{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9e ANNÉE. TOME VIII, N° 2.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 202, "texte": "9e ANNÉE.           TOME VIII, N° 2.      P R I X : FR. O-CO.                       FÉVRIER 1889.\n\n\n\n\n                                              LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "SOMMAIRE:\n Trois contes populaires japonais                                     JULES DESTRÉE.\n Vers                                                                 FERNAND SEVERIN.\n                . ,        I. La Materna.                   .     .   GEORGES EEKHOUD.\n Chronique musicale.\n                       ( II. Le Roi d Ys.                   .     .   HENRY MAUBEL.\n            .       ,,    I.     Le Salon des XX.               . )           JULES et\n Chronique d art.\n „_\n                      II. L imagerie japonaise                        GEORGES DESTREE.\n Chronique littéraire. — Réponse                                      RENÉ G H I L .\n                                                                      FIRMIN GALOUBET.\n Vers\n                                                                      LILI.\n Memento                                                              ***\n\n\n\n\n                                       BRUXELLES\n                  ADMINISTRATION :                                RÉDACTION :\n                26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                  72, RUE DE TRÊVES, 72\n\n                                            PARIS\n                                  LÉON V A N I E R ,    ÉDITEUR\n\n                                       19, Quai Saint-Michel\n\n                                               1889\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La direction rappelle", "ancre_fin": "caractère collectif ou anonyme", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 708, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n  Au présent numéro est joint le frontispice qui doit figurer en tête du\nvolume de 1888.\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Léon Bloy", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1046, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S\n\n  9. HIPPOLYTE DEVILLERS, Paris. Adresse rectifiée et transmise à l'imprimerie. Regret­\ntons beaucoup devoir refuser Salon de Paris. Avons un des nôtres, là-bas, qui s'en est\nchargé. Sommes pas content de Vlncontentée. Pensées valent mieux.\n   10. AUGUSTE JENART. Aube vaine bien tourmentée. Ne soulevez plus le « couvercle\nd'étain ». Crépuscule, très pâle. Êtes capable de faire beaucoup mieux. Piochez ferme, et\nrevenez-nous.\n  11. LILI. Qui êtes-vous ? Firmin Galoubet, Suave Pinolet, Télesphore Tabibitte,\nMarc Rochefer et Léon Dubedon, sans oublier le docteur Morelle de Trinquelagaupe\ndésirent entrer en commerce avec vous. Veinard !\n  12. TÉI.ESPIIORE TABIBITTE et FIRMIN GALOUBET. Prière de ne pas nous priver de colla­\nborateurs par des massacres intempestifs.\n  13. EUGÈNE H       (voulons pas vous compromettre). Prose du potache pas mal, mais\npotachonne Publierons pour l'encourager, — quand il y aura de la place. Passez donc\nvotre temps à couver des littérateurs? Être subversif et dangereux. Merci.\n  14. NICOLAS CHATKIBLEFF. N'avez aucune idée des tendances du groupe simpliste.\nFaites du boucan, sacrebleu ! Si Abélard avait attaché des grelots à son déficit, il\naurait fait du bruit par le monde. Tolstoï, voilà un renne!\n   15. J.. D....X DE T... H... F'aites erreur. Le mayeur en question n'a pas d'histoire : il\nn'a qu'une légende.\n  16. JOSÉPHIN PÉLADAN, en Chaldée. Merci pour avoir détourné un abonné de Péters­\nbourg. Si jamais un Pahouin veut lire Istar, lui prêterons notre exemplaire. Salamalecs\npour vous, et amitiés à Léon Bloy.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 57, "page_fin": 63, "titre_corps": "Trois contes populaires japonais", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "(Traduits par) Jules Destrée", "ancre_debut": "Trois Contes Populaires Japonais", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS 1 ANGES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "Trois Contes Populaires Japonais\n   Pour les enfants.\n                                                          1\n\n                            Le Miroir de Matsu-Yama.\n\n\n                                        Il y a longtemps, bien longtemps, vivaient,\n                                       en un tranquille village, un jeune paysan et\n                                       sa femme. Ils avaient un enfant, un seul : une\n                                           petite fille qu'ils aimaient de tout leur\n                                      cœur. Je ne saurais vous dire comment ils\n                                      s'appelaient, car depuis longtemps leurs noms\n                                          sont oubliés; mais ce village, où ils\n                                         vivaient, était Matsu-Yama, dans la pro­\n                                         vince d'Echigo.\n                          Un jour, alors que la petite fille était encore toute petite,\n                       son père fut obligé de se rendre dans la grande ville, capitale\n                       du Japon. C'était trop loin pour que sa femme et l'enfant\n                       pussent l'accompagner, aussi il partit seul, après leur avoir\n                       souhaité « au revoir », et promis de leur rapporter de jolis\n                       cadeaux.\n                          La jeune mère, qui n'avait jamais été plus loin que le\n                       voisin village, ne pouvait s'empêcher d'être inquiète en\n                     voyant son mari partir pour un voyage si long; et pourtant\n                    elle était aussi un peu fière, car il était le premier de la contrée\n                  à aller vers l'énorme ville où vivent le Roi et les Seigneurs et\n                  où il y a tant de belles et curieuses choses à voir... Enfin, arriva\n                  le jour où elle put attendre son retour. Elle mit à sa fille les\n   Ces trois contes sont traduits de l'anglais, en respectant autant que possible leur forme familière et naïve.\nIls sont extraits d'une collection publiée à Tokyo par les soins de l'éditeur Ko-Bun-Sha (2 Minami Saegicho),\nen charmantes petites plaquettes, illustrées de ces croquis décoratifs dans lesquels triomphe, sans conteste,\nl'art japonais. Ils pourront, j'espère, intéresser les artistes, et peut-être aussi — s ils sont réellement populaires\n— les savants préoccupés de folklore.\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "                                   — 58 —\n\nplus beaux habits et se para elle-même d'une robe bleue qu'elle savait aimée\nde son mari. Et comme elle fut heureuse en le voyant revenir sain et sauf,\net comme l'enfant battait des mains et riait délicieusement quand elle vit\nles jolis joujoux que son père lui rapportait ! Et il avait tant à raconter, il\navait vu tant de choses étonnantes dans son voyage et dans la capitale !\n    — « Je vous ai rapporté quelque chose de beau, dit-il à sa jeune femme.\nRegardez et dites-moi ce que vous y voyez ! »\n    Et il lui donna une boîte plate en bois blanc, dans laquelle elle trouva\nune plaque ronde de métal. Un côté en était blanc comme de l'argent glacé\net damasquiné de dessins en relief d'oiseaux et de fleurs, l'autre était pur\ncomme le plus clair cristal. La jeune mère y regarda avec une stupéfaction\ncharmée, car de ses profondeurs la regardait, les lèvres ouvertes et les yeux\npurs, une figure souriante et heureuse.\n   — « Que voyez-vous ? » demanda l'époux, amusé de son étonnement et\nsatisfait de lui montrer qu'il avait appris quelque chose pendant cette\nabsence. — « Je vois une jolie femme qui me regarde, et elle remue les\nlèvres comme si elle parlait, et, que c'est drôle ! elle a une robe bleue toute\npareille à la mienne ». — « Et mais ! chère petite niaise, c'est votre propre\nfigure que vous voyez », s'écria-t-il, fier de savoir ce qu'elle ne savait pas;\n« cette plaque ronde de métal, c'est un miroir; et bien que nous n'en ayons\njamais vu ici, là-bas, dans la capitale, chacun a le sien ».\n    La jeune femme fut si enchantée de ce présent que, pendant plusieurs\njours, elle ne put s'en séparer. C'était la première fois, ne l'oubliez pas,\nqu'elle pouvait voir ainsi sa jolie figure et elle ne cessait de se mirer. A la\nfin, cependant, une chose si merveilleuse lui parut bien trop belle pour un\nusage journalier, et elle remit le miroir dans sa boîte, avec ce qu'elle avait\nde plus précieux.\n    Des années passèrent.\n    Et les jeunes époux continuaient à vivre heureusement. Le bonheur de\nleur vie, c'était leur petite fille qui ressemblait à sa mère en grandissant et\nqui était si gentille que tous l'aimaient. La mère, qui n'oubliait pas son\npassager accès de vanité à s'être trouvée jolie, avait soigneusement caché\nle miroir, craignant l'orgueil pour sa fille. Elle n'en parla jamais, et le père\nnon plus, car il ne s'en souvenait plus. De telle sorte que l'enfant grandit,\nnaïve autant que l'avait été sa mère, sans rien savoir du charme de ses\nregards et du miroir qui les aurait pu réfléchir.\n    Mais un terrible malheur vint frapper cette petite famille heureuse. La\nbonne, l'excellente mère tomba malade et, malgré les soins aimants de sa\nfille, le mal s'aggrava et il ne resta plus d'espoir qu'elle ne dut bientôt\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "                                   —   59   —\n\n\nmourir. Quand elle sentit que prochainement il lui faudrait quitter son\nmari et son enfant, la pauvre femme se désola grandement, inquiète pour\nceux qu'elle devait abandonnner, surtout pour sa petite fille. Elle l'appela :\n« Mon enfant chérie, tu sais que je suis bien malade, je mourrai bientôt\net je vous laisserai seuls, ton père et toi. Quand je ne serai plus, promets-moi\nde regarder dans ce miroir chaque soir et chaque matin, tu m'y verras et\ntu sauras que je veille toujours sur vous ». Puis elle retira le miroir de la\ncachette et le lui donna. L'enfant promit au milieu de ses pleurs; et la mère,\nparaissant alors calme et résignée, succomba peu de temps après.\n   Jamais l'obéissante petite n'oublia la dernière prière maternelle et,\nchaque matin et chaque soir, elle retirait le miroir de la cachette et\ny regardait longtemps, gravement. Et lui apparaissait la pure et souriante\nvision de sa mère perdue, non pâle et maladive comme en ses derniers\njours, mais sa mère jeune et belle d'il y avait longtemps. Elle lui racontait,\nle soir venu, les difficultés et les épreuves de la journée; et, à l'aurore, elle\nlui demandait de la bienveillance et du courage pour tout ce qu'elle pour­\nrait entreprendre... Ainsi, de jour en jour, elle vivait dans la contemplation\nde sa mère, s'efforçant sans cesse de lui plaire et d'éviter tout ce qui eût pu\nl'affliger. Sa grande joie, c'était de pouvoir regarder dans le miroir en\ndisant : « Mère, j'ai été aujourd'hui comme vous l'auriez voulu ».\n    La voyant ainsi régulièrement matin et soir regarder le miroir en parais­\nsant lui parler, son père, à la longue, lui demanda le motif de cette bizarre\nconduite. « Père, dit-elle, je regarde chaque jour le miroir pour voir ma\nchère maman et causer avec elle ». Et elle lui révéla la recommandation de\nsa mère mourante et comment jamais elle n'avait manqué de s'y conformer.\n    Le père, qu'attendrissaient une telle candeur, une obéissance si fidèle et\nsi aimante, sentit des larmes gonfler ses yeux, et rien, il ne put rien trouver\ndans son cœur pour détromper l'enfant naïve, pour lui dire que l'image\nqu'elle voyait dans le miroir n'était que la réflexion de sa propre douce\nfigure, sa douce figure charmante, devenue, par cette sympathie et cette\nsociété constantes, chaque jour de plus en plus semblable à celle de sa mère\nen allée.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "                                  — 60 —\n\n\n\n                                      2\n\n   Pourquoi la Méduse n'est qu'une gelée gluante.\n   Le Roi des Dragons, jadis, résolut de prendre femme. La fiancée qu'il\nchoisit fut une jeune Dragonnette de seize ans à peine, et charmante assez,\nvraiment, pour être l'épouse d'un Roi. Ce furent de splendides réjouis­\nsances : grands et petits, les poissons vinrent présenter leurs hommages et\noffrir leurs dons aux nouveaux mariés !\n   Mais hélas ! Les Dragons eux-mêmes ont leurs revers. Un mois seule­\nment était passé, que la jeune reine devint malade. Sans résultat, les méde­\ncins lui donnèrent toutes les drogues connues. Puis, ils secouèrent grave­\nment le chef, déclarant qu'il n'y avait plus rien à faire.\n   Alors la reine abandonnée appela son mari : « Je sais quelque chose qui\nme guérirait. Apportez-moi un foie de singe et je me rétablirai ».\n   « Un foie de singe ! Y pensez-vous, ma chérie ? Oubliez-vous que les\nDragons vivent dans la mer et les singes bien loin de nous dans les forêts de la\nterre ? Un foie de singe ! Oh ! mon amie, vous êtes folle ! » — Alors la jeune\nreine se mit à pleurer : « Pour une fois que je vous demande quelque\nchose, vous ne voulez pas me le donner. Je le pensais bien, que vous ne\nm'aimiez pas ! » Et les sanglots étouffèrent sa voix.\n   Le Roi, pour la calmer, appela son fidèle serviteur la Méduse et lui dit :\n « Il faudrait nager vers la terre et persuader à un singe de revenir ici avec\ntoi. Raconte-lui que tout au pays des Dragons est bien plus beau qu'en sa\npatrie. Sois séduisant, car j'en ai besoin absolument : je veux lui couper le\nfoie, c'est le seul remède qui puisse guérir la jeune reine ! » La Méduse\npartit. En ce temps-là, c'était un poisson comme tous les autres poissons,\navec des yeux, des nageoires et une queue. Même elle avait de petits pieds\nqui lui permettaient d'avancer sur le sol autant qu'ils aidaient sa marche à\ntravers l'eau. Et il ne lui fallut pas longtemps pour arriver au pays des\nsinges. Heureusement, sur un arbre du rivage, elle en aperçut un, jeune, qui\njouait : « Monsieur le singe, lui dit-elle, je connais une contrée bien plus\nbelle que celle-ci, là-bas, derrière les vagues, c'est la Dragonnie. Si vous\nsaviez comme il y fait beau toute l'année ! Les arbres sont surchargés de\nfruits mûrs et point n'y sont de ces mauvaises créatures appelées hommes.\nVoulez-vous y venir avec moi ? Vous pourriez monter sur mon dos... »\n   Cela parut plaisant, au jeune singe, de voir du pays neuf. Il monta sur\nla Méduse et les voilà partis à travers les flots. Mais à mi-chemin, il com-\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "                                    — 61 —\n\nmença à craindre quelque danger caché et trouva étrange d'être si loin en\ntelle compagnie. « Que pensez-vous qu'il va m'arriver ? » dit-il à la Méduse.\nCelle-ci lui répondit : « Mon maître, le roi des Dragons vous fait chercher\npour vous couper le foie et le donner comme remède à la reine, qui est\nmalade ».\n    Le singe répliqua vivement, avec un accent désolé : « Rien ne pourrait\nm'être plus agréable que d'obliger Leurs Majestés. Mais j'ai justement laissé\nmon foie à une des branches du grand arbre où vous m'avez rencontré. Un\nfoie, ça pèse lourd. Aussi, pour être plus à l'aise, généralement je l'enlève\npendant le jour. Il faudrait aller le rechercher. » La Méduse reconnut que\nc'était la seule chose à faire. Et — stupide créature — elle ne soupçonna\npoint que l'espiègle lui contait cette bourde pour échapper au danger de\nservir de médecine à la jeune reine capricieuse.\n   Quand ils atteignirent le rivage, le singe bondit du dos de la Méduse et\ngrimpa lestement au sommet de l'arbre. Et lui dit : « Je ne le vois plus...\nSans doute quelqu'un aura emporté mon foie. Je vais chercher après.\nRetournez donc et racontez à votre maître ce qui est arrivé : il serait inquiet\nsi vous n'étiez rentrée avant la nuit ».\n   Et la Méduse repartit et raconta au roi tout ce qui s'était passé. Celui-ci\ns'irrita fort de sa stupidité et, appelant ses courtisans, il s'écria : « Jetez-la à\nla porte. Emportez-la et faites-en une dégoûtante gelée. Que plus un\nmembre ne reste à son corps brisé ! » Alors les officiers la saisirent et la\nréduisirent en gelée, selon l'ordre du roi. Et voilà pourquoi la Méduse\nn'est plus qu'une masse gluante...\n    Et lorsque la petite reine fut convaincue qu'elle ne saurait avoir du foie\nde singe, elle prit le parti de se rétablir quand même !\n\n\n                                        3\n\n                       Monseigneur Sacderiz.\n\n   Il était une fois un brave guerrier, qui consacrait tout son temps à\nbatailler contre les ennemis du roi. Un soir qu'il était sorti pour chercher\naventure, il arriva devant un pont, d'une longueur démesurée, traversant\nune rivière au sortir d'un beau lac. Sur le pont, un serpent de dix mètres\nse chauffait au soleil et lui barrait tout passage. Beaucoup se seraient\nsauvés à toutes jambes à une aussi terrible apparition. Mais Sacderiz ne\ns'effrayait pas si facilement : sans hésiter il s'avança et lui marcha sur le\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2944, "texte": "                                   — 62 —\n\ncorps. Aussitôt le serpent se changea en un petit nain qui, fléchissant le\ngenou, et trois fois, de son front, frappant les planches du pont pour\nmontrer son respect dit : « Monseigneur, vous êtes, vous, un homme,\nassurément. Voilà de longs jours lassants que je suis ici, attendant celui\nqui me vengera. Mais tous ceux que je vis étaient des poltrons et s'encou­\nrurent. Vous me vengerez, n'est-ce pas ? Je vis au fond du lac et mon\nennemi est un Millepieds qui demeure au sommet de la montagne. Venez,\nje vous en supplie ; si vous ne me secourez, je suis perdu ».\n   Le guerrier était enchanté d'une telle rencontre. Il suivit volontiers le\nNain en son palais d'été, au fond des eaux. Curieusement bâti en corail, en\npalmes et ramilles de métal pareilles à des plantes marines, ce palais s'éclai­\nrait de douce lumière glauque. Des crabes aussi gros que des hommes le\ngardaient et le service en était fait par des lézards rapides. Lorsqu'ils furent\nassis, on apporta dans les corolles du lys des eaux, un dîner exquis de mets\ninconnus. Les coupes étaient de cresson de fontaine, et les vasques des\nfleurs de nénuphars, non pas réelles, mais bien plus belles que si elles\nl'avaient été, faites en porcelaine frêle, d'un vert tendre, avec une chimère\nd'or. Les fourchettes étaient d'un bois pétrifié superbe comme de l'ivoire\nnoir. Et quant au vin dans les coupes, tel de l'eau, mais de goût si délicieux !\n   Ils se réjouissaient et chantaient, et le Nain venait d'offrir à son hôte un\nfumant gobelet de vin chaud quand — boum ! boum ! boum ! comme une\narmée en marche, on entendit approcher le monstre redoutable dont il\navait parlé. La terre tremblait, et de l'autre côté du lac, on eût pu croire à\nune rangée de mille soldats porteurs de lanternes. Quand le danger fut\nplus proche, le guerrier vit que tout ce vacarme était produit par un être\nsingulier : un Mille-pieds énorme d'une lieue de long; et ce qui semblait des\nhommes avec des lanternes était en réalité ses pattes dont il avait exacte­\nment mille de chaque côté du corps et qui luisaient et scintillaient dans la\nnuit à cause du gluant poison secrété par la peau. Il n'y avait pas de\ntemps à perdre; le Mille-pieds était à mi-côte de la montagne. Alors le\nguerrier tendit son arc, un arc si gros et si pesant que cinq hommes ne\nl'auraient su manœuvrer, prit une flèche dans le carquois, et tira. Jamais\nil n'avait manqué son but : la flèche fila droit au milieu du front du\nmonstre, mais hélas ! elle rebondit comme si ce front eût été d'airain.\n   Une seconde fois, le guerrier tendit son arc et tira. Une seconde fois, la\nflèche atteignit le but et rebondit. A présent, l'épouvantable créature était\njusque près du rivage et allait souiller le beau lac de son venin ignoble. Le\nguerrier se dit : « Rien ne pourra tuer aussi sûrement le Mille-pieds que la\nsalive humaine ». Et il cracha sur le bout de sa dernière flêche et atteignit\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "                                   — 63 —\n\nle monstre en plein front. Le trait, au lieu de rebondir, fracassa le crâne et\ntraversa la hideuse tête de part en part, de telle sorte que le Mille-pieds\nmourut, ébranlant toute la contrée comme un tremblement de terre, et\nl'éclat venimeux de ses mille pattes s'assombrit comme le crépuscule d'un\njour orageux.\n   Le guerrier se trouva subitement transporté dans son château et autour\nde lui étaient rangés des présents avec cette inscription : « De la part du nain\nreconnaissant ». L'un d'eux était un rouleau de soie inusable et splendide où\nil put se tailler des habits neufs; et un autre était un sac de riz qui, bien\nque le guerrier y puisât chaque jour pour lui et les siens, jamais ne put\nêtre vidé aussi longtemps qu'il vécut. Et ce fut de ce présent que le guerrier\ntira son nom et son titre, car pour tout le monde, rien n'était plus étrange\nque ce sac merveilleux qui assurait à son propriétaire la richesse et le\nbonheur.\n                                       (Traduits par) JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 67, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "VERS 1 ANGES", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 1083, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "VERS\n                                       1\n\n                                   ANGES\n\n    Sublime enfant trois fois céleste et trois fois mienne,\n    Voici que je vivrai ta vie élyséenne,\n    Car j'ai laissé mon cœur endormi dans tes bras.\n\n    O désir et regret que l'absence éternise !\n    Je suis le pèlerin d'une terre promise,\n    Toi, l'archange envoyé qui revient de là-bas.\n\n    L'amour exaucera nos prières secrètes :\n    Voici venir à toi l'âme que tu souhaites,\n    Et ton grand cœur est plein de ce que je n'ai pas.\n\n    Pourtant, ma pâle sœur, ma sœur en maint             triptyque,\n    Tu regardes avec des yeux d'ange gothique\n    Un monde extérieur qui n'était pas le tien;\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "                          -   64   -\n\nAvec les doubles yeux de jadis et naguères,\nDe grands yeux, à la fois enfantins et sévères,\nQui s'étonnent de tout, et qui n'ignoraient rien.\n\nEt, dans ce pur hymen ne nos jeunes pensées,\nTu te rappelleras tes extases passées,\nEt ce bonheur nouveau ne vaudra pas l'ancien.\n\n                              2\n\n                     LE DON DES LYS\n                                            A celle qui est venue.\n\nVous me voyez, ma sœur, l'âme tout éperdue,\nMais pourquoi fûtes-vous si longtemps à venir ?\nCar je vous ai longtemps, bien longtemps, attendue.\n\nBien des soirs, trop de soirs, j'ai fixé l'avenir\nComme un bel horizon d'où surgira l'aurore;\nVous n'aurez de mes lys qu'un plaintif souvenir.\n\nCe sont des jours lointains qui les virent éclore,\nCes lys fanés en moi, que vous auriez cueillis;\nMais je vous donne un cœur qu'ils parfument encore !\n\nMa sœur, pure aujourd'hui comme létaient mes lys,\nQue vous arrivez tard, douce enfant désirée !\nMa robe nuptiale a perdu ses grands plis.\n\nMa robe, la voici, flétrie et déchirée;\nCar, pour tromper mon cœur, j'ai serré contre lui\nTous les spectres charmants qu'amène la vesprée.\n\nOh ! c'est tard, c'est trop tard, que votre aurore à lui,\nEt ce jour juvénile éclaire mes ruines.\nVous voyez cependant si j'en suis ébloui.\n\nVos séraphins, mon Dieu, n'ont pas dans leurs poitrines\nCe sang qui me fait mal, ce sang qui bat trop fort,\nEt vous leur accordez des faveurs moins divines !\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "                          — 65 —\n\nMais l'enfant fatigué qu'une chanson endort\nNe dort pas du sommeil qui suivra nos étreintes;\nCe sommeil sera doux comme une douce mort.\n\nVous n'entendiez donc pas mon espoir et mes plaintes ?\nMon âme maintenant contient de tristes fleurs :\nVoici des lys fanés et des roses éteintes.\n\nEt, telle est cependant la bonté des douleurs !\nMalgré la pureté que mon âme a perdue,\nMa douceur primitive a grandi dans mes pleurs;\n\nCar je vous ai longtemps, bien longtemps, attendue !\n\n\n\n                              3\n\n                  LE VOYAGE (fragments)\n\n                                  1\n\n                     LE. RETOUR AU PAYS\n\nVoici donc la maison, toujours plus solitaire.\nIls ont vu bien des cieux, les aiglons de cette aire !\n\nPauvre toit caressé par tous les vents du nord,\nMaison douce à son hôte, et que hantait la mort\n\nEt chère à mes regrets comme une rude aïeule,\nJe ne reviens pas seul, à toi toujours plus seule.\n\nMais l'enfant que j'amène est triste comme nous,\nEt sous un deuil pareil se cache un cœur plus doux.\n\nNe crains donc rien de toi pour cette jeune tête,\nSon sourire a compris l'âme que tu m'as faite.\n\nReste le vase amer où fleurirent mes lys :\nSouviens-toi de tes morts en face de leur fils.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "                          — 66 —\n\nQu'ils me parlent tout bas, comme au temps de l'enfance;\nC'est de ce qu'ils disaient que me vient mon silence.\n\nMontre à la chère enfant qui se meurt dans mes bras\nL'étrange Eldorado qu'elle ne connaît pas.\n\nQu'elle y voie en pleurant des restes de moi-même,\nEt tâche de l'aimer comme ton enfant l'aime.\n\nSon cœur ma pénétré comme un subtil parfum.\nEt depuis ce jour-là nous ne faisons plus qu'un.\n\nTu vois bien que j'amène une sœur ingénue :\nPourrais-tu mieux l'aimer si tu l'avais connue ?\n\nRends-nous pour cette nuit mon sommeil d'autrefois,\nEt fais taire les cors qui pleurent dans les bois.\n\n                              2\n\n                       SOIR SUPRÊME\n\nÊtes-vous lasse, enfant ? ma sœur, êtes-vous lasse ?\nCachons la lente mort que nous aurons voulue\nDans ce profond Ouest aimé de notre race.\nPour qui rêve et se meurt c'est la patrie élue,\nL'idéale Thulé du soir et de l'automne,\nEt l'âme qui s'y plaît s'y sent mieux éternelle.\n\nC'est bien le~ciel qu'il faut à l'enfant qui se donne\nEt dont le pauvre sang f ait la beauté plus belle;\nC'est bien là que le soir, comme un prêtre complice,\nBénira le sanglot de nos bouches mêlées,\nPauvres cœurs qui mourrons dans un dernier délice !\n\nEt la mer bercera nos âmes révélées,\nLa mer, toujours la mer, qui chante des berceuses,\nEt les flots envieront vos cheveux de malade,\nEt pour s'enivrer mieux de nos voix paresseuses\nLa houle des beaux soirs taira sa sérénade.\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "                                      67\n\n     Nous verrons dans nos yeux dévastés par nos fièvres\n     L'étrange profondeur de nos âmes fatales,\n     Et l'amour et la mort lutteront sur nos lèvres\n     Qu'ils sèmeront hélas ! des fleurs de nos sangs pâles,\n     Jusqu'à ce que la mort l'emporte en ces étreintes.\n\n    Et la mer chantera des chansons de nourrice,\n    Et les vents gémiront leurs plus tendres complaintes\n    Sur ces mourants débris d'un double sacrifice.\n                                                   FERNAND SEVERIN.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 69, "titre_corps": "Chronique musicale : La Materna", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE ROI D YS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                                      1\n                              LA MATERNA\n\n              Lesfervents de musique conviendront qu'ils sortirent les\n               dimanches 20 et 27 janvier, de la salle de l'Alhambra, sous\n               une des impressions d'art les plus émouvantes qu'on puisse\n               éprouver.\n   Pour ma part, je compte tout au plus une vingtaine d'analogues coups\nde foudre : les représentations de Rossi dans le répertoire de Shakespeare;\nla Rubens-Cantate et l'Oorlog de Peter Benoit; la première de Carmen, les\nreprésentations allemandes de la Tétralogie avec la même Mme Materna;\nla première des Maîtres-Chanteurs; Gluck et Bach au Conservatoire; les\nsymphonies de Beethoven; les Sonates de Beethoven jouées par Rubin­\nstein; l'audition aux Concerts Populaires de fragments de Parsifal et de\nTristan; Rose Caron dans presque tous ses rôles : Marguerite, Rachel,\nBrunehilde, Richilde; les Meininger dans les comédies de Shakespeare et\nMme Lindner dans Jeanne d'Arc de Schiller; et enfin, les mimes Martinetti\ndans l'Auberge des Adrets.\n   C'est peu en proportion du nombre de soirées neutres ou même écœu­\nrantes qu'il m'a fallu subir; c'est beaucoup si l'on songe aux souvenirs\ndélicieux et vivaces dont semblables jouissances absolues fleurissent et illu­\nminent à jamais la mémoire.\n   Dans le cas de la Materna, ce qui portait le comble à la volupté, à la\ncommotion d'esthétique souveraine, c'était le frisson collectif, c'était le\npublic éperdu dans un océan d'ivresse, c'était l'unanime ravissement de\nl'auditoire; c'était de sentir son propre plaisir intensifié et multiplié par\ncelui des autres.\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3173, "texte": "                                    — 68 —\n\n   Après la scène finale du Crépuscule des Dieux, cette sublime synthèse\noù se retrouvent condensés, exaspérés et comme tracés par la foudre, les\ngrandes phases de la Tétralogie — après cette musique fulgurante, la salle\nlittéralement électrisée a rappelé jusque cinq fois la grande artiste, créatrice\nde Brunehilde, la superbe et unique walkyrie : M me Materna.\n    On acclamait dans Mme Materna une des aigles de l'aire germanique, à\nla fois gracieuse et puissante, généreuse et superbe !\n   Das herrliche Fraubild !\n    O l'admirable femme ! L'éternelle jeunesse de cette tête inspirée sur\nlaquelle tombèrent les flammes de la Pentecôte wagnérienne. Et que le\ngrand Esprit de la musique nouvelle eût raison de l'élire pour prêtresse !\nL'opulente beauté digne d'incarner les déesses du Wotan de Bayreuth !\n    Ces mémorables dimanches, des auditeurs qui n'avaient jamais rien\ncompris à la musique de Wagner sortirent de l'Alhambra, convertis et\nbouleversés.\n   Au front nimbé d'enthousiasme, dans les yeux d'une expression plus\nsidérale que terrestre, dans les accents messianiques de la cantatrice ils\navaient, enfin, lu le nouveau Verbe lyrique issu de la Musique et de la Poésie.\n    Je n'avais plus entendu la Materna depuis ces inoubliables représenta­\ntions wagnériennes données à la Monnaie, par la troupe de Seidl.\n    J'ai dit plus haut qu'elle m'avait laissé comme à tous les privilégiés qui\nsuivirent ces soirées de l' « Anneau du Niebelung », une de ces impressions\nde grandeur, de noblesse, d'accomplissement dramatique et musical, que\nl'on s'efforce de reconstituer dans la mémoire aux heures d'aspirations vers\nun autre théâtre et une autre musique que ceux que nous devons au mécé­\nnisme de la presbytérienne Régence de Bruxelles.\n    A l'exception de Rose Caron aucune cantatrice, ou mieux, aucune tragé­\ndienne lyrique ne m'apporta aussi profonde révélation des joies supérieures.\n    Dans le plat et monotone désert où, sous prétexte d'exercice musical, je\nmarque le pas et me morfonds comme une vedette perdue, la Materna\nm'apparaissait comme la muse même de Richard Wagner, et si elle\noccupait une place prépondérante parmi les êtres bienvoulus et commémo­\nrables, j'entretenais aussi le désir de l'entendre une fois de plus ; je l'attendais\ncomme la cantatrice promise.\n    Le Dieu de la Musique, Apollon, soit loué ! la Materna est revenue et\nnous a rendu l'incomparable magicienne d'il y a six ans. C'est toujours\ncette voix opulente et nerveuse, au timbre extraordinaire, à l'éclat triomphal,\nqu'échauffe et que passionne une admirable nature d'artiste et dont la\nméthode magistrale jointe à une expérience définitive, parvient à peine à\nmaîtriser l'exaltation surhumaine. En l'entendant dans le Crépuscule des\nDieux on croit à ces miracles que célèbrent les pinceaux visionnaires du\nmoyen-âge et de la renaissance, à ces saintes, à ces vierges extatiques, dont\nla voix à la fois impérieuse et affective, fait se déchirer le ciel et apparaître\ndans la gloire des apothéoses et des transfigurations, les chœurs des\narchanges et la Trinité même. La Materna est une de ces artistes qui\nsomment les dieux.\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "                                      69\n\n   A la différence de maintes cantatrices très applaudies par la foule mou­\ntonnière, la Materna n'est pas la femme d'un seul rôle, invariablement le\nmême, pour qui les mélodramaturges, aussi « bons faiseurs » que les\ncouturiers, taillent des succès sur mesure. La Materna participe au génie\ncréateur qui varie et différencie ses créations. Elle est digne de Wagner\ncomme Sarah Bernhardt a mérité Sardou et la Patti, les Arditi et autres\ninnombrables valsistes, qu'on pourrait appeler ses pattiti.\n   Même au Concert, dans l'accent purement vocal de son interprétation,\nsans la ressource du geste et des attitudes scéniques, dès les premières\nnotes, la Materna détermine et particularise le personnage interprété de\nmanière à rendre impossible toute confusion avec sa façon de sentir et\nd'exprimer les autres figures du cycle.\n   Ainsi elle fut la touchante Elisabeth, la divine Brunehilde, la frénétique\nIsolde, de Wagner et aussi, la sublime Alceste de Gluck.\n   Et combien plus vraie, plus dans le sentiment dramatique son interpré­\ntation de l'air « Divinités du Styx » que l'inamovible et immuable tradition\nfrançaise, débobelinée à la fin de chaque année d'études par les premiers\nphonographes du Conservatoire !\n   Les partisans de l'effet à outrance, de l'objurgation intempestive ont\nmême été désorientés par la terreur contenue, par l'angoisse sourde, l'émo­\ntion, le trouble, la supplication étouffée, communiqués à cet air classique.\nAlceste a beau défier les puissances infernales, il faut que dans ce défi trans­\nparaisse un peu de la faiblesse féminine. Alceste n'en devient que plus\ntouchante et plus héroïque. Ce n'est pas une virago, une amazone, qui\nn'ayant rien à perdre se lance tête baissée dans les plus terribles aventures,\nmais c'est une femme aimante, une épouse, une mère, qui va quitter tout\nle bonheur réservé aux mortelles.\n   Puis, la Materna, chantait cet air en allemand et c'est étonnant com­\nbien la langue, le style, les mœurs et l'esprit germaniques horripilent nos\nitalianissimes et nos Welches de Bruxelles en Brabant !\n   Il est question de représentations de la Walkyrie que la Materna\ndonnerait à la Monnaie en avril.\n   Occasion de réprendre cette étude et d'ajouter une analyse à notre élan\nd'enthousiasme et de gratitude.\n                                                  GEORGES E E K H O U D .\n\n                                      2\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 70, "titre_corps": "Chronique musicale : Le Roi d’Ys", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LE ROI D YS", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 2456, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "LE ROI D'YS\n  La brumeuse et naïve et mélancolique légende que celle du roi d'Ys\nchevauchant à travers les éléments déchaînés dont les voix mugissantes lui\nréclament Margared, sa fille, la possédée de vice qu'il emporte en croupe\ncomme le roi des Aulnes, son enfant. Toutes ces légendes du Nord roulent\ndans une analogue atmosphère de superstitions sombres Comme leur\nhorizon patrial, s'échevelant au vent des passions farouches et allant, sous\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "                                   — 70 —\n\nl'impulsion de je ne sais quel élément fatal auquel la naïveté populaire\nattribue une figure de saint ou de démon, elles semblent la personnification\nd'un paysage.\n   Sans doute, pour l'imagination hantée du créateur originel de ces\nlégendes, les pierres druidiques avaient des aspects de fantômes et les flots\nhurlants qui se cabrent et roulent par blocs sous le ciel noir, prenaient des\nfigures et des voix; mais à trop considérer le texte de la légende, on risque\nd'en oublier un peu l'esprit surnaturel et l'affabulation. La légende devient\nun conte ou une historiette, une légende en chambre. M. Blau aurait dû\nchanger le titre de son poème pour bien faire voir que son historiette à lui\nn'était qu'une légende par analogie où rien ne se perçoit plus de l'atmo­\nsphère de cette région que désole la baie des trépassés. J'ai un regret en\n songeant à l'œuvre qu'on aurait pu faire en drame lyrique et symphonique\nde cette légende du roi Gradelon et de sa fille Dahut. Cela n'eût pas\nempêché d'imaginer ailleurs, dans quelque autre milieu, la ravissante idylle\nde Rozenn et de Mylio qui contient tout juste assez d'indications poétiques\npour mettre en valeur d'art la très artiste partition de M. Lalo. — Une\npartition dont la finesse de tracé mélodique et la touche aquarellée de colo­\nrations délicates m'ont rappelé Poise et dont la symphonie qui n'a rien du\nclinquant casse-cuivre de Saint-Saëns et de Chabrier, m'a rappelé, par\nmoments, Bizet. Entendons-nous et ne parlons pas de ressemblances n'est-ce\npas ? Mais, comme il y a dans une même race et dans une même génération\ntoute une chaîne de tempéraments qui participent en quelque chose les uns\ndes autres, il est naturel de les rapprocher, de les grouper, de les diffé­\nrencier. L'approximation que je fais ici aura peut-être ceci de bon qu'elle\nm'aidera à bien séparer M. Lalo des compositeurs à grand orchestre qui\nont tenu le haut du pavé en France pendant quelques années et en qui le\ngros public a placé le meilleur de son admiration — hélas ! — à fonds\nperdus, car leur gloire a levé le pied après avoir fait un trou à cette lune\nen baudruche qui préside à tous les duos de l'école néo-lyrique suivant\nGounod.\n   Non, M. Lalo ne fait pas partie de cette phalange et M. Lalo n'a point\nde drapeau qui claque. Ses trompettes restent à leur place dans l'orchestre\net s'il abuse un brin de leurs fanfares en triolets, il faut lui pardonner ces\nfanfares qui s'ignorent en considération d'une modestie qui ne s'ignore pas\nmoins, car elle est sincère et elle efface, affine, détourne, voile et subtilise\nexaspérément la tendresse qui coule au fil du poème d'amour de Rozenn et\nde Mylio.\n   Il faut beaucoup d'art technique à un auteur pour produire d'une façon\naussi simple par le travail symphonique, par le dessin et l'agencement de\nla mélodie, ce que lui suggère ce tact quasi-féminin qui le guide dans des\nrecoins d'originalité. Il faut même un peu d'àme artiste — la quantité n'y\nfait rien — pour faire voltiger d'un de ces recoins à l'autre le souffle qui\nrelie toutes ces originalités éparses et les aide à vivre; leur donne en quelque\nsorte l'inspiration de vivre, d'une vie doucement surélevée.\n                                                      HENRY MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 76, "titre_corps": "Chroniques d’art : Le Salon des XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chroniques d’art", "signature_source": "Jules et Georges Destrée", "ancre_debut": "CHRONIQUES D ART", "ancre_fin": "douloureusement réjoui", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "II L IMAGERIE JAPONAISE", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "CHRONIQUES D'ART\n                                       1\n\n                           LE SALON DES XX\n\n              Sonnez, les cloches !\n                  En le matin frais de ce jour de fête, s'échevèlent là-haut de\n                fantastiques galops de nuées sur l'azur, bondissent de lourds\n                nuages blancs et noirs, emportés dans la furie du vent qui\nsouffle en tempête; et les arbres gémissent, et palpitent leurs feuillages; les\nbanderoles joyeuses claquent au dessus des fronts prosternés; et ce sont\nautant les souffles du ciel d'orage que les bras vigoureux du sonneur qui\nles balancent ainsi, éperdûment, les cloches folles qui sonnent, et dont la\nchanson triomphale s'en va, en notes allègres, dans les brises, porter l'appel\nreligieux aux campagnes lointaines !\n   Là-bas, est le village à peine aperçu, quelques toits rouges, lavés de pluie\nfraîche, dont un peu de fumée s'échappe; les portes sont closes; tous les\nvivants robustes du travail de la terre, les femmes et les enfants, sont ici,\nprès de l'église ancienne et vaguement gothique, autour de laquelle, ce jour,\nbat la vie même du pays, ils s'agenouillent recueillis, sur le pavé cabossé\ndu grand chemin rural et s'immobilisent à contempler la procession qui\npasse. Leurs yeux simples s'émerveillent des broderies d'or de la robe de la\nVierge et des fausses pierreries qui scintillent en son diadème et les figures\nfamilières des prêtres, des enfants de chœur et des fillettes de blanc vêtues\nleur semblent en cet instant étrangères, grandies d'une solennité auguste.\n   Sur le parcours du cortège lent, des deux côtés rangées, voici des femmes\nà genoux, leurs cottes étalées, massives, avec les châles de laine noire aux\nornements criards, égrenant avec ferveur précipitée leur chapelet; voici\ndes paysans debout, guindés dans leur sarrau neuf aux plis roides, tête nue\net fléchie, tournant dans leurs mains gourdes la casquette de soie; voici des\nvieilles aux longues capes sombres et des enfants qui rient, les mains pleines\nde fleurs !\n   Les tambours battent aux champs, scandant sévèrement la marche, et au\nmilieu des éclats des cuivres de la fanfare communale, dansent les cloches\nlégères aux sons amis; rhythme heureux et grave qui marque la palpitation\ndes coeurs et fait se courber les fronts; c'est le Mystère consolateur et formi­\ndable qui plane au dessus du recueillement de la foule, pendant que défilent\nles simulacres sacrés, symboles incompris, mais d'espoir et de pardon; et\ncombien de courage à vivre ne versent-elles pas ainsi aux plébéiennes tris­\ntesses, les cloches qui sonnent ?\n   En tête, des gamins qui jouent, folâtres, avec leurs petites figures rondes\nsans souci, sautent et courent en se tenant par le bras, devant un groupe de\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3192, "texte": "                                      72\n\n\ncavaliers, jeunes gars en habits de dimanche, aux chapeaux enrubannés, si\nfiers sur leurs gros chevaux de ferme, si fiers avec leurs bannières secouées\npar le vent !\n   Puis, c'est un jeune prêtre au front grave, avec la croix rédemptrice,\nqu'escortent quelques enfants de chœur en surplis blancs sur des robes\nrouges; c'est, parmi de charmantes fillettes, un agneau qu'elles conduisent\navec des rubans et devant qui elles sèment des roses et des fleurs des\nchamps; c'est, sur les épaules de bonne volonté, les saints naïfs des\nhameaux, suivis des archers que commande un cavalier portant l'oriflamme,\nles archers résolus et pensifs, priant le Seigneur pour les luttes à venir !\nC'est la musique qui vacarme et devant le dais, un officiant se retourne et\nse penche pour encenser l'ostensoir aux mains tremblantes du vieux curé !\nEt viennent enfin les autorités et les notables : un bourgmestre digne et\nbedonnant, un garde champêtre dont la maigre et rusée figure révèle bien\ndes guets vigilants, et des bourgeois et des paysans, et tout le lamentable\ndéfilé des souffreteux, des béquillards et des mendiants !\n   Le décor : étrange; à côté de l'église sombre, le cimetière avec ses sapins\nfunèbres et ses croix noires, et les baraquements bizarres de la kermesse à\nvenir : les voiles singulières de bateaux tournants, et sur les tréteaux de\nl'Enfer, des baladins curieux qui regardent, avec mélancolie, s'en aller\nlentement la procession, au son des cloches !\n   Et l'étonnante couleur partout chante le poème de ses tristes harmonies :\nelle a une violence de douleur inouïe : sur les noirs prolongés, retentissent\ndes blancs inattendus, éclatent désespérément des rouges cruels, se plaignent\ndes violets angoissés, qui reviennent et se répondent d'un bout à l'autre de\nla frise, avec des jaillissements, des rappels, des détours, une complication\nsavante et magnifique, telle qu'en de suprêmes symphonies de Richard\nWagner !\n   Sonnez, les cloches !\n   Oh ! oui, car pour nous aussi, il y a là quelque chose qui passe, de\nmystérieux et de consolateur : l'ART ! Et vivat ! oui, sonnons les cloches :\nC'est la Joyeuse Entrée d'un artiste — d'un vrai — dans tout ce que ce\ntitre bafoué a d'infiniment doux et de splendeur !\n   L'intérêt majeur du Salon des XX, presque l'unique est là en cette éton­\nnante Procession des archers de Machelen. A d'autres pour qui un pro­\ncédé inusité est une révolution, à ces outranciers malgré tout qui\ns'accrochent, avec des enthousiasmes de commande, à toute bizarrerie\ndéconcertante, à tous ceux dont le bourgeoisisme à rebours est aussi\nagaçant que l'authentique prudhommerie, nous laisserons les discussions\nvaines des tons composés sur la palette ou sur la toile ! Les effarouchements\nqu'excite la punaise multicolore nous laissent aussi indifférents que les\nengouements transportés. Que nous importe toute cette cuisine ! Belle\nnaïveté de croire qu'un système peut remplacer le talent !\n   Et du talent, en voici un d'une saveur étrange et qui est de son école à\nlui, à lui seul, parmi ces tempéraments mous que les modes font changer\n de manière chaque année ! En cette évocation non pareille de la campagne\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "                                         73\n\nbrabançonne, voilà de la vérité et de la vie, voilà du dessin de grande allure\net des couleurs fastueuses; voilà une nature magnifiée qui révèle un obser­\nvateur, une composition savante qui atteste un esprit, une émotion intense\nque peut seul donner un grand cœur — mais de l'art surtout, ce quelque\nchose de suprême et d'indéfinissable qui ne s'explique ni se démontre et\ndont nul comprendra sans l'éprouver l'impression sainte.\n   Et lorsque échoit l'inespéré bonheur d'une telle rencontre, lorsqu'un\ntempéramenl si personnel et si décidé s'affirme, avec des dons aussi écla­\ntants, une telle fougue au travail, et une si superbe foi dans son étoile, qui\nserait assez cuistre pour aller frapper de sa règle de pion ces ailes qui vont\nvers les soleils ?\n   Besogne facile que trouver la frise trop sombre, les personnages en groupes\ntrop compacts et non suffisamment atmosphérés, les visages trop som­\nmaires et monotones, un cou trop long ou une jambe impossible, les mul­\ntiples défauts de qualités exceptionnelles : gaucheries ou négligences que\nl'artiste perçoit mieux que tout autre ! Certes, nous le savons, ce n'est point\nentièrement achevé, c'est un projet de décor à réaliser : en vitrail, par\nexemple (ce qui serait le désir de DE GROUX), avec la lumière au travers,\nquelle merveille !\n   N'est-il dont point de Mécène suffisamment intelligent pour deviner\ncela ! Et à défaut de Mécène, le Gouvernement — on dit qu'il existe des\nfonctionnaires rétribués pour veiller aux Beaux-Arts nationaux et qu'il en\nest de compréhensifs ? — le Gouvernement va-t-il laisser disparaître cette\nœuvre, la plus remarquable de notre jeune école depuis des années et que\nplus tard on regrettera amèrement peut-être !\n\n   Ce sixième Salon des XX est un peu moins intéressant en son ensemble\nque les précédents. Le choix des invités semble révéler un exclusivisme\nfâcheux, que devient la belle proclamation d'indépendance absolue du\ndébut ? L'école néo-impressionniste est en faveur marquée. L'an passé,\nce fut déjà une invasion bruyante de Français dont les prétentions\ndépassaient sensiblement le génie; cela s'accentue encore. Anquetin était\ncurieux, vraiment apporteur de neuf, du neuf pris aux Japonais, mais\nque dire de GAUGUIN ! Que dire de LUCE, de BESNARD, de CROSS et\nautres NÉLATON ! CAMILLE PISSARRO est vulgaire; THOLEN, STOTT et\nCLAUDE MONET sont représentés par des œuvres inférieures; SEURAT est\nle plus intéressant de tous.\n   Invités encore : deux sculpteurs, les Belges : De Vigne et Meunier. On\nconnaît la grâce élégante de l'un et la tristesse tragique de l'autre (1), et\nleurs expositions ajoutent peu de chose à la sympathique admiration à\nlaquelle ils ont droit; — et trois graveurs : DESBOUTIN qui est médiocre,\nmol et grossier à la fois; KLINGER, très habile et même supérieur dans le\nRéveil et la Honte et enfin BRACQUEMOND qui sut, dans ses eaux-fortes\n\n  (1) Voir une excellente étude de Eug. Demolder dans le dernier numéro de la Société\nNouvelle : CONSTANTIN MEUNIER.\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "                                  — 74 —\n\nd'après Gustave Moreau, ressusciter les surprenantes joailleries, les luisances\net les ruissellements des maîtres précieux, la douceur des blonds cheveux des\nfemmes au corps laiteux et les gouffres humides où gémissent et se tordent\nde gluants dragons, toute la rêverie splendide et pénétrante du grand\npeintre-poète !\n   Le bilan des invités est donc assez vite terminé. Et ce sont quelques\nvingtistes : HENRY DE GROUX, JAN TOOROP, WILLY SCHLOBACH,\nJAMES E N S O R , G E O R G E S LEMMEN et T H É O VAN RYSSELBERGHE          qui\ndonnent à l'exposition sa valeur.\n    Du Maître sculpteur RODIN et du Maître aquafortiste FÉLICIEN ROPS,\nj'eusse désiré des envois plus importants. Le petit bronze de RODIN est\nsuperbe de vie intense et de puissance et les trois dessins de FÉLICIEN\nROPS pour les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly sont admirables, —\ncomme toujours !\n    HENRY DE GROUX expose encore des Paysages, un Champ de bataille\net deux études de Saltimbanques, figures détachées de sa grande frise et\nqui montrent jusqu'à quelle perfection il pourrait en préciser les grandioses\nindications. Ses deux bateleurs — celui aux très longs cheveux noirs et\nd'athlétique stature comme celui en maillot rose, aux doux yeux bleus\namoureux, au jeune corps souple et charmant — sont d'une irréprochable\ncorrection. Mais surtout, quelle immensité de songerie vient de leurs\nregards fiévreux et tristes qui semblent chercher dans la foule, au loin,\nl'insaisissable ! En leurs attitudes calmes et écrasées, quelle noblesse de\nvaincus de la fatalité, quel désespoir des déceptions sans fin et des radieuses\nchimères incessamment fuyantes ! Et les détails tout autour, sont d'un\nromantisme exquis et capricieux comme l'eût rêvé Théophile Gautier : ce\npître affublé d'un justaucorps vert et s'essoufflant dans une clarinette,\ncette femme à la blème face inquiétante, le vieillard rabougri tenant en\nlaisse un ourson qui danse, et les hiboux griffus balancés sur leur perchoir :\nc'est tout le peuple fantasque des baladins de Gautier ou de Banville !\n    Dans ses Paysages, H. De Groux a su mettre également autre chose et\nplus que la simple nature. Il peint la terre et les forêts de son rêve, avec la\nmajesté recueillie des soirs, la furie populaire d'insurgés livides dans la\nnuit, l'énigme d'une paradoxale Ophélie dont la chevelure saigne sur les\neaux glauques et toujours, à la matérielle vision, s'ajoute un peu de\nmystère qui sollicite et retient l'admiration. Justification nouvelle de ce que\ndisait Severin dans un article de Caprice Revue : On dirait une main\nd'enfant conduite par quelque main invisible et surnaturelle; la main\nd'enfant a tremblé, mais elle a tracé des choses étranges et inusitées (1).\n   J'aime, en TOOROP, le charme et l'heureuse violence des couleurs\nclaires. De tous ceux qui ont adopté la technique néo-impressionniste, il me\nparaît le mieux doué. Elle lui sert précieusement pour rendre l'éclatant\nsoleil d'une après-midi d'été à Machelen, le vert tendre et clair des feuil-\n\n  (1) Voir le numéro 46 de Caprice Revue avec un portrait d'Henry De Groux et le\nlucide article de Fernand Severin.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "                                         75\n\nlages, les tuiles rouges d'une chaumière et les vagues buées bleues qui\ns'élèvent des bois à l'horizon. Elle lui sert à donner, après Millet dont la\npalette ne s'est que trop souvent obscurcie de tons roussâtres et fumeux,\nune interprétation nouvelle du Paysan : cette Harmonie du soir\ncrépuscule descendant sur l'idylle champêtre, l'étreinte des amoureux\nderrière lesquels s'étend la douceur des prairies qui fument, cela fait un\nAngelus qui ne doit rien au premier. Il y a là un sentiment profond de\nla nature et une rare sensibilité des vibrantes harmonies de couleurs. Dans\nLe Nes, s'épandent les lueurs d'or des becs de gaz et la clarté de l'air du\nciel gris aux reflets roses et des eaux frissonnantes resplendit dans le\nMatin sur la Tamise. Enfin, dans ses beaux dessins, TOOROP sait aussi\nfaire parler l'âme humaine. Ils sont harcelants comme des cauchemars, ces\ndeux fusains : l'un, Devant la Mer d'une si dramatique allure, l'autre,\nLa Porte d'un refuge, réunion sinistre de visages abêtis de souffrance, de\nlas d'aller, épuisés et finis, attendant, comme des chiens battus, l'asile et\nle précaire repos.\n   GEORGES LEMMEN s'attarde au réalisme, encore soucieux des problèmes\nqui préoccupèrent l'école française, Degas et Forain, il y a dix ans, vers\nl'époque où parut Nana. La fille entra bruyamment dans la littérature et\ndans l'art; et les peintres surtout furent attirés par les difficultés et les bizar­\nreries des éclairages des théâtres, cafés-concerts et autres... lieux. Le sujet\nn'est donc plus très neuf; mais LEMMEN s'attachant surtout à être exact et\nvivant, en a encore tiré d'intéressants motifs; il y a, en ses aquarelles, une\nnotation très observée des couleurs aux lumières du gaz, et l'expression\nnette, en les figures, de l'engourdissement veule de ces déchéances. D'autres\nétudes nous montrent une poseuse, courtaude et d'une distinction douteuse,\ndont LEMMEN s'acharne à reproduire les attitudes avec une tenacité digne\nd'un meilleur modèle. Ce que je préfère dans son exposition, ce sont ses\nportraits : le sien, où s'indiquent des velléités de petit point, une étude pour\nle portrait de Madame T., et un autre au crayon rouge. Ils me rappellent\nceux superbes qui avait à l''Essor, il y a quelques années. Ils prouvent un\nportraitiste excellent, au dessin savant et volontaire, au scrupule extrême\nde la nature, vigoureux et précis, insufflateur de vie, bref un artiste de\nmérite dont on peut attendre de grandes choses.\n   WILLY SCHLOBACH m'a surpris. Quel soudain progrès et quelle renais­\nsance déconcertante ! Comment ce brutal qui campait l'an passé des voiles\nsafran sur des mers indigo, en des toiles matérielles comme des tapis, a-t-il\npu devenir le délicat quintessencié des Hantises ? Tout en gardant ses\nqualités de coloriste, il a acéré son style, maintenant suggestif. Il rapporte\nde Londres de maladives et troublantes visions, d'un art insuffisamment\npersonnel sans doute, mais déjà d'un haut intérêt. Il n'en est pas d'infé­\nrieurs parmi ces petits tableaux; mais surtout me requiert la Femme voilée\nde vert, au chapeau orné de fleurs blanches : une figure à la peau brune\ncomme une Hindoue, aux dents très blanches et des yeux noirs qui\nregardent sournoisement de côté, au sourire mauvais; j'y trouve la symbo-\nlisation bizarre d'un amour pervers et brûlé, l'ambiguïté cruelle d'une déri­\nsion du Printemps !\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "                                             76\n\n   JAMES ENSOR offre le cas, moins fréquent qu'on ne le penserait, d'un\nartiste de grande valeur, victime de l'incompréhension des foules, qui,\nexaspéré de la lenteur de la gloire due, par une sorte de manie de persécu­\ntion, ne rêve plus que de blesser, de froisser, de faire hurler le public qui\nne lui a pas rendu justice. Il invente alors des fantaisies monstrueuses, se\nvoue à des grotesques et aux incohérences, puis s'en va, méditatif, écouter\nles bêtises ineffables qu'entendent ses tableaux, rire avec ceux qui rient,\ndouloureusement réjoui de la stupidité des spectateurs, qui ne devinent pas\ncombien cette peinture endiablée les bafoue et les méprise, parce qu'ils n'y\ndiscernent pas, de leurs gros yeux ronds, le talent dissimulé. Car, il y a là\ndu talent encore, et beaucoup, en dépit des sarcasmes épais : et quand de\nsa pointe, il anime sur le cuivre des populations innombrables autour d'une\ncathédrale, il crée de vertigineuses Babels, il ensoleille des coins de rue,\nquand de son crayon, il trace ces dessins d'après nature : des portraits, un\nfoyer, un chandelier, que sais-je, quand du pinceau, il caresse les roses\nchairs d'éphèbe de son étrange Suzanne au bain, sans doute aussi lui vient\naux lèvres, ce cri désolé de Laforgue, plainte jaillie de tant d'artistes aux\njours amers : « Le cœur me piaffe de génie — éperdûment pourtant, mon\nDieu ! »\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 82, "titre_corps": "Chroniques d’art : L’Imagerie japonaise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chroniques d’art", "signature_source": "Jules et Georges Destrée", "ancre_debut": "L IMAGERIE JAPONAISE", "ancre_fin": "JULES et GEORGES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 1494, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "L'IMAGERIE JAPONAISE\n\n      (Exposition   d'art japonais au Cercle artistique   et littéraire de   Bruxelles)\n\n   Il est un Pays merveilleux et charmant vers lequel s'envolent bien des\nrêves de poète, un pays de légende et de féerie où, pendant plus d'un siècle,\nl'Art radieux s'épanouit aussi spontanément, aussi naturellement qu'une\nfleur balançant ses parfums au soleil. Et ce fut — invraisemblable phéno­\nmène — absolument général : de la base au faîte de la société, des pauvres\ngens de la plèbe aux fiers seigneurs, toute cette chimérique nation se\npréoccupa du Beau. Sentir artistement fut aussi essentiel, aussi normal,\nque de vivre, se nourrir, marcher !\n   Prodige exquis : l'art n'était point une religion de quelques-uns exposée\nà l'indifférence sourdement hostile du plus grand nombre. Il était dans\nl'existence de chaque jour, dans l'habitation, le vêtement, le paysage,\npartout ! La coupe où l'on buvait, le vase où se mourait une branche de\nprunier fleurie, la moindre porcelaine avait des émaux, des luisances\nprofondes, d'indicibles splendeurs de ton qui n'ont jamais été égalées; les\nétoffes des robes étalaient des broderies d'une élégance folle et les guerriers\navaient des armes qui étaient des chefs-d'œuvre !\n   Et tous, l'aimaient, le comprenaient, l'Art sacré. Partout étaient des yeux\nexperts pour s'en éjouir et des cerveaux subtils qui se grisaient de sa\nsublime ivresse. Et varié toujours, divers à l'infini, il était à tous sans\nbanalité. Ce fut le triomphe magnifique du décor, l'art sans prétentions,\nsans but, l'art pur !\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3366, "texte": "                                       77\n\n   Comment faire comprendre cela à mes contemporains ? De plus en plus\nla notion esthétique s'exile en un nombre restreint de délicats qui en\ngardent le dépôt douloureux; l'industrie moderne et la fièvre utilitaire des\nconcurrences en ont fait une chose de luxe qui se paie très cher et dont la\nconception nette disparaît de la masse. Comment imaginer une aussi\nbizarre population quand nous n'avons plus d'artisans, mais seulement des\nouvriers et que toute vibration collective s'est évanouie ? Que dire aux\nTribulat Bonhomet, qui sont légion de nos jours, et détestent l'art, sans\noser l'avouer, d'une façon sournoise et odieuse : quelle joie pour eux de\nnoyer les beaux cygnes ! Comment comprendrait-elle le subtil Japon, notre\ncivilisation si ridiculement vaniteuse de ses puérils progrès, qui nous donne\nce spectacle inouï, tel qu'on n'en vit jamais dans l'histoire, d'une construc­\ntion gigantesque, élevée comme témoin d'un solennel congrès des peuples,\net dont l'art est absolument banni : cette tour Eiffel, stupéfiant monument\nd'insolente fatuité !\n   Nous eûmes cependant en Europe quelque chose d'analogue à cette\nefflorescence superbe du Japon, à une époque que les gens éclairés de ce\ntemps-ci se plaisent à appeler la nuit du Moyen-Age. Il y eut alors aussi\nd'humbles métiers : la ferronnerie, la verrerie, etc. qui avaient l'ambition\nesthétique. Des maîtres furent aussi sculpteurs, peintres, architectes,\norfrèvres, ciseleurs. Il y eut chez les artistes supérieurs la même volonté,\nla même pure conscience, le même absolu détachement de tout ce qui n'était\npas la chimère adorée; et par bien des côtés, certains Japonais rappellent\nnos Gothiques. Il y eut encore pareille débauche d'imagination vers le\nmonstrueux et le grotesque, pareilles chevauchées éperdues dans l'infini des\nsonges, avec une ampleur de rêve que nous ne connaissons plus.\n   Mais là s'arrêtent les similitudes. Et entre les populations du moyen âge,\nnaïves et tournées vers la prière, et les Japonais qui nous semblent d'affinés\njouisseurs d'une civilisation à son apogée, s'indiquent des différences consi­\ndérables. La religion qui inspira les Gothiques paraît avoir médiocrement\ninfluencé l'art japonais. Celui-ci est, en son ensemble, aussi délicat, élégant,\ncomplexe et capricieux, que les premiers sont mystiques et réfléchis.\n   En réalité, il n'est guère d'art européen qui donne la compréhension du\njaponais, qui puisse lui servir de vestibule, le rendre plus accessible à nos\nyeux et à nos esprits habitués à une toute différente manière de comprendre\net de reproduire les spectacles ambiants. L'inspiration est radicalement\nautre, les procédés aussi, et c'est toute une éducation à faire que de se\nfamiliariser avec ces modes nouveaux de voir et de sentir.\n   On sait que les arts majeurs du dessin — appellation qui n'a guère de\nsens là-bas, tous étant égaux — se manifestent principalement par le kaké­\nmono et l'estampe. Rien qui rappelle nos tableaux et nos gravures. Le\nkakémono est une sorte d'aquarelle, en camaïeu ou en couleurs, sur soie\nou sur papier et qui se peut enrouler sur un bambou.\n   L'estampe correspond assez exactement à notre imagerie. Mais de l'ima­\ngerie qui serait de Fragonard ou de Watteau et qui pour sa réalisation eut\nréuni, ainsi que le dit Duret, trois génies : dessinateur, graveur, impri-\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": "                                   - 7 8 -\n\nmeur ! Et tirées à petit nombre, ces précieuses images, avec des soins\ninfinis, parfois retouchées encore après le tirage, sur cet admirable papier\nsi réceptif, doux et lumineux comme de la soie ! — De cet art enchanteur,\non a connu d'abord, il y a bientôt trente ans, quelques crépons modernes et\nquelques estampes grossières, aussi éloignées des productions de la grande\népoque, qu'une image d'Epinal peut l'être d'une aquarelle de Gustave\nMoreau. Et cependant, ce qu'ils apportaient de neuf, suffit pour faire révo­\nlution dans le monde des lettrés. Avoir annoncé le Japon reste une des\nplus indiscutables titres des de Goncourt. Les exigences augmentant, le\ngoût s'épurant, l'extraordinaire pays nous livra ses trésors. Ce fut un ravis­\nsement. M. Bing, de Paris, avec un sens artiste très aigu et une entente\nparfaite du négoce, devina que ces adorables chefs-d'œuvre deviendraient\nbientôt les désirs de tout sensitif et que leur nombre étant très restreint,\nleur valeur devait s'accroître rapidement. Alors, avec une audace, une\npatience, une persévérance que rien ne rebuta, excellemment secondé d'ail­\nleurs, il s'appliqua à collectionner, à rassembler toute l'estampe japonaise.\nA l'heure présente la concentration est faite, à peu près. Et l'histoire de ces\ninimitables artistes est encore à faire, M. Bing seul pourrait l'achever aisé­\nment. Et ce serait bien venu, car nous n'avons jusqu'ici que l'ouvrage de\n Gonse pour nous éclairer, premier flambeau dans cette obscurité où bien\ndes coins sombres restent encore, que notre avide curiosité voudrait\nexplorer.\n    En sa remarquable publication : Le Japon Artistique (1), M. Bing nous\na donné quelques indications; sa magnifique exposition au Cercle Artistique\nnous en apporte d'autres, plus précieuses encore.\n    C'est depuis le milieu du XVIIIe siècle et le commencement du XIXe que\nl'art de l'estampe japonaise resplendit de tout son éclat. L'apothéose dure\nsoixante ans environ, puis c'est la nuit, avec çà et là quelques lueurs mou­\nrantes, et la décadence se précipite. Phénomène qui n'est d'ailleurs pas\nunique : l'Italie se constelle au XVe siècle, la Hollande s'embrase au XVIIe;\nil semble qu'en ces grandes périodes de la vie des peuples, il y ait comme\nune aimantation réciproque, une surexcitation spéciale, une soudaine et\ncontagieuse fièvre vers le Beau après lequel survient un affaissement épuisé.\nMoisson admirable que fait lever tout à coup je ne sais quel soleil propice,\nquel effluve mystérieux ! Et parmi toutes ces fleurs, une culminante qui se\nhausse vers la gloire de la royauté, en qui. paraissent se résumer les splen­\ndeurs du parterre : en Hollande, Rembrandt; au Japon, Hokusaï.\n   Avec Rembrandt, l'art hollandais s'enorgueillit de Frans Hals, Van der\nMeer, Steen, de Hooghe, Terburg, Hobbema, etc., ses contemporains,\nprédécesseurs ou successeurs immédiats; de même Harunobou, Outamaro,\nKyonaga, Yeshi, Sharakou, Toyokouni et Hiroshigué font cortège à\nHokusaï dans la gloire de l'art japonais. — Tâchons de préciser et de\nmettre un peu d'ordre dans ces noms nouveaux.\n\n  (1) Mensuelle, avec des reproductions en couleur, le numéro 2 francs. Abonnement\n20 francs.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "                                        79\n\n    Il y a, au Cercle, une série de gravures en noir, au trait ferme et\nsavoureux, d'une simplicité et d'une noblesse étonnantes. Elles sont de\nMORONOBOU ou de son école. MORONOBOU (vers 1690) peut être considéré\ncomme le créateur de l'estampe au Japon. Non pas qu'il soit absolument\nle premier en date, mais sa supériorité s'affirme telle sur ceux de son temps\nqu'il les résume et les domine souverainement. L'art encore informe de la\ngravure est, par lui, brusquement dégagé de ses langes, animé d'une vie\nsupérieure et, d'un coup, porté à une excellence définitive; les tâtonnements\net les essais sont finis, et ceux qui viendront après ne feront plus que varier\net développer les formules du vieux maître. Giotto eut en Italie une influence\nanalogue. Toute une suite d'imitateurs se groupent autour de ces précur­\nseurs auxquels on revient toujours avec délices, tous les autres stades de l'art\nparcourus. Parmi les élèves de Moronobou, MASSONOBOU mérite d'être\ncité pour l'incroyable verve qu'il dépense en ses scènes humoristiques; ses\nbonshommes, campés d'un seul trait alerte, ont des vivacités désopilantes.\n    Après eux, l'importante famille des TORI-I apporte des perfection­\nnements notables à la lithographie et substitue à la gravure noire de\nMoronobou, l'estampe en deux couleurs. Quelques années encore, et la\ntechnique est complète, et HARUNOBOU n'a plus rien à apprendre.\n    HARUNOBOU ouvre, vers 1760, la série des grands maîtres. Par l'indéfi­\nnissable charme de ses couleurs appâlies, la grâce candide de ses créations,\nil nous apparaît comme l'un des artistes les plus parfaits de là-bas. Il est\nreprésenté au Cercle par quelques estampes d'un format un peu moindre\nque la plupart, et d'un accent si personnel, qu'elles sont aisément discer­\nnables entre toutes. Ce sont des jeunes filles à la promenade, des jeunes\nfilles au bord de l'eau, des jeunes filles qui causent, aux figures délicates,\nrondes, un peu larges, aux gestes un peu gauches, mais exquis d'expression\net de naïveté. C'est une simplicité de primitif, avec des raffinements\nextraordinaires dans la couleur : verts affaiblis, roses passés, tons d'ardoise\net bleus meurtris, en. séductrices harmonies. Il en enveloppe ses person­\nnages avec tant de légèreté que tout autour on sent l'air qui circule,\nl'atmosphère qui frémit, très douce, un peu de rêve, comme si elle\ncraignait de blesser ces mystérieuses jeunes filles, si frêles ! presque irréelles\nde suavité et de candeur !\n    Après HARUNOBOU, l'art de l'estampe est à son apogée; deux écoles\nprincipales semblent rivaliser de gloire et de génie, et presque en même\ntemps surgissent KYONAGA, SHOUNSHO, OUTAMARO, TOYOKOUNI,\nSHARAKOU, YESHI, et enfin le radieux HOKUSAÏ.\n    SHOUNSHÔ, l'un des plus célèbres et que M. Gonse met aux premiers\nrangs pour les séries fameuses des Éventails de théâtre et du Miroir des\nBeautés de la Maison Verte est représenté au Cercle par quelques albums\nmerveilleux d'intensité et d'énergie qui comptent parmi les plus beaux.\n    HARUNOBOU, OUTAMARO et YESHI sont plus particulièrement les trois\npoètes des grâces et des élégances féminines. Tous les trois sont des char­\nmeurs d'une distinction absolue, et leur originalité est pourtant si vive qu'il\nest impossible de les confondre. On pourrait dire que le premier a peint la\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "                                  — 80 —\n\njeune fille; le second, la femme; le troisième, la patricienne. Je ne sais\npersonne dans aucun art, qui ait donné de la jeune femme une impression\nplus péne'trante qu'OUTAMARO.\n    Soit qu'il les représente à la promenade ou à leur toilette, soit lisant, ou\nbuvant, ou soignant quelque enfant espiègle, toujours il est rare, exquis et\npersonnel. Admirable transformation des banalités coutumières; les actions\nles plus simples, les occupations insignifiantes de la vie quotidienne ont\nchez lui une noblesse aisée et attendrie. Il allonge les visages, et les corps,\net les bras minces dans les manches, et les cols dans l'écharpe dénouée, et\nles jambes fines entr'aperçues dans Féchancrure des robes; dans la figure\nd'un ovale très pur, si différente de celle d'HARUNOBOU, les yeux sont\nlong-fendus sous des sourcils très noirs et la bouche mignonne est faite de\ndeux pétales de roses. C'est un intimiste exceptionnel — en ses intérieurs\nd'existences heureuses et calmes, les jeunes femmes se lèvent et s'avancent\npour l'accomplissement des menus soins domestiques, avec une grâce\nsouple, comme des fleurs qui marcheraient. Il a dessiné de jeunes mères,\n ravissantes d'affectuosité et parfois il en a montré la gorge ou le sein, avec\nun naturel si chaste et si parfait que le plus grincheux des pudibonds ne\npourrait qu'admirer. Les nus, OUTAMARO les fait avec une prodigieuse\nvirtuosité. Un trait, un seul sans accents ni modelé, et pourtant elles sont\nrondes et charnues, ces pures poitrines qui se soulèvent avec tranquillité,\nces nuques adorables qui semblent attendre le baiser furtif, ces longs bras\n amoureux, ces pieds échappés des sandales...\n    Après HARUNOBOU et OUTAMARO, il ne paraît pas possible d'aller plus\n loin dans l'élégance et la distinction. Et cependant il faut citer encore\n YESHI et YESHO (vers 1800), deux élèves d'OUTAMARO qui l'ont sinon\nsurpassé, du moins égalé. Les yeux clairs de leurs femmes ont ce regard\nintroublé et hautain des patriciennes, leur sang sourit plus rouge en leur\nbouche petite et l'éclat de leur peau semble ne pouvoir être dépassé; leurs\ngestes sont lents et fiers, et leurs robes sont d'une opulence fastueuse.\n Comparé à ses devanciers, leur art, très original aussi, apparaît plus aristo­\ncratique, et l'on dirait que ce sont des princesses, ces musiciennes merveil­\nleuses, en robes roses, qu'entraîne, dans une estampe en trois feuilles, une\nbarque à la proue recourbée en bec de paon orgueilleux !\n    SHARAKOU (vers 1790) fait, avec ces gracieux, un contraste violent. Il\nest vigoureux jusqu'à la brutalité, emporté, rude et puissant. Ses portraits\nd'acteurs ont un caractère si sauvage et si spécial que l'on ne comprend\nguère comment un artiste de cette originalité ait pu échapper aux nomen­\nclatures de Gonse. Hostiles à première vue, elles finissent par s'imposer, et\nobsèdent le souvenir, ces têtes fantastiques, avec leurs yeux qui louchent\néperdûment, et des bouches tordues en des expressions féroces qui gri­\nmacent — affreuses, mais superbes ! Il y en a trois ou quatre au Cercle de\nces faces pâles en robes sombres sur des fonds argentés; la plus étrange est,\nsous le n° 67 du catalogue, un buste d'acteur, en costume de femme. Il\nvous regarde avec ses petits yeux luisants de musaraigne et sa bouche aux\nlèvres minces se crispe en un sourire cruel, aigu et fascinateur. Dans\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3295, "texte": "                                   — 81 —\n\nl'estampe japonaise, il faut faire à ce déconcertant SHARAKOU une place\nà part, car il apparaît sans maître, sans analogues et sans successeurs.\n   Tel ne fut pas le sort de TOYOKOUNI. — Moins personnel que les\nartistes dont nous venons de parler, ce vieux TOYOKOUNI (vers 1790),\ngroupa dans son atelier de nombreux élèves et imitateurs. Des milliers\nd'albums portent sa signature qu'il légua d'ailleurs à son élève favori. Les\nplus remarquables de ses continuateurs furent KOUNI YlOSHI et KOUNI\nSADA. Le premier a surtout fait des scènes de guerriers avec l'horreur du\nsang visqueux et rouge, des armes tranchantes, des luttes impétueuses; le\nsecond, des scènes de théâtre. Les estampes de TOYOKOUNI l'ancien se\nreconnaissent des leurs par une simplicité plus grande d'attitudes et souvent\npar un nez particulier long et crochu, dont il a doté la plupart de ses per­\nsonnages. Cette école a aussi excellemment réussi les foules, les grouille­\nments de personnages innombrables, avec l'animation, la diversité, la\nturbulence de la masse. Une des planches les plus admirées au Cercle, est\nune Foule sur un Pont assistant à un feu d'artifice qui est réellement\nprodigieuse.\n   Fécond comme TOYOKOUNI, gracieux comme OUTAMARO, distingué\ncomme YEISHI, vigoureux comme SHARAKOU. pur comme HARUNOBOU,\nmultiple, divers et toujours lui, est HOKUSAI (vers 1810), le génie universel\net décisif qui synthétise et clôt la série des grands maîtres. Si l'on considère\nen lui, écrit Gonse, les dons généraux, les qualités techniques qui font les\nmaîtres, sans distinction de temps ni de pays, il peut être placé à côté des\nartistes les plus éminents de notre race. Il a la force, la variété, l'imprévu\ndu coup de pinceau; il a l'originalité et l'humour, la fécondité, la verve et\nl'élégance de l'invention, un goût suprême dans le dessin, la mémoire et\nl'éducation de l'œil poussées à un point unique, une adresse de main prodi­\ngieuse. Son œuvre est immense : une immensité qui effraye l'imaginition\net résume dans une unité d'aspect incomparable, dans une réalité nerveuse,\nsaisissante, les mœurs, la vie, la nature. C'est l'encyclopédie de tout un\npays, la comédie humaine de tout un peuple.\n    On a pu admirer à l'exposition du Cercle, l'inimitable paysagiste qu'est\nHokusaï. Les planches principales de son glorieux album : les 36 vues du\nFuyi Yama étaient là, soit encadrées, soit dans les portefeuilles. Toutes\nsont d'une luminosité incroyable. Il y a des neiges qui éblouissent et des\nplein-soleil aveuglants.\n    Les attirants problèmes de lumière qui inquiètent les peintres modernes,\non dirait que Hokusaï les a tous connus, pour les résoudre avec une dexté­\nrité, une aisance paradoxale. Il a mis ton contre ton, il a fait des montagnes\nindigo et des ciels pourpres avec une tranquillité si décidée, si sûre d'elle-\nmême que le mot audace devient ridicule! Mais toujours, en ses plus extra­\nvagantes colorations, quelle enchanteresse harmonie ! quel sens aigu de la\nnature! et quelle vérité! Je note au hasard du souvenir, ce splendide\npaysage d'hiver en bleu et blanc; un coucher de soleil avec la montagne\nrouge presque incandescente, surgie de la mer des nuages frisés; l'éclair,\ndéchirement grandiose de la nuit; et cette vague formidable, d'un bleu\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "                                        — 82 —\n\n\ntranslucide, dont la crête frangée d'écume blanche et rejaillissante se\nrecourbe comme les griffes d'un dragon monstrueux menaçant les rameurs\néperdus, si faibles et si rapides !\n   Dans ses 53 stations du Tokaïdo, HlROSHIGUÉ a rivalisé avec\nHOKOUSAI pour la primauté du paysage. Plus brutal et plus sommaire, il\nest aussi moins clair. Il emploie les tons sombres dédaignés par HOKOUSAl\net se satisfait d'une moindre perfection de lignes. Et néanmoins, il reste de\npremier ordre. J'ai vu de lui une prairie immense avec des chevaux, un\nlever de soleil rose sur la neige, une plage avec un fourmillement de petits\nbonshommes, un pont avec des promeneurs, qui étaient des merveilles,\ncontenant en leur carré deux fois grand comme la main, plus de savoureuse\nnature que bien des toiles de nos paysagistes européens.\n    Il faut terminer. Et cependant que de noms illustres oubliés ! Je n'ai rien\ndit de KYIONAGA, l'un des meilleurs; rien des sourimonos de GAKUTEI;\net ces classifications, ces désignations rapides étant forcément arbitraires,\nj'ai dû passer sous silence les plantes et les insectes d'OUTAMARO, les pois­\nsons de HlROSHIGUÉ, les lugubres fantastiques de HOKUSAI. Et aussi les\nkakémonos précieux appendus aux murailles : les fleurs de KOVIU, les\nsinges de SOSEN et l'admirable paon de TSUNÉNOBOU tout blanc, aux\nplumes ocellés de vert et d'or ! et que d'autres !\n   Quelque jour, j'espère, soit la collection de M. Michotte, soit celle du\ngouvernement me fournira l'occasion de compléter ces trop cursives notes\nsur l'Imagerie Japonaise.\n                                                 J U L E S et G E O R G E S D E S T R É E .\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 82, "page_fin": 83, "titre_corps": "Chronique littéraire : Réponse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "René Ghil", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1707, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                    RÉPONSE (1)\n\n              Une réponse est due à M. Albert Giraud.....\n                 Le Décadentisme, certes, est une invention inane de petits\n               rhétoriciens détraqués, et, certes, erreur de M. Stéphane\n               Mallarmé, a été son souci, qu'il crut et que l'on crut nouveau\nextraordinairenient, du Symbolisme : car depuis qu'existent le geste et\nle langage, existe le Symbole, et virtuellement et attendant les intelligences\nqui l'en tireraient, il existait dans la nature. Grosse erreur, on le voit.\n   M. Giraud me rappelle qu'en mon premier livre (livre d'essais) une pré­\nface parlait très uniquement de MM. Zola et Goncourt, et qu'ensuite, la\npremière édition de mon TRAITÉ DU VERBE prôna fort M. Mallarmé.\n   Il m'en souvient, et moi-même en ai parlé et écrit.\n\n  (1) M. René Ghil n'a pas attendu l'apparition de la Jeune Belgique pour insérer son\n« écrit » dans le moniteur de Melle. Le procédé est peut-être évolutiste, mais il n'est pas\ndix-huitième siècle.\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "                                  — 83 —\n\n   A vingt-deux ans, l'on ne possède pas les idées sûres qui régiront l'Œuvre\nde la vie (car, pour moi, qui en donne exemple, d'ailleurs, l'on doit savoir\nl'Œuvre-une, sans perte en détails, que l'on donnera). Et l'on évolue, —\nà part les incapables et les contents d'eux-mêmes.\n   Nul ne me tint rigueur de mon illogique et naïve réclamation de Zola et\nGoncourt : mais, il me fallut insensiblement me retirer de la voie accapa­\nrante de M. Mallarmé — hautement en dernier lieu et peut-être farouche­\nment pour qui ne sait qu'à mesure que se précisaient mes volontés d'art et\nqu'on les accueillait, de secrets sarcasmes ne m'étaient épargnés par Celui\nqui m'avait offert l'Avant-dire que l'on sait, à la première édition du TRAITÉ.\n   L'on évolue : l'on croit voir en quelques-uns, tour à tour, un peu de son\nidéal. Puis l'on parvient à soi-même : seulement, comme c'est le cas en la\npoésie de maintenant, des personnalités ne sont trop, parfois, que celles de\nleurs « professeurs ».\n   Actuellement, à vingt-six ans, un moi littéraire m'est reconnu, oui, par\ntout artiste indépendant qui ne se sent pas atteint par la franchise de mon\nvouloir, par tout lettré curieux d'avenir. Et nul n'a été mon « professeur »,\ncar de ces Théories : une Philosophie évolutive et l'Instrumentation poé-\ntique (intégrales en l'édition définitive, de Bruxelles, de mon TRAITÉ DU\nVERBE), nul n'avait avant moi songé le premier mot. Nul poète n'avait pu\nmême concevoir l'unité logique d'une Œuvre poétique.\n   C'est pourquoi, tout en disant n'être le maître de personne comme l'élève\nde personne, il m'est permis de revendiquer une maîtrise d'idées — la seule\nvalable, la seule rare.\n   Désormais, M. Giraud, qui voudrait en vain me convaincre de versatilité,\nconstatera que strictement et sans dévier, ces Théories s'appliqueront en\nmon Œuvre — dont chaque livre est conçu et annoncé, dont les extraits\nsont publiés. Il peut prendre note.\n   Il ne me sied de relever certaines de ses phrases, peu courtoises en vou­\nlant être spirituelles; c'est l'habitude, ceux qui ont tort ne sont pas polis.\n   Mais, le « venant de province » serait-il parce que (partant de Paris) il me\nplaît, ces temps, d'habiter la campagne ?\n   Or, d'aucuns, à entendre les acrimonieuses et bizarres et incessantes\nattaques contre moi, me crurent et à Paris et à Bruxelles : gênant les éter­\nnels ressasseurs de plus en plus languides et ternes des mêmes thèmes, et\nles prudents et maladroits novateurs pour rire, que montre tels une entière\net logique marche en avant qu'aiment quelques fiers.\n                                                           RENÉ GHIL.\n    Février 1889.\n\n  M. René Ghil se trompe s'il s'imagine que j'ai voulu discuter. J'ai ri,\nvoilà tout. L'opinion de M. René Ghil sur M. René Ghil est trop assise\npour que je puisse me flatter de la déranger. J'ai connu naguère un garçon\ncharmant, mais un peu bizarre, qui prétendait être Dieu le Père. Je ne l'ai\njamais contredit.\n                                                     A L B E R T GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 84, "titre_corps": "Vers : Marche nuptiale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Vers", "signature_source": "Firmin Galoubet", "ancre_debut": "MARCHE NUPTIALE", "ancre_fin": "FIRMIN GALOUBET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "MARCHE NUPTIALE\nA MADAME S....   P......\n                                                    ...vertical désir vers l'amoureuse\n                                                                     ALBERT MOCKEL..\n                                                    Par le flanc gauche ! Arche !\n                                                                   BLÜCHER à Waterloo.\n\n            Se pâme l'Amoureuse au charme      d'épinettes\n            Nuptiales à ces prémices de la main\n            D'épanouir sous les frissons de sapinettes\n            Maint soupir décrété aux Heures de demain,\n\n            Sur les gazons parmi les aubes      d'aspérule\n\n            « Haut-lever vers Tes Yeux de mon émoi candides,\n            Vertical ! Ingénue à mes vouloirs en fête\n            De te désemmurer, expire ! aux mûs sapides\n            Vainqueurs de ton silence ô Vierge ! et capitule\n            Sous le geste enlacé depuis mon rêve en quête »\n\n            Se pâme l'Amoureuse au charme        d'épinettes\n            Et clochettes d'amour chantant dans les buissons\n            Son bonnet par dessus les moulins     d'horizons\n            Selon le visuel axe viré pour Elle\n            D'arbres de bas en haut — peut-être       criminelle.\n            Conquête! et rougissante encor d'avoir montré\n            L'ignorance de soie au soupir préféré\n            Accueillant le concept de formalités   pures\n            Triomphe pour demain de douces       meurtrissures.\n\n            Nèfles ! mais que Victoire et couronnée Elue\n            Aux nubiles accords des flûtes désireuses\n            D'enrouler les doux chants à la Promise plue...\n\n\n\n                                                         FIRMIN GALOUBET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 85, "titre_corps": "Vers : Encore autre ! 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AURORE, ALORS\n                                    Aux mêmes, oh dédiée.\n\n   Or l'or d'Aurore oh ! dort encor\n   Dans les bras d'or du Labrador,\n   O Labrador ! où les Condors\n   Dorent leur essor aux monts d'or !\n\n   Les voix roses des roses roses\n   Arrosent les choses moroses\n   De choses closes dont éclosent\n   Les apothéoses des gloses.\n\n   Par houblons blonds et vallons longs\n   (Trésors ! les ors du cor encor)\n   Montent aux monts leurs sons qui sont\n   Les chansons des sons des vallons.\n\n                                                    LILI."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 88, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Tiou tiou tiou", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "L'Art moderne publie, à propos de l'Ex­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "position japonaise du Cercle artistique, un"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "article très commercial. 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Bing"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1076, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "a vendu beaucoup de kakémonos, que la"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1153, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "presse a été plus favorable aux Japonais"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1245, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "qu'aux Vingtistes, etc., etc. De là, colère"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1321, "fin_caractere_exclue": 1362, "texte": "épouvantable de la part de certain organe"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1363, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "d'esthètes uniquement voués au culte"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1400, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "désintéressé de l'art. 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Et quelle effloraison de ridicule !"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1528, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "Si le ridicule tuait, il y aurait longtemps"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1622, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "que l'auteur de cette grotesque sortie serait"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1708, "fin_caractere_exclue": 1716, "texte": "enterré."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2052, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "La pudeur officielle et ministérielle a fait"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2137, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "des siennes aux XX, avant le vernissage,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2178, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "ou le pointillage, comme on voudra."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2214, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "M. 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Georges Eekhoud, ainsi qu'une"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2419, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "Poseuse ôtant sa chemise, par les respec­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2509, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "tables macrobites de l'Administrââââtion"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2600, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "des Laids-Arts."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2663, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "Pourquoi ?"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2676, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "Parce que ces femmes nues, ou en train"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2715, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "de se dénuder, montraient certaines toisons"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2759, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "un peu frisées, de ces toisons auxquelles"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2801, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "Théophile Gautier a consacré son Musée"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2887, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "secret."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "M. Van Rysselberghe, lui, s'est résigné à"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3070, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "épiler sa Femme nue, qui maintenant est"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3159, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "chauve comme le crâne des mandarins"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3251, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "dont elle choquait la pudeur."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3348, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "Serait-ce de la jalousie, et les calami-"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3428, "fin_caractere_exclue": 3469, "texte": "teux macrobites du ministère seraient-ils"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3470, "fin_caractere_exclue": 3503, "texte": "chauves, absolument, et partout ?"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "Par 14 voix contre 13, les épiciers distin­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 284, "texte": "gués et les avocats fiasques du Conseil com­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 335, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "munal ont enlevé la direction du théâtre"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 426, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "de la Monnaie à MM. 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Dupont et Lapissida d'avoir"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "laissé exécuter trois fois, sur la scène émi­"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1035, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "nemment laïque du théâtre de la Monnaie,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1126, "fin_caractere_exclue": 1152, "texte": "le Francisais de M. Tinel."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1206, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "C'est, comme dit M. Léon Bloy, à faire"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1295, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "mugir les constellations."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "Le Conseil municipal d'Angers vient"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1578, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "d'allouer un subside à l'œuvre des Concerts"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1672, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "populaires, dirigée par M. Bordier."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1761, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "Le Conseil communal de Bruxelles a"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1846, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "menacé de supprimer le subside alloué à"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 1936, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "l'œuvre des Concerts populaires, dirigée"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "par M. Joseph Dupont."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2102, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "Quelle ville de province, Angers !"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2299, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "M. Paul Monlane consacre, dans le"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2383, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "Journal de Gand, un long article au"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2469, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "numéro de janvier de la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2559, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "Tous nos remerciements à notre excellent"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2650, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "confrère."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2853, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "Nous souhaitons bonne chance à La"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 2937, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "Pléiade, journal littéraire mensuel, dirigé"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3031, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "M. P. Lacomblez, le co-éditeur du Lys."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3120, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "Le premier numéro renferme des vers de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3209, "fin_caractere_exclue": 3250, "texte": "MM. Giraud, Albert Arnay, Severin, Boels,"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3301, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "Roussel, Baudoux et Sluijts, de la prose de"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 3395, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "MM. Georges Garnir et Lacomblez."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "M. Odilon Redon publie, chez M. Dumont"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "à Paris cette fois, un second album d'après"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 284, "texte": "des textes de la Tentation de saint Antoine"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 336, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "(7 planches : 25 francs). Ainsi se complète"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 429, "fin_caractere_exclue": 470, "texte": "la glorification magistrale de l'œuvre de"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 523, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "Flaubert. Cet album, ainsi que les derniers"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 618, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "ouvrages de M. Redon, fera l'objet d'un"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 681, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "article prochain de M. Jules Destrée."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "De chez Byr, éditeur à Mons, nous"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 819, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": "avons reçu une suite de dix eaux-fortes"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 958, "texte": "originales et inédites de Mlle Louise Danse."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1005, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "Ce sont de charmants croquis d'après"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1097, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "nature : une bonne vieille en prière, un"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "élégant portrait d'enfant, une tête de"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1286, "fin_caractere_exclue": 1327, "texte": "pêcheur d'une belle allure, et surtout de"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1378, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "délicieux petits paysages, si délicatement,"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1539, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "si moelleusement, si coquettement parés"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1579, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "de leur neige ou de la verdure des feuil­"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1621, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "lages capricieux ! Un joli talent s'y révèle"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1666, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "et nous nous plaisons à en saluer la grâce"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1761, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "et la distinction : tous nos compliments à"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1856, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "Mlle Danse."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2238, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "Ont paru chez l'éditeur Ménard, à Liége,"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2319, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "les Poètes namurois par Auguste Vierset."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2360, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "L'auteur nous présente quelques notes sur"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2402, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "les chansonniers et les lyriques de son pays;"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2448, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "appréciations intéressantes d'un poète qui"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2491, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "a fait un choix compétent parmi les vers"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2582, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "des écrivains namurois. Pour les non-"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2673, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "initiés aux surprenantes harmonies de"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2766, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "l'orchestre moncrabeautien, M. Vierset"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2858, "fin_caractere_exclue": 2897, "texte": "aurait pu, dans sa préface, parler plus"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3036, "fin_caractere_exclue": 3072, "texte": "longuement des quarante Molons et de"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3163, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "leurs exploits; son livre aurait dégagé"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3274, "fin_caractere_exclue": 3314, "texte": "davantage cette odeur de terroir wallon."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3315, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "Des citations de Werotte, Colson, Lagrange"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3409, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "et de quelques autres poètes inédits prou­"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3494, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "vent que le patois de Nameur a sa littéra­"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3584, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "ture comme celui de Liège et de Mons mais"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3689, "texte": "plus propre, croyons-nous, à rendre les"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3690, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "grosses farces et les joyeuses « pasqué es"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3733, "fin_caractere_exclue": 3774, "texte": "(charges). Ce n'est pas ici la simplicité"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3819, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "charmante et naïve des Noëls          Wallons"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3911, "fin_caractere_exclue": 3954, "texte": "recueillis par M. Doutrepont ou des poésies"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 147, "texte": "de M. Defrecheux. La langue est plus rude,"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "plus populaire, parfois même grossière."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 294, "fin_caractere_exclue": 335, "texte": "Attendons M. Vierset dans les scènes wal­"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 389, "fin_caractere_exclue": 428, "texte": "lonnes qu'il nous promet. En terminant,"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 482, "fin_caractere_exclue": 522, "texte": "notons la très artistique couverture qui"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 576, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "orne le volume et l'édition en tout point"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 671, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "parfaite."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 779, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "A signaler dans le dernier numéro de la"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 872, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "Wallonie un drame bref de grande allure :"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 967, "fin_caractere_exclue": 1004, "texte": "Les Flaireurs    de notre ami Ch. Van"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1058, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "Lerberghe. Le même numéro s'orne d'une"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1150, "fin_caractere_exclue": 1189, "texte": "prose retrouvée au fond d'un très vieux"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "tiroir de Lemonnier et de vers déjà connus"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1339, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "de Mallarmé, le tout sous le grand lys"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "d'une couverture rajeunie. Oh ! ce lys sur"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1527, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "Lemonnier !"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "Le catalogue des XX de cette année est"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "particulièrement affreux. Nouvelle combi­"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1909, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "naison, sans doute, du vieux boy qui en"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "est le barnum ! la réclame par l'horrible."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "Le préambule — l'article forcé — perd à ne"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2194, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "plus être dans l'Art moderne; l'anonymat"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2288, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "lui donnerait plus d'autorité."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2543, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "Hyménée ! Hyménée ! ménée ! née ! ée !"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2631, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "(Cantate n° 28). Le 7 janvier notre jeune"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2722, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "rédacteur stagiaire M. S. Pinolet a épousé,"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2815, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "à Leeds (Angleterre), Mlle Jane Morelle de"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2907, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "Trinquelagaupe, fille du savant docteur"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 2996, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "J. Morelle de Trinquelagapue, dont nous"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3122, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "pouvons promettre à nos lecteurs la pro­"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3252, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "chaine collaboration."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3367, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "Le docteur est venu se fixer à Bruxelles."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3458, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "Il achève en ce moment un important"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3543, "fin_caractere_exclue": 3583, "texte": "ouvrage de philosophie, dont notre revue"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3633, "fin_caractere_exclue": 3649, "texte": "aura la primeur."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3787, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "Au reçu de notre dernier numéro"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3872, "fin_caractere_exclue": 3910, "texte": "M. T. Tabibitte, qui a la tête près du"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 3964, "fin_caractere_exclue": 4004, "texte": "bonnet, a télégraphié à M. Firmin Galou-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "bet : « Avez commis infâmie en commu­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "niquant à Jeune Belgique ma lettre con­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 237, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "fidentielle à Ami de l'ordre. Mes mépris."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 305, "fin_caractere_exclue": 317, "texte": "Tabibitte. »"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 382, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "Le même soir (30 janvier), M. Firmin"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 478, "fin_caractere_exclue": 522, "texte": "Galoubet, qui a la flûte irascible, envoyait"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "à M. Tabibitte deux amis,— MM.V. Sain­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "troux et Marc Rochefer. M. Tabibitte"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 766, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "constitua MM. S. Pinolet et L. Dubedon."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "Une rencontre à l'épée eut lieu le 1er fé­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 964, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "vrier à S...."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1063, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "A la troisième reprise M. Tabibitte fut"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1155, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "blessé légèrement à l'épaule droite. Les"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "témoins déclarèrent l'honneur satisfait."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "M. le docteur M. de T        a immédiate­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "ment bandé M. Tabibitte, qui en a été"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "quitte pour quelques heures d'agitation."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1609, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "Décidément c'est un petit coq ce bouillant"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1701, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "Tabibitte !"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1785, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "Oserons-nous nous permettre de con­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1821, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "seiller à la très Jeune Belgique un peu plus"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "de calme!"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1879, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "P. S. II y a eu, — naturellement, — un"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1952, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "déjeuner de réconciliation. Nos jeunes"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "ferrailleurs ont si bien fêté le Rœderer"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2147, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "qu'en pleine après-dînée ils voyaient trente-"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2231, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "six chandelles."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2324, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "Mais qui diable a bien pu les tenir ?"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2517, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "Lu dans le Guide musical, qui n'est pas"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2557, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "coutumier de ces métaphores audacieuses :"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2601, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "« M lle Falize a superbement chanté."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2638, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "Voix riche, diction savante, telles sont les"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2683, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "qualités que j'ai pu distinguer à vol"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2721, "fin_caractere_exclue": 2734, "texte": "d'oiseau... »"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2737, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "Tiou, tiou, tiou !"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "M. Emile Sigogne, — un protégé de"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 236, "texte": "l'Art moderne, — vient de publier un cer­"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 290, "fin_caractere_exclue": 304, "texte": "cueil de vers."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 361, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "Titre : Mosaïque."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 435, "fin_caractere_exclue": 477, "texte": "Echantillon du savoir-rimer de l'esthète :"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 534, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "Une vapeur bleuâtre entoure la montagne,"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 631, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "Et la forêt s emplit d'une sérénité."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "Un silence s'étend sur toute la campagne,"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 822, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "Qu'interrompt le seul cri par le pivert jeté."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 924, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "« Pivert jeté » est joli. Cela pourrait"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1059, "texte": "s'écrire autrement. « Pis vergeté » serait"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1113, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "préférable. Nous en appelons à toutes les"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1208, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "vaches des Asturies."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1285, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "Dans le même poème, M. Sigogne"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1369, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "exprime le désir d'être métamorphosé en"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1462, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "arbre. Si on lui accordait cet avancement, il"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1561, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "serait prudent de se méfier de cet arbre-là,"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 1700, "texte": "et ne pas s'asseoir sous son ombre. I! en"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1754, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "tomberait des conférences !"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 1931, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "Du même M. Sigogne :"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2007, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "Il s'agit d'une jeune fille au jardin :"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "Elle a sur ses genoux un livre grand ouvert"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2203, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "Où son doigt blanc se pose."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2285, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "Enfoncés les « hauts genièvres » de"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2374, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "M. Delaroche. Voilà un doigt blanc que"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 2466, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "M. Sigogne s'est joliment fourré dans l'oeil !"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE\n                             (DEUXIÈME SÉRIE)\n                     par FRANCIS NAUTET\n        Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\nEn vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\nA tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\nde Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\nqui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal Wine C°\n6, RUE PAUL DEVAUX (PRÈS LA. BOURSE)\n\nEn cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\nMANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\nnos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Pratet Fratelli\nCora.\n  (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L'HOMME DE JOIE, par DUBUT\n  DE LAFOREST. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois\n  1 7 francs; en vente partout.\n\n     ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                EPERNAY\n\n                                         Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont                                2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert . . . .                  2 75\n                           R O S É E J E U N E BELGIQUE                         3 00\n                           Crême d'Ay         id.                               3 50\n                           Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.       450\n                           Bouzy Cristal      id.                               5 00\n                                       0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                  EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25    BOUTEILLES\n\n                           Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n       19, B o u l e v a r d du Nord, 19, à B r u x e l l e s\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Abonnement gratuit", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VIENT DE PARAITRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": "Abonnement gratuit\n   Tout ami et bénévolent adepte qui nous apportera 10 abonnés,\n recevra son abonnement gratuitement durant deux années.\n   Des cartes d'abonnement sont à la disposition de nos amis chez\n M. Henry Maubel, rue de Trêves, 72.\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-02-n2-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "VIENT DE PARAITRE :\n\n      IMAGERIE JAPONAISE\n                        par JULES                DES T RÉ E\n    Une plaquette de luxe grand in-8°, tirée à 60 exemplaires numérotés,\n chez Madame Vve Monnom, 26, rue de l'Industrie. Bruxelles. Restent\n 2 exemplaires sur Japon, portés à 10 francs et quelques-uns sur papier\n à la main Van Gelder à 5 francs.\n\n                                 EN        VENTE\n                                            A LA\n\n\n\n\n LIBRAIRIE LÉON VANIER\n                   19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n         ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                     Francs.\n                         P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E    .   .     7 50\nPaul ADAM                Soi                                                          3 50\n       —                 Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)  3 50\n       —                 Les Demoiselles Goubert.      —             —          3 50\n       —                 Être                                . . . . . . .      3 50\nJean AJALBERT . . .      Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . . 3 00\n Maurice BARRÈS . . .     Les Taches d'encre (les 4 numéros)                    4 00\n       —                 Sous l'oeil des Barbares                               3 50\nRobert CAZE . . . .      La foire aux peintres                                   1 00\nPhilibert DELORME . .    Arlequins de Macadam                                   3 50\nEdouard DUJARDIN . .     Les Hantises                                           3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .     Croquis parisiens (avec portrait)                      6 00\n       —                 Le Drageoir aux épices . ,                             5 00\n       —                 Un Dilemme                                             2 00\nGustave KAHN . . .       Les Palais nomades                          . . . . 3 50\nJules LAFORGUE . . .     Les Complaintes                                        3 00\n       —                 L'Imitation de N. D. la Lune                           2 00\n       —                 Moralités légendaires                                  6 00\nStéphane MALLARMÉ .      L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .       5 00\n       —                 Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET)                 12 00\n       —                 Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . . 25 00\nStuart MERRILL . . .     Les Gammes                                             2 00\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 72, "texte": "9e ANNÉE.           TOME VIII, N° 2.      P R I X : FR. O-CO.                       FÉVRIER 1889.\n\n\n\n\n                                              LA\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                   SOMMAIRE:\n Trois contes populaires japonais                                     JULES DESTRÉE.\n Vers                                                                 FERNAND SEVERIN.\n                . ,        I. La Materna.                   .     .   GEORGES EEKHOUD.\n Chronique musicale.\n                       ( II. Le Roi d Ys.                   .     .   HENRY MAUBEL.\n            .       ,,    I.     Le Salon des XX.               . )           JULES et\n Chronique d art.\n „_\n                      II. L imagerie japonaise                        GEORGES DESTREE.\n Chronique littéraire. — Réponse                                      RENÉ G H I L .\n                                                                      FIRMIN GALOUBET.\n Vers\n                                                                      LILI.\n Memento                                                              ***\n\n\n\n\n                                       BRUXELLES\n                  ADMINISTRATION :                                RÉDACTION :\n                26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26                  72, RUE DE TRÊVES, 72\n\n                                            PARIS\n                                  LÉON V A N I E R ,    ÉDITEUR\n\n                                       19, Quai Saint-Michel\n\n                                               1889\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                       REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n    paraissant   chaque mois et formant     au bout de l'année un superbe       volume.\n\n\n Bruxelles : Administration,    26, rue de l'Industrie. — Rédaction : 72, rue de Trèves\n\n\n                                 ABONNEMENTS :\n  Belgique.       . 7 francs par an. — Union postale.                  .    fr. 8 - 5 0\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                    forfait.\n\n\nDirecteur     : MAX WALLER. — Administrateur                  : HUBERT VAN DIJK.\n  M. Max Waller étant malade, M. Henry Maubel, 72, rue de Trèves, a\nbien voulu accepter la direction intérimaire de la Jeune Belgique.\n\n  La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n\n\n  Au présent numéro est joint le frontispice qui doit figurer en tête du\nvolume de 1888.\n\n\n                               BOITE AUX L E T T R E S\n\n  9. HIPPOLYTE DEVILLERS, Paris. Adresse rectifiée et transmise à l'imprimerie. Regret­\ntons beaucoup devoir refuser Salon de Paris. Avons un des nôtres, là-bas, qui s'en est\nchargé. Sommes pas content de Vlncontentée. Pensées valent mieux.\n   10. AUGUSTE JENART. Aube vaine bien tourmentée. Ne soulevez plus le « couvercle\nd'étain ». Crépuscule, très pâle. Êtes capable de faire beaucoup mieux. Piochez ferme, et\nrevenez-nous.\n  11. LILI. Qui êtes-vous ? Firmin Galoubet, Suave Pinolet, Télesphore Tabibitte,\nMarc Rochefer et Léon Dubedon, sans oublier le docteur Morelle de Trinquelagaupe\ndésirent entrer en commerce avec vous. Veinard !\n  12. TÉI.ESPIIORE TABIBITTE et FIRMIN GALOUBET. Prière de ne pas nous priver de colla­\nborateurs par des massacres intempestifs.\n  13. EUGÈNE H       (voulons pas vous compromettre). Prose du potache pas mal, mais\npotachonne Publierons pour l'encourager, — quand il y aura de la place. Passez donc\nvotre temps à couver des littérateurs? Être subversif et dangereux. Merci.\n  14. NICOLAS CHATKIBLEFF. N'avez aucune idée des tendances du groupe simpliste.\nFaites du boucan, sacrebleu ! Si Abélard avait attaché des grelots à son déficit, il\naurait fait du bruit par le monde. Tolstoï, voilà un renne!\n   15. J.. D....X DE T... H... F'aites erreur. Le mayeur en question n'a pas d'histoire : il\nn'a qu'une légende.\n  16. JOSÉPHIN PÉLADAN, en Chaldée. Merci pour avoir détourné un abonné de Péters­\nbourg. Si jamais un Pahouin veut lire Istar, lui prêterons notre exemplaire. Salamalecs\npour vous, et amitiés à Léon Bloy.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "          Trois Contes Populaires Japonais\n   Pour les enfants.\n                                                          1\n\n                            Le Miroir de Matsu-Yama.\n\n\n                                        Il y a longtemps, bien longtemps, vivaient,\n                                       en un tranquille village, un jeune paysan et\n                                       sa femme. Ils avaient un enfant, un seul : une\n                                           petite fille qu'ils aimaient de tout leur\n                                      cœur. Je ne saurais vous dire comment ils\n                                      s'appelaient, car depuis longtemps leurs noms\n                                          sont oubliés; mais ce village, où ils\n                                         vivaient, était Matsu-Yama, dans la pro­\n                                         vince d'Echigo.\n                          Un jour, alors que la petite fille était encore toute petite,\n                       son père fut obligé de se rendre dans la grande ville, capitale\n                       du Japon. C'était trop loin pour que sa femme et l'enfant\n                       pussent l'accompagner, aussi il partit seul, après leur avoir\n                       souhaité « au revoir », et promis de leur rapporter de jolis\n                       cadeaux.\n                          La jeune mère, qui n'avait jamais été plus loin que le\n                       voisin village, ne pouvait s'empêcher d'être inquiète en\n                     voyant son mari partir pour un voyage si long; et pourtant\n                    elle était aussi un peu fière, car il était le premier de la contrée\n                  à aller vers l'énorme ville où vivent le Roi et les Seigneurs et\n                  où il y a tant de belles et curieuses choses à voir... Enfin, arriva\n                  le jour où elle put attendre son retour. Elle mit à sa fille les\n   Ces trois contes sont traduits de l'anglais, en respectant autant que possible leur forme familière et naïve.\nIls sont extraits d'une collection publiée à Tokyo par les soins de l'éditeur Ko-Bun-Sha (2 Minami Saegicho),\nen charmantes petites plaquettes, illustrées de ces croquis décoratifs dans lesquels triomphe, sans conteste,\nl'art japonais. Ils pourront, j'espère, intéresser les artistes, et peut-être aussi — s ils sont réellement populaires\n— les savants préoccupés de folklore.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                                   — 58 —\n\nplus beaux habits et se para elle-même d'une robe bleue qu'elle savait aimée\nde son mari. Et comme elle fut heureuse en le voyant revenir sain et sauf,\net comme l'enfant battait des mains et riait délicieusement quand elle vit\nles jolis joujoux que son père lui rapportait ! Et il avait tant à raconter, il\navait vu tant de choses étonnantes dans son voyage et dans la capitale !\n    — « Je vous ai rapporté quelque chose de beau, dit-il à sa jeune femme.\nRegardez et dites-moi ce que vous y voyez ! »\n    Et il lui donna une boîte plate en bois blanc, dans laquelle elle trouva\nune plaque ronde de métal. Un côté en était blanc comme de l'argent glacé\net damasquiné de dessins en relief d'oiseaux et de fleurs, l'autre était pur\ncomme le plus clair cristal. La jeune mère y regarda avec une stupéfaction\ncharmée, car de ses profondeurs la regardait, les lèvres ouvertes et les yeux\npurs, une figure souriante et heureuse.\n   — « Que voyez-vous ? » demanda l'époux, amusé de son étonnement et\nsatisfait de lui montrer qu'il avait appris quelque chose pendant cette\nabsence. — « Je vois une jolie femme qui me regarde, et elle remue les\nlèvres comme si elle parlait, et, que c'est drôle ! elle a une robe bleue toute\npareille à la mienne ». — « Et mais ! chère petite niaise, c'est votre propre\nfigure que vous voyez », s'écria-t-il, fier de savoir ce qu'elle ne savait pas;\n« cette plaque ronde de métal, c'est un miroir; et bien que nous n'en ayons\njamais vu ici, là-bas, dans la capitale, chacun a le sien ».\n    La jeune femme fut si enchantée de ce présent que, pendant plusieurs\njours, elle ne put s'en séparer. C'était la première fois, ne l'oubliez pas,\nqu'elle pouvait voir ainsi sa jolie figure et elle ne cessait de se mirer. A la\nfin, cependant, une chose si merveilleuse lui parut bien trop belle pour un\nusage journalier, et elle remit le miroir dans sa boîte, avec ce qu'elle avait\nde plus précieux.\n    Des années passèrent.\n    Et les jeunes époux continuaient à vivre heureusement. Le bonheur de\nleur vie, c'était leur petite fille qui ressemblait à sa mère en grandissant et\nqui était si gentille que tous l'aimaient. La mère, qui n'oubliait pas son\npassager accès de vanité à s'être trouvée jolie, avait soigneusement caché\nle miroir, craignant l'orgueil pour sa fille. Elle n'en parla jamais, et le père\nnon plus, car il ne s'en souvenait plus. De telle sorte que l'enfant grandit,\nnaïve autant que l'avait été sa mère, sans rien savoir du charme de ses\nregards et du miroir qui les aurait pu réfléchir.\n    Mais un terrible malheur vint frapper cette petite famille heureuse. La\nbonne, l'excellente mère tomba malade et, malgré les soins aimants de sa\nfille, le mal s'aggrava et il ne resta plus d'espoir qu'elle ne dut bientôt\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                   —   59   —\n\n\nmourir. Quand elle sentit que prochainement il lui faudrait quitter son\nmari et son enfant, la pauvre femme se désola grandement, inquiète pour\nceux qu'elle devait abandonnner, surtout pour sa petite fille. Elle l'appela :\n« Mon enfant chérie, tu sais que je suis bien malade, je mourrai bientôt\net je vous laisserai seuls, ton père et toi. Quand je ne serai plus, promets-moi\nde regarder dans ce miroir chaque soir et chaque matin, tu m'y verras et\ntu sauras que je veille toujours sur vous ». Puis elle retira le miroir de la\ncachette et le lui donna. L'enfant promit au milieu de ses pleurs; et la mère,\nparaissant alors calme et résignée, succomba peu de temps après.\n   Jamais l'obéissante petite n'oublia la dernière prière maternelle et,\nchaque matin et chaque soir, elle retirait le miroir de la cachette et\ny regardait longtemps, gravement. Et lui apparaissait la pure et souriante\nvision de sa mère perdue, non pâle et maladive comme en ses derniers\njours, mais sa mère jeune et belle d'il y avait longtemps. Elle lui racontait,\nle soir venu, les difficultés et les épreuves de la journée; et, à l'aurore, elle\nlui demandait de la bienveillance et du courage pour tout ce qu'elle pour­\nrait entreprendre... Ainsi, de jour en jour, elle vivait dans la contemplation\nde sa mère, s'efforçant sans cesse de lui plaire et d'éviter tout ce qui eût pu\nl'affliger. Sa grande joie, c'était de pouvoir regarder dans le miroir en\ndisant : « Mère, j'ai été aujourd'hui comme vous l'auriez voulu ».\n    La voyant ainsi régulièrement matin et soir regarder le miroir en parais­\nsant lui parler, son père, à la longue, lui demanda le motif de cette bizarre\nconduite. « Père, dit-elle, je regarde chaque jour le miroir pour voir ma\nchère maman et causer avec elle ». Et elle lui révéla la recommandation de\nsa mère mourante et comment jamais elle n'avait manqué de s'y conformer.\n    Le père, qu'attendrissaient une telle candeur, une obéissance si fidèle et\nsi aimante, sentit des larmes gonfler ses yeux, et rien, il ne put rien trouver\ndans son cœur pour détromper l'enfant naïve, pour lui dire que l'image\nqu'elle voyait dans le miroir n'était que la réflexion de sa propre douce\nfigure, sa douce figure charmante, devenue, par cette sympathie et cette\nsociété constantes, chaque jour de plus en plus semblable à celle de sa mère\nen allée.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                                  — 60 —\n\n\n\n                                      2\n\n   Pourquoi la Méduse n'est qu'une gelée gluante.\n   Le Roi des Dragons, jadis, résolut de prendre femme. La fiancée qu'il\nchoisit fut une jeune Dragonnette de seize ans à peine, et charmante assez,\nvraiment, pour être l'épouse d'un Roi. Ce furent de splendides réjouis­\nsances : grands et petits, les poissons vinrent présenter leurs hommages et\noffrir leurs dons aux nouveaux mariés !\n   Mais hélas ! Les Dragons eux-mêmes ont leurs revers. Un mois seule­\nment était passé, que la jeune reine devint malade. Sans résultat, les méde­\ncins lui donnèrent toutes les drogues connues. Puis, ils secouèrent grave­\nment le chef, déclarant qu'il n'y avait plus rien à faire.\n   Alors la reine abandonnée appela son mari : « Je sais quelque chose qui\nme guérirait. Apportez-moi un foie de singe et je me rétablirai ».\n   « Un foie de singe ! Y pensez-vous, ma chérie ? Oubliez-vous que les\nDragons vivent dans la mer et les singes bien loin de nous dans les forêts de la\nterre ? Un foie de singe ! Oh ! mon amie, vous êtes folle ! » — Alors la jeune\nreine se mit à pleurer : « Pour une fois que je vous demande quelque\nchose, vous ne voulez pas me le donner. Je le pensais bien, que vous ne\nm'aimiez pas ! » Et les sanglots étouffèrent sa voix.\n   Le Roi, pour la calmer, appela son fidèle serviteur la Méduse et lui dit :\n « Il faudrait nager vers la terre et persuader à un singe de revenir ici avec\ntoi. Raconte-lui que tout au pays des Dragons est bien plus beau qu'en sa\npatrie. Sois séduisant, car j'en ai besoin absolument : je veux lui couper le\nfoie, c'est le seul remède qui puisse guérir la jeune reine ! » La Méduse\npartit. En ce temps-là, c'était un poisson comme tous les autres poissons,\navec des yeux, des nageoires et une queue. Même elle avait de petits pieds\nqui lui permettaient d'avancer sur le sol autant qu'ils aidaient sa marche à\ntravers l'eau. Et il ne lui fallut pas longtemps pour arriver au pays des\nsinges. Heureusement, sur un arbre du rivage, elle en aperçut un, jeune, qui\njouait : « Monsieur le singe, lui dit-elle, je connais une contrée bien plus\nbelle que celle-ci, là-bas, derrière les vagues, c'est la Dragonnie. Si vous\nsaviez comme il y fait beau toute l'année ! Les arbres sont surchargés de\nfruits mûrs et point n'y sont de ces mauvaises créatures appelées hommes.\nVoulez-vous y venir avec moi ? Vous pourriez monter sur mon dos... »\n   Cela parut plaisant, au jeune singe, de voir du pays neuf. Il monta sur\nla Méduse et les voilà partis à travers les flots. Mais à mi-chemin, il com-\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                    — 61 —\n\nmença à craindre quelque danger caché et trouva étrange d'être si loin en\ntelle compagnie. « Que pensez-vous qu'il va m'arriver ? » dit-il à la Méduse.\nCelle-ci lui répondit : « Mon maître, le roi des Dragons vous fait chercher\npour vous couper le foie et le donner comme remède à la reine, qui est\nmalade ».\n    Le singe répliqua vivement, avec un accent désolé : « Rien ne pourrait\nm'être plus agréable que d'obliger Leurs Majestés. Mais j'ai justement laissé\nmon foie à une des branches du grand arbre où vous m'avez rencontré. Un\nfoie, ça pèse lourd. Aussi, pour être plus à l'aise, généralement je l'enlève\npendant le jour. Il faudrait aller le rechercher. » La Méduse reconnut que\nc'était la seule chose à faire. Et — stupide créature — elle ne soupçonna\npoint que l'espiègle lui contait cette bourde pour échapper au danger de\nservir de médecine à la jeune reine capricieuse.\n   Quand ils atteignirent le rivage, le singe bondit du dos de la Méduse et\ngrimpa lestement au sommet de l'arbre. Et lui dit : « Je ne le vois plus...\nSans doute quelqu'un aura emporté mon foie. Je vais chercher après.\nRetournez donc et racontez à votre maître ce qui est arrivé : il serait inquiet\nsi vous n'étiez rentrée avant la nuit ».\n   Et la Méduse repartit et raconta au roi tout ce qui s'était passé. Celui-ci\ns'irrita fort de sa stupidité et, appelant ses courtisans, il s'écria : « Jetez-la à\nla porte. Emportez-la et faites-en une dégoûtante gelée. Que plus un\nmembre ne reste à son corps brisé ! » Alors les officiers la saisirent et la\nréduisirent en gelée, selon l'ordre du roi. Et voilà pourquoi la Méduse\nn'est plus qu'une masse gluante...\n    Et lorsque la petite reine fut convaincue qu'elle ne saurait avoir du foie\nde singe, elle prit le parti de se rétablir quand même !\n\n\n                                        3\n\n                       Monseigneur Sacderiz.\n\n   Il était une fois un brave guerrier, qui consacrait tout son temps à\nbatailler contre les ennemis du roi. Un soir qu'il était sorti pour chercher\naventure, il arriva devant un pont, d'une longueur démesurée, traversant\nune rivière au sortir d'un beau lac. Sur le pont, un serpent de dix mètres\nse chauffait au soleil et lui barrait tout passage. Beaucoup se seraient\nsauvés à toutes jambes à une aussi terrible apparition. Mais Sacderiz ne\ns'effrayait pas si facilement : sans hésiter il s'avança et lui marcha sur le\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                                   — 62 —\n\ncorps. Aussitôt le serpent se changea en un petit nain qui, fléchissant le\ngenou, et trois fois, de son front, frappant les planches du pont pour\nmontrer son respect dit : « Monseigneur, vous êtes, vous, un homme,\nassurément. Voilà de longs jours lassants que je suis ici, attendant celui\nqui me vengera. Mais tous ceux que je vis étaient des poltrons et s'encou­\nrurent. Vous me vengerez, n'est-ce pas ? Je vis au fond du lac et mon\nennemi est un Millepieds qui demeure au sommet de la montagne. Venez,\nje vous en supplie ; si vous ne me secourez, je suis perdu ».\n   Le guerrier était enchanté d'une telle rencontre. Il suivit volontiers le\nNain en son palais d'été, au fond des eaux. Curieusement bâti en corail, en\npalmes et ramilles de métal pareilles à des plantes marines, ce palais s'éclai­\nrait de douce lumière glauque. Des crabes aussi gros que des hommes le\ngardaient et le service en était fait par des lézards rapides. Lorsqu'ils furent\nassis, on apporta dans les corolles du lys des eaux, un dîner exquis de mets\ninconnus. Les coupes étaient de cresson de fontaine, et les vasques des\nfleurs de nénuphars, non pas réelles, mais bien plus belles que si elles\nl'avaient été, faites en porcelaine frêle, d'un vert tendre, avec une chimère\nd'or. Les fourchettes étaient d'un bois pétrifié superbe comme de l'ivoire\nnoir. Et quant au vin dans les coupes, tel de l'eau, mais de goût si délicieux !\n   Ils se réjouissaient et chantaient, et le Nain venait d'offrir à son hôte un\nfumant gobelet de vin chaud quand — boum ! boum ! boum ! comme une\narmée en marche, on entendit approcher le monstre redoutable dont il\navait parlé. La terre tremblait, et de l'autre côté du lac, on eût pu croire à\nune rangée de mille soldats porteurs de lanternes. Quand le danger fut\nplus proche, le guerrier vit que tout ce vacarme était produit par un être\nsingulier : un Mille-pieds énorme d'une lieue de long; et ce qui semblait des\nhommes avec des lanternes était en réalité ses pattes dont il avait exacte­\nment mille de chaque côté du corps et qui luisaient et scintillaient dans la\nnuit à cause du gluant poison secrété par la peau. Il n'y avait pas de\ntemps à perdre; le Mille-pieds était à mi-côte de la montagne. Alors le\nguerrier tendit son arc, un arc si gros et si pesant que cinq hommes ne\nl'auraient su manœuvrer, prit une flèche dans le carquois, et tira. Jamais\nil n'avait manqué son but : la flèche fila droit au milieu du front du\nmonstre, mais hélas ! elle rebondit comme si ce front eût été d'airain.\n   Une seconde fois, le guerrier tendit son arc et tira. Une seconde fois, la\nflèche atteignit le but et rebondit. A présent, l'épouvantable créature était\njusque près du rivage et allait souiller le beau lac de son venin ignoble. Le\nguerrier se dit : « Rien ne pourra tuer aussi sûrement le Mille-pieds que la\nsalive humaine ». Et il cracha sur le bout de sa dernière flêche et atteignit\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                   — 63 —\n\nle monstre en plein front. Le trait, au lieu de rebondir, fracassa le crâne et\ntraversa la hideuse tête de part en part, de telle sorte que le Mille-pieds\nmourut, ébranlant toute la contrée comme un tremblement de terre, et\nl'éclat venimeux de ses mille pattes s'assombrit comme le crépuscule d'un\njour orageux.\n   Le guerrier se trouva subitement transporté dans son château et autour\nde lui étaient rangés des présents avec cette inscription : « De la part du nain\nreconnaissant ». L'un d'eux était un rouleau de soie inusable et splendide où\nil put se tailler des habits neufs; et un autre était un sac de riz qui, bien\nque le guerrier y puisât chaque jour pour lui et les siens, jamais ne put\nêtre vidé aussi longtemps qu'il vécut. Et ce fut de ce présent que le guerrier\ntira son nom et son titre, car pour tout le monde, rien n'était plus étrange\nque ce sac merveilleux qui assurait à son propriétaire la richesse et le\nbonheur.\n                                       (Traduits par) JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                                VERS\n                                       1\n\n                                   ANGES\n\n    Sublime enfant trois fois céleste et trois fois mienne,\n    Voici que je vivrai ta vie élyséenne,\n    Car j'ai laissé mon cœur endormi dans tes bras.\n\n    O désir et regret que l'absence éternise !\n    Je suis le pèlerin d'une terre promise,\n    Toi, l'archange envoyé qui revient de là-bas.\n\n    L'amour exaucera nos prières secrètes :\n    Voici venir à toi l'âme que tu souhaites,\n    Et ton grand cœur est plein de ce que je n'ai pas.\n\n    Pourtant, ma pâle sœur, ma sœur en maint             triptyque,\n    Tu regardes avec des yeux d'ange gothique\n    Un monde extérieur qui n'était pas le tien;\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                          -   64   -\n\nAvec les doubles yeux de jadis et naguères,\nDe grands yeux, à la fois enfantins et sévères,\nQui s'étonnent de tout, et qui n'ignoraient rien.\n\nEt, dans ce pur hymen ne nos jeunes pensées,\nTu te rappelleras tes extases passées,\nEt ce bonheur nouveau ne vaudra pas l'ancien.\n\n                              2\n\n                     LE DON DES LYS\n                                            A celle qui est venue.\n\nVous me voyez, ma sœur, l'âme tout éperdue,\nMais pourquoi fûtes-vous si longtemps à venir ?\nCar je vous ai longtemps, bien longtemps, attendue.\n\nBien des soirs, trop de soirs, j'ai fixé l'avenir\nComme un bel horizon d'où surgira l'aurore;\nVous n'aurez de mes lys qu'un plaintif souvenir.\n\nCe sont des jours lointains qui les virent éclore,\nCes lys fanés en moi, que vous auriez cueillis;\nMais je vous donne un cœur qu'ils parfument encore !\n\nMa sœur, pure aujourd'hui comme létaient mes lys,\nQue vous arrivez tard, douce enfant désirée !\nMa robe nuptiale a perdu ses grands plis.\n\nMa robe, la voici, flétrie et déchirée;\nCar, pour tromper mon cœur, j'ai serré contre lui\nTous les spectres charmants qu'amène la vesprée.\n\nOh ! c'est tard, c'est trop tard, que votre aurore à lui,\nEt ce jour juvénile éclaire mes ruines.\nVous voyez cependant si j'en suis ébloui.\n\nVos séraphins, mon Dieu, n'ont pas dans leurs poitrines\nCe sang qui me fait mal, ce sang qui bat trop fort,\nEt vous leur accordez des faveurs moins divines !\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                          — 65 —\n\nMais l'enfant fatigué qu'une chanson endort\nNe dort pas du sommeil qui suivra nos étreintes;\nCe sommeil sera doux comme une douce mort.\n\nVous n'entendiez donc pas mon espoir et mes plaintes ?\nMon âme maintenant contient de tristes fleurs :\nVoici des lys fanés et des roses éteintes.\n\nEt, telle est cependant la bonté des douleurs !\nMalgré la pureté que mon âme a perdue,\nMa douceur primitive a grandi dans mes pleurs;\n\nCar je vous ai longtemps, bien longtemps, attendue !\n\n\n\n                              3\n\n                  LE VOYAGE (fragments)\n\n                                  1\n\n                     LE. RETOUR AU PAYS\n\nVoici donc la maison, toujours plus solitaire.\nIls ont vu bien des cieux, les aiglons de cette aire !\n\nPauvre toit caressé par tous les vents du nord,\nMaison douce à son hôte, et que hantait la mort\n\nEt chère à mes regrets comme une rude aïeule,\nJe ne reviens pas seul, à toi toujours plus seule.\n\nMais l'enfant que j'amène est triste comme nous,\nEt sous un deuil pareil se cache un cœur plus doux.\n\nNe crains donc rien de toi pour cette jeune tête,\nSon sourire a compris l'âme que tu m'as faite.\n\nReste le vase amer où fleurirent mes lys :\nSouviens-toi de tes morts en face de leur fils.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                          — 66 —\n\nQu'ils me parlent tout bas, comme au temps de l'enfance;\nC'est de ce qu'ils disaient que me vient mon silence.\n\nMontre à la chère enfant qui se meurt dans mes bras\nL'étrange Eldorado qu'elle ne connaît pas.\n\nQu'elle y voie en pleurant des restes de moi-même,\nEt tâche de l'aimer comme ton enfant l'aime.\n\nSon cœur ma pénétré comme un subtil parfum.\nEt depuis ce jour-là nous ne faisons plus qu'un.\n\nTu vois bien que j'amène une sœur ingénue :\nPourrais-tu mieux l'aimer si tu l'avais connue ?\n\nRends-nous pour cette nuit mon sommeil d'autrefois,\nEt fais taire les cors qui pleurent dans les bois.\n\n                              2\n\n                       SOIR SUPRÊME\n\nÊtes-vous lasse, enfant ? ma sœur, êtes-vous lasse ?\nCachons la lente mort que nous aurons voulue\nDans ce profond Ouest aimé de notre race.\nPour qui rêve et se meurt c'est la patrie élue,\nL'idéale Thulé du soir et de l'automne,\nEt l'âme qui s'y plaît s'y sent mieux éternelle.\n\nC'est bien le~ciel qu'il faut à l'enfant qui se donne\nEt dont le pauvre sang f ait la beauté plus belle;\nC'est bien là que le soir, comme un prêtre complice,\nBénira le sanglot de nos bouches mêlées,\nPauvres cœurs qui mourrons dans un dernier délice !\n\nEt la mer bercera nos âmes révélées,\nLa mer, toujours la mer, qui chante des berceuses,\nEt les flots envieront vos cheveux de malade,\nEt pour s'enivrer mieux de nos voix paresseuses\nLa houle des beaux soirs taira sa sérénade.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                      67\n\n     Nous verrons dans nos yeux dévastés par nos fièvres\n     L'étrange profondeur de nos âmes fatales,\n     Et l'amour et la mort lutteront sur nos lèvres\n     Qu'ils sèmeront hélas ! des fleurs de nos sangs pâles,\n     Jusqu'à ce que la mort l'emporte en ces étreintes.\n\n    Et la mer chantera des chansons de nourrice,\n    Et les vents gémiront leurs plus tendres complaintes\n    Sur ces mourants débris d'un double sacrifice.\n                                                   FERNAND SEVERIN.\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n                                      1\n                              LA MATERNA\n\n              Lesfervents de musique conviendront qu'ils sortirent les\n               dimanches 20 et 27 janvier, de la salle de l'Alhambra, sous\n               une des impressions d'art les plus émouvantes qu'on puisse\n               éprouver.\n   Pour ma part, je compte tout au plus une vingtaine d'analogues coups\nde foudre : les représentations de Rossi dans le répertoire de Shakespeare;\nla Rubens-Cantate et l'Oorlog de Peter Benoit; la première de Carmen, les\nreprésentations allemandes de la Tétralogie avec la même Mme Materna;\nla première des Maîtres-Chanteurs; Gluck et Bach au Conservatoire; les\nsymphonies de Beethoven; les Sonates de Beethoven jouées par Rubin­\nstein; l'audition aux Concerts Populaires de fragments de Parsifal et de\nTristan; Rose Caron dans presque tous ses rôles : Marguerite, Rachel,\nBrunehilde, Richilde; les Meininger dans les comédies de Shakespeare et\nMme Lindner dans Jeanne d'Arc de Schiller; et enfin, les mimes Martinetti\ndans l'Auberge des Adrets.\n   C'est peu en proportion du nombre de soirées neutres ou même écœu­\nrantes qu'il m'a fallu subir; c'est beaucoup si l'on songe aux souvenirs\ndélicieux et vivaces dont semblables jouissances absolues fleurissent et illu­\nminent à jamais la mémoire.\n   Dans le cas de la Materna, ce qui portait le comble à la volupté, à la\ncommotion d'esthétique souveraine, c'était le frisson collectif, c'était le\npublic éperdu dans un océan d'ivresse, c'était l'unanime ravissement de\nl'auditoire; c'était de sentir son propre plaisir intensifié et multiplié par\ncelui des autres.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                    — 68 —\n\n   Après la scène finale du Crépuscule des Dieux, cette sublime synthèse\noù se retrouvent condensés, exaspérés et comme tracés par la foudre, les\ngrandes phases de la Tétralogie — après cette musique fulgurante, la salle\nlittéralement électrisée a rappelé jusque cinq fois la grande artiste, créatrice\nde Brunehilde, la superbe et unique walkyrie : M me Materna.\n    On acclamait dans Mme Materna une des aigles de l'aire germanique, à\nla fois gracieuse et puissante, généreuse et superbe !\n   Das herrliche Fraubild !\n    O l'admirable femme ! L'éternelle jeunesse de cette tête inspirée sur\nlaquelle tombèrent les flammes de la Pentecôte wagnérienne. Et que le\ngrand Esprit de la musique nouvelle eût raison de l'élire pour prêtresse !\nL'opulente beauté digne d'incarner les déesses du Wotan de Bayreuth !\n    Ces mémorables dimanches, des auditeurs qui n'avaient jamais rien\ncompris à la musique de Wagner sortirent de l'Alhambra, convertis et\nbouleversés.\n   Au front nimbé d'enthousiasme, dans les yeux d'une expression plus\nsidérale que terrestre, dans les accents messianiques de la cantatrice ils\navaient, enfin, lu le nouveau Verbe lyrique issu de la Musique et de la Poésie.\n    Je n'avais plus entendu la Materna depuis ces inoubliables représenta­\ntions wagnériennes données à la Monnaie, par la troupe de Seidl.\n    J'ai dit plus haut qu'elle m'avait laissé comme à tous les privilégiés qui\nsuivirent ces soirées de l' « Anneau du Niebelung », une de ces impressions\nde grandeur, de noblesse, d'accomplissement dramatique et musical, que\nl'on s'efforce de reconstituer dans la mémoire aux heures d'aspirations vers\nun autre théâtre et une autre musique que ceux que nous devons au mécé­\nnisme de la presbytérienne Régence de Bruxelles.\n    A l'exception de Rose Caron aucune cantatrice, ou mieux, aucune tragé­\ndienne lyrique ne m'apporta aussi profonde révélation des joies supérieures.\n    Dans le plat et monotone désert où, sous prétexte d'exercice musical, je\nmarque le pas et me morfonds comme une vedette perdue, la Materna\nm'apparaissait comme la muse même de Richard Wagner, et si elle\noccupait une place prépondérante parmi les êtres bienvoulus et commémo­\nrables, j'entretenais aussi le désir de l'entendre une fois de plus ; je l'attendais\ncomme la cantatrice promise.\n    Le Dieu de la Musique, Apollon, soit loué ! la Materna est revenue et\nnous a rendu l'incomparable magicienne d'il y a six ans. C'est toujours\ncette voix opulente et nerveuse, au timbre extraordinaire, à l'éclat triomphal,\nqu'échauffe et que passionne une admirable nature d'artiste et dont la\nméthode magistrale jointe à une expérience définitive, parvient à peine à\nmaîtriser l'exaltation surhumaine. En l'entendant dans le Crépuscule des\nDieux on croit à ces miracles que célèbrent les pinceaux visionnaires du\nmoyen-âge et de la renaissance, à ces saintes, à ces vierges extatiques, dont\nla voix à la fois impérieuse et affective, fait se déchirer le ciel et apparaître\ndans la gloire des apothéoses et des transfigurations, les chœurs des\narchanges et la Trinité même. La Materna est une de ces artistes qui\nsomment les dieux.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                      69\n\n   A la différence de maintes cantatrices très applaudies par la foule mou­\ntonnière, la Materna n'est pas la femme d'un seul rôle, invariablement le\nmême, pour qui les mélodramaturges, aussi « bons faiseurs » que les\ncouturiers, taillent des succès sur mesure. La Materna participe au génie\ncréateur qui varie et différencie ses créations. Elle est digne de Wagner\ncomme Sarah Bernhardt a mérité Sardou et la Patti, les Arditi et autres\ninnombrables valsistes, qu'on pourrait appeler ses pattiti.\n   Même au Concert, dans l'accent purement vocal de son interprétation,\nsans la ressource du geste et des attitudes scéniques, dès les premières\nnotes, la Materna détermine et particularise le personnage interprété de\nmanière à rendre impossible toute confusion avec sa façon de sentir et\nd'exprimer les autres figures du cycle.\n   Ainsi elle fut la touchante Elisabeth, la divine Brunehilde, la frénétique\nIsolde, de Wagner et aussi, la sublime Alceste de Gluck.\n   Et combien plus vraie, plus dans le sentiment dramatique son interpré­\ntation de l'air « Divinités du Styx » que l'inamovible et immuable tradition\nfrançaise, débobelinée à la fin de chaque année d'études par les premiers\nphonographes du Conservatoire !\n   Les partisans de l'effet à outrance, de l'objurgation intempestive ont\nmême été désorientés par la terreur contenue, par l'angoisse sourde, l'émo­\ntion, le trouble, la supplication étouffée, communiqués à cet air classique.\nAlceste a beau défier les puissances infernales, il faut que dans ce défi trans­\nparaisse un peu de la faiblesse féminine. Alceste n'en devient que plus\ntouchante et plus héroïque. Ce n'est pas une virago, une amazone, qui\nn'ayant rien à perdre se lance tête baissée dans les plus terribles aventures,\nmais c'est une femme aimante, une épouse, une mère, qui va quitter tout\nle bonheur réservé aux mortelles.\n   Puis, la Materna, chantait cet air en allemand et c'est étonnant com­\nbien la langue, le style, les mœurs et l'esprit germaniques horripilent nos\nitalianissimes et nos Welches de Bruxelles en Brabant !\n   Il est question de représentations de la Walkyrie que la Materna\ndonnerait à la Monnaie en avril.\n   Occasion de réprendre cette étude et d'ajouter une analyse à notre élan\nd'enthousiasme et de gratitude.\n                                                  GEORGES E E K H O U D .\n\n                                      2\n\n                               LE ROI D'YS\n  La brumeuse et naïve et mélancolique légende que celle du roi d'Ys\nchevauchant à travers les éléments déchaînés dont les voix mugissantes lui\nréclament Margared, sa fille, la possédée de vice qu'il emporte en croupe\ncomme le roi des Aulnes, son enfant. Toutes ces légendes du Nord roulent\ndans une analogue atmosphère de superstitions sombres Comme leur\nhorizon patrial, s'échevelant au vent des passions farouches et allant, sous\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                   — 70 —\n\nl'impulsion de je ne sais quel élément fatal auquel la naïveté populaire\nattribue une figure de saint ou de démon, elles semblent la personnification\nd'un paysage.\n   Sans doute, pour l'imagination hantée du créateur originel de ces\nlégendes, les pierres druidiques avaient des aspects de fantômes et les flots\nhurlants qui se cabrent et roulent par blocs sous le ciel noir, prenaient des\nfigures et des voix; mais à trop considérer le texte de la légende, on risque\nd'en oublier un peu l'esprit surnaturel et l'affabulation. La légende devient\nun conte ou une historiette, une légende en chambre. M. Blau aurait dû\nchanger le titre de son poème pour bien faire voir que son historiette à lui\nn'était qu'une légende par analogie où rien ne se perçoit plus de l'atmo­\nsphère de cette région que désole la baie des trépassés. J'ai un regret en\n songeant à l'œuvre qu'on aurait pu faire en drame lyrique et symphonique\nde cette légende du roi Gradelon et de sa fille Dahut. Cela n'eût pas\nempêché d'imaginer ailleurs, dans quelque autre milieu, la ravissante idylle\nde Rozenn et de Mylio qui contient tout juste assez d'indications poétiques\npour mettre en valeur d'art la très artiste partition de M. Lalo. — Une\npartition dont la finesse de tracé mélodique et la touche aquarellée de colo­\nrations délicates m'ont rappelé Poise et dont la symphonie qui n'a rien du\nclinquant casse-cuivre de Saint-Saëns et de Chabrier, m'a rappelé, par\nmoments, Bizet. Entendons-nous et ne parlons pas de ressemblances n'est-ce\npas ? Mais, comme il y a dans une même race et dans une même génération\ntoute une chaîne de tempéraments qui participent en quelque chose les uns\ndes autres, il est naturel de les rapprocher, de les grouper, de les diffé­\nrencier. L'approximation que je fais ici aura peut-être ceci de bon qu'elle\nm'aidera à bien séparer M. Lalo des compositeurs à grand orchestre qui\nont tenu le haut du pavé en France pendant quelques années et en qui le\ngros public a placé le meilleur de son admiration — hélas ! — à fonds\nperdus, car leur gloire a levé le pied après avoir fait un trou à cette lune\nen baudruche qui préside à tous les duos de l'école néo-lyrique suivant\nGounod.\n   Non, M. Lalo ne fait pas partie de cette phalange et M. Lalo n'a point\nde drapeau qui claque. Ses trompettes restent à leur place dans l'orchestre\net s'il abuse un brin de leurs fanfares en triolets, il faut lui pardonner ces\nfanfares qui s'ignorent en considération d'une modestie qui ne s'ignore pas\nmoins, car elle est sincère et elle efface, affine, détourne, voile et subtilise\nexaspérément la tendresse qui coule au fil du poème d'amour de Rozenn et\nde Mylio.\n   Il faut beaucoup d'art technique à un auteur pour produire d'une façon\naussi simple par le travail symphonique, par le dessin et l'agencement de\nla mélodie, ce que lui suggère ce tact quasi-féminin qui le guide dans des\nrecoins d'originalité. Il faut même un peu d'àme artiste — la quantité n'y\nfait rien — pour faire voltiger d'un de ces recoins à l'autre le souffle qui\nrelie toutes ces originalités éparses et les aide à vivre; leur donne en quelque\nsorte l'inspiration de vivre, d'une vie doucement surélevée.\n                                                      HENRY MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                      71\n\n\n\n                CHRONIQUES D'ART\n                                       1\n\n                           LE SALON DES XX\n\n              Sonnez, les cloches !\n                  En le matin frais de ce jour de fête, s'échevèlent là-haut de\n                fantastiques galops de nuées sur l'azur, bondissent de lourds\n                nuages blancs et noirs, emportés dans la furie du vent qui\nsouffle en tempête; et les arbres gémissent, et palpitent leurs feuillages; les\nbanderoles joyeuses claquent au dessus des fronts prosternés; et ce sont\nautant les souffles du ciel d'orage que les bras vigoureux du sonneur qui\nles balancent ainsi, éperdûment, les cloches folles qui sonnent, et dont la\nchanson triomphale s'en va, en notes allègres, dans les brises, porter l'appel\nreligieux aux campagnes lointaines !\n   Là-bas, est le village à peine aperçu, quelques toits rouges, lavés de pluie\nfraîche, dont un peu de fumée s'échappe; les portes sont closes; tous les\nvivants robustes du travail de la terre, les femmes et les enfants, sont ici,\nprès de l'église ancienne et vaguement gothique, autour de laquelle, ce jour,\nbat la vie même du pays, ils s'agenouillent recueillis, sur le pavé cabossé\ndu grand chemin rural et s'immobilisent à contempler la procession qui\npasse. Leurs yeux simples s'émerveillent des broderies d'or de la robe de la\nVierge et des fausses pierreries qui scintillent en son diadème et les figures\nfamilières des prêtres, des enfants de chœur et des fillettes de blanc vêtues\nleur semblent en cet instant étrangères, grandies d'une solennité auguste.\n   Sur le parcours du cortège lent, des deux côtés rangées, voici des femmes\nà genoux, leurs cottes étalées, massives, avec les châles de laine noire aux\nornements criards, égrenant avec ferveur précipitée leur chapelet; voici\ndes paysans debout, guindés dans leur sarrau neuf aux plis roides, tête nue\net fléchie, tournant dans leurs mains gourdes la casquette de soie; voici des\nvieilles aux longues capes sombres et des enfants qui rient, les mains pleines\nde fleurs !\n   Les tambours battent aux champs, scandant sévèrement la marche, et au\nmilieu des éclats des cuivres de la fanfare communale, dansent les cloches\nlégères aux sons amis; rhythme heureux et grave qui marque la palpitation\ndes coeurs et fait se courber les fronts; c'est le Mystère consolateur et formi­\ndable qui plane au dessus du recueillement de la foule, pendant que défilent\nles simulacres sacrés, symboles incompris, mais d'espoir et de pardon; et\ncombien de courage à vivre ne versent-elles pas ainsi aux plébéiennes tris­\ntesses, les cloches qui sonnent ?\n   En tête, des gamins qui jouent, folâtres, avec leurs petites figures rondes\nsans souci, sautent et courent en se tenant par le bras, devant un groupe de\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                                      72\n\n\ncavaliers, jeunes gars en habits de dimanche, aux chapeaux enrubannés, si\nfiers sur leurs gros chevaux de ferme, si fiers avec leurs bannières secouées\npar le vent !\n   Puis, c'est un jeune prêtre au front grave, avec la croix rédemptrice,\nqu'escortent quelques enfants de chœur en surplis blancs sur des robes\nrouges; c'est, parmi de charmantes fillettes, un agneau qu'elles conduisent\navec des rubans et devant qui elles sèment des roses et des fleurs des\nchamps; c'est, sur les épaules de bonne volonté, les saints naïfs des\nhameaux, suivis des archers que commande un cavalier portant l'oriflamme,\nles archers résolus et pensifs, priant le Seigneur pour les luttes à venir !\nC'est la musique qui vacarme et devant le dais, un officiant se retourne et\nse penche pour encenser l'ostensoir aux mains tremblantes du vieux curé !\nEt viennent enfin les autorités et les notables : un bourgmestre digne et\nbedonnant, un garde champêtre dont la maigre et rusée figure révèle bien\ndes guets vigilants, et des bourgeois et des paysans, et tout le lamentable\ndéfilé des souffreteux, des béquillards et des mendiants !\n   Le décor : étrange; à côté de l'église sombre, le cimetière avec ses sapins\nfunèbres et ses croix noires, et les baraquements bizarres de la kermesse à\nvenir : les voiles singulières de bateaux tournants, et sur les tréteaux de\nl'Enfer, des baladins curieux qui regardent, avec mélancolie, s'en aller\nlentement la procession, au son des cloches !\n   Et l'étonnante couleur partout chante le poème de ses tristes harmonies :\nelle a une violence de douleur inouïe : sur les noirs prolongés, retentissent\ndes blancs inattendus, éclatent désespérément des rouges cruels, se plaignent\ndes violets angoissés, qui reviennent et se répondent d'un bout à l'autre de\nla frise, avec des jaillissements, des rappels, des détours, une complication\nsavante et magnifique, telle qu'en de suprêmes symphonies de Richard\nWagner !\n   Sonnez, les cloches !\n   Oh ! oui, car pour nous aussi, il y a là quelque chose qui passe, de\nmystérieux et de consolateur : l'ART ! Et vivat ! oui, sonnons les cloches :\nC'est la Joyeuse Entrée d'un artiste — d'un vrai — dans tout ce que ce\ntitre bafoué a d'infiniment doux et de splendeur !\n   L'intérêt majeur du Salon des XX, presque l'unique est là en cette éton­\nnante Procession des archers de Machelen. A d'autres pour qui un pro­\ncédé inusité est une révolution, à ces outranciers malgré tout qui\ns'accrochent, avec des enthousiasmes de commande, à toute bizarrerie\ndéconcertante, à tous ceux dont le bourgeoisisme à rebours est aussi\nagaçant que l'authentique prudhommerie, nous laisserons les discussions\nvaines des tons composés sur la palette ou sur la toile ! Les effarouchements\nqu'excite la punaise multicolore nous laissent aussi indifférents que les\nengouements transportés. Que nous importe toute cette cuisine ! Belle\nnaïveté de croire qu'un système peut remplacer le talent !\n   Et du talent, en voici un d'une saveur étrange et qui est de son école à\nlui, à lui seul, parmi ces tempéraments mous que les modes font changer\n de manière chaque année ! En cette évocation non pareille de la campagne\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                         73\n\nbrabançonne, voilà de la vérité et de la vie, voilà du dessin de grande allure\net des couleurs fastueuses; voilà une nature magnifiée qui révèle un obser­\nvateur, une composition savante qui atteste un esprit, une émotion intense\nque peut seul donner un grand cœur — mais de l'art surtout, ce quelque\nchose de suprême et d'indéfinissable qui ne s'explique ni se démontre et\ndont nul comprendra sans l'éprouver l'impression sainte.\n   Et lorsque échoit l'inespéré bonheur d'une telle rencontre, lorsqu'un\ntempéramenl si personnel et si décidé s'affirme, avec des dons aussi écla­\ntants, une telle fougue au travail, et une si superbe foi dans son étoile, qui\nserait assez cuistre pour aller frapper de sa règle de pion ces ailes qui vont\nvers les soleils ?\n   Besogne facile que trouver la frise trop sombre, les personnages en groupes\ntrop compacts et non suffisamment atmosphérés, les visages trop som­\nmaires et monotones, un cou trop long ou une jambe impossible, les mul­\ntiples défauts de qualités exceptionnelles : gaucheries ou négligences que\nl'artiste perçoit mieux que tout autre ! Certes, nous le savons, ce n'est point\nentièrement achevé, c'est un projet de décor à réaliser : en vitrail, par\nexemple (ce qui serait le désir de DE GROUX), avec la lumière au travers,\nquelle merveille !\n   N'est-il dont point de Mécène suffisamment intelligent pour deviner\ncela ! Et à défaut de Mécène, le Gouvernement — on dit qu'il existe des\nfonctionnaires rétribués pour veiller aux Beaux-Arts nationaux et qu'il en\nest de compréhensifs ? — le Gouvernement va-t-il laisser disparaître cette\nœuvre, la plus remarquable de notre jeune école depuis des années et que\nplus tard on regrettera amèrement peut-être !\n\n   Ce sixième Salon des XX est un peu moins intéressant en son ensemble\nque les précédents. Le choix des invités semble révéler un exclusivisme\nfâcheux, que devient la belle proclamation d'indépendance absolue du\ndébut ? L'école néo-impressionniste est en faveur marquée. L'an passé,\nce fut déjà une invasion bruyante de Français dont les prétentions\ndépassaient sensiblement le génie; cela s'accentue encore. Anquetin était\ncurieux, vraiment apporteur de neuf, du neuf pris aux Japonais, mais\nque dire de GAUGUIN ! Que dire de LUCE, de BESNARD, de CROSS et\nautres NÉLATON ! CAMILLE PISSARRO est vulgaire; THOLEN, STOTT et\nCLAUDE MONET sont représentés par des œuvres inférieures; SEURAT est\nle plus intéressant de tous.\n   Invités encore : deux sculpteurs, les Belges : De Vigne et Meunier. On\nconnaît la grâce élégante de l'un et la tristesse tragique de l'autre (1), et\nleurs expositions ajoutent peu de chose à la sympathique admiration à\nlaquelle ils ont droit; — et trois graveurs : DESBOUTIN qui est médiocre,\nmol et grossier à la fois; KLINGER, très habile et même supérieur dans le\nRéveil et la Honte et enfin BRACQUEMOND qui sut, dans ses eaux-fortes\n\n  (1) Voir une excellente étude de Eug. Demolder dans le dernier numéro de la Société\nNouvelle : CONSTANTIN MEUNIER.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                  — 74 —\n\nd'après Gustave Moreau, ressusciter les surprenantes joailleries, les luisances\net les ruissellements des maîtres précieux, la douceur des blonds cheveux des\nfemmes au corps laiteux et les gouffres humides où gémissent et se tordent\nde gluants dragons, toute la rêverie splendide et pénétrante du grand\npeintre-poète !\n   Le bilan des invités est donc assez vite terminé. Et ce sont quelques\nvingtistes : HENRY DE GROUX, JAN TOOROP, WILLY SCHLOBACH,\nJAMES E N S O R , G E O R G E S LEMMEN et T H É O VAN RYSSELBERGHE          qui\ndonnent à l'exposition sa valeur.\n    Du Maître sculpteur RODIN et du Maître aquafortiste FÉLICIEN ROPS,\nj'eusse désiré des envois plus importants. Le petit bronze de RODIN est\nsuperbe de vie intense et de puissance et les trois dessins de FÉLICIEN\nROPS pour les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly sont admirables, —\ncomme toujours !\n    HENRY DE GROUX expose encore des Paysages, un Champ de bataille\net deux études de Saltimbanques, figures détachées de sa grande frise et\nqui montrent jusqu'à quelle perfection il pourrait en préciser les grandioses\nindications. Ses deux bateleurs — celui aux très longs cheveux noirs et\nd'athlétique stature comme celui en maillot rose, aux doux yeux bleus\namoureux, au jeune corps souple et charmant — sont d'une irréprochable\ncorrection. Mais surtout, quelle immensité de songerie vient de leurs\nregards fiévreux et tristes qui semblent chercher dans la foule, au loin,\nl'insaisissable ! En leurs attitudes calmes et écrasées, quelle noblesse de\nvaincus de la fatalité, quel désespoir des déceptions sans fin et des radieuses\nchimères incessamment fuyantes ! Et les détails tout autour, sont d'un\nromantisme exquis et capricieux comme l'eût rêvé Théophile Gautier : ce\npître affublé d'un justaucorps vert et s'essoufflant dans une clarinette,\ncette femme à la blème face inquiétante, le vieillard rabougri tenant en\nlaisse un ourson qui danse, et les hiboux griffus balancés sur leur perchoir :\nc'est tout le peuple fantasque des baladins de Gautier ou de Banville !\n    Dans ses Paysages, H. De Groux a su mettre également autre chose et\nplus que la simple nature. Il peint la terre et les forêts de son rêve, avec la\nmajesté recueillie des soirs, la furie populaire d'insurgés livides dans la\nnuit, l'énigme d'une paradoxale Ophélie dont la chevelure saigne sur les\neaux glauques et toujours, à la matérielle vision, s'ajoute un peu de\nmystère qui sollicite et retient l'admiration. Justification nouvelle de ce que\ndisait Severin dans un article de Caprice Revue : On dirait une main\nd'enfant conduite par quelque main invisible et surnaturelle; la main\nd'enfant a tremblé, mais elle a tracé des choses étranges et inusitées (1).\n   J'aime, en TOOROP, le charme et l'heureuse violence des couleurs\nclaires. De tous ceux qui ont adopté la technique néo-impressionniste, il me\nparaît le mieux doué. Elle lui sert précieusement pour rendre l'éclatant\nsoleil d'une après-midi d'été à Machelen, le vert tendre et clair des feuil-\n\n  (1) Voir le numéro 46 de Caprice Revue avec un portrait d'Henry De Groux et le\nlucide article de Fernand Severin.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                         75\n\nlages, les tuiles rouges d'une chaumière et les vagues buées bleues qui\ns'élèvent des bois à l'horizon. Elle lui sert à donner, après Millet dont la\npalette ne s'est que trop souvent obscurcie de tons roussâtres et fumeux,\nune interprétation nouvelle du Paysan : cette Harmonie du soir\ncrépuscule descendant sur l'idylle champêtre, l'étreinte des amoureux\nderrière lesquels s'étend la douceur des prairies qui fument, cela fait un\nAngelus qui ne doit rien au premier. Il y a là un sentiment profond de\nla nature et une rare sensibilité des vibrantes harmonies de couleurs. Dans\nLe Nes, s'épandent les lueurs d'or des becs de gaz et la clarté de l'air du\nciel gris aux reflets roses et des eaux frissonnantes resplendit dans le\nMatin sur la Tamise. Enfin, dans ses beaux dessins, TOOROP sait aussi\nfaire parler l'âme humaine. Ils sont harcelants comme des cauchemars, ces\ndeux fusains : l'un, Devant la Mer d'une si dramatique allure, l'autre,\nLa Porte d'un refuge, réunion sinistre de visages abêtis de souffrance, de\nlas d'aller, épuisés et finis, attendant, comme des chiens battus, l'asile et\nle précaire repos.\n   GEORGES LEMMEN s'attarde au réalisme, encore soucieux des problèmes\nqui préoccupèrent l'école française, Degas et Forain, il y a dix ans, vers\nl'époque où parut Nana. La fille entra bruyamment dans la littérature et\ndans l'art; et les peintres surtout furent attirés par les difficultés et les bizar­\nreries des éclairages des théâtres, cafés-concerts et autres... lieux. Le sujet\nn'est donc plus très neuf; mais LEMMEN s'attachant surtout à être exact et\nvivant, en a encore tiré d'intéressants motifs; il y a, en ses aquarelles, une\nnotation très observée des couleurs aux lumières du gaz, et l'expression\nnette, en les figures, de l'engourdissement veule de ces déchéances. D'autres\nétudes nous montrent une poseuse, courtaude et d'une distinction douteuse,\ndont LEMMEN s'acharne à reproduire les attitudes avec une tenacité digne\nd'un meilleur modèle. Ce que je préfère dans son exposition, ce sont ses\nportraits : le sien, où s'indiquent des velléités de petit point, une étude pour\nle portrait de Madame T., et un autre au crayon rouge. Ils me rappellent\nceux superbes qui avait à l''Essor, il y a quelques années. Ils prouvent un\nportraitiste excellent, au dessin savant et volontaire, au scrupule extrême\nde la nature, vigoureux et précis, insufflateur de vie, bref un artiste de\nmérite dont on peut attendre de grandes choses.\n   WILLY SCHLOBACH m'a surpris. Quel soudain progrès et quelle renais­\nsance déconcertante ! Comment ce brutal qui campait l'an passé des voiles\nsafran sur des mers indigo, en des toiles matérielles comme des tapis, a-t-il\npu devenir le délicat quintessencié des Hantises ? Tout en gardant ses\nqualités de coloriste, il a acéré son style, maintenant suggestif. Il rapporte\nde Londres de maladives et troublantes visions, d'un art insuffisamment\npersonnel sans doute, mais déjà d'un haut intérêt. Il n'en est pas d'infé­\nrieurs parmi ces petits tableaux; mais surtout me requiert la Femme voilée\nde vert, au chapeau orné de fleurs blanches : une figure à la peau brune\ncomme une Hindoue, aux dents très blanches et des yeux noirs qui\nregardent sournoisement de côté, au sourire mauvais; j'y trouve la symbo-\nlisation bizarre d'un amour pervers et brûlé, l'ambiguïté cruelle d'une déri­\nsion du Printemps !\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                             76\n\n   JAMES ENSOR offre le cas, moins fréquent qu'on ne le penserait, d'un\nartiste de grande valeur, victime de l'incompréhension des foules, qui,\nexaspéré de la lenteur de la gloire due, par une sorte de manie de persécu­\ntion, ne rêve plus que de blesser, de froisser, de faire hurler le public qui\nne lui a pas rendu justice. Il invente alors des fantaisies monstrueuses, se\nvoue à des grotesques et aux incohérences, puis s'en va, méditatif, écouter\nles bêtises ineffables qu'entendent ses tableaux, rire avec ceux qui rient,\ndouloureusement réjoui de la stupidité des spectateurs, qui ne devinent pas\ncombien cette peinture endiablée les bafoue et les méprise, parce qu'ils n'y\ndiscernent pas, de leurs gros yeux ronds, le talent dissimulé. Car, il y a là\ndu talent encore, et beaucoup, en dépit des sarcasmes épais : et quand de\nsa pointe, il anime sur le cuivre des populations innombrables autour d'une\ncathédrale, il crée de vertigineuses Babels, il ensoleille des coins de rue,\nquand de son crayon, il trace ces dessins d'après nature : des portraits, un\nfoyer, un chandelier, que sais-je, quand du pinceau, il caresse les roses\nchairs d'éphèbe de son étrange Suzanne au bain, sans doute aussi lui vient\naux lèvres, ce cri désolé de Laforgue, plainte jaillie de tant d'artistes aux\njours amers : « Le cœur me piaffe de génie — éperdûment pourtant, mon\nDieu ! »\n\n                                             II\n\n                           L'IMAGERIE JAPONAISE\n\n      (Exposition   d'art japonais au Cercle artistique   et littéraire de   Bruxelles)\n\n   Il est un Pays merveilleux et charmant vers lequel s'envolent bien des\nrêves de poète, un pays de légende et de féerie où, pendant plus d'un siècle,\nl'Art radieux s'épanouit aussi spontanément, aussi naturellement qu'une\nfleur balançant ses parfums au soleil. Et ce fut — invraisemblable phéno­\nmène — absolument général : de la base au faîte de la société, des pauvres\ngens de la plèbe aux fiers seigneurs, toute cette chimérique nation se\npréoccupa du Beau. Sentir artistement fut aussi essentiel, aussi normal,\nque de vivre, se nourrir, marcher !\n   Prodige exquis : l'art n'était point une religion de quelques-uns exposée\nà l'indifférence sourdement hostile du plus grand nombre. Il était dans\nl'existence de chaque jour, dans l'habitation, le vêtement, le paysage,\npartout ! La coupe où l'on buvait, le vase où se mourait une branche de\nprunier fleurie, la moindre porcelaine avait des émaux, des luisances\nprofondes, d'indicibles splendeurs de ton qui n'ont jamais été égalées; les\nétoffes des robes étalaient des broderies d'une élégance folle et les guerriers\navaient des armes qui étaient des chefs-d'œuvre !\n   Et tous, l'aimaient, le comprenaient, l'Art sacré. Partout étaient des yeux\nexperts pour s'en éjouir et des cerveaux subtils qui se grisaient de sa\nsublime ivresse. Et varié toujours, divers à l'infini, il était à tous sans\nbanalité. Ce fut le triomphe magnifique du décor, l'art sans prétentions,\nsans but, l'art pur !\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                       77\n\n   Comment faire comprendre cela à mes contemporains ? De plus en plus\nla notion esthétique s'exile en un nombre restreint de délicats qui en\ngardent le dépôt douloureux; l'industrie moderne et la fièvre utilitaire des\nconcurrences en ont fait une chose de luxe qui se paie très cher et dont la\nconception nette disparaît de la masse. Comment imaginer une aussi\nbizarre population quand nous n'avons plus d'artisans, mais seulement des\nouvriers et que toute vibration collective s'est évanouie ? Que dire aux\nTribulat Bonhomet, qui sont légion de nos jours, et détestent l'art, sans\noser l'avouer, d'une façon sournoise et odieuse : quelle joie pour eux de\nnoyer les beaux cygnes ! Comment comprendrait-elle le subtil Japon, notre\ncivilisation si ridiculement vaniteuse de ses puérils progrès, qui nous donne\nce spectacle inouï, tel qu'on n'en vit jamais dans l'histoire, d'une construc­\ntion gigantesque, élevée comme témoin d'un solennel congrès des peuples,\net dont l'art est absolument banni : cette tour Eiffel, stupéfiant monument\nd'insolente fatuité !\n   Nous eûmes cependant en Europe quelque chose d'analogue à cette\nefflorescence superbe du Japon, à une époque que les gens éclairés de ce\ntemps-ci se plaisent à appeler la nuit du Moyen-Age. Il y eut alors aussi\nd'humbles métiers : la ferronnerie, la verrerie, etc. qui avaient l'ambition\nesthétique. Des maîtres furent aussi sculpteurs, peintres, architectes,\norfrèvres, ciseleurs. Il y eut chez les artistes supérieurs la même volonté,\nla même pure conscience, le même absolu détachement de tout ce qui n'était\npas la chimère adorée; et par bien des côtés, certains Japonais rappellent\nnos Gothiques. Il y eut encore pareille débauche d'imagination vers le\nmonstrueux et le grotesque, pareilles chevauchées éperdues dans l'infini des\nsonges, avec une ampleur de rêve que nous ne connaissons plus.\n   Mais là s'arrêtent les similitudes. Et entre les populations du moyen âge,\nnaïves et tournées vers la prière, et les Japonais qui nous semblent d'affinés\njouisseurs d'une civilisation à son apogée, s'indiquent des différences consi­\ndérables. La religion qui inspira les Gothiques paraît avoir médiocrement\ninfluencé l'art japonais. Celui-ci est, en son ensemble, aussi délicat, élégant,\ncomplexe et capricieux, que les premiers sont mystiques et réfléchis.\n   En réalité, il n'est guère d'art européen qui donne la compréhension du\njaponais, qui puisse lui servir de vestibule, le rendre plus accessible à nos\nyeux et à nos esprits habitués à une toute différente manière de comprendre\net de reproduire les spectacles ambiants. L'inspiration est radicalement\nautre, les procédés aussi, et c'est toute une éducation à faire que de se\nfamiliariser avec ces modes nouveaux de voir et de sentir.\n   On sait que les arts majeurs du dessin — appellation qui n'a guère de\nsens là-bas, tous étant égaux — se manifestent principalement par le kaké­\nmono et l'estampe. Rien qui rappelle nos tableaux et nos gravures. Le\nkakémono est une sorte d'aquarelle, en camaïeu ou en couleurs, sur soie\nou sur papier et qui se peut enrouler sur un bambou.\n   L'estampe correspond assez exactement à notre imagerie. Mais de l'ima­\ngerie qui serait de Fragonard ou de Watteau et qui pour sa réalisation eut\nréuni, ainsi que le dit Duret, trois génies : dessinateur, graveur, impri-\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                   - 7 8 -\n\nmeur ! Et tirées à petit nombre, ces précieuses images, avec des soins\ninfinis, parfois retouchées encore après le tirage, sur cet admirable papier\nsi réceptif, doux et lumineux comme de la soie ! — De cet art enchanteur,\non a connu d'abord, il y a bientôt trente ans, quelques crépons modernes et\nquelques estampes grossières, aussi éloignées des productions de la grande\népoque, qu'une image d'Epinal peut l'être d'une aquarelle de Gustave\nMoreau. Et cependant, ce qu'ils apportaient de neuf, suffit pour faire révo­\nlution dans le monde des lettrés. Avoir annoncé le Japon reste une des\nplus indiscutables titres des de Goncourt. Les exigences augmentant, le\ngoût s'épurant, l'extraordinaire pays nous livra ses trésors. Ce fut un ravis­\nsement. M. Bing, de Paris, avec un sens artiste très aigu et une entente\nparfaite du négoce, devina que ces adorables chefs-d'œuvre deviendraient\nbientôt les désirs de tout sensitif et que leur nombre étant très restreint,\nleur valeur devait s'accroître rapidement. Alors, avec une audace, une\npatience, une persévérance que rien ne rebuta, excellemment secondé d'ail­\nleurs, il s'appliqua à collectionner, à rassembler toute l'estampe japonaise.\nA l'heure présente la concentration est faite, à peu près. Et l'histoire de ces\ninimitables artistes est encore à faire, M. Bing seul pourrait l'achever aisé­\nment. Et ce serait bien venu, car nous n'avons jusqu'ici que l'ouvrage de\n Gonse pour nous éclairer, premier flambeau dans cette obscurité où bien\ndes coins sombres restent encore, que notre avide curiosité voudrait\nexplorer.\n    En sa remarquable publication : Le Japon Artistique (1), M. Bing nous\na donné quelques indications; sa magnifique exposition au Cercle Artistique\nnous en apporte d'autres, plus précieuses encore.\n    C'est depuis le milieu du XVIIIe siècle et le commencement du XIXe que\nl'art de l'estampe japonaise resplendit de tout son éclat. L'apothéose dure\nsoixante ans environ, puis c'est la nuit, avec çà et là quelques lueurs mou­\nrantes, et la décadence se précipite. Phénomène qui n'est d'ailleurs pas\nunique : l'Italie se constelle au XVe siècle, la Hollande s'embrase au XVIIe;\nil semble qu'en ces grandes périodes de la vie des peuples, il y ait comme\nune aimantation réciproque, une surexcitation spéciale, une soudaine et\ncontagieuse fièvre vers le Beau après lequel survient un affaissement épuisé.\nMoisson admirable que fait lever tout à coup je ne sais quel soleil propice,\nquel effluve mystérieux ! Et parmi toutes ces fleurs, une culminante qui se\nhausse vers la gloire de la royauté, en qui. paraissent se résumer les splen­\ndeurs du parterre : en Hollande, Rembrandt; au Japon, Hokusaï.\n   Avec Rembrandt, l'art hollandais s'enorgueillit de Frans Hals, Van der\nMeer, Steen, de Hooghe, Terburg, Hobbema, etc., ses contemporains,\nprédécesseurs ou successeurs immédiats; de même Harunobou, Outamaro,\nKyonaga, Yeshi, Sharakou, Toyokouni et Hiroshigué font cortège à\nHokusaï dans la gloire de l'art japonais. — Tâchons de préciser et de\nmettre un peu d'ordre dans ces noms nouveaux.\n\n  (1) Mensuelle, avec des reproductions en couleur, le numéro 2 francs. Abonnement\n20 francs.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                        79\n\n    Il y a, au Cercle, une série de gravures en noir, au trait ferme et\nsavoureux, d'une simplicité et d'une noblesse étonnantes. Elles sont de\nMORONOBOU ou de son école. MORONOBOU (vers 1690) peut être considéré\ncomme le créateur de l'estampe au Japon. Non pas qu'il soit absolument\nle premier en date, mais sa supériorité s'affirme telle sur ceux de son temps\nqu'il les résume et les domine souverainement. L'art encore informe de la\ngravure est, par lui, brusquement dégagé de ses langes, animé d'une vie\nsupérieure et, d'un coup, porté à une excellence définitive; les tâtonnements\net les essais sont finis, et ceux qui viendront après ne feront plus que varier\net développer les formules du vieux maître. Giotto eut en Italie une influence\nanalogue. Toute une suite d'imitateurs se groupent autour de ces précur­\nseurs auxquels on revient toujours avec délices, tous les autres stades de l'art\nparcourus. Parmi les élèves de Moronobou, MASSONOBOU mérite d'être\ncité pour l'incroyable verve qu'il dépense en ses scènes humoristiques; ses\nbonshommes, campés d'un seul trait alerte, ont des vivacités désopilantes.\n    Après eux, l'importante famille des TORI-I apporte des perfection­\nnements notables à la lithographie et substitue à la gravure noire de\nMoronobou, l'estampe en deux couleurs. Quelques années encore, et la\ntechnique est complète, et HARUNOBOU n'a plus rien à apprendre.\n    HARUNOBOU ouvre, vers 1760, la série des grands maîtres. Par l'indéfi­\nnissable charme de ses couleurs appâlies, la grâce candide de ses créations,\nil nous apparaît comme l'un des artistes les plus parfaits de là-bas. Il est\nreprésenté au Cercle par quelques estampes d'un format un peu moindre\nque la plupart, et d'un accent si personnel, qu'elles sont aisément discer­\nnables entre toutes. Ce sont des jeunes filles à la promenade, des jeunes\nfilles au bord de l'eau, des jeunes filles qui causent, aux figures délicates,\nrondes, un peu larges, aux gestes un peu gauches, mais exquis d'expression\net de naïveté. C'est une simplicité de primitif, avec des raffinements\nextraordinaires dans la couleur : verts affaiblis, roses passés, tons d'ardoise\net bleus meurtris, en. séductrices harmonies. Il en enveloppe ses person­\nnages avec tant de légèreté que tout autour on sent l'air qui circule,\nl'atmosphère qui frémit, très douce, un peu de rêve, comme si elle\ncraignait de blesser ces mystérieuses jeunes filles, si frêles ! presque irréelles\nde suavité et de candeur !\n    Après HARUNOBOU, l'art de l'estampe est à son apogée; deux écoles\nprincipales semblent rivaliser de gloire et de génie, et presque en même\ntemps surgissent KYONAGA, SHOUNSHO, OUTAMARO, TOYOKOUNI,\nSHARAKOU, YESHI, et enfin le radieux HOKUSAÏ.\n    SHOUNSHÔ, l'un des plus célèbres et que M. Gonse met aux premiers\nrangs pour les séries fameuses des Éventails de théâtre et du Miroir des\nBeautés de la Maison Verte est représenté au Cercle par quelques albums\nmerveilleux d'intensité et d'énergie qui comptent parmi les plus beaux.\n    HARUNOBOU, OUTAMARO et YESHI sont plus particulièrement les trois\npoètes des grâces et des élégances féminines. Tous les trois sont des char­\nmeurs d'une distinction absolue, et leur originalité est pourtant si vive qu'il\nest impossible de les confondre. On pourrait dire que le premier a peint la\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                                  — 80 —\n\njeune fille; le second, la femme; le troisième, la patricienne. Je ne sais\npersonne dans aucun art, qui ait donné de la jeune femme une impression\nplus péne'trante qu'OUTAMARO.\n    Soit qu'il les représente à la promenade ou à leur toilette, soit lisant, ou\nbuvant, ou soignant quelque enfant espiègle, toujours il est rare, exquis et\npersonnel. Admirable transformation des banalités coutumières; les actions\nles plus simples, les occupations insignifiantes de la vie quotidienne ont\nchez lui une noblesse aisée et attendrie. Il allonge les visages, et les corps,\net les bras minces dans les manches, et les cols dans l'écharpe dénouée, et\nles jambes fines entr'aperçues dans Féchancrure des robes; dans la figure\nd'un ovale très pur, si différente de celle d'HARUNOBOU, les yeux sont\nlong-fendus sous des sourcils très noirs et la bouche mignonne est faite de\ndeux pétales de roses. C'est un intimiste exceptionnel — en ses intérieurs\nd'existences heureuses et calmes, les jeunes femmes se lèvent et s'avancent\npour l'accomplissement des menus soins domestiques, avec une grâce\nsouple, comme des fleurs qui marcheraient. Il a dessiné de jeunes mères,\n ravissantes d'affectuosité et parfois il en a montré la gorge ou le sein, avec\nun naturel si chaste et si parfait que le plus grincheux des pudibonds ne\npourrait qu'admirer. Les nus, OUTAMARO les fait avec une prodigieuse\nvirtuosité. Un trait, un seul sans accents ni modelé, et pourtant elles sont\nrondes et charnues, ces pures poitrines qui se soulèvent avec tranquillité,\nces nuques adorables qui semblent attendre le baiser furtif, ces longs bras\n amoureux, ces pieds échappés des sandales...\n    Après HARUNOBOU et OUTAMARO, il ne paraît pas possible d'aller plus\n loin dans l'élégance et la distinction. Et cependant il faut citer encore\n YESHI et YESHO (vers 1800), deux élèves d'OUTAMARO qui l'ont sinon\nsurpassé, du moins égalé. Les yeux clairs de leurs femmes ont ce regard\nintroublé et hautain des patriciennes, leur sang sourit plus rouge en leur\nbouche petite et l'éclat de leur peau semble ne pouvoir être dépassé; leurs\ngestes sont lents et fiers, et leurs robes sont d'une opulence fastueuse.\n Comparé à ses devanciers, leur art, très original aussi, apparaît plus aristo­\ncratique, et l'on dirait que ce sont des princesses, ces musiciennes merveil­\nleuses, en robes roses, qu'entraîne, dans une estampe en trois feuilles, une\nbarque à la proue recourbée en bec de paon orgueilleux !\n    SHARAKOU (vers 1790) fait, avec ces gracieux, un contraste violent. Il\nest vigoureux jusqu'à la brutalité, emporté, rude et puissant. Ses portraits\nd'acteurs ont un caractère si sauvage et si spécial que l'on ne comprend\nguère comment un artiste de cette originalité ait pu échapper aux nomen­\nclatures de Gonse. Hostiles à première vue, elles finissent par s'imposer, et\nobsèdent le souvenir, ces têtes fantastiques, avec leurs yeux qui louchent\néperdûment, et des bouches tordues en des expressions féroces qui gri­\nmacent — affreuses, mais superbes ! Il y en a trois ou quatre au Cercle de\nces faces pâles en robes sombres sur des fonds argentés; la plus étrange est,\nsous le n° 67 du catalogue, un buste d'acteur, en costume de femme. Il\nvous regarde avec ses petits yeux luisants de musaraigne et sa bouche aux\nlèvres minces se crispe en un sourire cruel, aigu et fascinateur. Dans\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                   — 81 —\n\nl'estampe japonaise, il faut faire à ce déconcertant SHARAKOU une place\nà part, car il apparaît sans maître, sans analogues et sans successeurs.\n   Tel ne fut pas le sort de TOYOKOUNI. — Moins personnel que les\nartistes dont nous venons de parler, ce vieux TOYOKOUNI (vers 1790),\ngroupa dans son atelier de nombreux élèves et imitateurs. Des milliers\nd'albums portent sa signature qu'il légua d'ailleurs à son élève favori. Les\nplus remarquables de ses continuateurs furent KOUNI YlOSHI et KOUNI\nSADA. Le premier a surtout fait des scènes de guerriers avec l'horreur du\nsang visqueux et rouge, des armes tranchantes, des luttes impétueuses; le\nsecond, des scènes de théâtre. Les estampes de TOYOKOUNI l'ancien se\nreconnaissent des leurs par une simplicité plus grande d'attitudes et souvent\npar un nez particulier long et crochu, dont il a doté la plupart de ses per­\nsonnages. Cette école a aussi excellemment réussi les foules, les grouille­\nments de personnages innombrables, avec l'animation, la diversité, la\nturbulence de la masse. Une des planches les plus admirées au Cercle, est\nune Foule sur un Pont assistant à un feu d'artifice qui est réellement\nprodigieuse.\n   Fécond comme TOYOKOUNI, gracieux comme OUTAMARO, distingué\ncomme YEISHI, vigoureux comme SHARAKOU. pur comme HARUNOBOU,\nmultiple, divers et toujours lui, est HOKUSAI (vers 1810), le génie universel\net décisif qui synthétise et clôt la série des grands maîtres. Si l'on considère\nen lui, écrit Gonse, les dons généraux, les qualités techniques qui font les\nmaîtres, sans distinction de temps ni de pays, il peut être placé à côté des\nartistes les plus éminents de notre race. Il a la force, la variété, l'imprévu\ndu coup de pinceau; il a l'originalité et l'humour, la fécondité, la verve et\nl'élégance de l'invention, un goût suprême dans le dessin, la mémoire et\nl'éducation de l'œil poussées à un point unique, une adresse de main prodi­\ngieuse. Son œuvre est immense : une immensité qui effraye l'imaginition\net résume dans une unité d'aspect incomparable, dans une réalité nerveuse,\nsaisissante, les mœurs, la vie, la nature. C'est l'encyclopédie de tout un\npays, la comédie humaine de tout un peuple.\n    On a pu admirer à l'exposition du Cercle, l'inimitable paysagiste qu'est\nHokusaï. Les planches principales de son glorieux album : les 36 vues du\nFuyi Yama étaient là, soit encadrées, soit dans les portefeuilles. Toutes\nsont d'une luminosité incroyable. Il y a des neiges qui éblouissent et des\nplein-soleil aveuglants.\n    Les attirants problèmes de lumière qui inquiètent les peintres modernes,\non dirait que Hokusaï les a tous connus, pour les résoudre avec une dexté­\nrité, une aisance paradoxale. Il a mis ton contre ton, il a fait des montagnes\nindigo et des ciels pourpres avec une tranquillité si décidée, si sûre d'elle-\nmême que le mot audace devient ridicule! Mais toujours, en ses plus extra­\nvagantes colorations, quelle enchanteresse harmonie ! quel sens aigu de la\nnature! et quelle vérité! Je note au hasard du souvenir, ce splendide\npaysage d'hiver en bleu et blanc; un coucher de soleil avec la montagne\nrouge presque incandescente, surgie de la mer des nuages frisés; l'éclair,\ndéchirement grandiose de la nuit; et cette vague formidable, d'un bleu\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                        — 82 —\n\n\ntranslucide, dont la crête frangée d'écume blanche et rejaillissante se\nrecourbe comme les griffes d'un dragon monstrueux menaçant les rameurs\néperdus, si faibles et si rapides !\n   Dans ses 53 stations du Tokaïdo, HlROSHIGUÉ a rivalisé avec\nHOKOUSAI pour la primauté du paysage. Plus brutal et plus sommaire, il\nest aussi moins clair. Il emploie les tons sombres dédaignés par HOKOUSAl\net se satisfait d'une moindre perfection de lignes. Et néanmoins, il reste de\npremier ordre. J'ai vu de lui une prairie immense avec des chevaux, un\nlever de soleil rose sur la neige, une plage avec un fourmillement de petits\nbonshommes, un pont avec des promeneurs, qui étaient des merveilles,\ncontenant en leur carré deux fois grand comme la main, plus de savoureuse\nnature que bien des toiles de nos paysagistes européens.\n    Il faut terminer. Et cependant que de noms illustres oubliés ! Je n'ai rien\ndit de KYIONAGA, l'un des meilleurs; rien des sourimonos de GAKUTEI;\net ces classifications, ces désignations rapides étant forcément arbitraires,\nj'ai dû passer sous silence les plantes et les insectes d'OUTAMARO, les pois­\nsons de HlROSHIGUÉ, les lugubres fantastiques de HOKUSAI. Et aussi les\nkakémonos précieux appendus aux murailles : les fleurs de KOVIU, les\nsinges de SOSEN et l'admirable paon de TSUNÉNOBOU tout blanc, aux\nplumes ocellés de vert et d'or ! et que d'autres !\n   Quelque jour, j'espère, soit la collection de M. Michotte, soit celle du\ngouvernement me fournira l'occasion de compléter ces trop cursives notes\nsur l'Imagerie Japonaise.\n                                                 J U L E S et G E O R G E S D E S T R É E .\n\n\n\n\n            CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                    RÉPONSE (1)\n\n              Une réponse est due à M. Albert Giraud.....\n                 Le Décadentisme, certes, est une invention inane de petits\n               rhétoriciens détraqués, et, certes, erreur de M. Stéphane\n               Mallarmé, a été son souci, qu'il crut et que l'on crut nouveau\nextraordinairenient, du Symbolisme : car depuis qu'existent le geste et\nle langage, existe le Symbole, et virtuellement et attendant les intelligences\nqui l'en tireraient, il existait dans la nature. Grosse erreur, on le voit.\n   M. Giraud me rappelle qu'en mon premier livre (livre d'essais) une pré­\nface parlait très uniquement de MM. Zola et Goncourt, et qu'ensuite, la\npremière édition de mon TRAITÉ DU VERBE prôna fort M. Mallarmé.\n   Il m'en souvient, et moi-même en ai parlé et écrit.\n\n  (1) M. René Ghil n'a pas attendu l'apparition de la Jeune Belgique pour insérer son\n« écrit » dans le moniteur de Melle. Le procédé est peut-être évolutiste, mais il n'est pas\ndix-huitième siècle.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                  — 83 —\n\n   A vingt-deux ans, l'on ne possède pas les idées sûres qui régiront l'Œuvre\nde la vie (car, pour moi, qui en donne exemple, d'ailleurs, l'on doit savoir\nl'Œuvre-une, sans perte en détails, que l'on donnera). Et l'on évolue, —\nà part les incapables et les contents d'eux-mêmes.\n   Nul ne me tint rigueur de mon illogique et naïve réclamation de Zola et\nGoncourt : mais, il me fallut insensiblement me retirer de la voie accapa­\nrante de M. Mallarmé — hautement en dernier lieu et peut-être farouche­\nment pour qui ne sait qu'à mesure que se précisaient mes volontés d'art et\nqu'on les accueillait, de secrets sarcasmes ne m'étaient épargnés par Celui\nqui m'avait offert l'Avant-dire que l'on sait, à la première édition du TRAITÉ.\n   L'on évolue : l'on croit voir en quelques-uns, tour à tour, un peu de son\nidéal. Puis l'on parvient à soi-même : seulement, comme c'est le cas en la\npoésie de maintenant, des personnalités ne sont trop, parfois, que celles de\nleurs « professeurs ».\n   Actuellement, à vingt-six ans, un moi littéraire m'est reconnu, oui, par\ntout artiste indépendant qui ne se sent pas atteint par la franchise de mon\nvouloir, par tout lettré curieux d'avenir. Et nul n'a été mon « professeur »,\ncar de ces Théories : une Philosophie évolutive et l'Instrumentation poé-\ntique (intégrales en l'édition définitive, de Bruxelles, de mon TRAITÉ DU\nVERBE), nul n'avait avant moi songé le premier mot. Nul poète n'avait pu\nmême concevoir l'unité logique d'une Œuvre poétique.\n   C'est pourquoi, tout en disant n'être le maître de personne comme l'élève\nde personne, il m'est permis de revendiquer une maîtrise d'idées — la seule\nvalable, la seule rare.\n   Désormais, M. Giraud, qui voudrait en vain me convaincre de versatilité,\nconstatera que strictement et sans dévier, ces Théories s'appliqueront en\nmon Œuvre — dont chaque livre est conçu et annoncé, dont les extraits\nsont publiés. Il peut prendre note.\n   Il ne me sied de relever certaines de ses phrases, peu courtoises en vou­\nlant être spirituelles; c'est l'habitude, ceux qui ont tort ne sont pas polis.\n   Mais, le « venant de province » serait-il parce que (partant de Paris) il me\nplaît, ces temps, d'habiter la campagne ?\n   Or, d'aucuns, à entendre les acrimonieuses et bizarres et incessantes\nattaques contre moi, me crurent et à Paris et à Bruxelles : gênant les éter­\nnels ressasseurs de plus en plus languides et ternes des mêmes thèmes, et\nles prudents et maladroits novateurs pour rire, que montre tels une entière\net logique marche en avant qu'aiment quelques fiers.\n                                                           RENÉ GHIL.\n    Février 1889.\n\n  M. René Ghil se trompe s'il s'imagine que j'ai voulu discuter. J'ai ri,\nvoilà tout. L'opinion de M. René Ghil sur M. René Ghil est trop assise\npour que je puisse me flatter de la déranger. J'ai connu naguère un garçon\ncharmant, mais un peu bizarre, qui prétendait être Dieu le Père. Je ne l'ai\njamais contredit.\n                                                     A L B E R T GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                 -   84     -\n\n\n\n\n                      MARCHE NUPTIALE\nA MADAME S....   P......\n                                                    ...vertical désir vers l'amoureuse\n                                                                     ALBERT MOCKEL..\n                                                    Par le flanc gauche ! Arche !\n                                                                   BLÜCHER à Waterloo.\n\n            Se pâme l'Amoureuse au charme      d'épinettes\n            Nuptiales à ces prémices de la main\n            D'épanouir sous les frissons de sapinettes\n            Maint soupir décrété aux Heures de demain,\n\n            Sur les gazons parmi les aubes      d'aspérule\n\n            « Haut-lever vers Tes Yeux de mon émoi candides,\n            Vertical ! Ingénue à mes vouloirs en fête\n            De te désemmurer, expire ! aux mûs sapides\n            Vainqueurs de ton silence ô Vierge ! et capitule\n            Sous le geste enlacé depuis mon rêve en quête »\n\n            Se pâme l'Amoureuse au charme        d'épinettes\n            Et clochettes d'amour chantant dans les buissons\n            Son bonnet par dessus les moulins     d'horizons\n            Selon le visuel axe viré pour Elle\n            D'arbres de bas en haut — peut-être       criminelle.\n            Conquête! et rougissante encor d'avoir montré\n            L'ignorance de soie au soupir préféré\n            Accueillant le concept de formalités   pures\n            Triomphe pour demain de douces       meurtrissures.\n\n            Nèfles ! mais que Victoire et couronnée Elue\n            Aux nubiles accords des flûtes désireuses\n            D'enrouler les doux chants à la Promise plue...\n\n\n\n                                                         FIRMIN GALOUBET.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                   — 85 —\n\n\n\nENCORE AUTRE! AURORE, ALORS\n                                    Aux mêmes, oh dédiée.\n\n   Or l'or d'Aurore oh ! dort encor\n   Dans les bras d'or du Labrador,\n   O Labrador ! où les Condors\n   Dorent leur essor aux monts d'or !\n\n   Les voix roses des roses roses\n   Arrosent les choses moroses\n   De choses closes dont éclosent\n   Les apothéoses des gloses.\n\n   Par houblons blonds et vallons longs\n   (Trésors ! les ors du cor encor)\n   Montent aux monts leurs sons qui sont\n   Les chansons des sons des vallons.\n\n                                                    LILI.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                                          — 86 —\n\n\n\n                                 MEMENTO\n   L'Art moderne publie, à propos de l'Ex­           Par 14 voix contre 13, les épiciers distin­\nposition japonaise du Cercle artistique, un       gués et les avocats fiasques du Conseil com­\narticle très commercial. Figurez-vous que         munal ont enlevé la direction du théâtre\nces malencontreux Japonais se sont exhibés        de la Monnaie à MM. Dupont et Lapissida.\nau public le même jour, et à la même                 C'était prévu, inévitable, et, en somme,\nheure que les XX, qu'il y avait plus de           très honorable pour MM. Dupont et Lapis­\nmonde au Cercle artistique qu'au Musée,           sida.\nque la comtesse de Flandre et plusieurs              Les 14 Homais ont, paraît-il, fait un\nministres ont visité l'Exposition japonaise,      grief à MM. Dupont et Lapissida d'avoir\net n'ont pas songé à « honorer de leur pré­       laissé exécuter trois fois, sur la scène émi­\nsence » l'Exposition des XX, que M. Bing          nemment laïque du théâtre de la Monnaie,\na vendu beaucoup de kakémonos, que la             le Francisais de M. Tinel.\npresse a été plus favorable aux Japonais             C'est, comme dit M. Léon Bloy, à faire\nqu'aux Vingtistes, etc., etc. De là, colère       mugir les constellations.\népouvantable de la part de certain organe\nd'esthètes uniquement voués au culte\ndésintéressé de l'art. Quelle odeur de\nmagasin ! Et quelle effloraison de ridicule !        Le Conseil municipal d'Angers vient\nSi le ridicule tuait, il y aurait longtemps       d'allouer un subside à l'œuvre des Concerts\nque l'auteur de cette grotesque sortie serait     populaires, dirigée par M. Bordier.\nenterré.                                             Le Conseil communal de Bruxelles a\n                                                  menacé de supprimer le subside alloué à\n                                                  l'œuvre des Concerts populaires, dirigée\n                                                  par M. Joseph Dupont.\n   La pudeur officielle et ministérielle a fait      Quelle ville de province, Angers !\ndes siennes aux XX, avant le vernissage,\nou le pointillage, comme on voudra.\nM. Georges Lemmen a été invité à\nretirer deux Femmes nues, appartenant               M. Paul Monlane consacre, dans le\nà M. Georges Eekhoud, ainsi qu'une                Journal de Gand, un long article au\nPoseuse ôtant sa chemise, par les respec­         numéro de janvier de la Jeune Belgique.\ntables macrobites de l'Administrââââtion          Tous nos remerciements à notre excellent\ndes Laids-Arts.                                   confrère.\n   Pourquoi ?\n  Parce que ces femmes nues, ou en train\nde se dénuder, montraient certaines toisons\nun peu frisées, de ces toisons auxquelles\nThéophile Gautier a consacré son Musée              Nous souhaitons bonne chance à La\nsecret.                                           Pléiade, journal littéraire mensuel, dirigé\n   M. Van Rysselberghe, lui, s'est résigné à      M. P. Lacomblez, le co-éditeur du Lys.\népiler sa Femme nue, qui maintenant est           Le premier numéro renferme des vers de\nchauve comme le crâne des mandarins               MM. Giraud, Albert Arnay, Severin, Boels,\ndont elle choquait la pudeur.                     Roussel, Baudoux et Sluijts, de la prose de\n   Serait-ce de la jalousie, et les calami-       MM. Georges Garnir et Lacomblez.\nteux macrobites du ministère seraient-ils\nchauves, absolument, et partout ?\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                                87\n\n   M. Odilon Redon publie, chez M. Dumont            de M. Defrecheux. La langue est plus rude,\nà Paris cette fois, un second album d'après          plus populaire, parfois même grossière.\ndes textes de la Tentation de saint Antoine          Attendons M. Vierset dans les scènes wal­\n(7 planches : 25 francs). Ainsi se complète          lonnes qu'il nous promet. En terminant,\nla glorification magistrale de l'œuvre de            notons la très artistique couverture qui\nFlaubert. Cet album, ainsi que les derniers          orne le volume et l'édition en tout point\nouvrages de M. Redon, fera l'objet d'un              parfaite.\narticle prochain de M. Jules Destrée.\n\n\n\n\n   De chez Byr, éditeur à Mons, nous                    A signaler dans le dernier numéro de la\navons reçu une suite de dix eaux-fortes              Wallonie un drame bref de grande allure :\noriginales et inédites de Mlle Louise Danse.         Les Flaireurs    de notre ami Ch. Van\nCe sont de charmants croquis d'après                 Lerberghe. Le même numéro s'orne d'une\nnature : une bonne vieille en prière, un             prose retrouvée au fond d'un très vieux\nélégant portrait d'enfant, une tête de               tiroir de Lemonnier et de vers déjà connus\npêcheur d'une belle allure, et surtout de            de Mallarmé, le tout sous le grand lys\ndélicieux petits paysages, si délicatement,          d'une couverture rajeunie. Oh ! ce lys sur\n                                                     Lemonnier !\nsi moelleusement, si coquettement parés\nde leur neige ou de la verdure des feuil­\nlages capricieux ! Un joli talent s'y révèle\net nous nous plaisons à en saluer la grâce              Le catalogue des XX de cette année est\net la distinction : tous nos compliments à           particulièrement affreux. Nouvelle combi­\nMlle Danse.                                          naison, sans doute, du vieux boy qui en\n                                                     est le barnum ! la réclame par l'horrible.\n                                                     Le préambule — l'article forcé — perd à ne\n                                                     plus être dans l'Art moderne; l'anonymat\n   Ont paru chez l'éditeur Ménard, à Liége,          lui donnerait plus d'autorité.\nles Poètes namurois par Auguste Vierset.\nL'auteur nous présente quelques notes sur\nles chansonniers et les lyriques de son pays;\nappréciations intéressantes d'un poète qui\na fait un choix compétent parmi les vers            Hyménée ! Hyménée ! ménée ! née ! ée !\ndes écrivains namurois. Pour les non-            (Cantate n° 28). Le 7 janvier notre jeune\ninitiés aux surprenantes harmonies de            rédacteur stagiaire M. S. Pinolet a épousé,\nl'orchestre moncrabeautien, M. Vierset           à Leeds (Angleterre), Mlle Jane Morelle de\naurait pu, dans sa préface, parler plus          Trinquelagaupe, fille du savant docteur\n                                                 J. Morelle de Trinquelagapue, dont nous\nlonguement des quarante Molons et de\n                                                 pouvons promettre à nos lecteurs la pro­\nleurs exploits; son livre aurait dégagé\n                                                 chaine collaboration.\ndavantage cette odeur de terroir wallon.\nDes citations de Werotte, Colson, Lagrange          Le docteur est venu se fixer à Bruxelles.\net de quelques autres poètes inédits prou­       Il achève en ce moment un important\nvent que le patois de Nameur a sa littéra­       ouvrage de philosophie, dont notre revue\nture comme celui de Liège et de Mons mais        aura la primeur.\nplus propre, croyons-nous, à rendre les\ngrosses farces et les joyeuses « pasqué es\n(charges). Ce n'est pas ici la simplicité             Au reçu de notre dernier numéro\ncharmante et naïve des Noëls          Wallons        M. T. Tabibitte, qui a la tête près du\nrecueillis par M. Doutrepont ou des poésies          bonnet, a télégraphié à M. Firmin Galou-\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                                                88\n\nbet : « Avez commis infâmie en commu­                   M. Emile Sigogne, — un protégé de\nniquant à Jeune Belgique ma lettre con­              l'Art moderne, — vient de publier un cer­\nfidentielle à Ami de l'ordre. Mes mépris.            cueil de vers.\nTabibitte. »                                            Titre : Mosaïque.\n   Le même soir (30 janvier), M. Firmin                 Echantillon du savoir-rimer de l'esthète :\nGaloubet, qui a la flûte irascible, envoyait            Une vapeur bleuâtre entoure la montagne,\nà M. Tabibitte deux amis,— MM.V. Sain­                  Et la forêt s emplit d'une sérénité.\ntroux et Marc Rochefer. M. Tabibitte                    Un silence s'étend sur toute la campagne,\nconstitua MM. S. Pinolet et L. Dubedon.                 Qu'interrompt le seul cri par le pivert jeté.\n   Une rencontre à l'épée eut lieu le 1er fé­           « Pivert jeté » est joli. Cela pourrait\nvrier à S....                                        s'écrire autrement. « Pis vergeté » serait\n   A la troisième reprise M. Tabibitte fut           préférable. Nous en appelons à toutes les\nblessé légèrement à l'épaule droite. Les             vaches des Asturies.\ntémoins déclarèrent l'honneur satisfait.                Dans le même poème, M. Sigogne\n   M. le docteur M. de T        a immédiate­         exprime le désir d'être métamorphosé en\nment bandé M. Tabibitte, qui en a été                arbre. Si on lui accordait cet avancement, il\nquitte pour quelques heures d'agitation.             serait prudent de se méfier de cet arbre-là,\n   Décidément c'est un petit coq ce bouillant        et ne pas s'asseoir sous son ombre. I! en\nTabibitte !                                          tomberait des conférences !\n   Oserons-nous nous permettre de con­\nseiller à la très Jeune Belgique un peu plus\nde calme!\n   P. S. II y a eu, — naturellement, — un              Du même M. Sigogne :\ndéjeuner de réconciliation. Nos jeunes                 Il s'agit d'une jeune fille au jardin :\nferrailleurs ont si bien fêté le Rœderer                Elle a sur ses genoux un livre grand ouvert\nqu'en pleine après-dînée ils voyaient trente-           Où son doigt blanc se pose.\nsix chandelles.                                       Enfoncés les « hauts genièvres » de\n   Mais qui diable a bien pu les tenir ?             M. Delaroche. Voilà un doigt blanc que\n                                                     M. Sigogne s'est joliment fourré dans l'oeil !\n\n\n  Lu dans le Guide musical, qui n'est pas\ncoutumier de ces métaphores audacieuses :\n  « M lle Falize a superbement chanté.\nVoix riche, diction savante, telles sont les\nqualités que j'ai pu distinguer à vol\nd'oiseau... »\n  Tiou, tiou, tiou !\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "    NOTES SUR LA LITTERATURE MODERNE\n                             (DEUXIÈME SÉRIE)\n                     par FRANCIS NAUTET\n        Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\nEn vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\nA tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\nde Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\nqui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal Wine C°\n6, RUE PAUL DEVAUX (PRÈS LA. BOURSE)\n\nEn cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\nMANDE par notre excellent décorateur, CH.-LÉON CARDON,\nnos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Pratet Fratelli\nCora.\n  (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie L'HOMME DE JOIE, par DUBUT\n  DE LAFOREST. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois\n  1 7 francs; en vente partout.\n\n     ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                EPERNAY\n\n                                         Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont                                2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert . . . .                  2 75\n                           R O S É E J E U N E BELGIQUE                         3 00\n                           Crême d'Ay         id.                               3 50\n                           Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.       450\n                           Bouzy Cristal      id.                               5 00\n                                       0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                  EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25    BOUTEILLES\n\n                           Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n           ENTREPOSITAIRE      : COULOMB-ROBIETS\n       19, B o u l e v a r d du Nord, 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                Abonnement gratuit\n   Tout ami et bénévolent adepte qui nous apportera 10 abonnés,\n recevra son abonnement gratuitement durant deux années.\n   Des cartes d'abonnement sont à la disposition de nos amis chez\n M. Henry Maubel, rue de Trêves, 72.\n\n\n                        VIENT DE PARAITRE :\n\n      IMAGERIE JAPONAISE\n                        par JULES                DES T RÉ E\n    Une plaquette de luxe grand in-8°, tirée à 60 exemplaires numérotés,\n chez Madame Vve Monnom, 26, rue de l'Industrie. Bruxelles. Restent\n 2 exemplaires sur Japon, portés à 10 francs et quelques-uns sur papier\n à la main Van Gelder à 5 francs.\n\n                                 EN        VENTE\n                                            A LA\n\n\n\n\n LIBRAIRIE LÉON VANIER\n                   19, Quai Saint-Michel, Paris\n\n\n         ENVOI FRANCO CONTRE T I M B R E S - P O S T E OU MANDAT\n                                                                                     Francs.\n                         P A R N A S S E D E LA J E U N E B E L G I Q U E    .   .     7 50\nPaul ADAM                Soi                                                          3 50\n       —                 Le Thé chez Miranda (en collaborat, avec Jean MORÉAS)  3 50\n       —                 Les Demoiselles Goubert.      —             —          3 50\n       —                 Être                                . . . . . . .      3 50\nJean AJALBERT . . .      Paysages de femmes (dessin de RAFFAELLI) . . . . 3 00\n Maurice BARRÈS . . .     Les Taches d'encre (les 4 numéros)                    4 00\n       —                 Sous l'oeil des Barbares                               3 50\nRobert CAZE . . . .      La foire aux peintres                                   1 00\nPhilibert DELORME . .    Arlequins de Macadam                                   3 50\nEdouard DUJARDIN . .     Les Hantises                                           3 50\nJ.-K. HUYSMANS . . .     Croquis parisiens (avec portrait)                      6 00\n       —                 Le Drageoir aux épices . ,                             5 00\n       —                 Un Dilemme                                             2 00\nGustave KAHN . . .       Les Palais nomades                          . . . . 3 50\nJules LAFORGUE . . .     Les Complaintes                                        3 00\n       —                 L'Imitation de N. D. la Lune                           2 00\n       —                 Moralités légendaires                                  6 00\nStéphane MALLARMÉ .      L'Après-midi d'un Faune (dessins de MANET) . . .       5 00\n       —                 Poème d'Edgard Poë (dessins de MANET)                 12 00\n       —                 Le Corbeau d'Edgard Poë (dessins de MANET) . . . 25 00\nStuart MERRILL . . .     Les Gammes                                             2 00\n\n                Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1889-02-01", "preuve": "Février 1889, numéro 2, couverture PDF 72 ; aucun jour imprimé."}}