{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Janvier 1891. TOME X", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "Janvier 1891.                                             TOME X. — N° 1                                   i i m e Année.\n\n\n\n\nLA\n       JEUNE\n                         BELGIOUE\n                                  COLLABORATEURS DU NUMERO\n\n             oAlbert Giraud                                          Fernand Severin\n             Georges Eekhoud                                         Hector Chainaye\n             Iwan Gilkin                                             George Garnir\n              Bernard Lazare                                         Jean Boels\n              Paul Verlaine                                          Georges Tiestrée\n             Henri de 'Régnier                                       oAlbert oArnay\n             Jrancis   Vielé-Griffin                                 oAuguste Vierset\n              Maurice [Maeterlinck                                    Maurice Desombiaux\n             Emile Verhaeren                                         Fernand 'Roussel\n              Pierre Quillard                                        oAuguste Jenart\n             Charles van Lerberghe                                   Hubert Krains\n              Arnold Goffin                                          Valère Gille\n              André Jontainas                                        Gustave Kahn\n             Charles Buet                                            Eugène Demoldcr\n             Grégoire le Roy\n\n\n               RÉDACTION                                                              BRUXELLES\n58, BOULEVARD D ' A N D E R L E C H T , B R U X E L L E S .                  PAUL     LACOMBLEZ,            ÉDITEUR\n                                                                                     3 I , rue des Paroissiens\n                                                                                            PARIS\n          NUMÉRO TRIPLE                                                    L I B R A I R I E DE   L'Art   Indépendant\n                                                                                 11, rue de la Chaussée d'Antin\n           Prix : 2 Francs.\n                                                                                                  1891\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NUMÉRO TRIPLE. — JANVIER 1891", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Lire dans notre numéro de février", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "NUMÉRO TRIPLE. — JANVIER 1891\n\n\n                         SOMMAIRE:\nUne étape                                      LA JEUNE BELGIQUE.\nLa confession de Henri III                     ALBERT GIRAUD.\nLa Nouvelle Carthage                           GEORGES EEKHOUD.\nDialogue                                       IWAN GILKIN.\nL'agonie des esprits                           BERNARD LAZARE.\nDédicaces.                                     PAUL VERLAINE.\nBallade des doux venants                       HENRI DE RÉGNIER.\nAu tombeau d'Hélène (fragment) . . .           FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\nMenus propos                                   MAURICE MAETERLINCK.\nUn soir                                        EMILE VERHAEREN.\nA la seule . . . '                             PIERRE QUILLARD.\nMirages                                        CHARLES VAN LERBERGHE.\nProses lyriques                                ARNOLD GOFFIN.\nLes vergers illusoires                         ANDRÉ FONTAINAS.\nRetour d'exil (suite)                          CHARLES BuET.\nLes adieux                                     GRÉGOIRE LE ROY.\nMélancolie                                     FERNAND SEVERIN.\nPoèmes en prose                                HECTOR CHAINAYE.\nChanson                                        GEORGE GARNIR.\nApparition                         .           JEAN BOELS.\nLes cloches                                    GEORGES DESTRÉE.\nVers                                           ALBERT ARNAY.\nLes Flamants                                   AUGUSTE VIERSET.\nPromesse                                       MAURICE DESOMBIAUX.\nBlanches fiançailles                           FERNAND ROUSSEL.\nLe pays de mon rêve. . . . . . .               AUGUSTE JENART.\nLe jour des morts                              HUBERT KRAINS.\nOffrande                                       VALÈRE GILLE.\nChronique littéraire :\n  Deux livres de Tolstoï                       GUSTAVE KAHN.\n  Contes de mon village                        EUGÈNE DEMOLDER.\n  La Gloire du Verbe                           V. G.\nLes livres                                     V. G.\nChronique artistique :\n Le Salon des Aquarellistes    .   .   .   .   F . S.\nMemento. . . .                                 NEMO.\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Lire dans notre numéro de février", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2252, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Lire dans notre numéro de février, à paraître incessamment, le compte-\nrendu du banquet de La Jeune Belgique.\n   Nos abonnés recevront avec cette livraison l'eau-forte de James Ensor,\nqui doit servir de frontispice à ce nouveau volume.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 6, "titre_corps": "Une étape", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "UNE ÉTAPE", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA CONFESSION DE HENRI III", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1529, "texte": "UNE ÉTAPE\n\n\n\n                                 Dix      ans viennent de s'écouler et nous\n                                     sommes encore pleins de vie, prêts\n                                      toujours à défendre la cause à laquelle\n                                nous nous sommes voués.\n                                  Libres de toute entrave, nous avons\n                              défendu fièrement l'art vrai et cherché à grouper\n                          autour de nous une jeunesse active; forte de son\n                 appui, la Jeune Belgique eut toujours l'insolence de ses\n                 opinions; voilà pourquoi elle a des amis dévoués qui\n                  aiment sa franchise et son courage.\n                    Nous en avons la preuve aujourd'hui : à l'occasion de\n                 notre banquet qui marquera comme une splendide mani­\n                 festation dans l'histoire du renouveau littéraire, plus de\n                 deux cent trente souscriptions nous sont parvenues. Nous\n                 avons dû à ce chiffre clôturer la liste et bien à regret\n                 refuser ceux qui nous demandaient encore à pouvoir\n                  prendre place parmi nous.\n                    Fière de l'accueil qu'elle a reçu, confiante dans l'avenir,\nla Jeune Belgique continuera sans faiblir sa propagande. Elle ne sera pas\nune revue confinée dans les bornes d'une seule et exclusive esthétique, elle\ns'efforcera de tenir ses lecteurs au courant des groupes si variés qui se\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "                                   — 6 —\n\nforment dans les arts d'aujourd'hui ; nous aurons à tâche de publier des\narticles de critique générale résumant ces diverses manifestations.\n   Notre revue sera ainsi une tribune libre où viendront s'instruire tous ceux\nqui s'intéressent au mouvement artistique.\n\n                                             LA J E U N E   BELGIQUE.\n\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": 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claies,\n     Tous ceux qui vous ont vu par les trous de leurs plaies\n    Et vous ont confessé parmi les étrangers.\n     Voici ma bouche peinte et mes yeux     mensongers,\n     Voici ma chair, qui du Malin fut la complice,\n    Et mes membres cerclés des serpents de mon vice,\n     Et tout mon corps hâlé par les feux de l'enfer.\n     Mon Dieu, je viens à vous, faible et nu comme un ver.\n\n     Souvenez-vous, Seigneur ! j'ai vu des jours étranges :\n     Autour de mon berceau veillaient de mauvais anges\n     Et leur souffle courait sur mes lèvres d'enfant.\n     J'ai grandi, loin des jeux, dans un air étouffant,\n     Et des mains que j'aimais, très douces et très lentes,\n     Si roses que parfois elles semblaient sanglantes,\n     En m'enseignant l'amour m'ont enseigné la mort.\n\n     Mon Dieu, pardonnez leur : je les accuse à tort.\n     Déjà j'étais en proie aux esprits solitaires :\n     Dans l'abîme écarlate et noir de mes artères\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "Voguaient nonchalamment, au fil d'un sang houleux,\nDe beaux démons léchés d'éclairs jaunes et bleus,\nQui, les flancs frisés d'or et fleuris d'étincelles,\nSouriaient, étendus dans la nuit de leurs ailes,\nEt sans cesse j'avais avec eux des combats.\nEt chaque f ois que l'un de ces anges d'en bas\nPassait près de mon cœur ou près de ma cervelle,\nMon esprit combinait une ruse nouvelle\nEt ma bouche inventait des baisers inconnus!\n\nMon Dieu ! prenez pitié des enfants tard venus,\nDes pâles fils de rois qui, nés au soir des races,\nTrop frêles pour porter les antiques cuirasses,\nCueillent la fleur phallique au jardin de la Mort!\n\nSeigneur, regardez-moi : ma couronne me mord !\nJe hais son luxe lourd dont la splendeur m'effraie\nEt ses pâles joyaux qui de leurs yeux     d'orfraie\nMe hérissent le poil et me glacent le sang.\nElle vit, elle me déteste, elle descend\nDe ma tête, grimace et s'envole, farouche,\nEt danse autour de moi, et vient, sinistre bouche,\nDans ma chair aux abois planter l'or de ses dents !\nEt ma défaite pleure en vos clairons stridents.\n\nMon Dieu, n'écoutez pas ce peuple qui m'aboie!\nSouvenez-vous : avant d'être un prince de joie,\nImberbe, avec les plus beaux pages de ma cour,\nA Sancerre, à Jarnac, à Dieppe, à Moncontour,\nJ'ai donné du sang rouge à boire à mon épée,\nEt la gaillarde en but une telle lampée\nQue sur tous les cimiers on la vit tournoyer!\n\nMais le roi Charles IX, mon frère, fit ployer\nLes ailes à l'aiglon de ma gloire trop prompte,\nEt c'est pourquoi, Seigneur, je suis un roi de honte...\n\nOn m'éloigna : chez les Sarmates au cœur vil\nJe ceignis malgré moi la couronne d'exil,\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "                            — 8 —\n\n Et, des siècles, parmi ce peuple inculte et rude,\n De palais en palais traînant ma solitude,\n La f ace pourpre encor de l''affront essuyé.\n Je fis éclore, autour de mon sceptre ennuyé,\n Un vénéneux printemps de crimes et de vices.\n J'appris à me pencher, avec quelles délices!\n Sur l'abîme d'azur de ces âmes d'enfants,\n Gouffre bleu constellé de prunelles de faons\n Où l'on jette tous les joyaux de sa misère,\n Sans en faire jaillir une larme sincère,\n Sans y mirer le sang de son rire tué!...\n\n Mon Dieu, prenez pitié d'un roi     prostitué!\n\nUn an plus tard, quand je revis la douce France.\nJe voulus, pour tromper ma stérile souffrance,\nA grands coups d'éperon aller mes destriers.\nMais, hélas! chaque fois que mes rêves guerriers,\nCabrés vers le concert des balles crépitantes,\nMordaient les clairons d'or des victoires chantantes,\nMa mère, d'un regard, leur coupait les jarrets...\n\nMa mère est redoutable et pleine de secrets.\nJe l'aime et je la hais : ses obscures pensées,\nCorbeaux noirs perchés sur mes épaules lassées,\nFixent de leurs yeux verts mes projets nouveau-nés.\n\nSeigneur, mon frère et moi nous fûmes condamnés\nA n 'être que des rois de festins, de parades,\nGelosi couronnés menant des mascarades.\nOiseaux du couvre-feu tarabustant le guet,\nL'âme pendue au clair sourire d'un muguet\nOu d'une fille folle entrevue en un bouge,\nQui fait signe aux passants avec sa jupe rouge.\nEt quand nous sommes las de tenter le hasard,\nEt qu 'il pleut, quelquefois je demande à Ronsard\nDe chanter ses sonnets pour Cassandre ou Marie,\nOu, n'avant plus l'amour en tête, je marie\nEn grande pompe, au son de la flûte de blé,\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "                          — 9 —\n\nUn beau mignon, d'honneurs et de cadeaux     comblé,\nA quelque laideron dont je dore la bosse,\nPuis, avec mes amis, je m'égaie à la noce.\n\nPour bercer les ennuis de mon cœur orageux,\nJ'ai des fous cramoisis et des mimes neigeux,\nMes bichons damerets aux yeux de perle noire,\nDeux bilboquets, l'un de santal, l'autre d'ivoire,\nMa canne de lapis au pommeau de corail,\nMon missel florentin et mon porte-éventail,\nEt mon mire, allumant, dans l'azur des nuits chaudes,\nDes soleils de grenat lapidés d'émeraudes,\nEt de roses dragons qui crachent des rubis.\n\nMon Dieu, j'ai pour les bons des douceurs de brebis;\nMon âme est un jardin de calmes rêveries;\nMais ces Guise, que suit l'odeur des boucheries,\nCes géants au poil pâle, aux féroces yeux      gris,\nCes hobereaux lorrains qui m'ont volé Paris,\nCe Balafré dont la balafre mal cousue\nSaigne de noir orgueil et de rage déçue,\nCes reîtres blonds portés par des moines pelés,\nCes soudards allemands dont les rêves ongles\nS'accrochent aux fleurons de ma vieille couronne,\nDieu de bonté, je l'ai juré sur la Madone,\nCes beaux cousins, je les tuerai, je les tuerai !\nEt quand ils seront morts, je me repentirai.\n\nLes Lorrains m'ont occis, lâchement, par derrière,\nSans même leur laisser le temps d'une prière,\nMon Du Guast, dont l'épée autour de moi dansait,\nLa pointe vers les cœurs que son roi baissait,\nEt Saint-Mégrin, qui, de sa voix de chanterelles,\nFaisait si tendrement chanter les tourterelles\nQui pleurent leur bonheur dans les vers de Baïf.\nIls m'ont assassiné mon beau page naïf,\nMa fleur de Mai, mon doux Quélus aux lèvres vierges\nDont l'ignorant baiser alluma tant de cierges\nSur l'autel étonné de mes tristes plaisirs,\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "                                10\n\n  Et Maugiron, le plus cruel de mes désirs,\n  Qui, par pitié, versait à ma tendresse usée,\n  A travers le vitrail de son âme irisée,\n  Le limpide Orient d'un soleil ingénu...\n\n Mon Dieu, contemplez-moi    : voici mon cœur à nu :\n\n Je les chérissais trop, ces fils de ma chimère,\n Et je cueillais la fleur de leur âme éphémère\n Afin d'en parfumer mes soirs       mystérieux.\n Mais mon amour, armé d'un marteau radieux.\n Forgeait pour ces enfants de hautes destinées.\n Loin d'endormir l'ardeur de leurs jeunes années,\n Je préparais leurs corps, alertes et puissants,\n A savourer éperdûment, par tous leurs sens,\n L'aventure héroïque et folle de la vie.\n Penchant sur leur esprit mon attente ravie,\n Je voyais s'éveiller au fond de leurs cerveaux\n Tout un siècle de joie et de penser s nouveaux.\n Vers un vaste avenir, libre des vieilles règles,\n Je dirigeais le vol de cet orage d'aigles\n Et dans leur bec de gloire ils portaient mon renom !\n\n Le rêve était impie, et vous avez dit : « Non! »\n\n J'en eus d'autres encor, plus calmes et plus frêles,\nFrères de ceux qu'on voit à l'ombre des tourelles\nLanguir dans les tableaux des peintres florentins.\nA ceux là je n'offrais ni tournois ni festins,\nMais les menant dans mes jardins, parmi les arbres\nOù l'âme des lys morts se survit dans les marbres,\nJ'étoilais leur pensée en leur montrant les dieux.\nJe leur ouvrais, avec des vers mélodieux,\nLe palais enchanté des formes et des songes.\n\nVotre haleine a soufflé sur mes savants mensonges :\nL'âge que j'attendais, je ne le verrai pas;\nEt plus seul que jamais je me pleure tout bas\nDans mes buveurs de rêve et mes porteurs d'épée.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "Seigneur, j'ai détourné votre force usurpée :\nRoi d'un jour, je croyais, dans ma témérité,\nPrenant mon vil désir pour votre volonté,\nFrapper l'œuvre divine à ma vaine effigie;\nMais mon bizarre amour fut loin d'être l'orgie,\nLe carnaval de honte et de sang bigarré\nQue chantent les pasquils de ce peuple abhorré;\nEt pour quelques baisers coupables dont ma bouche\nFit éclore la rose enflammée et farouche,\nCombien furent naifs, et combien, innocents'.\nEt c'est pourquoi, mon Dieu, tous ces cœurs bondissants\nQue guettait le plaisir cruel des pâles reines,\nDociles au toucher de mes mains souveraines,\nMe firent de leurs feux mystiques et charnels\nCe fulgurant collier de rubis éternels\nQue je porte à côté de mon saint scapulaire.\n\nSeigneur, j'ai mérité votre juste colère\nEt jamais mes péchés ne me seront remis ;\nMais l'enfer braséant auquel je suis promis\nPour avoir mésusé de la toute puissance,\nNe l'ai-je pas, depuis le jour de ma naissance,\nDans ma chair convulsivé et mon sang révolté?\nMon âme ténébreuse est un palais hanté\nOù des esprits cruels, fils des ombres mystiques,\nLaissent traîner dans l'eau des miroirs prophétiques\nLes images du f ou que je serai demain.\nDes mains moites d'amour me saisissent la main,\nEt par des escaliers de chairs jeunes et roses\nMe mènent malgré moi vers des trônes de roses\nOù saigne le sang noir de mes rouges péchés.\nMon vice colle aux doigts que mes doigts ont touchés,\nEt, pendant mon sommeil, mon souffle le suggère\nAux enfants endormis dont l'haleine légère\nMêle aux fraises des bois des œillets écrasés.\nJ'ai peur de mon sourire et peur de mes baisers\nDu piège parfumé de mes lèvres perfides,\nEt je tremble de voir les yeux les plus candides\nS'injecter de luxure aux gestes furieux\nDes obscènes démons qui nagent dans mes yeux.\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": " Pourtant je ne suis pas, Seigneur, un prince infâme :\n Je vous cherche à tâtons dans la nuit de mon âme;\n Aux pieds des saints autels, avec mes Flagellants,\n J'ai fait jaillir vers vous, de mes reins pantelants,\n En étoiles de sang ma rude pénitence;\n Et, semblable aux voleurs qu'on traîne à la potence,\n Vêtu d'un sac, la corde au cou, les pieds meurtris,\n J'ai, suivi de ma cour, promené dans Paris\n Le cadavre insulté de ma royauté morte.\n Je bois, au lieu de vin, l'eau lustrale, et je porte\n Sous mon linge, dans les endroits les plus cachés,\n Dans les plis de mon corps que le diable a léchés,\n Les grains d'un chapelet qui me vient d'Italie.\n Mais ces dévotions nourrissent ma folie :\nMa chair que je châtie aime son châtiment,\nEt des plaisirs nouveaux naissent de son tourment.\nMon repentir avorte en sournoises caresses,\nEt mon amour ressent d'ineffables ivresses\nLorsqu'il voit, sous le sel des pleurs    mystérieux.\n Vers la fausse douceur de ses baisers pieux\nMûrir les fruits pensifs de la douleur humaine ;\nEt lorsqu'à vos genoux le remords me ramène,\nQuand je veux enlacer la croix du Dieu vivant.\nJ'y vois des seins de nacre et de soleil levant\nVers mes yeux dilatés darder l'or de leurs pointes.\n\nDonc, quand je viens à vous, suppliant, les mains jointes,\nLoin d'étancher la soif dont il est dévoré,\nVous attisez encore dans mon cœur ulcéré\nLe monstrueux brasier de mes amours célèbres;\nEt, lorsque je vous fuis dans les douces ténèbres,\nVous y faites briller des astres mensongers !\n\nPourquoi me suivez-vous dans les impurs vergers ?\nLaissez-moi savourer la honte méritée,\nEt ne visitez plus mon âme révoltée\nPour y semer dans l'ombre avec vos ostensoirs\nDe sinistres combats de lys et de feux noirs!\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "                           —13 —\n\nJ'entends hurler les chiens de ma peine éternelle ;\nMais avant de quitter ma dépouille charnelle,\nDussé-je en une mort mourir toutes les morts,\nJe veux mordre une f ois au baiser sans remords\nTuer sous mon désir ma chimère assouvie,\nEt vivre en un éclair le rêve de ma vie !\nAlors, si mon bonheur rejaillit jusqu'à vous,\nFrappez-moi sans pitié : l'enfer me sera doux\nEt je proclamerai que vous êtes mon Père !\n\nSeigneur, pardonnez-moi : contemplez ma misère !.\nSur les mornes débris d'un palais écroulé,\nJ'assiste aux bonds captifs d'un cœur écartelé\nQue déchirent, cabrés sur leurs rênes sanglantes,\nDes chevaux de vertige aux ailes aveuglantes\nPortant, pendus en croupe à leurs crins effrénés,\nDes démons innocents et des anges damnés.\n\nComparez maintenant, dans vos justes balances,\nMes titres au pardon avec mes défaillances :\nRigoureux ou clément, j'accepte votre arrêt.\nSi le plateau d'argent l'emporte, je suis prêt\nA souffrir, sans pousser un cri, l'âme ravie,\nPour obtenir le ciel, l'enfer pendant ma vie,\nEt vous serez béni d'un fils reconnaissant.\nMais si c'est le plateau d'ébène qui descend,\nSi l'éternel enfer doit être ma patrie,\nEpargnez-moi, Seigneur, une avance d'hoirie!\nLaissez-moi, sur la terre, en attendant   l'enfer,\nSavourer sans remords l'infini de la chair\nEt ne vous mirez plus dans ma pensée obscène.\nOu le plateau d'argent, ou le plateau d'ébène.\nVotre choix est le mien : cessez un jeu subtil.\nParadis pour enfer. Amen! Ainsi soit-il!\n\n                                            ALBERT GIRAUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 25, "titre_corps": "La Nouvelle Carthage : La Bourse", "titre_sommaire": "La Nouvelle Carthage", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LA NOUVELLE CARTHAGE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "LA NOUVELLE CARTHAGE\n                                    LA BOURSE (1)\n\n               Une heure ! L'heure réglementaire de l'ouverture de la Bourse,\n                sonne à l'horloge, dernier vestige de l'ancien édifice incendié,\n                — à la diligente horloge, qui, lorsque les flammes la serraient\n                de près et avaient tout dévoré autour d'elle s'obstinait,\n servante féale, à mourir au champ du devoir en donnant l'heure officielle\n à la ville marchande...\n    Une heure! Dépêchez, retardataires ! Expédiez votre lunch, n'en faites\n qu'une bouchée, hommes d'affaires, hommes d'argent! Joueurs de dominos,\n d'autres combinaisons vous réclament! Achevez de siroter votre café, de\n sabler la fine-champagne. Plantez-là le journal pourtant si concis et rédigé,\n en nègre, à votre intention. Réglez et filez ou gare l'amende.\n    Une heure! Ils affluent de tous les points de la ville et surtout de la\n Cité : Riches d'aujourd'hui, riches de demain et aussi riches de la veille,\n qui s'évertuent et luttent contre la débâcle — millionnaires en herbe, ou\n millionnaires dont l'herbe a fait du foin qu'ils engrangent dans leurs bottes,\n ou encore millionnaires dont le foin a flambé comme un simple feu de\n paille !\n    Va, cours, vole — parfois dans les deux sens du verbe — misérable\n suppôt de la Fortune! La roue tourne, accroche-toi à ses rais, essaie d'en\n régler le mouvement! Voyez-les se bousculer, se passer sur le corps, pour\n agripper la roue fatale, pour s'y cramponner avec l'opiniâtreté des rapaces.\n Aujourd'hui au dessus, demain en dessous ! La roue tourne, et tourne, et\n\n\n   (1) Ce chapitre, encore inédit, constitue un des épisodes nouveaux que Georges\n Eekhoud ajoute à sa grande étude des milieux anversois. L'œuvre définitive, complète­\nment remaniée et augmentée de près du double est actuellement en cours de publica­\ntion dans le journal le Peuple. Elle paraîtra probablement cet hiver encore, en volume,\nchez l'éditeur Lacomblez. Elle se compose de trois parties et de chapitres ainsi intitulés :\n   PREMIÈRE PARTIE.— L'Oligarchie : I. Le Jardin; II. La Fabrique; III. Le Fossé ;\nIV. Le Costume Neuf; V. Hemixem ; VI. Le Bal; VIL La « Gina » ; VIII. L'Orangerie.\n   DEUXIÈME PARTIE. — La Politique : I. Le Port; II. La Casquette; III. Les Nations;\nIV. La Cantate; V. L'Election; VI. Les Troubles.\n  TROISIÈME PARTIE. — Revers et dessous : I. Gendre et Beau-Père ; II. Daelmans-\nDeynze; III. La Bourse; IV. Le Patrimoine; V. Les Emigrants; VI. Le Riet-Dyk;\nVIL Contumace; VIII. Les Runners ; IX. Le Carnaval; X. La Cartoucherie.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "                                  —   15   —\n\n\nl'essieu grince, et craque... Et ces craquements ont de sinistres échos:\nKrach!\n   Depuis le matin, boursiers, boursicotiers, vont et viennent; se croisent\ndans les rues, affairés, fiévreux, sans s'arrêter, échangeant à peine un\nbonjour sec comme le tic-tac de leur chronomètre : Time is money ! Avant\nla soirée les meilleurs amis ne se reconnaissent plus.\n    To buy or not to buy ? That is the question! monologue le sordide\nHamlet du commerce. Il n'envisage plus l'univers qu'au point de vue de\nl'offre et de la demande. Produire ou consommer : Tout est là!'\n    Une heure ! Allons, que la meute avide de curée s'engorge par les quatre\nportes de l'élégant palais. Avec ses voûtes magnifiques, décorées d'attributs,\nde symboles et d'écussons de tous les pays, sous ces nervures de fer, con­\ntournées en arceaux, ce monument d'un gothique panaché de réminiscences\nmauresques et byzantines, mi-parti aryen, mi-parti sémite, présente un\ncompromis bien digne de ce temple du dieu Commerce, par excellence le\ndieu furtif et versatile.\n    Les rites commencent. Le bourdonnement sourd des incantations s'élève\nparfois jusqu'au brouhaha. Debout, chapeau sur la tête comme à la syna­\ngogue, les fidèles s'entassent et jabotent. Et, graduellement, l'atmosphère\nse vicie. On distingue à peine les métaux et les couleurs des peintures\nmurales ; les élégants rinceaux se noient dans un brouillard d'halenées et\nde fumées opaques ! Le pouacre encens ! Les têtes ont l'air détachées du\ncorps et flottent au dessus des vagues.\n   A première vue, en tombant dans cette assemblée, on songe aux conven­\nticules et aux sabbats. Jamais grenouillère altérée ne coassa avec pareil\nensemble pour demander la pluie. Mais ces batraciens-ci réclament force\npluie d'or !\n    Peu à peu on parvient à démêler les uns des autres, ces groupes de gens\nd'affaires et de mercantis.\n   Voici le coin des gros négociants se rendant encore à la Bourse par habi­\ntude. Ils traitent les affaires en affectant de parler d'autre chose, ou se\ndéchargent de ces soucis sur quelque coadjuteur qui, de temps en temps,\ns'approche du patron pour prendre le mot d'ordre, la consigne. Ainsi le\nplénipotentiaire consulte le potentat. Là, trônent, pontifient, les mages\nbillionnaires, les grands prêtres. Piliers mêmes du négoce, aussi solides que\nles colonnes de leur temple. Colonnes philistines, hélas, contre lesquelles\nl'honnête Samson ne prévaudrait jamais! Commettants, propriétaires,\narmateurs, courtiers de navires, banquiers, se prélassent dans leur impor­\ntance, mains en poches ou sur le dos, et parlent peu, et parlent d'or — au\npropre et au figuré.\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "                                   —   16   —\n\n\n    Ploutocrates ventripotents, augures redoutables, leurs oracles sybillins\nentament ou rehaussent le crédit du faiseur secondaire. Un mot de leur\nbouche vous enrichit ou vous ruine. Les girouettes de la chance tournent à\nleur haleine. De leur fantaisie dépendent les fluctuations du marché\nuniversel. Ce sont leurs lunes qui règlent ces marées! Avec leurs affiliés des\nautres grands ports, ils sont de force à livrer le pauvre monde à la famine\net à la guerre.\n    Successeurs des Fugger et des Salviati, de ces Hanséates hautains qu'un\ncortège de hérauts et de musiciens richement costumés précédait chaque\njour à l'heure de la Bourse, ils trafiquent des empires et des peuples comme\nd'une simple partie de riz ou de café ; mais, s'il leur arrive encore de prêter\nde l'argent aux Rois, moins fastueux et moins artistes que ces Focker\nlégendaires, ils ne jetteraient plus aux flammes d'un foyer alimenté de can­\nnelle, la créance d'un César, leur débiteur considérable mais leur hôte glo­\nrifié ! Les autres étaient des patriciens, ceux-ci ne sont que des parvenus.\n    Spéculateurs à la hausse et à la baisse consultent comme un infaillible\nbaromètre les rides de leurs fronts, le pli de leur bouche et la couleur de\nleur regard. Ils sont les vicaires de la divinité que symbolise la pièce de cent\nsous !\n   Ainsi, lorsqu'un interlocuteur candide se méprend jusqu'à parler au juif\nrhénan Fuchskopf, d'un noble caractère, d'un génie, d'un saint médiocre­\nment pourvu de ducats, ou jusqu'à solliciter l'appui de cet Iscariote en\nfaveur d'une infortune digne d'émouvoir tout mortel à figure plus ou moins\nhumaine, l'affreux pressureur, l'agent d'émigration, le marchand d'âmes,\nle fournisseur de souliers sans semelles aux massacrés des récentes guerres,\nl'actionnaire insatiable que les houilleurs brûlés par le grisou, affamés par\nla grève ou fusillés par la troupe ont maudit en agonisant; — le youtre tire\nde son porte-monnaie un luisant écu de cinq francs, et, au lieu de le con­\nsacrer à une exceptionnelle aumône, le passe à deux ou trois reprises sous\nle nez du solliciteur, puis le presse amoureusement entre ses doigts crochus\net moites comme des ventouses, l'approche même de ses lèvres comme s'il\nbaisait une patène etfléchissant à moitié le genou, adresse cette intraduisible\noraison au fétiche :\n                             Ach lieber Christ\n                             Wo du nicht bist\n                             Ist lauter Schweinerei !\n\n  Puis, ricanant, remet l'hostie dans son gousset et jouit de la déconvenue\ndu malencontreux intercesseur et de l'approbation de ses courtisans et\ncomplices.\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "                                  —   17   —\n\n   Autrement loquaces et remuants que les bonzes de la finance et du\nnégoce se révèlent les agents de change. Pimpants, astiqués, ils toupillent,\nvirevoltent, s'empressent, s'insinuent, s'interposent, butinent l'or en papil­\nlonnant. Ce sont les danseurs sacrés et leur pantomime fait partie des\nincantations.\n   De locomotion moins vertigineuse, serrés dans des habits plus sombres\net de coupe plus roide, circulent les trafiquants en fonds publics, bricolant\ndes liasses d'actions négligemment roulées dans des fardes ou de vieilles\ngazettes, et griffonnant leurs bordereaux sur le dos d'un client secourable.\n   Couverts de complets de fatigue, les commissionnaires en marchandises\nentreposent force sachets d'échantillons, au fond de leurs poches. Celui-ci\npile dans la paume de la main une fève de Chéribon et en fait subodorer\nl'arome à l'épicier qu'il capte et circonvient. Celui-là vous persuade de la\nsupériorité de son tabac, Kentucky ou Maryland, et finirait par endosser la\nrécolte au preneur timoré qui n'en demande qu'un boucaut.\n   A chaque spécialité, à chaque article, son coin, sa dalle fixe. On ne se\nfigure pas l'ordre régnant dans cette apparente pétaudière, le nombre des\ndémarcations, des classements, des subdivisions. Raffineurs, distillateurs,\nimportateurs de pétroles ou de guanos, facteurs en douanes, assureurs\noccupent, du premier janvier au trente et un décembre, sans empiéter sur\nle domaine du voisin, les quelques pieds carrés assignés à leur partie. Un\ncolin-maillard habitué de la Bourse, retrouverait sans peine, au milieu de\ncette fourmillière, le quidam dont il a besoin.\n   Le sujet des conversations, l'objet débattu varie de pas en pas. Des\nquirateurs ou propriétaires collectifs d'un navire, discutent avec les affrê­\nteurs les clauses d'une charte-partie. Un entrepositaire baragouine cédules\net warrants. L'air retentit de mots exotiques et barbares : centweights,\nprimage, emprunt à la grosse aventure. Il est questioa de crimes spéciaux\nprévus par des codes exclusifs. Un armateur se plaint de barateries com­\nmises par ses capitaines. Ailleurs s'évalue un total de droits de navigation.\nUn expéditeur confère avec son subrécargue. Des dispatcheurs règlent un\ncompte d'avaries. Casquette à la main, un doyen de « Nation », offre ses ser­\nvices à un importateur de bœufs vivants de la Plata et à un autre qui reçoit\nen conserves le bétail du même pays. Un officier de la douane taxe de\nfraude et d'irrégularités les baes d'une « Nation », qui mettent en cause, de\nleur côté, le négociant entrepositaire.\n   Le long du pourtour, sous les galeries, règnent des files de hauts pupitres\nd'où dégringolent pour s'y rejucher aussitôt après, comme atteints de ver­\ntigo, des calculateurs, chiffres faits hommes, s'égosillant à glapir les cotes\n                                                                       2\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "                                  — 18 —\n\nque des reporters de moniteurs financiers consignent hâtivement sur leurs\ntablettes.\n   Que de manœuvres pour arriver à ce but : l'argent ! Tel a l'air taciturne,\npresque funèbre, parle affaires avec componction ; tel autre traite Mercure\npar dessous la jambe et entremêle son boniment de facéties de rapin.\n   Des bateliers, baes de beurts et de chalands, le visage briqueté, les\noreilles ornées d'anneaux d'argent se tiennent à part, près des portes et, se\nbalançant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, crachent, chiquent, pipent,\ngraillonnent en attendant le noliseur. Des capitaines anglais, en bisbille,\nélèvent la voix comme pour commander l'abordage et crispent désagréable­\nment un conciliabule de jeunes beaux et de vieux bellâtres mâtinés de spécu­\nlateurs qui, non loin de là, se chuchotent la chronique scandaleuse, dénom­\nbrent leurs bonnes fortunes de la veille, dévoilent les mystères de l'alcôve\net les secrets du comptoir, lient des parties fines pour la soirée et farcissent\nde potins de boudoirs et de coulisses l'aride rituel commercial :\n   — Avec leurs goddam ils feraient goddamner un saint ! déclare le plus\nspirituel des deux jeunes Saint-Fardier, visant les loups de mer tapageurs,\net il se retire sur ce mot. Son frère l'accompagne, aussi radieux que si le\nmot était de lui. On leur donne le temps de s'éloigner; puis le cercle se\nrapproche :\n   — Elles vont bien leurs petites sœurs ! En voilà qui font goddamner\nleurs maris? Falk et Lesly n'ont rien à s'envier; on se demande lequel est\nle plus sganarellisé des deux. Connaissez-vous le dernier patito de Cora?\n   — Notre grand Frédéric Barberousse !\n   — Non, au rancart le robin ! En ce moment le képi supplante la toque.\n   — Un képi de l'armée belge...\n   — Ou à peu près...\n   — Autant dire un garde civique...\n   — Eureka !\n   — Connais pas...\n   — Cet excellent Pascal qui n'entend pas le grec.\n   — Van Dam, le consul de Grèce? Mais il n'est pas de la garde civique.\n   — Qui te dit le contraire! O Pascal... agneau ! C'est Von Frans, parbleu !\n   — Et c'est là tout ce que vous savez? intervient un nouveau venu, De\nZater, l'homme toujours ganté. Quel vieux neuf! Voici bien d'autre nanan :\nLucrèce, l'imprenable Lucrèce...\n   — Eh bien?\n  — ... a fini par imiter ses petites folles de cousines...\n  — Avec qui?\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "                                  — 19 —\n\n   — Avec le nouvel associé de son mari, el señor Vera Pinto, un Patagon,\nun Fuégien ou un Chilien, je ne sais au juste...\n   — Comment! Le rastaquouère avec qui Freddy Béjard entreprend\nl'opération des cartouches... Messieurs, cette coïncidence ne vous entr'ouvre-\nt-elle pas des horizons nouveaux, comme on dit au Palais.\n   — Tu ne prétends pas que le mari soit de connivence avec la femme :\nils se détestent trop pour cela.\n   — Peuh! L'intérêt les rapproche...\n   — Voilà donc leur débâcle doublement conjurée. Car, vous n'ignorez\npas, je suppose, que le beau-papa Dobouziez vend sa part dans l'exploita­\ntion de la fabrique et jusqu'à sa maison... Hé, Tolmoch, combien font les\nmétalliques?\n   — Que nous cornez-vous là? Le père Dobouziez, ce rigide matois, ce\n« tirez-vous de là comme vous pourrez! » se sacrifier pour un autre! pour\nun Béjard!\n   — Ah ça, vous tombez donc tous de la lune... On ne parle que de cette\nliquidation depuis ce matin, sur le tramway, au port, dans les bureaux...\n   — Daelmans-Deynze devient propriétaire de l'usine. Le père Saint-Far-\ndier aussi, abandonne la fabrication des bougies. Il lâche le beau-père pour\ncommanditer le gendre... A propos De Maes, je vous prends vos Consolidés\nà ferme...\n   — Dobouziez n'en reste pas moins directeur, aux appointements d'un\nministre, m'affirmait à l'instant le caissier de la fabrique.\n   — Deux mots, Monsieur De Zater, au sujet des huiles. Faut-il acheter\nou vendre?\n   — Vendre ! Que vous êtes jeune, Tobiel ! Télégraphiez sans retard à\nMarseille et emparez vous de tout ce qui reste encore sur le marché...\n   — Ecco l'opération des cafés. J'expédie par le Feldmarschall deux cents\nballes Java à Brand frères, de Hambourg, et, en même temps, je charge\nmon commissionnaire d'acheter avec le produit, une partie de cuirs...\n   — Messieurs, j'ai bien l'honneur... De Zater, je suis le vôtre... Vous\nparliez du grrr...and désintéressement de Dobouziez...\n   — Non, cela me passe! On n'est pas honnête à ce point!\n   — Honnête! ricane Brullekens, le maniaque qui fait décaper chaque\nmatin son argent de poche. C'est un autre mot, que vous diriez, vous, hé\n Fuchskopf?\n   — Ce Talmans-Teince, angore un orichinal, un ardiste... Dummes Zeug!\nLauter Schweinerei! Bettlern! Oui, té mentiants!\n   — Toujours explicites ces Teutons !... Mais, De Zater, pour en revenir à\n Lucrèce et à son rastaquouère\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "                                  — 20 —\n\n   — Qu'est-ce donc cette affaire de cartouches?\n   — Pour le moins, un vol de grand chemin\n   — Pas mal! Mais je mets « cartouches » au pluriel et sans majuscule.\nEh bien, voici : Béjard vient d'acheter à un dictateur chilien, par l'entre­\nmise du susdit Vera-Pinto et de compte à demi avec celui-ci, un solde de\ncinquante millions de cartouches, mises hors d'usage par suite de la réforme\nde l'armement. Il paraît que la digne paire d'amis s'est acquis ces muni­\ntions de rebut pour une croûte de pain... Or, ce malin de Béjard compte\nrevendre séparément la poudre, le fulminate, le plomb et le cuivre qu'il\nretirera de ces cartouches, et réaliser de ce chef le joli bénef de plus de\ncinq cents pour cent\n   — Une opération de génie! opinèrent avec autant d'admiration que d'envie\ntous ces monteurs de coups, constamment à l'affût des occasions de faire\nfortune du jour au lendemain.\n   Jamais ils n'auraient trouvé ce moyen-là, si simple, pourtant. Vrai, ce\nBéjard pouvait être une canaille, mais il était diantrement fort, et leur\nmaître à tous !\n   — Toutefois, des difficultés se présentent, continua Brullekens. Le tout\nn'est pas d'amener jusqu'ici ce lot colossal de cartouches; il s'agit de se\nmettre en règle avec la douane, puis, d'obtenir de la ville l'autorisation de\ndécharger ces redoutables produits, représentant une affaire de deux cents\nà deux cent cinquante mille kilos de poudre, c'est-à-dire plus qu'il n'en fau­\ndrait pour faire sauter Anvers et son camp retranché... La régence hésite\nd'autant plus à assumer une responsabilité dans cette litigieuse affaire, que\nBergmans, le vigilant et tonitruant agitateur, l'inconciliable ennemi de\nBéjard, ayant eu vent des manigances de celui-ci, ne cesse d'intimider notre\nmagistrat et d'exciter contre Béjard et sa mirifique entreprise les terreurs et\nla colère des porte-faix du port qui n'ont pas encore oublié l'affaire des\n« élévateurs ». Aussi impopulaire qu'il soit, Béjard pare quelque peu les\nassauts du bouillant tribun en faisant miroiter aux yeux de cette popula­\ntion riveraine, généralement besoigneuse, la perspective du travail facile et\nlucratif que leur procurera son industrie.\n   « A la Ville, il promet d'extraire tous les jours mille kilos de poudre des\ncartouches, de manière à en finir au bout de neuf mois. De plus, il s'engage\nà fournir toutes les garanties et à se conformer à telles mesures de précau­\ntion que lui imposera l'autorité. Et vous verrez, — au fond, je le souhaite,\ncar l'affaire est trop sublime ! — que ce diable d'homme aura raison des\nobstacles qu'on lui suscite et qu'il se moquera une fois de plus, de la ville,\nde la province, du gouvernement, des foudres de Bergmans et même du\nvox populi! »\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "                                   — 21 —\n\n\n   Un mouvement qui se produisait de groupe en groupe vers l'entrée occi­\ndentale de la. Bourse, jusqu'au quartier des coulissiers et des tripoteurs en\neffets publics, interrompit cet édifiant colloque. Les éclats d'une aigre con­\ntestation dominaient les psalmodies coutumières. La poussée et le vacarme\ndevinrent tels que l'opulent Verbist, suprême amiral d'une flotte marchande\nde vingt navires, daigna s'enquérir auprès de son commis de la cause de\ncette perturbation.\n   — Claessens, que signifie\n   — Un escogriffe qu'on somme de payer ses différences, Monsieur. Une\ntriste espèce à ce qu'on m'assure !\n   La face bouffie et adipeuse, blafarde comme un astre hydropique, sourit\nlugubrement, les épaules eurent un sinistre haussement et, en spectateur\nblasé sur ce genre d'exécutions et qui n'en était plus à compter les banque­\nroutes de ses contemporains, Verbist ne s'informa même pas du nom de\nl'agioteur indélicat, mais continua de se curer les dents le plus confortable­\nment du monde.\n   C'était pourtant le bénin, le suave, l'unique Dupoissy que l'on prenait si\nvivement à partie ! Le hasard voulait que le Sedanais s'abimât sans retour,\nle jour même où Béjard, son maître, son patron, doublait victorieusement\nle cap de la ruine.\n   La fréquentation de Béjard lui avait donné foi dans sa propre étoile. Ce\nsatellite s'était cru planète. Ce volatile s'était pris pour un aigle et avait\nvoulu voler de ses ailes.\n   Le jour où les bruits de l'imminente déconfiture de Béjard commencèrent\nà circuler, le prudent Dupoissy le lâcha avec la désinvolture d'un laquais.\n   Au temps de la prospérité de Béjard, Dupoissy s'était assuré de fortes\ncommissions et lui qui n'avait jamais possédé un sou vaillant, dans sa patrie\nou ailleurs, se trouva, un moment, à la tête d'un capital fort sérieux. Au\nlieu de s'établir et de se livrer, par exemple, au commerce des laines et des\ndraps, « parties » dans lesquelles il se proclamait d'une compétence sans\négale, il risqua tout son avoir dans des opérations aléatoires et de longue\nhaleine. Tant que Béjard fut là, le tripoteur profitait de ses conseils et quit­\ntait la partie, sinon sans profit, du moins sans perte désastreuse. Mais,\nabandonné à sa propre initiative, il se fit complètement ratiboiser. Il en\nétait arrivé à négliger les précautions les plus élémentaires; c'est à peine s'il\ns'enquérait de l'état du marché. Persuadé de son génie, il spéculait indiffé­\nremment sur les changes, les métaux, les effets publics et les marchandises.\nQuelque temps il parvint à faire escompter ses effets et à continuer ses\n« marchés fermes »; puis, l'un après l'autre, les banquiers lui coupèrent le\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "                                      22\n\n\ncre'dit; enfin, à part quelques pigeons que dupaient sa mine confite et onc­\ntueuse, son accent papelard, son fleur de respectabilité, et qui, sur la foi\nde ses jérémiades, le considéraient comme une victime de Béjard, il n'y eut\nplus pour lui livrer leur signature que des flibustiers aussi mal cotés que\nlui.\n   Il paya même cher la longanimité dont il bénéficia tout un temps.\n   C'était précisément, à la Bourse, jour de grande liquidation. Le faiseur,\nà bout d'expédients, avait passé la matinée à battre les guichets de la\nplace, sans trouver à emprunter quarante sous. Cela ne l'empêcha point de\nse présenter en Bourse, comme d'habitude, luisant, bichonné, bénisseur,\ntendant à tous ses mains chattemiteuses et feignant de ne pas s'apercevoir\ndes rebuffades et des affronts. Avisant un de ses contractants sur lequel\nil avait tiré à boulets rouges, il l'aborda, la bouche en cœur, et se mit à\nl'entretenir d'une voix doucereuse et avec des gestes enveloppeurs, d'une\nopération superlificoquentieuse (il aimait ce mot) qui devait les enrichir tous\nles deux.\n   Il tombait mal cette fois.\n   — Je ne demande pas mieux que de traiter de nouveau avec vous, lui\nrépondit le marchand, mais, auparavant, si vous le voulez bien, nous liqui­\nderons cette petite affaire de la Rente française... Vous savez ce que je\nveux dire... Voilà trois mois que vous ajournez le règlement de cette baga­\ntelle\n   Dupoissy ne cessa pas de sourire et se récria :\n   — Comment donc! Mais volontiers, cher ami. Et même à la minute...\nJustement j'allais vous prier de passer ce soir chez moi... Si je vous parlais\nde cette nouvelle affaire, c'est parce qu'elle se rattache étroitement à celle\nque nous avons terminée ; — si étroitement, que nous pourrions les com­\nbiner, je dirai même les fusionner\n   — Pardon! interrompit l'autre, il ne s'agit pas de tout cela. En voilà\nassez de vos combinaisons continues. Avant de m'embarquer avec vous\ndans d'autres entreprises, je désire connaître enfin la couleur de votre\nargent\n   — Monsieur Vlarding! fit Dupoissy, jouant l'homme irréprochable\noutragé dans ses sentiments. « Monsieur Vlarding, mon bon ami! »\n   — Ta ta ta ! Il n'y a pas de Vlarding et de bon ami qui tiennent! Vous\nallez me payer recta deux mille francs en échange du reçu que voici\n   — Mais mon vieil ami, pareils procédés de votre part, après tant d'années\nde mutuelle confiance\n   — Trêve de protestations! Je ne vous dis que ce mot : pagare,pagarel\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "                                     23\n\n\n   — Lorsque je vous répète que je n'ai pas cet argent sur moi! gémit\nDupoissy à voix basse, et, en pressant le bras de son interlocuteur : « De\ngrâce, calmez-vous... On nous écoute! »\n   On commençait, en effet, à faire cercle autour d'eux. A l'ordinaire badau­\nderie se joignait une curiosité maligne, l'attente d'une bagarre.\n   Mais plus Dupoissy essayait d'amadouer Vlarding, plus celui-ci criait :\n   — Pour la dernière fois, monsieur Dupoissy, êtes-vous disposé à me\nsolder les deux mille francs?\n   — Quand je les aurai ! laissa échapper le malheureux Dupoissy, perdant\ndécidément la tramontane.\n   Vlarding bondit comme un chien flâtré.\n   — Comment dites-vous cela? cria-t-il dans le visage du débiteur insol­\nvable.\n   D'autres dupes faisaient chorus, à présent, avec Vlarding, C'était à qui\nréclamerait son dû.\n   — Payera ! Payera pas ! chantait la galerie, sur l'air des lampions, en se\ntrémoussant, en trépignant de joie féroce.\n   — Messieurs, mes bons Messieurs, laissez-moi sortir, je vous en con­\njure!... Je suis citoyen français, Messieurs, j'en appelle au consul de mon\npays... Messieurs, c'est une indignité...\n   — As-tu fini? goguenardaient les jeunes Saint-Fardier. Haro sur le\nFrançais! Haro sur l'homme de Sedan! Ferme ta cassolette! A la porte\nBadinguet !\n   Mais les créanciers s'échauffaient et le menaçaient du poing, du para­\npluie et de la canne. Vlarding venait de lui abattre le chapeau de la tête.\n   — Non, non! Pas de violence! intercédaient, hypocritement, la majorité\ndes assistants. Faisons durer le plaisir !\n   Tremblant de peur, hagard, livide, la sueur et la pommade fondue lui\ndécoulant du font et des oreilles, le gros homme ne bougeait plus. Il embau­\nmait à outrance. Mais moins heureux que le putois, son odeur ne tenait\npas ses ennemis à distance. Comment aurait-il échappé à leur coalition !\n   La consigne avait été donnée. On ne le frapperait pas, on se contenterait\nde le pousser. Le jeu avait des règles consacrées par de nombreux précé­\ndents. Plus d'un boursier malhonnête avait été exécuté de la sorte. Les\nmains enfoncées dans leurs poches, les bourreaux ne jouaient que des\ncoudes, des genoux ou des reins. Ainsi les vagues ballottent et roulent long­\ntemps le naufragé, et le harcèlent de toutes parts, et se le renvoient l'une à\nl'autre, en lui faisant le moins de mal possible :\n   Dupoissy était bien un homme à la mer!\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "                                  — 24 —\n\n\n   Il virait de droite et de gauche, louvoyait quelque temps dans un même\n sens, puis courait des bordées fantastiques et désordonnées. A peine un flot\nde tortionnaires l'avait-il projeté dans une direction, qu'un autre flot le\nramenait à son point de départ. D'autres fois il restait immobile, broyé\nentre deux courants de même force, presque réduit en bouillie, aux trois\nquarts époumonné. Les questionnaires les plus rapprochés de lui risquaient\nde partager son sort.\n   — Arrêtez! Pas si fort! criaient-ils à leurs camarades.\n   Une joie carnassière se repaissait de sa détresse. Un unique sentiment de\ncruauté confondait ces milliers de publicains, s'acharnant sur un joueur\nmaladroit, ainsi que des collégiens sur leur souffre-douleur. Et comme tou­\njours, les plus véreux, les plus obérés, prenaient à cette brimade la part la\nplus féroce.\n   Les millionnaires podagres se faisaient représenter à cette fête par leurs\nhéritiers et leurs commis.\n   La police se tenait discrètement en observation. Tant qu'on n'endomma­\ngeait pas la peau du patient et qu'on se bornait à le bousculer, elle n'avait\npas mission d'intervenir. La tradition autorisait les négociants assemblés à\nchâtier, dans cette«mesure, le spéculateur de mauvaise foi.\n   Entre les arcades du premier étage, accoudés à la travée du promenoir,\npenchés sur cette véritable arène, les petits porteurs de dépêches jubilaient\nnon sans éprouver quelque stupeur à la vue de ces personnages barbus et\ngénéralement compassés, s'émancipant comme des vauriens de leur âge ;\net l'envie les démangeait de descendre dans la piste pour participer à ce\nsport de haut goût. Mais outre que les placides « garde-ville » ne leur\nauraient pas assuré les mêmes immunités qu'aux boursiers, à la longue un\nsentiment de terreur et de pitié entrait dans l'âme des gamins : ils regar­\ndaient encore, les yeux écarquillés, mais ils avaient cessé de rire.\n   Aucun des anciens amis du Sedanais, aucun des amphytrions qui le\nrecevaient autrefois à leur table, n'accourait à sa rescousse. Les plus\nhumains voyant la tournure critique que prenait l'altercation entre\nDupoissy et ses créanciers, s'étaient prudemment esquivés de peur d'être\nmêlés à l'esclandre ou pour s'épargner la vue de ces scènes pénibles.\n   Pendant la tempête, une barque de pêche essaie d'enfiler le goulet du\nport. L'esquif a beau calculer son élan, chaque fois la barre l'entraîne à la\ndérive ou menace de le briser contre les estacades. La tourmente humaine\nleurrait ainsi le pitoyable Sedanais et ne le rapprochait d'une des portes de\nsalut que pour le rejeter à l'intérieur et cela parfois en risquant de le fra­\ncasser contre les piliers.\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "                                  — 25 —\n\n\n   Comme après bien des affres et bien des péripéties, une formidable\nimpulsion le dirigeait pour la vingtième fois vers la sortie, un retardataire\nvenant de la rue poussa la porte capitonnée.\n   — Tenez la porte ouverte, Béjard ! mugit en s'épongeant, Saint-Fardier\npère, qui s'était passionné pour ce jeu comme un étudiant d'Oxford à un\nmatch de foot-ball.\n   Ganté de frais, la taille prise dans un pardessus de coupe irréprochable,\nla boutonnière fleurie, plus superbe, plus maître de lui, plus dominateur\nque jamais, Béjard devina la situation et n'ayant plus rien de commun avec\nson ancien thuriféraire, tenant surtout à affirmer qu'il le répudiait sans\nmerci, notre homme se prêta avec empressement à ce que la cohue atten­\ndait de lui.\n   S'effaçant contre la muraille, il tint la porte entrebâillée pour livrer pas­\nsage à la victime. Son visage s'éclairait d'une joie satanique. Vrai, il était\npropre à présent, le patelin lâcheur !\n   De son côté, Dupoissy reconnut son ancien associé. Etre ainsi pilorié\ndevant lui ! C'était là le coup de grâce, le dernier opprobre ! Franchement\nil ne méritait pas ce surcroît d'humiliation ! Il concentra tout ce qui lui\nrestait de ressort, de flamme, d'énergie vitale, pour lancer au triomphateur\nun regard d'atroce rancune, quelque chose comme une imprécation muette.\nLe crapaud doit avoir de ces regards sous le sabot d'un maroufle. Béjard ne\nbroncha pas sous ce fluide vindicatif. Rien n'était, au contraire, plus flat­\nteur pour lui. Au moment où une suprême escousse accélérait l'essor du\nFrançais et où il filait avec la véhémence d'un projectile devant le député\nBéjard, celui-ci lui fit une révérence profonde de tabellion qui reconduit un\nvisiteur considérable.\n   Le Dupoissy alla rouler comme un ballot avarié sur le pavé, entre les\ndeux trottoirs. Béjard le vit se ramassser, s'épousseter, et se traîner, en lon­\ngeant les murailles, avec des façons de limace.\n   Puis, lent et correct, sans s'occuper davantage de ce pagnote, le grand\nhomme laissa retomber la porte et entra dans le temple où l'attendaient\nles félicitations et les hommages d'une tourbe prête à le traiter comme\nDupoissy le jour où la Fortune cesserait de l'élire si manifestement pour\nson favori.\n                                                  GEORGES EEKHOUD."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 26, "page_fin": 27, "titre_corps": "Dialogue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "DIALOGUE", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "DIALOGUE\n L'être d'ironie et de haine\n Qui pour cible a choisi mon cœur,\n De l'arc de sa bouche d'ébène\n M'a décoché ce trait moqueur :\n\n « Cet enfant tout en fleur d'enfance,\n Divin de joie et de santé,\n Qui t'adore sans méfiance,\n Crédule en ta fausse bonté, —\n\n— A son abandon simple et tendre,\nAu doux velours des doux baisers\nQue son sourire laisse prendre,\nQue répondent tes sens blasés?\n\nQue répondent tes lèvres lasses,\nVeuves de tant de baisers morts,\nEt qui bleuissent de leurs glaces\nLes lèvres fraîches que tu mords, —\n\nTes yeux, qui savent trop de choses\nPour s'être repus nuit et jour\nDe la pourriture des roses\nEt des dégoûts des lits d'amour, —\n\nEt ta mémoire, noire armoire\nOù tous les espoirs sans espoir\nMoisissent avec maint grimoire\nEn l'ennui de ton vain savoir?\n\n— O âcres larmes'. Pleurs funèbres !\nMes lourds sanglots ont répondu\nA l'Inquisiteur des Ténèbres :\n« Oui, tout mon bonheur est perdu.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "                 —   27   —\n\n\n« Ruine! ma chair épuisée,\nLes cantharides et l'alcool\nL'ont brûlée et décomposée.\nMon amour sénile est un vol.\n\nMon âme jadis intrépide,\nDrapeau chantant aux vents joyeux,\nPend, morne, trouée et sordide,\nSur mes os mous et carieux.\n\nC'en est fait des parfums en flammes\nBrûlant sur des bûchers de fleurs\nCes beaux yeux d'enfants et de femmes\nQu'enivraient ma joie et mes pleurs !\n\nMais, — ô démon qui me tortures! —\nFou de désir et de rancœur\nPar de câlines impostures\nJ'ai fardé mon pauvre vieux cœur.\n\nEt j'offre encor mes lèvres peintes,\nLes feux calculés de mes yeux,\nMes mains et leurs feintes étreintes\nEt mon doux parler captieux\n\nA la rose Idole aurorale\nQui luit dans l'ennui de ma nuit,\nA la Lumière triomphale\nQui me fortifie et m'instruit,\n\nA la Vigueur, à la Jeunesse,\nDont la claire et chaude santé\nRayonne comme une promesse\nFlamboyante    d'éternité.\n                                       IWAN GILKIN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 28, "page_fin": 33, "titre_corps": "L’Agonie des esprits", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Bernard Lazare", "ancre_debut": "L AGONIE DES ESPRITS", "ancre_fin": "BERNARD LAZARE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "L'AGONIE DES ESPRITS\n    A S T É P H A N E MALLARMÉ.\n\n\n                                                      L'Esprit.\n                                                                  Qui m'appelle?\n                                                      Faust.\n                                                                  Vision terrible !\n                                                                       (GŒTHE).\n\n\n\n               L'ancienne et la moderne sagesse illuminaient l'esprit de Rabbi\n                Iéchiel, et il était docteur très grand, très subtil, expert en\n                les arcanes les plus retirés, familier des idées les plus\n                absconses. Ses persuasives paroles savaient dissiper les doutes\ntenaces et vaincre les sophismes retors. Il guérissait par les simples les maux\ncharnels, et, le manteau pesant de l'erreur, il l'écartait par la mystérieuse\nvertu du Verbe.\n   L'abstinence et les cilices avaient épuré son âme ; sa volonté s'étant accrue\nde tout son dédain des apparences, il communiait avec les pures formes et\n les essences cachées. Dans le corps, il apercevait le flambeau psychique;\n dans l'univers, il atteignait la matrice des choses; dans l'espace infini, il\napprochait de Dieu. Tel un roi, traînant derrière lui le fastueux cortège\ndes acclamations serves, tel il marchait, suivi de l'admiration des sages, qui\nvenaient vers lui comme vers une source épandant des eaux salutaires et\nbonnes.\n   Ayant reconnu que seules importaient de mystiques recherches, il dédai­\ngnait, le pouvant, d'éveiller les germes et de créer des fantômes transitoires.\nAussi avait-il banni de sa demeure les alambics attestateurs d'alchimies\npuériles, et les vains creusets où l'or avait dormi. La haute chambre que\nfréquentaient les disciples était seulement garnie de manuscrits, de gri­\nmoires\", d'abraxas, de sphères étranges, et, sur les murs, des nombres sym­\nboliques étaient inscrits.\n   Sa vie était simple, sa nourriture frugale. Il excluait de ses repas la\nviande, car, imbu de pratiques hébraïques, il redoutait le sang que l'âme\navait sanctifié. Le matin, il vaguait par les champs, cueillant les herbes,\nagrestes guérisseuses ; quand tombait le crépuscule, sa demeure s'emplis­\nsait d'élèves inquiets de sa parole, il les conduisait, à travers des routes\nsûres aux éternelles vérités ; la nuit venue, il les accompagnait sur\nle seuil et, jusqu'à l'aurore, il méditait. S'il dormait, nul jamais ne le sut.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "                                  — 29 —\n\n    Un soir que les disciples étaient assemblés autour de lui, il les entrete­\nnait du maître le plus cher à son cœur, du Samien divin qui, retiré dans\nl'antre, conquit les réalités suprêmes, de Pythagore le très sage qui, chassé\npar les multitudes, vint mourir près de l'autel des Muses, volontairement.\n    Iéchiel commentait les aphorismes, que le pieux Lysis avait conservés,\net clairement, vivant écho de l'ancestrale voix morte, il expliquait la\nMonade divine, la Dyade, univers créé, le Ternaire qui est l'être immuable\nuni à la matière changeante, et le Quaternaire, source de la nature impéris­\nsable. Et comme il venait de proférer la phrase dernière du livre, il s'arrêta,\npuis, machinalement la redit :\n    «. Ainsi, quand tu auras abandonné les dépouilles mortelles, tu monteras\ndans l'air libre, tu deviendras un dieu, et, pour toi, la Mort perdra sa puis­\nsance. »\n    Un voile, subitement, avait chû sur lui, enveloppant de nuit sa raison\nlucide, et lui, qui savait forcer les plus récalcitrantes paroles à livrer les\nmystères enclos, lui, Iéchiel, ne comprit pas le sens caché sous les mots\npourtant si limpides : « Quand tu auras abandonné les dépouilles mor-\ntelles ». Alors, d'un geste, il éloigna ceux qui l'entouraient et, resté seul,\nil se recueillit.\n   Les vocables prononcés, n'avaient pour lui que leur valeur sonore ; il en\nsaisissait la stricte syntaxe, mais ils lui paraissaient dépouillés de leurs\nvirtuelles qualités, et cependant, sous eux , il percevait confusément\nun symbole d'autant plus grave qu'il ne pouvait s'y hausser. Pourquoi\nPythagore avait-il dit : « les dépouilles mortelles » et non : « la dépouille\nmortelle ».\n   Le désir du Rabbi s'excitait au pourchas du problème, et fidèle aux pré­\nceptes de l'école, afin de quérir l'abstruse signification, il mura ses sens à\nla clameur des ambiances.\n    Pour dompter la chair qui évoque les fantasmes maléfiques, il observa le\njeûne rigoureux ; pour délier l'âme, parfois rebelle aux sollicitations du\nrêve, il éloigna le sommeil, géniteur des larves obscènes, et, l'esprit tendu\nvers l'unique but, il s'absorba en son effort.\n    Un à un s'évanouirent les mirages, les fils du monde qui tentent les\nvolontés indécises, et se dissipèrent les apparences. Nul bruit spécieux ne\nrésonna aux oreilles de Iéchiel, nulle insidieuse forme ne requit ses pru­\nnelles : il s'enfonça dans l'air lumineux, peuplé des silencieuses ondulations\nclaires, émanées de son vouloir. Le soir du troisième jour, comme les\nlueurs crépusculaires apaisaient encore les assaillantes rumeurs, les ondes\nfugaces s'immobilisèrent, leurs courbes s'unirent en linéaments confus qui,\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "                                    — 30 —\n\npeu à peu, se précisèrent, et lentement, le songeur vit surgir devant lui son\nastrale semblance. Comme un reflux dernier, un souvenir flotta encore,\nIéchiel se remembra Zoroastrés rencontrant son ombre aux jardins de\nl'Iran, et, sans terreur, il attendit.\n   Le fantôme éploya sa main vers celui dont il naissait et parla. Il sem­\nblait au Rabbi que la voix sortait de sa propre bouche et que cependant elle\nvenait vers lui.\n   « Par la puissance des gestes évocatoires, par la force des pensées con­\nstantes, tu m'as chassé hors de toi, et de ton maître tu as fait ton esclave.\nPour ce que tu veux savoir, je viens. Interroge, et strictement je te dirai la\nchose. Mais ne t'égare pas en d'autres demandes, car je sortis de l'ombre à\nton vœu propice, seulement pour satisfaire à ta pertinace requête. »\n   Et Iéchiel, à la question posée, entendit s'émouvoir au fond de lui-même\nles fatidiques vers du sage dont il n'avait pas atteint l'incluse compréhension.\n   « Ainsi, quand tu auras abandonné les dépouilles mortelles, tu mon­\nteras dans l'air libre, tu deviendras un dieu, et, pour toi, la Mort perdra sa\npuissance. »\n   « Viens, proféra l'Esprit, je serai ton guide ; tu vas voir les Réalités, et\nce qui se dévoilera devant tes regards, un seul homme, jadis, le vit : Er\nl'Arménien, rappelé du Hadés. »\n   Le Rabbi sentit ses os se distendre et sa chair s'affaisser comme une\nloque; les murs lui semblèrent s'ouvrir, ses prunelles s'élargirent, et, par­\nles yeux de son Double, il vit.\n   Il vit la terre attristée des agonies, lourde des morts amoncelés. La cla­\nmeur des râles derniers, la détresse des ultimes soupirs, parvinrent à ses\noreilles en un tumulte de terreurs et de regrets, que parfois dominait le\nchœur trémulant des espérances atteintes. Et, des cadavres gisants, esso­\nraient des formes nouvelles, emprisonnant les âmes dans une matière plus\nsubtile et plus pure. Vers les cieux, les formes montaient en laissant choir\nsur le sol souillé une chape de silence, un silence annonciateur des destinées\nrévolues. Iéchiel les suivit, porté par l'Esprit.\n   Un souffle flottait dont tressaillait l'air; il aspirait les êtres nés à des\nlumières inconnues, et que l'intensité de leur désir poussait. Les volontés\nascendantes s'éveillèrent, les hymnes jaculatoires latentes en elles s'épa­\nnouirent, Iéchiel entendit les chants :\n   « La Mort n'est pas, ressuscitons. Vers la Sagesse, vers le Flambeau, vers\nla suprême Face, vers la splendeur de l'Incréé, nous allons. II nous appelle,\nle Seigneur trois fois saint; il nous attire, Celui qui est. Qu'il soit béni, Celui\nqui fut et qui sera. »\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "                                  —   3 1 —\n\n\n   Les syllabes glorificatrices purifiaient l'espace, et les démons accroupis\nau seuil des pourpris sidéraux s'enfuyaient. Très haut, à l'orient, flam­\nboyaient des clartés ineffables, et le Rabbi perçut une voix qui tombait :\n   « Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures. »\n   « Voici la première, murmura l'Esprit, c'est celle-là que, par le pouvoir\nde ses maléfices, Montanus fit apparaître au dessus de Pepuze. Il la nom­\nmait la Jérusalem céleste. »\n   Devant Iéchiel une ville se dressa, confuse et pâle. Elle était enrichie de\npalais fantomatiques, bâtis avec des matériaux ignorés des hommes. Les\nsoubassements des murs étaient faits d'une pierre étrange, translucide,\nd'une couleur hyaline où, par instants, passaient brusquement les remous\nde teintes plus sombres, comme ces nuées noires qui attristent encore les\nzéniths hibernaux. Les colonnes dont s'ornaient les façades étaient taillées\ndans un marbre particulier, donnant une impression de mollesse tentatrice.\nLe Rabbi se sentait incité par les fûts cannelés qui s'incurvaient à son\napproche. Les avenues que bordaient ces palais, se prolongeaient à l'infini\net se perdaient dans des brumes profondes, poudroyantes d'or; elles étaient\npavées de larges dalles à la coloration terne et changeante, qui s'infléchis­\nsaient sous le regard de Iéchiel, et ses pieds, en les frôlant, percevaient une\nindéfinissable sensation : il croyait marcher sur des roses desséchées et qui,\ncependant, n'auraient pas perdu leur moiteur. Çà et là de hautes tours\ns'érigeaient, dont le faîte se nimbait de brouillards violâtres.\n   Une foule innombrable animait cette cité de rêve, les êtres qui la compo­\nsaient appartenaient à tous les peuples, à toutes les races, mais les diffé­\nrences qui les caractérisaient sur la terre, leur antérieur habitacle, étaient\ndésormais moins saillantes, car la Mort les avait délivrés des molécules les\nplus grossières et les plus sujettes aux passagères altérations. Iéchiel observa\nque ceux-là, entrés avec lui, avaient cessé de psalmodier leurs cantiques, en\nfranchissant les portes, et, pour eux, la conscience d'une ascension vers\nl'Immuable, avait subitement disparu. Cette multitude s'agitait, comme\njadis elle s'agita aux cycles éphémères ; de semblables passions l'animaient,\net si ces passions s'étaient épurées, elles n'avaient pas décru. Pour la\nseconde fois, l'Esprit dit au Rabbi.\n   « Vois! »\n   Iéchiel vit. Il vit que la douleur était toujours vivace, et que se perpé­\ntuaient les souffrances. Pourtant, plus calmes étaient les agonies des habi­\ntants de la ville immense — car l'effort s'atténuait à se libérer des liens\nmoins rigides. — Iéchiel n'entendit pas les sanglots ouïs autrefois, les\nplaintes s'étaient sublimées, — l'aperception étant plus nette des bonheurs\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "                                  — 32 —\n\n\nfuturs — la ferveur des espérances s'était magnifiée du mépris des leurres\ncharnels. Et de ces êtres qu'avait frappés la Mort, inévitable souveraine,\ns'évadaient d'autres enveloppes geolières d'âmes. Ces renaissantes forces,\nbruissantes de rhythmes, agitées d'harmonies propitiatoires, s'élevaient vers\nde plus hautains empyrées. Encore, Iéchiel les suivit.\n   L'air que les puissances attractives pénétraient, s'émouvait d'une extase\nnaissante, des ondes sonores s'agrégeaient en de vaporeux concerts; des\ntourbillons diaprés d'or, développaient leurs mélodieuses spirales, une\npoussière d'astre imprégnait les espaces. Des psaumes s'élançaient :\n   « Du fardeau passionnel nos épaules sont moins lourdes, Seigneur trois\nfois béni, Maître trois fois sanctifié. Plus légers, à travers l'éther qu'anime\nta présence, nous nous élevons. Toi qui enchaînes, toi qui délies, en toi\ns'exalte notre espoir. Père très bon, sois-nous propice; toi qui créas le\nrepentir efficace, quand nos moelles misérables avaient engendré le péché,\nDieu saint, rédîme nous, toi la Sagesse. »\n   Plus impérative, la Voix annonça :\n   « Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures. »\n   Et de nouveau, à l'invocation évangélique, se profilèrent les silhouettes\nbrumeuses d'une cité :\n   « La seconde, balbutia l'Esprit ; Origène la pressentit. »\n   Par des places et des carrefours incertains, que nacrait une floconneuse\natmosphère, Iéchiel déambula, retrouvant les compagnons pris aux régions\ndélaissées, les compagnons dont s'abolissait la suprême intelligence, un\ninstant conquise. Il se mêla à ces survivants, ignorants de leur survie. Il\nretrouva les angoisses antiques, les fatidiques désespoirs, les affres perpé­\ntuelles, et toujours la Mort triomphatrice, aux mains victorieuses, faisant\ndes corps déchus éclore des carcères nouvelles. A la conquête de plus\nsereines altitudes, le Rabbi montait.\n   Il allait sans trève, d'un plus rapide essor après chaque halte, car le trou­\npeau des élus, plus hâtifs à mesure que s'allégeait l'oppressive chape maté­\nrielle, l'entraînait.\n   Les pouvoirs hostiles s'atténuaient, et s'évanouissaient les signes ennemis.\nDes vibrations lustrales parcouraient l'Etendue; de rhythmiques lueurs pro­\npageaient leurs volutes; les cantiques psalmodiés s'alternaient en répons.\n   — « Dieu juste, pour nous punir tu fis la Chair.\n   — « Dieu bon, pour racheter tu créas la Mort.\n   — « La Mort est l'auxiliaire de ta clémence.\n   — « Elle est le gage de ta bonté. »\n   Aux plaines sans limites, les villes fleurissaient, fleurs de songe, translu­\ncides et blanches, d'une blancheur qu'un grandissant silence aggravait.\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "                                   — 33 —\n\nElles récelaient un peuple d'ombres : reflets pâlis des plastiques humaines,\nmirages effacés des carnations, persistances indécises des beautés et des\nchevelures, obstinations des larmes et des sourires affaiblis. Et ces villes se\nmultipliaient innombrables, comme innombrables sont les stellaires\ngemmes, et le Rabbi, en son être, demanda :\n   « Jusqu'où vont-elles? »\n   « A l'Infini, promulgua l'Esprit, et cependant elles finissent, puisque les\nâmes ont un but : écoute les âmes.\n   Hors leurs prisons, les âmes égrenaient des prières. A peine, maintenant,\nIéchiel entendait-il,— le son ne retentissait plus, il s'infiltrait, ainsi un flot\nimbibe l'argile. —\n   « Tu es la Source, tu nous attends. L'Unique est en nous, nous faisons\nl'Unique. Le Nombre se résout, le Genre disparaît, le Multiple devient\nl'Un. Nous naissons, la Mort défaille. Nous aspirons à l'Eternel. Nous\nallons être dans l'Absolu. »\n   Les fluides irradiaient. Des flamboiements éclataient en parfums, s'affir­\nmaient en mélodies ; de magnétiques effluves vibraient qui se résolvaient en\naromes, en étincelles sillantes; des vagues lumineuses s'accumulaient, elles\ns'épandaient en nappes sonores, elles se courbaient en cassolettes instillant\nles amomes et les myrrhes. Des corolles s'ouvraient, striées d'argent,\nveinées de cinabre, des pistils avides se mouvaient vers elles, ils s'unis­\nsaient, semant des pollens dont s'ambrait l'air. Bientôt, Iéchiel connut que\nces apparences dernières se dissolvaient. Les formes disparurent, d'impal­\npables atomes s'agitèrent parmi les clartés persistantes; puis nul heurt\nd'éclair, nul épars importun, ne vint rompre l'opaline mer radieuse; les\nmurmures et les bruits qui subsistaient se fondirent dans la respiration\nuniverselle, et seul, l'Invisible anima l'Ether.\n   « Voici les parvis que tu ne peux franchir, attesta l'Esprit. Ici, tes pau­\npières doivent sceller tes yeux, tes oreilles se doivent clore. L'Essence, qui\nest proche, un jour tu la pénétreras, tu réaliseras l'union impérissable.\nL'heure est lointaine, elle sera; tes liens t'appellent et m'appellent, tu as\nvu, tu as entendu ; ton guide t'abandonne. »\n   Dans la chair du Rabbi se résorba le Double, et Iéchiel s'éveilla illuminé\npar le souffle divin. Il reprit le livre laissé à la page ouverte, et lentement,\nil relut :\n   « Ainsi, quand tu auras abandonné les dépouilles mortelles, tu monteras\ndans l'air libre, tu deviendras un dieu, et, pour toi, la Mort perdra sa\npuissance. »\n   Mais, dès lors, il comprenait la Parole.\n                                                        BERNARD      LAZARE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 34, "titre_corps": "Dédicaces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Verlaine", "ancre_debut": "DEDICACES", "ancre_fin": "PAUL VERLAINE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BALLADE DES DOUX VENANTS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "DEDICACES\n                                                  A M. le D r CHAUFFART.\n\n\n       Le poète n'est parbleu pas ce que l'on croit :\n       Il n'a que quand il veut toutes les ignorances,\n       Sans trop d'âpres verdeurs ou de préjugés rances,\n       Et parfois même il sent profond et juge droit.\n\n       Son regard va, cruel et précis comme un doigt\n       Et sa tête, qui sait mûrir les apparences,\n       Taisant soudain ses bruits de peurs et d'espérances\n       Voit terriblement clair à ce qu'autrui lui doit;\n\n       Non! son cœur, proie intarissable à l'infortune!\n       Non! sa tête, après tout, auguste — et cœtera,\n       Où dès lors pour beaucoup s'amasse une rancune\n\n      Qui s'assouvira bien, advienne que pourra...\n      Mais, — ô fraîcheur! envers d'aucuns elle recense,\n      Et réserve, à tout prix, quelle reconnaissance!\n                                                  PAUL VERLAINE.\nParis, hôpital Broussais, 9bre 90.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 35, "titre_corps": "Ballade des doux venants", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "BALLADE DES DOUX VENANTS", "ancre_fin": "HENRI DE RÉGNIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 1034, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "BALLADE DES DOUX VENANTS\nMon Ame, les vois-tu venir?\n\nCe sont tes frères les Espoirs\nQui heurtaient à la porte au travers de la haie,\nLes doux venants de l'aube gaie,\nLes favoris de la Belle Dame de Tyr\nLes Amants de la Dame folle et gaie\nQui s'accoudait au balcon pour les voir\nComme ils passaient par la roseraie\nAvec de si doux yeux à nul ne leur mentir. .\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "                           — 35 —\n\nMon Ame les vois-tu venir?\nCe sont tes frères les Désirs\nAvec leurs f aces impérieuses et suppliantes\nEt leurs guirlandes    d'amaranthes\nEt de soucis et leurs riantes\nLèvres qui pleureraient vite\nA quelque dur déni d'un Destin obstiné.\nTu sais où leurs regards jadis t'ont conduite\nPauvre Ame en qui le soir, comme une autre Ame, est né!\nPauvre Ame les vois-tu    venir?\nCe sont tes frères les Souvenirs,\nIls marchent sur des feuilles mortes\nEt portent des miroirs où leurs faces pâles\nSe confrontent à d'autres faces — les mêmes — et plus pâles\nIls savent tous les coins des vieux jardins et les ombres\nEt les clefs de toutes les portes\nEt l'âtre doux en reflet aux dalles\nEt la maison filiale d'aïeules graves\nEt d'autres qui teillaient le chanvre sur les portes\nAuprès de celles qui sont mortes...\nPauvre Ame, les vois-tu    revenir,\n\nEspoirs, Désirs et Souvenirs\nCes doux frères que te ramène\nUne amertume bue à la même Fontaine.\nVois tous les bois sont morts au large de la tour triste\nQui plonge aux marais noirs ses murs que verdit l'eau!\nTon diadème est lourd d'une antique améthyste\nEt tes cheveux d'or lisse échappent du bandeau\nEt ta robe s'efface en chimères fanées.\nLe vent qu'elles plus las te chante les    Années!\nRegarde les voici qui viennent\nUne à une, les anciennes,\nEt du plus loin qu'il te souvienne...\n        Pauvre    Ame!\nOmbre de la Tour morne aux murs           d'obsidiane.\n\n                                          HENRI DE RÉGNIER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 36, "titre_corps": "Au tombeau d’Hélène (fragment)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Vielé-Griffin", "ancre_debut": "AU TOMBEAU D HÉLÈNE", "ancre_fin": "FRANCIS VIELÉ GRIFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MENUS PROPOS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "AU TOMBEAU D'HÉLÈNE\n                                (FRAGMENT)\n\n             Loin par le blanc verger de nuit\n             Fleuri de rires embaumés,\n             Emmi l'herbe lunaire qui frissonne,\n             Sous la bonne brise, la sente est bonne\n             Où mon cœur te suit\n             — Ah! mon cœur s'étonne :\n             Quel amour tu commets.\n\n             Hors d'hier nous sommes venus,\n             D'un rire qui meurt en désirs inconnus\n             D'une joie éparpillée en pétales,\n             Hors des douleurs qui sont fatales\n             — Et mon âme est là sous tes doux pieds nus —\n             Quel amour tu commets!\n\n            L'ombre est sur moi; vois-tu clair de tes yeux,\n            Aux sages regards de folie embrumés ?\n            Où mène le choix de ton caprice auguste\n            Et saint et prescient et juste ?\n            Mais tu sais, en ton rire mystérieux\n            Et la clarté de tes longs doux yeux,\n            Quel amour tu commets.\n                                               FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 41, "titre_corps": "Menus propos", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "MENUS PROPOS", "ancre_fin": "MAURICE MAETERLINCK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN SOIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "MENUS PROPOS\n             La femme est plus près de Dieu que l'homme. De tous les êtres\n              que nous connaissons, la femme semble l'être le plus près de\n              Dieu. Elle est peut-être plus récente que l'homme; c'est un\n              être nouveau. Une vieille femme est aussi jeune qu'un enfant.\nLa femme a plus de raison et moins d'intelligence que l'homme. Elle ne voit\nrien isolément. En tout objet, elle semble voir, à son insu, les relations éter-\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "                                       37\n\nnelles de l'objet, plus exactement que l'objet lui-même. Tout ce qu'elle voit,\nelle le voit à la fois dans trois mondes. Tous ses sens sont mystiques. Elle\naperçoit nos destinées dans son choix. Il est bien possible, d'ailleurs, que\nnos destinées et nos femmes soient des sœurs discrètes sorties, la main dans\nla main, de la même maison. Il n'est pas dit qu'il n'y ait pas un malheur\néternel au fond de certaines de ses répulsions. Elle a de mystérieuses ter­\nreurs qui ne s'expliqueront que plus tard. Elle s'ignore moins que nous,\nmais elle ne se sait qu'à son insu. Elle n'a jamais parlé jusqu'ici; elle ne\ns'est peut-être jamais parlé à elle-même. Qu'arrivera-t-il le jour où elle dira\nson dernier mot? — En attendant, elle nous échappe comme le temps;\nmais elle semble ajouter un sens secret aux paroles qu'elle répète : écoutez\nune femme dans l'obscurité. Au fond d'elle-même elle ne se trompe jamais ;\nelle est cependant, plus que l'homme, encline à tromper Dieu, et ceci est\npresque inexplicable. Quelle sera l'attitude de Dieu devant la femme, et de\nla femme devant Dieu? L'interprétation inconsciente des lois divines\ndiverge étrangement selon les sexes. L'un voit peut-être l'envers de ces\ntextes secrets et l'autre l'endroit. Il se peut, d'ailleurs, que le sens des mots\net des phrases ait plus d'un sexe. L'attitude de la femme devant l'Éternité\nest déjà très différente de la nôtre. L'homme ne peut en avoir une idée\nqu'en certains moments extraordinaires de sa vie. Il y a des sous-entendus\nintrouvables entre la femme et la mort, par exemple. Elle ne meurt pas\ncomme nous, elle meurt comme les animaux et les petits enfants. Il y a là\nune entente dont nous sommes exclus. Elle a l'air de savoir où elle va ; ils\nont l'air de savoir où ils vont. Elle est plus triste et moins inquiète que\nl'homme. Celui-ci vit peut-être dans la Justice ; celle-là dans l'Indulgence.\nIl faut être gravement malade pour être sur le point de comprendre la\nfemme. Rien n'est plus semblable à la femme qu'un mourant ; et l'homme,\nsur son lit de mort, est plus près que jamais de la femme.\n                                    *\n                                   * *\n  La Raison est plus noire que l'Intelligence.\n\n                                      * *\n  L'Evénement, qui n'est pas l'esclave de notre destinée, est un étranger\nque nous avons embrassé par erreur, en croyant embrasser un ami. Il ne\nvenait pas à notre rencontre. Au moment de notre naissance, les événe­\nments de notre vie sont lâchés, loin de nous, comme un vol de pigeons,\nvoyageurs. Ils s'en reviennent au colombier jusqu'au moment de la mort.\nQu'advient-il de ceux qui ne nous retrouvent plus? de ceux que l'ennemi\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "                                  — 38 —\n\ntue en route et de ceux qui arrivent trop tard? Ces derniers cherchent-ils\nla demeure de nos enfants? Il y a peut-être des événements infidèles et par­\njures. Mais malheur à l'homme qui ne se trouve pas au rendez-vous de\nl'événement !\n                                     *\n                                    * *\n   Le Symbole est l'Allégorie organique et intérieure ; il a ses racines dans\nles ténèbres. L'Allégorie est le Symbole extérieur; elle a ses racines dans la\nlumière, mais sa cime est stérile et flétrie. L'Allégorie est un grand arbre\nmort; il empoisonne le paysage. L'Allégorie est interprétée par l'Intelli­\ngence; le Symbole est interprété par la Raison.\n                                     * *\n  Les quatre saisons sont quatre pensées régulières de la Terre ; ce sont\npeut-être les seules que nous ayons comprises jusqu'ici.\n                                        *\n                                       * *\n   Il n'est pas dit que les maladies ne soient pas les poèmes divers et authen­\ntiques de la chair. Il y a peut-être d'étranges et mystérieux rapports entre\nles maladies et la musique, entre les maladies et les mathématiques.\n\n                                     * *\n   Une foule, uniquement composée d'hommes, semble toujours négative.\nJetez une grande vérité dans une foule d'hommes ; elle sera traitée comme\nune étrangère. Jetez une grande vérité dans une foule de femmes ; elle sera\nprobablement accueillie comme un enfant. Je doute qu'une assemblée de\nfemmes puisse se tromper, au sens éternel du mot. Jetez un mensonge dans\nune foule d'hommes ; s'il est assez bas ils le découvriront. Jetez un men­\nsonge dans une foule de femmes; s'il est assez haut, elles l'apercevront, en\nsilence.\n\n\n   Les enfants apportent les dernières nouvelles de l'Eternité. Ils ont le der­\nnier mot d'ordre. En moins d'une demi-heure, tout homme devient grave\naux côtés d'un enfant. Il arrive, d'ailleurs, des choses extraordinaires à\ntout être qui vit dans l'intimité des enfants.\n                                       *\n                                     *\n   ll est remarquable que les mathématiques, seules entre toutes les sciences,\nn'aient pas comme l'astronomie, la chimie, etc., une science soi-disant\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "                                  -   39    -\n\nmorte qui leur corresponde. Ne pouvaient-elles être plus mystérieuses et\nplus rêveuses? — A moins que la musique ne soit aux mathématiques ce\nque l'astrologie est à l'astronomie, l'alchimie à la chimie, l'art de tirer des\nprésages des entrailles à l'anatomie, etc. Ou bien les mathématiques seront-\nelles la science morte de l'avenir?\n\n                                      * *\n  Il se peut que les maladies, le sommeil et la mort soient des fêtes pro­\nfondes, mystérieuses et incomprises de la chair.\n\n\n\n   Il est probable que toute âme se développe également dans la vie. La\nseule différence qu'il y a entre le sage et les autres hommes, c'est que chez\nle sage, ce développement n'a pas lieu entièrement à son insu. 11 se peut\nque le dernier idiot de l'asile, s'il meurt en un âge avancé, éprouve au\nmoment de la mort, un étonnement immense en s'apercevant subitement\nqu'il possède une âme plus admirable et plus haute que celle du plus grand\npoète mort avant la vieillesse. L'âme est une plante qui croît peut être aussi\nbien dans l'obscurité, l'abandon, le froid, la misère et le mystère, que\ndans les serres où la cultivent avec tant de soins les savants et les penseurs.\n                                      *\n                                     * *\n   Ne pourrait-il y avoir une science qui serait au Temps ce que la géomé­\ntrie est à l'Espace?\n\n\n\n  Le visage de l'homme n'est que la coïncidence du passé et de l'avenir\nsur un être ; toute la substance du visage n'est que du passé et de l'avenir.\n\n\n\n   -Nous ne pouvons comprendre pourquoi les enfants portent la peine des\ncrimes de leurs pères; et cela nous semble injuste. Mais savons-nous si nous\nn'étions pas efficacement présents au moment de ce crime? Savons-nous si\nla résolution de notre aïeul n'était pas la somme de nos mille résolutions\ninvisibles? Savons-nous si son acte n'était pas la traduction de nos innom­\nbrables pensées unanimes? Le père est-il autre chose que l'organe momen­\ntané d'une multitude d'êtres à venir? — Ces êtres existent déjà, pensent\ndéjà, aiment déjà, agissent déjà, choisissent peut-être leur mère; mais nos\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "                                  — 40 —\n\nyeux ne voient que leur mandataire responsable. L'homme n'est que le\nmandataire provisoire du passé et de l'avenir; et c'est pourquoi il est pos­\nsible que l'homme qui meurt vierge ait une identité supérieure. Qui me\ndira la part que j'ai prise au péché d'Adam, au crucifiement de Jésus-Christ,\nà la découverte de l'Amérique? Ne sont-ce peut-être pas mes petits cris\nétouffés sous le poids de deux mille années, qui ont déterminé Pilate à se\nlaveries mains? N'est-ce pas ma voix prépondérante qui décida Luther ou\nCromwell? Qui me dira si cet enfant mort-né n'a pas bouleversé le monde\nplus profondément que Napoléon? Quand je suis ici; quand j'agis ici; je\nn'agis pas pour mon propre compte; et c'est pourquoi il y a en moi tant de\nchoses dont je ne puis me rendre compte; mais dont d'autres se rendront\ncompte et dont je leur rendrai compte. Je suis aux mains de ceux qui ne\nsont pas nés, comme le clairon est, aux mains du soldat, interprète et signe\nd'une puissante présence et d'une innombrable volonté. Les hommes ne\nsont que les ambassadeurs successifs de nous-mêmes et peut-être agissons-\nnous plus efficacement et plus personnellement lorsque nous sommes repré­\nsentés que lorsque nous représentons.\n\n\n\n   Ce qu'il y a de plus étrange en l'homme, c'est sa sagesse occulte. En tout\nce qu'il dit, il dit autre chose que ce qu'il dit ; en tout ce qu'il lit, il lit\nautre chose que ce qu'il lit; en tout ce qu'il fait, il fait autre chose que ce\nqu'il fait; et lorsqu'il prie, il fait autre chose que sa prière. Toutes ses\nactions, toutes ses paroles, toutes ses pensées, toutes ses prières, ont des\nsœurs étranges et lumineuses, qu'il n'a jamais vues, mais auxquelles il\npense toujours. Il agit toute sa vie, comme on agit dans une maison où il\ny a eu une mort subite et suspecte. On ne parle pas de l'événement, mais on\nne pense qu'à l'événement. On n'agit pas ostensiblement en vue de l'événe­\nment, mais toutes les actions, tous les préparatifs tournent autour de l'évé­\nnement. On ne parle que de choses insignifiantes, et l'on sait que ce que\nl'on dit ne se rapporte pas à ce que l'on dit. Deux hommes qui se parlent,\nne parlent pas de ce qu'ils disent. On parle aux autres comme on parle à\nun honnête homme dont le père est mort sur l'échafaud. Ce que je fais ne\nse rapporte pas à ce que je fais ; et j'ai toute ma vie le visage d'un homme\nqui s'applique à construire un jouet pour un enfant, mais qui a d'autres\naffaires. Tout homme sent qu'il a ce visage, même pendant qu'il rêve, car il\nest bien plus profond que son rêve. Ce visage est l'archétype de l'homme,.\nLa vie est très hagarde. On vit ainsi sur un énorme sous-entendu, et il\nsemble que l'on sache au fond de soi, que les poètes, les prophètes et les\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "                                  — 41 —\n\nsages qui venaient annoncer qu'ils allaient parler exclusivement de ce sous-\nentendu et l'expliquer; n'y ont même pas fait allusion. Et on lit leurs expli­\ncations, en retrouvant, sous ces explications, à la même place, le même\nsous-entendu. Et l'on n'agit que d'après ce sous-entendu ; et l'on a envers\neux l'approbation et la reconnaissance passives qu'on a envers ceux qui ne\nparlent pas de corde dans la maison d'un pendu. Mais le plus étrange, c'est\nqu'il semble, à certains moments, que ce sous-entendu ne soit pas exacte-\nment le même chez l'homme et chez la femme.\n\n                                            MAURICE     MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 42, "titre_corps": "Un soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "UN SOIR", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A LA SEULE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "UN SOIR\n              Sous ce funèbre ciel de pierre,\n              Voûté d'ébène et de métaux,\n              Voici se taire les marteaux\n              Et s'illustrer la nuit plénière\n              Voici se taire les marteaux\n              Qui l'ont bâtie avec splendeur\n              Dans le cristal et la lumière.\n\n              Tel qu'un morceau de gel sculpté,\n              Immensément morte, la lune,\n              Sans cloche au loin, ni sans aucune\n              Nuée autour de sa clarté,\n              Parée en son grand cercueil d'or\n              Descend les escaliers du Nord.\n\n              Le cortège vierge et placide\n              Reflète son voyage astral\n              Dans les miroirs d'un lac lustral\n              Et d'une plage translucide\n              Reflète son voyage astral\n              Vers les dalles et les tombeaux\n              D'une chapelle de flambeaux.\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "                          — 42 —\n\n        Sous ce ciel fixe de lagune\n        Orné d'ébène et de métaux,\n        Voici se taire les marteaux\n        Et l'enclume du clair de lune,\n        Voici se taire les marteaux\n        Qui ont bâti dans la splendeur\n        Les funérailles de la lune.\n\n                                         EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 43, "titre_corps": "À la seule", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Quillard", "ancre_debut": "A LA SEULE", "ancre_fin": "PIERRE QUILLARD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIRAGES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "A LA SEULE\nJe t'aimais et les dieux ont dénoué nos bras\nEt nous vivons à la dérive, au cours des heures,\nEt je ne t'entends plus quand tu ris ou tu pleures :\nMais je viendrai vers toi quand tu m'appelleras.\n\nA la dérive! des palais au bord des fleuves,\nD'impérieuses voix me hèlent, dans la nuit\nEt par les aubes; mais qu'importe ? l'eau s'enfuit\nEt je ferme les yeux aux chevelures veuves.\n\nJe sais; l'hôtellerie est pleine de buveurs :\nAu mur pend la lambrusque et la rose trémière\nEt les raisins nourris d'aurore et de lumière\nVersent le vieux soleil dans les cerveaux rêveurs.\n\nJe sais; les baladins, les joueuses de lyre\nEt les masques d'amour y glissent dans le soir\nEt la terrasse est vide où je pourrais m'asseoir :\nJe n'aborderai pas aux perrons de porphyre,\n\nNulle reine en manteau de pourpre et d'argent clair\nNe tendra sur le seuil ses lèvres vers ma bouche;\nVoiles noires, carène noire, ombre farouche,\nLa galère où je suis s'en va jusqu'à la mer\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "                         -   43   -\n\nEt je m'endormirai parmi les vagues vertes,\nParmi les mornes flots sans borne, à moins qu'un   jour,\nSur une rive heureuse, au sommet d'une tour\nDominant la vallée et les terres désertes,\n\nTu ne paraisses dans ta robe de soleil\nEt tu ne m'offres en un geste qui pardonne\nTes cheveux éployés plus riches que l'automne\nEt les baisers anciens plus doux que le sommeil.\n\n                                      PIERRE QUILLARD.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 44, "titre_corps": "Mirages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Van Lerberghe", "ancre_debut": "MIRAGES", "ancre_fin": "CHARLES VAN LERBERGHE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PROSES LYRIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "MIRAGES\n        Que cherchent tes lèvres aux nuits\n        De mes seins, parmi les feuillages\n        Et les fleurs closes où Je suis,\n        Enfant, qu'altèrent mes mirages?\n\n        De quelle étrange profondeur,\n        Stérile et d'or quand je sommeille,\n        Mon âme, inutile splendeur,\n        Au fond de tes lèvres s'éveille!\n\n        Scintillements du Paradis!\n        La nébuleuse et trouble voie\n        Qu'ils te découvrent, attiédis\n        En des flots d'ombres et de soie.\n\n        Entre mes voiles de matin,\n        Mes roses et mes mains défaites,\n        Au seuil de ce royal destin,\n        Avec tes prières muettes,\n\n        O toi qui viens à mon insu,\n        Seule me surprendre avant l'heure,\n        Enfant, dont je n'ai pas déçu\n        La soif d'une essence meilleure;\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "                                   — 44 —\n\n               Qui me cherches en ces apprêts\n               De fiancée, avant l''aurore,\n               Pâle de mes bonheurs secrets,\n               Belle de n'être pas encore;\n\n               Qu'en elles ainsi, quelque jour,\n               Sous la forme de ces corolles\n               Virginales, d'un vain amour\n               Eclosent de blanches paroles,\n\n               S'entrelaçant en un jardin\n               De fleurs sans parfums et sans sève,\n               — Mais où sera l'Ange soudain\n               Que tu demandes à mon rêve.\n\n                                             C H A R L E S VAN L E R B E R G H E .\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 50, "titre_corps": "Proses lyriques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PROSES LYRIQUES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES VERGERS ILLUSOIRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 692, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "PROSES LYRIQUES\n                                                    A MON AMI ROMAIN GOFFIN.\n\n\n                             I. — DIABLERIE\n\n              Je prolongeai encore ma promenade dans les allées royales du\n                Parc, m'éjouissant, ainsi qu'à la nouveauté d'un bonheur\n               imprévu, au bruit de la neige froissée sous mon pied, aux\n               rayons fantômals du soleil pâle, attardés parmi les platanes\ngrêles et qui les silhouettaient en arborisations délicates et scintillantes sur\nle gris évanoui du firmament.\n   Las, à la fin, j'allais rentrer, lorsqu'au détour de la grille, cet excentrique\net un peu répulsif artiste survenant, après quelques préliminaires paroles\nquelconques, m'empoigna familièrement le bras et me força à rebrousser\nchemin. Malgré la contrainte hérissée où me mettait, comme toujours, ce\nvoisinage, je condescendis à son désir, car il marchait d'un pas si mou,\nl'air si minable et moribond, que je me fis scrupule de l'abandonner à lui-\nmême.\n   Après quelques tours silencieux le long de l'asphalte, il me sembla, chose\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "                                  -   45   -\n\nétrange, voir mon compagnon se fortifier, pour ainsi dire, du crépuscule\npeu à peu descendu : Il avançait d'une allure rapide, à cette heure, plus\nlibre et même martiale; sa débilité se virilisait et je remarquais, soudain, —\nà cause des ténèbres, absolues alors, — que sa voix, imperceptible tantôt\net craintive, était montée, maintenant, à un diapason éclatant et presque\ninusité.\n   — Allons chez moi, vociféra-t-il, d'uri ton impératif, nous y trouverons,\noutre des boissons peu communes, du feu et de la LUMIÈRE !\n   Je souhaitais quitter cet être violent et bizarre, — (mon antipathie s'avi­\nvait de ses gesticulations) — mais, à mon tour, je me trouvai de volonté\nlâche et défaillante, et à sa merci.\n   Tout l'attendait, en effet, chez lui; un effréné feu de bûches flambait puis­\nsamment et la lampe inondait jusqu'aux recoins des plinthes, de ses fixes\nclartés froides. La table sculptée, d'un style tourmenté et pénible, suppor­\ntait deux flacons, d'un lourd et fauve cristal, torangulaires, où des\nliquides denses, aux colorations exaspérées, sommeillaient. Ebloui par cette\norgie pyrique, étourdi, aussi, des volubiles discours de mon hôte, martelés\navec des intonations indubitables, adéquates au mauvais goût de ces illu­\nminations,— découragé, je parcourais la salle, en combinant d'habiles pré­\ntextes, à peu près polis, de m'esquiver.\n   La nudité des murailles se revêtait seulement de tentures d'une profonde\npourpre sombre, que le caprice dément de l'enlumineur avait historiées de\nvénéneuses fleurs turgides, lancéolées et vernies et qui, aux intermittentes et\nsubites coruscations du foyer, saignaient une gomme toxique et luisante.\nQuelque chose, pourtant, inexplicable et disproportionné, me gênait; l'indé­\nfinie sensation de telle évidente dissonance architecturale qui, dans mon\nimpuissance à me la préciser, me suppliciait d'une étrange et presque phy­\nsique angoisse.\n   Tout à coup :\n   — Mais... mais ! il n'y a pas de fenêtres !\n   Le poète toisa ma stupéfaction d'un œil ambigu, légèrement narquois :\n   — Non... — répliqua-t-il, enfin, avec je ne sais quelle ridicule affectation\nde simplicité bonhomme, — je n'aime pas du tout cette lumière-là... Et,\npuisqu'aussi bien il faut tout vous dire, vous aurez peut-être observé com­\nbien elle m'est désagréable et malsaine...\n   — Pourquoi sortez-vous donc? objecta étourdiment mon solide bon\nsens.\n   — Hélas ! soupira-t-il, ce serait une sans doute trop exorbitante félicité!\nEt, au reste, mon cher curieux, vous n'ignorez certes point l'immédiate\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "                                  -   46   -\n\nurgence d'une saine et féconde torture, bien plus indispensablement quo­\ntidienne, pour nous, que le pain!...\n   Et, sans transition, il commença à déclamer, sur un mode sceptique\net dérisoire, des vers que j'écoutais avec une admiration stupide, entre­\ncoupée parfois de frissons à la vue de cet homme si différent et des\nmurs aveuglés de la salle. Jamais une strophe n'a refleuri en ma mémoire,\nde ces poèmes, dont le rhythme strident et désabusé, la cruelle maigreur\nscientifique, me sont encore présents, et le sinueux contour de leur\ninspiration retorse, l'ironie de leurs reflets changeants et surtout, les\nperfides éclairs que le lecteur expert faisait jaillir de ces parures miroi­\ntantes de jais et de dentelles, du deuil opulent de ces fabuleuses orfèvreries\nnoires.\n   Puis, son manuscrit replié, l'inquiétant individu m'examina en hochant\nla tête, pirouetta sur ses talons insolents et alla s'installer devant la che­\nminée. Interdit et troublé de ces façons et de cette soirée insolites, je me\nlevai lourdement, cherchant et mon chapeau et l'ingénieuse phrase de salu­\ntation qui m'assurerait « le dernier mot ».\n   Le personnage tisonnait, d'une main rageuse, et émouvant un tourbillon\nde poussières ignées, suivait chacun de mes mouvements de ses yeux insup­\nportablement glauques, et dans le vert rubéfié desquels dansaient, à pré­\nsent, réfractées, les flammes éperdues et frénétiques du foyer      En forme\nd'adieu vaguement complimenteur, je balbutiai :\n   — Vous vivez, en vérité, tout à fait dans un autre monde !\n   —        Dites : dans — l'autre monde!...\n   Je me sauvai, précipitamment.\n\n\n                                      II\n\n   Très haut et très loin, parmi les augustes Etendues, l'astre vierge épanche\nses rayons métalliques et glacés. Son disque immobile, féerique et pâle\nmiroir, où se réverbèrent, opalisés, transmués en lueurs d'hallucinations et\nde rêve, les grossiers feux solaires, — givre de ses pures clartés éternelles,\nles infamies de la nuit terrestre.\n   Le satellite gravite ainsi, toujours, penchant sa face impassible sur la\nluxure de ce monde mercenaire, mais, — Janus céleste, — il a comme un\nvisage tourné vers les ténèbres hautaines, — un visage inflexible de dédai­\ngneuse Inespérance, dévasté par les stigmates de très anciens désastres et\nqui scrute, éperdûment, les mystérieux prestiges des Pléiades et des froides\nconstellations.\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "                                   — 47      -\n\n   — De même, ton âme révèle sa superficielle image de douloureuse et\npresque douce mélancolie, ses vénielles rancœurs et cache, d'un voile jaloux,\nà tous les yeux ennemis, sa désormais immuable indifférence, — les volcans\ninondés de ses aspirations abolies...\n\n\n                               III. — AMITIÉ\n\n   Oui, c'était un haut et très puissant cerveau, mais quel misérable cœur!\nUn cœur d'enfant, déraisonnable et fol, sur lequel son esprit ne possédait\naucun empire, sinon pour le supplicier, lui découvrir d'infinies perspec­\ntives de douleur, l'éblouir des monstrueux mirages des jalousies et des\ndélires redoutables.\n   Ah! souvent, lorsqu'il arrivait au rendez-vous, enivré du toujours neuf\nplaisir de me voir, — quelque démon scélérat m'inspirant, sans doute, —\nje jouissais, à mon salut las, fort correct et distrait, de sa subite pâleur et de\nla surprise endolorie de ses yeux. Je l'aimais, certes; il savait le danger de\ndéceler sa faiblesse et s'efforçait de m'entretenir d'un ton insouciant et\nléger. Et, sans merci, par des questions blasées, d'ennuyés sourires incré­\ndules, j'envenimais les blessures de son méprisable cœur. — Il se taisait ;\nson bras fébrile tremblait sur le mien ; je le devinais, avec un âpre délice,\nbaigné de frissons meurtriers, malgré sa démarche stoïque quand même, et\naltière, — dont ses lèvres exsangues, sa voix blême démentaient, au reste,\nl'orgueilleux mensonge. — Il agonisait, étouffé en son ombrageuse timidité,\nainsi que sous une trop pesante et invincible armure.\n   Bien des fois, des jours plus débonnaires, il hasarda d'humbles effusions\net d'intercéder pour lui-même ; la candeur de mes étonnements le refoulait\ndans son mortel silence.\n   Je le traînais ainsi, sur la claie d'une torture inépuisable, jusqu'au jour\ndéfinitif où je l'abandonnai à son à la fin exaspérante sublimité, —\njusqu'au jour où, me regardant d'un œil tranquille et doux, éclairci de la\npaix enfin conquise et de la joie surnaturelle du martyre, — et comme con­\ncluant une conversation dès longtemps entamée :\n   — Il serait plus fier de ne pas se plaindre, — mais, moi, je n'ai pas de\nfierté avec ceux que j'aime!\n\n\n                             IV. — INSOMNIE\n\n   Ah ! les heures de veille, lorsque, las de tout et de soi-même, isolé dans\nle sommeil de la maison, pris d'un malaise frileux et inquiet, entre ces murs\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "                                   -   48   -\n\namis, auxquels les lueurs amorties de la lampe confèrent un relief fantas­\ntique, — on s'affaisse, comme jugulé par les bonnes idées tardives, dont\nle vacarme et les vides entretiens de la journée ont étouffé la claire voix\nimpérieuse.\n   Toutes les instables pensées diurnes repassent pêle-mêle, sous les feux\ncroisés d'une sévère analyse, implacable et lucide et leur grâce temporaire se,\npulvérise, semblable à la gloire fragile de la triomphante rose pourprée\nqu'une main insensible effeuille.\n   Les joies subies et les peines, — revenants malévoles, — le hantent ; les\nphrases entendues se répercutent à son oreille; mais, quoique textuelles et\nidentiques, à cette heure, seulement, leur efficace signification se dévoile et\nles gestes ironiques, les sourires civilisés qui auraient dû lui en sous-entendre\nl'expression. Les prismatiques mirages ont émigré avec la lumière qui les\ncréait.\n   Ses regards hostiles, alors, traînent leur langueur sur le vague déco.r fami­\nlier; et ces choses, dont l'accoutumance lui ombrait les contours, s'inves­\ntissent d'un faste subtil et rénové, d'une très unique intensité comme si,\nvraiment, il les voyait sous un angle imprévu ou au travers la vision désor-\nbitée du haschisch :\n   — Pourquoi toujours mâcher la stérile absinthe du souvenir? car, chacun\nde ces objets épars signale ou illustre, évoque, de même qu'à la muette\neffulgence d'un éclair mental, les époques englouties dans le passé obscur,\n — de rapides tableaux idéalisés et d'une réalité méticuleuse, cependant, et\npoignante.\n   — « Quel Dieu plus équitable m'affranchira de ma mémoire?... —\nPauvre âme mutilée, dépayse ton indomptable démence et va, va chercher\nle fiévreux sommeil et la lénitive anxiété des cauchemars !... »\n\n\n                               V. — SONGE\n\n   Cependant, j'étais seul.\n   Cette cité de fer et de pierre, roidie dans sa morgue et son frigide orgueil\ns'étalait en amphithéâtre devant une mer morne et splendide et déferlant\nsous des horizons hallucinés et mortellement beaux.\n   La digue septentrionale, à perte de vue, profilait ses nobles lignes rigides,\nbrisées, quelquefois, par un mouvant linceul de sable. — Quelle fierté en\nce silence solitaire! Je me sentais devenir invincible et ces cieux d'exil, ces\ncieux triomphaux me versaient une allégresse cruelle.\n   — L'église, d'une architecture pharisaïque, ouvrait ses portes, au large\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "                                  — 49 —\n\nJ'entrai. Les lugubres cierges dardaient de souffrantes lueurs, étouffées par\nl'épaisse atmosphère du sanctuaire; mêlé aux accords d'une musique\nardente et solennelle, l'encens efforçait ses lentes spirales parfumées vers\nles gloires véhémentes de l'autel : — Des orgues, en effet, frôlées par\nd'invisibles mains, un chant s'érigeait, ainsi qu'une fleur impériale et frêle,\njusqu'aux voûtes ajourées, — un chœur adorable d'impubères voix\ncélestes, aiguës et séraphiques, — de voix médiatrices, consumées d'un\namour sidéral, monotone et — comme la mer, — sans bornes.\n   Mais là, surtout, j'étais seul. Et éperdu, saisi de je ne sais quelle fièvre\nmystique et glacée, presque blasphématoire, je dus me soustraire à la caresse\nde ces trop ineffables harmonies, puis ce désert de vertigineuses adorations\net de flammes.\n   Je rôdais, encore, sur le marbre noir de la digue, balayée, alors, par les\neaux et une brise âpre et généreuse. — Les nuages migrateurs, pourtant,\ns'étaient agglomérés, violets et massifs, et les l'ayons obliques du soleil arc­\ntique illuminant la ville et ses vides maisons grises, je m'illusionnai, tout à\ncoup, errer au milieu d'un fabuleux ossuaire, parmi les sépulcres blanchis\nde toutes les Sodomes, de toutes les Gomorrhes\n   Cette mer morne et splendide, cette mer monotone et, comme l'amour,\n— sans bornes, — déferlait toujours, sous les mêmes horizons hallucinés et\ndouloureusement beaux.\n   J'étais seul, cependant'.\n   — « Il n'y a personne, répétait ma nostalgique lassitude, — hélas ! il n'y\na très certainement personne ! Pourquoi n'ai-je ici personne à qui confier\nl'essentielle tendresse que m'inspire cette mer excessive et lustrale, — cette\nmer inattendue ! »\n\n                           VI. — LE MIROIR\n\n   Dans le coin le plus secret de mon appartement, étouffé sous de roides\ntentures maussades, je possède, — ou, peut-être, suis-je possédé par lui? —\nun précieux miroir magique, encadré d'acier poli, où, sans ridicules incan­\ntations ni sortilèges surannés, se réfléchissent, en effigies atroces, tour à\ntour, ou grotesques, les hybrides pensées de mon esprit morbide.\n   Sa fuligineuse surface stagnante me terrifie et c'est d'une main bien\ntimorée que je soulève le rideau détesté, car, cette dure et verdâtre glace ne\nme renvoie que de l'effroi, les fantômes maléfiques et forcenés de mon cer­\nveau lucide.\n   Souvent, de longs jours, la virginité boréale de son pur cristal inflexible\n                                                                        4\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 632, "texte": "                                 — 50 —\n\nreste impolluée ; rien ne se mire dans l'ambiguité de son eau implacable et\nstérile. Mais, malgré le voile qui nous sépare, je le devine qui m'épie et, à\nl'irruption de la lumière, va se troubler d'empuses fascinatrices, m'exagérer\ntoute la frénésie et l'infamie des songes et des mensonges tumultueux.\n    Comment distraire, alors, la tentation impitoyable de lever doucement,\nlentement, — avec des battements de cœur voluptueux et paniques, — un\nangle, rien qu'un angle de la maudite étoffe mystérieuse?\n                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 53, "titre_corps": "Les Vergers illusoires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "LES VERGERS ILLUSOIRES", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RETOUR D EXIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 632, "fin_caractere_exclue": 1648, "texte": "LES VERGERS ILLUSOIRES\n                     I. — LE VERGER OUVERT\n\n    L'espalier du Désir étale cet hiver\n    L'inutile saveur de ses grappes de rêves :\n    Sur la terrasse au bord des gouffres et des grèves\n    Où se lamente en vain l'âpre appel de la mer,\n\n   O vigne léthéenne au verger qui m'est cher!\n   Le temps n'est plus propice, et les saisons sont brèves;\n   Mais nul givre ne peut glacer l'ardeur des sèves\n   En vos pampres de joie et vos pulpes de chair !\n\n   Repose jusqu'aux soirs des prochaines vendanges.\n   Vers tes lèvres d'orgueil et tes regards étranges,\n   Vers tes baisers de sang, fruits mûrs et savoureux,\n\n   Ma lèvre ardente et souple aux folles    aventures,\n   Malgré toi-même, Enfant aux refus      rigoureux,\n   Ouvrira le jardin des délices futures.\n\n\n                        II. — SUR LE SEUIL\n\n   Insoucieux du crime et de la règle enfreinte,\n   Ivre d'espoir vorac'e, avide de ta chair,\n   J'entre vêtu de la cuirasse d'orgueil clair\n   Par les sentes sinueuses du    Labyrinthe.\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "Parmi les frondaisons où fleurira      l'étreinte,\nEnfant, de tes candides bras embaumant l'air,\nVoici sourire avril et s'éveiller l'éclair\nDe l'Aurore, et mon cœur s'affranchit de la crainte.\n\nQuand je vins atterrir des frigides    Thulés\nAux rivages de tes baisers immaculés,\nC'était la nuit de glace et les fleurs inécloses;\n\nLe givre scintillait aux cimes des rosiers\nOù l'éveil du Printemps épanouit les roses\nEt l'opale de tes grands yeux    extasiés.\n\n\n                     III. — ROMANCE\n\nJe suis venu par les éteules et la berge\nSans ombre d'orme large ou de haut peuplier\nDans l'ardente chaleur du soleil, vers l'auberge\nEt la bonne fraîcheur du seuil hospitalier.\n\nLe long du grand fleuve où, parmi les lourdes herbes\nQue fleurit le gracile orgueil des nénuphars,\nNagent fiers de leur blancheur les cygnes superbes,\nTandis que las d'effeuiller mes songes épars,\n\nLe long du fleuve, par la berge et les éteules\nJe m'en venais de la forêt de mes espoirs,\nDe la forêt de notre rêve où pleurent seules\nDes voix vaines d'amour en l'angoisse des soirs,\n\nJ'ai revu la terrasse ancienne et les vieux lierres\nAutour du tronc rugueux des hêtres enlacés,\nEt dont les feuilles sont des milliers de paupières\nOù dort le souvenir de nos bonheurs passés.\n\nNos cœurs hautains ont f ait leur moisson de fleurs fauves ;\nNos yeux fous agrandis de joie ont allumé\nDes brasiers d'éperdus baisers!... d'où sortent sauves\nNos âmes calmes enfin d'avoir tant aimé!\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "  Quand l'acier du dédain a durci ta prunelle\n  — Devant moi, triste, tu riais au bord des flots —\n  Ta lèvre douce, ta voix riche et fraternelle\n  Fut rauque de mépris heurtés par des sanglots\n\n  Et je voulus prendre tes mains en mes mains lasses\n  Et supplier, baiser les bagues de tes doigts,\n  Mais tu te redressas, noble, en gestes fugaces,\n  Ombre vaine parmi la vaine ombre du bois.\n\n Et je m'en vins le long du fleuve par la berge\n Au soleil sans ombre d'orme ou de peuplier\n Vers le seuil bienveillant et la nuit dans l'auberge,\n Mais le repos requis n'a rien fait oublier :\n\n Toujours je rêve en mes songes d'images veilles\n Parmi le lourd regret des bonheurs épuisés\n Que je m'en viens encore à travers les éteules\n Vers la terrasse et vers l'automne des baisers!\n\n\n                    IV. — LA CHASSE\n\n Le cor de corne sonne au loin dans le hallier\n Une angoisse de mort à la biche effarée,\n Et la bête ruée à travers la hêtraie\n Fuit sous la grêle des fièches du cavalier,\n\nLe flux du sang qui jaillit lui trace un collier\nDe rubis rutilants à la peau déchirée.\nVaine fuite. L'horreur d'un dur trépas l'effraie,\nElle s'abat au fond du ravin familier.\n\nEt par l'ombre vespérale des avenues,\nAu milieu des meutes hurlantes, retenues\nAu poing robuste des piqueurs et des valets,\n\nDans des clameurs de joie et des rumeurs de fêtes,\nLes chasseurs montent le perron de leurs palais,\nTraînant comme un orgueil la dépouille des bêtes.\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "                                   — 53 —\n\n\n                              V. — LA CIBLE\n\n     Comme le dard aigu de fauves banderoles\n     En délire de flammes folles, les malsains\n     Souvenirs d'autrefois, les perfides desseins\n     Et la nocturne peur des anciennes paroles\n\n     Serpentent très subtils sous les frêles corolles\n     Des rêves tendres vers le calme de tes seins!\n     Ne prête pas l'oreille au passage en essaims\n     Lents et lourds des hiboux sinistres et des grolles\n\n     Nous faudra-t-il toujours combattre le passé ?\n     La torpeur comme une massue a terrassé\n     L'hippogriffe d'amour qui se crut invincible;\n\n     Je crains les jours prochains comme des châtiments,\n     Et voici que déjà l'air vibre par moments\n     Aux flèches du remords prenant mon cœur pour cible.\n                                                  ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 58, "titre_corps": "Retour d’exil (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Buet", "ancre_debut": "RETOUR D EXIL", "ancre_fin": "CHARLES BUET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "RETOUR D'EXIL\n                                      v\n   Frère Sylvain m'a écrit pour me convier à un balthazar intime. C'est\nun ami des primes heures. Cœur chaud, tête ardente : un que la vie n'a\npas épargné. Poète de large envergure, arrimé à la prose par toutes les chien­\nneries de l'existence. Un supplicié condamné à l'éternelle moquerie. Une\nsensitive qui se ferait ortie. Je l'aime et je le plains. Comment vais-je le\nretrouver? Les hommes changent vite. Frère Sylvain était railleur, il est\nsarcastique; gai, il est triste; énamouré de poésie et tout glorieux de belles\nillusions, il devient pratique, et ne croit plus à grand'chose. Il aime encore\nles beaux vers, pourtant et il sait toujours les dire, de sa belle voix chaude\net sonore, un peu étrange, où il y a comme un ressouvenir de l'accent gut­\ntural des Maures de Tanger.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "                                  -   54   -\n\n   Dîner mélancolique : on mange sans goûter, on boit sans plaisir. Des\nnourritures fades, un vin quelconque très cher. On parle des absents, des\nmorts et des fous, c'est-à-dire de tout le monde. Quelques duels retentis­\nsants ont eu lieu dans la littérature. Pour un peu, Sylvain romprait des\nlances avec ces paladins. Il aurait chance d'une balle en pleine poitrine : ça\nne tue pas plus sûrement que le reste, mais plus vite. Une histoire bien\nsombre au dessert.\n   « Notre pauvre Lionel!... Vous souvenez-vous ? Cette Suédoise, Ulrique\nSkiold, l'avait ensorcelé, avec ses yeux d'opale changeante, sa bouche large\net charnue, ses cheveux argentés... Il l'aima follement, jusqu'à en mourir.\nUne de ses sœurs, à lui, offrit à Dieu le sacrifice de sa propre vie, si Dieu\nramenait au foyer le frère égaré. La vierge s'en alla de ce monde, et sur le\ncercueil le frère fit serment d'oublier la stryge Scandinave. Et cependant il\nrevint à elle, comme le chien dont parle l'Ecriture retourne à son vomisse­\nment. Elle le trompait, il le savait, l'aimait quand même, pleurant des larmes\nde rage, de douleur et de honte. Il la voyait aux bras des autres, pour de\nl'argent. Il fut héroïque : se jeta dans un monastère, si loin, si loin, que\nl'écho même de son nom jamais n'arriverait plus à cette créature. Et là-bas\nil se laissa expirer, dans cette solitude du cloître, où il ne trouvait pas la\npaix, et d'où l'on rapporta son frêle corps à sa mère... Vous souvenez-\nvous?\n   Et nous allons au boulevard extérieur, dans un cabaret décoré en taverne\nflamande, où tant de fois nous avions vu la Skiold acheter un morceau\nd'or à Lionel par ses ignobles sourires et ses baisers de vampire. Quel lieu\nde délices que ce cabaret! Aux murs de fausses verdures, encadrées de fausses\nboiseries, avec des torchères en faux fer forgé. Autour des tables frustes des\nrapins qui se reposent de la paresse du jour, des bourgeois en goguette,\ndes filles qui se préparent au travail de la nuit. Un piano dans un coin, et\ndevant, un éphèbe en guenilles qui joue avec une virtuosité consommée le\nplus délicieux nocturne. Un grand artiste, celui-là ! et qui portera peut-\nêtre l'habit à palmes vertes, et qui aura son buste sur la fontaine du village\nnatal. La gloire! on l'acquiert en sachant avoir faim et soif longtemps.\n   Puis un homme qui chante : une voix souple, vibrante, un peu âpre,\nparfois ardente. Des chansons en argot, d'un réalisme cruel, d'une ironie\nféroce. L'homme est beau : le masque d'un florentin du seizième. Une\ngrande noblesse dans l'allure et le geste, contrastant avec ses déhanchements\net ses ritournelles. Après lui, un autre chanteur : grand, maigre, un sque­\nlette, avec la face décharnée, des yeux ronds, une bouche édentée : on\ndirait le compère la Mort des contes d'un buveur de bière.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "                                  -   55 —\n\n    C'est lugubre, partons !\n   Au milieu de la nuit, dans une brasserie de Montmartre : par petites\n tablées des groupes de journalistes ; les uns mangent des œufs à la gelée,\n en buvant des flots de bière brune; les autres s'achèvent avec du porter, du\ngenièvre ou du rhum. Ils se racontent les interviews de la journée, les\npotins des bureaux de rédaction. On cite le dernier mot encore inédit, de\nTancrède Barrabas, homme du monde, qui, se tapotant les favoris, a\nreproché à l'un de ses chroniqueurs du Mercure de signer Saltabadil.\n« C'est un peu long... Ça indique l'action de sauter... Sauter : sauteur!\nTabadil irait mieux! » Un petit blond invente le dernier mot de Barbey\nd'Aurevilly, qui a dit à sa femme de ménage : « Décidément, mademoi­\nselle, nous vieillissons ! Croirez-vous que je me suis trouvé, hier, un cheveu\nblanc ! » Il est question de boulangers et de mitrons, incidemment d'un\nbrave général, et plus incidemment encore d'un grand garçon boucher qui\nsigne Crispin des engueulades, prétexte le lendemain à des lettres d'excuses :\n« Oh! Crispin, c'est un bonhomme dont la position sociale consiste à\nrevenir perpétuellement de Saint-Valéry-en-Caux ! »\n    La causerie de ces gens déplaît. On s'y assomme. Allons-nous-en. Un\nfiacre. Vite. Rue des Anglais, chez le père Lunette. Là, au moins, il n'y a\nque de la canaille. Des voyous blêmes, et leurs femelles, de différents\nsexes : un crieur qui glapit des obscénités; des assassins, en veine de flir­\ntation avec des mégères. « Vous souvenez-vous, Sylvain, de l'aède Flavus,\nqui vint là, un soir avec nous, en pourpoint de velours orange, et les che­\nveux calamistrés autour de son visage rose? Les puanteurs l'étouffaient. Il\nrespirait une fiole de parfumerie de bazar, un vague patchouly... horrible.\nIl faillit s'évanouir. Un des bandits l'emporta au grand air, dans ses bras,\nle soigna comme une matrone son bébé, dévotieusement. Et, quand nous\npartîmes, la sauvage brute, un poète langoureux des océans du Nord :\n« Voulez-vous, en souvenir, me laisser votre flacon d'odeur? Dites? »\n\n\n                                      VI\n\n   17 MAI. — Chez le Maître. Le chêne robuste a été frappé par la foudre,\nsans être foudroyé. Toujours puissant, toujours grandiose. Le Paradoxe à\njet continu. Il a quatre-vingts ans, et parle de se teindre les cheveux, quand\nil sera vieux. La vie l'embête. Il a trop vu, trop lu, pas assez dit. I1\nsouffre d'être seul, sans un parent, sans enfants pour lui sourire. Il a obligé\ntant d'hommes que personne, jamais, ne le vient voir dans sa fière solitude-\nLe romancier dont il a fait la gloire et la fortune, et qui se l'accrochait aux\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "                                  — 56 —\n\nboutonnières, et qui sortait avec lui pour qu'on demandât « avec qui est le\nMaître ? » ce romancier-là joue de la guitare à Séville. Ursus même est infi­\ndèle, et ne vient plus grogner ou bêler dans la chambre aux murailles d'azur\ncéladon. Il n'y a que les chats, pelotonnés sur les vieux fauteuils débourrés.\nEt madame la concierge, une hoberelle déchue, clabaude contre l'amie\nsans peur et sans reproches qui veille ce malade, si profondément seul dans\nla tombe qu'il s'est faite...\n   A l'Odéon, si l'on y joue les flonflons de la surannée Bohême. Point.\nUn grand Guignol. De merveilleux décors où s'agitent des pantins de\ntalent, vêtus avec une somptuosité d'Extrême-Orient. Faux Japonais qui\nsentent en civilisés, et qui font de la poésie en prose. Des broderies vraies\nsur de la belle soie, des sentiments faux dans ses cœurs indifférents. Pas de\ndrame. Une succession de scènes, juxtaposées vaille que vaille, des noms\nexotiques, une couleur locale à faire sourire les Japonais du passage des\nPanoramas. Un public bête, qui s'amuse des grands éventails, des fleurs de\nlotus en papier, des barques naviguant à la ficelle, et des mines de grisette\nque les marchandes de sourires font à tous ces cabotins.\n\n\n                                     VII\n\n   18 MAI. — On cabotine également au Champ-de-Mars, autour d'une\nBastille en carton peint. Des figurants mal rasés, en habits de carnaval,\névoquent le souvenir des héros qui se mirent à cent mille pour prendre\nune forteresse défendue par une poignée d'invalides, et mettre en pièces de\nbraves gens coupables d'accomplir leur devoir. Un imbécile, en plein jour,\nsimule l'évasion de cet autre imbécile nommé Latude. Beaucoup de comé­\ndiens admirent ce spectacle, joué finement. Il y a aussi des comédiennes.\nOn attend que la culotte de l'évadé se déchire, peut-être. Elle ne se déchire\npas. On boit. On distribue des prospectus. On dégoise des ponts-neufs.\nLa garde française éructe une musiquette « du temps ». Et tout doit être\ndu temps, même les curieux au menton glabre que réjouissent ces lamen­\ntables facéties. La Tour Eiffel monte dans le ciel, inepte et colossale masse,\nqui n'a même pas le mérite d'être la Tour de Babel.\n   Dîner chez la comtesse. La plus riche héritière de Bordeaux. Les ancê­\ntres de son époux furent aux croisades. L'écusson d'hermines à la croix de\nsinople timbre de simples bouteilles, dont le cul se développe au préjudice\nde la contenance, et s'estompe sur la capsule d'étain. Il faut utiliser les\nvieilles frusques, et que les parchemins séculaires aient de l'utilité. Il y a,\nchez cette comtesse, l'ambassadrice du Japon, qui, scandalisée et confuse,\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "                                  -   57     -\n\nnarre ses mécomptes à la Marchande de sourires, point japonaise à son\navis. Une jolie poupée, cette ambassadrice : on a envie de toucher ses joues\npour voir si elles ne sont pas en porcelaine. Les yeux, bien fendus, sans\ncils, avec des paupières peintes, relevées, laissant voir des diamants fumés.\nUne robe fastueuse, jaune de chrome, avec un dragon en argent de diffé­\nrents tons, et soie verte, qui ne commence guère, et qui ne finit nulle part.\n   A dix heures, il faut courir à l'autre bout de Paris, chez Marestel, de\nBeaumarchais, le roi des reporters : un homme de talent et de goût,\ndoublé d'un homme de cœur. Chez lui, de charmantes fillettes, quelques\nfemmes du meilleur monde, et qui ne proposent pas de jouer du piano.\nDes hommes aussi : un grand peintre, qui met dans un camée, moins vaste\nqu'un écu, tout un troupeau d'admirables moutons, un portraitiste, des\npoètes, et même quelques philosophes. Seulement, le maître de la maison\nn'y est pas. Je suis inconnu ; je me présente mal, je balbutie, j'ai l'air de me\nfaufiler. Marestel est à la réunion publique où le brave général fait feu des\nquatre pieds pour sa candidature je ne sais où. Marestel reviendra sûre­\nment, à minuit au plus tard. Mettons-nous dans un coin, et attendons.\nUn mot à droite, un mot à gauche, pour prouver que je ne suis pas muet.\nLe grand peintre parle, et sa main ébauche de violents coups de pouce. Au\nmoins a-t-on le droit d'écouter. Dix, onze, douze... La pendule fait trois\nfois le tour du cadran. Il faut partir, gauchement. Abandonner là des gens\nqui s'interrogeront : « Quel est cet intrus? » L'intrus file. Bonsoir!\n\n\n                                      VIII\n\n   19 MAI. — L'île Saint-Louis. Le seul endroit à Paris où j'aie connu le\nbonheur sans épines. Un vaste hôtel, entre cour et jardin, où vécut Lamoi­\ngnon ou d'Aguesseau. Des salles immenses, divisées par des cloisons. De\nvieilles boiseries blanches, avec, au dessus des portes, de grands médaillons\nencadrés de moulures rococo; des peintures noircies, et çà et là, un pan de\nchair jaune ou quelque branche d'arbre encore verdâtre.\n   Des herbes folles sertissent les pavés de la cour. La rouille ronge les\narabesques du puits, en fer forgé. Là-haut, les fenêtres. A celle de droite,\nprès du monumental escalier à rampe feuillagée, que de fois, sous la gui­\npure bise du rideau, j'ai vu apparaître la figure aimée, si douce, éclairée du\nconfiant sourire des premières amours ! Et maintenant le rideau est en soie\ncramoisie, et ne se soulève pas. Il n'y a personne pour me reconnaître, dans\ncette vieille maison, pas même ce portier qui fabriquait de si jolis moutons\navec du coton cardé et des bouts de papier doré... J'ai vu là un cortège de\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                  — 58 —\n\nbaptême inoubliable : un enfant pomponné de dentelles, et qu'un illustre\nparmi les illustres portait à l'église... Et huit jours plus tôt, un cortège de\ndeuil, par une pluie battante : un pauvre homme qu'on emportait dans son\ncercueil, venu là pour mourir, après vingt-cinq années de luttes et de\nmisères sur la terre d'Afrique : un grand patriote, qu'il eût fallu ensevelir\ndans le drapeu tricolore, et qui n'avait même pas le petit lambeau de rouge\nqu'on donne aux « affranchis » des citoyens ministres.\n   En sortant, la Seine couleur de mare, envahie de bizarres bateaux à lessi­\nveuses, et de ces bains d'où l'on sort en se demandant où l'on ira se laver\naprès s'être immergé dans l'eau croupie. De vieux quartiers cocasses, des\nfaçades de palais parlementaires, et au coin du quai la rue de la Femme-\nsans-Tête, coupant en deux l'ancienne Ile-aux-Vaches, cœur de Lutèce.\n   Le soir, dîner chez Arthème Lebeau, rue de Grenelle, au sixième étage.\nDes chambres grandes comme des placards. Une salle à manger que suffi­\nrait à couvrir la feuille de bananier de Paul et Virginie. Et là dedans pour\ndeux cents francs de fleurs. Des meubles sculptés, venus de Chine, fort\nchargés de monstres grimaçants. Les mets, dans un service en cristal, émaillé\nd'efflorescences d'or : les assiettes carrées. Des verres à spirales rubannées\nbleues et roses. Lacryma-Christi et Liebfraumilch... Des purées de truffes...\nJ'attends les langues de phénicoptères... Il ne vient que des nids d'hiron­\ndelles. Au sixième étage! Convives : un médecin, qui fait le carabin de\nvingtième année, un poète qui se gave de viandes saignantes, une femme qui\nmet de la crème dans sa salade et de la confiture sur des tartines de moutarde.\n   Tous névrosés. Moi aussi.\n   Je m'échappe. On m'attend au foyer de la Comédie. C'est gai, ce vaste\nsalon vert, plein de tableaux curieux et d'images. Trop de fétichisme molié­\nresque. On reproche aux prêtres de vénérer une soutane de Vincent de\nPaul, ou un os de saint Labre, et l'on exhibe une mâchoire de feu Poquelin.\nIllogique. Les comédiens sont aimables : Dudlay, toute moite d'émotion,\nvient de clamer les imprécations de Camille. Cadet, grimé en rond-de-cuir\ngrincheux, donne le bras à Fayolle, pour le Testament de César Girodot.\n   Je regrette Jouassain. Mon ami le comte Léon m'avait chargé de l'embras­\nser; je l'aurais fait volontiers. Je me rappelle son interpellation, un jour\nque Ferdinand de Lesseps entrait au foyer : « Savez-vous le dernier mot\nde Leuven? Il a dit : Je suis content de mourir. Je n'entendrai plus parler\nde la grande tragédienne, ni du grand Français ! » Le brave Adolphe de\nLeuven mourait avant d'avoir entendu parler du brav' général et de Mon­\nsieur Géraudel!\n                                                      CHARLES BUET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 60, "titre_corps": "Les Adieux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "LES ADIEUX", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MÉLANCOLIE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "LES ADIEUX\nPuisqu'en des extases funèbres\nL'ange d'amour vient de mourir,\nVoici le baiser des ténèbres\nQue donnent ceux qui vont partir.\n\nPenche vers moi ton front suprême,\nDésenlace à jamais tes mains,\nCar ce baiser livide et blême\nEst celui qui clôt nos destins.\n\nPlus froide que pour une aimée\nQui serait morte avec son cœur,\nMa lèvre se sent parfumée\nD'un goût de terre et de malheur.\n\nCar tu n'es pas, tu n'es pas morte,\nEt tu n'as pas fermé tes yeux,\nEt l'Etrangère qui t'emporte\nN'est que la Vierge des adieux.\n\nTu vas marcher sur une route\nToute blanche d'un autre espoir;\nMoi, je m'en irai vers le doute\nPleurer aux absoutes du soir.\n\nEh! bien, écoute ma prière;\nJe suis comme un qui va mourir-,\nSois-moi douce, ô toi ma dernière,\nEt sois la sœur de mon désir.\n\nLorsque tu m'ouvriras la porte\nPour m'en aller de ta maison,\nOù mon âme, comme une morte,\nAura joint ses mains de pardon;\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 582, "texte": "                        — 60 —\n\n       Oh! ne la f enne pas encore\n       Sur l'infini de notre amour;\n       Attends un jour et puis un jour,\n       Et ne la ferme pas encore!\n\n       Laisse-la toujours   entrouverte,\n       Non, que je doive te revoir,\n       Mais si tu la fermais un soir,\n       Bien que loin, je l'entendrais, certe!\n\n       Hélas! Je l'entendrais qui tombe,\n       Car j'entendrais pleurer ton cœur,\n       Comme la pierre d'une tombe\n       Sur le sommeil de mon malheur.\n\n                                        G R É G O I R E LE R O Y\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 60, "page_fin": 61, "titre_corps": "Mélancolie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "MÉLANCOLIE", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POÈMES EN PROSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 582, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "MÉLANCOLIE\nJe ne savais, enfant, quel diadème amer\nFroissait de ses joyaux vos tempes puériles ;\nEt, pour vous consoler, je vous montrais la mer!\n\n« Si votre cœur troublé rêve de calmes îles,\nOh! fuyons ce rivage où vous avec pleuré,\nEt laissez-vous guider parmi des mers tranquilles. »\n\nEn ces soirs, évoquant le mirage espéré,\nJ'en voulais éblouir vos yeux  mélancoliques,\nComme d'un paradis qu'ils auraient ignoré.\n\nL'air lui-même était plein de présages magiques!\nLa brise, on le sentait, avait frôlé des fleurs,\nEt les échos plaintifs, entendu des musiques.\n\nTout parlait avec moi des paradis  meilleurs!\nMais vous vous détourniez en la même pensée,\nEt, bien que parmi nous, vous nous sembliez ailleurs.\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "                                  — 61 —\n\n    Et quelle mer sereine, enfant, vous eût bercée!\n    Et qu'en vous pressentant, ô chère, mon Eden\n    Se fût épanoui devant ma fiancée!\n\n    Je m'enivrais ainsi de mon rêve enfantin :\n    Mais vous ne m'écoutiez qu'avec un lent sourire\n    Hélas! où la pitié célait mal le dédain.\n\n    Et, de vos mots charmants caressant mon délire :\n    « Laissez-moi, disiez-vous, mes songes virginaux,\n    Et cette solitude où votre sœur expire.\n\n    Appareillez sans moi pour vos Eldorados!\n    Je ny pourrais voiler le deuil qui me couronne,\n    Et l'ombre en troublerait vos instants les plus beaux.\n\n    De grâce! laissez-moi mes horizons d'automne ! »\n    Et vous fixiez la terre où furent nos malheurs,\n    Comme une enfant en peine, à qui sa peine est bonne;\n\n    Et, bien que parmi nous, vous nous sembliez ailleurs...\n                                                  FERNAND SEVERIN.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 62, "titre_corps": "Poèmes en prose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "POÈMES EN PROSE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "POÈMES EN PROSE\n                          L'AME DE CRISTAL\n\n              Mon âme est comme un énorme globe de cristal.\n                  Toutes les impressions s'y reflètent, rapides et étrangement\n               déformées, laissant après elles de profonds embrasements aux\n             , feux irritants et contradictoires.\n   Les passions despotiques l'emplissent de leurs fanfares, les plus inexpli­\ncables sensations la font frémir de leur coup d'aile invisible.\n   Aussi, toujours inquiet, toujours troublé, j'appartiens tout à l'observa­\ntion interne de mes rêves, je suis mort pour l'action, et je ne puis aimer la\nvie que pour les mirages qu'elle allume en mon âme.\n   Et je suis tenté de demander pardon aux autres hommes. Car je viens\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "                                 -   62   -\n\nleur apporter les révélations dangereuses et débilitantes d'un monde occulte\net spécial.\n   Vraiment, ceux qui veulent vivre, de la bonne et saine existence de tous,\nne doivent pas me lire.\n\n                            LE GRAND MUR\n   Me promenant, à la tombée du jour, je passais bien souvent près de ce\nmur. J'aimais son ombre parfumée de fraîcheur. Et, tandis qu'un silence\nimpérieux et doux descendait en mon être, je marchais très lentement dans\nl'oubli de toutes les cruautés. C'était comme une trêve, d'où je sortais plus\nfort pour reprendre la lutte.\n   S'il m'advenait de devoir m'absenter, une indéfinissable tristesse me trou­\nblait aux mêmes heures de la soirée; et je croyais voir alors l'ombre du\ngrand mur s'étendre jusqu'à moi, malgré l'éloignement. D'invisibles liens\nnous unissaient.\n   Un soir, étant accablé de lourdes peines, j'allais à lui comme à un ami,\net l'âme défaillante je déposai sur ses pierres un long baiser dans lequel\nmon secret se livra.\n   Soudain, un monde nouveau de pensées souveraines s'ouvrit à moi, pour\nse refermer aussitôt.\n   Mais j'avais communié. Un apaisement et une force inconnus étaient\nentrés en mon âme.\n   Et, depuis lors, je n'ai plus ressenti le besoin de me plaindre aux hommes.\nJe sais l'inutilité de parler.\n\n                       LA BONNE GARDIENNE\n   Deux portes se dressent à l'entrée de ce monument — monastère ou pri­\nson. La première est toute de fer. La seconde, qui barre le passage au fond\nd'un sombre corridor, est une frêle porte, aux vitres garnies de serge verte,\nderrière laquelle brille la flamme d'une veilleuse.\n   Le vent le plus impétueux laisse immobiles les barreaux de fer, le moindre\nsouffle fait trembler les vitres.\n   Et cependant ce ne sont pas ces barreaux, qui défendent l'entrée de ce\nmonument.\n   Car, un soir, j'ai entendu les voix des plus criminelles tentations, qui\nayant pénétré dans le sombre corridor, malgré la porte de fer, s'étaient\narrêtées devant la frêle porte, aux vitres garnies de serge verte, derrière\nlaquelle brillait la flamme de la veilleuse.\n                                                  H E C T O R CHAINAYE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 63, "titre_corps": "Chanson", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Garnir", "ancre_debut": "CHANSON", "ancre_fin": "GEORGE GARNIR", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "CHANSON\nJe t'aime comme on aime avec un cœur d'enfant,\nUn cœur doux et joyeux, tout fleuri de chimères;\nTes yeux me sont meilleurs qu'un clair soleil, chauffant\nDans le gazon d'avril les tièdes primevères.\nJe t'aime comme on aime avec un cœur d'enfant.\n\nJe suis ce doux passant qui, tremblant qu'on ne l'aime,\nFerme ses yeux meurtris et vient courber le front,\nDans l'espoir extatique et l'attente suprême\nD'ineffables baisers qui sur lui descendront.\nJe suis ce doux passant qui tremble qu'on ne l'aime\n\nJe te regarde vivre avec des yeux    surpris,\nDes yeux de nouveau-né s'ouvrant à la lumière.\nN'ai-je point vu tes sœurs? Ne m'ont-elles compris?\nIl semble que tu sois la Seule et la Première :\nJe te regarde vivre avec des yeux    surpris\n\nUn geste de ta main, de ta main souveraine\nMe comblerait soudain d'une divine joie.\nPèlerin harassé de ma course lointaine,\nVoici que, sous l'espoir, je m'incline et je ploie\nAu geste de ta main, de ta main souveraine.\n\nEcoute, écoute encor se fendre et sangloter,\nCe cœur que rajeunit ta lèvre parfumée,\nCe cœur qui près de toi rêve de s'abriter\nEt qui voudrait mourir de t'avoir trop aimée.\n    Entends-tu pas mon cœur se fendre et sangloter?\n\n                                            G E O R G E GARNIR."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-020", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 65, "titre_corps": "Apparition", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "APPARITION", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES CLOCHES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "APPARITION\nAurore d'automnals marécages, Flambeau\nDont l'immobilité tremble aux lèvres impures\nDe l'Ombre humide en sang où rampent les Luxures,\nLys et flambeau jailli du fond de mon tombeau.\n\nAvec mes yeux d'enfant retrouvés sous les songes\nJ'ai vu, Seigneur! l'enfant aux yeux   d'éternité,\nLa sœur des Anges qui f ont luire aux soirs d'été\nLeurs chevelures comme un fleuve de mensonges !\n\nLaissez-moi contempler avec les simples yeux\nD'enfant que vous avez gardés à ma Détresse\nLe visage auroral que la Prière dresse\nAu ciel voilé de grands feuillages douloureux !\n\nLaissez mon cœur de pauvre aux bouches solitaires\nLongtemps, sous les soleils stériles, au Désert.\nMon cœur jeter en proie à son silence amer\nLe pain azyme et le vin pur de la Prière!\n\nLa souveraine du silence au nimbe d'or\nSans génuflexion, sans mouvement des lèvres\nGardienne des secrets qu'ont murmuré mes fièvres\nIncline sa beauté comme un lys qui s'endort.\n\nSous le souffle embaumé d'ailes, on ne sait quelles!\nEt par dessus les seins aigus — ô surhumains\nCalices loin des lèvres en peine! — ses mains\nSe joignent vers sa tête aux lèvres éternelles !\n\nTête aux cheveux pleurant sur elle ! et ses yeux clos\nA son inanité sous les longues paupières\nD'où regardent fluer l'automne des Lumières\nLes Cygnes de mes yeux qui taisent leurs sanglots!\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "                                  — 65 —\n\n   Car c'est comme un reflet de la Lune, ô mes Cygnes\n   Prisonniers sous l'orage! ô mes Cygnes, vers nous\n   Voici venir, roulant vos frères aux remous,\n   Les noirs fleuves avec des mains qui font des signes!\n\n   Les noirs fleuves des soirs tumultueux, des soirs\n   D'automne en rut ainsi qu'un troupeau de barbares!\n   Oyez les glas dans les abîmes, vers les Phares\n   Mobiles! Et ces mains flottantes aux flots noirs!\n\n    Seigneur! oyez l'orgueil du pauvre qui mendie!\n    Avez pitié des yeux d'où mes Cygnes ont fui,\n    Des yeux en sang ouverts par les mains de la Nuit\n    Absolue aux lueurs d'orage et d'incendie!\n                                                            JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-021", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 68, "titre_corps": "Les Cloches", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Destrée", "ancre_debut": "LES CLOCHES", "ancre_fin": "GEORGES DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 770, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "LES CLOCHES\n                            I. — CRÉPUSCULE\n               Les cieux sont gris et bleus, d'une douceur infinie. — Au travers\n                le feuillage léger, argenté des peupliers, les vents s'attendrissent\n                et musent et bruissent à peine. — Un calme et continu mur­\n                mure. — Le bruit des vapeurs bleues montant du sol, on croit\nl'entendre, — les herbes affaissées, les fleurs endormies, et l'assoupissement\nde la terre recouverte déjà des manteaux pâles du soir.\n   Apaisés, doux et graves, pénètrent par ma fenêtre large ouverte les bruits\ndu jour qui meurt. — Des voix, parfois, des voix éteintes, des roulements\nsourds, éloignés de voitures, un clair rire d'enfant, comme une cascade de\nperles jaillie dans l'ombre, et l'aboi persistant et triste d'un chien esseulé.\n   Des marchands ambulants crient, là-bas, dans les rues,— et leur cri lent et\ncontinu et monotone me transporte dans une féerique et magique cité, où\ndes veilleurs de nuit aux lourdes hallebardes, annonciateurs de l'heure des\nprières, parcourent les rues au crépuscule, chantant et sonnant dans leur\ncorne de fer.\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "                                    — 66 —\n\n    Planent, planent alors les cloches, les cloches comme des âmes, comme\n des âmes heureuses s'essorant à la nuit et déployant leurs ailes vers les\n royaumes de félicité, — vers les royaumes des vapeurs et des forêts grises\n où reposent les silencieuses ombres, — où le plus léger bruit ferait aux\n âmes de cruelles, sanglantes blessures, — vers les pâles empires où som­\n meille et dort la gloire de mystérieux rêves.\n    Planent, planent les cloches dans l'air encore adouci. — De longs et\n joyeux battements d'ailes emplissent ma chambre et m'assoupissent à leur\n frôlement, — et je songe des cloches qui clament, clament, proclament\n l'heure des prières à Notre-Dame, l'heure des prières du soir pour les cœurs\n simples et forts.\n\n                                II. — SACRE\n    Du sommet des hautes tours pavoisées de la vieille cathédrale, tonnent,\ntonnent, bourdonnent les grandes cloches. — C'est la jeunesse d'une claire\nmatinée de printemps. Sous l'azur absolu du ciel, pour les joies et la fête\nprochaine, sonnent et s'épandent en les larges rais du soleil, les cloches\nlourdes, graves et lourdes.\n   Aux abords de la place et dans les rues voisines le peuple est massé dans\nla fiévreuse attente, et simple, son cœur sourit et s'extasie et chante au\nchant d'or des cloches. Et plus elles résonnent, plus haute est son allégresse.\nAu chant régulier, solennel des cloches, il se rappelle les joies anciennes,\nles jours où fut son âme ensoleillée et refleurissent soudain des espérances\ndélaissées, et flottent dans les rais de lumière vivifiante des souhaits, bercés,\nexaucés, au chant grave et lent et simple des cloches.\n   Devant la foule énorme, bruyante, agitée, des haies de soldats s'alignent —\ndes casques à longue crinière et des cuirasses rebondies luisent comme des\nmiroirs au soleil et par instants scintille et brille le clair éclat bleuté d'un\nsabre nu ; — aux fenêtres, aux balcons de pierre, au travers des rues sus­\npendus, s'enflent et claquent au vent, de glorieux drapeaux, des bannières\ntissées d'or, et des oriflammes de velours jaunes, violets et cramoisis. —\nAu gré du vent, tour à tour renforcées, affaiblies, sonnent, sonnent les\ncloches.\n\n\n  Voici, pourtant, qu'elles se sont tues, les lourdes cloches, — et comme si\nun grand souffle les eût emportées en même temps que les voix de la foule,\nun vaste silence se fait sur cette place. — Au loin, de claires, joyeuses\nsonneries de trompettes qui se rapprochent, se rapprochent, s'éloignent et\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "                                   - 6 7 -\n\ndiminuent et brusquement éclatent au détour de la rue. — De brefs com­\nmandements militaires répétés en écho par la place. Dans la foule anxieuse\nle silence augmente ; — on entend le bruit répété des sabots des chevaux\nde la garde, et tout à coup, après un appel aigu, prolongé, suprême de\nclairon, débouche sur la place, traîné par huit chevaux blancs bondissants,\nun carrosse splendide, éblouissant de dorures, et dont les glaces biseautées\nscintillent des radieuses couleurs de l'arc-en-ciel. Soudain alors déchaînées,\npar dessus les vivats et les triomphales acclamations de la foule égrenées\nau vent joyeux, dégringolent et sonnent, à toute volée carillonnent toutes\nles cloches, claires et graves, sonores et frêles, légères et lourdes, en une\nfurie continue de gammes descendantes, tôt affaiblies, tôt redoublées, et\nsur toute la ville, de toutes les églises, les cloches et les carillons font pleu­\nvoir leur chant de fête et de joie, pour le sacre du jeune prince, — un grand\nconcert de bronze au ciel d'azur.\n\n\n                      III. — OFFICE DES MORTS\n\n\n   Ah! pourquoi toujours ces chants de prêtre sur moi?\n   Pourquoi ronfle-t-il si fort, là haut, l'orgue dans le jubé? Les chantres\nchantent à pleins poumons, leur voix plane, s'élève et monte vers les rosaces\nsculptées de la voûte, et si terrible est ce chant que les femmes agenouillées\ndans l'église sanglotent et bruyamment gémissent la tête cachée dans leurs\nmains.\n   Des milliers de cierges brûlent sur les autels, dans les hauts chandeliers\nd'argent les flammes vacillent et tremblent par instant; — on croirait qu'elles\nvont mourir, mais elles se dressent et s'allongent de nouveau, la cire crépite\net fond avec un petit bruit sec désespéré serrant le cœur, pendant que les\nprêtres montent à l'autel, et s'inclinent le dos recouvert d'étoffes raides,\ntissées de soies et brodées d'or.\n   Une sonnette retentit qui fait se courber tous les fronts ; — un silence\nhorrible ; — il fait froid ; — et de nouveau recommencent les chants de dou­\nleur plus forts et plus désespérés avec la résonance toujours de ces syllabes\nlatines inflexibles, riches et pompeuses. L'encens fume sur les charbons\nrouges. Des nuages de fumée montent qui m'étouffent... m'étouffent...\n   Ah! certainement, je mourrai s'ils ne cessent!\n   Mais qui donc Seigneur! repose sous cette draperie noire et lourde\nfrangée d'argent, qui donc est là dans ce cercueil de chêne aux clous d'acier,\nqui gît dans ce suaire glacé, qui donc si ce n'est moi.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "                                  -   68 —\n\n   Et pourquoi me font-ils souffrir encore si c'est fini?\n   Grâces leur soient rendues. Ils ont fini eux aussi. Voici dans le joyeux\nréveil de cette matinée de printemps, la cloche petite et froide qui tinte à\ncoups réguliers pour indiquer la fin de l'office des morts. — J'entends\nsoudain derrière moi le bruit mou de pas qui se rapprochent, — les grince­\nments plaintifs des chaises écartées, — les portes qu'on ouvre à deux\nbattants, — l'air qui entre... l'on me soulève et je sens que je réapparais\nà la Lumière...\n   Je vais donc reposer dans la terre bénie, sainte, hospitalière; elle sera\nsur moi et sous moi et toute la misérable pourriture de mon corps\ns'évanouira en elle. — Sous les bienheureux rayons du soleil, je renaîtrai en\nla forme définitive, esprit et âme, à jamais dépouillé de toute enveloppe\nsensible. — Au soleil radieux du printemps, je renaîtrai dans l'azur tranquille\néternel et pur, et je vivrai à nouveau, mêlé à la plainte des eaux, aux mur­\nmures des cascades, au clair chant des fontaines, dans les baisers rapides\ndes vagues fraîches au diadème éclatant d'écume flottante; — je serai tour\nà tour dans les souffles du vent, les caresses des brises adoucies des clairs\nbaisers des vagues et des langueurs molles des fleurs, dans les contours\nfuyants des nuages, le galop éperdu des nuées et les pluies fécondantes\ntombées du ciel d'orage. — En moi sera le calme des nuits, les deux pro­\nfonds et bleus et la douceur mystérieuse des grands fleuves blancs coulant\nla nuit sous l'azur du firmament, les clartés soudaines changeantes des\nétoiles, les souffrances inconnues et l'alanguissement des lunes consolatrices\net protectrices des rêves. — Dispersée et fondue en ces fugitifs lueurs de\nsouffre et d'or de l'aurore, mon âme s'épanouira dans les clartés soudaines\ndu soleil; — avec la sève elle montera dans les arbres et chantera dans les\nfleurs nouvelles, odorantes et belles. Plus blanche que la neige au sommet\ndes glaciers éternels, plus rapide et brillante que l'éclair jailli des nues,\nplus belle et pure que l'azur et les lacs sacrés où seuls se baignent et\npassent les nuages, mon âme s'élancera radieuse au travers de l'air impal­\npable, à des hauteurs inaccessibles, au royaume de la Contemplation\nsereine, parfaite, dans la béatitude éternelle, sans passion et sans désir,\nsans pensée au dessus de toute pensée.\n\n                                                  GEORGES DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-022", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 70, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "VERS VITRAIL", "ancre_fin": "ALBERT ARNAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES FLAMANTS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "VERS\n               VITRAIL\n\nEn l'améthyste du vitrail\nSeule la sainte s'extasie\nDe voir par la plaine rosie\nSur la mousse rire l'aiguail.\n\nO joie ! ô quel sceptre divin\nFit jaillir l'aurore divine\nVers où ses mains que l'on devine\nNe se joignirent pas en vain ?\n\nEt voici qu'aux deux appâlis\nCelle qui tint l'Enfant, l'Etoile\nQui brille sur la mer, dévoile\nSon cœur auréolé de lys\n\nDont du seul hymne de leurs yeux,\nParmi les fleurs en avalanches,\nLes anges sous leurs ailes blanches\nChantent l'éclat silencieux.\n\n\n\n           LA SIRÈNE DÉÇUE\n\nIssant de l'eau vive et fragile\nLa Sirène éparpille au vent\nSa chevelure où joue agile\n Un parfum de matin levant.\n\nGaze et moire à reflets de perle\nLes flots la lutinent, subtils\nDont pourtant l'audace déferle\nAu clair de ses seins puérils.\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "                     -   70   —\n\n  Et, vierge, en l'ingénu de l'heure\n  Qu'éventent des clartés soudain\n  Un chant d'adolescent   l'effleure...\n\n  Mais la jeune voix qui la grise\n  Brusque s'esquive en un dédain\n  De sa voix l'appelant éprise.\n                                          ALBERT ARNAY.\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-023", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 70, "titre_corps": "Les Flamants", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vierset", "ancre_debut": "LES FLAMANTS", "ancre_fin": "AUGUSTE VIERSET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 311, "fin_caractere_exclue": 810, "texte": "LES FLAMANTS\n En une hiératique pose\n Ils s'alignent, vivants rosiers,\n Au marais que les balisiers\n Carminent de leur cime éclose.\n\nIls pointent leur bec d'argyrose\nLe long des graciles osiers;\nEt des ailes, rouges brasiers,\nEmerge leur poitrine rose.\n\nC'est dans la pourpre, un tendre éclair\nDe pâle neige, un rire clair\nDe blancheurs que le soleil dore.\n\nEt l'on dirait, sous le ciel bleu,\nDes cygnes au duvet d'aurore\nRêvant sur une mer de feu.\n                                  AUGUSTE VIERSET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-024", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 72, "titre_corps": "Promesse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "PROMESSE", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "PROMESSE (1)\n                                                                A HENRY DE GROUX\n\n\n             Je suis hanté par la nuit de l'Histoire, par ces rafales d'hommes\n              informes vomis par les Ténèbres, ces ouragans de peuples\n              hurlants précipités par la main du formidable Semeur, à\n              travers le monde, dans le feu et le sang pour le Festin des\nGlaives.\n    Et ces brumes du moyen-âge ne laissant apparaître que des fragments\nd'humanité, en cachant d'autres ou les rendant vagues, invisibles presque\nen l'inévitable oubli de la mort.\n   Mais ceux-là qu'elles laissent briller dans la Lumière éternelle sont si\ngrandioses, que l'esprit, emporté par un rêve aux ailes d'aigle capables de\nsouffleter le soleil, évoque des visions échevelées d'une grandeur vertigi­\nneuse, d'une foi à inonder le désert, à décrocher les montagnes de leurs\nvieilles bases pour en combler les gouffres immenses de l'océan ; de fulgu­\nrances qui trancheraient à la sphère sa partie infectée, pour la jeter dans\nl'abîme.\n   Surtout des yeux. Ils ont percé le brouillard, éblouis par le signe qui leur\nrestituait l'étincelle divine, lacs d'espérance, fontaines d'amour, miroirs des\nSiècles. Ils brillent plus lumineux que toutes les constellations du ciel\nvelouté par la nuit, ces yeux, essence précieuse d'âmes prêtes à rentrer dans\nl'incandescent foyer de l'Absolu pour gemmer le futur de nouvelles gloires\nirradiantes.\n   Je suis hanté par l'ombre de ces cerveaux qui firent hurler la pierre\nautour des cathédrales, somptueux et impénétrables reliquaires de prières\néteintes à jamais en nos âmes enténébrées, par ces mains jointes pour\nracheter l'iniquité monstrueuse de générations corrodées par le plus putré­\nfiant des acides, la Médiocrité.\n   Je songe à tout ce Rêve éperdu d'infini faisant reculer et s'enfuir, sous son\nvol, l'énorme azur des nuits muettes, à cette simplicité qui fit resplendir\ntout ce qu'elle toucha de sa grâce merveilleuse.\n   Je songe à tous les Himalayas qui ont sombré lentement en eux-mêmes\net qui ont été engloutis par le bourbier puant des temps modernes..\n\n\n (1) Extrait de Vers de l'Espoir, qui paraîtra prochainement.\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "                                  — 72 —\n\n\n   Toute beauté qui ne put s'accrocher à la voûte, dans la débâcle des hau­\nteurs, pour luire sur nous, étoile nouvelle, est tombée dans l'eau livide,\nnénuphar sans cesse immergé par la houle d'une mare d'ordures.\n   L'ordure, elle sort de la terre comme la plus féconde et la plus volon­\ntaire des moissons, elle tombe comme les averses les plus submergeantes,\nelle déferle comme l'ouragan qui arrache les mâts de navires et leur\noctroie le plongeon éternel, ou comme le simoun qui détruit et recouvre de\nsable les oasis du désert.\n   Et ainsi jusqu'au jour où, sollicité par le dégoût de toute cette putréfac­\ntion qui aura envahi même son Calvaire et sa Croix sanglante, fatigué d'un\nsacrifice inutile atrocement conspué par d'éternels obligés, Il fera luire un\nsigne vengeur dans un déchaînement de nuées, et un éclair de ses yeux si\ndivinement doux, jadis, enflammera le pestilentiel et phosphoreux maré­\ncage, car les Glaives se seront refusés à un festin de charognes.\n   « C'est alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. »\n   C'est alors que les loups deviendront des agneaux et que les agneaux seront\ntransformés en loups.\n   C'est alors que les flaques de graisse du bouillon d'ignominie auront\nd'atroces convulsions et que les hurlements monteront ainsi qu'un vol\neffarouché de corbeaux.\n   Le feu sera déchaîné, lâché comme une bande de fauves bondissants, de\ndragons, d'hydres, de chimères et de serpents en furie; il sera partout, il\nfera rugir l'abîme, il s'étendra comme une atlantique rouge, il couvrira tout.\n   Et il n'y aura pas un cri de repentir dans toute l'incurable pourriture\nliquéfiée.\n   Car, après avoir soutiré le sang du côté droit du Fils de Dieu pour se\nracheter de la mort, elle exigerait qu'il revienne lui présenter, dans ses\nmains diaphanes, son cœur, et qu'il répande tout le sang de son cœur pour\nla sauver de ces nénuphars qui sont restés malgré tout, après la débâcle des\nhauteurs, à la surface de l'immonde, ouverts à la lumière.\n\n                                             MAURICE DESOMBIAUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-025", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 73, "titre_corps": "Blanches fiançailles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "BLANCHES FIANÇAILLES", "ancre_fin": "FERNAND ROUSSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE PAYS DE MON RÊVE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "BLANCHES FIANÇAILLES\nA l'étoile que pare un voile d'indolence,\nA l'étoile neigeuse en ses larmes d'argent\nMon âme se fiance — ô vierge du silence !\nJoignant comme dès mains ses chagrins paiement.\n\nLes ombres ont béni nos blanches fiançailles\nEt dans le jour défunt nos âmes de tourment\nOnt écouté le ciel pleurer ses funérailles :\nOn aurait dit le glas de mes rêves d'enfant.\n\nMais l'aurore soudain de sa bouche de rose\nCaressa nos désirs d'un baiser de soleil!\nSa lèvre fine et douce aux voluptés éclose\nA souri doucement à mon jeune sommeil.\n\nEt des anges alors, des anges blonds et frêles\nOnt parsemé nos cœurs des roses de l'oubli;\nLe murmure — mourant au lointain — de leurs ailes\nA l'étrange langueur d'un désir accompli.\n\nJ'ai souri dans les yeux hospitaliers des anges,\nDans leurs yeux pailletés d'améthystes et d'or,\nOù trônait, triomphant, aux encens des louanges\nL'Espoir, l'éphémère et doux vainqueur de la mort.\n\n                                        FERNAND      ROUSSEL.\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-026", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 74, "titre_corps": "Le Pays de mon rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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JENART.\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-027", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 78, "titre_corps": "Le Jour des morts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "LE JOUR DES MORTS", "ancre_fin": "HUBERT KRAINS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 697, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "LE JOUR DES MORTS\n              Les rues du village sont couvertes d'une boue gluante, gaufrée\n               par le martèlement des pas et où luisardent des lentilles\n               d'eau. Du ciel bas, uniformément gris, tombe une bruine\n               froide et persistante qui noie les contours des maisons et des\narbres. Dans les haies, des gouttelettes pendent comme des perles à des\nbranches ténues, dont quelques-unes ont gardé la décoration d'une touffe\nde feuilles fripées.\n   Au coup de midi, le vieux sonneur s'achemine vers l'église, dont la sil­\nhouette vague suggère l'impression d'un fantôme dominant d'autres fan­\ntômes. Il marche à pas menus, réguliers, les coudes aux flancs, les mains\ncroisées contre sa poitrine — de grandes mains blanches, émaciées, qu'il\ncontemple avec respect, car elles ont acquis un caractère sacré en touchant\nau plâtre des vieux saints, au bronze des cloches, en feuilletant les missels\njaunis, dont le texte, enjolivé d'étranges capitales, met le lecteur en com­\nmunication avec Dieu. — La bruine poudre à blanc la grosse écharpe de\nlaine où disparaissent les lobes de ses oreilles, et pointillé de minuscules\ngouttelettes les poils raides et mi-chenus des favoris qui broussaillent aux\ndeux côtés de sa figure maigre.\n   Une barrière a grincé sur ses gonds ; la porte de l'église s'est ouverte\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "                                   -   7 5 -\n\npuis refermée avec un bruit caverneux ; le vieux sonneur ascende un escalier\naux marches usées...\n   Ding... don... — ding... don... Ainsi se lamentent à présent les cloches,\nréveillant de mystérieuses hulottes qui rêvaient dans l'obscurité de la tour,\nsur d'énormes charpentes enchevêtrées. Leurs sons s'éparpillent en vibra­\ntions mourantes ; ils vous pénètrent comme la pluie tenace et semblent,\ncomme elle, tomber lentement du ciel gris.\n   A l'heure des vêpres, les rues s'emplissent d'une foule morne qui s'ache­\nmine vers l'église. Les enfants se hâtent, le corps recroquevillé, les mains\ndans les poches, les joues rosées par les picotements de la bruine ; les\nhommes marchent à longs pas, la tête basse, vaguement songeurs; tandis\nque les femmes, qui prennent d'infinies précautions pour éviter les souil­\nlures de la boue, ont une démarche sautillante qui les fait ressembler à de\ngrands oiseaux lugubres.\n   L'église est tendue de noir comme pour un enterrement, et le catafalque\nse dresse au milieu, entouré de chandelles allumées. Cela glace le cœur des\nfidèles, qui font dévotement le signe de croix sous le porche, puis se dirigent,\nsans bruit, vers leurs places habituelles. Chacun songe au défunt qu'il a le\nplus aimé, il se rappelle ses funérailles, et revoit son cercueil sous le cata­\nfalque : celui-ci était riche, et son cercueil de chêne portait un crucifix et\ndes torches en argent ; celui-là était pauvre, et on l'avait placé dans une\nbière de mauvaises planches, ornée d'un christ et de flammes en papier.\n   Aujourd'hui tous ces morts sont mêlés aux vivants. L'église est triste à\ncause de leur présence, et les psaumes y résonnent douloureusement parce\nque leur voix s'unit à la voix des chantres. Ils gémissent de même avec\nl'orgue, et se pressent autour de l'autel, quémandant des prières comme les\npauvres sollicitent l'aumône par les jours de gel et de neige.\n   Et quand le prêtre recommande les trépassés au souvenir des fidèles, les\nassistants voient défiler un long cortège de morts. Ce sont d'abord des gens\nque personne n'a connus et qui n'ont plus de parents dans le village, des\nformes vagues et tristes, pareilles aux silhouettes lointaines des pèlerins\nqui marchent dans un désert, à la tombée de la nuit. Des vieillards suivent\navec des vêtements passés de mode : ils sont courbés, usés, ratatinés, et\nleurs yeux, qui ne savent plus pleurer, se fixent douloureusement sur leurs\ndescendants. Il y a aussi des jeunes filles en robe noire, semblables à des\nvierges en deuil, et des enfants, avec des figures pâles et douces, de pauvres\nenfants sevrés de caresses, qui ont l'air d'avancer la tête pour qu'on passe\nla main dans leur chevelure.\n   Tout à coup, une femme éclate en sanglots. Sa mère est morte dans une\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "                                  -   76   -\n\nmaison d'aliénés ; on l'y a conduite dans une charrette, où deux hommes\nfurent obligés de la maintenir. Elle ne voulait pas partir, elle se débattait\net criait. Quand la charrette s'est ébranlée, sa raison semblait revenue, et\nses yeux, qui étaient restés secs jusqu'alors, se sont remplis de larmes.\nElle a regardé ses fils et ses filles, qui pleuraient, et leur a dit d'une voix\nlamentable :\n   — O mes enfants, pourquoi me chassez-vous ?\n   Elle vient de se présenter devant sa fille, vêtue comme au moment de\nson départ, et les yeux toujours baignés de larmes; elle a répété d'une voix\ndouloureuse qui paraissait sortir d'une caverne :\n   — O mes enfants, pourquoi me chassez-vous ?\n   Après les vêpres, les gens regagnent leurs maisons, silencieux et graves;\non n'entend que le clapotis monotone des pieds qui s'impriment dans la\nboue.\n   Insensiblement la nuit tombe. Dans l'obscurité, des fenêtres éclairées\nplaquent çà et là de grandes taches de lumière jaune qui font rêver à des\ngrottes creusées dans les ténèbres et dont les parois réfléchiraient la lueur\ndébile d'une lampe fumeuse. L'eau dégouline des toits avec un bruit mou,\ntandis que les cloches, s'ébranlant toujours à intervalles réguliers, jettent\ndans l'espace des sons d'une tristesse infinie.\n   Les paysans, assis au coin de leur feu, écoutent tomber la pluie; ils\nécoutent le son des cloches et le tic-tac de l'horloge, et chacun se dit :\n   — C'est singulier, chaque fois qu'il y a eu un mort dans la maison,\nl'horloge a fait ce bruit étrange et obsédant... Je sais qu'il sort de cette\ngaîne, pourtant quand tout est bien calme et que j'écoute attentivement, on\ndirait qu'il s'échappe de mon crâne...\n   Pour réagir contre ces pensées, on engage des conversations. Elles ont\nlieu à mi-voix et deviennent bientôt lugubres, car l'un ou l'autre prononce,\ninconsciemment et'sans deviner l'immensité des choses qu'ils évoquent, les\nmots de trépassé, de prière et de deuil. Alors, tout en contemplant la\nteinte mélancolique des meubles, ainsi que les masses d'ombre accumulées\ndans les encoignures où elles veloutent les murailles d'une sorte de moisis­\nsure humide et froide, les gens songent à leur passé, ils remontent mélan­\ncoliquement le cours de leur vie, et s'arrêtent aux dates marquées par des\névénements. C'est la première communion, le tirage au sort, le mariage.\nDes figures disparues surgissent, des personnes qu'on a aimées tendent les\nbras et semblent vous reprocher leur abandon. En présence de tous ces\nmorts, des vieillards frissonnent comme ces vieux arbres qui se dressent,\nsolitaires, au milieu des champs.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "                                  — 77 —\n\n  Cependant, une voix gazouilleuse de fillette insouciante fredonne tout à\ncoup dans le silence :\n                           Au jardin de mon père,\n                           Vole, mon cœur vole !\n                           Il y a z'un pommier doux\n                                Tout doux .'\n                           Trois belles princesses,\n                           Vole, mon cœur vole !\n                           Trois belles princesses\n                           Sont couchées dessous.\n\n   Son père l'interrompt d'une voix grave :\n   — Silence, ma fille, on ne chante pas aujourd'hui.\n   Et comme lui-même pense à sa jeunesse, il parle de ses parents défunts :\n   — Je me rappelle, enfants, votre arrière-grand'mère... J'avais douze ans\nquand elle est morte... Elle était vieille, très vieille... Elle marchait avec\nune béquille... Voici sa place habituelle... là... au coin du feu... Elle y\nrestait assise tout le long du jour, dans un grand fauteuil... A cette époque,\nles gens étaient simples, ils connaissaient peu de choses, on voyageait\ndifficilement... Ainsi, vous savez tous ce que c'est qu'un chemin de fer...\neh bien! votre arrière-grand'mère n'avait jamais vu aucun train... Il n'y\navait que des diligences, et elles n'étaient pas sûres... Le village était aussi\nmoins peuplé qu'aujourd'hui... Presque toutes les maisons étaient couvertes\nde chaume... Et l'on parlait de revenants, de sorciers... que sais-je?...\nParfois on entendait une musique aérienne, dans un pré, le soir... Les gens\npassaient leur chemin, en faisant le signe de la croix... Le lendemain, on\ntrouvait une grande plaque d'herbe brûlée... C'était à cet endroit que les\nsorcières avaient dansé... — Votre arrière-grand'mère m'a souvent raconté\nl'histoire d'un de ses frères qu'un sorcier avait accompagné, la nuit,\npendant deux heures... Ce sorcier avait pris la forme d'un chien énorme,\ndisait-elle, de la grosseur d'un veau... Il trottinait derrière notre parent,\nmais sans lui faire aucun mal... Seulement, de temps à autre, il frottait son\nmuseau froid contre ses talons... Notre parent tremblait d'épouvante... Et\nil ne voyait pas de village, pas de maison... Enfin il aperçut une lumière...\nla lumière d'une cabane, au bord de la route... Le propriétaire lui expliqua\ncomment il se débarrasserait du chien... Il fallait, paraît-il, lui planter un\ncouteau dans le front, entre les yeux... Pendant ces explications, les deux\nhommes entendirent quelque chose qui cognait contre les vitres... Ils\nlevèrent la tête... Le chien avait appliqué ses pattes de devant sur le rebord\nde la fenêtre... et il regardait... Quand notre parent continua son chemin,\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "                                   -   78   -\n\n il ne vit plus le chien, naturellement... Mais comme il avait eu peur, très\n peur, il tomba malade et mourut peu de temps après...\n    Ce que je vous raconte là, enfants, ne doit pas vous effrayer... Il n'y a\n plus de revenants, il n'y a plus de sorciers, depuis que M. le curé lit, pen­\ndant la messe du dimanche, l'évangile de Saint-Jean...\n    Pauvre vieille grand'mère! si je me souviens d'elle!... Tenez, le rouet\nqui se trouve au grenier, c'était son rouet... Quand nous serons morts, ta\nmère et moi, ce rouet t'appartiendra, Jeanne... Toi, Jules, tu auras ce\n sabre, qui pend à droite de la cheminée... Et toi, Félix, tu prendras ce\ntableau, qui est accroché au dessus de l'armoire... Vous conserverez pré­\ncieusement ces objets, mes enfants, ce sont des souvenirs...\n    Le père se tait.\n    Jules, alors, pense :\n    — Ce sabre m'appartient. Quand mon père sera mort, il ne faut pas que\nj'oublie de l'emporter.\n    Et Félix songe :\n    — Pourquoi mon père m'a-t-il donné ce tableau? J'aurais préféré le\nsabre, moi...\n    Cependant la nuit s'avance. Les lumières s'éteignent, une à une, dans le\nvillage. Les paysans se mettent au lit, mais avant que leurs paupières se\nferment, le son des cloches leur arrive encore, plus étouffé et plus triste,\ntout pareil au douloureux soupir d'un être surhumain, qui retentirait dans\nl'immensité.\n    A présent, une seule lueur brille. Derrière l'étroite fenêtre de la tour, la\nlampe du sonneur met un point jaune, un rond de clarté mate. Et cela, dans\nla nuit opaque, semble l'œil de quelque puissant rêveur, l'œil même de cette\nvieille église de village; aux pierres moussues, aux briques effritées, béné­\nvole confidente des secrets de plusieurs générations, qui, maintenant que\ntout dort, songe à l'infinie misère des existences éparpillées autour d'elle ..\n\n                                                     H U B E R T KRAINS."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-028", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 79, "titre_corps": "Offrande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "OFFRANDE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "OFFRANDE\n         Le beau Prince accoudé sous les balcons royaux\n         Voit tout à coup surgir de magiques Florides\n         Et dans le soir tardif, au bord des lacs limpides,\n         Mûrir des pommes d'or dans l'ombre des berceaux.\n\n         Dénouant leurs cheveux aux rires des ruisseaux\n         Des filles aux yeux clairs, frivoles et perfides,\n         Sous la pluie argentine en les feuilles humides\n         Imitent en jouant les doux chants des oiseaux.\n\n         Et tandis qu'un dragon couvert d'écailles jaunes\n         Veille des morts sanglants couchés parmi les aulnes\n         L'Enfant, triste, étonné de ne pas être aimé,\n\n         Écartant d'un rameau ses biches et ses chèvres,\n         Descendu vers la plaine, offre comme ses lèvres\n         La rose rouge éclose en son cœur parfumé.\n                                                            VALÈRE GILLE.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-029", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 83, "titre_corps": "Chronique littéraire : Deux livres de Tolstoï", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Gustave Kahn", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "GUSTAVE KAHN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Contes de mon village", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 966, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                   Deux livres de TOLSTOÏ (drame et vaudeville).\n\nA               la fin de « Marchez pendant que vous possèdez la lumière », les\n                lecteurs du livre trouvent cet apologue : Un catéchumène déjà\n                vieux, entrant dans une communauté chrétienne, est envoyé au\n                travail des vignes. Au premier coteau, dans la vigne abon­\ndante et chargée, les jeunes gens travaillent gaiement, et, nulle place pour\nlui ; à une plantation moins riche, les chrétiens travaillent par couples, et,\nnulle place pour lui ; ce n'est que dans une vigne aux sarments solitaires, que\nJulius le catéchumène, d'abord découragé par l'aridité de la récolte pos­\nsible, rencontre un vieillard, premier occupant de cette maigre besogne\net ce vieillard lui enseigne le moyen de recueillir encore quelques grappes.\nLes admirateurs de Tolstoï y pourront voir quelque involontaire allusion à\nla transformation de talent de l'auteur lui-même, devenu moins littéraire,\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "                                  — 80 —\n\nplus sec, mais cherchant en une forme sans apprêts et toute de vulga­\nrisation, à répandre quelques idées qui lui demeurent essentielles.\n   La caractéristique du grand roman de Tolstoï, tel que Guerre et paix\nou Anna Karénine, était un mélange de la mobilité et la grandeur de la\nfresque et de l'imprévu des tableaux ambiants, c'est-à-dire que considérant\nun temps, dans ce temps plusieurs mondes spéciaux, particuliers et se ren­\ncontrant, considérant la teinte générale d'une époque comme le véritable\nhéros de son roman, Tolstoï y faisait vivre des êtres de temps et de lieux\nbien caractérisés; ainsi, si nous considérons Guerre et paix, le héros du\nlivre serait la Russie, considérée comme une lente et calme et puissante\nforce défensive; une première incarnation du héros type serait Koutousof,\négalement lent, calme et défensif, Koutousof étant personnage historique\net, par conséquent, élément de fond de fresque ou de toile de fond, il faut\nà l'auteur, pour satisfaire à l'esthétique ordinaire du roman, un héros, c'est-\nà-dire un personnage d'invention seconde, calqué sur la réalité, mais\nn'ayant pas d'état civil flagrant. Le prince Bolkonsky sera donc un Kouto­\nsof plus jeune et agissant en raison du moins grand nombre d'années; soit\nparcourant les étapes d'enthousiasmes et de désillusions nécessaires pour\nformer un Koutousof. Comme ce troisième type perd de sa clarté à être\nsurtout agissant, et qui, étant donnée sa jeunesse, la partie actes de sa vie\nprend nécessairement une grande place de son rôle écrit ; un quatrième type\nse présente, Bésoukof, qui du type principal détient les parties de pensée et de\nréflexion qui n'ont pu trouver place dans le rôle du prince Bolkonsky.\nEtant posés ces personnages de résignation et de douceur, Tolstoï établit en\nface d'eux une série de personnages qu'on pourrait dénommer les assail­\nlants, et qui s'échelonnent depuis Napoléon, l'ennemi de la Russie, jusqu'à,\npar exemple, Dologhow, l'ennemi de Bésoukof. Ses personnages femmes\nprésentent la même antithèse, et quelques comparses prétextes, comme le\nsoldat Platon ou certains officiers de la garde, servent aux personnages à\nprendre de nouveaux embranchements de vie qui leur permettent d'expliquer\nleur pensée « sur la nécessité d'un bien-être général fait de tranquillité de\nconscience et la nécessité de le préparer dans la mesure de leurs moyens\npar une plus parfaite éducation d'eux-mêmes ». Tel est le squelette du\nlivre, malgré l'addition d'anecdotes imposées par l'esthétique momentanée\ndu roman.\n   On retrouvera dans Anna Karénine un semblable procédé. Des gens du\nmonde vivent selon des modes traditionnels peu flexibles, embarrassés de\nmille riens représentatifs, sans avoir le temps d'écouter leur conscience ;\nc'est à propos d'un petit incident de famille que les principaux personnages\nse rencontrent. Au moment de ce petit fait (Levine, Wronsky, Kitty et\nM me Karénine) se rencontrent dans un bal, et les deux couples se croisent et se\ndécroisent, attirés en dehors de leur destinée par le plaisir qu'ils éprouvent\nà se trouver contrastants. Encore pris dans les traditions, ils se trompent\nsur eux-mêmes ; le roman décrira donc l'utilité et la beauté d'existence que\ntrouvent Kitty et Levine, vivant dans une norme favorable à eux, et les\ntragiques malheurs de Wronsky et d'Anna Karénine n'ayant su trouver\nleur chemin de vie, entachés qu'ils sont de goûts mondains.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "                                  — 81 —\n\n   Déjà Tolstoï prêche le travail manuel (Levine fauchant ses prés), l'admi­\nnistration de ses biens, l'accomplissement des devoirs municipaux et des\ndevoirs privés comme la règle du bonheur ; dans le décor, au calme et au\ntableau plaisant de la vie rurale, où vivent heureux Levine et Kitty, il\noppose synchroniquement des scènes heurtées de salon et de chemin de fer\nqui lui paraissent symboliser les heurts et allées-venues du couple Wronsky,\nen face de la tranquillité des plaines évocatrices du bonheur de Levine, ceci\nnon sans incidents et anecdotes, formant petits décors et tableaux spé­\nciaux ; car, l'influence de Stendahl, de ses romans à décors, de la Char-\ntreuse de Parme et le Rouge et le Noir, ont encore grande puissance sur\nla mécanique littéraire de Tolstoï ; je dis : \" mécanique littéraire » et non\n« pensée littéraire \". Après ses deux grandes œuvres de maturité, dans la\nsérie des œuvres de Tolstoï, on le voit se préciser, réduisant les proportions\ndu décor et placer de plus en plus, dans certain livre, deux personnages\nprotagonistes conférenciant le pour et le contre, ou, dans des nouvelles, des\npersonnages passent, indiqués dans leur silhouette momentanée, sans que\nl'écrivain précise autrement leurs origines (le joueur, etc.). Dans la Sonate\nà Kreutzer, le roman se réduit à un pur monologue ; c'est comme une con­\nfession reproduite par un témoin intelligent.\n   Posnitcheff y expose d'une belle âpreté ses griefs contre lui-même et ses\ngriefs sociaux. Nous le retrouvons semblable, continuant son monologue\ndans le Julius de Marchez pendant que vous avez la lumière, mais en\nsomme calmé d'un première rédaction. Somme toute, au rebours de nos\nromanciers naturalistes qui, rapidement épuisés, sont réduits, pour sou­\ntenir leur notoriété littéraire, à interpréter de vagues anecdotes ou atta­\nquer des corps constitués mettant la décadence de leur forme au service\nde leur décadence d'agitation mentale, Tolstoï se dessèche et se nettifie.\nCe roman : Marchez pendant que vous avez la lumière, construit sans\nautre décor que quelques noms à désinence latine, se résume en deux\npersonnages vivant de façon différente, avec un témoin éclairé et vivant\ndans l'action, et des comparses; il faut, pour un Français ignorant du russe,\nmettre de côté toute question de forme littéraire et phraséologique ; il serait\ntrès curieux pour nous de savoir si, après avoir écrit Guerre et Paix et\nAnna Karénine en style écrit bigarré et coloré, l'écrivain rédige ses der­\nnières œuvres en une forme toute nette, toute de nerf et de sang dans de\nmaigres musculatures ; mais la traduction est écrite dans un patois infini et\nn'est peut être qu'une caricature.\n   En prologue, entre contemporains, on discute sur la vie humaine, un\njeune homme déclare : « Pourquoi continuer à vivre de cette façon indigne,\npourquoi continuer à faire ce que nous condamnons », et son rêve serait\nd'une vie travailleuse confondue à celles de misérables ; son père lui répond\nque son désir est noble, au fond, mais qu'à lui seul, son père, connaissant\nbien la vie, il appartiendrait de prendre et suivre semblable détermination.\nAlors un homme marié, indifférent, en fait, aux déterminations du jeune\nhomme et aux objections du père, déclare que tous deux ont raison, qu'évi­\ndemment ce jeune homme est trop jeune pour prendre une résolution\n                                                                       6\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "                                    — 82 —\n\n\ndéfinitive, mais qu'au fond il pense de même par la raison et l'expérience.\n« Qu'attends-je alors? du matin au soir je travaille pour ma famille avec\nle résultat que ma famille et moi, loin de vivre à la hauteur de la loi de\nDieu, nous nous enfonçons de plus en plus profondément dans la boue du\npéché, on travaille sans cesse pour la famille, mais à la fin elle ne tire pas\nle moindre profit de ces efforts parce qu'ils ne sont pas réellement utiles à\nla famille...\n   Les dames le redressent vigoureusement malgré cette objection qu'il est\npeut-être inutile d'élever des enfants d'après des principes qu'on désap­\nprouve. Un homme plus âgé, un vieillard, se plaint de ne vivre que pour\nmanger et dormir, mais des neveux et des nièces lui persuadent que c'est\npour eux et pour leur liberté qu'il doit vivre. Enfin, deux vieillards con­\ncluent que s'ils ont deux jours à vivre, il est inutile de les gaspiller en projets\net que le plus qu'on peut faire c'est de discuter sur les avantages qu'offrirait\nune vie bonne, droite et morale qu'il est impossible de vivre.\n   Le roman est peut-être moins net que ce prologue, qui évoque invincible­\nment le souvenir de La Fontaine ; ni Julius, ni Pamphilius n'ont la préten­\ntion d'être construits archéologiquement, et s'ils ont des noms latins ce sont\nde vagues pseudonymes de russes modernes habitant ces phalanstères que\nTolstoï aime à prêcher, à favoriser et à créer. Dans cette leçon-conférence\ndonnée aux bourgeois russes, comme il a donné aux paysans la Puissance\ndes ténèbres en tableaux vivants et glaces pour leurs vies, Tolstoï ne veut\nqu'expliquer combien est simple dans l'effort et heureux dans les résultats\nune vie simple avec un peu de travail physique et beaucoup d'amour désin­\ntéressé, et quel plaisir en quelque sorte maternel des hommes intelligents,\nlas des échevinages ou des épithètes colorées, peuvent trouver à être les âmes\net les éducateurs des simples.\n   Mais, si un des personnages du roman, Pamphilius, est par postulat\narrivé dès l'âge le plus tendre à cette quiétude, Julius, l'adepte type, n'y\narrive que fort difficilement, et chaque fois qu'il prend le chemin de la\ncommunauté chrétienne où chacun vit l'un pour l'autre avec, hélas ! l'avoue\nl'utopiste, bien des gradations, car la communauté dirigée par un impec­\ncable pasteur, nombre dans les derniers rangs de ses prosélytes de franches\ncanailles à peine repentis, sur la route de cette quiétude chaque fois Julius\nrencontre un médecin dissuadeur; ce médecin possède l'intelligence\npratique de son temps, combat savamment et intelligemment les désirs de\nJulius d'échapper à la vie ambiante pour entrer dans une règle, et ne perd\nsa cause que lorsque Julius, qui, jeune, a exploité le crédit de son père,\na été frappé par lui, s'est défendu et a deviné que les rapports entre lui et\nson père étaient purement et simplement la haine de l'envahisseur contre le\npremier occupant, perçoit, étant devenu vieux et père, les mêmes senti­\nments chez son fils, le frappe, le voit se défendre, etc.\n   Donc, l'écrivain veut bien dire que si Pamphilius a la sagesse innée,\nJulius n'adopte la sagesse de Pamphilius, que frappé très personnellement\net pour ainsi dire mis en face d'un miroir psychique. Quant au médecin, un\nhomme de sagesse tempérée, n'étant nullement père ni magistrat, il n'a pu\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "                                    — 83 —\n\navoir la conscience des responsabilités et raisonne de la vie comme un\namateur raisonnerait d'un poème.\n   De même que dans la Sonate à Kreutzer, l'écrivain démonte l'idée et\nles actes du mariage en les déclarant inames, de même, dans Marchez.\nl'écrivain tient à détruire l'idée de famille pour instaurer l'idée plus large de\ncommunauté ou phalanstère. Dans les Fruits de la science, non plus le\nhéros principal, mais le terme principal de l'œuvre sera également l'idée de\nfamille que Tolstoï, après l'avoir attaquée par une figuration schématique,\nvoudra attaquer par une suite d'anecdotes. Cette comédie ; les Fruits de la\nscience comporte deux éléments; une maison, disons une famille, est mise\nà sac par ses propres membres. Le père de famille est assailli par sa femme,\nsoucieuse d'argent, de toilette, une fille similaire, un fils, acheteur de\nchiens, qui vendraient leur père pour trente deniers répercutables ; dans ce\ndésordre des paysans humbles et avares viennent solliciter le maître de\nconclure une affaire désavantageuse pour lui ; toute sa famille est d'accord\npour la lui suggérer et par tous moyens, car il y aura quelque argent\ncomptant de partageable pour les divers caprices de ceux qui entourent le\nmaître. Ses ennemis les plus proches savent mieux que qui que ce soit où\nl'atteindre et trouveront leurs auxiliaires : premièrement dans la domes­\nticité, espionne des travers du maître, bien informée par ceux qui le\ntouchent de plus près et aussi dans la manie favorite du persécuté. C'est un\npeu, car les rapprochements du Tolstoï de la dernière période avec La Fon­\ntaine s'imposent, la fable de l'astrologue qui tombe dans un puits. Ce pro­\npriétaire est épris de spiritisme.\n   Le sociologue qu'est Tolstoï, calcule le ravage des pauvres théories\nempiriques et dés malencontreux systèmes tout faits chez des gens dont le\npremier devoir est de gagner le pain quotidien. Il ne pouvait s'intéresser\nni à son type de dupe ni à cette cohorte d'hommes d'intrigues, de vaticina-\nteurs troubles et de romanciers drolatiques.\n   Dès longtemps, en Russie, dans ce pays de tout mysticisme, il a pu voir\nde remarquables échantillons d'occultistes. Déjà Landau, le médium, ancien\ncommis de nouveautés parisien, apparaît dans Anna Karénine comme un\nindividu d'habiletés douteuses. En présence de ce trouble de plus apporté\nà la conscience, demeurance des tours de cartes et de physique amusante,\nTolstoï a voulu devenir franchement railleur et comique. Y a-t-il réussi?\nNon. La plaisanterie reste lourde et n'ajoute rien à la trame de comédie\nfamiliale que Tolstoï a voulu mettre au clair.\n                                                          GUSTAVE KAHN.\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-030", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 85, "titre_corps": "Chronique littéraire : Contes de mon village", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Eugène Demolder", "ancre_debut": "Contes de mon village", "ancre_fin": "EUGÈNE DEMOLDER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Gloire du Verbe", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 2719, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "Contes de mon village (Mœurs wallonnes), par Louis DELATTRE. Introduction de Georges\n                   Eekhoud. — Bruxelles, Paul Lacomblez, éditeur.\n\n  Le livre que vient de publier Louis Delattre révèle un conteur. Un conteur\ncharmant, dont la phrase court et vole, coquette, vive, colorée, tantôt\ncharnue comme une branche de sureau, d'autres fois semée de fleurs et\nfuyant, douce, avec l'air d'un sentier au soleil, un matin de procession.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3449, "texte": "                                    -   84   -\n\nDelattre excelle à conter, avec la juste mesure de ce qu'il faut dire, et ses\nhistoires sont bien épluchées, et bien assaisonnées, de façon à former un\nexquis ragoût de lettré. Il a un tour original pour vous faire ses récits, un\ntour à la fois déluré, bon enfant et na'if, et c'est délicieux à écouter et à lire.\n   Ce qu'il raconte ainsi, c'est le village wallon, c'est son village, et l'on\nsent qu'il prend un très grand bonheur à dire tout ce qui s'y passe. Georges\nEekhoud, dans une médullaire et cordiale préface faite pour ce livre —\nruban solide qui lie en beau bouquet typographique les sept nouvelles —\nappelle Delattre : un observateur éveillé. Mot très juste. Ne vous fait-il\npas l'effet, le jeune poète, dans son village où il y a des commères, des\nenfants, des charrettes, des forges, une boucherie, des ruelles, des bosquets\net des fleurs, d'un pimpant oiseau dans un bocage très peuplé et qui chan­\nterait et sifflerait toute la journée en regardant les autres d'un air moqueur\nou attendri, joyeux de voir mûrir des grappes de sorbier, amoureux des\nfauvettes, et plein de bonheur quand il agite sa mine pétulante dans ce coin\nde bois où se trouve son nid? Il fait rouler ses phrases dans le gosier de sa\nplume, comme des trilles d'alouette, à l'aurore, quand on se réveille, à la\ncampagne, et que les fermiers lèvent leur rideau de mousseline pour voir\nsi le soleil brille bien.\n   Et tout ce village est évoqué, plein de vie et de bruit, avec un décor\naquarelle d'un pinceau vif et des personnages croqués d'une griffe leste\nd'aquafortiste-ès-lettres. On le voit, dans sa fraîcheur wallonne, au milieu\ndes campagnes et des bois d'alentour, avec ses jardins où il y a des murs\ntapissés d'opulents gobelins de fleurs d'or, ses ruelles un brin tristes où\nrésonnent plus fort les sabots des galopins quivont à la maraude, le silence\nde ses soirs, quand les ouvrières des fabriques repassent dans les rues et\nqu'on entend ces rumeurs de la vesprée « qui viennent on ne sait d'où »,\navec sa forge aux gais soufflets, aussi : « comme elle est située au point\nculminant de la ville, quand la porte est ouverte, on voit, tout en tirant\nle soufflet, les toits bleus et rouges qui dégringolent; au loin, la campagne,\navec une ligne sombre qui la limite, les bois, bien loin ». Et cette cam­\npagne, comme on en sent les bons fumets des essarts, le vert parfum des\nbois et des genêts, sous le ciel. Comme tout s'élève, et frissonne de vie !\nC'est qu'il y a, dans ce livre, un si grand amour pour les choses qui forment\nl'alentour de l'existence! Il y a là un cœur si vivant qu'il prête de son sang\naux êtres qui n'en ont pas et qu'il leur insuffle une âme 'avec une prodiga­\nlité de tendresse débordante.\n   Mais les personnages, alors ! Comme ils sont tous bons et sympathiques !\nLe conteur vous les fait aimer. S'ils ont commis quelque peccadille, on l'ou­\nblie bien vite, car ils sont tous braves, braves jusqu'à l'héroïsme, comme\nen témoigne l'histoire de Pierre-de-la-Baraque.             Tenez, voici encore\nJérôme Badot : sans le vouloir, le pauvre, un soir qu'il était rentré ivre (et\nDieu sait si cela lui arrivait rarement!), il a cogné sa femme au sein. Elle\nen est morte. Et bientôt l'âme dolente et bourrelée de remords du pauvre\nJérôme va rejoindre celle de la trépassée, après avoir toutefois reçu l'absolu­\ntion de M. le curé. N'êtes-vous pas ému à l'Histoire d'un petit clerc? Et\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "                                     — 85 —\n\nn'éprouvez-vous pas un peu d'amour — si, si, avouez-le — pour la Voi-\nsine, dont la fraîche jeunesse s'encadre si bien dans les jacinthes, les vio­\nlettes et les giroflées? Et si Christine de Landelies a commis une faute bien\ngrave, dans un conte d'une pénétrante et printanière mélancolie, qui ne lui\npardonnerait après avoir lu cette chose exquise par elle inspirée : « Mais\naurais-je su ne plus aimer Christine?... J'ai entendu, l'autre jour, des Airs\npopulaires de Schumann que chantait un hautbois de sa voix pure ; pour­\nquoi, soudainement, me suis-je rappelé l'arrivée de Christine de Landelies\nen ce matin de mai où tout riait — et, près de la chambre morne et silen­\ncieuse de Rosalie malade, la montée de l'escalier, avec mes bras pleins de\nlinge frais fleurant le soleil et les sèves? » Deux personnages sont pourtant\nbien méchants : Aline, l'actrice de Bruxelles, et cet ignoble cabotin de\nRouvat. Mais heureusement, il n'y a pas de ces gens dans les villages ! Ils\nservent de noir et urbain repoussoir à l'honnêteté des héros du livre. Et\npuis la Petite Flipinne vous les fait vite oublier, avec son intéressant profil\nde buveuse de café. Car elle est tout à fait caractéristique, et c'est peut-être\nma préférée dans la série des contes.\n   Et tel est — autant que j'ai pu le résumer en quelques lignes — le village\nde Louis Delattre. Je le répète : il est profondément wallon. Il exhale une\ngrisante odeur de terroir et dénote un écrivain doublement de race. C'est\nce qu'indique Eekhoud dans la préface : « Mon cher artiste, l'œuvre d'un\nécrivain sincèrement autochtone agit sur moi avec cette fraîcheur et cette\nvivacité. J'y trouve présentés dans une autre gamme et dans un cadre diffé­\nrent, rajeunis pour ainsi dire, revêtus d'atours aussi originaux que pitto­\nresques, dans un costume inédit, la tendresse, le culte que moi-même\nj'éprouve pour mon coin de pays ». C'est bien dit, et il est curieux de voir\nle fanatique et âpre poète des polders patronner ainsi un débutant wallon.\n   Quant à moi, je suis heureux d'avoir été désigné par la Jeune Belgique\npour accueillir ce livre embaumé de jeunesse, tout pénétré de printemps, et\npour dire mes bonnes impressions en tournant ces feuillets vibrants d'une\njoie d'adolescence. Maint souvenir d'enfance, du temps où j'allais passer les\nvacances au pays wallon, m'est revenu à la lecture de ces pages si vécues;\net ce bouquet si vif, si pétillant, m'a laissé quelques pétales fanés et plus\nsombres, pour moi, car le souvenir est toujours teinté d'une nuance de\nmélancolie. Et le charme du livre s'en est encore agrandi.\n                                                   EUGÈNE      DEMOLDER.\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-031", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 87, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Gloire du Verbe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "V. 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On nepourrait pourtant inférer\nque l'œuvre du poète a été conçue d'après un plan primitif, mais telle, avec\nses précises conclusions, elle se sépare de ces recueils de vers « au jour le\njour » qui caractérisent le plus souvent les instinctifs.\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "                                    — 86 —\n\n   L'idée première de ce volume est celle-ci : Le monde n'est qu'une appa\nrence, rien n'existe que par l'esprit qui l'a conçu ; pour vaincre la douleur\ncausée par les désirs il faut remonter à l'essence, au Verbe créateur. Lorsque\nl'Hellène interroge la Voyante, elle lui répond :\n            Si tu n'étreins que des chimères, si tu bois\n            L'enivrement des vins illusoires,  qu'importe?\n            Le soleil meurt, la foule imaginaire est morte\n            Mais le monde subsiste en ta seule âme : vois!\n            Les jours se sont fanés comme des roses brèves,\n            Mais ton Verbe a créé le mirage où tu vis\n            Et je nais à tes yeux de tes regards ravis\n            Et je garde à jamais la gloire de tes rêves.\n\n   Ayant compris alors la puissance du Verbe, le poète fait revivre les\nMythes qui, comme les religions, transmettent sous forme sensible plus\naccessible, les idées mères de l'humanité : l'Aventurier, le jeune héros,\nle vainqueur du Brigand et de la Magicienne, le Bois Sacré où l'aède paci­\nfique, bravant les périls, reconnaît le néant des dieux, les Captifs du monde\nque le Voyant fait surgir aux yeux du Roi à côté de sages affranchis des\nchaînes du désir, Schaoul, l'éternel maudit. Après s'être ressouvenu de\ndeux tentatives de rédemption, Siegfried et le Christ, M. Pierre. Quillard\névoque le désastre des hommes pour avoir délaissé le culte de la Terre.\nSur cette conclusion pessimiste s'ouvre la troisième partie du livre : Maya.\nMalgré son savoir, l'éternelle illusion a tenté le poète, il n'a pu vaincre le\ndragon et conquérir la sagesse parfaite et songeant alors au bûcher victo­\nrieux qui réduisit en cendres Persépolis, il voudrait que son âme, comme la\nville antique, fût anéantie dans la splendeur des flammes et s'écrie :\n           O ville, amas ancien de rêve et de superbe,\n           Dressée en moi sur tes inébranlables fûts,\n           Qui te rabaissera jusqu'au niveau de l'herbe.\n   Tous les espoirs déçus, le remords des plaisirs, la tristesse des souvenirs\nforment Maya qui se termine par une Messe des Morts où, comme un\nsolennel blasphème, dans l'ampleur d'un plain-chant profond et pensif,\nmonte cette plainte des Vivants :\n           Seigneur, Seigneur, Seigneur, impitoyable  maître,\n           Nous sommes las des jours et des soleils maudits .-\n           Epargne aux délivrés l'horreur du paradis.\n           Laisse les morts dormir en paix et ne plus être.\n           Tant de clous ont percé leurs membres ici-bas\n           Que nul flot baptismal, rédempteur de leurs peines,\n           Ne laverait les maux et les douleurs humaines\n           Et que ton repentir ne leur suffirait pas\n\n           Quand les vers rongeront les os de nos genoux\n           Accorde à notre chair en tardive clémence\n           Non les vaines clartés, mais l'ombre, le silence,\n           Le sommeil et l'oubli de toi-même et de nous.\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "                                      87\n\n  La Vanité du Verbe, est la pièce épilogue du volume. L'auteur en a\ncherché, cette fois, la trame dans la légende Scandinave. Le Runoïa dont le\nVerbe a créé le monde, réveillé soudain de sa contemplation, ne voit\npartout que haine et douleur. Alors le Démiurge, le créateur, comprenant\nque l'œuvre est mauvais, s'écrie dans la nuit :\n           Va, monde! abîme-toi, morne soleil couchant!\n           Disparais d'un seul coup dans le néant avide!\n           Fonds-toi dans ma fureur comme un lingot d'argent !\n\n           Et le Maître, absorbé dans le chaos livide\n           Tut — pour l'éternité — le Verbe créateur.\n   Par son pessimisme de cerveau plutôt que de nerfs, Pierre Quillard se\nrapproche surtout de Leconte de Lisle, et aussi, peut-on dire, par sa\nméthode et par sa technique du vers. Comme le grand poète de Kàin, il a\ntiré des diverses religions ses poèmes et les illumine d'une lumière dorée et\npure. La forme dont il les revêt est le seul côté pacifiant et consolateur; il\na su lui communiquer la divine harmonie antique, source de toute contem­\nplation. Malgré sa tristesse pensive, il a conservé, comme un espoir, le\nculte de l'Hellade jeune et lumineuse où rayonne la Beauté. Peut-être\npourrait-on lui reprocher de n'être pas assez personnel, s'il n'était épris de\nl'art dans son absolue perfection. M. Quillard nous semble se placer entre\nLeconte de Lisle et Henri de Régnier ; il est plus minutieux, plus soucieux\nd'un vers serré et bref que le premier ; du second, il tient le souci du décor\nmerveilleux et du détail.\n   Nous n'avons fait ici que signaler les grandes lignes de ce très beau livre :\nla Gloire du Verbe; saluons un pur artiste, qui a su déployer en toute sa\npuissance l'art magique des mots.\n                                                                    V. G.\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-032", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 87, "page_fin": 89, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Les Livres", "signature_source": "V. 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Bruxelles, Paul Lacomblez. — Dans le\n               mode des dialogues de Platon, Bernard Lazard fait le procès\n               de quatre écrivains qui pour lui représentent sous quatre faces\nla prostitution littéraire : Banville, Coppée, Silvestre et Mendès. « Quant\nà ceux, écrit-il, qui, sachant le mal, l'ont choisi comme tel, et qui, pouvant\nle bien, le renièrent, quelle excuse leur trouvez-vous, au nom de quel prin­\ncipe seront-ils lavés ? » Les excuser, on ne le peut, mais encore ne. faut-il\npoint se montrer trop sévère. Les beaux vers de Banville resteront toujours\ncomme beaux vers ; la forme est souvent le fond de ses poèmes, mais cela\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "                                 -   88 —\n\nsuffira à leur immortalité. Nous n'avons pas à défendre le Banville de ces\ndernières années, c'est le Grec qui voulait avoir un tel esprit qu'il en est\ndevenu boulevardier. Facilement, d'ailleurs, nous comprenons cette révolte\nd'artiste en face des basses complaisances de ces poètes ; cela nous a permis\nd'admirer aussi ce style serré, clair et précis que Bernard Lazare semble\navoir gagné à l'étude des philosophes anciens.\n   Préludes, par J. ITIBERÊ DA CUNHA. Lacomblez, éditeur. — C'est le\npremier livre d'un jeune poète qui abandonne, sans compter, ses vers au\npublic avec encore quelque chose de naïf et de gracieux, dans la pleine joie\nde la jeunesse. M. Itiberê fait fi des sentiments mélancoliques, des déses­\npoirs à l'heure, ou des pleurnicheries de pensionnaires vagues. Il écrit si\nsimplement, si ingénument que l'on excuse, sans sévérité, les défauts\nd'apprentissage. Il faut, d'ailleurs, remarquer que l'auteur écrit dans une\nlangue étrangère, ce qui explique facilement quelques fautes légères com­\nmises çà et là. Le don d'harmonie se fait surtout remarquer dans ces\npoèmes; les vers sont souples et doux et, si M. Itiberê s'applique davan­\ntage à rechercher les images neuves, les expressions justes, il parviendra\ntrès vite à une grande perfection.\n   Le Wagnérisme hors d'Allemagne, par EDMOND EVENEPOEL. Bru­\nxelles, Schott, éditeur. — Dans un livre que vient de faire paraître\nM. Evenepoel sur le Wagnérisme en Belgique et dont nous parlerons\nprochainement, nous trouvons une amusante citation extraite d'une revue\nmusicale bruxelloise de 1850, le Diapason. L'auteur de cette citation,\nM. Félix Delhasse, y critique les tentatives de Liszt pour mettre à la scène,\nnon seulement les œuvres de Wagner, mais celles de Berlioz.\n   On sait que Liszt avait une grande admiration pour Berlioz. Un récent\narticle d'une revue berlinoise, Das Magasin fur Litteratur, rappelle cette\nadmiration à propos de l'exécution de la Damnation de Faust au\n« Wagner-Verein ». Elle classe l'auteur de la Damnation et des Troyens\nà côté de Wagner, en exaltant la valeur poétique de ses œuvres et termine\npar un appel à la régie des théâtres officiels, dont l'inertie se manifeste\npartout : « L'exécution du Faust, à Berlin, a manifestement brisé la\nglace en faveur de Berlioz ; on monte ses opéras sur toutes les scènes alle­\nmandes; la scène berlinoise sera-t-elle la dernière qui s'ouvrira aux œuvres\nd'un maître reconnu, en fera-t-on une exception à la règle? » Que le revuiste\nberlinois se rassure. 11 y a encore l'Académie nationale de musique qui a\nconservé pieusement les opinions émises par M. Delhasse dans le Diapason,\nil y a quarante ans.\n   Au Caucase, par EUGÈNE DE GROOTE, croquis originaux de Daniel De\nHaene. Bruxelles, Société belge de librairie. — Le carnet de route non de\ndeux touristes, embrigadés dans une Société anglaise d'excursion à bon\nmarché, mais de deux artistes très fins et très observateurs. M. De Groote\ntranscrit à la volée les coins pittoresques, une chaumière parfois, une route,\nun bout d'horizon; M. De Haene prend des croquis, silhouette un type,\nnote un paysage et le tout est entremêlé de récits de chasse, d'excursions,\nd'anecdotes. C'est vraiment bien écrit, d'un style simple — en toilette de\nvoyage.\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "                                   -   89    -\n\n\n   Les Vieux, drame en un acte, en prose, par ERNEST BOSIERS; hors\ncommerce.— Trois vieux qui se demandent leur âge, l'heure, leur fortune;\ndeux fument, l'un prise. Des canards attendris les contemplent mélancoli­\nquement. On entend les mots typhus, m'en f..., duc d'Orléans, Ignace de\nLoyola, c'est em..., Mexique. Silence. Les cloches sonnent. Une cane\nmeurt. Le plus philosophe déclare sagement : « C'est curieux pourtant\ncomme on meurt vite, parfois ». Exeunt. Le soleil monte au plus haut des\ncieux. C'est dédié à Maurice Maeterlinck.\n   Poèmes flamands, par FRANZ FOULON. — Ce livre serait peut-être très\nbeau s'il n'avait pas été écrit en vers. Les différents sujets forment un\nensemble très pittoresque, mais comment l'auteur a-t-il pu penser à les\nrhythmer comme une ode authentique? Le vers n'est pas fait pour noter des\nobservations, il doit, se rapprochant de la musique, exprimer l'essence des\nchoses. La concordance entre le fond et la forme doit toujours exister.\nM. Foulon s'est trompé d'outil; il avouera de bon cœur que des vers comme\ncelui-ci :\n                     Son honnête moitié soigne l'estaminet.\nsont d'un banal à faire glapir même Tilman.\n   Même remarque pour AUGUSTE DOSOGNE, qui vient de faire paraître\nPastorales, chez Faust, à Liége. Laissez le conte en vers à Coppée; les\nvers ne se jugent pas au nombre. Heureusement nous avons trouvé çà et là\nquelque souci de vraie poésie.\n    Tête d'or, sans nom d'auteur, curieuse édition de la librairie de l'Art\nindépendant, Paris. — Bien certainement la lecture de la Princesse Maleine\na rendu fiévreux M. Chudel ou Cludel; il fait tour à tour délirer dans les\nchamps, dans un palais, aux confins de l'Europe, des paysans, un Empe­\nreur, cinq soldats, une Princesse, un Messager, Tous, Tête d'or, quelqu'un,\nun autre, etc. Des expressions comme celles-ci : « Le bouilli était las d'être\nmangé en rond; ils sont morts ». « Le néant morose », etc., pour décrire\nune bataille victorieuse voici :\n   « Bougre !\n   « Des vieillards avec leurs chétifs membres de bois ont fait fuir des cen­\ntaines d'hommes et des enfants sans barbe ont soufflé au cul des chevaux de\nguerre. »\n   L'auteur devait haleter en écrivant son drame, car à tout instant, sans\nrime ni raison, il interrompt sa phrase et court à la ligne; signe évident\nd'une agitation des plus graves. Quant à l'édition, elle est en rapport avec\nle reste ; figurez-vous des épreuves en placard, repliées, tant bien que mal\net renfermées dans un carton d'emballage.\n   Comme original, c'est original.\n                                                                 V. G."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-033", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 90, "titre_corps": "Chronique artistique : Le Salon des Aquarellistes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "F. 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Mellery arrête soudain les yeux, et tout le reste\ns'oublie. Ces quatre œuvres font battre le cœur, comme l'exaucement d'un\nrêve ! Leur auteur a toute la science de son art, un sens profond de la déco­\nration, les plus intimes élégances de la forme, le rêve réfléchi qui fait les\nsymboles. Il y aurait tant à dire sur cette chère gloire, la plus silencieuse et\nla plus noble que nous sachions! N'est-ce pas M. Mellery qui prêta à la\nvulgaire et plantureuse beauté flamande un profil presque antique? N'est-ce\npas lui qui nous réconcilia avec la santé ? Car ses saines figures respirent\ntoujours je ne sais quelle gravité étrange et pensive, je ne sais quel « bon­\nheur mélancolique », et l'on pense, en les contemplant : « la forme est du\nMidi, mais l'âme est du Nord ». Il n'y a pas aujourd'hui un artiste dont les\nœuvres soient à ce point suggestives, ni excitent autant de pensée ou\nd'amour; et je n'en veux pour preuves que les Heures et Force, justice et\nvérité, d'harmonieux chefs-d'œuvre, où les dons réunis du grand dessinateur,\nconcourent, avec une aisance juvénile, à la plus sublime synthèse ; de tels\nouvrages sont inoubliables, et ce n'est pas sans tristesse que les yeux renon­\ncent à les contempler, ni sans trouble, qu'on se les rappelle, une fois qu'on\nles a quittés.\n                                                                     F. S."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-034", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 96, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "église de la Chapelle", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "Le père de Max Waller, le docteur Eva­"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "riste Warlomont, vient de mourir à Bru­"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "xelles."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 367, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "Il était connu de bon nombre d'entre"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 404, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "nous, car, dès le début, il s'était intéressé à"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 452, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "l'œuvre de son fils et aimait à se trouver"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 495, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "parmi ses amis."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 602, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "La Jeune Belgique adresse à la famille"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "ses plus sincères compliments de condo­"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "léance."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 874, "fin_caractere_exclue": 913, "texte": "Le Salon des XX s'ouvrira dans les pre­"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 956, "texte": "miers jours de février. 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Rodenbach... dixit. \""}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2033, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "Pardon, cher confrère, nous demandons"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2071, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "cette rectification : Ah! quand Rodenbach"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "s'y met ! Nous le recommandons à votre"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2198, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "pêcheur de perles."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2555, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "Mort de M. Auguste Dupont. — Tous"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "ceux qui s'intéressent à l'art musical auront"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2715, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "appris, avec le plus grand regret, la mort"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2805, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "d'Auguste Dupont, qui jouissait, comme"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2889, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "compositeur et comme professeur, d'une"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2974, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "haute estime. Nous voulons ici adresser à"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3060, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "son frère Joseph Dupont et à toute sa"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3139, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "famille, plongés dans le deuil, l'expression"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3227, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "de notre plus profonde sympathie."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3659, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "Le prochain Concert populaire sera con­"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3743, "fin_caractere_exclue": 3776, "texte": "sacré aux œuvres de César Franck."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "On se rappelle comment fut reçue par les"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "bons Homais du collège notre demande de"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 269, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "pouvoir élever, à nos frais, un monument à"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 358, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "Max Waller. A l'annonce du projet, beau­"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "coup de nos amis envoyèrent sur l'heure"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 531, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "leur souscription, voulant affirmer la sym­"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "pathie ou l'amitié qui les unissait à notre"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 751, "texte": "chef de jadis. La somme recueillie a été"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 841, "texte": "aujourd'hui affectée à une œuvre à laquelle"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 927, "texte": "ils eussent alors applaudi avec le même"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "enthousiasme : la publication de la Flûte"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1062, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "à Siebel."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1121, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "Ceux donc qui nous ont fait parvenir leur"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "souscription, recevront en échange le livre"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1299, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "de Max Waller qui paraissait le jour même"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "de notre banquet, chez notre éditeur Paul"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1475, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Lacomblez"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "De notre collaborateur Henry Maubel,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1737, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "paraîtra prochainement, à la scène... ou en"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1825, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "librairie, une monographie dramatique en"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "trois parties, sous ce titre : Etude de Jeune"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1997, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "fille."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2162, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "De Louvain : Après la Peri de Schu­"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2244, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "mann, la Damnation de Faust de Berlioz."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2330, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "Apollon soit loué, et avec lui son prêtre"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "fidèle, M. Emile Mathieu ! 11 fallait une foi"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2510, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "ardente jointe à la ténacité bretonne qui"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2589, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "caractérise cet artiste, pour intéresser à"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2678, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "l'œuvre des « Concerts Mathieu », un"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2758, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "milieu qui, avant lui, était le néant au point"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2844, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "de vue artistique. C'est, grâce à lui, à lui"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 2928, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "seul, et malgré l'indifférence de nos édiles,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3016, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "que ce néant vit maintenant d'une belle vie"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3098, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "intense et vibrante. De pareilles tenta­"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3184, "fin_caractere_exclue": 3226, "texte": "tives sont trop rares aujourd'hui, pour ne"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3273, "fin_caractere_exclue": 3313, "texte": "pas être signalées. Dernièrement encore,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3360, "fin_caractere_exclue": 3398, "texte": "secouant la torpeur où s'encanaille le"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "Théâtre de Louvain, le vaillant direc­"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3530, "fin_caractere_exclue": 3569, "texte": "teur de notre Ecole de musique est venu"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3616, "fin_caractere_exclue": 3654, "texte": "magnifiquement chasser les vendeurs du"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3699, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "Temple. Cette fête comptera parmi les plus"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3788, "fin_caractere_exclue": 3828, "texte": "belles. L'admirable musique de Berlioz a"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3918, "texte": "trouvé dans l'orchestre dirigé par Mathieu,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 3965, "fin_caractere_exclue": 4006, "texte": "une interprétation vraiment remarquable :"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 4053, "fin_caractere_exclue": 4092, "texte": "un orchestre merveilleux d'ensemble, de"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "précision, de clarté, évoquant dans toute"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "la magnificence de sa couleur, une œuvre"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 243, "fin_caractere_exclue": 286, "texte": "d'une facture aussi serrée, aussi nette que"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "la Damnation de Faust. Les solistes — à"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 364, "texte": "part évidemment M. Blauwaert et, sans"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 458, "fin_caractere_exclue": 495, "texte": "doute, à cause de lui — nous ont paru"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 591, "fin_caractere_exclue": 630, "texte": "moins remarquables. M»0 E. Polspoel n'a"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 722, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "pas eu l'âme de Marguerite !"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 844, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "Peu importe, d'ailleurs. Il suffit ici, pour"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "l'absolu triomphe du Rêve, que l'évocation"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1025, "fin_caractere_exclue": 1072, "texte": "musicale ait été ce qu'elle a été : admirable !"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "Et c'est pourquoi plusieurs auront emporté"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1214, "fin_caractere_exclue": 1255, "texte": "de cet excellent concert une de ces joies"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1309, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "supérieures qui consolent de nos cuistreux"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1403, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "tripatouilleurs d'art.                  B."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "Lamoureux et son orchestre vont nous"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1782, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "revenir le 11 avril prochain."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2013, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "Ibsen va faire représenter sous peu une"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2108, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "nouvelle pièce : Hedda Gabier."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2506, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "Ce mois est mort, à Paris, Léo Delibes,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "le compositeur si français de le Roi l'a dit."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2931, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "LES EXPOSITIONS DU MOIS. — Au         Cercle"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3068, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "artistique : Herman Richir, Le Mayeur el"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3201, "fin_caractere_exclue": 3238, "texte": "Claus; rue du Congrès : les œuvres de"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3333, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "Wytsman ; au Musée moderne : le Cercle"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3466, "fin_caractere_exclue": 3481, "texte": "» Voorwaarts »."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3755, "fin_caractere_exclue": 3792, "texte": "Le Concerl populaire donné le 18 jan­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3850, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "vier, à l'occasion du vingt-cinquième anni­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3943, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "versaire de la fondation a été une enthou­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4034, "fin_caractere_exclue": 4074, "texte": "siaste manifestation. Au programme figu­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4124, "fin_caractere_exclue": 4166, "texte": "raient : l'ouverture d'Eléonore, des frag­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4220, "fin_caractere_exclue": 4258, "texte": "ments de la Damnation de Faust de Ber­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4314, "fin_caractere_exclue": 4355, "texte": "lioz, le Voyage au Rhin du Crépuscule des"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4413, "fin_caractere_exclue": 4457, "texte": "Dieux, la Mort de Siegfried, l'Introduction,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4504, "fin_caractere_exclue": 4548, "texte": "le Défilé des métiers et le Cortège des maî­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4595, "fin_caractere_exclue": 4635, "texte": "tres du troisième acte des Maîtres-Chan-"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4688, "fin_caractere_exclue": 4694, "texte": "teurs."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "Notre chroniqueur musical rendra compte"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 242, "texte": "prochainement de cette solennité artistique."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 418, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "Exposition Artan-Dubois-Boulenger.    —"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 547, "fin_caractere_exclue": 590, "texte": "C'est le jeudi 22 courant que s'est ouverte"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 682, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "dans les locaux du Musée moderne, place"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "du Musée, l'Exposition des tableaux de"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 892, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "Louis Artan, Louis Dubois et Hippolyte"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "Boulenger. Cette Exposition, organisée par"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1076, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "le Cercle des Arts et de la Presse, et dont"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1171, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "le produit servira à l'érection d'un monu­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1265, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "ment à Artan, est des plus brillantes grâce"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1360, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "au nombre, au choix et à la valeur des œu­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "vres de ces trois maîtres regrettés,."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1546, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "Notre chroniqueur artistique rendra"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1633, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "compte de cette Exposition dans notre pro­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1727, "fin_caractere_exclue": 1740, "texte": "chain numéro."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1869, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "L'Art moderne, ayant interviewé diffé­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1963, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "rents peintres au sujet de l'aquarelle, publie"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2065, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "leurs réponses dans ses derniers numéros."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2162, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "Parmi les lettres reçues, il en est une qui"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2261, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "mérite d'être reproduite ici, car elle circon­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2363, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "scrit avec une netteté remarquable toute"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2459, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "discussion sur le procédé en matière d'art."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2600, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "« L'art ne donne qu'une lumière relative,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2694, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "un à peu près, un artifice... Cette sensation"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2791, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "de lumière résulte non pas du ton en lui-"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "même, mais des relations justes et du clair-"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "obscur bien compris. L'aquarelle exprime"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3160, "fin_caractere_exclue": 3200, "texte": "ces choses aussi bien que n'importe quel"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3290, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "procédé de peinture et peut donc arriver à"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3423, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "donner une impression relative de lumière,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3517, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "comme le donne, d'ailleurs, le simple papier"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3613, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "griffé de noir... par un artiste. Un tableau"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3709, "fin_caractere_exclue": 3751, "texte": "de Monet est, au point de vue absolu, plus"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3803, "fin_caractere_exclue": 3849, "texte": "éclatant, plus clair, qu'une eau-forte, ce qui"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3901, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "n'empêche qu'au point de vue de la sensa-"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 3994, "fin_caractere_exclue": 4033, "texte": "tion artistique telle eau-forte de Rem­"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4085, "fin_caractere_exclue": 4123, "texte": "brandt, par exemple, dégagera une bien"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4175, "fin_caractere_exclue": 4218, "texte": "plus vive impression de lumière. C'est donc"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4270, "fin_caractere_exclue": 4313, "texte": "chose relative que l'impression de lumière,"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4365, "fin_caractere_exclue": 4412, "texte": "et, pour un œil d'artiste, l'aquarelle la donne"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4464, "fin_caractere_exclue": 4503, "texte": "aussi bien que n'importe quel procédé :"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4555, "fin_caractere_exclue": 4594, "texte": "simple question de transposition, comme"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4646, "fin_caractere_exclue": 4687, "texte": "en musique. Les tons de l'aquarelle, pris"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 4739, "fin_caractere_exclue": 4782, "texte": "isolément, sont moins éclatants, moinslumi-"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "neux si l'on veut, que les tons de la pein­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "ture à l'huile, mais, si les rapports sont"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 238, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "justes, la sensation artistique qu'ils pro­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 329, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "duisent est la même : c'est la même harmo­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "nie, dans un timbre différent. La guimbarde"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "ne doit pas lutter avec le violoncelle, voilà"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "tout!"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 677, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "«A mon avis, l'aquarelle a la même valeur"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 767, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "artistique que le tableau ; il y a de bonnes"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 835, "fin_caractere_exclue": 876, "texte": "et de mauvaises aquarelles (le motif! ah,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 915, "texte": "l'horreur!) comme il y a de bons et de"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 916, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "mauvais tableaux."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1005, "fin_caractere_exclue": 1047, "texte": "« Le tout est de faire œuvre d'artiste; le"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1091, "fin_caractere_exclue": 1136, "texte": "style, le caractère, l'émotion, la pensée, le"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1186, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "rêve produisent ce rayonnement indéfinis­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1278, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "sable, cette communication électrique qui,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "à travers l'œuvre, va de l'artiste qui crée à"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1466, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": "l'esthète qui regarde. Le procédé ne faitrien"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1560, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "à l'affaire, et l'aquarelle est aussi bon con-"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "ducteur de ce courant que n'importe quel"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1753, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "genre de peinture."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "«Voilà, mon cher Maus, l'avis bien sin­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1878, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "cère d'un artiste qui s'est jusqu'à présent"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1970, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "plus occupé de faire des aquarelles que d'en"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2015, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "analyser le pourquoi et le comment."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2053, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "« Bien à toi,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2171, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "« F R . BINJÉ »."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "Encore un qui entre dans la danse de"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2475, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "Saint-Gui. Voici un extrait du Voltaire,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2569, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "journal spirituel et amusant. Lisez :"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2667, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "« Les bons Belges sont décidément d'ini­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2759, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "mitables contrefacteurs !"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2855, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "« Leurs contrefaçons s'étendent à tout"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2947, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "l'univers : faux autographes, faux havanes,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3041, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "faux billets et fausses œuvres d'art ! Il n'est"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3131, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "rien qu'ils n'aient falsifié."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3200, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "« Mais leur génie imitatif n'est jamais à"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3242, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "bout de ressources, et ils viennent de lancer"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3288, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "dans le commerce une contrefaçon de la"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3327, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "lymphe de Koch."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3424, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "«Les médecins français attendent patiem­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3510, "fin_caractere_exclue": 3543, "texte": "ment d'en connaître la substance."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3608, "fin_caractere_exclue": 3647, "texte": "« Les docteurs belges vont plus vite en"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3666, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "besogne. Il ne leur a pas fallu longtemps"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3757, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "pour falsifier la découverte du savant alle­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3847, "fin_caractere_exclue": 3887, "texte": "mand et pour débiter un simili-lymphe en"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3941, "fin_caractere_exclue": 3984, "texte": "de petits flacons qu'ils vendent fort cher."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 4035, "fin_caractere_exclue": 4075, "texte": "« Le docteur allemand proteste, et c'est"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 4127, "fin_caractere_exclue": 4140, "texte": "tout naturel."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "« Mais les bons Belges s'en moquent un"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 237, "texte": "peu, savez-vous ! Ils ont pastiché l'œuvre"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 288, "fin_caractere_exclue": 328, "texte": "de Victor Hugo, récemment. Ils pouvaient"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 379, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "bien nous donner une imitation de l'œuvre"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "du savant berlinois."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 545, "fin_caractere_exclue": 577, "texte": "« C'est tout simplement logique."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 631, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "« Il appartenait à ceux qui ont contrefait"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "le chant du cygne, de contrefaire aussi le"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "chant du Koch ! »"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 969, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "Ce que pense Zola de Lamartine :"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1055, "fin_caractere_exclue": 1090, "texte": "« Ce que je pensé de Lamartine, Ma­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1141, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "dame? J'avoue l'avoir peu lu, car il n'était"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "déjà plus le poète de ma génération. Nous"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1328, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "étions grisés par Hugo, et surtout par Mus­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1422, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "set. Aussi ne puis-je vous envoyer en trois"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "phrases une opinion nette. Je pense qu'il a"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1610, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "été très grand et qu'il a été oublié. Cela doit"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1708, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "rendre modestes les plus orgueilleux d'entre"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1803, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "nous."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1862, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "« Cordialement,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 1954, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "« EMILE ZOLA. »"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2104, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "D E L'ŒUVRE, la Preuve égoïste, par René"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2195, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "Ghil."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2254, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "Œuvre à la fois poétique, philosophique,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2345, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "et sociologique, rationnellement. C'est"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2435, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "toujours la même chose. Si la méthode a"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2525, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "changé déjà quatre fois définitivement, les"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2619, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "vers restent toujours les mêmes. Cette fois,"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "c'est de l'art à la façon de la Tour Eiffel;"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2809, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "ce qui est beau chez M. Ghil, c'est la foi"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2902, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "avec laquelle il continue sereinement ; nous"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 2997, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "lui souhaitons beaucoup d'adeptes; ainsi la"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3091, "fin_caractere_exclue": 3130, "texte": "langue française sera bientôt mûre pour"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3181, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "une rénovation."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3380, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "TRISSOTIN d'Art et critique, est du der­"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3471, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "nier galant. Oyez la charmante réponse"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3560, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "qu'il adresse à Jacqueline (Mme Séverine) de"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3655, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "Gil Blas :"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3719, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "« Or, comme on nous a appris, d'autre"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3807, "fin_caractere_exclue": 3846, "texte": "part, que « les surprises des sens » ne"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3897, "fin_caractere_exclue": 3940, "texte": "comptent pas non plus, il s'en suivrait que"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "vos frasques doivent invariablement nous"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 4082, "fin_caractere_exclue": 4126, "texte": "laisser froids, soit quand c'est la tête qui"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 4177, "fin_caractere_exclue": 4223, "texte": "est en jeu, soit quand c'est le... cœur. C'est"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 99, "texte": "tout à fait notre avis ou plutôt notre vœu."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 151, "fin_caractere_exclue": 197, "texte": "Et telle est la moralité que je tire avec vous"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 211, "fin_caractere_exclue": 231, "texte": "de cette histoire. »"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "Allez-y gaiement !"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 585, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "M. Albert Chapaux s'est chargé du"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 679, "fin_caractere_exclue": 720, "texte": "compte-rendu de Port-Tarascon,    et Léon"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 772, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "Dardenne de l'oraison funèbre de Tartarin."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1147, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "Le Figaro a reçu de M me la comtesse"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1257, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "Léon Tolstoï une lettre des plus curieuses,"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1393, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "si pas des plus explicites, au sujet des der­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1439, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "niers romans du grand romancier russe."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1519, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "D'après ce document il paraît certain que"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1561, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "Tolstoï s'est complètement désisté de la tra­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1607, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "duction et même de la publication d'un"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1698, "fin_caractere_exclue": 1740, "texte": "grand nombre de ses œuvres. Dès lors, nous"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "n'avons plus aucune garantie d'exactitude."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1882, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "Les réserves très grandes que fait dans ce"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1965, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "même numéro notre collaborateur Gustave"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "Kahn au sujet des derniers romans rece­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2045, "fin_caractere_exclue": 2082, "texte": "vraient donc ainsi leur confirmation."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2086, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "Les nombreuses traductions d'un même"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2175, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "ouvrage de Tolstoï, parues sous des titres"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2265, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "différents, auraient aussi leur explication"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2353, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "par la lettre que voici :"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2379, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "« Monsieur le Directeur du journal le Fi-"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2441, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "garo."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "« Monsieur,"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2648, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "« Votre journal, dans son numéro du"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2755, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "21 novembre 1890, renferme les lignes sui­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2888, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "vantes :"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2905, "fin_caractere_exclue": 2907, "texte": "me"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2963, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "« M Tolstoï n'a point renoncé à faire"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3090, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "« connaître au monde les idées de son"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3217, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "« mari, ni à en retirer pour lui et les siens"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3354, "fin_caractere_exclue": 3398, "texte": "« le bénéfice qui convient. C'est maintenant"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3399, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "« à Londres que sont édités en russe et en"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3453, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "« anglais les ouvrages du grand roman­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3543, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "cier. »"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3717, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "« Permettez-moi de relever cette asser­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3850, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "tion absolument erronée. Je puis vous affir­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3986, "fin_caractere_exclue": 4025, "texte": "mer que toutes les œuvres du comte Léon"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4079, "fin_caractere_exclue": 4122, "texte": "Tolstoï, à l'exception de Ma Religion et De"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4212, "fin_caractere_exclue": 4256, "texte": "la Vie, ont été traduites et éditées par des"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4343, "fin_caractere_exclue": 4381, "texte": "personnes parfaitement inconnues à mon"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4470, "fin_caractere_exclue": 4510, "texte": "mari et à sa famille; tous les bénéfices"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4511, "fin_caractere_exclue": 4555, "texte": "résultant de cette opération ont été touchés"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4579, "fin_caractere_exclue": 4624, "texte": "par les traducteurs et éditeurs, sans que les"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 150, "texte": "ayants-droit aient jamais réclamé les droits"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 210, "texte": "d'auteur."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 263, "fin_caractere_exclue": 301, "texte": "« Quant au roman dont parle le Figaro,"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 352, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "qui a été publié à l'étranger dernièrement,"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 446, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "mon mari ayant écrit cet ouvrage il y a quel­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 582, "texte": "ques années et le considérant comme ina­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 633, "fin_caractere_exclue": 678, "texte": "chevé, n'a jamais eu l'intention de l'éditer."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 732, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "« Je compte sur votre impartialité pour"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 822, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "publier cette lettre rectificative en réponse à"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 920, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "des faits pouvant porter atteinte à la consi­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1016, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "dération de mon mari et à la mienne."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1105, "fin_caractere_exclue": 1143, "texte": "« Agréez, Monsieur, l'assurance de mes"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1234, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "sentiments distingués."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "« Comtesse Sophie (Léon) TOLSTOÏ."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "« Ce 24 décembre 1890. »"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1660, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "Une étude critique d'Iwan Gilkin sera"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1748, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "consacrée, dans notre prochain numéro, à"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1839, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Siegfried, qui vient de remporter un plein"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 1932, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "succès au théâtre de la Monnaie."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2135, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "Le Théâtre d'Art à Paris, vient de don­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2225, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "ner une représentation unique des Cenci"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2315, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "de Schelley, traduction de F . Rabbe."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2497, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "ONT PARU : chez Lacomblez, le Don d'en-"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2606, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "fance, par Fernand Severin; la Flûte à"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "Siebel, par Max Waller."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2848, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "Chez Vanier : le Poème de la chair, par"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 2944, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": "Abel Pelletier."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3051, "fin_caractere_exclue": 3089, "texte": "Chez Genonceaux : les Chants de Maldo-"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3216, "texte": "ror, par le comte de Lautréamont; édition"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3310, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "de grand luxe, avec frontispice, au prix de"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3442, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "10 francs."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3503, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "Chez Heymans, à Malines : Suzanne de"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3587, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "Linières, door Huibrecht Langerock."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3673, "fin_caractere_exclue": 3713, "texte": "A la librairie Pierro, à Naples : Stenna"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3804, "fin_caractere_exclue": 3849, "texte": "délia Libreria Pierro, partie littéraire sous"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 3942, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "la direction de Vittorio Pica et V. Spinaz­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4073, "fin_caractere_exclue": 4078, "texte": "zola."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4173, "fin_caractere_exclue": 4211, "texte": "A bientôt : les Fusillés de Malines de"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4304, "fin_caractere_exclue": 4342, "texte": "Georges Eekhoud et les Dernières fêtes"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4429, "fin_caractere_exclue": 4469, "texte": "d'Albert Giraud chez notre éditeur ordi­"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 4556, "fin_caractere_exclue": 4578, "texte": "naire, Paul Lacomblez."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "L'Impartial rend ainsi compte d'une con­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "férence donnée à la Société littéraire du"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 238, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "Cercle catholique de Gand, par M. Firmin"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 325, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "Van den Bosch :"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 344, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "« Au lendemain du décennal anniver­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 380, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "saire de la Jeune Belgique, M. Firmin Van"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 472, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "den Bosch ne pouvait manquer de saisir"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 605, "texte": "l'occasion... chevelue de dire quelques mots"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 649, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "élogieux de ses auteurs préférés et aussi de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 763, "texte": "maudire ses écrivains cauchemaresques :"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 816, "fin_caractere_exclue": 856, "texte": "Potvin et Hymans, les vieux bonzes de la"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "littérature (?) belge."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1013, "fin_caractere_exclue": 1056, "texte": "« Il a fait en quelque sorte la contre-par­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 1143, "texte": "tie d'une conférence de M. Jean Casier fils"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1192, "fin_caractere_exclue": 1236, "texte": "qui, l'an dernier, avait présenté les Jeunes"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1281, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "Belges comme un tas de mécréants."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1357, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "« Notre collaborateur nous a montré un"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1445, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "Max Waller profondément religieux dans"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1535, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "son exquis Ave Maria, un Albert Giraud"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1591, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "délicat et pas extravagant du tout dans le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "Dauphin, et un Emile Verhaeren de grande"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "envergure poétique dans les Moines."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1859, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "« Et comme pièce de la fin ou flèche du"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1951, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "Parthe, M. Van den Bosch a décoché aux"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2042, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "Potvin et aux autres Hymans, ces amu­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2134, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "santes et cinglantes litanies écrites par le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2229, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "petit Max, en un jour d'humeur sarcas­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2319, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "tique."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2377, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "« Si l'on a applaudi à la verve crâne de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "l'avocat de la Jeune Belgique! »"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2560, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "Sincères remerciements à M. Firmin Van"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2648, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "den Bosch, un ami dévoué à la cause des"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2739, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "lettres belges, qui prend notre défense, fiè­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2807, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "rement, en toute occasion."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3144, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "Les représentations de Bayreuth com­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3222, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "menceront cette année le 19 juillet et seront"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3268, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "clôturées le 19 août :"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3294, "fin_caractere_exclue": 3334, "texte": "Parsifal sera donné dix fois, Tannhâuser"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3381, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "sept fois et Tristan trois fois."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "Les représentations de Parsifal        sont"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3565, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "fixées aux 19, 23, 26 et 29 juillet, aux 2, 6,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3646, "fin_caractere_exclue": 3688, "texte": "9, 12, 16 et 19 août; celles de Tannhâuser"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3689, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "aux 22, 27 et 30 juillet, 3, 10, 13 et 18 août;"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3737, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "celles de Tristan au 20 juillet, au 5 et au"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3781, "fin_caractere_exclue": 3789, "texte": "15 août."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3793, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "MM. Hermann Levi, de Munich, et Félix"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3831, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "Mottl,de Carlsruhe, conduiront l'orchestre."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "Octave Feuillet, qui s'était assis dans le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 237, "texte": "fauteuil d'Eugène Scribe à l'Académie fran­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "çaise, en est mort à l'âge de 7g ans."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 431, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "Joséphin continue la série de ses excom­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "munications. Après Lavigerie, voici Mgr"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "Rampolla frappé d'anathème par le mage"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 698, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "farouche. Cy la formule :"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 775, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "« Éminence, l'Univers et la Croix quali­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 865, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "fient de RÉPONSE DU PAPE, sur le              schisme"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 968, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "Lavigerie,    une lettre où vous affirmez"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1059, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "d'abord que rien dans la constitution de"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1149, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "l'Eglise, ni dans ses doctrines ne répugne"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1241, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "à une forme quelconque de gouvernement."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "— C'est faux, Éminence!"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1406, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "« Mais placé sur le terrain absolument"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1494, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "catholique, votre lettre demeure scanda-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1584, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "leuse."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "« Eminence, vous avez écrit aux béguines"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "et, chouan, je vous réponds que votre mis­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1825, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "sive est une sinistre facétie."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1908, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "« Parler pour ne rien dire, jeter son cha­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2000, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "peau sur une question au lieu de la tran­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2091, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "cher, élaborer un document qui ne signifie"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2183, "fin_caractere_exclue": 2228, "texte": "rien, cela peut être italien et diplomatique,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2278, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "mais c'est indigne d'un ministre de Léon"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "XIII."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2426, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "« Avec douleur je me déclare en rébel­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2514, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "lion contre vous, quoique fils de l'Eglise"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2606, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "romaine ; et je provoque la censure si je"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2697, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "l'ai méritée en vous l'infligeant à vous-"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2788, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "même, Éminence ! »"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2859, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "Dernière nouvelle. — On nous annonce"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 2945, "fin_caractere_exclue": 2985, "texte": "que le Sar prince de Byzance, a excommu­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3035, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "nié le pape."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3104, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "Enfin qu'tout le mond' soit espulsé,"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3196, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "Restera plus que Péladan."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3342, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "Un bon point au gouvernement. L'exécu­"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3429, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "tion des six statues qui doivent orner le"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3518, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "portail principal de l'église de la Chapelle a"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 3612, "fin_caractere_exclue": 3645, "texte": "été confiée à Constantin Meunier."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-01-n1-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Paul LACOMBLEZ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 4793, "texte": "Paul LACOMBLEZ\n       É D I T E U R D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                               31, rue des Paroissiens\n                                      BRUXELLES.\n\n\n\n Catalogue des livres de fonds et en n o m b r e d'auteurs belges :\n BAUDOUX (Fernand)     .   . Rythmes vieux, gris et roses, un volume in-16. . fr. 3 50\n CHAINAYE (Hector) .   .   . L'Ame des choses                                          2 »\n DELATTRE (Louis) .    .   . Contes de mon village, avec une introduction de\n                                 Georges Eekhoud, un volume in-18                      3 »\n  EEKHOUD (Georges).. , . Nouvelles Kermesses, avec frontispice de Léon Dar-\n                                denne, 1 volume in-8° (quelques exemplaires) . . 7 50\n        —                    La Nouvelle Cannage, un volume in-16                     3 5°\n                            (Les autres ouvrages du même auteur sont épuisés).\n        —                    Les Fusillés de Malines, un volume in-18 . . . .         3 50\n GILKIN(Iwan) . . . .        La Damnation de l'artiste                 15                 »\n  GIRAUD (Albert). . . .     Hors du Siècle, un volume in-8° . . . . . . . .          3 50\n        —                    Pierrot lunaire, un volume petit in-12                    2 »\n        —                    Pierrot Narcisse (épuisé).\n        —                   Dernières fêtes, poésies (sous presse).\n GOFFIN (Arnold). . . . Journal d'André (1885) (épuisé).\n        —                   Delzire Moris (1887) (épuisé). . .                        3 >,\n        —                   Impressions et Sensations (1888)                          3 n\n        —                   Maxime (1890)                                             3 »\n ITIBERÊ DA CUNHA (J.) . . Préludes, poésies; un vol. in-16 raisin                    3 a\n JEUNE BELGIQUE (Le Parnasse de la), pièces diverses de dix-huit poètes belges, un\n                                fort volume in-8°                                     7 50\n LACOMBLEZ (Paul) . . .\" Un Baptême, pièce à dire pour jeunes filles. . . . 0 25\n        —                   Les Confitures, monologue pour jeunes filles . . .        1 »\n        —                   Pensionnaires,                  id.             . . .     1 «\n        —                   Romanesque!...                 id.              . . . 0 75\n        —                   Skating,                       id.              . . . 0 75\n        —                   Jeunes filles, monologues et pièces à dire (plaquettes,\n                               in-16)                                                 2 »\n       —                    Loth et ses filles, poème-drame en trois tableaux (en\n                               préparation).\nLAVACHERY (Alfred) . . . Contes et Nouvelles, avec illustrations de L. Bauës.\n                               E. Berchmans, E. de Baré, E. Delpérée, etc., un\n                               volume grand in-8° carré                               5 »\nLEMONNIER (Camille) . .     En Brabant, contes, un volume in-18                       060\n       —                    Les bons amis, conte,          id.            0             60\n       —                    Trois contes,                  id.            0             60\n       —                    Les Charniers (Sedan),         id.                       3 50\n       —                    Ceux de la Glèbe (la Genèse, la Glèbe, les Concu­\n                               bins, etc.), 1 volume in-18                           3 50\n       —                    En Allemagne, 1 volume in-18                             3 50\n       ■—                   Happe-Chair,             id.                       . . 3 50\n       —                    L'Hystérique,            id.                             3 50\n       —                   Madame Lupar,             id.                             3 30\n       —                   Le Mort, nouvelles,       id.                             1 25\n       —                   Un Mâle, avec dessin de X. Mellery, 1 volume in-18. 3 50\n       —                   Thérèse Monique, 1 volume in-18                           3 50\nLE ROY (Grégoire) . . .    Mon cœur pleure d'autrefois, un volume in-8° avec\n                              un frontispice de Fernand Khnopff                     10 »\nMAETERLINCK (Maurice) .    Les Aveugles (L'Intruse. Les Aveugles), un vol. in-18. 3 »\n       —                   La Princesse Maleine, un volume in-18                     3 50\n       —                   Serres chaudes, un volume in-18                           3 »\n                           (Il a été tiré de chaque ouvrage 3 exemplaires sur\n                              Japon à 15 francs et 7 exemplaires sur Hollande à\n                              fr. 6-00).\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "MAETERLINCK (Maurice)      .   L'Ornement des noces spirituelles, par Ruysbroeck,\n                                  l'Admirable, traduit du flamand sur les textes a u ­\n                                 thentiques retrouvés au cloître du Val-Vert, et\n                                  précédé d'une Introduction (sous presse) . . . .\nMAUBEL (Henry) . .             Max Wallér, une plaquette in-8° (épuisé) . . . .          1 »\n      —                        Miette, un volume in-16 .                                 2 50\nNAUTET (Francis) . . .         Notes sur la littérature moderne, deux séries. Chaque\n                                 série en un volume in-16                                3 50\nNYST (Raymond) . . .           Volume ayant pour titre une épigraphe, avec un fron­\n                                 tispice colorié et un dessin de Nestor Outer . . .      5 »\nPLÉIADE (La), journal littéraire mensuel.\n                               Première année (1889), les douze numéros . . . .          3 »\n                               Chaque numéro séparément                  0                 30\n                               Seconde année, les douze numéros (très rare)              5 »\nRODENBACH (Georges) . .        L'Art en exil, roman, un volume in-18                     3 50\n      —                        L'Hiver mondain, poésies, un volume in-18 . . .           5 »\n      —                       La Jeunesse blanche, id.             id.     . . . .       3 »\n                              La Mer élégante,          id.        id                    3 »\n      —                       Du silence,               id. un volume in-16 . . .        1 50\n      —                        Les tristesses,          id. un volume in-18 . . .        3 »\nSEVERIN (Fernand) . . .       Le Lys, poésies, avec une eau-forte de Henry De\n                                 Groux, un volume in-16                                  2 »\n                             (II a été tiré 5 exemplaires sur Japon et 25 exem­\n                                 plaires sur Hollande).\n      —                       Le Don d'Enfance, poèmes ; un volume in-16 raisin .        2 »\n                             (II a été tiré 8 exemplaires sur Japon et 32 exem­\n                                 plaires sur Hollande).\nSLUYTS (Charles) . . .         L'appel des voix, poésies, un volume grand in-16. .       2 »\n                              (I1 a éié tiré 1 exemplaire sur Japon et 25 exem­\n                                 plaires sur Hollande).\nVAN LERBERGHE (Charles).      Les Flaireurs, drame, une plaquette grand in-16 . .        1 »\n                             (Il a été tiré 25 exemplaires sur Hollande à 2 francs).\nWALLÉR (Max) . . . .          La Flûte à Siebel, un vol. in-8°, papier vergé . . .       5 »\n                              (11 a été tiré 75 exemplaires sur papier impérial Van\n                                 Gelder à 10 francs).\n                              Les autres ouvrages de Max Waller sont épuisés.\n\n\n\n                          A LA MEME LIBRAIRIE :\n   Tous les ouvrages de nos collaborateurs français : Charles Buet, Henri de Régnier,\nJ.-K. Huysmans, Stéphane Mallarmé, Francis Vielé-Griffin, Paul Verlaine, etc., etc.\n   L'éditeur P a u l Lacomblez prie les j e u n e s écrivains b e l g e s , désireux de voir\nleur n o m figurer dans son catalogue, de se mettre en r a p p o r t avec lui et de lui\ndonner en dépôt q u e l q u e s exemplaires de leurs ouvrages.\n\n\n   La librairie P . Lacomblez ouvrira un compte à toute personne notoirement solvable,\npour la fourniture des ouvrages portés au catalogue ci-dessus et, eu général, de toute la\nlibrairie littéraire.\n   Ces comptes pourront être soldés en dix paiements mensuels, dont le premier s effec­\ntuera à la livraison des volumes.\n   Il sera répondu à toute demande de renseignements bibliographiques accompagnée\nd'un timbre pour la réponse.\n\n\n\n\n                   Bruxelles. — Imprimerie V' Monnom,32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 18, "texte": "Janvier 1891.                                             TOME X. — N° 1                                   i i m e Année.\n\n\n\n\nLA\n       JEUNE\n                         BELGIOUE\n                                  COLLABORATEURS DU NUMERO\n\n             oAlbert Giraud                                          Fernand Severin\n             Georges Eekhoud                                         Hector Chainaye\n             Iwan Gilkin                                             George Garnir\n              Bernard Lazare                                         Jean Boels\n              Paul Verlaine                                          Georges Tiestrée\n             Henri de 'Régnier                                       oAlbert oArnay\n             Jrancis   Vielé-Griffin                                 oAuguste Vierset\n              Maurice [Maeterlinck                                    Maurice Desombiaux\n             Emile Verhaeren                                         Fernand 'Roussel\n              Pierre Quillard                                        oAuguste Jenart\n             Charles van Lerberghe                                   Hubert Krains\n              Arnold Goffin                                          Valère Gille\n              André Jontainas                                        Gustave Kahn\n             Charles Buet                                            Eugène Demoldcr\n             Grégoire le Roy\n\n\n               RÉDACTION                                                              BRUXELLES\n58, BOULEVARD D ' A N D E R L E C H T , B R U X E L L E S .                  PAUL     LACOMBLEZ,            ÉDITEUR\n                                                                                     3 I , rue des Paroissiens\n                                                                                            PARIS\n          NUMÉRO TRIPLE                                                    L I B R A I R I E DE   L'Art   Indépendant\n                                                                                 11, rue de la Chaussée d'Antin\n           Prix : 2 Francs.\n                                                                                                  1891\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "              NUMÉRO TRIPLE. — JANVIER 1891\n\n\n                         SOMMAIRE:\nUne étape                                      LA JEUNE BELGIQUE.\nLa confession de Henri III                     ALBERT GIRAUD.\nLa Nouvelle Carthage                           GEORGES EEKHOUD.\nDialogue                                       IWAN GILKIN.\nL'agonie des esprits                           BERNARD LAZARE.\nDédicaces.                                     PAUL VERLAINE.\nBallade des doux venants                       HENRI DE RÉGNIER.\nAu tombeau d'Hélène (fragment) . . .           FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\nMenus propos                                   MAURICE MAETERLINCK.\nUn soir                                        EMILE VERHAEREN.\nA la seule . . . '                             PIERRE QUILLARD.\nMirages                                        CHARLES VAN LERBERGHE.\nProses lyriques                                ARNOLD GOFFIN.\nLes vergers illusoires                         ANDRÉ FONTAINAS.\nRetour d'exil (suite)                          CHARLES BuET.\nLes adieux                                     GRÉGOIRE LE ROY.\nMélancolie                                     FERNAND SEVERIN.\nPoèmes en prose                                HECTOR CHAINAYE.\nChanson                                        GEORGE GARNIR.\nApparition                         .           JEAN BOELS.\nLes cloches                                    GEORGES DESTRÉE.\nVers                                           ALBERT ARNAY.\nLes Flamants                                   AUGUSTE VIERSET.\nPromesse                                       MAURICE DESOMBIAUX.\nBlanches fiançailles                           FERNAND ROUSSEL.\nLe pays de mon rêve. . . . . . .               AUGUSTE JENART.\nLe jour des morts                              HUBERT KRAINS.\nOffrande                                       VALÈRE GILLE.\nChronique littéraire :\n  Deux livres de Tolstoï                       GUSTAVE KAHN.\n  Contes de mon village                        EUGÈNE DEMOLDER.\n  La Gloire du Verbe                           V. G.\nLes livres                                     V. G.\nChronique artistique :\n Le Salon des Aquarellistes    .   .   .   .   F . S.\nMemento. . . .                                 NEMO.\n\n  Lire dans notre numéro de février, à paraître incessamment, le compte-\nrendu du banquet de La Jeune Belgique.\n   Nos abonnés recevront avec cette livraison l'eau-forte de James Ensor,\nqui doit servir de frontispice à ce nouveau volume.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                          UNE ÉTAPE\n\n\n\n                                 Dix      ans viennent de s'écouler et nous\n                                     sommes encore pleins de vie, prêts\n                                      toujours à défendre la cause à laquelle\n                                nous nous sommes voués.\n                                  Libres de toute entrave, nous avons\n                              défendu fièrement l'art vrai et cherché à grouper\n                          autour de nous une jeunesse active; forte de son\n                 appui, la Jeune Belgique eut toujours l'insolence de ses\n                 opinions; voilà pourquoi elle a des amis dévoués qui\n                  aiment sa franchise et son courage.\n                    Nous en avons la preuve aujourd'hui : à l'occasion de\n                 notre banquet qui marquera comme une splendide mani­\n                 festation dans l'histoire du renouveau littéraire, plus de\n                 deux cent trente souscriptions nous sont parvenues. Nous\n                 avons dû à ce chiffre clôturer la liste et bien à regret\n                 refuser ceux qui nous demandaient encore à pouvoir\n                  prendre place parmi nous.\n                    Fière de l'accueil qu'elle a reçu, confiante dans l'avenir,\nla Jeune Belgique continuera sans faiblir sa propagande. Elle ne sera pas\nune revue confinée dans les bornes d'une seule et exclusive esthétique, elle\ns'efforcera de tenir ses lecteurs au courant des groupes si variés qui se\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                                   — 6 —\n\nforment dans les arts d'aujourd'hui ; nous aurons à tâche de publier des\narticles de critique générale résumant ces diverses manifestations.\n   Notre revue sera ainsi une tribune libre où viendront s'instruire tous ceux\nqui s'intéressent au mouvement artistique.\n\n                                             LA J E U N E   BELGIQUE.\n\n\n\n\n    LA CONFESSION DE HENRI III\n    Seigneur, je viens à vous tout fardé de caresses :\n    J'ai quitté mes mignons, mes chiens et mes maîtresses.\n    Je viens à vous, traînant l'odeur de mon péché.\n    Ma soif, dans le désert de mon cœur desséché\n     Où ne luit, même plus en rêve, une fontaine,\n    Hennit et tend le cou vers la source lointaine\n     Qui jaillit de vos doigts pour les cœurs transparents.\n    Me voici devant vous avec les ignorants\n    Pleins d'obscures lueurs, les martyrs sur leurs claies,\n     Tous ceux qui vous ont vu par les trous de leurs plaies\n    Et vous ont confessé parmi les étrangers.\n     Voici ma bouche peinte et mes yeux     mensongers,\n     Voici ma chair, qui du Malin fut la complice,\n    Et mes membres cerclés des serpents de mon vice,\n     Et tout mon corps hâlé par les feux de l'enfer.\n     Mon Dieu, je viens à vous, faible et nu comme un ver.\n\n     Souvenez-vous, Seigneur ! j'ai vu des jours étranges :\n     Autour de mon berceau veillaient de mauvais anges\n     Et leur souffle courait sur mes lèvres d'enfant.\n     J'ai grandi, loin des jeux, dans un air étouffant,\n     Et des mains que j'aimais, très douces et très lentes,\n     Si roses que parfois elles semblaient sanglantes,\n     En m'enseignant l'amour m'ont enseigné la mort.\n\n     Mon Dieu, pardonnez leur : je les accuse à tort.\n     Déjà j'étais en proie aux esprits solitaires :\n     Dans l'abîme écarlate et noir de mes artères\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "Voguaient nonchalamment, au fil d'un sang houleux,\nDe beaux démons léchés d'éclairs jaunes et bleus,\nQui, les flancs frisés d'or et fleuris d'étincelles,\nSouriaient, étendus dans la nuit de leurs ailes,\nEt sans cesse j'avais avec eux des combats.\nEt chaque f ois que l'un de ces anges d'en bas\nPassait près de mon cœur ou près de ma cervelle,\nMon esprit combinait une ruse nouvelle\nEt ma bouche inventait des baisers inconnus!\n\nMon Dieu ! prenez pitié des enfants tard venus,\nDes pâles fils de rois qui, nés au soir des races,\nTrop frêles pour porter les antiques cuirasses,\nCueillent la fleur phallique au jardin de la Mort!\n\nSeigneur, regardez-moi : ma couronne me mord !\nJe hais son luxe lourd dont la splendeur m'effraie\nEt ses pâles joyaux qui de leurs yeux     d'orfraie\nMe hérissent le poil et me glacent le sang.\nElle vit, elle me déteste, elle descend\nDe ma tête, grimace et s'envole, farouche,\nEt danse autour de moi, et vient, sinistre bouche,\nDans ma chair aux abois planter l'or de ses dents !\nEt ma défaite pleure en vos clairons stridents.\n\nMon Dieu, n'écoutez pas ce peuple qui m'aboie!\nSouvenez-vous : avant d'être un prince de joie,\nImberbe, avec les plus beaux pages de ma cour,\nA Sancerre, à Jarnac, à Dieppe, à Moncontour,\nJ'ai donné du sang rouge à boire à mon épée,\nEt la gaillarde en but une telle lampée\nQue sur tous les cimiers on la vit tournoyer!\n\nMais le roi Charles IX, mon frère, fit ployer\nLes ailes à l'aiglon de ma gloire trop prompte,\nEt c'est pourquoi, Seigneur, je suis un roi de honte...\n\nOn m'éloigna : chez les Sarmates au cœur vil\nJe ceignis malgré moi la couronne d'exil,\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                            — 8 —\n\n Et, des siècles, parmi ce peuple inculte et rude,\n De palais en palais traînant ma solitude,\n La f ace pourpre encor de l''affront essuyé.\n Je fis éclore, autour de mon sceptre ennuyé,\n Un vénéneux printemps de crimes et de vices.\n J'appris à me pencher, avec quelles délices!\n Sur l'abîme d'azur de ces âmes d'enfants,\n Gouffre bleu constellé de prunelles de faons\n Où l'on jette tous les joyaux de sa misère,\n Sans en faire jaillir une larme sincère,\n Sans y mirer le sang de son rire tué!...\n\n Mon Dieu, prenez pitié d'un roi     prostitué!\n\nUn an plus tard, quand je revis la douce France.\nJe voulus, pour tromper ma stérile souffrance,\nA grands coups d'éperon aller mes destriers.\nMais, hélas! chaque fois que mes rêves guerriers,\nCabrés vers le concert des balles crépitantes,\nMordaient les clairons d'or des victoires chantantes,\nMa mère, d'un regard, leur coupait les jarrets...\n\nMa mère est redoutable et pleine de secrets.\nJe l'aime et je la hais : ses obscures pensées,\nCorbeaux noirs perchés sur mes épaules lassées,\nFixent de leurs yeux verts mes projets nouveau-nés.\n\nSeigneur, mon frère et moi nous fûmes condamnés\nA n 'être que des rois de festins, de parades,\nGelosi couronnés menant des mascarades.\nOiseaux du couvre-feu tarabustant le guet,\nL'âme pendue au clair sourire d'un muguet\nOu d'une fille folle entrevue en un bouge,\nQui fait signe aux passants avec sa jupe rouge.\nEt quand nous sommes las de tenter le hasard,\nEt qu 'il pleut, quelquefois je demande à Ronsard\nDe chanter ses sonnets pour Cassandre ou Marie,\nOu, n'avant plus l'amour en tête, je marie\nEn grande pompe, au son de la flûte de blé,\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                          — 9 —\n\nUn beau mignon, d'honneurs et de cadeaux     comblé,\nA quelque laideron dont je dore la bosse,\nPuis, avec mes amis, je m'égaie à la noce.\n\nPour bercer les ennuis de mon cœur orageux,\nJ'ai des fous cramoisis et des mimes neigeux,\nMes bichons damerets aux yeux de perle noire,\nDeux bilboquets, l'un de santal, l'autre d'ivoire,\nMa canne de lapis au pommeau de corail,\nMon missel florentin et mon porte-éventail,\nEt mon mire, allumant, dans l'azur des nuits chaudes,\nDes soleils de grenat lapidés d'émeraudes,\nEt de roses dragons qui crachent des rubis.\n\nMon Dieu, j'ai pour les bons des douceurs de brebis;\nMon âme est un jardin de calmes rêveries;\nMais ces Guise, que suit l'odeur des boucheries,\nCes géants au poil pâle, aux féroces yeux      gris,\nCes hobereaux lorrains qui m'ont volé Paris,\nCe Balafré dont la balafre mal cousue\nSaigne de noir orgueil et de rage déçue,\nCes reîtres blonds portés par des moines pelés,\nCes soudards allemands dont les rêves ongles\nS'accrochent aux fleurons de ma vieille couronne,\nDieu de bonté, je l'ai juré sur la Madone,\nCes beaux cousins, je les tuerai, je les tuerai !\nEt quand ils seront morts, je me repentirai.\n\nLes Lorrains m'ont occis, lâchement, par derrière,\nSans même leur laisser le temps d'une prière,\nMon Du Guast, dont l'épée autour de moi dansait,\nLa pointe vers les cœurs que son roi baissait,\nEt Saint-Mégrin, qui, de sa voix de chanterelles,\nFaisait si tendrement chanter les tourterelles\nQui pleurent leur bonheur dans les vers de Baïf.\nIls m'ont assassiné mon beau page naïf,\nMa fleur de Mai, mon doux Quélus aux lèvres vierges\nDont l'ignorant baiser alluma tant de cierges\nSur l'autel étonné de mes tristes plaisirs,\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "                                10\n\n  Et Maugiron, le plus cruel de mes désirs,\n  Qui, par pitié, versait à ma tendresse usée,\n  A travers le vitrail de son âme irisée,\n  Le limpide Orient d'un soleil ingénu...\n\n Mon Dieu, contemplez-moi    : voici mon cœur à nu :\n\n Je les chérissais trop, ces fils de ma chimère,\n Et je cueillais la fleur de leur âme éphémère\n Afin d'en parfumer mes soirs       mystérieux.\n Mais mon amour, armé d'un marteau radieux.\n Forgeait pour ces enfants de hautes destinées.\n Loin d'endormir l'ardeur de leurs jeunes années,\n Je préparais leurs corps, alertes et puissants,\n A savourer éperdûment, par tous leurs sens,\n L'aventure héroïque et folle de la vie.\n Penchant sur leur esprit mon attente ravie,\n Je voyais s'éveiller au fond de leurs cerveaux\n Tout un siècle de joie et de penser s nouveaux.\n Vers un vaste avenir, libre des vieilles règles,\n Je dirigeais le vol de cet orage d'aigles\n Et dans leur bec de gloire ils portaient mon renom !\n\n Le rêve était impie, et vous avez dit : « Non! »\n\n J'en eus d'autres encor, plus calmes et plus frêles,\nFrères de ceux qu'on voit à l'ombre des tourelles\nLanguir dans les tableaux des peintres florentins.\nA ceux là je n'offrais ni tournois ni festins,\nMais les menant dans mes jardins, parmi les arbres\nOù l'âme des lys morts se survit dans les marbres,\nJ'étoilais leur pensée en leur montrant les dieux.\nJe leur ouvrais, avec des vers mélodieux,\nLe palais enchanté des formes et des songes.\n\nVotre haleine a soufflé sur mes savants mensonges :\nL'âge que j'attendais, je ne le verrai pas;\nEt plus seul que jamais je me pleure tout bas\nDans mes buveurs de rêve et mes porteurs d'épée.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "Seigneur, j'ai détourné votre force usurpée :\nRoi d'un jour, je croyais, dans ma témérité,\nPrenant mon vil désir pour votre volonté,\nFrapper l'œuvre divine à ma vaine effigie;\nMais mon bizarre amour fut loin d'être l'orgie,\nLe carnaval de honte et de sang bigarré\nQue chantent les pasquils de ce peuple abhorré;\nEt pour quelques baisers coupables dont ma bouche\nFit éclore la rose enflammée et farouche,\nCombien furent naifs, et combien, innocents'.\nEt c'est pourquoi, mon Dieu, tous ces cœurs bondissants\nQue guettait le plaisir cruel des pâles reines,\nDociles au toucher de mes mains souveraines,\nMe firent de leurs feux mystiques et charnels\nCe fulgurant collier de rubis éternels\nQue je porte à côté de mon saint scapulaire.\n\nSeigneur, j'ai mérité votre juste colère\nEt jamais mes péchés ne me seront remis ;\nMais l'enfer braséant auquel je suis promis\nPour avoir mésusé de la toute puissance,\nNe l'ai-je pas, depuis le jour de ma naissance,\nDans ma chair convulsivé et mon sang révolté?\nMon âme ténébreuse est un palais hanté\nOù des esprits cruels, fils des ombres mystiques,\nLaissent traîner dans l'eau des miroirs prophétiques\nLes images du f ou que je serai demain.\nDes mains moites d'amour me saisissent la main,\nEt par des escaliers de chairs jeunes et roses\nMe mènent malgré moi vers des trônes de roses\nOù saigne le sang noir de mes rouges péchés.\nMon vice colle aux doigts que mes doigts ont touchés,\nEt, pendant mon sommeil, mon souffle le suggère\nAux enfants endormis dont l'haleine légère\nMêle aux fraises des bois des œillets écrasés.\nJ'ai peur de mon sourire et peur de mes baisers\nDu piège parfumé de mes lèvres perfides,\nEt je tremble de voir les yeux les plus candides\nS'injecter de luxure aux gestes furieux\nDes obscènes démons qui nagent dans mes yeux.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": " Pourtant je ne suis pas, Seigneur, un prince infâme :\n Je vous cherche à tâtons dans la nuit de mon âme;\n Aux pieds des saints autels, avec mes Flagellants,\n J'ai fait jaillir vers vous, de mes reins pantelants,\n En étoiles de sang ma rude pénitence;\n Et, semblable aux voleurs qu'on traîne à la potence,\n Vêtu d'un sac, la corde au cou, les pieds meurtris,\n J'ai, suivi de ma cour, promené dans Paris\n Le cadavre insulté de ma royauté morte.\n Je bois, au lieu de vin, l'eau lustrale, et je porte\n Sous mon linge, dans les endroits les plus cachés,\n Dans les plis de mon corps que le diable a léchés,\n Les grains d'un chapelet qui me vient d'Italie.\n Mais ces dévotions nourrissent ma folie :\nMa chair que je châtie aime son châtiment,\nEt des plaisirs nouveaux naissent de son tourment.\nMon repentir avorte en sournoises caresses,\nEt mon amour ressent d'ineffables ivresses\nLorsqu'il voit, sous le sel des pleurs    mystérieux.\n Vers la fausse douceur de ses baisers pieux\nMûrir les fruits pensifs de la douleur humaine ;\nEt lorsqu'à vos genoux le remords me ramène,\nQuand je veux enlacer la croix du Dieu vivant.\nJ'y vois des seins de nacre et de soleil levant\nVers mes yeux dilatés darder l'or de leurs pointes.\n\nDonc, quand je viens à vous, suppliant, les mains jointes,\nLoin d'étancher la soif dont il est dévoré,\nVous attisez encore dans mon cœur ulcéré\nLe monstrueux brasier de mes amours célèbres;\nEt, lorsque je vous fuis dans les douces ténèbres,\nVous y faites briller des astres mensongers !\n\nPourquoi me suivez-vous dans les impurs vergers ?\nLaissez-moi savourer la honte méritée,\nEt ne visitez plus mon âme révoltée\nPour y semer dans l'ombre avec vos ostensoirs\nDe sinistres combats de lys et de feux noirs!\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                           —13 —\n\nJ'entends hurler les chiens de ma peine éternelle ;\nMais avant de quitter ma dépouille charnelle,\nDussé-je en une mort mourir toutes les morts,\nJe veux mordre une f ois au baiser sans remords\nTuer sous mon désir ma chimère assouvie,\nEt vivre en un éclair le rêve de ma vie !\nAlors, si mon bonheur rejaillit jusqu'à vous,\nFrappez-moi sans pitié : l'enfer me sera doux\nEt je proclamerai que vous êtes mon Père !\n\nSeigneur, pardonnez-moi : contemplez ma misère !.\nSur les mornes débris d'un palais écroulé,\nJ'assiste aux bonds captifs d'un cœur écartelé\nQue déchirent, cabrés sur leurs rênes sanglantes,\nDes chevaux de vertige aux ailes aveuglantes\nPortant, pendus en croupe à leurs crins effrénés,\nDes démons innocents et des anges damnés.\n\nComparez maintenant, dans vos justes balances,\nMes titres au pardon avec mes défaillances :\nRigoureux ou clément, j'accepte votre arrêt.\nSi le plateau d'argent l'emporte, je suis prêt\nA souffrir, sans pousser un cri, l'âme ravie,\nPour obtenir le ciel, l'enfer pendant ma vie,\nEt vous serez béni d'un fils reconnaissant.\nMais si c'est le plateau d'ébène qui descend,\nSi l'éternel enfer doit être ma patrie,\nEpargnez-moi, Seigneur, une avance d'hoirie!\nLaissez-moi, sur la terre, en attendant   l'enfer,\nSavourer sans remords l'infini de la chair\nEt ne vous mirez plus dans ma pensée obscène.\nOu le plateau d'argent, ou le plateau d'ébène.\nVotre choix est le mien : cessez un jeu subtil.\nParadis pour enfer. Amen! Ainsi soit-il!\n\n                                            ALBERT GIRAUD.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                          —   14   —\n\n\n\n\n           LA NOUVELLE CARTHAGE\n                                    LA BOURSE (1)\n\n               Une heure ! L'heure réglementaire de l'ouverture de la Bourse,\n                sonne à l'horloge, dernier vestige de l'ancien édifice incendié,\n                — à la diligente horloge, qui, lorsque les flammes la serraient\n                de près et avaient tout dévoré autour d'elle s'obstinait,\n servante féale, à mourir au champ du devoir en donnant l'heure officielle\n à la ville marchande...\n    Une heure! Dépêchez, retardataires ! Expédiez votre lunch, n'en faites\n qu'une bouchée, hommes d'affaires, hommes d'argent! Joueurs de dominos,\n d'autres combinaisons vous réclament! Achevez de siroter votre café, de\n sabler la fine-champagne. Plantez-là le journal pourtant si concis et rédigé,\n en nègre, à votre intention. Réglez et filez ou gare l'amende.\n    Une heure! Ils affluent de tous les points de la ville et surtout de la\n Cité : Riches d'aujourd'hui, riches de demain et aussi riches de la veille,\n qui s'évertuent et luttent contre la débâcle — millionnaires en herbe, ou\n millionnaires dont l'herbe a fait du foin qu'ils engrangent dans leurs bottes,\n ou encore millionnaires dont le foin a flambé comme un simple feu de\n paille !\n    Va, cours, vole — parfois dans les deux sens du verbe — misérable\n suppôt de la Fortune! La roue tourne, accroche-toi à ses rais, essaie d'en\n régler le mouvement! Voyez-les se bousculer, se passer sur le corps, pour\n agripper la roue fatale, pour s'y cramponner avec l'opiniâtreté des rapaces.\n Aujourd'hui au dessus, demain en dessous ! La roue tourne, et tourne, et\n\n\n   (1) Ce chapitre, encore inédit, constitue un des épisodes nouveaux que Georges\n Eekhoud ajoute à sa grande étude des milieux anversois. L'œuvre définitive, complète­\nment remaniée et augmentée de près du double est actuellement en cours de publica­\ntion dans le journal le Peuple. Elle paraîtra probablement cet hiver encore, en volume,\nchez l'éditeur Lacomblez. Elle se compose de trois parties et de chapitres ainsi intitulés :\n   PREMIÈRE PARTIE.— L'Oligarchie : I. Le Jardin; II. La Fabrique; III. Le Fossé ;\nIV. Le Costume Neuf; V. Hemixem ; VI. Le Bal; VIL La « Gina » ; VIII. L'Orangerie.\n   DEUXIÈME PARTIE. — La Politique : I. Le Port; II. La Casquette; III. Les Nations;\nIV. La Cantate; V. L'Election; VI. Les Troubles.\n  TROISIÈME PARTIE. — Revers et dessous : I. Gendre et Beau-Père ; II. Daelmans-\nDeynze; III. La Bourse; IV. Le Patrimoine; V. Les Emigrants; VI. Le Riet-Dyk;\nVIL Contumace; VIII. Les Runners ; IX. Le Carnaval; X. La Cartoucherie.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                                  —   15   —\n\n\nl'essieu grince, et craque... Et ces craquements ont de sinistres échos:\nKrach!\n   Depuis le matin, boursiers, boursicotiers, vont et viennent; se croisent\ndans les rues, affairés, fiévreux, sans s'arrêter, échangeant à peine un\nbonjour sec comme le tic-tac de leur chronomètre : Time is money ! Avant\nla soirée les meilleurs amis ne se reconnaissent plus.\n    To buy or not to buy ? That is the question! monologue le sordide\nHamlet du commerce. Il n'envisage plus l'univers qu'au point de vue de\nl'offre et de la demande. Produire ou consommer : Tout est là!'\n    Une heure ! Allons, que la meute avide de curée s'engorge par les quatre\nportes de l'élégant palais. Avec ses voûtes magnifiques, décorées d'attributs,\nde symboles et d'écussons de tous les pays, sous ces nervures de fer, con­\ntournées en arceaux, ce monument d'un gothique panaché de réminiscences\nmauresques et byzantines, mi-parti aryen, mi-parti sémite, présente un\ncompromis bien digne de ce temple du dieu Commerce, par excellence le\ndieu furtif et versatile.\n    Les rites commencent. Le bourdonnement sourd des incantations s'élève\nparfois jusqu'au brouhaha. Debout, chapeau sur la tête comme à la syna­\ngogue, les fidèles s'entassent et jabotent. Et, graduellement, l'atmosphère\nse vicie. On distingue à peine les métaux et les couleurs des peintures\nmurales ; les élégants rinceaux se noient dans un brouillard d'halenées et\nde fumées opaques ! Le pouacre encens ! Les têtes ont l'air détachées du\ncorps et flottent au dessus des vagues.\n   A première vue, en tombant dans cette assemblée, on songe aux conven­\nticules et aux sabbats. Jamais grenouillère altérée ne coassa avec pareil\nensemble pour demander la pluie. Mais ces batraciens-ci réclament force\npluie d'or !\n    Peu à peu on parvient à démêler les uns des autres, ces groupes de gens\nd'affaires et de mercantis.\n   Voici le coin des gros négociants se rendant encore à la Bourse par habi­\ntude. Ils traitent les affaires en affectant de parler d'autre chose, ou se\ndéchargent de ces soucis sur quelque coadjuteur qui, de temps en temps,\ns'approche du patron pour prendre le mot d'ordre, la consigne. Ainsi le\nplénipotentiaire consulte le potentat. Là, trônent, pontifient, les mages\nbillionnaires, les grands prêtres. Piliers mêmes du négoce, aussi solides que\nles colonnes de leur temple. Colonnes philistines, hélas, contre lesquelles\nl'honnête Samson ne prévaudrait jamais! Commettants, propriétaires,\narmateurs, courtiers de navires, banquiers, se prélassent dans leur impor­\ntance, mains en poches ou sur le dos, et parlent peu, et parlent d'or — au\npropre et au figuré.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                   —   16   —\n\n\n    Ploutocrates ventripotents, augures redoutables, leurs oracles sybillins\nentament ou rehaussent le crédit du faiseur secondaire. Un mot de leur\nbouche vous enrichit ou vous ruine. Les girouettes de la chance tournent à\nleur haleine. De leur fantaisie dépendent les fluctuations du marché\nuniversel. Ce sont leurs lunes qui règlent ces marées! Avec leurs affiliés des\nautres grands ports, ils sont de force à livrer le pauvre monde à la famine\net à la guerre.\n    Successeurs des Fugger et des Salviati, de ces Hanséates hautains qu'un\ncortège de hérauts et de musiciens richement costumés précédait chaque\njour à l'heure de la Bourse, ils trafiquent des empires et des peuples comme\nd'une simple partie de riz ou de café ; mais, s'il leur arrive encore de prêter\nde l'argent aux Rois, moins fastueux et moins artistes que ces Focker\nlégendaires, ils ne jetteraient plus aux flammes d'un foyer alimenté de can­\nnelle, la créance d'un César, leur débiteur considérable mais leur hôte glo­\nrifié ! Les autres étaient des patriciens, ceux-ci ne sont que des parvenus.\n    Spéculateurs à la hausse et à la baisse consultent comme un infaillible\nbaromètre les rides de leurs fronts, le pli de leur bouche et la couleur de\nleur regard. Ils sont les vicaires de la divinité que symbolise la pièce de cent\nsous !\n   Ainsi, lorsqu'un interlocuteur candide se méprend jusqu'à parler au juif\nrhénan Fuchskopf, d'un noble caractère, d'un génie, d'un saint médiocre­\nment pourvu de ducats, ou jusqu'à solliciter l'appui de cet Iscariote en\nfaveur d'une infortune digne d'émouvoir tout mortel à figure plus ou moins\nhumaine, l'affreux pressureur, l'agent d'émigration, le marchand d'âmes,\nle fournisseur de souliers sans semelles aux massacrés des récentes guerres,\nl'actionnaire insatiable que les houilleurs brûlés par le grisou, affamés par\nla grève ou fusillés par la troupe ont maudit en agonisant; — le youtre tire\nde son porte-monnaie un luisant écu de cinq francs, et, au lieu de le con­\nsacrer à une exceptionnelle aumône, le passe à deux ou trois reprises sous\nle nez du solliciteur, puis le presse amoureusement entre ses doigts crochus\net moites comme des ventouses, l'approche même de ses lèvres comme s'il\nbaisait une patène etfléchissant à moitié le genou, adresse cette intraduisible\noraison au fétiche :\n                             Ach lieber Christ\n                             Wo du nicht bist\n                             Ist lauter Schweinerei !\n\n  Puis, ricanant, remet l'hostie dans son gousset et jouit de la déconvenue\ndu malencontreux intercesseur et de l'approbation de ses courtisans et\ncomplices.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                                  —   17   —\n\n   Autrement loquaces et remuants que les bonzes de la finance et du\nnégoce se révèlent les agents de change. Pimpants, astiqués, ils toupillent,\nvirevoltent, s'empressent, s'insinuent, s'interposent, butinent l'or en papil­\nlonnant. Ce sont les danseurs sacrés et leur pantomime fait partie des\nincantations.\n   De locomotion moins vertigineuse, serrés dans des habits plus sombres\net de coupe plus roide, circulent les trafiquants en fonds publics, bricolant\ndes liasses d'actions négligemment roulées dans des fardes ou de vieilles\ngazettes, et griffonnant leurs bordereaux sur le dos d'un client secourable.\n   Couverts de complets de fatigue, les commissionnaires en marchandises\nentreposent force sachets d'échantillons, au fond de leurs poches. Celui-ci\npile dans la paume de la main une fève de Chéribon et en fait subodorer\nl'arome à l'épicier qu'il capte et circonvient. Celui-là vous persuade de la\nsupériorité de son tabac, Kentucky ou Maryland, et finirait par endosser la\nrécolte au preneur timoré qui n'en demande qu'un boucaut.\n   A chaque spécialité, à chaque article, son coin, sa dalle fixe. On ne se\nfigure pas l'ordre régnant dans cette apparente pétaudière, le nombre des\ndémarcations, des classements, des subdivisions. Raffineurs, distillateurs,\nimportateurs de pétroles ou de guanos, facteurs en douanes, assureurs\noccupent, du premier janvier au trente et un décembre, sans empiéter sur\nle domaine du voisin, les quelques pieds carrés assignés à leur partie. Un\ncolin-maillard habitué de la Bourse, retrouverait sans peine, au milieu de\ncette fourmillière, le quidam dont il a besoin.\n   Le sujet des conversations, l'objet débattu varie de pas en pas. Des\nquirateurs ou propriétaires collectifs d'un navire, discutent avec les affrê­\nteurs les clauses d'une charte-partie. Un entrepositaire baragouine cédules\net warrants. L'air retentit de mots exotiques et barbares : centweights,\nprimage, emprunt à la grosse aventure. Il est questioa de crimes spéciaux\nprévus par des codes exclusifs. Un armateur se plaint de barateries com­\nmises par ses capitaines. Ailleurs s'évalue un total de droits de navigation.\nUn expéditeur confère avec son subrécargue. Des dispatcheurs règlent un\ncompte d'avaries. Casquette à la main, un doyen de « Nation », offre ses ser­\nvices à un importateur de bœufs vivants de la Plata et à un autre qui reçoit\nen conserves le bétail du même pays. Un officier de la douane taxe de\nfraude et d'irrégularités les baes d'une « Nation », qui mettent en cause, de\nleur côté, le négociant entrepositaire.\n   Le long du pourtour, sous les galeries, règnent des files de hauts pupitres\nd'où dégringolent pour s'y rejucher aussitôt après, comme atteints de ver­\ntigo, des calculateurs, chiffres faits hommes, s'égosillant à glapir les cotes\n                                                                       2\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                                  — 18 —\n\nque des reporters de moniteurs financiers consignent hâtivement sur leurs\ntablettes.\n   Que de manœuvres pour arriver à ce but : l'argent ! Tel a l'air taciturne,\npresque funèbre, parle affaires avec componction ; tel autre traite Mercure\npar dessous la jambe et entremêle son boniment de facéties de rapin.\n   Des bateliers, baes de beurts et de chalands, le visage briqueté, les\noreilles ornées d'anneaux d'argent se tiennent à part, près des portes et, se\nbalançant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, crachent, chiquent, pipent,\ngraillonnent en attendant le noliseur. Des capitaines anglais, en bisbille,\nélèvent la voix comme pour commander l'abordage et crispent désagréable­\nment un conciliabule de jeunes beaux et de vieux bellâtres mâtinés de spécu­\nlateurs qui, non loin de là, se chuchotent la chronique scandaleuse, dénom­\nbrent leurs bonnes fortunes de la veille, dévoilent les mystères de l'alcôve\net les secrets du comptoir, lient des parties fines pour la soirée et farcissent\nde potins de boudoirs et de coulisses l'aride rituel commercial :\n   — Avec leurs goddam ils feraient goddamner un saint ! déclare le plus\nspirituel des deux jeunes Saint-Fardier, visant les loups de mer tapageurs,\net il se retire sur ce mot. Son frère l'accompagne, aussi radieux que si le\nmot était de lui. On leur donne le temps de s'éloigner; puis le cercle se\nrapproche :\n   — Elles vont bien leurs petites sœurs ! En voilà qui font goddamner\nleurs maris? Falk et Lesly n'ont rien à s'envier; on se demande lequel est\nle plus sganarellisé des deux. Connaissez-vous le dernier patito de Cora?\n   — Notre grand Frédéric Barberousse !\n   — Non, au rancart le robin ! En ce moment le képi supplante la toque.\n   — Un képi de l'armée belge...\n   — Ou à peu près...\n   — Autant dire un garde civique...\n   — Eureka !\n   — Connais pas...\n   — Cet excellent Pascal qui n'entend pas le grec.\n   — Van Dam, le consul de Grèce? Mais il n'est pas de la garde civique.\n   — Qui te dit le contraire! O Pascal... agneau ! C'est Von Frans, parbleu !\n   — Et c'est là tout ce que vous savez? intervient un nouveau venu, De\nZater, l'homme toujours ganté. Quel vieux neuf! Voici bien d'autre nanan :\nLucrèce, l'imprenable Lucrèce...\n   — Eh bien?\n  — ... a fini par imiter ses petites folles de cousines...\n  — Avec qui?\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                                  — 19 —\n\n   — Avec le nouvel associé de son mari, el señor Vera Pinto, un Patagon,\nun Fuégien ou un Chilien, je ne sais au juste...\n   — Comment! Le rastaquouère avec qui Freddy Béjard entreprend\nl'opération des cartouches... Messieurs, cette coïncidence ne vous entr'ouvre-\nt-elle pas des horizons nouveaux, comme on dit au Palais.\n   — Tu ne prétends pas que le mari soit de connivence avec la femme :\nils se détestent trop pour cela.\n   — Peuh! L'intérêt les rapproche...\n   — Voilà donc leur débâcle doublement conjurée. Car, vous n'ignorez\npas, je suppose, que le beau-papa Dobouziez vend sa part dans l'exploita­\ntion de la fabrique et jusqu'à sa maison... Hé, Tolmoch, combien font les\nmétalliques?\n   — Que nous cornez-vous là? Le père Dobouziez, ce rigide matois, ce\n« tirez-vous de là comme vous pourrez! » se sacrifier pour un autre! pour\nun Béjard!\n   — Ah ça, vous tombez donc tous de la lune... On ne parle que de cette\nliquidation depuis ce matin, sur le tramway, au port, dans les bureaux...\n   — Daelmans-Deynze devient propriétaire de l'usine. Le père Saint-Far-\ndier aussi, abandonne la fabrication des bougies. Il lâche le beau-père pour\ncommanditer le gendre... A propos De Maes, je vous prends vos Consolidés\nà ferme...\n   — Dobouziez n'en reste pas moins directeur, aux appointements d'un\nministre, m'affirmait à l'instant le caissier de la fabrique.\n   — Deux mots, Monsieur De Zater, au sujet des huiles. Faut-il acheter\nou vendre?\n   — Vendre ! Que vous êtes jeune, Tobiel ! Télégraphiez sans retard à\nMarseille et emparez vous de tout ce qui reste encore sur le marché...\n   — Ecco l'opération des cafés. J'expédie par le Feldmarschall deux cents\nballes Java à Brand frères, de Hambourg, et, en même temps, je charge\nmon commissionnaire d'acheter avec le produit, une partie de cuirs...\n   — Messieurs, j'ai bien l'honneur... De Zater, je suis le vôtre... Vous\nparliez du grrr...and désintéressement de Dobouziez...\n   — Non, cela me passe! On n'est pas honnête à ce point!\n   — Honnête! ricane Brullekens, le maniaque qui fait décaper chaque\nmatin son argent de poche. C'est un autre mot, que vous diriez, vous, hé\n Fuchskopf?\n   — Ce Talmans-Teince, angore un orichinal, un ardiste... Dummes Zeug!\nLauter Schweinerei! Bettlern! Oui, té mentiants!\n   — Toujours explicites ces Teutons !... Mais, De Zater, pour en revenir à\n Lucrèce et à son rastaquouère\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                                  — 20 —\n\n   — Qu'est-ce donc cette affaire de cartouches?\n   — Pour le moins, un vol de grand chemin\n   — Pas mal! Mais je mets « cartouches » au pluriel et sans majuscule.\nEh bien, voici : Béjard vient d'acheter à un dictateur chilien, par l'entre­\nmise du susdit Vera-Pinto et de compte à demi avec celui-ci, un solde de\ncinquante millions de cartouches, mises hors d'usage par suite de la réforme\nde l'armement. Il paraît que la digne paire d'amis s'est acquis ces muni­\ntions de rebut pour une croûte de pain... Or, ce malin de Béjard compte\nrevendre séparément la poudre, le fulminate, le plomb et le cuivre qu'il\nretirera de ces cartouches, et réaliser de ce chef le joli bénef de plus de\ncinq cents pour cent\n   — Une opération de génie! opinèrent avec autant d'admiration que d'envie\ntous ces monteurs de coups, constamment à l'affût des occasions de faire\nfortune du jour au lendemain.\n   Jamais ils n'auraient trouvé ce moyen-là, si simple, pourtant. Vrai, ce\nBéjard pouvait être une canaille, mais il était diantrement fort, et leur\nmaître à tous !\n   — Toutefois, des difficultés se présentent, continua Brullekens. Le tout\nn'est pas d'amener jusqu'ici ce lot colossal de cartouches; il s'agit de se\nmettre en règle avec la douane, puis, d'obtenir de la ville l'autorisation de\ndécharger ces redoutables produits, représentant une affaire de deux cents\nà deux cent cinquante mille kilos de poudre, c'est-à-dire plus qu'il n'en fau­\ndrait pour faire sauter Anvers et son camp retranché... La régence hésite\nd'autant plus à assumer une responsabilité dans cette litigieuse affaire, que\nBergmans, le vigilant et tonitruant agitateur, l'inconciliable ennemi de\nBéjard, ayant eu vent des manigances de celui-ci, ne cesse d'intimider notre\nmagistrat et d'exciter contre Béjard et sa mirifique entreprise les terreurs et\nla colère des porte-faix du port qui n'ont pas encore oublié l'affaire des\n« élévateurs ». Aussi impopulaire qu'il soit, Béjard pare quelque peu les\nassauts du bouillant tribun en faisant miroiter aux yeux de cette popula­\ntion riveraine, généralement besoigneuse, la perspective du travail facile et\nlucratif que leur procurera son industrie.\n   « A la Ville, il promet d'extraire tous les jours mille kilos de poudre des\ncartouches, de manière à en finir au bout de neuf mois. De plus, il s'engage\nà fournir toutes les garanties et à se conformer à telles mesures de précau­\ntion que lui imposera l'autorité. Et vous verrez, — au fond, je le souhaite,\ncar l'affaire est trop sublime ! — que ce diable d'homme aura raison des\nobstacles qu'on lui suscite et qu'il se moquera une fois de plus, de la ville,\nde la province, du gouvernement, des foudres de Bergmans et même du\nvox populi! »\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                   — 21 —\n\n\n   Un mouvement qui se produisait de groupe en groupe vers l'entrée occi­\ndentale de la. Bourse, jusqu'au quartier des coulissiers et des tripoteurs en\neffets publics, interrompit cet édifiant colloque. Les éclats d'une aigre con­\ntestation dominaient les psalmodies coutumières. La poussée et le vacarme\ndevinrent tels que l'opulent Verbist, suprême amiral d'une flotte marchande\nde vingt navires, daigna s'enquérir auprès de son commis de la cause de\ncette perturbation.\n   — Claessens, que signifie\n   — Un escogriffe qu'on somme de payer ses différences, Monsieur. Une\ntriste espèce à ce qu'on m'assure !\n   La face bouffie et adipeuse, blafarde comme un astre hydropique, sourit\nlugubrement, les épaules eurent un sinistre haussement et, en spectateur\nblasé sur ce genre d'exécutions et qui n'en était plus à compter les banque­\nroutes de ses contemporains, Verbist ne s'informa même pas du nom de\nl'agioteur indélicat, mais continua de se curer les dents le plus confortable­\nment du monde.\n   C'était pourtant le bénin, le suave, l'unique Dupoissy que l'on prenait si\nvivement à partie ! Le hasard voulait que le Sedanais s'abimât sans retour,\nle jour même où Béjard, son maître, son patron, doublait victorieusement\nle cap de la ruine.\n   La fréquentation de Béjard lui avait donné foi dans sa propre étoile. Ce\nsatellite s'était cru planète. Ce volatile s'était pris pour un aigle et avait\nvoulu voler de ses ailes.\n   Le jour où les bruits de l'imminente déconfiture de Béjard commencèrent\nà circuler, le prudent Dupoissy le lâcha avec la désinvolture d'un laquais.\n   Au temps de la prospérité de Béjard, Dupoissy s'était assuré de fortes\ncommissions et lui qui n'avait jamais possédé un sou vaillant, dans sa patrie\nou ailleurs, se trouva, un moment, à la tête d'un capital fort sérieux. Au\nlieu de s'établir et de se livrer, par exemple, au commerce des laines et des\ndraps, « parties » dans lesquelles il se proclamait d'une compétence sans\négale, il risqua tout son avoir dans des opérations aléatoires et de longue\nhaleine. Tant que Béjard fut là, le tripoteur profitait de ses conseils et quit­\ntait la partie, sinon sans profit, du moins sans perte désastreuse. Mais,\nabandonné à sa propre initiative, il se fit complètement ratiboiser. Il en\nétait arrivé à négliger les précautions les plus élémentaires; c'est à peine s'il\ns'enquérait de l'état du marché. Persuadé de son génie, il spéculait indiffé­\nremment sur les changes, les métaux, les effets publics et les marchandises.\nQuelque temps il parvint à faire escompter ses effets et à continuer ses\n« marchés fermes »; puis, l'un après l'autre, les banquiers lui coupèrent le\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                      22\n\n\ncre'dit; enfin, à part quelques pigeons que dupaient sa mine confite et onc­\ntueuse, son accent papelard, son fleur de respectabilité, et qui, sur la foi\nde ses jérémiades, le considéraient comme une victime de Béjard, il n'y eut\nplus pour lui livrer leur signature que des flibustiers aussi mal cotés que\nlui.\n   Il paya même cher la longanimité dont il bénéficia tout un temps.\n   C'était précisément, à la Bourse, jour de grande liquidation. Le faiseur,\nà bout d'expédients, avait passé la matinée à battre les guichets de la\nplace, sans trouver à emprunter quarante sous. Cela ne l'empêcha point de\nse présenter en Bourse, comme d'habitude, luisant, bichonné, bénisseur,\ntendant à tous ses mains chattemiteuses et feignant de ne pas s'apercevoir\ndes rebuffades et des affronts. Avisant un de ses contractants sur lequel\nil avait tiré à boulets rouges, il l'aborda, la bouche en cœur, et se mit à\nl'entretenir d'une voix doucereuse et avec des gestes enveloppeurs, d'une\nopération superlificoquentieuse (il aimait ce mot) qui devait les enrichir tous\nles deux.\n   Il tombait mal cette fois.\n   — Je ne demande pas mieux que de traiter de nouveau avec vous, lui\nrépondit le marchand, mais, auparavant, si vous le voulez bien, nous liqui­\nderons cette petite affaire de la Rente française... Vous savez ce que je\nveux dire... Voilà trois mois que vous ajournez le règlement de cette baga­\ntelle\n   Dupoissy ne cessa pas de sourire et se récria :\n   — Comment donc! Mais volontiers, cher ami. Et même à la minute...\nJustement j'allais vous prier de passer ce soir chez moi... Si je vous parlais\nde cette nouvelle affaire, c'est parce qu'elle se rattache étroitement à celle\nque nous avons terminée ; — si étroitement, que nous pourrions les com­\nbiner, je dirai même les fusionner\n   — Pardon! interrompit l'autre, il ne s'agit pas de tout cela. En voilà\nassez de vos combinaisons continues. Avant de m'embarquer avec vous\ndans d'autres entreprises, je désire connaître enfin la couleur de votre\nargent\n   — Monsieur Vlarding! fit Dupoissy, jouant l'homme irréprochable\noutragé dans ses sentiments. « Monsieur Vlarding, mon bon ami! »\n   — Ta ta ta ! Il n'y a pas de Vlarding et de bon ami qui tiennent! Vous\nallez me payer recta deux mille francs en échange du reçu que voici\n   — Mais mon vieil ami, pareils procédés de votre part, après tant d'années\nde mutuelle confiance\n   — Trêve de protestations! Je ne vous dis que ce mot : pagare,pagarel\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                     23\n\n\n   — Lorsque je vous répète que je n'ai pas cet argent sur moi! gémit\nDupoissy à voix basse, et, en pressant le bras de son interlocuteur : « De\ngrâce, calmez-vous... On nous écoute! »\n   On commençait, en effet, à faire cercle autour d'eux. A l'ordinaire badau­\nderie se joignait une curiosité maligne, l'attente d'une bagarre.\n   Mais plus Dupoissy essayait d'amadouer Vlarding, plus celui-ci criait :\n   — Pour la dernière fois, monsieur Dupoissy, êtes-vous disposé à me\nsolder les deux mille francs?\n   — Quand je les aurai ! laissa échapper le malheureux Dupoissy, perdant\ndécidément la tramontane.\n   Vlarding bondit comme un chien flâtré.\n   — Comment dites-vous cela? cria-t-il dans le visage du débiteur insol­\nvable.\n   D'autres dupes faisaient chorus, à présent, avec Vlarding, C'était à qui\nréclamerait son dû.\n   — Payera ! Payera pas ! chantait la galerie, sur l'air des lampions, en se\ntrémoussant, en trépignant de joie féroce.\n   — Messieurs, mes bons Messieurs, laissez-moi sortir, je vous en con­\njure!... Je suis citoyen français, Messieurs, j'en appelle au consul de mon\npays... Messieurs, c'est une indignité...\n   — As-tu fini? goguenardaient les jeunes Saint-Fardier. Haro sur le\nFrançais! Haro sur l'homme de Sedan! Ferme ta cassolette! A la porte\nBadinguet !\n   Mais les créanciers s'échauffaient et le menaçaient du poing, du para­\npluie et de la canne. Vlarding venait de lui abattre le chapeau de la tête.\n   — Non, non! Pas de violence! intercédaient, hypocritement, la majorité\ndes assistants. Faisons durer le plaisir !\n   Tremblant de peur, hagard, livide, la sueur et la pommade fondue lui\ndécoulant du font et des oreilles, le gros homme ne bougeait plus. Il embau­\nmait à outrance. Mais moins heureux que le putois, son odeur ne tenait\npas ses ennemis à distance. Comment aurait-il échappé à leur coalition !\n   La consigne avait été donnée. On ne le frapperait pas, on se contenterait\nde le pousser. Le jeu avait des règles consacrées par de nombreux précé­\ndents. Plus d'un boursier malhonnête avait été exécuté de la sorte. Les\nmains enfoncées dans leurs poches, les bourreaux ne jouaient que des\ncoudes, des genoux ou des reins. Ainsi les vagues ballottent et roulent long­\ntemps le naufragé, et le harcèlent de toutes parts, et se le renvoient l'une à\nl'autre, en lui faisant le moins de mal possible :\n   Dupoissy était bien un homme à la mer!\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                                  — 24 —\n\n\n   Il virait de droite et de gauche, louvoyait quelque temps dans un même\n sens, puis courait des bordées fantastiques et désordonnées. A peine un flot\nde tortionnaires l'avait-il projeté dans une direction, qu'un autre flot le\nramenait à son point de départ. D'autres fois il restait immobile, broyé\nentre deux courants de même force, presque réduit en bouillie, aux trois\nquarts époumonné. Les questionnaires les plus rapprochés de lui risquaient\nde partager son sort.\n   — Arrêtez! Pas si fort! criaient-ils à leurs camarades.\n   Une joie carnassière se repaissait de sa détresse. Un unique sentiment de\ncruauté confondait ces milliers de publicains, s'acharnant sur un joueur\nmaladroit, ainsi que des collégiens sur leur souffre-douleur. Et comme tou­\njours, les plus véreux, les plus obérés, prenaient à cette brimade la part la\nplus féroce.\n   Les millionnaires podagres se faisaient représenter à cette fête par leurs\nhéritiers et leurs commis.\n   La police se tenait discrètement en observation. Tant qu'on n'endomma­\ngeait pas la peau du patient et qu'on se bornait à le bousculer, elle n'avait\npas mission d'intervenir. La tradition autorisait les négociants assemblés à\nchâtier, dans cette«mesure, le spéculateur de mauvaise foi.\n   Entre les arcades du premier étage, accoudés à la travée du promenoir,\npenchés sur cette véritable arène, les petits porteurs de dépêches jubilaient\nnon sans éprouver quelque stupeur à la vue de ces personnages barbus et\ngénéralement compassés, s'émancipant comme des vauriens de leur âge ;\net l'envie les démangeait de descendre dans la piste pour participer à ce\nsport de haut goût. Mais outre que les placides « garde-ville » ne leur\nauraient pas assuré les mêmes immunités qu'aux boursiers, à la longue un\nsentiment de terreur et de pitié entrait dans l'âme des gamins : ils regar­\ndaient encore, les yeux écarquillés, mais ils avaient cessé de rire.\n   Aucun des anciens amis du Sedanais, aucun des amphytrions qui le\nrecevaient autrefois à leur table, n'accourait à sa rescousse. Les plus\nhumains voyant la tournure critique que prenait l'altercation entre\nDupoissy et ses créanciers, s'étaient prudemment esquivés de peur d'être\nmêlés à l'esclandre ou pour s'épargner la vue de ces scènes pénibles.\n   Pendant la tempête, une barque de pêche essaie d'enfiler le goulet du\nport. L'esquif a beau calculer son élan, chaque fois la barre l'entraîne à la\ndérive ou menace de le briser contre les estacades. La tourmente humaine\nleurrait ainsi le pitoyable Sedanais et ne le rapprochait d'une des portes de\nsalut que pour le rejeter à l'intérieur et cela parfois en risquant de le fra­\ncasser contre les piliers.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                  — 25 —\n\n\n   Comme après bien des affres et bien des péripéties, une formidable\nimpulsion le dirigeait pour la vingtième fois vers la sortie, un retardataire\nvenant de la rue poussa la porte capitonnée.\n   — Tenez la porte ouverte, Béjard ! mugit en s'épongeant, Saint-Fardier\npère, qui s'était passionné pour ce jeu comme un étudiant d'Oxford à un\nmatch de foot-ball.\n   Ganté de frais, la taille prise dans un pardessus de coupe irréprochable,\nla boutonnière fleurie, plus superbe, plus maître de lui, plus dominateur\nque jamais, Béjard devina la situation et n'ayant plus rien de commun avec\nson ancien thuriféraire, tenant surtout à affirmer qu'il le répudiait sans\nmerci, notre homme se prêta avec empressement à ce que la cohue atten­\ndait de lui.\n   S'effaçant contre la muraille, il tint la porte entrebâillée pour livrer pas­\nsage à la victime. Son visage s'éclairait d'une joie satanique. Vrai, il était\npropre à présent, le patelin lâcheur !\n   De son côté, Dupoissy reconnut son ancien associé. Etre ainsi pilorié\ndevant lui ! C'était là le coup de grâce, le dernier opprobre ! Franchement\nil ne méritait pas ce surcroît d'humiliation ! Il concentra tout ce qui lui\nrestait de ressort, de flamme, d'énergie vitale, pour lancer au triomphateur\nun regard d'atroce rancune, quelque chose comme une imprécation muette.\nLe crapaud doit avoir de ces regards sous le sabot d'un maroufle. Béjard ne\nbroncha pas sous ce fluide vindicatif. Rien n'était, au contraire, plus flat­\nteur pour lui. Au moment où une suprême escousse accélérait l'essor du\nFrançais et où il filait avec la véhémence d'un projectile devant le député\nBéjard, celui-ci lui fit une révérence profonde de tabellion qui reconduit un\nvisiteur considérable.\n   Le Dupoissy alla rouler comme un ballot avarié sur le pavé, entre les\ndeux trottoirs. Béjard le vit se ramassser, s'épousseter, et se traîner, en lon­\ngeant les murailles, avec des façons de limace.\n   Puis, lent et correct, sans s'occuper davantage de ce pagnote, le grand\nhomme laissa retomber la porte et entra dans le temple où l'attendaient\nles félicitations et les hommages d'une tourbe prête à le traiter comme\nDupoissy le jour où la Fortune cesserait de l'élire si manifestement pour\nson favori.\n                                                  GEORGES EEKHOUD.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                      26   -\n\n\n\n\n            DIALOGUE\n L'être d'ironie et de haine\n Qui pour cible a choisi mon cœur,\n De l'arc de sa bouche d'ébène\n M'a décoché ce trait moqueur :\n\n « Cet enfant tout en fleur d'enfance,\n Divin de joie et de santé,\n Qui t'adore sans méfiance,\n Crédule en ta fausse bonté, —\n\n— A son abandon simple et tendre,\nAu doux velours des doux baisers\nQue son sourire laisse prendre,\nQue répondent tes sens blasés?\n\nQue répondent tes lèvres lasses,\nVeuves de tant de baisers morts,\nEt qui bleuissent de leurs glaces\nLes lèvres fraîches que tu mords, —\n\nTes yeux, qui savent trop de choses\nPour s'être repus nuit et jour\nDe la pourriture des roses\nEt des dégoûts des lits d'amour, —\n\nEt ta mémoire, noire armoire\nOù tous les espoirs sans espoir\nMoisissent avec maint grimoire\nEn l'ennui de ton vain savoir?\n\n— O âcres larmes'. Pleurs funèbres !\nMes lourds sanglots ont répondu\nA l'Inquisiteur des Ténèbres :\n« Oui, tout mon bonheur est perdu.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                 —   27   —\n\n\n« Ruine! ma chair épuisée,\nLes cantharides et l'alcool\nL'ont brûlée et décomposée.\nMon amour sénile est un vol.\n\nMon âme jadis intrépide,\nDrapeau chantant aux vents joyeux,\nPend, morne, trouée et sordide,\nSur mes os mous et carieux.\n\nC'en est fait des parfums en flammes\nBrûlant sur des bûchers de fleurs\nCes beaux yeux d'enfants et de femmes\nQu'enivraient ma joie et mes pleurs !\n\nMais, — ô démon qui me tortures! —\nFou de désir et de rancœur\nPar de câlines impostures\nJ'ai fardé mon pauvre vieux cœur.\n\nEt j'offre encor mes lèvres peintes,\nLes feux calculés de mes yeux,\nMes mains et leurs feintes étreintes\nEt mon doux parler captieux\n\nA la rose Idole aurorale\nQui luit dans l'ennui de ma nuit,\nA la Lumière triomphale\nQui me fortifie et m'instruit,\n\nA la Vigueur, à la Jeunesse,\nDont la claire et chaude santé\nRayonne comme une promesse\nFlamboyante    d'éternité.\n                                       IWAN GILKIN.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                   — 28 —\n\n\n\n\n               L'AGONIE DES ESPRITS\n    A S T É P H A N E MALLARMÉ.\n\n\n                                                      L'Esprit.\n                                                                  Qui m'appelle?\n                                                      Faust.\n                                                                  Vision terrible !\n                                                                       (GŒTHE).\n\n\n\n               L'ancienne et la moderne sagesse illuminaient l'esprit de Rabbi\n                Iéchiel, et il était docteur très grand, très subtil, expert en\n                les arcanes les plus retirés, familier des idées les plus\n                absconses. Ses persuasives paroles savaient dissiper les doutes\ntenaces et vaincre les sophismes retors. Il guérissait par les simples les maux\ncharnels, et, le manteau pesant de l'erreur, il l'écartait par la mystérieuse\nvertu du Verbe.\n   L'abstinence et les cilices avaient épuré son âme ; sa volonté s'étant accrue\nde tout son dédain des apparences, il communiait avec les pures formes et\n les essences cachées. Dans le corps, il apercevait le flambeau psychique;\n dans l'univers, il atteignait la matrice des choses; dans l'espace infini, il\napprochait de Dieu. Tel un roi, traînant derrière lui le fastueux cortège\ndes acclamations serves, tel il marchait, suivi de l'admiration des sages, qui\nvenaient vers lui comme vers une source épandant des eaux salutaires et\nbonnes.\n   Ayant reconnu que seules importaient de mystiques recherches, il dédai­\ngnait, le pouvant, d'éveiller les germes et de créer des fantômes transitoires.\nAussi avait-il banni de sa demeure les alambics attestateurs d'alchimies\npuériles, et les vains creusets où l'or avait dormi. La haute chambre que\nfréquentaient les disciples était seulement garnie de manuscrits, de gri­\nmoires\", d'abraxas, de sphères étranges, et, sur les murs, des nombres sym­\nboliques étaient inscrits.\n   Sa vie était simple, sa nourriture frugale. Il excluait de ses repas la\nviande, car, imbu de pratiques hébraïques, il redoutait le sang que l'âme\navait sanctifié. Le matin, il vaguait par les champs, cueillant les herbes,\nagrestes guérisseuses ; quand tombait le crépuscule, sa demeure s'emplis­\nsait d'élèves inquiets de sa parole, il les conduisait, à travers des routes\nsûres aux éternelles vérités ; la nuit venue, il les accompagnait sur\nle seuil et, jusqu'à l'aurore, il méditait. S'il dormait, nul jamais ne le sut.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                  — 29 —\n\n    Un soir que les disciples étaient assemblés autour de lui, il les entrete­\nnait du maître le plus cher à son cœur, du Samien divin qui, retiré dans\nl'antre, conquit les réalités suprêmes, de Pythagore le très sage qui, chassé\npar les multitudes, vint mourir près de l'autel des Muses, volontairement.\n    Iéchiel commentait les aphorismes, que le pieux Lysis avait conservés,\net clairement, vivant écho de l'ancestrale voix morte, il expliquait la\nMonade divine, la Dyade, univers créé, le Ternaire qui est l'être immuable\nuni à la matière changeante, et le Quaternaire, source de la nature impéris­\nsable. Et comme il venait de proférer la phrase dernière du livre, il s'arrêta,\npuis, machinalement la redit :\n    «. Ainsi, quand tu auras abandonné les dépouilles mortelles, tu monteras\ndans l'air libre, tu deviendras un dieu, et, pour toi, la Mort perdra sa puis­\nsance. »\n    Un voile, subitement, avait chû sur lui, enveloppant de nuit sa raison\nlucide, et lui, qui savait forcer les plus récalcitrantes paroles à livrer les\nmystères enclos, lui, Iéchiel, ne comprit pas le sens caché sous les mots\npourtant si limpides : « Quand tu auras abandonné les dépouilles mor-\ntelles ». Alors, d'un geste, il éloigna ceux qui l'entouraient et, resté seul,\nil se recueillit.\n   Les vocables prononcés, n'avaient pour lui que leur valeur sonore ; il en\nsaisissait la stricte syntaxe, mais ils lui paraissaient dépouillés de leurs\nvirtuelles qualités, et cependant, sous eux , il percevait confusément\nun symbole d'autant plus grave qu'il ne pouvait s'y hausser. Pourquoi\nPythagore avait-il dit : « les dépouilles mortelles » et non : « la dépouille\nmortelle ».\n   Le désir du Rabbi s'excitait au pourchas du problème, et fidèle aux pré­\nceptes de l'école, afin de quérir l'abstruse signification, il mura ses sens à\nla clameur des ambiances.\n    Pour dompter la chair qui évoque les fantasmes maléfiques, il observa le\njeûne rigoureux ; pour délier l'âme, parfois rebelle aux sollicitations du\nrêve, il éloigna le sommeil, géniteur des larves obscènes, et, l'esprit tendu\nvers l'unique but, il s'absorba en son effort.\n    Un à un s'évanouirent les mirages, les fils du monde qui tentent les\nvolontés indécises, et se dissipèrent les apparences. Nul bruit spécieux ne\nrésonna aux oreilles de Iéchiel, nulle insidieuse forme ne requit ses pru­\nnelles : il s'enfonça dans l'air lumineux, peuplé des silencieuses ondulations\nclaires, émanées de son vouloir. Le soir du troisième jour, comme les\nlueurs crépusculaires apaisaient encore les assaillantes rumeurs, les ondes\nfugaces s'immobilisèrent, leurs courbes s'unirent en linéaments confus qui,\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                                    — 30 —\n\npeu à peu, se précisèrent, et lentement, le songeur vit surgir devant lui son\nastrale semblance. Comme un reflux dernier, un souvenir flotta encore,\nIéchiel se remembra Zoroastrés rencontrant son ombre aux jardins de\nl'Iran, et, sans terreur, il attendit.\n   Le fantôme éploya sa main vers celui dont il naissait et parla. Il sem­\nblait au Rabbi que la voix sortait de sa propre bouche et que cependant elle\nvenait vers lui.\n   « Par la puissance des gestes évocatoires, par la force des pensées con­\nstantes, tu m'as chassé hors de toi, et de ton maître tu as fait ton esclave.\nPour ce que tu veux savoir, je viens. Interroge, et strictement je te dirai la\nchose. Mais ne t'égare pas en d'autres demandes, car je sortis de l'ombre à\nton vœu propice, seulement pour satisfaire à ta pertinace requête. »\n   Et Iéchiel, à la question posée, entendit s'émouvoir au fond de lui-même\nles fatidiques vers du sage dont il n'avait pas atteint l'incluse compréhension.\n   « Ainsi, quand tu auras abandonné les dépouilles mortelles, tu mon­\nteras dans l'air libre, tu deviendras un dieu, et, pour toi, la Mort perdra sa\npuissance. »\n   « Viens, proféra l'Esprit, je serai ton guide ; tu vas voir les Réalités, et\nce qui se dévoilera devant tes regards, un seul homme, jadis, le vit : Er\nl'Arménien, rappelé du Hadés. »\n   Le Rabbi sentit ses os se distendre et sa chair s'affaisser comme une\nloque; les murs lui semblèrent s'ouvrir, ses prunelles s'élargirent, et, par­\nles yeux de son Double, il vit.\n   Il vit la terre attristée des agonies, lourde des morts amoncelés. La cla­\nmeur des râles derniers, la détresse des ultimes soupirs, parvinrent à ses\noreilles en un tumulte de terreurs et de regrets, que parfois dominait le\nchœur trémulant des espérances atteintes. Et, des cadavres gisants, esso­\nraient des formes nouvelles, emprisonnant les âmes dans une matière plus\nsubtile et plus pure. Vers les cieux, les formes montaient en laissant choir\nsur le sol souillé une chape de silence, un silence annonciateur des destinées\nrévolues. Iéchiel les suivit, porté par l'Esprit.\n   Un souffle flottait dont tressaillait l'air; il aspirait les êtres nés à des\nlumières inconnues, et que l'intensité de leur désir poussait. Les volontés\nascendantes s'éveillèrent, les hymnes jaculatoires latentes en elles s'épa­\nnouirent, Iéchiel entendit les chants :\n   « La Mort n'est pas, ressuscitons. Vers la Sagesse, vers le Flambeau, vers\nla suprême Face, vers la splendeur de l'Incréé, nous allons. II nous appelle,\nle Seigneur trois fois saint; il nous attire, Celui qui est. Qu'il soit béni, Celui\nqui fut et qui sera. »\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                  —   3 1 —\n\n\n   Les syllabes glorificatrices purifiaient l'espace, et les démons accroupis\nau seuil des pourpris sidéraux s'enfuyaient. Très haut, à l'orient, flam­\nboyaient des clartés ineffables, et le Rabbi perçut une voix qui tombait :\n   « Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures. »\n   « Voici la première, murmura l'Esprit, c'est celle-là que, par le pouvoir\nde ses maléfices, Montanus fit apparaître au dessus de Pepuze. Il la nom­\nmait la Jérusalem céleste. »\n   Devant Iéchiel une ville se dressa, confuse et pâle. Elle était enrichie de\npalais fantomatiques, bâtis avec des matériaux ignorés des hommes. Les\nsoubassements des murs étaient faits d'une pierre étrange, translucide,\nd'une couleur hyaline où, par instants, passaient brusquement les remous\nde teintes plus sombres, comme ces nuées noires qui attristent encore les\nzéniths hibernaux. Les colonnes dont s'ornaient les façades étaient taillées\ndans un marbre particulier, donnant une impression de mollesse tentatrice.\nLe Rabbi se sentait incité par les fûts cannelés qui s'incurvaient à son\napproche. Les avenues que bordaient ces palais, se prolongeaient à l'infini\net se perdaient dans des brumes profondes, poudroyantes d'or; elles étaient\npavées de larges dalles à la coloration terne et changeante, qui s'infléchis­\nsaient sous le regard de Iéchiel, et ses pieds, en les frôlant, percevaient une\nindéfinissable sensation : il croyait marcher sur des roses desséchées et qui,\ncependant, n'auraient pas perdu leur moiteur. Çà et là de hautes tours\ns'érigeaient, dont le faîte se nimbait de brouillards violâtres.\n   Une foule innombrable animait cette cité de rêve, les êtres qui la compo­\nsaient appartenaient à tous les peuples, à toutes les races, mais les diffé­\nrences qui les caractérisaient sur la terre, leur antérieur habitacle, étaient\ndésormais moins saillantes, car la Mort les avait délivrés des molécules les\nplus grossières et les plus sujettes aux passagères altérations. Iéchiel observa\nque ceux-là, entrés avec lui, avaient cessé de psalmodier leurs cantiques, en\nfranchissant les portes, et, pour eux, la conscience d'une ascension vers\nl'Immuable, avait subitement disparu. Cette multitude s'agitait, comme\njadis elle s'agita aux cycles éphémères ; de semblables passions l'animaient,\net si ces passions s'étaient épurées, elles n'avaient pas décru. Pour la\nseconde fois, l'Esprit dit au Rabbi.\n   « Vois! »\n   Iéchiel vit. Il vit que la douleur était toujours vivace, et que se perpé­\ntuaient les souffrances. Pourtant, plus calmes étaient les agonies des habi­\ntants de la ville immense — car l'effort s'atténuait à se libérer des liens\nmoins rigides. — Iéchiel n'entendit pas les sanglots ouïs autrefois, les\nplaintes s'étaient sublimées, — l'aperception étant plus nette des bonheurs\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                                  — 32 —\n\n\nfuturs — la ferveur des espérances s'était magnifiée du mépris des leurres\ncharnels. Et de ces êtres qu'avait frappés la Mort, inévitable souveraine,\ns'évadaient d'autres enveloppes geolières d'âmes. Ces renaissantes forces,\nbruissantes de rhythmes, agitées d'harmonies propitiatoires, s'élevaient vers\nde plus hautains empyrées. Encore, Iéchiel les suivit.\n   L'air que les puissances attractives pénétraient, s'émouvait d'une extase\nnaissante, des ondes sonores s'agrégeaient en de vaporeux concerts; des\ntourbillons diaprés d'or, développaient leurs mélodieuses spirales, une\npoussière d'astre imprégnait les espaces. Des psaumes s'élançaient :\n   « Du fardeau passionnel nos épaules sont moins lourdes, Seigneur trois\nfois béni, Maître trois fois sanctifié. Plus légers, à travers l'éther qu'anime\nta présence, nous nous élevons. Toi qui enchaînes, toi qui délies, en toi\ns'exalte notre espoir. Père très bon, sois-nous propice; toi qui créas le\nrepentir efficace, quand nos moelles misérables avaient engendré le péché,\nDieu saint, rédîme nous, toi la Sagesse. »\n   Plus impérative, la Voix annonça :\n   « Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures. »\n   Et de nouveau, à l'invocation évangélique, se profilèrent les silhouettes\nbrumeuses d'une cité :\n   « La seconde, balbutia l'Esprit ; Origène la pressentit. »\n   Par des places et des carrefours incertains, que nacrait une floconneuse\natmosphère, Iéchiel déambula, retrouvant les compagnons pris aux régions\ndélaissées, les compagnons dont s'abolissait la suprême intelligence, un\ninstant conquise. Il se mêla à ces survivants, ignorants de leur survie. Il\nretrouva les angoisses antiques, les fatidiques désespoirs, les affres perpé­\ntuelles, et toujours la Mort triomphatrice, aux mains victorieuses, faisant\ndes corps déchus éclore des carcères nouvelles. A la conquête de plus\nsereines altitudes, le Rabbi montait.\n   Il allait sans trève, d'un plus rapide essor après chaque halte, car le trou­\npeau des élus, plus hâtifs à mesure que s'allégeait l'oppressive chape maté­\nrielle, l'entraînait.\n   Les pouvoirs hostiles s'atténuaient, et s'évanouissaient les signes ennemis.\nDes vibrations lustrales parcouraient l'Etendue; de rhythmiques lueurs pro­\npageaient leurs volutes; les cantiques psalmodiés s'alternaient en répons.\n   — « Dieu juste, pour nous punir tu fis la Chair.\n   — « Dieu bon, pour racheter tu créas la Mort.\n   — « La Mort est l'auxiliaire de ta clémence.\n   — « Elle est le gage de ta bonté. »\n   Aux plaines sans limites, les villes fleurissaient, fleurs de songe, translu­\ncides et blanches, d'une blancheur qu'un grandissant silence aggravait.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                   — 33 —\n\nElles récelaient un peuple d'ombres : reflets pâlis des plastiques humaines,\nmirages effacés des carnations, persistances indécises des beautés et des\nchevelures, obstinations des larmes et des sourires affaiblis. Et ces villes se\nmultipliaient innombrables, comme innombrables sont les stellaires\ngemmes, et le Rabbi, en son être, demanda :\n   « Jusqu'où vont-elles? »\n   « A l'Infini, promulgua l'Esprit, et cependant elles finissent, puisque les\nâmes ont un but : écoute les âmes.\n   Hors leurs prisons, les âmes égrenaient des prières. A peine, maintenant,\nIéchiel entendait-il,— le son ne retentissait plus, il s'infiltrait, ainsi un flot\nimbibe l'argile. —\n   « Tu es la Source, tu nous attends. L'Unique est en nous, nous faisons\nl'Unique. Le Nombre se résout, le Genre disparaît, le Multiple devient\nl'Un. Nous naissons, la Mort défaille. Nous aspirons à l'Eternel. Nous\nallons être dans l'Absolu. »\n   Les fluides irradiaient. Des flamboiements éclataient en parfums, s'affir­\nmaient en mélodies ; de magnétiques effluves vibraient qui se résolvaient en\naromes, en étincelles sillantes; des vagues lumineuses s'accumulaient, elles\ns'épandaient en nappes sonores, elles se courbaient en cassolettes instillant\nles amomes et les myrrhes. Des corolles s'ouvraient, striées d'argent,\nveinées de cinabre, des pistils avides se mouvaient vers elles, ils s'unis­\nsaient, semant des pollens dont s'ambrait l'air. Bientôt, Iéchiel connut que\nces apparences dernières se dissolvaient. Les formes disparurent, d'impal­\npables atomes s'agitèrent parmi les clartés persistantes; puis nul heurt\nd'éclair, nul épars importun, ne vint rompre l'opaline mer radieuse; les\nmurmures et les bruits qui subsistaient se fondirent dans la respiration\nuniverselle, et seul, l'Invisible anima l'Ether.\n   « Voici les parvis que tu ne peux franchir, attesta l'Esprit. Ici, tes pau­\npières doivent sceller tes yeux, tes oreilles se doivent clore. L'Essence, qui\nest proche, un jour tu la pénétreras, tu réaliseras l'union impérissable.\nL'heure est lointaine, elle sera; tes liens t'appellent et m'appellent, tu as\nvu, tu as entendu ; ton guide t'abandonne. »\n   Dans la chair du Rabbi se résorba le Double, et Iéchiel s'éveilla illuminé\npar le souffle divin. Il reprit le livre laissé à la page ouverte, et lentement,\nil relut :\n   « Ainsi, quand tu auras abandonné les dépouilles mortelles, tu monteras\ndans l'air libre, tu deviendras un dieu, et, pour toi, la Mort perdra sa\npuissance. »\n   Mais, dès lors, il comprenait la Parole.\n                                                        BERNARD      LAZARE.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                     -   34   -\n\n\n\n                           DEDICACES\n                                                  A M. le D r CHAUFFART.\n\n\n       Le poète n'est parbleu pas ce que l'on croit :\n       Il n'a que quand il veut toutes les ignorances,\n       Sans trop d'âpres verdeurs ou de préjugés rances,\n       Et parfois même il sent profond et juge droit.\n\n       Son regard va, cruel et précis comme un doigt\n       Et sa tête, qui sait mûrir les apparences,\n       Taisant soudain ses bruits de peurs et d'espérances\n       Voit terriblement clair à ce qu'autrui lui doit;\n\n       Non! son cœur, proie intarissable à l'infortune!\n       Non! sa tête, après tout, auguste — et cœtera,\n       Où dès lors pour beaucoup s'amasse une rancune\n\n      Qui s'assouvira bien, advienne que pourra...\n      Mais, — ô fraîcheur! envers d'aucuns elle recense,\n      Et réserve, à tout prix, quelle reconnaissance!\n                                                  PAUL VERLAINE.\nParis, hôpital Broussais, 9bre 90.\n\n\n\n\nBALLADE DES DOUX VENANTS\nMon Ame, les vois-tu venir?\n\nCe sont tes frères les Espoirs\nQui heurtaient à la porte au travers de la haie,\nLes doux venants de l'aube gaie,\nLes favoris de la Belle Dame de Tyr\nLes Amants de la Dame folle et gaie\nQui s'accoudait au balcon pour les voir\nComme ils passaient par la roseraie\nAvec de si doux yeux à nul ne leur mentir. .\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                           — 35 —\n\nMon Ame les vois-tu venir?\nCe sont tes frères les Désirs\nAvec leurs f aces impérieuses et suppliantes\nEt leurs guirlandes    d'amaranthes\nEt de soucis et leurs riantes\nLèvres qui pleureraient vite\nA quelque dur déni d'un Destin obstiné.\nTu sais où leurs regards jadis t'ont conduite\nPauvre Ame en qui le soir, comme une autre Ame, est né!\nPauvre Ame les vois-tu    venir?\nCe sont tes frères les Souvenirs,\nIls marchent sur des feuilles mortes\nEt portent des miroirs où leurs faces pâles\nSe confrontent à d'autres faces — les mêmes — et plus pâles\nIls savent tous les coins des vieux jardins et les ombres\nEt les clefs de toutes les portes\nEt l'âtre doux en reflet aux dalles\nEt la maison filiale d'aïeules graves\nEt d'autres qui teillaient le chanvre sur les portes\nAuprès de celles qui sont mortes...\nPauvre Ame, les vois-tu    revenir,\n\nEspoirs, Désirs et Souvenirs\nCes doux frères que te ramène\nUne amertume bue à la même Fontaine.\nVois tous les bois sont morts au large de la tour triste\nQui plonge aux marais noirs ses murs que verdit l'eau!\nTon diadème est lourd d'une antique améthyste\nEt tes cheveux d'or lisse échappent du bandeau\nEt ta robe s'efface en chimères fanées.\nLe vent qu'elles plus las te chante les    Années!\nRegarde les voici qui viennent\nUne à une, les anciennes,\nEt du plus loin qu'il te souvienne...\n        Pauvre    Ame!\nOmbre de la Tour morne aux murs           d'obsidiane.\n\n                                          HENRI DE RÉGNIER.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                   — 36 —\n\n\n\n            AU TOMBEAU D'HÉLÈNE\n                                (FRAGMENT)\n\n             Loin par le blanc verger de nuit\n             Fleuri de rires embaumés,\n             Emmi l'herbe lunaire qui frissonne,\n             Sous la bonne brise, la sente est bonne\n             Où mon cœur te suit\n             — Ah! mon cœur s'étonne :\n             Quel amour tu commets.\n\n             Hors d'hier nous sommes venus,\n             D'un rire qui meurt en désirs inconnus\n             D'une joie éparpillée en pétales,\n             Hors des douleurs qui sont fatales\n             — Et mon âme est là sous tes doux pieds nus —\n             Quel amour tu commets!\n\n            L'ombre est sur moi; vois-tu clair de tes yeux,\n            Aux sages regards de folie embrumés ?\n            Où mène le choix de ton caprice auguste\n            Et saint et prescient et juste ?\n            Mais tu sais, en ton rire mystérieux\n            Et la clarté de tes longs doux yeux,\n            Quel amour tu commets.\n                                               FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\n\n\n\n\n                     MENUS PROPOS\n             La femme est plus près de Dieu que l'homme. De tous les êtres\n              que nous connaissons, la femme semble l'être le plus près de\n              Dieu. Elle est peut-être plus récente que l'homme; c'est un\n              être nouveau. Une vieille femme est aussi jeune qu'un enfant.\nLa femme a plus de raison et moins d'intelligence que l'homme. Elle ne voit\nrien isolément. En tout objet, elle semble voir, à son insu, les relations éter-\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                       37\n\nnelles de l'objet, plus exactement que l'objet lui-même. Tout ce qu'elle voit,\nelle le voit à la fois dans trois mondes. Tous ses sens sont mystiques. Elle\naperçoit nos destinées dans son choix. Il est bien possible, d'ailleurs, que\nnos destinées et nos femmes soient des sœurs discrètes sorties, la main dans\nla main, de la même maison. Il n'est pas dit qu'il n'y ait pas un malheur\néternel au fond de certaines de ses répulsions. Elle a de mystérieuses ter­\nreurs qui ne s'expliqueront que plus tard. Elle s'ignore moins que nous,\nmais elle ne se sait qu'à son insu. Elle n'a jamais parlé jusqu'ici; elle ne\ns'est peut-être jamais parlé à elle-même. Qu'arrivera-t-il le jour où elle dira\nson dernier mot? — En attendant, elle nous échappe comme le temps;\nmais elle semble ajouter un sens secret aux paroles qu'elle répète : écoutez\nune femme dans l'obscurité. Au fond d'elle-même elle ne se trompe jamais ;\nelle est cependant, plus que l'homme, encline à tromper Dieu, et ceci est\npresque inexplicable. Quelle sera l'attitude de Dieu devant la femme, et de\nla femme devant Dieu? L'interprétation inconsciente des lois divines\ndiverge étrangement selon les sexes. L'un voit peut-être l'envers de ces\ntextes secrets et l'autre l'endroit. Il se peut, d'ailleurs, que le sens des mots\net des phrases ait plus d'un sexe. L'attitude de la femme devant l'Éternité\nest déjà très différente de la nôtre. L'homme ne peut en avoir une idée\nqu'en certains moments extraordinaires de sa vie. Il y a des sous-entendus\nintrouvables entre la femme et la mort, par exemple. Elle ne meurt pas\ncomme nous, elle meurt comme les animaux et les petits enfants. Il y a là\nune entente dont nous sommes exclus. Elle a l'air de savoir où elle va ; ils\nont l'air de savoir où ils vont. Elle est plus triste et moins inquiète que\nl'homme. Celui-ci vit peut-être dans la Justice ; celle-là dans l'Indulgence.\nIl faut être gravement malade pour être sur le point de comprendre la\nfemme. Rien n'est plus semblable à la femme qu'un mourant ; et l'homme,\nsur son lit de mort, est plus près que jamais de la femme.\n                                    *\n                                   * *\n  La Raison est plus noire que l'Intelligence.\n\n                                      * *\n  L'Evénement, qui n'est pas l'esclave de notre destinée, est un étranger\nque nous avons embrassé par erreur, en croyant embrasser un ami. Il ne\nvenait pas à notre rencontre. Au moment de notre naissance, les événe­\nments de notre vie sont lâchés, loin de nous, comme un vol de pigeons,\nvoyageurs. Ils s'en reviennent au colombier jusqu'au moment de la mort.\nQu'advient-il de ceux qui ne nous retrouvent plus? de ceux que l'ennemi\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                  — 38 —\n\ntue en route et de ceux qui arrivent trop tard? Ces derniers cherchent-ils\nla demeure de nos enfants? Il y a peut-être des événements infidèles et par­\njures. Mais malheur à l'homme qui ne se trouve pas au rendez-vous de\nl'événement !\n                                     *\n                                    * *\n   Le Symbole est l'Allégorie organique et intérieure ; il a ses racines dans\nles ténèbres. L'Allégorie est le Symbole extérieur; elle a ses racines dans la\nlumière, mais sa cime est stérile et flétrie. L'Allégorie est un grand arbre\nmort; il empoisonne le paysage. L'Allégorie est interprétée par l'Intelli­\ngence; le Symbole est interprété par la Raison.\n                                     * *\n  Les quatre saisons sont quatre pensées régulières de la Terre ; ce sont\npeut-être les seules que nous ayons comprises jusqu'ici.\n                                        *\n                                       * *\n   Il n'est pas dit que les maladies ne soient pas les poèmes divers et authen­\ntiques de la chair. Il y a peut-être d'étranges et mystérieux rapports entre\nles maladies et la musique, entre les maladies et les mathématiques.\n\n                                     * *\n   Une foule, uniquement composée d'hommes, semble toujours négative.\nJetez une grande vérité dans une foule d'hommes ; elle sera traitée comme\nune étrangère. Jetez une grande vérité dans une foule de femmes ; elle sera\nprobablement accueillie comme un enfant. Je doute qu'une assemblée de\nfemmes puisse se tromper, au sens éternel du mot. Jetez un mensonge dans\nune foule d'hommes ; s'il est assez bas ils le découvriront. Jetez un men­\nsonge dans une foule de femmes; s'il est assez haut, elles l'apercevront, en\nsilence.\n\n\n   Les enfants apportent les dernières nouvelles de l'Eternité. Ils ont le der­\nnier mot d'ordre. En moins d'une demi-heure, tout homme devient grave\naux côtés d'un enfant. Il arrive, d'ailleurs, des choses extraordinaires à\ntout être qui vit dans l'intimité des enfants.\n                                       *\n                                     *\n   ll est remarquable que les mathématiques, seules entre toutes les sciences,\nn'aient pas comme l'astronomie, la chimie, etc., une science soi-disant\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                  -   39    -\n\nmorte qui leur corresponde. Ne pouvaient-elles être plus mystérieuses et\nplus rêveuses? — A moins que la musique ne soit aux mathématiques ce\nque l'astrologie est à l'astronomie, l'alchimie à la chimie, l'art de tirer des\nprésages des entrailles à l'anatomie, etc. Ou bien les mathématiques seront-\nelles la science morte de l'avenir?\n\n                                      * *\n  Il se peut que les maladies, le sommeil et la mort soient des fêtes pro­\nfondes, mystérieuses et incomprises de la chair.\n\n\n\n   Il est probable que toute âme se développe également dans la vie. La\nseule différence qu'il y a entre le sage et les autres hommes, c'est que chez\nle sage, ce développement n'a pas lieu entièrement à son insu. 11 se peut\nque le dernier idiot de l'asile, s'il meurt en un âge avancé, éprouve au\nmoment de la mort, un étonnement immense en s'apercevant subitement\nqu'il possède une âme plus admirable et plus haute que celle du plus grand\npoète mort avant la vieillesse. L'âme est une plante qui croît peut être aussi\nbien dans l'obscurité, l'abandon, le froid, la misère et le mystère, que\ndans les serres où la cultivent avec tant de soins les savants et les penseurs.\n                                      *\n                                     * *\n   Ne pourrait-il y avoir une science qui serait au Temps ce que la géomé­\ntrie est à l'Espace?\n\n\n\n  Le visage de l'homme n'est que la coïncidence du passé et de l'avenir\nsur un être ; toute la substance du visage n'est que du passé et de l'avenir.\n\n\n\n   -Nous ne pouvons comprendre pourquoi les enfants portent la peine des\ncrimes de leurs pères; et cela nous semble injuste. Mais savons-nous si nous\nn'étions pas efficacement présents au moment de ce crime? Savons-nous si\nla résolution de notre aïeul n'était pas la somme de nos mille résolutions\ninvisibles? Savons-nous si son acte n'était pas la traduction de nos innom­\nbrables pensées unanimes? Le père est-il autre chose que l'organe momen­\ntané d'une multitude d'êtres à venir? — Ces êtres existent déjà, pensent\ndéjà, aiment déjà, agissent déjà, choisissent peut-être leur mère; mais nos\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                                  — 40 —\n\nyeux ne voient que leur mandataire responsable. L'homme n'est que le\nmandataire provisoire du passé et de l'avenir; et c'est pourquoi il est pos­\nsible que l'homme qui meurt vierge ait une identité supérieure. Qui me\ndira la part que j'ai prise au péché d'Adam, au crucifiement de Jésus-Christ,\nà la découverte de l'Amérique? Ne sont-ce peut-être pas mes petits cris\nétouffés sous le poids de deux mille années, qui ont déterminé Pilate à se\nlaveries mains? N'est-ce pas ma voix prépondérante qui décida Luther ou\nCromwell? Qui me dira si cet enfant mort-né n'a pas bouleversé le monde\nplus profondément que Napoléon? Quand je suis ici; quand j'agis ici; je\nn'agis pas pour mon propre compte; et c'est pourquoi il y a en moi tant de\nchoses dont je ne puis me rendre compte; mais dont d'autres se rendront\ncompte et dont je leur rendrai compte. Je suis aux mains de ceux qui ne\nsont pas nés, comme le clairon est, aux mains du soldat, interprète et signe\nd'une puissante présence et d'une innombrable volonté. Les hommes ne\nsont que les ambassadeurs successifs de nous-mêmes et peut-être agissons-\nnous plus efficacement et plus personnellement lorsque nous sommes repré­\nsentés que lorsque nous représentons.\n\n\n\n   Ce qu'il y a de plus étrange en l'homme, c'est sa sagesse occulte. En tout\nce qu'il dit, il dit autre chose que ce qu'il dit ; en tout ce qu'il lit, il lit\nautre chose que ce qu'il lit; en tout ce qu'il fait, il fait autre chose que ce\nqu'il fait; et lorsqu'il prie, il fait autre chose que sa prière. Toutes ses\nactions, toutes ses paroles, toutes ses pensées, toutes ses prières, ont des\nsœurs étranges et lumineuses, qu'il n'a jamais vues, mais auxquelles il\npense toujours. Il agit toute sa vie, comme on agit dans une maison où il\ny a eu une mort subite et suspecte. On ne parle pas de l'événement, mais on\nne pense qu'à l'événement. On n'agit pas ostensiblement en vue de l'événe­\nment, mais toutes les actions, tous les préparatifs tournent autour de l'évé­\nnement. On ne parle que de choses insignifiantes, et l'on sait que ce que\nl'on dit ne se rapporte pas à ce que l'on dit. Deux hommes qui se parlent,\nne parlent pas de ce qu'ils disent. On parle aux autres comme on parle à\nun honnête homme dont le père est mort sur l'échafaud. Ce que je fais ne\nse rapporte pas à ce que je fais ; et j'ai toute ma vie le visage d'un homme\nqui s'applique à construire un jouet pour un enfant, mais qui a d'autres\naffaires. Tout homme sent qu'il a ce visage, même pendant qu'il rêve, car il\nest bien plus profond que son rêve. Ce visage est l'archétype de l'homme,.\nLa vie est très hagarde. On vit ainsi sur un énorme sous-entendu, et il\nsemble que l'on sache au fond de soi, que les poètes, les prophètes et les\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                  — 41 —\n\nsages qui venaient annoncer qu'ils allaient parler exclusivement de ce sous-\nentendu et l'expliquer; n'y ont même pas fait allusion. Et on lit leurs expli­\ncations, en retrouvant, sous ces explications, à la même place, le même\nsous-entendu. Et l'on n'agit que d'après ce sous-entendu ; et l'on a envers\neux l'approbation et la reconnaissance passives qu'on a envers ceux qui ne\nparlent pas de corde dans la maison d'un pendu. Mais le plus étrange, c'est\nqu'il semble, à certains moments, que ce sous-entendu ne soit pas exacte-\nment le même chez l'homme et chez la femme.\n\n                                            MAURICE     MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                             UN SOIR\n              Sous ce funèbre ciel de pierre,\n              Voûté d'ébène et de métaux,\n              Voici se taire les marteaux\n              Et s'illustrer la nuit plénière\n              Voici se taire les marteaux\n              Qui l'ont bâtie avec splendeur\n              Dans le cristal et la lumière.\n\n              Tel qu'un morceau de gel sculpté,\n              Immensément morte, la lune,\n              Sans cloche au loin, ni sans aucune\n              Nuée autour de sa clarté,\n              Parée en son grand cercueil d'or\n              Descend les escaliers du Nord.\n\n              Le cortège vierge et placide\n              Reflète son voyage astral\n              Dans les miroirs d'un lac lustral\n              Et d'une plage translucide\n              Reflète son voyage astral\n              Vers les dalles et les tombeaux\n              D'une chapelle de flambeaux.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                          — 42 —\n\n        Sous ce ciel fixe de lagune\n        Orné d'ébène et de métaux,\n        Voici se taire les marteaux\n        Et l'enclume du clair de lune,\n        Voici se taire les marteaux\n        Qui ont bâti dans la splendeur\n        Les funérailles de la lune.\n\n                                         EMILE VERHAEREN.\n\n\n\n\n                 A LA SEULE\nJe t'aimais et les dieux ont dénoué nos bras\nEt nous vivons à la dérive, au cours des heures,\nEt je ne t'entends plus quand tu ris ou tu pleures :\nMais je viendrai vers toi quand tu m'appelleras.\n\nA la dérive! des palais au bord des fleuves,\nD'impérieuses voix me hèlent, dans la nuit\nEt par les aubes; mais qu'importe ? l'eau s'enfuit\nEt je ferme les yeux aux chevelures veuves.\n\nJe sais; l'hôtellerie est pleine de buveurs :\nAu mur pend la lambrusque et la rose trémière\nEt les raisins nourris d'aurore et de lumière\nVersent le vieux soleil dans les cerveaux rêveurs.\n\nJe sais; les baladins, les joueuses de lyre\nEt les masques d'amour y glissent dans le soir\nEt la terrasse est vide où je pourrais m'asseoir :\nJe n'aborderai pas aux perrons de porphyre,\n\nNulle reine en manteau de pourpre et d'argent clair\nNe tendra sur le seuil ses lèvres vers ma bouche;\nVoiles noires, carène noire, ombre farouche,\nLa galère où je suis s'en va jusqu'à la mer\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                         -   43   -\n\nEt je m'endormirai parmi les vagues vertes,\nParmi les mornes flots sans borne, à moins qu'un   jour,\nSur une rive heureuse, au sommet d'une tour\nDominant la vallée et les terres désertes,\n\nTu ne paraisses dans ta robe de soleil\nEt tu ne m'offres en un geste qui pardonne\nTes cheveux éployés plus riches que l'automne\nEt les baisers anciens plus doux que le sommeil.\n\n                                      PIERRE QUILLARD.\n\n\n\n\n                    MIRAGES\n        Que cherchent tes lèvres aux nuits\n        De mes seins, parmi les feuillages\n        Et les fleurs closes où Je suis,\n        Enfant, qu'altèrent mes mirages?\n\n        De quelle étrange profondeur,\n        Stérile et d'or quand je sommeille,\n        Mon âme, inutile splendeur,\n        Au fond de tes lèvres s'éveille!\n\n        Scintillements du Paradis!\n        La nébuleuse et trouble voie\n        Qu'ils te découvrent, attiédis\n        En des flots d'ombres et de soie.\n\n        Entre mes voiles de matin,\n        Mes roses et mes mains défaites,\n        Au seuil de ce royal destin,\n        Avec tes prières muettes,\n\n        O toi qui viens à mon insu,\n        Seule me surprendre avant l'heure,\n        Enfant, dont je n'ai pas déçu\n        La soif d'une essence meilleure;\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                   — 44 —\n\n               Qui me cherches en ces apprêts\n               De fiancée, avant l''aurore,\n               Pâle de mes bonheurs secrets,\n               Belle de n'être pas encore;\n\n               Qu'en elles ainsi, quelque jour,\n               Sous la forme de ces corolles\n               Virginales, d'un vain amour\n               Eclosent de blanches paroles,\n\n               S'entrelaçant en un jardin\n               De fleurs sans parfums et sans sève,\n               — Mais où sera l'Ange soudain\n               Que tu demandes à mon rêve.\n\n                                             C H A R L E S VAN L E R B E R G H E .\n\n\n\n\n                  PROSES LYRIQUES\n                                                    A MON AMI ROMAIN GOFFIN.\n\n\n                             I. — DIABLERIE\n\n              Je prolongeai encore ma promenade dans les allées royales du\n                Parc, m'éjouissant, ainsi qu'à la nouveauté d'un bonheur\n               imprévu, au bruit de la neige froissée sous mon pied, aux\n               rayons fantômals du soleil pâle, attardés parmi les platanes\ngrêles et qui les silhouettaient en arborisations délicates et scintillantes sur\nle gris évanoui du firmament.\n   Las, à la fin, j'allais rentrer, lorsqu'au détour de la grille, cet excentrique\net un peu répulsif artiste survenant, après quelques préliminaires paroles\nquelconques, m'empoigna familièrement le bras et me força à rebrousser\nchemin. Malgré la contrainte hérissée où me mettait, comme toujours, ce\nvoisinage, je condescendis à son désir, car il marchait d'un pas si mou,\nl'air si minable et moribond, que je me fis scrupule de l'abandonner à lui-\nmême.\n   Après quelques tours silencieux le long de l'asphalte, il me sembla, chose\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                  -   45   -\n\nétrange, voir mon compagnon se fortifier, pour ainsi dire, du crépuscule\npeu à peu descendu : Il avançait d'une allure rapide, à cette heure, plus\nlibre et même martiale; sa débilité se virilisait et je remarquais, soudain, —\nà cause des ténèbres, absolues alors, — que sa voix, imperceptible tantôt\net craintive, était montée, maintenant, à un diapason éclatant et presque\ninusité.\n   — Allons chez moi, vociféra-t-il, d'uri ton impératif, nous y trouverons,\noutre des boissons peu communes, du feu et de la LUMIÈRE !\n   Je souhaitais quitter cet être violent et bizarre, — (mon antipathie s'avi­\nvait de ses gesticulations) — mais, à mon tour, je me trouvai de volonté\nlâche et défaillante, et à sa merci.\n   Tout l'attendait, en effet, chez lui; un effréné feu de bûches flambait puis­\nsamment et la lampe inondait jusqu'aux recoins des plinthes, de ses fixes\nclartés froides. La table sculptée, d'un style tourmenté et pénible, suppor­\ntait deux flacons, d'un lourd et fauve cristal, torangulaires, où des\nliquides denses, aux colorations exaspérées, sommeillaient. Ebloui par cette\norgie pyrique, étourdi, aussi, des volubiles discours de mon hôte, martelés\navec des intonations indubitables, adéquates au mauvais goût de ces illu­\nminations,— découragé, je parcourais la salle, en combinant d'habiles pré­\ntextes, à peu près polis, de m'esquiver.\n   La nudité des murailles se revêtait seulement de tentures d'une profonde\npourpre sombre, que le caprice dément de l'enlumineur avait historiées de\nvénéneuses fleurs turgides, lancéolées et vernies et qui, aux intermittentes et\nsubites coruscations du foyer, saignaient une gomme toxique et luisante.\nQuelque chose, pourtant, inexplicable et disproportionné, me gênait; l'indé­\nfinie sensation de telle évidente dissonance architecturale qui, dans mon\nimpuissance à me la préciser, me suppliciait d'une étrange et presque phy­\nsique angoisse.\n   Tout à coup :\n   — Mais... mais ! il n'y a pas de fenêtres !\n   Le poète toisa ma stupéfaction d'un œil ambigu, légèrement narquois :\n   — Non... — répliqua-t-il, enfin, avec je ne sais quelle ridicule affectation\nde simplicité bonhomme, — je n'aime pas du tout cette lumière-là... Et,\npuisqu'aussi bien il faut tout vous dire, vous aurez peut-être observé com­\nbien elle m'est désagréable et malsaine...\n   — Pourquoi sortez-vous donc? objecta étourdiment mon solide bon\nsens.\n   — Hélas ! soupira-t-il, ce serait une sans doute trop exorbitante félicité!\nEt, au reste, mon cher curieux, vous n'ignorez certes point l'immédiate\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                  -   46   -\n\nurgence d'une saine et féconde torture, bien plus indispensablement quo­\ntidienne, pour nous, que le pain!...\n   Et, sans transition, il commença à déclamer, sur un mode sceptique\net dérisoire, des vers que j'écoutais avec une admiration stupide, entre­\ncoupée parfois de frissons à la vue de cet homme si différent et des\nmurs aveuglés de la salle. Jamais une strophe n'a refleuri en ma mémoire,\nde ces poèmes, dont le rhythme strident et désabusé, la cruelle maigreur\nscientifique, me sont encore présents, et le sinueux contour de leur\ninspiration retorse, l'ironie de leurs reflets changeants et surtout, les\nperfides éclairs que le lecteur expert faisait jaillir de ces parures miroi­\ntantes de jais et de dentelles, du deuil opulent de ces fabuleuses orfèvreries\nnoires.\n   Puis, son manuscrit replié, l'inquiétant individu m'examina en hochant\nla tête, pirouetta sur ses talons insolents et alla s'installer devant la che­\nminée. Interdit et troublé de ces façons et de cette soirée insolites, je me\nlevai lourdement, cherchant et mon chapeau et l'ingénieuse phrase de salu­\ntation qui m'assurerait « le dernier mot ».\n   Le personnage tisonnait, d'une main rageuse, et émouvant un tourbillon\nde poussières ignées, suivait chacun de mes mouvements de ses yeux insup­\nportablement glauques, et dans le vert rubéfié desquels dansaient, à pré­\nsent, réfractées, les flammes éperdues et frénétiques du foyer      En forme\nd'adieu vaguement complimenteur, je balbutiai :\n   — Vous vivez, en vérité, tout à fait dans un autre monde !\n   —        Dites : dans — l'autre monde!...\n   Je me sauvai, précipitamment.\n\n\n                                      II\n\n   Très haut et très loin, parmi les augustes Etendues, l'astre vierge épanche\nses rayons métalliques et glacés. Son disque immobile, féerique et pâle\nmiroir, où se réverbèrent, opalisés, transmués en lueurs d'hallucinations et\nde rêve, les grossiers feux solaires, — givre de ses pures clartés éternelles,\nles infamies de la nuit terrestre.\n   Le satellite gravite ainsi, toujours, penchant sa face impassible sur la\nluxure de ce monde mercenaire, mais, — Janus céleste, — il a comme un\nvisage tourné vers les ténèbres hautaines, — un visage inflexible de dédai­\ngneuse Inespérance, dévasté par les stigmates de très anciens désastres et\nqui scrute, éperdûment, les mystérieux prestiges des Pléiades et des froides\nconstellations.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                   — 47      -\n\n   — De même, ton âme révèle sa superficielle image de douloureuse et\npresque douce mélancolie, ses vénielles rancœurs et cache, d'un voile jaloux,\nà tous les yeux ennemis, sa désormais immuable indifférence, — les volcans\ninondés de ses aspirations abolies...\n\n\n                               III. — AMITIÉ\n\n   Oui, c'était un haut et très puissant cerveau, mais quel misérable cœur!\nUn cœur d'enfant, déraisonnable et fol, sur lequel son esprit ne possédait\naucun empire, sinon pour le supplicier, lui découvrir d'infinies perspec­\ntives de douleur, l'éblouir des monstrueux mirages des jalousies et des\ndélires redoutables.\n   Ah! souvent, lorsqu'il arrivait au rendez-vous, enivré du toujours neuf\nplaisir de me voir, — quelque démon scélérat m'inspirant, sans doute, —\nje jouissais, à mon salut las, fort correct et distrait, de sa subite pâleur et de\nla surprise endolorie de ses yeux. Je l'aimais, certes; il savait le danger de\ndéceler sa faiblesse et s'efforçait de m'entretenir d'un ton insouciant et\nléger. Et, sans merci, par des questions blasées, d'ennuyés sourires incré­\ndules, j'envenimais les blessures de son méprisable cœur. — Il se taisait ;\nson bras fébrile tremblait sur le mien ; je le devinais, avec un âpre délice,\nbaigné de frissons meurtriers, malgré sa démarche stoïque quand même, et\naltière, — dont ses lèvres exsangues, sa voix blême démentaient, au reste,\nl'orgueilleux mensonge. — Il agonisait, étouffé en son ombrageuse timidité,\nainsi que sous une trop pesante et invincible armure.\n   Bien des fois, des jours plus débonnaires, il hasarda d'humbles effusions\net d'intercéder pour lui-même ; la candeur de mes étonnements le refoulait\ndans son mortel silence.\n   Je le traînais ainsi, sur la claie d'une torture inépuisable, jusqu'au jour\ndéfinitif où je l'abandonnai à son à la fin exaspérante sublimité, —\njusqu'au jour où, me regardant d'un œil tranquille et doux, éclairci de la\npaix enfin conquise et de la joie surnaturelle du martyre, — et comme con­\ncluant une conversation dès longtemps entamée :\n   — Il serait plus fier de ne pas se plaindre, — mais, moi, je n'ai pas de\nfierté avec ceux que j'aime!\n\n\n                             IV. — INSOMNIE\n\n   Ah ! les heures de veille, lorsque, las de tout et de soi-même, isolé dans\nle sommeil de la maison, pris d'un malaise frileux et inquiet, entre ces murs\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                                   -   48   -\n\namis, auxquels les lueurs amorties de la lampe confèrent un relief fantas­\ntique, — on s'affaisse, comme jugulé par les bonnes idées tardives, dont\nle vacarme et les vides entretiens de la journée ont étouffé la claire voix\nimpérieuse.\n   Toutes les instables pensées diurnes repassent pêle-mêle, sous les feux\ncroisés d'une sévère analyse, implacable et lucide et leur grâce temporaire se,\npulvérise, semblable à la gloire fragile de la triomphante rose pourprée\nqu'une main insensible effeuille.\n   Les joies subies et les peines, — revenants malévoles, — le hantent ; les\nphrases entendues se répercutent à son oreille; mais, quoique textuelles et\nidentiques, à cette heure, seulement, leur efficace signification se dévoile et\nles gestes ironiques, les sourires civilisés qui auraient dû lui en sous-entendre\nl'expression. Les prismatiques mirages ont émigré avec la lumière qui les\ncréait.\n   Ses regards hostiles, alors, traînent leur langueur sur le vague déco.r fami­\nlier; et ces choses, dont l'accoutumance lui ombrait les contours, s'inves­\ntissent d'un faste subtil et rénové, d'une très unique intensité comme si,\nvraiment, il les voyait sous un angle imprévu ou au travers la vision désor-\nbitée du haschisch :\n   — Pourquoi toujours mâcher la stérile absinthe du souvenir? car, chacun\nde ces objets épars signale ou illustre, évoque, de même qu'à la muette\neffulgence d'un éclair mental, les époques englouties dans le passé obscur,\n — de rapides tableaux idéalisés et d'une réalité méticuleuse, cependant, et\npoignante.\n   — « Quel Dieu plus équitable m'affranchira de ma mémoire?... —\nPauvre âme mutilée, dépayse ton indomptable démence et va, va chercher\nle fiévreux sommeil et la lénitive anxiété des cauchemars !... »\n\n\n                               V. — SONGE\n\n   Cependant, j'étais seul.\n   Cette cité de fer et de pierre, roidie dans sa morgue et son frigide orgueil\ns'étalait en amphithéâtre devant une mer morne et splendide et déferlant\nsous des horizons hallucinés et mortellement beaux.\n   La digue septentrionale, à perte de vue, profilait ses nobles lignes rigides,\nbrisées, quelquefois, par un mouvant linceul de sable. — Quelle fierté en\nce silence solitaire! Je me sentais devenir invincible et ces cieux d'exil, ces\ncieux triomphaux me versaient une allégresse cruelle.\n   — L'église, d'une architecture pharisaïque, ouvrait ses portes, au large\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                  — 49 —\n\nJ'entrai. Les lugubres cierges dardaient de souffrantes lueurs, étouffées par\nl'épaisse atmosphère du sanctuaire; mêlé aux accords d'une musique\nardente et solennelle, l'encens efforçait ses lentes spirales parfumées vers\nles gloires véhémentes de l'autel : — Des orgues, en effet, frôlées par\nd'invisibles mains, un chant s'érigeait, ainsi qu'une fleur impériale et frêle,\njusqu'aux voûtes ajourées, — un chœur adorable d'impubères voix\ncélestes, aiguës et séraphiques, — de voix médiatrices, consumées d'un\namour sidéral, monotone et — comme la mer, — sans bornes.\n   Mais là, surtout, j'étais seul. Et éperdu, saisi de je ne sais quelle fièvre\nmystique et glacée, presque blasphématoire, je dus me soustraire à la caresse\nde ces trop ineffables harmonies, puis ce désert de vertigineuses adorations\net de flammes.\n   Je rôdais, encore, sur le marbre noir de la digue, balayée, alors, par les\neaux et une brise âpre et généreuse. — Les nuages migrateurs, pourtant,\ns'étaient agglomérés, violets et massifs, et les l'ayons obliques du soleil arc­\ntique illuminant la ville et ses vides maisons grises, je m'illusionnai, tout à\ncoup, errer au milieu d'un fabuleux ossuaire, parmi les sépulcres blanchis\nde toutes les Sodomes, de toutes les Gomorrhes\n   Cette mer morne et splendide, cette mer monotone et, comme l'amour,\n— sans bornes, — déferlait toujours, sous les mêmes horizons hallucinés et\ndouloureusement beaux.\n   J'étais seul, cependant'.\n   — « Il n'y a personne, répétait ma nostalgique lassitude, — hélas ! il n'y\na très certainement personne ! Pourquoi n'ai-je ici personne à qui confier\nl'essentielle tendresse que m'inspire cette mer excessive et lustrale, — cette\nmer inattendue ! »\n\n                           VI. — LE MIROIR\n\n   Dans le coin le plus secret de mon appartement, étouffé sous de roides\ntentures maussades, je possède, — ou, peut-être, suis-je possédé par lui? —\nun précieux miroir magique, encadré d'acier poli, où, sans ridicules incan­\ntations ni sortilèges surannés, se réfléchissent, en effigies atroces, tour à\ntour, ou grotesques, les hybrides pensées de mon esprit morbide.\n   Sa fuligineuse surface stagnante me terrifie et c'est d'une main bien\ntimorée que je soulève le rideau détesté, car, cette dure et verdâtre glace ne\nme renvoie que de l'effroi, les fantômes maléfiques et forcenés de mon cer­\nveau lucide.\n   Souvent, de longs jours, la virginité boréale de son pur cristal inflexible\n                                                                        4\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                                 — 50 —\n\nreste impolluée ; rien ne se mire dans l'ambiguité de son eau implacable et\nstérile. Mais, malgré le voile qui nous sépare, je le devine qui m'épie et, à\nl'irruption de la lumière, va se troubler d'empuses fascinatrices, m'exagérer\ntoute la frénésie et l'infamie des songes et des mensonges tumultueux.\n    Comment distraire, alors, la tentation impitoyable de lever doucement,\nlentement, — avec des battements de cœur voluptueux et paniques, — un\nangle, rien qu'un angle de la maudite étoffe mystérieuse?\n                                                    ARNOLD G O F F I N .\n\n\n\n\n        LES VERGERS ILLUSOIRES\n                     I. — LE VERGER OUVERT\n\n    L'espalier du Désir étale cet hiver\n    L'inutile saveur de ses grappes de rêves :\n    Sur la terrasse au bord des gouffres et des grèves\n    Où se lamente en vain l'âpre appel de la mer,\n\n   O vigne léthéenne au verger qui m'est cher!\n   Le temps n'est plus propice, et les saisons sont brèves;\n   Mais nul givre ne peut glacer l'ardeur des sèves\n   En vos pampres de joie et vos pulpes de chair !\n\n   Repose jusqu'aux soirs des prochaines vendanges.\n   Vers tes lèvres d'orgueil et tes regards étranges,\n   Vers tes baisers de sang, fruits mûrs et savoureux,\n\n   Ma lèvre ardente et souple aux folles    aventures,\n   Malgré toi-même, Enfant aux refus      rigoureux,\n   Ouvrira le jardin des délices futures.\n\n\n                        II. — SUR LE SEUIL\n\n   Insoucieux du crime et de la règle enfreinte,\n   Ivre d'espoir vorac'e, avide de ta chair,\n   J'entre vêtu de la cuirasse d'orgueil clair\n   Par les sentes sinueuses du    Labyrinthe.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "Parmi les frondaisons où fleurira      l'étreinte,\nEnfant, de tes candides bras embaumant l'air,\nVoici sourire avril et s'éveiller l'éclair\nDe l'Aurore, et mon cœur s'affranchit de la crainte.\n\nQuand je vins atterrir des frigides    Thulés\nAux rivages de tes baisers immaculés,\nC'était la nuit de glace et les fleurs inécloses;\n\nLe givre scintillait aux cimes des rosiers\nOù l'éveil du Printemps épanouit les roses\nEt l'opale de tes grands yeux    extasiés.\n\n\n                     III. — ROMANCE\n\nJe suis venu par les éteules et la berge\nSans ombre d'orme large ou de haut peuplier\nDans l'ardente chaleur du soleil, vers l'auberge\nEt la bonne fraîcheur du seuil hospitalier.\n\nLe long du grand fleuve où, parmi les lourdes herbes\nQue fleurit le gracile orgueil des nénuphars,\nNagent fiers de leur blancheur les cygnes superbes,\nTandis que las d'effeuiller mes songes épars,\n\nLe long du fleuve, par la berge et les éteules\nJe m'en venais de la forêt de mes espoirs,\nDe la forêt de notre rêve où pleurent seules\nDes voix vaines d'amour en l'angoisse des soirs,\n\nJ'ai revu la terrasse ancienne et les vieux lierres\nAutour du tronc rugueux des hêtres enlacés,\nEt dont les feuilles sont des milliers de paupières\nOù dort le souvenir de nos bonheurs passés.\n\nNos cœurs hautains ont f ait leur moisson de fleurs fauves ;\nNos yeux fous agrandis de joie ont allumé\nDes brasiers d'éperdus baisers!... d'où sortent sauves\nNos âmes calmes enfin d'avoir tant aimé!\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "  Quand l'acier du dédain a durci ta prunelle\n  — Devant moi, triste, tu riais au bord des flots —\n  Ta lèvre douce, ta voix riche et fraternelle\n  Fut rauque de mépris heurtés par des sanglots\n\n  Et je voulus prendre tes mains en mes mains lasses\n  Et supplier, baiser les bagues de tes doigts,\n  Mais tu te redressas, noble, en gestes fugaces,\n  Ombre vaine parmi la vaine ombre du bois.\n\n Et je m'en vins le long du fleuve par la berge\n Au soleil sans ombre d'orme ou de peuplier\n Vers le seuil bienveillant et la nuit dans l'auberge,\n Mais le repos requis n'a rien fait oublier :\n\n Toujours je rêve en mes songes d'images veilles\n Parmi le lourd regret des bonheurs épuisés\n Que je m'en viens encore à travers les éteules\n Vers la terrasse et vers l'automne des baisers!\n\n\n                    IV. — LA CHASSE\n\n Le cor de corne sonne au loin dans le hallier\n Une angoisse de mort à la biche effarée,\n Et la bête ruée à travers la hêtraie\n Fuit sous la grêle des fièches du cavalier,\n\nLe flux du sang qui jaillit lui trace un collier\nDe rubis rutilants à la peau déchirée.\nVaine fuite. L'horreur d'un dur trépas l'effraie,\nElle s'abat au fond du ravin familier.\n\nEt par l'ombre vespérale des avenues,\nAu milieu des meutes hurlantes, retenues\nAu poing robuste des piqueurs et des valets,\n\nDans des clameurs de joie et des rumeurs de fêtes,\nLes chasseurs montent le perron de leurs palais,\nTraînant comme un orgueil la dépouille des bêtes.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                   — 53 —\n\n\n                              V. — LA CIBLE\n\n     Comme le dard aigu de fauves banderoles\n     En délire de flammes folles, les malsains\n     Souvenirs d'autrefois, les perfides desseins\n     Et la nocturne peur des anciennes paroles\n\n     Serpentent très subtils sous les frêles corolles\n     Des rêves tendres vers le calme de tes seins!\n     Ne prête pas l'oreille au passage en essaims\n     Lents et lourds des hiboux sinistres et des grolles\n\n     Nous faudra-t-il toujours combattre le passé ?\n     La torpeur comme une massue a terrassé\n     L'hippogriffe d'amour qui se crut invincible;\n\n     Je crains les jours prochains comme des châtiments,\n     Et voici que déjà l'air vibre par moments\n     Aux flèches du remords prenant mon cœur pour cible.\n                                                  ANDRÉ FONTAINAS.\n\n\n\n\n                     RETOUR D'EXIL\n                                      v\n   Frère Sylvain m'a écrit pour me convier à un balthazar intime. C'est\nun ami des primes heures. Cœur chaud, tête ardente : un que la vie n'a\npas épargné. Poète de large envergure, arrimé à la prose par toutes les chien­\nneries de l'existence. Un supplicié condamné à l'éternelle moquerie. Une\nsensitive qui se ferait ortie. Je l'aime et je le plains. Comment vais-je le\nretrouver? Les hommes changent vite. Frère Sylvain était railleur, il est\nsarcastique; gai, il est triste; énamouré de poésie et tout glorieux de belles\nillusions, il devient pratique, et ne croit plus à grand'chose. Il aime encore\nles beaux vers, pourtant et il sait toujours les dire, de sa belle voix chaude\net sonore, un peu étrange, où il y a comme un ressouvenir de l'accent gut­\ntural des Maures de Tanger.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "                                  -   54   -\n\n   Dîner mélancolique : on mange sans goûter, on boit sans plaisir. Des\nnourritures fades, un vin quelconque très cher. On parle des absents, des\nmorts et des fous, c'est-à-dire de tout le monde. Quelques duels retentis­\nsants ont eu lieu dans la littérature. Pour un peu, Sylvain romprait des\nlances avec ces paladins. Il aurait chance d'une balle en pleine poitrine : ça\nne tue pas plus sûrement que le reste, mais plus vite. Une histoire bien\nsombre au dessert.\n   « Notre pauvre Lionel!... Vous souvenez-vous ? Cette Suédoise, Ulrique\nSkiold, l'avait ensorcelé, avec ses yeux d'opale changeante, sa bouche large\net charnue, ses cheveux argentés... Il l'aima follement, jusqu'à en mourir.\nUne de ses sœurs, à lui, offrit à Dieu le sacrifice de sa propre vie, si Dieu\nramenait au foyer le frère égaré. La vierge s'en alla de ce monde, et sur le\ncercueil le frère fit serment d'oublier la stryge Scandinave. Et cependant il\nrevint à elle, comme le chien dont parle l'Ecriture retourne à son vomisse­\nment. Elle le trompait, il le savait, l'aimait quand même, pleurant des larmes\nde rage, de douleur et de honte. Il la voyait aux bras des autres, pour de\nl'argent. Il fut héroïque : se jeta dans un monastère, si loin, si loin, que\nl'écho même de son nom jamais n'arriverait plus à cette créature. Et là-bas\nil se laissa expirer, dans cette solitude du cloître, où il ne trouvait pas la\npaix, et d'où l'on rapporta son frêle corps à sa mère... Vous souvenez-\nvous?\n   Et nous allons au boulevard extérieur, dans un cabaret décoré en taverne\nflamande, où tant de fois nous avions vu la Skiold acheter un morceau\nd'or à Lionel par ses ignobles sourires et ses baisers de vampire. Quel lieu\nde délices que ce cabaret! Aux murs de fausses verdures, encadrées de fausses\nboiseries, avec des torchères en faux fer forgé. Autour des tables frustes des\nrapins qui se reposent de la paresse du jour, des bourgeois en goguette,\ndes filles qui se préparent au travail de la nuit. Un piano dans un coin, et\ndevant, un éphèbe en guenilles qui joue avec une virtuosité consommée le\nplus délicieux nocturne. Un grand artiste, celui-là ! et qui portera peut-\nêtre l'habit à palmes vertes, et qui aura son buste sur la fontaine du village\nnatal. La gloire! on l'acquiert en sachant avoir faim et soif longtemps.\n   Puis un homme qui chante : une voix souple, vibrante, un peu âpre,\nparfois ardente. Des chansons en argot, d'un réalisme cruel, d'une ironie\nféroce. L'homme est beau : le masque d'un florentin du seizième. Une\ngrande noblesse dans l'allure et le geste, contrastant avec ses déhanchements\net ses ritournelles. Après lui, un autre chanteur : grand, maigre, un sque­\nlette, avec la face décharnée, des yeux ronds, une bouche édentée : on\ndirait le compère la Mort des contes d'un buveur de bière.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                  -   55 —\n\n    C'est lugubre, partons !\n   Au milieu de la nuit, dans une brasserie de Montmartre : par petites\n tablées des groupes de journalistes ; les uns mangent des œufs à la gelée,\n en buvant des flots de bière brune; les autres s'achèvent avec du porter, du\ngenièvre ou du rhum. Ils se racontent les interviews de la journée, les\npotins des bureaux de rédaction. On cite le dernier mot encore inédit, de\nTancrède Barrabas, homme du monde, qui, se tapotant les favoris, a\nreproché à l'un de ses chroniqueurs du Mercure de signer Saltabadil.\n« C'est un peu long... Ça indique l'action de sauter... Sauter : sauteur!\nTabadil irait mieux! » Un petit blond invente le dernier mot de Barbey\nd'Aurevilly, qui a dit à sa femme de ménage : « Décidément, mademoi­\nselle, nous vieillissons ! Croirez-vous que je me suis trouvé, hier, un cheveu\nblanc ! » Il est question de boulangers et de mitrons, incidemment d'un\nbrave général, et plus incidemment encore d'un grand garçon boucher qui\nsigne Crispin des engueulades, prétexte le lendemain à des lettres d'excuses :\n« Oh! Crispin, c'est un bonhomme dont la position sociale consiste à\nrevenir perpétuellement de Saint-Valéry-en-Caux ! »\n    La causerie de ces gens déplaît. On s'y assomme. Allons-nous-en. Un\nfiacre. Vite. Rue des Anglais, chez le père Lunette. Là, au moins, il n'y a\nque de la canaille. Des voyous blêmes, et leurs femelles, de différents\nsexes : un crieur qui glapit des obscénités; des assassins, en veine de flir­\ntation avec des mégères. « Vous souvenez-vous, Sylvain, de l'aède Flavus,\nqui vint là, un soir avec nous, en pourpoint de velours orange, et les che­\nveux calamistrés autour de son visage rose? Les puanteurs l'étouffaient. Il\nrespirait une fiole de parfumerie de bazar, un vague patchouly... horrible.\nIl faillit s'évanouir. Un des bandits l'emporta au grand air, dans ses bras,\nle soigna comme une matrone son bébé, dévotieusement. Et, quand nous\npartîmes, la sauvage brute, un poète langoureux des océans du Nord :\n« Voulez-vous, en souvenir, me laisser votre flacon d'odeur? Dites? »\n\n\n                                      VI\n\n   17 MAI. — Chez le Maître. Le chêne robuste a été frappé par la foudre,\nsans être foudroyé. Toujours puissant, toujours grandiose. Le Paradoxe à\njet continu. Il a quatre-vingts ans, et parle de se teindre les cheveux, quand\nil sera vieux. La vie l'embête. Il a trop vu, trop lu, pas assez dit. I1\nsouffre d'être seul, sans un parent, sans enfants pour lui sourire. Il a obligé\ntant d'hommes que personne, jamais, ne le vient voir dans sa fière solitude-\nLe romancier dont il a fait la gloire et la fortune, et qui se l'accrochait aux\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                                  — 56 —\n\nboutonnières, et qui sortait avec lui pour qu'on demandât « avec qui est le\nMaître ? » ce romancier-là joue de la guitare à Séville. Ursus même est infi­\ndèle, et ne vient plus grogner ou bêler dans la chambre aux murailles d'azur\ncéladon. Il n'y a que les chats, pelotonnés sur les vieux fauteuils débourrés.\nEt madame la concierge, une hoberelle déchue, clabaude contre l'amie\nsans peur et sans reproches qui veille ce malade, si profondément seul dans\nla tombe qu'il s'est faite...\n   A l'Odéon, si l'on y joue les flonflons de la surannée Bohême. Point.\nUn grand Guignol. De merveilleux décors où s'agitent des pantins de\ntalent, vêtus avec une somptuosité d'Extrême-Orient. Faux Japonais qui\nsentent en civilisés, et qui font de la poésie en prose. Des broderies vraies\nsur de la belle soie, des sentiments faux dans ses cœurs indifférents. Pas de\ndrame. Une succession de scènes, juxtaposées vaille que vaille, des noms\nexotiques, une couleur locale à faire sourire les Japonais du passage des\nPanoramas. Un public bête, qui s'amuse des grands éventails, des fleurs de\nlotus en papier, des barques naviguant à la ficelle, et des mines de grisette\nque les marchandes de sourires font à tous ces cabotins.\n\n\n                                     VII\n\n   18 MAI. — On cabotine également au Champ-de-Mars, autour d'une\nBastille en carton peint. Des figurants mal rasés, en habits de carnaval,\névoquent le souvenir des héros qui se mirent à cent mille pour prendre\nune forteresse défendue par une poignée d'invalides, et mettre en pièces de\nbraves gens coupables d'accomplir leur devoir. Un imbécile, en plein jour,\nsimule l'évasion de cet autre imbécile nommé Latude. Beaucoup de comé­\ndiens admirent ce spectacle, joué finement. Il y a aussi des comédiennes.\nOn attend que la culotte de l'évadé se déchire, peut-être. Elle ne se déchire\npas. On boit. On distribue des prospectus. On dégoise des ponts-neufs.\nLa garde française éructe une musiquette « du temps ». Et tout doit être\ndu temps, même les curieux au menton glabre que réjouissent ces lamen­\ntables facéties. La Tour Eiffel monte dans le ciel, inepte et colossale masse,\nqui n'a même pas le mérite d'être la Tour de Babel.\n   Dîner chez la comtesse. La plus riche héritière de Bordeaux. Les ancê­\ntres de son époux furent aux croisades. L'écusson d'hermines à la croix de\nsinople timbre de simples bouteilles, dont le cul se développe au préjudice\nde la contenance, et s'estompe sur la capsule d'étain. Il faut utiliser les\nvieilles frusques, et que les parchemins séculaires aient de l'utilité. Il y a,\nchez cette comtesse, l'ambassadrice du Japon, qui, scandalisée et confuse,\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                  -   57     -\n\nnarre ses mécomptes à la Marchande de sourires, point japonaise à son\navis. Une jolie poupée, cette ambassadrice : on a envie de toucher ses joues\npour voir si elles ne sont pas en porcelaine. Les yeux, bien fendus, sans\ncils, avec des paupières peintes, relevées, laissant voir des diamants fumés.\nUne robe fastueuse, jaune de chrome, avec un dragon en argent de diffé­\nrents tons, et soie verte, qui ne commence guère, et qui ne finit nulle part.\n   A dix heures, il faut courir à l'autre bout de Paris, chez Marestel, de\nBeaumarchais, le roi des reporters : un homme de talent et de goût,\ndoublé d'un homme de cœur. Chez lui, de charmantes fillettes, quelques\nfemmes du meilleur monde, et qui ne proposent pas de jouer du piano.\nDes hommes aussi : un grand peintre, qui met dans un camée, moins vaste\nqu'un écu, tout un troupeau d'admirables moutons, un portraitiste, des\npoètes, et même quelques philosophes. Seulement, le maître de la maison\nn'y est pas. Je suis inconnu ; je me présente mal, je balbutie, j'ai l'air de me\nfaufiler. Marestel est à la réunion publique où le brave général fait feu des\nquatre pieds pour sa candidature je ne sais où. Marestel reviendra sûre­\nment, à minuit au plus tard. Mettons-nous dans un coin, et attendons.\nUn mot à droite, un mot à gauche, pour prouver que je ne suis pas muet.\nLe grand peintre parle, et sa main ébauche de violents coups de pouce. Au\nmoins a-t-on le droit d'écouter. Dix, onze, douze... La pendule fait trois\nfois le tour du cadran. Il faut partir, gauchement. Abandonner là des gens\nqui s'interrogeront : « Quel est cet intrus? » L'intrus file. Bonsoir!\n\n\n                                      VIII\n\n   19 MAI. — L'île Saint-Louis. Le seul endroit à Paris où j'aie connu le\nbonheur sans épines. Un vaste hôtel, entre cour et jardin, où vécut Lamoi­\ngnon ou d'Aguesseau. Des salles immenses, divisées par des cloisons. De\nvieilles boiseries blanches, avec, au dessus des portes, de grands médaillons\nencadrés de moulures rococo; des peintures noircies, et çà et là, un pan de\nchair jaune ou quelque branche d'arbre encore verdâtre.\n   Des herbes folles sertissent les pavés de la cour. La rouille ronge les\narabesques du puits, en fer forgé. Là-haut, les fenêtres. A celle de droite,\nprès du monumental escalier à rampe feuillagée, que de fois, sous la gui­\npure bise du rideau, j'ai vu apparaître la figure aimée, si douce, éclairée du\nconfiant sourire des premières amours ! Et maintenant le rideau est en soie\ncramoisie, et ne se soulève pas. Il n'y a personne pour me reconnaître, dans\ncette vieille maison, pas même ce portier qui fabriquait de si jolis moutons\navec du coton cardé et des bouts de papier doré... J'ai vu là un cortège de\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                  — 58 —\n\nbaptême inoubliable : un enfant pomponné de dentelles, et qu'un illustre\nparmi les illustres portait à l'église... Et huit jours plus tôt, un cortège de\ndeuil, par une pluie battante : un pauvre homme qu'on emportait dans son\ncercueil, venu là pour mourir, après vingt-cinq années de luttes et de\nmisères sur la terre d'Afrique : un grand patriote, qu'il eût fallu ensevelir\ndans le drapeu tricolore, et qui n'avait même pas le petit lambeau de rouge\nqu'on donne aux « affranchis » des citoyens ministres.\n   En sortant, la Seine couleur de mare, envahie de bizarres bateaux à lessi­\nveuses, et de ces bains d'où l'on sort en se demandant où l'on ira se laver\naprès s'être immergé dans l'eau croupie. De vieux quartiers cocasses, des\nfaçades de palais parlementaires, et au coin du quai la rue de la Femme-\nsans-Tête, coupant en deux l'ancienne Ile-aux-Vaches, cœur de Lutèce.\n   Le soir, dîner chez Arthème Lebeau, rue de Grenelle, au sixième étage.\nDes chambres grandes comme des placards. Une salle à manger que suffi­\nrait à couvrir la feuille de bananier de Paul et Virginie. Et là dedans pour\ndeux cents francs de fleurs. Des meubles sculptés, venus de Chine, fort\nchargés de monstres grimaçants. Les mets, dans un service en cristal, émaillé\nd'efflorescences d'or : les assiettes carrées. Des verres à spirales rubannées\nbleues et roses. Lacryma-Christi et Liebfraumilch... Des purées de truffes...\nJ'attends les langues de phénicoptères... Il ne vient que des nids d'hiron­\ndelles. Au sixième étage! Convives : un médecin, qui fait le carabin de\nvingtième année, un poète qui se gave de viandes saignantes, une femme qui\nmet de la crème dans sa salade et de la confiture sur des tartines de moutarde.\n   Tous névrosés. Moi aussi.\n   Je m'échappe. On m'attend au foyer de la Comédie. C'est gai, ce vaste\nsalon vert, plein de tableaux curieux et d'images. Trop de fétichisme molié­\nresque. On reproche aux prêtres de vénérer une soutane de Vincent de\nPaul, ou un os de saint Labre, et l'on exhibe une mâchoire de feu Poquelin.\nIllogique. Les comédiens sont aimables : Dudlay, toute moite d'émotion,\nvient de clamer les imprécations de Camille. Cadet, grimé en rond-de-cuir\ngrincheux, donne le bras à Fayolle, pour le Testament de César Girodot.\n   Je regrette Jouassain. Mon ami le comte Léon m'avait chargé de l'embras­\nser; je l'aurais fait volontiers. Je me rappelle son interpellation, un jour\nque Ferdinand de Lesseps entrait au foyer : « Savez-vous le dernier mot\nde Leuven? Il a dit : Je suis content de mourir. Je n'entendrai plus parler\nde la grande tragédienne, ni du grand Français ! » Le brave Adolphe de\nLeuven mourait avant d'avoir entendu parler du brav' général et de Mon­\nsieur Géraudel!\n                                                      CHARLES BUET.\n    (A    suivre).\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                 -   59   -\n\n\n\n\n        LES ADIEUX\nPuisqu'en des extases funèbres\nL'ange d'amour vient de mourir,\nVoici le baiser des ténèbres\nQue donnent ceux qui vont partir.\n\nPenche vers moi ton front suprême,\nDésenlace à jamais tes mains,\nCar ce baiser livide et blême\nEst celui qui clôt nos destins.\n\nPlus froide que pour une aimée\nQui serait morte avec son cœur,\nMa lèvre se sent parfumée\nD'un goût de terre et de malheur.\n\nCar tu n'es pas, tu n'es pas morte,\nEt tu n'as pas fermé tes yeux,\nEt l'Etrangère qui t'emporte\nN'est que la Vierge des adieux.\n\nTu vas marcher sur une route\nToute blanche d'un autre espoir;\nMoi, je m'en irai vers le doute\nPleurer aux absoutes du soir.\n\nEh! bien, écoute ma prière;\nJe suis comme un qui va mourir-,\nSois-moi douce, ô toi ma dernière,\nEt sois la sœur de mon désir.\n\nLorsque tu m'ouvriras la porte\nPour m'en aller de ta maison,\nOù mon âme, comme une morte,\nAura joint ses mains de pardon;\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                        — 60 —\n\n       Oh! ne la f enne pas encore\n       Sur l'infini de notre amour;\n       Attends un jour et puis un jour,\n       Et ne la ferme pas encore!\n\n       Laisse-la toujours   entrouverte,\n       Non, que je doive te revoir,\n       Mais si tu la fermais un soir,\n       Bien que loin, je l'entendrais, certe!\n\n       Hélas! Je l'entendrais qui tombe,\n       Car j'entendrais pleurer ton cœur,\n       Comme la pierre d'une tombe\n       Sur le sommeil de mon malheur.\n\n                                        G R É G O I R E LE R O Y\n\n\n\n\n                MÉLANCOLIE\nJe ne savais, enfant, quel diadème amer\nFroissait de ses joyaux vos tempes puériles ;\nEt, pour vous consoler, je vous montrais la mer!\n\n« Si votre cœur troublé rêve de calmes îles,\nOh! fuyons ce rivage où vous avec pleuré,\nEt laissez-vous guider parmi des mers tranquilles. »\n\nEn ces soirs, évoquant le mirage espéré,\nJ'en voulais éblouir vos yeux  mélancoliques,\nComme d'un paradis qu'ils auraient ignoré.\n\nL'air lui-même était plein de présages magiques!\nLa brise, on le sentait, avait frôlé des fleurs,\nEt les échos plaintifs, entendu des musiques.\n\nTout parlait avec moi des paradis  meilleurs!\nMais vous vous détourniez en la même pensée,\nEt, bien que parmi nous, vous nous sembliez ailleurs.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                  — 61 —\n\n    Et quelle mer sereine, enfant, vous eût bercée!\n    Et qu'en vous pressentant, ô chère, mon Eden\n    Se fût épanoui devant ma fiancée!\n\n    Je m'enivrais ainsi de mon rêve enfantin :\n    Mais vous ne m'écoutiez qu'avec un lent sourire\n    Hélas! où la pitié célait mal le dédain.\n\n    Et, de vos mots charmants caressant mon délire :\n    « Laissez-moi, disiez-vous, mes songes virginaux,\n    Et cette solitude où votre sœur expire.\n\n    Appareillez sans moi pour vos Eldorados!\n    Je ny pourrais voiler le deuil qui me couronne,\n    Et l'ombre en troublerait vos instants les plus beaux.\n\n    De grâce! laissez-moi mes horizons d'automne ! »\n    Et vous fixiez la terre où furent nos malheurs,\n    Comme une enfant en peine, à qui sa peine est bonne;\n\n    Et, bien que parmi nous, vous nous sembliez ailleurs...\n                                                  FERNAND SEVERIN.\n\n\n\n\n                 POÈMES EN PROSE\n                          L'AME DE CRISTAL\n\n              Mon âme est comme un énorme globe de cristal.\n                  Toutes les impressions s'y reflètent, rapides et étrangement\n               déformées, laissant après elles de profonds embrasements aux\n             , feux irritants et contradictoires.\n   Les passions despotiques l'emplissent de leurs fanfares, les plus inexpli­\ncables sensations la font frémir de leur coup d'aile invisible.\n   Aussi, toujours inquiet, toujours troublé, j'appartiens tout à l'observa­\ntion interne de mes rêves, je suis mort pour l'action, et je ne puis aimer la\nvie que pour les mirages qu'elle allume en mon âme.\n   Et je suis tenté de demander pardon aux autres hommes. Car je viens\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                                 -   62   -\n\nleur apporter les révélations dangereuses et débilitantes d'un monde occulte\net spécial.\n   Vraiment, ceux qui veulent vivre, de la bonne et saine existence de tous,\nne doivent pas me lire.\n\n                            LE GRAND MUR\n   Me promenant, à la tombée du jour, je passais bien souvent près de ce\nmur. J'aimais son ombre parfumée de fraîcheur. Et, tandis qu'un silence\nimpérieux et doux descendait en mon être, je marchais très lentement dans\nl'oubli de toutes les cruautés. C'était comme une trêve, d'où je sortais plus\nfort pour reprendre la lutte.\n   S'il m'advenait de devoir m'absenter, une indéfinissable tristesse me trou­\nblait aux mêmes heures de la soirée; et je croyais voir alors l'ombre du\ngrand mur s'étendre jusqu'à moi, malgré l'éloignement. D'invisibles liens\nnous unissaient.\n   Un soir, étant accablé de lourdes peines, j'allais à lui comme à un ami,\net l'âme défaillante je déposai sur ses pierres un long baiser dans lequel\nmon secret se livra.\n   Soudain, un monde nouveau de pensées souveraines s'ouvrit à moi, pour\nse refermer aussitôt.\n   Mais j'avais communié. Un apaisement et une force inconnus étaient\nentrés en mon âme.\n   Et, depuis lors, je n'ai plus ressenti le besoin de me plaindre aux hommes.\nJe sais l'inutilité de parler.\n\n                       LA BONNE GARDIENNE\n   Deux portes se dressent à l'entrée de ce monument — monastère ou pri­\nson. La première est toute de fer. La seconde, qui barre le passage au fond\nd'un sombre corridor, est une frêle porte, aux vitres garnies de serge verte,\nderrière laquelle brille la flamme d'une veilleuse.\n   Le vent le plus impétueux laisse immobiles les barreaux de fer, le moindre\nsouffle fait trembler les vitres.\n   Et cependant ce ne sont pas ces barreaux, qui défendent l'entrée de ce\nmonument.\n   Car, un soir, j'ai entendu les voix des plus criminelles tentations, qui\nayant pénétré dans le sombre corridor, malgré la porte de fer, s'étaient\narrêtées devant la frêle porte, aux vitres garnies de serge verte, derrière\nlaquelle brillait la flamme de la veilleuse.\n                                                  H E C T O R CHAINAYE.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                          — 63 —\n\n\n\n                    CHANSON\nJe t'aime comme on aime avec un cœur d'enfant,\nUn cœur doux et joyeux, tout fleuri de chimères;\nTes yeux me sont meilleurs qu'un clair soleil, chauffant\nDans le gazon d'avril les tièdes primevères.\nJe t'aime comme on aime avec un cœur d'enfant.\n\nJe suis ce doux passant qui, tremblant qu'on ne l'aime,\nFerme ses yeux meurtris et vient courber le front,\nDans l'espoir extatique et l'attente suprême\nD'ineffables baisers qui sur lui descendront.\nJe suis ce doux passant qui tremble qu'on ne l'aime\n\nJe te regarde vivre avec des yeux    surpris,\nDes yeux de nouveau-né s'ouvrant à la lumière.\nN'ai-je point vu tes sœurs? Ne m'ont-elles compris?\nIl semble que tu sois la Seule et la Première :\nJe te regarde vivre avec des yeux    surpris\n\nUn geste de ta main, de ta main souveraine\nMe comblerait soudain d'une divine joie.\nPèlerin harassé de ma course lointaine,\nVoici que, sous l'espoir, je m'incline et je ploie\nAu geste de ta main, de ta main souveraine.\n\nEcoute, écoute encor se fendre et sangloter,\nCe cœur que rajeunit ta lèvre parfumée,\nCe cœur qui près de toi rêve de s'abriter\nEt qui voudrait mourir de t'avoir trop aimée.\n    Entends-tu pas mon cœur se fendre et sangloter?\n\n                                            G E O R G E GARNIR.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                           -   6 4 -\n\n\n\n\n                  APPARITION\nAurore d'automnals marécages, Flambeau\nDont l'immobilité tremble aux lèvres impures\nDe l'Ombre humide en sang où rampent les Luxures,\nLys et flambeau jailli du fond de mon tombeau.\n\nAvec mes yeux d'enfant retrouvés sous les songes\nJ'ai vu, Seigneur! l'enfant aux yeux   d'éternité,\nLa sœur des Anges qui f ont luire aux soirs d'été\nLeurs chevelures comme un fleuve de mensonges !\n\nLaissez-moi contempler avec les simples yeux\nD'enfant que vous avez gardés à ma Détresse\nLe visage auroral que la Prière dresse\nAu ciel voilé de grands feuillages douloureux !\n\nLaissez mon cœur de pauvre aux bouches solitaires\nLongtemps, sous les soleils stériles, au Désert.\nMon cœur jeter en proie à son silence amer\nLe pain azyme et le vin pur de la Prière!\n\nLa souveraine du silence au nimbe d'or\nSans génuflexion, sans mouvement des lèvres\nGardienne des secrets qu'ont murmuré mes fièvres\nIncline sa beauté comme un lys qui s'endort.\n\nSous le souffle embaumé d'ailes, on ne sait quelles!\nEt par dessus les seins aigus — ô surhumains\nCalices loin des lèvres en peine! — ses mains\nSe joignent vers sa tête aux lèvres éternelles !\n\nTête aux cheveux pleurant sur elle ! et ses yeux clos\nA son inanité sous les longues paupières\nD'où regardent fluer l'automne des Lumières\nLes Cygnes de mes yeux qui taisent leurs sanglots!\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                  — 65 —\n\n   Car c'est comme un reflet de la Lune, ô mes Cygnes\n   Prisonniers sous l'orage! ô mes Cygnes, vers nous\n   Voici venir, roulant vos frères aux remous,\n   Les noirs fleuves avec des mains qui font des signes!\n\n   Les noirs fleuves des soirs tumultueux, des soirs\n   D'automne en rut ainsi qu'un troupeau de barbares!\n   Oyez les glas dans les abîmes, vers les Phares\n   Mobiles! Et ces mains flottantes aux flots noirs!\n\n    Seigneur! oyez l'orgueil du pauvre qui mendie!\n    Avez pitié des yeux d'où mes Cygnes ont fui,\n    Des yeux en sang ouverts par les mains de la Nuit\n    Absolue aux lueurs d'orage et d'incendie!\n                                                            JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n                        LES CLOCHES\n                            I. — CRÉPUSCULE\n               Les cieux sont gris et bleus, d'une douceur infinie. — Au travers\n                le feuillage léger, argenté des peupliers, les vents s'attendrissent\n                et musent et bruissent à peine. — Un calme et continu mur­\n                mure. — Le bruit des vapeurs bleues montant du sol, on croit\nl'entendre, — les herbes affaissées, les fleurs endormies, et l'assoupissement\nde la terre recouverte déjà des manteaux pâles du soir.\n   Apaisés, doux et graves, pénètrent par ma fenêtre large ouverte les bruits\ndu jour qui meurt. — Des voix, parfois, des voix éteintes, des roulements\nsourds, éloignés de voitures, un clair rire d'enfant, comme une cascade de\nperles jaillie dans l'ombre, et l'aboi persistant et triste d'un chien esseulé.\n   Des marchands ambulants crient, là-bas, dans les rues,— et leur cri lent et\ncontinu et monotone me transporte dans une féerique et magique cité, où\ndes veilleurs de nuit aux lourdes hallebardes, annonciateurs de l'heure des\nprières, parcourent les rues au crépuscule, chantant et sonnant dans leur\ncorne de fer.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                                    — 66 —\n\n    Planent, planent alors les cloches, les cloches comme des âmes, comme\n des âmes heureuses s'essorant à la nuit et déployant leurs ailes vers les\n royaumes de félicité, — vers les royaumes des vapeurs et des forêts grises\n où reposent les silencieuses ombres, — où le plus léger bruit ferait aux\n âmes de cruelles, sanglantes blessures, — vers les pâles empires où som­\n meille et dort la gloire de mystérieux rêves.\n    Planent, planent les cloches dans l'air encore adouci. — De longs et\n joyeux battements d'ailes emplissent ma chambre et m'assoupissent à leur\n frôlement, — et je songe des cloches qui clament, clament, proclament\n l'heure des prières à Notre-Dame, l'heure des prières du soir pour les cœurs\n simples et forts.\n\n                                II. — SACRE\n    Du sommet des hautes tours pavoisées de la vieille cathédrale, tonnent,\ntonnent, bourdonnent les grandes cloches. — C'est la jeunesse d'une claire\nmatinée de printemps. Sous l'azur absolu du ciel, pour les joies et la fête\nprochaine, sonnent et s'épandent en les larges rais du soleil, les cloches\nlourdes, graves et lourdes.\n   Aux abords de la place et dans les rues voisines le peuple est massé dans\nla fiévreuse attente, et simple, son cœur sourit et s'extasie et chante au\nchant d'or des cloches. Et plus elles résonnent, plus haute est son allégresse.\nAu chant régulier, solennel des cloches, il se rappelle les joies anciennes,\nles jours où fut son âme ensoleillée et refleurissent soudain des espérances\ndélaissées, et flottent dans les rais de lumière vivifiante des souhaits, bercés,\nexaucés, au chant grave et lent et simple des cloches.\n   Devant la foule énorme, bruyante, agitée, des haies de soldats s'alignent —\ndes casques à longue crinière et des cuirasses rebondies luisent comme des\nmiroirs au soleil et par instants scintille et brille le clair éclat bleuté d'un\nsabre nu ; — aux fenêtres, aux balcons de pierre, au travers des rues sus­\npendus, s'enflent et claquent au vent, de glorieux drapeaux, des bannières\ntissées d'or, et des oriflammes de velours jaunes, violets et cramoisis. —\nAu gré du vent, tour à tour renforcées, affaiblies, sonnent, sonnent les\ncloches.\n\n\n  Voici, pourtant, qu'elles se sont tues, les lourdes cloches, — et comme si\nun grand souffle les eût emportées en même temps que les voix de la foule,\nun vaste silence se fait sur cette place. — Au loin, de claires, joyeuses\nsonneries de trompettes qui se rapprochent, se rapprochent, s'éloignent et\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                                   - 6 7 -\n\ndiminuent et brusquement éclatent au détour de la rue. — De brefs com­\nmandements militaires répétés en écho par la place. Dans la foule anxieuse\nle silence augmente ; — on entend le bruit répété des sabots des chevaux\nde la garde, et tout à coup, après un appel aigu, prolongé, suprême de\nclairon, débouche sur la place, traîné par huit chevaux blancs bondissants,\nun carrosse splendide, éblouissant de dorures, et dont les glaces biseautées\nscintillent des radieuses couleurs de l'arc-en-ciel. Soudain alors déchaînées,\npar dessus les vivats et les triomphales acclamations de la foule égrenées\nau vent joyeux, dégringolent et sonnent, à toute volée carillonnent toutes\nles cloches, claires et graves, sonores et frêles, légères et lourdes, en une\nfurie continue de gammes descendantes, tôt affaiblies, tôt redoublées, et\nsur toute la ville, de toutes les églises, les cloches et les carillons font pleu­\nvoir leur chant de fête et de joie, pour le sacre du jeune prince, — un grand\nconcert de bronze au ciel d'azur.\n\n\n                      III. — OFFICE DES MORTS\n\n\n   Ah! pourquoi toujours ces chants de prêtre sur moi?\n   Pourquoi ronfle-t-il si fort, là haut, l'orgue dans le jubé? Les chantres\nchantent à pleins poumons, leur voix plane, s'élève et monte vers les rosaces\nsculptées de la voûte, et si terrible est ce chant que les femmes agenouillées\ndans l'église sanglotent et bruyamment gémissent la tête cachée dans leurs\nmains.\n   Des milliers de cierges brûlent sur les autels, dans les hauts chandeliers\nd'argent les flammes vacillent et tremblent par instant; — on croirait qu'elles\nvont mourir, mais elles se dressent et s'allongent de nouveau, la cire crépite\net fond avec un petit bruit sec désespéré serrant le cœur, pendant que les\nprêtres montent à l'autel, et s'inclinent le dos recouvert d'étoffes raides,\ntissées de soies et brodées d'or.\n   Une sonnette retentit qui fait se courber tous les fronts ; — un silence\nhorrible ; — il fait froid ; — et de nouveau recommencent les chants de dou­\nleur plus forts et plus désespérés avec la résonance toujours de ces syllabes\nlatines inflexibles, riches et pompeuses. L'encens fume sur les charbons\nrouges. Des nuages de fumée montent qui m'étouffent... m'étouffent...\n   Ah! certainement, je mourrai s'ils ne cessent!\n   Mais qui donc Seigneur! repose sous cette draperie noire et lourde\nfrangée d'argent, qui donc est là dans ce cercueil de chêne aux clous d'acier,\nqui gît dans ce suaire glacé, qui donc si ce n'est moi.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                                  -   68 —\n\n   Et pourquoi me font-ils souffrir encore si c'est fini?\n   Grâces leur soient rendues. Ils ont fini eux aussi. Voici dans le joyeux\nréveil de cette matinée de printemps, la cloche petite et froide qui tinte à\ncoups réguliers pour indiquer la fin de l'office des morts. — J'entends\nsoudain derrière moi le bruit mou de pas qui se rapprochent, — les grince­\nments plaintifs des chaises écartées, — les portes qu'on ouvre à deux\nbattants, — l'air qui entre... l'on me soulève et je sens que je réapparais\nà la Lumière...\n   Je vais donc reposer dans la terre bénie, sainte, hospitalière; elle sera\nsur moi et sous moi et toute la misérable pourriture de mon corps\ns'évanouira en elle. — Sous les bienheureux rayons du soleil, je renaîtrai en\nla forme définitive, esprit et âme, à jamais dépouillé de toute enveloppe\nsensible. — Au soleil radieux du printemps, je renaîtrai dans l'azur tranquille\néternel et pur, et je vivrai à nouveau, mêlé à la plainte des eaux, aux mur­\nmures des cascades, au clair chant des fontaines, dans les baisers rapides\ndes vagues fraîches au diadème éclatant d'écume flottante; — je serai tour\nà tour dans les souffles du vent, les caresses des brises adoucies des clairs\nbaisers des vagues et des langueurs molles des fleurs, dans les contours\nfuyants des nuages, le galop éperdu des nuées et les pluies fécondantes\ntombées du ciel d'orage. — En moi sera le calme des nuits, les deux pro­\nfonds et bleus et la douceur mystérieuse des grands fleuves blancs coulant\nla nuit sous l'azur du firmament, les clartés soudaines changeantes des\nétoiles, les souffrances inconnues et l'alanguissement des lunes consolatrices\net protectrices des rêves. — Dispersée et fondue en ces fugitifs lueurs de\nsouffre et d'or de l'aurore, mon âme s'épanouira dans les clartés soudaines\ndu soleil; — avec la sève elle montera dans les arbres et chantera dans les\nfleurs nouvelles, odorantes et belles. Plus blanche que la neige au sommet\ndes glaciers éternels, plus rapide et brillante que l'éclair jailli des nues,\nplus belle et pure que l'azur et les lacs sacrés où seuls se baignent et\npassent les nuages, mon âme s'élancera radieuse au travers de l'air impal­\npable, à des hauteurs inaccessibles, au royaume de la Contemplation\nsereine, parfaite, dans la béatitude éternelle, sans passion et sans désir,\nsans pensée au dessus de toute pensée.\n\n                                                  GEORGES DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                  - 6 9 -\n\n\n\n\n                 VERS\n               VITRAIL\n\nEn l'améthyste du vitrail\nSeule la sainte s'extasie\nDe voir par la plaine rosie\nSur la mousse rire l'aiguail.\n\nO joie ! ô quel sceptre divin\nFit jaillir l'aurore divine\nVers où ses mains que l'on devine\nNe se joignirent pas en vain ?\n\nEt voici qu'aux deux appâlis\nCelle qui tint l'Enfant, l'Etoile\nQui brille sur la mer, dévoile\nSon cœur auréolé de lys\n\nDont du seul hymne de leurs yeux,\nParmi les fleurs en avalanches,\nLes anges sous leurs ailes blanches\nChantent l'éclat silencieux.\n\n\n\n           LA SIRÈNE DÉÇUE\n\nIssant de l'eau vive et fragile\nLa Sirène éparpille au vent\nSa chevelure où joue agile\n Un parfum de matin levant.\n\nGaze et moire à reflets de perle\nLes flots la lutinent, subtils\nDont pourtant l'audace déferle\nAu clair de ses seins puérils.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                     -   70   —\n\n  Et, vierge, en l'ingénu de l'heure\n  Qu'éventent des clartés soudain\n  Un chant d'adolescent   l'effleure...\n\n  Mais la jeune voix qui la grise\n  Brusque s'esquive en un dédain\n  De sa voix l'appelant éprise.\n                                          ALBERT ARNAY.\n\n\n\n\n       LES FLAMANTS\n En une hiératique pose\n Ils s'alignent, vivants rosiers,\n Au marais que les balisiers\n Carminent de leur cime éclose.\n\nIls pointent leur bec d'argyrose\nLe long des graciles osiers;\nEt des ailes, rouges brasiers,\nEmerge leur poitrine rose.\n\nC'est dans la pourpre, un tendre éclair\nDe pâle neige, un rire clair\nDe blancheurs que le soleil dore.\n\nEt l'on dirait, sous le ciel bleu,\nDes cygnes au duvet d'aurore\nRêvant sur une mer de feu.\n                                  AUGUSTE VIERSET.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                      — 71 —\n\n\n\n                            PROMESSE (1)\n                                                                A HENRY DE GROUX\n\n\n             Je suis hanté par la nuit de l'Histoire, par ces rafales d'hommes\n              informes vomis par les Ténèbres, ces ouragans de peuples\n              hurlants précipités par la main du formidable Semeur, à\n              travers le monde, dans le feu et le sang pour le Festin des\nGlaives.\n    Et ces brumes du moyen-âge ne laissant apparaître que des fragments\nd'humanité, en cachant d'autres ou les rendant vagues, invisibles presque\nen l'inévitable oubli de la mort.\n   Mais ceux-là qu'elles laissent briller dans la Lumière éternelle sont si\ngrandioses, que l'esprit, emporté par un rêve aux ailes d'aigle capables de\nsouffleter le soleil, évoque des visions échevelées d'une grandeur vertigi­\nneuse, d'une foi à inonder le désert, à décrocher les montagnes de leurs\nvieilles bases pour en combler les gouffres immenses de l'océan ; de fulgu­\nrances qui trancheraient à la sphère sa partie infectée, pour la jeter dans\nl'abîme.\n   Surtout des yeux. Ils ont percé le brouillard, éblouis par le signe qui leur\nrestituait l'étincelle divine, lacs d'espérance, fontaines d'amour, miroirs des\nSiècles. Ils brillent plus lumineux que toutes les constellations du ciel\nvelouté par la nuit, ces yeux, essence précieuse d'âmes prêtes à rentrer dans\nl'incandescent foyer de l'Absolu pour gemmer le futur de nouvelles gloires\nirradiantes.\n   Je suis hanté par l'ombre de ces cerveaux qui firent hurler la pierre\nautour des cathédrales, somptueux et impénétrables reliquaires de prières\néteintes à jamais en nos âmes enténébrées, par ces mains jointes pour\nracheter l'iniquité monstrueuse de générations corrodées par le plus putré­\nfiant des acides, la Médiocrité.\n   Je songe à tout ce Rêve éperdu d'infini faisant reculer et s'enfuir, sous son\nvol, l'énorme azur des nuits muettes, à cette simplicité qui fit resplendir\ntout ce qu'elle toucha de sa grâce merveilleuse.\n   Je songe à tous les Himalayas qui ont sombré lentement en eux-mêmes\net qui ont été engloutis par le bourbier puant des temps modernes..\n\n\n (1) Extrait de Vers de l'Espoir, qui paraîtra prochainement.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                  — 72 —\n\n\n   Toute beauté qui ne put s'accrocher à la voûte, dans la débâcle des hau­\nteurs, pour luire sur nous, étoile nouvelle, est tombée dans l'eau livide,\nnénuphar sans cesse immergé par la houle d'une mare d'ordures.\n   L'ordure, elle sort de la terre comme la plus féconde et la plus volon­\ntaire des moissons, elle tombe comme les averses les plus submergeantes,\nelle déferle comme l'ouragan qui arrache les mâts de navires et leur\noctroie le plongeon éternel, ou comme le simoun qui détruit et recouvre de\nsable les oasis du désert.\n   Et ainsi jusqu'au jour où, sollicité par le dégoût de toute cette putréfac­\ntion qui aura envahi même son Calvaire et sa Croix sanglante, fatigué d'un\nsacrifice inutile atrocement conspué par d'éternels obligés, Il fera luire un\nsigne vengeur dans un déchaînement de nuées, et un éclair de ses yeux si\ndivinement doux, jadis, enflammera le pestilentiel et phosphoreux maré­\ncage, car les Glaives se seront refusés à un festin de charognes.\n   « C'est alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. »\n   C'est alors que les loups deviendront des agneaux et que les agneaux seront\ntransformés en loups.\n   C'est alors que les flaques de graisse du bouillon d'ignominie auront\nd'atroces convulsions et que les hurlements monteront ainsi qu'un vol\neffarouché de corbeaux.\n   Le feu sera déchaîné, lâché comme une bande de fauves bondissants, de\ndragons, d'hydres, de chimères et de serpents en furie; il sera partout, il\nfera rugir l'abîme, il s'étendra comme une atlantique rouge, il couvrira tout.\n   Et il n'y aura pas un cri de repentir dans toute l'incurable pourriture\nliquéfiée.\n   Car, après avoir soutiré le sang du côté droit du Fils de Dieu pour se\nracheter de la mort, elle exigerait qu'il revienne lui présenter, dans ses\nmains diaphanes, son cœur, et qu'il répande tout le sang de son cœur pour\nla sauver de ces nénuphars qui sont restés malgré tout, après la débâcle des\nhauteurs, à la surface de l'immonde, ouverts à la lumière.\n\n                                             MAURICE DESOMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                          -   73   -\n\n\n\n    BLANCHES FIANÇAILLES\nA l'étoile que pare un voile d'indolence,\nA l'étoile neigeuse en ses larmes d'argent\nMon âme se fiance — ô vierge du silence !\nJoignant comme dès mains ses chagrins paiement.\n\nLes ombres ont béni nos blanches fiançailles\nEt dans le jour défunt nos âmes de tourment\nOnt écouté le ciel pleurer ses funérailles :\nOn aurait dit le glas de mes rêves d'enfant.\n\nMais l'aurore soudain de sa bouche de rose\nCaressa nos désirs d'un baiser de soleil!\nSa lèvre fine et douce aux voluptés éclose\nA souri doucement à mon jeune sommeil.\n\nEt des anges alors, des anges blonds et frêles\nOnt parsemé nos cœurs des roses de l'oubli;\nLe murmure — mourant au lointain — de leurs ailes\nA l'étrange langueur d'un désir accompli.\n\nJ'ai souri dans les yeux hospitaliers des anges,\nDans leurs yeux pailletés d'améthystes et d'or,\nOù trônait, triomphant, aux encens des louanges\nL'Espoir, l'éphémère et doux vainqueur de la mort.\n\n                                        FERNAND      ROUSSEL.\n\n\n\n\n     LE PAYS DE MON RÊVE\nLe pays de mon rêve est un fief de la lune\nOù vaguent les heures vagues et vierges\nAu clair des clartés gisant sous les portes.\nEt voici bien des nuits que ne veillent de cierges\nDans le blanc palais des princesses mortes\nOù mon cœur éperdu se fiance à la lune.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                                 — 74 —\n\n     Le pays de mon rêve est une île en silence :\n     D'azur est la mer, de brume les dunes,\n     Les prés de rayons et d'ombre les bois,\n     Où j'écoute prier des sommeils de lagunes,\n     D'étoiles, d'ailes, d'encens et de voix\n     — Enfant de chœur à quel Noël de pur silence!\n\n     Le pays de mon rêve est l'espoir d'une Dame\n     Pèlerine au loin vers mon doux domaine,\n     Plus pure que lis, plus svelte que lance.\n     Sainte Phébé, ma suzeraine et ma marraine\n     L'amène en sa claire et frêle   fringance\n     S'agenouiller aux Saintes-Tables de mon Ame.\n\n                                                       AUG. JENART.\n\n\n\n\n              LE JOUR DES MORTS\n              Les rues du village sont couvertes d'une boue gluante, gaufrée\n               par le martèlement des pas et où luisardent des lentilles\n               d'eau. Du ciel bas, uniformément gris, tombe une bruine\n               froide et persistante qui noie les contours des maisons et des\narbres. Dans les haies, des gouttelettes pendent comme des perles à des\nbranches ténues, dont quelques-unes ont gardé la décoration d'une touffe\nde feuilles fripées.\n   Au coup de midi, le vieux sonneur s'achemine vers l'église, dont la sil­\nhouette vague suggère l'impression d'un fantôme dominant d'autres fan­\ntômes. Il marche à pas menus, réguliers, les coudes aux flancs, les mains\ncroisées contre sa poitrine — de grandes mains blanches, émaciées, qu'il\ncontemple avec respect, car elles ont acquis un caractère sacré en touchant\nau plâtre des vieux saints, au bronze des cloches, en feuilletant les missels\njaunis, dont le texte, enjolivé d'étranges capitales, met le lecteur en com­\nmunication avec Dieu. — La bruine poudre à blanc la grosse écharpe de\nlaine où disparaissent les lobes de ses oreilles, et pointillé de minuscules\ngouttelettes les poils raides et mi-chenus des favoris qui broussaillent aux\ndeux côtés de sa figure maigre.\n   Une barrière a grincé sur ses gonds ; la porte de l'église s'est ouverte\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                   -   7 5 -\n\npuis refermée avec un bruit caverneux ; le vieux sonneur ascende un escalier\naux marches usées...\n   Ding... don... — ding... don... Ainsi se lamentent à présent les cloches,\nréveillant de mystérieuses hulottes qui rêvaient dans l'obscurité de la tour,\nsur d'énormes charpentes enchevêtrées. Leurs sons s'éparpillent en vibra­\ntions mourantes ; ils vous pénètrent comme la pluie tenace et semblent,\ncomme elle, tomber lentement du ciel gris.\n   A l'heure des vêpres, les rues s'emplissent d'une foule morne qui s'ache­\nmine vers l'église. Les enfants se hâtent, le corps recroquevillé, les mains\ndans les poches, les joues rosées par les picotements de la bruine ; les\nhommes marchent à longs pas, la tête basse, vaguement songeurs; tandis\nque les femmes, qui prennent d'infinies précautions pour éviter les souil­\nlures de la boue, ont une démarche sautillante qui les fait ressembler à de\ngrands oiseaux lugubres.\n   L'église est tendue de noir comme pour un enterrement, et le catafalque\nse dresse au milieu, entouré de chandelles allumées. Cela glace le cœur des\nfidèles, qui font dévotement le signe de croix sous le porche, puis se dirigent,\nsans bruit, vers leurs places habituelles. Chacun songe au défunt qu'il a le\nplus aimé, il se rappelle ses funérailles, et revoit son cercueil sous le cata­\nfalque : celui-ci était riche, et son cercueil de chêne portait un crucifix et\ndes torches en argent ; celui-là était pauvre, et on l'avait placé dans une\nbière de mauvaises planches, ornée d'un christ et de flammes en papier.\n   Aujourd'hui tous ces morts sont mêlés aux vivants. L'église est triste à\ncause de leur présence, et les psaumes y résonnent douloureusement parce\nque leur voix s'unit à la voix des chantres. Ils gémissent de même avec\nl'orgue, et se pressent autour de l'autel, quémandant des prières comme les\npauvres sollicitent l'aumône par les jours de gel et de neige.\n   Et quand le prêtre recommande les trépassés au souvenir des fidèles, les\nassistants voient défiler un long cortège de morts. Ce sont d'abord des gens\nque personne n'a connus et qui n'ont plus de parents dans le village, des\nformes vagues et tristes, pareilles aux silhouettes lointaines des pèlerins\nqui marchent dans un désert, à la tombée de la nuit. Des vieillards suivent\navec des vêtements passés de mode : ils sont courbés, usés, ratatinés, et\nleurs yeux, qui ne savent plus pleurer, se fixent douloureusement sur leurs\ndescendants. Il y a aussi des jeunes filles en robe noire, semblables à des\nvierges en deuil, et des enfants, avec des figures pâles et douces, de pauvres\nenfants sevrés de caresses, qui ont l'air d'avancer la tête pour qu'on passe\nla main dans leur chevelure.\n   Tout à coup, une femme éclate en sanglots. Sa mère est morte dans une\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                  -   76   -\n\nmaison d'aliénés ; on l'y a conduite dans une charrette, où deux hommes\nfurent obligés de la maintenir. Elle ne voulait pas partir, elle se débattait\net criait. Quand la charrette s'est ébranlée, sa raison semblait revenue, et\nses yeux, qui étaient restés secs jusqu'alors, se sont remplis de larmes.\nElle a regardé ses fils et ses filles, qui pleuraient, et leur a dit d'une voix\nlamentable :\n   — O mes enfants, pourquoi me chassez-vous ?\n   Elle vient de se présenter devant sa fille, vêtue comme au moment de\nson départ, et les yeux toujours baignés de larmes; elle a répété d'une voix\ndouloureuse qui paraissait sortir d'une caverne :\n   — O mes enfants, pourquoi me chassez-vous ?\n   Après les vêpres, les gens regagnent leurs maisons, silencieux et graves;\non n'entend que le clapotis monotone des pieds qui s'impriment dans la\nboue.\n   Insensiblement la nuit tombe. Dans l'obscurité, des fenêtres éclairées\nplaquent çà et là de grandes taches de lumière jaune qui font rêver à des\ngrottes creusées dans les ténèbres et dont les parois réfléchiraient la lueur\ndébile d'une lampe fumeuse. L'eau dégouline des toits avec un bruit mou,\ntandis que les cloches, s'ébranlant toujours à intervalles réguliers, jettent\ndans l'espace des sons d'une tristesse infinie.\n   Les paysans, assis au coin de leur feu, écoutent tomber la pluie; ils\nécoutent le son des cloches et le tic-tac de l'horloge, et chacun se dit :\n   — C'est singulier, chaque fois qu'il y a eu un mort dans la maison,\nl'horloge a fait ce bruit étrange et obsédant... Je sais qu'il sort de cette\ngaîne, pourtant quand tout est bien calme et que j'écoute attentivement, on\ndirait qu'il s'échappe de mon crâne...\n   Pour réagir contre ces pensées, on engage des conversations. Elles ont\nlieu à mi-voix et deviennent bientôt lugubres, car l'un ou l'autre prononce,\ninconsciemment et'sans deviner l'immensité des choses qu'ils évoquent, les\nmots de trépassé, de prière et de deuil. Alors, tout en contemplant la\nteinte mélancolique des meubles, ainsi que les masses d'ombre accumulées\ndans les encoignures où elles veloutent les murailles d'une sorte de moisis­\nsure humide et froide, les gens songent à leur passé, ils remontent mélan­\ncoliquement le cours de leur vie, et s'arrêtent aux dates marquées par des\névénements. C'est la première communion, le tirage au sort, le mariage.\nDes figures disparues surgissent, des personnes qu'on a aimées tendent les\nbras et semblent vous reprocher leur abandon. En présence de tous ces\nmorts, des vieillards frissonnent comme ces vieux arbres qui se dressent,\nsolitaires, au milieu des champs.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                  — 77 —\n\n  Cependant, une voix gazouilleuse de fillette insouciante fredonne tout à\ncoup dans le silence :\n                           Au jardin de mon père,\n                           Vole, mon cœur vole !\n                           Il y a z'un pommier doux\n                                Tout doux .'\n                           Trois belles princesses,\n                           Vole, mon cœur vole !\n                           Trois belles princesses\n                           Sont couchées dessous.\n\n   Son père l'interrompt d'une voix grave :\n   — Silence, ma fille, on ne chante pas aujourd'hui.\n   Et comme lui-même pense à sa jeunesse, il parle de ses parents défunts :\n   — Je me rappelle, enfants, votre arrière-grand'mère... J'avais douze ans\nquand elle est morte... Elle était vieille, très vieille... Elle marchait avec\nune béquille... Voici sa place habituelle... là... au coin du feu... Elle y\nrestait assise tout le long du jour, dans un grand fauteuil... A cette époque,\nles gens étaient simples, ils connaissaient peu de choses, on voyageait\ndifficilement... Ainsi, vous savez tous ce que c'est qu'un chemin de fer...\neh bien! votre arrière-grand'mère n'avait jamais vu aucun train... Il n'y\navait que des diligences, et elles n'étaient pas sûres... Le village était aussi\nmoins peuplé qu'aujourd'hui... Presque toutes les maisons étaient couvertes\nde chaume... Et l'on parlait de revenants, de sorciers... que sais-je?...\nParfois on entendait une musique aérienne, dans un pré, le soir... Les gens\npassaient leur chemin, en faisant le signe de la croix... Le lendemain, on\ntrouvait une grande plaque d'herbe brûlée... C'était à cet endroit que les\nsorcières avaient dansé... — Votre arrière-grand'mère m'a souvent raconté\nl'histoire d'un de ses frères qu'un sorcier avait accompagné, la nuit,\npendant deux heures... Ce sorcier avait pris la forme d'un chien énorme,\ndisait-elle, de la grosseur d'un veau... Il trottinait derrière notre parent,\nmais sans lui faire aucun mal... Seulement, de temps à autre, il frottait son\nmuseau froid contre ses talons... Notre parent tremblait d'épouvante... Et\nil ne voyait pas de village, pas de maison... Enfin il aperçut une lumière...\nla lumière d'une cabane, au bord de la route... Le propriétaire lui expliqua\ncomment il se débarrasserait du chien... Il fallait, paraît-il, lui planter un\ncouteau dans le front, entre les yeux... Pendant ces explications, les deux\nhommes entendirent quelque chose qui cognait contre les vitres... Ils\nlevèrent la tête... Le chien avait appliqué ses pattes de devant sur le rebord\nde la fenêtre... et il regardait... Quand notre parent continua son chemin,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                   -   78   -\n\n il ne vit plus le chien, naturellement... Mais comme il avait eu peur, très\n peur, il tomba malade et mourut peu de temps après...\n    Ce que je vous raconte là, enfants, ne doit pas vous effrayer... Il n'y a\n plus de revenants, il n'y a plus de sorciers, depuis que M. le curé lit, pen­\ndant la messe du dimanche, l'évangile de Saint-Jean...\n    Pauvre vieille grand'mère! si je me souviens d'elle!... Tenez, le rouet\nqui se trouve au grenier, c'était son rouet... Quand nous serons morts, ta\nmère et moi, ce rouet t'appartiendra, Jeanne... Toi, Jules, tu auras ce\n sabre, qui pend à droite de la cheminée... Et toi, Félix, tu prendras ce\ntableau, qui est accroché au dessus de l'armoire... Vous conserverez pré­\ncieusement ces objets, mes enfants, ce sont des souvenirs...\n    Le père se tait.\n    Jules, alors, pense :\n    — Ce sabre m'appartient. Quand mon père sera mort, il ne faut pas que\nj'oublie de l'emporter.\n    Et Félix songe :\n    — Pourquoi mon père m'a-t-il donné ce tableau? J'aurais préféré le\nsabre, moi...\n    Cependant la nuit s'avance. Les lumières s'éteignent, une à une, dans le\nvillage. Les paysans se mettent au lit, mais avant que leurs paupières se\nferment, le son des cloches leur arrive encore, plus étouffé et plus triste,\ntout pareil au douloureux soupir d'un être surhumain, qui retentirait dans\nl'immensité.\n    A présent, une seule lueur brille. Derrière l'étroite fenêtre de la tour, la\nlampe du sonneur met un point jaune, un rond de clarté mate. Et cela, dans\nla nuit opaque, semble l'œil de quelque puissant rêveur, l'œil même de cette\nvieille église de village; aux pierres moussues, aux briques effritées, béné­\nvole confidente des secrets de plusieurs générations, qui, maintenant que\ntout dort, songe à l'infinie misère des existences éparpillées autour d'elle ..\n\n                                                     H U B E R T KRAINS.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                   — 79 —\n\n\n                           OFFRANDE\n         Le beau Prince accoudé sous les balcons royaux\n         Voit tout à coup surgir de magiques Florides\n         Et dans le soir tardif, au bord des lacs limpides,\n         Mûrir des pommes d'or dans l'ombre des berceaux.\n\n         Dénouant leurs cheveux aux rires des ruisseaux\n         Des filles aux yeux clairs, frivoles et perfides,\n         Sous la pluie argentine en les feuilles humides\n         Imitent en jouant les doux chants des oiseaux.\n\n         Et tandis qu'un dragon couvert d'écailles jaunes\n         Veille des morts sanglants couchés parmi les aulnes\n         L'Enfant, triste, étonné de ne pas être aimé,\n\n         Écartant d'un rameau ses biches et ses chèvres,\n         Descendu vers la plaine, offre comme ses lèvres\n         La rose rouge éclose en son cœur parfumé.\n                                                            VALÈRE GILLE.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                   Deux livres de TOLSTOÏ (drame et vaudeville).\n\nA               la fin de « Marchez pendant que vous possèdez la lumière », les\n                lecteurs du livre trouvent cet apologue : Un catéchumène déjà\n                vieux, entrant dans une communauté chrétienne, est envoyé au\n                travail des vignes. Au premier coteau, dans la vigne abon­\ndante et chargée, les jeunes gens travaillent gaiement, et, nulle place pour\nlui ; à une plantation moins riche, les chrétiens travaillent par couples, et,\nnulle place pour lui ; ce n'est que dans une vigne aux sarments solitaires, que\nJulius le catéchumène, d'abord découragé par l'aridité de la récolte pos­\nsible, rencontre un vieillard, premier occupant de cette maigre besogne\net ce vieillard lui enseigne le moyen de recueillir encore quelques grappes.\nLes admirateurs de Tolstoï y pourront voir quelque involontaire allusion à\nla transformation de talent de l'auteur lui-même, devenu moins littéraire,\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                  — 80 —\n\nplus sec, mais cherchant en une forme sans apprêts et toute de vulga­\nrisation, à répandre quelques idées qui lui demeurent essentielles.\n   La caractéristique du grand roman de Tolstoï, tel que Guerre et paix\nou Anna Karénine, était un mélange de la mobilité et la grandeur de la\nfresque et de l'imprévu des tableaux ambiants, c'est-à-dire que considérant\nun temps, dans ce temps plusieurs mondes spéciaux, particuliers et se ren­\ncontrant, considérant la teinte générale d'une époque comme le véritable\nhéros de son roman, Tolstoï y faisait vivre des êtres de temps et de lieux\nbien caractérisés; ainsi, si nous considérons Guerre et paix, le héros du\nlivre serait la Russie, considérée comme une lente et calme et puissante\nforce défensive; une première incarnation du héros type serait Koutousof,\négalement lent, calme et défensif, Koutousof étant personnage historique\net, par conséquent, élément de fond de fresque ou de toile de fond, il faut\nà l'auteur, pour satisfaire à l'esthétique ordinaire du roman, un héros, c'est-\nà-dire un personnage d'invention seconde, calqué sur la réalité, mais\nn'ayant pas d'état civil flagrant. Le prince Bolkonsky sera donc un Kouto­\nsof plus jeune et agissant en raison du moins grand nombre d'années; soit\nparcourant les étapes d'enthousiasmes et de désillusions nécessaires pour\nformer un Koutousof. Comme ce troisième type perd de sa clarté à être\nsurtout agissant, et qui, étant donnée sa jeunesse, la partie actes de sa vie\nprend nécessairement une grande place de son rôle écrit ; un quatrième type\nse présente, Bésoukof, qui du type principal détient les parties de pensée et de\nréflexion qui n'ont pu trouver place dans le rôle du prince Bolkonsky.\nEtant posés ces personnages de résignation et de douceur, Tolstoï établit en\nface d'eux une série de personnages qu'on pourrait dénommer les assail­\nlants, et qui s'échelonnent depuis Napoléon, l'ennemi de la Russie, jusqu'à,\npar exemple, Dologhow, l'ennemi de Bésoukof. Ses personnages femmes\nprésentent la même antithèse, et quelques comparses prétextes, comme le\nsoldat Platon ou certains officiers de la garde, servent aux personnages à\nprendre de nouveaux embranchements de vie qui leur permettent d'expliquer\nleur pensée « sur la nécessité d'un bien-être général fait de tranquillité de\nconscience et la nécessité de le préparer dans la mesure de leurs moyens\npar une plus parfaite éducation d'eux-mêmes ». Tel est le squelette du\nlivre, malgré l'addition d'anecdotes imposées par l'esthétique momentanée\ndu roman.\n   On retrouvera dans Anna Karénine un semblable procédé. Des gens du\nmonde vivent selon des modes traditionnels peu flexibles, embarrassés de\nmille riens représentatifs, sans avoir le temps d'écouter leur conscience ;\nc'est à propos d'un petit incident de famille que les principaux personnages\nse rencontrent. Au moment de ce petit fait (Levine, Wronsky, Kitty et\nM me Karénine) se rencontrent dans un bal, et les deux couples se croisent et se\ndécroisent, attirés en dehors de leur destinée par le plaisir qu'ils éprouvent\nà se trouver contrastants. Encore pris dans les traditions, ils se trompent\nsur eux-mêmes ; le roman décrira donc l'utilité et la beauté d'existence que\ntrouvent Kitty et Levine, vivant dans une norme favorable à eux, et les\ntragiques malheurs de Wronsky et d'Anna Karénine n'ayant su trouver\nleur chemin de vie, entachés qu'ils sont de goûts mondains.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                  — 81 —\n\n   Déjà Tolstoï prêche le travail manuel (Levine fauchant ses prés), l'admi­\nnistration de ses biens, l'accomplissement des devoirs municipaux et des\ndevoirs privés comme la règle du bonheur ; dans le décor, au calme et au\ntableau plaisant de la vie rurale, où vivent heureux Levine et Kitty, il\noppose synchroniquement des scènes heurtées de salon et de chemin de fer\nqui lui paraissent symboliser les heurts et allées-venues du couple Wronsky,\nen face de la tranquillité des plaines évocatrices du bonheur de Levine, ceci\nnon sans incidents et anecdotes, formant petits décors et tableaux spé­\nciaux ; car, l'influence de Stendahl, de ses romans à décors, de la Char-\ntreuse de Parme et le Rouge et le Noir, ont encore grande puissance sur\nla mécanique littéraire de Tolstoï ; je dis : \" mécanique littéraire » et non\n« pensée littéraire \". Après ses deux grandes œuvres de maturité, dans la\nsérie des œuvres de Tolstoï, on le voit se préciser, réduisant les proportions\ndu décor et placer de plus en plus, dans certain livre, deux personnages\nprotagonistes conférenciant le pour et le contre, ou, dans des nouvelles, des\npersonnages passent, indiqués dans leur silhouette momentanée, sans que\nl'écrivain précise autrement leurs origines (le joueur, etc.). Dans la Sonate\nà Kreutzer, le roman se réduit à un pur monologue ; c'est comme une con­\nfession reproduite par un témoin intelligent.\n   Posnitcheff y expose d'une belle âpreté ses griefs contre lui-même et ses\ngriefs sociaux. Nous le retrouvons semblable, continuant son monologue\ndans le Julius de Marchez pendant que vous avez la lumière, mais en\nsomme calmé d'un première rédaction. Somme toute, au rebours de nos\nromanciers naturalistes qui, rapidement épuisés, sont réduits, pour sou­\ntenir leur notoriété littéraire, à interpréter de vagues anecdotes ou atta­\nquer des corps constitués mettant la décadence de leur forme au service\nde leur décadence d'agitation mentale, Tolstoï se dessèche et se nettifie.\nCe roman : Marchez pendant que vous avez la lumière, construit sans\nautre décor que quelques noms à désinence latine, se résume en deux\npersonnages vivant de façon différente, avec un témoin éclairé et vivant\ndans l'action, et des comparses; il faut, pour un Français ignorant du russe,\nmettre de côté toute question de forme littéraire et phraséologique ; il serait\ntrès curieux pour nous de savoir si, après avoir écrit Guerre et Paix et\nAnna Karénine en style écrit bigarré et coloré, l'écrivain rédige ses der­\nnières œuvres en une forme toute nette, toute de nerf et de sang dans de\nmaigres musculatures ; mais la traduction est écrite dans un patois infini et\nn'est peut être qu'une caricature.\n   En prologue, entre contemporains, on discute sur la vie humaine, un\njeune homme déclare : « Pourquoi continuer à vivre de cette façon indigne,\npourquoi continuer à faire ce que nous condamnons », et son rêve serait\nd'une vie travailleuse confondue à celles de misérables ; son père lui répond\nque son désir est noble, au fond, mais qu'à lui seul, son père, connaissant\nbien la vie, il appartiendrait de prendre et suivre semblable détermination.\nAlors un homme marié, indifférent, en fait, aux déterminations du jeune\nhomme et aux objections du père, déclare que tous deux ont raison, qu'évi­\ndemment ce jeune homme est trop jeune pour prendre une résolution\n                                                                       6\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                                    — 82 —\n\n\ndéfinitive, mais qu'au fond il pense de même par la raison et l'expérience.\n« Qu'attends-je alors? du matin au soir je travaille pour ma famille avec\nle résultat que ma famille et moi, loin de vivre à la hauteur de la loi de\nDieu, nous nous enfonçons de plus en plus profondément dans la boue du\npéché, on travaille sans cesse pour la famille, mais à la fin elle ne tire pas\nle moindre profit de ces efforts parce qu'ils ne sont pas réellement utiles à\nla famille...\n   Les dames le redressent vigoureusement malgré cette objection qu'il est\npeut-être inutile d'élever des enfants d'après des principes qu'on désap­\nprouve. Un homme plus âgé, un vieillard, se plaint de ne vivre que pour\nmanger et dormir, mais des neveux et des nièces lui persuadent que c'est\npour eux et pour leur liberté qu'il doit vivre. Enfin, deux vieillards con­\ncluent que s'ils ont deux jours à vivre, il est inutile de les gaspiller en projets\net que le plus qu'on peut faire c'est de discuter sur les avantages qu'offrirait\nune vie bonne, droite et morale qu'il est impossible de vivre.\n   Le roman est peut-être moins net que ce prologue, qui évoque invincible­\nment le souvenir de La Fontaine ; ni Julius, ni Pamphilius n'ont la préten­\ntion d'être construits archéologiquement, et s'ils ont des noms latins ce sont\nde vagues pseudonymes de russes modernes habitant ces phalanstères que\nTolstoï aime à prêcher, à favoriser et à créer. Dans cette leçon-conférence\ndonnée aux bourgeois russes, comme il a donné aux paysans la Puissance\ndes ténèbres en tableaux vivants et glaces pour leurs vies, Tolstoï ne veut\nqu'expliquer combien est simple dans l'effort et heureux dans les résultats\nune vie simple avec un peu de travail physique et beaucoup d'amour désin­\ntéressé, et quel plaisir en quelque sorte maternel des hommes intelligents,\nlas des échevinages ou des épithètes colorées, peuvent trouver à être les âmes\net les éducateurs des simples.\n   Mais, si un des personnages du roman, Pamphilius, est par postulat\narrivé dès l'âge le plus tendre à cette quiétude, Julius, l'adepte type, n'y\narrive que fort difficilement, et chaque fois qu'il prend le chemin de la\ncommunauté chrétienne où chacun vit l'un pour l'autre avec, hélas ! l'avoue\nl'utopiste, bien des gradations, car la communauté dirigée par un impec­\ncable pasteur, nombre dans les derniers rangs de ses prosélytes de franches\ncanailles à peine repentis, sur la route de cette quiétude chaque fois Julius\nrencontre un médecin dissuadeur; ce médecin possède l'intelligence\npratique de son temps, combat savamment et intelligemment les désirs de\nJulius d'échapper à la vie ambiante pour entrer dans une règle, et ne perd\nsa cause que lorsque Julius, qui, jeune, a exploité le crédit de son père,\na été frappé par lui, s'est défendu et a deviné que les rapports entre lui et\nson père étaient purement et simplement la haine de l'envahisseur contre le\npremier occupant, perçoit, étant devenu vieux et père, les mêmes senti­\nments chez son fils, le frappe, le voit se défendre, etc.\n   Donc, l'écrivain veut bien dire que si Pamphilius a la sagesse innée,\nJulius n'adopte la sagesse de Pamphilius, que frappé très personnellement\net pour ainsi dire mis en face d'un miroir psychique. Quant au médecin, un\nhomme de sagesse tempérée, n'étant nullement père ni magistrat, il n'a pu\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                    — 83 —\n\navoir la conscience des responsabilités et raisonne de la vie comme un\namateur raisonnerait d'un poème.\n   De même que dans la Sonate à Kreutzer, l'écrivain démonte l'idée et\nles actes du mariage en les déclarant inames, de même, dans Marchez.\nl'écrivain tient à détruire l'idée de famille pour instaurer l'idée plus large de\ncommunauté ou phalanstère. Dans les Fruits de la science, non plus le\nhéros principal, mais le terme principal de l'œuvre sera également l'idée de\nfamille que Tolstoï, après l'avoir attaquée par une figuration schématique,\nvoudra attaquer par une suite d'anecdotes. Cette comédie ; les Fruits de la\nscience comporte deux éléments; une maison, disons une famille, est mise\nà sac par ses propres membres. Le père de famille est assailli par sa femme,\nsoucieuse d'argent, de toilette, une fille similaire, un fils, acheteur de\nchiens, qui vendraient leur père pour trente deniers répercutables ; dans ce\ndésordre des paysans humbles et avares viennent solliciter le maître de\nconclure une affaire désavantageuse pour lui ; toute sa famille est d'accord\npour la lui suggérer et par tous moyens, car il y aura quelque argent\ncomptant de partageable pour les divers caprices de ceux qui entourent le\nmaître. Ses ennemis les plus proches savent mieux que qui que ce soit où\nl'atteindre et trouveront leurs auxiliaires : premièrement dans la domes­\nticité, espionne des travers du maître, bien informée par ceux qui le\ntouchent de plus près et aussi dans la manie favorite du persécuté. C'est un\npeu, car les rapprochements du Tolstoï de la dernière période avec La Fon­\ntaine s'imposent, la fable de l'astrologue qui tombe dans un puits. Ce pro­\npriétaire est épris de spiritisme.\n   Le sociologue qu'est Tolstoï, calcule le ravage des pauvres théories\nempiriques et dés malencontreux systèmes tout faits chez des gens dont le\npremier devoir est de gagner le pain quotidien. Il ne pouvait s'intéresser\nni à son type de dupe ni à cette cohorte d'hommes d'intrigues, de vaticina-\nteurs troubles et de romanciers drolatiques.\n   Dès longtemps, en Russie, dans ce pays de tout mysticisme, il a pu voir\nde remarquables échantillons d'occultistes. Déjà Landau, le médium, ancien\ncommis de nouveautés parisien, apparaît dans Anna Karénine comme un\nindividu d'habiletés douteuses. En présence de ce trouble de plus apporté\nà la conscience, demeurance des tours de cartes et de physique amusante,\nTolstoï a voulu devenir franchement railleur et comique. Y a-t-il réussi?\nNon. La plaisanterie reste lourde et n'ajoute rien à la trame de comédie\nfamiliale que Tolstoï a voulu mettre au clair.\n                                                          GUSTAVE KAHN.\n\n\nContes de mon village (Mœurs wallonnes), par Louis DELATTRE. Introduction de Georges\n                   Eekhoud. — Bruxelles, Paul Lacomblez, éditeur.\n\n  Le livre que vient de publier Louis Delattre révèle un conteur. Un conteur\ncharmant, dont la phrase court et vole, coquette, vive, colorée, tantôt\ncharnue comme une branche de sureau, d'autres fois semée de fleurs et\nfuyant, douce, avec l'air d'un sentier au soleil, un matin de procession.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                    -   84   -\n\nDelattre excelle à conter, avec la juste mesure de ce qu'il faut dire, et ses\nhistoires sont bien épluchées, et bien assaisonnées, de façon à former un\nexquis ragoût de lettré. Il a un tour original pour vous faire ses récits, un\ntour à la fois déluré, bon enfant et na'if, et c'est délicieux à écouter et à lire.\n   Ce qu'il raconte ainsi, c'est le village wallon, c'est son village, et l'on\nsent qu'il prend un très grand bonheur à dire tout ce qui s'y passe. Georges\nEekhoud, dans une médullaire et cordiale préface faite pour ce livre —\nruban solide qui lie en beau bouquet typographique les sept nouvelles —\nappelle Delattre : un observateur éveillé. Mot très juste. Ne vous fait-il\npas l'effet, le jeune poète, dans son village où il y a des commères, des\nenfants, des charrettes, des forges, une boucherie, des ruelles, des bosquets\net des fleurs, d'un pimpant oiseau dans un bocage très peuplé et qui chan­\nterait et sifflerait toute la journée en regardant les autres d'un air moqueur\nou attendri, joyeux de voir mûrir des grappes de sorbier, amoureux des\nfauvettes, et plein de bonheur quand il agite sa mine pétulante dans ce coin\nde bois où se trouve son nid? Il fait rouler ses phrases dans le gosier de sa\nplume, comme des trilles d'alouette, à l'aurore, quand on se réveille, à la\ncampagne, et que les fermiers lèvent leur rideau de mousseline pour voir\nsi le soleil brille bien.\n   Et tout ce village est évoqué, plein de vie et de bruit, avec un décor\naquarelle d'un pinceau vif et des personnages croqués d'une griffe leste\nd'aquafortiste-ès-lettres. On le voit, dans sa fraîcheur wallonne, au milieu\ndes campagnes et des bois d'alentour, avec ses jardins où il y a des murs\ntapissés d'opulents gobelins de fleurs d'or, ses ruelles un brin tristes où\nrésonnent plus fort les sabots des galopins quivont à la maraude, le silence\nde ses soirs, quand les ouvrières des fabriques repassent dans les rues et\nqu'on entend ces rumeurs de la vesprée « qui viennent on ne sait d'où »,\navec sa forge aux gais soufflets, aussi : « comme elle est située au point\nculminant de la ville, quand la porte est ouverte, on voit, tout en tirant\nle soufflet, les toits bleus et rouges qui dégringolent; au loin, la campagne,\navec une ligne sombre qui la limite, les bois, bien loin ». Et cette cam­\npagne, comme on en sent les bons fumets des essarts, le vert parfum des\nbois et des genêts, sous le ciel. Comme tout s'élève, et frissonne de vie !\nC'est qu'il y a, dans ce livre, un si grand amour pour les choses qui forment\nl'alentour de l'existence! Il y a là un cœur si vivant qu'il prête de son sang\naux êtres qui n'en ont pas et qu'il leur insuffle une âme 'avec une prodiga­\nlité de tendresse débordante.\n   Mais les personnages, alors ! Comme ils sont tous bons et sympathiques !\nLe conteur vous les fait aimer. S'ils ont commis quelque peccadille, on l'ou­\nblie bien vite, car ils sont tous braves, braves jusqu'à l'héroïsme, comme\nen témoigne l'histoire de Pierre-de-la-Baraque.             Tenez, voici encore\nJérôme Badot : sans le vouloir, le pauvre, un soir qu'il était rentré ivre (et\nDieu sait si cela lui arrivait rarement!), il a cogné sa femme au sein. Elle\nen est morte. Et bientôt l'âme dolente et bourrelée de remords du pauvre\nJérôme va rejoindre celle de la trépassée, après avoir toutefois reçu l'absolu­\ntion de M. le curé. N'êtes-vous pas ému à l'Histoire d'un petit clerc? Et\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                     — 85 —\n\nn'éprouvez-vous pas un peu d'amour — si, si, avouez-le — pour la Voi-\nsine, dont la fraîche jeunesse s'encadre si bien dans les jacinthes, les vio­\nlettes et les giroflées? Et si Christine de Landelies a commis une faute bien\ngrave, dans un conte d'une pénétrante et printanière mélancolie, qui ne lui\npardonnerait après avoir lu cette chose exquise par elle inspirée : « Mais\naurais-je su ne plus aimer Christine?... J'ai entendu, l'autre jour, des Airs\npopulaires de Schumann que chantait un hautbois de sa voix pure ; pour­\nquoi, soudainement, me suis-je rappelé l'arrivée de Christine de Landelies\nen ce matin de mai où tout riait — et, près de la chambre morne et silen­\ncieuse de Rosalie malade, la montée de l'escalier, avec mes bras pleins de\nlinge frais fleurant le soleil et les sèves? » Deux personnages sont pourtant\nbien méchants : Aline, l'actrice de Bruxelles, et cet ignoble cabotin de\nRouvat. Mais heureusement, il n'y a pas de ces gens dans les villages ! Ils\nservent de noir et urbain repoussoir à l'honnêteté des héros du livre. Et\npuis la Petite Flipinne vous les fait vite oublier, avec son intéressant profil\nde buveuse de café. Car elle est tout à fait caractéristique, et c'est peut-être\nma préférée dans la série des contes.\n   Et tel est — autant que j'ai pu le résumer en quelques lignes — le village\nde Louis Delattre. Je le répète : il est profondément wallon. Il exhale une\ngrisante odeur de terroir et dénote un écrivain doublement de race. C'est\nce qu'indique Eekhoud dans la préface : « Mon cher artiste, l'œuvre d'un\nécrivain sincèrement autochtone agit sur moi avec cette fraîcheur et cette\nvivacité. J'y trouve présentés dans une autre gamme et dans un cadre diffé­\nrent, rajeunis pour ainsi dire, revêtus d'atours aussi originaux que pitto­\nresques, dans un costume inédit, la tendresse, le culte que moi-même\nj'éprouve pour mon coin de pays ». C'est bien dit, et il est curieux de voir\nle fanatique et âpre poète des polders patronner ainsi un débutant wallon.\n   Quant à moi, je suis heureux d'avoir été désigné par la Jeune Belgique\npour accueillir ce livre embaumé de jeunesse, tout pénétré de printemps, et\npour dire mes bonnes impressions en tournant ces feuillets vibrants d'une\njoie d'adolescence. Maint souvenir d'enfance, du temps où j'allais passer les\nvacances au pays wallon, m'est revenu à la lecture de ces pages si vécues;\net ce bouquet si vif, si pétillant, m'a laissé quelques pétales fanés et plus\nsombres, pour moi, car le souvenir est toujours teinté d'une nuance de\nmélancolie. Et le charme du livre s'en est encore agrandi.\n                                                   EUGÈNE      DEMOLDER.\n\n\n  La Gloire du Verbe, par PIERRE QUILLARD. — Paris, Librairie de l'Art   indépendant.\n\n   L'ordonnance mêmedes pièces de ce livre nous annonce moinstout d'abord\nun sensitif enregistrant les vibrations de son âme qu'un poète de volonté\net de raisonnement procédant parinduction. On nepourrait pourtant inférer\nque l'œuvre du poète a été conçue d'après un plan primitif, mais telle, avec\nses précises conclusions, elle se sépare de ces recueils de vers « au jour le\njour » qui caractérisent le plus souvent les instinctifs.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                    — 86 —\n\n   L'idée première de ce volume est celle-ci : Le monde n'est qu'une appa\nrence, rien n'existe que par l'esprit qui l'a conçu ; pour vaincre la douleur\ncausée par les désirs il faut remonter à l'essence, au Verbe créateur. Lorsque\nl'Hellène interroge la Voyante, elle lui répond :\n            Si tu n'étreins que des chimères, si tu bois\n            L'enivrement des vins illusoires,  qu'importe?\n            Le soleil meurt, la foule imaginaire est morte\n            Mais le monde subsiste en ta seule âme : vois!\n            Les jours se sont fanés comme des roses brèves,\n            Mais ton Verbe a créé le mirage où tu vis\n            Et je nais à tes yeux de tes regards ravis\n            Et je garde à jamais la gloire de tes rêves.\n\n   Ayant compris alors la puissance du Verbe, le poète fait revivre les\nMythes qui, comme les religions, transmettent sous forme sensible plus\naccessible, les idées mères de l'humanité : l'Aventurier, le jeune héros,\nle vainqueur du Brigand et de la Magicienne, le Bois Sacré où l'aède paci­\nfique, bravant les périls, reconnaît le néant des dieux, les Captifs du monde\nque le Voyant fait surgir aux yeux du Roi à côté de sages affranchis des\nchaînes du désir, Schaoul, l'éternel maudit. Après s'être ressouvenu de\ndeux tentatives de rédemption, Siegfried et le Christ, M. Pierre. Quillard\névoque le désastre des hommes pour avoir délaissé le culte de la Terre.\nSur cette conclusion pessimiste s'ouvre la troisième partie du livre : Maya.\nMalgré son savoir, l'éternelle illusion a tenté le poète, il n'a pu vaincre le\ndragon et conquérir la sagesse parfaite et songeant alors au bûcher victo­\nrieux qui réduisit en cendres Persépolis, il voudrait que son âme, comme la\nville antique, fût anéantie dans la splendeur des flammes et s'écrie :\n           O ville, amas ancien de rêve et de superbe,\n           Dressée en moi sur tes inébranlables fûts,\n           Qui te rabaissera jusqu'au niveau de l'herbe.\n   Tous les espoirs déçus, le remords des plaisirs, la tristesse des souvenirs\nforment Maya qui se termine par une Messe des Morts où, comme un\nsolennel blasphème, dans l'ampleur d'un plain-chant profond et pensif,\nmonte cette plainte des Vivants :\n           Seigneur, Seigneur, Seigneur, impitoyable  maître,\n           Nous sommes las des jours et des soleils maudits .-\n           Epargne aux délivrés l'horreur du paradis.\n           Laisse les morts dormir en paix et ne plus être.\n           Tant de clous ont percé leurs membres ici-bas\n           Que nul flot baptismal, rédempteur de leurs peines,\n           Ne laverait les maux et les douleurs humaines\n           Et que ton repentir ne leur suffirait pas\n\n           Quand les vers rongeront les os de nos genoux\n           Accorde à notre chair en tardive clémence\n           Non les vaines clartés, mais l'ombre, le silence,\n           Le sommeil et l'oubli de toi-même et de nous.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                      87\n\n  La Vanité du Verbe, est la pièce épilogue du volume. L'auteur en a\ncherché, cette fois, la trame dans la légende Scandinave. Le Runoïa dont le\nVerbe a créé le monde, réveillé soudain de sa contemplation, ne voit\npartout que haine et douleur. Alors le Démiurge, le créateur, comprenant\nque l'œuvre est mauvais, s'écrie dans la nuit :\n           Va, monde! abîme-toi, morne soleil couchant!\n           Disparais d'un seul coup dans le néant avide!\n           Fonds-toi dans ma fureur comme un lingot d'argent !\n\n           Et le Maître, absorbé dans le chaos livide\n           Tut — pour l'éternité — le Verbe créateur.\n   Par son pessimisme de cerveau plutôt que de nerfs, Pierre Quillard se\nrapproche surtout de Leconte de Lisle, et aussi, peut-on dire, par sa\nméthode et par sa technique du vers. Comme le grand poète de Kàin, il a\ntiré des diverses religions ses poèmes et les illumine d'une lumière dorée et\npure. La forme dont il les revêt est le seul côté pacifiant et consolateur; il\na su lui communiquer la divine harmonie antique, source de toute contem­\nplation. Malgré sa tristesse pensive, il a conservé, comme un espoir, le\nculte de l'Hellade jeune et lumineuse où rayonne la Beauté. Peut-être\npourrait-on lui reprocher de n'être pas assez personnel, s'il n'était épris de\nl'art dans son absolue perfection. M. Quillard nous semble se placer entre\nLeconte de Lisle et Henri de Régnier ; il est plus minutieux, plus soucieux\nd'un vers serré et bref que le premier ; du second, il tient le souci du décor\nmerveilleux et du détail.\n   Nous n'avons fait ici que signaler les grandes lignes de ce très beau livre :\nla Gloire du Verbe; saluons un pur artiste, qui a su déployer en toute sa\npuissance l'art magique des mots.\n                                                                    V. G.\n\n\n\n                          LES LIVRES\nLes Quatre Faces. — Préludes. — Le Wagnérisme hors d'Allemagne. — Au Caucase.\n          — Les Vieux. — Poèmes flamands. — Pastorales. — Tête d'or.\n\n\n              Les Quatre Faces, par BERNARD LAZARD. Paris, librairie de\n               l'Art indépendant. Bruxelles, Paul Lacomblez. — Dans le\n               mode des dialogues de Platon, Bernard Lazard fait le procès\n               de quatre écrivains qui pour lui représentent sous quatre faces\nla prostitution littéraire : Banville, Coppée, Silvestre et Mendès. « Quant\nà ceux, écrit-il, qui, sachant le mal, l'ont choisi comme tel, et qui, pouvant\nle bien, le renièrent, quelle excuse leur trouvez-vous, au nom de quel prin­\ncipe seront-ils lavés ? » Les excuser, on ne le peut, mais encore ne. faut-il\npoint se montrer trop sévère. Les beaux vers de Banville resteront toujours\ncomme beaux vers ; la forme est souvent le fond de ses poèmes, mais cela\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                                 -   88 —\n\nsuffira à leur immortalité. Nous n'avons pas à défendre le Banville de ces\ndernières années, c'est le Grec qui voulait avoir un tel esprit qu'il en est\ndevenu boulevardier. Facilement, d'ailleurs, nous comprenons cette révolte\nd'artiste en face des basses complaisances de ces poètes ; cela nous a permis\nd'admirer aussi ce style serré, clair et précis que Bernard Lazare semble\navoir gagné à l'étude des philosophes anciens.\n   Préludes, par J. ITIBERÊ DA CUNHA. Lacomblez, éditeur. — C'est le\npremier livre d'un jeune poète qui abandonne, sans compter, ses vers au\npublic avec encore quelque chose de naïf et de gracieux, dans la pleine joie\nde la jeunesse. M. Itiberê fait fi des sentiments mélancoliques, des déses­\npoirs à l'heure, ou des pleurnicheries de pensionnaires vagues. Il écrit si\nsimplement, si ingénument que l'on excuse, sans sévérité, les défauts\nd'apprentissage. Il faut, d'ailleurs, remarquer que l'auteur écrit dans une\nlangue étrangère, ce qui explique facilement quelques fautes légères com­\nmises çà et là. Le don d'harmonie se fait surtout remarquer dans ces\npoèmes; les vers sont souples et doux et, si M. Itiberê s'applique davan­\ntage à rechercher les images neuves, les expressions justes, il parviendra\ntrès vite à une grande perfection.\n   Le Wagnérisme hors d'Allemagne, par EDMOND EVENEPOEL. Bru­\nxelles, Schott, éditeur. — Dans un livre que vient de faire paraître\nM. Evenepoel sur le Wagnérisme en Belgique et dont nous parlerons\nprochainement, nous trouvons une amusante citation extraite d'une revue\nmusicale bruxelloise de 1850, le Diapason. L'auteur de cette citation,\nM. Félix Delhasse, y critique les tentatives de Liszt pour mettre à la scène,\nnon seulement les œuvres de Wagner, mais celles de Berlioz.\n   On sait que Liszt avait une grande admiration pour Berlioz. Un récent\narticle d'une revue berlinoise, Das Magasin fur Litteratur, rappelle cette\nadmiration à propos de l'exécution de la Damnation de Faust au\n« Wagner-Verein ». Elle classe l'auteur de la Damnation et des Troyens\nà côté de Wagner, en exaltant la valeur poétique de ses œuvres et termine\npar un appel à la régie des théâtres officiels, dont l'inertie se manifeste\npartout : « L'exécution du Faust, à Berlin, a manifestement brisé la\nglace en faveur de Berlioz ; on monte ses opéras sur toutes les scènes alle­\nmandes; la scène berlinoise sera-t-elle la dernière qui s'ouvrira aux œuvres\nd'un maître reconnu, en fera-t-on une exception à la règle? » Que le revuiste\nberlinois se rassure. 11 y a encore l'Académie nationale de musique qui a\nconservé pieusement les opinions émises par M. Delhasse dans le Diapason,\nil y a quarante ans.\n   Au Caucase, par EUGÈNE DE GROOTE, croquis originaux de Daniel De\nHaene. Bruxelles, Société belge de librairie. — Le carnet de route non de\ndeux touristes, embrigadés dans une Société anglaise d'excursion à bon\nmarché, mais de deux artistes très fins et très observateurs. M. De Groote\ntranscrit à la volée les coins pittoresques, une chaumière parfois, une route,\nun bout d'horizon; M. De Haene prend des croquis, silhouette un type,\nnote un paysage et le tout est entremêlé de récits de chasse, d'excursions,\nd'anecdotes. C'est vraiment bien écrit, d'un style simple — en toilette de\nvoyage.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                   -   89    -\n\n\n   Les Vieux, drame en un acte, en prose, par ERNEST BOSIERS; hors\ncommerce.— Trois vieux qui se demandent leur âge, l'heure, leur fortune;\ndeux fument, l'un prise. Des canards attendris les contemplent mélancoli­\nquement. On entend les mots typhus, m'en f..., duc d'Orléans, Ignace de\nLoyola, c'est em..., Mexique. Silence. Les cloches sonnent. Une cane\nmeurt. Le plus philosophe déclare sagement : « C'est curieux pourtant\ncomme on meurt vite, parfois ». Exeunt. Le soleil monte au plus haut des\ncieux. C'est dédié à Maurice Maeterlinck.\n   Poèmes flamands, par FRANZ FOULON. — Ce livre serait peut-être très\nbeau s'il n'avait pas été écrit en vers. Les différents sujets forment un\nensemble très pittoresque, mais comment l'auteur a-t-il pu penser à les\nrhythmer comme une ode authentique? Le vers n'est pas fait pour noter des\nobservations, il doit, se rapprochant de la musique, exprimer l'essence des\nchoses. La concordance entre le fond et la forme doit toujours exister.\nM. Foulon s'est trompé d'outil; il avouera de bon cœur que des vers comme\ncelui-ci :\n                     Son honnête moitié soigne l'estaminet.\nsont d'un banal à faire glapir même Tilman.\n   Même remarque pour AUGUSTE DOSOGNE, qui vient de faire paraître\nPastorales, chez Faust, à Liége. Laissez le conte en vers à Coppée; les\nvers ne se jugent pas au nombre. Heureusement nous avons trouvé çà et là\nquelque souci de vraie poésie.\n    Tête d'or, sans nom d'auteur, curieuse édition de la librairie de l'Art\nindépendant, Paris. — Bien certainement la lecture de la Princesse Maleine\na rendu fiévreux M. Chudel ou Cludel; il fait tour à tour délirer dans les\nchamps, dans un palais, aux confins de l'Europe, des paysans, un Empe­\nreur, cinq soldats, une Princesse, un Messager, Tous, Tête d'or, quelqu'un,\nun autre, etc. Des expressions comme celles-ci : « Le bouilli était las d'être\nmangé en rond; ils sont morts ». « Le néant morose », etc., pour décrire\nune bataille victorieuse voici :\n   « Bougre !\n   « Des vieillards avec leurs chétifs membres de bois ont fait fuir des cen­\ntaines d'hommes et des enfants sans barbe ont soufflé au cul des chevaux de\nguerre. »\n   L'auteur devait haleter en écrivant son drame, car à tout instant, sans\nrime ni raison, il interrompt sa phrase et court à la ligne; signe évident\nd'une agitation des plus graves. Quant à l'édition, elle est en rapport avec\nle reste ; figurez-vous des épreuves en placard, repliées, tant bien que mal\net renfermées dans un carton d'emballage.\n   Comme original, c'est original.\n                                                                 V. G.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                                  — 90 —\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                LE SALON DES            AQUARELLISTES\n\n               Quelques aquarelles légères et distinguées de MM. Stacquet,\n                Binjé et Uytterschaut ; d'habiles paysages, d'un art un peu\n                bâtard, de MM. Hagemans et Den Duyts; des scènes d'atelier,\n                de M. Oyens, estimables et toujours identiques; les écœu­\nrantes fadaises de certains vieux amateurs ; les trompe-l'œil des Italiens et\ndes Allemands. Et l'on a l'impression que les meilleurs de ces artistes prati­\nquent un art aisé et sont rapidement égalés par leurs élèves.\n   Mais l'envoi de M. X. Mellery arrête soudain les yeux, et tout le reste\ns'oublie. Ces quatre œuvres font battre le cœur, comme l'exaucement d'un\nrêve ! Leur auteur a toute la science de son art, un sens profond de la déco­\nration, les plus intimes élégances de la forme, le rêve réfléchi qui fait les\nsymboles. Il y aurait tant à dire sur cette chère gloire, la plus silencieuse et\nla plus noble que nous sachions! N'est-ce pas M. Mellery qui prêta à la\nvulgaire et plantureuse beauté flamande un profil presque antique? N'est-ce\npas lui qui nous réconcilia avec la santé ? Car ses saines figures respirent\ntoujours je ne sais quelle gravité étrange et pensive, je ne sais quel « bon­\nheur mélancolique », et l'on pense, en les contemplant : « la forme est du\nMidi, mais l'âme est du Nord ». Il n'y a pas aujourd'hui un artiste dont les\nœuvres soient à ce point suggestives, ni excitent autant de pensée ou\nd'amour; et je n'en veux pour preuves que les Heures et Force, justice et\nvérité, d'harmonieux chefs-d'œuvre, où les dons réunis du grand dessinateur,\nconcourent, avec une aisance juvénile, à la plus sublime synthèse ; de tels\nouvrages sont inoubliables, et ce n'est pas sans tristesse que les yeux renon­\ncent à les contempler, ni sans trouble, qu'on se les rappelle, une fois qu'on\nles a quittés.\n                                                                     F. S.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                          — 91 —\n\n\n\n\n                                 MEMENTO\n   Le père de Max Waller, le docteur Eva­            Les concerts seront consacrés à César\nriste Warlomont, vient de mourir à Bru­           Franck, à Vincent d'Indy, Fauré, de Bré­\nxelles.                                           ville, Camille Benoit, Chausson, etc.\n   Il était connu de bon nombre d'entre\nnous, car, dès le début, il s'était intéressé à\nl'œuvre de son fils et aimait à se trouver\nparmi ses amis.\n                                                    Le théâtre du Parc a joué le Député\n   La Jeune Belgique adresse à la famille         Leveau de M. Jules Lemaître (de forges),\nses plus sincères compliments de condo­           une pièce où le chœur antique est repré­\nléance.                                           senté par un député du centre gauche.\n\n\n   Le Salon des XX s'ouvrira dans les pre­\nmiers jours de février. Voici la liste des        L'Indépendance, dans son numéro endi­\nartistes invités cette année :                 manché d'un supplément littéraire, dont la\n   MM. Eugène Smits et Charles Van der lecture est faite aux hospices les jours du\nStappen (Belgique), Maurits Bauer et Floris Seigneur, en guise de récréation, publie la\nVerster (Pays-Bas), Walter Crâne et P. Wil­ magistrale étude suivante sur le livre récent\nson Steer (Angleterre), Charles Angrand, de Fernand Severin. La vieille marquise,\nJean Baffier, Jules Chéret, Filliger, Paul tout en toussotant avec circonspection, d é ­\nGauguin, Armand Guillaumin, Camille Pis­ taille :\nsarro, Georges Seurat, A. Sisley (France),        « Sous ce titre : Don d'enfance, un jeune\nCari Larsson (Suède).                          poète belge qui n'est pas d'exception, à en\n   L'Exposition sera complétée par un choix juger par la pureté de sa langue et sa mé­\nd'oeuvres (peintures et dessins à la plume) trique absolument classique, vient de p u ­\nde feu Vincent Van Gogh.                       blier un recueil de vers où les fleurs abon­\n                                               dent et aussi les pleurs. Pourquoi tant\n   Indépendamment des artistes invités,\n                                               pleurer quand on chante? Car ces pleurs\nprendront part : Mlle A. Boch, MM. J. En­\n                                               ne sont pas là seulement pour rimer aux\nsor, W.-A. Finch, F. Khnopff, G. Lemmen,\n                                              fleurs. Sont-ils sincères ou professionnels?\nW. Schlobach, P. Signac, J. Toorop, Théo\n                                               Un peu maladifs, ce nous semble, mais non\nVan Rysselberghe, G.-S. Van Strydonck,\n                                               sans grâce, ainsi qu'on en pourra juger par\nG. Vogels, peintres ; G. Charlier, P. Dubois,\n                                               cette pièce où le vague instinct de l'ané­\nG. Minne et Rodin, sculpteurs.\n                                               mie est exprimé avec une gracilité qui a\n   Une affiche artistique, dessinée par\n                                               du charme. »\nM. F . Khnopff, annoncera prochainement\nl'ouverture du Salon.                             Ra-vis-sant, marquise, et d'une profon­\n   Six matinées seront données au cours de     deur!\nl'Exposition : quatre conférences (deux lit­      Après ceci nous aurions tort de nous\ntéraires, deux artistiques) et deux concerts. plaindre de l'accueil fait aux poètes belges.\n   M. Gustave Kahn traitera du « Vers\nlibre », Georges Lecomte des « Neo-impres­\nsionnistes », Henry Vande Velde du « Pay­         Nous avons reçu, dans le courant de dé­\nsan en peinture », Edm. Picard de « l'Eman­ cembre, de notre ami Henry Maubel, son\ncipation des lettres ».                         obole pour l'œuvre de la Bouchée de pain.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                                           92\n\n                                                 On se rappelle comment fut reçue par les\n                                              bons Homais du collège notre demande de\n                                              pouvoir élever, à nos frais, un monument à\n   Les échos de l'Art dans les Deux-          Max Waller. A l'annonce du projet, beau­\nMondes, nous renvoient ceci :                 coup de nos amis envoyèrent sur l'heure\n   « Bizet et le Journal de Bruxelles. —      leur souscription, voulant affirmer la sym­\nNous ne pouvons résister à la tentation de    pathie ou l'amitié qui les unissait à notre\nrecueillir pour nos lecteurs, cette perle     chef de jadis. La somme recueillie a été\ntrouvée dans le Journal de Bruxelles. Un      aujourd'hui affectée à une œuvre à laquelle\npoète, croyons-nous, qui a dit quelque bien   ils eussent alors applaudi avec le même\nde la mer en des vers qui rappellent le rose  enthousiasme : la publication de la Flûte\ndes bonbons du confiseur, écrit ceci de       à Siebel.\nBizet : « Pour les artistes, Bizet restera un    Ceux donc qui nous ont fait parvenir leur\nhomme de joli talent qui a fait des accom­    souscription, recevront en échange le livre\npagnements délicats pour l'Arlésienne, deux   de Max Waller qui paraissait le jour même\nœuvres médiocres qui sont la Jolie fille de   de notre banquet, chez notre éditeur Paul\nPerth et les Pêcheurs de perles et une par­   Lacomblez\ntition colorée, pittoresque, vivante, qui\ns'appelle Carmen, coupée, suivant les\nvieilles formules, sans grande science har­\nmonique et avec des motifs d'un goût dou­        De notre collaborateur Henry Maubel,\nteux, comme cet air du toréador, si popu­ paraîtra prochainement, à la scène... ou en\nlaire, qui n'en est pas moins un simple pas librairie, une monographie dramatique en\nredoublé       »                              trois parties, sous ce titre : Etude de Jeune\n   \" Ah! quand les Belges s'y mettent! fille.\nM. Rodenbach... dixit. \"\n    Pardon, cher confrère, nous demandons\ncette rectification : Ah! quand Rodenbach\ns'y met ! Nous le recommandons à votre           De Louvain : Après la Peri de Schu­\npêcheur de perles.                            mann, la Damnation de Faust de Berlioz.\n                                              Apollon soit loué, et avec lui son prêtre\n                                              fidèle, M. Emile Mathieu ! 11 fallait une foi\n                                              ardente jointe à la ténacité bretonne qui\n   Mort de M. Auguste Dupont. — Tous caractérise cet artiste, pour intéresser à\nceux qui s'intéressent à l'art musical auront l'œuvre des « Concerts Mathieu », un\nappris, avec le plus grand regret, la mort milieu qui, avant lui, était le néant au point\nd'Auguste Dupont, qui jouissait, comme de vue artistique. C'est, grâce à lui, à lui\ncompositeur et comme professeur, d'une seul, et malgré l'indifférence de nos édiles,\nhaute estime. Nous voulons ici adresser à que ce néant vit maintenant d'une belle vie\nson frère Joseph Dupont et à toute sa intense et vibrante. De pareilles tenta­\nfamille, plongés dans le deuil, l'expression tives sont trop rares aujourd'hui, pour ne\nde notre plus profonde sympathie.             pas être signalées. Dernièrement encore,\n                                              secouant la torpeur où s'encanaille le\n                                              Théâtre de Louvain, le vaillant direc­\n                                              teur de notre Ecole de musique est venu\n                                              magnifiquement chasser les vendeurs du\n    Le prochain Concert populaire sera con­ Temple. Cette fête comptera parmi les plus\n sacré aux œuvres de César Franck.            belles. L'admirable musique de Berlioz a\n                                              trouvé dans l'orchestre dirigé par Mathieu,\n                                              une interprétation vraiment remarquable :\n                                              un orchestre merveilleux d'ensemble, de\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                                                  93\n\nprécision, de clarté, évoquant dans toute            Notre chroniqueur musical rendra compte\nla magnificence de sa couleur, une œuvre           prochainement de cette solennité artistique.\nd'une facture aussi serrée, aussi nette que\nla Damnation de Faust. Les solistes — à\npart évidemment M. Blauwaert et, sans\n                                                     Exposition Artan-Dubois-Boulenger.    —\ndoute, à cause de lui — nous ont paru\n                                                   C'est le jeudi 22 courant que s'est ouverte\nmoins remarquables. M»0 E. Polspoel n'a\n                                                   dans les locaux du Musée moderne, place\npas eu l'âme de Marguerite !\n                                                   du Musée, l'Exposition des tableaux de\n   Peu importe, d'ailleurs. Il suffit ici, pour    Louis Artan, Louis Dubois et Hippolyte\nl'absolu triomphe du Rêve, que l'évocation         Boulenger. Cette Exposition, organisée par\nmusicale ait été ce qu'elle a été : admirable !    le Cercle des Arts et de la Presse, et dont\nEt c'est pourquoi plusieurs auront emporté         le produit servira à l'érection d'un monu­\nde cet excellent concert une de ces joies          ment à Artan, est des plus brillantes grâce\nsupérieures qui consolent de nos cuistreux         au nombre, au choix et à la valeur des œu­\ntripatouilleurs d'art.                  B.         vres de ces trois maîtres regrettés,.\n                                                      Notre chroniqueur artistique rendra\n                                                   compte de cette Exposition dans notre pro­\n                                                   chain numéro.\n   Lamoureux et son orchestre vont nous\n revenir le 11 avril prochain.\n                                                         L'Art moderne, ayant interviewé diffé­\n                                                       rents peintres au sujet de l'aquarelle, publie\n   Ibsen va faire représenter sous peu une             leurs réponses dans ses derniers numéros.\n nouvelle pièce : Hedda Gabier.                        Parmi les lettres reçues, il en est une qui\n                                                       mérite d'être reproduite ici, car elle circon­\n                                                       scrit avec une netteté remarquable toute\n                                                       discussion sur le procédé en matière d'art.\n   Ce mois est mort, à Paris, Léo Delibes,\nle compositeur si français de le Roi l'a dit.         « L'art ne donne qu'une lumière relative,\n                                                    un à peu près, un artifice... Cette sensation\n                                                   de lumière résulte non pas du ton en lui-\n                                                   même, mais des relations justes et du clair-\n  LES EXPOSITIONS DU MOIS. — Au         Cercle\n                                                   obscur bien compris. L'aquarelle exprime\nartistique : Herman Richir, Le Mayeur el\n                                                   ces choses aussi bien que n'importe quel\nClaus; rue du Congrès : les œuvres de\n                                                   procédé de peinture et peut donc arriver à\nWytsman ; au Musée moderne : le Cercle\n                                                   donner une impression relative de lumière,\n» Voorwaarts ».                                    comme le donne, d'ailleurs, le simple papier\n                                                   griffé de noir... par un artiste. Un tableau\n                                                   de Monet est, au point de vue absolu, plus\n   Le Concerl populaire donné le 18 jan­           éclatant, plus clair, qu'une eau-forte, ce qui\nvier, à l'occasion du vingt-cinquième anni­        n'empêche qu'au point de vue de la sensa-\nversaire de la fondation a été une enthou­         tion artistique telle eau-forte de Rem­\nsiaste manifestation. Au programme figu­           brandt, par exemple, dégagera une bien\nraient : l'ouverture d'Eléonore, des frag­         plus vive impression de lumière. C'est donc\n ments de la Damnation de Faust de Ber­            chose relative que l'impression de lumière,\nlioz, le Voyage au Rhin du Crépuscule des          et, pour un œil d'artiste, l'aquarelle la donne\nDieux, la Mort de Siegfried, l'Introduction,       aussi bien que n'importe quel procédé :\nle Défilé des métiers et le Cortège des maî­       simple question de transposition, comme\ntres du troisième acte des Maîtres-Chan-           en musique. Les tons de l'aquarelle, pris\nteurs.                                             isolément, sont moins éclatants, moinslumi-\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                                             — 94 —\n\nneux si l'on veut, que les tons de la pein­          « Mais les bons Belges s'en moquent un\nture à l'huile, mais, si les rapports sont        peu, savez-vous ! Ils ont pastiché l'œuvre\njustes, la sensation artistique qu'ils pro­       de Victor Hugo, récemment. Ils pouvaient\nduisent est la même : c'est la même harmo­        bien nous donner une imitation de l'œuvre\nnie, dans un timbre différent. La guimbarde       du savant berlinois.\nne doit pas lutter avec le violoncelle, voilà        « C'est tout simplement logique.\ntout!                                                « Il appartenait à ceux qui ont contrefait\n   «A mon avis, l'aquarelle a la même valeur      le chant du cygne, de contrefaire aussi le\nartistique que le tableau ; il y a de bonnes      chant du Koch ! »\net de mauvaises aquarelles (le motif! ah,\nl'horreur!) comme il y a de bons et de\nmauvais tableaux.                                    Ce que pense Zola de Lamartine :\n   « Le tout est de faire œuvre d'artiste; le        « Ce que je pensé de Lamartine, Ma­\nstyle, le caractère, l'émotion, la pensée, le     dame? J'avoue l'avoir peu lu, car il n'était\nrêve produisent ce rayonnement indéfinis­         déjà plus le poète de ma génération. Nous\nsable, cette communication électrique qui,        étions grisés par Hugo, et surtout par Mus­\nà travers l'œuvre, va de l'artiste qui crée à     set. Aussi ne puis-je vous envoyer en trois\nl'esthète qui regarde. Le procédé ne faitrien     phrases une opinion nette. Je pense qu'il a\nà l'affaire, et l'aquarelle est aussi bon con-    été très grand et qu'il a été oublié. Cela doit\nducteur de ce courant que n'importe quel          rendre modestes les plus orgueilleux d'entre\ngenre de peinture.                                nous.\n  «Voilà, mon cher Maus, l'avis bien sin­            « Cordialement,\ncère d'un artiste qui s'est jusqu'à présent                                 « EMILE ZOLA. »\nplus occupé de faire des aquarelles que d'en\nanalyser le pourquoi et le comment.\n  « Bien à toi,                                      D E L'ŒUVRE, la Preuve égoïste, par René\n                          « F R . BINJÉ ».        Ghil.\n                                                     Œuvre à la fois poétique, philosophique,\n                                                  et sociologique, rationnellement. C'est\n   Encore un qui entre dans la danse de           toujours la même chose. Si la méthode a\nSaint-Gui. Voici un extrait du Voltaire,          changé déjà quatre fois définitivement, les\njournal spirituel et amusant. Lisez :             vers restent toujours les mêmes. Cette fois,\n   « Les bons Belges sont décidément d'ini­       c'est de l'art à la façon de la Tour Eiffel;\nmitables contrefacteurs !                         ce qui est beau chez M. Ghil, c'est la foi\n   « Leurs contrefaçons s'étendent à tout         avec laquelle il continue sereinement ; nous\nl'univers : faux autographes, faux havanes,       lui souhaitons beaucoup d'adeptes; ainsi la\nfaux billets et fausses œuvres d'art ! Il n'est   langue française sera bientôt mûre pour\nrien qu'ils n'aient falsifié.                     une rénovation.\n   « Mais leur génie imitatif n'est jamais à\nbout de ressources, et ils viennent de lancer\ndans le commerce une contrefaçon de la\nlymphe de Koch.                                      TRISSOTIN d'Art et critique, est du der­\n   «Les médecins français attendent patiem­       nier galant. Oyez la charmante réponse\nment d'en connaître la substance.                 qu'il adresse à Jacqueline (Mme Séverine) de\n   « Les docteurs belges vont plus vite en        Gil Blas :\nbesogne. Il ne leur a pas fallu longtemps            « Or, comme on nous a appris, d'autre\npour falsifier la découverte du savant alle­      part, que « les surprises des sens » ne\nmand et pour débiter un simili-lymphe en          comptent pas non plus, il s'en suivrait que\nde petits flacons qu'ils vendent fort cher.       vos frasques doivent invariablement nous\n   « Le docteur allemand proteste, et c'est       laisser froids, soit quand c'est la tête qui\ntout naturel.                                     est en jeu, soit quand c'est le... cœur. C'est\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                         -   95      -\n\ntout à fait notre avis ou plutôt notre vœu.       ayants-droit aient jamais réclamé les droits\nEt telle est la moralité que je tire avec vous    d'auteur.\nde cette histoire. »                                « Quant au roman dont parle le Figaro,\n  Allez-y gaiement !                              qui a été publié à l'étranger dernièrement,\n                                                  mon mari ayant écrit cet ouvrage il y a quel­\n                                                  ques années et le considérant comme ina­\n  M. Albert Chapaux s'est chargé du               chevé, n'a jamais eu l'intention de l'éditer.\ncompte-rendu de Port-Tarascon,    et Léon            « Je compte sur votre impartialité pour\nDardenne de l'oraison funèbre de Tartarin.        publier cette lettre rectificative en réponse à\n                                                  des faits pouvant porter atteinte à la consi­\n                                                  dération de mon mari et à la mienne.\n                                                    « Agréez, Monsieur, l'assurance de mes\n   Le Figaro a reçu de M me la comtesse\n                                                  sentiments distingués.\nLéon Tolstoï une lettre des plus curieuses,\n                                                          « Comtesse Sophie (Léon) TOLSTOÏ.\nsi pas des plus explicites, au sujet des der­\nniers romans du grand romancier russe.              « Ce 24 décembre 1890. »\n   D'après ce document il paraît certain que\nTolstoï s'est complètement désisté de la tra­\nduction et même de la publication d'un               Une étude critique d'Iwan Gilkin sera\ngrand nombre de ses œuvres. Dès lors, nous        consacrée, dans notre prochain numéro, à\nn'avons plus aucune garantie d'exactitude.        Siegfried, qui vient de remporter un plein\nLes réserves très grandes que fait dans ce        succès au théâtre de la Monnaie.\nmême numéro notre collaborateur Gustave\nKahn au sujet des derniers romans rece­\nvraient donc ainsi leur confirmation.\n   Les nombreuses traductions d'un même             Le Théâtre d'Art à Paris, vient de don­\nouvrage de Tolstoï, parues sous des titres        ner une représentation unique des Cenci\ndifférents, auraient aussi leur explication       de Schelley, traduction de F . Rabbe.\npar la lettre que voici :\n« Monsieur le Directeur du journal le Fi-\n                    garo.\n                                                  ONT PARU : chez Lacomblez, le Don d'en-\n           « Monsieur,\n                                              fance, par Fernand Severin; la Flûte à\n   « Votre journal, dans son numéro du\n                                               Siebel, par Max Waller.\n21 novembre 1890, renferme les lignes sui­\n                                                  Chez Vanier : le Poème de la chair, par\nvantes :\n        me                                     Abel Pelletier.\n   « M Tolstoï n'a point renoncé à faire\n                                                  Chez Genonceaux : les Chants de Maldo-\n« connaître au monde les idées de son\n                                               ror, par le comte de Lautréamont; édition\n« mari, ni à en retirer pour lui et les siens\n                                               de grand luxe, avec frontispice, au prix de\n« le bénéfice qui convient. C'est maintenant\n« à Londres que sont édités en russe et en 10 francs.\n« anglais les ouvrages du grand roman­            Chez Heymans, à Malines : Suzanne de\n   cier. »                                     Linières, door Huibrecht Langerock.\n                                                  A la librairie Pierro, à Naples : Stenna\n   « Permettez-moi de relever cette asser­\n                                               délia Libreria Pierro, partie littéraire sous\ntion absolument erronée. Je puis vous affir­\n                                               la direction de Vittorio Pica et V. Spinaz­\nmer que toutes les œuvres du comte Léon\n                                               zola.\nTolstoï, à l'exception de Ma Religion et De\n                                                  A bientôt : les Fusillés de Malines de\nla Vie, ont été traduites et éditées par des\n                                               Georges Eekhoud et les Dernières fêtes\npersonnes parfaitement inconnues à mon\n                                               d'Albert Giraud chez notre éditeur ordi­\nmari et à sa famille; tous les bénéfices\nrésultant de cette opération ont été touchés naire, Paul Lacomblez.\npar les traducteurs et éditeurs, sans que les\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                                        -    96 -\n\n   L'Impartial rend ainsi compte d'une con­        Octave Feuillet, qui s'était assis dans le\nférence donnée à la Société littéraire du        fauteuil d'Eugène Scribe à l'Académie fran­\nCercle catholique de Gand, par M. Firmin         çaise, en est mort à l'âge de 7g ans.\nVan den Bosch :\n   « Au lendemain du décennal anniver­\nsaire de la Jeune Belgique, M. Firmin Van          Joséphin continue la série de ses excom­\nden Bosch ne pouvait manquer de saisir           munications. Après Lavigerie, voici Mgr\nl'occasion... chevelue de dire quelques mots     Rampolla frappé d'anathème par le mage\nélogieux de ses auteurs préférés et aussi de     farouche. Cy la formule :\nmaudire ses écrivains cauchemaresques :            « Éminence, l'Univers et la Croix quali­\nPotvin et Hymans, les vieux bonzes de la         fient de RÉPONSE DU PAPE, sur le              schisme\nlittérature (?) belge.                           Lavigerie,    une lettre où vous affirmez\n   « Il a fait en quelque sorte la contre-par­   d'abord que rien dans la constitution de\ntie d'une conférence de M. Jean Casier fils      l'Eglise, ni dans ses doctrines ne répugne\nqui, l'an dernier, avait présenté les Jeunes     à une forme quelconque de gouvernement.\nBelges comme un tas de mécréants.                — C'est faux, Éminence!\n   « Notre collaborateur nous a montré un           « Mais placé sur le terrain absolument\nMax Waller profondément religieux dans           catholique, votre lettre demeure scanda-\nson exquis Ave Maria, un Albert Giraud           leuse.\ndélicat et pas extravagant du tout dans le          « Eminence, vous avez écrit aux béguines\nDauphin, et un Emile Verhaeren de grande         et, chouan, je vous réponds que votre mis­\nenvergure poétique dans les Moines.              sive est une sinistre facétie.\n   « Et comme pièce de la fin ou flèche du          « Parler pour ne rien dire, jeter son cha­\nParthe, M. Van den Bosch a décoché aux           peau sur une question au lieu de la tran­\nPotvin et aux autres Hymans, ces amu­            cher, élaborer un document qui ne signifie\nsantes et cinglantes litanies écrites par le     rien, cela peut être italien et diplomatique,\npetit Max, en un jour d'humeur sarcas­           mais c'est indigne d'un ministre de Léon\ntique.                                           XIII.\n   « Si l'on a applaudi à la verve crâne de         « Avec douleur je me déclare en rébel­\nl'avocat de la Jeune Belgique! »                 lion contre vous, quoique fils de l'Eglise\n   Sincères remerciements à M. Firmin Van        romaine ; et je provoque la censure si je\nden Bosch, un ami dévoué à la cause des          l'ai méritée en vous l'infligeant à vous-\nlettres belges, qui prend notre défense, fiè­    même, Éminence ! »\nrement, en toute occasion.                          Dernière nouvelle. — On nous annonce\n                                                 que le Sar prince de Byzance, a excommu­\n                                                 nié le pape.\n                                                        Enfin qu'tout le mond' soit espulsé,\n   Les représentations de Bayreuth com­                Restera plus que Péladan.\nmenceront cette année le 19 juillet et seront\nclôturées le 19 août :\n   Parsifal sera donné dix fois, Tannhâuser        Un bon point au gouvernement. L'exécu­\nsept fois et Tristan trois fois.                tion des six statues qui doivent orner le\n   Les représentations de Parsifal        sont portail principal de l'église de la Chapelle a\nfixées aux 19, 23, 26 et 29 juillet, aux 2, 6, été confiée à Constantin Meunier.\n9, 12, 16 et 19 août; celles de Tannhâuser\naux 22, 27 et 30 juillet, 3, 10, 13 et 18 août;\ncelles de Tristan au 20 juillet, au 5 et au\n15 août.\n   MM. Hermann Levi, de Munich, et Félix\nMottl,de Carlsruhe, conduiront l'orchestre.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                    Paul LACOMBLEZ\n       É D I T E U R D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                               31, rue des Paroissiens\n                                      BRUXELLES.\n\n\n\n Catalogue des livres de fonds et en n o m b r e d'auteurs belges :\n BAUDOUX (Fernand)     .   . Rythmes vieux, gris et roses, un volume in-16. . fr. 3 50\n CHAINAYE (Hector) .   .   . L'Ame des choses                                          2 »\n DELATTRE (Louis) .    .   . Contes de mon village, avec une introduction de\n                                 Georges Eekhoud, un volume in-18                      3 »\n  EEKHOUD (Georges).. , . Nouvelles Kermesses, avec frontispice de Léon Dar-\n                                denne, 1 volume in-8° (quelques exemplaires) . . 7 50\n        —                    La Nouvelle Cannage, un volume in-16                     3 5°\n                            (Les autres ouvrages du même auteur sont épuisés).\n        —                    Les Fusillés de Malines, un volume in-18 . . . .         3 50\n GILKIN(Iwan) . . . .        La Damnation de l'artiste                 15                 »\n  GIRAUD (Albert). . . .     Hors du Siècle, un volume in-8° . . . . . . . .          3 50\n        —                    Pierrot lunaire, un volume petit in-12                    2 »\n        —                    Pierrot Narcisse (épuisé).\n        —                   Dernières fêtes, poésies (sous presse).\n GOFFIN (Arnold). . . . Journal d'André (1885) (épuisé).\n        —                   Delzire Moris (1887) (épuisé). . .                        3 >,\n        —                   Impressions et Sensations (1888)                          3 n\n        —                   Maxime (1890)                                             3 »\n ITIBERÊ DA CUNHA (J.) . . Préludes, poésies; un vol. in-16 raisin                    3 a\n JEUNE BELGIQUE (Le Parnasse de la), pièces diverses de dix-huit poètes belges, un\n                                fort volume in-8°                                     7 50\n LACOMBLEZ (Paul) . . .\" Un Baptême, pièce à dire pour jeunes filles. . . . 0 25\n        —                   Les Confitures, monologue pour jeunes filles . . .        1 »\n        —                   Pensionnaires,                  id.             . . .     1 «\n        —                   Romanesque!...                 id.              . . . 0 75\n        —                   Skating,                       id.              . . . 0 75\n        —                   Jeunes filles, monologues et pièces à dire (plaquettes,\n                               in-16)                                                 2 »\n       —                    Loth et ses filles, poème-drame en trois tableaux (en\n                               préparation).\nLAVACHERY (Alfred) . . . Contes et Nouvelles, avec illustrations de L. Bauës.\n                               E. Berchmans, E. de Baré, E. Delpérée, etc., un\n                               volume grand in-8° carré                               5 »\nLEMONNIER (Camille) . .     En Brabant, contes, un volume in-18                       060\n       —                    Les bons amis, conte,          id.            0             60\n       —                    Trois contes,                  id.            0             60\n       —                    Les Charniers (Sedan),         id.                       3 50\n       —                    Ceux de la Glèbe (la Genèse, la Glèbe, les Concu­\n                               bins, etc.), 1 volume in-18                           3 50\n       —                    En Allemagne, 1 volume in-18                             3 50\n       ■—                   Happe-Chair,             id.                       . . 3 50\n       —                    L'Hystérique,            id.                             3 50\n       —                   Madame Lupar,             id.                             3 30\n       —                   Le Mort, nouvelles,       id.                             1 25\n       —                   Un Mâle, avec dessin de X. Mellery, 1 volume in-18. 3 50\n       —                   Thérèse Monique, 1 volume in-18                           3 50\nLE ROY (Grégoire) . . .    Mon cœur pleure d'autrefois, un volume in-8° avec\n                              un frontispice de Fernand Khnopff                     10 »\nMAETERLINCK (Maurice) .    Les Aveugles (L'Intruse. Les Aveugles), un vol. in-18. 3 »\n       —                   La Princesse Maleine, un volume in-18                     3 50\n       —                   Serres chaudes, un volume in-18                           3 »\n                           (Il a été tiré de chaque ouvrage 3 exemplaires sur\n                              Japon à 15 francs et 7 exemplaires sur Hollande à\n                              fr. 6-00).\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "MAETERLINCK (Maurice)      .   L'Ornement des noces spirituelles, par Ruysbroeck,\n                                  l'Admirable, traduit du flamand sur les textes a u ­\n                                 thentiques retrouvés au cloître du Val-Vert, et\n                                  précédé d'une Introduction (sous presse) . . . .\nMAUBEL (Henry) . .             Max Wallér, une plaquette in-8° (épuisé) . . . .          1 »\n      —                        Miette, un volume in-16 .                                 2 50\nNAUTET (Francis) . . .         Notes sur la littérature moderne, deux séries. Chaque\n                                 série en un volume in-16                                3 50\nNYST (Raymond) . . .           Volume ayant pour titre une épigraphe, avec un fron­\n                                 tispice colorié et un dessin de Nestor Outer . . .      5 »\nPLÉIADE (La), journal littéraire mensuel.\n                               Première année (1889), les douze numéros . . . .          3 »\n                               Chaque numéro séparément                  0                 30\n                               Seconde année, les douze numéros (très rare)              5 »\nRODENBACH (Georges) . .        L'Art en exil, roman, un volume in-18                     3 50\n      —                        L'Hiver mondain, poésies, un volume in-18 . . .           5 »\n      —                       La Jeunesse blanche, id.             id.     . . . .       3 »\n                              La Mer élégante,          id.        id                    3 »\n      —                       Du silence,               id. un volume in-16 . . .        1 50\n      —                        Les tristesses,          id. un volume in-18 . . .        3 »\nSEVERIN (Fernand) . . .       Le Lys, poésies, avec une eau-forte de Henry De\n                                 Groux, un volume in-16                                  2 »\n                             (II a été tiré 5 exemplaires sur Japon et 25 exem­\n                                 plaires sur Hollande).\n      —                       Le Don d'Enfance, poèmes ; un volume in-16 raisin .        2 »\n                             (II a été tiré 8 exemplaires sur Japon et 32 exem­\n                                 plaires sur Hollande).\nSLUYTS (Charles) . . .         L'appel des voix, poésies, un volume grand in-16. .       2 »\n                              (I1 a éié tiré 1 exemplaire sur Japon et 25 exem­\n                                 plaires sur Hollande).\nVAN LERBERGHE (Charles).      Les Flaireurs, drame, une plaquette grand in-16 . .        1 »\n                             (Il a été tiré 25 exemplaires sur Hollande à 2 francs).\nWALLÉR (Max) . . . .          La Flûte à Siebel, un vol. in-8°, papier vergé . . .       5 »\n                              (11 a été tiré 75 exemplaires sur papier impérial Van\n                                 Gelder à 10 francs).\n                              Les autres ouvrages de Max Waller sont épuisés.\n\n\n\n                          A LA MEME LIBRAIRIE :\n   Tous les ouvrages de nos collaborateurs français : Charles Buet, Henri de Régnier,\nJ.-K. Huysmans, Stéphane Mallarmé, Francis Vielé-Griffin, Paul Verlaine, etc., etc.\n   L'éditeur P a u l Lacomblez prie les j e u n e s écrivains b e l g e s , désireux de voir\nleur n o m figurer dans son catalogue, de se mettre en r a p p o r t avec lui et de lui\ndonner en dépôt q u e l q u e s exemplaires de leurs ouvrages.\n\n\n   La librairie P . Lacomblez ouvrira un compte à toute personne notoirement solvable,\npour la fourniture des ouvrages portés au catalogue ci-dessus et, eu général, de toute la\nlibrairie littéraire.\n   Ces comptes pourront être soldés en dix paiements mensuels, dont le premier s effec­\ntuera à la livraison des volumes.\n   Il sera répondu à toute demande de renseignements bibliographiques accompagnée\nd'un timbre pour la réponse.\n\n\n\n\n                   Bruxelles. — Imprimerie V' Monnom,32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1891-01-01", "preuve": "Janvier 1891, numéro 1, couverture PDF 18 ; aucun jour imprimé."}}