{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Avril 1890", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "Avril 1890.                       TOME IX. — N° 4                                      io me Année.\n\n\n\n\nLA\n     JEUNE\n                    BELGIOUE\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "SOMMAIRE:\n\n       Cycle patibulaire. — I. Le Moulin-Horloge.       GEORGES EEKHOUD.\n        Tableau anonyme                                ALBERT GIRAUD.\n        Lettres à un Ouistiti                           HENRY MAUBEL.\n       Vers                                             EMILE VERHAEREN.\n        Chronique littéraire : Axel                     IWAN GILKIN.\n        Chronique théâtrale : Le Vaisseau Fantôme.     ALBERT GIRAUD.\n        Chronique musicale : Orphée                     GEORGES EEKHOUD.\n        Chronique artistique : Exposition de Con-\n          stantin Meunier au Cercle artistique.      . V. G.\n       Memento                                         NEMO.\n\n\n\n\n                                                                  BRUXELLES\n                                                     Rédaction : 55, BOULEVARD DANDERLECHT\n     PRIX DU NUMÉRO                                                     PARIS\n              Fr.   0-75                                   LIBRAIRIE DE l'Art Indépendant\n                                                               11, rue de la Chaussée d'Antin\n\n                                                                         1890\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "ne nous l envoyez pas", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1048, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S .\n  33. — BERNARD L. A la mise en pages nous avons été forcés de retirer votre conte ; ce\nsera donc pour le prochain numéro. Mille regrets.\n  34. — GEORGES FONTAINE. Si vous nous faites encore parvenir des vers dans le goût de\nceux-ci, nous les enverrons au vice-recteur :\n                                    Petite grosse\n                                    Pour qui je brosse\n                                         Toujours\n                                         Mes cours,\n\n  35. — On demande un chroniqueur musical, sachant le français; inutile de se pré-\nsenter si on n'est porteur d'un certificat de bonnes mœurs.\n  36. JACQUES FÈRES. Seriez-vous à la recherche de Rimbaud? Si vous êtes encore sur\ncette vallée de larmes, faites-le nous savoir.\n  37. — J. GÉRARD, Verviers. Vous n'avez oublié qu'un point, c'est de donner votre\nadresse. Voici les renseignements demandés : Charles Van Lerberghe n'a encore publié\naucun volume jusqu'à ce jour; ses principaux vers se trouvent dans le Parnasse de la\nJeune Belgique, Vamer, éditeur; il existe aussi un tiré à part de son drame Les Flaireurs,\nmais hors commerce. Bien à vous.\n  38. — JOSEPH D. VOUS avez du toupet! Si vous n'êtes pas sage, nous vous livrerons à\nM'sieu Charles.\n   39. D. T. Vous avez tort de faire des vers; faites de la prose, mais ne nous l'envoyez\npas.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 172, "titre_corps": "Cycle patibulaire : Le Moulin-Horloge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Cycle patibulaire", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "CYCLE PATIBULAIRE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "TABLEAU ANONYME", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "CYCLE PATIBULAIRE\n\n     LE MOULIN-HORLOGE\n\n                            Et le Verbe s'est fait Chair!\n\n\n\n\n        Je sais un moulin broyant aux infâmes le pain de\n       l'expiation.\n             Point d'ailes qui batifolent au vent salubre\n          frisquet des espaces. Rien du moulin à toit pointu\n      comme un capuchon, par dessus lequel les belles\n        filles jettent leur blanc bonnet, — du moulin campé\n        sur la butte ou la digue, regardant croître les\n      moissons et la marée; — ni du moulin romantique,\n   du moulin à eau des ballades, trempant ses palettes\n   dans les cascades, folles, et s'éclaboussant avec un\n   grondement de tonnerre bon enfant; — du moulin\n   montagnard qui réduit gaves et ruisseaux en écume\n   plus blanche que la farine. Jamais de bergamasques\n   mitrons n'en prennent allègrement le chemin, un sac\n   sur l'épaule; jamais de pimpantes meunières, affligées\n d'un meunier jaloux, n'y coquètent avec les chasse-mulets\n égrillards... Non c'est le pire moulin de Sans-Souci, car\n de quoi pourraient bien se soucier les patentés et inamo-\n vibles canapsas?\n   Je sais une horloge palpitante et convulsive, une\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "                                 — 166 —\n\nhorloge en peine comme une âme, marquant l'heure exclusive et spéciale\nà des trappistes involontaires qui firent un emploi subversif de leur temps\net de leurs bras.\n   Mouvement de l'horloge, mouvement du moulin se confondent, battent\nle même tic-tac. C'est de la farine qui s'écoule dans ce sablier fatidique.\nHorloge et moulin ne font qu'un.\n   Il y a cinq ans, je vis ce moulin-horloge, et depuis, ne parviens pas à\nl'oublier, et depuis, mon pain pétri de farine peu suspecte a contracté une\nindélébile amertume de larmes et de sueur; et depuis, toutes mes heures\nsonnent au cadran des irréguliers, et comme une épave, je flotte à la\ndérive\n   Je sais un moulin sinistre que desservent d'incompatibles moulants\nmaillotés de gris terreux et de fauve comme des bêtes puantes.\n   N'osant les détranger, la société les étrange. Ils sont jeunes, copieux,\npleins de vie, mais tarés pour le reste de leurs jours. Il n'est anabaptiste\nassez efficace qui leur confère une nouvelle virginité légale. Il n'existe eau\nlustrale assez lénitive, eau régale assez corrosive pour laver leurs stig-\nmates. Et telle, la contagion de leurs turpitudes que leurs rédempteurs\ndeviennent leurs complices !\n   Manutention unique ! Meuniers contre nature, ne moulant de blé que,\ncelui de leur propre pain!\n   Depuis ma naissance, j'appréciai bien des appareils, découvris nombre\nd'engins funèbres, d'ustensiles et d'outils plus condamnables et plus meur-\ntriers que des armes avérées, souvent je parcourus des ateliers ressemblant\nà des arsenaux ou à des champs de torture, mais nulle part rien ne me\ntroubla comme ce moulin-horloge, dont la grouillante épure me délabre...\n   Mon guide préjugeait-il mon impression? Il usa de précautions oratoires,\nrecourut à d'extrêmes ménagements avant de me conduire devant cette\nsuprême scène d'ilotisme. Le digne homme m'y prépara, comme à la nou-\nvelle d'une catastrophe. Il paraît que tous ceux qui affrontèrent la même\ngéhenne en sortirent blêmes et défaits. Dans ces conditions qu'adviendrait-il\nde moi?\n   Conformément à l'itinéraire, on monte d'abord dans les combles. Le\ngrenier ne contient, outre la provision de céréales, qu'une manière d'auge,\nen forme d'entonnoir, de la contenance d'un setier, et dont la pointe\ns'engage, à travers le plancher, dans le corps de la machine fonctionnant\nen dessous. Les meules invisibles mettent le plancher en trépidation. Il est\ntemps de remplir la trémie lorsque cesse le ronflement souterrain. Aussi, en\nattendant que la mesure se soit écoulée, deux servants apathiques, affalés\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "                                  — 167 —\n\nsur les sacs, sommeillent ou baguenaudent. Et si le brusque silence du\nmoteur, cessant de leur chanter sa berceuse, ne les arrache pas à leur indo-\nlence, un coup frappé contre le plafond ou un juron caverneux, venant\nd'en bas, les rappelle en sursaut à leur office périodique.\n   C'était la trémie banale et anodine de tous les moulins, et les deux faîtards\nchargés de l'alimenter ne risquaient guère de succomber à la tâche.\n   A notre entrée, empressés, mais maussades, ils s'étaient mis debout et\nen position militaire, par respect.\n   Je fis la moue, ébauchai un imperceptible mouvement d'épaules voulant\ndire : « Peuh! le terrible moulin et les pitoyables meuniers, en vérité » !\n   Mon inquisitorial conducteur surprit ma pensée, et avec ce séreux et\nfrigide sourire professionnel des garde-malades et des geôliers :\n   — Doucement, cher Monsieur, n'augurez pas trop favorablement de ce\npréliminaire. Gomme j'ai eu l'honneur de vous en avertir, le moteur de ce\nmoulin est extrêmement particulier, je dirai même excessivement particu-\nlier... Puissiez-vous vous familiariser aussi promptement avec les autres\norganes de l'appareil, avec la cause qu'avec l'effet. Notez bien, que vos\nrépulsions probables seront toutes physiques, toutes nerveuses... Lorsque\nnous sortirons du laboratoire, pour peu que vous réfléchissiez au motif de\ncette révolte sensorielle, vous conviendrez que c'est surtout l'apparat, la\nmise en scène, et peut-être le symbolisme de ce travail qui rebutent et\ncrispent vos fibres affectives... En y regardant de plus près, il n'y a pas là\nde quoi fouetter un chat ou plaindre un malandrin ! Mirage ! simple mirage,\nje vous assure! Illusion d'optique sentimentale! Mais nos contemporains\nenvisagent le réel à travers une lentille grossissante, se montent le coup,\nnourrissent de si subtiles délicatesses, préjugés si morbides, et, appréhen-\ndant d'occultes actions dans les conjonctures les plus naturelles, deviennent\nplus irritables, plus chatouilleux qu'un écorché! »\n   Pendant ce nouveau préambule, mon introducteur soulevait une trappe\net nous descendions un escalier en colimaçon. Arrivés au bas, il s'arrêta\nencore, la main posée sur le loquet, comme pour m'accorder une dernière\nminute de grâce.\n   Puis il poussa brusquement la porte et la battit après m'avoir fait passer\ndevant lui, pour me couper la retraite.\n  Nous nous trouvions dans une vaste pièce carrée, relativement basse,\nqu'éclairaient fallacieusement, un rang de quatre fenêtres offusquées par de\npoudreuses toiles d'araignées, — mais il y flottait encore plus de brumes\nque de ténèbres. D'abord j'avais écarquillé les yeux sans rien voir. Je\nperçus le courant d'air d'un mouvement giratoire, des ailes ou des volants\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "                                  — 168 —\n\npassaient en me frôlant de leur haleine, j'entendis rauquer et corner une\nsorte de locomobile, sans suspecter le moins du monde que cette rumeur\nhaletante, rhythmique pouvait provenir d'une batterie de poitrines\nhumaines. Puis, autour de l'arbre de souche, emboîté dans le corps du\nmoulin, masqué par un travail de charpenterie, je distinguai une énorme\nroue horizontale, une lourde roue sans jantes et à dix rais. A mesure que\ncette masse tournait, de compacte elle devint grouillante et articulée; j'y\ndémêlai des tronçons humains et vivants; tantôt un torse, tantôt une\ncuisse, maintenant une paire de mollets, aussitôt après des poings convul-\nsés, et encore un profil, un galbe, l'attache d'un col athlétique, la rondeur\nd'un menton, le méplat d'une tempe, et souvent rien que le rictus d'une\nbouche, la grenade rouge des lèvres, l'émail d'une mâchoire, la flamme\nd'une prunelle. Un instant encore et ces ébauches se précisèrent, les sil-\nhouettes prirent corps, les membres épars se réunirent et me représentèrent\nune trentaine de garçons robustes, de fière encolure, actionnant, trois à\nchaque rais, la roue immense et pesante. Penchés en avant, empoignant les\nrais comme des bras de levier et de treuil, pesant de toute leur énergie sur\nle manche, ils poussaient, marchaient au pas, balançaient les hanches, la\ncroupe levée, de l'allure moutonnière et passive d'une bête de somme. Ils\nrôdaient, rôdaient, sempiternellement, sans proférer une parole mais non\nsans renâcler comme ces rosses aveugles qui manœuvrent des chevaux de\nbois et pour qui le carrousel forain représente le vestibule de la fourrière\net de l'enclos d'équarrissage.\n   Uniformément vêtus de vestes courtes, découvrant la saillie et la rondeur\n du rable, leurs têtes glabres et rases coiffées d'un bonnet rond, ils viraient,\n pour virer encore et toujours.\n   Leurs cheveux soyeux ou crépus, ces cheveux d'adolescents, orgueil de\nleurs mères imprévoyantes, tombèrent pitoyablement sous les ciseaux\naffectés, en cette colonie, à la tonte des ouailles. Et, aussitôt, à les voir\n bretaudés et poupards, on se demande quelles Dalilas de grands che-\n mins livrèrent ces Samsons à la rancune de notre bourgeoisie philistine?...\n    Pour plus de commodité, la plupart ont retroussé leurs manches et\n quitté leurs sabots.\n   Ils sont donc trente pendards charnus, trente frelampiers dans la fleur de\nl'âge, qui émeuvent le moulin !\n   Chaque fois qu'il passe devant moi, un de ces moteurs humains, toujours\nle même, lance à haute voix le chiffre des révolutions exécutées par\nl'équipe. Il est l'aiguille principale de cette horloge, l'annonciateur des\nminutes révolues, le timbre monotone et discord, funèbre comme un glas.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "                                  — 169 —\n\nAinsi tintent les clarines aux fanons des vaches égarées et coassent les cla-\nrinettes funambulesques.\n   Et chaque fois qu'il braille : un... trois... sept... treize..., c'est une\nminute à la sinistre horloge.\n   Et, chaque fois qu'il arrive à deux cents, c'est une heure à l'horloge de\nla Malechance.\n   Alors il se tait et s'arrête court. Le surveillant réveille les deux clampins\ndu grenier. Au dessus un sac de grain s'écroule dans la trémie.\n   J'ai remarqué qu'en nous jetant le chiffre de ses rotations, le compteur se\ndétournait de notre côté et que ses partenaires, en virant, nous dévisa-\ngeaient à leur tour.\n   Malgré le clair obscur, la brume et la poussière, ces yeux m'ajustent et\nme pénètrent. Il y en a de phosphorescents et de veloutés, de mouillés\ncomme une pelouse crépusculaire, d'aigus comme la bise de décembre. Les\nuns câlins et raccrocheurs évoquent le luminaire des alcôves, d'autres\nangoissent et fascinent ainsi qu'une lanterne de coupe-gorge. Et dans ces\nvisages glabres, blanchis par les longues claustrations, les yeux les plus\npâles, les yeux d'azur et de rosée paraissent ténébreux et nocturnes.\n   A mesure que le nombre des révolutious augmente, le marqueur clame\nd'une voix de moins en moins assurée. Et, conjointement, ses compagnons\nralentissent le pas, élargissent leurs enjambées, s'arcboutent, se calent avec\nplus d'effort, et en s'arrêtant sur moi, les prunelles deviennent de plus en\nplus appelantes.\n   Aux derniers tours la roue gémit, s'enlise, ne démarre qu'à peine; les pro-\npulseurs piétinent sur place, marquent le pas. Ceux qui se déhanchaient et\nse carraient avec une certaine jactance, s'alanguissent, se relâchent. Sou-\nrires ambigus, moues veloureuses dégénèrent en une grimace de détresse.\n   — Deux cents!... Halte!\n   Un tour de plus et ils croulaient.\n   Trente nouveaux colons, dispos et séjournés, qui, adossés aux murs,\nbadaudaient, bras croisés, en attendant le moment de tourner à la meule,\nrelèvent leurs camarades exténués. Ces remplaçants se bousculent avec\nun empressement inconcevable. Ils se disputeraient même les places à la\nroue, ils se battraient pour entrer dans la coursière, si le roulement n'avait\nété réglé d'avance, et si des gardiens n'intervenaient dans les compétitions.\n   La corvée rapporte à ces bannis les quelques centimes nécessaires pour\nse procurer, à la cantine, le tabac et d'autres douceurs. A la fin de la\nsemaine, ils palpent leur mouture en ces grossiers méreaux de plomb,\nmonnaie fictive des colonies pénitentiaires.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "                                 — 170 —\n\n   Et voilà pourquoi, jamais en notre matériel pays, limiers de trait jap-\npant de plaisir, frétillant de la queue, prodigues de caresses, au moment\noù le maraîcher brutal ou le garçon boulanger sournois les attelle sous la\ncharrette surchargée, ne témoignèrent impatience plus fébrile et plus inat-\ntendue, que ces fils de chrétiens appelés à remplir cet office bestial.\n   L'état lamentable de ceux qu'ils suppléent ne les rebute pas. Et même si\nde nombreux relais ne guettaient l'instant de s'atteler à la machine, à peine\nrelevés de corvée, leurs frères rendus, à bout de forces, retourneraient avide-\nment à ce supplice rémunérateur.\n   Remontée après chaque heure, l'horloge se remet en mouvement avec\nune intrépidité nouvelle, les aiguilles fraîches évoluent sans accroc, les\nbarres craquent sous les poignes affermies, les pieds se lèvent et retombent\nen cadence, la voix du nouveau marqueur, le timbre de l'horloge résonne\nplus franchement.\n   Mais, peu à peu, la gorge du compteur se resserre et se voile, l'impulsion\nse ralentit, les visages épanouis se contractent; je vois des gouttelettes\nsourdre à leurs fronts, les muscles se bandent moins facilement, la respira-\ntion s'embarrasse, les yeux affleurent aux orbites et les têtes penchent vers\nles croupes qui les précèdent.\n   Quelques tours après, les corps charnus fument comme des chevaux de\nlabour et se noient dans leurs propres effluves. Une troublante vapeur\nd'étuve et de chambrée sature le manège. Le crissement des dents, le anhè-\nlement des poitrines couvre le ronron félin des meules. La psalmodie du\ncompteur n'est plus qu'un râle...\n   Combien nombrai-je de fois deux cents tours, combien s'écoulèrent de ces\nheures excentriques, combien de fois les moteurs rompus, écartelés, firent-\nils place à des organes nouveaux! J'ignore aussi bien la somme des voix\nsonores et cuivrées que fêla cette horloge patibulaire !\n   Et cette procession de physionomies qui me sourirent moitié sardoniques,\nmoitié filiales, qui m'implorèrent en se dirigeant obstinément de mon côté,\nqui repassèrent chacune deux cents fois, toujours plus pressantes et plus\npitoyables, avant de se dissiper, — dans quelles limbes — inexaucées !\n   Sans cesse se reformaient d'autres cortèges de patients, et les nouveau-\nvenus rappelaient, sans les répéter, leurs obsédants prédécesseurs.\n   A chaque relai, je regrettais ceux qui ne défileraient plus, et pourtant, à\npeine les fraîches recrues s'étaient-elles mises en marche que je ne vivais\nplus que par elles et me suspendais à leurs mouvements !\n   Pupilles dilatées où alternèrent tant de lumière et tant de nuit ! Regards\ninconciliables qui désarmèrent et s'attendrirent peu à peu ! Sueur plus\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "                                —171     —\n\n\nlamentable que des larmes de vierge! Fluide des aberrations majeures!...\n  Aux approches du deux centième tour, les meules cessant de broyer le\ngrain semblaient se retourner contre leurs moteurs, et moudre, et mordre\navec la rancune de la matière électrisée, cette chaude et copieuse levée\nhumaine !\n   Mais le moulin avait beau réduire et fouler ses moulants, la liste en\nétait inépuisable. II y avait toujours des ressorts et des mouvements de\nrechange.\n   Je restai sur place, ne pouvant, ne voulant bouger, me remettant à\ncompter, à chaque nouvelle réparation , les deux cents minutes de l'heure\nabominable.\n   Et lorsque la voix du marqueur s'étranglait que la buée s'épaississait\njusqu'à me dérober les formes de ces patients bien-aimés, je souffrais,\nm'épuisais, me fondais comme eux.\n   La langueur de ces jeunes corps descendait dans mes reins, le long de\nmes vertèbres, ces yeux vidaient mes os, pompaient ma moelle, ces bouches\naspiraient mon reste de souffle, ces regards conjurateurs m'avaient imprégné\nde leur détresse, ces lèvres jaculatoires m'enduisaient de leurs tièdes et\npoignantes implorations, les effluves de cette adolescence déchue, me dam-\nnaient me réprouvaient, avec elle. A quelles extrémités m'aurait entraîné ce\nvertige? Leur rédempteur deviendrait leur complice...\n   Quand mon guide effrayé de mon mutisme et de mon inertie me signifia\nque les ateliers se fermaient et m'arracha, presque de force, à cette dissol-\nvante atmosphère, j'étais plus ivre qu'après une valse effrénée, j'avais\nvieilli d'au moins dix ans et je ne sais quelle force, quelle énergie, quelle\nsève j'avais dilapidées, quelle portion de mon être avaient neutralisée ces\npatients et s'était éventée à leur approche.\n   Un immense dégoût m'avait pris de tout autre milieu et de tout autre\ntemps. Le soleil m'offusqua, je trouvai la liberté superflue, et même la\nvie...\n   Désormais, nul exorcisme ne serait assez puissant pour combler le vide\nuniversel.\n   Je sais un moulin broyant le pain de l'infamie, je sais une horloge aux\nrouages de chair pantelante, aux mouvements saccadés comme un spasme.\nHorloge et moulin ne font qu'un.\n   Le moulin-horloge marque une heure exclusive à des trappistes involon-\ntaires, les honnêtes gens diront à la plus abjecte des peautrailles.\n   C'est à Merxplas, là-bas, tout au fond de la Campine... On les a parqués\net numérotés, ils sont plus de deux mille...\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "                                    172\n\n\n  Et depuis ma confrontation avec ce mirifique phénomène du moulin-\nhorloge, mon pain a contracté une amertume indélébile, et quoi que j'entre-\nprenne, toutes mes heures sonnent au cadran de la malechance.\n                                                GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 174, "titre_corps": "Tableau anonyme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "TABLEAU ANONYME", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 331, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "TABLEAU ANONYME\n             Pour illustrer une heure obscène\n             Avec mon pinceau libertin,\n             Je caresse une œuvre malsaine :\n             Le tableau d'un cœur enfantin.\n\n             C'est une salle aux murs funèbres\n             Oit, sous le vol mou des hibous,\n             Noires éponges, les ténèbres\n             Boivent les pleurs des flambeaux roux.\n\n             Là, dans des ombres équivoques,\n             Frères l'un à l'autre étrangers,\n             Pour moi seul des spectres baroques\n             Dessinent des gestes figés.\n\n             A la pourpre cardinalice\n             Fardant son visage haineux,\n             Un prélat moribond, qui lisse\n             Ses doigts aux bijoux vénéneux,\n\n             Ourdit avec ses yeux de proie\n             Et ses lents sourires cernés\n             La toile où dans l'or et la soie\n             Mourront les rois prédestinés.\n\n             Pointant sa tête ophidienne,\n             Un souple bravo jaune et vert\n             Pour sa tâche quotidienne\n             Affile son poignard expert.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "                _   173   -\n\nCœur simple, gonflé de rancune\nContre la vie et le destin,\nUn long Pierrot hâlé de lune\nAspire un bouquet clandestin,\n\nEt pour fleurir ses yeux moroses\nD'une trompeuse cécité,\nLes aveugle d'étoiles roses\nAux yeux pâles des roses-thé.\n\nUn reître à l'âme inoccupée\nQue ronge un fatal   nonchaloir,\nSur le pommeau de son épée\nCrispe ses gants de buffle noir.\n\nAu fond d'une alcôve lascive,\nBeau de tous les baisers subis,\nLa chair ambiguë et passive\nSous le sadisme des rubis,\n\nSur de doux coussins d'andrinople,\nUn vénal enfant de plaisir,\nUn menin aux yeux de sinople\nJoue avec son nouveau désir.\n\nEt, bras tendus, une hystérique\nPloie en râlant, les cheveux droits,\nSous l'amour d'un Christ chimérique\nDont elle est, en songe, la croix.\n\nEnfin, morne caricature,\nAu centre du caveau plaintif,\nLié sur un banc de torture\nSe tord un éphèbe chétif\n\nQui suit de ses regards farouches\nCes acteurs d'un drame ignoré\nDont les gestes et les jeux louches\nLui versent un effroi sacré :\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "                 — 174 —\n\n Chacun, ministre, menin, reître,\n Pierrot, folle, coupe-jarret,\n Est une image de son être,\n Le dédouble comme un portrait.\n\nIl se dresse contre son rêve,\nLa conscience aboie en lui :\nIllusion! Demain, sans trêve,\nComme hier et comme aujourd'hni,\n\nMiroir de leurs masques magiques,\nEcho de leur verbe envolé,\nDans ces ténèbres nostalgiques\nIl vivra, singe désolé;\n\nEt rongé par le mal qu'il nie,\nSon doux sourire desséché\nGrimacera cette ironie :\nLe remords avant le péché.\n\nO tableau d'une âme enfantine\nOù rôde le vice ingénu,\nMa seule œuvre je te destine\nA quelque musée inconnu,\n\nEt pour une race plus digne\nD'un art maintenant dénoncé,\nOrgueilleusement je te signe\nD'un cœur noir et blanc, renversé.\n                                     A L B E R T GIRAUD"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 179, "titre_corps": "Lettres à un ouistiti", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LETTRES A UN OUISTITI", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS 1 LES NOMBRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "LETTRES A UN OUISTITI\n                                                 A MADEMOISELLE JEANNE    S...\n\n\n                                         I\n\nMon                  désespoir est tel que je viens de m'arracher le cœur ! Et\n                  voici que je t'en offre les morceaux. C'est le dernier mode de\n                  suicide inventé par ma décadence latine. Grignotte-le vite\n                  de peur qu'il ne fonde sous ton regard, car il est en sucre,\npetite gourmande de bonnes choses, en sucre rose tendre, ta nuance.\n   Afin que se renouvelle une infinité de fois mon doux supplice, j'ai fait\ntirer ce cœur à plusieurs sachets d'exemplaires, un jour qu'il faisait beau\ndans tes environs.\n    Dis-moi s'il goûte le bonheur.\n   Tu m'objecteras peut-être que c'est là un holocauste de confiseur et un\nsacrifice bien toc. Mais nous ne sommes plus au temps de l'amour qui\nsaigne et de l'antique, et songe qu'un vrai cœur arraché salirait les tapis\nde laine moussue, où ton peton l'écraserait curieusement pour voir ce\nqu'il y a dedans.\n   Le seul, celui qu'on ne donne qu'une fois, je te le garderai intact comme\nun jouet remis à neuf qu'on ne sort qu'aux jours de fête, aux dimanches de\nla vie, car c'est celui qui bat — et qui pense aussi — pour deux... ce qui\nl'empêche trop souvent, hélas! de faire les meilleures folies et d'oublier le\nnom des rues par où son amour passe.\n    Oublier serait si bon pourtant! Et n'est-ce pas tout l'amour, pendant...\net après?\n   Mais il voit trop clair quand il est gris, il voit trop net à travers son\nivresse. Mon pauvre cœur pensif, qui se regarde aimer, sait trop qu'il\nt'aime pour t'aimer bien.\n    Il voit 1' « avant » et 1' « après » des choses et leur entour; il se souvient,\nil pressent\n   Au lieu de s'abandonner simplement aux naturels baisers qu'appellent\nles caresses de ton geste et de ton regard, il rêve on ne sait quel minuit\nd'amour à quatorze heures et s'en va chercher, à tous les points obscurs de\nl'infini, le baiser plus profond qui t'envelopperait toute, étant fait de l'éter-\nnité de la passion.\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "                                 — 176 —\n\n   Ohé! les psychologues ! Connaissez-vous ça : l'éternité de la passion?\n   C'est ce que je demande aussi d'un ton moqueur à mon cœur, mais le\nmaniaque ne veut rien entendre, et c'est quand l'envie me prend de te presser\nle plus follement entre mes bras, qu'il m'entraîne vers des coins de « vague »\noù il se met à me parler bas...\n   ... A me parler bas de ton âme gamine dans ce corps frêle et gracieux\ncaressé par la souffrance. Car la souffrance, la plate souffrance qui rôde et\nguette, t'a touchée bien des fois, n'est-ce pas? mais, domptée elle-même, elle\ns'est dissipée à ton charme, ne laissant que ce reflet mystérieux, ce petit\npoint de mélancolie en ton regard.\n   Puisse cette goutte de tristesse n'en pas noyer, un jour, la douceur\nespiègle. Puisse cette lueur compassionnelle qui veille au fond de tes jolis\nyeux, ne jamais éclater en implorations éperdues au dieu des ouistitis mal-\nheureux.\n                                     II\n\n   Aujourd'hui — premier avril — tandis que le soleil baignait d'une bonne\ntiédeur dorée la terre du jardin, je vis, sur le mur qui fait face à ma\nfenêtre, l'ombre d'une branche ployer sous l'ombre d'un moineau et,\ncomme on est toujours très bête quand les feuilles poussent, mon imagina-\ntion se mit à aller à la balançoire suivant la molle cadence du moineau qui\nsemblait essayer le printemps.\n   Elle se mit à effeuiller des pâquerettes, mon imagination; elle se mit à\népeler — que dis-je! — à « ba-be-bi-bo-bu-tier » de l'amour et je me fis\ncette réflexion qu'on devrait bien, à certains moments, pouvoir effacer d'une\ncaresse, la buée de mystère qui voile les vitres du cœur, afin de mieux voir\nd'un cœur dans l'autre.\n   Je me dis qu'on devrait mettre à s'aimer un peu plus d'art et moins de\npolitique et que l'on communie mal quand on ne s'est pas confessé....\n   Et j'eus une folle envie d'aller à confesse.\n   Voilà comme, sous prétexte de lire dans ton livre d'âme, ma na'iveté\nt'ouvre le mien tout large, ci-dessous. Tu y verras un tas d'images drôles\nqui ne sont pas d'Epinal et tu pourras en rire sans remords, puisque ce\nsont des images de rêve.\n   Mon Dieu, je crois qu'il est bon, avant de « s'aimer en duel » de faire\nson testament ; surtout quand on n'a rien : c'est se montrer délicat envers\nses héritiers.\n   Sait-on ce qui arrivera et s'il n'y aura pas de casse?\n   Dans ces parties de flirt, les petites choses rouges et senti   menteuses\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "                                  177\n\nqu'on lance à coups de raquette par dessus les moulins du rêve, légères\ncomme un volant, sont pointues comme un dard. On a vu des joueurs\nmaladroits se mettre la jolie pointe dans l'œil et c'est une blessure dont on\nmeurt. Et puis, l'amour, ça mène parfois très loin. Je me dis que je devrai\npeut être passer la frontière, que les douaniers sont des gens pas commodes\net que, m'étant mis en règle avec la paperasserie d'outre terre, j'accom-\nplirai plus gaiement mon voyage passionnel au pays des petites adorées qui\ncroquent nos cœurs ainsi que des\n   — Comment dit-on noisette en ouistiti?\n\n                                      III\n\n   Nous avons tous, dans les cartons du souvenir, précieusement réfugié\nsous de la poussière d'or, notre rêve de Noël. — Je nomme ainsi ce rêve\nqui ne passe qu'une fois par le cœur à l'âge simple où l'on écrirait amour\navec une majuscule si l'on savait écrire.\n   Voici le mien. Ecoute :\n   Jésus, le blond enfant, le bambin en chemise, dont les yeux tendres et le\npetit corps modelé de caresses chastes s'en viennent chaque année nouvelle\nraconter au monde la légende de la maternité, Jésus allait par l'habituel\nchemin, et, sous ses petons, s'écrasaient en coussins soyeusement doux des\npétales de roses blanches. Le chemin, à la montée, s'éclairait d'un reflet bla-\nfard et semblait, par un coude brusque, entrer dans le ciel clair sablé\nd'étoiles. A la descente, il s'obombrait de ces bougeantes floraisons qui\nnaissent tout à coup pendant la nuit de Noël et tassent leurs parfums tièdes\ndans les coins refroidis de la terre.\n   A le voir venir au flanc du féerique paysage et, seul, confiant, l'œil calme,\ns'enfoncer au cœur du monde par ce sentier dont la végétation de plus en\nplus touffue se désenlaçait devant lui, on eût dit un galopin très adorable\nprolongeant son école buissonnière dans la clarté trompeuse de cette nuit.\n   Mais d'étranges velouteuses lueurs bleues, pareilles à la lueur des\nflammes de punch, enveloppaient l'univers. Des ombres furtives de rameaux\net de fleurs glissaient au passage de Jésus sur sa fine chemise de batiste et\njusque sur ses jambes et ses bras nus et, de quelque côté qu'il se tournât,\nune petite tache de lumière lui vacillait au front, à la place d'un baiser que\nsa mère y avait mis en tremblant.\n   D'ordinaire, son pèlerinage s'accomplissait en toute solitude, et il n'avait\nà s'étonner de rien dans l'immuable sérénité de sa jeune nuit.\n   Il s'arrêta.\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "                                  -   178    -\n\n\n    Une mignonne princesse, égarée d'on ne sait quel conte d'amour, venait\nde lui apparaître, enserrée par un massif de fleurs.\n    L'enfant toucha les fleurs qui se délièrent. La princesse l'en remercia\nd'un regard très doux, et sa figure coquettement fardée de lumière s'anima,\npendant qu'au plus profond de ses grands yeux d'une eau merveilleuse,\nmiroitait l'humide reflet d'une amativité grave.\n    Jésus mit dans la petite main de femme sa menotte d'enfant, et, ensemble,\n ils continuèrent à dévaler le sentier : elle, impressionnée et pensive aux\nparfums délicieux qui montaient de la terre ; lui, la guettant du regard et\nattendant en silence le retour affectueux de sa pensée, car depuis un instant\nl'imprégnait cette passion de mioche que les hommes très aimants retrouvent\ntoute, en naïve tendresse, au fond de leur amour.\n    Une rumeur fraîche se mit à chanter doucement au loin. Voilée d'abord\net fondue en sons éoliens par les vapeurs de la nuit, elle s'accentua crescendo,\nvelocendo, comme, dans la campagne, le murmure d'une source invisible\ndont on approche.\n    Le chemin fit encore un crochet. Il y eut encore des buissons de fleurs et\ndes glissades d'ombres — le petit Jésus souhaitant qu'il y en eût indéfini-\nment, tant c'était doux — et, tout à coup, le débouché du sentier à la clai-\nrière en. plateau d'une immense forêt de sapins arrêta d'émerveillement la\nprincesse.\n    Au pied des arbres constellés d'argentines et brasillantes lumières se fai-\nsait un grouillement de mioches aux cheveux ébouriffés, aux yeux écarquil-\nlés ; une bousculade mignonne et trébuchante dans l'emmêlement des\nlongues robes de nuit.\n    Une acclamation de voix flûtées retentit, sillonnée de fusées de rires et de\nfusées de lumières. Les pins dociles cédant à la secousse de tous ces bras\npotelés, tristement, tendrement se courbèrent, en épandant sur les cheveux\nébouriffés et sur les longues robes blanches une neige d'étoiles.\n    La nuit fut un instant comme voilée de lumière et la rumeur s'apaisa\nsous ce geste de silence.\n    Quand le voile se déchira, tous les mioches, à la caresse du ciel, s'étaient\nendormis dans leur rêve...\n    La petite princesse, alors, légère et diaphane comme un fantôme de bon-\nheur, avança lentement parmi les endormis, en berçant d'un regard triste\nleur sommeil, puis, se tournant vers Jésus dont les yeux débordants de\ngrosses larmes ne s'étaient pas détachés d'elle, elle lui prit à deux mains la\ntête, la pressa contre sa poitrine et mit à cette place où vacillait toujours\nla petite tache de lumière, un long et pénétrant baiser.\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "                                    — 179 —\n\n  Le cœur de l'enfant se souvint ; les larmes s'arrêtèrent brusquement au\nbord de ses paupières et son visage s'illumina de joie, car cette caresse venait\nde raviver en lui la délicieuse souffrance d'aimer.\n\n  N'est-ce pas que mon rêve est drôle?\n                                                             HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 185, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "VERS 1 LES NOMBRES", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 405, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "VERS (1)\n                                LES NOMBRES\n\n     Je suis Vhalluciné de la forêt des Nombres,\n             Le front fendu d'avoir buté,\n         Obstinément contre leur fixité.\n\n\n              Arbres roides dans le sol clair,\n          Les ramures en tout à coup d'éclair,\n              Les fûts comme un faisceau de lances\n          Et des rocs quadrangulaires dans l'air :\n              Blocs de peur et de silences.\n\n     Là-haut, le million épars des diamants\n             Et le scintil aux firmaments\n             Myriadaire des étoiles;\n             Et des voiles après des voiles\n     Autour de l'Isis d'or qui rêve aux firmaments.\n\n\n     Je suis l'halluciné de la forêt       des    Nombres.\n\n\n     Ils me fixent avec les yeux de leurs problèmes ;\n     Ils sont pour éternellement être : les mêmes.\n\n (1) Ces deux pièces sont extraites des Flambeaux noirs, le prochain livre de M. Emile\nVerhaeren, édité par M. Edmond Deman.\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "                             — 180 —\n\n           Primordiaux et définis,\n Ils tiennent le monde entre leurs infinis ;\n           Le fond et l'essence des choses\n Et par les au travers des temps planent leurs     causes.\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des   Nombres.\n\n\n\n         Ils me brûlent de leurs vouloirs\n         En mes orgueils et mes douloirs.\n     Mes yeux ouverts? — dites leurs prodiges.\n     Mes yeux fermés? — dites leurs vertiges.\n          Voici leur danse rotatoire\n         Cercle après cercle, en ma mémoire.\n         Je suis l'immensément perdu,\n         Le front vrillé, le cœur tordu,\n         Les bras battants dans les hasards\n         Et les hagards des cauchemars,\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des Nombres.\n\n\n\nTextes de quelles lois infiniment lointaines ?\nRestes de quels géométriques univers?\nHâvres, d'où sont partis par des routes certaines,\nCeux qui pourtant se sont cassés au cap des mers.\n\n\nRegards abstraits, lobes vides et sans paupières,\nClous dans du fer, lames en pointe entre des pierres,\n    Cubes, angles, pavés d'écrasement,\n    Sur les chemins    d'interminablement.\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des Nombres.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "                           — 181 —\n\n         Mon cerveau triste au bord des livres\n         S'est épuisé de tout son sang\n         Dans leur trou d'ombre éblouissant ;\n         Devant mes yeux, les textes ivres\n         S'entremêlent, serpents tordus,\n         Mes poings sont las d'être tendus\n         Par au travers de mes nuits sombres\n         Avec au bout le poids des nombres,\n         Avec toujours la lassitude\n         De leurs barres de certitude.\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des   Nombres.\n\n\n\n    Dites jusques à quand le net supplice\n         De redouter leur maléfice\n    Haineusement dardé vers ma folie?\n    Immatériels ou réels, que sais-je?\n         Ils me sont froids comme la neige\n         Et leur fatalité me lie\n         En une atroce anomalie.\n\n\n        Dites jusques à quand là-haut\n    Le million épars des diamants\n        Et le scintil aux firmaments\n        Myriadaire des étoiles,\n        Et ces voiles après ces voiles\nAutour de l'Isis d'or qui rêve aux firmaments?\n\n\n\n                    LA DAME EN NOIR\n\n\n— Dans la ville d'ébène et d'or\nLa dame en noir des carrefours\nQ'attendre, après autant de jours,\nQ'attendre encor?\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "                         — 182 —\n\n— Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir,\nVers les lunes de mes deux yeux,\nSi longuement vers les lunes en noir\nDe mes deux yeux     silencieux\nSi longuement et si lointainement, ce soir,\nVers les lunes de mes deux yeux en noir.\n\nQuel deuil foisonné d'or agitent-ils mes crins,\nPour affoler ainsi ces chiens,\nEt quel bondissement et quel orgueil mes reins\nEt tout mon corps foisonné d'or?\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre, après de si longs jours.\nQ'attendre ?\n\n\n\n— Vers quel paradis, noir font-ils voile mes seins ?\nEt vers quels horizons ameutés de tocsins\n         En désespoir au fond du soir ?\nDites, quel Walhalla tumultueux de fièvres\nEt quels chevaux cabrés en tempête : mes lèvres?\n\nDites, quel incendie et quel effroi\nSuis-je? pour ces grands chiens, qui me lèchent ma rage\nEt quel naufrage espèrent-ils en mon orage\nPour tant chercher leur mort en moi?\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre après de si longs jours?\n\n\n\n         — Je suis la mordeuse entre mes bras\n         De toute force exaspérée\n         Vers les toujours mêmes hélas;\n         Ou dévorante — ou dévorée.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "                          — 183 —\n\n         Mes dents comme des pierres d'or\n         Mettent en moi leur étincelle :\n         Je suis belle comme la mort\n         Et suis publique aussi comme elle.\n\n\n        Aux douloureux traceurs d'éclairs\n        Et de désirs sur mes murailles,\n        J'offre le catafalque de mes chairs\n        Et les cierges des funérailles.\n\n\n        Je leur donne tout mon remords\n        Pour les fouler au seuil du porche\n        Et le blasphème de mon corps\n        Brandi vers Dieu comme une torche.\n\n\n        Ils me savent comme une tour\n        De fer et de siècles vêtue\n        Et s'exècrent en mon amour\n        Qui les affole et qui les tue.\n\n\n        Ce qu'ils aiment — cœur naufragé\n        Esprit dément ou rage vaine —\n        C'est le dégoût surtout que j'ai\n        De leurs baisers ou de leur haine.\n\n\n        C'est de trouver encore en moi\n        Leur pourpre et noire parélie\n        Et mon drapeau de rouge effroi\n        Echevelé dans leur folie.\n\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre, après de si longs jours,\nQu'attendre?\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "                          — 184 —\n\n— A cette heure de vieux soleil, chargé de soir,\nQui se projette en pavé d'or sur le trottoir,\nOù la ville s'allonge en un serpentement\nDe feux et de lueurs vers la fatalement\nToujours debout à l'horizon : la femme,\n              Les chiens du désespoir\n     Ont aboyé vers les yeux de mon âme,\n         Si longuement vers mes deux yeux.\nSi longuement et si lointainement, ce soir,\n     Vers les lunes de mes deux yeux en noir!\n\n\nDites, quel brûlement et quel orgueil mes reins\nFont-ils courir par au travers de mon corps d'or ?\nEt de quel flottement s'en vont-ils mes crins\nVers les abois et les appels des chiens ?\n\n\nEt moi aussi, dites, quel Walhalla de fièvres\n             Vient me tenter les lèvres\nEt vers quels horizons ameutés de tocsins\nEt quel paradis noirs, font-ils voile mes seins ?\n\n\n    Dites quel incendie et quel effroi\n    Vient, chaque soir, me chasser hors de moi,\n         Sur les places, vers la ville,\n         Reine foudroyante et servilel\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre après de si longs jours,\nQu'attendre !\n\n\n\n        — Hélas quand viendra-t-il celui\n    Qui doit venir — peut-être aujourd'hui    —\n        Qui doit venir vers mon attente,\n        Fatalement, et qui viendra;\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "                                    — 185 —\n\n          La démence incurable et tourmentante\n              Qui donc en lui la sentira\n          Monter vers mes deux seins qui hallucinent?\n             Aux mains de ceux qui assassinent\n             Mon corps se dresse ardent et blême :\n             Je suis celle qui ne craint rien\n             Et dont personne ne s'abstient;\n              Je suis tentatrice suprême.\n\nDites? Qui donc doit me vouloir, ce soir, au fond d'un bouge?\n\n\n               — La dame en noir des carrefours\n               Qu'attendre après de si longs jours\n                            Qu'attendre?\n\n\n               — J'attends cet homme au couteau               rouge.\n\n                                                       EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 188, "titre_corps": "Chronique littéraire : Axel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE THEATRALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   Axel, par le comte VILLIERS DE L'ISLE-ADAM; I vol. in-8°. Paris, Maison Quantin.\n\n               En achevant la lecture d'Axel, il semble que l'on vient d'ouïr\n                une musique surnaturelle, d'une beauté pe'nétrante et despo-\n                tique, qui vous a porté hors du temps et de l'espace, comme\n               le chant de l'oiseau miraculeux qui tint en extase durant cent\n               ans ce vieux moine incrédule, qui doutait de la possibilité\nd'un bonheur éternel. Hors du temps, hors de l'espace; — c'est, qu'en\neffet, l'art du comte Villiers de l'Isle-Adam est un art d'abstraction. Ce\nn'est point à lui qu'il faut demander la couleur locale, et, à son temps\nil n'a emprunté qu'un certain américanisme ironique, qui le fait un peu\ncousin d'Edgar Poë. Il a même poussé l'abstraction fort loin. Dans Axel,\nqui est un drame, les personnages, lorsqu'ils sont dignes de prendre vraiment\nla parole, parlent tous la même langue, qui est l'admirable langage du\ncomte Villiers de l'Isle-Adam. Aussi, ne voit-on point s'agiter dans ce drame\ndes personnes vivantes, faites de chair et d'os, et laissant crier, sous les\ncoups du destin, leur sang et leurs entrailles : ce sont de corrects person-\nnages, parlant également bien la même admirable langue, au point qu'il\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "                                  — 186 —\n\nsemble parfois qu'il n'y ait qu'un seul acteur, qui se donne à lui-même la\nréplique. Soyons exact pourtant : à ce point de vue spécial, l'un des person-\nnages est plus particulièrement caractérisé : c'est l'archidiacre, de qui le\nsermon trahit une recherche, réussie d'ailleurs, du parler réel de la chaire.\n   Dans Axel, si le style est personnel, ce n'est donc point quant aux\ndramatis personœ ; mais, en revanche, il l'est, et, magnifiquement, quant\nau merveilleux écrivain qui a su faire chanter sa prose prestigieuse presque\nà l'égal de la plus magique poésie. Faut-il citer, pour preuve, l'admirable\ndialogue du quatrième acte, aussi divinement beau que, dans l'Eve future,\nl'incantation de Hadaly?Et qui pourrait méconnaître les caractères propres\nde cette beauté, qui sont : l'aristocratie et l'intellectualité? Aristocratiques,\nelles le sont assurément, ces nobles phrases, qu'envieraient les plus hau-\ntaines impératrices et qui revêtent de brocart d'or et de joyaux sévères des\npensées souveraines, nées pour les diadèmes. Et rien n'est plus exclusive-\nment intellectuel, c'est-à-dire enfant pur de l'intelligence, que le verbe de\nVilliers de l'Isle d'Adam. Toute sensualité est bannie de son œuvre. L'amour\nmême n'y brûle que d'une flamme cérébrale. Toute réalité contingente en\nest, de même, éliminée et les objets n'y sont figurés que sous leur aspect\ngénéral.\n    Axel est un drame hermétique. L'intérêt croissant qui s'attache depuis\nquelques années aux publications plus ou moins imprégnées d'occultisme,\n nous incite à insister sur ce caractère spécial.\n    Ce drame — ou plutôt ce poème dramatique en prose — est divisé en\nquatre parties, dont voici les titres : le monde religieux, — le monde tra-\ngique, — le monde occulte, — le monde passionnel. La première partie\nnous montre une orpheline, Sara de Maupers, élevée au couvent de Sainte-\nApollodora, où elle a passé son temps à déchiffrer d'anciens manuscrits,\noubliés jadis dans l'abbaye par les Rose-Croix; rebelle aux ordres de l'ab-\nbesse et de l'archidiacre, elle refuse de se consacrer au Seigneur et fuit, par\nune neigeuse nuit de Noël, vers un pays lointain où l'appellent de vastes\n espérances.\n   Dans la deuxième partie, longue hélas 1 fastidieusement, le jeune comte\nAxel d'Auersperg tue en duel son cousin, qui a supris le secret du château\nd'Auersperg : un trésor colossal, caché par le père d'Axel, gît mystérieuse-\nment dans un caveau perdu, aux environs de la princière demeure. Séduit\nà son tour par l'attrait de l'or, Axel a sacrifié une vie humaine et va, dans\nl'acte suivant, renoncer à la haute Sagesse, dont il était l'adepte.\n    Car, initié par un mage aux arcanes de la science occulte, il était destiné\npar lui à un avenir mystique. De même, Sara de Maupers, qu'une main\ninvisible conduit cette même nuit au château d'Auersperg. Maître Janus, le\nmage, formule en ces termes son secret dessein, qui est la pensée fonda-\nmentale du drame : « Voici donc en présence la dualité finale des deux\n« races élues par moi du fond des âges pour que soit vaincue par la simple\n« et virginale Humanité la double illusion de l'Or et de l'Amour, —\n« c'est-à-dire pour que soit fondée, en un point de Devenir, la vertu d'un\n« Signe nouveau ».\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "                                 -       187-\n\n\n   Qu'est-ce à dire? Un signe, un symbole nouveau va donc s'ériger, qui\ndira la défaite de la double illusion de l'or et de l'amour? Mais ce signe\nexiste, c'est le signe de la Croix. Maître Janus oublie qu'en magie on ne\nremplace un signe que lorsqu'il a perdu sa vertu.\n   La croix est le pantacle qui résume toute la doctrine de l'évangile. Elle\nest le symbole du renoncement, et tout spécialement du renoncement à l'or\net à la chair.\n   Et par quoi maître Janus veut-il remplacer le signe du sacrifice du Cal-\nvaire? Par le suicide de deux jeunes gens, dont l'un, Axel, a renié la haute\nscience, comme l'autre, Sara de Maupers, a renoncé à la vie mystique, dont\nsa haute intelligence pouvait atteindre les sommets. Voilà ce que maître\nJanus appelle « la simple et virginale humanité ». Et il n'y a pas à s'y\ntromper, le reniement d'Axel et la fuite de Sara ne servent qu'à réaliser ses\ndesseins : « Le Voile et le Manteau, tous deux renonciateurs, se sont\ncroisés : l'Œuvre s'accomplit. »\n   Comment s'accomplit-elle? La quatrième partie, le monde passionnel,\nnous l'apprend. Axel et Sara se sont rencontrés dans l'obituaire du château\nd'Auersperg et y ont découvert à la fois l'or qu'ils cherchaient et un\ntrésor éblouissant, caché là jadis par les Rose-Croix. Brûlés d'abord de la\nsoif de l'or, ils veulent se disputer les fabuleuses richesses, mais vaincus\npar l'amour, ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Quels rêves alors\nd'avenir royal, promenant leur passion sublime à travers les plus féeriques\ncontrées, assujetties à leur volonté par l'or tout-puissant! Mais Axel a\nbientôt reconnu l'éternelle illusion et la dénonce en ces profondes paroles :\n« Vivre? Non. — Notre existence est remplie, — et sa coupe déborde. —\nQuel sablier comptera les heures de cette nuit? — L'avenir? Sara, crois en\ncette parole : nous venons de l'épuiser. Toutes les réalités, demain que\nseraient-elles, en comparaison des mirages que nous venons de vivre?.... »\n— Et, buvant avec Sara le poison qui les délivre de l'existence, il s'écrie\nencore : « Vieille terre, je ne bâtirai pas les palais de mes rêves sur ton sol\ningrat : je ne porterai pas de flambeau, je ne frapperai pas d'ennemis. —\nPuisse la race humaine, désabusée de ses vaines chimères, de ses vains\ndésespoirs et de tous les mensonges qui éblouissent les yeux faits pour\ns'éteindre, — ne consentant plus au jeu de cette morne énigme, — oui,\npuisse-t-elle finir, en's'enfuyant indifférente, — à notre exemple, — sans\nt'adresser même un adieu ! »\n   Une note, annexée au volume, nous apprend que Villiers, mécontent du\ncaractère peu chrétien de son drame, cherchait à en modifier le dénouement.\nCe n'est pas celui-ci seulement, c'est toute la conception fondamentale\nd'Axel qui est en révolte contre l'orthodoxie chrétienne et, non moins,\ncontre l'orthodoxie magique.\n   Une dernière remarque. L'originalité doctrinale d'Axel réside surtout\ndans l'union, souvent heureuse, du dogme de la Kabbale et des principes\nde la philosophie pessimiste de l'Inde à peu près tels que les a remaniés en\nOccident Arthur Schopenhauer. Comment Villiers n'y a-t-il point vu l'una-\nnime réprobation du suicide? Comment a-t-il pu imaginer de transformer\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 528, "texte": "                                 — 188 —\n\nen symbole de foi ce faux renoncement condamné par toutes les ortho-\ndoxies qu'il invoque?\n   Mais si Axel n'est point bâti sur la pierre angulaire d'un bonne logique,\nadmirons sans réserve le style merveilleux de ce monument littéraire. Et si\nles hautes doctrines ont été méconnues dans le plan général de cet étrange\nouvrage, il est tel morceau où elles sont révélées avec une incomparable\nsplendeur.\n                                                         IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 189, "titre_corps": "Chronique théâtrale : Le Vaisseau fantôme. Une étude de M. L. 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Ils auraient pu, en effet, au\nlieu du Vaisseau Fantôme, monter Rienzi, ou, à défaut de Rienzi, essayer\nles Fées, ou même, — pourquoi pas? — rechercher la musique des\nquadrilles que les Stoumon et les Calabrési d'antan firent écrire par\nRichard Wagner pendant qu'il composait le Vaisseau Fantôme. On aurait\npu tirer de ces pages, douleureusement bouffes, un délicieux ballet, aussi\nremarquable, certes, que la Nuit de Noël. Et les wagnéristes eussent été\naux anges.\n   MM. Stoumon et Calabrési, lorsqu'on se permet de discuter leur entre-\nprise théâtrale, lorsqu'on effleure dé la moindre critique les Esclarmonde\net les Salammbô dont ils favorisent les dilettanti, se prétendent victimes\n d'une cabale, contre eux montée par les partisans de la précédente direc-\ntion. Notre Ritt et notre Gailhard s'Imaginent, sans doute, que toute ques-\ntion d'art se résout en une question personnelle. Ils nous mesurent à leur\naune, ce qui sent terriblement le comptoir.\n    Ces Messieurs se trompent. Assurément nous savons gré à MM. Dupont\net Lapissida de nous avoir offert la Walkyrie, une superbe reprise des\nMaîtres Chanteurs, et Lohengrin. Mais si les nouveaux directeurs du\nthéâtre de la Monnaie, au lieu de nous traîner de Meyerbeer en Halévy, et\nd'Halévy en Ambroise Thomas, avaient résolûment abordé le répertoire de\n Bayreuth, s'ils nous avaient donné Siegfried ou Tristan et Isolde, —\nnous eussions été les premiers à les encourager, et à soutenir, comme la\nJeune Belgique sait le faire, leur initiative. MM. Stoumon et Calabrési ont\n préférer piétiner sur place, dans un répertoire usé jusqu'à la corde. Leur\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "                                 — 189 —\n\neffort artistique a été nul. Qu'ils ne s'étonnent donc pas si nous leur faisons\nla guerre. Ils ont ouvert les hostilités.\n   Pour nous offrir, in extremis, une œuvre déjà représentée à Bruxelles,\nils ont engagé un chef d'orchestre surnuméraire, M. Franz Servais. C'était\navouer que leur chef d'orchestre ordinaire, M. Barwolf, est incapable de\ndiriger le Vaisseau Fantôme. A moins que notre Ritt et notre Gailhard ne\nse soient attaché M. Servais que pour tuer l'œuvre des Concerts d'Hiver.\nMais ce serait trop de machiavélisme : nous n'insistons pas.\n   M. Franz Servais a dirigé l'orchestre en artiste épris de son art. Il a eu\nde la vigueur et de la souplesse, avec un souci de la perfection poussé parfois\njusqu'à la minutie. L'ouverture du Vaisseau Fantôme, interprétée par lui,\nest un régal pour les fervents de belle et fière musique. Et il a éclairé toute\nl'œuvre, fort hétérogène, de son coup d'archet lumineux et intelligent.\n   Cet éloge nous autorise à risquer une critique : le chœur des fileuses,\njoué et chanté lourdement, nous a paru perdre beaucoup de son caractère\net de sa couleur.\n   Quant aux acteurs, — M. Renaud mis à part — ils sont faits pour jouer\ndu Wagner comme un crocodile pour danser la tarentelle. M me Fierens —\navec sa grosse voix, ses gestes de poupée, et son articulation pâteuse — est\nune déplorable Senta. Les autres ont droit à un silence sévère.\n   Les décors sont piteux, et la mise en scène ridicule. Le dénouement, tel\nqu'il est réglé, devient incompréhensible. On dirait la fin du Roi d'Ys, en\nplus grotesque.\n   L'œuvre elle-même nous a profondément intéressé, avec ses tâtonne-\nments et ses lacunes, mais aussi avec ses élans magnifiques vers un idéal\ndramatique réalisé plus tard. Telle qu'elle est, elle est supérieure à\nn'importe quel Sigurd, à toutes les Salammbô, à la plus ingénieuse des\nEsclarmonde, parce qu'elle a le don de la vie.\n   Nous nous en voudrions si nous terminions cet article, où il est question\nde Wagner, sans signaler à nos lecteurs une curieuse et savoureuse étude,\npubliée dans la Fédération Artistique par un musicien de talent et de\nscience, M. Léopold Wallner. Cette étude, consacrée à Scheibe et à\nLessing, est intitulée La Réforme de la Symphonie théâtrale. M. Wallner\ny démontre, de la façon la plus irrécusable, que le drame lyrique, tel que\nRichard Wagner lui a donné sa forme définitive, a été non seulement\nentrevu par Scheibe, mais encore décrit, en 1767, dans ses éléments les\nplus caractéristiques, par un des plus pénétrants esprits de l'Allemagne,\n Lessing. Il ne s'agit pas, en effet, dans la Dramaturgie      Hambourgeoise,\ndu rêve prophétique, mais vague, de Rousseau, de Diderot, ou de Beaumar-\nchais. Le rôle de l'orchestre, destiné à « remplacer le chœur de l'antique\ntragédie », le secret de la déclamation, le leitmotiv considéré jusqu'en ses\ncombinaisons les plus récentes, toute l'esthétique wagnérienne est contenue\ndans ses pages, merveilleuses d'instinct musical et de divination artistique.\n   C'est dire que l'étude de M. Léopold Wallner est à lire, et à méditer.\n                                                      ALBERT GlRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 192, "titre_corps": "Chronique musicale : MM. Edgar Tinel et Émile Mathieu au Concert populaire. 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Emile Mathieu, le Sorbier, deux tableaux sympho-\nniques : le Lac et la Forêt, et la première partie de Freyhir.\n   De ces deux compositeurs nationaux, c'est M. Tinel qui l'emporte. Non\nseulement il est aussi bon technicien que son confrère, mais dans son\ninstrumentation serrée, solide et nerveuse, il coule des idées plus nobles et\nplus personnelles. Pour Polyeucte, M. Tinel a adopté une forme quasi-\nclassique, la coupe de la sonate des maîtres du siècle dernier. Mais son\norchestration, sa polyphonie réunit la richesse et le coloris des meilleures\npartitions modernes. Des trois parties composant cette suite : Ouverture,\nRêve de Pauline, Fête dans le temple de Jupiter, c'est la première que\nnous préférons. Elle est souverainement évocative. Elle synthétise les situa-\ntions de la tragédie et donne la caractéristique des principaux personnages.\nLe majestueux thème chrétien et le motif de l'amour de Pauline et de\nPolyeucte sont des trouvailles. Dans la troisième partie nous goûtons la\nmarche religieuse, les incantations, quelques airs de ballet, et surtout ce\nqui suit, l'entrée de Néarque et de Polyeucte dans le temple et leur colli-\nsionavec les païens.\n   Le Sorbier de M. Mathieu, est de la musique puérile et honnête, puérile\nsurtout. M. Mathieu, géologue, botaniste et ornithologiste, a la spécialité\ndes conférences en musique. Ses poèmes sont des articles de dictionnaire\nLarousse, relevés d'une pointe de ce sentimentalisme romançard qui faisait\nles délices de nos grand'tantes et dans lequel excellaient les Lo'isa Puget et\nles Abadie (rien de l'intéressant guillotiné de ce nom). Certains vers du\nSorbier le disputent en boncœurisme à ce refrain moisi :\n\n                          Ce nid, ce doux mystère\n                          Que vous guettez d'en bas,\n                          C'est l'espoir du printemps,\n                          C'est l'amour d'une mère.\n                          Enfants n'y touchez pas !\n\n  Le sens poétique et artiste, dans l'acception moderne du mot, fait com-\nplètement défaut à ce compositeur actif et consciencieux. Il lui manque\nmême, lorsqu'il édulcore des romances sans paroles, telles que son Sous\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "                                 —   191   —\n\n\nbois et son Lac, deux rengaines descriptives qui dégagent l'ennui, la mono-\ntone somnolence d'une relecture de Lamartine. Il est strictement musicien,\nhomme de métier. Ses bonnes pages, par exemple la première partie de\nFreyhir, dont la progression bien comprise produit un réel effet, ne\ns'élèvent pas au dessus de la musique pour festivals. A part le Hoyoux, je\nne trouve dans le bagage musical de l'honorable directeur de l'Ecole de\nmusique de Louvain,rien qui révèle la personnalité. Malgré l'incontestable\ncontemporanéité de sa facture, ce producteur n'est pas un créateur. Par ses\nprédilections et ses penchants, il appartient à une génération déjà lointaine.\nIl semble venu cinquante ans trop tard. Il date déjà comme un portrait de\nNicaise de Keyser, une poésie d'Abrassart, un roman de Coomans et un\nmeuble d'acajou. C'est vieux, cela deviendra-t-il jamais archaïque? J'en\ndoute.\n   Ce qui ne vieillit pas, c'est la musique de Gluck. M. Gevaert s'en est\n payé une tranche, et une fameuse, au dernier de ses quatre grands concerts\ndu Conservatoire. Tout l'Orphée y a passé. Interprétation hors ligne à\ncommencer par celle de l'orchestre, un orchestre de maîtres comme il n'y en\n a pas un second en Europe. Mais où trouver aussi, ailleurs qu'à Bruxelles,\n un musicien soignant, préparant, mettant au point avec pareille ferveur et\n une aussi profonde compétence, l'exécution d'un opéra-tragédie de Gluck,\n d'une symphonie de Beethoven ou d'un oratorio de Sébastien Bach ! Quelle\n chance que les destinées du Conservatoire ne dépendent pas, comme celles\nde feu le théâtre de la Monnaie, d'un vote secret des malconseillers com-\nmunaux de Bruxelles, et qu'il n'y a pas de danger pour M. Gevaert d'être\njamais livré aux Bèdes! Sinon, au lieu d'Orphée, nous n'entendrions plus\nque des orphéons et les bailleurs municipaux maquignonneraient l'im-\nmeuble de la rue de la Régence aux directeurs du Conservatoire de Taras-\ncon.\n   Mais n'évoquons pas plus longtemps, à propos des chefs-d'œuvre,|nos\ncalamiteux teneurs de livres communaux.\n   Etrange phénomène que cet art austère et pathétique, que cette renais-\nsance musicale de la tragédie antique, se produisant en ce frivole et scep-\ntique dix-huitième siècle, en plein règne de la galanterie, du bibelot et de la\nrocaille! Bizarre capice d'Apollon, qui donne pour protectrice à Gluck, ce\ngénie à forte carrure, la gracieuse et bergeriante Marie-Antoinette, la pétu-\nlante laitière de Trianon, et fait du créateur des deux Iphigénie, d'Orphée,\nd'Alceste et d'Armide, le contemporain de Grétry, de Boucher, de Gentil-\nBernard et des encyclopédistes.\n   « Autant sa vieillesse fut glorieuse, autant ses commencements furent\ndifficiles, racontent ses biographes. Fils d'un forestier de Bohême, il com-\nmença dans sa rude adolescence à jouer du violoncelle aux foires de\nvillage. Toujours en route, sur pied du matin au soir, ce grand garçon aux\népaules carrées, aux yeux énergiques, faisait danser les paysans en plein\nair au son d'un vigoureux archet, ou régalait les grands seigneurs de sa\nvoix en chantant de vaillantes mélodies populaires. Quand il n'en savait\nplus, il en faisait de nouvelles. Un jour, un seigneur italien, le comte\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2915, "texte": "                                  — 192 —\n\nMelzi, devine son talent, l'emmène en Italie, lui donne les meilleurs\nmaîtres, lui fait apprendre l'harmonie, le contre-point, toute la musique, et\nle voilà faisant son premier opéra à vingt ans. »\n   Ce premier opéra ne comptait pas. La série qui le suivit ne valait pas\ndavantage. C'est à cinquante ans seulement que le musicien-poète trouva\nsa vraie voie, mais alors la révélation lui vint pleine, éclatante, entière dans\nson Orphée.\n   Ecoutez-le conter lui-même à son ami Corancey la manière dont il se\npréparait à la composition de ses tragédies : « D'abord, dit-il, je me place\n(en pensée) au centre du parterre. Ensuite je parcours toute la pièce, et\nchaque acte en particulier. Une fois au clair sur le tout et sur le caractère\ndes personnages principaux, je considère l'œuvre comme terminée, quoique\nje n'en aie pas encore écrit une note. Cette préparation me prend d'habitude\nune année et m'attire souvent une grave maladie ».\n   Le même homme répondait à un de ses interlocuteurs, qui s'étonnait de\ncette souffrance de la création : « On peut composer autrement, mais cela\nne tire pas le sang de la vie, ma questo non tira sangue! »\n   Farouche et sublime image ! Impossible de mieux définir la portée de ces\nœuvres toutes chaudes, toutes pantelantes, arrachées par le Génie aux\nentrailles de la Musique.\n   Combien la comprenaient, cette musique d'Orphée, comme elle mérite\nd'être comprise, de ceux qui l'écoutaient, le mois dernier, au Conserva-\ntoire! Bien peu, si l'on en juge par ce qu'en racontaient le lendemain dans\nleurs journaux les critiques qui reflètent le mieux l'opinion et les impres-\nsions d'un public. Mais qu'importe! Il serait même regrettable que Gluck,\ndevînt à la mode, car ainsi que le dit Berlioz, « rien n'est plus délicieux et\nplus flatteur pour les gens organisés d'une certaine façon que de voir les\nchoses qu'ils aiment et admirent insultées par les gens organisés d'autre\nsorte. C'est le complément de leur bonheur. Et dans le cas contraire, ils\nsont toujours tentés de paraphraser l'aparté d'un orateur de l'antiquité et de\ndire : « Les Polonius sont enchantés, admirerions-nous une platitude?... »\n   A cette reprise d'Orphée, si les Polonius, musiciens ou non-musiciens,\nn'entendaient rien au poème, que d'aucuns ont proclamé absolument\ndépourvu d'intérêt, ou à la musique, que d'autres ont jugée convention-\nnelle ou démodée, la plupart ont du moins reconnu les mérites de l'exécu-\ntion, et félicité le maître Gevaert, les artistes de son prestigieux orchestre,\nM. Anthony, l'excellent flûtiste, M me Carlotta Desvignes, l'interprète\ninspirée et vibrante du rôle d'Orphée, M me Cornélis-Servais, une Eurydice\nde grand style, et Mlle Dyna Beumer, dont la jolie voix mutine et le débit\ncoquet et détaché convenaient on ne peut mieux au rôle de l'Amour.\n\n                                                  GEORGES E E K H O U D ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 193, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition de Constantin Meunier au Cercle artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "V. 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Il ne s'arrête pas\naux personnages, il n'est point psychologue; une vision plus large le hante;\nses personnages ne sont là que comme compléments, ils gardent tous la\nmême impression de basse et banale misère, résignée par l'habitude et le\ntrain-train bête d'une vie machinale ; ils n'ont que la tristesse passive des\nchoses.\n   L'exposition actuelle de Constantin Meunier dénote des tentatives nou-\nvelles de coloration : quelques tâtonnements, pourtant, comme son Cabaret,\nmais d'autres tableaux plus fermes, comme la Cheminée, Charbonnage\nabandonné, les Fumées, et surtout l'Appel.\n   Une couleur d'ardoise mouillée donne, cette fois, une certaine vibration\nmatinale aux sujets que le peintre avait traités jusqu'ici d'une façon trop\nterne.\n   La sculpture ne nous semble pas aussi bien réussie ; un peu massif le\nGrisou. Mais parmi les dessins se trouve l'œuvre que nous préférons peut-\nêtre de toute l'exposition, le Pays noir; un fusain d'une grandeur extraor-\ndinaire : des charbonnages muets, des ravins noirs, des terris, des talus,\ndes bigues; aucune vie à l'extérieur, mais sous ces terres défoncées, bos-\nsuées, on devine le travail énorme des forçats.\n                                                                   V. 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Le personnage de Mar-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 794, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "guerite n'y paraît pas, il est remplacé à la"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 886, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "fin par une très grandiose évocation d'Hélène"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "de Troie venant consoler les derniers mo-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1051, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "ments de Faust ; l'agonie de celui-ci, se"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1093, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "débattant au milieu des démons qui l'en-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1134, "fin_caractere_exclue": 1179, "texte": "traînent, produit un des cinquièmes actes les"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "plus émouvants et les plus tragiques qui"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1267, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "aient été mis à la scène."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1631, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "Notre collaborateur M. Charles Buet, qui"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "donna dans le dernier numéro de la Jeune"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1806, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "Belgique quelques pages si intéressantes"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "sur Huysmans et Bloy, a profité de son"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1905, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "séjour en Belgique pour faire quelques"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1944, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "conférences sur le journalisme contempo-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1985, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "rain et sur ce noble et grand écrivain, à qui"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2121, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "il a voué une sorte de culte sacré : Barbey"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2249, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "d'Aurevilly."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2351, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "Doué d'un très fin esprit d'observation,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2475, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "d'une mémoire exceptionnelle, aidant une"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2602, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "curiosité littéraire fort vive, M. Buet a"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2726, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "meublé son esprit d'une foule d'anecdotes"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2849, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "curieuses qu'il glisse adroitement dans ses"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2978, "fin_caractere_exclue": 2988, "texte": "causeries."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3083, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "C'est un collectionneur passionné qui,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3167, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "nous l'espérons bien, ouvrira un jour à ses"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3252, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "amis les portes de son musée littéraire."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3610, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "En souscription. Jules Laforgue : Der-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3696, "fin_caractere_exclue": 3739, "texte": "niers vers. Des Fleurs de bonne volonté, Le"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3783, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "Concile féerique, Derniers vers, édition"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3864, "fin_caractere_exclue": 3907, "texte": "définitive avec toutes les variantes tirées"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3950, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "des manuscrits originaux et classées par"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 170, "texte": "M. Edouard Dujardin et Félix Fénéon."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 219, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "Grand volume de luxe tiré à un petit"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 346, "texte": "nombre d'exemplaires numérotés à la presse"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 395, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "(le nombre ne dépassera pas 50)."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 479, "fin_caractere_exclue": 521, "texte": "Prix : 25 francs. Le volume, exclusivement"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 612, "texte": "réservé aux souscripteurs, ne sera pas mis"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 661, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "dans le commerce et n'aura pas d'autre"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "édition. Cet ouvrage est publié par les soins"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 842, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "de M. Edouard Dujardin, à qui les bulletins"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "de souscription devront être adressés, à"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1023, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "Paris, 11, rue Le Peletier."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1231, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "Les Hommes d'aujourd'hui continuent"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1315, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "toujours à paraître chez Vanier, spirituelle-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "ment croqués par Luque, et présentés par"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1498, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "Lecomte, Huysmans, etc. Meissonier,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1582, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "Pissarro, Descaves, voilà les trois derniers,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1676, "fin_caractere_exclue": 1716, "texte": "toujours accompagnés d'une très belle et"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1765, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "très intéressante notice biographique et"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1854, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "littéraire."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "Une série de représentations de M. Antoine"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2209, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "est venue rompre la monotonie du réper-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2306, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "toire, au théâtre du Parc. Les excellents"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2436, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "comédiens du Théâtre-Libre ont joué le"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2560, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "Maître de M. Jullien, les Inséparables et"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2688, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "Monsieur Lamblin de M. Georges Ancey,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2812, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "les Frères Zemganno de MM. Alexis et"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2937, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "Méténier, et Deux Tourtereaux de MM. Gi-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3033, "fin_caractere_exclue": 3079, "texte": "nisty et Guérin. Deux Tourtereaux,         une"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "piécette très parisienne et très boulevar-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3211, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "dière, au fond, malgré ses prétentions à"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3296, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "l'idylle féroce, est l'œuvre de deux journa-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3385, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "listes très spirituels. Les Frères Zemganno,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "c'est du Goncourt mis en pièces, à r e n -"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3561, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "contre de tout instinct artistique et de toute"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3649, "fin_caractere_exclue": 3695, "texte": "dignité littéraire, par deux naturalistes sans"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3740, "fin_caractere_exclue": 3782, "texte": "scrupules, avec, hélas I l'autorisation de"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3824, "fin_caractere_exclue": 3863, "texte": "M. Edmond de Goncourt. N'insistons pas."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3908, "fin_caractere_exclue": 3949, "texte": "Restent les deux œuvres de M. Ancey, très"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4034, "texte": "I remarquables par leur entente du théâtre,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "leur audace tranquille, leur esprit de pince-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 144, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "sans-rire, et leurs situations paradoxales."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "M. Georges Ancey est un auteur drama-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 324, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "tique, au sens très français du terme. M. Fran-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 417, "fin_caractere_exclue": 460, "texte": "cisque Sarcey doit aimer cet art-là. Ancey,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 506, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "Sarcey, — de très belles rimes. Beaucoup"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 599, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "de talent d'ailleurs. Quelque chose comme"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "un petit-fils de Molière, qui se mettrait à"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "broyer du noir pour la Vie parisienne. Le"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 824, "fin_caractere_exclue": 865, "texte": "Maître, une étude rustique de M. Jullien,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 866, "fin_caractere_exclue": 908, "texte": "est, de loin, l'œuvre la plus sérieuse que"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 909, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "M. Antoine nous ait présentée. Ce n'est"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 997, "fin_caractere_exclue": 1036, "texte": "qu'un fragment, mais un fragment carac-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1090, "fin_caractere_exclue": 1132, "texte": "téristique, d'une psychologie profonde, et"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1178, "fin_caractere_exclue": 1217, "texte": "d'un souci artistique digne de tous les"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1272, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "éloges. Le Maître a été maltraité par les"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1367, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "gros chanoines de la critique, naturelle-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1461, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "ment. Le succès de M. Jullien est donc com-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1553, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "plet."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1649, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "M. Antoine, dans de nombreux avatars,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1736, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "s'est montré, comme toujours, comédien de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1824, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "premier ordre. M. Grand, M mes Barny;"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "France et Luce Colas lui ont donné la"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2008, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "réplique en artistes. A bientôt, sans doute,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2101, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "les Revenants d'Ibsen."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "M. Edgar Tinel, le compositeur de Fran-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2218, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "ciscus, vient de publier, chez Dessain, une"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2313, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "savante et claire étude sur le Chant grégo-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2407, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "rien."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2503, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "« Cet opuscule n'est rien moins qu'un"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2596, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "travail d'érudition ou d'art, et il n'est écrit"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2687, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "ni pour les curieux d'histoire, ni pour les"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2782, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "artistes... Mais il manquait peut-être un pe-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2878, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "tit livre où, sous une forme très simple, la"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2972, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "manière seule d'interpréter le chant de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3068, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "l'église serait exposée. »"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3158, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "L'auteur s'exprime ainsi dans son avant-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3247, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "propos, mais quoi qu'il en dise, son petit"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3340, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "livre sera consulté avec profit par tous les"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3436, "fin_caractere_exclue": 3467, "texte": "musiciens et tous les artistes."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3714, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "Dans un grand concert donné le 27 mars"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3805, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "à Londres, par la célèbre Société Philhar-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3900, "fin_caractere_exclue": 3943, "texte": "monique, une des plus anciennes et des plus"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3995, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "aristocratiques de l'Angleterre, ne figuraient"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4089, "fin_caractere_exclue": 4127, "texte": "pas moins de cinq Belges au programme."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4170, "fin_caractere_exclue": 4208, "texte": "Un excellent et formidable orchestre a"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4209, "fin_caractere_exclue": 4250, "texte": "xécuté, sous la direction du compositeur,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "la Charlotte Corday de Peter Benoit. Im-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "mense succès pour l'œuvre du maître fla-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "mand. Benoit a été rappelé trois fois."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 416, "texte": "Succès aussi pour le Minnezanger, Invo-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "cation et Berceuse de Gustave Huberti,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "magistralement interprétés par Emile Blau-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 649, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "waert."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 708, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "Enfin, succès pour le violoniste Ysaye,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "qui a joué du Vieuxtemps."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 961, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "Les Arts graphiques ont exposé der-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1047, "fin_caractere_exclue": 1089, "texte": "nièrement dans le local du Cercle des Arts"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1140, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "et de la Presse, des reproductions de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "tableaux anciens; il y en a de fort belles;"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "entre autres un portrait d'Albert Durer, par"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1417, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "lui-même, la suite des Memling de l'hôpital"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "de Bruges, des Rubens, etc. Rappelons ici"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1603, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "que c'est à la Société des Arts graphiques"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1696, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "que nous devons le superbe médaillon de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1786, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "Max Waller qui ornait notre numéro de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1874, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "mars 1889. Ceux qui n'auraient pas vu les"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1966, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "reproductions exposées, pourront ainsi se"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "donner une idée du fini de leur exécution."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2179, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "Dans Art et Critique de mars, une fort"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2268, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "belle protestation signée F . Roux en faveur"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2363, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "de Leconte de Lisle. Ce grand poète d'idées"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "y est, cette fois, analysé sans parti-pris"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2550, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "d'école, au dessus des agitations littéraires"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2646, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "du moment, dans le calme déjà de l'œuvre"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2737, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "définitif; la prétendue impassibilité litté-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2832, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "raire dont on l'accuse y est mise à néant par"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2928, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "quelques citations et Kaïn proclamé, enfin,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3022, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "sans restriction, un prodigieux chef-d'œuvre."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3121, "fin_caractere_exclue": 3154, "texte": "Voici ce que M. F . Roux en dit :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3208, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "« Qu'on lise Kain, ce chef-d'œuvre qui"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3297, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "surpasse de beaucoup, par la profondeur de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3390, "fin_caractere_exclue": 3435, "texte": "la pensée et la perfection soutenue du style,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3486, "fin_caractere_exclue": 3525, "texte": "la plupart des pièces de la Légende des"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3576, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "Siècles. Dans ce poème, où l'auteur a fait"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3711, "texte": "entendre la plus éloquente protestation de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3762, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "l'homme contre l'existence du mal physique"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3855, "fin_caractere_exclue": 3899, "texte": "et moral et contre l'inexorable fatalité qui"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3950, "fin_caractere_exclue": 3994, "texte": "pèse sur l'humanité, revivent les races pré-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4088, "texte": "historiques telles que pourrait les décrire"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4139, "fin_caractere_exclue": 4167, "texte": "l'historien le plus exact. »"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 86, "texte": "M. Paul Simon, directeur de la maison"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 178, "texte": "d'édition Kahnt, à Leipzig, vient par le"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 230, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "plus grand des hasards de découvrir toute"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 325, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "une collection de lettres inédites de Richard"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 416, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "Wagner, Liszt, Peter Cornélius, etc. C'est le"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 511, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "même M. Simon qui retrouva naguère le"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 583, "fin_caractere_exclue": 623, "texte": "manuscrit du célèbre article de Wagner :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 674, "fin_caractere_exclue": 691, "texte": "l'Art de diriger."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "Notre collaborateur Jules Destrée a donné"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1045, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "ce mois au Journal des Tribunaux, une"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1179, "texte": "très remarquable nouvelle : La Maison du"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1232, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "crime."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "Nous recevons la communication sui-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1683, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "« Nous avons l'honneur de vous faire part"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1770, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "de la modification apportée dans le titre de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1864, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "l'Indépendant littéraire qui devient l'lndé-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1953, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "pendance, revue bi-mensuelle littéraire,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2011, "fin_caractere_exclue": 2033, "texte": "artistique, politique."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2105, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "Ce changement matériel, qui ne fait que"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2160, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "consacrer le genre de notre revue, n'im-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2256, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "plique d'ailleurs aucune transformation dans"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2348, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "la direction et la rédaction. l'indépendance,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2440, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "sans la moindre solution de continuité, n'est"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2529, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "autre q u e | l'Indépendant littéraire, fondé"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2621, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "en 1886."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "Les Poèmes anciens et romanesques de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3050, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "Henri de Regnier viennent de paraître chez"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3140, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "Bailly, à la librairie de l'Art indépendant."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3231, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "Nous donnerons dans notre prochain nu-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3323, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "méro une étude sur ce beau volume."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3636, "texte": "Nous avons déjà parlé de cette Revue"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3688, "fin_caractere_exclue": 3727, "texte": "anecdotique, qui prend régulièrement le"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3780, "fin_caractere_exclue": 3816, "texte": "Pirée pour un homme, et avec le plus"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3872, "fin_caractere_exclue": 3915, "texte": "imperturbable sérieux s'enfonce dans l'oeil"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3993, "texte": "la plume des Sarcey et autres Francuistres"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 4042, "fin_caractere_exclue": 4058, "texte": "de sa rédaction."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 4117, "fin_caractere_exclue": 4156, "texte": "Voici un extrait de son numéro de mars;"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 4209, "fin_caractere_exclue": 4219, "texte": "savourez :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 4299, "fin_caractere_exclue": 4344, "texte": "« LES INCOMPRÉHENSIBLES. — Il y a         une"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 4367, "fin_caractere_exclue": 4414, "texte": "certaine école littéraire qui croit se faire un"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 4460, "fin_caractere_exclue": 4501, "texte": "style en enchevêtrant les mots de façon à"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "former des phrases qui « épatent le bour-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "geois ». Nous ne savons à qui les adeptes"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "de cette école font illusion; mais, s'ils se"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "font illusion à eux-mêmes, et s'ils com-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "prennent quelque chose à ce qu'ils écrivent,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 582, "texte": "c'est déjà bien joli."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 636, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "« Nous avons donné, dans notre numéro"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "du 31 janvier dernier, des vers de ces néo-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "écrivains, empruntés à la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 910, "fin_caractere_exclue": 951, "texte": "Cette revue s'est indignée que nous ayons"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "déclaré ne pas les comprendre, et, pour se"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1095, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "venger sans doute, elle nous sert, dans son"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1189, "fin_caractere_exclue": 1231, "texte": "numéro de février, de la prose plus incom-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "préhensible encore, et pourtant signée de"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1374, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "M. Stéphane Mallarmé, l'une des lumières"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1465, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "de cette obscure école."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1542, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "« Le vent souffle d'ailleurs aux insanités"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1585, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "vante :                                           littéraires, et dernièrement on nous offrait"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1730, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "comme un chef-d'œuvre un livre du comte"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1820, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "Villiers de l'Isle-Adam, dont on veut faire"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1914, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "un homme de génie maintenant qu'il est"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2003, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "mort. »"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2064, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "Le tout se termine par la phrase sui-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2152, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "vante :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2213, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "« Il est possible que l'avenir consacre un"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2306, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "jour la supériorité de MM. Mallarmé, Vil-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2398, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "liers de l'Isle-Adam, et autres écrivains"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "ejusdem farince ; mais, jusqu'à nouvel"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2579, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "ordre, on nous permettra de leur préférer"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "Bossuet, Rousseau, Courier, Musset, et"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2760, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "autres écrivains de second ordre, dont le"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "pauvre langage, accessible aux humaines"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "intelligences, ignore les arcanes de ce"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3032, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "sublime jargon. »"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3103, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "C'est étonnant comme il y a des gens"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "furieux de ne pas comprendre; enfin ! on"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3281, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "ne leur demande pas l'aveu de leur ramol-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 3373, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "lissement; cela nous est égal. 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DEMAN :\n\n       Les Flambeaux Noirs             PAR\n\n                      EMILE          VERHAEREN\n\n  A L ' A V E N T U R E , par JAMES VANDRUNEN. (A            paraître).\n\n   IMPRESSIONS                   D A R T , par EUGÈNE   DEMOLDER,     chez\nMadame Ve Monnom.\n\n   L A P L E I A D E . Abonnement : 5 fra nos par an. Administration :\n33, rue des Paroissiens.\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement : 1 an, 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n  L A R E V U E I N D É P E N D A N T E , rédacteur en chef :\nFRANÇOIS DENION. Abonnement, 15 francs par an; étranger, 17 francs.\nAdministration chez Albert Savine, 12, rue des Pyramides, Paris.\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\ncines, 16, à Paris; commencera bientôt la publication du POSSÉDÉ\nde CAMILLE L E M O N N I E R .\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n\n   L E M E R C U R E D E F R A N C E , revue mensuelle d'art et\nde littérature : ALFRED VALLETTE, rédacteur en chef, 15, rue de\nl'Échaudé-Saint-Germain, Paris. 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Huys-\n  mans. — Lucifer, Iwan Gilkin. — Les Dimanches de la rue Rousselet,\n  Charles Buet. — Irène, Adolphe Frères. — Transpositions modernes.\n  Cirque, Jules Destrée. — La Synthèse, Albert Leune. — Floramye,\n  Georges Vanor. — Stéphane Mallarmé, Valère Gille. — Fable, Féli-\n  cien Rops. — Chronique littéraire : Conférence de M. E. Picard, Dire\n  du mieux. — Chronique musicale : Salammbô. — Vènerie esthétique,\n   On. Cudoye. — Memento.\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chez EDMOND DEMAN : LES FLEURS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA JEUNE BELGIQUE reparaît sur la brèche", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 225, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "Chez EDMOND DEMAN :\n\n  LES FLEURS DU                                                                   MAL\n                                              DE\n\n                        CHARLES             BAUDELAIRE\n                  INTERPRÉTATIONS          PAR     O D ILO N      REDON\n\nEn un album de 8 planches in-fol., avec couverture illustrée. Tirage à 50 exemplaires.\n                                     Prix : 35 francs.\n\n\n                              .A.      P A R A I T R E\n\n\n    Le Triomphe du Verbe                     PAR\n\n                           Maurice         DESOMBIAUX\n                  Tirage à petit nombre sur beau papier de luxe.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-04-n4-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE BELGIQUE reparaît sur la brèche", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 225, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1250, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "LA        J E U N E                 B E L G I Q U E reparaît sur\nla brèche, l'élan est donné.\n   A la tête du mouvement littéraire, LA J E U N E B E L -\nG I Q U E , hautaine et iière, dirige le combat, marche en\navant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\nE L L E pour la propagande ! Des cartes d'abonnement sont à\nla disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\nDIX abonnés nouveaux recevront L A J E U N E B E L -\nG I Q U E gratuitement pendant un an.\n   Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n 1° LA J E U N E B E L G I Q U E g r a t u i t e m e n t à perpé-\ntuité ; 20 Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe\ndes frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\nen tête de la publication commémorative de nos fêtes du\ndixième anniversaire.\n\n\n                   liruxelles. — Imprimerie V* Monnoni, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 190, "texte": "Avril 1890.                       TOME IX. — N° 4                                      io me Année.\n\n\n\n\nLA\n     JEUNE\n                    BELGIOUE\n                                  SOMMAIRE:\n\n       Cycle patibulaire. — I. Le Moulin-Horloge.       GEORGES EEKHOUD.\n        Tableau anonyme                                ALBERT GIRAUD.\n        Lettres à un Ouistiti                           HENRY MAUBEL.\n       Vers                                             EMILE VERHAEREN.\n        Chronique littéraire : Axel                     IWAN GILKIN.\n        Chronique théâtrale : Le Vaisseau Fantôme.     ALBERT GIRAUD.\n        Chronique musicale : Orphée                     GEORGES EEKHOUD.\n        Chronique artistique : Exposition de Con-\n          stantin Meunier au Cercle artistique.      . V. G.\n       Memento                                         NEMO.\n\n\n\n\n                                                                  BRUXELLES\n                                                     Rédaction : 55, BOULEVARD DANDERLECHT\n     PRIX DU NUMÉRO                                                     PARIS\n              Fr.   0-75                                   LIBRAIRIE DE l'Art Indépendant\n                                                               11, rue de la Chaussée d'Antin\n\n                                                                         1890\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                                NE CRAINS\n\n\n\n\n         NE CRAINS\n         Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                           PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n  Fondateur    : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                      Directeur : VALÈRE G I L L E .\n           Rédaction : 55, Boulevard d'Anderlecht, Bruxelles.\n              7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n  ÉCHANGE. — Nous prions les Revues amies de vouloir bien faire\nle service directement à la Rédaction : 55, Boulevard d'Anderlecht,\nBruxelles.\n  La J E U N E B E L G I Q U E est en vente à\n  Bruxelles, chez Rozez; à l'Office de Publicité; chez Istace, galeries\nSaint-Hubert, chez Castaigne et chez Lacomblez, 33, rue des Paroissiens.\n  Paris, chez Edmond Bailly, à la librairie de l'Art Indépendant, 11, rue\nde la Chaussée d'Antin ;\n  Gand, chez Hoste, rue des Champs.\n\n Nous invitons nos amis et nos abonnés qui ne recevraient pas régulière-\nment la Jeune Belgique à le faire savoir au plus tôt à la Direction.\n\n\n                           BOITE AUX L E T T R E S .\n  33. — BERNARD L. A la mise en pages nous avons été forcés de retirer votre conte ; ce\nsera donc pour le prochain numéro. Mille regrets.\n  34. — GEORGES FONTAINE. Si vous nous faites encore parvenir des vers dans le goût de\nceux-ci, nous les enverrons au vice-recteur :\n                                    Petite grosse\n                                    Pour qui je brosse\n                                         Toujours\n                                         Mes cours,\n\n  35. — On demande un chroniqueur musical, sachant le français; inutile de se pré-\nsenter si on n'est porteur d'un certificat de bonnes mœurs.\n  36. JACQUES FÈRES. Seriez-vous à la recherche de Rimbaud? Si vous êtes encore sur\ncette vallée de larmes, faites-le nous savoir.\n  37. — J. GÉRARD, Verviers. Vous n'avez oublié qu'un point, c'est de donner votre\nadresse. Voici les renseignements demandés : Charles Van Lerberghe n'a encore publié\naucun volume jusqu'à ce jour; ses principaux vers se trouvent dans le Parnasse de la\nJeune Belgique, Vamer, éditeur; il existe aussi un tiré à part de son drame Les Flaireurs,\nmais hors commerce. Bien à vous.\n  38. — JOSEPH D. VOUS avez du toupet! Si vous n'êtes pas sage, nous vous livrerons à\nM'sieu Charles.\n   39. D. T. Vous avez tort de faire des vers; faites de la prose, mais ne nous l'envoyez\npas.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "CYCLE PATIBULAIRE\n\n     LE MOULIN-HORLOGE\n\n                            Et le Verbe s'est fait Chair!\n\n\n\n\n        Je sais un moulin broyant aux infâmes le pain de\n       l'expiation.\n             Point d'ailes qui batifolent au vent salubre\n          frisquet des espaces. Rien du moulin à toit pointu\n      comme un capuchon, par dessus lequel les belles\n        filles jettent leur blanc bonnet, — du moulin campé\n        sur la butte ou la digue, regardant croître les\n      moissons et la marée; — ni du moulin romantique,\n   du moulin à eau des ballades, trempant ses palettes\n   dans les cascades, folles, et s'éclaboussant avec un\n   grondement de tonnerre bon enfant; — du moulin\n   montagnard qui réduit gaves et ruisseaux en écume\n   plus blanche que la farine. Jamais de bergamasques\n   mitrons n'en prennent allègrement le chemin, un sac\n   sur l'épaule; jamais de pimpantes meunières, affligées\n d'un meunier jaloux, n'y coquètent avec les chasse-mulets\n égrillards... Non c'est le pire moulin de Sans-Souci, car\n de quoi pourraient bien se soucier les patentés et inamo-\n vibles canapsas?\n   Je sais une horloge palpitante et convulsive, une\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                 — 166 —\n\nhorloge en peine comme une âme, marquant l'heure exclusive et spéciale\nà des trappistes involontaires qui firent un emploi subversif de leur temps\net de leurs bras.\n   Mouvement de l'horloge, mouvement du moulin se confondent, battent\nle même tic-tac. C'est de la farine qui s'écoule dans ce sablier fatidique.\nHorloge et moulin ne font qu'un.\n   Il y a cinq ans, je vis ce moulin-horloge, et depuis, ne parviens pas à\nl'oublier, et depuis, mon pain pétri de farine peu suspecte a contracté une\nindélébile amertume de larmes et de sueur; et depuis, toutes mes heures\nsonnent au cadran des irréguliers, et comme une épave, je flotte à la\ndérive\n   Je sais un moulin sinistre que desservent d'incompatibles moulants\nmaillotés de gris terreux et de fauve comme des bêtes puantes.\n   N'osant les détranger, la société les étrange. Ils sont jeunes, copieux,\npleins de vie, mais tarés pour le reste de leurs jours. Il n'est anabaptiste\nassez efficace qui leur confère une nouvelle virginité légale. Il n'existe eau\nlustrale assez lénitive, eau régale assez corrosive pour laver leurs stig-\nmates. Et telle, la contagion de leurs turpitudes que leurs rédempteurs\ndeviennent leurs complices !\n   Manutention unique ! Meuniers contre nature, ne moulant de blé que,\ncelui de leur propre pain!\n   Depuis ma naissance, j'appréciai bien des appareils, découvris nombre\nd'engins funèbres, d'ustensiles et d'outils plus condamnables et plus meur-\ntriers que des armes avérées, souvent je parcourus des ateliers ressemblant\nà des arsenaux ou à des champs de torture, mais nulle part rien ne me\ntroubla comme ce moulin-horloge, dont la grouillante épure me délabre...\n   Mon guide préjugeait-il mon impression? Il usa de précautions oratoires,\nrecourut à d'extrêmes ménagements avant de me conduire devant cette\nsuprême scène d'ilotisme. Le digne homme m'y prépara, comme à la nou-\nvelle d'une catastrophe. Il paraît que tous ceux qui affrontèrent la même\ngéhenne en sortirent blêmes et défaits. Dans ces conditions qu'adviendrait-il\nde moi?\n   Conformément à l'itinéraire, on monte d'abord dans les combles. Le\ngrenier ne contient, outre la provision de céréales, qu'une manière d'auge,\nen forme d'entonnoir, de la contenance d'un setier, et dont la pointe\ns'engage, à travers le plancher, dans le corps de la machine fonctionnant\nen dessous. Les meules invisibles mettent le plancher en trépidation. Il est\ntemps de remplir la trémie lorsque cesse le ronflement souterrain. Aussi, en\nattendant que la mesure se soit écoulée, deux servants apathiques, affalés\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                  — 167 —\n\nsur les sacs, sommeillent ou baguenaudent. Et si le brusque silence du\nmoteur, cessant de leur chanter sa berceuse, ne les arrache pas à leur indo-\nlence, un coup frappé contre le plafond ou un juron caverneux, venant\nd'en bas, les rappelle en sursaut à leur office périodique.\n   C'était la trémie banale et anodine de tous les moulins, et les deux faîtards\nchargés de l'alimenter ne risquaient guère de succomber à la tâche.\n   A notre entrée, empressés, mais maussades, ils s'étaient mis debout et\nen position militaire, par respect.\n   Je fis la moue, ébauchai un imperceptible mouvement d'épaules voulant\ndire : « Peuh! le terrible moulin et les pitoyables meuniers, en vérité » !\n   Mon inquisitorial conducteur surprit ma pensée, et avec ce séreux et\nfrigide sourire professionnel des garde-malades et des geôliers :\n   — Doucement, cher Monsieur, n'augurez pas trop favorablement de ce\npréliminaire. Gomme j'ai eu l'honneur de vous en avertir, le moteur de ce\nmoulin est extrêmement particulier, je dirai même excessivement particu-\nlier... Puissiez-vous vous familiariser aussi promptement avec les autres\norganes de l'appareil, avec la cause qu'avec l'effet. Notez bien, que vos\nrépulsions probables seront toutes physiques, toutes nerveuses... Lorsque\nnous sortirons du laboratoire, pour peu que vous réfléchissiez au motif de\ncette révolte sensorielle, vous conviendrez que c'est surtout l'apparat, la\nmise en scène, et peut-être le symbolisme de ce travail qui rebutent et\ncrispent vos fibres affectives... En y regardant de plus près, il n'y a pas là\nde quoi fouetter un chat ou plaindre un malandrin ! Mirage ! simple mirage,\nje vous assure! Illusion d'optique sentimentale! Mais nos contemporains\nenvisagent le réel à travers une lentille grossissante, se montent le coup,\nnourrissent de si subtiles délicatesses, préjugés si morbides, et, appréhen-\ndant d'occultes actions dans les conjonctures les plus naturelles, deviennent\nplus irritables, plus chatouilleux qu'un écorché! »\n   Pendant ce nouveau préambule, mon introducteur soulevait une trappe\net nous descendions un escalier en colimaçon. Arrivés au bas, il s'arrêta\nencore, la main posée sur le loquet, comme pour m'accorder une dernière\nminute de grâce.\n   Puis il poussa brusquement la porte et la battit après m'avoir fait passer\ndevant lui, pour me couper la retraite.\n  Nous nous trouvions dans une vaste pièce carrée, relativement basse,\nqu'éclairaient fallacieusement, un rang de quatre fenêtres offusquées par de\npoudreuses toiles d'araignées, — mais il y flottait encore plus de brumes\nque de ténèbres. D'abord j'avais écarquillé les yeux sans rien voir. Je\nperçus le courant d'air d'un mouvement giratoire, des ailes ou des volants\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                  — 168 —\n\npassaient en me frôlant de leur haleine, j'entendis rauquer et corner une\nsorte de locomobile, sans suspecter le moins du monde que cette rumeur\nhaletante, rhythmique pouvait provenir d'une batterie de poitrines\nhumaines. Puis, autour de l'arbre de souche, emboîté dans le corps du\nmoulin, masqué par un travail de charpenterie, je distinguai une énorme\nroue horizontale, une lourde roue sans jantes et à dix rais. A mesure que\ncette masse tournait, de compacte elle devint grouillante et articulée; j'y\ndémêlai des tronçons humains et vivants; tantôt un torse, tantôt une\ncuisse, maintenant une paire de mollets, aussitôt après des poings convul-\nsés, et encore un profil, un galbe, l'attache d'un col athlétique, la rondeur\nd'un menton, le méplat d'une tempe, et souvent rien que le rictus d'une\nbouche, la grenade rouge des lèvres, l'émail d'une mâchoire, la flamme\nd'une prunelle. Un instant encore et ces ébauches se précisèrent, les sil-\nhouettes prirent corps, les membres épars se réunirent et me représentèrent\nune trentaine de garçons robustes, de fière encolure, actionnant, trois à\nchaque rais, la roue immense et pesante. Penchés en avant, empoignant les\nrais comme des bras de levier et de treuil, pesant de toute leur énergie sur\nle manche, ils poussaient, marchaient au pas, balançaient les hanches, la\ncroupe levée, de l'allure moutonnière et passive d'une bête de somme. Ils\nrôdaient, rôdaient, sempiternellement, sans proférer une parole mais non\nsans renâcler comme ces rosses aveugles qui manœuvrent des chevaux de\nbois et pour qui le carrousel forain représente le vestibule de la fourrière\net de l'enclos d'équarrissage.\n   Uniformément vêtus de vestes courtes, découvrant la saillie et la rondeur\n du rable, leurs têtes glabres et rases coiffées d'un bonnet rond, ils viraient,\n pour virer encore et toujours.\n   Leurs cheveux soyeux ou crépus, ces cheveux d'adolescents, orgueil de\nleurs mères imprévoyantes, tombèrent pitoyablement sous les ciseaux\naffectés, en cette colonie, à la tonte des ouailles. Et, aussitôt, à les voir\n bretaudés et poupards, on se demande quelles Dalilas de grands che-\n mins livrèrent ces Samsons à la rancune de notre bourgeoisie philistine?...\n    Pour plus de commodité, la plupart ont retroussé leurs manches et\n quitté leurs sabots.\n   Ils sont donc trente pendards charnus, trente frelampiers dans la fleur de\nl'âge, qui émeuvent le moulin !\n   Chaque fois qu'il passe devant moi, un de ces moteurs humains, toujours\nle même, lance à haute voix le chiffre des révolutions exécutées par\nl'équipe. Il est l'aiguille principale de cette horloge, l'annonciateur des\nminutes révolues, le timbre monotone et discord, funèbre comme un glas.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                  — 169 —\n\nAinsi tintent les clarines aux fanons des vaches égarées et coassent les cla-\nrinettes funambulesques.\n   Et chaque fois qu'il braille : un... trois... sept... treize..., c'est une\nminute à la sinistre horloge.\n   Et, chaque fois qu'il arrive à deux cents, c'est une heure à l'horloge de\nla Malechance.\n   Alors il se tait et s'arrête court. Le surveillant réveille les deux clampins\ndu grenier. Au dessus un sac de grain s'écroule dans la trémie.\n   J'ai remarqué qu'en nous jetant le chiffre de ses rotations, le compteur se\ndétournait de notre côté et que ses partenaires, en virant, nous dévisa-\ngeaient à leur tour.\n   Malgré le clair obscur, la brume et la poussière, ces yeux m'ajustent et\nme pénètrent. Il y en a de phosphorescents et de veloutés, de mouillés\ncomme une pelouse crépusculaire, d'aigus comme la bise de décembre. Les\nuns câlins et raccrocheurs évoquent le luminaire des alcôves, d'autres\nangoissent et fascinent ainsi qu'une lanterne de coupe-gorge. Et dans ces\nvisages glabres, blanchis par les longues claustrations, les yeux les plus\npâles, les yeux d'azur et de rosée paraissent ténébreux et nocturnes.\n   A mesure que le nombre des révolutious augmente, le marqueur clame\nd'une voix de moins en moins assurée. Et, conjointement, ses compagnons\nralentissent le pas, élargissent leurs enjambées, s'arcboutent, se calent avec\nplus d'effort, et en s'arrêtant sur moi, les prunelles deviennent de plus en\nplus appelantes.\n   Aux derniers tours la roue gémit, s'enlise, ne démarre qu'à peine; les pro-\npulseurs piétinent sur place, marquent le pas. Ceux qui se déhanchaient et\nse carraient avec une certaine jactance, s'alanguissent, se relâchent. Sou-\nrires ambigus, moues veloureuses dégénèrent en une grimace de détresse.\n   — Deux cents!... Halte!\n   Un tour de plus et ils croulaient.\n   Trente nouveaux colons, dispos et séjournés, qui, adossés aux murs,\nbadaudaient, bras croisés, en attendant le moment de tourner à la meule,\nrelèvent leurs camarades exténués. Ces remplaçants se bousculent avec\nun empressement inconcevable. Ils se disputeraient même les places à la\nroue, ils se battraient pour entrer dans la coursière, si le roulement n'avait\nété réglé d'avance, et si des gardiens n'intervenaient dans les compétitions.\n   La corvée rapporte à ces bannis les quelques centimes nécessaires pour\nse procurer, à la cantine, le tabac et d'autres douceurs. A la fin de la\nsemaine, ils palpent leur mouture en ces grossiers méreaux de plomb,\nmonnaie fictive des colonies pénitentiaires.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                 — 170 —\n\n   Et voilà pourquoi, jamais en notre matériel pays, limiers de trait jap-\npant de plaisir, frétillant de la queue, prodigues de caresses, au moment\noù le maraîcher brutal ou le garçon boulanger sournois les attelle sous la\ncharrette surchargée, ne témoignèrent impatience plus fébrile et plus inat-\ntendue, que ces fils de chrétiens appelés à remplir cet office bestial.\n   L'état lamentable de ceux qu'ils suppléent ne les rebute pas. Et même si\nde nombreux relais ne guettaient l'instant de s'atteler à la machine, à peine\nrelevés de corvée, leurs frères rendus, à bout de forces, retourneraient avide-\nment à ce supplice rémunérateur.\n   Remontée après chaque heure, l'horloge se remet en mouvement avec\nune intrépidité nouvelle, les aiguilles fraîches évoluent sans accroc, les\nbarres craquent sous les poignes affermies, les pieds se lèvent et retombent\nen cadence, la voix du nouveau marqueur, le timbre de l'horloge résonne\nplus franchement.\n   Mais, peu à peu, la gorge du compteur se resserre et se voile, l'impulsion\nse ralentit, les visages épanouis se contractent; je vois des gouttelettes\nsourdre à leurs fronts, les muscles se bandent moins facilement, la respira-\ntion s'embarrasse, les yeux affleurent aux orbites et les têtes penchent vers\nles croupes qui les précèdent.\n   Quelques tours après, les corps charnus fument comme des chevaux de\nlabour et se noient dans leurs propres effluves. Une troublante vapeur\nd'étuve et de chambrée sature le manège. Le crissement des dents, le anhè-\nlement des poitrines couvre le ronron félin des meules. La psalmodie du\ncompteur n'est plus qu'un râle...\n   Combien nombrai-je de fois deux cents tours, combien s'écoulèrent de ces\nheures excentriques, combien de fois les moteurs rompus, écartelés, firent-\nils place à des organes nouveaux! J'ignore aussi bien la somme des voix\nsonores et cuivrées que fêla cette horloge patibulaire !\n   Et cette procession de physionomies qui me sourirent moitié sardoniques,\nmoitié filiales, qui m'implorèrent en se dirigeant obstinément de mon côté,\nqui repassèrent chacune deux cents fois, toujours plus pressantes et plus\npitoyables, avant de se dissiper, — dans quelles limbes — inexaucées !\n   Sans cesse se reformaient d'autres cortèges de patients, et les nouveau-\nvenus rappelaient, sans les répéter, leurs obsédants prédécesseurs.\n   A chaque relai, je regrettais ceux qui ne défileraient plus, et pourtant, à\npeine les fraîches recrues s'étaient-elles mises en marche que je ne vivais\nplus que par elles et me suspendais à leurs mouvements !\n   Pupilles dilatées où alternèrent tant de lumière et tant de nuit ! Regards\ninconciliables qui désarmèrent et s'attendrirent peu à peu ! Sueur plus\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                —171     —\n\n\nlamentable que des larmes de vierge! Fluide des aberrations majeures!...\n  Aux approches du deux centième tour, les meules cessant de broyer le\ngrain semblaient se retourner contre leurs moteurs, et moudre, et mordre\navec la rancune de la matière électrisée, cette chaude et copieuse levée\nhumaine !\n   Mais le moulin avait beau réduire et fouler ses moulants, la liste en\nétait inépuisable. II y avait toujours des ressorts et des mouvements de\nrechange.\n   Je restai sur place, ne pouvant, ne voulant bouger, me remettant à\ncompter, à chaque nouvelle réparation , les deux cents minutes de l'heure\nabominable.\n   Et lorsque la voix du marqueur s'étranglait que la buée s'épaississait\njusqu'à me dérober les formes de ces patients bien-aimés, je souffrais,\nm'épuisais, me fondais comme eux.\n   La langueur de ces jeunes corps descendait dans mes reins, le long de\nmes vertèbres, ces yeux vidaient mes os, pompaient ma moelle, ces bouches\naspiraient mon reste de souffle, ces regards conjurateurs m'avaient imprégné\nde leur détresse, ces lèvres jaculatoires m'enduisaient de leurs tièdes et\npoignantes implorations, les effluves de cette adolescence déchue, me dam-\nnaient me réprouvaient, avec elle. A quelles extrémités m'aurait entraîné ce\nvertige? Leur rédempteur deviendrait leur complice...\n   Quand mon guide effrayé de mon mutisme et de mon inertie me signifia\nque les ateliers se fermaient et m'arracha, presque de force, à cette dissol-\nvante atmosphère, j'étais plus ivre qu'après une valse effrénée, j'avais\nvieilli d'au moins dix ans et je ne sais quelle force, quelle énergie, quelle\nsève j'avais dilapidées, quelle portion de mon être avaient neutralisée ces\npatients et s'était éventée à leur approche.\n   Un immense dégoût m'avait pris de tout autre milieu et de tout autre\ntemps. Le soleil m'offusqua, je trouvai la liberté superflue, et même la\nvie...\n   Désormais, nul exorcisme ne serait assez puissant pour combler le vide\nuniversel.\n   Je sais un moulin broyant le pain de l'infamie, je sais une horloge aux\nrouages de chair pantelante, aux mouvements saccadés comme un spasme.\nHorloge et moulin ne font qu'un.\n   Le moulin-horloge marque une heure exclusive à des trappistes involon-\ntaires, les honnêtes gens diront à la plus abjecte des peautrailles.\n   C'est à Merxplas, là-bas, tout au fond de la Campine... On les a parqués\net numérotés, ils sont plus de deux mille...\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                    172\n\n\n  Et depuis ma confrontation avec ce mirifique phénomène du moulin-\nhorloge, mon pain a contracté une amertume indélébile, et quoi que j'entre-\nprenne, toutes mes heures sonnent au cadran de la malechance.\n                                                GEORGES EEKHOUD.\n\n\n\n\n              TABLEAU ANONYME\n             Pour illustrer une heure obscène\n             Avec mon pinceau libertin,\n             Je caresse une œuvre malsaine :\n             Le tableau d'un cœur enfantin.\n\n             C'est une salle aux murs funèbres\n             Oit, sous le vol mou des hibous,\n             Noires éponges, les ténèbres\n             Boivent les pleurs des flambeaux roux.\n\n             Là, dans des ombres équivoques,\n             Frères l'un à l'autre étrangers,\n             Pour moi seul des spectres baroques\n             Dessinent des gestes figés.\n\n             A la pourpre cardinalice\n             Fardant son visage haineux,\n             Un prélat moribond, qui lisse\n             Ses doigts aux bijoux vénéneux,\n\n             Ourdit avec ses yeux de proie\n             Et ses lents sourires cernés\n             La toile où dans l'or et la soie\n             Mourront les rois prédestinés.\n\n             Pointant sa tête ophidienne,\n             Un souple bravo jaune et vert\n             Pour sa tâche quotidienne\n             Affile son poignard expert.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                _   173   -\n\nCœur simple, gonflé de rancune\nContre la vie et le destin,\nUn long Pierrot hâlé de lune\nAspire un bouquet clandestin,\n\nEt pour fleurir ses yeux moroses\nD'une trompeuse cécité,\nLes aveugle d'étoiles roses\nAux yeux pâles des roses-thé.\n\nUn reître à l'âme inoccupée\nQue ronge un fatal   nonchaloir,\nSur le pommeau de son épée\nCrispe ses gants de buffle noir.\n\nAu fond d'une alcôve lascive,\nBeau de tous les baisers subis,\nLa chair ambiguë et passive\nSous le sadisme des rubis,\n\nSur de doux coussins d'andrinople,\nUn vénal enfant de plaisir,\nUn menin aux yeux de sinople\nJoue avec son nouveau désir.\n\nEt, bras tendus, une hystérique\nPloie en râlant, les cheveux droits,\nSous l'amour d'un Christ chimérique\nDont elle est, en songe, la croix.\n\nEnfin, morne caricature,\nAu centre du caveau plaintif,\nLié sur un banc de torture\nSe tord un éphèbe chétif\n\nQui suit de ses regards farouches\nCes acteurs d'un drame ignoré\nDont les gestes et les jeux louches\nLui versent un effroi sacré :\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                 — 174 —\n\n Chacun, ministre, menin, reître,\n Pierrot, folle, coupe-jarret,\n Est une image de son être,\n Le dédouble comme un portrait.\n\nIl se dresse contre son rêve,\nLa conscience aboie en lui :\nIllusion! Demain, sans trêve,\nComme hier et comme aujourd'hni,\n\nMiroir de leurs masques magiques,\nEcho de leur verbe envolé,\nDans ces ténèbres nostalgiques\nIl vivra, singe désolé;\n\nEt rongé par le mal qu'il nie,\nSon doux sourire desséché\nGrimacera cette ironie :\nLe remords avant le péché.\n\nO tableau d'une âme enfantine\nOù rôde le vice ingénu,\nMa seule œuvre je te destine\nA quelque musée inconnu,\n\nEt pour une race plus digne\nD'un art maintenant dénoncé,\nOrgueilleusement je te signe\nD'un cœur noir et blanc, renversé.\n                                     A L B E R T GIRAUD\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                   175\n\n\n\n\n          LETTRES A UN OUISTITI\n                                                 A MADEMOISELLE JEANNE    S...\n\n\n                                         I\n\nMon                  désespoir est tel que je viens de m'arracher le cœur ! Et\n                  voici que je t'en offre les morceaux. C'est le dernier mode de\n                  suicide inventé par ma décadence latine. Grignotte-le vite\n                  de peur qu'il ne fonde sous ton regard, car il est en sucre,\npetite gourmande de bonnes choses, en sucre rose tendre, ta nuance.\n   Afin que se renouvelle une infinité de fois mon doux supplice, j'ai fait\ntirer ce cœur à plusieurs sachets d'exemplaires, un jour qu'il faisait beau\ndans tes environs.\n    Dis-moi s'il goûte le bonheur.\n   Tu m'objecteras peut-être que c'est là un holocauste de confiseur et un\nsacrifice bien toc. Mais nous ne sommes plus au temps de l'amour qui\nsaigne et de l'antique, et songe qu'un vrai cœur arraché salirait les tapis\nde laine moussue, où ton peton l'écraserait curieusement pour voir ce\nqu'il y a dedans.\n   Le seul, celui qu'on ne donne qu'une fois, je te le garderai intact comme\nun jouet remis à neuf qu'on ne sort qu'aux jours de fête, aux dimanches de\nla vie, car c'est celui qui bat — et qui pense aussi — pour deux... ce qui\nl'empêche trop souvent, hélas! de faire les meilleures folies et d'oublier le\nnom des rues par où son amour passe.\n    Oublier serait si bon pourtant! Et n'est-ce pas tout l'amour, pendant...\net après?\n   Mais il voit trop clair quand il est gris, il voit trop net à travers son\nivresse. Mon pauvre cœur pensif, qui se regarde aimer, sait trop qu'il\nt'aime pour t'aimer bien.\n    Il voit 1' « avant » et 1' « après » des choses et leur entour; il se souvient,\nil pressent\n   Au lieu de s'abandonner simplement aux naturels baisers qu'appellent\nles caresses de ton geste et de ton regard, il rêve on ne sait quel minuit\nd'amour à quatorze heures et s'en va chercher, à tous les points obscurs de\nl'infini, le baiser plus profond qui t'envelopperait toute, étant fait de l'éter-\nnité de la passion.\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                                 — 176 —\n\n   Ohé! les psychologues ! Connaissez-vous ça : l'éternité de la passion?\n   C'est ce que je demande aussi d'un ton moqueur à mon cœur, mais le\nmaniaque ne veut rien entendre, et c'est quand l'envie me prend de te presser\nle plus follement entre mes bras, qu'il m'entraîne vers des coins de « vague »\noù il se met à me parler bas...\n   ... A me parler bas de ton âme gamine dans ce corps frêle et gracieux\ncaressé par la souffrance. Car la souffrance, la plate souffrance qui rôde et\nguette, t'a touchée bien des fois, n'est-ce pas? mais, domptée elle-même, elle\ns'est dissipée à ton charme, ne laissant que ce reflet mystérieux, ce petit\npoint de mélancolie en ton regard.\n   Puisse cette goutte de tristesse n'en pas noyer, un jour, la douceur\nespiègle. Puisse cette lueur compassionnelle qui veille au fond de tes jolis\nyeux, ne jamais éclater en implorations éperdues au dieu des ouistitis mal-\nheureux.\n                                     II\n\n   Aujourd'hui — premier avril — tandis que le soleil baignait d'une bonne\ntiédeur dorée la terre du jardin, je vis, sur le mur qui fait face à ma\nfenêtre, l'ombre d'une branche ployer sous l'ombre d'un moineau et,\ncomme on est toujours très bête quand les feuilles poussent, mon imagina-\ntion se mit à aller à la balançoire suivant la molle cadence du moineau qui\nsemblait essayer le printemps.\n   Elle se mit à effeuiller des pâquerettes, mon imagination; elle se mit à\népeler — que dis-je! — à « ba-be-bi-bo-bu-tier » de l'amour et je me fis\ncette réflexion qu'on devrait bien, à certains moments, pouvoir effacer d'une\ncaresse, la buée de mystère qui voile les vitres du cœur, afin de mieux voir\nd'un cœur dans l'autre.\n   Je me dis qu'on devrait mettre à s'aimer un peu plus d'art et moins de\npolitique et que l'on communie mal quand on ne s'est pas confessé....\n   Et j'eus une folle envie d'aller à confesse.\n   Voilà comme, sous prétexte de lire dans ton livre d'âme, ma na'iveté\nt'ouvre le mien tout large, ci-dessous. Tu y verras un tas d'images drôles\nqui ne sont pas d'Epinal et tu pourras en rire sans remords, puisque ce\nsont des images de rêve.\n   Mon Dieu, je crois qu'il est bon, avant de « s'aimer en duel » de faire\nson testament ; surtout quand on n'a rien : c'est se montrer délicat envers\nses héritiers.\n   Sait-on ce qui arrivera et s'il n'y aura pas de casse?\n   Dans ces parties de flirt, les petites choses rouges et senti   menteuses\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                  177\n\nqu'on lance à coups de raquette par dessus les moulins du rêve, légères\ncomme un volant, sont pointues comme un dard. On a vu des joueurs\nmaladroits se mettre la jolie pointe dans l'œil et c'est une blessure dont on\nmeurt. Et puis, l'amour, ça mène parfois très loin. Je me dis que je devrai\npeut être passer la frontière, que les douaniers sont des gens pas commodes\net que, m'étant mis en règle avec la paperasserie d'outre terre, j'accom-\nplirai plus gaiement mon voyage passionnel au pays des petites adorées qui\ncroquent nos cœurs ainsi que des\n   — Comment dit-on noisette en ouistiti?\n\n                                      III\n\n   Nous avons tous, dans les cartons du souvenir, précieusement réfugié\nsous de la poussière d'or, notre rêve de Noël. — Je nomme ainsi ce rêve\nqui ne passe qu'une fois par le cœur à l'âge simple où l'on écrirait amour\navec une majuscule si l'on savait écrire.\n   Voici le mien. Ecoute :\n   Jésus, le blond enfant, le bambin en chemise, dont les yeux tendres et le\npetit corps modelé de caresses chastes s'en viennent chaque année nouvelle\nraconter au monde la légende de la maternité, Jésus allait par l'habituel\nchemin, et, sous ses petons, s'écrasaient en coussins soyeusement doux des\npétales de roses blanches. Le chemin, à la montée, s'éclairait d'un reflet bla-\nfard et semblait, par un coude brusque, entrer dans le ciel clair sablé\nd'étoiles. A la descente, il s'obombrait de ces bougeantes floraisons qui\nnaissent tout à coup pendant la nuit de Noël et tassent leurs parfums tièdes\ndans les coins refroidis de la terre.\n   A le voir venir au flanc du féerique paysage et, seul, confiant, l'œil calme,\ns'enfoncer au cœur du monde par ce sentier dont la végétation de plus en\nplus touffue se désenlaçait devant lui, on eût dit un galopin très adorable\nprolongeant son école buissonnière dans la clarté trompeuse de cette nuit.\n   Mais d'étranges velouteuses lueurs bleues, pareilles à la lueur des\nflammes de punch, enveloppaient l'univers. Des ombres furtives de rameaux\net de fleurs glissaient au passage de Jésus sur sa fine chemise de batiste et\njusque sur ses jambes et ses bras nus et, de quelque côté qu'il se tournât,\nune petite tache de lumière lui vacillait au front, à la place d'un baiser que\nsa mère y avait mis en tremblant.\n   D'ordinaire, son pèlerinage s'accomplissait en toute solitude, et il n'avait\nà s'étonner de rien dans l'immuable sérénité de sa jeune nuit.\n   Il s'arrêta.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                  -   178    -\n\n\n    Une mignonne princesse, égarée d'on ne sait quel conte d'amour, venait\nde lui apparaître, enserrée par un massif de fleurs.\n    L'enfant toucha les fleurs qui se délièrent. La princesse l'en remercia\nd'un regard très doux, et sa figure coquettement fardée de lumière s'anima,\npendant qu'au plus profond de ses grands yeux d'une eau merveilleuse,\nmiroitait l'humide reflet d'une amativité grave.\n    Jésus mit dans la petite main de femme sa menotte d'enfant, et, ensemble,\n ils continuèrent à dévaler le sentier : elle, impressionnée et pensive aux\nparfums délicieux qui montaient de la terre ; lui, la guettant du regard et\nattendant en silence le retour affectueux de sa pensée, car depuis un instant\nl'imprégnait cette passion de mioche que les hommes très aimants retrouvent\ntoute, en naïve tendresse, au fond de leur amour.\n    Une rumeur fraîche se mit à chanter doucement au loin. Voilée d'abord\net fondue en sons éoliens par les vapeurs de la nuit, elle s'accentua crescendo,\nvelocendo, comme, dans la campagne, le murmure d'une source invisible\ndont on approche.\n    Le chemin fit encore un crochet. Il y eut encore des buissons de fleurs et\ndes glissades d'ombres — le petit Jésus souhaitant qu'il y en eût indéfini-\nment, tant c'était doux — et, tout à coup, le débouché du sentier à la clai-\nrière en. plateau d'une immense forêt de sapins arrêta d'émerveillement la\nprincesse.\n    Au pied des arbres constellés d'argentines et brasillantes lumières se fai-\nsait un grouillement de mioches aux cheveux ébouriffés, aux yeux écarquil-\nlés ; une bousculade mignonne et trébuchante dans l'emmêlement des\nlongues robes de nuit.\n    Une acclamation de voix flûtées retentit, sillonnée de fusées de rires et de\nfusées de lumières. Les pins dociles cédant à la secousse de tous ces bras\npotelés, tristement, tendrement se courbèrent, en épandant sur les cheveux\nébouriffés et sur les longues robes blanches une neige d'étoiles.\n    La nuit fut un instant comme voilée de lumière et la rumeur s'apaisa\nsous ce geste de silence.\n    Quand le voile se déchira, tous les mioches, à la caresse du ciel, s'étaient\nendormis dans leur rêve...\n    La petite princesse, alors, légère et diaphane comme un fantôme de bon-\nheur, avança lentement parmi les endormis, en berçant d'un regard triste\nleur sommeil, puis, se tournant vers Jésus dont les yeux débordants de\ngrosses larmes ne s'étaient pas détachés d'elle, elle lui prit à deux mains la\ntête, la pressa contre sa poitrine et mit à cette place où vacillait toujours\nla petite tache de lumière, un long et pénétrant baiser.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                                    — 179 —\n\n  Le cœur de l'enfant se souvint ; les larmes s'arrêtèrent brusquement au\nbord de ses paupières et son visage s'illumina de joie, car cette caresse venait\nde raviver en lui la délicieuse souffrance d'aimer.\n\n  N'est-ce pas que mon rêve est drôle?\n                                                             HENRY MAUBEL.\n\n\n\n\n                                  VERS (1)\n                                LES NOMBRES\n\n     Je suis Vhalluciné de la forêt des Nombres,\n             Le front fendu d'avoir buté,\n         Obstinément contre leur fixité.\n\n\n              Arbres roides dans le sol clair,\n          Les ramures en tout à coup d'éclair,\n              Les fûts comme un faisceau de lances\n          Et des rocs quadrangulaires dans l'air :\n              Blocs de peur et de silences.\n\n     Là-haut, le million épars des diamants\n             Et le scintil aux firmaments\n             Myriadaire des étoiles;\n             Et des voiles après des voiles\n     Autour de l'Isis d'or qui rêve aux firmaments.\n\n\n     Je suis l'halluciné de la forêt       des    Nombres.\n\n\n     Ils me fixent avec les yeux de leurs problèmes ;\n     Ils sont pour éternellement être : les mêmes.\n\n (1) Ces deux pièces sont extraites des Flambeaux noirs, le prochain livre de M. Emile\nVerhaeren, édité par M. Edmond Deman.\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "                             — 180 —\n\n           Primordiaux et définis,\n Ils tiennent le monde entre leurs infinis ;\n           Le fond et l'essence des choses\n Et par les au travers des temps planent leurs     causes.\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des   Nombres.\n\n\n\n         Ils me brûlent de leurs vouloirs\n         En mes orgueils et mes douloirs.\n     Mes yeux ouverts? — dites leurs prodiges.\n     Mes yeux fermés? — dites leurs vertiges.\n          Voici leur danse rotatoire\n         Cercle après cercle, en ma mémoire.\n         Je suis l'immensément perdu,\n         Le front vrillé, le cœur tordu,\n         Les bras battants dans les hasards\n         Et les hagards des cauchemars,\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des Nombres.\n\n\n\nTextes de quelles lois infiniment lointaines ?\nRestes de quels géométriques univers?\nHâvres, d'où sont partis par des routes certaines,\nCeux qui pourtant se sont cassés au cap des mers.\n\n\nRegards abstraits, lobes vides et sans paupières,\nClous dans du fer, lames en pointe entre des pierres,\n    Cubes, angles, pavés d'écrasement,\n    Sur les chemins    d'interminablement.\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des Nombres.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                           — 181 —\n\n         Mon cerveau triste au bord des livres\n         S'est épuisé de tout son sang\n         Dans leur trou d'ombre éblouissant ;\n         Devant mes yeux, les textes ivres\n         S'entremêlent, serpents tordus,\n         Mes poings sont las d'être tendus\n         Par au travers de mes nuits sombres\n         Avec au bout le poids des nombres,\n         Avec toujours la lassitude\n         De leurs barres de certitude.\n\n\n\nJe suis l'halluciné de la forêt   des   Nombres.\n\n\n\n    Dites jusques à quand le net supplice\n         De redouter leur maléfice\n    Haineusement dardé vers ma folie?\n    Immatériels ou réels, que sais-je?\n         Ils me sont froids comme la neige\n         Et leur fatalité me lie\n         En une atroce anomalie.\n\n\n        Dites jusques à quand là-haut\n    Le million épars des diamants\n        Et le scintil aux firmaments\n        Myriadaire des étoiles,\n        Et ces voiles après ces voiles\nAutour de l'Isis d'or qui rêve aux firmaments?\n\n\n\n                    LA DAME EN NOIR\n\n\n— Dans la ville d'ébène et d'or\nLa dame en noir des carrefours\nQ'attendre, après autant de jours,\nQ'attendre encor?\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                         — 182 —\n\n— Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir,\nVers les lunes de mes deux yeux,\nSi longuement vers les lunes en noir\nDe mes deux yeux     silencieux\nSi longuement et si lointainement, ce soir,\nVers les lunes de mes deux yeux en noir.\n\nQuel deuil foisonné d'or agitent-ils mes crins,\nPour affoler ainsi ces chiens,\nEt quel bondissement et quel orgueil mes reins\nEt tout mon corps foisonné d'or?\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre, après de si longs jours.\nQ'attendre ?\n\n\n\n— Vers quel paradis, noir font-ils voile mes seins ?\nEt vers quels horizons ameutés de tocsins\n         En désespoir au fond du soir ?\nDites, quel Walhalla tumultueux de fièvres\nEt quels chevaux cabrés en tempête : mes lèvres?\n\nDites, quel incendie et quel effroi\nSuis-je? pour ces grands chiens, qui me lèchent ma rage\nEt quel naufrage espèrent-ils en mon orage\nPour tant chercher leur mort en moi?\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre après de si longs jours?\n\n\n\n         — Je suis la mordeuse entre mes bras\n         De toute force exaspérée\n         Vers les toujours mêmes hélas;\n         Ou dévorante — ou dévorée.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                          — 183 —\n\n         Mes dents comme des pierres d'or\n         Mettent en moi leur étincelle :\n         Je suis belle comme la mort\n         Et suis publique aussi comme elle.\n\n\n        Aux douloureux traceurs d'éclairs\n        Et de désirs sur mes murailles,\n        J'offre le catafalque de mes chairs\n        Et les cierges des funérailles.\n\n\n        Je leur donne tout mon remords\n        Pour les fouler au seuil du porche\n        Et le blasphème de mon corps\n        Brandi vers Dieu comme une torche.\n\n\n        Ils me savent comme une tour\n        De fer et de siècles vêtue\n        Et s'exècrent en mon amour\n        Qui les affole et qui les tue.\n\n\n        Ce qu'ils aiment — cœur naufragé\n        Esprit dément ou rage vaine —\n        C'est le dégoût surtout que j'ai\n        De leurs baisers ou de leur haine.\n\n\n        C'est de trouver encore en moi\n        Leur pourpre et noire parélie\n        Et mon drapeau de rouge effroi\n        Echevelé dans leur folie.\n\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre, après de si longs jours,\nQu'attendre?\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                          — 184 —\n\n— A cette heure de vieux soleil, chargé de soir,\nQui se projette en pavé d'or sur le trottoir,\nOù la ville s'allonge en un serpentement\nDe feux et de lueurs vers la fatalement\nToujours debout à l'horizon : la femme,\n              Les chiens du désespoir\n     Ont aboyé vers les yeux de mon âme,\n         Si longuement vers mes deux yeux.\nSi longuement et si lointainement, ce soir,\n     Vers les lunes de mes deux yeux en noir!\n\n\nDites, quel brûlement et quel orgueil mes reins\nFont-ils courir par au travers de mon corps d'or ?\nEt de quel flottement s'en vont-ils mes crins\nVers les abois et les appels des chiens ?\n\n\nEt moi aussi, dites, quel Walhalla de fièvres\n             Vient me tenter les lèvres\nEt vers quels horizons ameutés de tocsins\nEt quel paradis noirs, font-ils voile mes seins ?\n\n\n    Dites quel incendie et quel effroi\n    Vient, chaque soir, me chasser hors de moi,\n         Sur les places, vers la ville,\n         Reine foudroyante et servilel\n\n\n\n— La dame en noir des carrefours\nQu'attendre après de si longs jours,\nQu'attendre !\n\n\n\n        — Hélas quand viendra-t-il celui\n    Qui doit venir — peut-être aujourd'hui    —\n        Qui doit venir vers mon attente,\n        Fatalement, et qui viendra;\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                    — 185 —\n\n          La démence incurable et tourmentante\n              Qui donc en lui la sentira\n          Monter vers mes deux seins qui hallucinent?\n             Aux mains de ceux qui assassinent\n             Mon corps se dresse ardent et blême :\n             Je suis celle qui ne craint rien\n             Et dont personne ne s'abstient;\n              Je suis tentatrice suprême.\n\nDites? Qui donc doit me vouloir, ce soir, au fond d'un bouge?\n\n\n               — La dame en noir des carrefours\n               Qu'attendre après de si longs jours\n                            Qu'attendre?\n\n\n               — J'attends cet homme au couteau               rouge.\n\n                                                       EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   Axel, par le comte VILLIERS DE L'ISLE-ADAM; I vol. in-8°. Paris, Maison Quantin.\n\n               En achevant la lecture d'Axel, il semble que l'on vient d'ouïr\n                une musique surnaturelle, d'une beauté pe'nétrante et despo-\n                tique, qui vous a porté hors du temps et de l'espace, comme\n               le chant de l'oiseau miraculeux qui tint en extase durant cent\n               ans ce vieux moine incrédule, qui doutait de la possibilité\nd'un bonheur éternel. Hors du temps, hors de l'espace; — c'est, qu'en\neffet, l'art du comte Villiers de l'Isle-Adam est un art d'abstraction. Ce\nn'est point à lui qu'il faut demander la couleur locale, et, à son temps\nil n'a emprunté qu'un certain américanisme ironique, qui le fait un peu\ncousin d'Edgar Poë. Il a même poussé l'abstraction fort loin. Dans Axel,\nqui est un drame, les personnages, lorsqu'ils sont dignes de prendre vraiment\nla parole, parlent tous la même langue, qui est l'admirable langage du\ncomte Villiers de l'Isle-Adam. Aussi, ne voit-on point s'agiter dans ce drame\ndes personnes vivantes, faites de chair et d'os, et laissant crier, sous les\ncoups du destin, leur sang et leurs entrailles : ce sont de corrects person-\nnages, parlant également bien la même admirable langue, au point qu'il\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                  — 186 —\n\nsemble parfois qu'il n'y ait qu'un seul acteur, qui se donne à lui-même la\nréplique. Soyons exact pourtant : à ce point de vue spécial, l'un des person-\nnages est plus particulièrement caractérisé : c'est l'archidiacre, de qui le\nsermon trahit une recherche, réussie d'ailleurs, du parler réel de la chaire.\n   Dans Axel, si le style est personnel, ce n'est donc point quant aux\ndramatis personœ ; mais, en revanche, il l'est, et, magnifiquement, quant\nau merveilleux écrivain qui a su faire chanter sa prose prestigieuse presque\nà l'égal de la plus magique poésie. Faut-il citer, pour preuve, l'admirable\ndialogue du quatrième acte, aussi divinement beau que, dans l'Eve future,\nl'incantation de Hadaly?Et qui pourrait méconnaître les caractères propres\nde cette beauté, qui sont : l'aristocratie et l'intellectualité? Aristocratiques,\nelles le sont assurément, ces nobles phrases, qu'envieraient les plus hau-\ntaines impératrices et qui revêtent de brocart d'or et de joyaux sévères des\npensées souveraines, nées pour les diadèmes. Et rien n'est plus exclusive-\nment intellectuel, c'est-à-dire enfant pur de l'intelligence, que le verbe de\nVilliers de l'Isle d'Adam. Toute sensualité est bannie de son œuvre. L'amour\nmême n'y brûle que d'une flamme cérébrale. Toute réalité contingente en\nest, de même, éliminée et les objets n'y sont figurés que sous leur aspect\ngénéral.\n    Axel est un drame hermétique. L'intérêt croissant qui s'attache depuis\nquelques années aux publications plus ou moins imprégnées d'occultisme,\n nous incite à insister sur ce caractère spécial.\n    Ce drame — ou plutôt ce poème dramatique en prose — est divisé en\nquatre parties, dont voici les titres : le monde religieux, — le monde tra-\ngique, — le monde occulte, — le monde passionnel. La première partie\nnous montre une orpheline, Sara de Maupers, élevée au couvent de Sainte-\nApollodora, où elle a passé son temps à déchiffrer d'anciens manuscrits,\noubliés jadis dans l'abbaye par les Rose-Croix; rebelle aux ordres de l'ab-\nbesse et de l'archidiacre, elle refuse de se consacrer au Seigneur et fuit, par\nune neigeuse nuit de Noël, vers un pays lointain où l'appellent de vastes\n espérances.\n   Dans la deuxième partie, longue hélas 1 fastidieusement, le jeune comte\nAxel d'Auersperg tue en duel son cousin, qui a supris le secret du château\nd'Auersperg : un trésor colossal, caché par le père d'Axel, gît mystérieuse-\nment dans un caveau perdu, aux environs de la princière demeure. Séduit\nà son tour par l'attrait de l'or, Axel a sacrifié une vie humaine et va, dans\nl'acte suivant, renoncer à la haute Sagesse, dont il était l'adepte.\n    Car, initié par un mage aux arcanes de la science occulte, il était destiné\npar lui à un avenir mystique. De même, Sara de Maupers, qu'une main\ninvisible conduit cette même nuit au château d'Auersperg. Maître Janus, le\nmage, formule en ces termes son secret dessein, qui est la pensée fonda-\nmentale du drame : « Voici donc en présence la dualité finale des deux\n« races élues par moi du fond des âges pour que soit vaincue par la simple\n« et virginale Humanité la double illusion de l'Or et de l'Amour, —\n« c'est-à-dire pour que soit fondée, en un point de Devenir, la vertu d'un\n« Signe nouveau ».\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                 -       187-\n\n\n   Qu'est-ce à dire? Un signe, un symbole nouveau va donc s'ériger, qui\ndira la défaite de la double illusion de l'or et de l'amour? Mais ce signe\nexiste, c'est le signe de la Croix. Maître Janus oublie qu'en magie on ne\nremplace un signe que lorsqu'il a perdu sa vertu.\n   La croix est le pantacle qui résume toute la doctrine de l'évangile. Elle\nest le symbole du renoncement, et tout spécialement du renoncement à l'or\net à la chair.\n   Et par quoi maître Janus veut-il remplacer le signe du sacrifice du Cal-\nvaire? Par le suicide de deux jeunes gens, dont l'un, Axel, a renié la haute\nscience, comme l'autre, Sara de Maupers, a renoncé à la vie mystique, dont\nsa haute intelligence pouvait atteindre les sommets. Voilà ce que maître\nJanus appelle « la simple et virginale humanité ». Et il n'y a pas à s'y\ntromper, le reniement d'Axel et la fuite de Sara ne servent qu'à réaliser ses\ndesseins : « Le Voile et le Manteau, tous deux renonciateurs, se sont\ncroisés : l'Œuvre s'accomplit. »\n   Comment s'accomplit-elle? La quatrième partie, le monde passionnel,\nnous l'apprend. Axel et Sara se sont rencontrés dans l'obituaire du château\nd'Auersperg et y ont découvert à la fois l'or qu'ils cherchaient et un\ntrésor éblouissant, caché là jadis par les Rose-Croix. Brûlés d'abord de la\nsoif de l'or, ils veulent se disputer les fabuleuses richesses, mais vaincus\npar l'amour, ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Quels rêves alors\nd'avenir royal, promenant leur passion sublime à travers les plus féeriques\ncontrées, assujetties à leur volonté par l'or tout-puissant! Mais Axel a\nbientôt reconnu l'éternelle illusion et la dénonce en ces profondes paroles :\n« Vivre? Non. — Notre existence est remplie, — et sa coupe déborde. —\nQuel sablier comptera les heures de cette nuit? — L'avenir? Sara, crois en\ncette parole : nous venons de l'épuiser. Toutes les réalités, demain que\nseraient-elles, en comparaison des mirages que nous venons de vivre?.... »\n— Et, buvant avec Sara le poison qui les délivre de l'existence, il s'écrie\nencore : « Vieille terre, je ne bâtirai pas les palais de mes rêves sur ton sol\ningrat : je ne porterai pas de flambeau, je ne frapperai pas d'ennemis. —\nPuisse la race humaine, désabusée de ses vaines chimères, de ses vains\ndésespoirs et de tous les mensonges qui éblouissent les yeux faits pour\ns'éteindre, — ne consentant plus au jeu de cette morne énigme, — oui,\npuisse-t-elle finir, en's'enfuyant indifférente, — à notre exemple, — sans\nt'adresser même un adieu ! »\n   Une note, annexée au volume, nous apprend que Villiers, mécontent du\ncaractère peu chrétien de son drame, cherchait à en modifier le dénouement.\nCe n'est pas celui-ci seulement, c'est toute la conception fondamentale\nd'Axel qui est en révolte contre l'orthodoxie chrétienne et, non moins,\ncontre l'orthodoxie magique.\n   Une dernière remarque. L'originalité doctrinale d'Axel réside surtout\ndans l'union, souvent heureuse, du dogme de la Kabbale et des principes\nde la philosophie pessimiste de l'Inde à peu près tels que les a remaniés en\nOccident Arthur Schopenhauer. Comment Villiers n'y a-t-il point vu l'una-\nnime réprobation du suicide? Comment a-t-il pu imaginer de transformer\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                 — 188 —\n\nen symbole de foi ce faux renoncement condamné par toutes les ortho-\ndoxies qu'il invoque?\n   Mais si Axel n'est point bâti sur la pierre angulaire d'un bonne logique,\nadmirons sans réserve le style merveilleux de ce monument littéraire. Et si\nles hautes doctrines ont été méconnues dans le plan général de cet étrange\nouvrage, il est tel morceau où elles sont révélées avec une incomparable\nsplendeur.\n                                                         IWAN GILKIN.\n\n\n\n\n         CHRONIQUE THEATRALE\n              Le Vaisseau Fantôme. — Une étude de M. L. Wallner.\n\n\n            Les deux marchands d'opéras qui exploitent le théâtre de la\n             Monnaie, MM. Stoumon et Calabrési, ont estimé qu'il con-\n             venait, avant de clore leur première saison, de donner une\n             légère satisfaction aux wagnéristes. Ils ont repris le Vaisseau\nFantôme.\n   Vous verrez qu'il faudra les en remercier. Ils auraient pu, en effet, au\nlieu du Vaisseau Fantôme, monter Rienzi, ou, à défaut de Rienzi, essayer\nles Fées, ou même, — pourquoi pas? — rechercher la musique des\nquadrilles que les Stoumon et les Calabrési d'antan firent écrire par\nRichard Wagner pendant qu'il composait le Vaisseau Fantôme. On aurait\npu tirer de ces pages, douleureusement bouffes, un délicieux ballet, aussi\nremarquable, certes, que la Nuit de Noël. Et les wagnéristes eussent été\naux anges.\n   MM. Stoumon et Calabrési, lorsqu'on se permet de discuter leur entre-\nprise théâtrale, lorsqu'on effleure dé la moindre critique les Esclarmonde\net les Salammbô dont ils favorisent les dilettanti, se prétendent victimes\n d'une cabale, contre eux montée par les partisans de la précédente direc-\ntion. Notre Ritt et notre Gailhard s'Imaginent, sans doute, que toute ques-\ntion d'art se résout en une question personnelle. Ils nous mesurent à leur\naune, ce qui sent terriblement le comptoir.\n    Ces Messieurs se trompent. Assurément nous savons gré à MM. Dupont\net Lapissida de nous avoir offert la Walkyrie, une superbe reprise des\nMaîtres Chanteurs, et Lohengrin. Mais si les nouveaux directeurs du\nthéâtre de la Monnaie, au lieu de nous traîner de Meyerbeer en Halévy, et\nd'Halévy en Ambroise Thomas, avaient résolûment abordé le répertoire de\n Bayreuth, s'ils nous avaient donné Siegfried ou Tristan et Isolde, —\nnous eussions été les premiers à les encourager, et à soutenir, comme la\nJeune Belgique sait le faire, leur initiative. MM. Stoumon et Calabrési ont\n préférer piétiner sur place, dans un répertoire usé jusqu'à la corde. Leur\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                 — 189 —\n\neffort artistique a été nul. Qu'ils ne s'étonnent donc pas si nous leur faisons\nla guerre. Ils ont ouvert les hostilités.\n   Pour nous offrir, in extremis, une œuvre déjà représentée à Bruxelles,\nils ont engagé un chef d'orchestre surnuméraire, M. Franz Servais. C'était\navouer que leur chef d'orchestre ordinaire, M. Barwolf, est incapable de\ndiriger le Vaisseau Fantôme. A moins que notre Ritt et notre Gailhard ne\nse soient attaché M. Servais que pour tuer l'œuvre des Concerts d'Hiver.\nMais ce serait trop de machiavélisme : nous n'insistons pas.\n   M. Franz Servais a dirigé l'orchestre en artiste épris de son art. Il a eu\nde la vigueur et de la souplesse, avec un souci de la perfection poussé parfois\njusqu'à la minutie. L'ouverture du Vaisseau Fantôme, interprétée par lui,\nest un régal pour les fervents de belle et fière musique. Et il a éclairé toute\nl'œuvre, fort hétérogène, de son coup d'archet lumineux et intelligent.\n   Cet éloge nous autorise à risquer une critique : le chœur des fileuses,\njoué et chanté lourdement, nous a paru perdre beaucoup de son caractère\net de sa couleur.\n   Quant aux acteurs, — M. Renaud mis à part — ils sont faits pour jouer\ndu Wagner comme un crocodile pour danser la tarentelle. M me Fierens —\navec sa grosse voix, ses gestes de poupée, et son articulation pâteuse — est\nune déplorable Senta. Les autres ont droit à un silence sévère.\n   Les décors sont piteux, et la mise en scène ridicule. Le dénouement, tel\nqu'il est réglé, devient incompréhensible. On dirait la fin du Roi d'Ys, en\nplus grotesque.\n   L'œuvre elle-même nous a profondément intéressé, avec ses tâtonne-\nments et ses lacunes, mais aussi avec ses élans magnifiques vers un idéal\ndramatique réalisé plus tard. Telle qu'elle est, elle est supérieure à\nn'importe quel Sigurd, à toutes les Salammbô, à la plus ingénieuse des\nEsclarmonde, parce qu'elle a le don de la vie.\n   Nous nous en voudrions si nous terminions cet article, où il est question\nde Wagner, sans signaler à nos lecteurs une curieuse et savoureuse étude,\npubliée dans la Fédération Artistique par un musicien de talent et de\nscience, M. Léopold Wallner. Cette étude, consacrée à Scheibe et à\nLessing, est intitulée La Réforme de la Symphonie théâtrale. M. Wallner\ny démontre, de la façon la plus irrécusable, que le drame lyrique, tel que\nRichard Wagner lui a donné sa forme définitive, a été non seulement\nentrevu par Scheibe, mais encore décrit, en 1767, dans ses éléments les\nplus caractéristiques, par un des plus pénétrants esprits de l'Allemagne,\n Lessing. Il ne s'agit pas, en effet, dans la Dramaturgie      Hambourgeoise,\ndu rêve prophétique, mais vague, de Rousseau, de Diderot, ou de Beaumar-\nchais. Le rôle de l'orchestre, destiné à « remplacer le chœur de l'antique\ntragédie », le secret de la déclamation, le leitmotiv considéré jusqu'en ses\ncombinaisons les plus récentes, toute l'esthétique wagnérienne est contenue\ndans ses pages, merveilleuses d'instinct musical et de divination artistique.\n   C'est dire que l'étude de M. Léopold Wallner est à lire, et à méditer.\n                                                      ALBERT GlRAUD.\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                 — 190 —\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n  MM. Edgar Tinel et Emile Mathieu au Concert Populaire. — L'Orphée de Gluck\n                               au Conservatoire\n\n\n              La saison musicale aurait été bien morne et bien plate si nous\n               n'avions eu, pour la relever de loin en loin, les concerts du\n               Conservatoire et les Concerts populaires.\n                  Au deuxième Concert populaire, on a entendu le Polyeucte,\nd'Edgar Tinel, suite d'orchestre pour la tragédie cornélienne, et diverses\ncompositions de M. Emile Mathieu, le Sorbier, deux tableaux sympho-\nniques : le Lac et la Forêt, et la première partie de Freyhir.\n   De ces deux compositeurs nationaux, c'est M. Tinel qui l'emporte. Non\nseulement il est aussi bon technicien que son confrère, mais dans son\ninstrumentation serrée, solide et nerveuse, il coule des idées plus nobles et\nplus personnelles. Pour Polyeucte, M. Tinel a adopté une forme quasi-\nclassique, la coupe de la sonate des maîtres du siècle dernier. Mais son\norchestration, sa polyphonie réunit la richesse et le coloris des meilleures\npartitions modernes. Des trois parties composant cette suite : Ouverture,\nRêve de Pauline, Fête dans le temple de Jupiter, c'est la première que\nnous préférons. Elle est souverainement évocative. Elle synthétise les situa-\ntions de la tragédie et donne la caractéristique des principaux personnages.\nLe majestueux thème chrétien et le motif de l'amour de Pauline et de\nPolyeucte sont des trouvailles. Dans la troisième partie nous goûtons la\nmarche religieuse, les incantations, quelques airs de ballet, et surtout ce\nqui suit, l'entrée de Néarque et de Polyeucte dans le temple et leur colli-\nsionavec les païens.\n   Le Sorbier de M. Mathieu, est de la musique puérile et honnête, puérile\nsurtout. M. Mathieu, géologue, botaniste et ornithologiste, a la spécialité\ndes conférences en musique. Ses poèmes sont des articles de dictionnaire\nLarousse, relevés d'une pointe de ce sentimentalisme romançard qui faisait\nles délices de nos grand'tantes et dans lequel excellaient les Lo'isa Puget et\nles Abadie (rien de l'intéressant guillotiné de ce nom). Certains vers du\nSorbier le disputent en boncœurisme à ce refrain moisi :\n\n                          Ce nid, ce doux mystère\n                          Que vous guettez d'en bas,\n                          C'est l'espoir du printemps,\n                          C'est l'amour d'une mère.\n                          Enfants n'y touchez pas !\n\n  Le sens poétique et artiste, dans l'acception moderne du mot, fait com-\nplètement défaut à ce compositeur actif et consciencieux. Il lui manque\nmême, lorsqu'il édulcore des romances sans paroles, telles que son Sous\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                 —   191   —\n\n\nbois et son Lac, deux rengaines descriptives qui dégagent l'ennui, la mono-\ntone somnolence d'une relecture de Lamartine. Il est strictement musicien,\nhomme de métier. Ses bonnes pages, par exemple la première partie de\nFreyhir, dont la progression bien comprise produit un réel effet, ne\ns'élèvent pas au dessus de la musique pour festivals. A part le Hoyoux, je\nne trouve dans le bagage musical de l'honorable directeur de l'Ecole de\nmusique de Louvain,rien qui révèle la personnalité. Malgré l'incontestable\ncontemporanéité de sa facture, ce producteur n'est pas un créateur. Par ses\nprédilections et ses penchants, il appartient à une génération déjà lointaine.\nIl semble venu cinquante ans trop tard. Il date déjà comme un portrait de\nNicaise de Keyser, une poésie d'Abrassart, un roman de Coomans et un\nmeuble d'acajou. C'est vieux, cela deviendra-t-il jamais archaïque? J'en\ndoute.\n   Ce qui ne vieillit pas, c'est la musique de Gluck. M. Gevaert s'en est\n payé une tranche, et une fameuse, au dernier de ses quatre grands concerts\ndu Conservatoire. Tout l'Orphée y a passé. Interprétation hors ligne à\ncommencer par celle de l'orchestre, un orchestre de maîtres comme il n'y en\n a pas un second en Europe. Mais où trouver aussi, ailleurs qu'à Bruxelles,\n un musicien soignant, préparant, mettant au point avec pareille ferveur et\n une aussi profonde compétence, l'exécution d'un opéra-tragédie de Gluck,\n d'une symphonie de Beethoven ou d'un oratorio de Sébastien Bach ! Quelle\n chance que les destinées du Conservatoire ne dépendent pas, comme celles\nde feu le théâtre de la Monnaie, d'un vote secret des malconseillers com-\nmunaux de Bruxelles, et qu'il n'y a pas de danger pour M. Gevaert d'être\njamais livré aux Bèdes! Sinon, au lieu d'Orphée, nous n'entendrions plus\nque des orphéons et les bailleurs municipaux maquignonneraient l'im-\nmeuble de la rue de la Régence aux directeurs du Conservatoire de Taras-\ncon.\n   Mais n'évoquons pas plus longtemps, à propos des chefs-d'œuvre,|nos\ncalamiteux teneurs de livres communaux.\n   Etrange phénomène que cet art austère et pathétique, que cette renais-\nsance musicale de la tragédie antique, se produisant en ce frivole et scep-\ntique dix-huitième siècle, en plein règne de la galanterie, du bibelot et de la\nrocaille! Bizarre capice d'Apollon, qui donne pour protectrice à Gluck, ce\ngénie à forte carrure, la gracieuse et bergeriante Marie-Antoinette, la pétu-\nlante laitière de Trianon, et fait du créateur des deux Iphigénie, d'Orphée,\nd'Alceste et d'Armide, le contemporain de Grétry, de Boucher, de Gentil-\nBernard et des encyclopédistes.\n   « Autant sa vieillesse fut glorieuse, autant ses commencements furent\ndifficiles, racontent ses biographes. Fils d'un forestier de Bohême, il com-\nmença dans sa rude adolescence à jouer du violoncelle aux foires de\nvillage. Toujours en route, sur pied du matin au soir, ce grand garçon aux\népaules carrées, aux yeux énergiques, faisait danser les paysans en plein\nair au son d'un vigoureux archet, ou régalait les grands seigneurs de sa\nvoix en chantant de vaillantes mélodies populaires. Quand il n'en savait\nplus, il en faisait de nouvelles. Un jour, un seigneur italien, le comte\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                  — 192 —\n\nMelzi, devine son talent, l'emmène en Italie, lui donne les meilleurs\nmaîtres, lui fait apprendre l'harmonie, le contre-point, toute la musique, et\nle voilà faisant son premier opéra à vingt ans. »\n   Ce premier opéra ne comptait pas. La série qui le suivit ne valait pas\ndavantage. C'est à cinquante ans seulement que le musicien-poète trouva\nsa vraie voie, mais alors la révélation lui vint pleine, éclatante, entière dans\nson Orphée.\n   Ecoutez-le conter lui-même à son ami Corancey la manière dont il se\npréparait à la composition de ses tragédies : « D'abord, dit-il, je me place\n(en pensée) au centre du parterre. Ensuite je parcours toute la pièce, et\nchaque acte en particulier. Une fois au clair sur le tout et sur le caractère\ndes personnages principaux, je considère l'œuvre comme terminée, quoique\nje n'en aie pas encore écrit une note. Cette préparation me prend d'habitude\nune année et m'attire souvent une grave maladie ».\n   Le même homme répondait à un de ses interlocuteurs, qui s'étonnait de\ncette souffrance de la création : « On peut composer autrement, mais cela\nne tire pas le sang de la vie, ma questo non tira sangue! »\n   Farouche et sublime image ! Impossible de mieux définir la portée de ces\nœuvres toutes chaudes, toutes pantelantes, arrachées par le Génie aux\nentrailles de la Musique.\n   Combien la comprenaient, cette musique d'Orphée, comme elle mérite\nd'être comprise, de ceux qui l'écoutaient, le mois dernier, au Conserva-\ntoire! Bien peu, si l'on en juge par ce qu'en racontaient le lendemain dans\nleurs journaux les critiques qui reflètent le mieux l'opinion et les impres-\nsions d'un public. Mais qu'importe! Il serait même regrettable que Gluck,\ndevînt à la mode, car ainsi que le dit Berlioz, « rien n'est plus délicieux et\nplus flatteur pour les gens organisés d'une certaine façon que de voir les\nchoses qu'ils aiment et admirent insultées par les gens organisés d'autre\nsorte. C'est le complément de leur bonheur. Et dans le cas contraire, ils\nsont toujours tentés de paraphraser l'aparté d'un orateur de l'antiquité et de\ndire : « Les Polonius sont enchantés, admirerions-nous une platitude?... »\n   A cette reprise d'Orphée, si les Polonius, musiciens ou non-musiciens,\nn'entendaient rien au poème, que d'aucuns ont proclamé absolument\ndépourvu d'intérêt, ou à la musique, que d'autres ont jugée convention-\nnelle ou démodée, la plupart ont du moins reconnu les mérites de l'exécu-\ntion, et félicité le maître Gevaert, les artistes de son prestigieux orchestre,\nM. Anthony, l'excellent flûtiste, M me Carlotta Desvignes, l'interprète\ninspirée et vibrante du rôle d'Orphée, M me Cornélis-Servais, une Eurydice\nde grand style, et Mlle Dyna Beumer, dont la jolie voix mutine et le débit\ncoquet et détaché convenaient on ne peut mieux au rôle de l'Amour.\n\n                                                  GEORGES E E K H O U D .\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                  -   193    -\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n              Exposition de CONSTANTIN MEUNIER au Cercle   artistique.\n\n\n              Constantin Meunier a surtout exploité ce nouveau filon d'art,\n               la sombre poésie moderne qui se dégage des usines énormes,\n               noires, fumeuses, où grouille un peuple de pygmées parmi le\n               travail gigantesque et effrayant des machines.\n                  C'est un chercheur de misères, un douloureux mélanco-\nlique qui erre vers le soir après quelque paysage souffrant. Il ne s'arrête pas\naux personnages, il n'est point psychologue; une vision plus large le hante;\nses personnages ne sont là que comme compléments, ils gardent tous la\nmême impression de basse et banale misère, résignée par l'habitude et le\ntrain-train bête d'une vie machinale ; ils n'ont que la tristesse passive des\nchoses.\n   L'exposition actuelle de Constantin Meunier dénote des tentatives nou-\nvelles de coloration : quelques tâtonnements, pourtant, comme son Cabaret,\nmais d'autres tableaux plus fermes, comme la Cheminée, Charbonnage\nabandonné, les Fumées, et surtout l'Appel.\n   Une couleur d'ardoise mouillée donne, cette fois, une certaine vibration\nmatinale aux sujets que le peintre avait traités jusqu'ici d'une façon trop\nterne.\n   La sculpture ne nous semble pas aussi bien réussie ; un peu massif le\nGrisou. Mais parmi les dessins se trouve l'œuvre que nous préférons peut-\nêtre de toute l'exposition, le Pays noir; un fusain d'une grandeur extraor-\ndinaire : des charbonnages muets, des ravins noirs, des terris, des talus,\ndes bigues; aucune vie à l'extérieur, mais sous ces terres défoncées, bos-\nsuées, on devine le travail énorme des forçats.\n                                                                   V. G.\n\n\n\n   L'abondance des chroniques nous force à remettre au prochain numéro\nun article d'Ernest Verlant sur l'Exposition des Portraits de maîtres du\nsiècle.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                                       —194—\n\n                                MEMENTO\n   MM. François de Nion et Casimir              M. Edouard Dujardin et Félix Fénéon.\nStryenski viennent de remettre à M. Porel,      Grand volume de luxe tiré à un petit\nun Faust adapté de l'anglais de Christophe      nombre d'exemplaires numérotés à la presse\nMarlowe, le prédécesseur et le maître de        (le nombre ne dépassera pas 50).\nShakespeare.                                       Prix : 25 francs. Le volume, exclusivement\n   Cette pièce, qui servit de type à celle de   réservé aux souscripteurs, ne sera pas mis\nGcethe, diffère cependant entièrement du        dans le commerce et n'aura pas d'autre\ndrame allemand. Le personnage de Mar-           édition. Cet ouvrage est publié par les soins\nguerite n'y paraît pas, il est remplacé à la    de M. Edouard Dujardin, à qui les bulletins\nfin par une très grandiose évocation d'Hélène   de souscription devront être adressés, à\nde Troie venant consoler les derniers mo-       Paris, 11, rue Le Peletier.\nments de Faust ; l'agonie de celui-ci, se\ndébattant au milieu des démons qui l'en-\ntraînent, produit un des cinquièmes actes les\nplus émouvants et les plus tragiques qui           Les Hommes d'aujourd'hui continuent\naient été mis à la scène.                       toujours à paraître chez Vanier, spirituelle-\n                                                ment croqués par Luque, et présentés par\n                                                Lecomte, Huysmans, etc. Meissonier,\n                                                Pissarro, Descaves, voilà les trois derniers,\n   Notre collaborateur M. Charles Buet, qui     toujours accompagnés d'une très belle et\ndonna dans le dernier numéro de la Jeune        très intéressante notice biographique et\nBelgique quelques pages si intéressantes        littéraire.\nsur Huysmans et Bloy, a profité de son\nséjour en Belgique pour faire quelques\nconférences sur le journalisme contempo-\nrain et sur ce noble et grand écrivain, à qui\n                                               Une série de représentations de M. Antoine\nil a voué une sorte de culte sacré : Barbey\n                                            est venue rompre la monotonie du réper-\nd'Aurevilly.\n                                            toire, au théâtre du Parc. Les excellents\n   Doué d'un très fin esprit d'observation,\n                                            comédiens du Théâtre-Libre ont joué le\nd'une mémoire exceptionnelle, aidant une\n                                            Maître de M. Jullien, les Inséparables et\ncuriosité littéraire fort vive, M. Buet a\n                                            Monsieur Lamblin de M. Georges Ancey,\nmeublé son esprit d'une foule d'anecdotes\n                                            les Frères Zemganno de MM. Alexis et\ncurieuses qu'il glisse adroitement dans ses\n                                            Méténier, et Deux Tourtereaux de MM. Gi-\ncauseries.\n                                            nisty et Guérin. Deux Tourtereaux,         une\n   C'est un collectionneur passionné qui,   piécette très parisienne et très boulevar-\nnous l'espérons bien, ouvrira un jour à ses dière, au fond, malgré ses prétentions à\namis les portes de son musée littéraire.    l'idylle féroce, est l'œuvre de deux journa-\n                                            listes très spirituels. Les Frères Zemganno,\n                                            c'est du Goncourt mis en pièces, à r e n -\n                                            contre de tout instinct artistique et de toute\n  En souscription. Jules Laforgue : Der- dignité littéraire, par deux naturalistes sans\nniers vers. Des Fleurs de bonne volonté, Le scrupules, avec, hélas I l'autorisation de\nConcile féerique, Derniers vers, édition M. Edmond de Goncourt. N'insistons pas.\ndéfinitive avec toutes les variantes tirées Restent les deux œuvres de M. Ancey, très\ndes manuscrits originaux et classées par I remarquables par leur entente du théâtre,\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                         —    195 —\n\nleur audace tranquille, leur esprit de pince-     la Charlotte Corday de Peter Benoit. Im-\nsans-rire, et leurs situations paradoxales.       mense succès pour l'œuvre du maître fla-\nM. Georges Ancey est un auteur drama-             mand. Benoit a été rappelé trois fois.\ntique, au sens très français du terme. M. Fran-      Succès aussi pour le Minnezanger, Invo-\ncisque Sarcey doit aimer cet art-là. Ancey,       cation et Berceuse de Gustave Huberti,\nSarcey, — de très belles rimes. Beaucoup          magistralement interprétés par Emile Blau-\nde talent d'ailleurs. Quelque chose comme         waert.\nun petit-fils de Molière, qui se mettrait à         Enfin, succès pour le violoniste Ysaye,\nbroyer du noir pour la Vie parisienne. Le         qui a joué du Vieuxtemps.\nMaître, une étude rustique de M. Jullien,\nest, de loin, l'œuvre la plus sérieuse que\nM. Antoine nous ait présentée. Ce n'est             Les Arts graphiques ont exposé der-\nqu'un fragment, mais un fragment carac-           nièrement dans le local du Cercle des Arts\ntéristique, d'une psychologie profonde, et        et de la Presse, des reproductions de\nd'un souci artistique digne de tous les           tableaux anciens; il y en a de fort belles;\néloges. Le Maître a été maltraité par les         entre autres un portrait d'Albert Durer, par\ngros chanoines de la critique, naturelle-         lui-même, la suite des Memling de l'hôpital\nment. Le succès de M. Jullien est donc com-       de Bruges, des Rubens, etc. Rappelons ici\nplet.                                             que c'est à la Société des Arts graphiques\n   M. Antoine, dans de nombreux avatars,          que nous devons le superbe médaillon de\ns'est montré, comme toujours, comédien de         Max Waller qui ornait notre numéro de\npremier ordre. M. Grand, M mes Barny;             mars 1889. Ceux qui n'auraient pas vu les\nFrance et Luce Colas lui ont donné la             reproductions exposées, pourront ainsi se\nréplique en artistes. A bientôt, sans doute,      donner une idée du fini de leur exécution.\nles Revenants d'Ibsen.\n\n\n   M. Edgar Tinel, le compositeur de Fran-           Dans Art et Critique de mars, une fort\nciscus, vient de publier, chez Dessain, une       belle protestation signée F . Roux en faveur\nsavante et claire étude sur le Chant grégo-       de Leconte de Lisle. Ce grand poète d'idées\nrien.                                             y est, cette fois, analysé sans parti-pris\n   « Cet opuscule n'est rien moins qu'un          d'école, au dessus des agitations littéraires\ntravail d'érudition ou d'art, et il n'est écrit   du moment, dans le calme déjà de l'œuvre\nni pour les curieux d'histoire, ni pour les       définitif; la prétendue impassibilité litté-\nartistes... Mais il manquait peut-être un pe-     raire dont on l'accuse y est mise à néant par\ntit livre où, sous une forme très simple, la      quelques citations et Kaïn proclamé, enfin,\nmanière seule d'interpréter le chant de           sans restriction, un prodigieux chef-d'œuvre.\nl'église serait exposée. »                           Voici ce que M. F . Roux en dit :\n   L'auteur s'exprime ainsi dans son avant-          « Qu'on lise Kain, ce chef-d'œuvre qui\npropos, mais quoi qu'il en dise, son petit        surpasse de beaucoup, par la profondeur de\nlivre sera consulté avec profit par tous les      la pensée et la perfection soutenue du style,\nmusiciens et tous les artistes.                   la plupart des pièces de la Légende des\n                                                  Siècles. Dans ce poème, où l'auteur a fait\n                                                  entendre la plus éloquente protestation de\n  Dans un grand concert donné le 27 mars          l'homme contre l'existence du mal physique\nà Londres, par la célèbre Société Philhar-        et moral et contre l'inexorable fatalité qui\nmonique, une des plus anciennes et des plus       pèse sur l'humanité, revivent les races pré-\naristocratiques de l'Angleterre, ne figuraient    historiques telles que pourrait les décrire\npas moins de cinq Belges au programme.            l'historien le plus exact. »\n  Un excellent et formidable orchestre a\nxécuté, sous la direction du compositeur,\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                                         196\n\n   M. Paul Simon, directeur de la maison          former des phrases qui « épatent le bour-\nd'édition Kahnt, à Leipzig, vient par le          geois ». Nous ne savons à qui les adeptes\nplus grand des hasards de découvrir toute         de cette école font illusion; mais, s'ils se\nune collection de lettres inédites de Richard     font illusion à eux-mêmes, et s'ils com-\nWagner, Liszt, Peter Cornélius, etc. C'est le     prennent quelque chose à ce qu'ils écrivent,\nmême M. Simon qui retrouva naguère le             c'est déjà bien joli.\nmanuscrit du célèbre article de Wagner :             « Nous avons donné, dans notre numéro\nl'Art de diriger.                                 du 31 janvier dernier, des vers de ces néo-\n                                                  écrivains, empruntés à la Jeune Belgique.\n                                                  Cette revue s'est indignée que nous ayons\n   Notre collaborateur Jules Destrée a donné      déclaré ne pas les comprendre, et, pour se\nce mois au Journal des Tribunaux, une             venger sans doute, elle nous sert, dans son\ntrès remarquable nouvelle : La Maison du          numéro de février, de la prose plus incom-\ncrime.                                            préhensible encore, et pourtant signée de\n                                                  M. Stéphane Mallarmé, l'une des lumières\n                                                  de cette obscure école.\n   Nous recevons la communication sui-               « Le vent souffle d'ailleurs aux insanités\nvante :                                           littéraires, et dernièrement on nous offrait\n   « Nous avons l'honneur de vous faire part      comme un chef-d'œuvre un livre du comte\nde la modification apportée dans le titre de      Villiers de l'Isle-Adam, dont on veut faire\nl'Indépendant littéraire qui devient l'lndé-      un homme de génie maintenant qu'il est\npendance, revue bi-mensuelle littéraire,          mort. »\nartistique, politique.                               Le tout se termine par la phrase sui-\n   Ce changement matériel, qui ne fait que        vante :\nconsacrer le genre de notre revue, n'im-             « Il est possible que l'avenir consacre un\nplique d'ailleurs aucune transformation dans      jour la supériorité de MM. Mallarmé, Vil-\nla direction et la rédaction. l'indépendance,     liers de l'Isle-Adam, et autres écrivains\nsans la moindre solution de continuité, n'est     ejusdem farince ; mais, jusqu'à nouvel\nautre q u e | l'Indépendant littéraire, fondé     ordre, on nous permettra de leur préférer\nen 1886.                                          Bossuet, Rousseau, Courier, Musset, et\n                                                  autres écrivains de second ordre, dont le\n                                                  pauvre langage, accessible aux humaines\n                                                  intelligences, ignore les arcanes de ce\n  Les Poèmes anciens et romanesques de            sublime jargon. »\nHenri de Regnier viennent de paraître chez           C'est étonnant comme il y a des gens\nBailly, à la librairie de l'Art indépendant.      furieux de ne pas comprendre; enfin ! on\nNous donnerons dans notre prochain nu-            ne leur demande pas l'aveu de leur ramol-\nméro une étude sur ce beau volume.                lissement; cela nous est égal. Mais quant\n                                                  à cette troupe d'oies qui poussent des cris\n                                                  d'alarmes, bec au vent, nous espérons\n   Nous avons déjà parlé de cette Revue           bien pouvoir encore longtemps assister à\nanecdotique, qui prend régulièrement le           leur concert. Pour se délasser, quand ces\nPirée pour un homme, et avec le plus              palmipèdes sont fatigués de crier, ils se\nimperturbable sérieux s'enfonce dans l'oeil       livrent à des jeux d'esprit.\nla plume des Sarcey et autres Francuistres           Voici un spécimen des charades qu'ils\nde sa rédaction.                                  proposent entre eux :\n   Voici un extrait de son numéro de mars;           « Il arrive toujours un moment où le chef\nsavourez :                                        d'Etat le plus libéral agit en tyran.\n  « LES INCOMPRÉHENSIBLES. — Il y a         une      — Et quand donc?\ncertaine école littéraire qui croit se faire un      — Eh bien... quand il met ses bottes. »\nstyle en enchevêtrant les mots de façon à            Délicieux!\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": " En vente chez l'éditeur EDMOND DEMAN, rue d'Arenberg, à Bruxelles:\n\nLa Damnation de l'Artiste\n                   P A S           IWAN        G I L K I N\n                                 Prix : 15 francs.\n\n               Vient de paraître chez LÉON VAN1ER, Paris :\n\n       L'AME DES CHOSES    RECUEIL DE POÈMES EN PROSE\n\n                    par HECTOR CHAINA Y E\n                          Prix : 2 francs.\n\n      En souscription chez LOUIS VAN M ELLE, rue St-Georges, 14,\n                               à Gand.\n\n  LA PRINCESSE MALEINE\n                        drame en cinq actes,\n             par     MAURICE      MAETERLINCK\n                          Prix : 5 francs.\n\n                   A paraître en avril chez EDM. DEMAN :\n\n       Les Flambeaux Noirs             PAR\n\n                      EMILE          VERHAEREN\n\n  A L ' A V E N T U R E , par JAMES VANDRUNEN. (A            paraître).\n\n   IMPRESSIONS                   D A R T , par EUGÈNE   DEMOLDER,     chez\nMadame Ve Monnom.\n\n   L A P L E I A D E . Abonnement : 5 fra nos par an. Administration :\n33, rue des Paroissiens.\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement : 1 an, 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n  L A R E V U E I N D É P E N D A N T E , rédacteur en chef :\nFRANÇOIS DENION. Abonnement, 15 francs par an; étranger, 17 francs.\nAdministration chez Albert Savine, 12, rue des Pyramides, Paris.\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\ncines, 16, à Paris; commencera bientôt la publication du POSSÉDÉ\nde CAMILLE L E M O N N I E R .\n  Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n\n   L E M E R C U R E D E F R A N C E , revue mensuelle d'art et\nde littérature : ALFRED VALLETTE, rédacteur en chef, 15, rue de\nl'Échaudé-Saint-Germain, Paris. Prix : 40 centimes.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "SOMMAIRE du numéro de Mars de LA JEUNE BELGIQUE. — In Memo-\n  riam, Henry Maubel. — Les Dessins de Victor Hugo, J.-K. Huys-\n  mans. — Lucifer, Iwan Gilkin. — Les Dimanches de la rue Rousselet,\n  Charles Buet. — Irène, Adolphe Frères. — Transpositions modernes.\n  Cirque, Jules Destrée. — La Synthèse, Albert Leune. — Floramye,\n  Georges Vanor. — Stéphane Mallarmé, Valère Gille. — Fable, Féli-\n  cien Rops. — Chronique littéraire : Conférence de M. E. Picard, Dire\n  du mieux. — Chronique musicale : Salammbô. — Vènerie esthétique,\n   On. Cudoye. — Memento.\n\n                             Chez EDMOND DEMAN :\n\n  LES FLEURS DU                                                                   MAL\n                                              DE\n\n                        CHARLES             BAUDELAIRE\n                  INTERPRÉTATIONS          PAR     O D ILO N      REDON\n\nEn un album de 8 planches in-fol., avec couverture illustrée. Tirage à 50 exemplaires.\n                                     Prix : 35 francs.\n\n\n                              .A.      P A R A I T R E\n\n\n    Le Triomphe du Verbe                     PAR\n\n                           Maurice         DESOMBIAUX\n                  Tirage à petit nombre sur beau papier de luxe.\n\n\n     LA        J E U N E                 B E L G I Q U E reparaît sur\nla brèche, l'élan est donné.\n   A la tête du mouvement littéraire, LA J E U N E B E L -\nG I Q U E , hautaine et iière, dirige le combat, marche en\navant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\nE L L E pour la propagande ! Des cartes d'abonnement sont à\nla disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\nDIX abonnés nouveaux recevront L A J E U N E B E L -\nG I Q U E gratuitement pendant un an.\n   Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n 1° LA J E U N E B E L G I Q U E g r a t u i t e m e n t à perpé-\ntuité ; 20 Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe\ndes frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\nen tête de la publication commémorative de nos fêtes du\ndixième anniversaire.\n\n\n                   liruxelles. — Imprimerie V* Monnoni, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1890-04-01", "preuve": "Avril 1890, numéro 4, couverture PDF 190 ; aucun jour imprimé."}}