{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "15 Janvier 1890. TOME IX", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "15 Janvier 1890.                TOME IX. — N° 1                            10me Année.\n\n\n\n\nLA\n    JEUNE\n              BELGIQUE\n       FRONTISPICE DE GEORGE MINNE\n                   COLLABORATEURS DU NUMÉRO\n       Stéphane Mallarmé                    Georges Destrée\n       Georges Eekhoud                      Jernand Severin\n       oAlbert Giraud                       oAdolphe Frères\n       oArnold Goffin                       oAlbert oArnay\n       Henri de Œiégnier                    oMaurice Maeterlinck\n       Jrancis Vielé-Griffin                Iwan Gilkin\n       Henry Maubel                         Louis Delattre\n       EmileVan    oArenbergh               Jean Boels\n       Eugène Demolder                      Valère Gille\n       Théo Hannon                          oAlbert Chapaux\n       oMaurice        Desombiaux           Léon Dardenne\n       oAndré Jontainas\n\n\n      NUMÉRO TRIPLE                                     BRUXELLES\n                                            Rédaction : 55, BOULEVARD D'ANDERLECHT\n                                                            PARIS\n       Prix : 2 Francs                               LÉON VANIER, ÉDITEUR\n  Avec frontispice : 3 Francs                           19, Quai Saint-Michel\n\n                                                               1890\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-030", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Que le Seigneur vous patafiole", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "En vente chez l éditeur", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S .\n   1. EM. Cu. Trop d'expressions vermoulues, l'habitude en a émoussé les propriétés,\nainsi :\n                       Quand l'hiver terte et gris étendra son sommeil\n                       Sur les bois dépouillés et sur les gazons verts,\n                       Blottis dans le boudoir chargé de vétivers\n                       Nous nous aimerons tant quiilfera du soleil.\n   Il y a du bon pourtant, travaillez.\n   2. L. DUTEUR. Trois petits pâtés, ma chemise brûle, et ron et ron, petit patapon ! nous\nvous envoyons un mirliton ingénu.\n   3. J. RAPIN. Pas mal votre Modernité. Au prochain.\n  4. F . R. Tu nous lamartinises 1\n   5. GEORGES COLSON. Vous êtes content? Nous aussi. Ne négligez pas votre père, ainsi\ntout le monde le sera. Pax tecum. A qui le tour?\n   6. TILMAN. CHARLES. Est-il vrai, m'sieu Charles, qu'à l'occasion du Nouvel-An,\nmadame Silvestre della Scala, vous a envoyé sur sa carte les expressions de sa considé-\nration distinguée?\n  7. GEORGES LUZY. VOUS êtes né musicien, mon ami; ainsi ce vers :\n                            ...Oh.' pourquoi t'es-tu tû?\n  « Qu'on dirait une clarinette dans une symphonie ». Continuez.\n  8 LÉON HENNEBICQ.. VOUS êtes de bonne composition et vos vers aussi. Virtus meilleur\nsonnet que le Baiser. Travaillez et revenez.\n  g. OCTAVE HENRY. VOUS êtes épique, cher Monsieur ! Connaissons ici vos violences ; la\nJeune Belgique vous envoie un chapelet de remerciements.\n   10. MONSIEUR KETJE, au Journal des Etudiants de Louvain. Cher petit, nous vous\nenvoyons notre numéro triple de janvier. N'en soyez pas malade surtout. Que le Seigneur\nvous patafiole!\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE Fondateur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n Fondateur : MAX WALLER (MAURICE WARLOMONT)\n             Directeur : VALÈRE GILLE.\n\n\n\n\n            TOME NEUVIEME\n\n\n\n\n              BRUXELLES\n BUREAUX : 55, BOULEVARD D'ANDERLECHT\n\n                   1 890\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 6, "titre_corps": "Aux Jeunes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "AUX JEUNES", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "AUX JEUNES\n\n\n                                       Voici qu'une nouvelle mêlée de jeunes s'est\n                                         venue joindre à nous, pleine de vie,\n                                        entraînante, prête à tous les combats ; des\n                                        jeunes, hardis comme des pages et fiers\n                                      comme des princes. Ils ont la foi qui\n                                    déplace les montagnes, casse le nez aux\n                                   graves pétrifications d'une littérature antédi-\n                                luvienne et ne faiblit devant aucun obstacle. Les\n                           luttes enragées, les théories intransigeantes, les\n                         emportements magnifiques, les fières révoltes, les\n                         enthousiasmes victorieux, voilà leur programme et\n                         gare aux horions !\n                            Il faut qu'ils se réunissent, qu'ils discutent, qu'ils\n                        s'excitent; qu'importent quelques erreurs ou 'quelques\n                        paradoxes! Dans la lutte ils trouveront l'inspiration\n                        d'œuvres belles et fortes, dans la pratique des dis-\n                        cussions, dans l'exaltation des combats, leur esprit\n                        deviendra plus lucide et plus entreprenant.\n                            LA JEUNE BELGIQUE est grande ouverte à tous,\n                  elle fait appel à tous les fidèles de l'Art ; qu'ils proclament\nici leurs idées, leurs opinions, leurs critiques, leurs œuvres. S'ils se sentent\nà l'étroit dans les formes convenues, qu'ils cherchent d'autres voies, qu'ils\ndéveloppent les moyens d'expression — pourvu qu'ils nous donnent\nl'illusion du parfait.\n    A l'œuvre donc tous les Jeunes ! Dans un an il faut que la phalange nou-\nvelle et victorieuse se soit groupée autour de l'ancien drapeau toujours\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "                                  — 6 —\n\nsplendide et fier; dans un an on les trouvera réunis à leurs aînés, acclamant\nle dixième volume de LA JEUNE BELGIQUE. A la grande fête qui se pré-\npare ils apporteront leur enthousiasme et leur audace, et nous aideront, en\ncette magnifique manifestation artistique, à laquelle TOUS seront conviés.\n   LA JEUNE BELGIQUE a le droit d'être orgueilleuse du mouvement d'art\nqu'elle a suscité en cette terre de belgeoisie : l'élan est donné, le public\ns'inquiète ; d'année en année notre phalange s'accroît, des nouveaux vien-\nnent se joindre aux anciens pour le bon combat.\n   Il suffit de jeter les yeux sur les volumes parus ces dernières années pour\nêtre convaincu que LA JEUNE BELGIQUE ne fut jamais aussi prospère.\nC'est Hors du siècle et Pierrot Narcisse d'Albert Giraud, les Nouvelles\nKermesses, la Nouvelle Carthage de Georges Eekhoud, où vivent si super-\nbement Contumace et les Emigrants, c'est le Parnasse de la Jeune Bel-\ngique, la Belgique de Camille Lemonnier, le Lys de Fernand Severin, Du\nSilence de Rodenbach, Mon cœur pleure d'autrefois de Grégoire le Roy,\nles Soirs et les Débâcles d'Emile Verhaeren, le Chant des jours lointains\nde Maurice Desombiaux. En cette même année le Sang des fleurs d'André\nFontainas, cette fine comédie Une mesure pour rien d'Henry Maubel, les\nNotes de Francis Nautet, les Impressions et sensations d'Arnold Goffin\nles magiques transpositions japonaises et les éblouissantes Chimères de\nJules Destrée, Quillebœuf et le Trottoir de James Vandrunen, Honnête,\nplus qu'honnête d'Arthur James, Un héros belge d'Emile Van Arenbergh,\net pour clore momentanément cette imposante liste, nous citerons Charles\nVan Lerberghe, le poète au crayon d'or, comme le qualifia Albert Giraud,\net son drame de légende les Flaireurs, puis Maurice Maeterlinck, qui\ns'est placé au premier rang de nos écrivains par les Serres chaudes et la\nPrincesse Maleine. Rien ne nous arrêtera, les livres succéderont aux\nlivres, cette série d'ceuvres se continuera plus belle et plus hautaine.\nDéjà ce même mois Eugène Demolder a publié ses Impressions d'Art, et\nIwan Gilkin ce livre si cruellement pensé : la Damnation de l'Artiste.\n   Il nous reste encore, en terminant, à remercier, au nom de la Jeune-Bel-\ngique tout entière, Henry Maubel d'avoir bien voulu accepter la direction\nalors que cette brusque et cruelle mort de Max Waller nous privait de notre\nplus hardi frère d'armes. Il a su mener victorieusement la campagne de 1889\net le volume qu'il vient de terminer, certes, marquera glorieusement dans la\nsplendide collection de la JEUNE         BELGIQUE\n\n                  EN AVANT E T « NE CRAINS ».\n\n                                                       VALÈRE GILLE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 7, "page_fin": 7, "titre_corps": "Éventail", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stéphane Mallarmé", "ancre_debut": "ÉVENTAIL", "ancre_fin": "STÉPHANE MALLARMÉ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "ÉVENTAIL\nO rêveuse, pour que je plonge\nAu pur délice sans chemin,\nSache, par un subtil mensonge,\nGarder mon aile dans ta main.\n\nUne fraîcheur de crépuscule\nTe vient à chaque battement\nDont le coup prisonnier recule\nL'horizon délicatement.\n\nVertige! voici que frissonne\nL'espace comme un grand baiser\nQui, fou de naître pour personne,\nNe peut jaillir ni s'apaiser.\n\nSens-tu le paradis farouche,\nAinsi qu'un rire enseveli,\nSe couler du coin de ta bouche\nAu fond de l'unanime pli!\n\nLe sceptre des rivages roses\nStagnants sur les soirs d'or, ce l'est,\nCe blanc vol fermé que tu poses\nContre le f eu d'un bracelet.\n\n                              STÉPHANE MALLARMÉ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 22, "titre_corps": "Lettres pour les illettrés : Transposition d’un air connu", "titre_sommaire": "Lettres pour les illettrés", "rubrique": "Lettres pour les illettrés", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                                      v\n               TRANSPOSITION D'UN AIR CONNU\n\n                                 Oui, c'est bien là le procédé inconscient qui\n                              caractérise mes propres écrits : l'amour de ce que\n                              l'on fait, cette intensité de sentiment qui frissonne\n                              sous des phrases en apparence banales, cette nature\n                              de peintre flamand qui fait que tout ce que notre\n                              plume touche, prend l'aspect et la couleur d'un\n                              tableau...\n                                   (HENRI CONSCIENCE à l'auteur de sa biographie).\n                                21 juillet 1881.\n\n              S'il n'existe point de mal comparable à la nostalgie, qu'on se\n               représente ce supplice : endurer l'exil dans son propre pays.\n               Cette peine, que ne connaîtront jamais les inconscients\n               bâtards et les papillons cosmopolites ronge, et dévore, comme\nune consomption morale, beaucoup d'altières et nobles âmes, seuls enfants\nlégitimes de la patrie.\n   Le poète Barthélemy Welaan fut un de ces patients. Qui n'a connu ce\nFlamand endurci et militant dont la tête majestueuse et inquiétante tenait\nà la fois du mufle léonin et de la hure du sanglier? En ses derniers jours,\nlorsque personne de son entourage ne se doutait encore de la fin prochaine\nde ce lutteur, il nous confessa ou plutôt il nous permit de deviner, à travers\nsa superbe enveloppe physique, le mal incurable qui devait arrêter les bat-\ntements de son cœur. Son état critique transpira dans une circonstance\nsolennelle que j'essaierai de rapporter avec une piété digne de cette grande\nmémoire :\n   Nous étions quatre à cinq artistes, réunis chez lui par les hasards de la\nrencontre, qui discutions, rompions des lances, entassions force paradoxes,\ndéraisonnions avec prodigieusement d'esprit.\n   Le vieux Welaan, indulgent, l'œil vif, la main caressant sa longue bar-\nbiche de patriarche, prenait plaisir à ces, passes d'armes, lorsque l'un de\nnous, assez épris d'exotisme, commit l'imprudence de jeter, en l'accolant à\nune épithète dédaigneuse, le nom d'Henri Conscience parmi notre carnage\nde réputations usurpées.\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "                                   — 9    -\n\n   Tudieu! il eût fallu voir se redresser notre hôte. C'en était fait de\nl'étourdi dénigreur, tant l'indignation ardait dans les prunelles grises du\npoète ! Mais son poing ne tomba que sur la table. Il y eut un tintinnabule-\nment de verres à bière, et les dernières syllabes d'une de ces formidables\nmalédictions thioises mugirent comme un tonnerre lointain. Un simple\néclair de chaleur : la foudre n'éclata pas. Le large front irrité de Welaan\nreprit sa gravité sereine et un peu mélancolique des horizons septentrio-\nnaux. Puis, presque repentant de cette velléité de violence, se rendant\ncompte des égards qu'il devait à l'inexpérience de son juvénile interlocu-\nteur, il l'interpella sur un ton de triste reproche où perçait comme de la\ncompassion :\n   — Henri Conscience! Ne blasphémez pas ce nom, jeune homme! Vous\nignorez l'œuvre de ce génie, de ce bon génie de notre Flandre.\n   Notre intrépide, mais un peu téméraire ami, ne se tint point pour\n battu :\n   — Pardon, mon cher maître. J'ai lu des traductions de ce grand\nhomme. Minces! ses romans! Troubadours et pleurnichards. Beaucoup de\nbleu et de vert quelconques ; pas l'ombre de coloris local. Ni terroir, ni\nracines. Ses paysages : des boîtes de Nurnberg; ses personnages : d'imper-\nsonnels fantoches taillés dans le même buis et au même couteau par les\npensionnaires des Centrales; ses amoureux : de radieux béats de keep-\nsakes...\n   — Ah! les traductions! Voilà les conséquences de la traduction! inter-\nrompit Welaan. Tenez, voulez-vous avoir une idée de l'œuvre de Conscience,\nde l'esprit de l'œuvre...\n   Ce disant, il alla vers sa bibliothèque et en retira une plaquette aussi\nusée, aussi jaunie que le paroissien d'une dévote indigente.\n   Rikke-Tikke-Tak!       Voici qui convient. Quelques pages suffiront pour\nma démonstration. Je ne verserai pas dans l'erreur — pour rester poli —\nque je reproche aux traducteurs français de Conscience, en traduisant phrase\npar phrase et mot par mot la médullaire prose flamande. Non, je transpo-\nserai cette nouvelle à votre intention ; je vous la raconterai telle que je la\nsens, je vous la ferai lire entre les lignes à l'aide d'équivalents français...\nL'épreuve vous convient-elle?\n   Tous, sans en excepter le blasphémateur, nous protestâmes de notre\ncuriosité et, à la façon d'un prédicateur s'inspirant d'un texte évangélique,\nWelaan consulta les premières pages du livre et commença, lentement,\npresque en psalmodiant :\n   — Dans un site quiet et amorti de Campine, entre deux villages que le\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "conteur appelle Desschel et Ralleghem, se dresse une ferme qui ne dirait\nrien au passant non initié. Sous son revêtement de plantes grimpantes, la\nfaçade percée de deux fenêtres glauques offre la physionomie d'une aïeule\nqui sommeille, cligne des yeux, dodeline du chef derrière les dentelles de\nses coiffes. La porte charretière s'ouvre sur l'étable où des vaches luisantes\nruminent, dans un clair obscur mordoré ; les poules picorent les restes de\nla pâtée du chien de garde ; une perchée de pigeons couronne le toit de glui\net, dans l'air vif, le purin s'évapore comme une cassolette.\n   Le bonnet d'une fille de ferme paraît au dessus de la haie et bat des ailes\ncomme un grand papillon blanc. La voix rude d'un gars se mêle au cahot\nd'un attelage qui roule vers la ferme, toujours prêt à s'enliser dans le sable.\nEtres et choses font relativement peu de bruit, ne se meuvent que lentement,\ncomme à regret, et la nuit réduit facilement cette activité dérisoire, à un\nsilence absolu...\n   Immense, la plaine investit la borde solitaire :\n   C'est d'abord un courtil planté de pommiers avares, puis des pacages\nbourbeux où s'épanche un avorton de ruisseau escorté de quelques aulnes ;\nalors seulement commencent les garigues, les sablons tachés de genêts d'or,\nles nappes de bruyères vineuses, le tout trempé dans une atmosphère tou-\njours humide, dans des vapeurs d'opale qui se dégradent à l'infini.\n   Aux premières années du règne de Napoléon I er , de fort grand matin,\nil y avait toujours dans la chambre principale de la ferme une intéressante\njeune fille aux yeux presque trop grands et trop noirs pour un visage si\npâle et si allongé.\n   Assise dolente, devant son rouet, elle chantonnait un refrain dont le\nrhythme fougueux et les paroles martiales contrastaient étrangement avec\nla voix chétive de la fileuse :\n\n                           Ric-tic Attaque\n                           Ric-tic Atout !\n                           Hauts les bras.'\n                           Chauds les fers!\n                           Francs les coups.'\n                           Rie-tic! Atout.'...\n\n   Régulièrement en descendant à son tour, la fermière gourmandait sa\nservante, une enfant abandonnée, une orpheline, et non contente d'exploiter\nson malheur, de l'outrer comme une bête de somme, la mégère s'oubliait\njusqu'à la molester.\n  Il advint que le chien aveugle fut trouvé mort de vieillesse un matin\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "                                    — II    —\n\n\ndans sa niche. Du coup, l'avare baesine imputa cette crevaison, à la négli-\ngence de la pauvre Lena et pour châtier la prétendue coupable, elle imagina\nde lui faire remplir l'office de la brute :\n    — Ah ! fainéante, bourrique, tu as laissé mourir de faim le pauvre Spits !\n Eh bien, pour t'apprendre, c'est toi qui le remplaceras et au lieu de t'en-\ndormir sur ton rouet, tes pattes feront tourner le moulin à battre le beurre !\n    Pour la première fois, la passive Lena se regimbe. C'est trop d'ignominie\nà la fin ! Devant cette résistance imprévue, la fermière écume de colère,\n s'élance sur la rebelle, la renverse, la roue de coups. La victime se laisse\n traîner sur la dalle, inerte, trop faible pour se défendre mais trop fière\naussi pour se plaindre, et prête à mourir plutôt que de consentir à cette\nabjection.\n    — Allons, au moulin, la chienne! Tu y passeras... Dussé-je t'y pousser\nà coups de fouet!\n    Mais soudain un troisième personnage se précipite dans la pièce et dégage\n la victime en empoignant vigoureusement la fermière par le bras.\n    C'est Jan, le jeune baes, le fils unique de la veuve Daelmans : un solide\nblondin de dix-sept ans, tête ronde, physionomie à la fois douce et volon-\n taire, des yeux bleus pleins de foi, des narines où palpite l'espérance, des\nlèvres débordant de charité ; la chair musclée, les membres épais et solides ;\ntoute sa personne attachante dans sa gaucherie même et dans sa saine frus-\ntesse.\n    Il était en train d'atteler son cheval à la charrue et le bruit de cette tuerie\nl'a rejoint dans la cour.\n    — N'avez-vous pas honte, ma mère ! dit-il en s'empressant de relever\nLena. Ecoutez bien, je suis las de ces horreurs et c'est la dernière fois que\nje vous menace : si jamais vous levez encore la main sur cette pauvresse, je\nvous abandonne; oui, je le jure...\n    Il va s'engager par un terrible serment, mais Lena lui met la main sur les\nlèvres : « Merci, Jan, fait-elle, c'est fini à présent!\n    Et, sans ajouter une plainte, elle se rend à l'étable, détache la génisse, et\nla mène, le long du fossé, vers le pâturage.\n    A l'endroit où la bruyère inculte rejoint les prairies marécageuses, se\ntrouve un renflement de terrain planté d'un hêtre. Lena s'assied au pied de\nl'arbre, lâche la longe de la bête, et, machinalement, ses lèvres rhythment le\nrefrain bizarre :\n                            Hauts les cœurs !\n                            Chauds les fers !\n                            Francs les coups!\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "                                  —   12 —\n\n   Les heures de la matinée s'écoulent sans qu'elle s'en inquiète. Elle oublie-\nrait le manger si Jan, son protecteur, ne lui apportait quelques aliments.\n   Depuis longtemps ils se voient tous les jours ainsi, en tête à tête; assis\ncôte à côte sur ce tertre, échangeant de naïves confidences.\n   Le jeune paysan la trouvant encore toute bouleversée des avanies du\nmatin, prend ses mains dans les siennes et s'efforce de la consoler :\n« Oh non, Lena... Tu ne souffriras plus. Ma mère m'a promis de ne plus\nte toucher... Moi, je travaillerai un jour pour toi... Mon affection rachètera\nles torts des miens... Patiente donc, pour l'amour de moi... Sache bien que\nsi tu te laissais mourir on me coucherait bientôt, à côté de toi, au\ncimetière... Ah ! j'aurais tant de choses à te dire, mais je ne sais par quoi\ncommencer. Je ne comprends rien moi-même à ce que je ressens. Mon cœur\nbat si vite!... C'est comme si j'étouffais... Tiens, ce matin encore, en te\nvoyant échevelée et toute meurtrie, j'aurais voulu avoir mille bouches pour\nte faire une robe de mes baisers, une robe balsamique qui aurait transformé\nles mauvais traitements de ma mère en autant de suaves caresses!... Et\nmême maintenant je voudrais t'envelopper tout entière comme l'air tiède\nqui tremble autour de nous... Oh! ne t'effraie pas... Il m'en faut moins\npour être heureux : Presser de temps en temps tes mains, te frôler au\npassage, entendre seulement ta voix, te regarder et rester seul sans rien\ndire, sans bouger, auprès de toi...\n  — Et moi, cher Jan, j'endurerais toutes les haines de la terre à condition\nde garder ta seule affection... Crois-moi, ce n'est pas seulement la scène\nde ce matin qui me rend triste aujourd'hui... Les champs semblent pleurer\nsur moi, et me parlent de séparation...\n\n   Quelques heures plus tard, un colonel de l'armée française chevauchait\nbotte à botte avec son aide-de-camp à travers les landes de Desschel,\nlorsque tout à coup, il arrêta son cheval en donnant des signes de la plus\nviolente émotion. Au milieu du silence vespéral, une voix de femme s'éle-\nvait doucement et dans ce que chantait cette paysanne, le colonel venait\nde reconnaître un refrain que lui-même entonnait autrefois, en manœu-\nvrant le soufflet, en battant l'enclume, en étampant allègrement les fers\ndes roussins, car ce soldat de fortune avait exercé jadis à Westmalle, le\nmétier de maréchal-ferrant.\n   En ces temps lointains, la présence d'une gentille fillette, suivant avec\nune filiale admiration les nobles et plastiques travaux du forgeron, et\nrépétant, après lui, le refrain martial, achevait de lui donner du cœur à\nl'ouvrage. Mais le ferme travailleur perdit sa femme, et de chagrin se mit\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "                                   — 13 —\n\nà boire, négligea son métier lucratif, mécontenta la clientèle, si bien que la\nforge périclita et qu'un jour les gens de justice mirent dehors le pauvre\nrafale et son enfant. Il se vendit à un recruteur et rejoignit l'armée du\npremier consul, après avoir remis à des voisins sa petite fille avec l'argent\nde la prime.\n   Plusieurs années s'écoulèrent. Déjà gradé, l'épaulette à la manche et la\ncroix des braves sur la poitrine, Karel Van Milghem revint au pays pour\nreprendre son cher dépôt, mais ses voisins avaient quitté Westmalle, et\npersonne ne savait ce qu'ils étaient devenus, eux et la fillette confiée à\nleurs soins.\n   Longtemps l'infortuné père parcourut les Pays-Bas, s'informa de sa\nMonique dans les bourgades les plus reculées, interrogea les passants,\nvisita vainement les orphelinats et les asiles. Toujours leurré, toujours déçu,\nsans se laisser décourager, il reprenait ses recherches à chaque trève que\nlui accordait l'infatigable conquérant, son maître. Pour endormir sa\npréoccupation bourrelante, il se battait comme un lion, se complaisait dans\nles dangers et les entreprises les plus surhumaines, et, par une amère\nironie du destin, plus son désespoir augmentait, plus la vie lui devenait\nà charge, plus il rencontrait de prospérités et d'honneurs.\n   Vous aurez deviné que le colonel Van Milghem, reconnaît sa chère\nenfant dans le souffre-douleur de la baesine Daelmans. Naturellement, il\nemmène sur le champ sa fille à Paris et pour Jean Daelmans, Lena est aussi\nbien que morte.\n   C'était une intrigue jusque-là fort banale et fort anodine; très peu de\nchose, en somme, que cette idylle de Jan et de Lena\n   — La Fille du Régiment, en néerlandais !... risqua l'incorrigible plaisant.\n   Barthélemy Welaan ne l'entendit pas ou du moins fit semblant de ne pas\nl'entendre, en homme certain d'avoir le dernier mot.\n   — Une liaison d'enfants, rien de plus, aurait-on pu croire — continua le\nconteur. Quelque cœur que vous accordiez à un paysan, encore n'est-ce là\nqu'un cœur de rustaud, enveloppé d'une membrane trop rude pour que des\npeines aussi subtiles que le mal d'amour accèdent à ce viscère ! Le rural\nflorissant a perdu son amie, la belle affaire ! Il se consolera bientôt en luti-\nnant une autre femelle. Ce gros soupirant a fait son devoir ; admettons\nmême qu'il ait montré plus d'humanité et de chevalerie que ses pareils, mais\npour cette raison même, nous n'en attendons pas davantage. Et je trouve\ntrès naturel qu'en fumant et labourant sa terre, en s'évertuant du matin au\nsoir, le jeune homme oublie cette amourette et que le passé idyllique\npâlisse devant les soucis du présent et du lendemain ; en un mot qu'à l'âge\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "                                  — 14 —\n\nd'homme, las de son platonisme, la sève se montrant plus exigeante, notre\nrobuste camarade, plus copieux, plus monté en ton, s'apparie honnête-\nment, sans répugnance et sans phrases, à une ronde pataude de sa paroisse,\ndiligente et sanguine comme lui\n   Que vous connaissez mal, alors, nos paysans de Campine ! Il en alla tout\nautrement de Jan Daelmans et son cas n'est pas exceptionnel dans , ce pays\nd'imaginatifs.\n   Oui, depuis le départ de Lena, la chanson du joyeux ferrant de West-\nmalle hanta le jeune baes de la ferme Daelmans. Et, pour lui, ce chant ne\nfut pas le refrain sans conséquence que le roulier sifflote machinalement en\nentrechoquant ses sabots et auquel il n'attache pas plus de signification\nqu'à la fleur cueillie au bord de l'accotement et dont il mâchonne la tige\npar désœuvrement et qu'il rejette avec la même indifférence dans l'ornière.\nJan Daelmans fut complètement possédé par cet air.\n   Comme autrefois Lena, il se lève avant les autres pour se trouver seul\ndans la grande chambre. Il s'éternise devant le rouet et l'escabeau aban-\ndonnés par la pâle fileuse. Peut-être attend-il que le rouet s'anime aux notes\ndu refrain coutumier?\n   Mais on marche au dessus de sa tête dans la soupente. Avant que sa\nmère le surprenne, il s'empare d'une houlette et s'esquive rapidement. Il\nva, — toujours comme l'absente, — le long de l'aunaie, au bord de la\ndouve où s'abreuvait la génisse, il atteint le monticule où Lena s'asseyait,\noù il la rejoignait en cachette au milieu du jour, il se laisse choir à plat\nventre sous le hêtre, et, redressé sur ses coudes, il embrasse longuement des\nyeux la morne varenne, jusqu'à ce qu'il batte des paupières, et qu'il revoie,\nla désirée, à travers le brouillard d'impérieuses larmes. Le susurrement des\ninsectes, le friselis des feuilles lui chante le refrain fatidique. Alors, il\ns'enfonce le visage dans l'herbe, et se bouche les oreilles auxquelles la\ntorturante mélodie bourdonne comme une guêpe maligne, mais il a beau\nfaire, ses sanglots même rhythment l'air fatal, et sa poitrine s'abaisse et se\nsoulève convulsivement à ces notes martelées.\n   La crise nerveuse passée, il se relève, fait un effort pour s'éloigner mais\nses pieds restent comme attachés à cette place. Il enfonce alors la houlette\ndans le sol, croise les bras sur le manche, repose le menton sur les poings\net demeure ainsi, immobile, en arrêt, les yeux interrogeant la grand'route\nsur laquelle il vit décroître la chaise de poste emportant Lena.\n   La nuit le trouverait planté à la même place si une jeune paysanne, sa\nsœur, dépêchée par leur mère, ne venait le surprendre. La gamine s'est\napprochée de façon à ne pas être aperçue ; sournoisement elle se glisse\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                                   — 15 —\n\nderrière lui, elle lui frappe l'épaule le plus rudement qu'elle peut. Il sur-\n saute et ne répond que par la plainte sourde d'un malade touché à l'endroit\n endolori.\n    Alors, avec la cruelle joie d'une cadette autorisée à faire la leçon au\n grand frère, elle lui rabâche les doléances qu'elle entend proférer chaque\n jour par leur mère :\n    — Jan! Jan! Sois donc raisonnable... Elle est vraiment jolie la vie que\n tu mènes. Penses-tu que notre pain cuise pendant que tu comptes les\n nuages qui passent ! Depuis trois mois te voilà presque aussi fou que l'était\n cette paresseuse pièce qui partit avec ce soldat, son soi-disant père... Ah!\n tu copies fidèlement ses lubies, à cette sorcière!... Comment tout cela\n va-t-il finir? Fi Jan, à ta place je serais honteux! Notre mère garde le lit et\n c'est à peine si tu songes à elle. Veux-tu donc conduire la ferme à sa ruine,\n nous mettre tous trois sur la paille, et toi, finir à Gheel?\n    Sans écouter cette litanie, docile, il marche devant elle, pour regagner\n le logis, toujours plongé dans ses divagations, toujours taciturne...\n    — Hélas, cette blanche sorcière aux yeux noirs s'est vengée de nous sur\nle jeune baes ! gémit la maisonnée.\n    — Ah ! que n'ai-je tué la malfaisante pecque ! glapit la fermière.\n    Ils recourent au curé du village pour rappeler le malade à la raison.\n    A son tour le pasteur surprend le gars sur la butte du hêtre et lui reproche\nson apathie inquiétante. Comme Jan ne s'émeut pas plus de ce prêche que\ndes giries de la famille, le prêtre s'impatiente et lui montrant le hêtre :\n— Mais, malheureux garçon, tu veux donc que ta mère accomplisse sa\nmenace, et que, pour te guérir, elle abatte cet arbre de malheur !\n    Le jeune homme n'a fait qu'un bond, et secouant rudement le bras du\nprêtre :\n    — Abattre cet arbre! Que venez-vous de dire! Ah! que personne ne\ns'avise d'y toucher, car aussi vrai qu'il y a un Dieu, la même cognée\nassommerait le hêtre et le bûcheron !\n    Mais se repentant de cet accès de révolte, une réaction subite l'agenouil-\nlant aux pieds de son pasteur, il se débonde, se soulage comme un pénitent\nau confessionnal :\n    — Après le départ de Lena, je voulus l'oublier, oh! bien sincèrement.\nHélas la plainte du soc retournant la dure me répétait son nom. Dans la\ngrange mes fléaux cadençaient le désolant refrain de la fileuse. Le ramage\ndes oiseaux s'ingéniait à imiter sa voix...\n    Et comme le prêtre l'engage à quitter ces lieux hantés par le souvenir de\nla fille pâle, à partir pour Malines, à faire une retraite au séminaire.\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "                                  —16 —\n\n   — Jamais ! s'exclame Jan, jamais je ne me résignerais à cet exil... Vous\nsouvenez-vous de mon voyage dans les pays wallons, de cette absence de\nhuit jours à laquelle me condamnaient les intérêts de la ferme? Ah ! vous ne\nsaurez jamais la torture que j'endurais !\n   Libre de retourner au pays, chez nous, je marchais tout un jour et encore\nune pleine nuit, sans prendre de repos. O le trop ineffable moment où l'odeur\ndes brûlis me surprit, apportée par la brise matinale ! Je dus m'arrêter, ma\nrespiration s'embarrassait, je chancelai éperdu, enivré, oui, littéralement\nsaoûl. Et plus je humais l'incomparable arôme, plus ma poitrine se gon-\nflait, plus mes oreilles bourdonnaient, plus je me sentais défaillir. M'étant\nengagé dans le premier bois de sapins, ce fut une autre béatitude. Je tombai\nà genoux comme à l'église, je remerciai Dieu, à haute voix — j'ai dû crier\ncomme un fou — de m'avoir accordé cette grâce sans pareille : retrouver\nmon beau pays. Et le rouge soleil levant parut s'avancer vers moi pour\nme communier!... Croirez-vous qu'en découvrant la première touffe de\nbruyère je sois tombé dessus comme un affamé, et que l'ayant cueillie,\navide, safre, je l'aie portée à mes lèvres. Que dis-je? je l'aie mangée avec\ndélices, uniquement afin de rapprocher davantage de mon cœur et de mêler\nà mon sang, la plante tant adorée!.... Et, arrivé ici, ne pensez pas que je\nme sois rendu directement à la ferme... Je courus d'abord reconnaître ce\nhêtre et ces buissons de genévriers... Je leur parlai, je les étreignis, je les\narrosai de mes larmes, comme si j'avais eu affaire à des chrétiens comme\nnous... Ah! tout cela à cause d'elle... Et c'est alors que vous me proposez\nde m'exiler pour six ans!... Non, mon père; jamais, jamais, jamais! »\n   A ce passage, Barthélemy Welaan s'arrêta et passa la main devant ses\nlarges orbites comme pour en éloigner une. mouche importune, mais ose-\nrait-il me garantir, le rude homme, que du même geste il ne cueillit pas une\nlarme perlant à la pointe de ses cils hirsutes, comme tremble une goutte de\nrosée aux barbes des seigles ! D'ailleurs, pourquoi nous en défendre ; nous\nsuffoquions tous et, plus encore que les autres, le blond mondain, celui que\nnous surnommions Fortunio, appuyé contre la paroi, le visage caché dans\nses mains, se détournait de nous pour sangloter à son aise, tant cette page\namoureusement patriale exaspérait, intensifiait toutes les poignantes ten-\ndresses, les facultés aimantes contenues en nos âmes et remuait en nous\ndes fibres que nous ne nous connaissions plus.\n   Le narrateur se remit le premier, et alors, presque radieux de notre émo-\ntion, radieux à la façon des vagues ensoleillées, il poursuivit, mais en con-\nsultant de moins en moins le texte original, improvisant, décrivant de\nmémoire, avec une exaltation augurale.\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                  — 17 —\n\n  — Entretemps, la riche Monique, entièrement au bonheur d'avoir retrouvé\nson père, recouvrait, à Paris, les forces et la santé. Entreprise par des maî-\ntres habiles, la jeune vachère s'était dégrossie. Bientôt elle put assister aux\nbals et aux réceptions. Sa robuste beauté flamande, alliée à une grâce et à\nun charme naïfs, en firent une des reines de la cour impériale. Jan Daelmans,\nlui-même, aurait à peine reconnu dans cette grande brune, rieuse, mutine,\npresque provocante, épanouie comme une rose thé, sa liliale et dolente amie\nd'enfance.\n   Mais, brusquement, la métamorphose s'arrêta et, par gradations insen-\nsibles, ce regain de santé, cette exubérance s'amortirent, cette turbulence,\ncette joie de vivre se calmèrent, et, dès le second hiver, son ancien penchant\nà la rêverie reparut, penchant discret, petits airs penchés que l'Ossian de\nMacpherson allait mettre à la mode et qui paraient Lena d'un nouveau\nmontant.\n   Aux accords de la musique de bal, emportée dans le tourbillon de la\ndanse, elle demeurait subitement distraite, perdait la mesure, s'arrêtait sur\nplace. Au milieu d'un entretien aimable et frivole elle oubliait de répondre\nà son interlocuteur, le regardait sans le voir avec une étrange obstination,\net, interpellée, rendue au sentiment du salon où elle se trouvait et des\ncavaliers qui lui faisaient leur cour, elle semblait se réveiller, sortir d'un\nrêve, choir de quelque ciel. Elle-même était la première à rire de ses\névagations. Mais elle cachait la nature de ces « absences ». Peut-être ne se\nrendait-elle pas compte des influences qui l'arrachaient à son milieu et à son\nnouvel entourage. Ces retours en arrière, furent très vagues, très inof-\nfensifs en commençant :\n   En pleine assemblée mondaine surgissait le grand hêtre ombreux, isolé\ndans les sablons. Ce n'était plus les pas cadencés des danseurs et les soupirs\ndes archets qui faisaient frémir et vibrer le cristal des girandoles, ce n'était\nplus des vétérans en uniformes chamarrés qui se confondaient en révérences\ndevant d'éblouissantes maréchales : la brise passait dans la lande, épar-\npillant la poudre d'or des genêts, et les bruyères frissonnaient, frileuses et\nparfumées.\n   Monique, ou plutôt Lena, revoyait-elle le hêtre et le mamelon, hantés\ncomme ils l'étaient depuis son départ, par la figure pitoyable d'un jeune\nrustre qui tendait vers elle ses mains terreuses et la conjurait de ses pru-\nnelles humides? Mais plus d'une fois, au moment où un glorieux muscadin\nen habit bleu barbeau à boutons d'or, cravaté de dentelles, venait l'engager\ncérémonieusement à la danse, la fière demoiselle s'emparait de ces mains\nformalistes avec une avidité fiévreuse, les pressait énergiquement dans lès\n                                                                        2\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "                                   — 18 —\n\nsiennes, dévisageait avec une persistance étrange le cavalier très interloqué,\npuis, déçue, sans s'excuser de sa méprise, le repoussait brusquement et se\nhâtait de quitter la fête.\n   De passagères et anodines qu'elles étaient, ces visions devinrent de plus\nen plus fréquentes et redoublèrent d'intensité. Sous cette obsession, Monique\nprit en horreur la vie brillante où elle s'était jetée avec une sorte de frénésie;\nbouda les cercles aristocratiques, s'abstint de paraître à l'Opéra et à la\nComédie-Française, et rechercha, comme en son enfance, la solitude et le\nrecueillement. A présent, elle demeurait de longues heures dans le coin le\nplus sombre de ses appartements ou, assise à la fenêtre, ses yeux suivaient\nle vol des nuages chassés vers le Nord et ses lèvres, s'entr'ouvrant sous\nl'action d'une occulte puissance, murmuraient le refrain rhythmique de la\nblanche fileuse d'autrefois.\n   Peu à peu sa carnation d'opulente rose thé se fondit, s'effaça pour faire\nplace à la pâleur filiale et diaphane et ses yeux parurent de nouveau trop\ngrands et trop noirs pour son blanc et mince visage.\n   Le général Van Wilghem, qui n'avait que combattu mollement les dispo-\nsitions bizarres de son enfant gâtée, finit par reconnaître la gravité du mal,\net, sur l'avis des médecins, songea à marier sa fille avec son aide-de-camp,\nvaillant et loyal garçon qu'il chérissait à l'égal d'un fils et qui portait\ndepuis longtemps à la fantasque héritière un amour aussi ardent et aussi\ninépuisable que sa bravoure.\n   Consultée, la jeune fille déclara à son père qu'elle n'éprouverait jamais\npour ce soldat d'élite qu'une affection toute fraternelle. D'ailleurs, elle pré-\ntendait ne ressentir aucun malaise, ne convenait pas de la peine sourde et\nimplacable que révélaient ses pâles couleurs.\n   Enfin, un jour que son père éploré était parvenu à l'émouvoir, à\nforce de supplications, elle lui avoua, avec la pudeur d'une vierge qui\ntrahit son secret d'amour, son désir impérieux, inéluctable de revoir la\nCampine.\n   Le voyage, décidé sur le champ, ajourné malheureusement par les évé-\nnements politiques, finit par s'accomplir. Il était grand temps : l'état de la\nmalade empirait à vue d'œil.\n   Les frontières flamandes sont franchies ; ils atteignent Anvers, une ber-\nline les conduit à leur nouvelle demeure, un de ces nobles et superbes hôtels\nde la Place de Meir déserté par un patricien proscrit sous la Terreur. Au\nmoment où la voiture va s'engager dans l'allée cochère du palais,\nMonique, jette un grand cri. Le général l'interroge avec anxiété :\n   — Oh! ce n'est rien, mon père... Mes yeux ont rencontré ceux d'un\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "                                  — 19 —\n\nmendiant déguenillé, posté contre une borne, et telle était l'expression\nobstinée de ses regards, qu'ils me traversaient le cœur ; si j'ai crié, c'est\nque ce pauvre ressemblait à Jan Daelmans... Mais ce n'est pas lui, j'en\nsuis certaine à présent...\n   La faiblesse et la fatigue de Monique empêchent les voyageurs de pour-\nsuivre leur voyage jusqu'en Campine. La moindre aggravation du mal la\ntuerait.\n   Le père, assis auprès de la malade, épie, l'âme ulcérée, les ravages de la\nconsomption sur cet idéal visage.\n   Obstinément, la jeune fille ne sort de ses longues prostrations que pour\nfredonner d'une voix très douce, presque éteinte, le fatidique couplet du\nmaréchal-ferrant. Même, pendant son sommeil, les syllabes mortelles per-\nsécutent ses lèvres.\n   — Toujours cette chanson ! Elle alimente ta tristesse, chère enfant ; tu\nm'aimes donc bien peu que tu persistes à te faire du mal... Ah! si tu\nvoulais !...\n   Et, de nouveau, son père la conjure d'épouser l'aide-de-camp.\n   — Non, je resterai libre... je ne veux appartenir à personne... Laisse-moi\nrester comme je suis ou plutôt redevenir ce que j'étais, mon père !\n   Il insiste. Lorsqu'ils habiteront Desschel, dans leur natale Campine,\nquelle jouissance pour elle, de parcourir la contrée élue en compagnie d'un\népoux digne de son rang et de ses perfections... de visiter à deux le hêtre\nfavori, les genévriers bizarres, tous ces objets qu'elle ne cesse d'évoquer et\nqu'elle pourra bientôt bénir et palper de ses mains ferventes !\n   — Oh! oui, père, que ce serait un grand bonheur! Mais le compagnon\nque tu me recommandes n'est pas un fils de notre Campine!... Compren-\ndrait-il la chanson suggestive du grillon? L'ombre et les murmures des\nsapins ont-ils présidé aux ébats de son enfance? L'infini de la plaine et son\nincommensurable horizon ne sembleraient-ils pas monotones à ce nomade\net capricieux enfant des monts, avide de déplacements et d'aventures...\n   Elle s'interrompt.\n   Elle a changé de couleur, son teint s'est subitement avivé, un sourire exta-\ntique s'épand sur ses lèvres frémissantes. Elle joint les mains, lève les yeux\nau ciel. Elle semble un de ces anges de marbre, immobiles sur les tombes;\nelle est blanche, elle est belle, mais sa beauté fait mal.\n   Quelle musique plonge la malade dans ce ravissement?\n   Le général prête l'oreille à son tour.\n   Et de la rue, sous les fenêtres, monte très distinctement jusqu'à eux le\nrefrain hallucinant, modulé avec un accent de mélancolie et de tendresse\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "                                  — 20 —\n\nindéfinissables par une voix d'homme jeune, un peu rauque, un peu étran-\nglée.\n   Quoi, toujours cette chanson maudite! Une nouvelle dose de l'implacable\npoison qui lui reprend sa fille! Puis, n'est-ce pas de l'humble origine du\ngénéral Van Wilghem que se moque l'impudent refrain !\n   Furieux, le vétéran sonne ses laquais et leur ordonne de lui amener, de\ngré ou de force, le maraud qui les nargue et les persécute de son abomi-\nnable complainte.\n   Le pauvre hère que la valetaille empoigne et traîne non sans le rudoyer\ndevant le maître, n'est autre que le mendiant loqueteux que la malade\nentrevit par la fenêtre de sa voiture.\n   En reconnaissant, non sans peine, dans cette apparition lamentable,\nl'ancien protecteur de sa petite Monique, la colère du général tombe brus-\nquement ; il recule consterné, presque honteux de son humeur :\n   — Vous, Jan Daelmans ! Vous, dans cet état!....Vous,réduit à ce point!...\nAh! c'est mal de ne pas avoir songé à vos amis! Que ne nous informiez-\nvous de votre dénuement ! N'êtes-vous pas notre créancier pour la vie ?\n   Et, s'approchant d'un meuble, il fouille dans les tiroirs : on entend bruire\ndes pièces d'or.\n   De l'or à Jan Daelmans? De l'or à ce féru d'amour? Vous n'y songez\npas, général! Il désirait simplement vous confesser le secret de sa vie, et\ndire ensuite, avant de partir pour de bon, un suprême adieu à son amie d'en-\nfance :\n   Ah! général, ces insultantes largesses le chassent plus brutalement que\nne pourraient le faire vos estafiers! Et Jan se traîne, le cœur brisé, vers la\nporte.\n   Mais cette crispante épreuve a vaincu les dernières hésitations de\nMonique. Impossible de se contraindre plus longtemps! Mue par une force\nsurnaturelle, elle se précipite pour couper la retraite au paysan et s'affaisse\ndevant lui en s'écriant : « Reste ! Reste !... » avec un accent qui révèle au\njeune homme une passion au moins aussi ardente que celle qu'il lui porte.\n   Cette minute ineffable le paie largement de son long purgatoire.\n   Le père a compris, et, pantois, sourcilleux, ne sait encore à quoi se\nrésoudre.\n   Alors, entraînant son Jan, elle tombe, avec lui, aux pieds du vieux sol-\ndat, et elle le conjure avec des paroles et des accents qui réduiraient en\nfleuves de larmes les montagnes de granit :\n   — 0 père, pardon!... Retenez-le ou j'expire! C'était ce Jan, lui seul,\ntoujours lui, que je voyais et que je regrettais, et que je voulais... C'est son\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "                                   — 21 —\n\n\nabsence qui me tuait... Il est mon frère, mon doux protecteur, mon bien-\naimé!... O Dieu, il s'en irait une seconde fois, je ne l'aurais retrouvé que\npour le perdre à jamais! N'est-ce pas que vous ne voulez pas qu'il parte,\nmon père?... Voyez, Jan me rend la vie, Jan m'a guérie; donnez-le moi...,\ndonnez-le moi!...\n   Et, se relevant, sans attendre la réponse du père, Lena se précipite\néperdue dans les bras du paysan. Le cœur sous les haillons, le cœur sous\nles dentelles, battent l'un contre l'autre. Des regards, comme jamais n'en\néchangèrent les plus violents possédés d'amour, se disent l'accablant\ninfini de leur mutuel désir.\n   En les voyant accolés, haletants, oppressés, si amoureux qu'ils en\nrâlent, si jeunes, si beaux, si émaciés, si pâles, tristes pénitents d'amour,\népuisés par le plus cruel des jeûnes, le général sent fléchir son orgueil et sa\nvolonté. Pauvres êtres ! Ils sont tellement à bout de forces que s'il disait\nnon, en ce moment, ils expireraient dans les bras l'un de l'autre.\n   C'en est fait. Deux larmes lentes et lourdes comme le givre qui s'égoutte\ndes branches chenues, au premier rayon printanier, tombent lentement sur\nsa moustache de grognard, et, tout autre consentement lui restant dans la\ngorge, il ouvre des bras paternels à Jan Daelmans.\n\n   Après quelques minutes de poignant silence, Barthélemy reprit avec plus\nd'onction encore :\n   L'histoire de Jan Daelmans et de Monique Van Wilghem, cette idylle\npassionnée symbolise pour moi, les amours du Flamand et de la Flandre.\n   Un jour la Flandre candide s'enfuit au bras d'un tuteur puissant qui\nl'étourdit dans les fêtes, la grise de luxe, la leurre d'une apparente félicité,\net rêve de l'unir au Welche. D'abord, l'appétissante et plantureuse héritière\nprend goût à ces distractions, à ces passe-temps frivoles, à ces déduits\nsuperficiels. Heureuse et fière de ces hommages, de ces adulations, de ce\nchangement survenu dans son existence jusqu'alors laborieuse et guerrière,\ntraversée de périls, pleine de luttes et d'héroïsme, la fille préférée de la\nGermanie, semble renier son origine et son passé. Mais un jour, la chanson\ndes terribles ferrants de Gand et de Bruges, des virils communiers, des\nKlauwaerts, grands tombeurs de Welches, lui remonte aux lèvres :\n\n                            Hauts les bras !\n                            Chauds les fers!\n                            Francs les coups !\n\n   Elle se réveille. La nostalgie lui étreint le cœur : elle se consume en\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "                                  — 22 —\n\n\nregrets et en désirs. Elle halète après son simple et rude compagnon\nd'enfance; il lui tarde de se régénérer dans ses viriles étreintes, de n'appar-\ntenir qu'à lui.\n   De son côté, l'ami féal rappelle aussi de toute la force de ses farouches\ntendresses, l'inconstante et désirable créature.\n   En vain, pour le guérir de cet amour inextinguible, des conseillers\ntimorés et de sang rassis ont-ils voulu le consacrer au service du Seigneur\net l'arracher aux félicités profanes.\n   — Oublie ton ingrate Flandre lui ont suggéré ces conseillers, tourne tes\nregards vers Rome. N'aie plus de Patrie en dehors de l'Eglise. Applique-toi\ncette parole évangélique : « Ma Patrie n'est point de ce monde! »\n   Mais, efforts stériles! Paris n'agit pas avec plus d'influence sur la\nFlandre que Rome n'a d'action sur le Flamand. On a beau parler une\nlangue étrangère autour d'elle, la parer d'ornements hybrides, l'affubler\nd'une toilette d'emprunt, tenter de la défigurer peu à peu, exiger d'elle le\nmépris de son ancienne condition, à certaines heures, de plus en plus\nfréquentes, la Flandre se rappelle ses travaux, ses victoires, et va jusqu'à\nregretter son long martyre.\n   Entretemps, furieux de n'avoir pu l'attacher immuablement à Rome, les\nconseillers du Flamand l'expulseront de son bien, le voueront au vagabon-\ndage et à la mendicité. Et seuls les pauvres gens, les braves cœurs du\npeuple, les humbles femmes prendront pitié du gueux flamand qui se\nconsume d'amour pour sa Flandre !\n   Jusqu'au jour où elle te sera rendue, ta brune Patrie, ô mon féal garçon,\nmon blond Germain aux yeux bleus ! Jusqu'au jour promis où, à ta vue, la\nFlandre aussi exposée que toi aux séductions et aux convoitises de\nl'étranger, la Flandre qui rompit les chaînes fleuries de la France comme\ntu tins en échec la Rome pontificale, jettera ce cri rédempteur : « O ! Dieu\nrends le moi, lui seul peut me sauver ! »\n   « Puisse le Ciel écouter alors cette prière et vous réunir pour jamais, ô\nFrère, ô Patrie! »\n   Le vieux Welaan prononça ces derniers mots avec une exaltation prophé-\ntique. Chacun de nous dit amen, à cette patriale invocation.\n   Et comme à Jan Daelmans il me sembla que le soleil natal — mais un\nsoleil couchant — venait de me communier...\n\n                                                 GEORGES EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 27, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "VERS ALLÉGORIE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTES CURSIVES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "VERS\n            ALLÉGORIE\n\n                                     A Louis DELATTRE.\n\nJe vois, dans un jardin  frileux\nDont la fine ramure noire,\nSous des bourgeons roses et bleus,\nS'orne d'un printemps illusoire,\n\n\nDans un grand jardin sérieux\nOù, près des charmilles lassées,\nPleure en jets d'eau mystérieux\nLe sang des fontaines blessées,\n\n\nAu son de rebecs maladifs\nEt de frêles flûtes doussaines,\nUn cortège d'enfants tardifs\nPromenant leurs grâces malsaines.\n\n\nIls mêlent dans un carnaval\nTous les temps et tous les costumes :\nL'un à pied, d'autres à cheval,\nOu dans des carrosses posthumes.\n\n\nEnfancons malingres, pliés\nSous leurs casques et leurs rondaches,\nPlus petits que leurs boucliers\nEt plus légers que leurs panaches !\n\n\nRoitelets aux gestes hautains,\nMinimes marquises espiègles,\nPortant à leurs poings enfantins,\nAu lieu de perruches, des aigles.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 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yeux     étrangers,\nOù l'or du soir palpite et sombre,\nBaignent de rayons mensongers\nLeurs chairs de lys éclos dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "                 — 25 —\n\n\nLeur gaîté, comme un vol d'oiseaux,\nSaigne et s'étrangle dans leur rire,\nEt je crois voir au fond des eaux\nDanser des figures de cire.\n\nProjets de mon cerveau lassé,\nDésirs aux bottes de sept lieues,\nCaprices d'un soleil glacé,\nTulipes noires, roses bleues,\n\nAinsi vous naissez, trop petits\nDans ce beau jardin de mensonges.\nEnfants de mes fiers appétits,\nMarionnettes de mes songes!\n\n\n            LADISLAS LASKI\n\n                    (1573)\n\nJeune et las, la chair allouvie,\nPrince d'intrigue et de hasard,\nDans son palais de Cracovie,\nL'ami du seigneur de Ronsard,\n\nLe roi de Pologne regarde\nDe ses lourds yeux noirs l'enfant qui\nVient de s'enrôler dans sa garde,\nLe fils du palatin Laski.\n\nDix-sept ans : grâce fière et fine ;\nGlaive vierge dans son fourreau;\nDes élégances de dauphine ;\nDes férocités de bourreau.\n\nToute l'indolence des Slaves :\nCheveux ondes, pâles et longs,\nGrands yeux verts du soleil esclaves,\nVoix de luths et de violons;\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "                    — 26 —\n\n Front lisse et limpide qu'enchante\n Une chimérique toison,\n Gonflé d'une veine méchante\n Qui le barre comme un blason;\n\n Hanches féminines et minces\n Où couve d'un sommeil menteur,\n Pour l'ennui maladif des princes,\n La force du gladiateur.\n\n Son corps svelte, liane et soie!\n Aux ondulations de lac,\n Son corps de paresse et de joie\n A des bercements de hamac,\n\n Et sous les martres zibelines\n Et les joyaux à l'œil ardent,\n Toutes vos caresses félines,\n O créoles de l'Occident!\n\nDans l'or des prunelles virides\nRêve une perfide Arkhangel\nOù les pommes des Hespérides\nRosissent des arbres de gel.\n\nOn croit voir, quand son rire éclate\nEn lazzi cruels et fleuris,\nDes vipères à tête plate\nJouer avec des colibris.\n\nEchanson d'étranges caprices,\nSait-il à qui seront versés\nCes vins d'étoiles et d'épices,\nSes baisers fervents et glacés ?\n\nL'orage d'un fier destin gronde\nAu fond de cet adolescent,\nEt sa douceur est si profonde\nQue l'on s'y mire en frémissant.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "                                      — 27 —\n\n\n                 Le prince et l'éphèbe se toisent,\n                 Et dans un échange d'éclairs,\n                 Escrime équivoque, se croisent\n                 Les yeux noirs avec les yeux     verts.\n\n                 Sans trembler Ladislas regarde\n                 Ce roi tel qu'il l'avait songé :\n                 Le regard vert, jusqu'à la garde,\n                 Dans le regard noir s'est plongé;\n\n                Et les prunelles sanguinaires\n                Du calme enfant victorieux\n                Ont les lueurs visionnaires\n                D'un cliquetis silencieux.\n                                                        ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 27, "page_fin": 32, "titre_corps": "Notes cursives", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "NOTES CURSIVES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "NOTES CURSIVES\n                                        I\n\n              Pour aimer réellement, il faut beaucoup oublier. Oh! cette\n               indulgence qui ne se rembourserait pas en détail, cette\n               chaude, entière mansuétude, fière et discrète, au point de\n               laisser ignorer son démérite, à l'être chéri, l'empêcher de\ns'apercevoir de sa faute. Les lâches et avares rémissions dont s'enorgueillit\ncelui qui pardonne, qui lui créent une supériorité sur son ami, sur son\namant ; presque une sorte de chantage ! Grâces amères et pesantes ! Etre à\ntoutes les heures, chaque jour, avec ses joies et ses douleurs, à la merci\nd'un regard, d'une parole équivoques ou venimeux qui, vous arrachant\nà l'exaltation parmi laquelle vous vivez, vous entraîneront à l'écart et\nvous rappelèrent : — « Voici, vous avez péché, mais MOI,— je vous ai\npardonné ! »\n\n                                       II\n\n   Ecrire des œuvres tristes, endolories, souriantes d'un malsain et vindi-\ncatif sourire, et penser que si peu suffirait pour éteindre le facile rictus des\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "                                   — 28 —\n\n\nsceptiques et des railleurs, leur conférer une peut-être éternelle éloquence :\nune minute de ce vil courage physique.\n  Mais, ce serait acquérir la Gloire, à trop bon compte.\n\n\n                                      III\n\n   Schopenhauer définit la Pitié, un sentiment primordial, pur et spontané,\nsans autre mobile ni aliment que lui-même. Il en fait, je crois, le fonde-\nment de sa Morale. Abstrayant ces deux assez grossiers et rudimentaires\nressorts : celui du chrétien et « faites à autrui ce que vous voudriez qu'on\nvous fît » — la charité, pratiquée en secret, hors de toute ostentation\nphilanthropique, de tout espoir de récompense, ne dériverait-elle encore\nde quelque égoïsme sublimé, d'un plus diabolique et damnable amour-\npropre ?\n   Ce serait comme un miroir adulateur que l'on se présenterait, à soi-\nmême; un reflet ennobli, très doux à l'orgueil intime de son cœur.\n   La Miséricorde, si fangeuse que soit sa source, est louable, pourtant,\npuisque les hommes préfèrent, généralement, se complaire et se glorifier\ndans le Mal.\n\n\n                                      IV\n\n   Assister quotidiennement à des funérailles : la plus infaillible des\ngymnastiques misanthropiques. Mais, pour pénétrer le fond de l'ignominie\nmondaine, se plonger au plein de la boue, il faudrait pouvoir être, tour à\n tour, avocat, médecin et confesseur, ou, — plus simplement, — s'instituer\n  usurier et limiter son trafic à cette espèce de gages : — les souvenirs de\n  famille !\n\n                                        V\n\n    Les lithographies de Redon semblent d'un art, en quelque sorte, passif ;\n la collaboration excessive imposée au spectateur explique la rareté des\n esprits qu'elles émotionnent.\n     Burlesques, ces dessins, pour les âmes vulgaires ; elles en rient, raisonna-\n  blement, d'ailleurs. D'autres, devant ces frissonnantes gravures, s'enivrent\n  de leurs rêves, de certains de leurs rêves où, à la contemplation, des songes\n   se projettent. C'est par quoi, un album de ce prestigieux aérolithographe\n   est signe.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "                                   — 29 —\n\n\n  Les uns s'attachent au sens perceptible et palpable de l'œuvre et se\nmoquent; les derniers y amarrent leur imagination et se laissent entraîner\nà une dérive douce et taciturne.\n\n\n                                      VI\n\n   ETHIQUE — ESTHÉTIQUE — ces mots paraissent mieux que paro-\nnymes. N'est-il pas très plausible que la vilenie, la bassesse d'âme du\n« bourgeois » s'engendrent du défaut absolu du sentiment de l'harmonie,\nde tout instinct d'eurhythmie? Ou, plutôt, la connexité s'affirme-t-elle point\névidente de l'inintelligence artistique et du strabisme moral : le laid, phy-\nsique ou métaphysique, doit crisper l'artiste d'une équivalente répulsion.\n   Les louvoyants compromis, les marchés obreptices, les dolosives super-\ncheries, sans danger et masqués de l'ostensible vernis du « comme il faut »,\nn'ont rien qui effare la conscience en spirale du bourgeois. Les plus malpro-\npres infamies subissent une sorte d'incubation, dans son cerveau; il s'y\nfamiliarise, les légitime, à la longue et s'y ventrouille, avec délices; elles\nlui tiennent chaud !\n   La plupart, au reste, ignorants de la hideur de leurs vitupérables calculs\nportent fort allègrement, ce sordide bagage moral.\n\n\n                                     VII\n\n   Les incrédules, — ces logiciens de Panurge, — salueront-ils toujours\nde leurs ricanements stupides, les cures opérées par la vertu de reliques ou\nd'eulogies quelconques ?\n   — Va, dit Jésus à Madeleine, va, la Foi fa sauvée'. Cette promesse est\nvraie dans ses deux interprétations, anagogique et littérale :\n   Si un malade doute ou se défie de son médecin, tous les remèdes, pour\néprouvés qu'ils soient, resteront vains et inefficaces. Or, pourquoi, la\nconfiance étant, au contraire, portée à son paroxysme ; — le patient, à une\nentière et profonde foi, joignant la ferveur la plus parfaite et ardente, —\nl'implicite, donc, et salutaire conviction de la préexcellence des reliques ; en\nd'autres termes, s'il a le désir et le vouloir continus et obstinés de guérir,\npourquoi ne pourrait-il être exaucé ?\n   La Foi le sauverait : un miracle, incontestablement ; et le thaumaturge\nne serait autre que lui-même.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "                                  — 3o —\n\n\n\n                                     VIII\n\n    Les fortunes exorbitantes et presque fabuleuses, accumulées par certains\n ignorants, absolument illettrés (Mackay, etc.).\n    La lucide intelligence, l'invincible et roide énergie de ces hommes sont\n indubitables; mais leur totale ignardise serait-elle pas, pour eux, assimi-\n lable aux œillères que l'on met aux chevaux? Elle les empêche de dévier\n de la route directe que leur but éclaire, les soustrait aux hésitations, aux\n scrupules, aux vides spéculations, leur interdit de disperser leur prodigieuse\n force de volonté.\n    Ils ne possèdent qu'une idée, simple, nette, précise, qu'une ambition,\n mais véhémente, mais tenace, — rien ne les en distrait, et cela est irré-\n sistible.\n\n                                      IX\n\n    Les gens sensés argumentent : « La multitude est mauvais juge, soit, et\n vous la récusez; cependant, convenez qu'elle finit par prononcer le dernier\n mot, dans l'avenir !»\n   Non, ce raisonnement même est faux et captieux : l'ouvrage actuel, con-\n temporain, soumis à la foule, celle-ci l'ignore, le dédaigne, l'acclame ou le\n conspue : cela n'a pas la moindre importance. Mais une élite, seule, se\npréoccupe des œuvres du passé, leur perpétue la gloire — épurée, toujours\n — ou les rejette au définitif oubli : les artistes vivants forment, par consé-\nquent, l'aréopage qui, sans craindre ici l'inévitable reproche de partialité\nou de vénale jalousie, — entérine ou casse les arrêts des précédentes géné-\nrations.\n   Le verdict du temps est donc, très souvent, équitable, parce qu'il se pro-\nmulgue non par la majorité, — par la minorité.\n\n\n                                      X\n\n   Cette singulièrement passionnante et décisive expérience : Découvrir un\ncerveau intact, une intelligence neuve, dans la plénitude de ses facultés\nd'enthousiasme, un être sensitif, compréhensif, mais d'imagination stérile;\nle transplanter, soudain, des terres classiques dont il sortirait, au milieu de\nla serre surchauffée et ardente où s'érigent les vertigineuses floraisons des\nFleurs du mal; féconder l'humus, ivre de sève, de cet intellect avec les\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "                                 -   31   -\n\nferments exaspérés de la vision artistique moderne ; lire et commenter à\nl'adolescent élu, les pages de l'extraordinaire anthologie : Baudelaire, Poe,\nHuysmans, Dostoiewsky, Villiers, Barbey, Verlaine, Mallarmé et ce mon-\nstrueux Maldoror; lui donner à feuilleter un idéal album : les primitifs,\nGoya, Vinci, Rops, Redon, Moreau; le saturer de quelque ténébreuse\nmusique, d'harmonies triomphales et funèbres.\n   Maléfiquement, l'assiéger des savantes et compliquées circonvallations,\ndes cercles de plus en plus concentriques, de ce merveilleux sortilège ; lui\nfaire subir, enfin, par une patiente et intensive culture, une sorte de com-\nplet déviement de la colonne cérébrale, un. irréparable désorbitement; le\ntransmuer en un être saturnien, lunaire, — privé de ce tout puissant contre-\npoids : la force créatrice.\n   Et, surtout, ne pas se surprendre à aimer son élève, car — quel dénoue-\nment s'offre à pareille aventure?\n\n\n                                     XI\n\n   Un rêve :\n   Une salle des cérémonies de la plus hétéroclite architecture, bornée,\nd'un côté, par d'innombrables colonnes polychromes, sur lesquelles s'enrou-\nlent d'infinies processions hiératiques, des théories de Bœufs Apis et de\nprêtres bleus et rouges, — de l'autre, par de légères fenêtres à jalousies\nmauresques. Au milieu du pavage en céramique pourpre, éblouissant et\nlaqué, sous un dais gris-perle, empanaché de touffes de plumes d'autruche\nnoires, assis dans un trône banal, — le fauteuil doré constitutionnel ! — ce\nbouffon hideux, pontifie, revêtu de son costume mi-parti vert et jaune, la\nToison d'or au col, le chef ceint de la Couronne de Fer. Deux nègres\nluisants, sombres torchères, le contemplent, les yeux écarquillés d'admi-\nration hébétée et d'effroi.\n   Devant ce monarque singulier, tout occupé à nourrir un horripilant ara,\nvert, blanc et rouge, un nombreux cortège défile, fantomatiquement, que\nl'oiseau salue de cris aigus. Vis-à-vis de l'estrade, ces foules héroïques et\nthéâtrales s'arrêtent, font face et se prosternent, mécaniquement, comme\ndes comparses d'opéra, avec une expression fièrement servile.\n    Le hiérarque ne daigne les regarder et agace son auguste perroquet,\ndont le bavardage s'exaspère. Soudain, un remous fait osciller les multi-\ntudes, un mouvement de recul, puis elles s'immobilisent de terreur : — de\ndéchirantes fanfares ont retenti, que la colonnade répercute en échos stri-\ndents.\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 536, "texte": "                                 — 32 —\n\n\n   Les nègres s'effondrent de niaise épouvante ; le kakatoès, juché sur une\npatte, dans une attitude expectante, surveille son maître et suit ses gestes\navec une visible anxiété.\n  Celui-ci, tout à coup, alors, pour signifier, me parut-il, son approbation\nau vœu muet du Peuple, abattant son sceptre sur l'aigrette ébouriffée de la\nbête, clama :\n  — Que le Juste soit crucifié, cette fois encore!\n                                                   ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 32, "page_fin": 33, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "SONNETS", "ancre_fin": "HENRI DE RÉGNIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "STROPHE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 536, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "SONNETS\n                                       I\n\n   C'est pour aller vers toi, Dormeuse séculaire,\n   Qui gis là mieux qu'au fond des antres souterrains\n   Que j'ai sanglé de cuir mes jambes et mes reins\n   Et que l'âpre soleil a hâlé ma peau claire.\n\n   L'obstacle des forêts a tordu sa colère,\n   L'écume m'a caché les horizons marins,\n   Le val d'embûches, gras du sang des pèlerins,\n   Hâta mes pas recrus que la peur accélère !\n\n  C'était si loin et par delà les soirs si loin !\n  Le château de mystère où dormait le doux soin\n  Qui fit ma vie errante hélas ! et vagabonde.\n\n  Que dans la nuit, tombé sans forces, à genoux,\n  Je pleurais à ouïr dans la forêt profonde\n  Buter les sabots vifs des cerfs cornus et roux !\n\n                                  II\n\n  Le flot des lourds cheveux est comme un fleuve noir\n  Sous un ciel sans étoile et sans nuit de Chaldée.\n  Et le berger qui rôde seul parmi le soir,\n  Ignore à quel destin sa détresse est gardée.\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "                                  — 33 —\n\n    La chair triste qui f uit l'étreinte et le miroir\n    Semble avoir peur d'offrir, stérile et dénudée,\n    Son mensonge à des yeux avides de le voir\n    Et tremble d'être nue aux mains qui l'ont fardée.\n\n\n    Cet amour qui fut un orgueil à se sourire\n    Est mort, et le vieux songe élargi pour empire\n    D'un pays de bleus paons, de fleurs et de forêts !\n\n\n    Un mutuel frisson traverse nos paniques\n    A qui l'allongement de l'ombre des cyprès\n    Signale l'eau d'oubli des Léthés fatidiques'.\n\n                                                H E N R I DE R É G N I E R .\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 33, "titre_corps": "Strophe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Vielé-Griffin", "ancre_debut": "STROPHE", "ancre_fin": "FRANCIS VIELÉ GRIFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 658, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "STROPHE\n      C'étaient de gais chemins, entre des chênes, vers\n      la ville, des chemins entre des chênes verts,\n      où le pourceau chercheur de glands fouille et se vautre ;\n     — ce furent des Printemps, ce furent des Hivers — :\nnotre âme d'heure en heure apparaissait une autre;\n     c'étaient de gais chemins où dansait, au travers,\n     la bande des rayons, fleurs de soleil ; et notre\n     âme cueillait tant de calices entr'ouverts\nqu'on ne savait que faire de cette jonchée,\n     bigarrure des bois fleuris et des champs d'or :\n     elle avait emporté de la plaine fauchée\n     (un soir de fenaison cruelle) un grand lys mort ;\nce furent des Etés, ce furent des A utomnes\ntrès lents, émerveillant nos longs rêves aphones\n                                           FRANCIS V I E L É G R I F F I N ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 41, "titre_corps": "Fragment sans titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "FRAGMENT SANS TITRE", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOSTALGIES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "FRAGMENT SANS TITRE\n                                       I\n\n              Non, écoutez, je vais vous dire... et Lilly disait, disait un petit\n               fait quelconque devenu si énorme en passant par son imagi-\n               nation, qu'il lui avait fallu faire une provision de souffle et\n               de paroles pour l'expliquer. Quand, à bout de respiration,\nelle entrebâillait la bouche pour en reprendre une gorgée, on apercevait\nentre deux rangs perlés de dents de lait, sa langue de chatte qui se tré-\nmoussait et les mots se pressaient, se pressaient en foule et, dans leur hâte\nde gagner la porte, se bousculaient sans se faire aucun mal; de temps en\ntemps seulement roulaient-ils à deux ou trois pêle-mêle mettant toute une\nportion de phrases en travers. Elle coupait alors l'histoire d'un « Ecoutez,\nje vais vous dire » ou d'un « N'est-ce pas? » ou de toute autre locution qui\nalentissait la course de son imagination et l'aidait à mettre un peu d'ordre\ndans le cortège.\n   Elle donnait un tour personnel et presque une valeur à ces locutions\nbanales, par sa façon de les glisser vivement, des lèvres, dans la phrase,\ncomme si elle poussait une fiche dans un vide pour étayer son emballage\nde mots. La petite langue dé chatte se fût crue indigne d'être mignonne,\nveloutée et rose, en ne remuant pas constamment. Elle avait une déman-\ngeaison de remplir de mots tous les coins de la minute consacrée à cette\ngrande histoire que Max n'écoutait pas...\n   Il semblait plutôt regarder cette histoire extraordinaire d'un fétu de paille\nqui avait pris feu à l'imagination de Lilly, dont tous les désirs et les coquet-\nteries de femme semblaient se troubler et se fondre aux timidités de l'enfant\nqu'elle était. Ses caprices ressemblaient à ces petites bulles argentées que\nfont les enfants « pour s'amuser » et qui crèvent et s'évanouissent au\nmoindre contact. Elle avait des caprices aussi « pour s'amuser » mais si\nlégers, si volages, si inconsistants qu'ils se fondaient à la chaleur d'un\nregard :\n   — « Vous croyez? »\n   Et son regard bleu pâle, devenu tranquille et grave d'une inébranlable\ngravité, témoignait d'une conviction qui entrait dans la vôtre sans arrière-\npensée et sans doute.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "                                    35\n\n   Il est si fatigant de penser loin. Il est si reposant d'installer ses idées\ndans la pensée des autres, quand la pensée des autres est confortable et\nl'esprit de Lilly, comme son corps aux sensualités douces, aimait se faire\ndorloter. Un rien d'anémie lui poudrait la peau d'une blancheur mate avec\nune touche indécise de bleu sous les yeux; la nature lui avait fardé l'esprit.\nAussi bien que la chair, miniaturant son imagination, assourdinant sa voix,\néteignant l'éclat, matant le bruit de la vie épanouie qui eussent troublé le\nrepliement d'âme de cette sensitive.\n   Ce léger clignotement des yeux à la lumière, l'intelligence l'avait aussi\nà l'éclat trop vif des idées dansantes et brisées comme des rayons dans\nl'eau.\n   La volonté toute éphémère, tiraillée par des nerfs de femme délicate,\nn'avait que ces boutades d'une enfant qu'énerve la faim des choses désirées.\nLe jugement, un simple mirage de raison, ressemblait à ces brillants dont\nles facettes miroitent même lorsqu'elles semblent immobiles. On la disait\nbonne. Sait-on ce que c'est que la bonté? Il y avait en elle, à vrai dire, la\nnégation de toute cruauté; à peine parfois, une pointe de moquerie, une\nesquisse de méchanceté indiquant, par lueurs, une réminiscence originelle :\nc'était, moralement, le geste gamin d'un jeune chat qui ferait à patte de\nvelours le mouvement de griffer.\n   Sensible, de cette sensibilité aiguisée à plaisir qui fait évanouir les femmes\nà la vue d'une goutte de sang, elle portait de préférence sa pitié miniature\naux douleurs de petit calibre. Elle était bonne de toute la faiblesse de son\ncœur velouté qu'il ne fallait pas caresser à rebours ; bonne avec cette câli-\nnerie, cet abandonne penchement de l'être vers ce qui enveloppe et protège,\ncomme si elle se fût sentie pénétrée de la douleur entrevue au point d'en\nsouffrir à l'exclusion de tous les êtres. Elle s'adorait ainsi et jouissait égoïs-\ntement de cette bonté réflexible qui lui revenait toute au cœur, de cette\nparfumante et voluptueuse bonté qui ressemblait à une coquetterie passion-\nnelle.\n   Lemodelédes traits, moelleusement sveltes, et levelouté de la peau, trahis-\nsaient suffisamment, du reste, une créature de douceur. Le nez ingénu, le\nmenton potelé, fosselé, d'une rondeur de pêche, les lèvres roses que ne\nsculptait pas la sensualité, annonçaient l'être de toute enfance qui perdu-\nrait en la femme.\n   — Nous vous attendons, venez de bonne heure ; vous m'indiquerez le\nrôle. C'est dit, n'est-ce pas?\n   Elle s'était levée. Vêtue à l'anglaise d'une toilette noire en fourreau, le\nbuste long, un peu cambré, elle maintenait d'un rond de bras le boa dénoué\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "                                   — 36 —\n\nqui lui glissait à la taille. A travers le petit nuage de ses cheveux blonds\n— des cheveux de lycopode — qui s'envolait par dessus la passe d'une\nminuscule capote fleurie de bruyères bleues, un rayon de lumière oblique\nfusait du couchant :\n   — Oh! la jolie friture de soleil ! dit Max.\n   Elle lui tendit la main en riant :\n   — A ce soir !\n   La matité chaude et veloutée du gant de Suède dont la manchette\ns'entourait d'un cercle d'or à cadenas, donnait quelque chose de voluptueu-\nsement charmeur aux inflexions de cette main petite et sa pression pro-\nlongée dans l'éclat de rire de cette après-midi de printemps, parut à Max\nétrangement nerveuse.\n\n                                        II\n\n   Par la porte entrebâillée, on entendit un instant leurs voix mêlées se\nperdre à la descente de l'escalier. Dans la chambre vide, la vie méditative\ndes choses, matée par ce joli babil, renaissait doucement. Toute une figu-\nration de bibelots d'art, de statuettes, de dessins, de portraits dépliant des\ngestes et des regards, ramenait à flot de silence cette indéfinissable respira-\ntion spirituelle qui soutient et enveloppe chez l'artiste les modulations de\nla pensée.\n   Max, en rentrant, sentit venir à lui cette frôleuse rumeur que son pas,\nson visage, sa voix même n'effarouchaient pas. Son regard s'arrêta à un\nportrait de femme posé seul sur la table de travail : une tête au col nu\ndétachée en clarté d'un fond noir dans un cadre en losange. La tête,\nsoudainement animée, semblait, par un mouvement brusque, s'être posée\nde trois quarts pour appuyer son œil au sien.\n   La physionomie de Max à nouveau s'alourdit de mélancolie. Il s'assit,\nles coudes sur la table, la tête dans les mains, et ferma les yeux pour voir\npasser en lui une de ces images toutes vives en lesquelles se matérialise le\nsouvenir. Brusquement, il se redressa comme à l'entrée de quelqu'un : la\nporte, mal fermée, venait de se déclicheter.\n   Une feuille de papier s'envola de la table ; les deux battants de la fenêtre\nentr'ouverte s'écartaient sous une poussée d'air frais en faisant vaciller du\nmirage dans leurs vitres : un fond de jardin tapissé de lierre sombre et de\ncris d'oiseaux ; des arbustes de lilas poussant de chez le voisin leur tête frisée\ntoute jaune dans la lumière et le brouillis de leurs ramures fines comme\ndes chanterelles; puis, au bord d'un haut mur écaillé, à demi désenfariné\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "                                   -    3 7 -\n\nde son plâtre et montrant de grandes plaies briqueuses, une tabatière bayant\nainsi qu'une coquille d'huître au premier soleil qui frissonnait dans la fraî-\ncheur d'un ciel gris perle.\n   Le dessin de tout cela, peu à peu, s'immobilisait à sa vue, et Max écou-\ntait venir à lui tous ces bruits parfumés, écoutait pousser au soleil la\nmusique printanière du paysage...\n   Rien n'est plus triste que ce calme du temps, cette douceur de la lumière,\ncette subtilité de l'atmosphère et ses profondeurs molles qui se dévoilent et\ncèdent à nos sens en reculant toujours et toujours cet infini à la possession\nduquel tendent nos désirs.\n   Dans ces bouffées d'air jeune et de lumière, il semble que tout le passé\nrevienne. Les maisons qui s'ouvrent au soleil, quand le soleil cogne aux\nvitres, semblent s'ouvrir pour tous les en-allés et, dans la coulée plus lente\ndu jour vers le soir qui tarde, on attend quelqu'un d'aimé qui ne reviendra\npeut-être qu'avec le soir, mais qui reviendra sûrement, car il n'est pas pos-\nsible que quelqu'un manque à cet universel retour, à ces retrouvailles.\n   ... Le soir venait lentement.\n   Max, pénétré d'un frisson que lui communiquait la fraîcheur de l'air\nmêlée à un peu de fièvre, referma la fenêtre et se retrouva seul dans cette\nchambre où stagnaient des parfums refroidis.\n   Il fit quelques pas vers la bibliothèque, revint à la table, alluma une ciga-\nrette, ouvrit un livre qui était là, le referma brusquement sans voir que de\nla cendre était tombée entre les pages et, comme si ses idées avaient changé\nsubitement de chemin, regarda l'heure et monta s'habiller.\n\n\n\n                                       III\n\n — Qui est là?\n — C'est moi.\n — Qui moi?\n — Frédo!\n — Entre donc !\n Max était en caleçon, un caleçon de tissu crême, très fin et soyeux, qui lui\nmoulait, comme une culotte de peau, les cuisses.\n — Dis donc, la fatalité ne te fait pas maigrir.\n — Ah ! mon cher, on ne maigrit plus de chagrin aujourd'hui ; la chair\nmême est devenue sceptique.\n  — Je croyais que « la larme usait le fourreau ».\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "                                  — 38 —\n\n   — Pas chez nous, au contraire ; elle l'engraisse. Les romantiques, à la\nbonne heure ! ils étaient pâles avec des airs de phthisiques...\n   — Dis : poitrinaires, c'est plus chantant.\n   — ... et de longs cheveux. Aujourd'hui, on ne sait plus porter décem-\nment la tristesse.\n   Depuis qu'il y a des couveuses mécaniques et des appareils à engraisser\nle bétail, le corps trouve toujours à se nourrir tant bien que mal. C'est\nl'âme qui fait de mauvaises affaires... Tu n'as pas vu mon bouton de col?\n   — Sur la cheminée.\n   — Sacrée pendule ! Quelle heure as-tu toi ?\n   — Cinq heures.\n   La pendule sonnait sentencieusement son huitième coup de timbre.\n   — Je ne sais rien de bête comme la mécanique. Figure-toi que j'avais un\nréveil-matin dont la sonnerie s'avisait de partir en pleine après-midi. Non,\nmais te figures-tu rien de sereinement idiot comme cette sonnerie tintinna-\nbulant son interminable chapelet malgré mes cris, mes injures : Crrrr!...\nau plein jour d'une chambre, à côté d'un lit vide ! De rage, je l'ai cassé.\n   — Comme cela il ne sonne plus ni matin ni soir.\n   — La Palisse craindrait de l'avouer; moi pas : J'aime mieux cela.\n   Max, qui avait passé son pantalon, parcourait toute la chambre à pieds\nde chaussettes dont les talons, heurtant à plat le sol, faisaient sauter, par\ncontre-coup, les objets sur les meubles.\n   Il revint, une bottine dans chaque main, à la façon des gamins de grande\nroute qui portent ainsi leurs sabots pour mieux courir.\n   Il y eut un temps de silence.\n   Frédo risqua une question :\n   — As-tu plus revu Lilly?\n   Le lacet sauta. La bottine décrivit un arc de cercle en l'air, et, glissant\nd'un trait sous le lit, vint cogner la plinthe.\n   — Tout à l'heure elle est venue me demander un exemplaire de ma\npièce qu'elle doit jouer « dans le monde » je ne sais où.\n   — Que nommes-tu le monde ?\n   — Et toi?\n   — Tu es nerveux.\n   — La société m'embête ; pourquoi fait-elle des lacets qui se cassent.\n   Et revenant un peu apaisé, avec une paire de bottines aux lacets plus\ndociles :\n   — Il avait raison, le vieux philosophe qui appelait le monde le Théâtre\nGuignol du bon Dieu. Ce qu'il a dû s'amuser !\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "                                  -    39-\n\n   — Le vieux philosophe?\n   — Non, le bon Dieu !\n   — Quel bon Dieu !\n   — Celui des petites bêtes; tu m'ennuies.\n   — Quand ça ?\n   — Le septième jour ! Ah ! ça, dit Max, en train de lacer sa seconde bot-\ntine, le pied sur une chaise, le corps plié en deux, le genou sous le men-\nton et perdant un peu l'équilibre par une brusque volte sur ce pivot :\n   — Ah! ça! te moques-tu de moi? tu as appris l'Histoire-Sainte, n'est-ce\npas?\n   — J'ai eu un prix.\n   — Le septième jour était un dimanche, comme aujourd'hui. Le bon\nDieu, tout content, avait mis ses habits neufs.\n   — Pour ne pas offusquer Adam et Eve, qui étaient encore tout jeunes à\ncette époque...\n   — ... Il faisait très beau, on était au mois de mai...\n   — Le mois de Marie?\n   — Non, non, non, Marie n'est venue que plus tard... après la pomme.\n   — Il en restait.\n   — Soit. Donc, le bon Dieu, voyant briller le soleil, avait ouvert sa fenêtre\net prenait l'air, et tout en regardant les fleurs, les arbres, les oiseaux, les\ninsectes, tous les animaux rares du paradis et Adam et Eve qui s'y prome-\nnaient ingénument, sans laisser au sable des chemins plus qu'à l'herbe des\npelouses la trace de leurs pas, il voyait le monde, le monde d'alors et le\nmonde d'aujourd'hui, celui d'après la pomme et d'après le déluge, et d'après\nle Christ, et pendant qu'il voyait tout cela en imagination, car il était très\nartiste, voilà qu'il sent comme un petit rire étouffé qui le chatouille dans le\ndos et qui monte et qui éclate.\n   Pas peureux, il se retourne : C'était Satan qui venait d'avoir la même\nvision que lui et qui se trouvait pris d'une hilarité subite à l'idée du gigot-\ntement grotesque des humains. Ils ne se connaissaient pas encore. Ils se\nsaluent. Le bon Dieu moins nerveux, plus serein...\n   — ... Dans le bon sens du mot.\n   — Naturellement, puisque tu as appris l'Histoire-Sainte, du dois savoir\nqu'il n'y avait pas de canaris au paradis ; on les avait supprimés de peur que\nla vue de leur plumage jaune devînt une cause de trouble pour le ménage\nAdam. Précaution inutile, on les a rétablis après.\n   Je disais donc que le bon Dieu, plus serein, essaie de faire bonne conte-\n nance; mais, au bout d'un instant, l'image de son esprit s'accentuant, et,\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "                                       40\n excité par le rire de Satan, qui ne cessait pas, il pouffe. Satan rit plus fort\n et les voilà qui se tordent à deux pendant un gros quart d'heure.\n    C'est la seule fois qu'ils ont ri ensemble, mais ils doivent s'être amusés\n pour l'éternité. On ajoute que, un grand coup de vent secouant à ce\n moment tous les arbres du paradis, une pomme tomba...\n    — D'un pommier.\n    — ... Et que c'est ce qui donna à Adam et Eve, serrés de peur l'un\n contre l'autre, l'idée de la faute; ce qui tendrait à démontrer que les\n premiers hommes...\n    — Dont une femme.\n    — ... N'étaient pas des raffinés du péché puisqu'ils se contentaient de\n ramasser les pommes tachées. Mais ceci n'est pas prouvé.\n    — J'ai lu cette histoire-là quelque part.\n    — Je crois bien; j'en ai fait une chronique.\n    Frédo se leva :\n    — Une cigarette ?\n    — Veux bien!\n    Et Max, en train de nouer sa cravate, happa des lèvres la cigarette, puis\n il vit une flammette lui jaillir, comme un feu follet, sous le nez et il aspira\n machinalement :\n    — Excellentes, où les achètes-tu ?\n    — Au Caire.\n    — Ah! bien, fit-il, en serrant le nœud qu'il avait recommencé trois\n fois, on prend l'omnibus Place Royale, et c'est tout près des Pyramides.\nVas-y souvent et passe par ici en revenant. Puis, s'étant laissé tomber\nsur le divan, d'une penchée du corps à droite, abattant un coussin sous le\nbras tendu au bout duquel s'ésinuait un soyeux écheveau de fumée\nbleuâtre, il demeura un instant, sans parler, à suivre d'un regard perdu\nen lui, l'édification de quelque château de cartes en Espagne, et d'une voix\nblonde qui suspendait des bouts de phrases traîneuses :\n    « J'ai été voir une noce ce matin.\n    Les demi-sourires émus qui se retiennent ;... les yeux baissés avec, sous\nles paupières roses, un peu de larmes qui montent ;... la musique, l'orgue,\nles bénédictions, les flots de tulle prosternés et ces profonds silences pendant\nlesquels le prêtre dit aux époux soumis et recueillis des paroles mysté-\nrieuses qui se gravent dans leur âme ;... et puis la musique qui fuit dans\nun bruit de chaises et de pupitres au jubé... Le cortège des mamans qui\ntremblent et des papas qui se cambrent, le cortège sort lentement, à pas\namortis, en se frayant un chemin à travers les murmures et les regards de\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "                                  — 41 —\n\n\nla foule... La mariée baisse de plus en plus les yeux ;... son regard traîne\ndevant elle en frôlant le sol; mais ses sœurs distribuent à droite et à gauche\ndes bonjours discrets et des clins d'yeux aux amies dont les chaises\ns'alignent à la bordure du tapis avec des bustes penchés par dessus l'appui...\nDans la rue, on se précipite pour lui serrer la main, pendant que des\npauvres, aux portières du coupé, mendient et que des gamins regardent\n   Je me suis resongé très jeune, avec des sentimentalités de pensionnaire...\n   Les railleurs ont tort. C'est exquis un mariage dans l'atmosphère nup-\ntiale d'une église fleurie, au mois de mai. C'est bon les cœurs en fête, les\ncœurs trempés de bonheur et le calme du matin.\n   J'ai senti au fond de moi un trésor de tendresse. J'ai éprouvé le besoin\nd'aimer familialement et pour la vie. J'aurais épousé toutes les jeunes filles\nqui étaient dans l'église.\n   — Eh! bien, laquelle épouses-tu?\n   ... Brusquement, le château s'écroula, sans bruit, comme une bulle\ncrève, et le regard de Max réapparaissant, vint se poser sur la bottine cou-\nchée de flanc dans la demi-obscurité de dessous le lit :\n   — Laquelle?... Je crois que tu es fou! Je t'ai dit : toutes.\n                                                     HENRY    MAUBEL.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 42, "titre_corps": "Nostalgies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Théo Hannon", "ancre_debut": "NOSTALGIES", "ancre_fin": "THÉO HANNON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOCE FLAMANDE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 1347, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "NOSTALGIES\n    Dans les sombres forêts de l'invincible Afrique\n    Dont le soleil ne peut, de sa prunelle d'or,\n    Pénétrer l'épaisseur insondable et tragique,\n    Non plus que le regard de l'aigle ou du condor,\n    Dans les sombres forêts de l'invincible    Afrique,\n             Au cœur des halliers frémissants\n    S'aiment, libres et fiers, les fauves tout-puissants.\n\n    Loin des hommes cruels, leur passion superbe\n    Germe et s'épanouit comme de larges fleurs,\n    Ardentes floraisons venant embraser l'herbe\n    Où l'aurore a semé ses diamants en pleurs.\n    Loin des hommes cruels leur passion superbe\n            S'exhale à cris rauques et longs\n    Que jalousent l'écho des pics et des vallons.\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "                                 — 42 —\n\n\n    Mais un jour le chasseur vient leur tendre ses pièges,\n    Précipitant ces rois dans des cachots de fer...\n    Jouets de spectateurs qui tremblent sur leurs sièges\n    Ils trépassent bientôt de honte en leur enfer.\n    Car un jour le chasseur vous a tendu ses pièges,\n              Tigres, panthères et lions,\n    Malgré vos cris de rage et vos rébellions!...\n\n    Or, mon âme est captive à l'égal des panthères.\n    C'est en vain qu'elle veut, à coup d'ailes profonds,\n    S'envoler par delà l'Océan et les terres,\n    Hélas! elle s'en vient buter à nos plafonds.\n    Car mon âme est captive à l'égal des panthères :\n             Le préjugé, sous ses barreaux\n    L'emprisonne, livrée aux sinistres bourreaux?\n                                                      THÉO    HANNON.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 43, "titre_corps": "Noce flamande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Demolder", "ancre_debut": "NOCE FLAMANDE", "ancre_fin": "EUGÈNE DEMOLDER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 849, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "NOCE FLAMANDE\n             Je sais un tableau d'un très bon peintre flamand du temps de\n              Teniers, lequel fut longtemps en Italie et a mêlé dans ses\n              toiles la saine joie des Flandres à une sorte de fantaisie\n              latine. Sous le titre : NOCE FLAMANDE, voyez l'affriolante\nœuvrette :\n   Une claire après-midi — et sur les prés, au loin, le jour descend derrière\nles saules et les meules, mettant, au dessus des émeraudes de l'herbe, ses\nblancs argentés, ses jaunes, et par places, déjà, quelques rouges de crépus-\ncule qui traînent au ciel. Un apaisement d'or est tombé avec les rayons\nsur les toitures de paille, sur les chaumes et les grands ormes. Attirés par\ncette liesse, tous les manants sont sortis de leurs taudis, et ils roulent, le,\nventre enflé de mangeaille et de beuverie, dans une ribote en plein air, fai-\nsant couler la bière en leur gosier, tandis que le firmament ardent mord\nleurs faces rubicondes et leurs rires débraillés. Ils ont organisé une ronde\ndont le joyeux ruban se déroule devant un décor de hautes masures, flan-\nquées de pigeonniers et de tourelles, et dont les fronts tendus de velums'\n déchirés par des créneaux de comédie, paraissent songer à des fêtes véni-\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "                                   -   43   -\n\ntiennes : les bas des murs, beurrés par le soleil, avec des nuances rosées\nde sucreries fines, cognent une débâcle de marmites et de cruches roulées\net sont battus par une kermesse de magots en vestons bruns qui raclent des\ngrils, et de paysannes en bonnets blancs. La ronde elle-même, bosselée\nde bedaines secouées comme des sacs de noix, dirigée par un bonhomme\nqui a planté sa pipe dans son bérêt, enjoaillée, ainsi qu'un collier se sertit\nde rubis, par des frimousses hilares, — avec des jupes en l'air, des nuques\ngoulument baisées, des tailles empoignées à pleines mains audacieuses et\ndes seins crevant les corsages délacés — tout en jaillissant d'un chaud\nterreau flamand, guirlande de tournesols et de tulipes, emprunte à la\npalette italienne des pizzicati de couleur et de habilleurs lazzi. De gros\nventres ressemblent à la bosse de Pulcinella. Et près d'une Colombine qui\ngambade, jetant par dessus les moulins de Teniers une toque telle qu'on\nen rencontre dans les pantomimes, une sorte d'arlequin fastasque brandit\nune léchefrite encore noire du fumet des harengs-saurs. La rouge plume\nd'un capitan aguerrit le paisible feutre d'un buveur titubant à travers cette\ndanse rhythmée par le cuivre des chaudrons; et un musicien de carnaval,\njuché sur un tonneau et y dansant comme un satyre antique sur son socle,\nbrode des variations tirées du bec d'une flûte. Des manants au cul pesant\nse jettent des pots au crâne, avec de faux airs de bravi ; et toute cette noce\na presque l'air d'une sortie de bal masqué. C'est une pantalonnade aussi\nbien qu'une ducasse, une lâchée de bizarres personnages flamands étoffés\nainsi que des grotesques de mascarades et faisant une ceinture de joie à un\ndécor qui pourrait servir à quelque imbroglio de marionnettes. Le rommel-\npot a été remplacé par le violon de Gilles ; dans les cruches en grès on a\nversé de pétillantes bénédictines, et une verve de Scaramouche tire les ficelles\nde ces pantins qui se décarcassent à gambader dans leurs jupons rouges,\nleurs corsages noirs, ou bien leurs vestons merde d'oie.\n   Pour compléter cette illusion de comédie italienne, un riche seigneur\ns'achemine vers la bande des rustres comme s'il flânait sur la Piazetta au\nmilieu d'abbés, de courtisanes et de masques. Il prend la taille à une blonde\nduchesse au visage caché par un loup de velours, et, avec un geste élégant\nde Lélio amoureux, il montre à la belle la sarabande continuant son envolée\net passant sous un grand arbre sur les branches duquel d'affreux gamins\nperchés baissent leur haut de chausses.\n                                                     EUGÈNE DEMOLDER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 44, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Van Arenbergh", "ancre_debut": "SONNET", "ancre_fin": "EMILE VAN ARENBERGH", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 790, "texte": "SONNET\n\nO mon cœur, fatigué de doute et d'espérance,\nLe sort, sans te ployer, n'a pu que te meurtrir,\nFièrement aux regards dérobe ta souffrance,\nComme un fauve blessé se cache pour mourir.\n\n\n\nTandis que les vivants, se ruant dans leurs voies,\nHurlent, chantent, poussés par la Fatalité,\nPar dessus leur vain bruit, leurs douleurs et leurs joies,\nElève ton silence et ta sérénité.\n\n\n\nEt ferme désormais ta solitude altière\nA tout ce qui jadis t'a troublé : sois pareil,\nEn ta vierge blancheur, ta paix et ta lumière,\n\n\n\nA ces grands monts, casqués de neige et de soleil,\nQui sentent l'air de Dieu circuler sur leur faîte,\nEt qui, calmes en haut, n'ont qu'en bas la tempête!\n\n                                    EMILE VAN ARENBERGH."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 58, "titre_corps": "Le Triomphe du Verbe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "LE TRIOMPHE DU VERBE", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LE DÉSIR DU VOYAGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "LE TRIOMPHE DU VERBE\n    A ALBERT GIRAUD.\n\n\n                                         I\n\n                                             Linguam quam non noverat audivit.\n                                                   Psaume LXXX, v. 6.\n\n             Secrètement,la nuit, ayant fermé toutes les issues, il avait\n              allumé l'incendie dans les interminables salles de son palais.\n                 Les flammes avaient surgi, violentes, saisi dans leurs tor-\n              sions les lourdes draperies et les avaient consumées en un\ninstant.\n   Au dessus de lui, l'orgie continuée étouffait par son vacarme le crépite-\nment du feu.\n   Il était sorti, car déjà une épaisse fumée tourbillonnait en énormes\nbouffées noires dans les longs corridors.\n   Vêtu d'une longue robe d'étoffe grise, la tête couverte d'une cagoule, il\nregardait tournoyer les ombres de ses hôtes, aux fenêtres qui projetaient une\nclarté vive sur la verdure sombre du parc plein de silence. Les coupes de\ncristal et d'or entrechoquées répandaient un tintement clair, parmi les rires\net les chansons.\n   Il se rappela :\n   Un ministre pour gouverner seul, l'avait livré tout jeune à des courti-\nsanes aux ruses savantes, au vice subtil et expérimenté. Elles avaient torturé\nson cœur, endormi son intelligence. Ainsi de longues années, esclave\ndocile, il avait satisfait tous leurs désirs avec la crainte perpétuée d'être aban-\ndonné à la moindre révolte, lorsqu'un jour, à la chasse, égaré quelque temps\ndans la forêt, un personnage étrange lui était apparu. Il gardait, toujours\nvivace en son esprit, le souvenir de cet homme à la barbe et aux cheveux\nincultes, aux yeux hagards, si maigre dans sa robe grossière et rapiécée, qui\nlui avait crié toute son abjection et découvert l'abîme de sa déchéance, de\ncet homme revu prosterné devant une Croix, la poitrine en plaie des mor-\nsures d'un cilice, murmurant des paroles mystérieuses.\n   Ayant réfléchi à ces paroles et vaguement compris leur sens obscur,\ninquiet de ce qu'autre chose se trouve en l'homme que ses désirs, il avait\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "                                  -   46   -\n\nvoulu sortir enfin de cette vie qu'il apercevait comme un lent abaissement\nde soi-même vers le néant de la chair. C'est pourquoi, il avait voulu, pour\nfuir vers d'inconnues contrées, détruire dans sa royale vengeance ceux qui\nl'avaient asservi aux choses immondes.\n   Tous les guerriers et la plupart des serviteurs éloignés, il avait soudaine-\nment disparu.\n\n\n\n\n   Maintenant, les vitres éclataient sous la croissante chaleur, les flammes\ns'élançaient par les ouvertures béantes et, sournoisement montaient\nenveloppant le palais.\n   Par les croisées de la salle du festin arrivaient, scandés par les hoquets\nd'ivresse, des lambeaux de chansons obscènes.\n   Un silence d'angoisse se fit parmi les convives.\n   Comme une furie de grands fauves aux bonds énormes, le feu s'était\nélancé dans la salle.\n   Les yeux du pèlerin sombre, qui, du fond du parc regardait pensivement,\nbrillaient, aux trous de la cagoule, des lueurs du brasier.\n   Des hurlements prolongés, de longs craquements déchiraient le silence,\nle galop des bêtes affolées et hennissantes se perdait au lointain du parc.\n   Semblables à des langues amoureuses et folles, les flammes léchaient\navec une volupté inassouvie les corps nus, aux laiteuses blancheurs, des\ncourtisanes. Elles criaient de douleur sous ces baisers implacables et le\nflamboiement de leurs chevelures déployées les nimbaient d'une cuisante\n auréole.\n    De temps en temps, une masse rouge et hurlante tombait dans le noir,\n clapotement, vapeur blanche jaillie avec un bruit strident.\n\n\n\n\n   Tout s'était englouti dans l'incendie immense. Rouge était la nuit et\nlivides les nuages au ciel immobiles. Dans la glace profonde des eaux se\nreflétait, plus lugubre, le paysage.\n   Son œuvre terminée, le roy partit.\n   Il s'en alla par bois et par plaines, très loin.\n   Au ciel, il y avait de grands nuages pourpres et en se retournant il voyait\ndu feu à l'horizon, et rouge était la nuit.\n   Fatigué, il s'étendit sur l'herbe :\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "                                   — 47 —\n\n   Il était dans une grande forêt, à son passage les branches d'un buisson\nl'avaient arrêté et il était pris dans leurs enlacements.\n   Tout à coup, ces branches se changeaient en des bras de femmes, les\naimées d'autrefois, de beaux bras blancs ou bronzés cerclés de bracelets d'or,\net il ne pouvait plus se dégager de leur étreinte. De leur peau fine et\nveloutée montaient des parfums qui l'enivraient. Il s'abandonnait au charme\nde leurs caresses molles, des haleines trop douces effleuraient sa chair\nfrissonnante, et tout son être se fondait dans cette volupté.\n   Bientôt des ongles pâles et roses sillonnaient sa poitrine blanche, et des\ngouttes de sang, par lignes, brillaient comme des rubis.\n   Mais les caresses redoublaient et des bouches aimées aux lèvres rouges ou\naux lèvres pâles baisaient longuement les plaies.\n   Puis son cœur était mis à nu, il souffrait, et il n'osait pas se plaindre.\nLes lèvres s'entr'ouvraient et des dents petites et très blanches, des dents\ncruelles grignotaient son cœur. A chaque morsure la douleur était si grande\nqu'il croyait mourir, mais il n'osait pas se plaindre de peur de n'être plus\ncaressé par les mains et les chaudes haleines. Un gazouillement traversa\nson sommeil. Il ouvrit les yeux. L'ombre avait fui, emportant les étoiles,\net des flots d'or montaient dans le ciel. Un léger brouillard vermeil s'éten-\ndait à la cime vert pâle des arbres, des trouées de soleil se croisaient entre\nles troncs veloutés de mousse. Les fleurs s'ouvraient lumineuses de rosée.\nDe branches en branches voltigeaient les oiseaux chanteurs. Le jour triom-\nphait de l'ombre, et des fanfares dans la nature entière célébraient la\nvictoire.\n   Il serra plus fort son cilice et partit.\n\n\n\n\n   11 parcourut les villages soignant les malades.\n   Le soir, il couchait le long des routes et s'endormait les yeux pleins\nd'étoiles.\n   La nuit, des montagnes à peine indiquées par une ligne plus noire dans\nle paysage lunaire, s'élevaient des lueurs bleuâtres s'allongeant vers lui en\nformes tortueuses. Les Tentations en manteaux de lumière fluaient et leur\npassage laissait un éclair de feu d'or, et les désirs, les rouges désirs d'autre-\nfois revenaient en obsessions.\n   Puis, des feux de morts dansaient autour de lui, côtes presque décharnées\nmontrant encore quelque pourriture grouillante de vers; seins et lèvres\nrongés par des chancres, visages livides marbrés de taches vertes, yeux aux\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "                                   -   48   -\n\npaupières démesurément gonflées, brillant comme des taches de phosphore,\ncrânes dénudés plaqués d'humeurs sales. Etrange et douloureuse floraison\népanouie dans l'ombre veloutée et larmée de flammes jaunes, sur le char-\nnier de toutes les luxures.\n   Des bouches visqueuses se collaient à sa bouche et il lui coulait dans la\ngorge une putride bave, le brûlant d'un feu intense, et les désirs immondes\nl'envahissaient.\n   Mais par delà les monts, par delà les plaines, sous l'étoile annonciatrice\naux rois mages apparue, s'élevait sur un autel de nuages et d'azur, l'osten-\nsoir au milieu duquel le symbole du Verbe incarné, l'hostie, rayonnait sur\nle monde à travers les siècles.\n   Et aussitôt s'évanouissaient avec des palpitations de lumières qui s'étei-\ngnent tous les spectres des pourritures.\n\n\n\n\n   Ainsi, chaque jour il vécut pour la tristesse et la souffrance. Ce n'était\nplus le monarque à qui tout devait obéir ; humble moine, il se faisait le ser-\nviteur des plus humbles. Il endurait toutes les fatigues, et pour se morti-\nfier, pour dompter les révoltes qu'il sentait sourdre en lui, se pliait aux tra-\nvaux les plus rudes.\n   Et maintenant, après bien des combats, des tortures et des douleurs, les\nvoix, les mauvaises voix en lui s'étaient calmées.\n   C'était la fin. Le corps était revenu aux formes grêles de l'enfance.\n   L'esprit avait usé la chair, et comme un glaive, resplendissait de son\ntriomphe.\n\n                                       II\n\n                                                Le temps est proche où la chair\n                                                 redeviendra le verbe.\n                                                             Les Trépassés.\n\n  Consolatrices, un peu de son austérité, de ses macérations, des visions\ncharmaient son sommeil, révélatrices de ce monde invisible un instant pres-\nsenti, de ces innombrables choses invisibles près desquelles il avait passé\npourtant, inconscient, parce que le miroir de son âme était terni par la\nmatière, parce que la nuit s'était faite en lui.\n  Il se trouvait dans une ville de rêve...\n  Noire dans le ciel, une tour montait vers les étoiles.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "                                   — 49 —\n\n   Des maisons, de petites maisons massives semblaient s'être resserrées\ncontre elle pour s'abriter de son énormité.\n   D'inquiétantes formes, dans l'enfoncement d'un des côtés, posaient leurs\nbras sur un cadran vaguement lumineux qui paraissait être un œil cyclo-\npéen de ce monstre d'occulte.\n   Les heures étaient des chimères tordues par d'insondables tristesses, et\nl'œil morne, l'œil terrible contemplait anxieusement l'Infini, comme s'il\ncherchait, en une pensée, le fil d'un obscur problème.\n   Un rugissement s'échappa des auvents et fit vibrer les plaques de métal\nqui les surplombaient. Il se répandit lentement sur les toits rouges des mai-\nsons, car tout était calme, aucun vent ne devait porter le glas aux lointaines\nbanlieues.\n   Sur le ciel on apercevait les cloches qui s'ébranlaient seules, et, sanglots\nde ces ténèbres de silence, le glas descendait, refoulant l'air de ses houles\nde bronze.\n   Et les maisons se resserraient davantage, tandis que la tour montait tou-\njours énorme et noire vers l'azur sombre.\n   Le roy s'agenouilla. Après qu'il eut prié, un vieillard à longue barbe\nblanche, au visage basané, au regard profondément doux, vint : « Je suis\naccessible à la douleur, mes yeux ont pleuré toutes les tristesses des hommes.\nSi leurs joies ici sont inconnues, chacune de leurs peines est comptée comme\nune épine de la couronne du fils de Dieu et leurs larmes brillent comme les\npierreries des diadèmes ».\n\n\n   Par un long couloir taillé dans le roc, ils arrivèrent au milieu d'immenses\nruines. Des murs se dressaient encore et l'on voyait sur la faible transpa-\nrence du soir, les ogives béantes, les ogives du chœur étroites et incroya-\nblement hautes. Des arbustes, des plantes, semés par les tempêtes, avaient\npoussé, écartant les pierres et s'attachant désespérément à ces débris avec la\nténacité des serres d'oiseau de proie.\n   La lune, crevant un nuage, éclaira les sculptures gothiques qui couraient\nle long des cintres et montra, à terre, les débris de bas-reliefs de tous les\narts et de tous les âges.\n   Le vieillard était muet, la figure pensive, comme s'il eût entendu au\nlointain une rumeur inquiétante :\n   « Ce sont les eaux », dit-il.\n   Ils s'avancèrent et d'abord ils entendirent un bruit vague comme celui\nque la mer laisse dans les coquillages, Et bientôt le murmure s'élevait, s'éle-\n                                                                       4\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "                                  — 50 —\n\nvait. Ils ouvrirent une porte et un fracas retentit; c'était des rugissements\neffroyables, une course folle de barbares en débauche. L'eau se précipitait\navec d'énormes bouillonnements de furie et bavait une écume verdâtre, et\nl'eau tourbillonnante arrachait de vieilles fresques qu'elle emportait dans sa\ncourse éperdue.\n   Ils entrèrent dans le torrent; derrière eux la lune se promenait parmi les\nsplendeurs anciennes. Et, oh ! les caresses lentes de ses rayons amoureux.\n\n\n\n\n   C'était dans une grande salle très sombre, où la lumière était sépulcrale\nsous les voûtes que soutenaient des colonnes de pierre. La flamme était\ndroite dans une immobilité si grande, qu'elle induisait l'esprit à ne plus\nconsidérer que sa fixité, puis, accaparant les regards, les yeux fascinés ne\npouvaient plus se détourner de l'auréole lumineuse qui poudroyait autour\nd'elle comme le reflet d'un glaive.\n   Le silence était si profond que l'on croyait percevoir dans l'espace la\nchute du temps, ainsi qu'une pierre lancée avec une vitesse vertigineuse; et\nle néant creusant ses éternités noires que la flamme éclairait quand même\nde ses lueurs vengeresses !\n   Fugitives lueurs, presque de l'ombre déjà, les âmes, comme d'obscures\nphalènes, sphinx de péché et de mystère, attirées par la lumière, en leur\ntournoyant vol, s'épurer par la souffrance, puis emportées par la flamme\nascendante, s'en aller plus blanches vers le futur.\n   Mais une draperie s'écarta dans un des coins de la salle, et des religieuses\ns'avancèrent long voilées, la tête basse.\n   En les robes larges d'étoffe grise, leur démarche était lente et si légère.\nLes corps assouplis semblaient glisser sur les dalles comme des souvenirs\nde choses mortes.\n   Leurs chapelets suspendus à leurs ceintures entrechoquaient leurs grains\nd'ébène.\n   Elles s'agenouillèrent, et une voix se fit entendre, lointaine, lointaine\ncomme un murmure affaibli de vague, mais dans lequel on percevait encore\ndes inflexions qui disaient les élans et les chutes de l'Etre et toutes les dou-\nleurs. Puis elles relevaient le voile et baissaient leurs fronts vers les dalles\net de nouveau bruissaient les chapelets entrechoquant leurs grains d'ébène.\n   Et blanches dans les ombres qui tombaient des voûtes et des colonnes\n apparurent des figures sur lesquelles on ne voyait plus que le calme.\n   Elles relevèrent leurs fronts humiliés, les voiles retombèrent, et une nou-\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "                                   — 51 —\n\nvelle prière avec répons fit chuchoter les échos de la salle et passa comme\nune caresse endormeuse de tristesse.\n  Elles avaient disparu comme si elles fussent rentrées dans l'ombre des\nvoûtes lourdes.\n\n\n   Ce fut une suite de salles où des moines blancs penchés sur d'indéchif-\nfrables palimpsestes ou sur des creusets bouillant de métaux en fusion\nrecherchaient les mystères des temps oubliés.\n   Il y en avait qui chantaient : « Pourquoi les jours passés ont-ils été meil-\nleurs que ceux-ci n.\n   Et de temps en temps des religieuses apparaissaient, mettant un peu de\ndouceur parmi cette fièvre de travail.\n   « La chair n'habite pas notre monastère », murmuraient des voix.\n   Car il est des créatures toujours virginales qui la repoussent, et d'autres\nqui, après l'avoir subie, la rejettent dans la conception d'un ultime bonheur,\ncelui de rester désormais pur pour un suprême amour.\n   Il vit là des êtres supérieurs ayant cherché et usé toutes les jouissances,\ndes gens d'une noblesse de plus de mille ans et dont les sens sont affinés à\nressentir jusqu'au délire les moindres impressions, et des savants qui, déses-\npérés, avaient brûlé leurs livres.\n   Après l'assouvissement de la chair, un dégoût s'empare de l'homme,\nl'esprit s'isole en de hautaines pensées; outragé, il se venge du corps. Le\nVerbe irrité se révolte de son incarnation.\n   Oh! rester toujours avec son idéal, avec le même désir, quitter son\ncorps, la matière triste et faible et rentrer dans le verbe, le verbe radieux,\nglaive de feu, dans les ténèbres !\n   Rien là, ne restait de la bête qui est en les hommes. Seule, la beauté des\ncœurs profonds : « Les voix de la chair, en eux, sont muettes pour tou-\njours ».\n   Devant le prince, le vieillard, semblable à l'ermite rencontré dans la forêt.\nIl avait une longue barbe, des cheveux blancs comme des fils d'argent et\ndes yeux verts striés de jaune, des yeux immenses comme l'océan et calmes,\nun geste lent et majestueux. Tel, il évoquait l'image de Dieu le père des\nvieilles estampes.\n\n\n   Une frêle et blanche mélodie, comme un vol de colombes, s'épandit sous\nles voûtes avec un balancement léger, si grave, si caressante, si lumineuse !\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "                                   — 52 —\n\n\non eut dit que sous des doigts d'ange vibraient d'invisibles cordes, telles,\nd'une âme éparse en la paix de cette solitude.\n    Il écoutait les voix, toutes les inflexions de pensées et de sentiments,\ntoutes les variations de nuances en d'inouïes douceurs, mais aussi quels\n désespoirs !\n    Et la douceur et la candeur, lentement sombraient dans la violence des\n sons qui arrivaient par saccades, des mugissements qui semblaient venir,\n étouffés, des lointains, par des souterrains.\n    Une symphonie d'autres chants s'élança, reprenant en forte les thèmes\ndivers du solo, s'éleva, grandit en d'intenses douleurs où plus rien de doux.\n Il sortait des pierres, des voûtes, d'immenses clameurs, comme pour un\nprélude d'apocalypse.\n    Des hurlements, des sifflements, dans ces voix qui criaient la fin d'un\nmonde.\n   Les thèmes se modifiaient infiniment en des violences insensées. C'était\ndes chutes en des gouffres immenses où le vent arrivait en d'épouvantables\nrafales, des tourbillons arrachant des arbres, des édifices, enlevant des\nnuages de poussière, une musique enragée comme une invasion et une\nbataille de barbares, des piétinements de cadavres.\n   On eût dit aussi des milliers d'êtres, en proie à des supplices compliqués,\nqui hurlaient, des écorchés dont on tenaillait les nerfs. Toutes les tortures\ndu moyen-âge suscitées par le verbe pour sa Rédemption.\n   Brusquement tout se tut, après un fracas et une longue vibration : un\nchant d'orgue, à la chapelle.\n\n\n\n\n   Dans la fumée des encensoirs et des thuriféraires, entre les stalles de\nchêne sculpté — où l'or, l'argent, les émaux et les fourrures recouverts de\nleur fouillis héraldique, où les étoffes scintillantes de pierreries, — chasu-\nbles, étoles, chapes, dalmatiques, mitres, selon le rituel, la théorie des\nprêtres s'avance au rhythme des prières, au grondement des orgues, pour le\nsacrifice.\n   En orfrois, en broderies, en reliefs brillent les symboles, les sept sym-\nboles du Verbe tout puissant, du Verbe incarné pour le pardon et le\nmartyre.\n   Le triangle entouré de rayons, Trinité suprême d'où jaillit toute lumière,\ntoute volonté, toute souveraineté.\n  Victime dont le sang détourna l'épée de l'ange exterminateur : l'Agneau I\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                                   — 53 —\n\n   De la poitrine déchirée à coups de bec du pélican, s'empourpre la pure\nblancheur des plumes pour les petits qui souffrent et qui implorent.\n   Annonciatrice de l'Esprit-Saint, dans un nimbe de lumière, la colombe\nen son vol de douceur et d'innocence.\n   Un calice, la transsubstantiation mystérieuse, le pain et le vin, la chair\net le sang.\n   L'ostensoir rayonnant comme un soleil vainqueur des Ténèbres : ado-\nration !\n   Un cœur saignant sous les épines, ainsi tout amour est tout sacrifice. La\ndivinité n'a pas racheté les hommes par les gloires ou par les joies. « Nous\nsommes condamnés à souffrir de tout ce qui est bon, de tout ce qui est\njuste en nous ».\n   L'autel, où des moines patients sculptèrent leur vie, la Passion et des\nlégendes de saints. Membres longs et fluets, gestes raides et exagérés des\ngothiques, draperies tombant en plis droits, visages émaciés, étirés, torturés\nd'une souffrance éternelle, qui paraît inconsciente en son intensité; yeux\nimmenses et fous, comme si l'hystérie de la foi et du martyre envahissait\ntoutes ces faces douloureuses d'infini.\n   Les vitraux, aux mêmes décors, aux bleus paysages enfantins, où les ors\nont perdu leur éclat, où les jaunes, les pourpres, les violets, les verts ont\néteint leurs tons et ne sont plus tels que dans les ombres. Mers où s'enfon-\ncent dans les horizons de brouillards des navires porteurs de guerriers....\n   Etrange et attirante beauté de ce qui finit, de ce qui meurt d'anciennes\nsplendeurs...\n   — Elle sera vaine, la philosophie des sages et des rhéteurs, vains leurs\ndiscours aux nombreuses subtilités, inutiles leurs sciences, vains les impré-\ncations et les blasphèmes des hérétiques et des excommuniés, de tous les\nennemis hurlant du christianisme.\n   Debout dans la majesté des siècles, sereine sous ces grands nuages blancs,\ngris, noirs, de vent et de tempêtes qui tourbillonnent autour d'elle, l'Eglise.\n   Un assaut furieux est livré contre elle.\n   Tous les monstres qu'enfantèrent les imaginations les plus affolées de\nsacrilège et de débauche, animaux fantastiques du mal, tels en conçut,\ndans l'épouvante de sa ferveur, le moyen-âge...\n   Debout sur les murs de l'enceinte des archanges radieux, calmes au\nmilieu du combat, vêtus de lin, aux grands yeux purs, ayant à la main\nune arme de feu, font crouler d'un geste les lourdes échelles où s'accrochent\ndes grappes vivantes. Les javelines, la mitraille des catapultes et des\nbalistes, précipitées vers eux se détournent, les épées,les lances et les masses\nd'armes se brisent sur leurs robes blanches.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "                                   -   54 -\n\n    C'est que, de la blessure ouverte du crucifié, un jet de pourpre jaillit\n dans une coupe d'or, de laquelle, vers les combattants se répandent les\n rayons vermeils de la grâce sanctifiante qui les rend forts et invincibles aux\n combats.\n    Elle sera vaine, la philosophie des sages et des rhéteurs.\n    Châsses précieuses, reliques de saints, aux pierreries agonisantes, rani-\nmées un peu par les lueurs des cierges, comme aux chasubles, brillantes de\nlarmes d'or, sang et d'émeraude.\n   — Etre là! dans une étendue de siècles obscurs, avec quelque chose de\nperdu que l'on pleure et que l'on réclame !\n    « Seigneur, donnez-moi des mains pleines de guérisons pour ceux que\nj'aime, et prenez tout mon sang. Mais que chacune des gouttes de mon\nsang soit un baume pour les souffrances. »\n   — Sur les branches en croix, cloué par d'informes morceaux de fer, la\nface exaspérée de douleur, les cheveux rouges et saignants, le corps meurtri\nde coups et tordu aux nœuds de l'arbre du Bien et du Mal, et toujours\nplus las, plus las encore qu'au jour du supplice, il s'écriait :\n   « Quel temps est-il au cadran de siècles de ma souffrance? Ce n'est pas\ndu supplice que j'ai souffert. Je l'ai subi par amour, pour le rachat des\nhommes, et tous ceux que j'ai voulu sauver ont passé devant moi, à chaque\nminute, de chaque heure, de chaque jour, m'ont craché à la face, mis la\nlance dans la plaie et fait boire à l'éponge de fiel. Tout a été vain, tout\ninutile. »\n   Et sa tête retombait plus lasse encore, et le sang ruisselait plus fort des\ncheveux sur les épaules meurtries.\n   Clamaient les voix de prêtres des paroles latines, comme des glas.\nMystérieux mots d'une langue morte, si puissants d'éternité, de damna-\ntion, de repos. Mots d'une sombre harmonie aux syllabes longues et\nvibrantes et grondantes, évocatoires d'immensités noires, de ténèbres et\nd'épouvante et résonnant dans les cœurs comme des bruits lointains et\nsourds de la foudre prochaine.\n    Et de ces De Profundis s'élevaient comme des archanges sortant de\nl'abîme, des voix d'enfants, des voix grêles aux inflexions raides, — telles\nen leur évocation plastique, à des enluminures de missel, aux contours\ndurs, en leur pure et idéale et blanche virginité — radieuses en leur envole-\nment serein, et graves, intercédant pour les pardons!\n   Les orgues disaient les gloires de la chair, les yeux fixés aux yeux, les\nmains qui se cherchent pour les étreintes, les cœurs qui se joignent dans\nl'instinct de leurs soupirs, les bouches qui touchent les bouches pour de\nlongs et avides baisers et pour les morsures.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "                                   — 55 —\n\n   Et tous se prosternaient et se frappaient la poitrine.\n   Les orgues disaient les parfums trop doux, l'ivresse des fleurs aux sen-\nteurs pernicieuses, et les musiques qui charment et endorment l'âme.\n   « Seigneur, ayez pitié de nous, ne nous condamnez pas en ce jour ter-\nrible. »\n   Les orgues disaient les nuits d'amour, les folles jouissances, les ruts des\ncorps inassouvis.\n   « Elle est tombée la grande Babylone, elle est tombée et elle est devenue\nla retraite de l'esprit immonde, sa condamnation est venue en un moment. »\n   Les orgues disaient les tristesses des lendemains et des déclins, les meur-\ntrissures et les douleurs du cœur frappé chaque jour, les abjections et les\ndétresses, le calvaire des joies, le néant des plaisirs.\n   « Seigneur, voici ma chair en deuil de l'amour. »\n   L'air s'emplissait de fumées qui faisaient paraître l'église un vieux tableau,\net les parfums arrivaient aussi pleins de chants et de volupté.\n   Des psaumes rappelaient le mystère de l'Incarnation, le Verbe qui s'est\nfait chair par amour des hommes, pour les sauver de l'abîme.\n   Et la Chair qui redeviendra le Verbe par le dernier amour.\n   Après le signe de la croix, le signe de toute vie, le prêtre ayant élevé de\nses mains recouvertes du vêtement tissé de soie, la relique autrefois apportée\nde Palestine par les Croisés, à la lueur d'un rayon de lune passé à travers le\ncœur ouvert d'une sainte de vitrail, dans la fiole de pur cristal enchassée\nen l'or, le Sang du Christ !\n   Dans le silence des orgues et des chants, où les flammes des cierges\nsemblaient être les pleurs des ténèbres, une voix qui montait au ciel dans\nun vol d'archanges, une voix d'amour et de délivrance s'écria :\n   « La Chair est redevenue le Verbe. »\n   Et la nappe blanche de l'autel frissonnait en reflets de moire, comme si\nles ondes lumineuses et sonores d'une céleste harmonie s'y étaient fixées\nfrémissantes.\n\n\n\n\n   Il se réveilla et partit avec l'espérance de ce monastère de songe, mérité\npar la souffrance, où il avait aperçu, dans le resplendissement des Lumières,\nla Toute-Puissance divine, en sa gloire d'or, au haut des cieux.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "                                   — 56 —\n\n\n\n                                      III\n\n                                    J'ai essayé de me rappeler une vie passée, et\n                                       c'est l'éternité qui s'est présentée à mon\n                                       esprit.\n                                                Le Banquet de l'Agneau (Inédit).\n\n   — Ne pars pas. En mon rêve, cette nuit les bêtes te poursuivaient dans\nla montagne, et les arbres sur ton passage devenaient rouges.\n   — Qu'importe. Laisse-moi. Je n'ai pas mérité le repos. Je veux fuir ma\npropre honte. Je fus le jouet des tempêtes ; ma pensée sombra dans les flots;\nmais j'ai vu luire l'étoile, — la vois-tu pas qui rayonne en la nuit. J'ai\ncompris ce que j'avais perdu. Je me rappelle ma première vie, et, couvert\nde ma boue, je m'en vais à travers le monde jusqu'au jour de la délivrance.\n   Les populations virent passer frémissant de foi et rempli d'une âpre\ncharité, cet homme exténué de fatigue et de souffrance qui insultait les\nforts, s'humiliait devant les faibles, consolait toutes les douleurs et fuyait\ntoutes les joies.\n   Les iniquités disparaissaient à son passage, les enfants lui faisaient un\ncortège de fleurs, les affligés sentaient la paix renaître dans leurs cœurs, et\nle prince frissonnait dans sa pourpre.\n   Et le moine passait, chargé de tristesse, fuyant sa fange, les yeux levés\nvers l'étoile qui lui avait montré rayonnant de gloire, le Symbole par lequel\nest donnée toute victoire, et qui, seul, éclaire le monde.\n\n\n\n\n    Les soldats l'ont arrêté. II a proclamé que toute puissance terrestre se\ndissipera comme le plus léger nuage, quand sonnera l'heure éternelle.\n    Du haut de son trône, l'empereur lui disait :\n   « Qui donc es-tu pour me braver dans ma gloire. Ignores-tu que j'ai le\npouvoir de donner la mort? »\n   « Que m'importent tes richesses, ton palais, tes hommes d'armes, que\nm'importent tes menaces. Un mot, un seul et tout disparaîtrait autour de toi.\nSi tu peux ôter la vie aux vivants, tu ne saurais la rendre aux morts. »\n   L'empereur fit paraître les blondes femmes du Nord, au charme d'appa-\nrition dans un brouillard d'aurore, et les filles aux cheveux noirs, au sang\nde feu, habiles aux enchantements de l'amour, venues de l'Orient avec de\nriches caravanes.\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "   Mais le moine les regardait d'un air tout à la fois si calme et si triste,\nqu'elles frissonnaient comme sous le froid de la mort et se mettaient à\npleurer, honteuses de leur beauté.\n   Des supplices furent essayés, mais les bras des bourreaux étaient sans\nforce devant ce corps chétif et amaigri, que le cilice et les mortifications\navaient couvert de plaies hideuses.\n   Et les bêtes féroces elles-mêmes, dans la fosse desquelles on l'avait jeté,\nrefusaient cette pauvre pâture et lui léchaient ses blessures, comme si elles\neussent compris mieux que les hommes la détresse de ce désespéré.\n\n\n\n\n   C'est le matin dans la plaine.\n   Là-bas, la ville avec ses dômes luisants de cuivre, ses tours orgueilleuses,\nles terrasses de ses jardins qui montent dans le ciel rose, la verdure, les\ndemeures fastueuses, l'architecture compliquée des palais, le fouillis des\ntoits rouges aux tourelles ajourées, aux girouettes chimériques.\n   C'est le matin, dans la plaine, qui frissonne aux baisers du jour. Les\nchamps reposent, car tous sont accourus pour le supplice.\n   Dénudé et lié à l'arbre, il attend. Son corps macéré et sanglant semble\nplus grêle encore dans la lumière qui chante sa fanfare d'or.\n   « Est-ce là le terrible, disent les populations d'un air de mépris. »\n   Et lui, oublieux des foules, oublieux des forfaits de ceux qui le torturent,\nregarde par delà la plaine, par delà les montagnes le point où l'étoile a\ndisparu dans les premières lueurs de l'Orient, et prie.\n   Les lances des hommes d'armes brillent comme des pierreries. Le vent\nsouffle, et les cordes des arcs vibrent comme des harpes.\n   Une dernière fois, l'empereur fait exhorter le moine à se soumettre. Mais\nce sont d'autres voix qui lui parlent dans le murmure des feuilles, dans le\nbruit des cascades lointaines, dans le balancement des herbes. C'est un\nchant de délivrance que lui disent les oiseaux, le soleil, la terre.\n   Une dernière fois.\n   Les archers aux armures emflammées de lumière se sont avancés, et,\nlentement, minutieusement ont choisi leurs flèches et visé la victime\nblanche dans l'ombre du feuillage.\n   Les arcs vibrent et s'assourdissent en un grondement cruel, les flèches\nsifflent et, frémissantes, s'enfoncent dans l'arbre, dans les jambes, dans les\nbras du supplicié. Le sang coule, et tout autour de lui devient rouge; et\nrouge le soleil, comme s'il allait descendre derrière la montagne.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "                                  — 58 —\n\n   Les flèches sifflent et les liens se brisent. Les arcs grincent toujours et\ns'assourdissent en un grondement cruel, mais à peine lancées, les flèches se\ntransforment... Maintenant, ce sont des anges aux ailes irisées qui chantent\nà ses oreilles de purs cantiques d'amour.\n   Au loin s'étonne en un bariolage de couleurs, la foule fiévreuse et avide\nde voir mourir.\n   Les éblouissants archers raidissent leurs bras, les arcs vibrent plus fort.\nMais à peine lancées, les flèches, comme des fleurs au printemps, s'épanouis\"\nsent... Ce sont des anges aux ailes irisées, aux robes d'azur diamantées\nd'étoiles qui s'envolent vers le martyr et emportent son âme radieuse dans\nles Infinis, à la messe de son rêve.\n   Bruges.\n                                              M A U R I C E DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 60, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "VERS LE DÉSIR DU VOYAGE", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "VERS\n                         LE DÉSIR DU VOYAGE\n     A MAURICE CLOUET.\n\n                                     I\n\n   Les nobles vaisseaux bercés le long de leurs amarres\n   Rêvent d'océans inexplorés dans le lointain\n   Des soleils cuivrés de pourpre vierge et de fanfares;\n\n   Sous la brise et la caresse vive du matin,\n   Prisonniers du port banal, ils tendent leurs voilures\n   Et leurs mâts au souffle impuissant du désir hautain,\n\n   Et l'embrun des mers, dont s'imprègnent leurs chevelures\n   De cordages blonds, les enivre et les porte, loin\n   De l'eau croupissante où viennent dormir les silures,\n\n   Vers de clairs ilôts! et mon âme en fête rejoint,\n   Parmi les forêts de lianes et les fleurs rares\n   Qui parfument l'air de cinnamome et de benjoin,\n\n   Les nobles vaisseaux bercés le long de leurs        amarres.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "                           - 5 9 -\n\n\n\n                              II\n\n\nNos yeux veulent voir les grands mirages aveuglants\nEt, las de la vie et de ses landes monotones,\nSe perdre aux vallons sans fin des astres ruisselants :\n\n\nD'étranges forêts et l'orgueil fauve des automnes\nEncadrent des lacs pensifs assoupis dans le soir\nAux vagues baisers épars des lentes argémones ;\n\n\nLe long des fleuves, des palais comme en un miroir\nNoient leurs onduleux reflets de dômes et d'arcades\nEn plein ciel dressés, et que nul jamais n'a pu voir ;\n\n\nVers les villes d'or où vivent de fières peuplades\nA qui les soleils du feu de leurs rayons sanglants\nAllument le cœur et les regards, nos yeux     malades,\n\n\nNos yeux   veulent voir les grands mirages   aveuglants.\n\n\n\n                             III\n\n\nToujours l'éternel fardeau des réalités vaines\nOpprime l'essor de nos rêves ambitieux,\nUn sang glacial fige la fièvre dans nos veines.\n\n\nNe peut-on s'enfuir en l'éther infini des deux\nPar delà l'espoir du désir subtil, vers l'extase ? —\nDe vils souvenirs, et leurs mensonges captieux,\n\n\nNous retiennent loin des océans promis, qu'embrase,\nTapis d'émeraude et d'écumes de diamants,\nUne éruption de pourpre astrale et de topaze ;\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "                               — 6o —\n\n Hébétés de songe illusoire, nos cœurs dormants\n N'osent plus humer le feu des nocturnes haleines,\n Et portent, ployés au joug obstiné des tourments,\n\n  Toujours l'éternel fardeau   des réalités   vaines.\n\n\n                       LE ROI COPHÉTUA\n\n  A GEORGES DESTHÉE.\n                                        As he out of his window   lay\n                                        He saw a beggar ail in    grey...\n                                                        ANCIENT BALLAD.\n\n\nLe bras droit sur le bord de la croisée ouverte,\nLe roi nègre Cophétua, fair attristé,\nContemple, sans la voir, l'automnale beauté\nDe la mer qui déroule au loin sa masse verte.\n\nTel il rêve au hasard de sa pensée inerte :\nAucun amour n'émeut sa curiosité,\nAucun désir, aucun souvenir suscité\nNe hante le loisir de son âme déserte.\n\nIl n'entend pas le chant mélancolique et doux\nDe celles qui mendient devant lui, ni la toux\nDes chétives enfants que dessèche un long jeûne,\n\nEt, sans même y songer, inconscient, voici\nQu'il sent naître une flamme en son cœur endurci,\nEt se brûle les yeux aux yeux de la plus jeune.\n\n                                         ANDRÉ FONTAINAS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 64, "titre_corps": "Dans le rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Destrée", "ancre_debut": "DANS LE RÊVE", "ancre_fin": "GEORGES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "DANS LE RÊVE\n                                   AGNÈS\n\n    A MADAME ANNIE TOOROP.\n                                                       Velut Stella salutaris\n                                                       In naufragis\n                                                                  BAUDELAIRE.\n\n\n              Agnès! Agnès! musicale douceur et charme de prononcer son\n               nom à haute voix : Agnès, nom faible et fin comme le bruis-\n               sement du vent dans les feuillages, faible comme un souffle,\n               fin comme un relent d'ambre, nom discret et nerveux, bizarre,\nque l'on semblait avoir exprès choisi pour Elle, et qui, mieux que tous\nles portraits, m'évoque sa chère, étrange et douce image, vague vision\nindécise et grise, surnaturelle apparition flottant dans un nimbe de lumière\nargentée, au travers de mes souvenirs et dans l'amour de mes rêves.\n\n\n\n\n   Elle était grande et mince et habituellement vêtue de robes sombres. Son\ncol blanc s'entourait frileusement d'un grand boa de fourrure noire, qu'elle\navait coutume de garder même dans la maison. Ses mains longues et fines\nétaient chargées de bagues précieuses qu'elle s'amusait à faire tourner des\nheures entières, assise en ce salon frais, aux persiennes toujours closes, aux\nmurs tendus de jaune mousseline des Indes, — où les gazouillements et les\nrires jeunes de ses sœurs faisaient un si violent contraste avec son visage\nsérieux et calme et l'obstiné silence de ses réflexions. Son teint était plutôt\npâle, mais il brillait parfois d'un éclat singulier, comme si des lueurs inté-\nrieures l'eussent éclairé. Comme une fleur, sa bouche s'ouvrait grande et\nrouge en ce visage pâle, comme une fleur et comme une blessure. Mais ce\nqui caractérisait l'étrangeté de sa personne, c'était ses yeux, ses yeux sur-\ntout, qu'Elle avait énormes, profondément enfoncés, humides et bruns,\nmélange de tendresses et d'inquiétudes, ses yeux fiers, ses yeux volontaires\net comme étonnés que d'autres yeux osassent fixer ses yeux.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "                                   — 62 —\n\n    Elle parlait peu et rarement, mais jamais je n'oublierai le son de sa voix.\n Il me semble l'entendre encore maintenant, comme toujours d'ailleurs lors-\nque j'évoque son souvenir. Elle était grave et douce, sa voix, et sonore par-\nfois, et parfois voilée, sombre et rauque parfois, et toujours triste et sem-\nblant lasse.\n    Hélas ! que ne puis-je dire l'impression qu'elle me faisait, cette voix pro-\nfonde en ce corps frêle? Elle me bouleversait tout d'abord, et chaque parole\ntombée de sa bouche me donnait des secousses pareilles à des secousses\nélectriques; j'étais énervé, meurtri, tourmenté, oppressé; il me semblait, à\nl'entendre, que quelque affreux secret m'étouffait que je n'aurais su dire : il\nme semblait que toutes les fautes par moi commises s'insurgeaient en moi,\nimpérieuses, et me commandaient de fuir sa présence à Elle qui m'appa-\nraissait alors comme illuminée et transfigurée par le Verbe. Mais je restais,\net j'étais pourtant peu à peu rasséréné, tranquillisé, apaisé, meilleur, —\nécoutant avec une joie et un ravissement sans bornes, tomber une à une les\nnotes harmonieusement graves de sa voix, plus belle et douce que toutes\nles musiques. Il me semblait, à l'entendre, tout voir, tout comprendre, et\nles choses les plus mystérieuses et les plus cachées semblaient tout à coup\nradieusement claires à mon esprit, quand elles étaient dites ou lues par sa\nvoix.\n   Sa voix ! J'y entendais les accords parfaits, longtemps traînés, des orgues\nsonores en les églises gothiques, bleuâtres de l'encens brûlé. J'y voyais les\nsaints paysages, bleus et blancs,— les champs profonds et sombres émaillés\nde fleurs vives, — et les forêts immenses, ombre et silence, au dessus\ndesquelles planait l'immobile sérénité des anges, les ailes larges étendues.\n   J'y voyais les ciels nocturnes, longs voiles profonds de pur azur, d'or con-\nstellés, gemmés d'émeraude, les contours clairs et le chant des rivières au\nclair de lune, et la plainte sourde des eaux incessamment secouées jusqu'en\nles rivages de la mer.\n\n\n   Douleur et joie, mélange de tristesse et d'amertume, et pourtant calme\nbonheur à me souvenir de notre dernière entrevue. C'était un jour d'octobre\nfroid, pluvieux, avec un grand ciel gris d'une incomparable tristesse, — jour\ntrès silencieux où les bruits semblaient s'apaiser pour laisser flotter et rêver\nà son aise une longue Mélancolie, jour très pâle, silencieux, bercé du bruit\nléger des feuilles jaunies tombées des arbres, chassées, chassées sur le sable\nfin des allées, tourbillonnant, desséchées aux sombres carrefours du parc,\ncomme une ronde de petites âmes mortes, le soir, dans la forêt d'or.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "                                  — 63 —\n\n   Le jour tombait lorsque j'entrai dans le port. Au ciel, couleur de cendre,\ns'amoncelaient et passaient rapides de grands et lourds nuages. Un vent\nviolent soufflait qui faisait se gonfler et claquer brusquement les voiles ten-\ndues des bateaux. Des lanternes et des feux de couleur s'allumaient sur les\njete'es comme aux mâts du navire. Les adieux étaient faits, et je regar-\ndais attristé la foule qui se massait sur les quais cherchant quelqu'un que\nje n'y pouvais découvrir, quand tout à coup une force intérieure, une pen-\nsée soudaine me fit me retourner brusquement. Tout au bout, tout au bout\nde la jetée, sur un petit tréteau de bois d'où l'on pouvait voir plus long-\ntemps arriver et partir les navires, à cette place qu'Elle affectionnait, Elle\nse tenait seule, toute droite, adossée à un poteau, la main devant les yeux\npour mieux voir les derniers apprêts du navire. Les vagues furieuses\nmontaient par dessus les bords de la jetée et venaient s'étendre et mourir à\nses pieds, éclatant et mobile trône d'écume frémissante, tandis que derrière\n Elle se pressaient plus rapides au ciel les nuages.\n   Sourdement, le vapeur siffla tout à coup, les hélices battirent l'eau, je\npassai devant l'endroit où Elle se tenait. Elle ne fit pas un geste et son\nvisage même resta impassible, mais ses yeux seuls, inoubliables, se fixèrent\nune dernière fois sur moi, ses yeux troublants, mystérieux, ses yeux qui\nsemblaient contenir son cœur et tous les cœurs, ses yeux, hâvres de sûreté,\nphares tutélaires berçant et guidant à travers sa course le navire, étoiles de\nsalut, éternellement fixant depuis mon âme à travers mes yeux.\n   Sa silhouette se perdit dans le brouillard et le crépuscule, et sur mes yeux\ncomme sur mon cœur tomba le lourd manteau de la nuit. Mais, depuis\nlors, toujours je la revois et m'en souviens. Je la revois debout, pareille à\nune statue dominant la mer, ses pieds calmes posés sur la couronne des\nvagues frémissantes, son front pur brillant dans une guirlande de nuages\nd'automne, ses yeux graves, toujours ses yeux profonds, mystérieux,\ngrands comme la mer qu'ils contemplaient.\n   Juin 1889.\n\n\n                                 ORGUEIL\n\n    A MONSIEUR HENRY DE GROUX.\n                                            Je ne vois rien que l'herbe qui verdoie\n                                         et le soleil qui poudroie.\n                                                        (Légende de Barbe-Bleue.)\n\n   J'ai regardé dans le soleil ; sur mes yeux éblouis se sont baissées mes\nclaires paupières, et derrière leur voile protecteur j'entrevis des feux rouges\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "                                     - 6 4 -\n\n  et verts qui passaient rapides et sombraient bientôt, entraînés à l'horizon\n d'une mer orangée.\n    J'ai regardé dans le soleil — à fixer le globe incandescent mes yeux se\n sont blessés et meurtris — glaives acérés, flèches cruelles, les rayons d'or\n transpercèrent et brûlèrent mes yeux coupables et du sang jaillit avec dou-\n leur à leurs bords.\n\n\n\n\n   Mais désormais inaccessible à toute souffrance, j'ai laissé mes yeux\norgueilleux se consumer et se perdre au soleil — dans la glorieuse mer d'or\nsans cesse agitée, où glissent du sommet des montagnes de lumière les\n bruissantes cascades de flammes légères — où dans les blanches nuées ora-\ngeuses rougeoient sans cesse des guirlandes d'éclairs — où des lacs d'or\nsacrés flamboient immobiles auprès des temples de chrysoprase — tandis\nqu'en les vallées aurorales, parmi les gazons jaunes aux fleurs de girasol\net de topaze — torentueux et magnifiques coulent des fleuves de rubis et\nd'escarboucles.\n   Du cratère béant des blanches montagnes, montent et tourbillonnent les\nfumées pâles, vert et soufre ; plus épaisses elles s'élèvent et sifflent et mugis-\nsent — tandis que pour les éruptions prochaines, sourds et continus gron-\ndent les tonnerres — et que des feux follets, courent et s'allument, couron-\nnant les cratères. Jaillissent alors impétueux les fulgurants Geysers qui\nfusent et ruissellent, et bruissent et retombent — voilant les étonnantes\nvisions — en une pluie de flammes sur la mer.\n\n\n\n\n    Dans la mer d'or, soudain calmée, j'ai regardé longtemps, longtemps,\nprofondément — dans le miroir de mes yeux s'est reflété et plongé l'étin-\ncelant miroir du soleil et j'y ai vu briller tout à coup, fiers et tranquilles\n— Seigneur — mes yeux — oui, mes yeux mêmes impénétrables — et der-\nrière eux ma face radieuse, devenue elle-même le soleil — éclairant toute\nchose, dominant les mondes — germe et lumière de tout ce qui s'agite et\nvit dans l'Univers.\n                                                   GEORGES DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 66, "titre_corps": "Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "POÈMES", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FEMME", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "POÈMES\n                  L E S BONS       PROPOS\n\nMes bonnes volontés, pauvres enfants distraits,\nCe soir nous surprendra dans les mêmes forêts.\n\nMais que ces bois sacrés sont doux à mes rancœurs,\nEt que le cœur s'y leurre en de chères erreurs !\n\nDoux comme des baisers sur des yeux   endormis,\nChers comme Vinnocence et les péchés remis.\n\nEt pourtant ce n'est pas l'état de grâce encor,\nA peine ce qu'il faut pour une bonne mort.\n\nAh! ces péchés véniels me coulent dans le sang,\nOui, mon Dieu, dans mon sang clair de convalescent.\n\nCe soir, qui me verra dans d'obliques chemins,\nPénétrera le cœur et sondera les reins.\n\nC'était peu de laisser, si tôt, les bons vouloirs,\nHélas! et je m'en vais des vulgaires devoirs.\n\nEnfant prodigue à qui l'on pardonne tout bas,\nJ'ai de douces erreurs, et ne m'éloigne pas.\n\n— Je suis triste, Seigneur, et faible, en mon espoir.\nNe me délaissez pas, quand tombera le soir.\n\n\n               LA S Œ U R QUI N'EST PLUS\n\nEt ce f ut leur amour, ce doux, ce seul silence.\nQuand elle vit son cœur, et toute cette enfance!\nA peine gémit-elle : « Hélas ! et vous aussi ? »\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "                           — 66 —\n\n C'était comme un parfum des champs après les fièvres,\n Ce deuil des yeux avec ce sourire des lèvres ;\n « Sans doute, pensait-il, des anges sont ainsi. »\n\n Et c'était un beau soir, triste et tendre, d'automne.\n Elle s'abandonnait comme une fleur qu'on donne,\n Une humble et douce fleur, quelque lys dédaigné.\n\nCher cœur grave, resté profond comme l'enfance,\nOffensé dans ses lys et content de l'offense...\nPlus riche mille fois de ce qu'il a donné!\n\nChère enfant ! Cet automne allait à vos simplesses,\nQuand de vos lentes mains vous défaisiez vos tresses\nPour m'être plus aimable en ses dernières fleurs.\n\nCe f ut tout votre amour, chère enfant, chère sainte,\nCe doux amour, toujours à la première étreinte,\nRare comme ces fleurs, lointain comme ces pleurs.\n\n                                       FERNAND S E V E R I N .\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 67, "titre_corps": "Femme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Frères", "ancre_debut": "FEMME", "ancre_fin": "ADOLPHE FRÈRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ROSES DE NEIGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "FEMME\nNavré du seul amour de sa sœur, la Douleur,\nMon cœur a résigné mon âme aux vœux débiles\nA dédier à quelque front pâle ses pleurs,\nLes perles sans lueur de ses pleurs inutiles.\nParmi les rouges fleurs douloureuses d'un soir,\nPure apparue, ô simple enfant du paysage,\nLumineuse de lys! ô si frêle    mirage\nDes fontaines vers les yeux bleus de mon espoir,\nPlus belle que mon rêve et triste comme lui,\nTes mains, ô neige et cygnes ! tes mains sur ma face !\nEclaire aux nuits d'ennui, l'âme seule qui passe,\nDe ta voix, chant d'étoile, aux mornes nuits d'ennui!\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 856, "texte": "                           - 6 7 -\n\n Aimer, de tous mes pleurs, ton regard qui s'ignore,\n Ton col vierge, vers les /leurs incliné, tes yeux\n Fontaines en songe de ciels et d'oiseaux bleus\n Où mon âme s'est vue auréolée d'aurore !\n Voici, prêt à l'exil de son âme en ton âme,\nL'enfant ivre autrefois du rêve d'être un Dieu ;\nLe voici, sans regret, sans feintise ni vœu\nL'enfant triste à jamais d'une douleur de femme.\n0 Toi, ma Sœur par la grâce de ma pitié,\nAu seuil eu fête de mon âme, de leucanthèmes\nFleuri, foule mon sceptre d'orgueil dédié\nA ton culte, ô ma sœur qui m'aimes pour toi-même ;\nMais écoute, en mon âme blanche, ... ô funérailles\nD'enfant sous la neige ... les lys du souvenir,\nLes lys aux douces lèvres pensives, bénir\nMon rêve d'aube éteint parmi ses fiançailles !\n                                        ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 68, "titre_corps": "Roses de neige", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "ROSES DE NEIGE", "ancre_fin": "ALBERT ARNAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA PRINCESSE MALEINE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 856, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "ROSES DE NEIGE\n       Pour fêter le bonheur vermeil,\n       Plein de romances éperdues,\n       Qui s'épandait sur le sommeil\n       De tes paupières descendues,\n\n       Mon rêve avait cherché des fleurs\n       Au jardin mauve de sa peine,\n       Des fleurs qu'il voulait sans pâleurs\n       Comme sans nulle rougeur vaine.\n\n       Mais mon rêve n'a rien trouvé\n       Qu'un lys, obscur parmi l'étrange\n       Rayonnement qui s'est levé\n       De tes yeux brillant sous leur frange;\n      Seulement des roses, combien\n      Trop rouges pour l'immaculée\n      Aube de ta lèvre où si bien\n      Mon espérance est recelée.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "                                       — 68       -\n\n                Et c'est pourquoi j'effeuille enfin\n                Sous tes candeurs l'autre après l'une\n                Des roses de neige, au matin\n                Ecloses dans le clair de lune!\n                                                                A L B E R T ARNAY.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 71, "titre_corps": "La Princesse Maleine, acte II, scène VI", "titre_sommaire": "La Princesse Maleine", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "LA PRINCESSE MALEINE", "ancre_fin": "MAURICE MAETERLINCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE PORTRAIT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 348, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "LA PRINCESSE MALEINE (1)\n                                       ACTE II\n\n                   Scène VI. — Un bois dans un parc.\n\n                                                      {Entre le prince    Hjalmar).\n              HJALMAR. — Elle m'a dit de l'attendre auprès du jet d'eau. Je\n               veux la voir enfin en présence du soir... Je veux voir si la\n               nuit la fera réfléchir. — Est-ce qu'elle aurait un peu de\n               silence dans le cœur? — Je n'ai jamais vu ce bois d'automne\nplus étrange que ce soir. Je n'ai jamais vu ce bois plus obscur que ce\nsoir; à quelle clarté allons-nous donc nous voir? Je ne distingue pas\nmes mains ! — Mais qu'est-ce que toutes ces lueurs autour de moi? Tous\nles hiboux du parc sont donc venus ici ! Allez vous-en ! Allez vous-en !\nau cimetière! auprès des morts! (Il leur jette de la terre). Est-ce qu'on\nvous invite aux nuits de noces? Voilà que j'ai des mains de fossoyeur à\nprésent. — Oh! je ne reviendrai pas souvent! — Attention ! elle vient! —\nest-ce que c'est le vent? — oh! comme les feuilles tombent autour de moi\nmaintenant! — Mais il y a là un arbre qui se dépouille absolument! Et\ncomme les nuages s'agitent sur la lune ! — Mais ce sont des feuilles de saule\npleureur qui tombent ainsi sur mes mains ! — Oh ! je suis mal venu ici ! —\nJe n'ai jamais vu ce bois plus étrange que ce soir ! — Je n'ai jamais vu\nplus de présages que ce soir ! — Elle est là !\n                                    (Entre la princesse                   Maleine.)\n  MALEINE. — Où êtes-vous, seigneur?\n\n\n  (1) La Princesse Maleine, drame en cinq actes, tiré à trente exemplaires (hors com-\nmerce).\n  Pour note : En arrivant au lieu convenu entre lui et la princesse Uglyane, le prince\nHjalmar, trompé par l'obscurité, ne s'aperçoit pas tout d'abord qu'il a devant lui la prin-\ncesse Maleine vers qui une sorte de fatalité conduit son amour. Ainsi s'ouvre la scène VI.\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2032, "texte": "                                   -69      -\n\n  HJALMAR. — Ici.\n   MALEINE. — Où donc? — Je ne vois pas.\n   HJALMAR. — Ici, près du jet d'eau. — Nous nous entreverrons à la\nclarté de l'eau. Il fait étrange ici ce soir.\n   MALEINE. — Oui; — j'ai peur! — ah! je vous ai trouvé!\n   HJALMAR. — Pourquoi tremblez-vous?\n   MALEINE. — Je ne tremble pas.\n   HJALMAR. — Je ne vous vois pas. — Venez ici; il fait plus clair, et ren-\nversez un peu la tête vers le ciel. — Vous êtes étrange aussi ce soir! — On\ndirait que mes yeux se sont ouverts ce soir. — On dirait que mon cœur\ns'est entr'ouvert ce soir... — Mais je crois que vous êtes vraiment belle! —\nMais vous êtes étrangement belle, Uglyane ! — Il me semble que je ne vous\naie jamais regardée jusqu'ici ! — Mais je crois que vous êtes étrangement\nbelle ! — Il y a quelque chose autour de vous ce soir... — Allons ailleurs,\nà la lumière ! — Venez !\n   MALEINE. — Pas encore.\n   H J A L M A R . — Uglyane ! Uglyane !\n                             (Il l'embrasse; ici lejet d'eau, agité sous le vent,\n                                chancelle et vient retomber sur eux.)\n   MALEINE. — Oh! qu'est-ce que vous avez fait?\n   HJALMAR. — C'est le jet d'eau !\n   MALEINE. — Oh! oh!\n  HJALMAR. — C'est le vent !\n  MALEINE. — J'ai peur!\n   HJALMAR. — Ne songez plus à cela ; allons plus loin. Ne songeons plus\nà cela. Ah ! ah ! ah ! je suis tout mouillé !\n   MALEINE. — Il y a quelqu'un qui pleure ici.\n  HJALMAR. — Quelqu'un qui pleure ici?\n  MALEINE. — J'ai peur.\n  HJALMAR. — Mais n'entendez-vous pas que c'est le vent?\n  MALEINE. — Mais qu'est-ce que tous ces yeux sur les arbres?\n  HJALMAR. — Où donc? Oh! ce sont les hiboux qui sont revenus ! Je\nvais les chasser. (Il leur jette de la terre.) Allez-vous-en ! Allez-vous-en !\n  MALEINE. — Il y en a un qui ne veut pas s'en aller!\n  HJALMAR. — Où est-il?\n  M A L E I N E . — Sur le saule pleureur.\n   H J A L M A R . — Allez-vous-en !\n  MALEINE. — Il ne s'en va pas !\n   HJALMAR. — Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! (Il lui jette de la terre.)\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "                                  70 —\n\n  MALEINE. — Oh! vous avez jeté de la terre sur moi!\n  HJALMAR. — J'ai jeté de la terre sur vous?\n  MALEINE. — Oui, elle est retombée sur moi !\n  HJALMAR. — Oh, ma pauvre Uglyane!\n  MALEINE. — J'ai peur !\n  HJALMAR. — Vous avez peur auprès de moi?\n  MALEINE. — Il y a là des flammes entre les arbres.\n  HJALMAR. — Ce n'est rien ; — ce sont des éclairs, il a fait très chaud\naujourd'hui.\n  MALEINE. — J'ai peur! oh, qui est-ce qui remue la terre autour de\nnous?\n  HJALMAR. — Ce n'est rien; c'est une taupe; une pauvre petite taupe\nqui travaille.\n  MALEINE. — J'ai peur.\n  HJALMAR. — Mais nous sommes ici dans le parc.\n  MALEINE. — Y a-t-il des murs autour du parc?\n  HJALMAR. — Mais oui; il y a des murs et des fossés autour du parc.\n  MALEINE. — Et personne ne peut entrer?\n  HJALMAR. — Non ; — mais il y a bien des choses inconnues qui entrent\nmalgré tout.\n  MALEINE. — Je saigne du nez.\n  HJALMAR. — Vous saignez du nez?\n  MALEINE. — Oui, où est mon mouchoir?\n  HJALMAR. — Allons au bassin.\n  MALEINE. — Oh, ma robe est déjà pleine de sang !\n  HJALMAR. — Uglyane! Uglyane! est-ce fini?\n  MALEINE. — Oui.                                       (Un silence.)\n  HJALMAR. — A quoi songez-vous?\n  MALEINE. — Je suis triste!\n  HJALMAR. — Vous êtes triste? à quoi songez-vous Uglyane?\n  MALEINE. — Je songe à la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Vous dites?\n  MALEINE. — Je songe à la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Vous connaissez la princesse Maleine?\n  MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Quoi?\n  MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Vous n'êtes pas Uglyane?\n  MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1376, "texte": "                                  — 71 —\n\n   HJALMAR. — Vous êtes la princesse Maleine ! Vous êtes la princesse\nMaleine! Mais elle est morte!\n   MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n        (Ici la lune passe entre les arbres et éclaire la princesse Maleine.)\n   HJALMAR. — Oh! Maleine! — Mais d'où venez-vous? et comment êtes-\nvous venue jusqu'ici? Mais comment êtes-vous venue jusqu'ici !\n   MALEINE. — Je ne sais pas.\n   HJALMAR. — Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu! d'où me\nsuis-je évadé aujourd'hui ! Et quelle pierre vous avez soulevée cette nuit !\nMon Dieu ! mon Dieu ! de quel tombeau suis-je sorti ce soir ! — Maleine !\nMaleine! qu'allons-nous faire maintenant? — Maleine!... Je crois que je\nsuis dans le ciel jusqu'au cœur !...\n  MALEINE. — Oh, moi aussi!\n                          (Ici lejet d'eau sanglote étrangement et meurt.)\n  TOUS DEUX (se retournant). — Oh !\n  MALEINE. — Qu'est-ce qu'il y a? qu'est-ce qu'il y a maintenant?.\n  HJALMAR. — Ne pleurez pas; n'ayez pas peur. C'est le jet d'eau !\n  MALEINE. — Qu'est-ce qui arrive ici? Qu'est-ce qui va arriver? Je veux\nm'en aller! je veux m'en aller! je veux m'en aller!\n  HJALMAR. — Ne pleurez pas !\n  MALEINE. — Je veux m'en aller!\n  HJALMAR. — Il est mort; allons ailleurs.                   (Ils sortent.)\n\n                                           MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 75, "titre_corps": "Le Portrait", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE PORTRAIT", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 1376, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "LE PORTRAIT\n                                     I\n\n              Parmi les bahuts défoncés,\n              Les tiroirs, les étuis, les boîtes\n              Jonchant les consoles étroites\n              D'opulents trésors délaissés,\n\n             Les satins et les brocatelles\n             Et les torsades de velours\n             Coulent sur le sol à flots lourds\n             Et tout éçumants de dentelles.\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "                  -   72   -\n\nDes colliers étreignent en vain,\nFrustrés de la gorge promise,\nLe col des verres de Venise\nRougis sans lèvres par le vin.\n\nAppel au poing fort qui le lève,\nDe la panoplie échappé\nGit, sur le lascif canapé\nOù dorment des roses, un glaive.\n\nPour une absente songerie\nFument-ils, les benjoins subtils,\nDans ces bols d'or dont les béryls\nEmerveillent l'orfèvrerie ?\n\nEt vers quels pleurs morts, des sardoines\nDes calices et des rhytons\nTombe sans espoir de boutons\nLa mort des lys et des pivoines?\n\nDédaigneux du vain attirail\nDes bibelots et des potiches,\nMes yeux par eux-mêmes plus riches\nContemplent leur propre travail.\n\nQu'importe l'inutile somme\nDes objets changeants et divers\nA qui sait voir, vaste Univers,\nTa profonde image dans l'Homme?\n\nArrière aujourd'hui le manteau\nHermétique avec la simarre\nQu'une chimère en feu chamarre,\nEt la mitre et le triple tau!\n\nJe veux accomplir les miracles\nSacrant les prêtres et les rois\nSans brandir les sceptres, les croix,\nLes coupes ni les saints pantacles.\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "                  -   73   -\n\n\n                      II\n\n\nAssis devant l'étroit miroir.\nPeintre inquisiteur et fidèle,\nMa face est l'unique modèle\nChoisi par mon cruel savoir.\n\n\nVoici ma bouche de porphyre,\nSarcophage de maint secret,\nRépertoire de maint décret\nQu'un mensonge mystique inspire,\n\n\nMa bouche lourde, aux doux et mous\nBaisers buvant la chair qui vibre,\nMa bouche où vibre, fibre à fibre,\nTel péché de nul prêtre absous,\n\n\nMa bouche terrible, ma bouche\nAux lèvres folles de ton corps,\nO mon ivresse, ô mon remords,\nChère âme enfantine et farouche!\n\n\nVoici mes yeux de clair métal\nQui vont fouiller comme des sondes\nAu fond boueux des cœurs immondes\nL'avenir vengeur et fatal,\n\nMes yeux pareils à des mâchoires\nBroyant entre leurs cils puissants\nAvec les beaux yeux innocents\nDe sombres yeux blasphématoires,\n\n\nMes yeux, ah! mes yeux     anxieux\nDe ciel, de miracle et de flammes,\nMes yeux en pleurs, affamés d'âmes\nEt repus de corps vicieux.\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "                 -   74    -\n\nVoici mon front dur, forteresse\nOù mon invincible vouloir\nMasque son dangereux pouvoir\nD'un fard de joie et de tendresse,\n\n\nTour d'ivoire des hauts concepts,\nCathédrale des saints mystères\nOù l'encens bleu de mes prières\nMonte au vertige des transsepts.\n\n\n— Dans le reflet où j'étudie\nL'essence occulte de mes traits\nJ'entrevois les signes secrets\nDe mon étrange maladie ;\n\n\nEt ces stigmates douloureux\nDénonçant mes œuvres coupables\nAvec les poisons redoutables\nCachés en mon cœur ténébreux,\n\n\nSur la toile, ma main sincère\nLes révèle inflexiblement\nPour éterniser le tourment\nQui me ronge comme un ulcère;\n\n\nCar mon magnétique pinceau\nMieux que la baguette d'un mage\nFait dans ma symbolique image\nJaillir mon âme à fleur de peau.\n\n\n                     III\n\n\nDans la salle austère et claustrale,\nEn un morne cadre de fer\nS'isole le portrait amer\nLoin de la fenêtre augurale.\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "                    75\nUnique objet de mes pensers,\nMon idéal et mon exemple,\nA toute heure je le contemple\nDe mes regards jamais lassés\n\nIl m'enveloppe et me pénètre\nD'un fluide mystérieux :\nSes yeux s'élancent dans mes yeux,\nSa voix parle au fond de mon être.\n\nIl dit : « Contemple sans désir;\n« Affranchis-toi de l'espérance;\n« Le monde n'est qu'une apparence .\n« Où la main ne peut rien saisir.\n\n« Veux-tu la couronne suprême\n« Qui te sacrera plus que roi?\n«Le joyau divin gît en toi :\n« Cherche ton bonheur en toi-même.\n\n« Sans vœux, sans haines, sans amours\n« Veuillons être ce que nous sommes ;\n« Va ! dans les ténèbres des hommes\n« Sois la lumière de tes jours. »\n\nAinsi parle ma sage image\nEt toujours mes yeux plus hagards\nBoivent le f eu de ses regards\nEt s'hypnotisent davantage.\n\nEt dans l'étrange envoûtement\nObsédé par sa ressemblance\nMon Être sur sa propre essence\nSe moule plus étroitement.\n                                 IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-020", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 79, "titre_corps": "La Confession de Jérôme Badot", "titre_sommaire": "La Confession du père Badôt", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Delattre", "ancre_debut": "La confession de Jérôme Badot", "ancre_fin": "sont sales et", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "La confession de Jérôme Badot.\n  A MONSIEUR IWAN GILKIN.\n                                                 Mon remède est un suaire...\n                                                   FLOD (The Break Heart).\n\n              Ohé ! Mar'Joseph ! Ohé, n'allez pas si vite !...\n                 — Ah mon Dieu!... je suis pourtant bien pressée, vous\n               savez ! Qu'est-ce que vous voulez de Mar'Joseph?\n                 — Le voilà donc mort, le vieux maréchal? Pauvre Jérôme,\nn'est-ce pas ! On peut dire que sa femme — le bon Dieu la garde dans\nson paradis! — on peut dire que sa femme ne l'aura pas attendu long-\ntemps !... Y a-t-il un mois qu'elle soit morte, Thérèse, dites !... En voilà\nqui s'aimaient!... Bien sûr, ce n'est pas mon homme qui mourrait parce\nque j'e suis morte... Ah! on ne verra plus jamais un ménage pareil. Depuis\nqu'ils étaient mariés quelqu'un avait-il, même une fois, entendu un mot\nde querelle dans leur maison? Pourtant il y avait déjà des années qu'ils\nvivaient ensemble, des années !...\n   — Dites trente ans, ma chère!\n   — Ah! tenez! ne m'en parlez plus, j'en ai le cœur brisé. — Et à propos,\nsait-on à qui passe leur bien, car ils n'avaient pas d'enfants?... Vous\nn'avez rien entendu, là-dessus, Mar'Joseph!... Jérôme aurait-il fait ses\npapiers? Vous ne savez rien?... A votre avis, qui recevra tout cela?\n   — Pour ça, vrai, en conscience, je ne sais rien... Seigneur, c'est cinq\nheures qui sonnent là?... Et je dois encore chercher des bougies chez le\nclerc! Je n'aurai jamais fini. Je me sauve; peut-être repasserai-je tantôt si\nj'ai des nouvelles!\n   — Oui, repassez par ici, Mar'Joseph! je vous attends; je ferai une bonne\ntasse de café, une bonne, vous savez !\n\n\n   Jérôme Badot, le maréchal-ferrant, était mort sur le coup de trois heures;\net quoiqu'il y eût déjà quelques jours qu'on s'attendît à la catastrophe, la\nnouvelle s'en était répandue en un rien de temps et avait révolutionné tout\nle village.\n   De cour à cour les voisins se criaient la chose pardessus le mur, en faisant\navec les bras de grands gestes navrés, comme s'ils avaient été nez à nez.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "                                   — 77 -\n\nLes femmes, accourues sur la route dès la première alerte, s'exclamaient,\nrassemblées en petits groupes. Certaines, que la nouvelle avait surprises\noccupées à la préparation du goûter, et le moulin à café entre les genoux\nou le pain appuyé contre la poitrine, en train de tailler les tartines, n'avaient\npas pris le temps de déposer ces objets ; et une grosse commère, qui tout à\nl'heure pétrissait, tenait levés ses bras plaqués de pâte et poudrés de farine,\nlaissant, l'imprudente curieuse, pour écouter les détails, retomber la pâte,\net manquant sa cuite. Les enfants ne jouaient plus, ils ouvraient des bouches\ntoutes rondes et des yeux étonnés de cet effarement subit ; ils restaient silen-\ncieux ne comprenant pas. Les plus craintifs, pourtant, étaient prêts à\npleurer ; un doigt dans la bouche, ils s'obstinaient à l'écourt de toile bleue\nde leurs mères quoiqu'ils fussent quelquefois bousculés par les gestes véhé-\nments de celles-ci. Et même là-bas sur la côte de la combe prochaine, on\nvoyait dans les champs s'arrêter les attelages ; les conducteurs se rencon-\ntraient à quelque coin de haie ou de clôture pour se dire « la nouvelle », se\ntournaient un instant vers le village ; puis on les voyait regagner leurs che-\nvaux pour continuer la longue banderole de poussière qui traîne, comme\nun nuage, à ras de la terre brune et sèche, derrière la herse cahotante.\n   Les volets de la maison du défunt sont clos; Caroline, la veilleuse des\nmorts, coud déjà le linceul ; dans le silence de la chambre on perçoit le\nbruit de l'aiguille mordant la toile épaisse et revêche, mais seulement par\nintervalles, car bientôt recommence dans l'étable adjacente le piétinement\nbruyant de la vache oubliée et qui a faim ; la bête tend vers la lucarne\nouverte son mufle baveux et luisant et mugit si fort qu'on l'entend, à la\nfaveur du soir tombant, de la place du village, et si lamentablement que\nles gens disent : « Chut! écoutez ! c'est la Grise de Jérôme qui braît. »\n\n\n   Il n'y avait pas un mois que la mort de la femme de Badot — celui dont\non coud à présent le suaire — avait empli le village de stupéfaction, tant\nelle était survenue tout à coup. De stupéfaction, « car enfin, disait-on,\nThérèse était la plus copieuse commère du village ; ne lui fallait-il pas trois\naunes — non de petites aunes de Charleroi, mais de bonnes aunes de\nFontaine — trois aunes de drap pour ses caracos ? C'est vrai I — Et morte\nen quatre jours? Le mardi elle faisait encore sa lessive, on l'avait vue!\nd'ailleurs, le cuvier plein d'eau bleue et moussue qui resta une semaine\nsur son trépied dans la cour, et le linge lavé qui voletait, à blanchir, sur\nla haie, en témoignèrent... Non, cette mort n'était pas naturelle... Est-ce\nqu'on meurt si vite? » Les mieux informés, ceux qui toujours savent tout,\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "                                   -    7 8 -\n\navaient beau avancer que Thérèse avait trépassé d'un épanchement d'hu-\nmeur au sein, si la sorcière Talie Fripia n'avait pas été trouvée, l'an passé,\nsur un tas de fumier avec la tête escarbouillée et le derrière brûlé, on l'aurait\naccusée du vénéfice, certes !\n   La grosse Thérèse capoute en quatre jours ! Etait-il donc extraordinaire\nque son homme,le maréchal-ferrant, en devînt quasiment fou! O le « grand\nJérôme! » ainsi qu'un soulard, qui ne sait plus ce qu'il fait, il tournait\nautour du lit de la morte pendant des heures en titubant, s'asseyait, puis\nsubitement passait son tablier de cuir, s'en allait à la forge comme s'il avait\noublié la catastrophe, manipulait un marteau, touchait une lime, puis s'en\nrevenait, avec, toujours, le geste d'un homme qui veut enlever sa cravate\ntrop serrante ; et les mouvements angoissés de sa pomme d'Adam saillant\ndans son cou maigre, faisaient penser qu'il allait étouffer.\n   A toute force, il voulut porter sa femme en terre ; mais deux hommes\ndurent le soutenir. Plusieurs fois, en chemin, son long corps se déroba,\npliant tout à coup, ainsi qu'un épi cassé aux nœuds. Rentré de la funèbre\ncérémonie, il s'assit près de l'âtre, et d'un fétu ne bougea ; quand on lui\nadressait la parole il haussait les épaules : « Que ne le laissait-on tranquille\ndans son coin? » Il dit seulement deux mots, le deuxième jour, pour\nrecommander à Marie-Joseph, une commensale de la morte habituée dans\nla maison, de renvoyer l'apprenti et de fermer la forge.\n   Les hommes du village, pris de pitié, se détournaient de leurs chemins\nhabituels pour le voir et essayer de causer un brin avec lui. — « Se\nremet-on? » demandent-ils. Et ils ajoutent : « Ah! on le sait bien! C'est\npas rien que de perdre sa femme!... Il faut pourtant « se faire une raison »,\nJérôme!... C'est vrai qu'il faut le temps, ça! »\n   Les semaines passent ; mais le vieillard ne se remet pas quoi que disent\nles banalités compatissantes. — L'autre soir, le père Boulard est venu.\nDepuis combien d'années, tous les samedis, leurs barbes faites, le forgeron\net le père Boulard jouaient-ils leur partie de piquet, en suçant une pipe et\nse contant les nouvelles?... Les autres consommateurs s'asseyaient autour\nde la table et regardaient les coups en plaçant leurs mots. C'était une bonne\nsoirée, enfin. — Et le vieux Boulard a donc dit, de sa grosse voix délurée,\navec son joyeux geste habituel du bras : ;; Allons, allons? en voilà assez...\nJérôme, ne t'enfonce pas ainsi dans ton chagrin! A table! Mar'Joseph,\ndonne les cartes et la planchette! Est-ce à cent cinquante points la partie? »\nRien que le bruit de sa voix a fait tressaillir de joie tous les cœurs. « Oui,\nest-ce à cent cinquante? » demandaient tous les hommes, joyeux à la\npensée que Jérôme allait bien sûr se dérider aussi. « Est-ce à cent cin-\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                   — 79 —\n\nquante! » — Bâouiche! Jérôme Badot qui était penché sur les chenets a\nlevé doucement la tête à la voix de son ami, et il les a tous regardés, ses\nbons amis. Et aucun n'a pu conserver sa factice gaieté devant cette mine\ncontrite. Et les rires sont rentrés inachevés dans les bouches crispées,\ndevant ce visage pâle qui se levait ! Le vieux déluré Boulard n'a plus\nsu parler; il est parti en toussant. C'est seulement sur la route qu'il est\nparvenu à articuler : « Nom de diome de nom de diome! »\n   Le fait est que le maréchal se mangeait le sang, qu'il s'enfonçait tacitur-\nnement et s'isolait dans son chagrin. Le travail même le laissait indifférent.\nSon tablier de cuir, troué et roussi, — dont, un autre jour, on aurait\nadmiré le fauve magnifique, restait décidément pendu, avec de gros plis\nraides, au clou de la porte.\n   Depuis la mort de Thérèse, la forge ne s'était plus rouverte; Jérôme avait\nrefusé de ferrer le cheval des Pierron (qu'on dut même conduire à Fontaine).\n— Je ne sais pourquoi, — et cette solitude était si triste ! — les gamins,\ndevant l'atelier du maréchal, ne faisaient plus tourniquer sur leurs moyeux\nles massives roues crottées de glèbe jaune des chars à réparer, ni rouler les\nhauts bandages de fer ; ces pesants cerceaux qui sonnaient si fort en courant\nsur le pavé étaient à présent dédaignés, dressés contre le mur. Ils n'avaient\nplus leur rendez-vous dans le travail, un lieu de délices, pourtant, et qu'ils\nconnaissaient bien, où se trouvent des barres fixes pour les cumulets et des\nchaînes où se balancer et se suspendre. Auparavant, ils y arrivaient en\nbandes tous les jours dès quatre heures, et même à midi le jeudi, et c'était à\nn'en plus finir des : « Jérôme, laissez-moi tirer le soufflet!... Jérôme, faites\nune pointe pour ma toupie!... Jérôme, pourrai-je monter sur le baudet\nquand il sera ferré!... » Et, quoiqu'il bougonnât quelquefois, le maréchal\nconsentait toujours, car à la vérité, n'ayant pas d'enfants, cette marmaille\nil l'adorait. N'était-ce pas lui qui riait le plus haut après avoir fait mine de\nles poursuivre, un fer rouge à la main? Les gamins le savaient, allez! ils\ns'en revenaient trop vite! D'ailleurs, peut-être ne se sauvaient-ils, les\nfinauds au bon cœur, que pour lui donner du plaisir, imitant ces enfants\nmalins qui, décembre venu, simulent la peur de saint Nicolas pour en\nrecevoir encore les cadeaux ; et n'était-ce pas aussi, un peu, comme ces\ngrands frères complaisants qui prennent les apparences de la frayeur\ndevant le petit frère habillé en soldat et brandissant son sabre minuscule\nd'un air terrible?\n   Il n'y a plus rien de cela à présent. La forge est une remise noire, triste,\nun réduit abandonné et sans âme. Les vitres, l'autre jour encore joyeuse-\nment rougeoyantes des alertes flammes dansantes du foyer, sont sales et\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-021", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 80, "titre_corps": "Le Réveil de la reine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "LE RÉVEIL DE LA REINE", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 1053, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "LE RÉVEIL DE LA REINE\n      Voici se réveiller au Palais de l'Ennui\n      Celle aux mains en sueur des fièvres sous les glaces...\n      Mon Dieu! la Reine a vu ses mains pâles et lasses\n      Comme des fleurs de lune éclore dans la nuit!\n\n      Ses yeux en sang, pensifs aux glaives d'or des songes,\n      Ses yeux en prière ont versé jusqu'au matin\n      Des pleurs sur la splendeur éteinte du festin\n      Qui déploie à ses pieds la pourpre des mensonges !\n\n     Croulant dans le charnel naufrage aux gouffres             d'or\n     Tandis que le dernier des éphèbes s'endort,\n     L'écume du plaisir à sa bouche assouvie,\n\n      Voilant sa nudité gracile dans les plis\n     De l'Aurore, et foulant le tombeau de sa vie,\n     La Reine aux pâles mains s'érige comme un lys !\n                                                    JEAN B O E L S"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-022", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 82, "titre_corps": "Le Messie suprême", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "LE MESSIE SUPRÊME", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "LE MESSIE SUPRÊME\nVoici qu'il est venu le jeune et doux Sauveur,\nCroisant ses faibles mains d'enfant sur la poitrine\nOù des boucles d'opale exhalent leur langueur\nEt se pâment d'amour sur la chair ivoirine.\n\nAu seuil du palais clair, orné de balustrades,\nOù chantent des oiseaux au charme oriental,\nIl s'approche, ô baisers! entre les colonnades\nDe marbre, de lapis, d'albâtre et de santal;\n\nEt dans l'azur lacté, glacé de neiges roses,\nLa Lune qui s'avance, indolente et rêveuse,\nEn flocons parfumés dans la brise amoureuse\nEffeuille autour de lui les divins lauriers-roses,\n\nLes pétales ailés en tourbillons se posent\nLégers, sur son manteau royal de soie pervenche\nBrodé d'abeilles d'or et d'hirondelles blanches\nDont le vol caressant f ait onduler des roses.\n\nEt quand d'une pluie d'or les moires de sa robe\nAllument leurs baisers, ses fleurs de pierreries\nEpanchent perle à perle, ainsi qu'un lys à l'aube,\nLeur rosée lumineuse au fil des broderies.\n\nFrêle et divin Aimé! ses boucles déliées\nParfument de leurs fleurs son col efféminé,\nSa bouche pure a la fraîcheur des labiées\nEt ses yeux sont plus doux qu'un jardin illuné.\n\nPar les chemins rosés d'un printemps éternel,\nD'eau vive, de gazons et de lumière blonde\nIl a prêché, l'Enfant charmeur, l'Emmanuel'.\nL'Evangile d'amour qui sauvera le monde.\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1060, "texte": "                           — 82 —\n\n\nOffrant son front paré de grappes et de perles,\nIl a compris les voix endormeuses des brises,\nLe parfum des lilas, le chant joyeux des merles,\nLui qui murmure ainsi les voluptés promises :\n\n« 0 toi Maudit que j'aime! abandonne le glaive,\nProméthée au cœur fier et que ronge l'espoir,\nMa voix t'endormira comme un soir sur la grève,\nJe bercerai mon front entre mes bras d'ivoire.\n\nDans les jardins royaux où la lune immobile\nEntre les tulipiers forme des lacs d'argent,\nParmi les fins saphirs de leurs fleurs aquatiles\nQui tendent vers le ciel pâli leur cœur souffrant,\n\nJ'ai cueilli, délaissant les thyms et les mélisses,\nLes belladones aux puissants diamants noirs\nEt les grands daturas aux suaves calices\nDont la blancheur glacée a parfumé mes soirs.\n\nO cher vaincu.' Voici les herbes souveraines\nPar qui seront guéris les plaintes et les râles,\nEt pressant dans mes mains leurs tiges et leurs       graines,\nJe verserai leur suc entre tes lèvres pâles. »\n\n                                               VALÈRE G I L L E ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-023", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 87, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Damnation de l’Artiste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                          I\n                La Damnation   de l'Artiste,   par M. IVVAN GII.KIN ( I )\n\n\n              Les premiers vers de M. Iwan Gilkin parurent, il y a presque\n               dix ans, dans la Jeune Belgique. Certain poème, les Sterco-\n               raires, lui valut d'emblée, avec le juste ressentiment des\n               cuistres, l'estime de quelques lettrés. A la même époque\nremonte, si nous ne nous trompons, le sonnet intitulé : Anatomie. Un peu\nplus tard, il publia, dans la Revue moderne, un sixain de poèmes où il\ns'affirmait, pour quelques-uns, comme un artiste sûr de lui et de son œuvre.\nLes sonnets baptisés Invocation, Psychologie et Veilleur de nuit furent\nparticulièrement remarqués. Depuis, chaque année, M. Iwan Gilkin offrit\nà la Jeune Belgique quelques bouquets de rimes puissantes, antipathiques\naux cervelles débiles, mais savourées avec un étrange plaisir par les lecteurs\ncapables d'en apprécier le parfum. La sottise des gens de lettres, grande\ncolleuse d'étiquettes, en Belgique surtout, le classa d'un coup. Il fut\ndécrété que M. Iwan Gilkin était un petit Charles Baudelaire, qu'il compo-\nserait trois sonnets par an, et qu'il ne publierait jamais un livre. Et, comme\nil ne faisait pas mine de contrevenir à ce décret, on daigna lui recon-\nnaître une espèce de talent excentrique, volontaire, entêté, d'autant plus\nacceptable qu'il ne gênait en rien les bruyantes et superficielles gésines\nlittéraires dont on fatiguait l'opinion publique. Certains rimeurs parlèrent\nmême de M. Iwan Gilkin avec une condescendance charitable. Mais l'on\neut quelques sourires pour ceux qui s'avisèrent de reconnaître en lui l'un\ndes artistes les plus originaux de la jeune école.\n    Les sourires tombèrent lors de la publication du Parnasse de la Jeune\nBelgique. M. Iwan Gilkin y figurait avec un groupe de poèmes, anciens et\nnouveaux, qui causèrent un vif émoi dans les cénacles littéraires. La\nlégende eut tort, et fut forcée de se rétracter. Et ce fut le commencement de\nla justice.\n   La Damnation de l'Artiste achève aujourd'hui l'impression produite par\nles poèmes du Parnasse. L'œuvre est là, encore fragmentaire — l'auteur\nl'a voulu ainsi — mais déjà puissante et définitive. Et ce n'est pas sans\néprouver une légitime fierté que M. Iwan Gilkin a pu mêler dans son livre,\navec des poèmes écrits d'hier, les sonnets d'il y a dix ans. Qui donc se\n\n\n' (I) La Damnation de tArtiste, par Iwan Gilkin, un volume grand in-8°, couverture\n or, avec un beau frontispice d'Odilon Redon, chez le bibliophile Edmond Deman.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "                                  -   84    -\n\nrefuserait à voir dans la seule possibilité d'un pareil mélange l'indice d'une\nmaîtrise peu commune et d'une très haute intellectualité?\n   La Damnation de l'Artiste est le premier cahier d'une œuvre en trois\nparties, dont l'ensemble nous échappe encore. Nous apprécierons donc ce\nfragment comme fragment, sans nous inquiéter du rôle architectural que lui\nréserve le poète. Nous sommes en présence d'une série de morceaux d'accent\ncaractéristique, où nous pouvons, dès maintenant, découvrir les traces\nd'un état d'esprit déterminé et les marques d'une sensibilité particulière.\n   M. Iwan Gilkin, même dans ses poèmes de virtuosité, qui sont très rares,\nse montre à nous comme un artiste intellectuel par excellence. Son œuvre\net parmi ceux-là il faut signaler le sonnet intitulé Bois sacré, porte\nl'empreinte d'une volonté armée, sûre de réaliser son rêve, une sorte\nde volonté blanche, que les lecteurs distraits, pour qui la force de volonté\nne va pas sans contorsions ni criailleries, ne soupçonnent pas. Ses poèmes\ntiennent debout par la seule vertu de la pensée, et leur ordonnance sévère\nproscrit impitoyablement les ornements parasites. On devine que chaque\npièce de vers, chaque strophe ont surgi du cerveau du poète, avec leur idée\nmère, leur contour, leur rhythme, et que l'écrivain, une fois sa conception\nchoisie, en a subi les exigences avec une inflexible rigueur. Chacun des\npoèmes qui composent la Damnation de l'artiste est soutenu intérieure-\nment par une pensée aiguë, qui lui sert de pal. C'est à cause de cette intel-\nlectualité puissante, nourrie de lectures en tous sens, alimentée à toutes les\nsources de l'art, de l'histoire et de la philosophie, que M. Iwan Gilkin\ndomine son œuvre, c'est à cause d'elle qu'il a su imprimer à un recueil\nfragmentaire un incontestable cachet d'unité.\n   M. Iwan Gilkin, dans la Damnation de l'artiste, est avant tout le poète\nde la curiosité. « Je voudrais être ce monsieur qui passe », s'écrie le Fan-\ntasio d'Alfred de Musset. Ce vœu, M. Iwan Gilkin le fait à chaque page de\nson œuvre. Et il ne s'agit pas seulement pour lui d'être le monsieur qui\npasse — boutade romantique à laquelle Fantasio n'attache guère d'impor-\ntance — il s'agit de savoir ce que l'autre fait, ce qu'il pense, ce qu'il veut,\nde pénétrer le secret de ce regard voilé, de ce sourire vague, de cette gri-\nmace équivoque. Le désir le plus ardent du poète, quand il a élu un sujet,\nc'est de se substituer à lui, c'est de se glisser dans son cœur, dans son cer-\nveau, dans sa conscience, c'est d'usurper avec délices une personnalité qui\nlui semble interdite. Poussée à un tel degré, la curiosité devient une sorte\nde passion morbide, irrésistible et malsaine comme la morphine et l'opium.\nC'est une hystérie bizarre, qui pavoise toute l'œuvre, une nostalgie spéciale\nqui n'est provoquée ni par tel climat, ni par telle époque, mais par la sim-\nple apparition de l'un ou l'autre représentant de l'espèce. Il n'est pas défendu\nde découvrir dans cette curiosité sans bornes, l'affirmation d'une personna-\nlité despotique, et de supposer que, si elle était contrariée, elle pourrait pro-\nvoquer des phénomènes peu communs, tels que la colère et la jalousie. Peut-\nêtre n'est-elle, en dernière analyse, qu'une manifestation de l'instinct.\nPeut-être la loi qui préside à la conservation de l'espèce règle-t-elle aussi la\npermanence et le développement de l'activité spirituelle. Quoi d'étonnant,\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": " dès lors, à voir le cerveau le mieux armé se précipiter sur le cerveau le plus\n faible, le dévorer et se nourrir de sa précieuse substance? Cette théorie du\n cerveau de proie est assurément d'une belle cruauté. Nous ne pensons pas\n que M. Iwan Gilkin l'ait formulée. Mais il n'en est pas loin dans le poème\n intitulé : Promenade, qui est inédit pour les lecteurs de notre revue :\n\n                Promeneur singulier que j'élis dans la foule,\n                Mon désir curieux s'infiltre dans tes chairs,\n                Dans tes muscles chacun de mes muscles se coule.\n                Fibre à fibre mes nerfs s'allongent dans tes nerfs.\n\n                Mes yeux s'ouvrent au fond de tes yeux, ma cervelle\n                Enroule ses replis aux plis de ton cerveau;\n                Voici que je suis Toi, voici qu'une nouvelle\n                Conscience m'éveille en un monde nouveau.\n\n\n                O palais d'améthyste aux sombres colonnades\n                Etageant des orgueils de pierre et de métal\n                Au fond de parcs princiers fleuris de promenades\n                Où des reines de joie offrent leur sein fatal,\n\n                O souterrains peuplés de froides pierreries,\n                Veillant comme des yeux sur des couteaux sanglants\n                Qui mêlent l'effroyable appareil des tueries\n                A l'or luxurieux des vieillards  pantelants,\n\n                — J'aime tous tes amours, je rêve tous tes songes ;\n                Ma mémoire s'emplit de ton passé secret ;\n                J'apprends d'autres péchés rongés d'autres mensonges,\n                Et je parcours ta vie ainsi qu'un lazaret.\n\n                Enfin, partant de toi, dans ma seule existence\n                Je rentre exténué, pâle et tremblant encor.\n                Mais le cerveau chargé d'une riche science\n                Comme un vaisseau qui porte une cargaison d'or.\n\n\n   Après la curiosité, ce qui frappe le plus dans les poèmes de la Damnation\nde l'artiste, c'est leur accent d'inaltérable jeunesse, leur odeur de fraîcheur\net de nouveauté. L'enfance et l'adolescence sont célébrées sur le mode\npaïen, dans des strophes d'une intensité singulière et belles jusqu'aux\npleurs, pour employer une magnifique expression de notre poète. Baudelaire,\nauquel on a souvent et sans trop de discernement comparé M. Iwan Gil-\nkin, ne parle qu'une fois, dans les Fleurs du mal, du charme de la jeu-\nnesse. Il lui rend, dit-il, « un hommage profond », mais cet hommage ne\nl'empêche pas de préférer la beauté trentenaire, savante et mûre, qu'il con-\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "                                  — 86 —\n\n sidère comme un superbe instrument de volupté. M. Iwan Gilkin, au\nrebours de Baudelaire, est visiblement attiré par les grâces neuves de l'en-\nfance. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, il se sépare très nette-\nment du poète des Fleurs du mal.\n   Telles sont, à nos yeux, les deux caractéristiques de la poésie de M. Iwan\nGilkin. D'autres particularités, pour être secondaires, mériteraient cepen-\ndant de tenter l'analyste. Certains poèmes sont d'un pessimisme amer ;\nmais il ne faudrait pas se hâter de conclure à une religion philosophique\ntrès arrêtée. Le pessimisme, même théorique, s'accorde assez mal avec le\nviolent désir de vivre qui éclate dans la Damnation de l'Artiste. Ce qui\ndonne souvent, chez M. Iwan Gilkin, l'illusion d'une foi désespérée, ce sont\nles mécomptes de la curiosité, les agacements d'un sybaritisme contrarié\npar un pli de rose, et — surtout — la déception du bonheur prévu, dont le\ndésir a énervé la force, et qui ne procure pas la joie attendue.\n   Mais si M. Iwan Gilkin nous paraît peu pessimiste de pensée, il a des\ncrudités de style que les pessimistes les plus stridents ne désavoueraient\npas. Il a des adjectifs renouvelés d'Ezéchiel, et il éprouve une espèce de\nplaisir à jouer avec les mots les plus crus et les plus vénéneux de la langue\nfrançaise. Faut-il, à la suite de Baudelaire, voir dans ce culte de l'horrible\nle résultat d'une vaste énergie vitale inoccupée, et l'indice d'une profonde\nsensibilité refoulée? Peut-être. Mais M. Iwan Gilkin lui-même, dans une\nnouvelle peu connue, a senti la nécessité de s'en expliquer incidemment.\nSon héros, Georges de Cléophas, — un poète — se défend contre une accu-\nsation de meurtre. Voici le passage intéressant de la plaidoirie :\n    « Vous connaissez ma vie. Elle fut calme, vouée aux études esthétiques\nles plus hautes et les plus délicates. Mes travaux ne sont pas ignorés;\n M. l'avocat général vous a dénoncé tout à l'heure le pseudonyme que mes\npoèmes ont clamé dans le clairon de la renommée, et vous a même signalé\ncharitablement l'immoralité de mes vers, qui ont offusqué jadis la pudeur\nde tous les faiseurs de feuilletons.' Ont-elles assez barboté, les gazettes !\n L'on m'a traité de fangeux matérialiste, alors que mon cœur était prosterné\ndans l'inaltérable adoration de la beauté spirituelle, et l'on n'a pas vu que\nl'horrible m'obsédait par cela même qu'il me faisait horreur. N'avez-vous\njamais eu les yeux hantés d'une effroyable charogne aperçue au coin d'une\nrue? Un homme grossier ne l'eût point remarquée. En la regardant comme\nl'oiseau de paradis regarde la vipère qui le fascine, le poète doué d'un sens\nexquis du beau sent son cœur se serrer d'angoisse; il a beau fermer les\nyeux, la monstrueuse image reste collée aux yeux toujours béants de son\nesprit, comme la tache de sang aux doigts de lady Macbeth. »\n   M. Iwan Gilkin n'aurait qu'à faire sienne l'incisive et pittoresque défense\nde son personnage. Il pourrait ajouter que les pères de l'Eglise et les libres\nprêcheurs du XVIe siècle s'exprimaient parfois avec plus de violence et de\ncrudité que lui. L'énergie de langage que l'on remarque dans la Damnation\nde l'Artiste ne peut, d'ailleurs, étonner chez un poète d'inspiration catho-\nlique. Nous disons « catholique » et non « chrétienne », car, il n'y a pas\ntrace de sentiments évangéliques dans les vers de M. Iwan Gilkin, et s'il lui\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "                                     -   87    -\n\narrive, comme dans le sonnet Amitié, de pardonner au méchant, c'est pour\nlui broyer la tête sous la lourdeur du pardon.\n    Il nous reste à juger la forme. Comme nous le disions plus haut, M. Iwan\nGilkin, un poète avant tout intellectuel, connaît l'art d'éclairer le moindre\nvocable à la clarté de sa pensée. Il n'attache guère d'importance à la virtuo-\nsité, à l'arabesque, à la végétation inconsciente de la phrase. Il assemble\ndespotiquement les mots qui lui semblent nécessaires à l'effet artistique, et\nil les heurte avec une savante et patiente brutalité, jusqu'à l'étincelle. Son\nvers, riche et fastueux quand il le faut, a des éclats d'acier et de lumière\nélectrique. Amoureux de netteté, de précision, il trouve des mariages de\nmots et des alliances de vocables qui témoignent d'une singulière concen-\ntration spirituelle. Il est classique, dans le sens le plus exact du terme, et il\nconsole de l'étrange patois où certains petits lutrins de singes veulent\nrenfermer notre poésie.\n                                                          ALBERT GIRAUD.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-024", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 87, "page_fin": 89, "titre_corps": "Chronique littéraire : Impressions d’art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "II Impressions d art", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 1156, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "II\n\n    Impressions d'art, études, critiques et transpositions, par EUGÈNE DEMOLDER.\n                       — Bruxelles, Ve Monnom, imprimeur.\n\n   M. Eugène Demolder vient de réunir en un volume les études, les criti-\nques et les transpositions qu'il a publiées dans la Société nouvelle. On les\na lues avec intérêt et plusieurs ont causé une sensation flatteuse dans le\nmonde — plus restreint en Belgique que partout ailleurs — de ceux qui se\nnourrissent d'une autre littérature que des improvisations gazettières.\n   Je les relis à présent et suis frappé, plus encore qu'auparavant, de la\ncurieuse et neuve personnalité qui s'en dégage. C'est principalement dans\nses transpositions que M. Demolder a fait œuvre originale, et c'est de\ncelles-ci que je m'occuperai.\n   D'autres avaient tenté avant lui de transposer des tableaux, en prose ou\nen vers. Seulement, ils s'y prenaient mal. Ils racontaient, amplifiaient,\nparaphrasaient les oeuvres admirées, mais sans faire participer leur laborieux\ntravail, de la chaleur, du ragoût de l'original. Ils disaient les moindres\ndétails, mais sans les assembler. Ces prétendues transpositions n'étaient\nque de pâles décalques ; elles avaient la sécheresse d'un inventaire et sen-\ntaient le bric-à-brac. Dans la plupart des cas, elles résultaient d'initiations\nsuperficielles, d'enthousiasmes de commande, de convictions. . à la mode.\nA l'exception de Baudelaire et de J.-K. Huysmans, des maîtres devins,\nceux-là, je ne vois personne qui ait excellé dans ce genre d'exercices.\n   M. Demolder marche sur la trace de ces maîtres. C'est surtout pour son\ncas que je me sers du mot « exercice » en parlant de transpositions. On\nverra pourquoi.\n   M. Demolder, épris, en art, de cette honnêteté, de cette franchise, de\ncette sincérité qu'il ne cesse d'exalter, entre autres, dans son étude sur Con-\nstantin Meunier, a commencé par étudier avec ferveur, les petits maîtres\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "                                    — 88 —\n\n  hollandais et flamands. Leur exubérance, leur robustesse, leur matérialité\n  sollicitaient sa ronde et pourtant réceptive nature brabançonne. Il entre\n  dans l'intimité de ces ancêtres, les surprend, les observe, les contrôle dans\n  toutes les manifestations de leur art, ne pratique pas seulement l'une ou\n  l'autre de leurs œuvres, mais en déniche le plus possible, parvient à force\n  de les fouiller et de les comparer entre elles, à deviner, à saisir la pensée\n  même de leurs auteurs. Non seulement, il tient le procédé, le métier, la\n  patte, mais il a pénétré le mystère de la conception du morceau de peinture\n  dans le cerveau du coloriste, dans cette camera obscura d'où l'impression\n  reçue surgit magnifiée et sublimisée. Ce n'est plus le tableau isolé, l'œuvre\n  définie d'un maître, que Demolder possède dans tous ses recoins, c'est la\n  manière, l'art même de ce maître, qu'il a confessé dans ses plus subtils\n  arcanes.\n     Aussi, sa prose ne traduit pas servilement un morceau de peinture de\n  Breughel ; sa prose ajoute un Breughel à la collection des Breughel con-\n nus. Il n'imite pas tel ou tel tableau, il s'assimile le tempérament et le faire\n des peintres mêmes. Il inventera à son tour des tableaux qu'ils auraient pu,\n qu'ils auraient dû peindre. Il est même fâcheux que les peintres ne soient\n plus là pour reporter sur la toile tout ce que l'écrivain leur attribue sur le\n papier.\n     Ainsi, Demolder a signé « pour copie conforme » des chefs-d'œuvre tout\n à fait inédits de Breughel, de Teniers, d'Ostade. Gageons que des collec-\n tionneurs mystifiés auront consulté les catalogues des musées et de galeries\n particulières pour y trouver la mention de ces exemplaires chimériques !\n     Mais bientôt notre prosateur élargit son domaine. Il a commencé par\n nous donner des équivalences de tableaux anciens, en ne nous laissant\n aucun doute sur l'authenticité de la signature. Son Massacre des inno-\n cents est du seul, de l'unique Breughel.\n     A présent, il ne s'en tiendra plus à une individualité, mais il s'attachera\n à résumer en trois ou quatre pages, en un seul tableau, la valeur, l'esprit,\n la caractéristique; la dominante de tout un cycle d'art. La Montée au\n Calvaire évoque à la fois, fusionne et harmonise tous les vieux flamands.\n     Demolder généralise encore :\n     Dans la Fuite en Egypte, l'écrivain ne se borne pas à enrichir l'œuvre\n de l'un ou l'autre peintre, ou même, comme dans la Montée au Calvaire à\n synthétiser le bagage des peintres d'une seule école, d'une seule nation ;\n non, il s'agit ici de la commémoration de « vieux peintres » sans distinc-\n tion d'époque et de nationalité.\n     Ces diverses Transpositions sont fort belles, d'une exécution ferme et serrée,\n d'une couleur abondante et précise, d'une pâte grasse. Elles suffiraient à faire\n la réputation d'Eugène Demolder. On y rencontre, à chaque phrase, l'épithète\n rare, que les Goncourt appellent la marque de l'écrivain. Exemple : « les\n granges aux murailles beurrées, le jaune onctueux de l'église et les gris\nféodaux des pierres du castel ». Et, dégagés des détails pittoresques et\n chatoyants, de ces détails précipités l'un sur l'autre pour traduire les vibra-\n tions du son, de la couleur et de l'atmosphère, — combien de raccourcis\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3001, "texte": "                                     -   89   -\n\nsaisissants, d'épisodes admirablement condensés : telle, la fin du Massacre\ndes Innocents où « le jeune seigneur aux plumes magnifiques, se fait une\nvisière de la main pour mieux apercevoir le clocher le plus proche ».\n   J'aurais long à écrire, s'il me fallait m'arrêter aux beautés de ces pages.\nD'ailleurs, inutile de les signaler, elles s'imposeront à tout lecteur.\n   Après avoir applaudi au début d'Eugène Demolder et montré som-\nmairement la marche des études et de l'application de l'auteur, il me paraît\nassez intéressant de déduire de l'œuvre actuelle la portée de l'œuvre pro-\nchaine.\n   J'ai montré comment Demolder a étendu son chantier et perfectionné ses\noutils. A-t-il étudié les maîtres peintres pour faire œuvre de critique? Cette\nambition eût été fort louable. Les morceaux de pure critique intercalés (un\npeu contre notre gré) dans ces Transpositions, nous le prouvent, et de reste.\n   Mais Demolder poursuit un but plus élevé, plus noble encore.\n   En analysant les vieux tableaux hollandais et flamands, il a ausculté, non\nseulement l'organisme des artistes peintres, mais il a creusé et fouillé les\nentrailles mêmes de leur pays. Il s'est initié au tréfond de l'âme flamande.\nIl a trouvé les mœurs, le costume et le génie de la Flandre, incarnés dans\nl'art des bons peintres. Il a plus appris par cette communion constante\navec l'art quintessencié des grands observateurs, qu'en poursuivant une\nréalité éparpillée, mixte, fugace et complexe.\n   S'il s'est arrêté à l'art d'un terroir et d'une race, c'est parce qu'il est de ce\nterroir et de cette race. Pour bien connaître les hommes et la terre, il\nimporte de pratiquer d'abord et surtout nos proches et notre berceau.\n   Et, à présent, armé comme il l'est, après ce stage profitable, Demolder\nne nous donnera plus seulement des transpositions d'un art en un autre art,\nmais il transportera directement l'humanité et la nature, dans le verbe, dans\nla pensée écrite. Au Beuglant et surtout Banlieue nocturne sont déjà\nd'heureux 'échantillons de sa manière plus étendue, une nouvelle applica-\ntion de sa méthode saine et logique.\n   Bientôt, il ne tiendra plus compte du pays et du temps; il brouillera les\nâges, les mœurs, les milieux, ne se souciera plus que de l'humanité éternelle\net des passions non moins éternelles.\n   Mais pour chaque incident de son éthopée il créera le décor, l'accessoire,\nle costume, l'atmosphère la plus topique et la plus intense.\n   Il nous a parlé d'une Vie de Jésus, un Jésus traversant les siècles, un\nJésus enjambant l'espace et les âges, un Jésus mêlé à des événements de\nnotre vie contemporaine, coudoyé par des Pharisiens de Belgique et de\nmaintenant, un livre de délicieux anachronismes comme les vrais livres de\npoètes !\n   Admirable projet dont la Montée au Calvaire et le Massacre des Inno-\ncents garantissent la splendeur de la composition et de la mise en œuvre.\n                                                        GEORGES EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-025", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 91, "titre_corps": "Chronique littéraire : Sous-offs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Chapaux", "ancre_debut": "III Sous offs", "ancre_fin": "ALBERT CHAPAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV Joies", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "III\n\n             Sous-offs, par LUCIEN DESCAVES. — Paris, Tresse et Stock.\n\n   SOUS-OFFS, roman militaire, titre et sous-titre alléchants, pleins de\npromesses croustillantes et qui devaient certainement attirer les acheteurs ;\nroman écrit sans la moindre pensée morale ou artistique, mais dans un but\nd'inavouable mercantilisme et pour exploiter les malsaines curiosités ; livre\nautour duquel on a fait trop de tapage et dont un silence méprisant et dédai-\ngneux aurait fait bon marché.\n   M. Descaves, un des disciples, un « de la queue » de Zola, possède, nous\nle reconnaissons, un certain talent; mais ce talent, il l'a singulièrement\nprostitué en une œuvre qui n'est ni originale, ni vraie, ni — ce qui est plus\ngrave — même bien écrite : c'est de la mauvaise littérature autant qu'un\nmauvais livre.\n   Sous-offs est un roman mal échafaudé, une série de documents réunis\nsans suite et sans ordre ; le style, qui cherche à s'inspirer visiblement de\ncelui du maître, est lourd et manque de cette couleur et de cette poésie\nfarouche qui font de Zola un des plus puissants écrivains du siècle : les\nportraits sont pâles, à peine esquissés; dans les tableaux, jamais un de ces\nmots vibrants qui vous donnent l'illusion de la chose vue; de temps en\ntemps, — mais si rarement — une page émue : telle, à la fin du livre, le\nsuicide du sergent-major et la tristesse du misérable enterrement ; parfois\nune expression heureuse : « cette charogne s'en allant dans l'universel aban-\ndon       ».\n   Depuis longtemps Zola avait annoncé un roman militaire, mais il y avait\n— provisoirement du moins — renoncé; M. Descaves a voulu le devancer;\nil a fait un « four », littérairement parlant, mais il doit y avoir gagné une\nsomme rondelette, ce qui lui suffit sans doute.\n   Avant tout, M. Descaves a fait œuvre de mauvais patriote : il a couvert\n— du moins, il l'a tenté — de boue une armée appelée à jouer bientôt un\nrôle qui décidera de la vie ou de la mort de la plus belle nation du monde ;\nil a avili le métier militaire, pour lequel le peuple éprouve déjà trop de\nrépugnance ; il a crié à l'Allemagne — qui doit s'en tenir les côtes — : Voilà\nl'armée que vous aurez à combattre ; un tas de souteneurs ignobles,\nd'Alphonses en uniforme, les « sous-offs » ; des soldats qui les admirent, qui\néprouvent pour eux une sorte de respect à cause précisément de « leurs\nrecettes cachées, de leur crapulerie occulte » ; des officiers qui tolèrent pareil\nétat de choses, qui l'admettent presque, <c indifférents du reste... ». Pas de\ndifférence entre le soldat et la fille publique; entre eux existe une sorte de\nparenté morale et matérielle, « une bonne intelligence faite de sympathies,\nde lâcheté invertébrée ». « Fille et soldat : frère et sœur, nés de la même\nprostitution ». Caserne et lupanar sont synonymes.\n   Certes, dans une armée, comme dans toute institution où une foule d'indi-\nvidus vivent de l'existence commune, il doit germer des vices secrets ; mais\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "                                     -   91   —\n\n\nc'est là aussi que règne la plus profonde jalousie : chacun exerce sur son\nvoisin une sorte de surveillance intéressée, et des ignominies du genre de\ncelles que dévoile M. Descaves ne passeraient pas inaperçues et seraient\nbientôt réprimées. Cela est vrai en Belgique, cela doit être vrai en France,\nou plus que partout ailleurs peut-être, on cherche à développer chez le sol-\ndat le sentiment de l'honneur et du devoir.\n   Ici, ce sentiment, au vu et au su de tous, est foulé aux pieds de la plus\nbelle façon : et par qui? Par le sous-officier, par celui-là même qui doit\nmontrer l'exemple, qui est chargé de l'éducation morale du soldat, qui est\nen somme le véritable rouage du régiment. Si c'était encore un type pris au\nhasard, soit? Mais ici c'est une règle générale, et nous voyons tous les sous-\nofficiers d'un bataillon se vautrer à corps et âme perdus dans la fange,\npasser leurs journées, leurs nuits dans les maisons de prostitution, et se\nfaire entretenir, — naturellement, sans honte, avec, au contraire, une sorte\nd'orgueil, — par des filles de joie.\n   Cependant, un homme, un sous-off a eu le courage de rester pur et hon-\nnête, pour avoir le droit de parler ; un seul a résisté à cet exemple universel :\nce phénomène est M. Descaves!\n   Eh bien ! non, monsieur ! Toutes ces ignominies que vous crachez à la\nface de votre patrie — impudemment et sans remords — mensonges!...\nSeul, votre nez respire l'odeur de ces pourritures infâmes que vous vous\ncomplaisez à remuer ; seul votre œil voit — contemple — ces plaies infectes\nque vous vous amusez à fouiller d'une immonde plume! La lecture péni-\nblement achevée de votre roman laisse la répugnante sensation d'une ven-\ngeance bassement assouvie au détriment de toute une armée, de l'honneur\nde toute une nation ; vous voyez l'existence militaire à travers le voile d'une\nancienne rancune personnelle, et à chaque ligne se perçoit votre désir d'exac\ngérer, d'exagérer quand même. Et, puisque vous n'avez même pas fait de\nbelle et bonne littérature, nous ne pouvons nous empêcher de nous écrier :\nun livre sale, dégoûtant, malsain, qui répugne, qui pue — et qui n'est pas\nvrai!\n                                                        ALBERT CHAPAUX.\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-026", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 92, "titre_corps": "Chronique littéraire : Joies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "V. 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Ce sont des poèmes de rêves tristes ou gais, une annotation\nlégère, musicale, visant à être directe, des impressions : une âme chante en\nces vers aux rhythmes frôleurs le\n                Rêve d'amour défunt hantant tout   lendemain.\n\ncomme dans In Memoriam, souvenirs alternés de roses penchées sur le\npassé qui revient à la surface d'une eau dormante.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "                                       —    92   —\n\n\n  Dans ceci tout est si irréel :\n\n                 Je suis quelque morte sans doute, et quelque rêve.\n\n  M. Vielé-Griffin délaisse l'emploi continu des alexandrins précis et\nsonores, il varie et développe l'expression musicale, ainsi recherche-t-il\ntoujours le voilé, le grêle, les délicates nuances.\n  Voici le début de la Dédicace qui inaugure le livre :\n\n                J'ai fleuri mon royaume de lys frêles\n                Comme les vierges et comme les joies ;\n                Mon palais clair a de grêles tourelles,\n                Et j'ai drapé mes c i e u x de pâles soies.\n\n                J'ai semé mon jardin de flores saintes\n                Comme les vierges et comme les joies,\n                Et je me suis grisé de mes jacinthes,\n                Aurore, à chaque fois que tu rougeoies.\n\n                Je chante en mon âme des choses folles\n                Comme les vierges et comme les joies,\n                Et j'ai trouvé de si douces paroles,\n                O si douces, qu'il faut que tu les croies.\n\n\n   Pour compléter cette poétique, souvent M. Vielé-Griffin entrelace ses\nvers de quelque ancienne romance enfantine, telles les deux pièces : Rondes,\net semble ainsi mélanger sa tristesse à la fragile tristesse qui s'exhale de ces\nrappels de rêves et de joies, les simples et vieillotes rondes berceuses.\n   Il faudrait encore citer : Parle-moi qui débute ainsi\n\n                Donnez-moi la brise en les feuilles    rieuses...\n\npuis Vers la mer et d'autres encore.\n                                                                        V. G.\n\n                                           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-027", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 93, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Victoire du mari", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Léon Dardenne", "ancre_debut": "V La Victoire du mari", "ancre_fin": "LÉON DARDENNE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1669, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "V\n\nLa Victoire du mari, par JOSÉPHIN PÉLADAN. Paris, Dentu, 1889. — En joyeuse expec-\n  tative la Victoire du mari, comédie en 5 actes, musique du marquis de Sivry, décors\n  de Mlle L. Abbéma.\n\n  Ceci : un chapitre de Sinistrari d'Ameno délayé dans d'interminables et\npeu intéressantes descriptions du théâtre de Bayreuth.\n  Les théories du mage Sextenthal exposées au saturnien Adar ne sont,\npour le fond et pour la forme, que l'amplification des paroles mystiques de\nCornélius Agrippa. (Œuvres magiques, 1740.)\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "                                  -   93   -\n\n   La formation du corps astral, décrite au chapitre XIII, ne peut se pro-\nduire sans l'aide d'une force égale à celle de l'opérateur. Or, Adar reste\nsimple spectateur et se contente d'éloigner de la pointe d'un poignard ce\nque l'auteur appelle les élémentaux.\n  Fausse est la description de ce corps astral visible et cédant à la pression\ndu doigt. Le corps astral est invisible et impalpable ; Adar ne pouvait donc\nassister à la formation des molécules composant ce corps : il ne pouvait les\nvoir grisâtres, puis blanches. Ces molécules seraient d'ailleurs d'un bleu\npâle légèrement verdâtre et non grises ou blanches.\n   La mort produite par la non réintégration du corps astral dans l'orga-\nnisme, peut avoir lieu par des fumigations telles qu'elles sont décrites dans\nSinistrari, page 85 et suivantes, et non par l'épée.\n\n                                                     LÉON DARDENNE.\n                                                      (Mage de 1re classe).\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-028", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 94, "titre_corps": "Chronique artistique : Les Aquarellistes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Georges Destrée", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "GEORGES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                         LES AQUARELLISTES\n\n              Au Salon actuel des Aquarellistes, la seule exposition à signaler\n               de ces derniers temps, se distinguent surtout deux artistes :\n               MM. Jan Toorop et Xavier Mellery.\n                  Nous eussions voulu dire ici toute notre admiration pour\nce dernier, mais, la place nous faisant défaut, nous lui consacrerons dans\nquelque temps une étude spéciale, nous bornant pour le moment à un\nsimple compte-rendu de son exposition.\n   L'envoi de Xavier Mellery se compose cette année de deux aquarelles de\nMarken et d'un panneau décoratif sur fond d'or, d'une pureté de lignes\nvraiment noble, d'une beauté sévère irréprochable analogue à celle de cer-\ntains Mantegna.\n   La première aquarelle simplement intitulée Marken : sur un fond d'or un\npêcheur et une femme de Marken se tenant par la main, est comme le\nfrontispice symbolique de cette partie de son œuvre où Mellery a chanté\ncette île, dont seul il a su rendre l'étrange et captivante beauté. Mais, quelle\nque soit la perfection de ces deux œuvres, nous leur préférons cependant,\net notre admiration est sans bornes : pour cette enfant de Marken debout\nen cette prairie tranquille, silencieuse, d'un vert presque désolé, pour cette\nenfant aux yeux bleus, ses cheveux blonds échappés en vrilles de son\nbonnet blanc et rouge, ses mains petites enfoncées dans les poches de jupes\nnoires accumulées.\n   Une barque noire échouée derrière elle semble augmenter le silence,\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "                                   — 94 —\n\nrompu seulement de temps à autre par les rires frais des petites filles, qui\nlà-bas dansent en corsages rouges et jupes noires et tournent et tournent\nles mains unies, dansant, chantant des rondes infinies. Un canal, traver-\nsant d'une ligne blanche la prairie, remonte vers l'horizon où, derrière les\ntoits noirs des masures, s'aperçoivent les mâts des bateaux à l'ancre. Un\nciel froid par dessus avec des lignes d'un bleu sombre et des nuages inquié-\ntants, presque noirs, qui s'avancent.\n    L'arrangement bizarre de cette aquarelle en fait comme un blason de\nl'île de Marken et constitue en même temps, pour l'artiste qui l'a conçu,\nun de ses plus beaux titres de noblesse.\n    La qualification « d'artiste peintre » me paraît convenir particulièrement\nà M. Jan Toorop. Il existe dans ses peintures des couleurs qu'il est seul à\nemployer, et son œil, épris de tons fins et délicats, sait les rendre avec une\nscrupuleuse exactitude.\n    Il inaugura naguères, dans la suite de ses « Déjeuners », des blancs dont\nil a gardé le précieux secret. Dans son envoi de cette année brillent des cou-\nleurs inattendues, des verts surtout, des verts étranges, sauvages et roman-\ntiques, me donnant la même impression que des descriptions de la mer dans\ncertains Barbey d'Aurevilly.\n    Le choix des sujets et leur arrangement, leur interprétation, est aussi plu-\ntôt d'un poète que d'un peintre, et nous semble mériter de grands éloges.\n    De l'envoi de M. Toorop, nous préférons sa « Mélancolie », cette femme\nde pêcheur debout sur le seuil de sa porte et qui semble, perdue dans ses\nréflexions, revivre sa vie dans ce grand et triste paysage aussi désert et\ndévasté que son cœur misérable.\n    Il reste à mentionner, dans ce compte-rendu sommaire de l'Exposition\ndes Aquarellistes, un « Effet de neige » de Binjé, d'un remarquable senti-\nment, et de jolies aquarelles d'Hoeterickx, dont l'une, représentant l'entrée\nde Hyde-Park, avait la grâce et le charme de certains décors de Cochin.\n                                                   GEORGES     DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-029", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 100, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "pend de lui", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "M. 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Stéphane Mallarmé."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3586, "fin_caractere_exclue": 3624, "texte": "Il y a quelque temps, encore un de ces"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3676, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "voyageurs de commerce de la littérature"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3767, "fin_caractere_exclue": 3811, "texte": "était venu offrir sa marchandise dans diffé-"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3863, "fin_caractere_exclue": 3906, "texte": "rents cercles d'ici. Notre fier ami Maurice"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3958, "fin_caractere_exclue": 3996, "texte": "Desombiaux, un jeune-belgique du rouge"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "le plus vif, l'arrangea de belle façon dans"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "l'Opinion progressiste : Abraham Dreyfus"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "voulut y répondre, mais voici la formidable"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 329, "fin_caractere_exclue": 361, "texte": "volée de bois verl qu'il reçut :"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 518, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "« MONSIEUR ABRAHAM,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 602, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "\" Par égard pour le sympathique patro-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 659, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "nage sous lequel vous vous présentiez, j'ai"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 750, "fin_caractere_exclue": 791, "texte": "fait, en termes indulgents et mesurés, le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 845, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "compte-rendu de votre conférence, ou plu-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 940, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "tôt de ce qui en tenait lieu."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1016, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "« Vous me répondez que la perfidie de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1107, "fin_caractere_exclue": 1146, "texte": "mes insinuations n'est pas suffisamment"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1164, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "atténuée par ma sottise."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1263, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "« Or, ça, apprenez que je n'insinue pas,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1353, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "j'affirme. Le mot « Jocrisse » vous mécon-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1444, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "tente? Tant pis, je le maintiens."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1538, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "« Ah! parce qu'au fond du local, il y a,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1628, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "peintes sur le mur, d'ahuries silhouettes de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1719, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "spectateurs aux bras pendants, vous avez"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1781, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "pensé vous trouver devant un auditoire"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1869, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "béant auquel nul respect n'était dû ! Avez-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1959, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "vous donc oublié votre chanson et ces pa-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2048, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "roles : A Bruxelles je ne ferais pas cela,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2140, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "mais ici!... Eh bien non ! les gens d'ici"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2228, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "ne sont pas si bêtes que vous paraissez le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2314, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "croire, et vos manières ont été fort mal goû-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2405, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "tées, croyez-moi !"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2497, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "« Et tenez, puisque vous avez été insul-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2561, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "tant pour un reporter qui n'avait fait que"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2652, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "son devoir, laissez-moi vous dire votre fait,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2745, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "crûment :"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2838, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "« Vous êtes de ces quelques journalistes"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2929, "fin_caractere_exclue": 2970, "texte": "besogneux qui, à la faveur d'une demi-ré-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2997, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "putation soigneusement entretenue par des"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3091, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": "réclames aussi adroites que celles de Gé-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3178, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "raudel, venez promener par quelques villes"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3268, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "de Belgique, l'indigence d'une causerie uni-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3363, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "que, toujours grassement rétribuée. C'est"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3438, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "des plus facile et d'un rapport plus certain"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3532, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "que vos pièces de théâtre et vos collabora-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3619, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "tions ignorées."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3715, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "« Vous avez osé parler de ma conférence !"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3804, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "Bas les pattes, Abraham; ne comparons"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3897, "fin_caractere_exclue": 3939, "texte": "pas vos cabotinages mercantiles à l'effort"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 4035, "texte": "désintéressé que je fis pour glorifier de purs"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4057, "fin_caractere_exclue": 4096, "texte": "artistes qui me sont chers. Quant à mes"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4146, "fin_caractere_exclue": 4190, "texte": "œuvres, je ne me figure pas que : Chants des"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4191, "fin_caractere_exclue": 4233, "texte": "jours lointains, Grisailles et le Triomphe"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4234, "fin_caractere_exclue": 4275, "texte": "du Verbe puissent jamais être compris par"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4326, "fin_caractere_exclue": 4338, "texte": "vos pareils."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "\" Vous avez senti la faute par vous com-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "mise, voilà le secret de votre épître. Redou-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 282, "fin_caractere_exclue": 328, "texte": "tant d'avoir franchi les limites de la permis-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 416, "texte": "sion de se moquer du public, vous avez"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "craint de perdre des ressources faciles et"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "senti le besoin de nous assurer de votre"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 648, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "affection."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "« Vous avez mis en cause, espérant que"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 844, "texte": "ma franchise hésiterait ou viendrait s'y brû-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 894, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "ler les ailes, un écrivain qui n'avait rien à"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 989, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "voir dans notre démêlé."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1065, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "« Ainsi ont été hâtées des décisions déjà"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1156, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "prises."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "« Mais je ne suis pas de ceux qui biaisent."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1309, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "Je n'ai pas lu l'ouvrage dont vous parlez ;"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1402, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "j'aime à croire que c'est un chef-d'œuvre"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "ainsi que l'assure, dites-vous, cet autre"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1584, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "sémite Halévy. Je ne connais pas son auteur"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1677, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "et n'avais donc aucune raison de lui être"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "désagréable."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1833, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "« Mais vous, Abraham, qui parlez de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1918, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "grossièreté, vous êtes venu publiquement"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2008, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "attribuer à une dame, à propos de votre"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2097, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "niveau intellectuel, des épithètes peu re-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "commandables quoique très justes, dont"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2277, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "elle a dû être froissée la première."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "« Qu'importe d'ailleurs votre opinion."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2454, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "Nous n'attendons pas votre arrivée pour"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2543, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "juger les livres."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2613, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "« Avez-vous recommencé vos louanges si"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "sincères à Bruxelles ou ailleurs? Les avez-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2794, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "vous jamais dites à Paris? Non, n'est-ce"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "pas. Ce serait tout le contraire, d'après ce"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2978, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "qu'on me rapporte."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3049, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "« Quand vous ferez, sans intérêt, si cela"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3140, "fin_caractere_exclue": 3177, "texte": "vous est possible, et sans manquer de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3227, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "dignité comme à Marchienne, l'éloge d'un"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3317, "fin_caractere_exclue": 3362, "texte": "de mes compatriotes et confrères, je serai le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3412, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "premier à vous applaudir."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3490, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "« Maintenant que je vous ai cloué, du bec"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3581, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "de ma plume, comme un vilain papillon"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3668, "fin_caractere_exclue": 3711, "texte": "nocturne, rentrez dans le silence, Abraham!"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3761, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "Vos confrères de Paris riraient trop s'ils"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3896, "texte": "apprenaient que l'on vous a rincé d'une pa-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3946, "fin_caractere_exclue": 3988, "texte": "reille façon, en un coin de province, chez"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4038, "fin_caractere_exclue": 4056, "texte": "les petits Belges."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4122, "fin_caractere_exclue": 4145, "texte": "\" MAURICE DESOMBIAUX. \""}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4325, "texte": "Dans la Paix, journal parisien, un long"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 4375, "fin_caractere_exclue": 4414, "texte": "article de M. de Nimal sur le mouvement"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "littéraire en Belgique où nos poètes et nos"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "prosateurs tiennent la plus belle place."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 215, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "Vifs remerciements à l'auteur des Légen-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "des de la Meuse qui défend toujours et en"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 413, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "toute occasion ses amis d'ici."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "Du même, dans le Journal de Mons, une"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 610, "texte": "remarquable correction donnée à un per-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 677, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "sonnage quelconque qui s'était permis, on"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 773, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "ne sait à quel titre, de prendre à partie un"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 868, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "article élogieux sur les Chimères de notre"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 965, "fin_caractere_exclue": 983, "texte": "ami Jules Destrée."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1038, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "Il est bon, de temps à autre, de donner le"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 1182, "texte": "fouet à tous les roquets qui aboient aux"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1223, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "talons."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1497, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "Dernièrement, M. Maurice Siville a fait"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "représenter chez lui, sa vive comédie O les"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1662, "fin_caractere_exclue": 1703, "texte": "femmes.' et Entre frères de G. Guiches et"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1754, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "H. Lavedan."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1852, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "L'impression a, paraît-il, été très forte. On"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1943, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "parle de donner prochainement, malgré les"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2037, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "difficultés de la mise en scène, les Flaireurs"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2127, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "de notre collaborateur et ami Charles Van"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2217, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "Lerberghe. Ceci tentera assurément les"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2276, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "artistes qui acclamèrent hautement à son"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2353, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "apparition le drame du poète."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2811, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "C H E R S AMIS,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2897, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "A ma lettre si péremptoire du mois der-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3081, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "nier, vous opposez, quoi?"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3110, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "Des arguments?"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3288, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "Vous en êtes pauvres."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3409, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "Des excuses ?"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3501, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "Vous me les devez toujours."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3629, "fin_caractere_exclue": 3640, "texte": "Mais alors?"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3721, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "Je vous trouve cyniques."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3817, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "Pour qui connaît ses auteurs belges, les"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3909, "fin_caractere_exclue": 3949, "texte": "phrases prétenduement déconcertantes que"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4002, "fin_caractere_exclue": 4043, "texte": "vous m'offrez en guise de réponse et dont"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4091, "fin_caractere_exclue": 4134, "texte": "vous attribuez la culpabilité à notre cama-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4188, "fin_caractere_exclue": 4229, "texte": "rade M. Eddy Levis, ne sont qu'une antho-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4282, "fin_caractere_exclue": 4323, "texte": "logie de vos propres œuvres d'antan — vos"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4377, "fin_caractere_exclue": 4403, "texte": "fameuses œuvres de Nessus."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4467, "fin_caractere_exclue": 4509, "texte": "Voici quelques citations très fidèles, aux"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4510, "fin_caractere_exclue": 4552, "texte": "fins de vous confondre, ô pères honteux de"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4553, "fin_caractere_exclue": 4571, "texte": "vos premiers nés !"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4646, "fin_caractere_exclue": 4689, "texte": "\" ... des mains invisibles et surnaturelles"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4739, "fin_caractere_exclue": 4783, "texte": "qui viennent jeter dans la quiétude de notre"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "champ de pensée les simouns et les rafales"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 199, "fin_caractere_exclue": 211, "texte": "furieuses. \""}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "(EMILE VAN ARENBERGH. Monsieur                Gédéon)."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 374, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "« ... les trombes qui font sombrer les"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 465, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "villes flottantes et déracinent les cèdres du"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 563, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "Liban.»"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 625, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "(EMILE VERHAEREN. Hourah,            la     chair!)"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 731, "fin_caractere_exclue": 772, "texte": "« Comme la muraille qui s'effondre, notre"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "pensée est arrachée toute vivante de notre"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 920, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "cerveau et livrée éperduement à l'affolement"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "du septentrion. »"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "(FRANCIS NAUTET. Harems            et     gynécées)."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1196, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "« ... la rose des vents. »"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1277, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "(GEORGES KAISER. Essai sur les                vieilles"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1388, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "Anglaises)."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "Et maintenant, mes Diogènes, tirez-vous"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1546, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "de ce tonneau-là !"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1646, "fin_caractere_exclue": 1661, "texte": "ALFRED DE SMET."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1716, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "Laissant à MM. Van Arenbergh, Verhae-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1806, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "ren, Nautet et Kaïser le soin de défendre"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1900, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "leur dignité littéraire, nous avons commu-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "niqué la réponse de M. de Smet à M. Eddy"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2088, "fin_caractere_exclue": 2126, "texte": "Levis. Notre obligeant confrère nous a"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2179, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "immédiatement envoyé l'impromptu sui-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "vant :"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "KUSSEN"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2408, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "Hij brandde mij in 't woelig harte,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2499, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "Als wierook in een gouden vat."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2585, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "De reine kus vol warme geuren,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "Dien mij uw mond geschonken had."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2759, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "Uw voorhoofd, zwaar door heilrijk peinzen,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2857, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "Zocht op mijn lippen naar wat rust ;"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 2949, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "En in mijne armen vroegt gij staamlend :"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3045, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "« Hoe komt dat men elkander kust: »"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3162, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "Ik wist niet wat ik u zou zeggen ;"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3252, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "Onze oogen zwommen in hun droom,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3365, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "Wijl 't tuiltjen in uw lokken schertste,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3461, "fin_caractere_exclue": 3497, "texte": "Een vïnk ons uïtfloot uit haar boom."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3584, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "« 't Is zoo eenvoudig, » zong het windje,"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3681, "fin_caractere_exclue": 3717, "texte": "« 't Geheim te kennen van die lust :"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3773, "fin_caractere_exclue": 3813, "texte": "« Plukt al de krieken van uw lippen... »"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3869, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "En 'k zeî u : « Toe, opnieuw gekust ! »"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 3964, "fin_caractere_exclue": 4001, "texte": "Vergeefs. — Wist ooit de lieve bloeme"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4057, "fin_caractere_exclue": 4090, "texte": "Waarom zij zooveel geuren droeg :"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4146, "fin_caractere_exclue": 4187, "texte": "Gij zeït : « Nog kan ik niet begrijpen. »"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4243, "fin_caractere_exclue": 4281, "texte": "Ik zeî : « Wij deden 't niet genoeg. «"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4337, "fin_caractere_exclue": 4376, "texte": "Nous croyons pouvoir prédire que M. Al-"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4429, "fin_caractere_exclue": 4463, "texte": "fred de Smet ne s'y frottera plus."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4607, "fin_caractere_exclue": 4642, "texte": "Maurice Desombiaux, qui, comme Léon"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4695, "fin_caractere_exclue": 4738, "texte": "Bloy, rêve de se rendre insupportable à ses"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 4791, "fin_caractere_exclue": 4828, "texte": "contemporains, prépare un pamphlet du"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 105, "texte": "rouge le plus vif. Titre : Quelques crapules."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 197, "texte": "Parallèlement, une nouvelle qui s'intitu-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "lera : Muse    d'arrondissement."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "Albert Mockel prépare, en ce moment,"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 436, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "une longue étude destinée à la Société"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 572, "texte": "Nouvelle sur notre collaborateur Francis"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 626, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "Vielé-Griffin."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 917, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "La Monnaie continue à tirer Robert          le"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1005, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "Diable par la queue."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "Notre ami Eugène Demolder a très heu-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1385, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "reusement enterré la femme du capitaine."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1476, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "Il a eu de fortes impressions d'art."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1670, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "La censure a parfois d'heureuses stupi-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "dités. Après avoir interdit — l'année der-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1753, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "nière — l'Officier bleu, elle vient d'interdire"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "le Pater, un acte en vers torché par"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1896, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "M. François Coppée, ce passant qui repasse"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1990, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "fier comme un Jacobite dans son uniforme"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2086, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "de pompier mystique."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "Notre ami Jules Destrée prépare une"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2305, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "seconde série de TRANSPOSITIONS, destinée"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2347, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "à faire suite à l'Imagerie Japonaise... Cette"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2393, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "plaquette portera pour titre : Prières selon"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "les primitifs. En même temps, Jules Destrée"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2580, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "termine son volume de critique NOTES ET"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2669, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "SILHOUETTES sur J.-K. Huysmans, Félicien"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2753, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "Rops, Jules Barbey d'Aurevilly, Odilon"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2831, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "Redon, Edgar Allan Poe, Jan Luyken,"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2867, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "Villiers de l'Isle Adam, les Japonais. Ce"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2909, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": "mois, il a donné au JOURNAL DES TRIBUNAUX,"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3004, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "numéro du 21 novembre, un Croquis judi-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3098, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "ciaire d'une belle allure littéraire et qui a"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3192, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "été très remarqué."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3480, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "Après Félicien Rops, voici Constantin"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3577, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "Meunier, le peintre du travail esclave dans"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3672, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "les nocturnes décors du pays wallon, décoré"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3769, "fin_caractere_exclue": 3808, "texte": "de la Légion d'honneur. Le gouvernement"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3859, "fin_caractere_exclue": 3899, "texte": "français tient, décidément, à se compro-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3954, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "mettre dans l'esprit des gens raisonnables."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 152, "texte": "On a installé, au Musée des plâtres du"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 244, "texte": "Champ des Manœuvres, les estampes japo-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 297, "fin_caractere_exclue": 337, "texte": "naises achetées par le gouvernement. Les"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 390, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "délicates gravures sont là, derrière des plâ-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 488, "fin_caractere_exclue": 531, "texte": "tres dont la blancheur brutale les opprime,"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "trop haut pour êtres vues, pêle-mêle dans"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 678, "fin_caractere_exclue": 720, "texte": "des cadres, retenues par des punaises sui-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 773, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "des bristols de rencontre, à l'humidité, au"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 869, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "froid, au soleil que c'en est une vraie déso-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 967, "fin_caractere_exclue": 1004, "texte": "lation. Nous demandons grâce pour les"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1057, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "œuvres précieuses et charmantes que l'Etat"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "devrait être fier d'avoir acquises et, nous"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1248, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "réclamons pour elles une installation dé-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1342, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "cente et surtout de nature à les conserver"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1437, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "en bon état. Nous aurons l'occasion de"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1528, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "parler un peu en détail des choses vraiment"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1624, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "ravissantes que nous y avons rencontrées."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1855, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "L'Exposition du Cercle des Arts et de la"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "Presse a ouvert ses portes le 14 décembre"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2042, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "1889; elle les a fermées le 4 janvier 1890."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2162, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Champfleuri est mort : on le croyait aca-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2256, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "démicien."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2448, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "Il doit y avoir des rabâchages de Charles"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2542, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "dans les derniers numéros de la Revue"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "belge. Nous y reviendrons quand nous"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2721, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "aurons le temps de nous amuser."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2808, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "En attendant : Flûte !"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 2964, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "M. Barwolf, chef d'orchestre de l'Asso-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3056, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "ciation des Artistes-Musiciens, justement"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3150, "fin_caractere_exclue": 3191, "texte": "offusqué par les tendances anarchistes de"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3244, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "l'art musical dans notre pays, a jugé qu'il"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3340, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "ne pouvait plus battre la mesure sans se"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3476, "texte": "voiler la main d'un gant blanc, symbolique."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3529, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "Il a donc fait laver, pour les quatre concerts,"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3629, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "deux paires de gants, les choisissant très"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3724, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "larges afin de ne pas les craquer en applau-"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3821, "fin_caractere_exclue": 3858, "texte": "dissant; mais le malheureux, dans son"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 3911, "fin_caractere_exclue": 3953, "texte": "enthousiasme, ne sent pas l'horrible odeur"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 4006, "fin_caractere_exclue": 4046, "texte": "de naphte qui impressionne les auditeurs"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 4099, "fin_caractere_exclue": 4141, "texte": "des premiers rangs, au point que plusieurs"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 4194, "fin_caractere_exclue": 4226, "texte": "dames déjà se sont trouvées mal."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 86, "texte": "Voyons M. Barwolf, il y a de bonnes"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 169, "texte": "maisons, où on lave sans odeur."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "M. Eugène Hins, le littérateur connu,"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 503, "fin_caractere_exclue": 542, "texte": "publie un volume de vers de M llc Katia"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 597, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "Hins morte l'année dernière à l'âge de dix-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 689, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "huit ans."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 820, "texte": "« Au moins, si elle n'a pu arriver à la"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 872, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "gloire littéraire, dit M. Hins dans une tou-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "chante préface, restera-t-il d'elle des oeuvres"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1065, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "qui charmeront plus d'une génération de"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1155, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "ces petits enfants qu'elle aimait tant et à la"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1248, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "portée desquels elle savait si bien se"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1340, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "placer. »"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1433, "fin_caractere_exclue": 1471, "texte": "L'oeuvre est légère, gracieuse, naïve,"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1524, "fin_caractere_exclue": 1565, "texte": "surtout en ses courtes piécettes et d'une"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1615, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "prosodie claire et alerte qui donne une"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1709, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "gentille allure aux sujets ingénus qu'elle"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1802, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "renferme."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1900, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "Nous sympathisons à la pensée touchante"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1990, "fin_caractere_exclue": 2033, "texte": "du préfacier et regrettons M1'0 Katia Hins,"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2087, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "qui aurait pris rang parmi nos jeunes"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2180, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "femmes de lettres."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "A Amsterdam on a exécuté récemment"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2554, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "dans d'excellentes conditions l'oratorio De"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2624, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "Oorlog (la Guerre) de Peter Benoit. Cette"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2666, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "œuvre que les Bruxellois n'ont plus enten-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2709, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "due depuis bientôt dix ans, a produit un"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2750, "fin_caractere_exclue": 2763, "texte": "effet énorme."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3009, "fin_caractere_exclue": 3046, "texte": "Le Benvenuto Cellini de Berlioz vient"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3098, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "d'être représenté à Leipzig avec un demi"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "succès."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3468, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "A l'Association artistique d'Angers, on a"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3561, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "exécuté en dernier lieu des œuvres de Peter"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3655, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "Benoit, Jan Blockx, Lassen, De Vlee-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3747, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "schouver dans l'interprétation desquelles"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3839, "fin_caractere_exclue": 3884, "texte": "s'est fait entendre M. Fontaine, l'excellente"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3922, "fin_caractere_exclue": 3939, "texte": "basse anversoise."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4295, "fin_caractere_exclue": 4333, "texte": "M. Massenet consacre en ce moment tout"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4387, "fin_caractere_exclue": 4427, "texte": "son temps à la partition du Mage qui est"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4484, "fin_caractere_exclue": 4525, "texte": "déjà assez avancée. Le maître est ravi du"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "poème de M. Richepin. Il compte avoir"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "terminé entièrement son œuvre nouvelle au"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "printemps prochain. Le Mage sera repré-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "senté à l'Opéra dans un an. Dans un an et"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 462, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "deux mois, le Mage ayant été bâclé, exé-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 553, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "cuté, oublié, sera lâché comme rebut à tra-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 647, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "vers les villes d'Europe et d'Amérique et"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "M. Massenet dans le portefeuille duquel"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "il suffit de mettre deux sous pour en voir"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 922, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "sortir, à la façon des « petits chocolats », un"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1020, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "opéra tout fait, M. Massenet « pourparlera »"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "téléphoniquement avec les directeurs de"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1205, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "Paris, Bruxelles, Marseille, Nantes, Lyon,"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1298, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "Bordeaux, Gand, Rome, Florence et Genève»"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1390, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "tous ceux du réseau pour le placement de"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1481, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "trois œuvres nouvelles : une première com-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1574, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "plètement achevée, une deuxième, dont il"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1665, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "n'aura plus qu'à écrire l'orchestration— on"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1759, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "sait que c'est là une simple besogne méca-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1852, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "nique qui peut être, au besoin, confiée à des"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "plumes mercenaires — la troisième, enfin,"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2040, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "dont il n'aura encore que le titre, mais qu'il"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2137, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "s'engagera néanmoins à fournir toute asti-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2230, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "quée dans un délai de trois semaines. Quand"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2324, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "on a le titre, on est bien près de saisir la"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2419, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "conception et l'œuvre conçue est une œuvre"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "achevée. Ce que c'est que la fécondité du"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2604, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "génie tout de même."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2803, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "Un professeur vient de publier des Etudes"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2895, "fin_caractere_exclue": 2914, "texte": "sur la littérature."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 2968, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "L'œuvre est des plus intéressantes. A"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3056, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "preuve les quelques citations que voici :"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3151, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "« Parmi les défauts d'Homère on compte"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3240, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "la cruauté excessive dans les combats. »"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3334, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "« Comme simples poésies, les pièces"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3420, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "d'Eschyle sont d'un grand mérite ; on y sent"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3515, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "parfois le souffle de l'inspiration. L'obscu-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3611, "fin_caractere_exclue": 3654, "texte": "rité, que nous y regrettons parfois, vient,"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3705, "fin_caractere_exclue": 3746, "texte": "sans doute, de la connaissance imparfaite"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3797, "fin_caractere_exclue": 3838, "texte": "que nous avons des faits auxquels Eschyle"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3889, "fin_caractere_exclue": 3921, "texte": "fait allusion dans ses drames. »"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 3975, "fin_caractere_exclue": 4015, "texte": "« Parmi les modernes, c'est Béranger qui"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4066, "fin_caractere_exclue": 4103, "texte": "se rapproche le plus d'Aristophane. »"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4157, "fin_caractere_exclue": 4200, "texte": "« Tacite appartient à l'école que les m o -"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4251, "fin_caractere_exclue": 4292, "texte": "dernes ont appelée descriptive; son genre"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4343, "fin_caractere_exclue": 4386, "texte": "consiste à procéder par tableaux plutôt que"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4437, "fin_caractere_exclue": 4483, "texte": "par discussions. De cette façon, il plaît à un"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4534, "fin_caractere_exclue": 4566, "texte": "plus grand nombre de lecteurs. »"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "« Les coryphées littéraires de notre siècle,"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "nous le disons à regret, se sont affranchis"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 275, "texte": "ostensiblement du culte des anciens et ont"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "voulu nous frayer une route ou plutôt des"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 456, "texte": "routes nouvelles. Voilà d'où vient le mal."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 503, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "Jamais siècle n'a produit plus de génie et de"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "talent que le nôtre. Si avec l'esprit créateur"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 691, "fin_caractere_exclue": 734, "texte": "et les autres qualités éminentes qui signa-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "lent les sommités de la littérature de notre"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 873, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "époque, elles avaient eu la modestie de"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 967, "fin_caractere_exclue": 1011, "texte": "suivre les voies frayées par leurs prédéces-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1057, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "seurs, en s'attachant à une tradition respec-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1151, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "table de près de trente siècles, aucune p é -"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1244, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "riode de l'histoire n'égalerait la nôtre en"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1334, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "mérite littéraire. »"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "L'auteur de ces phrases à la Tilman s'ap-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1524, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "pelle M. Vincent De Block."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1618, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "Nous demandons à contempler les élèves"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "qu'il a formés."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1982, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "On a joué, à l'Odéon , chez M. Porel,"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2044, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "une adaptation en vers du Marchand de"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "Venise, due à la présomption et à l'igno-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2226, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "rance littéraire de M. Edmond Haraucourt."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2317, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "La grande voirie théâtrale est décidément"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "mal surveillée, puisqu'on permet à la bri-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2468, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "gade poétique de M. Porel de s'attaquer à"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2558, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "Shakespeare."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2623, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "Mais ce n'est pas de M. Haraucourt qu'il"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2664, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "s'agit, c'est de la critique parisienne. Voici"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2711, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "ce que M. Léon Bernard-Derosnes, un des"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2751, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "meilleurs feuilletonistes de là-bas, pense du"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "vieux Will ."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2813, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "\" Malheureusement, si la peinture et le"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2853, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "développement des caractères ont autant de"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2896, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "vérité dans son théâtre comique que dans"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2937, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "ses drames, l'action, proprement dite, y est"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "la plupart du temps singulièrement insigni-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "fiante. Peines d'amour perdues, la Douzième"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 282, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "Nuit, Comme il vous plaira, et Beaucoup"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "de bruit pour rien, sont à ce point de vue"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "des modèles achevés d'incohérence. A la"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 592, "texte": "représentation, du moins, ils nous appa-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 642, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "raissent tels. Car, ne l'oublions pas, l'action,"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 740, "fin_caractere_exclue": 780, "texte": "dans le sens élevé du mot, se confondant"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 830, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "avec le développement même des caractères,"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 922, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "l'absurdité de fable qui sert de prétexte au"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1016, "fin_caractere_exclue": 1056, "texte": "développement des caractères, ne saurait"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1106, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "choquer beaucoup les esprits attentifs. Cela"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "est certain, mais quand nous assistons à la"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "représentation d'un drame ou d'une comé-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1383, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "die, il est dangereux pour l'auteur de solli-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1478, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "citer trop exclusivement les efforts de notre"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 1573, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "réflexion. 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Besson — le catoblepas de"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2182, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "la critique — il a proféré ceci : \" Le Mar-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2275, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "chand de Venise est une opérette sans mu-"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "sique \"."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 2427, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "M. 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(A paraître).\n\n   L A N O U V E L L E C A R T H A G E , de GEORGES EEKHOUD.\nLes Émigrant s. — Contumace. Chez Kistemaeckers. Prix : fr. 3-50.\n\n   L E S C H I M E R E S , par JULES DESTRÉE, édition grand luxe.\nPrix : 20 francs. Chez Madame Vve Monnom.\n\n   LA PRINCESSE                MALEINE          (hors commerce), par MAU-\nRICE M A E T E R L I N C K .\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement : 1 an, 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n   L ' E V E N T A I L théâtral, artistique et mondain. Abonnement :\nun an, 5 francs. Directeur : F . ROTIERS. 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L'affluence a été telle\nqu'elle n'a pu accueillir tous ceux qui se présentaient.\nAttendent encore : La Confession du père Badot de Louis\nDELATTRE ; Le Vagabond de H U B E R T KRAINS; un conte\nde HECTOR CIIAINAYE; La Belgique PANSANTE, de FRANCIS\nNAUTET ; Une Ballade de COLERIDGE, traduite par MAURICE\nDESOMBIAUX, des vers de FERNAND SEVERIN, ALBERT\nARNAY, JEAN BOELS, etc., etc.\n  A la tête du mouvement littéraire, L A J E U N E B E L -\nG I Q U E hautaine et fière, dirigera le combat, marchera en\navant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\nE L L E pour la propagande! Des cartes d'abonnement sont à\nla disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\nDIX abonnés nouveaux recevront L A J E U N E B E L -\nG I Q U E gratuitement p e n d a n t u n a n .\n   Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n 1° L A J E U N E B E L G I Q U E gratuitement à perpé-\ntuité ; 20 Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe,\ndes frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\nen tête de la publication commémorative de nos fêtes du\ndixième anniversaire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-01-15-n1-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NUMÉRO T R I P L E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "NUMÉRO T R I P L E . — JANVIER 1890\n\n\n\n                             SOMMAIRE:\n                Frontispice de George Minne\nAux Jeunes                                               VALÈRE GILLE.\nÉventail .                                               STÉPHANE MALLARMÉ.\nLettres pour les illettrés .                             GEORGES EEKHOUD.\nVers                                                     ALBERT GIRAUD.\nNotes cursives . . . . . . . . . .                       ARNOLD GOFFIN.\nSonnets                                                  HENRI DE RÉGNIER.\nStrophe                                                  FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\nFragment sans titre . .          '                       HENRY MAUBEL.\nSonnet                                                   EMILE VAN ARENBERGH.\nNoce                    flamande                         EUGÈNE DEMOLDER.\nNostalgies                                               THÉO HANNON.\nLe Triomphe du Verbe                                     MAURICE DESOMBIAUX.\nVers                                                     ANDRÉ FONTAINAS.\nDans le Rêve                                             GEORGES DESTRÉE.\nPoèmes                                                   F E R N A N D SEVERIN.\nFemme .                                                  ADOLPHE FRÈRES.\nRoses de neige                                           ALBERT ARNAY.\nLa Princesse Maleine                                     MAURICE MAETERLINCK.\nLe Portrait                                              IWAN GILKIN.\nLa Confession du père Badôt                              LOUIS DELATTRE.\nLe Reveil de la Reine                                    JEAN BOELS.\nLe Messie suprême                                        VALÈRE GlLLE.\nChronique littéraire :\n         La Damnation de l'Artiste . . .                 ALBERT GlRAUD.\n         Impressions d'art                               GEORGES EEKHOUD.\n        Sous-offs                                        ALBERT CHAPAUX.\n        Joies                             . V. G.\n        La Victoire du mari                 LÉON DARDENNE.\nChronique artistique : Les aquarellistes. . GEORGES DESTRÉE.\nMemento. . . . . . . : . . . .              NEMO.\n\n\n\n\n               Bruxelles. — Imprimerie V'Monnoin, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 16, "texte": "15 Janvier 1890.                TOME IX. — N° 1                            10me Année.\n\n\n\n\nLA\n    JEUNE\n              BELGIQUE\n       FRONTISPICE DE GEORGE MINNE\n                   COLLABORATEURS DU NUMÉRO\n       Stéphane Mallarmé                    Georges Destrée\n       Georges Eekhoud                      Jernand Severin\n       oAlbert Giraud                       oAdolphe Frères\n       oArnold Goffin                       oAlbert oArnay\n       Henri de Œiégnier                    oMaurice Maeterlinck\n       Jrancis Vielé-Griffin                Iwan Gilkin\n       Henry Maubel                         Louis Delattre\n       EmileVan    oArenbergh               Jean Boels\n       Eugène Demolder                      Valère Gille\n       Théo Hannon                          oAlbert Chapaux\n       oMaurice        Desombiaux           Léon Dardenne\n       oAndré Jontainas\n\n\n      NUMÉRO TRIPLE                                     BRUXELLES\n                                            Rédaction : 55, BOULEVARD D'ANDERLECHT\n                                                            PARIS\n       Prix : 2 Francs                               LÉON VANIER, ÉDITEUR\n  Avec frontispice : 3 Francs                           19, Quai Saint-Michel\n\n                                                               1890\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "                                   N E CRAINS\n\n            Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n       Fondateur      : MAX WALLER (MAURICE WARLOMONT)\n\n\nLA JEUNE BELGIQUE\n                       Directeur : VALÈRE GILLE.\n             Rédaction : 55, Boulevard d'Anderlecht, Bruxelles.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n  ÉCHANGE. — Nous prions les Revues amies de vouloir bien faire\nle service directement à la Rédaction : 55, Boulevard dAnderlecht,\nBruxelles.\n\n                            BOITE AUX L E T T R E S .\n   1. EM. Cu. Trop d'expressions vermoulues, l'habitude en a émoussé les propriétés,\nainsi :\n                       Quand l'hiver terte et gris étendra son sommeil\n                       Sur les bois dépouillés et sur les gazons verts,\n                       Blottis dans le boudoir chargé de vétivers\n                       Nous nous aimerons tant quiilfera du soleil.\n   Il y a du bon pourtant, travaillez.\n   2. L. DUTEUR. Trois petits pâtés, ma chemise brûle, et ron et ron, petit patapon ! nous\nvous envoyons un mirliton ingénu.\n   3. J. RAPIN. Pas mal votre Modernité. Au prochain.\n  4. F . R. Tu nous lamartinises 1\n   5. GEORGES COLSON. Vous êtes content? Nous aussi. Ne négligez pas votre père, ainsi\ntout le monde le sera. Pax tecum. A qui le tour?\n   6. TILMAN. CHARLES. Est-il vrai, m'sieu Charles, qu'à l'occasion du Nouvel-An,\nmadame Silvestre della Scala, vous a envoyé sur sa carte les expressions de sa considé-\nration distinguée?\n  7. GEORGES LUZY. VOUS êtes né musicien, mon ami; ainsi ce vers :\n                            ...Oh.' pourquoi t'es-tu tû?\n  « Qu'on dirait une clarinette dans une symphonie ». Continuez.\n  8 LÉON HENNEBICQ.. VOUS êtes de bonne composition et vos vers aussi. Virtus meilleur\nsonnet que le Baiser. Travaillez et revenez.\n  g. OCTAVE HENRY. VOUS êtes épique, cher Monsieur ! Connaissons ici vos violences ; la\nJeune Belgique vous envoie un chapelet de remerciements.\n   10. MONSIEUR KETJE, au Journal des Etudiants de Louvain. Cher petit, nous vous\nenvoyons notre numéro triple de janvier. N'en soyez pas malade surtout. Que le Seigneur\nvous patafiole!\n\n En vente chez l'éditeur EDMOND DEMAN, rue dArenberg, à Bruxelles.\n\nLa Damnation de l'Artiste\n                              par I W A N GILKIN\n         1 vol. gr. in-8\", couverture or, avec un frontispice par Odilon R e d o n .\n                     TIRAGE A 150 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS :\n   10 sur papier Japon impérial, numérotés de 1 à 10, prix. . 3o francs\n  140 sur papier de Hollande Van Gelder, numérotés de 11 à 150 15 »\n  (Les numéros 111 à150ne sont pas mis dans le commerce.)\n\nGIL BLAS, journal quotidien français, boulevard des Capu-\n  cines, (6, à Paris; publie U N E FEMME D'AFFAIRE, par DUBUT\nDE LAFOREST.\n  Un numéro 20 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                    LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n Fondateur : MAX WALLER (MAURICE WARLOMONT)\n             Directeur : VALÈRE GILLE.\n\n\n\n\n            TOME NEUVIEME\n\n\n\n\n              BRUXELLES\n BUREAUX : 55, BOULEVARD D'ANDERLECHT\n\n                   1 890\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": ""}, {"page_pdf": 20, "texte": "                           AUX JEUNES\n\n\n                                       Voici qu'une nouvelle mêlée de jeunes s'est\n                                         venue joindre à nous, pleine de vie,\n                                        entraînante, prête à tous les combats ; des\n                                        jeunes, hardis comme des pages et fiers\n                                      comme des princes. Ils ont la foi qui\n                                    déplace les montagnes, casse le nez aux\n                                   graves pétrifications d'une littérature antédi-\n                                luvienne et ne faiblit devant aucun obstacle. Les\n                           luttes enragées, les théories intransigeantes, les\n                         emportements magnifiques, les fières révoltes, les\n                         enthousiasmes victorieux, voilà leur programme et\n                         gare aux horions !\n                            Il faut qu'ils se réunissent, qu'ils discutent, qu'ils\n                        s'excitent; qu'importent quelques erreurs ou 'quelques\n                        paradoxes! Dans la lutte ils trouveront l'inspiration\n                        d'œuvres belles et fortes, dans la pratique des dis-\n                        cussions, dans l'exaltation des combats, leur esprit\n                        deviendra plus lucide et plus entreprenant.\n                            LA JEUNE BELGIQUE est grande ouverte à tous,\n                  elle fait appel à tous les fidèles de l'Art ; qu'ils proclament\nici leurs idées, leurs opinions, leurs critiques, leurs œuvres. S'ils se sentent\nà l'étroit dans les formes convenues, qu'ils cherchent d'autres voies, qu'ils\ndéveloppent les moyens d'expression — pourvu qu'ils nous donnent\nl'illusion du parfait.\n    A l'œuvre donc tous les Jeunes ! Dans un an il faut que la phalange nou-\nvelle et victorieuse se soit groupée autour de l'ancien drapeau toujours\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                                  — 6 —\n\nsplendide et fier; dans un an on les trouvera réunis à leurs aînés, acclamant\nle dixième volume de LA JEUNE BELGIQUE. A la grande fête qui se pré-\npare ils apporteront leur enthousiasme et leur audace, et nous aideront, en\ncette magnifique manifestation artistique, à laquelle TOUS seront conviés.\n   LA JEUNE BELGIQUE a le droit d'être orgueilleuse du mouvement d'art\nqu'elle a suscité en cette terre de belgeoisie : l'élan est donné, le public\ns'inquiète ; d'année en année notre phalange s'accroît, des nouveaux vien-\nnent se joindre aux anciens pour le bon combat.\n   Il suffit de jeter les yeux sur les volumes parus ces dernières années pour\nêtre convaincu que LA JEUNE BELGIQUE ne fut jamais aussi prospère.\nC'est Hors du siècle et Pierrot Narcisse d'Albert Giraud, les Nouvelles\nKermesses, la Nouvelle Carthage de Georges Eekhoud, où vivent si super-\nbement Contumace et les Emigrants, c'est le Parnasse de la Jeune Bel-\ngique, la Belgique de Camille Lemonnier, le Lys de Fernand Severin, Du\nSilence de Rodenbach, Mon cœur pleure d'autrefois de Grégoire le Roy,\nles Soirs et les Débâcles d'Emile Verhaeren, le Chant des jours lointains\nde Maurice Desombiaux. En cette même année le Sang des fleurs d'André\nFontainas, cette fine comédie Une mesure pour rien d'Henry Maubel, les\nNotes de Francis Nautet, les Impressions et sensations d'Arnold Goffin\nles magiques transpositions japonaises et les éblouissantes Chimères de\nJules Destrée, Quillebœuf et le Trottoir de James Vandrunen, Honnête,\nplus qu'honnête d'Arthur James, Un héros belge d'Emile Van Arenbergh,\net pour clore momentanément cette imposante liste, nous citerons Charles\nVan Lerberghe, le poète au crayon d'or, comme le qualifia Albert Giraud,\net son drame de légende les Flaireurs, puis Maurice Maeterlinck, qui\ns'est placé au premier rang de nos écrivains par les Serres chaudes et la\nPrincesse Maleine. Rien ne nous arrêtera, les livres succéderont aux\nlivres, cette série d'ceuvres se continuera plus belle et plus hautaine.\nDéjà ce même mois Eugène Demolder a publié ses Impressions d'Art, et\nIwan Gilkin ce livre si cruellement pensé : la Damnation de l'Artiste.\n   Il nous reste encore, en terminant, à remercier, au nom de la Jeune-Bel-\ngique tout entière, Henry Maubel d'avoir bien voulu accepter la direction\nalors que cette brusque et cruelle mort de Max Waller nous privait de notre\nplus hardi frère d'armes. Il a su mener victorieusement la campagne de 1889\net le volume qu'il vient de terminer, certes, marquera glorieusement dans la\nsplendide collection de la JEUNE         BELGIQUE\n\n                  EN AVANT E T « NE CRAINS ».\n\n                                                       VALÈRE GILLE.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                      7\n\n\n\n\n            ÉVENTAIL\nO rêveuse, pour que je plonge\nAu pur délice sans chemin,\nSache, par un subtil mensonge,\nGarder mon aile dans ta main.\n\nUne fraîcheur de crépuscule\nTe vient à chaque battement\nDont le coup prisonnier recule\nL'horizon délicatement.\n\nVertige! voici que frissonne\nL'espace comme un grand baiser\nQui, fou de naître pour personne,\nNe peut jaillir ni s'apaiser.\n\nSens-tu le paradis farouche,\nAinsi qu'un rire enseveli,\nSe couler du coin de ta bouche\nAu fond de l'unanime pli!\n\nLe sceptre des rivages roses\nStagnants sur les soirs d'or, ce l'est,\nCe blanc vol fermé que tu poses\nContre le f eu d'un bracelet.\n\n                              STÉPHANE MALLARMÉ.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                                  — 8      -\n\n\n\n\n  LETTRES POUR LES ILLETTRÉS\n                                      v\n               TRANSPOSITION D'UN AIR CONNU\n\n                                 Oui, c'est bien là le procédé inconscient qui\n                              caractérise mes propres écrits : l'amour de ce que\n                              l'on fait, cette intensité de sentiment qui frissonne\n                              sous des phrases en apparence banales, cette nature\n                              de peintre flamand qui fait que tout ce que notre\n                              plume touche, prend l'aspect et la couleur d'un\n                              tableau...\n                                   (HENRI CONSCIENCE à l'auteur de sa biographie).\n                                21 juillet 1881.\n\n              S'il n'existe point de mal comparable à la nostalgie, qu'on se\n               représente ce supplice : endurer l'exil dans son propre pays.\n               Cette peine, que ne connaîtront jamais les inconscients\n               bâtards et les papillons cosmopolites ronge, et dévore, comme\nune consomption morale, beaucoup d'altières et nobles âmes, seuls enfants\nlégitimes de la patrie.\n   Le poète Barthélemy Welaan fut un de ces patients. Qui n'a connu ce\nFlamand endurci et militant dont la tête majestueuse et inquiétante tenait\nà la fois du mufle léonin et de la hure du sanglier? En ses derniers jours,\nlorsque personne de son entourage ne se doutait encore de la fin prochaine\nde ce lutteur, il nous confessa ou plutôt il nous permit de deviner, à travers\nsa superbe enveloppe physique, le mal incurable qui devait arrêter les bat-\ntements de son cœur. Son état critique transpira dans une circonstance\nsolennelle que j'essaierai de rapporter avec une piété digne de cette grande\nmémoire :\n   Nous étions quatre à cinq artistes, réunis chez lui par les hasards de la\nrencontre, qui discutions, rompions des lances, entassions force paradoxes,\ndéraisonnions avec prodigieusement d'esprit.\n   Le vieux Welaan, indulgent, l'œil vif, la main caressant sa longue bar-\nbiche de patriarche, prenait plaisir à ces, passes d'armes, lorsque l'un de\nnous, assez épris d'exotisme, commit l'imprudence de jeter, en l'accolant à\nune épithète dédaigneuse, le nom d'Henri Conscience parmi notre carnage\nde réputations usurpées.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                   — 9    -\n\n   Tudieu! il eût fallu voir se redresser notre hôte. C'en était fait de\nl'étourdi dénigreur, tant l'indignation ardait dans les prunelles grises du\npoète ! Mais son poing ne tomba que sur la table. Il y eut un tintinnabule-\nment de verres à bière, et les dernières syllabes d'une de ces formidables\nmalédictions thioises mugirent comme un tonnerre lointain. Un simple\néclair de chaleur : la foudre n'éclata pas. Le large front irrité de Welaan\nreprit sa gravité sereine et un peu mélancolique des horizons septentrio-\nnaux. Puis, presque repentant de cette velléité de violence, se rendant\ncompte des égards qu'il devait à l'inexpérience de son juvénile interlocu-\nteur, il l'interpella sur un ton de triste reproche où perçait comme de la\ncompassion :\n   — Henri Conscience! Ne blasphémez pas ce nom, jeune homme! Vous\nignorez l'œuvre de ce génie, de ce bon génie de notre Flandre.\n   Notre intrépide, mais un peu téméraire ami, ne se tint point pour\n battu :\n   — Pardon, mon cher maître. J'ai lu des traductions de ce grand\nhomme. Minces! ses romans! Troubadours et pleurnichards. Beaucoup de\nbleu et de vert quelconques ; pas l'ombre de coloris local. Ni terroir, ni\nracines. Ses paysages : des boîtes de Nurnberg; ses personnages : d'imper-\nsonnels fantoches taillés dans le même buis et au même couteau par les\npensionnaires des Centrales; ses amoureux : de radieux béats de keep-\nsakes...\n   — Ah! les traductions! Voilà les conséquences de la traduction! inter-\nrompit Welaan. Tenez, voulez-vous avoir une idée de l'œuvre de Conscience,\nde l'esprit de l'œuvre...\n   Ce disant, il alla vers sa bibliothèque et en retira une plaquette aussi\nusée, aussi jaunie que le paroissien d'une dévote indigente.\n   Rikke-Tikke-Tak!       Voici qui convient. Quelques pages suffiront pour\nma démonstration. Je ne verserai pas dans l'erreur — pour rester poli —\nque je reproche aux traducteurs français de Conscience, en traduisant phrase\npar phrase et mot par mot la médullaire prose flamande. Non, je transpo-\nserai cette nouvelle à votre intention ; je vous la raconterai telle que je la\nsens, je vous la ferai lire entre les lignes à l'aide d'équivalents français...\nL'épreuve vous convient-elle?\n   Tous, sans en excepter le blasphémateur, nous protestâmes de notre\ncuriosité et, à la façon d'un prédicateur s'inspirant d'un texte évangélique,\nWelaan consulta les premières pages du livre et commença, lentement,\npresque en psalmodiant :\n   — Dans un site quiet et amorti de Campine, entre deux villages que le\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "conteur appelle Desschel et Ralleghem, se dresse une ferme qui ne dirait\nrien au passant non initié. Sous son revêtement de plantes grimpantes, la\nfaçade percée de deux fenêtres glauques offre la physionomie d'une aïeule\nqui sommeille, cligne des yeux, dodeline du chef derrière les dentelles de\nses coiffes. La porte charretière s'ouvre sur l'étable où des vaches luisantes\nruminent, dans un clair obscur mordoré ; les poules picorent les restes de\nla pâtée du chien de garde ; une perchée de pigeons couronne le toit de glui\net, dans l'air vif, le purin s'évapore comme une cassolette.\n   Le bonnet d'une fille de ferme paraît au dessus de la haie et bat des ailes\ncomme un grand papillon blanc. La voix rude d'un gars se mêle au cahot\nd'un attelage qui roule vers la ferme, toujours prêt à s'enliser dans le sable.\nEtres et choses font relativement peu de bruit, ne se meuvent que lentement,\ncomme à regret, et la nuit réduit facilement cette activité dérisoire, à un\nsilence absolu...\n   Immense, la plaine investit la borde solitaire :\n   C'est d'abord un courtil planté de pommiers avares, puis des pacages\nbourbeux où s'épanche un avorton de ruisseau escorté de quelques aulnes ;\nalors seulement commencent les garigues, les sablons tachés de genêts d'or,\nles nappes de bruyères vineuses, le tout trempé dans une atmosphère tou-\njours humide, dans des vapeurs d'opale qui se dégradent à l'infini.\n   Aux premières années du règne de Napoléon I er , de fort grand matin,\nil y avait toujours dans la chambre principale de la ferme une intéressante\njeune fille aux yeux presque trop grands et trop noirs pour un visage si\npâle et si allongé.\n   Assise dolente, devant son rouet, elle chantonnait un refrain dont le\nrhythme fougueux et les paroles martiales contrastaient étrangement avec\nla voix chétive de la fileuse :\n\n                           Ric-tic Attaque\n                           Ric-tic Atout !\n                           Hauts les bras.'\n                           Chauds les fers!\n                           Francs les coups.'\n                           Rie-tic! Atout.'...\n\n   Régulièrement en descendant à son tour, la fermière gourmandait sa\nservante, une enfant abandonnée, une orpheline, et non contente d'exploiter\nson malheur, de l'outrer comme une bête de somme, la mégère s'oubliait\njusqu'à la molester.\n  Il advint que le chien aveugle fut trouvé mort de vieillesse un matin\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                                    — II    —\n\n\ndans sa niche. Du coup, l'avare baesine imputa cette crevaison, à la négli-\ngence de la pauvre Lena et pour châtier la prétendue coupable, elle imagina\nde lui faire remplir l'office de la brute :\n    — Ah ! fainéante, bourrique, tu as laissé mourir de faim le pauvre Spits !\n Eh bien, pour t'apprendre, c'est toi qui le remplaceras et au lieu de t'en-\ndormir sur ton rouet, tes pattes feront tourner le moulin à battre le beurre !\n    Pour la première fois, la passive Lena se regimbe. C'est trop d'ignominie\nà la fin ! Devant cette résistance imprévue, la fermière écume de colère,\n s'élance sur la rebelle, la renverse, la roue de coups. La victime se laisse\n traîner sur la dalle, inerte, trop faible pour se défendre mais trop fière\naussi pour se plaindre, et prête à mourir plutôt que de consentir à cette\nabjection.\n    — Allons, au moulin, la chienne! Tu y passeras... Dussé-je t'y pousser\nà coups de fouet!\n    Mais soudain un troisième personnage se précipite dans la pièce et dégage\n la victime en empoignant vigoureusement la fermière par le bras.\n    C'est Jan, le jeune baes, le fils unique de la veuve Daelmans : un solide\nblondin de dix-sept ans, tête ronde, physionomie à la fois douce et volon-\n taire, des yeux bleus pleins de foi, des narines où palpite l'espérance, des\nlèvres débordant de charité ; la chair musclée, les membres épais et solides ;\ntoute sa personne attachante dans sa gaucherie même et dans sa saine frus-\ntesse.\n    Il était en train d'atteler son cheval à la charrue et le bruit de cette tuerie\nl'a rejoint dans la cour.\n    — N'avez-vous pas honte, ma mère ! dit-il en s'empressant de relever\nLena. Ecoutez bien, je suis las de ces horreurs et c'est la dernière fois que\nje vous menace : si jamais vous levez encore la main sur cette pauvresse, je\nvous abandonne; oui, je le jure...\n    Il va s'engager par un terrible serment, mais Lena lui met la main sur les\nlèvres : « Merci, Jan, fait-elle, c'est fini à présent!\n    Et, sans ajouter une plainte, elle se rend à l'étable, détache la génisse, et\nla mène, le long du fossé, vers le pâturage.\n    A l'endroit où la bruyère inculte rejoint les prairies marécageuses, se\ntrouve un renflement de terrain planté d'un hêtre. Lena s'assied au pied de\nl'arbre, lâche la longe de la bête, et, machinalement, ses lèvres rhythment le\nrefrain bizarre :\n                            Hauts les cœurs !\n                            Chauds les fers !\n                            Francs les coups!\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                                  —   12 —\n\n   Les heures de la matinée s'écoulent sans qu'elle s'en inquiète. Elle oublie-\nrait le manger si Jan, son protecteur, ne lui apportait quelques aliments.\n   Depuis longtemps ils se voient tous les jours ainsi, en tête à tête; assis\ncôte à côte sur ce tertre, échangeant de naïves confidences.\n   Le jeune paysan la trouvant encore toute bouleversée des avanies du\nmatin, prend ses mains dans les siennes et s'efforce de la consoler :\n« Oh non, Lena... Tu ne souffriras plus. Ma mère m'a promis de ne plus\nte toucher... Moi, je travaillerai un jour pour toi... Mon affection rachètera\nles torts des miens... Patiente donc, pour l'amour de moi... Sache bien que\nsi tu te laissais mourir on me coucherait bientôt, à côté de toi, au\ncimetière... Ah ! j'aurais tant de choses à te dire, mais je ne sais par quoi\ncommencer. Je ne comprends rien moi-même à ce que je ressens. Mon cœur\nbat si vite!... C'est comme si j'étouffais... Tiens, ce matin encore, en te\nvoyant échevelée et toute meurtrie, j'aurais voulu avoir mille bouches pour\nte faire une robe de mes baisers, une robe balsamique qui aurait transformé\nles mauvais traitements de ma mère en autant de suaves caresses!... Et\nmême maintenant je voudrais t'envelopper tout entière comme l'air tiède\nqui tremble autour de nous... Oh! ne t'effraie pas... Il m'en faut moins\npour être heureux : Presser de temps en temps tes mains, te frôler au\npassage, entendre seulement ta voix, te regarder et rester seul sans rien\ndire, sans bouger, auprès de toi...\n  — Et moi, cher Jan, j'endurerais toutes les haines de la terre à condition\nde garder ta seule affection... Crois-moi, ce n'est pas seulement la scène\nde ce matin qui me rend triste aujourd'hui... Les champs semblent pleurer\nsur moi, et me parlent de séparation...\n\n   Quelques heures plus tard, un colonel de l'armée française chevauchait\nbotte à botte avec son aide-de-camp à travers les landes de Desschel,\nlorsque tout à coup, il arrêta son cheval en donnant des signes de la plus\nviolente émotion. Au milieu du silence vespéral, une voix de femme s'éle-\nvait doucement et dans ce que chantait cette paysanne, le colonel venait\nde reconnaître un refrain que lui-même entonnait autrefois, en manœu-\nvrant le soufflet, en battant l'enclume, en étampant allègrement les fers\ndes roussins, car ce soldat de fortune avait exercé jadis à Westmalle, le\nmétier de maréchal-ferrant.\n   En ces temps lointains, la présence d'une gentille fillette, suivant avec\nune filiale admiration les nobles et plastiques travaux du forgeron, et\nrépétant, après lui, le refrain martial, achevait de lui donner du cœur à\nl'ouvrage. Mais le ferme travailleur perdit sa femme, et de chagrin se mit\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                                   — 13 —\n\nà boire, négligea son métier lucratif, mécontenta la clientèle, si bien que la\nforge périclita et qu'un jour les gens de justice mirent dehors le pauvre\nrafale et son enfant. Il se vendit à un recruteur et rejoignit l'armée du\npremier consul, après avoir remis à des voisins sa petite fille avec l'argent\nde la prime.\n   Plusieurs années s'écoulèrent. Déjà gradé, l'épaulette à la manche et la\ncroix des braves sur la poitrine, Karel Van Milghem revint au pays pour\nreprendre son cher dépôt, mais ses voisins avaient quitté Westmalle, et\npersonne ne savait ce qu'ils étaient devenus, eux et la fillette confiée à\nleurs soins.\n   Longtemps l'infortuné père parcourut les Pays-Bas, s'informa de sa\nMonique dans les bourgades les plus reculées, interrogea les passants,\nvisita vainement les orphelinats et les asiles. Toujours leurré, toujours déçu,\nsans se laisser décourager, il reprenait ses recherches à chaque trève que\nlui accordait l'infatigable conquérant, son maître. Pour endormir sa\npréoccupation bourrelante, il se battait comme un lion, se complaisait dans\nles dangers et les entreprises les plus surhumaines, et, par une amère\nironie du destin, plus son désespoir augmentait, plus la vie lui devenait\nà charge, plus il rencontrait de prospérités et d'honneurs.\n   Vous aurez deviné que le colonel Van Milghem, reconnaît sa chère\nenfant dans le souffre-douleur de la baesine Daelmans. Naturellement, il\nemmène sur le champ sa fille à Paris et pour Jean Daelmans, Lena est aussi\nbien que morte.\n   C'était une intrigue jusque-là fort banale et fort anodine; très peu de\nchose, en somme, que cette idylle de Jan et de Lena\n   — La Fille du Régiment, en néerlandais !... risqua l'incorrigible plaisant.\n   Barthélemy Welaan ne l'entendit pas ou du moins fit semblant de ne pas\nl'entendre, en homme certain d'avoir le dernier mot.\n   — Une liaison d'enfants, rien de plus, aurait-on pu croire — continua le\nconteur. Quelque cœur que vous accordiez à un paysan, encore n'est-ce là\nqu'un cœur de rustaud, enveloppé d'une membrane trop rude pour que des\npeines aussi subtiles que le mal d'amour accèdent à ce viscère ! Le rural\nflorissant a perdu son amie, la belle affaire ! Il se consolera bientôt en luti-\nnant une autre femelle. Ce gros soupirant a fait son devoir ; admettons\nmême qu'il ait montré plus d'humanité et de chevalerie que ses pareils, mais\npour cette raison même, nous n'en attendons pas davantage. Et je trouve\ntrès naturel qu'en fumant et labourant sa terre, en s'évertuant du matin au\nsoir, le jeune homme oublie cette amourette et que le passé idyllique\npâlisse devant les soucis du présent et du lendemain ; en un mot qu'à l'âge\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                  — 14 —\n\nd'homme, las de son platonisme, la sève se montrant plus exigeante, notre\nrobuste camarade, plus copieux, plus monté en ton, s'apparie honnête-\nment, sans répugnance et sans phrases, à une ronde pataude de sa paroisse,\ndiligente et sanguine comme lui\n   Que vous connaissez mal, alors, nos paysans de Campine ! Il en alla tout\nautrement de Jan Daelmans et son cas n'est pas exceptionnel dans , ce pays\nd'imaginatifs.\n   Oui, depuis le départ de Lena, la chanson du joyeux ferrant de West-\nmalle hanta le jeune baes de la ferme Daelmans. Et, pour lui, ce chant ne\nfut pas le refrain sans conséquence que le roulier sifflote machinalement en\nentrechoquant ses sabots et auquel il n'attache pas plus de signification\nqu'à la fleur cueillie au bord de l'accotement et dont il mâchonne la tige\npar désœuvrement et qu'il rejette avec la même indifférence dans l'ornière.\nJan Daelmans fut complètement possédé par cet air.\n   Comme autrefois Lena, il se lève avant les autres pour se trouver seul\ndans la grande chambre. Il s'éternise devant le rouet et l'escabeau aban-\ndonnés par la pâle fileuse. Peut-être attend-il que le rouet s'anime aux notes\ndu refrain coutumier?\n   Mais on marche au dessus de sa tête dans la soupente. Avant que sa\nmère le surprenne, il s'empare d'une houlette et s'esquive rapidement. Il\nva, — toujours comme l'absente, — le long de l'aunaie, au bord de la\ndouve où s'abreuvait la génisse, il atteint le monticule où Lena s'asseyait,\noù il la rejoignait en cachette au milieu du jour, il se laisse choir à plat\nventre sous le hêtre, et, redressé sur ses coudes, il embrasse longuement des\nyeux la morne varenne, jusqu'à ce qu'il batte des paupières, et qu'il revoie,\nla désirée, à travers le brouillard d'impérieuses larmes. Le susurrement des\ninsectes, le friselis des feuilles lui chante le refrain fatidique. Alors, il\ns'enfonce le visage dans l'herbe, et se bouche les oreilles auxquelles la\ntorturante mélodie bourdonne comme une guêpe maligne, mais il a beau\nfaire, ses sanglots même rhythment l'air fatal, et sa poitrine s'abaisse et se\nsoulève convulsivement à ces notes martelées.\n   La crise nerveuse passée, il se relève, fait un effort pour s'éloigner mais\nses pieds restent comme attachés à cette place. Il enfonce alors la houlette\ndans le sol, croise les bras sur le manche, repose le menton sur les poings\net demeure ainsi, immobile, en arrêt, les yeux interrogeant la grand'route\nsur laquelle il vit décroître la chaise de poste emportant Lena.\n   La nuit le trouverait planté à la même place si une jeune paysanne, sa\nsœur, dépêchée par leur mère, ne venait le surprendre. La gamine s'est\napprochée de façon à ne pas être aperçue ; sournoisement elle se glisse\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                                   — 15 —\n\nderrière lui, elle lui frappe l'épaule le plus rudement qu'elle peut. Il sur-\n saute et ne répond que par la plainte sourde d'un malade touché à l'endroit\n endolori.\n    Alors, avec la cruelle joie d'une cadette autorisée à faire la leçon au\n grand frère, elle lui rabâche les doléances qu'elle entend proférer chaque\n jour par leur mère :\n    — Jan! Jan! Sois donc raisonnable... Elle est vraiment jolie la vie que\n tu mènes. Penses-tu que notre pain cuise pendant que tu comptes les\n nuages qui passent ! Depuis trois mois te voilà presque aussi fou que l'était\n cette paresseuse pièce qui partit avec ce soldat, son soi-disant père... Ah!\n tu copies fidèlement ses lubies, à cette sorcière!... Comment tout cela\n va-t-il finir? Fi Jan, à ta place je serais honteux! Notre mère garde le lit et\n c'est à peine si tu songes à elle. Veux-tu donc conduire la ferme à sa ruine,\n nous mettre tous trois sur la paille, et toi, finir à Gheel?\n    Sans écouter cette litanie, docile, il marche devant elle, pour regagner\n le logis, toujours plongé dans ses divagations, toujours taciturne...\n    — Hélas, cette blanche sorcière aux yeux noirs s'est vengée de nous sur\nle jeune baes ! gémit la maisonnée.\n    — Ah ! que n'ai-je tué la malfaisante pecque ! glapit la fermière.\n    Ils recourent au curé du village pour rappeler le malade à la raison.\n    A son tour le pasteur surprend le gars sur la butte du hêtre et lui reproche\nson apathie inquiétante. Comme Jan ne s'émeut pas plus de ce prêche que\ndes giries de la famille, le prêtre s'impatiente et lui montrant le hêtre :\n— Mais, malheureux garçon, tu veux donc que ta mère accomplisse sa\nmenace, et que, pour te guérir, elle abatte cet arbre de malheur !\n    Le jeune homme n'a fait qu'un bond, et secouant rudement le bras du\nprêtre :\n    — Abattre cet arbre! Que venez-vous de dire! Ah! que personne ne\ns'avise d'y toucher, car aussi vrai qu'il y a un Dieu, la même cognée\nassommerait le hêtre et le bûcheron !\n    Mais se repentant de cet accès de révolte, une réaction subite l'agenouil-\nlant aux pieds de son pasteur, il se débonde, se soulage comme un pénitent\nau confessionnal :\n    — Après le départ de Lena, je voulus l'oublier, oh! bien sincèrement.\nHélas la plainte du soc retournant la dure me répétait son nom. Dans la\ngrange mes fléaux cadençaient le désolant refrain de la fileuse. Le ramage\ndes oiseaux s'ingéniait à imiter sa voix...\n    Et comme le prêtre l'engage à quitter ces lieux hantés par le souvenir de\nla fille pâle, à partir pour Malines, à faire une retraite au séminaire.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                  —16 —\n\n   — Jamais ! s'exclame Jan, jamais je ne me résignerais à cet exil... Vous\nsouvenez-vous de mon voyage dans les pays wallons, de cette absence de\nhuit jours à laquelle me condamnaient les intérêts de la ferme? Ah ! vous ne\nsaurez jamais la torture que j'endurais !\n   Libre de retourner au pays, chez nous, je marchais tout un jour et encore\nune pleine nuit, sans prendre de repos. O le trop ineffable moment où l'odeur\ndes brûlis me surprit, apportée par la brise matinale ! Je dus m'arrêter, ma\nrespiration s'embarrassait, je chancelai éperdu, enivré, oui, littéralement\nsaoûl. Et plus je humais l'incomparable arôme, plus ma poitrine se gon-\nflait, plus mes oreilles bourdonnaient, plus je me sentais défaillir. M'étant\nengagé dans le premier bois de sapins, ce fut une autre béatitude. Je tombai\nà genoux comme à l'église, je remerciai Dieu, à haute voix — j'ai dû crier\ncomme un fou — de m'avoir accordé cette grâce sans pareille : retrouver\nmon beau pays. Et le rouge soleil levant parut s'avancer vers moi pour\nme communier!... Croirez-vous qu'en découvrant la première touffe de\nbruyère je sois tombé dessus comme un affamé, et que l'ayant cueillie,\navide, safre, je l'aie portée à mes lèvres. Que dis-je? je l'aie mangée avec\ndélices, uniquement afin de rapprocher davantage de mon cœur et de mêler\nà mon sang, la plante tant adorée!.... Et, arrivé ici, ne pensez pas que je\nme sois rendu directement à la ferme... Je courus d'abord reconnaître ce\nhêtre et ces buissons de genévriers... Je leur parlai, je les étreignis, je les\narrosai de mes larmes, comme si j'avais eu affaire à des chrétiens comme\nnous... Ah! tout cela à cause d'elle... Et c'est alors que vous me proposez\nde m'exiler pour six ans!... Non, mon père; jamais, jamais, jamais! »\n   A ce passage, Barthélemy Welaan s'arrêta et passa la main devant ses\nlarges orbites comme pour en éloigner une. mouche importune, mais ose-\nrait-il me garantir, le rude homme, que du même geste il ne cueillit pas une\nlarme perlant à la pointe de ses cils hirsutes, comme tremble une goutte de\nrosée aux barbes des seigles ! D'ailleurs, pourquoi nous en défendre ; nous\nsuffoquions tous et, plus encore que les autres, le blond mondain, celui que\nnous surnommions Fortunio, appuyé contre la paroi, le visage caché dans\nses mains, se détournait de nous pour sangloter à son aise, tant cette page\namoureusement patriale exaspérait, intensifiait toutes les poignantes ten-\ndresses, les facultés aimantes contenues en nos âmes et remuait en nous\ndes fibres que nous ne nous connaissions plus.\n   Le narrateur se remit le premier, et alors, presque radieux de notre émo-\ntion, radieux à la façon des vagues ensoleillées, il poursuivit, mais en con-\nsultant de moins en moins le texte original, improvisant, décrivant de\nmémoire, avec une exaltation augurale.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                                  — 17 —\n\n  — Entretemps, la riche Monique, entièrement au bonheur d'avoir retrouvé\nson père, recouvrait, à Paris, les forces et la santé. Entreprise par des maî-\ntres habiles, la jeune vachère s'était dégrossie. Bientôt elle put assister aux\nbals et aux réceptions. Sa robuste beauté flamande, alliée à une grâce et à\nun charme naïfs, en firent une des reines de la cour impériale. Jan Daelmans,\nlui-même, aurait à peine reconnu dans cette grande brune, rieuse, mutine,\npresque provocante, épanouie comme une rose thé, sa liliale et dolente amie\nd'enfance.\n   Mais, brusquement, la métamorphose s'arrêta et, par gradations insen-\nsibles, ce regain de santé, cette exubérance s'amortirent, cette turbulence,\ncette joie de vivre se calmèrent, et, dès le second hiver, son ancien penchant\nà la rêverie reparut, penchant discret, petits airs penchés que l'Ossian de\nMacpherson allait mettre à la mode et qui paraient Lena d'un nouveau\nmontant.\n   Aux accords de la musique de bal, emportée dans le tourbillon de la\ndanse, elle demeurait subitement distraite, perdait la mesure, s'arrêtait sur\nplace. Au milieu d'un entretien aimable et frivole elle oubliait de répondre\nà son interlocuteur, le regardait sans le voir avec une étrange obstination,\net, interpellée, rendue au sentiment du salon où elle se trouvait et des\ncavaliers qui lui faisaient leur cour, elle semblait se réveiller, sortir d'un\nrêve, choir de quelque ciel. Elle-même était la première à rire de ses\névagations. Mais elle cachait la nature de ces « absences ». Peut-être ne se\nrendait-elle pas compte des influences qui l'arrachaient à son milieu et à son\nnouvel entourage. Ces retours en arrière, furent très vagues, très inof-\nfensifs en commençant :\n   En pleine assemblée mondaine surgissait le grand hêtre ombreux, isolé\ndans les sablons. Ce n'était plus les pas cadencés des danseurs et les soupirs\ndes archets qui faisaient frémir et vibrer le cristal des girandoles, ce n'était\nplus des vétérans en uniformes chamarrés qui se confondaient en révérences\ndevant d'éblouissantes maréchales : la brise passait dans la lande, épar-\npillant la poudre d'or des genêts, et les bruyères frissonnaient, frileuses et\nparfumées.\n   Monique, ou plutôt Lena, revoyait-elle le hêtre et le mamelon, hantés\ncomme ils l'étaient depuis son départ, par la figure pitoyable d'un jeune\nrustre qui tendait vers elle ses mains terreuses et la conjurait de ses pru-\nnelles humides? Mais plus d'une fois, au moment où un glorieux muscadin\nen habit bleu barbeau à boutons d'or, cravaté de dentelles, venait l'engager\ncérémonieusement à la danse, la fière demoiselle s'emparait de ces mains\nformalistes avec une avidité fiévreuse, les pressait énergiquement dans lès\n                                                                        2\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                                   — 18 —\n\nsiennes, dévisageait avec une persistance étrange le cavalier très interloqué,\npuis, déçue, sans s'excuser de sa méprise, le repoussait brusquement et se\nhâtait de quitter la fête.\n   De passagères et anodines qu'elles étaient, ces visions devinrent de plus\nen plus fréquentes et redoublèrent d'intensité. Sous cette obsession, Monique\nprit en horreur la vie brillante où elle s'était jetée avec une sorte de frénésie;\nbouda les cercles aristocratiques, s'abstint de paraître à l'Opéra et à la\nComédie-Française, et rechercha, comme en son enfance, la solitude et le\nrecueillement. A présent, elle demeurait de longues heures dans le coin le\nplus sombre de ses appartements ou, assise à la fenêtre, ses yeux suivaient\nle vol des nuages chassés vers le Nord et ses lèvres, s'entr'ouvrant sous\nl'action d'une occulte puissance, murmuraient le refrain rhythmique de la\nblanche fileuse d'autrefois.\n   Peu à peu sa carnation d'opulente rose thé se fondit, s'effaça pour faire\nplace à la pâleur filiale et diaphane et ses yeux parurent de nouveau trop\ngrands et trop noirs pour son blanc et mince visage.\n   Le général Van Wilghem, qui n'avait que combattu mollement les dispo-\nsitions bizarres de son enfant gâtée, finit par reconnaître la gravité du mal,\net, sur l'avis des médecins, songea à marier sa fille avec son aide-de-camp,\nvaillant et loyal garçon qu'il chérissait à l'égal d'un fils et qui portait\ndepuis longtemps à la fantasque héritière un amour aussi ardent et aussi\ninépuisable que sa bravoure.\n   Consultée, la jeune fille déclara à son père qu'elle n'éprouverait jamais\npour ce soldat d'élite qu'une affection toute fraternelle. D'ailleurs, elle pré-\ntendait ne ressentir aucun malaise, ne convenait pas de la peine sourde et\nimplacable que révélaient ses pâles couleurs.\n   Enfin, un jour que son père éploré était parvenu à l'émouvoir, à\nforce de supplications, elle lui avoua, avec la pudeur d'une vierge qui\ntrahit son secret d'amour, son désir impérieux, inéluctable de revoir la\nCampine.\n   Le voyage, décidé sur le champ, ajourné malheureusement par les évé-\nnements politiques, finit par s'accomplir. Il était grand temps : l'état de la\nmalade empirait à vue d'œil.\n   Les frontières flamandes sont franchies ; ils atteignent Anvers, une ber-\nline les conduit à leur nouvelle demeure, un de ces nobles et superbes hôtels\nde la Place de Meir déserté par un patricien proscrit sous la Terreur. Au\nmoment où la voiture va s'engager dans l'allée cochère du palais,\nMonique, jette un grand cri. Le général l'interroge avec anxiété :\n   — Oh! ce n'est rien, mon père... Mes yeux ont rencontré ceux d'un\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                                  — 19 —\n\nmendiant déguenillé, posté contre une borne, et telle était l'expression\nobstinée de ses regards, qu'ils me traversaient le cœur ; si j'ai crié, c'est\nque ce pauvre ressemblait à Jan Daelmans... Mais ce n'est pas lui, j'en\nsuis certaine à présent...\n   La faiblesse et la fatigue de Monique empêchent les voyageurs de pour-\nsuivre leur voyage jusqu'en Campine. La moindre aggravation du mal la\ntuerait.\n   Le père, assis auprès de la malade, épie, l'âme ulcérée, les ravages de la\nconsomption sur cet idéal visage.\n   Obstinément, la jeune fille ne sort de ses longues prostrations que pour\nfredonner d'une voix très douce, presque éteinte, le fatidique couplet du\nmaréchal-ferrant. Même, pendant son sommeil, les syllabes mortelles per-\nsécutent ses lèvres.\n   — Toujours cette chanson ! Elle alimente ta tristesse, chère enfant ; tu\nm'aimes donc bien peu que tu persistes à te faire du mal... Ah! si tu\nvoulais !...\n   Et, de nouveau, son père la conjure d'épouser l'aide-de-camp.\n   — Non, je resterai libre... je ne veux appartenir à personne... Laisse-moi\nrester comme je suis ou plutôt redevenir ce que j'étais, mon père !\n   Il insiste. Lorsqu'ils habiteront Desschel, dans leur natale Campine,\nquelle jouissance pour elle, de parcourir la contrée élue en compagnie d'un\népoux digne de son rang et de ses perfections... de visiter à deux le hêtre\nfavori, les genévriers bizarres, tous ces objets qu'elle ne cesse d'évoquer et\nqu'elle pourra bientôt bénir et palper de ses mains ferventes !\n   — Oh! oui, père, que ce serait un grand bonheur! Mais le compagnon\nque tu me recommandes n'est pas un fils de notre Campine!... Compren-\ndrait-il la chanson suggestive du grillon? L'ombre et les murmures des\nsapins ont-ils présidé aux ébats de son enfance? L'infini de la plaine et son\nincommensurable horizon ne sembleraient-ils pas monotones à ce nomade\net capricieux enfant des monts, avide de déplacements et d'aventures...\n   Elle s'interrompt.\n   Elle a changé de couleur, son teint s'est subitement avivé, un sourire exta-\ntique s'épand sur ses lèvres frémissantes. Elle joint les mains, lève les yeux\nau ciel. Elle semble un de ces anges de marbre, immobiles sur les tombes;\nelle est blanche, elle est belle, mais sa beauté fait mal.\n   Quelle musique plonge la malade dans ce ravissement?\n   Le général prête l'oreille à son tour.\n   Et de la rue, sous les fenêtres, monte très distinctement jusqu'à eux le\nrefrain hallucinant, modulé avec un accent de mélancolie et de tendresse\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                                  — 20 —\n\nindéfinissables par une voix d'homme jeune, un peu rauque, un peu étran-\nglée.\n   Quoi, toujours cette chanson maudite! Une nouvelle dose de l'implacable\npoison qui lui reprend sa fille! Puis, n'est-ce pas de l'humble origine du\ngénéral Van Wilghem que se moque l'impudent refrain !\n   Furieux, le vétéran sonne ses laquais et leur ordonne de lui amener, de\ngré ou de force, le maraud qui les nargue et les persécute de son abomi-\nnable complainte.\n   Le pauvre hère que la valetaille empoigne et traîne non sans le rudoyer\ndevant le maître, n'est autre que le mendiant loqueteux que la malade\nentrevit par la fenêtre de sa voiture.\n   En reconnaissant, non sans peine, dans cette apparition lamentable,\nl'ancien protecteur de sa petite Monique, la colère du général tombe brus-\nquement ; il recule consterné, presque honteux de son humeur :\n   — Vous, Jan Daelmans ! Vous, dans cet état!....Vous,réduit à ce point!...\nAh! c'est mal de ne pas avoir songé à vos amis! Que ne nous informiez-\nvous de votre dénuement ! N'êtes-vous pas notre créancier pour la vie ?\n   Et, s'approchant d'un meuble, il fouille dans les tiroirs : on entend bruire\ndes pièces d'or.\n   De l'or à Jan Daelmans? De l'or à ce féru d'amour? Vous n'y songez\npas, général! Il désirait simplement vous confesser le secret de sa vie, et\ndire ensuite, avant de partir pour de bon, un suprême adieu à son amie d'en-\nfance :\n   Ah! général, ces insultantes largesses le chassent plus brutalement que\nne pourraient le faire vos estafiers! Et Jan se traîne, le cœur brisé, vers la\nporte.\n   Mais cette crispante épreuve a vaincu les dernières hésitations de\nMonique. Impossible de se contraindre plus longtemps! Mue par une force\nsurnaturelle, elle se précipite pour couper la retraite au paysan et s'affaisse\ndevant lui en s'écriant : « Reste ! Reste !... » avec un accent qui révèle au\njeune homme une passion au moins aussi ardente que celle qu'il lui porte.\n   Cette minute ineffable le paie largement de son long purgatoire.\n   Le père a compris, et, pantois, sourcilleux, ne sait encore à quoi se\nrésoudre.\n   Alors, entraînant son Jan, elle tombe, avec lui, aux pieds du vieux sol-\ndat, et elle le conjure avec des paroles et des accents qui réduiraient en\nfleuves de larmes les montagnes de granit :\n   — 0 père, pardon!... Retenez-le ou j'expire! C'était ce Jan, lui seul,\ntoujours lui, que je voyais et que je regrettais, et que je voulais... C'est son\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                   — 21 —\n\n\nabsence qui me tuait... Il est mon frère, mon doux protecteur, mon bien-\naimé!... O Dieu, il s'en irait une seconde fois, je ne l'aurais retrouvé que\npour le perdre à jamais! N'est-ce pas que vous ne voulez pas qu'il parte,\nmon père?... Voyez, Jan me rend la vie, Jan m'a guérie; donnez-le moi...,\ndonnez-le moi!...\n   Et, se relevant, sans attendre la réponse du père, Lena se précipite\néperdue dans les bras du paysan. Le cœur sous les haillons, le cœur sous\nles dentelles, battent l'un contre l'autre. Des regards, comme jamais n'en\néchangèrent les plus violents possédés d'amour, se disent l'accablant\ninfini de leur mutuel désir.\n   En les voyant accolés, haletants, oppressés, si amoureux qu'ils en\nrâlent, si jeunes, si beaux, si émaciés, si pâles, tristes pénitents d'amour,\népuisés par le plus cruel des jeûnes, le général sent fléchir son orgueil et sa\nvolonté. Pauvres êtres ! Ils sont tellement à bout de forces que s'il disait\nnon, en ce moment, ils expireraient dans les bras l'un de l'autre.\n   C'en est fait. Deux larmes lentes et lourdes comme le givre qui s'égoutte\ndes branches chenues, au premier rayon printanier, tombent lentement sur\nsa moustache de grognard, et, tout autre consentement lui restant dans la\ngorge, il ouvre des bras paternels à Jan Daelmans.\n\n   Après quelques minutes de poignant silence, Barthélemy reprit avec plus\nd'onction encore :\n   L'histoire de Jan Daelmans et de Monique Van Wilghem, cette idylle\npassionnée symbolise pour moi, les amours du Flamand et de la Flandre.\n   Un jour la Flandre candide s'enfuit au bras d'un tuteur puissant qui\nl'étourdit dans les fêtes, la grise de luxe, la leurre d'une apparente félicité,\net rêve de l'unir au Welche. D'abord, l'appétissante et plantureuse héritière\nprend goût à ces distractions, à ces passe-temps frivoles, à ces déduits\nsuperficiels. Heureuse et fière de ces hommages, de ces adulations, de ce\nchangement survenu dans son existence jusqu'alors laborieuse et guerrière,\ntraversée de périls, pleine de luttes et d'héroïsme, la fille préférée de la\nGermanie, semble renier son origine et son passé. Mais un jour, la chanson\ndes terribles ferrants de Gand et de Bruges, des virils communiers, des\nKlauwaerts, grands tombeurs de Welches, lui remonte aux lèvres :\n\n                            Hauts les bras !\n                            Chauds les fers!\n                            Francs les coups !\n\n   Elle se réveille. La nostalgie lui étreint le cœur : elle se consume en\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                  — 22 —\n\n\nregrets et en désirs. Elle halète après son simple et rude compagnon\nd'enfance; il lui tarde de se régénérer dans ses viriles étreintes, de n'appar-\ntenir qu'à lui.\n   De son côté, l'ami féal rappelle aussi de toute la force de ses farouches\ntendresses, l'inconstante et désirable créature.\n   En vain, pour le guérir de cet amour inextinguible, des conseillers\ntimorés et de sang rassis ont-ils voulu le consacrer au service du Seigneur\net l'arracher aux félicités profanes.\n   — Oublie ton ingrate Flandre lui ont suggéré ces conseillers, tourne tes\nregards vers Rome. N'aie plus de Patrie en dehors de l'Eglise. Applique-toi\ncette parole évangélique : « Ma Patrie n'est point de ce monde! »\n   Mais, efforts stériles! Paris n'agit pas avec plus d'influence sur la\nFlandre que Rome n'a d'action sur le Flamand. On a beau parler une\nlangue étrangère autour d'elle, la parer d'ornements hybrides, l'affubler\nd'une toilette d'emprunt, tenter de la défigurer peu à peu, exiger d'elle le\nmépris de son ancienne condition, à certaines heures, de plus en plus\nfréquentes, la Flandre se rappelle ses travaux, ses victoires, et va jusqu'à\nregretter son long martyre.\n   Entretemps, furieux de n'avoir pu l'attacher immuablement à Rome, les\nconseillers du Flamand l'expulseront de son bien, le voueront au vagabon-\ndage et à la mendicité. Et seuls les pauvres gens, les braves cœurs du\npeuple, les humbles femmes prendront pitié du gueux flamand qui se\nconsume d'amour pour sa Flandre !\n   Jusqu'au jour où elle te sera rendue, ta brune Patrie, ô mon féal garçon,\nmon blond Germain aux yeux bleus ! Jusqu'au jour promis où, à ta vue, la\nFlandre aussi exposée que toi aux séductions et aux convoitises de\nl'étranger, la Flandre qui rompit les chaînes fleuries de la France comme\ntu tins en échec la Rome pontificale, jettera ce cri rédempteur : « O ! Dieu\nrends le moi, lui seul peut me sauver ! »\n   « Puisse le Ciel écouter alors cette prière et vous réunir pour jamais, ô\nFrère, ô Patrie! »\n   Le vieux Welaan prononça ces derniers mots avec une exaltation prophé-\ntique. Chacun de nous dit amen, à cette patriale invocation.\n   Et comme à Jan Daelmans il me sembla que le soleil natal — mais un\nsoleil couchant — venait de me communier...\n\n                                                 GEORGES EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                 — 23 —\n\n\n\n\n                VERS\n            ALLÉGORIE\n\n                                     A Louis DELATTRE.\n\nJe vois, dans un jardin  frileux\nDont la fine ramure noire,\nSous des bourgeons roses et bleus,\nS'orne d'un printemps illusoire,\n\n\nDans un grand jardin sérieux\nOù, près des charmilles lassées,\nPleure en jets d'eau mystérieux\nLe sang des fontaines blessées,\n\n\nAu son de rebecs maladifs\nEt de frêles flûtes doussaines,\nUn cortège d'enfants tardifs\nPromenant leurs grâces malsaines.\n\n\nIls mêlent dans un carnaval\nTous les temps et tous les costumes :\nL'un à pied, d'autres à cheval,\nOu dans des carrosses posthumes.\n\n\nEnfancons malingres, pliés\nSous leurs casques et leurs rondaches,\nPlus petits que leurs boucliers\nEt plus légers que leurs panaches !\n\n\nRoitelets aux gestes hautains,\nMinimes marquises espiègles,\nPortant à leurs poings enfantins,\nAu lieu de perruches, des aigles.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                  — 24     -\n\nPlus d'un Charlemagne exigu,\nQui s'embarrasse dans sa robe,\nJoue en riant son rire aigu\nAu bilboquet avec le globe.\n\nUn pape aux yeux de feu follet\nD'un air gamin lance une bulle\nAu nez d'un grave Triboulet\nDont le bonnet tintinnabule.\n\nDes juges    lilliputiens,\nGivrés de perruques sévères,\nDans des Digestes anciens\nVont effeuillant des primevères.\n\nEt sous sa coiffe de linon,\nHoulette en main, par les quinconces,\nNotre-Dame de Trianon\nMène un troupeau de loups et d'onces.\n\nIls vont ainsi, silencieux,\nLe long des fontaines blessées,\nEt les rebecs mystérieux\nPersifflent leurs vagues pensées.\n\nIls sont très jeunes et très vieux,\nCharme enfantin, grâce sénile!\nA la fois tristes et joyeux,\nIls ont dix ans, peut-être mille.\n\nIls vont ainsi, petits abbés,\nPetites reines, petits princes,\nEt leurs têtes aux fronts bombés\nMartyrisent leurs cols trop minces.\n\nLeurs grands yeux, leurs yeux     étrangers,\nOù l'or du soir palpite et sombre,\nBaignent de rayons mensongers\nLeurs chairs de lys éclos dans l'ombre.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                 — 25 —\n\n\nLeur gaîté, comme un vol d'oiseaux,\nSaigne et s'étrangle dans leur rire,\nEt je crois voir au fond des eaux\nDanser des figures de cire.\n\nProjets de mon cerveau lassé,\nDésirs aux bottes de sept lieues,\nCaprices d'un soleil glacé,\nTulipes noires, roses bleues,\n\nAinsi vous naissez, trop petits\nDans ce beau jardin de mensonges.\nEnfants de mes fiers appétits,\nMarionnettes de mes songes!\n\n\n            LADISLAS LASKI\n\n                    (1573)\n\nJeune et las, la chair allouvie,\nPrince d'intrigue et de hasard,\nDans son palais de Cracovie,\nL'ami du seigneur de Ronsard,\n\nLe roi de Pologne regarde\nDe ses lourds yeux noirs l'enfant qui\nVient de s'enrôler dans sa garde,\nLe fils du palatin Laski.\n\nDix-sept ans : grâce fière et fine ;\nGlaive vierge dans son fourreau;\nDes élégances de dauphine ;\nDes férocités de bourreau.\n\nToute l'indolence des Slaves :\nCheveux ondes, pâles et longs,\nGrands yeux verts du soleil esclaves,\nVoix de luths et de violons;\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                    — 26 —\n\n Front lisse et limpide qu'enchante\n Une chimérique toison,\n Gonflé d'une veine méchante\n Qui le barre comme un blason;\n\n Hanches féminines et minces\n Où couve d'un sommeil menteur,\n Pour l'ennui maladif des princes,\n La force du gladiateur.\n\n Son corps svelte, liane et soie!\n Aux ondulations de lac,\n Son corps de paresse et de joie\n A des bercements de hamac,\n\n Et sous les martres zibelines\n Et les joyaux à l'œil ardent,\n Toutes vos caresses félines,\n O créoles de l'Occident!\n\nDans l'or des prunelles virides\nRêve une perfide Arkhangel\nOù les pommes des Hespérides\nRosissent des arbres de gel.\n\nOn croit voir, quand son rire éclate\nEn lazzi cruels et fleuris,\nDes vipères à tête plate\nJouer avec des colibris.\n\nEchanson d'étranges caprices,\nSait-il à qui seront versés\nCes vins d'étoiles et d'épices,\nSes baisers fervents et glacés ?\n\nL'orage d'un fier destin gronde\nAu fond de cet adolescent,\nEt sa douceur est si profonde\nQue l'on s'y mire en frémissant.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                      — 27 —\n\n\n                 Le prince et l'éphèbe se toisent,\n                 Et dans un échange d'éclairs,\n                 Escrime équivoque, se croisent\n                 Les yeux noirs avec les yeux     verts.\n\n                 Sans trembler Ladislas regarde\n                 Ce roi tel qu'il l'avait songé :\n                 Le regard vert, jusqu'à la garde,\n                 Dans le regard noir s'est plongé;\n\n                Et les prunelles sanguinaires\n                Du calme enfant victorieux\n                Ont les lueurs visionnaires\n                D'un cliquetis silencieux.\n                                                        ALBERT GIRAUD.\n\n\n\n\n                     NOTES CURSIVES\n                                        I\n\n              Pour aimer réellement, il faut beaucoup oublier. Oh! cette\n               indulgence qui ne se rembourserait pas en détail, cette\n               chaude, entière mansuétude, fière et discrète, au point de\n               laisser ignorer son démérite, à l'être chéri, l'empêcher de\ns'apercevoir de sa faute. Les lâches et avares rémissions dont s'enorgueillit\ncelui qui pardonne, qui lui créent une supériorité sur son ami, sur son\namant ; presque une sorte de chantage ! Grâces amères et pesantes ! Etre à\ntoutes les heures, chaque jour, avec ses joies et ses douleurs, à la merci\nd'un regard, d'une parole équivoques ou venimeux qui, vous arrachant\nà l'exaltation parmi laquelle vous vivez, vous entraîneront à l'écart et\nvous rappelèrent : — « Voici, vous avez péché, mais MOI,— je vous ai\npardonné ! »\n\n                                       II\n\n   Ecrire des œuvres tristes, endolories, souriantes d'un malsain et vindi-\ncatif sourire, et penser que si peu suffirait pour éteindre le facile rictus des\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                   — 28 —\n\n\nsceptiques et des railleurs, leur conférer une peut-être éternelle éloquence :\nune minute de ce vil courage physique.\n  Mais, ce serait acquérir la Gloire, à trop bon compte.\n\n\n                                      III\n\n   Schopenhauer définit la Pitié, un sentiment primordial, pur et spontané,\nsans autre mobile ni aliment que lui-même. Il en fait, je crois, le fonde-\nment de sa Morale. Abstrayant ces deux assez grossiers et rudimentaires\nressorts : celui du chrétien et « faites à autrui ce que vous voudriez qu'on\nvous fît » — la charité, pratiquée en secret, hors de toute ostentation\nphilanthropique, de tout espoir de récompense, ne dériverait-elle encore\nde quelque égoïsme sublimé, d'un plus diabolique et damnable amour-\npropre ?\n   Ce serait comme un miroir adulateur que l'on se présenterait, à soi-\nmême; un reflet ennobli, très doux à l'orgueil intime de son cœur.\n   La Miséricorde, si fangeuse que soit sa source, est louable, pourtant,\npuisque les hommes préfèrent, généralement, se complaire et se glorifier\ndans le Mal.\n\n\n                                      IV\n\n   Assister quotidiennement à des funérailles : la plus infaillible des\ngymnastiques misanthropiques. Mais, pour pénétrer le fond de l'ignominie\nmondaine, se plonger au plein de la boue, il faudrait pouvoir être, tour à\n tour, avocat, médecin et confesseur, ou, — plus simplement, — s'instituer\n  usurier et limiter son trafic à cette espèce de gages : — les souvenirs de\n  famille !\n\n                                        V\n\n    Les lithographies de Redon semblent d'un art, en quelque sorte, passif ;\n la collaboration excessive imposée au spectateur explique la rareté des\n esprits qu'elles émotionnent.\n     Burlesques, ces dessins, pour les âmes vulgaires ; elles en rient, raisonna-\n  blement, d'ailleurs. D'autres, devant ces frissonnantes gravures, s'enivrent\n  de leurs rêves, de certains de leurs rêves où, à la contemplation, des songes\n   se projettent. C'est par quoi, un album de ce prestigieux aérolithographe\n   est signe.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                   — 29 —\n\n\n  Les uns s'attachent au sens perceptible et palpable de l'œuvre et se\nmoquent; les derniers y amarrent leur imagination et se laissent entraîner\nà une dérive douce et taciturne.\n\n\n                                      VI\n\n   ETHIQUE — ESTHÉTIQUE — ces mots paraissent mieux que paro-\nnymes. N'est-il pas très plausible que la vilenie, la bassesse d'âme du\n« bourgeois » s'engendrent du défaut absolu du sentiment de l'harmonie,\nde tout instinct d'eurhythmie? Ou, plutôt, la connexité s'affirme-t-elle point\névidente de l'inintelligence artistique et du strabisme moral : le laid, phy-\nsique ou métaphysique, doit crisper l'artiste d'une équivalente répulsion.\n   Les louvoyants compromis, les marchés obreptices, les dolosives super-\ncheries, sans danger et masqués de l'ostensible vernis du « comme il faut »,\nn'ont rien qui effare la conscience en spirale du bourgeois. Les plus malpro-\npres infamies subissent une sorte d'incubation, dans son cerveau; il s'y\nfamiliarise, les légitime, à la longue et s'y ventrouille, avec délices; elles\nlui tiennent chaud !\n   La plupart, au reste, ignorants de la hideur de leurs vitupérables calculs\nportent fort allègrement, ce sordide bagage moral.\n\n\n                                     VII\n\n   Les incrédules, — ces logiciens de Panurge, — salueront-ils toujours\nde leurs ricanements stupides, les cures opérées par la vertu de reliques ou\nd'eulogies quelconques ?\n   — Va, dit Jésus à Madeleine, va, la Foi fa sauvée'. Cette promesse est\nvraie dans ses deux interprétations, anagogique et littérale :\n   Si un malade doute ou se défie de son médecin, tous les remèdes, pour\néprouvés qu'ils soient, resteront vains et inefficaces. Or, pourquoi, la\nconfiance étant, au contraire, portée à son paroxysme ; — le patient, à une\nentière et profonde foi, joignant la ferveur la plus parfaite et ardente, —\nl'implicite, donc, et salutaire conviction de la préexcellence des reliques ; en\nd'autres termes, s'il a le désir et le vouloir continus et obstinés de guérir,\npourquoi ne pourrait-il être exaucé ?\n   La Foi le sauverait : un miracle, incontestablement ; et le thaumaturge\nne serait autre que lui-même.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                                  — 3o —\n\n\n\n                                     VIII\n\n    Les fortunes exorbitantes et presque fabuleuses, accumulées par certains\n ignorants, absolument illettrés (Mackay, etc.).\n    La lucide intelligence, l'invincible et roide énergie de ces hommes sont\n indubitables; mais leur totale ignardise serait-elle pas, pour eux, assimi-\n lable aux œillères que l'on met aux chevaux? Elle les empêche de dévier\n de la route directe que leur but éclaire, les soustrait aux hésitations, aux\n scrupules, aux vides spéculations, leur interdit de disperser leur prodigieuse\n force de volonté.\n    Ils ne possèdent qu'une idée, simple, nette, précise, qu'une ambition,\n mais véhémente, mais tenace, — rien ne les en distrait, et cela est irré-\n sistible.\n\n                                      IX\n\n    Les gens sensés argumentent : « La multitude est mauvais juge, soit, et\n vous la récusez; cependant, convenez qu'elle finit par prononcer le dernier\n mot, dans l'avenir !»\n   Non, ce raisonnement même est faux et captieux : l'ouvrage actuel, con-\n temporain, soumis à la foule, celle-ci l'ignore, le dédaigne, l'acclame ou le\n conspue : cela n'a pas la moindre importance. Mais une élite, seule, se\npréoccupe des œuvres du passé, leur perpétue la gloire — épurée, toujours\n — ou les rejette au définitif oubli : les artistes vivants forment, par consé-\nquent, l'aréopage qui, sans craindre ici l'inévitable reproche de partialité\nou de vénale jalousie, — entérine ou casse les arrêts des précédentes géné-\nrations.\n   Le verdict du temps est donc, très souvent, équitable, parce qu'il se pro-\nmulgue non par la majorité, — par la minorité.\n\n\n                                      X\n\n   Cette singulièrement passionnante et décisive expérience : Découvrir un\ncerveau intact, une intelligence neuve, dans la plénitude de ses facultés\nd'enthousiasme, un être sensitif, compréhensif, mais d'imagination stérile;\nle transplanter, soudain, des terres classiques dont il sortirait, au milieu de\nla serre surchauffée et ardente où s'érigent les vertigineuses floraisons des\nFleurs du mal; féconder l'humus, ivre de sève, de cet intellect avec les\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                 -   31   -\n\nferments exaspérés de la vision artistique moderne ; lire et commenter à\nl'adolescent élu, les pages de l'extraordinaire anthologie : Baudelaire, Poe,\nHuysmans, Dostoiewsky, Villiers, Barbey, Verlaine, Mallarmé et ce mon-\nstrueux Maldoror; lui donner à feuilleter un idéal album : les primitifs,\nGoya, Vinci, Rops, Redon, Moreau; le saturer de quelque ténébreuse\nmusique, d'harmonies triomphales et funèbres.\n   Maléfiquement, l'assiéger des savantes et compliquées circonvallations,\ndes cercles de plus en plus concentriques, de ce merveilleux sortilège ; lui\nfaire subir, enfin, par une patiente et intensive culture, une sorte de com-\nplet déviement de la colonne cérébrale, un. irréparable désorbitement; le\ntransmuer en un être saturnien, lunaire, — privé de ce tout puissant contre-\npoids : la force créatrice.\n   Et, surtout, ne pas se surprendre à aimer son élève, car — quel dénoue-\nment s'offre à pareille aventure?\n\n\n                                     XI\n\n   Un rêve :\n   Une salle des cérémonies de la plus hétéroclite architecture, bornée,\nd'un côté, par d'innombrables colonnes polychromes, sur lesquelles s'enrou-\nlent d'infinies processions hiératiques, des théories de Bœufs Apis et de\nprêtres bleus et rouges, — de l'autre, par de légères fenêtres à jalousies\nmauresques. Au milieu du pavage en céramique pourpre, éblouissant et\nlaqué, sous un dais gris-perle, empanaché de touffes de plumes d'autruche\nnoires, assis dans un trône banal, — le fauteuil doré constitutionnel ! — ce\nbouffon hideux, pontifie, revêtu de son costume mi-parti vert et jaune, la\nToison d'or au col, le chef ceint de la Couronne de Fer. Deux nègres\nluisants, sombres torchères, le contemplent, les yeux écarquillés d'admi-\nration hébétée et d'effroi.\n   Devant ce monarque singulier, tout occupé à nourrir un horripilant ara,\nvert, blanc et rouge, un nombreux cortège défile, fantomatiquement, que\nl'oiseau salue de cris aigus. Vis-à-vis de l'estrade, ces foules héroïques et\nthéâtrales s'arrêtent, font face et se prosternent, mécaniquement, comme\ndes comparses d'opéra, avec une expression fièrement servile.\n    Le hiérarque ne daigne les regarder et agace son auguste perroquet,\ndont le bavardage s'exaspère. Soudain, un remous fait osciller les multi-\ntudes, un mouvement de recul, puis elles s'immobilisent de terreur : — de\ndéchirantes fanfares ont retenti, que la colonnade répercute en échos stri-\ndents.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                                 — 32 —\n\n\n   Les nègres s'effondrent de niaise épouvante ; le kakatoès, juché sur une\npatte, dans une attitude expectante, surveille son maître et suit ses gestes\navec une visible anxiété.\n  Celui-ci, tout à coup, alors, pour signifier, me parut-il, son approbation\nau vœu muet du Peuple, abattant son sceptre sur l'aigrette ébouriffée de la\nbête, clama :\n  — Que le Juste soit crucifié, cette fois encore!\n                                                   ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n                           SONNETS\n                                       I\n\n   C'est pour aller vers toi, Dormeuse séculaire,\n   Qui gis là mieux qu'au fond des antres souterrains\n   Que j'ai sanglé de cuir mes jambes et mes reins\n   Et que l'âpre soleil a hâlé ma peau claire.\n\n   L'obstacle des forêts a tordu sa colère,\n   L'écume m'a caché les horizons marins,\n   Le val d'embûches, gras du sang des pèlerins,\n   Hâta mes pas recrus que la peur accélère !\n\n  C'était si loin et par delà les soirs si loin !\n  Le château de mystère où dormait le doux soin\n  Qui fit ma vie errante hélas ! et vagabonde.\n\n  Que dans la nuit, tombé sans forces, à genoux,\n  Je pleurais à ouïr dans la forêt profonde\n  Buter les sabots vifs des cerfs cornus et roux !\n\n                                  II\n\n  Le flot des lourds cheveux est comme un fleuve noir\n  Sous un ciel sans étoile et sans nuit de Chaldée.\n  Et le berger qui rôde seul parmi le soir,\n  Ignore à quel destin sa détresse est gardée.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                  — 33 —\n\n    La chair triste qui f uit l'étreinte et le miroir\n    Semble avoir peur d'offrir, stérile et dénudée,\n    Son mensonge à des yeux avides de le voir\n    Et tremble d'être nue aux mains qui l'ont fardée.\n\n\n    Cet amour qui fut un orgueil à se sourire\n    Est mort, et le vieux songe élargi pour empire\n    D'un pays de bleus paons, de fleurs et de forêts !\n\n\n    Un mutuel frisson traverse nos paniques\n    A qui l'allongement de l'ombre des cyprès\n    Signale l'eau d'oubli des Léthés fatidiques'.\n\n                                                H E N R I DE R É G N I E R .\n\n\n\n\n                                STROPHE\n      C'étaient de gais chemins, entre des chênes, vers\n      la ville, des chemins entre des chênes verts,\n      où le pourceau chercheur de glands fouille et se vautre ;\n     — ce furent des Printemps, ce furent des Hivers — :\nnotre âme d'heure en heure apparaissait une autre;\n     c'étaient de gais chemins où dansait, au travers,\n     la bande des rayons, fleurs de soleil ; et notre\n     âme cueillait tant de calices entr'ouverts\nqu'on ne savait que faire de cette jonchée,\n     bigarrure des bois fleuris et des champs d'or :\n     elle avait emporté de la plaine fauchée\n     (un soir de fenaison cruelle) un grand lys mort ;\nce furent des Etés, ce furent des A utomnes\ntrès lents, émerveillant nos longs rêves aphones\n                                           FRANCIS V I E L É G R I F F I N .\n\n   (D'un poème inédit. 1887).\n\n\n\n                                                                         3\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                  - 3 4 -\n\n\n\n\n          FRAGMENT SANS TITRE\n                                       I\n\n              Non, écoutez, je vais vous dire... et Lilly disait, disait un petit\n               fait quelconque devenu si énorme en passant par son imagi-\n               nation, qu'il lui avait fallu faire une provision de souffle et\n               de paroles pour l'expliquer. Quand, à bout de respiration,\nelle entrebâillait la bouche pour en reprendre une gorgée, on apercevait\nentre deux rangs perlés de dents de lait, sa langue de chatte qui se tré-\nmoussait et les mots se pressaient, se pressaient en foule et, dans leur hâte\nde gagner la porte, se bousculaient sans se faire aucun mal; de temps en\ntemps seulement roulaient-ils à deux ou trois pêle-mêle mettant toute une\nportion de phrases en travers. Elle coupait alors l'histoire d'un « Ecoutez,\nje vais vous dire » ou d'un « N'est-ce pas? » ou de toute autre locution qui\nalentissait la course de son imagination et l'aidait à mettre un peu d'ordre\ndans le cortège.\n   Elle donnait un tour personnel et presque une valeur à ces locutions\nbanales, par sa façon de les glisser vivement, des lèvres, dans la phrase,\ncomme si elle poussait une fiche dans un vide pour étayer son emballage\nde mots. La petite langue dé chatte se fût crue indigne d'être mignonne,\nveloutée et rose, en ne remuant pas constamment. Elle avait une déman-\ngeaison de remplir de mots tous les coins de la minute consacrée à cette\ngrande histoire que Max n'écoutait pas...\n   Il semblait plutôt regarder cette histoire extraordinaire d'un fétu de paille\nqui avait pris feu à l'imagination de Lilly, dont tous les désirs et les coquet-\nteries de femme semblaient se troubler et se fondre aux timidités de l'enfant\nqu'elle était. Ses caprices ressemblaient à ces petites bulles argentées que\nfont les enfants « pour s'amuser » et qui crèvent et s'évanouissent au\nmoindre contact. Elle avait des caprices aussi « pour s'amuser » mais si\nlégers, si volages, si inconsistants qu'ils se fondaient à la chaleur d'un\nregard :\n   — « Vous croyez? »\n   Et son regard bleu pâle, devenu tranquille et grave d'une inébranlable\ngravité, témoignait d'une conviction qui entrait dans la vôtre sans arrière-\npensée et sans doute.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                    35\n\n   Il est si fatigant de penser loin. Il est si reposant d'installer ses idées\ndans la pensée des autres, quand la pensée des autres est confortable et\nl'esprit de Lilly, comme son corps aux sensualités douces, aimait se faire\ndorloter. Un rien d'anémie lui poudrait la peau d'une blancheur mate avec\nune touche indécise de bleu sous les yeux; la nature lui avait fardé l'esprit.\nAussi bien que la chair, miniaturant son imagination, assourdinant sa voix,\néteignant l'éclat, matant le bruit de la vie épanouie qui eussent troublé le\nrepliement d'âme de cette sensitive.\n   Ce léger clignotement des yeux à la lumière, l'intelligence l'avait aussi\nà l'éclat trop vif des idées dansantes et brisées comme des rayons dans\nl'eau.\n   La volonté toute éphémère, tiraillée par des nerfs de femme délicate,\nn'avait que ces boutades d'une enfant qu'énerve la faim des choses désirées.\nLe jugement, un simple mirage de raison, ressemblait à ces brillants dont\nles facettes miroitent même lorsqu'elles semblent immobiles. On la disait\nbonne. Sait-on ce que c'est que la bonté? Il y avait en elle, à vrai dire, la\nnégation de toute cruauté; à peine parfois, une pointe de moquerie, une\nesquisse de méchanceté indiquant, par lueurs, une réminiscence originelle :\nc'était, moralement, le geste gamin d'un jeune chat qui ferait à patte de\nvelours le mouvement de griffer.\n   Sensible, de cette sensibilité aiguisée à plaisir qui fait évanouir les femmes\nà la vue d'une goutte de sang, elle portait de préférence sa pitié miniature\naux douleurs de petit calibre. Elle était bonne de toute la faiblesse de son\ncœur velouté qu'il ne fallait pas caresser à rebours ; bonne avec cette câli-\nnerie, cet abandonne penchement de l'être vers ce qui enveloppe et protège,\ncomme si elle se fût sentie pénétrée de la douleur entrevue au point d'en\nsouffrir à l'exclusion de tous les êtres. Elle s'adorait ainsi et jouissait égoïs-\ntement de cette bonté réflexible qui lui revenait toute au cœur, de cette\nparfumante et voluptueuse bonté qui ressemblait à une coquetterie passion-\nnelle.\n   Lemodelédes traits, moelleusement sveltes, et levelouté de la peau, trahis-\nsaient suffisamment, du reste, une créature de douceur. Le nez ingénu, le\nmenton potelé, fosselé, d'une rondeur de pêche, les lèvres roses que ne\nsculptait pas la sensualité, annonçaient l'être de toute enfance qui perdu-\nrait en la femme.\n   — Nous vous attendons, venez de bonne heure ; vous m'indiquerez le\nrôle. C'est dit, n'est-ce pas?\n   Elle s'était levée. Vêtue à l'anglaise d'une toilette noire en fourreau, le\nbuste long, un peu cambré, elle maintenait d'un rond de bras le boa dénoué\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                   — 36 —\n\nqui lui glissait à la taille. A travers le petit nuage de ses cheveux blonds\n— des cheveux de lycopode — qui s'envolait par dessus la passe d'une\nminuscule capote fleurie de bruyères bleues, un rayon de lumière oblique\nfusait du couchant :\n   — Oh! la jolie friture de soleil ! dit Max.\n   Elle lui tendit la main en riant :\n   — A ce soir !\n   La matité chaude et veloutée du gant de Suède dont la manchette\ns'entourait d'un cercle d'or à cadenas, donnait quelque chose de voluptueu-\nsement charmeur aux inflexions de cette main petite et sa pression pro-\nlongée dans l'éclat de rire de cette après-midi de printemps, parut à Max\nétrangement nerveuse.\n\n                                        II\n\n   Par la porte entrebâillée, on entendit un instant leurs voix mêlées se\nperdre à la descente de l'escalier. Dans la chambre vide, la vie méditative\ndes choses, matée par ce joli babil, renaissait doucement. Toute une figu-\nration de bibelots d'art, de statuettes, de dessins, de portraits dépliant des\ngestes et des regards, ramenait à flot de silence cette indéfinissable respira-\ntion spirituelle qui soutient et enveloppe chez l'artiste les modulations de\nla pensée.\n   Max, en rentrant, sentit venir à lui cette frôleuse rumeur que son pas,\nson visage, sa voix même n'effarouchaient pas. Son regard s'arrêta à un\nportrait de femme posé seul sur la table de travail : une tête au col nu\ndétachée en clarté d'un fond noir dans un cadre en losange. La tête,\nsoudainement animée, semblait, par un mouvement brusque, s'être posée\nde trois quarts pour appuyer son œil au sien.\n   La physionomie de Max à nouveau s'alourdit de mélancolie. Il s'assit,\nles coudes sur la table, la tête dans les mains, et ferma les yeux pour voir\npasser en lui une de ces images toutes vives en lesquelles se matérialise le\nsouvenir. Brusquement, il se redressa comme à l'entrée de quelqu'un : la\nporte, mal fermée, venait de se déclicheter.\n   Une feuille de papier s'envola de la table ; les deux battants de la fenêtre\nentr'ouverte s'écartaient sous une poussée d'air frais en faisant vaciller du\nmirage dans leurs vitres : un fond de jardin tapissé de lierre sombre et de\ncris d'oiseaux ; des arbustes de lilas poussant de chez le voisin leur tête frisée\ntoute jaune dans la lumière et le brouillis de leurs ramures fines comme\ndes chanterelles; puis, au bord d'un haut mur écaillé, à demi désenfariné\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                   -    3 7 -\n\nde son plâtre et montrant de grandes plaies briqueuses, une tabatière bayant\nainsi qu'une coquille d'huître au premier soleil qui frissonnait dans la fraî-\ncheur d'un ciel gris perle.\n   Le dessin de tout cela, peu à peu, s'immobilisait à sa vue, et Max écou-\ntait venir à lui tous ces bruits parfumés, écoutait pousser au soleil la\nmusique printanière du paysage...\n   Rien n'est plus triste que ce calme du temps, cette douceur de la lumière,\ncette subtilité de l'atmosphère et ses profondeurs molles qui se dévoilent et\ncèdent à nos sens en reculant toujours et toujours cet infini à la possession\nduquel tendent nos désirs.\n   Dans ces bouffées d'air jeune et de lumière, il semble que tout le passé\nrevienne. Les maisons qui s'ouvrent au soleil, quand le soleil cogne aux\nvitres, semblent s'ouvrir pour tous les en-allés et, dans la coulée plus lente\ndu jour vers le soir qui tarde, on attend quelqu'un d'aimé qui ne reviendra\npeut-être qu'avec le soir, mais qui reviendra sûrement, car il n'est pas pos-\nsible que quelqu'un manque à cet universel retour, à ces retrouvailles.\n   ... Le soir venait lentement.\n   Max, pénétré d'un frisson que lui communiquait la fraîcheur de l'air\nmêlée à un peu de fièvre, referma la fenêtre et se retrouva seul dans cette\nchambre où stagnaient des parfums refroidis.\n   Il fit quelques pas vers la bibliothèque, revint à la table, alluma une ciga-\nrette, ouvrit un livre qui était là, le referma brusquement sans voir que de\nla cendre était tombée entre les pages et, comme si ses idées avaient changé\nsubitement de chemin, regarda l'heure et monta s'habiller.\n\n\n\n                                       III\n\n — Qui est là?\n — C'est moi.\n — Qui moi?\n — Frédo!\n — Entre donc !\n Max était en caleçon, un caleçon de tissu crême, très fin et soyeux, qui lui\nmoulait, comme une culotte de peau, les cuisses.\n — Dis donc, la fatalité ne te fait pas maigrir.\n — Ah ! mon cher, on ne maigrit plus de chagrin aujourd'hui ; la chair\nmême est devenue sceptique.\n  — Je croyais que « la larme usait le fourreau ».\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                  — 38 —\n\n   — Pas chez nous, au contraire ; elle l'engraisse. Les romantiques, à la\nbonne heure ! ils étaient pâles avec des airs de phthisiques...\n   — Dis : poitrinaires, c'est plus chantant.\n   — ... et de longs cheveux. Aujourd'hui, on ne sait plus porter décem-\nment la tristesse.\n   Depuis qu'il y a des couveuses mécaniques et des appareils à engraisser\nle bétail, le corps trouve toujours à se nourrir tant bien que mal. C'est\nl'âme qui fait de mauvaises affaires... Tu n'as pas vu mon bouton de col?\n   — Sur la cheminée.\n   — Sacrée pendule ! Quelle heure as-tu toi ?\n   — Cinq heures.\n   La pendule sonnait sentencieusement son huitième coup de timbre.\n   — Je ne sais rien de bête comme la mécanique. Figure-toi que j'avais un\nréveil-matin dont la sonnerie s'avisait de partir en pleine après-midi. Non,\nmais te figures-tu rien de sereinement idiot comme cette sonnerie tintinna-\nbulant son interminable chapelet malgré mes cris, mes injures : Crrrr!...\nau plein jour d'une chambre, à côté d'un lit vide ! De rage, je l'ai cassé.\n   — Comme cela il ne sonne plus ni matin ni soir.\n   — La Palisse craindrait de l'avouer; moi pas : J'aime mieux cela.\n   Max, qui avait passé son pantalon, parcourait toute la chambre à pieds\nde chaussettes dont les talons, heurtant à plat le sol, faisaient sauter, par\ncontre-coup, les objets sur les meubles.\n   Il revint, une bottine dans chaque main, à la façon des gamins de grande\nroute qui portent ainsi leurs sabots pour mieux courir.\n   Il y eut un temps de silence.\n   Frédo risqua une question :\n   — As-tu plus revu Lilly?\n   Le lacet sauta. La bottine décrivit un arc de cercle en l'air, et, glissant\nd'un trait sous le lit, vint cogner la plinthe.\n   — Tout à l'heure elle est venue me demander un exemplaire de ma\npièce qu'elle doit jouer « dans le monde » je ne sais où.\n   — Que nommes-tu le monde ?\n   — Et toi?\n   — Tu es nerveux.\n   — La société m'embête ; pourquoi fait-elle des lacets qui se cassent.\n   Et revenant un peu apaisé, avec une paire de bottines aux lacets plus\ndociles :\n   — Il avait raison, le vieux philosophe qui appelait le monde le Théâtre\nGuignol du bon Dieu. Ce qu'il a dû s'amuser !\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                  -    39-\n\n   — Le vieux philosophe?\n   — Non, le bon Dieu !\n   — Quel bon Dieu !\n   — Celui des petites bêtes; tu m'ennuies.\n   — Quand ça ?\n   — Le septième jour ! Ah ! ça, dit Max, en train de lacer sa seconde bot-\ntine, le pied sur une chaise, le corps plié en deux, le genou sous le men-\nton et perdant un peu l'équilibre par une brusque volte sur ce pivot :\n   — Ah! ça! te moques-tu de moi? tu as appris l'Histoire-Sainte, n'est-ce\npas?\n   — J'ai eu un prix.\n   — Le septième jour était un dimanche, comme aujourd'hui. Le bon\nDieu, tout content, avait mis ses habits neufs.\n   — Pour ne pas offusquer Adam et Eve, qui étaient encore tout jeunes à\ncette époque...\n   — ... Il faisait très beau, on était au mois de mai...\n   — Le mois de Marie?\n   — Non, non, non, Marie n'est venue que plus tard... après la pomme.\n   — Il en restait.\n   — Soit. Donc, le bon Dieu, voyant briller le soleil, avait ouvert sa fenêtre\net prenait l'air, et tout en regardant les fleurs, les arbres, les oiseaux, les\ninsectes, tous les animaux rares du paradis et Adam et Eve qui s'y prome-\nnaient ingénument, sans laisser au sable des chemins plus qu'à l'herbe des\npelouses la trace de leurs pas, il voyait le monde, le monde d'alors et le\nmonde d'aujourd'hui, celui d'après la pomme et d'après le déluge, et d'après\nle Christ, et pendant qu'il voyait tout cela en imagination, car il était très\nartiste, voilà qu'il sent comme un petit rire étouffé qui le chatouille dans le\ndos et qui monte et qui éclate.\n   Pas peureux, il se retourne : C'était Satan qui venait d'avoir la même\nvision que lui et qui se trouvait pris d'une hilarité subite à l'idée du gigot-\ntement grotesque des humains. Ils ne se connaissaient pas encore. Ils se\nsaluent. Le bon Dieu moins nerveux, plus serein...\n   — ... Dans le bon sens du mot.\n   — Naturellement, puisque tu as appris l'Histoire-Sainte, du dois savoir\nqu'il n'y avait pas de canaris au paradis ; on les avait supprimés de peur que\nla vue de leur plumage jaune devînt une cause de trouble pour le ménage\nAdam. Précaution inutile, on les a rétablis après.\n   Je disais donc que le bon Dieu, plus serein, essaie de faire bonne conte-\n nance; mais, au bout d'un instant, l'image de son esprit s'accentuant, et,\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                                       40\n excité par le rire de Satan, qui ne cessait pas, il pouffe. Satan rit plus fort\n et les voilà qui se tordent à deux pendant un gros quart d'heure.\n    C'est la seule fois qu'ils ont ri ensemble, mais ils doivent s'être amusés\n pour l'éternité. On ajoute que, un grand coup de vent secouant à ce\n moment tous les arbres du paradis, une pomme tomba...\n    — D'un pommier.\n    — ... Et que c'est ce qui donna à Adam et Eve, serrés de peur l'un\n contre l'autre, l'idée de la faute; ce qui tendrait à démontrer que les\n premiers hommes...\n    — Dont une femme.\n    — ... N'étaient pas des raffinés du péché puisqu'ils se contentaient de\n ramasser les pommes tachées. Mais ceci n'est pas prouvé.\n    — J'ai lu cette histoire-là quelque part.\n    — Je crois bien; j'en ai fait une chronique.\n    Frédo se leva :\n    — Une cigarette ?\n    — Veux bien!\n    Et Max, en train de nouer sa cravate, happa des lèvres la cigarette, puis\n il vit une flammette lui jaillir, comme un feu follet, sous le nez et il aspira\n machinalement :\n    — Excellentes, où les achètes-tu ?\n    — Au Caire.\n    — Ah! bien, fit-il, en serrant le nœud qu'il avait recommencé trois\n fois, on prend l'omnibus Place Royale, et c'est tout près des Pyramides.\nVas-y souvent et passe par ici en revenant. Puis, s'étant laissé tomber\nsur le divan, d'une penchée du corps à droite, abattant un coussin sous le\nbras tendu au bout duquel s'ésinuait un soyeux écheveau de fumée\nbleuâtre, il demeura un instant, sans parler, à suivre d'un regard perdu\nen lui, l'édification de quelque château de cartes en Espagne, et d'une voix\nblonde qui suspendait des bouts de phrases traîneuses :\n    « J'ai été voir une noce ce matin.\n    Les demi-sourires émus qui se retiennent ;... les yeux baissés avec, sous\nles paupières roses, un peu de larmes qui montent ;... la musique, l'orgue,\nles bénédictions, les flots de tulle prosternés et ces profonds silences pendant\nlesquels le prêtre dit aux époux soumis et recueillis des paroles mysté-\nrieuses qui se gravent dans leur âme ;... et puis la musique qui fuit dans\nun bruit de chaises et de pupitres au jubé... Le cortège des mamans qui\ntremblent et des papas qui se cambrent, le cortège sort lentement, à pas\namortis, en se frayant un chemin à travers les murmures et les regards de\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                  — 41 —\n\n\nla foule... La mariée baisse de plus en plus les yeux ;... son regard traîne\ndevant elle en frôlant le sol; mais ses sœurs distribuent à droite et à gauche\ndes bonjours discrets et des clins d'yeux aux amies dont les chaises\ns'alignent à la bordure du tapis avec des bustes penchés par dessus l'appui...\nDans la rue, on se précipite pour lui serrer la main, pendant que des\npauvres, aux portières du coupé, mendient et que des gamins regardent\n   Je me suis resongé très jeune, avec des sentimentalités de pensionnaire...\n   Les railleurs ont tort. C'est exquis un mariage dans l'atmosphère nup-\ntiale d'une église fleurie, au mois de mai. C'est bon les cœurs en fête, les\ncœurs trempés de bonheur et le calme du matin.\n   J'ai senti au fond de moi un trésor de tendresse. J'ai éprouvé le besoin\nd'aimer familialement et pour la vie. J'aurais épousé toutes les jeunes filles\nqui étaient dans l'église.\n   — Eh! bien, laquelle épouses-tu?\n   ... Brusquement, le château s'écroula, sans bruit, comme une bulle\ncrève, et le regard de Max réapparaissant, vint se poser sur la bottine cou-\nchée de flanc dans la demi-obscurité de dessous le lit :\n   — Laquelle?... Je crois que tu es fou! Je t'ai dit : toutes.\n                                                     HENRY    MAUBEL.\n\n\n\n\n                        NOSTALGIES\n    Dans les sombres forêts de l'invincible Afrique\n    Dont le soleil ne peut, de sa prunelle d'or,\n    Pénétrer l'épaisseur insondable et tragique,\n    Non plus que le regard de l'aigle ou du condor,\n    Dans les sombres forêts de l'invincible    Afrique,\n             Au cœur des halliers frémissants\n    S'aiment, libres et fiers, les fauves tout-puissants.\n\n    Loin des hommes cruels, leur passion superbe\n    Germe et s'épanouit comme de larges fleurs,\n    Ardentes floraisons venant embraser l'herbe\n    Où l'aurore a semé ses diamants en pleurs.\n    Loin des hommes cruels leur passion superbe\n            S'exhale à cris rauques et longs\n    Que jalousent l'écho des pics et des vallons.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                                 — 42 —\n\n\n    Mais un jour le chasseur vient leur tendre ses pièges,\n    Précipitant ces rois dans des cachots de fer...\n    Jouets de spectateurs qui tremblent sur leurs sièges\n    Ils trépassent bientôt de honte en leur enfer.\n    Car un jour le chasseur vous a tendu ses pièges,\n              Tigres, panthères et lions,\n    Malgré vos cris de rage et vos rébellions!...\n\n    Or, mon âme est captive à l'égal des panthères.\n    C'est en vain qu'elle veut, à coup d'ailes profonds,\n    S'envoler par delà l'Océan et les terres,\n    Hélas! elle s'en vient buter à nos plafonds.\n    Car mon âme est captive à l'égal des panthères :\n             Le préjugé, sous ses barreaux\n    L'emprisonne, livrée aux sinistres bourreaux?\n                                                      THÉO    HANNON.\n\n\n\n\n                  NOCE FLAMANDE\n             Je sais un tableau d'un très bon peintre flamand du temps de\n              Teniers, lequel fut longtemps en Italie et a mêlé dans ses\n              toiles la saine joie des Flandres à une sorte de fantaisie\n              latine. Sous le titre : NOCE FLAMANDE, voyez l'affriolante\nœuvrette :\n   Une claire après-midi — et sur les prés, au loin, le jour descend derrière\nles saules et les meules, mettant, au dessus des émeraudes de l'herbe, ses\nblancs argentés, ses jaunes, et par places, déjà, quelques rouges de crépus-\ncule qui traînent au ciel. Un apaisement d'or est tombé avec les rayons\nsur les toitures de paille, sur les chaumes et les grands ormes. Attirés par\ncette liesse, tous les manants sont sortis de leurs taudis, et ils roulent, le,\nventre enflé de mangeaille et de beuverie, dans une ribote en plein air, fai-\nsant couler la bière en leur gosier, tandis que le firmament ardent mord\nleurs faces rubicondes et leurs rires débraillés. Ils ont organisé une ronde\ndont le joyeux ruban se déroule devant un décor de hautes masures, flan-\nquées de pigeonniers et de tourelles, et dont les fronts tendus de velums'\n déchirés par des créneaux de comédie, paraissent songer à des fêtes véni-\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                                   -   43   -\n\ntiennes : les bas des murs, beurrés par le soleil, avec des nuances rosées\nde sucreries fines, cognent une débâcle de marmites et de cruches roulées\net sont battus par une kermesse de magots en vestons bruns qui raclent des\ngrils, et de paysannes en bonnets blancs. La ronde elle-même, bosselée\nde bedaines secouées comme des sacs de noix, dirigée par un bonhomme\nqui a planté sa pipe dans son bérêt, enjoaillée, ainsi qu'un collier se sertit\nde rubis, par des frimousses hilares, — avec des jupes en l'air, des nuques\ngoulument baisées, des tailles empoignées à pleines mains audacieuses et\ndes seins crevant les corsages délacés — tout en jaillissant d'un chaud\nterreau flamand, guirlande de tournesols et de tulipes, emprunte à la\npalette italienne des pizzicati de couleur et de habilleurs lazzi. De gros\nventres ressemblent à la bosse de Pulcinella. Et près d'une Colombine qui\ngambade, jetant par dessus les moulins de Teniers une toque telle qu'on\nen rencontre dans les pantomimes, une sorte d'arlequin fastasque brandit\nune léchefrite encore noire du fumet des harengs-saurs. La rouge plume\nd'un capitan aguerrit le paisible feutre d'un buveur titubant à travers cette\ndanse rhythmée par le cuivre des chaudrons; et un musicien de carnaval,\njuché sur un tonneau et y dansant comme un satyre antique sur son socle,\nbrode des variations tirées du bec d'une flûte. Des manants au cul pesant\nse jettent des pots au crâne, avec de faux airs de bravi ; et toute cette noce\na presque l'air d'une sortie de bal masqué. C'est une pantalonnade aussi\nbien qu'une ducasse, une lâchée de bizarres personnages flamands étoffés\nainsi que des grotesques de mascarades et faisant une ceinture de joie à un\ndécor qui pourrait servir à quelque imbroglio de marionnettes. Le rommel-\npot a été remplacé par le violon de Gilles ; dans les cruches en grès on a\nversé de pétillantes bénédictines, et une verve de Scaramouche tire les ficelles\nde ces pantins qui se décarcassent à gambader dans leurs jupons rouges,\nleurs corsages noirs, ou bien leurs vestons merde d'oie.\n   Pour compléter cette illusion de comédie italienne, un riche seigneur\ns'achemine vers la bande des rustres comme s'il flânait sur la Piazetta au\nmilieu d'abbés, de courtisanes et de masques. Il prend la taille à une blonde\nduchesse au visage caché par un loup de velours, et, avec un geste élégant\nde Lélio amoureux, il montre à la belle la sarabande continuant son envolée\net passant sous un grand arbre sur les branches duquel d'affreux gamins\nperchés baissent leur haut de chausses.\n                                                     EUGÈNE DEMOLDER.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                          — 44 —\n\n\n\n\n                      SONNET\n\nO mon cœur, fatigué de doute et d'espérance,\nLe sort, sans te ployer, n'a pu que te meurtrir,\nFièrement aux regards dérobe ta souffrance,\nComme un fauve blessé se cache pour mourir.\n\n\n\nTandis que les vivants, se ruant dans leurs voies,\nHurlent, chantent, poussés par la Fatalité,\nPar dessus leur vain bruit, leurs douleurs et leurs joies,\nElève ton silence et ta sérénité.\n\n\n\nEt ferme désormais ta solitude altière\nA tout ce qui jadis t'a troublé : sois pareil,\nEn ta vierge blancheur, ta paix et ta lumière,\n\n\n\nA ces grands monts, casqués de neige et de soleil,\nQui sentent l'air de Dieu circuler sur leur faîte,\nEt qui, calmes en haut, n'ont qu'en bas la tempête!\n\n                                    EMILE VAN ARENBERGH.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                    -   45    -\n\n\n\n\n          LE TRIOMPHE DU VERBE\n    A ALBERT GIRAUD.\n\n\n                                         I\n\n                                             Linguam quam non noverat audivit.\n                                                   Psaume LXXX, v. 6.\n\n             Secrètement,la nuit, ayant fermé toutes les issues, il avait\n              allumé l'incendie dans les interminables salles de son palais.\n                 Les flammes avaient surgi, violentes, saisi dans leurs tor-\n              sions les lourdes draperies et les avaient consumées en un\ninstant.\n   Au dessus de lui, l'orgie continuée étouffait par son vacarme le crépite-\nment du feu.\n   Il était sorti, car déjà une épaisse fumée tourbillonnait en énormes\nbouffées noires dans les longs corridors.\n   Vêtu d'une longue robe d'étoffe grise, la tête couverte d'une cagoule, il\nregardait tournoyer les ombres de ses hôtes, aux fenêtres qui projetaient une\nclarté vive sur la verdure sombre du parc plein de silence. Les coupes de\ncristal et d'or entrechoquées répandaient un tintement clair, parmi les rires\net les chansons.\n   Il se rappela :\n   Un ministre pour gouverner seul, l'avait livré tout jeune à des courti-\nsanes aux ruses savantes, au vice subtil et expérimenté. Elles avaient torturé\nson cœur, endormi son intelligence. Ainsi de longues années, esclave\ndocile, il avait satisfait tous leurs désirs avec la crainte perpétuée d'être aban-\ndonné à la moindre révolte, lorsqu'un jour, à la chasse, égaré quelque temps\ndans la forêt, un personnage étrange lui était apparu. Il gardait, toujours\nvivace en son esprit, le souvenir de cet homme à la barbe et aux cheveux\nincultes, aux yeux hagards, si maigre dans sa robe grossière et rapiécée, qui\nlui avait crié toute son abjection et découvert l'abîme de sa déchéance, de\ncet homme revu prosterné devant une Croix, la poitrine en plaie des mor-\nsures d'un cilice, murmurant des paroles mystérieuses.\n   Ayant réfléchi à ces paroles et vaguement compris leur sens obscur,\ninquiet de ce qu'autre chose se trouve en l'homme que ses désirs, il avait\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                  -   46   -\n\nvoulu sortir enfin de cette vie qu'il apercevait comme un lent abaissement\nde soi-même vers le néant de la chair. C'est pourquoi, il avait voulu, pour\nfuir vers d'inconnues contrées, détruire dans sa royale vengeance ceux qui\nl'avaient asservi aux choses immondes.\n   Tous les guerriers et la plupart des serviteurs éloignés, il avait soudaine-\nment disparu.\n\n\n\n\n   Maintenant, les vitres éclataient sous la croissante chaleur, les flammes\ns'élançaient par les ouvertures béantes et, sournoisement montaient\nenveloppant le palais.\n   Par les croisées de la salle du festin arrivaient, scandés par les hoquets\nd'ivresse, des lambeaux de chansons obscènes.\n   Un silence d'angoisse se fit parmi les convives.\n   Comme une furie de grands fauves aux bonds énormes, le feu s'était\nélancé dans la salle.\n   Les yeux du pèlerin sombre, qui, du fond du parc regardait pensivement,\nbrillaient, aux trous de la cagoule, des lueurs du brasier.\n   Des hurlements prolongés, de longs craquements déchiraient le silence,\nle galop des bêtes affolées et hennissantes se perdait au lointain du parc.\n   Semblables à des langues amoureuses et folles, les flammes léchaient\navec une volupté inassouvie les corps nus, aux laiteuses blancheurs, des\ncourtisanes. Elles criaient de douleur sous ces baisers implacables et le\nflamboiement de leurs chevelures déployées les nimbaient d'une cuisante\n auréole.\n    De temps en temps, une masse rouge et hurlante tombait dans le noir,\n clapotement, vapeur blanche jaillie avec un bruit strident.\n\n\n\n\n   Tout s'était englouti dans l'incendie immense. Rouge était la nuit et\nlivides les nuages au ciel immobiles. Dans la glace profonde des eaux se\nreflétait, plus lugubre, le paysage.\n   Son œuvre terminée, le roy partit.\n   Il s'en alla par bois et par plaines, très loin.\n   Au ciel, il y avait de grands nuages pourpres et en se retournant il voyait\ndu feu à l'horizon, et rouge était la nuit.\n   Fatigué, il s'étendit sur l'herbe :\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                   — 47 —\n\n   Il était dans une grande forêt, à son passage les branches d'un buisson\nl'avaient arrêté et il était pris dans leurs enlacements.\n   Tout à coup, ces branches se changeaient en des bras de femmes, les\naimées d'autrefois, de beaux bras blancs ou bronzés cerclés de bracelets d'or,\net il ne pouvait plus se dégager de leur étreinte. De leur peau fine et\nveloutée montaient des parfums qui l'enivraient. Il s'abandonnait au charme\nde leurs caresses molles, des haleines trop douces effleuraient sa chair\nfrissonnante, et tout son être se fondait dans cette volupté.\n   Bientôt des ongles pâles et roses sillonnaient sa poitrine blanche, et des\ngouttes de sang, par lignes, brillaient comme des rubis.\n   Mais les caresses redoublaient et des bouches aimées aux lèvres rouges ou\naux lèvres pâles baisaient longuement les plaies.\n   Puis son cœur était mis à nu, il souffrait, et il n'osait pas se plaindre.\nLes lèvres s'entr'ouvraient et des dents petites et très blanches, des dents\ncruelles grignotaient son cœur. A chaque morsure la douleur était si grande\nqu'il croyait mourir, mais il n'osait pas se plaindre de peur de n'être plus\ncaressé par les mains et les chaudes haleines. Un gazouillement traversa\nson sommeil. Il ouvrit les yeux. L'ombre avait fui, emportant les étoiles,\net des flots d'or montaient dans le ciel. Un léger brouillard vermeil s'éten-\ndait à la cime vert pâle des arbres, des trouées de soleil se croisaient entre\nles troncs veloutés de mousse. Les fleurs s'ouvraient lumineuses de rosée.\nDe branches en branches voltigeaient les oiseaux chanteurs. Le jour triom-\nphait de l'ombre, et des fanfares dans la nature entière célébraient la\nvictoire.\n   Il serra plus fort son cilice et partit.\n\n\n\n\n   11 parcourut les villages soignant les malades.\n   Le soir, il couchait le long des routes et s'endormait les yeux pleins\nd'étoiles.\n   La nuit, des montagnes à peine indiquées par une ligne plus noire dans\nle paysage lunaire, s'élevaient des lueurs bleuâtres s'allongeant vers lui en\nformes tortueuses. Les Tentations en manteaux de lumière fluaient et leur\npassage laissait un éclair de feu d'or, et les désirs, les rouges désirs d'autre-\nfois revenaient en obsessions.\n   Puis, des feux de morts dansaient autour de lui, côtes presque décharnées\nmontrant encore quelque pourriture grouillante de vers; seins et lèvres\nrongés par des chancres, visages livides marbrés de taches vertes, yeux aux\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                                   -   48   -\n\npaupières démesurément gonflées, brillant comme des taches de phosphore,\ncrânes dénudés plaqués d'humeurs sales. Etrange et douloureuse floraison\népanouie dans l'ombre veloutée et larmée de flammes jaunes, sur le char-\nnier de toutes les luxures.\n   Des bouches visqueuses se collaient à sa bouche et il lui coulait dans la\ngorge une putride bave, le brûlant d'un feu intense, et les désirs immondes\nl'envahissaient.\n   Mais par delà les monts, par delà les plaines, sous l'étoile annonciatrice\naux rois mages apparue, s'élevait sur un autel de nuages et d'azur, l'osten-\nsoir au milieu duquel le symbole du Verbe incarné, l'hostie, rayonnait sur\nle monde à travers les siècles.\n   Et aussitôt s'évanouissaient avec des palpitations de lumières qui s'étei-\ngnent tous les spectres des pourritures.\n\n\n\n\n   Ainsi, chaque jour il vécut pour la tristesse et la souffrance. Ce n'était\nplus le monarque à qui tout devait obéir ; humble moine, il se faisait le ser-\nviteur des plus humbles. Il endurait toutes les fatigues, et pour se morti-\nfier, pour dompter les révoltes qu'il sentait sourdre en lui, se pliait aux tra-\nvaux les plus rudes.\n   Et maintenant, après bien des combats, des tortures et des douleurs, les\nvoix, les mauvaises voix en lui s'étaient calmées.\n   C'était la fin. Le corps était revenu aux formes grêles de l'enfance.\n   L'esprit avait usé la chair, et comme un glaive, resplendissait de son\ntriomphe.\n\n                                       II\n\n                                                Le temps est proche où la chair\n                                                 redeviendra le verbe.\n                                                             Les Trépassés.\n\n  Consolatrices, un peu de son austérité, de ses macérations, des visions\ncharmaient son sommeil, révélatrices de ce monde invisible un instant pres-\nsenti, de ces innombrables choses invisibles près desquelles il avait passé\npourtant, inconscient, parce que le miroir de son âme était terni par la\nmatière, parce que la nuit s'était faite en lui.\n  Il se trouvait dans une ville de rêve...\n  Noire dans le ciel, une tour montait vers les étoiles.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                   — 49 —\n\n   Des maisons, de petites maisons massives semblaient s'être resserrées\ncontre elle pour s'abriter de son énormité.\n   D'inquiétantes formes, dans l'enfoncement d'un des côtés, posaient leurs\nbras sur un cadran vaguement lumineux qui paraissait être un œil cyclo-\npéen de ce monstre d'occulte.\n   Les heures étaient des chimères tordues par d'insondables tristesses, et\nl'œil morne, l'œil terrible contemplait anxieusement l'Infini, comme s'il\ncherchait, en une pensée, le fil d'un obscur problème.\n   Un rugissement s'échappa des auvents et fit vibrer les plaques de métal\nqui les surplombaient. Il se répandit lentement sur les toits rouges des mai-\nsons, car tout était calme, aucun vent ne devait porter le glas aux lointaines\nbanlieues.\n   Sur le ciel on apercevait les cloches qui s'ébranlaient seules, et, sanglots\nde ces ténèbres de silence, le glas descendait, refoulant l'air de ses houles\nde bronze.\n   Et les maisons se resserraient davantage, tandis que la tour montait tou-\njours énorme et noire vers l'azur sombre.\n   Le roy s'agenouilla. Après qu'il eut prié, un vieillard à longue barbe\nblanche, au visage basané, au regard profondément doux, vint : « Je suis\naccessible à la douleur, mes yeux ont pleuré toutes les tristesses des hommes.\nSi leurs joies ici sont inconnues, chacune de leurs peines est comptée comme\nune épine de la couronne du fils de Dieu et leurs larmes brillent comme les\npierreries des diadèmes ».\n\n\n   Par un long couloir taillé dans le roc, ils arrivèrent au milieu d'immenses\nruines. Des murs se dressaient encore et l'on voyait sur la faible transpa-\nrence du soir, les ogives béantes, les ogives du chœur étroites et incroya-\nblement hautes. Des arbustes, des plantes, semés par les tempêtes, avaient\npoussé, écartant les pierres et s'attachant désespérément à ces débris avec la\nténacité des serres d'oiseau de proie.\n   La lune, crevant un nuage, éclaira les sculptures gothiques qui couraient\nle long des cintres et montra, à terre, les débris de bas-reliefs de tous les\narts et de tous les âges.\n   Le vieillard était muet, la figure pensive, comme s'il eût entendu au\nlointain une rumeur inquiétante :\n   « Ce sont les eaux », dit-il.\n   Ils s'avancèrent et d'abord ils entendirent un bruit vague comme celui\nque la mer laisse dans les coquillages, Et bientôt le murmure s'élevait, s'éle-\n                                                                       4\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                                  — 50 —\n\nvait. Ils ouvrirent une porte et un fracas retentit; c'était des rugissements\neffroyables, une course folle de barbares en débauche. L'eau se précipitait\navec d'énormes bouillonnements de furie et bavait une écume verdâtre, et\nl'eau tourbillonnante arrachait de vieilles fresques qu'elle emportait dans sa\ncourse éperdue.\n   Ils entrèrent dans le torrent; derrière eux la lune se promenait parmi les\nsplendeurs anciennes. Et, oh ! les caresses lentes de ses rayons amoureux.\n\n\n\n\n   C'était dans une grande salle très sombre, où la lumière était sépulcrale\nsous les voûtes que soutenaient des colonnes de pierre. La flamme était\ndroite dans une immobilité si grande, qu'elle induisait l'esprit à ne plus\nconsidérer que sa fixité, puis, accaparant les regards, les yeux fascinés ne\npouvaient plus se détourner de l'auréole lumineuse qui poudroyait autour\nd'elle comme le reflet d'un glaive.\n   Le silence était si profond que l'on croyait percevoir dans l'espace la\nchute du temps, ainsi qu'une pierre lancée avec une vitesse vertigineuse; et\nle néant creusant ses éternités noires que la flamme éclairait quand même\nde ses lueurs vengeresses !\n   Fugitives lueurs, presque de l'ombre déjà, les âmes, comme d'obscures\nphalènes, sphinx de péché et de mystère, attirées par la lumière, en leur\ntournoyant vol, s'épurer par la souffrance, puis emportées par la flamme\nascendante, s'en aller plus blanches vers le futur.\n   Mais une draperie s'écarta dans un des coins de la salle, et des religieuses\ns'avancèrent long voilées, la tête basse.\n   En les robes larges d'étoffe grise, leur démarche était lente et si légère.\nLes corps assouplis semblaient glisser sur les dalles comme des souvenirs\nde choses mortes.\n   Leurs chapelets suspendus à leurs ceintures entrechoquaient leurs grains\nd'ébène.\n   Elles s'agenouillèrent, et une voix se fit entendre, lointaine, lointaine\ncomme un murmure affaibli de vague, mais dans lequel on percevait encore\ndes inflexions qui disaient les élans et les chutes de l'Etre et toutes les dou-\nleurs. Puis elles relevaient le voile et baissaient leurs fronts vers les dalles\net de nouveau bruissaient les chapelets entrechoquant leurs grains d'ébène.\n   Et blanches dans les ombres qui tombaient des voûtes et des colonnes\n apparurent des figures sur lesquelles on ne voyait plus que le calme.\n   Elles relevèrent leurs fronts humiliés, les voiles retombèrent, et une nou-\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                   — 51 —\n\nvelle prière avec répons fit chuchoter les échos de la salle et passa comme\nune caresse endormeuse de tristesse.\n  Elles avaient disparu comme si elles fussent rentrées dans l'ombre des\nvoûtes lourdes.\n\n\n   Ce fut une suite de salles où des moines blancs penchés sur d'indéchif-\nfrables palimpsestes ou sur des creusets bouillant de métaux en fusion\nrecherchaient les mystères des temps oubliés.\n   Il y en avait qui chantaient : « Pourquoi les jours passés ont-ils été meil-\nleurs que ceux-ci n.\n   Et de temps en temps des religieuses apparaissaient, mettant un peu de\ndouceur parmi cette fièvre de travail.\n   « La chair n'habite pas notre monastère », murmuraient des voix.\n   Car il est des créatures toujours virginales qui la repoussent, et d'autres\nqui, après l'avoir subie, la rejettent dans la conception d'un ultime bonheur,\ncelui de rester désormais pur pour un suprême amour.\n   Il vit là des êtres supérieurs ayant cherché et usé toutes les jouissances,\ndes gens d'une noblesse de plus de mille ans et dont les sens sont affinés à\nressentir jusqu'au délire les moindres impressions, et des savants qui, déses-\npérés, avaient brûlé leurs livres.\n   Après l'assouvissement de la chair, un dégoût s'empare de l'homme,\nl'esprit s'isole en de hautaines pensées; outragé, il se venge du corps. Le\nVerbe irrité se révolte de son incarnation.\n   Oh! rester toujours avec son idéal, avec le même désir, quitter son\ncorps, la matière triste et faible et rentrer dans le verbe, le verbe radieux,\nglaive de feu, dans les ténèbres !\n   Rien là, ne restait de la bête qui est en les hommes. Seule, la beauté des\ncœurs profonds : « Les voix de la chair, en eux, sont muettes pour tou-\njours ».\n   Devant le prince, le vieillard, semblable à l'ermite rencontré dans la forêt.\nIl avait une longue barbe, des cheveux blancs comme des fils d'argent et\ndes yeux verts striés de jaune, des yeux immenses comme l'océan et calmes,\nun geste lent et majestueux. Tel, il évoquait l'image de Dieu le père des\nvieilles estampes.\n\n\n   Une frêle et blanche mélodie, comme un vol de colombes, s'épandit sous\nles voûtes avec un balancement léger, si grave, si caressante, si lumineuse !\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "                                   — 52 —\n\n\non eut dit que sous des doigts d'ange vibraient d'invisibles cordes, telles,\nd'une âme éparse en la paix de cette solitude.\n    Il écoutait les voix, toutes les inflexions de pensées et de sentiments,\ntoutes les variations de nuances en d'inouïes douceurs, mais aussi quels\n désespoirs !\n    Et la douceur et la candeur, lentement sombraient dans la violence des\n sons qui arrivaient par saccades, des mugissements qui semblaient venir,\n étouffés, des lointains, par des souterrains.\n    Une symphonie d'autres chants s'élança, reprenant en forte les thèmes\ndivers du solo, s'éleva, grandit en d'intenses douleurs où plus rien de doux.\n Il sortait des pierres, des voûtes, d'immenses clameurs, comme pour un\nprélude d'apocalypse.\n    Des hurlements, des sifflements, dans ces voix qui criaient la fin d'un\nmonde.\n   Les thèmes se modifiaient infiniment en des violences insensées. C'était\ndes chutes en des gouffres immenses où le vent arrivait en d'épouvantables\nrafales, des tourbillons arrachant des arbres, des édifices, enlevant des\nnuages de poussière, une musique enragée comme une invasion et une\nbataille de barbares, des piétinements de cadavres.\n   On eût dit aussi des milliers d'êtres, en proie à des supplices compliqués,\nqui hurlaient, des écorchés dont on tenaillait les nerfs. Toutes les tortures\ndu moyen-âge suscitées par le verbe pour sa Rédemption.\n   Brusquement tout se tut, après un fracas et une longue vibration : un\nchant d'orgue, à la chapelle.\n\n\n\n\n   Dans la fumée des encensoirs et des thuriféraires, entre les stalles de\nchêne sculpté — où l'or, l'argent, les émaux et les fourrures recouverts de\nleur fouillis héraldique, où les étoffes scintillantes de pierreries, — chasu-\nbles, étoles, chapes, dalmatiques, mitres, selon le rituel, la théorie des\nprêtres s'avance au rhythme des prières, au grondement des orgues, pour le\nsacrifice.\n   En orfrois, en broderies, en reliefs brillent les symboles, les sept sym-\nboles du Verbe tout puissant, du Verbe incarné pour le pardon et le\nmartyre.\n   Le triangle entouré de rayons, Trinité suprême d'où jaillit toute lumière,\ntoute volonté, toute souveraineté.\n  Victime dont le sang détourna l'épée de l'ange exterminateur : l'Agneau I\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                   — 53 —\n\n   De la poitrine déchirée à coups de bec du pélican, s'empourpre la pure\nblancheur des plumes pour les petits qui souffrent et qui implorent.\n   Annonciatrice de l'Esprit-Saint, dans un nimbe de lumière, la colombe\nen son vol de douceur et d'innocence.\n   Un calice, la transsubstantiation mystérieuse, le pain et le vin, la chair\net le sang.\n   L'ostensoir rayonnant comme un soleil vainqueur des Ténèbres : ado-\nration !\n   Un cœur saignant sous les épines, ainsi tout amour est tout sacrifice. La\ndivinité n'a pas racheté les hommes par les gloires ou par les joies. « Nous\nsommes condamnés à souffrir de tout ce qui est bon, de tout ce qui est\njuste en nous ».\n   L'autel, où des moines patients sculptèrent leur vie, la Passion et des\nlégendes de saints. Membres longs et fluets, gestes raides et exagérés des\ngothiques, draperies tombant en plis droits, visages émaciés, étirés, torturés\nd'une souffrance éternelle, qui paraît inconsciente en son intensité; yeux\nimmenses et fous, comme si l'hystérie de la foi et du martyre envahissait\ntoutes ces faces douloureuses d'infini.\n   Les vitraux, aux mêmes décors, aux bleus paysages enfantins, où les ors\nont perdu leur éclat, où les jaunes, les pourpres, les violets, les verts ont\néteint leurs tons et ne sont plus tels que dans les ombres. Mers où s'enfon-\ncent dans les horizons de brouillards des navires porteurs de guerriers....\n   Etrange et attirante beauté de ce qui finit, de ce qui meurt d'anciennes\nsplendeurs...\n   — Elle sera vaine, la philosophie des sages et des rhéteurs, vains leurs\ndiscours aux nombreuses subtilités, inutiles leurs sciences, vains les impré-\ncations et les blasphèmes des hérétiques et des excommuniés, de tous les\nennemis hurlant du christianisme.\n   Debout dans la majesté des siècles, sereine sous ces grands nuages blancs,\ngris, noirs, de vent et de tempêtes qui tourbillonnent autour d'elle, l'Eglise.\n   Un assaut furieux est livré contre elle.\n   Tous les monstres qu'enfantèrent les imaginations les plus affolées de\nsacrilège et de débauche, animaux fantastiques du mal, tels en conçut,\ndans l'épouvante de sa ferveur, le moyen-âge...\n   Debout sur les murs de l'enceinte des archanges radieux, calmes au\nmilieu du combat, vêtus de lin, aux grands yeux purs, ayant à la main\nune arme de feu, font crouler d'un geste les lourdes échelles où s'accrochent\ndes grappes vivantes. Les javelines, la mitraille des catapultes et des\nbalistes, précipitées vers eux se détournent, les épées,les lances et les masses\nd'armes se brisent sur leurs robes blanches.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "                                   -   54 -\n\n    C'est que, de la blessure ouverte du crucifié, un jet de pourpre jaillit\n dans une coupe d'or, de laquelle, vers les combattants se répandent les\n rayons vermeils de la grâce sanctifiante qui les rend forts et invincibles aux\n combats.\n    Elle sera vaine, la philosophie des sages et des rhéteurs.\n    Châsses précieuses, reliques de saints, aux pierreries agonisantes, rani-\nmées un peu par les lueurs des cierges, comme aux chasubles, brillantes de\nlarmes d'or, sang et d'émeraude.\n   — Etre là! dans une étendue de siècles obscurs, avec quelque chose de\nperdu que l'on pleure et que l'on réclame !\n    « Seigneur, donnez-moi des mains pleines de guérisons pour ceux que\nj'aime, et prenez tout mon sang. Mais que chacune des gouttes de mon\nsang soit un baume pour les souffrances. »\n   — Sur les branches en croix, cloué par d'informes morceaux de fer, la\nface exaspérée de douleur, les cheveux rouges et saignants, le corps meurtri\nde coups et tordu aux nœuds de l'arbre du Bien et du Mal, et toujours\nplus las, plus las encore qu'au jour du supplice, il s'écriait :\n   « Quel temps est-il au cadran de siècles de ma souffrance? Ce n'est pas\ndu supplice que j'ai souffert. Je l'ai subi par amour, pour le rachat des\nhommes, et tous ceux que j'ai voulu sauver ont passé devant moi, à chaque\nminute, de chaque heure, de chaque jour, m'ont craché à la face, mis la\nlance dans la plaie et fait boire à l'éponge de fiel. Tout a été vain, tout\ninutile. »\n   Et sa tête retombait plus lasse encore, et le sang ruisselait plus fort des\ncheveux sur les épaules meurtries.\n   Clamaient les voix de prêtres des paroles latines, comme des glas.\nMystérieux mots d'une langue morte, si puissants d'éternité, de damna-\ntion, de repos. Mots d'une sombre harmonie aux syllabes longues et\nvibrantes et grondantes, évocatoires d'immensités noires, de ténèbres et\nd'épouvante et résonnant dans les cœurs comme des bruits lointains et\nsourds de la foudre prochaine.\n    Et de ces De Profundis s'élevaient comme des archanges sortant de\nl'abîme, des voix d'enfants, des voix grêles aux inflexions raides, — telles\nen leur évocation plastique, à des enluminures de missel, aux contours\ndurs, en leur pure et idéale et blanche virginité — radieuses en leur envole-\nment serein, et graves, intercédant pour les pardons!\n   Les orgues disaient les gloires de la chair, les yeux fixés aux yeux, les\nmains qui se cherchent pour les étreintes, les cœurs qui se joignent dans\nl'instinct de leurs soupirs, les bouches qui touchent les bouches pour de\nlongs et avides baisers et pour les morsures.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                   — 55 —\n\n   Et tous se prosternaient et se frappaient la poitrine.\n   Les orgues disaient les parfums trop doux, l'ivresse des fleurs aux sen-\nteurs pernicieuses, et les musiques qui charment et endorment l'âme.\n   « Seigneur, ayez pitié de nous, ne nous condamnez pas en ce jour ter-\nrible. »\n   Les orgues disaient les nuits d'amour, les folles jouissances, les ruts des\ncorps inassouvis.\n   « Elle est tombée la grande Babylone, elle est tombée et elle est devenue\nla retraite de l'esprit immonde, sa condamnation est venue en un moment. »\n   Les orgues disaient les tristesses des lendemains et des déclins, les meur-\ntrissures et les douleurs du cœur frappé chaque jour, les abjections et les\ndétresses, le calvaire des joies, le néant des plaisirs.\n   « Seigneur, voici ma chair en deuil de l'amour. »\n   L'air s'emplissait de fumées qui faisaient paraître l'église un vieux tableau,\net les parfums arrivaient aussi pleins de chants et de volupté.\n   Des psaumes rappelaient le mystère de l'Incarnation, le Verbe qui s'est\nfait chair par amour des hommes, pour les sauver de l'abîme.\n   Et la Chair qui redeviendra le Verbe par le dernier amour.\n   Après le signe de la croix, le signe de toute vie, le prêtre ayant élevé de\nses mains recouvertes du vêtement tissé de soie, la relique autrefois apportée\nde Palestine par les Croisés, à la lueur d'un rayon de lune passé à travers le\ncœur ouvert d'une sainte de vitrail, dans la fiole de pur cristal enchassée\nen l'or, le Sang du Christ !\n   Dans le silence des orgues et des chants, où les flammes des cierges\nsemblaient être les pleurs des ténèbres, une voix qui montait au ciel dans\nun vol d'archanges, une voix d'amour et de délivrance s'écria :\n   « La Chair est redevenue le Verbe. »\n   Et la nappe blanche de l'autel frissonnait en reflets de moire, comme si\nles ondes lumineuses et sonores d'une céleste harmonie s'y étaient fixées\nfrémissantes.\n\n\n\n\n   Il se réveilla et partit avec l'espérance de ce monastère de songe, mérité\npar la souffrance, où il avait aperçu, dans le resplendissement des Lumières,\nla Toute-Puissance divine, en sa gloire d'or, au haut des cieux.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                                   — 56 —\n\n\n\n                                      III\n\n                                    J'ai essayé de me rappeler une vie passée, et\n                                       c'est l'éternité qui s'est présentée à mon\n                                       esprit.\n                                                Le Banquet de l'Agneau (Inédit).\n\n   — Ne pars pas. En mon rêve, cette nuit les bêtes te poursuivaient dans\nla montagne, et les arbres sur ton passage devenaient rouges.\n   — Qu'importe. Laisse-moi. Je n'ai pas mérité le repos. Je veux fuir ma\npropre honte. Je fus le jouet des tempêtes ; ma pensée sombra dans les flots;\nmais j'ai vu luire l'étoile, — la vois-tu pas qui rayonne en la nuit. J'ai\ncompris ce que j'avais perdu. Je me rappelle ma première vie, et, couvert\nde ma boue, je m'en vais à travers le monde jusqu'au jour de la délivrance.\n   Les populations virent passer frémissant de foi et rempli d'une âpre\ncharité, cet homme exténué de fatigue et de souffrance qui insultait les\nforts, s'humiliait devant les faibles, consolait toutes les douleurs et fuyait\ntoutes les joies.\n   Les iniquités disparaissaient à son passage, les enfants lui faisaient un\ncortège de fleurs, les affligés sentaient la paix renaître dans leurs cœurs, et\nle prince frissonnait dans sa pourpre.\n   Et le moine passait, chargé de tristesse, fuyant sa fange, les yeux levés\nvers l'étoile qui lui avait montré rayonnant de gloire, le Symbole par lequel\nest donnée toute victoire, et qui, seul, éclaire le monde.\n\n\n\n\n    Les soldats l'ont arrêté. II a proclamé que toute puissance terrestre se\ndissipera comme le plus léger nuage, quand sonnera l'heure éternelle.\n    Du haut de son trône, l'empereur lui disait :\n   « Qui donc es-tu pour me braver dans ma gloire. Ignores-tu que j'ai le\npouvoir de donner la mort? »\n   « Que m'importent tes richesses, ton palais, tes hommes d'armes, que\nm'importent tes menaces. Un mot, un seul et tout disparaîtrait autour de toi.\nSi tu peux ôter la vie aux vivants, tu ne saurais la rendre aux morts. »\n   L'empereur fit paraître les blondes femmes du Nord, au charme d'appa-\nrition dans un brouillard d'aurore, et les filles aux cheveux noirs, au sang\nde feu, habiles aux enchantements de l'amour, venues de l'Orient avec de\nriches caravanes.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "   Mais le moine les regardait d'un air tout à la fois si calme et si triste,\nqu'elles frissonnaient comme sous le froid de la mort et se mettaient à\npleurer, honteuses de leur beauté.\n   Des supplices furent essayés, mais les bras des bourreaux étaient sans\nforce devant ce corps chétif et amaigri, que le cilice et les mortifications\navaient couvert de plaies hideuses.\n   Et les bêtes féroces elles-mêmes, dans la fosse desquelles on l'avait jeté,\nrefusaient cette pauvre pâture et lui léchaient ses blessures, comme si elles\neussent compris mieux que les hommes la détresse de ce désespéré.\n\n\n\n\n   C'est le matin dans la plaine.\n   Là-bas, la ville avec ses dômes luisants de cuivre, ses tours orgueilleuses,\nles terrasses de ses jardins qui montent dans le ciel rose, la verdure, les\ndemeures fastueuses, l'architecture compliquée des palais, le fouillis des\ntoits rouges aux tourelles ajourées, aux girouettes chimériques.\n   C'est le matin, dans la plaine, qui frissonne aux baisers du jour. Les\nchamps reposent, car tous sont accourus pour le supplice.\n   Dénudé et lié à l'arbre, il attend. Son corps macéré et sanglant semble\nplus grêle encore dans la lumière qui chante sa fanfare d'or.\n   « Est-ce là le terrible, disent les populations d'un air de mépris. »\n   Et lui, oublieux des foules, oublieux des forfaits de ceux qui le torturent,\nregarde par delà la plaine, par delà les montagnes le point où l'étoile a\ndisparu dans les premières lueurs de l'Orient, et prie.\n   Les lances des hommes d'armes brillent comme des pierreries. Le vent\nsouffle, et les cordes des arcs vibrent comme des harpes.\n   Une dernière fois, l'empereur fait exhorter le moine à se soumettre. Mais\nce sont d'autres voix qui lui parlent dans le murmure des feuilles, dans le\nbruit des cascades lointaines, dans le balancement des herbes. C'est un\nchant de délivrance que lui disent les oiseaux, le soleil, la terre.\n   Une dernière fois.\n   Les archers aux armures emflammées de lumière se sont avancés, et,\nlentement, minutieusement ont choisi leurs flèches et visé la victime\nblanche dans l'ombre du feuillage.\n   Les arcs vibrent et s'assourdissent en un grondement cruel, les flèches\nsifflent et, frémissantes, s'enfoncent dans l'arbre, dans les jambes, dans les\nbras du supplicié. Le sang coule, et tout autour de lui devient rouge; et\nrouge le soleil, comme s'il allait descendre derrière la montagne.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                  — 58 —\n\n   Les flèches sifflent et les liens se brisent. Les arcs grincent toujours et\ns'assourdissent en un grondement cruel, mais à peine lancées, les flèches se\ntransforment... Maintenant, ce sont des anges aux ailes irisées qui chantent\nà ses oreilles de purs cantiques d'amour.\n   Au loin s'étonne en un bariolage de couleurs, la foule fiévreuse et avide\nde voir mourir.\n   Les éblouissants archers raidissent leurs bras, les arcs vibrent plus fort.\nMais à peine lancées, les flèches, comme des fleurs au printemps, s'épanouis\"\nsent... Ce sont des anges aux ailes irisées, aux robes d'azur diamantées\nd'étoiles qui s'envolent vers le martyr et emportent son âme radieuse dans\nles Infinis, à la messe de son rêve.\n   Bruges.\n                                              M A U R I C E DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n                                VERS\n                         LE DÉSIR DU VOYAGE\n     A MAURICE CLOUET.\n\n                                     I\n\n   Les nobles vaisseaux bercés le long de leurs amarres\n   Rêvent d'océans inexplorés dans le lointain\n   Des soleils cuivrés de pourpre vierge et de fanfares;\n\n   Sous la brise et la caresse vive du matin,\n   Prisonniers du port banal, ils tendent leurs voilures\n   Et leurs mâts au souffle impuissant du désir hautain,\n\n   Et l'embrun des mers, dont s'imprègnent leurs chevelures\n   De cordages blonds, les enivre et les porte, loin\n   De l'eau croupissante où viennent dormir les silures,\n\n   Vers de clairs ilôts! et mon âme en fête rejoint,\n   Parmi les forêts de lianes et les fleurs rares\n   Qui parfument l'air de cinnamome et de benjoin,\n\n   Les nobles vaisseaux bercés le long de leurs        amarres.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                           - 5 9 -\n\n\n\n                              II\n\n\nNos yeux veulent voir les grands mirages aveuglants\nEt, las de la vie et de ses landes monotones,\nSe perdre aux vallons sans fin des astres ruisselants :\n\n\nD'étranges forêts et l'orgueil fauve des automnes\nEncadrent des lacs pensifs assoupis dans le soir\nAux vagues baisers épars des lentes argémones ;\n\n\nLe long des fleuves, des palais comme en un miroir\nNoient leurs onduleux reflets de dômes et d'arcades\nEn plein ciel dressés, et que nul jamais n'a pu voir ;\n\n\nVers les villes d'or où vivent de fières peuplades\nA qui les soleils du feu de leurs rayons sanglants\nAllument le cœur et les regards, nos yeux     malades,\n\n\nNos yeux   veulent voir les grands mirages   aveuglants.\n\n\n\n                             III\n\n\nToujours l'éternel fardeau des réalités vaines\nOpprime l'essor de nos rêves ambitieux,\nUn sang glacial fige la fièvre dans nos veines.\n\n\nNe peut-on s'enfuir en l'éther infini des deux\nPar delà l'espoir du désir subtil, vers l'extase ? —\nDe vils souvenirs, et leurs mensonges captieux,\n\n\nNous retiennent loin des océans promis, qu'embrase,\nTapis d'émeraude et d'écumes de diamants,\nUne éruption de pourpre astrale et de topaze ;\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                               — 6o —\n\n Hébétés de songe illusoire, nos cœurs dormants\n N'osent plus humer le feu des nocturnes haleines,\n Et portent, ployés au joug obstiné des tourments,\n\n  Toujours l'éternel fardeau   des réalités   vaines.\n\n\n                       LE ROI COPHÉTUA\n\n  A GEORGES DESTHÉE.\n                                        As he out of his window   lay\n                                        He saw a beggar ail in    grey...\n                                                        ANCIENT BALLAD.\n\n\nLe bras droit sur le bord de la croisée ouverte,\nLe roi nègre Cophétua, fair attristé,\nContemple, sans la voir, l'automnale beauté\nDe la mer qui déroule au loin sa masse verte.\n\nTel il rêve au hasard de sa pensée inerte :\nAucun amour n'émeut sa curiosité,\nAucun désir, aucun souvenir suscité\nNe hante le loisir de son âme déserte.\n\nIl n'entend pas le chant mélancolique et doux\nDe celles qui mendient devant lui, ni la toux\nDes chétives enfants que dessèche un long jeûne,\n\nEt, sans même y songer, inconscient, voici\nQu'il sent naître une flamme en son cœur endurci,\nEt se brûle les yeux aux yeux de la plus jeune.\n\n                                         ANDRÉ FONTAINAS.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                  — 61 —\n\n\n\n\n                     DANS LE RÊVE\n                                   AGNÈS\n\n    A MADAME ANNIE TOOROP.\n                                                       Velut Stella salutaris\n                                                       In naufragis\n                                                                  BAUDELAIRE.\n\n\n              Agnès! Agnès! musicale douceur et charme de prononcer son\n               nom à haute voix : Agnès, nom faible et fin comme le bruis-\n               sement du vent dans les feuillages, faible comme un souffle,\n               fin comme un relent d'ambre, nom discret et nerveux, bizarre,\nque l'on semblait avoir exprès choisi pour Elle, et qui, mieux que tous\nles portraits, m'évoque sa chère, étrange et douce image, vague vision\nindécise et grise, surnaturelle apparition flottant dans un nimbe de lumière\nargentée, au travers de mes souvenirs et dans l'amour de mes rêves.\n\n\n\n\n   Elle était grande et mince et habituellement vêtue de robes sombres. Son\ncol blanc s'entourait frileusement d'un grand boa de fourrure noire, qu'elle\navait coutume de garder même dans la maison. Ses mains longues et fines\nétaient chargées de bagues précieuses qu'elle s'amusait à faire tourner des\nheures entières, assise en ce salon frais, aux persiennes toujours closes, aux\nmurs tendus de jaune mousseline des Indes, — où les gazouillements et les\nrires jeunes de ses sœurs faisaient un si violent contraste avec son visage\nsérieux et calme et l'obstiné silence de ses réflexions. Son teint était plutôt\npâle, mais il brillait parfois d'un éclat singulier, comme si des lueurs inté-\nrieures l'eussent éclairé. Comme une fleur, sa bouche s'ouvrait grande et\nrouge en ce visage pâle, comme une fleur et comme une blessure. Mais ce\nqui caractérisait l'étrangeté de sa personne, c'était ses yeux, ses yeux sur-\ntout, qu'Elle avait énormes, profondément enfoncés, humides et bruns,\nmélange de tendresses et d'inquiétudes, ses yeux fiers, ses yeux volontaires\net comme étonnés que d'autres yeux osassent fixer ses yeux.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                                   — 62 —\n\n    Elle parlait peu et rarement, mais jamais je n'oublierai le son de sa voix.\n Il me semble l'entendre encore maintenant, comme toujours d'ailleurs lors-\nque j'évoque son souvenir. Elle était grave et douce, sa voix, et sonore par-\nfois, et parfois voilée, sombre et rauque parfois, et toujours triste et sem-\nblant lasse.\n    Hélas ! que ne puis-je dire l'impression qu'elle me faisait, cette voix pro-\nfonde en ce corps frêle? Elle me bouleversait tout d'abord, et chaque parole\ntombée de sa bouche me donnait des secousses pareilles à des secousses\nélectriques; j'étais énervé, meurtri, tourmenté, oppressé; il me semblait, à\nl'entendre, que quelque affreux secret m'étouffait que je n'aurais su dire : il\nme semblait que toutes les fautes par moi commises s'insurgeaient en moi,\nimpérieuses, et me commandaient de fuir sa présence à Elle qui m'appa-\nraissait alors comme illuminée et transfigurée par le Verbe. Mais je restais,\net j'étais pourtant peu à peu rasséréné, tranquillisé, apaisé, meilleur, —\nécoutant avec une joie et un ravissement sans bornes, tomber une à une les\nnotes harmonieusement graves de sa voix, plus belle et douce que toutes\nles musiques. Il me semblait, à l'entendre, tout voir, tout comprendre, et\nles choses les plus mystérieuses et les plus cachées semblaient tout à coup\nradieusement claires à mon esprit, quand elles étaient dites ou lues par sa\nvoix.\n   Sa voix ! J'y entendais les accords parfaits, longtemps traînés, des orgues\nsonores en les églises gothiques, bleuâtres de l'encens brûlé. J'y voyais les\nsaints paysages, bleus et blancs,— les champs profonds et sombres émaillés\nde fleurs vives, — et les forêts immenses, ombre et silence, au dessus\ndesquelles planait l'immobile sérénité des anges, les ailes larges étendues.\n   J'y voyais les ciels nocturnes, longs voiles profonds de pur azur, d'or con-\nstellés, gemmés d'émeraude, les contours clairs et le chant des rivières au\nclair de lune, et la plainte sourde des eaux incessamment secouées jusqu'en\nles rivages de la mer.\n\n\n   Douleur et joie, mélange de tristesse et d'amertume, et pourtant calme\nbonheur à me souvenir de notre dernière entrevue. C'était un jour d'octobre\nfroid, pluvieux, avec un grand ciel gris d'une incomparable tristesse, — jour\ntrès silencieux où les bruits semblaient s'apaiser pour laisser flotter et rêver\nà son aise une longue Mélancolie, jour très pâle, silencieux, bercé du bruit\nléger des feuilles jaunies tombées des arbres, chassées, chassées sur le sable\nfin des allées, tourbillonnant, desséchées aux sombres carrefours du parc,\ncomme une ronde de petites âmes mortes, le soir, dans la forêt d'or.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                  — 63 —\n\n   Le jour tombait lorsque j'entrai dans le port. Au ciel, couleur de cendre,\ns'amoncelaient et passaient rapides de grands et lourds nuages. Un vent\nviolent soufflait qui faisait se gonfler et claquer brusquement les voiles ten-\ndues des bateaux. Des lanternes et des feux de couleur s'allumaient sur les\njete'es comme aux mâts du navire. Les adieux étaient faits, et je regar-\ndais attristé la foule qui se massait sur les quais cherchant quelqu'un que\nje n'y pouvais découvrir, quand tout à coup une force intérieure, une pen-\nsée soudaine me fit me retourner brusquement. Tout au bout, tout au bout\nde la jetée, sur un petit tréteau de bois d'où l'on pouvait voir plus long-\ntemps arriver et partir les navires, à cette place qu'Elle affectionnait, Elle\nse tenait seule, toute droite, adossée à un poteau, la main devant les yeux\npour mieux voir les derniers apprêts du navire. Les vagues furieuses\nmontaient par dessus les bords de la jetée et venaient s'étendre et mourir à\nses pieds, éclatant et mobile trône d'écume frémissante, tandis que derrière\n Elle se pressaient plus rapides au ciel les nuages.\n   Sourdement, le vapeur siffla tout à coup, les hélices battirent l'eau, je\npassai devant l'endroit où Elle se tenait. Elle ne fit pas un geste et son\nvisage même resta impassible, mais ses yeux seuls, inoubliables, se fixèrent\nune dernière fois sur moi, ses yeux troublants, mystérieux, ses yeux qui\nsemblaient contenir son cœur et tous les cœurs, ses yeux, hâvres de sûreté,\nphares tutélaires berçant et guidant à travers sa course le navire, étoiles de\nsalut, éternellement fixant depuis mon âme à travers mes yeux.\n   Sa silhouette se perdit dans le brouillard et le crépuscule, et sur mes yeux\ncomme sur mon cœur tomba le lourd manteau de la nuit. Mais, depuis\nlors, toujours je la revois et m'en souviens. Je la revois debout, pareille à\nune statue dominant la mer, ses pieds calmes posés sur la couronne des\nvagues frémissantes, son front pur brillant dans une guirlande de nuages\nd'automne, ses yeux graves, toujours ses yeux profonds, mystérieux,\ngrands comme la mer qu'ils contemplaient.\n   Juin 1889.\n\n\n                                 ORGUEIL\n\n    A MONSIEUR HENRY DE GROUX.\n                                            Je ne vois rien que l'herbe qui verdoie\n                                         et le soleil qui poudroie.\n                                                        (Légende de Barbe-Bleue.)\n\n   J'ai regardé dans le soleil ; sur mes yeux éblouis se sont baissées mes\nclaires paupières, et derrière leur voile protecteur j'entrevis des feux rouges\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                                     - 6 4 -\n\n  et verts qui passaient rapides et sombraient bientôt, entraînés à l'horizon\n d'une mer orangée.\n    J'ai regardé dans le soleil — à fixer le globe incandescent mes yeux se\n sont blessés et meurtris — glaives acérés, flèches cruelles, les rayons d'or\n transpercèrent et brûlèrent mes yeux coupables et du sang jaillit avec dou-\n leur à leurs bords.\n\n\n\n\n   Mais désormais inaccessible à toute souffrance, j'ai laissé mes yeux\norgueilleux se consumer et se perdre au soleil — dans la glorieuse mer d'or\nsans cesse agitée, où glissent du sommet des montagnes de lumière les\n bruissantes cascades de flammes légères — où dans les blanches nuées ora-\ngeuses rougeoient sans cesse des guirlandes d'éclairs — où des lacs d'or\nsacrés flamboient immobiles auprès des temples de chrysoprase — tandis\nqu'en les vallées aurorales, parmi les gazons jaunes aux fleurs de girasol\net de topaze — torentueux et magnifiques coulent des fleuves de rubis et\nd'escarboucles.\n   Du cratère béant des blanches montagnes, montent et tourbillonnent les\nfumées pâles, vert et soufre ; plus épaisses elles s'élèvent et sifflent et mugis-\nsent — tandis que pour les éruptions prochaines, sourds et continus gron-\ndent les tonnerres — et que des feux follets, courent et s'allument, couron-\nnant les cratères. Jaillissent alors impétueux les fulgurants Geysers qui\nfusent et ruissellent, et bruissent et retombent — voilant les étonnantes\nvisions — en une pluie de flammes sur la mer.\n\n\n\n\n    Dans la mer d'or, soudain calmée, j'ai regardé longtemps, longtemps,\nprofondément — dans le miroir de mes yeux s'est reflété et plongé l'étin-\ncelant miroir du soleil et j'y ai vu briller tout à coup, fiers et tranquilles\n— Seigneur — mes yeux — oui, mes yeux mêmes impénétrables — et der-\nrière eux ma face radieuse, devenue elle-même le soleil — éclairant toute\nchose, dominant les mondes — germe et lumière de tout ce qui s'agite et\nvit dans l'Univers.\n                                                   GEORGES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                            — 65 —\n\n\n\n\n                        POÈMES\n                  L E S BONS       PROPOS\n\nMes bonnes volontés, pauvres enfants distraits,\nCe soir nous surprendra dans les mêmes forêts.\n\nMais que ces bois sacrés sont doux à mes rancœurs,\nEt que le cœur s'y leurre en de chères erreurs !\n\nDoux comme des baisers sur des yeux   endormis,\nChers comme Vinnocence et les péchés remis.\n\nEt pourtant ce n'est pas l'état de grâce encor,\nA peine ce qu'il faut pour une bonne mort.\n\nAh! ces péchés véniels me coulent dans le sang,\nOui, mon Dieu, dans mon sang clair de convalescent.\n\nCe soir, qui me verra dans d'obliques chemins,\nPénétrera le cœur et sondera les reins.\n\nC'était peu de laisser, si tôt, les bons vouloirs,\nHélas! et je m'en vais des vulgaires devoirs.\n\nEnfant prodigue à qui l'on pardonne tout bas,\nJ'ai de douces erreurs, et ne m'éloigne pas.\n\n— Je suis triste, Seigneur, et faible, en mon espoir.\nNe me délaissez pas, quand tombera le soir.\n\n\n               LA S Œ U R QUI N'EST PLUS\n\nEt ce f ut leur amour, ce doux, ce seul silence.\nQuand elle vit son cœur, et toute cette enfance!\nA peine gémit-elle : « Hélas ! et vous aussi ? »\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                           — 66 —\n\n C'était comme un parfum des champs après les fièvres,\n Ce deuil des yeux avec ce sourire des lèvres ;\n « Sans doute, pensait-il, des anges sont ainsi. »\n\n Et c'était un beau soir, triste et tendre, d'automne.\n Elle s'abandonnait comme une fleur qu'on donne,\n Une humble et douce fleur, quelque lys dédaigné.\n\nCher cœur grave, resté profond comme l'enfance,\nOffensé dans ses lys et content de l'offense...\nPlus riche mille fois de ce qu'il a donné!\n\nChère enfant ! Cet automne allait à vos simplesses,\nQuand de vos lentes mains vous défaisiez vos tresses\nPour m'être plus aimable en ses dernières fleurs.\n\nCe f ut tout votre amour, chère enfant, chère sainte,\nCe doux amour, toujours à la première étreinte,\nRare comme ces fleurs, lointain comme ces pleurs.\n\n                                       FERNAND S E V E R I N .\n\n\n\n\n                       FEMME\nNavré du seul amour de sa sœur, la Douleur,\nMon cœur a résigné mon âme aux vœux débiles\nA dédier à quelque front pâle ses pleurs,\nLes perles sans lueur de ses pleurs inutiles.\nParmi les rouges fleurs douloureuses d'un soir,\nPure apparue, ô simple enfant du paysage,\nLumineuse de lys! ô si frêle    mirage\nDes fontaines vers les yeux bleus de mon espoir,\nPlus belle que mon rêve et triste comme lui,\nTes mains, ô neige et cygnes ! tes mains sur ma face !\nEclaire aux nuits d'ennui, l'âme seule qui passe,\nDe ta voix, chant d'étoile, aux mornes nuits d'ennui!\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                           - 6 7 -\n\n Aimer, de tous mes pleurs, ton regard qui s'ignore,\n Ton col vierge, vers les /leurs incliné, tes yeux\n Fontaines en songe de ciels et d'oiseaux bleus\n Où mon âme s'est vue auréolée d'aurore !\n Voici, prêt à l'exil de son âme en ton âme,\nL'enfant ivre autrefois du rêve d'être un Dieu ;\nLe voici, sans regret, sans feintise ni vœu\nL'enfant triste à jamais d'une douleur de femme.\n0 Toi, ma Sœur par la grâce de ma pitié,\nAu seuil eu fête de mon âme, de leucanthèmes\nFleuri, foule mon sceptre d'orgueil dédié\nA ton culte, ô ma sœur qui m'aimes pour toi-même ;\nMais écoute, en mon âme blanche, ... ô funérailles\nD'enfant sous la neige ... les lys du souvenir,\nLes lys aux douces lèvres pensives, bénir\nMon rêve d'aube éteint parmi ses fiançailles !\n                                        ADOLPHE FRÈRES.\n\n\n\n\n            ROSES DE NEIGE\n       Pour fêter le bonheur vermeil,\n       Plein de romances éperdues,\n       Qui s'épandait sur le sommeil\n       De tes paupières descendues,\n\n       Mon rêve avait cherché des fleurs\n       Au jardin mauve de sa peine,\n       Des fleurs qu'il voulait sans pâleurs\n       Comme sans nulle rougeur vaine.\n\n       Mais mon rêve n'a rien trouvé\n       Qu'un lys, obscur parmi l'étrange\n       Rayonnement qui s'est levé\n       De tes yeux brillant sous leur frange;\n      Seulement des roses, combien\n      Trop rouges pour l'immaculée\n      Aube de ta lèvre où si bien\n      Mon espérance est recelée.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                                       — 68       -\n\n                Et c'est pourquoi j'effeuille enfin\n                Sous tes candeurs l'autre après l'une\n                Des roses de neige, au matin\n                Ecloses dans le clair de lune!\n                                                                A L B E R T ARNAY.\n\n\n\n\n          LA PRINCESSE MALEINE (1)\n                                       ACTE II\n\n                   Scène VI. — Un bois dans un parc.\n\n                                                      {Entre le prince    Hjalmar).\n              HJALMAR. — Elle m'a dit de l'attendre auprès du jet d'eau. Je\n               veux la voir enfin en présence du soir... Je veux voir si la\n               nuit la fera réfléchir. — Est-ce qu'elle aurait un peu de\n               silence dans le cœur? — Je n'ai jamais vu ce bois d'automne\nplus étrange que ce soir. Je n'ai jamais vu ce bois plus obscur que ce\nsoir; à quelle clarté allons-nous donc nous voir? Je ne distingue pas\nmes mains ! — Mais qu'est-ce que toutes ces lueurs autour de moi? Tous\nles hiboux du parc sont donc venus ici ! Allez vous-en ! Allez vous-en !\nau cimetière! auprès des morts! (Il leur jette de la terre). Est-ce qu'on\nvous invite aux nuits de noces? Voilà que j'ai des mains de fossoyeur à\nprésent. — Oh! je ne reviendrai pas souvent! — Attention ! elle vient! —\nest-ce que c'est le vent? — oh! comme les feuilles tombent autour de moi\nmaintenant! — Mais il y a là un arbre qui se dépouille absolument! Et\ncomme les nuages s'agitent sur la lune ! — Mais ce sont des feuilles de saule\npleureur qui tombent ainsi sur mes mains ! — Oh ! je suis mal venu ici ! —\nJe n'ai jamais vu ce bois plus étrange que ce soir ! — Je n'ai jamais vu\nplus de présages que ce soir ! — Elle est là !\n                                    (Entre la princesse                   Maleine.)\n  MALEINE. — Où êtes-vous, seigneur?\n\n\n  (1) La Princesse Maleine, drame en cinq actes, tiré à trente exemplaires (hors com-\nmerce).\n  Pour note : En arrivant au lieu convenu entre lui et la princesse Uglyane, le prince\nHjalmar, trompé par l'obscurité, ne s'aperçoit pas tout d'abord qu'il a devant lui la prin-\ncesse Maleine vers qui une sorte de fatalité conduit son amour. Ainsi s'ouvre la scène VI.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                   -69      -\n\n  HJALMAR. — Ici.\n   MALEINE. — Où donc? — Je ne vois pas.\n   HJALMAR. — Ici, près du jet d'eau. — Nous nous entreverrons à la\nclarté de l'eau. Il fait étrange ici ce soir.\n   MALEINE. — Oui; — j'ai peur! — ah! je vous ai trouvé!\n   HJALMAR. — Pourquoi tremblez-vous?\n   MALEINE. — Je ne tremble pas.\n   HJALMAR. — Je ne vous vois pas. — Venez ici; il fait plus clair, et ren-\nversez un peu la tête vers le ciel. — Vous êtes étrange aussi ce soir! — On\ndirait que mes yeux se sont ouverts ce soir. — On dirait que mon cœur\ns'est entr'ouvert ce soir... — Mais je crois que vous êtes vraiment belle! —\nMais vous êtes étrangement belle, Uglyane ! — Il me semble que je ne vous\naie jamais regardée jusqu'ici ! — Mais je crois que vous êtes étrangement\nbelle ! — Il y a quelque chose autour de vous ce soir... — Allons ailleurs,\nà la lumière ! — Venez !\n   MALEINE. — Pas encore.\n   H J A L M A R . — Uglyane ! Uglyane !\n                             (Il l'embrasse; ici lejet d'eau, agité sous le vent,\n                                chancelle et vient retomber sur eux.)\n   MALEINE. — Oh! qu'est-ce que vous avez fait?\n   HJALMAR. — C'est le jet d'eau !\n   MALEINE. — Oh! oh!\n  HJALMAR. — C'est le vent !\n  MALEINE. — J'ai peur!\n   HJALMAR. — Ne songez plus à cela ; allons plus loin. Ne songeons plus\nà cela. Ah ! ah ! ah ! je suis tout mouillé !\n   MALEINE. — Il y a quelqu'un qui pleure ici.\n  HJALMAR. — Quelqu'un qui pleure ici?\n  MALEINE. — J'ai peur.\n  HJALMAR. — Mais n'entendez-vous pas que c'est le vent?\n  MALEINE. — Mais qu'est-ce que tous ces yeux sur les arbres?\n  HJALMAR. — Où donc? Oh! ce sont les hiboux qui sont revenus ! Je\nvais les chasser. (Il leur jette de la terre.) Allez-vous-en ! Allez-vous-en !\n  MALEINE. — Il y en a un qui ne veut pas s'en aller!\n  HJALMAR. — Où est-il?\n  M A L E I N E . — Sur le saule pleureur.\n   H J A L M A R . — Allez-vous-en !\n  MALEINE. — Il ne s'en va pas !\n   HJALMAR. — Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! (Il lui jette de la terre.)\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                  70 —\n\n  MALEINE. — Oh! vous avez jeté de la terre sur moi!\n  HJALMAR. — J'ai jeté de la terre sur vous?\n  MALEINE. — Oui, elle est retombée sur moi !\n  HJALMAR. — Oh, ma pauvre Uglyane!\n  MALEINE. — J'ai peur !\n  HJALMAR. — Vous avez peur auprès de moi?\n  MALEINE. — Il y a là des flammes entre les arbres.\n  HJALMAR. — Ce n'est rien ; — ce sont des éclairs, il a fait très chaud\naujourd'hui.\n  MALEINE. — J'ai peur! oh, qui est-ce qui remue la terre autour de\nnous?\n  HJALMAR. — Ce n'est rien; c'est une taupe; une pauvre petite taupe\nqui travaille.\n  MALEINE. — J'ai peur.\n  HJALMAR. — Mais nous sommes ici dans le parc.\n  MALEINE. — Y a-t-il des murs autour du parc?\n  HJALMAR. — Mais oui; il y a des murs et des fossés autour du parc.\n  MALEINE. — Et personne ne peut entrer?\n  HJALMAR. — Non ; — mais il y a bien des choses inconnues qui entrent\nmalgré tout.\n  MALEINE. — Je saigne du nez.\n  HJALMAR. — Vous saignez du nez?\n  MALEINE. — Oui, où est mon mouchoir?\n  HJALMAR. — Allons au bassin.\n  MALEINE. — Oh, ma robe est déjà pleine de sang !\n  HJALMAR. — Uglyane! Uglyane! est-ce fini?\n  MALEINE. — Oui.                                       (Un silence.)\n  HJALMAR. — A quoi songez-vous?\n  MALEINE. — Je suis triste!\n  HJALMAR. — Vous êtes triste? à quoi songez-vous Uglyane?\n  MALEINE. — Je songe à la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Vous dites?\n  MALEINE. — Je songe à la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Vous connaissez la princesse Maleine?\n  MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Quoi?\n  MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n  HJALMAR. — Vous n'êtes pas Uglyane?\n  MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                  — 71 —\n\n   HJALMAR. — Vous êtes la princesse Maleine ! Vous êtes la princesse\nMaleine! Mais elle est morte!\n   MALEINE. — Je suis la princesse Maleine.\n        (Ici la lune passe entre les arbres et éclaire la princesse Maleine.)\n   HJALMAR. — Oh! Maleine! — Mais d'où venez-vous? et comment êtes-\nvous venue jusqu'ici? Mais comment êtes-vous venue jusqu'ici !\n   MALEINE. — Je ne sais pas.\n   HJALMAR. — Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu! d'où me\nsuis-je évadé aujourd'hui ! Et quelle pierre vous avez soulevée cette nuit !\nMon Dieu ! mon Dieu ! de quel tombeau suis-je sorti ce soir ! — Maleine !\nMaleine! qu'allons-nous faire maintenant? — Maleine!... Je crois que je\nsuis dans le ciel jusqu'au cœur !...\n  MALEINE. — Oh, moi aussi!\n                          (Ici lejet d'eau sanglote étrangement et meurt.)\n  TOUS DEUX (se retournant). — Oh !\n  MALEINE. — Qu'est-ce qu'il y a? qu'est-ce qu'il y a maintenant?.\n  HJALMAR. — Ne pleurez pas; n'ayez pas peur. C'est le jet d'eau !\n  MALEINE. — Qu'est-ce qui arrive ici? Qu'est-ce qui va arriver? Je veux\nm'en aller! je veux m'en aller! je veux m'en aller!\n  HJALMAR. — Ne pleurez pas !\n  MALEINE. — Je veux m'en aller!\n  HJALMAR. — Il est mort; allons ailleurs.                   (Ils sortent.)\n\n                                           MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                       LE PORTRAIT\n                                     I\n\n              Parmi les bahuts défoncés,\n              Les tiroirs, les étuis, les boîtes\n              Jonchant les consoles étroites\n              D'opulents trésors délaissés,\n\n             Les satins et les brocatelles\n             Et les torsades de velours\n             Coulent sur le sol à flots lourds\n             Et tout éçumants de dentelles.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                  -   72   -\n\nDes colliers étreignent en vain,\nFrustrés de la gorge promise,\nLe col des verres de Venise\nRougis sans lèvres par le vin.\n\nAppel au poing fort qui le lève,\nDe la panoplie échappé\nGit, sur le lascif canapé\nOù dorment des roses, un glaive.\n\nPour une absente songerie\nFument-ils, les benjoins subtils,\nDans ces bols d'or dont les béryls\nEmerveillent l'orfèvrerie ?\n\nEt vers quels pleurs morts, des sardoines\nDes calices et des rhytons\nTombe sans espoir de boutons\nLa mort des lys et des pivoines?\n\nDédaigneux du vain attirail\nDes bibelots et des potiches,\nMes yeux par eux-mêmes plus riches\nContemplent leur propre travail.\n\nQu'importe l'inutile somme\nDes objets changeants et divers\nA qui sait voir, vaste Univers,\nTa profonde image dans l'Homme?\n\nArrière aujourd'hui le manteau\nHermétique avec la simarre\nQu'une chimère en feu chamarre,\nEt la mitre et le triple tau!\n\nJe veux accomplir les miracles\nSacrant les prêtres et les rois\nSans brandir les sceptres, les croix,\nLes coupes ni les saints pantacles.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                  -   73   -\n\n\n                      II\n\n\nAssis devant l'étroit miroir.\nPeintre inquisiteur et fidèle,\nMa face est l'unique modèle\nChoisi par mon cruel savoir.\n\n\nVoici ma bouche de porphyre,\nSarcophage de maint secret,\nRépertoire de maint décret\nQu'un mensonge mystique inspire,\n\n\nMa bouche lourde, aux doux et mous\nBaisers buvant la chair qui vibre,\nMa bouche où vibre, fibre à fibre,\nTel péché de nul prêtre absous,\n\n\nMa bouche terrible, ma bouche\nAux lèvres folles de ton corps,\nO mon ivresse, ô mon remords,\nChère âme enfantine et farouche!\n\n\nVoici mes yeux de clair métal\nQui vont fouiller comme des sondes\nAu fond boueux des cœurs immondes\nL'avenir vengeur et fatal,\n\nMes yeux pareils à des mâchoires\nBroyant entre leurs cils puissants\nAvec les beaux yeux innocents\nDe sombres yeux blasphématoires,\n\n\nMes yeux, ah! mes yeux     anxieux\nDe ciel, de miracle et de flammes,\nMes yeux en pleurs, affamés d'âmes\nEt repus de corps vicieux.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                 -   74    -\n\nVoici mon front dur, forteresse\nOù mon invincible vouloir\nMasque son dangereux pouvoir\nD'un fard de joie et de tendresse,\n\n\nTour d'ivoire des hauts concepts,\nCathédrale des saints mystères\nOù l'encens bleu de mes prières\nMonte au vertige des transsepts.\n\n\n— Dans le reflet où j'étudie\nL'essence occulte de mes traits\nJ'entrevois les signes secrets\nDe mon étrange maladie ;\n\n\nEt ces stigmates douloureux\nDénonçant mes œuvres coupables\nAvec les poisons redoutables\nCachés en mon cœur ténébreux,\n\n\nSur la toile, ma main sincère\nLes révèle inflexiblement\nPour éterniser le tourment\nQui me ronge comme un ulcère;\n\n\nCar mon magnétique pinceau\nMieux que la baguette d'un mage\nFait dans ma symbolique image\nJaillir mon âme à fleur de peau.\n\n\n                     III\n\n\nDans la salle austère et claustrale,\nEn un morne cadre de fer\nS'isole le portrait amer\nLoin de la fenêtre augurale.\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                    75\nUnique objet de mes pensers,\nMon idéal et mon exemple,\nA toute heure je le contemple\nDe mes regards jamais lassés\n\nIl m'enveloppe et me pénètre\nD'un fluide mystérieux :\nSes yeux s'élancent dans mes yeux,\nSa voix parle au fond de mon être.\n\nIl dit : « Contemple sans désir;\n« Affranchis-toi de l'espérance;\n« Le monde n'est qu'une apparence .\n« Où la main ne peut rien saisir.\n\n« Veux-tu la couronne suprême\n« Qui te sacrera plus que roi?\n«Le joyau divin gît en toi :\n« Cherche ton bonheur en toi-même.\n\n« Sans vœux, sans haines, sans amours\n« Veuillons être ce que nous sommes ;\n« Va ! dans les ténèbres des hommes\n« Sois la lumière de tes jours. »\n\nAinsi parle ma sage image\nEt toujours mes yeux plus hagards\nBoivent le f eu de ses regards\nEt s'hypnotisent davantage.\n\nEt dans l'étrange envoûtement\nObsédé par sa ressemblance\nMon Être sur sa propre essence\nSe moule plus étroitement.\n                                 IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                      76\n\n\n\n\n        La confession de Jérôme Badot.\n  A MONSIEUR IWAN GILKIN.\n                                                 Mon remède est un suaire...\n                                                   FLOD (The Break Heart).\n\n              Ohé ! Mar'Joseph ! Ohé, n'allez pas si vite !...\n                 — Ah mon Dieu!... je suis pourtant bien pressée, vous\n               savez ! Qu'est-ce que vous voulez de Mar'Joseph?\n                 — Le voilà donc mort, le vieux maréchal? Pauvre Jérôme,\nn'est-ce pas ! On peut dire que sa femme — le bon Dieu la garde dans\nson paradis! — on peut dire que sa femme ne l'aura pas attendu long-\ntemps !... Y a-t-il un mois qu'elle soit morte, Thérèse, dites !... En voilà\nqui s'aimaient!... Bien sûr, ce n'est pas mon homme qui mourrait parce\nque j'e suis morte... Ah! on ne verra plus jamais un ménage pareil. Depuis\nqu'ils étaient mariés quelqu'un avait-il, même une fois, entendu un mot\nde querelle dans leur maison? Pourtant il y avait déjà des années qu'ils\nvivaient ensemble, des années !...\n   — Dites trente ans, ma chère!\n   — Ah! tenez! ne m'en parlez plus, j'en ai le cœur brisé. — Et à propos,\nsait-on à qui passe leur bien, car ils n'avaient pas d'enfants?... Vous\nn'avez rien entendu, là-dessus, Mar'Joseph!... Jérôme aurait-il fait ses\npapiers? Vous ne savez rien?... A votre avis, qui recevra tout cela?\n   — Pour ça, vrai, en conscience, je ne sais rien... Seigneur, c'est cinq\nheures qui sonnent là?... Et je dois encore chercher des bougies chez le\nclerc! Je n'aurai jamais fini. Je me sauve; peut-être repasserai-je tantôt si\nj'ai des nouvelles!\n   — Oui, repassez par ici, Mar'Joseph! je vous attends; je ferai une bonne\ntasse de café, une bonne, vous savez !\n\n\n   Jérôme Badot, le maréchal-ferrant, était mort sur le coup de trois heures;\net quoiqu'il y eût déjà quelques jours qu'on s'attendît à la catastrophe, la\nnouvelle s'en était répandue en un rien de temps et avait révolutionné tout\nle village.\n   De cour à cour les voisins se criaient la chose pardessus le mur, en faisant\navec les bras de grands gestes navrés, comme s'ils avaient été nez à nez.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                   — 77 -\n\nLes femmes, accourues sur la route dès la première alerte, s'exclamaient,\nrassemblées en petits groupes. Certaines, que la nouvelle avait surprises\noccupées à la préparation du goûter, et le moulin à café entre les genoux\nou le pain appuyé contre la poitrine, en train de tailler les tartines, n'avaient\npas pris le temps de déposer ces objets ; et une grosse commère, qui tout à\nl'heure pétrissait, tenait levés ses bras plaqués de pâte et poudrés de farine,\nlaissant, l'imprudente curieuse, pour écouter les détails, retomber la pâte,\net manquant sa cuite. Les enfants ne jouaient plus, ils ouvraient des bouches\ntoutes rondes et des yeux étonnés de cet effarement subit ; ils restaient silen-\ncieux ne comprenant pas. Les plus craintifs, pourtant, étaient prêts à\npleurer ; un doigt dans la bouche, ils s'obstinaient à l'écourt de toile bleue\nde leurs mères quoiqu'ils fussent quelquefois bousculés par les gestes véhé-\nments de celles-ci. Et même là-bas sur la côte de la combe prochaine, on\nvoyait dans les champs s'arrêter les attelages ; les conducteurs se rencon-\ntraient à quelque coin de haie ou de clôture pour se dire « la nouvelle », se\ntournaient un instant vers le village ; puis on les voyait regagner leurs che-\nvaux pour continuer la longue banderole de poussière qui traîne, comme\nun nuage, à ras de la terre brune et sèche, derrière la herse cahotante.\n   Les volets de la maison du défunt sont clos; Caroline, la veilleuse des\nmorts, coud déjà le linceul ; dans le silence de la chambre on perçoit le\nbruit de l'aiguille mordant la toile épaisse et revêche, mais seulement par\nintervalles, car bientôt recommence dans l'étable adjacente le piétinement\nbruyant de la vache oubliée et qui a faim ; la bête tend vers la lucarne\nouverte son mufle baveux et luisant et mugit si fort qu'on l'entend, à la\nfaveur du soir tombant, de la place du village, et si lamentablement que\nles gens disent : « Chut! écoutez ! c'est la Grise de Jérôme qui braît. »\n\n\n   Il n'y avait pas un mois que la mort de la femme de Badot — celui dont\non coud à présent le suaire — avait empli le village de stupéfaction, tant\nelle était survenue tout à coup. De stupéfaction, « car enfin, disait-on,\nThérèse était la plus copieuse commère du village ; ne lui fallait-il pas trois\naunes — non de petites aunes de Charleroi, mais de bonnes aunes de\nFontaine — trois aunes de drap pour ses caracos ? C'est vrai I — Et morte\nen quatre jours? Le mardi elle faisait encore sa lessive, on l'avait vue!\nd'ailleurs, le cuvier plein d'eau bleue et moussue qui resta une semaine\nsur son trépied dans la cour, et le linge lavé qui voletait, à blanchir, sur\nla haie, en témoignèrent... Non, cette mort n'était pas naturelle... Est-ce\nqu'on meurt si vite? » Les mieux informés, ceux qui toujours savent tout,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                   -    7 8 -\n\navaient beau avancer que Thérèse avait trépassé d'un épanchement d'hu-\nmeur au sein, si la sorcière Talie Fripia n'avait pas été trouvée, l'an passé,\nsur un tas de fumier avec la tête escarbouillée et le derrière brûlé, on l'aurait\naccusée du vénéfice, certes !\n   La grosse Thérèse capoute en quatre jours ! Etait-il donc extraordinaire\nque son homme,le maréchal-ferrant, en devînt quasiment fou! O le « grand\nJérôme! » ainsi qu'un soulard, qui ne sait plus ce qu'il fait, il tournait\nautour du lit de la morte pendant des heures en titubant, s'asseyait, puis\nsubitement passait son tablier de cuir, s'en allait à la forge comme s'il avait\noublié la catastrophe, manipulait un marteau, touchait une lime, puis s'en\nrevenait, avec, toujours, le geste d'un homme qui veut enlever sa cravate\ntrop serrante ; et les mouvements angoissés de sa pomme d'Adam saillant\ndans son cou maigre, faisaient penser qu'il allait étouffer.\n   A toute force, il voulut porter sa femme en terre ; mais deux hommes\ndurent le soutenir. Plusieurs fois, en chemin, son long corps se déroba,\npliant tout à coup, ainsi qu'un épi cassé aux nœuds. Rentré de la funèbre\ncérémonie, il s'assit près de l'âtre, et d'un fétu ne bougea ; quand on lui\nadressait la parole il haussait les épaules : « Que ne le laissait-on tranquille\ndans son coin? » Il dit seulement deux mots, le deuxième jour, pour\nrecommander à Marie-Joseph, une commensale de la morte habituée dans\nla maison, de renvoyer l'apprenti et de fermer la forge.\n   Les hommes du village, pris de pitié, se détournaient de leurs chemins\nhabituels pour le voir et essayer de causer un brin avec lui. — « Se\nremet-on? » demandent-ils. Et ils ajoutent : « Ah! on le sait bien! C'est\npas rien que de perdre sa femme!... Il faut pourtant « se faire une raison »,\nJérôme!... C'est vrai qu'il faut le temps, ça! »\n   Les semaines passent ; mais le vieillard ne se remet pas quoi que disent\nles banalités compatissantes. — L'autre soir, le père Boulard est venu.\nDepuis combien d'années, tous les samedis, leurs barbes faites, le forgeron\net le père Boulard jouaient-ils leur partie de piquet, en suçant une pipe et\nse contant les nouvelles?... Les autres consommateurs s'asseyaient autour\nde la table et regardaient les coups en plaçant leurs mots. C'était une bonne\nsoirée, enfin. — Et le vieux Boulard a donc dit, de sa grosse voix délurée,\navec son joyeux geste habituel du bras : ;; Allons, allons? en voilà assez...\nJérôme, ne t'enfonce pas ainsi dans ton chagrin! A table! Mar'Joseph,\ndonne les cartes et la planchette! Est-ce à cent cinquante points la partie? »\nRien que le bruit de sa voix a fait tressaillir de joie tous les cœurs. « Oui,\nest-ce à cent cinquante? » demandaient tous les hommes, joyeux à la\npensée que Jérôme allait bien sûr se dérider aussi. « Est-ce à cent cin-\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                   — 79 —\n\nquante! » — Bâouiche! Jérôme Badot qui était penché sur les chenets a\nlevé doucement la tête à la voix de son ami, et il les a tous regardés, ses\nbons amis. Et aucun n'a pu conserver sa factice gaieté devant cette mine\ncontrite. Et les rires sont rentrés inachevés dans les bouches crispées,\ndevant ce visage pâle qui se levait ! Le vieux déluré Boulard n'a plus\nsu parler; il est parti en toussant. C'est seulement sur la route qu'il est\nparvenu à articuler : « Nom de diome de nom de diome! »\n   Le fait est que le maréchal se mangeait le sang, qu'il s'enfonçait tacitur-\nnement et s'isolait dans son chagrin. Le travail même le laissait indifférent.\nSon tablier de cuir, troué et roussi, — dont, un autre jour, on aurait\nadmiré le fauve magnifique, restait décidément pendu, avec de gros plis\nraides, au clou de la porte.\n   Depuis la mort de Thérèse, la forge ne s'était plus rouverte; Jérôme avait\nrefusé de ferrer le cheval des Pierron (qu'on dut même conduire à Fontaine).\n— Je ne sais pourquoi, — et cette solitude était si triste ! — les gamins,\ndevant l'atelier du maréchal, ne faisaient plus tourniquer sur leurs moyeux\nles massives roues crottées de glèbe jaune des chars à réparer, ni rouler les\nhauts bandages de fer ; ces pesants cerceaux qui sonnaient si fort en courant\nsur le pavé étaient à présent dédaignés, dressés contre le mur. Ils n'avaient\nplus leur rendez-vous dans le travail, un lieu de délices, pourtant, et qu'ils\nconnaissaient bien, où se trouvent des barres fixes pour les cumulets et des\nchaînes où se balancer et se suspendre. Auparavant, ils y arrivaient en\nbandes tous les jours dès quatre heures, et même à midi le jeudi, et c'était à\nn'en plus finir des : « Jérôme, laissez-moi tirer le soufflet!... Jérôme, faites\nune pointe pour ma toupie!... Jérôme, pourrai-je monter sur le baudet\nquand il sera ferré!... » Et, quoiqu'il bougonnât quelquefois, le maréchal\nconsentait toujours, car à la vérité, n'ayant pas d'enfants, cette marmaille\nil l'adorait. N'était-ce pas lui qui riait le plus haut après avoir fait mine de\nles poursuivre, un fer rouge à la main? Les gamins le savaient, allez! ils\ns'en revenaient trop vite! D'ailleurs, peut-être ne se sauvaient-ils, les\nfinauds au bon cœur, que pour lui donner du plaisir, imitant ces enfants\nmalins qui, décembre venu, simulent la peur de saint Nicolas pour en\nrecevoir encore les cadeaux ; et n'était-ce pas aussi, un peu, comme ces\ngrands frères complaisants qui prennent les apparences de la frayeur\ndevant le petit frère habillé en soldat et brandissant son sabre minuscule\nd'un air terrible?\n   Il n'y a plus rien de cela à présent. La forge est une remise noire, triste,\nun réduit abandonné et sans âme. Les vitres, l'autre jour encore joyeuse-\nment rougeoyantes des alertes flammes dansantes du foyer, sont sales et\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                   — 80 —\n\nencrassées de la poussière de charbon et de la limaille envolées. Etaient-ils\nréjouissants, n'est-ce pas, le tintamarre du « grand diable » de dix livres,\nrebondissant sur l'enclume, et le tic-tac du soufflet?... L'apprenti tire la\nlonge terminée par un étrier pour poignée; tic-tac! fait le contrepoids de\npierre en montant; frrt! frrt ! répond l'air chassé dans le feu, frrt! frrt!...\nOublions tout cela puisque le grand corps de Jérôme ne se démène plus\nau dessus de la flamme, puisque les marteaux gisent avec leurs manches\nluisants en l'air, abandonnés sur l'établi ; puisque, au lieu des feux d'artifice\nde bluettes sautant dans la cheminée et des dards rouges giclant du fer\nincandescent, il n'y a plus que des débris de fers à cheval usés et rouilles\net un tas sombre et froid de noir fraisil.\n   La forge est fermée, je vous dis; et l'on voit sur la porte brune les\n« bonshommes » dessinés à la craie par les enfants.\n       (A suivre.)                                 Louis    DELATTRE.\n\n\n\n\n         LE RÉVEIL DE LA REINE\n      Voici se réveiller au Palais de l'Ennui\n      Celle aux mains en sueur des fièvres sous les glaces...\n      Mon Dieu! la Reine a vu ses mains pâles et lasses\n      Comme des fleurs de lune éclore dans la nuit!\n\n      Ses yeux en sang, pensifs aux glaives d'or des songes,\n      Ses yeux en prière ont versé jusqu'au matin\n      Des pleurs sur la splendeur éteinte du festin\n      Qui déploie à ses pieds la pourpre des mensonges !\n\n     Croulant dans le charnel naufrage aux gouffres             d'or\n     Tandis que le dernier des éphèbes s'endort,\n     L'écume du plaisir à sa bouche assouvie,\n\n      Voilant sa nudité gracile dans les plis\n     De l'Aurore, et foulant le tombeau de sa vie,\n     La Reine aux pâles mains s'érige comme un lys !\n                                                    JEAN B O E L S\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                           — 81 —\n\n\n\n\n         LE MESSIE SUPRÊME\nVoici qu'il est venu le jeune et doux Sauveur,\nCroisant ses faibles mains d'enfant sur la poitrine\nOù des boucles d'opale exhalent leur langueur\nEt se pâment d'amour sur la chair ivoirine.\n\nAu seuil du palais clair, orné de balustrades,\nOù chantent des oiseaux au charme oriental,\nIl s'approche, ô baisers! entre les colonnades\nDe marbre, de lapis, d'albâtre et de santal;\n\nEt dans l'azur lacté, glacé de neiges roses,\nLa Lune qui s'avance, indolente et rêveuse,\nEn flocons parfumés dans la brise amoureuse\nEffeuille autour de lui les divins lauriers-roses,\n\nLes pétales ailés en tourbillons se posent\nLégers, sur son manteau royal de soie pervenche\nBrodé d'abeilles d'or et d'hirondelles blanches\nDont le vol caressant f ait onduler des roses.\n\nEt quand d'une pluie d'or les moires de sa robe\nAllument leurs baisers, ses fleurs de pierreries\nEpanchent perle à perle, ainsi qu'un lys à l'aube,\nLeur rosée lumineuse au fil des broderies.\n\nFrêle et divin Aimé! ses boucles déliées\nParfument de leurs fleurs son col efféminé,\nSa bouche pure a la fraîcheur des labiées\nEt ses yeux sont plus doux qu'un jardin illuné.\n\nPar les chemins rosés d'un printemps éternel,\nD'eau vive, de gazons et de lumière blonde\nIl a prêché, l'Enfant charmeur, l'Emmanuel'.\nL'Evangile d'amour qui sauvera le monde.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                           — 82 —\n\n\nOffrant son front paré de grappes et de perles,\nIl a compris les voix endormeuses des brises,\nLe parfum des lilas, le chant joyeux des merles,\nLui qui murmure ainsi les voluptés promises :\n\n« 0 toi Maudit que j'aime! abandonne le glaive,\nProméthée au cœur fier et que ronge l'espoir,\nMa voix t'endormira comme un soir sur la grève,\nJe bercerai mon front entre mes bras d'ivoire.\n\nDans les jardins royaux où la lune immobile\nEntre les tulipiers forme des lacs d'argent,\nParmi les fins saphirs de leurs fleurs aquatiles\nQui tendent vers le ciel pâli leur cœur souffrant,\n\nJ'ai cueilli, délaissant les thyms et les mélisses,\nLes belladones aux puissants diamants noirs\nEt les grands daturas aux suaves calices\nDont la blancheur glacée a parfumé mes soirs.\n\nO cher vaincu.' Voici les herbes souveraines\nPar qui seront guéris les plaintes et les râles,\nEt pressant dans mes mains leurs tiges et leurs       graines,\nJe verserai leur suc entre tes lèvres pâles. »\n\n                                               VALÈRE G I L L E .\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                    — 83        -\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                                          I\n                La Damnation   de l'Artiste,   par M. IVVAN GII.KIN ( I )\n\n\n              Les premiers vers de M. Iwan Gilkin parurent, il y a presque\n               dix ans, dans la Jeune Belgique. Certain poème, les Sterco-\n               raires, lui valut d'emblée, avec le juste ressentiment des\n               cuistres, l'estime de quelques lettrés. A la même époque\nremonte, si nous ne nous trompons, le sonnet intitulé : Anatomie. Un peu\nplus tard, il publia, dans la Revue moderne, un sixain de poèmes où il\ns'affirmait, pour quelques-uns, comme un artiste sûr de lui et de son œuvre.\nLes sonnets baptisés Invocation, Psychologie et Veilleur de nuit furent\nparticulièrement remarqués. Depuis, chaque année, M. Iwan Gilkin offrit\nà la Jeune Belgique quelques bouquets de rimes puissantes, antipathiques\naux cervelles débiles, mais savourées avec un étrange plaisir par les lecteurs\ncapables d'en apprécier le parfum. La sottise des gens de lettres, grande\ncolleuse d'étiquettes, en Belgique surtout, le classa d'un coup. Il fut\ndécrété que M. Iwan Gilkin était un petit Charles Baudelaire, qu'il compo-\nserait trois sonnets par an, et qu'il ne publierait jamais un livre. Et, comme\nil ne faisait pas mine de contrevenir à ce décret, on daigna lui recon-\nnaître une espèce de talent excentrique, volontaire, entêté, d'autant plus\nacceptable qu'il ne gênait en rien les bruyantes et superficielles gésines\nlittéraires dont on fatiguait l'opinion publique. Certains rimeurs parlèrent\nmême de M. Iwan Gilkin avec une condescendance charitable. Mais l'on\neut quelques sourires pour ceux qui s'avisèrent de reconnaître en lui l'un\ndes artistes les plus originaux de la jeune école.\n    Les sourires tombèrent lors de la publication du Parnasse de la Jeune\nBelgique. M. Iwan Gilkin y figurait avec un groupe de poèmes, anciens et\nnouveaux, qui causèrent un vif émoi dans les cénacles littéraires. La\nlégende eut tort, et fut forcée de se rétracter. Et ce fut le commencement de\nla justice.\n   La Damnation de l'Artiste achève aujourd'hui l'impression produite par\nles poèmes du Parnasse. L'œuvre est là, encore fragmentaire — l'auteur\nl'a voulu ainsi — mais déjà puissante et définitive. Et ce n'est pas sans\néprouver une légitime fierté que M. Iwan Gilkin a pu mêler dans son livre,\navec des poèmes écrits d'hier, les sonnets d'il y a dix ans. Qui donc se\n\n\n' (I) La Damnation de tArtiste, par Iwan Gilkin, un volume grand in-8°, couverture\n or, avec un beau frontispice d'Odilon Redon, chez le bibliophile Edmond Deman.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                  -   84    -\n\nrefuserait à voir dans la seule possibilité d'un pareil mélange l'indice d'une\nmaîtrise peu commune et d'une très haute intellectualité?\n   La Damnation de l'Artiste est le premier cahier d'une œuvre en trois\nparties, dont l'ensemble nous échappe encore. Nous apprécierons donc ce\nfragment comme fragment, sans nous inquiéter du rôle architectural que lui\nréserve le poète. Nous sommes en présence d'une série de morceaux d'accent\ncaractéristique, où nous pouvons, dès maintenant, découvrir les traces\nd'un état d'esprit déterminé et les marques d'une sensibilité particulière.\n   M. Iwan Gilkin, même dans ses poèmes de virtuosité, qui sont très rares,\nse montre à nous comme un artiste intellectuel par excellence. Son œuvre\net parmi ceux-là il faut signaler le sonnet intitulé Bois sacré, porte\nl'empreinte d'une volonté armée, sûre de réaliser son rêve, une sorte\nde volonté blanche, que les lecteurs distraits, pour qui la force de volonté\nne va pas sans contorsions ni criailleries, ne soupçonnent pas. Ses poèmes\ntiennent debout par la seule vertu de la pensée, et leur ordonnance sévère\nproscrit impitoyablement les ornements parasites. On devine que chaque\npièce de vers, chaque strophe ont surgi du cerveau du poète, avec leur idée\nmère, leur contour, leur rhythme, et que l'écrivain, une fois sa conception\nchoisie, en a subi les exigences avec une inflexible rigueur. Chacun des\npoèmes qui composent la Damnation de l'artiste est soutenu intérieure-\nment par une pensée aiguë, qui lui sert de pal. C'est à cause de cette intel-\nlectualité puissante, nourrie de lectures en tous sens, alimentée à toutes les\nsources de l'art, de l'histoire et de la philosophie, que M. Iwan Gilkin\ndomine son œuvre, c'est à cause d'elle qu'il a su imprimer à un recueil\nfragmentaire un incontestable cachet d'unité.\n   M. Iwan Gilkin, dans la Damnation de l'artiste, est avant tout le poète\nde la curiosité. « Je voudrais être ce monsieur qui passe », s'écrie le Fan-\ntasio d'Alfred de Musset. Ce vœu, M. Iwan Gilkin le fait à chaque page de\nson œuvre. Et il ne s'agit pas seulement pour lui d'être le monsieur qui\npasse — boutade romantique à laquelle Fantasio n'attache guère d'impor-\ntance — il s'agit de savoir ce que l'autre fait, ce qu'il pense, ce qu'il veut,\nde pénétrer le secret de ce regard voilé, de ce sourire vague, de cette gri-\nmace équivoque. Le désir le plus ardent du poète, quand il a élu un sujet,\nc'est de se substituer à lui, c'est de se glisser dans son cœur, dans son cer-\nveau, dans sa conscience, c'est d'usurper avec délices une personnalité qui\nlui semble interdite. Poussée à un tel degré, la curiosité devient une sorte\nde passion morbide, irrésistible et malsaine comme la morphine et l'opium.\nC'est une hystérie bizarre, qui pavoise toute l'œuvre, une nostalgie spéciale\nqui n'est provoquée ni par tel climat, ni par telle époque, mais par la sim-\nple apparition de l'un ou l'autre représentant de l'espèce. Il n'est pas défendu\nde découvrir dans cette curiosité sans bornes, l'affirmation d'une personna-\nlité despotique, et de supposer que, si elle était contrariée, elle pourrait pro-\nvoquer des phénomènes peu communs, tels que la colère et la jalousie. Peut-\nêtre n'est-elle, en dernière analyse, qu'une manifestation de l'instinct.\nPeut-être la loi qui préside à la conservation de l'espèce règle-t-elle aussi la\npermanence et le développement de l'activité spirituelle. Quoi d'étonnant,\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": " dès lors, à voir le cerveau le mieux armé se précipiter sur le cerveau le plus\n faible, le dévorer et se nourrir de sa précieuse substance? Cette théorie du\n cerveau de proie est assurément d'une belle cruauté. Nous ne pensons pas\n que M. Iwan Gilkin l'ait formulée. Mais il n'en est pas loin dans le poème\n intitulé : Promenade, qui est inédit pour les lecteurs de notre revue :\n\n                Promeneur singulier que j'élis dans la foule,\n                Mon désir curieux s'infiltre dans tes chairs,\n                Dans tes muscles chacun de mes muscles se coule.\n                Fibre à fibre mes nerfs s'allongent dans tes nerfs.\n\n                Mes yeux s'ouvrent au fond de tes yeux, ma cervelle\n                Enroule ses replis aux plis de ton cerveau;\n                Voici que je suis Toi, voici qu'une nouvelle\n                Conscience m'éveille en un monde nouveau.\n\n\n                O palais d'améthyste aux sombres colonnades\n                Etageant des orgueils de pierre et de métal\n                Au fond de parcs princiers fleuris de promenades\n                Où des reines de joie offrent leur sein fatal,\n\n                O souterrains peuplés de froides pierreries,\n                Veillant comme des yeux sur des couteaux sanglants\n                Qui mêlent l'effroyable appareil des tueries\n                A l'or luxurieux des vieillards  pantelants,\n\n                — J'aime tous tes amours, je rêve tous tes songes ;\n                Ma mémoire s'emplit de ton passé secret ;\n                J'apprends d'autres péchés rongés d'autres mensonges,\n                Et je parcours ta vie ainsi qu'un lazaret.\n\n                Enfin, partant de toi, dans ma seule existence\n                Je rentre exténué, pâle et tremblant encor.\n                Mais le cerveau chargé d'une riche science\n                Comme un vaisseau qui porte une cargaison d'or.\n\n\n   Après la curiosité, ce qui frappe le plus dans les poèmes de la Damnation\nde l'artiste, c'est leur accent d'inaltérable jeunesse, leur odeur de fraîcheur\net de nouveauté. L'enfance et l'adolescence sont célébrées sur le mode\npaïen, dans des strophes d'une intensité singulière et belles jusqu'aux\npleurs, pour employer une magnifique expression de notre poète. Baudelaire,\nauquel on a souvent et sans trop de discernement comparé M. Iwan Gil-\nkin, ne parle qu'une fois, dans les Fleurs du mal, du charme de la jeu-\nnesse. Il lui rend, dit-il, « un hommage profond », mais cet hommage ne\nl'empêche pas de préférer la beauté trentenaire, savante et mûre, qu'il con-\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                  — 86 —\n\n sidère comme un superbe instrument de volupté. M. Iwan Gilkin, au\nrebours de Baudelaire, est visiblement attiré par les grâces neuves de l'en-\nfance. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, il se sépare très nette-\nment du poète des Fleurs du mal.\n   Telles sont, à nos yeux, les deux caractéristiques de la poésie de M. Iwan\nGilkin. D'autres particularités, pour être secondaires, mériteraient cepen-\ndant de tenter l'analyste. Certains poèmes sont d'un pessimisme amer ;\nmais il ne faudrait pas se hâter de conclure à une religion philosophique\ntrès arrêtée. Le pessimisme, même théorique, s'accorde assez mal avec le\nviolent désir de vivre qui éclate dans la Damnation de l'Artiste. Ce qui\ndonne souvent, chez M. Iwan Gilkin, l'illusion d'une foi désespérée, ce sont\nles mécomptes de la curiosité, les agacements d'un sybaritisme contrarié\npar un pli de rose, et — surtout — la déception du bonheur prévu, dont le\ndésir a énervé la force, et qui ne procure pas la joie attendue.\n   Mais si M. Iwan Gilkin nous paraît peu pessimiste de pensée, il a des\ncrudités de style que les pessimistes les plus stridents ne désavoueraient\npas. Il a des adjectifs renouvelés d'Ezéchiel, et il éprouve une espèce de\nplaisir à jouer avec les mots les plus crus et les plus vénéneux de la langue\nfrançaise. Faut-il, à la suite de Baudelaire, voir dans ce culte de l'horrible\nle résultat d'une vaste énergie vitale inoccupée, et l'indice d'une profonde\nsensibilité refoulée? Peut-être. Mais M. Iwan Gilkin lui-même, dans une\nnouvelle peu connue, a senti la nécessité de s'en expliquer incidemment.\nSon héros, Georges de Cléophas, — un poète — se défend contre une accu-\nsation de meurtre. Voici le passage intéressant de la plaidoirie :\n    « Vous connaissez ma vie. Elle fut calme, vouée aux études esthétiques\nles plus hautes et les plus délicates. Mes travaux ne sont pas ignorés;\n M. l'avocat général vous a dénoncé tout à l'heure le pseudonyme que mes\npoèmes ont clamé dans le clairon de la renommée, et vous a même signalé\ncharitablement l'immoralité de mes vers, qui ont offusqué jadis la pudeur\nde tous les faiseurs de feuilletons.' Ont-elles assez barboté, les gazettes !\n L'on m'a traité de fangeux matérialiste, alors que mon cœur était prosterné\ndans l'inaltérable adoration de la beauté spirituelle, et l'on n'a pas vu que\nl'horrible m'obsédait par cela même qu'il me faisait horreur. N'avez-vous\njamais eu les yeux hantés d'une effroyable charogne aperçue au coin d'une\nrue? Un homme grossier ne l'eût point remarquée. En la regardant comme\nl'oiseau de paradis regarde la vipère qui le fascine, le poète doué d'un sens\nexquis du beau sent son cœur se serrer d'angoisse; il a beau fermer les\nyeux, la monstrueuse image reste collée aux yeux toujours béants de son\nesprit, comme la tache de sang aux doigts de lady Macbeth. »\n   M. Iwan Gilkin n'aurait qu'à faire sienne l'incisive et pittoresque défense\nde son personnage. Il pourrait ajouter que les pères de l'Eglise et les libres\nprêcheurs du XVIe siècle s'exprimaient parfois avec plus de violence et de\ncrudité que lui. L'énergie de langage que l'on remarque dans la Damnation\nde l'Artiste ne peut, d'ailleurs, étonner chez un poète d'inspiration catho-\nlique. Nous disons « catholique » et non « chrétienne », car, il n'y a pas\ntrace de sentiments évangéliques dans les vers de M. Iwan Gilkin, et s'il lui\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                     -   87    -\n\narrive, comme dans le sonnet Amitié, de pardonner au méchant, c'est pour\nlui broyer la tête sous la lourdeur du pardon.\n    Il nous reste à juger la forme. Comme nous le disions plus haut, M. Iwan\nGilkin, un poète avant tout intellectuel, connaît l'art d'éclairer le moindre\nvocable à la clarté de sa pensée. Il n'attache guère d'importance à la virtuo-\nsité, à l'arabesque, à la végétation inconsciente de la phrase. Il assemble\ndespotiquement les mots qui lui semblent nécessaires à l'effet artistique, et\nil les heurte avec une savante et patiente brutalité, jusqu'à l'étincelle. Son\nvers, riche et fastueux quand il le faut, a des éclats d'acier et de lumière\nélectrique. Amoureux de netteté, de précision, il trouve des mariages de\nmots et des alliances de vocables qui témoignent d'une singulière concen-\ntration spirituelle. Il est classique, dans le sens le plus exact du terme, et il\nconsole de l'étrange patois où certains petits lutrins de singes veulent\nrenfermer notre poésie.\n                                                          ALBERT GIRAUD.\n\n\n                                         II\n\n    Impressions d'art, études, critiques et transpositions, par EUGÈNE DEMOLDER.\n                       — Bruxelles, Ve Monnom, imprimeur.\n\n   M. Eugène Demolder vient de réunir en un volume les études, les criti-\nques et les transpositions qu'il a publiées dans la Société nouvelle. On les\na lues avec intérêt et plusieurs ont causé une sensation flatteuse dans le\nmonde — plus restreint en Belgique que partout ailleurs — de ceux qui se\nnourrissent d'une autre littérature que des improvisations gazettières.\n   Je les relis à présent et suis frappé, plus encore qu'auparavant, de la\ncurieuse et neuve personnalité qui s'en dégage. C'est principalement dans\nses transpositions que M. Demolder a fait œuvre originale, et c'est de\ncelles-ci que je m'occuperai.\n   D'autres avaient tenté avant lui de transposer des tableaux, en prose ou\nen vers. Seulement, ils s'y prenaient mal. Ils racontaient, amplifiaient,\nparaphrasaient les oeuvres admirées, mais sans faire participer leur laborieux\ntravail, de la chaleur, du ragoût de l'original. Ils disaient les moindres\ndétails, mais sans les assembler. Ces prétendues transpositions n'étaient\nque de pâles décalques ; elles avaient la sécheresse d'un inventaire et sen-\ntaient le bric-à-brac. Dans la plupart des cas, elles résultaient d'initiations\nsuperficielles, d'enthousiasmes de commande, de convictions. . à la mode.\nA l'exception de Baudelaire et de J.-K. Huysmans, des maîtres devins,\nceux-là, je ne vois personne qui ait excellé dans ce genre d'exercices.\n   M. Demolder marche sur la trace de ces maîtres. C'est surtout pour son\ncas que je me sers du mot « exercice » en parlant de transpositions. On\nverra pourquoi.\n   M. Demolder, épris, en art, de cette honnêteté, de cette franchise, de\ncette sincérité qu'il ne cesse d'exalter, entre autres, dans son étude sur Con-\nstantin Meunier, a commencé par étudier avec ferveur, les petits maîtres\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                                    — 88 —\n\n  hollandais et flamands. Leur exubérance, leur robustesse, leur matérialité\n  sollicitaient sa ronde et pourtant réceptive nature brabançonne. Il entre\n  dans l'intimité de ces ancêtres, les surprend, les observe, les contrôle dans\n  toutes les manifestations de leur art, ne pratique pas seulement l'une ou\n  l'autre de leurs œuvres, mais en déniche le plus possible, parvient à force\n  de les fouiller et de les comparer entre elles, à deviner, à saisir la pensée\n  même de leurs auteurs. Non seulement, il tient le procédé, le métier, la\n  patte, mais il a pénétré le mystère de la conception du morceau de peinture\n  dans le cerveau du coloriste, dans cette camera obscura d'où l'impression\n  reçue surgit magnifiée et sublimisée. Ce n'est plus le tableau isolé, l'œuvre\n  définie d'un maître, que Demolder possède dans tous ses recoins, c'est la\n  manière, l'art même de ce maître, qu'il a confessé dans ses plus subtils\n  arcanes.\n     Aussi, sa prose ne traduit pas servilement un morceau de peinture de\n  Breughel ; sa prose ajoute un Breughel à la collection des Breughel con-\n nus. Il n'imite pas tel ou tel tableau, il s'assimile le tempérament et le faire\n des peintres mêmes. Il inventera à son tour des tableaux qu'ils auraient pu,\n qu'ils auraient dû peindre. Il est même fâcheux que les peintres ne soient\n plus là pour reporter sur la toile tout ce que l'écrivain leur attribue sur le\n papier.\n     Ainsi, Demolder a signé « pour copie conforme » des chefs-d'œuvre tout\n à fait inédits de Breughel, de Teniers, d'Ostade. Gageons que des collec-\n tionneurs mystifiés auront consulté les catalogues des musées et de galeries\n particulières pour y trouver la mention de ces exemplaires chimériques !\n     Mais bientôt notre prosateur élargit son domaine. Il a commencé par\n nous donner des équivalences de tableaux anciens, en ne nous laissant\n aucun doute sur l'authenticité de la signature. Son Massacre des inno-\n cents est du seul, de l'unique Breughel.\n     A présent, il ne s'en tiendra plus à une individualité, mais il s'attachera\n à résumer en trois ou quatre pages, en un seul tableau, la valeur, l'esprit,\n la caractéristique; la dominante de tout un cycle d'art. La Montée au\n Calvaire évoque à la fois, fusionne et harmonise tous les vieux flamands.\n     Demolder généralise encore :\n     Dans la Fuite en Egypte, l'écrivain ne se borne pas à enrichir l'œuvre\n de l'un ou l'autre peintre, ou même, comme dans la Montée au Calvaire à\n synthétiser le bagage des peintres d'une seule école, d'une seule nation ;\n non, il s'agit ici de la commémoration de « vieux peintres » sans distinc-\n tion d'époque et de nationalité.\n     Ces diverses Transpositions sont fort belles, d'une exécution ferme et serrée,\n d'une couleur abondante et précise, d'une pâte grasse. Elles suffiraient à faire\n la réputation d'Eugène Demolder. On y rencontre, à chaque phrase, l'épithète\n rare, que les Goncourt appellent la marque de l'écrivain. Exemple : « les\n granges aux murailles beurrées, le jaune onctueux de l'église et les gris\nféodaux des pierres du castel ». Et, dégagés des détails pittoresques et\n chatoyants, de ces détails précipités l'un sur l'autre pour traduire les vibra-\n tions du son, de la couleur et de l'atmosphère, — combien de raccourcis\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                     -   89   -\n\nsaisissants, d'épisodes admirablement condensés : telle, la fin du Massacre\ndes Innocents où « le jeune seigneur aux plumes magnifiques, se fait une\nvisière de la main pour mieux apercevoir le clocher le plus proche ».\n   J'aurais long à écrire, s'il me fallait m'arrêter aux beautés de ces pages.\nD'ailleurs, inutile de les signaler, elles s'imposeront à tout lecteur.\n   Après avoir applaudi au début d'Eugène Demolder et montré som-\nmairement la marche des études et de l'application de l'auteur, il me paraît\nassez intéressant de déduire de l'œuvre actuelle la portée de l'œuvre pro-\nchaine.\n   J'ai montré comment Demolder a étendu son chantier et perfectionné ses\noutils. A-t-il étudié les maîtres peintres pour faire œuvre de critique? Cette\nambition eût été fort louable. Les morceaux de pure critique intercalés (un\npeu contre notre gré) dans ces Transpositions, nous le prouvent, et de reste.\n   Mais Demolder poursuit un but plus élevé, plus noble encore.\n   En analysant les vieux tableaux hollandais et flamands, il a ausculté, non\nseulement l'organisme des artistes peintres, mais il a creusé et fouillé les\nentrailles mêmes de leur pays. Il s'est initié au tréfond de l'âme flamande.\nIl a trouvé les mœurs, le costume et le génie de la Flandre, incarnés dans\nl'art des bons peintres. Il a plus appris par cette communion constante\navec l'art quintessencié des grands observateurs, qu'en poursuivant une\nréalité éparpillée, mixte, fugace et complexe.\n   S'il s'est arrêté à l'art d'un terroir et d'une race, c'est parce qu'il est de ce\nterroir et de cette race. Pour bien connaître les hommes et la terre, il\nimporte de pratiquer d'abord et surtout nos proches et notre berceau.\n   Et, à présent, armé comme il l'est, après ce stage profitable, Demolder\nne nous donnera plus seulement des transpositions d'un art en un autre art,\nmais il transportera directement l'humanité et la nature, dans le verbe, dans\nla pensée écrite. Au Beuglant et surtout Banlieue nocturne sont déjà\nd'heureux 'échantillons de sa manière plus étendue, une nouvelle applica-\ntion de sa méthode saine et logique.\n   Bientôt, il ne tiendra plus compte du pays et du temps; il brouillera les\nâges, les mœurs, les milieux, ne se souciera plus que de l'humanité éternelle\net des passions non moins éternelles.\n   Mais pour chaque incident de son éthopée il créera le décor, l'accessoire,\nle costume, l'atmosphère la plus topique et la plus intense.\n   Il nous a parlé d'une Vie de Jésus, un Jésus traversant les siècles, un\nJésus enjambant l'espace et les âges, un Jésus mêlé à des événements de\nnotre vie contemporaine, coudoyé par des Pharisiens de Belgique et de\nmaintenant, un livre de délicieux anachronismes comme les vrais livres de\npoètes !\n   Admirable projet dont la Montée au Calvaire et le Massacre des Inno-\ncents garantissent la splendeur de la composition et de la mise en œuvre.\n                                                        GEORGES EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                                    — 90 —\n\n\n                                        III\n\n             Sous-offs, par LUCIEN DESCAVES. — Paris, Tresse et Stock.\n\n   SOUS-OFFS, roman militaire, titre et sous-titre alléchants, pleins de\npromesses croustillantes et qui devaient certainement attirer les acheteurs ;\nroman écrit sans la moindre pensée morale ou artistique, mais dans un but\nd'inavouable mercantilisme et pour exploiter les malsaines curiosités ; livre\nautour duquel on a fait trop de tapage et dont un silence méprisant et dédai-\ngneux aurait fait bon marché.\n   M. Descaves, un des disciples, un « de la queue » de Zola, possède, nous\nle reconnaissons, un certain talent; mais ce talent, il l'a singulièrement\nprostitué en une œuvre qui n'est ni originale, ni vraie, ni — ce qui est plus\ngrave — même bien écrite : c'est de la mauvaise littérature autant qu'un\nmauvais livre.\n   Sous-offs est un roman mal échafaudé, une série de documents réunis\nsans suite et sans ordre ; le style, qui cherche à s'inspirer visiblement de\ncelui du maître, est lourd et manque de cette couleur et de cette poésie\nfarouche qui font de Zola un des plus puissants écrivains du siècle : les\nportraits sont pâles, à peine esquissés; dans les tableaux, jamais un de ces\nmots vibrants qui vous donnent l'illusion de la chose vue; de temps en\ntemps, — mais si rarement — une page émue : telle, à la fin du livre, le\nsuicide du sergent-major et la tristesse du misérable enterrement ; parfois\nune expression heureuse : « cette charogne s'en allant dans l'universel aban-\ndon       ».\n   Depuis longtemps Zola avait annoncé un roman militaire, mais il y avait\n— provisoirement du moins — renoncé; M. Descaves a voulu le devancer;\nil a fait un « four », littérairement parlant, mais il doit y avoir gagné une\nsomme rondelette, ce qui lui suffit sans doute.\n   Avant tout, M. Descaves a fait œuvre de mauvais patriote : il a couvert\n— du moins, il l'a tenté — de boue une armée appelée à jouer bientôt un\nrôle qui décidera de la vie ou de la mort de la plus belle nation du monde ;\nil a avili le métier militaire, pour lequel le peuple éprouve déjà trop de\nrépugnance ; il a crié à l'Allemagne — qui doit s'en tenir les côtes — : Voilà\nl'armée que vous aurez à combattre ; un tas de souteneurs ignobles,\nd'Alphonses en uniforme, les « sous-offs » ; des soldats qui les admirent, qui\néprouvent pour eux une sorte de respect à cause précisément de « leurs\nrecettes cachées, de leur crapulerie occulte » ; des officiers qui tolèrent pareil\nétat de choses, qui l'admettent presque, <c indifférents du reste... ». Pas de\ndifférence entre le soldat et la fille publique; entre eux existe une sorte de\nparenté morale et matérielle, « une bonne intelligence faite de sympathies,\nde lâcheté invertébrée ». « Fille et soldat : frère et sœur, nés de la même\nprostitution ». Caserne et lupanar sont synonymes.\n   Certes, dans une armée, comme dans toute institution où une foule d'indi-\nvidus vivent de l'existence commune, il doit germer des vices secrets ; mais\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                     -   91   —\n\n\nc'est là aussi que règne la plus profonde jalousie : chacun exerce sur son\nvoisin une sorte de surveillance intéressée, et des ignominies du genre de\ncelles que dévoile M. Descaves ne passeraient pas inaperçues et seraient\nbientôt réprimées. Cela est vrai en Belgique, cela doit être vrai en France,\nou plus que partout ailleurs peut-être, on cherche à développer chez le sol-\ndat le sentiment de l'honneur et du devoir.\n   Ici, ce sentiment, au vu et au su de tous, est foulé aux pieds de la plus\nbelle façon : et par qui? Par le sous-officier, par celui-là même qui doit\nmontrer l'exemple, qui est chargé de l'éducation morale du soldat, qui est\nen somme le véritable rouage du régiment. Si c'était encore un type pris au\nhasard, soit? Mais ici c'est une règle générale, et nous voyons tous les sous-\nofficiers d'un bataillon se vautrer à corps et âme perdus dans la fange,\npasser leurs journées, leurs nuits dans les maisons de prostitution, et se\nfaire entretenir, — naturellement, sans honte, avec, au contraire, une sorte\nd'orgueil, — par des filles de joie.\n   Cependant, un homme, un sous-off a eu le courage de rester pur et hon-\nnête, pour avoir le droit de parler ; un seul a résisté à cet exemple universel :\nce phénomène est M. Descaves!\n   Eh bien ! non, monsieur ! Toutes ces ignominies que vous crachez à la\nface de votre patrie — impudemment et sans remords — mensonges!...\nSeul, votre nez respire l'odeur de ces pourritures infâmes que vous vous\ncomplaisez à remuer ; seul votre œil voit — contemple — ces plaies infectes\nque vous vous amusez à fouiller d'une immonde plume! La lecture péni-\nblement achevée de votre roman laisse la répugnante sensation d'une ven-\ngeance bassement assouvie au détriment de toute une armée, de l'honneur\nde toute une nation ; vous voyez l'existence militaire à travers le voile d'une\nancienne rancune personnelle, et à chaque ligne se perçoit votre désir d'exac\ngérer, d'exagérer quand même. Et, puisque vous n'avez même pas fait de\nbelle et bonne littérature, nous ne pouvons nous empêcher de nous écrier :\nun livre sale, dégoûtant, malsain, qui répugne, qui pue — et qui n'est pas\nvrai!\n                                                        ALBERT CHAPAUX.\n\n\n                                         IV\n\n             Joies, par FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN. — Paris, Tresse et Stock.\n\n   De faibles chansons et vagues qui nous viendraient à travers une aube\nde songes. Ce sont des poèmes de rêves tristes ou gais, une annotation\nlégère, musicale, visant à être directe, des impressions : une âme chante en\nces vers aux rhythmes frôleurs le\n                Rêve d'amour défunt hantant tout   lendemain.\n\ncomme dans In Memoriam, souvenirs alternés de roses penchées sur le\npassé qui revient à la surface d'une eau dormante.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                                       —    92   —\n\n\n  Dans ceci tout est si irréel :\n\n                 Je suis quelque morte sans doute, et quelque rêve.\n\n  M. Vielé-Griffin délaisse l'emploi continu des alexandrins précis et\nsonores, il varie et développe l'expression musicale, ainsi recherche-t-il\ntoujours le voilé, le grêle, les délicates nuances.\n  Voici le début de la Dédicace qui inaugure le livre :\n\n                J'ai fleuri mon royaume de lys frêles\n                Comme les vierges et comme les joies ;\n                Mon palais clair a de grêles tourelles,\n                Et j'ai drapé mes c i e u x de pâles soies.\n\n                J'ai semé mon jardin de flores saintes\n                Comme les vierges et comme les joies,\n                Et je me suis grisé de mes jacinthes,\n                Aurore, à chaque fois que tu rougeoies.\n\n                Je chante en mon âme des choses folles\n                Comme les vierges et comme les joies,\n                Et j'ai trouvé de si douces paroles,\n                O si douces, qu'il faut que tu les croies.\n\n\n   Pour compléter cette poétique, souvent M. Vielé-Griffin entrelace ses\nvers de quelque ancienne romance enfantine, telles les deux pièces : Rondes,\net semble ainsi mélanger sa tristesse à la fragile tristesse qui s'exhale de ces\nrappels de rêves et de joies, les simples et vieillotes rondes berceuses.\n   Il faudrait encore citer : Parle-moi qui débute ainsi\n\n                Donnez-moi la brise en les feuilles    rieuses...\n\npuis Vers la mer et d'autres encore.\n                                                                        V. G.\n\n                                           V\n\nLa Victoire du mari, par JOSÉPHIN PÉLADAN. Paris, Dentu, 1889. — En joyeuse expec-\n  tative la Victoire du mari, comédie en 5 actes, musique du marquis de Sivry, décors\n  de Mlle L. Abbéma.\n\n  Ceci : un chapitre de Sinistrari d'Ameno délayé dans d'interminables et\npeu intéressantes descriptions du théâtre de Bayreuth.\n  Les théories du mage Sextenthal exposées au saturnien Adar ne sont,\npour le fond et pour la forme, que l'amplification des paroles mystiques de\nCornélius Agrippa. (Œuvres magiques, 1740.)\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                                  -   93   -\n\n   La formation du corps astral, décrite au chapitre XIII, ne peut se pro-\nduire sans l'aide d'une force égale à celle de l'opérateur. Or, Adar reste\nsimple spectateur et se contente d'éloigner de la pointe d'un poignard ce\nque l'auteur appelle les élémentaux.\n  Fausse est la description de ce corps astral visible et cédant à la pression\ndu doigt. Le corps astral est invisible et impalpable ; Adar ne pouvait donc\nassister à la formation des molécules composant ce corps : il ne pouvait les\nvoir grisâtres, puis blanches. Ces molécules seraient d'ailleurs d'un bleu\npâle légèrement verdâtre et non grises ou blanches.\n   La mort produite par la non réintégration du corps astral dans l'orga-\nnisme, peut avoir lieu par des fumigations telles qu'elles sont décrites dans\nSinistrari, page 85 et suivantes, et non par l'épée.\n\n                                                     LÉON DARDENNE.\n                                                      (Mage de 1re classe).\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                         LES AQUARELLISTES\n\n              Au Salon actuel des Aquarellistes, la seule exposition à signaler\n               de ces derniers temps, se distinguent surtout deux artistes :\n               MM. Jan Toorop et Xavier Mellery.\n                  Nous eussions voulu dire ici toute notre admiration pour\nce dernier, mais, la place nous faisant défaut, nous lui consacrerons dans\nquelque temps une étude spéciale, nous bornant pour le moment à un\nsimple compte-rendu de son exposition.\n   L'envoi de Xavier Mellery se compose cette année de deux aquarelles de\nMarken et d'un panneau décoratif sur fond d'or, d'une pureté de lignes\nvraiment noble, d'une beauté sévère irréprochable analogue à celle de cer-\ntains Mantegna.\n   La première aquarelle simplement intitulée Marken : sur un fond d'or un\npêcheur et une femme de Marken se tenant par la main, est comme le\nfrontispice symbolique de cette partie de son œuvre où Mellery a chanté\ncette île, dont seul il a su rendre l'étrange et captivante beauté. Mais, quelle\nque soit la perfection de ces deux œuvres, nous leur préférons cependant,\net notre admiration est sans bornes : pour cette enfant de Marken debout\nen cette prairie tranquille, silencieuse, d'un vert presque désolé, pour cette\nenfant aux yeux bleus, ses cheveux blonds échappés en vrilles de son\nbonnet blanc et rouge, ses mains petites enfoncées dans les poches de jupes\nnoires accumulées.\n   Une barque noire échouée derrière elle semble augmenter le silence,\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                                   — 94 —\n\nrompu seulement de temps à autre par les rires frais des petites filles, qui\nlà-bas dansent en corsages rouges et jupes noires et tournent et tournent\nles mains unies, dansant, chantant des rondes infinies. Un canal, traver-\nsant d'une ligne blanche la prairie, remonte vers l'horizon où, derrière les\ntoits noirs des masures, s'aperçoivent les mâts des bateaux à l'ancre. Un\nciel froid par dessus avec des lignes d'un bleu sombre et des nuages inquié-\ntants, presque noirs, qui s'avancent.\n    L'arrangement bizarre de cette aquarelle en fait comme un blason de\nl'île de Marken et constitue en même temps, pour l'artiste qui l'a conçu,\nun de ses plus beaux titres de noblesse.\n    La qualification « d'artiste peintre » me paraît convenir particulièrement\nà M. Jan Toorop. Il existe dans ses peintures des couleurs qu'il est seul à\nemployer, et son œil, épris de tons fins et délicats, sait les rendre avec une\nscrupuleuse exactitude.\n    Il inaugura naguères, dans la suite de ses « Déjeuners », des blancs dont\nil a gardé le précieux secret. Dans son envoi de cette année brillent des cou-\nleurs inattendues, des verts surtout, des verts étranges, sauvages et roman-\ntiques, me donnant la même impression que des descriptions de la mer dans\ncertains Barbey d'Aurevilly.\n    Le choix des sujets et leur arrangement, leur interprétation, est aussi plu-\ntôt d'un poète que d'un peintre, et nous semble mériter de grands éloges.\n    De l'envoi de M. Toorop, nous préférons sa « Mélancolie », cette femme\nde pêcheur debout sur le seuil de sa porte et qui semble, perdue dans ses\nréflexions, revivre sa vie dans ce grand et triste paysage aussi désert et\ndévasté que son cœur misérable.\n    Il reste à mentionner, dans ce compte-rendu sommaire de l'Exposition\ndes Aquarellistes, un « Effet de neige » de Binjé, d'un remarquable senti-\nment, et de jolies aquarelles d'Hoeterickx, dont l'une, représentant l'entrée\nde Hyde-Park, avait la grâce et le charme de certains décors de Cochin.\n                                                   GEORGES     DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                           — 95 —\n\n\n\n\n                                  MEMENTO\n    M. J.-K. Huysmans, dont nous avions     attachantes études de plein air de Paul\n espéré la collaboration pour ce numéro,    Cézanne, les symphonies éclatantes de\n                                            Vincent Van Gogh, les paysages de Sisley,\n nous envoie, par la plus gentille lettre, ses\n regrets de ne pouvoir être prêt à temps :  les compositions nouvelles de Renoir et\n « Je ne demande pas mieux — nous écrit-    l'envoi du groupe néo-impressionniste, dont\n il — de collaborer à la Jeune Belgique, quila technique s'affirme de plus en plus.\n                                               M. Robert Picard vient d'être reçu mem-\n est vaillante et soutient l'art, alors que tout\n                                            bre des XX. Parmi les concurrents qui se\n le monde le délaisse...» Il espérait, en ter-\n minant, pouvoir être bientôt à nous et nousprésentaient il a seul été admis. Ce serait,\n donnait rendez-vous après le Nouvel-An.    paraît-il, une des meilleures recrues et son\n                                            envoi serait très remarqué.\n                                               Voici la liste des artistes — invités et\n                                            vingtistes — qui y exposeront. Peintres :\n   Notre collaborateur parisien Henri de\n                                            Mlle A. Boch, MM. E. Boch, P. Cézanne,\nRégnier, le poète des Episodes, met la der-\n                                            H. De Groux, A. Dubois-Pillet, J. Ensor,\nnière main à un livre de vers pour paraître\n                                            W. Finch, J . - L . Forain, L. Hayet,\nen février, au titre de : Poèmes anciens et\n                                            F. Khnopff, G. Lemmen, X. Mellery,\nromanesques.\n                                            R. Picard, J. Pissarro, O. Redon, D. de\n                                            Regoyos, A. Renoir, F. Rops, Schlobach,\n                                            Segantini, P. Signac, A. Sisley, Ch. Storm\n                                            de 's Gravesande, H. de Toulouse-Lautrec,\n   Nous avons reçu une plaquette de G.-W. Thornley, J. Toorap, H. Vande\nM. H. de Nimal : Conte, coquettement im- Velde, V. van Gogh, T h . Van Rysselberghe,\nprimée par Bourlard et ornée d'un charmant G. Van Strydonck, G. Vogels. Sculpteurs :\ndessin de M. de Munck. Nous avons MM. G. Charlier, A. Charpentier, P. Du-\nretrouvé dans cette courte nouvelle, les bois, G, Minne, A. Rodin, O. Roty.\nmêmes qualités de fraîcheur et d'élégance      Aux auditions musicales, consacrées aux\nqui ont fait le succès des Légendes de la jeunes écoles belge, française et russe,\nMeuse-                                      prendront part : le quatuor Ysaye (MM. Eu-\n                                            gène Ysaye, Crickoom, Van Hout et Jacob),\n                                            Mmes de Zarembska et Cornélis-Servais,\n   La deuxième Concert populaire aura lieu MM. Vincent-d'Indy, Théophile Ysaye, De\nle 9 mars. 11 sera dirigé par Rimsky-Korsa- Greef, G. Kéfer, G. Guidé, etc., et les\nkoffet consacré à la nouvelle école russe. élèves des classes d'ensemble vocal du\nOn y entendra entre autres la première Conservatoire.\nsymphonie de Borodine, inconnue à              On annonce, enfin, une. conférence litté-\nBruxelles.                                  raire par M. Stéphane Mallarmé.\n\n\n   C'est le samedi 18 janvier que s'ouvrira,\nau Musée, le VII e Salon annuel des XX.               Il y a quelque temps, encore un de ces\nPar le nombre et l'intérêt des œuvres, il          voyageurs de commerce de la littérature\npromet de dépasser tous ceux qui l'ont pré-        était venu offrir sa marchandise dans diffé-\ncédé. On cite notamment, parmi les toiles          rents cercles d'ici. Notre fier ami Maurice\nappelées à exciter la curiosité artistique, les    Desombiaux, un jeune-belgique du rouge\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                                         96\n\nle plus vif, l'arrangea de belle façon dans         \" Vous avez senti la faute par vous com-\nl'Opinion progressiste : Abraham Dreyfus         mise, voilà le secret de votre épître. Redou-\nvoulut y répondre, mais voici la formidable      tant d'avoir franchi les limites de la permis-\nvolée de bois verl qu'il reçut :                 sion de se moquer du public, vous avez\n                                                 craint de perdre des ressources faciles et\n         « MONSIEUR ABRAHAM,                     senti le besoin de nous assurer de votre\n   \" Par égard pour le sympathique patro-        affection.\nnage sous lequel vous vous présentiez, j'ai         « Vous avez mis en cause, espérant que\nfait, en termes indulgents et mesurés, le        ma franchise hésiterait ou viendrait s'y brû-\ncompte-rendu de votre conférence, ou plu-        ler les ailes, un écrivain qui n'avait rien à\ntôt de ce qui en tenait lieu.                    voir dans notre démêlé.\n   « Vous me répondez que la perfidie de            « Ainsi ont été hâtées des décisions déjà\nmes insinuations n'est pas suffisamment          prises.\natténuée par ma sottise.                            « Mais je ne suis pas de ceux qui biaisent.\n   « Or, ça, apprenez que je n'insinue pas,      Je n'ai pas lu l'ouvrage dont vous parlez ;\nj'affirme. Le mot « Jocrisse » vous mécon-       j'aime à croire que c'est un chef-d'œuvre\ntente? Tant pis, je le maintiens.                ainsi que l'assure, dites-vous, cet autre\n   « Ah! parce qu'au fond du local, il y a,      sémite Halévy. Je ne connais pas son auteur\npeintes sur le mur, d'ahuries silhouettes de     et n'avais donc aucune raison de lui être\nspectateurs aux bras pendants, vous avez         désagréable.\npensé vous trouver devant un auditoire              « Mais vous, Abraham, qui parlez de\nbéant auquel nul respect n'était dû ! Avez-      grossièreté, vous êtes venu publiquement\nvous donc oublié votre chanson et ces pa-        attribuer à une dame, à propos de votre\nroles : A Bruxelles je ne ferais pas cela,       niveau intellectuel, des épithètes peu re-\nmais ici!... Eh bien non ! les gens d'ici        commandables quoique très justes, dont\nne sont pas si bêtes que vous paraissez le       elle a dû être froissée la première.\ncroire, et vos manières ont été fort mal goû-       « Qu'importe d'ailleurs votre opinion.\ntées, croyez-moi !                               Nous n'attendons pas votre arrivée pour\n   « Et tenez, puisque vous avez été insul-      juger les livres.\ntant pour un reporter qui n'avait fait que          « Avez-vous recommencé vos louanges si\nson devoir, laissez-moi vous dire votre fait,    sincères à Bruxelles ou ailleurs? Les avez-\ncrûment :                                        vous jamais dites à Paris? Non, n'est-ce\n   « Vous êtes de ces quelques journalistes      pas. Ce serait tout le contraire, d'après ce\nbesogneux qui, à la faveur d'une demi-ré-        qu'on me rapporte.\nputation soigneusement entretenue par des           « Quand vous ferez, sans intérêt, si cela\nréclames aussi adroites que celles de Gé-        vous est possible, et sans manquer de\nraudel, venez promener par quelques villes       dignité comme à Marchienne, l'éloge d'un\nde Belgique, l'indigence d'une causerie uni-     de mes compatriotes et confrères, je serai le\nque, toujours grassement rétribuée. C'est        premier à vous applaudir.\ndes plus facile et d'un rapport plus certain        « Maintenant que je vous ai cloué, du bec\nque vos pièces de théâtre et vos collabora-      de ma plume, comme un vilain papillon\ntions ignorées.                                  nocturne, rentrez dans le silence, Abraham!\n   « Vous avez osé parler de ma conférence !     Vos confrères de Paris riraient trop s'ils\nBas les pattes, Abraham; ne comparons            apprenaient que l'on vous a rincé d'une pa-\npas vos cabotinages mercantiles à l'effort       reille façon, en un coin de province, chez\ndésintéressé que je fis pour glorifier de purs   les petits Belges.\nartistes qui me sont chers. Quant à mes                          \" MAURICE DESOMBIAUX. \"\nœuvres, je ne me figure pas que : Chants des\njours lointains, Grisailles et le Triomphe\ndu Verbe puissent jamais être compris par           Dans la Paix, journal parisien, un long\nvos pareils.                                     article de M. de Nimal sur le mouvement\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                            — 97 —\n\nlittéraire en Belgique où nos poètes et nos         champ de pensée les simouns et les rafales\nprosateurs tiennent la plus belle place.            furieuses. \"\n   Vifs remerciements à l'auteur des Légen-         (EMILE VAN ARENBERGH. Monsieur                Gédéon).\ndes de la Meuse qui défend toujours et en              « ... les trombes qui font sombrer les\ntoute occasion ses amis d'ici.                      villes flottantes et déracinent les cèdres du\n   Du même, dans le Journal de Mons, une            Liban.»\nremarquable correction donnée à un per-               (EMILE VERHAEREN. Hourah,            la     chair!)\nsonnage quelconque qui s'était permis, on             « Comme la muraille qui s'effondre, notre\nne sait à quel titre, de prendre à partie un        pensée est arrachée toute vivante de notre\narticle élogieux sur les Chimères de notre          cerveau et livrée éperduement à l'affolement\nami Jules Destrée.                                  du septentrion. »\n   Il est bon, de temps à autre, de donner le         (FRANCIS NAUTET. Harems            et     gynécées).\nfouet à tous les roquets qui aboient aux              « ... la rose des vents. »\ntalons.                                               (GEORGES KAISER. Essai sur les                vieilles\n                                                        Anglaises).\n                                                      Et maintenant, mes Diogènes, tirez-vous\n   Dernièrement, M. Maurice Siville a fait          de ce tonneau-là !\nreprésenter chez lui, sa vive comédie O les                                      ALFRED DE SMET.\nfemmes.' et Entre frères de G. Guiches et             Laissant à MM. Van Arenbergh, Verhae-\nH. Lavedan.                                         ren, Nautet et Kaïser le soin de défendre\n    L'impression a, paraît-il, été très forte. On   leur dignité littéraire, nous avons commu-\nparle de donner prochainement, malgré les           niqué la réponse de M. de Smet à M. Eddy\n difficultés de la mise en scène, les Flaireurs     Levis. Notre obligeant confrère nous a\nde notre collaborateur et ami Charles Van           immédiatement envoyé l'impromptu sui-\nLerberghe. Ceci tentera assurément les              vant :\nartistes qui acclamèrent hautement à son                              KUSSEN\napparition le drame du poète.                          Hij brandde mij in 't woelig harte,\n                                                       Als wierook in een gouden vat.\n                                                       De reine kus vol warme geuren,\n                                                       Dien mij uw mond geschonken had.\n                                                       Uw voorhoofd, zwaar door heilrijk peinzen,\n         C H E R S AMIS,                               Zocht op mijn lippen naar wat rust ;\n   A ma lettre si péremptoire du mois der-             En in mijne armen vroegt gij staamlend :\n                                                       « Hoe komt dat men elkander kust: »\nnier, vous opposez, quoi?\n   Des arguments?                                      Ik wist niet wat ik u zou zeggen ;\n                                                       Onze oogen zwommen in hun droom,\n   Vous en êtes pauvres.\n                                                       Wijl 't tuiltjen in uw lokken schertste,\n   Des excuses ?                                       Een vïnk ons uïtfloot uit haar boom.\n   Vous me les devez toujours.\n                                                       « 't Is zoo eenvoudig, » zong het windje,\n   Mais alors?                                         « 't Geheim te kennen van die lust :\n   Je vous trouve cyniques.                            « Plukt al de krieken van uw lippen... »\n   Pour qui connaît ses auteurs belges, les            En 'k zeî u : « Toe, opnieuw gekust ! »\nphrases prétenduement déconcertantes que               Vergeefs. — Wist ooit de lieve bloeme\nvous m'offrez en guise de réponse et dont              Waarom zij zooveel geuren droeg :\nvous attribuez la culpabilité à notre cama-            Gij zeït : « Nog kan ik niet begrijpen. »\nrade M. Eddy Levis, ne sont qu'une antho-              Ik zeî : « Wij deden 't niet genoeg. «\nlogie de vos propres œuvres d'antan — vos              Nous croyons pouvoir prédire que M. Al-\nfameuses œuvres de Nessus.                          fred de Smet ne s'y frottera plus.\n   Voici quelques citations très fidèles, aux\nfins de vous confondre, ô pères honteux de\nvos premiers nés !                                    Maurice Desombiaux, qui, comme Léon\n   \" ... des mains invisibles et surnaturelles      Bloy, rêve de se rendre insupportable à ses\nqui viennent jeter dans la quiétude de notre        contemporains, prépare un pamphlet du\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                                          -        98   -\n\n rouge le plus vif. Titre : Quelques crapules.         On a installé, au Musée des plâtres du\n   Parallèlement, une nouvelle qui s'intitu-        Champ des Manœuvres, les estampes japo-\nlera : Muse    d'arrondissement.                    naises achetées par le gouvernement. Les\n   Albert Mockel prépare, en ce moment,             délicates gravures sont là, derrière des plâ-\nune longue étude destinée à la Société              tres dont la blancheur brutale les opprime,\nNouvelle sur notre collaborateur Francis            trop haut pour êtres vues, pêle-mêle dans\nVielé-Griffin.                                      des cadres, retenues par des punaises sui-\n                                                    des bristols de rencontre, à l'humidité, au\n                                                    froid, au soleil que c'en est une vraie déso-\n  La Monnaie continue à tirer Robert          le    lation. Nous demandons grâce pour les\nDiable par la queue.                                œuvres précieuses et charmantes que l'Etat\n                                                    devrait être fier d'avoir acquises et, nous\n                                                    réclamons pour elles une installation dé-\n   Notre ami Eugène Demolder a très heu-            cente et surtout de nature à les conserver\nreusement enterré la femme du capitaine.            en bon état. Nous aurons l'occasion de\nIl a eu de fortes impressions d'art.                parler un peu en détail des choses vraiment\n                                                    ravissantes que nous y avons rencontrées.\n\n   La censure a parfois d'heureuses stupi-\ndités. Après avoir interdit — l'année der-\nnière — l'Officier bleu, elle vient d'interdire\nle Pater, un acte en vers torché par                  L'Exposition du Cercle des Arts et de la\nM. François Coppée, ce passant qui repasse          Presse a ouvert ses portes le 14 décembre\nfier comme un Jacobite dans son uniforme            1889; elle les a fermées le 4 janvier 1890.\nde pompier mystique.\n\n                                                      Champfleuri est mort : on le croyait aca-\n                                                    démicien.\n   Notre ami Jules Destrée prépare une\nseconde série de TRANSPOSITIONS, destinée\nà faire suite à l'Imagerie Japonaise... Cette\nplaquette portera pour titre : Prières selon           Il doit y avoir des rabâchages de Charles\nles primitifs. En même temps, Jules Destrée         dans les derniers numéros de la Revue\ntermine son volume de critique NOTES ET             belge. Nous y reviendrons quand nous\nSILHOUETTES sur J.-K. Huysmans, Félicien            aurons le temps de nous amuser.\nRops, Jules Barbey d'Aurevilly, Odilon                 En attendant : Flûte !\nRedon, Edgar Allan Poe, Jan Luyken,\nVilliers de l'Isle Adam, les Japonais. Ce\nmois, il a donné au JOURNAL DES TRIBUNAUX,             M. Barwolf, chef d'orchestre de l'Asso-\nnuméro du 21 novembre, un Croquis judi-             ciation des Artistes-Musiciens, justement\nciaire d'une belle allure littéraire et qui a       offusqué par les tendances anarchistes de\nété très remarqué.                                  l'art musical dans notre pays, a jugé qu'il\n                                                    ne pouvait plus battre la mesure sans se\n                                                    voiler la main d'un gant blanc, symbolique.\n   Après Félicien Rops, voici Constantin            Il a donc fait laver, pour les quatre concerts,\nMeunier, le peintre du travail esclave dans         deux paires de gants, les choisissant très\nles nocturnes décors du pays wallon, décoré         larges afin de ne pas les craquer en applau-\nde la Légion d'honneur. Le gouvernement             dissant; mais le malheureux, dans son\nfrançais tient, décidément, à se compro-            enthousiasme, ne sent pas l'horrible odeur\nmettre dans l'esprit des gens raisonnables.         de naphte qui impressionne les auditeurs\n                                                    des premiers rangs, au point que plusieurs\n                                                    dames déjà se sont trouvées mal.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                          — 99 —\n\n Voyons M. Barwolf, il y a de bonnes              poème de M. Richepin. Il compte avoir\nmaisons, où on lave sans odeur.                   terminé entièrement son œuvre nouvelle au\n                                                  printemps prochain. Le Mage sera repré-\n                                                  senté à l'Opéra dans un an. Dans un an et\n  M. Eugène Hins, le littérateur connu,           deux mois, le Mage ayant été bâclé, exé-\npublie un volume de vers de M llc Katia           cuté, oublié, sera lâché comme rebut à tra-\nHins morte l'année dernière à l'âge de dix-       vers les villes d'Europe et d'Amérique et\nhuit ans.                                         M. Massenet dans le portefeuille duquel\n  « Au moins, si elle n'a pu arriver à la         il suffit de mettre deux sous pour en voir\ngloire littéraire, dit M. Hins dans une tou-      sortir, à la façon des « petits chocolats », un\nchante préface, restera-t-il d'elle des oeuvres   opéra tout fait, M. Massenet « pourparlera »\nqui charmeront plus d'une génération de           téléphoniquement avec les directeurs de\nces petits enfants qu'elle aimait tant et à la    Paris, Bruxelles, Marseille, Nantes, Lyon,\nportée desquels elle savait si bien se            Bordeaux, Gand, Rome, Florence et Genève»\nplacer. »                                         tous ceux du réseau pour le placement de\n  L'oeuvre est légère, gracieuse, naïve,          trois œuvres nouvelles : une première com-\nsurtout en ses courtes piécettes et d'une         plètement achevée, une deuxième, dont il\nprosodie claire et alerte qui donne une           n'aura plus qu'à écrire l'orchestration— on\ngentille allure aux sujets ingénus qu'elle        sait que c'est là une simple besogne méca-\nrenferme.                                         nique qui peut être, au besoin, confiée à des\n  Nous sympathisons à la pensée touchante         plumes mercenaires — la troisième, enfin,\ndu préfacier et regrettons M1'0 Katia Hins,       dont il n'aura encore que le titre, mais qu'il\nqui aurait pris rang parmi nos jeunes             s'engagera néanmoins à fournir toute asti-\nfemmes de lettres.                                quée dans un délai de trois semaines. Quand\n                                                  on a le titre, on est bien près de saisir la\n                                                  conception et l'œuvre conçue est une œuvre\n   A Amsterdam on a exécuté récemment             achevée. Ce que c'est que la fécondité du\ndans d'excellentes conditions l'oratorio De       génie tout de même.\nOorlog (la Guerre) de Peter Benoit. Cette\nœuvre que les Bruxellois n'ont plus enten-\ndue depuis bientôt dix ans, a produit un\neffet énorme.                                        Un professeur vient de publier des Etudes\n                                                  sur la littérature.\n                                                     L'œuvre est des plus intéressantes. A\n   Le Benvenuto Cellini de Berlioz vient          preuve les quelques citations que voici :\nd'être représenté à Leipzig avec un demi             « Parmi les défauts d'Homère on compte\nsuccès.                                           la cruauté excessive dans les combats. »\n                                                     « Comme simples poésies, les pièces\n                                                  d'Eschyle sont d'un grand mérite ; on y sent\n   A l'Association artistique d'Angers, on a      parfois le souffle de l'inspiration. L'obscu-\nexécuté en dernier lieu des œuvres de Peter       rité, que nous y regrettons parfois, vient,\nBenoit, Jan Blockx, Lassen, De Vlee-              sans doute, de la connaissance imparfaite\nschouver dans l'interprétation desquelles         que nous avons des faits auxquels Eschyle\ns'est fait entendre M. Fontaine, l'excellente     fait allusion dans ses drames. »\nbasse anversoise.                                    « Parmi les modernes, c'est Béranger qui\n                                                  se rapproche le plus d'Aristophane. »\n                                                     « Tacite appartient à l'école que les m o -\n                                                  dernes ont appelée descriptive; son genre\n  M. Massenet consacre en ce moment tout          consiste à procéder par tableaux plutôt que\nson temps à la partition du Mage qui est          par discussions. De cette façon, il plaît à un\ndéjà assez avancée. Le maître est ravi du         plus grand nombre de lecteurs. »\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "                                        100\n\n\n\n  « Les coryphées littéraires de notre siècle,   la plupart du temps singulièrement insigni-\nnous le disons à regret, se sont affranchis      fiante. Peines d'amour perdues, la Douzième\nostensiblement du culte des anciens et ont       Nuit, Comme il vous plaira, et Beaucoup\nvoulu nous frayer une route ou plutôt des        de bruit pour rien, sont à ce point de vue\nroutes nouvelles. Voilà d'où vient le mal.       des modèles achevés d'incohérence. A la\nJamais siècle n'a produit plus de génie et de    représentation, du moins, ils nous appa-\ntalent que le nôtre. Si avec l'esprit créateur   raissent tels. Car, ne l'oublions pas, l'action,\net les autres qualités éminentes qui signa-      dans le sens élevé du mot, se confondant\nlent les sommités de la littérature de notre     avec le développement même des caractères,\népoque, elles avaient eu la modestie de          l'absurdité de fable qui sert de prétexte au\nsuivre les voies frayées par leurs prédéces-     développement des caractères, ne saurait\nseurs, en s'attachant à une tradition respec-    choquer beaucoup les esprits attentifs. Cela\ntable de près de trente siècles, aucune p é -    est certain, mais quand nous assistons à la\nriode de l'histoire n'égalerait la nôtre en      représentation d'un drame ou d'une comé-\nmérite littéraire. »                             die, il est dangereux pour l'auteur de solli-\n  L'auteur de ces phrases à la Tilman s'ap-      citer trop exclusivement les efforts de notre\npelle M. Vincent De Block.                       réflexion. C'est à l'émotion du spectateur\n  Nous demandons à contempler les élèves         que le dramaturge doit d'abord s'adresser,\n                                                 et s'il a l'ambition légitime de nous faire\nqu'il a formés.\n                                                 penser, il lui faut commencer par éveiller\n                                                 notre sensibilité. »\n   On a joué, à l'Odéon , chez M. Porel,            Brave homme!\nune adaptation en vers du Marchand de               Quant à M. Besson — le catoblepas de\nVenise, due à la présomption et à l'igno-        la critique — il a proféré ceci : \" Le Mar-\nrance littéraire de M. Edmond Haraucourt.        chand de Venise est une opérette sans mu-\nLa grande voirie théâtrale est décidément        sique \".\nmal surveillée, puisqu'on permet à la bri-          M. Besson est à lui seul une désopilante\ngade poétique de M. Porel de s'attaquer à        opérette, — avec ou sans musique, ça dé-\nShakespeare.                                     pend de lui.\n   Mais ce n'est pas de M. Haraucourt qu'il\ns'agit, c'est de la critique parisienne. Voici\nce que M. Léon Bernard-Derosnes, un des\nmeilleurs feuilletonistes de là-bas, pense du\nvieux Will .\n   \" Malheureusement, si la peinture et le\ndéveloppement des caractères ont autant de\nvérité dans son théâtre comique que dans\nses drames, l'action, proprement dite, y est\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "              Vient de paraître chez LÉON VANIER, Paris.\n\n     L'AME DES C H O S E S\n                         RECUEIL DE POÈMES EN PROSE\n\n                 par HECTOR CHAINAYE\n                       Prix : 2 francs.\n\n  A L ' A V E N T U R E , par JAMES VANDRUNEN. (A paraître).\n\n   L A N O U V E L L E C A R T H A G E , de GEORGES EEKHOUD.\nLes Émigrant s. — Contumace. Chez Kistemaeckers. Prix : fr. 3-50.\n\n   L E S C H I M E R E S , par JULES DESTRÉE, édition grand luxe.\nPrix : 20 francs. Chez Madame Vve Monnom.\n\n   LA PRINCESSE                MALEINE          (hors commerce), par MAU-\nRICE M A E T E R L I N C K .\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement : 1 an, 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n   L ' E V E N T A I L théâtral, artistique et mondain. Abonnement :\nun an, 5 francs. Directeur : F . ROTIERS. Rédaction et administration :\n26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n\n    LA JEUNE BELGIQUE entre dans\nune ère nouvelle de prospérité. A son appel, anciens et nou-\nveaux ont répondu. Elle les remercie. L'affluence a été telle\nqu'elle n'a pu accueillir tous ceux qui se présentaient.\nAttendent encore : La Confession du père Badot de Louis\nDELATTRE ; Le Vagabond de H U B E R T KRAINS; un conte\nde HECTOR CIIAINAYE; La Belgique PANSANTE, de FRANCIS\nNAUTET ; Une Ballade de COLERIDGE, traduite par MAURICE\nDESOMBIAUX, des vers de FERNAND SEVERIN, ALBERT\nARNAY, JEAN BOELS, etc., etc.\n  A la tête du mouvement littéraire, L A J E U N E B E L -\nG I Q U E hautaine et fière, dirigera le combat, marchera en\navant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\nE L L E pour la propagande! Des cartes d'abonnement sont à\nla disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\nDIX abonnés nouveaux recevront L A J E U N E B E L -\nG I Q U E gratuitement p e n d a n t u n a n .\n   Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n 1° L A J E U N E B E L G I Q U E gratuitement à perpé-\ntuité ; 20 Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe,\ndes frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\nen tête de la publication commémorative de nos fêtes du\ndixième anniversaire.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "               NUMÉRO T R I P L E . — JANVIER 1890\n\n\n\n                             SOMMAIRE:\n                Frontispice de George Minne\nAux Jeunes                                               VALÈRE GILLE.\nÉventail .                                               STÉPHANE MALLARMÉ.\nLettres pour les illettrés .                             GEORGES EEKHOUD.\nVers                                                     ALBERT GIRAUD.\nNotes cursives . . . . . . . . . .                       ARNOLD GOFFIN.\nSonnets                                                  HENRI DE RÉGNIER.\nStrophe                                                  FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\nFragment sans titre . .          '                       HENRY MAUBEL.\nSonnet                                                   EMILE VAN ARENBERGH.\nNoce                    flamande                         EUGÈNE DEMOLDER.\nNostalgies                                               THÉO HANNON.\nLe Triomphe du Verbe                                     MAURICE DESOMBIAUX.\nVers                                                     ANDRÉ FONTAINAS.\nDans le Rêve                                             GEORGES DESTRÉE.\nPoèmes                                                   F E R N A N D SEVERIN.\nFemme .                                                  ADOLPHE FRÈRES.\nRoses de neige                                           ALBERT ARNAY.\nLa Princesse Maleine                                     MAURICE MAETERLINCK.\nLe Portrait                                              IWAN GILKIN.\nLa Confession du père Badôt                              LOUIS DELATTRE.\nLe Reveil de la Reine                                    JEAN BOELS.\nLe Messie suprême                                        VALÈRE GlLLE.\nChronique littéraire :\n         La Damnation de l'Artiste . . .                 ALBERT GlRAUD.\n         Impressions d'art                               GEORGES EEKHOUD.\n        Sous-offs                                        ALBERT CHAPAUX.\n        Joies                             . V. G.\n        La Victoire du mari                 LÉON DARDENNE.\nChronique artistique : Les aquarellistes. . GEORGES DESTRÉE.\nMemento. . . . . . . : . . . .              NEMO.\n\n\n\n\n               Bruxelles. — Imprimerie V'Monnoin, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1890-01-15", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, page PDF 16."}}