{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Août 1890 TOME IX", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 166, "texte": "Août 1890                     TOME IX. — N° 8                                    10me Année.\n\n\n\n\nLA\n   JEUNE\n                  BELGIQUE\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "SOMMAIRE:\n      Un raout artistique . . . . . . . .      LA JEUNE BELGIQUE.\n      Seizième siècle                          ALBERT GIRAUD.\n      Le bonheur des autres                    HUBERT KRAINS.\n      L'Eau du rêve                            GEORGE KELLER.\n      Le portrait                              LOUIS TRÉDERNE.\n      Re'volte                                JEAN BOELS.\n      A notre bon oncle L. M. (de la Revue\n       générale)                              Puck.\n      Chronique artistique :\n       Au sujet de l'Exposition d'Affiches au\n            Musée du Nord                     LÉON DARDENNE.\n      Memento                                 NEMO.\n\n\n\n\n                                                          BRUXELLES\n                                            Rédaction : 55, BOULEVARD D'ANDERLECHT\n   PRIX DU NUMERO                                                PARIS\n            Fr.   0-75                            LIBRAIRIE DE l'Art      Indépendant\n                                                      11, rue de la Chaussée d'Antin\n\n                                                                 1890\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "votre très intéressant article sur le Possédé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nous invitons nos amis", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n  62. —• Avis.         Monsieur le Directeur,\n  Durant votre absence votre intérimaire fit appel à une personne de bonne volonté\nen ces termes : « On demande un vieillard riche ». Je me présente; voici mes conditions :\nRiche, assez pour contenter même un jeune homme lyrique, vert comme un poireau,\npeu exigeant, discret, rarement pochard, homme du monde, enfin! J'attends la photo-\ngraphie du demandeur.\n  Faut-il d'abord allumer?\n  Transmettez, je vous prie, ceci à la personne intéressée et recevez, etc.\n                                                                 Un vieillard riche.\n  63. — PROSPER X V I I . Voici : Aziyadé, Fleurs d'ennui. Le mariage de Loti, Mon frère\nYves, Le roman d'un Spahi, Pêcheur d'Islande, Les trois dames de la Kasbah, Madame\nChrysanthème, Japoneries d'automne, Au Maroc, Le roman d'un enfant.'\n  Bien à vous.\n  64. — ORIGÈNE FONTAINAS. Faut pas se retrancher du monde; attendons conte avec\ngrande impatience.\n  65. — J. D. CHATELET. Avons expédié le numéro demandé.\n  66. — MAGNUS « ... la Duchesse aimait les groseilles vertes et les enfants de 15 ans... »\nVite, son adresse, s. v. p., ayant de vous répondre.\n  67. — EMILE VAN H., Anvers. Il doit représenter à peu près la valeur d'un franc.\nMerci pour votre charmante carte; n'oubliez pas la Jeune là-bas, il y a de la propagande\nà faire. Cordialement.\n  68. — CHARLES POTTE. Vers couvés à l'ombre du saule de Musset. Vous êtes triste\ncomme un enterrement de troisième classe ; ce n'est pas une raison parce qu'elle vous a\nplanté là de nous envoyer des strophes toussotantes.\n  69. — Parfait, IWAN GILKIN. L'abondance des matières nous force à remettre au\nprochain numéro votre très intéressant article sur le « Possédé ».\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 293, "page_fin": 295, "titre_corps": "Un raout artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "UN RAOUT ARTISTIQUE", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "UN RAOUT ARTISTIQUE\n\n                              A l'occasion des fêtes nationales, le Cercle\n                           artistique et littéraire de Bruxelles (hichlifferie,\n                               billard et carambolages) a offert un raout à\n                               tous les artistes et à tous les écrivains qui ont\n                               eu la chance de naître dans la patrie de Louis\n                            Hymans, de Charles Potvin et d'Antoine Clesse.\n                                    Il paraît que cette fête, d'ailleurs somp-\n                                 tueuse, a été d'un éclectisme attendrissant.\n                                  C'est ce qui semble résulter d'une allocu-\n                tion, subie par le Roi et proférée par le président du Cercle,\n                M. Mélot.\n\n\n                          « SIRE,\n\n                   « Des deux anniversaires célébrés aujourd'hui, le premier\n               nous rappelle qu'un jour nos pères se sont unis et ont versé\n               leur sang pour nous donner un nom et une patrie; le second,\n              que depuis vingt-cinq ans — et pour la première fois — c'est\n              un Roi né sur le sol belge qui tient entre ses mains le drapeau\n              du pays.\n   « La Belgique fête avec bonheur ce double jubilé : heureuse d'une indé-\npendance trop chèrement achetée pour n'être pas aussi énergiquement défen-\ndue; justement fière d'un Roi qui, tout en poursuivant glorieusement\nl'œuvre de l'auguste fondateur de l'auguste Dynastie, s'est assuré par ses\nœuvres personnelles le respect et l'admiration du monde entier.\n                                                                        19\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "                                  — 294 —\n\n   « Le Cercle artistique et littéraire de Bruxelles s'associe pleinement aux\nsentiments de reconnaissance exprimés de toutes parts à Votre Majesté.\n   « Il La remercie ici plus particulièrement de la haute protection qu'Elle n'a\ncessé d'accorder aux arts, aux sciences et aux lettres. C'est là aussi une\npartie du patrimoine de la nation, et non la moins glorieuse. La sollicitude\néclairée et efficace du Roi ne lui a jamais fait défaut!\n   « Votre Majesté en donne une preuve nouvelle en assistant à cette réunion\npatriotique, à laquelle ont été conviés, sans distinction de partis, de\nlangues, de tendances et d'écoles, tous ceux dont l'art ou la science est la\npassion et la vie.\n   « Qu'Elle veuille bien nous permettre de l'en remercier respectueusement\net d'attester notre absolu dévouement au Roi, qui a consacré sa vie entière\nà la défense, à la prospérité, à la grandeur de notre cher pays.\n\n          « MADAME,\n\n   « Les artistes, toujours prêts à concourir par leurs talents au soulagement\ndes misères humaines, n'ignorent pas que les rares instants que Votre\nMajesté dérobe à la charité, Elle les consacre à la musique et à la peinture.\n   « A ces titres divers, Votre Majesté se rattache donc aussi à la grande\nfamille qui a l'insigne honneur de la recevoir. Me permettra-t-elle de lui\noffrir quelques fleurs en son nom ! »\n   Le Roi a répondu, selon sa coutume : « La Reine et moi, nous sommes\ntrès sensibles. » Mais lorsqu'il a cherché autour de lui les représentants des\ndifférentes écoles artistiques, il a dû quelque peu sourire, de ce fin sourire\nqui est la revanche des souverains constitutionnels.\n   Cet excellent M. Mélot, — qui devrait être parent du légendaire député\nde Namur — et ses collègues de la commission du Cercle la lui bâillaient\nbelle, au Roi! On lui annonçait la présence, sans distinction de partis (parler\nde partis quand il s'agit d'artistes !) de langues, de tendances ou d'écoles, de\ntous ceux dont l'art est la passion et la vie. Et parmi ces invités passionnés,\nbrillaient, avec quelques artistes et quelques écrivains, membres du Cercle,\ndes marchands de peaux de lapin, des bureaucrates automatiques, des avo-\ncats avocassants, des cantatiers de profession (vieille noblesse belge :\nchevilles sur champ d'avoine), des placeurs de vin de champagne ayant\nrevue marollienne sur rue, des larves lamentables qui s'intitulent corres-\npondants de quelque journal étranger, des rédacteurs de chiens écrasés\nrépétant machinalement : « les progrès de l'élément destructeur » et « la\njustice informe », quelques bas bleus aux jarretières desquels nul, sans être\nhonni, n'a jamais mal pensé, des professeurs de statistique mongole, des\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": " brou teurs de Pandectes, des magistrats dodelinant de leur Barthole et\n barytonnant de leur Cujas, des conseillers communaux et leurs « dames »,\n bref la joyeuse tribu des congresseux de tous les congrès, même littéraires,\nqui aiment à casser des pierres dans les grands raouts.\n   Nous avons vainement cherché Camille Lemonnier, Félicien Rops, Iwan\nGilkin, Maurice Maeterlinck, Fernand Severin, Arnold Goffin, Francis\nNautet, Henry Maubel, Emile Verhaeren, André Fontainas, Jules et\nGeorges Destrée, Valère Gille, Charles Van Lerberghe, Hector Chainaye,\nLouis Delattre, Arthur James, Fernand Brouez, etc., etc.\n   La Jeune Belgique n'avait pas même été conviée à cette fête si éclec-\ntique et si veuve de tout parti-pris d'école!\n   Deux de ses fondateurs, Georges Eekhoud et Albert Giraud, avaient été\ninvités en qualité de journalistes.\n   Voici de quelle encre notre collaborateur Albert Giraud a remercié les\nAbencérages de la commission :\n\n          « Messieurs,\n   « J'ai reçu votre invitation à la fête que vous offrez, le 22 juillet, à tous les\nartistes et à tous les écrivains de Belgique.\n   a D'après les termes même de votre obligeant carton, c'est le journaliste\n que vous invitez.\n    « Le journaliste vous présente ses remercîments professionnels, mais il\n croit que votre invitation s'est trompée d'adresse. C'est évidemment à mon\n homonyme Albert Giraud, l'auteur de Hors du Siècle, et l'un des fonda-\n teurs de la Jeune Belgique, que dans votre pensée, cette invitation était\n destinée.\n   « Agréez donc, Messieurs, avec tous mes regrets, l'assurance de ma consi-\ndération la plus distinguée. »\n   Georges Eekhoud a riposté dans le même sens, et d'encre non moins\n sympathique.\n   Si les peintres, les sculpteurs et les musiciens — sans distinction d'école\n— ont été traités comme les écrivains, le raout a dû être magnifique, et\ntout à fait national.\n   La Jeune Belgique profite de l'occasion pour demander que le limon a.\ndief de ce Cercle artistique et littéraire, — où Baudelaire naguère, et\nMallarmé récemment, furent si courtoisement reçus — soit décoré de\nl'ordre de Léopold.\n                                                   LA J E U N E BELGIQUE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 301, "titre_corps": "Seizième siècle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "SEIZIÈME SIÈCLE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE BONHEUR DES AUTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1278, "texte": "SEIZIÈME SIÈCLE\n                   LOUIS DE CONDÉ\nCet avorton noueux, au masque corrodé\nPar l'envie, au féroce et lent sourire pâle,\nCe bossu que la guerre a rougi de son hâle,\nC'est l'espoir de Calvin, le prince de Condé.\n\nEt pourtant le hasard, sur un seul coup de dé,\nPourrait jouer l'épée et la foi de ce mâle ;\nCar un unique vœu, jusqu'à son dernier râle.\nFera battre son cœur sous son pourpoint brodé.\n\nRome ou Genève? Dans son âme souterraine,\nQu'insulte la splendeur des princes de Lorraine,\nLourde et noire, la haine enroule ses anneaux\n\nEt siffle étrangement, serpent mélancolique :\n« Si les Guise, demain, se faisaient  huguenots,\nCondé, le lendemain, se ferait catholique. »\n\n\n                     MARIE STUART\n\nLe front meurtri sous une invisible couronne,\nLa reine encore enfant, veuve d'un jeune amour,\nPleure l'ordre reçu de quitter cette cour\nSi fine et si féline où son printemps fleuronne.\n\nLà bas, qui dénouera ses cheveux embrasés'!\nQui sera sa patrie ardente'/ Quelle ivresse\nLui verseront la haine et le ciel sans caresse\nDe ce peuple rigide, ennemi des baisers?\n\nDéfaillante, elle songe à l'adolescent frêle,\nAu roi de peu de nuits qui s'est éteint par elle,\nCierge mort sur lequel son haleine a soufflé;\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "                          — 397 —\n\nEt même en ses regrets déjà presqu'adultère,\nElit pour sa devise un beau vers désolé :\n« Ce que j'ai de plus doux est couché sous la terre. »\n\n                   MAUVAIS SOMMEIL\n                                               A ANDRÉ   FONTAINAS\n\n\nL'enfant-roi Charles IX, frêle espoir du royaume\nDe France, a clos ses yeux, ses longs yeux  ténébreux,\nEt s'endort en rêvant sous les rideaux ombreux,\nEreinté par la chasse et par le jeu de paume.\n\nUn besoin d'action, même dans le sommeil,\nSoulève à lents soupirs sa poitrine débile,\nEt les fleurs de la mort sur son masque mobile\nS'enflamment d'un éclat maladif et vermeil.\n\nSes mains blanches, d'azur diaphane veinées,\nSur d'onctueux coussins aux chimères fanées,\nSœurs étranges, en vain promènent leur désir;\n\nEt fières, tour à tour flatteuses ou crispées.\nPrésument, en dansant de haine ou de plaisir,\nLes douceurs de la chair et l'acier des épées.\n\n                  LA MÉDICIS ENFANT\nAu léger tintement des cloches argentines,\nLe jardin du couvent ouvre ses fleurs ravies,\nEt voici, dans un frais parfum de jeunes vies,\nLe cortège captif des nobles Florentines.\n\nSous le pli machinal des prières latines\nLeurs lèvres de treize ans ne sont guère asservies,\nEt leurs âmes d'enfant bondissent, poursuivies\nPar l'irritant désir des amours clandestines.\n\nL'une d'elles souvent, la moins belle d'entre elles.\nDont toutes à l'envi sont âprement éprises,\nS'amuse à les induire en d'étranges querelles,\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "                           — 298 —\n\n\n Et, roulant son destin dans ses prunelles grises,\n A voir ces cœurs frémir de plaisir ou de peine,\n Apprend parmi leurs jeux le dur métier de reine.\n\n                     HENRI DE BÉARN\n                                        A   EUGÈNE   DEMOLDER\n\n\nCe prince de Navarre est bien le rejeton\nD'une race à la fois hypocrite et grossière,\nAvec ses yeux matois, sa bouche putassière,\nEt la barbe de bouc qui pointe à son menton.\n\nEnflé du creux désir d'une gloire banale,\nSous les coups de la guerre et les jeux de l'amour,\nSans un cri léonin il fera tour à tour\nSonner comme un tambour son âme machinale.\n\nUn rusé montagnard, un hâbleur au cœur sec\nSachant le rire épais et les larmes publiques\nQu'il faut pour éblouir les foules domestiques;\n\nUn gai compère, ayant langue preste et bon bec,\nEt qui, chasseur goulu, traque de basses proies\nChez les filles d'auberge et les gardeuses d'oies\n\n                           DÉCLIN\nMarguerite, l'ancienne reine de Navarre,\nRegagne son palais dans sa chaise à porteurs,\nTriste et seule, quêtant les sourires menteurs\nEt l'aumône d'amour d'une jeunesse avare.\n\nLa mendiante est vieille, et la charité, rare :\nIls sont enfuis, les soirs vermeils, les soirs chanteurs\nOù sonnaient les sonnets doux sonnants et flatteurs,\nEt devant son déclin toute chanson s'effare.\n\nParfois, bonheur cruel, ses grands yeux   défleuris,\nQui naguère aimantaient tant de regards épris,\nEtonnent le désir de quelqu'enfant précoce;\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "                         — 299 —\n\nEt, rétive à son confesseur Vincent de Paul,\nElle tance Néro, le lévrier d'Ecosse,\nQui poursuit en jappant son ombre sur le sol.\n\n\n                        LA FRAISE\n\nAu Louvre, en attendant le plaisir de leur prince,\nLes mignons frisottés s'amusent de la fraise\nRidicule où s'étrangle un page de province,\nUn enfant de seize ans, rouge comme une fraise.\n\nSoudain, grande rumeur : sur le seuil de la porte\nLe roi Henri, suivi d'un superbe équipage,\nParaît, et les mignons s'aperçoivent qu'il porte\nUne fraise pareille à celle du beau page.\n\nLivarrot, de stupeur, lâche la sarbacane;\nD'Epernon est très pâle, et d'Arqués, qui ricane,\nAu bas du bilboquet laisse la bille pendre.\n\nMais le rusé Saint-Luc choisit sa révérence\nLa plus fine, et s'en va d'un air naïf et tendre\nComplimenter le nouveau roi du roi de France.\n\n\n                       INITIATION\nViens, mon enfant : là-bas, sous la garde d'un ange,\nTrésorier des secrets du Savoir défendu,\nPour les cœurs dévoyés saigne une vigne étrange\nOù siffle le serpent du Paradis perdu.\n\nL'ange dort quand je veux. Va, mon bel enfant, mange\nA folles dents la grappe où ma bouche a mordu :\nDemain tu connaîtras le prix de la vendange\nEt la vertu du vin que l'aîné t'a vendu.\n\nTu te regarderas agir, penser et vivre;\nTu seras à la fois le lecteur et le livre\nEt l'obscur écrivain de ce livre odieux;\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1452, "texte": "                         — 300 —\n\nEt tu mourras très vieux, cultivant ta souffrance,\nPour avoir abdiqué le sceptre d'ignorance\nQui te sacrait l'égal des héros et des dieux.\n\n\n                     A OLAINVILLE\nAvec leurs lévriers, pour un heptaméron,\nIls sont là, tendres fleurs suprêmes de leur race,\nDeux à deux, dans la nuit, sur la blanche terrasse,\nQuélus et Saint-Mégrin, Joyeuse et Maugiron.\n\nA leur insu le roi, cependant qu'ils devisent,\nDu haut de son balcon savoure leur beauté,\nLe charme de leur voix chanteuse, leur gaîté,\nEt les troublants parfums dont leurs cheveux s'anisent.\n\nMais la lune ruisselle, et ses rayons blafards\nSous un hâle de mort décomposent les fards\nEt les sourires peints de leur bouche lascive;\n\nEt réveillé soudain de son rêve amoureux,\nLe Valois sent éclore en son cœur ténébreux\nUne paternité vengeresse et tardive.\n\n                LE RÊVE DE HENRI III\n                                         A VALÈRE GILLE\n\n\nSes cheveux d'ombre et d'or crénelés de serpents,\nDe féroces rubis cerclant sa tête plate,\nSur un trône porté par des lions rampants,\nDans l'encens rose et bleu l'idole se dilate.\n\nAutour, le palais brûle et croule à larges pans,\nEt dans la rouge crypte où l'incendie éclate\nLes flammes en folie ouvrent comme des paons\nLes prunelles de feu de leur queue écarlate.\n\nL'idole m'halluciné : un farouche avenir\nDe meurtres monstrueux et d'amours frénétiques\nS'amasse pour mon âme en ses yeux prophétiques ;\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 274, "texte": "                                 — 301 —\n\n    Et dans leurs gouffres noirs je regarde venir\n    Au devant de ma peur, du fond de leur nuit lente,\n    Les tragiques flambeaux de ma mort violente.\n                                                      ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 307, "titre_corps": "Le Bonheur des autres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "LE BONHEUR DES AUTRES", "ancre_fin": "HUBERT KRAINS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 274, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "LE BONHEUR DES AUTRES\n              L'ouvrier ayant noué sa cravate devant un débris de miroir\n               assujetti au mur par quatre clous, passa la manche sur son\n               chapeau bosselé, puis, très doucement, se glissa hors de sa\n               chaumière où sa femme dormait déjà.\n   La rue était déserte. Çà et là, derrière les fenêtres éclairées, des ombres\nremuaient, et des enfants, dans les cours, agitaient des crécelles, soufflaient\ndans des trompettes, ou bien, d'un coup de talon, faisaient éclater des\npétards sur le pavé. En face de l'église, les étalages des marchands forains\nresplendissaient et quelques villageois s'efforçaient de dégotter, à coups de\nfusils; des pipes plantées dans un ratelier, que supportait une espèce de\nmât. Pareilles à des étoiles filantes, des fusées, de temps à autre, traçaient\nsur le ciel noir des paraboles de feu.\n   L'homme marchait d'un pas lent et lourd. Sans tourner la tête, il tra-\nversa un estaminet, puis gravit un escalier dont les marches crièrent sous\nses souliers ferrés. En arrivant dans la salle de bal, il éprouva comme un\néblouissement. Des réflecteurs de fer blanc rendaient la flamme des quin-\nquets aussi éclatante que les feux du soleil; des guirlandes de roses en\npapier festonnaient le plafond, et trois musiciens, sur une estrade,\nessayaient leurs instruments. — Il passa dans la salle contiguë. Cinq ou six\ntables, entourées de chaises et de bancs, la remplissaient. Derrière le comp-\ntoir, le cabaretier, assisté de deux femmes, rangeait des bouteilles, garnis-\nsait des sucriers, polissait des cuillers. Il tourna autour des tables, regarda\nles chaises, puis, planté devant le comptoir, les mains dans les poches,\néchangea quelques paroles avec le patron.\n   Les danseurs arrivèrent. Au bras de leur cavalier, les jeunes filles,\nemmitouflées en des châles, marchaient à petits pas, timides et frileuses.\nQuelques-unes avaient des fleurs dans leurs cheveux. Et tout ce monde, en\nentrant, bousculait l'ouvrier, l'écrasait contre le mur, le faisait virer de\n droite et de gauche comme un meuble qu'on déplace. Il s'effaçait cependant\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "                                 — 302 —\n\n\nle plus possible ; il s'efforçait même de sourire quand on lui marchait sur\nles pieds, et à tout moment, sa main, d'un geste automatique, se portait à\nson chapeau pour saluer.\n   Les musiciens ayant entamé un air, la danse commença. Appuyé au\nchambranle de la porte, il admira l'attitude majestueuse des hommes, les\nfaçons gracieuses des femmes. La taille ployée, la tête légèrement renver-\nsée, elles frôlaient à peine le plancher, et quand elles passaient devant la\nflamme des lampes, leurs bagues, leurs broches et leurs pendants se héris-\nsaient de minuscules étincelles. Il remarqua qu'elles avaient, comme les\ndemoiselles de la ville, les mains très blanches. Et tandis qu'il suivait les\névolutions des danseurs, il écoutait attentivement la musique, qui lui\nparaissait plus douce et plus entraînante que celle qu'on fait à l'église, les\nsoirs de mai, pendant que les petites filles chantent des cantiques.\n   Cependant son plaisir ne dura guère. L'indifférence de toutes ces\npersonnes l'attristait. Il eût voulu sortir de son isolement, engager une\nconversation, mais les gens, dès qu'il les fixait, détournaient ou abaissaient\nles yeux.\n   Il vint s'asseoir sur l'appui de la fenêtre, et, les mains croisées sur ses\ngenoux, la tête inclinée, il considéra machinalement le va-et-vient des\nhommes et des femmes, qui défilaient, à présent, comme des fantoches,\ndevant ses regards. Bientôt ses prunelles se rivèrent au sol et il ne vit plus\nrien. La musique, le traînement des pas sur le plancher, les rires et les pro-\npos des buveurs, le tintement des verres se confondirent peu à peu en un\nbruit sourd et monotone qui paraissait venir de très loin, pareil à un puis-\nsant ronflement de machine, et il se crut séparé de tous les vivants\net comme muré dans un cachot où régnait un jour blafard. Il était là\ndepuis un temps indéterminé et il n'en sortirait jamais ! Des gouttes d'eau\nsuintant du plafond, humide comme la voûte d'une caverne, lui tombaient\nsur le crâne. Il ne connaissait rien du monde, son visage, sans doute, était\nd'une laideur épouvantable, il ne possédait peut-être plus toutes ses facultés,\net il ignorait jusqu'au son de sa voix. Un jour, il avait bien essayé de se\ndistraire en engageant un soliloque, mais l'écho de sa prison avait trans-\nformé ses paroles en un hurlement sinistre, en une sorte de bâillement de\nbête fauve, dont le souvenir, actuellement encore, lui causait des\nfrissons. Il n'avait pas osé recommencer, et maintenant accroupi contre la\nparoi, immobile comme une pierre, il attendait la mort. Par delà ce\nmur pourtant, il devinait des prairies, des arbres, des fleurs, un grand ciel\nbleu. Il ne les verrait plus. Et il songea tristement qu'il existait des gens\nqui marchaient sous ces arbres, cueillaient ces fleurs, contemplaient ce ciel ;\ndes bêtes même foulaient avec bonheur l'herbe des prairies.\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "                                  — 303 —\n\n\n   Il releva la tête, et comme au sortir d'un sommeil, les choses, à ses côtés,\nreprirent insensiblement leurs formes naturelles, et la musique de nou-\nveau domina tous les bruits.\n   Une grande animation régnait. La gêne, la crainte, la timidité s'étaient\ndissipées ; une immense joie se lisait sur toutes les figures. Des couples se\npromenaient lentement en se parlant à voix basse ; des visages hilares piqués\nde deux petits yeux sensuels se dressaient derrière un fouillis de verres et de\nbouteilles ; accoudés au comptoir, des hommes discouraient, et leurs têtes\nchancelantes s'inclinaient, se rapprochaient, puis se rejetaient en arrière,\nbrusquement. Il remarqua deux amoureux, assis dans un coin et perdus\ndans de si profondes voluptés qu'ils paraissaient n'avoir pas conscience\nde l'endroit où ils se trouvaient. Le jeune homme tenait dans sa main,\ncomme une colombe, la blanche main de son amie, et leurs yeux, humides\net doux, rayonnaient, pareils à ceux des extatiques contemplant le bon\nDieu dans les nuées.\n   Cela lui rappela sa jeunesse, ses amours, son mariage. Il avait rêvé\nd'ineffables délices dans la possession d'une femme, mais tout le honheur\nespéré s'était évanoui dans la misère. Maintenant, il était ballotté de souf-\nfrances en souffrances, d'angoisses en angoisses, et il compara son sort à\ncelui d'un damné dont Lucifer présente aux flammes, tantôt la tête,\ntantôt les jambes. L'avenir lui apparaissait tel qu'une nuit impénétrable\net sans fin ; tout le long de sa vie morne, il lui faudrait cheminer clopin-\nclopant, comme un cheval fourbu dans un chemin lacéré d'ornières. Sa mort\nmême ne serait pas un événement. Le jour de son décès, peut-être, quelques\npersonnes, heureuses de pouvoir varier les banalités qu'échangent d'habi-\ntude, en s'accostant, les gens bien élevés, comme : « il fait froid » ou « il\nfait chaud », « ne pensez-vous pas que le temps va se gâter », etc., diraient :\n« Le vieux Michel est mort, c'est dommage car c'était un brave homme ».\nEt, le lendemain de son enterrement, comme on ne placerait pas de croix\nsur sa tombe, le fossoyeur nivellerait la terre pour y semer de la luzerne\n   — Ah ! Seigneur ! Seigneur ! ! — C'était le cabaretier qui surgissait de\nderrière son comptoir, la face blême et les bras au ciel, appréhendant, sans\ndoute, un grand malheur.\n   L'ouvrier tiré brusquement de sa songerie par cette exclamation désolée,\nvit deux hommes qui s'agrippaient en jurant. Ils avaient la figure empour-\nprée et les yeux farouches. Aussitôt d'autres hommes se ruèrent de tous les\ncoins de la salle, les poings levés et l'air menaçant. Ceux qui étaient au rez-\nde-chaussée remontèrent en faisant un tapage formidable, tandis que les\nfemmes, comme des biches effarées, se parquaient à l'écart, une main sur la\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "                                   -   304   -\n\n  poitrine pour en comprimer les battements, la bouche déclose, les yeux pleins\n  d'angoisse.\n     Les batailleurs, à présent, formaient une masse compacte. Les corps se\n touchaient, les pieds se cognaient et les bras, au dessus des têtes, s'entre-\n croisaient comme des bâtons. Le cabaretier tournait autour du groupe qu'il\n contemplait avec une mine décomposée en répétant de temps à autre d'une\n voix lamentable et de plus en plus faible : « Ah! Seigneur! Seigneur!! » —\n  Le pauvre homme songeait à ses bénéfices compromis par cette bagarre.\n     L'ouvrier suivait la scène avec indifférence. Que lui importaient ces gens,\n après tout! Quel intérêt avait-il de se mêler de leurs affaires? Ils pouvaient\n bien, ma foi, s'égratigner un peu le cuir. Pourtant, à la longue, il sentit\n quelque chose remuer en lui, comme si son cœur remontait dans sa poitrine;\n  les joues lui brûlèrent ; ses tempes battirent. Il tira le cabaretier par la\n manche, en disant : « N'ayez pas peur, je suis ici! ».\n     Alors, debout, les mains sur les hanches et le regard brillant, il attendit\n  une occasion de s'élancer. Déjà, il se voyait au milieu du groupe : ses bras\n  tournoyaient pareils à des ailes de moulin; ses pieds meurtrissaient les\n tibias; il lacérait des habits, faisait sauter des cravates, et, comme des\n marteaux, ses poings rebondissaient sur les crânes. Après avoir culbuté son\n dernier adversaire, insensible aux pleurs et aux lamentations des femmes,\n il se passait la manche sur le front pour en effacer la sueur, puis, le torse\n  bombé, la tête haute, il s'éloignait d'un pas ferme et les gens s'écartaient\n devant lui, comme à l'approche d'un guerrier.\n     Son intervention fut inutile. Les hommes s'apaisèrent, les musiciens exé-\n cutèrent une valse, la danse recommença, et le cabaretier, débarrassé de sa\n peur, avala un verre d'eau-de-vie, en signe d'allégresse.\n     L'ouvrier reprit sa place. Il allait retomber dans ses réflexions mornes,\n quand il entendit crier : « Michel ! ». Il s'approcha des hommes qui l'appe-\n laient, timidement, en roulant ses pouces. L'un d'eux, dit : « Conte-nous\n une fable ». Il se laissa tomber sur une chaise, regarda le plafond, fronça\n les sourcils comme quelqu'un qui cherche à se rappeler, puis narra une\n histoire follichonne dont la compagnie parut s'amuser follement. Quand il\n eut fini, on lui demanda d'aboyer. Il aboya. On le pria de \" faire comme le\n chat \". Il se mit à miauler. Ensuite, s'étant placé une feuille de poireau\n dans la bouche, il imita le pinson, le rossignol, l'alouette. Pour donner\nplus de piquant à ses farces, il arrondissait les yeux, se contorsionnait la\nbouche, prenait des poses humiliantes et viles, comme ces fous de cour que\nd'anciennes gravures représentent à quatre pattes devant un roi.\n   Les gens riaient, applaudissaient, criaient « bravo ». Cela le grisa. Il\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "                                  — 305 —\n\n\nmonta sur une chaise et voulut chanter. Autrefois, il avait connu plusieurs\nromances; il essaya vainement de se les remémorer. Il se rabattit sur une\ncomplainte qu'un pauvre estropié avait colportée, quelques jours avant,\ndans le village. Elle disait le massacre d'une famille entière, la lutte déses-\npérée du père, les supplications de la mère, l'effroi des enfants qui avaient\nfixé sur l'assassin de grands yeux ingénus et étaient morts en bégayant :\n« Maman ». Puis, sur une place publique, une foule silencieuse était\ngroupée devant un échafaud, au pied duquel des gendarmes, sabre au clair,\nse tenaient immobiles comme des statues. Des nuées orageuses roulaient\ndans le ciel, et des éclairs, de temps à autre, faisaient briller l'acier des\narmes. Enfin, une rumeur se produisait, un long frisson électrisait la foule,\net l'on se répétait de l'un à l'autre : « Le voilà. Il arrive ». Le coupable, en\neffet, s'avançait en chancelant, précédé d'un prêtre qui lui montrait un cru-\ncifix, et le priait, à voix basse, de se repentir.\n   Les auditeurs, maintenant, paraissaient songeurs : les femmes baissaient\nla tête et les hommes fumaient avec rage. Ils s'imaginaient entendre grincer\nle couteau de la guillotine, et il leur semblait que la musique, dans la salle\nde bal, exécutait un air funèbre.\n   L'ouvrier continuait, imperturbable. Mais, tout à coup, un jeune\nhomme, empoignant sa chaise par un pied, d'un mouvement brusque, la\nfit basculer. L'ouvrier, en s'étalant, donna de la tête contre un meuble et\ns'écorcha le front. Il se releva, et tout en tamponnant sa blessure avec son\nmouchoir, il promenait sur les assistants deux yeux pleins de tristesse et de\nreproches. Les gens le contemplaient avec impassibilité. Quand ils virent\nque sa figure se contractait, ne pouvant se tenir plus longtemps, ils\ns'esclaffèrent. En présence de cette hilarité, il s'efforça de rire. Alors deux\nlarmes, s'échappant de ses paupières, roulèrent sur ses joues, ses traits de\nnouveau s'immobilisèrent, et toute sa personne prit une attitude humble,\nlamentable, suppliante.\n   Décidément, il n'était plus « drôle ». Les personnes s'éloignèrent une à\nune, il se retrouva seul. Il erra quelque temps entre les tables, sans penser,\nabruti par les humiliations subies, éprouvant seulement une indicible ran-\ncœur, comme s'il avait été forcé d'avaler toutes les rinçures qui poissaient\nle comptoir, comme si toute la fumée des cigares, flottant en nuage gris au\ndessus des têtes, lui était entrée dans les narines, dans le gosier, dans le\ncœur. Il songeait à partir, quand le jeune homme qui, tout à l'heure, l'avait\nfait tomber, lui passa un verre de champagne.\n   Assis à l'entrée de la salle de bal, il le but lentement, à petites\ngorgées. Cela lui coula du bonheur dans l'âme. La joie des autres l'égayait;\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "                                    — 306 —\n\n il riait quand il les voyait rire ; il avait envie de chanter, de danser, de faire\n des folies. Bientôt, il lui sembla que sa cervelle tournait doucement dans\nson crâne. Son corps, ensuite, acquit une légèreté extraordinaire, et il se\nrappela le bien-être qu'il éprouvait, les soirs d'été, en se baignant dans la\nrivière. Les sensations étaient les mêmes. Comme l'eau, les ondes de la\nmusique le soulevaient, le parfum des femmes le faisait songer aux fleurs\ndes prairies, il entendait le bruit des dernières charrettes sur les routes, les\nchansons des gars lui parvenaient du fond de la campagne, tantôt gaies et\nvives comme les roulades d'un oiseau, tantôt mélancoliques et douces\ncomme des refrains de vieille.\n    Soudain, il tressaillit ; un cri d'admiration s'étouffa dans sa gorge. Le\nspectacle dont il jouissait était fabuleux. Les fleurs du plafond dégringo-\nlaient le long des murailles, il y en avait sous les pieds des danseurs, elles\ns'entassaient en avalanche autour des musiciens. La flamme des lampes\n l'éblouissait, une poussière d'or voltigeait dans la salle. Les robes\nchatoyaient, les souliers luisaient, et les boucles des épingles piquées dans\nles cheveux, les pendants, les broches, les bagues, en passant dans la\nlumière et puis dans l'ombre, simulaient de petites étoiles qui brillaient,\ns'éteignaient, se rallumaient. Les visages des danseuses, surtout, le ravis-\nsaient, à cause des regards langoureux, du sourire discret des lèvres, de la\ncoloration des joues. A force de les contempler, il lui sembla qu'ils n'appar-\ntenaient à aucun corps : ils voltigeaient dans l'espace, gracieusement soute-\nnus par une force invisible, comme ces têtes d'anges qui, dans les tableaux\nreligieux, entourent la vierge Marie dans son Assomption. Parfois, il avait\nenvie de s'élancer pour les embrasser à pleine bouche, l'idée de sentir sur\nsa peau rude la moite chaleur de ces chairs le faisait frémir, mais il trou-\nvait son désir insensé, ces figures s'éloigneraient à son approche, s'évanoui-\nraient. C'était quelque chose d'immatériel, de céleste. Et le cœur palpitant,\nla cervelle en feu, il restait immobile, les deux mains sur ses genoux, le\ncorps tendu en avant, les pupilles dilatées.\n   Le bal finissait, il lui fallut partir. Dans la rue, çà et là, des formes\nvagues se mouvaient. En s'approchant, il reconnaissait des amoureux.\nSerrés l'un contre l'autre, ils marchaient lentement, se parlaient à voix\nbasse, échangeaient des baisers. Il passait très vite, en étouffant le bruit de\nses pas, dans la crainte de les troubler. Par moments, il aspirait la brise,\nqui charriait des effluves de volupté.\n   Un rossignol chanta ; il s'arrêta pour l'entendre. Cela acheva de le griser.\nIl perdit la notion de l'endroit où il se trouvait. Il était riche, maintenant,\net vêtu comme un grand seigneur, avec des bagues aux doigts et une\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "                                  — 307 —\n\nchaîne d'or à son gilet, il se promenait, appuyé sur une canne, dans les\nallées d'un immense parc. Il n'avait pas de soucis, pas de chagrins. Sa vie\nétait calme et limpide, comme l'eau de l'étang devant lequel il s'arrêtait\nparfois, pour contempler les évolutions d'une bande de petits poissons\nrouges. Le roucoulement des pigeons, le piaffement des chevaux dans\nl'écurie, le vol d'une hirondelle, les ébats de son chien sur la pelouse le\nplongeaient dans une grande joie, et il ne se lassait pas d'admirer les par-\nterres où des fleurs de toute espèce figuraient des étoiles, des rosaces, des\ncroissants de lune.\n   Au crépuscule, en regagnant leurs demeures, les paysans harassés le\nregardaient curieusement, à travers la grille du parc. Ils enviaient son sort.\nEt l'aspect lamentable de tous ces malheureux lui faisait davantage appré-\ncier l'immensité de son bonheur.\n   Mais ses meilleurs instants, il les passait en compagnie de sa femme, à la\ntombée de la nuit, assis sur un banc que protégeait le feuillage énorme\nd'un marronnier.\n   Sa femme était jeune et belle, elle avait une robe de soie et des bijoux\nprécieux. Il lui prenait la main, il la regardait dans les yeux; ses senti-\nments acquéraient une suavité céleste; les mots lui manquaient pour les\nexprimer ; il avait à la fois envie de rire et de pleurer; par moments, il son-\ngeait à se rouler sur l'herbe, comme un enfant; puis il était possédé d'une\ninfinie reconnaissance pour tout ce qui l'entourait; les arbres, les fleurs, les\noiseaux devaient avoir été créés pour le rendre heureux; le frissonnement\ndes feuilles, le bourdonnement des insectes se répercutaient dans son cœur,\ncomme les vibrations mourantes d'une cloche lointaine, et, de même qu'au\nciel, des milliers d'étoiles brillaient, d'un éclat tranquille, au fond de son\nâme,..\n                                                      H U B E R T KRAINS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 308, "titre_corps": "L’Eau du rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Keller", "ancre_debut": "L EAU DU RÊVE", "ancre_fin": "GEORGE KELLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 353, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "L'EAU DU RÊVE\n                                VOIX\n\n             L'Eau passerait claire et si lente\n             Et si dolente à s'assoupir\n             Indolemment, dans le soupir\n             Montant de la rive silente;\n\n             L'onde argentine effleurerait\n             Les lys d'argent de la pelouse...\n             Mais l'Eau lasse tant se doulouse\n             De quel insondable regret ?\n\n             La voix de l'Eau qui pleure est-elle\n             Une plainte des cœurs maudits?\n             Par les longs soirs de douleur telle\n             L'âme qui pleure de jadis.\n\n\n                          DÉSESPÉRANCE\n\n             O l'Eau dont les flots argentés\n             Ont réfléchi l'éveil des mondes,\n             Oh! glauque, entraînant les émondes\n             Que lui laissèrent les cités,\n\n             Là-bas! sous les horizons ternes,\n             Minant les piles d'un vieux pont,\n             Quand rien à l'ombre ne répond\n             Que. le grand œil las des lanternes,\n\n             L'Eau dont s'étouffent les flots noirs\n             Dans le noir canal qui l'emporte,\n             Comme au remords à notre porte\n             S'étouffe la voix des espoirs...\n                                                  GEORGE KELLER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 315, "titre_corps": "Le Portrait", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Tréderne", "ancre_debut": "LE PORTRAIT", "ancre_fin": "LOUIS TRÉDERNE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RÉVOLTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 354, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "LE PORTRAIT\n                                                     A GEORGE INVERNESS.\n\n\n              I1 me semblait pourtant qu'après de si nombreuses années, les\n                mesquines douleurs, et tant d'efforts trahis, avaient usé le vif\n                de ma souffrance. Du moins, je ne sentais plus, comme pal-\n                pable, la douceur de ce temps où j'étais aimé par une femme,\net je ne croyais plus que mon cœur méthodique se fût désordonné aux\npalpitations folles. Mais un jour, amorti, cependant, vieillissant, je regar-\ndais mourir un ami d'autrefois, ce même Antonio d'Alvarez qui avait vu\nl'agonie d'Hélène, morte loin de moi, voici tant d'années, tuée par une\nchute de cheval. Le délire faisait vaciller la pensée d'Alvarez ; plein de\npitié, je me courbai vers ses paroles démentes, profération suprême des\ninexprimables désirs, et dans lesquelles se révélait peut-être le sens mysté-\nrieux d'une existence. Mais son délire à lui était d'un artiste. Les tons\néblouissants de sa palette semblaient reparaître devant ses yeux, et, dans son\naberration, passant aux métaphores les plus hardies, il se glorifiait d'avoir\ntrempé son pinceau aux sources mêmes de la vie, dans le sang le plus pur.\n   Quand ce fut fini, et que le corps inerte eût été abandonné aux cruautés\nde la dégénérescence, je pénétrai dans l'atelier déserté. Dans un recoin\nobscur, à l'abri, je reconnus une étude d'après Hélène. Une double religion\nm'en faisait un legs sacré. Quand elle eût été suspendue dans la salle la plus\nlumineuse de ma demeure, il se fit en moi un mouvement étrange, comme\nsi quelque chose qui fût vraiment Hélène, eût de nouveau passé mon seuil.\n   Cette esquisse était énervante à force d'éclat et de chaleur. Le buste,\ncependant, et les vêtements abandonnés, comme à dessein, dans une\npénombre, ne laissaient pas pressentir la minute d'existence qu'avait évo-\nquée l'artiste ; mais la tête, miracle de vie, donnait l'impression d'une chair\nréelle, dans laquelle frémirait un sang jeune et vermeil. Les lèvres sai-\ngnaient en la transparence lactée de l'épiderme ; le léger incarnat du teint\ns'animait vers les yeux d'une mouvante rougeur, et ces yeux sombres étin-\ncelaient comme tous les tons auxquels était allié cet admirable carmin. Par\nun contraste déséquilibrant, l'or des cheveux s'éteignait à envelopper la\ngrâce de ce galbe; et la rose pourpre elle-même, enfouie dans la chevelure,\nsemblait terne, décolorée, comme si le peintre eût changé de palette après\navoir cessé de reproduire ce teint prestigieux.\n   Dire, je ne le saurais, l'ébranlement, l'angoisse de tout mon être à cette\n                                                                       20\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2984, "texte": "                                  — 310 —\n\nrésurrection soudaine... Comme en présence d'un lambeau retrouvé de ma\nvie, et dont ma chair s'émouvait... Non, je n'eusse pas été plus bouleversé\nquand la morte, détachée de ce cadre, eût encore appuyé autour de mon\ncou son bras caressant. Sans doute, l'ancien amour avait tressailli. Par quel\nprodige et comment l'homme flétri, désabusé, défaillait-il plus mortellement\nen face de cette image, que jamais le jeune homme enivré par la réalité\nmême ? En ce moment, je ne m'attardais pas à creuser ces problèmes.\nComme un adolescent, un instinctif, je m'abandonnais à la dérive d'un nou-\nveau courant. Les conditions de mon existence se modifièrent. Le travail\nqui l'avait absorbée, me devint impossible. A toute heure, altéré d'un incon-\ncevable désir, je fuyais mon cabinet d'étude pour retrouver l'image que je\nne me lassais de contempler en ses aspects inexplicablement changeants.\nA chaque fois que je l'avais revue, j'étais demeuré frappé de surprise.\nEtait-ce. l'artifice des lignes qui m'en avait fait méconnaître le caractère?\nD'abord, il m'avait paru que cette ivresse de la couleur n'était compatible\nqu'avec le rayonnement de la joie, tandis que, maintenant... Pourtant, cha-\ncun des traits, considéré isolément, ne manifestait qu'une sérénité inviolée;\net les yeux, si purs, semblaient incapables d'exprimer la mortelle douleur...\nOh ! j'ai voulu croire à une hallucination, je me suis dit que mon œil offus-\nqué par une constante observation de la souffrance, en retrouvait partout le\nreflet. Et, cependant, ma conviction s'affermissait... Mais aussi, pourquoi\ncette ironie à la Vinci, des lèvres qui sourient et une bouche qui gémit; et\ndans des yeux sans larmes, un regard plus angoissé que par la vie?\n   Bientôt, le doute fut impossible. Il était évident que ce portrait souffrait.\nJ'en eusse été averti, du reste, ne fût-ce que par la compassion violente qui\nme meurtrissait la face de ce masque énigmatique, comme devant le vif\nd'une torture physique. Cette sensation devint insoutenable. Je me consu-\nmais de mon impuissance, j'assemblais les plus subtils d'entre les artistes,\net je les suppliai de pacifier l'expression de ce visage. Ils me prouvèrent\npar leurs démonstrations techniques, que leurs efforts seuls en altéreraient\nle profond repos. Déjà, alors, je crus connaître l'extrême du désespoir. Je\nversai des larmes; ma pitié se répandit en paroles tendres et passionnées,\ncomme si je pressentais un être sensible sous la représentation fictive; sou-\ndain, je m'avisais que la morbidesse navrée résidait moins dans le tracé des\ncontours que dans l'intensité du coloris, que cette splendeur était une splen-\ndeur malsaine, un éclat de décomposition. Peut-être le carmin se mourait-il\nsous l'émail indéfectible. Je me hâtais de le confronter avec l'incarnat le\nplus pur; mais toutes les pourpres pâlirent, rapprochées de ce teint vivant.\n   Sans me laisser abattre, je recherchai dans ma mémoire ce que j'avais su\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "                                  — 311 —\n\nde la palette d'Alvarez. Alvarez ! le réaliste étrange, dont l'art avait été\nméprisé presque à l'égal du mien. Alvarez ! le coloriste effréné que j'avais vu,\nmaintes fois, tel qu'un incantateur de philtres, recueillir à l'heure des\nétoiles, à l'instant où la terre épanche une sève plus exaspérée, les substances\nvégétales dans lesquelles il délayait sa couleur. Je retournai dans l'atelier\ndésert. J'éprouvai les flacons étiquetés par le nom des toiles qu'ils avaient\nilluminées, et dont aucun, cependant, ne renseignait l'élixir de vie dont\npalpitait le carmin du visage d'Hélène. Quel fluide inconnu s'était élaboré\npar cette alchimie dont les éléments épais semblaient encore prêts à se com-\nbiner. Il y avait là les acides étincelants par lesquels Alvarez corrodait les\nmétaux précieux pour en infuser l'éclat dans l'or de ses diadèmes, les huiles\npressurées aux pétales mêmes des fleurs dont elles devaient perpétuer la fraî-\ncheur, et le parfait émail par lequel il les préservait de la corruption. Où\ndonc avait-il pris le sang qui frémissait en ce portrait? Ah ! le sang... Quelle\nlueur soudaine d'affres et d'ivresses... Pour cette fois, le peintre avait été\nsacrilège, son audace avait atteint la profanation... Pour vivifier la matière,\nil avait dérobé une étincelle de vie — il l'avait dit, lui-même, dans son\nagonie — au sang le plus pur d'Hélène !\n   Mais l'indignation, la colère, la jalousie qui eussent dû me transporter,\ntandis que mon imagination reconstituait avec instance la scène de la viola-\ntion, ne faisait que m'effleurer ; je ne les ressentais que comme des senti-\nments voulus, conformés par l'honneur, les fragiles barrières par lesquelles\non s'arrête de jouir du fruit d'un crime. Un autre trouble me ravissait, et je\nne pouvais que me laisser submerger dans l'inconcevable allégresse de ce\nprodige : là, sous un mince glacis, subsistait encore quelque chose de la\nréalité adorable, quoique les années se fussent succédées consumantes et\nque le corps dissous, immatérialisé, eût cessé depuis si longtemps de\nregretter l'âme écoulée avec ce sang.... Que je concevais maintenant ma\nsubite renaissance et le spasme dont j'avais tressailli. Elle aussi, la plus\ntendre des femmes, avait dû s'émouvoir à cette réunion et en partager la\nfélicité. Et, cependant, ses beaux yeux sombres continuèrent de me suivre\nde leur regard inexprimablement souffrant\n   Soudain, mon angoisse reparut, terrifiante, et je me mis à trembler\ncomme devant un exaucement poignant, la confirmation impitoyable des\ndoctrines auxquelles je me suis voué.\n   Car, vous le savez, ma compassion ne s'est pas arrêtée au seuil de la\ntombe, et je me suis affolé de ce que le secours apporté du corps humain\ns'interrompe par la mort. Vous savez, ne fût-ce que par les sarcasmes dont\nj'ai été honni, quand j'ai tenté de soulever le voile des choses,— et peut-être\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2938, "texte": "                                  — 312 —\n\n\nparce que, vous aussi, avez souri — que je crois fermement que l'affliction\nde la chair persiste, par la dissolution, au delà de la vie. Oui, je soutiens\nque la matière a sa sensation propre, et que le corps, qui est susceptible de\nsouffrance sans le concours de l'esprit, n'en est pas affranchi par l'abandon\nde celui-ci. Ne suffit-il pas, pour se convaincre, d'avoir observé les ondes\ndouloureuses qui continuent de parcourir les fibres de ceux que l'incon-\nscience semble anesthésier'.' Peut-on, du reste, appeler mort, celui dont la\nconsommation de la chair n'a pas complété celle de l'esprit? A elle donc\naussi, la pure, la sainte victime, le martyre, l'innommable supplice... Oh!\nsi je m'étais désespéré, si j'avais gémi quand j'avais considéré, pour la géné-\nralité des êtres, une entité vague, cette effroyable survivance, combien plus\nétroitement m'étreignait l'épouvante, quand celle qui avait été pour moi la\nseule femme, en devenait l'objet. La vérité devrait être erreur. Plutôt que\nd'admettre pour Hélène une si atroce possibilité, j'aimais mieux renier la\ndoctrine édifiée par tant de labeurs, et je voulus me convaincre par tous les\narguments qui m'avaient été allégués. Elle est heureuse, affirmai-je, la mort\nc'est le repos. Même, je riais de mon égarement passé. Pourquoi ai-je con-\ntinué de voir cette image ! Je l'ai contemplée le jour, quand l'audacieuse\nclarté du soleil dissipait les ombres du regard, et je l'ai revue, la nuit, quand\nles ténèbres en épaississaient le voile. Mais, soit qu'elle se nimbât d'une\ngloire ou qu'elle s'attendrît en la mollesse du crépuscule, je frissonnais à\nrencontrer le démenti de ces prunelles éternellement souffrantes.\n   Eternellement ! Ce fut le terme qui adhéra à ma pensée jusqu'à ce que\nj'en eusse pénétré toute l'étendue. Eternellement ! (à cette tristesse, cepen-\ndant, se mêlait une joie). Eternellement Hélène, radieuse, vibrante, souri-\nrait son sourire navré, tandis que le sang contenu par cet émail s'embrase-\nrait sans se consumer, et que la mort, qui lui avait communiqué son fer-\nment, percevrait son droit régalien de souffrance... Ah ! la barbare impiété\nde ce sacrilège, et qu'il eût été plus humain d'avoir abandonné à son cours\nnaturel de douleurs qui se résolvent, enfin, par le néant, cette chair captive,\ngémissante à jamais, comme ces ombres antiques arrêtées sur des rives\nqu'elles ne pouvaient franchir. Plus barbare étais-je de consentir à ce sup-\nplice. Je me disais — car l'agonie d'aucune lutte ne m'a été épargnée —\nqu'il suffirait de si peu de chose, d'une simple éraillure, pour que l'air glissé\nsous l'émail y reprît son œuvre destructive. Mais, moi-même, me retirer\nl'aliment qui me faisait vivre! Mais, moi-même, porter le coup de grâce!\nQuelle implacabilité, cependant, dans cette sensibilité. Ah ! je croyais\nentendre la plainte de la pauvre morte, qui seule en aurait appelé en vain\nà ma pitié.\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "                                    — 313 —\n\n   J'avais passé en ma vie par des affres étranges, mais je n'étais pas préparé\nà ceci : être le bourreau quand on adore la victime... Ce portrait, cepen-\ndant, était tout ce qui me restait d'elle, et j'en étais venu à l'adorer mille fois\nplus que je n'avais aimé la femme. C'était, si vous le voulez, un amour\n insensé, une passion déréglée et maladive, mais qui, enfin, avait poussé sa\nracine en plein cœur; et je ne pouvais plus arracher l'un sans broyer\nl'autre. Dieu, me répétai-je, qui mesure l'épreuve à nos forces, ne m'avait\npas enlevé le spectacle de la première agonie pour me faire l'instrument de\ncelle-ci... Eh bien ! soit, je consentais à tout, mais il me fallait encore un\npeu vivre auprès de cette image. Des semaines, des mois se sont écoulés\ndans la continuation de sa souffrance, dans l'infamie de mon inaction ; puis\nun rapide élan, un mouvement d'abnégation éperdue m'a fait marcher vers\nle portrait, et je lui ai meurtri le front. L'air s'est insinué lentement sous\nl'épiderme vulnéré : à son approche, je voyais le radieux carmin reculer et\npâlir. Un instant il sembla refluer vers les tempes et chercher un refuge\nsous l'arc profond des sourcils. Immobile, si vaincu par l'effort que je per-\ndais la notion de la révolte, je regardais Hélène mourir.\n   Mais quand les paupières se brisèrent, et quand les yeux si doux\nversèrent des larmes de sang\n   Mes sens affolés retrouvèrent la caresse qui leur avait été familière,\net séchèrent avec mes lèvres ces larmes. Terrassé, je tombai au pied de\nl'image éteinte.\n   Le temps qui s'écoula en cette inconscience, le sais-je? J'arrive à une\npériode à laquelle j'ose à peine arrêter ma pensée. J'avais cru ne jamais me\nrelever de cette défaillance. Je revins à moi cependant; même il me sembla\nque ma vie s'était augmentée.\n   Je me retournai vers le portrait décoloré, et je le regardai sans regret,\nsans rien éprouver du déchirement que j'avais pressenti. Je forçai ma\npensée à se reporter vers Hélène; son souvenir me laissa impassible. On\neût dit que le passé s'était détaché de moi, et qu'une plénitude me rendait\nindifférent à tout ce qui n'était pas l'heure présente. La crise néanmoins\nm'avait profondément ébranlé. Une langueur commença à me débiliter.\nJ'avais voulu reprendre l'œuvre de ma vie, mais la trouvant sans but, je\ncessai de me contraindre. Vraiment, j'avais atteint le faîte où cesse le désir.\nPas une seule fois je ne consentis à l'examen de ce qui se passait en moi.\nCependant une conscience m'avertissait que je goûtais de coupables délices ;\net il y avait dans ma chair une alarme.\n   Une phase à suivre, étrange par la perversion de ses souffrances et par le\nsublime de ses halluciaations. Les perceptions les plus extatiques dont\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "                                  -   314   -\n\njamais s'accompagnèrent les visions d'un buveur d'opium, me rendaient\njusqu'au contact de la présence réelle d'Hélène. Ce me fut Un étonnement\nque ma soudaine indifférence à la douleur physique. Ces douleurs dissol-\nvantes étaient faites cependant pour réduire l'énergie la plus tenace. Mais\nmes sens suppliciés triomphaient, parce que la sensation de la vie d'Hélène\nne leur serait plus enlevée. C'était là une foi qui s'était instaurée d'elle-\nmême et que j'accueillis sans surprise. N'avais-je pas bu son sang, ce sang\nqui répandait dans le mien sa mortelle langueur? et rassuré par la rançon\ndont se payait ma félicité, je me suis laissé ravir en une paix si profonde\nque je ne conçois pas que le remords ait pu surgir.\n   Mais lorsqu'il se définit, oh ! que furent mes affres, mes épouvantes\npassées, auprès de ces instants frénétiques, — tantôt j'étouffais toute voix\npour m'exalter jusqu'au vertige, de ce qu'enfin la possession était réelle, et\nque rien, pas même ma volonté, pas même la folie du sacrifice, ne dissou-\ndrait notre union ; tantôt je m'abîmais de terreur et de honte, à sentir frémir\ndans mes veines ce faible sang de femme, et à connaître que, dans la com-\nmunion que je lui avais faite du mien, il ne s'était pas régénéré... C'était\ndonc là le salut que j'avais assuré. J'avais étendu à la durée de ma vie celle\nde sa peine. Malheureux, lâche, j'avais succombé. Au moment de s'immo-\nler, mon amour avait recherché un assouvissement suprême. Certes, c'avait\nété un irrépressible instinct, un élan désespéré vers l'existence, mais dont\nle crime ne se pouvait réparer que par la perte de cette existence qui eût pu\nencore être si longue ; car je m'étais remis à la tant chérir. Frissonnant,\nj'entendais se prononcer un inexorable arrêt.\n   Alors, suspendant toute pensée, puisque je suis si misérablement captif\nde l'analyse, et qu'il fallait que l'action fût immédiate, — j'ai ouvert l'écrin\ndans lequel je préservais, en une soie souple, la pointe de mon poignard.\nUn instant j'ai fait miroiter cette mort étincelante, mais j'ai préféré le poi-\nson, qui assoupirait notre agonie. Je l'ai délayé en une coupe de Xérès.\nJ'ai bu rapidement, et la chaleur du vin semblait verser dans mes veines\nde la vie à longs flots.\n   Comme la vie se pare pour ceux qui la quittent ! La lumière du soleil\nétait trop intense; et j'ai fait retomber les tentures. Une subite noirceur a\npassé devant moi, comme si mon regard se fût déjà baissé devant celui de\nla mort. Alors un dernier sursaut d'orgueil cabré devant un si froid vain-\nqueur, et j'allais réclamer du secours, vivre!... Mais un charbon qui se\nrallume, dans la cheminée, me montre les pages où j'ai rendu témoignage\ndes douleurs subies, et je me rappelle l'expiation, pauvre morte! Je me sou-\nviens de tous les instants où je l'ai aimée, mais les derniers qu'ils ont été\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "                                  — 315 —\n\nplus réels, plus inexprimablement tendres. A la fin donc, nous trouverons\nle repos. Le repos ! Est-ce moi qui y crois, au repos de la mort? Mes idées\nsont-elles à ce point confuses que j'oublie que, physiologiste de la mort,\nj'ai pénétré ses secrets. C'est à moi maintenant d'éprouver les douleurs à\ncause desquelles mon cœur s'est brisé pour Hélène... Pourquoi faiblir...\n   Que cette agonie cependant a de douceur. Les mêmes rêves opiacés se\nposent devant mes yeux. Distinctement je me vois étendu sous la terre, et\nje possède encore Hélène même dans la mort. Son sang confondu avec le\nmien en partage la passion douloureuse... Ah! misérable, lâche! J'ai\nencore cédé à l'aveugle instinct. Ge n'était pas ainsi qu'il m'était permis de\nmourir !\n   Il fallait le fer, l'effusion du sang, et sur ma plaie la prompte succion de\nl'air. Où donc est ce fer? Je ne l'avais pas jeté loin... là, près du divan...\nMon Dieu! ce poignard... je ne puis plus l'atteindre.\n   Le poison me rive en un pesant sommeil. Seigneur! encore un instant...\nautrement je serai infâme... grâce, je meurs en me maudissant... Puisque\nce n'est pas pour moi que j'implore, Seigneur, ne pourrais-je être\nexaucé?. . la mort\n   Quand on entrera dans cette chambre, ouvrez-moi les veines..., et s'il est\ntrop tard... je veux pour mon corps tout de suite... des flammes... un\nbûcher\n                                                    LOUIS TRÉDERNE.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 316, "titre_corps": "Révolte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "RÉVOLTE", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A NOTRE BON ONCLE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 360, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 1490, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "RÉVOLTE\n         Voilés d'ombre, aux chemins hantés d'Anges en noir\n         Ils s'en vont, les yeux clos aux glaives de l'aurore...\n         Oh! revoir sur ton sein douloureux se reclore\n         Tes aurorales mains aux prières du soir!\n\n         Tristes comme tes mains regarde-les, mon Ame,\n         S'en aller à pas lents aux forêts, deux à deux\n         Les Ephèbes voués aux baisers monstrueux\n         Où les tordra l'Enfer entre ses bras de flamme !\n\n         Je suis las de dormir du sommeil des marais\n         Sisyphe! des clairons m'appellent aux forêts,\n         Oh fuir! J'ai soif du vin magique des Ténèbres!\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 305, "texte": "                                    — 316 —\n\n         Oh! fuir sur l'étalon en rut des vents hurleurs\n         Et voir pleurer sur nous comme des yeux funèbres\n         La lointaine démence en f eu des voyageurs!\n                                                                 JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 319, "titre_corps": "À notre bon oncle L. M. 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Depuis lors, je professe pour lui une admira-\ntion pleine de soulagement.\n   Mais, vous, notre bon oncle, vous allez plus loin. Vous reconstruisez\nl'arbre généalogique de Stéphane Mallarmé, et vous lui donnez comme\nancêtre le bon Charles Nodier, cher à Musset.\n   Oui, il paraît qu'il y a du Mallarmé en herbe dans l'Histoire du roi de\nBohême et de ses sept châteaux. C'est la chanson de la chaise de poste :\n      Pif paf piaf patapan.\n   « Ouhiyns ouhiyns. Ebrohé broha broha. Ouhiyns ouhiyns.\n   « Tz' tz' tza, cla cla cla. Vli vlan. Flic, flac. Flâna flac.\n   « Tza tz' tza. Pspips'psi! Ouistle.\n   « Zou lou lou. Rlurlurlu. Ouisle. Cla cla. Flafla flac.\n   « Tatata — tatata — pouf.\n   « Ouhiyns, Ebrohé broha. Ouhiyns, ouhiyns.\n   « Trrrrrrrrrrrrrrr. Hup. O hep. O hep. O hup. O hem. Hap!\n   « Trrrrrrrrrrrrrrr. O hée. Oooh. Halt! Oooooh...\n   « Xi xi xi xi xi xi. Pic! Pan! Baoûnd!\n   « Hourrah! »\n   Il faut être professeur de littérature pour ne pas comprendre que\nStéphane Mallarmé s'est inspiré de cette chanson-là en écrivant :\n               La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.\n               Fuir! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres\n               D'être parmi l'écume inconnue et les deux!...\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "                                  -    317-\n\n   Quand je dis que pour récuser cette parenté, il faudrait être professeur\nde littérature, je m'aventure. M. Tilman professe, et il est de votre avis\navunculaire.\n   Pspips'spi! Ebrohé broha! Je vous aime, notre oncle!\n   Je vous aime surtout, vénérable ouistle, lorsque vous traduisez le Nénu-\nphar blanc.\n   Prenons le texte de Mallarmé :\n   « J'avais beaucoup ramé, d'un grand geste net et assoupi, les yeux en\n« dedans fixés sur l'entier oubli d'aller, comme le rire de l'heure coulait\n« alentour. »\n   Psips'psi! Zoulou lou. Ça y est. Traduisez, notre oncle :\n   « . . . Tout à coup, j'eus la sensation de me réveiller en sursaut, comme\nsortant d'un rêve.\n   J'avais ramé longtemps. Ce mouvement du rameur, auquel je suis rompu\npar une vieille habitude, ce mouvement d'un rhythme toujours égal comme\ncelui d'un métronome, m'était si facile, que je n'en sentais pas l'effort; si\nnaturel, qu'il était inconscient. Mes reins se pliaient et se redressaient, mes\nbras lançaient et tiraient les avirons, mes poignets leur donnaient la double\nsecousse du « plumage » ; et moi, je ne m'en occupais nullement. Con-\nfiant, je laissais faire l'être purement animal — l'autre, comme dit Xavier\nde Maistre; — un sentiment vague de plaisir et de fierté bête de ce que\nl'autre sût si bien son métier, traversait ma rêverie somnolente.\n   J'oubliais tout souci. La course rapide, l'air frais malgré les rayons\nardents du soleil; l'aspect changeant des rives, qui semblaient fuir en sens\ninverse avec leurs reflets dans l'eau, chassés par les coups de rame comme\ndes tableaux fondants; tout cela me charmait... ce fut une heure de vie\ncalme et souriante. »\n   Notre oncle, je vous en prie, tenez-moi. Je pousse des ouhiyns de joie\net des zou lou lou de jubilation. Comme vous le dites avec tant d'élégance,\nje suis rompu! Fla flaflac. C'est honteux à dire : votre traduction m'a\nfiaflaflaqué.\n   Permettez que je reprenne mon Ebrohé broha broha, je veux dire mon\ncalme, et continuons.\n   Vous dites? Vous allez expliquer le sonnet « Victorieusement? » Lisez-le\nmoi, notre oncle.\n                 Victorieusement fui le suicide beau\n                 Tison de gloire, sang par écume, or, tempête!\n                 O rire si là-bas une pourpre s'apprête\n                 A ne tendre royal que mon absent tombeau.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "                                   — 318 —\n\n                 Quoi ! de tout cet éclat pas même le lambeau\n                 S'arrête, il est minuit, à l'ombre gui nous fête\n                 Excepté qu'un trésor présomptueux de tête\n                 Verse son caressé nonchaloir...\n\n   Eh bien! Pourquoi vous arrêtez-vous, notre oncle? Quoi? Qu'est-ce que\nvous me dites? Vous ne voulez pas continuer le sonnet « parce qu'il s'y\ntrouve des choses.... »\n   Tatata — tatata — pouf, je l'achève pour vous :\n                  Verse son caressé nonchaloir SANS FLAMBEAU!\n\n   O hem. O hup. O hem. Notre oncle traduit :\n   « Le poète, comme autrefois Joseph Delorme, Daniel Jovard et trois cent\ntrente-six autres, a révèle suicide. Un suicide « beau », glorieux, sanglant,\nterrible et sublime, éclatant comme une tempête dans le calme plat de la\nvie bourgeoise et forçant la renommée : « Tison de gloire !» (Il a fait là\ndessus des vers qu'il trouve magnifiques, annonçant au monde qu'il va se\nfaire sauter la cervelle.) Mais baste! Se tuer! ça fait du mal. Enfoncé,\n« victorieusement fui » le suicide ! Le poète ne peut s'empêcher de rire en\npensant que le public a gobé ses vers désespérés, et que là-bas on est en\ntrain de se pâmer de pitié, d'horreur et d'admiration, on « tend de pourpre »\nun « tombeau » vide !\n   Minuit! Il est minuit. Il rit et s'étonne. Ce devait être l'heure... et de\ntoute cette frénésie de mourir — qui fut pourtant à demi sincère — il ne\nreste plus rien, qu'une langueur morbide que lui versent, caressés, les flots\nd'une chevelure opulente et superbe...\n           Coupure. »\n   Abélard aussi, notre oncle, avait une coupure. Vli vlan. Flic flac.\n Pspips'psi. Ouistle!\n   C'est drôle, notre oncle, comme vous mettez bien les vers en prose, et la\nprose à l'envers!\n   Mais, dites-moi, pourquoi diable ne vouliez-vous pas lire :\n                  Verse son caressé nonchaloir SANS FLAMBEAU?\n\n  Pourquoi coupez-vous le flambeau? Ne me déshéritez pas, notre oncle,\nmais... qu'est-ce que vous pouvez bien f...aire dans l'obscurité? Ouhiyns\nouhiyns !\n  Encore un flic flac, notre oncle, et je vous laisse faire pspips'psi tout seul\navec votre ouistle. Vous êtes furieux contre Mallarmé et vous rappelez\nqu'au temps de Charles Nodier, « on n'avait pas inventé le dédaigneux et\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "                                  -   319    -\n\nsuperbe tirage unique à cent exemplaires numérotés » et vous ajoutez qu'en\nce temps-là « on se piquait d'avoir des lecteurs ».\n   Possible, notre oncle. Mais en ce temps-là, il n'y avait pas de professeurs\nde littérature pour dégoûter les poètes d'être lus, traduits et... coupés par\ndes oncles de Béotie.\n   Charles Nodier, qui s'amusait d'avance de votre lettre de la Revue géné-\n rale, a écrit la chanson de la chaise de poste. Connaissez-vous celle de la\n chaise... ajourée? Pic! Pan! Baoûnd! Hourrah !\n                                                                       PUCK.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 320, "titre_corps": "Chronique artistique : Au sujet de l’Exposition d’Affiches au Musée du Nord", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Léon Dardenne", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "N D L D", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 364, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 646, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n               Au sujet de l'Exposition d'Affiches au Musée du Nord.\n\n\n               En cette sentine à cloportes qu'est la capitale, non de l'esprit,\n                 assurément, plus même de la zwanze, où l'abrutissement semble\n                 encouragé par quelque servile commission des fêtes et des\n                 beaux-arts, ne tarderont certes pas à s'organiser des concours\n de gâtisme, où ceux qu'il est convenu d'appeler édiles ne seront pas les\n derniers à décrocher, non la timbale, mais l'indispensable complément de\n toute chaise percée, celui-ci en argent frappé aux armes de la ville, et géné-\n reusement octroyé au plus marmeladeux des concurrents.\n     En ces dernières fêtes, s'est étalée au long des murs, une affiche évidem-\n ment nationale, fichue comme l'as de pique et où ne manquaient ni les\n tirebouchonesques fers forgés, en ornements de pompe à bière, ni l'obli-\n gatoire génie qui, en celle-ci, d'un geste indécent, semble introduire l'index\n au centre d'un hémisphère, à la manière des faunes figurés dans les des-\n sins secrets d'Annibal Ganache.\n     Choisie au concours, cette affiche donne une piètre idée de ce que\n devaient être les projets des autres concurrents, où, mieux encore, de l'état\n intellectuel des membres de la commission chargée de juger les esquisses\n envoyées.\n    Je ne veux pas leur demander, ce qui serait presqu'exiger d'eux quelqu'in-\n telligence ou connaissance d'art, s'ils ont songé à lui commander d'exécuter\n l'affiche des fêtes : car ils ignorent sans doute qu'il est en France un artiste\n qui, de l'affiche, est arrivé à faire une sérieuse chose d'art, d'un art tout\n spécial, où, d'un écrasement d'ocres, d'outremers, de vermillons, jaillissent\n des œuvres d'une joie intense, un ensoleillement au long des façades grises\n ou des palissades, au fond des impasses, partout où il est un bout de mur\n  où coller les adorables fantaisies du maître de l'affiche illustrée : Chéret.\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "                                  — 320 —\n\n\n   Parisienne avant tout, maquillée, étalant dans une envolée de jupes ses\ngrâces de fausse maigre, presque toujours troublante, qu'il s'agisse de\nl'Arlequine de l'Alcazar d'Eté, de l'amazone de Paris-Courses, de l'affrio-\nlante meunière du Moulin-Rouge, des gitanas des Montagnes russes,\nou mieux encore, dans l'affiche du Jardin de Paris, où dans des éclats de\njaunes et de rouges, chahute une petite femme en robe verdâtre, exquise,\nau sourire découvrant les dents, sourire étrange trouvé par Chéret et que\nl'on retrouve dans presque toutes ses oeuvres ; presque déconcertant dans ces\nfigures pâles aux lèvres trop rouges, aux yeux allongés de kohl, sous l'em-\nbroussaillement de chevelures rousses, parfois auréolées de tulle d'or comme\nen l'affiche de la Fête des Fleurs.\n   Il faudrait les citer toutes : l'Amant des danseuses, les trois affiches des\nbuttes Chaumont, le Théâtre des enfants, le Théâtrophone, car en toute\ncette exubérance de vie, d'une vie spéciale par ces figures éclairées du des-\nsous, comme par la rampe de quelque théâtre de rêve. Dans une autre note,\nà la même exposition, trois affiches du Grasset, l'une surtout, la Librairie\nromantique, et aussi l'affiche de Jeanne d'Arc, où se retrouvent toutes les\nqualités de l'illustrateur de l'histoire des quatre fils Aymon.\n   Après tout, pourquoi n'y aurait-il pas au Musée d'art décoratif et indus-\ntriel de Bruxelles une collection d'affiches de Chéret ; cela servirait certes\nà instruire ceux qui se chargent de juger les concours d'affiches et aussi les\nartistes qui seraient disposés à se soumettre à ce genre de concours; et cela\nvaudrait fichtre mieux, au point de vue de l'amélioration du goût de la\nrace « Public », que les indigestes tartines d'artistes allemands acquises par\nl'Etat à la dernière exposition d'art décoratif.\n                                                      LÉON DARDENNE\n                                                     (Mage de 1re classé) (1).\n\n\n  (1) N. D. L. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 324, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "de condoléance", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "Paul Adam vient de publier dans une"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 209, "texte": "tiens politiques et littéraires, un article"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 246, "fin_caractere_exclue": 288, "texte": "lui reste permis — mais, de plus, blessant"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 320, "fin_caractere_exclue": 356, "texte": "Lemonnier, nos amis de Gand, etc., y"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 429, "texte": "Quichotte hilare. 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François Coppée est en villégiature à"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "Auvers-sur-Oise. Ne dites donc pas :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2854, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "« Qu'est-ce que ça me fait? » Ça fait que"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "M. 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François écrit une ballade sur la loi"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "Ferry :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3476, "texte": "On proscrit Dieu de par la loi."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3536, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "Les curés privés de salaire"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3654, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "Sont condamnés sans nul pourvoi."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3689, "fin_caractere_exclue": 3724, "texte": "Quelqu'un qui devrait être privé de"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3725, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "salaire, c'est M. 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François dépeint la rencontre de deux"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 812, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "trains de chemin de fer :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "Comme toujours, dans ces terribles aventures,"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1059, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "Les voyageurs se sont jetés hors des voitures."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1192, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Ce « comme toujours » est capitolin —"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1276, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "quartier des oies."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1344, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "Dans un autre monocoquelogue, M. Fran-"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1429, "fin_caractere_exclue": 1471, "texte": "çois commet les alexandrins suivants, pla-"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1518, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "cés dans l'orifice buccal d'un homme-"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "affiche :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1661, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "Voilà trois mois, pas plus, je faisais le trottoir"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1761, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "Pour cette volerie en grand, la Compagnie"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1852, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "Du Transcentinental de la Patagonie..."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1939, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "Et aussi :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 1998, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "Oui, cela me ramène au bon temps, quand les jupes"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "De ma pauvre Clémence égayaient le logis..."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2188, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "Et enfin :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2265, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "Le père Eloi, l'ancien compagnon charpentier,"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2359, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "— Autrefois un fameux homme dans son métier —"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2453, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "N'avait que soixante ans sonnés, pas davantage,"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2549, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "Mais, pour un ouvrier, déjà c'est un grand âge."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2645, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "Etant connu sur tous les chantiers cependant,"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2739, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "Il vécut assez bien jusqu'à son accident."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2830, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "M. de la Palisse aussi."}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2903, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "Pauvre M. François, qui fut un artiste"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2988, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "naguère, au temps du Reliquaire et des"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3073, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "Intimités !"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3134, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "On assure que M. Maurice Barrès, mage-"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3219, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "député de Nancy, usant de son initiative"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3306, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "parlementaire, déposera sur le bureau de"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3393, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "la Chambre la proposition de loi que voici :"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3486, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "ARTICLE UNIQUE. Il est interdit à M. Fran-"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 3610, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "çois Coppée d'aller en villégiature."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "Un autre Coppée — en berrichon ça se"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "prononce Rollinat — envoie au Figaro des"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 229, "fin_caractere_exclue": 246, "texte": "poèmes rustiques."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 320, "fin_caractere_exclue": 335, "texte": "Ci l'un d'eux :"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 495, "fin_caractere_exclue": 509, "texte": "LA T A U P E ."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 516, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "La taupe a ressenti la haine"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 551, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "Du soleil qui cuit l'arbrisseau,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 590, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "Mord le roc, pompe le ruisseau."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 681, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "Combien pitoyable se traîne"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "Sa nuit d'aveugle souterraine !"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 808, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "Pleine de faim, elle surmène"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 874, "texte": "Sa dent, son groin de pourceau,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 930, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "Ses mains, ses pieds à forme humaine,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1044, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "La taupe !"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "Mais elle jeûne, sans l'aubaine"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1099, "fin_caractere_exclue": 1132, "texte": "D'un cloporte ou d'un vermisseau;"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "Et la mort va prendre à la peine,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "Sous son pauvre petit monceau,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1318, "fin_caractere_exclue": 1348, "texte": "La fouilleuse couleur d'ébène,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1422, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "La taupe !"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1520, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "MAURICE ROLLINAT."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1585, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "Les pieds de M. Maurice Rollinat n'ont"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1676, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "pas forme humaine, mais pourquoi signe-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "t-il deux fois? \" La taupe \" suffisait !"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2398, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "Une coquille du Précurseur :"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2429, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "« M. le baron Van Havre, membre de la"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2467, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "Commission, s'était chargé de peloter le"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2508, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "prince Baudouin, et il s'est acquitté de sa"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2594, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "mission en fin connaisseur. »"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2685, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "Tous nos compliments."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3039, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "M. Henry Maubel vient de faire paraître"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "chez Savine une nouvelle intitulée Miette,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3182, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "dont nous parlerons dans notre prochain"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3223, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "numéro."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3235, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "En attendant, nous la recommandons à"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "tous ceux qui ont lu naguère, dans la Jeune"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3360, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "Belgique, le petit chef-d'œuvre d'observa-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "tion féminine appelé A cœur perdu."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3709, "fin_caractere_exclue": 3746, "texte": "La conférence que donna, à Bruxelles,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3770, "fin_caractere_exclue": 3810, "texte": "M. Stéphane Mallarmé, vient de paraître,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3812, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "à Paris, chez le nouvel et hardi éditeur des"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "jeunes, Edmond Bailly."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Annonçons aussi l'apparition, chez La-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 228, "texte": "comblez, du nouveau drame de M. Maeter-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 317, "texte": "linck : Les Aveugles, dont nous rendrons"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 366, "fin_caractere_exclue": 404, "texte": "compte prochainement, et des Flaireurs"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 453, "fin_caractere_exclue": 478, "texte": "de Charles Van Lerberghe."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 634, "fin_caractere_exclue": 674, "texte": "En préparation : la Désespérée, par Léon"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 795, "fin_caractere_exclue": 800, "texte": "Bloy."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 887, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "Eddy Levis vient de publier l'Ode au"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1016, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "drapeau."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1184, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "Un des meilleurs poètes du Parnasse"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1268, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "français, M. Léon Dierx, vient d'être nommé"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1360, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "chevalier de la Légion d'honneur. Cet évé-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1451, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "nement peu prévu a été fêté chez Margerie,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1542, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "en un banquet intime et cordial, auquel"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "assistaient la plupart des Parnassiens et des"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1724, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "poètes de la Jeune école, et où nous étions"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1816, "fin_caractere_exclue": 1858, "texte": "représentés par notre ami André Fontainas."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1910, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "M. Léon Dierx est un artiste d'inspira-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 1998, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "tion haute et délicate, qui, loin de courtiser"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "la foule, a poussé jusqu'au scrupule le res-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2186, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "pect de son art. C'est dire que la Jeune"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2275, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "Belgique s'associe de tout cœur à l'hommage"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2367, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "discret qui lui a été rendu."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2556, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "Le Nouveau Musée des Arts décoratifs,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2640, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "vient d'être ouvert au Parc du Cinquante-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2728, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "naire. Au milieu des photographies d'après"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2817, "fin_caractere_exclue": 2861, "texte": "les primitifs, des copies de prix de Rome et"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2908, "fin_caractere_exclue": 2944, "texte": "des peintures murales d'après Puvis,"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 2992, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "Levy, etc., nous avons retrouvé la collec-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3079, "fin_caractere_exclue": 3122, "texte": "tion japonaise, acquise dernièrement par le"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3167, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "gouvernement."}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3321, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "Deux des statuettes en bronze de Con-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3403, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "stantin Meunier, qui ont été exposées au"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3491, "fin_caractere_exclue": 3530, "texte": "Champ-de-Mars, viennent d'être acquises"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3578, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "par le gouvernement... français, pour le"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3666, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "Musée du Luxembourg. Ce sont le Marte-"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 3747, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "leur et le Débardeur."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "Le peintre Vincent Van Gogh dont on se"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "rappelle au dernier Salon des XX les toiles"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "tapageuses, vient de mourir à Anvers-sur-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 318, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "Oise."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "M1110 Louise Ackermann, un poète fran-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "çais qui eut son heure de célébrité, due à"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "îles poèmes jansénistement athées, rimes"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 699, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "gauchement — est morte à Nice au com-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 791, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "mencement du mois d'août."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1125, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "M. Georges     Rodenbach      a avalé son"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1215, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "samovar."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "Une bien triste nouvelle nous est com-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1545, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "muniquée : En apprenant qu'il n'avait"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "pas été invité à la grande fête des Arts et"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1646, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "de la Littérature, donnée au Cercle artis-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1689, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "tique, Firmin Galoubet s'est donné la mort"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1779, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "sur la tombe du docteur Valentin."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2124, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "Lettre de l'ouvreuse ; voyage autour de"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2216, "fin_caractere_exclue": 2255, "texte": "la musique. Paris, Vanier, éditeur. Une"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2293, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "jeune personne — nous aimons à le croire"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2334, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "— qui a jeté son bonnet par dessus les"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "moulins et le cherche dans toutes les salles"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "de concert. Elle écoute, entretemps, la"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2458, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "musique, car elle l'adore, écrit à la volée"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2502, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "ses impressions, car elle a des démangeai-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2638, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "sons dans les doigts, et envoie bien vite ce s"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2778, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "lettres au directeur d'Art et Critique. Quel"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2916, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "babil! Des méchancetés, des indiscrétions,"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3052, "fin_caractere_exclue": 3096, "texte": "des folies, des phrases qui ont l'air d'être"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3184, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "faites d'un gracieux tour de hanches. Tout"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3316, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "lui est permis. Il est vrai qu'elle a de l'esprit"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3463, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "comme un singe, un ouistiti mademoiselle 1"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3587, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "qui ferait de bien vilains calembours.Tenez,"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3632, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "ne dites plus tant de mal de vos ennemis et"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3676, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "de vos amis; sans cela nous dirons que"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3715, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "vous êtes coquette. Ne faites pas la moue,"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3811, "fin_caractere_exclue": 3853, "texte": "vous devez l'être. 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N'importe, nous allons vous recom-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 193, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "mander chaudement aux amis et respec-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 317, "texte": "tueusement, mademoiselle l'ouvreuse."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 380, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "A lire : Dans le Mercure de France, de"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "très intéressantes notes de Remy de Gour-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 604, "texte": "mont sur Villiers de l'Isle-Adam, contenant"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "quelques variantes inédites de ses contes."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 751, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "Dans la Revue Indépendante des poésies"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 840, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "de Bjornson, des vers de Bouchor, Bois,"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 930, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "une lettre au docteurPandolphusdeCharles"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1021, "fin_caractere_exclue": 1026, "texte": "Buet."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "Dans la Société Nouvelle, les Fusillés de"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1172, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "Malines, par Georges Eekhoud, un conte de"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1278, "texte": "Hubert Krains."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1332, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "Dans la Plume, Christophe Colomb"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1415, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "devant les Taureaux, par Léon Bloy."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "Dans la Pléiade, des vers d Arnay, Gau-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "thier."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1741, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "Nous annonçons à nos lecteurs la pro-"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1829, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "chaine fusion de la Jeune Belgique avec la"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 1922, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "Revue des Deux-Mondes ; elle continuera"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2012, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "à paraître sous ce titre : Jeune Belgique des"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2108, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "Deux-Mondes."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2174, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "Ferd. Brunetière sera ch.irgé de la Boîte"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2256, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "aux lettres et de Wyzewa du Memento."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2598, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "Par ordre du « postmaster gênerai » des"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2735, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "Etats-Unis, le livre du comte Tolstoï : La"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2915, "texte": "Sonate de Kreutzer, vient d'être banni des"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3009, "fin_caractere_exclue": 3051, "texte": "courriers postaux pour cause d'immoralité."}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3150, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "Comme si l'Amérique comptait pour"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 3277, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "quelque chose! 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Hubert Krains vient d'avoir la"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 1644, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "douleur de perdre sa mère. 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' vélin teinté, fr. 3-50.         .\n\n\n  I M P R E S S I O N S D'ART, par EUGÈNE DEMOLDER, chez\nMadame Ve Monnom.\n\n  A   L'AVENTURE,                par JAMES V A N D R U N E N .\n\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement 1 an : 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n  L A R E V U E I N D E P E N D A N T E , rédacteur en chef :\nFRANÇOIS DENION. Abonnement, 15 francs par an; étranger, 17 francs.\nAdministration chez Albert Savine, 12, rue des Pyramides, Paris.\n\n   L E M E R C U R E D E F R A N C E , revue mensuelle d'art et\nde littérature : ALFRED VALLETTE, rédacteur en- chef, 15, rue de\nl'Échaudé-Saint-Germain, Paris Prix : 40 centimes.\n\n  LA P R I N C E S S E M A L E I N E , drame en cinq actes, par\nM. MAETERLINCK, chez Van Melle, rue St-Georges, 14, Gand. — 5 francs.\n\n   GIL B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\ncines, 16, à Paris; publie L'ENVIE, par MAURICE MONTÉGUT. ' '.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n\n  D E M A N D E Z CHEZ BRIAS U N P E T I T CHAPAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire du numéro de juillet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE du numéro de Juillet", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vient de paraître chez LÉON VANIER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 371, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "SOMMAIRE du numéro de Juillet de LA JEUNE BELGIQUE. — La\nvolupté de souffrir, André Fontainas. — Poèmes, Fernand Severin. —\nChristine de Landelies, Louis Delattre. — Sonnets, Albert Arnay. —\nDéfi du rêve, Hubert Stiernet. — Chronique artistique : L'Exposition du\nCercle des Femmes peintres ; l'Exposition de l'Écran et de l'Éventail, X.\n— Memento, Nemo.\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Vient de paraître chez LÉON VANIER", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA JEUNE B E L G I Q U E reparaît sur la brèche", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 371, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "Vient de paraître chez LÉON VANIER, Paris :\n\n      L'AME DES C H O S E S\n                           RECUEIL DE POEMES EN PROSE\n\n                 par H E C T O R   CHAINAYE\n                         Prix : 2 francs.\n\nViennent de paraître chez l'éditeur LACOMBLEZ, 33, rue des Paroissiens :\n\n               LES AVEUGLES\n                     par M A U R I C E MAETERLINCK-\n   150 exemplaires sur papier vergé, à 3 francs.\n\n              LES FLAIREURS\n                   par CHARLES VAN L E R B E R G H E\n   125 exemplaires sur papier vergé, à 1 franc.\n    25     id.     sur Hollande, à 2 francs.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1890-08-n8-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1890-001-009_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1890-001-009_f.pdf", "ocr_sha256": "c7e087206b8e72a42fef7ff9e7af5604be881f96766d010f18359861851a644f", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA JEUNE B E L G I Q U E reparaît sur la brèche", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 371, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "LA      JEUNE                    B E L G I Q U E reparaît sur\n la brèche, l'élan est donné.\n    A la tête du mouvement littéraire, L A J E U N E B E L -\n G I Q U E , hautaine et fière, dirige le combat, marche en\n avant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\n E L L E pour la propagande ! Des cartes d'abonnement sont à\n la disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\n D I X abonnés nouveaux recevront L A J E U N E B E L -\n G I Q U E g r a t u i t e m e n t p e n d a n t un an.\n    Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n  1° L A J E U N E B E L G I Q U E gratuitement à perpé-\n tuité ; 20 Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe\n des frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\n en tête de la publication commémorative de nos fêtes du\n dixième anniversaire.\n\n                 Bruxelles. — ImprimerieVEMonnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 336, "texte": "Août 1890                     TOME IX. — N° 8                                    10me Année.\n\n\n\n\nLA\n   JEUNE\n                  BELGIQUE\n                              SOMMAIRE:\n      Un raout artistique . . . . . . . .      LA JEUNE BELGIQUE.\n      Seizième siècle                          ALBERT GIRAUD.\n      Le bonheur des autres                    HUBERT KRAINS.\n      L'Eau du rêve                            GEORGE KELLER.\n      Le portrait                              LOUIS TRÉDERNE.\n      Re'volte                                JEAN BOELS.\n      A notre bon oncle L. M. (de la Revue\n       générale)                              Puck.\n      Chronique artistique :\n       Au sujet de l'Exposition d'Affiches au\n            Musée du Nord                     LÉON DARDENNE.\n      Memento                                 NEMO.\n\n\n\n\n                                                          BRUXELLES\n                                            Rédaction : 55, BOULEVARD D'ANDERLECHT\n   PRIX DU NUMERO                                                PARIS\n            Fr.   0-75                            LIBRAIRIE DE l'Art      Indépendant\n                                                      11, rue de la Chaussée d'Antin\n\n                                                                 1890\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "      BELGIQUE\n                                 N E CRAINS\n\n\n\n\n                   JEUNE\n                           LA\n                                 N E CRAINS\n          Revue mensuelle de littérature\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur         : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                           Directeur : VALÈRE GILLE.\n                 Rédaction : 55, Boulevard d'Anderlecht, Bruxelles.\n                   7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n\n                            BOITE AUX LETTRES.\n  62. —• Avis.         Monsieur le Directeur,\n  Durant votre absence votre intérimaire fit appel à une personne de bonne volonté\nen ces termes : « On demande un vieillard riche ». Je me présente; voici mes conditions :\nRiche, assez pour contenter même un jeune homme lyrique, vert comme un poireau,\npeu exigeant, discret, rarement pochard, homme du monde, enfin! J'attends la photo-\ngraphie du demandeur.\n  Faut-il d'abord allumer?\n  Transmettez, je vous prie, ceci à la personne intéressée et recevez, etc.\n                                                                 Un vieillard riche.\n  63. — PROSPER X V I I . Voici : Aziyadé, Fleurs d'ennui. Le mariage de Loti, Mon frère\nYves, Le roman d'un Spahi, Pêcheur d'Islande, Les trois dames de la Kasbah, Madame\nChrysanthème, Japoneries d'automne, Au Maroc, Le roman d'un enfant.'\n  Bien à vous.\n  64. — ORIGÈNE FONTAINAS. Faut pas se retrancher du monde; attendons conte avec\ngrande impatience.\n  65. — J. D. CHATELET. Avons expédié le numéro demandé.\n  66. — MAGNUS « ... la Duchesse aimait les groseilles vertes et les enfants de 15 ans... »\nVite, son adresse, s. v. p., ayant de vous répondre.\n  67. — EMILE VAN H., Anvers. Il doit représenter à peu près la valeur d'un franc.\nMerci pour votre charmante carte; n'oubliez pas la Jeune là-bas, il y a de la propagande\nà faire. Cordialement.\n  68. — CHARLES POTTE. Vers couvés à l'ombre du saule de Musset. Vous êtes triste\ncomme un enterrement de troisième classe ; ce n'est pas une raison parce qu'elle vous a\nplanté là de nous envoyer des strophes toussotantes.\n  69. — Parfait, IWAN GILKIN. L'abondance des matières nous force à remettre au\nprochain numéro votre très intéressant article sur le « Possédé ».\n\n\n   Nous invitons nos amis et nos abonnés qui ne recevraient pas régu-\nlièrement La Jeune Belgique à le faire savoir au plus tôt à la Direction.\n\n  LA J E U N E BELGIQUE est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 33, rue des Paroissiens, chez Rozez et à l'Office de Publicité.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Paris : Chez Bailly, 11, rue de la Chaussée dAntin.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "          UN RAOUT ARTISTIQUE\n\n                              A l'occasion des fêtes nationales, le Cercle\n                           artistique et littéraire de Bruxelles (hichlifferie,\n                               billard et carambolages) a offert un raout à\n                               tous les artistes et à tous les écrivains qui ont\n                               eu la chance de naître dans la patrie de Louis\n                            Hymans, de Charles Potvin et d'Antoine Clesse.\n                                    Il paraît que cette fête, d'ailleurs somp-\n                                 tueuse, a été d'un éclectisme attendrissant.\n                                  C'est ce qui semble résulter d'une allocu-\n                tion, subie par le Roi et proférée par le président du Cercle,\n                M. Mélot.\n\n\n                          « SIRE,\n\n                   « Des deux anniversaires célébrés aujourd'hui, le premier\n               nous rappelle qu'un jour nos pères se sont unis et ont versé\n               leur sang pour nous donner un nom et une patrie; le second,\n              que depuis vingt-cinq ans — et pour la première fois — c'est\n              un Roi né sur le sol belge qui tient entre ses mains le drapeau\n              du pays.\n   « La Belgique fête avec bonheur ce double jubilé : heureuse d'une indé-\npendance trop chèrement achetée pour n'être pas aussi énergiquement défen-\ndue; justement fière d'un Roi qui, tout en poursuivant glorieusement\nl'œuvre de l'auguste fondateur de l'auguste Dynastie, s'est assuré par ses\nœuvres personnelles le respect et l'admiration du monde entier.\n                                                                        19\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                  — 294 —\n\n   « Le Cercle artistique et littéraire de Bruxelles s'associe pleinement aux\nsentiments de reconnaissance exprimés de toutes parts à Votre Majesté.\n   « Il La remercie ici plus particulièrement de la haute protection qu'Elle n'a\ncessé d'accorder aux arts, aux sciences et aux lettres. C'est là aussi une\npartie du patrimoine de la nation, et non la moins glorieuse. La sollicitude\néclairée et efficace du Roi ne lui a jamais fait défaut!\n   « Votre Majesté en donne une preuve nouvelle en assistant à cette réunion\npatriotique, à laquelle ont été conviés, sans distinction de partis, de\nlangues, de tendances et d'écoles, tous ceux dont l'art ou la science est la\npassion et la vie.\n   « Qu'Elle veuille bien nous permettre de l'en remercier respectueusement\net d'attester notre absolu dévouement au Roi, qui a consacré sa vie entière\nà la défense, à la prospérité, à la grandeur de notre cher pays.\n\n          « MADAME,\n\n   « Les artistes, toujours prêts à concourir par leurs talents au soulagement\ndes misères humaines, n'ignorent pas que les rares instants que Votre\nMajesté dérobe à la charité, Elle les consacre à la musique et à la peinture.\n   « A ces titres divers, Votre Majesté se rattache donc aussi à la grande\nfamille qui a l'insigne honneur de la recevoir. Me permettra-t-elle de lui\noffrir quelques fleurs en son nom ! »\n   Le Roi a répondu, selon sa coutume : « La Reine et moi, nous sommes\ntrès sensibles. » Mais lorsqu'il a cherché autour de lui les représentants des\ndifférentes écoles artistiques, il a dû quelque peu sourire, de ce fin sourire\nqui est la revanche des souverains constitutionnels.\n   Cet excellent M. Mélot, — qui devrait être parent du légendaire député\nde Namur — et ses collègues de la commission du Cercle la lui bâillaient\nbelle, au Roi! On lui annonçait la présence, sans distinction de partis (parler\nde partis quand il s'agit d'artistes !) de langues, de tendances ou d'écoles, de\ntous ceux dont l'art est la passion et la vie. Et parmi ces invités passionnés,\nbrillaient, avec quelques artistes et quelques écrivains, membres du Cercle,\ndes marchands de peaux de lapin, des bureaucrates automatiques, des avo-\ncats avocassants, des cantatiers de profession (vieille noblesse belge :\nchevilles sur champ d'avoine), des placeurs de vin de champagne ayant\nrevue marollienne sur rue, des larves lamentables qui s'intitulent corres-\npondants de quelque journal étranger, des rédacteurs de chiens écrasés\nrépétant machinalement : « les progrès de l'élément destructeur » et « la\njustice informe », quelques bas bleus aux jarretières desquels nul, sans être\nhonni, n'a jamais mal pensé, des professeurs de statistique mongole, des\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": " brou teurs de Pandectes, des magistrats dodelinant de leur Barthole et\n barytonnant de leur Cujas, des conseillers communaux et leurs « dames »,\n bref la joyeuse tribu des congresseux de tous les congrès, même littéraires,\nqui aiment à casser des pierres dans les grands raouts.\n   Nous avons vainement cherché Camille Lemonnier, Félicien Rops, Iwan\nGilkin, Maurice Maeterlinck, Fernand Severin, Arnold Goffin, Francis\nNautet, Henry Maubel, Emile Verhaeren, André Fontainas, Jules et\nGeorges Destrée, Valère Gille, Charles Van Lerberghe, Hector Chainaye,\nLouis Delattre, Arthur James, Fernand Brouez, etc., etc.\n   La Jeune Belgique n'avait pas même été conviée à cette fête si éclec-\ntique et si veuve de tout parti-pris d'école!\n   Deux de ses fondateurs, Georges Eekhoud et Albert Giraud, avaient été\ninvités en qualité de journalistes.\n   Voici de quelle encre notre collaborateur Albert Giraud a remercié les\nAbencérages de la commission :\n\n          « Messieurs,\n   « J'ai reçu votre invitation à la fête que vous offrez, le 22 juillet, à tous les\nartistes et à tous les écrivains de Belgique.\n   a D'après les termes même de votre obligeant carton, c'est le journaliste\n que vous invitez.\n    « Le journaliste vous présente ses remercîments professionnels, mais il\n croit que votre invitation s'est trompée d'adresse. C'est évidemment à mon\n homonyme Albert Giraud, l'auteur de Hors du Siècle, et l'un des fonda-\n teurs de la Jeune Belgique, que dans votre pensée, cette invitation était\n destinée.\n   « Agréez donc, Messieurs, avec tous mes regrets, l'assurance de ma consi-\ndération la plus distinguée. »\n   Georges Eekhoud a riposté dans le même sens, et d'encre non moins\n sympathique.\n   Si les peintres, les sculpteurs et les musiciens — sans distinction d'école\n— ont été traités comme les écrivains, le raout a dû être magnifique, et\ntout à fait national.\n   La Jeune Belgique profite de l'occasion pour demander que le limon a.\ndief de ce Cercle artistique et littéraire, — où Baudelaire naguère, et\nMallarmé récemment, furent si courtoisement reçus — soit décoré de\nl'ordre de Léopold.\n                                                   LA J E U N E BELGIQUE.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                         — 296 —\n\n\n\n\n            SEIZIÈME SIÈCLE\n                   LOUIS DE CONDÉ\nCet avorton noueux, au masque corrodé\nPar l'envie, au féroce et lent sourire pâle,\nCe bossu que la guerre a rougi de son hâle,\nC'est l'espoir de Calvin, le prince de Condé.\n\nEt pourtant le hasard, sur un seul coup de dé,\nPourrait jouer l'épée et la foi de ce mâle ;\nCar un unique vœu, jusqu'à son dernier râle.\nFera battre son cœur sous son pourpoint brodé.\n\nRome ou Genève? Dans son âme souterraine,\nQu'insulte la splendeur des princes de Lorraine,\nLourde et noire, la haine enroule ses anneaux\n\nEt siffle étrangement, serpent mélancolique :\n« Si les Guise, demain, se faisaient  huguenots,\nCondé, le lendemain, se ferait catholique. »\n\n\n                     MARIE STUART\n\nLe front meurtri sous une invisible couronne,\nLa reine encore enfant, veuve d'un jeune amour,\nPleure l'ordre reçu de quitter cette cour\nSi fine et si féline où son printemps fleuronne.\n\nLà bas, qui dénouera ses cheveux embrasés'!\nQui sera sa patrie ardente'/ Quelle ivresse\nLui verseront la haine et le ciel sans caresse\nDe ce peuple rigide, ennemi des baisers?\n\nDéfaillante, elle songe à l'adolescent frêle,\nAu roi de peu de nuits qui s'est éteint par elle,\nCierge mort sur lequel son haleine a soufflé;\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                          — 397 —\n\nEt même en ses regrets déjà presqu'adultère,\nElit pour sa devise un beau vers désolé :\n« Ce que j'ai de plus doux est couché sous la terre. »\n\n                   MAUVAIS SOMMEIL\n                                               A ANDRÉ   FONTAINAS\n\n\nL'enfant-roi Charles IX, frêle espoir du royaume\nDe France, a clos ses yeux, ses longs yeux  ténébreux,\nEt s'endort en rêvant sous les rideaux ombreux,\nEreinté par la chasse et par le jeu de paume.\n\nUn besoin d'action, même dans le sommeil,\nSoulève à lents soupirs sa poitrine débile,\nEt les fleurs de la mort sur son masque mobile\nS'enflamment d'un éclat maladif et vermeil.\n\nSes mains blanches, d'azur diaphane veinées,\nSur d'onctueux coussins aux chimères fanées,\nSœurs étranges, en vain promènent leur désir;\n\nEt fières, tour à tour flatteuses ou crispées.\nPrésument, en dansant de haine ou de plaisir,\nLes douceurs de la chair et l'acier des épées.\n\n                  LA MÉDICIS ENFANT\nAu léger tintement des cloches argentines,\nLe jardin du couvent ouvre ses fleurs ravies,\nEt voici, dans un frais parfum de jeunes vies,\nLe cortège captif des nobles Florentines.\n\nSous le pli machinal des prières latines\nLeurs lèvres de treize ans ne sont guère asservies,\nEt leurs âmes d'enfant bondissent, poursuivies\nPar l'irritant désir des amours clandestines.\n\nL'une d'elles souvent, la moins belle d'entre elles.\nDont toutes à l'envi sont âprement éprises,\nS'amuse à les induire en d'étranges querelles,\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                           — 298 —\n\n\n Et, roulant son destin dans ses prunelles grises,\n A voir ces cœurs frémir de plaisir ou de peine,\n Apprend parmi leurs jeux le dur métier de reine.\n\n                     HENRI DE BÉARN\n                                        A   EUGÈNE   DEMOLDER\n\n\nCe prince de Navarre est bien le rejeton\nD'une race à la fois hypocrite et grossière,\nAvec ses yeux matois, sa bouche putassière,\nEt la barbe de bouc qui pointe à son menton.\n\nEnflé du creux désir d'une gloire banale,\nSous les coups de la guerre et les jeux de l'amour,\nSans un cri léonin il fera tour à tour\nSonner comme un tambour son âme machinale.\n\nUn rusé montagnard, un hâbleur au cœur sec\nSachant le rire épais et les larmes publiques\nQu'il faut pour éblouir les foules domestiques;\n\nUn gai compère, ayant langue preste et bon bec,\nEt qui, chasseur goulu, traque de basses proies\nChez les filles d'auberge et les gardeuses d'oies\n\n                           DÉCLIN\nMarguerite, l'ancienne reine de Navarre,\nRegagne son palais dans sa chaise à porteurs,\nTriste et seule, quêtant les sourires menteurs\nEt l'aumône d'amour d'une jeunesse avare.\n\nLa mendiante est vieille, et la charité, rare :\nIls sont enfuis, les soirs vermeils, les soirs chanteurs\nOù sonnaient les sonnets doux sonnants et flatteurs,\nEt devant son déclin toute chanson s'effare.\n\nParfois, bonheur cruel, ses grands yeux   défleuris,\nQui naguère aimantaient tant de regards épris,\nEtonnent le désir de quelqu'enfant précoce;\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                         — 299 —\n\nEt, rétive à son confesseur Vincent de Paul,\nElle tance Néro, le lévrier d'Ecosse,\nQui poursuit en jappant son ombre sur le sol.\n\n\n                        LA FRAISE\n\nAu Louvre, en attendant le plaisir de leur prince,\nLes mignons frisottés s'amusent de la fraise\nRidicule où s'étrangle un page de province,\nUn enfant de seize ans, rouge comme une fraise.\n\nSoudain, grande rumeur : sur le seuil de la porte\nLe roi Henri, suivi d'un superbe équipage,\nParaît, et les mignons s'aperçoivent qu'il porte\nUne fraise pareille à celle du beau page.\n\nLivarrot, de stupeur, lâche la sarbacane;\nD'Epernon est très pâle, et d'Arqués, qui ricane,\nAu bas du bilboquet laisse la bille pendre.\n\nMais le rusé Saint-Luc choisit sa révérence\nLa plus fine, et s'en va d'un air naïf et tendre\nComplimenter le nouveau roi du roi de France.\n\n\n                       INITIATION\nViens, mon enfant : là-bas, sous la garde d'un ange,\nTrésorier des secrets du Savoir défendu,\nPour les cœurs dévoyés saigne une vigne étrange\nOù siffle le serpent du Paradis perdu.\n\nL'ange dort quand je veux. Va, mon bel enfant, mange\nA folles dents la grappe où ma bouche a mordu :\nDemain tu connaîtras le prix de la vendange\nEt la vertu du vin que l'aîné t'a vendu.\n\nTu te regarderas agir, penser et vivre;\nTu seras à la fois le lecteur et le livre\nEt l'obscur écrivain de ce livre odieux;\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                         — 300 —\n\nEt tu mourras très vieux, cultivant ta souffrance,\nPour avoir abdiqué le sceptre d'ignorance\nQui te sacrait l'égal des héros et des dieux.\n\n\n                     A OLAINVILLE\nAvec leurs lévriers, pour un heptaméron,\nIls sont là, tendres fleurs suprêmes de leur race,\nDeux à deux, dans la nuit, sur la blanche terrasse,\nQuélus et Saint-Mégrin, Joyeuse et Maugiron.\n\nA leur insu le roi, cependant qu'ils devisent,\nDu haut de son balcon savoure leur beauté,\nLe charme de leur voix chanteuse, leur gaîté,\nEt les troublants parfums dont leurs cheveux s'anisent.\n\nMais la lune ruisselle, et ses rayons blafards\nSous un hâle de mort décomposent les fards\nEt les sourires peints de leur bouche lascive;\n\nEt réveillé soudain de son rêve amoureux,\nLe Valois sent éclore en son cœur ténébreux\nUne paternité vengeresse et tardive.\n\n                LE RÊVE DE HENRI III\n                                         A VALÈRE GILLE\n\n\nSes cheveux d'ombre et d'or crénelés de serpents,\nDe féroces rubis cerclant sa tête plate,\nSur un trône porté par des lions rampants,\nDans l'encens rose et bleu l'idole se dilate.\n\nAutour, le palais brûle et croule à larges pans,\nEt dans la rouge crypte où l'incendie éclate\nLes flammes en folie ouvrent comme des paons\nLes prunelles de feu de leur queue écarlate.\n\nL'idole m'halluciné : un farouche avenir\nDe meurtres monstrueux et d'amours frénétiques\nS'amasse pour mon âme en ses yeux prophétiques ;\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                 — 301 —\n\n    Et dans leurs gouffres noirs je regarde venir\n    Au devant de ma peur, du fond de leur nuit lente,\n    Les tragiques flambeaux de ma mort violente.\n                                                      ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n       LE BONHEUR DES AUTRES\n              L'ouvrier ayant noué sa cravate devant un débris de miroir\n               assujetti au mur par quatre clous, passa la manche sur son\n               chapeau bosselé, puis, très doucement, se glissa hors de sa\n               chaumière où sa femme dormait déjà.\n   La rue était déserte. Çà et là, derrière les fenêtres éclairées, des ombres\nremuaient, et des enfants, dans les cours, agitaient des crécelles, soufflaient\ndans des trompettes, ou bien, d'un coup de talon, faisaient éclater des\npétards sur le pavé. En face de l'église, les étalages des marchands forains\nresplendissaient et quelques villageois s'efforçaient de dégotter, à coups de\nfusils; des pipes plantées dans un ratelier, que supportait une espèce de\nmât. Pareilles à des étoiles filantes, des fusées, de temps à autre, traçaient\nsur le ciel noir des paraboles de feu.\n   L'homme marchait d'un pas lent et lourd. Sans tourner la tête, il tra-\nversa un estaminet, puis gravit un escalier dont les marches crièrent sous\nses souliers ferrés. En arrivant dans la salle de bal, il éprouva comme un\néblouissement. Des réflecteurs de fer blanc rendaient la flamme des quin-\nquets aussi éclatante que les feux du soleil; des guirlandes de roses en\npapier festonnaient le plafond, et trois musiciens, sur une estrade,\nessayaient leurs instruments. — Il passa dans la salle contiguë. Cinq ou six\ntables, entourées de chaises et de bancs, la remplissaient. Derrière le comp-\ntoir, le cabaretier, assisté de deux femmes, rangeait des bouteilles, garnis-\nsait des sucriers, polissait des cuillers. Il tourna autour des tables, regarda\nles chaises, puis, planté devant le comptoir, les mains dans les poches,\néchangea quelques paroles avec le patron.\n   Les danseurs arrivèrent. Au bras de leur cavalier, les jeunes filles,\nemmitouflées en des châles, marchaient à petits pas, timides et frileuses.\nQuelques-unes avaient des fleurs dans leurs cheveux. Et tout ce monde, en\nentrant, bousculait l'ouvrier, l'écrasait contre le mur, le faisait virer de\n droite et de gauche comme un meuble qu'on déplace. Il s'effaçait cependant\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                                 — 302 —\n\n\nle plus possible ; il s'efforçait même de sourire quand on lui marchait sur\nles pieds, et à tout moment, sa main, d'un geste automatique, se portait à\nson chapeau pour saluer.\n   Les musiciens ayant entamé un air, la danse commença. Appuyé au\nchambranle de la porte, il admira l'attitude majestueuse des hommes, les\nfaçons gracieuses des femmes. La taille ployée, la tête légèrement renver-\nsée, elles frôlaient à peine le plancher, et quand elles passaient devant la\nflamme des lampes, leurs bagues, leurs broches et leurs pendants se héris-\nsaient de minuscules étincelles. Il remarqua qu'elles avaient, comme les\ndemoiselles de la ville, les mains très blanches. Et tandis qu'il suivait les\névolutions des danseurs, il écoutait attentivement la musique, qui lui\nparaissait plus douce et plus entraînante que celle qu'on fait à l'église, les\nsoirs de mai, pendant que les petites filles chantent des cantiques.\n   Cependant son plaisir ne dura guère. L'indifférence de toutes ces\npersonnes l'attristait. Il eût voulu sortir de son isolement, engager une\nconversation, mais les gens, dès qu'il les fixait, détournaient ou abaissaient\nles yeux.\n   Il vint s'asseoir sur l'appui de la fenêtre, et, les mains croisées sur ses\ngenoux, la tête inclinée, il considéra machinalement le va-et-vient des\nhommes et des femmes, qui défilaient, à présent, comme des fantoches,\ndevant ses regards. Bientôt ses prunelles se rivèrent au sol et il ne vit plus\nrien. La musique, le traînement des pas sur le plancher, les rires et les pro-\npos des buveurs, le tintement des verres se confondirent peu à peu en un\nbruit sourd et monotone qui paraissait venir de très loin, pareil à un puis-\nsant ronflement de machine, et il se crut séparé de tous les vivants\net comme muré dans un cachot où régnait un jour blafard. Il était là\ndepuis un temps indéterminé et il n'en sortirait jamais ! Des gouttes d'eau\nsuintant du plafond, humide comme la voûte d'une caverne, lui tombaient\nsur le crâne. Il ne connaissait rien du monde, son visage, sans doute, était\nd'une laideur épouvantable, il ne possédait peut-être plus toutes ses facultés,\net il ignorait jusqu'au son de sa voix. Un jour, il avait bien essayé de se\ndistraire en engageant un soliloque, mais l'écho de sa prison avait trans-\nformé ses paroles en un hurlement sinistre, en une sorte de bâillement de\nbête fauve, dont le souvenir, actuellement encore, lui causait des\nfrissons. Il n'avait pas osé recommencer, et maintenant accroupi contre la\nparoi, immobile comme une pierre, il attendait la mort. Par delà ce\nmur pourtant, il devinait des prairies, des arbres, des fleurs, un grand ciel\nbleu. Il ne les verrait plus. Et il songea tristement qu'il existait des gens\nqui marchaient sous ces arbres, cueillaient ces fleurs, contemplaient ce ciel ;\ndes bêtes même foulaient avec bonheur l'herbe des prairies.\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                  — 303 —\n\n\n   Il releva la tête, et comme au sortir d'un sommeil, les choses, à ses côtés,\nreprirent insensiblement leurs formes naturelles, et la musique de nou-\nveau domina tous les bruits.\n   Une grande animation régnait. La gêne, la crainte, la timidité s'étaient\ndissipées ; une immense joie se lisait sur toutes les figures. Des couples se\npromenaient lentement en se parlant à voix basse ; des visages hilares piqués\nde deux petits yeux sensuels se dressaient derrière un fouillis de verres et de\nbouteilles ; accoudés au comptoir, des hommes discouraient, et leurs têtes\nchancelantes s'inclinaient, se rapprochaient, puis se rejetaient en arrière,\nbrusquement. Il remarqua deux amoureux, assis dans un coin et perdus\ndans de si profondes voluptés qu'ils paraissaient n'avoir pas conscience\nde l'endroit où ils se trouvaient. Le jeune homme tenait dans sa main,\ncomme une colombe, la blanche main de son amie, et leurs yeux, humides\net doux, rayonnaient, pareils à ceux des extatiques contemplant le bon\nDieu dans les nuées.\n   Cela lui rappela sa jeunesse, ses amours, son mariage. Il avait rêvé\nd'ineffables délices dans la possession d'une femme, mais tout le honheur\nespéré s'était évanoui dans la misère. Maintenant, il était ballotté de souf-\nfrances en souffrances, d'angoisses en angoisses, et il compara son sort à\ncelui d'un damné dont Lucifer présente aux flammes, tantôt la tête,\ntantôt les jambes. L'avenir lui apparaissait tel qu'une nuit impénétrable\net sans fin ; tout le long de sa vie morne, il lui faudrait cheminer clopin-\nclopant, comme un cheval fourbu dans un chemin lacéré d'ornières. Sa mort\nmême ne serait pas un événement. Le jour de son décès, peut-être, quelques\npersonnes, heureuses de pouvoir varier les banalités qu'échangent d'habi-\ntude, en s'accostant, les gens bien élevés, comme : « il fait froid » ou « il\nfait chaud », « ne pensez-vous pas que le temps va se gâter », etc., diraient :\n« Le vieux Michel est mort, c'est dommage car c'était un brave homme ».\nEt, le lendemain de son enterrement, comme on ne placerait pas de croix\nsur sa tombe, le fossoyeur nivellerait la terre pour y semer de la luzerne\n   — Ah ! Seigneur ! Seigneur ! ! — C'était le cabaretier qui surgissait de\nderrière son comptoir, la face blême et les bras au ciel, appréhendant, sans\ndoute, un grand malheur.\n   L'ouvrier tiré brusquement de sa songerie par cette exclamation désolée,\nvit deux hommes qui s'agrippaient en jurant. Ils avaient la figure empour-\nprée et les yeux farouches. Aussitôt d'autres hommes se ruèrent de tous les\ncoins de la salle, les poings levés et l'air menaçant. Ceux qui étaient au rez-\nde-chaussée remontèrent en faisant un tapage formidable, tandis que les\nfemmes, comme des biches effarées, se parquaient à l'écart, une main sur la\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                                   -   304   -\n\n  poitrine pour en comprimer les battements, la bouche déclose, les yeux pleins\n  d'angoisse.\n     Les batailleurs, à présent, formaient une masse compacte. Les corps se\n touchaient, les pieds se cognaient et les bras, au dessus des têtes, s'entre-\n croisaient comme des bâtons. Le cabaretier tournait autour du groupe qu'il\n contemplait avec une mine décomposée en répétant de temps à autre d'une\n voix lamentable et de plus en plus faible : « Ah! Seigneur! Seigneur!! » —\n  Le pauvre homme songeait à ses bénéfices compromis par cette bagarre.\n     L'ouvrier suivait la scène avec indifférence. Que lui importaient ces gens,\n après tout! Quel intérêt avait-il de se mêler de leurs affaires? Ils pouvaient\n bien, ma foi, s'égratigner un peu le cuir. Pourtant, à la longue, il sentit\n quelque chose remuer en lui, comme si son cœur remontait dans sa poitrine;\n  les joues lui brûlèrent ; ses tempes battirent. Il tira le cabaretier par la\n manche, en disant : « N'ayez pas peur, je suis ici! ».\n     Alors, debout, les mains sur les hanches et le regard brillant, il attendit\n  une occasion de s'élancer. Déjà, il se voyait au milieu du groupe : ses bras\n  tournoyaient pareils à des ailes de moulin; ses pieds meurtrissaient les\n tibias; il lacérait des habits, faisait sauter des cravates, et, comme des\n marteaux, ses poings rebondissaient sur les crânes. Après avoir culbuté son\n dernier adversaire, insensible aux pleurs et aux lamentations des femmes,\n il se passait la manche sur le front pour en effacer la sueur, puis, le torse\n  bombé, la tête haute, il s'éloignait d'un pas ferme et les gens s'écartaient\n devant lui, comme à l'approche d'un guerrier.\n     Son intervention fut inutile. Les hommes s'apaisèrent, les musiciens exé-\n cutèrent une valse, la danse recommença, et le cabaretier, débarrassé de sa\n peur, avala un verre d'eau-de-vie, en signe d'allégresse.\n     L'ouvrier reprit sa place. Il allait retomber dans ses réflexions mornes,\n quand il entendit crier : « Michel ! ». Il s'approcha des hommes qui l'appe-\n laient, timidement, en roulant ses pouces. L'un d'eux, dit : « Conte-nous\n une fable ». Il se laissa tomber sur une chaise, regarda le plafond, fronça\n les sourcils comme quelqu'un qui cherche à se rappeler, puis narra une\n histoire follichonne dont la compagnie parut s'amuser follement. Quand il\n eut fini, on lui demanda d'aboyer. Il aboya. On le pria de \" faire comme le\n chat \". Il se mit à miauler. Ensuite, s'étant placé une feuille de poireau\n dans la bouche, il imita le pinson, le rossignol, l'alouette. Pour donner\nplus de piquant à ses farces, il arrondissait les yeux, se contorsionnait la\nbouche, prenait des poses humiliantes et viles, comme ces fous de cour que\nd'anciennes gravures représentent à quatre pattes devant un roi.\n   Les gens riaient, applaudissaient, criaient « bravo ». Cela le grisa. Il\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                  — 305 —\n\n\nmonta sur une chaise et voulut chanter. Autrefois, il avait connu plusieurs\nromances; il essaya vainement de se les remémorer. Il se rabattit sur une\ncomplainte qu'un pauvre estropié avait colportée, quelques jours avant,\ndans le village. Elle disait le massacre d'une famille entière, la lutte déses-\npérée du père, les supplications de la mère, l'effroi des enfants qui avaient\nfixé sur l'assassin de grands yeux ingénus et étaient morts en bégayant :\n« Maman ». Puis, sur une place publique, une foule silencieuse était\ngroupée devant un échafaud, au pied duquel des gendarmes, sabre au clair,\nse tenaient immobiles comme des statues. Des nuées orageuses roulaient\ndans le ciel, et des éclairs, de temps à autre, faisaient briller l'acier des\narmes. Enfin, une rumeur se produisait, un long frisson électrisait la foule,\net l'on se répétait de l'un à l'autre : « Le voilà. Il arrive ». Le coupable, en\neffet, s'avançait en chancelant, précédé d'un prêtre qui lui montrait un cru-\ncifix, et le priait, à voix basse, de se repentir.\n   Les auditeurs, maintenant, paraissaient songeurs : les femmes baissaient\nla tête et les hommes fumaient avec rage. Ils s'imaginaient entendre grincer\nle couteau de la guillotine, et il leur semblait que la musique, dans la salle\nde bal, exécutait un air funèbre.\n   L'ouvrier continuait, imperturbable. Mais, tout à coup, un jeune\nhomme, empoignant sa chaise par un pied, d'un mouvement brusque, la\nfit basculer. L'ouvrier, en s'étalant, donna de la tête contre un meuble et\ns'écorcha le front. Il se releva, et tout en tamponnant sa blessure avec son\nmouchoir, il promenait sur les assistants deux yeux pleins de tristesse et de\nreproches. Les gens le contemplaient avec impassibilité. Quand ils virent\nque sa figure se contractait, ne pouvant se tenir plus longtemps, ils\ns'esclaffèrent. En présence de cette hilarité, il s'efforça de rire. Alors deux\nlarmes, s'échappant de ses paupières, roulèrent sur ses joues, ses traits de\nnouveau s'immobilisèrent, et toute sa personne prit une attitude humble,\nlamentable, suppliante.\n   Décidément, il n'était plus « drôle ». Les personnes s'éloignèrent une à\nune, il se retrouva seul. Il erra quelque temps entre les tables, sans penser,\nabruti par les humiliations subies, éprouvant seulement une indicible ran-\ncœur, comme s'il avait été forcé d'avaler toutes les rinçures qui poissaient\nle comptoir, comme si toute la fumée des cigares, flottant en nuage gris au\ndessus des têtes, lui était entrée dans les narines, dans le gosier, dans le\ncœur. Il songeait à partir, quand le jeune homme qui, tout à l'heure, l'avait\nfait tomber, lui passa un verre de champagne.\n   Assis à l'entrée de la salle de bal, il le but lentement, à petites\ngorgées. Cela lui coula du bonheur dans l'âme. La joie des autres l'égayait;\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                    — 306 —\n\n il riait quand il les voyait rire ; il avait envie de chanter, de danser, de faire\n des folies. Bientôt, il lui sembla que sa cervelle tournait doucement dans\nson crâne. Son corps, ensuite, acquit une légèreté extraordinaire, et il se\nrappela le bien-être qu'il éprouvait, les soirs d'été, en se baignant dans la\nrivière. Les sensations étaient les mêmes. Comme l'eau, les ondes de la\nmusique le soulevaient, le parfum des femmes le faisait songer aux fleurs\ndes prairies, il entendait le bruit des dernières charrettes sur les routes, les\nchansons des gars lui parvenaient du fond de la campagne, tantôt gaies et\nvives comme les roulades d'un oiseau, tantôt mélancoliques et douces\ncomme des refrains de vieille.\n    Soudain, il tressaillit ; un cri d'admiration s'étouffa dans sa gorge. Le\nspectacle dont il jouissait était fabuleux. Les fleurs du plafond dégringo-\nlaient le long des murailles, il y en avait sous les pieds des danseurs, elles\ns'entassaient en avalanche autour des musiciens. La flamme des lampes\n l'éblouissait, une poussière d'or voltigeait dans la salle. Les robes\nchatoyaient, les souliers luisaient, et les boucles des épingles piquées dans\nles cheveux, les pendants, les broches, les bagues, en passant dans la\nlumière et puis dans l'ombre, simulaient de petites étoiles qui brillaient,\ns'éteignaient, se rallumaient. Les visages des danseuses, surtout, le ravis-\nsaient, à cause des regards langoureux, du sourire discret des lèvres, de la\ncoloration des joues. A force de les contempler, il lui sembla qu'ils n'appar-\ntenaient à aucun corps : ils voltigeaient dans l'espace, gracieusement soute-\nnus par une force invisible, comme ces têtes d'anges qui, dans les tableaux\nreligieux, entourent la vierge Marie dans son Assomption. Parfois, il avait\nenvie de s'élancer pour les embrasser à pleine bouche, l'idée de sentir sur\nsa peau rude la moite chaleur de ces chairs le faisait frémir, mais il trou-\nvait son désir insensé, ces figures s'éloigneraient à son approche, s'évanoui-\nraient. C'était quelque chose d'immatériel, de céleste. Et le cœur palpitant,\nla cervelle en feu, il restait immobile, les deux mains sur ses genoux, le\ncorps tendu en avant, les pupilles dilatées.\n   Le bal finissait, il lui fallut partir. Dans la rue, çà et là, des formes\nvagues se mouvaient. En s'approchant, il reconnaissait des amoureux.\nSerrés l'un contre l'autre, ils marchaient lentement, se parlaient à voix\nbasse, échangeaient des baisers. Il passait très vite, en étouffant le bruit de\nses pas, dans la crainte de les troubler. Par moments, il aspirait la brise,\nqui charriait des effluves de volupté.\n   Un rossignol chanta ; il s'arrêta pour l'entendre. Cela acheva de le griser.\nIl perdit la notion de l'endroit où il se trouvait. Il était riche, maintenant,\net vêtu comme un grand seigneur, avec des bagues aux doigts et une\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                                  — 307 —\n\nchaîne d'or à son gilet, il se promenait, appuyé sur une canne, dans les\nallées d'un immense parc. Il n'avait pas de soucis, pas de chagrins. Sa vie\nétait calme et limpide, comme l'eau de l'étang devant lequel il s'arrêtait\nparfois, pour contempler les évolutions d'une bande de petits poissons\nrouges. Le roucoulement des pigeons, le piaffement des chevaux dans\nl'écurie, le vol d'une hirondelle, les ébats de son chien sur la pelouse le\nplongeaient dans une grande joie, et il ne se lassait pas d'admirer les par-\nterres où des fleurs de toute espèce figuraient des étoiles, des rosaces, des\ncroissants de lune.\n   Au crépuscule, en regagnant leurs demeures, les paysans harassés le\nregardaient curieusement, à travers la grille du parc. Ils enviaient son sort.\nEt l'aspect lamentable de tous ces malheureux lui faisait davantage appré-\ncier l'immensité de son bonheur.\n   Mais ses meilleurs instants, il les passait en compagnie de sa femme, à la\ntombée de la nuit, assis sur un banc que protégeait le feuillage énorme\nd'un marronnier.\n   Sa femme était jeune et belle, elle avait une robe de soie et des bijoux\nprécieux. Il lui prenait la main, il la regardait dans les yeux; ses senti-\nments acquéraient une suavité céleste; les mots lui manquaient pour les\nexprimer ; il avait à la fois envie de rire et de pleurer; par moments, il son-\ngeait à se rouler sur l'herbe, comme un enfant; puis il était possédé d'une\ninfinie reconnaissance pour tout ce qui l'entourait; les arbres, les fleurs, les\noiseaux devaient avoir été créés pour le rendre heureux; le frissonnement\ndes feuilles, le bourdonnement des insectes se répercutaient dans son cœur,\ncomme les vibrations mourantes d'une cloche lointaine, et, de même qu'au\nciel, des milliers d'étoiles brillaient, d'un éclat tranquille, au fond de son\nâme,..\n                                                      H U B E R T KRAINS.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                              — 308 —\n\n\n\n\n                  L'EAU DU RÊVE\n                                VOIX\n\n             L'Eau passerait claire et si lente\n             Et si dolente à s'assoupir\n             Indolemment, dans le soupir\n             Montant de la rive silente;\n\n             L'onde argentine effleurerait\n             Les lys d'argent de la pelouse...\n             Mais l'Eau lasse tant se doulouse\n             De quel insondable regret ?\n\n             La voix de l'Eau qui pleure est-elle\n             Une plainte des cœurs maudits?\n             Par les longs soirs de douleur telle\n             L'âme qui pleure de jadis.\n\n\n                          DÉSESPÉRANCE\n\n             O l'Eau dont les flots argentés\n             Ont réfléchi l'éveil des mondes,\n             Oh! glauque, entraînant les émondes\n             Que lui laissèrent les cités,\n\n             Là-bas! sous les horizons ternes,\n             Minant les piles d'un vieux pont,\n             Quand rien à l'ombre ne répond\n             Que. le grand œil las des lanternes,\n\n             L'Eau dont s'étouffent les flots noirs\n             Dans le noir canal qui l'emporte,\n             Comme au remords à notre porte\n             S'étouffe la voix des espoirs...\n                                                  GEORGE KELLER.\nMars 1889.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                  — 309 —\n\n\n\n                      LE PORTRAIT\n                                                     A GEORGE INVERNESS.\n\n\n              I1 me semblait pourtant qu'après de si nombreuses années, les\n                mesquines douleurs, et tant d'efforts trahis, avaient usé le vif\n                de ma souffrance. Du moins, je ne sentais plus, comme pal-\n                pable, la douceur de ce temps où j'étais aimé par une femme,\net je ne croyais plus que mon cœur méthodique se fût désordonné aux\npalpitations folles. Mais un jour, amorti, cependant, vieillissant, je regar-\ndais mourir un ami d'autrefois, ce même Antonio d'Alvarez qui avait vu\nl'agonie d'Hélène, morte loin de moi, voici tant d'années, tuée par une\nchute de cheval. Le délire faisait vaciller la pensée d'Alvarez ; plein de\npitié, je me courbai vers ses paroles démentes, profération suprême des\ninexprimables désirs, et dans lesquelles se révélait peut-être le sens mysté-\nrieux d'une existence. Mais son délire à lui était d'un artiste. Les tons\néblouissants de sa palette semblaient reparaître devant ses yeux, et, dans son\naberration, passant aux métaphores les plus hardies, il se glorifiait d'avoir\ntrempé son pinceau aux sources mêmes de la vie, dans le sang le plus pur.\n   Quand ce fut fini, et que le corps inerte eût été abandonné aux cruautés\nde la dégénérescence, je pénétrai dans l'atelier déserté. Dans un recoin\nobscur, à l'abri, je reconnus une étude d'après Hélène. Une double religion\nm'en faisait un legs sacré. Quand elle eût été suspendue dans la salle la plus\nlumineuse de ma demeure, il se fit en moi un mouvement étrange, comme\nsi quelque chose qui fût vraiment Hélène, eût de nouveau passé mon seuil.\n   Cette esquisse était énervante à force d'éclat et de chaleur. Le buste,\ncependant, et les vêtements abandonnés, comme à dessein, dans une\npénombre, ne laissaient pas pressentir la minute d'existence qu'avait évo-\nquée l'artiste ; mais la tête, miracle de vie, donnait l'impression d'une chair\nréelle, dans laquelle frémirait un sang jeune et vermeil. Les lèvres sai-\ngnaient en la transparence lactée de l'épiderme ; le léger incarnat du teint\ns'animait vers les yeux d'une mouvante rougeur, et ces yeux sombres étin-\ncelaient comme tous les tons auxquels était allié cet admirable carmin. Par\nun contraste déséquilibrant, l'or des cheveux s'éteignait à envelopper la\ngrâce de ce galbe; et la rose pourpre elle-même, enfouie dans la chevelure,\nsemblait terne, décolorée, comme si le peintre eût changé de palette après\navoir cessé de reproduire ce teint prestigieux.\n   Dire, je ne le saurais, l'ébranlement, l'angoisse de tout mon être à cette\n                                                                       20\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                                  — 310 —\n\nrésurrection soudaine... Comme en présence d'un lambeau retrouvé de ma\nvie, et dont ma chair s'émouvait... Non, je n'eusse pas été plus bouleversé\nquand la morte, détachée de ce cadre, eût encore appuyé autour de mon\ncou son bras caressant. Sans doute, l'ancien amour avait tressailli. Par quel\nprodige et comment l'homme flétri, désabusé, défaillait-il plus mortellement\nen face de cette image, que jamais le jeune homme enivré par la réalité\nmême ? En ce moment, je ne m'attardais pas à creuser ces problèmes.\nComme un adolescent, un instinctif, je m'abandonnais à la dérive d'un nou-\nveau courant. Les conditions de mon existence se modifièrent. Le travail\nqui l'avait absorbée, me devint impossible. A toute heure, altéré d'un incon-\ncevable désir, je fuyais mon cabinet d'étude pour retrouver l'image que je\nne me lassais de contempler en ses aspects inexplicablement changeants.\nA chaque fois que je l'avais revue, j'étais demeuré frappé de surprise.\nEtait-ce. l'artifice des lignes qui m'en avait fait méconnaître le caractère?\nD'abord, il m'avait paru que cette ivresse de la couleur n'était compatible\nqu'avec le rayonnement de la joie, tandis que, maintenant... Pourtant, cha-\ncun des traits, considéré isolément, ne manifestait qu'une sérénité inviolée;\net les yeux, si purs, semblaient incapables d'exprimer la mortelle douleur...\nOh ! j'ai voulu croire à une hallucination, je me suis dit que mon œil offus-\nqué par une constante observation de la souffrance, en retrouvait partout le\nreflet. Et, cependant, ma conviction s'affermissait... Mais aussi, pourquoi\ncette ironie à la Vinci, des lèvres qui sourient et une bouche qui gémit; et\ndans des yeux sans larmes, un regard plus angoissé que par la vie?\n   Bientôt, le doute fut impossible. Il était évident que ce portrait souffrait.\nJ'en eusse été averti, du reste, ne fût-ce que par la compassion violente qui\nme meurtrissait la face de ce masque énigmatique, comme devant le vif\nd'une torture physique. Cette sensation devint insoutenable. Je me consu-\nmais de mon impuissance, j'assemblais les plus subtils d'entre les artistes,\net je les suppliai de pacifier l'expression de ce visage. Ils me prouvèrent\npar leurs démonstrations techniques, que leurs efforts seuls en altéreraient\nle profond repos. Déjà, alors, je crus connaître l'extrême du désespoir. Je\nversai des larmes; ma pitié se répandit en paroles tendres et passionnées,\ncomme si je pressentais un être sensible sous la représentation fictive; sou-\ndain, je m'avisais que la morbidesse navrée résidait moins dans le tracé des\ncontours que dans l'intensité du coloris, que cette splendeur était une splen-\ndeur malsaine, un éclat de décomposition. Peut-être le carmin se mourait-il\nsous l'émail indéfectible. Je me hâtais de le confronter avec l'incarnat le\nplus pur; mais toutes les pourpres pâlirent, rapprochées de ce teint vivant.\n   Sans me laisser abattre, je recherchai dans ma mémoire ce que j'avais su\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                  — 311 —\n\nde la palette d'Alvarez. Alvarez ! le réaliste étrange, dont l'art avait été\nméprisé presque à l'égal du mien. Alvarez ! le coloriste effréné que j'avais vu,\nmaintes fois, tel qu'un incantateur de philtres, recueillir à l'heure des\nétoiles, à l'instant où la terre épanche une sève plus exaspérée, les substances\nvégétales dans lesquelles il délayait sa couleur. Je retournai dans l'atelier\ndésert. J'éprouvai les flacons étiquetés par le nom des toiles qu'ils avaient\nilluminées, et dont aucun, cependant, ne renseignait l'élixir de vie dont\npalpitait le carmin du visage d'Hélène. Quel fluide inconnu s'était élaboré\npar cette alchimie dont les éléments épais semblaient encore prêts à se com-\nbiner. Il y avait là les acides étincelants par lesquels Alvarez corrodait les\nmétaux précieux pour en infuser l'éclat dans l'or de ses diadèmes, les huiles\npressurées aux pétales mêmes des fleurs dont elles devaient perpétuer la fraî-\ncheur, et le parfait émail par lequel il les préservait de la corruption. Où\ndonc avait-il pris le sang qui frémissait en ce portrait? Ah ! le sang... Quelle\nlueur soudaine d'affres et d'ivresses... Pour cette fois, le peintre avait été\nsacrilège, son audace avait atteint la profanation... Pour vivifier la matière,\nil avait dérobé une étincelle de vie — il l'avait dit, lui-même, dans son\nagonie — au sang le plus pur d'Hélène !\n   Mais l'indignation, la colère, la jalousie qui eussent dû me transporter,\ntandis que mon imagination reconstituait avec instance la scène de la viola-\ntion, ne faisait que m'effleurer ; je ne les ressentais que comme des senti-\nments voulus, conformés par l'honneur, les fragiles barrières par lesquelles\non s'arrête de jouir du fruit d'un crime. Un autre trouble me ravissait, et je\nne pouvais que me laisser submerger dans l'inconcevable allégresse de ce\nprodige : là, sous un mince glacis, subsistait encore quelque chose de la\nréalité adorable, quoique les années se fussent succédées consumantes et\nque le corps dissous, immatérialisé, eût cessé depuis si longtemps de\nregretter l'âme écoulée avec ce sang.... Que je concevais maintenant ma\nsubite renaissance et le spasme dont j'avais tressailli. Elle aussi, la plus\ntendre des femmes, avait dû s'émouvoir à cette réunion et en partager la\nfélicité. Et, cependant, ses beaux yeux sombres continuèrent de me suivre\nde leur regard inexprimablement souffrant\n   Soudain, mon angoisse reparut, terrifiante, et je me mis à trembler\ncomme devant un exaucement poignant, la confirmation impitoyable des\ndoctrines auxquelles je me suis voué.\n   Car, vous le savez, ma compassion ne s'est pas arrêtée au seuil de la\ntombe, et je me suis affolé de ce que le secours apporté du corps humain\ns'interrompe par la mort. Vous savez, ne fût-ce que par les sarcasmes dont\nj'ai été honni, quand j'ai tenté de soulever le voile des choses,— et peut-être\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                                  — 312 —\n\n\nparce que, vous aussi, avez souri — que je crois fermement que l'affliction\nde la chair persiste, par la dissolution, au delà de la vie. Oui, je soutiens\nque la matière a sa sensation propre, et que le corps, qui est susceptible de\nsouffrance sans le concours de l'esprit, n'en est pas affranchi par l'abandon\nde celui-ci. Ne suffit-il pas, pour se convaincre, d'avoir observé les ondes\ndouloureuses qui continuent de parcourir les fibres de ceux que l'incon-\nscience semble anesthésier'.' Peut-on, du reste, appeler mort, celui dont la\nconsommation de la chair n'a pas complété celle de l'esprit? A elle donc\naussi, la pure, la sainte victime, le martyre, l'innommable supplice... Oh!\nsi je m'étais désespéré, si j'avais gémi quand j'avais considéré, pour la géné-\nralité des êtres, une entité vague, cette effroyable survivance, combien plus\nétroitement m'étreignait l'épouvante, quand celle qui avait été pour moi la\nseule femme, en devenait l'objet. La vérité devrait être erreur. Plutôt que\nd'admettre pour Hélène une si atroce possibilité, j'aimais mieux renier la\ndoctrine édifiée par tant de labeurs, et je voulus me convaincre par tous les\narguments qui m'avaient été allégués. Elle est heureuse, affirmai-je, la mort\nc'est le repos. Même, je riais de mon égarement passé. Pourquoi ai-je con-\ntinué de voir cette image ! Je l'ai contemplée le jour, quand l'audacieuse\nclarté du soleil dissipait les ombres du regard, et je l'ai revue, la nuit, quand\nles ténèbres en épaississaient le voile. Mais, soit qu'elle se nimbât d'une\ngloire ou qu'elle s'attendrît en la mollesse du crépuscule, je frissonnais à\nrencontrer le démenti de ces prunelles éternellement souffrantes.\n   Eternellement ! Ce fut le terme qui adhéra à ma pensée jusqu'à ce que\nj'en eusse pénétré toute l'étendue. Eternellement ! (à cette tristesse, cepen-\ndant, se mêlait une joie). Eternellement Hélène, radieuse, vibrante, souri-\nrait son sourire navré, tandis que le sang contenu par cet émail s'embrase-\nrait sans se consumer, et que la mort, qui lui avait communiqué son fer-\nment, percevrait son droit régalien de souffrance... Ah ! la barbare impiété\nde ce sacrilège, et qu'il eût été plus humain d'avoir abandonné à son cours\nnaturel de douleurs qui se résolvent, enfin, par le néant, cette chair captive,\ngémissante à jamais, comme ces ombres antiques arrêtées sur des rives\nqu'elles ne pouvaient franchir. Plus barbare étais-je de consentir à ce sup-\nplice. Je me disais — car l'agonie d'aucune lutte ne m'a été épargnée —\nqu'il suffirait de si peu de chose, d'une simple éraillure, pour que l'air glissé\nsous l'émail y reprît son œuvre destructive. Mais, moi-même, me retirer\nl'aliment qui me faisait vivre! Mais, moi-même, porter le coup de grâce!\nQuelle implacabilité, cependant, dans cette sensibilité. Ah ! je croyais\nentendre la plainte de la pauvre morte, qui seule en aurait appelé en vain\nà ma pitié.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                    — 313 —\n\n   J'avais passé en ma vie par des affres étranges, mais je n'étais pas préparé\nà ceci : être le bourreau quand on adore la victime... Ce portrait, cepen-\ndant, était tout ce qui me restait d'elle, et j'en étais venu à l'adorer mille fois\nplus que je n'avais aimé la femme. C'était, si vous le voulez, un amour\n insensé, une passion déréglée et maladive, mais qui, enfin, avait poussé sa\nracine en plein cœur; et je ne pouvais plus arracher l'un sans broyer\nl'autre. Dieu, me répétai-je, qui mesure l'épreuve à nos forces, ne m'avait\npas enlevé le spectacle de la première agonie pour me faire l'instrument de\ncelle-ci... Eh bien ! soit, je consentais à tout, mais il me fallait encore un\npeu vivre auprès de cette image. Des semaines, des mois se sont écoulés\ndans la continuation de sa souffrance, dans l'infamie de mon inaction ; puis\nun rapide élan, un mouvement d'abnégation éperdue m'a fait marcher vers\nle portrait, et je lui ai meurtri le front. L'air s'est insinué lentement sous\nl'épiderme vulnéré : à son approche, je voyais le radieux carmin reculer et\npâlir. Un instant il sembla refluer vers les tempes et chercher un refuge\nsous l'arc profond des sourcils. Immobile, si vaincu par l'effort que je per-\ndais la notion de la révolte, je regardais Hélène mourir.\n   Mais quand les paupières se brisèrent, et quand les yeux si doux\nversèrent des larmes de sang\n   Mes sens affolés retrouvèrent la caresse qui leur avait été familière,\net séchèrent avec mes lèvres ces larmes. Terrassé, je tombai au pied de\nl'image éteinte.\n   Le temps qui s'écoula en cette inconscience, le sais-je? J'arrive à une\npériode à laquelle j'ose à peine arrêter ma pensée. J'avais cru ne jamais me\nrelever de cette défaillance. Je revins à moi cependant; même il me sembla\nque ma vie s'était augmentée.\n   Je me retournai vers le portrait décoloré, et je le regardai sans regret,\nsans rien éprouver du déchirement que j'avais pressenti. Je forçai ma\npensée à se reporter vers Hélène; son souvenir me laissa impassible. On\neût dit que le passé s'était détaché de moi, et qu'une plénitude me rendait\nindifférent à tout ce qui n'était pas l'heure présente. La crise néanmoins\nm'avait profondément ébranlé. Une langueur commença à me débiliter.\nJ'avais voulu reprendre l'œuvre de ma vie, mais la trouvant sans but, je\ncessai de me contraindre. Vraiment, j'avais atteint le faîte où cesse le désir.\nPas une seule fois je ne consentis à l'examen de ce qui se passait en moi.\nCependant une conscience m'avertissait que je goûtais de coupables délices ;\net il y avait dans ma chair une alarme.\n   Une phase à suivre, étrange par la perversion de ses souffrances et par le\nsublime de ses halluciaations. Les perceptions les plus extatiques dont\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                  -   314   -\n\njamais s'accompagnèrent les visions d'un buveur d'opium, me rendaient\njusqu'au contact de la présence réelle d'Hélène. Ce me fut Un étonnement\nque ma soudaine indifférence à la douleur physique. Ces douleurs dissol-\nvantes étaient faites cependant pour réduire l'énergie la plus tenace. Mais\nmes sens suppliciés triomphaient, parce que la sensation de la vie d'Hélène\nne leur serait plus enlevée. C'était là une foi qui s'était instaurée d'elle-\nmême et que j'accueillis sans surprise. N'avais-je pas bu son sang, ce sang\nqui répandait dans le mien sa mortelle langueur? et rassuré par la rançon\ndont se payait ma félicité, je me suis laissé ravir en une paix si profonde\nque je ne conçois pas que le remords ait pu surgir.\n   Mais lorsqu'il se définit, oh ! que furent mes affres, mes épouvantes\npassées, auprès de ces instants frénétiques, — tantôt j'étouffais toute voix\npour m'exalter jusqu'au vertige, de ce qu'enfin la possession était réelle, et\nque rien, pas même ma volonté, pas même la folie du sacrifice, ne dissou-\ndrait notre union ; tantôt je m'abîmais de terreur et de honte, à sentir frémir\ndans mes veines ce faible sang de femme, et à connaître que, dans la com-\nmunion que je lui avais faite du mien, il ne s'était pas régénéré... C'était\ndonc là le salut que j'avais assuré. J'avais étendu à la durée de ma vie celle\nde sa peine. Malheureux, lâche, j'avais succombé. Au moment de s'immo-\nler, mon amour avait recherché un assouvissement suprême. Certes, c'avait\nété un irrépressible instinct, un élan désespéré vers l'existence, mais dont\nle crime ne se pouvait réparer que par la perte de cette existence qui eût pu\nencore être si longue ; car je m'étais remis à la tant chérir. Frissonnant,\nj'entendais se prononcer un inexorable arrêt.\n   Alors, suspendant toute pensée, puisque je suis si misérablement captif\nde l'analyse, et qu'il fallait que l'action fût immédiate, — j'ai ouvert l'écrin\ndans lequel je préservais, en une soie souple, la pointe de mon poignard.\nUn instant j'ai fait miroiter cette mort étincelante, mais j'ai préféré le poi-\nson, qui assoupirait notre agonie. Je l'ai délayé en une coupe de Xérès.\nJ'ai bu rapidement, et la chaleur du vin semblait verser dans mes veines\nde la vie à longs flots.\n   Comme la vie se pare pour ceux qui la quittent ! La lumière du soleil\nétait trop intense; et j'ai fait retomber les tentures. Une subite noirceur a\npassé devant moi, comme si mon regard se fût déjà baissé devant celui de\nla mort. Alors un dernier sursaut d'orgueil cabré devant un si froid vain-\nqueur, et j'allais réclamer du secours, vivre!... Mais un charbon qui se\nrallume, dans la cheminée, me montre les pages où j'ai rendu témoignage\ndes douleurs subies, et je me rappelle l'expiation, pauvre morte! Je me sou-\nviens de tous les instants où je l'ai aimée, mais les derniers qu'ils ont été\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                  — 315 —\n\nplus réels, plus inexprimablement tendres. A la fin donc, nous trouverons\nle repos. Le repos ! Est-ce moi qui y crois, au repos de la mort? Mes idées\nsont-elles à ce point confuses que j'oublie que, physiologiste de la mort,\nj'ai pénétré ses secrets. C'est à moi maintenant d'éprouver les douleurs à\ncause desquelles mon cœur s'est brisé pour Hélène... Pourquoi faiblir...\n   Que cette agonie cependant a de douceur. Les mêmes rêves opiacés se\nposent devant mes yeux. Distinctement je me vois étendu sous la terre, et\nje possède encore Hélène même dans la mort. Son sang confondu avec le\nmien en partage la passion douloureuse... Ah! misérable, lâche! J'ai\nencore cédé à l'aveugle instinct. Ge n'était pas ainsi qu'il m'était permis de\nmourir !\n   Il fallait le fer, l'effusion du sang, et sur ma plaie la prompte succion de\nl'air. Où donc est ce fer? Je ne l'avais pas jeté loin... là, près du divan...\nMon Dieu! ce poignard... je ne puis plus l'atteindre.\n   Le poison me rive en un pesant sommeil. Seigneur! encore un instant...\nautrement je serai infâme... grâce, je meurs en me maudissant... Puisque\nce n'est pas pour moi que j'implore, Seigneur, ne pourrais-je être\nexaucé?. . la mort\n   Quand on entrera dans cette chambre, ouvrez-moi les veines..., et s'il est\ntrop tard... je veux pour mon corps tout de suite... des flammes... un\nbûcher\n                                                    LOUIS TRÉDERNE.\n\n\n\n\n                            RÉVOLTE\n         Voilés d'ombre, aux chemins hantés d'Anges en noir\n         Ils s'en vont, les yeux clos aux glaives de l'aurore...\n         Oh! revoir sur ton sein douloureux se reclore\n         Tes aurorales mains aux prières du soir!\n\n         Tristes comme tes mains regarde-les, mon Ame,\n         S'en aller à pas lents aux forêts, deux à deux\n         Les Ephèbes voués aux baisers monstrueux\n         Où les tordra l'Enfer entre ses bras de flamme !\n\n         Je suis las de dormir du sommeil des marais\n         Sisyphe! des clairons m'appellent aux forêts,\n         Oh fuir! J'ai soif du vin magique des Ténèbres!\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                    — 316 —\n\n         Oh! fuir sur l'étalon en rut des vents hurleurs\n         Et voir pleurer sur nous comme des yeux funèbres\n         La lointaine démence en f eu des voyageurs!\n                                                                 JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n      A NOTRE BON ONCLE L. M.\n                           (de la Revue générale)\n\n              Alors, c'est vrai? Vous vous êtes emmené à la campagne, loin de\n               l'œuvre de la chaire, et vous passez le temps à lire, à traduire\n               et à expliquer Stéphane Mallarmé ?\n                  Prenez garde, notre oncle! Ça peut mener loin. J'ai connu\nun professeur de littérature qui a lu l'Après-midi d'un Faune. Il est mort.\nPas le faune, le professeur. Depuis lors, je professe pour lui une admira-\ntion pleine de soulagement.\n   Mais, vous, notre bon oncle, vous allez plus loin. Vous reconstruisez\nl'arbre généalogique de Stéphane Mallarmé, et vous lui donnez comme\nancêtre le bon Charles Nodier, cher à Musset.\n   Oui, il paraît qu'il y a du Mallarmé en herbe dans l'Histoire du roi de\nBohême et de ses sept châteaux. C'est la chanson de la chaise de poste :\n      Pif paf piaf patapan.\n   « Ouhiyns ouhiyns. Ebrohé broha broha. Ouhiyns ouhiyns.\n   « Tz' tz' tza, cla cla cla. Vli vlan. Flic, flac. Flâna flac.\n   « Tza tz' tza. Pspips'psi! Ouistle.\n   « Zou lou lou. Rlurlurlu. Ouisle. Cla cla. Flafla flac.\n   « Tatata — tatata — pouf.\n   « Ouhiyns, Ebrohé broha. Ouhiyns, ouhiyns.\n   « Trrrrrrrrrrrrrrr. Hup. O hep. O hep. O hup. O hem. Hap!\n   « Trrrrrrrrrrrrrrr. O hée. Oooh. Halt! Oooooh...\n   « Xi xi xi xi xi xi. Pic! Pan! Baoûnd!\n   « Hourrah! »\n   Il faut être professeur de littérature pour ne pas comprendre que\nStéphane Mallarmé s'est inspiré de cette chanson-là en écrivant :\n               La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.\n               Fuir! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres\n               D'être parmi l'écume inconnue et les deux!...\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                  -    317-\n\n   Quand je dis que pour récuser cette parenté, il faudrait être professeur\nde littérature, je m'aventure. M. Tilman professe, et il est de votre avis\navunculaire.\n   Pspips'spi! Ebrohé broha! Je vous aime, notre oncle!\n   Je vous aime surtout, vénérable ouistle, lorsque vous traduisez le Nénu-\nphar blanc.\n   Prenons le texte de Mallarmé :\n   « J'avais beaucoup ramé, d'un grand geste net et assoupi, les yeux en\n« dedans fixés sur l'entier oubli d'aller, comme le rire de l'heure coulait\n« alentour. »\n   Psips'psi! Zoulou lou. Ça y est. Traduisez, notre oncle :\n   « . . . Tout à coup, j'eus la sensation de me réveiller en sursaut, comme\nsortant d'un rêve.\n   J'avais ramé longtemps. Ce mouvement du rameur, auquel je suis rompu\npar une vieille habitude, ce mouvement d'un rhythme toujours égal comme\ncelui d'un métronome, m'était si facile, que je n'en sentais pas l'effort; si\nnaturel, qu'il était inconscient. Mes reins se pliaient et se redressaient, mes\nbras lançaient et tiraient les avirons, mes poignets leur donnaient la double\nsecousse du « plumage » ; et moi, je ne m'en occupais nullement. Con-\nfiant, je laissais faire l'être purement animal — l'autre, comme dit Xavier\nde Maistre; — un sentiment vague de plaisir et de fierté bête de ce que\nl'autre sût si bien son métier, traversait ma rêverie somnolente.\n   J'oubliais tout souci. La course rapide, l'air frais malgré les rayons\nardents du soleil; l'aspect changeant des rives, qui semblaient fuir en sens\ninverse avec leurs reflets dans l'eau, chassés par les coups de rame comme\ndes tableaux fondants; tout cela me charmait... ce fut une heure de vie\ncalme et souriante. »\n   Notre oncle, je vous en prie, tenez-moi. Je pousse des ouhiyns de joie\net des zou lou lou de jubilation. Comme vous le dites avec tant d'élégance,\nje suis rompu! Fla flaflac. C'est honteux à dire : votre traduction m'a\nfiaflaflaqué.\n   Permettez que je reprenne mon Ebrohé broha broha, je veux dire mon\ncalme, et continuons.\n   Vous dites? Vous allez expliquer le sonnet « Victorieusement? » Lisez-le\nmoi, notre oncle.\n                 Victorieusement fui le suicide beau\n                 Tison de gloire, sang par écume, or, tempête!\n                 O rire si là-bas une pourpre s'apprête\n                 A ne tendre royal que mon absent tombeau.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                   — 318 —\n\n                 Quoi ! de tout cet éclat pas même le lambeau\n                 S'arrête, il est minuit, à l'ombre gui nous fête\n                 Excepté qu'un trésor présomptueux de tête\n                 Verse son caressé nonchaloir...\n\n   Eh bien! Pourquoi vous arrêtez-vous, notre oncle? Quoi? Qu'est-ce que\nvous me dites? Vous ne voulez pas continuer le sonnet « parce qu'il s'y\ntrouve des choses.... »\n   Tatata — tatata — pouf, je l'achève pour vous :\n                  Verse son caressé nonchaloir SANS FLAMBEAU!\n\n   O hem. O hup. O hem. Notre oncle traduit :\n   « Le poète, comme autrefois Joseph Delorme, Daniel Jovard et trois cent\ntrente-six autres, a révèle suicide. Un suicide « beau », glorieux, sanglant,\nterrible et sublime, éclatant comme une tempête dans le calme plat de la\nvie bourgeoise et forçant la renommée : « Tison de gloire !» (Il a fait là\ndessus des vers qu'il trouve magnifiques, annonçant au monde qu'il va se\nfaire sauter la cervelle.) Mais baste! Se tuer! ça fait du mal. Enfoncé,\n« victorieusement fui » le suicide ! Le poète ne peut s'empêcher de rire en\npensant que le public a gobé ses vers désespérés, et que là-bas on est en\ntrain de se pâmer de pitié, d'horreur et d'admiration, on « tend de pourpre »\nun « tombeau » vide !\n   Minuit! Il est minuit. Il rit et s'étonne. Ce devait être l'heure... et de\ntoute cette frénésie de mourir — qui fut pourtant à demi sincère — il ne\nreste plus rien, qu'une langueur morbide que lui versent, caressés, les flots\nd'une chevelure opulente et superbe...\n           Coupure. »\n   Abélard aussi, notre oncle, avait une coupure. Vli vlan. Flic flac.\n Pspips'psi. Ouistle!\n   C'est drôle, notre oncle, comme vous mettez bien les vers en prose, et la\nprose à l'envers!\n   Mais, dites-moi, pourquoi diable ne vouliez-vous pas lire :\n                  Verse son caressé nonchaloir SANS FLAMBEAU?\n\n  Pourquoi coupez-vous le flambeau? Ne me déshéritez pas, notre oncle,\nmais... qu'est-ce que vous pouvez bien f...aire dans l'obscurité? Ouhiyns\nouhiyns !\n  Encore un flic flac, notre oncle, et je vous laisse faire pspips'psi tout seul\navec votre ouistle. Vous êtes furieux contre Mallarmé et vous rappelez\nqu'au temps de Charles Nodier, « on n'avait pas inventé le dédaigneux et\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                  -   319    -\n\nsuperbe tirage unique à cent exemplaires numérotés » et vous ajoutez qu'en\nce temps-là « on se piquait d'avoir des lecteurs ».\n   Possible, notre oncle. Mais en ce temps-là, il n'y avait pas de professeurs\nde littérature pour dégoûter les poètes d'être lus, traduits et... coupés par\ndes oncles de Béotie.\n   Charles Nodier, qui s'amusait d'avance de votre lettre de la Revue géné-\n rale, a écrit la chanson de la chaise de poste. Connaissez-vous celle de la\n chaise... ajourée? Pic! Pan! Baoûnd! Hourrah !\n                                                                       PUCK.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n               Au sujet de l'Exposition d'Affiches au Musée du Nord.\n\n\n               En cette sentine à cloportes qu'est la capitale, non de l'esprit,\n                 assurément, plus même de la zwanze, où l'abrutissement semble\n                 encouragé par quelque servile commission des fêtes et des\n                 beaux-arts, ne tarderont certes pas à s'organiser des concours\n de gâtisme, où ceux qu'il est convenu d'appeler édiles ne seront pas les\n derniers à décrocher, non la timbale, mais l'indispensable complément de\n toute chaise percée, celui-ci en argent frappé aux armes de la ville, et géné-\n reusement octroyé au plus marmeladeux des concurrents.\n     En ces dernières fêtes, s'est étalée au long des murs, une affiche évidem-\n ment nationale, fichue comme l'as de pique et où ne manquaient ni les\n tirebouchonesques fers forgés, en ornements de pompe à bière, ni l'obli-\n gatoire génie qui, en celle-ci, d'un geste indécent, semble introduire l'index\n au centre d'un hémisphère, à la manière des faunes figurés dans les des-\n sins secrets d'Annibal Ganache.\n     Choisie au concours, cette affiche donne une piètre idée de ce que\n devaient être les projets des autres concurrents, où, mieux encore, de l'état\n intellectuel des membres de la commission chargée de juger les esquisses\n envoyées.\n    Je ne veux pas leur demander, ce qui serait presqu'exiger d'eux quelqu'in-\n telligence ou connaissance d'art, s'ils ont songé à lui commander d'exécuter\n l'affiche des fêtes : car ils ignorent sans doute qu'il est en France un artiste\n qui, de l'affiche, est arrivé à faire une sérieuse chose d'art, d'un art tout\n spécial, où, d'un écrasement d'ocres, d'outremers, de vermillons, jaillissent\n des œuvres d'une joie intense, un ensoleillement au long des façades grises\n ou des palissades, au fond des impasses, partout où il est un bout de mur\n  où coller les adorables fantaisies du maître de l'affiche illustrée : Chéret.\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                                  — 320 —\n\n\n   Parisienne avant tout, maquillée, étalant dans une envolée de jupes ses\ngrâces de fausse maigre, presque toujours troublante, qu'il s'agisse de\nl'Arlequine de l'Alcazar d'Eté, de l'amazone de Paris-Courses, de l'affrio-\nlante meunière du Moulin-Rouge, des gitanas des Montagnes russes,\nou mieux encore, dans l'affiche du Jardin de Paris, où dans des éclats de\njaunes et de rouges, chahute une petite femme en robe verdâtre, exquise,\nau sourire découvrant les dents, sourire étrange trouvé par Chéret et que\nl'on retrouve dans presque toutes ses oeuvres ; presque déconcertant dans ces\nfigures pâles aux lèvres trop rouges, aux yeux allongés de kohl, sous l'em-\nbroussaillement de chevelures rousses, parfois auréolées de tulle d'or comme\nen l'affiche de la Fête des Fleurs.\n   Il faudrait les citer toutes : l'Amant des danseuses, les trois affiches des\nbuttes Chaumont, le Théâtre des enfants, le Théâtrophone, car en toute\ncette exubérance de vie, d'une vie spéciale par ces figures éclairées du des-\nsous, comme par la rampe de quelque théâtre de rêve. Dans une autre note,\nà la même exposition, trois affiches du Grasset, l'une surtout, la Librairie\nromantique, et aussi l'affiche de Jeanne d'Arc, où se retrouvent toutes les\nqualités de l'illustrateur de l'histoire des quatre fils Aymon.\n   Après tout, pourquoi n'y aurait-il pas au Musée d'art décoratif et indus-\ntriel de Bruxelles une collection d'affiches de Chéret ; cela servirait certes\nà instruire ceux qui se chargent de juger les concours d'affiches et aussi les\nartistes qui seraient disposés à se soumettre à ce genre de concours; et cela\nvaudrait fichtre mieux, au point de vue de l'amélioration du goût de la\nrace « Public », que les indigestes tartines d'artistes allemands acquises par\nl'Etat à la dernière exposition d'art décoratif.\n                                                      LÉON DARDENNE\n                                                     (Mage de 1re classé) (1).\n\n\n  (1) N. D. L. D.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                                          — 321 —\n\n\n\n\n                                MEMENTO\n   Paul Adam vient de publier dans une revue amie de Paris : Les entre-\ntiens politiques et littéraires, un article carrément idiot — ce qui lui est et\nlui reste permis — mais, de plus, blessant pour tous les artistes belges.\nLemonnier, nos amis de Gand, etc., y sont sottement attaqués par ce Don\nQuichotte hilare. Nous en reparlerons dans notre prochain numéro.\n   Nous faisons aussi un appel à l'Art moderne, à la Wallonie, à la\nPléiade ; nous ne doutons pas que, prêtes toujours à défendre les intérêts\ndes écrivains belges, nos consœurs ne nous aident de leur plume vaillante.\n                                                 M. François dépeint la rencontre de deux\n   Mme Ve Verlant, mère de notre colla-       trains de chemin de fer :\n borateur Ernest Verlant, et M mo De-\n                                                 Comme toujours, dans ces terribles aventures,\n sombiaux, mère de notre collaborateur\n                                                 Les voyageurs se sont jetés hors des voitures.\n Maurice Desombiaux, sont mortes pen-\n dant le mois de juillet.                       Ce « comme toujours » est capitolin —\n   Nous présentons à notre ami Verlant        quartier des oies.\n et à notre ami Desombiaux, déjà si              Dans un autre monocoquelogue, M. Fran-\n cruellement éprouvé par la mort récente      çois commet les alexandrins suivants, pla-\n de sa plus jeune sœur, nos témoignages       cés dans l'orifice buccal d'un homme-\n de profonde sympathie.                       affiche :\n                                                 Voilà trois mois, pas plus, je faisais le trottoir\n                                                 Pour cette volerie en grand, la Compagnie\n                                                 Du Transcentinental de la Patagonie...\n                                                Et aussi :\n   Notre collaborateur Georges Kaiser étant     Oui, cela me ramène au bon temps, quand les jupes\natteint de la nona, — nous n'avons pas reçu     De ma pauvre Clémence égayaient le logis...\nson article sur les Carnets de voyage de        Et enfin :\nJames Varidrunen.\n                                                Le père Eloi, l'ancien compagnon charpentier,\n                                                — Autrefois un fameux homme dans son métier —\n                                                N'avait que soixante ans sonnés, pas davantage,\n                                                Mais, pour un ouvrier, déjà c'est un grand âge.\n                                                Etant connu sur tous les chantiers cependant,\n  M. François Coppée est en villégiature à      Il vécut assez bien jusqu'à son accident.\nAuvers-sur-Oise. Ne dites donc pas :             M. de la Palisse aussi.\n« Qu'est-ce que ça me fait? » Ça fait que        Pauvre M. François, qui fut un artiste\nM. François encombre tous les journaux        naguère, au temps du Reliquaire et des\nparisiens de monocoquelogues, d'une plati-    Intimités !\ntude à faire rêver une limande.                  On assure que M. Maurice Barrès, mage-\n  Exemples choisis :                          député de Nancy, usant de son initiative\n  M. François écrit une ballade sur la loi    parlementaire, déposera sur le bureau de\nFerry :                                       la Chambre la proposition de loi que voici :\n       On proscrit Dieu de par la loi.          ARTICLE UNIQUE. Il est interdit à M. Fran-\n       Les curés privés de salaire\n                                              çois Coppée d'aller en villégiature.\n       Sont condamnés sans nul pourvoi.\n  Quelqu'un qui devrait être privé de\nsalaire, c'est M. François.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                                              322\n\n  Un autre Coppée — en berrichon ça se             Annonçons aussi l'apparition, chez La-\nprononce Rollinat — envoie au Figaro des        comblez, du nouveau drame de M. Maeter-\npoèmes rustiques.                               linck : Les Aveugles, dont nous rendrons\n  Ci l'un d'eux :                               compte prochainement, et des Flaireurs\n                                                de Charles Van Lerberghe.\n                LA T A U P E .\n      La taupe a ressenti la haine\n      Du soleil qui cuit l'arbrisseau,\n      Mord le roc, pompe le ruisseau.             En préparation : la Désespérée, par Léon\n      Combien pitoyable se traîne\n      Sa nuit d'aveugle souterraine !\n                                                Bloy.\n\n      Pleine de faim, elle surmène\n      Sa dent, son groin de pourceau,             Eddy Levis vient de publier l'Ode au\n      Ses mains, ses pieds à forme humaine,\n                                                drapeau.\n                   La taupe !\n      Mais elle jeûne, sans l'aubaine\n      D'un cloporte ou d'un vermisseau;\n      Et la mort va prendre à la peine,            Un des meilleurs poètes du Parnasse\n      Sous son pauvre petit monceau,            français, M. Léon Dierx, vient d'être nommé\n      La fouilleuse couleur d'ébène,            chevalier de la Légion d'honneur. Cet évé-\n                   La taupe !                   nement peu prévu a été fêté chez Margerie,\n                          MAURICE ROLLINAT.     en un banquet intime et cordial, auquel\n   Les pieds de M. Maurice Rollinat n'ont       assistaient la plupart des Parnassiens et des\npas forme humaine, mais pourquoi signe-         poètes de la Jeune école, et où nous étions\nt-il deux fois? \" La taupe \" suffisait !        représentés par notre ami André Fontainas.\n                                                   M. Léon Dierx est un artiste d'inspira-\n                                                tion haute et délicate, qui, loin de courtiser\n                                                la foule, a poussé jusqu'au scrupule le res-\n                                                pect de son art. C'est dire que la Jeune\n                                                Belgique s'associe de tout cœur à l'hommage\n                                                discret qui lui a été rendu.\n  Une coquille du Précurseur :\n  « M. le baron Van Havre, membre de la\nCommission, s'était chargé de peloter le\nprince Baudouin, et il s'est acquitté de sa     Le Nouveau Musée des Arts décoratifs,\nmission en fin connaisseur. »                 vient d'être ouvert au Parc du Cinquante-\n   Tous nos compliments.                      naire. Au milieu des photographies d'après\n                                              les primitifs, des copies de prix de Rome et\n                                              des peintures murales d'après Puvis,\n                                               Levy, etc., nous avons retrouvé la collec-\n    M. Henry Maubel vient de faire paraître tion japonaise, acquise dernièrement par le\n chez Savine une nouvelle intitulée Miette, gouvernement.\n dont nous parlerons dans notre prochain\n numéro.\n    En attendant, nous la recommandons à\n tous ceux qui ont lu naguère, dans la Jeune     Deux des statuettes en bronze de Con-\n Belgique, le petit chef-d'œuvre d'observa- stantin Meunier, qui ont été exposées au\n tion féminine appelé A cœur perdu.            Champ-de-Mars, viennent d'être acquises\n                                               par le gouvernement... français, pour le\n                                               Musée du Luxembourg. Ce sont le Marte-\n    La conférence que donna, à Bruxelles, leur et le Débardeur.\n M. Stéphane Mallarmé, vient de paraître,\n à Paris, chez le nouvel et hardi éditeur des\n jeunes, Edmond Bailly.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                         — 323 —\n\n  Le peintre Vincent Van Gogh dont on se          miroir. N'importe, nous allons vous recom-\nrappelle au dernier Salon des XX les toiles       mander chaudement aux amis et respec-\ntapageuses, vient de mourir à Anvers-sur-         tueusement, mademoiselle l'ouvreuse.\nOise.\n\n\n\n                                                     A lire : Dans le Mercure de France, de\n    M1110 Louise Ackermann, un poète fran-        très intéressantes notes de Remy de Gour-\n çais qui eut son heure de célébrité, due à       mont sur Villiers de l'Isle-Adam, contenant\n îles poèmes jansénistement athées, rimes         quelques variantes inédites de ses contes.\n gauchement — est morte à Nice au com-               Dans la Revue Indépendante des poésies\n mencement du mois d'août.                        de Bjornson, des vers de Bouchor, Bois,\n                                                  une lettre au docteurPandolphusdeCharles\n                                                  Buet.\n                                                     Dans la Société Nouvelle, les Fusillés de\n   M. Georges     Rodenbach      a avalé son      Malines, par Georges Eekhoud, un conte de\n samovar.                                         Hubert Krains.\n                                                     Dans la Plume, Christophe Colomb\n                                                  devant les Taureaux, par Léon Bloy.\n     Une bien triste nouvelle nous est com-          Dans la Pléiade, des vers d Arnay, Gau-\n muniquée : En apprenant qu'il n'avait            thier.\n pas été invité à la grande fête des Arts et\nde la Littérature, donnée au Cercle artis-\ntique, Firmin Galoubet s'est donné la mort          Nous annonçons à nos lecteurs la pro-\nsur la tombe du docteur Valentin.                 chaine fusion de la Jeune Belgique avec la\n                                                  Revue des Deux-Mondes ; elle continuera\n                                                  à paraître sous ce titre : Jeune Belgique des\n                                                  Deux-Mondes.\n   Lettre de l'ouvreuse ; voyage autour de           Ferd. Brunetière sera ch.irgé de la Boîte\nla musique. Paris, Vanier, éditeur. Une aux lettres et de Wyzewa du Memento.\njeune personne — nous aimons à le croire\n— qui a jeté son bonnet par dessus les\nmoulins et le cherche dans toutes les salles\nde concert. Elle écoute, entretemps, la\nmusique, car elle l'adore, écrit à la volée\nses impressions, car elle a des démangeai-\n                                                     Par ordre du « postmaster gênerai » des\nsons dans les doigts, et envoie bien vite ce s\n                                                  Etats-Unis, le livre du comte Tolstoï : La\nlettres au directeur d'Art et Critique. Quel\n                                                  Sonate de Kreutzer, vient d'être banni des\nbabil! Des méchancetés, des indiscrétions,\n                                                  courriers postaux pour cause d'immoralité.\ndes folies, des phrases qui ont l'air d'être\n                                                     Comme si l'Amérique comptait pour\nfaites d'un gracieux tour de hanches. Tout\n                                                  quelque chose! Les Etats-Unis font des\nlui est permis. Il est vrai qu'elle a de l'esprit\n                                                  viandes salées, des exécutions à l'électricité\ncomme un singe, un ouistiti mademoiselle 1\n                                                  et des économies. Cela suffit.\nqui ferait de bien vilains calembours.Tenez,\nne dites plus tant de mal de vos ennemis et\nde vos amis; sans cela nous dirons que\nvous êtes coquette. Ne faites pas la moue,           Le petit théâtre des Marionnettes de Paris\nvous devez l'être. Vous attifez avec beau- où furent, comme on sait, représentés les\ncoup trop de grâce vos phrases; on croirait Oiseaux d'Aristophane, la Tempête, etc.,\nqu'elles se regardent toujours dans un donnera au mois de novembre Noël, mys-\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "                                          -   324     -\n\n\ntère de la Nativité, par Maurice Bouchor.                      A u c œ u r d e ma belle,\n                                                               Oh ! miron donc mire,\nOn annonce une mise en scène très soignée.                     Que l'on ne voit p a s ,\n                                                               Oh ! miro donc ça.\n\n\n\n\n  Ecoutez la jolie chanson populaire .            Chez Dietrich, Montagne de la Cour, une\n             D a n s les bois là-bas,           série de photographies d'après Gustave Mo-\n             Oh ! miro d o n c mire,            reau. La collection Hayem y est assez bien\n             Y a z'un arbre vert ;\n             Oh ! miro donc ça !\n                                                représentée : l'Apparition, Œdipe, la Chi-\n                                                mère, etc.\n             Y a s'un a r b r e vert,\n             Oh ! miro donc mire,\n             Où l'on y monta ;\n             Oh ! miro donc ça.\n\n             On y voit du haut,                   Le Théâtre-Libre fera cette année sa\n             Oh ! miro donc mire,\n                                                réouverture avec Double Conscience, quatre\n             L e c œ u r de sa belle ;\n             Oh ! miro donc ça.                 actes en vers de M. Jean Aicard.\n             E t q u a n d on l'a vu,\n             O h ! miro donc mire,\n             On pleure tout bas ;\n             O h ! miro donc ça.\n                                                      M. Hubert Krains vient d'avoir la\n             Au feu, l'arbre vert !                 douleur de perdre sa mère. La Jeune\n             Oh ! miro donc mire,                   Belgique le prie d'agréer ses sentiments\n             On l'y flambera !\n                                                    de condoléance.\n             Oh ! miro donc ça.\n\n             Il nous fera cuire.\n             Oh ! miro donc mire,\n             N o t r e poulet g r a s ,\n             O h ! miro donc ça.\n\n             Versez du bon vin,\n             O h ! miro donc mire,\n             E t l'on y boira,\n             Oh 1 miro donc ça.\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": " En vente chez l'éditeur EDMOND DEMAN, rue d'Arenberg, à Bruxelles :\n\nLa Damnation de l'Artiste\n                 PAR IWAN            G I L K I N\n                        Prix : 15 francs.\n\n\n        Les Arts Graphiques\n                                       ET\n\n SOCIÉTÉ ROYALE BELGE DE P H O T O G R A P H I E\n         Rue Keyenveld, 73, Bruxelles\n\n  Vient de paraître chez CHARLES VOS, éditeur, rue des Paroissiens, Bruxelles :\n\n\n                           MAXIME\n                     A CHIMERICAL                  TALE\n                              par ARNOLD GOFFIN\n       Un volume in-16. — Tirage à 100 exemplaires numérotés à la presse.\n Cinquante exemplaires sont mis en vente :\n       Un exemplaire sur papier du Japon, fr. 12-00.\n       10 exemplaires sur Hollande Van Gelder, fr. 5-00.\n       39       id.    ' vélin teinté, fr. 3-50.         .\n\n\n  I M P R E S S I O N S D'ART, par EUGÈNE DEMOLDER, chez\nMadame Ve Monnom.\n\n  A   L'AVENTURE,                par JAMES V A N D R U N E N .\n\n\n  L A S O C I É T É N O U V E L L E . Abonnement 1 an : 10 francs.\nAdministration générale : 18, rue d'Edimbourg, Bruxelles.\n\n  L A R E V U E I N D E P E N D A N T E , rédacteur en chef :\nFRANÇOIS DENION. Abonnement, 15 francs par an; étranger, 17 francs.\nAdministration chez Albert Savine, 12, rue des Pyramides, Paris.\n\n   L E M E R C U R E D E F R A N C E , revue mensuelle d'art et\nde littérature : ALFRED VALLETTE, rédacteur en- chef, 15, rue de\nl'Échaudé-Saint-Germain, Paris Prix : 40 centimes.\n\n  LA P R I N C E S S E M A L E I N E , drame en cinq actes, par\nM. MAETERLINCK, chez Van Melle, rue St-Georges, 14, Gand. — 5 francs.\n\n   GIL B L A S , journal quotidien français, boulevard des Capu-\ncines, 16, à Paris; publie L'ENVIE, par MAURICE MONTÉGUT. ' '.\n   Un numéro 2 0 centimes, abonnement (3 mois) 1 7 francs; en vente\npartout.\n\n  D E M A N D E Z CHEZ BRIAS U N P E T I T CHAPAUX.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "  SOMMAIRE du numéro de Juillet de LA JEUNE BELGIQUE. — La\nvolupté de souffrir, André Fontainas. — Poèmes, Fernand Severin. —\nChristine de Landelies, Louis Delattre. — Sonnets, Albert Arnay. —\nDéfi du rêve, Hubert Stiernet. — Chronique artistique : L'Exposition du\nCercle des Femmes peintres ; l'Exposition de l'Écran et de l'Éventail, X.\n— Memento, Nemo.\n\n             Vient de paraître chez LÉON VANIER, Paris :\n\n      L'AME DES C H O S E S\n                           RECUEIL DE POEMES EN PROSE\n\n                 par H E C T O R   CHAINAYE\n                         Prix : 2 francs.\n\nViennent de paraître chez l'éditeur LACOMBLEZ, 33, rue des Paroissiens :\n\n               LES AVEUGLES\n                     par M A U R I C E MAETERLINCK-\n   150 exemplaires sur papier vergé, à 3 francs.\n\n              LES FLAIREURS\n                   par CHARLES VAN L E R B E R G H E\n   125 exemplaires sur papier vergé, à 1 franc.\n    25     id.     sur Hollande, à 2 francs.\n\n\n     LA      JEUNE                    B E L G I Q U E reparaît sur\n la brèche, l'élan est donné.\n    A la tête du mouvement littéraire, L A J E U N E B E L -\n G I Q U E , hautaine et fière, dirige le combat, marche en\n avant, à travers tout. Mais il faut que tous nous l'aidions. A\n E L L E pour la propagande ! Des cartes d'abonnement sont à\n la disposition de nos amis. Ceux qui nous feront parvenir\n D I X abonnés nouveaux recevront L A J E U N E B E L -\n G I Q U E g r a t u i t e m e n t p e n d a n t un an.\n    Ceux qui nous en feront parvenir V I N G T , recevront :\n  1° L A J E U N E B E L G I Q U E gratuitement à perpé-\n tuité ; 20 Ils auront droit à tous les tirés à part de grand luxe\n des frontispices, dessins, portraits, etc. ; 3° Leur nom figurera\n en tête de la publication commémorative de nos fêtes du\n dixième anniversaire.\n\n                 Bruxelles. — ImprimerieVEMonnom, 26, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1890-08-01", "preuve": "Août 1890, numéro 8, couverture PDF 336 ; aucun jour imprimé."}}