{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Juillet 1800. TOME IX", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "Juillet 1800.                    TOME IX. — N° 7                       10me                     Année.\n\n\n\n\nLA\n     JEUNE\n                  BELGIQUE\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "SOMMAIRE:\n\n        La volupté de souffrir                       ANDRÉ FONTAINAS.\n        Poèmes                                       FERNAND        SEVERIN.\n\n        Christine de Landelies                       LOUIS DELATTRE.\n        Sonnets                                      A L B E R T ARNAY.\n\n        Défi du rêve                                 HUBERT STIERNET.\n        Chronique artistique :\n         L'Exposition    du Cercle des Femmes\n           peintres; l'Exposition de l'Écran et de\n           l'Éventail                              X.\n       Memento                               .   .   NEMO.\n\n\n\n\n                                                                 BRUXELLES\n                                                 Rédaction : 55, BOULEVARD DANDERLECHT\n    PRIX DU NUMÉRO                                                    PARTS\n            F r . 0-75                                  LIBRAIRIE DE l'Art        Indépendant\n                                                             11, rue de la Chaussée d'Antin\n\n                                                                        1890\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis aux abonnés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "Les abonnés qui n auraient pas reçu", "ancre_fin": "s adresser à la Direction", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BOITE AUX LETTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "Les abonnés qui n'auraient pas reçu le portrait de P A U L\nVERLAINE, inclus dans notre numéro de J U I N , sont priés de\ns'adresser à la Direction.\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Ne hâlez pas vos roses", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nous invitons nos amis", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 742, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "BOITE AUX L E T T R E S .\n    54.— Louis TOHET. Vos vers sont bons. C'est regrettable; étions pour le moment dans\ndes dispositions et aurions bien voulu dire des choses désagréables. Perdez rien à attendre;\n faites nous un second envoi.\n    55. — FRANZ RUTY. De la musique, bon Dieu ! où voulez-vous que nous placions cela ?\nEt puis franchement, entre nous, elle n'est pas fameuse. Transformez Mystique en cantate\net présentez-la au comité des fêtes nationales.\n    56. — Louis SUZEL. Mons. Vous avez du métier; travaillez, devenez bon ouvrier. On\nne pénètre pas si facilement dans l'enceinte sacrée de la Jeune Belgique ; patience.\n   57. — On demande un vieillard riche.\n   58. — JOSÉPHIN PÉLADAN. Notre mage Léon Dardenne, prépare en ce moment un\nouvrage en XIX volumes sur la coloration des molécules. Vous intéressera certaine-\nment.\n   59. — CHARLES DORCHY. « J'espère voir bientôt paraître... » Espérez toujours, espérez\nlongtemps. Si vous êtes jeune, avez du temps devant vous. Heureux jeune homme!\n   60. — EMILE VAN ARENBERGH, juge de paix à Diest. Attendons toujours des vers. Pro-\nmesses fallacieuses pour lors !\n   61. — VALÈRE GILLE, directeur au maillot, Heyst-lcs Bains. Reçu votre compilation\nsur Rops. Beaucoup trop volumineuse pour notre numéro de juillet.' Ne hâlez pas vos\nroses, s. v. p.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 265, "titre_corps": "La Volupté de souffrir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "LA VOLUPTÉ DE SOUFFRIR", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "LA VOLUPTÉ DE SOUFFRIR\n                                              Celui qui a compris que la douleur\n                                            vient de rattachement, se retire dans la\n                                            solitude comme le rhinocérops.\n                                                                  CAKIA-MOUNI.\n\n\n\n\n                                    Le l'écume frémissante des Océans, rigide\n                                     et par delà les globes vides des soleils\n                                      éteints, bien haut à travers les nuages\n                                  lis, la falaise, avec ses flancs abrupts rongés\n                               de crevasses profondes, monte éperdûment,\n                             puis, plus haut encore toujours s'élève d'une\n                          pente atténuée et se termine par un plateau nu,\n                illimité, jusqu'à se fondre en la ligne incertaine de l'horizon\n                brumeux.\n                   Nulle végétation, arbrisseaux rabougris ni folles herbes ;\n                nul être vivant, pas même un oiseau de proie qui y cache\n                son aire. Rien : des pierres, du sable qu'en tourbillons\n                mornes soulèvent et par instants épaississent les gémisse-\n                ments incessants d'une âpre bise, comme aigris d'impréca-\n                tions touffues parmi les angoisses de nocturnes prières.\n                    En cette lande aride, par ces ténèbres lourdes et glaciales\n                où ne se glisse aucun indulgent regard de lune, aucune\n                lueur d'étoile, quelles voix étrangères hurlent ainsi, déses-\npérément? Voix démoniaques parmi les typhons et les déserts de ce sable\nen rafales tenaces, voix rauques comme d'un chœur, qui, tour à tour s'unit\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                  — 262 —\n\n\nen d'identiques complaintes ou se renvoie en échos rudes de monotones\nlamentations, vers quel inconnu Paraclet gémissait de la sorte l'affolement\nlugubre de vos douleurs insoupçonnées?\n   — Pitié! vociférait l'une de ces voix; oui, pitié! ayez pitié de moi, mal-\nheureux ! Je suis un grand parmi les plus grands, et ma misère est insup-\nportable. Depuis mes plus jeunes années, je suis le roi orgueilleux et serein\ndont le courage et les bienfaits ont comblé ses peuples sans nombre de pros-\npérités . Mes empires sont sillonnés de routes sûres entretenues avec vigilance ;\ndes canaux les traversent, aboutissant de toutes parts à des ports creusés à\nl'abri de tous les caprices des marées et de l'ouragan; j'ai fondé d'im-\nmenses villes de commerce aux larges voies emplies d'agitation et des cités\nsomptueuses où les grands et les riches déploient toutes les pompes de leur\nluxe. Les palais que j'ai bâtis sont merveilleux, et la nombreuse cohue de\nmes sculpteurs et de mes peintres ont consacré les années les plus fécondes\nde leur génie à y accumuler leurs chefs-d'œuvre; j'ai construit des jardins\ncapricieux et variés que d'abondants tapis de fleurs multicolores embaument\nen toutes saisons, où les arbres des climats les plus différents épandent à la\nfois l'ombrage de leurs frondaisons confondues, où des jets d'eau aux mille\nnuances éparpillent en des vasques de malachite et de porphyre les ruis-\nsellements féeriques de leurs rubis en flammes, et de leurs saphirs, et de\nleurs améthystes, mêlés à l'efflorescence délicate de leurs perles d'argent.\nCeux qui souffraient, je me suis efforcé de soulager leurs souffrances ; j'en\nai consolé quelques-uns ; j'ai abaissé la superbe des persécuteurs, j'ai exalté\nl'humilité des victimes. J'ai répandu en munificentes pluies l'or de mes\ncoffres royaux, j'ai distribué des terres; j'ai fait élever les enfants des pau-\nvres avec mes fils.\n  J'ai fait la guerre aussi, et j'ai soumis tant de peuples que je n'en sais\nplus le nombre. Les rois des contrées les plus lointaines me redoutaient et\nrecherchaient la promesse de mon amicale protection. Des musiciens et\ndes poètes en foule célébraient mes triomphes et ma puissance, et je fus par\ntoute la terre adoré à l'égal d'un Dieu.\n  Rassasié, las de l'excès constant de ma propre gloire, une nuit, revêtu\nd'habits vulgaires et le visage masqué, je voulus m'enfuir et me réfugier\nen quelque recoin ignoré de mes vastes Etats. Je fus reconnu, arrêté, recon-\nduit vers mes palais triomphalement ; et mes peuples eux-mêmes me contrai-\ngnirent à reprendre mon sceptre et mes couronnes.\n  Alors, pour enfin échapper, fût-ce en la mort, à la charge accablante de\nma royauté forcée, je résolus de me rendre odieux à mes sujets : au hasard\nde mes caprices je dépouillais les riches et les banquiers; je fis mettre à\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "                                   — 263 —\n\nmort des innocents, par plaisir, et pour chacun je sus inventer des supplices\nnouveaux et raffinés. On me salua du surnom de justicier! — Je fis violer\ndes vierges par mes soldats, sous mes yeux ; polluer la candeur des enfants\nétonnés et publier le récit de ces infamies. Mes peuples s'amusèrent de mes\nplaisirs !\n   Je me gorgeai de turpitudes et de sang, mais sans parvenir jamais à\ntromper la satiété de mes désirs ou à lasser l'affection de mes peuples ! A\nprésent, l'âge m'appesantit, et je règne toujours ; mais avant de disparaître\nen la nuit sans limite du sommeil irrévocable, n'y a-t-il nulle pitié à espérer\nencore? l'homme surchargé de travaux et de gloire ne pourra-t-il goûter,\nquelques jours seulement ! les joies si ardemment désirées d'une existence\ncalme?\n\n    Une autre voix clamait : — De l'or, oh ! qui me débarrassera de tout cet\nor? Pour les félicités les plus délicieuses autrefois je n'aurais pas donné une\nseule parcelle de tout cet or amoncelé. C'était ma joie, c'était ma vie\nd'acquérir avidement, un par un, tous ces ducats, ces écus, ces guinées et\nces piastres dont la couleur et le son m'affolaient, de les amasser en\nde secrètes demeures où le soleil même ne pût les voir, pour y vivre\ndans l'extase de ma seule ambition satisfaite! Et des parents malheureux,\nde très anciens amis réduits à la misère, venaient m'implorer, se tordre\nen supplications à mes pieds; j'étais inexorable; jamais une seule pièce\nd'or ne s'échappa de mes doigts ! Je jouissais de la volupté d'être riche au\npoint d'ignorer la grandeur de mes richesses, bien que j'en refisse le compte\nchaque jour. Je vivais seul, immergé d'opulence, me nourrissant de quel-\nques reliefs que je découvrais parmi les immondices de la rue; mon bon-\nheur surpassait tout autre bonheur, puisque nul n'eût osé rêver une richesse\ncomparable à la mienne !\n    Quand me prit la satiété, ma punition fut horrible. Je m'étais trop soûlé de\nl'ivresse de mon or, je voulais le rejeter loin de moi. Je fis des dons à des navi-\ngateurs qui partaient à la recherche de terres inconnues : pas un ne fit nau-\nfrage et tous rapportèrent des richesses inouïes qu'ils m'obligèrent à partager\navec eux. J'inondai de mes subventions de douteuses entreprises financières :\nelles réussirent toutes, et mes mises me furent remboursées, doublées par\nl'accumulation des intérêts produits. Je prêtai de l'argent à des amis. Mes\namis me le rendirent. Je dotai des nièces et des cousines dont le nom\nmême m'était inconnu ; l'une après l'autre en peu de temps toutes mouru-\nrent, veuves et sans enfants, et leurs opulents héritages me furent attribués.\n    Me voici vieux à présent, plus accablé de richesses que jamais on ne le\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "                                  — 264 —\n\nfut, et je ne puis m'en libérer ! Quoi que je fasse, toujours elles s'achar-\nnent, elles m'étreignent, elles me harcèlent.\n   Quelle infortune est plus digne de pitié ? Je suis si riche ! et je voudrais\nachever les derniers instants de ma pénible existence en quelque condition\nmédiocre et tranquille, délivré du souci de tout cet or ! Mes vœux ne peu-\nvent-ils être entendus? Ne surviendra-t-il rien qui m'allégera du fardeau de\nma misère?\n\n   Toutes les misères de la terre, disait une autre voix, que sont-elles auprès\nde ma misère? L'amour fait le bonheur des autres hommes, et moi, l'amour\ncause mon infortune!\n   J'aimais, quand j'étais jeune, me fleurir les regards aux regards des jeunes\nfemmes; j'aimais me griser l'âme aux rires impérieux de leurs caressantes\ncauseries; j'aimais l'étincellement de leur tendresse frêle; j'aimais les jeunes\nfemmes par dessus tout au monde, et je délaissais tout autre soin pour le\nsoin de leur plaire.\n   Parmi toutes, cependant, je ne tardai pas à connaître celle dont la dou-\nceur faillit me rendre fou. La nuit, ce furent de muettes extases devant le\nrêve de sa beauté; le jour, furtivement, partout où ses pas la conduisaient,\nje la suivais docile, les chemins étaient embaumés de son passage; si elle\nne sortait pas, je demeurais des heures et des heures devant la porte de sa\nmaison, et le fantôme de sa splendeur candide vivait dans le mirage de mes\npaupières closes que sa chère présence divinisait. L'idole parfois me sou-\nriait à la dérobée comme pour se montrer satisfaite de la persistance de\nmon adoration, et la folie de mes rêves et de mon espoir s'en accrut à tel\npoint que je me voyais déjà le serviteur éiu et le compagnon terrestre de sa\ndestinée. Brusquement, j'appris qu'elle allait se marier. J'en fus tellement\nhébété que, durant des mois, je n'eus pas conscience de ma douleur. Quand\nje m'éveillai de cette maladive torpeur, quelque chose en moi s'était brisé,\nje ne croyais plus à la sincérité possible des humaines affections.\n   Alors, je me livrai éperdûment à l'excès des voluptés viles ; je connus\ntoutes les luxures et toutes les turpitudes, sans rencontrer le plaisir ni\nl'oubli! Incurieux désormais de charnelle satisfaction, pour échapper aux\nfièvres inévitables de quelque désir éphémère, je trouvai l'effroyable énergie\nde me mutiler! Lorsque, peu de temps après, désabusée de son union pré-\ncipitée et irréfléchie, l'éblouissante bien-aimée de naguère se fût auprès de\nmoi réfugiée, je ne pus paraître à ses yeux qu'un spectre enthousiaste,\nqu'un passionné impuissant. Je l'aime plus encore qu'aux jours d'autrefois,\nmais comment lui rendre la morsure insensée de sa lèvre de flamme? La\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "                                  — 265 —\n\ndent fougueuse du désir me ronge le cœur, ma chair reste pantelante et se\ndérobe !\n  Il faudrait hors du monde me réfugier, ne plus la voir, ne plus penser,\n— car penser, c'est penser à elle ; — en un asile inaccessible où mes yeux\nvoient s'accomplir la lente et sûre destruction de mon corps que la\ngangrène mange et m'y ensevelir, afin d'éprouver quelque joie, enfin, de\nm'être enfui de l'amour.\n                                       II\n   Au bord d'un même fleuve mystérieux, sous d'impénétrables feuillages,\nloin des villes et des rumeurs, loin l'un de l'autre aussi, trois ascètes vivent\ndans les austères pratiques du renoncement et du songe intérieur. Et par-\nfois, dans le frémissement des branches, dans le renouveau de la sève des\nbois qui les environnent, leurs sévères méditations accueillent et perçoivent,\non croirait, le murmure précis d'une parole divine, et ils se sentent agités\nd'un douloureux tremblement d'effroi, comme lorsqu'ils traînaient après\neux la lourde servitude d'une existence terrestre.\n   N'êtes-vous point devenus, semble leur dire cette voix qu'ils appré-\nhendent, tels enfin que vous désiriez être? Débarrassés des soucis qui vous\nrongeaient, à présent vous n'êtes plus asservis et humiliés par les turpi-\ntudes des basses affections; nul lien ne vous unit au monde. En votre isole-\nment, qu'importent gloire, richesses, amour? Vous êtes délivrés de la vanité\ndes jouissances et du désir, absorbés en la muette contemplation de l'éter-\nnelle cause, vous voici rentrés bientôt en la définitive béatitude des êtres\nau sein de l'Etre, et, votre cœur anéanti, vous serez les élus éternels du\nnéant irrévocable.\n   Et chaque fois, frappés de terreur, les trois isolés dont chacun ignore\nles deux autres, se prosternant, implorent à nouveau l'occulte observa-\nteur des humaines destinées, et s'écrient en même temps :\n   — Rendez-nous à nos anciens tourments ! Ne plus voir, ne plus espérer, ne\nplus sentir: ce néant, quelle âme divinement trempée le pourrait-elle subir?\nOh ! nous sommes des hommes encore, et nous ne saurions nous libérer de\nla vie. Au milieu de ces forêts effarées, une lourde épouvante écrase la\nsainteté de nos extatiques travaux. Vivre sans une volupté, dans l'impas-\nsible sagesse, serait un effort impitoyable et futile. Si nous n'avons pu ren-\ncontrer les joies et les bonheurs de l'existence, nous assumerions avec\norgueil la volupté de la douleur, car pleurer et souffrir c'est du moins se\nsentir vivre, et c'est de vivre que surtout nos âmes sont affamées.\n\n                                                   ANDRÉ FONTAINAS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 266, "page_fin": 267, "titre_corps": "Poèmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "POÈMES", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 307, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "POÈMES\n               LA MORT DES ENFANTS\n\nVisite les enfants dans la maison des fièvres :\nCe sont les mêmes lys glanés par un beau soir,\nTout ce qu'exhalera la pâle fleur des lèvres\nA ses destins marqués dans un nouvel espoir.\n\nFraternels nouveau-nés fanés avant d'éclore,\nEn des langes heureux soyez les bienvenus'.\nIls meurent, et ce soir de fête les ignore :\nReconnais-toi, mon cœur, dans tous ces inconnus.\n\nMais rien n'illumina les limbes de leur vie.\nEt tes yeux las, au moins, connurent le matin.\nDe plus tristes que toi te cèlent leur envie :\nMontre-leur ton passé, tel qu'un éden lointain.\n\nLa vision des soeurs errait en ce parterre.\nQue de beaux yeux baissés, dont le seul souvenir\nAttarde des clartés dans ton soir solitaire!\nTu t'en allais; ceux-ci n'espèrent plus partir.\n\nMais avant ce sommeil qui leur donne de naître,\nAccorde cette grâce au silence des pleurs :\nO printemps des préaux surpris par la fenêtre !\nIls veulent bien mourir, mais en baisant des fleurs.\n\nRetourne à tes forêts, comme à des délaissées,\nO le fis oublieux qu'elles ont trop aimé!\nEt rapporte des fleurs pleines de leurs rosées\nDans les plis d'un manteau qu'elles aient parfumé.\n\nJonche de ta moisson ces berceaux   funéraires\nD'où s'en iront en paix les anges révélés:\nQuand la mort maternelle endormira ces frères,\nMon cœur, triste à jamais, les aura consolés.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "                         — 267 —\n\n\n                        L'HOPITAL\n\n« Il est doux, dans la nuit des pauvres, son sourire !\nCe grand rayonnement de feux      silencieux,\nN'est-ce pas la clarté d'un nimbe de martyre?\n\nVous qui m'êtes venue en cet exil des cieux\nOù ma faiblesse, en vain, luttait contre elle-même,\nQuel ange des pardons se révèle en vos yeux?\n\nVous pleuriez, n'est-ce pas, sous votre diadème?\nEst-ce pour mon néant que vous m'avez aimé?\nMon cœur reste sans voix devant ce don suprême.\n\nJ'ai souffert trop de nuits, et suis bien désarmé!\nMais qui n'oublierait pas la fièvre et l'agonie\nSous le manteau de fleurs dont vous m'avez semé? »\n\nTout le ciel entr'ouvert a vu votre insomnie,\nMais vous cédez enfin à l'enfant   d'autrefois\nParmi cette douleur que vous aviez bénie!\n\nVous fûtes longtemps seul, enfant, en d'humbles croix.\nEcoutez, à présent, des berceuses fidèles,\nTout le soir printanier qui chante dans ma voix.\n\nDorment... Et vous, Seigneur, avant les croix nouvelles,\nAccordez le sommeil à mon frère brisé,\nAh! Seigneur, un sommeil éventé par des ailes. »\n\nEt vous êtes partie, après ce seul baiser,\nEn laissant, après vous, des rayons de vos nimbes\nSur ce front de douleur, maintenant apaisé,\n\nMa sœur, ma sœur d'en haut, descendue en mes limbes!\n\n                                         F E R N A N D SEVERIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 282, "titre_corps": "Christine de Landelies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Delattre", "ancre_debut": "CHRISTINE DE LANDELIES", "ancre_fin": "Louis DELATTRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 309, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "CHRISTINE DE LANDELIES\n                 Quand j'étais gamin, je fréquentai longtemps la boucherie du\n                  village. C'était comme une ferme dans une rue : j'y trouvais,\n                  dressées contre les murs, des échelles où je pouvais grimper,\n                  des chariots, des greniers à foin d'où tombait le parfum bal-\n  samique des herbes, des étables chaudes qui fleuraient les bêtes ; des poules\n  et des coqs chantant et picorant dans la grande cour pavée, sur le haut tas\n  de fumier doré. J'étais le commensal du boucher et de la bouchère, les\n hôtes de ce paradis.\n     Rosalie était une mignonne femme au teint qualifié de pâle ou plutôt de\n  « bladjou » par les villageois, quoique, à la vérité, sous la poussière d'or\n  clair d'une chevelure frisotée, il fût du rose lavé le plus délicat. Ce coloris\n  si pur, éveillait l'idée de clarté émanant de l'intérieur et rappelait ces lampes\n  de porcelaine limpide brillant, dans les coins sombres de salons tranquilles,\n  sous de neigeux abat-jour de mousselines aux couleurs tendres, doucement;\n  et cette idéé de calme était encore corroborée par le dessin mou d'une grande\n. bouche aux lèvres charnues, et la bonté de deux yeux gris-cendré aux\n  globes humides. Rosalie devait, d'ailleurs, beaucoup de cette placidité à\n  des habitudes imposées par sa santé chancelante. Elle marchait lentement;\n  et assise, elle ne posait pas ses mains comme les autres commères. Dans les\n  dernières années que je la connus, elle avait à la commissure des lèvres le\n  pli d'un sourire presque triste, le rictus résigné des personnes ayant passé\n  seules de longues après-midi dans un fauteuil, devant des fenêtres fermées\n  sur des rues de province. — Au surplus, je ne saurais vous dire le charme\n  inattendu et irrésistible du fait seul de sa vague beauté dans un village de\n  clabaudeuses commères et d'ouvriers cloutiers.\n     Antoine, son homme, l'aimait follement, et l'amour faisait trouver d'ines-\n  pérés miracles de délicatesse à cet hercule abatteur de bœufs qu'on s'effrayait\n  à voir serrer la taille de sa femme « par bêtise »; mais des ouvriers de chez\n  nous ne cassent-ils pas proprement une noisette sous les mille livres d'un\n  marteau-pilon habilement manœuvré. — Un des plaisirs favoris d'Antoine\n était, les samedis à la soirée ou les dimanches matin, jours de presse, de\n  faire asseoir Rosalie dans le brouhaha affairé de la boucherie, de lui\n  défendre de toucher à aucun objet ou de servir personne, et alors de se\n  multiplier pour suffire à la pratique talonnante.\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "                                  — 269 —\n\n    — Voilà! voilà! criait-il radieux, à la pratique, en jetant sur sa femme\ndes yeux de terre-neuve éjoui, voilà! Que désirez-vous?\n    En ces moments, il vous décrochait très facilement, tout en parlant, un\nquartier de bœuf de cent cinquante livres ou apportait un veau entier sur\nses bras.\n    Entre deux additions, Rosalie entretenait la causette. — La boucherie est\npour les femmes ce que sont pour les hommes le cabaret et la boutique\ndu barbier. Elles s'asseyent sur le banc, près de la fenêtre et en se penchant\ncomme pour un secret elles se dégoisent le nouveau cancan de corsage à\ncorsage. Tout en aiguisant son couteau sur la queux, le boucher égaie la\npratique de plaisanteries salées, car c'est souvent un grand gars haut en\ncouleur et aimant les tripes. C'est ainsi qu'il témoigne de sa politesse; les\nsimples remerciements ou, encore plus, les froides civilités des boutiquiers\nde la ville seraient inévitablement taxés d'indifférence ou de dédain, au\nvillage; et rien ne blesse les petites gens comme l'indifférence. Elles\ndiraient en bougonnant :\n    — A-t-on jamais vu? Le boucher a peur d'ouvrir la bouche; il empoche\ncependant bien mes gros sous. Est-ce parce que je ne suis pas madame? e t c . .\n    Antoine sait tout cela; aussi, quand viennent les villageoises se fournir\ndu pot-au-feu et les circumvoisins, les dimanches après la messe de huit\nheures, l'entend-on de sa grosse voix joyeuse envoyer des gaillardises à faire\nse renverser sur le banc la pratique. Les femmes gloussent de plaisir.\n    — Oh! oh! oh! cet Antoine ne changera jamais! disent-elles.\n    Et elles oublient de réclamer que leurs maris, dimanche passé, ont trouvé\ncoriace comme « tige de botte » le morceau de flanchet, que le « kilo de\nculotte n'était que du gras ». Au logis, elles ne manqueront pas de vanter\nl'irrésistible bonne humeur du boucher.\n    — Rosalie ne dit pas grand'chose, ajoutent-elles, mais c'est tout de\nmême une bonne femme. N'était son air grimaud... Mais on ne peut être\ntoujours gaie, quand on est malade... Pas vrai?\n    ... Un jour, Rosalie ne descendit pas; je montai la voir. Elle était au lit;\nses lèvres bleues et sèches ébauchèrent un sourire quand elle me montra,\nserré dans des langes, un petit enfant suçant son doigt.\n    — Vois-tu?... C'est monsieur le curé qui me l'apporta cette nuit. C'est\nune fille, tu sais. Comme elle est grosse, n'est-ce pas? Me ressemble-t-elle\ncomme Antoine le dit?\n    Je restai longtemps près d'elle, assis au pied du lit, à l'écouter parler\nd'une voix douce et basse. Ses mains blanches, étalées sur la couverture,\nparaissaient très longues. Elle me fit manger des sucreries et d'une pâtis-\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "                                 — 270 —\n\nserie légère et fragile, parfumée de fleur d'oranger. Le ciel de février\nmettait dans la chambre une lumière grise et alanguie ; la voix de Rosalie\nétait un souffle léger; aussi m'expliqué-je, à présent, que de longtemps je\nne pus détacher le souvenir de ces choses de celui des friandises délicates et\nun peu fades alors mangées.\n   Je revins souvent près de la malade, pour le plaisir nouveau et un peu\nmystérieux de rester dans l'atmosphère douce de sa chambre, d'être sage, de\nmarcher sur le bout des pieds, en étouffant le bruit de mes pas. — Car vous\nsavez, n'est-ce pas, qu'au plus fort de leurs jeux, les plus turbulents enfants\nse tassent quelquefois en groupes, dans un coin noir, en faisant « chutt!\nchutt! », d'une voix entrecoupée, pour ne plus rire, pour ne plus crier,\npour avoir du nouveau — et avez-vous observé les airs doucereux et les\nallures timorées de certains gamins, au mois de mai, parce qu'ils ont\ndans leur chambrette, sur une table à nappe blanche, quelques statuettes\nreligieuses, un rameau de buis, un bouquet de lilas et une bougie allumée :\nminuscule autel sur lequel ils officient dévotement, presque componctueuse-\nment le « mois de Marie » ?\n   Ainsi j'entendis Rosalie priant son mari de faire venir de Landelies, un\nvillage voisin, pour l'aider, sa plus jeune sœur.\n   — Crois-moi, disait-elle, je sens bien que je ne me lèverai pas de long-\ntemps et la maison pourtant ne peut toujours rester sans une femme! Les\n« femmes en journée » ça gaspille, ça laisse tout aller. Christine veillera à\nla maison et fera la soupe. Au besoin elle pourra même te donner un coup\nde main à la boucherie; elle est subtile. — C'est que tu travailles trop;\nque fera notre petite, toute seule, si tu te tues de fatigue ? — Christine est\nune bonne fille, tu sais. Si ma tante veut la retenir, dis-lui qu'elle touchera\nquinze francs par mois ».\n   Antoine promit de ramener la sœur de Landelies dès le lendemain.\n   ... C'est par un matin de mai clair et frais qu'arriva Christine. — Le ciel\nétait bleu, bleu ; et le pavé de la rue fraîchement lavé pour les Rogations.\nUne jolie brise épanouissait les fibres des muscles et les rendait souples et\njoyeuses. — La boucherie était vide de viande ce jour-là. Aux murs pen-\ndaient seulement les images encadrées de gigantesques bœufs étrangers, des\nDurham presque carrés, au fanon touchant la terre, et au dessus de la porte\nune paire de très longues cornes de bœuf romain, les pointes recourbées\ngarnies de cuivre. Il y avait aussi des grappes de suif aux crocs de la rue,\nentre des sachets ratatinés de présure séchée avec laquelle on « prend » le\nlait en fromage blanc ou « maquée ». J'étais seul sur le banc, chauvissant\nde l'oreille.\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "                                 — 271 —\n\n   A onze heures, je reconnus le fracas de la voiture d'Antoine, qui se\nrangea devant la maison. Une jeune fille se leva du siège et d'entre un tas\nde paquets emballés dans des gazettes et des nappes ; elle réunit ses jupes\nd'une main, et sans se servir du marche-pied, la voiture encore branlante,\nelle sauta à terre, en riant du boucher qui lui tendait le bras de l'autre\ncôté pour l'aider. Le vent de la course avait dérangé ses cheveux, les nattes\nde son chignon dénoué pendaient dans son cou ; les ailes de son nez\nfrémissaient et elle passait la langue sur ses lèvres rouges à la courtine\nprofondément marquée. En se déployant et rajustant son caraco à sa taille,\nelle dit :\n   — Ah! j'en avais assez... les jambes me démangent joliment!\n   Les filles aux cheveux noirs sont rares chez nous ; et celle-ci me parais-\nsait si avenante que je restais sur l'escalier à la contempler.\n   — C'est Charles, notre petit ami, lui dit Antoine en me désignant.\n   — Bonjour petit ! Tu vas travailler, tu sais !\n   Elle prit des paquets dans la voiture, et me les jeta dans les bras.\n   — Tiens! Attrape!\n    En un instant, je disparus sous une avalanche de linge; par l'interstice de\ndeux paquets, elle vint regarder mon visage effaré et se mit à rire à gorge\ndéployée. Nous traversâmes la maison, portant le bagage. Le dernier je\ngravissais l'escalier, à l'aveuglette, la tête enfoncée dans les chemises et les\nmouchoirs, grisé peu à peu de l'arôme montant de la toile blanchie au soleil,\npénétrée des essences des prés, fleurant le grand air — et l'eau courante des\nrus qui ont arrosé les menthes, les citrouilles, les mélilots de leurs rives, et\noù on l'a rincée. Je m'arrêtais à chaque montée, essoufflé, ne sachant\nreprendre haleine dans ma brassée de printemps... Car c'était du printemps\nque je portais, dont ce linge était imprégné; un parfum jeune et frais comme\nde petits enfants. — Demandez au collégien déballant dans sa chambrette\nla malle arrivée du village, ce qu'il y a dans ces fragrances du linge frais. —\nJe montais, ahanant ; et je revis tout à coup le village d'où venait Christine :\nLandelies, au fond de la vallée, les toits d'ardoises bleues, la rivière qui\ntourne vers Thuin, les berges calmes et vertes d'Hourpes, et les bras de\ndérivation de la Sambre dans les saulaies, entre les murs croulant des écluses\nabandonnées, les barques pourries perdues dans les herbes hautes et drues\ndes berges. — Je trébuchai, et sur le palier je laissai rouler tous les paquets.\n   — Me v'là ! me v'ià ! criait Christine dans la chambre de sa sœur. Elle\nembrassait celle-ci à pleine bouche, la serrait dans ses bras si fort que la\nmalade, doucement, en souriant, dit :\n   — Christine... pas si fort; tu me fais mal, sœur!\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "                                   — 272 —\n\n\n   Mais la jeune fille avait déjà saisi l'enfant de Rosalie dans son berceau ;\net la pluie de baisers recommençait.\n   — La voilà donc, notre petite? Et moi qui ne l'avais pas encore vue. —\nPeut-on regarder?\n   Elle avait déposé le bébé, ouvert la fenêtre et se penchait.\n   — Oh ! que c'est haut ! qu'il fait gai I Et quelle belle cour ! C'est au voisin,\nce jardin?... N'est-ce pas, je vais laisser la fenêtre ouverte? Il y a du vent et\ndu soleil, c'est bon pour toi, sœur; cela donne de belles couleurs. Qu'il fait\nbon!\n   Elle fermait les yeux, enfonçait voluptueusement la nuque dans ses\népaules comme une chatte qui ronronne; et l'on voyait la ligne éclatante\nde ses dents blanches rire entre ses lèvres. Puis elle sautait, faisait bouffer\nses jupes, se rejetait sur le lit pour embrasser Rosalie et la resserrer à\npleins bras, sans cesser de parler :\n   — Si tu savais comme il fait triste à Landelies, chez tante Charlotte ! Elle\nbougonne nuit et jour. Figure-toi qu'elle m'a empêché d'aller à la ducasse\ndu « Long des Bos », l'autre dimanche, parce qu'elle avait le catarrhe.\nA Saint-Collin-de-Leernes elle n'a pas lâché mon bras. Elle ne veut pas que\nje porte mon corset! Est-ce à croire? A-t-on jamais vu pareille chose?\nMais, je l'ai apporté tout de même tu comprends. Eh! Sais-tu que je n'ai\nque soixante centimètres de taille, quand je veux? Alors, je suis rouge,\nrouge !... Ici, je m'habillerai quelquefois, n'est-ce pas? J'irai à la boucherie.\nOui?... Je connais les poids, tu sais : la livre, le quart, le quarteron, l'once,\net le tout petit qui ne pèse rien. Je sais faire des additions longues comme\ncela, tu verras... Que ce sera gai!... Je dirai aux gens : « Au revoir! Bien\nà vos ordres! ».\n   Et elle faisait des révérences cérémonieuses, comme au quadrille; puis,\nelle battait des mains, avec son geste de tête renversée, et répétait :\n   — Dieu ! que je suis heureuse !\n   On pensait aux poulains, ruant et cabriolant dans les prés. On aurait\ndit que dans ses cheveux, dans ses yeux, entre ses lèvres, dans sa poitrine,\nelle avait apporté toute la vie nouvelle, toute la vie joyeuse des brouts\nregorgeant de sève de tout le bois de Fontaine, traversé en chemin. Par\nla croisée entrait le vent de mai, le vent de mai qui a frôlé les giroflées des\nmurs et caressé les lilas ; il balayait l'air triste de la chambre et gonflait les\ncourtines du lit comme des voiles joyeuses et triomphantes.\n   En silence, Rosalie regardait Christine de ses grands yeux gris, et elle\nn'avait plus à la bouche son sourire doux et un peu triste. Ses yeux fixaient\nsa sœur, mais ils regardaient au loin, au loin, clairs et sérieux comme\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "                                   — 273 —\n\ndes yeux d'enfant. Et que vit-elle donc, la malade, là-bas? — Elle dit en\ns'efforçant de sourire :\n   — Sœur, ferme la fenêtre et parle plus bas un peu, veux-tu? Je ne suis\npas forte encore, tu sais ; ça me fatigue ; tu ne te doutes pas de cela, toi, chère\nfolle!... Pousse-moi l'oreiller sous les reins, là... Oh! je suis si fatiguée..\n— Allez-vous-en arranger la chambre de Christine, à présent. — Sœur,\ndonne-moi ma petite... et embrasse-moi... fort... plus fort... Je t'aime\nbien, tu sais, sœur... Allez-vous-en...\n   Quand nous eûmes passé le seuil de la chambre, il fallut quelques rires\nde Christine pour nous remettre dans notre assiette. Encore revis-je long-\ntemps la pauvre malade nous sentant trop gais, trop forts, et nous mettant\nà la porte, si triste.\n\n\n   Dès le lendemain, Christine était installée à la boucherie, vêtue des\ntabliers blancs de Rosalie avec les fausses manches de toile bouffantes. En\nquelques jours elle apprit à appeler chaque morceau de bœuf par son nom\net distingua, à première vue, la « culotte » de 1' « aloyau », ou la « noix »\nde la « tranche », ou même le « flanchet » de la « poitrime ». C'était\nAntoine qui lui avait donné ces mots du métier ; elle en étonnait les com-\nmères, dont les connaissances anatomiques les laissent seulement distin-\nguer : « C'est trop gras; il y a trop d'os ».\n   — C'est la sœur de Rosalie... Elle vient nous aider, répondait Antoine\naux coups d'œil interrogatifs des chalandes la guignant quand elle avait le\ndos tourné.\n   — Hein? y va-t-elle de bon cœur ! On dirait qu'elle n'a jamais fait autre\nchose. Regardez-donc !\n   — C'est vrai. Et savez-vous qu'elle va plus vite que moi pour les hachis?...\nPourvu que cela dure\n   Christine avait entendu, elle répondait :\n   — Cela durera, cela durera!... Puisque c'est mon bonheur, à moi, de faire\naller mes bras et mes jambes ; que je mourais de repos forcé chez tante\nCharlotte.\n   Pour moi, gamin, dès lors je n'eus plus de plaisir près de M me Rosalie;\net les heures d'après-midi d'été me semblaient si longues, dans la chambre\nde la malade ! Je poussais de gros soupirs et recommençais à balancer les\njambes sous la chaise.\n   — Pourquoi ne descends-tu pas, petit? Tu t'amuserais bien mieux\nen bas.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "                                   — 274 —\n\n   Et en rougissant d'avoir été deviné, je m'en allais avec une hypocrite\n enteur, pour faire croire que, la porte dépassée, je ne dégringolerais pas au\ngalop vers Christine. A cette heure la boucherie était très fraîche, de grosses\nmouches bourdonnaient autour des carrés de viande pendus. La jeune fille\nétait sur le banc, près de la fenêtre, dans le courant d'air frais. Nous aimions\ntous les deux à courir, à crier ; aussi, dès qu'elle me voyait, jetait-elle son\ntricot; elle rattachait solidement la ceinture de son tablier avec des exagé-\nrations de gravité comique, en me menaçant : « Attends, gamin ! » Et nous\ncommencions, elle derrière moi, d'interminables courses dans la boucherie,\nentre comptoir, tronchets et tables ; nous nous époumonnions dans quelques\nmètres carrés, avec une véhémence qui la faisait galoper et trépigner sur\nplace quand elle était près de m'atteindre,pour que je reprisse de l'avance.\n   Les vendredis elle devenait aussi passionnée ménagère; elle liait un\ntablier bleu autour de sa taille, chaussait des sabots, retroussait ses man-\nches; et seaux d'eau commençaient de voler, et brosses, et torchons. Pas un\ncoin de la maison n'était oublié, mais dans la boucherie où les murs peints\nlui laissaient jeter des paquets d'eau partout, ça devenait une débauche.\nElle se trempait, son tablier dégouttait, ses pieds dans les sabots faisaient\nflic floc, ses cheveux étaient poudrés de gouttelettes. Elle s'arrêtait au soir\nseulement; et, assise, heureuse, les muscles aveulis de bonne fatigue, elle\nregardait sécher les pierres bleues du pavement, le buste relâché dans son\ncaraco trop large, bras et jambes allongés, en murmurant :\n   — Je n'en puis plus, mais que j'ai « bon! »\n   « . . . Dans l'abattoir, Antoine « soufflait » un veau étalé sur la claie, les\nquatre pattes en l'air, la tête pendante et découvrant le trou sanglant de la\ngorge ; à tour de bras, remplaçant le garçon boucher, je flagellais la bête\nd'une longue tige de fer pour faciliter l'écorchement. Christine vint à passer,\nelle se moqua du peu de vigueur de mes coups :\n   — Eh! tu vas faire mal au veau, tu frappes trop fort, petit!... Et tu\nfermes les yeux comme une fille à chaque coup, godiche !\n   Elle prit la tige de fer de mes mains. « Regarde! » dit-elle; et elle se\nmit à battre le ventre ballonné de la bête. Elle donnait des coups secs,\nnerveusement; ses bras n'avaient que de petits mouvements vifs. Elle serrait\nla bouche en une moue sérieuse. La grêle des coups devint plus drue, la\npeau de la bête sonnait comme un tambourin, et Christine s'excitait encor :\n   — Aïe donc ! aïe donc ! Hé là ! Tiens ! Tiens !\n   Elle trépignait, des gouttelettes de sueur perlaient à ses tempes et aux\nailes de son nez.\n   — Aïe donc! aïe donc! Hue! hue!\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "                                  — 275 —\n\n   La tige de fer traçait dans l'air un cercle brillant. Et je sautais sur place,\nentraîné par le rhythme de cette musique ronflante de tambour.\n   — Aie donc !\n   La peau tendue à éclater rendait le bruit qu'on entend, les matins de\nprintemps dans les greniers, quand les matelassiers, sur les claies, rebattent\nla laine et la flagellent en cadence. A tout moment, d'un rapide mouvement\nde la main, elle ramenait au chignon les petits cheveux voletant devant son\nvisage. Elle s'arrêta lorsque Antoine eut crié que le veau allait crever. Elle\nmit ses deux mains sur sa poitrine bondissante et souffla :\n   — Ah! je n'en puis plus... Mes bras, mes bras!\n   Et ce disant, elle me prit le poignet et me voilà entraîné dans une course\nfolle entre les treuils, les claies, les cuves, les bacs de pierre. Quand nous\nnous arrêtâmes, haletants, rouges comme des pivoines, ses lèvres étaient\nsèches, ses narines frémissaient, mais sa main, qui me broyait le poignet,\nétait encore froide comme un museau de chien — froide comme l'eau des\ncoins perdus de la Sambre dans son village, des petites anses sous les\nfeuilles des saules et des coudriers ; de l'eau claire montrant un lit de cailloux\nde marbre où dansent les ombres des feuilles, et si glacée qu'on n'y sait\nlaisser les pieds par les plus chaudes heures d'été.\n   ... Souvent la jeune fille montait près de sa sœur, les après-midi où la\nboucherie était vide, pour lui raconter les nouvelles : commandes de viande,\nprix des denrées, une foule de menues choses auxquelles Rosalie affectait de\ns'intéresser beaucoup. « Et ci? et ça? » Mais, c'était visible, l'esprit de la\nmalade était ailleurs ; aussi tombait-il quelquefois de grandes minutes de\nsilence, où Christine remarquait les yeux clairs de la malade fixes et baignés\nd'une indéfinissable tristesse.\n   — Ah sœur ! disait-elle alors, est-ce possible? Vous voilà encore à vous\nronger. Vous vous désolez à plaisir, comme si tout n'allait pas bien.\n   — Non, non, ça ne va pas. Je ne me refais pas; je m'ennuie. On me\nlaisse toute seule. Pourquoi n'êtes-vous pas montés, ce matin? Vous ne\nm'aimez plus. Vous m'oubliez. Vous êtes gais n'est-ce pas, en bas?\n   — Sœur! sœur! que dis-tu là?\n   — Pardon ! ne te fâche pas ! Non, non, ne descends pas ; reste, reste ici,\nrépétait la malade. Et, fiévreusement, serrant son enfant : Oh ! ma pauvre\npetite !\n    Le pas d'Antoine faisait craquer l'escalier, le haut boucher, rouge et lui-\nsant de santé, les cheveux brillants, entrait.\n    — Ah! Rosalie, une bonne affaire! J'ai acheté six veaux superbes à un\n franc le « kilo »; tu les verras ! car il faut que tu sois à la boucherie pour\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "                                  — 276 —\n\nPâques, tu sais ; quand je devrais t'y descendre ! Qu'est-ce que c'est? bouder\nsi longtemps ! Et c'est ton lit qui te fait malade. Et d'ailleurs, tu n'es plus\nmalade; si tu veux être gaie, a dit le médecin, tu es guérie. Voilà le bon\ntemps ; tu te feras du bon sang. Du courage, donc !\n   La malade sourit ; mais elle suit des yeux Christine et Antoine, radieux\nde santé, et réunis par hasard dans la clarté de la fenêtre. Et sans répondre\nau boucher, elle dit d'une voix molle, comme si elle ne pensait pas à ses\nparoles depuis des minutes :\n   — Christine, descends donc! j'ai entendu la sonnette de la boucherie...\n   — Et alors, continue Antoine, tu seras comme une dame. T u n'auras\nplus qu'à te promener puisque Christine sait tout faire, à te laisser vivre\nentre ton homme, ta fille, et ta sœur. Et le commerce qui va bien... Ne\nserons-nous pas heureux comme des rentiers? — A propos, le jardinier du\nchâteau est venu, hier; ses maîtres arrivent déjà le mois prochain, et tu sais,\nc'est un quartier de bœuf par semaine, un veau et un demi-mouton. Puis,\ntu verras, il y a un tas de nouvelles pratiques, le notaire nous est revenu, je\nne sais pourquoi. Mais « le livre » te montrera tout cela... Oui, oui, ça va\nbien ! Christine nous porte bonheur, dirait-on ; je crois qu'elle ensorcelle\nles gens, ma parole!\n   — Ah oui! Christine, vous a tous ensorcelés, tous... » murmure Rosalie.\n\n\n   On a donné à l'église les nouveaux rameaux de buis bénit. Dimanche,\nc'est la Pâque !\n   Il y a du soleil dans la rue, déjà ; du soleil jaune et tiède qui chauffe les\npavés, puis monte le long des murs.\n   Les enfants de chœur — les chorales — préparent les crécelles. Quel-\nquefois leur musique éclate tout à coup ; et elles tournent d'elles-mêmes\nles bonnes crécelles et craquètent et sont gaies, parce qu'elles sentent le prin-\ntemps et que, dimanche, c'est Pâques. Nous sommes à « la bonne semaine ».\n— Samedi, les crécelles iront chanter par les rues, par les routes, et par\nles sentiers, devant les maisonnettes des hameaux. La ménagère prête\nl'oreille, elle les entend venir ; elle apporte aux enfants de chœur de beaux\nœufs cuits, brunis dans la chicorée ou rougis dans la teinture. Car les œufs\nde Pâques sont tombés ; les cloches les ont apportés en venant de Rome\noù elles étaient allées pleurer la mort du bon Dieu. Le village était bien\ntriste sans les cloches familiales ; mais les chères cloches vieilles connues à\nprésent sonnent, sonnent. On ne peut être grimaud quand le printemps est\narrivé. — Le rentier chenu a passé ses guêtres d'étoffe claire, le vieux coquet !\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "                                  — 277 —\n\nLes crécelles l'ont averti qu'il est temps de se lever du fauteuil à oreillards\npour recommencer les promenades sous les arbres du Rempart, pour aller voir\npousser les jardins. Et il en est tout joyeux, l'allègre vieillard; il appelle\nCaroline, l'ancienne servante ; et Caroline, dans le corridor sert aux enfants\nde chœur un bon verre de vin qu'ils sablent : c'est leur « pausquâge ». Les\ncrécelles ont bu un petit coup, les crécelles ont remis leurs casquettes de\ntravers, et elles s'en vont joyeuses par la route blanche, en babillant.\n   ... L'approche du jeudi-saint préoccupe fort Antoine, le boucher; et la\nbouchère est désespérée de ne pouvoir, cette année, mettre la main à l'éta-\nlage du grand jeudi, le jeudi des bouchers.\n   — Je ne suis donc plus la bouchère, dit-elle.\n   Les gens à qui elle se plaignait lui ont vite répondu :\n   — Bast ! bast ! madame Rosalie, Antoine en sortira. Puis, Christine\nn'est-elle pas capable de lui donner un bon coup de main? Ne vous désolez\npas ; l'étalage, cette année encore sera réussi. Christine est une luronne,\nvous savez; elle n'a pas froid aux yeux. Ensemble, ils en sortiront en tout\nhonneur.\n   « Ensemble >:. Les maladroits, ils ne voient pas que Rosalie tord ses\nbras sous les couvertures et tient les yeux fermés pour ne pas pleurer.\n   Déjà le boucher s'est fourni du plus beau bétail. Il a visité les fermes des\nenvirons et retenu les veaux gras nourris au petit lait. A la foire de Binche\nil a acheté un porc de cinq cents livres ; dont le ventre traîne à terre : on ne\nsait comme il tient sur ses pieds fins; il est resté un jour pour atteindre la\nboucherie. De plus, comme il faut des bœufs, rares dans le pays, Antoine\nest parti jeudi pour Bruxelles, sa ceinture amplement bourrée d'écus sous\nsa longue blaude de boucher campagnard. Et dès le soir, par le « pavé »,\ns'en revenait de la station de Marchiennes à la boucherie, un troupeau de\ncinq magnifiques bœufs ; longtemps ils ont beuglé devant la porte, immo-\nbiles, refusant de franchir le seuil de la boucherie, où ils flairaient la mort;\nils beuglaient, beuglaient; dans la nuit.\n   Et l'on a tout tué; pendant une journée, dans la rigole, le sang coula à\nflots, en bouillonnant. Les poules dans la cour s'en sont soûlées ; elles\n buvaient au fossé, puis elles se mettaient contre le mur, sur une patte, en\nlaissant retomber la tête dans des poses comiques d'ivrogne. Des caillots de\nsang frangeaient leurs mandibules, et elles faisaient des clins-d'œil comme\nle tailleur, les lundis. — Les corps des bêtes dépouillées, pendus, couvrent\nles murs ; les entrailles et les fressures s'amoncellent. Antoine et le garçon\ntravaillent sans relâche; ils sont vêtus d'amples gilets de flanelle rouge;\nleurs gros sabots clapotent dans les flaques gluantes. Pour écorcher, ils se\n                                                                        18\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "                                  — 278 —\n\nservent quelquefois du poing fermé, alors ils tiennent leur couteau, à la\nlame chaude et humide, entre leurs dents. Christine, à grande eau, rince le\nporc qu'on vient d'échauder ; ses mains pétrissent la peau rosée et grasse ;\net elle tripote, amusée, cette masse de chair molle, étalée sur les dalles.\n   — Hein? comme il se laisse faire ! crie-t-elle.\n\n\n   Le jeudi-saint, les femmes ont inondé les trottoirs et les devantures des\nmaisons ; puis, montées sur des échelles, elles ont frotté les carreaux des\nfenêtres. Les enfants, avec quelque vieux couteau, arrachaient l'herbe et la\nmousse des interstices des pavés; les tout petits, en mangeant des tartines\nau sirop, empêchaient les chiens de s'arrêter contre les murs. La rue est\nnette qu'on y mangerait; les campagnards voisins peuvent arriver, la répu-\ntation du village ne court aucun danger.\n   ... Dès six heures des troupes de gamins s'arrêtent devant les vitrines fer-\nmées des lingères, ou devant la boucherie, pour apercevoir un petit bout\ndes merveilles qu'on montrera tout à l'heure. Les ouvrières des fabriques,\nau visage luisant encore de savon, arrivent par bandes, en se tenant par le\nbras; leurs sabots claquent; elles se promènent au préau comme à la\nducasse ; elles rient très haut, elles s'amusent bien plus que les autres, les\ngrosses blondes au visage rouge venues de Leernes et des Persiaux avec\nleurs mères, habillées d'amples jupes de siamoise bleue à rayures blanches,\net qui sortent à présent de l'église où s'est chanté le salut du Stabat.\n   Il est huit heures; la foule grouille. Les enfants jouent « à la puce »,\nbousculent les femmes, pincent les filles et poussent de grands cris qui\naniment. On est joyeux de pouvoir enfin secouer à la porte les ennuis de\nl'hiver.\n   — La boucherie est ouverte !..\n   A ce cri, un courant pousse la foule vers le bout de la rue où, de loin,\nse voit déjà un flot de lumière jaune sortant des fenêtres de la boucherie,\nau plus large ouvertes. On se tasse; les spectateurs les plus éloignés se\nhaussent sur la pointe des pieds et allongent le cou.\n   Sur un tréteau autour duquel sont dressés, sur les cartilages des jarrets,\ndes veaux dépouillés et garnis de leurs « voilettes », et figurant ainsi un socle\nde chair, se dresse l'énorme porc à la peau blanche. Il est assis sur un esca-\nbeau, le groin en l'air, goguenard; une longue pipe de terre lui pend aux\ndents et des lunettes rondes sont accrochées devant ses yeux ; avec sa calotte\nà gland noir et la gazette attachée à sa patte, il ressemble à un gros bour-\ngeois qui a bien dîné et attend son café. Son ventre dont la peau a été\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "                                 — 279      -\n\nsoigneusement recousue est comme un muid. On dirait qu'il va rire. —\nA ses pieds court un cordon de têtes de veau rasées, à la peau livide, aux\nlarges dents blanches mordant un citron. Au fond de la salle et sur les\ncôtés, couvrant entièrement les murs, montent, d'une jonchée de vertes\nmousses, les corps des bœufs sciés par l'échiné et attachés au plafond par\nde solides crochets. Sur ces dos étalés on suit la ligne nettement dessinée de\nla cambrure des flancs et de l'angle des cuisses rablées, barrées de plis\népais et parées d'ornements taillés au couteau ; les jarrets écartés, en haut,\nsont comme des bras étendus. Et ces carrés de viande grasse, aux riches\ntons beurrés, maculés du rouge des muscles superficiels développés en\nbandes, forment une merveilleuse tenture reluisante sur laquelle, plus écla-\ntante, se détachent la masse blanche du plaisant porc gras et son piédestal\nde veaux à la chair nacarat recouverte d'une légère écume bleuâtre. Des cor-\ndons de lumière règnent le long de la corniche et dans les intervalles des\nbœufs, entre des guirlandes de roses de papier.\n   — C'est un château de viande! crie-t-on. — Que c'est beau! On n'a\njamais vu ça. — Combien de viande! — Antoine ne saura vendre tout cela!\n— Eh ! Vous savez qu'Antoine fournit les bouchers des environs, répond-on.\n— Le cochon! le cochon qui rit toujours! répètent les enfants, stupéfaits,\nécarquillant les yeux et trépignant de joie forcénée. — Un « gueux » crie : Il\nest plus gras que le curé-doyen ! — Un « catholique » de répondre aussitôt :\nIl est plus propre que tel gros « monseu » qu'on connaît. — Et on rit.\n   Les yeux coulent d'avoir trop regardé sous le flot de lumière aveuglante.\nAussi faut-il quelque temps pour qu'entre les étoiles taillées dans le gros\ndes cuisses des bœufs on distingue de grands C s'entrelaçant.\n    — C. C.?... se demandent les curieux, qu'est-ce que cela veut dire?\n    — Mais c'est la première lettre de Christine, dà! explique un malin.\n    — Tiens, oui!... Christine... C'est la belle fille du comptoir, la sœur de\nla bouchère ? Hum !\n    — Eh oui, vous savez bien !...\n    On n'ajoutait rien; on clignait de l'œil, on se poussait du coude, d'un\n air entendu et gausseur.\n    Le vent du soir s'engouffrait par les fenêtres, faisait fumer les bougies et\n ressortait chargé de l'odeur fade des viandes fraîches, qu'il versait sur la\nfoule.\n    — Comme il sent la viande! J'en ai faim! Il est temps que le carême\n finisse. Hagne! Quelles bonnes tranches on taillerait là-dedans! de vrais\n devants de gilets! marronnaient des gourmands, les yeux allumés de\n convoitise.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "                                 — 280 —\n\n\n   Vers neuf heures, Christine vint s'asseoir près de la porte en claire-voie.\nDans la lumière, les épais bandeaux de ses cheveux noirs luisaient ; de\nlongues boucles d'oreilles d'or balançaient dans son cou ambré; elle se\ntenait très droite, le buste serré dans une taille de mérinos noir. Elle se\nvoyait l'admiration des gens, sa poitrine battait, et les globes de ses yeux\nétaient baignés. Mais quelque chose s'éveillait en son âme; elle gardait un\nair de calme et de force sereine ; pour sourire aux spectateurs, elle renver-\nsait un peu la tête, découvrant son cou puissant et rond.\n   La pauvresse « Génie de l'Hospitaux » — la fine mouche savait bien\nqu'un compliment à la jeune fille ne diminuerait pas le nombre des crosses\nque la bouchère, par charité, lui donnait le dimanche — la pauvresse cria\nà Christine, par dessus la foule :\n   — C'est vraiment beau, vous savez, Mam'selle Christine! On n'a'jamais\nvu ça du temps de Rosalie ! Vous avez le pompon !\n   Comme c'était là le sentiment de la foule, une fois qu'il fut exprimé, les\nspectateurs continuèrent :\n   — « C'est vrai que l'autre bouchère n'a jamais fait pareil étalage. » —\n« Bast! est-ce que c'est une femme, Rosalie? cette grimaude pâlotte,\ntoujours malade et maigre comme un cotret? »\n   Une commère se rengorgeant et balançant comiquement la tête exagéra\nmoqueusement le léger grasseyement — d'ailleurs rien moins que désa-\ngréable — de Rosalie. On ajouta, en conclusion :\n   — Une mijaurée... Tandis que Christine!... Regardez-moi ça, quelle\nfemme!... duel morceau, hein?\n   — On mordrait dedans! laissa échapper un jeune homme qui dévorait\nChristine des yeux; mais il s'enfonça aussitôt, honteux, dans la foule.\n   Pourtant, à la ronde, on ne rit pas beaucoup; comme le jeune homme,\n tout le monde aurait voulu mordre dans ce corps frais comme une cerise;\net un murmure de désir montait vers la jeune fille, des hommes contem-\nplant la splendeur de ses vingt ans dans la viande rouge qui l'entourait\n comme un cadre magnifique.\n\n\n\n   Cependant, là-haut, Rosalie allait plus mal. Tous ces jours derniers, elle\ns'était encore énervée à la pensée de ne pouvoir orner elle-même l'étalage du\nJeudi-Saint ; elle s'était désolée au point de pleurer — fièrement, d'ailleurs,\nen cachette — en voyant dévolu à Christine ce qui, lui semblait-il aujour-\nd'hui par une exagération de sensibilité maladive, avait toujours été un de\nses importants apanages; et elle se considérait presque frustrée d'une chose\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "                                  — 281 —\n\nqu'elle regardait puérilement, peut-être, dans l'anxiété de son marasme\nmoral, comme une consécration tacite de ses droits d'épouse.\n  Antoine, le boucher, était près du lit. Les bravos et les exclamations\nadmiratives de la rue, par l'escalier, arrivaient à la chambre de la malade\nen un sourd murmure ondulant comme un bourdonnement.\n   — Qu'est-ce qui les fait crier si fort? demanda Rosalie.\n   — Eh! c'est l'étalage! Sais-tu qu'il est joliment réussi? Crois-tu que je ne\nm'y connaisse pas un peu aussi ?\n   — Où est Christine !\n   — A la boucherie, dà. Assise devant l'étalage... comme tu t'asseyais,\najouta-t-il étourdiment.\n   — Elle se met donc devant les yeux de tout le monde comme la bou-\nchère? demanda Rosalie, avec un indéfinissable accent de désespoir contenu.\n   — Oh! Rosalie! Rosalie!. . que dis-tu là?... La brave fille n'a-t-elle pas\nun peu le droit de s'asseoir près de l'étalage qu'elle a orné?... Sais-tu qu'elle\ny a mis joliment les mains, même; et que sans elle j'aurais été drôle?\n   — Ah!... c'est vrai, c'est vrai... Je sais. J'ai tort. Et Rosalie ajoute,\naprès quelque temps : Tu peux descendre, à présent ; je vais tâcher de\ndormir.\n   Ainsi Antoine, se faufilant entre les quartiers de bœuf masquant la porte,\nest entré dans la boucherie, et il va s'asseoir devant le treillage.\n   — Bravo Antoine! cria-t-on dans la rue, dès qu'on l'aperçoit. Bravo! On\nn'a jamais rien vu d'aussi beau ! Mais avouez que Christine y a mis la main !\n   Le boucher répond :\n   — Eh! pourquoi le cacherai-je? C'est vrai... C'est elle qui a quasiment\ntout fait. Ah ! « nom de domme », elle s'y connaît !\n   Et il fait un long clin-d'œil en guignant la jeune fille : Ah bien oui,\nqu'elle s'y connaît!\n   — C'est ce que j'ai dit, appuie l'autre. Ah! c'est une femme, au moins,\nelle !\n                                        *\n\n  Les bougies ont de hautes flammes fumeuses ; des colerettes se sont déjà\nenflammées. Au bout de la rue retentit tout à coup une fanfare de cuivres.\nPuis des cris éclatent.\n  — C'est la sérénade !\n  La foule s'ouvre devant une douzaine de musiciens entourés de gamins\nqui les éclairent de torches aux rouges flammes fuligineuses, projetant des\nombres bizarres sur les murs. Les trombones et les bugles se tournent vers\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "                                  — 282 —\n\nla boucherie, et au signal de Piret, marquant la mesure, sa clarinette au\npoing, ils entonnent l'Où peut-on être mieux des sérénades.\n   Antoine et Christine sont appuyés sur le treillage ; des larmes perlent\ndans les cils de la jeune fille.\n   Le boucher, le concert fini, crie :\n   — A dimanche, après la messe ! Je paie une tournée à tous les amis !\n   La foule s'écoule. Sur la rue déserte, portes et fenêtres sont poussées;\nAntoine éteint les bougies et Christine range dans une corbeille les roses,\nde papier et les brins de mousse. — Ils ne se disent rien. La chambre close\ns'emplit peu à peu d'une accablante odeur de viande et de sang, d'un relent\nfade, et obsédant à écœurer ou à affoler. On dirait les émanations des bois\njonchés de feuilles, aux soirs d'automne, par ce temps lourd précurseur\ndes orages.\n   Et, tout à coup, avec un rugissement de passion, Christine étreint le bou-\ncher de ses deux bras et, furieusement, écrase sur sa bouche ses lèvres\nen feu, ses lèvres rouges et molles comme une large fleur vivante.\n\n                                      ** *\n   Quand le boucher et Christine montèrent à l'étage, deux cadavres allongés\nsur le palier leur barraient l'escalier. Ils eurent un haut-le-corps de terreur,\npuis se regardèrent. — La jeune fille se précipita : Rosalie était morte, froide\ndéjà ; son enfant, qu'elle tenait dans ses bras, n'avait pas plus de vie.\n   La moribonde, sentant le froid de la mort, et ses cris d'appel couverts\npar le hourvari de cette foule partiale demeurant sans réponse, s'était-elle\ntraînée pour demander du secours, agonisante, jusqu'à l'escalier, où elle\nétait morte? Ou la malheureuse avait-elle vu leur crime par quelque abtrus\net terrible phénomène d'extravision, dans la fulguration exaspérée de la fin?\nLes avait-elle vus et s'était-elle levée vengeresse, mais seulement pour\nretomber ici, trahie par son corps? — Rosalie était morte, morte la pâle\net douce bouchère, dont je me souviens.\n   Mais pouvais-je ne plus aimer Christine?... J'ai entendu, l'autre jour,\ndes Airs populaires de Schumann que chantait un hautbois de sa voix\npure ; pourquoi, soudainement, me suis-je rappelé l'arrivée de Christine de\nLandelies en ce matin de mai où tout riait— et, près de la chambre morne\net silencieuse de Rosalie désespérée, la montée de l'escalier, avec mes bras\npleins de linge frais fleurant le soleil et les sèves?\n\n Mai 1890.\n                                                   Louis DELATTRE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 283, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "SONNETS", "ancre_fin": "ALBERT ARNAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 324, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "SONNETS\n                 LA NYMPHE CAPTIVE\n                                                  A ALBERT GIRAUD.\n\nVoici que resplendit le sommeil sans matin\nQui fermait ses regards aux langueurs savoureuses,\nEt, vers l'île d'amour debout dans le lointain,\nLa Nymphe, lente, glisse en des grâces peureuses.\nElle a vaincu l'exil aux palais de saphyr\nDont les lits odorants recelaient sa jeunesse ;\nC'est fini : ses cheveux appellent le zéphyr\nComme un printemps d'ivresse où blanche! elle renaisse.\nMais quelles mains de haine ont jeté sur les eaux\nEn des soirs inconnus ce lourd manteau de glace\nSous lequel se flétrit l'enfance des roseaux?...\nEt la Nymphe sent bien que rien ne le délace\nEt, captive à jamais, de son triste séjour\nVoit les faunes, là-bas, jouer avec le jour !\n\n                          VENUE\n                                             A HENRY D E GROUX.\n\nSous sa tiare d'or et de gemmes songeuses\nLong voilée, en la gloire du royal décor\nElle sourit soudain, et, comme un clair trésor,\nA la foule découvre ses mains orgueilleuses.\nLe bonheur chante dans ses yeux de chrysolithe,\nOù tremblent des clartés de matin sur la mer.\nCar c'est l'aurore encore en Elle où nul amer\nRegret ne fit jaillir de langueur insolite.\nOh! si blonde Elle avance, hiératiquement,\nVers un Eden d'amour quElle seule devine\nEperdant son espoir tel un songe charmant...\nElle passe et sa traîne aux magiques joyaux\n— D'or vert et d'azur sombre et de splendeur divine —\nLa suit ainsi que la suivraient d'étranges eaux !\n                                           ALBERT ARNAY."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 288, "titre_corps": "Défi du rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Stiernet", "ancre_debut": "DÉFI DU REVE", "ancre_fin": "HUBERT STIERNET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "DÉFI DU REVE\n                                               LA GEANTE\n                             Du temps que la nature en sa verve puissante\n                             Concevait chaque jour des enfants    monstrueux,\n                             J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante\n                             Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.\n                             J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme\n                             Et grandir librement dans ses terribles jeux;\n                             Deviner si son cœur couve une sombre flamme\n                             Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux,\n                             Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;\n                             Ramper sur le versant de ses genoux     énormes,\n                             Et parfois, en été, quand les soleils malsains\n                             Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,\n                             Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,\n                             Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.\n                                                         CH.   BAUDELAIRE.\n\n\n\n               La vaillante âme du comte Gui d'un coup s'est brisée comme,\n                en un heurt puissant, une rude épée féodale.\n                   Élevé par une mère au cœur de romaine, dans ce vieux\n                manoir crénelé dont toutes les nobles pierres rêvent nostalgi-\nquement des burgraves, il a gardé entre les hauts murs de l'immense\ndomaine, — son franc-alleu — les intégraux orgueils d'un autre âge.\n   Vaut-il moins que ses pères ? — Leurs antiques cuirasses sont-elles trop\nlarges pour sa poitrine? — Et leurs épées, dans la grande et sombre salle\nd'armes, glorieuses des prouesses d'autrefois, fatiguent-elles son bras? —\nL'injustice ou l'injure laissent-elles calme son sang toujours pur?\n   Les récits épiques de la veillée lui ont rempli la tête d'héroïques clique-\ntis, il a rêvé béhourdis, aventures, grands coups pourfendeurs d'infidèles et,\njaloux des paladins, son cœur s'est mis à pleurer d'antan. Le fier Marcheur\ndans les ères en-allées sort de son monde quand, par le pont pacifique tou-\njours baissé, il franchit les fossés du château. La vue des villageois, tout\npetits, qui le regardent curieusement passer dans sa morgue, tue l'illusion.\n   Vraiment, non ! ces vilains ne sont point de sa race !\n   Et, sous leur regard franc, tout à coup blessé dans son atavique gran-\ndesse, il se retourne presque vers d'imaginaires gens d'escorte pour leur\ndire :\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "                                  — 285 —\n\n   — Qu'on fouette ce croquant !\n   De tout le hameau, un lieu seul ne partage point son mépris; parce que\nle vieux monument au portique lézardé et moussu porte au front le signe\nmagnétique : l'écu vénéré, burelé d'or et de gueules à dix pièces au lion\nd'argent brochant sur le tout! Le vieux lion des d'Alsteren ! Le vieux lion\nsacrant les meubles du manoir et les missels enluminés conservés avec les\ntrésors !\n   L'église est fille du castel : en 1361, au retour d'une heureuse campagne,\nConrard d'Alsteren, grand maréchal-héréditaire de l'archévêché de Cologne,\ndit:\n   — Ci, j'édifierai un temple au Dieu qui me fit vaincre!\n   L'âme du fondateur, errante sous les voûtes gothiques, passe dans celle\ndu comte Gui, dont les prières demandent des combats\n   Hélas ! ses grandioses énergies sont vaines et ses longues aspirations aux\népoques vécues avec amour dans l'ombre des vesprées, éliment ses espoirs.\n   Un jour, dans une grande chasse en Ardennes, le cœur du comte Gui\nbondit de voir soudain devant lui la châtelaine du passé. Et dès le soir, il\nse passe au poignet un bracelet d'or finement ciselé de sa mère défunte :\nc'est l'emprise. Six mois après, il renferme le bijou dans son écrin, ayant\nconquis sa noble Dame.\n   Et alors, pour consoler ce preux douloureusement attardé en nos races\nbâtardes, des choses sœurs se relèvent aux fiers appels de sa voix vibrant\ndans le dédale des grands siècles tombés.\n   La jeune comtesse est belle entre les belles; svelte comme les princesses\ndolentes qui caressent de hautes levrettes dans les vieilles gravures. Son\nteint mat solennise ses traits et, sur ses bandeaux noirs, les hirondelles ont\nperdu de leurs ailes, ces reflets qu'elles dérobent au soleil des sphinges roses.\nDe sa gracile personne s'exhale comme un souvenir du moyen-âge. Sur son\npassage, de tous les recoins sombres des corridors du château d'Alsteren\noù ils songent aux tournois et aux cours d'amour, les sylphes protecteurs se\nlèvent et la reconnaissent.\n   C'est la Dame attendue!\n   Sa traîne attirante disparaît lentement aux détours et les a'ieux, dans leurs\ncadres, sourient à la fille qu'ils trouvent digne d'eux.\n   Le comte Gui va donc être heureux ! L'air de sa demeure transformé par\nla présence d'Eliane la bien-aimée, d'Éliane la tant appelée, réchauffe son\ncœur. Il se relève quand il la voit, à côté de lui sur sa haquenée, intrépide,\nl'œil enflammé et hautain\n   La race ne dégénérera point !\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "                                  — 286 —\n\n   Heureux, le comte Gui !\n   Pauvre comte Gui !\n   Depuis six mois à peine, le manoir revit de sa vie originelle et déjà\n   Déjà, la fée disparaît !\n   Comme dans un sanctuaire, à la confuse lumière de la veilleuse, au\nmilieu de la vaste chambre nuptiale où s'enfantèrent tous les héros, dans le\ngrand lit couronné, témoin des énormes projets enfouis dans les poitrines\ndes guerriers et s'échappant parmi les expansives joies de la nuit, Éliane,\n(ô crime et damnation !) Eliane d'Alsteren se meurt\n   Après une longue extase dans les bras de son seigneur, sans une contrac-\ntion de la face, sans une larme, sans une parole, bellement, noblement, elle\nmeurt ! Une simple goutte de lumineux sang chaud fleurit sa lèvre froide\nd'amour\n   Et le comte retombe sur notre monde plus mesquin, plus pauvre, plus\nterne, après la vision tôt évanouie du monde évoqué par la morte\n\n  La vaillante âme du comte Gui d'un coup s'est brisée comme, en un\nheurt puissant, une rude épée féodale.\n\n   Alors, son Dieu, le Dieu puissant des croisés, a pitié de son féal et, pour\nGui d'Alsteren, s'irradie un miracle.\n   Non, son rêve ne viendra pas à lui! Les flots du Temps, chargés de\ncadavres, flots noirs et rapides entraînant avec, çà et là, quelques scintils\nd'hérotisme, tant de rancœurs et d'ignominies, ne remontent point leur\ncours. Son rêve, le comte a cru le saisir\n   Hélas ! cette quasi-réalisation n'a été qu'un songe plus aigu, plus défini,\ncomme les limites d'une réalité impossible à atteindre, un raffinement des\naffres tantaléennes, une agonie de rêve... Ainsi crépite la flamme et s'inten-\nsive la lumière, un instant, avant de n'être plus.\n   Le rêve du comte s'éloigne à jamais.\n   Alors, éclate le prodige : il va, lui, vers ses ingrates visions; il se trans-\nforme, la métempsycose est complète. Son jour n'est plus le même que le\nnôtre ; l'air qu'il respire est autre et ses yeux, radieux de la conquête d'un\nmonde, s'absorbent en sa contemplation. Un sublime coup de douce folie\nl'enlève à notre fangeuse petitesse et rapatrie l'exilé.\n   Son cerveau jadis engendra des volontés trop larges; il entrevit une\népoque trop belle, grandie à plaisir, mais passée, que la folie seule pouvait\nlui recommencer.\n   Il a trouvé le bonheur possible.\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "                                  — 287 —\n\n   Derechef, la vieille cloche rouillée sonne chaque jour le couvre-feu ; le\npont-levis grince sur ses chaînes; le maître du lieu harangue les armures\nimmobiles rangées sur les supports, engage de longues conversations avec\nles portraits des belliqueux seigneurs, ses ancêtres, et s'endort le soir, pen-\nsant à ses vassaux.\n   Soudain, au milieu de ses magnifiques hallucinations, Eliane-la-Noble\nrepasse, dans toute sa flamboyante attirance d'apparition, vêtue de sa\nlongue robe rouge sombre rehaussée de vieux ors. Désespérante, l'image\nfuit toujours; puis, reparaît, liée à d'incohérents souvenirs des anciens\nromans de chevalerie.\n   Dès ce jour, c'est la vierge mystique couchée en la tour d'ivoire au pays\nperdu des brumes, endormie dans l'attente d'un triomphant réveil par les\ninconçus élans d'un cœur héroïque. Des voix parlent au comte : il la\nretrouvera, la ressuscitera pour accomplir avec elle, le glorieux destin\npromis à l'élu.\n   L'emblématique bijou maternel orne de nouveau son bras et, plus pure,\nplus élevée, rechante l'ineffable mélodie de ses rapides fiançailles.\n    Hérauts, en avant! Sonnez conques et buccins! Frémissez, pennons\nvictorieux ! Rugissez, lion des d'Alsteren !\n    Le comte Gui, au casque brillant cime d'aigle, paraît sur le perron et les\nlicornes fantastiques qui gardent l'escalier, à le voir bardé de fer, oublient\nplusieurs siècles.\n   Il part, suivi de son écuyer; — le vieux serviteur obéit en pleurant\npresque aux excentricités de son maître, pour lui, grand enfant au bonheur\ninsoupçonné. — Le chevalier errant court.à la recherche de l'enchanteresse\névanouie : dagues, dangers, sortilèges, rien ne l'arrêtera! Sans sortir de ses\ndrèves séculaires, il parcourt le monde ; l'heureuse exaltation de ses sens\nlui crée des éblouissèments. Il interpelle ses fidèles, leur désigne, de sa\nlame d'invisibles palais, scrute les fourrés avec des espoirs toujours déçus...\n   Oh ! merveille !\n    Là!...\n   Sur le flanc de la butte que couronne un bouquet de clématites et de\nlilas, dans la pelouse doucement affaissée, il devine Eliane, étendue,\n mi-enfoncée. Le haut de son corps trop visible, la trahit. C'est elle, telle\nqu'il la porte en ses esprits troublés : gigantesque! C'est elle! Il reconnaît\n cette gorge impeccable... Le sentier herbeux passe entre ses seins immo-\n biles ; la tête est cachée sous les fleurs, mais l'haleine parfumée le grise.\n    C'est elle ! la comtesse géante, étalée, nue, superbe, sa comtesse...\n    Illuminé, il se retourne :\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "                                   — 288 —\n\n  — Au plus digne, messeigneurs ! A qui ranimera ce corps adorable au\nsouffle de son amour! A moi, belle Eliane !\n\n   Nuit et jour, la courageuse cohorte d'ouvriers, muets et apeurés, tra-\nvaillent sous les ordres du comte insensé. Les villageois intrigués guettent,\nquestionnent... Inutile! Les artisans ignorent leur œuvre. Ils sont les\naides du Rêve. Leurs yeux sont aveugles pour les vues de l'extraordinaire\narchitecte.\n  Ils comblent, creusent, arrondissent, recommencent, effrayés du seigneur\nqui se recule extatique et leur parle une langue qu'ils ne comprennent\nguère. Ils peinent, inconscients...\n\n   C'est fini.\n   Le pont-levis s'est relevé derrière les pygmées laborieux devenus inutiles.\nLe manoir n'abrite que ses hôtes habituels.\n   Les prestigieuses nuits de juin enchantent le domaine d'Alsteren : sur le\nciel magique, tout éclaboussé d'or, se découpent, puissant, le donjon, puis,\nles tourelles ; à travers les poivrières et les échauguettes, par des meurtrières\nen regard, passent des traits de lumière qui semblent — longues épingles\nde feu — fixer la sombre image sur le fond étincelant; et le spectacle prend\ndes airs d'antiques peintures.\n   Dans le parc, sur le penchant du monticule fleuri, triomphent les courbes\nradieuses. On regarde, charmé... ; puis, c'est un corps magnifié de déesse,\nune colossale et enfiévrante endormie que la lune voluptueuse lèche par-\ntout de rayons clairs et dont elle glorifie de splendeurs, les contours; et les\ncontours s'amollissent d'herbe drue et fine semblable à un satanique duvet\nde joie.\n   A ses pieds, écrasé par l'idole, le chevalier Gui d'Alsteren veille, appuyé\nsur sa rapière.\n   Il garde sa Dame, il épie la fin du long sommeil...\n   Parfois, dépouillant sa cuirasse, relevant sa visière, il lui chante des\nhymnes émus, doucement suppliant son Eliane!\n   Mais, la belle comtesse s'obstine à dormir... !\n   Un soir d'hiver, le comte, las d'attente trop longue, fatigué, mais sans\ndésillusion, sans déception ni désespérance, se reposera un instant sur le\nsein de son épouse admirable, et l'immense emblême de son vouloir surhu-\nmain, sans douleur, l'endormira de sa froide absence d'âme.\n   Alors, les flocons de neige immaculée, solennellement se mettront à\ntomber et, de leurs blanches mailles, viendront tisser un digne suaire à ce\nbeau rêve inviolé.\n                                                    HUBERT STIERNET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 289, "titre_corps": "Chronique artistique : L’Exposition du Cercle des femmes peintres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "notre devoir de critique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L Exposition de l Ecran", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 330, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                   L'Exposition du Cercle des femmes peintres.\n\n              Pourquoi pas? Dans cet art si charmant et si futile des enlumi-\n               nures fleuries, fines à désespérer un orfèvre d'éventail chi-\n               nois, pourquoi les femmes ne pourraient-elles réussir? I1 suffit\n               pour cela de savoir le dessin et d'avoir le sens de la couleur.\nDe plus, elles ont la patience, la légèreté de main, elles sont méticuleuses\net appliquées. Elles copieront un bouquet avec un soin merveilleux, étale-\nront une gerbe adorable, décoreront un vase avec une délicatesse infinie.\nTant qu'elles s'en tiennent à un art semblable à celui de la broderie, c'est\nexquis, mais il leur manque le don de composition.\n   Voyez cette exposition : les fleurs abondent et généralement très bien\nrendues : les Iris harmonieux de Mme Cauderlier, les Accessoires de\nMlle Marie de Bièvre et de Mlle Eugénie Beauvois, les Chrysanthèmes de\nMIle J. de Hemptinne, ceux-ci comme un rêve des pays bleus, les tristes\nfleurs d'exil; puis les motifs décoratifs de M11e Alice Mairesse et Elisa\nMarechalle, les Géraniums turbulents de Mlle Marie Gasparoli et toutes\nces floraisons grimpantes qui forment le plus charmant fouillis. Regrettons\nen terminant quelques absences et présentons nos plus belles excuses au\ncomité organisateur pour avoir osé faire notre devoir de critique.\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 289, "titre_corps": "Chronique artistique : L’Exposition de l’Écran et de l’Éventail", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "L Exposition de l Ecran", "ancre_fin": "X", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 330, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 1474, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "L'Exposition de l'Ecran et de l'Eventail.\n   M. Maurice Castan a eu l'heureuse idée de cette originale et fraîche\nExposition d'éventails, peut-être le plus délicat accessoire féminin et que les\nartistes les plus raffinés se plurent toujours à orner de mièvres et exquises\naquarelles. Il y a là au Musée du Nord des éventails modernes, des éven-\ntails exotiques, des éventails anciens conservant peut-être encore dans leurs\nplis fanés quelque grain de poudre maréchale. Parmi les modernes :\nMlles Belval, Zélia Klerx, Massin, de Garcia, MM. Binjé, Léon Dar-\ndenne, Théo Hannon décorèrent finement les plus beaux, touffes ou gerbes\nfragiles, scènes bergamasques, bergeries tendres ou paysages vaporeux.\nLes collections merveilleuses de Mme la comtesse de Beauffort, Mme la\nbaronne de Haulleville, Mme Léon Somzée, Mme la vicomtesse de Jonghe\nd'Ardoye, charment adorablement. C'est une suite de minuscules décors, de\nmédaillons ciselés, de fines incrustations, surtout la série des éventails en\nvernis Martin ouvragés et peints de façon ravissante. L'on croirait parfois,\ndentelle ou mousseline, à une aile éblouissante de papillon.\n                                                                       X."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 290, "page_fin": 292, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "terminé", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "Nous remettons au prochain numéro le"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "compte-rendu de l'étrange etpuissant roman"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 284, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "de Camille Lemonnier : le Possédé, ainsi"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 379, "fin_caractere_exclue": 410, "texte": "que des vers de Georges Keiler."}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 732, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "Nous publierons dans notre numéro"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 824, "fin_caractere_exclue": 860, "texte": "d'Août un dizain de sonnets d'Albert"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 923, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "Giraud."}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1212, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "Iwan Gilkin a fait, le mois dernier, une"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1300, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "très intéressante conférence au Cercle litté-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "raire de Malines sur la Jeune Belgique. 11"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1481, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "parla de sa naissance, de ses débuts, de ses"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1526, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "luttes, fit revivre un instant la vive physio-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1573, "fin_caractere_exclue": 1612, "texte": "nomie de Max Waller, et rapidement pré-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1667, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "senta au public les Jeune-Belgique d'au-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 1764, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "jourd'hui. 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Bonehill a la sensa-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "tion nette des verdures et des floraisons"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 240, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "claires; ses sonnets sont des scènes un peu"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 334, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "tristes sous une atmosphère fraîche où éclo-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 429, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "sent comme des anémones, de frêles sons"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 519, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "de cloches d'or."}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 589, "fin_caractere_exclue": 630, "texte": "Il est ébloui de la clarté du paysage, et"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 681, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "cela ne lui laisse point le loisir d'une psycho-"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 780, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "logie qu'il voudrait fine et pénétrante. 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Mais voici ce que vous ignorez"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "bien certainement : Votre bonne foi a été"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "surprise et si ces pages sont si belles c'est"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "parce qu'elles sont copiées littéralement."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 381, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "Votre nouveau collaborateur a copié mot"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 465, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "pour mot M. Arnold Goffin. 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Vos yeux"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1850, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "sont-ils ouverts, grand bêta, et comprenez"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1943, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "vous que Goffin et Moris ne font qu'un?"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "D'ailleurs, si vous avez trouvé ces proses si"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "admirables, sachez-nous gré de vous les"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2192, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "avoir fait lire deux fois. Nous attendons"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "vos remerciements."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "A notre grande stupeur, nous avons lu"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2586, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "dans le Gaulois un article sur les pigeons-"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2630, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "voyageurs, où il est question de notre cher"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2720, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "artiste en exil, Georges Rodenbach."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2813, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "Voici :"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2905, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "« M. Georges Rodenbach, rédacteur à"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2979, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "l'Epervier, dit qu'il faut commencer les"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3159, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": "entraînements dans la direction des quatre"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3248, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "points cardinaux en cet ordre : sud, est,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3332, "fin_caractere_exclue": 3374, "texte": "nord et ouest, jusqu'à une lieue du colom-"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3423, "fin_caractere_exclue": 3466, "texte": "bier; ensuite, revenant au point de départ,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3530, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "les portages se font d'une manière continue"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3666, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "dans la même direction, c'est-à-dire vers le"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3803, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "sud. »"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3887, "fin_caractere_exclue": 3926, "texte": "Versons un pleur sur le vieux ramier du"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3927, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "colombier élégant et complétons l'informa-"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3970, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "tion du Gaulois :"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4062, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "M. Georges Rodenbach est, en effet,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4155, "fin_caractere_exclue": 4199, "texte": "rédacteur à l'Epervier, mais c'est notre ami"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4245, "fin_caractere_exclue": 4284, "texte": "Francis Nautet qui en est le directeur."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4337, "fin_caractere_exclue": 4368, "texte": "Rrou-rrou, rrou-rrou, rrrrrroul"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Les Revenants, le superbe drame d'Ibsen,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "récemment joué par M. Antoine, nous vaut"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "un savoureux feuilleton de M. Francisque"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "Sarcey."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 430, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "Voici comment l'hippopotame du bon"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "sens avoue qu'il n'a pas d'imagination :"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 647, "texte": "«Les raffinés me font remarquer ce mot le"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 697, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "soleil que jette le misérable fou, et ils me"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 791, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "rappellent que le drame s'est ouvert par ces"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 885, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "mots : « Oh! comme il peut! »"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 967, "fin_caractere_exclue": 1011, "texte": "« La pluie, disent-ils, a été comme la basse"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "continue et mélancolique qui accompagne"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1150, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "ce drame et en accentue la tristesse. Du"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1240, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "soleil ! du soleil ! c'est le soleil qui manque !"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1342, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "« Je vous avouerai que je n'ai pas tant"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "d'imagination. Quand on me dit qu'il pleut"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1523, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "au premier acte, c'est qu'il pleut ; ce détail"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1619, "fin_caractere_exclue": 1661, "texte": "ne me touche pas autrement et je n'y pense"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1711, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "plus dès que le drame s'engage. Je n'y pense"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1805, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "plus, donc c'est comme s'il ne pleuvait pas."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1899, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "Car, au théâtre, il n'y a que ce qu'on voit"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 1992, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "qui existe. »"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "Quand on nous dit que M. Sarcey a écrit"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2147, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "ça, c'est qu'il l'a écrit; ce détail ne nous"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2241, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "touche pas autrement, et nous n'y pensons"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "plus dès que nous avons lu le Temps. Nous"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2423, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "n'y pensons plus, donc c'est comme si"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2510, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "M. Sarcey ne l'avait jamais écrit."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2682, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "M. Jean Richepin encombre Gil Blas de"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2769, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "sonnets et de ballades. Poésie mi-norma-"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2859, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "lienne et mi-touranienne, — avec des rimes"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 2951, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "nouvelles dans ce goût ci :"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3035, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "Prince, au gouffre du firmament,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "Ces dorades sont d'affreux squales"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3215, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "Dont nos raisons sont l'aliment."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3304, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "Ne regarde pas les étoiles."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3383, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "Squales rimant avec étoiles! Inattendu,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3516, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "certainement."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3625, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "Après cela, M. Richepin a peut-être trop"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3760, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "écouté les vendeurs de journaux bruxellois"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 3859, "fin_caractere_exclue": 3883, "texte": "criant : l'Etwale belge."}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4022, "fin_caractere_exclue": 4058, "texte": "La brochure mensuelle de propagande,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4108, "fin_caractere_exclue": 4154, "texte": "Entretiens politiques et littéraires, continue"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4204, "fin_caractere_exclue": 4243, "texte": "fièrement sa campagne. Collaborateurs :"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4293, "fin_caractere_exclue": 4333, "texte": "Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffin,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 4383, "fin_caractere_exclue": 4419, "texte": "B. Lazare, Paul Adam, G. Vanor, etc."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "Nous recevons une nouvelle revue litté-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 177, "texte": "raire mensuelle : Namur-Jeunes. Bon cou-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 223, "fin_caractere_exclue": 266, "texte": "rage là-bas ! Dégrossir ses contemporains à"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 313, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "coups de trique est certes le plus certain"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 403, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "moyen de propagande. Allez de l'avant et"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 456, "fin_caractere_exclue": 475, "texte": "prêchez pour l'art."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 478, "fin_caractere_exclue": 515, "texte": "Voici le sommaire du premier numéro :"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 516, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "Namur-Jeunes, préface. — Emile Gréber,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 604, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "Pauvres vieux. — G. Thémet, Mois de juin."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 731, "texte": "— Nader, Gouaches. — Ch. Mainat, Rêve."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 777, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "— Geo Mauvère, Pagesmornes —Tristelles,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 859, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "Sur l'eau. — G. Thémet, L'Art      décadent,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 950, "fin_caractere_exclue": 956, "texte": "Notes."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1004, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "Et maintenant que les cloches de bap-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1089, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "tême carillonnent joyeusement."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1234, "fin_caractere_exclue": 1246, "texte": "A paraître :"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1249, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "Le Pèlerin passionné, de Jean Moréas."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1339, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "Les Fastes, de Stuart Merill."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1424, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "Le Miroir des légendes, de Bernard"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1508, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "Lazare."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "Les Fleurs de bonne volonté, de Jules"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "Laforgue."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1665, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "Les Pétales de nacre, d'Albert Saint-Paul."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1713, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "Les Aveugles, le nouveau drame de"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "Maurice Maeterlinck, verront sous peu le"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1836, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "jour — oui, môssieu ! — chez l'éditeur"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1923, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "Lacomblez."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "M. Albert de Nocée entreprend la publi-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "cation d'une nouvelle revue artistique : La"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2162, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "Revue belge illustrée. Ceux qui s'occupent"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2250, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "de lettres en Belgique sont trop rares pour"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2338, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "que nous ne félicitions pas l'auteur hardi"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2427, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "de ce projet."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2492, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "Dès aujourd'hui il s'est assuré de nom-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2532, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "breuses collaborations, et tout fait prévoir"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2577, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "un fort succès. Les dessins seront repro-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2619, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "duits par les Arts graphiques. Bonne chance"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2708, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "et sentiments confraternels."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 3066, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "Une nouvelle agence destinée à rendre de"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 3160, "fin_caractere_exclue": 3200, "texte": "grands services aux artistes vient de se"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "fonder à Paris. Elle communique aux inté-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 178, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "ressés les extraits de tous les journaux sur"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 267, "fin_caractere_exclue": 312, "texte": "n'importe quel sujet : Courrier de la Presse,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 356, "fin_caractere_exclue": 402, "texte": "sous la direction de M. Gallois, 19, boulevard"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 444, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "Montmartre."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 603, "texte": "Trouvé dans une chronique bruxelloise :"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 652, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "« Rien ne les étonne (les Anglais), rien"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 732, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "ne les surprend, rien ne les embarrasse. 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Victor Wilder, a remis récemment"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2756, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "aux éditeurs Schott, la traduction du pre-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2847, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "mier acte du Crépuscule des Dieux, le"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 2933, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "dernier ouvrage de la tétralogie de Wagner."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 3025, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "Le traducteur a encore à travailler au"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": "2 e acte, mais le 3 e acte est presque entière-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 3208, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "ment terminé."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En vente chez l'éditeur EDMOND DEMAN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "En vente chez l'éditeur EDMOND DEMAN, rue d'Arenberg, à Bruxelles :\n\nLa Damnation de l'Artiste\n                           Prix : 15 francs.\n\n\n\n\n        Les Arts Graphiques        ET\n\n\n  SOCIÉTÉ ROYALE BELGE DE P H O T O G R A P H I E\n               R u e Keyenveld, 73, Bruxelles\n\n\n         P O U R PARAITRE P R O C H A I N E M E N T\n\n                        MAXIME\n                   A CHIMERICAL                TALE\n                           par ARNOLD GOFFIN\n                Un volume in-16°. — Prix : Fr. 3-50\n  On souscrit chez CHARLES VOS, éditeur, rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n\n   I M P R E S S I O N S D'ART, par EUGÈNE DEMOLDER, chez\nMadame Ve Monnom.\n\n\n   L A P L E I A D E . Abonnement : 5 fra ncs par an. Administration :\n33, rue des Paroissiens.\n\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement 1 an : 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n\n  L A R E V U E I N D É P E N D A N T E , rédacteur en chef :\nFRANÇOIS DENION. Abonnement, 15 francs par an; étranger, 17 francs.\nAdministiation chez Albert Savine, 12, rue des Pyramides, Paris.\n\n\n   L E M E R C U R E D E F R A N C E , revue mensuelle d'art et\nde littérature : ALFRED VALLETTE, rédacteur en chef, 15, rue de\nl'Echaudé-Saint-Germain, Paris. Prix : 40 centimes.\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\ncines, 16, à Paris; publie la SAVELLI de GILBERT AUGUSTIN-THIERRY.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-07-n7-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire du numéro de juin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE d u numéro de Juin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vient de paraître chez LÉON VANIER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 335, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "SOMMAIRE d u numéro de Juin de LA JEUNE BELGIQUE. — Réminis-\n  cence, Stéphane Mallarmé. — La Douleur du Mage, Iwan Gilkin. —\n  L'Eau promise, ***. — L'Hôte des ténèbres, Jean Boels. — Proses\n  lyriques, Delzire Moris. — Chronique littéraire : L'Ame des choses,\n  Arnold Goffin. — L'Annuaire du Caveau verviétois, Puck. — Chroni-\n  que artistique : Le Salon de 1' « Essor », Albert Arnay. — Chronique\n  musicale : Quatrième Concert populaire. 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Mais il faut que tous nous l'aidions. A\nE L L E pour la propagande! Des cartes d'abonnement sont à\nla disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\nDIX abonnés nouveaux recevront LA J E U N E B E L -\nG I Q U E gratuitement pendant un an.\n   Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n1° LA J E U N E B E L G I Q U E gratuitement à perpé-\ntuité ; 2° Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe\ndes frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\nen tête de la publication commémorative de nos fêtes du\ndixième anniversaire.\n\n              Bruxelles. — Imprimerie V* Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 300, "texte": "Juillet 1800.                    TOME IX. — N° 7                       10me                     Année.\n\n\n\n\nLA\n     JEUNE\n                  BELGIQUE\n                                 SOMMAIRE:\n\n        La volupté de souffrir                       ANDRÉ FONTAINAS.\n        Poèmes                                       FERNAND        SEVERIN.\n\n        Christine de Landelies                       LOUIS DELATTRE.\n        Sonnets                                      A L B E R T ARNAY.\n\n        Défi du rêve                                 HUBERT STIERNET.\n        Chronique artistique :\n         L'Exposition    du Cercle des Femmes\n           peintres; l'Exposition de l'Écran et de\n           l'Éventail                              X.\n       Memento                               .   .   NEMO.\n\n\n\n\n                                                                 BRUXELLES\n                                                 Rédaction : 55, BOULEVARD DANDERLECHT\n    PRIX DU NUMÉRO                                                    PARTS\n            F r . 0-75                                  LIBRAIRIE DE l'Art        Indépendant\n                                                             11, rue de la Chaussée d'Antin\n\n                                                                        1890\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "       BELGIQUE\n                                   NE       CRAINS\n\n\n\n\n                  JEUNE\n                           LA\n                            >\n\n\n\n\n                                  NE       CRAINS\n           Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                             PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n   Fondateur     : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                        Directeur : VALÈRE GILLE.\n              Rédaction : 55, Boulevard d'Anderlecht, Bruxelles.\n                7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n\n   Les abonnés qui n'auraient pas reçu le portrait de P A U L\nVERLAINE, inclus dans notre numéro de J U I N , sont priés de\ns'adresser à la Direction.\n\n\n                            BOITE AUX L E T T R E S .\n    54.— Louis TOHET. Vos vers sont bons. C'est regrettable; étions pour le moment dans\ndes dispositions et aurions bien voulu dire des choses désagréables. Perdez rien à attendre;\n faites nous un second envoi.\n    55. — FRANZ RUTY. De la musique, bon Dieu ! où voulez-vous que nous placions cela ?\nEt puis franchement, entre nous, elle n'est pas fameuse. Transformez Mystique en cantate\net présentez-la au comité des fêtes nationales.\n    56. — Louis SUZEL. Mons. Vous avez du métier; travaillez, devenez bon ouvrier. On\nne pénètre pas si facilement dans l'enceinte sacrée de la Jeune Belgique ; patience.\n   57. — On demande un vieillard riche.\n   58. — JOSÉPHIN PÉLADAN. Notre mage Léon Dardenne, prépare en ce moment un\nouvrage en XIX volumes sur la coloration des molécules. Vous intéressera certaine-\nment.\n   59. — CHARLES DORCHY. « J'espère voir bientôt paraître... » Espérez toujours, espérez\nlongtemps. Si vous êtes jeune, avez du temps devant vous. Heureux jeune homme!\n   60. — EMILE VAN ARENBERGH, juge de paix à Diest. Attendons toujours des vers. Pro-\nmesses fallacieuses pour lors !\n   61. — VALÈRE GILLE, directeur au maillot, Heyst-lcs Bains. Reçu votre compilation\nsur Rops. Beaucoup trop volumineuse pour notre numéro de juillet.' Ne hâlez pas vos\nroses, s. v. p.\n\n\n\n\n   Nous invitons nos amis et nos abonnés qui ne recevraient pas régu-\nlièrement La Jeune Belgique à le faire savoir au plus tôt à la Direction.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "      LA VOLUPTÉ DE SOUFFRIR\n                                              Celui qui a compris que la douleur\n                                            vient de rattachement, se retire dans la\n                                            solitude comme le rhinocérops.\n                                                                  CAKIA-MOUNI.\n\n\n\n\n                                    Le l'écume frémissante des Océans, rigide\n                                     et par delà les globes vides des soleils\n                                      éteints, bien haut à travers les nuages\n                                  lis, la falaise, avec ses flancs abrupts rongés\n                               de crevasses profondes, monte éperdûment,\n                             puis, plus haut encore toujours s'élève d'une\n                          pente atténuée et se termine par un plateau nu,\n                illimité, jusqu'à se fondre en la ligne incertaine de l'horizon\n                brumeux.\n                   Nulle végétation, arbrisseaux rabougris ni folles herbes ;\n                nul être vivant, pas même un oiseau de proie qui y cache\n                son aire. Rien : des pierres, du sable qu'en tourbillons\n                mornes soulèvent et par instants épaississent les gémisse-\n                ments incessants d'une âpre bise, comme aigris d'impréca-\n                tions touffues parmi les angoisses de nocturnes prières.\n                    En cette lande aride, par ces ténèbres lourdes et glaciales\n                où ne se glisse aucun indulgent regard de lune, aucune\n                lueur d'étoile, quelles voix étrangères hurlent ainsi, déses-\npérément? Voix démoniaques parmi les typhons et les déserts de ce sable\nen rafales tenaces, voix rauques comme d'un chœur, qui, tour à tour s'unit\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                  — 262 —\n\n\nen d'identiques complaintes ou se renvoie en échos rudes de monotones\nlamentations, vers quel inconnu Paraclet gémissait de la sorte l'affolement\nlugubre de vos douleurs insoupçonnées?\n   — Pitié! vociférait l'une de ces voix; oui, pitié! ayez pitié de moi, mal-\nheureux ! Je suis un grand parmi les plus grands, et ma misère est insup-\nportable. Depuis mes plus jeunes années, je suis le roi orgueilleux et serein\ndont le courage et les bienfaits ont comblé ses peuples sans nombre de pros-\npérités . Mes empires sont sillonnés de routes sûres entretenues avec vigilance ;\ndes canaux les traversent, aboutissant de toutes parts à des ports creusés à\nl'abri de tous les caprices des marées et de l'ouragan; j'ai fondé d'im-\nmenses villes de commerce aux larges voies emplies d'agitation et des cités\nsomptueuses où les grands et les riches déploient toutes les pompes de leur\nluxe. Les palais que j'ai bâtis sont merveilleux, et la nombreuse cohue de\nmes sculpteurs et de mes peintres ont consacré les années les plus fécondes\nde leur génie à y accumuler leurs chefs-d'œuvre; j'ai construit des jardins\ncapricieux et variés que d'abondants tapis de fleurs multicolores embaument\nen toutes saisons, où les arbres des climats les plus différents épandent à la\nfois l'ombrage de leurs frondaisons confondues, où des jets d'eau aux mille\nnuances éparpillent en des vasques de malachite et de porphyre les ruis-\nsellements féeriques de leurs rubis en flammes, et de leurs saphirs, et de\nleurs améthystes, mêlés à l'efflorescence délicate de leurs perles d'argent.\nCeux qui souffraient, je me suis efforcé de soulager leurs souffrances ; j'en\nai consolé quelques-uns ; j'ai abaissé la superbe des persécuteurs, j'ai exalté\nl'humilité des victimes. J'ai répandu en munificentes pluies l'or de mes\ncoffres royaux, j'ai distribué des terres; j'ai fait élever les enfants des pau-\nvres avec mes fils.\n  J'ai fait la guerre aussi, et j'ai soumis tant de peuples que je n'en sais\nplus le nombre. Les rois des contrées les plus lointaines me redoutaient et\nrecherchaient la promesse de mon amicale protection. Des musiciens et\ndes poètes en foule célébraient mes triomphes et ma puissance, et je fus par\ntoute la terre adoré à l'égal d'un Dieu.\n  Rassasié, las de l'excès constant de ma propre gloire, une nuit, revêtu\nd'habits vulgaires et le visage masqué, je voulus m'enfuir et me réfugier\nen quelque recoin ignoré de mes vastes Etats. Je fus reconnu, arrêté, recon-\nduit vers mes palais triomphalement ; et mes peuples eux-mêmes me contrai-\ngnirent à reprendre mon sceptre et mes couronnes.\n  Alors, pour enfin échapper, fût-ce en la mort, à la charge accablante de\nma royauté forcée, je résolus de me rendre odieux à mes sujets : au hasard\nde mes caprices je dépouillais les riches et les banquiers; je fis mettre à\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                   — 263 —\n\nmort des innocents, par plaisir, et pour chacun je sus inventer des supplices\nnouveaux et raffinés. On me salua du surnom de justicier! — Je fis violer\ndes vierges par mes soldats, sous mes yeux ; polluer la candeur des enfants\nétonnés et publier le récit de ces infamies. Mes peuples s'amusèrent de mes\nplaisirs !\n   Je me gorgeai de turpitudes et de sang, mais sans parvenir jamais à\ntromper la satiété de mes désirs ou à lasser l'affection de mes peuples ! A\nprésent, l'âge m'appesantit, et je règne toujours ; mais avant de disparaître\nen la nuit sans limite du sommeil irrévocable, n'y a-t-il nulle pitié à espérer\nencore? l'homme surchargé de travaux et de gloire ne pourra-t-il goûter,\nquelques jours seulement ! les joies si ardemment désirées d'une existence\ncalme?\n\n    Une autre voix clamait : — De l'or, oh ! qui me débarrassera de tout cet\nor? Pour les félicités les plus délicieuses autrefois je n'aurais pas donné une\nseule parcelle de tout cet or amoncelé. C'était ma joie, c'était ma vie\nd'acquérir avidement, un par un, tous ces ducats, ces écus, ces guinées et\nces piastres dont la couleur et le son m'affolaient, de les amasser en\nde secrètes demeures où le soleil même ne pût les voir, pour y vivre\ndans l'extase de ma seule ambition satisfaite! Et des parents malheureux,\nde très anciens amis réduits à la misère, venaient m'implorer, se tordre\nen supplications à mes pieds; j'étais inexorable; jamais une seule pièce\nd'or ne s'échappa de mes doigts ! Je jouissais de la volupté d'être riche au\npoint d'ignorer la grandeur de mes richesses, bien que j'en refisse le compte\nchaque jour. Je vivais seul, immergé d'opulence, me nourrissant de quel-\nques reliefs que je découvrais parmi les immondices de la rue; mon bon-\nheur surpassait tout autre bonheur, puisque nul n'eût osé rêver une richesse\ncomparable à la mienne !\n    Quand me prit la satiété, ma punition fut horrible. Je m'étais trop soûlé de\nl'ivresse de mon or, je voulais le rejeter loin de moi. Je fis des dons à des navi-\ngateurs qui partaient à la recherche de terres inconnues : pas un ne fit nau-\nfrage et tous rapportèrent des richesses inouïes qu'ils m'obligèrent à partager\navec eux. J'inondai de mes subventions de douteuses entreprises financières :\nelles réussirent toutes, et mes mises me furent remboursées, doublées par\nl'accumulation des intérêts produits. Je prêtai de l'argent à des amis. Mes\namis me le rendirent. Je dotai des nièces et des cousines dont le nom\nmême m'était inconnu ; l'une après l'autre en peu de temps toutes mouru-\nrent, veuves et sans enfants, et leurs opulents héritages me furent attribués.\n    Me voici vieux à présent, plus accablé de richesses que jamais on ne le\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                  — 264 —\n\nfut, et je ne puis m'en libérer ! Quoi que je fasse, toujours elles s'achar-\nnent, elles m'étreignent, elles me harcèlent.\n   Quelle infortune est plus digne de pitié ? Je suis si riche ! et je voudrais\nachever les derniers instants de ma pénible existence en quelque condition\nmédiocre et tranquille, délivré du souci de tout cet or ! Mes vœux ne peu-\nvent-ils être entendus? Ne surviendra-t-il rien qui m'allégera du fardeau de\nma misère?\n\n   Toutes les misères de la terre, disait une autre voix, que sont-elles auprès\nde ma misère? L'amour fait le bonheur des autres hommes, et moi, l'amour\ncause mon infortune!\n   J'aimais, quand j'étais jeune, me fleurir les regards aux regards des jeunes\nfemmes; j'aimais me griser l'âme aux rires impérieux de leurs caressantes\ncauseries; j'aimais l'étincellement de leur tendresse frêle; j'aimais les jeunes\nfemmes par dessus tout au monde, et je délaissais tout autre soin pour le\nsoin de leur plaire.\n   Parmi toutes, cependant, je ne tardai pas à connaître celle dont la dou-\nceur faillit me rendre fou. La nuit, ce furent de muettes extases devant le\nrêve de sa beauté; le jour, furtivement, partout où ses pas la conduisaient,\nje la suivais docile, les chemins étaient embaumés de son passage; si elle\nne sortait pas, je demeurais des heures et des heures devant la porte de sa\nmaison, et le fantôme de sa splendeur candide vivait dans le mirage de mes\npaupières closes que sa chère présence divinisait. L'idole parfois me sou-\nriait à la dérobée comme pour se montrer satisfaite de la persistance de\nmon adoration, et la folie de mes rêves et de mon espoir s'en accrut à tel\npoint que je me voyais déjà le serviteur éiu et le compagnon terrestre de sa\ndestinée. Brusquement, j'appris qu'elle allait se marier. J'en fus tellement\nhébété que, durant des mois, je n'eus pas conscience de ma douleur. Quand\nje m'éveillai de cette maladive torpeur, quelque chose en moi s'était brisé,\nje ne croyais plus à la sincérité possible des humaines affections.\n   Alors, je me livrai éperdûment à l'excès des voluptés viles ; je connus\ntoutes les luxures et toutes les turpitudes, sans rencontrer le plaisir ni\nl'oubli! Incurieux désormais de charnelle satisfaction, pour échapper aux\nfièvres inévitables de quelque désir éphémère, je trouvai l'effroyable énergie\nde me mutiler! Lorsque, peu de temps après, désabusée de son union pré-\ncipitée et irréfléchie, l'éblouissante bien-aimée de naguère se fût auprès de\nmoi réfugiée, je ne pus paraître à ses yeux qu'un spectre enthousiaste,\nqu'un passionné impuissant. Je l'aime plus encore qu'aux jours d'autrefois,\nmais comment lui rendre la morsure insensée de sa lèvre de flamme? La\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                  — 265 —\n\ndent fougueuse du désir me ronge le cœur, ma chair reste pantelante et se\ndérobe !\n  Il faudrait hors du monde me réfugier, ne plus la voir, ne plus penser,\n— car penser, c'est penser à elle ; — en un asile inaccessible où mes yeux\nvoient s'accomplir la lente et sûre destruction de mon corps que la\ngangrène mange et m'y ensevelir, afin d'éprouver quelque joie, enfin, de\nm'être enfui de l'amour.\n                                       II\n   Au bord d'un même fleuve mystérieux, sous d'impénétrables feuillages,\nloin des villes et des rumeurs, loin l'un de l'autre aussi, trois ascètes vivent\ndans les austères pratiques du renoncement et du songe intérieur. Et par-\nfois, dans le frémissement des branches, dans le renouveau de la sève des\nbois qui les environnent, leurs sévères méditations accueillent et perçoivent,\non croirait, le murmure précis d'une parole divine, et ils se sentent agités\nd'un douloureux tremblement d'effroi, comme lorsqu'ils traînaient après\neux la lourde servitude d'une existence terrestre.\n   N'êtes-vous point devenus, semble leur dire cette voix qu'ils appré-\nhendent, tels enfin que vous désiriez être? Débarrassés des soucis qui vous\nrongeaient, à présent vous n'êtes plus asservis et humiliés par les turpi-\ntudes des basses affections; nul lien ne vous unit au monde. En votre isole-\nment, qu'importent gloire, richesses, amour? Vous êtes délivrés de la vanité\ndes jouissances et du désir, absorbés en la muette contemplation de l'éter-\nnelle cause, vous voici rentrés bientôt en la définitive béatitude des êtres\nau sein de l'Etre, et, votre cœur anéanti, vous serez les élus éternels du\nnéant irrévocable.\n   Et chaque fois, frappés de terreur, les trois isolés dont chacun ignore\nles deux autres, se prosternant, implorent à nouveau l'occulte observa-\nteur des humaines destinées, et s'écrient en même temps :\n   — Rendez-nous à nos anciens tourments ! Ne plus voir, ne plus espérer, ne\nplus sentir: ce néant, quelle âme divinement trempée le pourrait-elle subir?\nOh ! nous sommes des hommes encore, et nous ne saurions nous libérer de\nla vie. Au milieu de ces forêts effarées, une lourde épouvante écrase la\nsainteté de nos extatiques travaux. Vivre sans une volupté, dans l'impas-\nsible sagesse, serait un effort impitoyable et futile. Si nous n'avons pu ren-\ncontrer les joies et les bonheurs de l'existence, nous assumerions avec\norgueil la volupté de la douleur, car pleurer et souffrir c'est du moins se\nsentir vivre, et c'est de vivre que surtout nos âmes sont affamées.\n\n                                                   ANDRÉ FONTAINAS.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                         — 266 —\n\n\n\n                     POÈMES\n               LA MORT DES ENFANTS\n\nVisite les enfants dans la maison des fièvres :\nCe sont les mêmes lys glanés par un beau soir,\nTout ce qu'exhalera la pâle fleur des lèvres\nA ses destins marqués dans un nouvel espoir.\n\nFraternels nouveau-nés fanés avant d'éclore,\nEn des langes heureux soyez les bienvenus'.\nIls meurent, et ce soir de fête les ignore :\nReconnais-toi, mon cœur, dans tous ces inconnus.\n\nMais rien n'illumina les limbes de leur vie.\nEt tes yeux las, au moins, connurent le matin.\nDe plus tristes que toi te cèlent leur envie :\nMontre-leur ton passé, tel qu'un éden lointain.\n\nLa vision des soeurs errait en ce parterre.\nQue de beaux yeux baissés, dont le seul souvenir\nAttarde des clartés dans ton soir solitaire!\nTu t'en allais; ceux-ci n'espèrent plus partir.\n\nMais avant ce sommeil qui leur donne de naître,\nAccorde cette grâce au silence des pleurs :\nO printemps des préaux surpris par la fenêtre !\nIls veulent bien mourir, mais en baisant des fleurs.\n\nRetourne à tes forêts, comme à des délaissées,\nO le fis oublieux qu'elles ont trop aimé!\nEt rapporte des fleurs pleines de leurs rosées\nDans les plis d'un manteau qu'elles aient parfumé.\n\nJonche de ta moisson ces berceaux   funéraires\nD'où s'en iront en paix les anges révélés:\nQuand la mort maternelle endormira ces frères,\nMon cœur, triste à jamais, les aura consolés.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                         — 267 —\n\n\n                        L'HOPITAL\n\n« Il est doux, dans la nuit des pauvres, son sourire !\nCe grand rayonnement de feux      silencieux,\nN'est-ce pas la clarté d'un nimbe de martyre?\n\nVous qui m'êtes venue en cet exil des cieux\nOù ma faiblesse, en vain, luttait contre elle-même,\nQuel ange des pardons se révèle en vos yeux?\n\nVous pleuriez, n'est-ce pas, sous votre diadème?\nEst-ce pour mon néant que vous m'avez aimé?\nMon cœur reste sans voix devant ce don suprême.\n\nJ'ai souffert trop de nuits, et suis bien désarmé!\nMais qui n'oublierait pas la fièvre et l'agonie\nSous le manteau de fleurs dont vous m'avez semé? »\n\nTout le ciel entr'ouvert a vu votre insomnie,\nMais vous cédez enfin à l'enfant   d'autrefois\nParmi cette douleur que vous aviez bénie!\n\nVous fûtes longtemps seul, enfant, en d'humbles croix.\nEcoutez, à présent, des berceuses fidèles,\nTout le soir printanier qui chante dans ma voix.\n\nDorment... Et vous, Seigneur, avant les croix nouvelles,\nAccordez le sommeil à mon frère brisé,\nAh! Seigneur, un sommeil éventé par des ailes. »\n\nEt vous êtes partie, après ce seul baiser,\nEn laissant, après vous, des rayons de vos nimbes\nSur ce front de douleur, maintenant apaisé,\n\nMa sœur, ma sœur d'en haut, descendue en mes limbes!\n\n                                         F E R N A N D SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                    — 268 —\n\n\n\n\n          CHRISTINE DE LANDELIES\n                 Quand j'étais gamin, je fréquentai longtemps la boucherie du\n                  village. C'était comme une ferme dans une rue : j'y trouvais,\n                  dressées contre les murs, des échelles où je pouvais grimper,\n                  des chariots, des greniers à foin d'où tombait le parfum bal-\n  samique des herbes, des étables chaudes qui fleuraient les bêtes ; des poules\n  et des coqs chantant et picorant dans la grande cour pavée, sur le haut tas\n  de fumier doré. J'étais le commensal du boucher et de la bouchère, les\n hôtes de ce paradis.\n     Rosalie était une mignonne femme au teint qualifié de pâle ou plutôt de\n  « bladjou » par les villageois, quoique, à la vérité, sous la poussière d'or\n  clair d'une chevelure frisotée, il fût du rose lavé le plus délicat. Ce coloris\n  si pur, éveillait l'idée de clarté émanant de l'intérieur et rappelait ces lampes\n  de porcelaine limpide brillant, dans les coins sombres de salons tranquilles,\n  sous de neigeux abat-jour de mousselines aux couleurs tendres, doucement;\n  et cette idéé de calme était encore corroborée par le dessin mou d'une grande\n. bouche aux lèvres charnues, et la bonté de deux yeux gris-cendré aux\n  globes humides. Rosalie devait, d'ailleurs, beaucoup de cette placidité à\n  des habitudes imposées par sa santé chancelante. Elle marchait lentement;\n  et assise, elle ne posait pas ses mains comme les autres commères. Dans les\n  dernières années que je la connus, elle avait à la commissure des lèvres le\n  pli d'un sourire presque triste, le rictus résigné des personnes ayant passé\n  seules de longues après-midi dans un fauteuil, devant des fenêtres fermées\n  sur des rues de province. — Au surplus, je ne saurais vous dire le charme\n  inattendu et irrésistible du fait seul de sa vague beauté dans un village de\n  clabaudeuses commères et d'ouvriers cloutiers.\n     Antoine, son homme, l'aimait follement, et l'amour faisait trouver d'ines-\n  pérés miracles de délicatesse à cet hercule abatteur de bœufs qu'on s'effrayait\n  à voir serrer la taille de sa femme « par bêtise »; mais des ouvriers de chez\n  nous ne cassent-ils pas proprement une noisette sous les mille livres d'un\n  marteau-pilon habilement manœuvré. — Un des plaisirs favoris d'Antoine\n était, les samedis à la soirée ou les dimanches matin, jours de presse, de\n  faire asseoir Rosalie dans le brouhaha affairé de la boucherie, de lui\n  défendre de toucher à aucun objet ou de servir personne, et alors de se\n  multiplier pour suffire à la pratique talonnante.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                  — 269 —\n\n    — Voilà! voilà! criait-il radieux, à la pratique, en jetant sur sa femme\ndes yeux de terre-neuve éjoui, voilà! Que désirez-vous?\n    En ces moments, il vous décrochait très facilement, tout en parlant, un\nquartier de bœuf de cent cinquante livres ou apportait un veau entier sur\nses bras.\n    Entre deux additions, Rosalie entretenait la causette. — La boucherie est\npour les femmes ce que sont pour les hommes le cabaret et la boutique\ndu barbier. Elles s'asseyent sur le banc, près de la fenêtre et en se penchant\ncomme pour un secret elles se dégoisent le nouveau cancan de corsage à\ncorsage. Tout en aiguisant son couteau sur la queux, le boucher égaie la\npratique de plaisanteries salées, car c'est souvent un grand gars haut en\ncouleur et aimant les tripes. C'est ainsi qu'il témoigne de sa politesse; les\nsimples remerciements ou, encore plus, les froides civilités des boutiquiers\nde la ville seraient inévitablement taxés d'indifférence ou de dédain, au\nvillage; et rien ne blesse les petites gens comme l'indifférence. Elles\ndiraient en bougonnant :\n    — A-t-on jamais vu? Le boucher a peur d'ouvrir la bouche; il empoche\ncependant bien mes gros sous. Est-ce parce que je ne suis pas madame? e t c . .\n    Antoine sait tout cela; aussi, quand viennent les villageoises se fournir\ndu pot-au-feu et les circumvoisins, les dimanches après la messe de huit\nheures, l'entend-on de sa grosse voix joyeuse envoyer des gaillardises à faire\nse renverser sur le banc la pratique. Les femmes gloussent de plaisir.\n    — Oh! oh! oh! cet Antoine ne changera jamais! disent-elles.\n    Et elles oublient de réclamer que leurs maris, dimanche passé, ont trouvé\ncoriace comme « tige de botte » le morceau de flanchet, que le « kilo de\nculotte n'était que du gras ». Au logis, elles ne manqueront pas de vanter\nl'irrésistible bonne humeur du boucher.\n    — Rosalie ne dit pas grand'chose, ajoutent-elles, mais c'est tout de\nmême une bonne femme. N'était son air grimaud... Mais on ne peut être\ntoujours gaie, quand on est malade... Pas vrai?\n    ... Un jour, Rosalie ne descendit pas; je montai la voir. Elle était au lit;\nses lèvres bleues et sèches ébauchèrent un sourire quand elle me montra,\nserré dans des langes, un petit enfant suçant son doigt.\n    — Vois-tu?... C'est monsieur le curé qui me l'apporta cette nuit. C'est\nune fille, tu sais. Comme elle est grosse, n'est-ce pas? Me ressemble-t-elle\ncomme Antoine le dit?\n    Je restai longtemps près d'elle, assis au pied du lit, à l'écouter parler\nd'une voix douce et basse. Ses mains blanches, étalées sur la couverture,\nparaissaient très longues. Elle me fit manger des sucreries et d'une pâtis-\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                 — 270 —\n\nserie légère et fragile, parfumée de fleur d'oranger. Le ciel de février\nmettait dans la chambre une lumière grise et alanguie ; la voix de Rosalie\nétait un souffle léger; aussi m'expliqué-je, à présent, que de longtemps je\nne pus détacher le souvenir de ces choses de celui des friandises délicates et\nun peu fades alors mangées.\n   Je revins souvent près de la malade, pour le plaisir nouveau et un peu\nmystérieux de rester dans l'atmosphère douce de sa chambre, d'être sage, de\nmarcher sur le bout des pieds, en étouffant le bruit de mes pas. — Car vous\nsavez, n'est-ce pas, qu'au plus fort de leurs jeux, les plus turbulents enfants\nse tassent quelquefois en groupes, dans un coin noir, en faisant « chutt!\nchutt! », d'une voix entrecoupée, pour ne plus rire, pour ne plus crier,\npour avoir du nouveau — et avez-vous observé les airs doucereux et les\nallures timorées de certains gamins, au mois de mai, parce qu'ils ont\ndans leur chambrette, sur une table à nappe blanche, quelques statuettes\nreligieuses, un rameau de buis, un bouquet de lilas et une bougie allumée :\nminuscule autel sur lequel ils officient dévotement, presque componctueuse-\nment le « mois de Marie » ?\n   Ainsi j'entendis Rosalie priant son mari de faire venir de Landelies, un\nvillage voisin, pour l'aider, sa plus jeune sœur.\n   — Crois-moi, disait-elle, je sens bien que je ne me lèverai pas de long-\ntemps et la maison pourtant ne peut toujours rester sans une femme! Les\n« femmes en journée » ça gaspille, ça laisse tout aller. Christine veillera à\nla maison et fera la soupe. Au besoin elle pourra même te donner un coup\nde main à la boucherie; elle est subtile. — C'est que tu travailles trop;\nque fera notre petite, toute seule, si tu te tues de fatigue ? — Christine est\nune bonne fille, tu sais. Si ma tante veut la retenir, dis-lui qu'elle touchera\nquinze francs par mois ».\n   Antoine promit de ramener la sœur de Landelies dès le lendemain.\n   ... C'est par un matin de mai clair et frais qu'arriva Christine. — Le ciel\nétait bleu, bleu ; et le pavé de la rue fraîchement lavé pour les Rogations.\nUne jolie brise épanouissait les fibres des muscles et les rendait souples et\njoyeuses. — La boucherie était vide de viande ce jour-là. Aux murs pen-\ndaient seulement les images encadrées de gigantesques bœufs étrangers, des\nDurham presque carrés, au fanon touchant la terre, et au dessus de la porte\nune paire de très longues cornes de bœuf romain, les pointes recourbées\ngarnies de cuivre. Il y avait aussi des grappes de suif aux crocs de la rue,\nentre des sachets ratatinés de présure séchée avec laquelle on « prend » le\nlait en fromage blanc ou « maquée ». J'étais seul sur le banc, chauvissant\nde l'oreille.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                 — 271 —\n\n   A onze heures, je reconnus le fracas de la voiture d'Antoine, qui se\nrangea devant la maison. Une jeune fille se leva du siège et d'entre un tas\nde paquets emballés dans des gazettes et des nappes ; elle réunit ses jupes\nd'une main, et sans se servir du marche-pied, la voiture encore branlante,\nelle sauta à terre, en riant du boucher qui lui tendait le bras de l'autre\ncôté pour l'aider. Le vent de la course avait dérangé ses cheveux, les nattes\nde son chignon dénoué pendaient dans son cou ; les ailes de son nez\nfrémissaient et elle passait la langue sur ses lèvres rouges à la courtine\nprofondément marquée. En se déployant et rajustant son caraco à sa taille,\nelle dit :\n   — Ah! j'en avais assez... les jambes me démangent joliment!\n   Les filles aux cheveux noirs sont rares chez nous ; et celle-ci me parais-\nsait si avenante que je restais sur l'escalier à la contempler.\n   — C'est Charles, notre petit ami, lui dit Antoine en me désignant.\n   — Bonjour petit ! Tu vas travailler, tu sais !\n   Elle prit des paquets dans la voiture, et me les jeta dans les bras.\n   — Tiens! Attrape!\n    En un instant, je disparus sous une avalanche de linge; par l'interstice de\ndeux paquets, elle vint regarder mon visage effaré et se mit à rire à gorge\ndéployée. Nous traversâmes la maison, portant le bagage. Le dernier je\ngravissais l'escalier, à l'aveuglette, la tête enfoncée dans les chemises et les\nmouchoirs, grisé peu à peu de l'arôme montant de la toile blanchie au soleil,\npénétrée des essences des prés, fleurant le grand air — et l'eau courante des\nrus qui ont arrosé les menthes, les citrouilles, les mélilots de leurs rives, et\noù on l'a rincée. Je m'arrêtais à chaque montée, essoufflé, ne sachant\nreprendre haleine dans ma brassée de printemps... Car c'était du printemps\nque je portais, dont ce linge était imprégné; un parfum jeune et frais comme\nde petits enfants. — Demandez au collégien déballant dans sa chambrette\nla malle arrivée du village, ce qu'il y a dans ces fragrances du linge frais. —\nJe montais, ahanant ; et je revis tout à coup le village d'où venait Christine :\nLandelies, au fond de la vallée, les toits d'ardoises bleues, la rivière qui\ntourne vers Thuin, les berges calmes et vertes d'Hourpes, et les bras de\ndérivation de la Sambre dans les saulaies, entre les murs croulant des écluses\nabandonnées, les barques pourries perdues dans les herbes hautes et drues\ndes berges. — Je trébuchai, et sur le palier je laissai rouler tous les paquets.\n   — Me v'là ! me v'ià ! criait Christine dans la chambre de sa sœur. Elle\nembrassait celle-ci à pleine bouche, la serrait dans ses bras si fort que la\nmalade, doucement, en souriant, dit :\n   — Christine... pas si fort; tu me fais mal, sœur!\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                   — 272 —\n\n\n   Mais la jeune fille avait déjà saisi l'enfant de Rosalie dans son berceau ;\net la pluie de baisers recommençait.\n   — La voilà donc, notre petite? Et moi qui ne l'avais pas encore vue. —\nPeut-on regarder?\n   Elle avait déposé le bébé, ouvert la fenêtre et se penchait.\n   — Oh ! que c'est haut ! qu'il fait gai I Et quelle belle cour ! C'est au voisin,\nce jardin?... N'est-ce pas, je vais laisser la fenêtre ouverte? Il y a du vent et\ndu soleil, c'est bon pour toi, sœur; cela donne de belles couleurs. Qu'il fait\nbon!\n   Elle fermait les yeux, enfonçait voluptueusement la nuque dans ses\népaules comme une chatte qui ronronne; et l'on voyait la ligne éclatante\nde ses dents blanches rire entre ses lèvres. Puis elle sautait, faisait bouffer\nses jupes, se rejetait sur le lit pour embrasser Rosalie et la resserrer à\npleins bras, sans cesser de parler :\n   — Si tu savais comme il fait triste à Landelies, chez tante Charlotte ! Elle\nbougonne nuit et jour. Figure-toi qu'elle m'a empêché d'aller à la ducasse\ndu « Long des Bos », l'autre dimanche, parce qu'elle avait le catarrhe.\nA Saint-Collin-de-Leernes elle n'a pas lâché mon bras. Elle ne veut pas que\nje porte mon corset! Est-ce à croire? A-t-on jamais vu pareille chose?\nMais, je l'ai apporté tout de même tu comprends. Eh! Sais-tu que je n'ai\nque soixante centimètres de taille, quand je veux? Alors, je suis rouge,\nrouge !... Ici, je m'habillerai quelquefois, n'est-ce pas? J'irai à la boucherie.\nOui?... Je connais les poids, tu sais : la livre, le quart, le quarteron, l'once,\net le tout petit qui ne pèse rien. Je sais faire des additions longues comme\ncela, tu verras... Que ce sera gai!... Je dirai aux gens : « Au revoir! Bien\nà vos ordres! ».\n   Et elle faisait des révérences cérémonieuses, comme au quadrille; puis,\nelle battait des mains, avec son geste de tête renversée, et répétait :\n   — Dieu ! que je suis heureuse !\n   On pensait aux poulains, ruant et cabriolant dans les prés. On aurait\ndit que dans ses cheveux, dans ses yeux, entre ses lèvres, dans sa poitrine,\nelle avait apporté toute la vie nouvelle, toute la vie joyeuse des brouts\nregorgeant de sève de tout le bois de Fontaine, traversé en chemin. Par\nla croisée entrait le vent de mai, le vent de mai qui a frôlé les giroflées des\nmurs et caressé les lilas ; il balayait l'air triste de la chambre et gonflait les\ncourtines du lit comme des voiles joyeuses et triomphantes.\n   En silence, Rosalie regardait Christine de ses grands yeux gris, et elle\nn'avait plus à la bouche son sourire doux et un peu triste. Ses yeux fixaient\nsa sœur, mais ils regardaient au loin, au loin, clairs et sérieux comme\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                   — 273 —\n\ndes yeux d'enfant. Et que vit-elle donc, la malade, là-bas? — Elle dit en\ns'efforçant de sourire :\n   — Sœur, ferme la fenêtre et parle plus bas un peu, veux-tu? Je ne suis\npas forte encore, tu sais ; ça me fatigue ; tu ne te doutes pas de cela, toi, chère\nfolle!... Pousse-moi l'oreiller sous les reins, là... Oh! je suis si fatiguée..\n— Allez-vous-en arranger la chambre de Christine, à présent. — Sœur,\ndonne-moi ma petite... et embrasse-moi... fort... plus fort... Je t'aime\nbien, tu sais, sœur... Allez-vous-en...\n   Quand nous eûmes passé le seuil de la chambre, il fallut quelques rires\nde Christine pour nous remettre dans notre assiette. Encore revis-je long-\ntemps la pauvre malade nous sentant trop gais, trop forts, et nous mettant\nà la porte, si triste.\n\n\n   Dès le lendemain, Christine était installée à la boucherie, vêtue des\ntabliers blancs de Rosalie avec les fausses manches de toile bouffantes. En\nquelques jours elle apprit à appeler chaque morceau de bœuf par son nom\net distingua, à première vue, la « culotte » de 1' « aloyau », ou la « noix »\nde la « tranche », ou même le « flanchet » de la « poitrime ». C'était\nAntoine qui lui avait donné ces mots du métier ; elle en étonnait les com-\nmères, dont les connaissances anatomiques les laissent seulement distin-\nguer : « C'est trop gras; il y a trop d'os ».\n   — C'est la sœur de Rosalie... Elle vient nous aider, répondait Antoine\naux coups d'œil interrogatifs des chalandes la guignant quand elle avait le\ndos tourné.\n   — Hein? y va-t-elle de bon cœur ! On dirait qu'elle n'a jamais fait autre\nchose. Regardez-donc !\n   — C'est vrai. Et savez-vous qu'elle va plus vite que moi pour les hachis?...\nPourvu que cela dure\n   Christine avait entendu, elle répondait :\n   — Cela durera, cela durera!... Puisque c'est mon bonheur, à moi, de faire\naller mes bras et mes jambes ; que je mourais de repos forcé chez tante\nCharlotte.\n   Pour moi, gamin, dès lors je n'eus plus de plaisir près de M me Rosalie;\net les heures d'après-midi d'été me semblaient si longues, dans la chambre\nde la malade ! Je poussais de gros soupirs et recommençais à balancer les\njambes sous la chaise.\n   — Pourquoi ne descends-tu pas, petit? Tu t'amuserais bien mieux\nen bas.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                   — 274 —\n\n   Et en rougissant d'avoir été deviné, je m'en allais avec une hypocrite\n enteur, pour faire croire que, la porte dépassée, je ne dégringolerais pas au\ngalop vers Christine. A cette heure la boucherie était très fraîche, de grosses\nmouches bourdonnaient autour des carrés de viande pendus. La jeune fille\nétait sur le banc, près de la fenêtre, dans le courant d'air frais. Nous aimions\ntous les deux à courir, à crier ; aussi, dès qu'elle me voyait, jetait-elle son\ntricot; elle rattachait solidement la ceinture de son tablier avec des exagé-\nrations de gravité comique, en me menaçant : « Attends, gamin ! » Et nous\ncommencions, elle derrière moi, d'interminables courses dans la boucherie,\nentre comptoir, tronchets et tables ; nous nous époumonnions dans quelques\nmètres carrés, avec une véhémence qui la faisait galoper et trépigner sur\nplace quand elle était près de m'atteindre,pour que je reprisse de l'avance.\n   Les vendredis elle devenait aussi passionnée ménagère; elle liait un\ntablier bleu autour de sa taille, chaussait des sabots, retroussait ses man-\nches; et seaux d'eau commençaient de voler, et brosses, et torchons. Pas un\ncoin de la maison n'était oublié, mais dans la boucherie où les murs peints\nlui laissaient jeter des paquets d'eau partout, ça devenait une débauche.\nElle se trempait, son tablier dégouttait, ses pieds dans les sabots faisaient\nflic floc, ses cheveux étaient poudrés de gouttelettes. Elle s'arrêtait au soir\nseulement; et, assise, heureuse, les muscles aveulis de bonne fatigue, elle\nregardait sécher les pierres bleues du pavement, le buste relâché dans son\ncaraco trop large, bras et jambes allongés, en murmurant :\n   — Je n'en puis plus, mais que j'ai « bon! »\n   « . . . Dans l'abattoir, Antoine « soufflait » un veau étalé sur la claie, les\nquatre pattes en l'air, la tête pendante et découvrant le trou sanglant de la\ngorge ; à tour de bras, remplaçant le garçon boucher, je flagellais la bête\nd'une longue tige de fer pour faciliter l'écorchement. Christine vint à passer,\nelle se moqua du peu de vigueur de mes coups :\n   — Eh! tu vas faire mal au veau, tu frappes trop fort, petit!... Et tu\nfermes les yeux comme une fille à chaque coup, godiche !\n   Elle prit la tige de fer de mes mains. « Regarde! » dit-elle; et elle se\nmit à battre le ventre ballonné de la bête. Elle donnait des coups secs,\nnerveusement; ses bras n'avaient que de petits mouvements vifs. Elle serrait\nla bouche en une moue sérieuse. La grêle des coups devint plus drue, la\npeau de la bête sonnait comme un tambourin, et Christine s'excitait encor :\n   — Aïe donc ! aïe donc ! Hé là ! Tiens ! Tiens !\n   Elle trépignait, des gouttelettes de sueur perlaient à ses tempes et aux\nailes de son nez.\n   — Aïe donc! aïe donc! Hue! hue!\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                  — 275 —\n\n   La tige de fer traçait dans l'air un cercle brillant. Et je sautais sur place,\nentraîné par le rhythme de cette musique ronflante de tambour.\n   — Aie donc !\n   La peau tendue à éclater rendait le bruit qu'on entend, les matins de\nprintemps dans les greniers, quand les matelassiers, sur les claies, rebattent\nla laine et la flagellent en cadence. A tout moment, d'un rapide mouvement\nde la main, elle ramenait au chignon les petits cheveux voletant devant son\nvisage. Elle s'arrêta lorsque Antoine eut crié que le veau allait crever. Elle\nmit ses deux mains sur sa poitrine bondissante et souffla :\n   — Ah! je n'en puis plus... Mes bras, mes bras!\n   Et ce disant, elle me prit le poignet et me voilà entraîné dans une course\nfolle entre les treuils, les claies, les cuves, les bacs de pierre. Quand nous\nnous arrêtâmes, haletants, rouges comme des pivoines, ses lèvres étaient\nsèches, ses narines frémissaient, mais sa main, qui me broyait le poignet,\nétait encore froide comme un museau de chien — froide comme l'eau des\ncoins perdus de la Sambre dans son village, des petites anses sous les\nfeuilles des saules et des coudriers ; de l'eau claire montrant un lit de cailloux\nde marbre où dansent les ombres des feuilles, et si glacée qu'on n'y sait\nlaisser les pieds par les plus chaudes heures d'été.\n   ... Souvent la jeune fille montait près de sa sœur, les après-midi où la\nboucherie était vide, pour lui raconter les nouvelles : commandes de viande,\nprix des denrées, une foule de menues choses auxquelles Rosalie affectait de\ns'intéresser beaucoup. « Et ci? et ça? » Mais, c'était visible, l'esprit de la\nmalade était ailleurs ; aussi tombait-il quelquefois de grandes minutes de\nsilence, où Christine remarquait les yeux clairs de la malade fixes et baignés\nd'une indéfinissable tristesse.\n   — Ah sœur ! disait-elle alors, est-ce possible? Vous voilà encore à vous\nronger. Vous vous désolez à plaisir, comme si tout n'allait pas bien.\n   — Non, non, ça ne va pas. Je ne me refais pas; je m'ennuie. On me\nlaisse toute seule. Pourquoi n'êtes-vous pas montés, ce matin? Vous ne\nm'aimez plus. Vous m'oubliez. Vous êtes gais n'est-ce pas, en bas?\n   — Sœur! sœur! que dis-tu là?\n   — Pardon ! ne te fâche pas ! Non, non, ne descends pas ; reste, reste ici,\nrépétait la malade. Et, fiévreusement, serrant son enfant : Oh ! ma pauvre\npetite !\n    Le pas d'Antoine faisait craquer l'escalier, le haut boucher, rouge et lui-\nsant de santé, les cheveux brillants, entrait.\n    — Ah! Rosalie, une bonne affaire! J'ai acheté six veaux superbes à un\n franc le « kilo »; tu les verras ! car il faut que tu sois à la boucherie pour\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                  — 276 —\n\nPâques, tu sais ; quand je devrais t'y descendre ! Qu'est-ce que c'est? bouder\nsi longtemps ! Et c'est ton lit qui te fait malade. Et d'ailleurs, tu n'es plus\nmalade; si tu veux être gaie, a dit le médecin, tu es guérie. Voilà le bon\ntemps ; tu te feras du bon sang. Du courage, donc !\n   La malade sourit ; mais elle suit des yeux Christine et Antoine, radieux\nde santé, et réunis par hasard dans la clarté de la fenêtre. Et sans répondre\nau boucher, elle dit d'une voix molle, comme si elle ne pensait pas à ses\nparoles depuis des minutes :\n   — Christine, descends donc! j'ai entendu la sonnette de la boucherie...\n   — Et alors, continue Antoine, tu seras comme une dame. T u n'auras\nplus qu'à te promener puisque Christine sait tout faire, à te laisser vivre\nentre ton homme, ta fille, et ta sœur. Et le commerce qui va bien... Ne\nserons-nous pas heureux comme des rentiers? — A propos, le jardinier du\nchâteau est venu, hier; ses maîtres arrivent déjà le mois prochain, et tu sais,\nc'est un quartier de bœuf par semaine, un veau et un demi-mouton. Puis,\ntu verras, il y a un tas de nouvelles pratiques, le notaire nous est revenu, je\nne sais pourquoi. Mais « le livre » te montrera tout cela... Oui, oui, ça va\nbien ! Christine nous porte bonheur, dirait-on ; je crois qu'elle ensorcelle\nles gens, ma parole!\n   — Ah oui! Christine, vous a tous ensorcelés, tous... » murmure Rosalie.\n\n\n   On a donné à l'église les nouveaux rameaux de buis bénit. Dimanche,\nc'est la Pâque !\n   Il y a du soleil dans la rue, déjà ; du soleil jaune et tiède qui chauffe les\npavés, puis monte le long des murs.\n   Les enfants de chœur — les chorales — préparent les crécelles. Quel-\nquefois leur musique éclate tout à coup ; et elles tournent d'elles-mêmes\nles bonnes crécelles et craquètent et sont gaies, parce qu'elles sentent le prin-\ntemps et que, dimanche, c'est Pâques. Nous sommes à « la bonne semaine ».\n— Samedi, les crécelles iront chanter par les rues, par les routes, et par\nles sentiers, devant les maisonnettes des hameaux. La ménagère prête\nl'oreille, elle les entend venir ; elle apporte aux enfants de chœur de beaux\nœufs cuits, brunis dans la chicorée ou rougis dans la teinture. Car les œufs\nde Pâques sont tombés ; les cloches les ont apportés en venant de Rome\noù elles étaient allées pleurer la mort du bon Dieu. Le village était bien\ntriste sans les cloches familiales ; mais les chères cloches vieilles connues à\nprésent sonnent, sonnent. On ne peut être grimaud quand le printemps est\narrivé. — Le rentier chenu a passé ses guêtres d'étoffe claire, le vieux coquet !\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                  — 277 —\n\nLes crécelles l'ont averti qu'il est temps de se lever du fauteuil à oreillards\npour recommencer les promenades sous les arbres du Rempart, pour aller voir\npousser les jardins. Et il en est tout joyeux, l'allègre vieillard; il appelle\nCaroline, l'ancienne servante ; et Caroline, dans le corridor sert aux enfants\nde chœur un bon verre de vin qu'ils sablent : c'est leur « pausquâge ». Les\ncrécelles ont bu un petit coup, les crécelles ont remis leurs casquettes de\ntravers, et elles s'en vont joyeuses par la route blanche, en babillant.\n   ... L'approche du jeudi-saint préoccupe fort Antoine, le boucher; et la\nbouchère est désespérée de ne pouvoir, cette année, mettre la main à l'éta-\nlage du grand jeudi, le jeudi des bouchers.\n   — Je ne suis donc plus la bouchère, dit-elle.\n   Les gens à qui elle se plaignait lui ont vite répondu :\n   — Bast ! bast ! madame Rosalie, Antoine en sortira. Puis, Christine\nn'est-elle pas capable de lui donner un bon coup de main? Ne vous désolez\npas ; l'étalage, cette année encore sera réussi. Christine est une luronne,\nvous savez; elle n'a pas froid aux yeux. Ensemble, ils en sortiront en tout\nhonneur.\n   « Ensemble >:. Les maladroits, ils ne voient pas que Rosalie tord ses\nbras sous les couvertures et tient les yeux fermés pour ne pas pleurer.\n   Déjà le boucher s'est fourni du plus beau bétail. Il a visité les fermes des\nenvirons et retenu les veaux gras nourris au petit lait. A la foire de Binche\nil a acheté un porc de cinq cents livres ; dont le ventre traîne à terre : on ne\nsait comme il tient sur ses pieds fins; il est resté un jour pour atteindre la\nboucherie. De plus, comme il faut des bœufs, rares dans le pays, Antoine\nest parti jeudi pour Bruxelles, sa ceinture amplement bourrée d'écus sous\nsa longue blaude de boucher campagnard. Et dès le soir, par le « pavé »,\ns'en revenait de la station de Marchiennes à la boucherie, un troupeau de\ncinq magnifiques bœufs ; longtemps ils ont beuglé devant la porte, immo-\nbiles, refusant de franchir le seuil de la boucherie, où ils flairaient la mort;\nils beuglaient, beuglaient; dans la nuit.\n   Et l'on a tout tué; pendant une journée, dans la rigole, le sang coula à\nflots, en bouillonnant. Les poules dans la cour s'en sont soûlées ; elles\n buvaient au fossé, puis elles se mettaient contre le mur, sur une patte, en\nlaissant retomber la tête dans des poses comiques d'ivrogne. Des caillots de\nsang frangeaient leurs mandibules, et elles faisaient des clins-d'œil comme\nle tailleur, les lundis. — Les corps des bêtes dépouillées, pendus, couvrent\nles murs ; les entrailles et les fressures s'amoncellent. Antoine et le garçon\ntravaillent sans relâche; ils sont vêtus d'amples gilets de flanelle rouge;\nleurs gros sabots clapotent dans les flaques gluantes. Pour écorcher, ils se\n                                                                        18\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                  — 278 —\n\nservent quelquefois du poing fermé, alors ils tiennent leur couteau, à la\nlame chaude et humide, entre leurs dents. Christine, à grande eau, rince le\nporc qu'on vient d'échauder ; ses mains pétrissent la peau rosée et grasse ;\net elle tripote, amusée, cette masse de chair molle, étalée sur les dalles.\n   — Hein? comme il se laisse faire ! crie-t-elle.\n\n\n   Le jeudi-saint, les femmes ont inondé les trottoirs et les devantures des\nmaisons ; puis, montées sur des échelles, elles ont frotté les carreaux des\nfenêtres. Les enfants, avec quelque vieux couteau, arrachaient l'herbe et la\nmousse des interstices des pavés; les tout petits, en mangeant des tartines\nau sirop, empêchaient les chiens de s'arrêter contre les murs. La rue est\nnette qu'on y mangerait; les campagnards voisins peuvent arriver, la répu-\ntation du village ne court aucun danger.\n   ... Dès six heures des troupes de gamins s'arrêtent devant les vitrines fer-\nmées des lingères, ou devant la boucherie, pour apercevoir un petit bout\ndes merveilles qu'on montrera tout à l'heure. Les ouvrières des fabriques,\nau visage luisant encore de savon, arrivent par bandes, en se tenant par le\nbras; leurs sabots claquent; elles se promènent au préau comme à la\nducasse ; elles rient très haut, elles s'amusent bien plus que les autres, les\ngrosses blondes au visage rouge venues de Leernes et des Persiaux avec\nleurs mères, habillées d'amples jupes de siamoise bleue à rayures blanches,\net qui sortent à présent de l'église où s'est chanté le salut du Stabat.\n   Il est huit heures; la foule grouille. Les enfants jouent « à la puce »,\nbousculent les femmes, pincent les filles et poussent de grands cris qui\naniment. On est joyeux de pouvoir enfin secouer à la porte les ennuis de\nl'hiver.\n   — La boucherie est ouverte !..\n   A ce cri, un courant pousse la foule vers le bout de la rue où, de loin,\nse voit déjà un flot de lumière jaune sortant des fenêtres de la boucherie,\nau plus large ouvertes. On se tasse; les spectateurs les plus éloignés se\nhaussent sur la pointe des pieds et allongent le cou.\n   Sur un tréteau autour duquel sont dressés, sur les cartilages des jarrets,\ndes veaux dépouillés et garnis de leurs « voilettes », et figurant ainsi un socle\nde chair, se dresse l'énorme porc à la peau blanche. Il est assis sur un esca-\nbeau, le groin en l'air, goguenard; une longue pipe de terre lui pend aux\ndents et des lunettes rondes sont accrochées devant ses yeux ; avec sa calotte\nà gland noir et la gazette attachée à sa patte, il ressemble à un gros bour-\ngeois qui a bien dîné et attend son café. Son ventre dont la peau a été\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                 — 279      -\n\nsoigneusement recousue est comme un muid. On dirait qu'il va rire. —\nA ses pieds court un cordon de têtes de veau rasées, à la peau livide, aux\nlarges dents blanches mordant un citron. Au fond de la salle et sur les\ncôtés, couvrant entièrement les murs, montent, d'une jonchée de vertes\nmousses, les corps des bœufs sciés par l'échiné et attachés au plafond par\nde solides crochets. Sur ces dos étalés on suit la ligne nettement dessinée de\nla cambrure des flancs et de l'angle des cuisses rablées, barrées de plis\népais et parées d'ornements taillés au couteau ; les jarrets écartés, en haut,\nsont comme des bras étendus. Et ces carrés de viande grasse, aux riches\ntons beurrés, maculés du rouge des muscles superficiels développés en\nbandes, forment une merveilleuse tenture reluisante sur laquelle, plus écla-\ntante, se détachent la masse blanche du plaisant porc gras et son piédestal\nde veaux à la chair nacarat recouverte d'une légère écume bleuâtre. Des cor-\ndons de lumière règnent le long de la corniche et dans les intervalles des\nbœufs, entre des guirlandes de roses de papier.\n   — C'est un château de viande! crie-t-on. — Que c'est beau! On n'a\njamais vu ça. — Combien de viande! — Antoine ne saura vendre tout cela!\n— Eh ! Vous savez qu'Antoine fournit les bouchers des environs, répond-on.\n— Le cochon! le cochon qui rit toujours! répètent les enfants, stupéfaits,\nécarquillant les yeux et trépignant de joie forcénée. — Un « gueux » crie : Il\nest plus gras que le curé-doyen ! — Un « catholique » de répondre aussitôt :\nIl est plus propre que tel gros « monseu » qu'on connaît. — Et on rit.\n   Les yeux coulent d'avoir trop regardé sous le flot de lumière aveuglante.\nAussi faut-il quelque temps pour qu'entre les étoiles taillées dans le gros\ndes cuisses des bœufs on distingue de grands C s'entrelaçant.\n    — C. C.?... se demandent les curieux, qu'est-ce que cela veut dire?\n    — Mais c'est la première lettre de Christine, dà! explique un malin.\n    — Tiens, oui!... Christine... C'est la belle fille du comptoir, la sœur de\nla bouchère ? Hum !\n    — Eh oui, vous savez bien !...\n    On n'ajoutait rien; on clignait de l'œil, on se poussait du coude, d'un\n air entendu et gausseur.\n    Le vent du soir s'engouffrait par les fenêtres, faisait fumer les bougies et\n ressortait chargé de l'odeur fade des viandes fraîches, qu'il versait sur la\nfoule.\n    — Comme il sent la viande! J'en ai faim! Il est temps que le carême\n finisse. Hagne! Quelles bonnes tranches on taillerait là-dedans! de vrais\n devants de gilets! marronnaient des gourmands, les yeux allumés de\n convoitise.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                 — 280 —\n\n\n   Vers neuf heures, Christine vint s'asseoir près de la porte en claire-voie.\nDans la lumière, les épais bandeaux de ses cheveux noirs luisaient ; de\nlongues boucles d'oreilles d'or balançaient dans son cou ambré; elle se\ntenait très droite, le buste serré dans une taille de mérinos noir. Elle se\nvoyait l'admiration des gens, sa poitrine battait, et les globes de ses yeux\nétaient baignés. Mais quelque chose s'éveillait en son âme; elle gardait un\nair de calme et de force sereine ; pour sourire aux spectateurs, elle renver-\nsait un peu la tête, découvrant son cou puissant et rond.\n   La pauvresse « Génie de l'Hospitaux » — la fine mouche savait bien\nqu'un compliment à la jeune fille ne diminuerait pas le nombre des crosses\nque la bouchère, par charité, lui donnait le dimanche — la pauvresse cria\nà Christine, par dessus la foule :\n   — C'est vraiment beau, vous savez, Mam'selle Christine! On n'a'jamais\nvu ça du temps de Rosalie ! Vous avez le pompon !\n   Comme c'était là le sentiment de la foule, une fois qu'il fut exprimé, les\nspectateurs continuèrent :\n   — « C'est vrai que l'autre bouchère n'a jamais fait pareil étalage. » —\n« Bast! est-ce que c'est une femme, Rosalie? cette grimaude pâlotte,\ntoujours malade et maigre comme un cotret? »\n   Une commère se rengorgeant et balançant comiquement la tête exagéra\nmoqueusement le léger grasseyement — d'ailleurs rien moins que désa-\ngréable — de Rosalie. On ajouta, en conclusion :\n   — Une mijaurée... Tandis que Christine!... Regardez-moi ça, quelle\nfemme!... duel morceau, hein?\n   — On mordrait dedans! laissa échapper un jeune homme qui dévorait\nChristine des yeux; mais il s'enfonça aussitôt, honteux, dans la foule.\n   Pourtant, à la ronde, on ne rit pas beaucoup; comme le jeune homme,\n tout le monde aurait voulu mordre dans ce corps frais comme une cerise;\net un murmure de désir montait vers la jeune fille, des hommes contem-\nplant la splendeur de ses vingt ans dans la viande rouge qui l'entourait\n comme un cadre magnifique.\n\n\n\n   Cependant, là-haut, Rosalie allait plus mal. Tous ces jours derniers, elle\ns'était encore énervée à la pensée de ne pouvoir orner elle-même l'étalage du\nJeudi-Saint ; elle s'était désolée au point de pleurer — fièrement, d'ailleurs,\nen cachette — en voyant dévolu à Christine ce qui, lui semblait-il aujour-\nd'hui par une exagération de sensibilité maladive, avait toujours été un de\nses importants apanages; et elle se considérait presque frustrée d'une chose\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                  — 281 —\n\nqu'elle regardait puérilement, peut-être, dans l'anxiété de son marasme\nmoral, comme une consécration tacite de ses droits d'épouse.\n  Antoine, le boucher, était près du lit. Les bravos et les exclamations\nadmiratives de la rue, par l'escalier, arrivaient à la chambre de la malade\nen un sourd murmure ondulant comme un bourdonnement.\n   — Qu'est-ce qui les fait crier si fort? demanda Rosalie.\n   — Eh! c'est l'étalage! Sais-tu qu'il est joliment réussi? Crois-tu que je ne\nm'y connaisse pas un peu aussi ?\n   — Où est Christine !\n   — A la boucherie, dà. Assise devant l'étalage... comme tu t'asseyais,\najouta-t-il étourdiment.\n   — Elle se met donc devant les yeux de tout le monde comme la bou-\nchère? demanda Rosalie, avec un indéfinissable accent de désespoir contenu.\n   — Oh! Rosalie! Rosalie!. . que dis-tu là?... La brave fille n'a-t-elle pas\nun peu le droit de s'asseoir près de l'étalage qu'elle a orné?... Sais-tu qu'elle\ny a mis joliment les mains, même; et que sans elle j'aurais été drôle?\n   — Ah!... c'est vrai, c'est vrai... Je sais. J'ai tort. Et Rosalie ajoute,\naprès quelque temps : Tu peux descendre, à présent ; je vais tâcher de\ndormir.\n   Ainsi Antoine, se faufilant entre les quartiers de bœuf masquant la porte,\nest entré dans la boucherie, et il va s'asseoir devant le treillage.\n   — Bravo Antoine! cria-t-on dans la rue, dès qu'on l'aperçoit. Bravo! On\nn'a jamais rien vu d'aussi beau ! Mais avouez que Christine y a mis la main !\n   Le boucher répond :\n   — Eh! pourquoi le cacherai-je? C'est vrai... C'est elle qui a quasiment\ntout fait. Ah ! « nom de domme », elle s'y connaît !\n   Et il fait un long clin-d'œil en guignant la jeune fille : Ah bien oui,\nqu'elle s'y connaît!\n   — C'est ce que j'ai dit, appuie l'autre. Ah! c'est une femme, au moins,\nelle !\n                                        *\n\n  Les bougies ont de hautes flammes fumeuses ; des colerettes se sont déjà\nenflammées. Au bout de la rue retentit tout à coup une fanfare de cuivres.\nPuis des cris éclatent.\n  — C'est la sérénade !\n  La foule s'ouvre devant une douzaine de musiciens entourés de gamins\nqui les éclairent de torches aux rouges flammes fuligineuses, projetant des\nombres bizarres sur les murs. Les trombones et les bugles se tournent vers\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                  — 282 —\n\nla boucherie, et au signal de Piret, marquant la mesure, sa clarinette au\npoing, ils entonnent l'Où peut-on être mieux des sérénades.\n   Antoine et Christine sont appuyés sur le treillage ; des larmes perlent\ndans les cils de la jeune fille.\n   Le boucher, le concert fini, crie :\n   — A dimanche, après la messe ! Je paie une tournée à tous les amis !\n   La foule s'écoule. Sur la rue déserte, portes et fenêtres sont poussées;\nAntoine éteint les bougies et Christine range dans une corbeille les roses,\nde papier et les brins de mousse. — Ils ne se disent rien. La chambre close\ns'emplit peu à peu d'une accablante odeur de viande et de sang, d'un relent\nfade, et obsédant à écœurer ou à affoler. On dirait les émanations des bois\njonchés de feuilles, aux soirs d'automne, par ce temps lourd précurseur\ndes orages.\n   Et, tout à coup, avec un rugissement de passion, Christine étreint le bou-\ncher de ses deux bras et, furieusement, écrase sur sa bouche ses lèvres\nen feu, ses lèvres rouges et molles comme une large fleur vivante.\n\n                                      ** *\n   Quand le boucher et Christine montèrent à l'étage, deux cadavres allongés\nsur le palier leur barraient l'escalier. Ils eurent un haut-le-corps de terreur,\npuis se regardèrent. — La jeune fille se précipita : Rosalie était morte, froide\ndéjà ; son enfant, qu'elle tenait dans ses bras, n'avait pas plus de vie.\n   La moribonde, sentant le froid de la mort, et ses cris d'appel couverts\npar le hourvari de cette foule partiale demeurant sans réponse, s'était-elle\ntraînée pour demander du secours, agonisante, jusqu'à l'escalier, où elle\nétait morte? Ou la malheureuse avait-elle vu leur crime par quelque abtrus\net terrible phénomène d'extravision, dans la fulguration exaspérée de la fin?\nLes avait-elle vus et s'était-elle levée vengeresse, mais seulement pour\nretomber ici, trahie par son corps? — Rosalie était morte, morte la pâle\net douce bouchère, dont je me souviens.\n   Mais pouvais-je ne plus aimer Christine?... J'ai entendu, l'autre jour,\ndes Airs populaires de Schumann que chantait un hautbois de sa voix\npure ; pourquoi, soudainement, me suis-je rappelé l'arrivée de Christine de\nLandelies en ce matin de mai où tout riait— et, près de la chambre morne\net silencieuse de Rosalie désespérée, la montée de l'escalier, avec mes bras\npleins de linge frais fleurant le soleil et les sèves?\n\n Mai 1890.\n                                                   Louis DELATTRE.\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                         — 283 —\n\n\n\n\n                     SONNETS\n                 LA NYMPHE CAPTIVE\n                                                  A ALBERT GIRAUD.\n\nVoici que resplendit le sommeil sans matin\nQui fermait ses regards aux langueurs savoureuses,\nEt, vers l'île d'amour debout dans le lointain,\nLa Nymphe, lente, glisse en des grâces peureuses.\nElle a vaincu l'exil aux palais de saphyr\nDont les lits odorants recelaient sa jeunesse ;\nC'est fini : ses cheveux appellent le zéphyr\nComme un printemps d'ivresse où blanche! elle renaisse.\nMais quelles mains de haine ont jeté sur les eaux\nEn des soirs inconnus ce lourd manteau de glace\nSous lequel se flétrit l'enfance des roseaux?...\nEt la Nymphe sent bien que rien ne le délace\nEt, captive à jamais, de son triste séjour\nVoit les faunes, là-bas, jouer avec le jour !\n\n                          VENUE\n                                             A HENRY D E GROUX.\n\nSous sa tiare d'or et de gemmes songeuses\nLong voilée, en la gloire du royal décor\nElle sourit soudain, et, comme un clair trésor,\nA la foule découvre ses mains orgueilleuses.\nLe bonheur chante dans ses yeux de chrysolithe,\nOù tremblent des clartés de matin sur la mer.\nCar c'est l'aurore encore en Elle où nul amer\nRegret ne fit jaillir de langueur insolite.\nOh! si blonde Elle avance, hiératiquement,\nVers un Eden d'amour quElle seule devine\nEperdant son espoir tel un songe charmant...\nElle passe et sa traîne aux magiques joyaux\n— D'or vert et d'azur sombre et de splendeur divine —\nLa suit ainsi que la suivraient d'étranges eaux !\n                                           ALBERT ARNAY.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                 — 284 —\n\n\n\n\n                      DÉFI DU REVE\n                                               LA GEANTE\n                             Du temps que la nature en sa verve puissante\n                             Concevait chaque jour des enfants    monstrueux,\n                             J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante\n                             Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.\n                             J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme\n                             Et grandir librement dans ses terribles jeux;\n                             Deviner si son cœur couve une sombre flamme\n                             Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux,\n                             Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;\n                             Ramper sur le versant de ses genoux     énormes,\n                             Et parfois, en été, quand les soleils malsains\n                             Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,\n                             Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,\n                             Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.\n                                                         CH.   BAUDELAIRE.\n\n\n\n               La vaillante âme du comte Gui d'un coup s'est brisée comme,\n                en un heurt puissant, une rude épée féodale.\n                   Élevé par une mère au cœur de romaine, dans ce vieux\n                manoir crénelé dont toutes les nobles pierres rêvent nostalgi-\nquement des burgraves, il a gardé entre les hauts murs de l'immense\ndomaine, — son franc-alleu — les intégraux orgueils d'un autre âge.\n   Vaut-il moins que ses pères ? — Leurs antiques cuirasses sont-elles trop\nlarges pour sa poitrine? — Et leurs épées, dans la grande et sombre salle\nd'armes, glorieuses des prouesses d'autrefois, fatiguent-elles son bras? —\nL'injustice ou l'injure laissent-elles calme son sang toujours pur?\n   Les récits épiques de la veillée lui ont rempli la tête d'héroïques clique-\ntis, il a rêvé béhourdis, aventures, grands coups pourfendeurs d'infidèles et,\njaloux des paladins, son cœur s'est mis à pleurer d'antan. Le fier Marcheur\ndans les ères en-allées sort de son monde quand, par le pont pacifique tou-\njours baissé, il franchit les fossés du château. La vue des villageois, tout\npetits, qui le regardent curieusement passer dans sa morgue, tue l'illusion.\n   Vraiment, non ! ces vilains ne sont point de sa race !\n   Et, sous leur regard franc, tout à coup blessé dans son atavique gran-\ndesse, il se retourne presque vers d'imaginaires gens d'escorte pour leur\ndire :\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                  — 285 —\n\n   — Qu'on fouette ce croquant !\n   De tout le hameau, un lieu seul ne partage point son mépris; parce que\nle vieux monument au portique lézardé et moussu porte au front le signe\nmagnétique : l'écu vénéré, burelé d'or et de gueules à dix pièces au lion\nd'argent brochant sur le tout! Le vieux lion des d'Alsteren ! Le vieux lion\nsacrant les meubles du manoir et les missels enluminés conservés avec les\ntrésors !\n   L'église est fille du castel : en 1361, au retour d'une heureuse campagne,\nConrard d'Alsteren, grand maréchal-héréditaire de l'archévêché de Cologne,\ndit:\n   — Ci, j'édifierai un temple au Dieu qui me fit vaincre!\n   L'âme du fondateur, errante sous les voûtes gothiques, passe dans celle\ndu comte Gui, dont les prières demandent des combats\n   Hélas ! ses grandioses énergies sont vaines et ses longues aspirations aux\népoques vécues avec amour dans l'ombre des vesprées, éliment ses espoirs.\n   Un jour, dans une grande chasse en Ardennes, le cœur du comte Gui\nbondit de voir soudain devant lui la châtelaine du passé. Et dès le soir, il\nse passe au poignet un bracelet d'or finement ciselé de sa mère défunte :\nc'est l'emprise. Six mois après, il renferme le bijou dans son écrin, ayant\nconquis sa noble Dame.\n   Et alors, pour consoler ce preux douloureusement attardé en nos races\nbâtardes, des choses sœurs se relèvent aux fiers appels de sa voix vibrant\ndans le dédale des grands siècles tombés.\n   La jeune comtesse est belle entre les belles; svelte comme les princesses\ndolentes qui caressent de hautes levrettes dans les vieilles gravures. Son\nteint mat solennise ses traits et, sur ses bandeaux noirs, les hirondelles ont\nperdu de leurs ailes, ces reflets qu'elles dérobent au soleil des sphinges roses.\nDe sa gracile personne s'exhale comme un souvenir du moyen-âge. Sur son\npassage, de tous les recoins sombres des corridors du château d'Alsteren\noù ils songent aux tournois et aux cours d'amour, les sylphes protecteurs se\nlèvent et la reconnaissent.\n   C'est la Dame attendue!\n   Sa traîne attirante disparaît lentement aux détours et les a'ieux, dans leurs\ncadres, sourient à la fille qu'ils trouvent digne d'eux.\n   Le comte Gui va donc être heureux ! L'air de sa demeure transformé par\nla présence d'Eliane la bien-aimée, d'Éliane la tant appelée, réchauffe son\ncœur. Il se relève quand il la voit, à côté de lui sur sa haquenée, intrépide,\nl'œil enflammé et hautain\n   La race ne dégénérera point !\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                  — 286 —\n\n   Heureux, le comte Gui !\n   Pauvre comte Gui !\n   Depuis six mois à peine, le manoir revit de sa vie originelle et déjà\n   Déjà, la fée disparaît !\n   Comme dans un sanctuaire, à la confuse lumière de la veilleuse, au\nmilieu de la vaste chambre nuptiale où s'enfantèrent tous les héros, dans le\ngrand lit couronné, témoin des énormes projets enfouis dans les poitrines\ndes guerriers et s'échappant parmi les expansives joies de la nuit, Éliane,\n(ô crime et damnation !) Eliane d'Alsteren se meurt\n   Après une longue extase dans les bras de son seigneur, sans une contrac-\ntion de la face, sans une larme, sans une parole, bellement, noblement, elle\nmeurt ! Une simple goutte de lumineux sang chaud fleurit sa lèvre froide\nd'amour\n   Et le comte retombe sur notre monde plus mesquin, plus pauvre, plus\nterne, après la vision tôt évanouie du monde évoqué par la morte\n\n  La vaillante âme du comte Gui d'un coup s'est brisée comme, en un\nheurt puissant, une rude épée féodale.\n\n   Alors, son Dieu, le Dieu puissant des croisés, a pitié de son féal et, pour\nGui d'Alsteren, s'irradie un miracle.\n   Non, son rêve ne viendra pas à lui! Les flots du Temps, chargés de\ncadavres, flots noirs et rapides entraînant avec, çà et là, quelques scintils\nd'hérotisme, tant de rancœurs et d'ignominies, ne remontent point leur\ncours. Son rêve, le comte a cru le saisir\n   Hélas ! cette quasi-réalisation n'a été qu'un songe plus aigu, plus défini,\ncomme les limites d'une réalité impossible à atteindre, un raffinement des\naffres tantaléennes, une agonie de rêve... Ainsi crépite la flamme et s'inten-\nsive la lumière, un instant, avant de n'être plus.\n   Le rêve du comte s'éloigne à jamais.\n   Alors, éclate le prodige : il va, lui, vers ses ingrates visions; il se trans-\nforme, la métempsycose est complète. Son jour n'est plus le même que le\nnôtre ; l'air qu'il respire est autre et ses yeux, radieux de la conquête d'un\nmonde, s'absorbent en sa contemplation. Un sublime coup de douce folie\nl'enlève à notre fangeuse petitesse et rapatrie l'exilé.\n   Son cerveau jadis engendra des volontés trop larges; il entrevit une\népoque trop belle, grandie à plaisir, mais passée, que la folie seule pouvait\nlui recommencer.\n   Il a trouvé le bonheur possible.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                  — 287 —\n\n   Derechef, la vieille cloche rouillée sonne chaque jour le couvre-feu ; le\npont-levis grince sur ses chaînes; le maître du lieu harangue les armures\nimmobiles rangées sur les supports, engage de longues conversations avec\nles portraits des belliqueux seigneurs, ses ancêtres, et s'endort le soir, pen-\nsant à ses vassaux.\n   Soudain, au milieu de ses magnifiques hallucinations, Eliane-la-Noble\nrepasse, dans toute sa flamboyante attirance d'apparition, vêtue de sa\nlongue robe rouge sombre rehaussée de vieux ors. Désespérante, l'image\nfuit toujours; puis, reparaît, liée à d'incohérents souvenirs des anciens\nromans de chevalerie.\n   Dès ce jour, c'est la vierge mystique couchée en la tour d'ivoire au pays\nperdu des brumes, endormie dans l'attente d'un triomphant réveil par les\ninconçus élans d'un cœur héroïque. Des voix parlent au comte : il la\nretrouvera, la ressuscitera pour accomplir avec elle, le glorieux destin\npromis à l'élu.\n   L'emblématique bijou maternel orne de nouveau son bras et, plus pure,\nplus élevée, rechante l'ineffable mélodie de ses rapides fiançailles.\n    Hérauts, en avant! Sonnez conques et buccins! Frémissez, pennons\nvictorieux ! Rugissez, lion des d'Alsteren !\n    Le comte Gui, au casque brillant cime d'aigle, paraît sur le perron et les\nlicornes fantastiques qui gardent l'escalier, à le voir bardé de fer, oublient\nplusieurs siècles.\n   Il part, suivi de son écuyer; — le vieux serviteur obéit en pleurant\npresque aux excentricités de son maître, pour lui, grand enfant au bonheur\ninsoupçonné. — Le chevalier errant court.à la recherche de l'enchanteresse\névanouie : dagues, dangers, sortilèges, rien ne l'arrêtera! Sans sortir de ses\ndrèves séculaires, il parcourt le monde ; l'heureuse exaltation de ses sens\nlui crée des éblouissèments. Il interpelle ses fidèles, leur désigne, de sa\nlame d'invisibles palais, scrute les fourrés avec des espoirs toujours déçus...\n   Oh ! merveille !\n    Là!...\n   Sur le flanc de la butte que couronne un bouquet de clématites et de\nlilas, dans la pelouse doucement affaissée, il devine Eliane, étendue,\n mi-enfoncée. Le haut de son corps trop visible, la trahit. C'est elle, telle\nqu'il la porte en ses esprits troublés : gigantesque! C'est elle! Il reconnaît\n cette gorge impeccable... Le sentier herbeux passe entre ses seins immo-\n biles ; la tête est cachée sous les fleurs, mais l'haleine parfumée le grise.\n    C'est elle ! la comtesse géante, étalée, nue, superbe, sa comtesse...\n    Illuminé, il se retourne :\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                   — 288 —\n\n  — Au plus digne, messeigneurs ! A qui ranimera ce corps adorable au\nsouffle de son amour! A moi, belle Eliane !\n\n   Nuit et jour, la courageuse cohorte d'ouvriers, muets et apeurés, tra-\nvaillent sous les ordres du comte insensé. Les villageois intrigués guettent,\nquestionnent... Inutile! Les artisans ignorent leur œuvre. Ils sont les\naides du Rêve. Leurs yeux sont aveugles pour les vues de l'extraordinaire\narchitecte.\n  Ils comblent, creusent, arrondissent, recommencent, effrayés du seigneur\nqui se recule extatique et leur parle une langue qu'ils ne comprennent\nguère. Ils peinent, inconscients...\n\n   C'est fini.\n   Le pont-levis s'est relevé derrière les pygmées laborieux devenus inutiles.\nLe manoir n'abrite que ses hôtes habituels.\n   Les prestigieuses nuits de juin enchantent le domaine d'Alsteren : sur le\nciel magique, tout éclaboussé d'or, se découpent, puissant, le donjon, puis,\nles tourelles ; à travers les poivrières et les échauguettes, par des meurtrières\nen regard, passent des traits de lumière qui semblent — longues épingles\nde feu — fixer la sombre image sur le fond étincelant; et le spectacle prend\ndes airs d'antiques peintures.\n   Dans le parc, sur le penchant du monticule fleuri, triomphent les courbes\nradieuses. On regarde, charmé... ; puis, c'est un corps magnifié de déesse,\nune colossale et enfiévrante endormie que la lune voluptueuse lèche par-\ntout de rayons clairs et dont elle glorifie de splendeurs, les contours; et les\ncontours s'amollissent d'herbe drue et fine semblable à un satanique duvet\nde joie.\n   A ses pieds, écrasé par l'idole, le chevalier Gui d'Alsteren veille, appuyé\nsur sa rapière.\n   Il garde sa Dame, il épie la fin du long sommeil...\n   Parfois, dépouillant sa cuirasse, relevant sa visière, il lui chante des\nhymnes émus, doucement suppliant son Eliane!\n   Mais, la belle comtesse s'obstine à dormir... !\n   Un soir d'hiver, le comte, las d'attente trop longue, fatigué, mais sans\ndésillusion, sans déception ni désespérance, se reposera un instant sur le\nsein de son épouse admirable, et l'immense emblême de son vouloir surhu-\nmain, sans douleur, l'endormira de sa froide absence d'âme.\n   Alors, les flocons de neige immaculée, solennellement se mettront à\ntomber et, de leurs blanches mailles, viendront tisser un digne suaire à ce\nbeau rêve inviolé.\n                                                    HUBERT STIERNET.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                  — 289 —\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                   L'Exposition du Cercle des femmes peintres.\n\n              Pourquoi pas? Dans cet art si charmant et si futile des enlumi-\n               nures fleuries, fines à désespérer un orfèvre d'éventail chi-\n               nois, pourquoi les femmes ne pourraient-elles réussir? I1 suffit\n               pour cela de savoir le dessin et d'avoir le sens de la couleur.\nDe plus, elles ont la patience, la légèreté de main, elles sont méticuleuses\net appliquées. Elles copieront un bouquet avec un soin merveilleux, étale-\nront une gerbe adorable, décoreront un vase avec une délicatesse infinie.\nTant qu'elles s'en tiennent à un art semblable à celui de la broderie, c'est\nexquis, mais il leur manque le don de composition.\n   Voyez cette exposition : les fleurs abondent et généralement très bien\nrendues : les Iris harmonieux de Mme Cauderlier, les Accessoires de\nMlle Marie de Bièvre et de Mlle Eugénie Beauvois, les Chrysanthèmes de\nMIle J. de Hemptinne, ceux-ci comme un rêve des pays bleus, les tristes\nfleurs d'exil; puis les motifs décoratifs de M11e Alice Mairesse et Elisa\nMarechalle, les Géraniums turbulents de Mlle Marie Gasparoli et toutes\nces floraisons grimpantes qui forment le plus charmant fouillis. Regrettons\nen terminant quelques absences et présentons nos plus belles excuses au\ncomité organisateur pour avoir osé faire notre devoir de critique.\n\n                    L'Exposition de l'Ecran et de l'Eventail.\n   M. Maurice Castan a eu l'heureuse idée de cette originale et fraîche\nExposition d'éventails, peut-être le plus délicat accessoire féminin et que les\nartistes les plus raffinés se plurent toujours à orner de mièvres et exquises\naquarelles. Il y a là au Musée du Nord des éventails modernes, des éven-\ntails exotiques, des éventails anciens conservant peut-être encore dans leurs\nplis fanés quelque grain de poudre maréchale. Parmi les modernes :\nMlles Belval, Zélia Klerx, Massin, de Garcia, MM. Binjé, Léon Dar-\ndenne, Théo Hannon décorèrent finement les plus beaux, touffes ou gerbes\nfragiles, scènes bergamasques, bergeries tendres ou paysages vaporeux.\nLes collections merveilleuses de Mme la comtesse de Beauffort, Mme la\nbaronne de Haulleville, Mme Léon Somzée, Mme la vicomtesse de Jonghe\nd'Ardoye, charment adorablement. C'est une suite de minuscules décors, de\nmédaillons ciselés, de fines incrustations, surtout la série des éventails en\nvernis Martin ouvragés et peints de façon ravissante. L'on croirait parfois,\ndentelle ou mousseline, à une aile éblouissante de papillon.\n                                                                       X.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                                 290\n\n\n\n\n                                 MEMENTO\n  Nous remettons au prochain numéro le            tion nette des verdures et des floraisons\ncompte-rendu de l'étrange etpuissant roman        claires; ses sonnets sont des scènes un peu\nde Camille Lemonnier : le Possédé, ainsi          tristes sous une atmosphère fraîche où éclo-\nque des vers de Georges Keiler.                   sent comme des anémones, de frêles sons\n                                                  de cloches d'or.\n                                                     Il est ébloui de la clarté du paysage, et\n                                                  cela ne lui laisse point le loisir d'une psycho-\n  Nous publierons dans notre numéro               logie qu'il voudrait fine et pénétrante. On\nd'Août un dizain de sonnets d'Albert              sort du jardin de ses sonnets, les lèvres juteux\nGiraud.                                           de la saveur acidulée des feuilles foulées.\n                                                  C'est bien assez, n'est-ce pas, dans ce temps\n                                                  d'hypocrisie artistique? La plaquette, agré-\n    Iwan Gilkin a fait, le mois dernier, une      mentée d'une lettre de M. Georges Roden-\n très intéressante conférence au Cercle litté-    bach, est fraîchement et soigneusement\n raire de Malines sur la Jeune Belgique. 11       éditée par la maison Fonteyn, de Louvain.\n parla de sa naissance, de ses débuts, de ses\nluttes, fit revivre un instant la vive physio-\nnomie de Max Waller, et rapidement pré-              Maurice Desombiaux vient de faire paraî-\nsenta au public les Jeune-Belgique d'au-          tre, en tiré à part, un article publié dans le\njourd'hui. On a beaucoup applaudi les vers        Magasin littéraire et scientifique : la Pro-\nde Giraud, Maeterlinck, Van Lerberghe,            cession du Saint-Sang à Bruges. Dans une\nSeverin, etc. Succès complet et, de plus,         langue descriptive, aux sonorités barbares\ncordiale réception à Malines.                     et aux lignes roides, il évoque la vieille cité\n   A ce propos remercions un fervent ami          se réveillant de son long sommeil de pierre,\nde la Jeune Belgique qui, dans le Chem-           lorsque lentement défile dans ses murs la\npostel, donna un chaleureux compte-rendu          procession sainte. De son séjour à Bruges,\nde cette conférence.                              M. Desombiaux a emporté une sorte de\n                                                  sombre mysticité et un éblouissement des\n                                                  symboles et des rites religieux que l'on\n                                                  retrouve dans cet article.\n   Notre collaborateur James Vandrunen\nvient d'être nommé officier d'académie. Il\nVient aussi de faire paraître trois artistiques  Voici une lettre que nous adresse tin\ncarnets de roule : A l'aventure. Nos sincères lecteur :\nfélicitations.                                       « MONSIEUR LE DIRECTEUR,\n\n                                                   « Pour éviter en tout point votre irê,\n  Choses d'automne, par M, EDGARD BONE-          même tenterais-je de postuler une petite\nHILL. — Tout un clair paysage en teintes vo-     place dans votre estime? je me déclarerai,\nlontairement mélancoliques, et la jeunesse       en commençant, admirateur enragé et\nd'une âme qui se pleure malgré la fraternité     lecteur non moins de votre inestimable\ndes parfums, des verdures et des sons, voilà     revue. Permettez : dans votre dernier\nce livre que j'aurais voulu d'un vert printa-    numéro un certain Delzire Moris, nouveau-\nnier, illustré de joyeuses bandes d'enfants      venu sans doute, fait paraître sous sa signa-\nrouges et de fleurs, M. Bonehill a la sensa-     ture, quelques proses des plus remar-\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                        — 291 —\n\n quables. Mais voici ce que vous ignorez           Les Revenants, le superbe drame d'Ibsen,\n bien certainement : Votre bonne foi a été       récemment joué par M. Antoine, nous vaut\nsurprise et si ces pages sont si belles c'est    un savoureux feuilleton de M. Francisque\nparce qu'elles sont copiées littéralement.       Sarcey.\n   Votre nouveau collaborateur a copié mot          Voici comment l'hippopotame du bon\npour mot M. Arnold Goffin. Vous pouvez           sens avoue qu'il n'a pas d'imagination :\nvous en assurer en parcourant la Pléiade de        «Les raffinés me font remarquer ce mot le\nmars 1889.                                       soleil que jette le misérable fou, et ils me\n   Agréez, etc.                                  rappellent que le drame s'est ouvert par ces\n                    UN LECTEUR ASSIDU.           mots : « Oh! comme il peut! »\n  Nous ne pouvons que vous donner raison,           « La pluie, disent-ils, a été comme la basse\nmonsieur le lecteur assidu. Il est, hélas,       continue et mélancolique qui accompagne\nvrai, comme vous le démontrez, queDelzire        ce drame et en accentue la tristesse. Du\nMoris a copié M. Arnold Goffin, il l'a copié     soleil ! du soleil ! c'est le soleil qui manque !\nsans déranger un seul x... Et pourquoi pas?         « Je vous avouerai que je n'ai pas tant\nCela vous étonne? Tenez, si au lieu de nous      d'imagination. Quand on me dit qu'il pleut\nenvoyer d'aussi sottes lettres vous lisiez les   au premier acte, c'est qu'il pleut ; ce détail\nœuvres d'Arnold Goffin, vous sauriez qu'il       ne me touche pas autrement et je n'y pense\na publié, il y a quelques années, un livre       plus dès que le drame s'engage. Je n'y pense\nsous ce titre : Delzire Moris. Vos yeux          plus, donc c'est comme s'il ne pleuvait pas.\nsont-ils ouverts, grand bêta, et comprenez       Car, au théâtre, il n'y a que ce qu'on voit\nvous que Goffin et Moris ne font qu'un?          qui existe. »\nD'ailleurs, si vous avez trouvé ces proses si       Quand on nous dit que M. Sarcey a écrit\nadmirables, sachez-nous gré de vous les          ça, c'est qu'il l'a écrit; ce détail ne nous\navoir fait lire deux fois. Nous attendons        touche pas autrement, et nous n'y pensons\nvos remerciements.                               plus dès que nous avons lu le Temps. Nous\n                                                 n'y pensons plus, donc c'est comme si\n                                                 M. Sarcey ne l'avait jamais écrit.\n   A notre grande stupeur, nous avons lu\ndans le Gaulois un article sur les pigeons-\nvoyageurs, où il est question de notre cher         M. Jean Richepin encombre Gil Blas de\nartiste en exil, Georges Rodenbach.              sonnets et de ballades. Poésie mi-norma-\n   Voici :                                       lienne et mi-touranienne, — avec des rimes\n   « M. Georges Rodenbach, rédacteur à           nouvelles dans ce goût ci :\nl'Epervier, dit qu'il faut commencer les                Prince, au gouffre du firmament,\n                                                        Ces dorades sont d'affreux squales\nentraînements dans la direction des quatre              Dont nos raisons sont l'aliment.\npoints cardinaux en cet ordre : sud, est,               Ne regarde pas les étoiles.\nnord et ouest, jusqu'à une lieue du colom-         Squales rimant avec étoiles! Inattendu,\nbier; ensuite, revenant au point de départ,\n                                                 certainement.\nles portages se font d'une manière continue\n                                                   Après cela, M. Richepin a peut-être trop\ndans la même direction, c'est-à-dire vers le\n                                                 écouté les vendeurs de journaux bruxellois\nsud. »\n                                                 criant : l'Etwale belge.\n   Versons un pleur sur le vieux ramier du\ncolombier élégant et complétons l'informa-\ntion du Gaulois :                                   La brochure mensuelle de propagande,\n   M. Georges Rodenbach est, en effet,           Entretiens politiques et littéraires, continue\nrédacteur à l'Epervier, mais c'est notre ami     fièrement sa campagne. Collaborateurs :\n Francis Nautet qui en est le directeur.         Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffin,\n   Rrou-rrou, rrou-rrou, rrrrrroul               B. Lazare, Paul Adam, G. Vanor, etc.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                        —      292\n\n   Nous recevons une nouvelle revue litté- fonder à Paris. Elle communique aux inté-\nraire mensuelle : Namur-Jeunes. Bon cou- ressés les extraits de tous les journaux sur\nrage là-bas ! Dégrossir ses contemporains à n'importe quel sujet : Courrier de la Presse,\ncoups de trique est certes le plus certain sous la direction de M. Gallois, 19, boulevard\nmoyen de propagande. Allez de l'avant et Montmartre.\nprêchez pour l'art.\n  Voici le sommaire du premier numéro :\nNamur-Jeunes, préface. — Emile Gréber,          Trouvé dans une chronique bruxelloise :\nPauvres vieux. — G. Thémet, Mois de juin.       « Rien ne les étonne (les Anglais), rien\n— Nader, Gouaches. — Ch. Mainat, Rêve. ne les surprend, rien ne les embarrasse. Ils\n— Geo Mauvère, Pagesmornes —Tristelles, ont un peu le tempérament de l'hirondelle\nSur l'eau. — G. Thémet, L'Art      décadent, qui vit en volant : ils vivent, eux, en voya-\nNotes.                                       geant.\n  Et maintenant que les cloches de bap-        « Ce tempérament-là, c'est le vrai pont\ntême carillonnent joyeusement.               sur la Manche. »\n                                                Est-ce qu'on y danse au moins ?\n\n  A paraître :\n  Le Pèlerin passionné, de Jean Moréas.           Dans sa dernière assemblée générale, la\n  Les Fastes, de Stuart Merill.                 Jeune Belgique a confié le diplôme de\n Le Miroir des légendes, de Bernard             membre stagiaire à MM. Carnot, Guil-\nLazare.                                         laume II, Feu Ricord, Stanley et Jef Caste-\n Les Fleurs de bonne volonté, de Jules          leyn.\nLaforgue.\n Les Pétales de nacre, d'Albert Saint-Paul.\n\n\n\n  Les Aveugles, le nouveau drame de\nMaurice Maeterlinck, verront sous peu le          Panem et Circenses. On annonce la pro-\njour — oui, môssieu ! — chez l'éditeur          chaine ouverture, à Venise, d'un vaste\nLacomblez.                                      hippodrome de steeple-chase. Ohé ! les\n                                                races latines !\n\n   M. Albert de Nocée entreprend la publi-\ncation d'une nouvelle revue artistique : La\nRevue belge illustrée. Ceux qui s'occupent          Léon Bloy continue à vociférer dans\nde lettres en Belgique sont trop rares pour     La Plume. Articles parus : Le Reportage\nque nous ne félicitions pas l'auteur hardi      littéraire, Rossignol de Catacombes, Fu-\nde ce projet.                                   mier des lys.\n   Dès aujourd'hui il s'est assuré de nom-\nbreuses collaborations, et tout fait prévoir\nun fort succès. Les dessins seront repro-\nduits par les Arts graphiques. Bonne chance        — M. Victor Wilder, a remis récemment\net sentiments confraternels.                    aux éditeurs Schott, la traduction du pre-\n                                                mier acte du Crépuscule des Dieux, le\n                                                dernier ouvrage de la tétralogie de Wagner.\n                                                Le traducteur a encore à travailler au\n  Une nouvelle agence destinée à rendre de      2 e acte, mais le 3 e acte est presque entière-\ngrands services aux artistes vient de se        ment terminé.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": " En vente chez l'éditeur EDMOND DEMAN, rue d'Arenberg, à Bruxelles :\n\nLa Damnation de l'Artiste\n                           Prix : 15 francs.\n\n\n\n\n        Les Arts Graphiques        ET\n\n\n  SOCIÉTÉ ROYALE BELGE DE P H O T O G R A P H I E\n               R u e Keyenveld, 73, Bruxelles\n\n\n         P O U R PARAITRE P R O C H A I N E M E N T\n\n                        MAXIME\n                   A CHIMERICAL                TALE\n                           par ARNOLD GOFFIN\n                Un volume in-16°. — Prix : Fr. 3-50\n  On souscrit chez CHARLES VOS, éditeur, rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n\n   I M P R E S S I O N S D'ART, par EUGÈNE DEMOLDER, chez\nMadame Ve Monnom.\n\n\n   L A P L E I A D E . Abonnement : 5 fra ncs par an. Administration :\n33, rue des Paroissiens.\n\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement 1 an : 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n\n  L A R E V U E I N D É P E N D A N T E , rédacteur en chef :\nFRANÇOIS DENION. Abonnement, 15 francs par an; étranger, 17 francs.\nAdministiation chez Albert Savine, 12, rue des Pyramides, Paris.\n\n\n   L E M E R C U R E D E F R A N C E , revue mensuelle d'art et\nde littérature : ALFRED VALLETTE, rédacteur en chef, 15, rue de\nl'Echaudé-Saint-Germain, Paris. Prix : 40 centimes.\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\ncines, 16, à Paris; publie la SAVELLI de GILBERT AUGUSTIN-THIERRY.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "SOMMAIRE d u numéro de Juin de LA JEUNE BELGIQUE. — Réminis-\n  cence, Stéphane Mallarmé. — La Douleur du Mage, Iwan Gilkin. —\n  L'Eau promise, ***. — L'Hôte des ténèbres, Jean Boels. — Proses\n  lyriques, Delzire Moris. — Chronique littéraire : L'Ame des choses,\n  Arnold Goffin. — L'Annuaire du Caveau verviétois, Puck. — Chroni-\n  que artistique : Le Salon de 1' « Essor », Albert Arnay. — Chronique\n  musicale : Quatrième Concert populaire. Hans Richter, Intérim. —\n  Memento, Nemo.\n\n            Vient de paraître chez LÉON VANIER, Paris :\n\n      LAME DES C H O S E S\n                          RECUEIL DE POÈMES EN PROSE\n\n                par HECTOR CHAINAYE\n                      P r i x : 2 francs.\n\n    Vient de paraître chez LOUIS VAN M E L L E , rue St-Georges, 14,\n                              à Gand.\n\n  LA PRINCESSE MALEINE\n                            drame en cinq actes,\n           par MAURICE MAETERLINCK\n                   Prix : 5 francs.\n\n\n   LA       J E U N E                B E L G I Q U E reparaît sur\nla brèche, l'élan est donné.\n  A la tête du mouvement littéraire, LA J E U N E B E L -\nG I Q U E , hautaine et fière, dirige le combat, marche en\navant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\nE L L E pour la propagande! Des cartes d'abonnement sont à\nla disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\nDIX abonnés nouveaux recevront LA J E U N E B E L -\nG I Q U E gratuitement pendant un an.\n   Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n1° LA J E U N E B E L G I Q U E gratuitement à perpé-\ntuité ; 2° Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe\ndes frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\nen tête de la publication commémorative de nos fêtes du\ndixième anniversaire.\n\n              Bruxelles. — Imprimerie V* Monnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1890-07-01", "preuve": "Juillet 1890, numéro 7, couverture PDF 300 ; aucun jour imprimé."}}