les écrivains du sexe d'en face, du joli sexe en bas bleus ou roses,\n  je souligne un passage relatif à la femme auteur mariée qui a pour premier\n  devoir de se mettre en règle avec l'autorité maritale.\n       Enfin, deux pages sont consacrées aux noms fictifs donnés aux person­\n  nages d'un drame ou d'un roman, et M. Janlet affirme la complète liberté\n  de l'auteur limitée seulement au principe de la considération d'autrui. Ici\n   encore, sa décision tourne très carrément en notre faveur contre cette\n   insupportable manie du public de chercher partout des romans à clef et de\n   croire bêtement à une sorte de photographie littéraire qui transporterait\n   d'une pièce les personnages de la vie dans le livre.\n       Malheureusement, ce paragraphe ne fait que toucher ce point très inté­\n   ressant qui aurait pu être développé, fouillé et flanqué d'exemples. Ici,\n   comme en beaucoup d'endroits, M. Janlet s'arrête au seuil de la vie litté­\n   raire, prend sa lorgnette, relève quelques points de vue, accorde un coup\n    d'œil au panorama et puis passe.\n       C'est dommage.\n       Tel quel, et dans les limites de son cadre, ce livre est une œuvre de valeur\n    tant par la forme que par le fond, car elle est écrite.\n                                                       HENRY     MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 306, "page_fin": 308, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "grands hommes", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "Pour paraître prochainement : Brigitte"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 225, "texte": "Austin (mœurs campagnardes), de M. 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Paul Bergmans, rue"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1028, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "Guinard, 18, Gand."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1369, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "La nouvelle campagne de M. Antoine, le"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 1495, "texte": "directeur du Théâtre-Libre de Paris, ne"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1546, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "tardera pas h s'ouvrir. Si nous en croyons"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1622, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "les journaux français, l'artiste hors pair qui"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1763, "fin_caractere_exclue": 1804, "texte": "a créé le Baiser, Tout pour l'Honneur, la"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1894, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "Femme de Tabarin, la Puissance des"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2022, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "Ténèbres, Jacques Damour, etc , a, en car­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2150, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "tons, actuellement :"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2175, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "La Patrie en danger, des frères de Gon-"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2215, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "court ; Riquet à la Houppe, de M.Théodore"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2304, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "de Banville; la Mort du duc d'Enghien, de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2397, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "M. Léon Hennique ; les Résignés, de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "M. Henri Céard ; Pierrot candidat, de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2568, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "MM. Maxime Guy et Batail ; un Roi Lear,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2653, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "de MM. Adam, Griffin et G. Kahn; Yantis,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2745, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "de M. Jean Lorrain ; Guite, de M. Ajalbert ;"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2836, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "l'Amante du Christ, de M. Darzens ; les"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2929, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "Revenants,     d'IIsen ; Ompdrailles,      de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3022, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "M. Léon Cladel, et peut être le Capitaine"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3109, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "Fracasse, de M. Emile Bergerat; puis des"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3168, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "œuvres de MM. Catulle Mendès, Jean"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3296, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "Richepin, Villiers de l'Isle-Adam, Oscar"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3429, "fin_caractere_exclue": 3469, "texte": "Métenier, Guy de Maupassant, Cam. Lemon­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3530, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "nier, de Gramont, Champfleury, Porte­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3663, "fin_caractere_exclue": 3699, "texte": "rions, Descaves, Brieux, Bas, Ancey,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3791, "fin_caractere_exclue": 3831, "texte": "Julien, Salandry, YAbbesse de Jouarre de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3926, "fin_caractere_exclue": 3966, "texte": "M. Renan, et aussi une pièce de M. Emile"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4058, "fin_caractere_exclue": 4063, "texte": "Zola."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4236, "fin_caractere_exclue": 4271, "texte": "La direction du théâtre royal de la"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4331, "fin_caractere_exclue": 4370, "texte": "Monnaie nous communique le tableau sui­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4414, "fin_caractere_exclue": 4454, "texte": "vant du personnel pour la campagne 1888-"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4506, "fin_caractere_exclue": 4512, "texte": "1889 :"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4602, "fin_caractere_exclue": 4642, "texte": "Chefs de service : MM. J. Dupont, direc­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4695, "fin_caractere_exclue": 4738, "texte": "teur de l'orchestre ; L. Jehin et Ph. Flon,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4788, "fin_caractere_exclue": 4830, "texte": "chefs d'orchestre; Lapissida, directeur de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4853, "fin_caractere_exclue": 4897, "texte": "la scène ; Nerval, régisseur général parlant"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 180, "fin_caractere_exclue": 223, "texte": "au public; L. Herbaut, régisseur ; Saracco,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 274, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "maître de ballet; Duchamps, régisseur du"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 365, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "ballet; J. Cloetens, préposé à la location,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "contrôleur en chef; Maillard fils, percep­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 589, "texte": "teur de l'abonnement; Lynen et Devis,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 640, "fin_caractere_exclue": 661, "texte": "peintres-décorateurs."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "Grand opéra, traduction, opéra comique."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "— Artistes du chant : Ténors, MM. Engel,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 897, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "Chevallier, Mauras, Gandubert, Nerval et"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 989, "fin_caractere_exclue": 1026, "texte": "Boon; barytons, MM. Séguin, Renaud et"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "Rouyer ; basses, MM. Vinche, Gardoni,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1167, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "Isnardon, Chappuis et Potter."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1250, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "M mes Caron et Melba, en représentation"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1341, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "pendant toute la saison."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1419, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "Chanteuses, Mmes Landouzi, Cagniard,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1507, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "Rocher, Ruelle, Angèle Legault, Gandu­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "bert, Walter et L. Maes."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "Artistes de la danse : Danseurs, MM. Sa­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1856, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "racco, Duchamp, Desmet et De Ridder ;"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 1980, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "danseuses, M mes Sarcy, Thérésa Magliani,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2116, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "Julia Longhi, Galvani et Zuccoli."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2268, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "La Revue wagnérienne, organe de la"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2352, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "secte wagnériste à Paris, est décédée après"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2445, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "trois ans et demi de combat, sous la direc­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2538, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "tion de M. Edouard Dujardin."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2620, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "Elle était née en février 1885."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2705, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "Comme le dit M. Ernst, un des esthèto­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2793, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "graphes de Wagner : « Il plaît à la Revue"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "d'interrompre la publication de ces annales"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 2977, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "qui furent, en quelque façon, les ACTES DES"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3070, "fin_caractere_exclue": 3107, "texte": "APÔTRES de l'église wagnèrienne fran­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3158, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "çaise »."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3256, "fin_caractere_exclue": 3293, "texte": "Cette phrase suffit à caractériser le"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "prêche dont la Revue wagnèrienne fut la"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3520, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "chaire."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3621, "fin_caractere_exclue": 3660, "texte": "Au bord du panier qui va recueillir les"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3750, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "restes de cette pauvre Revue, MM. Bon­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 3882, "fin_caractere_exclue": 3923, "texte": "nier, Chamberlain, Ernst, Godet, Weber et"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4017, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "de Wyzewa sont venus prononcer un ser­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4114, "fin_caractere_exclue": 4147, "texte": "mon suprême sur Wagner, le Wagné­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4198, "fin_caractere_exclue": 4231, "texte": "risme... et la Revue wagnèrienne."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4328, "texte": "Il plaît à M. Ernst de constater que l'art"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4371, "fin_caractere_exclue": 4411, "texte": "de Wagner en arrive à être admis de tout"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4463, "fin_caractere_exclue": 4503, "texte": "le monde. Il ajoute : ce J'imagine qu'un"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4555, "fin_caractere_exclue": 4596, "texte": "pareil succès doit suffire aux plus ambi­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4648, "fin_caractere_exclue": 4692, "texte": "tieux, sinon aux plus difficiles ». Comme on"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4744, "fin_caractere_exclue": 4785, "texte": "le voit, il plaît à M. Ernst de ne pas se"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4837, "fin_caractere_exclue": 4850, "texte": "compromettre."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 4898, "fin_caractere_exclue": 4944, "texte": "|       M. Chamberlain déclare que la chute de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "Lohengrin à Paris est un grand bien, parce"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 184, "texte": "que la réussite de l'œuvre eût abouti à des"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 236, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "représentations de Tristan et de la Tétra­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "logie en langue française, ce qui eût été la"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 463, "texte": "mort de toute réforme, selon l'esprit wag­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 513, "fin_caractere_exclue": 520, "texte": "nérien."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "Il s'oppose à la traduction des drames ;"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 699, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "mais il déplore qu'on n'ait pas traduit ses"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 789, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "écrits théoriques. Il n'existe, selon lui,"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 880, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "aucun livre propre à donner une connais­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 976, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "sance générale et en même temps précise"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1070, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "de Wagner."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1162, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "Toute importation de l'œuvre de Wagner"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "en France est mauvaise. Il faut préparer"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1329, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "les esprits par la lecture des écrits théori­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1424, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "ques et puis les envoyer à Bayreuth lors­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1497, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "qu'ils seront aptes à voir, là, la réalisation"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1588, "fin_caractere_exclue": 1630, "texte": "la plus parfaite de ce que Wagner a conçu."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "Celte théorie d'un esprit élevé est inté­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1771, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "ressante comme tous les paradoxes."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1863, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "M. Godet se demande si la croisade a"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1954, "fin_caractere_exclue": 1995, "texte": "abouti et se trouve bien près de déclarer"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2042, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "que la Revue wagnérienne n'a servi à rien."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2132, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "Ce qui a manqué, dit-il, c'est la notion du"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2199, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "SACRÉ."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "Il s'afflige de ce que tous les Wagné-"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2384, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "ristes aient «' gardé leur moi » dans les"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2475, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "efforts qu'ils faisaient pour expliquer l'œu­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2566, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "vre du Maître."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2660, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "Au fond de ce... M. Godet, il y a une"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2744, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "pensée excellente, mais qu'il exprime mal."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2834, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "M. Godet est un enthousiaste, même un"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2927, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "fanatique qui déplore profondément qu'on"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3019, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "ait déposé autour de Wagner et de son"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "œuvre des théories à froid et « porté des"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3168, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "jugements avant de s'être abandonné entiè­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3211, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "rement à la loyauté des émotions pro­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3249, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "fondes »."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3262, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "Nous sommes absolument de son avis et"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3350, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "c'est dans ce sens que nous avons pro­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3439, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "noncé tantôt le mot prêche. 11 est probable"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3529, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "que si M. Godet l'osait il rirait avec nous"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3616, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "de quelques-uns de ses confrères prêcheurs"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3710, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "et, notamment, de M. Ernst, désignant la"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3801, "fin_caractere_exclue": 3837, "texte": "Revue par le nom d'Acte des Apôtres."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3894, "fin_caractere_exclue": 3931, "texte": "En général, ces apôtres en redingote,"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3982, "fin_caractere_exclue": 4022, "texte": "à sous-pieds nous font l'effet d'être de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4066, "fin_caractere_exclue": 4109, "texte": "braves garçons et leur désir de s'opposer à"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4157, "fin_caractere_exclue": 4201, "texte": "la vulgarisation partant à la déformation de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4225, "fin_caractere_exclue": 4265, "texte": "l'œuvre de Wagner, part d'un bon cœur de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4318, "fin_caractere_exclue": 4366, "texte": "Wagnériste.                                    |"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "Malheureusement, ils mettent un peu"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "trop leur Saint-Esprit en tartines. A force"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 286, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "de promener de grands mots et de grands"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 419, "texte": "gestes autour des systèmes et des théories"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "de Wagner, ils finissent par oublier que"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 563, "fin_caractere_exclue": 604, "texte": "l'auteur d'Opéra et Drame est aussi celui"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "de Parsifal. Si on les écoutait, faute de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "pouvoir aller à Bayreuth on n'entendrait"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "plus un accord de la Tétralogie. On rem­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 930, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "placerait, dans toutes les bibliothèques, les"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "partitions par des Traités du Verbe, autre­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "ment dit : grammaires, et l'esthétique"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "deviendrait de la syntaxe."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "Or, ces gens-là, au début, c'est drôle"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1379, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "parce que cela fait rire, mais, à la longue,"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1474, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "cela devient crispant."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1551, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "Tous ceux qui ont lu la Revue wagné­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1638, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "rienne s'accordent à déclarer qu'elle con­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1731, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "tient des choses intéressantes; on com­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1821, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "prend qu'elle soit née des discussions"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1910, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "esthétiques qui s'élevèrent en masse autour"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2004, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "de l'œuvre de Wagner pendant ces der­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2092, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "nières années, mais on comprend surtout"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2181, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "qu'elle en meure."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2252, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "M. Dujardin et ses amis avaient un cer­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2341, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "tain nombre de phrases à lâcher : ils les"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2432, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "ont lâchées. Ils ont passé un peu de leur"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2523, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "vie à noircir trois tomes de papier : les"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "voilà satisfaits. Cela n'empêchera pas ce"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2705, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "qu'on nomme le Wagnérisme d'accomplir"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2792, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "l'évolution fatale. Vouloir diriger cette"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2883, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "évolution artistique au moyen d'articles de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "Revue et, pour ainsi dire, enseigner l'art"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3068, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "par l'algèbre, c'est une idée de protestant"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3161, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "toqué."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3311, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "On annonce que la souscription ouverte"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3399, "fin_caractere_exclue": 3438, "texte": "par la Société des gens de lettres pour"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3483, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "l'érection d'une statue à Balzac, atteint dès"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3578, "fin_caractere_exclue": 3615, "texte": "maintenant un total de 14,000 francs."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3668, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "Quatorze mille francs ! pour une « statue"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3759, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "de génie », c'est maigre. Il est vrai que"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3850, "fin_caractere_exclue": 3890, "texte": "Balzac a le temps d'attendre maintenant."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 3940, "fin_caractere_exclue": 3981, "texte": "Tandis que jadis, s'il avait eu seulement"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4023, "fin_caractere_exclue": 4065, "texte": "cette pelite statue-là, comme il se serait"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4115, "fin_caractere_exclue": 4156, "texte": "empressé de la prendre tout de suite pour"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4206, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "la porter au clou."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4277, "fin_caractere_exclue": 4317, "texte": "Les peuples ont de singulières façons de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 4367, "fin_caractere_exclue": 4404, "texte": "rendre service à leurs grands hommes."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-09-01-n9-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PARAITRA PROCHAINEMENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 352, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "PARAITRA PROCHAINEMENT\n    NOTES SUR LA LITTÉRATURE MODERNE\n                              (DEUXIÈME SÉRIE)\n                   par F R A N C I S N A U T E T\n       Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  On souscrit dès à présent chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie,\nà Bruxelles.\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n                 6, R U E P A U L DEVAUX PRÈS LA BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDOJI,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n  cines, 16, à Paris; publie F I L L E D'EMPEREUR, par OLIVIER DES\n  ARMOISES. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                ÉPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                          Baron J. de Warnimont .                    1             25\n                          Marquis Armand de St-Hubert .                  .   .   2 75\n                          R O S É E J E U N E BELGIQUE                           3 00\n                          Crême d'Ay         id.                                 3 50\n                          Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.         4 50\n                          Bouzy Cristal      id.                                 5 00\n                                      0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                 EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                          Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n     19,   B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4686, "texte": "                               EN         VENTE\n                                          A LA\n\n\n\nLIBRAIRIE LÉON VAN1ER\n                  19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n        ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                       Francs.\n                         P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E      .   .     7 50\nPaul ADAM                Soi                                                             3 50\n      —                  Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)           3 50\n      —          Les          Demoiselles Goubert.     —             —                  3 50\n      —                  Être                                                            3 50\nJean AJALBERT . . .      Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . .                3 00\nMaurice BARRES . . .     Les Taches d'encre (les 4 numéros)                              4 00\n       —                 Sous l'œil des Barbares                                         3 50\nRobert CAZE . . . .      La foire aux peintres                                           1 00\nPhilibert DELORME : .    Arlequins de Macadam                                            3 50\nEdouard DUJARDIN . .     Les Hantises                                                    3 50\nJ.-K. HUYSHANS . . .     Croquis parisiens (avec portrait)                               6 00\n       —                 Le Drageoir aux épices                                          5 .00\n       —                 Un Dilemme                                                      2 00\nGustave KAHN .       .   Les Palais nomades                           . . . .            3 50\nJules LAFORGUE . . .     Les Complaintes .                                               3 00\n       —                 L'Imitation de N. D. la Lune                                    2 00\n                         Moralités légendaires                                           6 00\nStéphane MALLARMÉ .      L'Après midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .                5 00\n       —                 Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET)                          12 00\n       —                 Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . .               25 00\nStuart MERRILL . . .     Les Gammes                                                      2 00\nJean MORÉAS . . . .      Les Syrtes (épuisé)                                   .        10 00\n       —                 Les Cantilènes . -                                              3 50\n       —                 Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) .           3 50\n       —                  Le Thé chez Miranda          —              —                  3 50\nFrancis POICTEVIN . .    Seuls                                                            3 50\nErnest RAYNAUD .         Le Signe                                     . . . .             1 00\nHugues REBELL . . .       Etourdissements                                                4 00\nHenri DE REGNIER . .     Les Lendemains (épuisé)                                          5 00\n       —                 Apaisement                                            .-         2 00\n       —                 Sites                                                            2 00\n       —                 Épisodes                                                        6 00\nPaul VERLAINE . . .      Fêtes galantes                                                   3 00\n       —                  Sagesse                                                         3 00\n       —                  Romances sans paroles                                           3 00\n       —                  La bonne Chanson                                                2 00\n       —                  Jadis et naguère                                   '.           3 00\n       —                  Amour                                                           3 00\n       —                  Mémoire d'un veuf (prose)                                       3 50\nJules VIDAL et BYL . .    Sœur Philomène (pièce en deux actes, tirée du roman\n                            de MM. de Goncourt)                                 .         1 00\nJules VIDAL . . . .       Le Jupon                         ,                              3 50\nFrancis VIELÉ-GRIFFIN.    Cueille d'Avril (épuisé)\n       —                  Les Cygnes                                                     3 50\n                          Ancaeus                                                        3 50\n\n\n                  Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 318, "texte": "8e ANNÉE.       TOME VII,   N°   9.   P R I X : FR. 0-60.          1er       SEPTEMBRE 1888.\n\n\n\n\n                                          LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE:\n\n L'Art et le Gode .                                                LA JEUNE BELGIQUE.\n Vers                                                              FERNAND SEYERIN.\n La mort de Miette Stephen . . . .           . .                   HENRY MAUBEL.\n\n Femina.                                                          IWAN GILKIN.\n Proses lyriques                                                  ARNOLD GOFFIN.\n Lettres de mon Cottage                                           MAX WALLER.\n Henri de Braekeleer. .                                           GEORGES EEKHOUD.\n Chronique I. Le Guide de Jean d'Ardenne        .                 MAX WALLER.\n  littéraire : II. Les droits de lapensée . . .                   HENRY MAUBEL.\n Memento\n\n\n\n\n                                 BRUXELLES\n                ADMINISTRATION :                               RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                      80 RUE BOSQUET, 60\n\n                                       PARIS\n                             LÉON V A N I E R , ÉDITEUR\n                                 19, Quai Saint-Michel\n\n                                          l888\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\nparaissant chaque mois et formant au bout de Vannée un superbe volume orné d'un\n                                      frontispice.\n   Bruxelles : Administration, 26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n                                 ABONNEMENTS :\n  Belgique.       .   7 francs par an. — Union postale .                      .    fr.       8-50\n          Les conditions pour les annonces se traitent à                          forfait.\n\n\nDirecteur     : MAX WALLER. — Administrateur                        : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n  En l'absence de M. Max Waller, M. Henry Maubel (72, rue de Trèves),\na bien voulu accepter la direction par intérim de la Jeune Belgique.\n\n\n  La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n                              BOITE AUX LETTRES\n   25. HIPPOLYTE D... Que voulez-vous que nous fassions de ce bloc de pensées? La\nJeune Belgique n'est pas une chaire de philosophie pratique et, pourtant, il y en a de\njolies comme celle-ci :\n   « Les vieux souvenirs sont les cheveux blancs du cœur. »\n   Et cette autre :\n   « La rêverie est la poésie de la paresse. »\n   Voulez-vous nous permettre d'en cueillir quelques-unes que nous donnerons à la cou\nverture comme des petits radis à l'entrée du déjeuner ?\n   26. JACQUES F... Il y a quelque chose dans ce violon-là, lon, la ! — Mais le violoneux\nest encore bien novice.\n   27. ALBERT... ILLISIBLE.\n   SI 1'auteur possède le sens du comique, il se reconnaîtra sans peine dans les vers qui\n suivent :\n                        Tout n'est que mots ; ô mots poussant l'humanité,\n                        A des tortillements de cent mille couleuvres!\n                        Mais le mortel qui voit devient silencieux\n                        Il se traîne placide où le hasard le mène\n                        Spectateur aux debats de la sottise humaine\n                        Qui ne maudit la terre et ne soupire aux Cieux.\n   Qu'c'est qu'ça ? ! Comme dirait Tata.\n   28. Rc. Devenir des nôtres n'est pas impossible, mais il faudra pour cela, comme dit\n René Ghil, meilleur devenir.\n                        Comme l'on est pensif, fuir ainsi par le soir !\n                        On fuit, et comme on croit pour tromper l'existence\n                        Par l'heure du regret pleurant le désespoir —\n                        Retrouver quelque peu le calme de l'enfance !\n     Comment voulez-vous qu'on retrouve le calme de l'enfance en lisant des vers comme\nceux là. Est-ce un logogriphe ou du macaroni mal cuit?\n     Ceci n'est pas pour vous décourager — au contraire. Battez un peu le rappel de vos\nd i e s e t revenez-nous avec de vrais vers qui ne soient plus de Babel.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                L'ART ET LE CODE\n\n\n                               ,., L'auteur du Mâle, M. Camille Lemonnier,\n                                comparaîtra bientôt devant la Cour d'assises\n                                de la Seine, pour avoir outragé les mœurs\n                                dans un article de Gil Blas.\n                                    Nous n'avons pas à discuter l'article Dis­\n                                   cuter un instant serait admettre que la lit­\n                                      térature relève de la justice. Discuter,\n                                        dans un cas pareil, ce serait abdiquer.\n                      Or, nous avons toujours soutenu, et nous soutenons\n                  encore, que l'Art n'a rien de commun avec la morale ni\n                  avec le Code.\n                      Nous n'entendons point placer la question sur le ter­\n                   rain philosophique. On accumulerait les raisonnements\n                  de toute espèce, on nous jetterait à la tête tous les argu­\n                ments de toutes les écoles, que l'on ne changerait rien au\n                débat, qui est d'ordre essentiellement positif et pratique.\n                   Qui donc peut peser dans de justes balances l'intention\n                de l'écrivain, la façon dont il l'a réalisée, et les artifices\n                qu'il a employés en vue de cette réalisation?\n                   Des juges? Mais ils sont incompétents, aussi incompé­\ntents que le seraient des poètes qui prétendraient trancher une question de\ndroit.\n   Le jury, comme ce sera le cas pour M. Camille Lemonnier ? Mais le jury\n                                                                     17\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                -   278   -\n\n\nn'offre aucune garantie de culture intellectuelle, ni de goût littéraire, ni\nmême d'instruction. Les jurés sont encore plus incompétents que les juges\n   Nous protestons au nom de la logique et du bon sens, horriblement\nfroissés dans cette aventure, dont le dénouement n'est pas douteux.\n   Quant à M. Camille Lemonnier, loin d'avoir à se plaindre, il a le droit\nde se réjouir, puisqu'on le traite, en France, de la même façon qu'on a\ntraité Baudelaire, Flaubert et Barbey d'Aurevilly.\n                                               LA J E U N E   BELGIQUE\n\n\n\n\n                                VERS\n                       LE DON DE JEUNESSE\n    Rappelle-toi longtemps, rappelle-toi toujours\n    Ce soir d'été, vainqueur clément des mornes jours,\n    Où nos cœurs se sont dit des choses éternelles,\n    Ce soir superbe, fait pour nos seules prunelles,\n    Et que nos yeux distraits ne contemplèrent pas !\n\n    Quel ange, ce soir-là, noua nos jeunes bras,\n    Sans qu'ils en sussent rien, pour ces noces des âmes,\n    Toi, l'enfant des enfants, femme parmi les femmes,\n    Enfant et femme ainsi que les anges le sont,\n    Moi dont des soleils morts doraient le pâle front\n    Et qui ne savais pas mon cœur si jeune encore ?\n\n    Il fut irrésistible et lent comme une aurore,\n    Cet aveu haletant d'un cœur longtemps fermé;\n    J'avais le vague effroi d'un crime consommé,\n    Le soupçon d'une folle et décisive offense,\n    Et, sans doute, le sang sublime de l'enfance,\n    Allait mettre sa pourpre à ton front outragé.\n\n    Sans un mot tu posas sur mon cœur allégé\n    Mais qui, soudain comblé, s'effrayait de sa joie,\n    Une tête mourante et confuse qui ploie\n    Dans un gémissement mêlé de doux sanglots,\n    Et je vis s'éclairer ta bouche et tes yeux clos\n    Du sourire muet de ta première extase!\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                              279\n\nMon âme d'aujourd'hui, l'âme pleine d'emphase,\nRedevint l'âme en blanc que j'avais  autrefois,\nSans orgueil à sa joie et sans haine à sa croix,\nL'âme aux veux clairs, triste de tout, d'un rien ravie!\n\nEt quel instant, alors, vaste comme une viel\nQuand le cœur éperdu se pâme sur le cœur\nSans qu'un mot prononcé trouble cette langueur\nOù le bonheur d'aimer s'accroît de son mystère.\n\nSois bénie à jamais, mon Eve solitaire\nDans les Edens perdus où me voilà rentré,\nPour l'aveu palpitant que tu m'as soupiré :\n\" Je t'ai longtemps aimé sans oser te le dire. \"\nTu m'as rendu le grave et bienheureux sourire\nQue mes lèvres d'enfant jadis avaient connu,\nCœur de pauvre d'esprit, noble cœur ingénu\nQui n'as pas honte encor des larmes répandues,\nReine des soirs passés et des candeurs perdues.\nMais reviens, ah! reviens, mon épouse et ma sœur,\nEnchanter de ta paix, bercer de ta douceur\nLa douceur et la paix de mon âme nouvelle,\nEt ne tiens pas rigueur au cœur qui te révèle\nLes abîmes d'un grand amour silencieux,\nPuisque cette blessure est l'œuvre de tes yeux.\n\n                    CONVALESCENCE\n                           C'était un de ces soirs comme il en faut aux convalescents\n                        pour se réaccoutumer à la vie ! une de ces vesprées d'une b e a u t é\n                        si chaudement splendide q u e l'âme la plus détachée d e la terre\n                        n'aurait pas voulu cependant, ce soir-là, mourir !  J . B. D'A.\n\n\n                                  I\nLe soleil des pays perdus baise mes mains\nAh ! lasses, cette fois, des vains fardeaux humains,\nBaise avec trop d'amour mes mains pâles encore!\n\nLes premiers battements d'un grand cœur qui s'ignore\nÉbranlent déjà trop mon sein convalescent,\nCœur nouveau-né de bienheureux et d'innocent,\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                          — 280 —\n\n\nTout gauche et tout ravi devant les belles choses !\nLe voilà qui faiblit dans la senteur des roses,\nEt ma tête et mes mains, aussi mortes que hier,\nSe pâment tout à coup aux caresses de l'air\nDans un linge enfantin et doux comme des langes.\nEnvoyez-moi, mon Dieu, quelques-uns de vos anges,\nQu'ils soutiennent ma tête en ses ravissements,\nDe ces anges en pleurs, de ces anges aimants,\nDont le sourire est beau comme un couchant d'automne!\nQu'ils soutiennent ce cœur que la nature étonne\nQuand il défaillira dans des parfums trop doux,\nEt m'aident quelquefois à rester à genoux.\nMon Dieu, devant d'aussi merveilleux paysages !\n\nOu bien ce cœur épris des eaux et des nuages,\nQui devait vous aimer dans ce qu'il aimerait,\nMourra de trop d'amour devant cette forêt.\n\n                              II\n\nCette heure est chère et triste à mon cœur hors d'haleine,\nChère comme un rappel d'une ancienne peine,\nTriste comme un beau soir parmi des inconnus.\nJe sens se rendormir mes désirs ingénus,\nLe blanc dortoir d'enfants de mes jeunes chimères,\nSous des baisers de morts et des baisers de mères,\nEn mon cœur hors d'haleine après ses premiers pas,\nEn ce cœur trop heureux, qui ne se souvient pas.\n\nCe royaume peuplé d'anges mélancoliques\nQui gardent ses bosquets comme autant de reliques\nEst une solitude où coule le Léthé ;\nC'est la terre oubliée, inconnue à l'été,\nOù les vents désolés bercent les jeunes roses,\nTerre des bois joyeux sous les couchants moroses,\nQui semblé me sourire au travers de ses pleurs.\n\nQuel baume tout-puissant s'exhale ici des fleurs\nDans l'infini loisir des paresses sacrées ?\nVoilà bien le sommeil des premières vesprées\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                        —   281   —\n\n\nDormi dans son Eden par l'homme nouveau-né,\nRendu, mon Dieu, par vous à mon cœur pardonné\nQuand vous m'avez rendu l'innocence et la grâce.\nLe maternel sommeil qui ravit l'âme lasse\nDoux comme quand on dort pour la première fois !\n\nLes cors de mon passé se sont tus dans les bois,\nSe sont tus à jamais dans les bois de mon âme;\nJe suis un autre Adam, qui n'attend pas la femme,\nHeureux de ce seul monde ineffable et charmant,\nUn Adam bien comblé dans son délaissement !\n\n                     CRÉPUSCULES\n\n                              I\n\nMon cœur est éperdu du ciel vaste et des bois\nComme s'il les voyait pour la première fois !\n\nUn musical bosquet de hêtres séculaires,\nSur qui le vent d'ouest fatigue ses colères,\nSurgit confusément vers les hauts horizons,\nPleins de fermes, et de clochers, et de maisons!\nDans les lointains précis des mornes paysages\nLe vent s'exerce, et, de parmi de noirs nuages,\nL'équivoque splendeur d'un couchant pluvieux\nPénètre effrayamment les bois mystérieux,\nTout sonores déjà des prochaines rafales.\nLe soir a déchiré ses pourpres triomphales !\nEt les nobles lambeaux semés d'abeilles d'or\nSont, dans l'obscur taillis qu'ils éclairent encor,\nDes prunelles de morts que la mort n'a pas closes.\n\nLe crépuscule plein de présences moroses\nSuscite autour de moi des cris graves et doux :\nC'est la voix du passé chantant derrière nous,\nTendre de plus en plus comme une voix de femme,\nSanglot d'âme mourant sur les grèves de l'âme!\nC'est le triste retour des cris de mon orgueil\n Pareils aux memento d'un incurable deuil,\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                         — 282 —\n\n\nCe sont de nobles yeux profonds comme l'aurore,\nDont le regard connu me poursuit et m'implore\nPlus sublime et plus doux encore qu'autrefois;\nC'est un enfant qui passe en qui je me revois !\n\n                             II\n\nMon cœur, ivre de lui, s'égare dans les landes ;\nCest bien lui ce héros des mauvaises légendes\nQui fuit éperdûment par les pays du soir\nSur le noir étalon boiteux du désespoir,\nPar les pays du soir, oubliés et sans bornes,\nDont maint fleuve ennuyé trempe les bas-fonds mornes\nEt baigne les lointains halliers marécageux,\nSous un ciel d'airain sombre, à jamais orageux,\nQui pèse à la muette angoisse de la terre.\n\nJe vois au fond du soir une ruine austère\nQui contemple, en rêvant, de ses prunelles d'or,\nLe troupeau mugissant des folles mers du nord\nDéraciner les grands bois vierges de ses grèves.\n\nOui, j'ai vu ce manoir ailleurs que dans mes rêves,\nEt je fus le jaloux qui monte dans sa tour\nChassé par les cruels fantômes de l'amour,\nTandis que l'ouragan du large bat les portes!\nSouvenir ! les poignants tableaux que tu m'apportes\nOnt tous les aiguillons de la réalité;\nEt l'effrayante paix de mon éternité\nGarde des vains instants d'un amour solitaire\nDe multiples échos que rien ne fera taire.\n\nAinsi, sous les puissants baisers de la douleur\nJe suis seul, et quel soir d'orage dans mon cœur!\nQuel tumulte de cors désolant la vesprée !\nSeul encore, et plus seul, quand la pâle adorée\nFixe par dessus moi qui lui baise les mains\nLes profonds paradis perdus de ses lointains.\n                                       FERNAND SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                 — 283 —\n\n\n\n\n LA MORT DE MIETTE STEPHEN\n                                                          A   ALBERT   GIRAUD.\n                                       I\n              Mardi 3 heures. — Le docteur vient de venir, Miette est très\n               mal.\n                  Mercredi matin. — Miette est plus calme. Elle te\n               demande.\n   Jane, en rentrant, revoit ces deux dépêches chiffonnées sur la table; elle\nn'en relit pas les mots qu'elle sait par cœur; elle les repense et ressent\nl'impression de ces deux coups mats qui lui ont laissé comme des caillots\nde sang à la gorge. Elle vient de porter des fleurs à Miette. D'avoir un peu\npleuré en cachette, elle a le cœur moins gros et les nerfs détendus. C'est\nla fin d'une intense journée d'été, sombrant dans un parfum de sève qui\nmonte de la terre. Sa chambre ouverte lui paraît agrandie et vide comme\nsi l'on venait d'en emporter' un cercueil. Des roses s'effeuillent sur la\ncheminée; elle en prend les pétales par poignées et se met à en aspirer\nl'odeur au creux de ses mains jointes, tandis qu'accoudée à la fenêtre, elle\nsent fondre le jour. Des enfants jouent dans la rue; des trams chargés\nde monde et de fleurs, au retour du Bois, descendent joyeusement l'avenue\nsuivant, dans un léger mouvement de tangage, le trot de leurs chevaux. Le\nregard au loin, elle écoute cette vie lourde s'anéantir, cette coulée de bruit\net de lumière, s'en aller goutte à goutte vers les nuages épais du couchant,\ncomme si le soleil, pour elle, ne devait plus jamais remonter ; mais, lorsque\nà la nuit pleine, elle revient chez Miette, un pressentiment alentit son allure ;\nla main au bouton du timbre, elle hésite à entrer puis monte lentement en\nretenant son haleine; les marches crient sous ses pas... — On n'a laissé\nque deux personnes dans la petite chambre de la malade, afin que les vivants\n ne prennent pas le peu d'air qui doit prolonger son agonie. La mère et les\n amies de Miette sont au salon, tranquilles, assises en rond, sans parler\n presque, gardant l'air guindé de personnes qui attendent; son entrée\n n'amène aucun mouvement aux physionomies ; Mme Stephen, une petite\n femme bourgeoise, très courte de corps et d'esprit, à la figure indifférente\n dont les bouffées de larmes sèchent brusquement, lui prend les mains :\n « Comme c'est gentil à vous d'être revenue quand il fait si bon pour se\n promener. » « Il fait étouffant, ajoute quelqu'un, je crois que nous aurons\n de l'orage. » Et cela dit à mi-voix dans une pénombre où l'on distingue\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                  - 2 8 4 -\n\nmal les visages, tous retombent à fixer la tache de lumière qui vacille au\nplancher.\n   Jane sent sa gorge se gonfler, du brûlant lui monter sous les yeux; dans\nun sanglot qui lui tremble aux lèvres, elle balbutie : « Madame ne pour­\nrai-je donc pas la revoir?... » Une jeune femme entre précipitamment : « De\nl'air », dit-elle, d'une voix angoissée, et court à la fenêtre qu'elle ouvre au\nlarge; à ce moment un éclair passe au fond du ciel; Mme Stephen fait un\nsigne de croix, et Jane repart sans avoir pu embrasser Miette, et, de la rue,\nelle se retourne pour regarder la fenêtre éclairée, derrière laquelle remuent\ndes ombres.\n   L'orage roule aux lointains de la nuit ; des gouttes de pluie chaude\ns'écrasent aux dalles des trottoirs. Elle se retourne encore, deux, trois fois,\npuis une dernière... elle repart, emportant au souvenir l'image de cette\nagonie qu'elle n'a pas vue et à laquelle s'attache pendant toute une nuit\nd'insomnie, sa pensée fixe comme une pensée de folle, et le lendemain,\nJane sait que Miette est morte quand on lui apporte cette dépêche à son\nlever ;\n   « Tout fini, deux heures ».\n   Il en est huit.\n                                      II\n\n   Elle ne pleure pas; assise au bord de son lit, tandis que tombent lente­\nment les huit coups de l'heure, elle répète mentalement la phrase de la\ndépêche. Elle se dit à voix haute : Miette est morte, puis elle essaie de\ncomprendre.\n   Elle écoute le timbre étrange de sa voix, fait sonner un à un ces trois\nmots sans signification pour elle : Miette est morte et, s'approchant de son\nmiroir, elle se met à sourire en voyant la coiffure drôle que cette nuit lui\na faite.\n   Elle retourne chez les Stephen comme tous les jours et remarque, en y\narrivant, que la façade est encore toute jaune des averses de la nuit. Les\nstores sont baissés; en bas, les volets clos; des coups de sonnette sans\nrelâche amènent des personnes d'allure affairée, qui s'enfoncent par l'en­\ntrebâillement de la porte dans un intérieur sombre et dans la maison, elles\nvont, viennent, de ce va-et-vient hâtif, éperdu, qui prépare une cérémonie.\nDu froid moral enveloppe les physionomies, les voix, les gestes; les physio­\nnomies ternes, les voix sourdes, les gestes mystérieux d'une sorte de recueil­\nlement Derrière une porte, Jane entend des sanglots; quelqu'un vient à\nelle, lui tend une poignée de mains comprimée d'un long regard. Alors\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                 — 285 —\n\nseulement, à la tiédeur de cette étreinte, son impressionnabilité paralysée se\nréveille; elle conçoit la réalité tout à coup, elle comprend le sens horrible­\nment triste de cette phrase : Miette est morte, et laissant peser sa main dans\nla main qui la presse, elle pleure à chaudes larmes.\n   — Jane, je vous en prie, pour sa mère!...\n   Au même instant la porte s'ouvre. Jane veut entrer, mais elle s'arrête,\nune seconde, à retenir ses larmes et la main appuyée au cœur qui lui\npalpite affreusement...\n   La chambre est obscure, pailletée de quelques flammes jaunes de cierges;\n deux personnes au pied du lit, une troisième, une femme noire, encapu­\n chonnée, écrasée à genoux et puis le corps, dont les paupières s'abaissent.\n La bouche vide de souffle, qui demande pitié, la demande pour ceux qui\n pleurent et les lèvres aphones essaient de leur sourire de cette expression\n défigurée de vie que gardent un instant ceux qui viennent de mourir.\n\n\n                                      III\n\n   Les vivants ont de ces expressions étranges dans le sommeil. Jane se\nrappela un sourire qu'elle avait vu à Miette après une nuit de bal. Miette,\nbien lasse d'avoir trop dansé, s'était endormie la première, et Jane qui la\nsavait heureuse, avait longuement contemplé ce sourire arrêté sur ses lèvres\ncomme la trace d'un joli rêve.\n\n                                       IV\n\n    Les rideaux tirés ondulaient devant la fenêtre ouverte et l'air plus frais\n remuait, dans la chambre, le parfum pénétrant des roses qui jonchaient\n le lit.\n    Le ciel était resté voilé depuis l'orage ; le jour terne. Un vent mouillé qui\n se levait à travers les arbres les faisait frissonner dans un bruissement\n d'averse et leur feuillage, où des moineaux pépiants jouaient à se dénicher\n l'un l'autre, palpitait de frisselis et de battements d'ailes. Un gros chien ne\n cessait d'aboyer aux cris de basse-cour qui venaient des environs. Une petite\n cloche d'église coulait goutte à goutte lente ses notes dans l'air humide qui\n  montait du jardin.\n    Quelqu'un dit à voix basse : Comme elle est calme; elle semble\n  endormie.\n    Et Jane qui ne voyait plus de la morte que ce visage de cire dans l'oreiller\n  blanc, ressentit plus douloureusement l'impression du sourire éteint qui\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                    — 286 —\n\n  s'éternisait sur cette bouche muette; elle s'avança machinalement vers le\n  lit en murmurant : Miette! et, tout d'un coup, lui repassa par la mémoire\n  cette phrase à elle écrite par Miette un jour qu'elles étaient très loin l'une\n  de l'autre :\n     « Ne m'oublie pas. Une pensée c'est presque un regard. Quand tu me\n  dis : je pense à toi, il me semble te voir tourner vers moi les yeux de ton\n esprit et que nous nous regardons l'âme dans l'âme ».\n     Elle comprit, alors, l'affreux sourire de ce corps qui n'aurait plus, pour\n elle, ni pensée, ni regard : ce n'était qu'une grimace mise là pour déguiser\n la mort; une ombre, une trace, dont l'âme en s'échappant avait effleuré les\n lèvres entr'ouvertes, un pli de la chair perpétuant l'illusion du dernier mou­\n vement de vie, de même que le pli du vêtement que l'on vient d'ôter et de cet\nobjet affalé, tout d'une masse exsangue, bouffie, terreuse, se dégageait peu\nà peu l'horrible vision du cadavre. La persistance de ce sourire qui s'étirait\ndans les traits épaissis, lui donnait une expression à la fois idiote et déses­\npérée : où l'on eût dit que la chair, dans un suprême effort, cherchait à\nremonter vers l'esprit.\n    Cette expression navrante qui ne cessait pas, ne se détournait pas, lui\ndéchirait le cœur maintenant qu'elle en voyait la signification cynique et\nrévoltante et, devant ce corps qu'elle avait vu vivre, qu'elle avait embrassé\ncomme si c'était sa Miette aimante, aimée et qu'on n'avait pas emporté,\nJane sentit combien Miette était à jamais loin d'elle, car leurs âmes ne\npourraient plus même se joindre par le souvenir,\n\n                                       V\n\n    Parmi les événements de son enfance, la mort de sa grand'mère avait\n laissé à Jane une impression ineffacée. C'était en plein été de l'année ou elle\n avait eu huit ans; elle n'avait plus vu sa grand'mère depuis deux semaines\n et s'était habituée, peu à peu, à vivre dans le mystère qui imprégnait la vie\n des siens. Elle marchait sans bruit, parlait bas, s'arrêtant religieusement au\nseuil de la chambre sans plus jamais demander ce que l'on faisait derrière\ncette porte close depuis le jour où on lui avait répondu : « Chut! Jane;\n tais-toi. Bonne maman dort ». Un matin, sa mère l'embrassa en pleurant; elle\nlui rendit de sa petite main tendue, son baiser le plus doux et le plus silen­\ncieux, et se laissa emmener sans se plaindre comme si elle comprenait l'iné­\nvitabilité des choses qui se passaient autour d'elle. Mais lorsqu'elle revint\nle dimanche soir avec ses tantes et qu'après avoir traversé les boulevards au\nfeuillage épaissi par une atmosphère d'orage elles approchèrent de la maison,\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                  — 287 —\n\nleur cortège de longs vêtements noirs éveilla l'intérêt des voisins qui les\nsaluèrent plus gravement que d'habitude. Jane, qui suffoquait sous son voile,\nobserva qu'on la saluait comme une grande. Son deuil d'enfant valait donc\naussi puisqu'on y donnait une part de piété et dans l'orgueil de sa peine,\nelle se sentit grandie.\n   Cette impression neuve fut si forte qu'elle n'en perdit jamais lesouvenir,\net, pendant longtemps, la sensation chaude de ce soir d'été où le parfum des\narbres feuillus lui arrivait à travers l'odeur suffocante du crêpe, s'était mêlée\nen elle à l'idée de la mort.\n\n                                       VI\n\n   A quelque temps de là, Jane demandait : « Mère, quand on est mort,\nest-ce qu'on ne revit plus jamais, dis? »\n   — Jamais, Jane.\n    Et Jane, devenue pensive, répétait : Jamais! en ouvrant démesurément\nle regard et la pensée pour tâcher d'embrasser de toute l'étendue de\nson imagination d'enfant, l'idée de ce « jamais plus » qu'elle ne pouvait\nconcevoir.\n    Cette idée de l'infini la frappa d'autant plus qu'elle ne la voyait à travers\naucun mirage de religion positive. Les croyants se consolent de la mort par\nla conviction qu'elle n'est qu'un déplacement de l'être; mais personne\n n'avait dit à Jane que les morts vont au ciel. Plus elle avançait dans la vie,\n plus le mystère l'obsédait d'inquiétudes inapaisées, la plongeait dans des\n contemplations sans fin. Quelque chose l'attirait vers ces vies pareilles à la\n sienne qui s'en allaient à la dérive pour l'éternité. Il lui arrivait, au passage\n d'un char funèbre, de s'arrêter à fixer la forme d'un corps allongé sous le\n drap, et, tandis que le convoi s'éloignait tête basse, en raccourci, dans la\n perspective perdue des rues, de se fouiller désespèrement la pensée dans\n l'espoir de trouver enfin la manifestation palpable, la formule positive de\n cette négation d'être, qui fait du néant avec des corps et des âmes, du néant\n avec de l'esprit de vie, d'amour et de création.\n     Ces premiers troubles nerveux, ces premières émotions dissonnantes lui lais­\n  sèrent l'impression vaguement douloureuse d'un accord sans résolution. Une\n  pénombre de mélancolie descendit sur ses illusions mais sans en rien effacer;\n  car, jusque-là, cette nostalgie de la mort n'était encore qu'une de ces nos­\n  talgies d'amour dont on souffre à seize ans; elle n'avait rien eu de cruel\n  pour ce cœur qui cherchait dans la souffrance, un aliment à ses voluptés\n  passionnelles, quand, tout à coup, la mort était entrée comme un coin\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                   — 288 —\n\n  brutal dans sa vie, en arrachant tout. Jane éprouvait maintenant ce que\n c'est que cette mort et ce que c'est qu'une morte, emportée dans un\n cercueil lourd qui heurte les murailles. Il était là dans sa manifestation la\n plus matérielle, ce « jamais plus » qu'elle avait voulu connaître; pour se\n faire sensible et palpable, la mort lui prenait l'être le mieux aimé, celui dont\n la vie entière avait pénétré la sienne, et, cette fois, le tourment de l'inson­\n dable mystère renaissait à point pour exaspérer le mal atroce de cet arra­\n chement.\n    Son immense charité, sa compassion poignante pour ceux qui cessent\n d'être et qui ne reviendront de nulle part, jamais, se détournèrent de la\n mort pour ne pleurer que cette morte et ne croyant pas au ciel et ne croyant\n plus à la terre après le départ de celle qui l'y avait tant de fois soutenue et\n consolée, elle ne sût où réfugier sa douleur affolée.\n   Tantôt, saisie d'un indéfinissable sentiment devant ce corps, elle s'y était\nsentie étrangère au point de ne pas même songer à l'embrasser ; il lui avait\nfallu sa raison pour se dire : « c'est elle »; tandis qu'elle s'approchait\ndu lit en appelant « Miette! », c'est d'autre part qu'elle attendait la réponse\nà son appel et son esprit cherchait éperdûment l'autre Miette, ailleurs.\n   Maintenant qu'on allait lui cacher, lui emporter Miette, voilà qu'un\nmouvement désespéré la raccrochait à la matière inanimée. Rendue folle\npar la pensée qu'elle ne pourrait plus même toucher ces restes glacés et que\ntout d'elle allait disparaître... à ce moment suprême où les mains se\ndénouent pour toujours, elle aurait voulu arrêter les heures, revenir en\narrière, recommencer sans cesse ces trois jours d'attente et de veillée,\nne songeant pas quel supplice ce serait de demeurer en contemplation\ndevant cette vie et ce corps éternellement figés, sourds à toutes ses paroles,\naveugles à tous ses regards.\n   Lorsqu'on revint du cimetière, elle pensa, désormais, l'avoir perdue\ndavantage.\n                                       VII\n\n   Le lendemain, la vie se rouvrait pour Jane, ainsi que tous les jours; elle\ncrut s'éveiller dans un cauchemar et ressentit un étrange sentiment\nd'angoisse, comme si son être moral était pris de vertige.\n   Elle regarda l'heure : neuf heures ! et se sentant brisée, se laissa tomber\nsur une chaise auprès de son lit.\n   — Quel jour?\n   Puis elle songea : aujourd'hui samedi... deux semaines à cette heure-\nci... Miette entrait dans ma chambre... j'étais à me coiffer.\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                 — 289 —\n\n    — Paresseuse, je viens te chercher ! Voilà des heures que je suis levée, moi,\n    — Alors tu vas bien?\n    — Pourquoi pas, quand il fait beau !\n    Le soleil, par les persiennes abaissées, faisait danser des rais de lumière\nbrûlante au plancher.\n    — Et fait-il chaud, Miette?\n    — S'il fait chaud? J'étouffe, s'écriait-elle en me montrant sa robe de toile\nde Vichy légère, d'un mouvement qui fit frémir les saxifrages de son\nchapeau.\n    — Tu n'en es que là? Frise vite tes chiens. Nous allons au marché aux\nfleurs, j'ai envie de roses. Dépêche-toi, dis! Je vais travailler à ta courte­\npointe en t'attendant... Eh bien! où est-elle?... Oh! quel ordre, Janneton!\n     — Miette, Miette, comme tu bavardes, lui disais-je ; tu vas te faire mal.\n     Elle répondait : — Oui, maman, d'un air moqueur et se mettait à tousser\nen riant aux éclats. Puis, redevenue sérieuse, au bout d'un silence elle\n reprenait d'une voix plus faible : Ça frise?\n     Au moment de sortir, comme elle se retournait pour me chuchoter\n quelque chose à l'oreille, mère lui criait en passant : — Bonjour Miette et,\n venant à elle : vous allez mieux? C'est de ce soleil-là qu'il vous faudrait\n toujours, n'est-ce pas?\n     — Oh! oui, toujours, répondait-elle en rosissant, un peu confuse de ce\n qu'on vint surprendre ses confidences de pensionnaire dans des crans de\n portes...\n     Et nous allions longtemps sous le soleil brûlant sans qu'elle en parût\n fatiguée.\n     En me ramenant jusqu'à l'avenue, elle ne cessait de répéter, alentissant\n  le pas pour prolonger la route : — A dimanche.\n      — Alors, à demain ?\n     — C'est juste, à demain, reprenait-elle en riant, et comme j'allais\n  l'embrasser : Veux-tu bien, en pleine rue, c'est bête !\n      Jane songea que le lendemain Miette était retombée si malade qu'elle\n   n'avait plus pu la revoir que de loin, d'une chambre à l'autre, et le regret\n   cuisant de ce baiser se mit à lui ronger le cœur.\n      Elle se leva, le visage brouillé de larmes, s'éloigna de quelques pas et,\n   cédant à un insurmontable accès nerveux, vint retomber auprès de son lit,\n   la figure dans ses draps, l'esprit traversé de cette exclamation désespérée :\n   Miette, Miette, oh! tous les baisers que je ne te donnerai plus !\n      Mais soudain la peur d'avoir crié coupa net ses sanglots. Elle se redressa,\n   les larmes brusquement taries dans son visage bouleversé, et resta pendant\n   quelques secondes, immobile, la tête tendue, à' écouter si l'on venait.\n                                                        HENRY     MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                         — 290 —\n\n\n\n\n                      FEM1NA\n\nToujours sorcière, ô femme, et rusée à l'appeau\nDes seins frais et des yeux attirants comme un phare,\nPrincesse que nul viol inéprouvé n'effare,\nCourtisane fardant d'amour sa grasse peau,\n\n\nSous le brocart du luxe ou l'ignoble oripeau\nTa chair terrible change en animaux immondes\nJusqu'aux enfants divins qu'espèrent les vieux mondes\nEt les mêle en riant aux porcs de ton troupeau.\n\n\nQue t'importe qu'ils aient sucé la mandragore\nSi leurs yeux méprisants ne proclament encore\nQu'ils ont lu dans tes yeux ta bestialité?\n\n\nQui ne démasque en toi la brute redoutable\nQui tend un groin goulu vers sa virilité,\nIra manger, Circé! la fange en ton étable.\n\n                                             IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                      291\n\n\n\n\n                  PROSES LYRIQUES\n                                       I\n          AU ROYAUME DE LA SÉRÉNITÉ DU MATIN\n\n               C'était en une province bien éloignée de ce monde tumultueux,\n                sur les rives d'une mer paisible et nacrée, sous un ciel d'un\n                lumineux et mol azur. Il y avait là, dans un jardin rempli\n                de verdures délicates et de fleurs multicolores, peuplé de\nbelles statues grecques à l'expression tranquillement énergique, — des\npalais ioniens où triomphait la splendeur des lignes, des portiques ornés de\nfresques polychromes, retraçant de diaphanes paysages qui ne font pas\npenser, — des sources toujours vives et jaillissantes, — des oiseaux aux\nplumages chatoyants et diaprés. Et, sans cesse, un sémillant et radieux\nsoleil, une température de nonchalance veloutée.\n   Au milieu de ces merveilleuses choses, deux adolescents, robustes, joyeux\net purs.\n    Longtemps ils jouirent du jardin, des palais, sans regrets, sans désirs\net ils ne se lassaient point d'admirer l'horizon irisé, les marbres impas­\nsibles et la flore éternellement printanière, car ils n'avaient aucune vanité.\n    Un jour, pourtant, que la jeune fille au regard si candide, au sourire\n étonné et naïf, folâtrait parmi les allées du parc enchanté, l'incarnat de ses\njoues languit, ses yeux immaculés s'humectèrent et il lui vint, tout d'un\n coup, une grande envie de pleurer, de pleurer sans savoir pourquoi.\n    Et, lui, surpris, inquiet et troublé en sa quiétude divine et un peu stupide :\n — « Qu'as-tu donc? tout est si nouveau, si gai, — viens, jouons ce matin\n encore, sur les pelouses!... »\n    — Oh! oui, répartit lentement l'enfant inattentive et rêveuse, — je suis\n très contente...\n    Mais, éclatant soudain :\n    — Comment veux-tu que je croie encore en Dieu, alors?\n\n                                        II\n                       BOUFFONNERIE SINISTRE\n  A l'angle d'un nauséabond carrefour populaire, par une visqueuse brume\nlondonienne, juché sur des tréteaux aux bariolures versicolores, ce triste et\nsérieux pître déclamait et hurlait.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                                 — 292 —\n\n   Il semblait accomplir une très dure et singulière pénitence, à lui-même\npar lui-même imposée, en expiation d'un peut-être inexplicable attentat,\nquelque offense trop subtile pour les balances frauduleuses et brutales de\nla Justice humaine.\n   Parfois, il entonnait d'immémoriales et plaintives ballades, sur un mode\nsi lamentable et meurtri que son auditoire interlope de débardeurs et de\nmatelots se dispersait, silencieusement. — L'émotion que ces chants susci­\ntaient, l'importunait, sans doute, car alors, à un signe de sa main, un pri­\nmitif orchestre emplissait ses cuivres informes, d'un fracas discordant et\nsauvage; et pendant que ces musiciens barbares s'essoufflaient à quelque\nstridente et implacable valse, il se reposait, promenant la pâle nostalgie de\nses yeux vitreux parmi la multitude effervescente.\n   Mais, bientôt, sursautant et agitant frénétiquement un graisseux manu­\nscrit, il recommençait sa lecture et son organe insonore, éraillé, soudain\nmuait, se transformait en une adorable voix enfantine, tremblante, mono­\ntone tout à la fois et boudeuse, — une voix où sourdaient des rancunes et\nde timides reproches inexprimés.\n   — C'était le livre de l'Amour fastueusement morose, — le livre maussade\nd'un maniaque très opiniâtre, traînant avec ostensation sa démesurée et\nbruissante robe de deuil violette.\n   Sur la pourpre stagnante de ses rhapsodies, la tige douloureusement\ntendue, s'érigeaient des fleurs d'un terne et taciturne acier. Il y avait des\nodes aux rimes massives et spleenétiques, des vers fiévreux d'inavouables\nespérances, des hymnes et des épithalames dont le rhythme forcené tintait\ncomme le métal fêlé d'un cœur incrédule.\n   Et de chastes palinods, tout imprégnés de folle et délirante exaltation,\nà la gloire virginale d'authentiques Ophélias, — d'angéliques palinods que\nce baladin profanait de clins d'yeux équivoques et obscènes.\n   Mais repentant alors, le pauvre histrion s'humilie, implore un pardon\ninutile, — parodie ses angoisses et enfin, ricanant puissamment et triom­\nphalement, d'un fer rouge et ardent, il cautérise sa plaie saignante.\n\n                                     III\n\n                      TRANSSUBSTANTIATION\n   L'empereur rêve.\n   Le fade dégoût l'écœure des mets, — toujours aussi somptueux, — étalés\ndevant lui; de même l'excède son si incontesté Pouvoir, le murmure craintif\net adulateur de ses hôtes mercenaires...\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                 —   293   —\n\n\n    Insupportablement viagère et impuissante Toute-Puissance ! Accablante\nfélicité! A quoi bon vouloir désormais, puisque tout cède et plie? Ah! une\nrésistance à briser ; une vertu à acheter ; une dernière pureté à contaminer!\n   — Le monde est vide... Illusoires, mensongères et trop brèves les\nvoluptés, — et trop amers leurs lendemains. Oh ! détruire éperdûment, —\ndétruire !\n    Le sybarite auguste bâille et soupire ainsi désespérément après la feuille\nde rose qui écorchera ses chairs énervées. Il songe et aspire à il ne sait\nquelles joies complètes et meurtrières. — L'invincible Ennui l'enlace de ses\ntentacules molles et flasques.\n    Cependant son regard, lourd d'immuable Lassitude, s'arrête sur le pâle\nadolescent qui l'avoisine : — Félinement accoudé à son lit, — il triomphe,\nle frère trop aimé, de son impubère science, de sa maturité juvénile, lys\nartificiel, souillé et plus troublant de sa saveur criminelle. Ses beaux yeux\ncernés, sondeurs et qui frôlent, humides de langueur taciturne, mi-voilés\nde lentes paupières, répondent au vague coup d'œil impérial par un idolâtre\net malicieux sourire où une sourde volupté tremble.\n    Sous l'ample prétexte de l'éphèbe, s'imprécise la grâce éblouissante et\n fine de ses formes patriciennes, que les hanches souples et grêles féminisent\n encore. — Ses lèvres tentatrices s'offrent, — lascivement s'étirent ses bras\ncharmants et provocantes et câlines se tendent ses mains effilées vers\n l'Empereur morose.\n     La morne affliction de César, à ces signes, s'attendrit et se colore; une\n aurore se lève en son cœur, une aube de fraîches et neuves délices... Chairs\n transparentes et dorées; — chères étreintes de corps et d'âme; — plaisirs\n sacrilèges, mortels et purs; — yeux palpitants sous la tristesse des caresses\n et pourtant chastes ! Amour fraternel et candide que nul égoïsme n'effleure,\n Amour unique, — pervers et ingénu, savant et novice!...\n     Mais, — semblable à un reptile longtemps endormi et que la faim\n réveille, — en son esprit, soudain, la terrible pensée somnolente dénoue ses\n anneaux diaprés, rampe, dresse en sifflant et balance sa tête fascinatrice,\n — lui verse le venin subtil d'une vertigineuse suggestion... — Des regrets\n pleurent et intercèdent ; pourtant il se soumet, abdique, et pour vaincre se\n résigne à mourir.\n     A un ordre sommaire, son affranchi apporte une coupe pleine; Néron\n la saisit, considère un instant le liquide ténébreux et lustré, — la présente\n enfin, d'un seul geste, grave et doux, au jeune prince.\n     Docile et soumis, sans hésiter et d'un trait, Britannicus vide le cratère,\n — s'inanime et glisse au pied du lit, frêle et tout blanc dans la pourpre.\n                                                                     18\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                                  — 294 —\n\n   Les serviles convives s'effarent, chuchottent,à pas clandestins s'esquivent;\nles esclaves aussi désertent ce festin tragique .. Un silence d'exil tombe.\nLa lumière des torchères s'ensanglante ; le décor s'attriste d'ombre et\nblémit; dans l'air qu'épaississent de douloureux parfums, passe comme le\nvol blafard et circulaire d'obliques, de sombres et démentes pensées...\n   Néron s'attarde à contempler le cadavre déjà livide de son cher, cher\nBritannicus; une fugitive et sceptique satisfaction plisse sa bouche, mais\nquelque importune idée surgissant, son visage se contracte, n'exprime plus\nqu'un dépit boudeur. Il hausse, imperceptiblement, les épaules, se détourne,\n — clôt ses yeux fatigués et déçus...\n   L'Empereur rêve.\n                                                      ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n      LETTRES DE MON COTTAGE\n                                       V\n\n               Le Sussex, comme la Chine, est un pays charmant qui doit\n                 me plaire assurément, mais il a trop de moutons — oui,\n                 décidément, il a trop de moutons, et j'en bêle. Si l'on se\n                 promène ici, l'on voit bien quelques bœufs superbes ruminant\n avec placidité dans le calme de merveilleux pâturages, mais ils ne sont\n là que pour l'effet décoratif; on ne les mange pas; en revanche, les brebis,\n les moutons, et les chèvres à la barbe champalisante, envahissent les vergers,\n les prairies et même les jardins privés. Ces timides créatures sont extraor­\n dinairement blanches et grasses; les moutons semblent avoir peine à se\n tenir sur leurs pattes grêles et n'y restent d'ailleurs pas longtemps. On les\n abat aussitôt qu'ils ont la capacité nécessaire, et on les sert à table sous\n forme de chops, qui veut dire : petites côtelettes, et de cutlets, qui signifie\n côtelettes sérieuses. C'est très bon le premier jour; le deuxième, on y\n  ajoute de la sauce anglaise (Lea and Perrin's) pour changer; le troisième,\n  un peu de curry ne fait pas mal comme transformation, et le quatrième\n  on a envie de flanquer des giffles à la cuisinière.\n     Alors, elle vous sert une côte de brebis.\n     Alors, elle vous sert un gigot d'agneau.\n     Alors, elle vous sert des rognons de mouton.\n     Et, chose curieuse, vous avez toujours envie de lui flanquer des giffles.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                    — 295 —\n\n\n    Cette orgie de mouton donne certes des douceurs ; on a le rêve de brouter\net de lire les œuvres complètes de Mme Des Houlières, qui n'a jamais cepen­\ndant, vu moutons pareils ; mais le moindre petit rôti de bœuf ferait si bien\ndans le menu!\n    J'ai été détourné de ces préoccupations matérielles par El Mogreb al\nAksa, nom barbare qui doit vouloir dire — mais je n'en suis pas sûr : Une\nambassade belge au Maroc. On a beau être dans le Sussex, ces choses-là\nfont plaisir, après le mouton. Cet excellent Sir Edm. P. Esq. sera donc\ntoujours le même instrumentiste-symboliste-philosophique! Persuadé que\n nous devons savoir ce que c'est que des djillabas, il transforme avec une\n incomparable virtuosité sa serviette d'avocat (simple peau de chagrin) en\n portefeuille de pur cuir marocain qui lui servira peut-être un jour au minis­\n tère., de la marine. A distance, de tels cas pathologiques ont autant de\n drôlerie qu'un événement rare. C'est ainsi que le Sussex possède en ce\n moment un exemplaire de l'Anthologie des Prosateurs belges qui, lui\n aussi, fait ma joie.\n     J'admire très sincèrement la plupart des écrivains qui font groupe en ce\n livre, autour de M. Mockel, dont la valeur a devancé de beaucoup le nombre\n des années, dans son livre « tumultueux » (sic), mais j'admire bien davan­\n tage la sérénité du caractère belge !\n     Dans le pays pacifique où s'abrite modestement mon cottage, je ne sais\n  pas trop si John Grandgagnage aurait aimé qu'on dît de lui : « Ses œuvres\n  « n'ont ni l'invention abondante, ni l'ironie sanglante, et surtout se\n  « délaient dans une prolixité qui a parfois des apparences de bavardage. »\n     J'ignore si Mr. Anthony Wiertz (Esq.) eût trouvé divertissante cette épi­\n  taphe :\n      « Il a été un tourmenté, un affolé après le génie qu'il n'avait pas. »\n      Enfin, pour ne pas trop allonger mes citations, je me demande comment\n  il faut concilier ces deux bouts de notice :\n        GUSTAVE F R É D É R I X :               L É O N DOMMARTIN :\n   « Un des rares en ce pays, M. Fré­ « Leseul, il rehausse d'une pointe\n dérix a conservé dans le journalisme d'art l'article de journal » p. 232.\n des préoccupations d'écrivain      »\n p . 202.\n    Mais je ne sais si la Jeune Belgique, dont je ne suis momentanément que\n le directeur honoraire, a l'intention de relever ces articles de maroquinerie,\n et je reviens, hélas ! à mes moutons ! mutton chops.'\n                                                         MAX W A L L E R .\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                 -    296   -\n\n\n\n\n           HENRI DE BRAEKELEER\n              I1 y a quelques jours on enterrait, à Anvers, l'Anversois\n                De Braekeleer, sans cette affluence, sans cette pompe indi­\n                quant chez une ville le culte des enfants qui lui font le plus\n                d'honneur. Derrière le corbillard à peine une centaine\nd'artistes, des Bruxellois pour la plupart.\n   La mort de De Braekeleer n'avait ému que peu de personnes dans sa\nville natale. Beaucoup le croyaient enterré depuis longtemps. Pour d'autres\nil avait toujours été inexistant.\n   Je me rappelle certain dîner auquel j'assistai, il y a trois ans, à Anvers et\nle scandale ou l'ahurissement que je provoquai, au dessert, lorsque, la con­\nversation roulant sur les derniers bons et vrais peintres de la patrie de\nRubens, je me risquai à faire l'éloge de Jan Stobbaerts et de Henri De Brae­\nkeleer.\n   A peine eus-je prononcé les noms de ces savoureux et solides coloristes,\nque tous les regards des convives semblèrent me demander s'ils devaient en\ncroire leurs oreilles, et si c'était bien De Braekeleer et Stobbaerts que je\nvenais d'exalter. Proh pudor! Ma sincère profession de foi artistique deve­\nnait, en pareil milieu, défi intempestif et incendiaire; elle tombait, là, comme\nun caillou dans une grenouillère, dérangeant dans leurs habitudes admira-\ntives, dans leurs idées reçues, dans leurs préjugés, une partie de cette gent\ncoassante, routinière, encombrante, bedonnante, qu'on appelle la bonne\nsociété.\n   Je ne me trouvais pas, tant s'en faut, chez un ignorant. Mon amphitryon\npouvait passer pour un garçon instruit, lettré, ayant de la lecture et du\ngoût. Mais lui-même me parut décontenancé par l'imprévu de mon credo\nartistique ; et, pour refroidir mon enthousiasme, avec un fin sourire de\nsceptique et d'homme du monde, il laissa tomber négligemment cette défi­\nnition des deux maîtres : « Stobbaerts : un boucher ! De Braekeleer : un\nfou ! »\n   Après ce verdict sagace, je crus ne plus devoir insister. Ces deux épithètes\ndédaigneuses m'ouvraient des horizons infinis, des abîmes vertigineux de\n publicanisme. Et ce fut à mon tour de demeurer pétrifié. Peinture canaille,\n pour ne pas dire crapuleuse; peinture excentrique, peinture de monomane !\n Voilà ce que l'art de Stobbaerts et de De Braekeleer évoquait à ces augures.\n    Aussi, Stobbaerts, fatigué de l'atmosphère d'apathie, de mépris, de\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                  — 297 —\n\nmalveillance qui l'entourait dans son aimable berceau, s'est réfugié à\nBruxelles, à l'exemple de Jef Lambeaux et de plus d'un autre artiste de leur\ntrempe.\n    De Braekeleer, lui, n'a pas eu le temps de changer d'air, de se soustraire\nà ces miasmes débilitants suspendus depuis nombre d'années sur les bords\nde l'Escaut et y causant d'autres ravages que la fièvre paludéenne, dite\ndes Polders.\n     C'est cette malaria anversoise qui a tué De Braekeleer.\n     On a beau s'isoler dans ce que le poète appelle la « tour d'ivoire », se cal­\nfeutrer chez soi, empêcher que les échos de la bêtise et de la méchanceté\nambiantes se répercutent dans votre ermitage et troublent votre fier et\npersonnel labeur, les effluves délétères défient vos précautions. Impossible\nde vous soustraire complètement aux pernicieuses influences. Et un jour\nvient où, dans la lutte acharnée contre les médiocres, les intrigants, les\n officiels, vibrions académiques ou mondains, magistrats magistralement\n bornés, cuistres de toute couleur et de toute provenance, si votre pensée et\n votre art triomphent et éclatent malgré les malveillants, c'est au prix de\n la santé et de la vie.\n     Et leur consolation à ces rapaces, c'est qu'au moins vos yeux fermés\n n'auront pas vu se lever votre gloire, soleil trop longtemps boudeur, dans\n l'empyrée des maîtres-peintres !\n     Les journaux ont raconté que le modeste convoi funèbre de De Braeke­\n leer croisa un bruyant et tumultueux cortège de rapins faisant escorte à un\n primus ou lauréat de l'Académie. Le cercueil du grand coloriste passa\n  devant les façades pavoisées, sous les fenêtres garnies de lampions et de\n  transparents pour l'illumination du soir; les aubades étouffant à peine\n  leurs fanfares insolentes et tapageuses à l'approche de la procession\n  funèbre. L'épicier du coin, la verdurière d'en face, les baes des nombreux\n  cabarets du quartier, tous les voisins s'étaient cotisés pour faire honneur au\n  jeune vainqueur d'un concours académique. Car la gloire de ce prodige\n  rejaillit sur les riverains !\n      Braves gens, leur orgueil part d'un bon naturel! L'ancienne renommée\n  artistique de leur ville continue de les enflammer d'un bel enthousiasme à\n  certaines manifestations locales. Le seul nom de primus les plonge dans un\n  ravissement béat. Ils ont foi dans l'étiquette officielle. Cela ne les empê­\n  chera pas d'acclamer l'année suivante de nouveaux lauréats et d'oublier\n   jusqu'au nom du vainqueur d'antan.\n      Et il est fort probable que ces fanatiques, prêts à dételer les chevaux de\n   la voiture d'un primus revenant de la distribution solennelle des prix,\n   n'auront jamais entendu parler de De Braekeleer.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                                  -   298   -\n\n   Les mœurs artistiques des Anversois contemporains se résument dans\nce rapprochement.\n   Chez eux l'amour de l'art est devenu routine, manie, engouement,\ntradition.\n   Il leur faut des dieux, des idoles, mais ils manquent de vraie religion et\nde ferveur. Ils admirent le succès et leurs encensoirs ne brûlent que devant\nles gloires dûment consacrées.\n   Ainsi, ils n'aiment pas la musique, pour elle-même, mais pour ceux qui\nla composent ou la font exécuter.\n   Leurs grands festivals ne sont à proprement parler que l'apothéose de\nl'un ou l'autre musicien, tantôt Gounod, tantôt Liszt, tantôt Verdi.\n   Du moment que ces personnages consentent à monter au pupitre et à\nconduire eux-mêmes l'exécution, les Anversois se fondent en extases, se\npâment, trépignent, crient au chef-d'œuvre. Leur idée de l'art se ravale à\nune question de mise en scène, de décor, de parade, de tape-1'œil. Si\nMangin avait composé de la musique, Mangin fût devenu leur musicien\nfavori.\n   Et s'ils ont accueilli Benoît, c'est moins à cause de l'envergure et de la\nréelle splendeur de ses oratorios que parce que la pompe et l'ordonnance\nun peu théâtrale de ses exécutions, l'ostentation de son orchestre, le\ndéploiement inusité de ses' masses chorales, le milieu impressionnant où\nces exécutions se produisaient, sans oublier la personnalité fort décorative\ndu compositeur dirigeant, flattaient leur inclination au faste extérieur,\nleur américanisme, leur partialité pour les dehors, les gros effets, pour ce\nqui piaffe et ce qui ronfle.\n   Pays par excellence des plastiques cavalcades, il n'est pas étonnant\nque tout leur art, du moins l'art qu'ils patronent, revête des allures cabo­\ntines et grandiloquentes plutôt que sereines et grandioses.\n   Dans ces conditions, on conçoit le peu de cas que ces parvenus d'art et\nde finances, ces suffètres confits dans leur importance, faisaient de Henri\nDe Braekeleer. Il dérangeait leur digestion et troublait leur grossière\nesthétique. Cet art intimiste, épris de clair-obscur, de tranquillité, de doux\nintérieurs ménagers et laborieux, cet art claustral contrariait leur amour\nde la ferblanterie et du clinquant.\n   A une époque où tout tendait à se transformer autour de lui, et les rues,\net la société, et les mœurs, en présence de cet envahissement cosmopolite\nqui n'a pas peu contribué à introduire dans l'Anvers d'aujourd'hui ce besoin\nd'épate, de jouissance immédiate, de bonheur improvisé, que déplorent les\nesprits aristocratiques (tant les patriciens de race que les patriciens d'intel-\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                                  — 299 —\n\nligence), il se confinait religieusement dans les derniers coins d'originalité\nde la grande ville. Anversois, il le demeurait profondément, un Anversois\nde vieille roche. Répugnant à flatter le caravansérail nouveau, s'attachant,\ncomme à des reliques, aux vestiges du passé. De là l'éloquence de ses\ntableaux.\n     On a affecté de ne voir en lui qu'un ouvrier merveilleux possédant la\npatte et l'œil des grands flamands. On l'a comparé, et non sans raison, à\n Van der Meer de Delft pour ses couleurs harmonieuses et chaudes, pour\n l'admirable pulvérin d'or dansant dans les mystérieuses pénombres de ses\n toiles, pour son étonnant instinct de coloriste faisant chanter avec tant\n de suggestive émotion la gamme des caressantes couleurs. Nul, mieux que\n lui ne s'entend à entretenir la morbidesse délicieuse d'un ton opulent et\n royal qui se dégrade en d'exquises nuances, à provoquer de nerveux et\n claironnants contrastes entre les couleurs d'apparence hostiles, à rem­\n  placer leur corps à corps homicide par un sapide baiser. Mais il y avait\n  autre chose chez ce sublime tritureur et broyeur de grasses pâtes. Quant\n  à moi j'ai été requis, dès la première vision de ses toiles, par la poésie\n  profondément humaine, quasi évangélique, que dégagent ces prétendues\n  réussites de couleurs.\n      Il y a chez De Braekeleer non seulement le beau coup de pinceau de\n  Van der Meer, mais la profonde sollicitude pour les petits, pour leurs\n   vies précaires et cachées, souffrantes ou résignées, qui a caractérisé toute\n   l'école hollandaise, à commencer par Rembrandt.\n      J'accorde qu'il met plus de discrétion dans ses préférences, et qu'il recule\n   devant les misères trop cruelles et trop grimaçantes. Ses gens de peu sont\n   d'honnêtes gens et de saines gens. Il laissera à des pinceaux plus orageux\n   et plus tragiques le soin de peindre les maladreries, les bagnes, les charniers\n    et les gehennes de l'humanité, lui s'attachera aux conditions plus normales,\n    aux êtres qui peinent et qui vivotent sans impatience, sans convulsions,\n    sans révolte. Intérieurs de savants déchiffrant un livre rare ou étudiant la\n    mappemonde, cabarets flamands aux heures d'accalmie, lorsque les pipes\n    en terre reposent dans le ratelier, que les pompes du comptoir ont cessé de\n    gémir, et que la bazine assise au coin du feu a le temps de ravauder les\n     bas de son homme.\n        Ou bien il raconte une chambre de ferme, le vieux paysan donnant des\n     conseils à un jeune gars, son fils, campé, mains en poches, devant lui; un\n     fumeur jouissant des bouffées bleues de sa pipe; un blond adolescent, arra­\n     chant à un cor de chasse, dans le recueillement frileux et presque gothique\n     d'une chambre tapissée de lourdes étoffes, quelques sons éclatants et farauds,\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                                      — 300 —\n\n  et savourant cette musique, en écolier mordant dans une pomme verte.\n     Un jardinet étroit, borné par de hautes murailles garnies de lierre; une\n  mansarde de débarras où le beau désordre de la friperie parle des mobiliers\n  abolis, un pauvre atelier d'artiste, où le peu de lumière s'accroche si brillant\n  aux objets; siestes et veillées chez d'obscurs chambrelans; petits vieux\n  et petites vieilles oubliés dans leur coin de bonheur; métiers sédentaires, etc.\n  De Braekeleer choie ce monde, le traite avec des soins d'antiquaire mettant\n  en valeur les pièces rares de sa collection.\n     Il n'a pas seulement eu de la bonté pour les êtres, il en prodiguait aux\n  choses de leur entourage. Il prisait la physionomie mélancolique d'un\n  mur, l'attitude réfléchie d'un vieux meuble, la sérénité et le sourire avenant\n  et hospitalier d'un manteau de cheminée, le regard voilé de larmes d'une\n  petite fenêtre à carreaux glauques; l'air grave et solennel d'un atlas dressé\n sur un lutrin. Il peint le silence, le calme, il confesse les existences mono­\n tones et peu compliquées. Le cœur des êtres qu'il nous montre tient de\n ces bonnes horloges à rouages primitifs, dont il semble qu'on entende le\n tic-tac régulier et obsédant dans le coin de ses toiles. Ce bruit, ce murmure\n perçu dans ses tableaux, ne sont là que pour en faire valoir la quiétude (1).\n    Comme on s'explique, en voyant ces pages vibrantes imprégnées de\n tant de tendresse, si doucement expansives et si pleines de confidences tout\n en étant sobres de démonstrations, que le succès ne soit pas allé de son\n vivant à ce farouche! Comme on comprend les dédains du vulgaire, du\n gros parvenu, et cette sorte de persécution sourde, cette guerre à coups de\nréticences et de dénigrements de la part des bons confreres et des amateurs\n moutonniers; les uns froissés dans leurs recettes, dans leurs formules,\nles autres tremblant pour la belle symétrie et l'ordre bureaucratique de\nleurs admirations :\n    — Repassez un autre jour, mon bonhomme, tous mes casiers sont occupés\npour le moment, je n'ai aucune opinion vacante...\n    Du moins faut-il leur rendre cette justice qu'à sa mort, odieux, mais\nlogiques et sincères, ils n'ont feint ni regrets ni enthousiasme.\n    C'est égal, à présent, de quelque côté que nous nous tournions, à Anvers,\nnous cherchons un peintre, un vrai peintre capable de nous communiquer\nce frisson des intérieurs de De Braekeleer.\n    Depuis longtemps ceux qui promettaient à leurs débuts ont sacrifié au\ngoût déplorable de funestes Mécènes. Les nouveaux venus accusent les\nroueries, les prudences et les habiletés des vieux compères. Comme s'il ne\n\n (1) Je ne connais que Mellery qui le vaille comme intimiste.   G. E.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                    — 301 —\n\nsuffisait pas de la prépondérance des Verlat, des Lamorinière, des Van\nLuppen, de la lymphe d'un De Keyser opposée au sang d'un baron Leys,\nvoilà qu'ils se prostituent aujourd'hui aux Cap, aux Boks, aux Col. C'est\ncomplet.\n    La fondation de l'Institut des Beaux-Arts coïncide avec le crépuscule\nirrémédiable de l'Ecole d'Anvers. Si quelque chose est fait pour accélérer\ncette décrépitude, c'est bien cet Institut d'organisme sénile. Peu à peu les\n dernières exceptions disparaissent.' Il ne restera bientôt là-bas que d'écœu­\n rants farceurs. Quand on attaquait Anvers on pouvait au moins opposer\n De Braekeleer au flot montant des méchants peintres.\n    A présent c'est fini\n    Et il n'y a plus, au bord du grand fleuve, sublime inspirateur de colo­\n ristes, qu'une grande ville de commerce. Quelque chose comme un\n admirable modèle sans emploi.\n                                                           GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                            I\n Guide descriptif illustré de la côte de Flandre et des plages de la mer du Nord, par\n  JEAN D'ARDENNE. 106 dessins d'après nature, par HENRY CASSIERS. Carte du littoral et\n   trois plans de villes.— Un beau vol. de 421 pages cartonné. Bruxelles, Mertens. Prix :\n   6 francs.\n\n                Désirez-vous voir Jean d'Ardenne, allez trouver son directeur à\n                 la Chronique ; M. Victor Hallaux vous répondra invariable­\n                 ment : — Je ne sais pas où il est, peut-être à Bayreuth,\n                  peut-être à Ixelles, à moins qu'il ne soit dans les Pyrénées,\n  et le spirituel bonhomme de la Hesbaye lancera quelques épithètes soignées\n  contre les rédacteurs qui vagabondent et font tout, sauf rédiger !\n      De loin en loin, on aperçoit Dommartin, brillant causeur, vous regar­\n  dant d'un œil malicieux avec un petit geste de la tête sur le côté ; s'il a sa\n  chemise de flanelle, c'est signe de fugue, vous pouvez hardiment lui sou­\n  haiter bon voyage ; Jean d'Ardenne s'en va en sifflotant la ballade de Beck­\n   messer... Où écrit-il ses chroniques, où élabore-t-il ses livres? Demandez\n  aux tables d'auberges, aux Braiiereien de Munich, aux flots de la Meuse,\n   au palais des Médicis, ne le demandez à personne.\n      Et le style de Léon Dommartin vagabonde comme lui; c'est tantôt\n   l'expression musicale des paysages mélancoliques qui se déroulent à ses\n   yeux, tantôt le pizzicato des réflexions plaisantes qui éclate dans la phrase\n   par quelque mot drôle, gamin, argotique même; quelquefois de vraie litté­\n   rature dérubannée en belle harmonie descriptive, quelquefois de la simple\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                   — 302 —\n\n\n chronique pleine d'humour, mais de la chronique, de l'article-journal qui\n pirouette sur un rien, une enseigne cocasse, un pourboire trop élevé, une\n réflexion de bonne femme.\n    Jean d'Ardenne qui pleure et Jean d'Ardenne qui rit, mais on ne voit pas\n toujours le point où le contemplatif va se dérider, ni le moment où le rieur\n se fait grave, si bien que l'ensemble de ce qu'écrit ce bohême artiste a un\n bizarre détraquement qui fait son originalité.\n    Après les Notes d'un vagabond, que cet autre vagabond, le suprême\n artiste Félicien Rops, avait paraphé d'une admirable griffe, voici la Côte\n de Flandre piquée des jolis croquis de Cassiers.\n    Un guide, mon Dieu oui, un guide dans lequel se trouvent les heures des\n trains et les prix des hôtels, le service des postes et la longueur exacte des\n routes, un guide un peu plus discrètement cartonné que les Baedeker ; mais\n un livre aussi, un livre de littérature pittoresque et variée avec lequel on\n peut faire le voyage sans alpenstock, sans guêtres ni souliers à clous, en\n restant chez soi dans son fauteuil.\n    Lorsqu'il décrit, Dommartin n'a certes pas l'ampleur imagée et sympho­\n nique de Lemonnier, mais il a peut-être plus d'émotion et, sans nul doute,\n plus de simplicité. Il rend avec moins d'ampleur, mais il sent avec plus de\ngrâce.\n    Est-il à Bruges, ses fonctions de guide l'abandonnent d'abord, et il muse.\n « Il faut, dit-il, errer tranquillement, flâner à l'aise, pour sentir peu à\n « peu s'emparer de votre être un charme inexprimable, fait également de\n « mélancolie et de gaieté : — la mélancolie d'un passé dont les témoins\n « restés debout, racontent la splendeur comme les tombeaux disent la\n « gloire des morts, — la gaieté du ciel, de l'ineffable lumière épandue, des\n « eaux miroitantes, des verdures étalées. Car la nature vivace joue ici un\n « rôle merveilleux; l'antique poème des pierres s'en trouve éternellement\n « rajeuni et il se produit une délicieuse intimité entre les vieilles architec­\n   tures, la clarté si mollement vibrante des ciels brugeois, le miroir des\n« canaux, la verte parure que l'automne effeuille et que le printemps renou­\n   velle ».\n   A coup sûr, voilà des indications vagues qui ne satisferont point les exi­\ngences positives desanglais en rupturede home. Certes, ils apprendront avec\nplaisir, en feuilletant, que Notre-Dame a 72 mètres de long sur 50 de\nlarge, que l'ascension de la tour coûte un franc et les tableaux voilés\ncinquante centimes; mais ils ne verront pas — et je l'espère pour l'auteur\n— qu'ils ont entre les mains un livre qui écrase l'indicateur et l'anéantit.\n   La Côte de Flandre n'a pas été écrite pour les imbéciles, et pourtant\nelle leur sera précieuse. Il faut de l'habileté doublée d'art pour obtenir de\ntels résultats. Je ne chicanerai pas M. Dommartin sur le tout-en-rose au\ntravers duquel il voit notre pays. A cet infatigable touriste, à ce juif-errant\nnon circoncis, tout paraît superbe et confortable; la moindre petite plage\nbordée de six chaumières lui semble un lieu de délices, et, pour des raisons\nde famille qui ont quelque chose d'ingénuement touchant, il n'est pas loin\nde dire que Wenduyne pourrait bien, un jour, faire la concurrence à\nOstende ! C'est d'un excellent beau-fils.\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                     — 303 —\n\n   Pour suivre fidèlement l'itinéraire de Jean d'Ardenne, il ne faut donc pas\nêtre l'élégant clubman des grandes stations balnéaires, mais le marcheur\nintrépide, sans cesse épris de la nature marine; et celui-ci retrouvera sans\ndoute au cours de ses pérégrinations les beautés que M. Léon Dommartin a\ntranscrites en penseur et en poète.\n                                                             MAX W A L L E R .\n                                           II\n  De la protection des œuvres de la pensée, créations artistiques,   par VICTOR JANLET.\n                              Un vol. Bruxelles, Moens\n   Le volume concernant la protection des créations artistiques que\nM. Janlet vient de publier, se divise en douze chapitres, dont voici les\nsujets : I. Propriété intellectuelle. — Caractères généraux. II. Œuvres\nprotégées. III. Journaux et recueils périodiques. IV Ouvrages anonymes\net pseudonymes. V. Œuvres posthumes. VI. De la qualité d'auteur.\nVII. Preuve de cette qualité. VIII. Des divers auteurs. IX. De la colla­\nboration. X. Du droit de citation. XI. Durée du droit d'auteur. XII. De\nla propriété du nom.\n     L'ouvrage de M. Janlet est très juridique, c'est dire qu'il serre de près\n tous ces billets de caramel en prose qui sont les articles de la loi. Çà et là,\n M. Janlet se risque à les desserrer un peu, il y intercale alors des idées,\n des remarques personnelles intéressantes, mais trop écourtées. Son livre est\n  plutôt une annotation rapide du texte, une explication de la lettre, qu'un\n  développement de pensées autour de l'esprit de cette fameuse loi du\n  22 mars 1886, qui remplit consciencieusement son rôle de loi en édictant\n  quelques vérités sur lesquelles M. de la Palisse n'a même plus droit d'au­\n  teur et en embrouillant le sens des autres, afin de permettre aux avocats de\n  les controverser. Les avocats vont toujours par couple. Or, si la loi n'avait\n  pas deux sens, il y en a toujours un qui devrait se taire, ce qui est\n  contraire à l'ordre public.\n       M. Janlet me pardonnera ces réflexions attrapées au vol. Son ouvrage\n   est incontestablement utile et intéressant, surtout pour les écrivains,\n   auxquels il fixe les principes de droit positif qui régissent leur métier. Je\n   regrette seulement qu'un homme aussi compétent dans cette matière de la\n   propriété artistique n'ait pas songé ou pas voulu - par modestie, par res­\n   pect, que sais-je— éclairer un peu plus la magistrature chargée d'interpréter\n   la loi. Il laisse trop souvent aux tribunaux l'appréciation des circonstances\n   qui... que... dont.... etc. Il a peut-être eu peur, en l'éclairant trop, de\n    l'éblouir et qu'elle n'y vît plus du tout.\n       Pourtant, il tranche quelques questions importantes, et notamment celle\n    de savoir si un auteur peut interdire les citations de son œuvre faites dans\n    un but de critique, de polémique ou d'enseignement. Cette question a été\n     soulevée lors de l'annonce de {'Anthologie officielle des prosateurs.\n     M. Janlet la résout en faveur des auteurs, en se basant sur le principe\n     général de l'art. I er , qui dit que l'auteur d'une œuvre a seul le droit d'en\n     autoriser la reproduction.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                                     — 304 —\n\n        Il est vrai que l'art. 13 dit : LE DROIT D'AUTEUR n'exclut pas le\n    droit de faire des citations lorsqu'elles ont lieu dans un but de cri­\n    tique, etc.. Or, comme le droit d'auteur dont il est question ici n'est rien\n    autre que celui de l'art. I er , le gâchis peut recommencer et le caoutchouc de\n    l'interprétation a beau jeu. Je suis de l'avis de M. Janlet et je suis heureux\n   de lui voir, en cette matière, une opinion nette qui étaye la mienne. Mais,\n   constatant une fois de plus combien il est dangereux d'avoir une opinion en\n   matière juridique, me voilà tenté de retirer mon reproche de ci-dessus, ou\n   tout au moins de lui en demander pardon. Les parties les plus développées\n   et les plus personnelles du livre sont celles qui traitent de sujets de détails\n   non fixés par la loi et pour l'explication desquels l'auteur se base sur la\n   jurisprudence.\n        On y retrouve, à propos du droit de critique, la décision rendue dans\n   l'affaire de la Lily entre le peintre Van Beers et le critique d'art de la\n   Galette, d'où l'auteur tire le principe du droit très large accordé à la cri­\n   tique. Ajoutons qu'en cette matière, l'artiste qui se fâche par avoué parce\n   qu'on le critique, est toujours grotesque. Si l'esthétique est en jeu, les\n   tribunaux sont incompétents et les questions personnelles que peut faire\n   naître la critique tournée en polémique, sont d'une nature trop subtile pour\n  céder à un recurage au papier timbré.\n       Un point délicat est celui qui a trait à la propriété d'un titre; le titre\n  puisé dans l'âme de l'œuvre et qui en résume toute la physionomie psycho­\n  logique, participe de l'affection de l'auteur comme le nom de baptême\n  d'une personne aimée. Le titre est définitif et irrévocable comme l'œuvre\n  elle-même. En cas de coïncidence, et elles sont fréquentes, qui cèdera le\n  titre à l'autre? Qui en sera le véritable propriétaire? L'un et l'autre s'ils\n  l'ont découvert simultanément.\n       « Certains faits peuvent suffire, dit M. Janlet, pour démontrer la prise\n  de possession du titre : c'est notamment l'annonce de l'ouvrage dans des\n  prospectus ou dans les journaux, ou toute autre circonstance qui indique\n d'une manière non équivoque que l'écrivain a donné à son livre une déno­\n mination particulière. »\n      C'est parfait. Ce qui est moins parfait, c'est le paragraphe suivant :\n      « Cependant, il faudrait admettre que si un temps assez long s'était\n écoulé entre l'annonce de l'ouvrage et sa publication, l'auteur pourrait être\n considéré comme ayant abandonné au domaine public le titre qu'il voulait\n attacher à son œuvre. »\n      Voyez-vous cet auteur qui passerait son temps à inventer des titres pour\n le domaine public? !\n      Que, par la force des choses, on laisse tomber, dans ce domaine-là, le\nproduit matériel d'une œuvre et le droit de l'exploiter, cela se comprend ;\nmais déclarer que le titre, cette création intellectuelle, pourra, au bout de\nquelques années, changer d'auteur, ce n'est pas injuste ou illégal, c'est gro­\ntesque. Voyez-vous ce monsieur allant adopter le titre d'un autre aux\nenfants-trouvés?\n     Et pourtant cette absurdité, que consacrent de nombreuses décisions\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                  — 305 —\n\njuridiques, s'affirme dans ce principe de la prescription du titre par cin­\nquante années après le décès de l'auteur; de sorte que, dans quarante-six\nans, n'importe quel monsieur pourra déclarer qu'il est l'auteur de la\nLégende des Siècles, et les juges diront que c'est vrai !\n     J'admettrais fort bien, par contre, que l'on reconnût à deux auteurs\nla propriété d'un même titre, pourvu que l'hypothèse d'un plagiat fût\n écartée.\n     Ainsi, pour prendre nos exemples tout près d'ici, A Cœur perdu est le\n titre d'une nouvelle qui fut publiée en deux fois dans la Jeune Belgique.\n Le numéro qui en publiait la fin annonça que M. Péladan allait publier\n un nouveau volume de son éthopée sous ce titre : A Cœur perdu. Eh bien !\n si j'étais l'auteur de la nouvelle, je ne ferais aucune espèce de procès à\n M. Péladan et je reconnaîtrais fort sincèrement que nos deux titres en un\n seul nous appartiennent respectivement, parce que les œuvres qu'ils expri­\n ment sont d'essences absolument différentes et que les mots seuls font la\n similitude de leurs noms de baptême.\n      A ceux de nos confrères de lettres qui collaborent à des journaux quoti­\n  diens, je recommande incidemment un paragraphe intitulé : Droit du\n  directeur de refuser les articles, et un autre intitulé : Droit du directeur\n  de modifier les articles de ses collaborateurs. Il y en a un aussi qui parle\n  de l'indemnité due en cas de retrait d'emploi; étant donné les mœurs qui\n  règnent chez quelques-uns de nos petits canards, il n'est pas négligeable,\n  mais il m'éloigne un peu du point de vue littéraire où je me place.\n      Pour les écrivains du sexe d'en face, du joli sexe en bas bleus ou roses,\n  je souligne un passage relatif à la femme auteur mariée qui a pour premier\n  devoir de se mettre en règle avec l'autorité maritale.\n       Enfin, deux pages sont consacrées aux noms fictifs donnés aux person­\n  nages d'un drame ou d'un roman, et M. Janlet affirme la complète liberté\n  de l'auteur limitée seulement au principe de la considération d'autrui. Ici\n   encore, sa décision tourne très carrément en notre faveur contre cette\n   insupportable manie du public de chercher partout des romans à clef et de\n   croire bêtement à une sorte de photographie littéraire qui transporterait\n   d'une pièce les personnages de la vie dans le livre.\n       Malheureusement, ce paragraphe ne fait que toucher ce point très inté­\n   ressant qui aurait pu être développé, fouillé et flanqué d'exemples. Ici,\n   comme en beaucoup d'endroits, M. Janlet s'arrête au seuil de la vie litté­\n   raire, prend sa lorgnette, relève quelques points de vue, accorde un coup\n    d'œil au panorama et puis passe.\n       C'est dommage.\n       Tel quel, et dans les limites de son cadre, ce livre est une œuvre de valeur\n    tant par la forme que par le fond, car elle est écrite.\n                                                       HENRY     MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                                          — 306 —\n\n\n\n                                  MEMENTO\n   Pour paraître prochainement : Brigitte           Notre directeur, M. Max Waller, revenu\n Austin (mœurs campagnardes), de M. Max          d'Angleterre à Bruxelles, a subitement dis-\n Waller.                                         paru. Le bruit court qu'il aurait été victime\n                                                 d'un enlèvement à main armée, et qu'il\n                                                 serait actuellement sequestré. On com­\n   Les auteurs de l'Anthologie des Prosa­        prendra la réserve à laquelle nous sommes\nteurs belges ont célébré le baptême de leur      tenus. Nous ne cacherons cependant pas\nenfant par un banquet intime qui a eu lieu,      que nos soupçons se sont portés sur\nen plein vent, sur la route de Wavre, à          M. Paul Wauvermans.\nl'endroit exact où Grouchy perdit un de ses\néperons. Le siège de M. de Moreau, minis­\ntre de l'agriculture, est resté inoccupé.\n                                                   M. Fritz Ell vient d'achever une pièce en\nRenouvelant une ancienne et émotionnante\n                                                 deux actes tirée d'une nouvelle qui a été\ncoutume du moyen-âge, les convives\n                                                 couronnée au dernier concours de la Revue\navaient fleuri ce siège d'une superbe cou­\n                                                 Générale.\nronne de roses blanches.\n                                                   Titre : Madame Bukoff.\n   Au dessert M. Picard a bu à la presse et\nl'a remerciée, en termes émus, de l'accueil\nflatteur qu'elle a fait à l'Anthologie.\n   Puis les convives ont juré, sur une glace        L'abondance des matières nous oblige à\nà l'ananas, de continuer leur œuvre sans le      différer la publication de plusieurs proses\nsecours du gouvernement. La fête s'est ter­      lyriques de M. Arnold Goffin, du Retour\nminée par un feu d'artifice, tiré, derrière      de Jean Renaud de M. Jules Destrée, des\nun chou cabus, par M. Octave Maus.               Poèmes en prose de M. Maurice Desom­\n                                                 biaux et d'un article de M. Gilkin sur les\n                                                 Poèmes d'Edgar Poë, traduits par Sté­\n   On nous assure que les quatre antho-          phane Mallarmé,\nlogistes sont en instance auprès du gouver­\nnement— qui leur a payé 6,000 francs leur\nrossignol d'Arcadie — pour lui « coller »           ATTENTION ! L'articulet que nous avons\n500 exemplaires de leur délivre. 6,000 francs    publié au Memento dernier sous cette\n+ 2,500 francs = 8,500 francs. L'appétit         rubrique et dans lequel nous citions, entre\nvient en anthologiant !                          autres phrases, les trois suivantes :\n                                                    \" Pour peu qu'on ah fréquenté dans les\n                                                 milieux littéraires. \"\n                                                    « ... les ridicules majestueux ou caducs\n   M. Edmond Picard l'a échappé belle. Il        l'auraient trop facile. »\na failli obtenir le Prix du Roi avec son Pro        « Il est à craindre qu'elle ne servira\nArte. Inutile de dire que c'est par distrac­     guère... »\ntion que M. Picard avait envoyé un exem­            Cet articulet a donné lieu à un malen­\nplaire de son œuvre au jury chargé de            tendu.\ndécerner le prix. On sait que M. Picard est         Pour en préciser la portée et rendre à\nresté fidèle à ses théories de l'Art Libre, et   chacun ce qui lui appartient, nous décla­\nnous aurions mauvaise grâce à le rendre          rons que les trois phrases susdites ne sont\nresponsable d'un accès de somnambulisme          pas de M. E. L.\nlittéraire.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                         -   307     -\n\n  ALMANACH DE L'UNIVERSITÉ DE GAND. —\nLa cinquième année de l'Almanach de\n                                                  au public; L. Herbaut, régisseur ; Saracco,\n                                                  maître de ballet; Duchamps, régisseur du\nl'Université de Gand paraîtra au mois de          ballet; J. Cloetens, préposé à la location,\njanvier prochain. Tous les étudiants belges       contrôleur en chef; Maillard fils, percep­\net étrangers sont invités à y collaborer par      teur de l'abonnement; Lynen et Devis,\nl'envoi d'articles inédits, traitant des sujets   peintres-décorateurs.\npolitiques, historiques ou littéraires. Les          Grand opéra, traduction, opéra comique.\n manuscrits doivent être adressés avant le        — Artistes du chant : Ténors, MM. Engel,\n 10 novembre 1888, au secrétaire du Comité         Chevallier, Mauras, Gandubert, Nerval et\n de Publication, M. Paul Bergmans, rue             Boon; barytons, MM. Séguin, Renaud et\n Guinard, 18, Gand.                                Rouyer ; basses, MM. Vinche, Gardoni,\n                                                   Isnardon, Chappuis et Potter.\n                                                     M mes Caron et Melba, en représentation\n                                                   pendant toute la saison.\n   La nouvelle campagne de M. Antoine, le            Chanteuses, Mmes Landouzi, Cagniard,\ndirecteur du Théâtre-Libre de Paris, ne            Rocher, Ruelle, Angèle Legault, Gandu­\ntardera pas h s'ouvrir. Si nous en croyons         bert, Walter et L. Maes.\nles journaux français, l'artiste hors pair qui\n                                                     Artistes de la danse : Danseurs, MM. Sa­\na créé le Baiser, Tout pour l'Honneur, la\n                                                   racco, Duchamp, Desmet et De Ridder ;\nFemme de Tabarin, la Puissance des\n                                                   danseuses, M mes Sarcy, Thérésa Magliani,\nTénèbres, Jacques Damour, etc , a, en car­\n                                                   Julia Longhi, Galvani et Zuccoli.\ntons, actuellement :\n    La Patrie en danger, des frères de Gon-\ncourt ; Riquet à la Houppe, de M.Théodore            La Revue wagnérienne, organe de la\n de Banville; la Mort du duc d'Enghien, de       secte wagnériste à Paris, est décédée après\n M. Léon Hennique ; les Résignés, de             trois ans et demi de combat, sous la direc­\n M. Henri Céard ; Pierrot candidat, de           tion de M. Edouard Dujardin.\n MM. Maxime Guy et Batail ; un Roi Lear,             Elle était née en février 1885.\n de MM. Adam, Griffin et G. Kahn; Yantis,            Comme le dit M. Ernst, un des esthèto­\n de M. Jean Lorrain ; Guite, de M. Ajalbert ;    graphes de Wagner : « Il plaît à la Revue\n l'Amante du Christ, de M. Darzens ; les         d'interrompre la publication de ces annales\n Revenants,     d'IIsen ; Ompdrailles,      de   qui furent, en quelque façon, les ACTES DES\n M. Léon Cladel, et peut être le Capitaine       APÔTRES de l'église wagnèrienne fran­\n Fracasse, de M. Emile Bergerat; puis des         çaise ».\n œuvres de MM. Catulle Mendès, Jean\n                                                     Cette phrase suffit à caractériser le\n  Richepin, Villiers de l'Isle-Adam, Oscar\n                                                  prêche dont la Revue wagnèrienne fut la\n  Métenier, Guy de Maupassant, Cam. Lemon­\n                                                  chaire.\n  nier, de Gramont, Champfleury, Porte­\n                                                     Au bord du panier qui va recueillir les\n  rions, Descaves, Brieux, Bas, Ancey,\n                                                  restes de cette pauvre Revue, MM. Bon­\n  Julien, Salandry, YAbbesse de Jouarre de\n                                                  nier, Chamberlain, Ernst, Godet, Weber et\n  M. Renan, et aussi une pièce de M. Emile\n                                                  de Wyzewa sont venus prononcer un ser­\n  Zola.\n                                                  mon suprême sur Wagner, le Wagné­\n                                                  risme... et la Revue wagnèrienne.\n    La direction du théâtre royal de la               Il plaît à M. Ernst de constater que l'art\n  Monnaie nous communique le tableau sui­ de Wagner en arrive à être admis de tout\n  vant du personnel pour la campagne 1888-         le monde. Il ajoute : ce J'imagine qu'un\n  1889 :                                           pareil succès doit suffire aux plus ambi­\n     Chefs de service : MM. J. Dupont, direc­      tieux, sinon aux plus difficiles ». Comme on\n  teur de l'orchestre ; L. Jehin et Ph. Flon,      le voit, il plaît à M. Ernst de ne pas se\n  chefs d'orchestre; Lapissida, directeur de       compromettre.\n  la scène ; Nerval, régisseur général parlant |       M. Chamberlain déclare que la chute de\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                         — 308 —\n\n Lohengrin à Paris est un grand bien, parce           Malheureusement, ils mettent un peu\n que la réussite de l'œuvre eût abouti à des       trop leur Saint-Esprit en tartines. A force\n représentations de Tristan et de la Tétra­        de promener de grands mots et de grands\n logie en langue française, ce qui eût été la      gestes autour des systèmes et des théories\n mort de toute réforme, selon l'esprit wag­        de Wagner, ils finissent par oublier que\n nérien.                                           l'auteur d'Opéra et Drame est aussi celui\n   Il s'oppose à la traduction des drames ;        de Parsifal. Si on les écoutait, faute de\n mais il déplore qu'on n'ait pas traduit ses      pouvoir aller à Bayreuth on n'entendrait\nécrits théoriques. Il n'existe, selon lui,        plus un accord de la Tétralogie. On rem­\naucun livre propre à donner une connais­          placerait, dans toutes les bibliothèques, les\nsance générale et en même temps précise           partitions par des Traités du Verbe, autre­\nde Wagner.                                        ment dit : grammaires, et l'esthétique\n   Toute importation de l'œuvre de Wagner         deviendrait de la syntaxe.\nen France est mauvaise. Il faut préparer              Or, ces gens-là, au début, c'est drôle\nles esprits par la lecture des écrits théori­     parce que cela fait rire, mais, à la longue,\nques et puis les envoyer à Bayreuth lors­         cela devient crispant.\nqu'ils seront aptes à voir, là, la réalisation        Tous ceux qui ont lu la Revue wagné­\nla plus parfaite de ce que Wagner a conçu.        rienne s'accordent à déclarer qu'elle con­\n   Celte théorie d'un esprit élevé est inté­      tient des choses intéressantes; on com­\nressante comme tous les paradoxes.                prend qu'elle soit née des discussions\n   M. Godet se demande si la croisade a           esthétiques qui s'élevèrent en masse autour\nabouti et se trouve bien près de déclarer         de l'œuvre de Wagner pendant ces der­\nque la Revue wagnérienne n'a servi à rien.        nières années, mais on comprend surtout\nCe qui a manqué, dit-il, c'est la notion du      qu'elle en meure.\nSACRÉ.                                               M. Dujardin et ses amis avaient un cer­\n    Il s'afflige de ce que tous les Wagné-       tain nombre de phrases à lâcher : ils les\n ristes aient «' gardé leur moi » dans les       ont lâchées. Ils ont passé un peu de leur\n efforts qu'ils faisaient pour expliquer l'œu­   vie à noircir trois tomes de papier : les\n vre du Maître.                                  voilà satisfaits. Cela n'empêchera pas ce\n    Au fond de ce... M. Godet, il y a une        qu'on nomme le Wagnérisme d'accomplir\n pensée excellente, mais qu'il exprime mal.      l'évolution fatale. Vouloir diriger cette\nM. Godet est un enthousiaste, même un            évolution artistique au moyen d'articles de\nfanatique qui déplore profondément qu'on         Revue et, pour ainsi dire, enseigner l'art\nait déposé autour de Wagner et de son            par l'algèbre, c'est une idée de protestant\nœuvre des théories à froid et « porté des        toqué.\njugements avant de s'être abandonné entiè­\nrement à la loyauté des émotions pro­\nfondes ».\n   Nous sommes absolument de son avis et            On annonce que la souscription ouverte\nc'est dans ce sens que nous avons pro­           par la Société des gens de lettres pour\nnoncé tantôt le mot prêche. 11 est probable l'érection d'une statue à Balzac, atteint dès\nque si M. Godet l'osait il rirait avec nous      maintenant un total de 14,000 francs.\nde quelques-uns de ses confrères prêcheurs          Quatorze mille francs ! pour une « statue\net, notamment, de M. Ernst, désignant la         de génie », c'est maigre. Il est vrai que\nRevue par le nom d'Acte des Apôtres.             Balzac a le temps d'attendre maintenant.\n   En général, ces apôtres en redingote,         Tandis que jadis, s'il avait eu seulement\nà sous-pieds nous font l'effet d'être de cette pelite statue-là, comme il se serait\nbraves garçons et leur désir de s'opposer à      empressé de la prendre tout de suite pour\nla vulgarisation partant à la déformation de     la porter au clou.\nl'œuvre de Wagner, part d'un bon cœur de            Les peuples ont de singulières façons de\nWagnériste.                                    | rendre service à leurs grands hommes.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                PARAITRA PROCHAINEMENT\n    NOTES SUR LA LITTÉRATURE MODERNE\n                              (DEUXIÈME SÉRIE)\n                   par F R A N C I S N A U T E T\n       Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  On souscrit dès à présent chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie,\nà Bruxelles.\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n\n                 6, R U E P A U L DEVAUX PRÈS LA BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDOJI,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n  cines, 16, à Paris; publie F I L L E D'EMPEREUR, par OLIVIER DES\n  ARMOISES. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs;\n  en vente partout.\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                ÉPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                          Baron J. de Warnimont .                    1             25\n                          Marquis Armand de St-Hubert .                  .   .   2 75\n                          R O S É E J E U N E BELGIQUE                           3 00\n                          Crême d'Ay         id.                                 3 50\n                          Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.         4 50\n                          Bouzy Cristal      id.                                 5 00\n                                      0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                 EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                          Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n     19,   B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                               EN         VENTE\n                                          A LA\n\n\n\nLIBRAIRIE LÉON VAN1ER\n                  19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n        ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                       Francs.\n                         P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E      .   .     7 50\nPaul ADAM                Soi                                                             3 50\n      —                  Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)           3 50\n      —          Les          Demoiselles Goubert.     —             —                  3 50\n      —                  Être                                                            3 50\nJean AJALBERT . . .      Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . .                3 00\nMaurice BARRES . . .     Les Taches d'encre (les 4 numéros)                              4 00\n       —                 Sous l'œil des Barbares                                         3 50\nRobert CAZE . . . .      La foire aux peintres                                           1 00\nPhilibert DELORME : .    Arlequins de Macadam                                            3 50\nEdouard DUJARDIN . .     Les Hantises                                                    3 50\nJ.-K. HUYSHANS . . .     Croquis parisiens (avec portrait)                               6 00\n       —                 Le Drageoir aux épices                                          5 .00\n       —                 Un Dilemme                                                      2 00\nGustave KAHN .       .   Les Palais nomades                           . . . .            3 50\nJules LAFORGUE . . .     Les Complaintes .                                               3 00\n       —                 L'Imitation de N. D. la Lune                                    2 00\n                         Moralités légendaires                                           6 00\nStéphane MALLARMÉ .      L'Après midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .                5 00\n       —                 Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET)                          12 00\n       —                 Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . .               25 00\nStuart MERRILL . . .     Les Gammes                                                      2 00\nJean MORÉAS . . . .      Les Syrtes (épuisé)                                   .        10 00\n       —                 Les Cantilènes . -                                              3 50\n       —                 Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) .           3 50\n       —                  Le Thé chez Miranda          —              —                  3 50\nFrancis POICTEVIN . .    Seuls                                                            3 50\nErnest RAYNAUD .         Le Signe                                     . . . .             1 00\nHugues REBELL . . .       Etourdissements                                                4 00\nHenri DE REGNIER . .     Les Lendemains (épuisé)                                          5 00\n       —                 Apaisement                                            .-         2 00\n       —                 Sites                                                            2 00\n       —                 Épisodes                                                        6 00\nPaul VERLAINE . . .      Fêtes galantes                                                   3 00\n       —                  Sagesse                                                         3 00\n       —                  Romances sans paroles                                           3 00\n       —                  La bonne Chanson                                                2 00\n       —                  Jadis et naguère                                   '.           3 00\n       —                  Amour                                                           3 00\n       —                  Mémoire d'un veuf (prose)                                       3 50\nJules VIDAL et BYL . .    Sœur Philomène (pièce en deux actes, tirée du roman\n                            de MM. de Goncourt)                                 .         1 00\nJules VIDAL . . . .       Le Jupon                         ,                              3 50\nFrancis VIELÉ-GRIFFIN.    Cueille d'Avril (épuisé)\n       —                  Les Cygnes                                                     3 50\n                          Ancaeus                                                        3 50\n\n\n                  Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1888-09-01", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 318."}}