{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Numéro double avec un portrait de Max Waller", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "Numéro double avec un portrait de Max Waller\n9e ANNÉE.   TOME VIII, N° 3.     P R I X : FR. 2-00                   MARS-AVRIL   1889.\n\n\n\n\n                                             BRUXELLES\n                           ADMINISTRATION:                      RÉDACTION:\n                         26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26      j    72, RUE DE TRÊVES, 72\n\n                                                      PARIS\n                                       LÉON     V A N I E R , ÉDITEUR\n                                               10, Quai Saint-Michel\n\n                                                       1889\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La Jeune Belgique constituée en Société", "ancre_fin": "année 1880", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Abonnement gratuit", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 601, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "La Jeune Belgique, constituée en Société, continuera à paraître sous la\ndirection annuelle d'un des membres de son comité de rédaction.\n   M. Henry Maubel est chargé de la direction pour l'année 1889.\n\n   La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n   Elle prie ses collaborateurs de lui adresser la copie au plus tard le 20\ndu mois afin d'assurer la publication régulière de la revue.\n\n  Le portrait de MaxWaller que nous joignons au présent numéro\nest reproduit par l'héliogravure d'après une photographie faite au\ndébut de l'année 1880.\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 97, "titre_corps": "La Mort de Max Waller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "LA MORT DE MAX WALLER", "ancre_fin": "hommage à l écrivain", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "LA MORT DE MAX WALLER\n\n\n\n             LaJeune Belgique vient de perdre son fondateur,\n              Max Waller, l'initiateur, le créateur de l'œuvre\n              qu'il a dirigée pendant huit années avec une verve\nd'écrivain spirituel et un enthousiasme d'artiste. Ce deuil, le\npremier qui nous atteint, marque douloureusement une étape\nde notre mouvement littéraire.\n   Qui nous eût dit, il y a quelques mois, que notre Jeune\nBelgique, notre « Jeune » tant aimée et consolante, hospita­\nlière à nos peines, à nos joies, à qui nous donnions, comme\nà un être affectionné, le meilleur de nos impressions et de nos\npensées, qui nous eût dit que cette « Jeune » si sincère et\nconfiante en l'avenir, allait subir aussi ce coup brutal de la\nmort après lequel on a besoin de se ressaisir et de ramasser ses\nforces !\n   Qui nous eût dit, surtout, que cette mort la frapperait dans\nce qu'elle avait de plus vivant, de plus primesautier, de plus\ninsouciant, de cette insouciance des enfants dont le rire éclate\nmalgré tout à travers les larmes.\n   Max Waller était peut-être le plus « enfant » d'entre nous,\npartant le plus sensible. A mesure qu'il était venu en contact\n\n\n                                                               7\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "plus immédiat avec la vie, l'impitoyable réalité l'avait endolori\njusqu'à faire de ce mélancolique un souffrant; elle l'avait endo­\nlori à ce point que l'enveloppe physique qui, chez d'autres,\ns'ammâlit et se durcit au feu de la souffrance, s'usa vite au tra­\nvail des nerfs, aux cahots d'une âme que la mort seule devait\napaiser.\n   Si nous disions que Max Waller est mort de chagrin, cela\nsemblerait bien élégiaque. C'est que le mal moral, moins appa­\nrent qu'au temps où on le chantait en ballades, s'est fait analy­\ntique aujourd'hui; il procède par petites touches et désorganise\nlentement, jusqu'au jour où se manifeste la maladie purement\nmatérielle déterminante de la mort. Aux tiraillements de cœur\nde chaque jour était venu se joindre, du reste, un violent chagrin\ncausé à Max Waller par le départ et la mort du lieutenant\nCharles Warlomont, son frère, son ami, son confident de toutes\nles minutes.\n   Ceux qui ont assisté à ce départ se rappelleront avoir vu, sur\nle quai de la gare, Max s'écartant du train, s'écartant de la\nfoule, se dérobant aux poignées de main tristes en faisant de\nsurhumains efforts pour retenir les larmes qui ruisselaient le long\nde ses joues. A Anvers, quand la Lys démarra et vint en virant\nau milieu de l'Escaut, Max était à côté de Charles sur le pont\nà recevoir en plein cœur les cris d'adieux qui partaient de la rive\neffacée et lointanisée par l'engrisaillement du crépuscule... Il\nfallut se quitter à l'embouchure du fleuve : Max embrassa son\nfrère et regagna la terre; mais à partir de ce moment, il dut se\nfaire en lui un grand vide, un profond silence, un de ces silences\nqui rongent et que tous les bruits de la vie ne parviennent pas\nà étouffer. Max Waller avait l'amour-propre de ses chagrins; il\nne voulait pas « avoir l'air » triste. Les indifférents ou les mal­\nvoyants purent croire à cette gaieté factice, à cette vitalité qu'il\nsoutenait nerveusement et dont le ressort était croqué, sinon\ncassé. Mais pour les autres, la métamorphose était évidente. Sa\nfigure juvénile avait pris une expression plus âpre, les traits s'en\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "étaient durcis et creusés; une ombre de souffrance tombée du\nfront soucieux, voilait par instant le regard; l'allure, aussi, de\ntoute sa personne s'était alentie. Il était comme quelqu'un qui\nne voit plus son but.\n   La comparaison de ses portraits aux deux époques est d'un\ncontraste saisissant.\n   Au commencement de janvier, il s'alita. C'était de l'anémie,\nc'était une fièvre typhoïde qui se compliqua d'une maladie du\ncœur. Ce furent dix maladies en une où l'on ne vit rien de net,\nsauf ceci que — au bout de sept semaines de tâtonnements\ninfructueux — le malade était perdu.\n   Les médecins n'ont pas encore trouvé de nom ni de remède\naux maladies qui naissent d'une exaspération de la vie, d'une\nhypertrophie de la sensibilité.\n   « Ce sera très long ! » disait-il à l'un de nous dont il venait de\npresser faiblement la main de sa main effilée et pâle : il était\ndans un fauteuil bourré de coussins, la tête un peu renversée,\nla figure effrayamment maigre, les yeux enfoncés, la bouche sans\nsouffle. A côté de lui, le dernier numéro de la Revue indépen-\ndante qu'il indiqua d'un geste faible de la tête avec un demi-\nsourire en murmurant : « C'est un volume maintenant ! »...\n   Et la porte retombée avec un choc sourd, la vision s'effaça;\ncar c'était une vision, bien sûr; seul, quelque chose d'irréel ou\nd'imaginaire avait pu faire du joli Max d'antan ce vieillard, cet\nagonisant dont l'aspect serrait le cœur.\n   Le dimanche suivant, une amélioration sensible se produisit :\nla figure semblait plus reposée avec une lueur de bien-être dans\nles yeux et, songeant aux réunions de la Jeune Belgique dont il\nétait depuis si longtemps absent, il dit : « Un de ces jours, je\ntomberai dans le tas ! »\n   Était-il sincère ? était-il confiant ? ou bien cette phrase à double\nsens cruel n'était-elle peut-être qu'une ironie, un défi à cette\nmort que, dans ses derniers jours, il a, d'esprit très lucide, clai­\nrement vu venir à lui et courageusement attendue ?\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "   Le soir du 6 mars, lendemain du Mardi-Gras, quand la porte\nde la maison où l'on venait de commencer les premiers prépa­\nratifs funèbres s'ouvrit à nous en projetant dans la rue déserte,\nbanale et froide, une clarté sinistre et que quelqu'un nous dit :\n« il est mort ! » aucun de nous, de l'impression d'abattement qui\nle saisit, ne démêla l'idée nette de la réalité cruelle et que venait\nde nous quitter pour toujours celui qui avait insufflé la vie à\nnotre œuvre, celui qui en avait été l'âme et qui, mieux que tout\nautre, la personnifiait. On ne croit pas à la mort de ceux qu'on\naime. On ne voit pas cette mort; on ne la sent pas. Nous\naimions Max Waller non seulement comme un ami, mais encore\ncomme un corréligionnaire d'art et comme un frère d'armes. Il y\navait quelque chose d'une croisade dans la petite guerre de\nplume qu'il menait avec une insouciante ardeur aux sons iro­\nniques de ses airs de flûte. Cette petite guerre — tout intellec­\ntuelle qu'elle fût — n'était pas sans périls, nous pouvons bien le\ndire en songeant à lui, et rien ne soude les cœurs comme la com­\nmunauté d'un danger, surtout quand on le brave pour cette\ncause sacrée dont l'amour est une sorte de patriotisme plus élevé\nque l'autre. — L'art n'est-il pas une patrie spirituelle qu'un très\npetit nombre d'hommes défendent et qui a pour territoire l'in­\nfini de la pensée, l'infini de la passion ?\n   Max Waller a combattu jusqu'à ses derniers jours pour cette\npatrie là et sa fin a quelque chose d'héroïque. Aussi n'est-il per­\nsonne, même parmi les plus indifférents ou les plus hostiles, que\ncette mort n'ait froissé douloureusement; personne qui ne se soit\nsenti remué d'un peu de sympathie et d'admiration pour la vie\ncassée de ce poète qui s'en va mélancoliquement à vingt-neuf ans\ncomme on s'en allait au temps du romantisme...\n   Le jour des funérailles, une foule recueillie et pénétrée de tris­\ntesse sincère emplissait la petite église de Saint-Gilles où Max\nWaller avait entendu, il y a un an, les suprêmes prières pour son\nfrère Charles. Tout un côté de la grande nef était occupé par des\ndames. Autour du corps s'amoncelaient des fleurs envoyées par\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "la famille, les amis, par le Cercle des Arts et de la Presse,\nla Société Nouvelle, l'Éventail, et puis les nôtres, en double\ngerbe ornée de l'écusson à fière devise dont il avait doté la Jeune\nBelgique et qui évoquait une dernière fois au pied de ce cata­\nfalque la crânerie romantique de son talent. A l'offertoire,\nM. Renaud chanta l'Agnus Dei de Faure; M. Seguin le Pie Jesu\nde Stradella. Par sympathie pour Max Waller, ces deux artistes\navaient offert spontanément leur concours à la chapelle dont\nM. Léon Dubois est l'organiste. L'office terminé, l'on repartit\npour Hofstade près de Malines, la dernière étape de ce voyage\nfunèbre.\n   Comme le train filait joyeusement à travers la campagne\nensoleillée ! combien invraisemblables nous parurent un instant\ntoutes ces cérémonies et tout ce deuil ! Où était donc notre Max\net que ne venait-il égayer de sa mimique spirituelle la causerie\nde ce voyage à travers champs ! — Max Waller était là-bas,\nmuet, les yeux clos, le geste brisé, couché dans le wagon funèbre\net, à la descente du train, la réalité nous réapparut, cette\nfois sous un jour sèchement lugubre qu'elle n'avait pas au\ndépart.\n   Un corbillard de province surchargé de dorures et dont le\nconducteur portait en travers le bicorne à pleureuses, attendait\nle corps pour le cahoter par une route de campagne jusqu'à\nla petite église dont la cloche enrouée tintait : Une église pauvre\naux murs blanchis, n'ayant pour tout ornement que quelques\nnaïves statuettes de saints; une église vide et froide à donner\nle vertige et le frisson aux âmes chrétiennes qui voudraient\ny prier; une de ces églises où le crissement de la civière sur les\ndalles retentit si douloureusement. C'est là, surtout, que la\ncérémonie devint navrante et autour de cette fosse, dans ce\ncimetière perdu. Là, quand se furent retirés les prêtres et les\ndeux enfants de chœur qui ne pouvaient rien comprendre à\nl'horreur de cette mise en terre, Georges Eekhoud, notre\naîné, s'approcha de la bière et, en phrases hoquetantes, coupées\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "de sanglots qui semblaient lui arracher les paroles du fond de\nla gorge, il dit à Max Waller notre adieu :\n\n   En ma qualité d'ancien dans le groupe de la Jeune Belgique,\npermettez-moi de prononcer quelques paroles d'adieu sur le cer­\ncueil du fondateur de cette Jeune, — comme lui-même l'appelait\navec une tendresse presque paternelle, — sur le cercueil de notre\njeune chef et cher ami Maurice Warlomont.\n   « Max est mort ! »\n   Dirai-je l'effet produit par cette terrible nouvelle sur ses amis,\nsur ses frères d'armes de la Jeune Belgique.\n   Il languissait depuis des mois.\n   Nous voyions son enveloppe charnelle se fondre lentement,\nmais on aurait dit, tant la lame était encore nerveuse et fringante\ndans le fourreau délabré, tant son esprit demeurait vivace et son\nâme vaillante, qu'il se préparait chez Max une métamorphose,\nune Renaissance, et qu'il sortirait de cette crise, le cher et pétu­\nlant dandy de lettres, plus ferme et plus intrépide que jamais.\n   On nous avait préparés à ce dénouement, et pourtant,\nrebelles au témoignage de nos yeux, n'écoutant que notre amitié,\nau fond du cœur nous gardions quelque espoir et nous parta­\ngions une confiance que lui-même entretenait tout le premier.\n   Ainsi, lorsqu'il me promettait dimanche de revenir bientôt à\nnos réunions quotidiennes, je n'étais pas loin de le croire.\n   Car, comment ne pas attendre un miracle de cette belle et\nopulente jeunesse qui fit toujours notre admiration ! Qui n'aurait\npas compté, comme moi, que ce radieux poète, ce neveu de\nHenri Heine, ce souple et joli bretteur, assaillant et harcelant\nsans pitié les lieux communs et les plates conjonctures de la vie,\nferait la nique à la maladie, et, qu'au moment où la Mort s'ap­\nprêterait à le terrasser, il parerait le coup fatal et saluerait l'ad­\nversaire d'un de ces gestes ironiques et désarmants dont il avait\nle secret.\n  La dernière fois que je lui fis visite, son superbe aplomb me\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "cachait presque les ravages de la maladie. La lucidité et la verve\nde sa parole me donnaient le change sur son état. Et, en le quit­\ntant, je croyais sincèrement à la rencontre prochaine et c'est\npresque rassuré que je lui disais au revoir en pressant ses doigts\namaigris.\n   Et maintenant, devant cette fosse, il faut bien se résigner à\nprononcer le suprême adieu !\n   Il faut s'incliner devant l'horrible réalité. Pas plus que les\nautres, le pauvre cher artiste n'a pu éluder et esquiver la des­\ntinée commune. Au contraire, il semble que la Mort ait mis de\nl'amour-propre, je ne sais quelle atroce envie, à frapper au\ndépourvu, ce jeune cavalier, ce vivant par excellence.\n   Et, dans ce bataillon de la Jeune Belgique où les vétérans\nn'ont pas trente-cinq ans, elle a visé de préférence, le plus jeune\nd'entre ces jeunes. Elle n'a pas fauché à l'aveugle, mais elle a\nété cueillir le cadet, le talent nouvellement éclos, l'esprit le plus\nneuf, l'âme fraîchement épanouie au soleil de l'Art et toute ravie\nd'illusions, de projets d'avenir, de longues espérances !\n   Dans notre petit bataillon littéraire si compact, si serré, si\nvaillant, c'est le premier qui tombe.\n   Consécration tragique !\n   Voilà que nous avons reçu le baptême de la Mort. Désormais\nquelque chose de grave et de solennel va se mêler à la belle tur­\nbulence de la Jeune Belgique.\n   Comme les soldats, après avoir essuyé la fusillade, nous\nentendons une voix ferme mais triste commander : « Serrez les\nrangs ! »\n   C'est notre porte-drapeau qui vient de tomber !\n   Pauvre Max ! D'autres mains pourront relever le drapeau,\narborer l'écusson, faire sonner la fière devise que tu composas;\ndes cœurs dont tu n'as jamais douté t'assurent la continuation\nde ton oeuvre, la suite de tes joutes artistiques et chevaleresques !\n   Mais toi-même, ton essence, ton lumineux génie qui le rem­\nplacera ?\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "   Où est Ariel, où est l'espiègle Puck ? Qui nous rendra Siebel,\nle flûtiste ironique et tendre !\n   Voilà l'irréparable.\n   C'est une partie de l'humour et c'est, certes, la grâce et le\ncharme de la Jeune Belgique qui s'éteignent avec son fonda­\nteur. C'est le cadet, le frère gâté, le cher enfant terrible qui sort\nde la maison !\n   Rien, pas même l'intensité de nos regrets, le fluide de nos\nsympathies ne pourra rallumer cet esprit subtil, cette âme\ncharmante brutalement offusquée par l'éternelle Nuit.\n   Et ce que Max a mis de lui, dans ses Airs de Flûte, aura beau\nchanter et bruire et pétiller, il nous manquera l'interprète de\nces délicates merveilles, l'élégant artiste, le si plastique virtuose\nqui les illustrait par son sourire, le timbre de sa voix, l'exquise\ncrânerie et toute la vivacité et la verve de sa personne\n  Adieu, Max, adieu !\n\n   Un vent froid s'était mis à souffler désolemment par toute la\ncampagne et le ciel assombri s'abaissait sur nous. M. Victor\nReding, à son tour, prononça quelques mots au nom du Cercle\ndes Arts et de la Presse. On défila pour la dernière offrande,\nl'offrande de la terre et, de cette tombe fraîche au fond de\nlaquelle s'abattaient avec un claquement brutal les pelletées,\nchacun s'en vint avec cette écrasante obsession du « tout est\nfini », le sang figé, la tête lourde, machinalement, mécanique­\nment, forcément, comme on s'envient des morts qui ne se relè­\nveront pas, des morts qui nous oublient et qui nous abandonnent.\n   Tout est fini.\n   Max Waller n'est plus là pour chanter : flûte ! aux empêcheurs\nd'écrire et sauter moqueusement les obstacles de la carrière.\nNotre gentil porte-drapeau est tombé, mais le drapeau demeure\nintact et nous le relevons. De telles morts seraient profondé­\nment décourageantes si elles ne nous mettaient en même temps\nau cœur un sentiment de révolte qui nous reporte, avec plus\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "d'acharnement, à la lutte. Serrons les rangs ! Comme l'a dit\nGeorges Eekhoud au bord de cette tombe où s'en allait un peu\nde nous. Unissons-nous plus étroitement, plus cordialement,\npour continuer avec une nouvelle énergie, en dépit de tout et de\ntous, l'œuvre de Max Waller.\n\n                                            LA J E U N E BELGIQUE.\n\n\n\n\n   A l'occasion de la mort de Max Waller, un grand nombre de personnes\nnous ont adressé des témoignages de sympathie dont nous les remercions\nbien vivement. Nous remercions aussi les principaux organes de la Presse :\nL'Etoile belge, le Journal de Bruxelles, l'Indépendance, la Nation, la\nGalette, la Chronique, le Soir, la Réforme, le Journal de Gand,\nl'Impartial, l'Art moderne, l'Éventail, le Mondain, l'Office de Publicité,\nCaprice-Revue, le Guide musical, le Globe illustré, le Sport belge, qui, en\ntermes émus, ont rendu hommage à l'écrivain.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 98, "page_fin": 102, "titre_corps": "Derniers vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel", "ancre_debut": "DERNIERS VERS", "ancre_fin": "SIEBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MAX WALLER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "DERNIERS VERS\nNous donnons ici les derniers vers que Max Waller a publiés\n sous le pseudonyme de Siebel. Ils ont été écrits spécialement\n pour le journal l'Éventail. La dernière pièce est datée du\n 29 décembre.\n\n\n                        I\n\n               A L'ÉVENTAIL\n\n Petit éventail, tu vivras !\n On te lance dans l'existence;\n Va, cours, vole, entre dans la danse\n Pour embrasser qui tu voudras !\n\n Comme au pinson dans la feuillée,\n Par les belles nuits de printemps,\n Quand s'aiment les cœurs de vingt ans,\n Va, nous te donnons la volée.\n\n Sois frivole et gai, sage et fou,\n Curieux, bavard, à la ronde,\n Sache ce que glose le monde,\n Sois ici, sois là, sois partout !\n\nTu seras aimé si tu glisses\nSur ce qui doit rester secret;\nSois discrètement indiscret\nEn interviewant les coulisses;\n\nSois au concert, au cirque, au bal,\nNe crains ni le gel, ni la pluie,\n Va dans le monde où l'on s'ennuie;\nEn attendant le carnaval;\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 854, "texte": "                 — 99 —\n\nEventail ! sois tout feu, tout flammes;\nEn échange, tu recevras\nLa gratitude des ingrats\nEt le frais sourire des femmes !\n\n\n\n\n                     II\n\n\n          VIEUX ÉVENTAILS\n\n\nJ'aime les éventails fanés\nDont le lointain passé chagrine :\nDans le tombeau de leur vitrine\nIls dorment, les abandonnés !\n\n\nD'où viennent-ils ? Quelles mains blanches\nLes ont balancés autrefois,\nDans les tête-à-tête du bois\nOù le soleil dorait les branches ?\n\n\nQuels sont les doigts très effilés\nQui les ouvraient, dites, grand'mères ?\nDe quelles amours éphémères\nOnt-ils vu les chers défilés !\n\n\nCombien de tendres confidences\nOnt-ils entendu ! Doux secrets !\nLes vieux éventails sont discrets\nAu souvenir des contredanses,\n\n\nOù doucement, très doucement\nAvec quelque nuance exquise\nLe marquis disait en... mimant :\nNe veux-tu pas être marquise ?\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "                 — 100 —\n\n\n\n\n                     III\n\n\n        ÉVENTAILS EXOTIQUES\n\n\nGais éventails enjoliés\nPar de fines mains aux doigts roses,\nQue l'on fixe entre un tas de choses\nAux tentures des ateliers;\n\n\nOù l'on voit des lunes laiteuses\nSur des montagnes lazuli,\nAvec un horizon pâli,\nTout constellé de nébuleuses;\n\n\nÉventails chimériques qui\nDonnent la vague nostalgie\nD'entendre une voix de vigie\nVous signaler    Nangasaki!\n\n\nÉventails en papier qu'on donne\nPour quelques sous, soyez bénis,\nVous, la gaîté de tous les nids\nOù le jeune amour s'emprisonne;\n\n\nQui jetez aux murs des gaîtés\nD'Orient qui s'emparadise,\nVotre art primitif réalise\nLes plus caressantes clartés;\n\n\nEt vous êtes, dans notre vie\nL'image, à nos sens avivés\nDe la tendresse inassouvie\nEt des chers paradis rêvés.\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "                 — 101 —\n\n\n\n\n                    IV\n\n\n               SOUHAITS\n\n\nJoyeux Noël et bonne année\nA vous lectrice, à toi lecteur,\nNos souhaits s'unissent en chœur\nComme une gerbe enrubannée.\n\n\nL'éventail s'ouvre et, de ses plis,\nS'échappent les vœux pleins de roses,\nLes mots aimants, les douces choses\nDont tous nos cœurs étaient remplis.\n\n\nBelle dame, que l'on vous offre\nUn éventail en nacre, orné\nD'un ruban de satin fané,\nSouvenir tiré d'un vieux coffre;\n\n\nUn éventail en Chantilly\nMonté sur nacre ciselée\nFait pour votre main effilée\nQu'aucune ride ne trahit.\n\n\nPuis un autre en plumes d'autruche,\nQui semble un oiseau dans vos mains,\nUn oiseau qui sait les chemins\nD'amour voilés par une ruche...\n\n\nEt que chacun ait son secret,\nSon langage plein de tendresse,\nSelon qu'on l'ouvre, qu'on le dresse,\nQu'on le ferme d'un air discret...\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "                                  —   102 —\n\n\n               Allons ! une course pédestre\n               Vers les magasins les plus vlan !\n               Le martyre à la Saint-Sylvestre\n               Et les baisers au Nouvel-An !\n                                                              SIEBEL.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 104, "titre_corps": "Max Waller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "MAX WALLER", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "MAX WALLER\n             La première fois que je le vis, ce fut à Louvain, la vieille ville\n              universitaire, calme et joyeuse, où les carillons se répondaient,\n              de clocher en clocher, comme les rêves et les espoirs de notre\n              jeunesse. Il avait vingt ans à peine, et il revenait de Bonn,\nsur le Rhin, où Loreley déroule ses cheveux d'or et chante un lied dont\nla mélodie tremble et sanglote. Il n'était pas encore Max Waller, mais il\nétait déjà Siebel. Et quelle Gretchen eût préféré Faust à cet adolescent\nmince, fier comme une épée, vaillant comme un saint Georges et beau\ncomme une femme ? Car il était beau, d'une beauté absolue, éblouissante;\nbeau à désespérer l'Art, beau à humilier la Vie. Une chevelure blonde,\ndocile et ondée, lui baisait la nuque et retombait, à gauche, en une boucle\nsoyeuse, sur le front pensif et pur. Les yeux limpides, d'un bleu d'azur,\névoquaient les eaux de ce lac de Constance qui, dit-on, ensorcela\nCharlemagne. Le nez fin, un peu busqué, aux narines dédaigneuses,\ndénonçait une bravoure chevaleresque poussée jusqu'à la témérité. La\nbouche, d'un dessin étroit, à peine cotonnée d'une frisure d'or, et le\nmenton décidé, malgré l'ovale irréprochable du visage et la carnation enfan­\ntine des joues, prédisaient un esprit volontaire, né pour les prouesses et\nles bravades du commandement. Le cou svelte tranchait par sa fraîcheur\nsur le collet montant d'une redingote noire, boutonnée jusque sous la\ncravate flottante, et qui semblait avoir été inventée par un clergyman\ntrès dandy.\n   Les épaules étaient larges. L'une d'elles, la droite, imperceptiblement\nplus haute, avait des mouvements d'une grâce ironique. Le geste libre, aisé,\ncharmant, prenait parfois un air de décision rare. Et la voix, qui venait à\npeine de muer, était une de ces délicieuses voix de gorge qui hésitent entre\nle timbre du ténor et celui du baryton, et dont le velours est pour l'oreille\nce que le duvet des pêches est pour les yeux.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "                                  — 103 —\n\n   Il n'arrive pas souvent, comme le remarque, à propos de Baudelaire,\nThéophile Gautier, qu'un poète, qu'un artiste soit connu sous son premier\net délicieux aspect. Heureusement, il existe un portrait de Max Waller\nà son retour d'Allemagne. Ceux qui le connaissent diront si j'ai idéalisé\nSiebel.\n   Pour moi, c'est ce Max Waller rose et blond, le beau page impertinent\net sentimental, qui est le vrai, le seul Max Waller. Tout artiste a, dans sa\ncarrière, un moment d'épanouissement suprême : moment de jeunesse,\nde maturité ou de vieillesse, mais inoubliable et tyrannique pour le sou­\nvenir. Je ne puis me figurer d'autre Musset que celui de David d'Angers,\nd'autre Gautier que celui de l'eau-forte de Jacquemart, d'autre Hugo que\nl'ancêtre à barbe blanche de la Fin de Satan et des Quatre Vents de\nl'Esprit. C'est pourquoi le poète de la Flûte à Siebel ne peut plus m'appa­\nraître que sous son apparence de naguère. Je sais que, plus tard, cette tête\néblouissante, restée cependant jeune et belle, s'était amaigrie; que la vie\nen avait accentué les contours; que la bouche, plus sceptique, fine\ntoujours, souriait d'un sourire qui saignait en dedans; que le nez et le\nmenton se moquaient des yeux demeurés candides, et que ce masque,\nsculpté par une peine secrète, essayait de cacher les douleurs d'un enfant\nétonné d'être en mal d'un homme. Mais Siebel, le Siebel que je verrai\ntoujours, le prince Fleur de Lanlaire, fier comme une épée, vaillant comme\nun saint Georges et beau comme une femme, DOIT ressembler à l'adoles­\ncent que je vis pour la première fois à Louvain, la vieille ville universitaire,\ncalme et joyeuse, où les carillons se répondaient de clocher en clocher,\npareils aux rêves et aux espoirs de notre jeunesse.\n\n\n\n  L'avant-dernière fois que je le vis, ce fut à Bruxelles, chez lui, rue\nBosquet, — non pas dans sa claire chambre du second étage, fleurie de\ntableaux, d'aquarelles, de portraits et de reliques familières, dans cette\nchambre jeune et folle comme sa fantaisie d'autrefois, — mais dans une\nchambre sévère et sombre du rez-de-chaussée, qui sert de bureau à M. le\ndocteur Warlomont. Près de la porte se dressait une espèce de lit de camp.\nUn jour morne éclairait vaguement la chambre. Un froid soleil hivernal\nlanguissait dans le jardin dénudé et se mourait à l'entrée de la serre.\n   C'était pendant un répit de la maladie. Les médecins parlaient de conva­\nlescence et de guérison, là-bas, dans le Midi, au bon soleil réconfortant.\nIl était levé, les joues encore roses du dernier baiser de la fièvre. Il\nm'apparut amaigri, les yeux bleus très vagues, bleuets presque fanés trem-\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "                                  — 104 —\n\npant dans une eau lointaine et tremblante. Les cheveux, coupés récem­\nment, en brosse, dénudaient les tempes jaunies. Le masque, spiritualisé\npar la consomption, avait pris un relief énergique, presque militaire.\nAssis, couché pour ainsi dire dans un fauteuil profond, revêtu de son ample\nmanteau à longue pèlerine bleu sombre, les jambes enveloppées dans une\ncouverture de voyage, il me fit penser à un jeune officier de cavalerie\nblessé à mort dans un combat ignoré, attendant l'agonie avec une résigna­\ntion fière. Je ne sais pourquoi, — ne sommes-nous pas, toujours et partout,\ncaptifs de nos sensations d'art et de nos lectures ? — il m'évoqua soudain\nles prisonniers de guerre de M. de Lalaing et le prince André du grand\nTolstoï. A cette évocation involontaire se maria le souvenir du frère\nCharles, fidèle et bon à la manière des chiens de garde, et qui dort,\nlà-bas, en Afrique, loin du cadet qui était aussi son fils adoptif.\n   Cette illusion persista pendant toute la durée de ma visite, et me revient,\nplus forte et plus aiguë, aujourd'hui.....\n\n\n   La dernière fois que je le vis, ce fut dans la même chambre, aux lueurs\ndes cierges, sur son lit mortuaire adossé à la fenêtre, et veillé par une sœur\nde charité dont la coiffe aux ailes blanches et le front d'ivoire étaient seuls\nvisibles dans une nuit de chapelle pensive. Le grand store rouge de la\nfenêtre était baissé, et le soleil clair du matin, filtrant à travers cette\npourpre, palpitait sur les joues de l'expiré comme un mensonge suprême de\nla Vie, répété par les violettes et les roses qui jonchaient le lit. La tête de\nSiebel reposait doucement sur l'oreiller, comme en songe. Le visage inaltéré\nsortait d'un col de mousseline blanche, d'une élégance telle qu'on eût\njuré qu'il l'avait choisi. L'épaule droite conservait le haussement gracieux\nqu'elle avait devant la sottise impériale du monde, et le beau rêveur de Bonn\nattendait ainsi je ne sais quelle aube mystérieuse, calme et grave, un rien\nironique, et dandy jusque dans la Mort.\n                                                     ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 106, "titre_corps": "Bibliographie de Max Waller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BIBLIOGRAPHIE DE MAX WALLER", "ancre_fin": "le Soir etc", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES SOMMEILS D OR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE MAX WALLER\n             Notes au crayon (L'Étudiant allemand) par Siebel. Louvain,\n               Peeters-Ruelens, 1881.\n                 Le Naturalisme Littéraire (Lettre à Louis Hymans).\n               Bruxelles, Société Générale d'imprimerie, 1882.\n   Camille Lemonnier. Bruxelles, Société Générale d'imprimerie, 1882.\n   Le Faust de Goethe. Bruxelles, Rozez, 1882.\n   L'Amour Fantasque. Bruxelles, Boitte, 1883.\n   Le Baiser (Nouvelles), dessin de Fernand Khnoppf. Collection de la\nJeune Belgique, chez tous les libraires. Bruxelles, 1883.\n   La Vie Bête. Préface de Camille Lemonnier, eau-forte de Théodore\nHannon. Bruxelles, Brancart, 1883.\n   Le Salon de Bruxelles. Préface de Camille Lemonnier. Bruxelles,\nFink, 1884.\n   Lysiane de Lysias. Bruxelles, Félix Callewaert père, successeur\nveuve Monnom, 1885.\n   Jeanne Bijou, pièce en trois actes. Bruxelles, veuve Monnom, 1886.\n   Le Parnasse de la Jeune Belgique [La Flûte à Siebel). Paris, Léon\nVanier, 1887.\n   Le Salon de Bruxelles. Bruxelles, Librairie Nouvelle, 1887.\n   Poison, pièce en un acte. Bruxelles, veuve Monnom, 1888.\n   La préface de la Correspondance d'Afrique de Charles Warlomont.\nBruxelles, veuve Monnom, 1888.\n   La préface de la Science de l'Escrime par Eugène Desmedt. Bruxelles,\nveuve Monnom, 1888.\n   En collobaration :\n   Avec Georges Rodenbach: Lapetite Veuve, saynète en un acte. Bruxelles,\nFink, 1884.\n   Avec Fritz Rotiers : Le Théâtre de la Monnaie. Bruxelles, veuve\nMonnom, 1887.\n   Collaboration aux journaux universitaires : Le Type et le Spitz (Louvain),\nl'Étudiant (Bruxelles) et aux Almanachs des Universités de Liége et de\nGand.\n   Aux publications périodiques : La Jeune Revue, la Jeune Belgique, la\n                                                                    8\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "                                — 106 —\n\nRevue artistique, le Correspondant Belge, la Revue Moderne, la Plage,\nl'Estacade, le Journal des Gens de Lettres, la Fédération        artistique,\nl'Artiste (Bruxelles, 1887), l'Artiste (Paris), le Guide musical, l'Even-\ntail, etc., etc.\n   Aux journaux : l'Europe, le National, la Réforme, l'Indépendance, la\nNation, le Rapide, le Soir, etc.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 110, "titre_corps": "Les Sommeils d’or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "LES SOMMEILS D OR", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 403, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "LES SOMMEILS D'OR\n                                     I\n\n    J'ai délaissé mes jeux, mes miroirs et mes palmes,\n    J'ai parfumé mes blonds cheveux de violette,\n    J'ai baigné mon corps d'iris et de violette\n    Et je me suis abandonné sur les eaux calmes.\n\n    Rien à penser, rien à vouloir en ce berceau\n    De sommeil et de fleur qui glisse à la dérive,\n    Amour et haine, albe folie, à la dérive,\n    — Ecoute la chanson qui chante au fil de l'eau.\n\n    Des mains blanches ont clos les yeux de mon enfance,\n    Des calices vermeils parfument mon sommeil,\n    Des feuillages d'or rafraîchissent mon sommeil\n    Et des luths paresseux ravissent le silence.\n\n   Mes sœurs aux clairs sourires mirent leur visage\n   Parmi la floraison enfantine des roses,\n   Parmi les indolences suaves des roses\n   Qui couronnent dans l'eau tranquille leur mirage.\n\n   Comme un voile d'azur les ciels las de lumière\n   Immobiles se sont endormis dans la mousse,\n   Tous mes rêves se sont endormis dans la mousse\n   Et sur le sable d'or au fond de la rivière.\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "                          — 107 —\n\nA la dérive... oh ! vois ces frèles ancolies !\nOublions l'avenir et mourons avec grâce,\nParfumons nos baisers et mourons avec grâce\nVoici la fin suprême et sa blanche agonie.\n\n                             II\n\n        Aux caresses des éventails\n        Ses sourires et ses extases\n        Bel enfant aux yeux de topaze\n        Et tout son amour qui défaille !\n\n        D'un indicible et doux murmure\n        Ses douces lèvres caressantes\n        Aux enfants de grâces charmantes\n        Qui lustrent d'or sa chevelure.\n\n\n       Ses colliers, ses parfums, ses fleurs,\n       Et cette belle indifférence,\n       Oh ! plus même quelqu'espérance\n       Où souffrirait encor son cœur !\n\n       Blanches ses mains abandonnées\n       Aux bracelets d'or et de roses,\n       Bel Enfant lassé qui reposes\n       Et les guirlandes dénouées.\n\n       Et ce calme sommeil d'offrir\n       Cette faiblesse et cette enfance\n       O toi son Maître ! à ta puissance\n       Et ce doux rêve de mourir.\n\n                           III\n\n      Ton sommeil, Enfant, en mon âme\n      Ton beau sommeil en mes pensées\n      Et mes couronnes délaissées\n      Et ce silence dans mon âme.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "                 — 108 —\n\n\nComme inattentive aux colombes\nQui frissonnent dans les ciels roses,\nNaïve et simple, sœur des roses,\nVers cet amour où tu succombes,\n\nEn moi-même toute inconnue,\nFrèle de fleurs de neige et d'or,\nConfiante et de rêve encor\nOù ta voix douce s'exténue\n\nDans la fontaine des mensonges\nA sourire au léger mirage\nD'un angélique paysage\nD'oiseaux, de roses et de songes,\n\nAinsi timide, abandonnée\nA mon amour et mon enfance,\nEt toute cette insouciance\nEt de soir seule environnée;\n\nMais tout mon amour en tes yeux\nEt mon enfance en ta souffrance,\nTant craintive et cette espérance\nD'être celle aux doigts lumineux,\n\nEt d'être un peu de ta souffrance,\nUn peu de ta simple prière,\nD'être un peu de blanche lumière\nAu fond de ton cœur en silence.\n\n\n\n                    IV\n\n\nSur l'eau calme de mon sommeil\nSi lointaine illusionnée,\nEn rêve, blanche, s'est glissée\nCelle de fleur et de soleil;\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "                 — 109 —\n\nFrissonnante, toute éblouie\nD'or matinal et de sourire\nA peine glisse comme expire\nEn sa chevelure recueillie,\n\nEt sur l'eau frôlée, effeuilleuse\nDes pétales de rose neige,\nBlanche effeuilleuse que protège\nL'aube de roses lumineuses,\n\nEn cette espérance furtive\nDe réveiller de son silence\nLe Prince-Charmant que fiance\nSon voile d'enfance naïve,\n\nEt s'évanouir en lumière,\nComme de soleil, indécise,\nD'un frisson d'ombre dans la brise\nEncore Reine mensongère.\n\nEt sur l'eau calme du sommeil\nOù sur l'azur limpide plonge\nS'est éclose de ce mensonge\nLa fraîche rose de soleil.\n\n\n\n                     V\n\n\nDe roses enfantines closes\nSur la neige de mes sommeils\nSouriant et ces bleus éveils,\nCes fleurs et ces métamorphoses;\n\nEt d'inaccessible faiblesse\nEn mes yeux d'enfant assoupie\nMe voici celle qui confie\nA sa simplesse sa détresse;\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "                                 —   110 —\n\n\n              Et ces choses inéluctables,\n              Sans espérance et sans envie\n              Et se réveiller de la vie\n              Comme de songes ineffables :\n\n              Et c'est comme une Résignée\n              En ses mains blanches calmes jointes,\n              Tout son amour et toutes plaintes\n              Oh ! si loin de la sœur aimée.\n\n                                                      VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 127, "titre_corps": "Lettres pour les illettrés : Gentillie", "titre_sommaire": "Lettres pour les illettrés", "rubrique": "Lettres pour les illettrés", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 481, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                                     III\n                              GENTILLIE\n\n                                     I\n\n               Le long du littoral, entre Nieuport et Dunkerque, les douaniers\n                donnent la chasse à Kriel Pintloon dit l'Esprot à cause de sa\n                petite taille et de son teint mordoré.\n                  Lorsque chôme son aventureux métier, Kriel, ordinaire­\nment terré dans les dunes quitte, à l'exemple des lapins, ses garennes\nsablonneuses, pour descendre dans les plaines fertiles du Veurne-Ambacht\net rançonner les fermes émaillant la plaine. Il prélève la dîme sur la huche,\nle saloir, le poulailler et même, à en croire les grigous, sur le magot enfoui\ndans les mystérieuses cachettes.\n   Les déprédations de Kriel lui ont aliéné les terriens, assez portés\ncependant pour les irréguliers de sa trempe, auxquels ils servent souvent\nd'entremetteurs et même de receleurs. Mais audacieux et bravache, vrai\ntrompe-la-mort, Kriel se moque bien de leur mauvais gré. Il méprise trop\nle rustre sédentaire et servile pour le ménager et s'en faire un allié et ne\nse fie, depuis, de longues années, qu'à son complice à quatre pattes, son\nfidèle chien Dapper.\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "                                 —    111   —\n\n\n\n   Jamais il ne s'embrigada, non plus, comme un subalterne dans le trou­\npeau de ses pareils, sous les ordres d'un conducteur.\n   Le soleil disparaît sous l'horizon. Par couple les douaniers s'embusquent\nderrière les haies.\n   Attention ! Un homme vient à passer dans le sentier voisin; la mine\nd'un valet de charrue regagnant le chaume où l'attend sa platée de pommes\nde terre. Personne ne songerait à soupçonner ce porte-blaude qui déambule\ndu pas le plus paisible, mains en poche, sifflant avec nonchalance la com­\nplainte de la dernière kermesse. Et cependant ce pitaud n'est autre que\nnotre Kriel. Quoi, ce boulot ? Kriel, le fûté en personne. Pour la cir­\nconstance il est râblé et guêtré de tabac, son bedon n'est qu'un bidon et\nsous l'enflure arrondie de sa blouse bleue il charrie une outre d'alcool\nflamand....\n   Ou la nuit est sombre et pluvieuse. Kriel armé d'un court fusil et Dapper\nd'un collier à pointes, se glissent comme des ombres dans une maison\nisolée. L'homme en ressort portant sur les épaules une charge attelée\ncomme le sac des fantassins. Il s'avance l'œil et l'oreille tendus, en décri­\nvant de bizarres zigzags le long des bois, dans les chemins creux, au fond\ndes fossés à sec, en évitant avec soin les éclaircies de la plaine, les côtes\ndénudées et les métairies dont le chien de garde signalerait le passant\ninconnu. Une silhouette suspecte se dessine au loin. Kriel se couche à plat\nventre, Dapper tombe en arrêt et s'efface de son mieux. On ne voit, on\nn'entend plus rien. C'était une fausse alerte. En avant ! déjà la frontière est\nfranchie, le contrebandier traverse la périlleuse zone de la première ligne;\nencore une lieue, rien qu'une lieue et les voilà en sûreté, l'Esprot, son chien\net leur marchandise.\n   Après les « bons coups » l'été, musard insouciant, vautré ou couché sur\nle dos, au flanc des talus herbeux des canaux ou entre les mamelons des\ndunes, il passe des journées entières à s'étirer les membres, tandis qu'alen­\ntour les grillons noirs et jaunes comme lui, raclent leurs élytres, et que\nl'humide et vibrant paysage, semble se dissoudre par instants dans le blanc\nsoleil fantôme...\n   Et souvent, en hiver, goguenard et d'humeur sociable; gardant l'inco­\ngnito d'un prince, il parcourt le pays, au grand jour, s'éternise dans les\ncabarets, au jeu de cartes, lampe sec et ses mains ramassent et rabattent\nsans trève, les cartes poisseuses. Et si d'aventure, après les parties, la\nconversation s'engage sur les exploits attribués à l'Esprot, loin de perdre\ncontenance et de s'esquiver, le matois, avec une verve intarissable enchérit\nencore sur ces hauts faits, et les partenaires haletants ne se doutent pas que\nc'est l'Esprot qui leur fait ses mémoires.\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "                                  —    112 —\n\n\n   — Kriel fraude par terre et par eau. Sur une bouée, à peine plus solide\nqu'une allège, il transporta jusqu'à Rouen, pour plus de cinq mille francs\nde tabac d'Harlebeke et de Roisin ! raconte un pécheur de Coxyde, attablé\navec l'anonyme fraudeur.\n   Et comme les autres écarquillent les yeux :\n   — Peuh ! Kriel accomplit bien autre chose ! intervient le vantard. Il a\ntraversé la mer de Gravesend à Dunkerque pour frauder des couteaux\net des lainages d'Angleterre.\n   Kriel ment et se moque de son auditoire, mais il prend plaisir à bâtir sa\npropre légende, à entretenir le prestige qu'il inspire. Il n'aurait garde de\nrectifier les portraits d'une laideur repoussante qu'on fait de sa personne.\n   — On dit Pintloon fils du diable ?\n   Et Kriel de rectifier : « Non, c'est le diable même ! Moi, qui vous\nparle, je l'ai souvent rencontré dans Adinkerque lorsqu'on le recherchait\nà Lombardzyde; on lui tendait des pièges sur l'estran et en même temps\non le signalait en pleine contrée fertile; on le guettait sur mer et il opérait\nà la côte. »\n   Aussi, les vieux rajeunissent en son honneur les histoires de flibustiers, de\nloups-garous et de coureurs de grèves. Depuis l'époque des chauffeurs, des\ngrille-pieds, des bandes de Jan de Lichte et de Bakeland, on n'ouït jamais\nparler d'un scélérat plus subtil et plus audacieux.\n\n\n                                       II\n\n   Même les amoureux, dans leurs tête à tête, s'entretiennent du terrible\nbandit et les exploits de l'Esprot émeuvent les jeunes filles et les font se\nrapprocher peureusement du rusé coquin qui les narre.\n   C'est souvent de ce gueux que Sander Bischbosch, surnommé « Cierge\nde Neuvaine » par ceux de Lampernisse, tant il est droit et rond, parle à\nsa promise Gentillie, une des plus appétissantes filles du village, avec ses\ntresses blondes, ses grands yeux d'un bleu sombre, un peu troubles comme\nl'océan, l'air sage et même fier. Mais il faut croire que le bon Sander s'y\nprend maladroitement, car ses fréquentes allusions à l'Esprot ne semblent\npas alarmer la fille potelée.\n   Chaque soir, au retour de son champ, assis sur Jabikel, son grand cheval\nflamand, qui charrie le traînoir chargé tour à tour de la herse ou de la\ncharrue, il met pied à terre devant la porte de Gentillie, et entre dans la\nmaison sous prétexte de rallumer sa pipe. Et pour faire apprécier la rudesse\nde son cuir de bon travailleur, il cueille dans l'âtre, entre ses doigts calleux,\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "                                  — 113 —\n\nla braise dont il a besoin, et la met, sans se dépêcher, en contact avec le\ntabac. Gentillie ne se récrie pas plus à cet exploit qu'au récit des aventures\nde Pintloon. Jamais elle ne tremble pour les durillons du faraud, et la main\nde son Sander flamberait comme celle de Mucius Scévola, avant qu'elle\nsongeât seulement à lui tendre les pincettes.\n    Un gaillard, pour tout le monde pourtant, ce Sander Bischbosch, quoi­\nqu'il soit un bien petit garçon devant Gentillie. Un qui n'a pas froid aux\nyeux ! Peut-être le seul paroissien de la paroisse qui ne reculerait pas à\nl'apparition de l'Esprot ! Au contraire, il attend ce mécréant de pied ferme,\nne cesse-t-il de déclarer à Gentillie, et voudrait bien se mesurer avec lui !\nAh ! si on le laissait faire! Ah ! s'il était gendarme, le brave Sander !\n    Fils unique, « Cierge de Neuvaine » possède de la terre au soleil, trois\nvaches à l'étable, sans parler du fameux Jabikel, le plus grand cheval du\npays, le vrai support, le vrai chandelier qu'il faut à ce « Cierge de Neu­\nvaine ».\n    A la procession, le ferme gonfalonier plonge dans l'extase les filles du\nvillage, en portant, sans fléchir les hanches, la bannière de Sainte-Véro­\n nique.\n    Aussi la mère de Gentillie, femme positive dont la ferme périclite depuis\nla mort de son baes Nonkel Verjans, pleure de joie en inventoriant et en\nsupputant sur les doigts, les richesses qui écherront à sa fillette. La com­\nmère passe le temps à tourner et à retourner, en esprit, la belle robe bleue,\n de vraie soie, comme pour une reine, et le voile blanc, aussi long que celui\n d'une Notre-Gentille-Dame, et les lourds pendants d'oreilles, descendant\n jusqu'aux épaules, et toutes les merveilles dont Sander a promis d'adorner\n Gentillie dans quelques jours, aussitôt après la rentrée des moissons.\n    Cependant Gentillie garde sa contenance réservée. « Ma fille a toujours\n été un peu timide ! » dit la mère Verjans. « C'est un agneau de douceur;\n vous verrez Sander, quelle tendre baezine vous aurez là ! » En attendant,\n Sander voudrait bien la presser un peu contre son gilet. Mais il a beau\n revenir à la charge et lui parler constamment de cette canaille de Pintloon,\n en donnant de grands coups de poing sur la table et en sacrant comme un\n cosaque, lui, le pieux Xavérien et l'édifiant congréganiste, Gentillie ne fait\n pas un pas pour venir chercher protection dans ses bras contre le détestable\n mécréant. Gentillie sursaute à ces explosions, mais regarde le braillard d'un\n air singulier, plus dédaigneux qu'admiratif.\n     — Savez vous quoi ? dit un jour la vieille Verjans à son futur gendre,\n vous avez l'air trop résolu, trop crâne pour que Gentillie prenne peur à\n l'idée d'une visite de l'Esprot. Vous lui communiquez votre vaillance et\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "                                  —   114   —\n\n\nelle rougirait de paraître si poltronne que ses pareilles à côté d'un mâle de\nvotre espèce.\n    — C'est vrai, la mère ! opina le grand garçon. Et il se promit de changer\nde tactique.\n    Ce soir, à sa visite habituelle, concurrence faite à la salamandre légen­\ndaire, il dégoisa, mais sans jactance :\n    — Les récoltes rapporteront de l'or cette année. Je n'aurai pas assez de\nmes greniers pour les loger. A condition toutefois que ce misérable...\n    — Voulez-vous que je vous dise une chose, Sander Bischbosch ! l'inter­\nrompit cette fois Gentillie. Ce n'est pas pour vous chagriner, car vous êtes\nun honnête garçon, mais à votre place je ne descendrais plus de cheval\navant d'arriver à votre ferme du Dyck-Graaf, et je ne perdrais pas mon\ntemps à faire des contes à une particulière qui ne veut pas se marier...\n    Le pauvre « Cierge de Neuvaine » demeure camus, bouche bée, comme\ns'il venait d'attraper un coup de soleil. La vieille mère de Gentillie fait\nsauter dans le feu la pleine marmitée de pommes de terre qu'elle n'entendait\nque secouer.\n    — Qu'a-t-elle dit, notre fille ! Elle veut rire, Sander, pour sûr ! clame la\nvieille.\n    — Je pense ce que je dis ! confirme Gentillie. Croyez-moi, tout est fini\nentre Sander et moi.\n    — Suffoqué, l'amoureux ne trouve pas un mot à articuler, et après quel­\nques gloussements qui ne sortent pas, et de grands gestes dans le vide, il se\nretire, les jambes se dérobant sous lui, ployant pour la première fois sous\nle faix, le droit « Cierge de Neuvaine ».\n    La veuve court pour le rappeler, mais Gentillie arrête sa mère par le\nbras.\n    — Inutile, ma mère ! J'en tiens pour Pintloon et ne veux d'autre homme\nque celui-là !\n    — « Ah ! » vocifère la vieille paysanne, qui voit s'écrouler son rêve de\nfortune. « Ah ! » gémit la commère en sautillant de la chambre à la cour et\nde la grange à l'étable, tant ses bras et ses jambes lui démangent. « Ah!\nc'est ce que nous verrons, ma fille ! »\n    Et lorsqu'elle rentre dans la chambre, trouvant Gentillie toujours aussi\nsotte, aussi extravagante, voilà qu'elle ne parvient plus à se contenir et\nqu'elle se met à la battre, à la trépigner, à la tramer par terre, sans que la\ngrande bestiasse se défende, et se révolte, si bien qu'elle-même doive s'arrê­\nter, exténuée, plus démolie encore que l'impassible rebelle. Alors, la vieille\nse met à geindre, à soupirer, à se tâter, comme si c'était sa fille qui l'avait\nbattue.\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "                                    — 115 —\n\n    Le lendemain elle essaie de gagner la têtue par la douceur :\n    — Dis mon enfant, dis-moi, il est venu ici ce réprouvé, il t'a jeté un\nsort, raconte-moi tout, veux-tu ?\n    — Non, répond Gentillie qui n'a plus desserré les dents depuis la veille,\nen jetant sur la paysanne son troublant et mystérieux regard couleur de\nmer houleuse; non, dit-elle avec une farouche résolution, Pintloon n'a\njamais mis le pied chez nous...\n     — Où l'as-tu vu alors, malheureuse ? Parle.\n     — Je ne l'ai vu, ni entendu!... Je ne le connais que par tout le mal que\nle village raconte. Et pourtant il me semble que je l'ai toujours là, devant\n les yeux. Et sa pensée me remplit tout entière... Et cela bourdonne dans\n ma tête comme la si douce musique de l'orgue et j'en suis toute parfumée,\n comme si je m'étais couchée dans les foins... Oui, plus ils le disent laid,\n  repoussant et sordide, plus je me le représente aimable, appétissant, plein\n  de ragoût...\n      — Oh ! tais-toi, perdue ! Oh ! tu vois bien qu'il t'a ensorcelée, le Lucifer !\n  Sainte-Marie, c'est le diable même qui parle par la bouche de mon inno­\n   cente enfant !\n       Et elle s'arrache des mèches de cheveux gris, et tombe à genoux, et tord\n   les bras vers le ciel.\n       Cependant Gentillie s'entête. Elle paraît sourde, aveugle, insensible à\n   tout ce qui se passe autour d'elle. Exhortations, menaces, bourrades,\n   autant de moyens essayés en pure perte. C'est comme si plus rien n'avait\n   prise sur son être ensorcelé. Elle rappelle à Sander une maugrabine de la\n   foire, une de ces bohémiennes acoquinées avec l'enfer, qu'un sacripant\n   de son espèce traversait de longues aiguilles à tricoter, sans que la mâtine\n   perdît une goutte de sang, ou poussât un gémissement, ou fît seulement\n   la grimace...\n       Il revient pourtant à la charge, le grand Sander. Il n'a garde de passer\n   son chemin le soir, comme elle le lui a conseillé. Mais elle ne l'écoute même\n   pas.\n       Alors exaspérée, bazine Verjans, ne la ménage plus. Elle congédie ses\n   filles de basse-cour et impose à Gentillie les corvées, les gros ouvrages, les\n   labeurs rebutants.\n       — Je briserai bien ta mauvaise tête! gronde la fermière aux abois. Tant\n   pis, si c'est le seul moyen d'en déloger le diable ! Tu crèveras ou tu te\n   remettras avec « Cierge de Neuvaine ».\n       En vain, elle lui a représenté que cette rupture avec Sander entraîne leur\n   ruine et qu'elles vont devoir quitter la ferme et mendier par les routes. Cette\n   extrémité n'a rien de redoutable pour Gentillie.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "                                  — 116 —\n\n   Foulée comme la dernière des serves, elle peine, labeure, s'exténue vail­\nlamment, sans une plainte, sans un mot, soutenue par on ne sait quelle force\nsurhumaine.\n   Cependant, la nouvelle de l'inqualifiable toquade de Gentillie s'ébruite,\nse propage, et engendre presque autant de scandale et de rumeur que les\ndéprédations de l'Esprot, quoique la mère Verjans et le digne Sander aient\ntout fait pour cacher cette honte. Les veuves trop mûres et les filles montées\nen graine qui avaient envié à Gentillie les récoltes prospères, les vaches\nlaitières, la ferme du Dyck-Graaf, le grand cheval Jabikel, et surtout le\nsuperbe blondin qui porte si crânement l'étendard de Sainte-Véronique,\nsans plier les reins, glosent, et cancanent, et brodent à l'envi sur le compte\nde cette puante et s'en vont colportant toutes sortes de vilaines et atroces\nhistoires.\n   A les en croire, il ne s'agit pas de « simples imaginations » ou d'un cali­\nfourchon, l'Esprot en personne vient bel et bien trouver Gentillie la nuit\ndans sa soupente. Il prend le chemin des toits comme les matous. Parbleu,\ncet exercice n'offre aucun danger aux amoureux de son espèce. Jef Maal­\n bank affirme l'avoir épié et suivi un soir, comme le gaillard sortait de chez\nsa sorcière, et comme ce Jef le suivait de près, et allait l'atteindre, le sacri­\npant prit l'apparence d'un mulot et s'évanouit dans une rigole.\n    Sur les instances de la veuve Verjans, le curé intervient pour rappeler la\nmalheureuse au devoir et à la raison. La mère demanda même au sage\npasteur de recourir aux exorcismes, mais celui-ci, moins crédule que ses\nouailles, prétend que sur les âmes troublées une bonne parole exerce plus\nd'effet que des incantations d'un autre âge. Et pourtant le digne prêtre\néchoue aussi dans ses tentatives, quoiqu'il ait trouvé, pour ébranler la mono­\nmanie de cette malheureuse, de ces accents évangéliques qui illuminent et\nrégénèrent les consciences.\n   Quant au grand Sander, il court et rôde dans la campagne; presque aussi\nfou que sa triste fiancée; mais aussi agité qu'elle est impassible. Il ne déses­\npère pas encore de faire revenir Gentillie sur sa détermination. En cachette, il\nvoit la mère, car il n'ose plus affronter la physionomie frigide et pleine\nd'aversion de son ancienne promise.\n    Et, en secouant le poing, il a juré de tuer cet exécrable Pintloon.\n    Naturellement, la maladie de la jeune Verjans ajoute à la célébrité de\nl'insaisissable bandit. Plus que jamais on s'occupe de ses méfaits et de ses\nprouesses. Sur les conseils de « Cierge de Neuvaine », pour que la malheu­\nreuse n'entende plus parler de ce damné dont la réputation lui a tourné la\ntête, à bout de remèdes, la veuve se décide à séquestrer Gentillie dans sa\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "                                  —   117    —\n\n\nsoupente. Mais de son galetas la recluse surprend tout ce que les gens de\nla ferme se chuchotent sur l'Esprot, lorsque l'heure des repas les rassemble\ndans la salle d'en bas. Elle pâlit; seules ses pommettes s'enflamment comme\nsi l'enfer lui soufflait constamment au visage le feu de ses forges éternelles.\n    La captivité de Gentillie dure depuis une semaine lorsqu'un soir, l'oreille\ncollée à la trappe, elle entend causer Sander au pied de l'escalier, avec la\nbazine Verjans.\n    Sander raconte d'un ton réjoui que cette fois on tient Kriel Pintloon,\n bloqué dans les dunes non loin de Coxyde : « Pour lui couper toute retraite\nles pêcheurs ont brûlé l'allège avec laquelle l'aventureux gaillard se risquait\n sur les flots, quand on le serrait de trop près. On a tiré des coups de fusil.\n Un soldat de la ligne a été tué dans l'escarmouche. Après avoir envoyé\n force mitraille au bandit, les poursuivants ont suivi une traînée de sang.\n Mais, après une heure d'une course folle, ils n'ont trouvé que le chien\n Dapper. Blessée à mort, la maudite bête, au lieu de se traîner sur les pas\n de son maître, s'était lancée d'un autre côté, afin de dépister les chasseurs.\n Grâce à cette ruse, l'Esprot n'est pas encore pincé. Mais la chasse continue\n et il faudra bien qu'il se rende, à moins que le diable ne l'ait emporté. »\n    — Brave Dapper ! murmure Gentillie avec une sorte d'admiration\n envieuse. Et la mort du fidèle chien la décide : L'Esprot est seul à présent.\n     Ce même soir elle attend que tout le monde soit couché, puis elle enjambe\n  la fenêtre, tombe sur le fumier, se relève sans s'être fait de mal et s'engage\n  dans la campagne.\n\n                                       III\n\n   Elle marche à l'aventure, tout droit, vers les dunes. Quelque chose\nl'avertit qu'elle arrivera encore à temps. Les battements de son cœur\nredoublent, elle presse le pas, gravit les sablons : il doit être là.\n   Ses suggestions ne l'ont pas trompée.\n   Exténué de fatigue, hâve, poudreux, ensanglanté, à demi vautré, dressé\nsur ses coudes, le menton dans les poings, sa canardière à portée de la\nmain, l'Esprot apparaît tout à coup à la jeune fille.\n   C'est bien ainsi que Gentillie l'avait rêvé. Brun, crépu, plus basané qu'un\npêcheur de la côte, nerveux comme un lynx, efflanqué comme un chat de\ngouttière, des yeux aussi noirs, mais aussi inflammables que la poix : le\nvoilà, ce Kriel Pintloon, ce mauvais bougre ! Et Gentillie trouve ce noiraud,\nce sècheron autrement magnifique que le grand Sander.\n   En la voyant venir à lui, résolue, foulant le terrain croulier d'un pied\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "                                     — 118 —\n\n   aussi sûr qu'une coureuse de grèves, indifférente aux piqûres des épines\n   noires et des argousiers, dans la clarté douteuse du matin, Kriel Pintloon\n   se dresse d'un bond, atteint son fusil, épaule :\n      — Holà, que veux-tu ? Que viens-tu faire ici ?\n      — Vivre avec toi ! répond-elle avec simplicité, comme si c'était chose\n   convenue depuis longtemps entre eux. « C'est bien toi Pintloon ? »\n      — Si c'est moi ! Et après ? Les cent florins de la prime t'auraient-ils\n   alléchée, par hasard ? Dans ce cas tu as compté sans ton homme, ma mie...\n   Allons haut le pied ou je tire !\n      — Je veux vivre avec toi ! répète Gentillie sans se laisser intimider.\n      — Ah ça, te moquerais-tu de moi ? ricane le bourru. Vivre avec Pint­\n  loon ! Tu n'es pas dégoûtée, la génisse ? Pourquoi pas t'offrir tout de suite\n  au diable !... Assez de balivernes ! Allons décampe...\n      Pour toute réponse elle continue de marcher vers lui.\n     — Par exemple ! s'exclame Kriel. En voilà une qui a du toupet !\n     Puis, comme elle le rejoint, après l'avoir dévisagée un instant :\n   « Eh bien ! » fait l'irrégulier, d'un air perplexe, en se grattant l'oreille, lui,\n  le gaillard qui ne s'étonne de rien, « si c'est là ta diablesse d'envie, et quoi­\n  que toutes les femmes de la terre ne valent pas le chien que les salauds\n  m'ont tué; approche, et on verra !... Au fait, tu arrives peut-être à pro­\n  pos... Tu sais marcher à ce que je vois... On me serre de près; les bonnets\n  à poils se vantent déjà de me tenir !... Je crève de faim...\n     Justement elle avait eu le bon esprit de se munir de son souper de\n  prisonnière et elle lui donne le quignon de pain noir. En le dévorant à\n  belles dents, il poursuivait, sans même la remercier :\n     — Ce n'est pas tout. Je vais manquer à mes engagements... Veux-tu filer\n  pour Adinkerque... Demande Zele, dit la Tonne; mande lui que tu viens de\n la part de l'Esprot. Il te remettra soixante kilos de Wervicq, avec lesquels\n tu t'arrangeras pour passer de l'autre côté; d'ailleurs, il t'instruira en con­\n séquence; si j'en réchappe, tu me trouveras chez la Tonne, à ton retour.\n  Pour ta gouverne, les habits verts ont des fusils et leurs chiens des crocs.\n Salut et bonne chance ».\n     Sans rien dire Gentillie dévala de la butte.\n    Lui se dirigea d'un autre côté. Lesté, redevenu indifférent, sceptique,\n il sifflotait une bourrée.\n    Six jours se passèrent. Parvenu encore une fois à dépister ses traqueurs,\nl'Esprot se trouvait dans l'arrière-boutique de la Tonne à Adinkerque. Gen­\ntillie était en retard, mais l'Esprot ne s'inquiétait que de la provision de\ntabac. « L'aurait-elle volé ? » se disait le contrebandier.\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "                                   — 119 —\n\n\n   Le septième jour, elle reparut souriante, radieuse, mais blanche comme\nune morte. Elle traînait la jambe et ses vêtements de paysanne aisée s'effilo­\nchaient à présent comme ceux d'une bagasse.\n   Avant de prendre le temps de la dévisager, il l'interpella d'un ton rogue :\n « Ah ! c'est toi ? Là, vrai, ce n'est pas malheureux ». Puis remarquant sa\npâleur et le désordre de son équipement : « Ah ! ah ! que dis-tu du métier,\nma fine. Pas commodes les gabelous, hein ? Heureusement que la perte\nn'est pas grande. C'est égal, mauvais début, et si tu m'en crois, nous arrête­\nrons les frais... »\n   — Tu te trompes ! Ils ne m'ont rien pris. Voici l'argent...\n   Kriel agrippe et compte rapidement la poignée de numéraire; le coule\ndans son gousset, et, un peu radouci, examinant son auxiliaire :\n   — Pourtant ils t'ont troué la peau... Tu as les jupes passées à l'amidon\nrouge...\n   — Peuh ! leurs chiens m'ont fait des agaceries...\n   — Et tu as pu leur échapper...\n   — Au moyen de ceci...\n   Et elle lui montre un méchant couteau de poche.\n   Kriel daigne sourire d'un rire approbateur et même s'informer encore des\nbobos faits à la petite :\n   — Où es-tu blessée ?\n   — A la cuisse. Une simple éraflure...\n   — Et cela ne t'empêchera pas de marcher ?\n   — Oh ! que non !\n   — A la bonne heure... En route, alors !\n   Et c'est par ce coup d'essai que Gentillie obtint de pouvoir accompagner\nl'ombrageux Pintloon.\n\n                                       IV\n\n   Elle le suivit toute déguenillée, pieds nus, tremblant la fièvre, mettant à\nle servir, à deviner ses intentions un empressement qui ne se ralentissait\npas; ambitieuse de lui faire oublier le chien Dapper, qu'il regrettait et dont\nil ne parlait jamais, en ses fréquents accès d'humeur, sans tourner à l'avan­\ntage du quadrupède la comparaison entre celui-ci et Gentillie.\n   Elle lui épargnait les risques et les corvées; pour qu'il ne s'exposât pas,\nc'était elle qui, en pays découvert, lui puisait de l'eau potable. Elle gueusait\npour lui, d'étape en étape, ou allait même à la maraude.\n   Lorsqu'elle revenait les mains vides, après avoir essuyé les rebuffades, les\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "                                       120\n\n\n  insultes, et même les brutalités des paysans, ou après des démêlés avec les\n  garde-côtes et les gabelous que ses attitudes louches et vagabondes commen­\n  çaient à intriguer, son amant exaspéré par les fringales, en proie à une\n  colère blanche, la battait sans pitié. Il la jetait par terre, la daubait en\n  plein visage.\n     Elle ne murmurait pas, ne détournait pas la tête, se laissait défigurer;\n  mais de grosses larmes coulaient de ses yeux fixés sur lui avec une tendresse\n  à toute épreuve. Il l'aurait tuée qu'elle eût trouvé cette fin naturelle et,\n  venant de ses mains bénies, enviable.\n     C'était son chien de garde. Pendant que l'Esprot dormait à la belle\n  étoile ou dans une grange mal fermée; elle faisait sentinelle mieux que ne\n  l'eût fait Dapper. Elle en était arrivée à oublier son sexe. D'ailleurs,\n  Pintloon ne lui témoignait pas plus d'attention qu'à une bête.\n     Ils vécurent des mois ainsi; souvent séparés par les expéditions. Jamais\n  elle ne songea à profiter de la bifurcation de leurs routes pour s'arracher à\n  cette servitude; au contraire, lui absent, elle se rongeait l'âme, angoissée,\n  haletante après son retour. Il la retrouvait douce, baissée, aimante, comme\n  il l'avait quittée. Elle accourait et obéissait au moindre signal; ne se plai­\n  gnait jamais sous la charge; souvent foulée et strapassée comme une bête\n  de somme. A part lui, Pintloon finissait par se féliciter de cette acqui­\n sition.\n     Presque jamais il ne lui parlait ou s'il s'adressait à elle c'était pour la\n rabrouer.\n     Cependant, une nuit d'hiver, à Dunkerque, comme ils se retrouvaient\n après une expédition très lucrative où elle s'était particulièrement distin­\n  guée, et que Pintloon s'était payé le luxe d'un vrai lit dans une auberge à\n peu près habitable du port, en entendant sa vigilante complice claquer\n  des dents et grelotter sur le carreau, il céda à un mouvement de pitié, et\n  sans aucune idée de sensualité, il l'appela auprès de lui, sous les draps.\n     Respectueuse, un peu craintive, ne pouvant croire à une telle condescen­\n  dance elle hésitait; alors il la somma par un juron. Toujours grâce à sa\n belle humeur, il se fit qu'en la sentant près de lui, il commença par la\n taquiner, puis s'échauffant, la trouvant plus potelée qu'il ne le croyait,\n pour la première fois depuis leur vie commune, il la traita en femme, pro-\n digalement; et cette nuit, tant fut immense la félicité de Gentillie qu'elle\n eût voulu agoniser contre sa poitrine.\n    Le lendemain pourtant, il ne lui temoigna pas plus d'égards; elle, par\ncontre, loin de se montrer exigeante, fut plus prévenante et plus humble\nque jamais. Depuis ce rapprochement il la traitait à la fois en maîtresse et\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "                                  —   121   —\n\n\nen bête de somme. Les râclées finissaient par des caresses et, réciproque­\nment, les étreintes amoureuses dégénéraient en effroyables tueries.\n   Mais pour mieux mériter les faveurs du mâle, elle endurait les mauvais\ntraitements du bourreau. C'était à la fois son souffre-douleurs et son\nsouffre-plaisirs.\n\n   Cependant, à Lampernisse, le grand Sander se représentait les formes\ndésirables de la fugitive. Souvent il parlait de courtiser une autre parois­\nsienne. Il n'aurait eu qu'à choisir. Il avait même commencé à exaucer les\nsouhaits d'une belle soupirante. Mais le grand Jabikel continuait à s'arrêter\nà la porte de Gentillie. Alors Sander, mettant pied à terre, entrait et s'entre­\ntenait de l'enfant perdue, avec la veuve Verjans, et n'avait plus le cœur à de\nnouvelles poursuites.\n\n   C'était le troisième été que l'Esprot et Gentillie passaient ensemble. Un\nsoir que la lune éclairait l'étendue, un de ces soirs trop clairs, funestes aux\ntravailleurs de l'ombre, Pintloon amolli par la tiédeur parfumée et chatouil­\nleuse de l'atmosphère avait traité sa compagne avec une douceur plus\ncontinue que d'habitude. Peut-être son cœur allait-il enfin se fondre et payer\nautrement que d'amour matériel le dévouement de sa compagne ? Tout à\ncoup le contrebandier dressa l'oreille et murmura avec une certaine sollici­\ntude : « Ne bouge plus !... Ils viennent ! »\n   Gentillie n'eut que le temps de s'étendre sur le dos parmi les genévriers,\ncomme elle faisait en ces moments d'alerte; tandis que son homme courait\nse blottir plus loin.\n    Mais on les avait vus ! Pantelante, elle entendit des détonations; elle\nreconnut la voix brève et corsée du vieux fusil de Kriel, le bruit d'une\nplanche qu'on déchire; puis d'autres coups de feu plus grêles, mais nom­\nbreux et répétés. Des lueurs blanches déchiraient la nuit bleue. Une balle\nsiffla non loin de sa cachette, et Gentillie aperçut dans les rayons lunaires,\nPintloon trébuchant comme un ivrogne et s'appuyant à un buisson pour\nrecharger son arme.\n   — Foutu ! murmura-t-il d'une voix rauque, en lui jetant un regard dont\nelle devait se rappeler la détresse mêlée de rage; et vaincu, il s'abattit dans\nles hoyats.\n    En le voyant tomber, les agresseurs, gendarmes et paysans, qui s'étaient\ntenus prudemment à distance, accoururent et l'empoignèrent à la fois. Le\ngrand Sander, à la tête de quatre à cinq gars de Lampernisse, voulut\nl'achever à coups de sabots, comme on écrase une bête puante, mais Gen-\n                                                                         9\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "                                  —    122 —\n\n\ntillie se jeta devant lui, avec un cri atroce, et « Cierge de Neuvaine »\ns'arrêta net, en se voilant la face, tant elle avait l'air d'un spectre.\n   A l'aube, on charroya Pintloon, tout blessé qu'il était, par les routes\nvicinales dans un de ces tombereaux où les toucheurs alignent les veaux\nmenés au marché. Il s'agissait de le conduire à la prison de Bruges. On ne\nprit même pas le temps de panser sa blessure; épuisé par l'hémorragie il\ngisait sans connaissance au fond de cette caisse, sur un peu de paille et,\nmalgré sa faiblesse, quoiqu'il n'eut pu seulement lever la main, les gen­\ndarmes l'avaient ligoté.\n   A la nouvelle de sa capture, les ruraux que son seul nom avait si long­\ntemps terrorisés, s'ameutaient sur son passage. Aux étapes, les badauds\npayaient la goutte aux gendarmes pour pouvoir s'approcher du brigand.\nGrimpés sur les roues et l'échelette, ils se penchaient, riaient à présent de le\nvoir si chétif, si piteux, si misérable, à la merci du premier venu. Ils s'enhar­\ndissaient à le pincer, à lui arracher un frison de cheveux et ses soubresauts\nde douleur les mettaient en joie, et ils se vengeaient par ces privautés de\ntoute la chair de poule qu'il leur avait donnée.\n   A Lampernisse l'arrestation du pendard déchaîna une véritable kermesse.\nDes sarabandes se nouaient autour du tombereau d'infamie.\n   — Wel ! Wel ! C'était donc pour ce vilain moineau que Gentillie avait\néconduit le crâne Sander Bischbosch dit « Cierge de Neuvaine ».\n    Et le rimeur de l'endroit ajouta à la complainte composée sur les exploits\ndu « Fléau de la Westflandre » un couplet de circonstance, dans lequel\non associait Gentillie à la gloire du bandit : l'Esprot et son Esprote! Quelle\nhonte ! Quel opprobre !\n   Seul Sander Bischbosch ne jubilait plus.\n    Revenu de sa stupeur à la vue de sa misérable amante, faite comme une\nbrûleuse de moissons, le bon Sander, incapable de haine et de rancune,\navait voulu ramener Gentillie à la veuve Verjans, mais les gendarmes\ns'étaient interposés en exhibant un mandat d'arrestation lancé aussi contre\nelle; complice de son détestable amant.\n   — Oh ! folle, folle Gentillie, comment en était-elle arrivée là ? Instru­\nment d'un homicide et d'un voleur, elle, la promise du riche Sander\nBischbosch, qui se réjouissait de la doter de plus de bijoux et d'atours que\nn'en possèdent les madones les plus achalandées de la côte des Flandres.\n    Gentillie, les mains attachées sur le dos, marchait derrière la charrette,\nentre les gendarmes. Elle se renfermait dans un mutisme d'idiote, et, habi­\ntuée aux coups, elle ne sentait même pas la crosse du soldat qui lui labou­\nrait de temps en temps les épaules. Elle ne tressaillait qu'en entendant\nle patient se plaindre et demander « à boire ! »\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "                                 —   123 —\n\n\n   Quand la sinistre cavalcade traversa Lampernisse, Sander Bischbosch alla\nse réfugier chez la vieille mère de Gentillie et ne se montra pas, comme si\nc'était à lui de rougir et d'avoir honte.\n   Et les honnêtes gens blâmèrent le pauvre garçon de s'être rendu en un\ntel moment, chez la mère d'une voleuse.\n\n                                       V\n\n   Ce Sander fut encore plus déraisonnable en avançant à la veuve Verjans,\ncomplètement ruinée à présent, un peu du bel argent destiné à Gentillie,\npour payer l'avocat de cette indigne espèce. Le défenseur plaida l'incon­\nscience de sa cliente et réussit à la faire acquitter après trois mois de déten­\ntion préventive.\n   Un matin, les gens de Lampernisse la virent rentrer au village; jaune,\nmaigre, les yeux cernés et creux. Et, à l'inexprimable scandale de toute la\nparoisse, elle portait sur les bras un petit diablotin crépu, noir comme un\npruneau, aussi remuant qu'elle semblait énervée. La digne progéniture de\nPintloon, rien que ça ! Absorbée dans la contemplation de son petit, elle\nne parut même pas remarquer le hourvari que causait ce retour.\n   Elle ne témoigna aucune joie de son élargissement; mais accompagna\nmachinalement sa mère. Peut-être eût-elle préféré partager le sort de son\nhomme, condamné aux travaux forcés pour le meurtre du lignard ?\n   Les caresses de la vieille Verjans qui sautait de joie malgré ses rhuma­\ntismes, dans la cour du Palais, après l'acquittement, avaient laissé Gentillie\naussi indifférente que les corrections d'autrefois.\n   Volontairement elle se confine avec son bébé dans cette soupente d'où\nelle s'évada en une nuit néfaste. Ne la rencontrant jamais et les sachant\nsans ressources, les bonnes gens prétendent qu'elle vague la nuit et conti­\nnue le métier de son abominable amant. Et la réprobation frappe peu à\npeu la veuve aussi bien que la fille.\n   Malgré les criailleries et les indignations « Cierge de Neuvaine » le riche\nfermier du Dyck-Graaf continue de s'occuper de ces pauvres gens. Encore\nsi ce n'était que par charité; mais, croirait-on que, ensorcelé à son tour,\nil veuille encore du bien à cette fille-mère ! Et, ce qu'il y a de plus inconce­\nvable, c'est que la pécore continue de le rebuter.\n   Impatienté par sa froideur, le bonasse Sander se risque à lui dire :\n   — Ah ! Gentillie, tu mériterais bien qu'on brisât cette mauvaise tête\n pour le mal que tu t'es fait à toi-même et à ceux qui t'aimaient !\n   — C'est vrai ! répond Gentillie. Mais si Dieu le voulait ainsi ?\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "                                   — 124 —\n\n   Profitant de cette douceur encourageante, le brave Sander continue :\n   — Eh bien, si tu te repentais et essayais de redevenir brave et raison­\nnable, tout pourrait encore s'arranger... Oui, nous partirions, nous irions\nvivre ailleurs, loin des mauvaises âmes... Gentillie, reviens à toi, n'auras-tu\npas une bonne parole ?...\n   Mais elle, de hausser les épaules, de courir à son enfant, et d'embrasser\nce fils de Pintloon avec une exaltation qui ne laisse plus aucun espoir au\njeune fermier. Mordu de jalousie, il n'a pu retenir une exclamation de\ndégoût. C'est à l'Esprot que vont ces caresses !\n   Malheureux « Cierge de Neuvaine » ! Il est temps qu'il sorte. Elle lui\narracherait les yeux !\n   Quelques mois après, la vieille mourut de chagrin. Il fallut vendre la\nbicoque, le lopin de terre et les instruments de labour. Les hypothèques\nliquidées, il ne resta plus à Gentillie que quelques écus.\n   Sans avoir rien communiqué de ses intentions, la vente consommée, elle\nquitta furtivement le pays, comme elle y était rentrée, le poupon sur les\nbras, ne daignant pas même se retourner pour voir une dernière fois le\nchaume sous lequel elle avait dormi tant de nuits heureuse et où sa mère\nvenait de fermer les yeux pour de bon.\n   Elle s'en alla demeurer à la ville, aux environs de la prison où était\nenfermé Kriel Pintloon.\n   Elle n'apercevait que les hautes fenêtres étroites comme des meurtrières\net obstruées d'épais barreaux, trouant de leurs lignes noires la maussade\nmuraille de briques sales.\n   Lorsqu'elle s'éternisait sur le trottoir, le nez levé, essayant de flairer der­\nrière laquelle de ces fenêtres se morfondait son maître, les sentinelles, dont\nelle contrariait la promenade de long en large, la repoussaient brutalement\net répondaient par des charges à ses informations suppliantes.\n   Pourtant une recrue, plus compatissante que les autres soldats du poste,\napprit à la pauvresse que Pintloon avait été transféré de la prison cellulaire\ndans une maison de force au cœur du pays, d'où il ne sortirait probable­\nment que vêtu de bois de sapin et les pieds en avant.\n   Sa résignation imprévue à cette nouvelle ne fut pas la chose la moins\ndéconcertante de la vie de l'Esprote.\n   Peut-être n'y croyait-elle pas ?\n   Quelle que fût son impression, elle continua de vaguer aux environs de\nla première prison de Pintloon sans songer un instant à émigrer à sa suite.\n   Son bâtard grandissait, et, pour le nourrir et l'élever, ses derniers écus\nmangés, elle chercha du travail.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "                                  — 123 —\n\n\n   A présent elle s'employait à rendre des services aux soldats du poste, aux\ngeôliers, aux buralistes. Elle faisait les commissions, fourbissait les armes,\nastiquait les buffleteries ou rangeait le ménage des guichetiers célibataires.\n   Elle finit par faire partie du grand édifice morose et désolé.\n   Elle éprouvait une sorte de tendresse respectueuse pour les gendarmes qui\navaient blessé et capturé son homme. Sentiment de grossière admiration\npour la force armée et victorieuse. Les jours de fête, lorsqu'elle voyait les\npandores en grande tenue, luisants, bien peignés, la peau rose, mousta­\nches cirées, le colback irréprochablement brossé, le baudrier blanchi à la\ncraie, elle les dévorait des yeux, fière d'avoir collaboré à ce gala. On aurait\ndit qu'elle essayait de se concilier ces soldats tout puissants en faveur de son\nfils, à l'exemple des pauvres dévots qui s'approvisionnent d'indulgences\npour les jours de tentation.\n   Mais lorsqu'elle les voyait certains soirs, au retour des expéditions,\npoudreux et couverts de sueur, l'air implacable, sabre au clair, cavalcadant\naux côtés des paniers à salade, et que leurs hautes silhouettes s'engouffraient\ndeux par deux, sous le portail béant et noir, et que les battues de leurs che­\nvaux résonnaient dans le préau derrière les murailles, elle gagnait peur,\nappelait le polisson qui jouait dans la rue, fermait sa porte à double tour et\npressait le gamin contre elle avec une sollicitude et des angoisses de poule\nqui tremble pour son poussin.\n   D'autres fois aussi lorsque, se prenant de dispute avec les fils de Gentillie,\nles méchants gamins, pour le réduire a quia lui jettent à la face ce sobriquet\ndéshonorant : « Fils d'assassin ! Fils de voleur ! Fils de l'Esprot ! » la\nbougresse fonce comme une lionne sur la bande agressive, dégage, en dis­\ntribuant force taloches dans le tas, le gamin écrasé par le nombre, et ne\nrentre que lorsqu'elle les a mis en fuite à coups de pierre.\n\n\n                                       VI\n\n   Des années se passent encore. Le fils de Pintloon devient un grand\ngarçon, bien découplé, de figure éveillée, mais de mine réfractaire comme\ncelle de son auteur.\n   Choyé, gâté par sa mère, il a contracté des habitudes de paresse et de\ndébauche, boudant les métiers réguliers, et rêvant des bamboches et des\nescapades.\n   Les soucis et les tracas de la mère redoublent.\n   Et chez l'Esprote se produit ce sentiment bizarre : plus le garçon prend\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "                                   — 126 —\n\nla taille, les habitudes du corps et la physionomie du condamné, plus Gen-\ntillie se désintéresse du souvenir de son terrible amant.\n    Son amour maternel se double d'une tendresse plus exaspérée moins\nquiète. Insensiblement Gentillie confond le jeune gars, rôdeur de carrefours\net batteur de pavé, le voyou précoce et impudent, avec le hardi malfaiteur\nd'autrefois.\n   Maintenant lorsque devant elle on fait allusion au prisonnier, la rude\ntravailleuse regarde son interlocuteur d'un air hébété comme si elle ne\nsavait pas ce qu'il veut dire et elle continue sa besogne.\n    Une pièce administrative tombe chez elle, par la poste, et l'avertit officiel­\nlement du décès du contrebandier. Pas plus de larmes qu'à la mort de sa\nmère. Elle regarde son sacripant de fils à l'air rogue et effronté, comme\npour dire que ce trépas lui est égal à présent.\n    Dans sa maladive faiblesse pour le gamin, elle ne sait quoi inventer pour\nle retenir auprès d'elle.\n    Elle n'a rien à lui refuser, se prive, se saigne pour lui, travaille nuit et\njour, nettoie, « fait des quartiers », ravaude, repasse; tout cela pour qu'il\n puisse aller boire, fumer dans les bouis-bouis et jouer au bouchon avec les\nbonneteurs et les jolis efflanqués de sa trempe. Elle le veut aussi, propret,\nbien coiffé et bien chaussé.\n    Elle entretient leur petit ménage comme un nid d'amoureux; et toute\nvieille, fourbue, ratatinée, courbatue, sa belle fleur de santé et de femme,\nflétrie par les privations, les brutales aventures et les quotidiennes dégelées,\nelle redevient coquette, soigne sa mise, se nippe, s'attiffe, comme s'il s'agis­\nsait pour elle, d'épouser le gros « Cierge de Neuvaine ».\n    Et tous ces frais de coquetterie, et toutes ces attentions séduisantes, pour\nle jeune Esprot. Ah ! n'est-ce pas ainsi qu'elle se représentait Pintloon, le\ncontrebandier, durant ses veilles mal-conseillères à Lampernisse, dans les\nténèbres de sa mansarde !\n    Lassé par ces chatteries, et ces caresses, et ces baisers importuns, le jeune\ndrôle ne se gêne pas pour la repousser durement; et comme elle insiste, peu\nà peu, lui aussi prend l'habitude de la battre.\n    La première fois que le vaurien s'oublia à ce point, la pauvre femme se\nmit à rire : à présent la ressemblance avec le passé devient complète !\nL'autre Pintloon n'avait-il pas commencé ainsi !\n    Le gamin prit goût à l'exercice. Rentrait-il ivre, après une perte au jeu,\nil passait son déboire et sa colère sur le dos de la pauvre femme. Et la rési­\ngnation presque extatique de ce misérable corps, renversé et immobile, la\nprière de ces yeux, l'imploration sans rancune et même sans impatience de\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "                                   — 127 —\n\n\n cette bouche qu'il achevait d'édenter, ne faisait que le mettre hors de ses\n gonds.\n    Cependant le jeune coq tirait sur ses seize ans. Il prenait goût à des jeux\n de plus de conséquence, le poil lui venait aux lèvres, et les polissonneries\n entre mauvais capons, manquant de montant, il commençait à pincer les\n petites gaupes du quartier.\n     Un samedi Gentillie, rentrant exténuée d'un terrible nettoyage dans une\n maison de la rue passante sur laquelle débouchait leur impasse, oubliant\n les ampoules saignantes à ses pieds, et ses bras ouverts par les corrodantes\n lessives à l'eau de javelle, heureuse de rapporter un peu plus d'argent à son\nfiston et maître, elle surprit le gaillard, vautré sur son propre lit, avec une\n trieuse de café du voisinage.\n    Alors, emportée par la colère, aiguillonnée par une monstrueuse jalousie,\n son instinct maternel s'étant détraqué et, devenant une véritable appétence\n d'amoureuse, elle se jeta entre eux, au grand ébahissement des polissons.\n    Perverti comme il l'était, le jeune Pintloon n'eut pas de peine à com­\n prendre cette anomalie. La fureur de la pauvre femme était si risible, sa\ntriste mine si falote, que ce devint un amusement pour le jeune drôle de\n provoquer des scènes de jalousie entre les petites coureuses des ruelles\n environnantes et la pitoyable Gentillie.\n    Les guenuches s'en amusaient aussi comme des petites folles, et se\n prêtaient volontiers aux inventions scabreuses de leur galant.\n    Une fois les cyniques questionnaires attachèrent la vieille au pied du lit,\n et, débraillés et dépoitraillés, se livrèrent, sous ses yeux, aux ébats les plus\nlestes.\n    La maniaque poussait des petits aboiements plaintifs de jeune chien à\nl'attache; et les méchants gamins pouffaient tellement que leurs déduits\ndevenaient un simple simulacre.\n    Ingénieux, de jour en jour ils raffinèrent leurs persécutions.\n    Mais un soir qu'ils l'avaient taquinée plus que de coutume, le gars reve­\nnant d'une partie de garouage, trouva la folle toute pelotonnée, comme une\nboule. Il la secoua avec sa douceur habituelle: « Hé ! la vieille rosse ! »\n    Elle ne bougeait plus; elle enfonçait sa tête grise dans un paquet de\nguenilles; frusques roussies par le contrebandier ou défroques usées et tachées\npar l'enfant.\n    Ces hardes étaient trempées de larmes attiédies de baisers; et Gentillie\navait fini par y noyer tout doucement, son dernier souffle.\n\n                                                      GEORGES EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 130, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "VERS 1 I", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOIRS TRISTES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "VERS (1)\n                                            I\n\n                Celui qui n'a pas tout mon cœur\n                Ne saura rien de ma pensée;\n                L'âme qui n'est pas la sœur,\n                La sœur jumelle de mon âme,\n                N'entendra rien à ma douleur.\n\n               Ma vie en deuil, comme une femme\n                Qui pleure longtemps, s'est lassée,\n               Et mon âme discrète et pâle\n               N'est plus qu'une chapelle close\n               En un cimetière oublié.\n               Nul genou sur la blanche dalle\n               Depuis longtemps ne s'est plié,\n               Et c'est, à l'heure où toute chose\n               Se transpose, un peu de mystère\n               Dans la chapelle solitaire,\n                Une musique liturgique\n               Si profonde et si vespérale\n               Et si lointaine de la terre,\n               Une musique qui s'exhale\n               En l'âme close d'un cantique;\n               Des voix de filles inconnues\n               Et de simples congréganistes;\n               Des voix on ne sait d'où venues,\n               Mais si pénétrantes ! si tristes !...\n\n\n              Et l'orgue un peu les accompagne...\n              Et c'est le soir dans la campagne...\n\n\n\n(1) Extrait de Mon cœur pleure d'autrefois..., recueil de vers sous presse\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "                     —   129    —\n\n\n\n                          II\n\n                     HALLALI !\n\nHallali ! Hallali ! Je suis le cor qui pleure,\n    Attristant l'horizon du soir;\n     Qui se lamente et peine l'heure\n     D'inconsolable désespoir.\n\nHallali ! Hallali ! Mon âme sur la tour\n     Corne solitude et détresse;\n     Oh ! que me vienne un peu d'amour\n     Pour ensevelir ma tristesse...\n\nHallali ! Hallali ! Les blanches châtelaines\n     Ont quitté le triste manoir;\n    Hallali ! Holà ! vers les plaines,\n    Mon cor pleureur, et vers le soir...\n\nHallali ! Je suis seul dans le soir de mes jours;\n    Pleurez mon pauvre cor sonore.\n     Holà ! Quelqu'un des alentours,\n     Oyez mon cor qui vous implore...\n\nHallali ! Hallali ! Oyez le cor qui pleure,\n     Attristant l'horizon du soir;\n     Qui se lamente et peine l'heure\n     D'inconsolable désespoir.\n\n\n                          III\n\n                MAISON D'AMOUR\n\n    C'est dans la ville d'espérance,\n    Endormie au loin des remords,\n    Comme au fond d'un jardin d'automne,\n    C'est dans l'oubli de la souffrance\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1065, "texte": "                                          — 130 —\n\n               Et du passé qui me pardonne\n               Comme on est pardonné des morts,\n               A l'ombre d'un peu de mystère,\n               Et plus seule et plus solitaire\n               Parmi sa grille à jamais close\n               Pour ceux qui viennent de la terre,\n               Cest la maison de toute chose,\n               La mystique maison d'amour.\n               Et parfois, quand se meurt le jour,\n               De ses fenêtres demi-closes,\n               Des romances douces et graves\n               Et si célestement suaves\n               Qu'on a peur de tant de langueur,\n               Tombent parmi ces pâles roses,\n               Sur des souffrances inécloses...\n               Et l'on sait que c'est le bonheur\n               De deux mains à jamais fidèles\n               Aux promesses inoubliées,\n               Deux âmes à jamais liées\n               Pour des caresses éternelles.\n\n                                                    GRÉGOIRE LE ROY.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 135, "titre_corps": "Soirs tristes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "SOIRS TRISTES", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 1065, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "SOIRS TRISTES\n     Au   SOUVENIR   DE   MAX   WALLER.\n\n\n\n\n                                 FLEURS DE GEL\n\n            Dans le calme de ce soir, voici que d'étranges fleurs d'hiver\n             viennent de grandir soudain aux vitres de la fenêtre, et la\n             lune bleue les illumine silencieusement, les étranges fleurs\n             de gel qui miroitent, pareilles à des fougères de diamant. En\ndessins merveilleux se sont déployés des feuillages de féerie, et l'élégance\nfantasque des ramilles délicates et des palmes claires, fait, en la pure\nblancheur du givre qui voile la fenêtre, des joailleries contournées en\nélancements subtils, d'arborescentes complications de cristaux radieux qui\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "                                 — 131 —\n\n\nétincellent, des végétations chimériques qui scintillent pensivement sous\nla lune, comme une forêt de neige où trembleraient les étoiles... Et rien\nne bouge, rien ne bruit dans le calme insolite de ce soir glacé.\n   De nuit, de froid, ma chambre se remplit, comme un sépulcre, et vers\nma tristesse glisse la caresse morne de la lune, sa lumière inquiétante et\nbizarre, qui semble faite pour éclairer seulement de fuyants fantômes parmi\ndes choses mortes. Mélancolique et splendide. elle me charme d'émotion\n singulière, la lente procession rêveuse des rayons bleus à travers le blanc\n mystère de ces capricieuses et brillantes fleurs de gel.\n\n\n                     A UNE QUI EST AU LOIN\n\n                                           Ich weiss nicht warum so traurig bin.\n                                                                   H.   HEINE.\n\n\n   Ce serait délicieux, — par un soir comme celui-ci, de spleen, de mélan­\ncolie trouble et d'ennui, alors qu'au dehors la pluie tourbillonne dans\nl'ombre épaisse, que la course furieuse des nuées passe sur la lune étrange­\nment livide et que le vent secoue les réverbères miroitant sur la boue, alors\nqu'en ma chambre close, la lumière douce de la lanterne japonaise éclaire\ntous mes bibelots chéris, conteurs de passé, mais qui ne me disent rien ce\nsoir, rien que tristesse, — quand, en la quiétude en mon bonheur trop cer­\ntain de brusques envies de sanglots m'étouffent, sans motif ! — délicieux\néperdûment, de la voir entrer soudain dans ma chambre trop silencieuse,\naprès un bref coup de sonnette qui aurait étonné ma lassitude chagrine. Des\nportes qu'on ouvrirait, des pas furtifs dans l'escalier... Et Elle arriverait\ntoute transie et mouillée, la voilette humide, un peu essoufflée, les joues\nrouges et fermes à cause de la tempête. Invraisemblable, mais de suite\nreconnue, Celle qui est au loin, et quelles ivresses et quels chuchotants\nmurmures de souvenir d'amours anciennes ! Et, avec ses bons regards\njoyeux, elle ôterait lentement son manteau, et assise près du feu, se pen­\ncherait sur moi, couché à ses genoux, réchauffant avec des mains et des\ncaresses folles, ses petits pieds glacés, ses petits pieds d'autrefois. Et pour­\nraient recommencer les ferventes processions de baisers, dévotes à de chers\nreposons ! Mieux encore la regarder, la regarder sans rien dire, dans\nla chambre silencieuse, pour ne pas trop vite dissiper le charme mystérieux\nde cette chimérique arrivée... Oui, ce serait délicieux, délicieux plus qu'un\nrêve...\n   Mais on n'entend rien que les gémissements sinistres des rafales,\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "                                  —   l32   —\n\n\nla lamentation du feu et la pluie qui pleure dans le noir, les choses sont\nmuettes et tristes, et c'est insensé de l'espérer : elle ne vient pas, elle ne\nviendra pas, car rien d'inattendu, hélas ! n'arrive...\n\n                              PAR LA P L U I E\n\n                                                   Pour un cœur gui s'ennuie\n                                                   O le chant de la pluie...\n                                                               PAUL VERLAINE.\n\n   De ma chambre devenue sombre et doucement parfumée de l'agonie de\nquelques fleurs, je regarde la tempête qui ravage la campagne, la campagne\npâlement verte et grise au loin, les arbres suppliants sous l'averse, les\nfeuilles jaunies qui tourbillonnent, les chemins luisants comme des rivières,\net les passants rapides et piteux sous cette grande colère du ciel. A l'horizon\nquelques cheminées, noyées de brume, au dessus des toits rouges. Et je\nm'attarde à écouter les grondements sauvages et les longues plaintes mornes\ndu vent, la chanson monotone de la pluie qui fouette les vitres, pleure et\nruisselle au long des murs, la désolée, pleine de si tristes voix, de mur­\nmures obscurs qui se lamentent, doucement berceuse et évocatrice de\nsouvenirs...\n\n   — Le soir tombe, et voici que commencent, par la capitale en fête, les\nilluminations joyeuses. De tous côtés, vers le bruit et la lumière, accourt\nle peuple, avec son enfantine gaieté curieuse. C'est, en les rues, un\nbavardant grouillis de populace turbulente. En l'obscurité croissante, s'allu­\nment les lampions multicolores; des cordons de gaz courent le long des\nfacades; les étalages des magasins resplendissent; aux réverbères triom­\nphants enguirlandés de feu, s'accrochent des grappes de lumières; jusqu'aux\nlointaines extrémités de l'avenue, étincelle et flamboie une longue traînée\nde flammes. — Et il pleut, une pluie impitoyable et fine, il pleut sur l'embra­\nsement du boulevard, sur les rires de la multitude... Tout en haut, au\ndessus des passants, se balancent des lanternes japonaises vertes et rouges,\ncomme de petits ballons bizarres, qui rendent très haut et très profond\nle ciel noir d'où l'ondée dégouline. D'un balcon, j'apercevais un très\ncurieux fleuve de parapluies, tous pareils, régulièrement emboités, un\nfleuve partagé en deux courants opposés et sur les vagues étranges duquel\nse jouait singulièrement la lumière mouillée. Dessous se devinait une\nhumanité heureuse et piétinante, des conversations et des rires dont le\nmurmure confus se mêlait au crépitement de la pluie... Mais les lampions\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "                                  — 133 —\n\nun à un submergés, agonisèrent; le vent âpre réduisit à une pâle ligne bleue\nles files de gaz; et les réverbères, dépouillés de leur splendeur, scintillèrent\ndésespérément. Sous les parapluies, les rires aussi s'éteignirent et lente­\nment la plèbe désappointée se dispersa; dans l'ombre accrue le boulevard\nredevint silencieux et désert. Seules, dans le ciel noir, quelques pâles\nlanternes japonaises chancelaient.\n\n  En mon âme où les bruits de fête ont pour toujours cessé, dans la nuit,\nsous la pluie, survivent quelques illusions bizarres, flottant haut et éclairant\nà peine, chancelantes et toujours près de s'éteindre, sous la pluie...\n\n\n   — A Londres, vers midi, sur un petit bateau à vapeur filant sur la Tamise.\nLes tours frêles de Westminster s'effacent derrière nous. Un pont, deux\nponts, d'autres, tous superbes et couverts de monde : passants pressés,\ncabs, omnibus, tout l'affairement de la grande cité commerciale entrevu sur\nces ponts gigantesques, dans le brouillard... Puis, plus rien : les quais parais­\nsent morts. Sur le bateau, personne; seuls, près de la machine pour avoir\nmoins froid, la pluie nous pénètre et nous glace. Mais c'est un charme\nimprévu et doux que de regarder, en cette clarté jaune du crépuscule, la\nTamise, avec son allure inquiétante de fleuve mauvais, ses eaux noires,\ntourbillonnant sans bruit, entraînant des bouts d'épaves vagues, comme\nun égout formidable. Des deux côtés, des magasins immenses : bâtisses à\nmultiples étages aux fenêtres sombres sans croisées, comme des yeux crevés,\navec une complication bizarre de chèvres, de poulies et de câbles. Et l'on\nsuppose en ces entrepôts une plèbe innombrable et fourmillante peinant sans\nrelâche pour les exigences de la Ville monstrueuse. — Par instants un autre\nbateau nous croise, siffle, passe vite et s'efface dans la buée grise... Pas\nd'autre bruit que le clapotis ronflant de notre marche et parfois la voix\ngrêle d'un gamin qui crie en mélopée : stop ! — On va, on va toujours sur\nl'égout démesuré et les paysages s'élargissent. Les rives s'éloignent et entre\nles maisons plus rares, derrière les cheminées des manufactures et les murs\nnoirs des docks, on aperçoit des végétations inouïes de mâts, de vergues et\nde cordages, des milliers de gréements dont les lignes élégantes et sveltes se\nsilhouettent capricieusement sur le ciel gris : une forêt fantôme aux aspects\ncruels et charmants. — Un grand bateau plat, noir et lourd, passe, silencieu­\nsement mené par deux hommes. Et cela a l'air d'être du songe terrible,\ncomme si les deux funèbres nautonniers conduisaient sous ces toiles de deuil,\nde secrets forfaits et des cadavres... Le fleuve devient plus large encore.\n Comme la mer. De très lointains navires semblent des oiseaux perdus dans\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "                                  -   134    -\n\nle brouillard humide. D'impossibles mannes s'entrevoient et se dissipent;\ndes apparences impossibles et fantasques se rêvent dans le gris du ciel et de\nl'eau, infiniment doux, mystérieux et mélancolique. Et à mesure que la\ncourse s'achève, on se sent plus faible, plus imperceptible et plus triste en\ncette immensité grise.\n\n  Tristement, glisse en un rêve gris, le vaisseau de ma vie, vers une fin\nincertaine, sous la pluie...\n\n\n                         LA PLAINTE DU FEU\n\n                                            ... Et l'on croirait entendre, tout près, le\n                                          chuchotement fastidieux d'un vieillard.\n                                            — Que ces roses étaient fraîches et\n                                          belles !...\n                                              IWAN TOURGUENEFF. Poèmes en prose.\n\n\n   C'est l'hiver et je suis seul. Au dehors le vent et la pluie, les rafales\ncolères dans l'ombre, l'horreur de l'obscurité humide et convulsée. Dans\nl'âtre, les flammes sautillent allègrement, danse jaune aux reflets de sang,\ndanse rouge aux reflets d'or, qui se calme, et s'irrite, et s'apaise encore, tou­\njours imprévue, changeante. Le vent dans la cheminée se lamente : triste\nchanson de gémissements étouffés, de pleurs et de plaintes de pauvre être\nfaible abandonné, longues supplications craintives monotonement chucho-\ntées comme pour adoucir des fureurs, étranges cris doux de désespoir, bal­\nbutiantes et sifflantes mélancolies, paroles incohérentes et vagues, de si loin\nvenues, et si vite, et si confuses !... On perçoit seulement leur mystérieux\naccent d'angoisse incertaine; et vous induit en une trouble terreur, la\nmusique plaintive et énigmatiquement menaçante de ces rumeurs souffre­\nteuses; sous les rêveries noires, le front se penche tandis que le feu chante,\nque s'éplore en la cheminée sa chanson où bourdonnent des voix, de chères\nvoix qu'on n'entend plus, jamais plus...\n\n   Songer, en écoutant l'indistinct murmure du feu qui se lamente et lais­\nser venir les mornes souvenirs qui tourbillonnent dans la nuit !... Plus\nd'une fois déjà il fallut, dans la prostration d'un effrayant malheur et\nsanglotant dans des habits de deuil, suivre le convoi d'aimés qui s'en furent\nvers le repos auguste de la mort et chaque fois ce fut un déchirement atroce,\ncomme l'arrachement de quelque chose de vous-même qu'on jetait à la terre\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "                                  —   135   —\n\n\nimpassible... Combien chaque jour qui passe, plus cruel, nous entame\net nous dévore !...\n   Penser, tandis que le feu se lamente, penser à toutes les illusions qui\nont saigné le long de la route parcourue, aux belles fleurs d'enfance insou­\ncieuse qui riaient au soleil, dans la fraîcheur des impressions premières,\naux escapades d'écoliers espiègles, aux gaies vacances, aux compagnons\nd'alors si joyeux et si confiants !... Où sont-ils maintenant ?... Perdus dans\nla vie, comme dans l'Océan immense, et si loin, que c'est folie espérer les\nrevoir, irréparablement perdus...\n   Penser aux jeunes enthousiasmes, aux jeunes colères, aux jeunes convic­\ntions, aux sauvages ardeurs de chevalier et d'apôtre, aux ambitions naïves\net démesurées des vingt ans : où sont-elles maintenant ?... Belles toujours,\nséduisantes et charmeresses, mais pour d'autres à présent, car la Foi ne\nrevient plus, hélas ! aux âmes qu'elle a quittées !...\n   Penser encore, penser aux amitiés précieuses, à ceux dont la main loyale\net dévouée vous soutint aux jours amers, à ceux que pendant des ans vous\navez vus tous les jours, qui ont su tous les secrets de votre cœur et les pro­\njets audacieux de votre esprit, tous ceux dont la vie fut une partie de la\nvôtre, où sont-ils maintenant ?... Perdus dans la vie comme dans l'Océan\nimmense, mais tous si loin, si loin qu'ils ne vous entendent plus quand\nvous les appelez !... Et à quoi bon d'ailleurs les appeler ! Ce serait folie que\nd'espérer les retrouver une heure, tels que jadis !...\n   Penser à celles qui vous aimèrent, à celles que vous avez aimées, depuis\nles tremblantes tendresses d'adolescent jusqu'aux dépravations où vous\nfit choir un désir d'inattendu ! Oh ! ces serments et ces bonheurs, et ces\namours qui devaient durer toujours ! Elles s'en sont allées, aux courants de\nla vie... Où sont-elles maintenant, celles qui furent miennes ?... Que je les\nsais irréparablement perdues, plus irréparablement dans la vie que dans la\nmort, car les rencontrer encore, et vouloir recommencer le passé, ne\nserait-ce point flétrir à jamais le souvenir indécis et charmant et le regret\nvague que j'en conserve précieusement... où sont-elles, les aimées ?\n\n   Tandis que le feu se lamente et que sa musique plaintive évoque les\nmornes souvenirs tourbillonnant dans la nuit, on s'étonne d'avoir pu mou­\nrir ainsi tant de fois un peu, d'avoir supporté une si continuelle agonie...\nVa-t-elle se prolonger encore ? Oh ! qu'il serait bon, puisqu'il nous est inter­\ndit d'arrêter la Chimère, qu'il serait bon et bienvenu le définitif oubli, loin\nde tous ces regrets qui pleurent... Conseillère de néant, la monotone chan­\nson du feu s'éplore en la cheminée...\n                                                     J U L E S DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 136, "titre_corps": "Amen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "AMEN", "ancre_fin": "MAURICE MAETERLINCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 157, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "AMEN (1)\n               Mon âme en est triste à la fin;\n               Elle est triste enfin d'être lasse,\n               Elle est lasse enfin d'être en vain,\n               Elle est triste et lasse à la fin,\n               Et j'attends vos mains sur ma face.\n\n               J'attends vos doigts purs sur ma face;\n               Pareils à des anges de glace,\n               J'attends qu'ils m'apportent l'anneau,\n               J'attends leur fraîcheur sur ma face,\n               Comme un trésor au fond de l'eau.\n\n              Et j'attends enfin leurs remèdes;\n              Pour ne pas mourir au soleil.\n              Mourir sans espoir au soleil !\n              J'attends qu'ils lavent mes yeux tièdes\n              Où tant de pauvres ont sommeil;\n\n              Où tant de cygnes sur la mer,\n              De cygnes errants sur la mer,\n              Tendent en vain leurs cols moroses;\n              Où le long des jardins d'hiver\n              Des malades cueillent des roses.\n\n             J'attends vos doigts purs sur ma face,\n             Pareils à des anges de glace.\n             J'attends qu'ils mouillent mes regards.\n             L'herbe morte de mes regards\n             Où tant d'agneaux las sont épars.\n\n                                             MAURICE   MAETERLINCK."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 137, "page_fin": 142, "titre_corps": "Grisailles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "GRISAILLES", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS ROSES FUNÈBRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "GRISAILLES\n      A MADEMOISELLE LOUISE D'ANS.\n\n                                      Je fuis et je m'accroche à toutes les croisées\n                                      D'où l'on tourne le dos à la vie.\n                                                         STÉPHANE MALLARMÉ.\n\n\n                                VOCATION\n\n               Quelques brèves paroles échangées — comme pour se prouver à\n                soi-même son existence — chacun, cédant à un besoin de\n                silence, s'est laissé aller à sa rêverie.\n                   C'est dimanche.\n   L'aïeul enfoui dans un fauteuil, les mains longues et amaigries rejointes,\nregarde dans le vague, de ses yeux fatigués et malades, avec un air de souf­\nfrance résignée et, de temps en temps, se soulève un peu pour respirer plus\nlibrement.\n   L'aieule en sa bergère, près de la fenêtre, sommeille. Par habitude,\nétonnés de repos, ses doigts travaillent à une invisible broderie. Les ailes\nblanches de son béguin s'agitent doucement.\n   Près d'elle, les deux lévriers aux formes fines et longues reposent, la tête\nallongée entre les pattes, mystérieux comme des sphinx dans le soir pourpre\nqui commence à effacer les choses.\n   Debout à une croisée, la jeune fille. Immobile, elle regarde les nuages\npasser comme un fleuve de flammes dans l'azur, les nuages légers aux\nformes chimériques, aux changeantes moires, aux fuyants et indéterminés\ncontours; le soleil qui disparaît à l'horizon dans un éclaboussement\nvermeil; la petite église dont le clocher coupe le ciel et où sonnent les\ncloches, mais si lointaines qu'on les croirait là-bas sanglotant la mort du\njour, et tout autour, les toits de chaume et le blanc cru des murs de fermes.\n   Elle regarde : et tout au loin, des hameaux perdus dans des creux de\nmontagnes, des champs de labour, des forêts dépouillées de verdure et des\narbres aux innombrables ramures noires. Elle regarde, et ses grands yeux\nbleu sombre s'agrandissent encore, étonnés et tristes de refléter ce paysage\ndésert.\n   D'une suprême et virginale élégance dans sa robe tombant en plis droits,\naux manches bouffantes — ses cheveux cendrés relevés en torsade, piqués\n                                                                           10\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "                                 — 138 —\n\nd'un peigne en écaille couleur d'ambre — elle semble avoir conservé la\ngrâce frêle de l'enfance dans le développement de l'adolescence.\n   On dirait que, brusquement, la sève puissante qui fait éclore la fleur de\nla jeunesse s'est arrêtée, et que les formes, au lieu de s'épanouir se sont\ncomprimées et sont restées grêles, mais empreintes de quelle noblesse\nnative !\n   Une mélancolie vague, en elle imprégnée, peu à peu se répand. Elle\nreste là, à la fenêtre où meurt la lumière, attirée par le charme du crépus­\ncule, l'effacement complet des choses, l'assoupissement des bruits.\n   Mais grinçante, d'un bruit aigu, métallique et cruel et se terminant\ncomme une fêlure, implacable, l'horloge sonne l'heure, lentement.\n   Elle tressaille; en un bond se relèvent les lévriers qui aboient lugubre­\nment et se tiennent en arrêt, comme pour protéger leur maîtresse d'un\nennemi invisible qui la menace dans l'ombre.\n   Elle a pour eux une caresse fiévreuse de sa main tremblante.\n\n\n\n   Quelques lueurs de sang s'allongent encore à l'horizon, et dans la\nchambre aux grands carreaux d'or, enténébrée. on n'aperçoit plus que des\nombres.\n   Heure exquise où l'on revoit dans un crépuscule de souvenir tout ce\nqu'on a aimé, où tout le passé avec ses héros et ses martyrs, ses boulever­\nsements et ses splendeurs se dresse sublime dans une apothéose, où l'on se\nsent plongé dans une bienheureuse torpeur, où l'on perd la conscience de\nsoi-même, où l'on se sent vivre dans les choses, où l'on rêve.\n   Mais elle est lasse de ses pensées, et pour échapper aux hantises qui main­\ntenant l'obsèdent, elle s'assied au clavier dont le bois noir et les touches\nblanches luisent vaguement dans l'obscurité.\n   C'est d'abord, radieux et serein, le chant du printemps, l'aurore de la\nvie, les fleurs qui vont éclore, le ciel bleu et rose plein de gazouillements\nd'oiseaux, l'éveil du jour. Mais brusquement s'interrompt la phrase joyeuse,\nl'espoir a fui, c'est en elle l'angoisse poignante d'une grande douleur, d'un\navenir insondable qu'elle ne remplira jamais, d'un infini'désespoir 'où elle\nsombre avec tous les aimés. Elle ne sait quel malheur immine, et elle\nsanglotte.\n   Grinçante, d'un bruit aigu, métallique et cruel, se terminant par une\nfêlure, implacable, l'horloge a sonné.\n   Pourquoi elle tressaille ? C'est une sombre mélancolie en elle tout à coup\napparue, il y a longtemps, étouffant l'essor de sa jeunesse, une mélancolie\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "                                   -    139    -\n\ninexpliquée. Laissés tous les jeux, les ris, les plaisirs; devenu grave son\npur visage, tandis que, dans ses yeux de sibylle, un mystère grandissait.\n   Dans les ténèbres de l'avenir, elle a vu les hontes et les turpitudes, la\nchute de toute noblesse, de toute grandeur, de toute bonté dans l'abîme de\nstupéfiantes abjections. Elle a vu périr les voyageurs partis joyeux vers des\nrégions d'espérance, elle a vu les luttes et les défaites, elle a entendu les\nrâles lugubres, les appels désespérés.\n   L'ange a fermé ses ailes blanches, fatigué des vols.\n   Et lorsqu'elle voit ses frères, les cygnes blancs du ciel, voguant sur un lac\nd'or aux rivages d'azur, c'est l'horloge grinçante et cruelle qui sonne le glas\nde ses rêves, pour la rappeler à la vie pénible.\n   Et, tandis que dorment les vieillards, le sourire aux lèvres à la vision d'un\nidéal lointain, elle a cessé d'égrener les notes tristes du clavier. Elle pleure.\nLes deux lévriers près d'elle assis, veillent, les yeux brillants comme des\ntaches de phosphore.\n   Elle sent grandir en elle le désir d'être seule, toujours seule, la paix inal­\ntérable et profonde du cloître l'envahir.\n\n                                       MATIN\n\n   Par la grande allée de bas tilleuls, toute couverte de mousse, entourée de\ncierges, une dernière fois, elle est passée dans le brouillard matinal et l'apai­\nsement de la campagne. Elle est passée dans le cercueil bleu porté par des\njeunes filles vêtues de mousseline. La cloche de la petite église sonnait\nlentement le glas. Elle est passée suivie de quelques paysans dont les yeux\nont la mélancolie reflétée des larges horizons où ils vivent, marchant lour­\ndement, cariatides de cette tristesse épandue dans les grands paysages\nprofonds et calmes. Ils allaient la tête baissée, leurs rudes figures attendries,\npensant à leur frêle maîtresse qui s'en était allée au paradis bleu parmi des\ndames blanches de leurs légendes.\n   Une tristesse grise flottait dans l'air, bien que le printemps fleurît\ndéjà les prairies et que des pétales blancs tombassent en tournoyant sur la\nfunéraire théorie.\n\n                                 DIMANCHE\n\n  C'est dimanche et c'est vêpres; la campagne est déserte au loin, tout\nsemble être à la garde de Dieu.\n  Rien d'aigu dans les couleurs, tout s'est atténué jusqu'à l'azur qui est\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "                                 — 140 —\n\npâle comme une fumée d'encens. Seul, le frisselis des feuilles qui fuient, et\nles mollesses de parfums vagues.\n   Les yeux un peu ternes et mi-fermés, la bouche entr'ouverte, une\nvolupté souvenue, tu rêves, le livre aux pages écornées tombé de ta main\nlasse où bleuissent les veines.\n   Les choses aussi, rêvent. Il est des moments où reviennent toutes les tris­\ntesses et les désespoirs, où l'on regarde au dedans de soi-même, où l'on se\nsent mourir...\n   La flamme de tes prunelles, au lieu d'irradier, se concentre en un feu\nsombre, et si lamentable est ton regard.....\n   Pourquoi si triste, l'âme, en cette chair radieuse ?\n   Dans la plaine quelque paysan passe, la tête baissée, comme écrasé sous\nl'immensité de cette solitude, sa silhouette fuyante s'efface dans le loin­\ntain...\n   Tout semble être à la garde de Dieu, la campagne est déserte au loin;\nc'est dimanche et c'est vêpres.\n\n                                 FRISSON\n\n   « Ferme la croisée, mes yeux sont las de soleil, et qu'aux vitres se collent\nles buées pour que le présent n'arrive pas jusqu'à moi ».\n   Un long silence dans la chambre calme.\n   « La très vieille pendule dédorée sonne à rebours et irrégulièrement les\nheures, et il me semble qu'autour de moi, tout se fond, se transforme, que\nje remonte et me perds dans le passé ».\n   Dans le foyer le grillon chante sa monotone chanson.\n   « Laisse la glace où se sont mirées les générations se couvrir d'un brouil­\nlard, pour que les choses y reflétées ne soient plus que vagues, et si vagues\nqu'on les reconnaisse à peine, et qu'aussi sur les portraits s'accumulent la\npoussière et les toiles d'araignées ».\n   Je veux que tout soit adouci à mes yeux, car je suis faible et je suis las.\n   Laisse-moi rêver, toujours rêver.\n\n                                 SILENCE\n\n  « Ne parle pas, et si le silence te pèse trop, parle bas, ou chante en\nsourdine quelque vieille ballade, mais encore si bas que je l'entende à\npeine.\n  Prends garde de troubler le rêve des choses ».\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "                                     141\n\n   Le soleil a fondu la mousseline de vapeurs blanches qui adoucissaient\nson éclat, un fleuve d'or inonde la chambre.\n   « Ne laisse pas pénétrer jusqu'à moi ces rayons, ne comprends-tu pas\nqu'il y a une morte dans mon âme ».\n   Elle est blonde en ses habits anciens, et son visage a le charme des por­\ntraits de reines pieuses que j'ai contemplés dans mon enfance.\n   Son regard est si triste et si pensif; on croirait qu'un rayon de lune s'est\nfixé dans ses yeux.\n   « Que rien ne trouble le silence, harmonie des choses; j'ai peur d'éveiller\nen mon cœur, la morte du souvenir ».\n   Je veux rêver, rêver toujours.\n\n                                   CALME\n\n   Le brouillard est intense au dehors, vois : notre petite demeure, perdue\ndans cette campagne déserte et froide, nous semblera plus isolée encore.\n  Ainsi plus rien du monde haï n'interrompra le calme de cette chambre\ndont les tapisseries sont depuis si longtemps fanées.\n   Moi seul verrai la flamme étrange de tes yeux mystérieux comme un\npaysage lunaire.\n   Nous vivrons parmi nos livres, nos gravures, nos meubles.\n   Nous parlerons de vieilles choses, d'amis anciens, de parents morts.\n  Ainsi du moins ne nous sentirons-nous plus mourir à chaque heure.\n  Sur tes genoux, ô ma sœur, je poserai ma tête endolorie que tu berceras\nlentement, doucement, en me contant la légende de Jehan l'Ecorcheur et\ndes dames blanches de Hauteroche.\n   Le brouillard est intense au dehors, notre demeure semble être au milieu\nd'une mer.\n\n                                   RÉVEIL\n\n  C'est le château mystérieux où elle dort.\n  Epaisse est la forêt qui l'entoure. Autour des tours volent les corneilles\nde leur vol lourd, et les fenêtres ont l'air d'yeux morts.\n  Sur l'étang calme, les cygnes immobiles en la noblesse de leur rêve fier.\nL'eau, que pas un souffle ne moire, s'est glacée pendant leurs lents et majes­\ntueux dérivements.\n   Les arbres se dressent silencieux dans l'azur empourpré d'un soleil\ndéchu.\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "                                  — 142 —\n\n   Dans la salle aux chevaliers : — plus un écho ne vibre; reposent, de\nleurs grands boucliers couverts, les preux guerriers tués dans les com­\nbats; les tentures sont depuis des âges fanées, et pâlies, éteintes, les cou­\nleurs des tapisseries — est la frêle, la blanche endormie, de ses longs che­\nveux blonds voilée, d'habits très anciens vêtue, en son charme de vieux\nportrait.\n   Autour du lit parsemé de roses et de jacinthes, des lys s'élancent de\ngrands vases d'or, et dans l'incendie de la lumière et le rougeoiement du\ncouchant, elles semblent, les fleurs héraldiques et royales, le brasier rose\nqui garde la Valkyrie de l'approche des mortels.\n   Soudain, un appel de cor a retenti au loin. Des vols ont jailli dans le ciel,\nles oiseaux ont chanté, une brise tiède a fait frissonner les ramures et mur­\nmurer la feuillée.\n   Elle a entr'ouvert ses yeux graves, et continuant son rêve, elle a vu tout\nlà-bas, au lointain, sur le disque flamboyant du soleil et le ciel tout sanglant,\nchevauchant son coursier frémissant, hérissé de dards et de flèches, glo­\nrieux du sang des monstres qui rougit son armure, le vainqueur, le Bien-\nAimé que, depuis des siècles, Elle espère.\n\n                                                  MAURICE DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 144, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "VERS ROSES FUNÈBRES", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CROQUIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "VERS\n                           ROSES FUNÈBRES\n\n         Chers yeux où j'ai puisé l'ivresse du martyr,\n         Chers et cruels bourreaux, contemplez votre ouvrage :\n         Que je revoie en vous saigner avec courage\n         Les blessures d'antan si promptes à s'ouvrir !\n\n\n         Moi, j'ouvre ma narine aux effluves d'orage\n         Qui, parmi les éclairs de cuivre et de saphir,\n         Ont attiré la frêle nef de mon Désir\n         Sur l'eau morte où le vent de la Douleur fait rage.\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1274, "texte": "                     -   143   -\n\nSur l'eau morte, là-bas, à l'horizon vermeil\nJe regarde la mort prochaine du soleil\nMe sourire parmi les sourires des roses...\n\n\nMais pour toi, pauvre cœur que la douleur endort\nA force de conter les mêmes tristes choses,\nQuand fleuriront pour toi les roses de la Mort ?\n\n\n\n                   APPARITION\n\n                                               A IWAN GILKIN,\n\n\nCette nuit, émergeant d'un ténébreux Léthé,\nM'a de nouveau souri cette Figure étrange\nDont les yeux attirants de claire obscurité\nConfondent la splendeur du Démon et de l'Ange.\n\n\nLonguement m'a souri l'inconnu fraternel\nDe ses yeux transpercés de glaives invisibles\nD'où coulaient constamment à flots lents et paisibles\nDes pleurs étincelants qui reflétaient le ciel.\n\n\nPuis, j'ai vu se lever de ces gouffres tragiques\nVers le sublime Azur deux regards nostalgiques\nDont l'un est retombé vers l'eau morte, vers l'eau.\n\n\nCependant une main surgissant du Mystère,\nAux funèbres lueurs mauvaises d'un couteau,\nEgrenait dans le sang les doux grains d'un rosaire.\n\n\n                    LA REINE\n\nSuprême lys tombé des couronnes royales\nSur le plaintif autel des cœurs religieux,\nDes frêles cœurs enfants qui pleurent d'être vieux\nSous le pâle soleil des splendeurs automnales,\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 733, "texte": "                                   — 144 —\n\n            Lys plus blanc que les lys, Reine au trône d'exil,\n            Elle a miré l'orgueil de ses grands yeux insignes\n            Aux nostalgiques yeux de ses frères, les Cygnes,\n            Vers qui pleure son âme au son grêle et subtil.\n\n           Groupe altier remplaçant les levriers fidèles\n           Qui trempent dans le sang de leurs mornes prunelles\n           Le culte amer et doux de leurs fidélités,\n\n          De beaux éphèbes las gardent la Souveraine\n          Et leur silence écoute en son cœur de sirène,\n          Battre le cœur flambant des mortes Royautés !\n                                                     JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 144, "page_fin": 145, "titre_corps": "Croquis : Le Grand Corridor du collège", "titre_sommaire": "Croquis", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Delattre", "ancre_debut": "CROQUIS", "ancre_fin": "Louis DELATTRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 733, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "CROQUIS\n              LE GRAND CORRIDOR DU COLLÈGE.\n\n                                                     A M. JULES DESTRÉE.\n\n\n             Dans le corridor large et long, au pavement froid de car­\n              reaux rouges, au double rang de portes s'ouvrant sur les\n              classes maintenant closes, un grand silence. Une voix aigre­\n              lette s'élève qui scande une phrase, si nettement qu'on a,\ndevant les yeux, des bras battant le rhythme par mouvements lents,\nnerveux pourtant. Puis, la petite voix se perd sans écho dans le long\ncouloir muet. Mais le voilà qui s'emplit tout à coup d'une ondée de paroles\nvenant des classes : le ton grave d'un professeur citant du latin solennelle­\nment, la voix chantante d'un écolier disant sa leçon et qui s'arrête subite­\nment coupée par une exclamation impatiente... Ces intonations se fondent,\nse mêlent en un charivari étourdissant qui, soudain, baisse; si bien que ce\nn'est plus qu'un murmure qui s'envole, planant mollement. Et le grand\nsilence retombe.\n\n  Dans le corridor large et long, au pavement froid de carreaux rouges,\nau double rang de portes s'ouvrant sur les classes maintenant closes,\njoyeuse, la cloche tinte un concert de notes sautillantes et légères comme\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "                                 -   145   -\n\nune dentelle, qui arrivent par bouffées plus distinctes. Les voix, subitement,\ns'arrêtent dans les classes et il se fait un soudain remuement. Les couvercles\ndes pupitres, sèchement, claquent en même temps qu'un bruit commence\nde pas fébriles et de petites portes grises qui s'ouvrent. Les écoliers,\nla casquette déjà sur la tête et le paquet de livres sous le bras, s'en vont\ndans une bruyante musique de cris, d'appels et de rires sonnant très clair.\nTout dernier le professeur sort, des papiers dans la main, frottant son cha­\npeau de la manche, l'air ennuyé, tandis que là-bas disparaît le dernier\ngroupe des gamins qui dévalent l'escalier de bois quatre à quatre, leurs\nsouliers battant un joyeux galop vers la porte, vers la cour, vers l'air. Peu\nà peu meurent ces bruits de tempête, dans l'éloignement. Et le grand cou­\nloir, un instant réveillé, à présent retombe dans son calme profond.\n\n   Dans le corridor large et long, au pavement froid de carreaux rouges,\nau double rang de portes s'ouvrant sur les classes maintenant closes,\nah ! oui... closes, closes pour deux mois. Et pas avant, il ne résonnera de\nleurs rires, à ces gamins qui boivent du soleil, du bon air des bois et des\nchamps, dans la liberté des vacances. La semaine passée, il était plein de\nces mots, le grand couloir : elles approchent ! Et comme bruyant lui arriva\nl'ouragan des joies exubérantes des écoliers enfin lâchés et s'enfuyant ! Il\nest solitaire aujourd'hui, morne et triste dans la propreté rouge de son\npavement carrelé. Par une fenêtre glisse un rayon de soleil qui va plaquer\nle mur blanc de tous les ors et fait des rubans jaunes où dansent des traî­\nnées de fine poussière luisante. Dans la vaste cour carrée criaillent de gros\nmoineaux ébouriffés et batailleurs qui se disputent les mies de quelque\nchanteau de vieux pain traînant là, tandis qu'une poule grise du portier,\npeureuse et l'air bête, les regarde, allongeant le cou curieusement. — Et la\nsolitude emplit le collège, plus navrante encore par ce soleil d'août dardant\nsa lumière crue dans les classes vides et le long couloir si mélancolique en\nson grand silence.\n                                                     Louis DELATTRE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 146, "page_fin": 146, "titre_corps": "Ricanement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Vander Brugghen", "ancre_debut": "RICANEMENT", "ancre_fin": "JULES VANDER BRUGGHEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "RICANEMENT\n               Quand Jésus permit au diable de le tenter, prestement celui-ci\n                 accourut d'un air humble et soumis; mais une joie immense\n                 qu'il voulait cacher rayonnait imperceptiblement en ses\n                 prunelles fulgurantes et malicieuses.\n   Arrivé sur la montagne, en présence du Fils divin, il dut se contraindre\npour n'éclater pas de rire et, afin de voiler le rictus ironique de sa face, il\nse mit dans l'ombre, hors le cercle lumineux que projetait le nimbe de\nChrist.\n   Satan opéra la Tentation — qui devait rester célèbre, et il le savait —\nméticuleusement, avec conscience, de même que s'il accomplissait un rite\nsacré, pénétré d'une félicité intime telle que jamais, dans la réalisation de\nses plus téméraires desseins, il n'eût osé la souhaiter.\n   Il n'ignorait pas tout ce que cette minute avait de suprême et que la\npartie redoutable qu'il jouait devait être toute de ruse et de finesse : ne\ns'agissait-il pas, pour l'édification des générations chrétiennes, d'être rigou­\nreusement vaincu aujourd'hui pour triompher toujours ?... Et ne pouvant\nêtre le maître, le Diable se fit bouffon; et en un large geste circulaire il offrit,\nrailleur et méprisant, le Monde qu'en cet instant il conquérait !...\n   La comédie terminée, satisfait de sa fourberie, Satan, sûr d'avoir con­\nvaincu les mortels par cette défaite voulue du moment de son impuissance\nqui allait désormais le rendre si puissant, s'enfuit en se tordant dans le\nspasme d'un irrésistible accès de gaieté moqueuse trop longtemps contenue...\n   Or, voici le Roi des Ténèbres en ses Domaines revenu, et un ricanement\nqui monta vers Dieu et troubla les deux, retentit, se prolongea, strident et\nhurleur. Puis, l'accès d'hilarité calmé, le Prince du Mal, les lèvres gonflées\nde sarcasmes, s'écria avec une pitié sardonique : « O Jésus, doux et naïf\nJésus ! Tu t'enorgueillis de ta victoire et tu pries ! Et tu ne te doutes pas\nque les chrétiens auront la vanité de t'imiter afin d'être un peu Dieu aussi\net que, à ton cher exemple, ô pâle innocent, trois fois enfant ! ils me\npermettront de les tenter — eux — qui ne sont que des hommes ! »\n\n                                          JULES VANDER BRUGGHEN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 149, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTERAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 168, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                      AU CONCERT POPULAIRE\n\n              L'avant-dernière matinée des Concerts populaires avait toute sa\n               seconde partie consacrée à un choix de morceaux purement\n               symphoniques de Wagner. Un intéressant caprice de dilet­\n               tante avait imaginé cette exposition de quatre grandes pages\ndifférentes de caractère et de sujet : Le « Prélude » de Lohengrin, la\n« Bacchanale » de Tannhäuser, les « Murmures de la forêt » de Siegfried et\n« l'Entrée des dieux au Walhalla » du Rheingold.\n   L'audition de ces quatre pages superbes, exécutées avec cette vigueur et\nce coloris que l'orchestre nous donne à ses heures d'emballement a été\nsaisissante.\n   Ce programme se complétait par une symphonie nouvelle de Tchaïkowsky,\nœuvre de forme un peu sèche, ayant plus de mouvement que de couleur.\nTchaïkowsky n'a pas la saveur qui apporte un appoint d'originalité à\nl'œuvre de ses compatriotes. Il est habile et doué d'une finesse toute\nfrançaise.\n   Il y a dans sa musique des surprises de timbre et de rhythmes savamment,\nmais parfois un peu petitement combinées. Ainsi en est-il de sa symphonie\nnouvelle où j'ai trouvé plus de culture que de nature.\n   Enfin, une fantaisie de Vincent d'Indy sur des thèmes populaires français\nà laquelle je reprocherai surtout ce caractère de soliste qu'elle donne au\nhautbois en lui laissant tout le temps la conduite des thèmes, ce qui donne\nà l'œuvre, de la monotonie, d'abord et, partant, un caractère de concerto\npour hautbois que M. d'Indy n'a certes pas voulu. Comme toujours, il s'est\npréoccupé ici du paysage et l'atmosphère dans laquelle il a voulu restituer\nles thèmes y est pittoresquement traduite; c'est pourquoi l'on regrette que\npar sa persistance à exprimer par un instrument unique des thèmes variés\nde timbre et de couleur, il ait exagéré le sens instrumental de sa fantaisie\nau detriment du sens poétique.\n   Inutile de dire que le mot fantaisie n'implique pas, comme à d'autres\népoques; les variations sur les thèmes; il s'agit d'une rêverie, d'une fantaisie\nde poète, fantaisie mêlée d'imagination et de souvenir.\n\n                                  AUX XX\n\n   Le Vingtisme musical ou, plus simplement, la Jeune école française a fait\nson apparition en phalange plus compacte et plus variée ce qui a permis,\ntout en appréciant les tentatives de haute culture musicale et de perfection­\nnement technique à laquelle se livre cette école, de la juger à sa valeur\nd'ensemble et cette valeur d'ensemble a été exagérée. Franck, un maître;\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                                  — 148 —\n\nd'Indy, un jeune artiste de race; peut-être, un ou deux autres sont à mettre\nhors pair; mais, à côté d'eux, bien des noms passent, à la faveur d'une\nétiquette, dissimulés dans le groupe qui les soutient. Fauré qu'on mettait\ntout en avant et que je m'obstinais à ne pas y voir, a confirmé en moi, par\ncette nouvelle audition de ses œuvres mélodiques et instrumentales,\nl'opinion qui me hantait. Je ne vois en Fauré, ni l'originalité, ni la puissance\nd'un profond artiste. Que ce soit un compositeur qui aime son art, je le\nveux bien.\n   Cette phalange de musiciens est néanmoins intéressante à suivre dans ses\nprogrès. Elle est de plus un organe de propagande pour l'assainissement du\ngoût musical, réagissant par des œuvres plus concentrées et plus synthétiques\ncontre l'école d'opéra sous-gounodienne que vous savez.\n\n                             A LA MONNAIE\n\n   A côté des grandes œuvres modernes comme la Valkyrie qu'on reprend\navec Mme Materna, comme Siegfried qu'on donnera pour finir la campagne,\nles directeurs de la Monnaie ont mis à la scène Fidelio de Beethoven;\nœuvre qui a pour point de départ un livret très enfantin de Bouilly mis en\ncouplets par Gaveau, mis en musique par Paër et repris par Beethoven qui\nen fit une superbe chose lyrique. L'œuvre, originairement découpée en trois\nactes, puis réduite à deux, après un premier insuccès au théâtre de Vienne\nen novembre 1805, a été ramenée à sa première version. M. Gevaert a relié\nles morceaux par des récitatifs d'une forme pure et d'une notation déclama-\ntive juste, afin de donner à Fidelio la forme complète du drame lyrique\nque comporte le style élevé de la partition. Je parle de drame lyrique et, en\neffet, si l'on n'attache pas à cette étiquette le sens étroit qu'on lui a donné\ndepuis que l'école wagnériste existe, on reconnaîtra que la puissance d'expres­\nsion et la touche large évoquant une vie spirituelle intense, rendent bien\nnégligeables certains détails de facture. Ces détails, dangereux pour d'autres,\net qu'il faut proscrire en principe, ne pouvaient pas écraser Beethoven, ne\ndevaient même pas le compromettre. Développer son sujet musicalement,\nsans épisodes, ni ornements, ni intermèdes amusants, n'est-ce pas déjà faire\ndu drame lyrique? La sobriété et la simplicité des deux premiers actes, la\npuissance expressive qui s'ajoute à ces qualités au troisième acte, autorisent\nà dire que Fidelio n'a rien de commun avec les opéras à l'italienne du\nrépertoire, malgré les redites et la forme moulée de ses morceaux. La\nsérénité supra-terrestre de Beethoven, qui épure et spiritualise les plus\npoignantes douleurs fait la personnalité supérieure de cette œuvre drama­\ntique, comme de ses plus belles œuvres symphoniques. Le style y suit une\nmarche ascendante depuis les scènes familiales traitées en première manière\njusqu'aux scènes passionnelles du troisième acte couronnées par un final\ndans l'esprit de la symphonie avec chœur. Ce final n'est-il pas une ode à la\njoie aussi, à cette joie surhumaine héroïsée par Beethoven?\n  L'interprétation de Fidelio est complète et, en certaines parties, tout à fait\nsupérieure. Mme Caron, notamment, a fait du travesti de Léonore, une\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 739, "texte": "                                    — 149 —\n\nnouvelle admirable création. A côté d'elle, sontMmeFalize, MM. Seguin,\nGandubert, Gardoni, Renaud. L'orchestre exécute avec une grande netteté\nd'ensemble, beaucoup de coloris et de couleur, les deux ouvertures en mi\nmajeur et en ut, la seconde, la magistrale ouverture dite de Léonore\nservant d'introduction au deuxième acte.\n\n                          AU CONSERVATOIRE\n   M. Gevaert nous a fait réentendre la Siegfried-Idyll et l'ouverture de\nTannhàuser de Wagner religieusement exécutées. Très intéressante aussi\nl'audition de la symphonie Harold en Italie dont la partie alto était\nconfiée à M. Ysaye.\n                                                             HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 150, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Flaireurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTERAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "CHRONIQUE LITTERAIRE\n              Les Flaireurs, légende originale et drame en trois actes,\n                          par   M. CHARLES VAN LERBERGHE.\n\n\n\n              M. Charles Van Lerberghe n'est pas un inconnu, tant s'en faut,\n               pour la petite élite qui s'intéresse, en France comme en Bel­\n               gique, aux choses de l'esprit. Il ne s'agit donc pas, ainsi que\n,            , l'a fait un critique naïf, de le découvrir. Avant de publier les\nFlaireurs, légende originale et drame en trois actes pour le théâtre des fan­\ntoches, M. Van Lerberghe était déjà tenu, par ses pairs et par tous les déli­\ncats, pour un poète de grande race, au premier rang des meilleurs d'aujour­\nd'hui et de demain.\n   Si je ne me trompe, il a débuté, il y a quelques années, avec M. Gré­\ngoire le Roy et M. Maurice Maeterlinck, dans une alerte revue d'art,\nmorte depuis, mais qui a laissé sa traînée dans l'aristocratie des lettres :\nLa Pléiade.\n   Plusieurs poètes français, parmi lesquels M. Rodolphe Darzens, l'auteur\nde l'Amante du Christ, et M. Ephraïm Mikaël, l'auteur du Cor Fleuri,\ndeux poèmes dramatiques joués par M. Antoine, y fraternisaient avec les\ntrois poètes gantois.\n   Ce fut dans cette Pléiade, dont le titre vient d'être repris par une revue\nbelge, que M. Van Lerberghe publia ses premiers vers. Un peu plus tard,\nparut dans le Parnasse de la Jeune Belgique une série de poèmes signés\ndu même nom. L'impression produite fut intense, et du coup M. Van\nLerberghe se révéla comme un poète raffiné et puissant.\n   Puissant, certes, il l'est par le faste, la richesse et l'accent suggestif de ses\npoèmes, qui célèbrent la Beauté pure, sans autre préoccupation qu'elle-\nmême, et surtout la Beauté enfantine, le luxe des chairs blondes, la splen-\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "                                      130\n\n\ndeur des moires, le rêve des eaux, la noblesse des soleils d'après-midi, et la\nsomptueuse tristesse des Ophélies couronnées de fleurs folles et douces.\nMais raffiné aussi, et profondément, par la finesse des contours prosodiques,\npar son adresse à fondre les couleurs riches, par la grâce nouvelle de cer­\ntaines images féminines, et par la légèreté et la sûreté du dessin, qu'on\ndirait tracé à l'aide d'un impeccable crayon d'or.\n   Les poèmes de M. Van Lerberghe, qui dénoncent une sensibilité artis­\ntique exquise, allient l'opulence flamande à l'air de grandesse et à l'élégance\nétrange de certains préraphaélites anglais.\n   Aujourd'hui M. Van Lerberghe nous offre une espèce de mystère en trois\nparties, d'une grande sobriété de moyens et d'une incontestable acuité\nd'effet.\n   La scène représente une chambre de chaumière très pauvre. A droite,\nadossé au mur, un grand lit à baldaquin. Sur ce lit, une mère agonisante,\nque veille une enfant éperdue. Des cierges. Au dehors, l'orage et la pluie.\nDans la chambre, l'odeur de la Mort.\n   On frappe. La jeune fille, saisie d'un frisson d'épouvante, refuse d'ou­\nvrir. La mère s'imagine que c'est un pauvre. L'épouvante de l'enfant gran­\ndit toujours. Qui est-ce? C'est l'homme avec l'eau.\n   On frappe encore, encore. On entend quelque chose qui frôle. Même ter­\nreur de l'enfant, et même imagination de la mère. Qui est-ce? L'homme\navec le linge.\n   On frappe encore, encore, encore. L'ombre d'un corbillard se projette\nsur le mur. Qui est-ce? L'homme avec... la chose. La porte, attaquée,\ncède. On voit un bras qui introduit un seau dans la chambre. Le seau, le\nlinge, le cercueil. La Mort est entrée.\n   Ces trois courtes scènes, dont la gradation est poignante dans leur symé­\ntrie voulue, forment un drame superbe et haletant. Le souffle de la Mort\nderrière une porte y est traduit avec une grandeur et un pathétique admi­\nrables. Il serait impossible, dans des dimensions aussi restreintes, d'être\nplus simple, ou plus cruel, ou plus puissant. Les Flaireurs révèlent un\npoète maître de son inspiration et de son art.\n                                                     ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 153, "titre_corps": "Chronique théâtrale : Nora", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique théâtrale", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "CHRONIQUE THÉATRALE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE MONDE ARTISTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "CHRONIQUE THÉATRALE\n                                    NORA\n\n              Je n'ai pas besoin de répéter ici le nom connu d'un homme\n               politique, historien, homme de lettres, qui a adapté à la\n               scène française la pièce norwégienne d'Ibsen. C'est un nom\n               qui n'aime pas le bruit. Cette adaptation a été faite occasion­\nnellement et pour ainsi dire sans préméditation, tout simplement parce\nqu'il semblait intéressant de faire connaître à notre public une œuvre\ndramatique littéraire de saveur spéciale et sortant de l'actualité parisienne.\nCe sera la tentative la plus méritoire que M. Candeilh ait faite cet hiver.\n   Ibsen, très populaire, très hautement apprécié en Norwège, a écrit un\ngrand nombre de pièces parmi lesquelles les Fantômes, conception étrange\noù l'on trouve le thème de l'hérédité physique et morale que l'école natu­\nraliste a mis en œuvre.\n   Ibsen est un réaliste, peut-être beaucoup plus par tempérament que par\ncalcul, de ce réalisme spécial qu'on pourrait sous-baptiser simpliste; de ce\nréalisme tranquille et pénétrant, de ce réalisme désabusé, qui domine dans\nle Nord où le soleil n'éblouit pas,n'empoétise pas les imaginations. Il a une\nanalogie de nature avec certains russes.\n   Le sujet de la pièce se résume en une ligne : Nora, prodigue, étourdie,\nlégère, mais ardente et généreuse, a fait une fausse signature pour obtenir,\nen secret, les dix mille francs nécessaires au voyage de son mari malade, en\nItalie.\n   Un ancien avocat véreux, nommé Gunther, employé dans la maison et se\nvoyant sur le point d'être renvoyé, révèle tout au mari. Heureusement pour\ncelui-ci, une amie de Nora, que Gunther a aimée autrefois, se donne à lui\nde façon à obtenir son silence et le renvoi de la traite fausse. Je dis heureu­\nsement pour Helmer, le mari, car Nora, qui n'avait vu dans tout cela\nqu'héroïsme et devouement, Nora que glace tout à coup l'égoïsme de son\nmari à la révélation de cette faute par amour, Nora s'enfuit.\n   Il y a une belle idée incarnée en ce personnage de Nora, le seul avec\ncelui de Gunther qui soit développé d'une façon complète et soutenue, et\nces avant-plans suffisent à faire des deux premiers actes une chose très\nintéressante et très attachante dans sa simplicité.\n   Toute la pièce se passe chez Nora ; tous les événements qui en composent\n« l'action » se passent en deux jours.\n   Ces événements appartiennent aux détails de la vie intime, de la vie terre\nà terre; ils empruntent leur relief à l'énormité du malheur qui pèse tout à\ncoup sur Nora, à la profondeur de son sacrifice, à l'intensité de ses tortures\nmorales pendant ces deux journées où l'idée du suicide la hante, de sorte\nque la pièce est une espèce de monographie psycho-scénique où les person-\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3211, "texte": "                                    —   l52 —\n\n\n nages secondaires sont négligés : Helmer, le docteur Rank, Mme Linden.\n    Mais, chose étrange, après cette parfaite peinture d'intérieur où tout\ns'expose naturellement par le langage et par le geste, où l'obsession du\nmilieu se manifeste sans cesse, rattachant l'action psychologique à des\ndétails matériels délicatement harmonisés à l'ensemble, chose étrange, après\ncela, l'éclat de passion qui devait se produire au troisième acte et qui devait\nêtre d'autant plus intense qu'il avait été longuement prévu et préparé, rate\ncomplètement, et c'est une débandade insensée, un charabia d'idées, un\ndésossement qui met en pleine lumière la figure grotesque, invraisemblable\ndes personnages secondaires et qui ne laisse plus debout que deux actes\nsur trois.\n    Néanmoins ces deux actes sont remarquables et méritent d'être écoutés\nattentivement.\n    J'ai donné l'analyse de Nora suivant Ibsen. Le dénouement change à\n l'adaptation française, sans doute pour être moins odieux... et plus banal.\n Nora, retenue à la dernière minute par l'indisposition d'un de ses enfants,\n revient à ses devoirs de mère. Elle reste. Ce changement est regrettable.\nAprès avoir suivi respectueusement l'idée d'un auteur jusqu'à sa conclusion,\n pourquoi croquer cette conclusion, la dénaturer et partant dénaturer\n l'œuvre entière?\n    Le public qui a très mal écouté Nora ne méritait pas qu'on lui fît cette\n concession. Ce public pris en bloc est le plus incompréhensif qu'il y ait à\n Bruxelles et ne se doute assurément pas de ce que c'est que la littérature\n d'une œuvre théâtrale. J'ai cru l'autre soir qu'il allait demander « Lor-\ntheur! »\n    M. Lortheur est incontestablement un artiste de talent, mais il ne repré­\n sente pas toute la littérature française et norwégienne.\n    M. Bahier aussi est un artiste de talent; est-ce une raison pour lui faire\nune entrée rumorante comme celle qu'on lui a faite, « Bahier! Bahier! »,\ntout cela parce qu'il s'était affublé d'une barbe impossible. Ceci soit dit\npour montrer comme le public s'occupe de ce qu'on lui joue. Il demande\nà rire, voilà tout, et je dis rire parce que c'est au Parc. Si ce n'était pas au\nParc, je dirais : rigoler.\n    En ce qui concerne M. Bahier, il est juste de dire qu'il avait un rôle aussi\nimpossible que sa barbe. Après avoir longtemps hésité sur la signification\nde son personnage, il l'a pris franchement au comique. C'est ce qu'il avait\nde mieux à faire. De même pour M. Garnier qui faisait Helmer avec des\nintonations d'abbé Constantin. Joué par toute autre que M lle Roybet, le\nrôle deMmeLinden, que j'appellerai un « rôle d'appui )),eût passé inaperçu.\nQui s'est mis en valeur par une interprétation très sobre et très juste de ses\ntrois scènes, c'est M. René Robert. Quant à Mlle Richmond, à qui le rôle\nde la frivole Nora semblait, en effet, devoir convenir tout particulièrement\nparce qu'elle en a les allures à fleur de nerfs, la jolité, l'élégance, elle a fait\nde ce rôle capital, tout le temps en scène, une création fouillée; elle l'a joué\navec animation, souplesse, et de jolis jeux de scène naturellement amenés.\nSi elle pouvait avoir un peu plus de contrastes et de variété dans le débit,\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "                                 -   153 —\n\nmoins de précipitation surtout, elle caserait tout à fait ce personnage de\nNora, sa création,\n   N'oublions pas la petite Mary et la petite Louise, Bob et Emmy, pour\nleur jolie partie de cache-cache avec Nora, au premier acte. Ces petites\nartistes en bas âge ont inspiré à un monsieur l'appréciation finale que voici :\n« Les enfants, sur la scène, ça m'agace!..-\n   C'est tout ce qu'il avait retenu de Nora, le pauvre monsieur... également\nen bas âge, sans doute.\n                                                    HENRY     MAUBEL.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 153, "titre_corps": "Le Monde artiste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "LE MONDE ARTISTE", "ancre_fin": "Lucy Guyard", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 174, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 598, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "LE MONDE ARTISTE\n                                  MARS 1889\n\n             Soirée musicale chez M. et Mme Boichot. Au programme :\n              MM. A. De Greef et Lerminiaux, Mlles Emilie Boichot et\n              Josette Nachtsheim.\n                 Soirée littéraire au Cercle des Familles. On y a entendu :\nMM. Lafontaine, de la Comédie-Française, Alhaiza, Charvet, Nicolini,\nHeurion, Bouzer, Morel et Léon Dubois; Mmes Henriot du Gymnase,\nHasselmans, Burdinne, d'Albert, Diska et Schenell ainsi que Mlle Lucy\nGuyard.\n   Fêtes de bienfaisance chez M. le comte du Val de Beaulieu. Programme :\nAthalie. Distribution exclusivement masculine : MM. le baron de Schilde,\nle baron Pycke de Peteghem, Delacroix frères, Scheyven, Carton de Wiart,\nCattoir, Delannoy, d'Ursel, de Lantsheere, de Briey, de Moranville, etc.\nImpromptu en vers de M. Isnardon.\n   Concert intime chez lord et lady Vivian. Au programme : Mme Cornélis,\nremplaçant Mme Melba, et M. 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Voici le passage le plus"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1724, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "caractéristique de celte épître :"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1911, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "« Il n'y a plus au dix-neuvième siècle,"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "d'école flamande. 11 n'y a ni peinture fla­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2177, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "mande, ni peinture belge, ni musique fla­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2282, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "mande, ni musique belge, ni sculpture fla­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2325, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "mande, ni sculpture belge, ni littérature fla­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2415, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "mande, ni littérature belge, pas plus qu'il"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2503, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "n'y a de peinture suisse, de musique suisse,"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2562, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "de sculpture suisse, de littérature suisse. 11"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2650, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "y a en Belgique, dans ces différents arts,"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2727, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "des gens qui ont beaucoup de talent— et ils"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2816, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "sont aussi nombreux qu'ailleurs — et d'au­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2904, "fin_caractere_exclue": 2944, "texte": "tres qui n'ont rien du tout, et qui sont"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2962, "fin_caractere_exclue": 2998, "texte": "encore plus nombreux, toujours comme"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3051, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "ailleurs. Ces artistes apportent naturelle­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3143, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "ment dans leurs œuvres le tempérament"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3206, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "des pays variés dont ils sortent. C'est la"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3249, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "même chose partout : un Breton ne pense"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3289, "fin_caractere_exclue": 3327, "texte": "ni ne voit comme un Languedocien ou un"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3385, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "Berrichon. Ce n'est pas une raison pour"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3482, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "affirmer l'existence d'une école bretonne,"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3573, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "languedocienne ou berrichonne. L'école"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3667, "fin_caractere_exclue": 3708, "texte": "flamande du dix-neuvième siècle ressemble"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3762, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "aux revenants « dont tout le monde parle"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3891, "texte": "et que personne ne voit jamais »."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 191, "texte": "Voilà qui est fort intéressant; mais la"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 243, "fin_caractere_exclue": 284, "texte": "Jeune Belgique, si on la poussait un peu,"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 336, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "avouerait qu'à ses yeux, au lieu d'écrire des"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "lettres, même spirituelles, l'infâme Fély"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 526, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "ferait mieux de se souvenir qu'il nous a"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 618, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "promis un frontispice, et que ce frontispice"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 758, "texte": "est en Espagne, ce qui contredit la thèse de"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 810, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "l'épître à Lynen, et range l'auteur des Sata-"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 907, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "niques parmi les maîtres de l'école espa­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1006, "texte": "gnole."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1147, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "Sous presse : de M. Grégoire le Roy,"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1235, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "un recueil de poèmes, intitulé : Mon cœur"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1327, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "pleure d'autrefois. Editeur : Léon Vanier."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1421, "fin_caractere_exclue": 1456, "texte": "Imprimeur : Mme veuve Monnom. Fron­"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "tispice de M. Fernand Khnopff, culs de"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1598, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "lampe de M. Georges Minne. Tirage :"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "200 exemplaires dont 170 sur papier Van"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1774, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "Gelder à 10 francs, et 30 sur Japon, à"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1863, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "30 francs. Les abonnés et les lecteurs de la"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2001, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "Jeune Belgique pourront se procurer le"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2134, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "volume aux bureaux de la revue, 26, rue de"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "l'Industrie."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2377, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "De M. Maurice Maeterlinck, un recueil"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "de poèmes, sous ce titre : Les Serres"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2553, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "chaudes."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "De M. André Fontainas, un volume de"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "vers : Le Sang des Fleurs."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2779, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "De M. Hector Chainaye, un recueil de"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2866, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "poèmes en prose, intitulé : L'Ame des"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 2954, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "choses."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3015, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "De M. Jules Destrée : Les Chimères."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3104, "fin_caractere_exclue": 3142, "texte": "De M. Paul Verlaine, chez Vanier : Pa-"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3193, "fin_caractere_exclue": 3205, "texte": "rallèlement."}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3344, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "Viennent de paraître : chez Lemerre, LES"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3435, "fin_caractere_exclue": 3481, "texte": "ŒUVRES ET LES HOMMES, Les        Poètes,   par"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3532, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "M. Jules Barbey d'Aurevilly. Ce livre de"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3623, "fin_caractere_exclue": 3666, "texte": "critique, dont la première édition est très"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3717, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "rare, sera lu avec intérêt par tous ceux qui"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3812, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "se sentent attirés vers le terrible romancier"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 3908, "fin_caractere_exclue": 3950, "texte": "de Ce qui ne meurt pas et du Prêtre marié."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "M. Barbey d'Aurevilly, — l'un des princes"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "de la littérature contemporaine — jugeant"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 236, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "les poètes de ce siècle, voilà certes de quoi"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "allécher toutes les curiosités. On sait que"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 345, "fin_caractere_exclue": 386, "texte": "M. d'Aurevilly ne se pique pas d'être im­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 428, "texte": "partial. Il est injuste, et passionnément"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 477, "fin_caractere_exclue": 522, "texte": "injuste, et il n'est jamais plus éloquent que"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "lorsqu'il a tort. M. d'Aurevilly — un pro­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 663, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "sateur incomparable — n'entend pas grand"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 727, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "chose à la poésie. Les vers qu'il a eu la fai­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "blesse de publier l'attestent avec énergie."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 864, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "Et s'il a pu se tromper sur ses propres"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "poèmes, pourquoi ne se serait-il pas trompé"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1092, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "sur la valeur des poèmes d'autrui ?"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1223, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "M. Barbey d'Aurevilly se montre fort"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1310, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "sévère pour Victor Hugo et Leconte de"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1379, "fin_caractere_exclue": 1419, "texte": "Lisle, et très indulgent pour MM. Pécon­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1420, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "tal et Pommier. Ce jugement, car c'est un"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1462, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "jugement, et des plus orageux, ne juge ni"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1555, "fin_caractere_exclue": 1597, "texte": "Hugo, ni Leconte de Lisle, ni même MM. Pé­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1645, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "contal et Pommier Il juge M. d'Aurevilly"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1714, "fin_caractere_exclue": 1744, "texte": "en tant que poète. Voilà tout."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1748, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "Il n'est pas rare, d'ailleurs, de voir des"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1791, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "prosateurs de la plus haute allure se trom­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1882, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "per cruellement lorsqu'ils se mêlent d'ap­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1975, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "précier la poésie lyrique. Non seulement"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2065, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "ils admirent de méchants vers, qu'ils soient"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2152, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "de M. Pécontal, de M. Pommier, ou de"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2247, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "M. Rollinat, mais ils en écrivent eux-mêmes"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2342, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "de fort médiocres. M. Barbey d'Aurevilly"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2433, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "partage cette infirmité, crânement portée,"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2522, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "avec Chateaubriand, Balzac, MM. de Gon­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2611, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "court et M. Zola."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "Chez Savine : Ceux de la Glèbe, par"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2817, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "M. Camille Lemonnier. Une de ces réédi­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2910, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "tions macédoniennes où l'auteur du Mâle"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3003, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "se complaît. On y découvre, sous un titre"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3089, "fin_caractere_exclue": 3128, "texte": "nouveau, les nouvelles parues naguère à"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3180, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "enseigne : Les Concubins, et deux contes"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3274, "fin_caractere_exclue": 3302, "texte": "livrés récemment à Gil Blas,"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3638, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "M. George Rosmel publie la Bande à"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3673, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "Beaucanard, une alerte aventure d'étudiant"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3716, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "écrite d'une plume sautillante et spirituelle"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3809, "fin_caractere_exclue": 3854, "texte": "C'est d'une couleur facile et d'une vie plai­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3901, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "sante. Que faut-il de plus pour se faire"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3995, "fin_caractere_exclue": 4001, "texte": "lire ?"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "M. Antoine Clesse, le chansonnier popu­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "laire, est mort à Mons. On l'avait appelé"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "notre Béranger."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 438, "fin_caractere_exclue": 476, "texte": "M. Arthur De Greef, professeur au Con­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 526, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "servatoire royal de Bruxelles, vient d'obte­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 620, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "nir un très grand succès à Paris, aux Con­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 726, "texte": "certs Colonne."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 826, "fin_caractere_exclue": 863, "texte": "M. le vicomte de Spoelbergh de Loven­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 913, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "joul, le bibliographe artiste bien connu,"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1048, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "dont les travaux sur Balzac et Gautier sont"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1177, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "des merveilles de patience, d'érudition et"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1269, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "de tact, vient d'être nommé chevalier de"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "l'ordre de Léopold."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1514, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "M. Lapissida, directeur du théâtre de la"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1604, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "Monnaie, vient d'être nommé chevalier de"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1694, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "l'ordre de Léopold."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1843, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Malgré le revirement qui se produit en"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1931, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "France contre les écrivains russes — est-ce"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2024, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "depuis l'affaire Atchinoff i — l'Odéon a"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2114, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "joué un drame d'Ostrowski, célèbre en"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2201, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "Russie : l'Orage. A en juger par les articles"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "de la presse parisienne, le public a été fort"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2391, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "déconcerté. On a reçu l'Orage, là-bas, de"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2482, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "la même manière qu'on a reçu Nora, ici."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2571, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "Paris, décidément, n'a plus rien à nous"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2660, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "envier, et réciproquement, comme disait"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2749, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "un professeur de géométrie."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2870, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "Les expositions du Cercle artistique et"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 3002, "texte": "littéraire se suivent, sans trop se ressem­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3052, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "bler. Les deux derniers occupants du"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3138, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "salonnet ont été MM. Binjé et Carpentier."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3229, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "On connaît le talent fin, distingué, féminin"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3323, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "presque, de M. Binjé. M. Carpentier fait"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3413, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "plus de bruit, mais le bruit n'est pas tou­"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3506, "fin_caractere_exclue": 3552, "texte": "jours de la musique. L'effort qu'il a fait est"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3602, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "cependant des plus intéressants."}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3768, "fin_caractere_exclue": 3808, "texte": "Lire dans la Revue indépendante les vers"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "de M. Henri de Régnier, et dans l'Indépen-"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 3950, "fin_caractere_exclue": 3994, "texte": "dance littéraire, l'introduction au cours de"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 4044, "fin_caractere_exclue": 4074, "texte": "littérature de M. Edouard Rod."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "M. Fernand Baudoux publie chez M. La­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 163, "fin_caractere_exclue": 204, "texte": "comblez un volume de vers sous ce titre :"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 305, "texte": "Rhythmes vieux, gris et roses. Les rhyth­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 401, "texte": "mes gris sont indiqués, afin qu'on puisse"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 440, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "les discerner des roses. La précaution n'est"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 540, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "pas inutile. M. Baudoux rime facilement,"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 678, "texte": "trop facilement. Sa langue est loin d'être"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 730, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "correcte. Un de ses poèmes est intitulé :"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 827, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "Turelure. Un autre. l'Ibis, se termine par"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 926, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "la strophe que voici :"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1126, "fin_caractere_exclue": 1170, "texte": "Un vieux caïman gris donnait cette réplique,"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1173, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "Et l'ibis étonné de son obscur mourir"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1269, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "Contempla le voyant d'un air mélancolique,"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1370, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "Oubliant de lui prendre un a-il pour se nourrir."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1470, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "Non ibis in idem, n'est-ce pas, M. Bau­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1569, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "doux?"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1870, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "Le théâtre de Bayreuth nous ouvrira ses"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1943, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "portes cet été. On y jouera Parsifal, Tris-"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2038, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "tan et les Maîtres."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2104, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "Une nouvelle œuvre de Franck (sympho­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2196, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "nie en ré mineur) a été exécutée au Conser­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2294, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "vatoire de Paris. Œuvre de grand style et"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "de haute valeur, dit le correspondant du"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2450, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "Guide Musical, M. Camille Benoit."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2817, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "Le théâtre des Goncourt continue à met­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2858, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "tre en mauvaise humeur les critiques pari­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2902, "fin_caractere_exclue": 2944, "texte": "siens. Après Germinie Lacerteux à l'Odéon,"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2946, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "la Patrie en danger au Théâtre-Libre."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3047, "fin_caractere_exclue": 3087, "texte": "Cette pièce, qui a été publiée en volume"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3137, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "avec Henriette Maréchal, n'avait jamais"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3234, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "été représentée. Ecrite en 1867, elle avait"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3307, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "été lue à la Comédie-Française, mais la"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "guerre était survenue peu de temps après"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3388, "fin_caractere_exclue": 3432, "texte": "et puis la mort de Jules de Goncourt qui fit"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "oublier pour longtemps au frère aîné les"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3528, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "projets d'oeuvres théâtrales tant caressés au"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3624, "fin_caractere_exclue": 3647, "texte": "début de leur carrière."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3725, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "Edmond de Goncourt les a repris der­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3819, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "nièrement. On se souvient de Germinie"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3918, "fin_caractere_exclue": 3961, "texte": "Lacerteux et de l'insuccès « cabalistique »"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 4018, "fin_caractere_exclue": 4035, "texte": "qui l'accueillit."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 4114, "fin_caractere_exclue": 4153, "texte": "La Patrie en danger n'a rien de natura­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 4210, "fin_caractere_exclue": 4253, "texte": "liste. Les Goncourt ont fait cette pièce-là"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 4307, "fin_caractere_exclue": 4349, "texte": "comme ils faisaient de l'histoire, à coups"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 4400, "fin_caractere_exclue": 4439, "texte": "de documents mais leur préoccupation de"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 116, "fin_caractere_exclue": 161, "texte": "la vérité historique semble y avoir fait tort"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 217, "fin_caractere_exclue": 262, "texte": "à la passion et c'est ce qui met la Patrie en"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 318, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "danger, qualitativement, bien en dessous"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 438, "texte": "d'Henriette    Maréchal."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 497, "fin_caractere_exclue": 538, "texte": "Ceci, toutefois, n'est pas l'avis des au­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 594, "fin_caractere_exclue": 634, "texte": "teurs. Ils avaient une prédilection pour"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "cette œuvre conçue dans une forme nou­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "velle qui néglige la gradation et le con­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 881, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "traste des actes, l'harmonie de l'ensemble,"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 980, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "pour exposer l'action tout uniment, tableau"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1079, "fin_caractere_exclue": 1123, "texte": "par tableau. Ce qu'il y a d'admirable, avant"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "tout, dans la Patrie en danger, c'est la"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "forme littéraire très belle et très simple de"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1423, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "la langue. Mais on n'aime guère la littéra­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1522, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "ture au théâtre et cela s'explique par ce que"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1623, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "les infirmes de lettres tiennent à conserver"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1723, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "à leur portée cet hospice, ce refuge où le"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1821, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "fromage est bon : le théâtre aux ratés comme"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "le fromage aux rats."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1998, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "Al M. de Goncourt, vous êtes des gâte-"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2092, "fin_caractere_exclue": 2099, "texte": "métier."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2159, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "Mensonges, le roman de AL Paul Bour-"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2250, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "get paraîtra bientôt à la scène. Adaptation"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2348, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "de MM. Léopold Lacour et Pierre Decour­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2442, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "celles."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2507, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "Un nouveau roman d'Edmond de Con­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2595, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "court sera publié prochainement dans"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2686, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "l'Echo de Paris. Titre : la Clairon —"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 2778, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "d'après des documents historiques."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3002, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "L'Essor n'ayant pas envoyé de carte per­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3097, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "manente à M. Georges Destrée, la Jeune"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3232, "texte": "Belgique ne rendra pas compte de l'exposi­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "tion de ce cercle."}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3490, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "Le Cercle Le Progrès, de Namur, orga­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3582, "fin_caractere_exclue": 3623, "texte": "nise pour le 28 avril un Festival-Van den"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3678, "fin_caractere_exclue": 3721, "texte": "Eeden. Cette fête sera donnée au profit des"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3776, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "pauvres et sera dirigée par le compositeur"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3873, "fin_caractere_exclue": 3917, "texte": "lui-même. On exécutera Jacqueline         de"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 3972, "fin_caractere_exclue": 4017, "texte": "Bavière, oratorio, et Au X V 1 e Siècle, épi­"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 4072, "fin_caractere_exclue": 4110, "texte": "sodes symphoniques. 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Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois\n  1 7 francs; en vente partout.\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                ÉPERNAY\n\n\n                                          Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont                                2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert . . . .                  2 75\n                           R O S É E J E U N E BELGIQUE                         3 00\n                           Crême d'Ay         id.                               3 50\n                           Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.       4 50\n                           Bouzy Cristal      id.                               5 00\n                                       0.50 en plus par 2,2 bouteilles\n                                  EXPEDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEII.I.E S\n\n                           Franco de port, droits et emballage dans tonte la Belgique\n\n          ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n      19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-03-n3-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "SOMMAIRE:\nLa mort de Max Waller                                        LA JEUNE BELGIQUE.\nDerniers vers                                                SIEBEL.\nMax Waller                                                   ALBERT GIRAUD.\nBibliographie de Max Waller.                    .   .       . ***\nLes sommeils d'or                                            VALÈRE GILLE.\nLettres pour les illettrés                                   GEORGES EEKHOUD.\nVers                                                         G R É G O I R E LE R O Y .\n\nSoirs tristes                                                JULES DESTRÉE.\nAmen .       .   .                                           MAURICE MAETERLINCK.\nGrisailles                                                   MAURICE DESOMBIAUX.\nVers                                                    ,    JEAN B O E L S .\n\nCroquis                                                      LOUIS DELATTRE.\nRicanement                                                   JULES VAN DER BRUGGHEN.\nChronique musicale                                           HENRY MAUBEL.\nChronique littéraire                                         ALBERT GIRAUD.\nChronique théâtrale                                          HENRY MAUBEL.\nLe monde artiste                                             **'*\nMemento                                                      ***\n\n\n\n\n                     Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 108, "texte": "   Numéro double avec un portrait de Max Waller\n9e ANNÉE.   TOME VIII, N° 3.     P R I X : FR. 2-00                   MARS-AVRIL   1889.\n\n\n\n\n                                             BRUXELLES\n                           ADMINISTRATION:                      RÉDACTION:\n                         26, RUE DE L'INDUSTRIE, 26      j    72, RUE DE TRÊVES, 72\n\n                                                      PARIS\n                                       LÉON     V A N I E R , ÉDITEUR\n                                               10, Quai Saint-Michel\n\n                                                       1889\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                          REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n  formant au bout de l'année un superbe volume avec couverture spéciale et        frontispice.\n\n                             Fondateur     : MAX WALLER.\n\nDirecteur : HENRY MAUBEL. — Administrateur                         ; HUBERT VAN DIJK.\n\n  Bruxelles : Rédaction    : 72, rue de Trèves — Administration,     26, rue de l'Industrie.\n\n\n                          ABONNEMENTS :\n   Belgique . . 7 francs par an. — Union postale , . fr. 8 - 5 0\n         Les conditions pour les annonces se traitent à forfait.\n\n   La Jeune Belgique, constituée en Société, continuera à paraître sous la\ndirection annuelle d'un des membres de son comité de rédaction.\n   M. Henry Maubel est chargé de la direction pour l'année 1889.\n\n   La direction rappelle aux lecteurs de La Jeune Belgique qu'elle assume\nseule la responsabilité des articles qui paraissent sans signature dans la\nrevue. Ils n'ont en aucune façon un caractère collectif ou anonyme.\n   Elle prie ses collaborateurs de lui adresser la copie au plus tard le 20\ndu mois afin d'assurer la publication régulière de la revue.\n\n  Le portrait de MaxWaller que nous joignons au présent numéro\nest reproduit par l'héliogravure d'après une photographie faite au\ndébut de l'année 1880.\n\n\n                Abonnement gratuit\n  Tout ami et bénévolent adepte qui nous apportera 10 abonnés,\nrecevra son abonnement gratuitement durant deux années.\n  Des cartes d'abonnement sont à la disposition de nos amis chez\nM. Henry Maubel, rue de Trèves, 72.\n\n                          VIENT DE PARAITRE :\n\n      IMAGERIE JAPONAISE\n                      par JULES                     DESTRÉE\n   Une plaquette de luxe grand in-8°, tirée à 60 exemplaires numérotés,\nchez Madame Vve Monnom, 26, rue de l'Industrie. Bruxelles. Restent\n2 exemplaires sur Japon, portés à 10 francs et quelques-uns sur papier\nà la main Van Gelder à 5 francs.\n\n L a P l é ï a d e , 5 francs par an. — Chez M. P. Lacomblez, rue des\n                  Paroissiens, à Bruxelles. — Numéro 2.\n  S O M M A I R E : Arnold Goflin : Proses lyriques. — Jean Boels : Enfance. —\nSully Huntley : Réveil. — Arthur Dupont : Sonnet à la Lune. — Karl Van Osta : Croquis.\n— Adolphe Frères ; Adieu. — A. Jenart : N. D. la Neige. — A. Arney : Vers. —\nL. Derbaix : Une Enfance. — C. Sluyts : Profil de Madone — P. Lacomblez : Vieux\nstyle:— A. Galloij : Vers. — Varia. — Bulletin bibliographique.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "LA MORT DE MAX WALLER\n\n\n\n             LaJeune Belgique vient de perdre son fondateur,\n              Max Waller, l'initiateur, le créateur de l'œuvre\n              qu'il a dirigée pendant huit années avec une verve\nd'écrivain spirituel et un enthousiasme d'artiste. Ce deuil, le\npremier qui nous atteint, marque douloureusement une étape\nde notre mouvement littéraire.\n   Qui nous eût dit, il y a quelques mois, que notre Jeune\nBelgique, notre « Jeune » tant aimée et consolante, hospita­\nlière à nos peines, à nos joies, à qui nous donnions, comme\nà un être affectionné, le meilleur de nos impressions et de nos\npensées, qui nous eût dit que cette « Jeune » si sincère et\nconfiante en l'avenir, allait subir aussi ce coup brutal de la\nmort après lequel on a besoin de se ressaisir et de ramasser ses\nforces !\n   Qui nous eût dit, surtout, que cette mort la frapperait dans\nce qu'elle avait de plus vivant, de plus primesautier, de plus\ninsouciant, de cette insouciance des enfants dont le rire éclate\nmalgré tout à travers les larmes.\n   Max Waller était peut-être le plus « enfant » d'entre nous,\npartant le plus sensible. A mesure qu'il était venu en contact\n\n\n                                                               7\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "plus immédiat avec la vie, l'impitoyable réalité l'avait endolori\njusqu'à faire de ce mélancolique un souffrant; elle l'avait endo­\nlori à ce point que l'enveloppe physique qui, chez d'autres,\ns'ammâlit et se durcit au feu de la souffrance, s'usa vite au tra­\nvail des nerfs, aux cahots d'une âme que la mort seule devait\napaiser.\n   Si nous disions que Max Waller est mort de chagrin, cela\nsemblerait bien élégiaque. C'est que le mal moral, moins appa­\nrent qu'au temps où on le chantait en ballades, s'est fait analy­\ntique aujourd'hui; il procède par petites touches et désorganise\nlentement, jusqu'au jour où se manifeste la maladie purement\nmatérielle déterminante de la mort. Aux tiraillements de cœur\nde chaque jour était venu se joindre, du reste, un violent chagrin\ncausé à Max Waller par le départ et la mort du lieutenant\nCharles Warlomont, son frère, son ami, son confident de toutes\nles minutes.\n   Ceux qui ont assisté à ce départ se rappelleront avoir vu, sur\nle quai de la gare, Max s'écartant du train, s'écartant de la\nfoule, se dérobant aux poignées de main tristes en faisant de\nsurhumains efforts pour retenir les larmes qui ruisselaient le long\nde ses joues. A Anvers, quand la Lys démarra et vint en virant\nau milieu de l'Escaut, Max était à côté de Charles sur le pont\nà recevoir en plein cœur les cris d'adieux qui partaient de la rive\neffacée et lointanisée par l'engrisaillement du crépuscule... Il\nfallut se quitter à l'embouchure du fleuve : Max embrassa son\nfrère et regagna la terre; mais à partir de ce moment, il dut se\nfaire en lui un grand vide, un profond silence, un de ces silences\nqui rongent et que tous les bruits de la vie ne parviennent pas\nà étouffer. Max Waller avait l'amour-propre de ses chagrins; il\nne voulait pas « avoir l'air » triste. Les indifférents ou les mal­\nvoyants purent croire à cette gaieté factice, à cette vitalité qu'il\nsoutenait nerveusement et dont le ressort était croqué, sinon\ncassé. Mais pour les autres, la métamorphose était évidente. Sa\nfigure juvénile avait pris une expression plus âpre, les traits s'en\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "étaient durcis et creusés; une ombre de souffrance tombée du\nfront soucieux, voilait par instant le regard; l'allure, aussi, de\ntoute sa personne s'était alentie. Il était comme quelqu'un qui\nne voit plus son but.\n   La comparaison de ses portraits aux deux époques est d'un\ncontraste saisissant.\n   Au commencement de janvier, il s'alita. C'était de l'anémie,\nc'était une fièvre typhoïde qui se compliqua d'une maladie du\ncœur. Ce furent dix maladies en une où l'on ne vit rien de net,\nsauf ceci que — au bout de sept semaines de tâtonnements\ninfructueux — le malade était perdu.\n   Les médecins n'ont pas encore trouvé de nom ni de remède\naux maladies qui naissent d'une exaspération de la vie, d'une\nhypertrophie de la sensibilité.\n   « Ce sera très long ! » disait-il à l'un de nous dont il venait de\npresser faiblement la main de sa main effilée et pâle : il était\ndans un fauteuil bourré de coussins, la tête un peu renversée,\nla figure effrayamment maigre, les yeux enfoncés, la bouche sans\nsouffle. A côté de lui, le dernier numéro de la Revue indépen-\ndante qu'il indiqua d'un geste faible de la tête avec un demi-\nsourire en murmurant : « C'est un volume maintenant ! »...\n   Et la porte retombée avec un choc sourd, la vision s'effaça;\ncar c'était une vision, bien sûr; seul, quelque chose d'irréel ou\nd'imaginaire avait pu faire du joli Max d'antan ce vieillard, cet\nagonisant dont l'aspect serrait le cœur.\n   Le dimanche suivant, une amélioration sensible se produisit :\nla figure semblait plus reposée avec une lueur de bien-être dans\nles yeux et, songeant aux réunions de la Jeune Belgique dont il\nétait depuis si longtemps absent, il dit : « Un de ces jours, je\ntomberai dans le tas ! »\n   Était-il sincère ? était-il confiant ? ou bien cette phrase à double\nsens cruel n'était-elle peut-être qu'une ironie, un défi à cette\nmort que, dans ses derniers jours, il a, d'esprit très lucide, clai­\nrement vu venir à lui et courageusement attendue ?\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "   Le soir du 6 mars, lendemain du Mardi-Gras, quand la porte\nde la maison où l'on venait de commencer les premiers prépa­\nratifs funèbres s'ouvrit à nous en projetant dans la rue déserte,\nbanale et froide, une clarté sinistre et que quelqu'un nous dit :\n« il est mort ! » aucun de nous, de l'impression d'abattement qui\nle saisit, ne démêla l'idée nette de la réalité cruelle et que venait\nde nous quitter pour toujours celui qui avait insufflé la vie à\nnotre œuvre, celui qui en avait été l'âme et qui, mieux que tout\nautre, la personnifiait. On ne croit pas à la mort de ceux qu'on\naime. On ne voit pas cette mort; on ne la sent pas. Nous\naimions Max Waller non seulement comme un ami, mais encore\ncomme un corréligionnaire d'art et comme un frère d'armes. Il y\navait quelque chose d'une croisade dans la petite guerre de\nplume qu'il menait avec une insouciante ardeur aux sons iro­\nniques de ses airs de flûte. Cette petite guerre — tout intellec­\ntuelle qu'elle fût — n'était pas sans périls, nous pouvons bien le\ndire en songeant à lui, et rien ne soude les cœurs comme la com­\nmunauté d'un danger, surtout quand on le brave pour cette\ncause sacrée dont l'amour est une sorte de patriotisme plus élevé\nque l'autre. — L'art n'est-il pas une patrie spirituelle qu'un très\npetit nombre d'hommes défendent et qui a pour territoire l'in­\nfini de la pensée, l'infini de la passion ?\n   Max Waller a combattu jusqu'à ses derniers jours pour cette\npatrie là et sa fin a quelque chose d'héroïque. Aussi n'est-il per­\nsonne, même parmi les plus indifférents ou les plus hostiles, que\ncette mort n'ait froissé douloureusement; personne qui ne se soit\nsenti remué d'un peu de sympathie et d'admiration pour la vie\ncassée de ce poète qui s'en va mélancoliquement à vingt-neuf ans\ncomme on s'en allait au temps du romantisme...\n   Le jour des funérailles, une foule recueillie et pénétrée de tris­\ntesse sincère emplissait la petite église de Saint-Gilles où Max\nWaller avait entendu, il y a un an, les suprêmes prières pour son\nfrère Charles. Tout un côté de la grande nef était occupé par des\ndames. Autour du corps s'amoncelaient des fleurs envoyées par\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "la famille, les amis, par le Cercle des Arts et de la Presse,\nla Société Nouvelle, l'Éventail, et puis les nôtres, en double\ngerbe ornée de l'écusson à fière devise dont il avait doté la Jeune\nBelgique et qui évoquait une dernière fois au pied de ce cata­\nfalque la crânerie romantique de son talent. A l'offertoire,\nM. Renaud chanta l'Agnus Dei de Faure; M. Seguin le Pie Jesu\nde Stradella. Par sympathie pour Max Waller, ces deux artistes\navaient offert spontanément leur concours à la chapelle dont\nM. Léon Dubois est l'organiste. L'office terminé, l'on repartit\npour Hofstade près de Malines, la dernière étape de ce voyage\nfunèbre.\n   Comme le train filait joyeusement à travers la campagne\nensoleillée ! combien invraisemblables nous parurent un instant\ntoutes ces cérémonies et tout ce deuil ! Où était donc notre Max\net que ne venait-il égayer de sa mimique spirituelle la causerie\nde ce voyage à travers champs ! — Max Waller était là-bas,\nmuet, les yeux clos, le geste brisé, couché dans le wagon funèbre\net, à la descente du train, la réalité nous réapparut, cette\nfois sous un jour sèchement lugubre qu'elle n'avait pas au\ndépart.\n   Un corbillard de province surchargé de dorures et dont le\nconducteur portait en travers le bicorne à pleureuses, attendait\nle corps pour le cahoter par une route de campagne jusqu'à\nla petite église dont la cloche enrouée tintait : Une église pauvre\naux murs blanchis, n'ayant pour tout ornement que quelques\nnaïves statuettes de saints; une église vide et froide à donner\nle vertige et le frisson aux âmes chrétiennes qui voudraient\ny prier; une de ces églises où le crissement de la civière sur les\ndalles retentit si douloureusement. C'est là, surtout, que la\ncérémonie devint navrante et autour de cette fosse, dans ce\ncimetière perdu. Là, quand se furent retirés les prêtres et les\ndeux enfants de chœur qui ne pouvaient rien comprendre à\nl'horreur de cette mise en terre, Georges Eekhoud, notre\naîné, s'approcha de la bière et, en phrases hoquetantes, coupées\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "de sanglots qui semblaient lui arracher les paroles du fond de\nla gorge, il dit à Max Waller notre adieu :\n\n   En ma qualité d'ancien dans le groupe de la Jeune Belgique,\npermettez-moi de prononcer quelques paroles d'adieu sur le cer­\ncueil du fondateur de cette Jeune, — comme lui-même l'appelait\navec une tendresse presque paternelle, — sur le cercueil de notre\njeune chef et cher ami Maurice Warlomont.\n   « Max est mort ! »\n   Dirai-je l'effet produit par cette terrible nouvelle sur ses amis,\nsur ses frères d'armes de la Jeune Belgique.\n   Il languissait depuis des mois.\n   Nous voyions son enveloppe charnelle se fondre lentement,\nmais on aurait dit, tant la lame était encore nerveuse et fringante\ndans le fourreau délabré, tant son esprit demeurait vivace et son\nâme vaillante, qu'il se préparait chez Max une métamorphose,\nune Renaissance, et qu'il sortirait de cette crise, le cher et pétu­\nlant dandy de lettres, plus ferme et plus intrépide que jamais.\n   On nous avait préparés à ce dénouement, et pourtant,\nrebelles au témoignage de nos yeux, n'écoutant que notre amitié,\nau fond du cœur nous gardions quelque espoir et nous parta­\ngions une confiance que lui-même entretenait tout le premier.\n   Ainsi, lorsqu'il me promettait dimanche de revenir bientôt à\nnos réunions quotidiennes, je n'étais pas loin de le croire.\n   Car, comment ne pas attendre un miracle de cette belle et\nopulente jeunesse qui fit toujours notre admiration ! Qui n'aurait\npas compté, comme moi, que ce radieux poète, ce neveu de\nHenri Heine, ce souple et joli bretteur, assaillant et harcelant\nsans pitié les lieux communs et les plates conjonctures de la vie,\nferait la nique à la maladie, et, qu'au moment où la Mort s'ap­\nprêterait à le terrasser, il parerait le coup fatal et saluerait l'ad­\nversaire d'un de ces gestes ironiques et désarmants dont il avait\nle secret.\n  La dernière fois que je lui fis visite, son superbe aplomb me\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "cachait presque les ravages de la maladie. La lucidité et la verve\nde sa parole me donnaient le change sur son état. Et, en le quit­\ntant, je croyais sincèrement à la rencontre prochaine et c'est\npresque rassuré que je lui disais au revoir en pressant ses doigts\namaigris.\n   Et maintenant, devant cette fosse, il faut bien se résigner à\nprononcer le suprême adieu !\n   Il faut s'incliner devant l'horrible réalité. Pas plus que les\nautres, le pauvre cher artiste n'a pu éluder et esquiver la des­\ntinée commune. Au contraire, il semble que la Mort ait mis de\nl'amour-propre, je ne sais quelle atroce envie, à frapper au\ndépourvu, ce jeune cavalier, ce vivant par excellence.\n   Et, dans ce bataillon de la Jeune Belgique où les vétérans\nn'ont pas trente-cinq ans, elle a visé de préférence, le plus jeune\nd'entre ces jeunes. Elle n'a pas fauché à l'aveugle, mais elle a\nété cueillir le cadet, le talent nouvellement éclos, l'esprit le plus\nneuf, l'âme fraîchement épanouie au soleil de l'Art et toute ravie\nd'illusions, de projets d'avenir, de longues espérances !\n   Dans notre petit bataillon littéraire si compact, si serré, si\nvaillant, c'est le premier qui tombe.\n   Consécration tragique !\n   Voilà que nous avons reçu le baptême de la Mort. Désormais\nquelque chose de grave et de solennel va se mêler à la belle tur­\nbulence de la Jeune Belgique.\n   Comme les soldats, après avoir essuyé la fusillade, nous\nentendons une voix ferme mais triste commander : « Serrez les\nrangs ! »\n   C'est notre porte-drapeau qui vient de tomber !\n   Pauvre Max ! D'autres mains pourront relever le drapeau,\narborer l'écusson, faire sonner la fière devise que tu composas;\ndes cœurs dont tu n'as jamais douté t'assurent la continuation\nde ton oeuvre, la suite de tes joutes artistiques et chevaleresques !\n   Mais toi-même, ton essence, ton lumineux génie qui le rem­\nplacera ?\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "   Où est Ariel, où est l'espiègle Puck ? Qui nous rendra Siebel,\nle flûtiste ironique et tendre !\n   Voilà l'irréparable.\n   C'est une partie de l'humour et c'est, certes, la grâce et le\ncharme de la Jeune Belgique qui s'éteignent avec son fonda­\nteur. C'est le cadet, le frère gâté, le cher enfant terrible qui sort\nde la maison !\n   Rien, pas même l'intensité de nos regrets, le fluide de nos\nsympathies ne pourra rallumer cet esprit subtil, cette âme\ncharmante brutalement offusquée par l'éternelle Nuit.\n   Et ce que Max a mis de lui, dans ses Airs de Flûte, aura beau\nchanter et bruire et pétiller, il nous manquera l'interprète de\nces délicates merveilles, l'élégant artiste, le si plastique virtuose\nqui les illustrait par son sourire, le timbre de sa voix, l'exquise\ncrânerie et toute la vivacité et la verve de sa personne\n  Adieu, Max, adieu !\n\n   Un vent froid s'était mis à souffler désolemment par toute la\ncampagne et le ciel assombri s'abaissait sur nous. M. Victor\nReding, à son tour, prononça quelques mots au nom du Cercle\ndes Arts et de la Presse. On défila pour la dernière offrande,\nl'offrande de la terre et, de cette tombe fraîche au fond de\nlaquelle s'abattaient avec un claquement brutal les pelletées,\nchacun s'en vint avec cette écrasante obsession du « tout est\nfini », le sang figé, la tête lourde, machinalement, mécanique­\nment, forcément, comme on s'envient des morts qui ne se relè­\nveront pas, des morts qui nous oublient et qui nous abandonnent.\n   Tout est fini.\n   Max Waller n'est plus là pour chanter : flûte ! aux empêcheurs\nd'écrire et sauter moqueusement les obstacles de la carrière.\nNotre gentil porte-drapeau est tombé, mais le drapeau demeure\nintact et nous le relevons. De telles morts seraient profondé­\nment décourageantes si elles ne nous mettaient en même temps\nau cœur un sentiment de révolte qui nous reporte, avec plus\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "d'acharnement, à la lutte. Serrons les rangs ! Comme l'a dit\nGeorges Eekhoud au bord de cette tombe où s'en allait un peu\nde nous. Unissons-nous plus étroitement, plus cordialement,\npour continuer avec une nouvelle énergie, en dépit de tout et de\ntous, l'œuvre de Max Waller.\n\n                                            LA J E U N E BELGIQUE.\n\n\n\n\n   A l'occasion de la mort de Max Waller, un grand nombre de personnes\nnous ont adressé des témoignages de sympathie dont nous les remercions\nbien vivement. Nous remercions aussi les principaux organes de la Presse :\nL'Etoile belge, le Journal de Bruxelles, l'Indépendance, la Nation, la\nGalette, la Chronique, le Soir, la Réforme, le Journal de Gand,\nl'Impartial, l'Art moderne, l'Éventail, le Mondain, l'Office de Publicité,\nCaprice-Revue, le Guide musical, le Globe illustré, le Sport belge, qui, en\ntermes émus, ont rendu hommage à l'écrivain.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "                    -   98     -\n\n\n\n\n       DERNIERS VERS\nNous donnons ici les derniers vers que Max Waller a publiés\n sous le pseudonyme de Siebel. Ils ont été écrits spécialement\n pour le journal l'Éventail. La dernière pièce est datée du\n 29 décembre.\n\n\n                        I\n\n               A L'ÉVENTAIL\n\n Petit éventail, tu vivras !\n On te lance dans l'existence;\n Va, cours, vole, entre dans la danse\n Pour embrasser qui tu voudras !\n\n Comme au pinson dans la feuillée,\n Par les belles nuits de printemps,\n Quand s'aiment les cœurs de vingt ans,\n Va, nous te donnons la volée.\n\n Sois frivole et gai, sage et fou,\n Curieux, bavard, à la ronde,\n Sache ce que glose le monde,\n Sois ici, sois là, sois partout !\n\nTu seras aimé si tu glisses\nSur ce qui doit rester secret;\nSois discrètement indiscret\nEn interviewant les coulisses;\n\nSois au concert, au cirque, au bal,\nNe crains ni le gel, ni la pluie,\n Va dans le monde où l'on s'ennuie;\nEn attendant le carnaval;\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                 — 99 —\n\nEventail ! sois tout feu, tout flammes;\nEn échange, tu recevras\nLa gratitude des ingrats\nEt le frais sourire des femmes !\n\n\n\n\n                     II\n\n\n          VIEUX ÉVENTAILS\n\n\nJ'aime les éventails fanés\nDont le lointain passé chagrine :\nDans le tombeau de leur vitrine\nIls dorment, les abandonnés !\n\n\nD'où viennent-ils ? Quelles mains blanches\nLes ont balancés autrefois,\nDans les tête-à-tête du bois\nOù le soleil dorait les branches ?\n\n\nQuels sont les doigts très effilés\nQui les ouvraient, dites, grand'mères ?\nDe quelles amours éphémères\nOnt-ils vu les chers défilés !\n\n\nCombien de tendres confidences\nOnt-ils entendu ! Doux secrets !\nLes vieux éventails sont discrets\nAu souvenir des contredanses,\n\n\nOù doucement, très doucement\nAvec quelque nuance exquise\nLe marquis disait en... mimant :\nNe veux-tu pas être marquise ?\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                 — 100 —\n\n\n\n\n                     III\n\n\n        ÉVENTAILS EXOTIQUES\n\n\nGais éventails enjoliés\nPar de fines mains aux doigts roses,\nQue l'on fixe entre un tas de choses\nAux tentures des ateliers;\n\n\nOù l'on voit des lunes laiteuses\nSur des montagnes lazuli,\nAvec un horizon pâli,\nTout constellé de nébuleuses;\n\n\nÉventails chimériques qui\nDonnent la vague nostalgie\nD'entendre une voix de vigie\nVous signaler    Nangasaki!\n\n\nÉventails en papier qu'on donne\nPour quelques sous, soyez bénis,\nVous, la gaîté de tous les nids\nOù le jeune amour s'emprisonne;\n\n\nQui jetez aux murs des gaîtés\nD'Orient qui s'emparadise,\nVotre art primitif réalise\nLes plus caressantes clartés;\n\n\nEt vous êtes, dans notre vie\nL'image, à nos sens avivés\nDe la tendresse inassouvie\nEt des chers paradis rêvés.\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                 — 101 —\n\n\n\n\n                    IV\n\n\n               SOUHAITS\n\n\nJoyeux Noël et bonne année\nA vous lectrice, à toi lecteur,\nNos souhaits s'unissent en chœur\nComme une gerbe enrubannée.\n\n\nL'éventail s'ouvre et, de ses plis,\nS'échappent les vœux pleins de roses,\nLes mots aimants, les douces choses\nDont tous nos cœurs étaient remplis.\n\n\nBelle dame, que l'on vous offre\nUn éventail en nacre, orné\nD'un ruban de satin fané,\nSouvenir tiré d'un vieux coffre;\n\n\nUn éventail en Chantilly\nMonté sur nacre ciselée\nFait pour votre main effilée\nQu'aucune ride ne trahit.\n\n\nPuis un autre en plumes d'autruche,\nQui semble un oiseau dans vos mains,\nUn oiseau qui sait les chemins\nD'amour voilés par une ruche...\n\n\nEt que chacun ait son secret,\nSon langage plein de tendresse,\nSelon qu'on l'ouvre, qu'on le dresse,\nQu'on le ferme d'un air discret...\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                                  —   102 —\n\n\n               Allons ! une course pédestre\n               Vers les magasins les plus vlan !\n               Le martyre à la Saint-Sylvestre\n               Et les baisers au Nouvel-An !\n                                                              SIEBEL.\n\n\n\n\n                      MAX WALLER\n             La première fois que je le vis, ce fut à Louvain, la vieille ville\n              universitaire, calme et joyeuse, où les carillons se répondaient,\n              de clocher en clocher, comme les rêves et les espoirs de notre\n              jeunesse. Il avait vingt ans à peine, et il revenait de Bonn,\nsur le Rhin, où Loreley déroule ses cheveux d'or et chante un lied dont\nla mélodie tremble et sanglote. Il n'était pas encore Max Waller, mais il\nétait déjà Siebel. Et quelle Gretchen eût préféré Faust à cet adolescent\nmince, fier comme une épée, vaillant comme un saint Georges et beau\ncomme une femme ? Car il était beau, d'une beauté absolue, éblouissante;\nbeau à désespérer l'Art, beau à humilier la Vie. Une chevelure blonde,\ndocile et ondée, lui baisait la nuque et retombait, à gauche, en une boucle\nsoyeuse, sur le front pensif et pur. Les yeux limpides, d'un bleu d'azur,\névoquaient les eaux de ce lac de Constance qui, dit-on, ensorcela\nCharlemagne. Le nez fin, un peu busqué, aux narines dédaigneuses,\ndénonçait une bravoure chevaleresque poussée jusqu'à la témérité. La\nbouche, d'un dessin étroit, à peine cotonnée d'une frisure d'or, et le\nmenton décidé, malgré l'ovale irréprochable du visage et la carnation enfan­\ntine des joues, prédisaient un esprit volontaire, né pour les prouesses et\nles bravades du commandement. Le cou svelte tranchait par sa fraîcheur\nsur le collet montant d'une redingote noire, boutonnée jusque sous la\ncravate flottante, et qui semblait avoir été inventée par un clergyman\ntrès dandy.\n   Les épaules étaient larges. L'une d'elles, la droite, imperceptiblement\nplus haute, avait des mouvements d'une grâce ironique. Le geste libre, aisé,\ncharmant, prenait parfois un air de décision rare. Et la voix, qui venait à\npeine de muer, était une de ces délicieuses voix de gorge qui hésitent entre\nle timbre du ténor et celui du baryton, et dont le velours est pour l'oreille\nce que le duvet des pêches est pour les yeux.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                  — 103 —\n\n   Il n'arrive pas souvent, comme le remarque, à propos de Baudelaire,\nThéophile Gautier, qu'un poète, qu'un artiste soit connu sous son premier\net délicieux aspect. Heureusement, il existe un portrait de Max Waller\nà son retour d'Allemagne. Ceux qui le connaissent diront si j'ai idéalisé\nSiebel.\n   Pour moi, c'est ce Max Waller rose et blond, le beau page impertinent\net sentimental, qui est le vrai, le seul Max Waller. Tout artiste a, dans sa\ncarrière, un moment d'épanouissement suprême : moment de jeunesse,\nde maturité ou de vieillesse, mais inoubliable et tyrannique pour le sou­\nvenir. Je ne puis me figurer d'autre Musset que celui de David d'Angers,\nd'autre Gautier que celui de l'eau-forte de Jacquemart, d'autre Hugo que\nl'ancêtre à barbe blanche de la Fin de Satan et des Quatre Vents de\nl'Esprit. C'est pourquoi le poète de la Flûte à Siebel ne peut plus m'appa­\nraître que sous son apparence de naguère. Je sais que, plus tard, cette tête\néblouissante, restée cependant jeune et belle, s'était amaigrie; que la vie\nen avait accentué les contours; que la bouche, plus sceptique, fine\ntoujours, souriait d'un sourire qui saignait en dedans; que le nez et le\nmenton se moquaient des yeux demeurés candides, et que ce masque,\nsculpté par une peine secrète, essayait de cacher les douleurs d'un enfant\nétonné d'être en mal d'un homme. Mais Siebel, le Siebel que je verrai\ntoujours, le prince Fleur de Lanlaire, fier comme une épée, vaillant comme\nun saint Georges et beau comme une femme, DOIT ressembler à l'adoles­\ncent que je vis pour la première fois à Louvain, la vieille ville universitaire,\ncalme et joyeuse, où les carillons se répondaient de clocher en clocher,\npareils aux rêves et aux espoirs de notre jeunesse.\n\n\n\n  L'avant-dernière fois que je le vis, ce fut à Bruxelles, chez lui, rue\nBosquet, — non pas dans sa claire chambre du second étage, fleurie de\ntableaux, d'aquarelles, de portraits et de reliques familières, dans cette\nchambre jeune et folle comme sa fantaisie d'autrefois, — mais dans une\nchambre sévère et sombre du rez-de-chaussée, qui sert de bureau à M. le\ndocteur Warlomont. Près de la porte se dressait une espèce de lit de camp.\nUn jour morne éclairait vaguement la chambre. Un froid soleil hivernal\nlanguissait dans le jardin dénudé et se mourait à l'entrée de la serre.\n   C'était pendant un répit de la maladie. Les médecins parlaient de conva­\nlescence et de guérison, là-bas, dans le Midi, au bon soleil réconfortant.\nIl était levé, les joues encore roses du dernier baiser de la fièvre. Il\nm'apparut amaigri, les yeux bleus très vagues, bleuets presque fanés trem-\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                  — 104 —\n\npant dans une eau lointaine et tremblante. Les cheveux, coupés récem­\nment, en brosse, dénudaient les tempes jaunies. Le masque, spiritualisé\npar la consomption, avait pris un relief énergique, presque militaire.\nAssis, couché pour ainsi dire dans un fauteuil profond, revêtu de son ample\nmanteau à longue pèlerine bleu sombre, les jambes enveloppées dans une\ncouverture de voyage, il me fit penser à un jeune officier de cavalerie\nblessé à mort dans un combat ignoré, attendant l'agonie avec une résigna­\ntion fière. Je ne sais pourquoi, — ne sommes-nous pas, toujours et partout,\ncaptifs de nos sensations d'art et de nos lectures ? — il m'évoqua soudain\nles prisonniers de guerre de M. de Lalaing et le prince André du grand\nTolstoï. A cette évocation involontaire se maria le souvenir du frère\nCharles, fidèle et bon à la manière des chiens de garde, et qui dort,\nlà-bas, en Afrique, loin du cadet qui était aussi son fils adoptif.\n   Cette illusion persista pendant toute la durée de ma visite, et me revient,\nplus forte et plus aiguë, aujourd'hui.....\n\n\n   La dernière fois que je le vis, ce fut dans la même chambre, aux lueurs\ndes cierges, sur son lit mortuaire adossé à la fenêtre, et veillé par une sœur\nde charité dont la coiffe aux ailes blanches et le front d'ivoire étaient seuls\nvisibles dans une nuit de chapelle pensive. Le grand store rouge de la\nfenêtre était baissé, et le soleil clair du matin, filtrant à travers cette\npourpre, palpitait sur les joues de l'expiré comme un mensonge suprême de\nla Vie, répété par les violettes et les roses qui jonchaient le lit. La tête de\nSiebel reposait doucement sur l'oreiller, comme en songe. Le visage inaltéré\nsortait d'un col de mousseline blanche, d'une élégance telle qu'on eût\njuré qu'il l'avait choisi. L'épaule droite conservait le haussement gracieux\nqu'elle avait devant la sottise impériale du monde, et le beau rêveur de Bonn\nattendait ainsi je ne sais quelle aube mystérieuse, calme et grave, un rien\nironique, et dandy jusque dans la Mort.\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                —   105   —\n\n\n\n\nBIBLIOGRAPHIE DE MAX WALLER\n             Notes au crayon (L'Étudiant allemand) par Siebel. Louvain,\n               Peeters-Ruelens, 1881.\n                 Le Naturalisme Littéraire (Lettre à Louis Hymans).\n               Bruxelles, Société Générale d'imprimerie, 1882.\n   Camille Lemonnier. Bruxelles, Société Générale d'imprimerie, 1882.\n   Le Faust de Goethe. Bruxelles, Rozez, 1882.\n   L'Amour Fantasque. Bruxelles, Boitte, 1883.\n   Le Baiser (Nouvelles), dessin de Fernand Khnoppf. Collection de la\nJeune Belgique, chez tous les libraires. Bruxelles, 1883.\n   La Vie Bête. Préface de Camille Lemonnier, eau-forte de Théodore\nHannon. Bruxelles, Brancart, 1883.\n   Le Salon de Bruxelles. Préface de Camille Lemonnier. Bruxelles,\nFink, 1884.\n   Lysiane de Lysias. Bruxelles, Félix Callewaert père, successeur\nveuve Monnom, 1885.\n   Jeanne Bijou, pièce en trois actes. Bruxelles, veuve Monnom, 1886.\n   Le Parnasse de la Jeune Belgique [La Flûte à Siebel). Paris, Léon\nVanier, 1887.\n   Le Salon de Bruxelles. Bruxelles, Librairie Nouvelle, 1887.\n   Poison, pièce en un acte. Bruxelles, veuve Monnom, 1888.\n   La préface de la Correspondance d'Afrique de Charles Warlomont.\nBruxelles, veuve Monnom, 1888.\n   La préface de la Science de l'Escrime par Eugène Desmedt. Bruxelles,\nveuve Monnom, 1888.\n   En collobaration :\n   Avec Georges Rodenbach: Lapetite Veuve, saynète en un acte. Bruxelles,\nFink, 1884.\n   Avec Fritz Rotiers : Le Théâtre de la Monnaie. Bruxelles, veuve\nMonnom, 1887.\n   Collaboration aux journaux universitaires : Le Type et le Spitz (Louvain),\nl'Étudiant (Bruxelles) et aux Almanachs des Universités de Liége et de\nGand.\n   Aux publications périodiques : La Jeune Revue, la Jeune Belgique, la\n                                                                    8\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                — 106 —\n\nRevue artistique, le Correspondant Belge, la Revue Moderne, la Plage,\nl'Estacade, le Journal des Gens de Lettres, la Fédération        artistique,\nl'Artiste (Bruxelles, 1887), l'Artiste (Paris), le Guide musical, l'Even-\ntail, etc., etc.\n   Aux journaux : l'Europe, le National, la Réforme, l'Indépendance, la\nNation, le Rapide, le Soir, etc.\n\n\n\n\n               LES SOMMEILS D'OR\n                                     I\n\n    J'ai délaissé mes jeux, mes miroirs et mes palmes,\n    J'ai parfumé mes blonds cheveux de violette,\n    J'ai baigné mon corps d'iris et de violette\n    Et je me suis abandonné sur les eaux calmes.\n\n    Rien à penser, rien à vouloir en ce berceau\n    De sommeil et de fleur qui glisse à la dérive,\n    Amour et haine, albe folie, à la dérive,\n    — Ecoute la chanson qui chante au fil de l'eau.\n\n    Des mains blanches ont clos les yeux de mon enfance,\n    Des calices vermeils parfument mon sommeil,\n    Des feuillages d'or rafraîchissent mon sommeil\n    Et des luths paresseux ravissent le silence.\n\n   Mes sœurs aux clairs sourires mirent leur visage\n   Parmi la floraison enfantine des roses,\n   Parmi les indolences suaves des roses\n   Qui couronnent dans l'eau tranquille leur mirage.\n\n   Comme un voile d'azur les ciels las de lumière\n   Immobiles se sont endormis dans la mousse,\n   Tous mes rêves se sont endormis dans la mousse\n   Et sur le sable d'or au fond de la rivière.\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                          — 107 —\n\nA la dérive... oh ! vois ces frèles ancolies !\nOublions l'avenir et mourons avec grâce,\nParfumons nos baisers et mourons avec grâce\nVoici la fin suprême et sa blanche agonie.\n\n                             II\n\n        Aux caresses des éventails\n        Ses sourires et ses extases\n        Bel enfant aux yeux de topaze\n        Et tout son amour qui défaille !\n\n        D'un indicible et doux murmure\n        Ses douces lèvres caressantes\n        Aux enfants de grâces charmantes\n        Qui lustrent d'or sa chevelure.\n\n\n       Ses colliers, ses parfums, ses fleurs,\n       Et cette belle indifférence,\n       Oh ! plus même quelqu'espérance\n       Où souffrirait encor son cœur !\n\n       Blanches ses mains abandonnées\n       Aux bracelets d'or et de roses,\n       Bel Enfant lassé qui reposes\n       Et les guirlandes dénouées.\n\n       Et ce calme sommeil d'offrir\n       Cette faiblesse et cette enfance\n       O toi son Maître ! à ta puissance\n       Et ce doux rêve de mourir.\n\n                           III\n\n      Ton sommeil, Enfant, en mon âme\n      Ton beau sommeil en mes pensées\n      Et mes couronnes délaissées\n      Et ce silence dans mon âme.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                 — 108 —\n\n\nComme inattentive aux colombes\nQui frissonnent dans les ciels roses,\nNaïve et simple, sœur des roses,\nVers cet amour où tu succombes,\n\nEn moi-même toute inconnue,\nFrèle de fleurs de neige et d'or,\nConfiante et de rêve encor\nOù ta voix douce s'exténue\n\nDans la fontaine des mensonges\nA sourire au léger mirage\nD'un angélique paysage\nD'oiseaux, de roses et de songes,\n\nAinsi timide, abandonnée\nA mon amour et mon enfance,\nEt toute cette insouciance\nEt de soir seule environnée;\n\nMais tout mon amour en tes yeux\nEt mon enfance en ta souffrance,\nTant craintive et cette espérance\nD'être celle aux doigts lumineux,\n\nEt d'être un peu de ta souffrance,\nUn peu de ta simple prière,\nD'être un peu de blanche lumière\nAu fond de ton cœur en silence.\n\n\n\n                    IV\n\n\nSur l'eau calme de mon sommeil\nSi lointaine illusionnée,\nEn rêve, blanche, s'est glissée\nCelle de fleur et de soleil;\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                 — 109 —\n\nFrissonnante, toute éblouie\nD'or matinal et de sourire\nA peine glisse comme expire\nEn sa chevelure recueillie,\n\nEt sur l'eau frôlée, effeuilleuse\nDes pétales de rose neige,\nBlanche effeuilleuse que protège\nL'aube de roses lumineuses,\n\nEn cette espérance furtive\nDe réveiller de son silence\nLe Prince-Charmant que fiance\nSon voile d'enfance naïve,\n\nEt s'évanouir en lumière,\nComme de soleil, indécise,\nD'un frisson d'ombre dans la brise\nEncore Reine mensongère.\n\nEt sur l'eau calme du sommeil\nOù sur l'azur limpide plonge\nS'est éclose de ce mensonge\nLa fraîche rose de soleil.\n\n\n\n                     V\n\n\nDe roses enfantines closes\nSur la neige de mes sommeils\nSouriant et ces bleus éveils,\nCes fleurs et ces métamorphoses;\n\nEt d'inaccessible faiblesse\nEn mes yeux d'enfant assoupie\nMe voici celle qui confie\nA sa simplesse sa détresse;\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                                 —   110 —\n\n\n              Et ces choses inéluctables,\n              Sans espérance et sans envie\n              Et se réveiller de la vie\n              Comme de songes ineffables :\n\n              Et c'est comme une Résignée\n              En ses mains blanches calmes jointes,\n              Tout son amour et toutes plaintes\n              Oh ! si loin de la sœur aimée.\n\n                                                      VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n  LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                                     III\n                              GENTILLIE\n\n                                     I\n\n               Le long du littoral, entre Nieuport et Dunkerque, les douaniers\n                donnent la chasse à Kriel Pintloon dit l'Esprot à cause de sa\n                petite taille et de son teint mordoré.\n                  Lorsque chôme son aventureux métier, Kriel, ordinaire­\nment terré dans les dunes quitte, à l'exemple des lapins, ses garennes\nsablonneuses, pour descendre dans les plaines fertiles du Veurne-Ambacht\net rançonner les fermes émaillant la plaine. Il prélève la dîme sur la huche,\nle saloir, le poulailler et même, à en croire les grigous, sur le magot enfoui\ndans les mystérieuses cachettes.\n   Les déprédations de Kriel lui ont aliéné les terriens, assez portés\ncependant pour les irréguliers de sa trempe, auxquels ils servent souvent\nd'entremetteurs et même de receleurs. Mais audacieux et bravache, vrai\ntrompe-la-mort, Kriel se moque bien de leur mauvais gré. Il méprise trop\nle rustre sédentaire et servile pour le ménager et s'en faire un allié et ne\nse fie, depuis, de longues années, qu'à son complice à quatre pattes, son\nfidèle chien Dapper.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                 —    111   —\n\n\n\n   Jamais il ne s'embrigada, non plus, comme un subalterne dans le trou­\npeau de ses pareils, sous les ordres d'un conducteur.\n   Le soleil disparaît sous l'horizon. Par couple les douaniers s'embusquent\nderrière les haies.\n   Attention ! Un homme vient à passer dans le sentier voisin; la mine\nd'un valet de charrue regagnant le chaume où l'attend sa platée de pommes\nde terre. Personne ne songerait à soupçonner ce porte-blaude qui déambule\ndu pas le plus paisible, mains en poche, sifflant avec nonchalance la com­\nplainte de la dernière kermesse. Et cependant ce pitaud n'est autre que\nnotre Kriel. Quoi, ce boulot ? Kriel, le fûté en personne. Pour la cir­\nconstance il est râblé et guêtré de tabac, son bedon n'est qu'un bidon et\nsous l'enflure arrondie de sa blouse bleue il charrie une outre d'alcool\nflamand....\n   Ou la nuit est sombre et pluvieuse. Kriel armé d'un court fusil et Dapper\nd'un collier à pointes, se glissent comme des ombres dans une maison\nisolée. L'homme en ressort portant sur les épaules une charge attelée\ncomme le sac des fantassins. Il s'avance l'œil et l'oreille tendus, en décri­\nvant de bizarres zigzags le long des bois, dans les chemins creux, au fond\ndes fossés à sec, en évitant avec soin les éclaircies de la plaine, les côtes\ndénudées et les métairies dont le chien de garde signalerait le passant\ninconnu. Une silhouette suspecte se dessine au loin. Kriel se couche à plat\nventre, Dapper tombe en arrêt et s'efface de son mieux. On ne voit, on\nn'entend plus rien. C'était une fausse alerte. En avant ! déjà la frontière est\nfranchie, le contrebandier traverse la périlleuse zone de la première ligne;\nencore une lieue, rien qu'une lieue et les voilà en sûreté, l'Esprot, son chien\net leur marchandise.\n   Après les « bons coups » l'été, musard insouciant, vautré ou couché sur\nle dos, au flanc des talus herbeux des canaux ou entre les mamelons des\ndunes, il passe des journées entières à s'étirer les membres, tandis qu'alen­\ntour les grillons noirs et jaunes comme lui, raclent leurs élytres, et que\nl'humide et vibrant paysage, semble se dissoudre par instants dans le blanc\nsoleil fantôme...\n   Et souvent, en hiver, goguenard et d'humeur sociable; gardant l'inco­\ngnito d'un prince, il parcourt le pays, au grand jour, s'éternise dans les\ncabarets, au jeu de cartes, lampe sec et ses mains ramassent et rabattent\nsans trève, les cartes poisseuses. Et si d'aventure, après les parties, la\nconversation s'engage sur les exploits attribués à l'Esprot, loin de perdre\ncontenance et de s'esquiver, le matois, avec une verve intarissable enchérit\nencore sur ces hauts faits, et les partenaires haletants ne se doutent pas que\nc'est l'Esprot qui leur fait ses mémoires.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                                  —    112 —\n\n\n   — Kriel fraude par terre et par eau. Sur une bouée, à peine plus solide\nqu'une allège, il transporta jusqu'à Rouen, pour plus de cinq mille francs\nde tabac d'Harlebeke et de Roisin ! raconte un pécheur de Coxyde, attablé\navec l'anonyme fraudeur.\n   Et comme les autres écarquillent les yeux :\n   — Peuh ! Kriel accomplit bien autre chose ! intervient le vantard. Il a\ntraversé la mer de Gravesend à Dunkerque pour frauder des couteaux\net des lainages d'Angleterre.\n   Kriel ment et se moque de son auditoire, mais il prend plaisir à bâtir sa\npropre légende, à entretenir le prestige qu'il inspire. Il n'aurait garde de\nrectifier les portraits d'une laideur repoussante qu'on fait de sa personne.\n   — On dit Pintloon fils du diable ?\n   Et Kriel de rectifier : « Non, c'est le diable même ! Moi, qui vous\nparle, je l'ai souvent rencontré dans Adinkerque lorsqu'on le recherchait\nà Lombardzyde; on lui tendait des pièges sur l'estran et en même temps\non le signalait en pleine contrée fertile; on le guettait sur mer et il opérait\nà la côte. »\n   Aussi, les vieux rajeunissent en son honneur les histoires de flibustiers, de\nloups-garous et de coureurs de grèves. Depuis l'époque des chauffeurs, des\ngrille-pieds, des bandes de Jan de Lichte et de Bakeland, on n'ouït jamais\nparler d'un scélérat plus subtil et plus audacieux.\n\n\n                                       II\n\n   Même les amoureux, dans leurs tête à tête, s'entretiennent du terrible\nbandit et les exploits de l'Esprot émeuvent les jeunes filles et les font se\nrapprocher peureusement du rusé coquin qui les narre.\n   C'est souvent de ce gueux que Sander Bischbosch, surnommé « Cierge\nde Neuvaine » par ceux de Lampernisse, tant il est droit et rond, parle à\nsa promise Gentillie, une des plus appétissantes filles du village, avec ses\ntresses blondes, ses grands yeux d'un bleu sombre, un peu troubles comme\nl'océan, l'air sage et même fier. Mais il faut croire que le bon Sander s'y\nprend maladroitement, car ses fréquentes allusions à l'Esprot ne semblent\npas alarmer la fille potelée.\n   Chaque soir, au retour de son champ, assis sur Jabikel, son grand cheval\nflamand, qui charrie le traînoir chargé tour à tour de la herse ou de la\ncharrue, il met pied à terre devant la porte de Gentillie, et entre dans la\nmaison sous prétexte de rallumer sa pipe. Et pour faire apprécier la rudesse\nde son cuir de bon travailleur, il cueille dans l'âtre, entre ses doigts calleux,\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                  — 113 —\n\nla braise dont il a besoin, et la met, sans se dépêcher, en contact avec le\ntabac. Gentillie ne se récrie pas plus à cet exploit qu'au récit des aventures\nde Pintloon. Jamais elle ne tremble pour les durillons du faraud, et la main\nde son Sander flamberait comme celle de Mucius Scévola, avant qu'elle\nsongeât seulement à lui tendre les pincettes.\n    Un gaillard, pour tout le monde pourtant, ce Sander Bischbosch, quoi­\nqu'il soit un bien petit garçon devant Gentillie. Un qui n'a pas froid aux\nyeux ! Peut-être le seul paroissien de la paroisse qui ne reculerait pas à\nl'apparition de l'Esprot ! Au contraire, il attend ce mécréant de pied ferme,\nne cesse-t-il de déclarer à Gentillie, et voudrait bien se mesurer avec lui !\nAh ! si on le laissait faire! Ah ! s'il était gendarme, le brave Sander !\n    Fils unique, « Cierge de Neuvaine » possède de la terre au soleil, trois\nvaches à l'étable, sans parler du fameux Jabikel, le plus grand cheval du\npays, le vrai support, le vrai chandelier qu'il faut à ce « Cierge de Neu­\nvaine ».\n    A la procession, le ferme gonfalonier plonge dans l'extase les filles du\nvillage, en portant, sans fléchir les hanches, la bannière de Sainte-Véro­\n nique.\n    Aussi la mère de Gentillie, femme positive dont la ferme périclite depuis\nla mort de son baes Nonkel Verjans, pleure de joie en inventoriant et en\nsupputant sur les doigts, les richesses qui écherront à sa fillette. La com­\nmère passe le temps à tourner et à retourner, en esprit, la belle robe bleue,\n de vraie soie, comme pour une reine, et le voile blanc, aussi long que celui\n d'une Notre-Gentille-Dame, et les lourds pendants d'oreilles, descendant\n jusqu'aux épaules, et toutes les merveilles dont Sander a promis d'adorner\n Gentillie dans quelques jours, aussitôt après la rentrée des moissons.\n    Cependant Gentillie garde sa contenance réservée. « Ma fille a toujours\n été un peu timide ! » dit la mère Verjans. « C'est un agneau de douceur;\n vous verrez Sander, quelle tendre baezine vous aurez là ! » En attendant,\n Sander voudrait bien la presser un peu contre son gilet. Mais il a beau\n revenir à la charge et lui parler constamment de cette canaille de Pintloon,\n en donnant de grands coups de poing sur la table et en sacrant comme un\n cosaque, lui, le pieux Xavérien et l'édifiant congréganiste, Gentillie ne fait\n pas un pas pour venir chercher protection dans ses bras contre le détestable\n mécréant. Gentillie sursaute à ces explosions, mais regarde le braillard d'un\n air singulier, plus dédaigneux qu'admiratif.\n     — Savez vous quoi ? dit un jour la vieille Verjans à son futur gendre,\n vous avez l'air trop résolu, trop crâne pour que Gentillie prenne peur à\n l'idée d'une visite de l'Esprot. Vous lui communiquez votre vaillance et\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                                  —   114   —\n\n\nelle rougirait de paraître si poltronne que ses pareilles à côté d'un mâle de\nvotre espèce.\n    — C'est vrai, la mère ! opina le grand garçon. Et il se promit de changer\nde tactique.\n    Ce soir, à sa visite habituelle, concurrence faite à la salamandre légen­\ndaire, il dégoisa, mais sans jactance :\n    — Les récoltes rapporteront de l'or cette année. Je n'aurai pas assez de\nmes greniers pour les loger. A condition toutefois que ce misérable...\n    — Voulez-vous que je vous dise une chose, Sander Bischbosch ! l'inter­\nrompit cette fois Gentillie. Ce n'est pas pour vous chagriner, car vous êtes\nun honnête garçon, mais à votre place je ne descendrais plus de cheval\navant d'arriver à votre ferme du Dyck-Graaf, et je ne perdrais pas mon\ntemps à faire des contes à une particulière qui ne veut pas se marier...\n    Le pauvre « Cierge de Neuvaine » demeure camus, bouche bée, comme\ns'il venait d'attraper un coup de soleil. La vieille mère de Gentillie fait\nsauter dans le feu la pleine marmitée de pommes de terre qu'elle n'entendait\nque secouer.\n    — Qu'a-t-elle dit, notre fille ! Elle veut rire, Sander, pour sûr ! clame la\nvieille.\n    — Je pense ce que je dis ! confirme Gentillie. Croyez-moi, tout est fini\nentre Sander et moi.\n    — Suffoqué, l'amoureux ne trouve pas un mot à articuler, et après quel­\nques gloussements qui ne sortent pas, et de grands gestes dans le vide, il se\nretire, les jambes se dérobant sous lui, ployant pour la première fois sous\nle faix, le droit « Cierge de Neuvaine ».\n    La veuve court pour le rappeler, mais Gentillie arrête sa mère par le\nbras.\n    — Inutile, ma mère ! J'en tiens pour Pintloon et ne veux d'autre homme\nque celui-là !\n    — « Ah ! » vocifère la vieille paysanne, qui voit s'écrouler son rêve de\nfortune. « Ah ! » gémit la commère en sautillant de la chambre à la cour et\nde la grange à l'étable, tant ses bras et ses jambes lui démangent. « Ah!\nc'est ce que nous verrons, ma fille ! »\n    Et lorsqu'elle rentre dans la chambre, trouvant Gentillie toujours aussi\nsotte, aussi extravagante, voilà qu'elle ne parvient plus à se contenir et\nqu'elle se met à la battre, à la trépigner, à la tramer par terre, sans que la\ngrande bestiasse se défende, et se révolte, si bien qu'elle-même doive s'arrê­\nter, exténuée, plus démolie encore que l'impassible rebelle. Alors, la vieille\nse met à geindre, à soupirer, à se tâter, comme si c'était sa fille qui l'avait\nbattue.\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                    — 115 —\n\n    Le lendemain elle essaie de gagner la têtue par la douceur :\n    — Dis mon enfant, dis-moi, il est venu ici ce réprouvé, il t'a jeté un\nsort, raconte-moi tout, veux-tu ?\n    — Non, répond Gentillie qui n'a plus desserré les dents depuis la veille,\nen jetant sur la paysanne son troublant et mystérieux regard couleur de\nmer houleuse; non, dit-elle avec une farouche résolution, Pintloon n'a\njamais mis le pied chez nous...\n     — Où l'as-tu vu alors, malheureuse ? Parle.\n     — Je ne l'ai vu, ni entendu!... Je ne le connais que par tout le mal que\nle village raconte. Et pourtant il me semble que je l'ai toujours là, devant\n les yeux. Et sa pensée me remplit tout entière... Et cela bourdonne dans\n ma tête comme la si douce musique de l'orgue et j'en suis toute parfumée,\n comme si je m'étais couchée dans les foins... Oui, plus ils le disent laid,\n  repoussant et sordide, plus je me le représente aimable, appétissant, plein\n  de ragoût...\n      — Oh ! tais-toi, perdue ! Oh ! tu vois bien qu'il t'a ensorcelée, le Lucifer !\n  Sainte-Marie, c'est le diable même qui parle par la bouche de mon inno­\n   cente enfant !\n       Et elle s'arrache des mèches de cheveux gris, et tombe à genoux, et tord\n   les bras vers le ciel.\n       Cependant Gentillie s'entête. Elle paraît sourde, aveugle, insensible à\n   tout ce qui se passe autour d'elle. Exhortations, menaces, bourrades,\n   autant de moyens essayés en pure perte. C'est comme si plus rien n'avait\n   prise sur son être ensorcelé. Elle rappelle à Sander une maugrabine de la\n   foire, une de ces bohémiennes acoquinées avec l'enfer, qu'un sacripant\n   de son espèce traversait de longues aiguilles à tricoter, sans que la mâtine\n   perdît une goutte de sang, ou poussât un gémissement, ou fît seulement\n   la grimace...\n       Il revient pourtant à la charge, le grand Sander. Il n'a garde de passer\n   son chemin le soir, comme elle le lui a conseillé. Mais elle ne l'écoute même\n   pas.\n       Alors exaspérée, bazine Verjans, ne la ménage plus. Elle congédie ses\n   filles de basse-cour et impose à Gentillie les corvées, les gros ouvrages, les\n   labeurs rebutants.\n       — Je briserai bien ta mauvaise tête! gronde la fermière aux abois. Tant\n   pis, si c'est le seul moyen d'en déloger le diable ! Tu crèveras ou tu te\n   remettras avec « Cierge de Neuvaine ».\n       En vain, elle lui a représenté que cette rupture avec Sander entraîne leur\n   ruine et qu'elles vont devoir quitter la ferme et mendier par les routes. Cette\n   extrémité n'a rien de redoutable pour Gentillie.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                                  — 116 —\n\n   Foulée comme la dernière des serves, elle peine, labeure, s'exténue vail­\nlamment, sans une plainte, sans un mot, soutenue par on ne sait quelle force\nsurhumaine.\n   Cependant, la nouvelle de l'inqualifiable toquade de Gentillie s'ébruite,\nse propage, et engendre presque autant de scandale et de rumeur que les\ndéprédations de l'Esprot, quoique la mère Verjans et le digne Sander aient\ntout fait pour cacher cette honte. Les veuves trop mûres et les filles montées\nen graine qui avaient envié à Gentillie les récoltes prospères, les vaches\nlaitières, la ferme du Dyck-Graaf, le grand cheval Jabikel, et surtout le\nsuperbe blondin qui porte si crânement l'étendard de Sainte-Véronique,\nsans plier les reins, glosent, et cancanent, et brodent à l'envi sur le compte\nde cette puante et s'en vont colportant toutes sortes de vilaines et atroces\nhistoires.\n   A les en croire, il ne s'agit pas de « simples imaginations » ou d'un cali­\nfourchon, l'Esprot en personne vient bel et bien trouver Gentillie la nuit\ndans sa soupente. Il prend le chemin des toits comme les matous. Parbleu,\ncet exercice n'offre aucun danger aux amoureux de son espèce. Jef Maal­\n bank affirme l'avoir épié et suivi un soir, comme le gaillard sortait de chez\nsa sorcière, et comme ce Jef le suivait de près, et allait l'atteindre, le sacri­\npant prit l'apparence d'un mulot et s'évanouit dans une rigole.\n    Sur les instances de la veuve Verjans, le curé intervient pour rappeler la\nmalheureuse au devoir et à la raison. La mère demanda même au sage\npasteur de recourir aux exorcismes, mais celui-ci, moins crédule que ses\nouailles, prétend que sur les âmes troublées une bonne parole exerce plus\nd'effet que des incantations d'un autre âge. Et pourtant le digne prêtre\néchoue aussi dans ses tentatives, quoiqu'il ait trouvé, pour ébranler la mono­\nmanie de cette malheureuse, de ces accents évangéliques qui illuminent et\nrégénèrent les consciences.\n   Quant au grand Sander, il court et rôde dans la campagne; presque aussi\nfou que sa triste fiancée; mais aussi agité qu'elle est impassible. Il ne déses­\npère pas encore de faire revenir Gentillie sur sa détermination. En cachette, il\nvoit la mère, car il n'ose plus affronter la physionomie frigide et pleine\nd'aversion de son ancienne promise.\n    Et, en secouant le poing, il a juré de tuer cet exécrable Pintloon.\n    Naturellement, la maladie de la jeune Verjans ajoute à la célébrité de\nl'insaisissable bandit. Plus que jamais on s'occupe de ses méfaits et de ses\nprouesses. Sur les conseils de « Cierge de Neuvaine », pour que la malheu­\nreuse n'entende plus parler de ce damné dont la réputation lui a tourné la\ntête, à bout de remèdes, la veuve se décide à séquestrer Gentillie dans sa\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                  —   117    —\n\n\nsoupente. Mais de son galetas la recluse surprend tout ce que les gens de\nla ferme se chuchotent sur l'Esprot, lorsque l'heure des repas les rassemble\ndans la salle d'en bas. Elle pâlit; seules ses pommettes s'enflamment comme\nsi l'enfer lui soufflait constamment au visage le feu de ses forges éternelles.\n    La captivité de Gentillie dure depuis une semaine lorsqu'un soir, l'oreille\ncollée à la trappe, elle entend causer Sander au pied de l'escalier, avec la\nbazine Verjans.\n    Sander raconte d'un ton réjoui que cette fois on tient Kriel Pintloon,\n bloqué dans les dunes non loin de Coxyde : « Pour lui couper toute retraite\nles pêcheurs ont brûlé l'allège avec laquelle l'aventureux gaillard se risquait\n sur les flots, quand on le serrait de trop près. On a tiré des coups de fusil.\n Un soldat de la ligne a été tué dans l'escarmouche. Après avoir envoyé\n force mitraille au bandit, les poursuivants ont suivi une traînée de sang.\n Mais, après une heure d'une course folle, ils n'ont trouvé que le chien\n Dapper. Blessée à mort, la maudite bête, au lieu de se traîner sur les pas\n de son maître, s'était lancée d'un autre côté, afin de dépister les chasseurs.\n Grâce à cette ruse, l'Esprot n'est pas encore pincé. Mais la chasse continue\n et il faudra bien qu'il se rende, à moins que le diable ne l'ait emporté. »\n    — Brave Dapper ! murmure Gentillie avec une sorte d'admiration\n envieuse. Et la mort du fidèle chien la décide : L'Esprot est seul à présent.\n     Ce même soir elle attend que tout le monde soit couché, puis elle enjambe\n  la fenêtre, tombe sur le fumier, se relève sans s'être fait de mal et s'engage\n  dans la campagne.\n\n                                       III\n\n   Elle marche à l'aventure, tout droit, vers les dunes. Quelque chose\nl'avertit qu'elle arrivera encore à temps. Les battements de son cœur\nredoublent, elle presse le pas, gravit les sablons : il doit être là.\n   Ses suggestions ne l'ont pas trompée.\n   Exténué de fatigue, hâve, poudreux, ensanglanté, à demi vautré, dressé\nsur ses coudes, le menton dans les poings, sa canardière à portée de la\nmain, l'Esprot apparaît tout à coup à la jeune fille.\n   C'est bien ainsi que Gentillie l'avait rêvé. Brun, crépu, plus basané qu'un\npêcheur de la côte, nerveux comme un lynx, efflanqué comme un chat de\ngouttière, des yeux aussi noirs, mais aussi inflammables que la poix : le\nvoilà, ce Kriel Pintloon, ce mauvais bougre ! Et Gentillie trouve ce noiraud,\nce sècheron autrement magnifique que le grand Sander.\n   En la voyant venir à lui, résolue, foulant le terrain croulier d'un pied\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "                                     — 118 —\n\n   aussi sûr qu'une coureuse de grèves, indifférente aux piqûres des épines\n   noires et des argousiers, dans la clarté douteuse du matin, Kriel Pintloon\n   se dresse d'un bond, atteint son fusil, épaule :\n      — Holà, que veux-tu ? Que viens-tu faire ici ?\n      — Vivre avec toi ! répond-elle avec simplicité, comme si c'était chose\n   convenue depuis longtemps entre eux. « C'est bien toi Pintloon ? »\n      — Si c'est moi ! Et après ? Les cent florins de la prime t'auraient-ils\n   alléchée, par hasard ? Dans ce cas tu as compté sans ton homme, ma mie...\n   Allons haut le pied ou je tire !\n      — Je veux vivre avec toi ! répète Gentillie sans se laisser intimider.\n      — Ah ça, te moquerais-tu de moi ? ricane le bourru. Vivre avec Pint­\n  loon ! Tu n'es pas dégoûtée, la génisse ? Pourquoi pas t'offrir tout de suite\n  au diable !... Assez de balivernes ! Allons décampe...\n      Pour toute réponse elle continue de marcher vers lui.\n     — Par exemple ! s'exclame Kriel. En voilà une qui a du toupet !\n     Puis, comme elle le rejoint, après l'avoir dévisagée un instant :\n   « Eh bien ! » fait l'irrégulier, d'un air perplexe, en se grattant l'oreille, lui,\n  le gaillard qui ne s'étonne de rien, « si c'est là ta diablesse d'envie, et quoi­\n  que toutes les femmes de la terre ne valent pas le chien que les salauds\n  m'ont tué; approche, et on verra !... Au fait, tu arrives peut-être à pro­\n  pos... Tu sais marcher à ce que je vois... On me serre de près; les bonnets\n  à poils se vantent déjà de me tenir !... Je crève de faim...\n     Justement elle avait eu le bon esprit de se munir de son souper de\n  prisonnière et elle lui donne le quignon de pain noir. En le dévorant à\n  belles dents, il poursuivait, sans même la remercier :\n     — Ce n'est pas tout. Je vais manquer à mes engagements... Veux-tu filer\n  pour Adinkerque... Demande Zele, dit la Tonne; mande lui que tu viens de\n la part de l'Esprot. Il te remettra soixante kilos de Wervicq, avec lesquels\n tu t'arrangeras pour passer de l'autre côté; d'ailleurs, il t'instruira en con­\n séquence; si j'en réchappe, tu me trouveras chez la Tonne, à ton retour.\n  Pour ta gouverne, les habits verts ont des fusils et leurs chiens des crocs.\n Salut et bonne chance ».\n     Sans rien dire Gentillie dévala de la butte.\n    Lui se dirigea d'un autre côté. Lesté, redevenu indifférent, sceptique,\n il sifflotait une bourrée.\n    Six jours se passèrent. Parvenu encore une fois à dépister ses traqueurs,\nl'Esprot se trouvait dans l'arrière-boutique de la Tonne à Adinkerque. Gen­\ntillie était en retard, mais l'Esprot ne s'inquiétait que de la provision de\ntabac. « L'aurait-elle volé ? » se disait le contrebandier.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                   — 119 —\n\n\n   Le septième jour, elle reparut souriante, radieuse, mais blanche comme\nune morte. Elle traînait la jambe et ses vêtements de paysanne aisée s'effilo­\nchaient à présent comme ceux d'une bagasse.\n   Avant de prendre le temps de la dévisager, il l'interpella d'un ton rogue :\n « Ah ! c'est toi ? Là, vrai, ce n'est pas malheureux ». Puis remarquant sa\npâleur et le désordre de son équipement : « Ah ! ah ! que dis-tu du métier,\nma fine. Pas commodes les gabelous, hein ? Heureusement que la perte\nn'est pas grande. C'est égal, mauvais début, et si tu m'en crois, nous arrête­\nrons les frais... »\n   — Tu te trompes ! Ils ne m'ont rien pris. Voici l'argent...\n   Kriel agrippe et compte rapidement la poignée de numéraire; le coule\ndans son gousset, et, un peu radouci, examinant son auxiliaire :\n   — Pourtant ils t'ont troué la peau... Tu as les jupes passées à l'amidon\nrouge...\n   — Peuh ! leurs chiens m'ont fait des agaceries...\n   — Et tu as pu leur échapper...\n   — Au moyen de ceci...\n   Et elle lui montre un méchant couteau de poche.\n   Kriel daigne sourire d'un rire approbateur et même s'informer encore des\nbobos faits à la petite :\n   — Où es-tu blessée ?\n   — A la cuisse. Une simple éraflure...\n   — Et cela ne t'empêchera pas de marcher ?\n   — Oh ! que non !\n   — A la bonne heure... En route, alors !\n   Et c'est par ce coup d'essai que Gentillie obtint de pouvoir accompagner\nl'ombrageux Pintloon.\n\n                                       IV\n\n   Elle le suivit toute déguenillée, pieds nus, tremblant la fièvre, mettant à\nle servir, à deviner ses intentions un empressement qui ne se ralentissait\npas; ambitieuse de lui faire oublier le chien Dapper, qu'il regrettait et dont\nil ne parlait jamais, en ses fréquents accès d'humeur, sans tourner à l'avan­\ntage du quadrupède la comparaison entre celui-ci et Gentillie.\n   Elle lui épargnait les risques et les corvées; pour qu'il ne s'exposât pas,\nc'était elle qui, en pays découvert, lui puisait de l'eau potable. Elle gueusait\npour lui, d'étape en étape, ou allait même à la maraude.\n   Lorsqu'elle revenait les mains vides, après avoir essuyé les rebuffades, les\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                                       120\n\n\n  insultes, et même les brutalités des paysans, ou après des démêlés avec les\n  garde-côtes et les gabelous que ses attitudes louches et vagabondes commen­\n  çaient à intriguer, son amant exaspéré par les fringales, en proie à une\n  colère blanche, la battait sans pitié. Il la jetait par terre, la daubait en\n  plein visage.\n     Elle ne murmurait pas, ne détournait pas la tête, se laissait défigurer;\n  mais de grosses larmes coulaient de ses yeux fixés sur lui avec une tendresse\n  à toute épreuve. Il l'aurait tuée qu'elle eût trouvé cette fin naturelle et,\n  venant de ses mains bénies, enviable.\n     C'était son chien de garde. Pendant que l'Esprot dormait à la belle\n  étoile ou dans une grange mal fermée; elle faisait sentinelle mieux que ne\n  l'eût fait Dapper. Elle en était arrivée à oublier son sexe. D'ailleurs,\n  Pintloon ne lui témoignait pas plus d'attention qu'à une bête.\n     Ils vécurent des mois ainsi; souvent séparés par les expéditions. Jamais\n  elle ne songea à profiter de la bifurcation de leurs routes pour s'arracher à\n  cette servitude; au contraire, lui absent, elle se rongeait l'âme, angoissée,\n  haletante après son retour. Il la retrouvait douce, baissée, aimante, comme\n  il l'avait quittée. Elle accourait et obéissait au moindre signal; ne se plai­\n  gnait jamais sous la charge; souvent foulée et strapassée comme une bête\n  de somme. A part lui, Pintloon finissait par se féliciter de cette acqui­\n sition.\n     Presque jamais il ne lui parlait ou s'il s'adressait à elle c'était pour la\n rabrouer.\n     Cependant, une nuit d'hiver, à Dunkerque, comme ils se retrouvaient\n après une expédition très lucrative où elle s'était particulièrement distin­\n  guée, et que Pintloon s'était payé le luxe d'un vrai lit dans une auberge à\n peu près habitable du port, en entendant sa vigilante complice claquer\n  des dents et grelotter sur le carreau, il céda à un mouvement de pitié, et\n  sans aucune idée de sensualité, il l'appela auprès de lui, sous les draps.\n     Respectueuse, un peu craintive, ne pouvant croire à une telle condescen­\n  dance elle hésitait; alors il la somma par un juron. Toujours grâce à sa\n belle humeur, il se fit qu'en la sentant près de lui, il commença par la\n taquiner, puis s'échauffant, la trouvant plus potelée qu'il ne le croyait,\n pour la première fois depuis leur vie commune, il la traita en femme, pro-\n digalement; et cette nuit, tant fut immense la félicité de Gentillie qu'elle\n eût voulu agoniser contre sa poitrine.\n    Le lendemain pourtant, il ne lui temoigna pas plus d'égards; elle, par\ncontre, loin de se montrer exigeante, fut plus prévenante et plus humble\nque jamais. Depuis ce rapprochement il la traitait à la fois en maîtresse et\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                  —   121   —\n\n\nen bête de somme. Les râclées finissaient par des caresses et, réciproque­\nment, les étreintes amoureuses dégénéraient en effroyables tueries.\n   Mais pour mieux mériter les faveurs du mâle, elle endurait les mauvais\ntraitements du bourreau. C'était à la fois son souffre-douleurs et son\nsouffre-plaisirs.\n\n   Cependant, à Lampernisse, le grand Sander se représentait les formes\ndésirables de la fugitive. Souvent il parlait de courtiser une autre parois­\nsienne. Il n'aurait eu qu'à choisir. Il avait même commencé à exaucer les\nsouhaits d'une belle soupirante. Mais le grand Jabikel continuait à s'arrêter\nà la porte de Gentillie. Alors Sander, mettant pied à terre, entrait et s'entre­\ntenait de l'enfant perdue, avec la veuve Verjans, et n'avait plus le cœur à de\nnouvelles poursuites.\n\n   C'était le troisième été que l'Esprot et Gentillie passaient ensemble. Un\nsoir que la lune éclairait l'étendue, un de ces soirs trop clairs, funestes aux\ntravailleurs de l'ombre, Pintloon amolli par la tiédeur parfumée et chatouil­\nleuse de l'atmosphère avait traité sa compagne avec une douceur plus\ncontinue que d'habitude. Peut-être son cœur allait-il enfin se fondre et payer\nautrement que d'amour matériel le dévouement de sa compagne ? Tout à\ncoup le contrebandier dressa l'oreille et murmura avec une certaine sollici­\ntude : « Ne bouge plus !... Ils viennent ! »\n   Gentillie n'eut que le temps de s'étendre sur le dos parmi les genévriers,\ncomme elle faisait en ces moments d'alerte; tandis que son homme courait\nse blottir plus loin.\n    Mais on les avait vus ! Pantelante, elle entendit des détonations; elle\nreconnut la voix brève et corsée du vieux fusil de Kriel, le bruit d'une\nplanche qu'on déchire; puis d'autres coups de feu plus grêles, mais nom­\nbreux et répétés. Des lueurs blanches déchiraient la nuit bleue. Une balle\nsiffla non loin de sa cachette, et Gentillie aperçut dans les rayons lunaires,\nPintloon trébuchant comme un ivrogne et s'appuyant à un buisson pour\nrecharger son arme.\n   — Foutu ! murmura-t-il d'une voix rauque, en lui jetant un regard dont\nelle devait se rappeler la détresse mêlée de rage; et vaincu, il s'abattit dans\nles hoyats.\n    En le voyant tomber, les agresseurs, gendarmes et paysans, qui s'étaient\ntenus prudemment à distance, accoururent et l'empoignèrent à la fois. Le\ngrand Sander, à la tête de quatre à cinq gars de Lampernisse, voulut\nl'achever à coups de sabots, comme on écrase une bête puante, mais Gen-\n                                                                         9\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "                                  —    122 —\n\n\ntillie se jeta devant lui, avec un cri atroce, et « Cierge de Neuvaine »\ns'arrêta net, en se voilant la face, tant elle avait l'air d'un spectre.\n   A l'aube, on charroya Pintloon, tout blessé qu'il était, par les routes\nvicinales dans un de ces tombereaux où les toucheurs alignent les veaux\nmenés au marché. Il s'agissait de le conduire à la prison de Bruges. On ne\nprit même pas le temps de panser sa blessure; épuisé par l'hémorragie il\ngisait sans connaissance au fond de cette caisse, sur un peu de paille et,\nmalgré sa faiblesse, quoiqu'il n'eut pu seulement lever la main, les gen­\ndarmes l'avaient ligoté.\n   A la nouvelle de sa capture, les ruraux que son seul nom avait si long­\ntemps terrorisés, s'ameutaient sur son passage. Aux étapes, les badauds\npayaient la goutte aux gendarmes pour pouvoir s'approcher du brigand.\nGrimpés sur les roues et l'échelette, ils se penchaient, riaient à présent de le\nvoir si chétif, si piteux, si misérable, à la merci du premier venu. Ils s'enhar­\ndissaient à le pincer, à lui arracher un frison de cheveux et ses soubresauts\nde douleur les mettaient en joie, et ils se vengeaient par ces privautés de\ntoute la chair de poule qu'il leur avait donnée.\n   A Lampernisse l'arrestation du pendard déchaîna une véritable kermesse.\nDes sarabandes se nouaient autour du tombereau d'infamie.\n   — Wel ! Wel ! C'était donc pour ce vilain moineau que Gentillie avait\néconduit le crâne Sander Bischbosch dit « Cierge de Neuvaine ».\n    Et le rimeur de l'endroit ajouta à la complainte composée sur les exploits\ndu « Fléau de la Westflandre » un couplet de circonstance, dans lequel\non associait Gentillie à la gloire du bandit : l'Esprot et son Esprote! Quelle\nhonte ! Quel opprobre !\n   Seul Sander Bischbosch ne jubilait plus.\n    Revenu de sa stupeur à la vue de sa misérable amante, faite comme une\nbrûleuse de moissons, le bon Sander, incapable de haine et de rancune,\navait voulu ramener Gentillie à la veuve Verjans, mais les gendarmes\ns'étaient interposés en exhibant un mandat d'arrestation lancé aussi contre\nelle; complice de son détestable amant.\n   — Oh ! folle, folle Gentillie, comment en était-elle arrivée là ? Instru­\nment d'un homicide et d'un voleur, elle, la promise du riche Sander\nBischbosch, qui se réjouissait de la doter de plus de bijoux et d'atours que\nn'en possèdent les madones les plus achalandées de la côte des Flandres.\n    Gentillie, les mains attachées sur le dos, marchait derrière la charrette,\nentre les gendarmes. Elle se renfermait dans un mutisme d'idiote, et, habi­\ntuée aux coups, elle ne sentait même pas la crosse du soldat qui lui labou­\nrait de temps en temps les épaules. Elle ne tressaillait qu'en entendant\nle patient se plaindre et demander « à boire ! »\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                 —   123 —\n\n\n   Quand la sinistre cavalcade traversa Lampernisse, Sander Bischbosch alla\nse réfugier chez la vieille mère de Gentillie et ne se montra pas, comme si\nc'était à lui de rougir et d'avoir honte.\n   Et les honnêtes gens blâmèrent le pauvre garçon de s'être rendu en un\ntel moment, chez la mère d'une voleuse.\n\n                                       V\n\n   Ce Sander fut encore plus déraisonnable en avançant à la veuve Verjans,\ncomplètement ruinée à présent, un peu du bel argent destiné à Gentillie,\npour payer l'avocat de cette indigne espèce. Le défenseur plaida l'incon­\nscience de sa cliente et réussit à la faire acquitter après trois mois de déten­\ntion préventive.\n   Un matin, les gens de Lampernisse la virent rentrer au village; jaune,\nmaigre, les yeux cernés et creux. Et, à l'inexprimable scandale de toute la\nparoisse, elle portait sur les bras un petit diablotin crépu, noir comme un\npruneau, aussi remuant qu'elle semblait énervée. La digne progéniture de\nPintloon, rien que ça ! Absorbée dans la contemplation de son petit, elle\nne parut même pas remarquer le hourvari que causait ce retour.\n   Elle ne témoigna aucune joie de son élargissement; mais accompagna\nmachinalement sa mère. Peut-être eût-elle préféré partager le sort de son\nhomme, condamné aux travaux forcés pour le meurtre du lignard ?\n   Les caresses de la vieille Verjans qui sautait de joie malgré ses rhuma­\ntismes, dans la cour du Palais, après l'acquittement, avaient laissé Gentillie\naussi indifférente que les corrections d'autrefois.\n   Volontairement elle se confine avec son bébé dans cette soupente d'où\nelle s'évada en une nuit néfaste. Ne la rencontrant jamais et les sachant\nsans ressources, les bonnes gens prétendent qu'elle vague la nuit et conti­\nnue le métier de son abominable amant. Et la réprobation frappe peu à\npeu la veuve aussi bien que la fille.\n   Malgré les criailleries et les indignations « Cierge de Neuvaine » le riche\nfermier du Dyck-Graaf continue de s'occuper de ces pauvres gens. Encore\nsi ce n'était que par charité; mais, croirait-on que, ensorcelé à son tour,\nil veuille encore du bien à cette fille-mère ! Et, ce qu'il y a de plus inconce­\nvable, c'est que la pécore continue de le rebuter.\n   Impatienté par sa froideur, le bonasse Sander se risque à lui dire :\n   — Ah ! Gentillie, tu mériterais bien qu'on brisât cette mauvaise tête\n pour le mal que tu t'es fait à toi-même et à ceux qui t'aimaient !\n   — C'est vrai ! répond Gentillie. Mais si Dieu le voulait ainsi ?\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                                   — 124 —\n\n   Profitant de cette douceur encourageante, le brave Sander continue :\n   — Eh bien, si tu te repentais et essayais de redevenir brave et raison­\nnable, tout pourrait encore s'arranger... Oui, nous partirions, nous irions\nvivre ailleurs, loin des mauvaises âmes... Gentillie, reviens à toi, n'auras-tu\npas une bonne parole ?...\n   Mais elle, de hausser les épaules, de courir à son enfant, et d'embrasser\nce fils de Pintloon avec une exaltation qui ne laisse plus aucun espoir au\njeune fermier. Mordu de jalousie, il n'a pu retenir une exclamation de\ndégoût. C'est à l'Esprot que vont ces caresses !\n   Malheureux « Cierge de Neuvaine » ! Il est temps qu'il sorte. Elle lui\narracherait les yeux !\n   Quelques mois après, la vieille mourut de chagrin. Il fallut vendre la\nbicoque, le lopin de terre et les instruments de labour. Les hypothèques\nliquidées, il ne resta plus à Gentillie que quelques écus.\n   Sans avoir rien communiqué de ses intentions, la vente consommée, elle\nquitta furtivement le pays, comme elle y était rentrée, le poupon sur les\nbras, ne daignant pas même se retourner pour voir une dernière fois le\nchaume sous lequel elle avait dormi tant de nuits heureuse et où sa mère\nvenait de fermer les yeux pour de bon.\n   Elle s'en alla demeurer à la ville, aux environs de la prison où était\nenfermé Kriel Pintloon.\n   Elle n'apercevait que les hautes fenêtres étroites comme des meurtrières\net obstruées d'épais barreaux, trouant de leurs lignes noires la maussade\nmuraille de briques sales.\n   Lorsqu'elle s'éternisait sur le trottoir, le nez levé, essayant de flairer der­\nrière laquelle de ces fenêtres se morfondait son maître, les sentinelles, dont\nelle contrariait la promenade de long en large, la repoussaient brutalement\net répondaient par des charges à ses informations suppliantes.\n   Pourtant une recrue, plus compatissante que les autres soldats du poste,\napprit à la pauvresse que Pintloon avait été transféré de la prison cellulaire\ndans une maison de force au cœur du pays, d'où il ne sortirait probable­\nment que vêtu de bois de sapin et les pieds en avant.\n   Sa résignation imprévue à cette nouvelle ne fut pas la chose la moins\ndéconcertante de la vie de l'Esprote.\n   Peut-être n'y croyait-elle pas ?\n   Quelle que fût son impression, elle continua de vaguer aux environs de\nla première prison de Pintloon sans songer un instant à émigrer à sa suite.\n   Son bâtard grandissait, et, pour le nourrir et l'élever, ses derniers écus\nmangés, elle chercha du travail.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                  — 123 —\n\n\n   A présent elle s'employait à rendre des services aux soldats du poste, aux\ngeôliers, aux buralistes. Elle faisait les commissions, fourbissait les armes,\nastiquait les buffleteries ou rangeait le ménage des guichetiers célibataires.\n   Elle finit par faire partie du grand édifice morose et désolé.\n   Elle éprouvait une sorte de tendresse respectueuse pour les gendarmes qui\navaient blessé et capturé son homme. Sentiment de grossière admiration\npour la force armée et victorieuse. Les jours de fête, lorsqu'elle voyait les\npandores en grande tenue, luisants, bien peignés, la peau rose, mousta­\nches cirées, le colback irréprochablement brossé, le baudrier blanchi à la\ncraie, elle les dévorait des yeux, fière d'avoir collaboré à ce gala. On aurait\ndit qu'elle essayait de se concilier ces soldats tout puissants en faveur de son\nfils, à l'exemple des pauvres dévots qui s'approvisionnent d'indulgences\npour les jours de tentation.\n   Mais lorsqu'elle les voyait certains soirs, au retour des expéditions,\npoudreux et couverts de sueur, l'air implacable, sabre au clair, cavalcadant\naux côtés des paniers à salade, et que leurs hautes silhouettes s'engouffraient\ndeux par deux, sous le portail béant et noir, et que les battues de leurs che­\nvaux résonnaient dans le préau derrière les murailles, elle gagnait peur,\nappelait le polisson qui jouait dans la rue, fermait sa porte à double tour et\npressait le gamin contre elle avec une sollicitude et des angoisses de poule\nqui tremble pour son poussin.\n   D'autres fois aussi lorsque, se prenant de dispute avec les fils de Gentillie,\nles méchants gamins, pour le réduire a quia lui jettent à la face ce sobriquet\ndéshonorant : « Fils d'assassin ! Fils de voleur ! Fils de l'Esprot ! » la\nbougresse fonce comme une lionne sur la bande agressive, dégage, en dis­\ntribuant force taloches dans le tas, le gamin écrasé par le nombre, et ne\nrentre que lorsqu'elle les a mis en fuite à coups de pierre.\n\n\n                                       VI\n\n   Des années se passent encore. Le fils de Pintloon devient un grand\ngarçon, bien découplé, de figure éveillée, mais de mine réfractaire comme\ncelle de son auteur.\n   Choyé, gâté par sa mère, il a contracté des habitudes de paresse et de\ndébauche, boudant les métiers réguliers, et rêvant des bamboches et des\nescapades.\n   Les soucis et les tracas de la mère redoublent.\n   Et chez l'Esprote se produit ce sentiment bizarre : plus le garçon prend\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                                   — 126 —\n\nla taille, les habitudes du corps et la physionomie du condamné, plus Gen-\ntillie se désintéresse du souvenir de son terrible amant.\n    Son amour maternel se double d'une tendresse plus exaspérée moins\nquiète. Insensiblement Gentillie confond le jeune gars, rôdeur de carrefours\net batteur de pavé, le voyou précoce et impudent, avec le hardi malfaiteur\nd'autrefois.\n   Maintenant lorsque devant elle on fait allusion au prisonnier, la rude\ntravailleuse regarde son interlocuteur d'un air hébété comme si elle ne\nsavait pas ce qu'il veut dire et elle continue sa besogne.\n    Une pièce administrative tombe chez elle, par la poste, et l'avertit officiel­\nlement du décès du contrebandier. Pas plus de larmes qu'à la mort de sa\nmère. Elle regarde son sacripant de fils à l'air rogue et effronté, comme\npour dire que ce trépas lui est égal à présent.\n    Dans sa maladive faiblesse pour le gamin, elle ne sait quoi inventer pour\nle retenir auprès d'elle.\n    Elle n'a rien à lui refuser, se prive, se saigne pour lui, travaille nuit et\njour, nettoie, « fait des quartiers », ravaude, repasse; tout cela pour qu'il\n puisse aller boire, fumer dans les bouis-bouis et jouer au bouchon avec les\nbonneteurs et les jolis efflanqués de sa trempe. Elle le veut aussi, propret,\nbien coiffé et bien chaussé.\n    Elle entretient leur petit ménage comme un nid d'amoureux; et toute\nvieille, fourbue, ratatinée, courbatue, sa belle fleur de santé et de femme,\nflétrie par les privations, les brutales aventures et les quotidiennes dégelées,\nelle redevient coquette, soigne sa mise, se nippe, s'attiffe, comme s'il s'agis­\nsait pour elle, d'épouser le gros « Cierge de Neuvaine ».\n    Et tous ces frais de coquetterie, et toutes ces attentions séduisantes, pour\nle jeune Esprot. Ah ! n'est-ce pas ainsi qu'elle se représentait Pintloon, le\ncontrebandier, durant ses veilles mal-conseillères à Lampernisse, dans les\nténèbres de sa mansarde !\n    Lassé par ces chatteries, et ces caresses, et ces baisers importuns, le jeune\ndrôle ne se gêne pas pour la repousser durement; et comme elle insiste, peu\nà peu, lui aussi prend l'habitude de la battre.\n    La première fois que le vaurien s'oublia à ce point, la pauvre femme se\nmit à rire : à présent la ressemblance avec le passé devient complète !\nL'autre Pintloon n'avait-il pas commencé ainsi !\n    Le gamin prit goût à l'exercice. Rentrait-il ivre, après une perte au jeu,\nil passait son déboire et sa colère sur le dos de la pauvre femme. Et la rési­\ngnation presque extatique de ce misérable corps, renversé et immobile, la\nprière de ces yeux, l'imploration sans rancune et même sans impatience de\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                   — 127 —\n\n\n cette bouche qu'il achevait d'édenter, ne faisait que le mettre hors de ses\n gonds.\n    Cependant le jeune coq tirait sur ses seize ans. Il prenait goût à des jeux\n de plus de conséquence, le poil lui venait aux lèvres, et les polissonneries\n entre mauvais capons, manquant de montant, il commençait à pincer les\n petites gaupes du quartier.\n     Un samedi Gentillie, rentrant exténuée d'un terrible nettoyage dans une\n maison de la rue passante sur laquelle débouchait leur impasse, oubliant\n les ampoules saignantes à ses pieds, et ses bras ouverts par les corrodantes\n lessives à l'eau de javelle, heureuse de rapporter un peu plus d'argent à son\nfiston et maître, elle surprit le gaillard, vautré sur son propre lit, avec une\n trieuse de café du voisinage.\n    Alors, emportée par la colère, aiguillonnée par une monstrueuse jalousie,\n son instinct maternel s'étant détraqué et, devenant une véritable appétence\n d'amoureuse, elle se jeta entre eux, au grand ébahissement des polissons.\n    Perverti comme il l'était, le jeune Pintloon n'eut pas de peine à com­\n prendre cette anomalie. La fureur de la pauvre femme était si risible, sa\ntriste mine si falote, que ce devint un amusement pour le jeune drôle de\n provoquer des scènes de jalousie entre les petites coureuses des ruelles\n environnantes et la pitoyable Gentillie.\n    Les guenuches s'en amusaient aussi comme des petites folles, et se\n prêtaient volontiers aux inventions scabreuses de leur galant.\n    Une fois les cyniques questionnaires attachèrent la vieille au pied du lit,\n et, débraillés et dépoitraillés, se livrèrent, sous ses yeux, aux ébats les plus\nlestes.\n    La maniaque poussait des petits aboiements plaintifs de jeune chien à\nl'attache; et les méchants gamins pouffaient tellement que leurs déduits\ndevenaient un simple simulacre.\n    Ingénieux, de jour en jour ils raffinèrent leurs persécutions.\n    Mais un soir qu'ils l'avaient taquinée plus que de coutume, le gars reve­\nnant d'une partie de garouage, trouva la folle toute pelotonnée, comme une\nboule. Il la secoua avec sa douceur habituelle: « Hé ! la vieille rosse ! »\n    Elle ne bougeait plus; elle enfonçait sa tête grise dans un paquet de\nguenilles; frusques roussies par le contrebandier ou défroques usées et tachées\npar l'enfant.\n    Ces hardes étaient trempées de larmes attiédies de baisers; et Gentillie\navait fini par y noyer tout doucement, son dernier souffle.\n\n                                                      GEORGES EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                      — 128 —\n\n\n\n\n                                   VERS (1)\n                                            I\n\n                Celui qui n'a pas tout mon cœur\n                Ne saura rien de ma pensée;\n                L'âme qui n'est pas la sœur,\n                La sœur jumelle de mon âme,\n                N'entendra rien à ma douleur.\n\n               Ma vie en deuil, comme une femme\n                Qui pleure longtemps, s'est lassée,\n               Et mon âme discrète et pâle\n               N'est plus qu'une chapelle close\n               En un cimetière oublié.\n               Nul genou sur la blanche dalle\n               Depuis longtemps ne s'est plié,\n               Et c'est, à l'heure où toute chose\n               Se transpose, un peu de mystère\n               Dans la chapelle solitaire,\n                Une musique liturgique\n               Si profonde et si vespérale\n               Et si lointaine de la terre,\n               Une musique qui s'exhale\n               En l'âme close d'un cantique;\n               Des voix de filles inconnues\n               Et de simples congréganistes;\n               Des voix on ne sait d'où venues,\n               Mais si pénétrantes ! si tristes !...\n\n\n              Et l'orgue un peu les accompagne...\n              Et c'est le soir dans la campagne...\n\n\n\n(1) Extrait de Mon cœur pleure d'autrefois..., recueil de vers sous presse\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                     —   129    —\n\n\n\n                          II\n\n                     HALLALI !\n\nHallali ! Hallali ! Je suis le cor qui pleure,\n    Attristant l'horizon du soir;\n     Qui se lamente et peine l'heure\n     D'inconsolable désespoir.\n\nHallali ! Hallali ! Mon âme sur la tour\n     Corne solitude et détresse;\n     Oh ! que me vienne un peu d'amour\n     Pour ensevelir ma tristesse...\n\nHallali ! Hallali ! Les blanches châtelaines\n     Ont quitté le triste manoir;\n    Hallali ! Holà ! vers les plaines,\n    Mon cor pleureur, et vers le soir...\n\nHallali ! Je suis seul dans le soir de mes jours;\n    Pleurez mon pauvre cor sonore.\n     Holà ! Quelqu'un des alentours,\n     Oyez mon cor qui vous implore...\n\nHallali ! Hallali ! Oyez le cor qui pleure,\n     Attristant l'horizon du soir;\n     Qui se lamente et peine l'heure\n     D'inconsolable désespoir.\n\n\n                          III\n\n                MAISON D'AMOUR\n\n    C'est dans la ville d'espérance,\n    Endormie au loin des remords,\n    Comme au fond d'un jardin d'automne,\n    C'est dans l'oubli de la souffrance\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                          — 130 —\n\n               Et du passé qui me pardonne\n               Comme on est pardonné des morts,\n               A l'ombre d'un peu de mystère,\n               Et plus seule et plus solitaire\n               Parmi sa grille à jamais close\n               Pour ceux qui viennent de la terre,\n               Cest la maison de toute chose,\n               La mystique maison d'amour.\n               Et parfois, quand se meurt le jour,\n               De ses fenêtres demi-closes,\n               Des romances douces et graves\n               Et si célestement suaves\n               Qu'on a peur de tant de langueur,\n               Tombent parmi ces pâles roses,\n               Sur des souffrances inécloses...\n               Et l'on sait que c'est le bonheur\n               De deux mains à jamais fidèles\n               Aux promesses inoubliées,\n               Deux âmes à jamais liées\n               Pour des caresses éternelles.\n\n                                                    GRÉGOIRE LE ROY.\n\n\n\n\n                          SOIRS TRISTES\n     Au   SOUVENIR   DE   MAX   WALLER.\n\n\n\n\n                                 FLEURS DE GEL\n\n            Dans le calme de ce soir, voici que d'étranges fleurs d'hiver\n             viennent de grandir soudain aux vitres de la fenêtre, et la\n             lune bleue les illumine silencieusement, les étranges fleurs\n             de gel qui miroitent, pareilles à des fougères de diamant. En\ndessins merveilleux se sont déployés des feuillages de féerie, et l'élégance\nfantasque des ramilles délicates et des palmes claires, fait, en la pure\nblancheur du givre qui voile la fenêtre, des joailleries contournées en\nélancements subtils, d'arborescentes complications de cristaux radieux qui\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                 — 131 —\n\n\nétincellent, des végétations chimériques qui scintillent pensivement sous\nla lune, comme une forêt de neige où trembleraient les étoiles... Et rien\nne bouge, rien ne bruit dans le calme insolite de ce soir glacé.\n   De nuit, de froid, ma chambre se remplit, comme un sépulcre, et vers\nma tristesse glisse la caresse morne de la lune, sa lumière inquiétante et\nbizarre, qui semble faite pour éclairer seulement de fuyants fantômes parmi\ndes choses mortes. Mélancolique et splendide. elle me charme d'émotion\n singulière, la lente procession rêveuse des rayons bleus à travers le blanc\n mystère de ces capricieuses et brillantes fleurs de gel.\n\n\n                     A UNE QUI EST AU LOIN\n\n                                           Ich weiss nicht warum so traurig bin.\n                                                                   H.   HEINE.\n\n\n   Ce serait délicieux, — par un soir comme celui-ci, de spleen, de mélan­\ncolie trouble et d'ennui, alors qu'au dehors la pluie tourbillonne dans\nl'ombre épaisse, que la course furieuse des nuées passe sur la lune étrange­\nment livide et que le vent secoue les réverbères miroitant sur la boue, alors\nqu'en ma chambre close, la lumière douce de la lanterne japonaise éclaire\ntous mes bibelots chéris, conteurs de passé, mais qui ne me disent rien ce\nsoir, rien que tristesse, — quand, en la quiétude en mon bonheur trop cer­\ntain de brusques envies de sanglots m'étouffent, sans motif ! — délicieux\néperdûment, de la voir entrer soudain dans ma chambre trop silencieuse,\naprès un bref coup de sonnette qui aurait étonné ma lassitude chagrine. Des\nportes qu'on ouvrirait, des pas furtifs dans l'escalier... Et Elle arriverait\ntoute transie et mouillée, la voilette humide, un peu essoufflée, les joues\nrouges et fermes à cause de la tempête. Invraisemblable, mais de suite\nreconnue, Celle qui est au loin, et quelles ivresses et quels chuchotants\nmurmures de souvenir d'amours anciennes ! Et, avec ses bons regards\njoyeux, elle ôterait lentement son manteau, et assise près du feu, se pen­\ncherait sur moi, couché à ses genoux, réchauffant avec des mains et des\ncaresses folles, ses petits pieds glacés, ses petits pieds d'autrefois. Et pour­\nraient recommencer les ferventes processions de baisers, dévotes à de chers\nreposons ! Mieux encore la regarder, la regarder sans rien dire, dans\nla chambre silencieuse, pour ne pas trop vite dissiper le charme mystérieux\nde cette chimérique arrivée... Oui, ce serait délicieux, délicieux plus qu'un\nrêve...\n   Mais on n'entend rien que les gémissements sinistres des rafales,\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                  —   l32   —\n\n\nla lamentation du feu et la pluie qui pleure dans le noir, les choses sont\nmuettes et tristes, et c'est insensé de l'espérer : elle ne vient pas, elle ne\nviendra pas, car rien d'inattendu, hélas ! n'arrive...\n\n                              PAR LA P L U I E\n\n                                                   Pour un cœur gui s'ennuie\n                                                   O le chant de la pluie...\n                                                               PAUL VERLAINE.\n\n   De ma chambre devenue sombre et doucement parfumée de l'agonie de\nquelques fleurs, je regarde la tempête qui ravage la campagne, la campagne\npâlement verte et grise au loin, les arbres suppliants sous l'averse, les\nfeuilles jaunies qui tourbillonnent, les chemins luisants comme des rivières,\net les passants rapides et piteux sous cette grande colère du ciel. A l'horizon\nquelques cheminées, noyées de brume, au dessus des toits rouges. Et je\nm'attarde à écouter les grondements sauvages et les longues plaintes mornes\ndu vent, la chanson monotone de la pluie qui fouette les vitres, pleure et\nruisselle au long des murs, la désolée, pleine de si tristes voix, de mur­\nmures obscurs qui se lamentent, doucement berceuse et évocatrice de\nsouvenirs...\n\n   — Le soir tombe, et voici que commencent, par la capitale en fête, les\nilluminations joyeuses. De tous côtés, vers le bruit et la lumière, accourt\nle peuple, avec son enfantine gaieté curieuse. C'est, en les rues, un\nbavardant grouillis de populace turbulente. En l'obscurité croissante, s'allu­\nment les lampions multicolores; des cordons de gaz courent le long des\nfacades; les étalages des magasins resplendissent; aux réverbères triom­\nphants enguirlandés de feu, s'accrochent des grappes de lumières; jusqu'aux\nlointaines extrémités de l'avenue, étincelle et flamboie une longue traînée\nde flammes. — Et il pleut, une pluie impitoyable et fine, il pleut sur l'embra­\nsement du boulevard, sur les rires de la multitude... Tout en haut, au\ndessus des passants, se balancent des lanternes japonaises vertes et rouges,\ncomme de petits ballons bizarres, qui rendent très haut et très profond\nle ciel noir d'où l'ondée dégouline. D'un balcon, j'apercevais un très\ncurieux fleuve de parapluies, tous pareils, régulièrement emboités, un\nfleuve partagé en deux courants opposés et sur les vagues étranges duquel\nse jouait singulièrement la lumière mouillée. Dessous se devinait une\nhumanité heureuse et piétinante, des conversations et des rires dont le\nmurmure confus se mêlait au crépitement de la pluie... Mais les lampions\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                  — 133 —\n\nun à un submergés, agonisèrent; le vent âpre réduisit à une pâle ligne bleue\nles files de gaz; et les réverbères, dépouillés de leur splendeur, scintillèrent\ndésespérément. Sous les parapluies, les rires aussi s'éteignirent et lente­\nment la plèbe désappointée se dispersa; dans l'ombre accrue le boulevard\nredevint silencieux et désert. Seules, dans le ciel noir, quelques pâles\nlanternes japonaises chancelaient.\n\n  En mon âme où les bruits de fête ont pour toujours cessé, dans la nuit,\nsous la pluie, survivent quelques illusions bizarres, flottant haut et éclairant\nà peine, chancelantes et toujours près de s'éteindre, sous la pluie...\n\n\n   — A Londres, vers midi, sur un petit bateau à vapeur filant sur la Tamise.\nLes tours frêles de Westminster s'effacent derrière nous. Un pont, deux\nponts, d'autres, tous superbes et couverts de monde : passants pressés,\ncabs, omnibus, tout l'affairement de la grande cité commerciale entrevu sur\nces ponts gigantesques, dans le brouillard... Puis, plus rien : les quais parais­\nsent morts. Sur le bateau, personne; seuls, près de la machine pour avoir\nmoins froid, la pluie nous pénètre et nous glace. Mais c'est un charme\nimprévu et doux que de regarder, en cette clarté jaune du crépuscule, la\nTamise, avec son allure inquiétante de fleuve mauvais, ses eaux noires,\ntourbillonnant sans bruit, entraînant des bouts d'épaves vagues, comme\nun égout formidable. Des deux côtés, des magasins immenses : bâtisses à\nmultiples étages aux fenêtres sombres sans croisées, comme des yeux crevés,\navec une complication bizarre de chèvres, de poulies et de câbles. Et l'on\nsuppose en ces entrepôts une plèbe innombrable et fourmillante peinant sans\nrelâche pour les exigences de la Ville monstrueuse. — Par instants un autre\nbateau nous croise, siffle, passe vite et s'efface dans la buée grise... Pas\nd'autre bruit que le clapotis ronflant de notre marche et parfois la voix\ngrêle d'un gamin qui crie en mélopée : stop ! — On va, on va toujours sur\nl'égout démesuré et les paysages s'élargissent. Les rives s'éloignent et entre\nles maisons plus rares, derrière les cheminées des manufactures et les murs\nnoirs des docks, on aperçoit des végétations inouïes de mâts, de vergues et\nde cordages, des milliers de gréements dont les lignes élégantes et sveltes se\nsilhouettent capricieusement sur le ciel gris : une forêt fantôme aux aspects\ncruels et charmants. — Un grand bateau plat, noir et lourd, passe, silencieu­\nsement mené par deux hommes. Et cela a l'air d'être du songe terrible,\ncomme si les deux funèbres nautonniers conduisaient sous ces toiles de deuil,\nde secrets forfaits et des cadavres... Le fleuve devient plus large encore.\n Comme la mer. De très lointains navires semblent des oiseaux perdus dans\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                  -   134    -\n\nle brouillard humide. D'impossibles mannes s'entrevoient et se dissipent;\ndes apparences impossibles et fantasques se rêvent dans le gris du ciel et de\nl'eau, infiniment doux, mystérieux et mélancolique. Et à mesure que la\ncourse s'achève, on se sent plus faible, plus imperceptible et plus triste en\ncette immensité grise.\n\n  Tristement, glisse en un rêve gris, le vaisseau de ma vie, vers une fin\nincertaine, sous la pluie...\n\n\n                         LA PLAINTE DU FEU\n\n                                            ... Et l'on croirait entendre, tout près, le\n                                          chuchotement fastidieux d'un vieillard.\n                                            — Que ces roses étaient fraîches et\n                                          belles !...\n                                              IWAN TOURGUENEFF. Poèmes en prose.\n\n\n   C'est l'hiver et je suis seul. Au dehors le vent et la pluie, les rafales\ncolères dans l'ombre, l'horreur de l'obscurité humide et convulsée. Dans\nl'âtre, les flammes sautillent allègrement, danse jaune aux reflets de sang,\ndanse rouge aux reflets d'or, qui se calme, et s'irrite, et s'apaise encore, tou­\njours imprévue, changeante. Le vent dans la cheminée se lamente : triste\nchanson de gémissements étouffés, de pleurs et de plaintes de pauvre être\nfaible abandonné, longues supplications craintives monotonement chucho-\ntées comme pour adoucir des fureurs, étranges cris doux de désespoir, bal­\nbutiantes et sifflantes mélancolies, paroles incohérentes et vagues, de si loin\nvenues, et si vite, et si confuses !... On perçoit seulement leur mystérieux\naccent d'angoisse incertaine; et vous induit en une trouble terreur, la\nmusique plaintive et énigmatiquement menaçante de ces rumeurs souffre­\nteuses; sous les rêveries noires, le front se penche tandis que le feu chante,\nque s'éplore en la cheminée sa chanson où bourdonnent des voix, de chères\nvoix qu'on n'entend plus, jamais plus...\n\n   Songer, en écoutant l'indistinct murmure du feu qui se lamente et lais­\nser venir les mornes souvenirs qui tourbillonnent dans la nuit !... Plus\nd'une fois déjà il fallut, dans la prostration d'un effrayant malheur et\nsanglotant dans des habits de deuil, suivre le convoi d'aimés qui s'en furent\nvers le repos auguste de la mort et chaque fois ce fut un déchirement atroce,\ncomme l'arrachement de quelque chose de vous-même qu'on jetait à la terre\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                  —   135   —\n\n\nimpassible... Combien chaque jour qui passe, plus cruel, nous entame\net nous dévore !...\n   Penser, tandis que le feu se lamente, penser à toutes les illusions qui\nont saigné le long de la route parcourue, aux belles fleurs d'enfance insou­\ncieuse qui riaient au soleil, dans la fraîcheur des impressions premières,\naux escapades d'écoliers espiègles, aux gaies vacances, aux compagnons\nd'alors si joyeux et si confiants !... Où sont-ils maintenant ?... Perdus dans\nla vie, comme dans l'Océan immense, et si loin, que c'est folie espérer les\nrevoir, irréparablement perdus...\n   Penser aux jeunes enthousiasmes, aux jeunes colères, aux jeunes convic­\ntions, aux sauvages ardeurs de chevalier et d'apôtre, aux ambitions naïves\net démesurées des vingt ans : où sont-elles maintenant ?... Belles toujours,\nséduisantes et charmeresses, mais pour d'autres à présent, car la Foi ne\nrevient plus, hélas ! aux âmes qu'elle a quittées !...\n   Penser encore, penser aux amitiés précieuses, à ceux dont la main loyale\net dévouée vous soutint aux jours amers, à ceux que pendant des ans vous\navez vus tous les jours, qui ont su tous les secrets de votre cœur et les pro­\njets audacieux de votre esprit, tous ceux dont la vie fut une partie de la\nvôtre, où sont-ils maintenant ?... Perdus dans la vie comme dans l'Océan\nimmense, mais tous si loin, si loin qu'ils ne vous entendent plus quand\nvous les appelez !... Et à quoi bon d'ailleurs les appeler ! Ce serait folie que\nd'espérer les retrouver une heure, tels que jadis !...\n   Penser à celles qui vous aimèrent, à celles que vous avez aimées, depuis\nles tremblantes tendresses d'adolescent jusqu'aux dépravations où vous\nfit choir un désir d'inattendu ! Oh ! ces serments et ces bonheurs, et ces\namours qui devaient durer toujours ! Elles s'en sont allées, aux courants de\nla vie... Où sont-elles maintenant, celles qui furent miennes ?... Que je les\nsais irréparablement perdues, plus irréparablement dans la vie que dans la\nmort, car les rencontrer encore, et vouloir recommencer le passé, ne\nserait-ce point flétrir à jamais le souvenir indécis et charmant et le regret\nvague que j'en conserve précieusement... où sont-elles, les aimées ?\n\n   Tandis que le feu se lamente et que sa musique plaintive évoque les\nmornes souvenirs tourbillonnant dans la nuit, on s'étonne d'avoir pu mou­\nrir ainsi tant de fois un peu, d'avoir supporté une si continuelle agonie...\nVa-t-elle se prolonger encore ? Oh ! qu'il serait bon, puisqu'il nous est inter­\ndit d'arrêter la Chimère, qu'il serait bon et bienvenu le définitif oubli, loin\nde tous ces regrets qui pleurent... Conseillère de néant, la monotone chan­\nson du feu s'éplore en la cheminée...\n                                                     J U L E S DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                                    — 136 —\n\n\n\n\n                                AMEN (1)\n               Mon âme en est triste à la fin;\n               Elle est triste enfin d'être lasse,\n               Elle est lasse enfin d'être en vain,\n               Elle est triste et lasse à la fin,\n               Et j'attends vos mains sur ma face.\n\n               J'attends vos doigts purs sur ma face;\n               Pareils à des anges de glace,\n               J'attends qu'ils m'apportent l'anneau,\n               J'attends leur fraîcheur sur ma face,\n               Comme un trésor au fond de l'eau.\n\n              Et j'attends enfin leurs remèdes;\n              Pour ne pas mourir au soleil.\n              Mourir sans espoir au soleil !\n              J'attends qu'ils lavent mes yeux tièdes\n              Où tant de pauvres ont sommeil;\n\n              Où tant de cygnes sur la mer,\n              De cygnes errants sur la mer,\n              Tendent en vain leurs cols moroses;\n              Où le long des jardins d'hiver\n              Des malades cueillent des roses.\n\n             J'attends vos doigts purs sur ma face,\n             Pareils à des anges de glace.\n             J'attends qu'ils mouillent mes regards.\n             L'herbe morte de mes regards\n             Où tant d'agneaux las sont épars.\n\n                                             MAURICE   MAETERLINCK.\n\n\n\n(1) Extrait des Serres chaudes, volume sous presse.\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                     137\n\n\n\n\n                          GRISAILLES\n      A MADEMOISELLE LOUISE D'ANS.\n\n                                      Je fuis et je m'accroche à toutes les croisées\n                                      D'où l'on tourne le dos à la vie.\n                                                         STÉPHANE MALLARMÉ.\n\n\n                                VOCATION\n\n               Quelques brèves paroles échangées — comme pour se prouver à\n                soi-même son existence — chacun, cédant à un besoin de\n                silence, s'est laissé aller à sa rêverie.\n                   C'est dimanche.\n   L'aïeul enfoui dans un fauteuil, les mains longues et amaigries rejointes,\nregarde dans le vague, de ses yeux fatigués et malades, avec un air de souf­\nfrance résignée et, de temps en temps, se soulève un peu pour respirer plus\nlibrement.\n   L'aieule en sa bergère, près de la fenêtre, sommeille. Par habitude,\nétonnés de repos, ses doigts travaillent à une invisible broderie. Les ailes\nblanches de son béguin s'agitent doucement.\n   Près d'elle, les deux lévriers aux formes fines et longues reposent, la tête\nallongée entre les pattes, mystérieux comme des sphinx dans le soir pourpre\nqui commence à effacer les choses.\n   Debout à une croisée, la jeune fille. Immobile, elle regarde les nuages\npasser comme un fleuve de flammes dans l'azur, les nuages légers aux\nformes chimériques, aux changeantes moires, aux fuyants et indéterminés\ncontours; le soleil qui disparaît à l'horizon dans un éclaboussement\nvermeil; la petite église dont le clocher coupe le ciel et où sonnent les\ncloches, mais si lointaines qu'on les croirait là-bas sanglotant la mort du\njour, et tout autour, les toits de chaume et le blanc cru des murs de fermes.\n   Elle regarde : et tout au loin, des hameaux perdus dans des creux de\nmontagnes, des champs de labour, des forêts dépouillées de verdure et des\narbres aux innombrables ramures noires. Elle regarde, et ses grands yeux\nbleu sombre s'agrandissent encore, étonnés et tristes de refléter ce paysage\ndésert.\n   D'une suprême et virginale élégance dans sa robe tombant en plis droits,\naux manches bouffantes — ses cheveux cendrés relevés en torsade, piqués\n                                                                           10\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                 — 138 —\n\nd'un peigne en écaille couleur d'ambre — elle semble avoir conservé la\ngrâce frêle de l'enfance dans le développement de l'adolescence.\n   On dirait que, brusquement, la sève puissante qui fait éclore la fleur de\nla jeunesse s'est arrêtée, et que les formes, au lieu de s'épanouir se sont\ncomprimées et sont restées grêles, mais empreintes de quelle noblesse\nnative !\n   Une mélancolie vague, en elle imprégnée, peu à peu se répand. Elle\nreste là, à la fenêtre où meurt la lumière, attirée par le charme du crépus­\ncule, l'effacement complet des choses, l'assoupissement des bruits.\n   Mais grinçante, d'un bruit aigu, métallique et cruel et se terminant\ncomme une fêlure, implacable, l'horloge sonne l'heure, lentement.\n   Elle tressaille; en un bond se relèvent les lévriers qui aboient lugubre­\nment et se tiennent en arrêt, comme pour protéger leur maîtresse d'un\nennemi invisible qui la menace dans l'ombre.\n   Elle a pour eux une caresse fiévreuse de sa main tremblante.\n\n\n\n   Quelques lueurs de sang s'allongent encore à l'horizon, et dans la\nchambre aux grands carreaux d'or, enténébrée. on n'aperçoit plus que des\nombres.\n   Heure exquise où l'on revoit dans un crépuscule de souvenir tout ce\nqu'on a aimé, où tout le passé avec ses héros et ses martyrs, ses boulever­\nsements et ses splendeurs se dresse sublime dans une apothéose, où l'on se\nsent plongé dans une bienheureuse torpeur, où l'on perd la conscience de\nsoi-même, où l'on se sent vivre dans les choses, où l'on rêve.\n   Mais elle est lasse de ses pensées, et pour échapper aux hantises qui main­\ntenant l'obsèdent, elle s'assied au clavier dont le bois noir et les touches\nblanches luisent vaguement dans l'obscurité.\n   C'est d'abord, radieux et serein, le chant du printemps, l'aurore de la\nvie, les fleurs qui vont éclore, le ciel bleu et rose plein de gazouillements\nd'oiseaux, l'éveil du jour. Mais brusquement s'interrompt la phrase joyeuse,\nl'espoir a fui, c'est en elle l'angoisse poignante d'une grande douleur, d'un\navenir insondable qu'elle ne remplira jamais, d'un infini'désespoir 'où elle\nsombre avec tous les aimés. Elle ne sait quel malheur immine, et elle\nsanglotte.\n   Grinçante, d'un bruit aigu, métallique et cruel, se terminant par une\nfêlure, implacable, l'horloge a sonné.\n   Pourquoi elle tressaille ? C'est une sombre mélancolie en elle tout à coup\napparue, il y a longtemps, étouffant l'essor de sa jeunesse, une mélancolie\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                   -    139    -\n\ninexpliquée. Laissés tous les jeux, les ris, les plaisirs; devenu grave son\npur visage, tandis que, dans ses yeux de sibylle, un mystère grandissait.\n   Dans les ténèbres de l'avenir, elle a vu les hontes et les turpitudes, la\nchute de toute noblesse, de toute grandeur, de toute bonté dans l'abîme de\nstupéfiantes abjections. Elle a vu périr les voyageurs partis joyeux vers des\nrégions d'espérance, elle a vu les luttes et les défaites, elle a entendu les\nrâles lugubres, les appels désespérés.\n   L'ange a fermé ses ailes blanches, fatigué des vols.\n   Et lorsqu'elle voit ses frères, les cygnes blancs du ciel, voguant sur un lac\nd'or aux rivages d'azur, c'est l'horloge grinçante et cruelle qui sonne le glas\nde ses rêves, pour la rappeler à la vie pénible.\n   Et, tandis que dorment les vieillards, le sourire aux lèvres à la vision d'un\nidéal lointain, elle a cessé d'égrener les notes tristes du clavier. Elle pleure.\nLes deux lévriers près d'elle assis, veillent, les yeux brillants comme des\ntaches de phosphore.\n   Elle sent grandir en elle le désir d'être seule, toujours seule, la paix inal­\ntérable et profonde du cloître l'envahir.\n\n                                       MATIN\n\n   Par la grande allée de bas tilleuls, toute couverte de mousse, entourée de\ncierges, une dernière fois, elle est passée dans le brouillard matinal et l'apai­\nsement de la campagne. Elle est passée dans le cercueil bleu porté par des\njeunes filles vêtues de mousseline. La cloche de la petite église sonnait\nlentement le glas. Elle est passée suivie de quelques paysans dont les yeux\nont la mélancolie reflétée des larges horizons où ils vivent, marchant lour­\ndement, cariatides de cette tristesse épandue dans les grands paysages\nprofonds et calmes. Ils allaient la tête baissée, leurs rudes figures attendries,\npensant à leur frêle maîtresse qui s'en était allée au paradis bleu parmi des\ndames blanches de leurs légendes.\n   Une tristesse grise flottait dans l'air, bien que le printemps fleurît\ndéjà les prairies et que des pétales blancs tombassent en tournoyant sur la\nfunéraire théorie.\n\n                                 DIMANCHE\n\n  C'est dimanche et c'est vêpres; la campagne est déserte au loin, tout\nsemble être à la garde de Dieu.\n  Rien d'aigu dans les couleurs, tout s'est atténué jusqu'à l'azur qui est\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                 — 140 —\n\npâle comme une fumée d'encens. Seul, le frisselis des feuilles qui fuient, et\nles mollesses de parfums vagues.\n   Les yeux un peu ternes et mi-fermés, la bouche entr'ouverte, une\nvolupté souvenue, tu rêves, le livre aux pages écornées tombé de ta main\nlasse où bleuissent les veines.\n   Les choses aussi, rêvent. Il est des moments où reviennent toutes les tris­\ntesses et les désespoirs, où l'on regarde au dedans de soi-même, où l'on se\nsent mourir...\n   La flamme de tes prunelles, au lieu d'irradier, se concentre en un feu\nsombre, et si lamentable est ton regard.....\n   Pourquoi si triste, l'âme, en cette chair radieuse ?\n   Dans la plaine quelque paysan passe, la tête baissée, comme écrasé sous\nl'immensité de cette solitude, sa silhouette fuyante s'efface dans le loin­\ntain...\n   Tout semble être à la garde de Dieu, la campagne est déserte au loin;\nc'est dimanche et c'est vêpres.\n\n                                 FRISSON\n\n   « Ferme la croisée, mes yeux sont las de soleil, et qu'aux vitres se collent\nles buées pour que le présent n'arrive pas jusqu'à moi ».\n   Un long silence dans la chambre calme.\n   « La très vieille pendule dédorée sonne à rebours et irrégulièrement les\nheures, et il me semble qu'autour de moi, tout se fond, se transforme, que\nje remonte et me perds dans le passé ».\n   Dans le foyer le grillon chante sa monotone chanson.\n   « Laisse la glace où se sont mirées les générations se couvrir d'un brouil­\nlard, pour que les choses y reflétées ne soient plus que vagues, et si vagues\nqu'on les reconnaisse à peine, et qu'aussi sur les portraits s'accumulent la\npoussière et les toiles d'araignées ».\n   Je veux que tout soit adouci à mes yeux, car je suis faible et je suis las.\n   Laisse-moi rêver, toujours rêver.\n\n                                 SILENCE\n\n  « Ne parle pas, et si le silence te pèse trop, parle bas, ou chante en\nsourdine quelque vieille ballade, mais encore si bas que je l'entende à\npeine.\n  Prends garde de troubler le rêve des choses ».\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                     141\n\n   Le soleil a fondu la mousseline de vapeurs blanches qui adoucissaient\nson éclat, un fleuve d'or inonde la chambre.\n   « Ne laisse pas pénétrer jusqu'à moi ces rayons, ne comprends-tu pas\nqu'il y a une morte dans mon âme ».\n   Elle est blonde en ses habits anciens, et son visage a le charme des por­\ntraits de reines pieuses que j'ai contemplés dans mon enfance.\n   Son regard est si triste et si pensif; on croirait qu'un rayon de lune s'est\nfixé dans ses yeux.\n   « Que rien ne trouble le silence, harmonie des choses; j'ai peur d'éveiller\nen mon cœur, la morte du souvenir ».\n   Je veux rêver, rêver toujours.\n\n                                   CALME\n\n   Le brouillard est intense au dehors, vois : notre petite demeure, perdue\ndans cette campagne déserte et froide, nous semblera plus isolée encore.\n  Ainsi plus rien du monde haï n'interrompra le calme de cette chambre\ndont les tapisseries sont depuis si longtemps fanées.\n   Moi seul verrai la flamme étrange de tes yeux mystérieux comme un\npaysage lunaire.\n   Nous vivrons parmi nos livres, nos gravures, nos meubles.\n   Nous parlerons de vieilles choses, d'amis anciens, de parents morts.\n  Ainsi du moins ne nous sentirons-nous plus mourir à chaque heure.\n  Sur tes genoux, ô ma sœur, je poserai ma tête endolorie que tu berceras\nlentement, doucement, en me contant la légende de Jehan l'Ecorcheur et\ndes dames blanches de Hauteroche.\n   Le brouillard est intense au dehors, notre demeure semble être au milieu\nd'une mer.\n\n                                   RÉVEIL\n\n  C'est le château mystérieux où elle dort.\n  Epaisse est la forêt qui l'entoure. Autour des tours volent les corneilles\nde leur vol lourd, et les fenêtres ont l'air d'yeux morts.\n  Sur l'étang calme, les cygnes immobiles en la noblesse de leur rêve fier.\nL'eau, que pas un souffle ne moire, s'est glacée pendant leurs lents et majes­\ntueux dérivements.\n   Les arbres se dressent silencieux dans l'azur empourpré d'un soleil\ndéchu.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                                  — 142 —\n\n   Dans la salle aux chevaliers : — plus un écho ne vibre; reposent, de\nleurs grands boucliers couverts, les preux guerriers tués dans les com­\nbats; les tentures sont depuis des âges fanées, et pâlies, éteintes, les cou­\nleurs des tapisseries — est la frêle, la blanche endormie, de ses longs che­\nveux blonds voilée, d'habits très anciens vêtue, en son charme de vieux\nportrait.\n   Autour du lit parsemé de roses et de jacinthes, des lys s'élancent de\ngrands vases d'or, et dans l'incendie de la lumière et le rougeoiement du\ncouchant, elles semblent, les fleurs héraldiques et royales, le brasier rose\nqui garde la Valkyrie de l'approche des mortels.\n   Soudain, un appel de cor a retenti au loin. Des vols ont jailli dans le ciel,\nles oiseaux ont chanté, une brise tiède a fait frissonner les ramures et mur­\nmurer la feuillée.\n   Elle a entr'ouvert ses yeux graves, et continuant son rêve, elle a vu tout\nlà-bas, au lointain, sur le disque flamboyant du soleil et le ciel tout sanglant,\nchevauchant son coursier frémissant, hérissé de dards et de flèches, glo­\nrieux du sang des monstres qui rougit son armure, le vainqueur, le Bien-\nAimé que, depuis des siècles, Elle espère.\n\n                                                  MAURICE DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n                                 VERS\n                           ROSES FUNÈBRES\n\n         Chers yeux où j'ai puisé l'ivresse du martyr,\n         Chers et cruels bourreaux, contemplez votre ouvrage :\n         Que je revoie en vous saigner avec courage\n         Les blessures d'antan si promptes à s'ouvrir !\n\n\n         Moi, j'ouvre ma narine aux effluves d'orage\n         Qui, parmi les éclairs de cuivre et de saphir,\n         Ont attiré la frêle nef de mon Désir\n         Sur l'eau morte où le vent de la Douleur fait rage.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                     -   143   -\n\nSur l'eau morte, là-bas, à l'horizon vermeil\nJe regarde la mort prochaine du soleil\nMe sourire parmi les sourires des roses...\n\n\nMais pour toi, pauvre cœur que la douleur endort\nA force de conter les mêmes tristes choses,\nQuand fleuriront pour toi les roses de la Mort ?\n\n\n\n                   APPARITION\n\n                                               A IWAN GILKIN,\n\n\nCette nuit, émergeant d'un ténébreux Léthé,\nM'a de nouveau souri cette Figure étrange\nDont les yeux attirants de claire obscurité\nConfondent la splendeur du Démon et de l'Ange.\n\n\nLonguement m'a souri l'inconnu fraternel\nDe ses yeux transpercés de glaives invisibles\nD'où coulaient constamment à flots lents et paisibles\nDes pleurs étincelants qui reflétaient le ciel.\n\n\nPuis, j'ai vu se lever de ces gouffres tragiques\nVers le sublime Azur deux regards nostalgiques\nDont l'un est retombé vers l'eau morte, vers l'eau.\n\n\nCependant une main surgissant du Mystère,\nAux funèbres lueurs mauvaises d'un couteau,\nEgrenait dans le sang les doux grains d'un rosaire.\n\n\n                    LA REINE\n\nSuprême lys tombé des couronnes royales\nSur le plaintif autel des cœurs religieux,\nDes frêles cœurs enfants qui pleurent d'être vieux\nSous le pâle soleil des splendeurs automnales,\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                                   — 144 —\n\n            Lys plus blanc que les lys, Reine au trône d'exil,\n            Elle a miré l'orgueil de ses grands yeux insignes\n            Aux nostalgiques yeux de ses frères, les Cygnes,\n            Vers qui pleure son âme au son grêle et subtil.\n\n           Groupe altier remplaçant les levriers fidèles\n           Qui trempent dans le sang de leurs mornes prunelles\n           Le culte amer et doux de leurs fidélités,\n\n          De beaux éphèbes las gardent la Souveraine\n          Et leur silence écoute en son cœur de sirène,\n          Battre le cœur flambant des mortes Royautés !\n                                                     JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n                             CROQUIS\n              LE GRAND CORRIDOR DU COLLÈGE.\n\n                                                     A M. JULES DESTRÉE.\n\n\n             Dans le corridor large et long, au pavement froid de car­\n              reaux rouges, au double rang de portes s'ouvrant sur les\n              classes maintenant closes, un grand silence. Une voix aigre­\n              lette s'élève qui scande une phrase, si nettement qu'on a,\ndevant les yeux, des bras battant le rhythme par mouvements lents,\nnerveux pourtant. Puis, la petite voix se perd sans écho dans le long\ncouloir muet. Mais le voilà qui s'emplit tout à coup d'une ondée de paroles\nvenant des classes : le ton grave d'un professeur citant du latin solennelle­\nment, la voix chantante d'un écolier disant sa leçon et qui s'arrête subite­\nment coupée par une exclamation impatiente... Ces intonations se fondent,\nse mêlent en un charivari étourdissant qui, soudain, baisse; si bien que ce\nn'est plus qu'un murmure qui s'envole, planant mollement. Et le grand\nsilence retombe.\n\n  Dans le corridor large et long, au pavement froid de carreaux rouges,\nau double rang de portes s'ouvrant sur les classes maintenant closes,\njoyeuse, la cloche tinte un concert de notes sautillantes et légères comme\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                 -   145   -\n\nune dentelle, qui arrivent par bouffées plus distinctes. Les voix, subitement,\ns'arrêtent dans les classes et il se fait un soudain remuement. Les couvercles\ndes pupitres, sèchement, claquent en même temps qu'un bruit commence\nde pas fébriles et de petites portes grises qui s'ouvrent. Les écoliers,\nla casquette déjà sur la tête et le paquet de livres sous le bras, s'en vont\ndans une bruyante musique de cris, d'appels et de rires sonnant très clair.\nTout dernier le professeur sort, des papiers dans la main, frottant son cha­\npeau de la manche, l'air ennuyé, tandis que là-bas disparaît le dernier\ngroupe des gamins qui dévalent l'escalier de bois quatre à quatre, leurs\nsouliers battant un joyeux galop vers la porte, vers la cour, vers l'air. Peu\nà peu meurent ces bruits de tempête, dans l'éloignement. Et le grand cou­\nloir, un instant réveillé, à présent retombe dans son calme profond.\n\n   Dans le corridor large et long, au pavement froid de carreaux rouges,\nau double rang de portes s'ouvrant sur les classes maintenant closes,\nah ! oui... closes, closes pour deux mois. Et pas avant, il ne résonnera de\nleurs rires, à ces gamins qui boivent du soleil, du bon air des bois et des\nchamps, dans la liberté des vacances. La semaine passée, il était plein de\nces mots, le grand couloir : elles approchent ! Et comme bruyant lui arriva\nl'ouragan des joies exubérantes des écoliers enfin lâchés et s'enfuyant ! Il\nest solitaire aujourd'hui, morne et triste dans la propreté rouge de son\npavement carrelé. Par une fenêtre glisse un rayon de soleil qui va plaquer\nle mur blanc de tous les ors et fait des rubans jaunes où dansent des traî­\nnées de fine poussière luisante. Dans la vaste cour carrée criaillent de gros\nmoineaux ébouriffés et batailleurs qui se disputent les mies de quelque\nchanteau de vieux pain traînant là, tandis qu'une poule grise du portier,\npeureuse et l'air bête, les regarde, allongeant le cou curieusement. — Et la\nsolitude emplit le collège, plus navrante encore par ce soleil d'août dardant\nsa lumière crue dans les classes vides et le long couloir si mélancolique en\nson grand silence.\n                                                     Louis DELATTRE.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                    — 146 —\n\n\n\n\n                          RICANEMENT\n               Quand Jésus permit au diable de le tenter, prestement celui-ci\n                 accourut d'un air humble et soumis; mais une joie immense\n                 qu'il voulait cacher rayonnait imperceptiblement en ses\n                 prunelles fulgurantes et malicieuses.\n   Arrivé sur la montagne, en présence du Fils divin, il dut se contraindre\npour n'éclater pas de rire et, afin de voiler le rictus ironique de sa face, il\nse mit dans l'ombre, hors le cercle lumineux que projetait le nimbe de\nChrist.\n   Satan opéra la Tentation — qui devait rester célèbre, et il le savait —\nméticuleusement, avec conscience, de même que s'il accomplissait un rite\nsacré, pénétré d'une félicité intime telle que jamais, dans la réalisation de\nses plus téméraires desseins, il n'eût osé la souhaiter.\n   Il n'ignorait pas tout ce que cette minute avait de suprême et que la\npartie redoutable qu'il jouait devait être toute de ruse et de finesse : ne\ns'agissait-il pas, pour l'édification des générations chrétiennes, d'être rigou­\nreusement vaincu aujourd'hui pour triompher toujours ?... Et ne pouvant\nêtre le maître, le Diable se fit bouffon; et en un large geste circulaire il offrit,\nrailleur et méprisant, le Monde qu'en cet instant il conquérait !...\n   La comédie terminée, satisfait de sa fourberie, Satan, sûr d'avoir con­\nvaincu les mortels par cette défaite voulue du moment de son impuissance\nqui allait désormais le rendre si puissant, s'enfuit en se tordant dans le\nspasme d'un irrésistible accès de gaieté moqueuse trop longtemps contenue...\n   Or, voici le Roi des Ténèbres en ses Domaines revenu, et un ricanement\nqui monta vers Dieu et troubla les deux, retentit, se prolongea, strident et\nhurleur. Puis, l'accès d'hilarité calmé, le Prince du Mal, les lèvres gonflées\nde sarcasmes, s'écria avec une pitié sardonique : « O Jésus, doux et naïf\nJésus ! Tu t'enorgueillis de ta victoire et tu pries ! Et tu ne te doutes pas\nque les chrétiens auront la vanité de t'imiter afin d'être un peu Dieu aussi\net que, à ton cher exemple, ô pâle innocent, trois fois enfant ! ils me\npermettront de les tenter — eux — qui ne sont que des hommes ! »\n\n                                          JULES VANDER BRUGGHEN.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                  — 147 —\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n                      AU CONCERT POPULAIRE\n\n              L'avant-dernière matinée des Concerts populaires avait toute sa\n               seconde partie consacrée à un choix de morceaux purement\n               symphoniques de Wagner. Un intéressant caprice de dilet­\n               tante avait imaginé cette exposition de quatre grandes pages\ndifférentes de caractère et de sujet : Le « Prélude » de Lohengrin, la\n« Bacchanale » de Tannhäuser, les « Murmures de la forêt » de Siegfried et\n« l'Entrée des dieux au Walhalla » du Rheingold.\n   L'audition de ces quatre pages superbes, exécutées avec cette vigueur et\nce coloris que l'orchestre nous donne à ses heures d'emballement a été\nsaisissante.\n   Ce programme se complétait par une symphonie nouvelle de Tchaïkowsky,\nœuvre de forme un peu sèche, ayant plus de mouvement que de couleur.\nTchaïkowsky n'a pas la saveur qui apporte un appoint d'originalité à\nl'œuvre de ses compatriotes. Il est habile et doué d'une finesse toute\nfrançaise.\n   Il y a dans sa musique des surprises de timbre et de rhythmes savamment,\nmais parfois un peu petitement combinées. Ainsi en est-il de sa symphonie\nnouvelle où j'ai trouvé plus de culture que de nature.\n   Enfin, une fantaisie de Vincent d'Indy sur des thèmes populaires français\nà laquelle je reprocherai surtout ce caractère de soliste qu'elle donne au\nhautbois en lui laissant tout le temps la conduite des thèmes, ce qui donne\nà l'œuvre, de la monotonie, d'abord et, partant, un caractère de concerto\npour hautbois que M. d'Indy n'a certes pas voulu. Comme toujours, il s'est\npréoccupé ici du paysage et l'atmosphère dans laquelle il a voulu restituer\nles thèmes y est pittoresquement traduite; c'est pourquoi l'on regrette que\npar sa persistance à exprimer par un instrument unique des thèmes variés\nde timbre et de couleur, il ait exagéré le sens instrumental de sa fantaisie\nau detriment du sens poétique.\n   Inutile de dire que le mot fantaisie n'implique pas, comme à d'autres\népoques; les variations sur les thèmes; il s'agit d'une rêverie, d'une fantaisie\nde poète, fantaisie mêlée d'imagination et de souvenir.\n\n                                  AUX XX\n\n   Le Vingtisme musical ou, plus simplement, la Jeune école française a fait\nson apparition en phalange plus compacte et plus variée ce qui a permis,\ntout en appréciant les tentatives de haute culture musicale et de perfection­\nnement technique à laquelle se livre cette école, de la juger à sa valeur\nd'ensemble et cette valeur d'ensemble a été exagérée. Franck, un maître;\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                  — 148 —\n\nd'Indy, un jeune artiste de race; peut-être, un ou deux autres sont à mettre\nhors pair; mais, à côté d'eux, bien des noms passent, à la faveur d'une\nétiquette, dissimulés dans le groupe qui les soutient. Fauré qu'on mettait\ntout en avant et que je m'obstinais à ne pas y voir, a confirmé en moi, par\ncette nouvelle audition de ses œuvres mélodiques et instrumentales,\nl'opinion qui me hantait. Je ne vois en Fauré, ni l'originalité, ni la puissance\nd'un profond artiste. Que ce soit un compositeur qui aime son art, je le\nveux bien.\n   Cette phalange de musiciens est néanmoins intéressante à suivre dans ses\nprogrès. Elle est de plus un organe de propagande pour l'assainissement du\ngoût musical, réagissant par des œuvres plus concentrées et plus synthétiques\ncontre l'école d'opéra sous-gounodienne que vous savez.\n\n                             A LA MONNAIE\n\n   A côté des grandes œuvres modernes comme la Valkyrie qu'on reprend\navec Mme Materna, comme Siegfried qu'on donnera pour finir la campagne,\nles directeurs de la Monnaie ont mis à la scène Fidelio de Beethoven;\nœuvre qui a pour point de départ un livret très enfantin de Bouilly mis en\ncouplets par Gaveau, mis en musique par Paër et repris par Beethoven qui\nen fit une superbe chose lyrique. L'œuvre, originairement découpée en trois\nactes, puis réduite à deux, après un premier insuccès au théâtre de Vienne\nen novembre 1805, a été ramenée à sa première version. M. Gevaert a relié\nles morceaux par des récitatifs d'une forme pure et d'une notation déclama-\ntive juste, afin de donner à Fidelio la forme complète du drame lyrique\nque comporte le style élevé de la partition. Je parle de drame lyrique et, en\neffet, si l'on n'attache pas à cette étiquette le sens étroit qu'on lui a donné\ndepuis que l'école wagnériste existe, on reconnaîtra que la puissance d'expres­\nsion et la touche large évoquant une vie spirituelle intense, rendent bien\nnégligeables certains détails de facture. Ces détails, dangereux pour d'autres,\net qu'il faut proscrire en principe, ne pouvaient pas écraser Beethoven, ne\ndevaient même pas le compromettre. Développer son sujet musicalement,\nsans épisodes, ni ornements, ni intermèdes amusants, n'est-ce pas déjà faire\ndu drame lyrique? La sobriété et la simplicité des deux premiers actes, la\npuissance expressive qui s'ajoute à ces qualités au troisième acte, autorisent\nà dire que Fidelio n'a rien de commun avec les opéras à l'italienne du\nrépertoire, malgré les redites et la forme moulée de ses morceaux. La\nsérénité supra-terrestre de Beethoven, qui épure et spiritualise les plus\npoignantes douleurs fait la personnalité supérieure de cette œuvre drama­\ntique, comme de ses plus belles œuvres symphoniques. Le style y suit une\nmarche ascendante depuis les scènes familiales traitées en première manière\njusqu'aux scènes passionnelles du troisième acte couronnées par un final\ndans l'esprit de la symphonie avec chœur. Ce final n'est-il pas une ode à la\njoie aussi, à cette joie surhumaine héroïsée par Beethoven?\n  L'interprétation de Fidelio est complète et, en certaines parties, tout à fait\nsupérieure. Mme Caron, notamment, a fait du travesti de Léonore, une\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                    — 149 —\n\nnouvelle admirable création. A côté d'elle, sontMmeFalize, MM. Seguin,\nGandubert, Gardoni, Renaud. L'orchestre exécute avec une grande netteté\nd'ensemble, beaucoup de coloris et de couleur, les deux ouvertures en mi\nmajeur et en ut, la seconde, la magistrale ouverture dite de Léonore\nservant d'introduction au deuxième acte.\n\n                          AU CONSERVATOIRE\n   M. Gevaert nous a fait réentendre la Siegfried-Idyll et l'ouverture de\nTannhàuser de Wagner religieusement exécutées. Très intéressante aussi\nl'audition de la symphonie Harold en Italie dont la partie alto était\nconfiée à M. Ysaye.\n                                                             HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTERAIRE\n              Les Flaireurs, légende originale et drame en trois actes,\n                          par   M. CHARLES VAN LERBERGHE.\n\n\n\n              M. Charles Van Lerberghe n'est pas un inconnu, tant s'en faut,\n               pour la petite élite qui s'intéresse, en France comme en Bel­\n               gique, aux choses de l'esprit. Il ne s'agit donc pas, ainsi que\n,            , l'a fait un critique naïf, de le découvrir. Avant de publier les\nFlaireurs, légende originale et drame en trois actes pour le théâtre des fan­\ntoches, M. Van Lerberghe était déjà tenu, par ses pairs et par tous les déli­\ncats, pour un poète de grande race, au premier rang des meilleurs d'aujour­\nd'hui et de demain.\n   Si je ne me trompe, il a débuté, il y a quelques années, avec M. Gré­\ngoire le Roy et M. Maurice Maeterlinck, dans une alerte revue d'art,\nmorte depuis, mais qui a laissé sa traînée dans l'aristocratie des lettres :\nLa Pléiade.\n   Plusieurs poètes français, parmi lesquels M. Rodolphe Darzens, l'auteur\nde l'Amante du Christ, et M. Ephraïm Mikaël, l'auteur du Cor Fleuri,\ndeux poèmes dramatiques joués par M. Antoine, y fraternisaient avec les\ntrois poètes gantois.\n   Ce fut dans cette Pléiade, dont le titre vient d'être repris par une revue\nbelge, que M. Van Lerberghe publia ses premiers vers. Un peu plus tard,\nparut dans le Parnasse de la Jeune Belgique une série de poèmes signés\ndu même nom. L'impression produite fut intense, et du coup M. Van\nLerberghe se révéla comme un poète raffiné et puissant.\n   Puissant, certes, il l'est par le faste, la richesse et l'accent suggestif de ses\npoèmes, qui célèbrent la Beauté pure, sans autre préoccupation qu'elle-\nmême, et surtout la Beauté enfantine, le luxe des chairs blondes, la splen-\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                      130\n\n\ndeur des moires, le rêve des eaux, la noblesse des soleils d'après-midi, et la\nsomptueuse tristesse des Ophélies couronnées de fleurs folles et douces.\nMais raffiné aussi, et profondément, par la finesse des contours prosodiques,\npar son adresse à fondre les couleurs riches, par la grâce nouvelle de cer­\ntaines images féminines, et par la légèreté et la sûreté du dessin, qu'on\ndirait tracé à l'aide d'un impeccable crayon d'or.\n   Les poèmes de M. Van Lerberghe, qui dénoncent une sensibilité artis­\ntique exquise, allient l'opulence flamande à l'air de grandesse et à l'élégance\nétrange de certains préraphaélites anglais.\n   Aujourd'hui M. Van Lerberghe nous offre une espèce de mystère en trois\nparties, d'une grande sobriété de moyens et d'une incontestable acuité\nd'effet.\n   La scène représente une chambre de chaumière très pauvre. A droite,\nadossé au mur, un grand lit à baldaquin. Sur ce lit, une mère agonisante,\nque veille une enfant éperdue. Des cierges. Au dehors, l'orage et la pluie.\nDans la chambre, l'odeur de la Mort.\n   On frappe. La jeune fille, saisie d'un frisson d'épouvante, refuse d'ou­\nvrir. La mère s'imagine que c'est un pauvre. L'épouvante de l'enfant gran­\ndit toujours. Qui est-ce? C'est l'homme avec l'eau.\n   On frappe encore, encore. On entend quelque chose qui frôle. Même ter­\nreur de l'enfant, et même imagination de la mère. Qui est-ce? L'homme\navec le linge.\n   On frappe encore, encore, encore. L'ombre d'un corbillard se projette\nsur le mur. Qui est-ce? L'homme avec... la chose. La porte, attaquée,\ncède. On voit un bras qui introduit un seau dans la chambre. Le seau, le\nlinge, le cercueil. La Mort est entrée.\n   Ces trois courtes scènes, dont la gradation est poignante dans leur symé­\ntrie voulue, forment un drame superbe et haletant. Le souffle de la Mort\nderrière une porte y est traduit avec une grandeur et un pathétique admi­\nrables. Il serait impossible, dans des dimensions aussi restreintes, d'être\nplus simple, ou plus cruel, ou plus puissant. Les Flaireurs révèlent un\npoète maître de son inspiration et de son art.\n                                                     ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                  — 151 —\n\n\n\n          CHRONIQUE THÉATRALE\n                                    NORA\n\n              Je n'ai pas besoin de répéter ici le nom connu d'un homme\n               politique, historien, homme de lettres, qui a adapté à la\n               scène française la pièce norwégienne d'Ibsen. C'est un nom\n               qui n'aime pas le bruit. Cette adaptation a été faite occasion­\nnellement et pour ainsi dire sans préméditation, tout simplement parce\nqu'il semblait intéressant de faire connaître à notre public une œuvre\ndramatique littéraire de saveur spéciale et sortant de l'actualité parisienne.\nCe sera la tentative la plus méritoire que M. Candeilh ait faite cet hiver.\n   Ibsen, très populaire, très hautement apprécié en Norwège, a écrit un\ngrand nombre de pièces parmi lesquelles les Fantômes, conception étrange\noù l'on trouve le thème de l'hérédité physique et morale que l'école natu­\nraliste a mis en œuvre.\n   Ibsen est un réaliste, peut-être beaucoup plus par tempérament que par\ncalcul, de ce réalisme spécial qu'on pourrait sous-baptiser simpliste; de ce\nréalisme tranquille et pénétrant, de ce réalisme désabusé, qui domine dans\nle Nord où le soleil n'éblouit pas,n'empoétise pas les imaginations. Il a une\nanalogie de nature avec certains russes.\n   Le sujet de la pièce se résume en une ligne : Nora, prodigue, étourdie,\nlégère, mais ardente et généreuse, a fait une fausse signature pour obtenir,\nen secret, les dix mille francs nécessaires au voyage de son mari malade, en\nItalie.\n   Un ancien avocat véreux, nommé Gunther, employé dans la maison et se\nvoyant sur le point d'être renvoyé, révèle tout au mari. Heureusement pour\ncelui-ci, une amie de Nora, que Gunther a aimée autrefois, se donne à lui\nde façon à obtenir son silence et le renvoi de la traite fausse. Je dis heureu­\nsement pour Helmer, le mari, car Nora, qui n'avait vu dans tout cela\nqu'héroïsme et devouement, Nora que glace tout à coup l'égoïsme de son\nmari à la révélation de cette faute par amour, Nora s'enfuit.\n   Il y a une belle idée incarnée en ce personnage de Nora, le seul avec\ncelui de Gunther qui soit développé d'une façon complète et soutenue, et\nces avant-plans suffisent à faire des deux premiers actes une chose très\nintéressante et très attachante dans sa simplicité.\n   Toute la pièce se passe chez Nora ; tous les événements qui en composent\n« l'action » se passent en deux jours.\n   Ces événements appartiennent aux détails de la vie intime, de la vie terre\nà terre; ils empruntent leur relief à l'énormité du malheur qui pèse tout à\ncoup sur Nora, à la profondeur de son sacrifice, à l'intensité de ses tortures\nmorales pendant ces deux journées où l'idée du suicide la hante, de sorte\nque la pièce est une espèce de monographie psycho-scénique où les person-\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                    —   l52 —\n\n\n nages secondaires sont négligés : Helmer, le docteur Rank, Mme Linden.\n    Mais, chose étrange, après cette parfaite peinture d'intérieur où tout\ns'expose naturellement par le langage et par le geste, où l'obsession du\nmilieu se manifeste sans cesse, rattachant l'action psychologique à des\ndétails matériels délicatement harmonisés à l'ensemble, chose étrange, après\ncela, l'éclat de passion qui devait se produire au troisième acte et qui devait\nêtre d'autant plus intense qu'il avait été longuement prévu et préparé, rate\ncomplètement, et c'est une débandade insensée, un charabia d'idées, un\ndésossement qui met en pleine lumière la figure grotesque, invraisemblable\ndes personnages secondaires et qui ne laisse plus debout que deux actes\nsur trois.\n    Néanmoins ces deux actes sont remarquables et méritent d'être écoutés\nattentivement.\n    J'ai donné l'analyse de Nora suivant Ibsen. Le dénouement change à\n l'adaptation française, sans doute pour être moins odieux... et plus banal.\n Nora, retenue à la dernière minute par l'indisposition d'un de ses enfants,\n revient à ses devoirs de mère. Elle reste. Ce changement est regrettable.\nAprès avoir suivi respectueusement l'idée d'un auteur jusqu'à sa conclusion,\n pourquoi croquer cette conclusion, la dénaturer et partant dénaturer\n l'œuvre entière?\n    Le public qui a très mal écouté Nora ne méritait pas qu'on lui fît cette\n concession. Ce public pris en bloc est le plus incompréhensif qu'il y ait à\n Bruxelles et ne se doute assurément pas de ce que c'est que la littérature\n d'une œuvre théâtrale. J'ai cru l'autre soir qu'il allait demander « Lor-\ntheur! »\n    M. Lortheur est incontestablement un artiste de talent, mais il ne repré­\n sente pas toute la littérature française et norwégienne.\n    M. Bahier aussi est un artiste de talent; est-ce une raison pour lui faire\nune entrée rumorante comme celle qu'on lui a faite, « Bahier! Bahier! »,\ntout cela parce qu'il s'était affublé d'une barbe impossible. Ceci soit dit\npour montrer comme le public s'occupe de ce qu'on lui joue. Il demande\nà rire, voilà tout, et je dis rire parce que c'est au Parc. Si ce n'était pas au\nParc, je dirais : rigoler.\n    En ce qui concerne M. Bahier, il est juste de dire qu'il avait un rôle aussi\nimpossible que sa barbe. Après avoir longtemps hésité sur la signification\nde son personnage, il l'a pris franchement au comique. C'est ce qu'il avait\nde mieux à faire. De même pour M. Garnier qui faisait Helmer avec des\nintonations d'abbé Constantin. Joué par toute autre que M lle Roybet, le\nrôle deMmeLinden, que j'appellerai un « rôle d'appui )),eût passé inaperçu.\nQui s'est mis en valeur par une interprétation très sobre et très juste de ses\ntrois scènes, c'est M. René Robert. Quant à Mlle Richmond, à qui le rôle\nde la frivole Nora semblait, en effet, devoir convenir tout particulièrement\nparce qu'elle en a les allures à fleur de nerfs, la jolité, l'élégance, elle a fait\nde ce rôle capital, tout le temps en scène, une création fouillée; elle l'a joué\navec animation, souplesse, et de jolis jeux de scène naturellement amenés.\nSi elle pouvait avoir un peu plus de contrastes et de variété dans le débit,\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                 -   153 —\n\nmoins de précipitation surtout, elle caserait tout à fait ce personnage de\nNora, sa création,\n   N'oublions pas la petite Mary et la petite Louise, Bob et Emmy, pour\nleur jolie partie de cache-cache avec Nora, au premier acte. Ces petites\nartistes en bas âge ont inspiré à un monsieur l'appréciation finale que voici :\n« Les enfants, sur la scène, ça m'agace!..-\n   C'est tout ce qu'il avait retenu de Nora, le pauvre monsieur... également\nen bas âge, sans doute.\n                                                    HENRY     MAUBEL.\n\n\n\n\n                LE MONDE ARTISTE\n                                  MARS 1889\n\n             Soirée musicale chez M. et Mme Boichot. Au programme :\n              MM. A. De Greef et Lerminiaux, Mlles Emilie Boichot et\n              Josette Nachtsheim.\n                 Soirée littéraire au Cercle des Familles. On y a entendu :\nMM. Lafontaine, de la Comédie-Française, Alhaiza, Charvet, Nicolini,\nHeurion, Bouzer, Morel et Léon Dubois; Mmes Henriot du Gymnase,\nHasselmans, Burdinne, d'Albert, Diska et Schenell ainsi que Mlle Lucy\nGuyard.\n   Fêtes de bienfaisance chez M. le comte du Val de Beaulieu. Programme :\nAthalie. Distribution exclusivement masculine : MM. le baron de Schilde,\nle baron Pycke de Peteghem, Delacroix frères, Scheyven, Carton de Wiart,\nCattoir, Delannoy, d'Ursel, de Lantsheere, de Briey, de Moranville, etc.\nImpromptu en vers de M. Isnardon.\n   Concert intime chez lord et lady Vivian. Au programme : Mme Cornélis,\nremplaçant Mme Melba, et M. Agniez.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                         —       124\n\n\n\n\n                                 MEMENTO\n  Nous donnerons dans notre prochain                  Voilà qui est fort intéressant; mais la\nnuméro la liste des œuvres en portefeuille         Jeune Belgique, si on la poussait un peu,\net des différents pseudonymes de Max               avouerait qu'à ses yeux, au lieu d'écrire des\nWaller.                                            lettres, même spirituelles, l'infâme Fély\n                                                   ferait mieux de se souvenir qu'il nous a\n                                                   promis un frontispice, et que ce frontispice\n                                                   est en Espagne, ce qui contredit la thèse de\n   Vient de paraître, chez Vos. à Bruxelles,       l'épître à Lynen, et range l'auteur des Sata-\nun album de quatorze eaux-fortes de                niques parmi les maîtres de l'école espa­\nM. Amédée Lynen. avec une préface de               gnole.\nM. Eugène Demolder, et une lettre de M. Fé­\nlicien Rops. On connaît la touche grasse,\nhumouristique et réaliste de M. Lynen.                Sous presse : de M. Grégoire le Roy,\nLa préface de M. Eugène Demolder lutte             un recueil de poèmes, intitulé : Mon cœur\nde pittoresque et de vie avec les eaux-fortes     pleure d'autrefois. Editeur : Léon Vanier.\nde son collaborateur. Quant à la lettre de         Imprimeur : Mme veuve Monnom. Fron­\nM. Félicien Rops, elle paraît destinée à           tispice de M. Fernand Khnopff, culs de\nfaire du bruit dans le Landerneau des pein­        lampe de M. Georges Minne. Tirage :\ntres et des esthètes. Voici le passage le plus    200 exemplaires dont 170 sur papier Van\ncaractéristique de celte épître :                 Gelder à 10 francs, et 30 sur Japon, à\n                                                  30 francs. Les abonnés et les lecteurs de la\n   « Il n'y a plus au dix-neuvième siècle,\n                                                  Jeune Belgique pourront se procurer le\nd'école flamande. 11 n'y a ni peinture fla­\n                                                  volume aux bureaux de la revue, 26, rue de\nmande, ni peinture belge, ni musique fla­\n                                                  l'Industrie.\nmande, ni musique belge, ni sculpture fla­\nmande, ni sculpture belge, ni littérature fla­      De M. Maurice Maeterlinck, un recueil\nmande, ni littérature belge, pas plus qu'il       de poèmes, sous ce titre : Les Serres\nn'y a de peinture suisse, de musique suisse,      chaudes.\nde sculpture suisse, de littérature suisse. 11      De M. André Fontainas, un volume de\ny a en Belgique, dans ces différents arts,        vers : Le Sang des Fleurs.\ndes gens qui ont beaucoup de talent— et ils         De M. Hector Chainaye, un recueil de\nsont aussi nombreux qu'ailleurs — et d'au­        poèmes en prose, intitulé : L'Ame des\ntres qui n'ont rien du tout, et qui sont          choses.\nencore plus nombreux, toujours comme                 De M. Jules Destrée : Les Chimères.\nailleurs. Ces artistes apportent naturelle­          De M. Paul Verlaine, chez Vanier : Pa-\nment dans leurs œuvres le tempérament             rallèlement.\ndes pays variés dont ils sortent. C'est la\nmême chose partout : un Breton ne pense\nni ne voit comme un Languedocien ou un                 Viennent de paraître : chez Lemerre, LES\nBerrichon. Ce n'est pas une raison pour           ŒUVRES ET LES HOMMES, Les        Poètes,   par\naffirmer l'existence d'une école bretonne,        M. Jules Barbey d'Aurevilly. Ce livre de\nlanguedocienne ou berrichonne. L'école            critique, dont la première édition est très\nflamande du dix-neuvième siècle ressemble         rare, sera lu avec intérêt par tous ceux qui\naux revenants « dont tout le monde parle          se sentent attirés vers le terrible romancier\net que personne ne voit jamais ».                 de Ce qui ne meurt pas et du Prêtre marié.\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                        —    155 —\n\n\nM. Barbey d'Aurevilly, — l'un des princes           M. Antoine Clesse, le chansonnier popu­\nde la littérature contemporaine — jugeant        laire, est mort à Mons. On l'avait appelé\nles poètes de ce siècle, voilà certes de quoi    notre Béranger.\nallécher toutes les curiosités. On sait que\nM. d'Aurevilly ne se pique pas d'être im­\npartial. Il est injuste, et passionnément          M. Arthur De Greef, professeur au Con­\ninjuste, et il n'est jamais plus éloquent que    servatoire royal de Bruxelles, vient d'obte­\nlorsqu'il a tort. M. d'Aurevilly — un pro­       nir un très grand succès à Paris, aux Con­\nsateur incomparable — n'entend pas grand         certs Colonne.\nchose à la poésie. Les vers qu'il a eu la fai­\nblesse de publier l'attestent avec énergie.         M. le vicomte de Spoelbergh de Loven­\nEt s'il a pu se tromper sur ses propres          joul, le bibliographe artiste bien connu,\npoèmes, pourquoi ne se serait-il pas trompé\n                                                 dont les travaux sur Balzac et Gautier sont\nsur la valeur des poèmes d'autrui ?\n                                                 des merveilles de patience, d'érudition et\n   M. Barbey d'Aurevilly se montre fort          de tact, vient d'être nommé chevalier de\nsévère pour Victor Hugo et Leconte de            l'ordre de Léopold.\nLisle, et très indulgent pour MM. Pécon­\ntal et Pommier. Ce jugement, car c'est un\njugement, et des plus orageux, ne juge ni           M. Lapissida, directeur du théâtre de la\nHugo, ni Leconte de Lisle, ni même MM. Pé­       Monnaie, vient d'être nommé chevalier de\ncontal et Pommier Il juge M. d'Aurevilly         l'ordre de Léopold.\nen tant que poète. Voilà tout.\n   Il n'est pas rare, d'ailleurs, de voir des\nprosateurs de la plus haute allure se trom­         Malgré le revirement qui se produit en\nper cruellement lorsqu'ils se mêlent d'ap­       France contre les écrivains russes — est-ce\nprécier la poésie lyrique. Non seulement         depuis l'affaire Atchinoff i — l'Odéon a\nils admirent de méchants vers, qu'ils soient     joué un drame d'Ostrowski, célèbre en\nde M. Pécontal, de M. Pommier, ou de             Russie : l'Orage. A en juger par les articles\nM. Rollinat, mais ils en écrivent eux-mêmes      de la presse parisienne, le public a été fort\nde fort médiocres. M. Barbey d'Aurevilly         déconcerté. On a reçu l'Orage, là-bas, de\npartage cette infirmité, crânement portée,       la même manière qu'on a reçu Nora, ici.\navec Chateaubriand, Balzac, MM. de Gon­          Paris, décidément, n'a plus rien à nous\ncourt et M. Zola.                                envier, et réciproquement, comme disait\n                                                 un professeur de géométrie.\n\n   Chez Savine : Ceux de la Glèbe, par\nM. Camille Lemonnier. Une de ces réédi­              Les expositions du Cercle artistique et\ntions macédoniennes où l'auteur du Mâle          littéraire se suivent, sans trop se ressem­\nse complaît. On y découvre, sous un titre        bler. Les deux derniers occupants du\nnouveau, les nouvelles parues naguère à          salonnet ont été MM. Binjé et Carpentier.\nenseigne : Les Concubins, et deux contes         On connaît le talent fin, distingué, féminin\nlivrés récemment à Gil Blas,                     presque, de M. Binjé. M. Carpentier fait\n                                                 plus de bruit, mais le bruit n'est pas tou­\n                                                 jours de la musique. L'effort qu'il a fait est\n                                                 cependant des plus intéressants.\n   M. George Rosmel publie la Bande à\nBeaucanard, une alerte aventure d'étudiant\nécrite d'une plume sautillante et spirituelle       Lire dans la Revue indépendante les vers\nC'est d'une couleur facile et d'une vie plai­    de M. Henri de Régnier, et dans l'Indépen-\nsante. Que faut-il de plus pour se faire         dance littéraire, l'introduction au cours de\nlire ?                                           littérature de M. Edouard Rod.\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                             —       156 —\n\n\n    M. Fernand Baudoux publie chez M. La­              la vérité historique semble y avoir fait tort\n comblez un volume de vers sous ce titre :             à la passion et c'est ce qui met la Patrie en\n Rhythmes vieux, gris et roses. Les rhyth­             danger, qualitativement, bien en dessous\n mes gris sont indiqués, afin qu'on puisse             d'Henriette    Maréchal.\n les discerner des roses. La précaution n'est             Ceci, toutefois, n'est pas l'avis des au­\n pas inutile. M. Baudoux rime facilement,              teurs. Ils avaient une prédilection pour\n trop facilement. Sa langue est loin d'être            cette œuvre conçue dans une forme nou­\n correcte. Un de ses poèmes est intitulé :             velle qui néglige la gradation et le con­\n Turelure. Un autre. l'Ibis, se termine par            traste des actes, l'harmonie de l'ensemble,\n la strophe que voici :                                pour exposer l'action tout uniment, tableau\n                                                       par tableau. Ce qu'il y a d'admirable, avant\n  Un vieux caïman gris donnait cette réplique,\n  Et l'ibis étonné de son obscur mourir                tout, dans la Patrie en danger, c'est la\n  Contempla le voyant d'un air mélancolique,           forme littéraire très belle et très simple de\n  Oubliant de lui prendre un a-il pour se nourrir.     la langue. Mais on n'aime guère la littéra­\n   Non ibis in idem, n'est-ce pas, M. Bau­             ture au théâtre et cela s'explique par ce que\n doux?                                                 les infirmes de lettres tiennent à conserver\n                                                       à leur portée cet hospice, ce refuge où le\n                                                       fromage est bon : le théâtre aux ratés comme\n    Le théâtre de Bayreuth nous ouvrira ses            le fromage aux rats.\n portes cet été. On y jouera Parsifal, Tris-            Al M. de Goncourt, vous êtes des gâte-\n tan et les Maîtres.                                   métier.\n\n\n  Une nouvelle œuvre de Franck (sympho­                  Mensonges, le roman de AL Paul Bour-\nnie en ré mineur) a été exécutée au Conser­           get paraîtra bientôt à la scène. Adaptation\nvatoire de Paris. Œuvre de grand style et             de MM. Léopold Lacour et Pierre Decour­\nde haute valeur, dit le correspondant du              celles.\nGuide Musical, M. Camille Benoit.                        Un nouveau roman d'Edmond de Con­\n                                                      court sera publié prochainement dans\n                                                      l'Echo de Paris. Titre : la Clairon —\n                                                      d'après des documents historiques.\n    Le théâtre des Goncourt continue à met­\n tre en mauvaise humeur les critiques pari­\n siens. Après Germinie Lacerteux à l'Odéon,\n la Patrie en danger au Théâtre-Libre.                   L'Essor n'ayant pas envoyé de carte per­\n    Cette pièce, qui a été publiée en volume          manente à M. Georges Destrée, la Jeune\n avec Henriette Maréchal, n'avait jamais              Belgique ne rendra pas compte de l'exposi­\n été représentée. Ecrite en 1867, elle avait          tion de ce cercle.\n été lue à la Comédie-Française, mais la\nguerre était survenue peu de temps après\net puis la mort de Jules de Goncourt qui fit\noublier pour longtemps au frère aîné les                 Le Cercle Le Progrès, de Namur, orga­\nprojets d'oeuvres théâtrales tant caressés au         nise pour le 28 avril un Festival-Van den\ndébut de leur carrière.                               Eeden. Cette fête sera donnée au profit des\n   Edmond de Goncourt les a repris der­               pauvres et sera dirigée par le compositeur\nnièrement. On se souvient de Germinie                 lui-même. On exécutera Jacqueline         de\nLacerteux et de l'insuccès « cabalistique »           Bavière, oratorio, et Au X V 1 e Siècle, épi­\nqui l'accueillit.                                     sodes symphoniques. La première de ces\n   La Patrie en danger n'a rien de natura­            œuvres a été jouée, avec un éclatant succès,\nliste. Les Goncourt ont fait cette pièce-là           au Grand Festival national de Mons (1879),\ncomme ils faisaient de l'histoire, à coups            et la seconde, avec le même succès, au\nde documents mais leur préoccupation de               dernier Grand Festival Belge de Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "    NOTES SUR LA LITTÉRATURE MODERNE\n                              (DEUXIÈME SÉRIE)\n                     par   FRANCIS NAUTET\n       Un volume in-32 d'environ 400 pages. — Prix : fr. 3-50\n  En vente chez Mme Ve MONNOM, 26, rue de l'Industrie, à Bruxelles, et\ndans toutes les librairies.\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n    de Block's Universal                                      Wine C°\n                 6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, G H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et d'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\nGIL       BLAS,        journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie LES QUATRE FILLES AYMON, par\n  YVELING RAM BAUD. Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois\n  1 7 francs; en vente partout.\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                ÉPERNAY\n\n\n                                          Prix Courant\n                           Baron J. de Warnimont                                2 25\n                           Marquis Armand de St-Hubert . . . .                  2 75\n                           R O S É E J E U N E BELGIQUE                         3 00\n                           Crême d'Ay         id.                               3 50\n                           Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.       4 50\n                           Bouzy Cristal      id.                               5 00\n                                       0.50 en plus par 2,2 bouteilles\n                                  EXPEDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEII.I.E S\n\n                           Franco de port, droits et emballage dans tonte la Belgique\n\n          ENTREPOSITAIRE       : COULOMB-ROBIETS\n      19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                   SOMMAIRE:\nLa mort de Max Waller                                        LA JEUNE BELGIQUE.\nDerniers vers                                                SIEBEL.\nMax Waller                                                   ALBERT GIRAUD.\nBibliographie de Max Waller.                    .   .       . ***\nLes sommeils d'or                                            VALÈRE GILLE.\nLettres pour les illettrés                                   GEORGES EEKHOUD.\nVers                                                         G R É G O I R E LE R O Y .\n\nSoirs tristes                                                JULES DESTRÉE.\nAmen .       .   .                                           MAURICE MAETERLINCK.\nGrisailles                                                   MAURICE DESOMBIAUX.\nVers                                                    ,    JEAN B O E L S .\n\nCroquis                                                      LOUIS DELATTRE.\nRicanement                                                   JULES VAN DER BRUGGHEN.\nChronique musicale                                           HENRY MAUBEL.\nChronique littéraire                                         ALBERT GIRAUD.\nChronique théâtrale                                          HENRY MAUBEL.\nLe monde artiste                                             **'*\nMemento                                                      ***\n\n\n\n\n                     Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1889-03-01", "preuve": "Mars-avril 1889, numéro double numéroté 3, couverture PDF 108 ; aucun jour imprimé.", "date_fin": "1889-04-30"}}