{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Mars-Avril 1891", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAI RE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 154, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "Mars-Avril 1891.                                             TOME X. — N° 3-4                             i me Année.\n\n\n\n\nLA\n        JEUNE\n                          BELGIOUE\n                                                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAI RE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 154, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "SOMMAI RE :\n              Pauvre enfant pâle                                         STÉPHANE MALLARMÉ.\n              Proses lyriques                                            ARNOLD GOFFIN.\n              Extraits d'un livre d'images                               GUSTAVE KAHN.\n              Entrée de ville                                            EUGÈNE DEMOLDER.\n              Vers de l'espoir (Extraits)                                MAURICE DESOMBIAUX.\n              Chant de noces.                                            JEAN BOELS.\n              Retour d'exil (suite et fin)                               CHARLES BUET.\n              Londonneries                                               GUSTAVE RAHLENBECK;\n              Sommeil d'or                                               VALÈRE GiLLE.\n              Contes.                                 .                  ALBERT LEUNE.\n              Écran japonais                                             AUGUSTE VlERSET.\n              Album à Toto                                               TOTO.\n              Chronique littéraire :\n                Les Fusillés de Malines                                  HUBERT K R A I N S .\n                La Flûte à Siebel                                        HENRY MAUBEL.\n              Chronique artistique :\n                Salon des XX                                             GRÉGOIRE LE Rov.\n                Exposition des œuvres      d'Alexandre\n                  Marcette                                               S.\n              Chronique musicale :\n                Aux Concerts populaires. — Au Con-\n                  servatoire                                             INTÉRIM.\n              Memento                                                    NEMO.\n\n\n                REDACTION                                                             BRUXELLES\n58, BOULEVARD D ' A N D E R L E C H T , B R U X E L L E S .                      PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                                     31, rue des Paroissiens\n                                                                                           PARIS\n                                                                               LIBRAIRIE DE L ' A r t Indépendant\n         PRIX DU NUMÉRO                                                            11, rue de la Chaussée d'Antin\n              fr. 0-75.\n                                                                                             1891\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-019", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "faire de la musique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "GIL BLAS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 155, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 812, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "B O I T E AUX L E T T R E S .\n   6. — EDGAR B. Dans ce monde-ci ou ailleurs. Attendons toujours lettre d'exil. Pas\ncausé un malheur au moins ?\n   7. — E. T. N'est pas étrillé qui veut. Vous avez beau « pondre » régulièrement des\nvers dans les « Jeunes » cela ne suffit même pas. Il faut faire montre de défauts sérieux\net ne plus offrir en des lettres turbulentes votre échine avec tant de complaisance.\n   8. — ALBERT C L . Voici vos rimes : hiver avec hiver, triste m'attriste, nuit nuit,\ntrépassées passées, revus revus, dolentes rustique, revient revient, des rires les rires; il y\na ainsi vingt-quatre vers, ce dont nous nous étonnons, Te procédé permettant d'en confec­\ntionner en moyenne 452 à l'heure; vous n'avez pas assez travaillé.\n  g. — JULES M.    Mous.\n                          « Lèvres lourdes ouvertes au vent des baisers »\n  Comment voulez-vous que l'on donne le sens d'un pareil vers ? Vous êtes plutôt destiné,\nnous semble-t-il, à faire de la musique.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 134, "titre_corps": "Pauvre enfant pâle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stéphane Mallarmé", "ancre_debut": "PAUVRE ENFANT PALE", "ancre_fin": "STÉPHANE MALLARMÉ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PROSES LYRIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "PAUVRE ENFANT PALE\n\n                                Pauvre enfant pâle, pourquoi crier à tue-\n                                 tête dans la rue ta chanson aiguë et inso­\n                                 lente, qui se perd parmi les chats, sei­\n                                 gneurs des toits? car elle ne traversera\n                                 pas les volets des premiers étages, der­\n                                 rière lesquels tu ignores de lourds rideaux\n                                 de soie incarnadine.\n\n                                     Cependant tu chantes fatalement, avec\n                 l'assurance tenace d'un petit homme qui s'en va seul par\n                 la vie et, ne comptant sur personne, travaille pour soi.\n                 As-tu jamais eu un père? Tu n'as pas même une vieille\n                 qui te fasse oublier la faim en te battant, quand tu rentres\n                 sans un sou.\n\n                    Mais tu travailles pour toi : debout dans les rues, cou­\n                 vert de vêtements déteints faits comme ceux d'un homme,\n                 une maigreur prématurée et trop grand à ton âge, tu\n                 chantes pour manger, avec acharnement, sans abaisser\n                 tes yeux méchants vers les autres enfants jouant sur le\n                 pavé.\n\n    Et ta complainte est si haute, si haute, que ta tête nue qui se lève en\nl'air à mesure que ta voix monte, semble vouloir partir de tes petites\népaules.\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "                                  -   134   -\n\n\n   Petit homme, qui sait si elle ne s'en ira pas un jour, quand, après avoir\ncrié longtemps dans les villes, tu auras fait un crime? Un crime n'est pas\nbien difficile à faire, va, il suffit d'avoir du courage après le désir, et tels\nqui... Ta petite figure est énergique.\n\n   Pas un sou ne descend dans le panier d'osier que tient ta longue\nmain pendue sans espoir sur ton pantalon : on te rendra mauvais et un jour\ntu commettras un crime.\n\n  Ta tête se dresse toujours et veut te quitter, comme si d'avance elle\nsavait, pendant que tu chantes d'un air qui devient menaçant.\n\n  Elle te dira adieu quand tu paieras pour moi, pour ceux qui valent moins\nque moi. Tu vins probablement au monde vers cela et tu jeûnes dès main­\ntenant, nous te verrons dans les journaux.\n\n  Oh ! pauvre petite tête !\n                                                S T É P H A N E MALLARMÉ.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 139, "titre_corps": "Proses lyriques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PROSES LYRIQUES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EXTRAITS D UN LIVRE D IMAGES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 157, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "PROSES LYRIQUES\n                              I. — SILENTIUM\n\n               L'obscurité et le silence m'épouvantent, Seigneur!\n                  Je devine neiger sur moi et s'amonceler une douce et très\n                implacable ouate ! Les pelletées de glaise molle glissent et,\n                perfides, se coagulent autour du cercueil de durable indiffé­\nrence dans lequel l'on m'a, tout vif, enseveli.\n   Ah! ce furent de printanières funérailles! Nulle oiseuse oraison suprême!\nAvec une cruauté optimiste et désinvolte, chacun s'en est allé...\n   Une chaîne solide et lourde et une couronne scellent la dalle massive du\nsépulcre, une couronne d'un fer impérissable; la rassurante épitaphe,\natteste, d'ailleurs, aux flâneurs intrépides des nécropoles que je suis, désor­\nmais, inoffensif...\n   Et muré au sein de la Terre vaste et profonde, le puéril et pourtant\ntenace espoir survit, d'entendre la répercussion tumulaire d'un pas qui ne\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "                                   — 135 —\n\nretentira plus... mais, rien! les hideux succubes décharnés de la trahison\net de la haine m'enlacent de leurs bras gluants...\n   — Seigneur! guérissez-moi de ma lâcheté mondaine; faites que, par la\nvertu de votre grâce, me libérant de ces souvenirs et de ces amours sécu­\nliers, il me soit donné de m'élever jusqu'au Silence, — et de pouvoir,\ndans un esprit d'humilité et de sacrifice, — revivre et chérir, enfin, cette\nObscurité...\n\n                           II. -    MALDOROR\n                                                       A EUGÈNE DEMOLDER.\n\n   Après quelques pas secs et irrités sur le quai, il monte en wagon, l'âme\ndécolorée toute et bien anonchalie, — au sortir trop immédiat de ce soir\nde pures émotions, douces et terribles, qui lui ont restitué la subite, inté­\ngrale et paroxyste notion de lui-même... Les thèmes fulgurants de cette\nmusique vibrent encore, — rauques, stridents, colères, — dans ses nerfs\nendoloris, — et pareils, pour lui, aux torches flamboyantes précipitées à\nla vénéneuse ténèbre livide d'une crypte, lui éclairent, soudain, les profon­\ndeurs ruinées d'une très noire conscience...\n   La figure juvénile d'un passager lui apparaît, alors, et le salut de fiers\nyeux bruns, veloutés de mélancolie et dont l'anxiété cherche sur son visage,\nà lui, la consonnante sympathie attristée du voyage. A un coup d'ceil, dis­\ntant d'abord, froidement courroucé, comme à une intrusion désagréable,\n— l'enfant désappointé blémit un peu, détourne une physionomie bou­\ndeuse.\n   Il s'installe gauchement, déplie un journal, essaie de toiser son compa­\ngnon de route, avec une stable fermeté, — en vain; fixant, enfin, des yeux\n— mouillés et si ailleurs, maintenant ! — les signes typographiques, il\ns'évertue à les combiner en phrases plausibles et logiques ; ou, la tète basse,\nil songe, la suavité de sa bouche fraîche, contractée, quelquefois — et con­\nvulsive, ou paiement, fugitivement pâlement souriante, ainsi qu'à un tendre\nretour apitoyé sur lui-même...\n   Parfois, aussi, ses yeux alanguis, fermés à une récurrence plus capti­\nvante, croirait-on, et lourde de larmes ! — il perçoit, toujours dardées, les\nondes dominatrices de cet impétueux et déjà despotique amour, et une rou­\ngeur imperceptible colore sa joue, il soulève les paupières, s'efforce à une\nattitude de sévère indifférence.\n   Las de cette obstinée indiscrétion, après un joli geste impatienté de dépit,\nil appuie, d'un air à la fin résigné, sa fine et blonde tête aristocratique au\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "                                 — 136 —\n\ndossier de velours terne et feint de sommeiller ; mais, au lent glissement\nberceur de la berline, victime de sa propre et naïve ruse, bientôt et réelle­\nment, il s'endort.\n   Avec quel bien mieux que maternel amour, le voyageur inconnu, —\ninconnu ! plus qu'à tout autre, à lui-même, peut-être? — considère les lignes\neurhythmiques de ce corps délicieux ; avec quel chaste et pieux désir, il\nrespire le souffle parfumé d'enthousiasme qu'exhale cette poitrine frêle,\nsous laquelle un cœur bat encore, sans doute, pour des espoirs, — un cœur\ninaccessible au vertige !\n   Les anciens rêves d'émouvoir, alors, la mécanique spéculative de son\nesprit, son chimérisme mathématique, des charmes, — dès longtemps inef­\nficaces, — de leurs vieux maléfices, que les contingences insolites fardent et\ngalvanisent...\n   Ambition, persiflée naguère, d'un cadet — orphelin d'affections négli­\ngeables, — comme celui-ci ingénu, pâle de la même ineffable et vierge\npâleur, vivifiée par de tels yeux candides, — rencontrés, trop tard! — et\nqu'aucun plaisir vil, jusqu'ici n'a ternis.\n   Et ces mobiles et divins sourcils ! ce front ! ce front immaculé, ces tempes\nadolescentes, asiles et réflecteurs de célestes pensers limpides, miroirs\nimpollués, habiles, toutefois, aux fièvres essentielles, à l'énigmatique infini\ndes langueurs.\n   Le voilà donc, cet harmonieux avenir qui repose sur ces coussins\nmoelleux et trop rudes pour la lumineuse poussière de ses ailes impalpa­\nbles; — « apothéose ivre d'un drame que j'aurais pu vouloir moins\nsombre » ; — ce primesautier et sensitif pupille intellectuel, — âme congé­\nniale — oh! point aussi âprement illusionnaire! — à laquelle le fétide\narrière-goût des baisers ne gâterait pas ses exaltations, ni la perception\nentière de sa tout invincible jeunesse...\n   — Le train s'arrête, — pour conclure; à côté de l'inévitable embarcadère,\nun steamer prêt à appareiller : — « Adieu ! trois fois adieu ! frère, cher\nsouvenir intact et qui, des jours, me sera rédempteur! »\n   — Le passant, un peu grave, réveille l'éphèbe d'un baiser effleurant, sur\nla main; à moitié assoupi et assujetti aux sensations antérieures que la vue\nde l'importun évoque, il n'a pour lui, cependant, en rouvrant les yeux,\nqu'un indulgent regard timide, qu'un noble sourire ami de pardon et d'inno­\ncence, — tandis que l'isolé, — ah ! plus qu'auparavant et maudit ! —\ns'éloigne lentement pour aller rejoindre, là-bas, où ces vapeurs odieuses\nconspuent le ciel radieux, — l'ignominie quotidienne, la complexité mono­\ntone de la vie et aussi, hélas ! les vices d'habitude...\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "                                  -   137   -\n\n\n\n                             III. — R U P T U R E\n   — Maintenant, je te hais !\n   Saisis d'effroi, ils se turent tous deux, lentement se détournèrent,\nsongeurs...\n   Quelque chose s'était rompu, — quelque chose s'était flétri qui ne reflo-\nrirait plus.\n   Frappée d'une stupeur confuse, elle se laissa aller, couvrit son visage de\nses mains, — songea...\n   Humble, obséquieux et lâche, à cette heure, il se rapproche, tâche de\nl'enlacer, bredouillant des excuses, médiatrices de pardon. Mais, démasquant\nses yeux et dardant sur lui un regard étranger, aride et morne, elle l'écarté\n— d'un geste inexorable et doux.\n\n                     IV. -   JUSQU'A LA MORT...\n\n   On avait convoqué, pour cette circonstance, un grand nombre de nota­\nbles dignitaires, la plupart d'une vraiment exorbitante maigreur, — des\nlégistes glabres et, en dépit de leurs chatoyantes robes scarlatines, fort\nternes... Les Frères de la Peine, des réguliers violets, les hallebardiers\njaunes, enfin, morigénaient la hâte, légitime, d'ailleurs, des populaces et les\nsollicitaient de ne point déshonorer l'ordre parfait et la décence de la\ncérémonie.\n   Au moment où, au signal concerté d'un très vieux juge, l'Exécuteur des\n Hautes-Œuvres allait approcher la torche du bûcher expiatoire, l'on vit\n déboucher d'une rue latérale et courant à perdre haleine, un quidam chargé\n d'un volumineux fagot.\n   — De grâce ! de grâce ! laissez-moi approcher !\n    D'officieux spectateurs lui frayèrent passage, jusqu'au quadrilatère mili­\ntaire qui entourait l'échafaud; mais les soldats, croates au reste, insensibles\n à ses prières, se rirent de lui et le repoussèrent, même, du pied et de la\n lance.\n    Une brise orientale, très sèche, activait le feu ; un beau rideau mouvant,\n fluide et roux, infusé de buées sanguinolentes, cachait, déjà, le supplicié.\n L'homme, cependant, se traînant à genoux, dans la poussière, à côté du\n bois mort qu'il avait laissé tomber, gémissait encore, avec de sourdes\n plaintes et les marques violentes du plus incurable désespoir :\n    — Hélas! que ne me laissiez-vous passer? J'étais, — je suis son ami, —\n son irréconciliable ami d'enfance.\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "                                  — 138 —\n\n\n                             V. — MOSAÏQUE\n   D'un peu excessives infamies furent, en effet, perpétrées par les Princes,\nses prédécesseurs, et lui-même, malgré une âme anachronique, féodale\nsouvent, il est vrai, mais si scrupuleuse ! trop moderne, au total, et enta­\nchée de philanthropie, n'absolvait pas toutes ses cruautés inutiles ; il se\nreprochait, seulement, un soupçon de fatuité, ledandysme, un tantinet\noutré, de son impopularité.\n   Ce matin-là, tandis que, de la rive occidentale du golfe, accoudé à la\nbalustrade de gypse de ses jardins, il contemplait, distraitement, sa Capitale-\nPresqu'île défendue — et jugulée — par une ceinture d'inexpugnables\nforts, hérissés de farouche et dure artillerie, — et plus bas, sur la grève,\nles évolutions correctes de ses bonnes troupes fidèles, dont les armures\nmétalliques étincelaient au soleil, — il vit arriver, traversant le Promon­\ntoire des Arsenaux, le cortège bien connu, dans son ordonnance hiérarchique\nimmuable : l'Hégémone du Commerce, chef suprême des magistratures\nurbaines, et le Héraut du Peuple, roquentin égrillard et sénile, — avocat\nhargneux de l'isonomie communale, — auquel d'impuissantes galanteries\nconférèrent certaine célébrité.\n   D'un air indifférent, — les sourcils imperceptiblement froncés pourtant,\net ce vilain regard alléché et sournois des heures expansives, — le dynaste\nles considère dévaler, puis gravir les rampes du château, en la solennité\ngrotesque, l'importance bouffie des paroles qu'ils apportent. Il roule une\ncigarette d'impalpable Dubeck, mais la dextérité agitée de ses doigts ner­\nveux n'en venant pas à bout, honteux de sa fébrilité, il la déchire, rageuse­\nment.\n   Les révérences prescrites accomplies, les manants bariolés génufléchissent\net le Héraut, d'un accent nasillard et pompeux, hasarde d'audacieuses « très\nhumbles remontrances à son souverain seigneur ».\n   D'espiègles juveigneurs, les plus étourdis des pages, quelques éblouis­\nsants argyraspïdes, de garde à la résidence contadine, rôdent aux alentours\net à grands éclats de rire clairs, avec une pétulante hostilité goguenarde,\nexaminent les édiles plébéiens décontenancés. L'adolescent princier, lui,\nentend, sans l'écouter, grincer l'organe en fausset de l'interprète des multi­\ntudes, — exalté légèrement par la vibration ondulée des eaux, le transparent\nazur lointain et la fumée odorante de sa première cigarette... Presque con­\nsumée, elle lui grille les lèvres, déjà, lorsqu'il la jette au travers les balus­\ntres, — avec un fugace sourire, à l'évocation de la gravité interloquée de tel\nconseiller palatin la recevant, à l'improviste, sur le chef!\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 756, "texte": "                                 -139      -\n\n   Son monocle ajusté, après un clin significatif de son œil tigré au ministre\ndes plaisirs et des vengeances occultes, — le bel Éthiopien, élégant et\nsouple comme une arbalète, cuirassé de noir acier damasquiné et paré de la\nsomptueuse écarlate saignante de son manteau, — le jeune despote,\ntournant un visage d'affabilité et de bienveillance vers les agressifs messa­\ngers, mal à l'aise, à cette heure, et muets, — la morbidesse richement tim­\nbrée de sa voix, — qu'un sans doute subit et hilare souvenir aiguise ; — la\nraillerie polie de sa voix, stricte et amène, à la cantonade, exprime :\n   — Qu'on élargisse ces braves gens !...\n                                                       ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 147, "titre_corps": "Extraits d’un livre d’images", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Kahn", "ancre_debut": "EXTRAITS D UN LIVRE D IMAGES", "ancre_fin": "GUSTAVE KAHN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ENTRÉE DE VILLE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "EXTRAITS D'UN LIVRE D'IMAGES\n                              FORTUNATUS\n     Voici Fortunatus de Strasbourg; il possède\n              Sur son dôme hospitalier\n     Des cigognes blanches et rouges; il leur cède\n     Le droit d'étendard sur son toit hospitalier.\n\n                Voici son chapeau miraculeux,\n               Il en fait tiare ou toque,\n     Barque, tapis à cartes, arabesque de cordes,\n     Il l'assort au manteau d'or et à la loque.\n\n               Voici son grand manteau;\n              Il abrite un pauvre diable,\n                   Il abrite\n     Une bible vieille et un ancien rite,\n     Un ténor, une basse, une cithare, un pitre.\n     Il abrite un d'Egypte, un de Bohême,\n     Il recouvre un sphynx blême,\n     Pensif, avec à la ceinture des couteaux.\n\n               Voici son ample vestiture\n               Taillée dans la toile à sacs\n               Par des gens de sac et de cordes,\n               A qui sa bonne humeur accorde\n               Quelques deniers pour leurs ciseaux.\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "                         — 140 —\n\n         Voici sa poche gigantesque.\n             Il y détient\nDes doublons, des besants, des sous et des centimes.\nDes monnaies ornées du portrait de Fatime,\n        Femme de Mahomet prophète,\nEt de larges métaux, où pavanent les têtes\n        D'Ahasverus souverains.\n\n        Voici ses bottes de sept lieues.\n        Elles ont chaussé les Baléares,\nDes caravansérails, les Norwèges et Stuttgard\n        Et l'octroi de l'Empire du milieu.\n        Voici ses bottes de sept lieues.\n\n         Et puis voici son âme,\n         Une liasse d'images\nImprimées pour la joie de Balthazar, roi mage,\nQu'une fillette parcourt d'un doigt intéressé,\n     Tranquille et sage comme une image.\n\n\n\n\n                 PANDARUS DE PARIS\n\n         Voici Pandarus de Paris.\n        Il vend le portrait de Thisbé,\nComédienne au songe d'une nuit d'Eté,\n        Des lettres de la belle Omphale\n        Et son plus important rouet.\n\nIl revend des actions de mines de Thulé\n          Et sous-loue le Walhalla.\nL'authentique pantoufle de Beethov' musicien,\n              La voilà.\n\n        Il vend quatre Rembrandt faits siens\n        Par un amical travail.\n        Il colporte le premier camail\n        Du pape Pierre, homme de bien.\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "                     —   141   -\n\nC'est lui qui, dans les gares, enchante\n     Les débarqués à Paris,\nPar de sveltes costumes où chantent\nLes mastics clairs et les discrets gris\n     Voici Pandarus de Paris.\n\n                ALBE ET DROIT\n        II est albe et droit\n    Son aïeul (peut-être un roi)\n    Ne lui laissa comme chevance\n             Qu'un emploi.\n\n    Mais il tient entre ses doigts\n    Fuselés pour un fils de roi\n    Une fleur, un dahlia.\n    Il la tient, mais il la donne\n    Car son bon sourire est l'aumône\n    De celles qui marchent dans ses pas\n    Mais son dahlia il ne le donne pas\n\n    Les curieux peuvent le voir\n    Quand il passe près des statues\n    Il humilie par sa f ace d'ivoire\n    Les vieux bronzes qui se sont tus.\n    Son crâne ample sait les statuts\n    Mystérieux de la toilette.\n    Seul, droit, candide et sans voilette\n    Il est albe et calme et droit.\n\n                       SATAN\n    Il dit à de très belles dames\n              Baguées\n    Ah ! que pensez-vous de l'enfer\n          Ah! belle dame\n    Je l'ai vu, au café, l'enfer.\n       Il vivait en toiles claires\n    D'un inappréciable Mulhouse.\n               Rayé de rouge.\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "                          — 142\n\n   Il m'a dit — à la Trinité, vers Pâques\n            Au bal je    t'intriguerai\n       Près de la mer, par les guérets\n            Moi, l'enfer, je     t'intriguerai.\n\n            Et le doux fils de Satan,\n        Dit à ses amis, au café\n\n    J'aperçus l'enfer, c'était dans un salon\n         Il est gemmé de fleurs rares\n         Il viendra ce soir, je l'attends\n    C'est mon aventure la plus rare.\n\n\n\n                       BÉNÉDICTION\n\n\nLaissez venir à moi les tout petits enfants.\nA les voir je pressens de calmes jouissances\nQu'ils sont beaux, qu'ils sont purs, les tout petits   enfants\nEn guirlandes, en paquets, en réjouissance.\n\nJe leur donne la manne, la bonne manne\nIls m'aiment, il aiment picorer dans ma main\nEt je me sens la main plus belle qui bénit\nCette gloriole qui rit au bord des nids\nEt cette main la chérissent, telle une ombrelle.\nLaissez venir à moi les petits enfants\nJ'eusse préféré de plus nobles infants.\n     Mais la plus belle voix du monde\n     Ne peut bénir que ce qu'elle a.\n          Voici ma cueillette d'enfants\n         Bien jolis, mais bien las.\n\n\n\n                      LE PAUVRE JOB\n\n\nA y e z pitié de qui pantèle aux carrefours\nMes victoires d'idéal se magnifient des fours,\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "                         -   143   -\n\nJe dédie ma main du glaive à la sébile\n         Et mes pantoums de Sybille\n             Au clou ! au clou !\n\nAu clou l'espoir, au clou la tiare de l'évêque,\n             Au clou ma croix.\nLe bon Jésus (s'il la retrouve) de son choix\n    Pourra l'élire, au bric à brac, avec\n    Des monnaies ayant cours et droit.\n\n         Je ne sais quoi d'insondable\n    Je ne puis dire quel pur miracle\n    Illuminera le locatis tabernacle\n         Où je végète formidable.\n\nCe je ne sais quoi, je ne l'ai jamais su\nMais de toute ma puissance, je l'attends (à vue).\n\n\n                   KAROLUS DE PARIS\n\n              Voici Karolus de Paris.\n        Il répète, mais il croit qu'il parle.\n         « Vous êtes celui qui venez sur les mers,\n    Auré d'apothéoses et chanteur de Paris,\nLes Vénus et les Ris, et Paris, et cet homme qui parle\n             Du haut de son puissant journal;\n    C'est votre cordonnier, je le dis et j'en parle.\n\n    Je suis l'ami du très vrai Monomotapa,\n    Les Monomotapas sont fréquents dans l'histoire,\n             Mais maint Portugais s'en fait gloire,\n    Qui n'a jamais conquis de Monomotapa.\n\n    Ah ! je vous aimerai d'amitié singulière,\n    D'amitié perennelle et de foi séculaire,\n             Tant que ce pître du journal\n    Banalement dira que je suis très banal\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "                         — 144 —\n\n\n\n                   DOMAINE DE F É E\n\n\nVotre domaine est terre de petite   fée.\n\n        Des Japonais diserts et fins,\n        Sur des tasses de poupées,\n        Sourient aux grands oiseaux que feint\n    Votre paroi de royaume de poupée.\n\n        Un vague paradis terrestre\n        Gambade à vous dès les matins\n        Tout vous rit l'accueil, vos poupées,\n    Vos oiseaux, vos tasses et vos mandarins.\n\n        Votre salon de faïence peinte\n        Reçoit sur son coin d'étagère\n        Les grands fauves belligères,\n        Dessinés sur des fables peintes.\n\n        Un congrès de tables s'accoude\n        Autour de vases en chimères,\n        Sans nulles fleurs éphémères,\n        Que fleurs en faïence peinte.\n\n        Un synode de pintes boude,\n        L'air lourd, sur un coin d'étagère.\n        D'être sacrifié à des verres\n        En danse de caprices bohémiens.\n\n        Près du divan où tes yeux clos\n        Font l'ombre au gracieux enclos\n        Des lueurs lunaires captives,\n    Votre théâtre tient clos ses rideaux\n        En attendant les féeries fugitives\n        De ton réveil en ton château.\n\nVotre domaine est terre de petite fée.\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1237, "texte": "                        -   145   -\n\n\n               P I E R R O T E T SA SUITE\n\n       Pierrot blanc et pâle s'assied\n       Et porte la main à son front.\n       Son valet Marzuphle le dit.\n\n       Pierrot blanc et pâle s'étend,\n       « Ces longues courses me blessent le pied,\n       C'est bien triste un valet profond. »\n       Le doux Marzuphle l'écrit.\n\n       « C'est sage à moi d'être si pâle,\n       Je me constellerai d'opales\n       Pour la redoute de l'Ennui. »\n       Son valet Marzuphle le publie.\n\n       « Ah! bâillons aux corneilles si sages\n       De vivre longtemps sur une note. »\n   Le bon Pierrot boit et mange comme d'usage,\n   Son valet Marzuphle lui présente la note.\n\n       Pierrot s'en retourne à pied.\n       Son valet Marzuphle le suit.'\n\n\n                  BAL DES POUPÉES\n\n        C'est la fête des poupées\n        De quoi vous faut-il parer?\n        Mais de notre rare beauté.\n\nVous aurez, vous la belle, un gentil collier\n        De petits magots de jade\nVerts et roses — ces magots sont vos poupées\n    Je vous les unis en un grand collier\n    Pour être plus belle en vos ambassades\n\n    A vous, la blonde aux yeux étonnés\nJe donne un éventail pour aller à la danse,\n     Vous pavanerez avec élégance.\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "                         — 146 —\n\nVotre traîne jaune paille, couleur de vos cheveux\n        Par un carrousel     d'amoureux.\n\nVous si grande et brune tiendrez à la main\n          Un joli sceptre-z-à rubans\n     Autour de vous vos servantes grouperont\nL'essaim des souhaits, car vous êtes la reine\n     Des jouets dorés et des bonbons.\n\nLaissez vous donc mettre votre bonnet blanc\n     Et passer à votre cou ces rubans\n     Vous êtes les suivantes gracieuses\nDe votre puissante reine, la fée Gracieuse\n     Entourez-la de respects et de serments.\n\n        Voici la fête des poupées\n        De quoi vous faut-il parer ?\n        Mais de notre seule beauté.\n\n                LE CHASSEUR MAUDIT\n        Le chasseur passe sur la foule\n            Ils prient, ils prient\n        Le chasseur descend parmi la foule\n            Ils tuent, ils tuent.\n\n        Le chasseur s'arrête au monastère\n            Ils brûlent, ils brûlent\n        Le chasseur brûle le monastère\n            Ils prient, ils prient.\n\n    Quels sont ceux-là qui brûlent et qui prient\n    Qui chantent selon la loi d'un cheval\n    Quels ces masques qui prient en carnaval,\n    Qui sont ceux-là qui brûlent et qui prient.\n\n            Le chasseur pleure\n            Ils rient, ils rient.\n            Le chasseur rit\n            Ils pleurent, ils pleurent.\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "                               — 147 —\n\n\n                         LA FÉE, LA F É E !\n\n                  La fée, la fée, votre corselet\n                  Votre corselet d'acier bruni\n                   Vos ailes parfumées des coloris\n       Vos gentils menuets sur des pointes de fleurs\n       Et vos menus baisers aux oiselets des nids\n       La fée les aimez-vous, comme je les aime\n\n                    Les aimez-vous comme je les aime\n        Nos arrivées lentes en notre palais\n        Parmi les chansons des oiseaux familiers\n        Et l'accueil ami des dogues familiers\n        Vous aimez-vous vous-même comme je vous aime\n\n                         La fée, la fée\n                  Les bracelets et les colliers\n                   Des rapides pèlerinages\n        Vers nous-mêmes, ailleurs, en d'autres cités\n                              La fée\n        Les aimez-vous si tant que je les aime en vous.\n                                                     GUSTAVE     KAHN.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 148, "titre_corps": "Entrée de ville", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Demolder", "ancre_debut": "ENTRÉE DE VILLE", "ancre_fin": "EUGÈNE DEMOLDER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "ENTRÉE DE VILLE\n                      Étude pour un conte inédit.\n\n\n             Les saulées du bord firent place à des vergers et des prairies. Çà\n              et là des moulins battaient des rivières parmi de fins bouleaux;\n              et des vaches éparpillaient sur le tapis des champs la paix\nblanche et noire de leur repos.\n  Les toits de la ville prochaine se coloraient du plus merveilleux cinabre,\nque variaient des ardoises d'un vert de berge. Au dessus de cette onctueuse\nsymphonie, se dressait le clocher de l'église, qui me rappela une tour chi­\nnoise, et dominait le beffroi au cadran d'or.\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "                                  — 148 —\n\n   Bientôt apparurent les murailles. Les briques, au dessus des fossés,\nentourées de minces lignes de chaux, et givrées de mousse, humides, pen­\nchaient vers l'eau tranquille comme un adamantin entassement d'escar­\nboucles saupoudrés de rubis et d'émeraudes. Quelques bateaux s'amarraient\nle long des murs, plongeant dans l'onde leurs poupes goudronnées et dar­\ndant leurs verts éperons. Un canard rêvait près de nos eaux du bord.\n   La porte de la ville donnait sur une longue rue tortueuse au dessus de\nlaquelle se succédaient des pignons de bois aux bruns riches. C'étaient des\nmaisons anciennes, vitrées en culs de bouteille et dont les façades d'un autre\nâge reposaient sur des cariatides de chêne. Des enseignes en fer ou en\nfaïence mettaient obstacle à la symétrie des fenêtres, et des gens aux costu­\nmes d'une vieille époque parcouraient le quartier.\n   Où étais-je? certes, un jour lointain perdu profondément dans les arcanes\nde mes idées, je devais avoir vu cette cité. Peut-être durant la magie d'un\nrêve. Car la réalité la plus cossue ne pouvait prodiguer cette fête de couleurs\nqui m'enchantait. Les choses se montraient sous leurs plus beaux atours et\nréveillaient la bijouterie la plus secrète de leurs tons. Et non seulement ce\ncharme des tonalités chantait à mon œil ses plus chatoyantes antiennes,\nmais la mélancolie du passé jetait sur tout son voile songeur. De ce décor,\ncomme l'encens fume d'un brûle-parfum chargé de pierreries, s'évaporait\ndu souvenir, et il semblait que le temps eût épuisé par là les tendresses les\nplus chaudes de sa mystique pensée. Tout le regret des jours défunts, tout\nle mystère des choses évanouies s'embusquaient derrière ces jaunes dorés du\nsoir, aux larges espaces citrins, comme un cœur délicat et triste battant sous\nde la soie opulente. Et ces resplendissances qui éblouissaient mes prunelles\nlaissaient à mon âme la plaintive résonnance d'un angelus qui s'est éteint.\n   Nous pénétrâmes dans la ville. Je fus en compagnie de personnages que\nje connaissais, bien qu'ils portassent des feutres à plumes et des épées, des\nrabats de régents ou des coiffures à blanches dentelles. Ils devisaient par\ngroupes, pénétrés de la politesse de jadis, quelques uns avec des roses à la\nmain, ou un long gant de Suède négligemment chiffonné. D'autres avaient\nde grandes fraises à tuyaux et des habits aux étoffes bleues, brunes et\njaunes, du goût le plus délicat, très harmonieuses et très galantes, dans la\nrue déjà assombrie.\n\n\n\n                                                    E U G È N E DEMOLDER."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 156, "titre_corps": "Vers de l’espoir (extraits)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "VERS DE L ESPOIR", "ancre_fin": "MAURICE DESOMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHANT DE NOCES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "VERS DE L'ESPOIR\n                                 (EXTRAITS)\n                                                    A M. EDMOND PICARD.\n\n                                  DAMME\n\n              Aux bords du canal vert parsemé de feuilles mortes, sur les\n               drèves couvertes de mousse et d'herbe processionnent les\n               grands arbres et, dans l'éloignement de la vieille ville dont on\n               aperçoit les massives portes, les tours, les clochers, les\ngradins des pignons et les toits rouges, l'eau regarde éternellement le ciel à\ntravers les ramures qui forment une voûte immense au dessus d'elle. Les\nnuages s'y bouleversent, s'y allongent, changent et passent pour lui dire tout\nce qu'ils ont vu dans leur course effrénée à travers les vertigineux espaces\naériens. Elle rêve de leurs formes bizarres, de grands guerriers blancs qui\nse dressent sur des chevaux cabrés, de torses de géants vaincus, de\nneigeuses montagnes qui s'affaissent ou roulent en avalanches, de palais\nécroulés dans l'azur. Glauque ici, elle va s'atténuant en blancheur jusqu'au\nlointain où elle se déroule comme un ruban d'argent dans la plaine\nflamande.\n   Quelquefois un bateau arrondi comme un sabot, avec ses nageoires\nrepliées sur les flancs et sa voile grise enflée ouvre un sillon scintillant ;\nà la barre, le pilote, en veste rouge, appuyé regarde la campagne où les bois\ncommencent à se rouiller, les bœufs blancs, noirs et roux broutent les prés,\nle lin jaune est disposé en faisceaux de bottes soigneusement alignés ou\ntassé en meules; il regarde, tandis que l'eau clapote et décrit de\ngrandes ondes et s'enfuient, d'un vol effarouché, les ramiers cachés dans les\nroseaux.\n   Le silence s'amasse en cette solitude où s'est éteinte jadis une vie de\nsplendeurs, une vie intense de rêve et d'amour ; il couvre les choses, les\nentoure d'une atmosphère de songe : un paysage à travers un vitrail de\nmanoir; une plaine déserte à jamais pour l'homme où sa voix semble\nrépandre de la mort. L'écho lui répète des paroles inconnues, il ne com­\nprend plus sa pensée lorsque l'expression a traversé le monde invisible qui\nl'y entoure et le silence qui l'y étouffe. C'est devant lui la profondeur des\nsiècles découverte, le seuil de l'éternité, la face de l'infini dans un crépus­\n cule d'âges.\n                                                                       10\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "                                      150 —\n\n\n   En ce décor processionnent les grands arbres séculaires tordant leurs\nbranches rabougries — tels des bras agités et convulsés dans une multitude\nenfiévrée, — vers les restes effrités d'une ville glorieuse dans l'Histoire,\nd'une ville qui vit jadis les flottes sur la mer dérouler au vent qui les\nfaisait danser sur les vagues, leurs joyeuses bannières, et surgir de l'écume\nles tritons, les neptunes ou les dauphins des proues et l'orgueilleuse Armada,\nau lointain, cingler à pleines voiles vers les rivages des Angles pour une\nchimérique et téméraire entreprise.\n   Maintenant quelques demeures affaissées, aux murs bosselés; des\nécussons presque effacés aux frontons ; des fenêtres comme des yeux\nd'aveugles. L'hôtel de ville gothique, dont les ornements de pierre ont été\nusés, rongés par les vents salins, des statuettes redevenues ainsi de gros­\nsières ébauches; plus loin, un blanc mur d'hospice ornementé de niches où\npleure la lumière jaune de petites veilleuses devant des Notres-Dames en\nrobes blanches et une grande église, soutenue par d'énormes contreforts ; sur\nla haute tour, massive et carrée, veuve de clocher, semblable à une reine\ndéchue, pousse de la verdure et nichent les corneilles. Par les ogives\nbéantes sur le ciel on voit s'écailler les murs bruns et les pierres disjointes\nsous l'effort des racines d'arbustes. Le temple est devenu trop grand; le\ntemps en a pris une partie, refoulant vers le chœur les fidèles qui, plus\nrares de semaine en semaine, viennent écouter l'office divin. Dans l'herbe\nqui croît tout autour, à peine, voit-on les traces de pas.\n   Tout sommeille.\n   Dans l'unique rue, le soleil d'automne s'attriste sur les façades des\nmasures qui semblent vouloir s'effondrer depuis des années ; les pignons\ntout noirs des maisons en bois se penchent, se penchent.\n   Les paysans passent avec leurs attelages de gros et forts chevaux puis­\nsamment musclés et de chariots peints en bleu ou en vert, muets. Ils sont\nalourdis de toute la majesté qui pèse sur l'alentour, dont ils paraissent se\nsentir les solidaires gardiens tellement ils sont graves et que leurs mouve­\nments sont rythmés, lourdement rythmés, comme s'ils officiaient une\ncérémonie d'autrefois continuée ainsi, qu'un pèlerinage, gardée aussi\nprécieusement qu'un chapelet béni au Saint-Sang de Bruges les veilles de\njours où l'on combattait pour la terre, celle qu'on avait baisée à Matines,\naprès la prière, avant de disparaître dans les brouillards du lointain avec\nles piques étincelantes.\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "                                 —    151   —\n\n\n\n   Les cloches sonnaient par cette matinée d'octobre. Au clocheton de\nl'Hôtel-de-ville, la cloche, à toute volée, sonnait, sonnait sur l'azur ; son\nbattant frappait, martelait le bronze affolé. A la tour les cloches ébranlées\nse levaient et retombaient, faisant fuir les corneilles éperdues et ronfler les\nauvents. Les ondes de fer comme un vol de rapaces se ruaient sur la cam­\npagne étonnée.\n   Et l'on entendait, à travers les arbres au feuillage mordoré dans le soleil,\nloin, le carillon de la tour des Halles à Bruges, pareil à un gazouillement\nd'oiseau, le chant naïf des notes cristallines aussi éblouissant, aussi char­\nmeur, aussi recueilli qu'un vol de petits anges.\n   Partout les cloches, lourdes cloches, graves ou joyeuses, tintant\nsolennellement pour la fête :\n   Des jeunes filles semaient des fleurs et de la verdure devant l'image de\nla Vierge très sainte. Des pêcheurs en verts et rouges costumes d'autres\nâges avec les filets et les harpons sur les épaules, têtes baissées en leur\nrecueillement, portaient sur les rames disposées en brancard un grand\nChrist cloué sur la Croix.\n   Autrefois, dans la tourmente du moyen-âge, quand l'eau salée venait\nencore battre les pilotis du port de Damme, un jour de tristesse et de deuil,\nla tempête hurlant sur les vagues bondissantes de la mer du Nord, les\nrafales accrochaient la voilure des bateaux et les engouffraient dans les\nabîmes qu'elles creusaient, puis comblaient soudain par une poussée de\nliquide écumant de furie, lorsque des pêcheurs en détresse, ayant prié\nleur sainte Dame patronne et presque remis leurs âmes en ses mains, aper­\nçurent au loin sur les flots cabrés, le Signe qu'en leurs cœurs simples et\nnaïfs ils avaient évoqué, à l'heure suprême, par une foi épurée à jamais\ndes noires ombres du doute, le signe Rédempteur ; et aussitôt, tout autour,\nle calme se répandit comme s'il l'on eût versé de l'huile sur les eaux ; et\npeu à peu les glauques montagnes roulantes hérissées de crêtes blanches\ns'éloignèrent après de formidables remous ; les nuages tumultueux aussi se\ndispersèrent, ils retournèrent se glacer vers le nord ; et ce fut un violent,\nrayon de soleil qui passa sur l'horizon lugubre et illumina l'océan apaisé.\nLa Croix flottait dans la lumière et le Christ las, cloué sur elle, semblait\nsaigner toute la mer. Les pêcheurs, agenouillés, priaient ; elle vint vers eux,\ndans les filets qu'ils avaient jetés. Ils la recueillirent comme une épave.\n   Solennellement, elle fut portée par les marins et une foule de pauvres\ngens assemblés sur le rivage, vers l'église.\n   Elle fut exposée à l'adoration des fidèles et les malades qui vinrent lui\nrendre grâce furent guéris.\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "                                 — 152 —\n\n\n   Elle était venue, miraculeuse, apporter aux croyants la force et la\nvaillance. Ils la conservèrent pieusement, car elle devait être désormais la\ntutrice de leurs actions, la dépositaire et la gardienne de leur foi.\n   Et maintenant que leur arrivait un nouveau pasteur, ils la menaient vers\nlui, accompagnés d'une foule humble et muette, comme pour une mysté­\nrieuse révélation, l'investiture d'un sacerdoce plus absolu que l'autre.\n\n\n                                     LUX\n                                           J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.\n\n   Comme l'aurore de la pudeur en un visage de vierge, la Parole se leva,\nconfiante, répandant une douce clarté dans les esprits simples et une bien­\nfaisante rosée sur les fleurs printanières qui croissaient en les cœurs des\nraces primitives.\n   Elle retentit comme une musique dans les âmes où s'éveillait la Foi.\nD'abord un trouble, un frisson, un imperceptible murmure, puis des\nchants, des flots d'harmonie.\n   Ce fut une ivresse d'amour. Elle venait annoncer, pour des époques\nlointaines, la venue d'un Rédempteur qui changerait la face du monde.\n   Elle se fit entendre pour châtier les iniquités et répandre d'épouvan­\nbles fléaux sur les tyrans.\n   La Parole, essence divine, eut la puissance d'action, elle sépara les eaux\nde la Mer Rouge, elle marcha en colonne de feu au front des armées,\nvisible seulement aux yeux des croyants ; elle tonna parmi les fracas de la\ntempête et les éclairs au sommet du Sinaï perdu en d'immenses nuages\nnoirs et, pour les ères futures, grava sa loi sur de lumineuses tables d'airain.\n   Tantôt calme et tantôt grondante, elle conduisit le peuple vers la Terre\npromise.\n   Tantôt visible et tantôt invisible, elle veillait.\n   Puis elle hurla dans la voix de prophètes hagards, elle eut des lueurs de\nglaive justicier, elle courba des nations orgueilleuses, brisa des sceptres en\nla main de rois, s'éleva vers le ciel en un char de feu.\n   L'écho épouvanté répétait ses malédictions, ses anathèmes et la terre\nen tremblait.\n   Elle se tut. Il y eut du silence, mais un silence d'attente et d'angoisse\nqui ardait comme l'air au dessus d'une fournaise, tandis que les mon­\ntagnes, les rochers et les océans frissonnaient encore de ses grondements.\n   Un mystère pesait sur le monde comme si l'Infini l'eut étreint dans son\n Éternité :\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "                                   — 153 —\n\n   Le Verbe s'incarnait ! L'univers anxieux convergeait ses événements\nvers le foyer d'où devait jaillir la Vérité.\n   C'est alors que, selon la Prophétie, apparut le Précurseur, en qui se\nretrouvait l'esprit et la vertu d'Eue.\n   Encore Elle vibra, suave comme une rosée de miel; âpre, amère, sau­\nvage, avec des violences inouïes, sinuant et se pliant et se redressant,\npareille à une épée, ou frappant à grands coups de taille.\n   C'était, à travers des mille ans, les derniers fracas du Sinaï qui trou­\nblaient, dans sa débauche pourprée, la reine cruelle, la sanguinaire\n Hérodiade, et qui se faisait douce et humble pour annoncer la venue de\nCelui qui devait racheter les hommes.\n   Mais le Verbe s'était incarné, et elle se trouvait tout entière dans le Verbe.\n   Ainsi fut tout amour et charité.\n   Ainsi la Parole éclata en Lumière et la Lumière fut si brillante, qu'elle\néclaira ceux même qui fermaient les yeux.\n   Elle terrassa saint Paul sur le chemin de Damas, elle se révéla à de\npauvres pêcheurs de Galilée et ce fut par le miroir de leurs âmes simples\nqu'elle irradia ses rayons dans le Futur, par delà l'étoilement des sphères.\n   Il y eut, pour chasser les ténèbres, les Saints en l'esprit desquels elle se\nréfléchit, fanaux propices à tous les périls, secourables à tous les naufrages,\nsalut de ceux qui les aperçurent.\n   Ainsi, tout Verbe est action. La Parole, qui est la Lumière, est jaillie de\ncroyance. Il n'y a que les yeux purs qui peuvent recevoir ses rayons. Sitôt\nque l'on regarde à travers le verre noir de l'incrédulité pour en décomposer\nla splendeur, elle se voile.\n   Le doute tarit la Parole ; il engendre le silence, non pas le prodigieux\nSILENCE qui est plus profond que tous les langages humains, le majes­\ntueux silence du recueillement, mais le lourd silence du tombeau, le silence\nterne de l'impuissance et du désespoir.\n   Et les hommes, cédant au vertige, à l'attraction de la matière, se sont\nplongés dans la nuit. Souverains déchus, ils promènent douloureusement\nleur négation et leur inconscience parmi les innombrables Babels qu'ils ont\nvoulu élever pour violer l'azur, ils ne se voient plus et ne se comprennent\nmême plus !\n\n                                   ESPOIR\n  Tu enchantais mes rêves d'enfant de tes sourires, de ta chevelure, rayon\nde soleil sur mon sommeil.\n  Je sentais ton âme dans la mélancolie de mes montagnes aux vieux châ-\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "                                  -   154   -\n\n\nteaux de légendes, dans les plaines à la vague tristesse du crépuscule, dans\nla rude et enfantine bonté des paysans de là-bas.\n   Parmi les voix de l'aube et parmi les voix du soir et les plaintes du\nvent, j'entendais ta voix étrange, pleine de nostalgies, murmurer des\nchoses inconnues.\n   La nuit, je voyais des yeux au ciel et je les contemplais la nuit, et tout\nle jour, j'attendais leur retour.\n   Tes yeux regardaient mes yeux et tes yeux se sont fixés dans mes yeux,\net lorsque je me mire dans l'eau claire des fontaines, je vois tes yeux au\nfond de mes yeux.\n   C'est pour toi, pour te sentir encore auprès de moi, que j'ai voulu revivre\nen souvenir mon enfance dans les bois et les montagnes et les chapelles de\nlà-bas, le pays des légendes. N'es-tu pas la seule, n'es-tu pas la sœur des\ncygnes endormie dans les lys embrasés du couchant, n'es-tu pas\nmystérieuse fiancée ?\n   C'est pour toi que j'ai voulu dire le charme des nuits étoilées et des\nclartés lunaires et des prières dans l'encens bleu des humbles églises.\n   Oh ! tous les joyaux, les brocarts et les pierreries pour parer ta beauté\ntriomphale, en un soir de sang, alors que des lions à la crinière hérissée de\ndiadèmes, traîneraient ton char d'or par le ciel enflammé.\n   Pour toi les beaux poèmes lumineux comme le scintillement du soleil\nsur les écailles nacrées des dauphins dont les nageoires éparpillent au dessus\nde l'Océan des roses de feu.\n\n\n\n    Je t'ai cherchée partout, car je croyais que tu devais venir et, bien que\nl'espoir en mon cœur ne soit mort, j'ai fini par croire que tu n'étais pas\nnée ou que tu n'étais plus, et ne sachant si je devais te rejoindre ou\nt'attendre, je n'ai pu me résoudre à mourir ni à vivre, car je ne suis pas\nun mort et ne suis que l'ombre d'un vivant. Au soleil, fantôme pâle, en la\nnuit, forme noire, fugitive.\n   Aucune action, pas de volonté.\n    Les heures se passent à rêver de ce que j'aurais fait si je t'avais connue.\n   Être, pour toi, tout ce que l'homme peut être de fort, de redoutable,\nd'implacablement juste, être plein d'orgueil, de force et de pardon.\n   Etre un chevalier errant, inquisiteur d'ignominies, promenant par les\ncontrées un rêve d'impossible justice grandiose comme une aurore, avec\nl'inébranlable foi que tu aurais donnée.\n   Etre un chercheur de toisons d'or ou de mondes à travers de fabuleuses\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "                                   — 155 —\n\natlantiques, bravant les gouffres, les récifs et les flots soulevés par des\ntempêtes monstrueuses, sur un navire d'espérance infinie.\n   N'être rien parce que tu n'es pas venue, rien que l'ombre de soi-même,\npuisque tu ne fus pas là, toi, la flamme, l'étincelle.\n\n\n   Et pourtant...\n   Il y a des pas, j'entends les pas furtifs de la servante en le corridor... il y\na encore d'autres pas. Mais, après une courte hésitation sur mon seuil, ils\npassent...\n   J'ai ouvert ma porte maintenant, avec l'espoir enfantin qu'une arrivée\nserait ainsi plus prompte. Un sursaut parfois croyant voir une ombre\ntroubler la lumière qui dore l'ocre du plancher. Une longue réflexion pour\ndéduire le flottement d'un rideau ou le passage lent d'un nuage.\n   Dans ma chambre qui s'enténèbre d'une rouge fin de jour, la tête dans\nles mains, j'attends.\n   L'anxiété de quelque chose qui ne vient pas, c'est dans l'être une flamme\nqui brille l'instant d'un éclair et qui retombe plus lasse de son effort et\nhoqueté comme une pauvre petite vieille.\n   L'impatience m'attire à la vitre.\n   Là bas, aux murs jaunâtres où l'eau tombée des gouttières usées à laissé\nde longues lignes noires, les étroites fenêtres aux pierres en croix me\nregardent étonnées. Quelques femmes en manteau noir passent parfois,\nla tête perdue dans la chape, et l'on n'aperçoit que les plis du vêtement qui\ns'éloigne comme une ombre en la rue qui se rétrécit.\n   Il y a une tour devant moi, pareille à un minaret. J'y vis apparaître,\n 'autre jour, une enfant blonde, souriante...\n   Mais il n'y a rien, rien.\n   L'eau noire du canal dort, sillée quelquefois par un cygne qui se glisse\ndans la verdure des nénuphars. Mais les nénuphars se sont refermés, et\nl'on ne voit plus çà et là que quelques taches blanches de pétales.\n   Il y a des arbres qui penchent leur feuillage dans l'eau. Oh! comme ils\npleurent ces arbres ! Pleurent-ils donc quelques vierges noyées à l'aurore\nde la vie, où sont-ce d'anciens mortels qui pleurent d'avoir vécu?\n   Plus personne sur les ponts à dos d'âne où les pierres ont l'air d'être\nratatinées de vieillesse. Au loin, la grande tour effile son clocher dans la\nbrune.\n   Et rien, rien.\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "                                  — 156 —\n\n   Ce sera dans cette vieille ville oubliée où il y a, en des tableaux gothiques,\ndes saintes qui te ressemblent. Ce sera dans cette vieille ville oubliée par\nles siècles, où dorment des souvenirs en d'anciennes tours, d'anciennes\ndemeures silencieuses.\n   Ce sera par un jour endolori d'automne, un jour gris et terne où il y\naura de la mort des choses dans les rues désertes et les canaux.\n   Il y aura de très dolents glas de cloches pour l'agonie, et du crêpe dans\nl'ariette que le carillon répandra comme une volée d'oiseaux et des mur­\nmures de litanies dans la demeure et la clochette d'argent de l'Extrême-\nonction.\n   Angelus, prière blanche et radieuse des archanges...\n   A l'heure mystique de l'Angelus, en ta simple robe de béguine, avec ta\ncoiffe aux ailes palpitantes, tu viendras dans la chambre où, sur une table\ncouverte d'une nappe, s'élèvera le crucifix entre deux immobiles et tristes\nlumières, et des prières te suivront.\n   Il y aura deux yeux fatigués qui se détourneront lentement du paysage\nde toits en escaliers, de clochers et de tours à la fenêtre, pour voir tes\nyeux... tes yeux de jadis en l'eau claire des fontaines, des lèvres pâles qui\nremueront faiblement vers tes lèvres pâles et des mains qui se soulèveront\nlentement ; et tes mains auront des gestes de consolation suprême, ta voix\ngrave parlera de néant et d'infinis espoirs; il y aura des vies, des mondes et\ndes éternités dans ta voix.\n   Et quand s'éteindra au lointain de la rue l'argentine clochette d'Extrême-\nonction, tes doigts fins éteindront des regards et ta bouche aux lèvres\nminces prendra une âme sur de froides lèvres entr'ouvertes.\n\n                                               M A U R I C E DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 157, "titre_corps": "Chant de noces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Boels", "ancre_debut": "CHANT DE NOCES", "ancre_fin": "JEAN BOELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RETOUR D EXIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "CHANT DE NOCES\n    Les lèvres qui t'auront confié leur secret,\n    L'amour et ses doux bras qui t'auront enlacée,\n    Jamais aucun désir, jamais aucun regret\n    Rien ne t'arrachera du bien de ta Pensée !\n\n    Car rien n'égalera mon ténébreux palais\n    Et ses pourpres au clair de lune — et ses parures\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "                                 -   157   -\n\n    Et ses miroirs d'ébène aux étranges reflets.\n    Où nous verrons saigner les masques des luxures!\n\n    La robe de lumière et d'azur aux grands plis\n    Mon cœur la défendra des mains insidieuses\n    Et nous verrons pourtant l'enfance de tes lys\n    S'accoupler à l'automne en fleurs des scabieuses?\n\n    Et sous les mêmes fleurs mêlant nos vastes fronts\n    Et serrant dans nos bras le spectre de nos peines\n    Comme un torrentueux Léthé nous entendrons\n    Le sang de nos baisers ruisseler dans nos veines !\n\n    Écoute l'aboiement de mes loups familiers :\n    « Ton doux cœur à manger et ton sang frais à boire! »\n    Ecoute! — Et ces sanglots, là-bas, d'enfants noyés\n    Ces blancs sanglots crevant en bulles sur l'eau noire!\n\n    Et les cloches du crépuscule! — Mon vieux cœur,\n    Il bat, morne tambour aux doigts glacés de l'Heure...\n    Ah silence! voici le sang du Haut Seigneur\n    Sceller au front du ciel la bouche qui le pleure !\n\n    Viens! puisque je dirai ta messe à tes genoux,\n    Prêtres ayant pour miels ton doux front, je veux faire\n    Comme un orgue, chanter dans les gueules des Loups\n    L'amour incestueux du Ciel et de la Terre!\n                                                          JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 166, "titre_corps": "Retour d’exil (suite et fin)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Buet", "ancre_debut": "RETOUR D EXIL", "ancre_fin": "CHARLES BUET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LONDONNERIES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 180, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 1306, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "RETOUR D'EXIL\n                               (Suite et fin).\n\n                                     IX\n\n   22 MAI. — En voiture, carrefour de la Croix-Rouge. Rencontré le mar­\nquis de M... Il sort de prison. Il m'a salué. Je ne l'ai reconnu que lorsqu'il\nfut passé. Regret : il a pu croire que je le méprisais. Si j'avais un ami au\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "                                  — 158 —\n\nbagne, j'irais lui serrer la main, fut-il criminel plus que Lacenaire. Celui\nqui juge sera jugé. Les hommes n'ont de droit que le droit d'aimer.\nLequel d'entre nous ne pourrait adresser à Dieu l'énergique prière de Bau­\ndelaire :\n               Ah ! Seigneur, donnez-moi la force et le courage\n               De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !\n\n   Sur le quai, au crépuscule. Une foule, entourant un noyé qu'on vient de\nretirer de l'eau. Un suicidé. Le cadavre est étendu, rigide, sur les\npavés. Comme c'est petit, un homme mort ! Un paquet de chiffons humides,\nentourant une forme sans relief. Le geste affreux des deux mains ramenées\nvers le cou, pour lutter contre l'asphyxie. Pour qui est-il mort, ce\nmalheureux? Pour un Shylock avide de son argent et de sa chair? ou pour\nun femme sensuelle et bête? ou pour quelque faute mystérieuse dont il s'est\npuni?\n   Mais être là, exposé aux regards effrayés des gamins, aux regards lascifs\ndes filles, aux commentaires stupides des oisifs!... Quel châtiment. O gue­\nnille humaine, si tu n'es que matière, n'es-tu pas ce qu'il y a de plus vil et\nde plus immonde?\n   Traversé les Champs-Elysées à la nuit tombante. On allume les lanternes.\nDe la poussière, des lueurs blafardes à travers les arbres. Pas une étoile au\nciel. Où sont les nuits fraîches et parfumées de Java? les danses malabares\nsous les banians en fleur... la mer étincelante de pierreries?... Où les joies\net les ivresses des lointaines îles de la mer indienne ?\n\n\n                                       X\n\n   24 MAI, FÊTE-DIEU. — A dix lieues de Paris, sur les bords de l'Oise. Un\npetit village, sans paysans ni pauvres. Des villas en platras, quelques mai­\nsonnettes rustiques, entre deux parcs immenses : l'un, bâti par Henri IV\npour une favorite, devenu l'asile d'un gentilhomme sans fortune; l'autre,\nsomptueux, en briques rouges et pierres blanches, bâti par un financier,\nqui vendait des cravates à cinq sous il y a vingt ans, sous les portes cochères.\nLe curé est logé tant bien que mal. Un pavillon où la courtisane royale\nmettait naguère ses valets de chiens. L'église est une grange. Les murs sont\nblancs et nus : le strict nécessaire sur l'autel ; un beau tableau de Lesueur,\nsans cadre, donné par le gentilhomme ; un lustre de Baccarat, volumineux,\ndoré, chargé de pendeloques, offert par le financier et marqué à son chiffre.\n   Le curé m'aime de tout son cœur. Nous avons usé plus d'une paire de\nculottes, au collège, sur les mêmes bancs. Malade et pauvre, il est venu\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "                                   —159      —\n\n\néchouer là. Son âme évangélique souffre de la solitude des sacrés taber­\nnacles. Il a quelquefois du monde, à la messe du dimanche, l'été, quand le\nmarquis a loisir de quitter sa garnison pour venir avec sa famille revoir les\nombrages du manoir enfoui sous les ormes.\n   Le financier, piqué au jeu, envoie sa valetaille à l'église, en grande livrée.\nLes petites filles de l'école admirent beaucoup les laquais en bas de soie,\ntrès chamarrés de galons. Et les vieilles femmes, dévotement, saluent les\ncaméristes empanachées, qui se moquent des bouquets fanés de l'autel et\nde la chasuble de l'officiant, très ancienne, aux orfrois éraillés. Mais le curé\nva son chemin. Il y a toujours quelque souffrance à consoler, quelque mou­\nrant à bénir, et çà et là un enfant à instruire. Pourquoi envoie-t-on des mis­\nsionnaires chez les sauvages ?\n   Ce jour-là, pourtant, il y a des fidèles à l'église. On va faire la proces­\nsion du Corpus Dei. D'abord les fillettes, en blanc. Puis les villageoises, les\ndames de boutique en rupture de comptoir, les bourgeoises en villégiature.\nLes hommes regardent passer les bannières, en ricanant. Des « messieurs »\nse réfugient dans une guinguette. Les gens de la banque prennent la tra­\nverse pour rentrer. M. le baron veut être servi à l'heure... Nous sommes\nquatre pour porter le dais ; le marquis, son ordonnance, en civil, le garde-\nchampêtre en uniforme, et moi. C'est assez lourd, ce dais, aux pentes de\ndamas crépine d'or, avec des plumails aux angles. Un nuage d'encens, une\nenvolée de fleurs. Et, entre nous, le curé, soutenant l'ostensoir. Sacris\nsolemniis... Ah! que c'est beau, même ici! même avec cette poignée de\nchrétiens sans foi, cette bande d'enfants turbulents et distraits ! Même à tra­\nvers ces rues sans guirlandes, même à travers ces champs de betteraves, que\nbrûle le soleil.\n   Et le reposoir est dressé, entre deux chênes, dans la grande salle de ver­\ndure du parc. Les charmilles entourent le vaste rectangle : un fin gazon,\ndru et vert, fait tapis. Azalées, roses, lis, tubéreuses, renoncules, pivoines,\npervenches, composent une mosa'ique merveilleuse, étoilée de l'argent bruni\ndes flambeaux et de la flamme pâle des cires. Dans cette corbeille odo­\nrante, Dieu va reposer. Pange lingua. Les encensoirs se balancent avec un\nléger cliquetis de chaînes, une vapeur bleue voile le petit paradis, les voix\ndes enfants s'élèvent. Puis la sonnette retentit. Et le cortège rentre à l'église,\nau son des cloches.\n   Dîner en tête-à-tête avec le curé. La marquise a envoyé des fraises. Le\nhaut baron, un panier de sauterne. La servante débouche une bouteille, et\nfait disparaître les trois autres « pour les malades ».\n   Repas frugal, mais assaisonné de quelle bonne humeur !... Nous parlons\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "                                 — 160 —\n\ndes pions et des pensums, et des grosses farces, et du père Maurin, le pro­\nfesseur de sixième, qui fut enterré à soixante-dix ans, avec la « lévite », la\nmême qu'il portait le jour où il reçut le sacrement de confirmation... Et du\nportier, la Rate, qui vit défiler devant sa loge combien de générations\nd'écoliers... Nous parlons de la patrie, des lacs d'émeraude enchâssés entre\nles hautes montagnes, des vallées alpestres où les torrents bondissent de\nroche en roche, des sommets où d'immenses troupeaux paissent les gros\npâturages, où la petite fleur bleue de la gentiane dessine un semis de croi­\nsettes d'azur sur le champ de sinople de l'herbe veloutée, où les rhododen­\ndrons étoilent de leurs bouquets roses les massifs de broussailles s'effilo­\nchant sur les crêtes... Nous parlons aussi de nos quinze ans, de nos enthou­\nsiasmes juvéniles, des poésies de l'adolescence, de toutes les belles illusions\nà jamais évanouies.\n   Bonne journée ; la première où je respire librement. Bonum nobis hic\nesse.\n\n                                      XI\n   25 MAI. — C'est triste, un lendemain de fête. Je veux revoir la maison\noù j'ai vécu treize ans. Là-bas, au fond de Paris, dans ce quartier peuplé\nde troubades en pantalon rouge, à l'ombre de ce dôme des Invalides sur\nlequel on a étendu pour un million d'or fin. Il y a beaucoup de pauvres\nqui regardent cette coupole. Et il a fallu tout cet or battu en feuilles minces\npour faire un baldaquin au cadavre de Napoléon, couché dans son bloc de\nporphyre... Eh bien! oui, la voilà, cette maison haute, étroite, presque\nbranlante, où treize années de ma vie se sont écoulées. Elle est banale,\ngrise, laide. Combien de créanciers ont escaladé son escalier obscur! Com­\nbien de gens sont venus tirer le vieux cordon rouge de la sonnette : des\nindifférents, des importuns, des fâcheux, et quelques amis aussi. Les amis\ndes premiers succès, les courtisans de l'heure triomphante, les cyniques et\nles timides... Il me semble que je vais voir, derrière le rideau soulevé par\nune main blanche, une figure aimée. Non. Il y a des guipures bêtes là où\nflottaient des plis écarlates. Et où resplendissaient mes vitraux en culs-de-\nbouteille, orange et violet, tombent des mousselines brodées, vulgaires.\n   Quel être vit et souffre là-haut ? Qui fait la moisson des souvenirs semés\ndans ce logis? Par quels fantômes sont hantées ces chambres, trop étroites\nà certain jour pour la foule des adulateurs, et si petites pourtant, — et si\ngrandes, pour le petit nombre d'amis vrais qu'on y pouvait réunir !... Ah ! si\nles murailles parlaient, celui qui dépense là sa vie n'aurait que des heures\ncourtes de sommeil.\n              (Ici vingt lignes soigneusement barrées à l'encre violette.)\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "                                  — 161 —\n\n   Un beau coucher de soleil, vu de la terrasse du café d'Orsay. Le ciel\nembrasé, d'une pourpre striée d'or, jetant une chaude lumière sur les grands\narbres du quai. Le Pavillon de Flore, tout illuminé de reflets roses, et les\nmilliers de vitres de ses fenêtres, étincelant de toutes les nuances du prisme.\nLe pont, inondé de rayons, enveloppé d'une poussière lumineuse. Le tor­\nrent des voitures et des piétons s'engouffrant dans la rue du Bac.\n   C'est Coppée qui m'a appris à venir, de là, voir ces couchers de soleil\nincomparables, et, en traversant le pont, admirer le plus beau paysage\nurbain qui soit au monde.\n   Dîner chez Caylus, avec des poètes décadents. L'un d'eux est vêtu d'un\ngilet lacé par derrière, en peluche couleur safran ; sa jaquette est fermée par\nune cordelière à glands de soie; en guise de cravate, un bouquet de cyno­\nglosses dans l'échancrure de son col. Il a des cheveux blonds, calamistrés,\nune figure poupine et rose. Trop beau pour rien faire! Un autre, qui arrive\ndes lointains déserts de glace de la Norvège, a le type fatal d'Antony. Un\nlion du boulevard de Gand, de 1828. Un autre, face rabelaisienne, pouffant\nde rire aux saillies d'un juif lugubre à barbiche en pointe. Ces gens-là me\nrappellent le dîner des journalistes chez Florine, de Balzac. Il n'y manque\npas même Lucien de Rubempré. Mais Carlos Herrera viendra plus tard.\n   Assaut de théories littéraires, de récits perfides, de médisances pimen­\ntées. On discute et l'on compare le tirage des romans de Zola et de Daudet.\nLe plus glorieux est celui qui gagne le plus d'argent. On blague l'Aca­\ndémie : le quarante-unième fauteuil devient une banquette. Il y a eu des\nduels, ces jours-ci. L'aède blond, corseté de peluche, relève la manche de\nsa chemise pour montrer la piqûre de fleuret qu'il reçut, à l'avant-bras,\nd'un Romain échappé du De Viris.\n   Descente de la rue des Martyrs. A chaque pas, une belle de nuit en mante\nà la vieille de taffetas gorge-de-pigeon ; les joues plaquées de fard, la bouche\ncarminée d'opiat, les yeux bleuis de khôl ; la voix éraillée et rogommeuse,\nl'allure canaille. Elles sont toutes sœurs, camardes, macabres, terribles\ndans leur avidité. Gibier de lupanar, d'hospice et de prison. Les futures\ntricoteuses du bon temps prochain où l'on rétablira les guillotines en per­\nmanence.\n\n                                      XII\n\n  26 MAI. — A l'âge heureux de onze ans, je lus un roman en beaucoup de\nvolumes, les Viveurs de Paris, par le vicomte Xavier de Montépin. Ce\ngentilhomme ne saura jamais quelle influence il a eu sur mes destinées !\nAprès tant d'années, je lui réciterais facilement les aventures de son baron\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "                                 — 162 —\n\nRené de Savenay. Et c'est à ce vicomte que je dus de connaître le perron\nde Tortoni, avant d'avoir parcouru le jardin des racines grecques.\n   Chaque fois que j'allais à Tortoni, au temps jadis, j'y rencontrais tous\nles héros de mon vicomte. Aujourd'hui, je n'y ai vu que des journalistes,\ndes peintres et des éditeurs. Mais quels !... C'est un salon, ces trois mètres\ncarrés pris sur le trottoir. On y cause mieux qu'à l'hôtel de Rambouillet.\nLes deux gendres de Théo y font assaut de verve et de moquerie. Et les\npassants, qui dévisagent les grands hommes passés, présents ou futurs,\nassis devant les guéridons chargés de verres d'absinthe, ne se doutent pas\nqu'on leur fabrique là de la pâture littéraire pour le courant de la semaine.\n   Mais pourquoi M. de Montépin ne s'y montre-t-il pas à ce perron de\nTortoni, sur les marches duquel j'ai cherché l'empreinte du bout de la canne\nde M. de Balzac?\n   Entendu une phrase psalmodiée par un reporter à un décoré de la\nfinance : « Moi, baron? si je trouvais votre portefeuille avec cent mille\nfrancs dedans, je ne vous le rendrais point. Autant de pris sur l'ennemi.\nRestitution forcée. J'en fonderais un orphelinat pour les fils des banquiers\nchrétiens mis en faillite par les banquiers... circoncis ». L'autre riait, —\nriait jaune.\n   Dîner chez l'amiral avec des Cambodgiens. Ils rappellent ces enfants\nasiatiques, vendus au poids de l'or par les marchands d'esclaves aux séna­\nteurs de la Rome impériale. Très beaux, avec leur peau d'or mat, leurs yeux\nbridés, à la prunelle très noire et sans éclat, leur bouche large, charnue et\nrouge, leurs ongles teints, leurs dents noircies par le bétel. Ces costumes,\nen soies multicolores, avec des franges et des pompons, reposent de nos\nsempiternelles frusques civilisées. J'aime ces exilés du pays d'Angkor. Ils\nont en pitié nos petites vertus et nos petits vices. Leur silence inquiète. En\nquatre phrases, on se fait comprendre, et dès lors ils sont autres : gais et\nmalicieux, et sachant qu'ils n'ont plus rien à cacher. Paris les amuse. Ils en\nconteront les singulières merveilles à leurs bayadères, une fois retournés\ndans ces contrées magiques où tout ce qui n'est pas esclave est roi.\n\n\n                                    XIII\n\n   27 MAI. — Présenté le fils de mon ami défunt, James Francin, au direc­\nteur du Beaumarchais, important journal du matin. Le jeune homme a fait\nson droit, naturellement. Il sait tout l'allemand qu'on enseigne au lycée, et\ncinq ans plus tôt les prograpmes universitaires n'avaient pas de secrets\npour lui. Combien de gens, en ce monde, n'en pourraient pas dire autant!\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "                                 — 163 —\n\nCe garçon est persuadé que le journalisme mène à tout, à la seule condition\nd'en sortir. Il en sortira bientôt, pour peu que son directeur le reçoive,\ncomme tel autre directeur admet à son audience ses reporters, le matin,\nlorsqu'il fait ses ablutions intimes dans son tub. Je lui ai fait présent des\nIllusions perdues de Balzac, en ajoutant ce simple commentaire : « Plus ça\nchange, et plus c'est toujours la même chose ».\n   Quelle cohue que ces bureaux d'un journal à la mode ! une antichambre\ntendue de simili-cuir de Cordoue, parcimonieusement éclairée. A travers\nune glace sans tain, toute la cohue, le tumulte, la lumière aveuglante du\nboulevard. Et là dedans, une procession qui se déroule sans fin, sans trêve,\nau tintement aigu des sonnettes : des hommes graves, plus ou moins\ndécorés, d'autres, plus fiers, sous la défroque prétentieuse du bohême, des\ngommeux à la mode de demain, des cabotins en quête de réclames, des\njouvenceaux timides et présomptueux apportant leur premier manuscrit,\ndes femmes auteurs, des modistes, des grooms affairés, des typographes, la\ncigarette au bec, un tas de monde enfin s'agitant sans relâche, sans but et\nsans succès.\n   Soirée chez la duchesse, avec des Indous, qui me plaisent plus encore\nque les Cambodgiens. L'Inde nous envoie des missionnaires pour prêcher\nle bouddhisme. Il y a, paraît-il, à Paris, toute une colonie de brahmanes\nvenus dans ce dessein. Le bouddhisme a ses revues et ses journaux, peut-\nêtre déjà ses temples. Cette société prétendue matérialiste est affolée par\nle besoin d'un idéal supérieur. Le dogme catholique est discuté, mais le\nspiritisme a des adeptes, et la Kabbale a ses mages. L'hypnotisme, la\nsuggestion préoccupent les plus hautes intelligences, et ce monde qui\nne veut plus de la prière, ni du miracle, qui ne croit pas aux revenants,\nqui doute de l'âme, et qui se roule dans la science, la philosophie, le posi­\ntivisme et le pessimisme, ce monde cherche partout l'ordre surnaturel.\n\n\n                                    XIV\n\n   28 MAI. — Ce qui m'a toujours paru le plus amusant et le plus vrai dans\nles Scènes de la vie de Bohême de Murger, c'est le dénouement. Rodolphe\net Marcel, devenus riches, se rencontrent et vont dîner ensemble. L'un\nd'eux propose le petit restaurant où, naguère, on leur servait de vagues\nnourritures en des plats de faïence peinte. Et l'autre répond : « Non, mon\ncher, je veux aller dans un endroit où l'on mange! Je suis un corrompu,\nje n'aime plus que ce qui est bon ».\n   Je me dis cela, en dînant chez mon maître et ami, Rodolphe Perrée, de\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "                                   — 164 —\n\nl'Académie française : le plus doux et le plus simple des poètes, gaiement\nrailleur, aimant à plaisanter, souriant, parfois rêveur. Sa droiture, son bon\nsens, la cordialité de ses allures lui ont fait autant d'amis, que son talent\nexquis lui a fait de jaloux. Ce n'est pas peu dire.\n   Nous ne sommes que trois dans cette jolie salle aux tentures bleu-paon,\ndont les fenêtres s'ouvrent sur un jardin plein de roses : le salon et la\nretraite du maître sont ornés d'oeuvres d'art charmantes, souvenirs des\namitiés fidèles. Tout ce qui est dans ce logis d'artiste, aménagé avec goût\npar une bonne fée, c'est le travail qui l'a donné, et l'on y peut songer sans\namertume, et presque sans tristesse, aux privations et aux médiocrités du\ntemps jadis.\n   En sortant de table, nous allons errer au Quartier-Latin, pour nous remé­\nmorer les ans écoulés. Mais où aller, maintenant que nous ne nous amu­\nsons plus, et que nous avons grand'pitié des cadets qui font semblant de\ns'amuser. La jeunesse est finie, voici venir l'arrière-saison. Plus d'amou­\nrettes volages, plus de joies bruyantes, plus de plaisirs à bon marché et pris\ntels quels!... Nous aussi, nous sommes des corrompus, et nous n'aimons\nplus, hélas! que ce qui est bon!...\n\n\n                                       XV\n\n   29 MAI. — Rencontré la baronne Varvara Strogoff, une ancienne. Des\nyeux gris d'acier, des cheveux couleur cuivre, la bouche saignante. Une\naventurière ; pas un pouce de terre au soleil, pas un chiffon de papier dans\nson coffre : un million de rentes, hypothéquées sur ses vices. Elle sait\nmentir dans vingt langues, et roulerait vingt diplomates. Cette coquine va\npartout, et en revient.\n   Visite à Bani-Pal, le mage. Tout en haut d'une coquette maison moderne.\nDès le premier étage, un parfum de musc et de santal saisit aux narines.\nA l'entrée, l'épée symbolique, la pointe dirigée vers la porte, pour diviser\nle fluide de ceux qui viennent. Tout le logis, une sombre et somptueuse\ncaverne, pleine de livres rares et précieux, de tableaux, de sculptures, des\ntapis d'Orient, des armes, des instruments bizarres. Le mage, très beau dans\nson ample simarre de laine grise sur laquelle se drape une tunique de\nsatin bleu, à larges bordures d'argent et de soie verte. Bani-Pal sait beau­\ncoup : sa voix mordante enfonce le trait, pénètre. Grand esprit, assurément.\nMais quels sentiments dans le cœur? Et quel cœur? Un être comme lui ne\npeut plus désirer, aimer ou haïr. Dès lors, à quoi bon vivre? Pour savoir?...\nEt après ? Il est si peu nécessaire d'exister, et les seuls heureux sont peut-être\nceux qui n'ont pas eu lieu.\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "                                 — 165 —\n\n   Paris m'ennuie, décidément. J'ai envie d'essayer une exploration des bas-\nfonds. Mais avec qui? Et puis, les assassins, les voleurs et les faussaires ne\nsont peut-être pas plus divertissants que les honnêtes gens. Il n'y a plus\nd'intéressant que les sauvages : d'abord ils ne savent rien, ensuite ils ne\nparlent pas.\n   Dîné avec le romancier Metzy. Un francisé, nerveux, névrosiaque, névro­\npathe. Au Xe siècle on l'aurait exorcisé, comme possédé, et au XVe, brûlé\ncomme sorcier. Au moins celui-là n'est pas banal : subtil, raffiné, étrange.\nUn peu diabolique, pour effaroucher les femmes, et faire bavarder ses amis.\nAssez riche pour payer ses fantaisies, trop pauvre pour réaliser de trop\ngrandioses caprices. Au demeurant, un compagnon charmeur, irritant, et\nqui donne la contagion de ses diableries.\n   Nous avons dîné très loin, dans une maison qu'il a découverte. On y fait\ngrande chère, et cela coûte beaucoup d'argent. Il a voulu des vins extra­\nordinaires, de Hongrie, du Cap, de la Grèce. Le repas était aussi fastueux\nque celui offert par Fortunio à Musidora.\n   Mais qu'est-ce qu'il avait donc, mon Metzy, ce soir? Triste à pleurer, et\nbête à faire pleurer. Un langage de garçon boucher ou de rôdeur de bar­\nrière. Et pas aimable du tout. A chaque parole, sur l'un ou sur l'autre, ou\nsur quoi que ce soit, il répondait : « Quelle em...bêtation! » Pas d'entrain,\npas de verve. Éteint, quoi! presque fini, si je ne savais quel ressort il y a\ndans cette âme, et qu'il faudra un pauvre rayon de soleil pour la ranimer.\nMetzy fera encore de beaux livres, sans plus songer à l\"à rebours de toute\nchose. Mais qui dira la cause de ces découragements et de ces faiblesses?\n   Le festin s'est prolongé tard, où aller? Ni lui ni moi ne voulons nous\ncompromettre dans les bouges du quartier Galande. Réflexion faite, nous\nallons à ce petit café-concert de la barrière du Maine, où je la connus, elle,\ndans sa mince robe grise à petits carreaux. Et quand je pense que ma des­\ntinée s'est jouée là, dans cette salle sordide, à la lumière de ce gaz popu­\nlacier, au son de cette musique enragée, dont le seul mérite est d'empêcher\nqu'on entende les inepties débitées par des filles à cheveux jaunes et des\npantins vivants, ridicules!... Elle était là, sur ce banc poisseux, buvant\nquelque nauséabonde mixture; et, près d'elle, un garçon pâlot, yeux cernés,\nbouche moqueuse, qui était à la fois son frère et son amant. Elle n'y est\nplus. J'ai eu tort d'y revenir.\n   Metzy continue à « s'em...bêter ». Il dit le mot de M. Zola. Et nous\npartons, navrés des joies grossières des gens venus là.\n   TROIS HEURES DU MATIN. — Je viens de m'éveiller en sursaut. A mes\nvitres, sous la transparence des rideaux, les premières et froides lueurs de\n                                                                     11\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "                                    — 166 —\n\nl'aube. Je suis saisi d'un grand frisson, mes cheveux se hérissent sur ma\ntête baignée de sueur. Et je n'ai rien vu, rien entendu. J'ai peur, une\nangoisse atroce. Que se passe-t-il donc? Rien, un morne silence. Puis tout\nà coup, trois coups profonds, sourds, bien espacés, frappés je ne sais où...\nEt comme une voix, à la fois très proche et très lointaine, et qui, distinc­\ntement, doucement, lentement, profère mon nom, tout mon nom\n\n\n\n\n   Le reste du carnet d'Ethelred Mainfroy ne contenait que des feuillets\nblancs.\n                                                       CHARLES B U E T .\n    Villa Floret, août 1888.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 167, "titre_corps": "Londonneries : Sisters Lloyd", "titre_sommaire": "Londonneries", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Rahlenbeck", "ancre_debut": "LONDONNERIES", "ancre_fin": "GUSTAVE RAHLENBECK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMEIL D OR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 694, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "LONDONNERIES\n                               I. — SISTERS LLOYD\n              Une salle au vaisseau énorme, d'un rouge ardent léché d'or,\n                avec des promenoirs circulaires dont les glaces immenses\n                enfoncent à l'infini leurs perspectives de rêve et où s'espacent\n                des divans profonds, rouges aussi et larges comme des couches.\n   De ci de là émergent, de parterres de roses et de palmes, les cristaux d'un\n bar où se débitent du champagne en gobelets et des american drinks. Des\n habits noirs, le dos tourné, les coudes sur le marbre.\n   Sur la scène, blanche de lumière poudroyante, se suivent l'habituel jon­\ngleur, le caporal dandy, le monocle à l'œil et la cravache sous le bras,\n puis les minstrels nègres, puis une nuée de bicyclistes évoluant dans l'éclair\n des aciers.\n   A l'orchestre commence un chant languide coupé de brusques sursauts\nd'archets.\n   Apparaissent sur le fond de forêt profonde et de lianes deux fillettes\ntoutes blondes, d'une blondeur soyeuse qui vêt d'or l'ovale exquis de leurs\nfigurines pâles, étrangement semblables.\n   Serrées l'une contre l'autre, dans leurs robes de fillettes, blanches, mor­\ndues d'une écharpe rouge dont le nœud bouffe sur le côté, dans la candeur\ntoute simple et l'archaïque grâce des Kate Greenaway, elles chantent dou-\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "                                  — 167 —\n\n cement, comme tristement, le chant étrange des archets coupé de sursauts\n brusques où leurs voix grêles comme interrogativement s'élèvent et se\nbrisent.\n   Le rythme s'accélère, s'enfièvre....\n   Les fillettes se sont baissées, d'un identique mouvement, et de leur main\ndroite ont relevé leurs jupes courtes, découvrant jusqu'aux genoux leurs\njambes enfantines.\n   Un piétinement d'abord, piétinement rapide où sonne le rythme frappé\ndes talons, puis des sauts brusques, capriçants, en avant, en arrière, dans\nl'envol des jupes relevées, puis le piétinement encore tandis qu'elles sourient\nde leurs lèvres décloses où scintillent dans l'émail des dents, les lumières\ndardées des lampes électriques.\n   Peu à peu, un vent de sauvagerie mauvaise, soufflé de la salle, passe sur\nl'orchestre dont le chant grandi s'exacerbe, se saccade\n   Les fillettes, toujours souriantes et pâles, — un peu de sang à peine\nrosit leurs tempes — résistent aux injonctions qui, de partout, dans le\nsilence orageux de la salle rouge, 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mensonge délivrée\n              Des renoncules l'ont parée\n              Dans cette fontaine fidèle;\n\n              Et dans la gaze d'ondes roses\n              Son visage sommeille encor\n              Et les oiseaux aux ailes d'or\n              Tourbillonnent parmi les roses.\n\n                                                      VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 168, "page_fin": 175, "titre_corps": "Contes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Leune", "ancre_debut": "CONTES", "ancre_fin": "ALBERT LEUNE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ÉCRAN JAPONAIS", 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Le monde de l'art qui voyait, à juste titre,\nen lui une de ces personnalités les plus élevées, s'était beaucoup préoc­\ncupé de cette maladie dont l'issue, si elle en eût été fatale, aurait été,\npar tous, considérée comme une catastrophe irréparable. Déjà, pendant\nqu'il était encore alité, tantôt anéanti par une prostration comateuse,\ntantôt tordu par un délire épileptique, ses amis avaient fait toutes les\nrecherches possibles, autour de l'origine du phénomène morbide, afin\nd'aider les médecins dans leur diagnostic comme dans leur méthode théra­\npeutique. Mais leur inquisition était demeurée, malgré tout, infructueuse.\nComment, d'ailleurs, dans la vie d'Emeric, découvrir quelque élément sus­\nceptible d'amener des troubles violents, des émotions dangereuses. Il était,\nen effet, un de ces artistes rares, qui conçoivent le beau comme une entité\ntotalement dégagée de tous accessoires terrestres, de toutes concomittances\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "                                  — 169 —\n\nmatérielles. Il croyait fermement que les êtres actuels, les formes vivantes\nn'étaient que les succédanés dégénérés, les spectres décolorés, les appa­\nrences passagères d'un type parfait, éblouissant, éternel, dont toutes les\nbeautés particulières ne sont qu'une émanation décroissante. Tout l'Art,\npour lui, consistait à négliger assez les choses existantes pour s'en servir\nseulement à induire la beauté virtuelle. En somme, à son esprit sursaturé\nd'idéal, le monde tel qu'il est n'était qu'une déchéance ; ce croyant sincère\nà l'absolu était un négateur du progrès. Il pensait que, seule la vision du\nbeau, et mieux encore, l'utilisation des moyens en notre puissance, à le\nrendre, donnent un droit relatif à l'orgueil, partant, à l'auto-divinisation et\nà l'immortalité. Il croyait, dans tous les cas, que c'était déjà un bonheur\nsuffisant que la presque réussite couronnant cet effort vers la forme la plus\nradieuse de l'infini, et qu'il ne fallait pas en rechercher d'autre.\n   On comprendra facilement, qu'avec une métaphysique aussi haute,\nEmeric eût, sans aucune peine, rayé complètement de sa vie ce qui fait la\njoie vraie ou l'ivresse consolatrice de celle des autres hommes. Sans amour,\nsans passion, dans une sérénité supérieure que troublaient seules les vibra­\ntions intimes, consécutives de sa contemplation perpétuelle, il conservait\nune implacable chasteté. Bien des femmes aspiraient ardemment à lui déro­\nber, soit comme épouse, soit comme maîtresse, une part des trésors d'ado­\nration complète qu'elles devinaient en lui. Lui les évitait toutes, non pas\nqu'il en eut peur (il y avait entre elles et lui trop d'incommensurable), mais\nil se fût considéré comme amoindri, violé même par la possession passagère\nde l'une d'elles. Même comme modèles, il ne les admettait pas, les jugeant\ninutiles : n'avait-il pas devers lui, dans l'arrière-plan lumineux de ses rêves,\nmieux que les plus belles d'entre elles?\n   Donc, à tous les points de vue, la genèse de l'accident qui l'avait un jour\nsubitement terrassé demeurait une énigme. On l'avait trouvé un matin, sur\nle tapis de son atelier, ayant encore juste assez de vie pour permettre une\nlongue agonie, qui suivit. Devant la place où il était tombé, était une\ngrande toile à laquelle il travaillait alors, un sujet allégorique bien dans sa\nnote : la Poésie chassant la Luxure ! D'un côté, un personnage admirable,\nfemme par les formes, déesse par la profondeur des yeux et la pureté séra­\nphique des traits, ange par les ailes blanches largement déployées, agitait\nd'une main vengeresse, des verges de flammes, de l'autre, esquissée seule­\nlement, une horrible vieille sur la face bestiale de laquelle s'épanouissait,\nen bourgeons hideux, la floraison funèbre et répugnante des vices, se cour­\nbait, infâme, sous cette correction céleste et essayait, ridiculement boiteuse,\nde s'y soustraire.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "                                  — 170 —\n\n   Ce tableau, sur l'ordre des médecins, on l'avait enlevé de l'atelier, pour\nne pas donner à Emeric, qui avait besoin de repos, l'envie de le finir.\nD'ailleurs, lui-même n'y pensait plus, plongé qu'il avait été dans la souf­\nfrance comme en une sorte de Léthé.\n   Chose bizarre, et qui stupéfiait ceux qui l'avaient connu avant, il n'éprou­\nvait plus autant le besoin du travail. Lorsqu'il prenait ses pinceaux et\ns'installait devant une toile blanche, il traçait quelques contours, puis\ns'arrêtait dans une lassitude triste.\n   Interrogé, il répondait :\n   — C'est étrange, quelque chose m'empêche de concevoir le Beau, main­\ntenant, clairement du moins, quelque chose nous a irrémédiablement\nséparés, mon idole et moi.\n   Et si l'on ajoutait : « Qu'est-ce donc? » il restait embarrassé dans un\nexamen obscur de lui-même, puis disait :\n   — Je ne sais pas... mais ce doit être un remords... Oui, c'est bien cela,\nun remords.\n   Bientôt ce remords, sans détermination possible, devint chez lui une\nobsession croissante, et finit même par devenir toute sa vie, tout lui-même.\n   Par une inexplicable folie, une auto-suggestion intense, il se persuada\nqu'il avait un remords, et que, par conséquent, il n'avait qu'à expier, ou à\noublier.\n   Il prit cette dernière voie... et ce fut ce Remords... qui fut sa véritable\nmaladie, celle-là plus incurable que la première, et devint sa perte.\n   Ce fut tout d'abord sa mort en tant qu'artiste, car il cessa absolument de\ntravailler. Ses journées se passaient en méditations atrocement concentrées\nsur le point noir, sur l'ulcère de son âme.\n   Parfois, il noyait dans l'opium cette conscience persistante bien qu'illu­\nsoire, d'une dépression annihilante.\n   Mais tous les soirs, régulièrement, il partait pour des déambulations soli­\ntaires qui se prolongeaient très avant dans la nuit. Il allait par les rues les\nplus noires, les cloaques les plus puants, puis s'arrêtait dans quelque bouge\nimmonde, et là se gorgeait d'alcools corrosifs et vils. Hébété par l'ivresse,\nil s'assoupissait parfois, la tête sur les mains, au bord d'une table grais­\nseuse, non sans murmurer avec conviction :\n   — Oh ! ce remords, ce remords qui me ronge!\n   Or, une nuit qu'il se trouvait dans une de ces tavernes abominables dont\nil faisait l'antre de ses ennuis désespérés, les yeux déjà couverts de la vapeur\nde l'eau-de-vie, il regardait dans le vague, sans rien voir, sans même avoir\nde ces hallucinations qui, chez les alcooliques, vont des centres nerveux à\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "                                   —   171   —\n\nla périphérie, tout en lui n'était que ténèbres. Cependant, tout près de lui,\nune vieille femme saoûle, horrible, la figure pleine de pustules, traînant\naux pieds, dans une claudication lascive, de lamentables savates, s'avança\nvers le comptoir d'étain, et sans qu'elle demandât rien (elle était connue là),\non lui versa une forte rasade de la même eau-de-vie dont s'approfondissait\nle spleen d'Emeric.\n   Tout en buvant avec de canailles clappements de langue, elle le vit, et le\nregarda longuement. Un froncement de ses épais sourcils gris, un hoche­\nment de tête, semblèrent, sur sa face de harpie, indiquer un effort de\nmémoire, puis, tout à coup, d'une voix affreuse, enrouée, pestilentielle, elle\nclama :\n   — Mais oui, c'est toi... mon bel ange... Oh! je te reconnais bien, va.\nHein ! te rappelles-tu, le jour où tu m'as fait poser pour je ne sais quelle\nhorreur. Je voulais me mettre nue devant toi... parce que tu es si gentil...\nmais toi, tu as refusé. J'avais envie de toi, toi tu résistais, nigaud... Mais tu\ny as été tout de même... tu te rappelles... après t'être endormi sur ton sofa.\n   Emeric, alors, après l'avoir longuement dévisagée, devint livide et resta\nun moment sans parler, la prunelle dilatée, la bouche béante de terreur.\n   Quelque chose de navrant se passait en lui : c'était comme si quelque\néclair infernal lui eût tout à coup révélé sous ses pieds un abîme fait d'ombre\ngluante et de méphitiques puanteurs.\n   Car maintenant, il se souvenait, il revivait la scène horrible dont il était\nsorti mourant. Ah! voilà... c'était bien elle... la vieille sorcière... son\nremords... celle avec laquelle il avait perpétré l'insulte fangeuse au Beau\nqui l'avait à tout jamais séparé de son idole.\n   Et brusquement les moindres détails lui revenaient.\n   Incapable d'imaginer le laid, et voulant cependant donner à son tableau\nune grande puissance, il avait pris, pour poser la Luxure, cette créature\nignominieuse rencontrée sur le trottoir, près d'un égout. Et c'était bien en\neffet la Luxure même, basse et sale, telle qu'il la voulait peindre. Car dès\nqu'elle avait été chez lui, elle lui avait fait des propositions obscènes, qui\nn'avaient eu d'autre effet que de donner plus de vigueur à son pinceau.\nLassé, il s'était, vers le crépuscule, assoupi sur son siège de repos. A quelles\nmanœuvres infâmes s'était alors livrée, pendant son sommeil, la répugnante\nmégère, il n'eût guère pu le dire. Mais son réveil avait été affreux, car lui,\nl'artiste à qui les beautés réelles ne suffisaient pas, ne s'était-il pas trouvé\naccouplé... oui.. accouplé avec cette bête humaine... ses lèvres sur sa lippe,\nbras noués autour de ses haillons sordides et comme attaché par les liens\n d'une nécromancie sinistre à cette charogne vivante.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "                                  — 172 —\n\n   Et, sans avoir le temps, d'ailleurs, d'analyser ses sensations, il s'était\nabattu dans la syncope fatale qui l'avait presque tué, pendant qu'elle, la\nmaudite laide, s'enfuyait triomphante.\n   Voilà donc le drame dont l'arrivée de l'immonde femelle, provoquait,\nchez lui, la résurrection.\n   Soudainement dégrisé, il se leva, marcha droit à elle, si menaçant,\nqu'elle se recula, peureuse, vers le mur, cherchant la porte. Elle n'eut pas\nle temps de fuir : en passant près du comptoir il avait saisi une carafe\nmassive d'un verre épais ; d'un geste rapide il lui en asséna un grand coup\nsur le crâne, puis, tandis qu'elle chancelait, plusieurs sur le visage, inutiles\nceux-ci, puisque le premier avait été mortel.\n   Quant à lui, tandis qu'on s'empressait à le saisir, et que des bras velus,\ndes mains malpropres se jetaient enfin sur lui, il trébucha d'abord, puis,\ncomme la première fois où il avait vu le monstre qu'il venait de tuer,\nil tomba.\n   Lorsque la police, un peu tardive arriva, il était mort, incapable de\nsurvivre à l'explication nette de son remords.\n   N'était-elle pas terrible cette revanche du Laid sur le Beau, du Laid que\nla Beauté dédaigne, ignore, et qui est cependant, et quelquefois triomphe.\n\n\n                          LOGIQUE SUPRÊME\n\n   Dans sa chambre aux murs complètement nus, et dans le vide de laquelle\nsemblaient épars et très distants, un escabeau de chêne, une table, quelques\nlivres, une natte (rien autre chose), Ferdinand Ditter, assis, les coudes sur\nles genoux, la tête dans les mains, se livrait tout entier aux laborieux enla­\ncements de sa pensée. Et ce n'était pas pour lui, ce jour là, une situation\nparticulière, accidentelle : non, car toute son existence se passait ainsi en\nméditations concentrées dont, à peine, il se détachait, une fois par jour,\npour prendre un repas frugal strictement nécessaire.\n   Comment, jeune, très riche, en dépit de la pauvreté de son logis, et d'une\nphysionomie assez heureuse pour être tout autre chose qu'un ascète, en\nétait-il arrivé à vivre d'une vie de fakir, avec cette différence toutefois,\nque la sienne n'était rien moins que contemplative, mais, au contraire, toute\nabsorbée par un travail d'auto-examen intense, et d'émission de volitions,\npures, sans constatation possible par des effets matériels quelconques et\nn'ayant de valeur que pour lui-même. Ce n'était pas à la suite de folies de\njeunesse, ni d'émotions trop violentes, car il avait à peine vécu. Cette\npropension à s'isoler de l'extérieur, il la tenait de son tempérament et de\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "                                 -   173   -\n\n\nses lectures, les dernières n'étant qu'une conséquence logique du substra­\ntum psychique primordial. Il était né avec un sentiment très accentué de\nsa personnalité, avec une répulsion très vive pour toute chose susceptible\nde l'amoindrir. Aussi, dans sa culture intellectuelle s'était-il jeté avec\nenthousiasme sur toute la philosophie de l'absolu, celle de Hegel surtout,\névitant, au contraire, avec le soin d'un orthodoxe à l'endroit des livres\nprofanes, toutes les méthodes inductives, qui, à son point de vue, tenaient\ntrop de compte des réalités ambiantes et de leurs rapports.\n   Bien que n'ayant usé de la vie qu'à très petites doses, il s'était aperçu\nqu'à chaque contact avec l'extérieur, sa personnalité en avait reçu une\nmodification qui en brisait momentanément la chaîne d'identités succes­\nsives. Les désirs, par instants, avaient détourné le cours de sa pensée, lui\navaient fait donner du prix à des choses en dehors de lui, et distrait sa\nvolonté, que suivant une interprétation spirioziste il assimilait à l'intelli­\ngence pure, ne travaillant que sur elle-même. La tristesse extraite de\nl'observation des vices et des misères terrestres, l'avaient souvent jeté dans\nun marasme où toute sa force psychique était absorbée par un spleen\nannihilant, au détriment de l'intégralité du concept. Bref, il en était arrivé\nà se convaincre, que pour rester lui, c'est-à-dire au terme absolu dont il eût\npleine conscience, il lui fallait s'éloigner de tout objet qui, à un moment\ndonné, pût substituer, en lui-même, son être au sien propre.\n   Et c'est ainsi qu'il était à présent, une sorte de Diogène, exclusif dans\nun égoïsme grandiose, mais ne cherchant pas un homme, tout occupé de se\nconstater lui, à toute heure, en toute circonstance.\n   A cette abstention de perceptions il sentait bien qu'il diminuait un moyen\nd'action. Mais peu lui importait, il ne tenait pas au développement dyna­\nmique de son être, mais simplement à en étendre la connaissance statique.\n   Or, en ce moment, parfaitement seul, il agitait de nouveau le problème\nposé par Hegel: « Le monde inconscient existe-t-il? » Et sa pensée se dérou\nlait en amples et profondes évolutions autour de ce sujet abstrait. Tout à\ncoup il en sentit très faiblement comme une interruption, ou plutôt une\ndérivation. Rien cependant n'avait pu le troubler dans sa chambre aux\nmurs complètement nus, à moins que par la fenêtre entr'ouverte, un bruit\nspécial, une odeur particulière, fussent jusqu'à lui montés de la rumeur de\nla rue, échappée de la tiédeur de l'air.\n   Peu à peu et parallèlement à une diminution de sa volonté pensante,\ns'accentua cette déviation qui bientôt au lieu d'être une simple négation\npassagère du sens philosophique prit une forme plus positive. Comme\nd'une brume épaisse (celle des années d'ailleurs) une vision sortit, vague\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "                                  — 174 —\n\nd'abord, graduellement se précisant par taches, avec des fractions de con­\ntours, et enfin nette, s'imposant malignement souriante. C'était l'image\nd'une jeune et accorte servante de brasserie, bonne fille et rieuse, qui, le\nsoir du jour où il avait été bachelier, s'était fait une fête, presque délicate,\nà force d'entrain de l'ensevelissement de la virginité du lycéen qu'il était\nalors, dans l'expansion de ses caresses libérales. Et maintenant il prenait\nun certain plaisir à se la rappeler, avec ses yeux fous sous la broussaille\nfine de ses cheveux châtains, ses lèvres gourmandes, sa gorge encore ferme,\net plus que tout cela le parfum capiteux de sa chair d'amour, dont, presque\nde force, dans une sorte de viol elle lui avait fait goûter, ça et là. Très\nmollement il se laissa aller à ce rêve, que suivit, presque aussitôt un désir\njeune et viril de cette féminité absente.\n   Comme par une habitude invétérée il s'écoutait penser, ce mot de fémi-\nnité, par sa forme abstraite même, lui rappela brusquement qu'il était là\npour réfléchir et non pour se souvenir. Un réveil brusque s'opéra chez lui,\nimpitoyablement accusateur.\n   Se trouvant avili, ardemment il voulut savoir la genèse de ce songe affectif\nqui l'avait soustrait à sa propre domination et emporté si loin de son point\nde départ comme de son but, faisant dans son être psychologique, une\nscission brutale pleine d'ombre nauséabonde.\n   Longtemps il fouilla dans la complexité des causes minimes et latentes.\nEnfin, à force de contention innémonique, il parvint à dégager ceci : c'est\nqu'il avait entendu de la rue, où tout à côté de chez lui se trouvait la ter­\nrasse d'un café ce cri banal : « Garçon, une absinthe! » Et cet appel avait\névoqué chez lui, d'abord l'impression assez nette de la verte liqueur, puis\n nsensiblement, le souvenir des rares occasions où il en avait bu, et entre\nautres, du soir de son baccalauréat. C'est alors qu'il avait revu, dans une\nrêverie, la fille galante aimable, bon garçon, qui l'avait déniaisé. Le désir\nétait né de cette résurrection d'un passé qu'il croyait mort.\n   Quand il eut fini cette autopsie morale faite avec la dextérité d'un analyste\nconsommé, il demeura navré, dans un découragement intense.\n   Ainsi, c'était en vain qu'il avait restreint ses perceptions, limité le monde\nà un espace étroit, vécu comme dans une tombe : à travers les obstacles\naccumulés volontairement entre l'extérieur et lui, lui était parvenue une\nimpression, n'ayant au fond sa source qu'en lui-même, mais amenée par\ndes influences très faibles du milieu. Sa personnalité antécédente était\nvenue heurter celle de l'heure actuelle, et faire momentanément de lui un\nêtre moral hybride, illogique, accidentique, vivant deux durées à la fois, et\nabandonnant pendant cette période, sa conscience immédiate.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 561, "texte": "                                 — 175 —\n\n   L'indépendance entière donc, non plus que l'absolue, dans la vie n'étaient\npas possibles. Dans la mort, du moins, le dernier émanait par l'absence de\nconscience.\n   Arrivé à cette conclusion, comme il n'avait jamais reculé devant la consé­\nquence rigoureusement logique d'aucune de ses déductions, il prit un\nrevolver, qu'il portait toujours en prévision des lâchetés et des contradic­\ntions possibles, et se brûla la cervelle.\n                                                     ALBERT LEUNE\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 175, "titre_corps": "Écran japonais", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vièrset", "ancre_debut": "ÉCRAN JAPONAIS", "ancre_fin": "AUGUSTE VIÈRSET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 198, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "ÉCRAN JAPONAIS\n              Dans son rose hamac de lianes\n              Qu'effleure maint bigarré vol\n              Un sarou se berce, l'œil fol,\n              Au dessus des eaux diaphanes.\n\n              Le feuillage des badianes\n              Pour lui s'éploie en parasol\n              D'où tombent, constellant le sol,\n              Des fruits mûrs emmi l'or des fanes.\n\n              Mais, — comme il les regarde choir,\n              A langui d'un mol nonchaloir —\n              D'autres, lui saisissant la queue,\n\n              S'y balancent, lèvre en rictus,\n              Mirant leur grappe en l'onde bleue\n              Du lac clair fleuri de lotus.\n\n                                                  AUGUSTE VIÈRSET."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 176, "page_fin": 177, "titre_corps": "Album à Toto", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Toto", "ancre_debut": "ALBUM A TOTO", "ancre_fin": "Tournt au plus vite", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "ALBUM A TOTO\n   COIN DE ROUTE\n\n    Vers la ville\n    Une file\n    De dix mille\n\n    Arbres, c'est\n    La route et\n    Ici près\n\n    Von perçoit\n    Un, deux, trois,\n    Quatre   toits;\n\n    Le clocher\n    Mi-caché\n    Est perché\n\n    Par delà;\n    Et voilà,\n    Rien que ça.\n\n\n  PETITE GUERRE\n\n  Les p'tits soldats\n  S'en vont au pas,\n\n  Ra ta plan plan\n  Tambour   battant.\n\n  La cantinière\n  Les suit derrière.\n\n  Mais v'là l'ennemi !\n  Gar' mes amis.\n\n  Ah ! 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Par son livre de\n                début, il s'est placé au premier rang de nos prosateurs, et\n                tous les ouvrages qu'il a publiés depuis n'ont fait que\nrenforcer l'admiration des gens qui lisent, pour son talent d'écrivain\norginal et consciencieux. Georges Eekhoud ne s'est enrégimenté sous\naucune bannière, il n'a pas dépensé ses forces dans les luttes stériles\nsuscitées par des écoles éphémères, et son esprit, soustrait aux influences\nextérieures, a gardé sa vision originelle des choses, de même que son\ntempérament n'a jamais été altéré par la fréquentation d'aucun auteur. Il\na su rester fidèle à son idéal à une époque fiévreuse et inquiète où les plus\nrobustes esprits vont d'une idée à l'autre ; il occupe une place à part dans\nla littérature contemporaine ; on lui trouverait difficilement des ancêtres et\npersonne ne songe à l'imiter.\n   Ses héros de prédilection sont les humbles, les ouvriers, les paysans, les\nparias, les maudits, les réfractaires, tous ceux qui peinent et qui souffrent,\ntous ceux pour qui la vie est sans pitié et sans miséricorde. Il a vu dans\nnos luttes actuelles pour l'existence, avec une perspicacité extraordinaire ;\nil en a pénétré tous les mensonges et toute l'hypocrisie: l'égoïsme se\nfaisant appeler charité, l'avilissement se dissimulant sous les apparences de\nla dignité, la honte et l'abjection arborant des croix d'honneur et portant\nla tête haute. Un homme généreux et compatissant ne voit guère, chez les\npauvres, que les souffrances matérielles ; si cet homme est doublé d'un\npoète il verra, en outre, les souffrances morales. Ce sont principalement\ncelles-ci qui ont empoigné Georges Eekhoud, c'est par elles que son âme\nest enchaînée à l'âme des malheureux. L'angoissante poésie de ses livres est\nprise aux larmes qui tombent silencieusement de leurs yeux, au sang qui\ns'échappe des blessures de leurs cœurs.\n   Le pittoresque de l'existence des pauvres, leurs héroïsme ingénu, la\nspontanéité de leurs sentiments séduisent également l'artiste. Les natures\nsimples sont les seules qui soient encore susceptibles d'enthousiasme, et\npar conséquent capables d'accomplir de grandes choses. Ce sont les seules\naussi qui agissent sans calculer. L'abnégation, les sacrifices généreux, les\ndévouements sans espoir de récompense ne se rencontrent plus guère que\nchez elles. Elles seules s'immolent encore pour une idée, et peuvent toujours\nmourir avec joie pour la défense d'une chimère. Ces gens s'abandonnent\nde même à leurs passions sans fausse honte et sans arrière-pensée ; c'est\n pourquoi ils nous paraissent grands même dans leurs débauches. Opposée à\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "                                  — 179 —\n\nla vie régulière et banale de la bourgeoisie moderne, avec ses affectations,\nses hypocrisies et son machiavélisme, on se figure tout ce que l'existence\ndes pauvres renferme de poésie, et la séduction qu'elle exerce sur l'esprit\nqui sait la comprendre.\n   Dans les romans de Zola, l'ouvrier est une brute magnifique et incon­\nsciente, une sorte de force aveugle qui pousse droit devant elle, qui broyé,\nécrase et déchire avec l'impassibilité d'une machine; pour Léon Cladel, c'est\nun héros qui se meut constamment dans la vie comme sur un champ de\nbataille. Georges Eekhoud est plus vrai, plus naturel et plus sincère. Les\npaysans de ses livres, par exemple, sont bien les fils de la terre, des êtres\nprimitifs qui cèdent à la première impulsion de leur volonté, des natures\nimpressionnables que toutes les passions font vibrer, des gens fidèles dans\nleurs affections et terribles dans leurs haines.\n   Les Fusillés de Malines forment l'odyssée de quelques paysans\nflamands qui se révoltèrent, en 1798, contre le despotisme français.\nPréoccupé avant tout de faire oeuvre d'art, l'auteur s'excuse, à la fin de\nson livre, de n'avoir pas perdu son temps à compulser de poudreuses\narchives, prévenant ainsi les reproches que pourraient lui faire des esprits\nchicaniers, plus épris de vérité que de poésie : « Pour fixer les traits de\nces patriotes impolitiques et reproduire leur rôle, je ne recourus point à\ndes incantations redoutables. Aux cœurs aimants, l'intensité de la\ntendresse suffit pour conjurer les élus. J'ai simplement entrepris le\npèlerinage aux campagnes qu'ils hantèrent. Là, m'étant imprégné de leur\natmosphère natale et de l'immuable mélancolie de leurs garigues;\nconvaincu de l'atavisme du terrien autant que de la perpétuité du terroir,\nj'ai retrouvé la chair de leur chair et le sang de leur sang ». Deux ou trois\nvagues notices sur ces obscurs héros, recueillies dans les chroniques de\nl'époque, ont suffi à Georges Eekhoudt II y a trouvé les quelques faits\nsaillants qu'il importait de connaître pour raconter cette révolte, sinon\ntelle qu'elle s'est passée, du moins telle qu'il est permis de se la représenter.\nL'appel du clergé à la rébellion, le départ pour Malines d'une poignée de\npaysans armés de leurs instruments de travail, l'inertie et la défiance des\ncitadins à l'arrivée de leurs naïfs libérateurs, l'ouverture des prisons, la\nprise de l'hôtel de ville, la réclamation des contributions par ces mêmes\ncitadins sordides dès que la chance tourne du côté des révoltés, l'irrup­\ntion des troupes françaises et la fusillade finale, voilà les points de\nrepère, les jalons qui ont servi à l'écrivain pour constituer son\nœuvre. Ce sont là les faits historiques, dans leur brutalité et leur\nsécheresse. Il s'agissait de les galvaniser, de les débarrasser du mystère qui\nles enveloppait, de déduire de ces épisodes principaux les intermèdes qui\nont dû logiquement les réunir, de leur créer une atmosphère, et d'en\ndégager toute la poésie douloureuse. Pour y réussir, il fallait connaître le\ntempérament du paysan flamand comme Georges Eekhoud le connaît,\navoir une idée exacte des choses qui peuvent l'enthousiasmer, être édifié\nsur son héroïsme naturel, et par dessus tout l'aimer.\n  Georges Eekhoud prend ses héros au moment ou les tracasseries et le\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3417, "texte": "                                  — 180 —\n\nexactions des Jacobins sont arrivées à leur dernier terme, où les opprimés,\nà bout de patience, n'attendent qu'une occasion favorable pour se ruer sur\nleurs oppresseurs. L'angoisse lourde qui pèse sur les premières pages du\nlivre, met tout de suite le lecteur en communion avec les principaux person­\nnages : quatre jeunes paysans attablés, le soir, dans un estaminet de Bon­\nheyden, et dont le silence, la contrainte, la tristesse et la colère sourde sont\nles prodromes d'une révolte imminente. Un souffle puissant traverse les\npages où l'auteur raconte comment ces paysans sortent de leur passivité\nlorsqu'après avoir appris le soulèvement de leurs frères, ils entendent des\nrumeurs de guerre dans le lointain, puis l'appel des cloches, qui poussent\n« comme des flammes d'incendie » leurs sons dans les campagnes. La parole\ndu vieux prêtre de Bonheyden achève de transporter ces patriotes ; leur\nenthousiasme devient du délire héroïque; ils se débarrassent insensiblement\nde tous les sentiments égoïstes qui pèsent sur l'âme et la dépriment ; une\nidée noble et grande prend possession de ces humbles et les pousse hors de\nleur vie étroite et terre-à-terre pour les précipiter vers des actions sublimes.\nIls donnent des exemples de générosité, de détachement et d'abnégation\nqui sont admirables dans leur simplicité : « Les pères qui auraient\ndonné jusqu'à leur dernier liard, qui ont risqué leur vie, qui se sont exposés\naux avanies des sans-culottes plutôt que de conscrire leurs héritiers, brûlent\nà présent d'enrôler le meilleur de leur chair et de leur sang dans cette armée\nde guérilleros, et les mères, les pauvresses, n'ont pas trop geint ou bien\nelles se sont cachées pour ne pas troubler la force d'âme de leurs hommes.\n   — Faites donc place à la petite mère Vaneylen !\n   C'est une pauvresse chenue, toute courbée, clopinant au bras d'un grand\ngars, son seul soutien, son unique bâton de vieillesse. Tony Vaneylen a\nl'air moins résolu que cette stoïque aïeule. C'est elle qui semble l'entraîner.\nIl a hésité longtemps, en songeant à cette tant affectionnée grand'mère,\nquand son ami Tistiet l'oiseleur est venu le relancer et lui raconter ce qui\nse passait.\n   La vieille lieuse de balais ayant écouté toute grave, s'est roidie, et a dit\nà son petit-fils : « Va, mon enfant ! Puisque c'est Dieu qui te réclame ! »\n   L'auteur a divisé son livre en quatre étapes. Ce sont quatre tableaux\ncommémoratifs qui synthétisent cette désolante épopée. Les deux premières\nscènes se passent à Bonheyden. La troisième nous transporte à Malines au\nmoment où les insurgés y font leur entrée. Les deux premières étapes\navaient pour but de nous familiariser avec les principaux héros du livre ;\nl'auteur nous a fait partager la tendresse, la sympathie et l'admiration qu'il\néprouve lui-même pour ses paysans. Au dévouement, au renoncement, à\nl'enthousiasme de ceux-ci, il oppose, maintenant, l'égoïsme, la sécheresse\nde cœur, l'étroitesse d'esprit des classes élevées, de tous ceux qui devraient\ntendre Ja main aux révoltés et les encourager en se mêlant à eux; au lieu de\ncela, nous les voyons accueillir les paysans avec hostilité et défiance, sourire\nde leur rêve glorieux comme d'une folie, puis se cloîtrer prudemment dans\nleurs maisons, épouvantés à la pensée de la répression éventuelle si, par\nmalheur, l'insurrection avorte. C'est l'homme civilisé, policé et sceptique\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "                                   — 181 —\n\nplacé en face de l'homme primitif, ignorant et simple. Celui-ci court direc­\ntement à son but, dont il devine la noblesse et la grandeur ; toute préoccu­\npation mesquine a disparu de son âme ; il ne songe même pas aux embûches\net aux traverses qui peuvent l'arrêter ; il possède la foi de l'apôtre, le courage\ndu martyr et la force du lion. L'autre raisonne ses moindres actes ; avant\nd'entreprendre quelque chose, il examine, il retourne, il soupèse ses chances\nde réussite; il établit tout de suite un parallèle entre sa condition présente\net sa situation éventuelle ; il a peur d'être dupe ; il ramène tout à sa propre\npersonne ; il est lui-même le centre et le but de toutes ses actions, et par un\ntravail énervant de son esprit, il désagrège ses propres forces, se rapetisse\net se racornit.\n    C'est ici que nous pouvons le mieux apprécier la sensibilité de Georges\nEekhoud, cette faculté précieuse que possède l'artiste de sentir et de nous\nrévéler les souffrances les plus ténues de ses personnages ; il pénètre les\nmoindres battements de leur cœur, les plus subtils frissons de leur âme ; il\nfait passer dans ses phrases le trouble qu'éprouvent les faibles, les timides,\nles malheureux sous un regard dur, ironique ou malveillant. L'indifférence\net le mépris qui se manifestent sur la figure des Malinois à l'arrivée des\npaysans déconcertent ceux-ci; leur volonté chancelle; pour la première fois\ndepuis le départ de Bonheyden, le doute et la crainte s'éveillent en eux et\nles font hésiter : « Une vertu maligne assourdissait le timbre vibrant de\nleurs voix ! un froid funèbre leur pénétrait l'âme. Et cette brusque dépres­\nsion de la température morale les faisait vaguement douter d'eux-mêmes,\nsinon de leur devoir». — Dans une remarquable étude sur Georges\nEekhoud, Francis Nautet, parlant de cette sensibilité, la compare à celle de\nPierre Loti. C'est bien à l'auteur de Mon Frère Yves, en effet, qu'elle fait\nsonger, mais chez Eekhoud elle est plus voilée, plus discrète et plus virile.\n   Après avoir fait prisonniers les gendarmes français qui gardent Malines,\nles insurgés, maîtres de la ville, se conduisent généreusement : « Ils n'en\nveulent qu'à la Terreur, et songent plutôt à secouer l'oppression qu'à se\nvenger de leurs oppresseurs ». Ils s'acharnent seulement après les\nemblêmes de leur servitude : ils arrachent et brûlent l'arbre de la liberté ;\nils pénètrent dans l'hôtel de ville et jettent par les fenêtres, les papiers, les\ndocuments, les registres, tout ce qui les désigne à leurs ennemis et rappelle\nleurs souffrances passées. Pour le reste, ils sont d'une magnanimité\nsublime; leurs premiers succès ayant été remportés sans effort, ils pour­\nsuivent leur oeuvre avec tranquillité et insouciance. Ah! s'ils avaient\nrencontré de la résistance au début, si un de leurs frères avait été frappé\nd'une balle ennemie, ces agneaux se seraient certes transformés en bêtes\nfurieuses, et leurs houes, leurs pics, leurs bêches qui n'ont jamais été\nhumectés que par la rosée des champs, se seraient empourprés du sang de\nleurs adversaires! « Mais le succès est une liqueur généreuse qui les\ngrise agréablement, les incline à la conciliation et à la réjouissance. »\nAussi nous paraissent-ils moins des révolutionnaires que des gars qui\ns'amusent sans souci et sans arrière-pensée. Escalader des murs, crocheter\ndes portes, briser des coffres-forts et des armoires, ce sont là des exercices\n                                                                         12\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "                                  — 182 —\n\ncorporels qui les enfièvrent et les exaltent comme de soulever des charrettes\nd'un effort de leurs reins d'acier, ou de lutter sur l'herbe des prairies,\npendant les après-midi des dimanches d'été. L'arrivée soudaine des\nFrançais et l'arrestation des insurgés ressemblent à une catastrophe éclatant\nau milieu d'une fête. Et quand tous ces paysans généreux et fiers, conduits\npar bandes dans le cimetière de Saint-Rombaut, s'écroulent les uns sur\nles autres frappés par des balles françaises, leur âme est blanche comme\nl'hostie qu'ils ont reçue avant leur départ, des mains pieuses du vieux\nprêtre de Bonheyden.\n   Les Fusillés de Malines sont une œuvre de pitié et de tendresse. Au\nlieu de se renfermer dans un égoïsme étroit et stérilisant, l'auteur ouvre\nson âme à toutes les souffrances qui l'entourent. Il n'est toutefois pas un\nrésigné ni un consolateur passif. Si, par instants, ses personnages\ns'affaissent et courbent le front comme les statues de Meunier qui\nsymbolisent la lassitude et la tristesse des misérables, ils se redressent\nbientôt avec le sentiment de leur force, pour braquer sur leurs bourreaux\ndes yeux enflammés par l'espérance et la colère. La société moderne peut\nse contempler dans l'œuvre d'Eekhoud. Elle peut aussi y puiser de\nsalutaires leçons. En délivrant les prisonniers, victimes des jacobins, les\npaysans s'attendaient à trouver en eux des auxiliaires et des amis;\nlorsqu'ils virent s'éloigner les riches et les nobles après les avoir remerciés\nd'un geste de tête et d'un regard hautain, l'auteur nous dit qu'au fond de\nleur âme inculte, une fibrile se contracta pour toujours. Toutes ces\nfibriles que les puissants contractent avec une cruauté inconsciente agissent\nà un moment donné comme des ressorts, et les opprimés se vengent, en\nun jour, des injustices et des souffrances qu'ils sont las de supporter avec\nrésignation.\n   Georges Eekhoud est donc le serviteur et l'esclave d'une idée. Celle-ci\ndoit se dresser au-dessus de son œuvre et l'illuminer de sa radieuse clarté.\nCela explique la structure de ses romans. Caractère entier, nature droite\net inflexible, ses répulsions sont extrêmes comme ses affections. Il divise\nses héros en personnages sympathiques et en personnages antipathiques.\nIl s'applique à mettre en relief les verrues de ceux-ci, leurs plaies, leurs\ntares ; le mobile qui les fait agir est toujours bas ou méprisable. Il ne tombe\ncependant jamais dans l'exagération, ni dans la caricature. Si ses portraits\nsont parfois cruels, ils sont toujours de la plus rigoureuse exactitude. Ce\nn'est pas sa faute, s'il y a des cœurs pourris et des âmes viles. Il ne les aime\nd'ailleurs pas plus que nous. Quand il s'occupe d'eux, la colère fait\nsouvent trembler sa plume, et il a volontiers recours aux mots cinglants ou\ncorrosifs. En revanche, comme il choie ses personnages de prédilection !\nVoyez, dans les Fusillés de Malines, Chiel le Torse, Rik den Schalk,\nHenri den Witte, Willem de Mol, et surtout ce déluré Tiest l'Oiseleur.\nL'auteur les enveloppe de son affection et de son infinie tendresse ; sa\npensée se tourne constamment vers eux ; il explique et justifie leurs\nmoindres actions ; il écarte de leur route tout ce qui pourrait les souiller ;\nil faut que notre admiration reste pure, et que nous les voyions mourir\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "                                  — 183 —\n\ncomme des victimes et comme des martyrs. Ses descriptions des milieux\nsont encore une manière à lui d'expliquer ses personnages ; il les explique par\nleurs champs, par leurs villages, par leurs églises, par leurs chaumes.\nPour nous initier à l'enthousiasme des paysans au début de la révolte, il\nle compare à ce qu'ils éprouvent quand un orage vient interrompre une\npériode de sécheresse; il parle de la terre comme d'un être sensible, le\npaysan souffre de ses brûlures et se dilate, comme elle, sous la tombée de\nla pluie. Le sol et l'homme sont si étroitement unis dans l'œuvre\nd'Eekhoud que le lecteur doit parfois se demander si c'est le sang du\npaysan qui fait fermenter la terre, ou si c'est la sève de celle-ci qui coule\ndans les veines du paysan.\n   A la fin de son livre, l'auteur nous apprend qu'aucun monument, ni de\nbronze, ni de marbre, ne perpétue le souvenir des fusillés de Malines. Le\nmarbre est bien gai, pour commémorer une épopée aussi douloureuse. Je\npréfère la simple pierre de Georges Eekhoud ; elle est aussi dure que le\nmarbre, mais elle est plus triste et plus suggestive.\n                                                    HUBERT     KRAINS.\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 183, "page_fin": 184, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Flûte à Siebel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "La Flûte à Siebel", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 1223, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "La Flûte à Siebel, par MAX W ALLER. — Bruxelles, Paul Lacomblez.\n\n   Il est des yeux nuancés d'expression, des yeux de couleur spirituelle, dont\non ne saurait dire s'ils sont réellement noirs, bleus, verts...\n   L'être de Siebel avait l'apparence changeante de ces yeux et sa couleur\néchappe au regard des passants. Mais ceux qui se sont arrêtés à le déplier,\nle deviner, le pénétrer ; ceux qui ont communié avec les pensées de Siebel\nen lisant des livres où toute sa spiritualité subsiste voient maintenant de\nquelle nuance supérieure de délicatesse et de caractère il était et vers quel\nidéal de sentiment il tendait — si désespérément aux derniers jours — son\ncœur chiffonné de souffrance,\n   Quand il vint à la vie, il crut que c'était le carnaval. Il se déguisa, fit\ndes pieds-de-nez, des pirouettes et chanta en intriguant les lieux\ncommuns qui passaient. Un soir, il sentit quelque chose comme du sang\ntiède ou des larmes glisser au revers de sa chanson. Il était las et son cœur\nlui demandait : « Ça ne finira donc jamais? » — « Si mon cœur, mon\n pauvre vieux, ça finira bientôt; allons nous-en ; c'est bête! » Le carnaval\n durait depuis toujours. Siebel venait de comprendre que c'était la vie. Il\n voulut sortir. On ne pouvait pas. Le regard à la vitre, il regardait nostal­\n giquement le soleil au dehors. Il se choisit d'avance un petit chemin argenté\n de sable fin et coussiné de fleurs par dessus lequel des têtes ployées de\n peupliers et de saules frisselisaient bas. « Là, se dit-il, j'aurai de l'ombre\n sur les paupières et le sommeil me sera berceur... et comme le chemin est\n long, très long... Et ses yeux ne quittèrent plus le sentier d'infini et,\ntenant pieusement, pieusement comme une relique, son cœur entre ses\n mains jointes, il se serra tout à la porte afin d'être le premier à sortir\n quand on l'ouvrirait. C'est à cette minute qu'il a fixé son regard et son\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "                                  — 184 —\n\ngeste, ce regard et ce geste de prière qui « égrenaient des ave de larmes » au\nchapelet de ses souvenirs et de ses désespérances. C'est à cette minute qu'on\na pu voir le sens poétique et psychologique du mimodrame qu'il venait\nd'improviser et de jouer lui-même et pour lequel un petit théâtre s'était\ndressé spontanément comme par caprice à l'appel des fantoches de son cœur.\n   Il est, en effet, si vif et si agissant, ce poème de la Flûte à Siebel, si\nanimé de regards, d'attitudes, de sourires passant en sautes brusques à\ntravers les larmes, si peuplé de gestes qu'il apparaît dans son ensemble\ncomme une douloureuse féerie psychologique jouée avec une fantaisie tour\nà tour tendre et féroce ; car Siebel s'y donnait de cruelles répliques.\n   Dans ces vingt-sept tableaux se concentre, sous la forme très naive, très\ninconventionnelle, très artistique d'un théâtre des premiers temps, toute une\nanalyse de la sensibilité moderne, analyse plus réaliste en sa délicatesse que\nbien des romans documentés, parce qu'elle donne, au lieu des faits de la\nvie, un intense sentiment de vie.\n   La vie retentissait en lui avec une justesse de tonalité et une acuité rares ;\net ce qu'il y a de plus caractéristique dans la composition de cette œuvre\ndélicate, est peut-être l'optique de la tristesse moderne, la mise en propor­\ntion des sentiments avec les choses extérieures qui les sensibilisent.\n   Combien d'artistes ont l'esprit assez aigu et subtil et sont assez physiono­\nmistes de leur époque pour conserver à une œuvre les proportions de pen­\nsée et de sentiment qui la font entière et complète, c'est-à-dire grande en\ndépit de ses dimensions menues. Le désespoir à larges gestes des tragiques\net des romantiques détonnerait dans nos paysages. La tristesse d'aujour­\nd'hui s'émiette de tous les scepticismes et de toutes les ironies qui nous\nenvironnent. Jamais des contraires ne se sont ainsi frottés et confondus, car\njamais on n'a pénétré, comme aujourd'hui, jusqu'au fond de nos êtres et\nreconnu le principe complexe de la vie fait d'un grain de joie et d'un grain\nde tristesse. C'est ce qui caractérise la psychologie moderne. Dans cette\npsychologie, il n'y a plus, à la vérité, ni tristesse, ni joie. Il n'y a plus que\ndes secousses sans cause, des aspirations vagues.\n   On ne sait plus ce que pleurer veut dire.\n   En psalmodiant ses Airs de flûte, Siebel verse des larmes douces sur\ntous les « petits cœurs que son cœur effleure » ; mais le goût et le parfum\nde ces larmes lui inspirent des grimaces comiques, et ce sont ces grimaces\nqui, par une sorte d'hyperesthésie, expriment réellement sa souffrance.\n   Max Waller, en donnant une à une ces pièces d'inspiration prime-\n sautière, doutant même de la pureté de leur forme, ne songeait guère à en\n composer l'œuvre vive qui exprimerait la double attitude de sa personnalité\nactive et pensive. Il les lisait à ses amis négligemment, timidement, comme\nd'éphémères piécettes écloses d'un caprice. Aujourd'hui que sa tapageuse et\nmoqueuse chanson a cessé et que nous l'entendons vivre en cette œuvre —\ntracé spirituel de sa vie sous des ciels purs, au milieu de décors artistes —\nnous comprenons mieux la valeur et la légitimité de ses dédains, et com­\nbien ce poète de naissance était loin au dessus des « systématiciens » d'art,\nqui jouent au moulin à vent sur les places publiques.\n                                                       HENRY MAUBEL."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 187, "titre_corps": "Chronique artistique : Salon des XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "GRÉGOIRE LE ROY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EXPOSITION DES ŒUVRES D ALEXANDRE MARCETTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                             SALON DES XX.\n               Des huit expositions que nous offrirent les XX, celle de cette\n                année fut, à mon avis, la meilleure. Jusqu'à présent la com­\n                munauté des recherches et des tendances vers un art nouveau,\n                avait été cause d'une certaine uniformité dans l'expression du\n rêve; la personnalité en avait souffert et la préoccupation du néo-impres­\n sionnisme avait dérouté de leur individualité la plupart des artistes les plus\n consciencieux. A l'heure qu'il est, les tâtonnements techniques, puis aussi\n les recherches de soi-même, ont pris fin ; chacun s'est retrouvé, et, maître\n aujourd'hui de son art, s'est isolé dans son originalité propre. Nettement\n les divers tempéraments se sont séparés et affranchis des influences réci­\n proques.\n    De là cette diversité rassurante, ce quelque chose de définitif et de spécial\n à chacun, qui fait qu'on se sent heureux et confiant devant des œuvres si\n méritoirement neuves et si consciemment inattendues. Oui, c'est une joie\n de les voir réunis à la cimaise fraternelle, ces toiles et ces dessins si essen­\n tiellement opposés et tous pourtant profondément artistes.\n    Où donc est aujourd'hui le reproche dont on agonisait les débuts : ils\nfont tous la même chose ? Car, on ne voyait alors que l'apparence d'études\n encore inquiètes et l'on ne se donnait pas la peine de rechercher la person­\n nalité qu'il y avait là en germe et que voilait l'inexpérience et l'inhabileté\n d'un qui doit se frayer un chemin. Qui donc oserait encore penser ainsi,\n lorsque sont assemblées les œuvres de ceux qui ont nom : SEURAT,\n TOOROP, SIGNAC, KHNOPFF, VAN RYSSELBERGHE, GUILLAUMIN,\n LEMMEN, VAN GOGH, MINNE, etc....? Songez à ce qu'évoquent ces\n noms là, et, tout en rapprochant ceux qui fraternisent pour la technique,\n rappelez-vous l'éloignement dont se sont distancés SlGNAC, VAN RYSSEL­\n BERGHE, SEURAT et LEMMEN.\n    SEURAT : pure harmonie de tons. Les objets multiples forment syn­\n thèse par leur sympathie de couleurs et de valeurs, dans une atmosphère\n générale, spéciale à chaque toile. Celle par exemple et surtout, où, dans la\n stagnance et la lourdeur d'une journée de soleil, des bateaux à l'ancre,\n aériens et légers attendent, insensiblement ballotés par une eau diaphane et\n transparente que borde un quai désert et infiniment ensoleillé.\n    SlGNAC, que les choses attirent pour l'apposition qu'elles offrent entre elles,\n grâce à leurs valeurs et à leurs tonalités particulières. Ce qui réunit les di­\n vers détails dans un tout, ce qui donne à l'œuvre son caractère concret,\n définitif et d'unité, c'est qu'elle représente un ensemble de choses coexis­\n tant à une heure déterminée d'une époque bien définie ; c'est aussi que\n chaque objet, complément nécessaire à un autre, se rattache, comme par­\n tie, à une conception, à une combinaison de lignes dont la dominante est\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "                                   — 186 —\n\n souvent horizontale. Peu d'artistes, avant lui, ont su tirer de l'horizontalité,\n la poésie d'immensité, de lointain et de sérénité qu'on trouve dans les toiles\n de Signac. L'op. 209 (Saint Cast, Côtes du nord), donnait ainsi la sensation\n d'une eau clapotante qui, sur une étendue et une largeur océanienne, s'en\n venait doucement du large et de l'infini vers la rive où l'on se trouvait.\n     On perçoit dans les œuvres de cet artiste un profond amour de l'immen­\n sité, une notion pénétrante de l'infini, dont la vue offre le caractère\n souverain. L'intérêt se concentre généralement dans la profondeur et le\n recul le plus lointain des spectacles et si parfois, au premier plan, une\n ligne brisée coupe la simplicité de l'horizon, cette ligne n'est que secondaire,\n n'arrête pas et ne sert qu'à rendre plus intense l'impression générale de\n grandeur de la ligne fondamentale.\n     THÉO VAN RYSSELBERGHE, que charme une mise en page heureuse et\n spontanée et la nature dans ce qu'elle a de souple, de joyeux et d'attrayant.\n Diaphanes, légers et très aériens, tels apparaissent les objets aux yeux de\n cet artiste, dont l'art est empreint d'un véritable bonheur. Les couleurs\n sourient et la tonalité générale des œuvres est claire et agréable comme un\n soleil de printemps, il y a là de l'enthousiasme, de la confiance et, sans\n jamais de banalité, une vraie facilité à s'exprimer. Chose vraiment étrange\n et inattendue, que cet art sans tristesse quoique de grande pensée !\n     Enfin GEORGES L E M M E N . Chez lui la volonté lente et patiente\n et sèche même, une simplicité d'œil et une franchise à rendre tout sans\n arrière-pensée ni hésitation, dominent. Je ne sais quelle intimité aussi,\n intimité d'intérieur calme et provincial où la paix des choses laisse à l'artiste\n le temps de les étudier et de les comprendre dans leur totale valeur. Il y a\n là une tristesse semblable à celle qu'on éprouve après la lecture de cer­\n taines pages de Flaubert.\n    A côté de ces quatre artistes et d'autres qui ont choisi une technique\n commune pour transcrire des impressions pourtant bien différentes et\npersonnelles, à côté d'eux qui représentent le plus méritoirement le néo­\nimpressionnisme, vient de se placer un groupe, dont l'art plus intellectuel\n encore, consiste surtout à abstraire d'une vision réelle, ce qu'elle contient\nde plus puissant et de plus efficace à donner la sensation dont, par un côté,\n elle offre le caractère. Tels sont TOOROP, MINNE et VAN GOGH.\n    Sur une science profonde de la nature et du dessin, qu'il dérobe volontai­\nrement, GEORGES MINNE base son art de douleur et de désespoir univer­\nsels. Si l'impression produite par son groupe en plâtre, n'est pas aussi\nintense que celle de ses œuvres déjà connues, il n'en est pas de même de\nson dessin. Celui-ci est ce qu'il a, certes, fait de plus complet et de plus\nbeau et de toute l'exposition, c'est peut-être la chose la plus absolument\noriginale et parfaite. De par cette œuvre si simple et d'un cadre si restreint,\nil s'est élevé au rang des plus grands et des plus glorieux artistes.\n    JAN TOOROP, qui s'est cherché plus longtemps et dont les expositions\nprécédentes, sans être jamais banales, manquaient de logique et de définitif,\nvient enfin de s'affirmer dans la plénitude de sa personnalité.\n    Vient ensuite VINCENT VAN GOGH avec ses admirables dessins et son\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "                                    — 187 —\n\névocation épique du semeur ; enfin, FERNAND KHNOPFF, qui, avec JAMES\nENSOR, CHARLES FILIGER et ARMAND GUILLAUMIN, si différents entre\neux pour l'expression de l'idée, représente l'art basé sur la double puissance\ndu symbole.\n   Que de choses à dire de ces artistes et d'autres C H É R E T , W A L T E R CRANE,\nSMITS, e t c . , malheureusement... Ce qu'il importe de constater, c'est que\njamais exposition ne fût si puissamment variée et ne produisit autant d'im­\npressions multiples et inattendues, que l'inquiétude et l'hésitation de\nhuit années de recherches et d'essais ont disparu, que la confiance et la paix\nd'un triomphe certain sont venues, sans qu'aucun de ces artistes n'ait fait\nun pas de concession vers la routine et la banalité et n'ait transigé en quoi\nque ce soit avec sa fierté et son renoncement au succès populaire ; que,\nmalgré tout cela, il n'est plus permis, à moins d'être aveugle ou de mau­\nvaise volonté, de rire ou de leur nier le mérite d'un effort consciencieux et\ndésintéresssé.\n                                                       GRÉGOIRE LE R O Y .\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 187, "page_fin": 187, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition des œuvres d’Alexandre Marcette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "S.", "ancre_debut": "EXPOSITION DES ŒUVRES D ALEXANDRE MARCETTE", "ancre_fin": "S", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 1138, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "EXPOSITION DES Œ U V R E S D'ALEXANDRE M A R C E T T E .\n\n   Le peintre a parcouru la Suisse et l'Italie, et nous en rapporte une\nmoisson d'oeuvres et d'études, parmi lesquelles plus d'un paysage vraiment\nremarquable. Certaines vues de la Suisse, d'un charme certes imprévu,\narrêtent les regards; mais l'Italie a particulièrement requis l'artiste, et la\ncampagne romaine, plus spécialement, lui doit de poétiques et pénétrantes\ninterprétations. Il y a loin de ces aspects changeants et désolés au pom­\npeux poncif que tout le monde connait (pâtre à cornemuse et moutons à\nsonnettes, etc.); aussi loin que des susdites vues de Suisse aux tradi­\ntionnels chromos allemands. Certaines études, très lumineuses et très\nfluides, telles que l'Arc-en-ciel et Vapeurs matinales, m'évoquaient un\ngrand nom, et j'ai pensé aux Turner de la National-Gallery. J'y ai pensé\naussi devant les Amandiers, un paysage vespéral et printanier, une des\nchoses les plus délicates et les plus charmantes que j'aie vues depuis long­\ntemps.\n   Pourtant les ciels du nord n'ont pas moins inspiré M. Marcette. Le soir\nest une marine charmante et mélancolique, d'un art pénétrant et sûr ; il y\nfaut surtout admirer la beauté du ciel nuageux.\n   Je signale enfin un certain Effet d'orage qui impressionne curieusement.\nL'artiste a noté l'apparence artificielle et crue qu'offre la campagne après\nl'orage, parfois, quand elle est brusquement frappée de la lumière du soleil.\nIl en résulte une oeuvre d'un charme étrange et inattendu.\n                                                                       S."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 189, "titre_corps": "Chronique musicale : Aux Concerts populaires. 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Un maître pianiste ce Pade­\n                rewski; peut-être, après Rubinstein, celui qui joint à une\n                étourdissante virtuosité le plus de flamme et de passion.\n   Seulement, il a eu le grand tort de nous faire entendre un bien méchant\nconcerto de sa composition, concerto qu'un journal quotidien a comparé\nnon sans raison à la « carte d'échantillons » et au prix-courant de ce\npianiste-voyageur, qui promène sa marmotte... pardon, son Erard, par\ntoutes les capitales de l'Europe, prenant à peine le temps de respirer entre\ndeux concerts, ne sortant de son sleeping-car que pour taquiner l'ivoire et\nébahir les pianoteux par ses exercices de haute prestidigitation musicale.\n   Malgré cette façon un peu américaine et par trop nomade de cultiver\nl'art, il faut convenir que Paderewski a du tempérament et qu'il interprète\nsupérieurement... même la bonne musique.\n   Ainsi, il a mis beaucoup d'âme et de morbidezza sentimentale dans le\nConcerto de Schumann, maintenu dans une tonalité si discrète, dans une\ndemi-teinte si éminemment suggestive. L'instrument rendait, sous ses\ndoitgs, des sons d'une caresse et d'une ferveur absolue.\n   Au|programme il y avait encore du Dvorak, trop de Dvorak. Ce Slave\nde la Bohême manque de la fougue, de l'énergie et de la vivacité des Slaves\nde Russie. Musique de Slave opportuniste et juste milieu. Bien faite, incon­\ntestablement, mais un peu longuette, un peu monotone; et les élégances,\nles joliesses, les délicates colorations de grisaille, les contours déliés et les\nnuances amorties, finissent par lasser l'amateur, réclamant plus de fran­\nchise, une saveur moins douceâtre, une musique moins sage et plus carac­\ntéristique.\n   Cette critique porte surtout contre la suite d'orchestre. L'ouverture pour\nun drame « hussite » vaut mieux. Sans s'élever jusqu'au fanatisme sauvage,\nà l'exaspération du sentiment religieux, à la fureur mystique que comporte\nle sujet, cette ouverture a du mouvement, du pittoresque et de l'éclat :\n   Tout ce qu'on fait de mieux sans secours de la sincérité.\n   L'orchestre de Joseph Dupont a supérieurement enlevé cette page opu­\nlente.\n   A propos de guerre de religion et de Hussites, signalons à l'intelligente\ninitiative de l'administration des Concerts populaires, un drame en vers\navec ouverture et entr'actes symphoniques, intitulé Vlasda, qui se passe en\npleine guerre de « Thaborites » et de « Calixtins », qui met en scène Jean\nSiska, le terrible borgne, et qui a pour poète et musicien M. Franck Van\nder Stucken, élève de Peter Benoit, actuellement un des principaux leaders\ndu mouvement musical à New-York, où il dirige le plus imposant orchestre\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "                                  — 189 —\n\net la plus réputée société lyrique de cette capitale. M. Van der Stucken, né\nd'un père flamand et d'une mère allemande, est originaire d'Anvers, où\nréside sa famille et où il a été élevé.\n   Musicien de grand talent, il doit à sa naissance accidentelle au Texas\nd'avoir été adopté, il y a quelque dix ans, par les Yankees, comme un com­\npatriote, et il est devenu, pour ainsi dire, là-bas, le chef de leur école natio­\nnale. Lors de l'Exposition universelle de Paris, il a dirigé, au Trocadéro,\ntout un concert composé d'œuvres américaines. Les siennes ont été fort\nremarquées.\n   En dehors de la partition de Vlasda, M. Van der Stucken a composé\nde la musique pour la Tempête de Shakespeare, et plusieurs recueils de\nmélodies.\n   Espérons que les Concerts populaires nous feront entendre une œuvre\nde ce musicien que la Belgique et l'école flamande revendiquent à meilleur\ndroit que les Etats-Unis, sa nouvelle patrie.\n   Cette parenthèse fermée, constatons le succès de l'entreprise artistique\npoursuivie par M. Gevaert. Cette saison au Conservatoire aura été exclusi­\nvement consacrée à Beethoven, au Beethoven d'Egmont et des Lieder,\nmais surtout au Beethoven des Neuf Symphonies.\n   A chacun des quatre grands concerts on a exécuté dans l'ordre chrono­\nlogique deux de ces symphonies. La Neuvième défraiera un concert supplé­\nmentaire.\n   En attendant celle de la symphonie avec chœurs, constatons la pro­\ndigieuse, la magistrale exécution de la symphonie en la majeur, que Richard\nWagner nomme si justement l'apothéose de la danse.\n   Danse de titans et de déesses !\n   Un souffle dionysiaque traverse d'un bout à l'autre cette partition mer­\nveilleuse. Pas une défaillance, un point faible. Celui qui signait et 5e chan-\ntait pareilles œuvres n'a pas eu besoin comme le prophète de Pathmos\nd'une nuée d'anges pour le transporter au sein des cieux! Jamais on ne\ns'est élevé plus haut et d'un si vertigineux essor !\n   Après avoir entendu la « Septième » nous sommes allé le soir à Don\nJuan.\n   Fichue idée ! Quelle dégringolade !\n   Il reste bien peu de chose pour nous, les modernes et les passionnés, de\ncet aimable flirtage musical à velléités dramatiques, devant lequel Frère\nTralala déliquesce et se pourlèche les babines !\n   Blasés ! nous diront les Commandeurs.\n   Blasés ! Oh que non ! Mais horriblement Castil-Blazés !\n                                                                INTÉRIM."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 196, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Seurat", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "La Jeune Belgique paraît ce mois en"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 228, "texte": "livraison double de G4 pages, datée de"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 296, "texte": "mars-avril."}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": "Pages de Stéphane Mallarmé paraissent"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 580, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "le 20 de ce mois, chez l'éditeur Edmond"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 620, "fin_caractere_exclue": 659, "texte": "Deman, à Bruxelles, en une superbe édi­"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 710, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "tion ornée d'une eau forte de Renoir. 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Il a"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2371, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "parlé très savamment de Shakespeare, de"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2460, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "ses contemporains et du milieu retraçant"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2517, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "les mœurs de l'époque, la jeunesse et la vie"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2608, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "de Will."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2952, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "Le bon gros garçon qui, sous l'empire"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3041, "fin_caractere_exclue": 3081, "texte": "d'une critique chronique, ou vice-versa,"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3082, "fin_caractere_exclue": 3122, "texte": "marivaude dans l'Indépendance avec toute"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3123, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "la préciosité d'un marquis enrhumé, Gentil"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3166, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "Gustave, mais qui par malheur est rancu­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3252, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "nier comme un éléphant, feuilletonise"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3345, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "amèrement du haut de sa chaise à porteurs."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3438, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "Il est légèrement à la vinaigrette; les quel­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3529, "fin_caractere_exclue": 3565, "texte": "ques fines chiquenaudes, du bout des"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3622, "fin_caractere_exclue": 3666, "texte": "doigts, données au poussif de la littérature"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3667, "fin_caractere_exclue": 3706, "texte": "sarceyenne, par notre ami Albert Giraud"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3707, "fin_caractere_exclue": 3747, "texte": "dans sa belle conférence sur Max Waller,"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3797, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "l'ont un peu émoustillé. Il est vrai que c'est"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3890, "fin_caractere_exclue": 3929, "texte": "un spectacle très récréatif que de voir"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3982, "fin_caractere_exclue": 4025, "texte": "évoluer notre Janin avec grâce et légèreté."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 4073, "fin_caractere_exclue": 4099, "texte": "Alors on peut recommencer?"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "L'eau-forte originale de James Ensor, la"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "Cathédrale, qui servit de frontispice à la"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "Jeune Belgique de cette année, est presque"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 416, "texte": "totalement épuisée. Le zinc usé ne pourra"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "plus servir à un second tirage. Les huit"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "exemplaires restants ont été portés au prix"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 649, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "de 30 francs."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "Annonçons aussi du même artiste, les"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 800, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "eaux-fortes : l'Ange exterminateur    et le"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 909, "texte": "Triomphe romain."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1086, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "Quelques nouvelles artistiques : la fon­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "dation à Anvers, d'un nouveau Cercle de"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1265, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "peintres : les XIII."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1338, "fin_caractere_exclue": 1376, "texte": "Chez Dietrich, Montagne de la Cour, un"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1470, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "album nouveau de Walter Crane, the first"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1587, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "of May, tiré à 255 exemplaires tous signés"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1723, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "par l'auteur. Légende adorable de décors"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1859, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "charmants et d'encadrements exquis."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1982, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "On annonce comme prochaines, à Bru­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2067, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "xelles, les représentations données par le"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2159, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "célèbre tragédien Rossi."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "M.Seguin, le profond artiste, l'inoubliable"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "interprète de Wotan et de Hans Sachs, est"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2420, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "engagé à la Monnaie pour la saison pro­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2509, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "chaine."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2569, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "A l'Essor, audition d'œuvres musicales"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2657, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "de Karel Mestdagh."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2728, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "Au Cercle des Arts et de la Presse, dans"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2818, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "la salle de la Grande-Harmonie, concert"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2907, "fin_caractere_exclue": 2948, "texte": "consacré aux œuvres vocales et instrumen­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 2998, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "tales de F . Le Borne et de l'École belge."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3218, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "Zenon Przesmycki consacre dans le"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3301, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "Swiat, une revue polonaise d'art, plusieurs"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3394, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "articles très élogieux à l'école littéraire"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3487, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "belge et en particulier à Maurice Maeter­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3578, "fin_caractere_exclue": 3621, "texte": "linck dont il analyse savamment les œuvres."}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3759, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "Le poêle du Sang de la Coupe est mort"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3846, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "ce mois à Paris. Isolé en cette littérature"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 3939, "fin_caractere_exclue": 3981, "texte": "raffinée de philosophie ou d'analyses psy­"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 4031, "fin_caractere_exclue": 4072, "texte": "chologiques, Théodore de Banville restait"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 4122, "fin_caractere_exclue": 4164, "texte": "l'amant de cette beauté d'or, qui illumine"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 4214, "fin_caractere_exclue": 4253, "texte": "l'antique Hellade. Son esprit facile et"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 4303, "fin_caractere_exclue": 4345, "texte": "prompt semblait y avoir puisé la clarté et"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "mélodie. En somme, indifférent à son"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "temps, mais divin chanteur des Exilés, les"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "dieux sublimes et beaux."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 396, "fin_caractere_exclue": 436, "texte": "Le Théâtre d'Art de Paris, avait inscrit"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 521, "texte": "à son programme du 20 mars dernier la"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 615, "texte": "Fille aux Mains coupées, le beau mystère"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 663, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "de notre collaborateur Pierre Quillard, et le"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 757, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "Guignon, le célèbre poème de Mallarmé."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 856, "fin_caractere_exclue": 892, "texte": "L'un et l'autre ont obtenu un succès"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 945, "fin_caractere_exclue": 987, "texte": "enthousiaste, et il sied de rendre hommage"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "à l'audacieuse et chantante diction de Mlle"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1129, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "Camée, qui les interprète."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1382, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "L'ornement des Noces spirituelles, tra­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1422, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "duit du flamand et accompagné d'une intro­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1465, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "duction, par Maurice Maeterlinck, en sa"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1560, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "personnelle et originale édition, vient"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1655, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "d'apparaître à l'étalage artistique de Paul"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1746, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "Lacomblez."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "La Conque, anthologie des plus jeunes"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1954, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "poètes, n'aura que douze livraisons, tirées"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2042, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "chacune à cent exemplaires numérotés, sur"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "papier de luxe. Elle ne sera jamais ni con­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2199, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "tinuée ni réimprimée. Le numéro 10 francs."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2242, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "Abonnement cent francs. Artistique et by­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "zantine revue dont s'honoreront en un"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2322, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "frontispice en vers inédit MM. Leconte de"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2364, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "Lisle, Léon Dierx, de Hérédia, Maeterlinck,"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2451, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "Mallarmé, de Régnier, Vielé Griffin, etc."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2872, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "La collection Lacomblez, dans laquelle"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "notre éditeur veut grouper les vrais poètes"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3041, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "d'aujourd'hui, vient de s'enrichir d'un nou­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3130, "fin_caractere_exclue": 3170, "texte": "veau volume qui lui fera grandement hon­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3212, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "neur : les Dernières fêtes d'Albert Giraud."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3305, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "La collection Lacomblez ! pourquoi pas ?"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3384, "fin_caractere_exclue": 3401, "texte": "et elle réussira."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "Chansons d'amant de Gustave Kahn, pa­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "raîtront sous peu chez notre éditeur, Paul"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 276, "fin_caractere_exclue": 299, "texte": "Lacomblez, à Bruxelles."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 354, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "Un de nos amis, des plus érudits, nous"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 441, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "communique cette recette, qui fut celle de"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "Lucrèce Borgia, pour donner à la chevelure"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "la teinte de l'or le plus éblouissant :"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 756, "texte": "Faites une lessive de cendre de buis, pre­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 852, "texte": "nez de la paille d'orge et faites bouillir pen­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 901, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "dant un jour, faites une lessive avec cette"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 993, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "eau et cette cendre, jetez dedans de la fleur"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "de noyer et quelques feuilles de l'arbre,"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1177, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "laissez infuser pendant une nuit; le lende­"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1269, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "main, lavez-vous-en la tête et vous aurez"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "les cheveux dorés."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "On sait que Delville, a offert Ses passions"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1608, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "(c'est un tableau) à Louvain, sa ville natale."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1703, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "Le Conseil aurait accepté ce legs; il sera"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1794, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "placé à l'hôtel de ville qui désormais"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1881, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "s'appellera l'hôtel-delville."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2004, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "La Fédération artistique consacre, ce"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2090, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "mois, quelques lignes à la Confession d'un"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2181, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "enfant du siècle."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2414, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "Une prime d'un nouveau genre offerte"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2499, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "aux abonnés du Phare littéraire :"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2592, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "PRIME MÉDICALE"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "Dans l'intérêt de l'art poétique et pour"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2740, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "venir en aide aux littérateurs peu fortunés,"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2867, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "r"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2911, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "notre ami et collaborateur, M. le D Jules"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 2997, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "Vacher, pharmacien à Versailles (S.-et-O.),"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3086, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "se met gratuitement à la disposition de nos"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3171, "fin_caractere_exclue": 3211, "texte": "abonnés pour toute consultation médicale"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3256, "fin_caractere_exclue": 3301, "texte": "que l'on lui adressera par lettre. Il suffira"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3346, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "de joindre un timbre pour la réponse."}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 3431, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "Est-ce un pédicure?"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 82, "texte": "D'un roman moderne :"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 159, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "« Puisque je suis inutile, murmure-t-il"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 215, "fin_caractere_exclue": 244, "texte": "sourdement, j'vas me reposer!"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 247, "fin_caractere_exclue": 278, "texte": "Et il se jette dans la Seine..."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "La Seine, c'est le revolver du pauvre. »"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 990, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "La photographie des couleurs vient de"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1028, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "trouver enfin une solution pratique; la dé­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1228, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "couverte en est due à M. Lippman de Paris."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1332, "fin_caractere_exclue": 1373, "texte": "Nous espérons bien qu'à la suite de cette"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "invention nous aurons à enregistrer le sui­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1633, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "cide de nombreux peintres scientifico-réa-"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1678, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "listes."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1883, "fin_caractere_exclue": 1922, "texte": "Le Courrier de Bruxelles s'est décidé à"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2019, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "publier la lettre d'Albert Giraud. Voici"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2156, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "comment il l'annonce :"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2280, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "« Les écrivains de la Jeune Belgique"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2415, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "sont, paraît-il, peu satisfaits du Courrier de"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2557, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "Bruxelles. Ils reviennent dans leur Revue"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "sur un incident que nos lecteurs auront"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2838, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "sans doute oublié. Comme il y est question"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2883, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "de loyauté, nous tenons à le vider. »"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3080, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "Merci ! Nous savons désormais quel"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3180, "fin_caractere_exclue": 3219, "texte": "moyen employer envers le Courrier lors­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3319, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "qu'il s'agira encore d'une rectification :"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3454, "fin_caractere_exclue": 3500, "texte": "c'est de lui rappeler qu'il oublie parfois les"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3602, "fin_caractere_exclue": 3635, "texte": "premiers principes de la loyauté."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4000, "fin_caractere_exclue": 4036, "texte": "Oscar Méténier, l'heureux père de la"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4090, "fin_caractere_exclue": 4131, "texte": "Casserole, a donné au théâtre Molière une"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4187, "fin_caractere_exclue": 4226, "texte": "conférence sur le Voyou en littérature;"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4281, "fin_caractere_exclue": 4322, "texte": "annonçons aussi le Pignouf dans le monde,"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4376, "fin_caractere_exclue": 4415, "texte": "le Micheton dans la haute, le Baveux au"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4468, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "café, etc."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4839, "fin_caractere_exclue": 4874, "texte": "Notre chroniqueur artistique rendra"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4935, "fin_caractere_exclue": 4975, "texte": "compte prochainement de l'exposition des"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 5030, "fin_caractere_exclue": 5070, "texte": "œuvres de Théodore Verstraete, qui vient"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 156, "texte": "de s'ouvrir dans la Salle de la r u e du Con"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 209, "fin_caractere_exclue": 214, "texte": "grès."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "Les premiers rayons du soleil printanier"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 517, "texte": "ont reveillé la sève de l'arbre de la littéra­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "t u r e ; les feuilles poussent : Voici l'Echo de"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 672, "fin_caractere_exclue": 710, "texte": "France où nous découvrons un monologue"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 763, "fin_caractere_exclue": 813, "texte": "comique, sous ce titre Tribulations           d'un"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 866, "fin_caractere_exclue": 905, "texte": "Provincial, presenté par Henri Bessant."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 962, "fin_caractere_exclue": 986, "texte": "En voici quelques vers :"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1105, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "J'avais un mien cousin"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1183, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "Qui revint l'an dernier de voir la capitale."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1283, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "Il avait dans la bouche une langue infernale, '"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1386, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "Il me vanta Paris et ses nombreux attraits,"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1485, "fin_caractere_exclue": 1530, "texte": "Il fit jouer en moi tous les ressorts secrets"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1586, "fin_caractere_exclue": 1630, "texte": "Qui devaient délier mes passions captives..."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1741, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "L'onagre a parlé ; il a confié à la Chro-"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1835, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "que les impressions que lui ont causées les"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 1975, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "Dernières Fêtes d'Albert Giraud. Il s'est"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2112, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "cru subitement, bercé dans les bras de sa"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2231, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "nourrice, tandis que les bruits des sources"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2369, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "cachées et le chant des oiseaux se mêlaient"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2514, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "à une symphonie lointaine. Naturellement"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2651, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "à l'âge où l'on n'est pas encore sevré, le cer­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2793, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "veau n'a pu encore se développer suffisam­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 2933, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "ment; de là une absence d'intelligence très"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3029, "fin_caractere_exclue": 3073, "texte": "excusable. D'ailleurs voici les vagissements"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3167, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "du bébé :"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3275, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "Je suis encore sous l'impression du ber­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3414, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "cement harmonieux que m'a procuré la"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3553, "fin_caractere_exclue": 3598, "texte": "lecture d'un petit volume de vers (80 pages),"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3688, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "publié par M. Albert Giraud, sous ce titre :"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3785, "fin_caractere_exclue": 3826, "texte": "les Dernières Fêtes, chez Paul Lacomblez,"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3879, "fin_caractere_exclue": 3899, "texte": "rue des Paroissiens."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 3955, "fin_caractere_exclue": 3993, "texte": "C'est une vraie musique, une symphonie"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4046, "fin_caractere_exclue": 4086, "texte": "dans le lointain, le murmure plaintif du"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4139, "fin_caractere_exclue": 4183, "texte": "vent dans la forêt, avec des bruits de sour­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4236, "fin_caractere_exclue": 4277, "texte": "ces cachées et d'oiseaux gazouillant tout"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4330, "fin_caractere_exclue": 4372, "texte": "bas. C'est comme la chanson de la nourrice"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4425, "fin_caractere_exclue": 4464, "texte": "qui endort son nourrisson et le balance"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4517, "fin_caractere_exclue": 4555, "texte": "entre ses bras enveloppants et chauds."}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4611, "fin_caractere_exclue": 4650, "texte": "C'est très joli; mais cela est rarement"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4703, "fin_caractere_exclue": 4739, "texte": "compréhensible. Ce romantisme vague,"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4792, "fin_caractere_exclue": 4833, "texte": "composé de vocables sonores bien choisis,"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4886, "fin_caractere_exclue": 4931, "texte": "ne fait pas empreinte dans l'esprit. C'est un"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 4984, "fin_caractere_exclue": 5026, "texte": "parfum, c'est un rayon qui passe et dispa­"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 5079, "fin_caractere_exclue": 5123, "texte": "raît. Rien ne s'en grave dans le cœur, et la"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 108, "texte": "mémoire n'en peut retenir une seule pensée."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 188, "texte": "C'est de la poésie pour l'oreille... »"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "Poupon vagissant mes bras t'ont reçu"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 488, "fin_caractere_exclue": 528, "texte": "Nous ne voudrions pas que les oracles du"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "marmot-prodige fussent perdus dans l'ave­"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 614, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "nir; aussi avons nous décidé de faire tirer"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 786, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "à plusieurs miliers d'exemplaires les pre­"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 875, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "miers balbutiements de l'onagre, qui seront"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 960, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "envoyés à tous nos amis avec son portrait"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1131, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "au berceau."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1146, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "P. S. Notre jeune collaborateur Toto, en"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1312, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "lisant les quelques lignes de son confrère,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 1436, "texte": "s'est empressé de pondre une petite philo­"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1477, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "sophie qu'avec la grâce naïve de son âge il"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1567, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "offre à son nouvel ami."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "ALBUM A TOTO"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "A mon vieux Toto de la Chronique."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1849, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "PHILOSOPHIE"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1878, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "Petit pas."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1977, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "Petit pot,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2079, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "Bon papa"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2178, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "A Toto,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2203, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "Assieds-nous"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2305, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "Sur le trou."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2407, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "Sur mon trône"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "De vidame,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "O Bobonne,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "Je vis d'âme"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2816, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "Et soupire,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2844, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "Pauvre sire."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3013, "fin_caractere_exclue": 3022, "texte": "L'ouragan"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3039, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "Sous mes reins,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3138, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "Quel boucan !"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3239, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "Va,   NE CRAINS .' (1)"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3322, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "File ton"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "Gros cocon ;"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3376, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "J'ai lu Taine,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3407, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "J'ai lu Locke,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3507, "fin_caractere_exclue": 3518, "texte": "Turlutaines"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3606, "fin_caractere_exclue": 3624, "texte": "Pour les phoques !"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3641, "fin_caractere_exclue": 3656, "texte": "J'ai lu Fichte,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3742, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "Je m'en fichte."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3841, "fin_caractere_exclue": 3853, "texte": "Saint Thomas"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3916, "fin_caractere_exclue": 3929, "texte": "Fait bien des"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3946, "fin_caractere_exclue": 3955, "texte": "Embarras."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3972, "fin_caractere_exclue": 3979, "texte": "Suares,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3996, "fin_caractere_exclue": 4006, "texte": "Condillac,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4023, "fin_caractere_exclue": 4036, "texte": "Quel micmac !"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4279, "fin_caractere_exclue": 4329, "texte": "(1) M. Toto est né dans la Jeune Belgique et s'est"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4330, "fin_caractere_exclue": 4380, "texte": "avec un légitime orgueil que dansjes circonstances"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4381, "fin_caractere_exclue": 4433, "texte": "les plus difficiles il proclame sa glorieuse devise."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4477, "fin_caractere_exclue": 4488, "texte": "N. D. L. R."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 148, "texte": "Folle extase"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 221, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "Et miracle !"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 306, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "O topaze"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 401, "texte": "Des pantacles,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "Ma colique"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 557, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "Est mystique !"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 686, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "Ah!   Kether!"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 772, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "Quand mon Jod"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 874, "texte": "Glousse, Esther,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 947, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "L'ob et l'od"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1032, "fin_caractere_exclue": 1045, "texte": "C'est l'amour"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1118, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "Dans l'aour."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1215, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Viens, m'amie,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1302, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "N, I, ni,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1384, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "J'ai fini"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1466, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "Ma chimie."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1549, "fin_caractere_exclue": 1566, "texte": "Viens ! Et torche"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1639, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "Mon gros porche."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1748, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "TOTO."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 1922, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "Au théâtre du Casino de New-York on a"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2018, "fin_caractere_exclue": 2061, "texte": "distribué, paraît-il, aux spectateurs, à la"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2120, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "centième du Pauvre Jonathan, opérette de"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2244, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "Milloecker, des « boîtes à musique » jouant"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "les principaux airs de la partition. Un avis"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2449, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "au bas de l'affiche de la représentation invi­"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2554, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "tait fort sagement les spectateurs à ne pas"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2656, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "se servir des boîtes à musique pendant la"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2756, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "pièce. A la sortie du spectacle chacun a pu"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2886, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "tourner sa manivelle et moudre la valse de"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 2987, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "Jonathan."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3084, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "C'est une idée à recommander à l'heu­"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3180, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "reux auteur de Fleur des neiges, M.Cahen,"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3280, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "pour son prochain ballet."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3452, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "On nous annonce la prochaine ouverture"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3549, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "d'un Congrès international qui aura pour"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3683, "fin_caractere_exclue": 3725, "texte": "mission de fixer définitivement la couleur"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3784, "fin_caractere_exclue": 3824, "texte": "de chaque voyelle et l'instrument auquel"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 3883, "fin_caractere_exclue": 3899, "texte": "elle correspond."}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4067, "fin_caractere_exclue": 4107, "texte": "Nous l'avions prédit : Péladan, Joséphin"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4166, "fin_caractere_exclue": 4205, "texte": "pour les mages, a excommunié le pape. A"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 4264, "fin_caractere_exclue": 4276, "texte": "qui le tour?"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "La Bibliothèque artistique et littéraire"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 184, "texte": "où parurent Dédicaces de Paul Verlaine,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 236, "fin_caractere_exclue": 258, "texte": "publiera cette année :"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 365, "texte": "Le Fi Bâlouët (prose), par Jacques Re­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "naud, Sur Champ d'or (poésies), par Lau­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "rent Tailhade, Quatre nouvelles (prose), par"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 592, "fin_caractere_exclue": 637, "texte": "Jean Jullien, ex-directeur d'Art et Critique,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 662, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "et l'auteur du Maître, Alternances (poé­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "sies), par Fernand Clerget, Iconostase"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 841, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "(prose), par Jean Moréas, et enfin, la Pros-"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "tituée, étude psychologique, par Léon"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1020, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "Bloy."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1383, "fin_caractere_exclue": 1419, "texte": "La Plume vient de doubler ses pages."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1473, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "Elle se grossit de la collaboration d'Art et"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "Critique, la revue qui fut si brillante ! Le"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1656, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "directeur d'Art et Critique, M. Jean Jullien,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "l'auteur du Maître, devient critique d'art à"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1838, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "la Plume, laquelle continuera son œuvre"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1894, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "éclectique."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2165, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Puvis de Chavannes vient d'être chargé"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2251, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "par le gouvernement français d'exécuter les"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2341, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "cartons de deux tapisseries des Gobelins"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2430, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "représentant la Jeunesse de Jeanne d'Arc,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2517, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "à Domremy."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2614, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "La Vie grise : Le Vierge, par Alfred"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2651, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "Vallette (Tresse et Stock, éditeurs). — Ce"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2694, "fin_caractere_exclue": 2734, "texte": "roman, d'un intérêt suivi, est une œuvre"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2782, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "de haute pitié; c'est aussi une étude"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2870, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "curieuse, complète, d'un souci de vérité"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2962, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "constant, et probe jusqu'à ne point omettre"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3053, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "les circonstances les plus délicates d'une"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3144, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "existence vouée à la solitude du cœur et de"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3238, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "la chair. En somme, Le Vierge, écrit dans"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3331, "fin_caractere_exclue": 3374, "texte": "une langue claire dont la concision exprime"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3427, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "beaucoup plus qu'elle ne dit, est destiné à"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3518, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "ceux qui demandent à un roman autre"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3608, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "chose qu'une historiette bâclée avec des"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3699, "fin_caractere_exclue": 3725, "texte": "personnages de convention."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4123, "fin_caractere_exclue": 4160, "texte": "La Sanglante ironie, le nouveau roman"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4214, "fin_caractere_exclue": 4256, "texte": "de Rachilde, orné d'une fort belle préface"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "de Camille Lemonnier, vient de paraître à"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 193, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "la librairie Genonceaux. C'est une bizarre"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 284, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "étude de l'amour du néant chez un jeune"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 372, "fin_caractere_exclue": 410, "texte": "homme sentimental, du pessimisme tour­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 499, "texte": "nant à la manie du crime dans un cerveau"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "exaspéré par les mesquineries et les bruta­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 640, "fin_caractere_exclue": 661, "texte": "lités de l'existence."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 713, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "Le héros de la Sanglante ironie, un"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 797, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "assassin qui raconte lui-même son histoire,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 889, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "est un véritable amoureux de la Mort ; il"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 979, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "aspire à la grande Inconnue, lui fait sa"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1068, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "cour en tuant de temps en temps, comme"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1155, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "un autre aspirerait à se sanctifier en faisant,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1251, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "de temps en temps, une œuvre pie. L'ori­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1340, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "ginalité de ce type de jeune homme hon­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1428, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "nête qui tue consiste surtout dans la pureté"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1521, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "des intentions : ce n'est ni le sadique de"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1612, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "jadis, ni le positiviste moderne combattant"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1704, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "pour la vie, c'est Chérubin devenu page de"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1795, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "la Grande Dame voilée, de la terrible Mort"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1886, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "enfin !"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 1945, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "Camille Lemonnier, analysant la San-"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2030, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "glante ironie et l'œuvre tout entière de"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2119, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "Rachilde, définit merveilleusement le genre"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2211, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "de particulier satanisme qu'on y trouve"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2299, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "en disant de cet auteur curieux qu'il est"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2389, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "bien, au point de vue littéraire : « une"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2478, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "Agnès doublée d'une princesse de Déca­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2565, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "méron ».                    (Communiqués.)"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2745, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "Les Fastes, par Stuart Merrill. Léon"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2830, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "Vanier, éditeur. Voici une trentaine de"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 2918, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "pièces d'un bon faiseur, dignes, certes, de"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "figurer dans une revue d'art, non pas dans"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3101, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "un livre. M. Stuart Merrill est un artiste"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3192, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "égoïste ; il doit ressentir, nous l'espérons,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3286, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "quelque plaisir à écrire des vers, mais n'en"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3379, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "donne pas à ceux qui les lisent; il fait partie"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3475, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "de cette foule d'anachorètes actuels de la"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3566, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "poésie qui se retirent dans leur tourette"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3656, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "d'ivoire et s'appliquent avec une patience"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3747, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "louable, à oublier la vie par les pratiques"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3839, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "connues."}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3899, "fin_caractere_exclue": 3940, "texte": "Il ne faut pas demander à Stuart Merrill,"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "la révélation d'une beauté nouvelle; ce"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4077, "fin_caractere_exclue": 4120, "texte": "n'est pas un créateur, c'est un écho imper­"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4169, "fin_caractere_exclue": 4213, "texte": "sonnel. Il manie avec assez de virtuosité le"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4262, "fin_caractere_exclue": 4305, "texte": "vers français, — souvent celui des autres ;"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "ainsi ce dernier vers d'un sonnet intitulé"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 158, "texte": "Parsifal"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 216, "fin_caractere_exclue": 256, "texte": "Et, ô ce son de cithares et de citoles !"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 257, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "nous semble inutile après celui de Verlaine"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "terminant un même sonnet intitulé Par-"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 347, "texte": "sifal :"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 442, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "Et, ô ces voix d'enfants chantant dans la coupole !"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 639, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "Ce n'est pas non plus la préoccupation"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 779, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "exclusive et mesquine de l'allitération qui"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "sauvera ce volume d'amateur."}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1445, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Vinq-cinq sonnets, par Paul Dulac, chez"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1532, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "Lacomblez. — Prime gourme de débutant,"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1599, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "dont le début intéresse toujours; mais il ne"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1696, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "faut voir dans cette plaquette qu'une pro­"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "messe d'oeuvre plus solide et nous l'atten­"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1831, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "dons."}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2025, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "Prochainement compte-rendu des Der-"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2082, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "nières fêtes d'Albert Giraud; les Flam-"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2122, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "beaux noirs d'Emile Verhaeren ; la Fiancée"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2165, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "de maître le Kevan de Louis Tréderne ;"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2204, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "la Migration des symboles, volume qui"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2242, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "réunit les très intéressantes études que"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "M. le comte Goblet d'Alviella présente, cette"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "année, à l'Académie des sciences, à la"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "Revue des Deux-Mondes, et à celle des"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 149, "texte": "Religions ; la Création du Diable de Ray­"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 211, "texte": "mond Nys."}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "D'un poète, Ernest Raynaud, qui se fit"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "connaître jadis par le Signe, paraît ce livre,"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 597, "fin_caractere_exclue": 635, "texte": "les Cornes du Faune, à la Bibliothèque"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "artistique et littéraire. Sonnets sceptiques"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "ou attendris, mais presque toujours d'une"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1006, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "artificialilé un peu goguenarde, qui s'amuse"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1107, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "de l'étonnement des Philistins et qui irait"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1207, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "même jusqu'à la fumisterie. Témoin, plu­"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1304, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "sieurs pièces que jadis M. Raynaud signa"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1401, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "« Rimbaud » dans le Décadent, et dont il"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1485, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "s'avoue aujourd'hui l'auteur. C'est un article"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1571, "fin_caractere_exclue": 1598, "texte": "de décadence très parisien."}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1657, "fin_caractere_exclue": 1695, "texte": "A paraître aussi prochainement du même"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1739, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "poète un roman : Deux ménages et Œuvre"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1822, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "de sang."}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1894, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "Au moment de mettre sous presse, nous"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 1984, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "apprenons de Paris la mort du peintre"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 2074, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "Seurat."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1891-03-n3-4-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1891-001-010_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1891-001-010_f.pdf", "ocr_sha256": "24d754622cb32f12675b4f8d52090086637bdb0a93d337353c62c9b1424dbc62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P a u l LACOMBLEZ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "P a u l LACOMBLEZ\n   ÉDITEUR          DE     « LA      JEUNE        BELGIQUE            »\n                       31, rue des      Paroissiens\n                              BRUXELLES.\n\n\n\n                 VIENT        DE P A R A I T R E :\n\n L'ORNEMENT DES NOCES SPIRITUELLES\n                                   DE\n\n                 RUYSBROECK L'ADMIRABLE\n  Traduit du flamand et accompagné d'une introduction par MAURICE\nMAETERLINCK. Un beau volume format Charpentier, de C-300 pages. —\nPrix : 4 francs.\n      Il a été tiré : 25 exempl. sur papier de Hollande à 10 francs\n                   et 5 exempl. sur papier de Japon à 25 francs.\n\n\n                          AUGUSTE JENART\n\n     LE              BARBARE\n                             poème-drame.\n          Un volume format Charpentier. — Prix : 2 francs.\n\n\n\n                        PRIMES\n  offertes aux a b o n n é s de « L a J e u n e Belgique »\n        p a r la librairie P . L a c o m b l e z , Bruxelles\n\n\n\n                 PREMIÈRE PRIME\n  Nous nous sommes rendus acquéreurs des POÈMES COM­\nPLETS D'EDGAR P O Ë , traduits par Gabriel Mourey.\n   Jusqu'à fin avril, sauf épuisement complet avant cette épo­\nque, nous fournirons ce volume aux abonnés de « La Jeune\nBelgique », au comptant au prix de fr. 1-50 (par poste fr. 1-75)\nau lieu de fr. 3-50.\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "                       DEUXIEME PRIME\n                                       M1GHELET\nHistoire de France                                                              19 volumes\nHistoire de la Révolution                                         9                volumes\n                        de la collection Lemerre à 6 francs.\n\n\n\n                   A u lieu de 168 francs,\nnous offrons cet ouvrage aux abonnés de « La Jeune Belgi­\n        que » aux conditions suivantes, à leur choix :\n1° Soit au comptant immédiat. . . . . .          90    francs.\n2° Soit un tiers comptant, et le surplus en bil­\n    lets à 30 et 60 jours.                         100 »\n3° Soit en 11 paiements mensuels, dont un au\n    comptant . . . ,                               110 »\n\n\n   Nous engageons vivement MM. les abon­\nnés à profiter de ces primes. Nous ne dispo­\nsons dans ces conditions que d'un nombre\nassez restreint d'exemplaires, et nous ne pre­\nnons aucune espèce d'engagement pour un\ndélai quelconque.\n\n                            A LA MÊME LIBRAIRIE :\n   Tous les ouvrages de nos collaborateurs français : Charles Buet, Henri de Régnier,\nJ.-K. Huijsmans, Stéphane Mallarmé, Francis Vielé-Griffin, Paul Verlaine, etc., etc. '\n   L ' é d i t e u r P a u l Lacomblez prie les j e u n e s écrivains b e l g e s , désireux de voir\nleur nom figurer dans son catalogue, de se mettre en rapport avec lui et de lui\nd o n n e r en dépôt quelques exemplaires de leurs ouvrages.\n\n\n   La librairie P. Lacomblez ouvrira un compte à toute personne notoirement solvable,\npour la fourniture des ouvrages portés au catalogue ci-dessus et, en général, de toute la\nlibrairie littéraire.\n   Ces comptes pourront être soldés en dix paiements mensuels, dont le premier s'effec­\ntuera à la livraison des volumes.\n   11 sera répondu à toute demande de renseignements bibliographiques accompagnée\nd'un timbre pour la réponse.\n\n\n                     Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 154, "texte": " Mars-Avril 1891.                                             TOME X. — N° 3-4                             i me Année.\n\n\n\n\nLA\n        JEUNE\n                          BELGIOUE\n                                                          SOMMAI RE :\n              Pauvre enfant pâle                                         STÉPHANE MALLARMÉ.\n              Proses lyriques                                            ARNOLD GOFFIN.\n              Extraits d'un livre d'images                               GUSTAVE KAHN.\n              Entrée de ville                                            EUGÈNE DEMOLDER.\n              Vers de l'espoir (Extraits)                                MAURICE DESOMBIAUX.\n              Chant de noces.                                            JEAN BOELS.\n              Retour d'exil (suite et fin)                               CHARLES BUET.\n              Londonneries                                               GUSTAVE RAHLENBECK;\n              Sommeil d'or                                               VALÈRE GiLLE.\n              Contes.                                 .                  ALBERT LEUNE.\n              Écran japonais                                             AUGUSTE VlERSET.\n              Album à Toto                                               TOTO.\n              Chronique littéraire :\n                Les Fusillés de Malines                                  HUBERT K R A I N S .\n                La Flûte à Siebel                                        HENRY MAUBEL.\n              Chronique artistique :\n                Salon des XX                                             GRÉGOIRE LE Rov.\n                Exposition des œuvres      d'Alexandre\n                  Marcette                                               S.\n              Chronique musicale :\n                Aux Concerts populaires. — Au Con-\n                  servatoire                                             INTÉRIM.\n              Memento                                                    NEMO.\n\n\n                REDACTION                                                             BRUXELLES\n58, BOULEVARD D ' A N D E R L E C H T , B R U X E L L E S .                      PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                                     31, rue des Paroissiens\n                                                                                           PARIS\n                                                                               LIBRAIRIE DE L ' A r t Indépendant\n         PRIX DU NUMÉRO                                                            11, rue de la Chaussée d'Antin\n              fr. 0-75.\n                                                                                             1891\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                                                                    BELGIQUE\n       BELGIQUE\n                                      N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                            JEUNE\n                  JEUNE\n                             LA\n\n\n\n\n                                                                      LA\n                                     N E CRAINS\n          Revue mensuelle de littérature et d art,\n                               PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur     : M A X W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                        Directeur : VALÈRE GILLE.\n              Rédaction : 58, Boulevard d'Anderlecht, Bruxelles.\n                7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n\n\n                              B O I T E AUX L E T T R E S .\n   6. — EDGAR B. Dans ce monde-ci ou ailleurs. Attendons toujours lettre d'exil. Pas\ncausé un malheur au moins ?\n   7. — E. T. N'est pas étrillé qui veut. Vous avez beau « pondre » régulièrement des\nvers dans les « Jeunes » cela ne suffit même pas. Il faut faire montre de défauts sérieux\net ne plus offrir en des lettres turbulentes votre échine avec tant de complaisance.\n   8. — ALBERT C L . Voici vos rimes : hiver avec hiver, triste m'attriste, nuit nuit,\ntrépassées passées, revus revus, dolentes rustique, revient revient, des rires les rires; il y\na ainsi vingt-quatre vers, ce dont nous nous étonnons, Te procédé permettant d'en confec­\ntionner en moyenne 452 à l'heure; vous n'avez pas assez travaillé.\n  g. — JULES M.    Mous.\n                          « Lèvres lourdes ouvertes au vent des baisers »\n  Comment voulez-vous que l'on donne le sens d'un pareil vers ? Vous êtes plutôt destiné,\nnous semble-t-il, à faire de la musique.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                            des Capu-\ncines, c6, à Paris\n\n\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Paris : Chez Bailly, 11, rue de la Chaussée d'Antin.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "          PAUVRE ENFANT PALE\n\n                                Pauvre enfant pâle, pourquoi crier à tue-\n                                 tête dans la rue ta chanson aiguë et inso­\n                                 lente, qui se perd parmi les chats, sei­\n                                 gneurs des toits? car elle ne traversera\n                                 pas les volets des premiers étages, der­\n                                 rière lesquels tu ignores de lourds rideaux\n                                 de soie incarnadine.\n\n                                     Cependant tu chantes fatalement, avec\n                 l'assurance tenace d'un petit homme qui s'en va seul par\n                 la vie et, ne comptant sur personne, travaille pour soi.\n                 As-tu jamais eu un père? Tu n'as pas même une vieille\n                 qui te fasse oublier la faim en te battant, quand tu rentres\n                 sans un sou.\n\n                    Mais tu travailles pour toi : debout dans les rues, cou­\n                 vert de vêtements déteints faits comme ceux d'un homme,\n                 une maigreur prématurée et trop grand à ton âge, tu\n                 chantes pour manger, avec acharnement, sans abaisser\n                 tes yeux méchants vers les autres enfants jouant sur le\n                 pavé.\n\n    Et ta complainte est si haute, si haute, que ta tête nue qui se lève en\nl'air à mesure que ta voix monte, semble vouloir partir de tes petites\népaules.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                                  -   134   -\n\n\n   Petit homme, qui sait si elle ne s'en ira pas un jour, quand, après avoir\ncrié longtemps dans les villes, tu auras fait un crime? Un crime n'est pas\nbien difficile à faire, va, il suffit d'avoir du courage après le désir, et tels\nqui... Ta petite figure est énergique.\n\n   Pas un sou ne descend dans le panier d'osier que tient ta longue\nmain pendue sans espoir sur ton pantalon : on te rendra mauvais et un jour\ntu commettras un crime.\n\n  Ta tête se dresse toujours et veut te quitter, comme si d'avance elle\nsavait, pendant que tu chantes d'un air qui devient menaçant.\n\n  Elle te dira adieu quand tu paieras pour moi, pour ceux qui valent moins\nque moi. Tu vins probablement au monde vers cela et tu jeûnes dès main­\ntenant, nous te verrons dans les journaux.\n\n  Oh ! pauvre petite tête !\n                                                S T É P H A N E MALLARMÉ.\n\n\n\n\n                  PROSES LYRIQUES\n                              I. — SILENTIUM\n\n               L'obscurité et le silence m'épouvantent, Seigneur!\n                  Je devine neiger sur moi et s'amonceler une douce et très\n                implacable ouate ! Les pelletées de glaise molle glissent et,\n                perfides, se coagulent autour du cercueil de durable indiffé­\nrence dans lequel l'on m'a, tout vif, enseveli.\n   Ah! ce furent de printanières funérailles! Nulle oiseuse oraison suprême!\nAvec une cruauté optimiste et désinvolte, chacun s'en est allé...\n   Une chaîne solide et lourde et une couronne scellent la dalle massive du\nsépulcre, une couronne d'un fer impérissable; la rassurante épitaphe,\natteste, d'ailleurs, aux flâneurs intrépides des nécropoles que je suis, désor­\nmais, inoffensif...\n   Et muré au sein de la Terre vaste et profonde, le puéril et pourtant\ntenace espoir survit, d'entendre la répercussion tumulaire d'un pas qui ne\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                   — 135 —\n\nretentira plus... mais, rien! les hideux succubes décharnés de la trahison\net de la haine m'enlacent de leurs bras gluants...\n   — Seigneur! guérissez-moi de ma lâcheté mondaine; faites que, par la\nvertu de votre grâce, me libérant de ces souvenirs et de ces amours sécu­\nliers, il me soit donné de m'élever jusqu'au Silence, — et de pouvoir,\ndans un esprit d'humilité et de sacrifice, — revivre et chérir, enfin, cette\nObscurité...\n\n                           II. -    MALDOROR\n                                                       A EUGÈNE DEMOLDER.\n\n   Après quelques pas secs et irrités sur le quai, il monte en wagon, l'âme\ndécolorée toute et bien anonchalie, — au sortir trop immédiat de ce soir\nde pures émotions, douces et terribles, qui lui ont restitué la subite, inté­\ngrale et paroxyste notion de lui-même... Les thèmes fulgurants de cette\nmusique vibrent encore, — rauques, stridents, colères, — dans ses nerfs\nendoloris, — et pareils, pour lui, aux torches flamboyantes précipitées à\nla vénéneuse ténèbre livide d'une crypte, lui éclairent, soudain, les profon­\ndeurs ruinées d'une très noire conscience...\n   La figure juvénile d'un passager lui apparaît, alors, et le salut de fiers\nyeux bruns, veloutés de mélancolie et dont l'anxiété cherche sur son visage,\nà lui, la consonnante sympathie attristée du voyage. A un coup d'ceil, dis­\ntant d'abord, froidement courroucé, comme à une intrusion désagréable,\n— l'enfant désappointé blémit un peu, détourne une physionomie bou­\ndeuse.\n   Il s'installe gauchement, déplie un journal, essaie de toiser son compa­\ngnon de route, avec une stable fermeté, — en vain; fixant, enfin, des yeux\n— mouillés et si ailleurs, maintenant ! — les signes typographiques, il\ns'évertue à les combiner en phrases plausibles et logiques ; ou, la tète basse,\nil songe, la suavité de sa bouche fraîche, contractée, quelquefois — et con­\nvulsive, ou paiement, fugitivement pâlement souriante, ainsi qu'à un tendre\nretour apitoyé sur lui-même...\n   Parfois, aussi, ses yeux alanguis, fermés à une récurrence plus capti­\nvante, croirait-on, et lourde de larmes ! — il perçoit, toujours dardées, les\nondes dominatrices de cet impétueux et déjà despotique amour, et une rou­\ngeur imperceptible colore sa joue, il soulève les paupières, s'efforce à une\nattitude de sévère indifférence.\n   Las de cette obstinée indiscrétion, après un joli geste impatienté de dépit,\nil appuie, d'un air à la fin résigné, sa fine et blonde tête aristocratique au\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                 — 136 —\n\ndossier de velours terne et feint de sommeiller ; mais, au lent glissement\nberceur de la berline, victime de sa propre et naïve ruse, bientôt et réelle­\nment, il s'endort.\n   Avec quel bien mieux que maternel amour, le voyageur inconnu, —\ninconnu ! plus qu'à tout autre, à lui-même, peut-être? — considère les lignes\neurhythmiques de ce corps délicieux ; avec quel chaste et pieux désir, il\nrespire le souffle parfumé d'enthousiasme qu'exhale cette poitrine frêle,\nsous laquelle un cœur bat encore, sans doute, pour des espoirs, — un cœur\ninaccessible au vertige !\n   Les anciens rêves d'émouvoir, alors, la mécanique spéculative de son\nesprit, son chimérisme mathématique, des charmes, — dès longtemps inef­\nficaces, — de leurs vieux maléfices, que les contingences insolites fardent et\ngalvanisent...\n   Ambition, persiflée naguère, d'un cadet — orphelin d'affections négli­\ngeables, — comme celui-ci ingénu, pâle de la même ineffable et vierge\npâleur, vivifiée par de tels yeux candides, — rencontrés, trop tard! — et\nqu'aucun plaisir vil, jusqu'ici n'a ternis.\n   Et ces mobiles et divins sourcils ! ce front ! ce front immaculé, ces tempes\nadolescentes, asiles et réflecteurs de célestes pensers limpides, miroirs\nimpollués, habiles, toutefois, aux fièvres essentielles, à l'énigmatique infini\ndes langueurs.\n   Le voilà donc, cet harmonieux avenir qui repose sur ces coussins\nmoelleux et trop rudes pour la lumineuse poussière de ses ailes impalpa­\nbles; — « apothéose ivre d'un drame que j'aurais pu vouloir moins\nsombre » ; — ce primesautier et sensitif pupille intellectuel, — âme congé­\nniale — oh! point aussi âprement illusionnaire! — à laquelle le fétide\narrière-goût des baisers ne gâterait pas ses exaltations, ni la perception\nentière de sa tout invincible jeunesse...\n   — Le train s'arrête, — pour conclure; à côté de l'inévitable embarcadère,\nun steamer prêt à appareiller : — « Adieu ! trois fois adieu ! frère, cher\nsouvenir intact et qui, des jours, me sera rédempteur! »\n   — Le passant, un peu grave, réveille l'éphèbe d'un baiser effleurant, sur\nla main; à moitié assoupi et assujetti aux sensations antérieures que la vue\nde l'importun évoque, il n'a pour lui, cependant, en rouvrant les yeux,\nqu'un indulgent regard timide, qu'un noble sourire ami de pardon et d'inno­\ncence, — tandis que l'isolé, — ah ! plus qu'auparavant et maudit ! —\ns'éloigne lentement pour aller rejoindre, là-bas, où ces vapeurs odieuses\nconspuent le ciel radieux, — l'ignominie quotidienne, la complexité mono­\ntone de la vie et aussi, hélas ! les vices d'habitude...\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                  -   137   -\n\n\n\n                             III. — R U P T U R E\n   — Maintenant, je te hais !\n   Saisis d'effroi, ils se turent tous deux, lentement se détournèrent,\nsongeurs...\n   Quelque chose s'était rompu, — quelque chose s'était flétri qui ne reflo-\nrirait plus.\n   Frappée d'une stupeur confuse, elle se laissa aller, couvrit son visage de\nses mains, — songea...\n   Humble, obséquieux et lâche, à cette heure, il se rapproche, tâche de\nl'enlacer, bredouillant des excuses, médiatrices de pardon. Mais, démasquant\nses yeux et dardant sur lui un regard étranger, aride et morne, elle l'écarté\n— d'un geste inexorable et doux.\n\n                     IV. -   JUSQU'A LA MORT...\n\n   On avait convoqué, pour cette circonstance, un grand nombre de nota­\nbles dignitaires, la plupart d'une vraiment exorbitante maigreur, — des\nlégistes glabres et, en dépit de leurs chatoyantes robes scarlatines, fort\nternes... Les Frères de la Peine, des réguliers violets, les hallebardiers\njaunes, enfin, morigénaient la hâte, légitime, d'ailleurs, des populaces et les\nsollicitaient de ne point déshonorer l'ordre parfait et la décence de la\ncérémonie.\n   Au moment où, au signal concerté d'un très vieux juge, l'Exécuteur des\n Hautes-Œuvres allait approcher la torche du bûcher expiatoire, l'on vit\n déboucher d'une rue latérale et courant à perdre haleine, un quidam chargé\n d'un volumineux fagot.\n   — De grâce ! de grâce ! laissez-moi approcher !\n    D'officieux spectateurs lui frayèrent passage, jusqu'au quadrilatère mili­\ntaire qui entourait l'échafaud; mais les soldats, croates au reste, insensibles\n à ses prières, se rirent de lui et le repoussèrent, même, du pied et de la\n lance.\n    Une brise orientale, très sèche, activait le feu ; un beau rideau mouvant,\n fluide et roux, infusé de buées sanguinolentes, cachait, déjà, le supplicié.\n L'homme, cependant, se traînant à genoux, dans la poussière, à côté du\n bois mort qu'il avait laissé tomber, gémissait encore, avec de sourdes\n plaintes et les marques violentes du plus incurable désespoir :\n    — Hélas! que ne me laissiez-vous passer? J'étais, — je suis son ami, —\n son irréconciliable ami d'enfance.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                  — 138 —\n\n\n                             V. — MOSAÏQUE\n   D'un peu excessives infamies furent, en effet, perpétrées par les Princes,\nses prédécesseurs, et lui-même, malgré une âme anachronique, féodale\nsouvent, il est vrai, mais si scrupuleuse ! trop moderne, au total, et enta­\nchée de philanthropie, n'absolvait pas toutes ses cruautés inutiles ; il se\nreprochait, seulement, un soupçon de fatuité, ledandysme, un tantinet\noutré, de son impopularité.\n   Ce matin-là, tandis que, de la rive occidentale du golfe, accoudé à la\nbalustrade de gypse de ses jardins, il contemplait, distraitement, sa Capitale-\nPresqu'île défendue — et jugulée — par une ceinture d'inexpugnables\nforts, hérissés de farouche et dure artillerie, — et plus bas, sur la grève,\nles évolutions correctes de ses bonnes troupes fidèles, dont les armures\nmétalliques étincelaient au soleil, — il vit arriver, traversant le Promon­\ntoire des Arsenaux, le cortège bien connu, dans son ordonnance hiérarchique\nimmuable : l'Hégémone du Commerce, chef suprême des magistratures\nurbaines, et le Héraut du Peuple, roquentin égrillard et sénile, — avocat\nhargneux de l'isonomie communale, — auquel d'impuissantes galanteries\nconférèrent certaine célébrité.\n   D'un air indifférent, — les sourcils imperceptiblement froncés pourtant,\net ce vilain regard alléché et sournois des heures expansives, — le dynaste\nles considère dévaler, puis gravir les rampes du château, en la solennité\ngrotesque, l'importance bouffie des paroles qu'ils apportent. Il roule une\ncigarette d'impalpable Dubeck, mais la dextérité agitée de ses doigts ner­\nveux n'en venant pas à bout, honteux de sa fébrilité, il la déchire, rageuse­\nment.\n   Les révérences prescrites accomplies, les manants bariolés génufléchissent\net le Héraut, d'un accent nasillard et pompeux, hasarde d'audacieuses « très\nhumbles remontrances à son souverain seigneur ».\n   D'espiègles juveigneurs, les plus étourdis des pages, quelques éblouis­\nsants argyraspïdes, de garde à la résidence contadine, rôdent aux alentours\net à grands éclats de rire clairs, avec une pétulante hostilité goguenarde,\nexaminent les édiles plébéiens décontenancés. L'adolescent princier, lui,\nentend, sans l'écouter, grincer l'organe en fausset de l'interprète des multi­\ntudes, — exalté légèrement par la vibration ondulée des eaux, le transparent\nazur lointain et la fumée odorante de sa première cigarette... Presque con­\nsumée, elle lui grille les lèvres, déjà, lorsqu'il la jette au travers les balus­\ntres, — avec un fugace sourire, à l'évocation de la gravité interloquée de tel\nconseiller palatin la recevant, à l'improviste, sur le chef!\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                 -139      -\n\n   Son monocle ajusté, après un clin significatif de son œil tigré au ministre\ndes plaisirs et des vengeances occultes, — le bel Éthiopien, élégant et\nsouple comme une arbalète, cuirassé de noir acier damasquiné et paré de la\nsomptueuse écarlate saignante de son manteau, — le jeune despote,\ntournant un visage d'affabilité et de bienveillance vers les agressifs messa­\ngers, mal à l'aise, à cette heure, et muets, — la morbidesse richement tim­\nbrée de sa voix, — qu'un sans doute subit et hilare souvenir aiguise ; — la\nraillerie polie de sa voix, stricte et amène, à la cantonade, exprime :\n   — Qu'on élargisse ces braves gens !...\n                                                       ARNOLD GOFFIN.\n\n\n\n\nEXTRAITS D'UN LIVRE D'IMAGES\n                              FORTUNATUS\n     Voici Fortunatus de Strasbourg; il possède\n              Sur son dôme hospitalier\n     Des cigognes blanches et rouges; il leur cède\n     Le droit d'étendard sur son toit hospitalier.\n\n                Voici son chapeau miraculeux,\n               Il en fait tiare ou toque,\n     Barque, tapis à cartes, arabesque de cordes,\n     Il l'assort au manteau d'or et à la loque.\n\n               Voici son grand manteau;\n              Il abrite un pauvre diable,\n                   Il abrite\n     Une bible vieille et un ancien rite,\n     Un ténor, une basse, une cithare, un pitre.\n     Il abrite un d'Egypte, un de Bohême,\n     Il recouvre un sphynx blême,\n     Pensif, avec à la ceinture des couteaux.\n\n               Voici son ample vestiture\n               Taillée dans la toile à sacs\n               Par des gens de sac et de cordes,\n               A qui sa bonne humeur accorde\n               Quelques deniers pour leurs ciseaux.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                         — 140 —\n\n         Voici sa poche gigantesque.\n             Il y détient\nDes doublons, des besants, des sous et des centimes.\nDes monnaies ornées du portrait de Fatime,\n        Femme de Mahomet prophète,\nEt de larges métaux, où pavanent les têtes\n        D'Ahasverus souverains.\n\n        Voici ses bottes de sept lieues.\n        Elles ont chaussé les Baléares,\nDes caravansérails, les Norwèges et Stuttgard\n        Et l'octroi de l'Empire du milieu.\n        Voici ses bottes de sept lieues.\n\n         Et puis voici son âme,\n         Une liasse d'images\nImprimées pour la joie de Balthazar, roi mage,\nQu'une fillette parcourt d'un doigt intéressé,\n     Tranquille et sage comme une image.\n\n\n\n\n                 PANDARUS DE PARIS\n\n         Voici Pandarus de Paris.\n        Il vend le portrait de Thisbé,\nComédienne au songe d'une nuit d'Eté,\n        Des lettres de la belle Omphale\n        Et son plus important rouet.\n\nIl revend des actions de mines de Thulé\n          Et sous-loue le Walhalla.\nL'authentique pantoufle de Beethov' musicien,\n              La voilà.\n\n        Il vend quatre Rembrandt faits siens\n        Par un amical travail.\n        Il colporte le premier camail\n        Du pape Pierre, homme de bien.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                     —   141   -\n\nC'est lui qui, dans les gares, enchante\n     Les débarqués à Paris,\nPar de sveltes costumes où chantent\nLes mastics clairs et les discrets gris\n     Voici Pandarus de Paris.\n\n                ALBE ET DROIT\n        II est albe et droit\n    Son aïeul (peut-être un roi)\n    Ne lui laissa comme chevance\n             Qu'un emploi.\n\n    Mais il tient entre ses doigts\n    Fuselés pour un fils de roi\n    Une fleur, un dahlia.\n    Il la tient, mais il la donne\n    Car son bon sourire est l'aumône\n    De celles qui marchent dans ses pas\n    Mais son dahlia il ne le donne pas\n\n    Les curieux peuvent le voir\n    Quand il passe près des statues\n    Il humilie par sa f ace d'ivoire\n    Les vieux bronzes qui se sont tus.\n    Son crâne ample sait les statuts\n    Mystérieux de la toilette.\n    Seul, droit, candide et sans voilette\n    Il est albe et calme et droit.\n\n                       SATAN\n    Il dit à de très belles dames\n              Baguées\n    Ah ! que pensez-vous de l'enfer\n          Ah! belle dame\n    Je l'ai vu, au café, l'enfer.\n       Il vivait en toiles claires\n    D'un inappréciable Mulhouse.\n               Rayé de rouge.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                          — 142\n\n   Il m'a dit — à la Trinité, vers Pâques\n            Au bal je    t'intriguerai\n       Près de la mer, par les guérets\n            Moi, l'enfer, je     t'intriguerai.\n\n            Et le doux fils de Satan,\n        Dit à ses amis, au café\n\n    J'aperçus l'enfer, c'était dans un salon\n         Il est gemmé de fleurs rares\n         Il viendra ce soir, je l'attends\n    C'est mon aventure la plus rare.\n\n\n\n                       BÉNÉDICTION\n\n\nLaissez venir à moi les tout petits enfants.\nA les voir je pressens de calmes jouissances\nQu'ils sont beaux, qu'ils sont purs, les tout petits   enfants\nEn guirlandes, en paquets, en réjouissance.\n\nJe leur donne la manne, la bonne manne\nIls m'aiment, il aiment picorer dans ma main\nEt je me sens la main plus belle qui bénit\nCette gloriole qui rit au bord des nids\nEt cette main la chérissent, telle une ombrelle.\nLaissez venir à moi les petits enfants\nJ'eusse préféré de plus nobles infants.\n     Mais la plus belle voix du monde\n     Ne peut bénir que ce qu'elle a.\n          Voici ma cueillette d'enfants\n         Bien jolis, mais bien las.\n\n\n\n                      LE PAUVRE JOB\n\n\nA y e z pitié de qui pantèle aux carrefours\nMes victoires d'idéal se magnifient des fours,\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                         -   143   -\n\nJe dédie ma main du glaive à la sébile\n         Et mes pantoums de Sybille\n             Au clou ! au clou !\n\nAu clou l'espoir, au clou la tiare de l'évêque,\n             Au clou ma croix.\nLe bon Jésus (s'il la retrouve) de son choix\n    Pourra l'élire, au bric à brac, avec\n    Des monnaies ayant cours et droit.\n\n         Je ne sais quoi d'insondable\n    Je ne puis dire quel pur miracle\n    Illuminera le locatis tabernacle\n         Où je végète formidable.\n\nCe je ne sais quoi, je ne l'ai jamais su\nMais de toute ma puissance, je l'attends (à vue).\n\n\n                   KAROLUS DE PARIS\n\n              Voici Karolus de Paris.\n        Il répète, mais il croit qu'il parle.\n         « Vous êtes celui qui venez sur les mers,\n    Auré d'apothéoses et chanteur de Paris,\nLes Vénus et les Ris, et Paris, et cet homme qui parle\n             Du haut de son puissant journal;\n    C'est votre cordonnier, je le dis et j'en parle.\n\n    Je suis l'ami du très vrai Monomotapa,\n    Les Monomotapas sont fréquents dans l'histoire,\n             Mais maint Portugais s'en fait gloire,\n    Qui n'a jamais conquis de Monomotapa.\n\n    Ah ! je vous aimerai d'amitié singulière,\n    D'amitié perennelle et de foi séculaire,\n             Tant que ce pître du journal\n    Banalement dira que je suis très banal\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                         — 144 —\n\n\n\n                   DOMAINE DE F É E\n\n\nVotre domaine est terre de petite   fée.\n\n        Des Japonais diserts et fins,\n        Sur des tasses de poupées,\n        Sourient aux grands oiseaux que feint\n    Votre paroi de royaume de poupée.\n\n        Un vague paradis terrestre\n        Gambade à vous dès les matins\n        Tout vous rit l'accueil, vos poupées,\n    Vos oiseaux, vos tasses et vos mandarins.\n\n        Votre salon de faïence peinte\n        Reçoit sur son coin d'étagère\n        Les grands fauves belligères,\n        Dessinés sur des fables peintes.\n\n        Un congrès de tables s'accoude\n        Autour de vases en chimères,\n        Sans nulles fleurs éphémères,\n        Que fleurs en faïence peinte.\n\n        Un synode de pintes boude,\n        L'air lourd, sur un coin d'étagère.\n        D'être sacrifié à des verres\n        En danse de caprices bohémiens.\n\n        Près du divan où tes yeux clos\n        Font l'ombre au gracieux enclos\n        Des lueurs lunaires captives,\n    Votre théâtre tient clos ses rideaux\n        En attendant les féeries fugitives\n        De ton réveil en ton château.\n\nVotre domaine est terre de petite fée.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                        -   145   -\n\n\n               P I E R R O T E T SA SUITE\n\n       Pierrot blanc et pâle s'assied\n       Et porte la main à son front.\n       Son valet Marzuphle le dit.\n\n       Pierrot blanc et pâle s'étend,\n       « Ces longues courses me blessent le pied,\n       C'est bien triste un valet profond. »\n       Le doux Marzuphle l'écrit.\n\n       « C'est sage à moi d'être si pâle,\n       Je me constellerai d'opales\n       Pour la redoute de l'Ennui. »\n       Son valet Marzuphle le publie.\n\n       « Ah! bâillons aux corneilles si sages\n       De vivre longtemps sur une note. »\n   Le bon Pierrot boit et mange comme d'usage,\n   Son valet Marzuphle lui présente la note.\n\n       Pierrot s'en retourne à pied.\n       Son valet Marzuphle le suit.'\n\n\n                  BAL DES POUPÉES\n\n        C'est la fête des poupées\n        De quoi vous faut-il parer?\n        Mais de notre rare beauté.\n\nVous aurez, vous la belle, un gentil collier\n        De petits magots de jade\nVerts et roses — ces magots sont vos poupées\n    Je vous les unis en un grand collier\n    Pour être plus belle en vos ambassades\n\n    A vous, la blonde aux yeux étonnés\nJe donne un éventail pour aller à la danse,\n     Vous pavanerez avec élégance.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                         — 146 —\n\nVotre traîne jaune paille, couleur de vos cheveux\n        Par un carrousel     d'amoureux.\n\nVous si grande et brune tiendrez à la main\n          Un joli sceptre-z-à rubans\n     Autour de vous vos servantes grouperont\nL'essaim des souhaits, car vous êtes la reine\n     Des jouets dorés et des bonbons.\n\nLaissez vous donc mettre votre bonnet blanc\n     Et passer à votre cou ces rubans\n     Vous êtes les suivantes gracieuses\nDe votre puissante reine, la fée Gracieuse\n     Entourez-la de respects et de serments.\n\n        Voici la fête des poupées\n        De quoi vous faut-il parer ?\n        Mais de notre seule beauté.\n\n                LE CHASSEUR MAUDIT\n        Le chasseur passe sur la foule\n            Ils prient, ils prient\n        Le chasseur descend parmi la foule\n            Ils tuent, ils tuent.\n\n        Le chasseur s'arrête au monastère\n            Ils brûlent, ils brûlent\n        Le chasseur brûle le monastère\n            Ils prient, ils prient.\n\n    Quels sont ceux-là qui brûlent et qui prient\n    Qui chantent selon la loi d'un cheval\n    Quels ces masques qui prient en carnaval,\n    Qui sont ceux-là qui brûlent et qui prient.\n\n            Le chasseur pleure\n            Ils rient, ils rient.\n            Le chasseur rit\n            Ils pleurent, ils pleurent.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                               — 147 —\n\n\n                         LA FÉE, LA F É E !\n\n                  La fée, la fée, votre corselet\n                  Votre corselet d'acier bruni\n                   Vos ailes parfumées des coloris\n       Vos gentils menuets sur des pointes de fleurs\n       Et vos menus baisers aux oiselets des nids\n       La fée les aimez-vous, comme je les aime\n\n                    Les aimez-vous comme je les aime\n        Nos arrivées lentes en notre palais\n        Parmi les chansons des oiseaux familiers\n        Et l'accueil ami des dogues familiers\n        Vous aimez-vous vous-même comme je vous aime\n\n                         La fée, la fée\n                  Les bracelets et les colliers\n                   Des rapides pèlerinages\n        Vers nous-mêmes, ailleurs, en d'autres cités\n                              La fée\n        Les aimez-vous si tant que je les aime en vous.\n                                                     GUSTAVE     KAHN.\n\n\n\n\n                 ENTRÉE DE VILLE\n                      Étude pour un conte inédit.\n\n\n             Les saulées du bord firent place à des vergers et des prairies. Çà\n              et là des moulins battaient des rivières parmi de fins bouleaux;\n              et des vaches éparpillaient sur le tapis des champs la paix\nblanche et noire de leur repos.\n  Les toits de la ville prochaine se coloraient du plus merveilleux cinabre,\nque variaient des ardoises d'un vert de berge. Au dessus de cette onctueuse\nsymphonie, se dressait le clocher de l'église, qui me rappela une tour chi­\nnoise, et dominait le beffroi au cadran d'or.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                  — 148 —\n\n   Bientôt apparurent les murailles. Les briques, au dessus des fossés,\nentourées de minces lignes de chaux, et givrées de mousse, humides, pen­\nchaient vers l'eau tranquille comme un adamantin entassement d'escar­\nboucles saupoudrés de rubis et d'émeraudes. Quelques bateaux s'amarraient\nle long des murs, plongeant dans l'onde leurs poupes goudronnées et dar­\ndant leurs verts éperons. Un canard rêvait près de nos eaux du bord.\n   La porte de la ville donnait sur une longue rue tortueuse au dessus de\nlaquelle se succédaient des pignons de bois aux bruns riches. C'étaient des\nmaisons anciennes, vitrées en culs de bouteille et dont les façades d'un autre\nâge reposaient sur des cariatides de chêne. Des enseignes en fer ou en\nfaïence mettaient obstacle à la symétrie des fenêtres, et des gens aux costu­\nmes d'une vieille époque parcouraient le quartier.\n   Où étais-je? certes, un jour lointain perdu profondément dans les arcanes\nde mes idées, je devais avoir vu cette cité. Peut-être durant la magie d'un\nrêve. Car la réalité la plus cossue ne pouvait prodiguer cette fête de couleurs\nqui m'enchantait. Les choses se montraient sous leurs plus beaux atours et\nréveillaient la bijouterie la plus secrète de leurs tons. Et non seulement ce\ncharme des tonalités chantait à mon œil ses plus chatoyantes antiennes,\nmais la mélancolie du passé jetait sur tout son voile songeur. De ce décor,\ncomme l'encens fume d'un brûle-parfum chargé de pierreries, s'évaporait\ndu souvenir, et il semblait que le temps eût épuisé par là les tendresses les\nplus chaudes de sa mystique pensée. Tout le regret des jours défunts, tout\nle mystère des choses évanouies s'embusquaient derrière ces jaunes dorés du\nsoir, aux larges espaces citrins, comme un cœur délicat et triste battant sous\nde la soie opulente. Et ces resplendissances qui éblouissaient mes prunelles\nlaissaient à mon âme la plaintive résonnance d'un angelus qui s'est éteint.\n   Nous pénétrâmes dans la ville. Je fus en compagnie de personnages que\nje connaissais, bien qu'ils portassent des feutres à plumes et des épées, des\nrabats de régents ou des coiffures à blanches dentelles. Ils devisaient par\ngroupes, pénétrés de la politesse de jadis, quelques uns avec des roses à la\nmain, ou un long gant de Suède négligemment chiffonné. D'autres avaient\nde grandes fraises à tuyaux et des habits aux étoffes bleues, brunes et\njaunes, du goût le plus délicat, très harmonieuses et très galantes, dans la\nrue déjà assombrie.\n\n\n\n                                                    E U G È N E DEMOLDER.\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                 — 149 —\n\n\n\n\n                 VERS DE L'ESPOIR\n                                 (EXTRAITS)\n                                                    A M. EDMOND PICARD.\n\n                                  DAMME\n\n              Aux bords du canal vert parsemé de feuilles mortes, sur les\n               drèves couvertes de mousse et d'herbe processionnent les\n               grands arbres et, dans l'éloignement de la vieille ville dont on\n               aperçoit les massives portes, les tours, les clochers, les\ngradins des pignons et les toits rouges, l'eau regarde éternellement le ciel à\ntravers les ramures qui forment une voûte immense au dessus d'elle. Les\nnuages s'y bouleversent, s'y allongent, changent et passent pour lui dire tout\nce qu'ils ont vu dans leur course effrénée à travers les vertigineux espaces\naériens. Elle rêve de leurs formes bizarres, de grands guerriers blancs qui\nse dressent sur des chevaux cabrés, de torses de géants vaincus, de\nneigeuses montagnes qui s'affaissent ou roulent en avalanches, de palais\nécroulés dans l'azur. Glauque ici, elle va s'atténuant en blancheur jusqu'au\nlointain où elle se déroule comme un ruban d'argent dans la plaine\nflamande.\n   Quelquefois un bateau arrondi comme un sabot, avec ses nageoires\nrepliées sur les flancs et sa voile grise enflée ouvre un sillon scintillant ;\nà la barre, le pilote, en veste rouge, appuyé regarde la campagne où les bois\ncommencent à se rouiller, les bœufs blancs, noirs et roux broutent les prés,\nle lin jaune est disposé en faisceaux de bottes soigneusement alignés ou\ntassé en meules; il regarde, tandis que l'eau clapote et décrit de\ngrandes ondes et s'enfuient, d'un vol effarouché, les ramiers cachés dans les\nroseaux.\n   Le silence s'amasse en cette solitude où s'est éteinte jadis une vie de\nsplendeurs, une vie intense de rêve et d'amour ; il couvre les choses, les\nentoure d'une atmosphère de songe : un paysage à travers un vitrail de\nmanoir; une plaine déserte à jamais pour l'homme où sa voix semble\nrépandre de la mort. L'écho lui répète des paroles inconnues, il ne com­\nprend plus sa pensée lorsque l'expression a traversé le monde invisible qui\nl'y entoure et le silence qui l'y étouffe. C'est devant lui la profondeur des\nsiècles découverte, le seuil de l'éternité, la face de l'infini dans un crépus­\n cule d'âges.\n                                                                       10\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                      150 —\n\n\n   En ce décor processionnent les grands arbres séculaires tordant leurs\nbranches rabougries — tels des bras agités et convulsés dans une multitude\nenfiévrée, — vers les restes effrités d'une ville glorieuse dans l'Histoire,\nd'une ville qui vit jadis les flottes sur la mer dérouler au vent qui les\nfaisait danser sur les vagues, leurs joyeuses bannières, et surgir de l'écume\nles tritons, les neptunes ou les dauphins des proues et l'orgueilleuse Armada,\nau lointain, cingler à pleines voiles vers les rivages des Angles pour une\nchimérique et téméraire entreprise.\n   Maintenant quelques demeures affaissées, aux murs bosselés; des\nécussons presque effacés aux frontons ; des fenêtres comme des yeux\nd'aveugles. L'hôtel de ville gothique, dont les ornements de pierre ont été\nusés, rongés par les vents salins, des statuettes redevenues ainsi de gros­\nsières ébauches; plus loin, un blanc mur d'hospice ornementé de niches où\npleure la lumière jaune de petites veilleuses devant des Notres-Dames en\nrobes blanches et une grande église, soutenue par d'énormes contreforts ; sur\nla haute tour, massive et carrée, veuve de clocher, semblable à une reine\ndéchue, pousse de la verdure et nichent les corneilles. Par les ogives\nbéantes sur le ciel on voit s'écailler les murs bruns et les pierres disjointes\nsous l'effort des racines d'arbustes. Le temple est devenu trop grand; le\ntemps en a pris une partie, refoulant vers le chœur les fidèles qui, plus\nrares de semaine en semaine, viennent écouter l'office divin. Dans l'herbe\nqui croît tout autour, à peine, voit-on les traces de pas.\n   Tout sommeille.\n   Dans l'unique rue, le soleil d'automne s'attriste sur les façades des\nmasures qui semblent vouloir s'effondrer depuis des années ; les pignons\ntout noirs des maisons en bois se penchent, se penchent.\n   Les paysans passent avec leurs attelages de gros et forts chevaux puis­\nsamment musclés et de chariots peints en bleu ou en vert, muets. Ils sont\nalourdis de toute la majesté qui pèse sur l'alentour, dont ils paraissent se\nsentir les solidaires gardiens tellement ils sont graves et que leurs mouve­\nments sont rythmés, lourdement rythmés, comme s'ils officiaient une\ncérémonie d'autrefois continuée ainsi, qu'un pèlerinage, gardée aussi\nprécieusement qu'un chapelet béni au Saint-Sang de Bruges les veilles de\njours où l'on combattait pour la terre, celle qu'on avait baisée à Matines,\naprès la prière, avant de disparaître dans les brouillards du lointain avec\nles piques étincelantes.\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                 —    151   —\n\n\n\n   Les cloches sonnaient par cette matinée d'octobre. Au clocheton de\nl'Hôtel-de-ville, la cloche, à toute volée, sonnait, sonnait sur l'azur ; son\nbattant frappait, martelait le bronze affolé. A la tour les cloches ébranlées\nse levaient et retombaient, faisant fuir les corneilles éperdues et ronfler les\nauvents. Les ondes de fer comme un vol de rapaces se ruaient sur la cam­\npagne étonnée.\n   Et l'on entendait, à travers les arbres au feuillage mordoré dans le soleil,\nloin, le carillon de la tour des Halles à Bruges, pareil à un gazouillement\nd'oiseau, le chant naïf des notes cristallines aussi éblouissant, aussi char­\nmeur, aussi recueilli qu'un vol de petits anges.\n   Partout les cloches, lourdes cloches, graves ou joyeuses, tintant\nsolennellement pour la fête :\n   Des jeunes filles semaient des fleurs et de la verdure devant l'image de\nla Vierge très sainte. Des pêcheurs en verts et rouges costumes d'autres\nâges avec les filets et les harpons sur les épaules, têtes baissées en leur\nrecueillement, portaient sur les rames disposées en brancard un grand\nChrist cloué sur la Croix.\n   Autrefois, dans la tourmente du moyen-âge, quand l'eau salée venait\nencore battre les pilotis du port de Damme, un jour de tristesse et de deuil,\nla tempête hurlant sur les vagues bondissantes de la mer du Nord, les\nrafales accrochaient la voilure des bateaux et les engouffraient dans les\nabîmes qu'elles creusaient, puis comblaient soudain par une poussée de\nliquide écumant de furie, lorsque des pêcheurs en détresse, ayant prié\nleur sainte Dame patronne et presque remis leurs âmes en ses mains, aper­\nçurent au loin sur les flots cabrés, le Signe qu'en leurs cœurs simples et\nnaïfs ils avaient évoqué, à l'heure suprême, par une foi épurée à jamais\ndes noires ombres du doute, le signe Rédempteur ; et aussitôt, tout autour,\nle calme se répandit comme s'il l'on eût versé de l'huile sur les eaux ; et\npeu à peu les glauques montagnes roulantes hérissées de crêtes blanches\ns'éloignèrent après de formidables remous ; les nuages tumultueux aussi se\ndispersèrent, ils retournèrent se glacer vers le nord ; et ce fut un violent,\nrayon de soleil qui passa sur l'horizon lugubre et illumina l'océan apaisé.\nLa Croix flottait dans la lumière et le Christ las, cloué sur elle, semblait\nsaigner toute la mer. Les pêcheurs, agenouillés, priaient ; elle vint vers eux,\ndans les filets qu'ils avaient jetés. Ils la recueillirent comme une épave.\n   Solennellement, elle fut portée par les marins et une foule de pauvres\ngens assemblés sur le rivage, vers l'église.\n   Elle fut exposée à l'adoration des fidèles et les malades qui vinrent lui\nrendre grâce furent guéris.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                 — 152 —\n\n\n   Elle était venue, miraculeuse, apporter aux croyants la force et la\nvaillance. Ils la conservèrent pieusement, car elle devait être désormais la\ntutrice de leurs actions, la dépositaire et la gardienne de leur foi.\n   Et maintenant que leur arrivait un nouveau pasteur, ils la menaient vers\nlui, accompagnés d'une foule humble et muette, comme pour une mysté­\nrieuse révélation, l'investiture d'un sacerdoce plus absolu que l'autre.\n\n\n                                     LUX\n                                           J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.\n\n   Comme l'aurore de la pudeur en un visage de vierge, la Parole se leva,\nconfiante, répandant une douce clarté dans les esprits simples et une bien­\nfaisante rosée sur les fleurs printanières qui croissaient en les cœurs des\nraces primitives.\n   Elle retentit comme une musique dans les âmes où s'éveillait la Foi.\nD'abord un trouble, un frisson, un imperceptible murmure, puis des\nchants, des flots d'harmonie.\n   Ce fut une ivresse d'amour. Elle venait annoncer, pour des époques\nlointaines, la venue d'un Rédempteur qui changerait la face du monde.\n   Elle se fit entendre pour châtier les iniquités et répandre d'épouvan­\nbles fléaux sur les tyrans.\n   La Parole, essence divine, eut la puissance d'action, elle sépara les eaux\nde la Mer Rouge, elle marcha en colonne de feu au front des armées,\nvisible seulement aux yeux des croyants ; elle tonna parmi les fracas de la\ntempête et les éclairs au sommet du Sinaï perdu en d'immenses nuages\nnoirs et, pour les ères futures, grava sa loi sur de lumineuses tables d'airain.\n   Tantôt calme et tantôt grondante, elle conduisit le peuple vers la Terre\npromise.\n   Tantôt visible et tantôt invisible, elle veillait.\n   Puis elle hurla dans la voix de prophètes hagards, elle eut des lueurs de\nglaive justicier, elle courba des nations orgueilleuses, brisa des sceptres en\nla main de rois, s'éleva vers le ciel en un char de feu.\n   L'écho épouvanté répétait ses malédictions, ses anathèmes et la terre\nen tremblait.\n   Elle se tut. Il y eut du silence, mais un silence d'attente et d'angoisse\nqui ardait comme l'air au dessus d'une fournaise, tandis que les mon­\ntagnes, les rochers et les océans frissonnaient encore de ses grondements.\n   Un mystère pesait sur le monde comme si l'Infini l'eut étreint dans son\n Éternité :\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                   — 153 —\n\n   Le Verbe s'incarnait ! L'univers anxieux convergeait ses événements\nvers le foyer d'où devait jaillir la Vérité.\n   C'est alors que, selon la Prophétie, apparut le Précurseur, en qui se\nretrouvait l'esprit et la vertu d'Eue.\n   Encore Elle vibra, suave comme une rosée de miel; âpre, amère, sau­\nvage, avec des violences inouïes, sinuant et se pliant et se redressant,\npareille à une épée, ou frappant à grands coups de taille.\n   C'était, à travers des mille ans, les derniers fracas du Sinaï qui trou­\nblaient, dans sa débauche pourprée, la reine cruelle, la sanguinaire\n Hérodiade, et qui se faisait douce et humble pour annoncer la venue de\nCelui qui devait racheter les hommes.\n   Mais le Verbe s'était incarné, et elle se trouvait tout entière dans le Verbe.\n   Ainsi fut tout amour et charité.\n   Ainsi la Parole éclata en Lumière et la Lumière fut si brillante, qu'elle\néclaira ceux même qui fermaient les yeux.\n   Elle terrassa saint Paul sur le chemin de Damas, elle se révéla à de\npauvres pêcheurs de Galilée et ce fut par le miroir de leurs âmes simples\nqu'elle irradia ses rayons dans le Futur, par delà l'étoilement des sphères.\n   Il y eut, pour chasser les ténèbres, les Saints en l'esprit desquels elle se\nréfléchit, fanaux propices à tous les périls, secourables à tous les naufrages,\nsalut de ceux qui les aperçurent.\n   Ainsi, tout Verbe est action. La Parole, qui est la Lumière, est jaillie de\ncroyance. Il n'y a que les yeux purs qui peuvent recevoir ses rayons. Sitôt\nque l'on regarde à travers le verre noir de l'incrédulité pour en décomposer\nla splendeur, elle se voile.\n   Le doute tarit la Parole ; il engendre le silence, non pas le prodigieux\nSILENCE qui est plus profond que tous les langages humains, le majes­\ntueux silence du recueillement, mais le lourd silence du tombeau, le silence\nterne de l'impuissance et du désespoir.\n   Et les hommes, cédant au vertige, à l'attraction de la matière, se sont\nplongés dans la nuit. Souverains déchus, ils promènent douloureusement\nleur négation et leur inconscience parmi les innombrables Babels qu'ils ont\nvoulu élever pour violer l'azur, ils ne se voient plus et ne se comprennent\nmême plus !\n\n                                   ESPOIR\n  Tu enchantais mes rêves d'enfant de tes sourires, de ta chevelure, rayon\nde soleil sur mon sommeil.\n  Je sentais ton âme dans la mélancolie de mes montagnes aux vieux châ-\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                  -   154   -\n\n\nteaux de légendes, dans les plaines à la vague tristesse du crépuscule, dans\nla rude et enfantine bonté des paysans de là-bas.\n   Parmi les voix de l'aube et parmi les voix du soir et les plaintes du\nvent, j'entendais ta voix étrange, pleine de nostalgies, murmurer des\nchoses inconnues.\n   La nuit, je voyais des yeux au ciel et je les contemplais la nuit, et tout\nle jour, j'attendais leur retour.\n   Tes yeux regardaient mes yeux et tes yeux se sont fixés dans mes yeux,\net lorsque je me mire dans l'eau claire des fontaines, je vois tes yeux au\nfond de mes yeux.\n   C'est pour toi, pour te sentir encore auprès de moi, que j'ai voulu revivre\nen souvenir mon enfance dans les bois et les montagnes et les chapelles de\nlà-bas, le pays des légendes. N'es-tu pas la seule, n'es-tu pas la sœur des\ncygnes endormie dans les lys embrasés du couchant, n'es-tu pas\nmystérieuse fiancée ?\n   C'est pour toi que j'ai voulu dire le charme des nuits étoilées et des\nclartés lunaires et des prières dans l'encens bleu des humbles églises.\n   Oh ! tous les joyaux, les brocarts et les pierreries pour parer ta beauté\ntriomphale, en un soir de sang, alors que des lions à la crinière hérissée de\ndiadèmes, traîneraient ton char d'or par le ciel enflammé.\n   Pour toi les beaux poèmes lumineux comme le scintillement du soleil\nsur les écailles nacrées des dauphins dont les nageoires éparpillent au dessus\nde l'Océan des roses de feu.\n\n\n\n    Je t'ai cherchée partout, car je croyais que tu devais venir et, bien que\nl'espoir en mon cœur ne soit mort, j'ai fini par croire que tu n'étais pas\nnée ou que tu n'étais plus, et ne sachant si je devais te rejoindre ou\nt'attendre, je n'ai pu me résoudre à mourir ni à vivre, car je ne suis pas\nun mort et ne suis que l'ombre d'un vivant. Au soleil, fantôme pâle, en la\nnuit, forme noire, fugitive.\n   Aucune action, pas de volonté.\n    Les heures se passent à rêver de ce que j'aurais fait si je t'avais connue.\n   Être, pour toi, tout ce que l'homme peut être de fort, de redoutable,\nd'implacablement juste, être plein d'orgueil, de force et de pardon.\n   Etre un chevalier errant, inquisiteur d'ignominies, promenant par les\ncontrées un rêve d'impossible justice grandiose comme une aurore, avec\nl'inébranlable foi que tu aurais donnée.\n   Etre un chercheur de toisons d'or ou de mondes à travers de fabuleuses\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                   — 155 —\n\natlantiques, bravant les gouffres, les récifs et les flots soulevés par des\ntempêtes monstrueuses, sur un navire d'espérance infinie.\n   N'être rien parce que tu n'es pas venue, rien que l'ombre de soi-même,\npuisque tu ne fus pas là, toi, la flamme, l'étincelle.\n\n\n   Et pourtant...\n   Il y a des pas, j'entends les pas furtifs de la servante en le corridor... il y\na encore d'autres pas. Mais, après une courte hésitation sur mon seuil, ils\npassent...\n   J'ai ouvert ma porte maintenant, avec l'espoir enfantin qu'une arrivée\nserait ainsi plus prompte. Un sursaut parfois croyant voir une ombre\ntroubler la lumière qui dore l'ocre du plancher. Une longue réflexion pour\ndéduire le flottement d'un rideau ou le passage lent d'un nuage.\n   Dans ma chambre qui s'enténèbre d'une rouge fin de jour, la tête dans\nles mains, j'attends.\n   L'anxiété de quelque chose qui ne vient pas, c'est dans l'être une flamme\nqui brille l'instant d'un éclair et qui retombe plus lasse de son effort et\nhoqueté comme une pauvre petite vieille.\n   L'impatience m'attire à la vitre.\n   Là bas, aux murs jaunâtres où l'eau tombée des gouttières usées à laissé\nde longues lignes noires, les étroites fenêtres aux pierres en croix me\nregardent étonnées. Quelques femmes en manteau noir passent parfois,\nla tête perdue dans la chape, et l'on n'aperçoit que les plis du vêtement qui\ns'éloigne comme une ombre en la rue qui se rétrécit.\n   Il y a une tour devant moi, pareille à un minaret. J'y vis apparaître,\n 'autre jour, une enfant blonde, souriante...\n   Mais il n'y a rien, rien.\n   L'eau noire du canal dort, sillée quelquefois par un cygne qui se glisse\ndans la verdure des nénuphars. Mais les nénuphars se sont refermés, et\nl'on ne voit plus çà et là que quelques taches blanches de pétales.\n   Il y a des arbres qui penchent leur feuillage dans l'eau. Oh! comme ils\npleurent ces arbres ! Pleurent-ils donc quelques vierges noyées à l'aurore\nde la vie, où sont-ce d'anciens mortels qui pleurent d'avoir vécu?\n   Plus personne sur les ponts à dos d'âne où les pierres ont l'air d'être\nratatinées de vieillesse. Au loin, la grande tour effile son clocher dans la\nbrune.\n   Et rien, rien.\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                  — 156 —\n\n   Ce sera dans cette vieille ville oubliée où il y a, en des tableaux gothiques,\ndes saintes qui te ressemblent. Ce sera dans cette vieille ville oubliée par\nles siècles, où dorment des souvenirs en d'anciennes tours, d'anciennes\ndemeures silencieuses.\n   Ce sera par un jour endolori d'automne, un jour gris et terne où il y\naura de la mort des choses dans les rues désertes et les canaux.\n   Il y aura de très dolents glas de cloches pour l'agonie, et du crêpe dans\nl'ariette que le carillon répandra comme une volée d'oiseaux et des mur­\nmures de litanies dans la demeure et la clochette d'argent de l'Extrême-\nonction.\n   Angelus, prière blanche et radieuse des archanges...\n   A l'heure mystique de l'Angelus, en ta simple robe de béguine, avec ta\ncoiffe aux ailes palpitantes, tu viendras dans la chambre où, sur une table\ncouverte d'une nappe, s'élèvera le crucifix entre deux immobiles et tristes\nlumières, et des prières te suivront.\n   Il y aura deux yeux fatigués qui se détourneront lentement du paysage\nde toits en escaliers, de clochers et de tours à la fenêtre, pour voir tes\nyeux... tes yeux de jadis en l'eau claire des fontaines, des lèvres pâles qui\nremueront faiblement vers tes lèvres pâles et des mains qui se soulèveront\nlentement ; et tes mains auront des gestes de consolation suprême, ta voix\ngrave parlera de néant et d'infinis espoirs; il y aura des vies, des mondes et\ndes éternités dans ta voix.\n   Et quand s'éteindra au lointain de la rue l'argentine clochette d'Extrême-\nonction, tes doigts fins éteindront des regards et ta bouche aux lèvres\nminces prendra une âme sur de froides lèvres entr'ouvertes.\n\n                                               M A U R I C E DESOMBIAUX.\n\n\n\n\n                  CHANT DE NOCES\n    Les lèvres qui t'auront confié leur secret,\n    L'amour et ses doux bras qui t'auront enlacée,\n    Jamais aucun désir, jamais aucun regret\n    Rien ne t'arrachera du bien de ta Pensée !\n\n    Car rien n'égalera mon ténébreux palais\n    Et ses pourpres au clair de lune — et ses parures\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                 -   157   -\n\n    Et ses miroirs d'ébène aux étranges reflets.\n    Où nous verrons saigner les masques des luxures!\n\n    La robe de lumière et d'azur aux grands plis\n    Mon cœur la défendra des mains insidieuses\n    Et nous verrons pourtant l'enfance de tes lys\n    S'accoupler à l'automne en fleurs des scabieuses?\n\n    Et sous les mêmes fleurs mêlant nos vastes fronts\n    Et serrant dans nos bras le spectre de nos peines\n    Comme un torrentueux Léthé nous entendrons\n    Le sang de nos baisers ruisseler dans nos veines !\n\n    Écoute l'aboiement de mes loups familiers :\n    « Ton doux cœur à manger et ton sang frais à boire! »\n    Ecoute! — Et ces sanglots, là-bas, d'enfants noyés\n    Ces blancs sanglots crevant en bulles sur l'eau noire!\n\n    Et les cloches du crépuscule! — Mon vieux cœur,\n    Il bat, morne tambour aux doigts glacés de l'Heure...\n    Ah silence! voici le sang du Haut Seigneur\n    Sceller au front du ciel la bouche qui le pleure !\n\n    Viens! puisque je dirai ta messe à tes genoux,\n    Prêtres ayant pour miels ton doux front, je veux faire\n    Comme un orgue, chanter dans les gueules des Loups\n    L'amour incestueux du Ciel et de la Terre!\n                                                          JEAN B O E L S .\n\n\n\n\n                    RETOUR D'EXIL\n                               (Suite et fin).\n\n                                     IX\n\n   22 MAI. — En voiture, carrefour de la Croix-Rouge. Rencontré le mar­\nquis de M... Il sort de prison. Il m'a salué. Je ne l'ai reconnu que lorsqu'il\nfut passé. Regret : il a pu croire que je le méprisais. Si j'avais un ami au\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                  — 158 —\n\nbagne, j'irais lui serrer la main, fut-il criminel plus que Lacenaire. Celui\nqui juge sera jugé. Les hommes n'ont de droit que le droit d'aimer.\nLequel d'entre nous ne pourrait adresser à Dieu l'énergique prière de Bau­\ndelaire :\n               Ah ! Seigneur, donnez-moi la force et le courage\n               De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !\n\n   Sur le quai, au crépuscule. Une foule, entourant un noyé qu'on vient de\nretirer de l'eau. Un suicidé. Le cadavre est étendu, rigide, sur les\npavés. Comme c'est petit, un homme mort ! Un paquet de chiffons humides,\nentourant une forme sans relief. Le geste affreux des deux mains ramenées\nvers le cou, pour lutter contre l'asphyxie. Pour qui est-il mort, ce\nmalheureux? Pour un Shylock avide de son argent et de sa chair? ou pour\nun femme sensuelle et bête? ou pour quelque faute mystérieuse dont il s'est\npuni?\n   Mais être là, exposé aux regards effrayés des gamins, aux regards lascifs\ndes filles, aux commentaires stupides des oisifs!... Quel châtiment. O gue­\nnille humaine, si tu n'es que matière, n'es-tu pas ce qu'il y a de plus vil et\nde plus immonde?\n   Traversé les Champs-Elysées à la nuit tombante. On allume les lanternes.\nDe la poussière, des lueurs blafardes à travers les arbres. Pas une étoile au\nciel. Où sont les nuits fraîches et parfumées de Java? les danses malabares\nsous les banians en fleur... la mer étincelante de pierreries?... Où les joies\net les ivresses des lointaines îles de la mer indienne ?\n\n\n                                       X\n\n   24 MAI, FÊTE-DIEU. — A dix lieues de Paris, sur les bords de l'Oise. Un\npetit village, sans paysans ni pauvres. Des villas en platras, quelques mai­\nsonnettes rustiques, entre deux parcs immenses : l'un, bâti par Henri IV\npour une favorite, devenu l'asile d'un gentilhomme sans fortune; l'autre,\nsomptueux, en briques rouges et pierres blanches, bâti par un financier,\nqui vendait des cravates à cinq sous il y a vingt ans, sous les portes cochères.\nLe curé est logé tant bien que mal. Un pavillon où la courtisane royale\nmettait naguère ses valets de chiens. L'église est une grange. Les murs sont\nblancs et nus : le strict nécessaire sur l'autel ; un beau tableau de Lesueur,\nsans cadre, donné par le gentilhomme ; un lustre de Baccarat, volumineux,\ndoré, chargé de pendeloques, offert par le financier et marqué à son chiffre.\n   Le curé m'aime de tout son cœur. Nous avons usé plus d'une paire de\nculottes, au collège, sur les mêmes bancs. Malade et pauvre, il est venu\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                   —159      —\n\n\néchouer là. Son âme évangélique souffre de la solitude des sacrés taber­\nnacles. Il a quelquefois du monde, à la messe du dimanche, l'été, quand le\nmarquis a loisir de quitter sa garnison pour venir avec sa famille revoir les\nombrages du manoir enfoui sous les ormes.\n   Le financier, piqué au jeu, envoie sa valetaille à l'église, en grande livrée.\nLes petites filles de l'école admirent beaucoup les laquais en bas de soie,\ntrès chamarrés de galons. Et les vieilles femmes, dévotement, saluent les\ncaméristes empanachées, qui se moquent des bouquets fanés de l'autel et\nde la chasuble de l'officiant, très ancienne, aux orfrois éraillés. Mais le curé\nva son chemin. Il y a toujours quelque souffrance à consoler, quelque mou­\nrant à bénir, et çà et là un enfant à instruire. Pourquoi envoie-t-on des mis­\nsionnaires chez les sauvages ?\n   Ce jour-là, pourtant, il y a des fidèles à l'église. On va faire la proces­\nsion du Corpus Dei. D'abord les fillettes, en blanc. Puis les villageoises, les\ndames de boutique en rupture de comptoir, les bourgeoises en villégiature.\nLes hommes regardent passer les bannières, en ricanant. Des « messieurs »\nse réfugient dans une guinguette. Les gens de la banque prennent la tra­\nverse pour rentrer. M. le baron veut être servi à l'heure... Nous sommes\nquatre pour porter le dais ; le marquis, son ordonnance, en civil, le garde-\nchampêtre en uniforme, et moi. C'est assez lourd, ce dais, aux pentes de\ndamas crépine d'or, avec des plumails aux angles. Un nuage d'encens, une\nenvolée de fleurs. Et, entre nous, le curé, soutenant l'ostensoir. Sacris\nsolemniis... Ah! que c'est beau, même ici! même avec cette poignée de\nchrétiens sans foi, cette bande d'enfants turbulents et distraits ! Même à tra­\nvers ces rues sans guirlandes, même à travers ces champs de betteraves, que\nbrûle le soleil.\n   Et le reposoir est dressé, entre deux chênes, dans la grande salle de ver­\ndure du parc. Les charmilles entourent le vaste rectangle : un fin gazon,\ndru et vert, fait tapis. Azalées, roses, lis, tubéreuses, renoncules, pivoines,\npervenches, composent une mosa'ique merveilleuse, étoilée de l'argent bruni\ndes flambeaux et de la flamme pâle des cires. Dans cette corbeille odo­\nrante, Dieu va reposer. Pange lingua. Les encensoirs se balancent avec un\nléger cliquetis de chaînes, une vapeur bleue voile le petit paradis, les voix\ndes enfants s'élèvent. Puis la sonnette retentit. Et le cortège rentre à l'église,\nau son des cloches.\n   Dîner en tête-à-tête avec le curé. La marquise a envoyé des fraises. Le\nhaut baron, un panier de sauterne. La servante débouche une bouteille, et\nfait disparaître les trois autres « pour les malades ».\n   Repas frugal, mais assaisonné de quelle bonne humeur !... Nous parlons\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                 — 160 —\n\ndes pions et des pensums, et des grosses farces, et du père Maurin, le pro­\nfesseur de sixième, qui fut enterré à soixante-dix ans, avec la « lévite », la\nmême qu'il portait le jour où il reçut le sacrement de confirmation... Et du\nportier, la Rate, qui vit défiler devant sa loge combien de générations\nd'écoliers... Nous parlons de la patrie, des lacs d'émeraude enchâssés entre\nles hautes montagnes, des vallées alpestres où les torrents bondissent de\nroche en roche, des sommets où d'immenses troupeaux paissent les gros\npâturages, où la petite fleur bleue de la gentiane dessine un semis de croi­\nsettes d'azur sur le champ de sinople de l'herbe veloutée, où les rhododen­\ndrons étoilent de leurs bouquets roses les massifs de broussailles s'effilo­\nchant sur les crêtes... Nous parlons aussi de nos quinze ans, de nos enthou­\nsiasmes juvéniles, des poésies de l'adolescence, de toutes les belles illusions\nà jamais évanouies.\n   Bonne journée ; la première où je respire librement. Bonum nobis hic\nesse.\n\n                                      XI\n   25 MAI. — C'est triste, un lendemain de fête. Je veux revoir la maison\noù j'ai vécu treize ans. Là-bas, au fond de Paris, dans ce quartier peuplé\nde troubades en pantalon rouge, à l'ombre de ce dôme des Invalides sur\nlequel on a étendu pour un million d'or fin. Il y a beaucoup de pauvres\nqui regardent cette coupole. Et il a fallu tout cet or battu en feuilles minces\npour faire un baldaquin au cadavre de Napoléon, couché dans son bloc de\nporphyre... Eh bien! oui, la voilà, cette maison haute, étroite, presque\nbranlante, où treize années de ma vie se sont écoulées. Elle est banale,\ngrise, laide. Combien de créanciers ont escaladé son escalier obscur! Com­\nbien de gens sont venus tirer le vieux cordon rouge de la sonnette : des\nindifférents, des importuns, des fâcheux, et quelques amis aussi. Les amis\ndes premiers succès, les courtisans de l'heure triomphante, les cyniques et\nles timides... Il me semble que je vais voir, derrière le rideau soulevé par\nune main blanche, une figure aimée. Non. Il y a des guipures bêtes là où\nflottaient des plis écarlates. Et où resplendissaient mes vitraux en culs-de-\nbouteille, orange et violet, tombent des mousselines brodées, vulgaires.\n   Quel être vit et souffre là-haut ? Qui fait la moisson des souvenirs semés\ndans ce logis? Par quels fantômes sont hantées ces chambres, trop étroites\nà certain jour pour la foule des adulateurs, et si petites pourtant, — et si\ngrandes, pour le petit nombre d'amis vrais qu'on y pouvait réunir !... Ah ! si\nles murailles parlaient, celui qui dépense là sa vie n'aurait que des heures\ncourtes de sommeil.\n              (Ici vingt lignes soigneusement barrées à l'encre violette.)\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                  — 161 —\n\n   Un beau coucher de soleil, vu de la terrasse du café d'Orsay. Le ciel\nembrasé, d'une pourpre striée d'or, jetant une chaude lumière sur les grands\narbres du quai. Le Pavillon de Flore, tout illuminé de reflets roses, et les\nmilliers de vitres de ses fenêtres, étincelant de toutes les nuances du prisme.\nLe pont, inondé de rayons, enveloppé d'une poussière lumineuse. Le tor­\nrent des voitures et des piétons s'engouffrant dans la rue du Bac.\n   C'est Coppée qui m'a appris à venir, de là, voir ces couchers de soleil\nincomparables, et, en traversant le pont, admirer le plus beau paysage\nurbain qui soit au monde.\n   Dîner chez Caylus, avec des poètes décadents. L'un d'eux est vêtu d'un\ngilet lacé par derrière, en peluche couleur safran ; sa jaquette est fermée par\nune cordelière à glands de soie; en guise de cravate, un bouquet de cyno­\nglosses dans l'échancrure de son col. Il a des cheveux blonds, calamistrés,\nune figure poupine et rose. Trop beau pour rien faire! Un autre, qui arrive\ndes lointains déserts de glace de la Norvège, a le type fatal d'Antony. Un\nlion du boulevard de Gand, de 1828. Un autre, face rabelaisienne, pouffant\nde rire aux saillies d'un juif lugubre à barbiche en pointe. Ces gens-là me\nrappellent le dîner des journalistes chez Florine, de Balzac. Il n'y manque\npas même Lucien de Rubempré. Mais Carlos Herrera viendra plus tard.\n   Assaut de théories littéraires, de récits perfides, de médisances pimen­\ntées. On discute et l'on compare le tirage des romans de Zola et de Daudet.\nLe plus glorieux est celui qui gagne le plus d'argent. On blague l'Aca­\ndémie : le quarante-unième fauteuil devient une banquette. Il y a eu des\nduels, ces jours-ci. L'aède blond, corseté de peluche, relève la manche de\nsa chemise pour montrer la piqûre de fleuret qu'il reçut, à l'avant-bras,\nd'un Romain échappé du De Viris.\n   Descente de la rue des Martyrs. A chaque pas, une belle de nuit en mante\nà la vieille de taffetas gorge-de-pigeon ; les joues plaquées de fard, la bouche\ncarminée d'opiat, les yeux bleuis de khôl ; la voix éraillée et rogommeuse,\nl'allure canaille. Elles sont toutes sœurs, camardes, macabres, terribles\ndans leur avidité. Gibier de lupanar, d'hospice et de prison. Les futures\ntricoteuses du bon temps prochain où l'on rétablira les guillotines en per­\nmanence.\n\n                                      XII\n\n  26 MAI. — A l'âge heureux de onze ans, je lus un roman en beaucoup de\nvolumes, les Viveurs de Paris, par le vicomte Xavier de Montépin. Ce\ngentilhomme ne saura jamais quelle influence il a eu sur mes destinées !\nAprès tant d'années, je lui réciterais facilement les aventures de son baron\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                 — 162 —\n\nRené de Savenay. Et c'est à ce vicomte que je dus de connaître le perron\nde Tortoni, avant d'avoir parcouru le jardin des racines grecques.\n   Chaque fois que j'allais à Tortoni, au temps jadis, j'y rencontrais tous\nles héros de mon vicomte. Aujourd'hui, je n'y ai vu que des journalistes,\ndes peintres et des éditeurs. Mais quels !... C'est un salon, ces trois mètres\ncarrés pris sur le trottoir. On y cause mieux qu'à l'hôtel de Rambouillet.\nLes deux gendres de Théo y font assaut de verve et de moquerie. Et les\npassants, qui dévisagent les grands hommes passés, présents ou futurs,\nassis devant les guéridons chargés de verres d'absinthe, ne se doutent pas\nqu'on leur fabrique là de la pâture littéraire pour le courant de la semaine.\n   Mais pourquoi M. de Montépin ne s'y montre-t-il pas à ce perron de\nTortoni, sur les marches duquel j'ai cherché l'empreinte du bout de la canne\nde M. de Balzac?\n   Entendu une phrase psalmodiée par un reporter à un décoré de la\nfinance : « Moi, baron? si je trouvais votre portefeuille avec cent mille\nfrancs dedans, je ne vous le rendrais point. Autant de pris sur l'ennemi.\nRestitution forcée. J'en fonderais un orphelinat pour les fils des banquiers\nchrétiens mis en faillite par les banquiers... circoncis ». L'autre riait, —\nriait jaune.\n   Dîner chez l'amiral avec des Cambodgiens. Ils rappellent ces enfants\nasiatiques, vendus au poids de l'or par les marchands d'esclaves aux séna­\nteurs de la Rome impériale. Très beaux, avec leur peau d'or mat, leurs yeux\nbridés, à la prunelle très noire et sans éclat, leur bouche large, charnue et\nrouge, leurs ongles teints, leurs dents noircies par le bétel. Ces costumes,\nen soies multicolores, avec des franges et des pompons, reposent de nos\nsempiternelles frusques civilisées. J'aime ces exilés du pays d'Angkor. Ils\nont en pitié nos petites vertus et nos petits vices. Leur silence inquiète. En\nquatre phrases, on se fait comprendre, et dès lors ils sont autres : gais et\nmalicieux, et sachant qu'ils n'ont plus rien à cacher. Paris les amuse. Ils en\nconteront les singulières merveilles à leurs bayadères, une fois retournés\ndans ces contrées magiques où tout ce qui n'est pas esclave est roi.\n\n\n                                    XIII\n\n   27 MAI. — Présenté le fils de mon ami défunt, James Francin, au direc­\nteur du Beaumarchais, important journal du matin. Le jeune homme a fait\nson droit, naturellement. Il sait tout l'allemand qu'on enseigne au lycée, et\ncinq ans plus tôt les prograpmes universitaires n'avaient pas de secrets\npour lui. Combien de gens, en ce monde, n'en pourraient pas dire autant!\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                 — 163 —\n\nCe garçon est persuadé que le journalisme mène à tout, à la seule condition\nd'en sortir. Il en sortira bientôt, pour peu que son directeur le reçoive,\ncomme tel autre directeur admet à son audience ses reporters, le matin,\nlorsqu'il fait ses ablutions intimes dans son tub. Je lui ai fait présent des\nIllusions perdues de Balzac, en ajoutant ce simple commentaire : « Plus ça\nchange, et plus c'est toujours la même chose ».\n   Quelle cohue que ces bureaux d'un journal à la mode ! une antichambre\ntendue de simili-cuir de Cordoue, parcimonieusement éclairée. A travers\nune glace sans tain, toute la cohue, le tumulte, la lumière aveuglante du\nboulevard. Et là dedans, une procession qui se déroule sans fin, sans trêve,\nau tintement aigu des sonnettes : des hommes graves, plus ou moins\ndécorés, d'autres, plus fiers, sous la défroque prétentieuse du bohême, des\ngommeux à la mode de demain, des cabotins en quête de réclames, des\njouvenceaux timides et présomptueux apportant leur premier manuscrit,\ndes femmes auteurs, des modistes, des grooms affairés, des typographes, la\ncigarette au bec, un tas de monde enfin s'agitant sans relâche, sans but et\nsans succès.\n   Soirée chez la duchesse, avec des Indous, qui me plaisent plus encore\nque les Cambodgiens. L'Inde nous envoie des missionnaires pour prêcher\nle bouddhisme. Il y a, paraît-il, à Paris, toute une colonie de brahmanes\nvenus dans ce dessein. Le bouddhisme a ses revues et ses journaux, peut-\nêtre déjà ses temples. Cette société prétendue matérialiste est affolée par\nle besoin d'un idéal supérieur. Le dogme catholique est discuté, mais le\nspiritisme a des adeptes, et la Kabbale a ses mages. L'hypnotisme, la\nsuggestion préoccupent les plus hautes intelligences, et ce monde qui\nne veut plus de la prière, ni du miracle, qui ne croit pas aux revenants,\nqui doute de l'âme, et qui se roule dans la science, la philosophie, le posi­\ntivisme et le pessimisme, ce monde cherche partout l'ordre surnaturel.\n\n\n                                    XIV\n\n   28 MAI. — Ce qui m'a toujours paru le plus amusant et le plus vrai dans\nles Scènes de la vie de Bohême de Murger, c'est le dénouement. Rodolphe\net Marcel, devenus riches, se rencontrent et vont dîner ensemble. L'un\nd'eux propose le petit restaurant où, naguère, on leur servait de vagues\nnourritures en des plats de faïence peinte. Et l'autre répond : « Non, mon\ncher, je veux aller dans un endroit où l'on mange! Je suis un corrompu,\nje n'aime plus que ce qui est bon ».\n   Je me dis cela, en dînant chez mon maître et ami, Rodolphe Perrée, de\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                                   — 164 —\n\nl'Académie française : le plus doux et le plus simple des poètes, gaiement\nrailleur, aimant à plaisanter, souriant, parfois rêveur. Sa droiture, son bon\nsens, la cordialité de ses allures lui ont fait autant d'amis, que son talent\nexquis lui a fait de jaloux. Ce n'est pas peu dire.\n   Nous ne sommes que trois dans cette jolie salle aux tentures bleu-paon,\ndont les fenêtres s'ouvrent sur un jardin plein de roses : le salon et la\nretraite du maître sont ornés d'oeuvres d'art charmantes, souvenirs des\namitiés fidèles. Tout ce qui est dans ce logis d'artiste, aménagé avec goût\npar une bonne fée, c'est le travail qui l'a donné, et l'on y peut songer sans\namertume, et presque sans tristesse, aux privations et aux médiocrités du\ntemps jadis.\n   En sortant de table, nous allons errer au Quartier-Latin, pour nous remé­\nmorer les ans écoulés. Mais où aller, maintenant que nous ne nous amu­\nsons plus, et que nous avons grand'pitié des cadets qui font semblant de\ns'amuser. La jeunesse est finie, voici venir l'arrière-saison. Plus d'amou­\nrettes volages, plus de joies bruyantes, plus de plaisirs à bon marché et pris\ntels quels!... Nous aussi, nous sommes des corrompus, et nous n'aimons\nplus, hélas! que ce qui est bon!...\n\n\n                                       XV\n\n   29 MAI. — Rencontré la baronne Varvara Strogoff, une ancienne. Des\nyeux gris d'acier, des cheveux couleur cuivre, la bouche saignante. Une\naventurière ; pas un pouce de terre au soleil, pas un chiffon de papier dans\nson coffre : un million de rentes, hypothéquées sur ses vices. Elle sait\nmentir dans vingt langues, et roulerait vingt diplomates. Cette coquine va\npartout, et en revient.\n   Visite à Bani-Pal, le mage. Tout en haut d'une coquette maison moderne.\nDès le premier étage, un parfum de musc et de santal saisit aux narines.\nA l'entrée, l'épée symbolique, la pointe dirigée vers la porte, pour diviser\nle fluide de ceux qui viennent. Tout le logis, une sombre et somptueuse\ncaverne, pleine de livres rares et précieux, de tableaux, de sculptures, des\ntapis d'Orient, des armes, des instruments bizarres. Le mage, très beau dans\nson ample simarre de laine grise sur laquelle se drape une tunique de\nsatin bleu, à larges bordures d'argent et de soie verte. Bani-Pal sait beau­\ncoup : sa voix mordante enfonce le trait, pénètre. Grand esprit, assurément.\nMais quels sentiments dans le cœur? Et quel cœur? Un être comme lui ne\npeut plus désirer, aimer ou haïr. Dès lors, à quoi bon vivre? Pour savoir?...\nEt après ? Il est si peu nécessaire d'exister, et les seuls heureux sont peut-être\nceux qui n'ont pas eu lieu.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                 — 165 —\n\n   Paris m'ennuie, décidément. J'ai envie d'essayer une exploration des bas-\nfonds. Mais avec qui? Et puis, les assassins, les voleurs et les faussaires ne\nsont peut-être pas plus divertissants que les honnêtes gens. Il n'y a plus\nd'intéressant que les sauvages : d'abord ils ne savent rien, ensuite ils ne\nparlent pas.\n   Dîné avec le romancier Metzy. Un francisé, nerveux, névrosiaque, névro­\npathe. Au Xe siècle on l'aurait exorcisé, comme possédé, et au XVe, brûlé\ncomme sorcier. Au moins celui-là n'est pas banal : subtil, raffiné, étrange.\nUn peu diabolique, pour effaroucher les femmes, et faire bavarder ses amis.\nAssez riche pour payer ses fantaisies, trop pauvre pour réaliser de trop\ngrandioses caprices. Au demeurant, un compagnon charmeur, irritant, et\nqui donne la contagion de ses diableries.\n   Nous avons dîné très loin, dans une maison qu'il a découverte. On y fait\ngrande chère, et cela coûte beaucoup d'argent. Il a voulu des vins extra­\nordinaires, de Hongrie, du Cap, de la Grèce. Le repas était aussi fastueux\nque celui offert par Fortunio à Musidora.\n   Mais qu'est-ce qu'il avait donc, mon Metzy, ce soir? Triste à pleurer, et\nbête à faire pleurer. Un langage de garçon boucher ou de rôdeur de bar­\nrière. Et pas aimable du tout. A chaque parole, sur l'un ou sur l'autre, ou\nsur quoi que ce soit, il répondait : « Quelle em...bêtation! » Pas d'entrain,\npas de verve. Éteint, quoi! presque fini, si je ne savais quel ressort il y a\ndans cette âme, et qu'il faudra un pauvre rayon de soleil pour la ranimer.\nMetzy fera encore de beaux livres, sans plus songer à l\"à rebours de toute\nchose. Mais qui dira la cause de ces découragements et de ces faiblesses?\n   Le festin s'est prolongé tard, où aller? Ni lui ni moi ne voulons nous\ncompromettre dans les bouges du quartier Galande. Réflexion faite, nous\nallons à ce petit café-concert de la barrière du Maine, où je la connus, elle,\ndans sa mince robe grise à petits carreaux. Et quand je pense que ma des­\ntinée s'est jouée là, dans cette salle sordide, à la lumière de ce gaz popu­\nlacier, au son de cette musique enragée, dont le seul mérite est d'empêcher\nqu'on entende les inepties débitées par des filles à cheveux jaunes et des\npantins vivants, ridicules!... Elle était là, sur ce banc poisseux, buvant\nquelque nauséabonde mixture; et, près d'elle, un garçon pâlot, yeux cernés,\nbouche moqueuse, qui était à la fois son frère et son amant. Elle n'y est\nplus. J'ai eu tort d'y revenir.\n   Metzy continue à « s'em...bêter ». Il dit le mot de M. Zola. Et nous\npartons, navrés des joies grossières des gens venus là.\n   TROIS HEURES DU MATIN. — Je viens de m'éveiller en sursaut. A mes\nvitres, sous la transparence des rideaux, les premières et froides lueurs de\n                                                                     11\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                                    — 166 —\n\nl'aube. Je suis saisi d'un grand frisson, mes cheveux se hérissent sur ma\ntête baignée de sueur. Et je n'ai rien vu, rien entendu. J'ai peur, une\nangoisse atroce. Que se passe-t-il donc? Rien, un morne silence. Puis tout\nà coup, trois coups profonds, sourds, bien espacés, frappés je ne sais où...\nEt comme une voix, à la fois très proche et très lointaine, et qui, distinc­\ntement, doucement, lentement, profère mon nom, tout mon nom\n\n\n\n\n   Le reste du carnet d'Ethelred Mainfroy ne contenait que des feuillets\nblancs.\n                                                       CHARLES B U E T .\n    Villa Floret, août 1888.\n\n\n\n\n                       LONDONNERIES\n                               I. — SISTERS LLOYD\n              Une salle au vaisseau énorme, d'un rouge ardent léché d'or,\n                avec des promenoirs circulaires dont les glaces immenses\n                enfoncent à l'infini leurs perspectives de rêve et où s'espacent\n                des divans profonds, rouges aussi et larges comme des couches.\n   De ci de là émergent, de parterres de roses et de palmes, les cristaux d'un\n bar où se débitent du champagne en gobelets et des american drinks. Des\n habits noirs, le dos tourné, les coudes sur le marbre.\n   Sur la scène, blanche de lumière poudroyante, se suivent l'habituel jon­\ngleur, le caporal dandy, le monocle à l'œil et la cravache sous le bras,\n puis les minstrels nègres, puis une nuée de bicyclistes évoluant dans l'éclair\n des aciers.\n   A l'orchestre commence un chant languide coupé de brusques sursauts\nd'archets.\n   Apparaissent sur le fond de forêt profonde et de lianes deux fillettes\ntoutes blondes, d'une blondeur soyeuse qui vêt d'or l'ovale exquis de leurs\nfigurines pâles, étrangement semblables.\n   Serrées l'une contre l'autre, dans leurs robes de fillettes, blanches, mor­\ndues d'une écharpe rouge dont le nœud bouffe sur le côté, dans la candeur\ntoute simple et l'archaïque grâce des Kate Greenaway, elles chantent dou-\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                  — 167 —\n\n cement, comme tristement, le chant étrange des archets coupé de sursauts\n brusques où leurs voix grêles comme interrogativement s'élèvent et se\nbrisent.\n   Le rythme s'accélère, s'enfièvre....\n   Les fillettes se sont baissées, d'un identique mouvement, et de leur main\ndroite ont relevé leurs jupes courtes, découvrant jusqu'aux genoux leurs\njambes enfantines.\n   Un piétinement d'abord, piétinement rapide où sonne le rythme frappé\ndes talons, puis des sauts brusques, capriçants, en avant, en arrière, dans\nl'envol des jupes relevées, puis le piétinement encore tandis qu'elles sourient\nde leurs lèvres décloses où scintillent dans l'émail des dents, les lumières\ndardées des lampes électriques.\n   Peu à peu, un vent de sauvagerie mauvaise, soufflé de la salle, passe sur\nl'orchestre dont le chant grandi s'exacerbe, se saccade\n   Les fillettes, toujours souriantes et pâles, — un peu de sang à peine\nrosit leurs tempes — résistent aux injonctions qui, de partout, dans le\nsilence orageux de la salle rouge, fondent sur elles, plus impérieuses ;\npuis, brusquement, à pleines mains empoignent leurs jupes, font déferler,\nrageusement, les vagues écumantes des dentelles, de coups brusques de\nfièvre qui par éclairs laissent apparaître des batistes bridant sur la chair —\ntandis que halètent dans la salle immense léchée d'or, des milliers de\nbravos !\n                                           GUSTAVE     RAHLENBECK.\n\n\n\n\n                     SOMMEIL D'OR\n              Si blanche, sœur de la lumière\n              Endormie avec son sommeil\n              Et des calices de soleil\n              Endormis dans sa main légère,\n\n              Des rosiers enlacés captive,\n              Parmi des oiseaux son visage,\n              Parmi des fleurs d'eau son mirage\n              Dans la fontaine qu'elle avive.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "              Et sur l'eau c'est un clair ramage\n              De soleil, de fleurs, d'ailes douces\n              Où, dans les cressons et les mousses\n              Sourit en songe son visage.\n\n              Ainsi de rêve seul réelle,\n              D'aucun mensonge délivrée\n              Des renoncules l'ont parée\n              Dans cette fontaine fidèle;\n\n              Et dans la gaze d'ondes roses\n              Son visage sommeille encor\n              Et les oiseaux aux ailes d'or\n              Tourbillonnent parmi les roses.\n\n                                                      VALÈRE G I L L E .\n\n\n\n\n                              CONTES\n                      LE REMORDS EXPLIQUÉ\n\n            Lorsqu'il put enfin sortir de chez lui, définitivement épargné par\n              la fièvre ardente qui l'avait tenu, pendant de longues semaines\n              suspendu, par un doigt seulement, au dessus du sépulcre, le\n              grand peintre Emeric Flagau ne se souvenait absolument\npas des causes de son mal. Le monde de l'art qui voyait, à juste titre,\nen lui une de ces personnalités les plus élevées, s'était beaucoup préoc­\ncupé de cette maladie dont l'issue, si elle en eût été fatale, aurait été,\npar tous, considérée comme une catastrophe irréparable. Déjà, pendant\nqu'il était encore alité, tantôt anéanti par une prostration comateuse,\ntantôt tordu par un délire épileptique, ses amis avaient fait toutes les\nrecherches possibles, autour de l'origine du phénomène morbide, afin\nd'aider les médecins dans leur diagnostic comme dans leur méthode théra­\npeutique. Mais leur inquisition était demeurée, malgré tout, infructueuse.\nComment, d'ailleurs, dans la vie d'Emeric, découvrir quelque élément sus­\nceptible d'amener des troubles violents, des émotions dangereuses. Il était,\nen effet, un de ces artistes rares, qui conçoivent le beau comme une entité\ntotalement dégagée de tous accessoires terrestres, de toutes concomittances\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                  — 169 —\n\nmatérielles. Il croyait fermement que les êtres actuels, les formes vivantes\nn'étaient que les succédanés dégénérés, les spectres décolorés, les appa­\nrences passagères d'un type parfait, éblouissant, éternel, dont toutes les\nbeautés particulières ne sont qu'une émanation décroissante. Tout l'Art,\npour lui, consistait à négliger assez les choses existantes pour s'en servir\nseulement à induire la beauté virtuelle. En somme, à son esprit sursaturé\nd'idéal, le monde tel qu'il est n'était qu'une déchéance ; ce croyant sincère\nà l'absolu était un négateur du progrès. Il pensait que, seule la vision du\nbeau, et mieux encore, l'utilisation des moyens en notre puissance, à le\nrendre, donnent un droit relatif à l'orgueil, partant, à l'auto-divinisation et\nà l'immortalité. Il croyait, dans tous les cas, que c'était déjà un bonheur\nsuffisant que la presque réussite couronnant cet effort vers la forme la plus\nradieuse de l'infini, et qu'il ne fallait pas en rechercher d'autre.\n   On comprendra facilement, qu'avec une métaphysique aussi haute,\nEmeric eût, sans aucune peine, rayé complètement de sa vie ce qui fait la\njoie vraie ou l'ivresse consolatrice de celle des autres hommes. Sans amour,\nsans passion, dans une sérénité supérieure que troublaient seules les vibra­\ntions intimes, consécutives de sa contemplation perpétuelle, il conservait\nune implacable chasteté. Bien des femmes aspiraient ardemment à lui déro­\nber, soit comme épouse, soit comme maîtresse, une part des trésors d'ado­\nration complète qu'elles devinaient en lui. Lui les évitait toutes, non pas\nqu'il en eut peur (il y avait entre elles et lui trop d'incommensurable), mais\nil se fût considéré comme amoindri, violé même par la possession passagère\nde l'une d'elles. Même comme modèles, il ne les admettait pas, les jugeant\ninutiles : n'avait-il pas devers lui, dans l'arrière-plan lumineux de ses rêves,\nmieux que les plus belles d'entre elles?\n   Donc, à tous les points de vue, la genèse de l'accident qui l'avait un jour\nsubitement terrassé demeurait une énigme. On l'avait trouvé un matin, sur\nle tapis de son atelier, ayant encore juste assez de vie pour permettre une\nlongue agonie, qui suivit. Devant la place où il était tombé, était une\ngrande toile à laquelle il travaillait alors, un sujet allégorique bien dans sa\nnote : la Poésie chassant la Luxure ! D'un côté, un personnage admirable,\nfemme par les formes, déesse par la profondeur des yeux et la pureté séra­\nphique des traits, ange par les ailes blanches largement déployées, agitait\nd'une main vengeresse, des verges de flammes, de l'autre, esquissée seule­\nlement, une horrible vieille sur la face bestiale de laquelle s'épanouissait,\nen bourgeons hideux, la floraison funèbre et répugnante des vices, se cour­\nbait, infâme, sous cette correction céleste et essayait, ridiculement boiteuse,\nde s'y soustraire.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                  — 170 —\n\n   Ce tableau, sur l'ordre des médecins, on l'avait enlevé de l'atelier, pour\nne pas donner à Emeric, qui avait besoin de repos, l'envie de le finir.\nD'ailleurs, lui-même n'y pensait plus, plongé qu'il avait été dans la souf­\nfrance comme en une sorte de Léthé.\n   Chose bizarre, et qui stupéfiait ceux qui l'avaient connu avant, il n'éprou­\nvait plus autant le besoin du travail. Lorsqu'il prenait ses pinceaux et\ns'installait devant une toile blanche, il traçait quelques contours, puis\ns'arrêtait dans une lassitude triste.\n   Interrogé, il répondait :\n   — C'est étrange, quelque chose m'empêche de concevoir le Beau, main­\ntenant, clairement du moins, quelque chose nous a irrémédiablement\nséparés, mon idole et moi.\n   Et si l'on ajoutait : « Qu'est-ce donc? » il restait embarrassé dans un\nexamen obscur de lui-même, puis disait :\n   — Je ne sais pas... mais ce doit être un remords... Oui, c'est bien cela,\nun remords.\n   Bientôt ce remords, sans détermination possible, devint chez lui une\nobsession croissante, et finit même par devenir toute sa vie, tout lui-même.\n   Par une inexplicable folie, une auto-suggestion intense, il se persuada\nqu'il avait un remords, et que, par conséquent, il n'avait qu'à expier, ou à\noublier.\n   Il prit cette dernière voie... et ce fut ce Remords... qui fut sa véritable\nmaladie, celle-là plus incurable que la première, et devint sa perte.\n   Ce fut tout d'abord sa mort en tant qu'artiste, car il cessa absolument de\ntravailler. Ses journées se passaient en méditations atrocement concentrées\nsur le point noir, sur l'ulcère de son âme.\n   Parfois, il noyait dans l'opium cette conscience persistante bien qu'illu­\nsoire, d'une dépression annihilante.\n   Mais tous les soirs, régulièrement, il partait pour des déambulations soli­\ntaires qui se prolongeaient très avant dans la nuit. Il allait par les rues les\nplus noires, les cloaques les plus puants, puis s'arrêtait dans quelque bouge\nimmonde, et là se gorgeait d'alcools corrosifs et vils. Hébété par l'ivresse,\nil s'assoupissait parfois, la tête sur les mains, au bord d'une table grais­\nseuse, non sans murmurer avec conviction :\n   — Oh ! ce remords, ce remords qui me ronge!\n   Or, une nuit qu'il se trouvait dans une de ces tavernes abominables dont\nil faisait l'antre de ses ennuis désespérés, les yeux déjà couverts de la vapeur\nde l'eau-de-vie, il regardait dans le vague, sans rien voir, sans même avoir\nde ces hallucinations qui, chez les alcooliques, vont des centres nerveux à\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                   —   171   —\n\nla périphérie, tout en lui n'était que ténèbres. Cependant, tout près de lui,\nune vieille femme saoûle, horrible, la figure pleine de pustules, traînant\naux pieds, dans une claudication lascive, de lamentables savates, s'avança\nvers le comptoir d'étain, et sans qu'elle demandât rien (elle était connue là),\non lui versa une forte rasade de la même eau-de-vie dont s'approfondissait\nle spleen d'Emeric.\n   Tout en buvant avec de canailles clappements de langue, elle le vit, et le\nregarda longuement. Un froncement de ses épais sourcils gris, un hoche­\nment de tête, semblèrent, sur sa face de harpie, indiquer un effort de\nmémoire, puis, tout à coup, d'une voix affreuse, enrouée, pestilentielle, elle\nclama :\n   — Mais oui, c'est toi... mon bel ange... Oh! je te reconnais bien, va.\nHein ! te rappelles-tu, le jour où tu m'as fait poser pour je ne sais quelle\nhorreur. Je voulais me mettre nue devant toi... parce que tu es si gentil...\nmais toi, tu as refusé. J'avais envie de toi, toi tu résistais, nigaud... Mais tu\ny as été tout de même... tu te rappelles... après t'être endormi sur ton sofa.\n   Emeric, alors, après l'avoir longuement dévisagée, devint livide et resta\nun moment sans parler, la prunelle dilatée, la bouche béante de terreur.\n   Quelque chose de navrant se passait en lui : c'était comme si quelque\néclair infernal lui eût tout à coup révélé sous ses pieds un abîme fait d'ombre\ngluante et de méphitiques puanteurs.\n   Car maintenant, il se souvenait, il revivait la scène horrible dont il était\nsorti mourant. Ah! voilà... c'était bien elle... la vieille sorcière... son\nremords... celle avec laquelle il avait perpétré l'insulte fangeuse au Beau\nqui l'avait à tout jamais séparé de son idole.\n   Et brusquement les moindres détails lui revenaient.\n   Incapable d'imaginer le laid, et voulant cependant donner à son tableau\nune grande puissance, il avait pris, pour poser la Luxure, cette créature\nignominieuse rencontrée sur le trottoir, près d'un égout. Et c'était bien en\neffet la Luxure même, basse et sale, telle qu'il la voulait peindre. Car dès\nqu'elle avait été chez lui, elle lui avait fait des propositions obscènes, qui\nn'avaient eu d'autre effet que de donner plus de vigueur à son pinceau.\nLassé, il s'était, vers le crépuscule, assoupi sur son siège de repos. A quelles\nmanœuvres infâmes s'était alors livrée, pendant son sommeil, la répugnante\nmégère, il n'eût guère pu le dire. Mais son réveil avait été affreux, car lui,\nl'artiste à qui les beautés réelles ne suffisaient pas, ne s'était-il pas trouvé\naccouplé... oui.. accouplé avec cette bête humaine... ses lèvres sur sa lippe,\nbras noués autour de ses haillons sordides et comme attaché par les liens\n d'une nécromancie sinistre à cette charogne vivante.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                  — 172 —\n\n   Et, sans avoir le temps, d'ailleurs, d'analyser ses sensations, il s'était\nabattu dans la syncope fatale qui l'avait presque tué, pendant qu'elle, la\nmaudite laide, s'enfuyait triomphante.\n   Voilà donc le drame dont l'arrivée de l'immonde femelle, provoquait,\nchez lui, la résurrection.\n   Soudainement dégrisé, il se leva, marcha droit à elle, si menaçant,\nqu'elle se recula, peureuse, vers le mur, cherchant la porte. Elle n'eut pas\nle temps de fuir : en passant près du comptoir il avait saisi une carafe\nmassive d'un verre épais ; d'un geste rapide il lui en asséna un grand coup\nsur le crâne, puis, tandis qu'elle chancelait, plusieurs sur le visage, inutiles\nceux-ci, puisque le premier avait été mortel.\n   Quant à lui, tandis qu'on s'empressait à le saisir, et que des bras velus,\ndes mains malpropres se jetaient enfin sur lui, il trébucha d'abord, puis,\ncomme la première fois où il avait vu le monstre qu'il venait de tuer,\nil tomba.\n   Lorsque la police, un peu tardive arriva, il était mort, incapable de\nsurvivre à l'explication nette de son remords.\n   N'était-elle pas terrible cette revanche du Laid sur le Beau, du Laid que\nla Beauté dédaigne, ignore, et qui est cependant, et quelquefois triomphe.\n\n\n                          LOGIQUE SUPRÊME\n\n   Dans sa chambre aux murs complètement nus, et dans le vide de laquelle\nsemblaient épars et très distants, un escabeau de chêne, une table, quelques\nlivres, une natte (rien autre chose), Ferdinand Ditter, assis, les coudes sur\nles genoux, la tête dans les mains, se livrait tout entier aux laborieux enla­\ncements de sa pensée. Et ce n'était pas pour lui, ce jour là, une situation\nparticulière, accidentelle : non, car toute son existence se passait ainsi en\nméditations concentrées dont, à peine, il se détachait, une fois par jour,\npour prendre un repas frugal strictement nécessaire.\n   Comment, jeune, très riche, en dépit de la pauvreté de son logis, et d'une\nphysionomie assez heureuse pour être tout autre chose qu'un ascète, en\nétait-il arrivé à vivre d'une vie de fakir, avec cette différence toutefois,\nque la sienne n'était rien moins que contemplative, mais, au contraire, toute\nabsorbée par un travail d'auto-examen intense, et d'émission de volitions,\npures, sans constatation possible par des effets matériels quelconques et\nn'ayant de valeur que pour lui-même. Ce n'était pas à la suite de folies de\njeunesse, ni d'émotions trop violentes, car il avait à peine vécu. Cette\npropension à s'isoler de l'extérieur, il la tenait de son tempérament et de\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                 -   173   -\n\n\nses lectures, les dernières n'étant qu'une conséquence logique du substra­\ntum psychique primordial. Il était né avec un sentiment très accentué de\nsa personnalité, avec une répulsion très vive pour toute chose susceptible\nde l'amoindrir. Aussi, dans sa culture intellectuelle s'était-il jeté avec\nenthousiasme sur toute la philosophie de l'absolu, celle de Hegel surtout,\névitant, au contraire, avec le soin d'un orthodoxe à l'endroit des livres\nprofanes, toutes les méthodes inductives, qui, à son point de vue, tenaient\ntrop de compte des réalités ambiantes et de leurs rapports.\n   Bien que n'ayant usé de la vie qu'à très petites doses, il s'était aperçu\nqu'à chaque contact avec l'extérieur, sa personnalité en avait reçu une\nmodification qui en brisait momentanément la chaîne d'identités succes­\nsives. Les désirs, par instants, avaient détourné le cours de sa pensée, lui\navaient fait donner du prix à des choses en dehors de lui, et distrait sa\nvolonté, que suivant une interprétation spirioziste il assimilait à l'intelli­\ngence pure, ne travaillant que sur elle-même. La tristesse extraite de\nl'observation des vices et des misères terrestres, l'avaient souvent jeté dans\nun marasme où toute sa force psychique était absorbée par un spleen\nannihilant, au détriment de l'intégralité du concept. Bref, il en était arrivé\nà se convaincre, que pour rester lui, c'est-à-dire au terme absolu dont il eût\npleine conscience, il lui fallait s'éloigner de tout objet qui, à un moment\ndonné, pût substituer, en lui-même, son être au sien propre.\n   Et c'est ainsi qu'il était à présent, une sorte de Diogène, exclusif dans\nun égoïsme grandiose, mais ne cherchant pas un homme, tout occupé de se\nconstater lui, à toute heure, en toute circonstance.\n   A cette abstention de perceptions il sentait bien qu'il diminuait un moyen\nd'action. Mais peu lui importait, il ne tenait pas au développement dyna­\nmique de son être, mais simplement à en étendre la connaissance statique.\n   Or, en ce moment, parfaitement seul, il agitait de nouveau le problème\nposé par Hegel: « Le monde inconscient existe-t-il? » Et sa pensée se dérou\nlait en amples et profondes évolutions autour de ce sujet abstrait. Tout à\ncoup il en sentit très faiblement comme une interruption, ou plutôt une\ndérivation. Rien cependant n'avait pu le troubler dans sa chambre aux\nmurs complètement nus, à moins que par la fenêtre entr'ouverte, un bruit\nspécial, une odeur particulière, fussent jusqu'à lui montés de la rumeur de\nla rue, échappée de la tiédeur de l'air.\n   Peu à peu et parallèlement à une diminution de sa volonté pensante,\ns'accentua cette déviation qui bientôt au lieu d'être une simple négation\npassagère du sens philosophique prit une forme plus positive. Comme\nd'une brume épaisse (celle des années d'ailleurs) une vision sortit, vague\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                  — 174 —\n\nd'abord, graduellement se précisant par taches, avec des fractions de con­\ntours, et enfin nette, s'imposant malignement souriante. C'était l'image\nd'une jeune et accorte servante de brasserie, bonne fille et rieuse, qui, le\nsoir du jour où il avait été bachelier, s'était fait une fête, presque délicate,\nà force d'entrain de l'ensevelissement de la virginité du lycéen qu'il était\nalors, dans l'expansion de ses caresses libérales. Et maintenant il prenait\nun certain plaisir à se la rappeler, avec ses yeux fous sous la broussaille\nfine de ses cheveux châtains, ses lèvres gourmandes, sa gorge encore ferme,\net plus que tout cela le parfum capiteux de sa chair d'amour, dont, presque\nde force, dans une sorte de viol elle lui avait fait goûter, ça et là. Très\nmollement il se laissa aller à ce rêve, que suivit, presque aussitôt un désir\njeune et viril de cette féminité absente.\n   Comme par une habitude invétérée il s'écoutait penser, ce mot de fémi-\nnité, par sa forme abstraite même, lui rappela brusquement qu'il était là\npour réfléchir et non pour se souvenir. Un réveil brusque s'opéra chez lui,\nimpitoyablement accusateur.\n   Se trouvant avili, ardemment il voulut savoir la genèse de ce songe affectif\nqui l'avait soustrait à sa propre domination et emporté si loin de son point\nde départ comme de son but, faisant dans son être psychologique, une\nscission brutale pleine d'ombre nauséabonde.\n   Longtemps il fouilla dans la complexité des causes minimes et latentes.\nEnfin, à force de contention innémonique, il parvint à dégager ceci : c'est\nqu'il avait entendu de la rue, où tout à côté de chez lui se trouvait la ter­\nrasse d'un café ce cri banal : « Garçon, une absinthe! » Et cet appel avait\névoqué chez lui, d'abord l'impression assez nette de la verte liqueur, puis\n nsensiblement, le souvenir des rares occasions où il en avait bu, et entre\nautres, du soir de son baccalauréat. C'est alors qu'il avait revu, dans une\nrêverie, la fille galante aimable, bon garçon, qui l'avait déniaisé. Le désir\nétait né de cette résurrection d'un passé qu'il croyait mort.\n   Quand il eut fini cette autopsie morale faite avec la dextérité d'un analyste\nconsommé, il demeura navré, dans un découragement intense.\n   Ainsi, c'était en vain qu'il avait restreint ses perceptions, limité le monde\nà un espace étroit, vécu comme dans une tombe : à travers les obstacles\naccumulés volontairement entre l'extérieur et lui, lui était parvenue une\nimpression, n'ayant au fond sa source qu'en lui-même, mais amenée par\ndes influences très faibles du milieu. Sa personnalité antécédente était\nvenue heurter celle de l'heure actuelle, et faire momentanément de lui un\nêtre moral hybride, illogique, accidentique, vivant deux durées à la fois, et\nabandonnant pendant cette période, sa conscience immédiate.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                 — 175 —\n\n   L'indépendance entière donc, non plus que l'absolue, dans la vie n'étaient\npas possibles. Dans la mort, du moins, le dernier émanait par l'absence de\nconscience.\n   Arrivé à cette conclusion, comme il n'avait jamais reculé devant la consé­\nquence rigoureusement logique d'aucune de ses déductions, il prit un\nrevolver, qu'il portait toujours en prévision des lâchetés et des contradic­\ntions possibles, et se brûla la cervelle.\n                                                     ALBERT LEUNE\n\n\n\n\n                  ÉCRAN JAPONAIS\n              Dans son rose hamac de lianes\n              Qu'effleure maint bigarré vol\n              Un sarou se berce, l'œil fol,\n              Au dessus des eaux diaphanes.\n\n              Le feuillage des badianes\n              Pour lui s'éploie en parasol\n              D'où tombent, constellant le sol,\n              Des fruits mûrs emmi l'or des fanes.\n\n              Mais, — comme il les regarde choir,\n              A langui d'un mol nonchaloir —\n              D'autres, lui saisissant la queue,\n\n              S'y balancent, lèvre en rictus,\n              Mirant leur grappe en l'onde bleue\n              Du lac clair fleuri de lotus.\n\n                                                  AUGUSTE VIÈRSET.\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "      —    176 —\n\n\n\n\nALBUM A TOTO\n   COIN DE ROUTE\n\n    Vers la ville\n    Une file\n    De dix mille\n\n    Arbres, c'est\n    La route et\n    Ici près\n\n    Von perçoit\n    Un, deux, trois,\n    Quatre   toits;\n\n    Le clocher\n    Mi-caché\n    Est perché\n\n    Par delà;\n    Et voilà,\n    Rien que ça.\n\n\n  PETITE GUERRE\n\n  Les p'tits soldats\n  S'en vont au pas,\n\n  Ra ta plan plan\n  Tambour   battant.\n\n  La cantinière\n  Les suit derrière.\n\n  Mais v'là l'ennemi !\n  Gar' mes amis.\n\n  Ah ! nom de bleu !\n  En avant, feu !\n\n  Quel triste sort!\n  Ils sont tous morts.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "    — 177 —\n\n\nAUTRE DIMANCHE\n\nSur les montagnes\nEnsoleillées\nEt les campagnes,\nA toutes volées\n\nLes cloches sèment,\nFines dragées,\nComme à baptême\nLeurs notes gaies;\n\nDans un courtil\nTressé de fleurs,\nJoli, gentil,\nBeau comme un cœur,\n\nUn gai pinson\nDoucement répète\nSa bell' chanson\nDes jours de fête ;\n\nEt dans les branches\nD'arbres frisés\nPour les dimanches,\nImprovisés\n\nLes plus beaux airs\nSe font entendre;\nO doux concerts\nPour les cœurs tendres!\n\nTandis qu'au loin\nSans fin, sans suite\nDes p'tits moulins\nTourn't au plus vite.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                                   -   178   -\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\nLes Fusillés de Malines,   par GEORGES EEKHOUD. —   Bruxelles, Lacomblez, éditeur.\n\n\n\n              Je connais peu de carrières artistiques aussi nobles et aussi\n                enviables que celle de Georges Eekhoud. Par son livre de\n                début, il s'est placé au premier rang de nos prosateurs, et\n                tous les ouvrages qu'il a publiés depuis n'ont fait que\nrenforcer l'admiration des gens qui lisent, pour son talent d'écrivain\norginal et consciencieux. Georges Eekhoud ne s'est enrégimenté sous\naucune bannière, il n'a pas dépensé ses forces dans les luttes stériles\nsuscitées par des écoles éphémères, et son esprit, soustrait aux influences\nextérieures, a gardé sa vision originelle des choses, de même que son\ntempérament n'a jamais été altéré par la fréquentation d'aucun auteur. Il\na su rester fidèle à son idéal à une époque fiévreuse et inquiète où les plus\nrobustes esprits vont d'une idée à l'autre ; il occupe une place à part dans\nla littérature contemporaine ; on lui trouverait difficilement des ancêtres et\npersonne ne songe à l'imiter.\n   Ses héros de prédilection sont les humbles, les ouvriers, les paysans, les\nparias, les maudits, les réfractaires, tous ceux qui peinent et qui souffrent,\ntous ceux pour qui la vie est sans pitié et sans miséricorde. Il a vu dans\nnos luttes actuelles pour l'existence, avec une perspicacité extraordinaire ;\nil en a pénétré tous les mensonges et toute l'hypocrisie: l'égoïsme se\nfaisant appeler charité, l'avilissement se dissimulant sous les apparences de\nla dignité, la honte et l'abjection arborant des croix d'honneur et portant\nla tête haute. Un homme généreux et compatissant ne voit guère, chez les\npauvres, que les souffrances matérielles ; si cet homme est doublé d'un\npoète il verra, en outre, les souffrances morales. Ce sont principalement\ncelles-ci qui ont empoigné Georges Eekhoud, c'est par elles que son âme\nest enchaînée à l'âme des malheureux. L'angoissante poésie de ses livres est\nprise aux larmes qui tombent silencieusement de leurs yeux, au sang qui\ns'échappe des blessures de leurs cœurs.\n   Le pittoresque de l'existence des pauvres, leurs héroïsme ingénu, la\nspontanéité de leurs sentiments séduisent également l'artiste. Les natures\nsimples sont les seules qui soient encore susceptibles d'enthousiasme, et\npar conséquent capables d'accomplir de grandes choses. Ce sont les seules\naussi qui agissent sans calculer. L'abnégation, les sacrifices généreux, les\ndévouements sans espoir de récompense ne se rencontrent plus guère que\nchez elles. Elles seules s'immolent encore pour une idée, et peuvent toujours\nmourir avec joie pour la défense d'une chimère. Ces gens s'abandonnent\nde même à leurs passions sans fausse honte et sans arrière-pensée ; c'est\n pourquoi ils nous paraissent grands même dans leurs débauches. Opposée à\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                  — 179 —\n\nla vie régulière et banale de la bourgeoisie moderne, avec ses affectations,\nses hypocrisies et son machiavélisme, on se figure tout ce que l'existence\ndes pauvres renferme de poésie, et la séduction qu'elle exerce sur l'esprit\nqui sait la comprendre.\n   Dans les romans de Zola, l'ouvrier est une brute magnifique et incon­\nsciente, une sorte de force aveugle qui pousse droit devant elle, qui broyé,\nécrase et déchire avec l'impassibilité d'une machine; pour Léon Cladel, c'est\nun héros qui se meut constamment dans la vie comme sur un champ de\nbataille. Georges Eekhoud est plus vrai, plus naturel et plus sincère. Les\npaysans de ses livres, par exemple, sont bien les fils de la terre, des êtres\nprimitifs qui cèdent à la première impulsion de leur volonté, des natures\nimpressionnables que toutes les passions font vibrer, des gens fidèles dans\nleurs affections et terribles dans leurs haines.\n   Les Fusillés de Malines forment l'odyssée de quelques paysans\nflamands qui se révoltèrent, en 1798, contre le despotisme français.\nPréoccupé avant tout de faire oeuvre d'art, l'auteur s'excuse, à la fin de\nson livre, de n'avoir pas perdu son temps à compulser de poudreuses\narchives, prévenant ainsi les reproches que pourraient lui faire des esprits\nchicaniers, plus épris de vérité que de poésie : « Pour fixer les traits de\nces patriotes impolitiques et reproduire leur rôle, je ne recourus point à\ndes incantations redoutables. Aux cœurs aimants, l'intensité de la\ntendresse suffit pour conjurer les élus. J'ai simplement entrepris le\npèlerinage aux campagnes qu'ils hantèrent. Là, m'étant imprégné de leur\natmosphère natale et de l'immuable mélancolie de leurs garigues;\nconvaincu de l'atavisme du terrien autant que de la perpétuité du terroir,\nj'ai retrouvé la chair de leur chair et le sang de leur sang ». Deux ou trois\nvagues notices sur ces obscurs héros, recueillies dans les chroniques de\nl'époque, ont suffi à Georges Eekhoudt II y a trouvé les quelques faits\nsaillants qu'il importait de connaître pour raconter cette révolte, sinon\ntelle qu'elle s'est passée, du moins telle qu'il est permis de se la représenter.\nL'appel du clergé à la rébellion, le départ pour Malines d'une poignée de\npaysans armés de leurs instruments de travail, l'inertie et la défiance des\ncitadins à l'arrivée de leurs naïfs libérateurs, l'ouverture des prisons, la\nprise de l'hôtel de ville, la réclamation des contributions par ces mêmes\ncitadins sordides dès que la chance tourne du côté des révoltés, l'irrup­\ntion des troupes françaises et la fusillade finale, voilà les points de\nrepère, les jalons qui ont servi à l'écrivain pour constituer son\nœuvre. Ce sont là les faits historiques, dans leur brutalité et leur\nsécheresse. Il s'agissait de les galvaniser, de les débarrasser du mystère qui\nles enveloppait, de déduire de ces épisodes principaux les intermèdes qui\nont dû logiquement les réunir, de leur créer une atmosphère, et d'en\ndégager toute la poésie douloureuse. Pour y réussir, il fallait connaître le\ntempérament du paysan flamand comme Georges Eekhoud le connaît,\navoir une idée exacte des choses qui peuvent l'enthousiasmer, être édifié\nsur son héroïsme naturel, et par dessus tout l'aimer.\n  Georges Eekhoud prend ses héros au moment ou les tracasseries et le\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                                  — 180 —\n\nexactions des Jacobins sont arrivées à leur dernier terme, où les opprimés,\nà bout de patience, n'attendent qu'une occasion favorable pour se ruer sur\nleurs oppresseurs. L'angoisse lourde qui pèse sur les premières pages du\nlivre, met tout de suite le lecteur en communion avec les principaux person­\nnages : quatre jeunes paysans attablés, le soir, dans un estaminet de Bon­\nheyden, et dont le silence, la contrainte, la tristesse et la colère sourde sont\nles prodromes d'une révolte imminente. Un souffle puissant traverse les\npages où l'auteur raconte comment ces paysans sortent de leur passivité\nlorsqu'après avoir appris le soulèvement de leurs frères, ils entendent des\nrumeurs de guerre dans le lointain, puis l'appel des cloches, qui poussent\n« comme des flammes d'incendie » leurs sons dans les campagnes. La parole\ndu vieux prêtre de Bonheyden achève de transporter ces patriotes ; leur\nenthousiasme devient du délire héroïque; ils se débarrassent insensiblement\nde tous les sentiments égoïstes qui pèsent sur l'âme et la dépriment ; une\nidée noble et grande prend possession de ces humbles et les pousse hors de\nleur vie étroite et terre-à-terre pour les précipiter vers des actions sublimes.\nIls donnent des exemples de générosité, de détachement et d'abnégation\nqui sont admirables dans leur simplicité : « Les pères qui auraient\ndonné jusqu'à leur dernier liard, qui ont risqué leur vie, qui se sont exposés\naux avanies des sans-culottes plutôt que de conscrire leurs héritiers, brûlent\nà présent d'enrôler le meilleur de leur chair et de leur sang dans cette armée\nde guérilleros, et les mères, les pauvresses, n'ont pas trop geint ou bien\nelles se sont cachées pour ne pas troubler la force d'âme de leurs hommes.\n   — Faites donc place à la petite mère Vaneylen !\n   C'est une pauvresse chenue, toute courbée, clopinant au bras d'un grand\ngars, son seul soutien, son unique bâton de vieillesse. Tony Vaneylen a\nl'air moins résolu que cette stoïque aïeule. C'est elle qui semble l'entraîner.\nIl a hésité longtemps, en songeant à cette tant affectionnée grand'mère,\nquand son ami Tistiet l'oiseleur est venu le relancer et lui raconter ce qui\nse passait.\n   La vieille lieuse de balais ayant écouté toute grave, s'est roidie, et a dit\nà son petit-fils : « Va, mon enfant ! Puisque c'est Dieu qui te réclame ! »\n   L'auteur a divisé son livre en quatre étapes. Ce sont quatre tableaux\ncommémoratifs qui synthétisent cette désolante épopée. Les deux premières\nscènes se passent à Bonheyden. La troisième nous transporte à Malines au\nmoment où les insurgés y font leur entrée. Les deux premières étapes\navaient pour but de nous familiariser avec les principaux héros du livre ;\nl'auteur nous a fait partager la tendresse, la sympathie et l'admiration qu'il\néprouve lui-même pour ses paysans. Au dévouement, au renoncement, à\nl'enthousiasme de ceux-ci, il oppose, maintenant, l'égoïsme, la sécheresse\nde cœur, l'étroitesse d'esprit des classes élevées, de tous ceux qui devraient\ntendre Ja main aux révoltés et les encourager en se mêlant à eux; au lieu de\ncela, nous les voyons accueillir les paysans avec hostilité et défiance, sourire\nde leur rêve glorieux comme d'une folie, puis se cloîtrer prudemment dans\nleurs maisons, épouvantés à la pensée de la répression éventuelle si, par\nmalheur, l'insurrection avorte. C'est l'homme civilisé, policé et sceptique\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                   — 181 —\n\nplacé en face de l'homme primitif, ignorant et simple. Celui-ci court direc­\ntement à son but, dont il devine la noblesse et la grandeur ; toute préoccu­\npation mesquine a disparu de son âme ; il ne songe même pas aux embûches\net aux traverses qui peuvent l'arrêter ; il possède la foi de l'apôtre, le courage\ndu martyr et la force du lion. L'autre raisonne ses moindres actes ; avant\nd'entreprendre quelque chose, il examine, il retourne, il soupèse ses chances\nde réussite; il établit tout de suite un parallèle entre sa condition présente\net sa situation éventuelle ; il a peur d'être dupe ; il ramène tout à sa propre\npersonne ; il est lui-même le centre et le but de toutes ses actions, et par un\ntravail énervant de son esprit, il désagrège ses propres forces, se rapetisse\net se racornit.\n    C'est ici que nous pouvons le mieux apprécier la sensibilité de Georges\nEekhoud, cette faculté précieuse que possède l'artiste de sentir et de nous\nrévéler les souffrances les plus ténues de ses personnages ; il pénètre les\nmoindres battements de leur cœur, les plus subtils frissons de leur âme ; il\nfait passer dans ses phrases le trouble qu'éprouvent les faibles, les timides,\nles malheureux sous un regard dur, ironique ou malveillant. L'indifférence\net le mépris qui se manifestent sur la figure des Malinois à l'arrivée des\npaysans déconcertent ceux-ci; leur volonté chancelle; pour la première fois\ndepuis le départ de Bonheyden, le doute et la crainte s'éveillent en eux et\nles font hésiter : « Une vertu maligne assourdissait le timbre vibrant de\nleurs voix ! un froid funèbre leur pénétrait l'âme. Et cette brusque dépres­\nsion de la température morale les faisait vaguement douter d'eux-mêmes,\nsinon de leur devoir». — Dans une remarquable étude sur Georges\nEekhoud, Francis Nautet, parlant de cette sensibilité, la compare à celle de\nPierre Loti. C'est bien à l'auteur de Mon Frère Yves, en effet, qu'elle fait\nsonger, mais chez Eekhoud elle est plus voilée, plus discrète et plus virile.\n   Après avoir fait prisonniers les gendarmes français qui gardent Malines,\nles insurgés, maîtres de la ville, se conduisent généreusement : « Ils n'en\nveulent qu'à la Terreur, et songent plutôt à secouer l'oppression qu'à se\nvenger de leurs oppresseurs ». Ils s'acharnent seulement après les\nemblêmes de leur servitude : ils arrachent et brûlent l'arbre de la liberté ;\nils pénètrent dans l'hôtel de ville et jettent par les fenêtres, les papiers, les\ndocuments, les registres, tout ce qui les désigne à leurs ennemis et rappelle\nleurs souffrances passées. Pour le reste, ils sont d'une magnanimité\nsublime; leurs premiers succès ayant été remportés sans effort, ils pour­\nsuivent leur oeuvre avec tranquillité et insouciance. Ah! s'ils avaient\nrencontré de la résistance au début, si un de leurs frères avait été frappé\nd'une balle ennemie, ces agneaux se seraient certes transformés en bêtes\nfurieuses, et leurs houes, leurs pics, leurs bêches qui n'ont jamais été\nhumectés que par la rosée des champs, se seraient empourprés du sang de\nleurs adversaires! « Mais le succès est une liqueur généreuse qui les\ngrise agréablement, les incline à la conciliation et à la réjouissance. »\nAussi nous paraissent-ils moins des révolutionnaires que des gars qui\ns'amusent sans souci et sans arrière-pensée. Escalader des murs, crocheter\ndes portes, briser des coffres-forts et des armoires, ce sont là des exercices\n                                                                         12\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                  — 182 —\n\ncorporels qui les enfièvrent et les exaltent comme de soulever des charrettes\nd'un effort de leurs reins d'acier, ou de lutter sur l'herbe des prairies,\npendant les après-midi des dimanches d'été. L'arrivée soudaine des\nFrançais et l'arrestation des insurgés ressemblent à une catastrophe éclatant\nau milieu d'une fête. Et quand tous ces paysans généreux et fiers, conduits\npar bandes dans le cimetière de Saint-Rombaut, s'écroulent les uns sur\nles autres frappés par des balles françaises, leur âme est blanche comme\nl'hostie qu'ils ont reçue avant leur départ, des mains pieuses du vieux\nprêtre de Bonheyden.\n   Les Fusillés de Malines sont une œuvre de pitié et de tendresse. Au\nlieu de se renfermer dans un égoïsme étroit et stérilisant, l'auteur ouvre\nson âme à toutes les souffrances qui l'entourent. Il n'est toutefois pas un\nrésigné ni un consolateur passif. Si, par instants, ses personnages\ns'affaissent et courbent le front comme les statues de Meunier qui\nsymbolisent la lassitude et la tristesse des misérables, ils se redressent\nbientôt avec le sentiment de leur force, pour braquer sur leurs bourreaux\ndes yeux enflammés par l'espérance et la colère. La société moderne peut\nse contempler dans l'œuvre d'Eekhoud. Elle peut aussi y puiser de\nsalutaires leçons. En délivrant les prisonniers, victimes des jacobins, les\npaysans s'attendaient à trouver en eux des auxiliaires et des amis;\nlorsqu'ils virent s'éloigner les riches et les nobles après les avoir remerciés\nd'un geste de tête et d'un regard hautain, l'auteur nous dit qu'au fond de\nleur âme inculte, une fibrile se contracta pour toujours. Toutes ces\nfibriles que les puissants contractent avec une cruauté inconsciente agissent\nà un moment donné comme des ressorts, et les opprimés se vengent, en\nun jour, des injustices et des souffrances qu'ils sont las de supporter avec\nrésignation.\n   Georges Eekhoud est donc le serviteur et l'esclave d'une idée. Celle-ci\ndoit se dresser au-dessus de son œuvre et l'illuminer de sa radieuse clarté.\nCela explique la structure de ses romans. Caractère entier, nature droite\net inflexible, ses répulsions sont extrêmes comme ses affections. Il divise\nses héros en personnages sympathiques et en personnages antipathiques.\nIl s'applique à mettre en relief les verrues de ceux-ci, leurs plaies, leurs\ntares ; le mobile qui les fait agir est toujours bas ou méprisable. Il ne tombe\ncependant jamais dans l'exagération, ni dans la caricature. Si ses portraits\nsont parfois cruels, ils sont toujours de la plus rigoureuse exactitude. Ce\nn'est pas sa faute, s'il y a des cœurs pourris et des âmes viles. Il ne les aime\nd'ailleurs pas plus que nous. Quand il s'occupe d'eux, la colère fait\nsouvent trembler sa plume, et il a volontiers recours aux mots cinglants ou\ncorrosifs. En revanche, comme il choie ses personnages de prédilection !\nVoyez, dans les Fusillés de Malines, Chiel le Torse, Rik den Schalk,\nHenri den Witte, Willem de Mol, et surtout ce déluré Tiest l'Oiseleur.\nL'auteur les enveloppe de son affection et de son infinie tendresse ; sa\npensée se tourne constamment vers eux ; il explique et justifie leurs\nmoindres actions ; il écarte de leur route tout ce qui pourrait les souiller ;\nil faut que notre admiration reste pure, et que nous les voyions mourir\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                                  — 183 —\n\ncomme des victimes et comme des martyrs. Ses descriptions des milieux\nsont encore une manière à lui d'expliquer ses personnages ; il les explique par\nleurs champs, par leurs villages, par leurs églises, par leurs chaumes.\nPour nous initier à l'enthousiasme des paysans au début de la révolte, il\nle compare à ce qu'ils éprouvent quand un orage vient interrompre une\npériode de sécheresse; il parle de la terre comme d'un être sensible, le\npaysan souffre de ses brûlures et se dilate, comme elle, sous la tombée de\nla pluie. Le sol et l'homme sont si étroitement unis dans l'œuvre\nd'Eekhoud que le lecteur doit parfois se demander si c'est le sang du\npaysan qui fait fermenter la terre, ou si c'est la sève de celle-ci qui coule\ndans les veines du paysan.\n   A la fin de son livre, l'auteur nous apprend qu'aucun monument, ni de\nbronze, ni de marbre, ne perpétue le souvenir des fusillés de Malines. Le\nmarbre est bien gai, pour commémorer une épopée aussi douloureuse. Je\npréfère la simple pierre de Georges Eekhoud ; elle est aussi dure que le\nmarbre, mais elle est plus triste et plus suggestive.\n                                                    HUBERT     KRAINS.\n\n\n        La Flûte à Siebel, par MAX W ALLER. — Bruxelles, Paul Lacomblez.\n\n   Il est des yeux nuancés d'expression, des yeux de couleur spirituelle, dont\non ne saurait dire s'ils sont réellement noirs, bleus, verts...\n   L'être de Siebel avait l'apparence changeante de ces yeux et sa couleur\néchappe au regard des passants. Mais ceux qui se sont arrêtés à le déplier,\nle deviner, le pénétrer ; ceux qui ont communié avec les pensées de Siebel\nen lisant des livres où toute sa spiritualité subsiste voient maintenant de\nquelle nuance supérieure de délicatesse et de caractère il était et vers quel\nidéal de sentiment il tendait — si désespérément aux derniers jours — son\ncœur chiffonné de souffrance,\n   Quand il vint à la vie, il crut que c'était le carnaval. Il se déguisa, fit\ndes pieds-de-nez, des pirouettes et chanta en intriguant les lieux\ncommuns qui passaient. Un soir, il sentit quelque chose comme du sang\ntiède ou des larmes glisser au revers de sa chanson. Il était las et son cœur\nlui demandait : « Ça ne finira donc jamais? » — « Si mon cœur, mon\n pauvre vieux, ça finira bientôt; allons nous-en ; c'est bête! » Le carnaval\n durait depuis toujours. Siebel venait de comprendre que c'était la vie. Il\n voulut sortir. On ne pouvait pas. Le regard à la vitre, il regardait nostal­\n giquement le soleil au dehors. Il se choisit d'avance un petit chemin argenté\n de sable fin et coussiné de fleurs par dessus lequel des têtes ployées de\n peupliers et de saules frisselisaient bas. « Là, se dit-il, j'aurai de l'ombre\n sur les paupières et le sommeil me sera berceur... et comme le chemin est\n long, très long... Et ses yeux ne quittèrent plus le sentier d'infini et,\ntenant pieusement, pieusement comme une relique, son cœur entre ses\n mains jointes, il se serra tout à la porte afin d'être le premier à sortir\n quand on l'ouvrirait. C'est à cette minute qu'il a fixé son regard et son\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "                                  — 184 —\n\ngeste, ce regard et ce geste de prière qui « égrenaient des ave de larmes » au\nchapelet de ses souvenirs et de ses désespérances. C'est à cette minute qu'on\na pu voir le sens poétique et psychologique du mimodrame qu'il venait\nd'improviser et de jouer lui-même et pour lequel un petit théâtre s'était\ndressé spontanément comme par caprice à l'appel des fantoches de son cœur.\n   Il est, en effet, si vif et si agissant, ce poème de la Flûte à Siebel, si\nanimé de regards, d'attitudes, de sourires passant en sautes brusques à\ntravers les larmes, si peuplé de gestes qu'il apparaît dans son ensemble\ncomme une douloureuse féerie psychologique jouée avec une fantaisie tour\nà tour tendre et féroce ; car Siebel s'y donnait de cruelles répliques.\n   Dans ces vingt-sept tableaux se concentre, sous la forme très naive, très\ninconventionnelle, très artistique d'un théâtre des premiers temps, toute une\nanalyse de la sensibilité moderne, analyse plus réaliste en sa délicatesse que\nbien des romans documentés, parce qu'elle donne, au lieu des faits de la\nvie, un intense sentiment de vie.\n   La vie retentissait en lui avec une justesse de tonalité et une acuité rares ;\net ce qu'il y a de plus caractéristique dans la composition de cette œuvre\ndélicate, est peut-être l'optique de la tristesse moderne, la mise en propor­\ntion des sentiments avec les choses extérieures qui les sensibilisent.\n   Combien d'artistes ont l'esprit assez aigu et subtil et sont assez physiono­\nmistes de leur époque pour conserver à une œuvre les proportions de pen­\nsée et de sentiment qui la font entière et complète, c'est-à-dire grande en\ndépit de ses dimensions menues. Le désespoir à larges gestes des tragiques\net des romantiques détonnerait dans nos paysages. La tristesse d'aujour­\nd'hui s'émiette de tous les scepticismes et de toutes les ironies qui nous\nenvironnent. Jamais des contraires ne se sont ainsi frottés et confondus, car\njamais on n'a pénétré, comme aujourd'hui, jusqu'au fond de nos êtres et\nreconnu le principe complexe de la vie fait d'un grain de joie et d'un grain\nde tristesse. C'est ce qui caractérise la psychologie moderne. Dans cette\npsychologie, il n'y a plus, à la vérité, ni tristesse, ni joie. Il n'y a plus que\ndes secousses sans cause, des aspirations vagues.\n   On ne sait plus ce que pleurer veut dire.\n   En psalmodiant ses Airs de flûte, Siebel verse des larmes douces sur\ntous les « petits cœurs que son cœur effleure » ; mais le goût et le parfum\nde ces larmes lui inspirent des grimaces comiques, et ce sont ces grimaces\nqui, par une sorte d'hyperesthésie, expriment réellement sa souffrance.\n   Max Waller, en donnant une à une ces pièces d'inspiration prime-\n sautière, doutant même de la pureté de leur forme, ne songeait guère à en\n composer l'œuvre vive qui exprimerait la double attitude de sa personnalité\nactive et pensive. Il les lisait à ses amis négligemment, timidement, comme\nd'éphémères piécettes écloses d'un caprice. Aujourd'hui que sa tapageuse et\nmoqueuse chanson a cessé et que nous l'entendons vivre en cette œuvre —\ntracé spirituel de sa vie sous des ciels purs, au milieu de décors artistes —\nnous comprenons mieux la valeur et la légitimité de ses dédains, et com­\nbien ce poète de naissance était loin au dessus des « systématiciens » d'art,\nqui jouent au moulin à vent sur les places publiques.\n                                                       HENRY MAUBEL.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                  — 185 —\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                             SALON DES XX.\n               Des huit expositions que nous offrirent les XX, celle de cette\n                année fut, à mon avis, la meilleure. Jusqu'à présent la com­\n                munauté des recherches et des tendances vers un art nouveau,\n                avait été cause d'une certaine uniformité dans l'expression du\n rêve; la personnalité en avait souffert et la préoccupation du néo-impres­\n sionnisme avait dérouté de leur individualité la plupart des artistes les plus\n consciencieux. A l'heure qu'il est, les tâtonnements techniques, puis aussi\n les recherches de soi-même, ont pris fin ; chacun s'est retrouvé, et, maître\n aujourd'hui de son art, s'est isolé dans son originalité propre. Nettement\n les divers tempéraments se sont séparés et affranchis des influences réci­\n proques.\n    De là cette diversité rassurante, ce quelque chose de définitif et de spécial\n à chacun, qui fait qu'on se sent heureux et confiant devant des œuvres si\n méritoirement neuves et si consciemment inattendues. Oui, c'est une joie\n de les voir réunis à la cimaise fraternelle, ces toiles et ces dessins si essen­\n tiellement opposés et tous pourtant profondément artistes.\n    Où donc est aujourd'hui le reproche dont on agonisait les débuts : ils\nfont tous la même chose ? Car, on ne voyait alors que l'apparence d'études\n encore inquiètes et l'on ne se donnait pas la peine de rechercher la person­\n nalité qu'il y avait là en germe et que voilait l'inexpérience et l'inhabileté\n d'un qui doit se frayer un chemin. Qui donc oserait encore penser ainsi,\n lorsque sont assemblées les œuvres de ceux qui ont nom : SEURAT,\n TOOROP, SIGNAC, KHNOPFF, VAN RYSSELBERGHE, GUILLAUMIN,\n LEMMEN, VAN GOGH, MINNE, etc....? Songez à ce qu'évoquent ces\n noms là, et, tout en rapprochant ceux qui fraternisent pour la technique,\n rappelez-vous l'éloignement dont se sont distancés SlGNAC, VAN RYSSEL­\n BERGHE, SEURAT et LEMMEN.\n    SEURAT : pure harmonie de tons. Les objets multiples forment syn­\n thèse par leur sympathie de couleurs et de valeurs, dans une atmosphère\n générale, spéciale à chaque toile. Celle par exemple et surtout, où, dans la\n stagnance et la lourdeur d'une journée de soleil, des bateaux à l'ancre,\n aériens et légers attendent, insensiblement ballotés par une eau diaphane et\n transparente que borde un quai désert et infiniment ensoleillé.\n    SlGNAC, que les choses attirent pour l'apposition qu'elles offrent entre elles,\n grâce à leurs valeurs et à leurs tonalités particulières. Ce qui réunit les di­\n vers détails dans un tout, ce qui donne à l'œuvre son caractère concret,\n définitif et d'unité, c'est qu'elle représente un ensemble de choses coexis­\n tant à une heure déterminée d'une époque bien définie ; c'est aussi que\n chaque objet, complément nécessaire à un autre, se rattache, comme par­\n tie, à une conception, à une combinaison de lignes dont la dominante est\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                                   — 186 —\n\n souvent horizontale. Peu d'artistes, avant lui, ont su tirer de l'horizontalité,\n la poésie d'immensité, de lointain et de sérénité qu'on trouve dans les toiles\n de Signac. L'op. 209 (Saint Cast, Côtes du nord), donnait ainsi la sensation\n d'une eau clapotante qui, sur une étendue et une largeur océanienne, s'en\n venait doucement du large et de l'infini vers la rive où l'on se trouvait.\n     On perçoit dans les œuvres de cet artiste un profond amour de l'immen­\n sité, une notion pénétrante de l'infini, dont la vue offre le caractère\n souverain. L'intérêt se concentre généralement dans la profondeur et le\n recul le plus lointain des spectacles et si parfois, au premier plan, une\n ligne brisée coupe la simplicité de l'horizon, cette ligne n'est que secondaire,\n n'arrête pas et ne sert qu'à rendre plus intense l'impression générale de\n grandeur de la ligne fondamentale.\n     THÉO VAN RYSSELBERGHE, que charme une mise en page heureuse et\n spontanée et la nature dans ce qu'elle a de souple, de joyeux et d'attrayant.\n Diaphanes, légers et très aériens, tels apparaissent les objets aux yeux de\n cet artiste, dont l'art est empreint d'un véritable bonheur. Les couleurs\n sourient et la tonalité générale des œuvres est claire et agréable comme un\n soleil de printemps, il y a là de l'enthousiasme, de la confiance et, sans\n jamais de banalité, une vraie facilité à s'exprimer. Chose vraiment étrange\n et inattendue, que cet art sans tristesse quoique de grande pensée !\n     Enfin GEORGES L E M M E N . Chez lui la volonté lente et patiente\n et sèche même, une simplicité d'œil et une franchise à rendre tout sans\n arrière-pensée ni hésitation, dominent. Je ne sais quelle intimité aussi,\n intimité d'intérieur calme et provincial où la paix des choses laisse à l'artiste\n le temps de les étudier et de les comprendre dans leur totale valeur. Il y a\n là une tristesse semblable à celle qu'on éprouve après la lecture de cer­\n taines pages de Flaubert.\n    A côté de ces quatre artistes et d'autres qui ont choisi une technique\n commune pour transcrire des impressions pourtant bien différentes et\npersonnelles, à côté d'eux qui représentent le plus méritoirement le néo­\nimpressionnisme, vient de se placer un groupe, dont l'art plus intellectuel\n encore, consiste surtout à abstraire d'une vision réelle, ce qu'elle contient\nde plus puissant et de plus efficace à donner la sensation dont, par un côté,\n elle offre le caractère. Tels sont TOOROP, MINNE et VAN GOGH.\n    Sur une science profonde de la nature et du dessin, qu'il dérobe volontai­\nrement, GEORGES MINNE base son art de douleur et de désespoir univer­\nsels. Si l'impression produite par son groupe en plâtre, n'est pas aussi\nintense que celle de ses œuvres déjà connues, il n'en est pas de même de\nson dessin. Celui-ci est ce qu'il a, certes, fait de plus complet et de plus\nbeau et de toute l'exposition, c'est peut-être la chose la plus absolument\noriginale et parfaite. De par cette œuvre si simple et d'un cadre si restreint,\nil s'est élevé au rang des plus grands et des plus glorieux artistes.\n    JAN TOOROP, qui s'est cherché plus longtemps et dont les expositions\nprécédentes, sans être jamais banales, manquaient de logique et de définitif,\nvient enfin de s'affirmer dans la plénitude de sa personnalité.\n    Vient ensuite VINCENT VAN GOGH avec ses admirables dessins et son\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                    — 187 —\n\névocation épique du semeur ; enfin, FERNAND KHNOPFF, qui, avec JAMES\nENSOR, CHARLES FILIGER et ARMAND GUILLAUMIN, si différents entre\neux pour l'expression de l'idée, représente l'art basé sur la double puissance\ndu symbole.\n   Que de choses à dire de ces artistes et d'autres C H É R E T , W A L T E R CRANE,\nSMITS, e t c . , malheureusement... Ce qu'il importe de constater, c'est que\njamais exposition ne fût si puissamment variée et ne produisit autant d'im­\npressions multiples et inattendues, que l'inquiétude et l'hésitation de\nhuit années de recherches et d'essais ont disparu, que la confiance et la paix\nd'un triomphe certain sont venues, sans qu'aucun de ces artistes n'ait fait\nun pas de concession vers la routine et la banalité et n'ait transigé en quoi\nque ce soit avec sa fierté et son renoncement au succès populaire ; que,\nmalgré tout cela, il n'est plus permis, à moins d'être aveugle ou de mau­\nvaise volonté, de rire ou de leur nier le mérite d'un effort consciencieux et\ndésintéresssé.\n                                                       GRÉGOIRE LE R O Y .\n\n         EXPOSITION DES Œ U V R E S D'ALEXANDRE M A R C E T T E .\n\n   Le peintre a parcouru la Suisse et l'Italie, et nous en rapporte une\nmoisson d'oeuvres et d'études, parmi lesquelles plus d'un paysage vraiment\nremarquable. Certaines vues de la Suisse, d'un charme certes imprévu,\narrêtent les regards; mais l'Italie a particulièrement requis l'artiste, et la\ncampagne romaine, plus spécialement, lui doit de poétiques et pénétrantes\ninterprétations. Il y a loin de ces aspects changeants et désolés au pom­\npeux poncif que tout le monde connait (pâtre à cornemuse et moutons à\nsonnettes, etc.); aussi loin que des susdites vues de Suisse aux tradi­\ntionnels chromos allemands. Certaines études, très lumineuses et très\nfluides, telles que l'Arc-en-ciel et Vapeurs matinales, m'évoquaient un\ngrand nom, et j'ai pensé aux Turner de la National-Gallery. J'y ai pensé\naussi devant les Amandiers, un paysage vespéral et printanier, une des\nchoses les plus délicates et les plus charmantes que j'aie vues depuis long­\ntemps.\n   Pourtant les ciels du nord n'ont pas moins inspiré M. Marcette. Le soir\nest une marine charmante et mélancolique, d'un art pénétrant et sûr ; il y\nfaut surtout admirer la beauté du ciel nuageux.\n   Je signale enfin un certain Effet d'orage qui impressionne curieusement.\nL'artiste a noté l'apparence artificielle et crue qu'offre la campagne après\nl'orage, parfois, quand elle est brusquement frappée de la lumière du soleil.\nIl en résulte une oeuvre d'un charme étrange et inattendu.\n                                                                       S.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                  —188 —\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n                 Aux Concerts populaires. — Au Conservatoire.\n\n               Le piano a fait rage au deuxième Concert populaire. Il n'y en\n                avait que pour Paderewski! Un maître pianiste ce Pade­\n                rewski; peut-être, après Rubinstein, celui qui joint à une\n                étourdissante virtuosité le plus de flamme et de passion.\n   Seulement, il a eu le grand tort de nous faire entendre un bien méchant\nconcerto de sa composition, concerto qu'un journal quotidien a comparé\nnon sans raison à la « carte d'échantillons » et au prix-courant de ce\npianiste-voyageur, qui promène sa marmotte... pardon, son Erard, par\ntoutes les capitales de l'Europe, prenant à peine le temps de respirer entre\ndeux concerts, ne sortant de son sleeping-car que pour taquiner l'ivoire et\nébahir les pianoteux par ses exercices de haute prestidigitation musicale.\n   Malgré cette façon un peu américaine et par trop nomade de cultiver\nl'art, il faut convenir que Paderewski a du tempérament et qu'il interprète\nsupérieurement... même la bonne musique.\n   Ainsi, il a mis beaucoup d'âme et de morbidezza sentimentale dans le\nConcerto de Schumann, maintenu dans une tonalité si discrète, dans une\ndemi-teinte si éminemment suggestive. L'instrument rendait, sous ses\ndoitgs, des sons d'une caresse et d'une ferveur absolue.\n   Au|programme il y avait encore du Dvorak, trop de Dvorak. Ce Slave\nde la Bohême manque de la fougue, de l'énergie et de la vivacité des Slaves\nde Russie. Musique de Slave opportuniste et juste milieu. Bien faite, incon­\ntestablement, mais un peu longuette, un peu monotone; et les élégances,\nles joliesses, les délicates colorations de grisaille, les contours déliés et les\nnuances amorties, finissent par lasser l'amateur, réclamant plus de fran­\nchise, une saveur moins douceâtre, une musique moins sage et plus carac­\ntéristique.\n   Cette critique porte surtout contre la suite d'orchestre. L'ouverture pour\nun drame « hussite » vaut mieux. Sans s'élever jusqu'au fanatisme sauvage,\nà l'exaspération du sentiment religieux, à la fureur mystique que comporte\nle sujet, cette ouverture a du mouvement, du pittoresque et de l'éclat :\n   Tout ce qu'on fait de mieux sans secours de la sincérité.\n   L'orchestre de Joseph Dupont a supérieurement enlevé cette page opu­\nlente.\n   A propos de guerre de religion et de Hussites, signalons à l'intelligente\ninitiative de l'administration des Concerts populaires, un drame en vers\navec ouverture et entr'actes symphoniques, intitulé Vlasda, qui se passe en\npleine guerre de « Thaborites » et de « Calixtins », qui met en scène Jean\nSiska, le terrible borgne, et qui a pour poète et musicien M. Franck Van\nder Stucken, élève de Peter Benoit, actuellement un des principaux leaders\ndu mouvement musical à New-York, où il dirige le plus imposant orchestre\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                  — 189 —\n\net la plus réputée société lyrique de cette capitale. M. Van der Stucken, né\nd'un père flamand et d'une mère allemande, est originaire d'Anvers, où\nréside sa famille et où il a été élevé.\n   Musicien de grand talent, il doit à sa naissance accidentelle au Texas\nd'avoir été adopté, il y a quelque dix ans, par les Yankees, comme un com­\npatriote, et il est devenu, pour ainsi dire, là-bas, le chef de leur école natio­\nnale. Lors de l'Exposition universelle de Paris, il a dirigé, au Trocadéro,\ntout un concert composé d'œuvres américaines. Les siennes ont été fort\nremarquées.\n   En dehors de la partition de Vlasda, M. Van der Stucken a composé\nde la musique pour la Tempête de Shakespeare, et plusieurs recueils de\nmélodies.\n   Espérons que les Concerts populaires nous feront entendre une œuvre\nde ce musicien que la Belgique et l'école flamande revendiquent à meilleur\ndroit que les Etats-Unis, sa nouvelle patrie.\n   Cette parenthèse fermée, constatons le succès de l'entreprise artistique\npoursuivie par M. Gevaert. Cette saison au Conservatoire aura été exclusi­\nvement consacrée à Beethoven, au Beethoven d'Egmont et des Lieder,\nmais surtout au Beethoven des Neuf Symphonies.\n   A chacun des quatre grands concerts on a exécuté dans l'ordre chrono­\nlogique deux de ces symphonies. La Neuvième défraiera un concert supplé­\nmentaire.\n   En attendant celle de la symphonie avec chœurs, constatons la pro­\ndigieuse, la magistrale exécution de la symphonie en la majeur, que Richard\nWagner nomme si justement l'apothéose de la danse.\n   Danse de titans et de déesses !\n   Un souffle dionysiaque traverse d'un bout à l'autre cette partition mer­\nveilleuse. Pas une défaillance, un point faible. Celui qui signait et 5e chan-\ntait pareilles œuvres n'a pas eu besoin comme le prophète de Pathmos\nd'une nuée d'anges pour le transporter au sein des cieux! Jamais on ne\ns'est élevé plus haut et d'un si vertigineux essor !\n   Après avoir entendu la « Septième » nous sommes allé le soir à Don\nJuan.\n   Fichue idée ! Quelle dégringolade !\n   Il reste bien peu de chose pour nous, les modernes et les passionnés, de\ncet aimable flirtage musical à velléités dramatiques, devant lequel Frère\nTralala déliquesce et se pourlèche les babines !\n   Blasés ! nous diront les Commandeurs.\n   Blasés ! Oh que non ! Mais horriblement Castil-Blazés !\n                                                                INTÉRIM.\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                           — 190 —\n\n\n\n\n                                  MEMENTO\n   La Jeune Belgique paraît ce mois en             rager publiquement. Si nous rappelons son\nlivraison double de G4 pages, datée de             attitude, c'est qu'elle fut aussi honorable\nmars-avril.                                        pour lui que pour nous. Notre sympathie\n                                                   et notre gratitude le suivent aujourd'hui\n                                                   dans sa retraite.\n\n   Pages de Stéphane Mallarmé paraissent\nle 20 de ce mois, chez l'éditeur Edmond\nDeman, à Bruxelles, en une superbe édi­               Le dernier numéro de la Vita Nuova,\ntion ornée d'une eau forte de Renoir. Le           revue mensuelle de littérature et d'art qui\nprix des exemplaires sur papier de Hollande        se publie à Florence, renferme entr'autres\nest de 12 francs en souscription et 15 francs      articles intéressants une étude de M .O. Bacci\nen vente.                                          sur les Nuovi Canti, poésies de Giovanni\n   Il a été tiré quelques exemplaires sur          Marradi,un des poètes de la jeune école\njapon, dont le prix est de 25 francs en sou­       italienne, et un compte-rendu du Journal\nscription et 30 francs en vente.                   de Stendhal.\n   C'est à l'habituelle obligeance de M De­           Puisque nous sommes en Italie, signa­\nman que nous devons la publication de              lons l'apparition chez les frères Trêves,\nPauvre Enfant Pâle qui ouvre notre pré­            éditeurs à Milan, de      Mastro-don-Gesualdo,\nsent numéro.                                       roman de G. Verga.\n                                                      Georges Eekhoud parlera de cette nou­\n                                                   velle œuvre du chef de l'école vériste, dans\n                                                   une de nos prochaines livraisons.\n   La conférence de M. le baron de Haulle­\nville, sur les hommes de 1830 et Jules Van\nPraet, a vivement intéressé un nombreux\nauditoire, attiré par le renom de finesse et\nde bonhomie du conférencier.                          M. Antoine et ses comédiens ont séjourné\n   M. de Haulleville s'est aperçu, devant le       une quinzaine de jours à Bruxelles. Ils ont\ntapis vert, que son étude dépassait les limi­      passé en revue une partie de leur répertoire.\ntes d'une causerie. Aussi a-t-il dû «sabrer».         Répertoire peu varié et peu intéressant.\nIl a sacrifié le côté sérieux au côté anecdo­      La Fille Elisa est une pauvre pièce, extraite\ntique, et le public lui en a su gré, car M. de     au forceps, par M. Ajalbert, du roman de\nHaulleville a beaucoup de verve, de pitto­         M. Edmond de Goncourt. La Meule et\nresque et de laisser-aller dans l'anecdote.        l'Honneur sont deux pièces destinées à\n   Nous saisissons cette occasion pour ex­         «flétrir» le bourgeois en lui fourrant le nez\nprimer à M. de Haulleville, qui a quitté la        dans ses... cochonneries. Reste à savoir si\ndirection du Journal de Bruxelles, les re­         le bourgeois déteste ces... confrontations.\ngrets que sa retraite a fait naître parmi nous.    Au même genre dramatique appartient la\nM. de Haulleville, pendant sa longue car­          Tante Léontine, un vaudeville pessimiste\nrière de journaliste, s'est toujours montré        de MM. Boniface et Bodin. Une œuvre\nsympathique aux jeunes écrivains. Aux d é ­        amusante, où la caricature est joliment\nbuts de la Jeune Belgique, alors que la            découpée, Jeune Premier, un lever de ri­\npresse tout entière raillait nos efforts, M . de   deau de M. Ginisty, est une berquinade\nHaulleville ne craignit point de les encou­        «raplapla», comme dirait l'ouvreuse, et\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                             191\n\nl'Amant de sa Femme, couvre une série de           L'eau-forte originale de James Ensor, la\nnouvelles à la main ou au pied de cet            Cathédrale, qui servit de frontispice à la\nhomme qui a de l'esprit pour les neuf dixiè­     Jeune Belgique de cette année, est presque\nmes de la France: M. Scholl. On y voit un        totalement épuisée. Le zinc usé ne pourra\nAntoine jeune en toilette de soirée. C'est le    plus servir à un second tirage. Les huit\ntrait le plus spirituel de la pièce.             exemplaires restants ont été portés au prix\n   Une seule œuvre d'art : les Revenants,        de 30 francs.\nencore que M. Antoine ait cru devoir pré­          Annonçons aussi du même artiste, les\nférer la version de M. Darzens à celle de        eaux-fortes : l'Ange exterminateur    et le\nM. le comte Prozor.                              Triomphe romain.\n   Les bons snobs qui vont aux représenta­\ntions du Théâtre Libre pour manifester\nleur audace artistique ont applaudi, avec\nune impartiale inintelligence, le superbe           Quelques nouvelles artistiques : la fon­\ndrame d'Ibsen et les «quelconqueries» de         dation à Anvers, d'un nouveau Cercle de\nMM. Ajalbert et Scholl.                          peintres : les XIII.\n                                                    Chez Dietrich, Montagne de la Cour, un\n   Ce qui nous console, c'est que ça recom­\n                                                 album nouveau de Walter Crane, the first\nmencera l'année prochaine.\n                                                 of May, tiré à 255 exemplaires tous signés\n   M. Antoine joue toujours, avec une supé­\n                                                 par l'auteur. Légende adorable de décors\nriorité incontestable, les bourgeois ramollis\n                                                 charmants et d'encadrements exquis.\n d'entre quarante et soixante ans.\n                                                    On annonce comme prochaines, à Bru­\n                                                 xelles, les représentations données par le\n                                                 célèbre tragédien Rossi.\n   Après Albert Giraud, Georges Eekhoud             M.Seguin, le profond artiste, l'inoubliable\na conférencié au Cercle artistique. Il a         interprète de Wotan et de Hans Sachs, est\nparlé très savamment de Shakespeare, de          engagé à la Monnaie pour la saison pro­\nses contemporains et du milieu retraçant         chaine.\nles mœurs de l'époque, la jeunesse et la vie        A l'Essor, audition d'œuvres musicales\nde Will.                                         de Karel Mestdagh.\n                                                    Au Cercle des Arts et de la Presse, dans\n                                                 la salle de la Grande-Harmonie, concert\n                                                 consacré aux œuvres vocales et instrumen­\n   Le bon gros garçon qui, sous l'empire         tales de F . Le Borne et de l'École belge.\nd'une critique chronique, ou vice-versa,\nmarivaude dans l'Indépendance avec toute\nla préciosité d'un marquis enrhumé, Gentil\nGustave, mais qui par malheur est rancu­            Zenon Przesmycki consacre dans le\nnier comme un éléphant, feuilletonise            Swiat, une revue polonaise d'art, plusieurs\namèrement du haut de sa chaise à porteurs.       articles très élogieux à l'école littéraire\nIl est légèrement à la vinaigrette; les quel­    belge et en particulier à Maurice Maeter­\nques fines chiquenaudes, du bout des             linck dont il analyse savamment les œuvres.\ndoigts, données au poussif de la littérature\nsarceyenne, par notre ami Albert Giraud\ndans sa belle conférence sur Max Waller,            Le poêle du Sang de la Coupe est mort\nl'ont un peu émoustillé. Il est vrai que c'est   ce mois à Paris. Isolé en cette littérature\nun spectacle très récréatif que de voir          raffinée de philosophie ou d'analyses psy­\névoluer notre Janin avec grâce et légèreté.      chologiques, Théodore de Banville restait\nAlors on peut recommencer?                       l'amant de cette beauté d'or, qui illumine\n                                                 l'antique Hellade. Son esprit facile et\n                                                 prompt semblait y avoir puisé la clarté et\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                            192\n\n   mélodie. En somme, indifférent à son           Chansons d'amant de Gustave Kahn, pa­\ntemps, mais divin chanteur des Exilés, les      raîtront sous peu chez notre éditeur, Paul\ndieux sublimes et beaux.                        Lacomblez, à Bruxelles.\n\n\n\n                                                   Un de nos amis, des plus érudits, nous\n   Le Théâtre d'Art de Paris, avait inscrit     communique cette recette, qui fut celle de\nà son programme du 20 mars dernier la           Lucrèce Borgia, pour donner à la chevelure\nFille aux Mains coupées, le beau mystère        la teinte de l'or le plus éblouissant :\nde notre collaborateur Pierre Quillard, et le      Faites une lessive de cendre de buis, pre­\nGuignon, le célèbre poème de Mallarmé.          nez de la paille d'orge et faites bouillir pen­\n   L'un et l'autre ont obtenu un succès         dant un jour, faites une lessive avec cette\nenthousiaste, et il sied de rendre hommage      eau et cette cendre, jetez dedans de la fleur\nà l'audacieuse et chantante diction de Mlle     de noyer et quelques feuilles de l'arbre,\nCamée, qui les interprète.                      laissez infuser pendant une nuit; le lende­\n                                                main, lavez-vous-en la tête et vous aurez\n                                                les cheveux dorés.\n\n\n  L'ornement des Noces spirituelles, tra­\nduit du flamand et accompagné d'une intro­\nduction, par Maurice Maeterlinck, en sa            On sait que Delville, a offert Ses passions\npersonnelle et originale édition, vient         (c'est un tableau) à Louvain, sa ville natale.\nd'apparaître à l'étalage artistique de Paul     Le Conseil aurait accepté ce legs; il sera\nLacomblez.                                      placé à l'hôtel de ville qui désormais\n                                                s'appellera l'hôtel-delville.\n\n\n\n  La Conque, anthologie des plus jeunes\npoètes, n'aura que douze livraisons, tirées       La Fédération artistique consacre, ce\nchacune à cent exemplaires numérotés, sur       mois, quelques lignes à la Confession d'un\npapier de luxe. Elle ne sera jamais ni con­     enfant du siècle.\ntinuée ni réimprimée. Le numéro 10 francs.\nAbonnement cent francs. Artistique et by­\nzantine revue dont s'honoreront en un\nfrontispice en vers inédit MM. Leconte de\nLisle, Léon Dierx, de Hérédia, Maeterlinck,       Une prime d'un nouveau genre offerte\nMallarmé, de Régnier, Vielé Griffin, etc.       aux abonnés du Phare littéraire :\n                                                           PRIME MÉDICALE\n                                               Dans l'intérêt de l'art poétique et pour\n                                             venir en aide aux littérateurs peu fortunés,\n                                                                                  r\n   La collection Lacomblez, dans laquelle notre ami et collaborateur, M. le D Jules\nnotre éditeur veut grouper les vrais poètes Vacher, pharmacien à Versailles (S.-et-O.),\nd'aujourd'hui, vient de s'enrichir d'un nou­ se met gratuitement à la disposition de nos\nveau volume qui lui fera grandement hon­ abonnés pour toute consultation médicale\nneur : les Dernières fêtes d'Albert Giraud. que l'on lui adressera par lettre. Il suffira\n   La collection Lacomblez ! pourquoi pas ? de joindre un timbre pour la réponse.\net elle réussira.                              Est-ce un pédicure?\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                          -    193      -\n\n\n  D'un roman moderne :                              de s'ouvrir dans la Salle de la r u e du Con\n  « Puisque je suis inutile, murmure-t-il           grès.\nsourdement, j'vas me reposer!\n  Et il se jette dans la Seine...\n  La Seine, c'est le revolver du pauvre. »\n                                                        Les premiers rayons du soleil printanier\n                                                    ont reveillé la sève de l'arbre de la littéra­\n                                                    t u r e ; les feuilles poussent : Voici l'Echo de\n                                                    France où nous découvrons un monologue\n                                                    comique, sous ce titre Tribulations           d'un\n                                                    Provincial, presenté par Henri Bessant.\n                                                        En voici quelques vers :\n   La photographie des couleurs vient de\ntrouver enfin une solution pratique; la dé­                                  J'avais un mien cousin\n                                                       Qui revint l'an dernier de voir la capitale.\ncouverte en est due à M. Lippman de Paris.             Il avait dans la bouche une langue infernale, '\n Nous espérons bien qu'à la suite de cette             Il me vanta Paris et ses nombreux attraits,\n invention nous aurons à enregistrer le sui­           Il fit jouer en moi tous les ressorts secrets\n                                                       Qui devaient délier mes passions captives...\n  cide de nombreux peintres scientifico-réa-\n  listes.\n\n                                                      L'onagre a parlé ; il a confié à la Chro-\n                                                    que les impressions que lui ont causées les\n    Le Courrier de Bruxelles s'est décidé à\n                                                    Dernières Fêtes d'Albert Giraud. Il s'est\n  publier la lettre d'Albert Giraud. Voici\n                                                    cru subitement, bercé dans les bras de sa\n  comment il l'annonce :\n                                                    nourrice, tandis que les bruits des sources\n     « Les écrivains de la Jeune Belgique\n                                                    cachées et le chant des oiseaux se mêlaient\n  sont, paraît-il, peu satisfaits du Courrier de\n                                                    à une symphonie lointaine. Naturellement\n  Bruxelles. Ils reviennent dans leur Revue\n                                                    à l'âge où l'on n'est pas encore sevré, le cer­\n  sur un incident que nos lecteurs auront\n                                                    veau n'a pu encore se développer suffisam­\n  sans doute oublié. Comme il y est question\n  de loyauté, nous tenons à le vider. »             ment; de là une absence d'intelligence très\n                                                    excusable. D'ailleurs voici les vagissements\n      Merci ! Nous savons désormais quel\n                                                    du bébé :\n   moyen employer envers le Courrier lors­\n                                                       Je suis encore sous l'impression du ber­\n   qu'il s'agira encore d'une rectification :\n                                                    cement harmonieux que m'a procuré la\n   c'est de lui rappeler qu'il oublie parfois les\n                                                    lecture d'un petit volume de vers (80 pages),\n   premiers principes de la loyauté.\n                                                    publié par M. Albert Giraud, sous ce titre :\n                                                    les Dernières Fêtes, chez Paul Lacomblez,\n                                                    rue des Paroissiens.\n                                                       C'est une vraie musique, une symphonie\n      Oscar Méténier, l'heureux père de la          dans le lointain, le murmure plaintif du\n   Casserole, a donné au théâtre Molière une        vent dans la forêt, avec des bruits de sour­\n   conférence sur le Voyou en littérature;          ces cachées et d'oiseaux gazouillant tout\n   annonçons aussi le Pignouf dans le monde,        bas. C'est comme la chanson de la nourrice\n   le Micheton dans la haute, le Baveux au          qui endort son nourrisson et le balance\n   café, etc.                                       entre ses bras enveloppants et chauds.\n                                                       C'est très joli; mais cela est rarement\n                                                    compréhensible. Ce romantisme vague,\n                                                    composé de vocables sonores bien choisis,\n     Notre chroniqueur artistique rendra            ne fait pas empreinte dans l'esprit. C'est un\n   compte prochainement de l'exposition des         parfum, c'est un rayon qui passe et dispa­\n   œuvres de Théodore Verstraete, qui vient         raît. Rien ne s'en grave dans le cœur, et la\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                                 —       194 —\n\n mémoire n'en peut retenir une seule pensée.                            Folle extase\n C'est de la poésie pour l'oreille... »                                 Et miracle !\n                                                                        O topaze\n       Poupon vagissant mes bras t'ont reçu                             Des pantacles,\n                                                                        Ma colique\n   Nous ne voudrions pas que les oracles du                             Est mystique !\nmarmot-prodige fussent perdus dans l'ave­\nnir; aussi avons nous décidé de faire tirer                             Ah!   Kether!\n                                                                        Quand mon Jod\nà plusieurs miliers d'exemplaires les pre­                              Glousse, Esther,\nmiers balbutiements de l'onagre, qui seront                             L'ob et l'od\nenvoyés à tous nos amis avec son portrait                               C'est l'amour\n                                                                        Dans l'aour.\nau berceau.\n   P. S. Notre jeune collaborateur Toto, en                             Viens, m'amie,\n                                                                        N, I, ni,\nlisant les quelques lignes de son confrère,                             J'ai fini\ns'est empressé de pondre une petite philo­                              Ma chimie.\nsophie qu'avec la grâce naïve de son âge il                             Viens ! Et torche\noffre à son nouvel ami.                                                 Mon gros porche.\n                                                                                            TOTO.\n              ALBUM A TOTO\n                A mon vieux Toto de la Chronique.\n\n                 PHILOSOPHIE\n                 Petit pas.                                  Au théâtre du Casino de New-York on a\n                 Petit pot,                               distribué, paraît-il, aux spectateurs, à la\n                 Bon papa                                 centième du Pauvre Jonathan, opérette de\n                 A Toto,\n                 Assieds-nous                             Milloecker, des « boîtes à musique » jouant\n                 Sur le trou.                             les principaux airs de la partition. Un avis\n                Sur mon trône                             au bas de l'affiche de la représentation invi­\n                De vidame,                                tait fort sagement les spectateurs à ne pas\n                O Bobonne,                                se servir des boîtes à musique pendant la\n                Je vis d'âme                              pièce. A la sortie du spectacle chacun a pu\n                Et soupire,\n                Pauvre sire.                              tourner sa manivelle et moudre la valse de\n                                                          Jonathan.\n                L'ouragan\n                Sous mes reins,                              C'est une idée à recommander à l'heu­\n                Quel boucan !                             reux auteur de Fleur des neiges, M.Cahen,\n                 Va,   NE CRAINS .' (1)                   pour son prochain ballet.\n                File ton\n                Gros cocon ;\n                J'ai lu Taine,\n                J'ai lu Locke,                               On nous annonce la prochaine ouverture\n                Turlutaines                               d'un Congrès international qui aura pour\n                Pour les phoques !\n                J'ai lu Fichte,                           mission de fixer définitivement la couleur\n                Je m'en fichte.                           de chaque voyelle et l'instrument auquel\n                Saint Thomas                              elle correspond.\n                Fait bien des\n                Embarras.\n                Suares,\n                Condillac,\n                Quel micmac !                               Nous l'avions prédit : Péladan, Joséphin\n                                                          pour les mages, a excommunié le pape. A\n                                                          qui le tour?\n  (1) M. Toto est né dans la Jeune Belgique et s'est\navec un légitime orgueil que dansjes circonstances\nles plus difficiles il proclame sa glorieuse devise.\n                                           N. D. L. R.\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                       -    195     -\n\n   La Bibliothèque artistique et littéraire     de Camille Lemonnier, vient de paraître à\noù parurent Dédicaces de Paul Verlaine,         la librairie Genonceaux. C'est une bizarre\npubliera cette année :                          étude de l'amour du néant chez un jeune\n   Le Fi Bâlouët (prose), par Jacques Re­       homme sentimental, du pessimisme tour­\nnaud, Sur Champ d'or (poésies), par Lau­        nant à la manie du crime dans un cerveau\nrent Tailhade, Quatre nouvelles (prose), par    exaspéré par les mesquineries et les bruta­\nJean Jullien, ex-directeur d'Art et Critique,   lités de l'existence.\net l'auteur du Maître, Alternances (poé­           Le héros de la Sanglante ironie, un\nsies), par Fernand Clerget, Iconostase          assassin qui raconte lui-même son histoire,\n(prose), par Jean Moréas, et enfin, la Pros-    est un véritable amoureux de la Mort ; il\ntituée, étude psychologique, par Léon           aspire à la grande Inconnue, lui fait sa\nBloy.                                           cour en tuant de temps en temps, comme\n                                                un autre aspirerait à se sanctifier en faisant,\n                                                de temps en temps, une œuvre pie. L'ori­\n                                                ginalité de ce type de jeune homme hon­\n   La Plume vient de doubler ses pages.         nête qui tue consiste surtout dans la pureté\nElle se grossit de la collaboration d'Art et    des intentions : ce n'est ni le sadique de\nCritique, la revue qui fut si brillante ! Le    jadis, ni le positiviste moderne combattant\ndirecteur d'Art et Critique, M. Jean Jullien,   pour la vie, c'est Chérubin devenu page de\nl'auteur du Maître, devient critique d'art à    la Grande Dame voilée, de la terrible Mort\nla Plume, laquelle continuera son œuvre         enfin !\néclectique.                                        Camille Lemonnier, analysant la San-\n                                                glante ironie et l'œuvre tout entière de\n                                                Rachilde, définit merveilleusement le genre\n  Puvis de Chavannes vient d'être chargé        de particulier satanisme qu'on y trouve\npar le gouvernement français d'exécuter les     en disant de cet auteur curieux qu'il est\ncartons de deux tapisseries des Gobelins        bien, au point de vue littéraire : « une\nreprésentant la Jeunesse de Jeanne d'Arc,       Agnès doublée d'une princesse de Déca­\nà Domremy.                                      méron ».                    (Communiqués.)\n\n\n\n   La Vie grise : Le Vierge, par Alfred\nVallette (Tresse et Stock, éditeurs). — Ce\nroman, d'un intérêt suivi, est une œuvre           Les Fastes, par Stuart Merrill. Léon\nde haute pitié; c'est aussi une étude           Vanier, éditeur. Voici une trentaine de\ncurieuse, complète, d'un souci de vérité        pièces d'un bon faiseur, dignes, certes, de\nconstant, et probe jusqu'à ne point omettre     figurer dans une revue d'art, non pas dans\nles circonstances les plus délicates d'une      un livre. M. Stuart Merrill est un artiste\nexistence vouée à la solitude du cœur et de     égoïste ; il doit ressentir, nous l'espérons,\nla chair. En somme, Le Vierge, écrit dans       quelque plaisir à écrire des vers, mais n'en\nune langue claire dont la concision exprime     donne pas à ceux qui les lisent; il fait partie\nbeaucoup plus qu'elle ne dit, est destiné à     de cette foule d'anachorètes actuels de la\nceux qui demandent à un roman autre             poésie qui se retirent dans leur tourette\nchose qu'une historiette bâclée avec des        d'ivoire et s'appliquent avec une patience\npersonnages de convention.                      louable, à oublier la vie par les pratiques\n                                                connues.\n                                                   Il ne faut pas demander à Stuart Merrill,\n                                                la révélation d'une beauté nouvelle; ce\n                                                n'est pas un créateur, c'est un écho imper­\n  La Sanglante ironie, le nouveau roman         sonnel. Il manie avec assez de virtuosité le\nde Rachilde, orné d'une fort belle préface      vers français, — souvent celui des autres ;\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                               — 196 —\n\nainsi ce dernier vers d'un sonnet intitulé          Religions ; la Création du Diable de Ray­\nParsifal                                            mond Nys.\n    Et, ô ce son de cithares et de citoles !\nnous semble inutile après celui de Verlaine\nterminant un même sonnet intitulé Par-\nsifal :                                                    D'un poète, Ernest Raynaud, qui se fit\n    Et, ô ces voix d'enfants chantant dans la coupole ! connaître jadis par le Signe, paraît ce livre,\n                                                        les Cornes du Faune, à la Bibliothèque\n   Ce n'est pas non plus la préoccupation\n                                                        artistique et littéraire. Sonnets sceptiques\nexclusive et mesquine de l'allitération qui\n                                                        ou attendris, mais presque toujours d'une\nsauvera ce volume d'amateur.\n                                                        artificialilé un peu goguenarde, qui s'amuse\n                                                        de l'étonnement des Philistins et qui irait\n                                                        même jusqu'à la fumisterie. Témoin, plu­\n                                                        sieurs pièces que jadis M. Raynaud signa\n                                                        « Rimbaud » dans le Décadent, et dont il\n   Vinq-cinq sonnets, par Paul Dulac, chez s'avoue aujourd'hui l'auteur. C'est un article\nLacomblez. — Prime gourme de débutant, de décadence très parisien.\ndont le début intéresse toujours; mais il ne              A paraître aussi prochainement du même\nfaut voir dans cette plaquette qu'une pro­ poète un roman : Deux ménages et Œuvre\nmesse d'oeuvre plus solide et nous l'atten­ de sang.\ndons.\n\n\n\n                                                      Au moment de mettre sous presse, nous\n                                                    apprenons de Paris la mort du peintre\n   Prochainement compte-rendu des Der-              Seurat.\nnières fêtes d'Albert Giraud; les Flam-\nbeaux noirs d'Emile Verhaeren ; la Fiancée\nde maître le Kevan de Louis Tréderne ;\nla Migration des symboles, volume qui\nréunit les très intéressantes études que\nM. le comte Goblet d'Alviella présente, cette\nannée, à l'Académie des sciences, à la\nRevue des Deux-Mondes, et à celle des\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "              P a u l LACOMBLEZ\n   ÉDITEUR          DE     « LA      JEUNE        BELGIQUE            »\n                       31, rue des      Paroissiens\n                              BRUXELLES.\n\n\n\n                 VIENT        DE P A R A I T R E :\n\n L'ORNEMENT DES NOCES SPIRITUELLES\n                                   DE\n\n                 RUYSBROECK L'ADMIRABLE\n  Traduit du flamand et accompagné d'une introduction par MAURICE\nMAETERLINCK. Un beau volume format Charpentier, de C-300 pages. —\nPrix : 4 francs.\n      Il a été tiré : 25 exempl. sur papier de Hollande à 10 francs\n                   et 5 exempl. sur papier de Japon à 25 francs.\n\n\n                          AUGUSTE JENART\n\n     LE              BARBARE\n                             poème-drame.\n          Un volume format Charpentier. — Prix : 2 francs.\n\n\n\n                        PRIMES\n  offertes aux a b o n n é s de « L a J e u n e Belgique »\n        p a r la librairie P . L a c o m b l e z , Bruxelles\n\n\n\n                 PREMIÈRE PRIME\n  Nous nous sommes rendus acquéreurs des POÈMES COM­\nPLETS D'EDGAR P O Ë , traduits par Gabriel Mourey.\n   Jusqu'à fin avril, sauf épuisement complet avant cette épo­\nque, nous fournirons ce volume aux abonnés de « La Jeune\nBelgique », au comptant au prix de fr. 1-50 (par poste fr. 1-75)\nau lieu de fr. 3-50.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                       DEUXIEME PRIME\n                                       M1GHELET\nHistoire de France                                                              19 volumes\nHistoire de la Révolution                                         9                volumes\n                        de la collection Lemerre à 6 francs.\n\n\n\n                   A u lieu de 168 francs,\nnous offrons cet ouvrage aux abonnés de « La Jeune Belgi­\n        que » aux conditions suivantes, à leur choix :\n1° Soit au comptant immédiat. . . . . .          90    francs.\n2° Soit un tiers comptant, et le surplus en bil­\n    lets à 30 et 60 jours.                         100 »\n3° Soit en 11 paiements mensuels, dont un au\n    comptant . . . ,                               110 »\n\n\n   Nous engageons vivement MM. les abon­\nnés à profiter de ces primes. Nous ne dispo­\nsons dans ces conditions que d'un nombre\nassez restreint d'exemplaires, et nous ne pre­\nnons aucune espèce d'engagement pour un\ndélai quelconque.\n\n                            A LA MÊME LIBRAIRIE :\n   Tous les ouvrages de nos collaborateurs français : Charles Buet, Henri de Régnier,\nJ.-K. Huijsmans, Stéphane Mallarmé, Francis Vielé-Griffin, Paul Verlaine, etc., etc. '\n   L ' é d i t e u r P a u l Lacomblez prie les j e u n e s écrivains b e l g e s , désireux de voir\nleur nom figurer dans son catalogue, de se mettre en rapport avec lui et de lui\nd o n n e r en dépôt quelques exemplaires de leurs ouvrages.\n\n\n   La librairie P. Lacomblez ouvrira un compte à toute personne notoirement solvable,\npour la fourniture des ouvrages portés au catalogue ci-dessus et, en général, de toute la\nlibrairie littéraire.\n   Ces comptes pourront être soldés en dix paiements mensuels, dont le premier s'effec­\ntuera à la livraison des volumes.\n   11 sera répondu à toute demande de renseignements bibliographiques accompagnée\nd'un timbre pour la réponse.\n\n\n                     Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1891-03-01", "preuve": "Mars-avril 1891, numéro 3-4, couverture PDF 154 ; aucun jour imprimé.", "date_fin": "1891-04-30"}}