{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "9e A N N É E . T O M E V I I I , N° 12.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 428, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 602, "texte": "9e A N N É E .   T O M E V I I I , N° 12.        PRIX : FR. 0-75.       DÉCEMBRE 1889.\n\n\n\n\n                                                   BRUXELLES\n                                            REDACTION :         ADMINISTRATION :\n                                      72, KÜE DE TRÊVES,       26, RUE DE L'INDUSTRIE,\n\n                                                        PARIS\n                                               LÉON    V A N 1 E R , ÉDITEUR\n                                                      ig, Quai Saint-Michel\n\n                                                           i88r>\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis de la direction et de l’administration", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "M Valère Gille", "ancre_fin": "Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Numéro triple", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "M. Valère Gille a bien voulu accepter la Direction de L A JEUNE\nBELGIQUE pour 1890. Toutes les communications et copies doivent lui\nêtre adressées au plus tôt, boulevard d'Anderlecht, 55, Bruxelles.\n\n   Un frontispice de Georges Minne, le puissant artiste qui se révéla der­\nnièrement dans les Serres Chaudes de M. Maeterlinck, ornera notre\nnuméro de janvier.\n\n   L'Administration des postes présentera à nos abonnés, avant le I er jan­\nvier prochain, une quittance de réabonnement, à laquelle nous leur prions\nde vouloir réserver le bon accueil habituel, afin de nous éviter les frais\nd'une deuxième présentation.\n                                               L'ADMINISTRATEUR.\n\n   Nous prions nos collaborateurs de vouloir bien nous envoyer la copie\nle 20 du mois.\n\n  Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Numéro triple", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "Numéro triple", "ancre_fin": "Numéro triple", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EN SOUSCRIPTION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 1268, "texte": "Numéro triple\n  Au 15 janvier prochain LA JEUNE BELGIQUE, pour continuer la fière\npropagande littéraire qu'elle a menée jusqu'ici, offrira à ses lecteurs un\n\n                        Numéro triple\n  Le bon combat reprendra, violent et brutal s'il le faut; la devise de LA\nJEUNE BELGIQUE est toujours: « NE CRAINS » et c'est cette devise\nqu'on lira en tête du\n\n                                                  Numéro, triple\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 381, "page_fin": 385, "titre_corps": "Lettres pour les illettrés : La Petite Servante", "titre_sommaire": "Lettres pour les illettrés", "rubrique": "Lettres pour les illettrés", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BRODERIE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 430, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                         IV\n           LA P E T I T E SERVANTE\n\n\n\n\n                      Petite servante de là-bas, servante novice,\n                      apportant dans tes hardes, dans ta chair,\n                      dans ta chevelure, sur tes lèvres, surtout\n                      au fond de tes grands yeux l'atmosphère\n                      vibrante et le ciel pensif du cher pays ..\n                         Annoncée et recommandée par baes\n                      Martens, un brave homme de notable, un\n                      matin, à la saison des faînes, la petite\n                      servante franchit notre seuil.\n         Un gars de Brabantsputte, un de ces marchands de\n     paillassons et d'estères, qui colportent le lundi jusqu'à\n     Bruxelles les produits de la maigre industrie campinoise et\n     qui, allégés de leur rouleau de nattes, s'en retournent au\n     clocher vers la fin de la semaine, avait piloté sa payse\n     jusqu'à notre porte.\n        D'une voix un peu étranglée, qu'elle s'efforçait d'affermir,\n     la petite chargea son meneur d'un dernier bonjour pour\n     la mère, le frère aîné et les petites sœurs.\n         — Entendu !\n        Le pacant nous tira sa casquette, fit remonter, d'un\n     coup sec, la bricole à son épaule et s'éloigna en jetant son\n      cri nasard et guttural.\n                                                            25\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "                                  — 382 —\n\n   Avant de déposer son modeste trousseau renfermé dans un mouchoir de\ncoton rouge, elle promena ses grands yeux bruns couleur d'automne autour\nde la cuisine et dit simplement : « Je crois que je me plairai bien ici ».\n   Dans l'intonation de cet hommage, je démêlai de touchantes nuances :\n   J'y lus un appel à notre indulgence, le désir de s'acclimater, la vaillance\nd'un cœur de quinze ans qui doute un peu de sa force. Cela voulait dire :\n« Comme vous me paraissez de braves gens, si je me montre gauche ou\ndolente, au début, vous ne me brusquerez pas trop, n'est-ce pas, et patien­\nterez en songeant que je ne suis qu'une enfant et que jamais, auparavant,\nje ne quittai mon hameau?...\n   Elle ajouta : « Monsieur Martens m'a recommandé de faire honneur à\nson patronage et d'être très brave et très polie ».\n   Pour sûr qu'elle fit honneur à l'honêteté des filles de Campine et à la\nconfiance de M. Martens!\n   Dès ce matin elle se mit au courant mais, malgré son activité, à l'heure\ndes repas, elle bouda son assiette.\n   Le lendemain nous lui trouvâmes les yeux rouges et le visage tiré.\n   — L'idée du toit maternel la tourmente, mais ce souci, qui prouve un\nbon cœur, ne durera pas? nous disions-nous.\n   Les jours suivants elle montra la même énergie à la tâche, mais l'appétit\nmanquait toujours, et ses fraîches couleurs de pivoine satinée pâlissaient.\n   Le samedi, sa tournée accomplie, le marchand de paillassons vint prendre\nde ses nouvelles.\n   Comme il s'éloignait, elle lui cria : « Surtout, dites-leur que je suis très,\ntrès heureuse, et que je ne voudrais plus retourner à Brabantsputte ».\n   Et comme fière de sa force d'âme, après avoir battu la porte, elle m'in­\nterpella avec volubilité :\n   — Vous avez entendu, Monsieur, celui-là répétera à ma mère combien\nje suis contente chez vous !\n   Brave petite ! Je me méfiais pourtant de cette crânerie. Je devinai qu'elle\navait coupé court à son entretien avec ce brelandinier de Putte, rien que\npour ne pas être tentée de reprendre le chemin des sapinières natales, car,\nen redescendant à sa cuisine elle ne se détourna pas assez vite pour me\ncacher des larmes qui perlaient dans ses longs cils de brunette et noyaient\nd'un embrun de novembre l'opulence septembrale de ses grands yeux !\n   L'après-midi, elle recurait allègrement le vestibule. De ma chambre je\nl'entendais distribuer de véhéments coups de brosse, elle ne cessait de faire\ngémir la pompe et d'arroser les dalles à pleins seaux.\n   — Voilà qui va bien! me disais-je. Elle a secoué sa nostalgie. Je ne serais\npas étonné qu'elle se mît à chanter pour se donner du cœur à la peine !\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "                                  — 383 —\n\n    La chanson, pourtant, se faisait attendre ; en revanche le prélude deve­\nnait intempestif. A un moment le vacarme m'empêchant de poursuivre\nmon travail, je descendis pour prier la trop gaillarde travailleuse de manier\nplus discrètement son attirail de brosses et de seaux.\n    Je m'arrêtai sur le palier. La pauvresse mêlait bel et bien la voix à son\ntintamarre.\n    Mais la triste chanson ! La déchirante complainte !\n    C'était pour étouffer le bruit de ses sanglots que la petite servante se\nlivrait à un pareil sabbat. A la faveur du tapage je pus m'approcher d'elle\nsans qu'elle m'entendit venir.\n    — Eh bien? dis-je, en lui touchant l'épaule, c'est ainsi qu'on s'habitue?\n    Elle laissa choir ses ustensiles de travail, se couvrit le visage de ses\nmains, et, à travers une recrudescence de pleurs, elle m'avoua sa faiblesse,\nsa tant sainte faiblesse :\n    — Pardon, Monsieur... Lorsque je songe à che\\ nous, c'est plus fort que\nma volonté et que ma force, il me faut crier ou j'étoufferais... C'est comme\ns'ils m'avaient attaché au cœur une corde sur laquelle ils tirent là-bas tant\nqu'ils peuvent... Ils tirent et ils finiront par me ramener à eux..., sans quoi\nils me décrocheraient l'âme... C'est stupide, je le sais. Aussi ce qu'on rira\nde moi au village!... Je n'en puis rien... Il n'y a pas de votre faute, non\nplus, à vous autres, allez! Je suis bien traitée! Oh oui, trop bien traitée\nici!... Et pourtant, tenez, vous seriez meilleurs encore, Madame et vous,\nvous seriez le bon Dieu et la Sainte-Vierge, que je ferais tout de même mon\npaquet... Aussi, permettez que je m'en retourne, samedi, avec Franske...\nle colporteur de nattes... »\n    Il n'y eut pas moyen de la retenir. En vain, durant ces huit jours, tou­\nchée par nos bonnes paroles, nos égards, nos attentions, essaya-t-elle de\nréagir contre son idée fixe.\n    Plusieurs fois, à brûle-pourpoint, elle nous signifia sa résolution de\nrester et de se montrer raisonnable. Mais au moment même où elle se\nravisait, l'accent, le regard, le pitoyable sourire démentait sa parole.\n    La veille même de la visite de son pays, irrésolue, ne sachant si elle obéi­\nrait à sa tête ou à son cœur, elle fit et défit vingt fois son humble bagage.\n    — Ma mère a promis de venir me voir; eh bien! j'attendrai son arrivée\net l'accompagnerai si cela ne va pas mieux...\n    — C'est dit, alors ?\n    — C'est dit.\n    Une minute après cette convention, machinalement la possédée courait\nconsulter la pendule, et trouvait déjà trop longues les heures qui la sépa­\nraient de l'apparition de Franske le libérateur.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "                                   — 384 —\n\n   Non, cela n'irait jamais mieux ! Inutile de nous confesser son manque de\ncourage ! Nous la tenions quitte de son engagement.\n   Elle passa la dernière nuit et se leva bien avant le jour. Le marchand\nde paillassons ne se présentait jamais de fort bonne heure; cela n'empêcha\npas sa payse de tressaillir au coup de sonnette de la laitière.\n   Tout équipée, ses hardes à la main, elle attendit Franske, dans le vesti­\nbule. S'il oubliait de passer aujourd'hui ! S'il ne s'était pas encore défait de\nson rouleau ! S'il craignait de nous importuner ! Autant de suppositions\nlancinantes angoissant la pauvre petite, trop inexpérimentée pour se\nremettre seule en voyage et retrouver le chemin du clocher.\n   On sonna de nouveau, et ce fut enfin à lui qu'elle ouvrit...\n   Le gars ne fut pas médiocrement surpris de ce brusque changement de\ndécision. Il plaisanta sa protégée, entreprit de lui faire entendre raison.\n   Ce grand blondin, à l'allure délibérée, connaissait mieux la ville! Depuis\ncinq ans qu'il battait chaque semaine le pavé bruxellois, bricolant ses\nnattes dans les rues les plus écartées, si la capitale n'était point parvenue à\nle séduire ou à le corrompre, du moins avait-elle cessé de l'effaroucher.\n   Les sages exhortations du porte-balle ne persuadèrent point la petite.\nPlutôt que de rester, elle se serait cramponnée à lui comme à une bouée de\nsauvetage. Le gars en était tout confus, et s'excusait'pour elle! S'il ne l'avait\nretenue dans l'entrebâillement de la porte, elle partait sans nous dire adieu !\n   Je ricanais avec supériorité : « A-t-on jamais vu pareille sotte! Elle s'en­\nfuit comme si la maison s'écroulait ! »\n ' Pose, affectation, contenance empruntée que tout cela, mon bel ami !\n   Intérieurement je pensais : « Je ne t'en veux pas de cette désertion, ma\npauvrette. Et les tiens auraient tort, s'ils se moquaient de toi ! Tu n'es pas\nseule à languir loin du terroir. Moi aussi, je me force, je compose mon\nvisage. Je bûche et pioche avec fracas pour metourdir... Et si je m'agite et\nclame à la ronde, c'est afin qu'on n'entende pas saigner mon cœur... Comme\ntoi, petiote, c'est quand j'ai l'air le plus faraud, le plus en train, que je suis\nsur le point d'éclater et de m'avouer vaincu...\n   « Chère petite, ma sœur en la sainte religion patriale, te rappelles-tu le\njour où le gars de Brabantsputte t'apporta des nouvelles du hameau et des\nécarts à la frontière hollandaise ! Je vins vous relancer d'un air indiffé­\nrent pour surprendre quelques bribes de votre conversation et m'informai,\nd'un ton détaché, des braves gens qui m'ont oublié ou ne m'ont jamais\nconnu, mais qui « sont » de là bas, portent des noms semblables aux nôtres,\nparlent le dialecte aimé, hantent les bruyères ou les alluvions où j'ai vécu\nma meilleure, ma seule vie !\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "                                  — 385 —\n\n   « Aussi puéril que toi, dans mon fanatique attachement, j'incline à croire\nle soleil et surtout les étoiles de la Campine, différents de ceux d'ici, à\nmoins que comme moi, les astres exilés se renfrognent, se composent un\nvisage énigmatique et cachent leur implacable souffrance sous un masque\nde froideur et de scepticisme...\n   Franske disait : « Et le fils de la veuve Hendrickx, du Bon Coin, épouse\nBella du sabotier... Les Marinckx ont tué leur porc samedi... Et Bastyns\npart pour la troupe et Machiels en revient... Et Nand, le louche, a été\nadministré... Et, à présent, la fanfare joue le samedi chez Laveldom .. »\n   « A cette gazette parlée du village, interrompue par tes récris naïfs :\n« Zou het? Hoor'ye ! » (Vraiment! Ecoutez donc!) — à ce chapelet\nde monotones racontars dévidé par le colporteur de nattes, surgissaient en\nmoi des corrélations si émouvantes, si topiques...\n   « Ah! j'aurais écouté cette dolente psalmodie des heures, de longues,\nlongues heures, comme j'écoutais le vent dans les feuilles, les beuglements\ndes bœufs et le son des cloches...\n   « Après le départ du gars, de cet indifférent, de ce canapsa, les livres me\nparurent plus fades, mes amis plus maniérés, mon métier plus insuppor­\ntable et la ville plus fermée.\n   « Entre nous soit dit, chère petite, je suis aussi faible que toi. Le carnaval\nde la vie bourgeoise me navre de plus en plus ; mon masque et mon dégui­\nsement urbains commencent terriblement à me peser. Approche aussi pour\nmoi le temps de retourner au pays coûte que coûte, ne fut-ce que pour m'en\naller dormir, tout près de l'église, tu sais, au pied de la tour ardoisée, son\nbonnet pointu planté de travers, qui fait signe les dimanches, par dessus\nles rideaux d'arbres, aux traînards qui vont manquer 1' « élévation » ; —\ntu sais l'endroit où les bien-vivants, les jeunes blousiers se confient leurs\namours et parlent à voix basse pour ne pas tenter les morts...\n\n                                                   GEORGES E E K H O U D .\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 385, "page_fin": 386, "titre_corps": "Broderie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "BRODERIE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FIANÇAILLES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 434, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 2076, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "BRODERIE\n          En robe d'or, parmi la pourpre des pivoines,\n          Sur la terrasse en fleur d'onyx et de sardoines,\n          Princesse qui regarde au sommet de la tour\n          Vers le couchant mourir le lac de son amour\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 854, "texte": "                                        — 386 —\n\n          Où frissonnent ailés des pétales de roses\n          Sur le lucide azur des eaux, les jonques roses,\n          J'ai brodé sur ce ciel d'une rêveuse enfance\n          Au crépuscule pur de sa blanche souffrance\n          Ce songe avec la soie frivole des chimères :\n          Des oiseaux de saphir sur des mousses légères,\n          Des étoiles, des fleurs et des jardins ornés\n          Où, parmi les iris et les lys safranés,\n          Jouent dans les pyrus de jolis sapajous ;\n          Et tandis que le soir mélancolique et doux\n          Attriste de ses ors ces choses enfantines\n          La brise fait neiger des flocons d'aubépines\n          Dans les rayons glacés d'une lune de nacre.\n\n                                                     VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 386, "page_fin": 389, "titre_corps": "Fiançailles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Demolder", "ancre_debut": "FIANÇAILLES", "ancre_fin": "EUGÈNE DEMOLDER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LE MÉLANCOLIQUE RÉVEIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 435, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 854, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "FIANÇAILLES\nD'après de petits maîtres hollandais.\n                                                         A ARTHUR JAMES.\n\n\n             Et l'on reste pris d'un amour qui ferait cueillir des scabieuses et\n               des lys pour les placer au bas du cadre — devant cette Hol­\n               landaise du jadis, portant des boucles en perles. A son cha­\n               peau, une grande plume laisse tomber des caresses sur ses\njoues satinées de rose ; elle est blonde ainsi que les filles de Haarlem — et sa\nmain long gantée tient une branche de muguet. Avec sa robe noire, serrant\nune taille souple, la jeune enfant revient d'une promenade où elle a che­\nvauché un fringant pommelé, sans doute.\n   Elle rentre se parer pour le repas du soir. Voici qu'un perron s'ouvre : un\nnégrillon en soie orange accourt, car elle est la fille d'un très riche armateur\nde Néerlande. Son père possède cinq navires ; durant ses loisirs, il cultive\ndes tulipes, et il fume, aux veillées, en des pipes de Gouda.\n   Parvenue sous le portique de son hôtel — où des clématites courent à\ntravers les ferronneries de la façade — sa main dans les cheveux crépus du\nnègre, entourée de deux levrettes qui frémissent à ses côtés comme des\ncordes de cithare, elle donne au parc un regard joyeux : le soleil brille sur\nles arbres et les statues sont glorieuses. Là-bas : les toits de la cité, des\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "                                  — 387 —\n\npignons de briques, des enseignes en faïence bleue, et les tours des églises,\nouvrées, des pigeons voletant autour d'elles. Et, par là, de paisibles prairies,\noù des bœufs paissent, et, le long des saulées, des hérons qui essorent vers\nles moulins à vent.\n    Elle entre dans le corridor pavé de dalles noires et roses, et lutine, en\npassant, un perroquet hissé sur un perchoir. Une grande horloge à incrus­\ntations tictaque dans la sonorité de l'allée. Des fumets de gibiers cuisant\ndans les épices montent de la cuisine. Cette atmosphère de maison cossue\net le calme balancé des heures dans la boîte de la pendule mettent au cœur\nde la blonde demoiselle un sentiment de bien-être et de délassement. C'est\navec une molle volupté qu'elle foule le smyrne des escaliers, et qu'elle fait\ncourir, le long de la rampe en chêne massif, sa main blanche.\n    La voilà bientôt à sa toilette. Sa camériste, coiffée d'un bonnet blanc dont\nles larges plis entourent son visage comme d'un nimbe candide, s'empresse.\nElle est déjà deshabillée. Et tandis que la servante verse une eau parfumée,\nla maîtresse, sans prêter attention aux jeux d'un ouistiti cherchant à mordre\nle corselet d'une des levrettes, regarde chastement ses seins : ils sont d'une\nblancheur de mouette et les tulipes de son père n'ont pas de bouton plus\ndélicat. Avec un geste lent de cygne frottant son bec au duvet de ses ailes,\nelle lève la tête ; dans son cou se dessine un pli délicieux, et, ses bras nus\ncroisés derrière sa nuque, elle pique un bijou dans sa chevelure. Son œil\nbaigne en une humidité d'aurore. N'est-ce pas que les filles dont l'âme\ns'éveille sont telles que les fleurs, sous les ifs bien taillés des quinconces,\nleur calice entr'ouvert pour le premier matin? Ce sont deux fraîcheurs\npareilles et qu'on enserre, l'une dans les tulipiers et l'autre dans l'écrin du\nmariage.\n    Elle se contemple coquettement en une glace de Venise. Sur le lavabo,\ndont la laque est incrustée de fleurettes de nacre, et autour duquel flottent\nla bonne odeur du linge et le relent des benjoins épandus sur le marbre —\nposent des bougeoirs d'argent.\n    Une miniature de Terburg pend près du lit à baldaquin bleu : le portrait\n de la jeune fille, encore enfant, comme un soyeux lever de gaieté. Le soleil,\n par une fenêtre à petits carreaux, sert une galette de lumière à la muraille.\n Et tandis que la suivante tire d'un bahut des dentelles de Malines, une\n collerette et une longue robe en soie, couleur saumon, un canari lance ses\n trilles d'une cage faite de faïence et de fils en cuivre.\n    Pendant que s'embellit ainsi la gente demoiselle pour le repas du soir, on\n apprête une table magnifique dans la salle lambrissée de chêne, où sont\n pendus les portraits de famille. Le jour empourpré des vitres en losange\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "                                  — 388 —\n\najoute sa chaude richesse à l'opulence des argenteries et à l'éclat des\nhanaps de Bohême et des verres vénitiens dressés sur la nappe brodée. Des\ngrappes de raisins, des grenades saignantes, près de l'or des abricots, avec\ndes chaleurs de serre et des lumières d'été en leurs pulpes, érigent des pyra­\nmides. Quelques serviteurs donnent les derniers soins à l'arrangement des\nporcelaines et des cruchons pansus ; un tulipier de Delft fleurit le service\nd'une constellation de corolles veinées. Par la porte arrivent les bouffées\naromatiques d'exquises cuisines — et l'on servira des huîtres et des citrons\ncoupés.\n   La salle est sévère et cossue. Des colonnettes de marbre soutiennent la\ncheminée ; des draperies de damas étouffent le jour et le parquet ciré reluit.\nAutour de la table, des fauteuils, dont les dossiers en cuir de Cordoue\nallument comme des couchants d'automne, ouvrent leurs bras noirs aux\ndîneurs.\n   Mais la jeune fille entre — telle une bouffée de grand air embaumée des\nsenteurs d'un jardin, par les matins d'avril, quand on sort des serres hiver­\nnales les lauriers et les orangers — et elle rejoint sa mère. Celle-ci surveil­\nlait la mise des desserts et des porcelaines. Elle est toute de sombre vêtue, la\nfigure amatie par l'ombre d'un camail blanc qui enserre sa tête, comme un\nbéguin de religieuse, et fait ressortir la couleur cireuse de ses chairs\nridées. Son regard est calme. Une lourde broche s'agrafe à son corsage et\nune plaque d'or brille à son front.\n   Les deux femmes regardent à la fenêtre. Car le père arrive, traversant\nlentement le parc, une grande canne à pommeau de fin saxe à la main.\nIl montre avec orgueil les tilleuls de sa futaie, qui se découpent sur le fond\nd'or du soleil couchant, et entourent ses entrepôts d'un rideau de feuillage,\n— et puis aussi des palmiers, qui viennent des pays africains. Il est accom­\npagné d'un jeune homme à figure bien portante, encadrée d'un ruisselle­\nment de cheveux cendrés ; des brandebourgs d'argent ornent sa poitrine.\nLe mollet serré en un bas de soie, il s'avance, portant à la main un bouquet\nde roses, avec cérémonie — et il est le fils de ce grand marchand, dont les\nnavires ont débarqué l'an dernier le plus d'épices et d'ivoire.\n   Qu'on allume, aux candélabres, les chandelles de suif! Et qu'on glisse le\nclavecin jusqu'à la grande salle !\n   Car, le souper fini, tandis que les fruits blessés par les couteaux aux\nmanches précieux ouvriront leurs chairs, que le thé jaunira les porcelaines\nde Chine et que les valets emporteront les dernières vaisselles chiffrées,\ncouvertes d'une arête de lamproie ou d'une carcasse de bécassine — le maître\nfumera des pipes, un coude sur la nappe jaunie par la lumière des mèches,\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "                                  — 389 —\n\nsérieusement, comme un prêtre bouddhique contemple les parfums brûlant\ndes encensoirs. Et sa femme, la lueur des lampes sur son béguin, penchée\nsur un carreau de dentellière, à rouge coussinet, se distraira en brodant des\ncollerettes : c'est qu'elle est telle qu'une abeille, laborieuse et discrète en\ncette riche maison.\n   Le damas, levé à la fenêtre, montre, au clair de lune, le canal, et, sous\nle ciel bleui, un faisceau de mâts dans le rêve nocturne.\n   Les amoureux font de la musique. La demoiselle en robe saumon s'assied\nau clavecin, qui résonne de moelleux arpèges en un coin mi-obscur de la\nsalle, et dont le couvercle, où De Heem a peint des fleurs, est levé. Et le\njeune seigneur à brandebourgs d'argent, la jambe bien cambrée et la bouche\nexpressive, chante debout, après avoir dépendu une guitare dont il pince\nles cordes d'un geste de distinction charmante.\n\n                                                     E U G È N E DEMOLDER.\n    Octobre 1889.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 389, "page_fin": 390, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "VERS LE MÉLANCOLIQUE RÉVEIL", "ancre_fin": "ALBERT ARNAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 438, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 1049, "fin_caractere_exclue": 1700, "texte": "VERS\n                     LE MÉLANCOLIQUE RÉVEIL\n\n                                                         A PAUL LACOMBLEZ\n\n               La neige neige nonchalante\n               Au seuil du lointain violet,\n               O si caressante et si lente\n               Pour assoupir le soir seulet.\n\n               Toute neige aussi, la Princesse\n               Qui s'endormit ce jour amer\n               Sous les floraisons de paresse\n               Qu'enchantait l'écho de la mer,\n\n               En songe elle s'est éveillée,\n               Triste du bonheur inconnu,\n               La virginale fiancée\n               De celui qui n'est pas venu.\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "                  — 390 —\n\n Mais écoutez comme elle chante\n Sa mystérieuse rancœur,\n Oyez combien elle est touchante\n La voix d'automne de son cœur.\n\n Et pour distraire son âme, ivre\n Encor du rêve abandonné,\n Elle cueille des fleurs de givre\n Au vitrail où tout est fané !\n\n\n          SOIR EN LANGUEUR\n\n                                     A STÉPHANE RICHELLE.\n\n\nLe jour se meurt, rose et rosâtre,\nLa lune angélise les eaux\nQui chantent comme un chant de pâtre\nOu de fileuse à ses fuseaux.\n\nO les anciens regards de femme!\nLes fleurs se ferment lentement :\nLes regards, les fleurs que réclame\nMon pauvre songe bleu qui ment.\n\nTout en douceur madrigalise,\nTout s'enguirlande de baisers\nEt la main fine de la brise\nBerce les oiseaux apaisés.\n\nD'où me viennent ces vieilles fièvres...\nCe désir vainement vainqueur?\nOh ! j'ai des baisers plein les lèvres\nEt j'ai des lèvres plein le cœur!\n                                    ALBERT ARNAY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 391, "page_fin": 392, "titre_corps": "Éloge timide", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "ÉLOGE TIMIDE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 440, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "ÉLOGE TIMIDE\n              I1 ne sera pas dit que M. Mounet-Sully, l'interprète de Hamlet,\n               du Roi s'amuse, de Hernani, de Ruy-Blas et d'Œdipe-Roi,\n               aura passé parmi nous sans que la Jeune Belgique, fidèle à\n               son culte de l'art, lui exprime son admiration et sa gratitude.\n   Grâce à M. Mounet-Sully, pendant quatre soirs, sur nos planches enca­\nnaillées, nous avons vu briller, dans tout son éclat, le pur génie de\nSophocle. Grâce à lui, certes ; car sans ce noble interprète, jamais directeur\nde théâtre n'eût songé à nous offrir un tel régal esthétique.\n   C'est humiliant à écrire, — mais c'est ironiquement vengeur aussi —\nnos excellents critiques ont découvert la tragédie grecque. Ils ont exhumé\nSophocle. Les uns pour confesser, en bons garçons, dans un article à leur\ninsu immortel, qu'ils ne « gobent » pas le poète grec. D'autres pour\nappeler Œdipe Alphonse, parce qu'il a épousé une reine plus âgée que\nlui. D'autres enfin, pour comparer Sophocle à M. d'Ennery, toutes propor­\ntions gardées, — comme disent les géomètres et les arpenteurs du feuil­\nleton — et sans trop abîmer l'auteur d'Œdipe-Roi. En somme, Sophocle\na eu ce qu'il est convenu d'appeler une bonne presse. La critique a\nété très impartiale. Elle a fait mesure honnête, ou à peu près, à Sophocle\net à feu M. Emile Augier. Quelques Sarceys — nous mettons le pluriel\nparce que ce n'est pas un nom propre — ont regretté qu'Œdipe ne fût\npas un notaire de Thèbes et que Jocaste ne se présentât point au public\nsous le bonnet de l'excellente Mme Guérin. Sans doute Sophocle a été\nun grand coupable de ne pas tenir compte, d'avance, des progrès actuels\nde l'art dramatique. Ce 'Jeune-Grèce fait évidemment piteuse figure à\ncôté de feu M. Augier, de M. Victorien Sardou, de M. Becque, de\nM. Pailleron, et d'autres convives de nos dernières fêtes. Mais, enfin, il\nn'était pas le premier venu, naguère, chez les Athéniens, et il faut, n'est-ce\npas? respecter les situations acquises. A condition de ne pas abuser, s'en­\ntend. Aussi n'insistons-nous pas, de peur de compromettre Sophocle.\n   Et cependant, — pardonnez-nous! — nous tenons Œdipe-Roi pour un\nchef-d'œuvre, non seulement du théâtre grec, mais du théâtre de tous les\ntemps. Il appartient, — oui, Monsieur! — à cette constellation de chefs-\nd'œuvre où brillent d'une lueur égale l'Orestie, les Nuées, Hamlet, la\nDévotion à la Croix, Faust, Tristan et Isolde. De toutes ces étoiles,\nquelle est la plus vieille? Aucune. Quelle est la plus jeune? Chacune. Ah !\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "                                  -    392   -\n\nquel soufflet elles donnent, rien qu'en prodiguant leur lumière, à cette\ninepte et grotesque théorie de la perfectibilité de l'art, qui est le pont aux\nânes de nos excellents esthètes !\n   Œdipe-Roi, qu'est-ce, sinon la lutte, inutile et désespérée, de la con­\nscience humaine avec la fatalité? L'aveugle destin plane encore sur ce drame\nterrible, mais quel combat contre ces mains impitoyables qui tirent dans\nl'ombre le fil invisible de l'action! Œdipe est un homme, un cœur, un\nesprit. Autre Laocoon, il se débat contre des serpents, mais les serpents\nsont en lui, et l'étouffent. Le drame extérieur est poignant sans doute,\nmais le drame intérieur l'est davantage. Et, lorsque le chœur se lamente\nsur l'infortune du roi de Thèbes, on sent couler dans les strophes de\nSophocle une charité surhumaine, un large fleuve de miséricorde et de\npardon. M. Mounet-Sully, au quatrième acte, quand il s'assied, sombre\net taciturne, sur les marches du temple, nous évoque un Christ païen dans\nun faux Jardin des Oliviers. Le diadème de douleur qui lui ceint la tête\névoque la couronne d'épines qui constelle de sang le front du Crucifié.\nEt Sophocle, à ce moment là, nous paraît tendre la main au grand Tolstoï.\nComme nous l'écrivait, après le spectacle, un de nos plus récents et de\nnos plus pénétrants poètes, « il semble qu'on redevienne jeune devant\nde telles œuvres, et que l'on soit prêt à tous les étonnements ».\n   M. Mounet-Sully, dans le rôle redoutable d'Œdipe, est à la taille de\nSophocle. D'une plasticité merveilleuse, il a sculpté son personnage dans\nle marbre le plus pur. Il a des gestes de statue antique et des attitudes de\nbas-relief. Et quand l'horrible certitude l'écrase, le marbre s'émeut, pleure\nde nobles larmes et glorifie la souffrance humaine en l'exprimant avec une\nsouveraine dignité. La voix, d'une opulence asiatique, se prête à toutes les\ninflexions. Elle parcourt parfois la gamme entière sur une seule syllabe.\nElle mêle l'or, le bronze, et le cristal brisé. Elle charrie à longs flots mélodi­\nques les douleurs, les colères, les résignations du drame. Et elle s'accorde,\nen un rhythme parfait, avec le geste et la démarche. Jamais nous n'avons\nentendu chanter le vers avec un art aussi robuste, aussi délicat. Voilà qui\nconsole des coquelineurs qui frelatent le vers jusqu'à le confondre avec la\nprose. M. Mounet-Sully lui laisse les ailes de la rime et du rhythme, et il se\nrattache ainsi aux grands tragédiens de tous les temps, depuis les chanteurs\nd'Athènes jusqu'à Frederick-Lemaître.\n                                                        ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 393, "page_fin": 396, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "VERS MÉTAMORPHOSES", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 442, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "VERS\n                   MÉTAMORPHOSES\n                                                A ALBERT GIRAUD\n\nDeux yeux luisent, dans l'ombre, ardents et grands ouverts\nPar les mauvaises mains qui tremblent sous les songes :\nFleur de lune étoilant la pourpre des mensonges\nO ces mains dans ces yeux, ces mains aux longs doigts verts\n\nArdents et grands ouverts, deux yeux luisent dans l'ombre\nHorreur! et voici que les doigts insidieux,\nLes longs doigts verts des mains mauvaises, dans ces yeux\nAllument le bûcher des voluptés sans nombre!\n\nFlamboi des braises et des glaives massacreurs,\nEtalons d'or cabrés au ciel dans les écumes\nArdente — et le sang des soleils sur les brumes,\nToute l'ombre! toute la chair — et ses lueurs!\n\n— Voici les fleurs du crépuscule épanouies\nDans les yeux grands ouverts ainsi que des tombeaux;\nO ces reflets des songes morts au fond des eaux,\nLes noirs remous et les reflets des agonies!\n\n— Splendeur des ors, candeur des lys, pâles joyaux\nNeige des fleurs et des lumières, c'est l'aurore!\nVoici, du fond des eaux violettes, éclore\nLe voyage éternel des grands cygnes royaux!\n\n\n                     FLEURS D'EXIL\n                                           There is no darknes ..\n                                                   SHAKESPEARE\n\nLe Matin, vêtu d'or pâle et de mousselines\nCrépusculaires, sans rien que le doux reflet\nEt l'âme d'un soleil lunaire, rappelait\nLa grâce mièvre et la beauté des androgynes\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "                           — 394 —\n\nEntre l'automne à naître et la mort de l'été,\nMêlant dans son souris la vieillesse et l'enfance,\nC'était comme un qui rit aux fleurs — tout ignorance\nAvec les yeux savants de la Fatalité!\n\nPlein de bonheur et de pâle mélancolie\nO le cœur qui pleurait et riait dans ces yeux ;\nLe cœur timide et son silence gracieux\nPlein de bonheur mélancolique et de folie !\n\nDans l'air calme passaient ces étranges frissons\nQui semblent sous des vols d'anges naître et renaître\nEt le silence était auguste comme un prêtre\nDans les chemins parés de fleurs et d'oraisons!\n\nSi beaux ! drapés pour la royauté du mystère\nDans leurs robes de lin et d'azur aux longs plis,\nPassaient et repassaient par couples recueillis,\nDes êtres qu'on eût dit étrangers à la terre!\n\nSublimes exilés heureux de leur exil\nQui parfumaient de fleurs leurs pieds nus et mystiques,\nLeurs yeux frêles mi-clos évoquaient des cantiques\nAurorals en l'azur glacé d'un ciel d'avril,\n\nLeurs yeux bleus égayés aux vols des tourterelles,\nAux galons verts, aux arbres d'or, aux lointains bleus,\nOù la terre et le ciel s'entretenaient comme eux,\nD'on ne sait quoi mêlant leurs bouches fraternelles !\n\nIls s'en allaient au gré de leur délaissement\nVers le berceau du bon sommeil qui les réclame.\nAu chant d'or, tout là-bas, où s'écoutait leur âme,\nAu chant des cloches, doux comme un sanglot qui ment.\n\nEt voici que ma sœur, assise à mes genoux,\nA levé vers le ciel son front las qui s'incline ;\nNuptiale en ses plis tombants de mousseline\nMa sœur a susurré ces mots tristes et doux :\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "                          — 395 —\n\n— Est-ce vrai qu'ils ont fui, mon Dieu, nos jours funèbres ?\nQu'est-ce que ce bonheur dont on se sent mourir,\nOù l'on comprend aussi, qu'au risque de mentir,\nLe poète ait nié le règne des ténèbres?\n\n\n\n                       LES REMOUS\n\n                                               A ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n        Rien que le silence et le flux\n        Des ténèbres universelles!\n        Rien que, sous d'irréelles ailes,\n        L'obscur frisson du Jamais Plus !\n\n        ... Mon Dieu! la pauvre âme sans gîte,\n        Sombrée aux bourbes des ennuis!\n        — Regarde, pâle enfant des nuits,\n        Ces remous dont l'ombre s'agite.\n\n        Sous un pont de fer augurai\n        Fait pour on ne sait quelle foule!\n        L'ombre est un grand fleuve qui coule...\n        Et nulle étoile! nul f anal\n\n         Pour le navire qui tournoie\n         Aux abîmes!... ô ces remous,\n         Suppliant encore après tous\n         Les vains appels d'un qui se noie!\n\n         Dur silence! — où donc est la voix\n         Consolatrice des bons anges?\n         D'autres cœurs dorment aux mains blanches\n         Aux mains lunaires d'autrefois!\n\n         Et toujours l'eau coule, l'eau coule...\n         (Et nulle étoile!... nul fanal !)\n         Sous le pont de fer augurai\n         Fait pour on ne sait quelle foule!\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "                                 — 396 —\n\n              Et rien! rien que le tournoiement\n              Toujours des remous solitaires\n              Et leur silence ! et leurs prières!\n              Et là-bas, quelque bras dément\n\n              Qui s'érige au ciel, albe comme\n              Un lys! implorant, comme un lys,\n              La pitié des deux abolis\n              Par l'Ombre et sourds aux cris de l'homme!\n\n                                                        JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 396, "page_fin": 399, "titre_corps": "Littérature étrangère : Le Peer Gynt d’Henrik Ibsen", "titre_sommaire": "Littérature étrangère", "rubrique": "Littérature étrangère", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE\n                LE PEER       GYNT     D'HENRIK IBSEN\n\n              Afin de me préparer à une audition de la suite d'orchestre que\n               le compositeur norvégien Edvard Grieg a composée pour le\n               Peer Gynt de son compatriote Henrik Ibsen, il m'a pris fan­\n               taisie, il y a quelques jours, de lire ce poème dramatique. Rien\nn'explique mieux les musiciens nationaux que leurs collaborateurs ou con­\ngénères, les grands écrivains du même terroir.\n   Ce Peer Gynt est un arrière-neveu du Faust de Goethe et un proche\nparent du Frank de la Coupe et les Lèvres d'Alfred de Musset.\n   M. L. Passarge, l'auteur de la traduction allemande de Peer Gynt,\nrésume ainsi, dans une compréhensive préface, la portée de cette oeuvre :\n   « La grave question du rôle de l'individu dans ses rapports avec l'ordre\néternel des choses et l'humanité en général fut posée et traitée pour la pre­\nmière fois en poésie par le Dante. L'antiquité ne la connaissait pas, une\nharmonie étroite existant alors entre les dieux, l'homme et la cité. Depuis\nque la Réforme a proclamé la liberté de l'esprit et la Révolution française\ncelle des actes, il est devenu de plus en plus difficile d'aborder ce sujet après\nl'auteur de la Divine Comédie. Ces libertés mettent nécessairement une\nnature indépendante, marquée à un vigoureux cachet personnel, en conflit\navec une société basée sur la subordination de la volonté individuelle à la\nvolonté collective. Il en résulte d'innombrables disparates partout où non\nseulement l'exception, mais même la règle de la nature, se trouve en pré­\nsence des prétentions de la société au droit absolu.\n   « Dans Peer Gynt le problème se pose ainsi : A quoi mène une fan­\ntaisie excessive là où elle ne parvient pas à se dépenser d'une façon ration­\nnelle comme chez le poète et l'artiste, mais où elle influe sur les actions et\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "                                   — 397 —\n\nles impressions de la vie ordinaire de l'homme. Qu'on se représente un per­\nsonnage souffrant de cette pléthore d'imagination. Il l'hérita d'une mère\nexcentrique. L'exemple et la destinée entretiennent ce mal, inhérent, d'ail­\nleurs, à une contrée hallucinante qui a produit les sombres sagas et la vio­\nlente mythologie Scandinaves.\n    « Un caractère ainsi conformé, auquel ont manqué, de plus, la discipline\nde l'éducation et de la culture intellectuelle, en arrive facilement à confon­\ndre le réel et l'imaginaire; non seulement il voit par d'autres yeux, mais il\nintervertit les objets et met l'objet imaginé à la place de l'objet existant. »\n    Tel est Peer Gynt.\n    Fils de paysans ruinés, son père ayant dissipé leur fortune en bambo­\nches et en orgies, resté seul avec une mère aux trois quarts idiote, au lieu\nde travailler comme ceux de sa caste, Peer Gynt court la prétentaine.\nVisionnaire et ambitieux, il croit à la réalité des choses rêvées. Au retour\nde ses vagations, il raconte à sa mère des chasses fantastiques, des exploits\nmerveilleux et cela dans un langage enthousiaste, avec une exaltation si\ncontagieuse, un tel accent de sincérité, que la simple femme ne sait s'il faut\nl'admirer ou le honnir.\n    Les villageois moins indulgents le tiennent pour un vaurien, un pares­\nseux, un fieffé menteur. Ses allures excentriques, ses propos de l'autre\nmonde, effarouchent les filles. Il ne s'en inquiète pas davantage. Il pousse\nmême l'indifférence pour la vie positive au point de négliger sa fiancée jus­\nqu'au jour où sa mère lui apprend qu'en désespoir de cause, la belle va\ns'unir à un poursuivant plus attentif. Alors il se ravise, se rend à la noce en\nproie à une jalousie pour le moins tardive. Parmi les invitées, une petite\npaysanne en jupe déchirée, de contenance modeste, un air digne et compa­\ntissant, attire son attention ; il échange quelques tendres paroles avec elle,\nil l'engage à la danse, il l'aime; elle lui semble une princesse. Mais les gars\nde la noce le relancent, le saoulent, avivent son dépit contre le forgeron\nqui lui a soufflé sa fiancée. Il s'éclipse un moment et, tandis que le forgeron,\nnon moins excité, parle d'exterminer le trouble-fête, on découvre que Peer\nGynt a profité de l'ébriété générale pour enlever la mariée. Mais après l'avoir\nemportée victorieusement loin du village, le fantasque ravisseur la répudie.\n    C'est qu'il aime Solveig, l'ingénue au jupon déchiré. Pourtant, retenu par\nd'étranges scrupules, au lieu de rejoindre celle-ci, il s'enfonce seul, plus\navant, dans les solitudes montagneuses. De nouvelles chimères le sollici­\ntent. A ses yeux, les nuages revêtent une forme humaine; un arbre qu'il\nabat se transforme en un chevalier armé de pied en cap. D'étranges\nfigures, des apparitions qui lui ressemblent comme d'autres lui-même, des\ndoubles pleins de présages s'appostent à chaque carrefour. Le soir tombe.\nTrois gaillardes de belle humeur le font entrer dans une ronde forcénée. Plus\nloin surgit, du crépuscule, une inquiétante créature vêtue de vert métal­\nlique : incontestablement la fille du roi de la montagne, le Dovrealte. Aus­\nsitôt ses projets ambitieux reprennent le dessus ; il répond aux avances de la\nfée et se déclare prêt à l'épouser.\n    — Faites votre demande à mon père !\n                                                                        26\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "                                    — 398 —\n\n    J n sanglier débuche à point. Peer Gynt enfourche la bête; la Verte saute\n    croupe. Et hip! Et hop! vers le royaume des trois et des kobolds. Sou­\ndain, Peer se trouve à la cour du Dovrealte, au milieu d'un fourmillement\nde cyclopes liliputiens, dans une halle aux parois rougeoyant comme une\nhouillère en feu. Le roi consent au mariage. Mais, au préalable, le futur\ndevra se prêter à une initiation et à des épreuves maçonniques. On lui sert,\npour de l'hydromel et de la pâtisserie, l'urine du bœuf et la bouse de la\nvache. Il lui faut se dépouiller de ses vêtements d'homme pour endosser la\ntoison velue et l'appendice caudal du gnome. De plus, pour obvier aux\ninconvénients de sa première éducation visuelle qui l'empêchent d'apprécier\ncomme elle le mérite la civilisation de ses nouveaux semblables, il importe\nqu'il se fasse crever l'œil gauche et extraire l'œil droit. A la longue, il se\nrebiffe et décline un honneur si coûteux. Alors les gnomes veulent le con­\ntraindre et la meute se rue sur lui, le harcèle à coups d'ongles, avec des\ngrincements de dents et des piaulements flûtes comme des fifres.\n   Grieg a écrit pour ce sabbat chez le roi de la Montagne, une page frénéti­\nque, d'un coloris intense, qui se déchaîne en rafale, et roule et se précipite, avec\ndes crépitements, des pizzicati qui déchirent et tenaillent comme des griffes.\n   Ecrasé sous le hideux essaim des trolls, sous ces doigts crochus qui vont\nle déchiqueter vif, Peer Gynt invoque le Dieu de sa mère. Le cauchemar\ns'écroule avec un fracas volcanique.\n   Peer Gynt a retrouvé Solveig. Il lui a construit une cabane où ils s'éter­\nniseront à deux. Mirage ! Voilà que de nouveaux fantômes se présentent à\nsa porte et le condamnent à quitter la douce maîtresse qui a tout aban­\ndonné, tout bravé, tout perdu pour le suivre.\n   A présent, il veille au chevet d'Aase, sa mère. Elle agonit, mais il n'a pas\nconscience de la gravité de son état. L'humble femme délire et parle, à son\ntour, de voyages et de pays inconnus. Il n'en faut pas plus pour que Peer\nflatte la folie de la moribonde, et divague, de concert avec elle. Le lit\ndevient un char, attelé de rapides trotteurs ; Peer, glorieux, tient le fouet et\nles rênes. La patiente raconte les paysages qu'elle traverse, Peer enchérit\nsur son extase et ses ravissements.\n   Mais lasse d'admirer, le trajet commence à paraître long à la pauvresse.\n   — Approchons-nous du but ?\n   — Patience, mère... Nous arrivons. Vois là-bas, vois-tu le port?...\n   Elle expire. Lui, poursuit sa course, et ne descend de son char imaginaire\nque réveillé au contact glacé d'un cadavre.\n   Rien de comparable à cette scène de la mort d'Aase, dans les autres\nlittératures.\n   La série des mésaventures et des avatars de Peer Gynt m'entraînerait trop\nloin. Il me suffira de dire que s'étant expatrié après la mort de sa mère,\nPeer Gynt fait fortune en Amérique, est dévalisé par des chevaliers\nd'industrie, aborde sur les rives de la Barbarie ; s'approprie le cheval, la robe\nd'apparat et les bijoux volés au sultan du Maroc, tombe dans cet équipage\néblouissant au milieu d'un camp de Bédouins où il tâte de la vie d'un\nprophète, s'amourache malheureusement d'une de ses houris, la perfide\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1089, "texte": "                                    — 399 —\n\nAnitra qui le dépouille sans vergogne; gagne les frontières de l'Egypte,\ninterroge Memnon et les sphynx, échoue au Caire dans une maison de fous\ndont les pensionnaires l'élisent empereur, parvient à s'échapper, se\nrapatrie, fait naufrage en vue des côtes de son pays, enfin, revenu de ses\nambitions, calmé, rassis, vieilli, découvre une sorte de bonheur et d'apaise­\nment dans l'affection quasi-maternelle de la fidèle Solveig, autrefois char­\nmante, aujourd'hui vénérable, qui le berce sur ses genoux comme un tout\npetit enfant.\n   Dans la pensée d'Ibsen, Peer Gynt représente le peuple norvégien tout\ncomme on a voulu voir dans le Hamlet de Shakespeare, l'âme de l'Allemagne.\n   Grâce à l'excellente traduction allemande de L. Passarge, il n'est pas\nindispensable de savoir le norvégien, pour apprécier l'observation topique,\nle souffle intrépide, la magnificence lyrique, la spiritualité intense, l'âpre\nsaveur, le symbolisme inédit de ce chef-d'œuvre.\n                                                         GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 399, "page_fin": 401, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Princesse Maleine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Pietro Seracini", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 448, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                          I\n\nLa Princesse Maleine, drame en cinq actes, par MAURICE MAETERLINCK. — Gand, impr.\n  L. Van Melle, 1889, — 25 exemplaires sur vélin teinté — 5 exemplaires sur papier de\n  Hollande Van Gelder. — Hors commerce.\n\n■      Nous        regrettons profondément que le beau drame de M. Maeter­\n               linck soit publié à un nombre d'exemplaires si restreint que\n               le grand public n'en peut prendre connaissance. La Princesse\n               Maleine est une œuvre importante qui doit marquer une date\n             dans l'histoire du théâtre contemporain.\n   Du premier coup, par son premier drame, M. Maeterlinck s'est révélé\ndramaturge puissant et original. Dans une atmosphère étrange, pleine de\nprodiges et de phénomènes surnaturels, il promène des personnages fanto­\nmatiques, dont les actions semblent dirigées par des puissances invisibles,\nmais qui, si passifs qu'ils apparaissent, sont doués d'une vie intense, grâce\nà leur merveilleux organisme psychologique.\n   Un double action se manifeste, en effet, dans tout le cours de ce drame :\nl'une, despotique, irrésistible, immense et formidable, est l'action des\nchoses, du monde ambiant : action pleine de miracles, où les éléments\ns'insurgent contre leurs lois et semblent se livrer des combats titaniques, où\nles astres prophétisent, où les animaux et les végétaux dictent des ordres.\nC'est la revanche de la nature qui ne reconnaît plus la frêle royauté\nhumaine, et qui, ivre de sa force, soumet l'homme au redoutable jeu de ses\ncaprices. L'autre, c'est l'action humaine, frêle, menue, timide, incertaine\net aveugle ; les princes et les reines sont les épaves souffrantes des mon-\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3385, "texte": "                                  —400—\nstrueuses puissances qui les ballottent sur leurs houles tumultueuses. Où\nvont-ils? Ils n'en savent rien. Des mains occultes les poussent aux abîmes\nde l'Ombre. Des douleurs, des crimes, des dévouements, d'inutiles prières,\nd'angoissantes terreurs, tout cela se croise craintivement, à tâtons, dans\nl'ombre des éclipses, sous les pluies de feu des étoiles, dans les rafales\nmagiques, dans les désastres et les incendies. Et cela, pourquoi, vers où,\nvers quel but? Vers l'Incertain, vers l'Inconnaissable, vers l'éternelle Vanité.\nSpectacle saisissant, où l'homme apparaît comme un misérable fétu de\npaille dans le tourbillon formidable des Forces sans but.\n   Sur tout le drame plane une terreur étouffante, pareille à une asphyxiante\nnuée d'orage. C'est que les personnages ont conscience de leur situation ;\nils ont vu les prodiges, ils sentent l'effroyable étreinte des mains occultes\ndont ils sont les pitoyables hochets. Et ils savent bien que rien ne pourra\nles arracher de ces griffes sataniques, que tout est vain, que tout est fatal.\nAinsi M. Maeterlinck a traduit à sa manière le dogme antique de la fatalité.\n   Mais, dans cette traduction, il a obéià son tempérament d'hommedu Nord.\nSon imagination promène, dans les cieux balayés de lourdes nuées, d'effroya­\nbles rafales, des tempêtes de vent, de pluie et d'éclairs, et d'étranges météores\nqui versent dans les âmes terrifiées tous les vertiges des superstitions.\n   La scène se passe dans une Hollande de rêve, le pays natal des visions\nde M. Maeterlinck. Et tous les personnages, le prince Hjalmar, et la prin­\ncesse Maleine surtout, sont bien les frères des solitaires mystiques des\nSerres chaudes, ce beau livre de vers où M. Maeterlinck célébrait en can­\ntiques ténébreux la douleur des yeux qui voient l'irrémédiable anarchie\ndes choses. Telle est la pensée qui domine tout le drame de M. Maeterlinck\ncomme elle dominait tous ses poèmes lyriques. Pensée grande assurément,\nmême aux yeux de ceux qui croient que les apparents antagonismes se\nrésolvent en une souveraine Unité.\n   Mais le monde est-il vraiment tel que le voient les personnages de\nM. Maeterlinck? — Qui le dira? C'est ainsi qu'il apparaît dans le miroir\nde leurs âmes maladives. Et qui peut connaître des Choses autre chose que\nleurs changeants reflets ?\n   Avec une remarquable science du théâtre, M. Maeterlinck, dès la première\nscène de son drame, nous plonge dans l'atmosphère ensorcelée où se meu­\nvent ses personnages. Bientôt éclosent, comme des roses magiques, des\nscènes d'une beauté hallucinante : telle, entre autres, celle où Maleine et sa\nnourrice, enfermées dans une tour, descellent les pierres de la voûte, s'eni­\nvrent des filets de lumière qui filtrent dans le sombre réduit, puis, la brèche\nfaite et le grand jour conquis, regardent avec stupeur le pays dévasté, veuf\nde ses villes abolies, et là-bas, vers l'horizon des mers, voguer les grands\nnavires de guerre. Puis, c'est, dans une affreuse forêt, la rencontre des\npauvres, si terribles en leur grossièreté; puis encore, cette merveilleuse\nscène du jardin, — contre-partie magistrale de la scène célèbre de Faust,\n— où les deux amants, au milieu de l'hostilité prophétique des êtres qui\nles entourent, se reconnaissent mélancoliquement, dans une irrémédiable\ntristesse. L'impression de malaise est rendue ici avec une intensité extraor-\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "                                   — 401 —\ndinaire. Enfin, viennent le quatrième et le cinquième actes, tout à fait\nadmirables, et qui supportent la comparaison avec de hauts chefs-d'œuvre.\n   Quant au style de l'écrivain, à part quelques excès dans les répétitions\ntrop mécaniques de certaines phrases, ceux qui ont respiré les troublantes\nfleurs poétiques des Serres chaudes en apprécieront facilement la beauté.\nC'est une prose chantante où tintent parfois de mystérieuses assonances,\nsuggestives de Rêves.\n                                                             IWAN GILKIN.\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 401, "page_fin": 402, "titre_corps": "Chronique littéraire : Pietro Seracini", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "II Pietro Seracini", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III Certains", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 450, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 625, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "II\n\n       Pietro Seracini, par JEAN FUSCO. — Un vol. Paris, Ollendorf.\n   L'art et l'amour que vous mettez aux prises dans ce livre, ne sont pas\nennemis, Madame, ils s'adorent jusqu'à se confondre et s'absorber l'un\nl'autre et comme tous êtres qui s'adorent, se querellent un peu, quelquefois.\nC'est à la faveur de ces petites distractions momentanées que l'on a pu intro­\nduire entre eux un tas de barrières théoriques qui ne les empêchent pas de\nse joindre à nouveau, quand ils en éprouvent le désir et de se résoudre en\nœuvres. Je n'en veux pour preuve d'abord, que votre Pietro Seracini.\nSerait-il aussi artiste sans cette profonde affectivité et cette abnégation\nd'âme qui le livrent à Miss Susy ? Serait-il aussi aimant, s'il n'avait, pour\nsubir ce charme ensorcelant, distribué en secret à quelques natures délicates,\ncette vibrance et ce tact aigus qui sont les premiers éléments d'une âme\nd'artiste ?\n   L'art est, pour moi, comme une religion basée sur l'amour et ne pouvant\nexister sans cela. L'art grandit, perfectionne et supériorise la passion pre­\nmière à ce point que les choses, à son atteinte, s'animent comme des êtres.\nParfois nous confondons, et nous nous mettons à adorer des bibelots, une\nplaque d'herbe, un arbre, des fleurs, une difformité d'âme ou de corps, une\nfemme laide ou méchante, une chimère, une idée... presque un tic. Des\ngens prétendent alors que nous sommes monomanes, malades et ne sachant\npas vivre, comme si toute la vie consistait à se promener dans les rues et à\naimer les femmes qui vont en omnibus. Hélas ! il y a encore toutes celles\nqui viennent de la lune, des étoiles et de plus loin, voire de notre imagina­\ntion et le rêve d'un artiste amoureux, en est complexe.\n   Ce qu'il aime, lui, c'est avant tout son amour et, je l'ajoute au déplaisir\nde ceux qui veulent l'art gai, c'est surtout sa souffrance. L'amour joyeux,\ninsouciant, de ceux qu'on nomme des viveurs parce qu'ils sont tout le con­\ntraire, cet amour-là, bête comme un squelette, est un amusement qui nous\ndistrait de vivre, pourvu que nous le prenions du bout des sens et par ses\nsuperficialités frivoles. Mais il n'en est pas question dans votre livre,\net c'est ce qui me fait croire que nous pensons d'accord. Chez tous ceux qui\ntraversent cette histoire d'amour, c'est la Passion qui travaille. Elle bouil­\nlonne en cet être aimant et aimé, elle tressaute en cette poitrine d'homme\nardent et nerveux, lui bat le cœur qui sortira dé cette tempête mieux trempé\naux brûlantes sources de la vie.\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "                                    — 402\n\n   Vous ne le croyez pas, n'est-ce pas, affaissé et méprisable d'avoir perdu\nl'objet de son amour, votre Pietro? Il n'est que las, un peu, d'un violent\neffort qui vient de le grandir. Qu'il se tourne maintenant à ce coin louche­\nment éclairé des catacombes où Miss Susy lui est apparue pour la première\nfois, et, dans l'opposition pittoresque de couleur et de lignes, dans le\nmorceau qu'il rêvait de faire alors, apparaîtra maintenant cette énigmatique\nexpression passionnelle qui fait l'âme ou, pour le dire autrement, la physio­\nnomie spirituelle des choses... et des œuvres.\n   Après tout ceci, je commettrai peut-être une indiscrétion en ajoutant que\nce que je dis de Pietro Seracini, s'adresse à son auteur, triplement sensible\net affectif aux jeux passionnels de l'art et de l'amour humain : une fois\ncomme artiste et comme femme deux fois.\n   Nous notons avec plaisir l'apparition de ce Pietro Seracini qui augmente\nd'un volume l'œuvre clair, gracieux et anti-décadent de Jean Fusco, autre­\nment dit Madame...?...\n                                                        HENRY MAUBEL.\n\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 402, "page_fin": 403, "titre_corps": "Chronique littéraire : Certains", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "III Certains", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 451, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "III\n\n            Certains,   par J.-K. HUYSMANS. — Paris, Tresse et Stock.\n\n\n   Cette sincérité d'art, cette vibration de la phrase émue, admirative ou\nstigmatisante, nous rend Huysmans singulièrement cher. Il se donne tout\nentier, ne s'évertue pas à une contrainte impassibilité.\n   Flaubert, victime de la chimère qu'il s'était imposée, a pétrifié son œuvre.\nCe n'est pas de la lave figée, mais du marbre réfractaire, douloureusement\nsculpté, — et ces bas-reliefs, durs comme le marbre et comme lui, glacés,\nnous passionnent, de moins en moins. Ses descriptions les plus chaudes\net colorées paraissent péniblement rigides et dégagent je ne sais quel froid,\n— le froid de la perfection. Flaubert nous semble le classique du roman­\ntisme.\n   Ne préférons-nous pas, souvent, au prodigieux Tolstoï, dont l'impassibi­\nlité, cependant, est aux antipodes de l'affectation de Flaubert, l'angoissé,\nl'épileptique et saignant Dostoïevski ?\n   L'art, n'est-ce point, en quelque sorte, une transfusion du sang? Il est\ncertain que la psychologie, tissée d'intuition et de divination, sera toujours\nplus pénétrante en une véridique autobiographie que dans le meilleur\nroman et le plus aigu. Et s'il s'agit de l'autobiographie d'un esprit supé­\nrieur et sagace, d'une âme d'élite, compliquée, remplie d'un fier idéal esthé­\nthique, nous aurons des livres tels que En Ménage, A Rebours, En Rade,\nle premier attardé, encore, à des préjugés naturalistes, les derniers, affran­\nchis, absolument, de toute action et dont l'intimité est à peine déguisée.\n   Certains complète logiquement l'Art moderne ; les théories, bellement\nintransigeantes de Huysmans, — loin de fléchir, se sont, au contraire,\nsuraiguisées, depuis.\n"}, {"page_pdf": 452, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "                                   — 403 —\n\n   Il salue ses artistes préférés d'inoubliables pages de précise et équitable\nlouange; il analyse et commente leur œuvre, la transpose en un style\nincisif et subtil; quant à ceux qu'il abhorre, il les voue aux supplices expia­\nteurs de l'Inquisition, souhaite voir leurs entrailles sentimentales dévidées\ningénieusement, ou, eux-mêmes, empalés par de lents et maladroits bour­\nreaux, écorchés avec des raffinements délicieux et inédits.\n   Et, à tout prendre, ce vœu est-il excessif et déraisonnable? A défaut de\ncet enivrant spectacle — inespérable, dans la veulerie actuelle de nos\nmœurs, — il les marque d'adjectifs meurtriers, les traîne sur la claie, les\nabandonne à la cruauté savante et pittoresque de sa colère.\n   Le livre s'ouvre par une exécution du dilettantisme, d'une délectable\nférocité.\n   Il était temps qu'un maître déblayât le terrain artistique de cette radieuse\nengeance d'hermaphrodites : faux-lettrés, amateurs, bourgeois de lettres\nque l'exaltation et les convictions anguleuses des vrais artistes effarent ; dan­\ndies littéraires, promoteurs d'on ignore quel « bon ton », quelle discrétion\n« comme il faut » fade et écœurante ; écrivains émasculés, enfin, voilant et\npréparant leurs prochaines compromissions, en nous chantant la palinodie\nde l'éclectisme : — « L'on n'a pas de talent si l'on n'aime avec passion ou\nsi l'on ne hait de même ; l'enthousiasme et le mépris sont indispensables pour\ncréer une œuvre; le talent est aux sincères et aux rageurs, non aux indiffé­\nrents et aux lâches ».\n   Suivent des études sur les impressionnistes; Wisthler; — Puvis de Cha-\nvannes, Alfred Stevens et Millet, remis avec autorité au rang qu'ils méri­\ntent; Gustave Moreau, Félicien Rops, celles-ci hors de pair; — puis, —\naprès le trop légitime éreintement du Chef-d'œuvre de l'Industrie Moderne,\n— quelques pages prestigieuses au sujet d'un Bianchi du Louvre, d'une\nénigmatique et chatoyante beauté.\n                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 403, "page_fin": 405, "titre_corps": "Chronique musicale : Esclarmonde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique musicale", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2053, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                              ESCLARMONDE\n\n            Le théâtre de la Monnaie nous a offert 1'Esclarmonde où l'on\n             s'ennuie. Ce n'est pas un événement artistique, c'est un « fait\n             divers ».\n                Esclarmonde est née à l'ombre de la tour Eiffel, en vue de\n             l'Exposition universelle, de la rencontre de M. Massenet avec\nune des nombreuses filles de M. Barnum. Le père et la mère se portent\nbien. Quant à l'enfant, il est mort, un peu avant sa naissance.\n   M. Massenet a tenu à proclamer urbi et orbi, par l'intermédiaire de\nChampal, son opinion sur Esclarmonde. Les recettes, a-t-il dit, conti-\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "                                  — 404 —\n\nnuent à être excellentes. Une opinion qui en vaut une autre, mais une\nopinion de fin de mois.\n   Comme nous ne sommes pas l'auteur d'Esclarmonde, nous nous place­\nrons, pour apprécier l'œuvre, à un point de vue moins élevé, moins élevé\nque la recette.\n   Les deux tailleurs d'opéras qui ont travaillé pour M. Massenet n'ont pas\neu la main trop malheureuse. Le livret, tiré d'un roman de chevalerie,\naurait pu inspirer un musicien. Malheureusement il exigeait un autre\nmusicien que M. Massenet. L'auteur d'Hérodiade est un compositeur\nhabile et roué. Esclarmonde demandait un artiste na'if et sincère. Ne touche\npas qui veut aux fabliaux ni aux romans de chevalerie. Seul peut y mettre\nla main celui qui a la foi. Sinon le roman tourne en parodie sacrilège.\nFigurez-vous la légende du Saint-Graal traduite en « chatouilles » musi­\ncales par M. Gounod. Esclarmonde, c'est Parsifal dans un mauvais lieu.\n   La conception de l'œuvre est donc mauvaise, puisqu'elle est écartelée à\nla fois par le livret et par la musique.\n   Et la musique?\n   On connaît la valeur de M. Massenet. L'auteur des romances que l'on\nsait, le musicien d'Eve et de Marie-Magdeleine possède assurément quel­\nques dons naturels, qui ne sont pas à dédaigner. M. Massenet, à ses débuts,\ns'annonçait comme une nature fine, féminine, nerveuse, pleine d'ingénio­\nsité et de ressources. Comme son père, M. Gounod, c'était un frôleur, mais\nquand il frôlait, il frôlait bien. Il fut immédiatement adopté par les femmes,\net par les hommes qui le sont. L'accent viril faisait défaut. Il promettait un\ntalent équivoque, un peu fille, prêt à subir toutes les influences de la foule.\nUn impatient, d'ailleurs, un de ceux pour qui, à cause de leur impatience\nmême, l'éternité n'existe pas. •\n   On tombe toujours du côté où l'on penche. Aujourd'hui la chute est\nirrémédiable, et méritée. M. Massenet, qui aurait pu être un artiste, n'est\nqu'un amuseur. Il a trop couru les chemins faciles, et il s'en est laissé conter\npar le succès.\n   Paul Féval, dans une querelle avec M. Victorien Sardou, a tracé d'avance,\nà son insu, le portrait de M. Massenet :\n   « Quand il fait bien, ce qui lui arrive très souvent, le public n'est pas\ntoujours content; mais ventre de biche! quand il fait mal, le diable prend\nles armes. Chacun des petits pièges qu'il tend saisit la salle au collet. Jamais\nâme qui vive n'a deviné si héroïquement son « tout le monde ». On le laisse\njouer avec la morale, comme si c'était de la mousseline; on le laisse désha­\nbiller ses poupées de haut en bas, sous prétexte qu'elles sont en carton. Il\nchatouille la vertu, il fait pousser de petits cris hystériques à la pudeur; en\nl'écoutant, les demoiselles Prudhomme frétillent d'allégresse, comme si le\ncousin voyageur était inconvenant avec elles. La critique gambade, le\npublic ne se connaît plus, le pompier marche sur sa tête, le directeur fond\nen larmes, l'homme du rideau a des convulsions et les ouvreuses épilep-\ntiques lui donnent à l'unanimité leur voix pour l'Académie. »\n   Mettons l'Institut, et il n'y a pas un mot à changer..\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "                                  — 405 —\n\n   M. Massenet est le Sardou de la musique. Comme l'auteur de Patrie, il\nest d'une habileté inquiétante. Il n'a pas plus de probité artistique que lui.\nSemblable à M. Sardou, selon l'expression de Paul Fe'val, il est l'homme\nde l'emprunt continu ; il emprunte comme les généreux donnent, sans\ncompter. Quand il a voulu justifier ses emprunts, il emprunte jusqu'à sa\njustification.\n   Esclarmonde est une sorte de vestiaire musical où pendent, pêle-mêle,\nle manteau de Berlioz, le chapeau de M. Reyer, le cache-nez de M.Thomas,\nle foulard de Bizet et toute la garde-robe de Richard Wagner. Seulement,\nc'est un vestiaire qui ne rend pas et qui essaie de revendre.\n   M. Massenet — s'il faut en croire une brochure d'un certain M. Mal­\nherbe, distribuée gratis aux spectateurs, le soir de la première représenta­\ntion — a fait usage du leitmotiv wagnérien. Il y a le thème de la magie, le\nthème d'Esclarmonde, le thème du tournoi, le thème de Roland, le thème\nde l'hyménée, celui de la possession, etc., etc. La plupart d'entre eux sont\nempruntés aux leitmotiv de Wagner. L'emprunt de trois ou quatre notes\nne serait pas un péché, assurément, si la phrase musicale était transformée.\n Plus d'un leitmotiv wagnérien n'a guère d'accent par lui-même et n'acquiert\ntoute sa valeur que par le développement orchestral. Si nous cherchons\nquerelle à M. Massenet, ce n'est donc pas à cause de certaines ressemblances\nde phrases. Ce qui rend son cas pendable, c'est qu'il emprunte non seule­\nment les motifs, mais qu'il les applique, soit à des personnages analogues à\nceux de Wagner, soit à des situations pareilles. Tous ces leitmotiv sont\ncousins, et cousins très germains. S'agit-il de magie, ils rappellent la phrase\nde Klingsor ou celle des nains. Phorcas est-il sur le point de se séparer de\nsa fille, l'orchestre se souvient de Wotan, et l'on entend une réminiscence\ndu thème de la justification. Roland entre-t-il en scène, rempli de vail­\nlance, on perçoit une fanfare qui doit beaucoup à celle de Siegfried. Enéas\nse montre-t-il, M. Massenet se souvient d'un dessin d'orchestre renouvelé\ndes Maîtres-Chanteurs, où il caractérise le chevalier Walther de Stolzing.\nEsclarmonde et Parséis assistent-elles à la chasse magique, le cri des Wal­\nkyries retentit soudain. Et la cleptomanie de M. Massenet est poussée au\npoint qu'il s'attaque même à M. Ambroise Thomas. Il a détroussé le néant.\n   On dirait une partition écrite par une femme enceinte, — et irresponsable\nde ses larcins.\n   Les thèmes caractéristiques se contentent d'écussonner les personnages.\nJamais ils ne se mêlent au point de former l'atmosphère même de l'œuvre.\nCe sont de vulgaires écriteaux plantés dans cette musique de grand chemin.\nDès le troisième acte, ils disparaissent, sous prétexte que « la fiction fait\nplace à la réalité », comme dit ce bon M. Malherbe, le commentateur de\nM. Massenet.\n   Il serait plus simple de considérer ces motifs comme des citations musi­\ncales. Cela doit se lire : « comme le dit si bien Wagner dans Siegfried »\nou bien : « pour me servir d'une expression empruntée à une bouche plus\nautorisée ». Malheureusement, — il n'y a pas de guillemets.\n                                                      ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 406, "page_fin": 408, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "province", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "Nous recevons de notre ami M. Alfred De"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 182, "fin_caractere_exclue": 208, "texte": "Smet, la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "« CHERS AMIS,"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 477, "fin_caractere_exclue": 512, "texte": "« Faisant un trou énorme à ma haie,"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 567, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "vous vous êtes glissés à la file, sur ce que"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "vous avez de ventre, dans le jardin de mes"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 745, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "pensées."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "« Le code en main, Emile Verhaeren —"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 926, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "avocat — me dit que c'est un bris de clô­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "ture."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "« Mais vos détestables instincts n'étaient"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1204, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "point encore assouvis. 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Eddy Levis, et de lui"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2331, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "demander son avis sur l'épître de M. De"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2371, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "Smet."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2380, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "Voici la réponse de M. Eddy Levis :"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2419, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "« Comme la nature, l'esprit aussi a ses"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2505, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "coins d'ombre, ses floraisons luxuriantes,"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2591, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "ses sommets magnifiques ; mais aussi, à des"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2653, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "moments prescrits, des mains invisibles et"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2741, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "surnaturelles qui poussent irrésistiblement"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2785, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "l'ouragan dévastateur, viennent jeter dans"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "la quiétude de notre champ de pensée et sur"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2872, "fin_caractere_exclue": 2912, "texte": "les sommets où notre âme veille sereine-"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 3002, "texte": "ment, les simouns et les rafales furieuses,"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3049, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "plus puissants encore que les trombes qui"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3137, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "font sombrer les villes flottantes et déraci­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3226, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "nent les cèdres du Liban."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3319, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "« Comme la muraille qui s'effondre,"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3403, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "comme la tour qui s'abat, comme la forêt"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3464, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "soudain dépouillée, comme la montagne qui"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3551, "fin_caractere_exclue": 3593, "texte": "roule ses quartiers de roche, notre pensée"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3636, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "— c'est la feuille du chêne —: est arrachée"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3726, "fin_caractere_exclue": 3766, "texte": "toute vivante de notre cerveau et livrée"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "éperdûment à l'affolement du septentrion."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "« Les résolutions majestueuses, érigées"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "volonté par volonté, qui montaient droites"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 472, "texte": "et sûres comme une colonne dans l'atmo­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "sphère claire de notre esprit et au milieu de"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 615, "fin_caractere_exclue": 654, "texte": "la multitude somptueuse des étoiles qui"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 703, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "peuplent le cerveau du poète, s'abattent"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "lourdement : cette philosophie qui naît de"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 883, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "l'expérience, mais qui n'a, au fond, qu'à"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 973, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "peine la solidité nécessaire pour résister à"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1110, "texte": "l'infortune banale et qui ne sait se mesurer"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "qu'à la taille du passé, se désagrège, s'en"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1251, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "vient s'affaler sourdement; elle disparaît et"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1345, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "nous devenons pareils à la misérable plume"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1436, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "qui voltige aux caprices de la rose des"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1524, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "vents. »"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1622, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "Cette réponse, nous la faisons nôtre."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1786, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "La Société Nouvelle vient de fêter son"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "anniversaire quinquennal."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "Nos félicitations cordiales à ses directeurs"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "Fernand Brouez et Arthur James qui ont"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "réussi à conserver à leur œuvre son esprit"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "élevé et son entière indépendance."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "M. Tilman annonce urbi et orbi que nous"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "sommes des oies d'avoir pris un abonnement"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2635, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "à la Revue belge."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2702, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "Ce n'est pas flatteur pour son canard."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2921, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "Le Journal des Etudiants de Bruxelles"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3003, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "vient de paraître,d'un aspect très séduisant,"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3091, "fin_caractere_exclue": 3136, "texte": "illustré et orné d'un beau portrait lithogra­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3183, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "phie, genre Caprice-Revue, hélas! décédée."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "Beaucoup de choses estudiantines et un peu"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3355, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "de littérature. C'est plus qu'il n'en faut pour"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3444, "fin_caractere_exclue": 3463, "texte": "vivre et prospérer."}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3514, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "Bonne chance et amitiés à son sympa­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3594, "fin_caractere_exclue": 3635, "texte": "thique directeur qui, nous en sommes per­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3680, "fin_caractere_exclue": 3725, "texte": "suadés, saura toujours soigner la partie lit­"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3767, "fin_caractere_exclue": 3775, "texte": "téraire."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 232, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "On nous a présenté au théâtre Molière"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 320, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "un struggle for lifer en liberté."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 385, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "C'est terrible. Le titre de la pièce a eu,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 473, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "comme à Paris, un plein succès."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 639, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "A lire dans la Pléiade de ce mois, une"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 727, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "très intéressante étude d'Albert Arnay sur"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 865, "texte": "notre collaborateur Maurice Maeterlinck."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 920, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "De belles et bonnes choses, et bien dites,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "sur le conteur, le poète et le dramaturge."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1073, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "Des félicitations et des remerciements sont"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1165, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "dus à l'auteur de l'article pour le tribut"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1256, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "d'admiration payé à l'un de nos meilleurs"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1348, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "écrivains."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1668, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "Trouvé ceci en feuilletant une ancienne"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1804, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "Revue de Paris : « Don Juan, un héros..."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1845, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "un Espagnol chrétien, la terreur des infi­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1907, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "dèles, mais aussi un vainqueur généreux,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2009, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "que les Pays-Bas, tout vainqueur qu'il"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2068, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "était, pleurèrent avec des larmes de sang,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2159, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "quand à sa mort, Philippe II les livra au"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2297, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "duc d'Alben:"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2400, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "C'est signé Jules Janin. Très forts les cri­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2445, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "tiques graves français;seulement, Don Juan"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2507, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "fut gouverneur des Pays-Bas après le duc"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2596, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "d'Albe et Requesens."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "M. Rimsky Korsakoff vient, paraît-il, de"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2919, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "terminer un nouvel opéra, intitulé : Mlada."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "Dernièrement, l'Echo de Paris avait ou­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3380, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "vert un concours de poésie, de chronique et"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3453, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "de conte."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3553, "fin_caractere_exclue": 3587, "texte": "Le prix consistait en une somme de"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3606, "fin_caractere_exclue": 3649, "texte": "1,000 francs à partager entre les lauréats."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3745, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "La décision du jury de poésie vient d'être"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3827, "texte": "connue : Ephraïm Mikhaël vient en tête,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3861, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "puis Charles Gazala et Armand Masson."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3971, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "Le jury était ainsi composé : MM. Théo­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 4064, "fin_caractere_exclue": 4107, "texte": "dore De Banville, Paul Bourget, Léon Dierx,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "José-Maria de Hérédia, Leconte de Lisle,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "Stéphane Mallarmé, Catulle Mendès, Ar­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "mand Silvestre,Sully-Prudhomme et Fran­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 382, "texte": "çois Coppée."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 435, "fin_caractere_exclue": 472, "texte": "Tout le Parnasse, comme on voit; mais"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 523, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "Paul Verlaine?"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 595, "fin_caractere_exclue": 635, "texte": "Voici, à propos du livre de G. Sarrazin."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 686, "fin_caractere_exclue": 726, "texte": "la Renaissance de la poésie anglaise qui"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 777, "fin_caractere_exclue": 824, "texte": "fut assez lu du monde littéraire, une lettre de"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 875, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "Francis Vielé-Griffin publiée dans Art et"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 967, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "Critique :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1072, "texte": "« M. Gabriel Sarrazin, qui s'est fait une"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "spécialité d'initier ses compatriotes aux"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1215, "fin_caractere_exclue": 1255, "texte": "beautés de la littérature anglo-saxonne,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1306, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "s'est plaint autrefois que j'eusse mis en"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1398, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "doute sa parfaite science de la langue qu'il"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "traduit, et pourtant :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1569, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "Le sens même des mots lui échappe sou­"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1664, "texte": "vent :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "Beyond the light, lighter than light."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1895, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "veut dire :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "Par delà la lumière, plus lumineuse que la lumière."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2059, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "et non :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2128, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "...plus légère que la lumière."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2253, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "Encore y a-t-il lA erreur explicable ; mais"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2374, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "I have despised riches"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2495, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "veut dire :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2569, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "J'ai méprisé les richesses"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2646, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "et non :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2719, "fin_caractere_exclue": 2734, "texte": "... les riches,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2785, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "ce qui se dirait, en anglais, the rich."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2878, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "Pebbles veut dire cailloux et n'a jamais"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 2969, "fin_caractere_exclue": 3013, "texte": "signifié billes, dont l'anglais est marbles."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3067, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "La locution : let us upand away veut"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3154, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "simplement dire : levons-nous et partons, et"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3249, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "non : en route, en haut et au loin."}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3338, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "L'erreur contamine parfois tout un vers :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "M. Sarrazin traduit"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3511, "fin_caractere_exclue": 3549, "texte": "Again the forenoon purple of the hills"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "par :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3704, "fin_caractere_exclue": 3744, "texte": "Encore la pourpre matinale des collines,"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3838, "fin_caractere_exclue": 3860, "texte": "alors qu'il faudrait :"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 3911, "fin_caractere_exclue": 3968, "texte": "Encore, aux collines, les teintes violettes de la matinée"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 4019, "fin_caractere_exclue": 4063, "texte": "(qu'il ne faut pas confondre avec les heures"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 4114, "fin_caractere_exclue": 4125, "texte": "matinales)."}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 104, "texte": "Enfin, une fois de plus, j'ai le déplaisir de"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 161, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "me heurter à un non-sens :"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 268, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "Theirs, theirs as much as thine, the destination port"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 413, "fin_caractere_exclue": 424, "texte": "[triumphant"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 475, "fin_caractere_exclue": 486, "texte": "veut dire :"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 628, "texte": "Le leur (le leur autant que le tien) ce port de destina­"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 782, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "tion triomphal,"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "et M. Sarrazin a écrit :"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "Oui, la fortune des autres autant que celle du tien, le"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 903, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "[port de destination triomphal,"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "Puis, conséquence naturelle d'un manque"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1183, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "de «vue d'ensemble», des inversions faisant"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1286, "fin_caractere_exclue": 1327, "texte": "sauter au premier plan des mots moins im­"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1386, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "portants pour reléguer au quatrième le mot"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1488, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "initial choisi par le Poète."}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "Pourquoi, encore, passer des mots?"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1688, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "écrire par exemple :"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1799, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "Les rives du Missouri"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1988, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "au lieu d e :"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2110, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "Les rives du mobile Missouri."}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2212, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "From the banks of running Missouri ?"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2310, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "Pourquoi omettre de traduire un demi-"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2410, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "vers dans cette version de la strophe Sancta"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2482, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "Spirita (p. 242) ?"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2504, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "Et quand j'aurai dit que le commentaire"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2544, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "vaut par une certaine érudition de faits et de"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2591, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "noms, en quoi cela pourra-t-il pallier le"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2633, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "désastreux effet des exemples précités ? —"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2676, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "Je n'en serai pas, pour cela, injuste, et si"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2721, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "toutefois je me refuse à reconnaître dans"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2763, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "l'œuvre de mon très grand compatriote"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2801, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "Watt Whitman « des concentrations d'éclairs,"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 2846, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "séparés par des intervalles de virgules », je"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 160, "texte": "veux remercier M, Gabriel Sarrazin de l'ad­"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 220, "fin_caractere_exclue": 267, "texte": "miration qu'il lui porte et qu'il formule assez"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "éloquemment à la fin de l'étude de ce poète,"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 431, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "la seule de la Renaissance de la poésie an-"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 534, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "glaise que j'aie parcourue jusqu'ici."}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 706, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "FRANCIS V I E L É - G R I F F I N ,"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 941, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "En dépit des épiciers, des édiles et des"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1041, "fin_caractere_exclue": 1085, "texte": "pitres de tous grades qui encrassent la Bel­"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1145, "fin_caractere_exclue": 1182, "texte": "gique, M. Joseph Dupont a maintenu et"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1242, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "maintiendra à leur rang d'oeuvre artistique"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1345, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "les Concerts populaires dont la première"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1445, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "matinée a eu lieu le 8 décembre. Cette ma­"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1547, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "tinée était consacrée au compositeur nor­"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 1648, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "wégien Edward Grieg. 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Un carton de Jef Lam­"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 986, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "beaux . .           . . 176"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1085, "texte": "II. 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Monseigneur Sacderiz 61"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "Soirs tristes :"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2409, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "Fleurs de gel                      130"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2450, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "A une qui est au loin.          . 131"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2521, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Par la pluie                       132"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2569, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "La plainte du feu.              . 134"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2649, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "Chroniques artistiques :"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2733, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "L ' Exposition    Watteau à"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2788, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "Lille                           177"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2865, "fin_caractere_exclue": 2898, "texte": "Les aquarellistes.      . . . 211"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2938, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "Chez Vander stappen.              212"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 2999, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "Chroniques littéraires :"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3081, "fin_caractere_exclue": 3118, "texte": "Un homme libre . . . .            204"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3121, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "Les légendes de la Meuse . 2o5"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3193, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "Japoneries d'automne . . 206"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "Les Chimères :"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3290, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "Les gargouilles des cathé-"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3363, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "drales vieilles . . . .        253 :"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3441, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "Ballade de la souffrance"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 3493, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "d'écrire . . . .        . . 255"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 122, "texte": "Sonnets :                                    Pour célébrer les Russes . 257"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 169, "fin_caractere_exclue": 199, "texte": "La chapelle de rédemption. 260"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 246, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "L'inconnu                  262"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 323, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "Humilité                   264"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 400, "fin_caractere_exclue": 430, "texte": "Le petit prince            265"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 549, "texte": "Destrée (Jules et Georges)."}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 624, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "Chroniques d'art :"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 692, "fin_caractere_exclue": 726, "texte": "I. 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Cuvée réservée. 4 50\n                          Bouzy Cristal       id.                         5 00\n                                      0.50 en plus par 2,2 bouteilles\n                                 EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                          Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n          ENTREPOSITAIRE           : COULOMB-ROBIETS\n     19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE REVUE MENSUELLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DÉCEMBRE 1889 SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 635, "texte": "LA JEUNE BELGIQUE\n                      REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n  formant au bout de l'année un superbe volume avec couverture spéciale et      frontispice.\n\n\n\n          Fondateur      : MAX WALLER (MAURICE WARLOMONT)\n\n\nDirecteur : HENRY MAUBEL;. — Administrateur                       : HUBERT VAN DIJK.\n\n  Bruxelles : Rédaction : 72, rue de Trèves —Administration, 26, rue de l'Industrie.\n\n\n\n                                ABONNEMENTS :\n\n  Belgique . . 7 francs par an. — Union postale . . fr.         8-50\n        Les conditions pour les annonces se traitent à forfait.\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1889-12-n12-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1889-001-008_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1889-001-008_f.pdf", "ocr_sha256": "7c52218007806c0653ba26cfb199e2c25157a4024d36445006c3d2909363b32b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DÉCEMBRE 1889 SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "DÉCEMBRE          1889\n\n\n                               SOMMAIRE:\n\nLettres pour les illettrés                                   GEORGES EEKHOUD.\nBroderie                                                     VALÈRE GILLE.\nFiançailles                                                  EUGÈNE DEMOLDER.\nVers                                                         ALBERT ARNAY.\nEloge timide                                                 ALBERT GIRAUD.\nVers . . . .*                                                JEAN B O E L S .\nLittérature étrangère.                                        GEORGES EEKHOUD.\nChronique littéraire :\n          La princesse Maleine                               IWAN GILKIN.\n          Pietro Seracini                                    HENRY MAUBEL.\n          Certains                                           ARNOLD GOFFIN.\nChronique musicale : Esclarmonde . . . .                     ALBERT GlRAUD.\nMemento                                                      **'*\nTable des matières.\n\n\n\n                  Bruxelles. - ImprimerieVeMonnom, 20, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 428, "texte": "9e A N N É E .   T O M E V I I I , N° 12.        PRIX : FR. 0-75.       DÉCEMBRE 1889.\n\n\n\n\n                                                   BRUXELLES\n                                            REDACTION :         ADMINISTRATION :\n                                      72, KÜE DE TRÊVES,       26, RUE DE L'INDUSTRIE,\n\n                                                        PARIS\n                                               LÉON    V A N 1 E R , ÉDITEUR\n                                                      ig, Quai Saint-Michel\n\n                                                           i88r>\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "   M. Valère Gille a bien voulu accepter la Direction de L A JEUNE\nBELGIQUE pour 1890. Toutes les communications et copies doivent lui\nêtre adressées au plus tôt, boulevard d'Anderlecht, 55, Bruxelles.\n\n   Un frontispice de Georges Minne, le puissant artiste qui se révéla der­\nnièrement dans les Serres Chaudes de M. Maeterlinck, ornera notre\nnuméro de janvier.\n\n   L'Administration des postes présentera à nos abonnés, avant le I er jan­\nvier prochain, une quittance de réabonnement, à laquelle nous leur prions\nde vouloir réserver le bon accueil habituel, afin de nous éviter les frais\nd'une deuxième présentation.\n                                               L'ADMINISTRATEUR.\n\n   Nous prions nos collaborateurs de vouloir bien nous envoyer la copie\nle 20 du mois.\n\n  Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n\n\nNuméro triple\n  Au 15 janvier prochain LA JEUNE BELGIQUE, pour continuer la fière\npropagande littéraire qu'elle a menée jusqu'ici, offrira à ses lecteurs un\n\n                        Numéro triple\n  Le bon combat reprendra, violent et brutal s'il le faut; la devise de LA\nJEUNE BELGIQUE est toujours: « NE CRAINS » et c'est cette devise\nqu'on lira en tête du\n\n                                                  Numéro, triple\n                     EN SOUSCRIPTION :\n       Chez l'éditeur EDMOND DEMAN, rue d'Arenberg, à Bruxelles.\n\n La Damnation de l'Artiste\n                           par I W A N GILKIN\n        1 vol. gr in 8°, couverture or, avec un frontispice par Odilon Redon.\n                  TIRAGE A 150 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS :\n     10 sur papier Japon impérial, numérotés de 1 à 10, prix . . 30 francs\n    140 sur papier de Hollande Van Gelder, numérotés de 11 à 150 15 »\n    (Les numéros 111 à 150 ne sont pas mis dans le commerce )\n    Le volume paraîtra dans le courant de décembre prochain. Une remise\n de 10 p. c. sera faite en faveur des souscriptions qui parviendront avant le\n 1er décembre, chez l'éditeur E. DEMAN.\n\n\n GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n   cines, 16, à Paris; publie LA PEAU, par RENÉ MAIZEROY.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\n partout.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                         IV\n           LA P E T I T E SERVANTE\n\n\n\n\n                      Petite servante de là-bas, servante novice,\n                      apportant dans tes hardes, dans ta chair,\n                      dans ta chevelure, sur tes lèvres, surtout\n                      au fond de tes grands yeux l'atmosphère\n                      vibrante et le ciel pensif du cher pays ..\n                         Annoncée et recommandée par baes\n                      Martens, un brave homme de notable, un\n                      matin, à la saison des faînes, la petite\n                      servante franchit notre seuil.\n         Un gars de Brabantsputte, un de ces marchands de\n     paillassons et d'estères, qui colportent le lundi jusqu'à\n     Bruxelles les produits de la maigre industrie campinoise et\n     qui, allégés de leur rouleau de nattes, s'en retournent au\n     clocher vers la fin de la semaine, avait piloté sa payse\n     jusqu'à notre porte.\n        D'une voix un peu étranglée, qu'elle s'efforçait d'affermir,\n     la petite chargea son meneur d'un dernier bonjour pour\n     la mère, le frère aîné et les petites sœurs.\n         — Entendu !\n        Le pacant nous tira sa casquette, fit remonter, d'un\n     coup sec, la bricole à son épaule et s'éloigna en jetant son\n      cri nasard et guttural.\n                                                            25\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                  — 382 —\n\n   Avant de déposer son modeste trousseau renfermé dans un mouchoir de\ncoton rouge, elle promena ses grands yeux bruns couleur d'automne autour\nde la cuisine et dit simplement : « Je crois que je me plairai bien ici ».\n   Dans l'intonation de cet hommage, je démêlai de touchantes nuances :\n   J'y lus un appel à notre indulgence, le désir de s'acclimater, la vaillance\nd'un cœur de quinze ans qui doute un peu de sa force. Cela voulait dire :\n« Comme vous me paraissez de braves gens, si je me montre gauche ou\ndolente, au début, vous ne me brusquerez pas trop, n'est-ce pas, et patien­\nterez en songeant que je ne suis qu'une enfant et que jamais, auparavant,\nje ne quittai mon hameau?...\n   Elle ajouta : « Monsieur Martens m'a recommandé de faire honneur à\nson patronage et d'être très brave et très polie ».\n   Pour sûr qu'elle fit honneur à l'honêteté des filles de Campine et à la\nconfiance de M. Martens!\n   Dès ce matin elle se mit au courant mais, malgré son activité, à l'heure\ndes repas, elle bouda son assiette.\n   Le lendemain nous lui trouvâmes les yeux rouges et le visage tiré.\n   — L'idée du toit maternel la tourmente, mais ce souci, qui prouve un\nbon cœur, ne durera pas? nous disions-nous.\n   Les jours suivants elle montra la même énergie à la tâche, mais l'appétit\nmanquait toujours, et ses fraîches couleurs de pivoine satinée pâlissaient.\n   Le samedi, sa tournée accomplie, le marchand de paillassons vint prendre\nde ses nouvelles.\n   Comme il s'éloignait, elle lui cria : « Surtout, dites-leur que je suis très,\ntrès heureuse, et que je ne voudrais plus retourner à Brabantsputte ».\n   Et comme fière de sa force d'âme, après avoir battu la porte, elle m'in­\nterpella avec volubilité :\n   — Vous avez entendu, Monsieur, celui-là répétera à ma mère combien\nje suis contente chez vous !\n   Brave petite ! Je me méfiais pourtant de cette crânerie. Je devinai qu'elle\navait coupé court à son entretien avec ce brelandinier de Putte, rien que\npour ne pas être tentée de reprendre le chemin des sapinières natales, car,\nen redescendant à sa cuisine elle ne se détourna pas assez vite pour me\ncacher des larmes qui perlaient dans ses longs cils de brunette et noyaient\nd'un embrun de novembre l'opulence septembrale de ses grands yeux !\n   L'après-midi, elle recurait allègrement le vestibule. De ma chambre je\nl'entendais distribuer de véhéments coups de brosse, elle ne cessait de faire\ngémir la pompe et d'arroser les dalles à pleins seaux.\n   — Voilà qui va bien! me disais-je. Elle a secoué sa nostalgie. Je ne serais\npas étonné qu'elle se mît à chanter pour se donner du cœur à la peine !\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                  — 383 —\n\n    La chanson, pourtant, se faisait attendre ; en revanche le prélude deve­\nnait intempestif. A un moment le vacarme m'empêchant de poursuivre\nmon travail, je descendis pour prier la trop gaillarde travailleuse de manier\nplus discrètement son attirail de brosses et de seaux.\n    Je m'arrêtai sur le palier. La pauvresse mêlait bel et bien la voix à son\ntintamarre.\n    Mais la triste chanson ! La déchirante complainte !\n    C'était pour étouffer le bruit de ses sanglots que la petite servante se\nlivrait à un pareil sabbat. A la faveur du tapage je pus m'approcher d'elle\nsans qu'elle m'entendit venir.\n    — Eh bien? dis-je, en lui touchant l'épaule, c'est ainsi qu'on s'habitue?\n    Elle laissa choir ses ustensiles de travail, se couvrit le visage de ses\nmains, et, à travers une recrudescence de pleurs, elle m'avoua sa faiblesse,\nsa tant sainte faiblesse :\n    — Pardon, Monsieur... Lorsque je songe à che\\ nous, c'est plus fort que\nma volonté et que ma force, il me faut crier ou j'étoufferais... C'est comme\ns'ils m'avaient attaché au cœur une corde sur laquelle ils tirent là-bas tant\nqu'ils peuvent... Ils tirent et ils finiront par me ramener à eux..., sans quoi\nils me décrocheraient l'âme... C'est stupide, je le sais. Aussi ce qu'on rira\nde moi au village!... Je n'en puis rien... Il n'y a pas de votre faute, non\nplus, à vous autres, allez! Je suis bien traitée! Oh oui, trop bien traitée\nici!... Et pourtant, tenez, vous seriez meilleurs encore, Madame et vous,\nvous seriez le bon Dieu et la Sainte-Vierge, que je ferais tout de même mon\npaquet... Aussi, permettez que je m'en retourne, samedi, avec Franske...\nle colporteur de nattes... »\n    Il n'y eut pas moyen de la retenir. En vain, durant ces huit jours, tou­\nchée par nos bonnes paroles, nos égards, nos attentions, essaya-t-elle de\nréagir contre son idée fixe.\n    Plusieurs fois, à brûle-pourpoint, elle nous signifia sa résolution de\nrester et de se montrer raisonnable. Mais au moment même où elle se\nravisait, l'accent, le regard, le pitoyable sourire démentait sa parole.\n    La veille même de la visite de son pays, irrésolue, ne sachant si elle obéi­\nrait à sa tête ou à son cœur, elle fit et défit vingt fois son humble bagage.\n    — Ma mère a promis de venir me voir; eh bien! j'attendrai son arrivée\net l'accompagnerai si cela ne va pas mieux...\n    — C'est dit, alors ?\n    — C'est dit.\n    Une minute après cette convention, machinalement la possédée courait\nconsulter la pendule, et trouvait déjà trop longues les heures qui la sépa­\nraient de l'apparition de Franske le libérateur.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                                   — 384 —\n\n   Non, cela n'irait jamais mieux ! Inutile de nous confesser son manque de\ncourage ! Nous la tenions quitte de son engagement.\n   Elle passa la dernière nuit et se leva bien avant le jour. Le marchand\nde paillassons ne se présentait jamais de fort bonne heure; cela n'empêcha\npas sa payse de tressaillir au coup de sonnette de la laitière.\n   Tout équipée, ses hardes à la main, elle attendit Franske, dans le vesti­\nbule. S'il oubliait de passer aujourd'hui ! S'il ne s'était pas encore défait de\nson rouleau ! S'il craignait de nous importuner ! Autant de suppositions\nlancinantes angoissant la pauvre petite, trop inexpérimentée pour se\nremettre seule en voyage et retrouver le chemin du clocher.\n   On sonna de nouveau, et ce fut enfin à lui qu'elle ouvrit...\n   Le gars ne fut pas médiocrement surpris de ce brusque changement de\ndécision. Il plaisanta sa protégée, entreprit de lui faire entendre raison.\n   Ce grand blondin, à l'allure délibérée, connaissait mieux la ville! Depuis\ncinq ans qu'il battait chaque semaine le pavé bruxellois, bricolant ses\nnattes dans les rues les plus écartées, si la capitale n'était point parvenue à\nle séduire ou à le corrompre, du moins avait-elle cessé de l'effaroucher.\n   Les sages exhortations du porte-balle ne persuadèrent point la petite.\nPlutôt que de rester, elle se serait cramponnée à lui comme à une bouée de\nsauvetage. Le gars en était tout confus, et s'excusait'pour elle! S'il ne l'avait\nretenue dans l'entrebâillement de la porte, elle partait sans nous dire adieu !\n   Je ricanais avec supériorité : « A-t-on jamais vu pareille sotte! Elle s'en­\nfuit comme si la maison s'écroulait ! »\n ' Pose, affectation, contenance empruntée que tout cela, mon bel ami !\n   Intérieurement je pensais : « Je ne t'en veux pas de cette désertion, ma\npauvrette. Et les tiens auraient tort, s'ils se moquaient de toi ! Tu n'es pas\nseule à languir loin du terroir. Moi aussi, je me force, je compose mon\nvisage. Je bûche et pioche avec fracas pour metourdir... Et si je m'agite et\nclame à la ronde, c'est afin qu'on n'entende pas saigner mon cœur... Comme\ntoi, petiote, c'est quand j'ai l'air le plus faraud, le plus en train, que je suis\nsur le point d'éclater et de m'avouer vaincu...\n   « Chère petite, ma sœur en la sainte religion patriale, te rappelles-tu le\njour où le gars de Brabantsputte t'apporta des nouvelles du hameau et des\nécarts à la frontière hollandaise ! Je vins vous relancer d'un air indiffé­\nrent pour surprendre quelques bribes de votre conversation et m'informai,\nd'un ton détaché, des braves gens qui m'ont oublié ou ne m'ont jamais\nconnu, mais qui « sont » de là bas, portent des noms semblables aux nôtres,\nparlent le dialecte aimé, hantent les bruyères ou les alluvions où j'ai vécu\nma meilleure, ma seule vie !\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                  — 385 —\n\n   « Aussi puéril que toi, dans mon fanatique attachement, j'incline à croire\nle soleil et surtout les étoiles de la Campine, différents de ceux d'ici, à\nmoins que comme moi, les astres exilés se renfrognent, se composent un\nvisage énigmatique et cachent leur implacable souffrance sous un masque\nde froideur et de scepticisme...\n   Franske disait : « Et le fils de la veuve Hendrickx, du Bon Coin, épouse\nBella du sabotier... Les Marinckx ont tué leur porc samedi... Et Bastyns\npart pour la troupe et Machiels en revient... Et Nand, le louche, a été\nadministré... Et, à présent, la fanfare joue le samedi chez Laveldom .. »\n   « A cette gazette parlée du village, interrompue par tes récris naïfs :\n« Zou het? Hoor'ye ! » (Vraiment! Ecoutez donc!) — à ce chapelet\nde monotones racontars dévidé par le colporteur de nattes, surgissaient en\nmoi des corrélations si émouvantes, si topiques...\n   « Ah! j'aurais écouté cette dolente psalmodie des heures, de longues,\nlongues heures, comme j'écoutais le vent dans les feuilles, les beuglements\ndes bœufs et le son des cloches...\n   « Après le départ du gars, de cet indifférent, de ce canapsa, les livres me\nparurent plus fades, mes amis plus maniérés, mon métier plus insuppor­\ntable et la ville plus fermée.\n   « Entre nous soit dit, chère petite, je suis aussi faible que toi. Le carnaval\nde la vie bourgeoise me navre de plus en plus ; mon masque et mon dégui­\nsement urbains commencent terriblement à me peser. Approche aussi pour\nmoi le temps de retourner au pays coûte que coûte, ne fut-ce que pour m'en\naller dormir, tout près de l'église, tu sais, au pied de la tour ardoisée, son\nbonnet pointu planté de travers, qui fait signe les dimanches, par dessus\nles rideaux d'arbres, aux traînards qui vont manquer 1' « élévation » ; —\ntu sais l'endroit où les bien-vivants, les jeunes blousiers se confient leurs\namours et parlent à voix basse pour ne pas tenter les morts...\n\n                                                   GEORGES E E K H O U D .\n\n\n\n\n                            BRODERIE\n          En robe d'or, parmi la pourpre des pivoines,\n          Sur la terrasse en fleur d'onyx et de sardoines,\n          Princesse qui regarde au sommet de la tour\n          Vers le couchant mourir le lac de son amour\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                                        — 386 —\n\n          Où frissonnent ailés des pétales de roses\n          Sur le lucide azur des eaux, les jonques roses,\n          J'ai brodé sur ce ciel d'une rêveuse enfance\n          Au crépuscule pur de sa blanche souffrance\n          Ce songe avec la soie frivole des chimères :\n          Des oiseaux de saphir sur des mousses légères,\n          Des étoiles, des fleurs et des jardins ornés\n          Où, parmi les iris et les lys safranés,\n          Jouent dans les pyrus de jolis sapajous ;\n          Et tandis que le soir mélancolique et doux\n          Attriste de ses ors ces choses enfantines\n          La brise fait neiger des flocons d'aubépines\n          Dans les rayons glacés d'une lune de nacre.\n\n                                                     VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n                           FIANÇAILLES\nD'après de petits maîtres hollandais.\n                                                         A ARTHUR JAMES.\n\n\n             Et l'on reste pris d'un amour qui ferait cueillir des scabieuses et\n               des lys pour les placer au bas du cadre — devant cette Hol­\n               landaise du jadis, portant des boucles en perles. A son cha­\n               peau, une grande plume laisse tomber des caresses sur ses\njoues satinées de rose ; elle est blonde ainsi que les filles de Haarlem — et sa\nmain long gantée tient une branche de muguet. Avec sa robe noire, serrant\nune taille souple, la jeune enfant revient d'une promenade où elle a che­\nvauché un fringant pommelé, sans doute.\n   Elle rentre se parer pour le repas du soir. Voici qu'un perron s'ouvre : un\nnégrillon en soie orange accourt, car elle est la fille d'un très riche armateur\nde Néerlande. Son père possède cinq navires ; durant ses loisirs, il cultive\ndes tulipes, et il fume, aux veillées, en des pipes de Gouda.\n   Parvenue sous le portique de son hôtel — où des clématites courent à\ntravers les ferronneries de la façade — sa main dans les cheveux crépus du\nnègre, entourée de deux levrettes qui frémissent à ses côtés comme des\ncordes de cithare, elle donne au parc un regard joyeux : le soleil brille sur\nles arbres et les statues sont glorieuses. Là-bas : les toits de la cité, des\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                  — 387 —\n\npignons de briques, des enseignes en faïence bleue, et les tours des églises,\nouvrées, des pigeons voletant autour d'elles. Et, par là, de paisibles prairies,\noù des bœufs paissent, et, le long des saulées, des hérons qui essorent vers\nles moulins à vent.\n    Elle entre dans le corridor pavé de dalles noires et roses, et lutine, en\npassant, un perroquet hissé sur un perchoir. Une grande horloge à incrus­\ntations tictaque dans la sonorité de l'allée. Des fumets de gibiers cuisant\ndans les épices montent de la cuisine. Cette atmosphère de maison cossue\net le calme balancé des heures dans la boîte de la pendule mettent au cœur\nde la blonde demoiselle un sentiment de bien-être et de délassement. C'est\navec une molle volupté qu'elle foule le smyrne des escaliers, et qu'elle fait\ncourir, le long de la rampe en chêne massif, sa main blanche.\n    La voilà bientôt à sa toilette. Sa camériste, coiffée d'un bonnet blanc dont\nles larges plis entourent son visage comme d'un nimbe candide, s'empresse.\nElle est déjà deshabillée. Et tandis que la servante verse une eau parfumée,\nla maîtresse, sans prêter attention aux jeux d'un ouistiti cherchant à mordre\nle corselet d'une des levrettes, regarde chastement ses seins : ils sont d'une\nblancheur de mouette et les tulipes de son père n'ont pas de bouton plus\ndélicat. Avec un geste lent de cygne frottant son bec au duvet de ses ailes,\nelle lève la tête ; dans son cou se dessine un pli délicieux, et, ses bras nus\ncroisés derrière sa nuque, elle pique un bijou dans sa chevelure. Son œil\nbaigne en une humidité d'aurore. N'est-ce pas que les filles dont l'âme\ns'éveille sont telles que les fleurs, sous les ifs bien taillés des quinconces,\nleur calice entr'ouvert pour le premier matin? Ce sont deux fraîcheurs\npareilles et qu'on enserre, l'une dans les tulipiers et l'autre dans l'écrin du\nmariage.\n    Elle se contemple coquettement en une glace de Venise. Sur le lavabo,\ndont la laque est incrustée de fleurettes de nacre, et autour duquel flottent\nla bonne odeur du linge et le relent des benjoins épandus sur le marbre —\nposent des bougeoirs d'argent.\n    Une miniature de Terburg pend près du lit à baldaquin bleu : le portrait\n de la jeune fille, encore enfant, comme un soyeux lever de gaieté. Le soleil,\n par une fenêtre à petits carreaux, sert une galette de lumière à la muraille.\n Et tandis que la suivante tire d'un bahut des dentelles de Malines, une\n collerette et une longue robe en soie, couleur saumon, un canari lance ses\n trilles d'une cage faite de faïence et de fils en cuivre.\n    Pendant que s'embellit ainsi la gente demoiselle pour le repas du soir, on\n apprête une table magnifique dans la salle lambrissée de chêne, où sont\n pendus les portraits de famille. Le jour empourpré des vitres en losange\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                  — 388 —\n\najoute sa chaude richesse à l'opulence des argenteries et à l'éclat des\nhanaps de Bohême et des verres vénitiens dressés sur la nappe brodée. Des\ngrappes de raisins, des grenades saignantes, près de l'or des abricots, avec\ndes chaleurs de serre et des lumières d'été en leurs pulpes, érigent des pyra­\nmides. Quelques serviteurs donnent les derniers soins à l'arrangement des\nporcelaines et des cruchons pansus ; un tulipier de Delft fleurit le service\nd'une constellation de corolles veinées. Par la porte arrivent les bouffées\naromatiques d'exquises cuisines — et l'on servira des huîtres et des citrons\ncoupés.\n   La salle est sévère et cossue. Des colonnettes de marbre soutiennent la\ncheminée ; des draperies de damas étouffent le jour et le parquet ciré reluit.\nAutour de la table, des fauteuils, dont les dossiers en cuir de Cordoue\nallument comme des couchants d'automne, ouvrent leurs bras noirs aux\ndîneurs.\n   Mais la jeune fille entre — telle une bouffée de grand air embaumée des\nsenteurs d'un jardin, par les matins d'avril, quand on sort des serres hiver­\nnales les lauriers et les orangers — et elle rejoint sa mère. Celle-ci surveil­\nlait la mise des desserts et des porcelaines. Elle est toute de sombre vêtue, la\nfigure amatie par l'ombre d'un camail blanc qui enserre sa tête, comme un\nbéguin de religieuse, et fait ressortir la couleur cireuse de ses chairs\nridées. Son regard est calme. Une lourde broche s'agrafe à son corsage et\nune plaque d'or brille à son front.\n   Les deux femmes regardent à la fenêtre. Car le père arrive, traversant\nlentement le parc, une grande canne à pommeau de fin saxe à la main.\nIl montre avec orgueil les tilleuls de sa futaie, qui se découpent sur le fond\nd'or du soleil couchant, et entourent ses entrepôts d'un rideau de feuillage,\n— et puis aussi des palmiers, qui viennent des pays africains. Il est accom­\npagné d'un jeune homme à figure bien portante, encadrée d'un ruisselle­\nment de cheveux cendrés ; des brandebourgs d'argent ornent sa poitrine.\nLe mollet serré en un bas de soie, il s'avance, portant à la main un bouquet\nde roses, avec cérémonie — et il est le fils de ce grand marchand, dont les\nnavires ont débarqué l'an dernier le plus d'épices et d'ivoire.\n   Qu'on allume, aux candélabres, les chandelles de suif! Et qu'on glisse le\nclavecin jusqu'à la grande salle !\n   Car, le souper fini, tandis que les fruits blessés par les couteaux aux\nmanches précieux ouvriront leurs chairs, que le thé jaunira les porcelaines\nde Chine et que les valets emporteront les dernières vaisselles chiffrées,\ncouvertes d'une arête de lamproie ou d'une carcasse de bécassine — le maître\nfumera des pipes, un coude sur la nappe jaunie par la lumière des mèches,\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                  — 389 —\n\nsérieusement, comme un prêtre bouddhique contemple les parfums brûlant\ndes encensoirs. Et sa femme, la lueur des lampes sur son béguin, penchée\nsur un carreau de dentellière, à rouge coussinet, se distraira en brodant des\ncollerettes : c'est qu'elle est telle qu'une abeille, laborieuse et discrète en\ncette riche maison.\n   Le damas, levé à la fenêtre, montre, au clair de lune, le canal, et, sous\nle ciel bleui, un faisceau de mâts dans le rêve nocturne.\n   Les amoureux font de la musique. La demoiselle en robe saumon s'assied\nau clavecin, qui résonne de moelleux arpèges en un coin mi-obscur de la\nsalle, et dont le couvercle, où De Heem a peint des fleurs, est levé. Et le\njeune seigneur à brandebourgs d'argent, la jambe bien cambrée et la bouche\nexpressive, chante debout, après avoir dépendu une guitare dont il pince\nles cordes d'un geste de distinction charmante.\n\n                                                     E U G È N E DEMOLDER.\n    Octobre 1889.\n\n\n\n\n                                 VERS\n                     LE MÉLANCOLIQUE RÉVEIL\n\n                                                         A PAUL LACOMBLEZ\n\n               La neige neige nonchalante\n               Au seuil du lointain violet,\n               O si caressante et si lente\n               Pour assoupir le soir seulet.\n\n               Toute neige aussi, la Princesse\n               Qui s'endormit ce jour amer\n               Sous les floraisons de paresse\n               Qu'enchantait l'écho de la mer,\n\n               En songe elle s'est éveillée,\n               Triste du bonheur inconnu,\n               La virginale fiancée\n               De celui qui n'est pas venu.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                  — 390 —\n\n Mais écoutez comme elle chante\n Sa mystérieuse rancœur,\n Oyez combien elle est touchante\n La voix d'automne de son cœur.\n\n Et pour distraire son âme, ivre\n Encor du rêve abandonné,\n Elle cueille des fleurs de givre\n Au vitrail où tout est fané !\n\n\n          SOIR EN LANGUEUR\n\n                                     A STÉPHANE RICHELLE.\n\n\nLe jour se meurt, rose et rosâtre,\nLa lune angélise les eaux\nQui chantent comme un chant de pâtre\nOu de fileuse à ses fuseaux.\n\nO les anciens regards de femme!\nLes fleurs se ferment lentement :\nLes regards, les fleurs que réclame\nMon pauvre songe bleu qui ment.\n\nTout en douceur madrigalise,\nTout s'enguirlande de baisers\nEt la main fine de la brise\nBerce les oiseaux apaisés.\n\nD'où me viennent ces vieilles fièvres...\nCe désir vainement vainqueur?\nOh ! j'ai des baisers plein les lèvres\nEt j'ai des lèvres plein le cœur!\n                                    ALBERT ARNAY.\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                 -   391   -\n\n\n\n\n                      ÉLOGE TIMIDE\n              I1 ne sera pas dit que M. Mounet-Sully, l'interprète de Hamlet,\n               du Roi s'amuse, de Hernani, de Ruy-Blas et d'Œdipe-Roi,\n               aura passé parmi nous sans que la Jeune Belgique, fidèle à\n               son culte de l'art, lui exprime son admiration et sa gratitude.\n   Grâce à M. Mounet-Sully, pendant quatre soirs, sur nos planches enca­\nnaillées, nous avons vu briller, dans tout son éclat, le pur génie de\nSophocle. Grâce à lui, certes ; car sans ce noble interprète, jamais directeur\nde théâtre n'eût songé à nous offrir un tel régal esthétique.\n   C'est humiliant à écrire, — mais c'est ironiquement vengeur aussi —\nnos excellents critiques ont découvert la tragédie grecque. Ils ont exhumé\nSophocle. Les uns pour confesser, en bons garçons, dans un article à leur\ninsu immortel, qu'ils ne « gobent » pas le poète grec. D'autres pour\nappeler Œdipe Alphonse, parce qu'il a épousé une reine plus âgée que\nlui. D'autres enfin, pour comparer Sophocle à M. d'Ennery, toutes propor­\ntions gardées, — comme disent les géomètres et les arpenteurs du feuil­\nleton — et sans trop abîmer l'auteur d'Œdipe-Roi. En somme, Sophocle\na eu ce qu'il est convenu d'appeler une bonne presse. La critique a\nété très impartiale. Elle a fait mesure honnête, ou à peu près, à Sophocle\net à feu M. Emile Augier. Quelques Sarceys — nous mettons le pluriel\nparce que ce n'est pas un nom propre — ont regretté qu'Œdipe ne fût\npas un notaire de Thèbes et que Jocaste ne se présentât point au public\nsous le bonnet de l'excellente Mme Guérin. Sans doute Sophocle a été\nun grand coupable de ne pas tenir compte, d'avance, des progrès actuels\nde l'art dramatique. Ce 'Jeune-Grèce fait évidemment piteuse figure à\ncôté de feu M. Augier, de M. Victorien Sardou, de M. Becque, de\nM. Pailleron, et d'autres convives de nos dernières fêtes. Mais, enfin, il\nn'était pas le premier venu, naguère, chez les Athéniens, et il faut, n'est-ce\npas? respecter les situations acquises. A condition de ne pas abuser, s'en­\ntend. Aussi n'insistons-nous pas, de peur de compromettre Sophocle.\n   Et cependant, — pardonnez-nous! — nous tenons Œdipe-Roi pour un\nchef-d'œuvre, non seulement du théâtre grec, mais du théâtre de tous les\ntemps. Il appartient, — oui, Monsieur! — à cette constellation de chefs-\nd'œuvre où brillent d'une lueur égale l'Orestie, les Nuées, Hamlet, la\nDévotion à la Croix, Faust, Tristan et Isolde. De toutes ces étoiles,\nquelle est la plus vieille? Aucune. Quelle est la plus jeune? Chacune. Ah !\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                                  -    392   -\n\nquel soufflet elles donnent, rien qu'en prodiguant leur lumière, à cette\ninepte et grotesque théorie de la perfectibilité de l'art, qui est le pont aux\nânes de nos excellents esthètes !\n   Œdipe-Roi, qu'est-ce, sinon la lutte, inutile et désespérée, de la con­\nscience humaine avec la fatalité? L'aveugle destin plane encore sur ce drame\nterrible, mais quel combat contre ces mains impitoyables qui tirent dans\nl'ombre le fil invisible de l'action! Œdipe est un homme, un cœur, un\nesprit. Autre Laocoon, il se débat contre des serpents, mais les serpents\nsont en lui, et l'étouffent. Le drame extérieur est poignant sans doute,\nmais le drame intérieur l'est davantage. Et, lorsque le chœur se lamente\nsur l'infortune du roi de Thèbes, on sent couler dans les strophes de\nSophocle une charité surhumaine, un large fleuve de miséricorde et de\npardon. M. Mounet-Sully, au quatrième acte, quand il s'assied, sombre\net taciturne, sur les marches du temple, nous évoque un Christ païen dans\nun faux Jardin des Oliviers. Le diadème de douleur qui lui ceint la tête\névoque la couronne d'épines qui constelle de sang le front du Crucifié.\nEt Sophocle, à ce moment là, nous paraît tendre la main au grand Tolstoï.\nComme nous l'écrivait, après le spectacle, un de nos plus récents et de\nnos plus pénétrants poètes, « il semble qu'on redevienne jeune devant\nde telles œuvres, et que l'on soit prêt à tous les étonnements ».\n   M. Mounet-Sully, dans le rôle redoutable d'Œdipe, est à la taille de\nSophocle. D'une plasticité merveilleuse, il a sculpté son personnage dans\nle marbre le plus pur. Il a des gestes de statue antique et des attitudes de\nbas-relief. Et quand l'horrible certitude l'écrase, le marbre s'émeut, pleure\nde nobles larmes et glorifie la souffrance humaine en l'exprimant avec une\nsouveraine dignité. La voix, d'une opulence asiatique, se prête à toutes les\ninflexions. Elle parcourt parfois la gamme entière sur une seule syllabe.\nElle mêle l'or, le bronze, et le cristal brisé. Elle charrie à longs flots mélodi­\nques les douleurs, les colères, les résignations du drame. Et elle s'accorde,\nen un rhythme parfait, avec le geste et la démarche. Jamais nous n'avons\nentendu chanter le vers avec un art aussi robuste, aussi délicat. Voilà qui\nconsole des coquelineurs qui frelatent le vers jusqu'à le confondre avec la\nprose. M. Mounet-Sully lui laisse les ailes de la rime et du rhythme, et il se\nrattache ainsi aux grands tragédiens de tous les temps, depuis les chanteurs\nd'Athènes jusqu'à Frederick-Lemaître.\n                                                        ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                         — 393 —\n\n\n\n\n                       VERS\n                   MÉTAMORPHOSES\n                                                A ALBERT GIRAUD\n\nDeux yeux luisent, dans l'ombre, ardents et grands ouverts\nPar les mauvaises mains qui tremblent sous les songes :\nFleur de lune étoilant la pourpre des mensonges\nO ces mains dans ces yeux, ces mains aux longs doigts verts\n\nArdents et grands ouverts, deux yeux luisent dans l'ombre\nHorreur! et voici que les doigts insidieux,\nLes longs doigts verts des mains mauvaises, dans ces yeux\nAllument le bûcher des voluptés sans nombre!\n\nFlamboi des braises et des glaives massacreurs,\nEtalons d'or cabrés au ciel dans les écumes\nArdente — et le sang des soleils sur les brumes,\nToute l'ombre! toute la chair — et ses lueurs!\n\n— Voici les fleurs du crépuscule épanouies\nDans les yeux grands ouverts ainsi que des tombeaux;\nO ces reflets des songes morts au fond des eaux,\nLes noirs remous et les reflets des agonies!\n\n— Splendeur des ors, candeur des lys, pâles joyaux\nNeige des fleurs et des lumières, c'est l'aurore!\nVoici, du fond des eaux violettes, éclore\nLe voyage éternel des grands cygnes royaux!\n\n\n                     FLEURS D'EXIL\n                                           There is no darknes ..\n                                                   SHAKESPEARE\n\nLe Matin, vêtu d'or pâle et de mousselines\nCrépusculaires, sans rien que le doux reflet\nEt l'âme d'un soleil lunaire, rappelait\nLa grâce mièvre et la beauté des androgynes\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                           — 394 —\n\nEntre l'automne à naître et la mort de l'été,\nMêlant dans son souris la vieillesse et l'enfance,\nC'était comme un qui rit aux fleurs — tout ignorance\nAvec les yeux savants de la Fatalité!\n\nPlein de bonheur et de pâle mélancolie\nO le cœur qui pleurait et riait dans ces yeux ;\nLe cœur timide et son silence gracieux\nPlein de bonheur mélancolique et de folie !\n\nDans l'air calme passaient ces étranges frissons\nQui semblent sous des vols d'anges naître et renaître\nEt le silence était auguste comme un prêtre\nDans les chemins parés de fleurs et d'oraisons!\n\nSi beaux ! drapés pour la royauté du mystère\nDans leurs robes de lin et d'azur aux longs plis,\nPassaient et repassaient par couples recueillis,\nDes êtres qu'on eût dit étrangers à la terre!\n\nSublimes exilés heureux de leur exil\nQui parfumaient de fleurs leurs pieds nus et mystiques,\nLeurs yeux frêles mi-clos évoquaient des cantiques\nAurorals en l'azur glacé d'un ciel d'avril,\n\nLeurs yeux bleus égayés aux vols des tourterelles,\nAux galons verts, aux arbres d'or, aux lointains bleus,\nOù la terre et le ciel s'entretenaient comme eux,\nD'on ne sait quoi mêlant leurs bouches fraternelles !\n\nIls s'en allaient au gré de leur délaissement\nVers le berceau du bon sommeil qui les réclame.\nAu chant d'or, tout là-bas, où s'écoutait leur âme,\nAu chant des cloches, doux comme un sanglot qui ment.\n\nEt voici que ma sœur, assise à mes genoux,\nA levé vers le ciel son front las qui s'incline ;\nNuptiale en ses plis tombants de mousseline\nMa sœur a susurré ces mots tristes et doux :\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                          — 395 —\n\n— Est-ce vrai qu'ils ont fui, mon Dieu, nos jours funèbres ?\nQu'est-ce que ce bonheur dont on se sent mourir,\nOù l'on comprend aussi, qu'au risque de mentir,\nLe poète ait nié le règne des ténèbres?\n\n\n\n                       LES REMOUS\n\n                                               A ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n        Rien que le silence et le flux\n        Des ténèbres universelles!\n        Rien que, sous d'irréelles ailes,\n        L'obscur frisson du Jamais Plus !\n\n        ... Mon Dieu! la pauvre âme sans gîte,\n        Sombrée aux bourbes des ennuis!\n        — Regarde, pâle enfant des nuits,\n        Ces remous dont l'ombre s'agite.\n\n        Sous un pont de fer augurai\n        Fait pour on ne sait quelle foule!\n        L'ombre est un grand fleuve qui coule...\n        Et nulle étoile! nul f anal\n\n         Pour le navire qui tournoie\n         Aux abîmes!... ô ces remous,\n         Suppliant encore après tous\n         Les vains appels d'un qui se noie!\n\n         Dur silence! — où donc est la voix\n         Consolatrice des bons anges?\n         D'autres cœurs dorment aux mains blanches\n         Aux mains lunaires d'autrefois!\n\n         Et toujours l'eau coule, l'eau coule...\n         (Et nulle étoile!... nul fanal !)\n         Sous le pont de fer augurai\n         Fait pour on ne sait quelle foule!\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                                 — 396 —\n\n              Et rien! rien que le tournoiement\n              Toujours des remous solitaires\n              Et leur silence ! et leurs prières!\n              Et là-bas, quelque bras dément\n\n              Qui s'érige au ciel, albe comme\n              Un lys! implorant, comme un lys,\n              La pitié des deux abolis\n              Par l'Ombre et sourds aux cris de l'homme!\n\n                                                        JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n       LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE\n                LE PEER       GYNT     D'HENRIK IBSEN\n\n              Afin de me préparer à une audition de la suite d'orchestre que\n               le compositeur norvégien Edvard Grieg a composée pour le\n               Peer Gynt de son compatriote Henrik Ibsen, il m'a pris fan­\n               taisie, il y a quelques jours, de lire ce poème dramatique. Rien\nn'explique mieux les musiciens nationaux que leurs collaborateurs ou con­\ngénères, les grands écrivains du même terroir.\n   Ce Peer Gynt est un arrière-neveu du Faust de Goethe et un proche\nparent du Frank de la Coupe et les Lèvres d'Alfred de Musset.\n   M. L. Passarge, l'auteur de la traduction allemande de Peer Gynt,\nrésume ainsi, dans une compréhensive préface, la portée de cette oeuvre :\n   « La grave question du rôle de l'individu dans ses rapports avec l'ordre\néternel des choses et l'humanité en général fut posée et traitée pour la pre­\nmière fois en poésie par le Dante. L'antiquité ne la connaissait pas, une\nharmonie étroite existant alors entre les dieux, l'homme et la cité. Depuis\nque la Réforme a proclamé la liberté de l'esprit et la Révolution française\ncelle des actes, il est devenu de plus en plus difficile d'aborder ce sujet après\nl'auteur de la Divine Comédie. Ces libertés mettent nécessairement une\nnature indépendante, marquée à un vigoureux cachet personnel, en conflit\navec une société basée sur la subordination de la volonté individuelle à la\nvolonté collective. Il en résulte d'innombrables disparates partout où non\nseulement l'exception, mais même la règle de la nature, se trouve en pré­\nsence des prétentions de la société au droit absolu.\n   « Dans Peer Gynt le problème se pose ainsi : A quoi mène une fan­\ntaisie excessive là où elle ne parvient pas à se dépenser d'une façon ration­\nnelle comme chez le poète et l'artiste, mais où elle influe sur les actions et\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                   — 397 —\n\nles impressions de la vie ordinaire de l'homme. Qu'on se représente un per­\nsonnage souffrant de cette pléthore d'imagination. Il l'hérita d'une mère\nexcentrique. L'exemple et la destinée entretiennent ce mal, inhérent, d'ail­\nleurs, à une contrée hallucinante qui a produit les sombres sagas et la vio­\nlente mythologie Scandinaves.\n    « Un caractère ainsi conformé, auquel ont manqué, de plus, la discipline\nde l'éducation et de la culture intellectuelle, en arrive facilement à confon­\ndre le réel et l'imaginaire; non seulement il voit par d'autres yeux, mais il\nintervertit les objets et met l'objet imaginé à la place de l'objet existant. »\n    Tel est Peer Gynt.\n    Fils de paysans ruinés, son père ayant dissipé leur fortune en bambo­\nches et en orgies, resté seul avec une mère aux trois quarts idiote, au lieu\nde travailler comme ceux de sa caste, Peer Gynt court la prétentaine.\nVisionnaire et ambitieux, il croit à la réalité des choses rêvées. Au retour\nde ses vagations, il raconte à sa mère des chasses fantastiques, des exploits\nmerveilleux et cela dans un langage enthousiaste, avec une exaltation si\ncontagieuse, un tel accent de sincérité, que la simple femme ne sait s'il faut\nl'admirer ou le honnir.\n    Les villageois moins indulgents le tiennent pour un vaurien, un pares­\nseux, un fieffé menteur. Ses allures excentriques, ses propos de l'autre\nmonde, effarouchent les filles. Il ne s'en inquiète pas davantage. Il pousse\nmême l'indifférence pour la vie positive au point de négliger sa fiancée jus­\nqu'au jour où sa mère lui apprend qu'en désespoir de cause, la belle va\ns'unir à un poursuivant plus attentif. Alors il se ravise, se rend à la noce en\nproie à une jalousie pour le moins tardive. Parmi les invitées, une petite\npaysanne en jupe déchirée, de contenance modeste, un air digne et compa­\ntissant, attire son attention ; il échange quelques tendres paroles avec elle,\nil l'engage à la danse, il l'aime; elle lui semble une princesse. Mais les gars\nde la noce le relancent, le saoulent, avivent son dépit contre le forgeron\nqui lui a soufflé sa fiancée. Il s'éclipse un moment et, tandis que le forgeron,\nnon moins excité, parle d'exterminer le trouble-fête, on découvre que Peer\nGynt a profité de l'ébriété générale pour enlever la mariée. Mais après l'avoir\nemportée victorieusement loin du village, le fantasque ravisseur la répudie.\n    C'est qu'il aime Solveig, l'ingénue au jupon déchiré. Pourtant, retenu par\nd'étranges scrupules, au lieu de rejoindre celle-ci, il s'enfonce seul, plus\navant, dans les solitudes montagneuses. De nouvelles chimères le sollici­\ntent. A ses yeux, les nuages revêtent une forme humaine; un arbre qu'il\nabat se transforme en un chevalier armé de pied en cap. D'étranges\nfigures, des apparitions qui lui ressemblent comme d'autres lui-même, des\ndoubles pleins de présages s'appostent à chaque carrefour. Le soir tombe.\nTrois gaillardes de belle humeur le font entrer dans une ronde forcénée. Plus\nloin surgit, du crépuscule, une inquiétante créature vêtue de vert métal­\nlique : incontestablement la fille du roi de la montagne, le Dovrealte. Aus­\nsitôt ses projets ambitieux reprennent le dessus ; il répond aux avances de la\nfée et se déclare prêt à l'épouser.\n    — Faites votre demande à mon père !\n                                                                        26\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                    — 398 —\n\n    J n sanglier débuche à point. Peer Gynt enfourche la bête; la Verte saute\n    croupe. Et hip! Et hop! vers le royaume des trois et des kobolds. Sou­\ndain, Peer se trouve à la cour du Dovrealte, au milieu d'un fourmillement\nde cyclopes liliputiens, dans une halle aux parois rougeoyant comme une\nhouillère en feu. Le roi consent au mariage. Mais, au préalable, le futur\ndevra se prêter à une initiation et à des épreuves maçonniques. On lui sert,\npour de l'hydromel et de la pâtisserie, l'urine du bœuf et la bouse de la\nvache. Il lui faut se dépouiller de ses vêtements d'homme pour endosser la\ntoison velue et l'appendice caudal du gnome. De plus, pour obvier aux\ninconvénients de sa première éducation visuelle qui l'empêchent d'apprécier\ncomme elle le mérite la civilisation de ses nouveaux semblables, il importe\nqu'il se fasse crever l'œil gauche et extraire l'œil droit. A la longue, il se\nrebiffe et décline un honneur si coûteux. Alors les gnomes veulent le con­\ntraindre et la meute se rue sur lui, le harcèle à coups d'ongles, avec des\ngrincements de dents et des piaulements flûtes comme des fifres.\n   Grieg a écrit pour ce sabbat chez le roi de la Montagne, une page frénéti­\nque, d'un coloris intense, qui se déchaîne en rafale, et roule et se précipite, avec\ndes crépitements, des pizzicati qui déchirent et tenaillent comme des griffes.\n   Ecrasé sous le hideux essaim des trolls, sous ces doigts crochus qui vont\nle déchiqueter vif, Peer Gynt invoque le Dieu de sa mère. Le cauchemar\ns'écroule avec un fracas volcanique.\n   Peer Gynt a retrouvé Solveig. Il lui a construit une cabane où ils s'éter­\nniseront à deux. Mirage ! Voilà que de nouveaux fantômes se présentent à\nsa porte et le condamnent à quitter la douce maîtresse qui a tout aban­\ndonné, tout bravé, tout perdu pour le suivre.\n   A présent, il veille au chevet d'Aase, sa mère. Elle agonit, mais il n'a pas\nconscience de la gravité de son état. L'humble femme délire et parle, à son\ntour, de voyages et de pays inconnus. Il n'en faut pas plus pour que Peer\nflatte la folie de la moribonde, et divague, de concert avec elle. Le lit\ndevient un char, attelé de rapides trotteurs ; Peer, glorieux, tient le fouet et\nles rênes. La patiente raconte les paysages qu'elle traverse, Peer enchérit\nsur son extase et ses ravissements.\n   Mais lasse d'admirer, le trajet commence à paraître long à la pauvresse.\n   — Approchons-nous du but ?\n   — Patience, mère... Nous arrivons. Vois là-bas, vois-tu le port?...\n   Elle expire. Lui, poursuit sa course, et ne descend de son char imaginaire\nque réveillé au contact glacé d'un cadavre.\n   Rien de comparable à cette scène de la mort d'Aase, dans les autres\nlittératures.\n   La série des mésaventures et des avatars de Peer Gynt m'entraînerait trop\nloin. Il me suffira de dire que s'étant expatrié après la mort de sa mère,\nPeer Gynt fait fortune en Amérique, est dévalisé par des chevaliers\nd'industrie, aborde sur les rives de la Barbarie ; s'approprie le cheval, la robe\nd'apparat et les bijoux volés au sultan du Maroc, tombe dans cet équipage\néblouissant au milieu d'un camp de Bédouins où il tâte de la vie d'un\nprophète, s'amourache malheureusement d'une de ses houris, la perfide\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                    — 399 —\n\nAnitra qui le dépouille sans vergogne; gagne les frontières de l'Egypte,\ninterroge Memnon et les sphynx, échoue au Caire dans une maison de fous\ndont les pensionnaires l'élisent empereur, parvient à s'échapper, se\nrapatrie, fait naufrage en vue des côtes de son pays, enfin, revenu de ses\nambitions, calmé, rassis, vieilli, découvre une sorte de bonheur et d'apaise­\nment dans l'affection quasi-maternelle de la fidèle Solveig, autrefois char­\nmante, aujourd'hui vénérable, qui le berce sur ses genoux comme un tout\npetit enfant.\n   Dans la pensée d'Ibsen, Peer Gynt représente le peuple norvégien tout\ncomme on a voulu voir dans le Hamlet de Shakespeare, l'âme de l'Allemagne.\n   Grâce à l'excellente traduction allemande de L. Passarge, il n'est pas\nindispensable de savoir le norvégien, pour apprécier l'observation topique,\nle souffle intrépide, la magnificence lyrique, la spiritualité intense, l'âpre\nsaveur, le symbolisme inédit de ce chef-d'œuvre.\n                                                         GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                          I\n\nLa Princesse Maleine, drame en cinq actes, par MAURICE MAETERLINCK. — Gand, impr.\n  L. Van Melle, 1889, — 25 exemplaires sur vélin teinté — 5 exemplaires sur papier de\n  Hollande Van Gelder. — Hors commerce.\n\n■      Nous        regrettons profondément que le beau drame de M. Maeter­\n               linck soit publié à un nombre d'exemplaires si restreint que\n               le grand public n'en peut prendre connaissance. La Princesse\n               Maleine est une œuvre importante qui doit marquer une date\n             dans l'histoire du théâtre contemporain.\n   Du premier coup, par son premier drame, M. Maeterlinck s'est révélé\ndramaturge puissant et original. Dans une atmosphère étrange, pleine de\nprodiges et de phénomènes surnaturels, il promène des personnages fanto­\nmatiques, dont les actions semblent dirigées par des puissances invisibles,\nmais qui, si passifs qu'ils apparaissent, sont doués d'une vie intense, grâce\nà leur merveilleux organisme psychologique.\n   Un double action se manifeste, en effet, dans tout le cours de ce drame :\nl'une, despotique, irrésistible, immense et formidable, est l'action des\nchoses, du monde ambiant : action pleine de miracles, où les éléments\ns'insurgent contre leurs lois et semblent se livrer des combats titaniques, où\nles astres prophétisent, où les animaux et les végétaux dictent des ordres.\nC'est la revanche de la nature qui ne reconnaît plus la frêle royauté\nhumaine, et qui, ivre de sa force, soumet l'homme au redoutable jeu de ses\ncaprices. L'autre, c'est l'action humaine, frêle, menue, timide, incertaine\net aveugle ; les princes et les reines sont les épaves souffrantes des mon-\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                  —400—\nstrueuses puissances qui les ballottent sur leurs houles tumultueuses. Où\nvont-ils? Ils n'en savent rien. Des mains occultes les poussent aux abîmes\nde l'Ombre. Des douleurs, des crimes, des dévouements, d'inutiles prières,\nd'angoissantes terreurs, tout cela se croise craintivement, à tâtons, dans\nl'ombre des éclipses, sous les pluies de feu des étoiles, dans les rafales\nmagiques, dans les désastres et les incendies. Et cela, pourquoi, vers où,\nvers quel but? Vers l'Incertain, vers l'Inconnaissable, vers l'éternelle Vanité.\nSpectacle saisissant, où l'homme apparaît comme un misérable fétu de\npaille dans le tourbillon formidable des Forces sans but.\n   Sur tout le drame plane une terreur étouffante, pareille à une asphyxiante\nnuée d'orage. C'est que les personnages ont conscience de leur situation ;\nils ont vu les prodiges, ils sentent l'effroyable étreinte des mains occultes\ndont ils sont les pitoyables hochets. Et ils savent bien que rien ne pourra\nles arracher de ces griffes sataniques, que tout est vain, que tout est fatal.\nAinsi M. Maeterlinck a traduit à sa manière le dogme antique de la fatalité.\n   Mais, dans cette traduction, il a obéià son tempérament d'hommedu Nord.\nSon imagination promène, dans les cieux balayés de lourdes nuées, d'effroya­\nbles rafales, des tempêtes de vent, de pluie et d'éclairs, et d'étranges météores\nqui versent dans les âmes terrifiées tous les vertiges des superstitions.\n   La scène se passe dans une Hollande de rêve, le pays natal des visions\nde M. Maeterlinck. Et tous les personnages, le prince Hjalmar, et la prin­\ncesse Maleine surtout, sont bien les frères des solitaires mystiques des\nSerres chaudes, ce beau livre de vers où M. Maeterlinck célébrait en can­\ntiques ténébreux la douleur des yeux qui voient l'irrémédiable anarchie\ndes choses. Telle est la pensée qui domine tout le drame de M. Maeterlinck\ncomme elle dominait tous ses poèmes lyriques. Pensée grande assurément,\nmême aux yeux de ceux qui croient que les apparents antagonismes se\nrésolvent en une souveraine Unité.\n   Mais le monde est-il vraiment tel que le voient les personnages de\nM. Maeterlinck? — Qui le dira? C'est ainsi qu'il apparaît dans le miroir\nde leurs âmes maladives. Et qui peut connaître des Choses autre chose que\nleurs changeants reflets ?\n   Avec une remarquable science du théâtre, M. Maeterlinck, dès la première\nscène de son drame, nous plonge dans l'atmosphère ensorcelée où se meu­\nvent ses personnages. Bientôt éclosent, comme des roses magiques, des\nscènes d'une beauté hallucinante : telle, entre autres, celle où Maleine et sa\nnourrice, enfermées dans une tour, descellent les pierres de la voûte, s'eni­\nvrent des filets de lumière qui filtrent dans le sombre réduit, puis, la brèche\nfaite et le grand jour conquis, regardent avec stupeur le pays dévasté, veuf\nde ses villes abolies, et là-bas, vers l'horizon des mers, voguer les grands\nnavires de guerre. Puis, c'est, dans une affreuse forêt, la rencontre des\npauvres, si terribles en leur grossièreté; puis encore, cette merveilleuse\nscène du jardin, — contre-partie magistrale de la scène célèbre de Faust,\n— où les deux amants, au milieu de l'hostilité prophétique des êtres qui\nles entourent, se reconnaissent mélancoliquement, dans une irrémédiable\ntristesse. L'impression de malaise est rendue ici avec une intensité extraor-\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                                   — 401 —\ndinaire. Enfin, viennent le quatrième et le cinquième actes, tout à fait\nadmirables, et qui supportent la comparaison avec de hauts chefs-d'œuvre.\n   Quant au style de l'écrivain, à part quelques excès dans les répétitions\ntrop mécaniques de certaines phrases, ceux qui ont respiré les troublantes\nfleurs poétiques des Serres chaudes en apprécieront facilement la beauté.\nC'est une prose chantante où tintent parfois de mystérieuses assonances,\nsuggestives de Rêves.\n                                                             IWAN GILKIN.\n\n                                        II\n\n       Pietro Seracini, par JEAN FUSCO. — Un vol. Paris, Ollendorf.\n   L'art et l'amour que vous mettez aux prises dans ce livre, ne sont pas\nennemis, Madame, ils s'adorent jusqu'à se confondre et s'absorber l'un\nl'autre et comme tous êtres qui s'adorent, se querellent un peu, quelquefois.\nC'est à la faveur de ces petites distractions momentanées que l'on a pu intro­\nduire entre eux un tas de barrières théoriques qui ne les empêchent pas de\nse joindre à nouveau, quand ils en éprouvent le désir et de se résoudre en\nœuvres. Je n'en veux pour preuve d'abord, que votre Pietro Seracini.\nSerait-il aussi artiste sans cette profonde affectivité et cette abnégation\nd'âme qui le livrent à Miss Susy ? Serait-il aussi aimant, s'il n'avait, pour\nsubir ce charme ensorcelant, distribué en secret à quelques natures délicates,\ncette vibrance et ce tact aigus qui sont les premiers éléments d'une âme\nd'artiste ?\n   L'art est, pour moi, comme une religion basée sur l'amour et ne pouvant\nexister sans cela. L'art grandit, perfectionne et supériorise la passion pre­\nmière à ce point que les choses, à son atteinte, s'animent comme des êtres.\nParfois nous confondons, et nous nous mettons à adorer des bibelots, une\nplaque d'herbe, un arbre, des fleurs, une difformité d'âme ou de corps, une\nfemme laide ou méchante, une chimère, une idée... presque un tic. Des\ngens prétendent alors que nous sommes monomanes, malades et ne sachant\npas vivre, comme si toute la vie consistait à se promener dans les rues et à\naimer les femmes qui vont en omnibus. Hélas ! il y a encore toutes celles\nqui viennent de la lune, des étoiles et de plus loin, voire de notre imagina­\ntion et le rêve d'un artiste amoureux, en est complexe.\n   Ce qu'il aime, lui, c'est avant tout son amour et, je l'ajoute au déplaisir\nde ceux qui veulent l'art gai, c'est surtout sa souffrance. L'amour joyeux,\ninsouciant, de ceux qu'on nomme des viveurs parce qu'ils sont tout le con­\ntraire, cet amour-là, bête comme un squelette, est un amusement qui nous\ndistrait de vivre, pourvu que nous le prenions du bout des sens et par ses\nsuperficialités frivoles. Mais il n'en est pas question dans votre livre,\net c'est ce qui me fait croire que nous pensons d'accord. Chez tous ceux qui\ntraversent cette histoire d'amour, c'est la Passion qui travaille. Elle bouil­\nlonne en cet être aimant et aimé, elle tressaute en cette poitrine d'homme\nardent et nerveux, lui bat le cœur qui sortira dé cette tempête mieux trempé\naux brûlantes sources de la vie.\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "                                    — 402\n\n   Vous ne le croyez pas, n'est-ce pas, affaissé et méprisable d'avoir perdu\nl'objet de son amour, votre Pietro? Il n'est que las, un peu, d'un violent\neffort qui vient de le grandir. Qu'il se tourne maintenant à ce coin louche­\nment éclairé des catacombes où Miss Susy lui est apparue pour la première\nfois, et, dans l'opposition pittoresque de couleur et de lignes, dans le\nmorceau qu'il rêvait de faire alors, apparaîtra maintenant cette énigmatique\nexpression passionnelle qui fait l'âme ou, pour le dire autrement, la physio­\nnomie spirituelle des choses... et des œuvres.\n   Après tout ceci, je commettrai peut-être une indiscrétion en ajoutant que\nce que je dis de Pietro Seracini, s'adresse à son auteur, triplement sensible\net affectif aux jeux passionnels de l'art et de l'amour humain : une fois\ncomme artiste et comme femme deux fois.\n   Nous notons avec plaisir l'apparition de ce Pietro Seracini qui augmente\nd'un volume l'œuvre clair, gracieux et anti-décadent de Jean Fusco, autre­\nment dit Madame...?...\n                                                        HENRY MAUBEL.\n\n\n                                        III\n\n            Certains,   par J.-K. HUYSMANS. — Paris, Tresse et Stock.\n\n\n   Cette sincérité d'art, cette vibration de la phrase émue, admirative ou\nstigmatisante, nous rend Huysmans singulièrement cher. Il se donne tout\nentier, ne s'évertue pas à une contrainte impassibilité.\n   Flaubert, victime de la chimère qu'il s'était imposée, a pétrifié son œuvre.\nCe n'est pas de la lave figée, mais du marbre réfractaire, douloureusement\nsculpté, — et ces bas-reliefs, durs comme le marbre et comme lui, glacés,\nnous passionnent, de moins en moins. Ses descriptions les plus chaudes\net colorées paraissent péniblement rigides et dégagent je ne sais quel froid,\n— le froid de la perfection. Flaubert nous semble le classique du roman­\ntisme.\n   Ne préférons-nous pas, souvent, au prodigieux Tolstoï, dont l'impassibi­\nlité, cependant, est aux antipodes de l'affectation de Flaubert, l'angoissé,\nl'épileptique et saignant Dostoïevski ?\n   L'art, n'est-ce point, en quelque sorte, une transfusion du sang? Il est\ncertain que la psychologie, tissée d'intuition et de divination, sera toujours\nplus pénétrante en une véridique autobiographie que dans le meilleur\nroman et le plus aigu. Et s'il s'agit de l'autobiographie d'un esprit supé­\nrieur et sagace, d'une âme d'élite, compliquée, remplie d'un fier idéal esthé­\nthique, nous aurons des livres tels que En Ménage, A Rebours, En Rade,\nle premier attardé, encore, à des préjugés naturalistes, les derniers, affran­\nchis, absolument, de toute action et dont l'intimité est à peine déguisée.\n   Certains complète logiquement l'Art moderne ; les théories, bellement\nintransigeantes de Huysmans, — loin de fléchir, se sont, au contraire,\nsuraiguisées, depuis.\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                                   — 403 —\n\n   Il salue ses artistes préférés d'inoubliables pages de précise et équitable\nlouange; il analyse et commente leur œuvre, la transpose en un style\nincisif et subtil; quant à ceux qu'il abhorre, il les voue aux supplices expia­\nteurs de l'Inquisition, souhaite voir leurs entrailles sentimentales dévidées\ningénieusement, ou, eux-mêmes, empalés par de lents et maladroits bour­\nreaux, écorchés avec des raffinements délicieux et inédits.\n   Et, à tout prendre, ce vœu est-il excessif et déraisonnable? A défaut de\ncet enivrant spectacle — inespérable, dans la veulerie actuelle de nos\nmœurs, — il les marque d'adjectifs meurtriers, les traîne sur la claie, les\nabandonne à la cruauté savante et pittoresque de sa colère.\n   Le livre s'ouvre par une exécution du dilettantisme, d'une délectable\nférocité.\n   Il était temps qu'un maître déblayât le terrain artistique de cette radieuse\nengeance d'hermaphrodites : faux-lettrés, amateurs, bourgeois de lettres\nque l'exaltation et les convictions anguleuses des vrais artistes effarent ; dan­\ndies littéraires, promoteurs d'on ignore quel « bon ton », quelle discrétion\n« comme il faut » fade et écœurante ; écrivains émasculés, enfin, voilant et\npréparant leurs prochaines compromissions, en nous chantant la palinodie\nde l'éclectisme : — « L'on n'a pas de talent si l'on n'aime avec passion ou\nsi l'on ne hait de même ; l'enthousiasme et le mépris sont indispensables pour\ncréer une œuvre; le talent est aux sincères et aux rageurs, non aux indiffé­\nrents et aux lâches ».\n   Suivent des études sur les impressionnistes; Wisthler; — Puvis de Cha-\nvannes, Alfred Stevens et Millet, remis avec autorité au rang qu'ils méri­\ntent; Gustave Moreau, Félicien Rops, celles-ci hors de pair; — puis, —\naprès le trop légitime éreintement du Chef-d'œuvre de l'Industrie Moderne,\n— quelques pages prestigieuses au sujet d'un Bianchi du Louvre, d'une\nénigmatique et chatoyante beauté.\n                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n                              ESCLARMONDE\n\n            Le théâtre de la Monnaie nous a offert 1'Esclarmonde où l'on\n             s'ennuie. Ce n'est pas un événement artistique, c'est un « fait\n             divers ».\n                Esclarmonde est née à l'ombre de la tour Eiffel, en vue de\n             l'Exposition universelle, de la rencontre de M. Massenet avec\nune des nombreuses filles de M. Barnum. Le père et la mère se portent\nbien. Quant à l'enfant, il est mort, un peu avant sa naissance.\n   M. Massenet a tenu à proclamer urbi et orbi, par l'intermédiaire de\nChampal, son opinion sur Esclarmonde. Les recettes, a-t-il dit, conti-\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "                                  — 404 —\n\nnuent à être excellentes. Une opinion qui en vaut une autre, mais une\nopinion de fin de mois.\n   Comme nous ne sommes pas l'auteur d'Esclarmonde, nous nous place­\nrons, pour apprécier l'œuvre, à un point de vue moins élevé, moins élevé\nque la recette.\n   Les deux tailleurs d'opéras qui ont travaillé pour M. Massenet n'ont pas\neu la main trop malheureuse. Le livret, tiré d'un roman de chevalerie,\naurait pu inspirer un musicien. Malheureusement il exigeait un autre\nmusicien que M. Massenet. L'auteur d'Hérodiade est un compositeur\nhabile et roué. Esclarmonde demandait un artiste na'if et sincère. Ne touche\npas qui veut aux fabliaux ni aux romans de chevalerie. Seul peut y mettre\nla main celui qui a la foi. Sinon le roman tourne en parodie sacrilège.\nFigurez-vous la légende du Saint-Graal traduite en « chatouilles » musi­\ncales par M. Gounod. Esclarmonde, c'est Parsifal dans un mauvais lieu.\n   La conception de l'œuvre est donc mauvaise, puisqu'elle est écartelée à\nla fois par le livret et par la musique.\n   Et la musique?\n   On connaît la valeur de M. Massenet. L'auteur des romances que l'on\nsait, le musicien d'Eve et de Marie-Magdeleine possède assurément quel­\nques dons naturels, qui ne sont pas à dédaigner. M. Massenet, à ses débuts,\ns'annonçait comme une nature fine, féminine, nerveuse, pleine d'ingénio­\nsité et de ressources. Comme son père, M. Gounod, c'était un frôleur, mais\nquand il frôlait, il frôlait bien. Il fut immédiatement adopté par les femmes,\net par les hommes qui le sont. L'accent viril faisait défaut. Il promettait un\ntalent équivoque, un peu fille, prêt à subir toutes les influences de la foule.\nUn impatient, d'ailleurs, un de ceux pour qui, à cause de leur impatience\nmême, l'éternité n'existe pas. •\n   On tombe toujours du côté où l'on penche. Aujourd'hui la chute est\nirrémédiable, et méritée. M. Massenet, qui aurait pu être un artiste, n'est\nqu'un amuseur. Il a trop couru les chemins faciles, et il s'en est laissé conter\npar le succès.\n   Paul Féval, dans une querelle avec M. Victorien Sardou, a tracé d'avance,\nà son insu, le portrait de M. Massenet :\n   « Quand il fait bien, ce qui lui arrive très souvent, le public n'est pas\ntoujours content; mais ventre de biche! quand il fait mal, le diable prend\nles armes. Chacun des petits pièges qu'il tend saisit la salle au collet. Jamais\nâme qui vive n'a deviné si héroïquement son « tout le monde ». On le laisse\njouer avec la morale, comme si c'était de la mousseline; on le laisse désha­\nbiller ses poupées de haut en bas, sous prétexte qu'elles sont en carton. Il\nchatouille la vertu, il fait pousser de petits cris hystériques à la pudeur; en\nl'écoutant, les demoiselles Prudhomme frétillent d'allégresse, comme si le\ncousin voyageur était inconvenant avec elles. La critique gambade, le\npublic ne se connaît plus, le pompier marche sur sa tête, le directeur fond\nen larmes, l'homme du rideau a des convulsions et les ouvreuses épilep-\ntiques lui donnent à l'unanimité leur voix pour l'Académie. »\n   Mettons l'Institut, et il n'y a pas un mot à changer..\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                                  — 405 —\n\n   M. Massenet est le Sardou de la musique. Comme l'auteur de Patrie, il\nest d'une habileté inquiétante. Il n'a pas plus de probité artistique que lui.\nSemblable à M. Sardou, selon l'expression de Paul Fe'val, il est l'homme\nde l'emprunt continu ; il emprunte comme les généreux donnent, sans\ncompter. Quand il a voulu justifier ses emprunts, il emprunte jusqu'à sa\njustification.\n   Esclarmonde est une sorte de vestiaire musical où pendent, pêle-mêle,\nle manteau de Berlioz, le chapeau de M. Reyer, le cache-nez de M.Thomas,\nle foulard de Bizet et toute la garde-robe de Richard Wagner. Seulement,\nc'est un vestiaire qui ne rend pas et qui essaie de revendre.\n   M. Massenet — s'il faut en croire une brochure d'un certain M. Mal­\nherbe, distribuée gratis aux spectateurs, le soir de la première représenta­\ntion — a fait usage du leitmotiv wagnérien. Il y a le thème de la magie, le\nthème d'Esclarmonde, le thème du tournoi, le thème de Roland, le thème\nde l'hyménée, celui de la possession, etc., etc. La plupart d'entre eux sont\nempruntés aux leitmotiv de Wagner. L'emprunt de trois ou quatre notes\nne serait pas un péché, assurément, si la phrase musicale était transformée.\n Plus d'un leitmotiv wagnérien n'a guère d'accent par lui-même et n'acquiert\ntoute sa valeur que par le développement orchestral. Si nous cherchons\nquerelle à M. Massenet, ce n'est donc pas à cause de certaines ressemblances\nde phrases. Ce qui rend son cas pendable, c'est qu'il emprunte non seule­\nment les motifs, mais qu'il les applique, soit à des personnages analogues à\nceux de Wagner, soit à des situations pareilles. Tous ces leitmotiv sont\ncousins, et cousins très germains. S'agit-il de magie, ils rappellent la phrase\nde Klingsor ou celle des nains. Phorcas est-il sur le point de se séparer de\nsa fille, l'orchestre se souvient de Wotan, et l'on entend une réminiscence\ndu thème de la justification. Roland entre-t-il en scène, rempli de vail­\nlance, on perçoit une fanfare qui doit beaucoup à celle de Siegfried. Enéas\nse montre-t-il, M. Massenet se souvient d'un dessin d'orchestre renouvelé\ndes Maîtres-Chanteurs, où il caractérise le chevalier Walther de Stolzing.\nEsclarmonde et Parséis assistent-elles à la chasse magique, le cri des Wal­\nkyries retentit soudain. Et la cleptomanie de M. Massenet est poussée au\npoint qu'il s'attaque même à M. Ambroise Thomas. Il a détroussé le néant.\n   On dirait une partition écrite par une femme enceinte, — et irresponsable\nde ses larcins.\n   Les thèmes caractéristiques se contentent d'écussonner les personnages.\nJamais ils ne se mêlent au point de former l'atmosphère même de l'œuvre.\nCe sont de vulgaires écriteaux plantés dans cette musique de grand chemin.\nDès le troisième acte, ils disparaissent, sous prétexte que « la fiction fait\nplace à la réalité », comme dit ce bon M. Malherbe, le commentateur de\nM. Massenet.\n   Il serait plus simple de considérer ces motifs comme des citations musi­\ncales. Cela doit se lire : « comme le dit si bien Wagner dans Siegfried »\nou bien : « pour me servir d'une expression empruntée à une bouche plus\nautorisée ». Malheureusement, — il n'y a pas de guillemets.\n                                                      ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                                         — 406 —\n\n\n                                 MEMENTO\n Nous recevons de notre ami M. Alfred De        éperdûment à l'affolement du septentrion.\nSmet, la lettre suivante :                         « Les résolutions majestueuses, érigées\n                                                volonté par volonté, qui montaient droites\n       « CHERS AMIS,\n                                                et sûres comme une colonne dans l'atmo­\n    « Faisant un trou énorme à ma haie,         sphère claire de notre esprit et au milieu de\nvous vous êtes glissés à la file, sur ce que    la multitude somptueuse des étoiles qui\nvous avez de ventre, dans le jardin de mes      peuplent le cerveau du poète, s'abattent\n pensées.                                       lourdement : cette philosophie qui naît de\n    « Le code en main, Emile Verhaeren —        l'expérience, mais qui n'a, au fond, qu'à\n avocat — me dit que c'est un bris de clô­      peine la solidité nécessaire pour résister à\n ture.                                          l'infortune banale et qui ne sait se mesurer\n    « Mais vos détestables instincts n'étaient  qu'à la taille du passé, se désagrège, s'en\n point encore assouvis. Ayant fourré tous       vient s'affaler sourdement; elle disparaît et\n vos nez, les mal mouchés! dans toutes mes      nous devenons pareils à la misérable plume\n fleurs, vous cueillîtes la plus suave.         qui voltige aux caprices de la rose des\n    « Le code en l'autre main, Emile Van        vents. »\n Arenbergh — juge de paix — me déclare\n que c'est un vol.                                Cette réponse, nous la faisons nôtre.\n    « Propriétaire d'un cœur sensible, il m'en\n coûterait de vous dénoncer.\n    « Rendez-moi ma pensée, s'il vous             La Société Nouvelle vient de fêter son\n plaît ?                                       anniversaire quinquennal.\n                      « ALFRED DE SMET. »         Nos félicitations cordiales à ses directeurs\n                                               Fernand Brouez et Arthur James qui ont\n   Nous avons jugé convenable d'en appeler\n                                               réussi à conserver à leur œuvre son esprit\nà notre ami M. Eddy Levis, et de lui\n                                               élevé et son entière indépendance.\ndemander son avis sur l'épître de M. De\nSmet.\n   Voici la réponse de M. Eddy Levis :\n   « Comme la nature, l'esprit aussi a ses       M. Tilman annonce urbi et orbi que nous\ncoins d'ombre, ses floraisons luxuriantes, sommes des oies d'avoir pris un abonnement\nses sommets magnifiques ; mais aussi, à des à la Revue belge.\nmoments prescrits, des mains invisibles et       Ce n'est pas flatteur pour son canard.\nsurnaturelles qui poussent irrésistiblement\nl'ouragan dévastateur, viennent jeter dans\nla quiétude de notre champ de pensée et sur\nles sommets où notre âme veille sereine-         Le Journal des Etudiants de Bruxelles\nment, les simouns et les rafales furieuses, vient de paraître,d'un aspect très séduisant,\nplus puissants encore que les trombes qui illustré et orné d'un beau portrait lithogra­\nfont sombrer les villes flottantes et déraci­ phie, genre Caprice-Revue, hélas! décédée.\nnent les cèdres du Liban.                      Beaucoup de choses estudiantines et un peu\n   « Comme la muraille qui s'effondre, de littérature. C'est plus qu'il n'en faut pour\ncomme la tour qui s'abat, comme la forêt vivre et prospérer.\nsoudain dépouillée, comme la montagne qui         Bonne chance et amitiés à son sympa­\nroule ses quartiers de roche, notre pensée thique directeur qui, nous en sommes per­\n— c'est la feuille du chêne —: est arrachée suadés, saura toujours soigner la partie lit­\ntoute vivante de notre cerveau et livrée téraire.\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                         — 407 —\n\n                                                  José-Maria de Hérédia, Leconte de Lisle,\n                                                  Stéphane Mallarmé, Catulle Mendès, Ar­\n  On nous a présenté au théâtre Molière           mand Silvestre,Sully-Prudhomme et Fran­\nun struggle for lifer en liberté.                 çois Coppée.\n  C'est terrible. Le titre de la pièce a eu,        Tout le Parnasse, comme on voit; mais\ncomme à Paris, un plein succès.                   Paul Verlaine?\n\n\n\n\n                                                     Voici, à propos du livre de G. Sarrazin.\n   A lire dans la Pléiade de ce mois, une         la Renaissance de la poésie anglaise qui\ntrès intéressante étude d'Albert Arnay sur        fut assez lu du monde littéraire, une lettre de\nnotre collaborateur Maurice Maeterlinck.          Francis Vielé-Griffin publiée dans Art et\n   De belles et bonnes choses, et bien dites,     Critique :\nsur le conteur, le poète et le dramaturge.           « M. Gabriel Sarrazin, qui s'est fait une\nDes félicitations et des remerciements sont       spécialité d'initier ses compatriotes aux\ndus à l'auteur de l'article pour le tribut        beautés de la littérature anglo-saxonne,\nd'admiration payé à l'un de nos meilleurs         s'est plaint autrefois que j'eusse mis en\nécrivains.                                        doute sa parfaite science de la langue qu'il\n                                                  traduit, et pourtant :\n                                                     Le sens même des mots lui échappe sou­\n                                                  vent :\n   Trouvé ceci en feuilletant une ancienne\n                                                          Beyond the light, lighter than light.\nRevue de Paris : « Don Juan, un héros...\nun Espagnol chrétien, la terreur des infi­        veut dire :\ndèles, mais aussi un vainqueur généreux,          Par delà la lumière, plus lumineuse que la lumière.\nque les Pays-Bas, tout vainqueur qu'il            et non :\nétait, pleurèrent avec des larmes de sang,                  ...plus légère que la lumière.\nquand à sa mort, Philippe II les livra au\n                                                    Encore y a-t-il lA erreur explicable ; mais\nduc d'Alben:\n                                                                I have despised riches\n   C'est signé Jules Janin. Très forts les cri­\ntiques graves français;seulement, Don Juan        veut dire :\nfut gouverneur des Pays-Bas après le duc                      J'ai méprisé les richesses\nd'Albe et Requesens.                              et non :\n                                                                ... les riches,\n                                                  ce qui se dirait, en anglais, the rich.\n   M. Rimsky Korsakoff vient, paraît-il, de          Pebbles veut dire cailloux et n'a jamais\nterminer un nouvel opéra, intitulé : Mlada.       signifié billes, dont l'anglais est marbles.\n                                                     La locution : let us upand away veut\n                                                  simplement dire : levons-nous et partons, et\n                                                  non : en route, en haut et au loin.\n  Dernièrement, l'Echo de Paris avait ou­            L'erreur contamine parfois tout un vers :\nvert un concours de poésie, de chronique et          M. Sarrazin traduit\nde conte.                                                 Again the forenoon purple of the hills\n   Le prix consistait en une somme de             par :\n1,000 francs à partager entre les lauréats.\n                                                      Encore la pourpre matinale des collines,\nLa décision du jury de poésie vient d'être\nconnue : Ephraïm Mikhaël vient en tête,           alors qu'il faudrait :\npuis Charles Gazala et Armand Masson.             Encore, aux collines, les teintes violettes de la matinée\n  Le jury était ainsi composé : MM. Théo­         (qu'il ne faut pas confondre avec les heures\ndore De Banville, Paul Bourget, Léon Dierx,       matinales).\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                                                 — 408 —\n\n Enfin, une fois de plus, j'ai le déplaisir de             veux remercier M, Gabriel Sarrazin de l'ad­\nme heurter à un non-sens :                                 miration qu'il lui porte et qu'il formule assez\nTheirs, theirs as much as thine, the destination port      éloquemment à la fin de l'étude de ce poète,\n                                         [triumphant       la seule de la Renaissance de la poésie an-\nveut dire :                                                glaise que j'aie parcourue jusqu'ici.\nLe leur (le leur autant que le tien) ce port de destina­\n                                                                             FRANCIS V I E L É - G R I F F I N ,\n                                        tion triomphal,\net M. Sarrazin a écrit :\nOui, la fortune des autres autant que celle du tien, le\n                        [port de destination triomphal,       En dépit des épiciers, des édiles et des\n                                                           pitres de tous grades qui encrassent la Bel­\n   Puis, conséquence naturelle d'un manque                 gique, M. Joseph Dupont a maintenu et\nde «vue d'ensemble», des inversions faisant                maintiendra à leur rang d'oeuvre artistique\nsauter au premier plan des mots moins im­                  les Concerts populaires dont la première\nportants pour reléguer au quatrième le mot                 matinée a eu lieu le 8 décembre. Cette ma­\ninitial choisi par le Poète.                               tinée était consacrée au compositeur nor­\n   Pourquoi, encore, passer des mots?                      wégien Edward Grieg. Ses œuvres sympho­\nécrire par exemple :                                       niques : le Commentaire de Bergliot, la\n            Les rives du Missouri                          Suite pour Peer Gynt, les mélodies pour\n                                                           archets sur des poèmes de Vinje, ainsi que\nau lieu d e :\n                                                           ses nombreux petits poèmes mélodiques et\n        Les rives du mobile Missouri.                      sa musique de chambre, sont des pages d'un\n        From the banks of running Missouri ?               art très pur qui consolent de la production\n   Pourquoi omettre de traduire un demi-                   de certaines grandes maisons de Paris et de\nvers dans cette version de la strophe Sancta               la province.\nSpirita (p. 242) ?\n   Et quand j'aurai dit que le commentaire\nvaut par une certaine érudition de faits et de\nnoms, en quoi cela pourra-t-il pallier le\ndésastreux effet des exemples précités ? —\nJe n'en serai pas, pour cela, injuste, et si\ntoutefois je me refuse à reconnaître dans\nl'œuvre de mon très grand compatriote\nWatt Whitman « des concentrations d'éclairs,\nséparés par des intervalles de virgules », je\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "       TABLE                ALPHABÉTIQUE\n                        DES MATIÈRES\n              CONTENUES DANS LE TOME HUITIÈME DE\n\n                      LA JEUNE        BELGIQUE\n\n\n\n          Arnay (Albert).              II. Le pansage    . . . .      291\nVers :\n  L'étrange parfum     .     .   227              Dalée (Paul).\n  Pour ses yeux                  227 Chronique musicale :\n  Ce soir                        228   Le théâtre de Gand . . .       371\n  Le jardin                      359\n  Nostalgie                      360            Delattre (Louis).\n  Le mélancolique réveil,     . 389 Croquis :\n  Soir en langueur....           390   Le grand corridor du col-\n            Boels (Jean).                 lège                        144\n                                     Pierre-de-la-Baraque . . .       317\nConsolatrix                       40 Chronique littéraire :\nVers :                                 La Nouvelle Carthage . .       361\n  Roses funèbres     . . .       142\n  Apparition                     143          Demolder (Eugène).\n  La reine                       143 La Nativité de Notre-Seigneur.   229\n  Métamorphoses . . . .          393 Fiançailles. . . . . . .         386\n  Fleurs d'exil         39         3\n  Les remous                     395        Desombiaux (Maurice).\nSur le chemin des ténèbres. . 232 La naissance de Vénus . . .          33\n           Buet (Charles).           Chronique littéraire :\nLa vie et la mort d'un poète. 271      Imagerie japonaise . . .        46\n                                     Grisailles :\n     Carton de Wiart (Henry).           Vocation                      137\nL'homme sandwich . . . .         349   Matin                          139\n                                       Dimanche                       139\n         Chainaye (Hector).            Frisson                        140\nPoème en prose :                       Silence                        140\n  Le rat . . . . . .           . 36     Calme                         141\n                                       Réveil                         141\n          Chapaux (Albert).          Lumières :\nScènes de la vie de caserne :          Paysages                       197\n   I. Les bleus                  289   A la lune                      198\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                                     — 410 —\n\n Sonnets :                                    Pour célébrer les Russes . 257\n   Maturité                          288      La chapelle de rédemption. 260\n   Pour celle qui est triste .       289      L'inconnu                  262\n Villiers de l'Isle-Adam .           327      Humilité                   264\n Chronique littéraire :                       Le petit prince            265\n   Les Chimères                      366\n                                                  Destrée (Jules et Georges).\n            Destrée (Georges).\n                                           Chroniques d'art :\n  Dans le Rêve :                                 I. Le Salon des XX     .        71\n    Les Sirènes.    . . . . .          29     II. L'imagerie japonaise .         76\n    Le Prince qui sommeille . 189\n Chroniques artistiques :                              Dubedon (Léon).\n      I. Un carton de Jef Lam­             Album à Toto :\n            beaux . .           . . 176      Paysage                            52\n    II. La XVe exposition du                  Premier soupir . . . .             53\n            Cercle artistique.     . 176\n   Exposition de tapisseries du                      Eekhoud (Georges).\n       XVIe siècle au Musée                Lettres pour les illettrés :\n       moderne                        212      II. Partialité                     5\n Les albums de photographies                 III. Gentillie                    110\n   de Jessurun de Mesquita. . 213             IV. La petite servante . . 381\n Exposition Frédéric.          . . 248 Chronique musicale :\n             Destrée (Jules).                La Materna                         67\n                                             Littérature étrangère . . 396\n Trois contes populaires japo­\n   nais :                                            Fontainas (André).\n      I. Le miroir de Matsu               Fleurs de serre (poème). . .          14\n            Yama                      57 Chronique artistique :\n    II. Pourquoi la Méduse                   Le Salon de Paris            . 214\n           n'est qu'une gelée             Vers :\n           gluante                    60    Amour                             353\n   III. Monseigneur Sacderiz 61             En Zélande        . . .       . 353\nSoirs tristes :                             Dernière offrande       . . . 354\n  Fleurs de gel                      130\n  A une qui est au loin.          . 131              Frères (Adolphe).\n  Par la pluie                       132 Vers :\n  La plainte du feu.              . 134     Satan                              38\nChroniques artistiques :                    Renoncement                        39\n  L ' Exposition    Watteau à             Sonnets :\n     Lille                           177      I.                            282\n  Les aquarellistes.      . . . 211         II. Le confesseur. . . . 283\n  Chez Vander stappen.              212 Chronique littéraire :\nChroniques littéraires :                    Parallèlement                   300\n  Un homme libre . . . .            204\n  Les légendes de la Meuse . 2o5                     Galoubet (Firmin).\n  Japoneries d'automne . . 206 Marche nuptiale                                 84\nLes Chimères :\n  Les gargouilles des cathé-                           Gilkin (Iwan).\n     drales vieilles . . . .        253 :Le phoque                            32\n  Ballade de la souffrance                Vers :\n     d'écrire . . . .        . . 255        Résignation                     269\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                               — 411—\n\n  Bois sacré                    270       IV. Feinte                  223\n  Le désir                      270         V. Le martyre de Saint-\nChroniques littéraires :                         Sébastien . . . 223\n  Les Débâcles                   43      VI                           224\n  Serres chaudes      . . .     294     VII. Nuit magnétique        . 224\n  La princesse Gisèle . . . 341        VIII. Dévastation              225\n  La princesse Maleine . . 399            IX. Théurgie . . . .        226\n            Gille (Valère).                 I. Les enfants qui pas-\n                                                 sent                 355\nElagabale                        35        II                         355\nLes sommeils d'or .             106      III                           356\nBroderie                        385       IV. La douleur            . 357\nChronique littéraire :                      V. Trop tard . .        - 357\n  Scènes de bal                 175       VI. Effroi                  357\n           Giraud (Albert).             VII. Profil de lumière. . 358\nVers :                                                Hixe.\n  Vocation . . . . . .            26\n  Menace                          26 Chronique littéraire :\n  L'étonné (tableau gothique).    27 Ressort cassé                    239\nMax Waller                      102 Feuilles d'album                   239\nVers :                               La conversion de la Wallonie\n  Parodie                       194    ou le Verbe maltraité :\n  Les intervertis               194 Première édition                   284\nJules Barbey d'Aurevilly . . 200 Deuxième édition définitive . 286\nCatherine de Médicis . . . 333 Troisième édition définitive\nChroniques littéraires :               sans esprit de retour. . . 287\n  Les écrits pour l'art.    .     5o          Jeune Belgique (La).\n  Réponse                         82\n  Les Flaireurs                 149 La mort de Max Waller . . 89\n  Le Sang des fleurs . . . 173 La « Jeune Belgique » à la\n  Mon cœur pleure d'autre-             Chambre . . . . . . .           157\n    fois                        202 Monument à la mémoire de\n  Le théâtre contemporain     . 299    Max Waller                      373\n  Un héros belge. Don Juan                     Le Roy (Grégoire).\n     d'Autriche                 370 Vers :\n  Eloge timide                  391      I                             128\nChronique musicale :                    II. Hallali!                   129\n  Esclarmonde                   403    III. Maison d'amour .           129\n           Goffin (Arnold).                           Lili.\nProses lyriques :                    Encore autre ! Aurore, alors . 85\n     I. D'un maître inconnu . 22\n    II. Barathre                  23         Maeterlinck (Maurice).\n  III. Le fou raisonnable         24 Amen                              136\nChronique littéraire :\n  Lamiel                        207             Maubel  (Henry).\n   Certains                     402 Chroniques musicales :\nProses lyriques :                      Richilde                         41\n       1                         221   Le Roi d'Ys                      69\n      IL                        222    Au Concert populaire . . 147\n     III. Duplicité . . . .      222   Aux XX                        .147\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                                 — 412 —\n\n  A la Monnaie                    148     II. Le don des lys . . .    64\n  Au Conservatoire       . . .    149   III. Le voyage (fragments) :\n  A la Monnaie                    18 1         I. Le retour au pays.  65\n  Conférence de M. Huysmans       182         II. Soir suprême . . 66\n  Au Conservatoire. . . .         182 Poèmes :\nChroniques littéraires :                   I. La cruauté du prin-\n  Gritte                          208            temps               166\n  Pizzicato                       208     II. L'aînée                167\n  L'Anthologie       contempo-          III. Les adieux au bord de\n    raine des écrivains fran-                    la mer              168\n    çais et belges . . . .        210    IV. La reine morte.     . . 169\n  Honnête, plus qu'honnête .      240 Chronique littéraire :\n  Les obsédés                     241   La littérature de tout à\n  Les Goncourt                    242      l'heure                   246\n  Le trottoir                     297 Poèmes :\n  Pietro Seracini . . . .         401   La ville des cygnes . . . 325\nChroniques théâtrales :                 Légende                      326\n Nora                             151\n  La Comédie-Française à                              Siebel.\n    Bruxelles                     180 Derniers vers :\n               Mouche.                     I. A l'Éventail....        98\n                                          IL Vieux éventails.    . .  99\nNotre petit salon de tir (d'après       III. Eventails exotiques . 100\n Flobert) :                              IV. Souhaits                101\n Metempsychose        .      . . 170\n Lemélophone                      171      Van der Brugghen (Jules).\n Monsieur Goliath         . . . 236 Ricanement                       146\n Au pion de la Revue belge. 305\n Le Caveau radieux . .            305          Vandrunen (James).\n          Nautet (Francis).           Exposition universelle .   .   .   233\nChronique dramatique :                           Max Waller.\n Matinée littéraire du Mo-\n    lière                        178 Chronique littéraire :\nChronique littéraire :                 I s t a r . . . . . . . .          48\n  La dernière œuvre de Max           Lettre de Bayreuth . . . .          3o2\n     Waller                      336\n          Pinolet (Suave).     ,  Memento, 54, 86, 154, 184, 217,\nLettre à Cydalise             309                  249, 3io, 343, 377\n                                  Bibliographie de Max Waller . io5\n         Roussel (Fernand).       Le monde artiste (mars) . . 153\nLa chapelle ardente . . . .    40         Id.      (avril). . . i83\nViolettes de Parme . . . . 236 La conversion de « la Wal­\n                                    lonie » :\n         Severin (Fernand).         Protestation de M. Saint-\nNotre-Dame-des-Douleurs. .     37     Paul                        334\nVers :                              Protestation de M. Dela-\n    I. Anges . . . .        . 6 3     roche                       335\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                      CHEZ KISTEMAECKERS\n\n NOUVELLE CARTHAGE\n            LES ÉMIGRANTS — CONTUMACE\n                                        PAR\n\n\n                         GEORGES E E K H O U D\n        P A G E S           C O M P L É M E N T A I R E S\n                    Un beau volume in-12 : 3 fr.             50\n\n\n\n\nA         tous les Artistes, Buveurs raffinés, Amoureux des Vins couleur\n          de Soleil, des Liqueurs exquises et de la Verte Empoisonneuse\n          qui engourdit les peines et calme le dégoût du Mufflisme contem­\nporain, nous recommandons la\n\n    de Block's Universal Wine C°\n                 6, R U E PAUL DEVAUX PRÈS LA BOURSE\n  En        cette osteria décorée dans le style de la RENAISSANCE FLA-\n           MANDE par notre excellent décorateur, Ch.- LÉON CARDON,\n           nos amis Jeunes-Belgique, Vingtistes, Essoriens, Hydrophiles et\nautres trouveront à déguster les vins délicats de Xérès et A'Alicante, les vins\nde Portugal, d'Orange-Cap, le Kalliste, le Misistra noir, le Moscato et\nl'Achaja de Grèce, le Tokay de Hongrie, le Syracuse, le Capri, le Mal­\nvasia de Lipari, et comme apéritifs les Vermouths Noilty-Prat et Fratelli\nCora.\n   (Prix modestes, et pour les jours de Joyeuses Beuveries, du vin de Cham­\npagne au gobelet, je ne vous dis que ça!)\n\n\n    ASSOCIATION VINICOLE DE LA CHAMPAGNE\n                                                ÉPERNAY\n\n\n                                         Prix Courant\n                          Baron J. de Warnimont .     .                     2 25\n                          Marquis Armand de St-Hubert .                 . . 2 75\n                          ROSÉE J E U N E BELGIQUE                             3 00\n                          Crème d'Ay          id.        . . . .        . 3 50\n                          Bouzy extra         id.        Cuvée réservée. 4 50\n                          Bouzy Cristal       id.                         5 00\n                                      0.50 en plus par 2,2 bouteilles\n                                 EXPÉDITIONS PAR PANIERS DE 25 BOUTEILLES\n\n                          Franco de port, droits et emballage dans toute la Belgique\n\n          ENTREPOSITAIRE           : COULOMB-ROBIETS\n     19, B o u l e v a r d d u N o r d , 19, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "       LA JEUNE BELGIQUE\n                      REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D'ART\n\n  formant au bout de l'année un superbe volume avec couverture spéciale et      frontispice.\n\n\n\n          Fondateur      : MAX WALLER (MAURICE WARLOMONT)\n\n\nDirecteur : HENRY MAUBEL;. — Administrateur                       : HUBERT VAN DIJK.\n\n  Bruxelles : Rédaction : 72, rue de Trèves —Administration, 26, rue de l'Industrie.\n\n\n\n                                ABONNEMENTS :\n\n  Belgique . . 7 francs par an. — Union postale . . fr.         8-50\n        Les conditions pour les annonces se traitent à forfait.\n\n\n\n                                  DÉCEMBRE          1889\n\n\n                               SOMMAIRE:\n\nLettres pour les illettrés                                   GEORGES EEKHOUD.\nBroderie                                                     VALÈRE GILLE.\nFiançailles                                                  EUGÈNE DEMOLDER.\nVers                                                         ALBERT ARNAY.\nEloge timide                                                 ALBERT GIRAUD.\nVers . . . .*                                                JEAN B O E L S .\nLittérature étrangère.                                        GEORGES EEKHOUD.\nChronique littéraire :\n          La princesse Maleine                               IWAN GILKIN.\n          Pietro Seracini                                    HENRY MAUBEL.\n          Certains                                           ARNOLD GOFFIN.\nChronique musicale : Esclarmonde . . . .                     ALBERT GlRAUD.\nMemento                                                      **'*\nTable des matières.\n\n\n\n                  Bruxelles. - ImprimerieVeMonnom, 20, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1889-12-01", "preuve": "Décembre 1889, numéro 12, couverture PDF 428 ; aucun jour imprimé."}}