{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9e ANNÉE. TOME VIII, N° 1.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 190, "texte": "9e ANNÉE.     TOME VIII, N° 1.      PRIX : F R .             1-00.           JANVIER   1889.\n\n\n\n\n                                         LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "SOMMAIRE:\n  Lettres pour les illettrés                               GEORGES EEKHOUD.\n  Fleurs de serre                                          ANDRÉ FONTAINAS.\n  Proses lyriques                                          ARNOLD GOFFIN.\n  Vers                                     • .     .   .   ALBERT GIRAUD.\n  Dans le rêve                                             GEORGES DESTRÉE.\n  Le Phoque                                                I W A N GILKIN.\n  La Naissance de Vénus                                    MAURICE DESOMBIAUX.\n  Elagabale                                                VALÈRE G I L L E .\n  Le R a t                                              HECTOR CHAINAYE.\n  N o t r e - D a m e des Douleurs                      FERNAND SEVERIN.\n  Vers                                                  ADOLPHE FRÈRES.\n  La Chapelle ardente                                   FERNAND ROUSSEL.\n  Consolatrix                                           JEAN BOELS.\n  Chronique musicale. — Richilde               . . . . HENRY MAUBEL.\n                            I. Les Débâcles . . . . IWAN GILKIN.\n   Chronique           II.       Imagerie japonaise . . MAURICE DESOMBIAUX.\n    littéraire.          I I I . Madame Istar. . . . MAX WALLER.\n                         IV. Les écrits pour l'Art    . ALBERT GlRAUD.\n  Album à T o t o                                       LÉON DUBEDON.\n  Memento                                                ***\n\n\n\n\n                                  BRUXELLES\n                ADMINISTRATION :                           REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                 80 RUE BOSQUET, 80\n\n                                         PARIS\n                               LÉON V A N I E R , ÉDITEUR\n                                   19, Quai Saint-Michel\n\n                                           1889\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-021", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 596, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. 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Prenez des rameaux d'olivier, Nestor, et promenez-vous entre les\nbelligérants, mais ne vous promenez pas devant la Jeune Belgique :\n  « En bas, sur le pavé, étendu comme une chauve-souris morte, la visionnaire a râlé.\nSous lui, le violon brisé, muet. Les clous de sa botte infâme dans la cervelle éteinte, un\nagent de police verbalise, éclairé, lui aussi, par un blanc rayon de lune. »\n  Bastien avait des bottes, mais elle n'étaient pas infâmes. C'est de l'outercuidance,\nNestor. Bonsoir.\n  2. E. SERRUYS. Tout ce que vous voudrez, mais pas ça, a répondu Madame Juzeur,\nque nous avons consultée. Adressez-vous au directeur de la Revue Belge, M. Charles\nTilman : il vous recevra avec effusion. Envoyez-lui votre Vision d'Enfer, et quand\n                         «      il sentira le flot monter sur son visage »\n\nil boira une tasse. Amen !\n   3. DOCTEUR MORRELLE DE T . . . Ouvrage très intéressant, mais trop étendu pour notre\nRevue. Pourrions-nous pas en détacher quelques chapitres (\n   4. JULES BAILLY. Fumiste ! Nous n'acceptons pas les chevaux de bois. Le général\nTiméo Danaos et la toute gracieuse doiïa Ferentès nous ont révélé vos projets ténébreux\nRetirez-vous dans le jardin que l'hôtel de la princesse a sur le derrière.\n   5. EMM... H..., BARDE FLAMAND. De plus en plus exact. Georges Rodenbach prépare un\nvolume de vers, intitulé : \" Boudins Blancs \". Il est dédié aux fiancées. Albert Giraud le\ntraduit vers par vers, sous ce titre : « Witte panch ».\n   6. TÉLESPHORE TABIBITTE. Avons eu communication de la lettre inqualifiable adressée\npar vous à l ' A m i de l'Ordre. Choisissez entre journal namurois et nous.\n   7. BERTH... A..: Dégueulade de léopard.\n  8. Au POÈTE DE L'ASILE DE NUIT. Ayez des pieds raisonnables, comme dit Léon                Dar-\ndenne, qui prépare en ce moment l'Œuvre           de la Bouchée de viande. Madame Camille a\nsouscrit.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 13, "titre_corps": "Lettres pour les illettrés : Partialité", "titre_sommaire": "Lettres pour les illettrés", "rubrique": "Lettres pour les illettrés", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                        II\n                 PARTIALITÉ\n                                 Au dieu de l'esprit et de la discipline      s'oppose\n                              le dieu de la nature et de l'ivresse, à la force puri-\n                             fiante, la force orgiastique, au grand éducateur de\n                              l'homme, le grand troubleur des âmes,            l'ardent\n                              excitateur   des êtres.\n                                                             EDOUARD S C H U R É .\n\n\n\n\n                    Te le rappelles-tu, chère âme, ce dimanche,\n                    en Campine, il y a trois ans...\n                       Nous descendions du tramway à vapeur à\n                    Saint-Antoine — Sinte Teunis comme ils\n                    disent là-bas, familièrement, en câlinant\n                    presque le bénin patron. Oui, nous avions\n                    usé de ce tramway à vapeur qui dessert à\n                    présent, dans les deux sens, la réfractaire\n      contrée à l'Orient d'Anvers.\n         Je nous vois encore quitter la chaussée, pour détourner,\n      à droite, derrière une ferme, puis nous engager, à travers\n      la bruyère, dans un sentier sablonneux menant à cet\n      écart de Zoersel, dont le nom seul, musique de source\n      qui sourd, nous captivait.\n         Comme nous marchions, allègres mais taciturnes, non\n      sans nous enliser dans les ravines, la pensée du prosaïque\n           véhicule que nous venions d'abandonner persistait à\n       m'irriter l'esprit, comme le déboire s'attache au palais.\n       Pensée très latente et pressentiment plutôt que senti­\n       ment. Fâcheux point de départ, tout de même, car, à\n       propos de ce tramway de malheur, je me remémorai\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2811, "texte": "                                           6\n\n    la récente indignation d'un journal très éclairé, contre les brutes de la\n    Campine. N'avais-je pas lu quelque chose dans ce genre :\n       « Savez-vous ce qui arrive maintenant dans nos consciencieuses campa­\n    gnes ? (Consciencieuses, l'épithète y était, et juste, quoique le scribe ne l'eût\n    pas fait exprès). C'est édifiant. On s'est imaginé que le chemin de fer\n   vicinal est le diable en personne. (Pourquoi pas ?) et l'on oppose tous les\n   obstacles possibles à la construction de son réseau. Tous les jours on signale\n   des actes de mauvais gré, qui vont parfois jusqu'au crime. On accumule\n   sur les voies des troncs d'arbres, d'énormes pierres, et l'on arrache les rails\n   là où on (la-ou-on ! la-on-ou !) croit pouvoir le faire sans être surpris. On\n   dérange aussi les aiguilles des excentriques pour provoquer des déraille­\n  ments; de grands malheurs ont déjà failli arriver.\n      « Enfin, dimanche dernier, deux villageois croyant faire œuvre pie, ont\n  tiré un coup de pistolet sur le machiniste qui fait la navette entre Schilde\n  et Wyneghem. Tous ces faits, qui montrent, sous un jour si révoltant,\n  l'ignorance et la brutalité de nos ruraux sont attestés par le clérical Phare\n  de l'Escaut qui les déclare dignes de peuplades sauvages. Ce journal ajoute,\n  ce qui est plus caractéristique encore, que ces méfaits se commettent avec la\n  complicité morale de toute la population qui y applaudit. »\n     La diatribe ne me revint pas intégralement à l'esprit en cheminant dans\n les varennes hantées par ces pseudo-vandales. Cependant, je parvenais à en\n reconstituer les principales beautés. Je me répétais ces phrases topiques et\n les ruminais avec un singulier délice. Ces voltairiennes doléances me\n rendaient encore plus chère l'atmosphère de cette matinée dominicale au\n cœur du fruste pays.\n     D'ailleurs, pour exalter mes amours jusqu'au paroxysme, il me suffit\n d'imaginer le pire opprobre dont la foule réprouvée accablerait mes\n élus !....\n     Si je ne te communiquai pas, à mesure qu'elle se développait, cette\n méditation en quelque sorte apéritive, c'est que je craignis à une méprise de\nta part devant l'indéterminé, et peut-être à une injustice, devant l'apparente\n férocité de ma pensée. Peut-être appréhendai-je que, traduite en paroles, elle\nne s'éventât comme un bouquet compliqué et subtil. Pudeur de la très\nintime pensée ! Peur de la voix qui trahit ce que la parole déguise. Silence\ngardé non par crainte de trop bien se confondre, mais par crainte de ne pas\nconcerter assez.....\n     Que de circonstances entretinrent et rehaussèrent ces évagations.\n    A mi-chemin de l'étape une pluie chaude tomba. Trop anodine pour\nfriper ta légère toilette de barège, elle suffit pour mettre en liesse la végéta-\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "                                       7\n\ntion altérée. L'odeur aromatique et pénétrante que cette aspersion fit sortir\ndes arbres !\n   Ma ferveur patriale s'en réjouit comme d'une caresse arrachée à ce ciel\nrenfermé et à cette plaine exclusive.\n   Le pays m'assimilait à ses crânes réfractaires. Il me savait épris de longue\ndate, de la pluie, des glorieuses pluies d'été de la Saint-Médard qui despo­\ntiquement pourrissent les foins et avarient les moissons, mais qui flattent\net satinent les feuillages, et allaitent les grands arbres au choc des nuées\nmamelues.\n   Ce dimanche faste, lourd d'accalmie, je me sentis presque défaillir de\ngratitude au parfum réveillé, au parfum vierge des sèves. Les essences\npubères, titillées par l'averse, s'efforçaient de précipiter, à force d'effluves\ncapiteux, les spasmes d'un orage lent à venir. Chaque rideau d'arbres\némettait son arome particulier. Dans ce concert, le parfum des chênes était\nle plus fort; fleur virile de l'hercule des arbres. Les bouleaux expiraient des\nsenteurs moins âcres, moins effrénées. Les pins religieux et continents, trop\ntentés, trahissaient leurs angoisses par des bouffées d'encens mystique;\ntandis que bruyères et genévriers non moins effervescents se livraient aux\nabeilles éperdues.\n   Comme, par ce temps équivoque, pays et paysans étaient corrélatifs ? Et\nce ciel verdâtre où des quadrilles de nuages s'entraînaient pour la chevau­\nchée décisive ou s'évitaient, avec des feintes de lutteurs qui tardent à en\nvenir aux mains et qui, avant le corps à corps, amusent et exacerbent\nl'anxiété du tapis ! Et, par moments, cet horizon plombé, opaque, tout\nd'une teinte, traversé d'obliques éclairs et de fallacieux coups de soleil !...\n   Autant d'annonciateurs des faces mystérieuses, délicieusement énigma-\ntiques, de mes braves bagaudes campinois, de ces faux apathiques, aux\nfélins et inquiétants sourires, aux poses languides, aux lents regards capons !\n   Et, plus bas, la verdure mouillée, en sueur, luisait comme après la rixe,\nl'amour ou la corvée, les roses joues pleines. Et, sourdant du sol, comme\nd'une croupe fumante, cette vapeur si lourde, si oppressive qu'elle ne\nmontait pas jusqu'aux branches ragaillardies mais n'ouatait que les brous­\nsailles !...\n   Qui dira jusqu'à quel point, mon aimée, nos sensations se rapprochèrent\ndurant ce houleux silence ! Aujourd'hui, je tenterai de te confesser les\nmiennes malgré que je râle et que je suffoque encore en les imaginant :\n   Te sentant menacée, environnée de désirs hostiles, j'aurais dû t'aimer\n mieux, n'est-ce pas ? Eh bien, non ! d'occultes rivaux, d'imminents ravis­\n seurs, m'incitaient à je ne sais quelle félonie, à quel partage, de mon unique\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "                                   — 8 —\n\ntrésor. Je perçus des déclarations bourrues bruissant à tes oreilles, c'était\ncomme si les plus entreprenants te soufflaient leur haleine au visage; les\nfroissements des branches devenaient des attouchements de sylvains.\nQu'importe ! Je n'en éprouvais aucune jalousie. Nous avancions. Sans\nm'échauffer tu te blottissais contre moi. A l'entrée de cette sente à travers la\nchênaye où les feuillages rapprochaient tellement leurs ramures qu'un char\nde moissons y avait accroché au passage des épis et des brindilles de foin,\ntu t'arrêtas net comme si des bras allaient t'étreindre et t'emporter. Je vis ce\nmouvement mais n'y pris point garde. Je t'entraînai en avant. Plus loin, tu\nfrissonnas à l'alerte d'un écureuil grimpant au faîte d'un sapin. Je ris de tes\ntranses. Depuis ce moment tu semblas te résigner. Ce ne fut plus, jusqu'à\nnotre arrivée à Zoersel, dans ton cœur comme dans le mien, qu'un doux\net mystérieux serrement, qu'une angoisse étrangement voluptueuse.\n   Et ce clocher qui avait eu, tout le temps, l'air de nous conjurer !\n   Après avoir passé quelques tènements de maisons, au tournant d'un\ndernier coin qui nous masquait la perspective, nous débouchâmes dans une\nsorte de carrefour, devant le cimetière, à l'heure où finissait la grand'messe.\n   Et, brusquement, de tomber sur un attroupement de jeunes blousiers,\ncampés sous un tilleul centenaire pour voir défiler leurs savoureuses parois­\nsiennes, avant de se répandre dans les estaminets\n   C'était eux :\n   Les patauds très entreprenants, ennemis jurés de la ville et des œuvres\nurbaines, les gaillards exubérants, mais sans aucune urbanité, les réfractaires\nque nous signalaient, depuis des heures, à la suite du cuistreux journal, le\nciel bougon, la campagne haletante, la pluie trop tiède et les sèves exaltées.\n   Montés en couleur, les pommettes et les oreilles avivées par les ablutions\ndominicales et le raclage chez le frater, sanglés dans leurs bragues de drap\nnoir bien cati; la casquette de moire rafalée dans le cou, ou posée de\ntravers et éborgnant de la large visière les plus dégingandés de ces farauds;\nles sarraux bleus empesés, fronçant à l'encolure et ballonnant comme une\ncloche; mains en poches ou bras croisés; tous calés comme des lutteurs,\ndans la posture avantageuse et luronne du cochet de village qui se sait\nla cible des plus convoiteuses œillades de sa paroisse.\n   La plupart n'arboraient que de naissantes moustaches ou qu'une mouche\nde poil follet. Il y avait dans ce rassemblement des cadets de seize ans\ncomme des gars de trente; de grands poupards, un peu veules, blonds\ncomme le chanvre, aux yeux d'un bleu de faïence, l'air timide et passif,\ncoudoyaient des brunets musclés et trapus, frisés comme des moutons, aux\nprunelles ardentes et veloutées. Et dans le tas, de ces gaillards de com-\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "                                    — 9 —\n\n plexion normale, s'insinuaient un ou deux rousseaux chafouins et grêlés,\n puis l'invariable bossu, le loustic de la bande, et enfin, le non moins fatal\ninnocent, le mystérieux prédestiné, ayant poussé à la pluie et au vent,\n maltraité ou choyé suivant la superstition dominante, tantôt objet de\n terreur, tantôt fétiche bienfaisant, tenu tour à tour pour un visité de Dieu\n et pour un possédé du diable, battu comme plâtre et lapidé pendant\n l'épizootie ou après la grêle ou le feu; entretenu et dorloté à la veille des\n moissons, et, sous ses guenilles, plus beau, plus sain encore que les plus\nplastiques de ses compagnons, tellement beau que les faneuses aux champs\nse signent et s'enfuient lorsqu'il rôde autour d'elles, autant par crainte de\npolluer l'œuvre divine que de tenter le démon.....\n    Et pourtant elles ne sont pas filles à se laisser facilement rebuter. Il\nsuffit, pour s'en convaincre, de les voir défiler :\n    Mannequinées dans leurs cottes bouffantes, fières de leur fichu de damas\nou de laine frangée, des coiffes ailées ou des bonnets enrubannés encadrent\nleurs visages ronds, leurs galbes évoquant plutôt le fruit mûrissant, un\npeu rêche et acidulé, que la fleur satinée aux fragiles pétales. Pataudes à\nl'épiderme résistant, préparées, par les morsures du soleil et les gelées corro­\ndantes, aux non moins âpres baisers de leurs galants. Hanches fournies,\ngorges fermes et protubérantes défient rudes étreintes, accolades intempes­\ntives, inopinés corps à corps parmi les foins nouveaux des meules ou les\nfoins plus suborneurs encore des granges.\n    D'avance leurs yeux hardis et lascifs scrutent et palpent sans vergogne les\nformes de leurs épouseurs. Femelles solides comme les mâles, aussi libres\nque leurs compagnons de charroi et de culture, trayeuses sans préjugés,\npour peu que le poursuivant tatillonne, elles sont capables de lui déclarer à\nbrûle-sarrau leur légitime envie et même d'essayer leur coucheur avant les\nnoces. Dam ! on ne connaît pas le divorce au village ! et, comme elles disent,\non n'achète pas un bœuf pour un taureau !\n    Lourdes dévotes, pour se donner contenance, elles manipulent des mis­\nsels graisseux imprimés en caractères d'abécédaires à l'intention de ces\nliseuses ânonnantes et leurs doigts gourds défilent machinalement des cha­\npelets de buis.\n    Il nous fallait passer, couple intrus, entre la procession des femmes et\nl'immobile carré des regardants. Appariés, nous déréglions la commu­\nnauté; nous manquions à l'édifiante séparation des jupes et des blouses.\n    Surpris par notre présence insolite et presque dévergondée, on nous\ndévisagea, à droite et à gauche, d'un air torve et pantois.\n    Cette confrontation ne dura que quelques secondes; en me la rappelant,\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "                                   —   10 —\n\n\nj'en ai froid jusqu'aux moelles; mais j'en regrette la délicieuse angoisse et le\ncharme pervers. Ce monde m'était plus affectif que sinistre.\n   Massés sur le mamelon au pied de l'arbre, affriolés au passage de leurs\npataudes, n'est-ce pas que ces laboureurs en parade dégageaient un fluide\nplus impérieux et plus magnétique que les grands chênes de tout à l'heure ?\n   J'augurai d'emblée leur solidarité dans n'importe quelle entreprise, et un\nterrible danger pour moi; mais surtout pour toi, trop désirable citadine !\nSans doute, avant d'arriver jusqu'à toi, ils me passeraient sur le corps.\nMais après ? En se dédommageant de leur longue continence, en se dégor­\ngeant jusqu'au soulas, ils assouviraient du même coup leur haine contre la\ncité... Eh bien, sous la menace d'une catastrophe, je refusais d'abhorrer\nles prochains ravisseurs.\n   Aberration, détraquement, monstruosité; appelle cela du nom que tu\nvoudras, mais je jure que, durant ces minutes climatériques, je ne t'aimai\nplus qu'en eux; oui, dans mon for intime je leur savais gré de te trouver à\nleur goût; misérable que j'étais, la perspective de la consécration suprême,\noui, de la tragique et dernière consécration de ta beauté, par ces connais­\nseurs expéditifs, au prix de mon sang, au prix de notre sang et de tout le\nreste, m'ouvrait je ne sais quelle perspective de criminelle béatitude... Par­\ndonne-moi la révélation d'une faiblesse aussi irrémissible que le vertige !...\n   Par un étrange dédoublement de la conscience ou par la force de l'habi­\ntude et du préjugé, mon allure et mes dehors réagissaient de leur mieux\ncontre le mental abandon de ce que je croyais posséder de plus précieux\nau monde. Rien ne transpira de cette préméditation. Ma conduite continua\nde démentir ma pensée. Combien emprunté et menteur mon air de supé­\nriorité et de bravade en présence de tous ces rustauds déterminés, gaillards\ndu premier mouvement, buttés dans leur frénésie charnelle, qu'une impul­\nsion, oh! un rien d'impulsion, un geste, un pas de l'un d'eux, précipiterait\ntout d'un bloc vers l'attentat !\n   J'essayais de leur en vouloir et n'y parvenais pas; au fond, j'étais presque\nhumilié et chagrin de me sentir confondu dans leur générale réprobation\ndes gens de la ville.\n   Pour tout dire, la fin de l'aventure me porterait à croire que je ne parvins\npas à leur donner le change sur mes sentiments, qu'ils ne furent pas dupes\nde ma crânerie, et que s'ils feignirent de se laisser prendre à mon abord\nrésistant et agressif et de s'en laisser imposer, ils lurent et sentirent combien\nétroitement je tenais pour eux, combien indélébile se révélait notre commu­\nnion.\n   Pour toi, comme pour n'importe quel profane, je devais avoir l'air de\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "                                   — 11 —\n\n\nles tenir en respect et de les pétrifier sur place. Tu sais à présent à quoi\nt'en tenir sur l'héroïsme de ton chevalier ! A la vérité, loin de méduser ces\nblousiers, le regard que j'opposais au choc de leurs prunelles, à la fois\nlubrifiées par la luxure et enflammées par une promesse de carnage, les\nflattait et les suppliait.\n    Quant aux paroissiennes, furieuses de voir se détourner à ton profit\nl'attention des plantureux garçons, elles nous témoignèrent peut-être des\nsentiments moins équivoques; leurs physionomies mafflues exprimaient\nune haine sans mélange. Leurs sourires pincés, leurs clins d'œil, obliques\nluisardaient comme des braises.\n    Sois sûre, pauvre amie, que si mes pronostics se fussent réalisés, jalouses,\nces Katto, safres comme des chiennes, n'auraient jamais permis à leurs Jann\nragoûtants de te posséder vivante. Aussi, tu baissas la tête sous l'anathème\nde ces prunelles !\n    Ce qui m'entraînerait décidément à supposer que les villageois nous épar­\ngnèrent parce qu'ils flairaient mon faible pour eux, c'est qu'à mon simu­\nlacre de défi quelques-uns des blousiers répondirent en me tirant ironique­\nment leur casquette. « Sois tranquille, avaient-ils l'air d'insinuer, nous te\nconnaissons, mon beau monsieur. Faux citadin, âme rurale, transfuge\nrepenti ! Au besoin, plutôt que de nous contrarier, tu nous prêterais main-\nforte et tu ferais notre jeu; car en toi commande notre race, bouillonne\nnotre sang et couve notre humeur ».\n    A peine les eûmes-nous dépassés, en leur tournant le dos, qu'ils nous\ngratifièrent de quelques quolibets soulignés par des rires égrillards.\n    Aussi, tu pus croire que je les avais réellement matés\n    Seule, une terrienne plus effrontée que les autres, encouragée et poussée\npar ses compagnes, se détacha de la file en courant, nous rejoignit, se tint\nen travers de notre route et avisant la brassée de bruyères que tu avais\ncueillie, nous décocha cette boutade plus gracieuse qu'offensive :\n    — La petite signorine, prenez garde que les abeilles de Campine ne\nviennent vous réclamer tout à l'heure les fleurs que vous leur dérobez !\n    Et elle s'en retourna, plus interloquée que nous, ce qui n'empêcha pas la\ngalerie de l'accueillir à son retour par des vivats et des effusions de gestes;\n convaincus que la pataude nous avait gratifiés d'une de ces énormités\nqu'engraisse et que farcit la langue flamande. Quelques grasses huées\n furent lancées sur nos talons par acquit de conscience.\n    Hors de danger, nous n'échangeâmes pas un mot.\n    Plutôt troublé que gêné, sans la moindre rancune contre ces rustauds,\n je m'abstins de te parler de l'incident, craignant autant d'épiloguer sur leur\n licence, que d'avouer ma blâmable partialité à leur égard.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2717, "texte": "                                        12\n\n\n      — Franchement, me disais-je, elle n'a pas à se plaindre ! Les lurons sont\n   restés platoniques tout de même ! Ils lui devaient un hommage, et tant pis\n   si l'expression en est un peu crue !\n      Et, pour rester sincère, j'avouerai qu'il y eut chez moi, après l'inoffen­\n   sive issue de cette aventure, plus de déconvenue que de soulagement.\n      Il recommençait de tomber une tiède et intermittente pluie d'orage, d'un\n  orage honteux et contraint. Tout ce que notre terre contient de désir morne\n  et refoulé, de leurre poursuivi et d'amour éludé, de forces aux prises avec\n  l'inertie, se résumait, à cette heure, dans ces solitudes, dans la cloche qui\n  balbutiait l'angelus de midi, dans la terre qui suait, dans cette chaleur\n  blanche comme certaines colères, dans les arbres flagellés par l'ondée et ne\n  cessant d'expirer leurs sèves sans parvenir à en saturer l'impassible, l'impla­\n  cable espace, mais surtout dans notre accablant silence trahissant une gêne\n  réciproque, et mettant entre nous un secret ou plutôt une sécrétion.\n     Sans souci des représailles annoncées par la terrienne, pour te donner\n contenance, tu complétais ta moisson d'améthystes fleuries. Que craindre\n encore ? Un essaim d'abeilles autrement farouches et gloutonnes t'avait\n guignée et menacée là-bas, au tournant du cimetière.\n     Tacitement nous prîmes un autre chemin pour regagner la grand'route\n banale et le non moins banal railway.\n     En retournant sur nos pas, nous n'aurions plus trouvé, assemblés au car­\nrefour, tes inquiétants admirateurs... Pourquoi éprouvais-je le besoin de\n mettre des lieues entre nous et le tilleul de Zoersel ? Plus nous nous en\néloignions, plus l'arbre tutélaire et sa nichée de rustres florissants m'ob­\nstruaient la mémoire.\n    Et, durant toute cette journée de pathétique villégiature, tant au départ\nqu'au retour, la nature panthée fut de connivence avec nous, ou mieux, elle\n nous tourmenta de son malaise, de sa crise, de sa passion sourde qui n'écla­\ntait pas.\n    Et nous nous boudions, par contagion, comme le soleil boudait la terre;\net nous aspirions à je ne sais quel redoutable inconnu !\n    Hélas, pauvres nous, venus dans cette contrée vivifiante pour y ragoûter\nnotre mutuelle tendresse, sentions s'y fondre, s'y anéantir, tout ce qui nous\nrestait d'ardeur l'un pour l'autre ! Nous ne nous suffisions plus\n    Le souvenir d'un stupide article de journal ! Telle l'origine de notre ina­\nvouable malentendu.\n    Les éléments avaient pris un malin plaisir à entretenir, d'heure en\nheure, ce germe de dissentiment, en me suggérant, dès la descente du tram,\nune anormale et pernicieuse admiration pour les destructeurs,\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "                                       13\n\n   L'aspect sous lequel s'annonça leur contrée justifia leur excessive origina­\nlité. Sous peine de discordance, c'était bien ainsi que devaient se comporter\nenvers les civilisés, les terriens de ce terroir ! Ils ne pouvaient mentir à leur\nmilieu farouche et hallucinant.\n   L'après-midi déclinait lorsque nous nous aventurâmes dans la vaste\n« Bruyère des Vanneaux ».\n   Il avait fait, je ne saurais assez insister sur ce point, gris, opaque et\nénervant, tout le jour, avec des éclaircies ambiguës, des sourires faux, des\nrages en dedans. La température affectait des accablements et des suffoca­\ntions, comme d'un cœur qui voudrait s'ouvrir mais qui n'ose, et qui se dis­\nsout faute de s'épancher.\n   Et voilà que, tout à coup, le soleil boudeur et taquin, las de son jeu\ncruel et de ses éternelles refuites, sur le point de quitter l'horizon, se décida\nà en finir une bonne fois avec sa victime et, déchirant enfin sa tunique de\nnuages, vautra la plaine navrée, mit l'horizon à feu et à sang, consomma\nson rouge viol.\n   Alors seulement, chère ange, débarrassé de mon idée fixe, de ma délétère\nobsession, je te jetai à la dérobée un regard réconcilié, un regard de com­\npassion et de tendresse, tandis que la bruyère t'éclaboussait de ses rubis.....\n   Et ce fut comme si quelque victime d'expiation venait d'être livrée à ta\nplace, aux amoureux en peine, sous le tilleul fatidique.\n\n                                                   GEORGES EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 22, "titre_corps": "Fleurs de serre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "FLEURS DE SERRE", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PROSES LYRIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "FLEURS DE SERRE\n                                      POÈME\n                                                                        A IWAN GlLKIN.\n                                           1\n\n                                                  On a bien vu des rois épouser des bergères.\n                                                                          (Siècles passés.)\n\n  Une légère vapeur aromatique enveloppe la clairière automnale. Dans le lointain, au\ndessus de la cime des arbres, se dresse la haute tour du manoir de la princesse GISÈLE\ndans l'incendie de l'Astre qui se couche. MADELINE, belle d'une beauté fraîche et chaude,\nseule, son bâton à la main, vers le château s'avance, indécise et, par instants s'arrête.\nAlors frissonnante, elle balbutie une prière, mais là-bas invinciblement ses yeux sont\nattirés par les flamboyantes verrières du manoir, et elle reprend sa marche. Elle parle\nlentement :\n                  Toujours le même rêve, et la tentation.\n                  Effacez de mes yeux fervents la vision\n                  Attirante, et le fol orgueil qui me convie.\n                  Mon Dieu ! délivrez-moi du Démon de l'Envie !\n                  Qui viendra m'arracher aux griffes du Malin ?\n                  Oh ! l'ombre de jadis en mes yeux, et le lin\n                  M'habillant de candeur, et mes mains en prières !\n\n                  L'ardente vision refleurit mes paupières :\n                  C'en est assez des champs et de l'humilité,\n                  Je me sens belle. En moi s'éveille ma beauté :\n                  Je veux savoir les longs triomphes et les fêtes\n                  Et la paresse des voluptés satisfaites\n                  Et la langueur des chants d'amour, et les festins.\n                  Et l'âpre royauté de mes regards      hautains,\n                  Et l'orgueil, et la joie, et toute la féerie\n                  Des parfums de mes yeux et de ma chair fleurie.\n\n                  Quand celle qui chassait le cerf dans nos forêts\n                  A passé, j'ai connu le désir d'être auprès,\n                  Comme ses fauconniers et ses pages imberbes\n                  Qui, suivant à cheval parmi les hautes herbes,\n                  Boivent l'ivresse molle au vent de ses cheveux.\n\n                   Tout mon rêve est de vivre auprès d'Elle !\n\n                                                             Je veux\n                   De mes doigts fraternels ignorés des luxures\n                   A son front pur tresser de candides  parures,\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "                    —   15   —\n\n\nEt sous ma lèvre humide aux longs baisers pieux\nEteindre chaque soir le foyer de ses yeux,\nClairs et frêles miroirs amoureux, d'où ruisselle\nL'épanouissement de ma beauté nouvelle.\n\n\n Ma pauvre âme engourdie et morne de jadis,\n Comme un juste qu'un ange éveille au Paradis,\n Vois : sur un char de nacre enguirlandé de roses.\nPar les jardins de gloire et les apothéoses\nJe m'en viens toute nue, et, pâle, le soleil\nDe ses baisers mourants effleure mon orteil.\n Oui ! je suis la plus belle, avec la chasseresse;\nElle aussi sur mon char à mon côté se dresse\nEt son corps impassible est blanc comme le lait.\nOui ! son regard si calme et si fier m'appelait\nSa sœur, oui ! son regard de sœur tendre et de reine\nImpérieuse dont le prestige     m'entraîne\n Vers l'étreinte de ses bras de lys !\n\n\n                                   O baisers\nDe sa lèvre promise, ô baisers jalousés\nDont la chaude fureur me pénètre et m'embrase,\nEnlacements de corps passionnés,   extase\nDe mes yeux assoupis dans ses yeux,     volupté\nDe m'endormir parmi l'arôme souhaité\nEt l'ombrage de sa chevelure profonde !\n\n\nMaîtresse aux cheveux noirs dont je suis la Sœur blonde,\nJe saurai le secret de contenter tes sens\nEt de mettre en ma voix la saveur de l'encens\nQui prie, et dont la lente ascension emporte\nL'âme grisée, ouvrant aux yeux pâmés la porte\nDu palais sidéral des gloires de l'Amour,\nJe partirai. Je sens que la lumière autour\nDe mon corps, c'est un peu de Toi qui m'environne,\nClair flambeau de mes yeux ! Je ceindrai la couronne\nDe myrte, et je viendrai, je te tendrai les bras;\nToi, de sentir ton cœur ému, tu comprendras,\nCar déjà le désir obsédant te tourmente\nSans doute, et tu veux voir ta Sœur et ton Amante\nQui de ses doigts légers effarant tes Ennuis,\nLumineuse, adoucit l'angoisse de tes nuits.\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "                                        — 16 —\n\n\n                                             2\n                                                         With insatiable eyes that kindle\n                                                         And insatiable mouth that feeds.\n                                                                               SWINBURNE.\n\n   Une salle haute dans le manoir. MADELINE et GISÈLE, enlacées encore, perdues dans un\ndemi sommeil, sur les coussins de brocart du trône ancestral, blasonné. Sur les gradins,\ndeux enfants blonds, roses et déjà pensifs chantent en frôlant de leurs doigts distraits l'un\nsa mandore, l'autre son théorbe. Ce sont les deux pages de seize ans : CONRAD et VALÈRE,\npareils à des chérubins savoureux et pervers. Les croisées entr'ouvertes laissent pénétrer\nles effluves de la soirée tombante.\n\n                                         CONRAD\n\n             La douce nuit descend. Le jour brûlant recule.\n             Mon cœur s'alanguit des langueurs du crépuscule.\n\n                                         VALÈRE\n\n             Je ne vis plus qu'en Toi. Mes sens sont épuisés.\n             Tes baisers ont sucé le sang de mes baisers.\n\n                                         CONRAD\n\n             Je veux boire la vie à ta lèvre vibrante :\n              Ta bouche est le fruit mûr et la fleur odorante.\n\n                                         VALÈRE\n\n              Vers ta gorge d'orgueil montent mes oraisons :\n              Ta peau blanche est la fleur des blanches floraisons.\n\n                                         CONRAD\n\n             Mes prunelles devant tes splendeurs      dévoilées\n             Comme par un soleil de chair sont        aveuglées.\n\n                                         VALÈRE\n\n             La lente pâmoison a fait courber nos fronts,\n             Mais, belles de désirs nouveaux, nous renaîtrons.\n\n                                       MADELINE\n\n             Je suis la fleur des champs et le lys des vallées !\n\n                                        VALÈRE\n\n             La brise s'éparpille en babils embaumés\n             Doux comme nos baisers alanguis et pâmés.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "                              17\n                          CONRAD\n\n Moins pure la senteur des puissantes corolles\n Que les ensorcelants parfums de tes paroles.\n\n                          VALÈRE\n\n J'aspire, les yeux clos, l'arôme des forêts\n Qui s'endorment, parmi tes cheveux lourds et frais.\n\n                          CONRAD\n\n Du satin de tes seins pétri de tubéreuses\n S'exhalent des odeurs molles et savoureuses.\n\n                          VALÈRE\n\n Tes larges yeux bleu sombre ont des éclairs      soudains\n Chargés de voluptés chaudes et de dédains.\n\n                         CONRAD\n\n Ma lèvre qui flamboie et que l'amour altère\n T'apprendra la luxure inerte et le mystère.\n\n                          GISÈLE\n\nJe suis la fleur de sang des bizarres jardins !\n\nEnfants, cessez vos chants. Valent-ils les cantiques\nDe mes yeux éperdus à ses yeux extatiques ?\nLes plus beaux chants humains sont muets dans nos cœurs,\nLes mots sonores sont impuissants !\n\n                                   Mes vainqueurs :\nRegards d'ambre et de feu, regards de braise ardente,\nLèvres — et leur salive amère et débordante —\nVous me brûlez dans l'âme, ô regards, ô baisers,\nChevelure d'or vierge aux reflets embrasés,\nBlancheur marmoréenne oit court comme une lave\nTon sang de flammes, Neige et Brasier !\n\n                       MADELIXE\n                                           Ton esclave\nJe veux l'être à jamais, Gisèle ! et je me meurs\nA tes pieds divins dans les spasmes endormeurs\nEt les lentes langueurs des voluptés goûtées;\nL'ivresse de tes chairs mates et veloutées\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "                         — 18 —\n\nIllumine mes yeux, ma livre et mon esprit :\nViens, sois encore à moi ! Ta beauté me fleurit,\nEt de jasmins lascifs tes mains sont parfumées.\n\n                          GISÈLE\n\nJe t' aime ! — Devant ces tendresses affamées\nDont ta langue et tes doigts conduisent le secret,\nQui donc, épris des jougs coutumiers, oserait\nNous blâmer ? — Nos amours comme les fleurs des serres\nOnt de fauves relents subtils. Quand tu m'enserres\nDe ton étreinte souple et nerveuse, je sens\nMa vie entrer en toi. Tes yeux      étourdissants\nM'enlèvent au delà des paradis     d'extases\nOù, parmi les rubis sanglants et les topazes\nQu'endort le jaune oubli des sensualités,\nSe dresse au bord des horizons illimités.\nDans ses grilles d'orgueil, l'Enfer de nos luxures.\n\n                        MADELINE\n\nJe t'aime ! Tes baisers farouches, les morsures\nSavantes de tes dents en feu, rouges de sang,\nOnt l'étrange saveur d'un rêve éblouissant\nDe cruauté suave et de grêles délices.\nDans l'Orient natal à travers les supplices,\nIneffablement purs, par des lacs de douceur,\nLes cygnes de ta voix si blancs dans l'épaisseur\nDes arômes neigeux et vagues, sur leurs ailes\nM'entraînent vers l'espoir de tes claires prunelles.\n\n                          GISÈLE\n\nLaisse-moi reposer ma tête sur tes seins !\nSilence ! endormons-nous dans les bleus et très saints\nTriomphes des ébats touffus ! Car voici l'heure,\nLa tranquille torpeur de la nuit nous effleure\nMélancolique, avec ses sanglots de bouvreuil :\nAh ! pour nous préserver d'un indicible deuil,\nEnfants, chantez encore ! Et toi viens, Madeline,\nViens contre moi, plus près; viens, de ta voix câline\nPlus franche que leurs chants, dissiper mon émoi.\nMais dites-moi des mots d'espoir, rassurez-moi !\n\n                        MADELINE\n\nChère sœur, que crains-tu de la nuit ? Ses ténèbres\nNe nous étreignent pas d'angoisses si funèbres.\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                                       — 19 —\n\n             Vois, au loin d'une lueur d'améthyste et d'or\n             Le ciel profond se teinte, et la lune qui dort\n             Parmi les oreillers de nuages, caresse\n             D'un frôlement d'argent lumineux la paresse\n             Des feuilles, et l'étang s'étoile de regards.\n\n                                        GISÈLE\n\n             Non, j'ai peur ! Dans la nuit je vois des yeux    hagards\n             Dont le dur flamboîment me glace d'épouvante !\n             Enfants, rassurez-moi ! Que votre voix invente\n             Des mots qui fassent croire au désir de l'espoir.\n             Mais l'espoir même est vain ! et dans l'effroi du soir\n             Dans l'oubli de ma honte et dans la solitude\n             J'irai bercer l'horreur de mon inquiétude !\n\n\n                                           3\n                                        Un amour qui n'est plus le bonbeur d'aimer en ignorance,\n                                      un amour qui n'est plus l'amour de l'amour.\n                                                                     J. BARBEY D'AURÉVILLY.\n\n  C'est par une claire journée de printemps, en une salle tendue de tapisseries armoriées,\nMADELINE, songeuse et grave, en tête-à-tête avec CONRAD, rougissant et de la flamme aux\nyeux.\n\n                                      MADELINE\n\n             Bel innocent d'amour, des mépris et des larmes\n             Tu dois tout ignorer; tu ne sais que les charmes\n             De ton adolescence et de tes jeux     d'enfant;\n             Tu ne sais ni les cœurs froissés ni l'étouffant\n             Remords d'avoir flétri la fraîcheur de ses rêves;\n             C'est tout un matinal printemps, lorsque tu lèves\n             Sur les deuils de mon cœur tes regards de clarté;\n             Tu m'inondes d'aurore et de sérénité;\n             Ta naissante jeunesse est faite de lumière\n             Et je chéris en toi l'illusion première,\n             L'ardente illusion des baisers de candeur.\n             Rien de pur qui soit vrai, pas même en la pudeur\n             Des puérils désirs, c'est pourquoi je t'envie,\n             Toi que n'ont pas fané les hontes de la vie,\n             Diaphane et vermeil comme une aube d'avril,\n             D'être l'orgueil natif des parfums en exil\n             Et le divin espoir des roses frémissantes.\n             Pourquoi, céleste enfant, se peut-il que tu sentes\n             Le frisson glacial des vulgaires amours ?\n             Crains l'amour qui ternit l'ineffable velours\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "                            20\n\n\n\nDe l'âme en fleurs. l'amour qui dessèche et qui blesse;\nRedoute les conseils pervers de la mollesse.\nDont la trompeuse voix sait voiler les dangers.\nEt l'essor énervant des songes mensongers.\n\n\n                         CONRAD\n\nNon, je n'ai rien à craindre, à présent que je t'aime !\n Ton beau regard est l'eau lustrale du baptême\nMystique, ton regard épanouit mon cœur,\nEt l'accent de ta voix ne peut être moqueur !\nL'indomptable souci de mon amour m'absorbe;\nSous les chants radieux et fiers de mon théorbe,\nLa lente majesté du cantique assidu\nEt les rhythmes d'airain, n'as-tu pas entendu\nLes appels déchirants des notes convulsées ?\nJe ne puis comprimer l'ardeur de mes pensées\nNi, quand je le voudrais, les détourner de toi :\nOui, même malgré moi, je faims ! C'est pourquoi,\nMadeline, je viens à toi, les mains fleuries\nDu lys agonisant des pâles songeries.\nImplorer en pitié tes lèvres et tes     yeux;\nNe les refuse pas à mon cœur anxieux :\nC'est le désir brûlant des étreintes charnelles,\nLe besoin instinctif de tendresses nouvelles,\nLa douce floraison des parfums de ton sang,\nLe vin voluptueux de ce rêve incessant\nD'être à toi, d'être en toi ! qui m'illumine l'âme.\n\n\n                        MADELINE\n\nCher enfant, c'est l'amour de l'amour qui t'enflamme,\nC'est l'âge. Puisqu'en toi la voix des fabuleux\nMirages a versé le désir des yeux bleus\nEt l'inutile espoir de l'ivresse assouvie,\nSache que c'est le piège éternel de la vie;\nBien peu l'ont évité, qui seuls furent les forts.\nTu veux te consumer en d'inféconds efforts\nPour le frisson des corps et l'extase des lèvres :\nVa, garde plutôt la chasteté de tes fièvres,\nDemeure droit et seul, fervent dans la fierté\nDu rêve, et, dédaigneux de la réalité.\nEt pourquoi parler tant ? L'Amour est le seul maître\nJe parle en vain. Ton cœur est soumis, et peut-être\nMes paroles ne font qu'augmenter ton désir !\nMais Celle que tes vœux, enfant ! doivent choisir\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "                            21\n\n\nEst vierge, comme toi, de mensonge et de honte,\nEt son cœur, inquiet des îles d'or, affronte\nPour la première fois la mer des passions.\nElle vouera, propice, à tes effusions\nSes bras de fiancée et leur royale étreinte,\nEt ses yeux printaniers sans remords et sans crainte\nFleuriront de baisers candides et soyeux\nLe matin triomphal qui s'éveille en tes yeux.\n\nPour moi, j'achèverai ma lente destinée :\nJ'appartiens à Gisèle, et je suis condamnée\nA ne plus écouter les hymnes de ces voix\nQue mon âme avait mal comprises autrefois,\nPuisqu'elles ne chantaient, dans mes forêts de chênes,\nQue l'idéal bienfait des délices prochaines\nEt la calme fraîcheur des baisers espérés.\nOh ! l'effroyable ardeur des sens exaspérés,\nLes jouissances dont le cœur déchiré souffre\nEt saigne, m'ont plongée au plus épais du gouffre\nOù rampent les remords comme de froids serpents,\nEl m'ont brisée avant l'heure ! Oui je me repens\nDe ces péchés et des erreurs de ma jeunesse,\nMais il ne se peut pas que le rêve renaisse\nEn moi, car je me suis donnée entièrement,\nEt l'amour d'autrefois devient mon châtiment\n\n                        CONRAD\n\nMadeline, tais-toi, c'est assez de blasphèmes !\nPourquoi mentir ainsi ? Je sais bien que tu m'aimes\nEt tes yeux étoiles sont des astres amis.\nJe t'aime, Madeline; et mon cœur est soumis,\nComme l'esclave au maître, à ta toute-puissance !\nC'est l'éveil, l'innocente et sereine naissance\nDe mon cœur attendri de clartés et d'azur,\nL'attente du bonheur impérissable et sûr\nParmi les chers baisers de tes lèvres gourmandes.\n Viens, fuyons ! le veux-tu ! Comme dans les légendes\nNous irons à travers les féeriques halliers\nOu chantent les épithalames       familiers\nDes rossignols blottis dans l'épaisseur des branches;\nSur la mousse moelleuse et dans les lueurs blanches\nDe la lune, pareils aux dieux de ces forêts,\nNous aurons des abris mystérieux et frais\nEt nous vivrons cent ans d'extase et de délires :\nEcoute s'élever dans la langueur des lyres\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 539, "texte": "                                        22\n\n           Séraphiques la voix vaporeuse des soirs,\n           Pleine de frais conseils et d'amoureux    espoirs;\n           Hâtons-nous, il est temps, vers les forêts fleuries !\n\n                                   MADELINE\n\n           Je veux boire avec toi le frisson des féeries,\n           Je veux fuir avec toi; je t'aime et sans effroi\n           Je me donne ! Fuyons, car je t'aime, ô mon Roi !\n                                                       ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 22, "page_fin": 25, "titre_corps": "Proses lyriques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PROSES LYRIQUES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 539, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "PROSES LYRIQUES\n                                          1\n\n                        D'UN MAITRE INCONNU\n                                                                   A IWAN GlLKIN.\n\n              J'ai vu, je ne saurais plus préciser à quelle époque, chez un\n                collectionneur monomane et très pauvre, espèce de Pons\n                florentin, un tableau dont l'image indélébile s'est fixée en ma\n                mémoire, — une peinture obsédante et tragique, empreinte\ntoute de fièvre, de froide démence, sillonnée de lueurs sulfureuses et mau­\ndites, d'éclairs farouches...\n   Pourquoi vous redirais-je le nom du prodigieux et génial artiste, puis­\nqu'il est profondément inconnu, a végété sa brève et saturnienne existence\ndans des bas-fonds putrides, parmi la canaille. Je respecte trop les honnêtes\ngens qui me font l'honneur — imprévu — de me lire pour scandaliser leur\ndélicatesse en les entretenant d'un monsieur, — d'un homme, — aussi mal\nélevé.\n\n   Une chambre soyeuse, un boudoir élégant où d'exotiques parfums\ntraînent, — tendre, mauve, garni d'objets caressants à la vue et au toucher,\nsuavement lumineux à l'avant-plan, — d'un mauve dont le doux et fris­\nsonnant éclat s'amortit peu à peu, — grisailleux et mat, au fond, où s'ouvre\nla porte du cabinet de toilette. On entrevoit, dans les ondes brutales d'une\nflamme de gaz qui siffle, un lavabo d'ébène chargé de fioles, de pinces,\nd'instruments bizarres d'ivoire et d'acier. Le marbre noir du meuble réver­\nbère tout l'attirail de torture d'une mondaine au XIXe siècle.\n   A droite, sous les courtines de satin moiré — mauve, — un lit-divan\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "                                       23\n\n\n fort bas, moelleux. Disloquée, nue complètement, une femme gît-là; elle\n meurt, elle est morte, tuée par deux visibles coups de couteau. Sa blonde\n tête, très fine et pâle, apâlie encore, au nez effilé, à la bouche impertinente,\n aux grands yeux glauques, restés ouverts, — ouverts à quel spectacle,\n maintenant ? — aux larges yeux cernés et meurtris, — sa tête repose sur\n les broderies des oreillers, chiffonnées, à peine. Ses lèvres amincies et\n rebelles se plissent d'un sourire drôle, navré peut-être, joyeux aussi.\n    Mais le corps de cette singulière créature a l'exacte semblance de celui\n d'une poupée ! Sous les omoplates, le carton se devine qui soutient la toile\net celle-ci déjà s'affaisse et se gondole car, sans discontinuer, des béantes\n blessures de l'Androïde, coule le son pur et fauve qui l'animait, — sans\n bruit, il coule au pied du lit. Là, au milieu du tapis, un petit enfant est\nassis, adorable et gai et rose; de ses mains fragiles, fleuries de fossettes, il\nramasse le son pailleté qui dévale et joue, en parsème le parquet aux alen­\ntours. Il bat l'air de ses bras mignons, cherche à attirer l'attention pour\nfaire partager son plaisir, en son langage embryonnaire, se raconte des\nchoses... — Son regard scintille et rit... — Cependant, là-bas, un gentleman\nprestement s'esquive... c'est Alastor, Duc des Ténèbres, —, un très beau,\ntrès fashionable et très chevaleresque Damné. Ses yeux louches et torves le\ndénoncent. Avec des gestes précieux et maniérés il emporte un cœur, — un\ncœur saignant qui tressaute et pantèle...\n   — Enfin, à gauche, deux personnages à l'allure distinguée et patricienne,\nconsidèrent toute cette scène d'un air vague et détaché, mélangé de dédain\nqui s'ignore. Il semble qu'ils échangent de rares et distraites paroles, qu'ils\nconversent avec bien de l'ennui, mais aussi, avec quelle exquise et\ncérémonieuse politesse...\n\n                                       2\n\n                                BARATHRE\n\n   J'errais dans un paysage de cauchemar, maléficieusement cerné par de\ncrayeuses roches, — haletant sous l'haleine embrasée, aveuglé par la\nlumière fausse et crue d'un torride soleil d'Apocalypse.\n   Derrière un pli de terrain, j'aperçus tout à coup une excavation béante,\naux bords rectangulaires, ainsi que les murs lisses et sans arêtes d'un canal,\net remplie d'une eau incandescente, épaisse et noire comme de la lave. Et\ncette eau, sans cesse convulsée de remous intérieurs, se crevait pesamment\nà l'apparition d'épouvantables larves à têtes humaines qui, surgies des pro-\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "                                      24\n\nfondeurs, essayaient de s'évader de cet ergastule, de se soustraire à l'atroce\ncaresse des ondes poisseuses.\n   Elles crissaient de leurs ongles le basalte glacé des parois; avec une\nrage grinçante et furibonde, elles s'efforçaient de s'arcbouter à la surface\ndense du bitume, mais il cédait et plus irrémédiablement les enlisait. Et\nd'autres lémures émergeaient constamment, se démenaient pour agripper\nles angles abrupts du gouffre et, entrelacées de haine, elles se déchiraient,\nse griffaient et leurs prunelles médusantes et farouches ardaient d'envie et\nd'un espoir égoïste et crispé... Et une lamentation montait, aiguë et hur­\nlante, une affreuse et rauque clameur...\n   Enivré d'horreur, de pitié, mes lèvres machinales intercédèrent : — Mon\nDieu ! —Ces syllabes fatidiques, à peine proférées, le hideux spectacle s'ef­\nfaça, la rumeur vocératrice s'éteignit... Je rouvris les paupières : La nuit,\npâle de silence, investie soudain d'un manteau roidi de lune et de gel, —\nsous le cruel et bleuissant acier du firmament, — au milieu du vide effroi\nde l'étendue élargie, la face tournée vers le Levant, se profilait la sèche\net nette silhouette d'une statue de bronze, dont les yeux vivants et seuls\nvisibles dans l'ombre, dardaient sur moi un regard méprisant et narquois.\n\n\n                                     3\n\n                       LE FOU RAISONNABLE\n\n   Au rebours de ses pareils, le Fou du Prince des Terres Australes\ndédaignait les concetti vides, les inoffensifs et creux lazzi; ses saillies\ndésordonnées discordaient; ses rires semblaient de haineux grincements de\ndents et chacun de ses mots secrétait un sens profond et redoutable.\n   Il mettait une joie maligne et vindicative — quels corrosifs remords\napaisait-il ainsi ? — à saper la félicité de son jeune Seigneur, à lui démon­\ntrer le précaire de ses pouvoirs régaliens, le risible des pompes royales; il\nabattait et écartelait, vivantes, toutes ses chimères, refoulait ses enthou­\nsiastes et généreuses expansions par d'acerbes et glaciales railleries. Et le\nsouverain gémissait, en son cœur, des moqueries acariâtres de son bouffon,\ncar il l'aimait le sachant accessible aux plus nobles pensées et que ses\nsarcasmes ne dénonçaient point une stupide ignorance.\n   Les poètes de la cour, — en cet utopique pays, d'authentiques et altiers\npoètes, — surtout, servaient de cible aux brocards acérés du cynique.\n  — Je suis plus poète que vous tous, affirmait-il effrontément, car ces\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2130, "texte": "                                       25\n\n\nchansonnettes dont vous fatiguez le papier, je suis las de les entendre et,\nmême, j'ai souvent songé des songes qui terrifieraient vos timides muses\nauliques, — mais je les garde pour moi seul !\n   — Le jour de la Fête fleurie de l'Orient, le Prince, environné des hauts\ndignitaires et de ses vassaux, écoutait la lecture de l'œuvre récente de son\nartiste favori, — d'une beauté surprenante et sans rivale. A la chute du\ndernier vers, saisie d'une espèce de torpeur admirative et ravie, l'illustre\nassemblée ne donna aucun applaudissement. Au milieu du silence général,\nle Fou, lui, étendu jusqu'alors au pied du trône, se releva et écartant, d'un\ngeste présomptueux, les chambellans, après un éclat de rire provocateur et\nsauvage, rempli du plus extravagant mépris, disparut derrière les lourdes\ntentures agitées.\n   Un blême nuage de fureur passa sur le front et dans les yeux du\nMonarque, arraché à son ivresse : la mort de l'incorrigible trouble-fête fut\ndécrétée en son âme...\n   — A l'origine de sa délivrance, le Prince vécut heureux d'un bonheur par­\nfait : il n'entendrait plus l'organe odieux, les ricanements, il ne subirait plus\nles aigres grimaces, les parodies enfiellées de cet éternel rabat-joie; rien\nn'avilirait, dorénavant, ses plaisirs et l'harmonieuse paix de son auguste\nexistence; chaque matin, il se congratulait de son opportune et libératrice\ncruauté.\n   Cependant, peu à peu et inexplicablement, une morosité sans nom l'as­\nservissait, — une amère, déprimante et uniforme tristesse, sans motif et sans\nbut et envenimée encore, par l'appréhension de voir renaître sa native férocité\nautrefois vaincue.\n   Retiré, de plus en plus, comme un craintif et soupçonneux tyran, loin\ndes salles d'apparat et de représentation, parmi les appartements hermé­\ntiques, solitaires et perdus de la Demeure Interdite, en proie à on ne savait\nquelle nostalgie taciturne, il mourut enfin, quelques mois après cet événe­\nment, — sans avoir rompu l'impénétrable mutisme qu'il paraissait s'être,\ndésormais, imposé.\n                                                    ARNOLD GOFFIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 26, "page_fin": 29, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", 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buvez-les, car je comprends enfin\nL'ivresse des martyrs amoureux de leurs flèches.\n\nO tout mon sang, toutes mes roses, mes sanglots,\nElancez-vous, ma chair ! vers les étoiles sourdes,\nEt chantez mon enfance éternelle à longs flots,\nVous, les baisers futurs dont mes lèvres sont lourdes !\n\nSoyez des inconnus, prenez-moi par la main :\nCouronnez-moi de fleurs chai-mantes et funèbres,\nEt de vos robes d'or éclairant le chemin,\nConduisez-moi, pensifs, vers les bûchers célèbres.\n\n\n                          MENACE\n\nJe vous ai bien aimés, je vous ai bien pleurés,\nLoin de tous, loin de vous, et si loin de moi-même !\nJe sens naître de moi des êtres ignorés\nQui m'enseignent enfin l'amour de ceux que j'aime\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1357, "texte": "                           — 27 —\n\nJe suis déshabillé de l'orgueil, frêle et nu;\nJe regarde le ciel à travers mes mains calmes\nQue joint l'étrange espoir d'un bonheur ingénu\nDans un gouffre d'azur où se baisent des palmes.\n\n\nMais prenez garde, vous, ma gloire et mon souci,\nPrenez garde, vous tous qui m'avez adouci\nJusqu'à cette douceur et cette peur de vivre,\n\n\nDe voir se révolter ce cœur qui vous enivre\nEt la haine en jaillir, comme un glaive irrité\nD'un fourreau de candeur, de joie et de bonté.\n\n\n                         L'ÉTONNÉ\n                      TABLEAU   GOTHIQUE\n\n\n\n\nPâle et fier, dans la cour de marbre du château,\nSous un drapeau que gonfle une bouche invisible,\nMi nu, les bras liés à l'infâme poteau,\nLe bel adolescent reluit comme une cible.\n\n\nSa chair blonde et ses seins puérils et son col\nHâlé d'or qu'un sang vierge et magnifique arrose,\nJaillissent au soleil, fleurs divines, du sol\nOù le rouge drapeau s'achève en ombre rose.\n\n\nDevant lui, quatre archers, groupe agile et fluet,\nGantés de maillots noirs étoiles de flammèches,\nSemblent prêts à danser un cruel menuet,\nPlus cambrés que leurs arcs et plus fins que leurs flèches.\n\n\nSur un haut tribunal, de vieux mages tremblants,\nDes princes cuirassés de bronze, des califes,\nS'offrent, loin du spectacle, avec des gestes lents,\nD'ardents lauriers cueillis dans leurs Généralifes.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "                          — 28 —\n\nAu balcon, dans l'azur triomphal, l'œil lustré,\nLa Dame du supplice en ses habits de joie\nRit de sa bouche aiguë au singe préféré\nQui s'étrangle en tirant sur sa laisse de soie.\n\n\nEt là-bas, tout là-bas, des paysages bleus,\nLe ciel tendre, égayé de frêles    tourterelles,\nOù sur l'orbe enfantin d'un couchant fabuleux\nLe château des sept tours aiguise ses tourelles.\n\n\nEnfin, là-haut, avec leur plumage d'argent\nBleu, vert, soufre, lilas, des archanges fidèles\nAux suprêmes lueurs du soleil indulgent\nAllument en jouant leur doux arc-en-ciel d'ailes.\n\n\nLe bel adolescent se hérisse de traits :\nMais personne, ni les califes ni les princes,\nNi les mages vieillots, ni les archers distraits,\nNi là-haut, dans l'azur, la Dame aux lèvres minces,\n\n\nNe regarde mûrir comme un fruit      douloureux\nCe corps splendide, élu pour des amours royales,\nNi dans la cour en fête et le soir langoureux\nVibrer l'obscur essor des flèches déloyales.\n\n\nLes archers, comme lui jeunes et caressants,\nNe songent même pas à punir une offense :\nIls sont simples et bons, ce sont les beaux enfants\nQui se mêlaient naguère aux jeux de son enfance.\n\n\nLes mages, les docteurs, les califes, les rois,\nAutour de son berceau courbèrent leur puissance,\nEt venus d'Orient sur de lourds palefrois\nBaisèrent ses pieds nus le jour de sa naissance.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "                                     29\n\n\n   La Dame qui sourit à ce long soir d'été\n   A trop soin du salut de sa vie éternelle\n   Et de sa gloire en Dieu pour n'avoir pas été\n   Envers l'enfant martyr câline et maternelle.\n\n   Et le naïf bouquet des anges dans l'azur,\n   Pays d'ailes, jardin de lumière, île errante,\n   Fait neiger et chanter à travers le ciel pur\n   Un trésor ingénu de joie indifférente.\n\n   Et l'âme de l'enfant caressant et soumis,\n   Qui ne se reprend pas quand elle s'est donnée,\n   Vers de futurs tourments et de nouveaux amis\n   S'envole, sans souffrance et sans haine, étonnée.\n\n                                                        A L B E R T GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 32, "titre_corps": "Dans le rêve : Les Sirènes", "titre_sommaire": "Dans le rêve", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Destrée", "ancre_debut": "DANS LE RÊVE", "ancre_fin": "GEORGES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE PHOQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 709, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "DANS LE RÊVE\n                       4.        LES SIRÈNES\n                                                    A    MONSIEUR ALBERT   GIRAUD.\n\n\n\n             La nuit. — Passent très lents, au clair ciel de printemps — les\n               albes et grands nuages éblouissants en leurs masses lourdes\n              arrondies, porteurs de vagues visions de formes démesurées,\n              — torses énormes, bras et jambes musclés — masques farou­\nches aux longues barbes ruisselantes — incertaines, changeantes visions\névocatrices de la silencieuse et grande armée des blancs géants, marchant\nà l'assaut du Walhall. La terre repose, reflétant les pâleurs du ciel, et sur les\nprairies bleues adoucies, la rosée resplendit en perles brillantes, aux tiges\ndes herbes endormies.\n   Au travers les champs et les près, le vieux Rhin coule ses eaux vertes et\nclaires — en lesquelles glissent et se mirent les nuages — les profonds lacs\nd'azur et le pâle croissant de la lune, s'élargissant dans l'eau et qui monte\net descend suivant l'ondulant mouvement des flots, qui s'écoulent rapides\net chantent et se plaignent et tendrement murmurent en s'enfuyant.\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "                                  — 30 —\n\n\n   Au loin, dort la ville gothique, grise et bleue vaguement — avec les lignes\nindécises des maisons et des monuments — les rouges lumières vacillantes\nqui brûlent au sommet des tours — les murs noirs et durs du vieux château\nroyal, avec ses ponts levis planant au dessus des abîmes, et dominant tout,\nla flèche hautaine de la cathédrale, s'élançant fièrement et s'effilant sur les\nneiges du ciel.\n   Pas un bruit.— On n'entend que de temps à autre la voix grave et lourde\nde l'horloge de fer, proclamant lentement les heures sur la ville assoupie et\nle vague attirant murmure des flots qui s'élèvent et s'abaissent et glissent et\ns'éloignent infatigables vers d'autres contrées. — Les blancs nuages passent\nplus lents au ciel et doucement se séparent et s'arrêtent, découvrant en une\néchancrure le pur azur au milieu duquel veille une lune recourbée — telle\nune galère d'or en un lac immobile, entouré de montagnes de neige.\n\n   Ou la route blanche se perd là-bas dans la nuit — le bruit répété des pas\nd'un cheval, en même temps que les sons joyeux, lointains, d'un refrain\nchanté par la voix d'un jeune homme; — rapidement, il se rapproche sui­\nvant la route et bientôt arrive auprès dufleuve.— C'est un chevalier guerrier,\nd'une armure d'acier revêtu et qui chante à la joie de revoir tantôt sa ville\nchérie, sa maison et ses gens, et la fière dame, son amie, dont les doux yeux\nont tant pleuré, quand il s'en alla pour la guerre. Il a relevé la visière de\nson heaume, découvrant son jeune visage, et un grand oiseau de fer étend\nses ailes au cimier de son casque et semble voler par dessus lui, quand il\nchevauche. Et voici que le chevalier a laissé tomber sa chanson; — il a\nsaisi la corne d'ivoire appendue à son col et gaiement sonne la claire fanfare\nqui vibre et longuement là-bas résonne contre les hauts remparts.\n   Mais quoi donc alors en la rivière. — Le jeune homme arrête son cheval\nau bord du fleuve et pour mieux voir, abrite les yeux de sa main lourde,\ngantée de fer. Aux clairs éclats du cor sonnant d'or, s'agitent et se gonflent\nles eaux au milieu du fleuve. — Elles tournent et bouillonnent, s'entr'ouvrent\net soudain apparaissent les trois sirènes, filles du Rhin, enlacées. Elles\nnagent et glissent, idéales en les eaux claires qui ruissellent en innombra­\nbles gouttelettes sur leur éclatante poitrine et passent au travers de leur\nbrune chevelure, sans la mouiller. Les tournoyants battements convulsifs\nde leur queue écaillée font écumer et blanchir les eaux qui semblent les\nsuivre et les vêtir d'un étonnant tourbillon de neige. — Leurs grands yeux\nbrillent, leurs lèvres rouges sourient — et leurs cheveux bruns flottent\ndénoués, parés de larges fleurs incarnadines. Et légères, elles plongent au\ntravers des flots clairs, et fendent rapides, l'eau limpide qui s'amollit et\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "                                  — 31 —\n\nfrémit au baiser fugitif de leurs seins provocants, et douce, s'adoucit aux\nmolles caresses de leurs croupes. Elles rient; — et les perles de leur rire,\nbrillent et s'égrènent, et font comme une cascade cristalline, bientôt melée,\névanouie en le doux frémissement des flots. Elles s'approchent et s'éloi­\ngnent et de nouveau s'élancent — et baisent chaque vague qui passe —\nse cherchent et se baisent entre elles; — l'une d'elles chante :\n\n    « Gai chevalier — viens, viens vers nous — les flots s'entr'ouvrent devant\n toi — viens te reposer en nos bras — t'enivrer des caresses des eaux\nsilencieuses — te jouer dans les flots, glisser entre les ondes — t'assoupir\net rêver avec nous des étoiles et des fleurs radieuses, jaillies du pâle sable\n d'or, et qui brillent au nocturne jardin des sirènes.\n    « Retiens nos chants — beau chevalier — vois au fond des eaux les\nrichesses — les palais verts de la Reine avec les rougeâtres rubis tournant,\nsaignants aux sommets sveltes des tourelles — les portes frèles d'émeraude\nde dauphins noirs défendues — les parcs alanguis transparents et bleus,\noù tremblent et serpentent les rivières opalines — et les vagues forêts pro­\nfondes sous lesquelles passent et glissent inquiètes les ondines.\n    « Ah ! viens, fends les flots — hâte-toi jusqu'à nous — nos bras amoureux\nt'entoureront de guirlandes, plus suaves que la fleur des jacinthes et nos\ncorps souples s'enrouleront autour de ton corps fatigué, le berçant et l'exal­\ntant d'inespérés délices; — dans nos yeux bleus tu verras les cieux bienheu­\nreux — le rêve des lunes qui s'y reflète et les profonds abîmes des jouis­\nsances. — A passer au travers de nos cheveux, le vent se parfume et laisse\nflotter autour de nous les capiteux parfums troublant les sens. Au contact\nde jeunes lèvres frémissent et brûlent nos lèvres rouges et chaudes, et\nl'amertume délicieuse de nos bouches insidieuses verse l'oubli des choses\nles plus chères.\n    « Ah ! viens donc, viens fêter et fleurir ta jeunesse aux charmes de nos\nblanches poitrines, laisse tes yeux langoureux s'égarer dans nos yeux — ta\nbouche avide et chaude se coller à nos bouches; vois les flots se presser et\nglisser amoureux autour de nous — les eaux jalouses et douces qui frôlent\net baisent au passage nos seins jeunes et droits — et s'écoulent à regret de\nnos corps en scintillantes gouttelettes diamantines. Prends-nous donc —\nenlace-nous — sur notre passage se dressent et s'ouvrent les fleurs solitaires\net les dragons de flamme, gardiens des royaumes ont pleuré de désir en\nnous voyant; — à notre possession le cœur se dilate — les yeux s'agran­\ndissent — la poitrine se gonfle de voluptés inconnues et l'on défaille sous\nl'étourdissante douceur de nos parfaits enlacements. »\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "                                 — 32 —\n\n     L'eau a soudain jailli sous le sabot du coursier noir — mais l'animal\n s'effare et recule devant le vide. — Éperdu le jeune homme a sauté à bas de\nson cheval et les bras en avant tendus impétueusement s'engage en le fleuve\n— mais alors il s'arrête lui aussi et demeure immobile. — Là-bas — là-bas,\nla voix rauque de l'horloge de fer sonnant fatalement minuit sur la ville\nendormie — un silence — et la plainte du veilleur dans sa corne.\n    Aux premiers sons des cloches de la cathédrale, les sirènes se sont\névanouies, — leur corps s'est tout à coup fondu dans l'eau qui tourbillonne\nencore, écume et fuit rapide emportant au loin, les rouges fleurs de leur\nchevelure. — Et longtemps encore, il écoute anxieux, le cri désespéré\nqu'exhalèrent leurs lèvres en disparaissant.\n    Le chevalier se signe soudain; après une courte prière aux saints ses\npatrons, remonte en selle, et rêveusement, chevauche vers la ville.\n                                                  GEORGES     DESTRÉE.\n Décembre 1888.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 32, "page_fin": 33, "titre_corps": "Le Phoque", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE PHOQUE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA NAISSANCE DE VÉNUS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 1076, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "LE PHOQUE\n             Symbole de ma destinée,\n             Un phoque au regard singulier\n             Ainsi qu'un démon familier\n             Habite ma maison damnée.\n\n            Dans l'appartement angoisseux,\n            Parmi les meubles, les tentures,\n            Les bibelots et les gravures,\n            Son corps ovoïde et poisseux\n\n            Se tord en sursauts de reptile\n            Et pour ce monstrueux ébat\n            Contre le flanc flasque qui bat,\n            Colle la nageoire inutile.\n\n           Mes yeux, que fige la terreur,\n           Au fond de ses prunelles glauques\n           Voient les jeux fous des vagues rauques,\n           Les squales ivres de fureur,\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "                                    33\n\n              Les croûtes plates des limules,\n              De baveux bivalves ouverts\n              Et sous de traîtreux fucus verts\n              De longs lacis de tentacules.\n\n              Monstre, ainsi nagent dans mes yeux\n              Des reflets d'effroyables joies\n              Et la sombre image des proies\n              Qu'engloutit mon cœur vicieux.\n\n              Evadé d'un enfer immonde\n              Je garde irréparablement\n              L'amour affreux et le tourment\n              De ce sinistre et hideux monde.\n\n              Mais au vierge, au sévère azur,\n              Reniant la fange subie,\n              Ne puis-je en mon âme amphibie\n              Offrir un culte neuf et pur ?\n                                                              IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 34, "titre_corps": "La Naissance de Vénus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "LA NAISSANCE DE VÉNUS", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 835, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "LA NAISSANCE DE VÉNUS\n                                         Et versant   les trésors de sa   sérénité\n                                         Et le rayonnement    de sa jeunesse blonde,\n                                         Sur le vieil océan de sa fille enchanté.\n\n                                                             C H A R L E S BAUDELAIRE.\n\n\n\n\n             Ce fut d'abord sur la mer un long frisson d'angoisse — et les\n              ténèbres qui la couvraient encore disparurent. Le brouillard,\n              lentement, se déchira et, quelque temps, une mousseline de\n              vapeurs blanches flotta dans le ciel, s'adoucissant, se fondant.\n  A l'horizon, le soleil sortait des flots épandant ses rougeurs sur l'étendue\ndes eaux et du pâle azur. Les sables des grèves, au lointain, s'illuminaient\nde moires chatoyantes.\n  De petites vagues rosées s'élevèrent peu à peu et coururent follement çà\net là en des sens divers. Parfois un choc, et un clapotis sonore s'élançait\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "                                   — 34 —\n\navec quelques gouttes diamantées. L'air brillait comme si l'Océan eût été en\nfusion, des fleurs s'épanouissaient à la surface; on eût dit que les étoiles\ndisparues constellaient maintenant les cieux d'un bleu mat de turquoise,\nréflétés par l'onde. Et des bouillonnements grandirent, grandirent en des\nmasses écumeuses qui se heurtaient avec furie, hérissant leurs crêtes blan­\nchâtres et retombant avec fracas pour remonter avec plus de violence.\n   Tout droit dans le soleil, tenant le trident de sa main droite, Neptune\naccourait sur son char vermeil, traîné par des dauphins aux écailles\nargentées. De son casque d'or jaillissaient autour de lui des rayons d'or,\nsa robe de pourpre éployée par la rapidité de la course ondulait au vent,\nune barbe abondante tombait sur sa large poitrine, et dans ses yeux verts\nétait reflétée l'immensité de l'Océan.\n   Apparaissait aussi la longue théorie des divinités de la mer et Nérée à la\nbarbe azurée, avec les Néréides, les Harpyes, les Tritons et les Sirènes aux\nvoix charmeresses.\n    Dans l'air où dansait un poudroiement d'or, une fanfare immense jaillit,\néclaboussant l'espace de ses notes claires et joyeuses, pour célébrer l'arrivée\nde Celle que Saturne avait promise.\n    Au son des trompettes sacrées, le Dieu frappa les flots. L'eau s'en­\ntr'ouvrit, et, sur une conque de nacre lumineuse où passaient des reflets de\npourpre, de saphir, d'améthyste et d'émeraude, entourée d'une guirlande\nd'amours roses et blonds qui folâtraient parmi les fleurs, aux chants radieux\ndes Sirènes qui sortaient de la mer, dans sa nudité triomphale, la hanche\nprovocante en la torsion de son corps, la chevelure éparse derrière elle\ncomme un long voile d'or, apparut Vénus, fille de la Mer et de la Lumière.\n Et le Dieu attentif regardait l'aube qui naissait dans les yeux de l'Aphrodite.\n    Sur un char diaphane traîné par des colombes, les Heures la condui­\n sirent vers l'Olympe avec le cortège des Grâces et des Ris, et les mortels\n restaient en extase, oubliant les jours, oubliant le temps, à regarder la trace\n blanche qu'elle avait laissée dans les infinis bleus où elle était disparue.\n    Ce soir-là, dans leur palais, les dieux célébrèrent la venue de celle qui\n devait bouleverser le monde.\n                                               MAURICE DESOMBIAUX"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 35, "titre_corps": "Elagabale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "ELAGABALE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "ELAGABALE\nVers tes lèvres ses jeunes mains\nHièradel implorantes, frèle\nEnfant endormi d'asphodèle\nNimbe et neige de bleus matins.\n\nEn sourire ses yeux de rose\nSes beaux yeux vainqueurs exaucés\nDe tes lèvres et des baisers\nLangoureux comme d'ailes closes.\n\nHièrade ! ses doux bras blancs\nDénoués vers ton cou d'ivoire\nDoux alanguissent leur victoire\nEn suaves enlacements.\n\nVin de rose sa bouche enivre;\nFront qu'adonisent les narcisses,\nTout amour ! et qu'à ses caprices\nUn peu du cœur puisse survivre.\n\nFaible en sa robe de soie mauve\nDe fleurs et de perles semée\nO pierrerie et parfumée\nDe lys, d'hyacinthe et de mauve,\n\nRoi ! divin comme Dyonise\nL'Enfant à la bleue chevelure,\nDélaçant sa lasse parure\nEn tes yeux vaincus agonise.\n                                    VALÈRE G I L L E ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 36, "titre_corps": "Le Rat", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "POÈME EN PROSE LE RAT", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "POÈME EN PROSE\n                                   LE RAT\n\n                Je dormais à ses côtés. Lorsque soudain elle m'éveilla d'un\n                  geste convulsif.\n                    M'a-t-elle passé du bout des doigts l'hallucination de son\n                  cauchemar ? Mais je vois aussitôt, positivement je vois une\nhorrible bête qui glisse sur la courtine du lit.\n    « Vois donc ! C'est un rat ! crie-t-elle. Chasse-le ! Chasse-le ! »\n    Glacé par la frayeur, je ne sais cependant faire le moindre mouvement;\net, je regarde hypnotisé.\n    Le rongeur, dont les yeux sont allumés de feux inassouvis et tranquilles,\ntient les oreilles immobiles et le dos arrondi, comme s'il n'avait rien à\nredouter.\n    « Tue-le ! crie-t-elle. Il me mord. Tue-le ! »\n    J'allais le frapper, lorsque je crus voir, dans la demi-obscurité de l'alcôve,\nle rat s'évanouir par instants, puis aussitôt reparaître comme une vision.\n    « Chère, dis-je alors, enveloppant des bras mon amie, ne crois pas plus\nlongtemps à ton cauchemar. Mais pense à notre jeunesse et à notre amour.\nLa vie ne nous appartient-elle pas ? »\n    Comme je relevai la tête, après m'être oublié dans un long baiser, le rat\navait disparu.\n    Rassurée, elle se rendormit.\n    Mais moi, je veillai, le cerveau troublé, car je sais que toute apparition a\nsa raison secrète.\n    « Cette nuit, me dis-je, la seule pensée de notre jeunesse et de notre\namour a suffi pour écarter la funèbre vision. Mais le rat est toujours là qui\nnous guette. Et bientôt sans doute, bientôt au milieu d'une nuit, nuit plus\nsombre que celle de cette alcôve, le rongeur reparaîtra; nous lui appar­\n tiendrons alors. »\n                                                    H E C T O R CHAINAYE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 38, "titre_corps": "Notre-Dame des Douleurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "NOTRE DAME DES DOULEURS", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS SATAN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "NOTRE-DAME DES DOULEURS\n                                Ce n'est pas devant toi que je me suis prosterné\n                               mais devant toute la souffrance humaine...\n                                       DOSTOIEVSKY. Le Crime et le Châtiment.\n\n\nO sombre soir d'hiver de cette fin de monde !\nLa pluie opiniâtre et le dégel immonde\nPleurent obscurément dans la ville qui dort.\nInconscient et seul, comme on va vers sa mort,\nJ'ai voulu posséder cette triste inconnue\nDans les pauvres et vains secrets de la chair nue,\nEt mes yeux, qui rêvaient d'un paros animé,\nSe disent qu'à présent tout rêve est consommé.\n\nL'éternel vêtement et la douleur fatale\nNous ont fait une chair chrétienne, veule et pâle,\nQui saisit, cependant, sans être la beauté;\nEt malgré les dégoûts d'un amour acheté\nJ'admire en ce moment la femme méprisable\nPour toute la douleur dont sa chair est capable.\nLa douceur des baisers qu'elle donne fait mal :\nEn vain elle ne veut livrer que l'animal,\nSa bonté se réveille avec de sourdes plaintes,\nEt je serre sur moi, dans toutes ses étreintes,\nL'ange prédestiné qu'elle était en naissant.\n\nAinsi je suis vaincu dans ma f ange et mon sang,\nMais qu'on se sent meilleur après cette défaite !\nLa grande illusion que l'âme s'était faite,\nEn égalant son rêve à de jeunes souhaits,\nA vu se révéler, enfin, d'autres secrets.\nMes yeux, pourtant, mes yeux sont pleins de douces larmes,\nJ'ai senti que j'aimais, devant ces sombres charmes,\nEt je sens je ne sais quelle fraternité\nPour cette triste chair qui n'a point résisté.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 577, "texte": "                          — 38 —\n\nAh ! femmes, maintenant brebis ! Troupeau docile\nParqué dans le respect d'un sinistre évangile,\nParmi d'amers plaisirs j'ai découvert en vous\nTout ce qu'auront jamais d'attirant et de doux\nLes vices, la laideur, la fièvre et la folie.\nNoirs calices que ceux dont vous buvez la lie !\nLa nausée et l'ennui d'un délice connu,\nLe peuple lâche et laid, par ses lois contenu,\nAssouvissant sur vous sa haine originelle,\nEt l'inutilité d'une croix éternelle !\n                                           FERNAND    SEVERIN.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 38, "page_fin": 39, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Frères", "ancre_debut": "VERS SATAN", "ancre_fin": "ADOLPHE FRÈRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 577, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "VERS\n                          SATAN\n\n  Père des bons pécheurs, des enfants et des fous\n  Paria charmeur des sanguinaires mémoires\n  Aux Edens consolants pleins de chants illusoires\n  Ange qui nous aima jusqu'à pécher pour nous,\n\n  Puisque le voici, les yeux tristes de nos pleurs,\n  Ses chers yeux tristes de leur éternel sourire,\n  Je veux, Jésus crucifié parmi les fleurs,\n  Par mes lèvres sans haine, en fête du martyre,\n\n  Par le mérite de mes seins purs de la femme,\n  De ma chair résignée à son inanité,\n  Je veux qu'il aille encore aux sentes de clarté,\n  Ses yeux frêles en extase devant son âme,\n\n  Joyeux du chant soyeux de ses ailes de jour\n  Et du ciel où son pâle sourire se mire.\n  — Et Dieu, pour tant d'amour, pour tant de vain      amour,\n  Qu'il lui pardonne enfin d'avoir pu le séduire!\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "                          -   39   -\n\n\n\n                     RENONCEMENT\n\n                                           A   E M I L E VAN   HASSEL.\n\n\n\n\n Nul amour ne m'a guéri d'aimer; et j'ai peur,\n Si lâche pour la vie, et si fier pour l'espoir,\n Hélas ! ne sachant rien, ne voulant rien savoir,\n J'ai peur de trop d'amour en mon si triste cœur !\n\nVa ! Mourir, puisqu'on m'a dit que la vie est vaine,\nClore à jamais mes yeux bleus à vos yeux,       sirènes,\nEt clore à vos voix d'or, en les îles sereines,\nMon rêve au seuil d'aurore orné de marjolaine !\n\n Vers mon Calvaire aimé, tendant mes pâles mains,\nFrêles d'enfance éternelle, par les chemins,\nEclairés de mes yeux où tremble un vol de songes,\n\nAu chant des fidèles baisers ailés de jour\nEt d'or, j'irai, Verbe d'oublis et de mensonges,\nEnseignant aux Humains à pécher par amour.\n\n                                        ADOLPHE FRÈRES."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 40, "titre_corps": "La Chapelle ardente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "LA CHAPELLE ARDENTE", "ancre_fin": "FERNAND ROUSSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CONSOLATRIX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 798, "texte": "LA CHAPELLE ARDENTE\n                                               . A   IWAN GlLKIN.\n\n\nDans la mystérieuse et si frêle chapelle\nDe mon âme sanglote en ses maux lentement\nLa vierge des douleurs et du Renoncement.\nLe silence près d'elle, alangui s'amoncelle.\n\nJe pleure mes désirs aux nefs crucifiés.\nDans le ciboire d'or une rose fanée\nEffeuille la langueur d'une âme résignée.\nLe parvis est pavé de cœurs sacrifiés.\n\nJe serai le doux prêtre appâli de l'Idole,\nLe prêtre énigmatique et triste qui console\nSon cœur que blesse un songe impossible et dolent.\n\nL'autel pacifié d'une froide indolence\nVerra le prêtre frêle en robe de silence\nMornement soulever le ciboire sanglant.\n                                      FERNAND        ROUSSEL.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 41, "titre_corps": "Consolatrix", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "CONSOLATRIX", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 1129, "texte": "CONSOLATRIX\n        Est-ce de tes mains, ô Sirène !\n        De tes mains royales et lasses\n        Ce sommeil enchanteur qui passe\n        Au pauvre cœur las qu'il entraîne ?\n\n        Est-ce de ton front la soyeuse\n        Et calme neige des corolles\n        En l'aime paix des barcarolles\n        Qu'ont les amours silencieuses ?\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "                                 — 41 —\n\n              Est-ce des prunelles mi-closes\n              Où s'exile à jamais ton Rêve,\n              La si blanche, hélas ! et si brève\n              Langueur éclose aux yeux des roses ?\n\n              Est-ce encor de ta lèvre crue\n              Ce parfum de musique mièvre\n              Qu'on sent qui console des fièvres\n              O toi lumineuse apparue !...\n\n              Secourable approche la neige\n              Des pieds lents et mélancoliques\n              Sur l'albe tapis symbolique\n              Des lys que sa blancheur protège.\n\n              L'Ephèbe aux blessures saignantes\n              De sa gracile adolescence\n              Perçoit, parleuses de silence,\n              De douces lèvres odorantes,\n\n              Et voilà que de sommeil ivre\n              Sourit à la chanson berceuse\n              L'enfant triste aux pâleurs joyeuses\n              De ce final oubli de vivre !\n                                                      JEAN BOELS.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 42, "titre_corps": "Chronique musicale : Richilde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 1028, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                               RICHILDE\n\n             Richilde après Milenka, Mathieu après Blockx; après ce lyrique\n              dont l'âme chantante se colore de la vie des paysages, cet ana­\n              lyste, cet abstracteur, ce psychologue à base de clacissisme,\n              dont l'art est moins vivant dans son expression, mais plus\nparfait dans sa technique. L'un fait de la musique qui boit et mange et rit\net pleure et danse; l'autre fait de la musique qui pense, ou plutôt, qui\nréfléchit.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "                                  — 42 —\n\n    La musique, bien qu'elle ait besoin d'être guidée par un cerveau puissant\nqui commande à son expression, la musique est, avant tout, un art de spon­\ntanéité.\n   Chez Mathieu, petit-fils de Voltaire et de Molière, le cerveau tyrannique\nmate l'inspiration qui hésite, se bifurque, s'étoile et se dérobe par une foule\nde petits chemins perdus.\n   Dire qu'un homme aussi raisonneur n'a pas de système, ce serait mal­\nheureusement une exagération.\n   Mathieu a le système de l'éclectisme; celui qui prend un peu à tous et\npartout. C'est le plus mauvais, parce qu'il exclut l'unité et l'harmonie de la\ncomposition.\n   Un critique a peut-être le droit d'être éclectique; un compositeur jamais :\nc'est contraire à toutes les lois naturelles de la génération artistique.\n   Mathieu a trop lu; il chante son érudition et il semble que l'effort qu'il\na fait en vue de la composition de Richilde ait accentué ce défaut. Ses pré­\ncédentes œuvres, de moindre envergure et de moindre consistance, étaient\nplus savoureuses : Le Hoyoux,         Freyhir.\n   Celle-ci a une supérieure allure de style, si l'on veut bien prendre le mot\nstyle comme synonyme de haute culture. Dans cet ordre d'idées, le premier\ntableau du troisième acte — je fais une petite réserve pour la forme démodée\nde l'air d'Osbern — est une page de très grande valeur, surtout par la forme\nde sa déclamation.\n   Sous cette forme cultivée on perçoit une âme mise en lisières et que ces\nlisières gênent aux entournures.\n   Ce qui manque le plus à Richilde, c'est un cadre de réalité, une carna­\ntion, une atmosphère, un milieu. Sous ce rapport, l'auteur principal de\nl'œuvre s'est montré inférieur aux décorateurs. Ceux-ci ont remis sur pattes\ndans ses meubles et dans ses vêtements, dans son paysage, une époque his­\ntorique que la musique de l'œuvre n'évoque pas.\n   Je n'ai pas à faire une analyse du drame de Mathieu. C'est assurément,\ndans ce genre, la production la plus remarquable qui soit venue de chez\nnous à la scène de la Monnaie, production solide, vaste, profonde et venue\nsous le contrôle d'une austère conscience d'artiste.\n   J'ai voulu simplement, en quelques mots, caractériser sa poétique. Il me\nreste à joindre, au nom de l'auteur, le nom de ses interprètes et particuliè­\nrement celui de M me Caron, la créatrice géniale.\n                                                   HENRY     MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 46, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Débâcles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "2 Imagerie japonaise", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                            1\n\n      Les Débâcles, par EMILE VERHAEREN; Bruxelles, Edmond Deman, éditeur.\n\n\n\n               M. Verhaeren publie la seconde partie de ce triptyque : LES\n               SOIRS, LES DÉBÂCLES, LES FLAMBEAUX NOIRS.\n                  En un précédent article nous avons indiqué la synthèse\n                de l'ouvrage. LES DÉBACLES développent dans sa toute\nexpansion le thème annoncé par LES SOIRS. Il ne s'agit plus seulement de\nspleens moroses, de brefs élancements vers la folie, ses cruautés et ses pué­\nrilités : les avant-coureurs de demi-teinte, que nous avons étudiés, sont\ndépassés; c'est ici la lutte suprême et la déroute finale, la véritable débâcle\nde l'intelligence et de la volonté.\n   Dès les premiers vers nous sommes avertis :\n\n           O la folie ! et la cloche tragique où pendre\n           Mes mains, mes pauvres mains pour appeler la mort !\n\n   Ainsi débute le livre. Et tout aussitôt résonnent les rappels des plus\nterribles idées entrevues dans les ténèbres des SOIRS : « Sois ton bourreau\ntoi-même... Sois ton devoir, sois ton tourment, sois ton effroi !...\n\n           Cet héroïsme intime et bizarre m'attire :\n           Se préparer sa peine et provoquer son mal.\n\n   Oui, tordre et torturer sa propre chair, c'est la dernière ressource de la\nvolonté vaincue. Et c'est là le spectacle grandiose que nous donnent LES\nDÉBACLES : les suprêmes convulsions d'une forte volonté abattue, qui, la\ndéfaite avérée, s'en va « flottant au flot le flot. »\n   Car il était né doué d'une orgueilleuse énergie, le malade des DÉBACLES.\nSes rêves morbides révèlent assez les vastes destinées dont il entendait\nl'appel.\n                                        ..... Ployé sur les fenêtres,\n            D'où   l'on peut voir bondir la vie et ses chars d'or,\n\nil évoque : « éclatants et claquants les drapeaux vers les luttes » et « les\nchevaliers d'éclair sur leurs chevaux d'ébène ». D'autres fois la sombre\ngloire du mal le hante : il rêve rouge et veut grandir son âme et affirmer\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "                                   — 44 —\n\nses sens en des meurtres mystérieux. Ailleurs, las de toutes les actions, il\ndirige son cœur vers le cloître :\n\n           Je rêve une existence en un cloître de fer\n           Bridée au jeune et sèche et rapée aux cilices.\n\n  Là aussi la volonté s'exalte et aspire à ces hyperboles :\n\n           Se cravacher dans sa pensée et dans son sang,\n           Dans son effort, dans son espoir, dans son blasphème...\n\n  Parfois même le cloître ne suffit pas à cette soif farouche de la torture.\nAlors surgit l'image d'un glorieux martyre, d'une solennelle expiation :\n\n           Sur un échafaud d'or tu porteras ta tête\n           Et sonneront les tours et luiront les couteaux\n           Et tes muscles crieront et ce sera la fête\n           La fête et la splendeur du sang et des métaux.\n\n   Mais c'est en vain que toute cette volonté s'exaspère. A cette âme bon­\ndissante une fatalité a interdit à jamais l'action.\n\n           Quelqu'un m'avait prédit qui tenait une épée\n           Et qui riait de mon orgueil stérilisé :\n           Tu seras nul — et pour ton âme inoccupée\n           L'avenir ne sera qu'un regret du passé.\n\n   Condamnée à l'inertie, murée dans l'in-pace d'une incurable inanité,\ntoute la violence de cette âme s'évapore en songes cruels. Tantôt elle\nimagine des supplices dont elle est l'unique victime; tantôt elle tourne sa\nrage contre les autres et ébauche ce rêve grandiose : Etre quelque part, en\ndes contrées de légende, une divinité monstrueuse, une idole adorée des\nenfants, des pauvres, des infirmes, des malades, dont la longue procession\ndéfile sous le portique escarbouclé du temple, et soudain, à bonds de tigre,\ndéchirer les membres, et mordre les chairs, et broyer les os, et boire le\nsang, le merveilleux sang frais,\n\n            Et se complaire à se sentir cruel et fourbe.\n\n   Et cela pourquoi ? Pour la volupté de détruire. Plus encore : « pour se\nprouver sa malfaisance ». Car il ne lui suffit pas, au malade des\nDÉBACLES, de faire le mal, il lui faut surtout avoir conscience du mal\nqu'il fait. Non moins que sa volonté, son intelligence se replie sur elle-\nmême et fébrilement s'exacerbe. Sa conscience est hypertrophiée. Toute\nl'activité de son cerveau se concentre sur ce point : se regarder, s'observer,\ns'étudier avec minutie jusqu'en l'infiniment petit, jusqu'en l'infiniment\nobscur de ses pensées, de ses désirs, de ses douleurs. Aussi tout le long du\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "                                     — 45 —\n\nlivre le malade apparaît-il cloîtré en lui-même. Du monde extérieur, c'est\nà peine si de ci, de là, il évoque quelque vague et lointain reflet. Les dou­\nloureux paysages où précédemment il promenait l'aigreur de ses spleens,\ndisparus. Seul demeure le Moi, — ce Moi ravagé, miné, rongé, qui va\ns'écrouler et s'effriter comme un orgueilleux édifice vermoulu.\n   En dépit des efforts surhumains, la volonté est brisée. Le triste malade\nest à bout de lui-même et des autres, et voici qu'il s'effondre en une pros­\ntration molle et veule. A vau-l'eau son orgueilleuse énergie, sa hautaine\nintelligence! Il écoute des « conseils absurdes, » il se plait aux « rêves du\nrien » : ce qui l'attire, c'est l'inutile. Il aime à « s'amoindrir ».\n\n            Voici ! me rabaisser à des niaiseries.\n            Petites croix, petits agneaux, petits Jésus,\n            Petite offrande douce aux petites Maries\n            En des niches, avec des fleurs dessus.\n\n    Il s'en va vers l'enfance, simple d'esprit, incohérent, inconscient, et par­\nfois « il sent pleurer sur lui l'œil blanc de la folie ». Dans cette puérile\ndémence, où, selon la profonde expression du peuple, il redevient INNOCENT,\nil trouve, enfin, un peu de paix :\n\n           Hamlet rirait peut-être, hélas ! mais Parsifal,\n           O Parsifal bénin et clair comprendrait certes !\n\n   Par malheur, cette consolante démence n'est pas absolue; dans ses\nmolles vapeurs laiteuses qui dodelinent les souffrances endormies, dardent\nencore les regards aigus de la conscience. Eh bien, soit ! De ce qui fait mon\nsupplice je tirerai ma gloire; des épines qui mordent mon front, je me tres­\nserai une couronne.\n\n                    Je la voudrais comme une rage,\n           Comme un buisson d'ébène en feu, comme des crins\n           D'éclairs et de flammes peignés de vent sauvage.....\n                    ... O couronne de ma douleur\n           Et de ma joie, ô couronne de dictature,\n           Par au dessus mes yeux, ma bouche et mon cerveau.\n           O la couronne en rêve à mon front     somnambule,\n           Hallucine-moi donc de ton absurdité\n           — Et sacre-moi ton roi souffrant et ridicule.\n\n   Ces vers ferment le livre, — le meilleur ouvrage de M. Verhaeren, et\nparmi les recueils de vers parus en ces dernières années, l'un des plus pro­\nfondément originaux. L'auteur y a frappé sa personnalité si vigoureuse­\nment, en reliefs durs, osseux, tourmentés de rides farouches, que l'on ne\nsonge même plus à discuter la pureté de sa forme ou la correction de ses\nprocédés. Il suffit d'admirer la sauvagerie magnifique de ses visions, tantôt\nassombries de mystère, tantôt aveuglantes de flammes affolées, — sœurs\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "                                       -    46   -\n\n des apparitions ténébreuses de Redon et des splendeurs féroces de ce prodi­\ngieux peintre allemand : Mathias Grünewald. Et, comme ces deux artistes,\nM. Verhaeren ne craint pas l'abstraction; il ose être un véritable idéologue\nen un moment où l'art poétique, troublé par une recherche fiévreuse de\nprocédés nouveaux, semble trop aisément borner son ambition à peindre\navec d'infinitésimales nuances, les vagues et ondoyantes sensations du\ndemi-sommeil. On a la rage du flou. Et sans y voir de mal, tout en admi­\nrant les authentiques chefs-d'œuvre qui naissent, de temps en temps, dans\nles régions de l'Imprécis, il est permis de saluer avec une sympathie parti­\nculière un poète qui pousse la vigueur jusqu'à la suprême violence.\n   Les DÉBACLES portent en frontispice une lithographie d'Odilon Redon,\nd'une étrangeté saisissante. Emergeant d'une bourbe ténébreuse vers les\nténèbres célestes une effrayante figure, au front cassé de rides terribles et\ndouloureusement grotesques allonge vers sa tempe endolorie une main\nsinistre. Rien que cela, mais, là dedans, un immense frisson de folie mor­\nbide.\n                                                                 IWAN    GILKIN.\n\n\n                                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 48, "titre_corps": "Chronique littéraire : Imagerie japonaise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "2 Imagerie japonaise", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "2\n\n                      Imagerie japonaise,   par J ULES DESTRÉE (1).\n\n  Les charmes des couleurs capricieuses et folles, les naïves ou plutôt\nmièvres élégances, les impressions d'horreur et d'épouvante, les rêveries\nbizarres et fantastiques de merveilleux albums japonais dont les Concourt\nont été les premiers à parler, si peu d'œuvres les avaient jusqu'ici rendus !\nà peine Le livre de Jade de Judith Gauthier, un magnifique sonnet : Le\nSamouraï de José Maria de Hérédia, certaines pièces de Bouilhet et de\nHannon, et quelques vers de Stéphane Mallarmé dans le Parnasse de 1866 :\n\n                  Une ligne d'azur mince et pâle serait\n                  Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue\n                  Un fin croissant perdu par une blanche nue\n                  Trempe sa corne calme en la glace des eaux\n                  Non loin de trois grands cils d'émeraude,  roseaux.\n\n   Voici maintenant une nouvelle glorification de cet art exquis. En les\ntrente-trois poèmes de son Imagerie japonaise, M. Jules Destrée s'est\nefforcé de donner en littérature l'impression plastique de précieuses\nestampes du Nippon.\n   Des mots au lieu du dessin, au lieu de la couleur des mots.\n\n\n  (1) En vente chez M mc Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles : 5 francs l'exem­\nplaire sur Japon, fr. 2-50 l'exemplaire sur Hollande.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "                                    — 47 —\n\n     Imagerie japonaise est le premier cahier d'une série de transpositions qui\n  seront, ainsi qu'il l'annonce, une égoïste collection de reflets et de souve­\n  nirs d'art, que des notes critiques devront parallèlement expliquer et com­\n  pléter. Critique d'art, sans doute, mais avec cette nouveauté que le com­\n  mentaire et la description sont séparés et doivent faire l'un et l'autre l'objet\n  d'un travail distinct.\n     En cette oeuvre fièrement dédaigneuse des sympathies du nombre imbé­\n  cile et des brutalités excentriques qui arrêtent les passants, nous retrouvons\n  l'auteur tel que, par hasard, les anthologistes l'avaient heureusement carac­\n  térisé : « Curieux d'art raffiné et morbide, s'ingéniant au style rare, surtout\n nostalgique de rêve et tourmenté aussi par le goût de l'étrange et de l'excep­\n tionnel, en ses critiques esthétiques et ce littéraire début : Lettres à Jeanne,\n  M. J. Destrée réfléta la spiritualité bizarre et concertée de certains inquiets\n esprits de ce temps. Telles pages pénétrantes sur J. K. Huysmans et\n 0 . Redon dénoncent avec le mépris de l'usuel en psychologie le goût des\n sensations subtiles et compliquées perceptibles pour les seuls initiés. »\n     Ce genre lui convenait merveilleusement, le critique et le poète qui sont\n en lui se complétant l'un l'autre pour ces descriptions. Combien charmants\n ces poèmes ! En quelques mots, des attitudes, des gestes, un paysage entier\n naissent, les moindres détails s'animent.\n     Quelques phrases d'une simplicité savante (bien propre à rendre les\n productions de cet art complexe de fine civilisation), des phrases qui ont\n du dessin, de la couleur; et aux yeux du lecteur surgit la réalité des images\n avec de multiples évocations de rêves, des pressentiments, de l'ombre et du\n mystère.\n     Puis brusquement, la transposition se termine par une ligne placée en\n opposition aux précédentes, marquant une attitude dernière, une attente\n ou une partie essentielle de paysage, mettant en relief tous les détails, les\n réunissant en l'esprit du lecteur pour une impression décisive.\n     Mais je reprocherai à M. Destrée d'avoir, en ce style si travaillé, si\n soigné, si incrusté de pierres précieuses, laissé subsister quelques suites de\ngénitifs et répété quelques mots. Il est vrai que la plupart des estampes\ntransposées étant surtout de deux artistes : Tojo-Kuni et Kuni-Yoshi,\ncertains traits devaient forcément se reproduire.\n     Difficilement on pourrait donner en moins de mots tout ce qu'il a décrit,\naussi peut-on dire que, sous ce rapport, son œuvre est, en tous points,\nréussie.\n    Ce qu'il faut peut-être le plus admirer, c'est la langue souple, sonore et\ndécisive en ses expressions, qu'il s'est forgée. Ainsi certaines phrases rap­\npellent celles d'Akedysseril, vibrantes et lumineuses.\n    D'autres sont si jolies en leur évocation .\n    « La mer lointaine où des vaisseaux petits vont en flotille guerrière, avec\ndes banderoles cramoisies sur l'eau couleur de ciel. »\n    Ou bien :\n    « Harmonie exquise de clartés rouges et d'ombres noires, de gris et de\nroses, que la lune au croissant mince, fauchant l'azur, vint définitivement\nilluminer de ses rayons d'argent pensifs. »\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "                                      - 48 -\n   Et d'heureuses images :\n   « Dans la gloire du couchant, sur une branche de pin dont le feuillage\ns'accuse nettement en tous ses détails pareil à des séries de pelotes d'épin­\ngles noires zigzaguant sur l'orange splendide du ciel. »\n   Et :\n   « Sur l'orbe blanc de la lune se découpe un vol fuyant de grues aux\nlongues pattes pendantes. »\n   A noter aussi dans Tempête :\n   «       La pluie qui raye diagonalement le ciel tout à coup sombre et\ndessine comme une immense toile d'araignée où se débattraient pénible­\nment, avec des contorsions drôles, des insectes multicolores. »\n   Certes, bien d'autres encore pourraient être cités : Le Spectre avec ses\ntons de pourriture et ses verts phosphoreux, et les joyaux les plus beaux de\ncette orfèvrerie : Offrande, la Princesse, Celle qui revient, le Pêcheur.\n   Félicitons, pour finir, l'auteur et l'éditeur de l'exécution typographique\ndu livre et souhaitons la prochaine apparition des transpositions sur les\nPrimitifs et les Pièces modernes.\n                                                   MAURICE      DESOMBIAUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 49, "titre_corps": "Chronique littéraire : Istar, tome II", "titre_sommaire": "Madame Istar", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "M. 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Istar, au contraire\n d'Angélique du Rêve, meurt d'avoir été embrassée par un homme qu'elle\n n'aime pas. Elle meurt. Nergal accourt éploré, le mari lui dit : rendez la\n moi !\n    Nergal alors congédie le mari, s'enferme avec le cadavre qu'il dénude, se\n dénude soi-même et, sur cet argument : « Encore un peu de temps et les\nvers eux-mêmes oseraient bien posséder ce corps admirable » et sur cet\nargument, s'égrènent des points de suspension.\n    Certes, tout cela sue l'absurde et M. Péladan se complaît à faire, après\nM. Sue, un Rodolphe perfectionné, certes, de tout cela monte une odeur\nmalsaine de vice écolier qui rêve, M. Péladan semble faire des économies de\nfemmes, que sais-je, mais cela ne serait rien si l'art y mettait son pouce\nd'or; les invraisemblances et les malpropretés mêmes passeraient sous l'œil\ntriomphal du style, mais celui-ci même est mauvais, déjeté, hâtif, souvent\nincorrect.\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "                                   — 49 —\n\n   A certaines pages M. Péladan se livre à un semis d'alexandrins :\n   — Seigneur je me repens du péché de mon père.\n   — Il fut méchant d'oser dédire votre verbe.\n   — Lors, Micaël parut, éblouissant de gloire.\n   — Et Satan s'endormit après cette clémence.\n   — Dieu lui laissa sa gloire en punissant son crime.\n   Il y en a cinquante aussi mauvais.\n   Récemment M. Léon Bloy étrillait cruellement M. Péladan, en un\narticle de Gil Blas intitulé : Eloi ou le fils des Anges.. L'étude était vio­\nlente exagérée, rageuse, et certes le ton de M. Bloy n'est pas fait pour nous\nplaire, aussi laissons-nous de côté les pelletées de gros mots que M. Bloy\nprodigue sans compter, pour ne retenir que ceci :\n   « Rien, non, rien ne peut donner une idée de l'ânerie, de la cuistrerie,\nde la balourdise enflammée de ce « périple de l'enfer parisien » que le\npauvre diable ignore, d'ailleurs, aussi profondément que l'hébreu zodiacal\nou même que le latin d'église.\n   « Il vint un jour me trouver quand il n'était pas encore devenu glorieux,\net me pria de lui signaler quelques textes bibliques dont il avait un urgent\nbesoin. Je m'aperçus alors que cet humaniste hébraïsant n'était pas même\ncapable de comprendre le rudimentaire latin de la Vulgate.\n   « Néanmoins je lui conférai, par voie de traduction, les textes requis,\nlorsque, feuilletant Isaïe et venant à tomber sur un verset où le nom assyrien\nde Merodack-Baladan, roi de Babylone, est mentionné, mon auditeur\ns'aperçut soudain que le voile de son propre temple se déchirait. Il se vit\nclairement désigné dans le saint Livre sous ce nom de Baladan, dont le\nvocable Péladan n'est qu'une manifeste déviation occidentale, et voilà, si\non tient à le savoir, toute l'origine chaldéenne de cet ignare farceur qui ne\npeut plus écrire trois lignes sans vous jeter au visage ses ancêtres d'Assur\nou de Mésopotamie. »\n   Sans admettre cette parfaite ignorance de M. Péladan, qui a fait preuve\nsouvent de très belles facultés d'assimilation scientifique, on trouve à\nchaque page des naïvetés de bon provincial qui a mal écouté et répète de\ntravers. Parle-t-il de musique moderne, le Sar hasarde le mot international\nde lied-motif (?) pour Leitmotiv, qui a un sens (et il annonce un ouvrage\nsur l'Allemagne allemande); cela rappelle cette étude où l'érudit attribuait\nà Rops des eaux-fortes de Van Camp et de Schampheleer !\n   Encore un coup, M. Péladan a été ébloui par le succès très mérité du\nVice suprême; il s'est mis à travailler pour son libraire, et celui-ci seul aura\nbientôt la patience de le lire.\n                                                               M. W."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 51, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Écrits pour l’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "IV Les Ecrits pour l Art", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "IV\n                             Les Ecrits pour   l'Art.\n\n   Les Ecrits pour l'Art, — minces, extraordinairement minces, — nous\napportent des nouvelles intéressantes. M. Paul Verlaine et M. Stéphane\nMallarmé sont jetés par dessus bord, allègrement. Quatre Dubedat et un\nRené Ghil suffisent à cette belle besogne. Le décadentisme « est une inven­\ntion inane de petits rhétoriciens détraqués ». Quant au symbolisme, il\nn'est « qu'une grosse erreur de M. Stéphane Mallarmé ».\n   Le maître, — c'est M. René Ghil que je veux dire, — « commit lui-même\nerreur lorsqu'à l'entrée en l'Art, pensant voir en M. Mallarmé une idée\nadéquate à son idée, il voulut consciencieusement se dire son élève ».\n   Ainsi M. René Ghil lui-même peut commettre erreur. Je m'en doutais\nbien, mais jamais je n'aurais osé le dire. Mes souvenirs sont-ils exacts ? Il\nme semble que M. Ghil, lors de sa joyeuse entrée en l'Art, se réclamait\nde M. Zola et de MM. de Goncourt. Ce n'est qu'après cette première\nerreur que le maître commit l'autre : se proclamer l'élève de M. Stéphane\nMallarmé.\n   M. Ghil a déjà usé quelques professeurs.\n   Quoi qu'il en soit, il s'attache aujourd'hui à prouver que son art, celui\nen lequel il est entré, ne ressemble pas à celui de M. Mallarmé :\n   « Il n'est nul point de parité, évidemment : et, déclarant qu'il acceptait\nles dédicaces publiées et revendiquait le titre de maître de l'Instrumentation\npoétique et de cette Philosophie évolutive qu'il a apportées, M. René Ghil\nreprenait impartialement devant l'opinion qui les lui reconnaissait natu­\nrellement dès longtemps, sa personnalité et sa maîtrise d'idées. »\n   Il est, en effet, difficile d'être plus impartial. M. René Ghil s'examine, et\nreconnaît, impartialement, qu'il est non seulement un maître, mais le\nmaître. Il ajoute, avec non moins d'impartialité, que l'opinion lui a décerné\nla maîtrise depuis longtemps.\n   Heureusement, M. Ghil est impartial; car, s'il était partial, il serait\ncapable de s'apprécier avec une complaisance encore plus sereine.\n   Auparavant, il y avait M. Ghil et M. Mallarmé, Perrichon et le Mont\n Blanc. Aujourd'hui, le Mont Blanc est nivelé, et Perrichon reste seul.\n   M. René Ghil, qui avait couvert M. Mallarmé de sa personnalité, la\n reprend.\n    Le poète de l'Après-midi d'un Faune pourra répéter bibliquement :\n « M. René Ghil me l'avait donnée; M. Ghil me la reprend : que son saint\n nom soit béni ! »\n    Le maître, — c'est M. René Ghil que je veux dire, — ne reprend pas\n seulement sa personnalité, il reprend aussi les dédicaces :\n    « Le Traité du Verbe, repris et définitif, est désormais en Avant-propos\n à l'œuvre. L'Avant-dire de M. Stéphane Mallarmé en est supprimé, comme\n est supprimée la dédicace au même en le Geste ingénu... »\n    Le vrai geste ingénu de M. René Ghil, c'est de reprendre !\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "                                    —   51   —\n\n\n\n     Je ne commettrai point la naïveté de défendre MM. Verlaine et Mallarmé\n contre les exercices, d'ailleurs innocents, de M. Ghil. J'imagine que ces\n deux grands poètes, qui ont conservé le don du rire, prennent un plaisir\n honnête à voir le Samouraï philosophico-instrumentiste avaler ses sabres,\n et qu'ils seraient désolés si le jeu cessait.\n    Quant à moi, j'espère que M. René Ghil n'en est encore qu'aux mari­\n vaudages du début. Il se doit à cette fin de siècle, et il y a beaucoup de\n sabres de par le monde. On dit même qu'il est des panoplies qui attendent.\n    Je serais fort marri si les philosophes renonçaient à utiliser leurs instru­\n ments. Et j'imagine que je ne serais pas seul consterné si M. Dubedat\n licenciait son orchestre. On ne voit pas tous les jours de fort braves\n gens découvrir un Saint-Graal poétique, et se prendre pour des Lohengrin\n incontestables, parce qu'ils arrivent de leur province, sur une écaille d'huître\n que traîne un canard !\n    Est-ce M. René Ghil, le maître de l'instrumentation, ou un obscur cha­\n peau chinois, ou un contrebassiste bilieux, ou quelque simple tourneur de\npages, qui prend la Jeune Belgique à partie et lui reproche, musicalement,\n« sa stagnation poétique, si stagnante qu'elle devient sale » ?\n    Au risque de stagner de plus en plus, je me permettrai une humble\nréponse.\n    L'instrumentiste grincheux accueille, en se hérissant, une plaisanterie\ntrès anodine.\n    Que je cesse de stagner sur l'heure, si la Jeune Belgique a eu un autre\nbut que de s'égayer un petit des « hauts genièvres » de M. Achille Delaroche.\n    Mais M. Delaroche a le genièvre méchant.\n    En attendant qu'il se calme, je prie mon instrumentiste de transmettre\nmon très confraternel hommage à MM. Emile Verhaeren et Albert Saint-\nPaul, qui ont du talent, et je le conjure lui-même d'agréer l'expression de\nma stagnation la plus distinguée.\n                                                    ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 53, "titre_corps": "Album à Toto", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Dubedon", "ancre_debut": "ALBUM A TOTO", "ancre_fin": "LÉON DUBEDON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "ALBUM A TOTO\n         PAYSAGE\n\n\n                         A   SUAVE   PINOLET.\n\n\n  Bon paysage\n  Tout doux, tout sage\n  Comme une image\n  Du p'tit Jésus.\n\n\n  Où des moutons\n  S'en vont, s'en vont\n  En gros p'loton\n  Vers le bercail;\n\n\n\n  Et sur la route,\n  Tout en déroute\n  Au hasard broutent\n  Un peu d'oseille.\n\n\n\n  Dans les bluets,\n  Fins et proprets\n  Comm' des jouets\n  Sur les collines,\n\n\n\n  De gais cottages\n  Au loin s'étagent;\n  Oh ! l'étalage\n  Frais et coquet!\n\n\n\n  Si beau tout ça\n  Que par delà\n  Saint Nicolas\n  Aura passé.\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "           — 53 —\n\n\n\n  PREMIER SOUPIR\n\n                      Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule.\n                                          P. Verlaine.\n\nPetit désir\nVeux-tu finir !\n\n\nL'homme, quell' boue !\nMais v'là qu' ça joue.\n\n\nVoyons,    Satan\nVa-t-en,   va-t-en,\n\n\nSois donc honnête\nUn jour de fête\n\n\n\n\nJe ne peux pas,\nPourquoi, pourquoi !\n\n                               LÉON    DUBEDON."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-020", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 54, "page_fin": 56, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "descend", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 107, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "Par suite d'un retard dont nous ne"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 206, "fin_caractere_exclue": 244, "texte": "sommes pas responsable, l'eau-forte de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 337, "texte": "M. 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C'est donc à ces mes­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "sieurs que doivent être adressées toutes"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1275, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "communications, cartes, etc., relatives à cet"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "objet."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1764, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "La Chronique a bien voulu reproduire"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "dans son Petit musée, les vers de M. Té-"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1897, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "lesphore Tabibitte et de M. Lili. L'Ami de"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1994, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "l'Ordre,   l'Impartial et d'autres feuilles"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "folles de leur corps ont reproduit ces vers"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2190, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "d'après la Chronique. C'est un succès..."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2286, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "pour l'Ami de l'Ordre et pour l'Impartial."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "De méchantes langues assurent que le"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2479, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "rédacteur de la Chronique qui ne com­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2575, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "prend pas les vers de M. Fernand Severin"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 2674, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "a besoin d'un lexique pour lire Béranger."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3316, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "M. Télesphore Tabibitte a adressé à"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3352, "fin_caractere_exclue": 3389, "texte": "l'Ami de l'Ordre la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3475, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "« 8 janvier 1889."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3643, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "« M O N S I E U R LE R É D A C T E U R EN CHEF,"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3796, "fin_caractere_exclue": 3835, "texte": "« C'est avec une joie profonde que j'ai"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3887, "fin_caractere_exclue": 3929, "texte": "lu dans votre numéro de ce jour une repro­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3983, "fin_caractere_exclue": 4023, "texte": "duction d'un mien sonnet, que de malheu­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 163, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "reuses circonstances m'ont forcé à publier"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 261, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "dans une revue littéraire, mais hélas !"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 356, "fin_caractere_exclue": 394, "texte": "impie, dont je renie énergiquement les"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "tendances antichrétiennes. Quoique catho­"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 547, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "lique militant, fortement imbu, dès mon"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 642, "fin_caractere_exclue": 684, "texte": "enfance, des saines pensées des de Maistre"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 740, "fin_caractere_exclue": 782, "texte": "et des Veuillot, je me sens porté, par une"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 838, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "irrésistible conviction, vers les doctrines"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 937, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "littéraires nouvelles, tout en déplorant que"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1037, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "seuls les ennemis de la foi en usent jusqu'à"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1136, "fin_caractere_exclue": 1175, "texte": "ce jour. 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TABIBITTE.   »"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3409, "fin_caractere_exclue": 3446, "texte": "Comme on l'a pu voir dans notre Boîte"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3501, "fin_caractere_exclue": 3542, "texte": "aux lettres, nous mettons M. Tabibitte en"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3597, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "demeure de choisir entre l'Ami de l'Ordre"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3745, "fin_caractere_exclue": 3793, "texte": "et nous. S'il lui plait de faire son persil dans"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3848, "fin_caractere_exclue": 3886, "texte": "les feuilles de province, libre à lui."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 3944, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "Quant au mensonge de M. Tabibitte, qui"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 4037, "fin_caractere_exclue": 4075, "texte": "nous accuse d'avoir dénaturé ses vers."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "nous en appelons au témoignage de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "M. Firmin Galoubet, qui nous a remis"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 223, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "les vers de ce jeune délivre."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "M. Télesphore Tabibitte nous paraît"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 450, "texte": "destiné à réussir dans le genre cafard."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 856, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "Pour paraître prochainement : le Sang"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "des Fleurs, de M. André Fontainas, et Mon"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1035, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "cœur pleure d'autrefois, de M. Grégoire le"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1109, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "Roy."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "Le Francisais de M. Tinel a ete exécuté"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "aux Concerts populaires. Le succès a été"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1563, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "tel qu'une deuxième audition a eu lieu, et"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1629, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "qu'une troisième est imminente au moment"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1727, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "où nous écrivons ces lignes. La Jeune Bel-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1823, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "gique, lors de la première exécution de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1914, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "Francisais à Malines, a longuement étudié"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "l'œuvre de M. Tinel. Elle n'a rien à ajouter"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2100, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "à son étude. Elle se borne à enregistrer"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2196, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "avec plaisir le succès de M. Tinel et à féli­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "citer les interprètes de Bruxelles et surtout"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "M. Engel, qui, malgré les défaillances de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "sa voix, a chanté la partie du ténor avec"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2554, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "une autorité et un talent que nul ne pour­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2646, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "rait contester."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2981, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "Nos édiles de Bruxelles tiennent décidé­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3042, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "ment à faire parler d'eux. Nous déférons à"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3136, "fin_caractere_exclue": 3147, "texte": "leur désir."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3235, "fin_caractere_exclue": 3275, "texte": "On sait dans quelles conditions M.Joseph"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3326, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "Dupont soutient, depuis longtemps, l'œuvre"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3417, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "des Concerts Populaires; on sait aussi avec"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3511, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "quel zèle artistique et avec quel succès. Il"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3602, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "n'est pas de partition intéressante que"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3667, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "M. Dupont n'ait révélée et vulgarisée chez"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3756, "fin_caractere_exclue": 3799, "texte": "nous. Il a fait connaître non seulement les"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3847, "fin_caractere_exclue": 3890, "texte": "productions les plus récentes des musiciens"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3939, "fin_caractere_exclue": 3981, "texte": "allemands, français et russes, mais encore"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4029, "fin_caractere_exclue": 4070, "texte": "les œuvres marquantes de toute espèce qui"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4123, "fin_caractere_exclue": 4162, "texte": "ont vu le jour en Belgique. Pourrait-on"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4182, "fin_caractere_exclue": 4225, "texte": "citer un seul musicien belge qui ne doive à"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4226, "fin_caractere_exclue": 4267, "texte": "M. Dupont la chance inespérée d'avoir été"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4268, "fin_caractere_exclue": 4308, "texte": "prophète en son pays ? Nous en appelons,"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4309, "fin_caractere_exclue": 4352, "texte": "pour ne citer que les compositeurs les plus"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "en vue, à MM. Benoît, Blockx. Raway,"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 221, "texte": "Mathieu, Servais et Tinel."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "M. Dupont, avec des ressources res­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 362, "fin_caractere_exclue": 409, "texte": "treintes, a réalisé des merveilles. II a mérité"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 460, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "l'estime et le respect de toute notre généra­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "tion artistique. Son œuvre est une œuvre"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 647, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "de propagande musicale universelle, qui a"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 775, "texte": "rendu d'immenses services et qui est"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 826, "fin_caractere_exclue": 853, "texte": "appelée à en rendre encore."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 907, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "M. Dupont doit à la munificence du con­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 997, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "seil communal de Bruxelles un subside"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1085, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "annuel de 3,000 francs."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1162, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "Or, le dit conseil communal vient de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1249, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "proclamer, par le canal de M. Buls, qu'il a"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1343, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "l'intention de retirer ce maigre subside à"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1436, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "l'œuvre des Concerts populaires."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1522, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "Cette déclaration fait honneur à M. Buls"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1612, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "et à nos édiles."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1682, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "S'il s'agissait de subsidier des sociétés de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "tir à la perche, à l'arbalète et autres détri­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "tus de Guillaume Tell, s'il s'agissait de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 1963, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "l'organisation de bataillons d'ouistitis plus"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2099, "texte": "ou moins scolaires et du perfectionnement"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2149, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "de la race simiesque, s'il s'agissait d'ériger"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2245, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "sur la Grand'Place de Bruxelles, entre"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2333, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "l'hôtel-de-ville et la Maison du roi, une"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2424, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "immonde cage à perroquets pour orphéons,"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2514, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "comme nos excellents conseillers commu­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2603, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "naux s'empresseraient de voter, par accla­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "mation, des crédits plantureux et profi­"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2785, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "tables !"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2846, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "Les Concerts populaires, qu'est-ce que"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 2934, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "c'estque cela, en comparaison de Bruxelles-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "Attractions ?"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3093, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "C'est la haine de l'Art, la détestation de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3185, "fin_caractere_exclue": 3231, "texte": "tout ce qui est beau, qui inspire ce grouillis"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3281, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "d'épiciers distingués et d'avocats flasques."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3375, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "Que peut-on attendre d'une coagulation de"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3466, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "sacristains laïques, de bedeaux protestants,"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3560, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "et de vieilles institutrices à barbe plus"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3651, "fin_caractere_exclue": 3666, "texte": "ou moins rare ?"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3718, "fin_caractere_exclue": 3755, "texte": "Allons ! ça va bien ! Encore quelques"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3805, "fin_caractere_exclue": 3846, "texte": "années de médiocrité fougueuse et l'orgie"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3896, "fin_caractere_exclue": 3938, "texte": "de notre bêtise battra son plein. « Quelle"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 3988, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "odeur de magasin ! » comme disait Joseph"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4078, "fin_caractere_exclue": 4122, "texte": "de Maistre, — qui était partisan de la peine"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 4172, "fin_caractere_exclue": 4181, "texte": "de mort !"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "On nous communique la copie du nou­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "veau cahier des charges que l'administra­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 244, "fin_caractere_exclue": 284, "texte": "tion communale se propose d'imposer à la"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 334, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "direction du théâtre de la Monnaie."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "Nous y remarquons les articles suivants :"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 528, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "7. Avant de recevoir n'importe quel"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 600, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "opéra, le directeur soumettra la partition"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 697, "fin_caractere_exclue": 737, "texte": "au collège échevinal, qui la déchiffrera"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 760, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "immédiatement, en comité secret, sur l'oca­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 856, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "rina."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 952, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "10. La partition ne sera mise à l'étude"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1042, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "que sur l'avis motivé du collège."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1182, "texte": "11. L'échevin de l'état-civil est spéciale­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "ment chargé de distribuer les rôles."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1255, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "12. Le bourgmestre de Bruxelles est, de"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "droit, maître de ballet."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1325, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "Il déterminera, d'après des calculs de"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "mathématique morale, quelle sera la lon­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1407, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "gueur des jupes des danseuses, et la hau­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1450, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "teur à laquelle il leur sera permis de lever"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1518, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "le pied."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1618, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "13. Les œuvres de Richard Wagner sont"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "interdites à perpétuité."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "14. La direction s'engage à jouer, une"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1891, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "fois par mois, au bénéfice de l'oeuvre de"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1956, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "Bruxelles-Attractions,     la Muette de Por-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2055, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "tici et le Maçon."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2157, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "15. Dans le cas où le bourgmestre serait"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2247, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "constipé, toutes représentations, même"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2313, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "celles de la Muette de Portici et du Maçon,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2413, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "seraient immédiatement suspendues, en"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2509, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "signe de deuil."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2608, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "L'affiche du jour ne pourra point porter"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2703, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "la mention traditionnelle : « Relâche »,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "attendu qu'on pourrait y voir une allusion"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2893, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "déplaisante à l'état de concentration du"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2985, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "bourgmestre."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3084, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "16. Dans le cas où le directeur réaliserait"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3178, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "des bénéfices, le contrat serait dénoncé de"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "plein droit."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3684, "fin_caractere_exclue": 3724, "texte": "Mme Patti a été interviewée par Champal."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "La diva, qui avait mangé trop de homard,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3769, "fin_caractere_exclue": 3807, "texte": "a jugé « le mouvement musical provoqué"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3808, "fin_caractere_exclue": 3821, "texte": "par Wagner »."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3825, "fin_caractere_exclue": 3866, "texte": "« Je l'adore, a-t-elle dit, mais je ne le"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 149, "texte": "chante pas. L'un n'empêche pas l'autre. »"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 206, "fin_caractere_exclue": 242, "texte": "Au contraire, Madame, au contraire !"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 299, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "Sur quoi, M. Nicolini a savamment"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 386, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "ajouté : « Les rôles de soprano de Wagner"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 481, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "sont écrits sur une note. Ils fatiguent la"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 577, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "voix et la tuent... »"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "Seulement M. Nicolini sait ce qu'il doit"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 758, "texte": "à Wagner."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 815, "fin_caractere_exclue": 854, "texte": "« Nous l'aimons beaucoup. Notre orches­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 908, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "trion joue douze morceaux de Wagner. »"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1003, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "Et Champal ayant demandé sur combien"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1093, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "de cylindres, M. Nicolini a répondu sans"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1187, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "hésitation : « Cent ! »"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "Du gyapète :"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1572, "fin_caractere_exclue": 1613, "texte": "« La critique... est un apanage réservé à"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1667, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "ceux dont c'est le talent de dire que les"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1762, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "autres en ont ou n'en ont pas, et de le dire"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1860, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "avec justice ou conviction. »"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 1945, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "Et aussi :"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2011, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "« ..... Sans avoir la largeur d'idées et la"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2108, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "sûreté de vue d'un Taine, ni le style imagé,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2205, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "compréhensible et si fin de Bourget.....»"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2302, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "Et enfin :"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "« Quand l'analyse pure le sollicite, M. Nau­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "tet, grâce à sa méthode très nette et grâce"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2561, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "aussi à sa finesse de perception, la traite"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2657, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "avec autorité, et, si ce n'était pas que nous"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2755, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "ne craignions de dépasser en entrant dans"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2849, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "les détails du livre, la place que comporte"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 2945, "fin_caractere_exclue": 2984, "texte": "la littérature dans une Revue où chaque"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3037, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "manifestation d'art trouve son lot et où la"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3133, "fin_caractere_exclue": 3177, "texte": "place ne peut être accaparée au profit d'une"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3230, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "seule, nous donnerions ici quelques pages,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3325, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "des bonnes qui permettraient à nos lec­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3417, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "teurs de juger du réel talent du jeune cri­"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3513, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "tique. »"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3577, "fin_caractere_exclue": 3615, "texte": "Quinze minutes d'arrêt : tout le monde"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 3668, "fin_caractere_exclue": 3677, "texte": "descend !"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-01-n1-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE\n                                 (DEUXIÈME SÉRIE)\n                      par     FRANCIS N A U T E T\n        Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  En vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal Wine C°\n                 6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA. BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Pratet        Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L'HOMME DE JOIE, par DUBUT\n  DE LAFOREST. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois\n  1 7 francs; en vente partout.\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                     ÉPERNAY\n\n\n                                           Prix Courant\n                            Baron J. de Warnimont                                          2 25\n                            Marquis Armand de St-Hubert .                                . 2 75\n                            R O S É E J E U N E BELGIQUE                                  3 00\n                            Crême d'Ay           id.                                      3 50\n                            Bouzy extra          id.              Cuvée réservée.         4 50\n                            Bouzy Cristal        id.                                      5 00\n                                        0.50 e n p l u s p a r 2/2 b o u t e i l l e s\n\n                                   EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILL.ES\n\n                            Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n         ENTREPOSITAIRE : COULOMB-ROBIETS\n     19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3419, "texte": "                        VIENT DE PARAITRE :\n\n     IMAGERIE JAPONAISE\n                    par JULES                        DESTRÉE\n   Une plaquette de luxe grand in-8°, tirée à 60 exemplaires numérotés,\nchez Madame Vve Monnom, 26, rue de l'Industrie. Bruxelles. Restent\n2 exemplaires sur Japon, portés à 10 francs et quelques-uns sur papier\nà la main Van Gelder à 5 francs.\n\n\n                                EN        VENTE\n                                           A   LA\n\n\n\n\nLIBRAIRIE LÉON VAN1ER\n                  19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n        ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                     Francs.\n                         P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E    .   .     7 50\nPaul ADAM                Soi                                                          3 50\n       —                Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)    3 50\n       —                Les Demoiselles Goubert.      —             —           3 50\n       —                Être                                                    3 50\nJean AJALBERT . . .     Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . .        3 00\nMaurice BARRES . . .    Les Taches d'encre (les 4 numéros)                      4 00\n       —                Sous l'oeil des Barbares                                3 50\nRobert CAZE . . . .     La foire aux peintres                                    1 00\nPhilibert DELORME . .   Arlequins de Macadam                                 .  3 50\nEdouard DUJARDIN . .    Les Hantises                                            3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .    Croquis parisiens (avec portrait)                       6 00\n       —                Le Drageoir aux épices                                  5 00\n       —                Un Dilemme                                              2 00\nGustave KAHN . . .      Les Palais nomades                           . . . .    3 50\nJules LAFORGUE . . .    Les Complaintes                                         3 00\n       —                L'Imitation de N. D. la Lune                            2 00\n       —                Moralités légendaires                                   6 00\nStéphane MALLARMÉ .     L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .        5 00\n       —                Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . . . . 12 00\n       —                Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . . 25 00\nStuart MERRILL . . .    Les Gammes                                              2 00\nJean MORÉAS . . . .     Les Syrtes (épuisé)                   '. . . .       . 10 00\n       —                Les Cantilenes                                          3 50\n       —                Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) .   3 50\n       —                Le Thé chez Miranda           —         ,   —           3 50\nFrancis POICTEVIN . .   Seuls                                                     350\nErnest RAYNAUD .    .   Le Signe                                                1 00\nHugues RERELL . . .     Etourdissements                                         4 00\nHenri DE REGNIER . .    Les Lendemains (épuisé)                                 5 00\n      —                 Apaisement                                              2 00\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 16, "texte": "9e ANNÉE.     TOME VIII, N° 1.      PRIX : F R .             1-00.           JANVIER   1889.\n\n\n\n\n                                         LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE:\n  Lettres pour les illettrés                               GEORGES EEKHOUD.\n  Fleurs de serre                                          ANDRÉ FONTAINAS.\n  Proses lyriques                                          ARNOLD GOFFIN.\n  Vers                                     • .     .   .   ALBERT GIRAUD.\n  Dans le rêve                                             GEORGES DESTRÉE.\n  Le Phoque                                                I W A N GILKIN.\n  La Naissance de Vénus                                    MAURICE DESOMBIAUX.\n  Elagabale                                                VALÈRE G I L L E .\n  Le R a t                                              HECTOR CHAINAYE.\n  N o t r e - D a m e des Douleurs                      FERNAND SEVERIN.\n  Vers                                                  ADOLPHE FRÈRES.\n  La Chapelle ardente                                   FERNAND ROUSSEL.\n  Consolatrix                                           JEAN BOELS.\n  Chronique musicale. — Richilde               . . . . HENRY MAUBEL.\n                            I. Les Débâcles . . . . IWAN GILKIN.\n   Chronique           II.       Imagerie japonaise . . MAURICE DESOMBIAUX.\n    littéraire.          I I I . Madame Istar. . . . MAX WALLER.\n                         IV. Les écrits pour l'Art    . ALBERT GlRAUD.\n  Album à T o t o                                       LÉON DUBEDON.\n  Memento                                                ***\n\n\n\n\n                                  BRUXELLES\n                ADMINISTRATION :                           REDACTION :\n            26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                 80 RUE BOSQUET, 80\n\n                                         PARIS\n                               LÉON V A N I E R , ÉDITEUR\n                                   19, Quai Saint-Michel\n\n                                           1889\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n    paraissant   chaque mois et formant        au bout de l'année un superbe       volume.\n\n\n\n  Bruxelles : Administration,     26, rue de l'Industrie. — Rédaction ; 80, rue Bosquet.\n\n\n\n                                  ABONNEMENTS :\n  Belgique.       . 7 francs par an. — Union postale .                       . fr. 8 - 5 0\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                       forfait.\n\n\nDirecteur     : MAX WALLER. — Administrateur                         : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n   La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n\n\n                                BOITE AUX LETTRES\n\n  1. NESTOR OUTER. Prenez des rameaux d'olivier, Nestor, et promenez-vous entre les\nbelligérants, mais ne vous promenez pas devant la Jeune Belgique :\n  « En bas, sur le pavé, étendu comme une chauve-souris morte, la visionnaire a râlé.\nSous lui, le violon brisé, muet. Les clous de sa botte infâme dans la cervelle éteinte, un\nagent de police verbalise, éclairé, lui aussi, par un blanc rayon de lune. »\n  Bastien avait des bottes, mais elle n'étaient pas infâmes. C'est de l'outercuidance,\nNestor. Bonsoir.\n  2. E. SERRUYS. Tout ce que vous voudrez, mais pas ça, a répondu Madame Juzeur,\nque nous avons consultée. Adressez-vous au directeur de la Revue Belge, M. Charles\nTilman : il vous recevra avec effusion. Envoyez-lui votre Vision d'Enfer, et quand\n                         «      il sentira le flot monter sur son visage »\n\nil boira une tasse. Amen !\n   3. DOCTEUR MORRELLE DE T . . . Ouvrage très intéressant, mais trop étendu pour notre\nRevue. Pourrions-nous pas en détacher quelques chapitres (\n   4. JULES BAILLY. Fumiste ! Nous n'acceptons pas les chevaux de bois. Le général\nTiméo Danaos et la toute gracieuse doiïa Ferentès nous ont révélé vos projets ténébreux\nRetirez-vous dans le jardin que l'hôtel de la princesse a sur le derrière.\n   5. EMM... H..., BARDE FLAMAND. De plus en plus exact. Georges Rodenbach prépare un\nvolume de vers, intitulé : \" Boudins Blancs \". Il est dédié aux fiancées. Albert Giraud le\ntraduit vers par vers, sous ce titre : « Witte panch ».\n   6. TÉLESPHORE TABIBITTE. Avons eu communication de la lettre inqualifiable adressée\npar vous à l ' A m i de l'Ordre. Choisissez entre journal namurois et nous.\n   7. BERTH... A..: Dégueulade de léopard.\n  8. Au POÈTE DE L'ASILE DE NUIT. Ayez des pieds raisonnables, comme dit Léon                Dar-\ndenne, qui prépare en ce moment l'Œuvre           de la Bouchée de viande. Madame Camille a\nsouscrit.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                        II\n                 PARTIALITÉ\n                                 Au dieu de l'esprit et de la discipline      s'oppose\n                              le dieu de la nature et de l'ivresse, à la force puri-\n                             fiante, la force orgiastique, au grand éducateur de\n                              l'homme, le grand troubleur des âmes,            l'ardent\n                              excitateur   des êtres.\n                                                             EDOUARD S C H U R É .\n\n\n\n\n                    Te le rappelles-tu, chère âme, ce dimanche,\n                    en Campine, il y a trois ans...\n                       Nous descendions du tramway à vapeur à\n                    Saint-Antoine — Sinte Teunis comme ils\n                    disent là-bas, familièrement, en câlinant\n                    presque le bénin patron. Oui, nous avions\n                    usé de ce tramway à vapeur qui dessert à\n                    présent, dans les deux sens, la réfractaire\n      contrée à l'Orient d'Anvers.\n         Je nous vois encore quitter la chaussée, pour détourner,\n      à droite, derrière une ferme, puis nous engager, à travers\n      la bruyère, dans un sentier sablonneux menant à cet\n      écart de Zoersel, dont le nom seul, musique de source\n      qui sourd, nous captivait.\n         Comme nous marchions, allègres mais taciturnes, non\n      sans nous enliser dans les ravines, la pensée du prosaïque\n           véhicule que nous venions d'abandonner persistait à\n       m'irriter l'esprit, comme le déboire s'attache au palais.\n       Pensée très latente et pressentiment plutôt que senti­\n       ment. Fâcheux point de départ, tout de même, car, à\n       propos de ce tramway de malheur, je me remémorai\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                                           6\n\n    la récente indignation d'un journal très éclairé, contre les brutes de la\n    Campine. N'avais-je pas lu quelque chose dans ce genre :\n       « Savez-vous ce qui arrive maintenant dans nos consciencieuses campa­\n    gnes ? (Consciencieuses, l'épithète y était, et juste, quoique le scribe ne l'eût\n    pas fait exprès). C'est édifiant. On s'est imaginé que le chemin de fer\n   vicinal est le diable en personne. (Pourquoi pas ?) et l'on oppose tous les\n   obstacles possibles à la construction de son réseau. Tous les jours on signale\n   des actes de mauvais gré, qui vont parfois jusqu'au crime. On accumule\n   sur les voies des troncs d'arbres, d'énormes pierres, et l'on arrache les rails\n   là où on (la-ou-on ! la-on-ou !) croit pouvoir le faire sans être surpris. On\n   dérange aussi les aiguilles des excentriques pour provoquer des déraille­\n  ments; de grands malheurs ont déjà failli arriver.\n      « Enfin, dimanche dernier, deux villageois croyant faire œuvre pie, ont\n  tiré un coup de pistolet sur le machiniste qui fait la navette entre Schilde\n  et Wyneghem. Tous ces faits, qui montrent, sous un jour si révoltant,\n  l'ignorance et la brutalité de nos ruraux sont attestés par le clérical Phare\n  de l'Escaut qui les déclare dignes de peuplades sauvages. Ce journal ajoute,\n  ce qui est plus caractéristique encore, que ces méfaits se commettent avec la\n  complicité morale de toute la population qui y applaudit. »\n     La diatribe ne me revint pas intégralement à l'esprit en cheminant dans\n les varennes hantées par ces pseudo-vandales. Cependant, je parvenais à en\n reconstituer les principales beautés. Je me répétais ces phrases topiques et\n les ruminais avec un singulier délice. Ces voltairiennes doléances me\n rendaient encore plus chère l'atmosphère de cette matinée dominicale au\n cœur du fruste pays.\n     D'ailleurs, pour exalter mes amours jusqu'au paroxysme, il me suffit\n d'imaginer le pire opprobre dont la foule réprouvée accablerait mes\n élus !....\n     Si je ne te communiquai pas, à mesure qu'elle se développait, cette\n méditation en quelque sorte apéritive, c'est que je craignis à une méprise de\nta part devant l'indéterminé, et peut-être à une injustice, devant l'apparente\n férocité de ma pensée. Peut-être appréhendai-je que, traduite en paroles, elle\nne s'éventât comme un bouquet compliqué et subtil. Pudeur de la très\nintime pensée ! Peur de la voix qui trahit ce que la parole déguise. Silence\ngardé non par crainte de trop bien se confondre, mais par crainte de ne pas\nconcerter assez.....\n     Que de circonstances entretinrent et rehaussèrent ces évagations.\n    A mi-chemin de l'étape une pluie chaude tomba. Trop anodine pour\nfriper ta légère toilette de barège, elle suffit pour mettre en liesse la végéta-\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                       7\n\ntion altérée. L'odeur aromatique et pénétrante que cette aspersion fit sortir\ndes arbres !\n   Ma ferveur patriale s'en réjouit comme d'une caresse arrachée à ce ciel\nrenfermé et à cette plaine exclusive.\n   Le pays m'assimilait à ses crânes réfractaires. Il me savait épris de longue\ndate, de la pluie, des glorieuses pluies d'été de la Saint-Médard qui despo­\ntiquement pourrissent les foins et avarient les moissons, mais qui flattent\net satinent les feuillages, et allaitent les grands arbres au choc des nuées\nmamelues.\n   Ce dimanche faste, lourd d'accalmie, je me sentis presque défaillir de\ngratitude au parfum réveillé, au parfum vierge des sèves. Les essences\npubères, titillées par l'averse, s'efforçaient de précipiter, à force d'effluves\ncapiteux, les spasmes d'un orage lent à venir. Chaque rideau d'arbres\némettait son arome particulier. Dans ce concert, le parfum des chênes était\nle plus fort; fleur virile de l'hercule des arbres. Les bouleaux expiraient des\nsenteurs moins âcres, moins effrénées. Les pins religieux et continents, trop\ntentés, trahissaient leurs angoisses par des bouffées d'encens mystique;\ntandis que bruyères et genévriers non moins effervescents se livraient aux\nabeilles éperdues.\n   Comme, par ce temps équivoque, pays et paysans étaient corrélatifs ? Et\nce ciel verdâtre où des quadrilles de nuages s'entraînaient pour la chevau­\nchée décisive ou s'évitaient, avec des feintes de lutteurs qui tardent à en\nvenir aux mains et qui, avant le corps à corps, amusent et exacerbent\nl'anxiété du tapis ! Et, par moments, cet horizon plombé, opaque, tout\nd'une teinte, traversé d'obliques éclairs et de fallacieux coups de soleil !...\n   Autant d'annonciateurs des faces mystérieuses, délicieusement énigma-\ntiques, de mes braves bagaudes campinois, de ces faux apathiques, aux\nfélins et inquiétants sourires, aux poses languides, aux lents regards capons !\n   Et, plus bas, la verdure mouillée, en sueur, luisait comme après la rixe,\nl'amour ou la corvée, les roses joues pleines. Et, sourdant du sol, comme\nd'une croupe fumante, cette vapeur si lourde, si oppressive qu'elle ne\nmontait pas jusqu'aux branches ragaillardies mais n'ouatait que les brous­\nsailles !...\n   Qui dira jusqu'à quel point, mon aimée, nos sensations se rapprochèrent\ndurant ce houleux silence ! Aujourd'hui, je tenterai de te confesser les\nmiennes malgré que je râle et que je suffoque encore en les imaginant :\n   Te sentant menacée, environnée de désirs hostiles, j'aurais dû t'aimer\n mieux, n'est-ce pas ? Eh bien, non ! d'occultes rivaux, d'imminents ravis­\n seurs, m'incitaient à je ne sais quelle félonie, à quel partage, de mon unique\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                                   — 8 —\n\ntrésor. Je perçus des déclarations bourrues bruissant à tes oreilles, c'était\ncomme si les plus entreprenants te soufflaient leur haleine au visage; les\nfroissements des branches devenaient des attouchements de sylvains.\nQu'importe ! Je n'en éprouvais aucune jalousie. Nous avancions. Sans\nm'échauffer tu te blottissais contre moi. A l'entrée de cette sente à travers la\nchênaye où les feuillages rapprochaient tellement leurs ramures qu'un char\nde moissons y avait accroché au passage des épis et des brindilles de foin,\ntu t'arrêtas net comme si des bras allaient t'étreindre et t'emporter. Je vis ce\nmouvement mais n'y pris point garde. Je t'entraînai en avant. Plus loin, tu\nfrissonnas à l'alerte d'un écureuil grimpant au faîte d'un sapin. Je ris de tes\ntranses. Depuis ce moment tu semblas te résigner. Ce ne fut plus, jusqu'à\nnotre arrivée à Zoersel, dans ton cœur comme dans le mien, qu'un doux\net mystérieux serrement, qu'une angoisse étrangement voluptueuse.\n   Et ce clocher qui avait eu, tout le temps, l'air de nous conjurer !\n   Après avoir passé quelques tènements de maisons, au tournant d'un\ndernier coin qui nous masquait la perspective, nous débouchâmes dans une\nsorte de carrefour, devant le cimetière, à l'heure où finissait la grand'messe.\n   Et, brusquement, de tomber sur un attroupement de jeunes blousiers,\ncampés sous un tilleul centenaire pour voir défiler leurs savoureuses parois­\nsiennes, avant de se répandre dans les estaminets\n   C'était eux :\n   Les patauds très entreprenants, ennemis jurés de la ville et des œuvres\nurbaines, les gaillards exubérants, mais sans aucune urbanité, les réfractaires\nque nous signalaient, depuis des heures, à la suite du cuistreux journal, le\nciel bougon, la campagne haletante, la pluie trop tiède et les sèves exaltées.\n   Montés en couleur, les pommettes et les oreilles avivées par les ablutions\ndominicales et le raclage chez le frater, sanglés dans leurs bragues de drap\nnoir bien cati; la casquette de moire rafalée dans le cou, ou posée de\ntravers et éborgnant de la large visière les plus dégingandés de ces farauds;\nles sarraux bleus empesés, fronçant à l'encolure et ballonnant comme une\ncloche; mains en poches ou bras croisés; tous calés comme des lutteurs,\ndans la posture avantageuse et luronne du cochet de village qui se sait\nla cible des plus convoiteuses œillades de sa paroisse.\n   La plupart n'arboraient que de naissantes moustaches ou qu'une mouche\nde poil follet. Il y avait dans ce rassemblement des cadets de seize ans\ncomme des gars de trente; de grands poupards, un peu veules, blonds\ncomme le chanvre, aux yeux d'un bleu de faïence, l'air timide et passif,\ncoudoyaient des brunets musclés et trapus, frisés comme des moutons, aux\nprunelles ardentes et veloutées. Et dans le tas, de ces gaillards de com-\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                                    — 9 —\n\n plexion normale, s'insinuaient un ou deux rousseaux chafouins et grêlés,\n puis l'invariable bossu, le loustic de la bande, et enfin, le non moins fatal\ninnocent, le mystérieux prédestiné, ayant poussé à la pluie et au vent,\n maltraité ou choyé suivant la superstition dominante, tantôt objet de\n terreur, tantôt fétiche bienfaisant, tenu tour à tour pour un visité de Dieu\n et pour un possédé du diable, battu comme plâtre et lapidé pendant\n l'épizootie ou après la grêle ou le feu; entretenu et dorloté à la veille des\n moissons, et, sous ses guenilles, plus beau, plus sain encore que les plus\nplastiques de ses compagnons, tellement beau que les faneuses aux champs\nse signent et s'enfuient lorsqu'il rôde autour d'elles, autant par crainte de\npolluer l'œuvre divine que de tenter le démon.....\n    Et pourtant elles ne sont pas filles à se laisser facilement rebuter. Il\nsuffit, pour s'en convaincre, de les voir défiler :\n    Mannequinées dans leurs cottes bouffantes, fières de leur fichu de damas\nou de laine frangée, des coiffes ailées ou des bonnets enrubannés encadrent\nleurs visages ronds, leurs galbes évoquant plutôt le fruit mûrissant, un\npeu rêche et acidulé, que la fleur satinée aux fragiles pétales. Pataudes à\nl'épiderme résistant, préparées, par les morsures du soleil et les gelées corro­\ndantes, aux non moins âpres baisers de leurs galants. Hanches fournies,\ngorges fermes et protubérantes défient rudes étreintes, accolades intempes­\ntives, inopinés corps à corps parmi les foins nouveaux des meules ou les\nfoins plus suborneurs encore des granges.\n    D'avance leurs yeux hardis et lascifs scrutent et palpent sans vergogne les\nformes de leurs épouseurs. Femelles solides comme les mâles, aussi libres\nque leurs compagnons de charroi et de culture, trayeuses sans préjugés,\npour peu que le poursuivant tatillonne, elles sont capables de lui déclarer à\nbrûle-sarrau leur légitime envie et même d'essayer leur coucheur avant les\nnoces. Dam ! on ne connaît pas le divorce au village ! et, comme elles disent,\non n'achète pas un bœuf pour un taureau !\n    Lourdes dévotes, pour se donner contenance, elles manipulent des mis­\nsels graisseux imprimés en caractères d'abécédaires à l'intention de ces\nliseuses ânonnantes et leurs doigts gourds défilent machinalement des cha­\npelets de buis.\n    Il nous fallait passer, couple intrus, entre la procession des femmes et\nl'immobile carré des regardants. Appariés, nous déréglions la commu­\nnauté; nous manquions à l'édifiante séparation des jupes et des blouses.\n    Surpris par notre présence insolite et presque dévergondée, on nous\ndévisagea, à droite et à gauche, d'un air torve et pantois.\n    Cette confrontation ne dura que quelques secondes; en me la rappelant,\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                                   —   10 —\n\n\nj'en ai froid jusqu'aux moelles; mais j'en regrette la délicieuse angoisse et le\ncharme pervers. Ce monde m'était plus affectif que sinistre.\n   Massés sur le mamelon au pied de l'arbre, affriolés au passage de leurs\npataudes, n'est-ce pas que ces laboureurs en parade dégageaient un fluide\nplus impérieux et plus magnétique que les grands chênes de tout à l'heure ?\n   J'augurai d'emblée leur solidarité dans n'importe quelle entreprise, et un\nterrible danger pour moi; mais surtout pour toi, trop désirable citadine !\nSans doute, avant d'arriver jusqu'à toi, ils me passeraient sur le corps.\nMais après ? En se dédommageant de leur longue continence, en se dégor­\ngeant jusqu'au soulas, ils assouviraient du même coup leur haine contre la\ncité... Eh bien, sous la menace d'une catastrophe, je refusais d'abhorrer\nles prochains ravisseurs.\n   Aberration, détraquement, monstruosité; appelle cela du nom que tu\nvoudras, mais je jure que, durant ces minutes climatériques, je ne t'aimai\nplus qu'en eux; oui, dans mon for intime je leur savais gré de te trouver à\nleur goût; misérable que j'étais, la perspective de la consécration suprême,\noui, de la tragique et dernière consécration de ta beauté, par ces connais­\nseurs expéditifs, au prix de mon sang, au prix de notre sang et de tout le\nreste, m'ouvrait je ne sais quelle perspective de criminelle béatitude... Par­\ndonne-moi la révélation d'une faiblesse aussi irrémissible que le vertige !...\n   Par un étrange dédoublement de la conscience ou par la force de l'habi­\ntude et du préjugé, mon allure et mes dehors réagissaient de leur mieux\ncontre le mental abandon de ce que je croyais posséder de plus précieux\nau monde. Rien ne transpira de cette préméditation. Ma conduite continua\nde démentir ma pensée. Combien emprunté et menteur mon air de supé­\nriorité et de bravade en présence de tous ces rustauds déterminés, gaillards\ndu premier mouvement, buttés dans leur frénésie charnelle, qu'une impul­\nsion, oh! un rien d'impulsion, un geste, un pas de l'un d'eux, précipiterait\ntout d'un bloc vers l'attentat !\n   J'essayais de leur en vouloir et n'y parvenais pas; au fond, j'étais presque\nhumilié et chagrin de me sentir confondu dans leur générale réprobation\ndes gens de la ville.\n   Pour tout dire, la fin de l'aventure me porterait à croire que je ne parvins\npas à leur donner le change sur mes sentiments, qu'ils ne furent pas dupes\nde ma crânerie, et que s'ils feignirent de se laisser prendre à mon abord\nrésistant et agressif et de s'en laisser imposer, ils lurent et sentirent combien\nétroitement je tenais pour eux, combien indélébile se révélait notre commu­\nnion.\n   Pour toi, comme pour n'importe quel profane, je devais avoir l'air de\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                   — 11 —\n\n\nles tenir en respect et de les pétrifier sur place. Tu sais à présent à quoi\nt'en tenir sur l'héroïsme de ton chevalier ! A la vérité, loin de méduser ces\nblousiers, le regard que j'opposais au choc de leurs prunelles, à la fois\nlubrifiées par la luxure et enflammées par une promesse de carnage, les\nflattait et les suppliait.\n    Quant aux paroissiennes, furieuses de voir se détourner à ton profit\nl'attention des plantureux garçons, elles nous témoignèrent peut-être des\nsentiments moins équivoques; leurs physionomies mafflues exprimaient\nune haine sans mélange. Leurs sourires pincés, leurs clins d'œil, obliques\nluisardaient comme des braises.\n    Sois sûre, pauvre amie, que si mes pronostics se fussent réalisés, jalouses,\nces Katto, safres comme des chiennes, n'auraient jamais permis à leurs Jann\nragoûtants de te posséder vivante. Aussi, tu baissas la tête sous l'anathème\nde ces prunelles !\n    Ce qui m'entraînerait décidément à supposer que les villageois nous épar­\ngnèrent parce qu'ils flairaient mon faible pour eux, c'est qu'à mon simu­\nlacre de défi quelques-uns des blousiers répondirent en me tirant ironique­\nment leur casquette. « Sois tranquille, avaient-ils l'air d'insinuer, nous te\nconnaissons, mon beau monsieur. Faux citadin, âme rurale, transfuge\nrepenti ! Au besoin, plutôt que de nous contrarier, tu nous prêterais main-\nforte et tu ferais notre jeu; car en toi commande notre race, bouillonne\nnotre sang et couve notre humeur ».\n    A peine les eûmes-nous dépassés, en leur tournant le dos, qu'ils nous\ngratifièrent de quelques quolibets soulignés par des rires égrillards.\n    Aussi, tu pus croire que je les avais réellement matés\n    Seule, une terrienne plus effrontée que les autres, encouragée et poussée\npar ses compagnes, se détacha de la file en courant, nous rejoignit, se tint\nen travers de notre route et avisant la brassée de bruyères que tu avais\ncueillie, nous décocha cette boutade plus gracieuse qu'offensive :\n    — La petite signorine, prenez garde que les abeilles de Campine ne\nviennent vous réclamer tout à l'heure les fleurs que vous leur dérobez !\n    Et elle s'en retourna, plus interloquée que nous, ce qui n'empêcha pas la\ngalerie de l'accueillir à son retour par des vivats et des effusions de gestes;\n convaincus que la pataude nous avait gratifiés d'une de ces énormités\nqu'engraisse et que farcit la langue flamande. Quelques grasses huées\n furent lancées sur nos talons par acquit de conscience.\n    Hors de danger, nous n'échangeâmes pas un mot.\n    Plutôt troublé que gêné, sans la moindre rancune contre ces rustauds,\n je m'abstins de te parler de l'incident, craignant autant d'épiloguer sur leur\n licence, que d'avouer ma blâmable partialité à leur égard.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "                                        12\n\n\n      — Franchement, me disais-je, elle n'a pas à se plaindre ! Les lurons sont\n   restés platoniques tout de même ! Ils lui devaient un hommage, et tant pis\n   si l'expression en est un peu crue !\n      Et, pour rester sincère, j'avouerai qu'il y eut chez moi, après l'inoffen­\n   sive issue de cette aventure, plus de déconvenue que de soulagement.\n      Il recommençait de tomber une tiède et intermittente pluie d'orage, d'un\n  orage honteux et contraint. Tout ce que notre terre contient de désir morne\n  et refoulé, de leurre poursuivi et d'amour éludé, de forces aux prises avec\n  l'inertie, se résumait, à cette heure, dans ces solitudes, dans la cloche qui\n  balbutiait l'angelus de midi, dans la terre qui suait, dans cette chaleur\n  blanche comme certaines colères, dans les arbres flagellés par l'ondée et ne\n  cessant d'expirer leurs sèves sans parvenir à en saturer l'impassible, l'impla­\n  cable espace, mais surtout dans notre accablant silence trahissant une gêne\n  réciproque, et mettant entre nous un secret ou plutôt une sécrétion.\n     Sans souci des représailles annoncées par la terrienne, pour te donner\n contenance, tu complétais ta moisson d'améthystes fleuries. Que craindre\n encore ? Un essaim d'abeilles autrement farouches et gloutonnes t'avait\n guignée et menacée là-bas, au tournant du cimetière.\n     Tacitement nous prîmes un autre chemin pour regagner la grand'route\n banale et le non moins banal railway.\n     En retournant sur nos pas, nous n'aurions plus trouvé, assemblés au car­\nrefour, tes inquiétants admirateurs... Pourquoi éprouvais-je le besoin de\n mettre des lieues entre nous et le tilleul de Zoersel ? Plus nous nous en\néloignions, plus l'arbre tutélaire et sa nichée de rustres florissants m'ob­\nstruaient la mémoire.\n    Et, durant toute cette journée de pathétique villégiature, tant au départ\nqu'au retour, la nature panthée fut de connivence avec nous, ou mieux, elle\n nous tourmenta de son malaise, de sa crise, de sa passion sourde qui n'écla­\ntait pas.\n    Et nous nous boudions, par contagion, comme le soleil boudait la terre;\net nous aspirions à je ne sais quel redoutable inconnu !\n    Hélas, pauvres nous, venus dans cette contrée vivifiante pour y ragoûter\nnotre mutuelle tendresse, sentions s'y fondre, s'y anéantir, tout ce qui nous\nrestait d'ardeur l'un pour l'autre ! Nous ne nous suffisions plus\n    Le souvenir d'un stupide article de journal ! Telle l'origine de notre ina­\nvouable malentendu.\n    Les éléments avaient pris un malin plaisir à entretenir, d'heure en\nheure, ce germe de dissentiment, en me suggérant, dès la descente du tram,\nune anormale et pernicieuse admiration pour les destructeurs,\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                                       13\n\n   L'aspect sous lequel s'annonça leur contrée justifia leur excessive origina­\nlité. Sous peine de discordance, c'était bien ainsi que devaient se comporter\nenvers les civilisés, les terriens de ce terroir ! Ils ne pouvaient mentir à leur\nmilieu farouche et hallucinant.\n   L'après-midi déclinait lorsque nous nous aventurâmes dans la vaste\n« Bruyère des Vanneaux ».\n   Il avait fait, je ne saurais assez insister sur ce point, gris, opaque et\nénervant, tout le jour, avec des éclaircies ambiguës, des sourires faux, des\nrages en dedans. La température affectait des accablements et des suffoca­\ntions, comme d'un cœur qui voudrait s'ouvrir mais qui n'ose, et qui se dis­\nsout faute de s'épancher.\n   Et voilà que, tout à coup, le soleil boudeur et taquin, las de son jeu\ncruel et de ses éternelles refuites, sur le point de quitter l'horizon, se décida\nà en finir une bonne fois avec sa victime et, déchirant enfin sa tunique de\nnuages, vautra la plaine navrée, mit l'horizon à feu et à sang, consomma\nson rouge viol.\n   Alors seulement, chère ange, débarrassé de mon idée fixe, de ma délétère\nobsession, je te jetai à la dérobée un regard réconcilié, un regard de com­\npassion et de tendresse, tandis que la bruyère t'éclaboussait de ses rubis.....\n   Et ce fut comme si quelque victime d'expiation venait d'être livrée à ta\nplace, aux amoureux en peine, sous le tilleul fatidique.\n\n                                                   GEORGES EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                                      —     14—\n\n\n\n\n                   FLEURS DE SERRE\n                                      POÈME\n                                                                        A IWAN GlLKIN.\n                                           1\n\n                                                  On a bien vu des rois épouser des bergères.\n                                                                          (Siècles passés.)\n\n  Une légère vapeur aromatique enveloppe la clairière automnale. Dans le lointain, au\ndessus de la cime des arbres, se dresse la haute tour du manoir de la princesse GISÈLE\ndans l'incendie de l'Astre qui se couche. MADELINE, belle d'une beauté fraîche et chaude,\nseule, son bâton à la main, vers le château s'avance, indécise et, par instants s'arrête.\nAlors frissonnante, elle balbutie une prière, mais là-bas invinciblement ses yeux sont\nattirés par les flamboyantes verrières du manoir, et elle reprend sa marche. Elle parle\nlentement :\n                  Toujours le même rêve, et la tentation.\n                  Effacez de mes yeux fervents la vision\n                  Attirante, et le fol orgueil qui me convie.\n                  Mon Dieu ! délivrez-moi du Démon de l'Envie !\n                  Qui viendra m'arracher aux griffes du Malin ?\n                  Oh ! l'ombre de jadis en mes yeux, et le lin\n                  M'habillant de candeur, et mes mains en prières !\n\n                  L'ardente vision refleurit mes paupières :\n                  C'en est assez des champs et de l'humilité,\n                  Je me sens belle. En moi s'éveille ma beauté :\n                  Je veux savoir les longs triomphes et les fêtes\n                  Et la paresse des voluptés satisfaites\n                  Et la langueur des chants d'amour, et les festins.\n                  Et l'âpre royauté de mes regards      hautains,\n                  Et l'orgueil, et la joie, et toute la féerie\n                  Des parfums de mes yeux et de ma chair fleurie.\n\n                  Quand celle qui chassait le cerf dans nos forêts\n                  A passé, j'ai connu le désir d'être auprès,\n                  Comme ses fauconniers et ses pages imberbes\n                  Qui, suivant à cheval parmi les hautes herbes,\n                  Boivent l'ivresse molle au vent de ses cheveux.\n\n                   Tout mon rêve est de vivre auprès d'Elle !\n\n                                                             Je veux\n                   De mes doigts fraternels ignorés des luxures\n                   A son front pur tresser de candides  parures,\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                    —   15   —\n\n\nEt sous ma lèvre humide aux longs baisers pieux\nEteindre chaque soir le foyer de ses yeux,\nClairs et frêles miroirs amoureux, d'où ruisselle\nL'épanouissement de ma beauté nouvelle.\n\n\n Ma pauvre âme engourdie et morne de jadis,\n Comme un juste qu'un ange éveille au Paradis,\n Vois : sur un char de nacre enguirlandé de roses.\nPar les jardins de gloire et les apothéoses\nJe m'en viens toute nue, et, pâle, le soleil\nDe ses baisers mourants effleure mon orteil.\n Oui ! je suis la plus belle, avec la chasseresse;\nElle aussi sur mon char à mon côté se dresse\nEt son corps impassible est blanc comme le lait.\nOui ! son regard si calme et si fier m'appelait\nSa sœur, oui ! son regard de sœur tendre et de reine\nImpérieuse dont le prestige     m'entraîne\n Vers l'étreinte de ses bras de lys !\n\n\n                                   O baisers\nDe sa lèvre promise, ô baisers jalousés\nDont la chaude fureur me pénètre et m'embrase,\nEnlacements de corps passionnés,   extase\nDe mes yeux assoupis dans ses yeux,     volupté\nDe m'endormir parmi l'arôme souhaité\nEt l'ombrage de sa chevelure profonde !\n\n\nMaîtresse aux cheveux noirs dont je suis la Sœur blonde,\nJe saurai le secret de contenter tes sens\nEt de mettre en ma voix la saveur de l'encens\nQui prie, et dont la lente ascension emporte\nL'âme grisée, ouvrant aux yeux pâmés la porte\nDu palais sidéral des gloires de l'Amour,\nJe partirai. Je sens que la lumière autour\nDe mon corps, c'est un peu de Toi qui m'environne,\nClair flambeau de mes yeux ! Je ceindrai la couronne\nDe myrte, et je viendrai, je te tendrai les bras;\nToi, de sentir ton cœur ému, tu comprendras,\nCar déjà le désir obsédant te tourmente\nSans doute, et tu veux voir ta Sœur et ton Amante\nQui de ses doigts légers effarant tes Ennuis,\nLumineuse, adoucit l'angoisse de tes nuits.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                        — 16 —\n\n\n                                             2\n                                                         With insatiable eyes that kindle\n                                                         And insatiable mouth that feeds.\n                                                                               SWINBURNE.\n\n   Une salle haute dans le manoir. MADELINE et GISÈLE, enlacées encore, perdues dans un\ndemi sommeil, sur les coussins de brocart du trône ancestral, blasonné. Sur les gradins,\ndeux enfants blonds, roses et déjà pensifs chantent en frôlant de leurs doigts distraits l'un\nsa mandore, l'autre son théorbe. Ce sont les deux pages de seize ans : CONRAD et VALÈRE,\npareils à des chérubins savoureux et pervers. Les croisées entr'ouvertes laissent pénétrer\nles effluves de la soirée tombante.\n\n                                         CONRAD\n\n             La douce nuit descend. Le jour brûlant recule.\n             Mon cœur s'alanguit des langueurs du crépuscule.\n\n                                         VALÈRE\n\n             Je ne vis plus qu'en Toi. Mes sens sont épuisés.\n             Tes baisers ont sucé le sang de mes baisers.\n\n                                         CONRAD\n\n             Je veux boire la vie à ta lèvre vibrante :\n              Ta bouche est le fruit mûr et la fleur odorante.\n\n                                         VALÈRE\n\n              Vers ta gorge d'orgueil montent mes oraisons :\n              Ta peau blanche est la fleur des blanches floraisons.\n\n                                         CONRAD\n\n             Mes prunelles devant tes splendeurs      dévoilées\n             Comme par un soleil de chair sont        aveuglées.\n\n                                         VALÈRE\n\n             La lente pâmoison a fait courber nos fronts,\n             Mais, belles de désirs nouveaux, nous renaîtrons.\n\n                                       MADELINE\n\n             Je suis la fleur des champs et le lys des vallées !\n\n                                        VALÈRE\n\n             La brise s'éparpille en babils embaumés\n             Doux comme nos baisers alanguis et pâmés.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                              17\n                          CONRAD\n\n Moins pure la senteur des puissantes corolles\n Que les ensorcelants parfums de tes paroles.\n\n                          VALÈRE\n\n J'aspire, les yeux clos, l'arôme des forêts\n Qui s'endorment, parmi tes cheveux lourds et frais.\n\n                          CONRAD\n\n Du satin de tes seins pétri de tubéreuses\n S'exhalent des odeurs molles et savoureuses.\n\n                          VALÈRE\n\n Tes larges yeux bleu sombre ont des éclairs      soudains\n Chargés de voluptés chaudes et de dédains.\n\n                         CONRAD\n\n Ma lèvre qui flamboie et que l'amour altère\n T'apprendra la luxure inerte et le mystère.\n\n                          GISÈLE\n\nJe suis la fleur de sang des bizarres jardins !\n\nEnfants, cessez vos chants. Valent-ils les cantiques\nDe mes yeux éperdus à ses yeux extatiques ?\nLes plus beaux chants humains sont muets dans nos cœurs,\nLes mots sonores sont impuissants !\n\n                                   Mes vainqueurs :\nRegards d'ambre et de feu, regards de braise ardente,\nLèvres — et leur salive amère et débordante —\nVous me brûlez dans l'âme, ô regards, ô baisers,\nChevelure d'or vierge aux reflets embrasés,\nBlancheur marmoréenne oit court comme une lave\nTon sang de flammes, Neige et Brasier !\n\n                       MADELIXE\n                                           Ton esclave\nJe veux l'être à jamais, Gisèle ! et je me meurs\nA tes pieds divins dans les spasmes endormeurs\nEt les lentes langueurs des voluptés goûtées;\nL'ivresse de tes chairs mates et veloutées\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                         — 18 —\n\nIllumine mes yeux, ma livre et mon esprit :\nViens, sois encore à moi ! Ta beauté me fleurit,\nEt de jasmins lascifs tes mains sont parfumées.\n\n                          GISÈLE\n\nJe t' aime ! — Devant ces tendresses affamées\nDont ta langue et tes doigts conduisent le secret,\nQui donc, épris des jougs coutumiers, oserait\nNous blâmer ? — Nos amours comme les fleurs des serres\nOnt de fauves relents subtils. Quand tu m'enserres\nDe ton étreinte souple et nerveuse, je sens\nMa vie entrer en toi. Tes yeux      étourdissants\nM'enlèvent au delà des paradis     d'extases\nOù, parmi les rubis sanglants et les topazes\nQu'endort le jaune oubli des sensualités,\nSe dresse au bord des horizons illimités.\nDans ses grilles d'orgueil, l'Enfer de nos luxures.\n\n                        MADELINE\n\nJe t'aime ! Tes baisers farouches, les morsures\nSavantes de tes dents en feu, rouges de sang,\nOnt l'étrange saveur d'un rêve éblouissant\nDe cruauté suave et de grêles délices.\nDans l'Orient natal à travers les supplices,\nIneffablement purs, par des lacs de douceur,\nLes cygnes de ta voix si blancs dans l'épaisseur\nDes arômes neigeux et vagues, sur leurs ailes\nM'entraînent vers l'espoir de tes claires prunelles.\n\n                          GISÈLE\n\nLaisse-moi reposer ma tête sur tes seins !\nSilence ! endormons-nous dans les bleus et très saints\nTriomphes des ébats touffus ! Car voici l'heure,\nLa tranquille torpeur de la nuit nous effleure\nMélancolique, avec ses sanglots de bouvreuil :\nAh ! pour nous préserver d'un indicible deuil,\nEnfants, chantez encore ! Et toi viens, Madeline,\nViens contre moi, plus près; viens, de ta voix câline\nPlus franche que leurs chants, dissiper mon émoi.\nMais dites-moi des mots d'espoir, rassurez-moi !\n\n                        MADELINE\n\nChère sœur, que crains-tu de la nuit ? Ses ténèbres\nNe nous étreignent pas d'angoisses si funèbres.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                                       — 19 —\n\n             Vois, au loin d'une lueur d'améthyste et d'or\n             Le ciel profond se teinte, et la lune qui dort\n             Parmi les oreillers de nuages, caresse\n             D'un frôlement d'argent lumineux la paresse\n             Des feuilles, et l'étang s'étoile de regards.\n\n                                        GISÈLE\n\n             Non, j'ai peur ! Dans la nuit je vois des yeux    hagards\n             Dont le dur flamboîment me glace d'épouvante !\n             Enfants, rassurez-moi ! Que votre voix invente\n             Des mots qui fassent croire au désir de l'espoir.\n             Mais l'espoir même est vain ! et dans l'effroi du soir\n             Dans l'oubli de ma honte et dans la solitude\n             J'irai bercer l'horreur de mon inquiétude !\n\n\n                                           3\n                                        Un amour qui n'est plus le bonbeur d'aimer en ignorance,\n                                      un amour qui n'est plus l'amour de l'amour.\n                                                                     J. BARBEY D'AURÉVILLY.\n\n  C'est par une claire journée de printemps, en une salle tendue de tapisseries armoriées,\nMADELINE, songeuse et grave, en tête-à-tête avec CONRAD, rougissant et de la flamme aux\nyeux.\n\n                                      MADELINE\n\n             Bel innocent d'amour, des mépris et des larmes\n             Tu dois tout ignorer; tu ne sais que les charmes\n             De ton adolescence et de tes jeux     d'enfant;\n             Tu ne sais ni les cœurs froissés ni l'étouffant\n             Remords d'avoir flétri la fraîcheur de ses rêves;\n             C'est tout un matinal printemps, lorsque tu lèves\n             Sur les deuils de mon cœur tes regards de clarté;\n             Tu m'inondes d'aurore et de sérénité;\n             Ta naissante jeunesse est faite de lumière\n             Et je chéris en toi l'illusion première,\n             L'ardente illusion des baisers de candeur.\n             Rien de pur qui soit vrai, pas même en la pudeur\n             Des puérils désirs, c'est pourquoi je t'envie,\n             Toi que n'ont pas fané les hontes de la vie,\n             Diaphane et vermeil comme une aube d'avril,\n             D'être l'orgueil natif des parfums en exil\n             Et le divin espoir des roses frémissantes.\n             Pourquoi, céleste enfant, se peut-il que tu sentes\n             Le frisson glacial des vulgaires amours ?\n             Crains l'amour qui ternit l'ineffable velours\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                            20\n\n\n\nDe l'âme en fleurs. l'amour qui dessèche et qui blesse;\nRedoute les conseils pervers de la mollesse.\nDont la trompeuse voix sait voiler les dangers.\nEt l'essor énervant des songes mensongers.\n\n\n                         CONRAD\n\nNon, je n'ai rien à craindre, à présent que je t'aime !\n Ton beau regard est l'eau lustrale du baptême\nMystique, ton regard épanouit mon cœur,\nEt l'accent de ta voix ne peut être moqueur !\nL'indomptable souci de mon amour m'absorbe;\nSous les chants radieux et fiers de mon théorbe,\nLa lente majesté du cantique assidu\nEt les rhythmes d'airain, n'as-tu pas entendu\nLes appels déchirants des notes convulsées ?\nJe ne puis comprimer l'ardeur de mes pensées\nNi, quand je le voudrais, les détourner de toi :\nOui, même malgré moi, je faims ! C'est pourquoi,\nMadeline, je viens à toi, les mains fleuries\nDu lys agonisant des pâles songeries.\nImplorer en pitié tes lèvres et tes     yeux;\nNe les refuse pas à mon cœur anxieux :\nC'est le désir brûlant des étreintes charnelles,\nLe besoin instinctif de tendresses nouvelles,\nLa douce floraison des parfums de ton sang,\nLe vin voluptueux de ce rêve incessant\nD'être à toi, d'être en toi ! qui m'illumine l'âme.\n\n\n                        MADELINE\n\nCher enfant, c'est l'amour de l'amour qui t'enflamme,\nC'est l'âge. Puisqu'en toi la voix des fabuleux\nMirages a versé le désir des yeux bleus\nEt l'inutile espoir de l'ivresse assouvie,\nSache que c'est le piège éternel de la vie;\nBien peu l'ont évité, qui seuls furent les forts.\nTu veux te consumer en d'inféconds efforts\nPour le frisson des corps et l'extase des lèvres :\nVa, garde plutôt la chasteté de tes fièvres,\nDemeure droit et seul, fervent dans la fierté\nDu rêve, et, dédaigneux de la réalité.\nEt pourquoi parler tant ? L'Amour est le seul maître\nJe parle en vain. Ton cœur est soumis, et peut-être\nMes paroles ne font qu'augmenter ton désir !\nMais Celle que tes vœux, enfant ! doivent choisir\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                            21\n\n\nEst vierge, comme toi, de mensonge et de honte,\nEt son cœur, inquiet des îles d'or, affronte\nPour la première fois la mer des passions.\nElle vouera, propice, à tes effusions\nSes bras de fiancée et leur royale étreinte,\nEt ses yeux printaniers sans remords et sans crainte\nFleuriront de baisers candides et soyeux\nLe matin triomphal qui s'éveille en tes yeux.\n\nPour moi, j'achèverai ma lente destinée :\nJ'appartiens à Gisèle, et je suis condamnée\nA ne plus écouter les hymnes de ces voix\nQue mon âme avait mal comprises autrefois,\nPuisqu'elles ne chantaient, dans mes forêts de chênes,\nQue l'idéal bienfait des délices prochaines\nEt la calme fraîcheur des baisers espérés.\nOh ! l'effroyable ardeur des sens exaspérés,\nLes jouissances dont le cœur déchiré souffre\nEt saigne, m'ont plongée au plus épais du gouffre\nOù rampent les remords comme de froids serpents,\nEl m'ont brisée avant l'heure ! Oui je me repens\nDe ces péchés et des erreurs de ma jeunesse,\nMais il ne se peut pas que le rêve renaisse\nEn moi, car je me suis donnée entièrement,\nEt l'amour d'autrefois devient mon châtiment\n\n                        CONRAD\n\nMadeline, tais-toi, c'est assez de blasphèmes !\nPourquoi mentir ainsi ? Je sais bien que tu m'aimes\nEt tes yeux étoiles sont des astres amis.\nJe t'aime, Madeline; et mon cœur est soumis,\nComme l'esclave au maître, à ta toute-puissance !\nC'est l'éveil, l'innocente et sereine naissance\nDe mon cœur attendri de clartés et d'azur,\nL'attente du bonheur impérissable et sûr\nParmi les chers baisers de tes lèvres gourmandes.\n Viens, fuyons ! le veux-tu ! Comme dans les légendes\nNous irons à travers les féeriques halliers\nOu chantent les épithalames       familiers\nDes rossignols blottis dans l'épaisseur des branches;\nSur la mousse moelleuse et dans les lueurs blanches\nDe la lune, pareils aux dieux de ces forêts,\nNous aurons des abris mystérieux et frais\nEt nous vivrons cent ans d'extase et de délires :\nEcoute s'élever dans la langueur des lyres\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                                        22\n\n           Séraphiques la voix vaporeuse des soirs,\n           Pleine de frais conseils et d'amoureux    espoirs;\n           Hâtons-nous, il est temps, vers les forêts fleuries !\n\n                                   MADELINE\n\n           Je veux boire avec toi le frisson des féeries,\n           Je veux fuir avec toi; je t'aime et sans effroi\n           Je me donne ! Fuyons, car je t'aime, ô mon Roi !\n                                                       ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n                 PROSES LYRIQUES\n                                          1\n\n                        D'UN MAITRE INCONNU\n                                                                   A IWAN GlLKIN.\n\n              J'ai vu, je ne saurais plus préciser à quelle époque, chez un\n                collectionneur monomane et très pauvre, espèce de Pons\n                florentin, un tableau dont l'image indélébile s'est fixée en ma\n                mémoire, — une peinture obsédante et tragique, empreinte\ntoute de fièvre, de froide démence, sillonnée de lueurs sulfureuses et mau­\ndites, d'éclairs farouches...\n   Pourquoi vous redirais-je le nom du prodigieux et génial artiste, puis­\nqu'il est profondément inconnu, a végété sa brève et saturnienne existence\ndans des bas-fonds putrides, parmi la canaille. Je respecte trop les honnêtes\ngens qui me font l'honneur — imprévu — de me lire pour scandaliser leur\ndélicatesse en les entretenant d'un monsieur, — d'un homme, — aussi mal\nélevé.\n\n   Une chambre soyeuse, un boudoir élégant où d'exotiques parfums\ntraînent, — tendre, mauve, garni d'objets caressants à la vue et au toucher,\nsuavement lumineux à l'avant-plan, — d'un mauve dont le doux et fris­\nsonnant éclat s'amortit peu à peu, — grisailleux et mat, au fond, où s'ouvre\nla porte du cabinet de toilette. On entrevoit, dans les ondes brutales d'une\nflamme de gaz qui siffle, un lavabo d'ébène chargé de fioles, de pinces,\nd'instruments bizarres d'ivoire et d'acier. Le marbre noir du meuble réver­\nbère tout l'attirail de torture d'une mondaine au XIXe siècle.\n   A droite, sous les courtines de satin moiré — mauve, — un lit-divan\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                       23\n\n\n fort bas, moelleux. Disloquée, nue complètement, une femme gît-là; elle\n meurt, elle est morte, tuée par deux visibles coups de couteau. Sa blonde\n tête, très fine et pâle, apâlie encore, au nez effilé, à la bouche impertinente,\n aux grands yeux glauques, restés ouverts, — ouverts à quel spectacle,\n maintenant ? — aux larges yeux cernés et meurtris, — sa tête repose sur\n les broderies des oreillers, chiffonnées, à peine. Ses lèvres amincies et\n rebelles se plissent d'un sourire drôle, navré peut-être, joyeux aussi.\n    Mais le corps de cette singulière créature a l'exacte semblance de celui\n d'une poupée ! Sous les omoplates, le carton se devine qui soutient la toile\net celle-ci déjà s'affaisse et se gondole car, sans discontinuer, des béantes\n blessures de l'Androïde, coule le son pur et fauve qui l'animait, — sans\n bruit, il coule au pied du lit. Là, au milieu du tapis, un petit enfant est\nassis, adorable et gai et rose; de ses mains fragiles, fleuries de fossettes, il\nramasse le son pailleté qui dévale et joue, en parsème le parquet aux alen­\ntours. Il bat l'air de ses bras mignons, cherche à attirer l'attention pour\nfaire partager son plaisir, en son langage embryonnaire, se raconte des\nchoses... — Son regard scintille et rit... — Cependant, là-bas, un gentleman\nprestement s'esquive... c'est Alastor, Duc des Ténèbres, —, un très beau,\ntrès fashionable et très chevaleresque Damné. Ses yeux louches et torves le\ndénoncent. Avec des gestes précieux et maniérés il emporte un cœur, — un\ncœur saignant qui tressaute et pantèle...\n   — Enfin, à gauche, deux personnages à l'allure distinguée et patricienne,\nconsidèrent toute cette scène d'un air vague et détaché, mélangé de dédain\nqui s'ignore. Il semble qu'ils échangent de rares et distraites paroles, qu'ils\nconversent avec bien de l'ennui, mais aussi, avec quelle exquise et\ncérémonieuse politesse...\n\n                                       2\n\n                                BARATHRE\n\n   J'errais dans un paysage de cauchemar, maléficieusement cerné par de\ncrayeuses roches, — haletant sous l'haleine embrasée, aveuglé par la\nlumière fausse et crue d'un torride soleil d'Apocalypse.\n   Derrière un pli de terrain, j'aperçus tout à coup une excavation béante,\naux bords rectangulaires, ainsi que les murs lisses et sans arêtes d'un canal,\net remplie d'une eau incandescente, épaisse et noire comme de la lave. Et\ncette eau, sans cesse convulsée de remous intérieurs, se crevait pesamment\nà l'apparition d'épouvantables larves à têtes humaines qui, surgies des pro-\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                      24\n\nfondeurs, essayaient de s'évader de cet ergastule, de se soustraire à l'atroce\ncaresse des ondes poisseuses.\n   Elles crissaient de leurs ongles le basalte glacé des parois; avec une\nrage grinçante et furibonde, elles s'efforçaient de s'arcbouter à la surface\ndense du bitume, mais il cédait et plus irrémédiablement les enlisait. Et\nd'autres lémures émergeaient constamment, se démenaient pour agripper\nles angles abrupts du gouffre et, entrelacées de haine, elles se déchiraient,\nse griffaient et leurs prunelles médusantes et farouches ardaient d'envie et\nd'un espoir égoïste et crispé... Et une lamentation montait, aiguë et hur­\nlante, une affreuse et rauque clameur...\n   Enivré d'horreur, de pitié, mes lèvres machinales intercédèrent : — Mon\nDieu ! —Ces syllabes fatidiques, à peine proférées, le hideux spectacle s'ef­\nfaça, la rumeur vocératrice s'éteignit... Je rouvris les paupières : La nuit,\npâle de silence, investie soudain d'un manteau roidi de lune et de gel, —\nsous le cruel et bleuissant acier du firmament, — au milieu du vide effroi\nde l'étendue élargie, la face tournée vers le Levant, se profilait la sèche\net nette silhouette d'une statue de bronze, dont les yeux vivants et seuls\nvisibles dans l'ombre, dardaient sur moi un regard méprisant et narquois.\n\n\n                                     3\n\n                       LE FOU RAISONNABLE\n\n   Au rebours de ses pareils, le Fou du Prince des Terres Australes\ndédaignait les concetti vides, les inoffensifs et creux lazzi; ses saillies\ndésordonnées discordaient; ses rires semblaient de haineux grincements de\ndents et chacun de ses mots secrétait un sens profond et redoutable.\n   Il mettait une joie maligne et vindicative — quels corrosifs remords\napaisait-il ainsi ? — à saper la félicité de son jeune Seigneur, à lui démon­\ntrer le précaire de ses pouvoirs régaliens, le risible des pompes royales; il\nabattait et écartelait, vivantes, toutes ses chimères, refoulait ses enthou­\nsiastes et généreuses expansions par d'acerbes et glaciales railleries. Et le\nsouverain gémissait, en son cœur, des moqueries acariâtres de son bouffon,\ncar il l'aimait le sachant accessible aux plus nobles pensées et que ses\nsarcasmes ne dénonçaient point une stupide ignorance.\n   Les poètes de la cour, — en cet utopique pays, d'authentiques et altiers\npoètes, — surtout, servaient de cible aux brocards acérés du cynique.\n  — Je suis plus poète que vous tous, affirmait-il effrontément, car ces\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                       25\n\n\nchansonnettes dont vous fatiguez le papier, je suis las de les entendre et,\nmême, j'ai souvent songé des songes qui terrifieraient vos timides muses\nauliques, — mais je les garde pour moi seul !\n   — Le jour de la Fête fleurie de l'Orient, le Prince, environné des hauts\ndignitaires et de ses vassaux, écoutait la lecture de l'œuvre récente de son\nartiste favori, — d'une beauté surprenante et sans rivale. A la chute du\ndernier vers, saisie d'une espèce de torpeur admirative et ravie, l'illustre\nassemblée ne donna aucun applaudissement. Au milieu du silence général,\nle Fou, lui, étendu jusqu'alors au pied du trône, se releva et écartant, d'un\ngeste présomptueux, les chambellans, après un éclat de rire provocateur et\nsauvage, rempli du plus extravagant mépris, disparut derrière les lourdes\ntentures agitées.\n   Un blême nuage de fureur passa sur le front et dans les yeux du\nMonarque, arraché à son ivresse : la mort de l'incorrigible trouble-fête fut\ndécrétée en son âme...\n   — A l'origine de sa délivrance, le Prince vécut heureux d'un bonheur par­\nfait : il n'entendrait plus l'organe odieux, les ricanements, il ne subirait plus\nles aigres grimaces, les parodies enfiellées de cet éternel rabat-joie; rien\nn'avilirait, dorénavant, ses plaisirs et l'harmonieuse paix de son auguste\nexistence; chaque matin, il se congratulait de son opportune et libératrice\ncruauté.\n   Cependant, peu à peu et inexplicablement, une morosité sans nom l'as­\nservissait, — une amère, déprimante et uniforme tristesse, sans motif et sans\nbut et envenimée encore, par l'appréhension de voir renaître sa native férocité\nautrefois vaincue.\n   Retiré, de plus en plus, comme un craintif et soupçonneux tyran, loin\ndes salles d'apparat et de représentation, parmi les appartements hermé­\ntiques, solitaires et perdus de la Demeure Interdite, en proie à on ne savait\nquelle nostalgie taciturne, il mourut enfin, quelques mois après cet événe­\nment, — sans avoir rompu l'impénétrable mutisme qu'il paraissait s'être,\ndésormais, imposé.\n                                                    ARNOLD GOFFIN.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                         — 26 —\n\n\n\n\n                        VERS\n                                                     A JULES DESTRÉE\n\n\n                        VOCATION\n\nJe fus longtemps, je suis encore cet enfant\nSans autre bouclier que sa fragile enfance,\nQui toujours plus enfant à peine se défend\nDe vous rendre en amour le poids de votre offense.\n\nDans quel poison lascif, dans quel miel doucereux,\nAssassins caressants, trempez-vous donc vos armes ?\nCar toujours plus enfant et toujours plus heureux,\nJe dédie à vos fronts la gloire de mes larmes.\n\nJe suis un espalier pour la soif et la faim\nDes chercheurs de souffrance, et mes blessures fraîches,\nMangez-les, buvez-les, car je comprends enfin\nL'ivresse des martyrs amoureux de leurs flèches.\n\nO tout mon sang, toutes mes roses, mes sanglots,\nElancez-vous, ma chair ! vers les étoiles sourdes,\nEt chantez mon enfance éternelle à longs flots,\nVous, les baisers futurs dont mes lèvres sont lourdes !\n\nSoyez des inconnus, prenez-moi par la main :\nCouronnez-moi de fleurs chai-mantes et funèbres,\nEt de vos robes d'or éclairant le chemin,\nConduisez-moi, pensifs, vers les bûchers célèbres.\n\n\n                          MENACE\n\nJe vous ai bien aimés, je vous ai bien pleurés,\nLoin de tous, loin de vous, et si loin de moi-même !\nJe sens naître de moi des êtres ignorés\nQui m'enseignent enfin l'amour de ceux que j'aime\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                           — 27 —\n\nJe suis déshabillé de l'orgueil, frêle et nu;\nJe regarde le ciel à travers mes mains calmes\nQue joint l'étrange espoir d'un bonheur ingénu\nDans un gouffre d'azur où se baisent des palmes.\n\n\nMais prenez garde, vous, ma gloire et mon souci,\nPrenez garde, vous tous qui m'avez adouci\nJusqu'à cette douceur et cette peur de vivre,\n\n\nDe voir se révolter ce cœur qui vous enivre\nEt la haine en jaillir, comme un glaive irrité\nD'un fourreau de candeur, de joie et de bonté.\n\n\n                         L'ÉTONNÉ\n                      TABLEAU   GOTHIQUE\n\n\n\n\nPâle et fier, dans la cour de marbre du château,\nSous un drapeau que gonfle une bouche invisible,\nMi nu, les bras liés à l'infâme poteau,\nLe bel adolescent reluit comme une cible.\n\n\nSa chair blonde et ses seins puérils et son col\nHâlé d'or qu'un sang vierge et magnifique arrose,\nJaillissent au soleil, fleurs divines, du sol\nOù le rouge drapeau s'achève en ombre rose.\n\n\nDevant lui, quatre archers, groupe agile et fluet,\nGantés de maillots noirs étoiles de flammèches,\nSemblent prêts à danser un cruel menuet,\nPlus cambrés que leurs arcs et plus fins que leurs flèches.\n\n\nSur un haut tribunal, de vieux mages tremblants,\nDes princes cuirassés de bronze, des califes,\nS'offrent, loin du spectacle, avec des gestes lents,\nD'ardents lauriers cueillis dans leurs Généralifes.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                          — 28 —\n\nAu balcon, dans l'azur triomphal, l'œil lustré,\nLa Dame du supplice en ses habits de joie\nRit de sa bouche aiguë au singe préféré\nQui s'étrangle en tirant sur sa laisse de soie.\n\n\nEt là-bas, tout là-bas, des paysages bleus,\nLe ciel tendre, égayé de frêles    tourterelles,\nOù sur l'orbe enfantin d'un couchant fabuleux\nLe château des sept tours aiguise ses tourelles.\n\n\nEnfin, là-haut, avec leur plumage d'argent\nBleu, vert, soufre, lilas, des archanges fidèles\nAux suprêmes lueurs du soleil indulgent\nAllument en jouant leur doux arc-en-ciel d'ailes.\n\n\nLe bel adolescent se hérisse de traits :\nMais personne, ni les califes ni les princes,\nNi les mages vieillots, ni les archers distraits,\nNi là-haut, dans l'azur, la Dame aux lèvres minces,\n\n\nNe regarde mûrir comme un fruit      douloureux\nCe corps splendide, élu pour des amours royales,\nNi dans la cour en fête et le soir langoureux\nVibrer l'obscur essor des flèches déloyales.\n\n\nLes archers, comme lui jeunes et caressants,\nNe songent même pas à punir une offense :\nIls sont simples et bons, ce sont les beaux enfants\nQui se mêlaient naguère aux jeux de son enfance.\n\n\nLes mages, les docteurs, les califes, les rois,\nAutour de son berceau courbèrent leur puissance,\nEt venus d'Orient sur de lourds palefrois\nBaisèrent ses pieds nus le jour de sa naissance.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                     29\n\n\n   La Dame qui sourit à ce long soir d'été\n   A trop soin du salut de sa vie éternelle\n   Et de sa gloire en Dieu pour n'avoir pas été\n   Envers l'enfant martyr câline et maternelle.\n\n   Et le naïf bouquet des anges dans l'azur,\n   Pays d'ailes, jardin de lumière, île errante,\n   Fait neiger et chanter à travers le ciel pur\n   Un trésor ingénu de joie indifférente.\n\n   Et l'âme de l'enfant caressant et soumis,\n   Qui ne se reprend pas quand elle s'est donnée,\n   Vers de futurs tourments et de nouveaux amis\n   S'envole, sans souffrance et sans haine, étonnée.\n\n                                                        A L B E R T GIRAUD.\n\n\n\n\n                     DANS LE RÊVE\n                       4.        LES SIRÈNES\n                                                    A    MONSIEUR ALBERT   GIRAUD.\n\n\n\n             La nuit. — Passent très lents, au clair ciel de printemps — les\n               albes et grands nuages éblouissants en leurs masses lourdes\n              arrondies, porteurs de vagues visions de formes démesurées,\n              — torses énormes, bras et jambes musclés — masques farou­\nches aux longues barbes ruisselantes — incertaines, changeantes visions\névocatrices de la silencieuse et grande armée des blancs géants, marchant\nà l'assaut du Walhall. La terre repose, reflétant les pâleurs du ciel, et sur les\nprairies bleues adoucies, la rosée resplendit en perles brillantes, aux tiges\ndes herbes endormies.\n   Au travers les champs et les près, le vieux Rhin coule ses eaux vertes et\nclaires — en lesquelles glissent et se mirent les nuages — les profonds lacs\nd'azur et le pâle croissant de la lune, s'élargissant dans l'eau et qui monte\net descend suivant l'ondulant mouvement des flots, qui s'écoulent rapides\net chantent et se plaignent et tendrement murmurent en s'enfuyant.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                  — 30 —\n\n\n   Au loin, dort la ville gothique, grise et bleue vaguement — avec les lignes\nindécises des maisons et des monuments — les rouges lumières vacillantes\nqui brûlent au sommet des tours — les murs noirs et durs du vieux château\nroyal, avec ses ponts levis planant au dessus des abîmes, et dominant tout,\nla flèche hautaine de la cathédrale, s'élançant fièrement et s'effilant sur les\nneiges du ciel.\n   Pas un bruit.— On n'entend que de temps à autre la voix grave et lourde\nde l'horloge de fer, proclamant lentement les heures sur la ville assoupie et\nle vague attirant murmure des flots qui s'élèvent et s'abaissent et glissent et\ns'éloignent infatigables vers d'autres contrées. — Les blancs nuages passent\nplus lents au ciel et doucement se séparent et s'arrêtent, découvrant en une\néchancrure le pur azur au milieu duquel veille une lune recourbée — telle\nune galère d'or en un lac immobile, entouré de montagnes de neige.\n\n   Ou la route blanche se perd là-bas dans la nuit — le bruit répété des pas\nd'un cheval, en même temps que les sons joyeux, lointains, d'un refrain\nchanté par la voix d'un jeune homme; — rapidement, il se rapproche sui­\nvant la route et bientôt arrive auprès dufleuve.— C'est un chevalier guerrier,\nd'une armure d'acier revêtu et qui chante à la joie de revoir tantôt sa ville\nchérie, sa maison et ses gens, et la fière dame, son amie, dont les doux yeux\nont tant pleuré, quand il s'en alla pour la guerre. Il a relevé la visière de\nson heaume, découvrant son jeune visage, et un grand oiseau de fer étend\nses ailes au cimier de son casque et semble voler par dessus lui, quand il\nchevauche. Et voici que le chevalier a laissé tomber sa chanson; — il a\nsaisi la corne d'ivoire appendue à son col et gaiement sonne la claire fanfare\nqui vibre et longuement là-bas résonne contre les hauts remparts.\n   Mais quoi donc alors en la rivière. — Le jeune homme arrête son cheval\nau bord du fleuve et pour mieux voir, abrite les yeux de sa main lourde,\ngantée de fer. Aux clairs éclats du cor sonnant d'or, s'agitent et se gonflent\nles eaux au milieu du fleuve. — Elles tournent et bouillonnent, s'entr'ouvrent\net soudain apparaissent les trois sirènes, filles du Rhin, enlacées. Elles\nnagent et glissent, idéales en les eaux claires qui ruissellent en innombra­\nbles gouttelettes sur leur éclatante poitrine et passent au travers de leur\nbrune chevelure, sans la mouiller. Les tournoyants battements convulsifs\nde leur queue écaillée font écumer et blanchir les eaux qui semblent les\nsuivre et les vêtir d'un étonnant tourbillon de neige. — Leurs grands yeux\nbrillent, leurs lèvres rouges sourient — et leurs cheveux bruns flottent\ndénoués, parés de larges fleurs incarnadines. Et légères, elles plongent au\ntravers des flots clairs, et fendent rapides, l'eau limpide qui s'amollit et\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                  — 31 —\n\nfrémit au baiser fugitif de leurs seins provocants, et douce, s'adoucit aux\nmolles caresses de leurs croupes. Elles rient; — et les perles de leur rire,\nbrillent et s'égrènent, et font comme une cascade cristalline, bientôt melée,\névanouie en le doux frémissement des flots. Elles s'approchent et s'éloi­\ngnent et de nouveau s'élancent — et baisent chaque vague qui passe —\nse cherchent et se baisent entre elles; — l'une d'elles chante :\n\n    « Gai chevalier — viens, viens vers nous — les flots s'entr'ouvrent devant\n toi — viens te reposer en nos bras — t'enivrer des caresses des eaux\nsilencieuses — te jouer dans les flots, glisser entre les ondes — t'assoupir\net rêver avec nous des étoiles et des fleurs radieuses, jaillies du pâle sable\n d'or, et qui brillent au nocturne jardin des sirènes.\n    « Retiens nos chants — beau chevalier — vois au fond des eaux les\nrichesses — les palais verts de la Reine avec les rougeâtres rubis tournant,\nsaignants aux sommets sveltes des tourelles — les portes frèles d'émeraude\nde dauphins noirs défendues — les parcs alanguis transparents et bleus,\noù tremblent et serpentent les rivières opalines — et les vagues forêts pro­\nfondes sous lesquelles passent et glissent inquiètes les ondines.\n    « Ah ! viens, fends les flots — hâte-toi jusqu'à nous — nos bras amoureux\nt'entoureront de guirlandes, plus suaves que la fleur des jacinthes et nos\ncorps souples s'enrouleront autour de ton corps fatigué, le berçant et l'exal­\ntant d'inespérés délices; — dans nos yeux bleus tu verras les cieux bienheu­\nreux — le rêve des lunes qui s'y reflète et les profonds abîmes des jouis­\nsances. — A passer au travers de nos cheveux, le vent se parfume et laisse\nflotter autour de nous les capiteux parfums troublant les sens. Au contact\nde jeunes lèvres frémissent et brûlent nos lèvres rouges et chaudes, et\nl'amertume délicieuse de nos bouches insidieuses verse l'oubli des choses\nles plus chères.\n    « Ah ! viens donc, viens fêter et fleurir ta jeunesse aux charmes de nos\nblanches poitrines, laisse tes yeux langoureux s'égarer dans nos yeux — ta\nbouche avide et chaude se coller à nos bouches; vois les flots se presser et\nglisser amoureux autour de nous — les eaux jalouses et douces qui frôlent\net baisent au passage nos seins jeunes et droits — et s'écoulent à regret de\nnos corps en scintillantes gouttelettes diamantines. Prends-nous donc —\nenlace-nous — sur notre passage se dressent et s'ouvrent les fleurs solitaires\net les dragons de flamme, gardiens des royaumes ont pleuré de désir en\nnous voyant; — à notre possession le cœur se dilate — les yeux s'agran­\ndissent — la poitrine se gonfle de voluptés inconnues et l'on défaille sous\nl'étourdissante douceur de nos parfaits enlacements. »\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                                 — 32 —\n\n     L'eau a soudain jailli sous le sabot du coursier noir — mais l'animal\n s'effare et recule devant le vide. — Éperdu le jeune homme a sauté à bas de\nson cheval et les bras en avant tendus impétueusement s'engage en le fleuve\n— mais alors il s'arrête lui aussi et demeure immobile. — Là-bas — là-bas,\nla voix rauque de l'horloge de fer sonnant fatalement minuit sur la ville\nendormie — un silence — et la plainte du veilleur dans sa corne.\n    Aux premiers sons des cloches de la cathédrale, les sirènes se sont\névanouies, — leur corps s'est tout à coup fondu dans l'eau qui tourbillonne\nencore, écume et fuit rapide emportant au loin, les rouges fleurs de leur\nchevelure. — Et longtemps encore, il écoute anxieux, le cri désespéré\nqu'exhalèrent leurs lèvres en disparaissant.\n    Le chevalier se signe soudain; après une courte prière aux saints ses\npatrons, remonte en selle, et rêveusement, chevauche vers la ville.\n                                                  GEORGES     DESTRÉE.\n Décembre 1888.\n\n\n\n\n                       LE PHOQUE\n             Symbole de ma destinée,\n             Un phoque au regard singulier\n             Ainsi qu'un démon familier\n             Habite ma maison damnée.\n\n            Dans l'appartement angoisseux,\n            Parmi les meubles, les tentures,\n            Les bibelots et les gravures,\n            Son corps ovoïde et poisseux\n\n            Se tord en sursauts de reptile\n            Et pour ce monstrueux ébat\n            Contre le flanc flasque qui bat,\n            Colle la nageoire inutile.\n\n           Mes yeux, que fige la terreur,\n           Au fond de ses prunelles glauques\n           Voient les jeux fous des vagues rauques,\n           Les squales ivres de fureur,\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                    33\n\n              Les croûtes plates des limules,\n              De baveux bivalves ouverts\n              Et sous de traîtreux fucus verts\n              De longs lacis de tentacules.\n\n              Monstre, ainsi nagent dans mes yeux\n              Des reflets d'effroyables joies\n              Et la sombre image des proies\n              Qu'engloutit mon cœur vicieux.\n\n              Evadé d'un enfer immonde\n              Je garde irréparablement\n              L'amour affreux et le tourment\n              De ce sinistre et hideux monde.\n\n              Mais au vierge, au sévère azur,\n              Reniant la fange subie,\n              Ne puis-je en mon âme amphibie\n              Offrir un culte neuf et pur ?\n                                                              IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n        LA NAISSANCE DE VÉNUS\n                                         Et versant   les trésors de sa   sérénité\n                                         Et le rayonnement    de sa jeunesse blonde,\n                                         Sur le vieil océan de sa fille enchanté.\n\n                                                             C H A R L E S BAUDELAIRE.\n\n\n\n\n             Ce fut d'abord sur la mer un long frisson d'angoisse — et les\n              ténèbres qui la couvraient encore disparurent. Le brouillard,\n              lentement, se déchira et, quelque temps, une mousseline de\n              vapeurs blanches flotta dans le ciel, s'adoucissant, se fondant.\n  A l'horizon, le soleil sortait des flots épandant ses rougeurs sur l'étendue\ndes eaux et du pâle azur. Les sables des grèves, au lointain, s'illuminaient\nde moires chatoyantes.\n  De petites vagues rosées s'élevèrent peu à peu et coururent follement çà\net là en des sens divers. Parfois un choc, et un clapotis sonore s'élançait\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                                   — 34 —\n\navec quelques gouttes diamantées. L'air brillait comme si l'Océan eût été en\nfusion, des fleurs s'épanouissaient à la surface; on eût dit que les étoiles\ndisparues constellaient maintenant les cieux d'un bleu mat de turquoise,\nréflétés par l'onde. Et des bouillonnements grandirent, grandirent en des\nmasses écumeuses qui se heurtaient avec furie, hérissant leurs crêtes blan­\nchâtres et retombant avec fracas pour remonter avec plus de violence.\n   Tout droit dans le soleil, tenant le trident de sa main droite, Neptune\naccourait sur son char vermeil, traîné par des dauphins aux écailles\nargentées. De son casque d'or jaillissaient autour de lui des rayons d'or,\nsa robe de pourpre éployée par la rapidité de la course ondulait au vent,\nune barbe abondante tombait sur sa large poitrine, et dans ses yeux verts\nétait reflétée l'immensité de l'Océan.\n   Apparaissait aussi la longue théorie des divinités de la mer et Nérée à la\nbarbe azurée, avec les Néréides, les Harpyes, les Tritons et les Sirènes aux\nvoix charmeresses.\n    Dans l'air où dansait un poudroiement d'or, une fanfare immense jaillit,\néclaboussant l'espace de ses notes claires et joyeuses, pour célébrer l'arrivée\nde Celle que Saturne avait promise.\n    Au son des trompettes sacrées, le Dieu frappa les flots. L'eau s'en­\ntr'ouvrit, et, sur une conque de nacre lumineuse où passaient des reflets de\npourpre, de saphir, d'améthyste et d'émeraude, entourée d'une guirlande\nd'amours roses et blonds qui folâtraient parmi les fleurs, aux chants radieux\ndes Sirènes qui sortaient de la mer, dans sa nudité triomphale, la hanche\nprovocante en la torsion de son corps, la chevelure éparse derrière elle\ncomme un long voile d'or, apparut Vénus, fille de la Mer et de la Lumière.\n Et le Dieu attentif regardait l'aube qui naissait dans les yeux de l'Aphrodite.\n    Sur un char diaphane traîné par des colombes, les Heures la condui­\n sirent vers l'Olympe avec le cortège des Grâces et des Ris, et les mortels\n restaient en extase, oubliant les jours, oubliant le temps, à regarder la trace\n blanche qu'elle avait laissée dans les infinis bleus où elle était disparue.\n    Ce soir-là, dans leur palais, les dieux célébrèrent la venue de celle qui\n devait bouleverser le monde.\n                                               MAURICE DESOMBIAUX\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "             — 35 —\n\n\n\n\n    ELAGABALE\nVers tes lèvres ses jeunes mains\nHièradel implorantes, frèle\nEnfant endormi d'asphodèle\nNimbe et neige de bleus matins.\n\nEn sourire ses yeux de rose\nSes beaux yeux vainqueurs exaucés\nDe tes lèvres et des baisers\nLangoureux comme d'ailes closes.\n\nHièrade ! ses doux bras blancs\nDénoués vers ton cou d'ivoire\nDoux alanguissent leur victoire\nEn suaves enlacements.\n\nVin de rose sa bouche enivre;\nFront qu'adonisent les narcisses,\nTout amour ! et qu'à ses caprices\nUn peu du cœur puisse survivre.\n\nFaible en sa robe de soie mauve\nDe fleurs et de perles semée\nO pierrerie et parfumée\nDe lys, d'hyacinthe et de mauve,\n\nRoi ! divin comme Dyonise\nL'Enfant à la bleue chevelure,\nDélaçant sa lasse parure\nEn tes yeux vaincus agonise.\n                                    VALÈRE G I L L E .\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                      36\n\n\n\n\n                  POÈME EN PROSE\n                                   LE RAT\n\n                Je dormais à ses côtés. Lorsque soudain elle m'éveilla d'un\n                  geste convulsif.\n                    M'a-t-elle passé du bout des doigts l'hallucination de son\n                  cauchemar ? Mais je vois aussitôt, positivement je vois une\nhorrible bête qui glisse sur la courtine du lit.\n    « Vois donc ! C'est un rat ! crie-t-elle. Chasse-le ! Chasse-le ! »\n    Glacé par la frayeur, je ne sais cependant faire le moindre mouvement;\net, je regarde hypnotisé.\n    Le rongeur, dont les yeux sont allumés de feux inassouvis et tranquilles,\ntient les oreilles immobiles et le dos arrondi, comme s'il n'avait rien à\nredouter.\n    « Tue-le ! crie-t-elle. Il me mord. Tue-le ! »\n    J'allais le frapper, lorsque je crus voir, dans la demi-obscurité de l'alcôve,\nle rat s'évanouir par instants, puis aussitôt reparaître comme une vision.\n    « Chère, dis-je alors, enveloppant des bras mon amie, ne crois pas plus\nlongtemps à ton cauchemar. Mais pense à notre jeunesse et à notre amour.\nLa vie ne nous appartient-elle pas ? »\n    Comme je relevai la tête, après m'être oublié dans un long baiser, le rat\navait disparu.\n    Rassurée, elle se rendormit.\n    Mais moi, je veillai, le cerveau troublé, car je sais que toute apparition a\nsa raison secrète.\n    « Cette nuit, me dis-je, la seule pensée de notre jeunesse et de notre\namour a suffi pour écarter la funèbre vision. Mais le rat est toujours là qui\nnous guette. Et bientôt sans doute, bientôt au milieu d'une nuit, nuit plus\nsombre que celle de cette alcôve, le rongeur reparaîtra; nous lui appar­\n tiendrons alors. »\n                                                    H E C T O R CHAINAYE.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "NOTRE-DAME DES DOULEURS\n                                Ce n'est pas devant toi que je me suis prosterné\n                               mais devant toute la souffrance humaine...\n                                       DOSTOIEVSKY. Le Crime et le Châtiment.\n\n\nO sombre soir d'hiver de cette fin de monde !\nLa pluie opiniâtre et le dégel immonde\nPleurent obscurément dans la ville qui dort.\nInconscient et seul, comme on va vers sa mort,\nJ'ai voulu posséder cette triste inconnue\nDans les pauvres et vains secrets de la chair nue,\nEt mes yeux, qui rêvaient d'un paros animé,\nSe disent qu'à présent tout rêve est consommé.\n\nL'éternel vêtement et la douleur fatale\nNous ont fait une chair chrétienne, veule et pâle,\nQui saisit, cependant, sans être la beauté;\nEt malgré les dégoûts d'un amour acheté\nJ'admire en ce moment la femme méprisable\nPour toute la douleur dont sa chair est capable.\nLa douceur des baisers qu'elle donne fait mal :\nEn vain elle ne veut livrer que l'animal,\nSa bonté se réveille avec de sourdes plaintes,\nEt je serre sur moi, dans toutes ses étreintes,\nL'ange prédestiné qu'elle était en naissant.\n\nAinsi je suis vaincu dans ma f ange et mon sang,\nMais qu'on se sent meilleur après cette défaite !\nLa grande illusion que l'âme s'était faite,\nEn égalant son rêve à de jeunes souhaits,\nA vu se révéler, enfin, d'autres secrets.\nMes yeux, pourtant, mes yeux sont pleins de douces larmes,\nJ'ai senti que j'aimais, devant ces sombres charmes,\nEt je sens je ne sais quelle fraternité\nPour cette triste chair qui n'a point résisté.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                          — 38 —\n\nAh ! femmes, maintenant brebis ! Troupeau docile\nParqué dans le respect d'un sinistre évangile,\nParmi d'amers plaisirs j'ai découvert en vous\nTout ce qu'auront jamais d'attirant et de doux\nLes vices, la laideur, la fièvre et la folie.\nNoirs calices que ceux dont vous buvez la lie !\nLa nausée et l'ennui d'un délice connu,\nLe peuple lâche et laid, par ses lois contenu,\nAssouvissant sur vous sa haine originelle,\nEt l'inutilité d'une croix éternelle !\n                                           FERNAND    SEVERIN.\n\n\n\n\n                        VERS\n                          SATAN\n\n  Père des bons pécheurs, des enfants et des fous\n  Paria charmeur des sanguinaires mémoires\n  Aux Edens consolants pleins de chants illusoires\n  Ange qui nous aima jusqu'à pécher pour nous,\n\n  Puisque le voici, les yeux tristes de nos pleurs,\n  Ses chers yeux tristes de leur éternel sourire,\n  Je veux, Jésus crucifié parmi les fleurs,\n  Par mes lèvres sans haine, en fête du martyre,\n\n  Par le mérite de mes seins purs de la femme,\n  De ma chair résignée à son inanité,\n  Je veux qu'il aille encore aux sentes de clarté,\n  Ses yeux frêles en extase devant son âme,\n\n  Joyeux du chant soyeux de ses ailes de jour\n  Et du ciel où son pâle sourire se mire.\n  — Et Dieu, pour tant d'amour, pour tant de vain      amour,\n  Qu'il lui pardonne enfin d'avoir pu le séduire!\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                          -   39   -\n\n\n\n                     RENONCEMENT\n\n                                           A   E M I L E VAN   HASSEL.\n\n\n\n\n Nul amour ne m'a guéri d'aimer; et j'ai peur,\n Si lâche pour la vie, et si fier pour l'espoir,\n Hélas ! ne sachant rien, ne voulant rien savoir,\n J'ai peur de trop d'amour en mon si triste cœur !\n\nVa ! Mourir, puisqu'on m'a dit que la vie est vaine,\nClore à jamais mes yeux bleus à vos yeux,       sirènes,\nEt clore à vos voix d'or, en les îles sereines,\nMon rêve au seuil d'aurore orné de marjolaine !\n\n Vers mon Calvaire aimé, tendant mes pâles mains,\nFrêles d'enfance éternelle, par les chemins,\nEclairés de mes yeux où tremble un vol de songes,\n\nAu chant des fidèles baisers ailés de jour\nEt d'or, j'irai, Verbe d'oublis et de mensonges,\nEnseignant aux Humains à pécher par amour.\n\n                                        ADOLPHE FRÈRES.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                         — 40 —\n\n\n\n\n    LA CHAPELLE ARDENTE\n                                               . A   IWAN GlLKIN.\n\n\nDans la mystérieuse et si frêle chapelle\nDe mon âme sanglote en ses maux lentement\nLa vierge des douleurs et du Renoncement.\nLe silence près d'elle, alangui s'amoncelle.\n\nJe pleure mes désirs aux nefs crucifiés.\nDans le ciboire d'or une rose fanée\nEffeuille la langueur d'une âme résignée.\nLe parvis est pavé de cœurs sacrifiés.\n\nJe serai le doux prêtre appâli de l'Idole,\nLe prêtre énigmatique et triste qui console\nSon cœur que blesse un songe impossible et dolent.\n\nL'autel pacifié d'une froide indolence\nVerra le prêtre frêle en robe de silence\nMornement soulever le ciboire sanglant.\n                                      FERNAND        ROUSSEL.\n\n\n\n\n               CONSOLATRIX\n        Est-ce de tes mains, ô Sirène !\n        De tes mains royales et lasses\n        Ce sommeil enchanteur qui passe\n        Au pauvre cœur las qu'il entraîne ?\n\n        Est-ce de ton front la soyeuse\n        Et calme neige des corolles\n        En l'aime paix des barcarolles\n        Qu'ont les amours silencieuses ?\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                 — 41 —\n\n              Est-ce des prunelles mi-closes\n              Où s'exile à jamais ton Rêve,\n              La si blanche, hélas ! et si brève\n              Langueur éclose aux yeux des roses ?\n\n              Est-ce encor de ta lèvre crue\n              Ce parfum de musique mièvre\n              Qu'on sent qui console des fièvres\n              O toi lumineuse apparue !...\n\n              Secourable approche la neige\n              Des pieds lents et mélancoliques\n              Sur l'albe tapis symbolique\n              Des lys que sa blancheur protège.\n\n              L'Ephèbe aux blessures saignantes\n              De sa gracile adolescence\n              Perçoit, parleuses de silence,\n              De douces lèvres odorantes,\n\n              Et voilà que de sommeil ivre\n              Sourit à la chanson berceuse\n              L'enfant triste aux pâleurs joyeuses\n              De ce final oubli de vivre !\n                                                      JEAN BOELS.\n\n\n\n\n           CHRONIQUE MUSICALE\n                               RICHILDE\n\n             Richilde après Milenka, Mathieu après Blockx; après ce lyrique\n              dont l'âme chantante se colore de la vie des paysages, cet ana­\n              lyste, cet abstracteur, ce psychologue à base de clacissisme,\n              dont l'art est moins vivant dans son expression, mais plus\nparfait dans sa technique. L'un fait de la musique qui boit et mange et rit\net pleure et danse; l'autre fait de la musique qui pense, ou plutôt, qui\nréfléchit.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                                  — 42 —\n\n    La musique, bien qu'elle ait besoin d'être guidée par un cerveau puissant\nqui commande à son expression, la musique est, avant tout, un art de spon­\ntanéité.\n   Chez Mathieu, petit-fils de Voltaire et de Molière, le cerveau tyrannique\nmate l'inspiration qui hésite, se bifurque, s'étoile et se dérobe par une foule\nde petits chemins perdus.\n   Dire qu'un homme aussi raisonneur n'a pas de système, ce serait mal­\nheureusement une exagération.\n   Mathieu a le système de l'éclectisme; celui qui prend un peu à tous et\npartout. C'est le plus mauvais, parce qu'il exclut l'unité et l'harmonie de la\ncomposition.\n   Un critique a peut-être le droit d'être éclectique; un compositeur jamais :\nc'est contraire à toutes les lois naturelles de la génération artistique.\n   Mathieu a trop lu; il chante son érudition et il semble que l'effort qu'il\na fait en vue de la composition de Richilde ait accentué ce défaut. Ses pré­\ncédentes œuvres, de moindre envergure et de moindre consistance, étaient\nplus savoureuses : Le Hoyoux,         Freyhir.\n   Celle-ci a une supérieure allure de style, si l'on veut bien prendre le mot\nstyle comme synonyme de haute culture. Dans cet ordre d'idées, le premier\ntableau du troisième acte — je fais une petite réserve pour la forme démodée\nde l'air d'Osbern — est une page de très grande valeur, surtout par la forme\nde sa déclamation.\n   Sous cette forme cultivée on perçoit une âme mise en lisières et que ces\nlisières gênent aux entournures.\n   Ce qui manque le plus à Richilde, c'est un cadre de réalité, une carna­\ntion, une atmosphère, un milieu. Sous ce rapport, l'auteur principal de\nl'œuvre s'est montré inférieur aux décorateurs. Ceux-ci ont remis sur pattes\ndans ses meubles et dans ses vêtements, dans son paysage, une époque his­\ntorique que la musique de l'œuvre n'évoque pas.\n   Je n'ai pas à faire une analyse du drame de Mathieu. C'est assurément,\ndans ce genre, la production la plus remarquable qui soit venue de chez\nnous à la scène de la Monnaie, production solide, vaste, profonde et venue\nsous le contrôle d'une austère conscience d'artiste.\n   J'ai voulu simplement, en quelques mots, caractériser sa poétique. Il me\nreste à joindre, au nom de l'auteur, le nom de ses interprètes et particuliè­\nrement celui de M me Caron, la créatrice géniale.\n                                                   HENRY     MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                       -   43     -\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                            1\n\n      Les Débâcles, par EMILE VERHAEREN; Bruxelles, Edmond Deman, éditeur.\n\n\n\n               M. Verhaeren publie la seconde partie de ce triptyque : LES\n               SOIRS, LES DÉBÂCLES, LES FLAMBEAUX NOIRS.\n                  En un précédent article nous avons indiqué la synthèse\n                de l'ouvrage. LES DÉBACLES développent dans sa toute\nexpansion le thème annoncé par LES SOIRS. Il ne s'agit plus seulement de\nspleens moroses, de brefs élancements vers la folie, ses cruautés et ses pué­\nrilités : les avant-coureurs de demi-teinte, que nous avons étudiés, sont\ndépassés; c'est ici la lutte suprême et la déroute finale, la véritable débâcle\nde l'intelligence et de la volonté.\n   Dès les premiers vers nous sommes avertis :\n\n           O la folie ! et la cloche tragique où pendre\n           Mes mains, mes pauvres mains pour appeler la mort !\n\n   Ainsi débute le livre. Et tout aussitôt résonnent les rappels des plus\nterribles idées entrevues dans les ténèbres des SOIRS : « Sois ton bourreau\ntoi-même... Sois ton devoir, sois ton tourment, sois ton effroi !...\n\n           Cet héroïsme intime et bizarre m'attire :\n           Se préparer sa peine et provoquer son mal.\n\n   Oui, tordre et torturer sa propre chair, c'est la dernière ressource de la\nvolonté vaincue. Et c'est là le spectacle grandiose que nous donnent LES\nDÉBACLES : les suprêmes convulsions d'une forte volonté abattue, qui, la\ndéfaite avérée, s'en va « flottant au flot le flot. »\n   Car il était né doué d'une orgueilleuse énergie, le malade des DÉBACLES.\nSes rêves morbides révèlent assez les vastes destinées dont il entendait\nl'appel.\n                                        ..... Ployé sur les fenêtres,\n            D'où   l'on peut voir bondir la vie et ses chars d'or,\n\nil évoque : « éclatants et claquants les drapeaux vers les luttes » et « les\nchevaliers d'éclair sur leurs chevaux d'ébène ». D'autres fois la sombre\ngloire du mal le hante : il rêve rouge et veut grandir son âme et affirmer\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                                   — 44 —\n\nses sens en des meurtres mystérieux. Ailleurs, las de toutes les actions, il\ndirige son cœur vers le cloître :\n\n           Je rêve une existence en un cloître de fer\n           Bridée au jeune et sèche et rapée aux cilices.\n\n  Là aussi la volonté s'exalte et aspire à ces hyperboles :\n\n           Se cravacher dans sa pensée et dans son sang,\n           Dans son effort, dans son espoir, dans son blasphème...\n\n  Parfois même le cloître ne suffit pas à cette soif farouche de la torture.\nAlors surgit l'image d'un glorieux martyre, d'une solennelle expiation :\n\n           Sur un échafaud d'or tu porteras ta tête\n           Et sonneront les tours et luiront les couteaux\n           Et tes muscles crieront et ce sera la fête\n           La fête et la splendeur du sang et des métaux.\n\n   Mais c'est en vain que toute cette volonté s'exaspère. A cette âme bon­\ndissante une fatalité a interdit à jamais l'action.\n\n           Quelqu'un m'avait prédit qui tenait une épée\n           Et qui riait de mon orgueil stérilisé :\n           Tu seras nul — et pour ton âme inoccupée\n           L'avenir ne sera qu'un regret du passé.\n\n   Condamnée à l'inertie, murée dans l'in-pace d'une incurable inanité,\ntoute la violence de cette âme s'évapore en songes cruels. Tantôt elle\nimagine des supplices dont elle est l'unique victime; tantôt elle tourne sa\nrage contre les autres et ébauche ce rêve grandiose : Etre quelque part, en\ndes contrées de légende, une divinité monstrueuse, une idole adorée des\nenfants, des pauvres, des infirmes, des malades, dont la longue procession\ndéfile sous le portique escarbouclé du temple, et soudain, à bonds de tigre,\ndéchirer les membres, et mordre les chairs, et broyer les os, et boire le\nsang, le merveilleux sang frais,\n\n            Et se complaire à se sentir cruel et fourbe.\n\n   Et cela pourquoi ? Pour la volupté de détruire. Plus encore : « pour se\nprouver sa malfaisance ». Car il ne lui suffit pas, au malade des\nDÉBACLES, de faire le mal, il lui faut surtout avoir conscience du mal\nqu'il fait. Non moins que sa volonté, son intelligence se replie sur elle-\nmême et fébrilement s'exacerbe. Sa conscience est hypertrophiée. Toute\nl'activité de son cerveau se concentre sur ce point : se regarder, s'observer,\ns'étudier avec minutie jusqu'en l'infiniment petit, jusqu'en l'infiniment\nobscur de ses pensées, de ses désirs, de ses douleurs. Aussi tout le long du\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                                     — 45 —\n\nlivre le malade apparaît-il cloîtré en lui-même. Du monde extérieur, c'est\nà peine si de ci, de là, il évoque quelque vague et lointain reflet. Les dou­\nloureux paysages où précédemment il promenait l'aigreur de ses spleens,\ndisparus. Seul demeure le Moi, — ce Moi ravagé, miné, rongé, qui va\ns'écrouler et s'effriter comme un orgueilleux édifice vermoulu.\n   En dépit des efforts surhumains, la volonté est brisée. Le triste malade\nest à bout de lui-même et des autres, et voici qu'il s'effondre en une pros­\ntration molle et veule. A vau-l'eau son orgueilleuse énergie, sa hautaine\nintelligence! Il écoute des « conseils absurdes, » il se plait aux « rêves du\nrien » : ce qui l'attire, c'est l'inutile. Il aime à « s'amoindrir ».\n\n            Voici ! me rabaisser à des niaiseries.\n            Petites croix, petits agneaux, petits Jésus,\n            Petite offrande douce aux petites Maries\n            En des niches, avec des fleurs dessus.\n\n    Il s'en va vers l'enfance, simple d'esprit, incohérent, inconscient, et par­\nfois « il sent pleurer sur lui l'œil blanc de la folie ». Dans cette puérile\ndémence, où, selon la profonde expression du peuple, il redevient INNOCENT,\nil trouve, enfin, un peu de paix :\n\n           Hamlet rirait peut-être, hélas ! mais Parsifal,\n           O Parsifal bénin et clair comprendrait certes !\n\n   Par malheur, cette consolante démence n'est pas absolue; dans ses\nmolles vapeurs laiteuses qui dodelinent les souffrances endormies, dardent\nencore les regards aigus de la conscience. Eh bien, soit ! De ce qui fait mon\nsupplice je tirerai ma gloire; des épines qui mordent mon front, je me tres­\nserai une couronne.\n\n                    Je la voudrais comme une rage,\n           Comme un buisson d'ébène en feu, comme des crins\n           D'éclairs et de flammes peignés de vent sauvage.....\n                    ... O couronne de ma douleur\n           Et de ma joie, ô couronne de dictature,\n           Par au dessus mes yeux, ma bouche et mon cerveau.\n           O la couronne en rêve à mon front     somnambule,\n           Hallucine-moi donc de ton absurdité\n           — Et sacre-moi ton roi souffrant et ridicule.\n\n   Ces vers ferment le livre, — le meilleur ouvrage de M. Verhaeren, et\nparmi les recueils de vers parus en ces dernières années, l'un des plus pro­\nfondément originaux. L'auteur y a frappé sa personnalité si vigoureuse­\nment, en reliefs durs, osseux, tourmentés de rides farouches, que l'on ne\nsonge même plus à discuter la pureté de sa forme ou la correction de ses\nprocédés. Il suffit d'admirer la sauvagerie magnifique de ses visions, tantôt\nassombries de mystère, tantôt aveuglantes de flammes affolées, — sœurs\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                       -    46   -\n\n des apparitions ténébreuses de Redon et des splendeurs féroces de ce prodi­\ngieux peintre allemand : Mathias Grünewald. Et, comme ces deux artistes,\nM. Verhaeren ne craint pas l'abstraction; il ose être un véritable idéologue\nen un moment où l'art poétique, troublé par une recherche fiévreuse de\nprocédés nouveaux, semble trop aisément borner son ambition à peindre\navec d'infinitésimales nuances, les vagues et ondoyantes sensations du\ndemi-sommeil. On a la rage du flou. Et sans y voir de mal, tout en admi­\nrant les authentiques chefs-d'œuvre qui naissent, de temps en temps, dans\nles régions de l'Imprécis, il est permis de saluer avec une sympathie parti­\nculière un poète qui pousse la vigueur jusqu'à la suprême violence.\n   Les DÉBACLES portent en frontispice une lithographie d'Odilon Redon,\nd'une étrangeté saisissante. Emergeant d'une bourbe ténébreuse vers les\nténèbres célestes une effrayante figure, au front cassé de rides terribles et\ndouloureusement grotesques allonge vers sa tempe endolorie une main\nsinistre. Rien que cela, mais, là dedans, un immense frisson de folie mor­\nbide.\n                                                                 IWAN    GILKIN.\n\n\n                                            2\n\n                      Imagerie japonaise,   par J ULES DESTRÉE (1).\n\n  Les charmes des couleurs capricieuses et folles, les naïves ou plutôt\nmièvres élégances, les impressions d'horreur et d'épouvante, les rêveries\nbizarres et fantastiques de merveilleux albums japonais dont les Concourt\nont été les premiers à parler, si peu d'œuvres les avaient jusqu'ici rendus !\nà peine Le livre de Jade de Judith Gauthier, un magnifique sonnet : Le\nSamouraï de José Maria de Hérédia, certaines pièces de Bouilhet et de\nHannon, et quelques vers de Stéphane Mallarmé dans le Parnasse de 1866 :\n\n                  Une ligne d'azur mince et pâle serait\n                  Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue\n                  Un fin croissant perdu par une blanche nue\n                  Trempe sa corne calme en la glace des eaux\n                  Non loin de trois grands cils d'émeraude,  roseaux.\n\n   Voici maintenant une nouvelle glorification de cet art exquis. En les\ntrente-trois poèmes de son Imagerie japonaise, M. Jules Destrée s'est\nefforcé de donner en littérature l'impression plastique de précieuses\nestampes du Nippon.\n   Des mots au lieu du dessin, au lieu de la couleur des mots.\n\n\n  (1) En vente chez M mc Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie, Bruxelles : 5 francs l'exem­\nplaire sur Japon, fr. 2-50 l'exemplaire sur Hollande.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                    — 47 —\n\n     Imagerie japonaise est le premier cahier d'une série de transpositions qui\n  seront, ainsi qu'il l'annonce, une égoïste collection de reflets et de souve­\n  nirs d'art, que des notes critiques devront parallèlement expliquer et com­\n  pléter. Critique d'art, sans doute, mais avec cette nouveauté que le com­\n  mentaire et la description sont séparés et doivent faire l'un et l'autre l'objet\n  d'un travail distinct.\n     En cette oeuvre fièrement dédaigneuse des sympathies du nombre imbé­\n  cile et des brutalités excentriques qui arrêtent les passants, nous retrouvons\n  l'auteur tel que, par hasard, les anthologistes l'avaient heureusement carac­\n  térisé : « Curieux d'art raffiné et morbide, s'ingéniant au style rare, surtout\n nostalgique de rêve et tourmenté aussi par le goût de l'étrange et de l'excep­\n tionnel, en ses critiques esthétiques et ce littéraire début : Lettres à Jeanne,\n  M. J. Destrée réfléta la spiritualité bizarre et concertée de certains inquiets\n esprits de ce temps. Telles pages pénétrantes sur J. K. Huysmans et\n 0 . Redon dénoncent avec le mépris de l'usuel en psychologie le goût des\n sensations subtiles et compliquées perceptibles pour les seuls initiés. »\n     Ce genre lui convenait merveilleusement, le critique et le poète qui sont\n en lui se complétant l'un l'autre pour ces descriptions. Combien charmants\n ces poèmes ! En quelques mots, des attitudes, des gestes, un paysage entier\n naissent, les moindres détails s'animent.\n     Quelques phrases d'une simplicité savante (bien propre à rendre les\n productions de cet art complexe de fine civilisation), des phrases qui ont\n du dessin, de la couleur; et aux yeux du lecteur surgit la réalité des images\n avec de multiples évocations de rêves, des pressentiments, de l'ombre et du\n mystère.\n     Puis brusquement, la transposition se termine par une ligne placée en\n opposition aux précédentes, marquant une attitude dernière, une attente\n ou une partie essentielle de paysage, mettant en relief tous les détails, les\n réunissant en l'esprit du lecteur pour une impression décisive.\n     Mais je reprocherai à M. Destrée d'avoir, en ce style si travaillé, si\n soigné, si incrusté de pierres précieuses, laissé subsister quelques suites de\ngénitifs et répété quelques mots. Il est vrai que la plupart des estampes\ntransposées étant surtout de deux artistes : Tojo-Kuni et Kuni-Yoshi,\ncertains traits devaient forcément se reproduire.\n     Difficilement on pourrait donner en moins de mots tout ce qu'il a décrit,\naussi peut-on dire que, sous ce rapport, son œuvre est, en tous points,\nréussie.\n    Ce qu'il faut peut-être le plus admirer, c'est la langue souple, sonore et\ndécisive en ses expressions, qu'il s'est forgée. Ainsi certaines phrases rap­\npellent celles d'Akedysseril, vibrantes et lumineuses.\n    D'autres sont si jolies en leur évocation .\n    « La mer lointaine où des vaisseaux petits vont en flotille guerrière, avec\ndes banderoles cramoisies sur l'eau couleur de ciel. »\n    Ou bien :\n    « Harmonie exquise de clartés rouges et d'ombres noires, de gris et de\nroses, que la lune au croissant mince, fauchant l'azur, vint définitivement\nilluminer de ses rayons d'argent pensifs. »\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                      - 48 -\n   Et d'heureuses images :\n   « Dans la gloire du couchant, sur une branche de pin dont le feuillage\ns'accuse nettement en tous ses détails pareil à des séries de pelotes d'épin­\ngles noires zigzaguant sur l'orange splendide du ciel. »\n   Et :\n   « Sur l'orbe blanc de la lune se découpe un vol fuyant de grues aux\nlongues pattes pendantes. »\n   A noter aussi dans Tempête :\n   «       La pluie qui raye diagonalement le ciel tout à coup sombre et\ndessine comme une immense toile d'araignée où se débattraient pénible­\nment, avec des contorsions drôles, des insectes multicolores. »\n   Certes, bien d'autres encore pourraient être cités : Le Spectre avec ses\ntons de pourriture et ses verts phosphoreux, et les joyaux les plus beaux de\ncette orfèvrerie : Offrande, la Princesse, Celle qui revient, le Pêcheur.\n   Félicitons, pour finir, l'auteur et l'éditeur de l'exécution typographique\ndu livre et souhaitons la prochaine apparition des transpositions sur les\nPrimitifs et les Pièces modernes.\n                                                   MAURICE      DESOMBIAUX.\n\n\n\n                                         3\n\n          Istar, t. 2, par JOSÉPHIN PÉLADAN. — Un vol. Paris. Edinger. 2-00.\n\n    Ce n'était pas fini, Istar ! il y avait un deuxième volume tout prêt à\n paraître et qui ayant paru, met le comble à la haute fumisterie de Sar\n J. Péladan. Car il est SAR, ce Joséphin, — et ses cartes de visites\n portent cette mention SAR comme elles porteraient ESQ. ou Q. C. —\n Sar ! ce titre divin lui est venu des nuits en entendant chanter Stanislas de\n Guaita.\n    Donc Istar continue, mais je m'étais trompé; Nergal ne possède pas la\n belle Lyonnaise, ou du moins il ne la possède pas vivante. Istar, au contraire\n d'Angélique du Rêve, meurt d'avoir été embrassée par un homme qu'elle\n n'aime pas. Elle meurt. Nergal accourt éploré, le mari lui dit : rendez la\n moi !\n    Nergal alors congédie le mari, s'enferme avec le cadavre qu'il dénude, se\n dénude soi-même et, sur cet argument : « Encore un peu de temps et les\nvers eux-mêmes oseraient bien posséder ce corps admirable » et sur cet\nargument, s'égrènent des points de suspension.\n    Certes, tout cela sue l'absurde et M. Péladan se complaît à faire, après\nM. Sue, un Rodolphe perfectionné, certes, de tout cela monte une odeur\nmalsaine de vice écolier qui rêve, M. Péladan semble faire des économies de\nfemmes, que sais-je, mais cela ne serait rien si l'art y mettait son pouce\nd'or; les invraisemblances et les malpropretés mêmes passeraient sous l'œil\ntriomphal du style, mais celui-ci même est mauvais, déjeté, hâtif, souvent\nincorrect.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                   — 49 —\n\n   A certaines pages M. Péladan se livre à un semis d'alexandrins :\n   — Seigneur je me repens du péché de mon père.\n   — Il fut méchant d'oser dédire votre verbe.\n   — Lors, Micaël parut, éblouissant de gloire.\n   — Et Satan s'endormit après cette clémence.\n   — Dieu lui laissa sa gloire en punissant son crime.\n   Il y en a cinquante aussi mauvais.\n   Récemment M. Léon Bloy étrillait cruellement M. Péladan, en un\narticle de Gil Blas intitulé : Eloi ou le fils des Anges.. L'étude était vio­\nlente exagérée, rageuse, et certes le ton de M. Bloy n'est pas fait pour nous\nplaire, aussi laissons-nous de côté les pelletées de gros mots que M. Bloy\nprodigue sans compter, pour ne retenir que ceci :\n   « Rien, non, rien ne peut donner une idée de l'ânerie, de la cuistrerie,\nde la balourdise enflammée de ce « périple de l'enfer parisien » que le\npauvre diable ignore, d'ailleurs, aussi profondément que l'hébreu zodiacal\nou même que le latin d'église.\n   « Il vint un jour me trouver quand il n'était pas encore devenu glorieux,\net me pria de lui signaler quelques textes bibliques dont il avait un urgent\nbesoin. Je m'aperçus alors que cet humaniste hébraïsant n'était pas même\ncapable de comprendre le rudimentaire latin de la Vulgate.\n   « Néanmoins je lui conférai, par voie de traduction, les textes requis,\nlorsque, feuilletant Isaïe et venant à tomber sur un verset où le nom assyrien\nde Merodack-Baladan, roi de Babylone, est mentionné, mon auditeur\ns'aperçut soudain que le voile de son propre temple se déchirait. Il se vit\nclairement désigné dans le saint Livre sous ce nom de Baladan, dont le\nvocable Péladan n'est qu'une manifeste déviation occidentale, et voilà, si\non tient à le savoir, toute l'origine chaldéenne de cet ignare farceur qui ne\npeut plus écrire trois lignes sans vous jeter au visage ses ancêtres d'Assur\nou de Mésopotamie. »\n   Sans admettre cette parfaite ignorance de M. Péladan, qui a fait preuve\nsouvent de très belles facultés d'assimilation scientifique, on trouve à\nchaque page des naïvetés de bon provincial qui a mal écouté et répète de\ntravers. Parle-t-il de musique moderne, le Sar hasarde le mot international\nde lied-motif (?) pour Leitmotiv, qui a un sens (et il annonce un ouvrage\nsur l'Allemagne allemande); cela rappelle cette étude où l'érudit attribuait\nà Rops des eaux-fortes de Van Camp et de Schampheleer !\n   Encore un coup, M. Péladan a été ébloui par le succès très mérité du\nVice suprême; il s'est mis à travailler pour son libraire, et celui-ci seul aura\nbientôt la patience de le lire.\n                                                               M. W.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                                  —   50   —\n\n\n\n                                      IV\n                             Les Ecrits pour   l'Art.\n\n   Les Ecrits pour l'Art, — minces, extraordinairement minces, — nous\napportent des nouvelles intéressantes. M. Paul Verlaine et M. Stéphane\nMallarmé sont jetés par dessus bord, allègrement. Quatre Dubedat et un\nRené Ghil suffisent à cette belle besogne. Le décadentisme « est une inven­\ntion inane de petits rhétoriciens détraqués ». Quant au symbolisme, il\nn'est « qu'une grosse erreur de M. Stéphane Mallarmé ».\n   Le maître, — c'est M. René Ghil que je veux dire, — « commit lui-même\nerreur lorsqu'à l'entrée en l'Art, pensant voir en M. Mallarmé une idée\nadéquate à son idée, il voulut consciencieusement se dire son élève ».\n   Ainsi M. René Ghil lui-même peut commettre erreur. Je m'en doutais\nbien, mais jamais je n'aurais osé le dire. Mes souvenirs sont-ils exacts ? Il\nme semble que M. Ghil, lors de sa joyeuse entrée en l'Art, se réclamait\nde M. Zola et de MM. de Goncourt. Ce n'est qu'après cette première\nerreur que le maître commit l'autre : se proclamer l'élève de M. Stéphane\nMallarmé.\n   M. Ghil a déjà usé quelques professeurs.\n   Quoi qu'il en soit, il s'attache aujourd'hui à prouver que son art, celui\nen lequel il est entré, ne ressemble pas à celui de M. Mallarmé :\n   « Il n'est nul point de parité, évidemment : et, déclarant qu'il acceptait\nles dédicaces publiées et revendiquait le titre de maître de l'Instrumentation\npoétique et de cette Philosophie évolutive qu'il a apportées, M. René Ghil\nreprenait impartialement devant l'opinion qui les lui reconnaissait natu­\nrellement dès longtemps, sa personnalité et sa maîtrise d'idées. »\n   Il est, en effet, difficile d'être plus impartial. M. René Ghil s'examine, et\nreconnaît, impartialement, qu'il est non seulement un maître, mais le\nmaître. Il ajoute, avec non moins d'impartialité, que l'opinion lui a décerné\nla maîtrise depuis longtemps.\n   Heureusement, M. Ghil est impartial; car, s'il était partial, il serait\ncapable de s'apprécier avec une complaisance encore plus sereine.\n   Auparavant, il y avait M. Ghil et M. Mallarmé, Perrichon et le Mont\n Blanc. Aujourd'hui, le Mont Blanc est nivelé, et Perrichon reste seul.\n   M. René Ghil, qui avait couvert M. Mallarmé de sa personnalité, la\n reprend.\n    Le poète de l'Après-midi d'un Faune pourra répéter bibliquement :\n « M. René Ghil me l'avait donnée; M. Ghil me la reprend : que son saint\n nom soit béni ! »\n    Le maître, — c'est M. René Ghil que je veux dire, — ne reprend pas\n seulement sa personnalité, il reprend aussi les dédicaces :\n    « Le Traité du Verbe, repris et définitif, est désormais en Avant-propos\n à l'œuvre. L'Avant-dire de M. Stéphane Mallarmé en est supprimé, comme\n est supprimée la dédicace au même en le Geste ingénu... »\n    Le vrai geste ingénu de M. René Ghil, c'est de reprendre !\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                    —   51   —\n\n\n\n     Je ne commettrai point la naïveté de défendre MM. Verlaine et Mallarmé\n contre les exercices, d'ailleurs innocents, de M. Ghil. J'imagine que ces\n deux grands poètes, qui ont conservé le don du rire, prennent un plaisir\n honnête à voir le Samouraï philosophico-instrumentiste avaler ses sabres,\n et qu'ils seraient désolés si le jeu cessait.\n    Quant à moi, j'espère que M. René Ghil n'en est encore qu'aux mari­\n vaudages du début. Il se doit à cette fin de siècle, et il y a beaucoup de\n sabres de par le monde. On dit même qu'il est des panoplies qui attendent.\n    Je serais fort marri si les philosophes renonçaient à utiliser leurs instru­\n ments. Et j'imagine que je ne serais pas seul consterné si M. Dubedat\n licenciait son orchestre. On ne voit pas tous les jours de fort braves\n gens découvrir un Saint-Graal poétique, et se prendre pour des Lohengrin\n incontestables, parce qu'ils arrivent de leur province, sur une écaille d'huître\n que traîne un canard !\n    Est-ce M. René Ghil, le maître de l'instrumentation, ou un obscur cha­\n peau chinois, ou un contrebassiste bilieux, ou quelque simple tourneur de\npages, qui prend la Jeune Belgique à partie et lui reproche, musicalement,\n« sa stagnation poétique, si stagnante qu'elle devient sale » ?\n    Au risque de stagner de plus en plus, je me permettrai une humble\nréponse.\n    L'instrumentiste grincheux accueille, en se hérissant, une plaisanterie\ntrès anodine.\n    Que je cesse de stagner sur l'heure, si la Jeune Belgique a eu un autre\nbut que de s'égayer un petit des « hauts genièvres » de M. Achille Delaroche.\n    Mais M. Delaroche a le genièvre méchant.\n    En attendant qu'il se calme, je prie mon instrumentiste de transmettre\nmon très confraternel hommage à MM. Emile Verhaeren et Albert Saint-\nPaul, qui ont du talent, et je le conjure lui-même d'agréer l'expression de\nma stagnation la plus distinguée.\n                                                    ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "             52\n\n\n\n\nALBUM A TOTO\n         PAYSAGE\n\n\n                         A   SUAVE   PINOLET.\n\n\n  Bon paysage\n  Tout doux, tout sage\n  Comme une image\n  Du p'tit Jésus.\n\n\n  Où des moutons\n  S'en vont, s'en vont\n  En gros p'loton\n  Vers le bercail;\n\n\n\n  Et sur la route,\n  Tout en déroute\n  Au hasard broutent\n  Un peu d'oseille.\n\n\n\n  Dans les bluets,\n  Fins et proprets\n  Comm' des jouets\n  Sur les collines,\n\n\n\n  De gais cottages\n  Au loin s'étagent;\n  Oh ! l'étalage\n  Frais et coquet!\n\n\n\n  Si beau tout ça\n  Que par delà\n  Saint Nicolas\n  Aura passé.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "           — 53 —\n\n\n\n  PREMIER SOUPIR\n\n                      Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule.\n                                          P. Verlaine.\n\nPetit désir\nVeux-tu finir !\n\n\nL'homme, quell' boue !\nMais v'là qu' ça joue.\n\n\nVoyons,    Satan\nVa-t-en,   va-t-en,\n\n\nSois donc honnête\nUn jour de fête\n\n\n\n\nJe ne peux pas,\nPourquoi, pourquoi !\n\n                               LÉON    DUBEDON.\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "                                                  — 54 —\n\n\n\n\n                                       MEMENTO\n  Par suite d'un retard dont nous ne                   reuses circonstances m'ont forcé à publier\nsommes pas responsable, l'eau-forte de                 dans une revue littéraire, mais hélas !\nM. Léon Dardenne sera jointe à notre                   impie, dont je renie énergiquement les\nnuméro de février.                                     tendances antichrétiennes. Quoique catho­\n                                                       lique militant, fortement imbu, dès mon\n                                                       enfance, des saines pensées des de Maistre\n                                                       et des Veuillot, je me sens porté, par une\n                                                       irrésistible conviction, vers les doctrines\n   La critique d'art à la Jeune Belgique sera          littéraires nouvelles, tout en déplorant que\nspécialement confiée désormais à MM. Jules             seuls les ennemis de la foi en usent jusqu'à\net Georges Destrée. C'est donc à ces mes­             ce jour. Que quelques jeunes écrivains,\nsieurs que doivent être adressées toutes              attachés sincèrement à l'Eglise, osent enfin\ncommunications, cartes, etc., relatives à cet         hasarder leur talent dans les formes nou­\nobjet.                                                velles ! Arrachons-les à ceux qui veulent\n                                                      s'en faire une arme contre nos croyances\n                                                      les plus chères, quel mal pourraient y trou­\n                                                      ver nos directeurs spirituels ? Et quel grand\n   La Chronique a bien voulu reproduire\ndans son Petit musée, les vers de M. Té-              bien n'en pourrait donc pas résulter pour\nlesphore Tabibitte et de M. Lili. L'Ami de             notre jeunesse studieuse ? Si j'avais osé\nl'Ordre,   l'Impartial et d'autres feuilles           espérer l'honneur de voir mes faibles essais\nfolles de leur corps ont reproduit ces vers           admis dans un journal chrétien, je les lui\nd'après la Chronique. C'est un succès...              eusse envoyés directement; de cette façon\npour l'Ami de l'Ordre et pour l'Impartial.            peut-être ils n'eussent pas subi les rema­\n   De méchantes langues assurent que le               niements que leur a infligés, à mon insu,\nrédacteur de la Chronique qui ne com­                 pour les rendre conformes à son crédo (!)\nprend pas les vers de M. Fernand Severin              littéraire, la revue mal pensante à laquelle\na besoin d'un lexique pour lire Béranger.             des amis m'avaient malheureusement\n                                                      adressé.\n                                                          « Agréez donc, Monsieur, avec l'expres­\n                                                      sion de ma vive gratitude, mes plus par­\n                                                      faites civilités, et ne craignez point d'user\n                                                      de moi quand vous le jugerez à propos.\n\n                                                                              « T.   TABIBITTE.   »\n   M. Télesphore Tabibitte a adressé à\nl'Ami de l'Ordre la lettre suivante :                    Comme on l'a pu voir dans notre Boîte\n                            « 8 janvier 1889.         aux lettres, nous mettons M. Tabibitte en\n                                                      demeure de choisir entre l'Ami de l'Ordre\n    « M O N S I E U R LE R É D A C T E U R EN CHEF,\n                                                      et nous. S'il lui plait de faire son persil dans\n  « C'est avec une joie profonde que j'ai             les feuilles de province, libre à lui.\nlu dans votre numéro de ce jour une repro­               Quant au mensonge de M. Tabibitte, qui\nduction d'un mien sonnet, que de malheu­              nous accuse d'avoir dénaturé ses vers.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                         —      55   —\n\n\n nous en appelons au témoignage de                en vue, à MM. Benoît, Blockx. Raway,\n M. Firmin Galoubet, qui nous a remis              Mathieu, Servais et Tinel.\n les vers de ce jeune délivre.                        M. Dupont, avec des ressources res­\n    M. Télesphore Tabibitte nous paraît           treintes, a réalisé des merveilles. II a mérité\n destiné à réussir dans le genre cafard.          l'estime et le respect de toute notre généra­\n                                                  tion artistique. Son œuvre est une œuvre\n                                                  de propagande musicale universelle, qui a\n                                                  rendu d'immenses services et qui est\n                                                  appelée à en rendre encore.\n  Pour paraître prochainement : le Sang              M. Dupont doit à la munificence du con­\ndes Fleurs, de M. André Fontainas, et Mon         seil communal de Bruxelles un subside\ncœur pleure d'autrefois, de M. Grégoire le        annuel de 3,000 francs.\nRoy.                                                 Or, le dit conseil communal vient de\n                                                  proclamer, par le canal de M. Buls, qu'il a\n                                                  l'intention de retirer ce maigre subside à\n   Le Francisais de M. Tinel a ete exécuté        l'œuvre des Concerts populaires.\naux Concerts populaires. Le succès a été             Cette déclaration fait honneur à M. Buls\ntel qu'une deuxième audition a eu lieu, et       et à nos édiles.\nqu'une troisième est imminente au moment             S'il s'agissait de subsidier des sociétés de\noù nous écrivons ces lignes. La Jeune Bel-       tir à la perche, à l'arbalète et autres détri­\ngique, lors de la première exécution de          tus de Guillaume Tell, s'il s'agissait de\nFrancisais à Malines, a longuement étudié        l'organisation de bataillons d'ouistitis plus\nl'œuvre de M. Tinel. Elle n'a rien à ajouter     ou moins scolaires et du perfectionnement\nà son étude. Elle se borne à enregistrer         de la race simiesque, s'il s'agissait d'ériger\navec plaisir le succès de M. Tinel et à féli­    sur la Grand'Place de Bruxelles, entre\nciter les interprètes de Bruxelles et surtout    l'hôtel-de-ville et la Maison du roi, une\nM. Engel, qui, malgré les défaillances de        immonde cage à perroquets pour orphéons,\nsa voix, a chanté la partie du ténor avec        comme nos excellents conseillers commu­\nune autorité et un talent que nul ne pour­       naux s'empresseraient de voter, par accla­\nrait contester.                                  mation, des crédits plantureux et profi­\n                                                 tables !\n                                                    Les Concerts populaires, qu'est-ce que\n                                                 c'estque cela, en comparaison de Bruxelles-\n   Nos édiles de Bruxelles tiennent décidé­      Attractions ?\n ment à faire parler d'eux. Nous déférons à         C'est la haine de l'Art, la détestation de\nleur désir.                                      tout ce qui est beau, qui inspire ce grouillis\n   On sait dans quelles conditions M.Joseph      d'épiciers distingués et d'avocats flasques.\nDupont soutient, depuis longtemps, l'œuvre       Que peut-on attendre d'une coagulation de\ndes Concerts Populaires; on sait aussi avec      sacristains laïques, de bedeaux protestants,\nquel zèle artistique et avec quel succès. Il     et de vieilles institutrices à barbe plus\nn'est pas de partition intéressante que          ou moins rare ?\nM. Dupont n'ait révélée et vulgarisée chez         Allons ! ça va bien ! Encore quelques\nnous. Il a fait connaître non seulement les      années de médiocrité fougueuse et l'orgie\nproductions les plus récentes des musiciens      de notre bêtise battra son plein. « Quelle\nallemands, français et russes, mais encore       odeur de magasin ! » comme disait Joseph\nles œuvres marquantes de toute espèce qui        de Maistre, — qui était partisan de la peine\nont vu le jour en Belgique. Pourrait-on          de mort !\nciter un seul musicien belge qui ne doive à\nM. Dupont la chance inespérée d'avoir été\nprophète en son pays ? Nous en appelons,\npour ne citer que les compositeurs les plus\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "                                                   56\n\n    On nous communique la copie du nou­              chante pas. L'un n'empêche pas l'autre. »\n  veau cahier des charges que l'administra­             Au contraire, Madame, au contraire !\n tion communale se propose d'imposer à la               Sur quoi, M. Nicolini a savamment\n direction du théâtre de la Monnaie.                 ajouté : « Les rôles de soprano de Wagner\n    Nous y remarquons les articles suivants :        sont écrits sur une note. Ils fatiguent la\n    7. Avant de recevoir n'importe quel              voix et la tuent... »\n opéra, le directeur soumettra la partition             Seulement M. Nicolini sait ce qu'il doit\n au collège échevinal, qui la déchiffrera            à Wagner.\n immédiatement, en comité secret, sur l'oca­            « Nous l'aimons beaucoup. Notre orches­\n rina.                                               trion joue douze morceaux de Wagner. »\n     10. La partition ne sera mise à l'étude            Et Champal ayant demandé sur combien\n  que sur l'avis motivé du collège.                  de cylindres, M. Nicolini a répondu sans\n     11. L'échevin de l'état-civil est spéciale­     hésitation : « Cent ! »\n  ment chargé de distribuer les rôles.\n     12. Le bourgmestre de Bruxelles est, de\n droit, maître de ballet.\n    Il déterminera, d'après des calculs de\n mathématique morale, quelle sera la lon­\n gueur des jupes des danseuses, et la hau­\n teur à laquelle il leur sera permis de lever          Du gyapète :\n le pied.                                              « La critique... est un apanage réservé à\n    13. Les œuvres de Richard Wagner sont            ceux dont c'est le talent de dire que les\n interdites à perpétuité.                            autres en ont ou n'en ont pas, et de le dire\n    14. La direction s'engage à jouer, une           avec justice ou conviction. »\n fois par mois, au bénéfice de l'oeuvre de             Et aussi :\nBruxelles-Attractions,     la Muette de Por-           « ..... Sans avoir la largeur d'idées et la\ntici et le Maçon.                                    sûreté de vue d'un Taine, ni le style imagé,\n    15. Dans le cas où le bourgmestre serait        compréhensible et si fin de Bourget.....»\nconstipé, toutes représentations, même                 Et enfin :\ncelles de la Muette de Portici et du Maçon,            « Quand l'analyse pure le sollicite, M. Nau­\nseraient immédiatement suspendues, en               tet, grâce à sa méthode très nette et grâce\nsigne de deuil.                                     aussi à sa finesse de perception, la traite\n   L'affiche du jour ne pourra point porter         avec autorité, et, si ce n'était pas que nous\nla mention traditionnelle : « Relâche »,            ne craignions de dépasser en entrant dans\nattendu qu'on pourrait y voir une allusion          les détails du livre, la place que comporte\ndéplaisante à l'état de concentration du            la littérature dans une Revue où chaque\nbourgmestre.                                        manifestation d'art trouve son lot et où la\n   16. Dans le cas où le directeur réaliserait      place ne peut être accaparée au profit d'une\ndes bénéfices, le contrat serait dénoncé de         seule, nous donnerions ici quelques pages,\nplein droit.                                        des bonnes qui permettraient à nos lec­\n                                                    teurs de juger du réel talent du jeune cri­\n                                                    tique. »\n                                                       Quinze minutes d'arrêt : tout le monde\n                                                    descend !\n\n\n\n   Mme Patti a été interviewée par Champal.\n   La diva, qui avait mangé trop de homard,\na jugé « le mouvement musical provoqué\npar Wagner ».\n   « Je l'adore, a-t-elle dit, mais je ne le\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "     NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE\n                                 (DEUXIÈME SÉRIE)\n                      par     FRANCIS N A U T E T\n        Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  En vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal Wine C°\n                 6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA. 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Restent\n2 exemplaires sur Japon, portés à 10 francs et quelques-uns sur papier\nà la main Van Gelder à 5 francs.\n\n\n                                EN        VENTE\n                                           A   LA\n\n\n\n\nLIBRAIRIE LÉON VAN1ER\n                  19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n        ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                     Francs.\n                         P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E    .   .     7 50\nPaul ADAM                Soi                                                          3 50\n       —                Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)    3 50\n       —                Les Demoiselles Goubert.      —             —           3 50\n       —                Être                                                    3 50\nJean AJALBERT . . .     Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . .        3 00\nMaurice BARRES . . .    Les Taches d'encre (les 4 numéros)                      4 00\n       —                Sous l'oeil des Barbares                                3 50\nRobert CAZE . . . .     La foire aux peintres                                    1 00\nPhilibert DELORME . .   Arlequins de Macadam                                 .  3 50\nEdouard DUJARDIN . .    Les Hantises                                            3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .    Croquis parisiens (avec portrait)                       6 00\n       —                Le Drageoir aux épices                                  5 00\n       —                Un Dilemme                                              2 00\nGustave KAHN . . .      Les Palais nomades                           . . . .    3 50\nJules LAFORGUE . . .    Les Complaintes                                         3 00\n       —                L'Imitation de N. D. la Lune                            2 00\n       —                Moralités légendaires                                   6 00\nStéphane MALLARMÉ .     L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .        5 00\n       —                Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . . . . 12 00\n       —                Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . . 25 00\nStuart MERRILL . . .    Les Gammes                                              2 00\nJean MORÉAS . . . .     Les Syrtes (épuisé)                   '. . . .       . 10 00\n       —                Les Cantilenes                                          3 50\n       —                Les Demoiselles Goubert (en collab. avec Paul ADAM) .   3 50\n       —                Le Thé chez Miranda           —         ,   —           3 50\nFrancis POICTEVIN . .   Seuls                                                     350\nErnest RAYNAUD .    .   Le Signe                                                1 00\nHugues RERELL . . .     Etourdissements                                         4 00\nHenri DE REGNIER . .    Les Lendemains (épuisé)                                 5 00\n      —                 Apaisement                                              2 00\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1889-01-01", "preuve": "Janvier 1889, numéro 1, couverture PDF 16 ; aucun jour imprimé."}}