{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9e ANNÉE. TOME VIII, NOS 7-8-9.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 288, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "9e ANNÉE.   TOME VIII, NOS 7-8-9.     PRIX : FR. 1-50.       AOÛT-SEPTEMBRE 1889.\n\n\n\n\n                                           BRUXELLES\n                                    REDACTION :           ADMINISTRATION:\n                               72, RUE DE TRÊVES,        26, RUE DE L'INDUSTRIE,\n\n                                                PARIS\n                                       LÉON VANIER, ÉDITEUR\n                                             19, Quai Saint-ilîchel\n\n                                                    1889\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "maladie aiguë en bon train de devenir chronique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ABONNEMENT GRATUIT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n   34. — AUGUSTE J. — Tout à fait nocturne, votre Nocturne            et d'un poète qui marche à\ntâtons :\n                    c< Oh ! la peut d e mourir d e ta mort, ô ma chair !\n                    « ] ) e mourir toute l'Ame a tout le Rêve étrange\n                    «. E t d'être le seul corps abject — et pourquoi cher ?\n                    « U n peu de fange à l'aube, au soir un peu d e fange.\n   Vous trouvez cela bon, vous?\n   Envoyez-nous quelque chose de plus diurne, hein !\n   35. — Louis F . — Fantôme ? trop fait-diversement racontée votre histoire. Tâchez\ndonc de faire la connaissance de ce que les professeurs de psychologie appelleraient votre\nsens intime et appliquez-vous à bien distinguer ce que vous sentez vous-même, de ce que\nles autres ont senti avant-vous. Apprenez aussi à écrire. Votre nouvelle à l'air d'un rapport\nsur la mort de Sylvius et ses conséquences dans votre fanlômale cervelle. Au plaisir de\nvous revoir.\n   36. — CARTON DE W. — Pas mal Sandwiché, votre vieux. Merci. A bientôt aussi.\n   37. — CHARLES BUET. — N'avons pas oublié Gisèle. Article viendra dans le prochain\nnuméro. Excusez-nous.\n  38. — IWAN GILKIN. — Troisième plate-forme! Nous en sommes bleus! L'ascenseur\ndevait être bien fatigué. Recevras les numéros. Faut-il te les adresser dans la lanterne ?\n  39 — NESTOR BOYAU, à Nivelles. — Cela se nomme le toureiffelisme de suéssankéo.\nune maladie aiguë en bon train de devenir chronique.\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 269, "titre_corps": "Les Chimères (fragments)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "LES CHIMÈRES", "ancre_fin": "JULES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 290, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "LES CHIMÈRES (1)\n      LES GARGOUILLES DES CATHEDRALES VIEILLES\n\n                                                 POUR MADEMOISELLE MARIE DANSE.\n\n\n\n\n                                      Depuis des ans, depuis des siècles, elles\n                                    sont là, les Gargouilles, tordant leur\n                                    ronde monstrueuse autour de la cathé­\n                             drale gothique. Au sommet des deux tours\n                              inachevées et formidables, au bord des hautes\n                            galeries d'où l'on domine le pays, comme une\n                         couronne étrange autour des tourelles frêles, le\n               long des ogives des fenêtres aux verrières multicolores, près\n               du portail où s'entasse la légion des saints, elles silhouet­\n               tent sur le ciel clair la diversité de leurs inquiétantes\n               figures : menaces et blasphèmes! — extraordinaires becs\n               recourbés de griffons aux serres puissantes, gueules\n               aboyantes de molosses sur des corps d'oiseau, baveuses\n               têtes plates de reptiles à l'œil rond, boucs ignobles couverts\n               d'écailles, hippogriffes et chimères, toutes les bêtes hon­\n               teuses des sabbats, tous les animaux fabuleux des légendes ;\n               des faces humaines, atrocement douloureuses, une femme\n               au front coupé comme par un diadème arraché, la bouche\nélargie dans une convulsion d'épouvante ; et leurs cheveux épars flottent\n\n\n (1) Un volume à paraître le 25 août. — Bruxelles, Veuve Monnom, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "                                   — 254 —\n\ndésespérés ; des seins flasques retombent ; d'effroyables maigreurs font saillir\ndes côtes de squelette, des pattes cruellement griffues se crispent dans des\ngestes de colère ou s'avancent avec une obscénité cauteleuse. Des gueules\nvoraces s'ouvrent pour des cris sauvages et de chaotiques ailes de chauves\nsouris se déploient pour d'impossibles vols. Et le temps les a marqués des\nlèpres du lichen, les a mutilés, les a rendus plus difformes et plus imprévus\nencore, les dragons implacables, les béliers ignorants et stupides, les cra­\npauds odieusement perfides, les singes luxurieux, les corbeaux lugubres, les\nfemmes folles de désespoir !\n   Autour de la vieille cathédrale, depuis des ans, depuis des siècles, elles\nsont là, les monstrueuses gargouilles de Vice et de Douleur !...\n\n   Depuis des ans, depuis des siècles, elles sont là, les gargouilles, à regarder\npasser le flot des hommes. Il y a longtemps que sont oubliés ceux qui les\nsculpèrent, et toujours, toujours coule sous leurs regards railleurs l'intaris­\nsable fleuve des vivants, renouvelant sans fin la monotone procession du\nMal. Sans les voir, vite et craintifs, depuis des ans, depuis des siècles,\nincessamment, se hâtent vers le saint lieu les vices mesquins de chaque\njour : les vilenies coutumières, les petites infamies, les lâchetés et les défail­\nlances, tout le Péché inévitable et banal et parfois aussi quelque tragique\nforfait qui ne les étonne pas ! — Un peu de repentir, un peu de pardon, un\npeu de justice, les âmes noircies vont les demander aux voûtes sombres, à\nla paix profonde de la nef obscure et lénifiante, ou ineffablement silencieuse\ndans la tombée du soir, alors que s'allument de sang et d'or, les vitraux,\naux rayons suprêmes du soleil, ou emplie des murmures berçants, du chu­\nchotement des oraisons, de rumeurs d'orgues et de chants de prêtres, dans\nl'encens bleu. De grandes douleurs sortent consolées, des afflictions et des\nremords s'apaisent, l'assaut des tentations s'est calmé et plus supportable et\nmeilleure apparaît la vie, avec lointainement un peu de précieux espoir.\n— Mais quand, plus blanches, repassent les pauvres âmes, elles sont là,\ntoujours, les Gargouilles tordant leur ronde monstrueuse autour de la\ncathédrale vieille, et elles ricanent sinistrement, les Démones bannies de\nl'enceinte sacrée, car elles savent bien qu'elles seront les victorieuses, quand\nmême ! que l'extase est courte et que la prière s'envole, et qu'elles seules\nsont la Vie, les gargouilles de Deuil et de Péché !\n\n   Sur la plus haute tour, contemplant du regard calme de ses yeux qui ne\nse ferment pas, la ville avec ses monuments et sa mer de toits rouges et\nbleus, au loin la campagne verte et les bois, et le large horizon — et la\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "                                  — 255 —\n\n\nvaine agitation en cette immensité, des hommes éphémères et fragiles —\ndepuis des ans, depuis des siècles, immobile en la pierre, dominant l'es­\npace, et déchirant aux jours de tempête, la furie des nuées, Il est là, ses\nailes noires repliées, les coudes s'appuyant sur la corniche et la tête en les\nmains, avec, malgré son abject sourire, une absolue tranquillité qui indici-\nblement méprise et défie. Éternel et pensif, Il attend.\n\n   Anonymes et superbes artistes aux tombeaux inconnus qui sculptèrent\nainsi autour de la cathédrale de Dieu, la colère ironique et le triomphe de\nl'Esprit du Mal, vous, travailleurs simples et pieux, qui vécûtes avec un\ncœur naïf et tendre pour les hommages au Seigneur, sans l'âpre souci de\nl'œuvre accomplie, mais en rêvant avec un amour mêlé d'effroi à la redou­\ntable Fantaisie enchaînée par vos mains, chers et grands artistes, protégez-\nmoi et donnez-moi la force et la sérénité de sculpter le Démon sans lui\ndonner mon âme.\n\n\n\n\n           BALLADE DE LA SOUFFRANCE D'ÉCRIRE\n\n                                                   A MONSIEUR ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n   Apres combats obscurs contre le mot rebelle, le mot qu'on sent fatal,\ncelui qui doit tout dire, le mot qu'on veut férocement, avec une énergie déses­\npérée et douloureuse, tous nerfs tendus et crispés, le mot qu'on sent vibrer\nen l'ardente cervelle... et qui fuit! — Il est, on le sait, une forme éternelle\nqui vêtira l'Idée comme une armure invincible : oh! la trouver cette forme\nsereine ! Et la chercher sans trève, parfois l'entrevoir, telles ces décevantes\nbuées qui s'élèvent de la terre, vers le soir, près des grands bois, avec des\nsveltesses de nymphe! et dans cette poursuite acharnée, se torturer et souf­\nfrir, souffrir jusqu'à crier, jusqu'à pleurer de rage et de désespoir, jusqu'à\nmarquer de larmes et de sang, comme un calvaire, le dur chemin, tout\nsacrifier à cette déesse implacable qu'on ne connaîtra peut-être jamais!\nL'atteindra-t-on la nymphe au fond des grands bois sombres et les déce­\nvantes buées ne tourmenteront-elles pas jusqu'au suprême jour le suppliant\nfou d'amour et inconsolé !...\n   O souffrance d'écrire, à chaque mot, à chacune de ces bizarres figures\nnoires qui se tordent sur la page blanche pour être cette chose mystérieuse\net sacrée : le MOT; toujours ce vague supplice, cette renaissante angoisse\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "                                   — 256 —\n\nde quelque chose, qui va se réaliser peut-être ! d'un Inconnu énorme et fol­\nlement désiré...\n\n   Et la phrase finie, les mots pénibles assemblés avec des soupirs d'allége­\nment et de brefs sourires de martyre, si quelque rayon clair a réchauffé\nl'espoir, si l'orgueil de son vol d'or a étincelé, quelles tristesses ensuite et\nque de ténèbres ! — La beauté, qu'on avait cru jaillie du tréfonds de sa\nsouffrance, est-ce point la beauté d'un autre? Comme un rappel de cloches,\ntrès lointain, épars dans la grande plaine de la mémoire, tressaillent des\nsouvenirs. Est-ce en la vie, est-ce en les livres, qu'a déjà vibré cette cadence?\nEt l'on écoute, anxieux, comme l'on doit écouter le souffle de son enfant\nqui meurt ; et la désespérante évidence se précise, s'affirme. Aussitôt à toute\nvolée, s'ébranlent les cloches étrangères, qui sonnent et grondent et\nhurlent ; grave et comme un reproche, se perçoit la voix du maître préféré\ndont on a pris et mutilé le style. Oh ! chansons qu'on avait cru nouvelles\net tant déjà fredonnées, vierges à la postérité nombreuse! Alors, des rages;\nles phrases vingt fois, cent fois raturées, les feuillets déchirés et tombant\ncomme des fleurs mortes, arrachées comme des lambeaux de chair ! Recom­\nmencer sans fin, avec l'effroi de la banalité, jusqu'à ce que l'on défaille,\njusqu'à ce que la phrase indéfiniment disloquée et reconstruite ait perdu tout\nsens, sa couleur et sa musique, tels ces regards trop longtemps fixés qui ne\nvoient plus!\n   O souffrance d'écrire, à chaque phrase, à chacune de ces bizarres figures\nnoires qui s'alignent sur la page blanche pour être cette chose mystérieuse\net sacrée : la PHRASE; toujours ce cauchemar, cette angoisse effrayante\nd'un qui, voulant comme son plus cher vœu, être honnête, sans cesse se\nsurprendrait à voler, inconsciemment...\n\n   Si parfois cependant, les mots aux mots, les phrases aux phrases, tous\nces supplices enchaînés, cruellement est née l'œuvre, que de tristesses encore\net que de ténèbres ! Avec quelle joie navrée l'on compare l'avorton enfanté\nau rêve de jadis, le rêve fier et splendide qui brillait comme un fanal\nd'espoir ! Et quelle désolée jouissance, quel attristant orgueil que se sentir\nsupérieur à son œuvre, et détailler ses infirmités et ses vices : les vols élargis\nvers les hauteurs se replient et se raillent de leur témérité ; dans l'effarement\nde cette déchéance se dresse l'inévitable et insoluble problème, le pourquoi\nformidable! Pourquoi ce long labeur et ces tristesses? — En ce siècle, où\nl'énormité du fatal malheur semble s'être accrue encore de l'écrasant fardeau\ndes cieux mornes et vides, quand jamais n'a si haut ni si terriblement crié\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "                                 - 257 —\n\n\nla plainte de la misère humaine, quand plus un phare de foi n'éclaire\nl'horizon et n'indique la route à suivre, quand l'avenir apparaît si mon­\nstrueusement noir et gonflé d'épouvantes, pourquoi? — Vanité des soucis\net des querelles, comment courber le front hautain de l'Art aux basses dis­\ncussions des foules? Et vanité de la gloire aussi, car qui comprend?\nPas plus la tourbe niaise des civilisés que les hordes de barbares qu'on sent\nvenir,..\n   Oh ! souffrance d'écrire, à chacune de ces publiques et amères confidences,\nde ces choses mystérieuses et sacrées qui sont le LIVRE, toujours l'interro­\ngation désolée, l'angoisse profonde d'un effort sans but...\n\n                                   Envoi\n\n   Ami — qui fis le Scribe, plein de ces amertumes, que j'envie la placidité\nsatisfaite de l'énorme bêtise au front de taureau, ou la sérénité superbe des\narbres inconscients porteurs de beaux fruits d'or, combien je les envie, les\nradieux imbéciles ou les artistes heureux qui ne la connaissent point\nl'affreuse, l'angoissante et pourtant chère SOUFFRANCE D'ÉCRIRE.\n\n\n\n                  POUR CÉLÉBRER LES RUSSES.\n\nAUX GRANDS MAITRES DE LA-BAS.\n                                              Je pris donc le petit livre des mains de\n                                           l'ange et je le dévorai ; et il était doux\n                                           dans ma bouche comme du miel; mais\n                                           quand je l'eus dévoré, mes entrailles\n                                           furent remplies d'amertume.\n\n                                                        SAINT JEAN. (Apocalypse.)\n\n\n\n   Maîtres très grands, maîtres aimés, devant qui j'incline avec respect\nl'hommage fervent de mes phrases chétives, Écrivains superbes qui rayon­\nnez au dessus de l'obscurité d'un peuple immense comme des phares sur\nl'Océan, artistes précieux méconnus de la foule, maîtres lumineux, maîtres\namers !\n\n  GOGOL — toi d'abord, l'ancêtre et le précurseur observateur moraliste\ndes travers et des vices de ton temps, si douloureusement triste déjà dans\nton persiflage glacé, comme tu as, en ta course fantasque de ville en ville,\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "                                  — 258 —\n\nde château en château, collectionneur bizarre d'âmes mortes et créateur\npuissant d'âmes éternellement vivantes, su fixer d'impérissables types ! Tels\nces étonnants dessinateurs du Japon qui synthétisent en une ligne unique,\nun mouvement, une attitude, tu fis, en tes sommaires et pénétrantes figures,\njaillir l'essence des caractères de ton siècle en traits brusques et vigoureux;\net dans ton œuvre ainsi légendaire, vibre avec une ampleur dominatrice,\nl'âme de la vieille Russie ; en ton oeuvre, Gogol, le porte-parole d'un peu­\nple, l'annonciateur des grands Russes et qu'il faut saluer avec admiration\navant de parler d'Eux.\n\n   TOURGUENEFF — un étang dans des arbres, par un tiède soir d'été,\navec le sourire dolent de la lune bleuissant l'eau qui scintille et qui fris­\nsonne, des tons fins, délicats, argentins, des vapeurs moelleuses comme des\ncaresses qui montent dans les bois pleins de rumeurs, les grands bois où\npassent vagues des silhouettes d'amoureuses, — charme doux, charme qui\nrêve, mélancolie sentimentale de roses qui s'effeuillent — parfois encore la\nplaine immense du steppe, avec l'immensité et la petite fleur bleue, qui\ntremble au bord du chemin — un tendre devenu sarcastique pour avoir\nvécu, pour ses ambitions et ses espoirs en allées en fumée, un chasseur\namoureux des bruyères, des forêts, de la vie simple et calme des champs et\nsoucieux malgré lui des obscures fermentations sociales qui menacent l'ave­\nnir; le lyrique exquis de courts poèmes en prose; l'inventeur unique de\nséductrices visions, s'effaçant dans un demi-songe, aperçues un instant\ndans le mysticisme d'un paradoxal amour, Tourgueneff, maître très doux,\nrêveur amer !\n\n   HERZEN — un volcan, avec des bouillonnements farouches, de grandes\nlueurs qui incendient et qui éclairent, rouges, une spontanéité et une cha­\nleur de lave, l'impétuosité irrésistible d'un fleuve de feu destructeur et puri­\nfiant ! — opiniâtre révolté maudissant le vieux monde et écrivant, de l'autre\nrive, d'extraordinaires pamphlets sur les événements éphémères, avec des\naperçus de prophète, des regards audacieux lancés dans l'avenir redoutable,\ndes résumés du passé : terrifiantes analogies de l'histoire, la plus hautaine\net décisive négation du Progrès, de la Liberté et autres Chimères charme-\nresses des peuples ! Seul il dit la situation, aux époques troubles de déca­\ndence, des artistes, des penseurs, des esprits supérieurs dominant le bétail\nhumain qui va aux transformations sociales sous la fatale poussée de la\nvie, entre les barbares qui viennent avec la justice et les civilisés qui se\ndéfendent avec l'oppression !\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "                                   — 259 —\n\n   TOLSTOÏ — le plus grand de tous peut-être, et de tous ceux de sa race\net de tous ceux de son siècle, énorme, universel, merveilleusement équilibré\ncomme ces synthétiques génies auxquels rien d'humain n'est étranger. Et\ntout lui appartient, les âmes et les paysages, l'arbre, le cheval, le moujik\nà la pensée brumeuse, jusqu'au ministre, jusqu'à la grande dame, toutes\nles âmes — et les âmes d'enfants et leur candeur aux impressions ineffa­\nçables, et celles des jeunes filles aux délicatesses ingénues, les âmes des\népouses et celles des soldats, — toutes et tout, et la guerre et la paix, et les\neffrayants paysages traversés de fumées et d'éclairs, avec les bombes qui\nsifflent, les villes affamées, les mêlées désordonnées, les blessés qui saignent\net qui meurent, toute l'horreur tragique des combats, — aussi la vie insou­\nciante et paisible des campagnes, des steppes sans fin, des forêts profondes\ndu Caucase, et la modernité des cités populeuses, la vie, toute la vie, avec\ndes notions inouïes de détails minutieux et décisifs, des psychologies jamais\nessayées : dessous étranges de caractères, inquiétudes confuses, rêveries\ntristes et douces comme des brouillards gris d'automne mélancolique.\n   Et couronnant, une simplicité et une largeur d'évangile, un symbolisme\nd'apôtre et de voyant, un optimisme impossible fait de charité presque folle,\néperdue devant le vice et le malheur !\n\n   DOSTOIEVSKY — gouffre noir, aux profondeurs d'abîme et rempli de\nvertiges, sombre, avec des éclairs brusques tombant dans cette nuit et illu­\nminant des épaisseurs d'ombre insoupçonnées et çà et là, dans cette obscu­\nrité, des filets de sang rouge, qui goutte — œuvre de ténèbres et de clartés,\nde désespérés cauchemars et de réalité froidement féroce, rêve demesuré\nallant jusqu'au génie et jusqu'au crime, œuvre monstrueuse et sans nom !\noù se démène une humanité fantastique : les misérables fous de souffrance\net résignés de la maison des morts, les écrasés d'humiliations et d'offenses,\nles assassins souverains, les possédés épiques, les courageux bravant la\nhonte de la lâcheté, les intelligents qu'affolent l'ambition et la science,\ndéchaînement des hystéries et des névroses, des démences et des épilepsies !\nFrénésie immense de l'orgueil! Esprits inquiets et souterrains arrivant à\ncette conclusion formidable : la conscience : une maladie; et tous, ces gigan­\ntesques insensés, devenus tels à force de clairvoyance et de lucidité, désor-\nbités tant ils s'élèvent au dessus du vulgaire, les aliénés sublimes. Tes livres,\nô Dostoïevsky, tes livres douloureusement vocifèrent un réquisitoire acharné\ncontre notre Raison et notre Infirmité !\n   Grands maîtres, très chers méconnus de la foule, très hauts sommets\ndifficilement accessibles, et qui défierez dans les siècles la bêtise et l'envie,\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "                                — 260 —\n\n\ntous, vous vous penchez, avec une singulière sympathie, vers le moujik,\nvers l'humanité la plus rudimentaire et concluez ainsi, dans une philosophie\nunanime de tristesse, au néant de vivre par le néant de penser! Maîtres\namers, devant qui j'incline avec ferveur mon hommage chétif, vous m'avez\nconquis par ce capiteux breuvage de désespérance dont vous enivrez vos élus.\n\n\n\n\n                   LA CHAPELLE DE RÉDEMPTION\n\n  POUR MON PÈRE.\n                                        ... et personne ne pouvait apprendre le\n                                      cantique que ceux qui ont été rachetés d'entre\n                                      ceux de la terre.\n                                                    SAINT JEAN. (Apocalypse.)\n\n\n   A Bruges, en une chapelle que je n'y ai jamais vue et que je sais même ne\npoint y être, mais c'est à Bruges, nécessairement. Une étrange chapelle :\ngothique et pourtant semblable à une crypte, avec des fenêtres rondes comme\ndes soupiraux de cave, toute petite et d'une disposition bizarre, avec des\nangles brusques et des recoins pleins d'ombre, et cependant remplie de\nmonde, une foule énorme, aperçue ici, soupçonnée là-bas; des vêtements\nmodernes, tous sombres, mais de glabres et résolus visages, amincis dans\nl'encadrement des cheveux longs, pareils à des Flamands de siècles loin­\ntains. Et l'encens monte, des fumées bleues et grises, qui hésitent et qui\nflottent autour de l'or des cierges, s'accumulent sous la voûte; de faibles\nlumières scintillent sur l'huile des vases sacrés, griffant par secondes d'un\nrayon incertain les dorures de l'autel, des autels. Car, se disent à la fois\nplusieurs messes, psalmodie multiple qui bourdonne dans la chapelle\nrecueillie et silencieuse, et qu'interrompent de temps en temps de larges\nchants liturgiques, harmonies montant avec l'encens dans l'air chargé de\nprières. Oh! ces prières, que l'on sent autour de soi, chaudes, profondes,\npassionnées dans cette communion de ferveurs ! Aux murs, de merveilleuses\nboiseries, des gerbes de fleurs et des enlacements impétueux de liane, en\nvieux chêne ; des clochetons et des tourelles ajourées, toutes brunes et\nnoires, si vieilles! Vers le milieu, dans une stalle surélevée comme une\nchaire, la somptuosité triomphale d'une théorie de prêtres, de vieux moines\naux cheveux blancs, des enfants de chœur aux têtes d'ange en des surplis de\ntulle sur des robes rouges, tous à genoux, dans la stalle et sur les gradins\nde l'escalier, murmurant, courbés, toutes les messes psalmodiées autour d'eux\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "                                   — 261 —\n\n\net priant pour toutes les prières du peuple agenouillé. Les étoffes sacerdo­\ntales ont des plis raides et solennels, les couleurs splendides s'apaisent dans\nla clarté confuse et c'est ainsi, en ce décor, ces figures austères et calmes\nla sérénité de leur Foi, comme une inoubliable vision de gothiques tableaux\ninconnus.\n\n   Près de l'un des autels, sur la tablette de marbre noir, issu du sanctuaire\noù normalement il est caché, un extraordinaire Christ : le buste seulement,\nde grandeur naturelle. Une draperie injectée de pierreries voile les épaules\net le cou. D'argent, le chef entier. Et dans cette tête polie, brillante et pâle,\nces joues rondes et lisses que frôlent les furtives lueurs de la chapelle, cette\nbouche mystérieuse aux froides et muettes lèvres de métal, ces yeux sans\nregards luisants et blancs, ces yeux de statue impassible, en ce chef d'argent,\napparaît peu à peu une expression divine de charité et de douleur : « A\nmoi les affligés, venez à moi de tous le plus affligé, pour être consolés par\nma souffrance ! »\n   Sur cette tête des cheveux épars, semblables à de l'étoupe soyeuse, de\nlongues mêches étonnantes, douloureusement tordues et dont le désordre\nencadre d'effrayante façon l'ovale impénétrable et rigide. Et l'on y voit des\népines, des épines perçantes et croisées comme des poignards, et des taches\nnoires comme du sang coagulé. Trois vieux prêtres aux traits ravagés de\nravines et de rides, au front plissé dans le souci des veilles prolongées et\ndes méditations, très vieux et très vertueux — et aussi trois enfants au\nvisage rond et joyeux, au regard libre et charmé de ceux qui ignorent la\nréflexion, très jeunes et très innocents — et enfin le septième, timide et\nhagard dans sa pourpre, le plus misérable et le plus ignoble des hommes de\nla ville, le plus sali de honte, chargé de forfaits et de crimes qui se pût\ntrouver, choisi pour l'inespéré pardon et la rédemption prochaine, se\ndonnent la main autour du chef miraculeux. Par instants, avec une émotion\nindicible et un respect tremblant, ils peignent avec des peignes d'argent les\ncheveux du Christ. Et ils chantonnent alors sur un rhythme lent une pauvre\net ridicule chanson du passé où reviennent de puériles paroles. Dans le\nsilence, brusquement épandu, la vieille chanson falote aux vocables naïfs\ncomme des bégaiements, s'élève, révélatrice de l'âme d'un peuple, symbole\nobscur de ses destinées et de ses espoirs, avec l'encens, les prières et les\nbénédictions, la vieille chanson aux sens voilés et perdus depuis des siècles\nque la tradition l'a transmise. Ils la murmurent en frissonnant, éperdus dans\nun rêve fou de sanctification, qu'ils ne comprennent point, les prêtres de\nleurs voix graves et chevrotantes, les enfants chantant clair, cristal frais et\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "                                 —   262   —\n\n\npur dans le fascinateur concert, et l'assassin osant à peine expirer du bout\ndes lèvres les mots prodigieux qui lui mettent des larmes aux yeux et de la\nclarté dans son cœur sombre. Oh ! cette incantation de très ancienne\nlégende, cette mélopée surhumaine et mystique venue de lointains inconnus,\nde trop lointains là-bas !...\n\n\n\n\n                                L'INCONNUE\n\nPOUR MONSIEUR GEORGES LEMMEN.\n                                                A pallid and poisonnous queen...\n                                                      SWINBURNE. (Dolorès.)\n\n\n   Lorsque, augmentant encore sa tristesse de toute sa solitude doulou­\nreuse, mon âme tôt vieillie, lâche et découragée avant l'heure et sans cause,\nmon âme si curieuse d'inéprouvé et trop prompte hélas ! aux coupables\ndésirs, s'abandonne à la Femme, souvent vers cette étrange figure décou­\nverte en un musée ignoré, incertainement attribuée à quelque artiste floren­\ntin de ce lumineux siècle quinzième, m'emportent mes souvenirs et mon\nrêve! Enchanteresse de maudites amours, chimère enfin rencontrée, je me\nsuis senti de suite, avec l'effroi délicieux d'un vague inceste possible, son\nfrère et son esclave : si belle que des adorations m'ont aussitôt gonflé le\ncœur, si frêle que j'ai cherché des mots exquis et doucement faux pour lui\nmurmurer ma prière, et si cruelle que les verbes implorant se sont évanouis\nsur mes lèvres en un soupir plaintif. Que j'aurais voulu la faire souffrir, et\nsouffrir atrocement de sa souffrance et courber ma fierté, en pleurant, sous\nson implacable orgueil !\n   ... Elle semble s'avancer d'un mouvement souple et lent, félin, comme le\nglissement d'une déesse apparue, et retourner vers moi l'éclair de ses yeux\ninquisiteurs. Une draperie blanche, et légère, retenue par une couronne en\nfeuillage de buis, la coiffe d'un casque virginal, puis retombe et s'enroule,\ncomme une écharpe jetée autour du cou, avec une négligence calculée. Sur\nle front droit et volontaire, un bandeau de soie chatoyante aux reflets\nbleuâtres et roses, serre les cheveux; et des deux côtés, ceux-ci pareils à un\nbizarre réseau d'or, ruissellent en menues vrilles symétriques et méticuleu­\nsement tortillées jusque sur les épaules, — si précieuse et si princière, cette\ncoiffure, en sa complication fantasque ! Une grosse émeraude retenue par\nun mince fil d'or comme un fragile diadème, brille sur la neige du front, et\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "                                   — 263 —\n\nun autre bijou, suspendu sur la gorge nue, y fait étinceler ses pierres noires.\nDans sa main souveraine, si fine, d'une grâce et d'une délicatesse d'enfant\nroyale — oh ! l'éternité, toute l'éternité pour prix d'impossibles caresses de\ncette main perfide et pure ! — entre le pouce et l'index long, elle tient d'un\ngeste adorablement mièvre, un puéril bouquet de cinq fleurs des champs :\nraillerie des pâquerettes timides et des pensées sauvages par l'Initiée sub­\ntile! Découverte à demi, la poitrine montre des seins naissants, d'indécises\nrondeurs d'adolescent, et je ne sais quel vertige me prend de perverses pen­\nsées devant cette chair élégante et séductrice, au sexe ambigu, d'une graci­\nlité d'éphèbe et de féminine souplesse.\n   Oh ! des doigts seulement, des lèvres avides effleurer, avec l'angoisse d'un\nviol, ces seins d'enfant, ces seins de garçon, ces seins de vierge ! Lys d'où\nmonte le vertige des voluptés impermises et des désirs insensés...\n   Mais comment adoucir l'inflexibilité de ce calme regard et de cette bouche\nclose? Lèvres mignonnes fermées sur leur secret et qui jamais ne s'humilie­\nront à la confiance, qui jamais ne s'ouvriront pour des paroles d'amour ou\ndes baisers, lèvres minces ignorantes, de la naïveté lourde et du rire des\nsimples, lèvres hautaines imperceptiblement crispées par le dédain des brutes\nque nous sommes...\n   Et ces yeux qui me pénètrent, me jugent et me méprisent, ces yeux dont\nje suis poursuivi, que j'implore comme des étoiles dans la nuit de mes\nsonges, ces yeux qui savent et conseillent ironiquement tout le mal, qui\nentraînent irrésistiblement, charmeurs, vers les abîmes, ces yeux domina­\nteurs !\n   Fuir! Fuir son inquiétant sourire qui défie, son imperturbable regard\nqu'on ne sait plus oublier, sa séduction victorieuse, car c'est Celle pour qui\nd'épouvantables martyres seront inutilement supportés, pour qui l'on se\ntuera, celle qui voudra de l'amour, des larmes et du sang, et dont l'indiffé­\nrence suprême au milieu des sanglots et des râles, des dévouements et des\nprodiges, n'aura pas un étonnement ni un frisson! Sacrifier et voir mourir,\nson lourd ennui de vivre en sera-t-il distrait ? Car elle sait toute la vie : les\ntransports passionnés des amants, les vers ingénieux des poètes, les harmo­\nnies des grands bois, éphémères duperies! les banales infamies et les crimes\nmonstrueux des hommes misérables, pourquoi s'indigner? Le Vice raffiné,\nles perversités des débauches extrêmes, les exaspérations de l'esprit morbide\net des sens détraqués, elle sait et sa virginité ne s'en soucie. En ses lectures\ninfinies, en ses rêveries solitaires, elle, a vécu toutes les aventures, tout le\npossible et l'invraisemblable! Très lasse, maintenant, c'est l'enfant sombre\nchargée de plus de souvenirs que si elle avait mille ans, l'enfant dont la\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "                                          — 264 —\n\nvolonté despotique — si vraiment elle veut encore vouloir ! — ne connaîtra\npoint la pitié ; orchidée superbe et terrible, floraison dernière d'une civilisa­\ntion ayant poussé la recherche et l'art jusqu'aux degrés ultimes voisins de la\nMort consolatrice de l'ennui de vivre!\n\n\n\n                                          HUMILITÉ\n\nPOUR   M O N S I E U R ARNOLD   GOFFIN.\n                                                     Qui se exaltat, humiliabitur.\n                                                                         EVANGILES.\n\n\n   J'ai cherché les « parfums nouveaux et les plaisirs inéprouvés » ; j'ai voulu\nmon esprit plus fort, mes sens plus aigus et subtils. Je vous ai demandé,\nSeigneur, dans un aveuglement fol, de sublimer mon âme et d'élargir ma\nvie. Vœu téméraire, vœu d'enfant, que vous punîtes en m'exauçant!..\n\n  Oh ! maudit! — oui, soyez maudit !\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, des yeux savants et curieux, et qui\nm'avez fait voir, pour un peu de beauté, l'horreur sans nom, l'horreur sans\nfin, du millier des spectateurs sales, les infâmes pensées des hommes : mes\nyeux toujours inquisiteurs m'ont fait regretter mes yeux purs!\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, un odorat plus fin et sûr, saviez-vous\nles senteurs atroces? Et l'écœurante puanteur qu'on discerne alors en toute\nfleur? Et l'angoisse du souvenir, en certains vieux parfums fanés? Oh!\npourquoi m'avoir écouté!\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, l'amour des frêles harmonies, sous les\nbois pleurent les fontaines, la mer roule sa plainte énorme, et que de dis­\ncordants concerts! Avez-vous fait les voix des femmes, les voix douces\ntraîtres à leur douceur, les voix chères, menteuses aussi?\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, deux rouges lèvres délicates, des lèvres\ngourmandes et, las! vous m'avez révélé ce jour, une amertume insoup­\nçonnée aux meilleurs vins qui font l'ivresse, — perdus, mes beaux enchan­\nteurs d'oubli ! — et j'ai trouvé, le cœur pleurant, fades, des baisers d'amou­\nreuse!\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "                                  — 265 —\n\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, des sens ardents, irrassasiés... Charme\nvain du banal plaisir, mon Dieu ! L'âcre monotonie, puis l'accoutumance\ntoujours; au fond du calice, la lie... Bêtises des fraîches amours!... Perver­\nsité? La chair si courte !...\n\n  Vous qui m'avez donné, Seigneur, un esprit large et souverain, aigle pla­\nnant sur les sommets près des soleils, pour voir, petite, l'Intelligence\nhumaine en sa fragilité : Erreurs sans nombre, témérités, feux follets glis­\nsant dans le noir, plus d'espérances ni de dieux.\n\n                                   Prière\n\n   Maître! Pitié! — Je viens à vous suppliant et meurtri. Vous avez pro­\nmis d'abaisser qui s'élève : Humiliez-moi! Domptez mon orgueil destruc­\nteur, brisez ces sens fins dont je souffre, et faites-moi, mon Dieu ! pareil au\npaysan qui garde sans souci ses bêtes dans un champ, pareil à ces brebis\nqui bêlent en broutant l'herbe, pareil à ce gazon croissant parmi les pierres,\npareil à ces cailloux indifférents et nuls !\n\n\n\n\n                           LE P E T I T PRINCE\n\n  POUR MONSIEUR IWAN GILKIN.\n\n                                         — Dans les sonores harmonies des vagues\n                                       de parfums, dans l'haleine infinie de l'âme\n                                       universelle, se perdre, s'abîmer sans con­\n                                       science, suprême volupté.\n\n                                              R. WAGNER. ( Tristan et   Yseult.)\n\n\n                                       I\n\n       Tayaut ! La chasse va vite dans la forêt !\n\n   La bête éperdue fuit au travers des taillis et des fourrés, toujours tout\ndroit, sans rien voir, avec une vertigineuse vélocité parmi les sapins et les\nchênes, au dessus des fossés et des mares, l'imminence du péril croissant fait\nfuir la douce bête éperdue. Et derrière elle, sonne sur la terre le galop des\nchasseurs, bruit sourd et saccadé qui s'approche, s'enfle en tourmente dans\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "                                   — 266 —\n\n un grand fracas de branches cassées et de feuilles foulées, et des cris de\n mort, des hurlements, d'affreux blasphèmes en cette furie, des imprécations\n et des menaces et dans la nuit, les éclairs bleus des armes et les chevelures\n rouges des torches!\n\n        Tayaut ! la chasse va vite par la forêt !\n\n   Aux lueurs rouges des torches, c'est un précieux gibier que poursuivent\nd'étranges chasseurs : « La bête éperdue, c'est moi, l'enfant royal, qui cours\navec une extraordinaire vélocité parmi les sapins et les chênes. Et pourquoi\ndois-je fuir ainsi, ô mon Dieu! Tantôt dans mon palais, alors que j'admi­\nrais mes oiseaux rares — oh! les jolis tressautements d'ailes en la vasque\nd'argent remplie d'eau — mes ministres sont venus, mes insupportables\nministres, blêmes, si blêmes que je les ai presque aimés en ce moment là.\nL'émeute, ont-ils dit... L'émeute? Puis du sang, oh! mon cœur défaille... »\nEt il court, avec une rapidité fantastique le petit prince, il court...\n\n        Tayaut ! la chasse va vite par la forêt!\n\n    « Mon cœur défaille... que sais-je moi, si le peuple souffre et s'il a faim?\nQuand, par hasard je parcourais les rues de ma ville, je n'ai jamais entendu\nque des vivats et des applaudissements. Ils ne m'ont rien demandé, jamais,\net les mères m'ont présenté leurs nouveau-nés aux joues roses pour les voir\nbénir et je les ai bénis ! Que leur ai-je fait, à ceux-là qui me poursuivent?\nLeur ai-je pris les vers radieux des poètes, les chansons exquises des musi­\nciens, le babil et le plumage des oiseaux!... Et qu'ils sont laids, ceux que\nj'ai vus ! Atroces figures, hâves, décharnées, aux yeux qui luisent comme\nceux des bêtes, ils ont passé tantôt dans mon palais, cassant les statues,\ndéchirant les étoffes splendides et dans leur fureur, au milieu des meubles\nrenversés, du sang!... Il a fallu fuir... » Et il court, il court toujours, le\npetit prince, les branches lui déchirent la figure et ses pieds frêles saignent\nsur les feuilles mortes et les pierres...\n\n       Tayaut ! la chasse va vite dans la forêt !\n\n   « Il a fallu fuir. Pourquoi fuir? J'aurais voulu les attendre, leur mon­\ntrer le courage d'un roi. Mais je n'ai pu : ils sont trop laids, si laids qu'ils\nm'épouvantent. Ils ont des faulx, des haches, des marteaux et d'ignobles\nétendards. J'ai peur. Oh! mes oiseaux! mes chants et mes poètes! J'ai\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "                                   — 267 —\n\npeur... » Et toujours il entend derrière lui, le petit prince, sonner sur la\nterre le galop des chasseurs, et son pauvre cœur tressaute aussi dans sa\npoitrine, et derrière lui l'émeute gronde, pleine de menaces et de blas­\nphèmes; dans la nuit étincellent les éclairs bleus des armes et les chevelures\nrouges des torches. « Oh! mes oiseaux, mes poètes et mes chants! Il a\nfallu vous quitter dans ce désastre immense, et seul, m'échapper, seul. Un\npeu d'eau, un peu de repos, grâce! Mes jambes chancellent et j'étouffe, des\npensées de folie tourbillonnent dans ma tête ». Il a trébuché le petit\nprince et faibli, mais l'imminence du péril lui rend des forces, et il repart,\naffolé...\n\n       Tayaut ! la chasse va vite dans la forêt !\n\n   « J'ai couru à travers la ville, j'ai couru à travers les champs. J'ai ren­\ncontré des femmes qui ont vu mes yeux en pleurs et mes pieds meurtris ;\nj'ai rencontré des jeunes filles qui ont vu mes cheveux blonds arrachés par\nles branches et ma bouche altérée. Nul n'a prononcé pour moi un mot de\npitié ou d'amour! Devant mes pas, les portes se sont fermées et les habi­\ntants sont sortis de leurs demeures pour se joindre à la meute qui aboyé\naprès moi ! Auront-ils donc moins faim quand ils m'auront tué!\n\n       Tayaut! la chasse va vite dans la forêt !\n\n\n                                        II\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n\n   Il est arrivé, cheveux au vent, la tête en feu, les jambes défaillantes, il\nest arrivé, le petit prince, jusqu'au fond du temple. Les portes étaient\nouvertes et les prêtres avaient fui ; son pas a sonné dans la solitude des\nsalles abandonnées ; il s'est incliné devant l'image des dieux qu'il a coutume\nde venir prier ; et allant plus loin toujours, il est entré dans l'enceinte sacrée\noù jamais il n'avait osé pénétrer. Les prêtres très vieux, initiés par de lon­\ngues études et de terribles méditations, en connaissent seuls le mystère et\nc'est la mort pour tout fidèle qui en franchit le seuil redouté. La salle est\nobscure et sinistre.\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "                                  — 268 —\n\n   La salle est obscure et sinistre, ses murs démesurés, montant droit sans\nun. angle, sans une frise, sans nul détail qui vienne interrompre la rigidité\nde leurs lignes, se devinent dans l'ombre, augmentant l'immensité de toute\nleur indécision. Le dallage est, comme les murs, de marbre noir lisse et\npoli, sans une tache, sans un ornement et si bien scellé qu'on le dirait d'un\nbloc. L'énorme caveau s'éclaire vaguement d'une lumière douteuse, on ne\nsait d'où venue. Il a refermé d'un dernier effort, le petit prince, il a refermé\nles lourdes portes de bronze verdâtre dont les battants se sont rejoints avec\nune clameur lugubre et qui vibrent et résonnent comme un gong...\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n\n   Les portes de bronze vibrent longuement;... et maintenant qu'il est en\nsûreté, loin de ses ennemis rugissants, il a plus peur encore, le petit prince,\net se sent envahi d'un trouble singulier. Il a fait quelques pas dans la salle\nrégulière et vaste et a regardé autour de lui. Le silence, après tout ce\ntumulte, l'oppresse. Partout ses regards ont glissé sur le marbre poli, noir;\nau milieu du dallage s'ouvre un trou carré, béant, plein de nuit. A des pro­\nfondeurs indéterminables, il semble que l'ombre bouge et s'éclaire parfois\nd'écailles de lumière. Dans le silence il perçoit comme un frémissement, et\nil croit sentir, comme un battement d'ailes, une vague fraîcheur lui caresser\nle visage.\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n\n   La fraîcheur lui caresse le visage, et il a frémi, le petit prince. Il a plus\npeur encore affreusement de cette eau sacrée, qui coule toujours, venant de\nl'inconnu, allant vers l'inconnu, et très vite, et toujours pleine de mystère\net d'angoisse. Il ne sait pourquoi il tremble à présent, mais jamais pareille\népouvante, mêlée d'inexplicable charme, n'a étreint son âme. Et l'eau l'at­\ntire irrésistiblement. Il ne saurait plus fuir, il s'est couché sur le bord, sa\ntête s'est penchée vers l'onde religieuse, et ses yeux bleus qui rêvent et qui\nbrillent de larmes, ses cheveux blonds épars en mèches longues, ses joues\npâles, ses lèvres rouges et fines que plisse un sourire énigmatiquement\ntriste, son col délicat d'enfant royal, il se revoit comme le portrait pâli d'un\nfrère et il s'imagine que le flot s'est arrêté pour refléter en la caressant sa\npauvre figure désespérée...\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "                                 — 269 —\n\n   Face de prince pâle sur l'eau noire qui s'écoule...\n   Il entend, le petit prince, des rumeurs et des chuchotements, presque\ndes voix, enchanteresses, peut-être perfides. Son trouble s'apaise et son\nesprit charmé ne regrette plus ses oiseaux et ses poètes, n'a plus de craintes\npour le peuple ameuté ! Des voix frôlantes et douces comme jadis le baiser\nde sa mère sur son front, comme le regard d'une jeune fille qu'il aurait\naimée... murmures qui célèbrent la douceur de l'anéantissement et de\nl'oubli ! Douceur de l'abandon des misères humaines, du bon sommeil sans\nrêves, sans fin ; douceur de ne plus connaître jamais l'amer souvenir du\npassé, l'ennui lourd du présent, l'effroi de l'a venir ! De s'en aller dans la\nnuit, dans l'inconnu, sans pensée et sans désir, de s'évanouir dans l'eau\nconsolatrice et berceuse, de se dissoudre insensiblement, de ne plus vivre\nque comme un frisson, comme un scintillement de lumière, comme un\nimperceptible mouvement dans l'immense nature, ineffable douceur de ne\nplus être...\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre...\n\n                                                   JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 271, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "VERS RÉSIGNATION", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Vie et la Mort", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "VERS\n                              RÉSIGNATION\n\n       J'implore de ton cœur la pitié d'un mensonge,\n       Auroral et suave ange de trahison,\n       Sourire de ma vie, adorable poison\n       Qui parfumas mes chairs du doux mal qui les ronge.\n\n       Toi que, jour et nuit, mon douloureux désir songe,\n       Rentre encore un instant dans ma sombre maison.\n       — Hélas! le néant seul répond à ma raison\n       Et quel vide éternel est l'enfer où je plonge!\n\n       — Et pourtant, ô mon âme, ils croyaient te chérir !\n       — Plus ils t'aimeront, plus ils te feront souffrir,\n       Ces futiles enfants que nul amour n'arrête.\n                                                                      18\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1070, "texte": "                         — 270 —\n\n\nLes yeux clos à leur brève et cruelle beauté,\nCloître-toi dans ton rêve et sa divinité :\nVa, pour se f aire aimer, il faut faire la bête.\n\n\n\n                      BOIS    SACRÉ\n\n      Jailli nu des vêtements vils,\n      Chair de nacre, lumière, joie,\n      Le souple éphèbe danse et broie\n      Le sol d'or craqué de béryls.\n\n      Moelleux, verts et bleus, de subtils\n      Lataniers aux palmes de soie\n      Propagent l'ombrage où chatoie\n      Maint rayon clair entre des cils.\n\n      Ainsi pavonienne   s'allume\n      La magique forêt   de plume\n      Aux flamboyantes   cimes d'yeux,\n\n      Où l'enfant, peureux des caresses,\n      Fuit par jolis bonds sinueux\n      L'effroi des trop hautes tendresses.\n\n\n\n                      LE DESIR\n\n     L'ange adolescent du Désir\n     Soulève son visage pâle\n     Dont la fluide chair d'opale\n     Meurt sous les lèvres du plaisir.\n\n     Ses yeux de soir, d'ombre et de songe,\n     Où luisent des flammes obscures,\n     Ouvrent leurs bleuâtres blessures\n     Que l'éternel mensonge ronge.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "                                  — 271 —\n\n               Beaux yeux malades d'horizon,\n               Bouche que gonfle un cher poison,\n               Induisez-nous en pâmoison.\n\n               Et vous, effeuillez, mains pieuses,\n               Sur nos douleurs mystérieuses\n               La pourpre en deuil des scabieuses.\n\n                                                       IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 282, "titre_corps": "La Vie et la Mort d’un poète", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Buet", "ancre_debut": "La Vie et la Mort", "ancre_fin": "CHARLES BUET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 413, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "La Vie et la Mort d'un Poète\n                                  ÉTUDE\n                                                                 A HENRI.\n\n\n              En ce temps-là, quelques jeunes gens passionnés de littérature,\n                faisaient une Revue. Et la preuve qu'ils la faisaient bien et\n                qu'ils aimaient l'ingrat métier littéraire, c'est que tous ceux\n                qui ne sont pas morts, sont arrivés. Les uns, devenus profes­\nseurs ou magistrats, les autres journalistes vivant de leur plume, phéno­\nmène auquel nos grands-pères n'eussent point ajouté foi.\n   D'ailleurs, ils comptaient cent abonnés. L'un d'eux, quasi célèbre aujour­\nd'hui, alla d'hôtel en hôtel, d'étage en étage, dans tout le faubourg Saint-\nGermain, quêter des abonnements. On lui donnait dix sous de remise : il\nusait prodigalement l'unique paire de bottines, indivise entre son frère et\nlui. Quand il sortait, le cadet restait au lit. Sachez qu'il recueillit en tout\nquatre souscriptions, parce que la Revue plaisait à la livrée. La marquise,\nqui le met à sa droite, à table, et près de la vicomtesse, en face d'un aca­\ndémicien, ne se doute pas qu'elle le fit jadis éconduire par un valet de son\nantichambre.\n   Le cénacle se réunissait rue de Buci, chez le plus riche de la bande. J'en\nétais. On y ressuscitait la querelle des romantiques. On y battait le réalisme\nà plate couture. Le naturalisme n'existait pas. Alphonse Daudet publiait\nalors son admirable Petit Chose dans le Moniteur à un sou, Emile Zola\ndébutait dans le journalisme, Paris ne s'occupait guère que du Graindorge\nde M. Taine, et des Odeurs de Paris de M. Veuillot.\n   Notre hôte était dans ses meubles. Un logement d'avocat, fastueux pour\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "                                   —   272   —\n\n\nnous qui vivions à l'auberge ; il nous donnait du thé et des petits gâteaux ;\net. chacun mangeait sa tartine avant de lire son chef-d'œuvre, car le « comité\nde rédaction » admettait ou repoussait, au scrutin secret, les articles pré­\nsentés à la Revue.\n    Il fallait ce court préambule pour montrer, dans son vrai jour, le portrait\nde notre ami. Son nom véritable éveillerait un écho douloureux.\n\n\n\n\n   On nous prévint un jour qu'un poète entrait au cénacle : un vrai poète,\nimprimé dans les revues et dans les grands journaux, ayant ses coudées\nfranches chez M. Buloz,\n\n                  Qui d'un seul œil éclairait les deux mondes ;\n\nfamilier chez Sainte-Beuve, ami de tous les critiques, et membre de tous\nles Parnasses. On le nommait... Jacques.\n   Nous vîmes un homme souffreteux, maigre, au visage ravagé, blême,\naux yeux largement cernés, le front déjà chauve. Il s'assit au coin de la\ncheminée. Notre hôte mit auprès de lui une fiole de pharmacien pleine\nd'eau-de-vie. Jacques tira de sa poche une pipe courte et noire, la bourra,\nl'alluma, et se mit à fumer sa pipe et à boire son eau-de-vie.\n   Du reste, il ne disait rien. Il écoutait, silencieux, les yeux vagues, absorbé\ndans un rêve. Il avait ce regard en dedans, qui étonne. De temps à autre,\nun mot : une louange délicate, une critique modeste et timide.\n   Vers minuit, très ivre, il nous dit ses vers. Il possédait la forme pure,\nclassique, un peu froide, correcte ; sa voix avait des inflexions tendres,\nd'une harmonie et d'un charme indicibles. Celui-là aimait et comprenait la\npoésie, mais il ne lui demandait pas la vie matérielle.\n   De quoi vivait-il ! De tabac, d'alcool, d'opium. Il arrivait depuis peu de\njours des provinces du Liban, car il avait passé plusieurs années en Orient,\net dans les contrées les moins explorées. Il en rapportait d'étranges souve­\nnirs, une connaissance parfaite des mœurs mystérieuses du pays du soleil,\ndes notions et des idées qu'il avouait à peine, une manière d'être, enfin,\nqu'il se contraignait de dissimuler pour ne point effaroucher nos opinions\nde civilisés prud'hommesques.\n   Aussi ne parlait-il que fort peu de ses voyages, ayant, d'ailleurs, à nous\nconter un événement qui nous touchait de plus près.\n   Le matin même il était allé, avec un célèbre polémiste catholique, le plus\ncélèbre de tous, voir Charles Baudelaire sur son lit d'agonie. Scène émou-\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2825, "texte": "                                     273\n\n\nvante que cette entrevue suprême avec l'homme, alors encore incompris et\ncalomnié, des Fleurs du mal.\n    — Je ne sais pas le nom de la maladie, non je ne le sais pas et ne le\nveux point savoir, disait Jacques. Il ne peut plus parler... De tous les mots\nde cette langue française qu'il a enrichie avec tant de hardiesse, de ces mil­\nliers de mots qu'il a jetés à profusion dans ses oeuvres, il n'a retenu que\ndeux mots : Cré nom ! qui lui servent, et qui lui suffisent, à exprimer tous\nles sentiments dont son âme est encore capable. Oui. Cré nom ! voilà ce\nque profère, à cette heure, l'incomparable traducteur de Poë, qui a fait\npasser dans notre langue et notre littérature le génie de ce philosophe\nbizarre, de cet analyste sans égal, de cet espion du cœur humain, qui vou­\nlait que sa phrase représentât l'infini de la sensation la plus subtile. Cré\nnom! c'est là tout ce que prononce l'admirable ciseleur des poèmes en prose;\nle patient et curieux observateur des Femmes damnées, de Don Juan aux\nenfers... Toute l'éloquence, toute la splendeur, toute la puissance de sa\nparole se résument en ces tristes mots, qu'il nous a jetés avec un accent de\njoie, en nous voyant : Cré nom ! Et cela voulait dire, et il avait l'illusion\nde le dire : « Soyez les bienvenus ». Il ajouta : Cré nom ! avec l'intona­\ntion qu'il aurait eue pour nous demander : « Comment vous portez-vous ? »\nEt il roulait sa tête sur l'oreiller, en répétant cré nom ! cré nom! comme\ns'il avait clamé, dans un éclat de rire sonore : « Ah! que je suis content\nde vous voir ! » Son blême visage de moribond s'épanouissait d'allégresse :\nIl regarda mon compagnon, de ses grands yeux ouverts, très limpides, si\npurs, et il fit le signe de la croix à plusieurs reprises, avec une expression\nd'inexprimable bonheur, de majestueuse sérénité, manifestant ainsi qu'il\navait reçu les sacrements. Et en faisant ce signe de la croix, du front à la\npoitrine et d'une épaule à l'autre, largement, du geste ample d'un paysan\nde Bretagne, il murmurait : Cré nom! cré nom! cré nom! J'étouffais\nd'angoisse, mon compagnon pleurait à chaudes larmes, et pour nous con­\nsoler, Baudelaire, son extatique sourire sur ses lèvres violettes, murmurait\ndoucement : Cré nom! cré nom! Ah! c'était atroce.\n  Jacques but une lampée d'eau-de-vie, puis, la tête baissée, se mit à bourrer\nsa pipe, tandis que l'un de nous jetait cette question :\n  — Est-il mort ?\n  — J'espère qu'il est mort... Il faut qu'il soit mort, répartit Jacques, les\nyeux fixés droit devant lui, comme obsédé par une vision funèbre. N'est-ce\npas un supplice pire que la mort, se survivre ainsi? Penser, et ne pouvoir\nplus traduire sa pensée... Gésir, inerte, garrotté par l'immonde fièvre sur\nun grabat d'hôpital... comprendre... deviner... espérer... savoir qu'on lais-\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "                                   — 274 —\n\nsera un nom impérissable parmi les hommes, et que les hommes verront\ntantôt passer un cercueil où ballotte la pourriture dont le nom mortel est à\njamais nimbé de gloire!...\n   Ah! ce n'est pas mourir qui effraie, c'est imaginer, un 'fugitif instant,\nqu'on est mort!... Quand nous sommes partis, ce matin, acheva-t-il en\nchangeant de ton, Baudelaire nous dit adieu : « Cré nom! c'était nous\ngarder près de lui, qu'il voulait. Mais on a faim, n'est-ce pas? Et la bête\ncommande. Je ne le reverrai jamais, et je n'oublierai pas plus ce cré nom,\nque si je l'avais entendu sur le Sina'i !\n   Jacques fondit en larmes, et ne parla pas davantage.\n   Charles Baudelaire était mort, en effet, à onze heures du matin, le der­\nnier jour d'août, un samedi, sans avoir pu, même dans les violents combats\nde l'agonie, retrouver la parole. Il roula sa tête sur l'oreiller, il dit cré nom!\net il expira.\n   Et tous, tant que nous étions, poètes et prosateurs, si aiguisés que nous\nfussions par les ardeurs de notre juvénile fougue, par les enthousiasmes\nirréfléchis de notre âge, nous n'avions aucune idée de la perte que faisaient\nles Lettres françaises, non plus que du renom qui, par delà la tombe, éveil­\nlerait un jour le grand poète.\n   Jacques nous laissa de lui une singulière impression.\n\n\n\n\n   Jacques était un Parisien. Elevé à Sainte-Barbe, il eut tous les succès\nque souhaitent les écoliers : prix et couronnes s'amoncelaient sur lui. On\nparlait de cet enfant comme d'un grand homme futur... Il paya bien cher\ncette gloire prématurée.\n   Tout jeune, il débuta dans ce qu'on appelle la « carrière des lettres ! »\ncarrière de sable et de pierres, hérissée de ronces, et que nul ne parcourt\nsans se déchirer aux aspérités et aux épines.\n   L'omnipotent Buloz accueillit affablement l'adolescent qui venait à lui,\népris del'art, éperdu d'espérances. Jacques, même après Musset, fut applaudi\nde tous les délicats auxquels il ne fallait pas encore des poèmes réalistes.\n   Il demeura pauvre. Que lui importaient les nécessités de chaque jour?\nA peine songeait-il au pain quotidien. Il allait droit devant lui, rêvant tou­\njours à l'idéal, et, désespérant de créer ce qu'il concevait, il brisait trop\nsouvent sa plume.\n   Il avait la dignité hautaine de l'homme qui vit dans les régions les plus\nélevées de la pensée. Il ne demandait rien et ne se plaignait pas. Et peut-\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "                                  — 275 —\n\nêtre eut-il grand tort. On ne pardonne à personne de manquer de savoir\nfaire à une époque où il faut intriguer pour parvenir, où tout se donne à\nl'intrigue, et presque rien au talent. L'obligation de gagner sa vie, est une\nloi sociale. Nos contemporains méprisent Gilbert, qui s'est laissé mourir à\nl'hôpital, — et peut-être ont-ils raison ! Je ne veux juger ni le poète qui se\nréfugiait dans ses rêves, ni ceux qui l'accusaient de ne pas faire métier et\nmarchandise de ses vers.\n   Jacques eut une grande influence sur le cénacle de notre petite Revue.\nIl nous apprit à épeler dans les livres des maîtres. Il aimait l'art. Il en par­\nlait avec respect, il savait en communiquer la flamme. Causeur charmant\net causeur intarissable, comme tous les nonchalants, il amusait, il raillait,\nmais ne disait jamais de mal de personne.\n   Il venait régulièrement à nos réunions. Il détacha de son recueil de vers\nplusieurs pièces qu'il nous permit d'imprimer dans notre Revue. Il nous\nen lisait d'autres, que le public ne doit point connaître. Je les garde,\ninédites, écrites de sa main, dans la cassette où sont les papiers qui seront\nbrûlés après ma mort. Personne, depuis les anciens, n'a chanté de telle\nfaçon le poème de la chair. C'est affreusement beau, et c'est terrible. Il y a\nlà des accents lyriques à rendre jaloux un Horace, et une chiennerie à dés­\nhonorer à jamais la poésie.\n   Ce bon camarade, pourtant, n'était guère pervers. Il vivait de peu, très\nparesseusement, satisfait qu'il eut sa pipe et sa fiole d'eau-de-vie. De rares\namis l'entouraient. L'un d'eux, mort après lui, fut une manière d'empereur,\nun despote, chef de république. Au pouvoir, l'ami de Jacques ne se souvint\npas des années de misère, et laissa le poète sur la paille.\n   L'homme ne pourrait pas croire au diable, si l'ingratitude n'existait pas.\nN'a-t-il pas fallu la révolte des anges et l'ingratitude de Lucifer, pour nous\nrévéler Dieu?\n   De ses voyages au cœur de l'Asie, Jacques avait rapporté du haschisch,\nmais il ne s'en servait qu'avec une extrême prudence. L'un des nôtres, — je\nl'appellerai Francisque, — voulut essayer de ce poison délicieux qui trans­\nforme en un rêve splendide la plus misérable et la plus prosaïque existence.\nVivre une nuit, voire une heure, de cette vie exaspérée des haschischins,\ndécupler l'intensité des sensations au risque d'émousser à tout jamais\nles sens réels ; découvrir dans le mystère d'actions dont on demeure irres­\nponsable des jouissances imprévues et suraiguës, se livrer et se soumettre\nau Démon Inconnu, cela vaut, semble-t-il, qu'on s'expose aux pires dan­\ngers, et quelle crainte puérile assaillirait celui qui n'oserait absorber un peu\nde pâte verte, dans une cuiller de vermeil!\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "                                 — 276 —\n\n    Francisque n'hésita pas une minute, lorsque Jacques, fatigué de sollicita­\ntions, lui promit de lui faire goûter à la précieuse drogue, — un extrait cru\ndes feuilles du cannabis indica, ainsi qu'on sait : une pâte faite du jus de\ncette herbe et de quelques graines nauséabondes.\n    Seulement Jacques voulait trois convives pour cet étrange repas, et il y\ninvita un des écrivains les plus extraordinaires de l'époque, romancier, poète,\ncritique, exégète, le célèbre Lancelot de Valrouge, alors dans tout l'éclat\nd'une gloire mystérieuse, révélée à de rares adeptes qui voyaient en ce\nvieillard prodigieux un des trois maîtres sur maîtres de l'art contempo­\nrain.\n    Ce fut chez Jacques, un soir, que M. de Valrouge et Francisque se ren­\ncontrèrent, tous deux résolus, combien que leurs amis eussent tâché de les\neffrayer sur les conséquences de cet empoisonnement volontaire, aux suites\nduquel Baudelaire avait, prétendait-on, succombé.\n    Jacques les reçut, avec son ordinaire et très indolente aménité, dans son\ntaudis sombre et malpropre de la rue Childebert, derrière Saint-Germain-\ndes-Prés. Le vulgaire logis d'un étudiant indigent : du calicot jaune aux\nfenêtres, des flambeaux en zinc sur la cheminée, des sièges boiteux, un lit\nétroit et bas, une table à dessus de marbre dépoli, ébréché, fendu.\n    Mais, sur la table, dans une boîte d'or guilloché, pavée de turquoises\nverdies qui dessinaient, avec des perles mortes, des monogrammes bizarres\nde divinités malabares, la pâte onctueuse, d'un vert noirâtre, grasse, odo­\nrante. Et sur le plateau, près de trois petites cuillers, en de vastes bols de\nporcelaine chinoise, fine comme une coquille d'œuf, peinte de dragons, d'oi­\nseaux et de fleurs aux couleurs vives, le café, préparé à la turque, fumait :\nun café noir, limoneux, épais, trouble, au parfum acre, capiteux.\n   Valrouge, Francisque et Jacques fumèrent d'abord quelques cigarettes de\ncourâni, tabac saturé d'opium et de salpêtre. Puis ils burent, dans un\nverre d'eau glacée, quelques gouttes d'essence de sambac. Et enfin, lente­\nment, avec un dégoût perversement surmonté, ils absorbèrent une cuillerée\nde haschisch, écœurés par l'odeur et la saveur fades de cet onguent. Puis ils\nsavourèrent le café, dont le marc s'était précipité au fond du bol, laissant à\nl'infusion un arome pénétrant.\n    Et alors, ils se regardèrent en éclatant de rire, Jacques se moquant de ce\nqu'il prévoyait, M. de Valrouge défiant la drogue de produire sur lui un\neffet quelconque, Francisque persuadé qu'il en serait quitte pour quelques\nheures d'ivresse désagréable.\n    Or, il arriva justement que M. de Valrouge ne ressentit d'autre effet\nqu'une invincible somnolence et se trouva bientôt en ce curieux état où l'es-\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "                                  — 277 —\n\nprit et l'intelligence flottent entre l'éveil et le sommeil. Il avait pleine con­\nscience de ce qui se passait autour de lui et n'y pouvait prendre part; il\npouvait entendre, écouter, mais non articuler un mot; ses membres engour­\ndis lui refusaient le geste, bref, il rêvait sans dormir.\n   Francisque, peu à peu envahi par une ivresse très douce, rêvait, s'agitait,\nremuait, et fut tout à coup prostré, anéanti, écrasé. Il s'endormit d'un\nsommeil de plomb, dont il ne sortit qu'après douze mortelles heures de cau­\nchemar, baigné de sueur, muet d'épouvante, les yeux atones, la bouche\nconvulsée.\n   Et pendant que ceux-là subissaient l'inexplicable influence du poison,\nJacques, accoutumé déjà à ces délices, était victime de sa propre folie. Il\navait avalé, avec insouciance, une cuillerée de haschisch, et bu un bol de\ncafé, en homme que de pareilles cérémonies laissent indifférent. Il se croyait\nà l'abri de tout accident, ayant éprouvé, comme Mithridate, les plus fortes\ndoses toxiques.\n   Il fut pourtant le seul vaincu. En proie, subitement, à un accès de fré­\nnésie, hors de lui, hors du monde, passivement esclave d'une idée fixe,\ninconsciente, brutale, impérieuse, il sortit de la chambre, s'élança dans la\nrue, se mit à courir au hasard, droit devant lui. Deux heures du matin son­\nnaient à Saint-Sulpice.\n   Jacques dévala par la rue de l'Échaudé et la rue Mazarine jusqu'au Pont-\ndes-Arts; il escalada les marches en deux sauts : d'un bond il atteignit la\nbalustrade, qu'il empoigna, et déjà il prenait son élan, lorsqu'un chiffon­\nnier, un pauvre vieux qui passait, le prit à bras le corps, l'arracha du\ngarde-fou, le jeta sur l'asphalte, le tint dix minutes, à moitié étouffé sous\nson genou, et ne lui permit enfin de se relever que lorsqu'il l'eût jugé inca­\npable de recommencer la lutte.\n   Une fois debout, Jacques ne discuta point. Il repoussa d'un revers de\nmain son sauveur, et fila rapidement le long du quai, jusqu'à la rue Dau­\nphine. Une grande et lourde voiture de maraîcher accourait, traînée par\ndeux bons chevaux, chargée à se rompre d'une montagne de légumes.\n   Jacques se jeta à plat ventre sur le pavé, à deux pas des chevaux qui,\neffrayés, eurent un mouvement de recul.\n   Alors, il prit sa course, le malheureux. Il remonta la rue au galop,\nemporté par un galop furieux, aussi vite que le cerf poursuivi par la meute.\nHaletant, haleinant, frappant des pieds la terre sèche, il se ruait en avant,\npar bonds, par saccades, les coudes au corps, affolé, éperdu. Et il arriva\nainsi au carrefour de l'Observatoire. Il vit les grilles, se profilant en grêle\ndessin noir aux premières lueurs de l'aube.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "                                  — 278 —\n\n    Ivre, fou, maniaque, il se jeta à corps perdu, tête baissée, contre ces\ngrilles, se blessa, revint à la charge, en poussant d'atroces rugissements, et\nil tomba enfin, le crâne fracassé, baigné dans une mare de sang.\n   Des gens de police le ramassèrent un peu plus tard. Il n'avait pas un\npapier sur lui. Son visage, crevassé, sanglant, hideux, était méconnais­\nsable. Ils le conduisirent à l'hôpital. Il y resta six mois, dément, aliéné, en\nproie à un délire d'hydrophobe.\n   On le guérit toutefois. Un beau jour, s'éveillant comme d'un songe, il se\nsouvint. Il fit appeler Francisque, lui raconta ce qui s'était passé, apprit de\nlui la mort de M. de Valrouge, et faisant jurer à son camarade de ne jamais\nrévéler à qui que ce fût cette affreuse aventure, il s'en alla de l'hospice et\ndisparut. On ne le vit plus, on n'entendit point parler de lui.\n\n\n\n\n   Sur ces entrefaites, la guerre éclata. L'effroyable tourmente, comme on\nsait, creusa un abîme infranchissable entre le passé et le présent.\n   Après 1871, il semblait que les événements d'avant Forbach appartinssent\nà un autre siècle. On s'imaginait que des années et des années s'étaient\nécoulées, qu'une ère nouvelle commençait, que des hommes nés d'hier et\ndéjà vieux surgissaient. Les anciennes gloires s'éteignaient une à une, et\ndes noms retentissaient, brutalement acclamés, qu'on n'avait point entendus,\net qu'on se rappelait à grand'peine.\n   Francisque ne se souvenait guère de Jacques : aucune revue, aucun jour­\nnal ne publiait rien du poète; pas un livre, signé de lui, n'avait paru en\nlibrairie. Sans doute, il était mort, avec tant d'autres, sur un champ de\nbataille, dans une embuscade ou à l'hôpital, à moins que depuis longtemps\nl'alcool ou le haschisch ne l'eussent achevé.\n   Or, Francisque, devenu l'un des romanciers à la mode, reçut un jour,\npar l'entremise de son éditeur, un billet conçu en ces termes :\n\n  « Cher ami, je suis un peu malade. Venez me voir, nous causerons. Je\nvous serre la main.\n                                                          « JACQUES. »\n\n   Ce fut un tressaut de joie. Le poète vivait. Mais qui sait comme? Abruti\n peut-être, misérable, réduit à la noire tristesse de cette misère honteuse et\n sordide, qui avilit.\n   Francisque ne perdit pas de temps. Il courut impasse Ganneron, une\nruelle puante, bordée de masures. Au fond d'un maigre jardin, planté\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "                                  — 279 —\n\nd'arbustes rabougris, poussiéreux, une échelle de meunier conduisait à un\npetit logement de deux pièces.\n   Étendu sur un vieux fauteuil, à côté d'une table chargée de papiers et de\nlivres, vêtu d'une robe de chambre fanée, coiffé d'une calotte de velours,\nJacques, devenu un vieillard, jouait avec un bel enfant blond et rose, tandis\nqu'une vieille femme cuisinait sur un petit fourneau en fonte.\n   Jacques reconnut aussitôt Francisque, qui ne le reconnaissait pas.\n   — Ah! lui cria-t-il, c'est vous? Ah! c'est vous... Merci d'être venu. Le\ndéjeuner va être prêt. Vous aurez de l'homard et des fraises, gourmand. Je\nvous présente mon fils: Jacques... Jacques... va embrasser le monsieur,\nJacques... Et voici, acheva le poète, indiquant du regard la vieille femme,\nvoici ma... sa mère!\n   Hélas! quelle décadence et quelle chute. Ce taudis, cette compagne\nhumble et soumise, maîtresse ou servante, mais non épouse, certainement,\net ce joli bébé si joyeux !...\n   — Eh bien! reprit Jacques de son air bonhomme, il y a eu beaucoup de\nchangement, n'est-ce pas, depuis dix ans?... C'est long, dix ans!... Vous\nvoyez, je suis malade, mon bon Francisque, je m'en vais... Je suis déjà loin.\n— Va jouer avec ton chat, Jacquot. Mais je veux vous dire : ce n'est pas\nl'absinthe qui me tue, ni l'opium, ni l'ivrognerie... Depuis sept ans, je ne\nbois que de l'eau. Je ne fume plus. Ouvrez ce tiroir, c'est là que j'ai enseveli\nma pipe... ma Joséphine... et déroulez son linceul : j'y ai mis un sonnet qui\nest ma plus belle poésie. Vous rappelez-vous Baudelaire ! Cré nom ! cré\nnom! Ce n'est pas la même maladie. Moi, c'est le cœur : J'ai trop aimé, j'ai\ntrop souffert. Et puis j'ai travaillé.\n   Le regard de Francisque fit le tour de la chambre, s'arrêtant sur les\nmeubles frustes, les haillons pendus aux murs, les choses délabrées qui\nsalissaient ce chenil.\n   — Je comprends, dit Jacques, hochant la tête. Si j'ai tant travaillé, pour­\nquoi suis-je logé dans ce style-là, puisque je n'ai plus de vices? Mon bon\nami, j'avais pis que des vices : des dettes. J'ai mis à la porte, hier, mon der­\nnier créancier, et j'ai payé mon dernier billet à ordre. Je veux qu'on le fasse\nencadrer : c'est tout ce que je lègue à Jacquot. Le petit n'aura pas un sou,\nmais il ne devra rien à personne... Trente mille francs, en dix ans, avec\nles intérêts, les prôtets, les jugements, tout le grimoire des huissiers. J'ai\ntiré tout cet argent-là de mon cerveau, et mes doigts se sont usés à ma plume.\nVous connaissez le fabricant de feuilletons pour les journaux à un sou,\nProsper Patient?... Oui? Vous le connaissez? Eh bien! Prosper Patient,\nc'est moi. Oui, c'est moi qui écris ces romans stupides, ces récits de vols,\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "                                  — 280 —\n\n de meurtres, de parricides, ces histoires ignobles de filles et de galériens.\n C'est avec ça que j'ai « liquidé mon passif » et vécu depuis dix ans. J'en ai\n honte et dégoût. N'en parlons plus. Prosper Patient était un imbécile : il\n est fini; il n'a plus rien dans le ventre.\n    — Pauvre Jacques, murmura Francisque.\n    — Ah! vous me plaignez, mon ami. Terrible métier que j'ai fait là !...\n mentir à moi-même et aux autres, mentir à ma conscience, mentir à la reli­\n gion de l'art, bâtir des livres mauvais et de mauvais livres, que je ne vou­\n drais pas que mon fils lût, quand il saura lire !... Et savoir que je pouvais\n faire autre chose... Voyez cette malle, qu'on portera chez vous, ce soir, —\n car c'est un testament de mort que je fais à cette heure : vous m'écoutez et\n vous accomplirez ma volonté.\n    — Je vous le promets, sur l'honneur!...\n    — Cette malle est pleine de manuscrits : il y a là des vers, des nouvelles,\n des romans, des comédies, de la critique, des mémoires, vingt volumes,\npeut-être. Vous rendrez ce dépôt, intact, à Jacques, à mon Jacquot, le jour\noù il aura vingt-cinq ans. Il tirera parti, lui, de mon œuvre. Il vengera ma\nmémoire. Il me restituera la gloire que les créanciers m'ont volée!...\n   — Vous auriez mieux fait d'écrire ce testament, objecta Francisque. Et\nd'ailleurs, vous êtes jeune... la maladie pardonne...\n   — Mon ami, ai-je l'air d'un malade qu'on leurre avec des banalités. Je\nserai mort avant la tombée de la nuit. Quant à Jacquot, je ne vous ai pas\ntout dit. Fernande, reprit Jacques à voix plus haute, en s'adressant à la\nfemme, qui achevait de dresser le couvert. Fernande, allez donc au bout de\nla rue, chez le liquoriste, et prenez un flacon de Xérès. Je veux trinquer\navec mon ami... Je manquerai à mon vœu, aujourd'hui, pour la première\net la dernière fois...\n   Lorsque la femme, obéissante, fut sortie, Jacques poursuivit, d'une voix\nun peu altérée, mais avec le même accent de rude franchise :\n   — Je dois tout avouer, Francisque. Fernande n'est pas ma femme... Elle\nest mariée à un vieillard, enfermé depuis vingt ans dans une maison de\nfous. Elle est ma maîtresse depuis sept ans. Elle a un fils de son mari. Il\nest soldat. Jacquot n'a ni père, ni mère : un enfant adultérin ne peut être\nreconnu. Il n'est même pas le fils putatif de l'autre, qui vit hors du mariage,\nemprisonné depuis vingt années. Je l'ai déclaré — bêtement — sous le\nnom de fille de Fernande : Horner. J'ai fait un faux en écriture publique...\nC'est grave. Il est Jacques Horner, de par un acte de l'état civil, falsifié...\nTant que Fernande vivra, je n'ai rien à craindre, elle m'a aimé passionné­\nment. Si elle meurt, ouvrez ma malle. Il y a avec mon portrait, mes manu-\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "                                  —   281   —\n\n\nscrits et la boîte d'or et de turquoises où était le haschisch, vous savez?.. Il\ny a un rouleau de cent louis. Je vous laisse emporter la malle : vous avez\nune voiture en bas, n'est-ce pas?.. En passant devant l'église, entrez-y et\npriez un prêtre de venir... Voilà qu'il est midi. Merci, femme, acheva\nJacques en prenant la main de Fernande qui rentrait. Maintenant, déjeu­\nnons.\n   Et dès lors, il parla gaiement de « toutes sortes de choses ! »\n\n\n\n\n   Jacques mourut le même jour, un peu après le coucher du soleil.\n   Ce fut par une lumineuse matinée de juin, sous un soleil éblouissant,\ndont les flèches d'or se jouaient sur les tentures funèbres, que quelques amis\nfidèles accompagnèrent à sa demeure dernière, le pauvre poète qui s'était\nendormi la veille dans la paix du Seigneur, heureux de trouver le repos\nqu'il avait si longtemps et vainement cherché.\n   Nous n'étions pas nombreux. Deux d'entre nous allaient en tête du cor­\ntège, derrière le cercueil que le prêtre précédait. Tous deux tenaient par la\nmain un petit enfant de six ans, orphelin qui pleurait amèrement son doux\npère, et qui savait bien pourquoi on avait d'abord mené cette triste dépouille\nsous les voûtes de l'église, et pourquoi maintenant on le conduisait au\ncimetière.\n   Nous cheminions sur la route poudreuse, tête nue, le regard constam­\nment attaché à ce char modeste, que la croix surmontait, que des couronnes\nornaient, hommage suprême des rares amis du poète qui laissait derrière\nlui peu d'amis, parce qu'il n'avait pas su s'enrichir.\n   Et Paris, qui entoure de tant de pompe les funérailles de ses parvenus,\nde ses idoles, de ses réformateurs d'aventure, ne savait point qu'un homme\ndont la vie avait eu ses jours de gloire, était mort dans une pauvre maison\nd'un pauvre faubourg, et qu'on l'enterrait à cette heure, et qu'il n'aurait\nd'autre monument sur sa tombe que la croix de bois de l'indigent travailleur\nchrétien...\n\n   Jacquot est maintenant un grand garçon de seize ans, novice à bord d'un\nvaisseau de l'Etat. Il a pleuré sa mère, morte un an après le poète, mais il\nest heureux d'être orphelin. Il a le droit de prier pour ceux qui ne sont plus,\nauxquels il a pardonné, et il n'a pas le devoir de leur reprocher de l'avoir\nmis au monde.\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "                                       282\n\n\n    Les souvenirs sont pour le cœur des cicatrices fermées sous des baisers ou\n sous des larmes, et qui saignent délicieusement à certains chocs de la vie,\n me disait Jacques naguère.\n    Si l'âme souffre d'une chose qui survit, elle est heureuse d'une chose qui\n renaît; voilà pourquoi, parvenu à sa saison d'automne, l'homme qui va\n s'envelopper demain dans le manteau du sage, se reporte aux vertes années\n de sa jeunesse avec une ardeur sinon nouvelle, du moins renouvelée et\n encore féconde : le fruit succède à la fleur, la force à la grâce.\n    N'est-ce pas, dans les jours de fatigue ou de solitude, une consolation\n pleine de charmes que de se retourner vers les lointains du passé, dont la\n perspective tremble, change et se voile, et où flottent de chers fantômes\n invisibles et présents à la fois ?\n    Le bruit d'un torrent qui écume, un cri d'hirondelle qui passe, une feuille\n qui s'envole, un rayon de lune entre deux nuées, un coin de paysage, une\n lecture, tout cela vient frapper à la place blessée et rouvrir un peu la bles­\n sure; alors la mémoire se réveille en nous et prend un air de jeunesse et de\n fête. C'est une sorte de crépuscule ; ce n'est plus le jour, ce n'est pas encore\nla nuit.\n    Quant au regret, qui est le frère du souvenir, comme la mort est la sœur\nde la vie, il porte un deuil éternel, et l'espérance, pareille à une couronne\nséchée est tombée à jamais de son front. Regretter, c'est s'avouer à soi-même\nqu'on s'est trompé ou qu'on a été vaincu ; se souvenir, c'est retrouver un\ninstant du bonheur qui n'est plus.\n    Et voilà pourquoi j'ai écrit ces pages.\n                                                       CHARLES BUET.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 283, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Frères", "ancre_debut": "SONNETS", "ancre_fin": "ADOLPHE FRÈRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "SONNETS\n                                       I\n\n    Mon Frère, leur orgueil maudira ta souffrance ;\n    Oh ! Les voici fouler les clairs jardins où dort\n    Ta mémoire, parmi les lys de ton enfance !\n    — J'ai dit : « Que mon cœur soit triste jusqu'à la mort !\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "                         — 283 —\n\n— Tes yeux extasiés devant ton âme veuve\nDe ton âme, tes yeux, étoiles exilées,\nTes mains en prière, de lumière voilées...\nOh ! tes mains et tes yeux aux noirs remous du fleuve !\n\n— J'ai dit : « Ceci est ma chair, ceci est mon sang » ;\nPare de la pourpre en fleur des fines blessures,\nPour les délices de tes lèvres, ce doux flanc,\n\nEt les roses pétales de mes lèvres, mûres\nPour ce baiser mortel dont mes yeux sont en fête.\nJ'ai dit aussi : « La volonté de Dieu soit faite ! »\n\n\n                              II\n\n                     LE CONFESSEUR\n                                                POUR IWAN GILKIN.\n\nJe vois surgir des lacs de laves et de fièvres\nVers le calice où dort le venin des péchés\nLes mains sans nul espoir des pécheurs affligés :\nSeigneur, approchez ce calice de mes lèvres.\n\nVenez, venez à moi qui juge sans punir,\nCes veux blèmes de mensonges et de luxures.\nLèvres à jamais saignantes, lèvres parjures,\nVenez! Les baisers tiennent lieu de repentir.\n\nFrère aimé, j'effeuille la pâleur des jasmins\nEt je joins mes mains lumineuses dans tes soirs\nTristes d'avoir fané les lys des lendemains.\n\nJe parfume d'encens, de prière et de myrrhe\nMes mains qui fermeront les yeux de ta mémoire.\nEt moi, je vis de la douceur d'être martyr.\n\n                                          ADOLPHE FRÈRES."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 288, "titre_corps": "La Conversion de La Wallonie ou le Verbe maltraité", "titre_sommaire": "La Conversion de La Wallonie", "rubrique": "", "signature_source": "Hixe", "ancre_debut": "LA CONVERSION DE LA WALLONIE", "ancre_fin": "HIXE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "LA CONVERSION DE LA                                      WALLONIE\n                     OU LE VERBE MALTRAITÉ\n\n                              PREMIÈRE ÉDITION\n\n              On se rappelle comment jadis M. Stéphane Mallarmé fut jeté\n                par dessus bord, avec une désinvolture que peut seul donner\n                le génie, par son ex-élève M. Ghil. Aujourd'hui ce dernier\n               vient de subir le même sort : c'est un jeté-battu général.\n   Voilà donc la fameuse fanfare de M. Dubedat en proie aux luttes intes­\ntines ! M. Ghil a fermé les portes du Temple où il pontifiait et remisé tran­\nquillement le lutrin des Ecrits pour l'Art. MM. Achille Delaroche, Albert\nMockel et Albert Saint-Paul ont jugé le moment venu de se débarrasser\nd'une responsabilité trop encombrante et, laissant au Maître de l'Instru­\nmentation ce ton doctoral et suffisant, ils lui ont fait savoir amicalement et\navec la meilleure grâce du monde qu'ils l'abandonnaient à son génie. Il y\navait vraiment de quoi : depuis quelque temps déjà le Maître s'admirait\navec une bienveillance trop égoïste; plus rien n'existait hors lui; « je suis\ncelui qui suis », aurait-il pu dire, et avec une impassibilité toute divine il\nécrivait :\n   « Des poètes, en France et en Belgique, dédaignant la routine et les\nvaines flatteries, ont affirmé leur talent vers mon espoir auquel les portaient\nde latentes et plus ou moins pareilles tendances. »\n   Ceci fit sourire ; d'aucuns, ne voulant être asservis par le Grand Maître\nde l'Instrumentation à sa théorie, protestèrent, et le méchant tour de\nM. Ghil, qui consistait à lier pour l'avenir bras et jambes à ceux qui\nl'avaient suivi, ne réussit point.\n   Voici des extraits de la réponse publiée dans la Wallonie :\n   « Certes, nous protestons de notre sympathie et de notre admiration pour\nM. Ghil que nous considérons comme un très curieux esprit et d'une saveur\nsi spéciale. Mais nous ne saurions admettre autrement que comme une\ncharmante fantaisie l'Instrumentation poétique telle qu'elle est exprimée\nen le Traité du Verbe,\n   « Le langage est à la fois un son et un signe : comme signe, il est la repré­\nsentation figurée de l'Idée. Comme son, il est susceptible d'être ordonnancé\nmusicalement, et jusqu'à un certain point assimilable au son inarticulé.\nMais sa qualité de signe ou symbole indique que c'est surtout idéalement\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "                                   — 285 —\n\n\n qu'on peut le considérer comme musique, et qu'il ne saurait se dissoudre,\n comme le son inarticulé, en une combinaison de notes harmoniques expri-\n mant l'émotion par les seuls accords vibratoires. »\n    Et plus loin :\n    « D'ailleurs, ce n'est guère par des procédés empruntés au matériel de\n l'orchestre que nous pourrons réaliser une poésie-musique, mais plutôt par\n une compréhension plus pénétrante de l'harmonie expressive ».\n    Mais c'est parfait! On croirait entendre une conversation de M. Mal­\n larmé. Et, parlant de la philosophie transformiste acclamée par M. Ghil,\n les signataires de l'article ajoutent :\n    « Nous ne saurions accepter, qu'à titre hypothétique, un système qui\nrestera sans doute un des plus puissants efforts de l'esprit critique en notre\n siècle, mais dont l'insuffisance pour expliquer la vie idéale a été maintes\n fois démontrée. »\n    Qu'a dû dire de ceci M. Ghil, lui qui s'est moqué si complaisamment de\nce mot de M. Mallarmé : « L'on ne peut se passer d'Eden ».\n    Puis pour terminer :\n    « L'ère des écoles, d'ailleurs, semble définitivement close. Classements,\ncatégories, c'est tout au plus archaïques bibelots bons à flatter la manie\nd'étiquettes de pédagogues retardataires, et au dessus desquels s'épanouit,\ndans une atmosphère de lumineuse liberté, le triomphe de l'Art indivi­\nduel. »\n    Nous voici d'accord, absolument d'accord; c'est ce que nous réclamons\ndepuis toujours. Si l'on doit dire quelque chose, qu'on le dise et qu'on ne\npasse pas son temps à étager des systèmes et des philosophies qui, comme\nceux de M. Ghil, se contredisent de jour en jour. Ainsi, dans la dernière\nédition probable du Traité du Verbe, il a repeint à neuf son alphabet :\nfaire ainsi de l'art avec de la science, c'est comme si l'on faisait de la musique\navec des mathématiques : et comme le disent très bien les protestataires :\n« S'il y a des correspondances certaines entre la vibration sonore et la\nvibration lumineuse, on ne saurait préciser scientifiquement la couleur de\nchaque lettre et les nuances perçues sont du domaine de la pathologie ».\n    Et maintenant marchons ensemble, chacun vers son vouloir, comme\naurait dit le Maître, et sans ergoter en route sur des minuties de théories\nabsolues. La Jeune Belgique, qui toujours proclama la liberté complète de\nl'Art individuel, a le droit de se féliciter du retour inopiné de ces trois\nartistes.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "                                  — 286 —\n\n\n                         DEUXIÈME ÉDITION DÉFINITIVE\n\n    Le Maître n'est pas content, il répond aux protestataires dans le dernier\nnuméro de la Wallonie. Voici :\n    « Mon amitié et mon admiration pour ces poètes, qui écrivent avec MOI\naux Écrits pour l'Art et à la Wallonie, M'ont seules incité à déranger\nl'ordre de Mon article pour intercaler leurs noms. »\n    Il n'est guère poli, le Maître, quand il daigne se déranger à répondre.\n    « Il convient de décharger la Direction des Écrits pour l'Art, de cette\naccusation, que la Déclaration mise en tête du numéro de novembre parut\nà l'insu des Rédacteurs. »\n    Donc, voilà M. Dubedat déchargé par M. Ghil. Grand bien lui fasse!\n    « Ce qu'ils (les dissidents) expriment encore sur le vers [moins l'admission\ndu vers libre qui n'est pour Moi que recommencement ou diminution de\nl'alexandrin] sur la rime et la strophe : tout cela n'est qu'un commentaire,\ncommentaire qui, tout en voulant M'accuser d'étroitesse, se trouve seul\nétroit et ratiocine. »\n   Voilà que, d'après le Maître, MM. Achile Delaroche, Albert Saint-Paul\net Albert Mockel ne sont plus que ses commentateurs !\n   C'est peu aimable et peu reconnaissant.\n   « Tout poète digne de ce nom doit être philosophique : c'est vrai, et c'est\nLE TRAITÉ DU VERBE qui l'a dit le premier parmi les sarcasmes ! »\n   Pardon ! Aristote l'avait déjà dit.\n   « Ma meilleure réponse est encore d'adresser ceux qui ne seraient convain­\ncus à MON TRAITÉ DU VERBE (première édition en 85), à l'édition inté­\ngrale de mars 88... »\n   Traité duVerbe, en vente chez Deman, première édition de 85 : 7 francs,\nédition intégrale 88 : 4 francs. Le Verbe s'est fait pas cher; achetez, c'est\npour rien.\n   « Fréquentes et assez nettes pourtant, aux Ecrits et ailleurs, ont été\nMes déclarations quand Quelqu'un (?) par rire négligeable, ou, en quelque\npetit cénacle trop petitement subtil, par calcul sournois, avançait pareille\nchose. »\n   Le nom du traître! Il nous faut le nom du traître qui, par rire négli­\ngeable et par calcul sournois, avançait l'enrégimentation des autres instru­\nmentistes et leur asservissement aux Théories du Maître.\n   « Or, qu'il soit entendu que Mon art est tout individualiste, qu'il n'admet\nqu'une Œuvre, la Mienne... »\n   Oh la la !\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "                                — 287 —\n\n   « Donc, il n'existe pas de groupe philosophique-instrumentiste ». Tant\nmieux! « Il existe une Méthode poétique évolutive-instrumentiste qui est\nMa propriété et qu'il ne me plaira pas qu'on dénature ».\n   Faut pas dénaturer M. Ghil! D'ailleurs, pour que cet accident ne lui\narrive pas, il prendra sans doute bientôt un brevet d'invention.\n   En réponse à ces joyeuses déclarations de principes, MM. Achille Dela­\nroche, Albert Saint-Paul et Albert Mockel dénient que les corrections par\neux demandées aient été faites au manifeste.\n  M. Ghil prétend, au contraire, qu'il leur a soumis les épreuves et que\nquelques-uns même, tels MM. Achille Delaroche et Albert Saint-Paul, indi­\nquèrent des corrections dont l'on tint compte strictement.\n  Qui croire?\n  Le reste n'est guère intéressant : quelques méchantes pointes à l'adresse\ndu Grand-Maître et, pour notre plus grande joie, l'annonce de la doctrine\nphilosophique des trois dissidents.\n\n\n           TROISIÈME ÉDITION DÉFINITIVE SANS ESPRIT DE RETOUR\n\n\n   Notre savant ami M. le Dr Morelle de Trinquelagaupe, dont quelques\ninitiés apprécient les profondes études de pantosynontologie, nous adresse\nla note suivante :\n   « M. Ghil, dans le dernier numéro de la Wallonie, reproche à maints\npoètes de n'avoir point proclamé leur philosophie. Emu de cette lacune et\nfidèle à nos habitudes hypomicrologiquement investigatrices, nous nous\nsommes livré à une enquête expérimentale où nous avons relevé les profes­\nsions systématiques qui suivent :\n   M. Emile Verhaeren. — M'en fous. Reviendrai tantôt.\n   M. Mockel. — Le platonisme est la périphérie entomologique du cadastre\nphénoménal.\n   M. G. Eekhoud. — Fourt! fourt! fourt!\n   M. F. Rotiers. — Râclure de pelle à m\n   M. Gilkin. — Rien n'est vrai! Rien n'est faux! Rien n'est mal! Rien\nn'est bien !\n   M. J. Destrée. — Irréparable.\n  M. Nautet. — Tout est boubouliforme. Au contraire. A moins toute­\nfois... Tout est hors de tout.\n  M. Valère Gille. — Marions la rose et l'épine.\n  M. G. Le Roy. — Oye ! oye ! oye ! ! !\n  M. Maeterlinck. — Seigneur! Seigneur! mon amour boite!\n                        O ce lys jaloux sur la dune :\n                        Des punaises dans une boîte\n                        Et des carottes dans la lune.\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "                                  — 288 —\n\n   M. Giraud. — Hors du siècle, monsieur !\n   M. Jilman. — Raccommodez le chien d'Alcibiade!\n   M. Severin. — Blanc partout.\n   M. De Groitx. — Sales bêtes !\n   M. Th. Hannon. — Cocher! à la Renaissance!\n  M. Adolphe Frères. — (Sans profession).\n  M. Léon Dardenne. — Ça peut.\n  M. André Fontainas. — Ara, bataille de fleurs.\n  M. A. Rimbaud. — La tienne, si toujours le délice!\n   Tabibitte. — A la tienne, mon vieux !\n  Pinolet. — Où peut-on être mieux, etc.\n  Mme Desbordes. — Après coup !\n  Tels sont les aphorismes et les devises que j'ai recueillis au petit bonheur\nde la plume ».\n  Nous livrons avec plaisir à nos lecteurs les découvertes du savant acadé­\nmicien\n                                                                HIXE.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 288, "page_fin": 289, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "SONNETS MATURITÉ", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", 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VOIS\n   LA MORT te regarder DU FOND de tes YEUX FROIDS.\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "                                 — 289 —\n\n\n                  POUR CELLE QUI EST TRISTE\n\n    Le doux rêve d'aimer s'efface de son âme,\n    Lac d'azur ébloui par l'oiseau qui Va fui.\n    L'opale qui s'éteint, de sa mourante flamme,\n    Jette un dernier éclat sanglant en cette nuit.\n\n    Dans le ciel de son cœur une lueur cruelle\n    A griffé la splendeur de son vierge idéal;\n    Il saigne du silence en son cœur virginal\n    Et l'ombre lentement s'enténèbre autour d'elle.\n\n    Elle a croisé les mains sur son sein douloureux\n    Et baissé ses longs cils sur ses tristes yeux bleus :\n    « Seigneur, préservez-moi de cette vie infâme\n\n    « Ou tout n 'est qu'un adieu de ce qui fut aimé ;\n    « Quelqu'un de l'autrefois, un cher, un bien-aimé,\n    « Quelqu'un du souvenir s'est éteint dans mon âme. »\n\n                                                MAURICE DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 293, "titre_corps": "Scènes de la vie de caserne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Chapaux", "ancre_debut": "SCÈNES DE LA VIE DE CASERNE", "ancre_fin": "ALBERT CHAPAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 875, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "SCÈNES DE LA VIE DE CASERNE\n                                                  A MON AMI IWAN GlLKIN.\n\n\n                                      I\n\n                             LES « BLEUS »\n\n             Lesmiliciens arrivaient un à un, — car ce jour-là avait été\n               désigné pour la rentrée des classes — et au fur et à mesure\n               qu'ils se présentaient, le brigadier instructeur — bon gros\n               garçon à la figure réjouie, qu'on avait surnommé Sandieu à\ncause de son juron favori — leur prenait leur feuille de route, les conduisait\nà la cantine, où chacun lui offrait le « schnick » traditionnel, puis les ame­\nnait dans la chambre, où nous, les volontaires engagés depuis plusieurs\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "                                  — 290 —\n\n jours, nous nous ébaudissions de leurs têtes ahuries, des accoutrements\n divers et bizarres de ces gens que nous traitions dédaigneusement de « pay­\n sans ».\n   Les chambrées avaient été préparées pour les recevoir : les couchettes,\navec des fournitures toutes neuves et des draps très blancs, s'alignaient\nirréprochablement, et, devant chacune, sur le sol, était écrit à la craie le\nnom de l'homme qui devait l'occuper.\n   Et toute la soirée, ce fut un défilé : les uns, vêtus d'un sarrau neuf et\nd'une casquette de soie, le visage coloré d'un rouge ardent par le nombre\ncolossal des boissons bues pour enterrer l'ancienne existence et se cuirasser\ncontre cette future vie militaire, dont les vieux, au village, leur faisaient\ndepuis l'enfance un tableau effrayant, — entraient avec des titubances\ninquiétantes, se déshabillaient avec l'assistance du brigadier Sandieu, et se\ncouchaient, et bientôt claironnaient leurs sonores ronflements.\n   D'autres, que les parents avaient sermonnés d'importance avant le départ,\nà qui ils avaient recommandé surtout « den' nin s'soulè » — plus dignes,\ns'asseyaient sur leur lit, et se communiquaient leurs impressions.\n   Parfois un milicien arrivait d'une ville de province; celui-ci s'était revêtu\ndes habits de fête pour « faire de l'effet sur les supérieurs » ; et il entrait\ndans la chambre en saluant cérémonieusement, avec une mine affable, se\nprésentant d'un air aimable, toujours pour « l'effet ».\n   Alors la conversation devint générale; mais pas un n'exprimait ces regrets\nqu'a forgés l'imagination de certains romanciers : le regret du home\npaternel, de la glèbe à laquelle le sort les arrachait impitoyablement, du\ntravail rude de la charrue ; pas un non plus ne parlait de l'idéalisée et\ntendre promise qui l'attendrait là-bas, au village, pendant quatre ans, qu'il\navait quittée avec des larmes, et qui lui avait juré d'être fidèle pendant la\nlongue absence et d'écrire souvent, très souvent.\n   Non, au milieu de la suffocante fumée d'un tabac exécrable, ils racon­\ntaient leurs craintes. Ah ! les vieux le leur avaient bien dit : ils allaient en\nêtre accablés, de mauvais traitements, et il faudrait obéir toujours, et sans\nmurmurer, — et la nourriture! Ça surtout : « Toudî del soupe et del rata-\ntouïe ! »\n   Et la conversation s'animait, lorsque la porte s'ouvrit brusquement et un\nmaréchal-des-logis, assez jeune, entra en criant :\n   — « Eh bien! tas d'N... de D... ! Pas encore couchés?... Voulez-vous\nbien vous f... au lit, et plus vite que ça? »\n   En un clin d'ceil, les nouveaux furent couchés et le maréchal-des-logis\ns'assura que tout le monde était présent, dévisageant avec impertinence cha-\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "                                  — 291 —\n\ncun de ces hommes qui le regardaient avec des yeux craintifs et leur décochant\ndes plaisanteries d'un goût douteux; puis il se retira en recommandant\nd'être levé, le lendemain, « au réveil, savez-vous ! »\n   Peu après retentit dans la cour de la caserne une sonnerie de trompette,\nassez longue et très lugubre ; c'était la sonnerie pour l'extinction des feux.\n   Bien des fois, depuis, j'ai entendu ces sons cuivrés traverser monotone­\nment l'air calme et silencieux de la nuit et, chaque fois, j'ai involontaire­\nment frissonné, tant les vibrations de cette étrange sonnerie pénètrent sour­\ndement, avec un bruissement douloureux, jusqu'au plus intime de l'âme.\n   Cette nuit-là, les farces traditionnelles ne manquèrent pas, et plus d'un\n« bleu » qui s'était endormi tranquillement et que le rêve avait transporté\nau foyer paternel, se réveilla brusquement, le nez à terre, son lit tout entier,\ny compris la couchette, retourné sur lui, tandis que les « brimadeurs »\ns'enfuyaient dans le corridor avec des rires étouffés.\n   Plus d'un se réveilla dans la nuit, pris de démangeaisons exaspérées et se\ngratta jusqu'au matin. Encore une de ces grossières plaisanteries des\n« anciens » qui imprègnent les draps de lit de poussière de cheval.\n   C'est là le « Baptême de la Ligne » des troupiers, que tout « bleu » doit\nsubir, et malheur à celui qui se fâche, car de longtemps il ne parviendra à\ndormir tranquille.\n   Du reste, on se console en se promettant, quand on sera à son tour un\n« ancien » — de faire quelques-unes de ces « bonnes » farces.\n\n\n                                       II\n\n                               LE PANSAGE\n   Comprenez-vous mon étonnement de me voir un matin, dans un inter­\nvalle de ces grandes écuries — où une chaleur lourde et animale tombait —\nles manches retroussées jusqu'au coude, les pieds dans de gros sabots de\npaille, une brosse à la main...\n   Non seulement mon étonnement, mais encore ma déception : j'étais\nengagé depuis une huitaine de jours. Que voulez-vous : une idée qui m'avait\npris, un dégoût des études et de la férule de messieurs les professeurs, la\nlassitude d'obéir toujours — puis aussi une admiration que j'avais pour\nl'uniforme rouge et jaune, une vocation particulière pour l'équitation et les\narmes...\n   Mais aurais-je seulement pu me figurer qu'après avoir pendant des années\nscandé des vers latins et grecs, pendant des années récité les discours de\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "                                  — 292 —\n\n\n Cicéron et déclamé les poésies de Virgile, toute cette science qui s'était\n amassée là, au fond de ma jeune cervelle, viendrait échouer devant mon\n ignorance sur la manière de brosser un cheval, de lui peigner la crinière,\n — devant l'Art du Pansage, enfin.\n    Et cependant, la réalité était là : depuis deux jours je me promenais dans\n un pantalon de toile dix fois trop large, les mains en poche, une pipe de\n terre en bouche, le bonnet de police — dont la floche, perpétuellement\n ballotante, agaçait — couché sur l'oreille droite, — tout à fait l'air du vieux\n Dagobert dans le Juif Errant ; du moins je me le figurais, et j'en étais\n fier!\n    Je ne voyais pas les «anciens » qui, à la porte des écuries, me montraient\n du doigt, et riaient en disant : « Bleu ! »\n    J'eus vite appris comment on entre dans la litière du cheval en lui parlant\n pour l'empêcher de ruer, comment on prend du fumier (ô ma pauvre poésie)\n pour « bouchonner » le cheval, comment on lui lève le pied pour nettoyer\n la « fourchette », com.ment on lui fait la toilette, comment on lui graisse\n les sabots, — enfin le métier de palefrenier et de garçon d'écurie...\n    Et je brossais, je brossais tout rêveur mon brave cheval — dont les gros\n yeux me regardaient d'un air bénévolement doux — heureux quand le\n maréchal-des-logis, un grand sec, assez jeune encore quoique complètement\n chauve, qui criait très fort sur les hommes, me disait :\n    — « Allons, courage, garçon, brossez fort, là, sur l'épaule, qui est encore\n mouillée... Allons donc, empoignez-moi un « bouchon » de fumier et\n frottez ferme...\n    Puis, élevant la voix d'un ton irrité :\n    — « De quoi! des manières à présent ! Attendez, on va flanquer Môssieu\n sous la pompe, et c'est vous qu'on bouchonnera!...\n    Et moi, pris d'une frayeur, je me baissais lestement, je prenais la paille\n à pleines mains, et je frottais!...\n    — Un seau pour l'éponge, cria la voix forte du maréchal-des-logis.\n    — Qu'est-ce que cela pourrait bien être, l'éponge, me demandai-je?\n    On apporta un seau au milieu de l'écurie, et chacun, prenant l'éponge\nque contenait son petit sac à pansage, alla la mouiller et revint à son inter­\nvalle\n   J'examinais attentivement les mouvements de mon voisin : je le vis déta­\ncher son cheval de la crèche et le retourner dans la litière : puis il frotta\nles yeux et les naseaux; alors il le rattacha et vint lui lever la queue\n   Horreur ! Je me détournai, scandalisé !\n   Hélas ! le maréchal-des-logis, ce terrible sec, m'avait vu, et aussitôt :\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "                                 — 293 —\n\n   — Eh bien ! on n'éponge pas?\n   — Mais, maréchal, je ne savais pas!...\n   — Sacré clampin, va, cria-t-il, en me saisissant le bras, vas-tu éponger\nton cheval, ou jeté couche ce soir avec Mme Sapin\n   Madame Sapin — je ne connaissais pas cela, n'en ayant jamais entendu\nparler, mais ça devait être drôle et terrible, car les « anciens » d'à côté\ns'étaient mis à rire, et je ne sais pourquoi, tout ce qui paraissait comique\ndans cette caserne commençait à me faire peur.\n   Je me résignai tristement à ma besogne, mais c'est du bout des doigts\nque je tenais l'éponge, les lèvres pincées, le front rouge de gêne...\n   Enfin le maréchal-des-logis crie : « l'avoine » et chacun donne à son\ncheval la musette d'avoine que les hommes de garde ont placées devant les\nintervalles\n   Le pansage est fini : on remet la veste d'écurie, après avoir enfermé\nl'étrille, la brosse et l'éponge dans le sac à pansage; les hommes chantent,\ntout joyeux ; la plupart achètent avant de remonter un paquet de beurre\nd'un sou enveloppé dans un infect morceau de journal, à la cantinière, —\nune grosse, à la face vulgaire et rubiconde, qui sent très mauvais, et que je\ntoise d'un air dégoûté\n   Un gros soldat monte l'escalier à côté de moi, et me pousse du coude :\n   — « Eh bien! dit-il, qu'est-ce que vous pense de ça...\n   — « C'est bien dur, allez, Monsieur, lui dis-je poliment, tout fier qu'un\n« ancien » m'adressât la parole...\n   — « Sois pas peur, fieu, on vous aura encore autrement        »\n         Et tous les autres d'éclater de rire.\n   Longtemps encore résonnèrent à mes oreilles les paroles grossières et\nimpitoyablement railleuses et tristes, du gros soldat, — mort à l'heure\nqu'il est.\n                                                     ALBERT CHAPAUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 297, "titre_corps": "Chronique littéraire : Serres chaudes", "titre_sommaire": "Les Serres chaudes", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                        I\n\n      Serres chaudes, par MAURICE MAETERLINCK; frontispice et culs de lampe\n              par GEORGES MINNE. — 1 volume, chez Lemerre, à Paris.\n\n               C'est un beau livre que les Serres chaudes de M. Maeterlinck,\n                l'un de nos jeunes poètes les plus puissants et les plus origi­\n                naux. Serres chaudes, tel est bien le titre que nécessitaient\n               ces poèmes moites et luxuriants, éclos dans une atmosphère\n               artificielle sans aucune communication du dehors. L'air qui\nstagne dans ce livre étrange est humide, lourd, chargé de buées tièdes et de\nparfums qui donnent le vertige. « O serre au milieu des forêts ! » s'écrie le\npoète dès le premier vers de son livre. Et nulle phrase ne caractérisera mieux\nson œuvre. Au milieu de la forêt vivante et palpitante son âme végète sous\nverre, dans l'ombre inaccessible aux fraîches brises printanières, aux rayons\nvigoureux du soleil, aux orages tumultueux de la grande vie extérieure.\nDiverses pièces symbolisent ce morne isolement : les Cloches de verre, la\nCloche à Plongeur, d'autres encore.\n   C'est qu'en effet, l'âme qui se plaint dans ces vers monotones et doulou­\nreux comme les litanies de la liturgie catholique, est une grande solitaire :\nElle vit loin des autres âmes. Mais à travers les vitrages bleus de la serre\nemblématique qui lui tient lieu de cloître, le poète regarde parfois s'agiter,\nde l'autre côté des cloisons transparentes, les forces actives du monde. Alors\nles regrets et les désirs lui serrent le cœur et il s'écrie douloureusement ;\n« O mon âme, vraiment trop à l'abri ! » ou bien il pousse ce cri désespéré :\n« Mon Dieu, mon Dieu ! quand aurons-nous la pluie — et la neige et le\nvent dans la serre ! » C'est ainsi que du fond de leur retraite, les ascètes, en\nleurs jours de découragement ou de tentation, aspirent parfois à ce monde\ndont ils abhorrent cependant les hontes et les crimes.\n   Dans son livre, M. Maeterlinck nous apparaît comme un mystique. Tel\nnous le confirme, d'ailleurs, l'annonce de sa traduction d'une œuvre de\nRuysbroeck l'Admirable, le grand docteur mystique de l'abbaye de Groe­\nnendael. Tout son livre n'est guère que l'entretien d'une âme pécheresse et\nrepentante avec son Dieu. Pour elle le monde extérieur n'existe plus qu'à\nl'état de fantôme ou d'images. Les êtres sont non plus des réalités objectives,\nmais seulement des figures, des hiérogrammes qui traduisent les mouve­\nments de sa conscience. Aussi la langue que parle M. Maeterlinck est-elle\ntoute symbolique et n'offre-t-elle aux yeux du lecteur superficiel qu'un amal­\ngame incohérent de métaphores désorbitées. Il faut, pour comprendre ce\ngenre d'ouvrages, faire abstraction de toute théorie naturaliste. Ne deman­\ndez pas aux poètes symbolistes de vous peindre des tableaux vraisemblables\navec des couleurs justes : tout, chez eux, — couleurs, lignes, personnes ou\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3096, "texte": "                                    — 295 —\n\n\nobjets, et compositions d'ensemble, — toutes ces choses ne sont que des\nsynthèses de signes et ne valent que par leur signification. Mais c'est là un\ngenre non moins dangereux qu'intéressant, car la limite entre l'œuvre d'art\net le rébus est parfois vacillante et pour ne point tomber dans le charabia\nplus ou moins ésotérique il faut à l'artiste une faculté de conception plas­\ntique d'une vigueur peu commune. Cette faculté, M. Maeterlinck la pos­\nsède éminemment, comme il est facile de s'en convaincre en lisant, par\nexemple, les pièces intitulées : Offrande obscure, Feuillage du cœur,\nReflets, et tant d'autres. La langue en est ferme et claire, les images puis­\nsantes et sévèrement choisies dans un ordre d'analogie unique : elles sont\ntoutes réductibles à l'idée-mère qui obsède l'âme du poète et qui fait l'âme\nde son livre.\n   Cette idée, la voici : Tout, dans l'univers comme dans ma vie manque\nsa destinée; le but n'est jamais atteint, il n'y a que dévoiement, déséquilibre,\ndissonance, désharmonie. Moi, qui étais appelé à rester pur, je suis rem­\npli de tentations et de péchés, et je me lamente dans une étouffante soli­\ntude au lieu de vivre ma vie au clair soleil. Et à travers l'anomalie de mon\nexistence m'est révélée l'anomalie universelle des choses du monde ambiant.\n   Cette idée donne la clé de toutes ces visions dont la bizarrerie n'est qu'ap­\nparente : « Les pensées d'une princesse qui a faim... L'ennui d'un matelot\ndans le désert... Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal... Des\nlions noyés au soleil... » Tels encore ces beaux vers :\n                            Voyez les malades sans feu\n                            Et les agneaux brouter la neige :\n                            A y e z pitié de tout, mon Dieu !\n\n   Et ces autres encore :\n                        Je pleure les lèvres fanées\n                        Où les baisers ne sont pas nés\n                        Et les désirs abandonnés\n                        Sous les tristesses moissonnées.\n\n   « Mon âme est pâle d'impuissance » dira-t-il ailleurs. Enfin, une longue\npièce en prose, Hôpital, symbolise la pensée fondamentale avec une rare\nintensité. Un hôpital s'élève au bord d'un large canal où passent des\ntransatlantiques. Dans la salle, pour se réchauffer, les malades, malgré les\nchaleurs de juillet, ont besoin de feu. De leur lit ils entendent les sifflets des\nsteamers et le bruit des écluses ; et voici que dans la vaste chambre obscure\net morne, entrent confusément les images du dehors, mais attristées, défor­\nmées par les caprices maladifs des cerveaux détraqués :... des émigrants\ntraversant un palais... un yacht sous la tempête... des troupeaux sur les\nnavires... une forêt pleine de blessés... — Le clair de lune, si pur et si\nadoucissant, épand soudain sa clarté bienfaisante; aussitôt les images\ndeviennent virginales et divinement pâles. Mais que la sœur de charité\nattise le feu ; excitées par les flammes, les visions se montrent poignantes et\nterribles. Et toutes, douces ou cruelles, expriment l'éternelle incohérence,\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "                                   — 296 —\n\n— que ce soit « un festin dans une forêt vierge, — Et une végétation orien­\ntale dans une grotte de glace », — ou bien « un bateau de blessés ballotté\nau clair de la lune,... des princesses qui vont mourir en un champ de\nciguës. »\n   Cette désolante contemplation de soi-même et du monde laisse dans\nl'âme une tristesse douloureuse. Invinciblement elle aspire à quelque molle\ncaresse lénifiante et balsamique qui calmera ses souffrances. Dans l'ordre\ndes images symboliques familières au poète, cet apaisement souhaité, cette\npaix si douce, si frêle, un peu maladive encore, telle qu'elle apparaît dans\nles vœux des pauvres patients qui s'éteignent jour à jour en un lit d'hôpital,\nest figurée par la lumière mystérieuse de la lune. L'éclat du soleil, la pleine\nardeur de la vie, frapperait d'un éblouissement insoutenable les yeux affai­\nblis du solitaire des Serres chaudes ; la mysticité tendre et froide et pour­\ntant si consolante des silencieuses clartés lunaires répond seule à ses\nétranges désirs. Voilà pourquoi la plupart des petits poèmes des Serres\nchaudes se terminent en un bleuâtre clair de lune. C'est vers la lune que\nmontent douloureusement les sombres végétations des désirs et des remords;\nc'est vers elle que s'élancent les prières des jets d'eau, les puretés des lys mys­\ntiques; tout cela veut, comme dit le poète « jaillir vers la lune absolue ».\nElle obsède son imagination ; elle est l'idéal contemplé dans la monotonie\nd'une idée fixe. Et pourtant ce n'est qu'un idéal de malade, qui ne saurait\nassouvir complètement un cœur où s'agitent parfois encore les sourds\ninstincts de la vie. Aussi le livre se ferme-t-il sur ce cri désespéré :\n                        Mon âme en est triste à la fin ;\n                        Elle est triste enfin d'être lasse\n                        Elle est lasse enfin d'être en vain\n\n   Mais dans ces souffrances nul égoïsme. Toutes les grandes âmes\ndébordent de pitié, même pour les êtres mauvais, même pour les cœurs\ncruels ; car elles savent que toute méchanceté est souffrance pour le\nméchant non moins que pour sa victime. Le livre de M. Maeterlinck est\nun long hymne de compassion. « Ayez pitié ! » Tel est le cri qui inces­\nsamment monte de ses lèvres vers le Dieu qui écoute ses plaintes. « Ayez\npitié du mal des lèvres... Ayez pitié du lin des lombes... Ayez pitié de tout,\nmon Dieu ! »\n   Un mot de la forme. Le livre de M. Maeterlinck renferme des pièces en\nvers et des pièces en prose. Ce mélange choque un peu nos habitudes\nd'ordre et de symétrie. Il nous paraît d'ailleurs que les morceaux de prose\neussent gagné à se métamorphoser en véritables poèmes rythmés et rimés.\nDans l'esprit d'un poète savant et réfléchi, tel que M. Maeterlinck, les idées\net les images, en passant à travers les étroites difficultés de la rime et du\nnombre acquièrent, par la compression qu'elles subissent, une intensité,\nune solidité, un éclat, bref, ce quelque chose de définitif qu'elles ne trou­\nvent guère dans le relâchement de la prose dite poétique. Cette prose, on a\nbeau l'écrire en pseudo-vers, en alinéas déterminés par des virgules ou la\npartager en petits membres à peu près symétriques, comme les vocatifs\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "                                        297\n\nmultipliés des litanies liturgiques, ce n'est jamais que de la prose. Le typo­\ngraphe l'aligne autrement, voilà tout. Cela ressemble à la traduction d'une\npoésie étrangère, mais en français c'est de la prose. Ces réserves formu­\nlées, il va de soi que l'emploi d'une pareille prose est parfaitement légitime.\n   Quant aux vers de M. Maeterlinck, ils sont admirablement formés; leur\npuissante concentration même les rend, à première vue, obscurs pour le\nlecteur pressé ou inattentif: ceux qui savent apprécier le « faire » d'un\nartiste, admireront au contraire leur sonorité pleine, lente et grave, la\nbeauté des rimes, l'extraordinaire concision des strophes, ainsi que la par­\nfaite correction des phrases qui peignent les choses les plus subtiles des\nténèbres.\n   Les Serres chaudes, luxueusement imprimées, à Gand, par M. Louis\nVan Melle, sont commentées par de très belles gravures de M. Georges\nMinne. Le frontispice nous apparaît comme une œuvre remarquable. La\ncomposition en est d'une originalité hardie et l'exécution d'une sûreté qui\nétonne. Nous offrons ici au jeune artiste le suffrage d'une vive admiration.\n                                                            IWAN GILKIN.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 297, "page_fin": 299, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Trottoir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "II Le Trottoir", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III Le Théâtre contemporain", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "II\n\n         Le Trottoir,   par JAMES VAXDRUXEX. Un vol., chez Mme Ve Monnom.\n\n   M. James Vandrunen est un artiste très personnel de la lignée littéraire\ndes Goncourt. Il a publié d'abord Flemm-Oso qui fit émotion sans qu'on\nsût encore de qui venait le talent si spontané qui marquait de l'originalité\nla plus intime chaque page de ce livre. Plus tard, il signa la légende de\nQuillebœuf, les Forêts, Elles, toutes plaquettes dont les deux dernières\nsont composées de croquis, car c'est avant tout un regardeur, un croqueur\nde vie menue qui « attrape » au passage de tout ce qui passe, des caracté­\nristiques de gens et de choses, les sépare habilement, les isole de leur milieu\nbanal et remet la nature à sa place, dans ses plis.\n    Il est doué pour ce travail d'observateur moderne, d'un œil extraordinai­\nrement coloriste et du flair compliqué et sensible qu'il faut à ces chasseurs\nde détails, de détails imperceptibles, superficiels, dermiques et épidermi­\nques. Il est doué du tact nerveux, de la souplesse et de la finesse sensorielles,\nsans lesquels, on ne saurait, avec cette précision juste qui saute à la pointe\nextrême et se faufile et s'insinue au creux le plus dissimulé des choses, filer,\nà travers la grosse foule de vie, la petite bête caractéristique, la petite bête,\nessence de vie, à piquer sur le papier.\n    Ce sont ces qualités dont je parle qui le ramènent à la lignée des Goncourt\net, corrélativement, un style où ces qualités de sensibilité et de coloris, très\nsurexcitées, se résolvent en sensualité. Néanmoins, c'est une sensualité d'art\net cultivée, dont le son n'est jamais vulgaire; si délicate, si chatouilleuse,\ndirait-on, qu'elle résonne et se modifie de ton au moindre attouchement et\nsi, parfois, elle se pose un instant dans une tonalité bizarre et ose quelque\ndissonance cynique, c'est l'œuvre du scepticisme qui passe, mais ne fait que\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "                                  — 298 —\n\npasser, après quoi le petit livre reprendra ses jolies chansons d'amour\npaïen. Quelles délicieuses harmonies de couleur et quelle presque chasteté à\nfleur de sens dans cette légende de Quillebœuf! Dans Elles, ces croquis,\nnon point de femmes mais de féminité, ces croquis de nu-féminin habillé\nde fins détails de nature accrochés aux tournants des lignes — et cela\nfait avec des reflets de ce crayonnage de couleurs dans un peu de psycho­\nlogie comme si toute cette odorante chair de batiste avait la nostalgie de\nson âme perdue, — dans Elles tout n'est qu'amour, amour modernisé, super­\nficialisé sans doute, amour de passage mais traité avec des égards, des\négards de vision et d'expression qui sont d'un poète et non de ces réalistes\nuniquement matériels qu'on pourrait nommer : brutalistes.\n   Le Trottoir, le petit livre nouveau de James Vandrunen, écrit dans la\nforme récente que j'ai essayé de montrer a, par la pensée, des rapproche­\nments avec Flemm-Oso. Cette pensée s'y élargit et s'y généralise et s'y\nabstractise, pour ainsi dire, en dépit de l'écriture qui conserve, en contact\navec la vie active, avec la vie qui remue... et ne va guère, ses aspects\nmouvants, capricieux, légers, kaleïdoscopiques, ses croquades par lignes\nhachées. L'observation toujours bien vivante se synthétise d'avantage dans\nla pensée d'un misanthrope qui s'est remis à revoir la vie de haut et à laisser,\nde là, tomber doucement sur elle un peu de sa philosophie, assez curieux\nencore, pour avancer la tête afin de voir où elle tombe.\n   Dans ce titre : Le Trottoir, il faut voir cette légère indication de\nmépris misanthropique à l'endroit du morceau de vie qu'il esquisse. Ce\nn'est pas tout bonnement ce que l'on voit dans la rue, c'est aussi ce qu'en le\nvoyant, on pense de la vie qui s'y meut, de la vie moderne qui a pris la rue\npour scène de ses exploits « démocrasseux » — le mot est de l'auteur.\nLes quelques lignes suivantes donneront toute l'explication de son petit\nbouquin :\n    « Le trottoir, dont le nom est à la fois canaille et drôle, puisque c'est à\ncôté seulement que passe le trot ; le trottoir qui reçoit les émanations des\nhautes maisonnées où les existences s'empilent; le trottoir complaisant à\ntous et s'en fichant au point de compagnonner avec le ruisseau, cousin de\nl'égout; le trottoir, par le hasard des rencontres, est l'instrument du destin.\nEt c'est surtout le grand confident de la vie, ce ramasseur de toutes les\nboues. Sur ses dalles râclées par toutes savates, viennent échouer les vieilles\nréclames et les fleurs mortes, les triomphes de la veille et les paperasses\ncouvertes d'engagements bien signés. Gouailleur et cynique, le trottoir,\nindifféremment, accueille les férocités de la vantardise repue et le fiel des\nhaines qui complotent, l'effronterie des tire-laine et la morgue du nouveau\ndécoré; le poète y pêche des songes, de jeunes ambitions y échafaudent\nl'avenir, des rêves y tombent, l'aile cassée, dans le crachat du voyou, et la\nfille à louer, le caresse des volants de sa robe neuve. Le meurtre fouinard et\nles utopies du moraliste se mêlent dans ce pétrissage d'êtres avec de l'indif­\nférence, du mépris, de la haine.\n    « Puis une averse, lavage venu du ciel, fait du tout une bourbe gluante qui\nentraîne détritus et déchets et ce qui fut succès et tapage. La rue emporte\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 542, "texte": "                                   — 299 —\n\n\nau néant de l'oubli, les réputations en carton, les oripeaux fanés, les\ngloires démodées, hontes et scandales, astres usés, paillettes arrachées à\nnos illusions, toute la dédorure du monde.\n   « La rue est l'égout de l'humanité; un égout placé sur l'autre. Et l'on a\nréservé le premier étage pour la dignité de l'homme. »\n   Le petit livre est édité avec soin par la maison Monnom.\n\n                                                      H E N R Y MAUBEL.\n\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 299, "page_fin": 300, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Théâtre contemporain", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "III Le Théâtre contemporain", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV Parallèlement", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 2947, "texte": "III\nLe Théâtre contemporain (tome III), par JULES BARBEY D'AURÉVILLY. — Paris, Quantin.\n\n   Le tome troisième du Théâtre contemporain de Jules Barbey d'Aurevilly\nvient de paraître chez Quantin. Les feuilletons dramatiques du « chouan »,\nd'un esprit lancéolé et d'une verve puissante, n'ont rien perdu de leur\nactualité. Ils mettent en lumière, ironiquement, la décadence du théâtre\ncontemporain. Quand on parcourt cette série d'articles, dont le premier\nporte la date du 7 mai 1869, et dont le dernier fut écrit le 12 juin 1870,\non est frappé de la nullité et du vide de cette saison dramatique. Une\nreprise de Lucrèce Borgia, une farce de Labiche : Le plus heureux des\ntrois, une reprise de Dalila, attirent l'œil au milieu de la table des matières.\nLe reste? Néant.\n   Barbey, comme Théophile Gautier, supporte allègrement, fièrement, le\npoids du feuilleton théâtral. La princesse des contes, quand elle ouvrait la\nbouche, laissait tomber à la fois des rubis et des crapauds. Le feuilleton­\nniste dramatique, quand il s'appelle d'Aurévilly, avale des crapauds et rend\ndes rubis. Barbey n'est jamais plus militant, plus superbe, que lorsqu'il est\nconfronté avec une des mille têtes de la bêtise contemporaine. Une espèce\nde bon sens héroïque transfigure ces pages de critique, pleines d'un esprit\ninfernal, et dont la piaffe et la caracole commandent la sympathie. Ce n'est\npas écrit dans le sens de M. Catulle Mendès, ce mandarin des bateaux de\nfleurs, ce grammairien des problèmes érotiques. On pense bien qu'un\nBarbey ne lèche pas. Ce n'est pas écrit, c'est parlé sur le papier, d'une encre\néloquente et hardiment gauloise. Ce ne sont pas des feuilletons, mais des\nconversations à l'emporte-parole, avec les lecteurs du journal, — qui ne\ndisent rien.\n   Nous avons savouré un article sur M. Ponsard, à propos du Lion amou-\nreux, — n'est-ce pas Canova qui fit un jour un lion en beurre? — un\nsuperbe et fiévreux éloge d'une tragédienne éclipsée par Mme Agar,\nM lle Karoly, que Barbey appelle « la dernière grande expression de la Tra­\ngédie », un éclatant hommage à la vieillesse de Frederick Lemaître, dont il\ndit que « jamais plus mâle encolure animale n'a été donnée au génie », des\npages curieuses, piquantes, et impartiales — oui, impartiales! — sur la\nDalila de M. Octave Feuillet, une œuvre ! Et des mots à bec d'aigle, rouge\ndu sang des volailles dramatiques! La poésie de M. Ponsard est « une\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "                                    — 300 —\n\npoésie pomme de terre », M. Emile Chasles, le fils de Philarète, « com­\npromet la piquante figure de son père en étant son fils », et ce mot terrible\nde comique, à propos de MM. Ponsard et Augier : « Ils ont la même laine\ndans le bec », et ce jugement sur M. Sardou : « Un grand harpiste de\nficelles », etc., etc. !\n   Barbey d'Aurevilly n'a rien à perdre à la publication de son œuvre de\njournaliste. Bien au contraire. Elle montre qu'il n'a jamais transigé, ni avec\nsa conscience artistique, ni même avec ses caprices. Bien des esthètes, qui,\naprès avoir été des saute-journaux, dédaignent la critique journalière,\npourraient-ils jurer que l'exemple de d'Aurevilly ne leur reproche rien?\n                                                       ALBERT GIRAUD.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 301, "titre_corps": "Chronique littéraire : Parallèlement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Adolphe Frères", "ancre_debut": "IV Parallèlement", "ancre_fin": "ADOLPHE FRÈRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L auteur des Contes cruels", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 848, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "IV\n               Parallèlement,   par PAUL VERLAINE. — Paris, Vanier.\n\n   Avant Sagesse déjà, l'art de Paul Verlaine, tout objectif jusqu'alors,\ncommence à se modifier. Au lieu de ressusciter des époques fanées, de les\norner de tout le charme étrange de sa vision personnelle, au lieu de faire\nchanter aux êtres et aux choses les douces défaillances de son cœur à peine\ntriste, joyeux à peine, voici que le poète subjective son art, j'entends par là\nque, cessant de concrétiser son moi dans des similitudes, il révèle son âme\nsans plus d'intermédiaire. Pourquoi l'analyse du : Moi, qui aboutit à :\nParallèlement, ce livre désolant pour les admirateurs du poète, s'incarna­\nt-elle au début dans un pur chef-d'œuvre, Sagesse? Voici : il se trouve deux\nhommes en Paul Verlaine : le croyant simple et na'if, le primitif ébloui par\nla sereine blancheur des églises et des vierges auréolées, le religieux de\ncœur et d'yeux bien plus que d'esprit, et puis le passionné que sa passion\ndétraque, \" l'amateur des belles boubouches \", comme il le dit lui-même.\nDans Sagesse, ce délicieux cantique aux mélodies blanches harmonisées\nd'or pâle, le poète se retrouvait avec son art délicat, ses couleurs tendres un\npeu fanées, et cette subtile teinte de mélancolie qu'il appelle ailleurs :\n                 Un ennui d'on ne sait quoi qui vous    afflige.\n\n   Mais, voici que, pour se montrer tout comme il est, ce que son art n'exi­\ngeait nullement, il continue son analyse et montre le passionné, le vicieux\nqu'il est.\n   Le vice peut, aujourd'hui mieux peut-être que la vertu, banalisée par\ntrop de lieux communs, faire le fond d'oeuvres parfaitement belles; mais il\ndoit pour cela réunir certaines conditions, auxquelles la vertu échapperait\nplus aisément : soit être dépeint philosophiquement, par un esprit saisissant\net notant les causes et les concordances, soit présenter un caractère outran­\ncier, rare, phénoménal, et par conséquent intéressant. Or, Verlaine, s'il\nprésente l'originalité du dualisme exposé plus haut, ne possède point le don\nbaudelairien de l'ultravision, ni l'intensité, l'énormité du vice intéressant\npar lui-même.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "                                  — 301 —\n\n   Son vice est vulgaire, purement et banalement épidermique : c'est le vice\nvadrouille, et la nouvelle œuvre fleure par endroits comme des odeurs de\nbière; ces poésies semblent faites après quelque beuverie ou quelque orgie,\nà un moment où l'impression réelle et végétative à fixer dans les vers n'était\npas dissipée encore, où il vivait trop pour penser : Verlaine fait l'effet\nd'avoir trop vécu sa vie pour la dire.\n   La première partie du volume intitulée : « Les Amies », est une suite de\nsix sonnets, célébrant les amours lesbiennes, et dont l'un rappelle le parfait\npoète des premiers volumes; mais en ce sonnet : le Balcon, tous les autres\npourraient se résumer.\n   La seconde partie : les Filles, encourt particulièrement le reproche osé\ntantôt, de vulgarité dans la passion. C'est l'érotisme, dans son cru, sans\nmême l'originalité de la pudeur, ni de quelque vice de lit un peu étrange.\n   Dans la troisième partie : Révérence parler, — prologue d'un livre dont\nil ne paraîtra que les fragments inclus dans celui-ci, le poète nous dit, à la\nfaçon, quelque peu de Villon, des impressions fugitives, comme en aqua­\nrelles grises, de ses prisons, naguères, en Belgique.\n   La dernière partie du volume, intitulée : Lunes, c'est l'épopée de tout le\ndétraquement passionnel du pauvre Lélian. On a pitié de ce pauvre cœur\nsaturnien s'il en fut, tourmenté de toutes les amours contradictoires et\nsimultanées : amours blanches de jeunesse, et puis cet amour qui de manège\ndevint ménage, et puis enfin d'autres passions suffisamment célèbres.\n   Il est naturel que, dans une œuvre antipathique à sa vision de poète,\nVerlaine n'ait point gardé la langue admirablement souple des volumes\npremiers; les courbes élégantes de ses anciens vers, les sons qui semblaient\nchantés dans une sphère sonore étrangère, comme en des ondes d'éther, ont\nfait place à une langue cassée, où la bizarrerie ne se présente plus spontanée\net motivée, mais à l'état de procédé. Et parfois, le bagou quelque peu\npolisson, ce bagou si charmant dans les vers de Laforgue où le Pierrot\ngamin et sceptique fait la nique à ses chagrins, dépare des pièces maladroi­\ntement, et, dirait-on, sous de simples prétextes métriques. Ajoutez à cela\nl'étrangeté d'un titre qui n'emprunte sa logique qu'à des circonstances\nextrinsèques, et puis cette bouffonnerie : la pièce Charité ajoutée (par l'édi­\nteur?) comme une tentative de corrompre les magistrats vengeurs de la\nmorale outragée, et vous comprendrez la tristesse noire que dégage ce livre\nqu'on espérait grand comme ses aînés. Mais nous espérons fermement que\nceux qui parleront du déclin poétique de Verlaine auront tort, et que ce\nlivre n'est qu'une erreur passagère d'un poète trop haut pour se méconnaître\nlongtemps.\n                                                    ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 301, "titre_corps": "Villiers de l’Isle-Adam", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "L auteur des Contes cruels", "ancre_fin": "notre prochain numéro", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 2860, "fin_caractere_exclue": 3112, "texte": "L'auteur des Contes cruels et de l'Eve future, le comte Villiers\n   de l'Isle-Adam est mort le 19 août à Paris.\n     Nous lui consacrerons une étude dans notre prochain numéro.\n\n                                                                       20\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 302, "page_fin": 304, "titre_corps": "Lettre de Bayreuth", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "LETTRE DE BAYREUTH", "ancre_fin": "au divin Shakespeare", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "LETTRE DE BAYREUTH\n                                                          25 juillet 1889.\n\n               Les représentations qui ont lieu ici en ce moment — Tristan et\n                Iseult, les Maîtres Chanteurs et Parsifal — ont attiré une\n                foule plus nombreuse et plus sympathique encore que celles\n                accourues les années précédentes.\n                   Quel régal aussi que ce choix d'œuvres d'un cachet si diffé­\nrent et cependant toutes si parfaites ! Quelle profondeur dans leur concep­\ntion et quelle perfection dans les moyens d'exécution ! On se sent empoigné\ndès les premiers accords de cette musique si enveloppante et si intimement\nunie au drame qui se déroule. Tout, jusqu'au moindre détail est calculé\nde façon à amener le spectateur à en jouir le plus complètement. Grâce à\nl'obscurité presque complète qui règne dans la salle, permettant ainsi les\njeux de lumière les plus variés sur la scène, l'oeil ne connaît pas la fatigue;\nl'orchestre caché, on le sait, en partie sous la scène même, ne laisse arriver\nà l'oreille que des sonorités fondues et quasi aériennes, banissant à tout\njamais les sons stridents des cuivres qui ont créé à Wagner tant de détrac­\nteurs mal avisés.\n    C'est par cet ensemble de moyens si parfaits qu'il est arrivé à donner à\ndes passages tels que le prélude de Tristan, celui de Parsifal, à l'apothéose\nd'Isolde et la scène sublime du Graal, une intensité d'effets inconnue\njusqu'aujourd'hui qui vous poursuit et vous hante longtemps après votre\nsortie du théâtre, après même votre départ de Bayreuth.\n    Mme Cosima Wagner, dont le savoir musical est bien connu et qui possède\nnaturellement toutes les traditions du Maître, passe ses journées aux répé­\ntitions ; son concours vient puissamment en aide au talent des trois chefs\nd'orchestre qui dirigent chacun une des œuvres. Mottl de Carlsruhe préside\naux destinées de Tristan, tandis que Lévy et Richter dirigent l'un Parsifal,\nl'autre les Maîtres Chanteurs.\n    Le zèle, l'abnégation et la bonne entente des artistes, tous de premier\nordre, qui interprètent à Bayreuth les chefs-d'œuvre du maître allemand,\nsont un facteur important dans la réussite de ces exécutions. Mme Malten,\ndu théâtre de Dresde, a apporté au rôle si complexe de Kundry, dans\nParsifal, le concours de sa voix riche (surtout dans le médium) et de sa\ndéclamation superbe. Beaucoup la préfèrent à la Materna, qui depuis son\nvoyage en Amérique, s'est un peu laissé aller à crier et à chevroter— natu­\nrellement. Mme Sucher, de Berlin, a donné au rôle d'Iseult une interpréta­\ntion empreinte d'un cachet artistique énorme. Son brillant extérieur sur la\nscène, une voix forte et sonore, son jeu entraînant et plein de verve en font\nl'interprète par excellence des rôles wagnériens de femmes passionnées,\ntandis que sa conception poétique la rend capable de personnifier admira­\nblement les héroïnes vierges des drames musicaux du chantre de Bayreuth.\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "                                 — 303 —\n\nMme Dressler nous a fait une moindre impression dans le rôle d'Èva des\nMaîtres et n'a pas su nous faire oublier M lle Bosman.\n   Du côté des hommes, Fr. Betz, de Berlin, fut toujours un des chanteurs\npréférés de Wagner. Il tient, en ce moment ici, le rôle de Hans Sachs qu'il\nsemble toutefois avoir plus fouillé comme cordonnier que comme poète\nphilosophe. Betz a été élu par ses camarades, président du Comité central\nde l'Association des artistes allemands. A côté de lui brille de tout l'éclat\nd'un organe chaud et sympathique le baryton Gura (roi Marke) de Leipzig.\nLa basse Friedrichs, de Brême, a été fort goûtée dans le rôle de Beckmesser\ndes Maîtres-Chanteurs. Nous remarquerons, toutefois, que son interpréta­\ntion s'écarte sensiblement, par un effet de bouffonnerie, de celle qui a été\ndonnée à ce rôle à la création de l'œuvre à Munich, en 1868.\n   Nos compatriotes Van Dyck et Blauwaert se sont taillé dans Parsifal,\nun succès énorme. L'interprétation très travaillée qu'a faite le premier de\nces artistes du rôle du candide ingénu « destiné à chasser toutes les ombres\ndu séjour de la lumineuse foi » a encore surpassé celle qu'il a donnée l'an\ndernier à ce rôle superbe. Sa diction et son jeu remarquables, plus encore\nque sa voix un peu courte, ont été particulièrement appréciés. Blauwaert,\ndans le rôle de Gurnemanz, a été fort fêté. Quelle autorité unie à une\nsobriété de moyens à laquelle ne nous a pas toujours habitué le Spotgeest\nde Peter Benoit! Les Allemands déjà lui prédisent la succession de Scaria.\n   Quant au ténor allemand Gudehus, il a été médiocre dans le rôle de\nWalther. On a dit après qu'il souffrait d'une maladie des cordes vocales.\nIl eût été préférable de lui dire avant, de se faire remplacer.\n   Vogl a été remarquable comme chanteur dans Tristan, comme acteur il\nest bien lourd.\n   Les noms de Reichmann (Amfortas), Wiegand, Hofmüller et de\nMme Standigl complètent la composition de cette troupe brillante et\nhomogène.\n   Aune soirée où Mme Wagner a réuni l'élite des musiciens accourus de tous\ncôtés, nous avons entendu, avec un plaisir infini, Mlle Rosa Papier, mezzo­\nsoprano, de Vienne, douée d'une voix ravissante et appelée à devenir sous\npeu une étoile. Herr Gura y a chanté plusieurs romances de Schubert et de\nLöwe avec beaucoup de sentiment et une belle diction qui nous a fait penser\nà Heuschling. A cette réunion assistaient également plusieurs compositeurs\net dilettantes bien connus à Bayreuth : la duchesse de Mecklembourg, une\nwagnérienne convaincue et sa petite cour; «M. Chamberlain de Londres;\nChabrier; Vincent d'Indy; Leborne; M.^Êascoup, juge d'instruction à\n Paris, dont l'admiration et le dévouement 'pour Wagner datent de 1868;\nnotre compatriote Deppe, qui écrit en ce moment la musique d'un poème\nsymphonique sur un sujet intitulé : Lota, œuvre inédite de notre tant\nregretté fondateur Max Waller. S'y trouvaient également : Van Dyck, frère\nde l'interprète de Parsifal; D'Estranges, critique du Guide musical de\nParis et plusieurs autres membres de la presse parisienne, admirateurs con­\nvaincus du Maître allemand.\n   D'année en année, il est intéressant de voir cette admiration, ce culte,\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "                                — 304 —\n\naller grandissant. Déjà, ils n'étonnent plus que ceux dont un parti pris\naveugle atrophie le jugement. Toutes les discussions soulevées au sujet des\nœuvres de Wagner se sont bien calmées et le dernier mot qui a mis d'accord\nbien des esprits divisés, nous semble avoir été trouvé par Catulle Mendès\ndans sa Théorie wagnérienne, quand il dit : « Ainsi, il s'agit d'un art nou­\nveau. Si vous cherchez la poésie allemande, lisez Gœthe. Si vous voulez la\nmusique allemande, écoutez Beethoven. Si le drame vous attire, allez à\nRichard Wagner ».\n   « Lorsqu'on est assis dans une stalle pour assister à une représentation\nde Lohengrin ou de Tristan et Iseult, il ne faut pas se demander : « Enten­\ndrai-je de belles mélodies », ou « entendrai-je de beaux vers » ? Il faut se\ndire : « On va représenter devant moi un drame. Serai-je ému ? »\n   « Or, qu'on nous permette de le dire avec la certitude que notre opinion\nsera un jour commune à tous ceux qui aiment profondément le théâtre : les\neffets dramatiques produits par l'intime hymen du vers et de la mélodie\nsont tels dans l'œuvre de Richard Wagner, que, inférieur comme poète à\nGœthe, n'ayant pas surpassé, en tant que musicien, Beethoven, il n'est\ncomme créateur dramatique, comparable qu'au divin Shakespeare. »\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 308, "titre_corps": "Notre petit salon de tir", "titre_sommaire": "Petit Salon de tir", "rubrique": "", "signature_source": "Mouche", "ancre_debut": "NOTRE PETIT SALON DE TIR", "ancre_fin": "MOUCHE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "NOTRE PETIT SALON DE TIR\n                                   (D'APRÈS       FLOBERT)\n\n\n\n                                              I\n                  AU PION DE LA REVUE                        BELGE   (I)\n\n\n\n\n                                           II\n\n                            LE CAVEAU RADIEUX\n\n   Le Caveau verviétois, tout comme la Jeune Belgique, célèbre sa neu­\nvième année d'existence. Tous nos compliments aux Maîtres-Chanteurs de\nVerviers.\n   Descendons dans ce caveau. C'est — voir la préface — une société dans\nlaquelle, « à côté de quelques écrivains exercés, beaucoup de personnes\n amies des lettres cherchent à se perfectionner (se perfectionner est modeste!)\n dans l'art d'écrire et produisent, devant un groupe d'amis, des travaux sans\nprétention(sansprétention est orgueilleux !) soumis à la critique mutuelle ».\n   La préface ajoute que les productions tout à fait incorrectes ont été écar­\ntées.\n   Voyons celles qui ne sont pas tout à fait incorrectes, et même celles qui\némanent d' « écrivains exercés ».\n\n\n   (1) Réponse à l'artiCULET en date du 1er août 1889 ainsi conçu (sans cédille) :\n   « M. Mouche, un Jeune-Belgique de l'espèce des frelons, n'est pas content des bro­\nchures de M. Gallet sur la Vérité au Théâtre. La théorie de M. Mouche, en matière\ndramatique, est étonnante par sa largeur de vues : « L'auteur dramatique est un artiste,\net tout en art lui est permis, tout, entendez-vous, même de faire des pieds de nez aux\npions trop bien remontés qui s'avisent de donner leur cours pendant la récréation. »\n   « Nous savions de longue date qu'un Jeune-Belgique est propre à tout faire, même en\nart ; mais un pied de nez artistique, nous voudrions voir cela. Le musée des curiosités\nserait complet ».\n   Il l'est !\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "                                      — 306 —\n\n    M. Karl Grün occupe à lui seul la moitié de l'Annuaire. M. Grün, tout\n en occupant, est très occupé. Il cherche un vers extrêmement rare, compa­\n rable, à la fois, à un « rail d'acier », à un « beffroi flamand », au photo­\n graphe (I) « Alexandre », etc., etc. L'effet de ce vers serait à coup sûr irré­\n sistible. Voici comment M. Grün comprend la mission de cet alexandrin\n providentiel :\n              Je voudrais qu'il devînt la parole de paix\n              Qui donne un cœur aux loups, un sourire aux      vipères...\n\n  Ces pauvres loups, qui n'avaient pas de cœur avant l'initiative de\n M. Grün!\n  M. Grün a sa Béatrice, dont il se montre fort éDanté. Elle s'appelle Lili :\n                          Je ne vous dirai pas l'endroit (2)\n                          Oit j'ai trouvé ma bien-aimée.\n                          J'ai peur d'un passant maladroit :\n                          Dieu garde ma fleur parfumée !\n                               Son nom est bien joli.\n                                C'est le son d'une lyre\n                               Que le vent fait bruire :\n                                    Lili!   Lili!\n\n    Mais la poésie (vient de pot, radical étrusque) n'est pas seulement ana­\n créontique et liliesque : elle est aussi commémorative. Exemple :\n\n                                     REGRETS\n\n                       La Mort, qui fauche   aveuglément,\n                       L'homme heureux et le pauvre hère,\n                       A pris dans un étouffement\n                               Mon pauvre père.\n\n                       Né sur les bords fleuris du Rhin,\n                       D'une famille   prolétaire,\n                       Il fit lui-même son chemin,\n                                 Mon pauvre père.\n\n                       Le plus jeune de douze enfants\n                       Il dut gagner sa croûte amère,\n                       Courant le monde à quatorze ans.\n                                Mon pauvre père.\n\n\n  (1) Nous ne sommes pas certain que M. Grün n'ait pas voulu parler du conquérant de\nce nom.                                                             N. D. L. R.\n  (2) Charles-Quint y est ne; Héliogabale y est mort,               N. D. L. R.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "                                — 307 —\n\n                   De Senefelder le bel art\n                   Ouvrait sa nouvelle carrière ;\n                   Il s'y fit un renom plus tard,\n                             Mon pauvre père.\n\n                   Venu de Cologne, au hasard.\n                   Sur notre terre hospitalière,\n                   Il cultiva le nouvel art;\n                             Mon pauvre père,\n\n                   La nièce du grand citoyen\n                   Fut l'épouse qui sut lui plaire;\n                   Il accola son nom au sien.\n                            Mon pauvre père.\n\n                   Les préceptes de la raison\n                   Lui firent une vie austère;\n                   Il vécut en parfait maçon.\n                            Mon pauvre père.\n\n                   Et tout Verviers la connaissait.\n                   Sa bonne mine familière.\n                   On saluait, quand il passait,\n                           Mon pauvre père.\n\n\n\n\n                    La Mort t'arrache à ton bonheur\n                    Pour t'étendre en la froide bière,\n                    Ton trépas m'a brisé le cœur.\n                             Oh ! pauvre père !\n\n                    Tu t'en vas dans l'Immensité.\n                    Que la terre te soit légère.\n                    Pars en paix pour l'Eternité !\n                            Adieu, mon père !\n\n  Nous espérons que cette poésie sera la dernière pensée de M. Weber.\n  Mais revoici M. Griin, qui a des rêves géographiques :\n                Il est sous l'équateur une île enchanteresse,\n                Sans animal féroce, homme blanc ou jaguar.\n                Le vent n'y sema point la graine d'Escobar.\n\n  Autour de cette île enchanteresse nage un professeur d'athénée « dont le\ncœur est gonflé d'une invincible tristesse », parce que Victor Hugo est\nmort.\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "                                  — 308 —\n\n  Le professeur est consolé — essuyé même — par l'inévitable M. Grün,\nqui ubiquité dans tout le volume et qui lui fait observer que Dieu\n                           ... n'a pas posé d'abat-jour\n                                  Sur la nature.\n\n   Puis ce lampiste présente le professeur séché à quelques sphynx du sexe\nauquel on doit Mme Clémentine Louant : Adolzaïde, Céluta, Coryzandre et\nUgarlindine.\n  Enfin, le professeur, parvenu au septième ciel, répond, d'un air béat :\n« Je ne sens plus mes pieds ! »\n  Et M. Grün soigne les extrémités inoffensives du professeur :\n               Ce fut un bain de cœur qui dura tout un    jour...\n\n  Après ces exercices, d'ailleurs charitables, M. Griin en revient à sa Lili :\n                    Viens ! Ton regard déjà m'enivre.\n                    Mon sein se gonfle de plaisir...\n\n   Mais alors, par tous les Thermodon de la terre, si M. Griin n'a qu'un\nsein, •— c'est un Amazon !\n                                                               MOUCHE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 309, "titre_corps": "Lettre à Cydalise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pinolet", "ancre_debut": "LETTRE A CYDALISE", "ancre_fin": "PINOLET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 647, "texte": "LETTRE A CYDALISE\n     Vois, je t'offre\n     Tout mon coffre,\n\n     Mes tissus\n     Peu cossus,\n\n     Mes cellules,\n     Ces pilules.\n\n     Et mes os.\n     Ces roseaux,\n\n     Et ma flûte\n     Qui   déglute\n\n     La liqueur\n     De mon cœur.\n\n     Verbalise,\n     Cydalise :\n     Ah, combien\n     Tout n'est rien !\n\n     Le sage ose\n     Peu de chose\n\n     Et le fou\n     Rien du tout.\n\n     Moi, peut-être,\n     Suis-je un maître,\n     —    Maître-queux,\n     Très aqueux,\n\n     Qui cuisine\n     Ses cousines\n\n     Oui, je suis\n     Cette nuit\n     (Signature\n     Si nature!)\n\n     Ton valet,\n                          PINOLET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 310, "page_fin": 316, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "de M Roger Marx", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 101, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "La Revue générale publie Daisy, la nou­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 242, "texte": "velle de Max Waller primée à son concours."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "Nous reparlerons de cette oeuvre très inté­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 367, "fin_caractere_exclue": 407, "texte": "ressante quand elle aura paru en entier."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "Nos amis Achille et Hector Chainaye"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 837, "fin_caractere_exclue": 880, "texte": "viennent d'être cruellement éprouvés par la"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 881, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "mort de leur frère Armand Chainaye."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "Nous leur présentons nos sincères et"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 956, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "amicales condoléances."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 981, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "Armand Chainaye n'avait que vingt-cinq"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "ans. 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C'est un"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1828, "fin_caractere_exclue": 1873, "texte": "joli soufflet pour la Belgique officielle, et"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1917, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "pour les ronds-de-cuir sur lesquels elle"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2010, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "déverse ses faveurs."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "Lire à ce propos dans la Chronique un"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2196, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "remarquable article de Jean d'Ardenne, du"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2275, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "Jean d'Ardenne de derrière les fagots."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2401, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "Le 10 août a été célébré à Mons, le ma­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2496, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "riage de notre ami Jules Destrée avec"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2569, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "M lle Marie Danse."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2657, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "Nos souhaits de bonheur aux époux et"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2745, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "aux petits artistes à naître de leur union."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3382, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "Notre collaborateur M. André Fontainas"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "publie dans la Réforme une série d'articles"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3561, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "sur les Beaux-Arts à l'Exposition de Paris. |"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 158, "fin_caractere_exclue": 199, "texte": "A noter une démolition de l'épais Courbet"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 254, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "qui nous a ravis."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "Pourquoi les typographes de la Réforme"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "ont-ils disposé ainsi la signature :"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 534, "fin_caractere_exclue": 553, "texte": "A N D R É FONTAINAS"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 629, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "(à suivre)."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "C'est peut-être vrai, mais c'est un peu vif"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "quand même."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1036, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "Notre collaborateur M. Georges Kaïser"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1128, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "est sur le point de partir, en mission scien­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "tifique, pour le Canada. Il nous adressera"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1325, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "des correspondances mensuellement et"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1416, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "éminemment canadiennes. Dans le cas où"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1509, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "il oublierait de nous les adresser, nos lec­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1608, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "teurs n'y perdraient rien : la rédaction de"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1706, "fin_caractere_exclue": 1744, "texte": "la Jeune Belgique écrirait à sa place."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1881, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "A lire dans le numéro de la Société"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 1967, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "nouvelle portant la date du 31 juillet, un"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2060, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "très remarquable article d'Eugène Demol­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2151, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "der sous ce titre : A travers   l'exposition"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2246, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "de Paris. Notes esthétiques."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2372, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "Une lettre de M. Tilman :"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2450, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "« A Monsieur le Directeur         de la Jeune"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "Belgique, à Bruxelles."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2629, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "« MONSIEUR LE DIRECTEUR,"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2703, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "« J'ignore dans quel but l'auteur inconnu"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2791, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "du Memento qui a paru dans le dernier fas­"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2880, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "cicule de la Jeune Belgique, fait mention de"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 2971, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "la réception que j'ai faite à M. Silvestre en"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3063, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "ma qualité de président du Cercle littéraire."}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3158, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "« Si le susdit auteur inconnu a voulu me"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3245, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "nuire, je vous prie, Monsieur le Directeur,"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3335, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "de le détromper. J'ai en mains une lettre et"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3426, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "une dépêche, signées Armand          Silvestre,"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3520, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "par lesquelles le conférencier m'informe"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 3607, "fin_caractere_exclue": 3642, "texte": "qu'il vient à Louvain accompagné de"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "Madame Silvestre. J'ai donc accueilli chez"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "moi ces deux personnages sans leur deman­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": "der leur acte d'état civil, et le lendemain,"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 334, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "usant de la même discrétion, M. le vice-pré­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 408, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "sident les recevait à sa table, où se trou­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 539, "texte": "vaient parmi les convives de nombreuses"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 576, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "notabilités et même des dames."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 652, "texte": "ce L'articulet de votre collaborateur vise"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 653, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "donc en droite ligne M. Armand Silvestre."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 695, "fin_caractere_exclue": 740, "texte": "Je laisse à vos lecteurs, M. le Directeur, le"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 787, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "soin de juger la haute délicatesse dont font"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 922, "texte": "preuve les coryphées de la littérature nou­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 941, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "velle. Peut-être est-ce la mode, dans les"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1038, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "sphères artistiques à Paris et à Bruxelles,"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1131, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "d'introduire ainsi dans les familles, sous le"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1222, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "titre d'épouses légitimes, des pensionnaires"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1317, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "de l'Eden ou des échappées de la Scala. A"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1413, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "l'avenir, quand l'occasion, se présentera"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1476, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": "d'offrir encore l'hospitalité à un écrivain"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1569, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "Jeune, je ne croirai plus en sa parole, je lui"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1663, "fin_caractere_exclue": 1706, "texte": "ferai au préalable exhiber tous ses papiers"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1759, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "en forme authentique."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1856, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "« Comptant sur votre impartialité, Mon­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1944, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "sieur le Directeur, j'espère que vous insé­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2039, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "rerez la présente dans le prochain numéro"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "de la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2231, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "« Veuillez agréer, avec mes remercie­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2323, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "ments anticipés, l'assurance de ma considé­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2420, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "ration distinguée. »"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2531, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "« CH. TILMAN. »"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2670, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "M. Tilman est vraiment bien gentil de"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2708, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "nous envoyer de la copie et nous l'insérons"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2752, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "avec plaisir. Nous n'avons pas si souvent le"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "bonheur de recevoir de lui des communica­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2890, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "tions polies. On diraitque ses mésaventures"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "lui ont légèrement « ramati » le tempéra­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3077, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "ment."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "D'abord, disons à M. Tilman combien"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3266, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "mal il lit notre revue, puisqu'il nous fait"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3361, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "l'honneur de la lire; car s'il la lisait bien, il"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": "saurait que le seul auteur responsable, — et"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3530, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "pas vagabond du tout — de l'articulet en"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3622, "fin_caractere_exclue": 3664, "texte": "question est le titulaire de la direction,"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3704, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "M. Henry Maubel."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3800, "fin_caractere_exclue": 3836, "texte": "Si maintenant M. Tilman nous demande"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3892, "fin_caractere_exclue": 3936, "texte": "dans quel but nous avons publié cet article,"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3986, "fin_caractere_exclue": 4030, "texte": "c'est qu'il est bien naïf. Quand on se moque"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 4044, "fin_caractere_exclue": 4085, "texte": "un peu de gens de l'importance de M. Til­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 4086, "fin_caractere_exclue": 4126, "texte": "man, ce n'est assurément pas dans le but"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 4127, "fin_caractere_exclue": 4168, "texte": "d'amener des complications diplomatiques."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "Nous aimons à rire quelquefois, mon bon"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "cher, très cher!... comme disait Monlhabor"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 293, "fin_caractere_exclue": 333, "texte": "à cette vieille ganache d'Ascanio en lui"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 386, "fin_caractere_exclue": 407, "texte": "tapant sur le ventre."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 499, "texte": "Et au plaisir de recommencer! Tout le"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "plaisir sera pour nous."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 750, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "On lit dans la Revue bibliographique"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "belge rédigée par « une réunion d'écri­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 940, "texte": "vains » :"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 996, "fin_caractere_exclue": 1037, "texte": "« Il faut savoir gré à la direction de la"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1090, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "Pléiade, d'avoir su — jusqu'à ce jour du"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1183, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "moins — rester indépendante de l'Ecole"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1274, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "vers laquelle la portent, semble-t-il, ses"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1369, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "sympathies, et de s'en séparer sur un point"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1465, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "important."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1531, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "« Ces messieurs de la Jeune Belgique,"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1621, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "en effet, n'admettant pas que l'on puisse"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1715, "fin_caractere_exclue": 1758, "texte": "discuter leur valeur, avaient pris le parti"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "de répondre aux critiques de leurs œuvres"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1905, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "par des injures, ha Pléiade, qui n'est"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1996, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "point un organe Jeune Belgique, mais] dont"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2091, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "les premiers numéros renferment plusieurs"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2185, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "articles ayant le cachet facilement recon­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2280, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "naissable de celte fabrique, a du moins la"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "politesse de bien vouloir admettre le talent"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2472, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "sans distinction de coterie. »"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2558, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "M. Tilman et sa petite famille littéraire"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2652, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "nous comblent."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "L'Art moderne, dans un article sur le"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "modernisme, défend cette idée, jadis vio­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3036, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "lemment combattue par lui, que le moder­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3129, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "nisme ne consiste pas à traiter des sujets"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3224, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "modernes. Ce que l'Art moderne nous inju­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3318, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "riait naguère, quand nous exprimions cette"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3413, "fin_caractere_exclue": 3432, "texte": "opinion avant lui !"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3488, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "Enfin! il est converti, après quatre ans."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3582, "fin_caractere_exclue": 3621, "texte": "C'est sans doute l'amour-propre qui l'a"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3674, "fin_caractere_exclue": 3703, "texte": "empêché de l'avouer plus tôt."}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3759, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "C'est la même histoire pour le symbo­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3849, "fin_caractere_exclue": 3891, "texte": "lisme, le nationalisme, et un tas d'autres"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 3944, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "choses en isme, — qui ont eu leur de Les­"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 4038, "fin_caractere_exclue": 4043, "texte": "seps."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "M. Eddy Levis vient de fonder un prix"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "de chant à l'école de musique de Saint-"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 174, "texte": "Josse-ten-Noode, mais les élèves à qui il"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 221, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "était décerné n'en ayant pas voulu, on a dû"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 318, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "réquisitionner deux lauréats de bonne"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 412, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "volonté."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1022, "texte": "Le sculpteur Vanderlinden vient d'ériger"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "à la place du Nouveau Marché-aux-Grains"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "un Van Helmont poncé de distinction dont la"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1259, "fin_caractere_exclue": 1298, "texte": "toge professorale n'est pas mal drapée."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1357, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "La modestie du savant semble peinée de"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1436, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "cette station à hauteur d'entre-sol."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "Van Helmont se tiraille perplexement la"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1515, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "barbe avec l'air de se dire : « Comment"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1608, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "vais-je descendre de mon piédestal? »"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1985, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "La Société belge de librairie nous annonce"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2063, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "l'apparition d'une plaquette intitulée : le Fils"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2160, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "du gréviste, croquis de mœurs boraines par"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2252, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "M. Louis Delmer avec des dessins de Con­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2347, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "stantin Meunier, reproduits à l'eau forte par"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2443, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "M. Karl Meunier."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2784, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "Au Conseil provincial, à propos de la res­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2827, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "tauration des monuments publics, M. Léo­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2868, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "pold Wiener a dit : « C'est une question"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2966, "fin_caractere_exclue": 3006, "texte": "d'art qui intéresse l'honneur du pays »."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3060, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "L'art devra de la reconnaissance à"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3143, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "M. Wiener pour cette bonne parole. Mais"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3235, "fin_caractere_exclue": 3278, "texte": "elle est platonique, étant donné que l'hon-"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3328, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "neur du pays se fiche des questions d'art"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3416, "fin_caractere_exclue": 3453, "texte": "comme la Jeune Belgique de M. Tilman."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3893, "fin_caractere_exclue": 3936, "texte": "Paraîtront à l'entrée de l'hiver : de James"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3982, "fin_caractere_exclue": 4023, "texte": "Vandrunen, A l'aventure, carnets de route"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4076, "fin_caractere_exclue": 4117, "texte": "et En Wallonie, études de gens et de che­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4170, "fin_caractere_exclue": 4210, "texte": "mins de fer. D'Iwan Gilkin, un volume de"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4261, "fin_caractere_exclue": 4294, "texte": "vers : La Damnation de l'artiste."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 220, "texte": "Nous avons reçu un nouveau journal"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 317, "texte": "jeune, mondain, littéraire et artistique : le"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 369, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "Salon. Son titre indique qu'il a appris la"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "civilité et que, tout en faisant de l'art, il"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "restera convenable. Souhaitons lui de"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 649, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "demeurer aussi artiste que possible dans"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 741, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "cette sphère de« l'art tiré à quatre épingles»."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "Puisse-t-il parfois, d'une de ces épingles,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 938, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "piquer au bon endroit le bas-bleuisme, le"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "préciosisme et le monologuisme dont il su­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1125, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "bira le côtoiement. Ces fois là nous ajou­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1219, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "terons par lettre recommandée un peu de"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1310, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "sympathie à toute celle que nous lui adres­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1405, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "sons de confiance aujourd'hui."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1569, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "Le peintre Langerock vient d'inaugurer"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "sur la route qui mène au bois de la Cambre"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1753, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "en passant par le Palais de justice, un dio­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1849, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "rama que tous les Anglais visiteront."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 1941, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "Le « truc » — c'est le cas de le dire, —"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2033, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "représente un village indien."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "Le paysage, touffe de jolis détails, y est"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2211, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "habilement peint dans les tons clairs et"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2303, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "riants de cette nature ensoleillée; le rac­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2398, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "cord entre la toile et l'avant-plan est par­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2494, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "faitement escamoté et l'ensemble est d'un"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2587, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "« trompe-l'œil » qui fait honneur à l'imagi­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2683, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "nation et à l'ingéniosité du metteur en"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2774, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "scène."}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 2922, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "A propos de Millet et des peintres lettrés,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3017, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "Francis Nautet publiait dernièrement un"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3108, "fin_caractere_exclue": 3142, "texte": "article dont voici la conclusion :"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3197, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "« Cette brillante école de peintres à"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3286, "fin_caractere_exclue": 3327, "texte": "laquelle appartiennent Delacroix, Millet,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3379, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "Rousseau, Fromentin, Corot, Decamps,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3467, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "Puvis de Chavannes, etc., fut une école de"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3561, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "lettrés. Leur culture a été leur force. Nous"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3657, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "avons dit souvent quel malheur c'était pour"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3752, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "nos peintres de n'avoir pour la plupart au­"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3847, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "cune éducation littéraire. Les exceptions,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 3941, "fin_caractere_exclue": 3981, "texte": "on peut les compter. Dans cette branche,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4033, "fin_caractere_exclue": 4075, "texte": "notre système d'enseignement, répétons-le,"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4127, "fin_caractere_exclue": 4169, "texte": "est déplorable. Nos professeurs sont, pris"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4221, "fin_caractere_exclue": 4260, "texte": "en masse, peu capables. Dans une nation"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 4312, "fin_caractere_exclue": 4357, "texte": "où l'intérêt électoral prime tous les autres."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "et où le snobisme, c'est-à-dire la religion du"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 177, "texte": "succès, le dédain du désintéressement est"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 222, "fin_caractere_exclue": 262, "texte": "enraciné, il est impossible de maintenir"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "plus longtemps une impulsion artistique"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 409, "texte": "qui fut puissante et sur laquelle nous"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 465, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "vivons encore. Mais, à voir la façon dont"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "marchent les choses, on peut prédire que"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 599, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "si le pays, naturellement généreux, pro­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 640, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "duit encore des artistes, ils seront étouffés"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 686, "fin_caractere_exclue": 725, "texte": "au berceau par la médiocrité qui règne."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 777, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "« On a dénoncé la Jeune Belgique, on a"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 862, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "dénoncé les XX, précisément les deux"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 952, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "groupes qui se distinguent par leurs mépris"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1047, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "du vulgaire, par leur effort vers l'intellec-"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1136, "fin_caractere_exclue": 1179, "texte": "tualité. Ce sont des modernes, des artistes"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "de leur temps, dont le souci d'être contem­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1320, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "porains consiste, comme eût dit Baudelaire,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1414, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "« à tirer l'éternel du transitoire »."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "« Eh bien, cela c'est un crime, c'est une"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "tare."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1693, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "« Gœthe disait qu'il se suprenait dans une"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1777, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "attitude noble chaque fois qu'il contemplait"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "l'Apollon du Belvédère."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1969, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "« Que faire dans ce pays et dans quelle"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2057, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "attitude se surprendra-t-on lorsqu'on n'aura"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2148, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "plus sous les yeux que des bonshommes"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "livrés à de basses luttes, les autres, ceux"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2328, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "qui valent, demeurant dans l'ombre où ils"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2421, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "auront été relégués ? De généreux esprits"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2503, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "ont souvent pensé à la création d'une école"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2571, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "de hautes études qui nous mettrait au rang"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2615, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "des autres capitales. Qu'ils ne prennent"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2657, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "pas ce souci : pour des études désintéres­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "sées, il n'y aurait pas d'élèves. Nous en"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "sommes là. »"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3079, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "L''Angelus de Millet passe décidément"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3258, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "en Amérique."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3277, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "Le Waux-Hall a été fleuri de cantatrices:"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3366, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "Mlle Migeon, Mme Marcy, Mlle Corroy,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3458, "fin_caractere_exclue": 3494, "texte": "Mlles Falize et Wolf, M11e Bauveroy,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3552, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "Mlle Neyt. On y a entendu aussi quelques"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3643, "fin_caractere_exclue": 3682, "texte": "instrumentistes : MM. Merck, Carpay, un"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3733, "fin_caractere_exclue": 3773, "texte": "bassoniste remarquable, dont le nom nous"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3821, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "échappe comme une note de basson; un"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3905, "fin_caractere_exclue": 3945, "texte": "clarinettiste M. Heirwegh, un violoniste"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3998, "fin_caractere_exclue": 4035, "texte": "M. Laoureux; petits programmes agréa­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "blement composés de jolie musique de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 221, "texte": "casino, mais nous n'avons pas eu une"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 271, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "seule des auditions artistes que nous espé­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "rions."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "C'est un excès de paresse, cela! C'est le"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 557, "texte": "cas de dire « qu'on nous la bâille laide! »"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 738, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "La Vogue, dont nous donnons le som­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "maire, dit dans ses Notes et Notules :"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 951, "texte": "« M. Emile Bergerat a lu au comité de"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1001, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "la Comédie française cinq actes en vers tirés"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 1135, "texte": "du Capitaine Fracasse de Théophile Gau­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1185, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "tier. L'auteur, invoquant le jugement d'ac­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1278, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "teurs, s'est vu refusé. En dénombrant ces"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1369, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "arbitres littéraires, il a constaté qu'aucun"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1463, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "d'eux six n'avait pu affronter les épreuves"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1556, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "du baccalauréat ès-lettres, ni du simple"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1646, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "examen qui couronne les efforts des élèves"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1738, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "de quatrième. Ces hommes ne savent pas"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1826, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "plus décliner leur responsabilité littéraire"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 1920, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "que Rosa, la rose; ils n'ont point même reçu"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2014, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "à correction (malgré leur maison mère) la"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2105, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "comédie, imitée par ses strophes comiques"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2196, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "de Scarron et de Cyrano de Bergerac. »"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2286, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "Aussi pourquoi le spirituel et vigoureux"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2376, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "écrivain Calibanesque s'avise-t-il de tirer"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2469, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "une pièce du Capitaine Fracasse."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2553, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "C'est bien fait!"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2754, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "M. G. de Villot dans l'Indépendant litté-"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2847, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "raire signale, avec des observations critiques"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 2945, "fin_caractere_exclue": 2986, "texte": "à l'appui, un livre de Mme la baronne von"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3038, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "Hohenhausen : Ans Goethes Herzensleben"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3128, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "littéralement : De la vie de cœur de Goethe"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3223, "fin_caractere_exclue": 3257, "texte": "(publié chez Bergmann, à Leipzig)."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3326, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "M. Camille Benoit publie dans le Guide"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3414, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "musical un intéressant article sur les con­"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3507, "fin_caractere_exclue": 3551, "texte": "certs russes du Trocadéro où l'on a exécuté,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3601, "fin_caractere_exclue": 3642, "texte": "outre l'œuvre de Rimsky-Korsakow que nous"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3692, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "connaissons : Antar, une symphonie en fa"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3782, "fin_caractere_exclue": 3820, "texte": "dièze mineur de Glazounow et, du même,"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3870, "fin_caractere_exclue": 3904, "texte": "un poème intitulé : Stenka Racine."}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 3957, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "M. Camille Benoit fait de cette dernière"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 4047, "fin_caractere_exclue": 4085, "texte": "œuvre, surtout, un éloge enthousiaste."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "La Tempête de MM. Ambroise Thomas"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 339, "fin_caractere_exclue": 380, "texte": "et Jules Barbier ne fera pas peur au vrai"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "navire qui se meut sur la scène de l'Opéra."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 509, "texte": "A en croire la critique, c'est une tempête"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 510, "fin_caractere_exclue": 549, "texte": "assez anémique : du Shakespeare chloro­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 550, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "formisé pour l'amputation."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 814, "fin_caractere_exclue": 853, "texte": "Plusieurs scènes allemandes, l'Opéra de"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 942, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "Vienne notamment, se préparent à repré­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1034, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "senter le Benvenuto Cellini de Berlioz."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1098, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "Autre nouvelle plus importante, c'est la"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "représentation prochaine à Carlsruhe des"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1359, "texte": "Troyens de Berlioz, œuvre qui n'a jamais"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1450, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "été exécutée sans mutilation."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1634, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "La maison Breitkopf vient de publier des"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1724, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "mélodies de Gurlitt, Curschmann, Seidel et"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "Kirchner, œuvrettes de salon dont la pre­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1873, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "mière seule de Gurlitt, intitulée : Ce qu'il"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2010, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "disait, estd'une gentillesse etd'une sincérité"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2148, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "quelque peu artistes."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2263, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "L'édition est soignée, gravée en grand"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2350, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "texte vigoureux et clair."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2590, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "Les Maîtres-Chanteurs ont été représen­"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2679, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "tés le 13 juillet au théâtre de Covent-Gar-"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2774, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "den, avec de Reszké dans le rôle de Walther,"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2861, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "Lassalle dans celui de Hans Sachs, Isnardon"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "dans celui de Beckmesser, Montariol dans"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 3046, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "celui de David, M me Albani faisant Eva et"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 3126, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "Mlle Bauermeister, Magdeleine."}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 3224, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "L'œuvre a obtenu un grand succès. On"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 3307, "fin_caractere_exclue": 3350, "texte": "sait que c'est M. 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Stéphane Ri­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "chelle. — Sons les ombrages, Aa Galloy."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 329, "texte": "— La vie ambre : la Vieille mère, L.Thioust-"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 381, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "Edgy. — Vers : L'heure sainte. — Crépus-"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 473, "fin_caractere_exclue": 512, "texte": "cule rouge, Jean Delville. — La Dame du"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "silence, Albert Arnay. — Rhythmes en"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 652, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "prose : I. Non reparabilc, P. de Sandrau,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 745, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "Sonnels : Orgueil suprême. — La Mère"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "compatissante, Arthur Dupont. — Trinité"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 924, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "mauvaise, Emile Weil. — Le Myosotis,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1012, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "L. Lenormand.— Varia. — Bulletin biblio-"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1104, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "graphique."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1193, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Sommaires de La Pléiade (de Paris) :"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "livraison de juillet. — Brinn' Gaubast,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "Hymne à la Laideur, poème. — Edouard"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1460, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "Dubus, Résignation,      quatorzain. — G."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1553, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "Albert Aurier, l'Œuvre maudit, poème."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1642, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "—MmeAlphonse Daudet, Enfants et mires"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1731, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "(fragments). — Julien Leclercq, Famine,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1822, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "quatorzain. — Louis Dumur, le Tsar,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1909, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "poème. — L. P. de B'.G., Calendrier"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1996, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "(livres, théâtres, beaux-arts)."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2082, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "Livraison d'août : Symphonie crépuscu­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2172, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "laire, de Brinn' Gaubast. — Imperator, an"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2265, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "de Rome 932, Edmond Barthélemy. — Ro­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2354, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "mance, poésie, Edouard Dubus. — La voix"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2488, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "impérissable, poème, Pierre Quillard. —"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2621, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "Luisita, nouvelle, Julien Leclercq. — La"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2757, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "Sçulâmite, poésie, Georges d'Esparbès. —"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 2898, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "La Fête sur la glace, La Fontanka, poèmes,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3033, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "Louis Dumur. — La Peinture à l'Exposi­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3139, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "tion, G. Albert Aurier.— Calendrier (li­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3272, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "vres, théâtres, beaux-arts, échos, divers),"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3406, "fin_caractere_exclue": 3419, "texte": "L.-P. de B'G."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3492, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "La Pléiade annonce la publication des"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3581, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "œuvres jadis condamnées de Baudelaire,"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3671, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "qui n'ont jamais été réimprimées."}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3862, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "Ci un avis de la Vogue, très sympathi­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 3952, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "quement accueilli et que nous communi­"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 4083, "fin_caractere_exclue": 4105, "texte": "quons à nos lecteurs :"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 4160, "fin_caractere_exclue": 4195, "texte": "« Nous continuons strictement, avec"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 4247, "fin_caractere_exclue": 4286, "texte": "l'élargissement nécessaire, la campagne"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 4338, "fin_caractere_exclue": 4376, "texte": "menée dans la Vogue en 1886-87 et dans"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 4428, "fin_caractere_exclue": 4458, "texte": "la Revue indépendante en 1888."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "Les collaborateurs actuels de la Vogue"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "entendent définir et défendre leur idéal de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 222, "fin_caractere_exclue": 259, "texte": "Poème libre, de Drame, de Roman et de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 310, "fin_caractere_exclue": 350, "texte": "Critique personnelle ; durant le premier"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 439, "texte": "semestre des nouvelles tiendront lieu de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 486, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "roman."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 614, "texte": "Conformément à ses traditions, la Vogue"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 658, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "s'intéressera aux questions d'érudition lit­"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 742, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "téraire et d'art industriel."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "La critique générale sera tenue par"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "M. Gustave Kahn, le théâtre par M. Henri"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1008, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "de Régnier, la critique d'art par M. Félix"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1101, "texte": "Fenéon, la critique musicale par M. Jean"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "E. Schmitt. Sans s'engager à donner tous"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1143, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "les mois ce jeu complet de critiques, la"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1185, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "Vogue étudiera de son point de vue spécial"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "les phénomènes de vie et d'art intéressant"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "les lettrés."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1288, "fin_caractere_exclue": 1325, "texte": "Une partie des deuxième, troisième et"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1374, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "quatrième numéros sera consacrée à l'Ex­"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "position."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1552, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "Nous comptons en outre publier avant"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1639, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "janvier : de F. Viélé-Griffin, des fragments"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1697, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "de Yeldis, poème, des notes sur Swinburne,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1784, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Tennyson, Morris; de H. de Régnier, Glo-"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1878, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "rioles, suite de poèmes; le Château de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1966, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "Lucile, nouvelle ; d'Adolphe Retté, des"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2055, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "fragments de la Forêt bruissante, poème,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "Polychromies, dix poèmes à l'adventure,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2204, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "dont Fête de nuit, l'Alcôve, nouvelle; de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2340, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "F. Poictevin, des études de Primitifs; de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2405, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "Paul Adam, des fragments d'Essence de so-"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2448, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "leil, roman ; de J. Ajalbert, des fragments"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2492, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "d'un poème; de Jean E. Schmitt, l'Onde,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2532, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "le Mari brutal, nouvelles; de Jean Morel,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2574, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "la Joie éparse, poème; de Gustave Kahn,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "des Chansons tsiganes, Panthalis, poèmes,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2656, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "des études sur Corneille et Léon l'Hébreux,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "des traductions d'Hoffmann."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "L'édition de luxe contient au premier"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2769, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "numéro un bois de Camille Pissarro."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "Sommaire du numéro de juillet. — Paul"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 221, "texte": "Adam, Tribulations électorales. — Jean"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 269, "fin_caractere_exclue": 309, "texte": "Ajalbert, Fragment d'un poème. — Francis"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 357, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "Vielé-Griffin, Ronde. — Henri de Régnier,"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 446, "fin_caractere_exclue": 485, "texte": "Face de jadis. — Adolphe Retté, Fête de"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "nuit. — Georges Vanor, Sonnet. — Jean"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 618, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "Thorel, l'Ame morte. — Jcan-E. 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Louis"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1506, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "Roger, dont la première partie a, on s'en"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1595, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "souvient, soulevé un vif intérêt dans toute"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1686, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "la presse."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "Dans le numéro du 1 er juin commence"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1831, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "une série d'études sur l'Exposition       uni-"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 1925, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "verselle — les Beaux-Arts en France et à"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2013, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "l'étranger depuis 1878 — l'Exposition ré­"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2102, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "trospective de l'Art Français et les Arts"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2191, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "industriels."}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "Ces articles sont publiés sous la direction"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 2387, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "de M. 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ROTIERS.\n       Rédaction et administration : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n                            Belgique, un an                                     fr.     5-00\n   P R I X D ABONNEMENT : !\n                          Etranger      »                                             7-50\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                   6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et à Alicante, les vins\nde Portugal, d''Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\nGIL         BLAS,      journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie CANTABEILLE, par RENÉ MAIZEROY.\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                    ÉPERNAY\n\n\n                                              Prix Courant\n                              Baron J. de Warnimont                                2 25\n                              Marquis Armand de St-Hubert .             .   .    . 2 75\n                              R O S É E J E U N E BELGIQUE                            3 00\n                              Crême dAy          id.                                  3 50\n                              Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.          4 50\n                              Bouzy Cristal      id.                                  5 00\n                                          0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                     EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                              Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n            ENTREPOSITAIRE             : COULOMB-ROBIETS\n      19,   B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE REVUE MENSUELLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SEPTEMBRE 1889 SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n formant au bout de l'année un superbe volume avec couverture spéciale et               frontispice.\n\n\n         Fondateur         : MAX W A L L E R (MAURICE WARLOMONT)\n\n\nDirecteur : HENRY MAUBEL. — Administrateur                           : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n Bruxelles : Rédaction .- 72, rue de Trèves —Administration, 26, rue de l'Industrie.\n\n\n\n                                  ABONNEMENTS :\n\n  Belgique .    .      7 francs par an. — Union postale .                    .    fr.       8-50\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                          forfait.\n\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-08-n7-8-9-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SEPTEMBRE 1889 SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 713, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "SEPTEMBRE           1889\n\n\n\n                                 SOMMAIRE:\n\nLes Chimères (Fragments) . . . . . . .     JULES DESTRÉE.\nSonnets                                     IWAN GILKIN.\nLa vie et la mort d'un poète . . . . . .   CHARLES BUET.\nSonnets                                    ADOLPHE FRÈRES.\nLa conversion de La Wallonie               HIXE.\nSonnets                                     MAURICE DESOMBIAUX\nScènes de la vie de caserne                ALBERT CHAPAUX.\nChronique littéraire :\n          Les Serres chaudes               IWAN GILKIN.\n          Le Trottoir                      HENRY MAUBEL.\n         Le Théâtre contemporain . . . .   ALBERT GIRAUD.\n         Parallèlement                     ADOLPHE FRÈRES.\nLettre de Bayreuth . . . . . . . . . .\nPetit Salon de tir                     . . MOUCHE.\nLettre à Cydalise                          PINOLET.\nMemento                               ...***\n\n\n\n                    Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 288, "texte": "9e ANNÉE.   TOME VIII, NOS 7-8-9.     PRIX : FR. 1-50.       AOÛT-SEPTEMBRE 1889.\n\n\n\n\n                                           BRUXELLES\n                                    REDACTION :           ADMINISTRATION:\n                               72, RUE DE TRÊVES,        26, RUE DE L'INDUSTRIE,\n\n                                                PARIS\n                                       LÉON VANIER, ÉDITEUR\n                                             19, Quai Saint-ilîchel\n\n                                                    1889\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                             BOITE AUX LETTRES.\n   34. — AUGUSTE J. — Tout à fait nocturne, votre Nocturne            et d'un poète qui marche à\ntâtons :\n                    c< Oh ! la peut d e mourir d e ta mort, ô ma chair !\n                    « ] ) e mourir toute l'Ame a tout le Rêve étrange\n                    «. E t d'être le seul corps abject — et pourquoi cher ?\n                    « U n peu de fange à l'aube, au soir un peu d e fange.\n   Vous trouvez cela bon, vous?\n   Envoyez-nous quelque chose de plus diurne, hein !\n   35. — Louis F . — Fantôme ? trop fait-diversement racontée votre histoire. Tâchez\ndonc de faire la connaissance de ce que les professeurs de psychologie appelleraient votre\nsens intime et appliquez-vous à bien distinguer ce que vous sentez vous-même, de ce que\nles autres ont senti avant-vous. Apprenez aussi à écrire. Votre nouvelle à l'air d'un rapport\nsur la mort de Sylvius et ses conséquences dans votre fanlômale cervelle. Au plaisir de\nvous revoir.\n   36. — CARTON DE W. — Pas mal Sandwiché, votre vieux. Merci. A bientôt aussi.\n   37. — CHARLES BUET. — N'avons pas oublié Gisèle. Article viendra dans le prochain\nnuméro. Excusez-nous.\n  38. — IWAN GILKIN. — Troisième plate-forme! Nous en sommes bleus! L'ascenseur\ndevait être bien fatigué. Recevras les numéros. Faut-il te les adresser dans la lanterne ?\n  39 — NESTOR BOYAU, à Nivelles. — Cela se nomme le toureiffelisme de suéssankéo.\nune maladie aiguë en bon train de devenir chronique.\n\n\n             ABONNEMENT              GRATUIT\n  Tout ami et bénévolent adepte qui nous apportera 10 abonnés,\nrecevra son abonnement gratuitement durant deux années.\n  Des cartes d'abonnement sont à la disposition de nos amis chez\nM. Henry Maubel, rue de Trèves, 72.\n\n                           P O U R PARAITRE L E 25 AOUT\n\n  LES                         CHIMÈRES\n                                                PAR\n\n                               Jules         DESTRÉE\nUn volume de 300 pages, petit in-4 0 , imprimé avec grand luxe sur papier à chandelle\n     blanc par les soins de la Maison MONNO.M, tiré à cent exemplaires numérotés.\n Avec un frontispice par ODILON REDON, une couverture et une eau-forte par\n                MARIE DANSE et une lithographie           de HENRY DE GROUX.\n                                       Prix : 20 francs.\n   Les dix premiers exemplaires avec un double état choisi des estampes : 3o francs.\n\n           La suite d'eaux-fortes gravée par MARIE DANSE pour les Chimères\n     (six planches tirées sur grandes marges, à cinquante exemplaires) : 25 francs.\n\n  Les souscriptions qui parviendront à la Maison MONNO.M avant le î \"                Septembre\n                   restent fixées au chiffre primitif de dix francs.\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                    LES CHIMÈRES (1)\n      LES GARGOUILLES DES CATHEDRALES VIEILLES\n\n                                                 POUR MADEMOISELLE MARIE DANSE.\n\n\n\n\n                                      Depuis des ans, depuis des siècles, elles\n                                    sont là, les Gargouilles, tordant leur\n                                    ronde monstrueuse autour de la cathé­\n                             drale gothique. Au sommet des deux tours\n                              inachevées et formidables, au bord des hautes\n                            galeries d'où l'on domine le pays, comme une\n                         couronne étrange autour des tourelles frêles, le\n               long des ogives des fenêtres aux verrières multicolores, près\n               du portail où s'entasse la légion des saints, elles silhouet­\n               tent sur le ciel clair la diversité de leurs inquiétantes\n               figures : menaces et blasphèmes! — extraordinaires becs\n               recourbés de griffons aux serres puissantes, gueules\n               aboyantes de molosses sur des corps d'oiseau, baveuses\n               têtes plates de reptiles à l'œil rond, boucs ignobles couverts\n               d'écailles, hippogriffes et chimères, toutes les bêtes hon­\n               teuses des sabbats, tous les animaux fabuleux des légendes ;\n               des faces humaines, atrocement douloureuses, une femme\n               au front coupé comme par un diadème arraché, la bouche\nélargie dans une convulsion d'épouvante ; et leurs cheveux épars flottent\n\n\n (1) Un volume à paraître le 25 août. — Bruxelles, Veuve Monnom, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                                   — 254 —\n\ndésespérés ; des seins flasques retombent ; d'effroyables maigreurs font saillir\ndes côtes de squelette, des pattes cruellement griffues se crispent dans des\ngestes de colère ou s'avancent avec une obscénité cauteleuse. Des gueules\nvoraces s'ouvrent pour des cris sauvages et de chaotiques ailes de chauves\nsouris se déploient pour d'impossibles vols. Et le temps les a marqués des\nlèpres du lichen, les a mutilés, les a rendus plus difformes et plus imprévus\nencore, les dragons implacables, les béliers ignorants et stupides, les cra­\npauds odieusement perfides, les singes luxurieux, les corbeaux lugubres, les\nfemmes folles de désespoir !\n   Autour de la vieille cathédrale, depuis des ans, depuis des siècles, elles\nsont là, les monstrueuses gargouilles de Vice et de Douleur !...\n\n   Depuis des ans, depuis des siècles, elles sont là, les gargouilles, à regarder\npasser le flot des hommes. Il y a longtemps que sont oubliés ceux qui les\nsculpèrent, et toujours, toujours coule sous leurs regards railleurs l'intaris­\nsable fleuve des vivants, renouvelant sans fin la monotone procession du\nMal. Sans les voir, vite et craintifs, depuis des ans, depuis des siècles,\nincessamment, se hâtent vers le saint lieu les vices mesquins de chaque\njour : les vilenies coutumières, les petites infamies, les lâchetés et les défail­\nlances, tout le Péché inévitable et banal et parfois aussi quelque tragique\nforfait qui ne les étonne pas ! — Un peu de repentir, un peu de pardon, un\npeu de justice, les âmes noircies vont les demander aux voûtes sombres, à\nla paix profonde de la nef obscure et lénifiante, ou ineffablement silencieuse\ndans la tombée du soir, alors que s'allument de sang et d'or, les vitraux,\naux rayons suprêmes du soleil, ou emplie des murmures berçants, du chu­\nchotement des oraisons, de rumeurs d'orgues et de chants de prêtres, dans\nl'encens bleu. De grandes douleurs sortent consolées, des afflictions et des\nremords s'apaisent, l'assaut des tentations s'est calmé et plus supportable et\nmeilleure apparaît la vie, avec lointainement un peu de précieux espoir.\n— Mais quand, plus blanches, repassent les pauvres âmes, elles sont là,\ntoujours, les Gargouilles tordant leur ronde monstrueuse autour de la\ncathédrale vieille, et elles ricanent sinistrement, les Démones bannies de\nl'enceinte sacrée, car elles savent bien qu'elles seront les victorieuses, quand\nmême ! que l'extase est courte et que la prière s'envole, et qu'elles seules\nsont la Vie, les gargouilles de Deuil et de Péché !\n\n   Sur la plus haute tour, contemplant du regard calme de ses yeux qui ne\nse ferment pas, la ville avec ses monuments et sa mer de toits rouges et\nbleus, au loin la campagne verte et les bois, et le large horizon — et la\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                  — 255 —\n\n\nvaine agitation en cette immensité, des hommes éphémères et fragiles —\ndepuis des ans, depuis des siècles, immobile en la pierre, dominant l'es­\npace, et déchirant aux jours de tempête, la furie des nuées, Il est là, ses\nailes noires repliées, les coudes s'appuyant sur la corniche et la tête en les\nmains, avec, malgré son abject sourire, une absolue tranquillité qui indici-\nblement méprise et défie. Éternel et pensif, Il attend.\n\n   Anonymes et superbes artistes aux tombeaux inconnus qui sculptèrent\nainsi autour de la cathédrale de Dieu, la colère ironique et le triomphe de\nl'Esprit du Mal, vous, travailleurs simples et pieux, qui vécûtes avec un\ncœur naïf et tendre pour les hommages au Seigneur, sans l'âpre souci de\nl'œuvre accomplie, mais en rêvant avec un amour mêlé d'effroi à la redou­\ntable Fantaisie enchaînée par vos mains, chers et grands artistes, protégez-\nmoi et donnez-moi la force et la sérénité de sculpter le Démon sans lui\ndonner mon âme.\n\n\n\n\n           BALLADE DE LA SOUFFRANCE D'ÉCRIRE\n\n                                                   A MONSIEUR ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n   Apres combats obscurs contre le mot rebelle, le mot qu'on sent fatal,\ncelui qui doit tout dire, le mot qu'on veut férocement, avec une énergie déses­\npérée et douloureuse, tous nerfs tendus et crispés, le mot qu'on sent vibrer\nen l'ardente cervelle... et qui fuit! — Il est, on le sait, une forme éternelle\nqui vêtira l'Idée comme une armure invincible : oh! la trouver cette forme\nsereine ! Et la chercher sans trève, parfois l'entrevoir, telles ces décevantes\nbuées qui s'élèvent de la terre, vers le soir, près des grands bois, avec des\nsveltesses de nymphe! et dans cette poursuite acharnée, se torturer et souf­\nfrir, souffrir jusqu'à crier, jusqu'à pleurer de rage et de désespoir, jusqu'à\nmarquer de larmes et de sang, comme un calvaire, le dur chemin, tout\nsacrifier à cette déesse implacable qu'on ne connaîtra peut-être jamais!\nL'atteindra-t-on la nymphe au fond des grands bois sombres et les déce­\nvantes buées ne tourmenteront-elles pas jusqu'au suprême jour le suppliant\nfou d'amour et inconsolé !...\n   O souffrance d'écrire, à chaque mot, à chacune de ces bizarres figures\nnoires qui se tordent sur la page blanche pour être cette chose mystérieuse\net sacrée : le MOT; toujours ce vague supplice, cette renaissante angoisse\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                                   — 256 —\n\nde quelque chose, qui va se réaliser peut-être ! d'un Inconnu énorme et fol­\nlement désiré...\n\n   Et la phrase finie, les mots pénibles assemblés avec des soupirs d'allége­\nment et de brefs sourires de martyre, si quelque rayon clair a réchauffé\nl'espoir, si l'orgueil de son vol d'or a étincelé, quelles tristesses ensuite et\nque de ténèbres ! — La beauté, qu'on avait cru jaillie du tréfonds de sa\nsouffrance, est-ce point la beauté d'un autre? Comme un rappel de cloches,\ntrès lointain, épars dans la grande plaine de la mémoire, tressaillent des\nsouvenirs. Est-ce en la vie, est-ce en les livres, qu'a déjà vibré cette cadence?\nEt l'on écoute, anxieux, comme l'on doit écouter le souffle de son enfant\nqui meurt ; et la désespérante évidence se précise, s'affirme. Aussitôt à toute\nvolée, s'ébranlent les cloches étrangères, qui sonnent et grondent et\nhurlent ; grave et comme un reproche, se perçoit la voix du maître préféré\ndont on a pris et mutilé le style. Oh ! chansons qu'on avait cru nouvelles\net tant déjà fredonnées, vierges à la postérité nombreuse! Alors, des rages;\nles phrases vingt fois, cent fois raturées, les feuillets déchirés et tombant\ncomme des fleurs mortes, arrachées comme des lambeaux de chair ! Recom­\nmencer sans fin, avec l'effroi de la banalité, jusqu'à ce que l'on défaille,\njusqu'à ce que la phrase indéfiniment disloquée et reconstruite ait perdu tout\nsens, sa couleur et sa musique, tels ces regards trop longtemps fixés qui ne\nvoient plus!\n   O souffrance d'écrire, à chaque phrase, à chacune de ces bizarres figures\nnoires qui s'alignent sur la page blanche pour être cette chose mystérieuse\net sacrée : la PHRASE; toujours ce cauchemar, cette angoisse effrayante\nd'un qui, voulant comme son plus cher vœu, être honnête, sans cesse se\nsurprendrait à voler, inconsciemment...\n\n   Si parfois cependant, les mots aux mots, les phrases aux phrases, tous\nces supplices enchaînés, cruellement est née l'œuvre, que de tristesses encore\net que de ténèbres ! Avec quelle joie navrée l'on compare l'avorton enfanté\nau rêve de jadis, le rêve fier et splendide qui brillait comme un fanal\nd'espoir ! Et quelle désolée jouissance, quel attristant orgueil que se sentir\nsupérieur à son œuvre, et détailler ses infirmités et ses vices : les vols élargis\nvers les hauteurs se replient et se raillent de leur témérité ; dans l'effarement\nde cette déchéance se dresse l'inévitable et insoluble problème, le pourquoi\nformidable! Pourquoi ce long labeur et ces tristesses? — En ce siècle, où\nl'énormité du fatal malheur semble s'être accrue encore de l'écrasant fardeau\ndes cieux mornes et vides, quand jamais n'a si haut ni si terriblement crié\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                 - 257 —\n\n\nla plainte de la misère humaine, quand plus un phare de foi n'éclaire\nl'horizon et n'indique la route à suivre, quand l'avenir apparaît si mon­\nstrueusement noir et gonflé d'épouvantes, pourquoi? — Vanité des soucis\net des querelles, comment courber le front hautain de l'Art aux basses dis­\ncussions des foules? Et vanité de la gloire aussi, car qui comprend?\nPas plus la tourbe niaise des civilisés que les hordes de barbares qu'on sent\nvenir,..\n   Oh ! souffrance d'écrire, à chacune de ces publiques et amères confidences,\nde ces choses mystérieuses et sacrées qui sont le LIVRE, toujours l'interro­\ngation désolée, l'angoisse profonde d'un effort sans but...\n\n                                   Envoi\n\n   Ami — qui fis le Scribe, plein de ces amertumes, que j'envie la placidité\nsatisfaite de l'énorme bêtise au front de taureau, ou la sérénité superbe des\narbres inconscients porteurs de beaux fruits d'or, combien je les envie, les\nradieux imbéciles ou les artistes heureux qui ne la connaissent point\nl'affreuse, l'angoissante et pourtant chère SOUFFRANCE D'ÉCRIRE.\n\n\n\n                  POUR CÉLÉBRER LES RUSSES.\n\nAUX GRANDS MAITRES DE LA-BAS.\n                                              Je pris donc le petit livre des mains de\n                                           l'ange et je le dévorai ; et il était doux\n                                           dans ma bouche comme du miel; mais\n                                           quand je l'eus dévoré, mes entrailles\n                                           furent remplies d'amertume.\n\n                                                        SAINT JEAN. (Apocalypse.)\n\n\n\n   Maîtres très grands, maîtres aimés, devant qui j'incline avec respect\nl'hommage fervent de mes phrases chétives, Écrivains superbes qui rayon­\nnez au dessus de l'obscurité d'un peuple immense comme des phares sur\nl'Océan, artistes précieux méconnus de la foule, maîtres lumineux, maîtres\namers !\n\n  GOGOL — toi d'abord, l'ancêtre et le précurseur observateur moraliste\ndes travers et des vices de ton temps, si douloureusement triste déjà dans\nton persiflage glacé, comme tu as, en ta course fantasque de ville en ville,\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "                                  — 258 —\n\nde château en château, collectionneur bizarre d'âmes mortes et créateur\npuissant d'âmes éternellement vivantes, su fixer d'impérissables types ! Tels\nces étonnants dessinateurs du Japon qui synthétisent en une ligne unique,\nun mouvement, une attitude, tu fis, en tes sommaires et pénétrantes figures,\njaillir l'essence des caractères de ton siècle en traits brusques et vigoureux;\net dans ton œuvre ainsi légendaire, vibre avec une ampleur dominatrice,\nl'âme de la vieille Russie ; en ton oeuvre, Gogol, le porte-parole d'un peu­\nple, l'annonciateur des grands Russes et qu'il faut saluer avec admiration\navant de parler d'Eux.\n\n   TOURGUENEFF — un étang dans des arbres, par un tiède soir d'été,\navec le sourire dolent de la lune bleuissant l'eau qui scintille et qui fris­\nsonne, des tons fins, délicats, argentins, des vapeurs moelleuses comme des\ncaresses qui montent dans les bois pleins de rumeurs, les grands bois où\npassent vagues des silhouettes d'amoureuses, — charme doux, charme qui\nrêve, mélancolie sentimentale de roses qui s'effeuillent — parfois encore la\nplaine immense du steppe, avec l'immensité et la petite fleur bleue, qui\ntremble au bord du chemin — un tendre devenu sarcastique pour avoir\nvécu, pour ses ambitions et ses espoirs en allées en fumée, un chasseur\namoureux des bruyères, des forêts, de la vie simple et calme des champs et\nsoucieux malgré lui des obscures fermentations sociales qui menacent l'ave­\nnir; le lyrique exquis de courts poèmes en prose; l'inventeur unique de\nséductrices visions, s'effaçant dans un demi-songe, aperçues un instant\ndans le mysticisme d'un paradoxal amour, Tourgueneff, maître très doux,\nrêveur amer !\n\n   HERZEN — un volcan, avec des bouillonnements farouches, de grandes\nlueurs qui incendient et qui éclairent, rouges, une spontanéité et une cha­\nleur de lave, l'impétuosité irrésistible d'un fleuve de feu destructeur et puri­\nfiant ! — opiniâtre révolté maudissant le vieux monde et écrivant, de l'autre\nrive, d'extraordinaires pamphlets sur les événements éphémères, avec des\naperçus de prophète, des regards audacieux lancés dans l'avenir redoutable,\ndes résumés du passé : terrifiantes analogies de l'histoire, la plus hautaine\net décisive négation du Progrès, de la Liberté et autres Chimères charme-\nresses des peuples ! Seul il dit la situation, aux époques troubles de déca­\ndence, des artistes, des penseurs, des esprits supérieurs dominant le bétail\nhumain qui va aux transformations sociales sous la fatale poussée de la\nvie, entre les barbares qui viennent avec la justice et les civilisés qui se\ndéfendent avec l'oppression !\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                                   — 259 —\n\n   TOLSTOÏ — le plus grand de tous peut-être, et de tous ceux de sa race\net de tous ceux de son siècle, énorme, universel, merveilleusement équilibré\ncomme ces synthétiques génies auxquels rien d'humain n'est étranger. Et\ntout lui appartient, les âmes et les paysages, l'arbre, le cheval, le moujik\nà la pensée brumeuse, jusqu'au ministre, jusqu'à la grande dame, toutes\nles âmes — et les âmes d'enfants et leur candeur aux impressions ineffa­\nçables, et celles des jeunes filles aux délicatesses ingénues, les âmes des\népouses et celles des soldats, — toutes et tout, et la guerre et la paix, et les\neffrayants paysages traversés de fumées et d'éclairs, avec les bombes qui\nsifflent, les villes affamées, les mêlées désordonnées, les blessés qui saignent\net qui meurent, toute l'horreur tragique des combats, — aussi la vie insou­\nciante et paisible des campagnes, des steppes sans fin, des forêts profondes\ndu Caucase, et la modernité des cités populeuses, la vie, toute la vie, avec\ndes notions inouïes de détails minutieux et décisifs, des psychologies jamais\nessayées : dessous étranges de caractères, inquiétudes confuses, rêveries\ntristes et douces comme des brouillards gris d'automne mélancolique.\n   Et couronnant, une simplicité et une largeur d'évangile, un symbolisme\nd'apôtre et de voyant, un optimisme impossible fait de charité presque folle,\néperdue devant le vice et le malheur !\n\n   DOSTOIEVSKY — gouffre noir, aux profondeurs d'abîme et rempli de\nvertiges, sombre, avec des éclairs brusques tombant dans cette nuit et illu­\nminant des épaisseurs d'ombre insoupçonnées et çà et là, dans cette obscu­\nrité, des filets de sang rouge, qui goutte — œuvre de ténèbres et de clartés,\nde désespérés cauchemars et de réalité froidement féroce, rêve demesuré\nallant jusqu'au génie et jusqu'au crime, œuvre monstrueuse et sans nom !\noù se démène une humanité fantastique : les misérables fous de souffrance\net résignés de la maison des morts, les écrasés d'humiliations et d'offenses,\nles assassins souverains, les possédés épiques, les courageux bravant la\nhonte de la lâcheté, les intelligents qu'affolent l'ambition et la science,\ndéchaînement des hystéries et des névroses, des démences et des épilepsies !\nFrénésie immense de l'orgueil! Esprits inquiets et souterrains arrivant à\ncette conclusion formidable : la conscience : une maladie; et tous, ces gigan­\ntesques insensés, devenus tels à force de clairvoyance et de lucidité, désor-\nbités tant ils s'élèvent au dessus du vulgaire, les aliénés sublimes. Tes livres,\nô Dostoïevsky, tes livres douloureusement vocifèrent un réquisitoire acharné\ncontre notre Raison et notre Infirmité !\n   Grands maîtres, très chers méconnus de la foule, très hauts sommets\ndifficilement accessibles, et qui défierez dans les siècles la bêtise et l'envie,\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "                                — 260 —\n\n\ntous, vous vous penchez, avec une singulière sympathie, vers le moujik,\nvers l'humanité la plus rudimentaire et concluez ainsi, dans une philosophie\nunanime de tristesse, au néant de vivre par le néant de penser! Maîtres\namers, devant qui j'incline avec ferveur mon hommage chétif, vous m'avez\nconquis par ce capiteux breuvage de désespérance dont vous enivrez vos élus.\n\n\n\n\n                   LA CHAPELLE DE RÉDEMPTION\n\n  POUR MON PÈRE.\n                                        ... et personne ne pouvait apprendre le\n                                      cantique que ceux qui ont été rachetés d'entre\n                                      ceux de la terre.\n                                                    SAINT JEAN. (Apocalypse.)\n\n\n   A Bruges, en une chapelle que je n'y ai jamais vue et que je sais même ne\npoint y être, mais c'est à Bruges, nécessairement. Une étrange chapelle :\ngothique et pourtant semblable à une crypte, avec des fenêtres rondes comme\ndes soupiraux de cave, toute petite et d'une disposition bizarre, avec des\nangles brusques et des recoins pleins d'ombre, et cependant remplie de\nmonde, une foule énorme, aperçue ici, soupçonnée là-bas; des vêtements\nmodernes, tous sombres, mais de glabres et résolus visages, amincis dans\nl'encadrement des cheveux longs, pareils à des Flamands de siècles loin­\ntains. Et l'encens monte, des fumées bleues et grises, qui hésitent et qui\nflottent autour de l'or des cierges, s'accumulent sous la voûte; de faibles\nlumières scintillent sur l'huile des vases sacrés, griffant par secondes d'un\nrayon incertain les dorures de l'autel, des autels. Car, se disent à la fois\nplusieurs messes, psalmodie multiple qui bourdonne dans la chapelle\nrecueillie et silencieuse, et qu'interrompent de temps en temps de larges\nchants liturgiques, harmonies montant avec l'encens dans l'air chargé de\nprières. Oh! ces prières, que l'on sent autour de soi, chaudes, profondes,\npassionnées dans cette communion de ferveurs ! Aux murs, de merveilleuses\nboiseries, des gerbes de fleurs et des enlacements impétueux de liane, en\nvieux chêne ; des clochetons et des tourelles ajourées, toutes brunes et\nnoires, si vieilles! Vers le milieu, dans une stalle surélevée comme une\nchaire, la somptuosité triomphale d'une théorie de prêtres, de vieux moines\naux cheveux blancs, des enfants de chœur aux têtes d'ange en des surplis de\ntulle sur des robes rouges, tous à genoux, dans la stalle et sur les gradins\nde l'escalier, murmurant, courbés, toutes les messes psalmodiées autour d'eux\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                                   — 261 —\n\n\net priant pour toutes les prières du peuple agenouillé. Les étoffes sacerdo­\ntales ont des plis raides et solennels, les couleurs splendides s'apaisent dans\nla clarté confuse et c'est ainsi, en ce décor, ces figures austères et calmes\nla sérénité de leur Foi, comme une inoubliable vision de gothiques tableaux\ninconnus.\n\n   Près de l'un des autels, sur la tablette de marbre noir, issu du sanctuaire\noù normalement il est caché, un extraordinaire Christ : le buste seulement,\nde grandeur naturelle. Une draperie injectée de pierreries voile les épaules\net le cou. D'argent, le chef entier. Et dans cette tête polie, brillante et pâle,\nces joues rondes et lisses que frôlent les furtives lueurs de la chapelle, cette\nbouche mystérieuse aux froides et muettes lèvres de métal, ces yeux sans\nregards luisants et blancs, ces yeux de statue impassible, en ce chef d'argent,\napparaît peu à peu une expression divine de charité et de douleur : « A\nmoi les affligés, venez à moi de tous le plus affligé, pour être consolés par\nma souffrance ! »\n   Sur cette tête des cheveux épars, semblables à de l'étoupe soyeuse, de\nlongues mêches étonnantes, douloureusement tordues et dont le désordre\nencadre d'effrayante façon l'ovale impénétrable et rigide. Et l'on y voit des\népines, des épines perçantes et croisées comme des poignards, et des taches\nnoires comme du sang coagulé. Trois vieux prêtres aux traits ravagés de\nravines et de rides, au front plissé dans le souci des veilles prolongées et\ndes méditations, très vieux et très vertueux — et aussi trois enfants au\nvisage rond et joyeux, au regard libre et charmé de ceux qui ignorent la\nréflexion, très jeunes et très innocents — et enfin le septième, timide et\nhagard dans sa pourpre, le plus misérable et le plus ignoble des hommes de\nla ville, le plus sali de honte, chargé de forfaits et de crimes qui se pût\ntrouver, choisi pour l'inespéré pardon et la rédemption prochaine, se\ndonnent la main autour du chef miraculeux. Par instants, avec une émotion\nindicible et un respect tremblant, ils peignent avec des peignes d'argent les\ncheveux du Christ. Et ils chantonnent alors sur un rhythme lent une pauvre\net ridicule chanson du passé où reviennent de puériles paroles. Dans le\nsilence, brusquement épandu, la vieille chanson falote aux vocables naïfs\ncomme des bégaiements, s'élève, révélatrice de l'âme d'un peuple, symbole\nobscur de ses destinées et de ses espoirs, avec l'encens, les prières et les\nbénédictions, la vieille chanson aux sens voilés et perdus depuis des siècles\nque la tradition l'a transmise. Ils la murmurent en frissonnant, éperdus dans\nun rêve fou de sanctification, qu'ils ne comprennent point, les prêtres de\nleurs voix graves et chevrotantes, les enfants chantant clair, cristal frais et\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "                                 —   262   —\n\n\npur dans le fascinateur concert, et l'assassin osant à peine expirer du bout\ndes lèvres les mots prodigieux qui lui mettent des larmes aux yeux et de la\nclarté dans son cœur sombre. Oh ! cette incantation de très ancienne\nlégende, cette mélopée surhumaine et mystique venue de lointains inconnus,\nde trop lointains là-bas !...\n\n\n\n\n                                L'INCONNUE\n\nPOUR MONSIEUR GEORGES LEMMEN.\n                                                A pallid and poisonnous queen...\n                                                      SWINBURNE. (Dolorès.)\n\n\n   Lorsque, augmentant encore sa tristesse de toute sa solitude doulou­\nreuse, mon âme tôt vieillie, lâche et découragée avant l'heure et sans cause,\nmon âme si curieuse d'inéprouvé et trop prompte hélas ! aux coupables\ndésirs, s'abandonne à la Femme, souvent vers cette étrange figure décou­\nverte en un musée ignoré, incertainement attribuée à quelque artiste floren­\ntin de ce lumineux siècle quinzième, m'emportent mes souvenirs et mon\nrêve! Enchanteresse de maudites amours, chimère enfin rencontrée, je me\nsuis senti de suite, avec l'effroi délicieux d'un vague inceste possible, son\nfrère et son esclave : si belle que des adorations m'ont aussitôt gonflé le\ncœur, si frêle que j'ai cherché des mots exquis et doucement faux pour lui\nmurmurer ma prière, et si cruelle que les verbes implorant se sont évanouis\nsur mes lèvres en un soupir plaintif. Que j'aurais voulu la faire souffrir, et\nsouffrir atrocement de sa souffrance et courber ma fierté, en pleurant, sous\nson implacable orgueil !\n   ... Elle semble s'avancer d'un mouvement souple et lent, félin, comme le\nglissement d'une déesse apparue, et retourner vers moi l'éclair de ses yeux\ninquisiteurs. Une draperie blanche, et légère, retenue par une couronne en\nfeuillage de buis, la coiffe d'un casque virginal, puis retombe et s'enroule,\ncomme une écharpe jetée autour du cou, avec une négligence calculée. Sur\nle front droit et volontaire, un bandeau de soie chatoyante aux reflets\nbleuâtres et roses, serre les cheveux; et des deux côtés, ceux-ci pareils à un\nbizarre réseau d'or, ruissellent en menues vrilles symétriques et méticuleu­\nsement tortillées jusque sur les épaules, — si précieuse et si princière, cette\ncoiffure, en sa complication fantasque ! Une grosse émeraude retenue par\nun mince fil d'or comme un fragile diadème, brille sur la neige du front, et\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                                   — 263 —\n\nun autre bijou, suspendu sur la gorge nue, y fait étinceler ses pierres noires.\nDans sa main souveraine, si fine, d'une grâce et d'une délicatesse d'enfant\nroyale — oh ! l'éternité, toute l'éternité pour prix d'impossibles caresses de\ncette main perfide et pure ! — entre le pouce et l'index long, elle tient d'un\ngeste adorablement mièvre, un puéril bouquet de cinq fleurs des champs :\nraillerie des pâquerettes timides et des pensées sauvages par l'Initiée sub­\ntile! Découverte à demi, la poitrine montre des seins naissants, d'indécises\nrondeurs d'adolescent, et je ne sais quel vertige me prend de perverses pen­\nsées devant cette chair élégante et séductrice, au sexe ambigu, d'une graci­\nlité d'éphèbe et de féminine souplesse.\n   Oh ! des doigts seulement, des lèvres avides effleurer, avec l'angoisse d'un\nviol, ces seins d'enfant, ces seins de garçon, ces seins de vierge ! Lys d'où\nmonte le vertige des voluptés impermises et des désirs insensés...\n   Mais comment adoucir l'inflexibilité de ce calme regard et de cette bouche\nclose? Lèvres mignonnes fermées sur leur secret et qui jamais ne s'humilie­\nront à la confiance, qui jamais ne s'ouvriront pour des paroles d'amour ou\ndes baisers, lèvres minces ignorantes, de la naïveté lourde et du rire des\nsimples, lèvres hautaines imperceptiblement crispées par le dédain des brutes\nque nous sommes...\n   Et ces yeux qui me pénètrent, me jugent et me méprisent, ces yeux dont\nje suis poursuivi, que j'implore comme des étoiles dans la nuit de mes\nsonges, ces yeux qui savent et conseillent ironiquement tout le mal, qui\nentraînent irrésistiblement, charmeurs, vers les abîmes, ces yeux domina­\nteurs !\n   Fuir! Fuir son inquiétant sourire qui défie, son imperturbable regard\nqu'on ne sait plus oublier, sa séduction victorieuse, car c'est Celle pour qui\nd'épouvantables martyres seront inutilement supportés, pour qui l'on se\ntuera, celle qui voudra de l'amour, des larmes et du sang, et dont l'indiffé­\nrence suprême au milieu des sanglots et des râles, des dévouements et des\nprodiges, n'aura pas un étonnement ni un frisson! Sacrifier et voir mourir,\nson lourd ennui de vivre en sera-t-il distrait ? Car elle sait toute la vie : les\ntransports passionnés des amants, les vers ingénieux des poètes, les harmo­\nnies des grands bois, éphémères duperies! les banales infamies et les crimes\nmonstrueux des hommes misérables, pourquoi s'indigner? Le Vice raffiné,\nles perversités des débauches extrêmes, les exaspérations de l'esprit morbide\net des sens détraqués, elle sait et sa virginité ne s'en soucie. En ses lectures\ninfinies, en ses rêveries solitaires, elle, a vécu toutes les aventures, tout le\npossible et l'invraisemblable! Très lasse, maintenant, c'est l'enfant sombre\nchargée de plus de souvenirs que si elle avait mille ans, l'enfant dont la\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                                          — 264 —\n\nvolonté despotique — si vraiment elle veut encore vouloir ! — ne connaîtra\npoint la pitié ; orchidée superbe et terrible, floraison dernière d'une civilisa­\ntion ayant poussé la recherche et l'art jusqu'aux degrés ultimes voisins de la\nMort consolatrice de l'ennui de vivre!\n\n\n\n                                          HUMILITÉ\n\nPOUR   M O N S I E U R ARNOLD   GOFFIN.\n                                                     Qui se exaltat, humiliabitur.\n                                                                         EVANGILES.\n\n\n   J'ai cherché les « parfums nouveaux et les plaisirs inéprouvés » ; j'ai voulu\nmon esprit plus fort, mes sens plus aigus et subtils. Je vous ai demandé,\nSeigneur, dans un aveuglement fol, de sublimer mon âme et d'élargir ma\nvie. Vœu téméraire, vœu d'enfant, que vous punîtes en m'exauçant!..\n\n  Oh ! maudit! — oui, soyez maudit !\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, des yeux savants et curieux, et qui\nm'avez fait voir, pour un peu de beauté, l'horreur sans nom, l'horreur sans\nfin, du millier des spectateurs sales, les infâmes pensées des hommes : mes\nyeux toujours inquisiteurs m'ont fait regretter mes yeux purs!\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, un odorat plus fin et sûr, saviez-vous\nles senteurs atroces? Et l'écœurante puanteur qu'on discerne alors en toute\nfleur? Et l'angoisse du souvenir, en certains vieux parfums fanés? Oh!\npourquoi m'avoir écouté!\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, l'amour des frêles harmonies, sous les\nbois pleurent les fontaines, la mer roule sa plainte énorme, et que de dis­\ncordants concerts! Avez-vous fait les voix des femmes, les voix douces\ntraîtres à leur douceur, les voix chères, menteuses aussi?\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, deux rouges lèvres délicates, des lèvres\ngourmandes et, las! vous m'avez révélé ce jour, une amertume insoup­\nçonnée aux meilleurs vins qui font l'ivresse, — perdus, mes beaux enchan­\nteurs d'oubli ! — et j'ai trouvé, le cœur pleurant, fades, des baisers d'amou­\nreuse!\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                                  — 265 —\n\n\n   Vous qui m'avez donné, Seigneur, des sens ardents, irrassasiés... Charme\nvain du banal plaisir, mon Dieu ! L'âcre monotonie, puis l'accoutumance\ntoujours; au fond du calice, la lie... Bêtises des fraîches amours!... Perver­\nsité? La chair si courte !...\n\n  Vous qui m'avez donné, Seigneur, un esprit large et souverain, aigle pla­\nnant sur les sommets près des soleils, pour voir, petite, l'Intelligence\nhumaine en sa fragilité : Erreurs sans nombre, témérités, feux follets glis­\nsant dans le noir, plus d'espérances ni de dieux.\n\n                                   Prière\n\n   Maître! Pitié! — Je viens à vous suppliant et meurtri. Vous avez pro­\nmis d'abaisser qui s'élève : Humiliez-moi! Domptez mon orgueil destruc­\nteur, brisez ces sens fins dont je souffre, et faites-moi, mon Dieu ! pareil au\npaysan qui garde sans souci ses bêtes dans un champ, pareil à ces brebis\nqui bêlent en broutant l'herbe, pareil à ce gazon croissant parmi les pierres,\npareil à ces cailloux indifférents et nuls !\n\n\n\n\n                           LE P E T I T PRINCE\n\n  POUR MONSIEUR IWAN GILKIN.\n\n                                         — Dans les sonores harmonies des vagues\n                                       de parfums, dans l'haleine infinie de l'âme\n                                       universelle, se perdre, s'abîmer sans con­\n                                       science, suprême volupté.\n\n                                              R. WAGNER. ( Tristan et   Yseult.)\n\n\n                                       I\n\n       Tayaut ! La chasse va vite dans la forêt !\n\n   La bête éperdue fuit au travers des taillis et des fourrés, toujours tout\ndroit, sans rien voir, avec une vertigineuse vélocité parmi les sapins et les\nchênes, au dessus des fossés et des mares, l'imminence du péril croissant fait\nfuir la douce bête éperdue. Et derrière elle, sonne sur la terre le galop des\nchasseurs, bruit sourd et saccadé qui s'approche, s'enfle en tourmente dans\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                   — 266 —\n\n un grand fracas de branches cassées et de feuilles foulées, et des cris de\n mort, des hurlements, d'affreux blasphèmes en cette furie, des imprécations\n et des menaces et dans la nuit, les éclairs bleus des armes et les chevelures\n rouges des torches!\n\n        Tayaut ! la chasse va vite par la forêt !\n\n   Aux lueurs rouges des torches, c'est un précieux gibier que poursuivent\nd'étranges chasseurs : « La bête éperdue, c'est moi, l'enfant royal, qui cours\navec une extraordinaire vélocité parmi les sapins et les chênes. Et pourquoi\ndois-je fuir ainsi, ô mon Dieu! Tantôt dans mon palais, alors que j'admi­\nrais mes oiseaux rares — oh! les jolis tressautements d'ailes en la vasque\nd'argent remplie d'eau — mes ministres sont venus, mes insupportables\nministres, blêmes, si blêmes que je les ai presque aimés en ce moment là.\nL'émeute, ont-ils dit... L'émeute? Puis du sang, oh! mon cœur défaille... »\nEt il court, avec une rapidité fantastique le petit prince, il court...\n\n        Tayaut ! la chasse va vite par la forêt!\n\n    « Mon cœur défaille... que sais-je moi, si le peuple souffre et s'il a faim?\nQuand, par hasard je parcourais les rues de ma ville, je n'ai jamais entendu\nque des vivats et des applaudissements. Ils ne m'ont rien demandé, jamais,\net les mères m'ont présenté leurs nouveau-nés aux joues roses pour les voir\nbénir et je les ai bénis ! Que leur ai-je fait, à ceux-là qui me poursuivent?\nLeur ai-je pris les vers radieux des poètes, les chansons exquises des musi­\nciens, le babil et le plumage des oiseaux!... Et qu'ils sont laids, ceux que\nj'ai vus ! Atroces figures, hâves, décharnées, aux yeux qui luisent comme\nceux des bêtes, ils ont passé tantôt dans mon palais, cassant les statues,\ndéchirant les étoffes splendides et dans leur fureur, au milieu des meubles\nrenversés, du sang!... Il a fallu fuir... » Et il court, il court toujours, le\npetit prince, les branches lui déchirent la figure et ses pieds frêles saignent\nsur les feuilles mortes et les pierres...\n\n       Tayaut ! la chasse va vite dans la forêt !\n\n   « Il a fallu fuir. Pourquoi fuir? J'aurais voulu les attendre, leur mon­\ntrer le courage d'un roi. Mais je n'ai pu : ils sont trop laids, si laids qu'ils\nm'épouvantent. Ils ont des faulx, des haches, des marteaux et d'ignobles\nétendards. J'ai peur. Oh! mes oiseaux! mes chants et mes poètes! J'ai\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                   — 267 —\n\npeur... » Et toujours il entend derrière lui, le petit prince, sonner sur la\nterre le galop des chasseurs, et son pauvre cœur tressaute aussi dans sa\npoitrine, et derrière lui l'émeute gronde, pleine de menaces et de blas­\nphèmes; dans la nuit étincellent les éclairs bleus des armes et les chevelures\nrouges des torches. « Oh! mes oiseaux, mes poètes et mes chants! Il a\nfallu vous quitter dans ce désastre immense, et seul, m'échapper, seul. Un\npeu d'eau, un peu de repos, grâce! Mes jambes chancellent et j'étouffe, des\npensées de folie tourbillonnent dans ma tête ». Il a trébuché le petit\nprince et faibli, mais l'imminence du péril lui rend des forces, et il repart,\naffolé...\n\n       Tayaut ! la chasse va vite dans la forêt !\n\n   « J'ai couru à travers la ville, j'ai couru à travers les champs. J'ai ren­\ncontré des femmes qui ont vu mes yeux en pleurs et mes pieds meurtris ;\nj'ai rencontré des jeunes filles qui ont vu mes cheveux blonds arrachés par\nles branches et ma bouche altérée. Nul n'a prononcé pour moi un mot de\npitié ou d'amour! Devant mes pas, les portes se sont fermées et les habi­\ntants sont sortis de leurs demeures pour se joindre à la meute qui aboyé\naprès moi ! Auront-ils donc moins faim quand ils m'auront tué!\n\n       Tayaut! la chasse va vite dans la forêt !\n\n\n                                        II\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n\n   Il est arrivé, cheveux au vent, la tête en feu, les jambes défaillantes, il\nest arrivé, le petit prince, jusqu'au fond du temple. Les portes étaient\nouvertes et les prêtres avaient fui ; son pas a sonné dans la solitude des\nsalles abandonnées ; il s'est incliné devant l'image des dieux qu'il a coutume\nde venir prier ; et allant plus loin toujours, il est entré dans l'enceinte sacrée\noù jamais il n'avait osé pénétrer. Les prêtres très vieux, initiés par de lon­\ngues études et de terribles méditations, en connaissent seuls le mystère et\nc'est la mort pour tout fidèle qui en franchit le seuil redouté. La salle est\nobscure et sinistre.\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                  — 268 —\n\n   La salle est obscure et sinistre, ses murs démesurés, montant droit sans\nun. angle, sans une frise, sans nul détail qui vienne interrompre la rigidité\nde leurs lignes, se devinent dans l'ombre, augmentant l'immensité de toute\nleur indécision. Le dallage est, comme les murs, de marbre noir lisse et\npoli, sans une tache, sans un ornement et si bien scellé qu'on le dirait d'un\nbloc. L'énorme caveau s'éclaire vaguement d'une lumière douteuse, on ne\nsait d'où venue. Il a refermé d'un dernier effort, le petit prince, il a refermé\nles lourdes portes de bronze verdâtre dont les battants se sont rejoints avec\nune clameur lugubre et qui vibrent et résonnent comme un gong...\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n\n   Les portes de bronze vibrent longuement;... et maintenant qu'il est en\nsûreté, loin de ses ennemis rugissants, il a plus peur encore, le petit prince,\net se sent envahi d'un trouble singulier. Il a fait quelques pas dans la salle\nrégulière et vaste et a regardé autour de lui. Le silence, après tout ce\ntumulte, l'oppresse. Partout ses regards ont glissé sur le marbre poli, noir;\nau milieu du dallage s'ouvre un trou carré, béant, plein de nuit. A des pro­\nfondeurs indéterminables, il semble que l'ombre bouge et s'éclaire parfois\nd'écailles de lumière. Dans le silence il perçoit comme un frémissement, et\nil croit sentir, comme un battement d'ailes, une vague fraîcheur lui caresser\nle visage.\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n\n   La fraîcheur lui caresse le visage, et il a frémi, le petit prince. Il a plus\npeur encore affreusement de cette eau sacrée, qui coule toujours, venant de\nl'inconnu, allant vers l'inconnu, et très vite, et toujours pleine de mystère\net d'angoisse. Il ne sait pourquoi il tremble à présent, mais jamais pareille\népouvante, mêlée d'inexplicable charme, n'a étreint son âme. Et l'eau l'at­\ntire irrésistiblement. Il ne saurait plus fuir, il s'est couché sur le bord, sa\ntête s'est penchée vers l'onde religieuse, et ses yeux bleus qui rêvent et qui\nbrillent de larmes, ses cheveux blonds épars en mèches longues, ses joues\npâles, ses lèvres rouges et fines que plisse un sourire énigmatiquement\ntriste, son col délicat d'enfant royal, il se revoit comme le portrait pâli d'un\nfrère et il s'imagine que le flot s'est arrêté pour refléter en la caressant sa\npauvre figure désespérée...\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                 — 269 —\n\n   Face de prince pâle sur l'eau noire qui s'écoule...\n   Il entend, le petit prince, des rumeurs et des chuchotements, presque\ndes voix, enchanteresses, peut-être perfides. Son trouble s'apaise et son\nesprit charmé ne regrette plus ses oiseaux et ses poètes, n'a plus de craintes\npour le peuple ameuté ! Des voix frôlantes et douces comme jadis le baiser\nde sa mère sur son front, comme le regard d'une jeune fille qu'il aurait\naimée... murmures qui célèbrent la douceur de l'anéantissement et de\nl'oubli ! Douceur de l'abandon des misères humaines, du bon sommeil sans\nrêves, sans fin ; douceur de ne plus connaître jamais l'amer souvenir du\npassé, l'ennui lourd du présent, l'effroi de l'a venir ! De s'en aller dans la\nnuit, dans l'inconnu, sans pensée et sans désir, de s'évanouir dans l'eau\nconsolatrice et berceuse, de se dissoudre insensiblement, de ne plus vivre\nque comme un frisson, comme un scintillement de lumière, comme un\nimperceptible mouvement dans l'immense nature, ineffable douceur de ne\nplus être...\n\n       L'eau noire, en s'écoulant, frissonne horriblement dans l'ombre...\n\n                                                   JULES DESTRÉE.\n\n\n\n\n                                 VERS\n                              RÉSIGNATION\n\n       J'implore de ton cœur la pitié d'un mensonge,\n       Auroral et suave ange de trahison,\n       Sourire de ma vie, adorable poison\n       Qui parfumas mes chairs du doux mal qui les ronge.\n\n       Toi que, jour et nuit, mon douloureux désir songe,\n       Rentre encore un instant dans ma sombre maison.\n       — Hélas! le néant seul répond à ma raison\n       Et quel vide éternel est l'enfer où je plonge!\n\n       — Et pourtant, ô mon âme, ils croyaient te chérir !\n       — Plus ils t'aimeront, plus ils te feront souffrir,\n       Ces futiles enfants que nul amour n'arrête.\n                                                                      18\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                         — 270 —\n\n\nLes yeux clos à leur brève et cruelle beauté,\nCloître-toi dans ton rêve et sa divinité :\nVa, pour se f aire aimer, il faut faire la bête.\n\n\n\n                      BOIS    SACRÉ\n\n      Jailli nu des vêtements vils,\n      Chair de nacre, lumière, joie,\n      Le souple éphèbe danse et broie\n      Le sol d'or craqué de béryls.\n\n      Moelleux, verts et bleus, de subtils\n      Lataniers aux palmes de soie\n      Propagent l'ombrage où chatoie\n      Maint rayon clair entre des cils.\n\n      Ainsi pavonienne   s'allume\n      La magique forêt   de plume\n      Aux flamboyantes   cimes d'yeux,\n\n      Où l'enfant, peureux des caresses,\n      Fuit par jolis bonds sinueux\n      L'effroi des trop hautes tendresses.\n\n\n\n                      LE DESIR\n\n     L'ange adolescent du Désir\n     Soulève son visage pâle\n     Dont la fluide chair d'opale\n     Meurt sous les lèvres du plaisir.\n\n     Ses yeux de soir, d'ombre et de songe,\n     Où luisent des flammes obscures,\n     Ouvrent leurs bleuâtres blessures\n     Que l'éternel mensonge ronge.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                  — 271 —\n\n               Beaux yeux malades d'horizon,\n               Bouche que gonfle un cher poison,\n               Induisez-nous en pâmoison.\n\n               Et vous, effeuillez, mains pieuses,\n               Sur nos douleurs mystérieuses\n               La pourpre en deuil des scabieuses.\n\n                                                       IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n             La Vie et la Mort d'un Poète\n                                  ÉTUDE\n                                                                 A HENRI.\n\n\n              En ce temps-là, quelques jeunes gens passionnés de littérature,\n                faisaient une Revue. Et la preuve qu'ils la faisaient bien et\n                qu'ils aimaient l'ingrat métier littéraire, c'est que tous ceux\n                qui ne sont pas morts, sont arrivés. Les uns, devenus profes­\nseurs ou magistrats, les autres journalistes vivant de leur plume, phéno­\nmène auquel nos grands-pères n'eussent point ajouté foi.\n   D'ailleurs, ils comptaient cent abonnés. L'un d'eux, quasi célèbre aujour­\nd'hui, alla d'hôtel en hôtel, d'étage en étage, dans tout le faubourg Saint-\nGermain, quêter des abonnements. On lui donnait dix sous de remise : il\nusait prodigalement l'unique paire de bottines, indivise entre son frère et\nlui. Quand il sortait, le cadet restait au lit. Sachez qu'il recueillit en tout\nquatre souscriptions, parce que la Revue plaisait à la livrée. La marquise,\nqui le met à sa droite, à table, et près de la vicomtesse, en face d'un aca­\ndémicien, ne se doute pas qu'elle le fit jadis éconduire par un valet de son\nantichambre.\n   Le cénacle se réunissait rue de Buci, chez le plus riche de la bande. J'en\nétais. On y ressuscitait la querelle des romantiques. On y battait le réalisme\nà plate couture. Le naturalisme n'existait pas. Alphonse Daudet publiait\nalors son admirable Petit Chose dans le Moniteur à un sou, Emile Zola\ndébutait dans le journalisme, Paris ne s'occupait guère que du Graindorge\nde M. Taine, et des Odeurs de Paris de M. Veuillot.\n   Notre hôte était dans ses meubles. Un logement d'avocat, fastueux pour\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                   —   272   —\n\n\nnous qui vivions à l'auberge ; il nous donnait du thé et des petits gâteaux ;\net. chacun mangeait sa tartine avant de lire son chef-d'œuvre, car le « comité\nde rédaction » admettait ou repoussait, au scrutin secret, les articles pré­\nsentés à la Revue.\n    Il fallait ce court préambule pour montrer, dans son vrai jour, le portrait\nde notre ami. Son nom véritable éveillerait un écho douloureux.\n\n\n\n\n   On nous prévint un jour qu'un poète entrait au cénacle : un vrai poète,\nimprimé dans les revues et dans les grands journaux, ayant ses coudées\nfranches chez M. Buloz,\n\n                  Qui d'un seul œil éclairait les deux mondes ;\n\nfamilier chez Sainte-Beuve, ami de tous les critiques, et membre de tous\nles Parnasses. On le nommait... Jacques.\n   Nous vîmes un homme souffreteux, maigre, au visage ravagé, blême,\naux yeux largement cernés, le front déjà chauve. Il s'assit au coin de la\ncheminée. Notre hôte mit auprès de lui une fiole de pharmacien pleine\nd'eau-de-vie. Jacques tira de sa poche une pipe courte et noire, la bourra,\nl'alluma, et se mit à fumer sa pipe et à boire son eau-de-vie.\n   Du reste, il ne disait rien. Il écoutait, silencieux, les yeux vagues, absorbé\ndans un rêve. Il avait ce regard en dedans, qui étonne. De temps à autre,\nun mot : une louange délicate, une critique modeste et timide.\n   Vers minuit, très ivre, il nous dit ses vers. Il possédait la forme pure,\nclassique, un peu froide, correcte ; sa voix avait des inflexions tendres,\nd'une harmonie et d'un charme indicibles. Celui-là aimait et comprenait la\npoésie, mais il ne lui demandait pas la vie matérielle.\n   De quoi vivait-il ! De tabac, d'alcool, d'opium. Il arrivait depuis peu de\njours des provinces du Liban, car il avait passé plusieurs années en Orient,\net dans les contrées les moins explorées. Il en rapportait d'étranges souve­\nnirs, une connaissance parfaite des mœurs mystérieuses du pays du soleil,\ndes notions et des idées qu'il avouait à peine, une manière d'être, enfin,\nqu'il se contraignait de dissimuler pour ne point effaroucher nos opinions\nde civilisés prud'hommesques.\n   Aussi ne parlait-il que fort peu de ses voyages, ayant, d'ailleurs, à nous\nconter un événement qui nous touchait de plus près.\n   Le matin même il était allé, avec un célèbre polémiste catholique, le plus\ncélèbre de tous, voir Charles Baudelaire sur son lit d'agonie. Scène émou-\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                     273\n\n\nvante que cette entrevue suprême avec l'homme, alors encore incompris et\ncalomnié, des Fleurs du mal.\n    — Je ne sais pas le nom de la maladie, non je ne le sais pas et ne le\nveux point savoir, disait Jacques. Il ne peut plus parler... De tous les mots\nde cette langue française qu'il a enrichie avec tant de hardiesse, de ces mil­\nliers de mots qu'il a jetés à profusion dans ses oeuvres, il n'a retenu que\ndeux mots : Cré nom ! qui lui servent, et qui lui suffisent, à exprimer tous\nles sentiments dont son âme est encore capable. Oui. Cré nom ! voilà ce\nque profère, à cette heure, l'incomparable traducteur de Poë, qui a fait\npasser dans notre langue et notre littérature le génie de ce philosophe\nbizarre, de cet analyste sans égal, de cet espion du cœur humain, qui vou­\nlait que sa phrase représentât l'infini de la sensation la plus subtile. Cré\nnom! c'est là tout ce que prononce l'admirable ciseleur des poèmes en prose;\nle patient et curieux observateur des Femmes damnées, de Don Juan aux\nenfers... Toute l'éloquence, toute la splendeur, toute la puissance de sa\nparole se résument en ces tristes mots, qu'il nous a jetés avec un accent de\njoie, en nous voyant : Cré nom ! Et cela voulait dire, et il avait l'illusion\nde le dire : « Soyez les bienvenus ». Il ajouta : Cré nom ! avec l'intona­\ntion qu'il aurait eue pour nous demander : « Comment vous portez-vous ? »\nEt il roulait sa tête sur l'oreiller, en répétant cré nom ! cré nom! comme\ns'il avait clamé, dans un éclat de rire sonore : « Ah! que je suis content\nde vous voir ! » Son blême visage de moribond s'épanouissait d'allégresse :\nIl regarda mon compagnon, de ses grands yeux ouverts, très limpides, si\npurs, et il fit le signe de la croix à plusieurs reprises, avec une expression\nd'inexprimable bonheur, de majestueuse sérénité, manifestant ainsi qu'il\navait reçu les sacrements. Et en faisant ce signe de la croix, du front à la\npoitrine et d'une épaule à l'autre, largement, du geste ample d'un paysan\nde Bretagne, il murmurait : Cré nom! cré nom! cré nom! J'étouffais\nd'angoisse, mon compagnon pleurait à chaudes larmes, et pour nous con­\nsoler, Baudelaire, son extatique sourire sur ses lèvres violettes, murmurait\ndoucement : Cré nom! cré nom! Ah! c'était atroce.\n  Jacques but une lampée d'eau-de-vie, puis, la tête baissée, se mit à bourrer\nsa pipe, tandis que l'un de nous jetait cette question :\n  — Est-il mort ?\n  — J'espère qu'il est mort... Il faut qu'il soit mort, répartit Jacques, les\nyeux fixés droit devant lui, comme obsédé par une vision funèbre. N'est-ce\npas un supplice pire que la mort, se survivre ainsi? Penser, et ne pouvoir\nplus traduire sa pensée... Gésir, inerte, garrotté par l'immonde fièvre sur\nun grabat d'hôpital... comprendre... deviner... espérer... savoir qu'on lais-\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                   — 274 —\n\nsera un nom impérissable parmi les hommes, et que les hommes verront\ntantôt passer un cercueil où ballotte la pourriture dont le nom mortel est à\njamais nimbé de gloire!...\n   Ah! ce n'est pas mourir qui effraie, c'est imaginer, un 'fugitif instant,\nqu'on est mort!... Quand nous sommes partis, ce matin, acheva-t-il en\nchangeant de ton, Baudelaire nous dit adieu : « Cré nom! c'était nous\ngarder près de lui, qu'il voulait. Mais on a faim, n'est-ce pas? Et la bête\ncommande. Je ne le reverrai jamais, et je n'oublierai pas plus ce cré nom,\nque si je l'avais entendu sur le Sina'i !\n   Jacques fondit en larmes, et ne parla pas davantage.\n   Charles Baudelaire était mort, en effet, à onze heures du matin, le der­\nnier jour d'août, un samedi, sans avoir pu, même dans les violents combats\nde l'agonie, retrouver la parole. Il roula sa tête sur l'oreiller, il dit cré nom!\net il expira.\n   Et tous, tant que nous étions, poètes et prosateurs, si aiguisés que nous\nfussions par les ardeurs de notre juvénile fougue, par les enthousiasmes\nirréfléchis de notre âge, nous n'avions aucune idée de la perte que faisaient\nles Lettres françaises, non plus que du renom qui, par delà la tombe, éveil­\nlerait un jour le grand poète.\n   Jacques nous laissa de lui une singulière impression.\n\n\n\n\n   Jacques était un Parisien. Elevé à Sainte-Barbe, il eut tous les succès\nque souhaitent les écoliers : prix et couronnes s'amoncelaient sur lui. On\nparlait de cet enfant comme d'un grand homme futur... Il paya bien cher\ncette gloire prématurée.\n   Tout jeune, il débuta dans ce qu'on appelle la « carrière des lettres ! »\ncarrière de sable et de pierres, hérissée de ronces, et que nul ne parcourt\nsans se déchirer aux aspérités et aux épines.\n   L'omnipotent Buloz accueillit affablement l'adolescent qui venait à lui,\népris del'art, éperdu d'espérances. Jacques, même après Musset, fut applaudi\nde tous les délicats auxquels il ne fallait pas encore des poèmes réalistes.\n   Il demeura pauvre. Que lui importaient les nécessités de chaque jour?\nA peine songeait-il au pain quotidien. Il allait droit devant lui, rêvant tou­\njours à l'idéal, et, désespérant de créer ce qu'il concevait, il brisait trop\nsouvent sa plume.\n   Il avait la dignité hautaine de l'homme qui vit dans les régions les plus\nélevées de la pensée. Il ne demandait rien et ne se plaignait pas. Et peut-\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                  — 275 —\n\nêtre eut-il grand tort. On ne pardonne à personne de manquer de savoir\nfaire à une époque où il faut intriguer pour parvenir, où tout se donne à\nl'intrigue, et presque rien au talent. L'obligation de gagner sa vie, est une\nloi sociale. Nos contemporains méprisent Gilbert, qui s'est laissé mourir à\nl'hôpital, — et peut-être ont-ils raison ! Je ne veux juger ni le poète qui se\nréfugiait dans ses rêves, ni ceux qui l'accusaient de ne pas faire métier et\nmarchandise de ses vers.\n   Jacques eut une grande influence sur le cénacle de notre petite Revue.\nIl nous apprit à épeler dans les livres des maîtres. Il aimait l'art. Il en par­\nlait avec respect, il savait en communiquer la flamme. Causeur charmant\net causeur intarissable, comme tous les nonchalants, il amusait, il raillait,\nmais ne disait jamais de mal de personne.\n   Il venait régulièrement à nos réunions. Il détacha de son recueil de vers\nplusieurs pièces qu'il nous permit d'imprimer dans notre Revue. Il nous\nen lisait d'autres, que le public ne doit point connaître. Je les garde,\ninédites, écrites de sa main, dans la cassette où sont les papiers qui seront\nbrûlés après ma mort. Personne, depuis les anciens, n'a chanté de telle\nfaçon le poème de la chair. C'est affreusement beau, et c'est terrible. Il y a\nlà des accents lyriques à rendre jaloux un Horace, et une chiennerie à dés­\nhonorer à jamais la poésie.\n   Ce bon camarade, pourtant, n'était guère pervers. Il vivait de peu, très\nparesseusement, satisfait qu'il eut sa pipe et sa fiole d'eau-de-vie. De rares\namis l'entouraient. L'un d'eux, mort après lui, fut une manière d'empereur,\nun despote, chef de république. Au pouvoir, l'ami de Jacques ne se souvint\npas des années de misère, et laissa le poète sur la paille.\n   L'homme ne pourrait pas croire au diable, si l'ingratitude n'existait pas.\nN'a-t-il pas fallu la révolte des anges et l'ingratitude de Lucifer, pour nous\nrévéler Dieu?\n   De ses voyages au cœur de l'Asie, Jacques avait rapporté du haschisch,\nmais il ne s'en servait qu'avec une extrême prudence. L'un des nôtres, — je\nl'appellerai Francisque, — voulut essayer de ce poison délicieux qui trans­\nforme en un rêve splendide la plus misérable et la plus prosaïque existence.\nVivre une nuit, voire une heure, de cette vie exaspérée des haschischins,\ndécupler l'intensité des sensations au risque d'émousser à tout jamais\nles sens réels ; découvrir dans le mystère d'actions dont on demeure irres­\nponsable des jouissances imprévues et suraiguës, se livrer et se soumettre\nau Démon Inconnu, cela vaut, semble-t-il, qu'on s'expose aux pires dan­\ngers, et quelle crainte puérile assaillirait celui qui n'oserait absorber un peu\nde pâte verte, dans une cuiller de vermeil!\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                 — 276 —\n\n    Francisque n'hésita pas une minute, lorsque Jacques, fatigué de sollicita­\ntions, lui promit de lui faire goûter à la précieuse drogue, — un extrait cru\ndes feuilles du cannabis indica, ainsi qu'on sait : une pâte faite du jus de\ncette herbe et de quelques graines nauséabondes.\n    Seulement Jacques voulait trois convives pour cet étrange repas, et il y\ninvita un des écrivains les plus extraordinaires de l'époque, romancier, poète,\ncritique, exégète, le célèbre Lancelot de Valrouge, alors dans tout l'éclat\nd'une gloire mystérieuse, révélée à de rares adeptes qui voyaient en ce\nvieillard prodigieux un des trois maîtres sur maîtres de l'art contempo­\nrain.\n    Ce fut chez Jacques, un soir, que M. de Valrouge et Francisque se ren­\ncontrèrent, tous deux résolus, combien que leurs amis eussent tâché de les\neffrayer sur les conséquences de cet empoisonnement volontaire, aux suites\nduquel Baudelaire avait, prétendait-on, succombé.\n    Jacques les reçut, avec son ordinaire et très indolente aménité, dans son\ntaudis sombre et malpropre de la rue Childebert, derrière Saint-Germain-\ndes-Prés. Le vulgaire logis d'un étudiant indigent : du calicot jaune aux\nfenêtres, des flambeaux en zinc sur la cheminée, des sièges boiteux, un lit\nétroit et bas, une table à dessus de marbre dépoli, ébréché, fendu.\n    Mais, sur la table, dans une boîte d'or guilloché, pavée de turquoises\nverdies qui dessinaient, avec des perles mortes, des monogrammes bizarres\nde divinités malabares, la pâte onctueuse, d'un vert noirâtre, grasse, odo­\nrante. Et sur le plateau, près de trois petites cuillers, en de vastes bols de\nporcelaine chinoise, fine comme une coquille d'œuf, peinte de dragons, d'oi­\nseaux et de fleurs aux couleurs vives, le café, préparé à la turque, fumait :\nun café noir, limoneux, épais, trouble, au parfum acre, capiteux.\n   Valrouge, Francisque et Jacques fumèrent d'abord quelques cigarettes de\ncourâni, tabac saturé d'opium et de salpêtre. Puis ils burent, dans un\nverre d'eau glacée, quelques gouttes d'essence de sambac. Et enfin, lente­\nment, avec un dégoût perversement surmonté, ils absorbèrent une cuillerée\nde haschisch, écœurés par l'odeur et la saveur fades de cet onguent. Puis ils\nsavourèrent le café, dont le marc s'était précipité au fond du bol, laissant à\nl'infusion un arome pénétrant.\n    Et alors, ils se regardèrent en éclatant de rire, Jacques se moquant de ce\nqu'il prévoyait, M. de Valrouge défiant la drogue de produire sur lui un\neffet quelconque, Francisque persuadé qu'il en serait quitte pour quelques\nheures d'ivresse désagréable.\n    Or, il arriva justement que M. de Valrouge ne ressentit d'autre effet\nqu'une invincible somnolence et se trouva bientôt en ce curieux état où l'es-\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                  — 277 —\n\nprit et l'intelligence flottent entre l'éveil et le sommeil. Il avait pleine con­\nscience de ce qui se passait autour de lui et n'y pouvait prendre part; il\npouvait entendre, écouter, mais non articuler un mot; ses membres engour­\ndis lui refusaient le geste, bref, il rêvait sans dormir.\n   Francisque, peu à peu envahi par une ivresse très douce, rêvait, s'agitait,\nremuait, et fut tout à coup prostré, anéanti, écrasé. Il s'endormit d'un\nsommeil de plomb, dont il ne sortit qu'après douze mortelles heures de cau­\nchemar, baigné de sueur, muet d'épouvante, les yeux atones, la bouche\nconvulsée.\n   Et pendant que ceux-là subissaient l'inexplicable influence du poison,\nJacques, accoutumé déjà à ces délices, était victime de sa propre folie. Il\navait avalé, avec insouciance, une cuillerée de haschisch, et bu un bol de\ncafé, en homme que de pareilles cérémonies laissent indifférent. Il se croyait\nà l'abri de tout accident, ayant éprouvé, comme Mithridate, les plus fortes\ndoses toxiques.\n   Il fut pourtant le seul vaincu. En proie, subitement, à un accès de fré­\nnésie, hors de lui, hors du monde, passivement esclave d'une idée fixe,\ninconsciente, brutale, impérieuse, il sortit de la chambre, s'élança dans la\nrue, se mit à courir au hasard, droit devant lui. Deux heures du matin son­\nnaient à Saint-Sulpice.\n   Jacques dévala par la rue de l'Échaudé et la rue Mazarine jusqu'au Pont-\ndes-Arts; il escalada les marches en deux sauts : d'un bond il atteignit la\nbalustrade, qu'il empoigna, et déjà il prenait son élan, lorsqu'un chiffon­\nnier, un pauvre vieux qui passait, le prit à bras le corps, l'arracha du\ngarde-fou, le jeta sur l'asphalte, le tint dix minutes, à moitié étouffé sous\nson genou, et ne lui permit enfin de se relever que lorsqu'il l'eût jugé inca­\npable de recommencer la lutte.\n   Une fois debout, Jacques ne discuta point. Il repoussa d'un revers de\nmain son sauveur, et fila rapidement le long du quai, jusqu'à la rue Dau­\nphine. Une grande et lourde voiture de maraîcher accourait, traînée par\ndeux bons chevaux, chargée à se rompre d'une montagne de légumes.\n   Jacques se jeta à plat ventre sur le pavé, à deux pas des chevaux qui,\neffrayés, eurent un mouvement de recul.\n   Alors, il prit sa course, le malheureux. Il remonta la rue au galop,\nemporté par un galop furieux, aussi vite que le cerf poursuivi par la meute.\nHaletant, haleinant, frappant des pieds la terre sèche, il se ruait en avant,\npar bonds, par saccades, les coudes au corps, affolé, éperdu. Et il arriva\nainsi au carrefour de l'Observatoire. Il vit les grilles, se profilant en grêle\ndessin noir aux premières lueurs de l'aube.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                  — 278 —\n\n    Ivre, fou, maniaque, il se jeta à corps perdu, tête baissée, contre ces\ngrilles, se blessa, revint à la charge, en poussant d'atroces rugissements, et\nil tomba enfin, le crâne fracassé, baigné dans une mare de sang.\n   Des gens de police le ramassèrent un peu plus tard. Il n'avait pas un\npapier sur lui. Son visage, crevassé, sanglant, hideux, était méconnais­\nsable. Ils le conduisirent à l'hôpital. Il y resta six mois, dément, aliéné, en\nproie à un délire d'hydrophobe.\n   On le guérit toutefois. Un beau jour, s'éveillant comme d'un songe, il se\nsouvint. Il fit appeler Francisque, lui raconta ce qui s'était passé, apprit de\nlui la mort de M. de Valrouge, et faisant jurer à son camarade de ne jamais\nrévéler à qui que ce fût cette affreuse aventure, il s'en alla de l'hospice et\ndisparut. On ne le vit plus, on n'entendit point parler de lui.\n\n\n\n\n   Sur ces entrefaites, la guerre éclata. L'effroyable tourmente, comme on\nsait, creusa un abîme infranchissable entre le passé et le présent.\n   Après 1871, il semblait que les événements d'avant Forbach appartinssent\nà un autre siècle. On s'imaginait que des années et des années s'étaient\nécoulées, qu'une ère nouvelle commençait, que des hommes nés d'hier et\ndéjà vieux surgissaient. Les anciennes gloires s'éteignaient une à une, et\ndes noms retentissaient, brutalement acclamés, qu'on n'avait point entendus,\net qu'on se rappelait à grand'peine.\n   Francisque ne se souvenait guère de Jacques : aucune revue, aucun jour­\nnal ne publiait rien du poète; pas un livre, signé de lui, n'avait paru en\nlibrairie. Sans doute, il était mort, avec tant d'autres, sur un champ de\nbataille, dans une embuscade ou à l'hôpital, à moins que depuis longtemps\nl'alcool ou le haschisch ne l'eussent achevé.\n   Or, Francisque, devenu l'un des romanciers à la mode, reçut un jour,\npar l'entremise de son éditeur, un billet conçu en ces termes :\n\n  « Cher ami, je suis un peu malade. Venez me voir, nous causerons. Je\nvous serre la main.\n                                                          « JACQUES. »\n\n   Ce fut un tressaut de joie. Le poète vivait. Mais qui sait comme? Abruti\n peut-être, misérable, réduit à la noire tristesse de cette misère honteuse et\n sordide, qui avilit.\n   Francisque ne perdit pas de temps. Il courut impasse Ganneron, une\nruelle puante, bordée de masures. Au fond d'un maigre jardin, planté\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                  — 279 —\n\nd'arbustes rabougris, poussiéreux, une échelle de meunier conduisait à un\npetit logement de deux pièces.\n   Étendu sur un vieux fauteuil, à côté d'une table chargée de papiers et de\nlivres, vêtu d'une robe de chambre fanée, coiffé d'une calotte de velours,\nJacques, devenu un vieillard, jouait avec un bel enfant blond et rose, tandis\nqu'une vieille femme cuisinait sur un petit fourneau en fonte.\n   Jacques reconnut aussitôt Francisque, qui ne le reconnaissait pas.\n   — Ah! lui cria-t-il, c'est vous? Ah! c'est vous... Merci d'être venu. Le\ndéjeuner va être prêt. Vous aurez de l'homard et des fraises, gourmand. Je\nvous présente mon fils: Jacques... Jacques... va embrasser le monsieur,\nJacques... Et voici, acheva le poète, indiquant du regard la vieille femme,\nvoici ma... sa mère!\n   Hélas! quelle décadence et quelle chute. Ce taudis, cette compagne\nhumble et soumise, maîtresse ou servante, mais non épouse, certainement,\net ce joli bébé si joyeux !...\n   — Eh bien! reprit Jacques de son air bonhomme, il y a eu beaucoup de\nchangement, n'est-ce pas, depuis dix ans?... C'est long, dix ans!... Vous\nvoyez, je suis malade, mon bon Francisque, je m'en vais... Je suis déjà loin.\n— Va jouer avec ton chat, Jacquot. Mais je veux vous dire : ce n'est pas\nl'absinthe qui me tue, ni l'opium, ni l'ivrognerie... Depuis sept ans, je ne\nbois que de l'eau. Je ne fume plus. Ouvrez ce tiroir, c'est là que j'ai enseveli\nma pipe... ma Joséphine... et déroulez son linceul : j'y ai mis un sonnet qui\nest ma plus belle poésie. Vous rappelez-vous Baudelaire ! Cré nom ! cré\nnom! Ce n'est pas la même maladie. Moi, c'est le cœur : J'ai trop aimé, j'ai\ntrop souffert. Et puis j'ai travaillé.\n   Le regard de Francisque fit le tour de la chambre, s'arrêtant sur les\nmeubles frustes, les haillons pendus aux murs, les choses délabrées qui\nsalissaient ce chenil.\n   — Je comprends, dit Jacques, hochant la tête. Si j'ai tant travaillé, pour­\nquoi suis-je logé dans ce style-là, puisque je n'ai plus de vices? Mon bon\nami, j'avais pis que des vices : des dettes. J'ai mis à la porte, hier, mon der­\nnier créancier, et j'ai payé mon dernier billet à ordre. Je veux qu'on le fasse\nencadrer : c'est tout ce que je lègue à Jacquot. Le petit n'aura pas un sou,\nmais il ne devra rien à personne... Trente mille francs, en dix ans, avec\nles intérêts, les prôtets, les jugements, tout le grimoire des huissiers. J'ai\ntiré tout cet argent-là de mon cerveau, et mes doigts se sont usés à ma plume.\nVous connaissez le fabricant de feuilletons pour les journaux à un sou,\nProsper Patient?... Oui? Vous le connaissez? Eh bien! Prosper Patient,\nc'est moi. Oui, c'est moi qui écris ces romans stupides, ces récits de vols,\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                  — 280 —\n\n de meurtres, de parricides, ces histoires ignobles de filles et de galériens.\n C'est avec ça que j'ai « liquidé mon passif » et vécu depuis dix ans. J'en ai\n honte et dégoût. N'en parlons plus. Prosper Patient était un imbécile : il\n est fini; il n'a plus rien dans le ventre.\n    — Pauvre Jacques, murmura Francisque.\n    — Ah! vous me plaignez, mon ami. Terrible métier que j'ai fait là !...\n mentir à moi-même et aux autres, mentir à ma conscience, mentir à la reli­\n gion de l'art, bâtir des livres mauvais et de mauvais livres, que je ne vou­\n drais pas que mon fils lût, quand il saura lire !... Et savoir que je pouvais\n faire autre chose... Voyez cette malle, qu'on portera chez vous, ce soir, —\n car c'est un testament de mort que je fais à cette heure : vous m'écoutez et\n vous accomplirez ma volonté.\n    — Je vous le promets, sur l'honneur!...\n    — Cette malle est pleine de manuscrits : il y a là des vers, des nouvelles,\n des romans, des comédies, de la critique, des mémoires, vingt volumes,\npeut-être. Vous rendrez ce dépôt, intact, à Jacques, à mon Jacquot, le jour\noù il aura vingt-cinq ans. Il tirera parti, lui, de mon œuvre. Il vengera ma\nmémoire. Il me restituera la gloire que les créanciers m'ont volée!...\n   — Vous auriez mieux fait d'écrire ce testament, objecta Francisque. Et\nd'ailleurs, vous êtes jeune... la maladie pardonne...\n   — Mon ami, ai-je l'air d'un malade qu'on leurre avec des banalités. Je\nserai mort avant la tombée de la nuit. Quant à Jacquot, je ne vous ai pas\ntout dit. Fernande, reprit Jacques à voix plus haute, en s'adressant à la\nfemme, qui achevait de dresser le couvert. Fernande, allez donc au bout de\nla rue, chez le liquoriste, et prenez un flacon de Xérès. Je veux trinquer\navec mon ami... Je manquerai à mon vœu, aujourd'hui, pour la première\net la dernière fois...\n   Lorsque la femme, obéissante, fut sortie, Jacques poursuivit, d'une voix\nun peu altérée, mais avec le même accent de rude franchise :\n   — Je dois tout avouer, Francisque. Fernande n'est pas ma femme... Elle\nest mariée à un vieillard, enfermé depuis vingt ans dans une maison de\nfous. Elle est ma maîtresse depuis sept ans. Elle a un fils de son mari. Il\nest soldat. Jacquot n'a ni père, ni mère : un enfant adultérin ne peut être\nreconnu. Il n'est même pas le fils putatif de l'autre, qui vit hors du mariage,\nemprisonné depuis vingt années. Je l'ai déclaré — bêtement — sous le\nnom de fille de Fernande : Horner. J'ai fait un faux en écriture publique...\nC'est grave. Il est Jacques Horner, de par un acte de l'état civil, falsifié...\nTant que Fernande vivra, je n'ai rien à craindre, elle m'a aimé passionné­\nment. Si elle meurt, ouvrez ma malle. Il y a avec mon portrait, mes manu-\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                  —   281   —\n\n\nscrits et la boîte d'or et de turquoises où était le haschisch, vous savez?.. Il\ny a un rouleau de cent louis. Je vous laisse emporter la malle : vous avez\nune voiture en bas, n'est-ce pas?.. En passant devant l'église, entrez-y et\npriez un prêtre de venir... Voilà qu'il est midi. Merci, femme, acheva\nJacques en prenant la main de Fernande qui rentrait. Maintenant, déjeu­\nnons.\n   Et dès lors, il parla gaiement de « toutes sortes de choses ! »\n\n\n\n\n   Jacques mourut le même jour, un peu après le coucher du soleil.\n   Ce fut par une lumineuse matinée de juin, sous un soleil éblouissant,\ndont les flèches d'or se jouaient sur les tentures funèbres, que quelques amis\nfidèles accompagnèrent à sa demeure dernière, le pauvre poète qui s'était\nendormi la veille dans la paix du Seigneur, heureux de trouver le repos\nqu'il avait si longtemps et vainement cherché.\n   Nous n'étions pas nombreux. Deux d'entre nous allaient en tête du cor­\ntège, derrière le cercueil que le prêtre précédait. Tous deux tenaient par la\nmain un petit enfant de six ans, orphelin qui pleurait amèrement son doux\npère, et qui savait bien pourquoi on avait d'abord mené cette triste dépouille\nsous les voûtes de l'église, et pourquoi maintenant on le conduisait au\ncimetière.\n   Nous cheminions sur la route poudreuse, tête nue, le regard constam­\nment attaché à ce char modeste, que la croix surmontait, que des couronnes\nornaient, hommage suprême des rares amis du poète qui laissait derrière\nlui peu d'amis, parce qu'il n'avait pas su s'enrichir.\n   Et Paris, qui entoure de tant de pompe les funérailles de ses parvenus,\nde ses idoles, de ses réformateurs d'aventure, ne savait point qu'un homme\ndont la vie avait eu ses jours de gloire, était mort dans une pauvre maison\nd'un pauvre faubourg, et qu'on l'enterrait à cette heure, et qu'il n'aurait\nd'autre monument sur sa tombe que la croix de bois de l'indigent travailleur\nchrétien...\n\n   Jacquot est maintenant un grand garçon de seize ans, novice à bord d'un\nvaisseau de l'Etat. Il a pleuré sa mère, morte un an après le poète, mais il\nest heureux d'être orphelin. Il a le droit de prier pour ceux qui ne sont plus,\nauxquels il a pardonné, et il n'a pas le devoir de leur reprocher de l'avoir\nmis au monde.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                       282\n\n\n    Les souvenirs sont pour le cœur des cicatrices fermées sous des baisers ou\n sous des larmes, et qui saignent délicieusement à certains chocs de la vie,\n me disait Jacques naguère.\n    Si l'âme souffre d'une chose qui survit, elle est heureuse d'une chose qui\n renaît; voilà pourquoi, parvenu à sa saison d'automne, l'homme qui va\n s'envelopper demain dans le manteau du sage, se reporte aux vertes années\n de sa jeunesse avec une ardeur sinon nouvelle, du moins renouvelée et\n encore féconde : le fruit succède à la fleur, la force à la grâce.\n    N'est-ce pas, dans les jours de fatigue ou de solitude, une consolation\n pleine de charmes que de se retourner vers les lointains du passé, dont la\n perspective tremble, change et se voile, et où flottent de chers fantômes\n invisibles et présents à la fois ?\n    Le bruit d'un torrent qui écume, un cri d'hirondelle qui passe, une feuille\n qui s'envole, un rayon de lune entre deux nuées, un coin de paysage, une\n lecture, tout cela vient frapper à la place blessée et rouvrir un peu la bles­\n sure; alors la mémoire se réveille en nous et prend un air de jeunesse et de\n fête. C'est une sorte de crépuscule ; ce n'est plus le jour, ce n'est pas encore\nla nuit.\n    Quant au regret, qui est le frère du souvenir, comme la mort est la sœur\nde la vie, il porte un deuil éternel, et l'espérance, pareille à une couronne\nséchée est tombée à jamais de son front. Regretter, c'est s'avouer à soi-même\nqu'on s'est trompé ou qu'on a été vaincu ; se souvenir, c'est retrouver un\ninstant du bonheur qui n'est plus.\n    Et voilà pourquoi j'ai écrit ces pages.\n                                                       CHARLES BUET.\n\n\n\n\n                            SONNETS\n                                       I\n\n    Mon Frère, leur orgueil maudira ta souffrance ;\n    Oh ! Les voici fouler les clairs jardins où dort\n    Ta mémoire, parmi les lys de ton enfance !\n    — J'ai dit : « Que mon cœur soit triste jusqu'à la mort !\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                         — 283 —\n\n— Tes yeux extasiés devant ton âme veuve\nDe ton âme, tes yeux, étoiles exilées,\nTes mains en prière, de lumière voilées...\nOh ! tes mains et tes yeux aux noirs remous du fleuve !\n\n— J'ai dit : « Ceci est ma chair, ceci est mon sang » ;\nPare de la pourpre en fleur des fines blessures,\nPour les délices de tes lèvres, ce doux flanc,\n\nEt les roses pétales de mes lèvres, mûres\nPour ce baiser mortel dont mes yeux sont en fête.\nJ'ai dit aussi : « La volonté de Dieu soit faite ! »\n\n\n                              II\n\n                     LE CONFESSEUR\n                                                POUR IWAN GILKIN.\n\nJe vois surgir des lacs de laves et de fièvres\nVers le calice où dort le venin des péchés\nLes mains sans nul espoir des pécheurs affligés :\nSeigneur, approchez ce calice de mes lèvres.\n\nVenez, venez à moi qui juge sans punir,\nCes veux blèmes de mensonges et de luxures.\nLèvres à jamais saignantes, lèvres parjures,\nVenez! Les baisers tiennent lieu de repentir.\n\nFrère aimé, j'effeuille la pâleur des jasmins\nEt je joins mes mains lumineuses dans tes soirs\nTristes d'avoir fané les lys des lendemains.\n\nJe parfume d'encens, de prière et de myrrhe\nMes mains qui fermeront les yeux de ta mémoire.\nEt moi, je vis de la douceur d'être martyr.\n\n                                          ADOLPHE FRÈRES.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                 — 284 —\n\n\n\n\nLA CONVERSION DE LA                                      WALLONIE\n                     OU LE VERBE MALTRAITÉ\n\n                              PREMIÈRE ÉDITION\n\n              On se rappelle comment jadis M. Stéphane Mallarmé fut jeté\n                par dessus bord, avec une désinvolture que peut seul donner\n                le génie, par son ex-élève M. Ghil. Aujourd'hui ce dernier\n               vient de subir le même sort : c'est un jeté-battu général.\n   Voilà donc la fameuse fanfare de M. Dubedat en proie aux luttes intes­\ntines ! M. Ghil a fermé les portes du Temple où il pontifiait et remisé tran­\nquillement le lutrin des Ecrits pour l'Art. MM. Achille Delaroche, Albert\nMockel et Albert Saint-Paul ont jugé le moment venu de se débarrasser\nd'une responsabilité trop encombrante et, laissant au Maître de l'Instru­\nmentation ce ton doctoral et suffisant, ils lui ont fait savoir amicalement et\navec la meilleure grâce du monde qu'ils l'abandonnaient à son génie. Il y\navait vraiment de quoi : depuis quelque temps déjà le Maître s'admirait\navec une bienveillance trop égoïste; plus rien n'existait hors lui; « je suis\ncelui qui suis », aurait-il pu dire, et avec une impassibilité toute divine il\nécrivait :\n   « Des poètes, en France et en Belgique, dédaignant la routine et les\nvaines flatteries, ont affirmé leur talent vers mon espoir auquel les portaient\nde latentes et plus ou moins pareilles tendances. »\n   Ceci fit sourire ; d'aucuns, ne voulant être asservis par le Grand Maître\nde l'Instrumentation à sa théorie, protestèrent, et le méchant tour de\nM. Ghil, qui consistait à lier pour l'avenir bras et jambes à ceux qui\nl'avaient suivi, ne réussit point.\n   Voici des extraits de la réponse publiée dans la Wallonie :\n   « Certes, nous protestons de notre sympathie et de notre admiration pour\nM. Ghil que nous considérons comme un très curieux esprit et d'une saveur\nsi spéciale. Mais nous ne saurions admettre autrement que comme une\ncharmante fantaisie l'Instrumentation poétique telle qu'elle est exprimée\nen le Traité du Verbe,\n   « Le langage est à la fois un son et un signe : comme signe, il est la repré­\nsentation figurée de l'Idée. Comme son, il est susceptible d'être ordonnancé\nmusicalement, et jusqu'à un certain point assimilable au son inarticulé.\nMais sa qualité de signe ou symbole indique que c'est surtout idéalement\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                   — 285 —\n\n\n qu'on peut le considérer comme musique, et qu'il ne saurait se dissoudre,\n comme le son inarticulé, en une combinaison de notes harmoniques expri-\n mant l'émotion par les seuls accords vibratoires. »\n    Et plus loin :\n    « D'ailleurs, ce n'est guère par des procédés empruntés au matériel de\n l'orchestre que nous pourrons réaliser une poésie-musique, mais plutôt par\n une compréhension plus pénétrante de l'harmonie expressive ».\n    Mais c'est parfait! On croirait entendre une conversation de M. Mal­\n larmé. Et, parlant de la philosophie transformiste acclamée par M. Ghil,\n les signataires de l'article ajoutent :\n    « Nous ne saurions accepter, qu'à titre hypothétique, un système qui\nrestera sans doute un des plus puissants efforts de l'esprit critique en notre\n siècle, mais dont l'insuffisance pour expliquer la vie idéale a été maintes\n fois démontrée. »\n    Qu'a dû dire de ceci M. Ghil, lui qui s'est moqué si complaisamment de\nce mot de M. Mallarmé : « L'on ne peut se passer d'Eden ».\n    Puis pour terminer :\n    « L'ère des écoles, d'ailleurs, semble définitivement close. Classements,\ncatégories, c'est tout au plus archaïques bibelots bons à flatter la manie\nd'étiquettes de pédagogues retardataires, et au dessus desquels s'épanouit,\ndans une atmosphère de lumineuse liberté, le triomphe de l'Art indivi­\nduel. »\n    Nous voici d'accord, absolument d'accord; c'est ce que nous réclamons\ndepuis toujours. Si l'on doit dire quelque chose, qu'on le dise et qu'on ne\npasse pas son temps à étager des systèmes et des philosophies qui, comme\nceux de M. Ghil, se contredisent de jour en jour. Ainsi, dans la dernière\nédition probable du Traité du Verbe, il a repeint à neuf son alphabet :\nfaire ainsi de l'art avec de la science, c'est comme si l'on faisait de la musique\navec des mathématiques : et comme le disent très bien les protestataires :\n« S'il y a des correspondances certaines entre la vibration sonore et la\nvibration lumineuse, on ne saurait préciser scientifiquement la couleur de\nchaque lettre et les nuances perçues sont du domaine de la pathologie ».\n    Et maintenant marchons ensemble, chacun vers son vouloir, comme\naurait dit le Maître, et sans ergoter en route sur des minuties de théories\nabsolues. La Jeune Belgique, qui toujours proclama la liberté complète de\nl'Art individuel, a le droit de se féliciter du retour inopiné de ces trois\nartistes.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                  — 286 —\n\n\n                         DEUXIÈME ÉDITION DÉFINITIVE\n\n    Le Maître n'est pas content, il répond aux protestataires dans le dernier\nnuméro de la Wallonie. Voici :\n    « Mon amitié et mon admiration pour ces poètes, qui écrivent avec MOI\naux Écrits pour l'Art et à la Wallonie, M'ont seules incité à déranger\nl'ordre de Mon article pour intercaler leurs noms. »\n    Il n'est guère poli, le Maître, quand il daigne se déranger à répondre.\n    « Il convient de décharger la Direction des Écrits pour l'Art, de cette\naccusation, que la Déclaration mise en tête du numéro de novembre parut\nà l'insu des Rédacteurs. »\n    Donc, voilà M. Dubedat déchargé par M. Ghil. Grand bien lui fasse!\n    « Ce qu'ils (les dissidents) expriment encore sur le vers [moins l'admission\ndu vers libre qui n'est pour Moi que recommencement ou diminution de\nl'alexandrin] sur la rime et la strophe : tout cela n'est qu'un commentaire,\ncommentaire qui, tout en voulant M'accuser d'étroitesse, se trouve seul\nétroit et ratiocine. »\n   Voilà que, d'après le Maître, MM. Achile Delaroche, Albert Saint-Paul\net Albert Mockel ne sont plus que ses commentateurs !\n   C'est peu aimable et peu reconnaissant.\n   « Tout poète digne de ce nom doit être philosophique : c'est vrai, et c'est\nLE TRAITÉ DU VERBE qui l'a dit le premier parmi les sarcasmes ! »\n   Pardon ! Aristote l'avait déjà dit.\n   « Ma meilleure réponse est encore d'adresser ceux qui ne seraient convain­\ncus à MON TRAITÉ DU VERBE (première édition en 85), à l'édition inté­\ngrale de mars 88... »\n   Traité duVerbe, en vente chez Deman, première édition de 85 : 7 francs,\nédition intégrale 88 : 4 francs. Le Verbe s'est fait pas cher; achetez, c'est\npour rien.\n   « Fréquentes et assez nettes pourtant, aux Ecrits et ailleurs, ont été\nMes déclarations quand Quelqu'un (?) par rire négligeable, ou, en quelque\npetit cénacle trop petitement subtil, par calcul sournois, avançait pareille\nchose. »\n   Le nom du traître! Il nous faut le nom du traître qui, par rire négli­\ngeable et par calcul sournois, avançait l'enrégimentation des autres instru­\nmentistes et leur asservissement aux Théories du Maître.\n   « Or, qu'il soit entendu que Mon art est tout individualiste, qu'il n'admet\nqu'une Œuvre, la Mienne... »\n   Oh la la !\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                — 287 —\n\n   « Donc, il n'existe pas de groupe philosophique-instrumentiste ». Tant\nmieux! « Il existe une Méthode poétique évolutive-instrumentiste qui est\nMa propriété et qu'il ne me plaira pas qu'on dénature ».\n   Faut pas dénaturer M. Ghil! D'ailleurs, pour que cet accident ne lui\narrive pas, il prendra sans doute bientôt un brevet d'invention.\n   En réponse à ces joyeuses déclarations de principes, MM. Achille Dela­\nroche, Albert Saint-Paul et Albert Mockel dénient que les corrections par\neux demandées aient été faites au manifeste.\n  M. Ghil prétend, au contraire, qu'il leur a soumis les épreuves et que\nquelques-uns même, tels MM. Achille Delaroche et Albert Saint-Paul, indi­\nquèrent des corrections dont l'on tint compte strictement.\n  Qui croire?\n  Le reste n'est guère intéressant : quelques méchantes pointes à l'adresse\ndu Grand-Maître et, pour notre plus grande joie, l'annonce de la doctrine\nphilosophique des trois dissidents.\n\n\n           TROISIÈME ÉDITION DÉFINITIVE SANS ESPRIT DE RETOUR\n\n\n   Notre savant ami M. le Dr Morelle de Trinquelagaupe, dont quelques\ninitiés apprécient les profondes études de pantosynontologie, nous adresse\nla note suivante :\n   « M. Ghil, dans le dernier numéro de la Wallonie, reproche à maints\npoètes de n'avoir point proclamé leur philosophie. Emu de cette lacune et\nfidèle à nos habitudes hypomicrologiquement investigatrices, nous nous\nsommes livré à une enquête expérimentale où nous avons relevé les profes­\nsions systématiques qui suivent :\n   M. Emile Verhaeren. — M'en fous. Reviendrai tantôt.\n   M. Mockel. — Le platonisme est la périphérie entomologique du cadastre\nphénoménal.\n   M. G. Eekhoud. — Fourt! fourt! fourt!\n   M. F. Rotiers. — Râclure de pelle à m\n   M. Gilkin. — Rien n'est vrai! Rien n'est faux! Rien n'est mal! Rien\nn'est bien !\n   M. J. Destrée. — Irréparable.\n  M. Nautet. — Tout est boubouliforme. Au contraire. A moins toute­\nfois... Tout est hors de tout.\n  M. Valère Gille. — Marions la rose et l'épine.\n  M. G. Le Roy. — Oye ! oye ! oye ! ! !\n  M. Maeterlinck. — Seigneur! Seigneur! mon amour boite!\n                        O ce lys jaloux sur la dune :\n                        Des punaises dans une boîte\n                        Et des carottes dans la lune.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                  — 288 —\n\n   M. Giraud. — Hors du siècle, monsieur !\n   M. Jilman. — Raccommodez le chien d'Alcibiade!\n   M. Severin. — Blanc partout.\n   M. De Groitx. — Sales bêtes !\n   M. Th. Hannon. — Cocher! à la Renaissance!\n  M. Adolphe Frères. — (Sans profession).\n  M. Léon Dardenne. — Ça peut.\n  M. André Fontainas. — Ara, bataille de fleurs.\n  M. A. Rimbaud. — La tienne, si toujours le délice!\n   Tabibitte. — A la tienne, mon vieux !\n  Pinolet. — Où peut-on être mieux, etc.\n  Mme Desbordes. — Après coup !\n  Tels sont les aphorismes et les devises que j'ai recueillis au petit bonheur\nde la plume ».\n  Nous livrons avec plaisir à nos lecteurs les découvertes du savant acadé­\nmicien\n                                                                HIXE.\n\n\n\n\n                            SONNETS\n                               MATURITÉ\n\n    Dans l'eau glacée et cruelle de ton miroir\n    Où tu penches ton front souillé par les luxures,\n    Ton col blanc de jadis terni de meurtrissures,\n    Et tes yeux, tes avides yeux cerclés de noir,\n\n     Tes seins déformés par les étreintes brutales\n    De mains fiévreuses, crispées par le plaisir\n    Inassouvi de — ton corps aux langueurs fatales          —\n    Presser, ivres d'amour et d'insensé désir;\n\n   Ta chevelure belle ainsi qu'une auréole\n   Flambant comme une torche en la pâle clarté\n   De la lampe éclairant ton taudis dévasté,\n\n   Songeant péniblement     à ta jeunesse   folle\n   A TES CHARMES        PASSÉS,   avec HORREUR       TU VOIS\n   LA MORT te regarder DU FOND de tes YEUX FROIDS.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                 — 289 —\n\n\n                  POUR CELLE QUI EST TRISTE\n\n    Le doux rêve d'aimer s'efface de son âme,\n    Lac d'azur ébloui par l'oiseau qui Va fui.\n    L'opale qui s'éteint, de sa mourante flamme,\n    Jette un dernier éclat sanglant en cette nuit.\n\n    Dans le ciel de son cœur une lueur cruelle\n    A griffé la splendeur de son vierge idéal;\n    Il saigne du silence en son cœur virginal\n    Et l'ombre lentement s'enténèbre autour d'elle.\n\n    Elle a croisé les mains sur son sein douloureux\n    Et baissé ses longs cils sur ses tristes yeux bleus :\n    « Seigneur, préservez-moi de cette vie infâme\n\n    « Ou tout n 'est qu'un adieu de ce qui fut aimé ;\n    « Quelqu'un de l'autrefois, un cher, un bien-aimé,\n    « Quelqu'un du souvenir s'est éteint dans mon âme. »\n\n                                                MAURICE DESOMBIAUX.\n\n\n\n\nSCÈNES DE LA VIE DE CASERNE\n                                                  A MON AMI IWAN GlLKIN.\n\n\n                                      I\n\n                             LES « BLEUS »\n\n             Lesmiliciens arrivaient un à un, — car ce jour-là avait été\n               désigné pour la rentrée des classes — et au fur et à mesure\n               qu'ils se présentaient, le brigadier instructeur — bon gros\n               garçon à la figure réjouie, qu'on avait surnommé Sandieu à\ncause de son juron favori — leur prenait leur feuille de route, les conduisait\nà la cantine, où chacun lui offrait le « schnick » traditionnel, puis les ame­\nnait dans la chambre, où nous, les volontaires engagés depuis plusieurs\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                  — 290 —\n\n jours, nous nous ébaudissions de leurs têtes ahuries, des accoutrements\n divers et bizarres de ces gens que nous traitions dédaigneusement de « pay­\n sans ».\n   Les chambrées avaient été préparées pour les recevoir : les couchettes,\navec des fournitures toutes neuves et des draps très blancs, s'alignaient\nirréprochablement, et, devant chacune, sur le sol, était écrit à la craie le\nnom de l'homme qui devait l'occuper.\n   Et toute la soirée, ce fut un défilé : les uns, vêtus d'un sarrau neuf et\nd'une casquette de soie, le visage coloré d'un rouge ardent par le nombre\ncolossal des boissons bues pour enterrer l'ancienne existence et se cuirasser\ncontre cette future vie militaire, dont les vieux, au village, leur faisaient\ndepuis l'enfance un tableau effrayant, — entraient avec des titubances\ninquiétantes, se déshabillaient avec l'assistance du brigadier Sandieu, et se\ncouchaient, et bientôt claironnaient leurs sonores ronflements.\n   D'autres, que les parents avaient sermonnés d'importance avant le départ,\nà qui ils avaient recommandé surtout « den' nin s'soulè » — plus dignes,\ns'asseyaient sur leur lit, et se communiquaient leurs impressions.\n   Parfois un milicien arrivait d'une ville de province; celui-ci s'était revêtu\ndes habits de fête pour « faire de l'effet sur les supérieurs » ; et il entrait\ndans la chambre en saluant cérémonieusement, avec une mine affable, se\nprésentant d'un air aimable, toujours pour « l'effet ».\n   Alors la conversation devint générale; mais pas un n'exprimait ces regrets\nqu'a forgés l'imagination de certains romanciers : le regret du home\npaternel, de la glèbe à laquelle le sort les arrachait impitoyablement, du\ntravail rude de la charrue ; pas un non plus ne parlait de l'idéalisée et\ntendre promise qui l'attendrait là-bas, au village, pendant quatre ans, qu'il\navait quittée avec des larmes, et qui lui avait juré d'être fidèle pendant la\nlongue absence et d'écrire souvent, très souvent.\n   Non, au milieu de la suffocante fumée d'un tabac exécrable, ils racon­\ntaient leurs craintes. Ah ! les vieux le leur avaient bien dit : ils allaient en\nêtre accablés, de mauvais traitements, et il faudrait obéir toujours, et sans\nmurmurer, — et la nourriture! Ça surtout : « Toudî del soupe et del rata-\ntouïe ! »\n   Et la conversation s'animait, lorsque la porte s'ouvrit brusquement et un\nmaréchal-des-logis, assez jeune, entra en criant :\n   — « Eh bien! tas d'N... de D... ! Pas encore couchés?... Voulez-vous\nbien vous f... au lit, et plus vite que ça? »\n   En un clin d'ceil, les nouveaux furent couchés et le maréchal-des-logis\ns'assura que tout le monde était présent, dévisageant avec impertinence cha-\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                  — 291 —\n\ncun de ces hommes qui le regardaient avec des yeux craintifs et leur décochant\ndes plaisanteries d'un goût douteux; puis il se retira en recommandant\nd'être levé, le lendemain, « au réveil, savez-vous ! »\n   Peu après retentit dans la cour de la caserne une sonnerie de trompette,\nassez longue et très lugubre ; c'était la sonnerie pour l'extinction des feux.\n   Bien des fois, depuis, j'ai entendu ces sons cuivrés traverser monotone­\nment l'air calme et silencieux de la nuit et, chaque fois, j'ai involontaire­\nment frissonné, tant les vibrations de cette étrange sonnerie pénètrent sour­\ndement, avec un bruissement douloureux, jusqu'au plus intime de l'âme.\n   Cette nuit-là, les farces traditionnelles ne manquèrent pas, et plus d'un\n« bleu » qui s'était endormi tranquillement et que le rêve avait transporté\nau foyer paternel, se réveilla brusquement, le nez à terre, son lit tout entier,\ny compris la couchette, retourné sur lui, tandis que les « brimadeurs »\ns'enfuyaient dans le corridor avec des rires étouffés.\n   Plus d'un se réveilla dans la nuit, pris de démangeaisons exaspérées et se\ngratta jusqu'au matin. Encore une de ces grossières plaisanteries des\n« anciens » qui imprègnent les draps de lit de poussière de cheval.\n   C'est là le « Baptême de la Ligne » des troupiers, que tout « bleu » doit\nsubir, et malheur à celui qui se fâche, car de longtemps il ne parviendra à\ndormir tranquille.\n   Du reste, on se console en se promettant, quand on sera à son tour un\n« ancien » — de faire quelques-unes de ces « bonnes » farces.\n\n\n                                       II\n\n                               LE PANSAGE\n   Comprenez-vous mon étonnement de me voir un matin, dans un inter­\nvalle de ces grandes écuries — où une chaleur lourde et animale tombait —\nles manches retroussées jusqu'au coude, les pieds dans de gros sabots de\npaille, une brosse à la main...\n   Non seulement mon étonnement, mais encore ma déception : j'étais\nengagé depuis une huitaine de jours. Que voulez-vous : une idée qui m'avait\npris, un dégoût des études et de la férule de messieurs les professeurs, la\nlassitude d'obéir toujours — puis aussi une admiration que j'avais pour\nl'uniforme rouge et jaune, une vocation particulière pour l'équitation et les\narmes...\n   Mais aurais-je seulement pu me figurer qu'après avoir pendant des années\nscandé des vers latins et grecs, pendant des années récité les discours de\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                  — 292 —\n\n\n Cicéron et déclamé les poésies de Virgile, toute cette science qui s'était\n amassée là, au fond de ma jeune cervelle, viendrait échouer devant mon\n ignorance sur la manière de brosser un cheval, de lui peigner la crinière,\n — devant l'Art du Pansage, enfin.\n    Et cependant, la réalité était là : depuis deux jours je me promenais dans\n un pantalon de toile dix fois trop large, les mains en poche, une pipe de\n terre en bouche, le bonnet de police — dont la floche, perpétuellement\n ballotante, agaçait — couché sur l'oreille droite, — tout à fait l'air du vieux\n Dagobert dans le Juif Errant ; du moins je me le figurais, et j'en étais\n fier!\n    Je ne voyais pas les «anciens » qui, à la porte des écuries, me montraient\n du doigt, et riaient en disant : « Bleu ! »\n    J'eus vite appris comment on entre dans la litière du cheval en lui parlant\n pour l'empêcher de ruer, comment on prend du fumier (ô ma pauvre poésie)\n pour « bouchonner » le cheval, comment on lui lève le pied pour nettoyer\n la « fourchette », com.ment on lui fait la toilette, comment on lui graisse\n les sabots, — enfin le métier de palefrenier et de garçon d'écurie...\n    Et je brossais, je brossais tout rêveur mon brave cheval — dont les gros\n yeux me regardaient d'un air bénévolement doux — heureux quand le\n maréchal-des-logis, un grand sec, assez jeune encore quoique complètement\n chauve, qui criait très fort sur les hommes, me disait :\n    — « Allons, courage, garçon, brossez fort, là, sur l'épaule, qui est encore\n mouillée... Allons donc, empoignez-moi un « bouchon » de fumier et\n frottez ferme...\n    Puis, élevant la voix d'un ton irrité :\n    — « De quoi! des manières à présent ! Attendez, on va flanquer Môssieu\n sous la pompe, et c'est vous qu'on bouchonnera!...\n    Et moi, pris d'une frayeur, je me baissais lestement, je prenais la paille\n à pleines mains, et je frottais!...\n    — Un seau pour l'éponge, cria la voix forte du maréchal-des-logis.\n    — Qu'est-ce que cela pourrait bien être, l'éponge, me demandai-je?\n    On apporta un seau au milieu de l'écurie, et chacun, prenant l'éponge\nque contenait son petit sac à pansage, alla la mouiller et revint à son inter­\nvalle\n   J'examinais attentivement les mouvements de mon voisin : je le vis déta­\ncher son cheval de la crèche et le retourner dans la litière : puis il frotta\nles yeux et les naseaux; alors il le rattacha et vint lui lever la queue\n   Horreur ! Je me détournai, scandalisé !\n   Hélas ! le maréchal-des-logis, ce terrible sec, m'avait vu, et aussitôt :\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                 — 293 —\n\n   — Eh bien ! on n'éponge pas?\n   — Mais, maréchal, je ne savais pas!...\n   — Sacré clampin, va, cria-t-il, en me saisissant le bras, vas-tu éponger\nton cheval, ou jeté couche ce soir avec Mme Sapin\n   Madame Sapin — je ne connaissais pas cela, n'en ayant jamais entendu\nparler, mais ça devait être drôle et terrible, car les « anciens » d'à côté\ns'étaient mis à rire, et je ne sais pourquoi, tout ce qui paraissait comique\ndans cette caserne commençait à me faire peur.\n   Je me résignai tristement à ma besogne, mais c'est du bout des doigts\nque je tenais l'éponge, les lèvres pincées, le front rouge de gêne...\n   Enfin le maréchal-des-logis crie : « l'avoine » et chacun donne à son\ncheval la musette d'avoine que les hommes de garde ont placées devant les\nintervalles\n   Le pansage est fini : on remet la veste d'écurie, après avoir enfermé\nl'étrille, la brosse et l'éponge dans le sac à pansage; les hommes chantent,\ntout joyeux ; la plupart achètent avant de remonter un paquet de beurre\nd'un sou enveloppé dans un infect morceau de journal, à la cantinière, —\nune grosse, à la face vulgaire et rubiconde, qui sent très mauvais, et que je\ntoise d'un air dégoûté\n   Un gros soldat monte l'escalier à côté de moi, et me pousse du coude :\n   — « Eh bien! dit-il, qu'est-ce que vous pense de ça...\n   — « C'est bien dur, allez, Monsieur, lui dis-je poliment, tout fier qu'un\n« ancien » m'adressât la parole...\n   — « Sois pas peur, fieu, on vous aura encore autrement        »\n         Et tous les autres d'éclater de rire.\n   Longtemps encore résonnèrent à mes oreilles les paroles grossières et\nimpitoyablement railleuses et tristes, du gros soldat, — mort à l'heure\nqu'il est.\n                                                     ALBERT CHAPAUX.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                  — 294 —\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                        I\n\n      Serres chaudes, par MAURICE MAETERLINCK; frontispice et culs de lampe\n              par GEORGES MINNE. — 1 volume, chez Lemerre, à Paris.\n\n               C'est un beau livre que les Serres chaudes de M. Maeterlinck,\n                l'un de nos jeunes poètes les plus puissants et les plus origi­\n                naux. Serres chaudes, tel est bien le titre que nécessitaient\n               ces poèmes moites et luxuriants, éclos dans une atmosphère\n               artificielle sans aucune communication du dehors. L'air qui\nstagne dans ce livre étrange est humide, lourd, chargé de buées tièdes et de\nparfums qui donnent le vertige. « O serre au milieu des forêts ! » s'écrie le\npoète dès le premier vers de son livre. Et nulle phrase ne caractérisera mieux\nson œuvre. Au milieu de la forêt vivante et palpitante son âme végète sous\nverre, dans l'ombre inaccessible aux fraîches brises printanières, aux rayons\nvigoureux du soleil, aux orages tumultueux de la grande vie extérieure.\nDiverses pièces symbolisent ce morne isolement : les Cloches de verre, la\nCloche à Plongeur, d'autres encore.\n   C'est qu'en effet, l'âme qui se plaint dans ces vers monotones et doulou­\nreux comme les litanies de la liturgie catholique, est une grande solitaire :\nElle vit loin des autres âmes. Mais à travers les vitrages bleus de la serre\nemblématique qui lui tient lieu de cloître, le poète regarde parfois s'agiter,\nde l'autre côté des cloisons transparentes, les forces actives du monde. Alors\nles regrets et les désirs lui serrent le cœur et il s'écrie douloureusement ;\n« O mon âme, vraiment trop à l'abri ! » ou bien il pousse ce cri désespéré :\n« Mon Dieu, mon Dieu ! quand aurons-nous la pluie — et la neige et le\nvent dans la serre ! » C'est ainsi que du fond de leur retraite, les ascètes, en\nleurs jours de découragement ou de tentation, aspirent parfois à ce monde\ndont ils abhorrent cependant les hontes et les crimes.\n   Dans son livre, M. Maeterlinck nous apparaît comme un mystique. Tel\nnous le confirme, d'ailleurs, l'annonce de sa traduction d'une œuvre de\nRuysbroeck l'Admirable, le grand docteur mystique de l'abbaye de Groe­\nnendael. Tout son livre n'est guère que l'entretien d'une âme pécheresse et\nrepentante avec son Dieu. Pour elle le monde extérieur n'existe plus qu'à\nl'état de fantôme ou d'images. Les êtres sont non plus des réalités objectives,\nmais seulement des figures, des hiérogrammes qui traduisent les mouve­\nments de sa conscience. Aussi la langue que parle M. Maeterlinck est-elle\ntoute symbolique et n'offre-t-elle aux yeux du lecteur superficiel qu'un amal­\ngame incohérent de métaphores désorbitées. Il faut, pour comprendre ce\ngenre d'ouvrages, faire abstraction de toute théorie naturaliste. Ne deman­\ndez pas aux poètes symbolistes de vous peindre des tableaux vraisemblables\navec des couleurs justes : tout, chez eux, — couleurs, lignes, personnes ou\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                    — 295 —\n\n\nobjets, et compositions d'ensemble, — toutes ces choses ne sont que des\nsynthèses de signes et ne valent que par leur signification. Mais c'est là un\ngenre non moins dangereux qu'intéressant, car la limite entre l'œuvre d'art\net le rébus est parfois vacillante et pour ne point tomber dans le charabia\nplus ou moins ésotérique il faut à l'artiste une faculté de conception plas­\ntique d'une vigueur peu commune. Cette faculté, M. Maeterlinck la pos­\nsède éminemment, comme il est facile de s'en convaincre en lisant, par\nexemple, les pièces intitulées : Offrande obscure, Feuillage du cœur,\nReflets, et tant d'autres. La langue en est ferme et claire, les images puis­\nsantes et sévèrement choisies dans un ordre d'analogie unique : elles sont\ntoutes réductibles à l'idée-mère qui obsède l'âme du poète et qui fait l'âme\nde son livre.\n   Cette idée, la voici : Tout, dans l'univers comme dans ma vie manque\nsa destinée; le but n'est jamais atteint, il n'y a que dévoiement, déséquilibre,\ndissonance, désharmonie. Moi, qui étais appelé à rester pur, je suis rem­\npli de tentations et de péchés, et je me lamente dans une étouffante soli­\ntude au lieu de vivre ma vie au clair soleil. Et à travers l'anomalie de mon\nexistence m'est révélée l'anomalie universelle des choses du monde ambiant.\n   Cette idée donne la clé de toutes ces visions dont la bizarrerie n'est qu'ap­\nparente : « Les pensées d'une princesse qui a faim... L'ennui d'un matelot\ndans le désert... Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal... Des\nlions noyés au soleil... » Tels encore ces beaux vers :\n                            Voyez les malades sans feu\n                            Et les agneaux brouter la neige :\n                            A y e z pitié de tout, mon Dieu !\n\n   Et ces autres encore :\n                        Je pleure les lèvres fanées\n                        Où les baisers ne sont pas nés\n                        Et les désirs abandonnés\n                        Sous les tristesses moissonnées.\n\n   « Mon âme est pâle d'impuissance » dira-t-il ailleurs. Enfin, une longue\npièce en prose, Hôpital, symbolise la pensée fondamentale avec une rare\nintensité. Un hôpital s'élève au bord d'un large canal où passent des\ntransatlantiques. Dans la salle, pour se réchauffer, les malades, malgré les\nchaleurs de juillet, ont besoin de feu. De leur lit ils entendent les sifflets des\nsteamers et le bruit des écluses ; et voici que dans la vaste chambre obscure\net morne, entrent confusément les images du dehors, mais attristées, défor­\nmées par les caprices maladifs des cerveaux détraqués :... des émigrants\ntraversant un palais... un yacht sous la tempête... des troupeaux sur les\nnavires... une forêt pleine de blessés... — Le clair de lune, si pur et si\nadoucissant, épand soudain sa clarté bienfaisante; aussitôt les images\ndeviennent virginales et divinement pâles. Mais que la sœur de charité\nattise le feu ; excitées par les flammes, les visions se montrent poignantes et\nterribles. Et toutes, douces ou cruelles, expriment l'éternelle incohérence,\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                   — 296 —\n\n— que ce soit « un festin dans une forêt vierge, — Et une végétation orien­\ntale dans une grotte de glace », — ou bien « un bateau de blessés ballotté\nau clair de la lune,... des princesses qui vont mourir en un champ de\nciguës. »\n   Cette désolante contemplation de soi-même et du monde laisse dans\nl'âme une tristesse douloureuse. Invinciblement elle aspire à quelque molle\ncaresse lénifiante et balsamique qui calmera ses souffrances. Dans l'ordre\ndes images symboliques familières au poète, cet apaisement souhaité, cette\npaix si douce, si frêle, un peu maladive encore, telle qu'elle apparaît dans\nles vœux des pauvres patients qui s'éteignent jour à jour en un lit d'hôpital,\nest figurée par la lumière mystérieuse de la lune. L'éclat du soleil, la pleine\nardeur de la vie, frapperait d'un éblouissement insoutenable les yeux affai­\nblis du solitaire des Serres chaudes ; la mysticité tendre et froide et pour­\ntant si consolante des silencieuses clartés lunaires répond seule à ses\nétranges désirs. Voilà pourquoi la plupart des petits poèmes des Serres\nchaudes se terminent en un bleuâtre clair de lune. C'est vers la lune que\nmontent douloureusement les sombres végétations des désirs et des remords;\nc'est vers elle que s'élancent les prières des jets d'eau, les puretés des lys mys­\ntiques; tout cela veut, comme dit le poète « jaillir vers la lune absolue ».\nElle obsède son imagination ; elle est l'idéal contemplé dans la monotonie\nd'une idée fixe. Et pourtant ce n'est qu'un idéal de malade, qui ne saurait\nassouvir complètement un cœur où s'agitent parfois encore les sourds\ninstincts de la vie. Aussi le livre se ferme-t-il sur ce cri désespéré :\n                        Mon âme en est triste à la fin ;\n                        Elle est triste enfin d'être lasse\n                        Elle est lasse enfin d'être en vain\n\n   Mais dans ces souffrances nul égoïsme. Toutes les grandes âmes\ndébordent de pitié, même pour les êtres mauvais, même pour les cœurs\ncruels ; car elles savent que toute méchanceté est souffrance pour le\nméchant non moins que pour sa victime. Le livre de M. Maeterlinck est\nun long hymne de compassion. « Ayez pitié ! » Tel est le cri qui inces­\nsamment monte de ses lèvres vers le Dieu qui écoute ses plaintes. « Ayez\npitié du mal des lèvres... Ayez pitié du lin des lombes... Ayez pitié de tout,\nmon Dieu ! »\n   Un mot de la forme. Le livre de M. Maeterlinck renferme des pièces en\nvers et des pièces en prose. Ce mélange choque un peu nos habitudes\nd'ordre et de symétrie. Il nous paraît d'ailleurs que les morceaux de prose\neussent gagné à se métamorphoser en véritables poèmes rythmés et rimés.\nDans l'esprit d'un poète savant et réfléchi, tel que M. Maeterlinck, les idées\net les images, en passant à travers les étroites difficultés de la rime et du\nnombre acquièrent, par la compression qu'elles subissent, une intensité,\nune solidité, un éclat, bref, ce quelque chose de définitif qu'elles ne trou­\nvent guère dans le relâchement de la prose dite poétique. Cette prose, on a\nbeau l'écrire en pseudo-vers, en alinéas déterminés par des virgules ou la\npartager en petits membres à peu près symétriques, comme les vocatifs\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                        297\n\nmultipliés des litanies liturgiques, ce n'est jamais que de la prose. Le typo­\ngraphe l'aligne autrement, voilà tout. Cela ressemble à la traduction d'une\npoésie étrangère, mais en français c'est de la prose. Ces réserves formu­\nlées, il va de soi que l'emploi d'une pareille prose est parfaitement légitime.\n   Quant aux vers de M. Maeterlinck, ils sont admirablement formés; leur\npuissante concentration même les rend, à première vue, obscurs pour le\nlecteur pressé ou inattentif: ceux qui savent apprécier le « faire » d'un\nartiste, admireront au contraire leur sonorité pleine, lente et grave, la\nbeauté des rimes, l'extraordinaire concision des strophes, ainsi que la par­\nfaite correction des phrases qui peignent les choses les plus subtiles des\nténèbres.\n   Les Serres chaudes, luxueusement imprimées, à Gand, par M. Louis\nVan Melle, sont commentées par de très belles gravures de M. Georges\nMinne. Le frontispice nous apparaît comme une œuvre remarquable. La\ncomposition en est d'une originalité hardie et l'exécution d'une sûreté qui\nétonne. Nous offrons ici au jeune artiste le suffrage d'une vive admiration.\n                                                            IWAN GILKIN.\n\n\n                                         II\n\n         Le Trottoir,   par JAMES VAXDRUXEX. Un vol., chez Mme Ve Monnom.\n\n   M. James Vandrunen est un artiste très personnel de la lignée littéraire\ndes Goncourt. Il a publié d'abord Flemm-Oso qui fit émotion sans qu'on\nsût encore de qui venait le talent si spontané qui marquait de l'originalité\nla plus intime chaque page de ce livre. Plus tard, il signa la légende de\nQuillebœuf, les Forêts, Elles, toutes plaquettes dont les deux dernières\nsont composées de croquis, car c'est avant tout un regardeur, un croqueur\nde vie menue qui « attrape » au passage de tout ce qui passe, des caracté­\nristiques de gens et de choses, les sépare habilement, les isole de leur milieu\nbanal et remet la nature à sa place, dans ses plis.\n    Il est doué pour ce travail d'observateur moderne, d'un œil extraordinai­\nrement coloriste et du flair compliqué et sensible qu'il faut à ces chasseurs\nde détails, de détails imperceptibles, superficiels, dermiques et épidermi­\nques. Il est doué du tact nerveux, de la souplesse et de la finesse sensorielles,\nsans lesquels, on ne saurait, avec cette précision juste qui saute à la pointe\nextrême et se faufile et s'insinue au creux le plus dissimulé des choses, filer,\nà travers la grosse foule de vie, la petite bête caractéristique, la petite bête,\nessence de vie, à piquer sur le papier.\n    Ce sont ces qualités dont je parle qui le ramènent à la lignée des Goncourt\net, corrélativement, un style où ces qualités de sensibilité et de coloris, très\nsurexcitées, se résolvent en sensualité. Néanmoins, c'est une sensualité d'art\net cultivée, dont le son n'est jamais vulgaire; si délicate, si chatouilleuse,\ndirait-on, qu'elle résonne et se modifie de ton au moindre attouchement et\nsi, parfois, elle se pose un instant dans une tonalité bizarre et ose quelque\ndissonance cynique, c'est l'œuvre du scepticisme qui passe, mais ne fait que\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                                  — 298 —\n\npasser, après quoi le petit livre reprendra ses jolies chansons d'amour\npaïen. Quelles délicieuses harmonies de couleur et quelle presque chasteté à\nfleur de sens dans cette légende de Quillebœuf! Dans Elles, ces croquis,\nnon point de femmes mais de féminité, ces croquis de nu-féminin habillé\nde fins détails de nature accrochés aux tournants des lignes — et cela\nfait avec des reflets de ce crayonnage de couleurs dans un peu de psycho­\nlogie comme si toute cette odorante chair de batiste avait la nostalgie de\nson âme perdue, — dans Elles tout n'est qu'amour, amour modernisé, super­\nficialisé sans doute, amour de passage mais traité avec des égards, des\négards de vision et d'expression qui sont d'un poète et non de ces réalistes\nuniquement matériels qu'on pourrait nommer : brutalistes.\n   Le Trottoir, le petit livre nouveau de James Vandrunen, écrit dans la\nforme récente que j'ai essayé de montrer a, par la pensée, des rapproche­\nments avec Flemm-Oso. Cette pensée s'y élargit et s'y généralise et s'y\nabstractise, pour ainsi dire, en dépit de l'écriture qui conserve, en contact\navec la vie active, avec la vie qui remue... et ne va guère, ses aspects\nmouvants, capricieux, légers, kaleïdoscopiques, ses croquades par lignes\nhachées. L'observation toujours bien vivante se synthétise d'avantage dans\nla pensée d'un misanthrope qui s'est remis à revoir la vie de haut et à laisser,\nde là, tomber doucement sur elle un peu de sa philosophie, assez curieux\nencore, pour avancer la tête afin de voir où elle tombe.\n   Dans ce titre : Le Trottoir, il faut voir cette légère indication de\nmépris misanthropique à l'endroit du morceau de vie qu'il esquisse. Ce\nn'est pas tout bonnement ce que l'on voit dans la rue, c'est aussi ce qu'en le\nvoyant, on pense de la vie qui s'y meut, de la vie moderne qui a pris la rue\npour scène de ses exploits « démocrasseux » — le mot est de l'auteur.\nLes quelques lignes suivantes donneront toute l'explication de son petit\nbouquin :\n    « Le trottoir, dont le nom est à la fois canaille et drôle, puisque c'est à\ncôté seulement que passe le trot ; le trottoir qui reçoit les émanations des\nhautes maisonnées où les existences s'empilent; le trottoir complaisant à\ntous et s'en fichant au point de compagnonner avec le ruisseau, cousin de\nl'égout; le trottoir, par le hasard des rencontres, est l'instrument du destin.\nEt c'est surtout le grand confident de la vie, ce ramasseur de toutes les\nboues. Sur ses dalles râclées par toutes savates, viennent échouer les vieilles\nréclames et les fleurs mortes, les triomphes de la veille et les paperasses\ncouvertes d'engagements bien signés. Gouailleur et cynique, le trottoir,\nindifféremment, accueille les férocités de la vantardise repue et le fiel des\nhaines qui complotent, l'effronterie des tire-laine et la morgue du nouveau\ndécoré; le poète y pêche des songes, de jeunes ambitions y échafaudent\nl'avenir, des rêves y tombent, l'aile cassée, dans le crachat du voyou, et la\nfille à louer, le caresse des volants de sa robe neuve. Le meurtre fouinard et\nles utopies du moraliste se mêlent dans ce pétrissage d'êtres avec de l'indif­\nférence, du mépris, de la haine.\n    « Puis une averse, lavage venu du ciel, fait du tout une bourbe gluante qui\nentraîne détritus et déchets et ce qui fut succès et tapage. La rue emporte\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                   — 299 —\n\n\nau néant de l'oubli, les réputations en carton, les oripeaux fanés, les\ngloires démodées, hontes et scandales, astres usés, paillettes arrachées à\nnos illusions, toute la dédorure du monde.\n   « La rue est l'égout de l'humanité; un égout placé sur l'autre. Et l'on a\nréservé le premier étage pour la dignité de l'homme. »\n   Le petit livre est édité avec soin par la maison Monnom.\n\n                                                      H E N R Y MAUBEL.\n\n\n                                        III\nLe Théâtre contemporain (tome III), par JULES BARBEY D'AURÉVILLY. — Paris, Quantin.\n\n   Le tome troisième du Théâtre contemporain de Jules Barbey d'Aurevilly\nvient de paraître chez Quantin. Les feuilletons dramatiques du « chouan »,\nd'un esprit lancéolé et d'une verve puissante, n'ont rien perdu de leur\nactualité. Ils mettent en lumière, ironiquement, la décadence du théâtre\ncontemporain. Quand on parcourt cette série d'articles, dont le premier\nporte la date du 7 mai 1869, et dont le dernier fut écrit le 12 juin 1870,\non est frappé de la nullité et du vide de cette saison dramatique. Une\nreprise de Lucrèce Borgia, une farce de Labiche : Le plus heureux des\ntrois, une reprise de Dalila, attirent l'œil au milieu de la table des matières.\nLe reste? Néant.\n   Barbey, comme Théophile Gautier, supporte allègrement, fièrement, le\npoids du feuilleton théâtral. La princesse des contes, quand elle ouvrait la\nbouche, laissait tomber à la fois des rubis et des crapauds. Le feuilleton­\nniste dramatique, quand il s'appelle d'Aurévilly, avale des crapauds et rend\ndes rubis. Barbey n'est jamais plus militant, plus superbe, que lorsqu'il est\nconfronté avec une des mille têtes de la bêtise contemporaine. Une espèce\nde bon sens héroïque transfigure ces pages de critique, pleines d'un esprit\ninfernal, et dont la piaffe et la caracole commandent la sympathie. Ce n'est\npas écrit dans le sens de M. Catulle Mendès, ce mandarin des bateaux de\nfleurs, ce grammairien des problèmes érotiques. On pense bien qu'un\nBarbey ne lèche pas. Ce n'est pas écrit, c'est parlé sur le papier, d'une encre\néloquente et hardiment gauloise. Ce ne sont pas des feuilletons, mais des\nconversations à l'emporte-parole, avec les lecteurs du journal, — qui ne\ndisent rien.\n   Nous avons savouré un article sur M. Ponsard, à propos du Lion amou-\nreux, — n'est-ce pas Canova qui fit un jour un lion en beurre? — un\nsuperbe et fiévreux éloge d'une tragédienne éclipsée par Mme Agar,\nM lle Karoly, que Barbey appelle « la dernière grande expression de la Tra­\ngédie », un éclatant hommage à la vieillesse de Frederick Lemaître, dont il\ndit que « jamais plus mâle encolure animale n'a été donnée au génie », des\npages curieuses, piquantes, et impartiales — oui, impartiales! — sur la\nDalila de M. Octave Feuillet, une œuvre ! Et des mots à bec d'aigle, rouge\ndu sang des volailles dramatiques! La poésie de M. Ponsard est « une\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                                    — 300 —\n\npoésie pomme de terre », M. Emile Chasles, le fils de Philarète, « com­\npromet la piquante figure de son père en étant son fils », et ce mot terrible\nde comique, à propos de MM. Ponsard et Augier : « Ils ont la même laine\ndans le bec », et ce jugement sur M. Sardou : « Un grand harpiste de\nficelles », etc., etc. !\n   Barbey d'Aurevilly n'a rien à perdre à la publication de son œuvre de\njournaliste. Bien au contraire. Elle montre qu'il n'a jamais transigé, ni avec\nsa conscience artistique, ni même avec ses caprices. Bien des esthètes, qui,\naprès avoir été des saute-journaux, dédaignent la critique journalière,\npourraient-ils jurer que l'exemple de d'Aurevilly ne leur reproche rien?\n                                                       ALBERT GIRAUD.\n\n\n                                         IV\n               Parallèlement,   par PAUL VERLAINE. — Paris, Vanier.\n\n   Avant Sagesse déjà, l'art de Paul Verlaine, tout objectif jusqu'alors,\ncommence à se modifier. Au lieu de ressusciter des époques fanées, de les\norner de tout le charme étrange de sa vision personnelle, au lieu de faire\nchanter aux êtres et aux choses les douces défaillances de son cœur à peine\ntriste, joyeux à peine, voici que le poète subjective son art, j'entends par là\nque, cessant de concrétiser son moi dans des similitudes, il révèle son âme\nsans plus d'intermédiaire. Pourquoi l'analyse du : Moi, qui aboutit à :\nParallèlement, ce livre désolant pour les admirateurs du poète, s'incarna­\nt-elle au début dans un pur chef-d'œuvre, Sagesse? Voici : il se trouve deux\nhommes en Paul Verlaine : le croyant simple et na'if, le primitif ébloui par\nla sereine blancheur des églises et des vierges auréolées, le religieux de\ncœur et d'yeux bien plus que d'esprit, et puis le passionné que sa passion\ndétraque, \" l'amateur des belles boubouches \", comme il le dit lui-même.\nDans Sagesse, ce délicieux cantique aux mélodies blanches harmonisées\nd'or pâle, le poète se retrouvait avec son art délicat, ses couleurs tendres un\npeu fanées, et cette subtile teinte de mélancolie qu'il appelle ailleurs :\n                 Un ennui d'on ne sait quoi qui vous    afflige.\n\n   Mais, voici que, pour se montrer tout comme il est, ce que son art n'exi­\ngeait nullement, il continue son analyse et montre le passionné, le vicieux\nqu'il est.\n   Le vice peut, aujourd'hui mieux peut-être que la vertu, banalisée par\ntrop de lieux communs, faire le fond d'oeuvres parfaitement belles; mais il\ndoit pour cela réunir certaines conditions, auxquelles la vertu échapperait\nplus aisément : soit être dépeint philosophiquement, par un esprit saisissant\net notant les causes et les concordances, soit présenter un caractère outran­\ncier, rare, phénoménal, et par conséquent intéressant. Or, Verlaine, s'il\nprésente l'originalité du dualisme exposé plus haut, ne possède point le don\nbaudelairien de l'ultravision, ni l'intensité, l'énormité du vice intéressant\npar lui-même.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                  — 301 —\n\n   Son vice est vulgaire, purement et banalement épidermique : c'est le vice\nvadrouille, et la nouvelle œuvre fleure par endroits comme des odeurs de\nbière; ces poésies semblent faites après quelque beuverie ou quelque orgie,\nà un moment où l'impression réelle et végétative à fixer dans les vers n'était\npas dissipée encore, où il vivait trop pour penser : Verlaine fait l'effet\nd'avoir trop vécu sa vie pour la dire.\n   La première partie du volume intitulée : « Les Amies », est une suite de\nsix sonnets, célébrant les amours lesbiennes, et dont l'un rappelle le parfait\npoète des premiers volumes; mais en ce sonnet : le Balcon, tous les autres\npourraient se résumer.\n   La seconde partie : les Filles, encourt particulièrement le reproche osé\ntantôt, de vulgarité dans la passion. C'est l'érotisme, dans son cru, sans\nmême l'originalité de la pudeur, ni de quelque vice de lit un peu étrange.\n   Dans la troisième partie : Révérence parler, — prologue d'un livre dont\nil ne paraîtra que les fragments inclus dans celui-ci, le poète nous dit, à la\nfaçon, quelque peu de Villon, des impressions fugitives, comme en aqua­\nrelles grises, de ses prisons, naguères, en Belgique.\n   La dernière partie du volume, intitulée : Lunes, c'est l'épopée de tout le\ndétraquement passionnel du pauvre Lélian. On a pitié de ce pauvre cœur\nsaturnien s'il en fut, tourmenté de toutes les amours contradictoires et\nsimultanées : amours blanches de jeunesse, et puis cet amour qui de manège\ndevint ménage, et puis enfin d'autres passions suffisamment célèbres.\n   Il est naturel que, dans une œuvre antipathique à sa vision de poète,\nVerlaine n'ait point gardé la langue admirablement souple des volumes\npremiers; les courbes élégantes de ses anciens vers, les sons qui semblaient\nchantés dans une sphère sonore étrangère, comme en des ondes d'éther, ont\nfait place à une langue cassée, où la bizarrerie ne se présente plus spontanée\net motivée, mais à l'état de procédé. Et parfois, le bagou quelque peu\npolisson, ce bagou si charmant dans les vers de Laforgue où le Pierrot\ngamin et sceptique fait la nique à ses chagrins, dépare des pièces maladroi­\ntement, et, dirait-on, sous de simples prétextes métriques. Ajoutez à cela\nl'étrangeté d'un titre qui n'emprunte sa logique qu'à des circonstances\nextrinsèques, et puis cette bouffonnerie : la pièce Charité ajoutée (par l'édi­\nteur?) comme une tentative de corrompre les magistrats vengeurs de la\nmorale outragée, et vous comprendrez la tristesse noire que dégage ce livre\nqu'on espérait grand comme ses aînés. Mais nous espérons fermement que\nceux qui parleront du déclin poétique de Verlaine auront tort, et que ce\nlivre n'est qu'une erreur passagère d'un poète trop haut pour se méconnaître\nlongtemps.\n                                                    ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n     L'auteur des Contes cruels et de l'Eve future, le comte Villiers\n   de l'Isle-Adam est mort le 19 août à Paris.\n     Nous lui consacrerons une étude dans notre prochain numéro.\n\n                                                                       20\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                 — 302 —\n\n\n\n\n           LETTRE DE BAYREUTH\n                                                          25 juillet 1889.\n\n               Les représentations qui ont lieu ici en ce moment — Tristan et\n                Iseult, les Maîtres Chanteurs et Parsifal — ont attiré une\n                foule plus nombreuse et plus sympathique encore que celles\n                accourues les années précédentes.\n                   Quel régal aussi que ce choix d'œuvres d'un cachet si diffé­\nrent et cependant toutes si parfaites ! Quelle profondeur dans leur concep­\ntion et quelle perfection dans les moyens d'exécution ! On se sent empoigné\ndès les premiers accords de cette musique si enveloppante et si intimement\nunie au drame qui se déroule. Tout, jusqu'au moindre détail est calculé\nde façon à amener le spectateur à en jouir le plus complètement. Grâce à\nl'obscurité presque complète qui règne dans la salle, permettant ainsi les\njeux de lumière les plus variés sur la scène, l'oeil ne connaît pas la fatigue;\nl'orchestre caché, on le sait, en partie sous la scène même, ne laisse arriver\nà l'oreille que des sonorités fondues et quasi aériennes, banissant à tout\njamais les sons stridents des cuivres qui ont créé à Wagner tant de détrac­\nteurs mal avisés.\n    C'est par cet ensemble de moyens si parfaits qu'il est arrivé à donner à\ndes passages tels que le prélude de Tristan, celui de Parsifal, à l'apothéose\nd'Isolde et la scène sublime du Graal, une intensité d'effets inconnue\njusqu'aujourd'hui qui vous poursuit et vous hante longtemps après votre\nsortie du théâtre, après même votre départ de Bayreuth.\n    Mme Cosima Wagner, dont le savoir musical est bien connu et qui possède\nnaturellement toutes les traditions du Maître, passe ses journées aux répé­\ntitions ; son concours vient puissamment en aide au talent des trois chefs\nd'orchestre qui dirigent chacun une des œuvres. Mottl de Carlsruhe préside\naux destinées de Tristan, tandis que Lévy et Richter dirigent l'un Parsifal,\nl'autre les Maîtres Chanteurs.\n    Le zèle, l'abnégation et la bonne entente des artistes, tous de premier\nordre, qui interprètent à Bayreuth les chefs-d'œuvre du maître allemand,\nsont un facteur important dans la réussite de ces exécutions. Mme Malten,\ndu théâtre de Dresde, a apporté au rôle si complexe de Kundry, dans\nParsifal, le concours de sa voix riche (surtout dans le médium) et de sa\ndéclamation superbe. Beaucoup la préfèrent à la Materna, qui depuis son\nvoyage en Amérique, s'est un peu laissé aller à crier et à chevroter— natu­\nrellement. Mme Sucher, de Berlin, a donné au rôle d'Iseult une interpréta­\ntion empreinte d'un cachet artistique énorme. Son brillant extérieur sur la\nscène, une voix forte et sonore, son jeu entraînant et plein de verve en font\nl'interprète par excellence des rôles wagnériens de femmes passionnées,\ntandis que sa conception poétique la rend capable de personnifier admira­\nblement les héroïnes vierges des drames musicaux du chantre de Bayreuth.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                 — 303 —\n\nMme Dressler nous a fait une moindre impression dans le rôle d'Èva des\nMaîtres et n'a pas su nous faire oublier M lle Bosman.\n   Du côté des hommes, Fr. Betz, de Berlin, fut toujours un des chanteurs\npréférés de Wagner. Il tient, en ce moment ici, le rôle de Hans Sachs qu'il\nsemble toutefois avoir plus fouillé comme cordonnier que comme poète\nphilosophe. Betz a été élu par ses camarades, président du Comité central\nde l'Association des artistes allemands. A côté de lui brille de tout l'éclat\nd'un organe chaud et sympathique le baryton Gura (roi Marke) de Leipzig.\nLa basse Friedrichs, de Brême, a été fort goûtée dans le rôle de Beckmesser\ndes Maîtres-Chanteurs. Nous remarquerons, toutefois, que son interpréta­\ntion s'écarte sensiblement, par un effet de bouffonnerie, de celle qui a été\ndonnée à ce rôle à la création de l'œuvre à Munich, en 1868.\n   Nos compatriotes Van Dyck et Blauwaert se sont taillé dans Parsifal,\nun succès énorme. L'interprétation très travaillée qu'a faite le premier de\nces artistes du rôle du candide ingénu « destiné à chasser toutes les ombres\ndu séjour de la lumineuse foi » a encore surpassé celle qu'il a donnée l'an\ndernier à ce rôle superbe. Sa diction et son jeu remarquables, plus encore\nque sa voix un peu courte, ont été particulièrement appréciés. Blauwaert,\ndans le rôle de Gurnemanz, a été fort fêté. Quelle autorité unie à une\nsobriété de moyens à laquelle ne nous a pas toujours habitué le Spotgeest\nde Peter Benoit! Les Allemands déjà lui prédisent la succession de Scaria.\n   Quant au ténor allemand Gudehus, il a été médiocre dans le rôle de\nWalther. On a dit après qu'il souffrait d'une maladie des cordes vocales.\nIl eût été préférable de lui dire avant, de se faire remplacer.\n   Vogl a été remarquable comme chanteur dans Tristan, comme acteur il\nest bien lourd.\n   Les noms de Reichmann (Amfortas), Wiegand, Hofmüller et de\nMme Standigl complètent la composition de cette troupe brillante et\nhomogène.\n   Aune soirée où Mme Wagner a réuni l'élite des musiciens accourus de tous\ncôtés, nous avons entendu, avec un plaisir infini, Mlle Rosa Papier, mezzo­\nsoprano, de Vienne, douée d'une voix ravissante et appelée à devenir sous\npeu une étoile. Herr Gura y a chanté plusieurs romances de Schubert et de\nLöwe avec beaucoup de sentiment et une belle diction qui nous a fait penser\nà Heuschling. A cette réunion assistaient également plusieurs compositeurs\net dilettantes bien connus à Bayreuth : la duchesse de Mecklembourg, une\nwagnérienne convaincue et sa petite cour; «M. Chamberlain de Londres;\nChabrier; Vincent d'Indy; Leborne; M.^Êascoup, juge d'instruction à\n Paris, dont l'admiration et le dévouement 'pour Wagner datent de 1868;\nnotre compatriote Deppe, qui écrit en ce moment la musique d'un poème\nsymphonique sur un sujet intitulé : Lota, œuvre inédite de notre tant\nregretté fondateur Max Waller. S'y trouvaient également : Van Dyck, frère\nde l'interprète de Parsifal; D'Estranges, critique du Guide musical de\nParis et plusieurs autres membres de la presse parisienne, admirateurs con­\nvaincus du Maître allemand.\n   D'année en année, il est intéressant de voir cette admiration, ce culte,\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                                — 304 —\n\naller grandissant. Déjà, ils n'étonnent plus que ceux dont un parti pris\naveugle atrophie le jugement. Toutes les discussions soulevées au sujet des\nœuvres de Wagner se sont bien calmées et le dernier mot qui a mis d'accord\nbien des esprits divisés, nous semble avoir été trouvé par Catulle Mendès\ndans sa Théorie wagnérienne, quand il dit : « Ainsi, il s'agit d'un art nou­\nveau. Si vous cherchez la poésie allemande, lisez Gœthe. Si vous voulez la\nmusique allemande, écoutez Beethoven. Si le drame vous attire, allez à\nRichard Wagner ».\n   « Lorsqu'on est assis dans une stalle pour assister à une représentation\nde Lohengrin ou de Tristan et Iseult, il ne faut pas se demander : « Enten­\ndrai-je de belles mélodies », ou « entendrai-je de beaux vers » ? Il faut se\ndire : « On va représenter devant moi un drame. Serai-je ému ? »\n   « Or, qu'on nous permette de le dire avec la certitude que notre opinion\nsera un jour commune à tous ceux qui aiment profondément le théâtre : les\neffets dramatiques produits par l'intime hymen du vers et de la mélodie\nsont tels dans l'œuvre de Richard Wagner, que, inférieur comme poète à\nGœthe, n'ayant pas surpassé, en tant que musicien, Beethoven, il n'est\ncomme créateur dramatique, comparable qu'au divin Shakespeare. »\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "     NOTRE PETIT SALON DE TIR\n                                   (D'APRÈS       FLOBERT)\n\n\n\n                                              I\n                  AU PION DE LA REVUE                        BELGE   (I)\n\n\n\n\n                                           II\n\n                            LE CAVEAU RADIEUX\n\n   Le Caveau verviétois, tout comme la Jeune Belgique, célèbre sa neu­\nvième année d'existence. Tous nos compliments aux Maîtres-Chanteurs de\nVerviers.\n   Descendons dans ce caveau. C'est — voir la préface — une société dans\nlaquelle, « à côté de quelques écrivains exercés, beaucoup de personnes\n amies des lettres cherchent à se perfectionner (se perfectionner est modeste!)\n dans l'art d'écrire et produisent, devant un groupe d'amis, des travaux sans\nprétention(sansprétention est orgueilleux !) soumis à la critique mutuelle ».\n   La préface ajoute que les productions tout à fait incorrectes ont été écar­\ntées.\n   Voyons celles qui ne sont pas tout à fait incorrectes, et même celles qui\némanent d' « écrivains exercés ».\n\n\n   (1) Réponse à l'artiCULET en date du 1er août 1889 ainsi conçu (sans cédille) :\n   « M. Mouche, un Jeune-Belgique de l'espèce des frelons, n'est pas content des bro­\nchures de M. Gallet sur la Vérité au Théâtre. La théorie de M. Mouche, en matière\ndramatique, est étonnante par sa largeur de vues : « L'auteur dramatique est un artiste,\net tout en art lui est permis, tout, entendez-vous, même de faire des pieds de nez aux\npions trop bien remontés qui s'avisent de donner leur cours pendant la récréation. »\n   « Nous savions de longue date qu'un Jeune-Belgique est propre à tout faire, même en\nart ; mais un pied de nez artistique, nous voudrions voir cela. Le musée des curiosités\nserait complet ».\n   Il l'est !\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                                      — 306 —\n\n    M. Karl Grün occupe à lui seul la moitié de l'Annuaire. M. Grün, tout\n en occupant, est très occupé. Il cherche un vers extrêmement rare, compa­\n rable, à la fois, à un « rail d'acier », à un « beffroi flamand », au photo­\n graphe (I) « Alexandre », etc., etc. L'effet de ce vers serait à coup sûr irré­\n sistible. Voici comment M. Grün comprend la mission de cet alexandrin\n providentiel :\n              Je voudrais qu'il devînt la parole de paix\n              Qui donne un cœur aux loups, un sourire aux      vipères...\n\n  Ces pauvres loups, qui n'avaient pas de cœur avant l'initiative de\n M. Grün!\n  M. Grün a sa Béatrice, dont il se montre fort éDanté. Elle s'appelle Lili :\n                          Je ne vous dirai pas l'endroit (2)\n                          Oit j'ai trouvé ma bien-aimée.\n                          J'ai peur d'un passant maladroit :\n                          Dieu garde ma fleur parfumée !\n                               Son nom est bien joli.\n                                C'est le son d'une lyre\n                               Que le vent fait bruire :\n                                    Lili!   Lili!\n\n    Mais la poésie (vient de pot, radical étrusque) n'est pas seulement ana­\n créontique et liliesque : elle est aussi commémorative. Exemple :\n\n                                     REGRETS\n\n                       La Mort, qui fauche   aveuglément,\n                       L'homme heureux et le pauvre hère,\n                       A pris dans un étouffement\n                               Mon pauvre père.\n\n                       Né sur les bords fleuris du Rhin,\n                       D'une famille   prolétaire,\n                       Il fit lui-même son chemin,\n                                 Mon pauvre père.\n\n                       Le plus jeune de douze enfants\n                       Il dut gagner sa croûte amère,\n                       Courant le monde à quatorze ans.\n                                Mon pauvre père.\n\n\n  (1) Nous ne sommes pas certain que M. Grün n'ait pas voulu parler du conquérant de\nce nom.                                                             N. D. L. R.\n  (2) Charles-Quint y est ne; Héliogabale y est mort,               N. D. L. R.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                — 307 —\n\n                   De Senefelder le bel art\n                   Ouvrait sa nouvelle carrière ;\n                   Il s'y fit un renom plus tard,\n                             Mon pauvre père.\n\n                   Venu de Cologne, au hasard.\n                   Sur notre terre hospitalière,\n                   Il cultiva le nouvel art;\n                             Mon pauvre père,\n\n                   La nièce du grand citoyen\n                   Fut l'épouse qui sut lui plaire;\n                   Il accola son nom au sien.\n                            Mon pauvre père.\n\n                   Les préceptes de la raison\n                   Lui firent une vie austère;\n                   Il vécut en parfait maçon.\n                            Mon pauvre père.\n\n                   Et tout Verviers la connaissait.\n                   Sa bonne mine familière.\n                   On saluait, quand il passait,\n                           Mon pauvre père.\n\n\n\n\n                    La Mort t'arrache à ton bonheur\n                    Pour t'étendre en la froide bière,\n                    Ton trépas m'a brisé le cœur.\n                             Oh ! pauvre père !\n\n                    Tu t'en vas dans l'Immensité.\n                    Que la terre te soit légère.\n                    Pars en paix pour l'Eternité !\n                            Adieu, mon père !\n\n  Nous espérons que cette poésie sera la dernière pensée de M. Weber.\n  Mais revoici M. Griin, qui a des rêves géographiques :\n                Il est sous l'équateur une île enchanteresse,\n                Sans animal féroce, homme blanc ou jaguar.\n                Le vent n'y sema point la graine d'Escobar.\n\n  Autour de cette île enchanteresse nage un professeur d'athénée « dont le\ncœur est gonflé d'une invincible tristesse », parce que Victor Hugo est\nmort.\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                  — 308 —\n\n  Le professeur est consolé — essuyé même — par l'inévitable M. Grün,\nqui ubiquité dans tout le volume et qui lui fait observer que Dieu\n                           ... n'a pas posé d'abat-jour\n                                  Sur la nature.\n\n   Puis ce lampiste présente le professeur séché à quelques sphynx du sexe\nauquel on doit Mme Clémentine Louant : Adolzaïde, Céluta, Coryzandre et\nUgarlindine.\n  Enfin, le professeur, parvenu au septième ciel, répond, d'un air béat :\n« Je ne sens plus mes pieds ! »\n  Et M. Grün soigne les extrémités inoffensives du professeur :\n               Ce fut un bain de cœur qui dura tout un    jour...\n\n  Après ces exercices, d'ailleurs charitables, M. Griin en revient à sa Lili :\n                    Viens ! Ton regard déjà m'enivre.\n                    Mon sein se gonfle de plaisir...\n\n   Mais alors, par tous les Thermodon de la terre, si M. Griin n'a qu'un\nsein, •— c'est un Amazon !\n                                                               MOUCHE.\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "        — 309 —\n\n\n\nLETTRE A CYDALISE\n     Vois, je t'offre\n     Tout mon coffre,\n\n     Mes tissus\n     Peu cossus,\n\n     Mes cellules,\n     Ces pilules.\n\n     Et mes os.\n     Ces roseaux,\n\n     Et ma flûte\n     Qui   déglute\n\n     La liqueur\n     De mon cœur.\n\n     Verbalise,\n     Cydalise :\n     Ah, combien\n     Tout n'est rien !\n\n     Le sage ose\n     Peu de chose\n\n     Et le fou\n     Rien du tout.\n\n     Moi, peut-être,\n     Suis-je un maître,\n     —    Maître-queux,\n     Très aqueux,\n\n     Qui cuisine\n     Ses cousines\n\n     Oui, je suis\n     Cette nuit\n     (Signature\n     Si nature!)\n\n     Ton valet,\n                          PINOLET.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                                        —       310     —\n\n\n\n\n                                MEMENTO\n  La Revue générale publie Daisy, la nou­               A noter une démolition de l'épais Courbet\nvelle de Max Waller primée à son concours.            qui nous a ravis.\nNous reparlerons de cette oeuvre très inté­             Pourquoi les typographes de la Réforme\nressante quand elle aura paru en entier.              ont-ils disposé ainsi la signature :\n                                                                            A N D R É FONTAINAS\n                                                                           (à suivre).\n                                                    C'est peut-être vrai, mais c'est un peu vif\n  Nos amis Achille et Hector Chainaye\n                                                  quand même.\nviennent d'être cruellement éprouvés par la\nmort de leur frère Armand Chainaye.\n  Nous leur présentons nos sincères et\namicales condoléances.\n  Armand Chainaye n'avait que vingt-cinq                 Notre collaborateur M. Georges Kaïser\nans. Il débutait en art comme peintre et              est sur le point de partir, en mission scien­\ncomme sculpteur.                                      tifique, pour le Canada. Il nous adressera\n   Il était l'auteur du monument élevé au             des correspondances mensuellement et\ncimetière de Schaerbeek à la mémoire de               éminemment canadiennes. Dans le cas où\ncet autre jeune : Henry de Tombeur.                   il oublierait de nous les adresser, nos lec­\n                                                      teurs n'y perdraient rien : la rédaction de\n                                                      la Jeune Belgique écrirait à sa place.\n\n   M. Félicien Rops vient d'être nommé\nchevalier de la Légion d'honneur. C'est un\njoli soufflet pour la Belgique officielle, et        A lire dans le numéro de la Société\npour les ronds-de-cuir sur lesquels elle          nouvelle portant la date du 31 juillet, un\ndéverse ses faveurs.                              très remarquable article d'Eugène Demol­\n  Lire à ce propos dans la Chronique un           der sous ce titre : A travers   l'exposition\nremarquable article de Jean d'Ardenne, du         de Paris. Notes esthétiques.\nJean d'Ardenne de derrière les fagots.\n\n\n                                                        Une lettre de M. Tilman :\n   Le 10 août a été célébré à Mons, le ma­          « A Monsieur le Directeur         de la Jeune\nriage de notre ami Jules Destrée avec             Belgique, à Bruxelles.\nM lle Marie Danse.                                          « MONSIEUR LE DIRECTEUR,\n   Nos souhaits de bonheur aux époux et          « J'ignore dans quel but l'auteur inconnu\naux petits artistes à naître de leur union.   du Memento qui a paru dans le dernier fas­\n                                              cicule de la Jeune Belgique, fait mention de\n                                              la réception que j'ai faite à M. Silvestre en\n                                              ma qualité de président du Cercle littéraire.\n                                                 « Si le susdit auteur inconnu a voulu me\n                                              nuire, je vous prie, Monsieur le Directeur,\n                                              de le détromper. J'ai en mains une lettre et\n  Notre collaborateur M. André Fontainas      une dépêche, signées Armand          Silvestre,\npublie dans la Réforme une série d'articles   par lesquelles le conférencier m'informe\nsur les Beaux-Arts à l'Exposition de Paris. | qu'il vient à Louvain accompagné de\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                           — 311 —\n\nMadame Silvestre. J'ai donc accueilli chez            Nous aimons à rire quelquefois, mon bon\nmoi ces deux personnages sans leur deman­           cher, très cher!... comme disait Monlhabor\nder leur acte d'état civil, et le lendemain,        à cette vieille ganache d'Ascanio en lui\nusant de la même discrétion, M. le vice-pré­        tapant sur le ventre.\nsident les recevait à sa table, où se trou­           Et au plaisir de recommencer! Tout le\nvaient parmi les convives de nombreuses             plaisir sera pour nous.\nnotabilités et même des dames.\n   ce L'articulet de votre collaborateur vise\ndonc en droite ligne M. Armand Silvestre.\nJe laisse à vos lecteurs, M. le Directeur, le          On lit dans la Revue bibliographique\nsoin de juger la haute délicatesse dont font        belge rédigée par « une réunion d'écri­\npreuve les coryphées de la littérature nou­         vains » :\nvelle. Peut-être est-ce la mode, dans les              « Il faut savoir gré à la direction de la\nsphères artistiques à Paris et à Bruxelles,         Pléiade, d'avoir su — jusqu'à ce jour du\nd'introduire ainsi dans les familles, sous le       moins — rester indépendante de l'Ecole\ntitre d'épouses légitimes, des pensionnaires        vers laquelle la portent, semble-t-il, ses\nde l'Eden ou des échappées de la Scala. A           sympathies, et de s'en séparer sur un point\nl'avenir, quand l'occasion, se présentera           important.\nd'offrir encore l'hospitalité à un écrivain            « Ces messieurs de la Jeune Belgique,\nJeune, je ne croirai plus en sa parole, je lui      en effet, n'admettant pas que l'on puisse\nferai au préalable exhiber tous ses papiers         discuter leur valeur, avaient pris le parti\nen forme authentique.                               de répondre aux critiques de leurs œuvres\n   « Comptant sur votre impartialité, Mon­          par des injures, ha Pléiade, qui n'est\nsieur le Directeur, j'espère que vous insé­         point un organe Jeune Belgique, mais] dont\nrerez la présente dans le prochain numéro           les premiers numéros renferment plusieurs\nde la Jeune Belgique.                               articles ayant le cachet facilement recon­\n   « Veuillez agréer, avec mes remercie­            naissable de celte fabrique, a du moins la\nments anticipés, l'assurance de ma considé­         politesse de bien vouloir admettre le talent\nration distinguée. »                                sans distinction de coterie. »\n                            « CH. TILMAN. »            M. Tilman et sa petite famille littéraire\n                                                    nous comblent.\n   M. Tilman est vraiment bien gentil de\nnous envoyer de la copie et nous l'insérons\navec plaisir. Nous n'avons pas si souvent le\nbonheur de recevoir de lui des communica­              L'Art moderne, dans un article sur le\ntions polies. On diraitque ses mésaventures         modernisme, défend cette idée, jadis vio­\nlui ont légèrement « ramati » le tempéra­           lemment combattue par lui, que le moder­\nment.                                               nisme ne consiste pas à traiter des sujets\n   D'abord, disons à M. Tilman combien              modernes. Ce que l'Art moderne nous inju­\nmal il lit notre revue, puisqu'il nous fait         riait naguère, quand nous exprimions cette\nl'honneur de la lire; car s'il la lisait bien, il   opinion avant lui !\nsaurait que le seul auteur responsable, — et           Enfin! il est converti, après quatre ans.\npas vagabond du tout — de l'articulet en            C'est sans doute l'amour-propre qui l'a\nquestion est le titulaire de la direction,          empêché de l'avouer plus tôt.\nM. Henry Maubel.                                       C'est la même histoire pour le symbo­\n   Si maintenant M. Tilman nous demande             lisme, le nationalisme, et un tas d'autres\ndans quel but nous avons publié cet article,        choses en isme, — qui ont eu leur de Les­\nc'est qu'il est bien naïf. Quand on se moque        seps.\nun peu de gens de l'importance de M. Til­\nman, ce n'est assurément pas dans le but\nd'amener des complications diplomatiques.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                                           — 312 —\n\n   M. Eddy Levis vient de fonder un prix\nde chant à l'école de musique de Saint-\nJosse-ten-Noode, mais les élèves à qui il            Nous avons reçu un nouveau journal\nétait décerné n'en ayant pas voulu, on a dû        jeune, mondain, littéraire et artistique : le\nréquisitionner deux lauréats de bonne              Salon. Son titre indique qu'il a appris la\nvolonté.                                           civilité et que, tout en faisant de l'art, il\n                                                   restera convenable. Souhaitons lui de\n                                                   demeurer aussi artiste que possible dans\n                                                   cette sphère de« l'art tiré à quatre épingles».\n                                                      Puisse-t-il parfois, d'une de ces épingles,\n                                                   piquer au bon endroit le bas-bleuisme, le\n  Le sculpteur Vanderlinden vient d'ériger         préciosisme et le monologuisme dont il su­\nà la place du Nouveau Marché-aux-Grains            bira le côtoiement. Ces fois là nous ajou­\nun Van Helmont poncé de distinction dont la        terons par lettre recommandée un peu de\ntoge professorale n'est pas mal drapée.            sympathie à toute celle que nous lui adres­\n   La modestie du savant semble peinée de          sons de confiance aujourd'hui.\ncette station à hauteur d'entre-sol.\n  Van Helmont se tiraille perplexement la\nbarbe avec l'air de se dire : « Comment               Le peintre Langerock vient d'inaugurer\nvais-je descendre de mon piédestal? »              sur la route qui mène au bois de la Cambre\n                                                   en passant par le Palais de justice, un dio­\n                                                   rama que tous les Anglais visiteront.\n                                                      Le « truc » — c'est le cas de le dire, —\n   La Société belge de librairie nous annonce      représente un village indien.\nl'apparition d'une plaquette intitulée : le Fils      Le paysage, touffe de jolis détails, y est\ndu gréviste, croquis de mœurs boraines par         habilement peint dans les tons clairs et\nM. Louis Delmer avec des dessins de Con­           riants de cette nature ensoleillée; le rac­\nstantin Meunier, reproduits à l'eau forte par      cord entre la toile et l'avant-plan est par­\nM. Karl Meunier.                                   faitement escamoté et l'ensemble est d'un\n                                                   « trompe-l'œil » qui fait honneur à l'imagi­\n                                                   nation et à l'ingéniosité du metteur en\n                                                   scène.\n   Au Conseil provincial, à propos de la res­\ntauration des monuments publics, M. Léo­\npold Wiener a dit : « C'est une question              A propos de Millet et des peintres lettrés,\nd'art qui intéresse l'honneur du pays ».           Francis Nautet publiait dernièrement un\n   L'art devra de la reconnaissance à              article dont voici la conclusion :\nM. Wiener pour cette bonne parole. Mais               « Cette brillante école de peintres à\nelle est platonique, étant donné que l'hon-        laquelle appartiennent Delacroix, Millet,\nneur du pays se fiche des questions d'art          Rousseau, Fromentin, Corot, Decamps,\ncomme la Jeune Belgique de M. Tilman.              Puvis de Chavannes, etc., fut une école de\n                                                   lettrés. Leur culture a été leur force. Nous\n                                                   avons dit souvent quel malheur c'était pour\n                                                   nos peintres de n'avoir pour la plupart au­\n                                                   cune éducation littéraire. Les exceptions,\n   Paraîtront à l'entrée de l'hiver : de James     on peut les compter. Dans cette branche,\nVandrunen, A l'aventure, carnets de route          notre système d'enseignement, répétons-le,\net En Wallonie, études de gens et de che­          est déplorable. Nos professeurs sont, pris\nmins de fer. D'Iwan Gilkin, un volume de           en masse, peu capables. Dans une nation\nvers : La Damnation de l'artiste.                  où l'intérêt électoral prime tous les autres.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                             313\n\net où le snobisme, c'est-à-dire la religion du   blement composés de jolie musique de\nsuccès, le dédain du désintéressement est        casino, mais nous n'avons pas eu une\nenraciné, il est impossible de maintenir         seule des auditions artistes que nous espé­\nplus longtemps une impulsion artistique          rions.\nqui fut puissante et sur laquelle nous              C'est un excès de paresse, cela! C'est le\nvivons encore. Mais, à voir la façon dont        cas de dire « qu'on nous la bâille laide! »\nmarchent les choses, on peut prédire que\nsi le pays, naturellement généreux, pro­\nduit encore des artistes, ils seront étouffés\nau berceau par la médiocrité qui règne.             La Vogue, dont nous donnons le som­\n   « On a dénoncé la Jeune Belgique, on a        maire, dit dans ses Notes et Notules :\ndénoncé les XX, précisément les deux                « M. Emile Bergerat a lu au comité de\ngroupes qui se distinguent par leurs mépris      la Comédie française cinq actes en vers tirés\ndu vulgaire, par leur effort vers l'intellec-    du Capitaine Fracasse de Théophile Gau­\ntualité. Ce sont des modernes, des artistes      tier. L'auteur, invoquant le jugement d'ac­\nde leur temps, dont le souci d'être contem­      teurs, s'est vu refusé. En dénombrant ces\nporains consiste, comme eût dit Baudelaire,      arbitres littéraires, il a constaté qu'aucun\n« à tirer l'éternel du transitoire ».            d'eux six n'avait pu affronter les épreuves\n    « Eh bien, cela c'est un crime, c'est une    du baccalauréat ès-lettres, ni du simple\ntare.                                            examen qui couronne les efforts des élèves\n    « Gœthe disait qu'il se suprenait dans une   de quatrième. Ces hommes ne savent pas\nattitude noble chaque fois qu'il contemplait     plus décliner leur responsabilité littéraire\n l'Apollon du Belvédère.                         que Rosa, la rose; ils n'ont point même reçu\n    « Que faire dans ce pays et dans quelle      à correction (malgré leur maison mère) la\n attitude se surprendra-t-on lorsqu'on n'aura    comédie, imitée par ses strophes comiques\n plus sous les yeux que des bonshommes           de Scarron et de Cyrano de Bergerac. »\n livrés à de basses luttes, les autres, ceux       Aussi pourquoi le spirituel et vigoureux\n qui valent, demeurant dans l'ombre où ils       écrivain Calibanesque s'avise-t-il de tirer\n auront été relégués ? De généreux esprits       une pièce du Capitaine Fracasse.\n ont souvent pensé à la création d'une école       C'est bien fait!\n de hautes études qui nous mettrait au rang\n des autres capitales. Qu'ils ne prennent\n pas ce souci : pour des études désintéres­\n sées, il n'y aurait pas d'élèves. Nous en            M. G. de Villot dans l'Indépendant litté-\n sommes là. »                                      raire signale, avec des observations critiques\n                                                   à l'appui, un livre de Mme la baronne von\n                                                   Hohenhausen : Ans Goethes Herzensleben\n  L''Angelus de Millet passe décidément            littéralement : De la vie de cœur de Goethe\n                                                   (publié chez Bergmann, à Leipzig).\nen Amérique.\n\n\n\n   Le Waux-Hall a été fleuri de cantatrices:        M. Camille Benoit publie dans le Guide\n Mlle Migeon, Mme Marcy, Mlle Corroy,            musical un intéressant article sur les con­\nMlles Falize et Wolf, M11e Bauveroy,             certs russes du Trocadéro où l'on a exécuté,\nMlle Neyt. On y a entendu aussi quelques         outre l'œuvre de Rimsky-Korsakow que nous\ninstrumentistes : MM. Merck, Carpay, un          connaissons : Antar, une symphonie en fa\nbassoniste remarquable, dont le nom nous         dièze mineur de Glazounow et, du même,\néchappe comme une note de basson; un             un poème intitulé : Stenka Racine.\nclarinettiste M. Heirwegh, un violoniste            M. Camille Benoit fait de cette dernière\nM. Laoureux; petits programmes agréa­            œuvre, surtout, un éloge enthousiaste.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                         — 314 —\n\n                                                   D'Edouard Dubus : le Sang des Roses,\n                                                 poème ;\n                                                   De Julien Leclercq : Métamorphoses,\n   La Tempête de MM. Ambroise Thomas             poème ;\net Jules Barbier ne fera pas peur au vrai          De Louis Dumur : la Neva, poème.\nnavire qui se meut sur la scène de l'Opéra.\nA en croire la critique, c'est une tempête\nassez anémique : du Shakespeare chloro­\nformisé pour l'amputation.\n                                                   Ont paru :\n                                                   De Dostoïewsky : les Précoces ;\n                                                   De Félicien Champsaur : la Gomme, avec\n  Plusieurs scènes allemandes, l'Opéra de\n                                                 dessins de Rops, Cheret, Caran d'Ache,\nVienne notamment, se préparent à repré­          Lucas, Gorguet, Gerbault, Lunel, José Roy,\nsenter le Benvenuto Cellini de Berlioz.          Mars, Morin;\n  Autre nouvelle plus importante, c'est la         D'Edouard Schuré : les Grands     Initiés;\nreprésentation prochaine à Carlsruhe des\n                                                   De Victor Hugo : un volume contenant\nTroyens de Berlioz, œuvre qui n'a jamais\n                                                 deux drames inédits : Amy Robsart et Les\nété exécutée sans mutilation.\n                                                 Jumeaux.\n\n\n                                                    Remarquable l'article de la Fédération\n   La maison Breitkopf vient de publier des      artistique sur le concours de déclamation !\nmélodies de Gurlitt, Curschmann, Seidel et       Faisons-y une petite cueillette de prose\nKirchner, œuvrettes de salon dont la pre­        patoise :\nmière seule de Gurlitt, intitulée : Ce qu'il\n                                                    « Il y a des mystères que nous ne cher­\ndisait, estd'une gentillesse etd'une sincérité\n                                                 cherons pas à pénétrer. Un de ceux-ci est\nquelque peu artistes.\n                                                 la distinction accordée à M lle Polspoel\n   L'édition est soignée, gravée en grand        Elle a dit une scène des Jacobites comme\ntexte vigoureux et clair.                        une élève stylée et éducée... »\n                                                    Educée ! Education alors ! avec une cédille\n                                                 sous le c.\n   Les Maîtres-Chanteurs ont été représen­          « Mlle Pluys ne joue pas par intuition,\ntés le 13 juillet au théâtre de Covent-Gar-      mais par la force des études... et son intel-\nden, avec de Reszké dans le rôle de Walther,     ligence naturelle aidant, e t c . . »\nLassalle dans celui de Hans Sachs, Isnardon         « M. Heurion a récité le rôle de Didier\ndans celui de Beckmesser, Montariol dans         sur un ton uniforme plaintif, prêchant plu-\ncelui de David, M me Albani faisant Eva et       tôt que de jouer la comédie. »\nMlle Bauermeister, Magdeleine.                      C'est le même journal qui dit que le Trou-\n   L'œuvre a obtenu un grand succès. On          vère a été joué à Londres devant une\nsait que c'est M. Lapissida qui l'a mise en      audience peu nombreuse!\nscène.\n\n\n  La Pléiade de Paris annonce les livres\nsuivants de ses collaborateurs :                    L'onagre de la Chronique — celui qui\n  De Brinn' Gaubast : Colle forte, roman ;       signe R pour ennuyer notre ami Rotiers\nVers insolents; Pétrarque, drame en cinq         — consacre un petit \" renard \" à nos amis\nactes, en vers ;                                 Arthur James et Jules Vander Brugghen.\n  De Pierre Quillard : la Gloire du Verbe,        Ils sont traités de « Parisiens » et de « d é ­\npoème ;                                           cadents ! »\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                                           — 315 —\n\n   Prière à l'ami Hannon de fourrer un peu         livraison d'août. — Asile. Stéphane Ri­\nde gingembre dans l'autre frimousse de             chelle. — Sons les ombrages, Aa Galloy.\nl'onagre.                                          — La vie ambre : la Vieille mère, L.Thioust-\n                                                   Edgy. — Vers : L'heure sainte. — Crépus-\n                                                   cule rouge, Jean Delville. — La Dame du\n   Deux mortels qui s'appellent tous les           silence, Albert Arnay. — Rhythmes en\ndeux de Taye — sur l'œil — viennent de             prose : I. Non reparabilc, P. de Sandrau,\ndécrocher le prix de 25,000 francs pour une        Sonnels : Orgueil suprême. — La Mère\nréponse prudhommesque à une question               compatissante, Arthur Dupont. — Trinité\nsaugrenue. Les sottises académiques se             mauvaise, Emile Weil. — Le Myosotis,\npayant au taux modeste d'un franc la pièce,        L. Lenormand.— Varia. — Bulletin biblio-\nil faut conclure qu'il y a 25,000 bêtises dans     graphique.\nle travail couronné.\n\n\n\n                                                      Sommaires de La Pléiade (de Paris) :\n  Sa Majesté Marie I e r , roi des Sedangs,        livraison de juillet. — Brinn' Gaubast,\npassant par Bruxelles avec la reine sa             Hymne à la Laideur, poème. — Edouard\nfemme, s'est fait inscrire au nombre de nos        Dubus, Résignation,      quatorzain. — G.\nabonnés.                                           Albert Aurier, l'Œuvre maudit, poème.\n                                                   —MmeAlphonse Daudet, Enfants et mires\n                                                   (fragments). — Julien Leclercq, Famine,\n                                                   quatorzain. — Louis Dumur, le Tsar,\n   On lit dans le Chat Noir :                      poème. — L. P. de B'.G., Calendrier\n                                                   (livres, théâtres, beaux-arts).\n   « A M. Armand          Silvestre,                  Livraison d'août : Symphonie crépuscu­\n      poète lyrique     et pétardophile.           laire, de Brinn' Gaubast. — Imperator, an\n       « Cher maître,                              de Rome 932, Edmond Barthélemy. — Ro­\n                                                   mance, poésie, Edouard Dubus. — La voix\n    « Je ne saurai jamais comment vous re­\n                                                   impérissable, poème, Pierre Quillard. —\n mercier du grand honneur que vous m'avez\n                                                   Luisita, nouvelle, Julien Leclercq. — La\n fait en racontant, dans l'Echo de Paris du\n                                                   Sçulâmite, poésie, Georges d'Esparbès. —\n 1 er août 1889, une petite histoire que j'avais\n                                                   La Fête sur la glace, La Fontanka, poèmes,\nmodestement publiée dans le Chat Noir du\n                                                   Louis Dumur. — La Peinture à l'Exposi­\n7 janvier 1888.\n                                                   tion, G. Albert Aurier.— Calendrier (li­\n    « Seulement, pourquoi avez-vous rem­\n                                                   vres, théâtres, beaux-arts, échos, divers),\nplacé mon pharmacien de Londres par un\n                                                   L.-P. de B'G.\nmédecin de Vienne?\n    « Je joins à la présente un paquet de nu­        La Pléiade annonce la publication des\nméros du Chat Noir contenant des histoi­           œuvres jadis condamnées de Baudelaire,\nres qui pourront vous servir.                      qui n'ont jamais été réimprimées.\n    « Ne vous gênez pas : au contraire, ça\nme fait plaisir.\n    « Veuillez agréer, cher maître, l'hom­\nmage de mes sentiments les plus tumul­                Ci un avis de la Vogue, très sympathi­\ntueux.                                             quement accueilli et que nous communi­\n                    « ALPHONSE ALLAIS. »\n                                                   quons à nos lecteurs :\n                                                      « Nous continuons strictement, avec\n                                                   l'élargissement nécessaire, la campagne\n                                                   menée dans la Vogue en 1886-87 et dans\n  Sommaire de La Pléiade (de Bruxelles)            la Revue indépendante en 1888.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                                       — 316 —\n\n    Les collaborateurs actuels de la Vogue        Sommaire du numéro de juillet. — Paul\nentendent définir et défendre leur idéal de    Adam, Tribulations électorales. — Jean\nPoème libre, de Drame, de Roman et de          Ajalbert, Fragment d'un poème. — Francis\nCritique personnelle ; durant le premier       Vielé-Griffin, Ronde. — Henri de Régnier,\nsemestre des nouvelles tiendront lieu de       Face de jadis. — Adolphe Retté, Fête de\nroman.                                         nuit. — Georges Vanor, Sonnet. — Jean\n    Conformément à ses traditions, la Vogue    Thorel, l'Ame morte. — Jcan-E. Schmitt,\ns'intéressera aux questions d'érudition lit­   l'Homme maigre. — Félix Fénéon, Por-\ntéraire et d'art industriel.                   traits antiques de la galerie Graf. — Gus­\n    La critique générale sera tenue par        tave Kahn, Chronique. — Henri de Régnier,\nM. Gustave Kahn, le théâtre par M. Henri       Théâtre. — Georges Vanor, Noies et no-\n de Régnier, la critique d'art par M. Félix    tules.\nFenéon, la critique musicale par M. Jean\nE. Schmitt. Sans s'engager à donner tous\nles mois ce jeu complet de critiques, la\n Vogue étudiera de son point de vue spécial\nles phénomènes de vie et d'art intéressant\nles lettrés.\n    Une partie des deuxième, troisième et         L'Indépendant littéraire reprend la se­\nquatrième numéros sera consacrée à l'Ex­       conde série des Souvenirs de M. Louis\nposition.                                      Roger, dont la première partie a, on s'en\n    Nous comptons en outre publier avant       souvient, soulevé un vif intérêt dans toute\njanvier : de F. Viélé-Griffin, des fragments   la presse.\nde Yeldis, poème, des notes sur Swinburne,        Dans le numéro du 1 er juin commence\nTennyson, Morris; de H. de Régnier, Glo-       une série d'études sur l'Exposition       uni-\nrioles, suite de poèmes; le Château de         verselle — les Beaux-Arts en France et à\nLucile, nouvelle ; d'Adolphe Retté, des        l'étranger depuis 1878 — l'Exposition ré­\nfragments de la Forêt bruissante, poème,       trospective de l'Art Français et les Arts\nPolychromies, dix poèmes à l'adventure,        industriels.\ndont Fête de nuit, l'Alcôve, nouvelle; de\n                                                  Ces articles sont publiés sous la direction\nF. Poictevin, des études de Primitifs; de      de M. Roger Marx.\nPaul Adam, des fragments d'Essence de so-\n leil, roman ; de J. Ajalbert, des fragments\nd'un poème; de Jean E. Schmitt, l'Onde,\nle Mari brutal, nouvelles; de Jean Morel,\nla Joie éparse, poème; de Gustave Kahn,\ndes Chansons tsiganes, Panthalis, poèmes,\ndes études sur Corneille et Léon l'Hébreux,\ndes traductions d'Hoffmann.\n   L'édition de luxe contient au premier\nnuméro un bois de Camille Pissarro.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                              L'EVENTAIL\n              THEATRAL,            ARTISTIQUE           E T MONDAI N\n                              DIRECTEUR: F. ROTIERS.\n       Rédaction et administration : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles\n                            Belgique, un an                                     fr.     5-00\n   P R I X D ABONNEMENT : !\n                          Etranger      »                                             7-50\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                   6, R U E P A U L DEVAUX (PRÈS LA BOURSE)\n\n\n\n E        n cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA­\n           MANDE par notre excellent décorateur, C H . - L É O N CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et à Alicante, les vins\nde Portugal, d''Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilly-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\nGIL         BLAS,      journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, 16, à Paris; publie CANTABEILLE, par RENÉ MAIZEROY.\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                    ÉPERNAY\n\n\n                                              Prix Courant\n                              Baron J. de Warnimont                                2 25\n                              Marquis Armand de St-Hubert .             .   .    . 2 75\n                              R O S É E J E U N E BELGIQUE                            3 00\n                              Crême dAy          id.                                  3 50\n                              Bouzy extra        id.         Cuvée réservée.          4 50\n                              Bouzy Cristal      id.                                  5 00\n                                          0.50 en plus par 2/2 bouteilles\n                                     EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                              Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n            ENTREPOSITAIRE             : COULOMB-ROBIETS\n      19,   B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "      LA JEUNE BELGIQUE\n                        REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n formant au bout de l'année un superbe volume avec couverture spéciale et               frontispice.\n\n\n         Fondateur         : MAX W A L L E R (MAURICE WARLOMONT)\n\n\nDirecteur : HENRY MAUBEL. — Administrateur                           : HUBERT VAN DIJK.\n\n\n Bruxelles : Rédaction .- 72, rue de Trèves —Administration, 26, rue de l'Industrie.\n\n\n\n                                  ABONNEMENTS :\n\n  Belgique .    .      7 francs par an. — Union postale .                    .    fr.       8-50\n         Les conditions pour les annonces se traitent à                          forfait.\n\n\n\n\n                                    SEPTEMBRE           1889\n\n\n\n                                 SOMMAIRE:\n\nLes Chimères (Fragments) . . . . . . .     JULES DESTRÉE.\nSonnets                                     IWAN GILKIN.\nLa vie et la mort d'un poète . . . . . .   CHARLES BUET.\nSonnets                                    ADOLPHE FRÈRES.\nLa conversion de La Wallonie               HIXE.\nSonnets                                     MAURICE DESOMBIAUX\nScènes de la vie de caserne                ALBERT CHAPAUX.\nChronique littéraire :\n          Les Serres chaudes               IWAN GILKIN.\n          Le Trottoir                      HENRY MAUBEL.\n         Le Théâtre contemporain . . . .   ALBERT GIRAUD.\n         Parallèlement                     ADOLPHE FRÈRES.\nLettre de Bayreuth . . . . . . . . . .\nPetit Salon de tir                     . . MOUCHE.\nLettre à Cydalise                          PINOLET.\nMemento                               ...***\n\n\n\n                    Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1889-08-01", "preuve": "Août-septembre 1889, nos 7-8-9, couverture PDF 288 ; aucun jour imprimé.", "date_fin": "1889-09-30"}}