{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "8e ANNÉE. TOMÉ VII, N° 11.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 390, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "8e ANNÉE.     TOMÉ VII, N° 11.   Prix        : FR.            0-60.         10 NOVEMBRE 1888.\n\n\n\n                                            LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 390, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "SOMMAIRE:\n  Brigitte Austin                                              MAX WALLER.\n  Rimes d'ombre                                                IWAN GILKIN.\n  La mort de Miette Stephen (suite et fin) . .                 HENRY MAUBEL.\n  Vers                                       .                 VALÈRE GILLE;\n  Sonnet                                                       JEAN GAUCHER.\n                            I. Le Rêve. . .                    MAX WALLER.\n  Chronique littéraire.    II. Poètes maudits.                 VALÈRE GILLE.\n                          III. Paul Verlaine.                  ARNOLD GOFFIN.\n  Chronique artistique. L'Exposition des arts\n    rétrospectifs . . .                                        JOSEPH NÈVE.\n  Chronique musicale. La reprise des « Maîtres\n    Chanteurs de Nuremberg »                                   ALBERT GIRAUD.\n  L'autre Banquet Lemonnier\n  Bouddhisme                                                   SUAVE PINOLET.\n   Hommage à Firmin Galoubet            .    .   .   .   .     T É L E S P H O R E TABIBITTE.\n  Le Nil                                                       LILI.\n  Memento                                                     ***\n\n\n\n\n                                 BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80 RUE BOSQUET, 80\n\n                                            PARIS\n                             L E O N V A N I E R , ÉDITEUR\n                                    19, Quai Saint-Michel\n\n                                             l888\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les nouveaux abonnés", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 391, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 612, "fin_caractere_exclue": 832, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. 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R. G. Non, votre sonnet ne \" remplit pas encore les exigences voulues \". Il y a\nprogrès, certes, mais pas assez.\n                            La chinoise éperdue au halo zinzolin\n                            Des parfumoirs d'agate évaporant l'extase\n                            Rêve pouvoir cueillir dans le jet d'eau qui jase\n                            La voix que surbaignait la vasque de calin.\n\n   Mettez le \" halo zinzolin \" au vestiaire, et sortez de votre « vasque de câlin ». Ne\n\" surbaignez \" plus, laissez la musique « amorose » à M. Raoul Russel, et travaillez.\nC'est la forme qui manque le plus.\n   31. E. L., SCHAERBEEK. Compliments sincères pour « le glaive » qui refuse de se\ncroiser contre « l'aiguillon ». Voici le sabre, le sabre, le sabre!.... N. B. Ne l'avalez pas.\n   32. JEAN Fusco. Comité ne demande pas mieux que de lire le « Toast ». Vous dira\nfranchement ce qu'il en pense. Mesure générale qui ne peut pas vous déplaire. Comité\npas un mythe. Il y a des gens qui l'ont rencontré. Merci pour votre constante sympathie.\n   33 EMMANUEL H., DARDE FLAMAND. Renseignement exact. Albert Giraud prépare tra­\nduction en néerlandais des poésies complètes de Georges Rodenbach. Pour janvier :\nDe Witte Jonkheid (La Jeunesse Blanche), et incessamment Och Godtekes' Boek (Le\nLivre de Jésus). Beste vriend.\n   34. EDOUARD PAILLERON, PARIS. Théâtre Berlinois jouer œuvre de vous, intitulée :\nFraulein Maus. Comprenons pas pourquoi vous « Bellaquez » Octave dans la langue de\n Henri Heine. Prussien sournois. D'ailleurs Octave appartenir au sexe auquel devez\nD r Valentin.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 346, "titre_corps": "Brigitte Austin : Fragment", "titre_sommaire": "Brigitte Austin", "rubrique": "", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "BRIGITTE AUSTIN", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RIMES D OMBRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 392, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "BRIGITTE AUSTIN\n                                 FRAGMENT\n\n                                      VI\n\n\n\n\n                             A ce moment, Marie-Reine entra brusquement.\n                                  — Eh bien, qu'y a-t-il!\n                                  — Il y a, monsieur l'abbé, que la vieille\n                               Blanc-Ramiche va trépasser; 1' petit vient\n                             d'arriver de tote el' vitesse de ses d'jimbes.\n                                    — C'est bien, donnez-lui à manger et à\n                                  boire, Marie-Reine, et dites que je vais\n                                  venir. Toi, Brigitte, cours-y tout de suite ;\n                 prends ce qu'il faut ; je vais à l'église chercher les saintes\n                 huiles.\n                    Le prêtre jeta là sa serviette et sortit.\n                    Il était sept heures du soir ; la journée avait été brû­\n                 lante et lourde, et à ce moment, du ciel couvert commen­\n                 çaient à tomber de larges gouttes de pluie qui s'étoilaient\n               sur le sol.\n                 Lorsque l'abbé fut parti, Brigitte alla regarder à la fenêtre,\n               puis, revenant vers Olivier :\n                 — Vous m'avez demandé l'autre jour si je voulais vous\naccompagner; aujourd'hui, c'est moi qui vous prie de venir. L'orage va\néclater; il y a deux lieues d'ici à Soulme où demeure la pauvre Blanc-\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "                                  — 342 —\n\nRamiche, et les chemins dans la montagne sont difficiles : Jacques m'ap­\nprouvera de vous avoir imposé cette corvée.\n   — Corvée ! 'fit-il, avec un regard de reproche.\n   Brigitte mit dans un panier des bougies, de l'ouate, un pain, deux ser­\nviettes, puis, s'étant enveloppée dans un imperméable, la tête encapu­\nchonnée, rejoignit Olivier qui déjà l'attendait sur le seuil de la porte.\n   — Voulez-vous que je porte ce panier, mademoiselle Brigitte ?\n   — Non, je vous remercie, c'est la sœur du curé qui doit porter cela.\n   Soudain, dans l'atmosphère alourdie, un éclair zigzagua, suivi d'un\ngrondement qui roula dans la vallée, et une pluie torrentielle s'abattit.\n   — Réfugions-nous un instant sous les arbres, mademoiselle Brigitte.\n   — Non, dit-elle, non, la vieille mourante ne doit pas attendre.\n   La jeune fille avait pris le chemin le plus court, par des sentiers étroits\nhérissés de cailloux roulants ; bientôt il fallut monter par une gorge escarpée\net Olivier, arcbouté sur sa canne ferrée, aidait Brigitte à gravir les roches\nque la mousse détrempée rendait glissantes. Il sentait alors dans sa main\nla main, la longue main tiède de Brigitte, et cette main lui semblait frémir et\ntrembler lorsqu'il la tenait. Etait-ce une illusion, mais à lui aussi se com­\nmuniquait une frissonnante émotion. Elle lui apparaissait, Brigitte, la face\néclairée parfois de la lumière blafarde des exhalaisons, comme une sorte\nd'ange de la charité gravissant un calvaire au haut duquel se trouvait une\ndivine souffrance. Cela simplement, avec le somnambulisme de la mission\nprescrite, comme s'il eût été impossible qu'il en fût autrement.\n    L'orage s'éloignait, pendant cette ascension, et le ciel, peu à peu, se\nnettoyait de ses nuages gris. Une étoile brilla.\n   — Regardez, monsieur Olivier, c'est celle du berger.\n    La route à présent n'était plus aussi rude, et ils purent hâter le pas.\n    — Vous voyez que j'avais raison de vous parler de corvée, cette route\n est fort longue.\n    — Vous savez bien que ce n'est pas une corvée, puisque vous êtes avec\n moi.\n    — C'est Jacques que je plains, continua-t-elle, sans paraître avoir\n entendu, mais heureusement il a le pied plus sûr que nous et rien ne lui\n fait peur.\n    — Pas même la mort, fit Olivier.\n    — Surtout la mort, pourquoi la craindrait-il?\n    — C'est juste. Il est heureux d'avoir ce calme.\n    — Tout le monde peut l'avoir comme lui.\n    — Non, mademoiselle Brigitte, tout le monde ne peut pas l'avoir comme\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "                                   -   343    -\n\n lui. Pour y arriver, il faut ne croire qu'au ciel et oublier que la terre existe.\n L'amitié, le dévouement, l'abnégation ne sont que les satellites de cette foi\n lumineuse. Mais il est des hommes qui peuvent avoir tout cela et le faire\n rayonner autour d'un sentiment moins céleste — qui est l'amour.\n    — L'amour? murmura-t-elle avec un accent de doute.\n    — Oui, l'amour. Il arrive un moment dans la vie de l'homme où l'esprit\n se calme, se concentre et grandit en même temps; on a connu la femme qui\n passe et l'on a passé soi-même dans la vanité des passions stériles ; mais,\n un jour, on regarde derrière soi les routes compliquées que l'on a parcou­\n rues; il s'en présente, devant, de plus tortueuses encore; mais, au milieu,\n c'est la ligne droite. Le prêtre voit Dieu qui lui tend ses bras au fond de ce\n chemin ; l'homme, plus faible peut-être, y voit une femme qui l'appelle, et,\n dans un rêve, il entend, au milieu du feuillage, des voix prochaines qui res­\n semblent à des chants d'oiseaux et à des murmures d'enfants.\n    Brigitte écoutait en silence, tandis qu'Olivier pressant, presque éloquent,\n continuait :\n    — J'ai commis bien des folies et vu bien des laideurs; mais, au milieu de\n mes cauchemars, j'ai toujours entrevu la femme pure et sainte dont je pren­\n drais la main... comme je prenais tantôt la vôtre, mademoiselle Brigitte,\n et que j'aimerais de toute mon âme... Vous ne comprenez pas cela?\n    — Oui, répondit-elle, c'est un beau rêve que le ciel approuve et permet\nde réaliser. Je vous souhaite ce bonheur, vous aimez les enfants, vous devez\nêtre bon, monsieur Olivier.\n    — On n'est pas bon tout seul, lorsqu'on a faibli dans le passé.\n    — C'est pour cela que je vous souhaite de l'être à deux. Nous sommes\narrivés, ajouta Brigitte en désignant une chaumière faiblement éclairée au\nmilieu des arbres; vous allez voir la mort de près peut-être; tâchez de\nprier, monsieur Olivier.\n   — Pour vous, murmura-t-il, de façon à peine perceptible.\n    La porte de la masure était entr'ouverte; ils entrèrent sans bruit.\n    Une chambre étroite avec une seule fenêtre à petits carreaux poussiéreux.\nLes murs noircis sont dénudés. Une âcre odeur de misère se répand.\nComme meubles : deux mauvaises chaises, une table boiteuse, sur laquelle\nune lampe rouillée crépite; au fond de la chambre, dans l'ombre, un lit\ndélabré, et dans ce lit, sur une paillasse dont la paille s'échappe, roulée\ndans une couverture trouée, une forme humaine qui ne bouge pas, mais\nd'où sort une plainte rauque, sifflante, qui s'interrompt en de sinistres\nsilences, pour reprendre, plus étouffée.\n   Lorsque les visiteurs entrent dans la chaumière, l'agonisante essaie de se\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "                                 -   344   -\n\ndresser, mais retombe. Brigitte s'approche d'elle, tandis qu'Olivier allume\nles bougies qu'elle a apportées.\n   — C'est moi, Brigitte, madame Blanc-Ramiche, vous me reconnaissez\nbien ?\n   La vieille fait vaguement signe qu'elle la reconnaît, mais le regard est\nvague, les paupières vacillent. La chambre s'est éclairée, et l'on voit sur le\nmur de la ruelle le profil allongé de ce corps amaigri, un genou dressé ten­\ndant la couverture. De longues mèches de cheveux gris plaquent aux joues\nde la moribonde, et sa bouche se crispe d'un côté; les lèvres rentrées sont\nexsangues; sur le lit, une main décharnée aux veines vides s'allonge toute\nnoire.\n   Et Brigitte continue à parler doucement :\n   — Il faut du courage, mère Blanc, le curé va venir et vous fera du bien.\nIl en est revenu de plus malade que vous. Buvez un coup de cordial, mère\nBlanc, cela vous fera du bien ; voulez-vous m'aider, monsieur?\n   Olivier s'approche, dresse la malade sur son séant, tandis que Brigitte\nhumecte les lèvres de la veuve d'un peu de rhum allongé d'eau.\n   Une réaction s'opère, le râle cesse un instant, la vieille balbutie quelque\nchose qu'on n'entend pas.\n   La porte s'ouvre de nouveau. Brigitte laisse la mourante aux mains\nd'Olivier et va vers Austin qui entre trempé de pluie, tenant entre ses mains\nun sac de couleur violette abrité sous son manteau.\n   — Pax huic domui! dit-il en s'arrêtant sur le seuil de la demeure.\n   Un jeune clerc le suit, portant la croix, le bénitier avec l'aspersoir et le\nrituel. Le clerc tend au prêtre le surplis et l'étole, pendant que Brigitte\ncouvre la table d'une serviette, y dépose les deux bougies et prépare, dans\nun bassin fêlé qu'elle a découvert dans un coin, les sept tampons d'ouate\ndestinés à essuyer les parties du corps après que les onctions y auront été\nfaites, ainsi que l'indique la liturgie.\n   La veuve râle de nouveau, mais moins fort; seules, ses mains s'agitent\nen un vague geste d'appel au secours.\n   — Le bon Dieu va venir, lui souffle Olivier, étourdi par cette lugubre\nscène.\n   L'abbé s'est approché, il met le crucifix sur les lèvres de la malheureuse,\n qui les avance un peu en signe de baiser. Olivier et Brigitte se retirent\n au fond de la chambre; à voix basse, le prêtre parle à l'oreille de la\n moribonde, et celle-ci, plus calme, semble comprendre; elle rejoint ses\n maigres mains mouillées d'eau bénite à laquelle se mélangent les suprêmes\nsueurs.\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "                                   -   345   -\n\n    Puis le prêtre dit les prières d'usage : l'Introcat, l'Oremus et depre­\ncemur, l'Exaudi nos, le Confiteor et le Misereatur.\n   Il fit ensuite signe à Brigitte de venir. Olivier la suivit, s'agenouilla\ncomme elle, le prêtre ayant dit : Oremus.\n   La prière s'achevait lorsque la mourante eut une convulsion brusque,\ncomme une révolte contre la mort proche. Austin se leva, le clerc prit en\nmain un des flambeaux et s'approcha du lit. Austin, ayant trempé le pouce\nde la main droite dans l'huile sainte, fit l'onction sur les deux yeux, pau­\npières fermées, commençant par l'œil droit, en signe de croix, en même\ntemps qu'il prononçait la formule Per istam...\n   L'agonisante semblait dormir, la poitrine haletante. Ses yeux s'en­\ntr'ouvraient parfois, très peu, comme pour absorber de fugitives lueurs,\nmais le regard se perdait, éteint par la lumière.\n   Le prêtre essuie ces yeux battants, avec un peloton d'ouate qu'il met de\ncôté dans une soucoupe ébréchée que lui tend Brigitte. Puis, il fait l'onc­\ntion aux oreilles, sur les lobes, essuyant l'oreille droite avant d'oindre\nl'oreille gauche; aux narines, sur les extrémités; sur la lèvre supérieure, la\nbouche étant ouverte en un effort de respiration ; aux paumes des mains,\naux deux pieds dont les muscles sont tendus comme des cordes qui vont se\nrompre ; puis il prend de la mie de pain, s'en essuie les doigts et commence\nà voix basse le Kyrie eleison.\n   Il va pour déposer les saintes huiles sur la table nappée, lorsque la vieille,\nen un éclair de vie, semble l'appeler; et, comme il s'approche, elle lui dit\nd'une traite, pressée, inquiète :\n   — Est-ce que vos' m'n'avez mis assez?\n   Puis elle s'affaisse, haletante — et la fin commence; la veuve veut encore\nparler, mais elle ne peut plus; la parole s'éteint, les mains se raidissent, un\nlong soupir fuit de sa bouche, qui s'apaise, le corps s'étend; les yeux\ns'ouvrent et s'immobilisent, le cœur s'arrête.\n   — C'est fini, dit Austin à voix basse. Il s'approche, ferme les yeux de\nla morte et de nouveau s'agenouille. La prière dite, il rabat sur la tête de\nla défunte la couverture lamentable, puis, se tournant vers Brigitte et\nregardant à sa montre :\n   — Il est deux heures, rentrez; moi je veillerai jusqu'au matin.\n   Et il se remet à genoux; le clerc s'est endormi; Brigitte, après un signe\nde croix, sort de la masure; Olivier la suit lentement.\n   Aucun des deux n'a l'envie de parler. L'atmosphère de la mort les a saisis,\nenveloppante, grandiose. La nuit est plus noire, noire comme un drap de\ncercueil, comme un voile de veuve étendu sur les choses. Les arbres ont des\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "                                    — 346 —\n\nbruissements sourds, continus, monotones ainsi qu'une litanie. La descente\nde la valle'e, par le sentier glissant se fait en silence, on dirait une descente\nvers quelque tombe dont on ne verrait pas le fond... Enfin s'ouvrent\nquelques éclaircies, puis soudain apparaît la Meuse miroitante sous un rais\nde lune et dont les ondes ressemblent à un amalgame d'étain fondu, cou­\nlant d'un monstrueux creuset brisé dans les hauteurs.\n                                                            MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 351, "titre_corps": "Rimes d’ombre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "RIMES D OMBRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 397, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 576, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "RIMES D'OMBRE\n\n                            SUR L'OREILLER\n\n              Ma veilleuse est morte et le jour\n              Tourmente mon carreau livide.\n              Mon pauvre oreiller veuf d'amour,\n              J'entends, j'entends bien qu'il se vide.\n\n              J'entends le murmure que font\n              Des bruissements de plumages\n               Voletant, heurtant le plafond\n              D'un doux brouillard plein de ramages.\n\n              Mon silence écoute. J'entends\n              Des phrases de songe et de fièvres,\n              Des soupirs, des cris haletants.\n              Des baisers d'équivoques lèvres\n\n              Et tout ce jadis proféré\n              Sur cet oreiller de caresses\n              Où j'agonisais,  enivré\n              De trop d'ivresses pécheresses.\n\n               Oui, par ce froid matin lustral\n               S'envolent ces folles paroles\n               Ouvrant leur pennage augurai\n               Vers d'orientales corolles :\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "                        -   347   -\n\n        Couroucous aux cous smaragdins,\n        Languides tourterelles roses\n        Et, pour l'effroi des clairs jardins,\n        Noirs corbeaux qui mangent des roses.\n\n        Mais les tiennes, doux être aimé\n        Entre tous, tes douces paroles\n        S'élèvent dans l'air parfumé\n        Et tout palpitant d'auréoles,\n\n        — Tes paroles, anges soyeux\n        Aux longues ailes de mystère, —\n        Baisers profonds nés pour les cieux\n        Où les lèvres font la lumière.\n\n        Adieu ! Par ce matin lustral,\n        Forçant la fenêtre livide\n        Un souffle d'hiver augurai\n        Enfle seul mon oreiller vide.\n\n\n                            II\n\n                        ORAISON\n                                           Pour ADOLPHE FRÈRES.\n\n\nFront jeune et pur qu'attend la couronne d'épines,\nCœur promis au couteau des méchants et des fous,\nFlancs désignés au fer des lances 'assassines,\nO mains et pieds voués aux dents noires des clous,\n\nToi, rayonnant d'amour, d'enfance et de sourire,\nBeau comme un bleu printemps né dans les yeux en fleur,\nToi qui marches à ton infaillible  martyre,\nFrêle enfant de la joie élu pour la douleur,\n\nLorsque tu souffriras les angoisses qui mordent,\nLes supplices mêlant la glace avec le feu,\nLes délires des nuits monstrueuses, qui tordent\nLa bouche et son écume en hurlements vers Dieu,\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "                          -   348   -\n\nLes dégoûts convulsés en mortelles nausées,\nLes artères figeant leur sang désespéré,\nToute la chair croulant en cendres écrasées,\nAlors, ô noble cœur, cœur à jamais sacré,\n\nDans la royauté des hautes souffrances, daigne,\nDaigne te souvenir des lèvres qui voudraient\nRafraîchir de baisers plaintifs ton front qui saigne,\nDes yeux, pleins de tes yeux brisés, qui laveraient\n\nDu fleuve de leurs pleurs tes béantes blessures\nEt des mains qui sauront comme un prêtre élever\nTon visage hostial sur les races futures\nQue ton sang rédempteur va bientôt abreuver;\n\nSouviens-toi de cette âme à ton âme asservie\nPar ta bouche sans plainte et par ta charité;\nSouviens-toi, souviens-toi, doux Maître de ma vie,\nDe ma fidélité, — dans ton éternité! .\n\n\n                              III\n\n                 LA PRIÈRE DU MATIN\n\nQuand j'erre par la ville, imaginant en paix\n        Des buissons fruités  d'azeroles,\nMon oreille à travers les murs les plus épais\n        Perçoit de hideuses paroles.\n\nTous les jours, en passant le long de cent maisons\n          Pareilles à toutes les autres\nJ'entends, ô juste Dieu! j'entends les oraisons\n          Matinales des bons apôtres :\n\n« Seigneur, fais qu'aujourd'hui je vole avec succès\n         « Mes voisins, les voleurs d'en face,\n« Contre eux, qu'au tribunal je gagne mes procès\n         « Quelque faux serment que je fasse.\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "                         — 349 —\n\n« Permets-moi d'extirper d'une veuve aux abois\n         « Les deniers d'une usure infâme :\n« J'en ai besoin, Seigneur, pour payer, tu le vois,\n         « Les derniers bijoux de ma femme.\n\n\n« J'ai des ennemis. Qui n'en a pas? Tu fus bien\n         « Vendu dans un baiser de larmes !\n« Selon ton équité qu'un magistrat de bien\n         « Livre mes Judas aux gendarmes\n\n\n« Et mieux encor : s'il se peut faire sans danger,\n        « Loin d'une police chagrine,\n« Tu sais qu'il suffirait, Seigneur, pour me venger,\n        « De quelques grammes de strychnine.\n\n\n« Enfin, sur un beau corps, ni trop gras, ni trop sec,\n         « Salace à toute turpitude,\n« Doux Christ ! accorde moi de forniquer avec\n         « Plus de plaisir que d'habitude.\n\n\n« Mais surtout qu'à la Bourse, au Cercle, aux     boulevards,\n        « Au théâtre, au billard, à table,\n« On ne soupçonne rien de mes petits écarts :\n        « Moi, je suis un homme honorable!\n\n\n« Donnant, donnant. Veux-tu ? Pour prix de ces bienfaits\n        « (Où j'atteindrais bien seul, peut-être!)\n« A mon chevet, au jour de ma mort, je promets\n        « D'appeler, en secret, un prêtre. »\n\n\n— Ainsi de chaque toit de l'énorme cité,\n        Comme une pestilence immonde\nMonte au ciel, où sourit l'éternelle Bonté,\n        La prière de tout le monde.\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "                                   — 350 —\n\n\n\n\n                                       IV\n\n                                 ISRAFEL (I)\n\n                                               A   GEORGES   DESTRÉE\n\n\n  Dans les hauts palais d'ambre et d'ébène du ciel,\n  Aux parcs de roses d'or, qu'ombrent des violettes,\n  — La plus parfaite des créatures parfaites ! —\n  Chante en glissant dans la brise l'ange Israfel.\n\n  Les fibres de son cœur font les cordes d'un luth\n  Qui rhythme les accords des splendeurs éternelles\n  Quand le battement doux du velours de ses ailes\n  Baise le cœur en feu des étoiles du Sud.\n\n  Les astres frissonnants taisent leur vaste chœur,\n  La lune enamourée empourpre son visage\n  Lorsqu'aux sons lumineux de son léger passage\n  Se meurt au ciel en pleurs la langueur de son cœur.\n\n   Ils disent, les élus des légendes, qu'il doit\n   La flamme de son être à cette lyre étrange\n   Dont chaque fibre vibre à son pur essor d'ange\n   Sans voix et sans toucher musical de nul doigt.\n\n   Il chante la beauté du suprême néant\n   Où va s'évanouir l'illusion de vivre,\n   La tristesse d'aimer qu'un cher mensonge enivre,\n   Le passé tout en cendre et l'avenir béant.\n\n   Mais ce chant est plus doux que la douce clarté\n   Des roses d'or dans les palais d'ambre et d'ébène.\n   Ah! qu'un mystère ami vers la terre t'amène,\n   Et le bonheur naîtra sous ton vol velouté!\n\n\n(1) Imité partiellement d'Edgar Poë.\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "                                  — 351 —\n\n    Israfel! abolis nos vœux et nos rancœurs,\n    Et f ais mourir dans ta flamme mélodieuse,\n    — Mélancolie exquise et douleur radieuse, —\n    Nos pauvres cœurs, échos plaintifs des autres cœurs!\n\n                                                            IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 360, "titre_corps": "La Mort de Miette Stephen (suite et fin)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "LA MORT DE MIETTE STEPHEN\n                                      XV\n\n               Ledébut de l'automne avait été tiède et ensoleillé, mais ce\n                soleil qui arrivait trop tard en illuminant un ciel cruellement\n                bleu par dessus tout le reste du dernier été de Miette, était\n                plus triste que les brumes de novembre.\n   Bientôt, un hâle de cuivre traversa tout ce feuillage au milieu duquel elle\navait vécu, se caressant de ses branches, s'abritant de son ombre, s'enve-\nloppant de sa chair profonde. Des rafales secouèrent les vieux arbres qui\npenchaient tristement la tête vers les gazons maculés de feuilles roussies et\nles feuilles que Miette avait vues, piquant dans un sourire de verdure comme\ndes petits pois le bout des tiges, les pauvres feuilles tombaient de plus en\nplus en emportant un peu de son regard. Il se mit à neiger des feuilles\nmortes. Elles descendirent en tourbillonnant dans les grands parcs déserts\nainsi que des ailes de papillons dépareillées. Tous ces débris de feuillage\nayant perdu leurs branches se laissaient choir pêle-mêle sous le geste lent\ndes balayeurs en exhalant leur parfum mélancolique. Tout cela qui avait\nété le printemps joyeux sous le ciel d'avril grêlé de bourgeons se mourait\n de la mort de Miette.\n    Et la Toussaint était venue avec son ciel bas et voilé, sa lumière noire,\n sa froidure sournoise, ses visages verts, ses gestes grelottants et transis, la\n Toussaint rigide et glacée ouvrant la saison noire par la fête des morts.\n\n                                      XVI\n\n  Les soirs de Toussaint, quand, par dessus la lugubre joie de cette foule\nen fête, flâneuse et braillarde comme une foule de Mardi-Gras, se détache des\nclochers, la sonnerie liturgique pour les morts, ces heurts de bronzes qu'on\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "                                  —   352    —\n\n\nbalance, ces oraisons rhythmiques sans paroles dont le chant s'épand et se\ndissipe ainsi qu'une fumée d'encens, c'est de la désolation qui tombe goutte\nà goutte, et l'on a beau se détourner et ne pas vouloir entendre et ne pas\nvouloir penser, cela vous envahit tellement que l'âme et les yeux en\ndébordent.\n\n                                      XVII\n\n   Jane ne vint pas au cimetière pendant ces deux jours où les voix des\nvivants en cohue font taire le souvenir autour des tombes ; elle n'y vint\nqu'après eux, purifier la place d'un peu d'encens de fleurs, en effacer la\nsouillure par les baisers de son cœur.\n   Ce jour là, comme elle y était venue tard, la cloche lui sonna l'heure de\nla fermeture et tandis qu'elle descendait la route, elle entendit la grille se\nrefermer derrière elle; elle sentit descendre par toute la terre l'ombre et le\nfroid des longues nuits d'hiver pendant lesquelles les morts sont seuls. La\nterre rouge mollissait sous ses pas; les squelettes d'arbres où pendillaient\nquelques feuilles jaunes noircissaient sous le brouillard tombant.\n   A mesure qu'elle approchait de la ville, ce brouillard devint plus opaque,\nplus voilant, plus étouffant, se plaquant aux yeux, s'inhalant par la bouche\net par les narines.\n   Elle marchait vite par les trottoirs poissés de boue, les vêtements, la\nfigure, les mains picotés d'une insaisissable bruine pareille à la vaporisation\nd'une pluie très froide et qui la faisait grelotter ; elle marchait vite en cher­\nchant les rues à tâtons, éblouie par l'emmêlement des feux de voitures dont\nles points vacillants cerclés de halos glissaient à la dérive en s'éclipsant les\nuns les autres\n   Combien c'était bon jadis cette rentrée de l'hiver, ce printemps des retours\net des retrouvailles aux lumières où tout se resserre dans l'intimité des mai­\nsons closes, où l'on s'absorbe, où l'on se pénètre de calme et de choses\ntranquilles, où l'on met en tas les résolutions profondes et les projets de\ntravail sans fin. Dans la maison du cœur, remise à neuf, on pendait la\ncrémaillère et pendant que du dehors la pluie claquait aux vitres, les feux\nd'hiver, les bons feux flambaient tout à la joie... Oh! oui, jadis...; c'était\nbien bon !\n   Jane eut bon encore à se sentir enveloppée de la chaude lumière hospita­\nlière de chez elle; mais, au claquement dur de la porte, elle s'arrêta tout à\ncoup, frappée de cette idée poignante qu'elle laissait quelqu'un d'aimé,\nlà-bas, dans un coin sombre et perdu de la nuit; qu'elle l'abandonnait à\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "                                   — 353 —\n\n\ncette terre de novembre dont le froid lui collait aux épaules et, sillonnée\nd'un frisson, il lui sembla qu'un peu de ce brouillard opaque et glacial lui\nentrait dans le cœur.\n   A la petite tablée du dîner, sous la lumière du lustre qu'enveloppait la\nfumée des plats, pendant que son père lui disait d'une voix tranquille :\n« Prends garde, c'est chaud ! » Jane songeait : Miette est seule; seule dans\nla terre froide, morne, désolée ; toute seule.\n   — Il y a une lettre pour toi, lui dit sa mère.\n    Elle la prit, regarda l'adresse et la posa à côté d'elle sans l'ouvrir. Un\ntremblement intérieur la secouait, un étrange frisson parti de la nuque lui\nenserrait le visage granulé de chair de poule. Un faux sourire nerveux\nqu'elle ne parvenait pas à vaincre la tiraillait aux commissures des\nlèvres....\n    Elle se mit à examiner avec une attention concentrée l'enveloppe de la\nlettre, essayant de déchiffrer la date à demi effacée qui s'écrasait au bord du\ntimbre.\n    — C'est de Mons! dit-elle d'une voix lente; puis elle l'ouvrit paresseuse­\nment en la déchiquetant des ongles par petits morceaux qu'elle enlevait\ncomme des pelures.\n    « Paresseuse, j'ai tant de choses à te raconter que je ne veux pas attendre\nmon tour de t'écrire.\n    « Figure-toi\n    Elle regarda la signature et vit qu'il y avait quatre pages d'écriture fine\navec des surcharges de lignes en travers.\n    « Figure-toi notre bonne ville de Mons tout en émoi : Nos lanciers, les-\nlanciers avec lesquels tu as dansé l'hiver dernier, s'en vont. Ce ne serait\n rien si on nous en rendait de pareils; mais du régiment qui va venir, il\n paraît que tous les officiers sont mariés et le colonel a six filles. Aussi\n    Je lirai ça plus tard, dit-elle en repliant la lettre et elle se leva de table.\n    Plus tard! Comme les aiguilles du cadran semblaient lentes, lentes à\n parcourir les heures qui sonnaient lointaines dans le silence, Jane, demeu­\n rée seule avec sa mère à la table couverte d'un tapis de laine sombre qui\n étouffait les clartés, relisait un chapitre des Goncourt :\n    « Voyez-vous, il y a de ces choses qui ne se détachent pas; je me rap­\n    pelle le jour où il mourut comme si c'était aujourd'hui. Il dormait sur\n « son lit. Un rayon de soleil... tenez, comme celui qui donne là...\n    « ...Il dormait sur son lit... Un rayon de soleil... »\n    Jane leva les yeux, les rabaissa sur son livre; relut deux ou trois fois la\n phrase sans la comprendre et son imagination lui échappant, s'en vint, sans\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "                                  -    354    -\n\n\nheurt, sans bruit, silencieusement à travers la grille close, auprès de cette\ntombe... qui n'était qu'à une toute petite distance de là.\n  Le brouillard de tantôt s'était changé en une pluie fine et serrée qui tom­\nbait sans bruit depuis des heures et qui allait tomber ainsi du ciel funèbre\npendant toute la nuit.\n  Une mare qui s'était formée contre la tombe reflétait une lueur projetée\nde la maison du garde. L'eau, ruisselant le long de la pierre, y tombait\ngoutte à goutte en faisant trembler ce reflet.\n\n                                      XVIII\n\n    Les jours en passant sur les jours, enfonçaient peu à peu en elle la certi­\n tude de cette mort, la sensation de cette éternité d'absence et de silence.\n   A ceux qui s'inquiétaient de sa tristesse elle répondait : Je ne souffre\npas; elle aurait pu ajouter, en indiquant une région vague de la poitrine :\nCela me ronge bien un peu là, mais c'est un mal auquel on s'habitue. Elle\nlaissait passer les heures de la venue de Miette sans guetter son pas, sa\nvoix, son sourire. La pendule les sonnait sans qu'elle en comptât les batte­\nments et jamais plus son visage anxieux ne se collait à la vitre sous la\n mousseline du rideau soulevé ; toutes les heures lui étaient pareilles. Le\ntemps s'uniformisait en cette langueur où ne passent plus que des ombres\nde bruits et de mouvements, où il n'y a plus qu'une arrière-vie qui s'allonge\neffrayamment avec la profondeur indécise d'une vie de cauchemar.\n   On n'entend plus que le tic-tac des pendules, des marches dans le mur,\ndes bruits de pas, des bruits de soupirs...\n   Les pensées, dans le cerveau, endorment les pensées.\n   Plus rien ne se limite à rien et, dans les instants sans bornes, le temps,\nen passant sur les choses, prend une allure d'éternité.\n   — Mère, tu écris?\n   Un silence. Une plume qui grince. Deux pendules dont les tic-tac se\npoursuivent de l'autre côté du mur. Un piano qui fait une gamme ascen­\ndante et descendante, toujours la même. Dans le lointain, une voix qui\nchante et dont on n'entend que les notes hautes poussées comme des gémis­\nsements.\n   Jane abaisse son livre. Un soupir frôle le silence. Sa mère relève la tête.\nLeurs regards s'apposent sans rien se dire. La voix se tait.\n   Des coups de clochette tintent, pareils à ceux que sèment sur leur passage\nau galop les charrettes de pompiers. Le bourdonnement du tram électrique,\nau bout de la rue, passe et diminue dans le lointain.\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "                                  — 355 —\n\n   La gamme monte et descend toujours. La plume grince'; la voix recom­\nmence à gémir.\n   Jane a repris le livre où son regard parcourt des lignes sans les lire.\n   Sa pensée se promène dans du vide en mâchant et remâchant des idées\nqu'elle ne voit pas et, tout à coup, elle voit, d'un mouvement d'imagination\nqui dure le temps d'un éclair, elle voit devant elle ce trou noir d'infini, la\nmort qui a pris Miette et elle éprouve une sensation de vertige. En même\ntemps, comme dans un cauchemar, s'enfle monstrueusement l'espace. Elle\nentend bourdonner le silence effrayant qui l'enveloppe. Les bruits gran­\ndissent, se rapprochent d'elle et la poursuivent comme des voix mauvaises.\nL'implacable tic-tac des pendules s'accélère et lui bat dans les oreilles, dans\nla poitrine, toujours plus vite et plus fort en entraînant les battements de\nson cœur et Jane qui s'appuie, le buste un peu chancelant, sur le bras du\nfauteuil, éprouve la sensation d'un lent balancement de sa tête au sommet\nd'une tige flexible.\n   La vie, dans ces moments-là, semblait se dérober, s'ouvrir en un gouffre\nau fond duquel apparaissait tout l'imprévu fatal, tout l'impressenti du len­\ndemain. Des images flottantes, des pensers de derrière la vie l'obsédaient.\nJane avait peur — de cette peur des enfants qui se trouvent seuls le soir, et\nqui voient « du noir » devant eux.\n\n\n                                     XIX\n\n    Pendant longtemps, Jane s'était obstinée à ne plus sortir de chez elle, se\nfaisant de tout, des prétextes à demeurer blottie dans sa tristesse, cette tris­\ntesse qu'elle aimait comme venant de Miette.\n    Peu à peu, lui fallut-il pourtant se remettre à l'action, au va-et-vient de\nla vie matérielle ; se mêler au monde vivant autour d'elle. Mais ici encore,\nle souvenir de Miette, au lieu de l'abandonner, lui devenait plus tangible et\nplus vivant. Même, il lui sembla qu'en promenant son âme vive parmi\ncette cohue d'indifférents, elle l'isolait davantage.\n    Tu me crois loin de toi peut-être, oublieuse, détachée de ton souvenir au\nmilieu de cette foule de vie et jamais je ne t'ai mieux eue et mieux aimée.\nA mesure que le monde et son bruit m'enveloppent, s'accentue en moi ton\nimage. Je m'enferme en cette foule, je te retrouve et je suis deux.\n    Ma pensée, à travers ces pensées, se glisse sans bruit et sans mouvement.\n Elle vient à toi comme si j'étais auprès de toi, sans que personne ne\n l'entende, ne la voie, ne la devine.\n    Veux-tu que nous causions, je revis dans ta mort ; nous y causerons tout\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "                                 — 356 —\n\nbas; je vois que tu vas me dire des choses qui me donneront envie de rire,\ncomme nous riions jadis.\n   Nous avons trop ri, vois-tu. Nous avons gaspillé notre part de joie. C'est\nparce qu'il n'en restait plus pour nous, que. la mort t'a prise. Et Jane ne\npouvait s'empêcher de le croire en voyant revenir toutes ces jolies fêtes de\nfoyer, ces fêtes si « home » couleur bleu d'âtre, où la vieille année à demi-\ncassée, près de s'éteindre, se berce d'enfance et de primitivité, rouvrant une\nsuprême fois ses yeux sombres pailletés de toutes les étoiles du réveillon.\n   Cette année-là, comme les autres, elle sentit monter autour d'elle ce rire\ntranquille et doux et profond qui remue la bonté des cœurs et le vingt-cinq\ndécembre, Noël, fut une de ces Noëls toutes blanches comme elle pensait\nn'en avoir vu jamais.\n\n\n                                     XX\n\n   Il y a des coups trop violents qui dépassent la sensibilité. On ne les\néprouve complètement que plus tard, par une sorte d'effet de recul, par un\nretour de l'impression sur elle-même. Alors, l'imagination nous montre,\ndétail par détail, avec son relief et toutes ses valeurs, dans sa plénitude et\nsa lumière, cette réalité passée que nous n'avions pas vue et le jeu de notre\nsensibilité, momentanément désorganisé, revit avec plus d'acuité sous la\npression lente du souvenir.\n   Ainsi les coups que la mort frappe nous étourdissent d'abord. Ce n'est\nqu'en nous redressant membre à membre, en revenant à nous, peu à peu, à\nmesure que se dissipent les vapeurs de l'inconscience, que nous en sentons\nse dégager et se matérialiser la douleur.\n   Pendant des mois, sans rien vouloir de stable ni de définitif dans sa vie\ndécomplétée, Jane, qui savait que Miette ne reviendrait pas, s'était obstinée\nà l'attendre. Cédant à de fausses impressions, sortes d'empreintes du passé,\nelle s'était attardée à ces temporisations de toutes sortes par lesquelles on\ntâche de se persuader que la mort n'est pas la mort. Et ce fut une étrange\nphase de vie que celle-là, passée dans un état de veille hallucinée par lequel\nson moi évoluait doucement à la réalité plate et nue.\n   Maintenant, commençait elle à avoir la vision de cette réalité. Elle en\ntouchait le bord, elle y prenait pied, elle revenait à la terre où les morts\nn'ont pas de résurrection. Choc terrible qui fait tomber l'espérance, les\nprojets, les désirs. En nous, quelque chose se ferme. Nous voyons le but et\nnous attendons la fin avec une sensation très nette de l'irrémédiable.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "                                 -   357    -\n\n\n                                     XXI\n\n   Jane sentait enfin que la mort éternelle existe et son courage s'en allait\nquand elle mesurait la vie, sa vie, celle des siens à cette éternité. Que ne\nmourrait tout le reste et moi-même, demain, tout à l'heure, tout de suite et\nque veut-on que j'espère quand la vie ne laisse plus d'espace à l'espérance?\n   Et des idées de suicide la hantaient mêlant à des combinaisons tragiques,\ndes puérilités de pensionnaire.\n   — Je me sens si vieille que je voudrais avoir des rides et des cheveux\nblancs et me savoir tout à l'autre bord de la vie et décompter les jours qui\nme séparent de la fin.\n   — Ce doit être bon de passer à la mort par le même chemin de souf­\nfrance que ceux que nous avons aimés !\n   — Ce doit être bon de s'endormir doucement et d'oublier toute la vie\ndans cette mort ! Comme je voudrais fermer lentement, longuement les\nyeux, s'il suffisait de fermer les yeux pour mourir.\n   — Oh ! s'en aller à travers des allées d'ombre et de silence et se sentir\ndéjà toute enveloppée de sommeil à l'heure de se coucher au bout.\n   Elle s'était dit cela jadis, enfant, quand elle revenait le soir, sous du\nfeuillage et qu'elle aimait à se laisser conduire les yeux clos; mais, c'était\nun autre sommeil plus grave qui la tentait maintenant.\n\n                                     XXII\n\n   La vie tranquille qu'elle menait entre son père et sa mère ne lui offrait\nguère d'occasion d'oubli. Rien qui vint lui fouetter l'esprit et l'étourdir.\n   Indifférente à tout ce monde superficiel de jeunes filles dont toute la\ncervelle tient au bout de la langue et qui vont, l'esprit enveloppé de\nbandelettes, sans oser se mouvoir dans leur vêtement de préjugés et d'idées\nreçues de peur de les craquer; indifférente à leur babillage fait de potins et\nqu'une pensée effarouche, Jane voyait peu de monde. Miette avait été sa\nseule amie ; la seule avec laquelle elle fût en sympathie d'esprit, en commu­\nnauté de sentiments et, d'autant plus isolée dans sa tristesse que personne\nne lui en parlait plus, elle passait toutes ses minutes d'inoccupation maté­\nrielle à penser, à rêvasser, à lire.\n    Dans les moments de plein silence et de calme, elle se repliait sur elle-\n même et, ramassant d'un regard autour d'elle, l'espace agrandi, elle voyait\n la place vide. Alors, s'efforçant d'écarter de son esprit la resensation des\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "                                  — 358 —\n\njours funèbres et de démêler de la mort les traits effacés de Miette, elle\nl'évoquait toute vive à cette place et l'y retenait pendant de longs instants\nde toute la force de son imagination.\n   Peu à peu, le sourire mental qu'elle adressait à ce fantôme, éclairait son\nvisage, lui descendait dans les yeux, descendait sur ses lèvres effleurées de\nmystérieuses paroles, pour s'envoler à la suite de Miette dont la figure\ndiminuante s'évanouissait au loin.\n   Ainsi, le rêve qui la voilait d'illusions, ce rêve dans lequel elle avait,\ndepuis des mois, la sensation de se mouvoir, revenait par instants encore\nestomper les contours trop abrupts de la réalité. Ce rêve l'emportait douce­\nment vers l'avenir. Peut-être ne devait-elle s'en réveiller qu'à des années\nde là, lorsqu'elle serait assez détachée du passé pour s'y résigner et sou­\npirer seulement avec la mélancolie du regret : Quand Miette vivait\n\n\n                                    XXIII\n\n   Un après-midi qu'elle travaillait accotée à la fenêtre, en face de sa mère,\nen écoutant la marche lente et mécanique des heures, elle redressa la tête,\ntout à coup, pendant que son regard, au loin, voguait à la recherche de\nMiette ; mais son esprit paralysé lui refusa tout souvenir. Elle crut se\nheurter la pensée à un mur qui lui barrait le passé. Elle s'abattit, la tête\nrenversée dans le fauteuil où elle était assise. Des larmes brillantes jaillirent\nde dessous ses paupières abaissées et roulèrent au long de ses joues,\n   Souvent, pendant les heures qu'elles passaient l'une auprès de l'autre, sa\nmère avait cherché à surprendre en son regard, une intention communica-\ntive, un besoin d'expansion et, chaque fois, elle s'était arrêtée à la crainte\nde contrarier la souffrance de Jane, de lui dire des paroles de raison trop\nvieilles ou trop sages qui blesseraient sa nature endolorie.\n   Cette fois encore, comme sa mère, relevant la tête et la regardant pleurer,\nlui demandait : « Qu'as-tu? » Rien, répondit-elle, en s'essuyant les joues et\nelle demeura un long instant sans bouger ni rouvrir les yeux.\n   Ce soir là, plus que les autres, ce lui fut un grand soulagement de se\nretrouver seule dans l'obscurité de sa chambre et de clore les yeux à la réa­\nlité environnante et de s'abandonner au lit moelleux où le sommeil lourd\nl'accablait; car elle avait retrouvé, après des nuits de cauchemar, cet her­\n métique sommeil d'enfant qui l'anéantissait toute, ce sommeil qui fait la\nrespiration régulière et profonde et qu'effleurent des mirages de vie heu­\n reuse.\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "                                   — 359 —\n\n\n                                      XXIV\n\n   Jane arriva à la fin de l'hiver dans un état d'atonie et d'anémie complet.\nTout son être avait l'allure des oiseaux blessés qui se soulèvent à peine en\nvoletant et retombent. Le présent vide, elle ne songeait plus à l'emplir de\nsouvenirs, ayant à peine la force de regarder en arrière.\n   Elle se sentait ébranlée de tous les membres comme si la fatigue de\nl'esprit lui était retombée dans le corps.\n   L'inévitable prostration succédait à la crise aiguë. C'était fini de la souf­\nfrance vive contre laquelle on lutte, on se débat, mais Jane sentait bien que\nla vie ne reprendrait plus jamais son joyeux essor.\n   Il y avait en elle quelque chose de cassé qu'on ne raccommoderait pas.\nLa mort, en la frôlant, l'avait attirée un instant au bord du vide pour la\nrejeter brutalement dans la vie ; mais, les attaches étaient rompues et c'était\nune vie à refaire; une vie quelconque de résignation et d'indifférence; une\nvie d'attente pleine de sensations irrésolues, de joies incomplètes et dont on\nmeurt sans avoir achevé de vivre.\n   La mort, cette chose supra-naturelle d'antan, lui était devenue familière.\nElle l'envisageait avec calme, lui donnait une place parmi les choses de tous\nles jours. Elle l'acceptait ainsi qu'un accident naturel pour les autres\ncomme pour elle-même. D'avoir pleuré des larmes lentes qui creusent, elle\nse sentait un peu vieillie. Son visage s'était plié à une expression de phy­\nsionomie plus grave.\n   De jour en jour sa tristesse, cette tristesse fidèle dont elle était bien sûre,\ns'enfonçait davantage en elle, l'imprégnait toute, s'ensevelissait plus au fond\nde son être en s'effaçant de ses traits.\n   Elle conservait seulement, dans tout son geste, quelque chose d'alenti et\nde triste qui semblait demander pardon à Miette de vivre.\n\n\n\n                                      XXV\n\n   Le rideau de mousseline retroussé en draperie le long de la vitre au\ndessus d'une tête penchée et, relevée vers cette tête, deux mains effilées\njointes en col de cygne, suivant par petits mouvements ondulatoires le\ntic-tac précipité du crochet.\n   Aux bruits du dehors, sans arrêter le tic-tac, la tête se détourne, jette un\nregard à la rue ; mais, avant que ce regard brouillé de pensées ait commencé\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "                                 — 360 —\n\nà voir, le visage revient aux mains jointes. A longs intervalles, le tic-tac\ncesse; Jane, redressant le buste un peu, respire profondément, élève le bras\net, d'un long geste gracieux, amène de la main son fil en le déroulant.\n    Dans le visage avivé de couleurs les traits se détendent, mais le regard\nreposé, sans changer d'expression, semble ne voir qu'à travers du mystère\nles objets qu'il touche.\n    Au bout de deux heures, Jane cesse de crocheter; elle mesure lentement,\npuis ramasse les flots de guipure qui lui coulent des genoux; ensuite, rele­\nvant les yeux et les promenant par la chambre comme pour rassembler\nd'un regard ses idées éparses, elle regarde la pendule\n    Jane venait de faire un bien long voyage et il lui fallut ramener de loin\nsa pensée pour comprendre l'heure qu'il était.\n    Elle jeta son ouvrage; se leva, dressée tout d'une tirade de son long corps\nsvelte en étouffant un bâillement et, après une courte hésitation, descendit\nau jardin.\n    L'air était d'une tiédeur parfumée comme si des fleurs allaient y éclore.\nL'air était lourd de caresses. Jane crut se sentir soulevée de terre; elle\nressentit cette impression molle et profonde qu'on éprouve aux premières\nfloraisons de verdure lorsque tout passe lentement dans le ralentissement\n du jour et où il semble que tout doive continuer à passer ainsi parce qu'un\n arrêt serait un effort, une fatigue, une énergie. Pour un instant, sa tristesse\n s'était insensibilisée en une langueur fleurie de souvenirs qui ne lui faisait\n que du bien. Sans souci de la veille ni du lendemain et sous l'impression\n de cette sérénité permanente, elle n'avait pas de désirs. Peut-être, si des\n lèvres étaient passées à portée de ses lèvres, y eût-elle appuyé les siennes\n sans même achever le baiser.\n    Elle leva les yeux — des yeux étonnés de voir s'épanouir cette verdure\n crûment tendre sous un ciel bleu très pâle mouillé de nuages blancs. Elle\n descendit sur la terre molle et brunissante des chemins qui courent et ser­\n pentent en coupant les pelouses — les petits chemins qui reprennent vie au\n printemps — et fit lever un moineau qui s'envola tout heureux de pouvoir\n se cacher déjà sous les branches.\n    Au bout du jardin, elle s'était arrêtée à contempler un bout de ciel où\n filait un peu de fumée blanche qui montait sans qu'on vît où elle cessait de\n monter. Une cloche tintait, d'un son lointain. Il lui semblait voir dans le\n  bout de ciel le rejaillissement de ce son et, tout à coup, ramenant son regard\n  perdu vers la terre, la maison, le jardin, tout ce qui l'entourait et s'adres­\n  sant à sa mère apparue à une fenêtre du second étage, elle s'écria d'une\n  allure de voix presque joyeuse comme elle n'en avait plus eu depuis des\n  mois : « Mère, mère, viens donc voir, les lilas sont en fleurs ! »\n                                                    HENRY MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 364, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "LE SONGE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "LE SONGE\n\nJe me rappelle enfant veillé par une amie,\nSœur en mon âme et faible aux baisers de mon âme,\nSœur en songe, attentive au sommeil de mon âme\nEt ses ferventes mains vers mes lèvres de femme,\nEl son calme sourire en mon âme endormie.\n\nO soir! ne sais-tu plus quelle aurore de rose\nVers la Vierge éployant ses ailes d'argyrose\nAccueillit la candeur de ses yeux d'épousée'?\n\nTrès lente et triomphale et comme réveillée\nD'un songe de colombe et d'azur où des anges\nBaisaient ses pieds divins et ravie aux louanges\nDes lys d'or inclinés vers ses mains enfantines,\nLente, elle descendit des lointaines collines,\nTrès lente et triomphale, et ses mains enfantines\nDominaient la splendeur de ses lys inclinés.\nEt moi, l'Enfant né pour l'amour, les bras ornés\nD'améthyste d'ivoire, et d'hyacinthes blanches\n— Et vers mes yeux les yeux défaillants des pervenches,\nVers mes lèvres les lèvres fraîches des cyclames,\nFaible de la faiblesse adorable des femmes,\nMoi l'Enfant exilé des combats et des glaives\nParfumant de fraîcheur le sommeil de mon âme.\nJ'écoutais les doux chants des roses et des rêves.\n\nSœur en mon âme et maternelle à mes douleurs,\nSœur en songe, écartant ses oiseaux et ses fleurs,\nElle endormit mes yeux de songes et de roses\nEt m'imposa les mains sur mon front    parfumé.\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "                          — 362 —\n\nO cher oubli de vivre et mes lèvres mi-closes\nEntr'ouvertes au seul sourire d'être aimé!\nO cher oubli de vivre où des roses craintives\nRafraîchissaient encor les lumières naïves\nQui neigeaient de l'azur sur mes yeux      paresseux.\n\nAurorel au doux concert des harpes d'or, les cieux\nEblouis tressaillaient d'étoiles et de palmes,\nDes fleuves de parfums baignaient de leurs eaux calmes,\nDes îles de paresse oit de grands oiseaux d'or\nDans les feuillages bleus enchantaient le décor.\n\nEt sous les frais palmiers, alors de jeunes reines\nAyant paré leurs fronts au miroir des fontaines\nM'apportèrent des fleurs, des fruits et des parfums ;\nEt des enfants aux blonds cheveux bouclés, les uns\nLangoureux, dédiant des roses à des cygnes,\nEnlacèrent leurs yeux aux gracieuses lignes\nEt leurs frêles rameaux par dessus mon sommeil;\nEt d'autres couronnés de voiles, un éveil\nDe printemps matinal embaumant leurs sourires,\nO doux yeux attendris au murmures des lyres,\nAngéliques enfants de fleurs et de baisers,\nA travers les bosquets de myrtes apaisés\nS'en vinrent vers ma bouche où s'inclinaient des roses.\n\nO cher oubli de vivre et mes lèvres mi-closes\nEntrouvertes au seul sourire d'être aimé!\nJe suis l'enfant meurtri d'amour qui se repose\nDans le céleste oubli d'un songe parfumé.\n\n\n                               II\n\n                       HOLOCAUSTE\n                                                 A   IWAN GlLKIN\n\n\nEn ces grappes de fleurs se baignant aux fontaines.\nO mes sœurs, je me suis assoupi dans vos yeux\nAux murmures chanteurs de légendes lointaines\nQui voltigeaient autour de ces berceaux soyeux.\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "                         — 363 —\n\nSans désir, sans regret, j'attends la mort promise,\nEn souriant aux lassitudes des étreintes,\nEn souriant aux paysages, aux devises\nDe mon frêle éventail parfumé      d'hyacinthes.\n\n\nOublions les combats et ces cris de détresse!\nNous attendons la mort des roses en nos mains\nNos mains de femme et leur tendresse et leur faiblesse\nEn nos songes veillés d'ineffables jasmins.\n\n\nMais voici dans l'Aurore un lent et blanc cortège\nDe très lasses Enfants sous d'aimes banderoles,\nBalançant des rameaux et sous leurs pieds de neige\nSemant des perles d'or et des fraîches corolles.\n\n\nVoici les Vierges aux cheveux tressés de roses,\nPortant dans leurs bras nus des fruits et des corbeilles,\nQui s'en viennent parmi les parterres de roses\nOu ensommeillé le vol suave des abeilles,\n\n\nVoici venir, parés de robes et de voiles,\nEntr'ouvrant doucement vers nous leurs yeux    mystiques\nOù se meurent d'amour d'indolentes étoiles\nLes blancs Ephèbes las qui chantent des cantiques\n\n\nEt tous ont la Beauté de ceux qui vont    mourir.\n\n\nOh mes sœurs! me voici couronné pour la mort,\nVoici des fruits, voici le lait simple des chèvres,\nLe vin aromatique et pur qui nous endort,\nVoici mes mains d'enfant, mon front doux et mes lèvres.\n\n\nAccueillez mes désirs, entr'ouvrez vos guirlandes,\nJe porterai la torche et le glaive et j'irai\nParmi vous parfumé de lys et de lavandes\nM'offrir en holocauste sur le mont sacré.\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "                         — 364 —\n\nVoici l'heure! ô sourire! et de fins oiseaux-mouches,\nDes colibris se sont posés sur nos calices,\nUnissez doucement vos bouches à nos bouches\nEt mourons comme on aime au seuil de ces délices.\n\n\n\n                            III\n\n\n                       RENCONTRE\n\n\n          L'Enfant au simple visage\n          En ses rêves égarée,\n          Celle que j'ai rencontrée\n          En ce calme paysage,\n\n           Faible sœur, elle a bercé\n           Mon amour et mon sommeil,\n           Comme un peu de fin soleil\n           Jusqu'à mon cœur s'est glissé;\n\n           Indulgente à ma faiblesse\n           Elle a de ses mains naïves\n           Reclos les roses trop vives\n           Qui parfumaient ma tristesse.\n\n           Mais encore fermera-t-elle\n           Les lys douloureux du soir\n           Qui souffrent sans autre espoir\n           Que leur blancheur immortelle?\n\n                                             VALÈRE GILLE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 365, "page_fin": 365, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Gaucher", "ancre_debut": "SONNET", "ancre_fin": "JEAN GAUCHER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "SONNET\n                                            A   ALBERT   GIRAUD\n\n\nJe suis un mendiant qui veut taire sa faim ;\nJe sonne, loin de tous, mes propres funérailles\nEt t'aime seule, ô ma pauvre âme, qui me railles\nDu voyage entrepris sans espoir, et sans fin !\n\nAllons, tais toi mon âme! et poursuis ton chemin,\nSans peur de la Pitié stupide aux mains tendues :\nLes blancheurs de tes mains sont par moi défendues,\nLa mort vécue hier, nous la vivrons demain!\n\nViens ! pour te dérober aux yeux du monde bête,\nJe t'envelopperai des pieds jusqu'à la tête\nDans les rouges fiertés que m'enseigna l'Exil.\n\nO Christ, révèle nous le secret de la lance\nEntrée en ta chair vierge et ce divin silence\nQui dans tes yeux mourants disait : « Ainsi soit-ill     ».\n\n                                          JEAN    GAUCHER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 366, "page_fin": 367, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Max Waller", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "MAX WALLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Les Poètes maudits", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 417, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                        I\n\n        Le Rêve, par EMILE ZOLA. — Un vol., Paris, Charpentier, fr. 3-50.\n\n\n\n              Voici le seizième volume de cette série des Rougon-Macquart\n                où, non sans quelque puérilité, Emile Zola veut faire l'histo­\n                rique « naturel et social » d'une famille à une époque déter­\n                minée. Ce n'est là qu'une question de titre, heureusement, et\nil serait puéril aussi de discuter les filiations commodes dont M. Zola s'ac­\ncommode. Le Rêve ne tient pas plus à la Terre que celle-ci ne s'apparente\nà la Curée; ce sont là toutes pages détachées qui n'ont rien de commun.\nLe Rêve est un poème en prose comme l'Abbé Mouret, sortant de cette\nréalité dont l'auteur semble faire tant de cas et qu'il abandonne avec tant\nde joie lorsque le poète romantique, qui fut toujours et qui est en lui, se\nlaisse entraîner par le lyrisme dont il déborde. Car ceci est bien un rêve,\nune vision presque évangélique, un vitrail aux couleurs apaisées et pures,\nune légende d'amour chaste déroulée en banderole de style, avec toutes les\nexquises douceurs des aveux d'idylle. Plus n'est question de détraquements\nd'origine, de névroses faciles. Les héros sont noyés dans une atmosphère\nfaite de candeurs, de vague, de primitif, et l'on se laisse séduire par des\nnaïvetés qui s'épanchent avec un parfum de pastorale :\n   « Une seconde fois, elle s'interrompit, dans le frémissement des mots\nqu'elle prononçait. Elle n'était pas seule à les trouver ; ils lui arrivaient de\nla belle nuit, du grand ciel blanc, des vieux arbres et des vieilles pierres,\nendormis dehors, rêvant tout haut ses rêves; et des voix, derrière elle, les\nmurmuraient aussi, les voix de ses amies de la Légende, dont l'air était\npeuplé. Mais un mot restait à dire, celui où tout allait se fondre, l'attente\nlointaine, la lente création de l'amant, la fièvre accrue des premières ren­\ncontres. Il s'échappa du vol blanc d'un oiseau matinal montant au jour,\ndans la blancheur vierge de la chambre.\n   — Je vous aime. »\n   Comme dans l'Abbé Mouret, il y avait le Paradou, dans le Bonheur des\nDames le magasin immense, dans le Ventre de Paris les Halles, servant\nde toiles de fond devant lesquelles évoluent les personnages du roman, en\nune vie donnée aux choses, en une dématérialisation puissante, ici il y a\nl'église avec son influence divine, son faste de pierre, son portail où s'éri­\ngent, en théories immobiles et pourtant vivantes, les saintes, les vierges, les\nmartyres dont la légende palpite sans cesse, accrochant le rêve dans les plis\ndroits de leurs robes immaculées. Et Emile Zola les a ressuscitées, mettant\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "                                    — 367 —\n\nleurs vertus en l'âme de son héroïne, de cette Angélique qu'il descend de\nson vitrail et mène dans la vie ou, plutôt, dans le rêve.\n   Puis, pour que rien ne détourne de la vision blanche, il la place dans un\nmilieu éteint où tous les personnages parlent bas, un milieu de béguinage\nplein d'onction. Félicien, le prince charmant lui-même, est peu visible, il\npasse dans l'action sans l'arrêter, avec un charme de Roméo dont il renou­\nvellerait les sérénades sous le balcon.\n  C'est signé du nom de cet affreux pornocrate ! !\n                                                           MAX W A L L E R .\n\n\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 367, "page_fin": 367, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Poètes maudits", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "II Les Poètes maudits", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "II\n\nLes Poètes maudits,   par PAUL VERLAINE. — Edition complétée. Paris, Léon Vanier.\n\n\n   Les Maudits, certes Corbière, Rimbaud, Mallarmé, mais Mme Valmore,\nmais Villiers et ce si pauvre Lelian? Une réimpression suffisante de ces\nchefs-d'œuvre : les Effarés, les Voyelles, les Chercheuses de poux, le\nBateau ivre, d'autres Corbière et ces complets poèmes de Mallarmé, jadis\nun peu timidement offerts avec la douce admiration d'un poète ami. Cri­\ntique littéraire bien peu; admirative lecture et cette simplesse, naïve par­\nfois avec — oh ! l'étude sur Mme Valmore — de l'indulgent attendrissement\net de la fraternelle compassion. « Un simple jardin anglais romantique et\nromanesque », écrivait Baudelaire à propos de Mme Valmore, et cela com­\nplètement si l'on ne pouvait ajouter : une femme et sa résignée et blanche\nsincérité.\n   Villiers de l'Isle-Adam : quelques pages sur ce volubile causeur et l'archi­\ntecture incomparable de ses phrases ; dramaturge aussi et poète parfois.\n   Puis Verlaine, ce si pauvre Lelian.\n   Ceux-ci Maudits? Et pourquoi oublier ce pur génie Jules Laforgue?\nN'a-t-on pas entendu le rire nerveusement désespéré de ce Bathylle qui se\ngrisait d'une gaieté fardée? Sa place était marquée à côté de Corbière et\nRimbaud, ah! ceux-ci les vrais Maudits, forts encore assez pour souffrir,\npoètes suprêmes inaugurés par Stéphane Mallarmé, le froid dédaigneux,\ndont la logique analyse absorbe presqu'entièrement l'individualité, précur­\nseur comme Wagner d'un art classique, mais encore à la dernière limite\nd'une décadence et en lui toute la force maladive de cette époque divine,\nartiste trop grand, au vers immense et ce sonnet : le Tombeau d'Edgar\nPoë, « si beau qu'il nous paraît faible de l'honorer que d'une sorte de ter­\nreur panique ».\n   Les seuls qu'il eût fallu proclamer Maudits, eux, purs et non accotés de\nValmore, de Villiers et du si pauvre Lelian.\n                                                         VALÈRE G I L L E ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 368, "page_fin": 368, "titre_corps": "Chronique littéraire : Paul Verlaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "III Paul Verlaine", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 419, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "III\n\n           Paul Verlaine, par CHARLES MORICE. — Paris, Léon Vanter.\n\n\n   « Son œuvre se tranche, à partir de 1880, en deux portions bien distinctes\net le prospectus de ses livres futurs indique qu'il y a chez lui parti-pris de\ncontinuer ce système et de publier, sinon simultanément (d'ailleurs ceci ne\ndépend que de convenances éventuelles et sort de la discussion), du moins\n parallèlement, des ouvrages d'une absolue différence d'idées, pour bien\n préciser, des livres où le catholicisme déploiesa logique et ses illécebrances,\nses blandices et ses terreurs, et d'autres purement mondains : sensuels avec\n une affligeante bonne humeur et pleins de l'orgueil de la vie. ...Le ton est\nle même dans les deux cas, grave et simple ici, la fioriture, languide,\nénervé, rieur et tout; mais le même ton partout, comme l'HOMME\nmystique et sensuel reste l'homme intellectuel toujours, dans les manifesta­\ntions diverses d'une même pensée qui a ses hauts et ses bas. »\n   Ce curieux programme de pauvre Lelian, Verlaine l'a, évidemment,\nadapté après coup à son œuvre, cette dernière ayant été conçue, d'une\nfaçon inconsciente, suivant de si divergents idéals, — sous la pression des\névénements heureux ou lamentables de la vie du poète, — celui-ci s'efforce,\naujourd'hui, de nous persuader du voulu de ce « système », et qu'il l'a\ntoujours suivi de propos délibéré.\n   Au reste, la dualité nous paraît plus apparente que réelle chez Verlaine,\nson mysticisme nous semble, non pas contradictoire, mais subséquent et\nlogique à sa matérialité.\n   M. Charles Morice publie, chez Vanier, une étude sur le poète de Sagesse,\ndans laquelle il essaie de caractériser, à travers son œuvre, les phases\nalternatives d'ombre et de lumière qu'a parcourues Verlaine.\n   Très habilement, M. Morice analyse et démêle ses successifs avatars et\nnous montre ses oscillants vouloirs asservis, tour à tour, à la chair ou à\nl'esprit.\n   A notre sens, cependant, il veut trop précisément, départager l'Homo\nduplex qu'il découvre en Verlaine.\n   Les aspirations métaphysiques ou sensuelles de celui-ci sont-elles bien\nparallèles, n'ont elles pas une source commune ?\n                                                         ARNOLD GOFFIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 369, "page_fin": 371, "titre_corps": "Chronique artistique : L’Exposition des arts rétrospectifs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Joseph Nève", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "JOSEPH NÈVE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 420, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n      L'EXPOSITION                DES      ARTS        RÉTROSPECTIFS\n\n\nA               présent, la vogue est aux bibelots anciens ou exotiques.\n                Comme toutes les époques qui n'ont point trouvé une for­\n                mule esthétique nouvelle, la nôtre professe, en matière d'art\n                décoratif (1) un éclectisme absolu : ivoires gothiques, bronzes\njaponais ou vases grecs, tout nous est bon, tout ce qui ne porte pas l'estam­\npille banale du tapissier décorateur.\n    Affaire de mode, plus encore peut-être que réaction, ainsi que le\ntémoignent les accouplements bizarres d'objets hétéroclites exhibés dans les\nsalons de parvenus, se posant en amateurs éclairés.\n    C'est ce qui explique la fréquence, en même temps que la stérilité des\nexpositions d'art ancien dont nous sommes gratifiés depuis quelques\nannées. Il n'est plus d'exposition qui se respecte sans la section obligée\nd' « art rétrospectif » (mot vide de sens, s'il en fut). Il n'est plus de famille\n bourgeoise, vouée par essence à l'acajou et au simili-bronze, pour lesquels\n elle ressent, au surplus, une prédilection secrète, qui ne se paie une prome­\n nade essoufflée autour des vitrines de l'art ancien. On y va, comme aux\n représentations du théâtre de Wagner, pour pouvoir dire qu'on y a été,\n pour en rapporter un certificat de bon goût.\n    Du reste, la visite faite, l'exposition fermée, on n'y pense plus. Ce qui\n devait être une initiation, ce qui devait allumer l'étincelle, laisse pour tout\n souvenir un album de luxe, à reliure cossue, doré sur tranche, cadeau\n indiqué pour le Nouvel-An et bon à mettre en vedette sur un guéridon. Et\n c'est tout'. Après comme avant, les meubles en soi-disant renaissance\n flamande fabriqués à Malines, les chromolithographies, les Kate Greenaway,\n la barbottine et les encriers en zinc vert-de-grisé suffisent à contenter les\n besoins artistiques des familles.\n     D'où vient cela? D'où vient que nous ayons des poètes, des musiciens,\n des peintres, et que plus un ouvrier ne soit capable de sculpter un manche\n de couteau, de contourner la branche forgée d'un lustre, d'émailler le pied\n d'une coupe, de sertir une pierre précieuse, de dessiner l'arabesque d'un\n trumeau ; que l'on soit condamné à copier avec exactitude de vieux modèles,\n  comme si la substance apauvrie du cerveau n'était plus capable d'imaginer\n  des formes?\n     La réponse, il faut la demander aux monuments de l'art ancien, en\n  s'efforçant de découvrir les conditions dans lesquelles cet art s'est développé\n  et ce qu'étaient les artistes qui l'ont appliqué.\n\n\n    (1) Ceci, bien entendu, comme tout ce qui suivra, ne s'applique qu'aux arts décoratifs.\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "                                   — 370 —\n\n    Rien ne ressemble moins à un artiste du moyen-âge, qu'un artiste\n d'aujourd'hui.\n    Raffiné dans ses sensations, lyrique dans la forme sous laquelle il les\n exprime, recherchant avant tout l'originalité, la nouveauté, l'artiste moderne\n s'affranchit de tout code et ne reconnaît comme guides que son inspiration\n et sa fantaisie, qui parfois l'égarent, d'autres fois le conduisent aux som­\n mets les moins accessibles de l'art.\n    Comprise de la sorte, la carrière artistique ne s'offre plus qu'à une aris­\n tocratie d'individus éminemment doués de certaines qualités et n'accorde\n les triomphes qu'au prix d'un véritable entraînement intellectuel, d'une\n surexcitation permanente des facultés. Et l'art, produit dans cette tempéra­\n ture surchauffée, ne peut s'adresser, comme nous l'indiquerons plus loin,\n qu'à un groupe forcément limité d'initiés.\n    Les artistes du moyen-âge avaient des envolées moins hautes. Ils ne sor­\n taient pas du peuple, parmi lequel ils étaient nés et pour lequel ils travail­\n laient. Simples artisans, s'intitulant eux-mêmes, — Metsys comme les\n autres, — tailleurs d'images, imagiers, forgerons, leur éducation n'allait\n guère au delà de l'enseignement professionnel. Fidèles à quelques canons,\n respectueux de la tradition, peu curieux d'innover, enfermés dans les défini­\n tions étroites des statuts' des corporations, ils se contentaient modestement\n d'exécuter de leur mieux, avec plus ou moins de bonheur, de goût et de\n dispositions naturelles, des travaux qui leur étaient absolument familiers.\n Forgés ou menuisés, emaillés ou orfèvres, les objets sortis des échoppes de\n ce temps étaient exécutés tels qu'ils devaient être, tels qu'ils avaient été\n sentis par des ouvriers d'une haute compétence. Et par cela même, ces\n objets étaient nécessairement beaux. On peut donc dire, sans crainte de\n s'aventurer, que les artistes du moyen-âge, comme ceux de toutes les\n époques qui ont eu un style en propre, faisaient de l'art toujours et presque\n à leur insu, comme M. Jourdain de la prose.\n    L'art se manifestait de la sorte dans toutes les productions de l'industrie.\n On le retrouvait partout, parce qu'il était dans le bon sens de la race, parce\nqu'il n'était que la formule pratique donnée à tout ce qui servait à l'usage\ndomestique. Aujourd'hui, au contraire, l'art est confiné dans un cercle\nétroit; il est le privilège de quelques élus et ne s'applique qu'à donner des\nsatisfactions momentanées et spéciales. On s'occupe d'art, à certaines\nheures, comme on met un habit de soirée, par dilettantisme, pour se dis­\ntraire un moment, et puis on se replonge sans regret dans le courant de\nla vie banale. On admet qu'il faut des tableaux dans un salon, et que la\npendule doit tout au moins ressembler à un objet d'art. Mais qui s'inquiète\ndes portes, des chaises, du foyer?\n    Si un homme du XVe siècle pouvait revenir parmi nous, il lirait avec\nétonnement sur l'enseigne de certains tapissiers : Ameublements de style !\nSon étonnement augmenterait en apprenant que le Style est un accessoire\nque l'on ajoute, au gré des acquéreurs et qui se paie à part, et qu'à moins\nd'aller chez des gens spéciaux, on ne trouve à acheter que des meubles sans\nstyle. Sans style! l'homme du XVe siècle aurait quelque peine à faire entrer\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "                                  -   371   -\n\n\ndans son cerveau cette notion que le progrès nous a rendue si familière.\n   Lorsqu'une époque possède un style, et cela est surtout vrai pour le\nmoyen-âge, ce style s'applique avec une logique inéluctable à tous les objets\nquelconques sortis des mains d'un ouvrier, depuis les orfèvreries les plus\nriches jusqu'aux outils sans valeur destinés aux usages les plus simples.\n   Personne ne s'avisera jamais d'exposer comme des œuvres d'art les objets\nde fabrication moderne qui servent à nos usages journaliers, tels que notre\nvaisselle, nos vêtements, etc. Tandis qu'il n'est pas un seul de ces mêmes\nobjets, datant du XVe ou du XIVe siècle, qui ne soit digne de figurer à l'Expo­\nsition d'art ancien. Et nous ne parlons pas seulement de ces objets de luxe,\nde ces lustres fouillés comme de la dentelle, de ces bahuts couverts de sculp­\ntures, de ces dinanderies somptueuses, destinés aux patriciens de Bruges ou\nd'Anvers; on a pu voir à l'Exposition de Bruxelles un grand nombre de\nmeubles d'allures modestes, des armoires, des coffrets, des couteaux, des\nfourchettes, à la portée des petites bourses du temps. Nous avons remarqué\nune boîte à sel, une couronne à pendre la viande, des réchauds, des fers\nà gauffres, des mouchettes, un moulin à café, jusqu'à une claquette de\nlépreux ! Tous ces objets, bien qu'appartenant à des époques fort diffé­\nrentes, mais où les traditions d'art industriel, bien qu'effacées en partie,\nn'étaient pas complètement perdues, tous ces objets révélaient chez leur\nauteur un sentiment délicat d'adaptation, le souci de la forme en même\ntemps qu'un remarquable instinct d'élégance.\n   Ces observations que chacun a pu faire, établissent péremptoirement\nnotre état de décadence en matière d'art décoratif, décadence irrémédiable,\non l'admettra, si l'on veut lui reconnaître les causes que nous lui avons\nassignées. C'est une utopie de croire que les expositions d'art ancien y\nchangeront quelque chose. Il faudrait commencer par nous transformer\nnous-mêmes. Il ne reste donc à l'Exposition de Bruxelles que le mérite très\ngrand d'avoir offert à la contemplation des artistes des trésors, en temps\n ordinaire cachés à tous les yeux par leurs possesseurs avec un soin jaloux.\n    Jamais, croyons-nous, les merveilles des siècles d'art n'ont été réunies en\ntelle profusion. Les cathédrales et les couvents ont ouvert leurs sacristies;\nles collectionneurs ont vidé leurs cabinets. Les châsses vénérables, les\nrétables avec leur peuple de statues, les ostensoirs resplendissants de pier­\nreries, les lutrins solennels, les reliquaires inestimables donnent aux galeries\n de l'Exposition un air de sanctuaire. La lumière, reflétée par les cuivres et\n les ors, amortie sur les tapisseries de haute lisse, s'irisant sur les pierres\n précieuses et les émaux, a des douceurs infinies ; les tons pâles des orfrois\n s'harmonisent en accords imprévus ; des croix triomphales, des hanaps\n dorés, des chasubles pesantes de broderies surgissent des évocations tra­\n giques ou fastueuses. De telles visions éveillent ou développent chez les\n prédestinés le sens artiste. Si elles ont inspiré des poètes, des musiciens et\n des peintres, l'Exposition d'art ancien n'aura pas été inutile.\n\n                                                       JOSEPH NÈVE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 372, "page_fin": 373, "titre_corps": "Chronique musicale : Reprise des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 423, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n  REPRISE DES MAITRES-CHANTEURS                        DE       NUREMBERG\n\n\n              Lareprise des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg a été très\n               brillante, et fait grand honneur à MM. Dupont et Lapissida.\n                  Il y a quatre ans l'exécution sans doute était bonne, mais\n               elle manquait de fondu et de fini. Bien des parties de l'œuvre\nrestaient dans l'ombre, bien des détails se noyaient dans la fougue d'une\ninterprétation un peu grosse, et comme diraient les peintres, un peu\nbrossée. Ajoutez que l'orchestre n'était pas disposé comme aujourd'hui, et\nque certains rôles avaient été attribués à des artistes auxquels ils étaient\nloin de convenir. Ainsi, M. Jourdain, ténor très inégal, chantait Walther à\ntue-tête, sans aucune intelligence du personnage. Mme Caron, avec son\nmasque tragique et ses nobles attitudes, n'incarnait guère Eva, la petite\nEve allemande et bourgeoise. M. Seguin n'avait pas encore son autorité\nd'aujourd'hui, et n'avait pas encore dompté cette musique redoutable.\nM. Soulacroix, un mime agile, jouait Beckmesser à la française. Seul\nM. Delaquerrière fut complètement l'homme de son rôle. Nul ne peut\navoir oublié l'apprenti David, incarné par lui avec tant de belle humeur et\nde grâce familière.\n    Aujourd'hui l'orchestre a fouillé cette partition touffue ; il la possède ; il\nla comprend. Il dessine amoureusement les moindres arabesques du texte\nmusical, et il accuse avec une netteté admirable la puissante structure de\nl'œuvre. Il n'étouffe plus le dialogue, et il est réellement, comme Wagner\nl'a voulu, l'atmosphère sonore où baigne l'action de la comédie.\n    M. Seguin est maintenant un Hans Sachs incomparable. Il nous paraît\nimpossible d'unir, plus savamment, la bonhomie du savetier à la mélan­\ncolie du vieux poète. M. Seguin a remporté un des plus beaux triomphes\n dont puisse s'enorgueillir un artiste : il a fait oublier l'artiste. Quand il est\n en scène, c'est Hans Sachs lui-même qui rit, qui rêve et qui pleure. Nous\n lui devons une des plus hautes jouissances d'art qu'il nous ait été donné\n d'éprouver.\n    M. Enge!, — s'il n'a pas la voix fraîche et jeune que doit avoir le cheva­\n lier Walther, cette voix d'adolescent dont le timbre enchante l'oreille\n comme le duvet des pêches caresse les regards — est un chanteur expéri­\n menté et un comédien adroit. Il est donc doublement supérieur à\n M. Jourdain.\n    David, c'est M. Gandubert, excellent musicien, et acteur de bonne\n volonté. Il n'efface pas le souvenir de M. Delaquerrière, mais il s'est tiré\n honorablement et vaillamment, d'une aventure artistique qui, pour tout\n autre, eût été scabreuse.\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "                                  -   373   -\n\n\n    Au rebours de M. Soulacroix — un Beckmesser amusant, presque\n simiesque, conscient de sa laideur et s'en moquant — M. Renaud a com­\n posé un personnage solennel, mi-sacristain, mi-pédant, au masque fielleux\n mordu par la méchanceté et l'envie. L'interprétation de M. Renaud est\n plus conforme au texte wagnérien que celle de M. Soulacroix. Il est\n cependant regrettable que, malgré ses efforts, M. Renaud ne parvienne\n pas à cacher la beauté de sa voix. Il y a des moments, — pendant la séré­\n nade par exemple — où on se surprend à l'écouter avec plaisir. Or, Il ne\nfaut pas qu'on écoute Beckmesser avec plaisir. Peut-être aussi charge-t-il\n trop la scène muette du premier tableau du troisième acte.\n    Mlle Gagniard joue le joli rôle d'Eva avec beaucoup de grâce et d'intel­\n ligence.\n    Les personnages secondaires sont bien tenus et les chœurs, même dans\n le terrible final du deuxième acte, ont fait preuve de sûreté et de justesse.\n    MM. Dupont et Lapissida, auxquels revient le mérite de cette excellente\n reprise, ne nous en voudront pas si nous attirons leur attention sur quel­\n ques détails matériels qui, pour être des détails, n'en ont pas moins leur\n importance. Certains acteurs ont une tendance néfaste à chanter le dialogue\n à la rampe, pour le public. Nous visons surtout M. Gandubert dans sa\n scène du troisième acte avec Hans Sachs, et la manière dont est réglé le\n quintette. Quant au tableau final, il nous sera permis de blâmer l'appari­\n tion incongrue, au milieu de la valse, de danseuses en robe courte dont la\n présence est injustifiable. Enfin, l'ovation populaire décernée à Sachs pour­\n rait être mise en scène d'une façon plus pittoresque et plus saisissante.\n    Depuis la troisième représentation, on a renoncé à faire la nuit dans la\n salle. Ce retour à la routine n'est pas heureux. Il paraît que cette conces­\n sion a été arrachée à MM. Dupont et Lapissida par une coalition d'abonnés\n de deux sexes, mécontents de ne plus pouvoir s'admirer. Outre qu'il leur-\n est loisible de s'admirer et de se congratuler abondamment pendant les\n entr'actes, ces abonnés des deux sexes, sans compter les Auvergnats, nous\n paraissent mériter un rappel à la modestie. Pour ce qu'ils nous montrent ! !...\n\n                                                       ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 374, "page_fin": 375, "titre_corps": "L’Autre Banquet Lemonnier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "L AUTRE BANQUET LEMONNIER", "ancre_fin": "ferventes", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 425, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "L'AUTRE BANQUET LEMONNIER\n             La Jeune Belgique a célébré, dans une fête intime, le vingt-\n              cinquième anniversaire de l'apparition de Nos Flamands, le\n              premier livre de Camille Lemonnier.\n                 Au dessert, l'un des nôtres s'est levé et a prononcé le toast\nsuivant :\n            « MON CHER AMI,\n\n    « Ton livre aîné, dont les cris ont naguère réveillé tous les critiques,\nnaquit en 1863. 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Aujourd'hui le mérite est plus mince, car ton\nnom est enfin dans la lumière et dans le bruit. Mais si nous n'avons plus\nà combattre, notre amitié demeure fidèle et vivace comme au premier\njour.\n    « La Jeune Belgique a parlé de tes œuvres avec le respect, l'enthou­\nsiasme et aussi la franchise qu'elles méritaient. Dans l'opulent jardin de ta\n pensée, elle a préféré telle plante rare ou telle vigne capricieuse et folle. En\n chacun d'elles, elle a salué les innombrables ressources et les déconcer­\n tantes métamorphoses de ton esprit.\n    « Et tu lui as été presque plus reconnaissant de sa franchise que de son\n admiration désintéressée.\n    « Tu nous a su gré de ne pas donner à notre libre éloge les apparences,\n si désagréables pour les âmes délicates, d'une adulation de petite chapelle\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1307, "texte": "                                 — 375 —\n\net de cénacle. Tu nous a su gré de ne pas t'enlever l'estime de certains\ngroupes d'artistes avec lesquels nous sommes en désaccord intellectuel. Le\nculte que nous t'avons voué n'a rien de cette dévotion étroite, si répandue\naujourd'hui dans le monde des lettres, et aux yeux de laquelle l'idole n'a\ndroit à l'encens que si elle renonce à l'encens des autres.\n   « Nous t'en remercions profondément.\n   « Nous te remercions aussi de l'aide constante que tu nous a prêtée à\nParis, dans différents cercles d'écrivains et d'artistes, et de certains pané­\ngyriques dont nous avons entendu l'écho.\n   « Aussi, pour que notre fête, tout intime, n'ait pas le caractère d'une\npetite messe basse, avons-nous averti tous tes admirateurs sans exception,\nmême nos adversaires, et nous avons fait avec eux, en ton honneur, et pour\nce soir, la trêve de l'admiration commune.\n   \" C'est la Jeune Belgique qui boit à ton œuvre, mais elle passe la coupe\nà tous ceux qui veulent célébrer avec elle le maître de La Belgique, du\nMâle et du Mort ! \"\n\n   Et durant tout le repas, ce fut, dans l'affectueux épanchement des cœurs,\nl'incessante arrivée des télégrammes de félicitations apportant, parmi les\nfleurs qui fêtaient l'homme de lettres, l'écho d'admirations et d'amitiés\nferventes\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 376, "page_fin": 376, "titre_corps": "Bouddhisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Suave Pinolet", "ancre_debut": "BOUDDHISME", "ancre_fin": "SUAVE PINOLET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 427, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "BOUDDHISME\n                                   « Je m'en fous ! »\n                             (LORD PALMERSTON. Deuxième discours\n                                 sur les affaires du Danemark.\n\nJ' suis un pauvre bouddha\nQue le Destin bouda.\n\nAssis sur mon lotus\nJe m' fich' des omnibus.\n\nJ'écout' passer le Temps\nEt l'Espace : épatants !\n\nIls passent pas à pas\nComm' s'ils n' me r'gardaient   pas.\n\nMoi, j ' regard' mon nombril\nDivin, ainsi soit-il !\n\nAh! que tout est fatal\nEt que tout m'est égal!\n\nMais que le monde est drôle\nDu haut de ma corolle!\n\nLa jolie société!\nOn s' gondol' de gaîté.\n\nLes anges font pipiss'\nDans l'nez des pessimiss'.\n\nMais faut pas m'embêter !\nJ' sens la moutard' monter,\n\nEt j ' vous flanqu' mon lotus\nEt mes ποδας ... οκυς.\n                                         SUAVE   PINOLET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 377, "page_fin": 377, "titre_corps": "Hommage à Firmin Galoubet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Télesphore Tabibitte", "ancre_debut": "HOMMAGE A FIRMIN GALOUBET", "ancre_fin": "TÉLESPHORE TABIBITTE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE NIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 428, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 804, "texte": "HOMMAGE A FIRMIN GALOUBET\n   S'Illuminent vers Quel Triomphe, ô Dramaturge !\n   Mes yeux du seul refus de trop vaste reflet\n   Vers des silences d'or d'un souverain Pamphlet\n   Victorieusement dont Ta Tête s'insurge.\n\n   Ricane à tout velin l'inane d'un Panurge\n   Orchestre s'allumant sans médical soufflet\n   Messie ! aux orfrois purs approuvés de Tonglet\n   Tressaille le Futur forcé par quelque purge.\n\n   Tu seras écartant les Trompettes du Nul\n   Magnifique du rêve adultère d'un Phul\n   Conquis Roi par la glose altiere de ta voix\n\n   Et ne doit s'indigner de la surface tue\n   Pas un Phare amphibie au dehors de tes Lois\n   Proclamé génial au flot qui perpétue.\n\n                                               TÉLESPHORE      TABIBITTE.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 377, "page_fin": 377, "titre_corps": "Le Nil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lili", "ancre_debut": "LE NIL", "ancre_fin": "LILI", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 428, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 804, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "LE NIL\n                             Aux philosophistes — évolutistes — instrumentistes —\n                               symphonistes — et Cæteraïstes.\n\nVers le désert des airs et la mer des chimères,\nSans trève par la grêve en le rêve des rêves\nS'en fut d'azur futur et de pure voilure\nA u flux diffus des luths hurluberlu de flûte.\n\nLe subtil Nil! Et file ô Nil, un crocodile\nPassant des champs distants des grands autans des temps,\nLà delà le las glas lilas des lacs lilas\nEn les taillis pâlis et lis des gazouillis,\n\nDe bois et boa boit, oh voix ! et croit le bois\nO mal sol, bémol sol, vol, vôle, pigeon vôle,\nSi subtil Nil! et file ô Nil, un crocodile\nEn les étés de thés hâtés dans les clartés.\n                                                               LILI."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 378, "page_fin": 380, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "licencié ès lettres", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "Le 21 octobre a été inauguré, au cime­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 225, "texte": "tière de Schaerbeek, le monument funèbre"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 278, "fin_caractere_exclue": 313, "texte": "de Charles-Henry de Tombeur, mort à"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 342, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "23 ans."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 442, "fin_caractere_exclue": 480, "texte": "Charles de Tombeur était de ceux qu'on"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 545, "texte": "n'oublie pas."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "Notre confrère M. Edmond Cattier, de"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 638, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "la Galette, appelle les Maîtres-Chanteurs"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 694, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "un « plat vaudeville »."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 796, "fin_caractere_exclue": 833, "texte": "Les bêtes du professeur Métaphus sont"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 908, "texte": "très contentes."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1251, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "Un autre de nos confrères, anonyme"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1311, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "celui-là, raconte que M. Mauras étant indis­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1404, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "posé, M. Engel, qui avait chanté Walther"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1476, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "la veille, a dû remplacer son camarade"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1515, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "dans La Favorite. Notre confrère conclut"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1556, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "que les Maîtres-Chanteurs     désorganisent"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1690, "fin_caractere_exclue": 1704, "texte": "le répertoire."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "Les bêtes du professeur Métaphus sont"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1932, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "de plus en plus contentes."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2028, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "L'onagre qui encombre la Chronique"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2120, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "de ses critiques littéraires a découvert, à la"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2211, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "suite de l'Ami de l'Ordre, que c'est la"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2294, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "Jeune Belgique qui gâte le style de M. Ed­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "mond Picard."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2483, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "L'onagre est persuadé, ce qui ajoute"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2573, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "encore à sa beauté native, et à l'énormité"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2664, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "des articles fossiles qu'il dépose entre les"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2757, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "causeries de Jean d'Ardenne et les critiques"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2849, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "d'art de Théo Hannon."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2939, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "L'onagre, afin de dérouter les soupçons,"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3073, "texte": "signe ses élucubrations de l'initiale R. C'est"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3121, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "notre ami Rotiers qui est la victime de cette"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3214, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "malice d'onagre."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3272, "fin_caractere_exclue": 3311, "texte": "N. B. L'onagre est un animal spirituel,"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3363, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "entêté et très sournois."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 184, "texte": "De la Revue belge, organe hebdomadaire"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 234, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "de l'excellent M. Tilman, deux vers, signés"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "Jules Bailly :"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 394, "fin_caractere_exclue": 438, "texte": "L'hôtel de la princesse, élégant et mondain,"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 491, "fin_caractere_exclue": 531, "texte": "Avait sur le derrière un superbe jardin."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 600, "fin_caractere_exclue": 637, "texte": "De M. Delaroche, dans la Wallonie, ce"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "vers :"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 792, "texte": "Ah! reviens danser, comme aux soirs d'amour, sous"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 892, "texte": "[les hauts genièvres."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 945, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "Oui! Dansons, M. Delaroche, sous les"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "genièvres, les hasselts, les pékets, les"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1121, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "schnicks et les schnaps même, si vous"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1208, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "voulez! Quelle drôle de cave à liqueurs"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1297, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "vous faites I"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1363, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "Mais ne dansez pas sous l'aloës, ça vous"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1453, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "ferait une courante !"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1652, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "La Jeune Belgique publiera prochaine­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1754, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "ment, de M. Jules Destrée, « trois transpo­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 1888, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "sitions» et une « Étude sur M. Jules Barbey"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2008, "fin_caractere_exclue": 2022, "texte": "d'Aurevilly »."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "Contes pour l'aimée, par Maurice Si ville."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "In-8°, illustré par Emile Berchmans, Aug."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2260, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "Bénard, imprimeur-éditeur, Liége."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "C'est là une suite de jolies et légères"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2435, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "proses artistes, déjà lues dans la Wallonie,"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2529, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "des débuts, et que l'auteur réédite aujour­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2622, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "d'hui, avec amour, comme des vers retrou­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2713, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "vés où l'on ne savait pas avoir mis tant de"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2806, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "son âme. Malgré le titre, ce ne sont point"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2898, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "là des contes, mais bien une suite de"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 2985, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "fraîches aquarelles wallonnes, liégeoises"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3076, "fin_caractere_exclue": 3120, "texte": "plutôt, d'un art riant. La meilleure page me"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3170, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "semble être le court récit, intitulé : Gio-"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3263, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "vanna."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3322, "fin_caractere_exclue": 3362, "texte": "Tout cela est d'un fin esprit; la langue"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3412, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "est mièvre et jolie, avec de certaines tour­"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3506, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "nures affectées qui détonnent, cependant."}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "Mais cette œuvrette n'est qu'un début,"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 3688, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "l'auteur le confesse ; et il faut y voir sur-"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "tout une promesse, une belle promesse qui"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 162, "texte": "ne mentira pas."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 244, "fin_caractere_exclue": 286, "texte": "L'édition est luxueuse : elle fait honneur"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 382, "texte": "à l'imprimerie Bénard qui l'a entreprise. La"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 428, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "couverture richement ornée et les vignettes"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 567, "texte": "qui illustrent ce livre, sont d'un artiste qui"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 619, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "promet, M. Berchmans."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "Telles quelles ses compositions sont"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 811, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "déjà charmantes."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1194, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "L'Etudiant,   organe de notre jeunesse"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1287, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "universitaire, vient de reparaître. Fondé"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1381, "fin_caractere_exclue": 1420, "texte": "par M. Laurent de Coninck, continué par"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1478, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": "M. Fritz Rotiers, repris par M. Ch. H. De"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1568, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "Tombeur, il est dirigé aujourd'hui par"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "MM. Olivier Godart et George Garnir."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "De M. Kahn, dans la Revue indépen­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2134, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "dante, à propos de Crime et Châtiment ce"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2272, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "joyau : « Aléna, cette vieille fourmi amas­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2409, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "seuse, une des tumeurs du corps social »."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "Cette fourmi qui est une tumeur va faire"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2686, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "chanter joyeusement nos cigales."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3089, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "Fleurs gauloises : — Extrait textuel de"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3177, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "la Grande encyclopédie, 6 e vol., art. Bel­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3266, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "gique, p. 17."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3364, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "XIV. Lettres, sciences et arts. II Période"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3453, "fin_caractere_exclue": 3474, "texte": "moderne (XIXe siècle)"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "... 2° Littérature. La littérature belge n'a"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3633, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "jamais été, sinon fort développée, au moins"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "bien originale, pour diverses raisons. La"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3822, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "différence entre les deux langues qui lut­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3916, "fin_caractere_exclue": 3960, "texte": "tent en Belgique, le français et le flamand,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4009, "fin_caractere_exclue": 4052, "texte": "a été longtemps et reste encore un obstacle"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4106, "fin_caractere_exclue": 4146, "texte": "au plein développement d'une littérature"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4198, "fin_caractere_exclue": 4238, "texte": "nationale. L'usage du français, bien que"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4289, "fin_caractere_exclue": 4329, "texte": "prépondérant auXIXesiècle dans les corps"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4382, "fin_caractere_exclue": 4424, "texte": "délibérants et dans les groupes scientifi­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4473, "fin_caractere_exclue": 4516, "texte": "ques, est loin d'être général. Le flamand a"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4566, "fin_caractere_exclue": 4610, "texte": "de temps à autre des retours offensifs qu'il"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4662, "fin_caractere_exclue": 4702, "texte": "faut signaler : on professe en flamand à"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4755, "fin_caractere_exclue": 4797, "texte": "l'université de Gand ; on a fait prononcer"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4852, "fin_caractere_exclue": 4896, "texte": "au roi des discours en flamand ; en 1830, la"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4946, "fin_caractere_exclue": 4988, "texte": "Révolution avait été suivie d'une réaction"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "contre le flamand, mais depuis l'assimila­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 199, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "tion du flamand au néerlandais, dont on a"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 293, "fin_caractere_exclue": 337, "texte": "fait la langue littéraire des dialectes fla­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 390, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "mands, a été le signal d'un mouvement"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 480, "fin_caractere_exclue": 520, "texte": "opposé. De nos jours, le français est la"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 573, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "langue littéraire, et la littérature belge ne"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 671, "fin_caractere_exclue": 714, "texte": "se distingue pas de la nôtre par des carac­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 767, "fin_caractere_exclue": 810, "texte": "tères originaux : elle ne parvient pas à se"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 863, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "dégager de notre influence. La vente des"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 956, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "ouvrages français, la représentation de nos"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1052, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "œuvres musicales et littéraires, empêchent"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1147, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "les efforts des auteurs belges ; ils présen­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1244, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "tent cependant un certain nombre de carac­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1339, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "tères particuliers qui leur assignent une"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1433, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "place dans la littérature française; on peut"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1530, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "les considérer comme un groupe dépen­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1620, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "dant, correspondant à peu près, comme"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "importance, au groupe gascon, à la littéra­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1806, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "ture provinciale dont le centre est Bor­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1899, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "deaux."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 1961, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Cela dit, il faut rendre justice au mérite"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "des écrivains belges dans les différents"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2227, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "ordres de littérature. On cite pour le roman"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "les noms de quelques auteurs distingués,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2503, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "tels que Moke et le baron de Saint-Génois."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2641, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "Moke a publié des livres d'histoire, de lit­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2771, "fin_caractere_exclue": 2811, "texte": "térature française, et nombre de romans."}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2864, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "Mawrage, Ch. de Coster, mort en 1879,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 2954, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "H. Pergamene ont, outre des œuvres roma"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3046, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "nesques, collaboré à de nombreux jour­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3137, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "naux et revues. Emile Greyson est lu en"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3229, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "France pour ses deux romans : Fiamma"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3318, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "Colonna, Juffer Daadje et Juffer Doortje,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3412, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "étude de mœurs hollandaises assez atta­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3504, "fin_caractere_exclue": 3542, "texte": "chante. On cite encore Emile Leclercq,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3595, "fin_caractere_exclue": 3632, "texte": "Camille Lemonnier, Edmond Picard, les"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3685, "fin_caractere_exclue": 3726, "texte": "deux frères Hymans, dont l'un a publié de"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3779, "fin_caractere_exclue": 3820, "texte": "nombreuses comédies et traduit des romans"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3873, "fin_caractere_exclue": 3914, "texte": "allemands, suédois et anglais. Son frère,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 3967, "fin_caractere_exclue": 4007, "texte": "conservateur de la section des estampes,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4060, "fin_caractere_exclue": 4104, "texte": "s'est plutôt adonné à la critique d'art. Ils"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4157, "fin_caractere_exclue": 4196, "texte": "ont tous deux collaboré aux principales"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4249, "fin_caractere_exclue": 4287, "texte": "revues belges. Les femmes auteurs sont"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4340, "fin_caractere_exclue": 4380, "texte": "aussi dignement représentées : Mme Joly,"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4434, "fin_caractere_exclue": 4471, "texte": "Mme Braquoval, Mme Langlet et surtout"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4524, "fin_caractere_exclue": 4564, "texte": "M me Estelle-Marie-Louise Rueglens (sic)"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4618, "fin_caractere_exclue": 4660, "texte": "cette dernière (1821-1878) sous le pseudo­"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4714, "fin_caractere_exclue": 4752, "texte": "nyme de Caroline Gravière, a écrit des"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4806, "fin_caractere_exclue": 4849, "texte": "romans et des nouvelles très appréciés. Son"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4903, "fin_caractere_exclue": 4943, "texte": "mari est un érudit assez distingué, et a"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 4997, "fin_caractere_exclue": 5037, "texte": "publié aussi quelques romans et beaucoup"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "de comédies, de drames, etc. — Les prin­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "cipaux dramaturges belges sont : Pr. Noyer,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 236, "fin_caractere_exclue": 275, "texte": "B. Joly, C. Materne, E Waken, Delmotte,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 310, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "Ch. Potvin, mort en 1862. Ils ne sont pas"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 441, "texte": "très connus en France, et il semble qu'une"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 482, "fin_caractere_exclue": 524, "texte": "littérature dramatique originale ait de la"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 574, "fin_caractere_exclue": 608, "texte": "peine à se développer en Belgique."}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 666, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "De la poésie nous ne connaissons jus­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "qu'ici que quelques fabulistes, tels que le"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 820, "fin_caractere_exclue": 857, "texte": "baron Stassart, mort en 1854, et Par­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "thon de Von et des lyristes intéressants,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "Th. Meustenraad, E. Walken, D. Sotiau,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "B. Quinet, E. Dubois, A. de Hasselt (sic),"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "mort en 1874, Ad. Mathieu, mort en 1876,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1119, "fin_caractere_exclue": 1159, "texte": "Ch. Potvin, F. Frenay, de Linge (ce der­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "nier a publié une jolie traduction d'Horace"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1280, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "et une traduction de Hermann et Dorothée"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1321, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "très estimée); citons aussi le chansonnier"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 1406, "texte": "Clesse, fort apprécié de ses concitoyens."}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1408, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "Mais depuis quelques années, il s'est pro­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1452, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "duit dans la poésie belge un mouvement"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "considérable; des jeunes gens enthou­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1530, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "siastes du Parnasse français, ont publié en"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1575, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "1888, un Parnasse belge qui se rapproche"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1617, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "beaucoup de notre Parnasse français de"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1657, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "1866-1872 par la franchise du rythme et la"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1701, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "sûreté de la forme : le poète le plus expéri­"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1804, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "menté parmi ces jeunes auteurs se nomme"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1902, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "Giraud. Quoi qu'il en soit et malgré tous"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "les efforts des écrivains de la Belgique, la"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "littérature de ce pays n'est encore ni très"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 309, "texte": "riche ni très originale."}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "Pu. B. (1)."}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 461, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "Pour copie conforme,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "P.   COLSON,      instituteur,"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 624, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "Membre fondateur de la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 713, "fin_caractere_exclue": 755, "texte": "Et voilà ! Une seule chose exacte : Potvin"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "mort en 1862 !"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "On annonce la fusion de la Jeune France"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "avec la Revue indépendante. Mariage de"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "raison entre les carpes de M. Demény et"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1257, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "les lapins de M. Kahn."}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "(1) La liste des collaborateurs porte les noms de :"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1854, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "MM. Zïerger (Philippe), sous-bibliothécaire de"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 1962, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "l'Institut;"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 2032, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "Bertholet (Philippe), licencié ès-lettres."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1888-11-10-n11-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1888-001-007_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1888-001-007_f.pdf", "ocr_sha256": "87fb914db3d32954795dacffc76e7ac393e5cc7a308c41ed5db881e818e2e3d7", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE : NOTES SUR", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 432, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "VIENT DE PARAITRE :\n   NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE\n                            (DEUXIÈME SÉRIE\n                    par F R A N C I S       NAUTET\n       Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  En vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX PRÈS LA. BOURSE)\n\n\n\n E       n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n          MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\n Cora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\n pagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n   cines, 16, à Paris; publie LA GOUVERNANTE DU COLONEL,\n   par CHARLES MAYRET. Un numéro 2 0 centimes, abonnement\n   (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n     ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                EPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont .     . . . .                  2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert . . . .                  2 75\n                            R O S É E J E U N E BELGIQUE                        3 00\n                            Crême d'Ay        id.                               3 50\n                            Bouzy extra       id.          Cuvée réservée.      4 50\n                            Bouzy Cristal     id.                               5 00\n                                        o.5o en plus par 2/2 bouteilles\n                                   EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 2 5 BOUTEILLES\n\n                            Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n            ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n        19, B o u l e v a r d du Nord, 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4658, "texte": "                                   EN        VENTE\n                                             A   LA\n\n\n\n\n LIBRAIRIE LÉON VANIER\n                     19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n          ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                       Francs.\n                            P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E   .   .     7 50\n Paul ADAM                \" Soi                                                         3 50\n       —                   Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)          350\n       —          Les           Demoiselles Goubert.     —             —                 3 50\n       —                   Être                                                           3 50\n Jean AJALRERT . . .       Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . .              3 00\n Maurice BARRES . . .       Les Taches d'encre (les 4 numéros)                           4 00\n       —                   Sous l'œil des Barbares                                       3 50\nRobert CAZE . . . .        La foire aux peintres.                                         1 00\nPhilibert DELORME .        Arlequins de Macadam                                          3 50\n Edouard DUJARDIN . .      Les Hantises                                                  3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .       Croquis parisiens (avec portrait). .-'                        6 00\n       —                   Le Drageoir aux épices                                        5 00\n       —                   Un Dilemme                                                    2 00\nGustave KAHN . . .         Les Palais nomades                           . . . .          3 50\nJules LAFORGUE .      .    Les Complaintes                                               3 00\n       —                   L'Imitation de N. D. la Lune                                  2 00\n       —                   Moralités légendaires                                         6 00\nStéphane MALLARMÉ .        L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .              5 00\n       —                 ' Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET)                       12 00\n       —              \"    Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . .            25 00\nStuart MERRILL . . .       Les Gammes                                                    2 00\nJean MORÉAS . . . .       Les Syrtes (épuisé)                                   .      10 00\n       —                  Les Cantilenes                                                3 50\n       —                  Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) .         3 50\n       —                   Le Thé chez Miranda           —                              3 50\nFrancis POICTEVIN . .     Seuls                                                         3 50\nErnest RAYNAUD . . .      Le Signe                                     . . . .          1 00\nHugues REBELL . . .       Etourdissements                                               4 00\nHenri DE REGNIER . .      Les Lendemains (épuisé)                                       5 00\n       —                  Apaisement                                                    2 00\n       —                  Sites               '                                         2 00\n       —                  Episodes                                                      6 00\nPaul VERLAINE . . .       Fêtes galantes                                                3 00\n       —                  Sagesse                                                       3 00\n       —                  Romances sans paroles                        . . . .          3 00\n                          La bonne Chanson                             . . . .          2 00\n       —                  Jadis et naguère                                              3 00\n       —               . Amour                                                          3 00\n       —                  Mémoire d'un veuf (prose)                                     3 50\nJules VIDAL et BYL . .    Sœur Philomène (pièce en deux actes, tirée du roman\n                             de MM. de Goncourt)                                       1 00\nJules VIDAL . . . .      Le Jupon                          ,                            350\nFrancis VIELÉ-GRIFFIN.    Cueille d'Avril (épuisé)\n      —                   Les Cygnes                   \"                               3 50\n      —                  Ancaeus                                                       3 50\n\n\n                  Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 390, "texte": "8e ANNÉE.     TOMÉ VII, N° 11.   Prix        : FR.            0-60.         10 NOVEMBRE 1888.\n\n\n\n                                            LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                             SOMMAIRE:\n  Brigitte Austin                                              MAX WALLER.\n  Rimes d'ombre                                                IWAN GILKIN.\n  La mort de Miette Stephen (suite et fin) . .                 HENRY MAUBEL.\n  Vers                                       .                 VALÈRE GILLE;\n  Sonnet                                                       JEAN GAUCHER.\n                            I. Le Rêve. . .                    MAX WALLER.\n  Chronique littéraire.    II. Poètes maudits.                 VALÈRE GILLE.\n                          III. Paul Verlaine.                  ARNOLD GOFFIN.\n  Chronique artistique. L'Exposition des arts\n    rétrospectifs . . .                                        JOSEPH NÈVE.\n  Chronique musicale. La reprise des « Maîtres\n    Chanteurs de Nuremberg »                                   ALBERT GIRAUD.\n  L'autre Banquet Lemonnier\n  Bouddhisme                                                   SUAVE PINOLET.\n   Hommage à Firmin Galoubet            .    .   .   .   .     T É L E S P H O R E TABIBITTE.\n  Le Nil                                                       LILI.\n  Memento                                                     ***\n\n\n\n\n                                 BRUXELLES\n              ADMINISTRATION :                                 RÉDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                       80 RUE BOSQUET, 80\n\n                                            PARIS\n                             L E O N V A N I E R , ÉDITEUR\n                                    19, Quai Saint-Michel\n\n                                             l888\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n   paraissant   chaque mois et formant       au bout de Vannée un superbe                 volume.\n\n\n\n  Bruxelles : Administration,    26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 80, rue Bosquet.\n\n\n\n                                 ABONNEMENTS :\n  Belgique.      .   7 francs par an. — Union postale .                        .    fr.       8-50\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                            forfait.\n\n\nDirecteur     : MAX WALLER. — Administrateur                        : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n\n  La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n   Les nouveaux abonnés à La Jeune Belgique recevront la revue gra­\ntuitement à partir du présent numéro jusqu'à la fin de l'année en cours.\n\n\n\n                                BOITE AUX LETTRES\n\n  30. R. G. Non, votre sonnet ne \" remplit pas encore les exigences voulues \". Il y a\nprogrès, certes, mais pas assez.\n                            La chinoise éperdue au halo zinzolin\n                            Des parfumoirs d'agate évaporant l'extase\n                            Rêve pouvoir cueillir dans le jet d'eau qui jase\n                            La voix que surbaignait la vasque de calin.\n\n   Mettez le \" halo zinzolin \" au vestiaire, et sortez de votre « vasque de câlin ». Ne\n\" surbaignez \" plus, laissez la musique « amorose » à M. Raoul Russel, et travaillez.\nC'est la forme qui manque le plus.\n   31. E. L., SCHAERBEEK. Compliments sincères pour « le glaive » qui refuse de se\ncroiser contre « l'aiguillon ». Voici le sabre, le sabre, le sabre!.... N. B. Ne l'avalez pas.\n   32. JEAN Fusco. Comité ne demande pas mieux que de lire le « Toast ». Vous dira\nfranchement ce qu'il en pense. Mesure générale qui ne peut pas vous déplaire. Comité\npas un mythe. Il y a des gens qui l'ont rencontré. Merci pour votre constante sympathie.\n   33 EMMANUEL H., DARDE FLAMAND. Renseignement exact. Albert Giraud prépare tra­\nduction en néerlandais des poésies complètes de Georges Rodenbach. Pour janvier :\nDe Witte Jonkheid (La Jeunesse Blanche), et incessamment Och Godtekes' Boek (Le\nLivre de Jésus). Beste vriend.\n   34. EDOUARD PAILLERON, PARIS. Théâtre Berlinois jouer œuvre de vous, intitulée :\nFraulein Maus. Comprenons pas pourquoi vous « Bellaquez » Octave dans la langue de\n Henri Heine. Prussien sournois. D'ailleurs Octave appartenir au sexe auquel devez\nD r Valentin.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                  BRIGITTE AUSTIN\n                                 FRAGMENT\n\n                                      VI\n\n\n\n\n                             A ce moment, Marie-Reine entra brusquement.\n                                  — Eh bien, qu'y a-t-il!\n                                  — Il y a, monsieur l'abbé, que la vieille\n                               Blanc-Ramiche va trépasser; 1' petit vient\n                             d'arriver de tote el' vitesse de ses d'jimbes.\n                                    — C'est bien, donnez-lui à manger et à\n                                  boire, Marie-Reine, et dites que je vais\n                                  venir. Toi, Brigitte, cours-y tout de suite ;\n                 prends ce qu'il faut ; je vais à l'église chercher les saintes\n                 huiles.\n                    Le prêtre jeta là sa serviette et sortit.\n                    Il était sept heures du soir ; la journée avait été brû­\n                 lante et lourde, et à ce moment, du ciel couvert commen­\n                 çaient à tomber de larges gouttes de pluie qui s'étoilaient\n               sur le sol.\n                 Lorsque l'abbé fut parti, Brigitte alla regarder à la fenêtre,\n               puis, revenant vers Olivier :\n                 — Vous m'avez demandé l'autre jour si je voulais vous\naccompagner; aujourd'hui, c'est moi qui vous prie de venir. L'orage va\néclater; il y a deux lieues d'ici à Soulme où demeure la pauvre Blanc-\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "                                  — 342 —\n\nRamiche, et les chemins dans la montagne sont difficiles : Jacques m'ap­\nprouvera de vous avoir imposé cette corvée.\n   — Corvée ! 'fit-il, avec un regard de reproche.\n   Brigitte mit dans un panier des bougies, de l'ouate, un pain, deux ser­\nviettes, puis, s'étant enveloppée dans un imperméable, la tête encapu­\nchonnée, rejoignit Olivier qui déjà l'attendait sur le seuil de la porte.\n   — Voulez-vous que je porte ce panier, mademoiselle Brigitte ?\n   — Non, je vous remercie, c'est la sœur du curé qui doit porter cela.\n   Soudain, dans l'atmosphère alourdie, un éclair zigzagua, suivi d'un\ngrondement qui roula dans la vallée, et une pluie torrentielle s'abattit.\n   — Réfugions-nous un instant sous les arbres, mademoiselle Brigitte.\n   — Non, dit-elle, non, la vieille mourante ne doit pas attendre.\n   La jeune fille avait pris le chemin le plus court, par des sentiers étroits\nhérissés de cailloux roulants ; bientôt il fallut monter par une gorge escarpée\net Olivier, arcbouté sur sa canne ferrée, aidait Brigitte à gravir les roches\nque la mousse détrempée rendait glissantes. Il sentait alors dans sa main\nla main, la longue main tiède de Brigitte, et cette main lui semblait frémir et\ntrembler lorsqu'il la tenait. Etait-ce une illusion, mais à lui aussi se com­\nmuniquait une frissonnante émotion. Elle lui apparaissait, Brigitte, la face\néclairée parfois de la lumière blafarde des exhalaisons, comme une sorte\nd'ange de la charité gravissant un calvaire au haut duquel se trouvait une\ndivine souffrance. Cela simplement, avec le somnambulisme de la mission\nprescrite, comme s'il eût été impossible qu'il en fût autrement.\n    L'orage s'éloignait, pendant cette ascension, et le ciel, peu à peu, se\nnettoyait de ses nuages gris. Une étoile brilla.\n   — Regardez, monsieur Olivier, c'est celle du berger.\n    La route à présent n'était plus aussi rude, et ils purent hâter le pas.\n    — Vous voyez que j'avais raison de vous parler de corvée, cette route\n est fort longue.\n    — Vous savez bien que ce n'est pas une corvée, puisque vous êtes avec\n moi.\n    — C'est Jacques que je plains, continua-t-elle, sans paraître avoir\n entendu, mais heureusement il a le pied plus sûr que nous et rien ne lui\n fait peur.\n    — Pas même la mort, fit Olivier.\n    — Surtout la mort, pourquoi la craindrait-il?\n    — C'est juste. Il est heureux d'avoir ce calme.\n    — Tout le monde peut l'avoir comme lui.\n    — Non, mademoiselle Brigitte, tout le monde ne peut pas l'avoir comme\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                                   -   343    -\n\n lui. Pour y arriver, il faut ne croire qu'au ciel et oublier que la terre existe.\n L'amitié, le dévouement, l'abnégation ne sont que les satellites de cette foi\n lumineuse. Mais il est des hommes qui peuvent avoir tout cela et le faire\n rayonner autour d'un sentiment moins céleste — qui est l'amour.\n    — L'amour? murmura-t-elle avec un accent de doute.\n    — Oui, l'amour. Il arrive un moment dans la vie de l'homme où l'esprit\n se calme, se concentre et grandit en même temps; on a connu la femme qui\n passe et l'on a passé soi-même dans la vanité des passions stériles ; mais,\n un jour, on regarde derrière soi les routes compliquées que l'on a parcou­\n rues; il s'en présente, devant, de plus tortueuses encore; mais, au milieu,\n c'est la ligne droite. Le prêtre voit Dieu qui lui tend ses bras au fond de ce\n chemin ; l'homme, plus faible peut-être, y voit une femme qui l'appelle, et,\n dans un rêve, il entend, au milieu du feuillage, des voix prochaines qui res­\n semblent à des chants d'oiseaux et à des murmures d'enfants.\n    Brigitte écoutait en silence, tandis qu'Olivier pressant, presque éloquent,\n continuait :\n    — J'ai commis bien des folies et vu bien des laideurs; mais, au milieu de\n mes cauchemars, j'ai toujours entrevu la femme pure et sainte dont je pren­\n drais la main... comme je prenais tantôt la vôtre, mademoiselle Brigitte,\n et que j'aimerais de toute mon âme... Vous ne comprenez pas cela?\n    — Oui, répondit-elle, c'est un beau rêve que le ciel approuve et permet\nde réaliser. Je vous souhaite ce bonheur, vous aimez les enfants, vous devez\nêtre bon, monsieur Olivier.\n    — On n'est pas bon tout seul, lorsqu'on a faibli dans le passé.\n    — C'est pour cela que je vous souhaite de l'être à deux. Nous sommes\narrivés, ajouta Brigitte en désignant une chaumière faiblement éclairée au\nmilieu des arbres; vous allez voir la mort de près peut-être; tâchez de\nprier, monsieur Olivier.\n   — Pour vous, murmura-t-il, de façon à peine perceptible.\n    La porte de la masure était entr'ouverte; ils entrèrent sans bruit.\n    Une chambre étroite avec une seule fenêtre à petits carreaux poussiéreux.\nLes murs noircis sont dénudés. Une âcre odeur de misère se répand.\nComme meubles : deux mauvaises chaises, une table boiteuse, sur laquelle\nune lampe rouillée crépite; au fond de la chambre, dans l'ombre, un lit\ndélabré, et dans ce lit, sur une paillasse dont la paille s'échappe, roulée\ndans une couverture trouée, une forme humaine qui ne bouge pas, mais\nd'où sort une plainte rauque, sifflante, qui s'interrompt en de sinistres\nsilences, pour reprendre, plus étouffée.\n   Lorsque les visiteurs entrent dans la chaumière, l'agonisante essaie de se\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "                                 -   344   -\n\ndresser, mais retombe. Brigitte s'approche d'elle, tandis qu'Olivier allume\nles bougies qu'elle a apportées.\n   — C'est moi, Brigitte, madame Blanc-Ramiche, vous me reconnaissez\nbien ?\n   La vieille fait vaguement signe qu'elle la reconnaît, mais le regard est\nvague, les paupières vacillent. La chambre s'est éclairée, et l'on voit sur le\nmur de la ruelle le profil allongé de ce corps amaigri, un genou dressé ten­\ndant la couverture. De longues mèches de cheveux gris plaquent aux joues\nde la moribonde, et sa bouche se crispe d'un côté; les lèvres rentrées sont\nexsangues; sur le lit, une main décharnée aux veines vides s'allonge toute\nnoire.\n   Et Brigitte continue à parler doucement :\n   — Il faut du courage, mère Blanc, le curé va venir et vous fera du bien.\nIl en est revenu de plus malade que vous. Buvez un coup de cordial, mère\nBlanc, cela vous fera du bien ; voulez-vous m'aider, monsieur?\n   Olivier s'approche, dresse la malade sur son séant, tandis que Brigitte\nhumecte les lèvres de la veuve d'un peu de rhum allongé d'eau.\n   Une réaction s'opère, le râle cesse un instant, la vieille balbutie quelque\nchose qu'on n'entend pas.\n   La porte s'ouvre de nouveau. Brigitte laisse la mourante aux mains\nd'Olivier et va vers Austin qui entre trempé de pluie, tenant entre ses mains\nun sac de couleur violette abrité sous son manteau.\n   — Pax huic domui! dit-il en s'arrêtant sur le seuil de la demeure.\n   Un jeune clerc le suit, portant la croix, le bénitier avec l'aspersoir et le\nrituel. Le clerc tend au prêtre le surplis et l'étole, pendant que Brigitte\ncouvre la table d'une serviette, y dépose les deux bougies et prépare, dans\nun bassin fêlé qu'elle a découvert dans un coin, les sept tampons d'ouate\ndestinés à essuyer les parties du corps après que les onctions y auront été\nfaites, ainsi que l'indique la liturgie.\n   La veuve râle de nouveau, mais moins fort; seules, ses mains s'agitent\nen un vague geste d'appel au secours.\n   — Le bon Dieu va venir, lui souffle Olivier, étourdi par cette lugubre\nscène.\n   L'abbé s'est approché, il met le crucifix sur les lèvres de la malheureuse,\n qui les avance un peu en signe de baiser. Olivier et Brigitte se retirent\n au fond de la chambre; à voix basse, le prêtre parle à l'oreille de la\n moribonde, et celle-ci, plus calme, semble comprendre; elle rejoint ses\n maigres mains mouillées d'eau bénite à laquelle se mélangent les suprêmes\nsueurs.\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                                   -   345   -\n\n    Puis le prêtre dit les prières d'usage : l'Introcat, l'Oremus et depre­\ncemur, l'Exaudi nos, le Confiteor et le Misereatur.\n   Il fit ensuite signe à Brigitte de venir. Olivier la suivit, s'agenouilla\ncomme elle, le prêtre ayant dit : Oremus.\n   La prière s'achevait lorsque la mourante eut une convulsion brusque,\ncomme une révolte contre la mort proche. Austin se leva, le clerc prit en\nmain un des flambeaux et s'approcha du lit. Austin, ayant trempé le pouce\nde la main droite dans l'huile sainte, fit l'onction sur les deux yeux, pau­\npières fermées, commençant par l'œil droit, en signe de croix, en même\ntemps qu'il prononçait la formule Per istam...\n   L'agonisante semblait dormir, la poitrine haletante. Ses yeux s'en­\ntr'ouvraient parfois, très peu, comme pour absorber de fugitives lueurs,\nmais le regard se perdait, éteint par la lumière.\n   Le prêtre essuie ces yeux battants, avec un peloton d'ouate qu'il met de\ncôté dans une soucoupe ébréchée que lui tend Brigitte. Puis, il fait l'onc­\ntion aux oreilles, sur les lobes, essuyant l'oreille droite avant d'oindre\nl'oreille gauche; aux narines, sur les extrémités; sur la lèvre supérieure, la\nbouche étant ouverte en un effort de respiration ; aux paumes des mains,\naux deux pieds dont les muscles sont tendus comme des cordes qui vont se\nrompre ; puis il prend de la mie de pain, s'en essuie les doigts et commence\nà voix basse le Kyrie eleison.\n   Il va pour déposer les saintes huiles sur la table nappée, lorsque la vieille,\nen un éclair de vie, semble l'appeler; et, comme il s'approche, elle lui dit\nd'une traite, pressée, inquiète :\n   — Est-ce que vos' m'n'avez mis assez?\n   Puis elle s'affaisse, haletante — et la fin commence; la veuve veut encore\nparler, mais elle ne peut plus; la parole s'éteint, les mains se raidissent, un\nlong soupir fuit de sa bouche, qui s'apaise, le corps s'étend; les yeux\ns'ouvrent et s'immobilisent, le cœur s'arrête.\n   — C'est fini, dit Austin à voix basse. Il s'approche, ferme les yeux de\nla morte et de nouveau s'agenouille. La prière dite, il rabat sur la tête de\nla défunte la couverture lamentable, puis, se tournant vers Brigitte et\nregardant à sa montre :\n   — Il est deux heures, rentrez; moi je veillerai jusqu'au matin.\n   Et il se remet à genoux; le clerc s'est endormi; Brigitte, après un signe\nde croix, sort de la masure; Olivier la suit lentement.\n   Aucun des deux n'a l'envie de parler. L'atmosphère de la mort les a saisis,\nenveloppante, grandiose. La nuit est plus noire, noire comme un drap de\ncercueil, comme un voile de veuve étendu sur les choses. Les arbres ont des\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "                                    — 346 —\n\nbruissements sourds, continus, monotones ainsi qu'une litanie. La descente\nde la valle'e, par le sentier glissant se fait en silence, on dirait une descente\nvers quelque tombe dont on ne verrait pas le fond... Enfin s'ouvrent\nquelques éclaircies, puis soudain apparaît la Meuse miroitante sous un rais\nde lune et dont les ondes ressemblent à un amalgame d'étain fondu, cou­\nlant d'un monstrueux creuset brisé dans les hauteurs.\n                                                            MAX W A L L E R .\n\n\n\n\n                     RIMES D'OMBRE\n\n                            SUR L'OREILLER\n\n              Ma veilleuse est morte et le jour\n              Tourmente mon carreau livide.\n              Mon pauvre oreiller veuf d'amour,\n              J'entends, j'entends bien qu'il se vide.\n\n              J'entends le murmure que font\n              Des bruissements de plumages\n               Voletant, heurtant le plafond\n              D'un doux brouillard plein de ramages.\n\n              Mon silence écoute. J'entends\n              Des phrases de songe et de fièvres,\n              Des soupirs, des cris haletants.\n              Des baisers d'équivoques lèvres\n\n              Et tout ce jadis proféré\n              Sur cet oreiller de caresses\n              Où j'agonisais,  enivré\n              De trop d'ivresses pécheresses.\n\n               Oui, par ce froid matin lustral\n               S'envolent ces folles paroles\n               Ouvrant leur pennage augurai\n               Vers d'orientales corolles :\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "                        -   347   -\n\n        Couroucous aux cous smaragdins,\n        Languides tourterelles roses\n        Et, pour l'effroi des clairs jardins,\n        Noirs corbeaux qui mangent des roses.\n\n        Mais les tiennes, doux être aimé\n        Entre tous, tes douces paroles\n        S'élèvent dans l'air parfumé\n        Et tout palpitant d'auréoles,\n\n        — Tes paroles, anges soyeux\n        Aux longues ailes de mystère, —\n        Baisers profonds nés pour les cieux\n        Où les lèvres font la lumière.\n\n        Adieu ! Par ce matin lustral,\n        Forçant la fenêtre livide\n        Un souffle d'hiver augurai\n        Enfle seul mon oreiller vide.\n\n\n                            II\n\n                        ORAISON\n                                           Pour ADOLPHE FRÈRES.\n\n\nFront jeune et pur qu'attend la couronne d'épines,\nCœur promis au couteau des méchants et des fous,\nFlancs désignés au fer des lances 'assassines,\nO mains et pieds voués aux dents noires des clous,\n\nToi, rayonnant d'amour, d'enfance et de sourire,\nBeau comme un bleu printemps né dans les yeux en fleur,\nToi qui marches à ton infaillible  martyre,\nFrêle enfant de la joie élu pour la douleur,\n\nLorsque tu souffriras les angoisses qui mordent,\nLes supplices mêlant la glace avec le feu,\nLes délires des nuits monstrueuses, qui tordent\nLa bouche et son écume en hurlements vers Dieu,\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "                          -   348   -\n\nLes dégoûts convulsés en mortelles nausées,\nLes artères figeant leur sang désespéré,\nToute la chair croulant en cendres écrasées,\nAlors, ô noble cœur, cœur à jamais sacré,\n\nDans la royauté des hautes souffrances, daigne,\nDaigne te souvenir des lèvres qui voudraient\nRafraîchir de baisers plaintifs ton front qui saigne,\nDes yeux, pleins de tes yeux brisés, qui laveraient\n\nDu fleuve de leurs pleurs tes béantes blessures\nEt des mains qui sauront comme un prêtre élever\nTon visage hostial sur les races futures\nQue ton sang rédempteur va bientôt abreuver;\n\nSouviens-toi de cette âme à ton âme asservie\nPar ta bouche sans plainte et par ta charité;\nSouviens-toi, souviens-toi, doux Maître de ma vie,\nDe ma fidélité, — dans ton éternité! .\n\n\n                              III\n\n                 LA PRIÈRE DU MATIN\n\nQuand j'erre par la ville, imaginant en paix\n        Des buissons fruités  d'azeroles,\nMon oreille à travers les murs les plus épais\n        Perçoit de hideuses paroles.\n\nTous les jours, en passant le long de cent maisons\n          Pareilles à toutes les autres\nJ'entends, ô juste Dieu! j'entends les oraisons\n          Matinales des bons apôtres :\n\n« Seigneur, fais qu'aujourd'hui je vole avec succès\n         « Mes voisins, les voleurs d'en face,\n« Contre eux, qu'au tribunal je gagne mes procès\n         « Quelque faux serment que je fasse.\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                         — 349 —\n\n« Permets-moi d'extirper d'une veuve aux abois\n         « Les deniers d'une usure infâme :\n« J'en ai besoin, Seigneur, pour payer, tu le vois,\n         « Les derniers bijoux de ma femme.\n\n\n« J'ai des ennemis. Qui n'en a pas? Tu fus bien\n         « Vendu dans un baiser de larmes !\n« Selon ton équité qu'un magistrat de bien\n         « Livre mes Judas aux gendarmes\n\n\n« Et mieux encor : s'il se peut faire sans danger,\n        « Loin d'une police chagrine,\n« Tu sais qu'il suffirait, Seigneur, pour me venger,\n        « De quelques grammes de strychnine.\n\n\n« Enfin, sur un beau corps, ni trop gras, ni trop sec,\n         « Salace à toute turpitude,\n« Doux Christ ! accorde moi de forniquer avec\n         « Plus de plaisir que d'habitude.\n\n\n« Mais surtout qu'à la Bourse, au Cercle, aux     boulevards,\n        « Au théâtre, au billard, à table,\n« On ne soupçonne rien de mes petits écarts :\n        « Moi, je suis un homme honorable!\n\n\n« Donnant, donnant. Veux-tu ? Pour prix de ces bienfaits\n        « (Où j'atteindrais bien seul, peut-être!)\n« A mon chevet, au jour de ma mort, je promets\n        « D'appeler, en secret, un prêtre. »\n\n\n— Ainsi de chaque toit de l'énorme cité,\n        Comme une pestilence immonde\nMonte au ciel, où sourit l'éternelle Bonté,\n        La prière de tout le monde.\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "                                   — 350 —\n\n\n\n\n                                       IV\n\n                                 ISRAFEL (I)\n\n                                               A   GEORGES   DESTRÉE\n\n\n  Dans les hauts palais d'ambre et d'ébène du ciel,\n  Aux parcs de roses d'or, qu'ombrent des violettes,\n  — La plus parfaite des créatures parfaites ! —\n  Chante en glissant dans la brise l'ange Israfel.\n\n  Les fibres de son cœur font les cordes d'un luth\n  Qui rhythme les accords des splendeurs éternelles\n  Quand le battement doux du velours de ses ailes\n  Baise le cœur en feu des étoiles du Sud.\n\n  Les astres frissonnants taisent leur vaste chœur,\n  La lune enamourée empourpre son visage\n  Lorsqu'aux sons lumineux de son léger passage\n  Se meurt au ciel en pleurs la langueur de son cœur.\n\n   Ils disent, les élus des légendes, qu'il doit\n   La flamme de son être à cette lyre étrange\n   Dont chaque fibre vibre à son pur essor d'ange\n   Sans voix et sans toucher musical de nul doigt.\n\n   Il chante la beauté du suprême néant\n   Où va s'évanouir l'illusion de vivre,\n   La tristesse d'aimer qu'un cher mensonge enivre,\n   Le passé tout en cendre et l'avenir béant.\n\n   Mais ce chant est plus doux que la douce clarté\n   Des roses d'or dans les palais d'ambre et d'ébène.\n   Ah! qu'un mystère ami vers la terre t'amène,\n   Et le bonheur naîtra sous ton vol velouté!\n\n\n(1) Imité partiellement d'Edgar Poë.\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                                  — 351 —\n\n    Israfel! abolis nos vœux et nos rancœurs,\n    Et f ais mourir dans ta flamme mélodieuse,\n    — Mélancolie exquise et douleur radieuse, —\n    Nos pauvres cœurs, échos plaintifs des autres cœurs!\n\n                                                            IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n  LA MORT DE MIETTE STEPHEN\n                                      XV\n\n               Ledébut de l'automne avait été tiède et ensoleillé, mais ce\n                soleil qui arrivait trop tard en illuminant un ciel cruellement\n                bleu par dessus tout le reste du dernier été de Miette, était\n                plus triste que les brumes de novembre.\n   Bientôt, un hâle de cuivre traversa tout ce feuillage au milieu duquel elle\navait vécu, se caressant de ses branches, s'abritant de son ombre, s'enve-\nloppant de sa chair profonde. Des rafales secouèrent les vieux arbres qui\npenchaient tristement la tête vers les gazons maculés de feuilles roussies et\nles feuilles que Miette avait vues, piquant dans un sourire de verdure comme\ndes petits pois le bout des tiges, les pauvres feuilles tombaient de plus en\nplus en emportant un peu de son regard. Il se mit à neiger des feuilles\nmortes. Elles descendirent en tourbillonnant dans les grands parcs déserts\nainsi que des ailes de papillons dépareillées. Tous ces débris de feuillage\nayant perdu leurs branches se laissaient choir pêle-mêle sous le geste lent\ndes balayeurs en exhalant leur parfum mélancolique. Tout cela qui avait\nété le printemps joyeux sous le ciel d'avril grêlé de bourgeons se mourait\n de la mort de Miette.\n    Et la Toussaint était venue avec son ciel bas et voilé, sa lumière noire,\n sa froidure sournoise, ses visages verts, ses gestes grelottants et transis, la\n Toussaint rigide et glacée ouvrant la saison noire par la fête des morts.\n\n                                      XVI\n\n  Les soirs de Toussaint, quand, par dessus la lugubre joie de cette foule\nen fête, flâneuse et braillarde comme une foule de Mardi-Gras, se détache des\nclochers, la sonnerie liturgique pour les morts, ces heurts de bronzes qu'on\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                                  —   352    —\n\n\nbalance, ces oraisons rhythmiques sans paroles dont le chant s'épand et se\ndissipe ainsi qu'une fumée d'encens, c'est de la désolation qui tombe goutte\nà goutte, et l'on a beau se détourner et ne pas vouloir entendre et ne pas\nvouloir penser, cela vous envahit tellement que l'âme et les yeux en\ndébordent.\n\n                                      XVII\n\n   Jane ne vint pas au cimetière pendant ces deux jours où les voix des\nvivants en cohue font taire le souvenir autour des tombes ; elle n'y vint\nqu'après eux, purifier la place d'un peu d'encens de fleurs, en effacer la\nsouillure par les baisers de son cœur.\n   Ce jour là, comme elle y était venue tard, la cloche lui sonna l'heure de\nla fermeture et tandis qu'elle descendait la route, elle entendit la grille se\nrefermer derrière elle; elle sentit descendre par toute la terre l'ombre et le\nfroid des longues nuits d'hiver pendant lesquelles les morts sont seuls. La\nterre rouge mollissait sous ses pas; les squelettes d'arbres où pendillaient\nquelques feuilles jaunes noircissaient sous le brouillard tombant.\n   A mesure qu'elle approchait de la ville, ce brouillard devint plus opaque,\nplus voilant, plus étouffant, se plaquant aux yeux, s'inhalant par la bouche\net par les narines.\n   Elle marchait vite par les trottoirs poissés de boue, les vêtements, la\nfigure, les mains picotés d'une insaisissable bruine pareille à la vaporisation\nd'une pluie très froide et qui la faisait grelotter ; elle marchait vite en cher­\nchant les rues à tâtons, éblouie par l'emmêlement des feux de voitures dont\nles points vacillants cerclés de halos glissaient à la dérive en s'éclipsant les\nuns les autres\n   Combien c'était bon jadis cette rentrée de l'hiver, ce printemps des retours\net des retrouvailles aux lumières où tout se resserre dans l'intimité des mai­\nsons closes, où l'on s'absorbe, où l'on se pénètre de calme et de choses\ntranquilles, où l'on met en tas les résolutions profondes et les projets de\ntravail sans fin. Dans la maison du cœur, remise à neuf, on pendait la\ncrémaillère et pendant que du dehors la pluie claquait aux vitres, les feux\nd'hiver, les bons feux flambaient tout à la joie... Oh! oui, jadis...; c'était\nbien bon !\n   Jane eut bon encore à se sentir enveloppée de la chaude lumière hospita­\nlière de chez elle; mais, au claquement dur de la porte, elle s'arrêta tout à\ncoup, frappée de cette idée poignante qu'elle laissait quelqu'un d'aimé,\nlà-bas, dans un coin sombre et perdu de la nuit; qu'elle l'abandonnait à\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                                   — 353 —\n\n\ncette terre de novembre dont le froid lui collait aux épaules et, sillonnée\nd'un frisson, il lui sembla qu'un peu de ce brouillard opaque et glacial lui\nentrait dans le cœur.\n   A la petite tablée du dîner, sous la lumière du lustre qu'enveloppait la\nfumée des plats, pendant que son père lui disait d'une voix tranquille :\n« Prends garde, c'est chaud ! » Jane songeait : Miette est seule; seule dans\nla terre froide, morne, désolée ; toute seule.\n   — Il y a une lettre pour toi, lui dit sa mère.\n    Elle la prit, regarda l'adresse et la posa à côté d'elle sans l'ouvrir. Un\ntremblement intérieur la secouait, un étrange frisson parti de la nuque lui\nenserrait le visage granulé de chair de poule. Un faux sourire nerveux\nqu'elle ne parvenait pas à vaincre la tiraillait aux commissures des\nlèvres....\n    Elle se mit à examiner avec une attention concentrée l'enveloppe de la\nlettre, essayant de déchiffrer la date à demi effacée qui s'écrasait au bord du\ntimbre.\n    — C'est de Mons! dit-elle d'une voix lente; puis elle l'ouvrit paresseuse­\nment en la déchiquetant des ongles par petits morceaux qu'elle enlevait\ncomme des pelures.\n    « Paresseuse, j'ai tant de choses à te raconter que je ne veux pas attendre\nmon tour de t'écrire.\n    « Figure-toi\n    Elle regarda la signature et vit qu'il y avait quatre pages d'écriture fine\navec des surcharges de lignes en travers.\n    « Figure-toi notre bonne ville de Mons tout en émoi : Nos lanciers, les-\nlanciers avec lesquels tu as dansé l'hiver dernier, s'en vont. Ce ne serait\n rien si on nous en rendait de pareils; mais du régiment qui va venir, il\n paraît que tous les officiers sont mariés et le colonel a six filles. Aussi\n    Je lirai ça plus tard, dit-elle en repliant la lettre et elle se leva de table.\n    Plus tard! Comme les aiguilles du cadran semblaient lentes, lentes à\n parcourir les heures qui sonnaient lointaines dans le silence, Jane, demeu­\n rée seule avec sa mère à la table couverte d'un tapis de laine sombre qui\n étouffait les clartés, relisait un chapitre des Goncourt :\n    « Voyez-vous, il y a de ces choses qui ne se détachent pas; je me rap­\n    pelle le jour où il mourut comme si c'était aujourd'hui. Il dormait sur\n « son lit. Un rayon de soleil... tenez, comme celui qui donne là...\n    « ...Il dormait sur son lit... Un rayon de soleil... »\n    Jane leva les yeux, les rabaissa sur son livre; relut deux ou trois fois la\n phrase sans la comprendre et son imagination lui échappant, s'en vint, sans\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "                                  -    354    -\n\n\nheurt, sans bruit, silencieusement à travers la grille close, auprès de cette\ntombe... qui n'était qu'à une toute petite distance de là.\n  Le brouillard de tantôt s'était changé en une pluie fine et serrée qui tom­\nbait sans bruit depuis des heures et qui allait tomber ainsi du ciel funèbre\npendant toute la nuit.\n  Une mare qui s'était formée contre la tombe reflétait une lueur projetée\nde la maison du garde. L'eau, ruisselant le long de la pierre, y tombait\ngoutte à goutte en faisant trembler ce reflet.\n\n                                      XVIII\n\n    Les jours en passant sur les jours, enfonçaient peu à peu en elle la certi­\n tude de cette mort, la sensation de cette éternité d'absence et de silence.\n   A ceux qui s'inquiétaient de sa tristesse elle répondait : Je ne souffre\npas; elle aurait pu ajouter, en indiquant une région vague de la poitrine :\nCela me ronge bien un peu là, mais c'est un mal auquel on s'habitue. Elle\nlaissait passer les heures de la venue de Miette sans guetter son pas, sa\nvoix, son sourire. La pendule les sonnait sans qu'elle en comptât les batte­\nments et jamais plus son visage anxieux ne se collait à la vitre sous la\n mousseline du rideau soulevé ; toutes les heures lui étaient pareilles. Le\ntemps s'uniformisait en cette langueur où ne passent plus que des ombres\nde bruits et de mouvements, où il n'y a plus qu'une arrière-vie qui s'allonge\neffrayamment avec la profondeur indécise d'une vie de cauchemar.\n   On n'entend plus que le tic-tac des pendules, des marches dans le mur,\ndes bruits de pas, des bruits de soupirs...\n   Les pensées, dans le cerveau, endorment les pensées.\n   Plus rien ne se limite à rien et, dans les instants sans bornes, le temps,\nen passant sur les choses, prend une allure d'éternité.\n   — Mère, tu écris?\n   Un silence. Une plume qui grince. Deux pendules dont les tic-tac se\npoursuivent de l'autre côté du mur. Un piano qui fait une gamme ascen­\ndante et descendante, toujours la même. Dans le lointain, une voix qui\nchante et dont on n'entend que les notes hautes poussées comme des gémis­\nsements.\n   Jane abaisse son livre. Un soupir frôle le silence. Sa mère relève la tête.\nLeurs regards s'apposent sans rien se dire. La voix se tait.\n   Des coups de clochette tintent, pareils à ceux que sèment sur leur passage\nau galop les charrettes de pompiers. Le bourdonnement du tram électrique,\nau bout de la rue, passe et diminue dans le lointain.\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                                  — 355 —\n\n   La gamme monte et descend toujours. La plume grince'; la voix recom­\nmence à gémir.\n   Jane a repris le livre où son regard parcourt des lignes sans les lire.\n   Sa pensée se promène dans du vide en mâchant et remâchant des idées\nqu'elle ne voit pas et, tout à coup, elle voit, d'un mouvement d'imagination\nqui dure le temps d'un éclair, elle voit devant elle ce trou noir d'infini, la\nmort qui a pris Miette et elle éprouve une sensation de vertige. En même\ntemps, comme dans un cauchemar, s'enfle monstrueusement l'espace. Elle\nentend bourdonner le silence effrayant qui l'enveloppe. Les bruits gran­\ndissent, se rapprochent d'elle et la poursuivent comme des voix mauvaises.\nL'implacable tic-tac des pendules s'accélère et lui bat dans les oreilles, dans\nla poitrine, toujours plus vite et plus fort en entraînant les battements de\nson cœur et Jane qui s'appuie, le buste un peu chancelant, sur le bras du\nfauteuil, éprouve la sensation d'un lent balancement de sa tête au sommet\nd'une tige flexible.\n   La vie, dans ces moments-là, semblait se dérober, s'ouvrir en un gouffre\nau fond duquel apparaissait tout l'imprévu fatal, tout l'impressenti du len­\ndemain. Des images flottantes, des pensers de derrière la vie l'obsédaient.\nJane avait peur — de cette peur des enfants qui se trouvent seuls le soir, et\nqui voient « du noir » devant eux.\n\n\n                                     XIX\n\n    Pendant longtemps, Jane s'était obstinée à ne plus sortir de chez elle, se\nfaisant de tout, des prétextes à demeurer blottie dans sa tristesse, cette tris­\ntesse qu'elle aimait comme venant de Miette.\n    Peu à peu, lui fallut-il pourtant se remettre à l'action, au va-et-vient de\nla vie matérielle ; se mêler au monde vivant autour d'elle. Mais ici encore,\nle souvenir de Miette, au lieu de l'abandonner, lui devenait plus tangible et\nplus vivant. Même, il lui sembla qu'en promenant son âme vive parmi\ncette cohue d'indifférents, elle l'isolait davantage.\n    Tu me crois loin de toi peut-être, oublieuse, détachée de ton souvenir au\nmilieu de cette foule de vie et jamais je ne t'ai mieux eue et mieux aimée.\nA mesure que le monde et son bruit m'enveloppent, s'accentue en moi ton\nimage. Je m'enferme en cette foule, je te retrouve et je suis deux.\n    Ma pensée, à travers ces pensées, se glisse sans bruit et sans mouvement.\n Elle vient à toi comme si j'étais auprès de toi, sans que personne ne\n l'entende, ne la voie, ne la devine.\n    Veux-tu que nous causions, je revis dans ta mort ; nous y causerons tout\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "                                 — 356 —\n\nbas; je vois que tu vas me dire des choses qui me donneront envie de rire,\ncomme nous riions jadis.\n   Nous avons trop ri, vois-tu. Nous avons gaspillé notre part de joie. C'est\nparce qu'il n'en restait plus pour nous, que. la mort t'a prise. Et Jane ne\npouvait s'empêcher de le croire en voyant revenir toutes ces jolies fêtes de\nfoyer, ces fêtes si « home » couleur bleu d'âtre, où la vieille année à demi-\ncassée, près de s'éteindre, se berce d'enfance et de primitivité, rouvrant une\nsuprême fois ses yeux sombres pailletés de toutes les étoiles du réveillon.\n   Cette année-là, comme les autres, elle sentit monter autour d'elle ce rire\ntranquille et doux et profond qui remue la bonté des cœurs et le vingt-cinq\ndécembre, Noël, fut une de ces Noëls toutes blanches comme elle pensait\nn'en avoir vu jamais.\n\n\n                                     XX\n\n   Il y a des coups trop violents qui dépassent la sensibilité. On ne les\néprouve complètement que plus tard, par une sorte d'effet de recul, par un\nretour de l'impression sur elle-même. Alors, l'imagination nous montre,\ndétail par détail, avec son relief et toutes ses valeurs, dans sa plénitude et\nsa lumière, cette réalité passée que nous n'avions pas vue et le jeu de notre\nsensibilité, momentanément désorganisé, revit avec plus d'acuité sous la\npression lente du souvenir.\n   Ainsi les coups que la mort frappe nous étourdissent d'abord. Ce n'est\nqu'en nous redressant membre à membre, en revenant à nous, peu à peu, à\nmesure que se dissipent les vapeurs de l'inconscience, que nous en sentons\nse dégager et se matérialiser la douleur.\n   Pendant des mois, sans rien vouloir de stable ni de définitif dans sa vie\ndécomplétée, Jane, qui savait que Miette ne reviendrait pas, s'était obstinée\nà l'attendre. Cédant à de fausses impressions, sortes d'empreintes du passé,\nelle s'était attardée à ces temporisations de toutes sortes par lesquelles on\ntâche de se persuader que la mort n'est pas la mort. Et ce fut une étrange\nphase de vie que celle-là, passée dans un état de veille hallucinée par lequel\nson moi évoluait doucement à la réalité plate et nue.\n   Maintenant, commençait elle à avoir la vision de cette réalité. Elle en\ntouchait le bord, elle y prenait pied, elle revenait à la terre où les morts\nn'ont pas de résurrection. Choc terrible qui fait tomber l'espérance, les\nprojets, les désirs. En nous, quelque chose se ferme. Nous voyons le but et\nnous attendons la fin avec une sensation très nette de l'irrémédiable.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                                 -   357    -\n\n\n                                     XXI\n\n   Jane sentait enfin que la mort éternelle existe et son courage s'en allait\nquand elle mesurait la vie, sa vie, celle des siens à cette éternité. Que ne\nmourrait tout le reste et moi-même, demain, tout à l'heure, tout de suite et\nque veut-on que j'espère quand la vie ne laisse plus d'espace à l'espérance?\n   Et des idées de suicide la hantaient mêlant à des combinaisons tragiques,\ndes puérilités de pensionnaire.\n   — Je me sens si vieille que je voudrais avoir des rides et des cheveux\nblancs et me savoir tout à l'autre bord de la vie et décompter les jours qui\nme séparent de la fin.\n   — Ce doit être bon de passer à la mort par le même chemin de souf­\nfrance que ceux que nous avons aimés !\n   — Ce doit être bon de s'endormir doucement et d'oublier toute la vie\ndans cette mort ! Comme je voudrais fermer lentement, longuement les\nyeux, s'il suffisait de fermer les yeux pour mourir.\n   — Oh ! s'en aller à travers des allées d'ombre et de silence et se sentir\ndéjà toute enveloppée de sommeil à l'heure de se coucher au bout.\n   Elle s'était dit cela jadis, enfant, quand elle revenait le soir, sous du\nfeuillage et qu'elle aimait à se laisser conduire les yeux clos; mais, c'était\nun autre sommeil plus grave qui la tentait maintenant.\n\n                                     XXII\n\n   La vie tranquille qu'elle menait entre son père et sa mère ne lui offrait\nguère d'occasion d'oubli. Rien qui vint lui fouetter l'esprit et l'étourdir.\n   Indifférente à tout ce monde superficiel de jeunes filles dont toute la\ncervelle tient au bout de la langue et qui vont, l'esprit enveloppé de\nbandelettes, sans oser se mouvoir dans leur vêtement de préjugés et d'idées\nreçues de peur de les craquer; indifférente à leur babillage fait de potins et\nqu'une pensée effarouche, Jane voyait peu de monde. Miette avait été sa\nseule amie ; la seule avec laquelle elle fût en sympathie d'esprit, en commu­\nnauté de sentiments et, d'autant plus isolée dans sa tristesse que personne\nne lui en parlait plus, elle passait toutes ses minutes d'inoccupation maté­\nrielle à penser, à rêvasser, à lire.\n    Dans les moments de plein silence et de calme, elle se repliait sur elle-\n même et, ramassant d'un regard autour d'elle, l'espace agrandi, elle voyait\n la place vide. Alors, s'efforçant d'écarter de son esprit la resensation des\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "                                  — 358 —\n\njours funèbres et de démêler de la mort les traits effacés de Miette, elle\nl'évoquait toute vive à cette place et l'y retenait pendant de longs instants\nde toute la force de son imagination.\n   Peu à peu, le sourire mental qu'elle adressait à ce fantôme, éclairait son\nvisage, lui descendait dans les yeux, descendait sur ses lèvres effleurées de\nmystérieuses paroles, pour s'envoler à la suite de Miette dont la figure\ndiminuante s'évanouissait au loin.\n   Ainsi, le rêve qui la voilait d'illusions, ce rêve dans lequel elle avait,\ndepuis des mois, la sensation de se mouvoir, revenait par instants encore\nestomper les contours trop abrupts de la réalité. Ce rêve l'emportait douce­\nment vers l'avenir. Peut-être ne devait-elle s'en réveiller qu'à des années\nde là, lorsqu'elle serait assez détachée du passé pour s'y résigner et sou­\npirer seulement avec la mélancolie du regret : Quand Miette vivait\n\n\n                                    XXIII\n\n   Un après-midi qu'elle travaillait accotée à la fenêtre, en face de sa mère,\nen écoutant la marche lente et mécanique des heures, elle redressa la tête,\ntout à coup, pendant que son regard, au loin, voguait à la recherche de\nMiette ; mais son esprit paralysé lui refusa tout souvenir. Elle crut se\nheurter la pensée à un mur qui lui barrait le passé. Elle s'abattit, la tête\nrenversée dans le fauteuil où elle était assise. Des larmes brillantes jaillirent\nde dessous ses paupières abaissées et roulèrent au long de ses joues,\n   Souvent, pendant les heures qu'elles passaient l'une auprès de l'autre, sa\nmère avait cherché à surprendre en son regard, une intention communica-\ntive, un besoin d'expansion et, chaque fois, elle s'était arrêtée à la crainte\nde contrarier la souffrance de Jane, de lui dire des paroles de raison trop\nvieilles ou trop sages qui blesseraient sa nature endolorie.\n   Cette fois encore, comme sa mère, relevant la tête et la regardant pleurer,\nlui demandait : « Qu'as-tu? » Rien, répondit-elle, en s'essuyant les joues et\nelle demeura un long instant sans bouger ni rouvrir les yeux.\n   Ce soir là, plus que les autres, ce lui fut un grand soulagement de se\nretrouver seule dans l'obscurité de sa chambre et de clore les yeux à la réa­\nlité environnante et de s'abandonner au lit moelleux où le sommeil lourd\nl'accablait; car elle avait retrouvé, après des nuits de cauchemar, cet her­\n métique sommeil d'enfant qui l'anéantissait toute, ce sommeil qui fait la\nrespiration régulière et profonde et qu'effleurent des mirages de vie heu­\n reuse.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                   — 359 —\n\n\n                                      XXIV\n\n   Jane arriva à la fin de l'hiver dans un état d'atonie et d'anémie complet.\nTout son être avait l'allure des oiseaux blessés qui se soulèvent à peine en\nvoletant et retombent. Le présent vide, elle ne songeait plus à l'emplir de\nsouvenirs, ayant à peine la force de regarder en arrière.\n   Elle se sentait ébranlée de tous les membres comme si la fatigue de\nl'esprit lui était retombée dans le corps.\n   L'inévitable prostration succédait à la crise aiguë. C'était fini de la souf­\nfrance vive contre laquelle on lutte, on se débat, mais Jane sentait bien que\nla vie ne reprendrait plus jamais son joyeux essor.\n   Il y avait en elle quelque chose de cassé qu'on ne raccommoderait pas.\nLa mort, en la frôlant, l'avait attirée un instant au bord du vide pour la\nrejeter brutalement dans la vie ; mais, les attaches étaient rompues et c'était\nune vie à refaire; une vie quelconque de résignation et d'indifférence; une\nvie d'attente pleine de sensations irrésolues, de joies incomplètes et dont on\nmeurt sans avoir achevé de vivre.\n   La mort, cette chose supra-naturelle d'antan, lui était devenue familière.\nElle l'envisageait avec calme, lui donnait une place parmi les choses de tous\nles jours. Elle l'acceptait ainsi qu'un accident naturel pour les autres\ncomme pour elle-même. D'avoir pleuré des larmes lentes qui creusent, elle\nse sentait un peu vieillie. Son visage s'était plié à une expression de phy­\nsionomie plus grave.\n   De jour en jour sa tristesse, cette tristesse fidèle dont elle était bien sûre,\ns'enfonçait davantage en elle, l'imprégnait toute, s'ensevelissait plus au fond\nde son être en s'effaçant de ses traits.\n   Elle conservait seulement, dans tout son geste, quelque chose d'alenti et\nde triste qui semblait demander pardon à Miette de vivre.\n\n\n\n                                      XXV\n\n   Le rideau de mousseline retroussé en draperie le long de la vitre au\ndessus d'une tête penchée et, relevée vers cette tête, deux mains effilées\njointes en col de cygne, suivant par petits mouvements ondulatoires le\ntic-tac précipité du crochet.\n   Aux bruits du dehors, sans arrêter le tic-tac, la tête se détourne, jette un\nregard à la rue ; mais, avant que ce regard brouillé de pensées ait commencé\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "                                 — 360 —\n\nà voir, le visage revient aux mains jointes. A longs intervalles, le tic-tac\ncesse; Jane, redressant le buste un peu, respire profondément, élève le bras\net, d'un long geste gracieux, amène de la main son fil en le déroulant.\n    Dans le visage avivé de couleurs les traits se détendent, mais le regard\nreposé, sans changer d'expression, semble ne voir qu'à travers du mystère\nles objets qu'il touche.\n    Au bout de deux heures, Jane cesse de crocheter; elle mesure lentement,\npuis ramasse les flots de guipure qui lui coulent des genoux; ensuite, rele­\nvant les yeux et les promenant par la chambre comme pour rassembler\nd'un regard ses idées éparses, elle regarde la pendule\n    Jane venait de faire un bien long voyage et il lui fallut ramener de loin\nsa pensée pour comprendre l'heure qu'il était.\n    Elle jeta son ouvrage; se leva, dressée tout d'une tirade de son long corps\nsvelte en étouffant un bâillement et, après une courte hésitation, descendit\nau jardin.\n    L'air était d'une tiédeur parfumée comme si des fleurs allaient y éclore.\nL'air était lourd de caresses. Jane crut se sentir soulevée de terre; elle\nressentit cette impression molle et profonde qu'on éprouve aux premières\nfloraisons de verdure lorsque tout passe lentement dans le ralentissement\n du jour et où il semble que tout doive continuer à passer ainsi parce qu'un\n arrêt serait un effort, une fatigue, une énergie. Pour un instant, sa tristesse\n s'était insensibilisée en une langueur fleurie de souvenirs qui ne lui faisait\n que du bien. Sans souci de la veille ni du lendemain et sous l'impression\n de cette sérénité permanente, elle n'avait pas de désirs. Peut-être, si des\n lèvres étaient passées à portée de ses lèvres, y eût-elle appuyé les siennes\n sans même achever le baiser.\n    Elle leva les yeux — des yeux étonnés de voir s'épanouir cette verdure\n crûment tendre sous un ciel bleu très pâle mouillé de nuages blancs. Elle\n descendit sur la terre molle et brunissante des chemins qui courent et ser­\n pentent en coupant les pelouses — les petits chemins qui reprennent vie au\n printemps — et fit lever un moineau qui s'envola tout heureux de pouvoir\n se cacher déjà sous les branches.\n    Au bout du jardin, elle s'était arrêtée à contempler un bout de ciel où\n filait un peu de fumée blanche qui montait sans qu'on vît où elle cessait de\n monter. Une cloche tintait, d'un son lointain. Il lui semblait voir dans le\n  bout de ciel le rejaillissement de ce son et, tout à coup, ramenant son regard\n  perdu vers la terre, la maison, le jardin, tout ce qui l'entourait et s'adres­\n  sant à sa mère apparue à une fenêtre du second étage, elle s'écria d'une\n  allure de voix presque joyeuse comme elle n'en avait plus eu depuis des\n  mois : « Mère, mère, viens donc voir, les lilas sont en fleurs ! »\n                                                    HENRY MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                        — 361 —\n\n\n\n\n                       VERS\n                             I\n\n                        LE SONGE\n\nJe me rappelle enfant veillé par une amie,\nSœur en mon âme et faible aux baisers de mon âme,\nSœur en songe, attentive au sommeil de mon âme\nEt ses ferventes mains vers mes lèvres de femme,\nEl son calme sourire en mon âme endormie.\n\nO soir! ne sais-tu plus quelle aurore de rose\nVers la Vierge éployant ses ailes d'argyrose\nAccueillit la candeur de ses yeux d'épousée'?\n\nTrès lente et triomphale et comme réveillée\nD'un songe de colombe et d'azur où des anges\nBaisaient ses pieds divins et ravie aux louanges\nDes lys d'or inclinés vers ses mains enfantines,\nLente, elle descendit des lointaines collines,\nTrès lente et triomphale, et ses mains enfantines\nDominaient la splendeur de ses lys inclinés.\nEt moi, l'Enfant né pour l'amour, les bras ornés\nD'améthyste d'ivoire, et d'hyacinthes blanches\n— Et vers mes yeux les yeux défaillants des pervenches,\nVers mes lèvres les lèvres fraîches des cyclames,\nFaible de la faiblesse adorable des femmes,\nMoi l'Enfant exilé des combats et des glaives\nParfumant de fraîcheur le sommeil de mon âme.\nJ'écoutais les doux chants des roses et des rêves.\n\nSœur en mon âme et maternelle à mes douleurs,\nSœur en songe, écartant ses oiseaux et ses fleurs,\nElle endormit mes yeux de songes et de roses\nEt m'imposa les mains sur mon front    parfumé.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                          — 362 —\n\nO cher oubli de vivre et mes lèvres mi-closes\nEntr'ouvertes au seul sourire d'être aimé!\nO cher oubli de vivre où des roses craintives\nRafraîchissaient encor les lumières naïves\nQui neigeaient de l'azur sur mes yeux      paresseux.\n\nAurorel au doux concert des harpes d'or, les cieux\nEblouis tressaillaient d'étoiles et de palmes,\nDes fleuves de parfums baignaient de leurs eaux calmes,\nDes îles de paresse oit de grands oiseaux d'or\nDans les feuillages bleus enchantaient le décor.\n\nEt sous les frais palmiers, alors de jeunes reines\nAyant paré leurs fronts au miroir des fontaines\nM'apportèrent des fleurs, des fruits et des parfums ;\nEt des enfants aux blonds cheveux bouclés, les uns\nLangoureux, dédiant des roses à des cygnes,\nEnlacèrent leurs yeux aux gracieuses lignes\nEt leurs frêles rameaux par dessus mon sommeil;\nEt d'autres couronnés de voiles, un éveil\nDe printemps matinal embaumant leurs sourires,\nO doux yeux attendris au murmures des lyres,\nAngéliques enfants de fleurs et de baisers,\nA travers les bosquets de myrtes apaisés\nS'en vinrent vers ma bouche où s'inclinaient des roses.\n\nO cher oubli de vivre et mes lèvres mi-closes\nEntrouvertes au seul sourire d'être aimé!\nJe suis l'enfant meurtri d'amour qui se repose\nDans le céleste oubli d'un songe parfumé.\n\n\n                               II\n\n                       HOLOCAUSTE\n                                                 A   IWAN GlLKIN\n\n\nEn ces grappes de fleurs se baignant aux fontaines.\nO mes sœurs, je me suis assoupi dans vos yeux\nAux murmures chanteurs de légendes lointaines\nQui voltigeaient autour de ces berceaux soyeux.\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                         — 363 —\n\nSans désir, sans regret, j'attends la mort promise,\nEn souriant aux lassitudes des étreintes,\nEn souriant aux paysages, aux devises\nDe mon frêle éventail parfumé      d'hyacinthes.\n\n\nOublions les combats et ces cris de détresse!\nNous attendons la mort des roses en nos mains\nNos mains de femme et leur tendresse et leur faiblesse\nEn nos songes veillés d'ineffables jasmins.\n\n\nMais voici dans l'Aurore un lent et blanc cortège\nDe très lasses Enfants sous d'aimes banderoles,\nBalançant des rameaux et sous leurs pieds de neige\nSemant des perles d'or et des fraîches corolles.\n\n\nVoici les Vierges aux cheveux tressés de roses,\nPortant dans leurs bras nus des fruits et des corbeilles,\nQui s'en viennent parmi les parterres de roses\nOu ensommeillé le vol suave des abeilles,\n\n\nVoici venir, parés de robes et de voiles,\nEntr'ouvrant doucement vers nous leurs yeux    mystiques\nOù se meurent d'amour d'indolentes étoiles\nLes blancs Ephèbes las qui chantent des cantiques\n\n\nEt tous ont la Beauté de ceux qui vont    mourir.\n\n\nOh mes sœurs! me voici couronné pour la mort,\nVoici des fruits, voici le lait simple des chèvres,\nLe vin aromatique et pur qui nous endort,\nVoici mes mains d'enfant, mon front doux et mes lèvres.\n\n\nAccueillez mes désirs, entr'ouvrez vos guirlandes,\nJe porterai la torche et le glaive et j'irai\nParmi vous parfumé de lys et de lavandes\nM'offrir en holocauste sur le mont sacré.\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                         — 364 —\n\nVoici l'heure! ô sourire! et de fins oiseaux-mouches,\nDes colibris se sont posés sur nos calices,\nUnissez doucement vos bouches à nos bouches\nEt mourons comme on aime au seuil de ces délices.\n\n\n\n                            III\n\n\n                       RENCONTRE\n\n\n          L'Enfant au simple visage\n          En ses rêves égarée,\n          Celle que j'ai rencontrée\n          En ce calme paysage,\n\n           Faible sœur, elle a bercé\n           Mon amour et mon sommeil,\n           Comme un peu de fin soleil\n           Jusqu'à mon cœur s'est glissé;\n\n           Indulgente à ma faiblesse\n           Elle a de ses mains naïves\n           Reclos les roses trop vives\n           Qui parfumaient ma tristesse.\n\n           Mais encore fermera-t-elle\n           Les lys douloureux du soir\n           Qui souffrent sans autre espoir\n           Que leur blancheur immortelle?\n\n                                             VALÈRE GILLE.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                         — 365 —\n\n\n\n\n                     SONNET\n                                            A   ALBERT   GIRAUD\n\n\nJe suis un mendiant qui veut taire sa faim ;\nJe sonne, loin de tous, mes propres funérailles\nEt t'aime seule, ô ma pauvre âme, qui me railles\nDu voyage entrepris sans espoir, et sans fin !\n\nAllons, tais toi mon âme! et poursuis ton chemin,\nSans peur de la Pitié stupide aux mains tendues :\nLes blancheurs de tes mains sont par moi défendues,\nLa mort vécue hier, nous la vivrons demain!\n\nViens ! pour te dérober aux yeux du monde bête,\nJe t'envelopperai des pieds jusqu'à la tête\nDans les rouges fiertés que m'enseigna l'Exil.\n\nO Christ, révèle nous le secret de la lance\nEntrée en ta chair vierge et ce divin silence\nQui dans tes yeux mourants disait : « Ainsi soit-ill     ».\n\n                                          JEAN    GAUCHER.\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                   — 366 —\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                        I\n\n        Le Rêve, par EMILE ZOLA. — Un vol., Paris, Charpentier, fr. 3-50.\n\n\n\n              Voici le seizième volume de cette série des Rougon-Macquart\n                où, non sans quelque puérilité, Emile Zola veut faire l'histo­\n                rique « naturel et social » d'une famille à une époque déter­\n                minée. Ce n'est là qu'une question de titre, heureusement, et\nil serait puéril aussi de discuter les filiations commodes dont M. Zola s'ac­\ncommode. Le Rêve ne tient pas plus à la Terre que celle-ci ne s'apparente\nà la Curée; ce sont là toutes pages détachées qui n'ont rien de commun.\nLe Rêve est un poème en prose comme l'Abbé Mouret, sortant de cette\nréalité dont l'auteur semble faire tant de cas et qu'il abandonne avec tant\nde joie lorsque le poète romantique, qui fut toujours et qui est en lui, se\nlaisse entraîner par le lyrisme dont il déborde. Car ceci est bien un rêve,\nune vision presque évangélique, un vitrail aux couleurs apaisées et pures,\nune légende d'amour chaste déroulée en banderole de style, avec toutes les\nexquises douceurs des aveux d'idylle. Plus n'est question de détraquements\nd'origine, de névroses faciles. Les héros sont noyés dans une atmosphère\nfaite de candeurs, de vague, de primitif, et l'on se laisse séduire par des\nnaïvetés qui s'épanchent avec un parfum de pastorale :\n   « Une seconde fois, elle s'interrompit, dans le frémissement des mots\nqu'elle prononçait. Elle n'était pas seule à les trouver ; ils lui arrivaient de\nla belle nuit, du grand ciel blanc, des vieux arbres et des vieilles pierres,\nendormis dehors, rêvant tout haut ses rêves; et des voix, derrière elle, les\nmurmuraient aussi, les voix de ses amies de la Légende, dont l'air était\npeuplé. Mais un mot restait à dire, celui où tout allait se fondre, l'attente\nlointaine, la lente création de l'amant, la fièvre accrue des premières ren­\ncontres. Il s'échappa du vol blanc d'un oiseau matinal montant au jour,\ndans la blancheur vierge de la chambre.\n   — Je vous aime. »\n   Comme dans l'Abbé Mouret, il y avait le Paradou, dans le Bonheur des\nDames le magasin immense, dans le Ventre de Paris les Halles, servant\nde toiles de fond devant lesquelles évoluent les personnages du roman, en\nune vie donnée aux choses, en une dématérialisation puissante, ici il y a\nl'église avec son influence divine, son faste de pierre, son portail où s'éri­\ngent, en théories immobiles et pourtant vivantes, les saintes, les vierges, les\nmartyres dont la légende palpite sans cesse, accrochant le rêve dans les plis\ndroits de leurs robes immaculées. Et Emile Zola les a ressuscitées, mettant\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                    — 367 —\n\nleurs vertus en l'âme de son héroïne, de cette Angélique qu'il descend de\nson vitrail et mène dans la vie ou, plutôt, dans le rêve.\n   Puis, pour que rien ne détourne de la vision blanche, il la place dans un\nmilieu éteint où tous les personnages parlent bas, un milieu de béguinage\nplein d'onction. Félicien, le prince charmant lui-même, est peu visible, il\npasse dans l'action sans l'arrêter, avec un charme de Roméo dont il renou­\nvellerait les sérénades sous le balcon.\n  C'est signé du nom de cet affreux pornocrate ! !\n                                                           MAX W A L L E R .\n\n\n\n                                        II\n\nLes Poètes maudits,   par PAUL VERLAINE. — Edition complétée. Paris, Léon Vanier.\n\n\n   Les Maudits, certes Corbière, Rimbaud, Mallarmé, mais Mme Valmore,\nmais Villiers et ce si pauvre Lelian? Une réimpression suffisante de ces\nchefs-d'œuvre : les Effarés, les Voyelles, les Chercheuses de poux, le\nBateau ivre, d'autres Corbière et ces complets poèmes de Mallarmé, jadis\nun peu timidement offerts avec la douce admiration d'un poète ami. Cri­\ntique littéraire bien peu; admirative lecture et cette simplesse, naïve par­\nfois avec — oh ! l'étude sur Mme Valmore — de l'indulgent attendrissement\net de la fraternelle compassion. « Un simple jardin anglais romantique et\nromanesque », écrivait Baudelaire à propos de Mme Valmore, et cela com­\nplètement si l'on ne pouvait ajouter : une femme et sa résignée et blanche\nsincérité.\n   Villiers de l'Isle-Adam : quelques pages sur ce volubile causeur et l'archi­\ntecture incomparable de ses phrases ; dramaturge aussi et poète parfois.\n   Puis Verlaine, ce si pauvre Lelian.\n   Ceux-ci Maudits? Et pourquoi oublier ce pur génie Jules Laforgue?\nN'a-t-on pas entendu le rire nerveusement désespéré de ce Bathylle qui se\ngrisait d'une gaieté fardée? Sa place était marquée à côté de Corbière et\nRimbaud, ah! ceux-ci les vrais Maudits, forts encore assez pour souffrir,\npoètes suprêmes inaugurés par Stéphane Mallarmé, le froid dédaigneux,\ndont la logique analyse absorbe presqu'entièrement l'individualité, précur­\nseur comme Wagner d'un art classique, mais encore à la dernière limite\nd'une décadence et en lui toute la force maladive de cette époque divine,\nartiste trop grand, au vers immense et ce sonnet : le Tombeau d'Edgar\nPoë, « si beau qu'il nous paraît faible de l'honorer que d'une sorte de ter­\nreur panique ».\n   Les seuls qu'il eût fallu proclamer Maudits, eux, purs et non accotés de\nValmore, de Villiers et du si pauvre Lelian.\n                                                         VALÈRE G I L L E .\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                   — 368 —\n\n\n                                       III\n\n           Paul Verlaine, par CHARLES MORICE. — Paris, Léon Vanter.\n\n\n   « Son œuvre se tranche, à partir de 1880, en deux portions bien distinctes\net le prospectus de ses livres futurs indique qu'il y a chez lui parti-pris de\ncontinuer ce système et de publier, sinon simultanément (d'ailleurs ceci ne\ndépend que de convenances éventuelles et sort de la discussion), du moins\n parallèlement, des ouvrages d'une absolue différence d'idées, pour bien\n préciser, des livres où le catholicisme déploiesa logique et ses illécebrances,\nses blandices et ses terreurs, et d'autres purement mondains : sensuels avec\n une affligeante bonne humeur et pleins de l'orgueil de la vie. ...Le ton est\nle même dans les deux cas, grave et simple ici, la fioriture, languide,\nénervé, rieur et tout; mais le même ton partout, comme l'HOMME\nmystique et sensuel reste l'homme intellectuel toujours, dans les manifesta­\ntions diverses d'une même pensée qui a ses hauts et ses bas. »\n   Ce curieux programme de pauvre Lelian, Verlaine l'a, évidemment,\nadapté après coup à son œuvre, cette dernière ayant été conçue, d'une\nfaçon inconsciente, suivant de si divergents idéals, — sous la pression des\névénements heureux ou lamentables de la vie du poète, — celui-ci s'efforce,\naujourd'hui, de nous persuader du voulu de ce « système », et qu'il l'a\ntoujours suivi de propos délibéré.\n   Au reste, la dualité nous paraît plus apparente que réelle chez Verlaine,\nson mysticisme nous semble, non pas contradictoire, mais subséquent et\nlogique à sa matérialité.\n   M. Charles Morice publie, chez Vanier, une étude sur le poète de Sagesse,\ndans laquelle il essaie de caractériser, à travers son œuvre, les phases\nalternatives d'ombre et de lumière qu'a parcourues Verlaine.\n   Très habilement, M. Morice analyse et démêle ses successifs avatars et\nnous montre ses oscillants vouloirs asservis, tour à tour, à la chair ou à\nl'esprit.\n   A notre sens, cependant, il veut trop précisément, départager l'Homo\nduplex qu'il découvre en Verlaine.\n   Les aspirations métaphysiques ou sensuelles de celui-ci sont-elles bien\nparallèles, n'ont elles pas une source commune ?\n                                                         ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                      — 369 —\n\n\n\n           CHRONIQUE ARTISTIQUE\n      L'EXPOSITION                DES      ARTS        RÉTROSPECTIFS\n\n\nA               présent, la vogue est aux bibelots anciens ou exotiques.\n                Comme toutes les époques qui n'ont point trouvé une for­\n                mule esthétique nouvelle, la nôtre professe, en matière d'art\n                décoratif (1) un éclectisme absolu : ivoires gothiques, bronzes\njaponais ou vases grecs, tout nous est bon, tout ce qui ne porte pas l'estam­\npille banale du tapissier décorateur.\n    Affaire de mode, plus encore peut-être que réaction, ainsi que le\ntémoignent les accouplements bizarres d'objets hétéroclites exhibés dans les\nsalons de parvenus, se posant en amateurs éclairés.\n    C'est ce qui explique la fréquence, en même temps que la stérilité des\nexpositions d'art ancien dont nous sommes gratifiés depuis quelques\nannées. Il n'est plus d'exposition qui se respecte sans la section obligée\nd' « art rétrospectif » (mot vide de sens, s'il en fut). Il n'est plus de famille\n bourgeoise, vouée par essence à l'acajou et au simili-bronze, pour lesquels\n elle ressent, au surplus, une prédilection secrète, qui ne se paie une prome­\n nade essoufflée autour des vitrines de l'art ancien. On y va, comme aux\n représentations du théâtre de Wagner, pour pouvoir dire qu'on y a été,\n pour en rapporter un certificat de bon goût.\n    Du reste, la visite faite, l'exposition fermée, on n'y pense plus. Ce qui\n devait être une initiation, ce qui devait allumer l'étincelle, laisse pour tout\n souvenir un album de luxe, à reliure cossue, doré sur tranche, cadeau\n indiqué pour le Nouvel-An et bon à mettre en vedette sur un guéridon. Et\n c'est tout'. Après comme avant, les meubles en soi-disant renaissance\n flamande fabriqués à Malines, les chromolithographies, les Kate Greenaway,\n la barbottine et les encriers en zinc vert-de-grisé suffisent à contenter les\n besoins artistiques des familles.\n     D'où vient cela? D'où vient que nous ayons des poètes, des musiciens,\n des peintres, et que plus un ouvrier ne soit capable de sculpter un manche\n de couteau, de contourner la branche forgée d'un lustre, d'émailler le pied\n d'une coupe, de sertir une pierre précieuse, de dessiner l'arabesque d'un\n trumeau ; que l'on soit condamné à copier avec exactitude de vieux modèles,\n  comme si la substance apauvrie du cerveau n'était plus capable d'imaginer\n  des formes?\n     La réponse, il faut la demander aux monuments de l'art ancien, en\n  s'efforçant de découvrir les conditions dans lesquelles cet art s'est développé\n  et ce qu'étaient les artistes qui l'ont appliqué.\n\n\n    (1) Ceci, bien entendu, comme tout ce qui suivra, ne s'applique qu'aux arts décoratifs.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                   — 370 —\n\n    Rien ne ressemble moins à un artiste du moyen-âge, qu'un artiste\n d'aujourd'hui.\n    Raffiné dans ses sensations, lyrique dans la forme sous laquelle il les\n exprime, recherchant avant tout l'originalité, la nouveauté, l'artiste moderne\n s'affranchit de tout code et ne reconnaît comme guides que son inspiration\n et sa fantaisie, qui parfois l'égarent, d'autres fois le conduisent aux som­\n mets les moins accessibles de l'art.\n    Comprise de la sorte, la carrière artistique ne s'offre plus qu'à une aris­\n tocratie d'individus éminemment doués de certaines qualités et n'accorde\n les triomphes qu'au prix d'un véritable entraînement intellectuel, d'une\n surexcitation permanente des facultés. Et l'art, produit dans cette tempéra­\n ture surchauffée, ne peut s'adresser, comme nous l'indiquerons plus loin,\n qu'à un groupe forcément limité d'initiés.\n    Les artistes du moyen-âge avaient des envolées moins hautes. Ils ne sor­\n taient pas du peuple, parmi lequel ils étaient nés et pour lequel ils travail­\n laient. Simples artisans, s'intitulant eux-mêmes, — Metsys comme les\n autres, — tailleurs d'images, imagiers, forgerons, leur éducation n'allait\n guère au delà de l'enseignement professionnel. Fidèles à quelques canons,\n respectueux de la tradition, peu curieux d'innover, enfermés dans les défini­\n tions étroites des statuts' des corporations, ils se contentaient modestement\n d'exécuter de leur mieux, avec plus ou moins de bonheur, de goût et de\n dispositions naturelles, des travaux qui leur étaient absolument familiers.\n Forgés ou menuisés, emaillés ou orfèvres, les objets sortis des échoppes de\n ce temps étaient exécutés tels qu'ils devaient être, tels qu'ils avaient été\n sentis par des ouvriers d'une haute compétence. Et par cela même, ces\n objets étaient nécessairement beaux. On peut donc dire, sans crainte de\n s'aventurer, que les artistes du moyen-âge, comme ceux de toutes les\n époques qui ont eu un style en propre, faisaient de l'art toujours et presque\n à leur insu, comme M. Jourdain de la prose.\n    L'art se manifestait de la sorte dans toutes les productions de l'industrie.\n On le retrouvait partout, parce qu'il était dans le bon sens de la race, parce\nqu'il n'était que la formule pratique donnée à tout ce qui servait à l'usage\ndomestique. Aujourd'hui, au contraire, l'art est confiné dans un cercle\nétroit; il est le privilège de quelques élus et ne s'applique qu'à donner des\nsatisfactions momentanées et spéciales. On s'occupe d'art, à certaines\nheures, comme on met un habit de soirée, par dilettantisme, pour se dis­\ntraire un moment, et puis on se replonge sans regret dans le courant de\nla vie banale. On admet qu'il faut des tableaux dans un salon, et que la\npendule doit tout au moins ressembler à un objet d'art. Mais qui s'inquiète\ndes portes, des chaises, du foyer?\n    Si un homme du XVe siècle pouvait revenir parmi nous, il lirait avec\nétonnement sur l'enseigne de certains tapissiers : Ameublements de style !\nSon étonnement augmenterait en apprenant que le Style est un accessoire\nque l'on ajoute, au gré des acquéreurs et qui se paie à part, et qu'à moins\nd'aller chez des gens spéciaux, on ne trouve à acheter que des meubles sans\nstyle. Sans style! l'homme du XVe siècle aurait quelque peine à faire entrer\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                  -   371   -\n\n\ndans son cerveau cette notion que le progrès nous a rendue si familière.\n   Lorsqu'une époque possède un style, et cela est surtout vrai pour le\nmoyen-âge, ce style s'applique avec une logique inéluctable à tous les objets\nquelconques sortis des mains d'un ouvrier, depuis les orfèvreries les plus\nriches jusqu'aux outils sans valeur destinés aux usages les plus simples.\n   Personne ne s'avisera jamais d'exposer comme des œuvres d'art les objets\nde fabrication moderne qui servent à nos usages journaliers, tels que notre\nvaisselle, nos vêtements, etc. Tandis qu'il n'est pas un seul de ces mêmes\nobjets, datant du XVe ou du XIVe siècle, qui ne soit digne de figurer à l'Expo­\nsition d'art ancien. Et nous ne parlons pas seulement de ces objets de luxe,\nde ces lustres fouillés comme de la dentelle, de ces bahuts couverts de sculp­\ntures, de ces dinanderies somptueuses, destinés aux patriciens de Bruges ou\nd'Anvers; on a pu voir à l'Exposition de Bruxelles un grand nombre de\nmeubles d'allures modestes, des armoires, des coffrets, des couteaux, des\nfourchettes, à la portée des petites bourses du temps. Nous avons remarqué\nune boîte à sel, une couronne à pendre la viande, des réchauds, des fers\nà gauffres, des mouchettes, un moulin à café, jusqu'à une claquette de\nlépreux ! Tous ces objets, bien qu'appartenant à des époques fort diffé­\nrentes, mais où les traditions d'art industriel, bien qu'effacées en partie,\nn'étaient pas complètement perdues, tous ces objets révélaient chez leur\nauteur un sentiment délicat d'adaptation, le souci de la forme en même\ntemps qu'un remarquable instinct d'élégance.\n   Ces observations que chacun a pu faire, établissent péremptoirement\nnotre état de décadence en matière d'art décoratif, décadence irrémédiable,\non l'admettra, si l'on veut lui reconnaître les causes que nous lui avons\nassignées. C'est une utopie de croire que les expositions d'art ancien y\nchangeront quelque chose. Il faudrait commencer par nous transformer\nnous-mêmes. Il ne reste donc à l'Exposition de Bruxelles que le mérite très\ngrand d'avoir offert à la contemplation des artistes des trésors, en temps\n ordinaire cachés à tous les yeux par leurs possesseurs avec un soin jaloux.\n    Jamais, croyons-nous, les merveilles des siècles d'art n'ont été réunies en\ntelle profusion. Les cathédrales et les couvents ont ouvert leurs sacristies;\nles collectionneurs ont vidé leurs cabinets. Les châsses vénérables, les\nrétables avec leur peuple de statues, les ostensoirs resplendissants de pier­\nreries, les lutrins solennels, les reliquaires inestimables donnent aux galeries\n de l'Exposition un air de sanctuaire. La lumière, reflétée par les cuivres et\n les ors, amortie sur les tapisseries de haute lisse, s'irisant sur les pierres\n précieuses et les émaux, a des douceurs infinies ; les tons pâles des orfrois\n s'harmonisent en accords imprévus ; des croix triomphales, des hanaps\n dorés, des chasubles pesantes de broderies surgissent des évocations tra­\n giques ou fastueuses. De telles visions éveillent ou développent chez les\n prédestinés le sens artiste. Si elles ont inspiré des poètes, des musiciens et\n des peintres, l'Exposition d'art ancien n'aura pas été inutile.\n\n                                                       JOSEPH NÈVE.\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                  — 372 —\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n  REPRISE DES MAITRES-CHANTEURS                        DE       NUREMBERG\n\n\n              Lareprise des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg a été très\n               brillante, et fait grand honneur à MM. Dupont et Lapissida.\n                  Il y a quatre ans l'exécution sans doute était bonne, mais\n               elle manquait de fondu et de fini. Bien des parties de l'œuvre\nrestaient dans l'ombre, bien des détails se noyaient dans la fougue d'une\ninterprétation un peu grosse, et comme diraient les peintres, un peu\nbrossée. Ajoutez que l'orchestre n'était pas disposé comme aujourd'hui, et\nque certains rôles avaient été attribués à des artistes auxquels ils étaient\nloin de convenir. Ainsi, M. Jourdain, ténor très inégal, chantait Walther à\ntue-tête, sans aucune intelligence du personnage. Mme Caron, avec son\nmasque tragique et ses nobles attitudes, n'incarnait guère Eva, la petite\nEve allemande et bourgeoise. M. Seguin n'avait pas encore son autorité\nd'aujourd'hui, et n'avait pas encore dompté cette musique redoutable.\nM. Soulacroix, un mime agile, jouait Beckmesser à la française. Seul\nM. Delaquerrière fut complètement l'homme de son rôle. Nul ne peut\navoir oublié l'apprenti David, incarné par lui avec tant de belle humeur et\nde grâce familière.\n    Aujourd'hui l'orchestre a fouillé cette partition touffue ; il la possède ; il\nla comprend. Il dessine amoureusement les moindres arabesques du texte\nmusical, et il accuse avec une netteté admirable la puissante structure de\nl'œuvre. Il n'étouffe plus le dialogue, et il est réellement, comme Wagner\nl'a voulu, l'atmosphère sonore où baigne l'action de la comédie.\n    M. Seguin est maintenant un Hans Sachs incomparable. Il nous paraît\nimpossible d'unir, plus savamment, la bonhomie du savetier à la mélan­\ncolie du vieux poète. M. Seguin a remporté un des plus beaux triomphes\n dont puisse s'enorgueillir un artiste : il a fait oublier l'artiste. Quand il est\n en scène, c'est Hans Sachs lui-même qui rit, qui rêve et qui pleure. Nous\n lui devons une des plus hautes jouissances d'art qu'il nous ait été donné\n d'éprouver.\n    M. Enge!, — s'il n'a pas la voix fraîche et jeune que doit avoir le cheva­\n lier Walther, cette voix d'adolescent dont le timbre enchante l'oreille\n comme le duvet des pêches caresse les regards — est un chanteur expéri­\n menté et un comédien adroit. Il est donc doublement supérieur à\n M. Jourdain.\n    David, c'est M. Gandubert, excellent musicien, et acteur de bonne\n volonté. Il n'efface pas le souvenir de M. Delaquerrière, mais il s'est tiré\n honorablement et vaillamment, d'une aventure artistique qui, pour tout\n autre, eût été scabreuse.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                  -   373   -\n\n\n    Au rebours de M. Soulacroix — un Beckmesser amusant, presque\n simiesque, conscient de sa laideur et s'en moquant — M. Renaud a com­\n posé un personnage solennel, mi-sacristain, mi-pédant, au masque fielleux\n mordu par la méchanceté et l'envie. L'interprétation de M. Renaud est\n plus conforme au texte wagnérien que celle de M. Soulacroix. Il est\n cependant regrettable que, malgré ses efforts, M. Renaud ne parvienne\n pas à cacher la beauté de sa voix. Il y a des moments, — pendant la séré­\n nade par exemple — où on se surprend à l'écouter avec plaisir. Or, Il ne\nfaut pas qu'on écoute Beckmesser avec plaisir. Peut-être aussi charge-t-il\n trop la scène muette du premier tableau du troisième acte.\n    Mlle Gagniard joue le joli rôle d'Eva avec beaucoup de grâce et d'intel­\n ligence.\n    Les personnages secondaires sont bien tenus et les chœurs, même dans\n le terrible final du deuxième acte, ont fait preuve de sûreté et de justesse.\n    MM. Dupont et Lapissida, auxquels revient le mérite de cette excellente\n reprise, ne nous en voudront pas si nous attirons leur attention sur quel­\n ques détails matériels qui, pour être des détails, n'en ont pas moins leur\n importance. Certains acteurs ont une tendance néfaste à chanter le dialogue\n à la rampe, pour le public. Nous visons surtout M. Gandubert dans sa\n scène du troisième acte avec Hans Sachs, et la manière dont est réglé le\n quintette. Quant au tableau final, il nous sera permis de blâmer l'appari­\n tion incongrue, au milieu de la valse, de danseuses en robe courte dont la\n présence est injustifiable. Enfin, l'ovation populaire décernée à Sachs pour­\n rait être mise en scène d'une façon plus pittoresque et plus saisissante.\n    Depuis la troisième représentation, on a renoncé à faire la nuit dans la\n salle. Ce retour à la routine n'est pas heureux. Il paraît que cette conces­\n sion a été arrachée à MM. Dupont et Lapissida par une coalition d'abonnés\n de deux sexes, mécontents de ne plus pouvoir s'admirer. Outre qu'il leur-\n est loisible de s'admirer et de se congratuler abondamment pendant les\n entr'actes, ces abonnés des deux sexes, sans compter les Auvergnats, nous\n paraissent mériter un rappel à la modestie. Pour ce qu'ils nous montrent ! !...\n\n                                                       ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                                  -   374    -\n\n\n\n\n  L'AUTRE BANQUET LEMONNIER\n             La Jeune Belgique a célébré, dans une fête intime, le vingt-\n              cinquième anniversaire de l'apparition de Nos Flamands, le\n              premier livre de Camille Lemonnier.\n                 Au dessert, l'un des nôtres s'est levé et a prononcé le toast\nsuivant :\n            « MON CHER AMI,\n\n    « Ton livre aîné, dont les cris ont naguère réveillé tous les critiques,\nnaquit en 1863. Ses frères et ses sœurs, par douzaines, proclamèrent depuis,\nd'année en année, ta virilité et ta force. Ton cadet — le Crapaud — n'a\npas six mois, et déjà il fait du tapage par le monde. Je bois à cette\nfamille dont tu es le jeune patriarche, je bois à elle, et aux enfants futurs\nde ta souple et féconde imagination.\n   « Venu après Charles De Coster et Octave Pirmez, tu n'en es pas moins\nl'Initiateur et le Chef.\n   « Aussi, n'avons-nous pas oublié le banquet du Grand-Hôtel, organisé\npar la Jeune Belgique, et qui fut une protestation retentissante contre le\ndédain où l'on te tenait.\n   « Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions alors : des amis sincères,\nsur le dévouement desquels tu as le droit de compter.\n    « Certes, à plus d'un point de vue, il y avait quelque mérite à proclamer,\nil y a cinq ans, devant l'hostilité générale, notre admiration pour ton\nœuvre et pour ton talent. Aujourd'hui le mérite est plus mince, car ton\nnom est enfin dans la lumière et dans le bruit. Mais si nous n'avons plus\nà combattre, notre amitié demeure fidèle et vivace comme au premier\njour.\n    « La Jeune Belgique a parlé de tes œuvres avec le respect, l'enthou­\nsiasme et aussi la franchise qu'elles méritaient. Dans l'opulent jardin de ta\n pensée, elle a préféré telle plante rare ou telle vigne capricieuse et folle. En\n chacun d'elles, elle a salué les innombrables ressources et les déconcer­\n tantes métamorphoses de ton esprit.\n    « Et tu lui as été presque plus reconnaissant de sa franchise que de son\n admiration désintéressée.\n    « Tu nous a su gré de ne pas donner à notre libre éloge les apparences,\n si désagréables pour les âmes délicates, d'une adulation de petite chapelle\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                 — 375 —\n\net de cénacle. Tu nous a su gré de ne pas t'enlever l'estime de certains\ngroupes d'artistes avec lesquels nous sommes en désaccord intellectuel. Le\nculte que nous t'avons voué n'a rien de cette dévotion étroite, si répandue\naujourd'hui dans le monde des lettres, et aux yeux de laquelle l'idole n'a\ndroit à l'encens que si elle renonce à l'encens des autres.\n   « Nous t'en remercions profondément.\n   « Nous te remercions aussi de l'aide constante que tu nous a prêtée à\nParis, dans différents cercles d'écrivains et d'artistes, et de certains pané­\ngyriques dont nous avons entendu l'écho.\n   « Aussi, pour que notre fête, tout intime, n'ait pas le caractère d'une\npetite messe basse, avons-nous averti tous tes admirateurs sans exception,\nmême nos adversaires, et nous avons fait avec eux, en ton honneur, et pour\nce soir, la trêve de l'admiration commune.\n   \" C'est la Jeune Belgique qui boit à ton œuvre, mais elle passe la coupe\nà tous ceux qui veulent célébrer avec elle le maître de La Belgique, du\nMâle et du Mort ! \"\n\n   Et durant tout le repas, ce fut, dans l'affectueux épanchement des cœurs,\nl'incessante arrivée des télégrammes de félicitations apportant, parmi les\nfleurs qui fêtaient l'homme de lettres, l'écho d'admirations et d'amitiés\nferventes\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "           — 376 —\n\n\n\n\n     BOUDDHISME\n                                   « Je m'en fous ! »\n                             (LORD PALMERSTON. Deuxième discours\n                                 sur les affaires du Danemark.\n\nJ' suis un pauvre bouddha\nQue le Destin bouda.\n\nAssis sur mon lotus\nJe m' fich' des omnibus.\n\nJ'écout' passer le Temps\nEt l'Espace : épatants !\n\nIls passent pas à pas\nComm' s'ils n' me r'gardaient   pas.\n\nMoi, j ' regard' mon nombril\nDivin, ainsi soit-il !\n\nAh! que tout est fatal\nEt que tout m'est égal!\n\nMais que le monde est drôle\nDu haut de ma corolle!\n\nLa jolie société!\nOn s' gondol' de gaîté.\n\nLes anges font pipiss'\nDans l'nez des pessimiss'.\n\nMais faut pas m'embêter !\nJ' sens la moutard' monter,\n\nEt j ' vous flanqu' mon lotus\nEt mes ποδας ... οκυς.\n                                         SUAVE   PINOLET.\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                      — 377 —\n\n\nHOMMAGE A FIRMIN GALOUBET\n   S'Illuminent vers Quel Triomphe, ô Dramaturge !\n   Mes yeux du seul refus de trop vaste reflet\n   Vers des silences d'or d'un souverain Pamphlet\n   Victorieusement dont Ta Tête s'insurge.\n\n   Ricane à tout velin l'inane d'un Panurge\n   Orchestre s'allumant sans médical soufflet\n   Messie ! aux orfrois purs approuvés de Tonglet\n   Tressaille le Futur forcé par quelque purge.\n\n   Tu seras écartant les Trompettes du Nul\n   Magnifique du rêve adultère d'un Phul\n   Conquis Roi par la glose altiere de ta voix\n\n   Et ne doit s'indigner de la surface tue\n   Pas un Phare amphibie au dehors de tes Lois\n   Proclamé génial au flot qui perpétue.\n\n                                               TÉLESPHORE      TABIBITTE.\n\n\n\n\n                       LE NIL\n                             Aux philosophistes — évolutistes — instrumentistes —\n                               symphonistes — et Cæteraïstes.\n\nVers le désert des airs et la mer des chimères,\nSans trève par la grêve en le rêve des rêves\nS'en fut d'azur futur et de pure voilure\nA u flux diffus des luths hurluberlu de flûte.\n\nLe subtil Nil! Et file ô Nil, un crocodile\nPassant des champs distants des grands autans des temps,\nLà delà le las glas lilas des lacs lilas\nEn les taillis pâlis et lis des gazouillis,\n\nDe bois et boa boit, oh voix ! et croit le bois\nO mal sol, bémol sol, vol, vôle, pigeon vôle,\nSi subtil Nil! et file ô Nil, un crocodile\nEn les étés de thés hâtés dans les clartés.\n                                                               LILI.\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                         — 378 —\n\n\n\n\n                                  MEMENTO\n   Le 21 octobre a été inauguré, au cime­          De la Revue belge, organe hebdomadaire\ntière de Schaerbeek, le monument funèbre         de l'excellent M. Tilman, deux vers, signés\nde Charles-Henry de Tombeur, mort à              Jules Bailly :\n23 ans.                                             L'hôtel de la princesse, élégant et mondain,\n   Charles de Tombeur était de ceux qu'on           Avait sur le derrière un superbe jardin.\nn'oublie pas.\n\n\n\n   Notre confrère M. Edmond Cattier, de            De M. Delaroche, dans la Wallonie, ce\nla Galette, appelle les Maîtres-Chanteurs        vers :\nun « plat vaudeville ».                          Ah! reviens danser, comme aux soirs d'amour, sous\n   Les bêtes du professeur Métaphus sont                                      [les hauts genièvres.\ntrès contentes.                                     Oui! Dansons, M. Delaroche, sous les\n                                                 genièvres, les hasselts, les pékets, les\n                                                 schnicks et les schnaps même, si vous\n                                                 voulez! Quelle drôle de cave à liqueurs\n   Un autre de nos confrères, anonyme            vous faites I\ncelui-là, raconte que M. Mauras étant indis­        Mais ne dansez pas sous l'aloës, ça vous\nposé, M. Engel, qui avait chanté Walther         ferait une courante !\n la veille, a dû remplacer son camarade\ndans La Favorite. Notre confrère conclut\nque les Maîtres-Chanteurs     désorganisent\n                                                    La Jeune Belgique publiera prochaine­\nle répertoire.\n                                                 ment, de M. Jules Destrée, « trois transpo­\n   Les bêtes du professeur Métaphus sont\n                                                 sitions» et une « Étude sur M. Jules Barbey\nde plus en plus contentes.\n                                                 d'Aurevilly ».\n\n\n   L'onagre qui encombre la Chronique               Contes pour l'aimée, par Maurice Si ville.\nde ses critiques littéraires a découvert, à la   In-8°, illustré par Emile Berchmans, Aug.\nsuite de l'Ami de l'Ordre, que c'est la          Bénard, imprimeur-éditeur, Liége.\nJeune Belgique qui gâte le style de M. Ed­          C'est là une suite de jolies et légères\nmond Picard.                                     proses artistes, déjà lues dans la Wallonie,\n   L'onagre est persuadé, ce qui ajoute          des débuts, et que l'auteur réédite aujour­\nencore à sa beauté native, et à l'énormité       d'hui, avec amour, comme des vers retrou­\ndes articles fossiles qu'il dépose entre les     vés où l'on ne savait pas avoir mis tant de\ncauseries de Jean d'Ardenne et les critiques     son âme. Malgré le titre, ce ne sont point\nd'art de Théo Hannon.                            là des contes, mais bien une suite de\n   L'onagre, afin de dérouter les soupçons,      fraîches aquarelles wallonnes, liégeoises\nsigne ses élucubrations de l'initiale R. C'est   plutôt, d'un art riant. La meilleure page me\nnotre ami Rotiers qui est la victime de cette    semble être le court récit, intitulé : Gio-\nmalice d'onagre.                                 vanna.\n  N. B. L'onagre est un animal spirituel,           Tout cela est d'un fin esprit; la langue\nentêté et très sournois.                         est mièvre et jolie, avec de certaines tour­\n                                                 nures affectées qui détonnent, cependant.\n                                                    Mais cette œuvrette n'est qu'un début,\n                                                 l'auteur le confesse ; et il faut y voir sur-\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                           — 379 —\n\ntout une promesse, une belle promesse qui           contre le flamand, mais depuis l'assimila­\nne mentira pas.                                     tion du flamand au néerlandais, dont on a\n   L'édition est luxueuse : elle fait honneur       fait la langue littéraire des dialectes fla­\nà l'imprimerie Bénard qui l'a entreprise. La        mands, a été le signal d'un mouvement\ncouverture richement ornée et les vignettes         opposé. De nos jours, le français est la\nqui illustrent ce livre, sont d'un artiste qui      langue littéraire, et la littérature belge ne\npromet, M. Berchmans.                               se distingue pas de la nôtre par des carac­\n   Telles quelles ses compositions sont             tères originaux : elle ne parvient pas à se\ndéjà charmantes.                                    dégager de notre influence. La vente des\n                                                    ouvrages français, la représentation de nos\n                                                    œuvres musicales et littéraires, empêchent\n                                                    les efforts des auteurs belges ; ils présen­\n  L'Etudiant,   organe de notre jeunesse            tent cependant un certain nombre de carac­\nuniversitaire, vient de reparaître. Fondé           tères particuliers qui leur assignent une\npar M. Laurent de Coninck, continué par             place dans la littérature française; on peut\nM. Fritz Rotiers, repris par M. Ch. H. De           les considérer comme un groupe dépen­\nTombeur, il est dirigé aujourd'hui par              dant, correspondant à peu près, comme\nMM. Olivier Godart et George Garnir.                importance, au groupe gascon, à la littéra­\n                                                    ture provinciale dont le centre est Bor­\n                                                    deaux.\n                                                       Cela dit, il faut rendre justice au mérite\n  De M. Kahn, dans la Revue indépen­\n                                                    des écrivains belges dans les différents\ndante, à propos de Crime et Châtiment ce\n                                                    ordres de littérature. On cite pour le roman\njoyau : « Aléna, cette vieille fourmi amas­\n                                                    les noms de quelques auteurs distingués,\nseuse, une des tumeurs du corps social ».\n                                                    tels que Moke et le baron de Saint-Génois.\n  Cette fourmi qui est une tumeur va faire\n                                                    Moke a publié des livres d'histoire, de lit­\nchanter joyeusement nos cigales.\n                                                    térature française, et nombre de romans.\n                                                    Mawrage, Ch. de Coster, mort en 1879,\n                                                    H. Pergamene ont, outre des œuvres roma\n                                                    nesques, collaboré à de nombreux jour­\n    Fleurs gauloises : — Extrait textuel de         naux et revues. Emile Greyson est lu en\nla Grande encyclopédie, 6 e vol., art. Bel­         France pour ses deux romans : Fiamma\ngique, p. 17.                                       Colonna, Juffer Daadje et Juffer Doortje,\n    XIV. Lettres, sciences et arts. II Période      étude de mœurs hollandaises assez atta­\n moderne (XIXe siècle)                              chante. On cite encore Emile Leclercq,\n     ... 2° Littérature. La littérature belge n'a   Camille Lemonnier, Edmond Picard, les\njamais été, sinon fort développée, au moins         deux frères Hymans, dont l'un a publié de\n bien originale, pour diverses raisons. La          nombreuses comédies et traduit des romans\n différence entre les deux langues qui lut­         allemands, suédois et anglais. Son frère,\n tent en Belgique, le français et le flamand,       conservateur de la section des estampes,\n a été longtemps et reste encore un obstacle        s'est plutôt adonné à la critique d'art. Ils\n au plein développement d'une littérature           ont tous deux collaboré aux principales\n nationale. L'usage du français, bien que           revues belges. Les femmes auteurs sont\n prépondérant auXIXesiècle dans les corps           aussi dignement représentées : Mme Joly,\n délibérants et dans les groupes scientifi­          Mme Braquoval, Mme Langlet et surtout\n ques, est loin d'être général. Le flamand a        M me Estelle-Marie-Louise Rueglens (sic)\n de temps à autre des retours offensifs qu'il        cette dernière (1821-1878) sous le pseudo­\n faut signaler : on professe en flamand à            nyme de Caroline Gravière, a écrit des\n  l'université de Gand ; on a fait prononcer         romans et des nouvelles très appréciés. Son\n  au roi des discours en flamand ; en 1830, la       mari est un érudit assez distingué, et a\n  Révolution avait été suivie d'une réaction         publié aussi quelques romans et beaucoup\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                        — 380 —\n\nde comédies, de drames, etc. — Les prin­         les efforts des écrivains de la Belgique, la\ncipaux dramaturges belges sont : Pr. Noyer,      littérature de ce pays n'est encore ni très\nB. Joly, C. Materne, E Waken, Delmotte,          riche ni très originale.\nCh. Potvin, mort en 1862. Ils ne sont pas                                    Pu. B. (1).\ntrès connus en France, et il semble qu'une                    Pour copie conforme,\nlittérature dramatique originale ait de la                   P.   COLSON,      instituteur,\npeine à se développer en Belgique.                Membre fondateur de la Jeune Belgique.\n   De la poésie nous ne connaissons jus­          Et voilà ! Une seule chose exacte : Potvin\nqu'ici que quelques fabulistes, tels que le      mort en 1862 !\nbaron Stassart, mort en 1854, et Par­\nthon de Von et des lyristes intéressants,\nTh. Meustenraad, E. Walken, D. Sotiau,\nB. Quinet, E. Dubois, A. de Hasselt (sic),          On annonce la fusion de la Jeune France\nmort en 1874, Ad. Mathieu, mort en 1876,         avec la Revue indépendante. Mariage de\nCh. Potvin, F. Frenay, de Linge (ce der­         raison entre les carpes de M. Demény et\n nier a publié une jolie traduction d'Horace     les lapins de M. Kahn.\net une traduction de Hermann et Dorothée\ntrès estimée); citons aussi le chansonnier\n Clesse, fort apprécié de ses concitoyens.\n Mais depuis quelques années, il s'est pro­\n duit dans la poésie belge un mouvement\nconsidérable; des jeunes gens enthou­\n siastes du Parnasse français, ont publié en\n 1888, un Parnasse belge qui se rapproche\n beaucoup de notre Parnasse français de\n 1866-1872 par la franchise du rythme et la\n sûreté de la forme : le poète le plus expéri­     (1) La liste des collaborateurs porte les noms de :\n menté parmi ces jeunes auteurs se nomme           MM. Zïerger (Philippe), sous-bibliothécaire de\n Giraud. Quoi qu'il en soit et malgré tous                   l'Institut;\n                                                          Bertholet (Philippe), licencié ès-lettres.\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                   VIENT DE PARAITRE :\n   NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE\n                            (DEUXIÈME SÉRIE\n                    par F R A N C I S       NAUTET\n       Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  En vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal Wine C°\n                6, R U E P A U L DEVAUX PRÈS LA. BOURSE)\n\n\n\n E       n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n          MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\n Cora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\n pagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu­\n   cines, 16, à Paris; publie LA GOUVERNANTE DU COLONEL,\n   par CHARLES MAYRET. Un numéro 2 0 centimes, abonnement\n   (3 mois) 1 7 francs; en vente partout.\n\n     ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                EPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont .     . . . .                  2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert . . . .                  2 75\n                            R O S É E J E U N E BELGIQUE                        3 00\n                            Crême d'Ay        id.                               3 50\n                            Bouzy extra       id.          Cuvée réservée.      4 50\n                            Bouzy Cristal     id.                               5 00\n                                        o.5o en plus par 2/2 bouteilles\n                                   EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 2 5 BOUTEILLES\n\n                            Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n            ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n        19, B o u l e v a r d du Nord, 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                                   EN        VENTE\n                                             A   LA\n\n\n\n\n LIBRAIRIE LÉON VANIER\n                     19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n          ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                       Francs.\n                            P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E   .   .     7 50\n Paul ADAM                \" Soi                                                         3 50\n       —                   Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)          350\n       —          Les           Demoiselles Goubert.     —             —                 3 50\n       —                   Être                                                           3 50\n Jean AJALRERT . . .       Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . .              3 00\n Maurice BARRES . . .       Les Taches d'encre (les 4 numéros)                           4 00\n       —                   Sous l'œil des Barbares                                       3 50\nRobert CAZE . . . .        La foire aux peintres.                                         1 00\nPhilibert DELORME .        Arlequins de Macadam                                          3 50\n Edouard DUJARDIN . .      Les Hantises                                                  3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .       Croquis parisiens (avec portrait). .-'                        6 00\n       —                   Le Drageoir aux épices                                        5 00\n       —                   Un Dilemme                                                    2 00\nGustave KAHN . . .         Les Palais nomades                           . . . .          3 50\nJules LAFORGUE .      .    Les Complaintes                                               3 00\n       —                   L'Imitation de N. D. la Lune                                  2 00\n       —                   Moralités légendaires                                         6 00\nStéphane MALLARMÉ .        L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .              5 00\n       —                 ' Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET)                       12 00\n       —              \"    Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . .            25 00\nStuart MERRILL . . .       Les Gammes                                                    2 00\nJean MORÉAS . . . .       Les Syrtes (épuisé)                                   .      10 00\n       —                  Les Cantilenes                                                3 50\n       —                  Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) .         3 50\n       —                   Le Thé chez Miranda           —                              3 50\nFrancis POICTEVIN . .     Seuls                                                         3 50\nErnest RAYNAUD . . .      Le Signe                                     . . . .          1 00\nHugues REBELL . . .       Etourdissements                                               4 00\nHenri DE REGNIER . .      Les Lendemains (épuisé)                                       5 00\n       —                  Apaisement                                                    2 00\n       —                  Sites               '                                         2 00\n       —                  Episodes                                                      6 00\nPaul VERLAINE . . .       Fêtes galantes                                                3 00\n       —                  Sagesse                                                       3 00\n       —                  Romances sans paroles                        . . . .          3 00\n                          La bonne Chanson                             . . . .          2 00\n       —                  Jadis et naguère                                              3 00\n       —               . Amour                                                          3 00\n       —                  Mémoire d'un veuf (prose)                                     3 50\nJules VIDAL et BYL . .    Sœur Philomène (pièce en deux actes, tirée du roman\n                             de MM. de Goncourt)                                       1 00\nJules VIDAL . . . .      Le Jupon                          ,                            350\nFrancis VIELÉ-GRIFFIN.    Cueille d'Avril (épuisé)\n      —                   Les Cygnes                   \"                               3 50\n      —                  Ancaeus                                                       3 50\n\n\n                  Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1888-11-10", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 390."}}