{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "8 e ANNÉE. TOME VII, N° 10.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 354, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "8 e ANNÉE.      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PRIX : FR. 0-60.                                  5 OCTOBRE 1888.\n\n\n\n\n                                                   LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 354, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 222, "fin_caractere_exclue": 1809, "texte": "SOMMAIRE:\n  La mort de Miette Stephen (suite)                     . . . .                      HENRY MAUBEL.\n  Trois sonnets                                                                      ALBERT GIRAUD.\n  Le retour de Jean Renaud                                                           JULES DESTRÉE.\n  Vers                                         ~                                     ADOLPHE FRÈRES.\n\n  Poèmes en prose                                                                    MAURICE DESOMBIAUX.\n                                                                                     PUCK.\n  Chronique rimée                                               .       .       ..\n                                                                                     FIRMIN   GALOUBET.\n\n  Chronique littéraire                                                               IWAN GILKIN.\n  Chronique musicale                                                                 NOX.\n  Chronique théâtrale .        .     .    .    .    .       .       .       .        ALBERT GIRAUD.\n  Memento\n\n\n\n\n                                         \"BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                                   RÉDACTION :\n             26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                 j                       80 RUE BOSQUET, 60\n\n                                                   PARIS\n                                   L É O N V A N I E R , ÉDITEUR\n                                          iç, Quai Saint-Michel\n\n                                                    1888\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les nouveaux abonnés", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 580, "fin_caractere_exclue": 800, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. 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CHARLES GOSIER. Quel drôle de pseudonyme vous avez là ! Voulez-vous bien jeter\nça, et vite ! Quant à vos... vers Au temps des myrtilles, — pourquoi pas Au temps des\ncerises? — ils n'annoncent même pas de bonnes confitures. Ils fourmillent de fautes de\nfrançais, et ils sont ineptes. Exemple :\n                        Lorsque tu voyais au loin dos bosquets\n                        Où pendaient les fruits, ainsi qu'une mouche\n                        Tu t'enfuyais vite et tu te moquais\n                        De moi, mais avec ta charmante bouche.\n                        Alors tu mangeais, mais sans abuser,\n                        Et ta lèvre rose était adorable :\n                        Et moi j'essuyais par un doux baiser\n                        Le bleu qu'avait fait ce fruit désirable.\n\n   Comment faites vous pour mettre tant d'énormités en si peu de mots, Charley\nS'enfuir vite, et cette femme qui se moque de vous, mais avec sa bouche, et qui mange\nsans abuser, mais avec sa bouche aussi, sans doute, et le bleu que vous essuyez !! Allons ?\nessuyez encore le bleu que vous fera la boîte aux lettres !\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 318, "titre_corps": "La Mort de Miette Stephen (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "TROIS SONNETS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 356, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN\n                                  VIII\n -feS.\n\n                               Elle ressentit à ce moment une commotion\n                                morale qui ne se trahit que par un im­\n                                perceptible mouvement, bien qu'elle crut\n                                avoir sursauté de tout le corps. Son re­\n                                gard, seulement, s'agrandit et se fixa\n                                comme pour s'accrocher au bruit qui\n                                l'avait frappée. Puis elle se détendit de\n                                nouveau, retomba sur elle-même avec un\n                                geste de pitié ; le regard éteint se voila de\n                                larmes qui vinrent mouiller les cils en\n               glissant sous les paupières abaissées.\n                  Mais lorsqu'elle fut habillée et près de sortir, cette\n               sensation étrange de tout à l'heure se renouvela, et cette\n               fois elle ne s'y trompait plus : c'était bien le timbre de\n               la voix de Miette qui lui venait par éclats. Elle arracha sa\n               porte plus qu'elle ne l'ouvrit : une fin de phrase s'éteignait\n               dans la cage d'escalier et, n'entendant plus rien, penchée\n               par dessus la rampe, Jane vit sa mère qui montait :\n                  — Mère, qui était là? dit-elle d'une voix enfiévrée.\n                  — Là?\n— Oui, en bas ?\n— Personne.\n— On parlait !\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "                                  — 3 10 —\n\n\n  — Qu'as-tu? lui dit sa mère, saisie de cette voix qui tremblait et de ces\nyeux hagards.\n  Elle se sentit honteuse.\n  — Rien, dit-elle en détournant les yeux; puis elle ajouta, d'une voix\nradoucie et triste :\n  — Je vais chez Stephen.\n\n    Déjà, l'autre jour, Jane avait éprouvé une sensation analogue.\n    En sortant de la mortuaire, elle avait aperçu, à peu de distance devant\nelle, une jeune fille de la taille de Miette, vêtue à peu près des mêmes vête­\nments et, comme elle, marchant vite à pas heurtés d'une allure saccadée en\njouant avec un parasol à manche de buis. L'illusion était telle qu'elle avait\nanéanti toute réflexion. Jane s'était mise à courir pour rattraper Miette; au\nmoment où elle allait l'atteindre, la jeune fille avait amené le visage de\nprofil : l'illusion s'était évanouie.\n    Lorsque sa mère la regarda dans les yeux en lui disant : — Qu'as-tu?\ncette question brève et le ton dont elle était posée, la ramenèrent par un\ncoup brutal à la réalité. Elle sentit un voile de rêve se déchirer autour d'elle.\nElle se dit : Je deviens folle; elle s'impressionna violemment et eut peur de\nce qu'elle prenait pour des hallucinations et qui n'était, après tout, qu'un\nphénomène nerveux naturel dans l'état d'excitation où elle se trouvait.\n    De même, en effet, que notre œil garde l'empreinte d'un objet qu'il a\nlongtemps fixé, de même, trouvent leur place et s'incrustent, pour ainsi dire,\ndans notre imagination les êtres qui peuplent notre vie. Nous croyons vivre\npar nous-mêmes et ne vivons que par eux, objets des affections sans\nlesquelles nos cœurs s'atrophieraient. C'est eux qui font notre âme, notre\nêtre. Ils sont en nous bien plus qu'en dehors de nous et continueront à y\nvivre, même quand la mort matérielle les aura effacés de la terre.\n    Cinq ans de la vie de pension avaient liées Jane et Miette à l'âge où les\naffections sont le plus ardentes. Leurs goûts, leurs habitudes, leurs sym­\npathies et leurs antipathies, leurs idées, leurs manières de voir et de sentir,\n d'agir, de vivre enfin, les avaient tellement pénétrées l'une l'autre, que\nla dualité passée devait perdurer en l'une d'elles par la seule force de cette\n affection.\n    Dans la suite, Jane sentit tout cela, et qu'elle allait passer bien des jours\n et des jours à consommer cette séparation morale ; mais alors, elle tâcha\n d'en ralentir le cours et chercha un refuge dans cette vie posthume qui lui\n rendait, depuis ce matin de ressouvenance, sa Miette espiègle et sans-souci\n et il lui arriva des minutes d'oubli complet où elle remontait avec ce fan­\n tôme aux premiers temps jeunes et na'ifs de leur liaison.\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "                                  —    311   —\n\n\n   Les coups de sonnette, à l'heure de la venue habituelle de Miette, la fai­\nsaient tressaillir comme si elle l'attendait. Dans la rue, parmi la foule, au\nmouvement des carrefours, lui repassaient parfois encore ces visions des\npremiers jours, plus rares et fugitives et, à mesure que le temps en s'envolant\nl'éloignait davantage de Miette, Jane aidait à l'illusion dernière et s'efforçait\nde se tromper elle-même en se détournant de la réalité vers le passé.\n   Elle continuait à vivre comme jadis, arrangeant tout pour deux, sans\nvouloir toucher à ces menus objets que des amies laissent chaque jour l'une\nchez l'autre comme une promesse d'y revenir le lendemain et ne cessait de\ngarder une place dans sa vie pour Miette qui allait venir.\n\n\n                                       IX\n\n    Elle était sortie seule comme chaque fois qu'elles allaient passer des\njournées entières l'une chez l'autre. Sa mère craignait le renouvellement\ndes sensations douloureuses sur lesquelles des jours avaient passé et ne\nvoulait pas aider à sa faiblesse en la menant dans cette maison où le sou­\nvenir de la morte devenait plus tangible parmi toutes ces choses qui\navaient fait partie de sa vie. Mais, dans un pareil moment, que pouvaient\nfaire à Jane cette résistance passive, cette opposition tacite à son désir? Ne\ndevait-elle pas se sentir attirée vers la maison de Miette comme toujours\nvers les lieux qui s'animent au souvenir des choses et des êtres qu'on y a\naimés?\n    Elle allait comme une somnambule, car il y avait en ce moment chez elle\nune somnolence absolue de cette clarté intellectuelle qui fait voir et discerner.\nElle ne voyait rien autour d'elle; sa raison s'était affaissée. Sa volonté\nabattue cédait à l'invincible attirance qui l'hypnotisait. Toutes les forces\nvives de son être s'assemblaient en un point, convergeaient à un but sous\nl'influence d'un espoir? Non, d'un désir, d'un rêve d'impossible qui la\nhantait, qui la torturait : voir Miette, la revoir, rien qu'une fois. Et à\nmesure qu'elle approchait, à mesure que le tracé de la route courait devant\nelle plus net et plus rapide, elle guettait le dernier coin de rue, le toit, la\nfaçade, la fenêtre de Miette et le petit magasin de lingeries tapissé de bleu\nqui lui faisait face avec une enseigne qu'elle savait par cœur à force de l'avoir\népelée pendant des heures de bavardage, coude à coude, à cette fenêtre.\nSous l'influence de cette excitation, se réveillait en elle un vivant passé.\nPuisque rien n'avait changé autour de cette maison; puisque les visages\nde choses et d'êtres s'animaient comme d'autres jours à son approche\net semblaient la reconnaître ; puisque le chemin était encore le même et\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "                                      3l2\n\n\npuisqu'elle y repassait comme alors, presque joyeuse maintenant d'une joie\nqu'elle ne comprenait pas, pourquoi, là-bas, le même geste, le même regard,\nle même sourire ne l'accueilleraient-ils plus? Tout cela n'était-il pas un mau­\nvais songe dont elle allait sortir ? Elle éprouvait cette sensation diffuse d'un\nréveil où l'on croit encore au cauchemar; elle y croyait en subissant on ne\nsait quel faux et cruel pressentiment de bonheur. Elle marchait vite, serrait\nle pas.\n   D'ordinaire, Miette, un coin de rideau soulevé par dessus l'épaule, la\nguettait à la vitre et dès qu'elle l'apercevait, dégringolait lui ouvrir. Avant\nque Jane eût eu le temps de sonner, la porte s'écartait mystérieusement\ndevant elle et il y avait un bon baiser d'amie qui l'attendait dans le cran.\n   Jane arriva devant la maison ; mais son regard ne chercha point d'autre\nregard aux fenêtres, dont tous les stores étaient baissés. Elle connaissait\nbien cette maison vide et froide des jours funèbres ; ce n'était plus la maison\nde Miette. Elle ne leva pas même les yeux, sachant que personne ne l'atten­\ndait là et qu'il lui faudrait sonner à la porte maintenant comme une étran­\ngère. Elle avait traversé la rue d'une allure plus lente comme quelqu'un qui\ncherche ou qui attend quelqu'un ; elle continuait d'aller vers Miette, vers\nson sourire, vers son baiser; elle allait, le regard vaguant en avant d'elle,\nà travers la foule de midi et, se sentant bien seule parmi ce monde, bien\nmorte aussi parmi ces vivants, elle replaçait maintenant, un à un, dans le\nsouvenir triste du passé ses rêves d'impossible et de choses finies.\n   Le parc où elle entra était sillonné de ce monde grouillant et affairé qui,\nles douze coups sonnant, s'échappe en une fois de partout à travers la ville;\nde longues files rapides, croisées dans toutes les directions, suivaient les\nallées touffues et gazonnées. Un petit groupe amenait sous le feuillage un\nbruit presséde voix. Des passants s'isolaient, silencieusement, la tête nue, en\ncherchant les coins d'ombre. Jane entendit un rire de voix gamines lui\npartir dans le dos. Une troupe d'ouvrières accourait derrière elle en agitant\ndes branches arrachées aux buissons des talus; elle sentit un instant le\nfrôlement de leurs jupes et de leurs branches, fut parmi elles enveloppée\nde leur joie et de leur rire... puis leur rire s'enfuit; la demi-heure de midi\nsonnait à une église. Le lourd battement se détacha du clocher pour se\nfondre dans la chaleur des rues inondées de soleil.\n   Un souffle chaud passait au large en courbant tous les arbres du parc,\nen secouant leur branchage, dont les feuilles commençaient à brunir et\ncomme si ce souffle eût balayé les bruits et les mouvements, il se fit une\naccalmie profonde par les allées.\n   Jane était tombée assise au pied d'un marronnier; son regard affaissé\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "                                 — 313 —\n\ncomme tout le reste d'elle, suivait, au sol, l'ombre traînante d'un nuage\nqui passait à quelque place cachée du ciel.\n\n\n                                      X\n\n   Elle n'alla chez Mme Stephen que des semaines plus tard. Tandis qu'elle\nmontait en écoutant crier les marches sous ses pas comme à ce soir d'agonie,\nune chose contrastante la frappa : l'accueil joyeux du canari qu'on avait,\npendant les jours funèbres, attaché dans un coin de sa cage. A le voir voleter\navec un bruit soyeux d'ailes éraflant les barreaux ; à le voir chanter en déje\ntant la tête et faisant jaillir à coups de bec, à coups de queue les grains de\nmil, on eût dit que toute joie était rentrée dans la maison et qu'on l'avait\nlâché sur le seuil pour inviter les arrivants à rire.\n   Rien n'avait bougé dans le petit salon grenat fané dont la pendule à\nsujet sous son globe battait le même tic-tac entre ses deux bergers qui sou­\nriaient toujours.\n   Du seuil, Jane aperçut le haut de l'enseigne du magasin de lingerie; son\nregard alla vers leur fenêtre, la fenêtre à causette d'où la vue plongeait\ndans le magasin tapissé de bleu et peuplé de choses blanches pliées et\ndépliées sans cesse.\n   Mme Stephen était, comme d'habitude, à l'autre fenêtre, assise dans un\nfauteuil au dossier élevé. Elle sommeillait la tête en avant en tenant un\njournal déplié sur ses genoux. A l'entrée de Jane elle se redressa, fit un mou­\nvement pour retenir le journal qui glissa par terre. La douleur, comme\nrafraîchie et reposée par cet instant de sommeil, réapparut dans son attitude\net l'expression de son visage.\n   Ses premiers mots, ses questions à Jane qui avait passé des jours sans\nvenir, semblaient lui dire : « Vous ne savez donc pas?... » Puis, sur le\npoint de recommencer pour elle le récit de la mort de Miette, elle dit sim­\nplement : « Comme vous êtes restée longtemps sans venir ! »\n   Elle parla longuement de ses nuits d'insomnie, ses fatigues pendant la\nmaladie, ses journées d'isolement...\n   — Oh! oui, quel vide! dit Jane, car cette pauvre Miette était si gaie, si\nrieuse, si vivante ! et chacun de ces mots évocatifs qu'elle amenait de loin\nd'un son de voix plus long et pénétrant, ressuscitait Miette à ses yeux dans\nun brouillard de larmes, et Mme Stephen, prenant au hasard parmi tous\nles petits soins dont Miette l'enveloppait, dit : — Tous les jours après le\ndéjeuner elle me lisait le journal. Mes pauvres yeux deviennent si mauvais.\n    Elle aperçut le journal qu'elle avait essayé de lire et qui traînait à ses\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "                                  — 314 —\n\n pieds. Elle voulut se baisser, mais Jane le ramassa doucement et le posa\n sur le coussin de la fenêtre.\n    La pendule sonna...\n    M\"'0 Stephen avait deux larmes qui glissaient derrière ses lunettes.\n    Jane regardait leurs fenêtres aux rideaux tombants sur les sièges vides,\nrangés et derrière elle, la porte close qui les séparait de la chambre de\n Miette. Elle songeait à ce qu'il y aurait eu d'autres jours derrière cette\nporte entrebâillée par sa voix rieuse criant : J'arrive! et s'agitant dans la\nlumière de la chambrette bleue parmi les colifichets épars d'une toilette de\njeune fille en battant les portes et poussant les tiroirs.\n    — Avez-vous vu les couronnes? dit Mme Stephen, qui se levait avec peine\nvers la chambre et Jane la suivit avec une appréhension de ce qui allait\nêtre au delà de cette porte close, où la vie n'était plus.\n    Elle l'avait vue, cette chambre, légère de lignes et de tons, bleue,\nennuagée de blanc, avec des éclats de rire dans tous les coins.\n    Elle l'avait vue dans la pénombre accablante des jours funèbres, où l'âme\nde cette morte au sourire éteint enveloppait les vivants de son éternel silence.\n    Elle vit une chambre froide aux meubles rangés et vides, où le regard\nheurtait les murs. Bien qu'on n'en eût rien enlevé, elle semblait dégarnie.\n Un ciel brumeux d'automne l'éclairait d'un jour pauvre. La lumière que\ndes vivants n'échauffaient plus de leur ombre s'y tramait dans l'abandon\n sans trouver un coin de vie où se nicher.\n    De chaque côté du lit, au long des rideaux fanés dans leurs plis, s'accro­\nchaient les couronnes, amassant dans leurs fleurs d'étoffe avec un parfum\nde poussière et de mousse humide, une vague senteur d'éther.\n    On sonna sur le palier.\n    Mme Stephen qui avait reconnu le coup de timbre, fit le tour par le salon\nafin d'aller ouvrir. Jane s'était réfugiée au fond de la chambre; elle ouvrit\nla porte entrebâillée de la garde-robe de Miette; elle reconnut un à un ses\nvêtements habituels, retrouva leurs formes, leur mouvement, leur étoffe,\nleur chair, leur parfum et les plis qu'ils faisaient sur le corps de Miette.\nElle eut pendant quelques secondes cette jouissance si douloureuse après\nla mort des êtres aimés, de toucher, de palper, de saisir à pleines mains, à\npleins bras, ces objets qui nous rendent la sensation la plus intense de leur\nvie, entre ces quatre murs où ils ont vécu, et de s'y frotter, et de s'y\nplonger le visage, et d'en aspirer éperdûment la vie à plein souffle, pendant\nqu'une voix de femme parlant tout d'une haleine dans la chambre attenante,\napportait avec l'air cru du dehors, les impressions banales « du temps qu'il\n fait n.\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "                                 — 315 —\n\n\n   Jane referma la porte de l'armoire. Elle sortit de la chambre et en referma\nla porte aussi, derrière elle, comme si personne ne devait plus y pénétrer.\n   Debout au milieu du salon, une voisine, veuve d'un major retraité, ache­\nvait d'ôter son chapeau, tout en racontant à Mme Stephen, pour la distraire\nun peu, l'histoire d'une grande féerie qu'elle avait vue la veille.\n   Comme le chapeau s'accrochait aux cheveux, Miette l'aida. Elle lui dit :\n« Merci, mademoiselle », en prononçant mal, d'un ton aimable et, sans\nsavoir pourquoi, Jane regretta de l'avoir aidée.\n\n\n                                     XI\n\n   La route lui parut longue au retour ; elle allait comme lorsque après\nune maladie, l'esprit sans force pour saisir la matière, voit passer autour de\nlui des gens de rêve sans se demander où ils vont, d'où ils viennent, et tout\nautour d'elle lui semblait changé. Cette visite à Mme Stephen, au lieu de\nlui faire du bien, lui laissait une impression d'antipathie; tout ce qu'elle en\nrapportait sonnait faux en elle, qui se sentait avancer de plus en plus dans\nune atmosphère d'esseulement et de vide. Quel ardent désir elle ressentait\nen ce moment, de voir apparaître tout à coup, au devant d'elle, auprès\nd'elle, une personne simplement et sincèrement aimée. Celle-là lui eût parlé\npeut-être de tout ce qui n'était pas Miette; mais elle l'eût fait avec ces into­\nnations spéciales de la voix et du regard qui mêlent un peu de tristesse au\nsourire, un peu de souvenir à l'oubli et devinent délicatement la petite\nplace invisible par où l'on peut glisser quelque consolation au cœur.\n    Peu de personnes, au reste, songeaient à consoler Jane. Miette ne lui\n était pas apparentée et on ne porte pas le deuil d'une amie.\n    Ainsi lui furent épargnées les consolations banales et forcées des gens qui\n ne savent pas que ce qu'on peut offrir de meilleur à ceux qui souffrent\n de tels maux c'est un bon coin pour y pleurer à pleines larmes.\n    Arrêtée par une voiture à un coin de rue, Jane qui ne s'orientait plus à\n la vie d'alentour, se demanda où elle était et à quelle heure. Elle lut le nom\n de la rue et pour la troisième fois, depuis son départ de chez Stephen, elle\n regarda l'heure à sa montre.\n\n                                      XII\n\n    Le soir, sans pouvoir dormir, étendue sur son lit, les yeux grand ouverts\n et buvant l'obscurité profonde de la chambre, elle rêvait à tout ce qui ne\n serait plus.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "                                   — 316 —\n\n     L'indifférence apparente de Mme Stephen l'avait blessée. Cette femme\n  souffrait, mais elle semblait ne souffrir que dans sa vie matérielle. La mort\n  était un accident dans le train quotidien de cette vie. Sa douleur s'écourtait\n  comme ses larmes. Elle semblait n'en avoir pas le sens intime et profond.\n  C'est qu'elle ne se repliait pas sur elle-même. Sa vie était toute objective,\n  toute extérieure. Elle était de ces gens pour lesquels un être de moins c'est\n un meuble aimé qui manque.\n    Miette était partie pour des heures, des jours, des années peut-être ; elle\n ne voyait pas au delà. Elle l'attendait en lisant son journal, à grand'peine\n de ses mauvais yeux et trouvait le temps long.\n    Mais moi, se disait Jane, comment l'aimé-je !\n    Elle reconnaissait alors que sa douleur n'était pas l'absolu désespoir\n capable d'exprimer un pareil deuil. Non, ce n'était pas ainsi qu'on pleurait\n les morts, et rien n'était bouleversé dans son âme puisque rien ne l'était\n dans sa vie. Elle ne valait donc pas mieux que d'autres et n'était pas plus\n capable de regrets et de souvenir, elle qui s'était tant de fois indignée de ce\n qu'on pût encore manger, boire, vivre, se regarder face à face et parler du\n même son de voix qu'auparavant, dans les maisons où la mort avait\n passé...\n\n                                     XIII\n\n    Nous ne trouverons jamais d'expression à ce todtesweh, ce mal de la mort\n qui nous ronge. Trop petits pour la mort, nous ne saurions nous élever\n jusqu'à son infini. Ceux qu'elle prend échappent à nos larmes et à nos\n regrets et notre douleur grandit de ce que nous nous sentons impuissants à\nles suivre. Nous n'avons pour pleurer les morts qu'un peu de ces larmes\nd'enfant dont nous trempions jadis nos jouets brisés, nos espérances\ndéçues, des larmes sur ces mains froides, sur ces yeux clos, sur ces bouches\nmuettes, et quand nous avons laissé emporter tout cela, nous allons à tâtons\nen écarquillant des yeux douloureux qui ont cessé de voir vivre. Entre eux\net nous, l'acte d'un instant a mis de l'éternité. La trace de leur départ est\nune trace infinie, car le trajet des morts qu'on emporte est un trajet sans\nbut. A cette place inconnue dont ils ne reviendront pas, nous ne pourrons\npas aller.\n   Nos pieds sont rivés à la terre, la vie nous rappelle, nous ramène à elle,\nnous reprend; la vie oublieuse et impie pour qui les tombes ne sont pas un\nasile sacré. Que nous criions vers eux et que nous les implorions, nos cris,\nnos implorations tombent dans un silence sans fond. Les yeux clos ne nous\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "                                  -   317    -\n\n\nvoient plus, les bouches muettes ne nous consolent plus, les mains glacées\nne viennent plus à notre aide, et c'est pourquoi nous avons peur de cette vie\noublieuse qui nous circonvient; peur de nous y perdre jusqu'à l'âme et\nqu'un jour vienne où nous serons comme si nous ne les avions jamais eus,\net qu'au lieu de cette image parlante qui nous accompagne et semble nous\naimer, nous n'ayons plus alors qu'un souvenir fané parmi tous nos souve­\nnirs : une tombe avec sa pierre scellée à jamais en nous comme sur la terre.\n   Oh! Miette, est-ce cela que nous nous étions promis? Par quel chemin\nveux-tu que je vive maintenant? Songe à toutes les choses commencées par\nnous qui resteront inachevées, puisque nous cessons d'être.\n   Ta corbeille à ouvrage est là, depuis l'autre jour, avec un bout de laine\nrouge qui en dépasse le bord ; tu étais si pressée que tu l'as mal fermée et\npersonne n'a eu le courage de le repousser, ce bout de laine. Pourquoi es-tu\npartie si vite? Il me restait tant de choses à te dire. Sais-tu que le pauvre\npetit rosier que tu avais sauvé de la mort recommence à mourir?\n   Mais, non, je deviens folle sans doute; ta pensée n'entend plus la mienne,\nn'est-ce pas? Tu ne sais plus, tu ne te souviens plus.\n   On dit quelquefois que nous oublions les morts ; ne sont-ce pas plutôt\nles morts qui nous oublient?\n\n                                      XIV\n\n    Quand Jane entendait quelqu'un lui dire : « Il faut vous distraire, le\ntemps doit user cela », elle sentait en elle une révolte et des envies de répondre\npar des paroles dures à ces paroles de consolation.\n    Oublier Miette, n'était-ce pas la faire mourir davantage? la voir partir\nde son âme après l'avoir vu partir de la terre? Aussi les jours, les semaines,\npuis les mois en passant sur cette mort ne faisaient-ils qu'augmenter la\nsouffrance de Jane.\n    Entre elle et Miette le temps s'accumulait de plus en plus. Que de choses\navaient eu lieu depuis son départ! Que d'êtres avaient mis entre elles deux\nleurs voix, leurs gestes, leurs passions, brouillant l'atmosphère d'une mul­\n titude grouillante d'événements, comme pour les empêcher de se voir et,\n l'esprit désespérément tendu vers Miette, Jane la regardait s'en aller lente­\n ment en s'accrochant à la vision suprême de toute la force d'une imagina­\n tion décuplée par l'angoisse.\n    Cette vie qui vient de finir si tôt pour toi m'apparaît maintenant comme\n une chose éternelle.\n    J'entrevois des temps très lointains à venir où notre passé recroquevillé\n ne sera plus qu'un petit morceau de souvenance.\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 568, "texte": "                                 — 318 —\n\n   Je me dis que, peut-être, je vais vivre très vieille et que va commencer\npour moi toute une existence dont tu ne sauras rien.\n   Que c'est donc triste, mon Dieu ! qu'on ne puisse pas rassembler tous les\nêtres, les morts parmi les vivants, pour les emporter avec soi vers l'avenir,\nde manière que le passé ne soit jamais plus loin qu'hier et qu'au moins, s'il\nfaut abandonner nos aimés, nous les sentions toujours bien près de nous.\n    (A continuer).                                  HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 318, "page_fin": 319, "titre_corps": "Trois sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "TROIS SONNETS", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 365, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 568, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "TROIS SONNETS\n                              L'HORLOGE\n\n    L'horloge de rancœur, depuis combien d'années !\n    A coups retentissants, hostiles et brutaux,\n    Découpe en souvenirs mes amours condamnées\n    Avec son balancier hérissé de couteaux.\n\n    J'entends le poids cruel martyriser la chaîne,\n    Le bois fendu se plaindre, et le couteau pressé\n    Assassiner déjà ma volupté prochaine,\n    Rouge encore du sang de mon bonheur passé.\n\n   Seigneur! l'horloge est vieille, et lasse, elle se pleure ;\n   Elle a sonné la vie implacable : c'est l'heure\n   Du silence définitif et mérité.\n\n   Elle souffre : ayez la douceur d'être féroce !\n   Arrachez lui le cœur, et cette peur atroce\n   De vivre de sa mort durant l'éternité!\n\n                         LE MORT VIVANT\n\n   Bien loin des pleurs appris, de la douleur vulgaire,\n   Muré dans le silence obscur de mon caveau,\n   Je cherche avidement tes lèvres de naguère\n   En m'arrachant des vœux pour ton bonheur nouveau.\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "                           319\n\nLe cher parfum de ta présence évanouie\nMe caresse le front de baisers mensongers...\nMon Dieu! servez longtemps sa grâce épanouie,\nEt soyez lui clément parmi les étrangers!\n\nPermettez, ô mon Dieu! que le sang de mes plaies\nFasse mûrir un soir des mûres dans les haies\nQue doit frôler son culte ineffable et trompeur!\n\nEt laissez les moins fiers de vos anges descendre\nSur mon isolement, pour m'empêcher d'entendre\nLes pas de ces passants qui battent dans mon cœur !\n\n\n                 L'EXTRÊME-ONCTION\n\nC'est un morne escalier de basalte, où les ombres,\nSous un fer tourbillon de plumes de corbeaux,\nCaressent lentement de leurs longues mains sombres\nLes pâles cheveux d'or des nocturnes flambeaux.\n\nParfois une lueur oblique, en fer de lance,\nD'un éclair sans espoir heurte l'escalier sourd.\nL'heure sonne en mon âme, et l'écho d'un pas lourd\nComme avec une faulx moissonne le silence.\n\n Et voici, svelte et roide en ses voiles jaloux,\n Notre Dame de la Vengeance, avec ses loups :\n C'est le Saint-Sacrement de ma haine qui passe!\n\n Elle passe, la Dame inexorable et lasse...\n Les cierges ont fermé leurs yeux ; l'escalier dort.\n — Seigneur! pardonnez-moi : quelqu'un que j'aime est mort!\n\n                                        ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 320, "page_fin": 320, "titre_corps": "Le Retour de Jean Renaud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "LE RETOUR DE JEAN RENAUD", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 367, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "LE RETOUR DE JEAN RENAUD\n                                         D'après une vieille chanson française.\n\n\n              Quand Jean Renaud s'en revint de la guerre, — il s'en revint\n               triste et chagrin. — Ma mère, bonjour; bonjour ma mère!\n               — Voici votre Jean qui revient de la guerre...\n\n   — Bonjour, mon fils; mon chérubin, — un beau garçon t'est né ce\n matin ! — Mais d'où viens-tu, tel gémissant? — Ton front est pâle et plein\n de sang?\n\n  — Allez, ma mère, allez devant ! — Faites dresser un beau lit blanc, —\ncar je suis faible, et je suis las. — Mais dressez-le si bas, si bas, — que ma\nfemme ne l'entende pas...\n\n  — Puis Jean Renaud s'endormit, seul, — dans les draps blancs comme\nun linceul. — Sa mère, inquiète, auprès de lui — s'agenouilla toute la\nnuit...\n\n  — Et le matin, plus rien ne bouge — sur l'oreiller devenu rouge...\n\n  — Ah! dites, ma mère, mère chérie, — quel est ce bruit — que j'entendis\ndurant la nuit? — Ma fille, c'était la chèvre en l'écurie...\n\n   — Ah ! dites, ma mère, mère chérie, — j'entends que l'on cloue, que l'on\nscie? — Ma fille, c'est le charpentier — qui raccommode le plancher.\n\n  — Ah! dites, ma mère, mère chérie, — j'entends que l'on chante et qu'on\nprie? — Ma fille c'est la procession — qui passe auprès de la maison...\n\n   — Ah ! dites ! ma mère, mère chérie, — pourquoi ces pleurs et votre joue\nmaigrie ? — Ah ! ma fille, ma fille, ma pauvre mie, — notre cher Jean\nn'est plus en vie...\n\n   — Allez, ma mère, allez, et dites au fossoyeux — qu'il fasse la fosse\nlarge pour deux, — que l'espace en soit assez grand — pour qu'on y mette\naussi l'enfant.\n                                                  JULES DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 321, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Frères", "ancre_debut": "VERS Mon âme a suscité", "ancre_fin": "ADOLPHE FRÈRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POÈMES EN PROSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 368, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "VERS\n   Mon âme a suscité les bourreaux de mon âme ;\n   Je suis le doux martyr d'un rêve audacieux.\n   Encor      Déjà!.... Mon Dieu! mon cœur est jeune et vieux,\n   Et je nais et je meurs parmi des pleurs de femme.\n\n   Par les grèves, j'attends, couché sur le soleil,\n   La claire voix d'enfant qui console des songes.\n   Viens des nuages blonds, Toi, la fée aux mensonges,\n   Mère des lys, et de l'aurore, et du sommeil !\n\n   Au clair d'ailes lumineuses, fends les flots d'or\n   Eblouis aux vastes jeux des cygnes d'hermine,\n   Et trace sur mes yeux, pleins d'extase enfantine,\n   Un appel vers l'azur de ton œil qui s'endort.\n\n    Ton doux sein pour pleurer, ô ton sein pour dormir,\n    L'abri de ton haleine à mon âme peureuse !\n    Et clos pour le sommeil, frêle main douloureuse,\n    Mes yeux devenus doux à force de mourir.\n\n                                                  ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 324, "titre_corps": "Poèmes en prose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "POÈMES EN PROSE", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 368, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "POÈMES EN PROSE\n\n                            CONSOLATRIX\n\n              En sa robe de lin blanche, une fleur de lys à la main, les yeux\n                vers le ciel levés, recueillie, elle prie.\n                   Toute blanche sur l'azur, elle prie avec ferveur entourée\n                de l'élancement des lys majestueusement candides qui se dres­\nsent, gardiens de sa pureté.\n   Si belle et si douce : de grands yeux bleu sombre, de tristesse et de nos­\ntalgie, voilés par de longs cils dévots, son front enfermé dans un voile qui\nretombe en plis chastes sur ses épaules, son menton ovale, sa bouche petite,\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "                                        322\n\n\n  ouverte seulement pour les oraisons, des mains frêles et diaphanes au geste\n  onctueux.\n     Elle est venue sur la terre, mystérieusement, la nuit, consoler les affligés;\n  le jour l'a surprise à son retour, et des lys, autour d'elle, ont jailli pour la\n  garder jusqu'à la nuit.\n     Et elle a prié, les yeux vers le ciel levés dans la ferveur de sa prière.\n     Le soleil est descendu lentement à l'horizon, puis il a disparu, et les\n nuages de pourpre et d'or se sont assombris. Elle prie, toute blanche dans\n le soir qui tombe lentement des hauteurs de l'azur.\n     La nuit est venue.\n     La lune, glissant au ciel son croissant pâle, apparut comme une tête\n inquiète, et, sur un rayon d'argent, la fleur de lys à la main, Elle remonta\n vers sa mère, la Lune.\n                                 TRISTESSE\n     J'écoute les heures tomber sur mon cœur comme les gouttes d'eau sur le\n  crâne d'un patient.\n     Là-bas, la ville silencieuse, les longs boulevards bordés de réverbères\n  qui se perdent à l'horizon, et les toits sombres des maisons, carapaces de\n  monstres endormis dans les ténèbres. Au lointain noir, les rouges fanaux\n  d'une gare de banlieue avec leurs feux immobiles, pareils à des scintille­\n  ments de pierres précieuses, et le calme coupé par les sifflets d'un convoi\n nocturne qui passe, jetant un peu de fumée blanche.\n    Et j'écoute tomber les heures.\n    Dans une ruelle avoisinante où grince une lanterne devant un bouge,\n parfois des ombres passent furtivement le long des murs. Des formes sem­\n blent marcher en l'obscurité, et des yeux brillent comme des marques de\nphosphore sur une muraille. Au clocher, l'horloge rhythme une à une les\n heures de tristesses, et, saisis de frayeur, des chiens poussent des hurlement,\n pénibles comme des lamentations de voix humaines. Les hautes cheminées\net les hangars des usines abandonnées se silhouettent sur le ciel ternes\nmontrant par endroits les taches jaunâtres de murailles éboulées près\ndesquelles reposent, comme leurs gardiens, d'énormes tas de fers.\n    Tandis que, sur la pelouse pelée d'un jardin proche, des linges sont\nétendus semblables à de la lumière de la lune.\n   De toutes choses il s'élève un hymne de douleur vers la divinité absente\nde la nuit et la mélancolie des grands bâtiments noirs silencieux et désolés\nse répand sur la ville endormie.\n   J'écoute les heures tomber sur mon cœur...\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "                                      323\n\n\n\n                                    SOIR\n\n    L'immensité du ciel noir où se meuvent des nuages livides dont la masse\nénorme semble peser lourdement sur l'atmosphère étouffante.\n    La nuit pleine encore d'un bourdonnement confus comme un écho du\nvacarme assourdissant de la journée de fête.\n    Dans les rues, des hoquets d'ivrognes qui titubent, des vomissements le\nlong des murailles, et quelques lambeaux de chansons péniblement braillées\npar des voix rauques.\n    Aux brasseries, les violes infatigables hurlent leurs airs canailles par les\nportes et par les fenêtres, et des soldats, bonnet sur l'oreille, dansent avec\ndes filles en sueur.\n    Sur le champ de foire, à la clarté de fumeux et puants crachets, un bate­\nleur annonce d'extraordinaires tours de force pour terminer la soirée, des\nroulements effrénés de tambour suivent ses paroles, et les sons discords\nd'un clarinette prétentieuse accompagnée d'un piston et d'une basse, le\ntout scandé par des coups redoublés de grosse caisse.\n    Plus loin, le crépitement des carabines, le bruit sec des balles qui s'apla­\n tissent contre le zinc, et la dégringolade des pipes cassées dans un tir. Au\n « Musée historique » l'obsession des figures de cire, blêmes et cadavériques,\n de grands yeux immobiles et fous qui regardent avec une persistance\n effrayante dans une demi-obscurité. Des têtes coupées aux yeux revulsés,\n anxieuses, des faces contractées par le froid de l'acier : Anne de Boleyn,\n Charles Stuart, Marie-Antoinette. Et sur des échafauds couverts de drap\n noir, les corps pantelants des suppliciés. Les assassins célèbres et leurs\n victimes. Des crimes épouvantables accomplis sur des innocents!! Et le\n barnum d'un ton emphatique beuglant les « horribles » détails.\n     Ebranlant l'alentour, les cris prolongés des fauves à la ménagerie.\n     D'acres odeurs de graisse brûlée s'échappent des baraques à friture, et\n  des marchandes de pain d'épice au visage vieillot se démènent et chantent\n  en agitant des grelots.\n     C'est la sortie du grand théâtre. Lentement et comme à regret s'en vont\n  les spectateurs, emportant au fond de leurs cerveaux bouleversés le souvenir\n  de toutes les merveilles entrevues, tandis que des clowns à tignasse de pail­\n  lasse, des pierrots et des colombines aux habits fripés se précipitent pour\n  éteindre la rampe de gaz et relever les grandes toiles peintes de la devan­\n  ture.\n      Et toujours, dans les cafés obscènes, infatigables, les violes hurlent leurs\n   airs canailles par les portes et par les fenêtres.\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "                                     324\n\n\n   Des filles agacent les passants et débattent avec eux le prix de l'amour.\n   Tout se calme. Au tourniquet où miroitent les oripeaux éclairés par une\nguirlande de lampions, quelques couples attardés tournent encore un tour\net le vieux cheval aveugle qui tourne toujours depuis des années et pour\nbien des années d'un même pas résigné et las.\n   Dans l'immensité du ciel noir roulent les nuages livides.\n   Maintenant, sous la pluie qui tombe lentement, la ville s'est endormie\nd'un sommeil fiévreux, fatiguée de cette journée de bruit.\n   Seules, la tristesse de quelque fenêtre encore éclairée, comme un œil\nmourant parmi des yeux morts, la luisance des reverbères sur les trottoirs\nhumides, et la douce chanson de la pluie qui tombe, tombe.\n\n\n                             CRÉPUSCULE\n\n   Les roses laissaient choir leurs pétales de chair rose. L'âme des fleurs\nmortes s'épandait en parfums suaves, et les dernières notes de l'oiseau\ns'éteignaient sous les branches.\n   Le frêle jet d'eau, par soubresauts, s'élançait avec des sanglots pour\nretomber sur les étoiles des nymphéas et des nénuphars.\n   Le soir tombait lentement des grands arbres et des gemmes aux calices\ndes fleurs scintillaient.\n   Tout pleurait la mort du jour. Là bas, au milieu des parterres blancs,\nles grosses pivoines, rouges comme des lèvres ardentes, avides de lumière se\npenchaient tristement sur leurs tiges, et des larmes de sang semblaient cou­\nler parfois.\n   Lorsqu'au ciel s'allumèrent les astres qui se mirèrent longuement dans\nle bassin, et la Lune, d'un long baiser vint, entr'ouvrir les belles de nuit,\net couvrit de son rêve mystérieux la nature dolente.\n                                                MAURICE DESOMBIAUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 325, "page_fin": 327, "titre_corps": "Chronique rimée : Occidentale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique rimée", "signature_source": "Puck", "ancre_debut": "CHRONIQUE RIMÉE", "ancre_fin": "PUCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AUTRES CORNEMUSES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 372, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "CHRONIQUE RIMÉE\n\n                               OCCIDENTALE\n         OU JE LUI PEINS EN QUELQUES TRAITS NOTRE INDULGENTE HILARITÉ (1)\n\n                                                  Maintenant, c'est nous qui sont les duchesses.\n                                                                  La maréchale LEFEBVRE.\n\n               Pâle, « dans le séjour que n'atteint aucun glaive »,\n               Le front de lauriers ceint, l'Amer Sédiment rêve\n                        Près du piano    tourmenté;\n               Il lance à pleins poumons un couac préparatoire,\n               Et chante, bouche en cœur, comme au Conservatoire,\n                        Le songe de sa nuit d'été.\n\n               Après avoir mouillé ses lèvres, il accorde,\n               Selon Théo Hannon, son instrument à corde\n                        Avec son instrument à vent.\n               Il chante, et tout se tait. Celui qui l'accompagne\n               Est un homme avisé qui place du champagne\n                        Et dirige un journal    savant.\n\n               « Je vois venir, dit-il, les mains pleines de roses,\n               Pour me dédommager de mes heures moroses,\n                       La Jeune Belgique au complet\n               Qui, Maubel à sa tête, en chemise se rue,\n               Le chanvre autour du cou, les pieds nus, dans la rue\n                        Qu'à Schaerbeek on nomme Gallait.\n\n               Le roi mage Maubel m'apporte de la myrrhe,\n               Le roi mage Gilkin, de l'ambre et de la cire;\n                        Chansay les suit en souriant;\n               Puis le roi mage Eekhoud, qui mange de la terre,\n               Et Giraud, qui vieillit dans un silence austère,\n                       M'offrent du vernis d'Orient.\n\n\n\n  (1) Un des rédacteurs de la Jeune Belgique, un écrivain de mérite, qui mena la cam­\npagne, un des « étais » qui soutient avec l'énergie d'un désespoir largement conquis cette\nmaison croulante...\n                                        (La Fédération artistique, du 8 septembre 1888.)\n                                                              EDDY    LEVIS.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "                     — 326 —\n\n\nFontainas, talonnant son bel étalon barbe,\nEn signe de douleur a fait couper sa barbe,\n          Orgueil du café Sésino,\nGoffin lui tend le bras pour l'aider à descendre,\nPuis voici Severin, le front couvert de cendre,\n          Valere Gille en bambino,\n\nVandrunen, volupté des femmes de la Thrace,\nEt Nautet, dont un vol d'éperviers suit la trace,\n        Hector Champal, saule plaintif,\nGeorges Kaiser marchant d'un pas philosophique,\nEt sous son mackinlosh Rotiers le magnifique\n        Aiguisant son fier adjectif\n\nMaeterlinck, les Dcstrée et Le Roy, Van Lerberghe\nQui veulent, revenus exprès de   Blankenberghe,\n         Me photographier tout nu;\nLéon Dardenne qui, pour des fresques    futures,\nUn pied dans une main, fait des caricatures,\n         Et semble un héron ingénu!\n\nC'est bien ! Je suis vengé. J'abdique ma colère,\nEt je vous rends, ingrats, mon appui tutélaire :\n         Pénétrez tous dans la maison.\nVoici le pain, le sel, et l'eau de la fontaine,\nEt tâchez d'écouter, d'une oreille lointaine,\n         « Le chant vierge du jeune oison ! »\n\nMax Waller est très vieux : il dort sur son Larousse ;\nSa barbe, pareille à celle de Barberousse,\n         Fait le tour du fauteuil   sacré.\nLaissez-moi lui chanter mes anciennes ballades :.\nJ'ai le mot qui guérit les chevilles malades,\n         Et je le ressusciterai !\n\nVous verrez refleurir vos stériles cervelles,\nEt je vous apprendrai les méthodes nouvelles\n         D'éviter un affreux décès :\nCar plus fort que Banville, expert en cette escrime,\nJ'ai le souci constant de placer à la rime\n         Toutes mes fautes de français !\n\nExécutons ce plan, auquel votre âme adhère .\nJe quitterai le doux journal   hebdomadaire\n          Ou mes cuirs trouvent un abri;\nEt voici cent sonnets d'une écriture  artiste,\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "                           —   327   -\n\n Où je fais, — sans douleur, comme chez le dentiste,\n         Friser les poils de mon cabri !\n\nEt puis pour convertir la tempête en bonace,\nVous allez sur le champ brûler votre Parnasse,\n         Et comme à l'époque où j'étais\nUn étais, rouvrez-moi votre Jeune Belgique,\nEt laissez-moi songer dans ce décor magique\n         Mon songe d'une nuit d'étais! \"\n                                                          PUCK.\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 329, "titre_corps": "Chronique rimée : Autres cornemuses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique rimée", "signature_source": "Firmin Galoubet", "ancre_debut": "AUTRES CORNEMUSES", "ancre_fin": "FIRMIN GALOUBET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 374, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "AUTRES CORNEMUSES\n                                                        Laïtou, laïtou,\n                                                    (La Reine de Chypre.)\nQui dirait, là dirait, c'est ces essais de flûte,\nLà dirait et paraît (ma musette) et la lutte\nDes Neiges, des Soleils et les blés et les prés\nEtalant gentiment écarlate et pourprés,\nCoquelicots et coqs et la ferme (ô musette)\nEt ce petit désir de cueillir la noisette\nAu bois vert quand au loin partira le champette.\n\nLes cottes, les coteaux,   envers les moulins   beaux.\n\n Quand le désir viendra des laines, des agneaux\nN'irons-nous plus encor (ma musette) et les prées\nSpumant la marguerite « un peu » ces effarées,\n[Ma musette) et l'orgueil du passionnément\n— O le vis éclatant et naïf de l'amant —\nMes doigts ingénus font gazouiller ma musette,\nCherchons les coudriers, ma Lison, ma Lisette,\nLa noisette et pompette et pompon, vers le soir\n(Prends ma prune) un garou galoppe et glapit noir.\n\nQui dirait, là dirait, c'est ces essais de flûte.\nLà dirait et parait (ma musette) et la lutte...\n\nLà la lapine au vent broute le serpolet\nDes cottes des coteaux, des moutons sans reflet\n(Là la lapine) alors tout propage la lande\nHysope pour rêver, pour se laver lavande\nEt Toi (là la lapine) et toi, toi, sous le toit\nToinon, toi si. musette, ô coteaux sans cotoi\n(Là la lapine) ô prends mes prunes, la lapine,\nPinacothèque au cœur des roses sans épine\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "                           328\n\n\nO noisette, ô Lisette, ô Poucette et le bois\nEt l'ogresse et sa graisse et la Grèce aux abois\nQuand la lapine, la lapine, la lapine\nS'en/once avec le soir au trou de Proserpine.\n\nQui dirait, là dirait c'est ces essais de flûte.\nAh! ils ont trop coulé l'heur au seuil du baiser\nIls ont bien trop coulé, roucoulé, recoulé !\nMa musette est pompette et les coquelicots\n(Prends mes prunes) les coqs, la ferme et les tricots\nEt la revoir — ô prends mes prunes — la revoir\nLa revoir au lavoir quand lavera le soir\nQuand lavera, ci prends mes prunes, ô délice\n Bonheur des nouveaux-nés à ces feux      d'artifice,\n O vous, vierges et neuve et veuve de noisette\n Par quoi!\n            Quoi qui dirait, là dirait, ma musette...\n\nMurmures, murmurant, mourant à la cueillette\nDes baisers dans les prés étalant, si pourprés,\nCoquelicots et coqs et ferme et puis groupés\nLes dindons dont du dos Didon dîna dit-on.\n\n\n\n      LA PÈCHE A LA BALEINE\n                        Le nom d'anatit'e vient de anas, canard, et de fero, je porte.\n                                                             (MOQUIN-TANDON).\n\n\n Aiguillant par rugueux pics le clair réfracté\n Du boréal éclat diurne est haut monté\n Maint Ice-berg qu'illune un blanc bris de lumière\n Par l'astre dédaignée en la plaine, carrière\n De solide liqueur moindre que nul degré\n Par où gît de candeur tel marbre figuré\n En nature et selon toute absente sculpture\n  Qu'épure un brut abrupt exempt de calenture,\n La Mer, oui de tels flots sans écume et plus blancs\n Innovés en figés pitons moins déferlants\n  Et la brume, et la brume, et la brume, et la brume!\n\n  Hilare,   la baleine en ce parage       spume.\n\n  Glauque inexpérience aux harponnés périls\n  De l'oléagineux trépas en bruns barils !\n  Ci la barque ès le flanc du materne navire,\n  Le croc. Queue au zénith, et haut, et loin, et vire.\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 720, "texte": "                                   -   329     -\n\n\n             Défunte! O par delà les longs miseréres\n             Plangorés d'effarés albatros très navrés,\n             Défunte, ô l'à-vau-l'eau des fiers évents veufs d'aiguë\n             Et d'aigrettes emmi les flots jaseurs, et lègue\n             Le cétacé ballant aux ressacs sans dégoût\n             Son évanoui souffle à l'universel     TOUT.\n\n             Le ciel exaspéré casse une vieille étoile.\n             L'horizon, tout s'en va! s'érige d'une voile\n             Evidente d'espoir maritime au long cours\n             Vers le sud exhalé d'exils doux de retours.\n                                                               FIRMIN GALOUBET.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 329, "page_fin": 330, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Poèmes d’Edgar Poë", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 720, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLes Poèmes d'Edgar Poë, traduits par STÉPHANE MALLARMÉ. — Un beau volume in-8°\n         avec fleuron et portrait, par Manet. — Deman, éditeur, à Bruxelles.\n\n\n               Enfin, les voilà traduits, ces incomparables poèmes de l'un des\n                plus grands et plus purs génies qui aient jamais enchanté les\n                coeurs des hommes ! Et par une justice suprême du destin,\n                qui fut si dur pour sa vie, comme s'il avait voulu l'ennoblir\npar le supplice, ses merveilleux ouvrages ont trouvé pour interprètes les\nplus hauts\" poètes de la France. Après Baudelaire, qui traduisit ces contes\nsurnaturels : Ligeia, Morella, la Chute de la Maison Usher, mais qui\nrecula devant la tâche effrayante, de transposer les poèmes sublimes\nd'Edgar Poë, à la seule exception de ce prodige : le Coi-beau, voici que\nl'artiste le plus noble et le plus subtil des lettres françaises, Stéphane Mal­\nlarmé, suscite, dans sa prose magique, la fluide et presque insaisissable\nmusique de ces beaux vers.\n   Avec un religieux scrupule, Stéphane Mallarmé a suivi note à note la\nmélodie du texte original. C'est le poème américain qu'il veut faire appa­\nraître devant le lecteur, non les sortilèges de son propre génie. Aussi lais­\nsera-t-il, avec raison, dire que telle strophe eût pu revêtir plus d'effet fran­\nçais. Mais il ambitionnait de transporter dans sa traduction jusqu'aux con­\ncordances de mots, jusqu'aux résonances harmoniques de syllabes; bref,\ntoute la technique si savante du détail qui, dans l'œuvre d'Edgar Poë,\ndouble la valeur des profondes pensées.\n   Sachons louer la ligne noblement majestueuse de la phrase, qui ondule\nen courbes d'une royale pureté, vierge de toute banalité non moins que\npréservée de toute inférieure contingence. En cela la forme vêt exactement\nles sévères pensées. Car, miraculeuse rencontre avec l'art de Mallarmé, l'art\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "                                 — 330 —\n\nd'Edgar Poë hait l'accidentel et, voué à la seule quintessence, s'abstrait\nautant que le permettent les formes, hors du temps et de l'espace. Toute\nidée, tout développement, toute péripétie s'y ramène à l'essence poétique\nen répudiant le détail trop concret, l'actualité qui grimace. Selon le terme\nphilosophique, les choses y apparaissent sous leur caractère d'éternité.\nDe là l'ampleur hiératique de ces poèmes cependant si courts et l'encens\nde religion qui flotte sur ces vers mystérieux.\n   Ces lignes, écrites sans prétention de critique, mais comme un acte\nd'admiration respectueuse, ne trouveront nulle preuve plus lumineuse\nqu'une citation : TERRE DE SONGE.\n   « Par une sombre route déserte, hantée de mauvais anges seuls, où une\n Idole, nommée Nuit, sur un trône noir debout règne, je ne suis arrivé en\nces terres-ci que nouvellement d'une extrême et vague Thulé, — d'un\nétrange et fatidique climat qui gît, sublime, hors de l'ESPACE, hors du\nTEMPS.\n   « Insondables vallées et flots interminables, vides et souterrains et bois\nde Titans avec des formes qu'aucun homme ne peut découvrir à cause des\nrosées qui perlent au dessus ; montagnes tombant à jamais dans des mers\nsans nul rivage ; mers qui inquiètement aspirent, y surgissant, aux cieux\nen feu ; lacs qui débordent incessamment de leurs eaux calmes — calmes\net glacées de la neige des lys inclinés.\n   « Par les lacs qui ainsi débordent de leurs eaux solitaires, solitaires et\nmortes, — leurs eaux tristes, tristes et glacées de la neige des lys inclinés,\n— par les montagnes — par les bois gris — par le marécage où s'installent\nle crapaud et le lézard — par les flaques et étangs lugubres — où habitent\nles Goules — en chaque lieu le plus décrié — dans chaque coin le plus\nmélancolique : partout le voyageur rencontre effarées les Réminiscences\ndrapées du Passé — formes ensevelies qui reculent et soupirent quand elles\npassent près du promeneur, formes aux plis blancs d'amis rendus il y a\nlongtemps, par l'agonie, à la Terre — et au Ciel.\n   « Pour le cœur dont les maux sont Légion, c'est une pacifique et cal­\nmante Région. — Pour l'esprit qui marche parmi l'ombre, c'est — oh!\nc'est Eldorado! Mais le voyageur, lui, qui voyage au travers, ne peut —\nn'ose pas la considérer ouvertement. Jamais ses mystères ne s'exposent du\nfaible œil humain qui ne s'est ,pas fermé ; ainsi le veut son Roi, qui a\ndéfendu d'y lever la paupière frangée ; et aussi l'âme en peine qui y passe,\nne la contemple qu'à travers des glaces obscurcies.\n   « Par une sombre route nue, hantée de mauvais anges seuls, où une\nIdole, nommée Nuit, sur un trône noir debout règne, j'ai erré avant de ne\nrevenir que récemment de cette extrême et vague Thulé. »\n\n                                                        IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 331, "page_fin": 334, "titre_corps": "Chronique musicale : Franciscus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Nox", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "NOX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 378, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\nFranciscus, oratorio de M. EDGAR TINEL, poème de M. L. D E KONINCK. — Breitkopf\n                           et Hartel, éditeurs à Bruxelles.\n\n\n             On se souvient du remarquable début de M. Edgar Tinel; il\n               y a quelques années il concourait pour le prix de Rome ; sa\n              cantate, la Cloche Roland, fut couronnée. L'allure hardie de\n              cet ouvrage promettait à notre pays un compositeur de grand\ntalent. M. Tinel a tenu sa promesse. Il présente aujourd'hui au public un\noratorio de vastes dimensions et d'une haute valeur, Franciscus, admira­\nblement édité par la maison Breitkopf et Hartel.\n   Le sujet de l'oratorio, c'est la vocation, l'apostolat et la mort de saint\nFrançois d'Assise.\n   L'idée dominante qui gouverne toute l'œuvre et rattache chacune de ses\nparties à un centre unique, c'est le triomphe de la pauvreté volontaire.\n\n\n\n   Le poème n'a pas été pour M. Tinel l'occasion d'une suite de morceaux\nplus ou moins brillants, agrémentés de trilles et de vocalises, pour la plus\ngrande satisfaction des virtuoses. M. Tinel ne s'est point proposé d'écrire\ndes notes harmonieuses sur des paroles indifférentes. Il a compris qu'un\npoème est un sujet abstrait, dont le musicien doit créer l'expression senti­\nmentale.\n   C'est un adepte du concept wagnérien, qui, voyant dans le poème des\npersonnages agissants, proclame que la musique doit décrire la construc­\ntion passionnelle de ces personnages et révéler, avec leur état d'âme, la\ncause profonde de leurs actions.\n   Ainsi entendue, la musique devient un art éminemment psychologique,\nle plus psychologique de tous pour la description dynamique des passions.\n   Il est bon que l'on s'entende à ce sujet.\n   Il existe à présent deux sortes de musique bien distinctes.\n   L'une, la musique pure, n'est que le développement d'une thème pri­\nmitif, selon des règles traditionnelles ou selon la fantaisie du musicien ;\ndans les deux cas, cette musique n'a d'autre règle qu'elle-même, l'esthé­\ntique de l'oreille, et son objet ne peut être qu'abstrait, vague, général, tel\nque : la joie, la douleur, l'ordre, etc.\n   Mais il se peut que la musique, au lieu d'être employée pour elle-même\nne soit considérée que comme moyen expressif soit de la parole — du verbe\nparlé avec des intonations passionnées, — soit d'une action progressive pré­\ncisée par un programme, comme c'est le cas pour maint poème sympho­\nnique.\n   Nous aimons médiocrement la symphonie à programme : cette musique\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "                                     332\n\n\nne peut être complètement comprise que par l'adjonction d'un petit argu­\nment imprimé, que l'on distribue aux auditeurs, et qui ne fait point partie\nintégrante de l'œuvre. Cela ressemble à une femme chauve qui ne devient\nbelle que par l'addition d'un chignon postiche.\n    Autre chose est le poème musical, où la musique n'est que la notation\nartistique de la déclamation. Il ne s'agit plus ici de musique pure et\nindépendante; mélodie et harmonie ne sont plus qu'un simple moyen\nd'expression, obéissant à toutes les fluctuations, aux moindres ondulations\ndu poème. Il ne s'agit plus d'architecturer une construction bien proportion­\n née, comme une figure de géométrie, mais de suivre, intonation à intona­\ntion, les mots, les phrases et les pensées du poème. Telle est la portée de\n la réforme formulée par Wagner.\n\n\n\n   Une question se pose ici. L'oratorio a-t-il sa place dans ce système?\n   Nous répondons : Non.\n   Avec cette logique à fond que possèdent tous les génies supérieurs,\nWagner a clairement vu que son système musical nécessite le drame. Les\nparoles ne sont dites avec leur intonation absolue que par celui qui les\nprononce lui-même, sous le coup de l'émotion qui le fait parler. Le tiers\nqui raconte l'épisode le raconte toujours inexactement, donc faussement,\net substitue un récit factice au verbe originel, jailli spontanément de telle\nâme secouée par telle passion. D'autre part, le récit ne peut pas — forcé­\nment — se borner à formuler le verbe sentimental; il en décrit nécessaire­\nle cadre, paysage, personnages, etc. Et comment les décrit-il? D'une façon\nneutre : c'est le poète (ou le musicien) qui parle et qui chante, c'est-à-dire\nun être impersonnel quant à l'action, s'il nous est permis d'écrire ce lati­\nnisme barbare.\n   Dans le drame, tous ces éléments superflus sont éliminés. Pas de descrip­\ntions inutiles. Le cadre est sous nos yeux : c'est le décor; les personnages\négalement : ce sont les acteurs. Les paroles du poème ne sont que leurs\nparoles, c'est-à-dire les seules que nécessite vraiment le sujet. Point de\nparoles étrangères, point de récit d'un spectateur supposé, d'un cicerone\nchargé de piloter les auditeurs ordinaires à travers les méandres de l'action,\nqu'il connaît à merveille, lui, comme un guide dirige les caravanes d'An­\nglais dans les galeries d'un musée. Ici rien de pareil. C'est le sang et la\nchair de la vie et non une momie débandelettée et commentée par un savant\ndes antipodes.\n   Nous croyons donc que l'oratorio s'adapte mal au système wagnérien.\n\n\n\n   Que l'on ne se méprenne point sur notre pensée. Nous ne voulons pas\ninsinuer que l'oratorio traditionnel soit supérieur à l'oratorio doué de\nl'unité de composition. Si ce dernier est moins varié, moins amusant que\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "                                 — 333 —\n\n\nl'autre, il répond mieux, d'autre part, à l'impérieux besoin de logique qui\naujourd'hui gouverne tous les arts.\n     Dans ce genre si bien moderne, le Francisais de M. Tinel se recom­\nmande par une haute valeur personnelle. Si M. Tinel n'est pas très inventif\nen fait de rhythmes, les musiciens les plus difficiles reconnaîtront la noblesse\net la beauté pure de ses phrases mélodiques et la richesse de son orchestra­\ntion, que soutiennent des harmonies savantes. M. Tinel n'ignore aucun\ndes moyens d'expression de la musique moderne et il les manie avec l'habi­\nleté la plus délicate. Si nous ne lui avons pas ménagé les critiques dans les\n lignes qui précèdent, c'est que son œuvre est de taille à les supporter et\n quelle mérite autre chose que les compliments courants.\n     Francisais débute par un prélude d'une majestueuse ampleur. Après\n une large fanfare se développe une marche triomphale pleine de gravité\n religieuse, où semble se déployer toute la pompe des grandes fêtes de\n l'Eglise. Le thème initial, presque dessiné déjà par la fanfare, est le motif\n de la Pauvreté qu'une modulation majeure transforme en hymne de gloire.\n Tout ce prélude est traité avec une science profonde, c'est de la vraie\n musique pour les musiciens.\n     Aussitôt après ce morceau grandiose suit un récit d'une douceur char­\n  mante : « Douce et sereine aux deux la nuit déjà s'incline ». L'accompa­\n  gnement en est simple et gracieux, d'une jolie teinte mystérieuse et calme.\n  La fête au château est joyeusement menée sur un thème vif, qui se déve­\n  loppe bientôt avec le chœur : « Nos beaux jours sont remplis de charmes ».\n  Le mouvement s'accélère avec le bel allegro : « Sans trêve, sans cesse,\n  fêtons la jeunesse », coulé d'un seul jet et remarquable par sa savante poly­\n  phonie. Peu à peu se dessine un mouvement de valse. Les danses commen­\n  cent. La valse — qu'accompagne un récit des ténors — est vraiment élé­\n  gante. Cet épisode a permis au compositeur de faire diversion à la gravité\n  religieuse de son œuvre, qui, sans cela, eût peut-être présenté quelque\n  monotonie. Les danses terminées, quelques récits amènent la Ballade de\n  la pauvreté.\n      Cette ballade est l'un des morceaux à stances libres comme il s'en pré­\n  sente plusieurs dans Francisais.\n      Ils nous ont plu tout particulièrement, et il nous semble que c'est dans\n   ces morceaux que M. Tinel a le mieux affirmé sa personnalité.\n      Deux' fois l'orchestre dessine le motif de la Pauvreté, puis François\n   entonne la ballade : « Captive au fond d'un vieux castel », d'un rhythme\n   très simple, presque chanson populaire. Il nous souvient qu'il y a une\n   dizaine d'années, M. Tinel a publié quelques mélodies de ce style, dont\n   une surtout, Marguerite, si nous ne nous trompons, nous séduisit par son\n   extrême fraîcheur et sa mélancolie à la fois simple et profonde. Ce carac­\n   tère nous l'avons retrouvé dans la présente ballade.\n      Le chœur intervient à chaque stance, et la phrase de la ballade incessam­\n   ment se transforme et ondule, sans obscurcir un seul instant sa structure\n   essentielle. Passons quelques morceaux, fort intéressants encore, notam­\n   ment la mélopée d'un veilleur de nuit,— ardue à traiter après les Maîtres-\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "                                   -   334   -\n\n   Chanteurs de Wagner, — et venons-en à la vocation de saint François.\n   C'est un beau morceau d'un caractère élevé et d'une douceur mystique.\n   Disons cependant que si la mélodie dessinée par l'orchestre eût été d'une\n  coupe un peu moins carrée, elle eût paru plus aérienne, plus supra-terrestre.\n   Après ce beau morceau, la première partie de l'oratorio se termine par un\n   bref finale d'ensemble.\n      La deuxième partie débute par un prélude saisissant, d'une teinte sombre\n  et désespérée, où bientôt s'introduit un récit des ténors, décrivant le monde\n  livré à la haine et à la guerre. Mais, dans une éclaircie pleine de fraîcheur,\n  le génie de l'Espérance chante la renaissance prochaine de l'amour divin :\n  « De feux nouveaux le ciel s'enflamme ». Mais, avant que la consolante\n  prophétie s'accomplisse, il faut que le monde soit déchiré par des luttes\n  affreuses. « Portons la haine au cœur humain », s'écrient les esprits infer­\n  naux. Et toute une large scène se déroule où les génies bienfaisants et les\n mauvais esprits se disputent la terre. Morceau d'une grande allure et d'un\n  excellent style.\n     Cependant, François, qui s'est fait le serviteur de la Pauvreté, rencontre\n ses anciens compagnons qui le raillent. François célèbre la Pauvreté en une\n phrase magnifique : « Celle que j'aime avec ardeur », où s'annonce vague­\n ment déjà le cri enflammé qui ouvrira chaque strophe de l'hymne d'amour,\n puis il développe le chant austère de la Pauvreté : « Pitié, Seigneur, oh !\n prends pitié de dame Pauvreté! » Signalons encore le morceau où le génie\n de la Paix célèbre le triomphe de saint François sur les mauvais esprits.\n Puis viennent deux morceaux superbes qui ont arraché au public des\n applaudissemeuts enthousiastes : le Cantique du soleil et, un peu plus loin,\n le Chant de l'amour. C'est, comme nous le disions plus haut, dans ces\n stances, d'une admirable allure, que M. Tinel déploie le mieux son origi­\n nalité.\n     La troisième partie de l'oratorio nous a paru un peu inférieure aux deux\n autres. Peut-être faudrait-il voir là un résultat de la fatigue. Mais n'est-ce\npas déjà un petit défaut que la considérable longueur de cette œuvre? Nous\navons rarement pu écouter jusqu'au bout, avec la même attention, un grand\noratorio. Ce genre de composition, qui ne dispose point des mille res­\nsources de l'action et de la mise en scène que possèdent le drame et l'opéra,\nest fatalement exposé à donner quelque lassitude à l'auditeur. Ne serait-il\npoint sage d'en réduire un peu les dimensions? On pourrait appliquer à\nl'oratorio, nous paraît-il, quelques-unes des observations d'Edgar Poë sur\nla brièveté nécessaire du poème.\n    Mais ceci ressemble à de la vaine chicane. Signalons plutôt dans cette\ntroisième partie plusieurs morceaux de valeur : les dernières recommanda­\ntions de saint François à ses compagnons, les chants mortuaires et la\nmarche funèbre.\n    L'œuvre de M. Tinel honore l'art belge, et nous formons le vœu\nd'entendre bientôt une œuvre nouvelle aussi belle que Franciscus.\n                                                                   NOX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 336, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE THÉÂTRALE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 382, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n     RÉOUVERTURE DU T H É Â T R E DE LA MONNAIE\n\n\n               Le théâtre de la Monnaie a, comme disent les critiques autorisés,\n                rouvert ses portes. Les abonnés sont joyeux, légers, subtils et\n                impondérables, comme les bienheureux. On les a revus, tous,\n                un peu plus vieux et un peu plus laids que l'an dernier, mais\nles mêmes, essentiellement. Ils sont au poste, tous, depuis le gommeux à\nmonocle jusqu'à la vieille dame souriante qui ne se tait que pendant les\nentr'actes, et sans oublier le macaque édenté qui n'en tient que pour le\nballet, et qui, lorsque les danseuses sont rentrées dans leurs loges, dort en\ndodelinant de la tête et en laissant tomber ses jumelles au moment le plus\npathétique du drame. Sans le savoir, et les yeux clos, il joue le rôle prin­\ncipal d'une pièce à thèse qui pourrait s'intituler : la Réhabilitation des\nSinges. Puis le clan des professeurs de chant, engeance insupportable qui\nvocalise de la tête, trille du genou et lâche dans les couloirs, d'une bouche\nsucrée, des appréciations diabétiques sur la façon dont Mlle Melba a arrondi\nson la bémol. On prête à la direction un projet inattendu. A la prochaine\nreprise du Raseur de Séville, —• il y a des dilettanti qui prononcent : le\nBarbier, — l'affiche, au lieu de porter la mention traditionnelle : A la\nleçon de chant, Mme Landouzy chantera les Variations de Proch, dira\nsimplement : A la leçon de chant, M me Landouzy lira le dernier article\nde M. X***\n   Mais ne restons pas sérieux, et occupons-nous des débutants.\n   Sigurd, fils du roi Sigemon, nous a fait connaître un fort ténor,\nM. Chevallier, une basse, M. Gardoni, une falcon, Mme Cagniard, et un\ncontralto, Mme Rocher.\n   M. Chevallier est assurément un fort ténor. Il ne ment pas à son éti­\nquette. Il lance des la et des si avec la même désinvolture que met un her­\ncule à soulever des poids. On lui a reproché de ne pas savoir chanter. Le\nreproche est na'if : les ténors ne savent chanter que lorsqu'ils ont perdu\nla voix. Et M. Chevallier a le temps. Il ne peut manquer de rendre de\ngrands services à la direction. Il rouvrira les chemins d'Altorf, et il pourrait\nbien être le Siegfried rêvé.\n   M. Gardoni est une basse dont la voix loge à l'entresol. Le chanteur est\nhabile. Il n'a pas été ridicule en phoque jovial. Phoque joyial veut dire Hagen.\n   Mme Cagniard... c'est Mmc Cagniard, et Mme Rocher... c'est Mme Rocher.\nToutes deux ont des qualités, mais le théâtre de la Monnaie n'est pas un\n théâtre de débutants.\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "                                 — 336 —\n\n   Mme Melba nous est revenue, avec ses allures de chanteuse de concert\négarée dans l'opéra. La voix est toujours belle, et parfois rebelle. Quelqu'un\ndisait, l'autre soir, après Rigoletto : « J'ignorais que Nuremberg fut en\nAustralie! »\n   Mme Landouzy est une charmante fauvette. Et ce n'est pas seulement le\nroi qui l'a dit !\n   Mme Rose Caron — sa majesté Caron — est une incomparable Brune­\nhilde et une superbe Marguerite. Elle a toujours son masqne étrange, sa\nvoix mordante et son geste qui hypnotise. Baudelaire, s'il avait eu à carac­\ntériser cette voix tour à tour étranglée et riche, l'eut peut-être qualifiée\nd'automnale. M me Rose Caron est une artiste de race supérieure, qui prête\nune illusion de vie à la chétive Brunehilde de M. Reyer, et qui semble\nsonger à la Marguerite de Gœthe pendant qu'elle incarne la Marguerite de\nM. Gounod. Elle a dans le timbre de sa voix le mystérieux sourire de la\nJoconde.\n   M. Seguin est un digne partenaire de Mme Caron.\n   M. Engel est, comme l'an dernier, le chanteur correct et prudent qui a\nmis sa voix en viager. Il fait antithèse avec M. Mauras, qui dissipe la sienne\nen fils prodigue. Le jour où ce dernier fera tuer le veau gras de son inexpé­\nrience, il sera un admirable ténor. Mais il attendra qu'il n'ait plus de voix.\n   Telle qu'elle est composée, la troupe du théâtre de la Monnaie nous\nparaît bonne, et sensiblement meilleure que celle de l'an dernier.\n   Les directeurs nous promettent une reprise des Maîtres-Chanteurs, et\nde Lohengrin, et aussi, à moins que le Roi d'Ys, ou quelque ballet ne s'y\noppose, Siegfried.\n   Nous ne demandons pas mieux que de voir tuer le dragon, même si c'est\n Mme Melba qui s'y cache.\n                                                  ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 340, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "secondes classes", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 41, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 173, "texte": "Noire ami Emile Verhacren vient de"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 246, "texte": "perdre sa mère."}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 356, "texte": "La Jeune Belgique prend une vive"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 433, "texte": "part à sa douleur."}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 704, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "Ce brave amiral a vraiment du guignon."}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 791, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "11 passe sa vie à rager contre la Jeune Bel­"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 878, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "gique, et il ne peut pas écrire une phrase"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "sans qu'on n'en rende responsable cette"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1107, "texte": "même Jeune Belgique, qui, que, dont, etc."}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1164, "fin_caractere_exclue": 1204, "texte": "Certains journaux nous ont endossé l'An­"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1259, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "thologie des prosateurs belges. 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Picard qui sait être si net, si précis,"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1411, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "pour rester digne de la Jeune Belgique écrit"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "des phrases comme celle-ci :"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "« Lamant la mer de ses grands épanouis­"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1687, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "sements de clarté, le soleil me met en"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "« l'imagination toutes ces comparaisons"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1871, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "« métalliques, en lesquelles se résolvent"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 1968, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "les sensations que les flots brillants et"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 2063, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "« miroitants font sur les rétines... 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Ne pas voir"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 3556, "fin_caractere_exclue": 3600, "texte": "avec les lentilles déformatrices de mon édu­"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 3651, "fin_caractere_exclue": 3694, "texte": "cation de lycée, ne pas transporter sur les"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 3745, "fin_caractere_exclue": 3789, "texte": "ambiances vierges les reflets de mes visions"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 3840, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "antérieures. Décrire ce Far West islamite,"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 3933, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "El Moghreb al Aksa ! tel qu'il m'apparaîtra"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4027, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "saisi en son mystère, en sa réalité, avec"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4119, "fin_caractere_exclue": 4167, "texte": "l'émotion de l'artiste, avec le froid de l'huis-"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4218, "fin_caractere_exclue": 4261, "texte": "sier-priseur. Ce séjour à Tanger m'y a pré­"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4312, "fin_caractere_exclue": 4353, "texte": "paré : je me sens plus exact observateur,"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4404, "fin_caractere_exclue": 4442, "texte": "observateur plus soupçonneux aussi. Je"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4493, "fin_caractere_exclue": 4525, "texte": "saurai me garder, je l'espère. »"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 4579, "fin_caractere_exclue": 4609, "texte": "On tourne la page, et on lit :"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "« Le soleil nous pousse à l'eau et l'eau"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 184, "texte": "nous attire. 11 doit faire bon recevoir sur"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "les épaules nues ces grandes vagues volu­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "tantes, dont les enroulements forment des"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 417, "texte": "berceaux translucides. — Si nous prenions"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "un bain, Théo ? — Chouette idée ! — Et"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 555, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "nous sautons bas, jetant la bride à un mule­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 641, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "tier qui marchait de conserve, nous dévê­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 730, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "tant en un tour de main et courant à la mer"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "in naturalibus. 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Hector Chainaye,"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "les Chimères, de M. Jules Destrée, le Sang"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1735, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "des Fleurs, de M. André Fontainas, Mon"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1774, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "cœur pleure d'autrefois, de M. Grégoire"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "Le Roy et les Tentations, de M. Maurice"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1944, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "Maeterlinck,"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2233, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "La deuxième série des Notes sur la litté­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2320, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "rature moderne, par Francis Nautet, paraî­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2407, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "tra très prochainement, en un volume in-18"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2497, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "d'environ 400 pages ; prix : fr. 3-50. On"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2588, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "peut souscrire dès maintenant chez M. 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Notes de"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3111, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "philosophie littéraire : La déification de"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3206, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "M. Ernest Renan ; M. Taine et Bona­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3296, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "parte; les Juifs; l'Art et la bourgeoisie ;"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3388, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "La fin de la volonté. II. Poésie : Caractères"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3461, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "de la nouvelle poésie ; Charles Baudelaire ;"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3506, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "M. Albert Giraud. III. Théâtre : Shake­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3546, "fin_caractere_exclue": 3587, "texte": "speare et Schiller par les Meininger. IV."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3588, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "Romanciers : M. Georges Eekhoud; Dos­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3675, "fin_caractere_exclue": 3708, "texte": "toïevsky ; le comte Léon Tolstoï."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Notre confrère Lutens (Fritz Ell), vient"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "de fonder à Gand une gazette d'art qui"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "paraît hebdomadairement sous ce titre :"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "Le Passant."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 427, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "Le premier numéro, illustré en première"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 515, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "page d'un excellent portrait du baryton"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 603, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "du théâtre de Gand, Maxime Soum, con­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 689, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "tient des vers de F. Ell, de la prose de"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 778, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "Hector Chainaye, Henry Marius, Helbay,"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 865, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "Bertal, etc     le dessin de Chainaye est"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 987, "texte": "encadré d'un dessin de Taefaert."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "Le Passant publiera dans son prochain"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1125, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "numéro un portrait de Waelput et un"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "dessin de Charles Doudelet."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 1288, "fin_caractere_exclue": 1327, "texte": "Bon succès confrère. 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Joseph Blaes, qui a été un virtuose"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "célèbre, le Paganini de la clarinette, qui a"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "émerveillé les publics d'Europe en jouant"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2188, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "de la clarinette comme son ami Servais en"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2278, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "jouant du violoncelle, Joseph Blaes vient"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "de publier une brochure bien imprimée,"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2455, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "chez Mme Monnom, et intitulée : Souvenirs"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "de ma vie artistique. Tirage à trois cents"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2636, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "exemplaires."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "Ces Souvenirs sont intéressants, et tout"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2789, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "en rappelant des succès brillants et légi­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2880, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "times, ils font bien voir l'homme excellent,"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 2973, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "le Bruxellois de race avec flandricismes ori­"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3067, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "ginaux, le philosophe tout rond, qui, après"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3159, "fin_caractere_exclue": 3205, "texte": "les agitations et les pérégrinations de sa vie"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3254, "fin_caractere_exclue": 3295, "texte": "artistique, est simplement aujourd'hui un"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3344, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "des paisibles et fidèles habitués du Cercle"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3436, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "artistique de Bruxelles."}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3638, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "La maison Monnom vient de tirer à un"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3723, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "petit nombre d'exemplaires une sorte de"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3811, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "monographie pittoresque du Théâtre de"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 3897, "fin_caractere_exclue": 3935, "texte": "Bayreuth. Cela en un album de luxe qui"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "est une merveille de typographie. Cette"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 185, "texte": "étude, ces souvenirs plutôt, que précède un"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 225, "fin_caractere_exclue": 261, "texte": "beau portrait de Wagner par Henry De"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 262, "fin_caractere_exclue": 303, "texte": "Groux, sont écrits en honnête cursive par"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "M. Octave Maus."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 508, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "M. Paul Hymans continue l'œuvre pater­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 596, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "nelle Bruxelles à travers les âges, et nous"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 686, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "donne une description curieuse de Bruxelles"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 780, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "moderne. L'ouvrage arrivé à sa 10e livrai­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 870, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "son, fait honneur au jeune publiciste et à"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 960, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "l'imprimeur Bruylant-Christophe. Nous"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "aurons l'occasion d'en faire une analyse."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1276, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "M. Gabriel Mourey publie chez Dalou"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1348, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "un volume de vers intitulé Flammes mortes."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1445, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Ce sont des vers d'amour qu'aucune idée"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1540, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "d'ensemble n'unifie. Il y a des « cathèdres »"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "des « Idoles », des « ostensoirs catho­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1687, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "liques » des « kérubs » des « Princesses"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1728, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "cathédrantes », qui devraient payer une"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "petite rente viagère à M. Joséphin Péladan,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1856, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "et des « splendissements» des « symboles »"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1945, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "beaucoup de choses» pollues», des « proses"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2037, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "mineures » et des vers de treize, quatorze"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "ou quinze pieds, qui portent la marque de"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2218, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "certaine propagande éminemment liégeoise."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2278, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "L'accouplement est bizarre. En général, le"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2321, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "vers est facile, trop facile, et inconsistant."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2389, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "M. Gabriel Mourey aurait mieux à faire"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2477, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "que d'accrocher à ses rimes les vocables"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2567, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "chers au mage de l'Initiation sentimentale,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2653, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "et de jouer au symboliste-instrumentiste"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2744, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "par persuasion."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3169, "fin_caractere_exclue": 3205, "texte": "Une troupe anglaise a joué la Mégère"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3300, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "domptée, à Paris. MM. Vitu et Besson ont"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3341, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "été choqués dans leur délicatesse native"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3428, "fin_caractere_exclue": 3469, "texte": "par le comique de Shakespeare, qui était,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3488, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "selon le critique Bentheim, « une tête"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3575, "fin_caractere_exclue": 3596, "texte": "pleine de drôlerie »."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3668, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "Pour se venger, les Français vont ériger,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3761, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "h Paris, une statue au vieux Will. M. de"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3849, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "Bornier est charge d'écrire des vers. Seule­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3936, "fin_caractere_exclue": 3981, "texte": "ment, c'est M. Mounet-Sully qui les récitera."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "L'auteur l'Attila a peur, dit-on, de rece­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "voir un coup de pied — en bronze."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 372, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "Les mêmes soireu.v, M M. Vitu et Besson,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "ont été péniblement affectés par l'adapta­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 554, "fin_caractere_exclue": 595, "texte": "tion de Crime et Châtiment que MM. Hugues"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 645, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "Le Roux et Paul Ginisty ont fait jouer à"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 735, "fin_caractere_exclue": 779, "texte": "l'Odéon. M. Besson a été malade. Il a trouvé"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "Dostoïevsky nauséabond. Presque tous les"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "critiques « autorisés » ont reconnu dans"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1009, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "Sonia... Ia Goualeuse d'Eugène Sue ! ! !"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1145, "fin_caractere_exclue": 1181, "texte": "Du même M. Besson, trois fois nommé,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1231, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "cette phrase à propos des débuts du ténor"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "Saléza dans le Roi d'Ys :"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1399, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "« ... il est difficile de soutenir un rôle de"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1494, "fin_caractere_exclue": 1539, "texte": "force qui repose sur une quinte nécessaire. »"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "Il y a donc aussi des Schaerbeekois à"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1679, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "Paris !"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1820, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "Le Comité de l'exposition de Munich"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1905, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "ayant attribué une médaille de deuxième"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1994, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "classe au peintre Whistler, celui-ci vient"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2086, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "d'accuser réception de son envoi au direc­"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2178, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "teur de l'exposition, — dans les termes"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2267, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "suivants :"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2379, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "MONSIEUR,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2440, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "« Je reçois votre lettre m'annonçant"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2526, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "officiellement que le comité m'a décerné"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2616, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "une médaille d'or de seconde classe."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2702, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "Veuillez bien transmettre à ces messieurs"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2793, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "du comité l'expression de mon allégresse"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2883, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "modérée et bienséante et leur dire ma"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "haute appréciation du compliment de"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3055, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "seconde classe qu'ils me font."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3137, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "« J'ai l'honneur d'être, etc."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3282, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "« WHISTLER     »."}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3393, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "Ce qui fait dire à M. Scholl, dans"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3477, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "le Matin :"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3540, "fin_caractere_exclue": 3574, "texte": "« La mauvaise humeur est, comme on"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3624, "fin_caractere_exclue": 3664, "texte": "voit, assez galamment dissimulée dans la"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3714, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "lettre de l'éminent peintre anglais. Il aurait"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3810, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "dû songer cependant que, en Allemagne,"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3898, "fin_caractere_exclue": 3935, "texte": "les gens les plus huppés prennent les"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 3985, "fin_caractere_exclue": 4004, "texte": "secondes classes »."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-10-05-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PARAITRA PROCHAINEMENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 388, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "PARAITRA            PROCHAINEMENT\n     NOTES SUR LA LITTÉRATURE MODERNE\n                             (DEUXIÈME SÉRIE\n                     par F R A N C I S        NAUTET\n      Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  On souscrit dès à présent chez M me Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie,\nà Bruxelles.\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n     de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX     PRÈS LA BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n    cines, 16, à Paris; publie LA GOUVERNANTE DU COLONEL,\n    par CHARLES M A Y R E T . Un numéro 2 0 centimes, abonnement\n    (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n     ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                EPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont .     .             .    . . 2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert .                 . . 2 75\n                           R O S É E J E U N E BELGIQUE                        3 00\n                           Crême d'Ay         id.                              3 50\n                           Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.      4 50\n                           Bouzy Cristal      id.                              5 00\n                                       o.5o en plus par 2/2 bouteilles\n                                  EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                           Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n       19, B o u l e v a r d d u Nord, 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4523, "texte": "                                 EN V E N T E\n                                            A LA\n\n\n\n\nLIBRAIRIE LÉON VAN1ER\n                    19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n          ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                         Francs.\n                          P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E       .   .     7 50\nPaul ADAM                 Soi                                                               350\n      —                    Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)    350\n                           Les Demoiselles Goubert.      —             —            3 50\n        —                  Être                                                      3 50\nJean AJALBERT . . .        Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . • • 3 00\nMaurice BARRÈS . . .       Les Taches d'encre (les 4 numéros)                       4 00\n        —                  Sous l'œil des Barbares                                   3 50\nRobert CAZE . . . .        La foire aux peintres                                     1 00\nPhilibert DELORME .        Arlequins de Macadam .'                               .   3 50\nEdouard DUJARDIN . . Les Hantises                                                    3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .       Croquis parisiens (avec portrait)            .            6 00\n        —                  Le Drageoir aux épices                                    5 00\n        —                  Un Dilemme                                                2 00\nGustave KAHN . . .         Les Palais nomades                           . . . .      3 50\nJules LAFORGUE . . .       Les Complaintes                                           3 00\n        —                  L'Imitation de N. D. la Lune                              200\n                           Moralités légendaires                                     6 00\n Stéphane MALLARMÉ .       L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .          5 00\n        —                   Poème d'Edgard POË (dessins de MANET)                   12 00\n        —                  Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) .           . 25 00\n Stuart MERRILL . . .      Les Gammes                                                2 00\n Jean MORÉAS . . . .       Les Syrtes (épuisé)                                      10 00\n        —                  Les Cantilènes                                            3 50\n        —                   Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) . 3 50\n        —                   Le Thé chez Miranda          —                           3 50\n Francis POICTEVIN . .      Seuls                                                     3 50\n Ernest RAYNAUD . . .      Le Signe                                      . . . .      1 00\n Hugues REDELL . . .        Etourdissements                      4                      00\n Henri DE REGNIER . .      Les Lendemains (épuisé)                                    5 00\n        —                   Apaisement                                                2 00\n        —                   Sites .                                                   2 00\n        —                   Episodes                                                  6 00\n Paul VERLAINE . . .        Fêtes galantes                                            3 00\n        —                ' Sagesse                                                    3 00\n        —                   Romances sans paroles                         . . . .     3 00\n                            La bonne Chanson                              . . . .     2 00\n        —                   Jadis et naguère                                          3 00\n         —                  Amour . . . ,                                             3 00\n         —                  Mémoire d'un veuf (prose)                 , . . . .       3 50\n  Jules VIDAL et BYL . .    Sœur Philomène (pièce en deux actes, tirée du roman\n                               de MM. de Goncourt)                                     1 00\n  Jules VIDAL . . . .       Le Jupon                         ,                        3 50\n  Francis VIELÉ-GRIFFIN.    Cueille d'Avril (épuisé)\n         —                  Les Cygnes.                                               3 50\n         —                  Ancaeus                                                   3 50\n\n\n                    Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 20, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 354, "texte": "8 e ANNÉE.      TOME VII, N°        10.       PRIX : FR. 0-60.                                  5 OCTOBRE 1888.\n\n\n\n\n                                                   LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                    SOMMAIRE:\n  La mort de Miette Stephen (suite)                     . . . .                      HENRY MAUBEL.\n  Trois sonnets                                                                      ALBERT GIRAUD.\n  Le retour de Jean Renaud                                                           JULES DESTRÉE.\n  Vers                                         ~                                     ADOLPHE FRÈRES.\n\n  Poèmes en prose                                                                    MAURICE DESOMBIAUX.\n                                                                                     PUCK.\n  Chronique rimée                                               .       .       ..\n                                                                                     FIRMIN   GALOUBET.\n\n  Chronique littéraire                                                               IWAN GILKIN.\n  Chronique musicale                                                                 NOX.\n  Chronique théâtrale .        .     .    .    .    .       .       .       .        ALBERT GIRAUD.\n  Memento\n\n\n\n\n                                         \"BRUXELLES\n               ADMINISTRATION :                                                   RÉDACTION :\n             26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                 j                       80 RUE BOSQUET, 60\n\n                                                   PARIS\n                                   L É O N V A N I E R , ÉDITEUR\n                                          iç, Quai Saint-Michel\n\n                                                    1888\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n   paraissant chaque mois et formant au bout de l'année un superbe volume.\n\n\n\n  Bruxelles : Administration,    26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n\n                                 ABONNEMENTS :\n\n  Belgique .     .   7 francs par an. — Union postale .                  .     fr.      8-50\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                      forfait.\n\n\n\nDirecteur    : MAX WALLER. — Administrateur                         : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n\n  La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n   Les nouveaux abonnés à La Jeune Belgique recevront la revue gra­\ntuitement à partir du présent numéro jusqu'à la fin de l'année en cours.\n\n\n\n\n                                BOITE AUX LETTRES\n\n\n   29. CHARLES GOSIER. Quel drôle de pseudonyme vous avez là ! Voulez-vous bien jeter\nça, et vite ! Quant à vos... vers Au temps des myrtilles, — pourquoi pas Au temps des\ncerises? — ils n'annoncent même pas de bonnes confitures. Ils fourmillent de fautes de\nfrançais, et ils sont ineptes. Exemple :\n                        Lorsque tu voyais au loin dos bosquets\n                        Où pendaient les fruits, ainsi qu'une mouche\n                        Tu t'enfuyais vite et tu te moquais\n                        De moi, mais avec ta charmante bouche.\n                        Alors tu mangeais, mais sans abuser,\n                        Et ta lèvre rose était adorable :\n                        Et moi j'essuyais par un doux baiser\n                        Le bleu qu'avait fait ce fruit désirable.\n\n   Comment faites vous pour mettre tant d'énormités en si peu de mots, Charley\nS'enfuir vite, et cette femme qui se moque de vous, mais avec sa bouche, et qui mange\nsans abuser, mais avec sa bouche aussi, sans doute, et le bleu que vous essuyez !! Allons ?\nessuyez encore le bleu que vous fera la boîte aux lettres !\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN\n                                  VIII\n -feS.\n\n                               Elle ressentit à ce moment une commotion\n                                morale qui ne se trahit que par un im­\n                                perceptible mouvement, bien qu'elle crut\n                                avoir sursauté de tout le corps. Son re­\n                                gard, seulement, s'agrandit et se fixa\n                                comme pour s'accrocher au bruit qui\n                                l'avait frappée. Puis elle se détendit de\n                                nouveau, retomba sur elle-même avec un\n                                geste de pitié ; le regard éteint se voila de\n                                larmes qui vinrent mouiller les cils en\n               glissant sous les paupières abaissées.\n                  Mais lorsqu'elle fut habillée et près de sortir, cette\n               sensation étrange de tout à l'heure se renouvela, et cette\n               fois elle ne s'y trompait plus : c'était bien le timbre de\n               la voix de Miette qui lui venait par éclats. Elle arracha sa\n               porte plus qu'elle ne l'ouvrit : une fin de phrase s'éteignait\n               dans la cage d'escalier et, n'entendant plus rien, penchée\n               par dessus la rampe, Jane vit sa mère qui montait :\n                  — Mère, qui était là? dit-elle d'une voix enfiévrée.\n                  — Là?\n— Oui, en bas ?\n— Personne.\n— On parlait !\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                                  — 3 10 —\n\n\n  — Qu'as-tu? lui dit sa mère, saisie de cette voix qui tremblait et de ces\nyeux hagards.\n  Elle se sentit honteuse.\n  — Rien, dit-elle en détournant les yeux; puis elle ajouta, d'une voix\nradoucie et triste :\n  — Je vais chez Stephen.\n\n    Déjà, l'autre jour, Jane avait éprouvé une sensation analogue.\n    En sortant de la mortuaire, elle avait aperçu, à peu de distance devant\nelle, une jeune fille de la taille de Miette, vêtue à peu près des mêmes vête­\nments et, comme elle, marchant vite à pas heurtés d'une allure saccadée en\njouant avec un parasol à manche de buis. L'illusion était telle qu'elle avait\nanéanti toute réflexion. Jane s'était mise à courir pour rattraper Miette; au\nmoment où elle allait l'atteindre, la jeune fille avait amené le visage de\nprofil : l'illusion s'était évanouie.\n    Lorsque sa mère la regarda dans les yeux en lui disant : — Qu'as-tu?\ncette question brève et le ton dont elle était posée, la ramenèrent par un\ncoup brutal à la réalité. Elle sentit un voile de rêve se déchirer autour d'elle.\nElle se dit : Je deviens folle; elle s'impressionna violemment et eut peur de\nce qu'elle prenait pour des hallucinations et qui n'était, après tout, qu'un\nphénomène nerveux naturel dans l'état d'excitation où elle se trouvait.\n    De même, en effet, que notre œil garde l'empreinte d'un objet qu'il a\nlongtemps fixé, de même, trouvent leur place et s'incrustent, pour ainsi dire,\ndans notre imagination les êtres qui peuplent notre vie. Nous croyons vivre\npar nous-mêmes et ne vivons que par eux, objets des affections sans\nlesquelles nos cœurs s'atrophieraient. C'est eux qui font notre âme, notre\nêtre. Ils sont en nous bien plus qu'en dehors de nous et continueront à y\nvivre, même quand la mort matérielle les aura effacés de la terre.\n    Cinq ans de la vie de pension avaient liées Jane et Miette à l'âge où les\naffections sont le plus ardentes. Leurs goûts, leurs habitudes, leurs sym­\npathies et leurs antipathies, leurs idées, leurs manières de voir et de sentir,\n d'agir, de vivre enfin, les avaient tellement pénétrées l'une l'autre, que\nla dualité passée devait perdurer en l'une d'elles par la seule force de cette\n affection.\n    Dans la suite, Jane sentit tout cela, et qu'elle allait passer bien des jours\n et des jours à consommer cette séparation morale ; mais alors, elle tâcha\n d'en ralentir le cours et chercha un refuge dans cette vie posthume qui lui\n rendait, depuis ce matin de ressouvenance, sa Miette espiègle et sans-souci\n et il lui arriva des minutes d'oubli complet où elle remontait avec ce fan­\n tôme aux premiers temps jeunes et na'ifs de leur liaison.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                  —    311   —\n\n\n   Les coups de sonnette, à l'heure de la venue habituelle de Miette, la fai­\nsaient tressaillir comme si elle l'attendait. Dans la rue, parmi la foule, au\nmouvement des carrefours, lui repassaient parfois encore ces visions des\npremiers jours, plus rares et fugitives et, à mesure que le temps en s'envolant\nl'éloignait davantage de Miette, Jane aidait à l'illusion dernière et s'efforçait\nde se tromper elle-même en se détournant de la réalité vers le passé.\n   Elle continuait à vivre comme jadis, arrangeant tout pour deux, sans\nvouloir toucher à ces menus objets que des amies laissent chaque jour l'une\nchez l'autre comme une promesse d'y revenir le lendemain et ne cessait de\ngarder une place dans sa vie pour Miette qui allait venir.\n\n\n                                       IX\n\n    Elle était sortie seule comme chaque fois qu'elles allaient passer des\njournées entières l'une chez l'autre. Sa mère craignait le renouvellement\ndes sensations douloureuses sur lesquelles des jours avaient passé et ne\nvoulait pas aider à sa faiblesse en la menant dans cette maison où le sou­\nvenir de la morte devenait plus tangible parmi toutes ces choses qui\navaient fait partie de sa vie. Mais, dans un pareil moment, que pouvaient\nfaire à Jane cette résistance passive, cette opposition tacite à son désir? Ne\ndevait-elle pas se sentir attirée vers la maison de Miette comme toujours\nvers les lieux qui s'animent au souvenir des choses et des êtres qu'on y a\naimés?\n    Elle allait comme une somnambule, car il y avait en ce moment chez elle\nune somnolence absolue de cette clarté intellectuelle qui fait voir et discerner.\nElle ne voyait rien autour d'elle; sa raison s'était affaissée. Sa volonté\nabattue cédait à l'invincible attirance qui l'hypnotisait. Toutes les forces\nvives de son être s'assemblaient en un point, convergeaient à un but sous\nl'influence d'un espoir? Non, d'un désir, d'un rêve d'impossible qui la\nhantait, qui la torturait : voir Miette, la revoir, rien qu'une fois. Et à\nmesure qu'elle approchait, à mesure que le tracé de la route courait devant\nelle plus net et plus rapide, elle guettait le dernier coin de rue, le toit, la\nfaçade, la fenêtre de Miette et le petit magasin de lingeries tapissé de bleu\nqui lui faisait face avec une enseigne qu'elle savait par cœur à force de l'avoir\népelée pendant des heures de bavardage, coude à coude, à cette fenêtre.\nSous l'influence de cette excitation, se réveillait en elle un vivant passé.\nPuisque rien n'avait changé autour de cette maison; puisque les visages\nde choses et d'êtres s'animaient comme d'autres jours à son approche\net semblaient la reconnaître ; puisque le chemin était encore le même et\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                      3l2\n\n\npuisqu'elle y repassait comme alors, presque joyeuse maintenant d'une joie\nqu'elle ne comprenait pas, pourquoi, là-bas, le même geste, le même regard,\nle même sourire ne l'accueilleraient-ils plus? Tout cela n'était-il pas un mau­\nvais songe dont elle allait sortir ? Elle éprouvait cette sensation diffuse d'un\nréveil où l'on croit encore au cauchemar; elle y croyait en subissant on ne\nsait quel faux et cruel pressentiment de bonheur. Elle marchait vite, serrait\nle pas.\n   D'ordinaire, Miette, un coin de rideau soulevé par dessus l'épaule, la\nguettait à la vitre et dès qu'elle l'apercevait, dégringolait lui ouvrir. Avant\nque Jane eût eu le temps de sonner, la porte s'écartait mystérieusement\ndevant elle et il y avait un bon baiser d'amie qui l'attendait dans le cran.\n   Jane arriva devant la maison ; mais son regard ne chercha point d'autre\nregard aux fenêtres, dont tous les stores étaient baissés. Elle connaissait\nbien cette maison vide et froide des jours funèbres ; ce n'était plus la maison\nde Miette. Elle ne leva pas même les yeux, sachant que personne ne l'atten­\ndait là et qu'il lui faudrait sonner à la porte maintenant comme une étran­\ngère. Elle avait traversé la rue d'une allure plus lente comme quelqu'un qui\ncherche ou qui attend quelqu'un ; elle continuait d'aller vers Miette, vers\nson sourire, vers son baiser; elle allait, le regard vaguant en avant d'elle,\nà travers la foule de midi et, se sentant bien seule parmi ce monde, bien\nmorte aussi parmi ces vivants, elle replaçait maintenant, un à un, dans le\nsouvenir triste du passé ses rêves d'impossible et de choses finies.\n   Le parc où elle entra était sillonné de ce monde grouillant et affairé qui,\nles douze coups sonnant, s'échappe en une fois de partout à travers la ville;\nde longues files rapides, croisées dans toutes les directions, suivaient les\nallées touffues et gazonnées. Un petit groupe amenait sous le feuillage un\nbruit presséde voix. Des passants s'isolaient, silencieusement, la tête nue, en\ncherchant les coins d'ombre. Jane entendit un rire de voix gamines lui\npartir dans le dos. Une troupe d'ouvrières accourait derrière elle en agitant\ndes branches arrachées aux buissons des talus; elle sentit un instant le\nfrôlement de leurs jupes et de leurs branches, fut parmi elles enveloppée\nde leur joie et de leur rire... puis leur rire s'enfuit; la demi-heure de midi\nsonnait à une église. Le lourd battement se détacha du clocher pour se\nfondre dans la chaleur des rues inondées de soleil.\n   Un souffle chaud passait au large en courbant tous les arbres du parc,\nen secouant leur branchage, dont les feuilles commençaient à brunir et\ncomme si ce souffle eût balayé les bruits et les mouvements, il se fit une\naccalmie profonde par les allées.\n   Jane était tombée assise au pied d'un marronnier; son regard affaissé\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                 — 313 —\n\ncomme tout le reste d'elle, suivait, au sol, l'ombre traînante d'un nuage\nqui passait à quelque place cachée du ciel.\n\n\n                                      X\n\n   Elle n'alla chez Mme Stephen que des semaines plus tard. Tandis qu'elle\nmontait en écoutant crier les marches sous ses pas comme à ce soir d'agonie,\nune chose contrastante la frappa : l'accueil joyeux du canari qu'on avait,\npendant les jours funèbres, attaché dans un coin de sa cage. A le voir voleter\navec un bruit soyeux d'ailes éraflant les barreaux ; à le voir chanter en déje\ntant la tête et faisant jaillir à coups de bec, à coups de queue les grains de\nmil, on eût dit que toute joie était rentrée dans la maison et qu'on l'avait\nlâché sur le seuil pour inviter les arrivants à rire.\n   Rien n'avait bougé dans le petit salon grenat fané dont la pendule à\nsujet sous son globe battait le même tic-tac entre ses deux bergers qui sou­\nriaient toujours.\n   Du seuil, Jane aperçut le haut de l'enseigne du magasin de lingerie; son\nregard alla vers leur fenêtre, la fenêtre à causette d'où la vue plongeait\ndans le magasin tapissé de bleu et peuplé de choses blanches pliées et\ndépliées sans cesse.\n   Mme Stephen était, comme d'habitude, à l'autre fenêtre, assise dans un\nfauteuil au dossier élevé. Elle sommeillait la tête en avant en tenant un\njournal déplié sur ses genoux. A l'entrée de Jane elle se redressa, fit un mou­\nvement pour retenir le journal qui glissa par terre. La douleur, comme\nrafraîchie et reposée par cet instant de sommeil, réapparut dans son attitude\net l'expression de son visage.\n   Ses premiers mots, ses questions à Jane qui avait passé des jours sans\nvenir, semblaient lui dire : « Vous ne savez donc pas?... » Puis, sur le\npoint de recommencer pour elle le récit de la mort de Miette, elle dit sim­\nplement : « Comme vous êtes restée longtemps sans venir ! »\n   Elle parla longuement de ses nuits d'insomnie, ses fatigues pendant la\nmaladie, ses journées d'isolement...\n   — Oh! oui, quel vide! dit Jane, car cette pauvre Miette était si gaie, si\nrieuse, si vivante ! et chacun de ces mots évocatifs qu'elle amenait de loin\nd'un son de voix plus long et pénétrant, ressuscitait Miette à ses yeux dans\nun brouillard de larmes, et Mme Stephen, prenant au hasard parmi tous\nles petits soins dont Miette l'enveloppait, dit : — Tous les jours après le\ndéjeuner elle me lisait le journal. Mes pauvres yeux deviennent si mauvais.\n    Elle aperçut le journal qu'elle avait essayé de lire et qui traînait à ses\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                  — 314 —\n\n pieds. Elle voulut se baisser, mais Jane le ramassa doucement et le posa\n sur le coussin de la fenêtre.\n    La pendule sonna...\n    M\"'0 Stephen avait deux larmes qui glissaient derrière ses lunettes.\n    Jane regardait leurs fenêtres aux rideaux tombants sur les sièges vides,\nrangés et derrière elle, la porte close qui les séparait de la chambre de\n Miette. Elle songeait à ce qu'il y aurait eu d'autres jours derrière cette\nporte entrebâillée par sa voix rieuse criant : J'arrive! et s'agitant dans la\nlumière de la chambrette bleue parmi les colifichets épars d'une toilette de\njeune fille en battant les portes et poussant les tiroirs.\n    — Avez-vous vu les couronnes? dit Mme Stephen, qui se levait avec peine\nvers la chambre et Jane la suivit avec une appréhension de ce qui allait\nêtre au delà de cette porte close, où la vie n'était plus.\n    Elle l'avait vue, cette chambre, légère de lignes et de tons, bleue,\nennuagée de blanc, avec des éclats de rire dans tous les coins.\n    Elle l'avait vue dans la pénombre accablante des jours funèbres, où l'âme\nde cette morte au sourire éteint enveloppait les vivants de son éternel silence.\n    Elle vit une chambre froide aux meubles rangés et vides, où le regard\nheurtait les murs. Bien qu'on n'en eût rien enlevé, elle semblait dégarnie.\n Un ciel brumeux d'automne l'éclairait d'un jour pauvre. La lumière que\ndes vivants n'échauffaient plus de leur ombre s'y tramait dans l'abandon\n sans trouver un coin de vie où se nicher.\n    De chaque côté du lit, au long des rideaux fanés dans leurs plis, s'accro­\nchaient les couronnes, amassant dans leurs fleurs d'étoffe avec un parfum\nde poussière et de mousse humide, une vague senteur d'éther.\n    On sonna sur le palier.\n    Mme Stephen qui avait reconnu le coup de timbre, fit le tour par le salon\nafin d'aller ouvrir. Jane s'était réfugiée au fond de la chambre; elle ouvrit\nla porte entrebâillée de la garde-robe de Miette; elle reconnut un à un ses\nvêtements habituels, retrouva leurs formes, leur mouvement, leur étoffe,\nleur chair, leur parfum et les plis qu'ils faisaient sur le corps de Miette.\nElle eut pendant quelques secondes cette jouissance si douloureuse après\nla mort des êtres aimés, de toucher, de palper, de saisir à pleines mains, à\npleins bras, ces objets qui nous rendent la sensation la plus intense de leur\nvie, entre ces quatre murs où ils ont vécu, et de s'y frotter, et de s'y\nplonger le visage, et d'en aspirer éperdûment la vie à plein souffle, pendant\nqu'une voix de femme parlant tout d'une haleine dans la chambre attenante,\napportait avec l'air cru du dehors, les impressions banales « du temps qu'il\n fait n.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                 — 315 —\n\n\n   Jane referma la porte de l'armoire. Elle sortit de la chambre et en referma\nla porte aussi, derrière elle, comme si personne ne devait plus y pénétrer.\n   Debout au milieu du salon, une voisine, veuve d'un major retraité, ache­\nvait d'ôter son chapeau, tout en racontant à Mme Stephen, pour la distraire\nun peu, l'histoire d'une grande féerie qu'elle avait vue la veille.\n   Comme le chapeau s'accrochait aux cheveux, Miette l'aida. Elle lui dit :\n« Merci, mademoiselle », en prononçant mal, d'un ton aimable et, sans\nsavoir pourquoi, Jane regretta de l'avoir aidée.\n\n\n                                     XI\n\n   La route lui parut longue au retour ; elle allait comme lorsque après\nune maladie, l'esprit sans force pour saisir la matière, voit passer autour de\nlui des gens de rêve sans se demander où ils vont, d'où ils viennent, et tout\nautour d'elle lui semblait changé. Cette visite à Mme Stephen, au lieu de\nlui faire du bien, lui laissait une impression d'antipathie; tout ce qu'elle en\nrapportait sonnait faux en elle, qui se sentait avancer de plus en plus dans\nune atmosphère d'esseulement et de vide. Quel ardent désir elle ressentait\nen ce moment, de voir apparaître tout à coup, au devant d'elle, auprès\nd'elle, une personne simplement et sincèrement aimée. Celle-là lui eût parlé\npeut-être de tout ce qui n'était pas Miette; mais elle l'eût fait avec ces into­\nnations spéciales de la voix et du regard qui mêlent un peu de tristesse au\nsourire, un peu de souvenir à l'oubli et devinent délicatement la petite\nplace invisible par où l'on peut glisser quelque consolation au cœur.\n    Peu de personnes, au reste, songeaient à consoler Jane. Miette ne lui\n était pas apparentée et on ne porte pas le deuil d'une amie.\n    Ainsi lui furent épargnées les consolations banales et forcées des gens qui\n ne savent pas que ce qu'on peut offrir de meilleur à ceux qui souffrent\n de tels maux c'est un bon coin pour y pleurer à pleines larmes.\n    Arrêtée par une voiture à un coin de rue, Jane qui ne s'orientait plus à\n la vie d'alentour, se demanda où elle était et à quelle heure. Elle lut le nom\n de la rue et pour la troisième fois, depuis son départ de chez Stephen, elle\n regarda l'heure à sa montre.\n\n                                      XII\n\n    Le soir, sans pouvoir dormir, étendue sur son lit, les yeux grand ouverts\n et buvant l'obscurité profonde de la chambre, elle rêvait à tout ce qui ne\n serait plus.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                   — 316 —\n\n     L'indifférence apparente de Mme Stephen l'avait blessée. Cette femme\n  souffrait, mais elle semblait ne souffrir que dans sa vie matérielle. La mort\n  était un accident dans le train quotidien de cette vie. Sa douleur s'écourtait\n  comme ses larmes. Elle semblait n'en avoir pas le sens intime et profond.\n  C'est qu'elle ne se repliait pas sur elle-même. Sa vie était toute objective,\n  toute extérieure. Elle était de ces gens pour lesquels un être de moins c'est\n un meuble aimé qui manque.\n    Miette était partie pour des heures, des jours, des années peut-être ; elle\n ne voyait pas au delà. Elle l'attendait en lisant son journal, à grand'peine\n de ses mauvais yeux et trouvait le temps long.\n    Mais moi, se disait Jane, comment l'aimé-je !\n    Elle reconnaissait alors que sa douleur n'était pas l'absolu désespoir\n capable d'exprimer un pareil deuil. Non, ce n'était pas ainsi qu'on pleurait\n les morts, et rien n'était bouleversé dans son âme puisque rien ne l'était\n dans sa vie. Elle ne valait donc pas mieux que d'autres et n'était pas plus\n capable de regrets et de souvenir, elle qui s'était tant de fois indignée de ce\n qu'on pût encore manger, boire, vivre, se regarder face à face et parler du\n même son de voix qu'auparavant, dans les maisons où la mort avait\n passé...\n\n                                     XIII\n\n    Nous ne trouverons jamais d'expression à ce todtesweh, ce mal de la mort\n qui nous ronge. Trop petits pour la mort, nous ne saurions nous élever\n jusqu'à son infini. Ceux qu'elle prend échappent à nos larmes et à nos\n regrets et notre douleur grandit de ce que nous nous sentons impuissants à\nles suivre. Nous n'avons pour pleurer les morts qu'un peu de ces larmes\nd'enfant dont nous trempions jadis nos jouets brisés, nos espérances\ndéçues, des larmes sur ces mains froides, sur ces yeux clos, sur ces bouches\nmuettes, et quand nous avons laissé emporter tout cela, nous allons à tâtons\nen écarquillant des yeux douloureux qui ont cessé de voir vivre. Entre eux\net nous, l'acte d'un instant a mis de l'éternité. La trace de leur départ est\nune trace infinie, car le trajet des morts qu'on emporte est un trajet sans\nbut. A cette place inconnue dont ils ne reviendront pas, nous ne pourrons\npas aller.\n   Nos pieds sont rivés à la terre, la vie nous rappelle, nous ramène à elle,\nnous reprend; la vie oublieuse et impie pour qui les tombes ne sont pas un\nasile sacré. Que nous criions vers eux et que nous les implorions, nos cris,\nnos implorations tombent dans un silence sans fond. Les yeux clos ne nous\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                  -   317    -\n\n\nvoient plus, les bouches muettes ne nous consolent plus, les mains glacées\nne viennent plus à notre aide, et c'est pourquoi nous avons peur de cette vie\noublieuse qui nous circonvient; peur de nous y perdre jusqu'à l'âme et\nqu'un jour vienne où nous serons comme si nous ne les avions jamais eus,\net qu'au lieu de cette image parlante qui nous accompagne et semble nous\naimer, nous n'ayons plus alors qu'un souvenir fané parmi tous nos souve­\nnirs : une tombe avec sa pierre scellée à jamais en nous comme sur la terre.\n   Oh! Miette, est-ce cela que nous nous étions promis? Par quel chemin\nveux-tu que je vive maintenant? Songe à toutes les choses commencées par\nnous qui resteront inachevées, puisque nous cessons d'être.\n   Ta corbeille à ouvrage est là, depuis l'autre jour, avec un bout de laine\nrouge qui en dépasse le bord ; tu étais si pressée que tu l'as mal fermée et\npersonne n'a eu le courage de le repousser, ce bout de laine. Pourquoi es-tu\npartie si vite? Il me restait tant de choses à te dire. Sais-tu que le pauvre\npetit rosier que tu avais sauvé de la mort recommence à mourir?\n   Mais, non, je deviens folle sans doute; ta pensée n'entend plus la mienne,\nn'est-ce pas? Tu ne sais plus, tu ne te souviens plus.\n   On dit quelquefois que nous oublions les morts ; ne sont-ce pas plutôt\nles morts qui nous oublient?\n\n                                      XIV\n\n    Quand Jane entendait quelqu'un lui dire : « Il faut vous distraire, le\ntemps doit user cela », elle sentait en elle une révolte et des envies de répondre\npar des paroles dures à ces paroles de consolation.\n    Oublier Miette, n'était-ce pas la faire mourir davantage? la voir partir\nde son âme après l'avoir vu partir de la terre? Aussi les jours, les semaines,\npuis les mois en passant sur cette mort ne faisaient-ils qu'augmenter la\nsouffrance de Jane.\n    Entre elle et Miette le temps s'accumulait de plus en plus. Que de choses\navaient eu lieu depuis son départ! Que d'êtres avaient mis entre elles deux\nleurs voix, leurs gestes, leurs passions, brouillant l'atmosphère d'une mul­\n titude grouillante d'événements, comme pour les empêcher de se voir et,\n l'esprit désespérément tendu vers Miette, Jane la regardait s'en aller lente­\n ment en s'accrochant à la vision suprême de toute la force d'une imagina­\n tion décuplée par l'angoisse.\n    Cette vie qui vient de finir si tôt pour toi m'apparaît maintenant comme\n une chose éternelle.\n    J'entrevois des temps très lointains à venir où notre passé recroquevillé\n ne sera plus qu'un petit morceau de souvenance.\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                                 — 318 —\n\n   Je me dis que, peut-être, je vais vivre très vieille et que va commencer\npour moi toute une existence dont tu ne sauras rien.\n   Que c'est donc triste, mon Dieu ! qu'on ne puisse pas rassembler tous les\nêtres, les morts parmi les vivants, pour les emporter avec soi vers l'avenir,\nde manière que le passé ne soit jamais plus loin qu'hier et qu'au moins, s'il\nfaut abandonner nos aimés, nous les sentions toujours bien près de nous.\n    (A continuer).                                  HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                     TROIS SONNETS\n                              L'HORLOGE\n\n    L'horloge de rancœur, depuis combien d'années !\n    A coups retentissants, hostiles et brutaux,\n    Découpe en souvenirs mes amours condamnées\n    Avec son balancier hérissé de couteaux.\n\n    J'entends le poids cruel martyriser la chaîne,\n    Le bois fendu se plaindre, et le couteau pressé\n    Assassiner déjà ma volupté prochaine,\n    Rouge encore du sang de mon bonheur passé.\n\n   Seigneur! l'horloge est vieille, et lasse, elle se pleure ;\n   Elle a sonné la vie implacable : c'est l'heure\n   Du silence définitif et mérité.\n\n   Elle souffre : ayez la douceur d'être féroce !\n   Arrachez lui le cœur, et cette peur atroce\n   De vivre de sa mort durant l'éternité!\n\n                         LE MORT VIVANT\n\n   Bien loin des pleurs appris, de la douleur vulgaire,\n   Muré dans le silence obscur de mon caveau,\n   Je cherche avidement tes lèvres de naguère\n   En m'arrachant des vœux pour ton bonheur nouveau.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                           319\n\nLe cher parfum de ta présence évanouie\nMe caresse le front de baisers mensongers...\nMon Dieu! servez longtemps sa grâce épanouie,\nEt soyez lui clément parmi les étrangers!\n\nPermettez, ô mon Dieu! que le sang de mes plaies\nFasse mûrir un soir des mûres dans les haies\nQue doit frôler son culte ineffable et trompeur!\n\nEt laissez les moins fiers de vos anges descendre\nSur mon isolement, pour m'empêcher d'entendre\nLes pas de ces passants qui battent dans mon cœur !\n\n\n                 L'EXTRÊME-ONCTION\n\nC'est un morne escalier de basalte, où les ombres,\nSous un fer tourbillon de plumes de corbeaux,\nCaressent lentement de leurs longues mains sombres\nLes pâles cheveux d'or des nocturnes flambeaux.\n\nParfois une lueur oblique, en fer de lance,\nD'un éclair sans espoir heurte l'escalier sourd.\nL'heure sonne en mon âme, et l'écho d'un pas lourd\nComme avec une faulx moissonne le silence.\n\n Et voici, svelte et roide en ses voiles jaloux,\n Notre Dame de la Vengeance, avec ses loups :\n C'est le Saint-Sacrement de ma haine qui passe!\n\n Elle passe, la Dame inexorable et lasse...\n Les cierges ont fermé leurs yeux ; l'escalier dort.\n — Seigneur! pardonnez-moi : quelqu'un que j'aime est mort!\n\n                                        ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                                  —   320 —\n\n\n\n\n    LE RETOUR DE JEAN RENAUD\n                                         D'après une vieille chanson française.\n\n\n              Quand Jean Renaud s'en revint de la guerre, — il s'en revint\n               triste et chagrin. — Ma mère, bonjour; bonjour ma mère!\n               — Voici votre Jean qui revient de la guerre...\n\n   — Bonjour, mon fils; mon chérubin, — un beau garçon t'est né ce\n matin ! — Mais d'où viens-tu, tel gémissant? — Ton front est pâle et plein\n de sang?\n\n  — Allez, ma mère, allez devant ! — Faites dresser un beau lit blanc, —\ncar je suis faible, et je suis las. — Mais dressez-le si bas, si bas, — que ma\nfemme ne l'entende pas...\n\n  — Puis Jean Renaud s'endormit, seul, — dans les draps blancs comme\nun linceul. — Sa mère, inquiète, auprès de lui — s'agenouilla toute la\nnuit...\n\n  — Et le matin, plus rien ne bouge — sur l'oreiller devenu rouge...\n\n  — Ah! dites, ma mère, mère chérie, — quel est ce bruit — que j'entendis\ndurant la nuit? — Ma fille, c'était la chèvre en l'écurie...\n\n   — Ah ! dites, ma mère, mère chérie, — j'entends que l'on cloue, que l'on\nscie? — Ma fille, c'est le charpentier — qui raccommode le plancher.\n\n  — Ah! dites, ma mère, mère chérie, — j'entends que l'on chante et qu'on\nprie? — Ma fille c'est la procession — qui passe auprès de la maison...\n\n   — Ah ! dites ! ma mère, mère chérie, — pourquoi ces pleurs et votre joue\nmaigrie ? — Ah ! ma fille, ma fille, ma pauvre mie, — notre cher Jean\nn'est plus en vie...\n\n   — Allez, ma mère, allez, et dites au fossoyeux — qu'il fasse la fosse\nlarge pour deux, — que l'espace en soit assez grand — pour qu'on y mette\naussi l'enfant.\n                                                  JULES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                               —   321   —\n\n\n\n\n                              VERS\n   Mon âme a suscité les bourreaux de mon âme ;\n   Je suis le doux martyr d'un rêve audacieux.\n   Encor      Déjà!.... Mon Dieu! mon cœur est jeune et vieux,\n   Et je nais et je meurs parmi des pleurs de femme.\n\n   Par les grèves, j'attends, couché sur le soleil,\n   La claire voix d'enfant qui console des songes.\n   Viens des nuages blonds, Toi, la fée aux mensonges,\n   Mère des lys, et de l'aurore, et du sommeil !\n\n   Au clair d'ailes lumineuses, fends les flots d'or\n   Eblouis aux vastes jeux des cygnes d'hermine,\n   Et trace sur mes yeux, pleins d'extase enfantine,\n   Un appel vers l'azur de ton œil qui s'endort.\n\n    Ton doux sein pour pleurer, ô ton sein pour dormir,\n    L'abri de ton haleine à mon âme peureuse !\n    Et clos pour le sommeil, frêle main douloureuse,\n    Mes yeux devenus doux à force de mourir.\n\n                                                  ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n\n\n                POÈMES EN PROSE\n\n                            CONSOLATRIX\n\n              En sa robe de lin blanche, une fleur de lys à la main, les yeux\n                vers le ciel levés, recueillie, elle prie.\n                   Toute blanche sur l'azur, elle prie avec ferveur entourée\n                de l'élancement des lys majestueusement candides qui se dres­\nsent, gardiens de sa pureté.\n   Si belle et si douce : de grands yeux bleu sombre, de tristesse et de nos­\ntalgie, voilés par de longs cils dévots, son front enfermé dans un voile qui\nretombe en plis chastes sur ses épaules, son menton ovale, sa bouche petite,\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "                                        322\n\n\n  ouverte seulement pour les oraisons, des mains frêles et diaphanes au geste\n  onctueux.\n     Elle est venue sur la terre, mystérieusement, la nuit, consoler les affligés;\n  le jour l'a surprise à son retour, et des lys, autour d'elle, ont jailli pour la\n  garder jusqu'à la nuit.\n     Et elle a prié, les yeux vers le ciel levés dans la ferveur de sa prière.\n     Le soleil est descendu lentement à l'horizon, puis il a disparu, et les\n nuages de pourpre et d'or se sont assombris. Elle prie, toute blanche dans\n le soir qui tombe lentement des hauteurs de l'azur.\n     La nuit est venue.\n     La lune, glissant au ciel son croissant pâle, apparut comme une tête\n inquiète, et, sur un rayon d'argent, la fleur de lys à la main, Elle remonta\n vers sa mère, la Lune.\n                                 TRISTESSE\n     J'écoute les heures tomber sur mon cœur comme les gouttes d'eau sur le\n  crâne d'un patient.\n     Là-bas, la ville silencieuse, les longs boulevards bordés de réverbères\n  qui se perdent à l'horizon, et les toits sombres des maisons, carapaces de\n  monstres endormis dans les ténèbres. Au lointain noir, les rouges fanaux\n  d'une gare de banlieue avec leurs feux immobiles, pareils à des scintille­\n  ments de pierres précieuses, et le calme coupé par les sifflets d'un convoi\n nocturne qui passe, jetant un peu de fumée blanche.\n    Et j'écoute tomber les heures.\n    Dans une ruelle avoisinante où grince une lanterne devant un bouge,\n parfois des ombres passent furtivement le long des murs. Des formes sem­\n blent marcher en l'obscurité, et des yeux brillent comme des marques de\nphosphore sur une muraille. Au clocher, l'horloge rhythme une à une les\n heures de tristesses, et, saisis de frayeur, des chiens poussent des hurlement,\n pénibles comme des lamentations de voix humaines. Les hautes cheminées\net les hangars des usines abandonnées se silhouettent sur le ciel ternes\nmontrant par endroits les taches jaunâtres de murailles éboulées près\ndesquelles reposent, comme leurs gardiens, d'énormes tas de fers.\n    Tandis que, sur la pelouse pelée d'un jardin proche, des linges sont\nétendus semblables à de la lumière de la lune.\n   De toutes choses il s'élève un hymne de douleur vers la divinité absente\nde la nuit et la mélancolie des grands bâtiments noirs silencieux et désolés\nse répand sur la ville endormie.\n   J'écoute les heures tomber sur mon cœur...\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                                      323\n\n\n\n                                    SOIR\n\n    L'immensité du ciel noir où se meuvent des nuages livides dont la masse\nénorme semble peser lourdement sur l'atmosphère étouffante.\n    La nuit pleine encore d'un bourdonnement confus comme un écho du\nvacarme assourdissant de la journée de fête.\n    Dans les rues, des hoquets d'ivrognes qui titubent, des vomissements le\nlong des murailles, et quelques lambeaux de chansons péniblement braillées\npar des voix rauques.\n    Aux brasseries, les violes infatigables hurlent leurs airs canailles par les\nportes et par les fenêtres, et des soldats, bonnet sur l'oreille, dansent avec\ndes filles en sueur.\n    Sur le champ de foire, à la clarté de fumeux et puants crachets, un bate­\nleur annonce d'extraordinaires tours de force pour terminer la soirée, des\nroulements effrénés de tambour suivent ses paroles, et les sons discords\nd'un clarinette prétentieuse accompagnée d'un piston et d'une basse, le\ntout scandé par des coups redoublés de grosse caisse.\n    Plus loin, le crépitement des carabines, le bruit sec des balles qui s'apla­\n tissent contre le zinc, et la dégringolade des pipes cassées dans un tir. Au\n « Musée historique » l'obsession des figures de cire, blêmes et cadavériques,\n de grands yeux immobiles et fous qui regardent avec une persistance\n effrayante dans une demi-obscurité. Des têtes coupées aux yeux revulsés,\n anxieuses, des faces contractées par le froid de l'acier : Anne de Boleyn,\n Charles Stuart, Marie-Antoinette. Et sur des échafauds couverts de drap\n noir, les corps pantelants des suppliciés. Les assassins célèbres et leurs\n victimes. Des crimes épouvantables accomplis sur des innocents!! Et le\n barnum d'un ton emphatique beuglant les « horribles » détails.\n     Ebranlant l'alentour, les cris prolongés des fauves à la ménagerie.\n     D'acres odeurs de graisse brûlée s'échappent des baraques à friture, et\n  des marchandes de pain d'épice au visage vieillot se démènent et chantent\n  en agitant des grelots.\n     C'est la sortie du grand théâtre. Lentement et comme à regret s'en vont\n  les spectateurs, emportant au fond de leurs cerveaux bouleversés le souvenir\n  de toutes les merveilles entrevues, tandis que des clowns à tignasse de pail­\n  lasse, des pierrots et des colombines aux habits fripés se précipitent pour\n  éteindre la rampe de gaz et relever les grandes toiles peintes de la devan­\n  ture.\n      Et toujours, dans les cafés obscènes, infatigables, les violes hurlent leurs\n   airs canailles par les portes et par les fenêtres.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "                                     324\n\n\n   Des filles agacent les passants et débattent avec eux le prix de l'amour.\n   Tout se calme. Au tourniquet où miroitent les oripeaux éclairés par une\nguirlande de lampions, quelques couples attardés tournent encore un tour\net le vieux cheval aveugle qui tourne toujours depuis des années et pour\nbien des années d'un même pas résigné et las.\n   Dans l'immensité du ciel noir roulent les nuages livides.\n   Maintenant, sous la pluie qui tombe lentement, la ville s'est endormie\nd'un sommeil fiévreux, fatiguée de cette journée de bruit.\n   Seules, la tristesse de quelque fenêtre encore éclairée, comme un œil\nmourant parmi des yeux morts, la luisance des reverbères sur les trottoirs\nhumides, et la douce chanson de la pluie qui tombe, tombe.\n\n\n                             CRÉPUSCULE\n\n   Les roses laissaient choir leurs pétales de chair rose. L'âme des fleurs\nmortes s'épandait en parfums suaves, et les dernières notes de l'oiseau\ns'éteignaient sous les branches.\n   Le frêle jet d'eau, par soubresauts, s'élançait avec des sanglots pour\nretomber sur les étoiles des nymphéas et des nénuphars.\n   Le soir tombait lentement des grands arbres et des gemmes aux calices\ndes fleurs scintillaient.\n   Tout pleurait la mort du jour. Là bas, au milieu des parterres blancs,\nles grosses pivoines, rouges comme des lèvres ardentes, avides de lumière se\npenchaient tristement sur leurs tiges, et des larmes de sang semblaient cou­\nler parfois.\n   Lorsqu'au ciel s'allumèrent les astres qui se mirèrent longuement dans\nle bassin, et la Lune, d'un long baiser vint, entr'ouvrir les belles de nuit,\net couvrit de son rêve mystérieux la nature dolente.\n                                                MAURICE DESOMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                          325\n\n\n\n\n                  CHRONIQUE RIMÉE\n\n                               OCCIDENTALE\n         OU JE LUI PEINS EN QUELQUES TRAITS NOTRE INDULGENTE HILARITÉ (1)\n\n                                                  Maintenant, c'est nous qui sont les duchesses.\n                                                                  La maréchale LEFEBVRE.\n\n               Pâle, « dans le séjour que n'atteint aucun glaive »,\n               Le front de lauriers ceint, l'Amer Sédiment rêve\n                        Près du piano    tourmenté;\n               Il lance à pleins poumons un couac préparatoire,\n               Et chante, bouche en cœur, comme au Conservatoire,\n                        Le songe de sa nuit d'été.\n\n               Après avoir mouillé ses lèvres, il accorde,\n               Selon Théo Hannon, son instrument à corde\n                        Avec son instrument à vent.\n               Il chante, et tout se tait. Celui qui l'accompagne\n               Est un homme avisé qui place du champagne\n                        Et dirige un journal    savant.\n\n               « Je vois venir, dit-il, les mains pleines de roses,\n               Pour me dédommager de mes heures moroses,\n                       La Jeune Belgique au complet\n               Qui, Maubel à sa tête, en chemise se rue,\n               Le chanvre autour du cou, les pieds nus, dans la rue\n                        Qu'à Schaerbeek on nomme Gallait.\n\n               Le roi mage Maubel m'apporte de la myrrhe,\n               Le roi mage Gilkin, de l'ambre et de la cire;\n                        Chansay les suit en souriant;\n               Puis le roi mage Eekhoud, qui mange de la terre,\n               Et Giraud, qui vieillit dans un silence austère,\n                       M'offrent du vernis d'Orient.\n\n\n\n  (1) Un des rédacteurs de la Jeune Belgique, un écrivain de mérite, qui mena la cam­\npagne, un des « étais » qui soutient avec l'énergie d'un désespoir largement conquis cette\nmaison croulante...\n                                        (La Fédération artistique, du 8 septembre 1888.)\n                                                              EDDY    LEVIS.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "                     — 326 —\n\n\nFontainas, talonnant son bel étalon barbe,\nEn signe de douleur a fait couper sa barbe,\n          Orgueil du café Sésino,\nGoffin lui tend le bras pour l'aider à descendre,\nPuis voici Severin, le front couvert de cendre,\n          Valere Gille en bambino,\n\nVandrunen, volupté des femmes de la Thrace,\nEt Nautet, dont un vol d'éperviers suit la trace,\n        Hector Champal, saule plaintif,\nGeorges Kaiser marchant d'un pas philosophique,\nEt sous son mackinlosh Rotiers le magnifique\n        Aiguisant son fier adjectif\n\nMaeterlinck, les Dcstrée et Le Roy, Van Lerberghe\nQui veulent, revenus exprès de   Blankenberghe,\n         Me photographier tout nu;\nLéon Dardenne qui, pour des fresques    futures,\nUn pied dans une main, fait des caricatures,\n         Et semble un héron ingénu!\n\nC'est bien ! Je suis vengé. J'abdique ma colère,\nEt je vous rends, ingrats, mon appui tutélaire :\n         Pénétrez tous dans la maison.\nVoici le pain, le sel, et l'eau de la fontaine,\nEt tâchez d'écouter, d'une oreille lointaine,\n         « Le chant vierge du jeune oison ! »\n\nMax Waller est très vieux : il dort sur son Larousse ;\nSa barbe, pareille à celle de Barberousse,\n         Fait le tour du fauteuil   sacré.\nLaissez-moi lui chanter mes anciennes ballades :.\nJ'ai le mot qui guérit les chevilles malades,\n         Et je le ressusciterai !\n\nVous verrez refleurir vos stériles cervelles,\nEt je vous apprendrai les méthodes nouvelles\n         D'éviter un affreux décès :\nCar plus fort que Banville, expert en cette escrime,\nJ'ai le souci constant de placer à la rime\n         Toutes mes fautes de français !\n\nExécutons ce plan, auquel votre âme adhère .\nJe quitterai le doux journal   hebdomadaire\n          Ou mes cuirs trouvent un abri;\nEt voici cent sonnets d'une écriture  artiste,\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                           —   327   -\n\n Où je fais, — sans douleur, comme chez le dentiste,\n         Friser les poils de mon cabri !\n\nEt puis pour convertir la tempête en bonace,\nVous allez sur le champ brûler votre Parnasse,\n         Et comme à l'époque où j'étais\nUn étais, rouvrez-moi votre Jeune Belgique,\nEt laissez-moi songer dans ce décor magique\n         Mon songe d'une nuit d'étais! \"\n                                                          PUCK.\n\n\n\n        AUTRES CORNEMUSES\n                                                        Laïtou, laïtou,\n                                                    (La Reine de Chypre.)\nQui dirait, là dirait, c'est ces essais de flûte,\nLà dirait et paraît (ma musette) et la lutte\nDes Neiges, des Soleils et les blés et les prés\nEtalant gentiment écarlate et pourprés,\nCoquelicots et coqs et la ferme (ô musette)\nEt ce petit désir de cueillir la noisette\nAu bois vert quand au loin partira le champette.\n\nLes cottes, les coteaux,   envers les moulins   beaux.\n\n Quand le désir viendra des laines, des agneaux\nN'irons-nous plus encor (ma musette) et les prées\nSpumant la marguerite « un peu » ces effarées,\n[Ma musette) et l'orgueil du passionnément\n— O le vis éclatant et naïf de l'amant —\nMes doigts ingénus font gazouiller ma musette,\nCherchons les coudriers, ma Lison, ma Lisette,\nLa noisette et pompette et pompon, vers le soir\n(Prends ma prune) un garou galoppe et glapit noir.\n\nQui dirait, là dirait, c'est ces essais de flûte.\nLà dirait et parait (ma musette) et la lutte...\n\nLà la lapine au vent broute le serpolet\nDes cottes des coteaux, des moutons sans reflet\n(Là la lapine) alors tout propage la lande\nHysope pour rêver, pour se laver lavande\nEt Toi (là la lapine) et toi, toi, sous le toit\nToinon, toi si. musette, ô coteaux sans cotoi\n(Là la lapine) ô prends mes prunes, la lapine,\nPinacothèque au cœur des roses sans épine\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "                           328\n\n\nO noisette, ô Lisette, ô Poucette et le bois\nEt l'ogresse et sa graisse et la Grèce aux abois\nQuand la lapine, la lapine, la lapine\nS'en/once avec le soir au trou de Proserpine.\n\nQui dirait, là dirait c'est ces essais de flûte.\nAh! ils ont trop coulé l'heur au seuil du baiser\nIls ont bien trop coulé, roucoulé, recoulé !\nMa musette est pompette et les coquelicots\n(Prends mes prunes) les coqs, la ferme et les tricots\nEt la revoir — ô prends mes prunes — la revoir\nLa revoir au lavoir quand lavera le soir\nQuand lavera, ci prends mes prunes, ô délice\n Bonheur des nouveaux-nés à ces feux      d'artifice,\n O vous, vierges et neuve et veuve de noisette\n Par quoi!\n            Quoi qui dirait, là dirait, ma musette...\n\nMurmures, murmurant, mourant à la cueillette\nDes baisers dans les prés étalant, si pourprés,\nCoquelicots et coqs et ferme et puis groupés\nLes dindons dont du dos Didon dîna dit-on.\n\n\n\n      LA PÈCHE A LA BALEINE\n                        Le nom d'anatit'e vient de anas, canard, et de fero, je porte.\n                                                             (MOQUIN-TANDON).\n\n\n Aiguillant par rugueux pics le clair réfracté\n Du boréal éclat diurne est haut monté\n Maint Ice-berg qu'illune un blanc bris de lumière\n Par l'astre dédaignée en la plaine, carrière\n De solide liqueur moindre que nul degré\n Par où gît de candeur tel marbre figuré\n En nature et selon toute absente sculpture\n  Qu'épure un brut abrupt exempt de calenture,\n La Mer, oui de tels flots sans écume et plus blancs\n Innovés en figés pitons moins déferlants\n  Et la brume, et la brume, et la brume, et la brume!\n\n  Hilare,   la baleine en ce parage       spume.\n\n  Glauque inexpérience aux harponnés périls\n  De l'oléagineux trépas en bruns barils !\n  Ci la barque ès le flanc du materne navire,\n  Le croc. Queue au zénith, et haut, et loin, et vire.\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                                   -   329     -\n\n\n             Défunte! O par delà les longs miseréres\n             Plangorés d'effarés albatros très navrés,\n             Défunte, ô l'à-vau-l'eau des fiers évents veufs d'aiguë\n             Et d'aigrettes emmi les flots jaseurs, et lègue\n             Le cétacé ballant aux ressacs sans dégoût\n             Son évanoui souffle à l'universel     TOUT.\n\n             Le ciel exaspéré casse une vieille étoile.\n             L'horizon, tout s'en va! s'érige d'une voile\n             Evidente d'espoir maritime au long cours\n             Vers le sud exhalé d'exils doux de retours.\n                                                               FIRMIN GALOUBET.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLes Poèmes d'Edgar Poë, traduits par STÉPHANE MALLARMÉ. — Un beau volume in-8°\n         avec fleuron et portrait, par Manet. — Deman, éditeur, à Bruxelles.\n\n\n               Enfin, les voilà traduits, ces incomparables poèmes de l'un des\n                plus grands et plus purs génies qui aient jamais enchanté les\n                coeurs des hommes ! Et par une justice suprême du destin,\n                qui fut si dur pour sa vie, comme s'il avait voulu l'ennoblir\npar le supplice, ses merveilleux ouvrages ont trouvé pour interprètes les\nplus hauts\" poètes de la France. Après Baudelaire, qui traduisit ces contes\nsurnaturels : Ligeia, Morella, la Chute de la Maison Usher, mais qui\nrecula devant la tâche effrayante, de transposer les poèmes sublimes\nd'Edgar Poë, à la seule exception de ce prodige : le Coi-beau, voici que\nl'artiste le plus noble et le plus subtil des lettres françaises, Stéphane Mal­\nlarmé, suscite, dans sa prose magique, la fluide et presque insaisissable\nmusique de ces beaux vers.\n   Avec un religieux scrupule, Stéphane Mallarmé a suivi note à note la\nmélodie du texte original. C'est le poème américain qu'il veut faire appa­\nraître devant le lecteur, non les sortilèges de son propre génie. Aussi lais­\nsera-t-il, avec raison, dire que telle strophe eût pu revêtir plus d'effet fran­\nçais. Mais il ambitionnait de transporter dans sa traduction jusqu'aux con­\ncordances de mots, jusqu'aux résonances harmoniques de syllabes; bref,\ntoute la technique si savante du détail qui, dans l'œuvre d'Edgar Poë,\ndouble la valeur des profondes pensées.\n   Sachons louer la ligne noblement majestueuse de la phrase, qui ondule\nen courbes d'une royale pureté, vierge de toute banalité non moins que\npréservée de toute inférieure contingence. En cela la forme vêt exactement\nles sévères pensées. Car, miraculeuse rencontre avec l'art de Mallarmé, l'art\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "                                 — 330 —\n\nd'Edgar Poë hait l'accidentel et, voué à la seule quintessence, s'abstrait\nautant que le permettent les formes, hors du temps et de l'espace. Toute\nidée, tout développement, toute péripétie s'y ramène à l'essence poétique\nen répudiant le détail trop concret, l'actualité qui grimace. Selon le terme\nphilosophique, les choses y apparaissent sous leur caractère d'éternité.\nDe là l'ampleur hiératique de ces poèmes cependant si courts et l'encens\nde religion qui flotte sur ces vers mystérieux.\n   Ces lignes, écrites sans prétention de critique, mais comme un acte\nd'admiration respectueuse, ne trouveront nulle preuve plus lumineuse\nqu'une citation : TERRE DE SONGE.\n   « Par une sombre route déserte, hantée de mauvais anges seuls, où une\n Idole, nommée Nuit, sur un trône noir debout règne, je ne suis arrivé en\nces terres-ci que nouvellement d'une extrême et vague Thulé, — d'un\nétrange et fatidique climat qui gît, sublime, hors de l'ESPACE, hors du\nTEMPS.\n   « Insondables vallées et flots interminables, vides et souterrains et bois\nde Titans avec des formes qu'aucun homme ne peut découvrir à cause des\nrosées qui perlent au dessus ; montagnes tombant à jamais dans des mers\nsans nul rivage ; mers qui inquiètement aspirent, y surgissant, aux cieux\nen feu ; lacs qui débordent incessamment de leurs eaux calmes — calmes\net glacées de la neige des lys inclinés.\n   « Par les lacs qui ainsi débordent de leurs eaux solitaires, solitaires et\nmortes, — leurs eaux tristes, tristes et glacées de la neige des lys inclinés,\n— par les montagnes — par les bois gris — par le marécage où s'installent\nle crapaud et le lézard — par les flaques et étangs lugubres — où habitent\nles Goules — en chaque lieu le plus décrié — dans chaque coin le plus\nmélancolique : partout le voyageur rencontre effarées les Réminiscences\ndrapées du Passé — formes ensevelies qui reculent et soupirent quand elles\npassent près du promeneur, formes aux plis blancs d'amis rendus il y a\nlongtemps, par l'agonie, à la Terre — et au Ciel.\n   « Pour le cœur dont les maux sont Légion, c'est une pacifique et cal­\nmante Région. — Pour l'esprit qui marche parmi l'ombre, c'est — oh!\nc'est Eldorado! Mais le voyageur, lui, qui voyage au travers, ne peut —\nn'ose pas la considérer ouvertement. Jamais ses mystères ne s'exposent du\nfaible œil humain qui ne s'est ,pas fermé ; ainsi le veut son Roi, qui a\ndéfendu d'y lever la paupière frangée ; et aussi l'âme en peine qui y passe,\nne la contemple qu'à travers des glaces obscurcies.\n   « Par une sombre route nue, hantée de mauvais anges seuls, où une\nIdole, nommée Nuit, sur un trône noir debout règne, j'ai erré avant de ne\nrevenir que récemment de cette extrême et vague Thulé. »\n\n                                                        IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                                  — 331 —\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\nFranciscus, oratorio de M. EDGAR TINEL, poème de M. L. D E KONINCK. — Breitkopf\n                           et Hartel, éditeurs à Bruxelles.\n\n\n             On se souvient du remarquable début de M. Edgar Tinel; il\n               y a quelques années il concourait pour le prix de Rome ; sa\n              cantate, la Cloche Roland, fut couronnée. L'allure hardie de\n              cet ouvrage promettait à notre pays un compositeur de grand\ntalent. M. Tinel a tenu sa promesse. Il présente aujourd'hui au public un\noratorio de vastes dimensions et d'une haute valeur, Franciscus, admira­\nblement édité par la maison Breitkopf et Hartel.\n   Le sujet de l'oratorio, c'est la vocation, l'apostolat et la mort de saint\nFrançois d'Assise.\n   L'idée dominante qui gouverne toute l'œuvre et rattache chacune de ses\nparties à un centre unique, c'est le triomphe de la pauvreté volontaire.\n\n\n\n   Le poème n'a pas été pour M. Tinel l'occasion d'une suite de morceaux\nplus ou moins brillants, agrémentés de trilles et de vocalises, pour la plus\ngrande satisfaction des virtuoses. M. Tinel ne s'est point proposé d'écrire\ndes notes harmonieuses sur des paroles indifférentes. Il a compris qu'un\npoème est un sujet abstrait, dont le musicien doit créer l'expression senti­\nmentale.\n   C'est un adepte du concept wagnérien, qui, voyant dans le poème des\npersonnages agissants, proclame que la musique doit décrire la construc­\ntion passionnelle de ces personnages et révéler, avec leur état d'âme, la\ncause profonde de leurs actions.\n   Ainsi entendue, la musique devient un art éminemment psychologique,\nle plus psychologique de tous pour la description dynamique des passions.\n   Il est bon que l'on s'entende à ce sujet.\n   Il existe à présent deux sortes de musique bien distinctes.\n   L'une, la musique pure, n'est que le développement d'une thème pri­\nmitif, selon des règles traditionnelles ou selon la fantaisie du musicien ;\ndans les deux cas, cette musique n'a d'autre règle qu'elle-même, l'esthé­\ntique de l'oreille, et son objet ne peut être qu'abstrait, vague, général, tel\nque : la joie, la douleur, l'ordre, etc.\n   Mais il se peut que la musique, au lieu d'être employée pour elle-même\nne soit considérée que comme moyen expressif soit de la parole — du verbe\nparlé avec des intonations passionnées, — soit d'une action progressive pré­\ncisée par un programme, comme c'est le cas pour maint poème sympho­\nnique.\n   Nous aimons médiocrement la symphonie à programme : cette musique\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "                                     332\n\n\nne peut être complètement comprise que par l'adjonction d'un petit argu­\nment imprimé, que l'on distribue aux auditeurs, et qui ne fait point partie\nintégrante de l'œuvre. Cela ressemble à une femme chauve qui ne devient\nbelle que par l'addition d'un chignon postiche.\n    Autre chose est le poème musical, où la musique n'est que la notation\nartistique de la déclamation. Il ne s'agit plus ici de musique pure et\nindépendante; mélodie et harmonie ne sont plus qu'un simple moyen\nd'expression, obéissant à toutes les fluctuations, aux moindres ondulations\ndu poème. Il ne s'agit plus d'architecturer une construction bien proportion­\n née, comme une figure de géométrie, mais de suivre, intonation à intona­\ntion, les mots, les phrases et les pensées du poème. Telle est la portée de\n la réforme formulée par Wagner.\n\n\n\n   Une question se pose ici. L'oratorio a-t-il sa place dans ce système?\n   Nous répondons : Non.\n   Avec cette logique à fond que possèdent tous les génies supérieurs,\nWagner a clairement vu que son système musical nécessite le drame. Les\nparoles ne sont dites avec leur intonation absolue que par celui qui les\nprononce lui-même, sous le coup de l'émotion qui le fait parler. Le tiers\nqui raconte l'épisode le raconte toujours inexactement, donc faussement,\net substitue un récit factice au verbe originel, jailli spontanément de telle\nâme secouée par telle passion. D'autre part, le récit ne peut pas — forcé­\nment — se borner à formuler le verbe sentimental; il en décrit nécessaire­\nle cadre, paysage, personnages, etc. Et comment les décrit-il? D'une façon\nneutre : c'est le poète (ou le musicien) qui parle et qui chante, c'est-à-dire\nun être impersonnel quant à l'action, s'il nous est permis d'écrire ce lati­\nnisme barbare.\n   Dans le drame, tous ces éléments superflus sont éliminés. Pas de descrip­\ntions inutiles. Le cadre est sous nos yeux : c'est le décor; les personnages\négalement : ce sont les acteurs. Les paroles du poème ne sont que leurs\nparoles, c'est-à-dire les seules que nécessite vraiment le sujet. Point de\nparoles étrangères, point de récit d'un spectateur supposé, d'un cicerone\nchargé de piloter les auditeurs ordinaires à travers les méandres de l'action,\nqu'il connaît à merveille, lui, comme un guide dirige les caravanes d'An­\nglais dans les galeries d'un musée. Ici rien de pareil. C'est le sang et la\nchair de la vie et non une momie débandelettée et commentée par un savant\ndes antipodes.\n   Nous croyons donc que l'oratorio s'adapte mal au système wagnérien.\n\n\n\n   Que l'on ne se méprenne point sur notre pensée. Nous ne voulons pas\ninsinuer que l'oratorio traditionnel soit supérieur à l'oratorio doué de\nl'unité de composition. Si ce dernier est moins varié, moins amusant que\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                                 — 333 —\n\n\nl'autre, il répond mieux, d'autre part, à l'impérieux besoin de logique qui\naujourd'hui gouverne tous les arts.\n     Dans ce genre si bien moderne, le Francisais de M. Tinel se recom­\nmande par une haute valeur personnelle. Si M. Tinel n'est pas très inventif\nen fait de rhythmes, les musiciens les plus difficiles reconnaîtront la noblesse\net la beauté pure de ses phrases mélodiques et la richesse de son orchestra­\ntion, que soutiennent des harmonies savantes. M. Tinel n'ignore aucun\ndes moyens d'expression de la musique moderne et il les manie avec l'habi­\nleté la plus délicate. Si nous ne lui avons pas ménagé les critiques dans les\n lignes qui précèdent, c'est que son œuvre est de taille à les supporter et\n quelle mérite autre chose que les compliments courants.\n     Francisais débute par un prélude d'une majestueuse ampleur. Après\n une large fanfare se développe une marche triomphale pleine de gravité\n religieuse, où semble se déployer toute la pompe des grandes fêtes de\n l'Eglise. Le thème initial, presque dessiné déjà par la fanfare, est le motif\n de la Pauvreté qu'une modulation majeure transforme en hymne de gloire.\n Tout ce prélude est traité avec une science profonde, c'est de la vraie\n musique pour les musiciens.\n     Aussitôt après ce morceau grandiose suit un récit d'une douceur char­\n  mante : « Douce et sereine aux deux la nuit déjà s'incline ». L'accompa­\n  gnement en est simple et gracieux, d'une jolie teinte mystérieuse et calme.\n  La fête au château est joyeusement menée sur un thème vif, qui se déve­\n  loppe bientôt avec le chœur : « Nos beaux jours sont remplis de charmes ».\n  Le mouvement s'accélère avec le bel allegro : « Sans trêve, sans cesse,\n  fêtons la jeunesse », coulé d'un seul jet et remarquable par sa savante poly­\n  phonie. Peu à peu se dessine un mouvement de valse. Les danses commen­\n  cent. La valse — qu'accompagne un récit des ténors — est vraiment élé­\n  gante. Cet épisode a permis au compositeur de faire diversion à la gravité\n  religieuse de son œuvre, qui, sans cela, eût peut-être présenté quelque\n  monotonie. Les danses terminées, quelques récits amènent la Ballade de\n  la pauvreté.\n      Cette ballade est l'un des morceaux à stances libres comme il s'en pré­\n  sente plusieurs dans Francisais.\n      Ils nous ont plu tout particulièrement, et il nous semble que c'est dans\n   ces morceaux que M. Tinel a le mieux affirmé sa personnalité.\n      Deux' fois l'orchestre dessine le motif de la Pauvreté, puis François\n   entonne la ballade : « Captive au fond d'un vieux castel », d'un rhythme\n   très simple, presque chanson populaire. Il nous souvient qu'il y a une\n   dizaine d'années, M. Tinel a publié quelques mélodies de ce style, dont\n   une surtout, Marguerite, si nous ne nous trompons, nous séduisit par son\n   extrême fraîcheur et sa mélancolie à la fois simple et profonde. Ce carac­\n   tère nous l'avons retrouvé dans la présente ballade.\n      Le chœur intervient à chaque stance, et la phrase de la ballade incessam­\n   ment se transforme et ondule, sans obscurcir un seul instant sa structure\n   essentielle. Passons quelques morceaux, fort intéressants encore, notam­\n   ment la mélopée d'un veilleur de nuit,— ardue à traiter après les Maîtres-\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "                                   -   334   -\n\n   Chanteurs de Wagner, — et venons-en à la vocation de saint François.\n   C'est un beau morceau d'un caractère élevé et d'une douceur mystique.\n   Disons cependant que si la mélodie dessinée par l'orchestre eût été d'une\n  coupe un peu moins carrée, elle eût paru plus aérienne, plus supra-terrestre.\n   Après ce beau morceau, la première partie de l'oratorio se termine par un\n   bref finale d'ensemble.\n      La deuxième partie débute par un prélude saisissant, d'une teinte sombre\n  et désespérée, où bientôt s'introduit un récit des ténors, décrivant le monde\n  livré à la haine et à la guerre. Mais, dans une éclaircie pleine de fraîcheur,\n  le génie de l'Espérance chante la renaissance prochaine de l'amour divin :\n  « De feux nouveaux le ciel s'enflamme ». Mais, avant que la consolante\n  prophétie s'accomplisse, il faut que le monde soit déchiré par des luttes\n  affreuses. « Portons la haine au cœur humain », s'écrient les esprits infer­\n  naux. Et toute une large scène se déroule où les génies bienfaisants et les\n mauvais esprits se disputent la terre. Morceau d'une grande allure et d'un\n  excellent style.\n     Cependant, François, qui s'est fait le serviteur de la Pauvreté, rencontre\n ses anciens compagnons qui le raillent. François célèbre la Pauvreté en une\n phrase magnifique : « Celle que j'aime avec ardeur », où s'annonce vague­\n ment déjà le cri enflammé qui ouvrira chaque strophe de l'hymne d'amour,\n puis il développe le chant austère de la Pauvreté : « Pitié, Seigneur, oh !\n prends pitié de dame Pauvreté! » Signalons encore le morceau où le génie\n de la Paix célèbre le triomphe de saint François sur les mauvais esprits.\n Puis viennent deux morceaux superbes qui ont arraché au public des\n applaudissemeuts enthousiastes : le Cantique du soleil et, un peu plus loin,\n le Chant de l'amour. C'est, comme nous le disions plus haut, dans ces\n stances, d'une admirable allure, que M. Tinel déploie le mieux son origi­\n nalité.\n     La troisième partie de l'oratorio nous a paru un peu inférieure aux deux\n autres. Peut-être faudrait-il voir là un résultat de la fatigue. Mais n'est-ce\npas déjà un petit défaut que la considérable longueur de cette œuvre? Nous\navons rarement pu écouter jusqu'au bout, avec la même attention, un grand\noratorio. Ce genre de composition, qui ne dispose point des mille res­\nsources de l'action et de la mise en scène que possèdent le drame et l'opéra,\nest fatalement exposé à donner quelque lassitude à l'auditeur. Ne serait-il\npoint sage d'en réduire un peu les dimensions? On pourrait appliquer à\nl'oratorio, nous paraît-il, quelques-unes des observations d'Edgar Poë sur\nla brièveté nécessaire du poème.\n    Mais ceci ressemble à de la vaine chicane. Signalons plutôt dans cette\ntroisième partie plusieurs morceaux de valeur : les dernières recommanda­\ntions de saint François à ses compagnons, les chants mortuaires et la\nmarche funèbre.\n    L'œuvre de M. Tinel honore l'art belge, et nous formons le vœu\nd'entendre bientôt une œuvre nouvelle aussi belle que Franciscus.\n                                                                   NOX.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                                 — 335 —\n\n\n\n\n          CHRONIQUE THÉÂTRALE\n\n     RÉOUVERTURE DU T H É Â T R E DE LA MONNAIE\n\n\n               Le théâtre de la Monnaie a, comme disent les critiques autorisés,\n                rouvert ses portes. Les abonnés sont joyeux, légers, subtils et\n                impondérables, comme les bienheureux. On les a revus, tous,\n                un peu plus vieux et un peu plus laids que l'an dernier, mais\nles mêmes, essentiellement. Ils sont au poste, tous, depuis le gommeux à\nmonocle jusqu'à la vieille dame souriante qui ne se tait que pendant les\nentr'actes, et sans oublier le macaque édenté qui n'en tient que pour le\nballet, et qui, lorsque les danseuses sont rentrées dans leurs loges, dort en\ndodelinant de la tête et en laissant tomber ses jumelles au moment le plus\npathétique du drame. Sans le savoir, et les yeux clos, il joue le rôle prin­\ncipal d'une pièce à thèse qui pourrait s'intituler : la Réhabilitation des\nSinges. Puis le clan des professeurs de chant, engeance insupportable qui\nvocalise de la tête, trille du genou et lâche dans les couloirs, d'une bouche\nsucrée, des appréciations diabétiques sur la façon dont Mlle Melba a arrondi\nson la bémol. On prête à la direction un projet inattendu. A la prochaine\nreprise du Raseur de Séville, —• il y a des dilettanti qui prononcent : le\nBarbier, — l'affiche, au lieu de porter la mention traditionnelle : A la\nleçon de chant, Mme Landouzy chantera les Variations de Proch, dira\nsimplement : A la leçon de chant, M me Landouzy lira le dernier article\nde M. X***\n   Mais ne restons pas sérieux, et occupons-nous des débutants.\n   Sigurd, fils du roi Sigemon, nous a fait connaître un fort ténor,\nM. Chevallier, une basse, M. Gardoni, une falcon, Mme Cagniard, et un\ncontralto, Mme Rocher.\n   M. Chevallier est assurément un fort ténor. Il ne ment pas à son éti­\nquette. Il lance des la et des si avec la même désinvolture que met un her­\ncule à soulever des poids. On lui a reproché de ne pas savoir chanter. Le\nreproche est na'if : les ténors ne savent chanter que lorsqu'ils ont perdu\nla voix. Et M. Chevallier a le temps. Il ne peut manquer de rendre de\ngrands services à la direction. Il rouvrira les chemins d'Altorf, et il pourrait\nbien être le Siegfried rêvé.\n   M. Gardoni est une basse dont la voix loge à l'entresol. Le chanteur est\nhabile. Il n'a pas été ridicule en phoque jovial. Phoque joyial veut dire Hagen.\n   Mme Cagniard... c'est Mmc Cagniard, et Mme Rocher... c'est Mme Rocher.\nToutes deux ont des qualités, mais le théâtre de la Monnaie n'est pas un\n théâtre de débutants.\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "                                 — 336 —\n\n   Mme Melba nous est revenue, avec ses allures de chanteuse de concert\négarée dans l'opéra. La voix est toujours belle, et parfois rebelle. Quelqu'un\ndisait, l'autre soir, après Rigoletto : « J'ignorais que Nuremberg fut en\nAustralie! »\n   Mme Landouzy est une charmante fauvette. Et ce n'est pas seulement le\nroi qui l'a dit !\n   Mme Rose Caron — sa majesté Caron — est une incomparable Brune­\nhilde et une superbe Marguerite. Elle a toujours son masqne étrange, sa\nvoix mordante et son geste qui hypnotise. Baudelaire, s'il avait eu à carac­\ntériser cette voix tour à tour étranglée et riche, l'eut peut-être qualifiée\nd'automnale. M me Rose Caron est une artiste de race supérieure, qui prête\nune illusion de vie à la chétive Brunehilde de M. Reyer, et qui semble\nsonger à la Marguerite de Gœthe pendant qu'elle incarne la Marguerite de\nM. Gounod. Elle a dans le timbre de sa voix le mystérieux sourire de la\nJoconde.\n   M. Seguin est un digne partenaire de Mme Caron.\n   M. Engel est, comme l'an dernier, le chanteur correct et prudent qui a\nmis sa voix en viager. Il fait antithèse avec M. Mauras, qui dissipe la sienne\nen fils prodigue. Le jour où ce dernier fera tuer le veau gras de son inexpé­\nrience, il sera un admirable ténor. Mais il attendra qu'il n'ait plus de voix.\n   Telle qu'elle est composée, la troupe du théâtre de la Monnaie nous\nparaît bonne, et sensiblement meilleure que celle de l'an dernier.\n   Les directeurs nous promettent une reprise des Maîtres-Chanteurs, et\nde Lohengrin, et aussi, à moins que le Roi d'Ys, ou quelque ballet ne s'y\noppose, Siegfried.\n   Nous ne demandons pas mieux que de voir tuer le dragon, même si c'est\n Mme Melba qui s'y cache.\n                                                  ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "                                  MEMENTO\n                                                      « La Jeune Belgique est en bon train de\n   Noire ami Emile Verhacren vient de              nous gâter M. l'écrivain Picard et de nous\n perdre sa mère.                                   le gâter complètement. M. Picard, comme\n   La Jeune Belgique prend une vive                Jules César, ne veut être le second nulle\n part à sa douleur.                                part et, étant entré en Jeune Belgique, il en\n                                                   est devenu, non le Roi — que diraient les\n                                                   amis? — mais le président, quitte à en être\n     Ce brave amiral a vraiment du guignon.        le dictateur. Les pages publiées déjà du\n11 passe sa vie à rager contre la Jeune Bel­ nouvel ouvrage de M. Picard : une Mission\ngique, et il ne peut pas écrire une phrase         belge au Maroc, attestent les envahisse­\nsans qu'on n'en rende responsable cette             ments des aberrations de la jeune école. On\nmême Jeune Belgique, qui, que, dont, etc.           peut porter le défi à qui que ce soit de lire\nCertains journaux nous ont endossé l'An­            le livre jusqu'au bout sans tomber malade.\nthologie des prosateurs belges. Voici main­            « M. Picard qui sait être si net, si précis,\n tenant qu'ils nous imputent El Moghreb al          pour rester digne de la Jeune Belgique écrit\nAksa!                                               des phrases comme celle-ci :\n     Voici, à ce propos, une perle extraite de         « Lamant la mer de ses grands épanouis­\n la correspondance bruxelloise (???) de la             sements de clarté, le soleil me met en\n Galette de Liége :                                 « l'imagination toutes ces comparaisons\n      « Qui nous délivrera non des Grecs et          « métalliques, en lesquelles se résolvent\n des Romains, mais des écrivains de la Jeune           les sensations que les flots brillants et\n Belgique?                                           « miroitants font sur les rétines... Une\n      « Décidément ils sont en train de perdre       « heure de bercement dans la tiédeur de\n  le style et de perdre les meilleurs écrivains.     « l'air, dans le demi-sommeil des rêveries\n  C'est beau pour M. Edmond Picard, avocat           « et la détente de la soucieuse existence, à\n  de grande renommée et écrivain de race.            « mi-corps, à mi-âme dans la béatitude pla­\n  Je ne le juge que comme littérateur. Il est           nante des abandons... en pleins sommets\n  telle et telle page de la Forge Roussel, de « de monts, parallèle à la mer que les\n  Mon Oncle le jurisconsulte qui resteront           « échancrures d'un azur profond d'abîme\n  comme des modèles de description phy­              « rayé de steamers noirs...\n   sique. M. Picard a de l'observation, de                 Le plateau est couvert de buissons,\n   l'imagination et une rare puissance d'assi­ « champignonnant en larges dômes plats,\n   milation.                                         « assiettes retournées, protégeant des mets\n       « De hautes idées, n'en cherchez pas chez « mystérieux pour les gibiers et les in­\n   lui : le sens religieux qui donne le sens des        sectes... » ... « des citronniers enduisant\n   choses d'en haut, lui fait absolument défaut.        par dessus les haies en la tentation de\n   11 est matérialiste, panthéiste, stoïque, dans « leur pulpe juteuse... Des parapluies et\n   le sens païen du mot, il n'est pas chrétien, « des waterproofs pochent de leur noir\n   il ne paraît même pas déiste. La forme joue        « banal glacé de l'ardoise des humidités\n    un grand rôle, rôle absorbant dans ses            « miroitantes, la grande grisaille de la foule\n    écrits. Mais quel coloris, il a des reflets de    « loqueteuse... »\n    Rubens. Quel styliste! il sort des lieux             « ... La boue citadine augmente. L'eau\n    communs, du convenu. Il n'est ni em­                 désagrège la terre sèche des rues et, en\n    poignant, ni même émouvant; il est éton­             pestilences d'éviers, les gaz latents des\n    nant. Il ne charme pas, mais il surprend             détritus se dégagent... Trouver les mots\n    et il tient le lecteur comme dans un piège.       « véhiculaires des choses sémites dans des\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "                                          — 338 —\n\n  « cerveaux aryens... Parfois une projection       Moghreb al Aksa. Nous l'avons dégusté,\n  « de rayons solaires, jaillissent d'un trou       et en revenant de cette revue, nous étions\n  « dans l'épais matelas de nuages que tra­         folâtres. M. Picard, — chose éminemment\n  ce vaille le vent du sud-ouest, et alors sur      invraisemblable — s'est surpassé. C'est à\n  « les eaux squameuses, un merveilleux mi­         peu près comme si Pélion se grimpait sur\n     roitement qu'on croirait entendre bruire,      sa tête pour ennuyer Ossa. Savourez :\n « tant cliquetantes sont les écaillettes des         « Je flânais ce matin dans mon lit... »\n « flots... La pluie sabre tout l'horizon...           Flâner dans un lit? Drôle, très drôle! Un\n « Sur les murailles croulantes, dorées de la       excellent sujet pour M. Verlat !\n « patine des vieux cuirs, aux frissures pul          « Il a fait froid sous la petite tente où\n « lulantes de petits faucons roux... que           Théo et moi avons consommé cette pre­\n « c'est l'en avant qui commence... Nous            mière nuit, notre nuit de noces avec la vie\n « allons, en haut, en bas, tantôt par des          nomade. »\n « sentiers de boue collante en laquelle              Joli, cette nuit de noces avec le désert.\n « chaque pas de bête fait ploc, se déta­          Pourvu que l'amiral n'en soit pas revenu\n    chant en clapet de soupape. Et les voix        ensablé !\n « des gens disent : Assez et le reste. »             A savourer encore, la petite prière sui­\n    « Et quels mots « le fauve relent, des         vante, adressée au Jéhovah des chefs-d'œu­\n « figures enjillabées, vision piranésique,        vre :\n « les frelons rastaquouériques, des glacis           « Que je fuie, que je fuie l'anecdote rape­\n « de saletés sur une robe, les moirures de        tissante, les aventures personnelles haïssa­\n « la marée, étalement, canons blessés d'une       bles! Que je puisse, effaçant le quelconque\n « enclouure, douloureux hérissement de            que je suis, exprimer ce pays étrange, cette\n « la vie sociale, les visages empénom­            civilisation, envers et critique de la nôtre ;\n    brés, les vagues volutantes, des fortifica­    saisir les généralités qui la dessinent puis­\n    tions fauves, des monts bas de peluche         samment à grands traits; trouver les mots\n « gris bleu, le temps, cet éternel ressusci­      véhiculaires des choses sémites dans des\n    tant, la vie délavée dans la liquidité des     cerveaux aryens; avoir la devination de ce\n « heures. »                                       qui ne me sera pas révélé par l'extérieur\n    « Nul n'arrivera au bout du livre. Les         défiant et énigmatique de cet inconnu dont\npremières pages' intéressent d'abord puis         je touche à peine l'écorce et qui m'attire et\n étonnent, les autres énervent et fatiguent,      me trouble. Et surtout, au moment où, par\ncelles du milieu endorment déjà par l'effort      la percée vers l'intérieur de cet empire\nde l'intelligence pour comprendre. Il est         fermé comme la Chine, va commencer la\nvrai que la Jeune Belgique n'écrit pas pour       décisive expérience de ce que je vaux pour\nêtre comprise. Un ami disait à un de ces          pareille œuvre, que je sois nettoyé des pré­\njeunes belgiques : — Impossible de com­           jugés anciens sur la fausse lurquerie et\nprendre. — Mais malheureux, nous écri­            l'orientalisme de convention ? Ne pas voir\nvons pour qu'on ne comprenne pas. Le style        avec les lentilles déformatrices de mon édu­\nc'est de la musique ».                            cation de lycée, ne pas transporter sur les\n    Est-ce que les correspondances bruxel­        ambiances vierges les reflets de mes visions\nloises de cette aimable Galette font le trajet    antérieures. Décrire ce Far West islamite,\nde Bruxelles à Liége en patache ? Nous vou­       El Moghreb al Aksa ! tel qu'il m'apparaîtra\ndrions bien obtenir un léger aperçu gra­          saisi en son mystère, en sa réalité, avec\nphique de la tête du correspondant qui a          l'émotion de l'artiste, avec le froid de l'huis-\nécrit ça.                                         sier-priseur. Ce séjour à Tanger m'y a pré­\n                                                  paré : je me sens plus exact observateur,\n                                                  observateur plus soupçonneux aussi. Je\n  M. Edmond Picard publie dans la Revue           saurai me garder, je l'espère. »\ngénérale un fragment considérable de El              On tourne la page, et on lit :\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                                        — 339 —\n\n   « Le soleil nous pousse à l'eau et l'eau        Notre confrère Lutens (Fritz Ell), vient\nnous attire. 11 doit faire bon recevoir sur     de fonder à Gand une gazette d'art qui\nles épaules nues ces grandes vagues volu­       paraît hebdomadairement sous ce titre :\ntantes, dont les enroulements forment des       Le Passant.\nberceaux translucides. — Si nous prenions          Le premier numéro, illustré en première\nun bain, Théo ? — Chouette idée ! — Et          page d'un excellent portrait du baryton\nnous sautons bas, jetant la bride à un mule­    du théâtre de Gand, Maxime Soum, con­\ntier qui marchait de conserve, nous dévê­       tient des vers de F. Ell, de la prose de\ntant en un tour de main et courant à la mer     Hector Chainaye, Henry Marius, Helbay,\nin naturalibus. Je vois le muletier, quand      Bertal, etc     le dessin de Chainaye est\nnous passons en peau devant lui, faire le       encadré d'un dessin de Taefaert.\nsigne contre le mauvais œil. »                     Le Passant publiera dans son prochain\n   Là, voyons, entre nous, il n'y a pas de      numéro un portrait de Waelput et un\nquoi se vanter !                                dessin de Charles Doudelet.\n   Et dire que si la Galette de Liége lit ces      Bon succès confrère. Nous te saluons au\nbelles choses, elle va encore nous en faire     passage très amicalement.\n 'honneur !\n\n\n\n   Pour paraître au commencement de la            Nos lecteurs ne s'étonneront pas de nous\nsaison d'hiver :                                voir passer sous silence le Salon d'Anvers\n   L'Ame des choses, de M. Hector Chainaye,     dont l'ordure artistique n'a pas de limites.\nles Chimères, de M. Jules Destrée, le Sang\ndes Fleurs, de M. André Fontainas, Mon\ncœur pleure d'autrefois, de M. Grégoire\nLe Roy et les Tentations, de M. Maurice\n                                                   M. Joseph Blaes, qui a été un virtuose\nMaeterlinck,\n                                                célèbre, le Paganini de la clarinette, qui a\n                                                émerveillé les publics d'Europe en jouant\n                                                de la clarinette comme son ami Servais en\n   La deuxième série des Notes sur la litté­    jouant du violoncelle, Joseph Blaes vient\nrature moderne, par Francis Nautet, paraî­      de publier une brochure bien imprimée,\ntra très prochainement, en un volume in-18      chez Mme Monnom, et intitulée : Souvenirs\nd'environ 400 pages ; prix : fr. 3-50. On       de ma vie artistique. Tirage à trois cents\npeut souscrire dès maintenant chez M. A.        exemplaires.\nVanden Broeck, directeur de la Société             Ces Souvenirs sont intéressants, et tout\nbelge de librairie, rue Treurenberg, Bru­       en rappelant des succès brillants et légi­\nxelles, ou chez Mme veuve Monnom, 26,           times, ils font bien voir l'homme excellent,\nrue de l'Industrie. — Ce volume compren­        le Bruxellois de race avec flandricismes ori­\ndra les douze études suivantes: I. Notes de     ginaux, le philosophe tout rond, qui, après\nphilosophie littéraire : La déification de      les agitations et les pérégrinations de sa vie\nM. Ernest Renan ; M. Taine et Bona­             artistique, est simplement aujourd'hui un\nparte; les Juifs; l'Art et la bourgeoisie ;     des paisibles et fidèles habitués du Cercle\nLa fin de la volonté. II. Poésie : Caractères   artistique de Bruxelles.\nde la nouvelle poésie ; Charles Baudelaire ;\nM. Albert Giraud. III. Théâtre : Shake­\nspeare et Schiller par les Meininger. IV.\nRomanciers : M. Georges Eekhoud; Dos­             La maison Monnom vient de tirer à un\ntoïevsky ; le comte Léon Tolstoï.               petit nombre d'exemplaires une sorte de\n                                                monographie pittoresque du Théâtre de\n                                                Bayreuth. Cela en un album de luxe qui\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "                                             340\n\nest une merveille de typographie. Cette          L'auteur l'Attila a peur, dit-on, de rece­\nétude, ces souvenirs plutôt, que précède un      voir un coup de pied — en bronze.\nbeau portrait de Wagner par Henry De\nGroux, sont écrits en honnête cursive par\nM. Octave Maus.\n                                                    Les mêmes soireu.v, M M. Vitu et Besson,\n                                                 ont été péniblement affectés par l'adapta­\n   M. Paul Hymans continue l'œuvre pater­        tion de Crime et Châtiment que MM. Hugues\nnelle Bruxelles à travers les âges, et nous      Le Roux et Paul Ginisty ont fait jouer à\ndonne une description curieuse de Bruxelles      l'Odéon. M. Besson a été malade. Il a trouvé\nmoderne. L'ouvrage arrivé à sa 10e livrai­       Dostoïevsky nauséabond. Presque tous les\nson, fait honneur au jeune publiciste et à       critiques « autorisés » ont reconnu dans\nl'imprimeur Bruylant-Christophe. Nous            Sonia... Ia Goualeuse d'Eugène Sue ! ! !\naurons l'occasion d'en faire une analyse.\n\n                                                    Du même M. Besson, trois fois nommé,\n                                                 cette phrase à propos des débuts du ténor\n   M. Gabriel Mourey publie chez Dalou           Saléza dans le Roi d'Ys :\nun volume de vers intitulé Flammes mortes.         « ... il est difficile de soutenir un rôle de\nCe sont des vers d'amour qu'aucune idée          force qui repose sur une quinte nécessaire. »\nd'ensemble n'unifie. Il y a des « cathèdres »       Il y a donc aussi des Schaerbeekois à\ndes « Idoles », des « ostensoirs catho­          Paris !\nliques » des « kérubs » des « Princesses\ncathédrantes », qui devraient payer une\npetite rente viagère à M. Joséphin Péladan,         Le Comité de l'exposition de Munich\net des « splendissements» des « symboles »       ayant attribué une médaille de deuxième\nbeaucoup de choses» pollues», des « proses       classe au peintre Whistler, celui-ci vient\nmineures » et des vers de treize, quatorze       d'accuser réception de son envoi au direc­\nou quinze pieds, qui portent la marque de        teur de l'exposition, — dans les termes\ncertaine propagande éminemment liégeoise.        suivants :\nL'accouplement est bizarre. En général, le\nvers est facile, trop facile, et inconsistant.            MONSIEUR,\nM. Gabriel Mourey aurait mieux à faire             « Je reçois votre lettre m'annonçant\nque d'accrocher à ses rimes les vocables         officiellement que le comité m'a décerné\nchers au mage de l'Initiation sentimentale,      une médaille d'or de seconde classe.\net de jouer au symboliste-instrumentiste         Veuillez bien transmettre à ces messieurs\npar persuasion.                                  du comité l'expression de mon allégresse\n                                                 modérée et bienséante et leur dire ma\n                                                 haute appréciation du compliment de\n                                                 seconde classe qu'ils me font.\n                                                   « J'ai l'honneur d'être, etc.\n  Une troupe anglaise a joué la Mégère\n                                                                            « WHISTLER     ».\ndomptée, à Paris. MM. Vitu et Besson ont\nété choqués dans leur délicatesse native            Ce qui fait dire à M. Scholl, dans\npar le comique de Shakespeare, qui était,        le Matin :\nselon le critique Bentheim, « une tête              « La mauvaise humeur est, comme on\npleine de drôlerie ».                            voit, assez galamment dissimulée dans la\n   Pour se venger, les Français vont ériger,     lettre de l'éminent peintre anglais. Il aurait\nh Paris, une statue au vieux Will. M. de         dû songer cependant que, en Allemagne,\nBornier est charge d'écrire des vers. Seule­     les gens les plus huppés prennent les\nment, c'est M. Mounet-Sully qui les récitera.    secondes classes ».\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "               PARAITRA            PROCHAINEMENT\n     NOTES SUR LA LITTÉRATURE MODERNE\n                             (DEUXIÈME SÉRIE\n                     par F R A N C I S        NAUTET\n      Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  On souscrit dès à présent chez M me Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie,\nà Bruxelles.\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n     de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX     PRÈS LA BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n    cines, 16, à Paris; publie LA GOUVERNANTE DU COLONEL,\n    par CHARLES M A Y R E T . Un numéro 2 0 centimes, abonnement\n    (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n     ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                EPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont .     .             .    . . 2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert .                 . . 2 75\n                           R O S É E J E U N E BELGIQUE                        3 00\n                           Crême d'Ay         id.                              3 50\n                           Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.      4 50\n                           Bouzy Cristal      id.                              5 00\n                                       o.5o en plus par 2/2 bouteilles\n                                  EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                           Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n       19, B o u l e v a r d d u Nord, 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "                                 EN V E N T E\n                                            A LA\n\n\n\n\nLIBRAIRIE LÉON VAN1ER\n                    19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n          ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                         Francs.\n                          P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E       .   .     7 50\nPaul ADAM                 Soi                                                               350\n      —                    Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)    350\n                           Les Demoiselles Goubert.      —             —            3 50\n        —                  Être                                                      3 50\nJean AJALBERT . . .        Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . • • 3 00\nMaurice BARRÈS . . .       Les Taches d'encre (les 4 numéros)                       4 00\n        —                  Sous l'œil des Barbares                                   3 50\nRobert CAZE . . . .        La foire aux peintres                                     1 00\nPhilibert DELORME .        Arlequins de Macadam .'                               .   3 50\nEdouard DUJARDIN . . Les Hantises                                                    3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .       Croquis parisiens (avec portrait)            .            6 00\n        —                  Le Drageoir aux épices                                    5 00\n        —                  Un Dilemme                                                2 00\nGustave KAHN . . .         Les Palais nomades                           . . . .      3 50\nJules LAFORGUE . . .       Les Complaintes                                           3 00\n        —                  L'Imitation de N. D. la Lune                              200\n                           Moralités légendaires                                     6 00\n Stéphane MALLARMÉ .       L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .          5 00\n        —                   Poème d'Edgard POË (dessins de MANET)                   12 00\n        —                  Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) .           . 25 00\n Stuart MERRILL . . .      Les Gammes                                                2 00\n Jean MORÉAS . . . .       Les Syrtes (épuisé)                                      10 00\n        —                  Les Cantilènes                                            3 50\n        —                   Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) . 3 50\n        —                   Le Thé chez Miranda          —                           3 50\n Francis POICTEVIN . .      Seuls                                                     3 50\n Ernest RAYNAUD . . .      Le Signe                                      . . . .      1 00\n Hugues REDELL . . .        Etourdissements                      4                      00\n Henri DE REGNIER . .      Les Lendemains (épuisé)                                    5 00\n        —                   Apaisement                                                2 00\n        —                   Sites .                                                   2 00\n        —                   Episodes                                                  6 00\n Paul VERLAINE . . .        Fêtes galantes                                            3 00\n        —                ' Sagesse                                                    3 00\n        —                   Romances sans paroles                         . . . .     3 00\n                            La bonne Chanson                              . . . .     2 00\n        —                   Jadis et naguère                                          3 00\n         —                  Amour . . . ,                                             3 00\n         —                  Mémoire d'un veuf (prose)                 , . . . .       3 50\n  Jules VIDAL et BYL . .    Sœur Philomène (pièce en deux actes, tirée du roman\n                               de MM. de Goncourt)                                     1 00\n  Jules VIDAL . . . .       Le Jupon                         ,                        3 50\n  Francis VIELÉ-GRIFFIN.    Cueille d'Avril (épuisé)\n         —                  Les Cygnes.                                               3 50\n         —                  Ancaeus                                                   3 50\n\n\n                    Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 20, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1888-10-05", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 354."}}