{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Février 1892", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 182, "texte": "Février 1892.                      T O M E X I . — N° 2            12me                        Année.\n\n\n\n\nLA\n      TEUNE\n                BELGIQUE\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 182, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "SOMMAIRE:\n         La Direction générale des Beaux-Arts . . .       L A JEUNE BELGIQUE.\n         Au Carrefour de la mort        . . . . . . . .   EMILE VERHAEREN.\n         Henri De Braekeleer                              ERNEST VERLANT.\n         Les Labyrinthes tutélaires                       ALBERT ARNAY.\n         Regrets lointains .   .    .   ,                 GUSTAVE STEVENS.\n         Chronique artistique :\n           Exposition du « Voorwaarts »                   ERNEST VERLANT.\n         Lettre de M. Ch. Tardieu.\n         Memento                                          NEMO.\n\n\n\n\n           RÉDACTION                                              BRUXELLES\n  64, RUE POTAGÈRE, BRUXELLES.                             PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                               31, rue des Paroissiens\n                                                                       PARIS\n       PRIX DU NUMÉRO                                     LIBRAIRIE DE l'Art       Indépendant\n                                                              11, rue de la Chaussée d'Antin\n            fr. 0-75.\n                                                                          l892\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "Ibsen", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTRE EAU FORTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 755, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "BOITE AUX LETTRES\n   1. Nous avons reçu de nombreux envois de vers et de prose, auxquels il nous est\nimpossible de répondre, faute de connaître l'adresse de nos correspondants. Nous leur\nrappelons que. selon une règle adoptée dès la fondation de notre revue, nous ne répon­\ndons qu'aux personnes qui nous communiquent leur nom et leur adresse.\n   2 LÉOP. WALLNER. Mille excuses ! L'abondance des matières nous contraint, à notre\ntrès grand regret, à remettre au numéro prochain vos très intéressantes Chansons de la\nPetite Russie. Vous ne nous en voudrez pas trop, n'est-ce pas ?\n   3. GEORGES EEKHOUD. Idem, idem pour votre traduction d'Ibsen.\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 104, "titre_corps": "La Direction générale des Beaux-Arts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "LA DIRECTION GÉNÉRALE", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "       LA DIRECTION GÉNÉRALE\n                        DES BEAUX-ARTS\n\n\n                                 Il y avait une fois une Revue flamande (!)\n                             de littérature (!!) et d'art (!!).\n                                 Cette revue, qui n'est pas flamande et qui\n                                    n'a absolument rien de commun avec la\n                              ittérature et l'art, a, en cette triple absence de\n                             qualités, trouvé bon de défendre la candida­\n                                ture de M. Ch. Tardieu au poste de direc­\n                                teur général des beaux-arts.\n                                   Son plaidoyer est plat comme une limande.\n               Comme il est bon que le public lettré connaisse les enne­\n               mis de l'art et de la littérature, nous allons citer quelques\n               extraits de cette estimable revue :\n                 Commençons par relever ce passage :\n\n                  D'aucuns, qui s'étaient fait jusqu'ici un point d'honneur d'exclure\n               toute politique en matière d'art et de littérature, s'efforcent aujour­\n               d'hui de l'introduire dans une sphère administrative, la seule, peut-\n               être, où la politique n'ait jamais été de mise.\n               M. Tardieu serait le candidat de M. Woeste !...\n               Mais alors, qu'attend-on?\n            Ce n'est pas le parti libéral qui protestera.\n\n              La Jeune Belgique s'est toujours fait et se fait encore « un\npoint d'honneur d'exclure toute politique en matière d'art et de littéra­\nture ». Ce n'est pas elle qui juge une candidature excellente en alléguant\nce motif : « Ce n'est pas le parti libéral qui protestera ».\n                                                                              7\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "                                      — 102\n\n    Nous, les écrivains et les artistes, nous protestons. Et nous ne faisons\npoint de politique, nous dénonçons une basse manœuvre politique, une\nmanoeuvre louche et torve, qui veut, grâce à la plus étonnante collusion,\n transformer une nomination d'où dépendent exclusivement des intérêts d'art\n en une opération politique.\n    Voilà ce que nous avons fait et ce que nous faisons encore.\n    M. Tardieu, polémiste libéral, est le candidat de M. Woeste, catholique\npointu. Or, M. Woeste est absolument étranger à l'art et à la littérature.\nC'est un exclusif politicien. Dès lors, la candidature de M. Tardieu, préco­\nnisée par M. Woeste, n'est plus qu'une candidature politique. Et nous\navons le droit de l'examiner et de la dénoncer à l'indignation des artistes.\n    Des faits sont là qui prouvent l'alliance politique de ces messieurs.\nM. Tardieu a lancé dans son journal quotidien une idée qui n'avait d'autre\nbut que d'ennuyer le gouvernement pour faire plaisir à M. Woeste. C'est\nlui qui a proposé de rattacher à l'art. 69 de la Constitution la disposition\nrelative au referendum royal; quelques jours plus tard, on voyait avec\nsurprise la section de la Chambre présidée par M. Woeste voter la propo­\nsition « inventée » ou lancée par M. Tardieu.\n    C'est un allié de M. Woeste que l'on projette de caser à la direction des\nbeaux-arts pour assister le ministre et, au besoin, pour le combattre.\n    Et dans quel but catholiques tricornards et libéraux melliflus conspirent-\nils pour placer à la direction des beaux-arts un homme qui ait leur con­\nfiance mixte?\n    C'est qu'ils sont d'accort pour combattre l'Art.\n    L'art, l'art vivant, l'art qui agit et qui produit, l'art d'aujourd'hui et de\ndemain fait peur à ces vieilles chouettes. L'art, pour ne point gêner leurs\npetits calculs, doit n'être qu'une inoffensive conserve. Tout ce qui fait\npenser, tout ce qui émeut en faveur d'autre chose que les vieilles formules\npolitiques, est dangereux et doit être étouffé. Voilà le secret de la coalition\nque nous avons révélée !\n   Lisez maintenant et jugez l'incroyable article de la Revue flamande de\nlittérature et d'art :\n\n   M. Charles Tardieu vient, dit la presse quotidienne, de poser sa candidature. Nous en\nsommes étonnés et ravis. Etonnés, parce qu'il veut quitter une situation de journaliste\nde premier ordre, dans laquelle il ne peut que faire honneur à notre pays ; ravis, parce\nque si sa nomination se réalise, toutes les opinions d'art seront sauvegardées.\n   Et, en effet, MEMBRE CORRESPONDANT DE NOTRE ACADÉMIE, il possède\nl'estime de ce corps savant, dont on ne peut pas méconnaître les préférences.\n   Comme directeur de l'Indépendance belge, à laquelle il a donné une largeur de vue\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "                                       — 103 —\n\nlittéraire qu'aucun organe français de cette importance ne possède, il s'est toujours\nmontré bienveillant, favorable, serviable à toutes les manifestations d'art, quel que fût\nleur caractère.\n   Rien ne l'obligeait, cet homme, de donner aux œuvres des auteurs belges une publicité\net une sanction qu'aucun autre organe de presse, en Belgique, n'eût pu leur donner. Et il\nn'est pas un de nos écrivains nationaux qui n'ait joui de cette large, féconde et généreuse\npublicité.\n\n    Assez de flagorneries, n'est-ce pas? Nous allons voir de quoi la Revue\nflamande, etc., est « étonnée et ravie ».\n    Voici un échantillon de la « publicité » et de la « sanction » données par\n l'Indépendance belge à l'un des plus remarquables poètes de notre pays,\n M. Emile Verhaeren :\n\n   Jeudi soir, conférence de M. Emile Verhaeren, poète, avocat, professeur au cours supé­\nrieur pour dames, critique littéraire et artistique; sujet : les Esthétiques littéraires\nmodernes, la Critique; public très clairsemé, où quelques frères et amis et quelques\nbons prudhommes, ambitieux de paraître des passagers du dernier bateau, ont applaudi\nspécialement les violences traditionnelles, les naïves et lourdes invectives aux critiques.\n\n   Il est tout à fait plaisant que M. Verhaeren, qui appartient à un groupe de chourineurs\nde l'écritoire, jouant hebdomadairement au jeu du massacre, vienne dénoncer sans rire\nles prétendus outrages de critiques, ayant toujours dédaigné les gros mots, comme trop\nfaciles\n   Ceux qui lisent certaines publications hebdomadaires ou mensuelles savent quelles\nplumes, exaspérées de n'être pas assez louées, crachent abondamment l'injure personnelle.\nIl est vrai que ces lecteurs sont rares, et que les associés de l'invective pour la notoriété\nen sont réduits à se lire entre eux. Mais cela n'empêche pas que les « paquets de linge\nsale », dont M. Verhaeren a parlé délicatement — c'était le mot spirituel de sa conférence\n— soient exclusivement déballés dans les sous-sols littéraires, où travaillent quelques\njeunes auteurs\n   Ne blâmons pas cependant cette péroraison surprenante de la conférence de M. Ver­\nhaeren. I1 aurait été ennuyeux, malgré d'ingénieuses explications littéraires, sans ce mor­\nceau final, qui est arrivé à être amusant, sans un trait fin, et même sans un mot pitto­\nresque.\n\n   Telles sont la « sanction » et la « publicité » de l'Indépendance belge,\nqui, presque le même jour, se pâmait d'aise à la conférence de Coquelin.\n   Mais M. Coquelin est Français. On sait que l'Indépendance a reçu d'en\nhaut la mission d'octroyer sa « sanction » et sa « publicité » à tout oiseau\nqui vient de France, cet oiseau fût-il le plus vilain canard, — car on y\nnéglige un peu les aigles et même les rossignols.\n   Et s'il faut un nouvel exemple de l'amabilité de M. Tardieu envers la\njeunesse artistique et littéraire, on le trouvera plus loin. Nous publions, en\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "                                    — 104 —\n\neffet, la lettre que M. Tardieu nous adressa, au mois de novembre dernier,\nen réponse (!) à un article de notre collaborateur, M. Albert Giraud.\n   Cette lettre, aussi sotte. que malveillante, nous en avions épargné la\npublication à M. Tardieu. Il n'était pas alors candidat à la direction des\nbeaux-arts. Nous la reproduisons aujourd'hui afin que l'on voie de quels\nsentiments est animé, vis-à-vis d'un groupe littéraire qui sera un jour la\ngloire de notre pays, l'homme qui brigue, avec la complicité de tous nos\nennemis, la direction de nos intérêts artistiques.\n   Ah ! qu'on la supprime, cette place inutile ! Qu'on supprime un à un\ntous les « rouages » de l'antique machine officielle des beaux-arts. L'art ne\ns'en portera que mieux.\n   Et vive la liberté !\n                                                 LA J E U N E B E L G I Q U E (I)\n\n\n\n\n   "}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 1635, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "(i) Nos plus chaleureux remerciements à l'Impartial   de Gand, qui a vaillamment\nattaqué la candidature que nous combattons.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 107, "titre_corps": "Au Carrefour de la mort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "AU CARREFOUR", "ancre_fin": "EMILE VERHAEREN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 122, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 898, "fin_caractere_exclue": 1635, "texte": "AU CARREFOUR DE LA MORT\n                                         I\n\n     Hélas, ton corps ! — ô ma longue et pâle malade,\n     Ton pauvre corps d'orgueil parmi les coussins blancs...\n     Les maux serrent en toi leur nerveuse torsade\n     Et vers l'éternité tournent tes regards lents.\n\n     Tes yeux, réservoirs d'or profond, tes yeux bigarres\n     Et doux, sous ton front plane, ont terni leurs ardeurs,\n     Comme meurent les soirs d'été dans l'eau des mares\n     Mélancoliquement, dans ces grands yeux tu meurs.\n\n     Tes bras qui s'étalaient au mur de ta jeunesse,\n     Tel qu'un cep glorieux vêtu de vins et d'ors,\n     Au long de tes flancs creux lignent leur sécheresse,\n     Pareils aux bras osseux et sarmenteux des morts,\n\n\n  "}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "                          —   ICO   —\n\n\nTes seins, bouquets de sève étalés sur ton torse,\nIles de rouge amour sur un grand lac vermeil.\nDélustrés de leur pulpe et vidés de leur force,\nSèchent, eux que mon rut levait à son soleil.\n\nEt maintenant, qu'aux jours de juin, pour te distraire,\nOn t'amène, là-bas, dans les jardins t'asseoir,\nComme on t'assied dans l'herbe, je crois te voir\nTout lentement déjà t'enfoncer sous la terre.\n\n\n                              II\n\nA voir si pâle et maigre et proche de la mort.\nTa chair, ta grande chair, jadis évocatoire,\nEt que les roux midis d'été feuillageaient d'or\nEt grandissaient, mes yeux se refusent à croire\n\nQue c'est à ce corps-là, léché, flatté, mordu,\nChaque soir, par les dents et l'ardeur d'une bâte,\nQue c'est à ces deux seins pâles que j'ai pendu\nMes désirs, mes orgueils et mes ruts de poète.\n\nEt néanmoins je l'aime encor, quoique flétri,\nCe corps, horizon rouge ouvert sur ma pensée.\nArbre aux rameaux cassés, soleil endolori,\nCe corps de pulpe morte et de chair effacée,\n\nEt je le couche en rêve au fond du bateau noir.\nQui conduisait jadis, aux temps chanteurs des fées,\nVers leurs tombeaux ornés d'ombre, comme un beau soir,\n— Traînes au fil des eaux et robes dégrafées, —\n\nLes défuntes d'amour dont les purs yeux lointains\nBrillent dans le hallier, les bois et dans les landes,\nEt dont les longs cheveux d'argents et de satins\nComme des clairs de lune ardent dans les légendes.\n\nEt comme elles, je veux te conduire à travers\nLes fleuves et les lacs et les marais de Flandre,\nLà-bas, vers les terreaux et les paccages verts\nEt les couchants sablés de leur soleil en cendre,\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "                         — ioö —\n\nLà-bas, vers les grands bois obscurs et pavoises\nAvec des grappes d'ombre et des fleurs de lumière,\nOù les rameaux noueux se tordent enlacés\nDans un spasme muet de sève et de matière.\n\nEt telle, une suprême et magnifique fois\nMon rêve aura voulu ta beauté rouge et forte ;\nPauvre corps! pauvre chair! pauvre et douce voix\n                       Morte !\n\n\n\n\n                             III\n\n\nLa mort peindra ta chair de ce beau ton verdâtre\nDélicatement jaune et si fin, qu'on dirait\nQu'à travers le cadavre un printemps transparaît\nEt qu'une lueur jeune en avive l'albâtre.\n\nEt recueilli du cœur, des yeux et du cerveau,\nSentant pâlir en moi, comme un feu de lumière,\nLe souvenir trop net de ta beauté plénière,\nJ'irai m'agenouiller devant ce corps nouveau.\n\nJe lui dirai les grands versets mélancoliques\nQue l'église, ta mère, épand aux trépassés,\nEt je lui parlerai de nos amours passés\nAvec les mots fanés des lèvres catholiques.\n\nJe fixerai dans mon esprit ses traits humains.\nSes yeux scellés au jour, au soleil, à la gloire,\nEt rien n'effacera jamais de ma mémoire\nLa croix que sur ton cœur auront formé tes mains.\n\nEt pour réaliser ton suprême souhait.\nLe soir, dans la piété des chrétiennes ténèbres,\nJe sortirai ton sein de ses voiles funèbres\nEt je le baiserai tel que la mort l'a fait.\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "                                      — 107 —\n\n\n                                            IV\n\n    Depuis que te voilà dissoute au cercueil sombre\n    Et que les vers se sont tordus dans ta beauté,\n    Et que la pourriture habite avec ton ombre\n    Et mord en toi les nids de sa fécondité,\n\n     Qu'il fasse-aurore ou soir, mon âme est douloureuse\n     Et stérile aux splendeurs des sites et des airs.\n     Le jour, ta forme est là passante et vaporeuse,\n     La nuit, ton long fantôme emplit mes bras déserts.\n\n     Il m'apparaît dans un orgueil pâle et candide,\n     Debout, mais sèchement retouché par la mort,\n     Peignant je ne sais quoi de triste et de splendide\n     Dans le lissage en feu vivant de ses crins d'or.\n\n     Il me regarde et ses regards semblent des plaintes\n     D'un exilé lointain, doux et silencieux,\n     Et telle est la douleur de ces clartés éteintes,\n     Que chaque soir mes mains lui ferment les deux yeux.\n                                                          EMILE VERHAEREN\n    Vers d'un volume (1885) resté inédit.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 107, "page_fin": 115, "titre_corps": "Henri De Braekeleer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "HENRI DE BRAEKELEER", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES LABYRINTHES TUTÉLAIRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 1069, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "HENRI DE BRAEKELEER (1)\n           Henri De Braekeleer, dont se font honneur, maintenant que la\n            mort l'a consacré dans la gloire, ceux qui dédaignaient naguère\n            son génie trop ingénu, nous apparaît comme un grand maître,\n            le dernier probablement de la pure tradition flamande. Car\nun déplacement d'axe et d'attractions s'est déjà depuis longtemps opéré et\n\n\n  (1) Du 6 au 20 décembre 1891, cinquante-trois œuvres de Henri De Braekeleer furent\nexposées au Cercle artistique d'Anvers. Trente-huit d'entre elles, avec treize autres,\nfurent exposées au Cercle artistique de Bruxelles, du 30 décembre 1891 au 17 janvier 1892.\n— Voir sur De Braekeleer l'article ému que G. Eekhoud publia dans la Jeune Belgique\ndu 1er septembre 1888 peu de temps après la mort de l'artiste.\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "                                    — 108 —\n\nsous l'influx, de jour en jour plus puissant, des courants français et anglais,\nla sève nationale s'adultère en des mélanges d'où surgira peut-être une nou­\nvelle fleur de vie.\n   Grand maître, disons-nous, et non petit maître, comme nous dirions s'il\nne dépassait pas la perfection du métier qu'on a coutume d'admirer exclu­\nsivement en lui. Nous ne saurions louer un virtuose pur qu'en nous rat­\ntrapant par des épithètes ravalantes, insuffisante compensation pour la\nméconnaissance du principe même de l'art et des subordinations essen­\ntielles.\n   Mais chez De Braekeleer l'art de peindre fut l'art d'exprimer l'invisible\npar le visible, et c'est bien l'âme de sa race qui a chanté en lui son plain­\nchant retrouvé, dont un pressentiment de silence futur semble intensifier\nencore la tristesse natale. Inconscient sans doute de l'exacte portée de son\nœuvre, il n'en a pas moins été le siège d'une incarnation, le centre d'une\npolarisation, l'instrument presque instinctif d'une sublimation. Il a reçu la\nroyale investiture de toutes les vertus déjà latentes et résorbées en ceux de\nson peuple, qui auraient reconnu en lui le vrai sang des aïeux, s'ils n'étaient\neux-mêmes anémiés.\n   Dès le premier regard jeté sur l'ensemble des oeuvres de Henri De Brae­\nkeleer, cette impression s'empara de nous. Tout d'abord, une émotion ner­\nveuse nous étreignit, une volupté presque douloureuse du regard ébloui où\nconvergeaient de toutes parts des effluves d'or. L'or s'allumait, brasillait,\nruisselait; nul peintre ne s'était jamais revêtu de pareille splendeur fauve,\nde cette rutilance ardente et passionnée. Dans sa lumière à base d'or et\nd'ambre, c'était comme un étincellement de joyaux et d'orfèvreries, l'éclat\n des émaux, l'orient des perles, le luxe des nielles et des ciselures, les gemmes\ntranslucides des verrières. N'était-ce pas là le vrai peintre anversois de\nl'époque impériale de Charles-Quint, mais venu trop tard, n'était-ce pas un\n Renaissant superbe transporté hors de son siècle, tout épris de la gloire\n solaire, des rayonnements et des flamboiements? Et le despotisme de cette\n sensation s'imposa, en même temps que le souvenir analogique des beaux\n vers où Albert Giraud a enfermé avec elle, comme De Braekeleer dans ses\n tableaux, la nostalgie d'une âme exilée de son temps :\n\n                O cuirs couleur de feu, d'automne et de victoire !\n                Qui flambez dans la nuit d'un antique oratoire\n                Où la lourde splendeur des jours passés s'endort.\n                Mystérieux et roux comme de grands lacs d'or';\n                O cuirs couleur de soir, de faste et d'épopée!...\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "                                  — 109 —\n\n    Le Joueur de cor, l'Atelier, la Femme à la portière, la Toilette, le Repas,\nle Géographe, la Salle de la corporation des brasseurs, la Partie de\ncartes, partout De Braekeleer affirme le même amour de la couleur exaltée,\norgueilleuse, dans l'extraordinaire profusion des choses colorées puissam­\n ment, des étoffes éclatantes brodées d'or, des merveilleux tapis chatoyants,\ndes tentures de vieux cuir fleuri d'or, dans l'harmonie large de leurs vibra­\ntions, dans l'énergique retentissement des notes fondamentales reliées par\n l'infinie délicatesse des demi-teintes les plus rompues, des plus instables\ndégradations. Avant de penser aux lignes, au sujet, à l'atmosphère, à n'im­\nporte quoi, impossible de ne pas entrer sympathiquement dans la vision\ndu peintre. Fasciné comme lui par l'indicible et adorable beauté des teintes\nvermeilles, saturées d'or, on écoute à l'intérieur de soi l'ample musique qui\nsort de ce monde élu par lui et qui submerge l'âme pâmée sous le déroule­\nment de ses nappes sonores.\n    De Braekeleer a aimé la couleur pour elle-même et préféré la couleur\nchaude entre toutes : il n'a jamais, croyons-nous, sauf en quelques\npaysages négligeables au regard de ses autres œuvres, établi les bleus, les\nverts, les violets, comme dominantes d'un tableau. En général, chez lui le\ntableau est issu d'une impression spéciale de couleur ; le sujet et la compo­\nsition ne viennent qu'après et s'y subordonnent. Cela est un trait, le trait\nle plus net peut-être, de la peinture flamande et de la peinture hollandaise,\nqu'il ne faut pas, sur ce point, séparer. C'est peu de dire ici que De Brae­\nkeleer est de sa race, il faut ajouter qu'il la résume.\n    De cet amour contemplatif et jamais rassasié de la couleur et de sa cou­\nleur de prédilection, procède sa constante fraîcheur de sensation : l'amour\nrevient à son objet avec des yeux toujours neufs, toujours éblouis. Jamais\nDe Braekeleer ne s'est ennuyé sur un tableau ; après une ébauche où il pose\nen une séance le thème fondamental (voyez la Servante, la Dame en\njaune, qui sont restées dans cet état), il reprenait chaque partie pour la\npousser d'un coup à fond, sans défaillance d'enthousiasme : pour rappeler\nun mot assez plaisant, nous n'en savons rien, mais nous en sommes sûr.\n Le travail n'est pas trop nourri, sauf peut-être dans certaines parties du\nJoueur de cor et de la Femme à la portière. La facture est calme,\nsavante, impertubable, chaque détail inspiré par le sentiment et traduit en\nune touche heureuse. Jamais De Braekeleer n'a recommencé le même\ntableau, bien qu'il ait peint vingt fois le même tapis, la même tenture de\ncuir gaufré d'or, le même tabouret d'atelier, les mêmes étoffes, le même\ncorsage jaune rayé de noir : s'il se reprend, comme Jordaens, Rubens et\ntant d'autres aux mêmes sujets, faiblement modifiés, il y apporte un entrain\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "                                  — 110 —\n\nentier, il peint à nouveau, avec une évidente jouissance, il ne se recopie\npas. Et jamais le détail ne le fatigue; il l'aime, parce qu'il aime à peindre,\nà communiquer à chaque objet sa vie propre et complète : s'il trichait, il\nse tricherait de son plaisir. Jamais son procédé n'a été plus large que dans\nsa dernière période, jamais De Braekeleer n'a été plus minutieux. Son\ntableau, il ne le fait pas pour qu'on l'admire ou pour qu'on l'achète,\nou pour étonner quelqu'un, auxquels cas seulement les trucs seraient\nde mise : il le fait pour satisfaire une passion et un besoin. Il a toujours\nété sincère, dépourvu de ruses : car quelles ruses eussent pu le\ntromper lui-même? A chaque fois, il a l'air d'inventer son procédé et il\nl'invente, de toute sa force accumulée et concentrée, c'est-à-dire d'inspi­\nration.\n   La sensation de couleur opulente étant recherchée par De Braekeleer,\nc'est dans ce sens que son imagination interprétait la nature prise moins\ncomme modèle que comme excitatrice de rêve. Car ce réaliste prétendu ne\nfut rien moins qu'un copiste désireux de reproduire la stricte réalité. Loin\nde là. D'abord il choisit sa réalité, celle qui lui convient, tournant le dos de\nparti pris à tout le reste, étranger par exemple à tout le tohu-bohu d'impor­\ntation, à tout l'inharmonique et transitoire décor de l'Anvers contempo­\nrain, se réfugiant, se barricadant contre ce désarroi antipathique au fond\ndes maisons du passé. Inquiet non de ce qui vit, mais de ce qui survit,\nil a peint les vieux quartiers, les vieux meubles, les vieilles étoffes,\nnon seulement à cause de la suggestion et du mystère dont toute chose\ns'imprègne à venir de loin, mais aussi certes à cause de la supérieure\nbeauté de ces intérieurs anciens dorés de lumière douce et semblables à\ndes sanctuaires ou à des châsses pour la vivante relique de son pieux amour.\nEn ces formes permanentes, son âme d'autrefois s'est objectivée ; comme\nelles, il témoigne d'un autre temps, il persiste et se souvient. Avec elles\nseulement il se sent en accord. Ainsi que tout grand artiste, il n'a formulé\nque ce qui lui est identique.\n    Et la réalité même qu'il a choisie, il la transfigure pour l'accomoder à sa\n prédilection. A quel point, c'est ce qu'on ne peut croire si l'on n'a visité par\n exemple cette étonnante Maison hydraulique, dont il a peint divers aspects\n et où il a notamment exécuté cette merveille, la Salle de la corporation\ndes brasseurs. Hélas ! la fastueuse demeure édifiée par Gilbert van Schoon-\n beke, l'ingénieur qui agrandit, assainit, embellit, dota d'un canal d'eau\ndouce l'Anvers du XVIe siècle, est bien déchue de son ancienne splendeur.\n Les murs chancellent de vieillesse, le pavement s'affaisse, les boiseries ver­\nmoulues se, disjoignent; dans la grande salle la tenture de cuir abîmée,\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "                                  —    111   —\n\n\n\nnoircie, morte, est abandonnée aux outrages des passants stupides qui y\ninscrivent leur nom et l'entaillent à coups de canif pour en emporter des\nlambeaux. Dans une chaise, sous la statue de Saint-Arnulphe, patron des\nbrasseurs, et son haut cierge de cire séculaire, De Braekeleer a accoudé la\nvague rêverie d'un vieux bonhomme, ce lent songeur désœuvré qu'on\nretrouve ailleurs descendant l'escalier de cette même maison, qui reparaît\ndans l'Homme à la fenêtre, dans l'Amateur de tableaux, dans la Salle des\névêques, et qui est, ce hanteur des logis de silence, comme le peintre lui-\nmême enfoncé dans sa morose méditation visionnaire. Mais il n'a pu se\nrésigner à l'attristante vétusté de cette salle devenue morne aujourd'hui.\nLa lumière même, si belle, d'un blond si chaud, quand elle passe à travers\nles carreaux des hautes fenêtres, ne peut voiler d'une illusion de magnifi­\ncence l'irréparable délabrement ; mais De Braekeleer n'a pas consenti à\ncette décrépitude : allumant les ors les plus riches de sa palette, évoquant\nl'âme endormie de la couleur, il a ressuscité la chambre, et lui a restitué\nsa vieillesse solennisée.\n   L'éclat prestigieux, le rendu surprenant de justesse et de puissance, une\naisance incomparable dans la manœuvre, une exactitude sans petitesse,\ntoutes ces qualités de l'œil et de la main, De Braekeleer les a eues autant que\nquiconque des vieux Flamands et des vieux Hollandais, ses authentiques\nancêtres. Mais il n'a pas, comme d'autres qui furent injustement placés à un\nrang supérieur et que l'avenir remettra à leur place, comme les Meissonier\net les Willems par exemple, refait froidement l'œuvre des anciens; il a fait,\ncomme les anciens, ce qu'il a vu autour de lui, ce qu'il a senti lui-même, et\npar là il est moderne, tout en se nouant fortement à la tradition.\n   De l'âme flamande, il a la somnolence, le recueillement et l'intimité. Ce\nn'est pas un peintre du mouvement et de l'action, comme Rubens par\nexemple, qui, dans l'école, est l'artiste le plus retentissant, mais aussi, à\nnotre sens, le plus exceptionnel, le plus éloigné du tronc central, le plus\néclectique, le plus hybride, et parmi les tout grands, le moins représentatif.\nLes personnages de Henri De Braekeleer, ses Liseuses, ses Hommes à la\nfenêtre, l'Amateur de tableaux, l'homme de l'Atlas, la Fleuriste, le Méné-\ntrier, l'homme de la Salle des évêques, tous les autres, sont pris au repos,\nimmobiles et souvent désoccupés. S'il en est qui ébauchent un geste, comme\ndans le Carillon, dans le Repas, dans la Fenime à la portière, le geste\ndemeure suspendu. Les deux portraits qu'on put voir à Anvers, les portraits\ndes sœurs, toutes jeunes, de l'artiste, sont devrais gothiques flamands, non\nseulement par l'exécution, mais encore dans la composition, dans le moment\noù il a arrêté les lignes : ils ne parlent pas, ils rêvent, et l'un d'eux surtout\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "                                       112\n\n\n nous a fait songer à quelque Vierge retrouvée de Van Evck, très réelle et\n très mystique à la fois.\n     Dans ses intérieurs silencieux à un seul personnage, l'atmosphère spiri­\n tuelle de la race est rendue palpable. Elle vit, presque autant que le person­\n  nage lui-même, d'une vie sourde et chuchotante. Et l'artiste affirme ce que\n les choses balbutient. Tous les objets, les meubles, vastes bahuts de chêne,\n vieilles commodes chargées de bibelots, vieux sièges de cuir luisant à clous\n dorés, évoquent une existence calme, familiale, recluse, sédentaire, avec, pour\n seul horizon, les toits rouges et gris, souvent entrevus par les fenêtres des\n petites maisons de la vieille ville que surmonte le clocher gothique où l'on\n entend chanter la voix toujours égale des heures. La fenêtre, c'est l'un des\n éléments les plus caractérisques des tableaux de Henri De Braekeleer. Emile\n  Verhaeren l'a noté excellemment : « La fenêtre, avec son intimité d'un côté\n et de l'autre son échappée sur l'infini, devient comme le personnage mul­\n tiple et un de tout son œuvre. Il l'a peinte partout. Derrière elle, sont enfer­\n mées les existences pâles et tranquilles de ses femmes cousant, brodant,\n songeant, de ses types de travailleurs solitaires : géographes, amateurs\n d'estampes, fouilleurs de parchemins et d'in-folio. Devant elle, se déploient\n les rues étroites, anciennes, calmes, les coins à pignons et à tourelles, les\n cathédrales immenses, les places et leurs fontaines, le ciel bleu et blanc et\n irisé de la Flandre ».\n    A l'imposante impression de silence qui plane sur toute cette vie provin­\n ciale, traditionnelle et figée, s'ajoute, trait nouveau, un sentiment mélan­\n colique de la décadence de la race, inconscient peut-être, mais réel. Dans\n des décors de luxe héréditaire, le personnage oisif, inutile, végète, traîne une\n existence humble, appauvrie, courbé sous le poids d'un passé magnifique.\n Une tristesse vague se marie à la splendeur, évoquant le faste douloureux\n d'un coucher de soleil automnal.\n    Il y a une nostalgie dans l'éclat de toutes ces choses qui s'en vont lente­\n ment, déjà sommeillantes, vers la mort. Elle s'exhale avec l'appel que le\n Joueur de cor essaie dans une chambre muette aux riches tentures ; elle\n plane sur les toits de la ville et descend dans le cœur de l'Homme à la\nfenêtre; elle alourdit le front du vieillard qui s'absorbe accoudé dans la\n chaise de la Salle des brasseurs; le corridor fuyant de la Maison\n hydraulique, le vide majestueux, sévère, épiscopal, des deux Salles de\n l'école Terninck, s'en pénètrent et la suggèrent discrètement. Les hommes\n actifs, énergiques, puissants, qui ont créé ces demeures ont disparu pour\n toujours et ne seront pas remplacés. Les demeures elles-mêmes lentement\n s'abolissent; on dirait qu'elles le sentent et qu'il y a de la résignation et de\n la désespérance dans leur recueillement.\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "                                 — 113 —\n\n\n   L'existence d'autrefois, De Braekeleer, qui ne la représente pas directe­\nment, l'évoque somptueuse et seigneuriale, et ce caractère ressort d'autant\nplus par le contraste avec la race déchue qu'il introduit dans ses vestiges\ndésertés. Il peint aussi les choses d'aujourd'hui, mais celles-là seules qui\nsont des survivances de l'autrefois perpétué : la vie tranquille des quartiers\nhumbles, conservateurs des vieilles mœurs, les vieux cabarets flamands,\nles intérieurs de petites gens, d'artisans de métiers domestiques, de tra­\nvailleurs à la Hans Sachs, à la mode du bon vieux temps. C'est un Cor-\ndonnier à son établi, un Chaudronnier dans sa boutique, un atelier de\nPotiers, la vieille femme de l'Echoppe, celle de la Fête de la grand'mère\nou de la Leçon, dans son école gardienne à la vieille façon, la Frileuse\ndans son intérieur plein de « souvenirs » où bat comme un cœur le tic-tac\nd'une horloge. A un degré plus haut, ce sont des artisans presque artistes,\nvivotant dans de calmes travaux, comme le Peintre-copiste, le Broyeur\nde couleurs, le Ménétrier, le Graveur. Ces vies précaires et cachées, il\nles aime, il les étudie avec amour, avec une sollicitude attentive, et c'est\nun trait nouveau par lequel il se rattache aux vieux peintres néerlandais.\nDès le début, il s'affirmait dans ce sens avec la Blanchisserie, doux jardinet\nsi paisible qu'il ressemble à un intérieur de béguinage. Dans un enclos de\npetites maisons aux toits de tuiles, aux vieux murs moussus, avec des pots\nde fleurs et des plantes grimpantes aux fenêtres, deux femmes et un bon­\nhomme en camisole rouge étendent des nippes multicolores avec une can­\ndeur où l'on sent l'ancestrale religion du linge. Ce tableau, dont le coloris,\npour n'avoir pas l'éclat de ses productions ultérieures, n'en est pas moins\nmerveilleux, De Braekeleer le fit à vingt et un ans, en même temps sans\ndoute que le Jardin de fleuriste. Or, déjà le peintre s'y trouve tout entier;\nc'est une œuvre décisive, déjà certes un chef-d'œuvre, qu'un Breughel avoi­\nsinerait sans déroger.\n  Au point de vue du sentiment général, De Braekeleer est d'une persis­\ntante identité. Ses tableaux forment un ensemble inséparable, avec des\nharmonies secrètes, des correspondances, des rappels, des raccords qui en\nmarquent l'unité fondamentale, semblable à celle d'un livre de poèmes bien\ncomposé, telle qu'un titre unique pourrait les envelopper tous. De Brae­\nkeleer s'est cloîtré en son âme, sans, se laisser envahir. Il vivait sur lui-\nmême et son esprit n'a jamais changé. Sous le rapport du métier, s'il a varié\ndavantage, ses diverses modifications procèdent de sa nature propre.\n   On peut distinguer chez lui, en effet, plusieurs phases successives, et ce\nmot convient mieux que celui de manières. Car il n'eut pas de transfor­\nmations subites, de révélations comme il arrive à ceux qui, les yeux fixés\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "                                   —    114   -\n\nsur l'art du voisin, abandonnent soudain la voie dans laquelle ils étaient\nengagés pour couper par les traverses et se lancer dans une autre direction.\nLes manières marquées nettement décèlent souvent l'absence d'un guide\nintérieur, vue réfléchie ou instinct puissant, et l'introduction fortuite d'une\ninfluence dans la vie d'un peintre. Or, De Braekeleer n'a jamais regardé ce\nque l'on faisait à côté de lui. Il a suivi sa ligne, sans se préoccuper, sans\ns'inquiéter. Ce n'est pas un agité, c'est un assuré, un tenace, qui va comme\nquelqu'un qui sait où il a reçu mission d'aller. Sans doute, des peintres ses\ncontemporains qu'il a vus, il n'a vraiment aimé que Leys, avec qui il com­\nmuniait dans sa race, et non pas le Leys romantique, mais le Leys de la plus\nbelle période, le Leys en possession de ses propres facultés. Parmi les anciens\non cite justement Pieter De Hooghe et Van der Meer de Delft, mais on ne\ndoit pas croire qu'il les ait imités. Ces deux peintres, très divers entre eux\ndans la composition du coloris, il en diffère profondément. Il s'est seule­\nment rencontré avec leur âme, aboutissant par de tout autres moyens à\nune expression analogue, avec en plus la nuance de sentiment que nous\navons essayé de caractériser.\n     Le principe des transformations de Henri De Braekeleer est en lui-même,\n  disons-nous, dans sa nature foncière. Ses toiles de début attestent un\n peintre amoureux des teintes pleines et fortes, à preuve le Jardin de\nfleuriste et la Blanchisserie, en même temps qu'un observateur.analytique,\n épris du détail, s'appliquant au scrupuleux rendu de la forme et de la\n physionomie de chaque objet : voyez le Cordonnier, le Chaudronnier, la\n Frileuse, un Intérieur de cabaret. Mais la lumière, généralement égale,\n ne joue encore aucun rôle, ou aucun rôle important dans le tableau.\n La précision aiguë du contour entraîne parfois la sécheresse, la dureté, et\n ce défaut persiste dans quelques tableaux de l'époque suivante, comme\n dans le Montreur d'oiseaux. Mais ici s'est révélée l'intervention d'un\n facteur nouveau, la lumière, qui est un élément fondamental de composi­\n tion dans le Graveur, le Broyeur, le Fumeur et d'autres toiles de cette\n famille, où l'on peut observer la lutte entre l'instinct qui cherche l'exaltation\n des teintes et l'observation qui constate, dans l'éclairage très vif, la froideur\n et la décoloration. De Braekeleer a vite fait de choisir et d'établir l'équi­\n libre nécessaire; il échauffe sa lumière, la tamise, la sature de pulvérin\nd'or, multiplie les tentures et les étoffes orfévrées, les objets de matière\nluisante, verreries, cristaux, porcelaines, argenteries, où s'iriseront des\nmiroitements, où flamboieront des éclairs. C'est la période d'éclat, de\nsplendeur triomphante, qui commença tôt, mais dont il nous est difficile\nde préciser le moment, les tableaux de De Braekeleer n'étant que rarement\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "                                 — 11 5   —\n\n\ndatés. Cette période dura jusqu'à la fin, De Braekeleer tendant toujours\navec plus d'exaspération vers l'intensité et transformant sa facture vers\nl'époque où il peignit l'Amateur de tableaux. Elle avait été lisse jusque-là,\nun étalement de couleur à plat, sans le truellage brutal du couteau à\npalette dont il a l'air de ne s'être jamais servi, un vrai dessin au pinceau.\nOr, dans l'Amateur, dans l'Ecole Terninck. dans la Toilette, et surtout\nplus tard dans l'une de ses Liseuses, dans le Repas, dans la Partie de\ncartes, dans la Sieste, dans les Accessoires, De Braekeleer introduit et\nadopte une facture fragmentaire, virgulée, variable et souple, adroite et\nsûre à miracle, avec laquelle il réalise des ensembles de l'éclat le plus\nvibrant, le plus violent qu'il ait atteint : rien ne dépasse sous ce rapport le\n Repas et la Partie de cartes qui, pour l'habileté et la personnalité du\nmétier, sont ce que De Braekeleer a produit de plus parfait. La verve s'y\n discipline par la science, sans que la science y alourdisse la verve, et c'est\n la dernière expression de la dextérité du maître. Mais on n'y retrouve pas\n l'éloquence d'impression, l'indéfinie puissance de suggestion qui sort\n d'oeuvres comme le Joueur de cor, la Salle de la corporation des bras-\n seurs, la Place Teniers, l'Homme à la fenêtre, dans lesquelles De Brae­\n keleer a formulé d'une manière complète et victorieuse l'idéal d'art auquel\n sa vie se voua religieusement.\n                                                     E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 120, "titre_corps": "Les Labyrinthes tutélaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "LES LABYRINTHES TUTÉLAIRES", "ancre_fin": "ALBERT ARNAY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REGRETS LOINTAINS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 1571, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "LES LABYRINTHES TUTÉLAIRES\n                                  PRÉLUDE\n\n         Hospice de fous — oh ! murs impassibles\n     Où s'attarde la nuit alors que tout frémit\n                Aux alentours paisibles\n                     Dont l'horizon rit —\n                 Oh! murs indéfectibles!\n\n             Des êtres à allures suspectes\n             Que je connus je ne sais où,\n     Y passent en parlant d'étranges dialectes...\n     Mais quand les femmes de céans découvrent leur cou,\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "                           — 116 —\n\nPar un geste d'amour quelles n'ont oublié,\n    Mainte beauté savoureuse engage\nA se les souhaiter sur quelque rivage\n             De Mai familier.\n\n               Leurs vêtements d'ailleurs —\nQuoique les genoux et les coudes percent —\nAttestent qu'ils vécurent des lustres meilleurs :\nCar sur les pourpoints clairs salis par les averses,\nSur les satins naguère orgueilleux de leurs fleurs,\nL'or cherche encore à sonner la grandeur\n          D'une jeunesse aventureuse,\nD'une jeunesse ardente au fil de l'aube heureuse;\nCar de féeriques diamants, de bizarres rubis\nSe fondent au miroir d'émeraudes virides\n         Sur les corsages amatis\nDe ces Phrynés d'hier à présent que pallides!\n\n       Et vraiment (tous parlent à la fois\n              De vieilles choses)\n       Elles se croient des reines, ils sont des rois.\n         Nos plus riches apothéoses\nSeraient, à les ouïr, indignes de leurs vœux;\nEt pertinemment ils élisent d'autres deux\n         Pour les impérissables rêves\n    Peuplant l'infini de leurs heures brèves.\n\n    Souvent, le soir, alors que tout s'endort,\n    J'en abordai d'aucuns dont le silence\n    Descendait avec moins de constance\n    Les marches trébuchantes de la Mort,\n             Et je leur demandai :\n         O Vous, énigmatiques formes,\nVous, errant mornes là, par d'anciens deuils courbés,\n         Qui êtes-vous et quelles Normes\nTiennent perfidement votre trésor caché?\nQuel espoir, dites-moi, tourne le gouvernail\nDes navires perdus sans voiles de vos songes ;\n         Quelles étoiles de mensonge\n         Vous éloignèrent du bercail ?\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "                         —   117   —\n\n    Et tous, des yeux seuls, répondirent d'abord :\n       Nous allons résignés vers le sort\n             Attendant toute enfance\n    Qui n'a plus la rayonnante Espérance\n             A ses côtés pour ange-gardien...\nPuis l'un d'eux soupira : ne nous demande rien,\nTes rives désormais nous sont étrangères;\nNotre règne a chu sous les noires colères\n         Que sacraient d'infernaux tocsins\n    Sonnés en fureur par ta main démente,\n              Va, passe ton chemin!\n\n             Hélas! hélas! pourquoi\n    — Maligne certitude qui tourmente —\n    L'idée depuis est-elle au fond de moi,\n         Que toutes les portes sont closes,\n    Sont closes pour eux, des jardins de roses\nOù jadis ils goûtaient d'angéliques émois...\n             Ah! pourquoi leurs paupières\nObstinément 's'abaissent-elles vers la terre,\nDédaignant la clarté joueuse aux alentours?\n\n           Parfois cependant — les jours\nOù c'est sur les jeunes landes plein soleil,\n    Une femme dont le regard s'éveille\n    Radieux et fer, tel un pur bonheur,\n    Une femme comme une grande sœur —\nTrès pâle et d'or sous son réginal diadème,\n             Et qu'ils nomment la Foi —\n         Une femme doucement les mène\n                   Loin d'eux-mêmes.\n\nSon bras, d'un geste fort, écarte le vieux bois\n     De la porte s'ouvrant sur la lumière\n              Musante des bruyères;\nEt ce serait la Joie aux multiples orfrois\n         Pour ces tristes fous en effroi,\nS'ils pouvaient comprendre la fraîcheur lucide\nMirée à s'éblouir aux ruisselles limpides.\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "                         — 118 —\n\nS'ils pouvaient seulement... mais ils ne savent pas\nLa floraison en avalanches sous leurs pas,\nLes oiselles éprises d'elles, dans les saules\nDont la caresse souple effleure leurs épaules;\nMais ils ne savent plus la saison à venir,\n         Ils ne sont que des souvenirs\n         Marchant vers d'autres souvenirs!\n\nNéanmoins la douce Foi les mène au loin ;\n    Et cueillant d'aventure une branche\n             Qui frôle ses hanches,\n             Puis la piquant avec soin\nDans la lumineuse chevelure épandue\n             Autour de sa poitrine nue,\n        Maternelle, elle se prend à dire :\n\n              Comment ne pas sourire\nTandis que tout sourit et se retrouve encor;\nTandis que toute chose exalte un essor,\n          Pourquoi rester parmi les brumes\n              Que nul matin n'allume ?...\n     O mes chétifs, qui me suivez ainsi,\nSortez de vous, voyez voyez la vie ici\n              Eperd ses liesses ;\nL'avrilée pour vous plaire a dénoué ses tresses\n              Où brillaient ses doigts,\n                       Les Voix\n          Parmi l'extase des berges\n          Rêvent divines d'heures roses\n     Et la libellule enivrée se pose\nSur les roseaux des eaux d'où le bonheur émerge.\n\nMais tous obscurément restent à leur souci;\n    Tous demeurent fermés au jour joli,\nA la sérénité virginale des pré es\n    Parées comme des fiancées ;\n    Et le soleil agile par les bois\n        N'est qu'un rappel de l'Autrefois\n                  Stérilisé\n        Pour leur esprit toujours voilé.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "                         —   119   —\n\nLes fous de mon cœur ne savent plus rire.\nCe sont des taciturnes aux pensers amers,\nEt quand à la fin de la promenade la mer —\nLa triomphante mer à leurs regards s'étend,\n     Faisant jaillir de mille lyres\n              Son hymne éclatant,\n         Pas un pli fugace ne bouge\n       Sur ces fronts de vivants trépassés;\nAucun d'eux ne salue hélas! le couchant rouge,\nL'astre qui disparaît, de tous ses feux baignés,\n Vers d'autres continents dont l'écho marin\nNous répète le los à son lever soudain !\n\n        Pas un d'eux n'est touché\n    Par cette splendeur majestueuse,\nCar chacun la voit à travers l'impérieuse,\n    A travers la cruelle nonchalance\n             De son propre passé.\nA peine est-ce un instant de mutisme plus dense.\n    Après lequel d'un unanime bond\n    (Comme si cette vie suprême,\n  Comme si cette mer plus belle qu'un poème\nAugmentait la folie buttant leurs pauvres fronts)\nTous s'élancent d'un coup vers l'hospice invincible,\nVers les murs opprimant les alentours paisibles.\n\n           Tous! et pas un, pas un seul\n           Ne s'arrête ni se détourne...\n                Les œillets, les glaïeuls\n Ils les foulent aux pieds lorsque la route tourne,\n           Car la terreur farouche de vivre\n      De tout ce qui croît, de tout ce qui bruit\n           Si tenacement les poursuit,\n Qu'ils ne savent quel direct chemin suivre\n Pour retrouver l'hospice aux murs ostensibles.\n\n Et les fous de mon cœur ne redeviennent paisibles,\n     Ils ne recouvrent leur calme égarement\n Que lorsqu'ils se sentent entre les murs jusqu'aux nues\n     De l'hospice clos aux bruits de la rue.\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "                                 — 120 —\n\n\n          Alors de nouveau — parlant doucement\n                   De vieilles choses —\n          Elles sont des reines, ils sont des rois;\n          Alors de nouveau par d'étranges lois\n     Ils ordonnent de plus riches apothéoses\n                   Pour leurs tacites vœux.\n\nSi lentement, si doucement ils parlent que la Foi\n     Docile mais si triste, avec en ses yeux bleus\n             Des larmes perlant sur sa main,\n     Docile dolemment referme le vieux bois\n         De la porte s'ouvrant sur la lumière\n                  Musante des bruyères...\n              Et sa voix, mourante, profère,\n     Pour la quantième fois ! ces mots prestigieux :\n                  Je reviendrai demain!\n                                                     ALBERT ARNAY\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 123, "titre_corps": "Regrets lointains", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Stevens", "ancre_debut": "REGRETS LOINTAINS", "ancre_fin": "GUSTAVE STEVENS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 819, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "REGRETS LOINTAINS\n                                                           A IWAN GILKIN\n\n                                      I\n   Par des soirs amis, après de longues causeries, j'ai souvent, pendant de\nsimples musiques émouvantes, senti le désir aigu d'elle. Celles que j'ai\nconnues étaient trop précises pour ma pensée inquiète et j'adorais ses con­\ntours flottants d'espérée. Toi qui m'es venue depuis, déjà m'apparaissaient\ntes yeux lourds de bonté !\n   Ce serait une nuit vivante où de laineux nuages passeraient vite vite sur\nle globe blanc de la lune : il n'y aurait que le charme immense de l'ombre\npour te dire mon amour dans le vent fou des grèves, pleureuses du titille-\nment de leurs herbes et du bruissement du sable qui vole. Ta tête échevelée\nserait sur mon épaule, ta tête attristée dont les baisers tomberaient comme\nrésignés vers mes lèvres...\n   La nuit m'est intime et bienveillante; auprès d'elle je retrouve mon âme\nblonde d'enfant ému d'aimer toutes choses, auprès d'elle je pleure des crimes\nimaginaires pour des tendresses méconnues et le clair de lune fouille mon\ncœur et l'ouvre. Ma voix, sous un voile de ténèbres amies, paraît être la\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "                                  —   121    —\n\n\nbrutale et vierge diseuse de mes pleurs et de mes désirs, seulement rythmée\ndes battements d'ailes du silence.\n  Et j'aime en toi plus que ta mauvaise beauté, la nuit sombre de tes\ncheveux et les étoiles de tes yeux.\n\n                                       II\n                                                               Sèvres, mai...\n\n   Ce soir en vain les fenêtres éclairées de sa chambre resteront ouvertes\njetant étrangement vers les chemins où leur lumière se perd un signal\nd'appel mystérieux. La chère maison est toute silencieuse, sans doute,\nenfouie sous les avalanches vertes, et la mignonne que j'aime, adorablement\ndécoiffée par hasard et fraîchement parfumée, se leurre, étendue en son lit,\nd'un sommeil inquiet et léger; bien sûr, elle écoute tomber les feuilles du\njardin et s'émeut, tandis que la veilleuse rouge, dont les rayons de tulle\nsaignent un peu sur les draps de son grand lit, use vainement son mystère\nsecret.\n   Maintenant, la porte a bougé, mais c'est le vent méchant et railleur... Je\nla vois se levant, m'accourant toute, frileusement joyeuse dans sa folle\nchemise et me grisant déjà du cher contraste intime de son être et de ses\nparfums d'avec les fraîches brises du chemin... Non, écoute, il ne viendra\npas le méchant ; c'était bien tentant pourtant, il a bien hésité à sa fenêtre,\ncar il fait beau et la lune se lève très grande et conseilleuse de folies! Mais\nje suis trop malade, vois-tu, et je voudrais tant venir! Comme je l'aimerais\nmaintenant cette route blanche de lumière, si je filais vers toi!... Et quand\nviendra minuit, mon amour, tu seras déçue, n'est-ce pas ? et lasse d'espérer,\ncar ce beau ciel t'aura fait croire à ma venue et puis tu me sais si fou, si\namoureux, malgré tout, contre tous!... Alors tu iras doucement fermer les\nvolets de bois à ferrures et, en te remettant au lit, ton parfum et les fraîches\ndentelles de ta chemise te feront sourire de toi et te prendre en pitié ;\ncar sûrement tu penseras en ce moment que je n'ai pu m'arracher à quelque\nfête et tu me verras sous les folles lumières, tout inquiet de mille riens\njoyeux, tandis que mes yeux et mon cœur sont pleins de langueurs et de\nregrets...\n                                       III\n\n   Longtemps, longtemps, des semaines et des semaines, j'étais resté enfoui\nen la sombre tristesse de ma chambre. Parfois, alors que le pâle soleil de\nmai étendait la nostalgie de ses ors blancs, la croisée restait ouverte et une\nlointaine rumeur de vie et de mouvement venait troubler mon paisible\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "                                      122 —\n\nsilence de malade : des cris, des chocs de briques heurtées pour construire,\ndes abois, des sifflets de trains venaient heurter l'atmosphère teintée de\ndouceur de mes rêveries ; et cette force de travail continu avait comme une\nironie et un reproche. Le chant des oiseaux me laissait tout affaibli d'extase.\n   Le chaud été venu, Elle m'attendit là-bas, et moi, dans ma pensée, je\ncomposais bellement le cher cadre de notre bonheur à nous revoir : ce serait\nsans doute auprès de quelque bois aux feuillages bleus d'ombre et où des\nmousses d'émeraude baiseraient étroitement les pieds des grands arbres.\n   Alors je vins en août. C'était un midi quand j'arrivai et de suite, loin de\nla maison, elle m'emmena vers les champs. Nous nous assîmes auprès d'un\npré jaune dont on avait fauché et emporté les épis et où seulement restaient\nles tiges à ras du sol. L'anémie de l'heure fauve régnait partout et la chaleur\nvacillait lourdement au-dessus de la terre. Dans l'air brûlant passait,\npareille à de lointains pleurs, la fuite bourdonnante des grosses mouches.\nMoi je souffrais d'un mal bleu et torturant et je disais à ma mignonne :\n « Pardonne si je suis triste, si je pleure même : je ne t'ai pas encore retrou­\nvée. Il me semble que j'attends quelqu'un de très aimé dans une gare affo­\nlante de force et de bruit. Je nous voudrais dans quelque terre aride dont\nj'ai la poignante nostalgie, ou en quelque blanc Sénégal dont la végétation\nfut moins lourde de sève et moins hostile à mon inquiète joie... »\n   Quand la nuit fut venue, nous sortîmes encore du parc et, par les routes\ngrises, sous la blanche lumière, nous marchions doucement liés. D'immenses\npâturages prenaient les prés d'un côté et des chevaux immobiles, leurs\ntristes têtes appuyées aux barrières de bois, nous regardaient passer, tandis\nque flottaient doucement leurs crinières blanches sous les rayons. Elle s'ar­\nrêta près de l'un d'eux et unit à sa lourde tête, aux yeux penseurs presque,\nson précieux front auréolé de cendres d'or. Elle le tenait longtemps caressé,\ntout heureuse de se trouver bonne et l'appelant : « Mon pauvre ami ! »\n   Et puis, quand nous vînmes près du fleuve tranquille tout purifié de\nblanches nappes, Elle eut le caprice de dormir dans l'herbe devant le mutisme\nde ses flots; sur nos visages et parmi nos cheveux baignés de brises, venaient\ncomme en une caresse les mains lustrales des rayons immenses.\n   Avant de s'étendre en mon manteau, elle regarda les champs noyés de\nbrumes et les lointaines buées des horizons de mystère, et elle écouta, atten­\ntive au moindre bruissement, le large battement du silence grandiose, puis\nsa voix d'air laissa tomber ces mots :\n   — « On dirait que la terre respire... »\n   Ensuite elle se coula dans la sombre étoffe étendue sous elle et s'endormit\nun peu; agenouillé près d'elle, je la veillais tendrement sous les froides\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "                                   — 123 —\n\nétoiles. Je regardai le fleuve traître et glacial et le lointain ciel de lumière;\nje contemplai un long instant la grâce de son être chéri... et je sentis que je\nl'avais retrouvée toute.\n                                                     GUSTAVE STEVENS\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 126, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition du Voorwaarts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LETTRE DE M CH TARDIEU", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 311, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                  EXPOSITION DU               VOORWAARTS\n\n              Aux grandes expositions, d'où les artistes de talent se retirent\n               parce qu'ils n'y sont pas traités selon leurs mérites, où les\n               peintres arrivés ne se soucient plus d'adresser leurs envois,\n                devenus inutiles, où les jeunes sans appui sont noyés dans\nl'indifférence universelle, on a vu se substituer petit à petit les expositions\nde cercles et les expositions particulières, mieux organisées, mieux instal­\nlées, plus libres de toute ingérence extra-artistique.\n    Le public y afflue chaque année davantage, et l'on peut prévoir le\nmoment où l'initiative privée sera assez puissante pour se passer de l'inter­\nvention de l'Etat, réduit au rôle de fournisseur gratuit de salles et de\nmurailles, destitué des vaines fonctions de douanier d'art, de tapissier, de\ndistributeur de couronnes, qu'il a toujours assez mal remplies et dont il\nn'est pas possible ni qu'il s'acquitte ni qu'il semble s'acquitter bien. En\nmatière d'expositions, l'Etat devrait se borner, pensons-nous, à faire con­\nstruire un palais, composé de grandes galeries et de petits salons, où\nchaque individu et chaque collectivité pourrait, en dehors de toute censure\net de tout contrôle, inviter le public à venir voir ce qu'il lui plairait de\nmontrer, sous sa propre responsabilité, à ses risques et périls. L'association\nlibre ou l'isolement libre pour ceux qui le préfèrent remplacerait ainsi l'ag­\nglomération forcée, la promiscuité anti-naturelle, l'aplatissement trop sou­\nvent nécessaire. La situation actuelle tend à l'établissement de ce régime,\nqui triompherait déjà universellement si des difficultés d'argent, que l'Etat\npeut seul facilement lever, n'y venaient mettre obstacle. Peser d'une\nmanière quelconque sur l'appréciation des œuvres envoyées aux exposi­\ntions, les pouvoirs publics ont évidemment tort d'y prétendre ; leur mécénat\ndoit se borner à rendre aussi aisée que possible la rencontre du tableau et\nde l'amateur de tableaux, comme dans un autre ordre celle du livre et de\nl'amateur de livres.\n   Ces graves réflexions qui ne sont pas d'une déconcertante nouveauté,\nmais qu'il est néanmoins opportun de rééditer de temps en temps, nous\nreviennent dans l'esprit quand nous considérons à quels résultats peut\narriver un cercle comme le Voorwaarts, composé d'éléments très dissem­\nblables, issus de milieux artistiques divers, indépendants les uns vis-à-vis\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "                                 — 124 —\n\ndes autres, sans doctrine commune, sans même un nom sollicitant violem­\nment l'attention du public.\n    Le Voorwaarts n'est pas une école, ni même un groupe de camarades,\nc'est simplement un syndicat, une association conclue en vue de la présen­\ntation des œuvres de ses membres au public. Pas de credo, pas d'intolé­\nrance 'ni d'exclusivisme. Or, cette association atteint pleinement son but;\nelle s'acquitte parfaitement du genre de service pour lequel elle a été\nconstituée. Avec des œuvres qui ne sont pas toutes intéressantes, elle com­\npose un salon intéressant, de bonne tenue, d'aspect favorable, sur le plan\ndu salon des XX, le plus rationnel, qu'on finira par adopter partout. Et le\npublic vient, voit, regarde, se rend compte, achète, et c'est un succès. Aux\nexpositions triennales, c'est à peu près le contraire. Avec des œuvres qui ne\nsont pas toutes mauvaises, on y compose un salon ennuyeux, accablant, où\nl'on ne peut rien voir, d'où l'on sort avec une immense migraine et un\nimmense dégoût.\n    Le Voorwaarts a adopté le système des invitations, et il en use discrète­\nment et éclectiquement. Citons : deux paysages, En Provence et En\nAuvergne, du français Gagliardini, un peu bien italien tout de même,\nou peut-être du Tessin, patrie des confiseurs? toiles extraordinairement\nclaires, — nous disons claires, et non lumineuses, car la lumière vibre\ndavantage, — d'un rendu et d'un métier étonnants. La Récolte du lin de\n M. Claus vibre, elle, et marque bellement les qualités de ce peintre en\n plein développement, de même qu'un effet de lumière dans la neige, Fin\n du jour, impressionnant à la manière de certaines œuvres de M. Ver­\n straete, avec qui M. Claus a quelque parenté. Puis : de M. Heymans,\n un frais Effet de soleil après la pluie, avec l'atmosphère d'une irré­\n prochable justesse; de M. Kamerlingh, une nature morte d'un maçonnage\n puissant, très semblable à celles qu'exposa l'an dernier aux XX un autre\n Hollandais, M. Verster; de M. Gari Melchers, A l'Eglise, une petite\n paysanne debout, lisant dans son livre d'heures, d'un goût charmant,\n d'une simplicité entière; de M. Pointelin, une plaine ondulée, à l'horizon\n infini, sous un ciel fuyant et triste; de M. Vanaise, un portrait qui ne\n comptera pas parmi ses meilleurs; de M. Alfred Verhaeren, des intérieurs\n  truculents, harmonisés en rouge majeur, des paysages rugueux, brossés\n presque avec colère, nullement « nature », mais très impressifs, delàacolo­\n ration la plus intense et la plus saturée.\n    Arrivons aux membres du Cercle. Parmi les paysagistes, très nombreux,\n comme partout, s'y distinguent particulièrement MM. Van Doren, Blieck,\n  Delgouffre, Gilsoul. A M. Van Doren, qui a de la vigueur et d'intéressantes\n  recherches de lumière, et qui expose notamment un Clair matin d'automne\n très séduisant, on peut reprocher trop de complication parfois et trop peu\n de souci des lignes et des formes. M. Blieck semble un improvisateur\n tumultueux, qui ne s'est pas encore appliqué à se dégrossir. Certains de ses\n tableaux s'alourdissent de bruns déplaisants; mais il faut lui reconnaître un\n  œil de coloriste, que dénotent par exemple : le Coin de faubourg et\n Heures suggestives. La Nuée atteint une grande impression d'ensemble.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "                                  — 125 —\n\n\nM. Delgouffre, le dévoué secrétaire du Cercle et l'infatigable organisateur\nde ses succès, amoureux plus que jamais des jolis petits coins de solitude et\nde silence, a mis de la poésie dans son Calme dit soir et de l'éclat lumineux\ndans les feuillages de son Chemin couvert.\n   L'un des meilleurs peintres du Voorwaarts est assurément M. Gilsoul,\nqui a une prédilection marquée pour les effets crépusculaires et nocturnes,\noù éclatent vivement de soudaines notes claires : nous espérons cependant\nque son grand succès de cette année ne lui persuadera pas de recommencer\ntrop souvent le même tableau. La Nuit naissante, un des bassins de\nBruxelles dont les quais au loin s'illuminent; Silence, un fleuve avec un\nbateau endormi dans les ténèbres ; Nuit de juillet, un canal éclairé par la\nlune; la Courbe, l'approche terrifiante d'un train de nuit dans une tranchée,\nsous un ciel farouche ; Harmonie d'automne, une symphonie de rouge et\nde bleu, autant de pages amples et puissantes, d'un sentiment largement\népandu. Les ciels particulièrement sont grands, aérés et profonds; mais\nquelquefois on observe trop de lourdeur dans les gammes sombres et une\ncertaine pauvreté dans les noirs, qui font trou.\n   Ni M. Gouweloos ni M. Ottevaere ne se prouvent coloristes\ndans leurs uniformes paysages imaginatifs, baignés dans des ombres\nopaques. Mais le Portrait de Mlle M. G. du premier, le Portrait de ma\nmère du second sont des recherches attentives et pénétrantes de physio­\nnomies et d'ensembles, qui dépassent la reproduction exacte des modèles.\nM. Jules Du Jardin a un portrait d'enfant d'un grand charme, où il a mis\nquelque chose du style et de la manière de M. Khnopff. L'harmonie des\nchairs, du vêtement, du mur blanc et uni qui sert de fond est tout à fait\ndélicate; la pose très étudiée, est vivante, gracieuse et nouvelle; le dessin,\nd'une grande précision. Un pastel de M. Rotthier, un dos de femme avec\nune draperie, attire l'attention par sa coloration savoureuse.\n   Une certaine tendance littéraire s'affirme chez plusieurs peintres du\n Voorwaarts, comme aussi chez un sculpteur, M. Puttemans. Elle domine\n presque exclusivement dans l'envoi de M. Middeleer : une allégorie, trop\n compliquée, des vices, qui s'intitule les Fleurs du mal, sans justifier préci­\n sément une aussi audacieuse usurpation; l'illustration de la scène finale du\n Saint Julien l'hospitalier de Flaubert, qui n'est qu'un essai malheureux ;\n une Mort inutilement encombrée d'accessoires puérils et d'une mise en\n scène macabre. M. Middeleer à d'évidentes ressources d'imagination, mais\n jusqu'à présent il étale ses intentions au lieu de se concentrer, il aigrit et\n anémie sa couleur sous prétexte d'en faire un moyen d'expression ; dans les\n physionomies il n'arrive pas à dépasser la 'banalité ; au mysticisme il joint\n un réalisme très analytique qui le contrecarre et introduit dans l'œuvre un\n élément de désharmonie. On dirait qu'elle ne procède pas chez lui d'une\n impression ou d'une série d'impressions, visuelles, mais tout au rebours\n d'une idée nue, qu'il s'efforcerait de concrétiser. Quoi qu'il en soit, M. Mid-\n deleer est un artiste chercheur, intelligent, ; qui: tente de mettre dans ses\n œuvres quelque chose de plus que l'apparence des objets, une signification\n intellectuelle et un reflet d'âme; cette tendance n'est assurément pas de\n celles qu'il faut décourager.\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "                                       — 126 —\n\n\n    Dans le domaine de l'art abstrait et synthétique, la meilleure chose du\nsalon, c'est dans l'envoi de M. Colmant que nous la rencontrons : nous\nvoulons parler d'un dessin intitulé : Rancœur, qui représente une vieille\nfemme dont le regard fixe et méchant semble ensorceler un paysage mau­\nvais. Ici l'effet voulu est atteint, par des moyens simples, bien disposés\npour le faire ressortir dans toute son âpreté.\n   De tous les artistes du Voorwaarts, M. Laermans promet le plus, et\nsemble, par un ensemble de qualités très diverses, pouvoir s'élever le plus\nhaut. Des dessins : Fin de siècle, Etre poète, aux intentions trop soulignées\ndans les accessoires, témoignent cependant d'une propension vers la syn­\nthèse dont l'expression n'est pas encore bien personnelle. A côté de cela,\nRéflexions et reflets, une étude de jeune femme vêtue de blanc, est une\nanalyse serrée de près des modifications de ton et de lumière. Dans le Vil-\nlage qui sommeille, dans l'Idylle campagnarde, dans les Harmonies du\nsilence surtout, un peintre très spécial s'affirme, avec le sens du coloris\nexpressif et décoratif à la fois et le don naturel de l'unité. D'autre part,\ndans ces mêmes Harmonies du silence, dans Prélude, dans Plain-chant,\ndans les Politiques du village par-dessus tout, s'accuse une aptitude à saisir\nsur le vif les types, les attitudes caractéristiques, qui ne va pas sans bruta­\nlité, sans outrance caricaturale, mais où l'on sent l'emportement, la verdeur\n d'un tempérament audacieux. Une eau-forte, parmi d'autres, la Prière, des\npaysans groupés à la porte d'une église, joint à cette crudité d'observation\nune grande largeur de sentiment. Parmi les œuvres de M. Laermans, qui\nsont presque toutes fragmentaires, incomplètement réalisées, c'est la plus\nnette et la plus significative d'un talent dont il est permis, sans doute,\nd'espérer beaucoup.\n                                                                ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 126, "page_fin": 129, "titre_corps": "Lettre de M. Ch. 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Et puis les gosses sont faits pour être mouchés et remouchés.\n   Vous permettez?\n   Je prétends prouver à l'auteur de Pierrot Narcisse — un titre qui est un portrait —\nqu'il ne sait ce qu'il dit. Rassurez-vous, Madame, je ne songe pas, épuisant mon droit de\nréponse, à vous infliger le double de la tartine si laborieusement beurrée d'invectives par\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3774, "texte": "                                                — 127 —\n\n « le Scribe » de Pierrot lunaire. Quelques mots seulement, quelques faits et documents.\n    Mon wagnérisme? Laissons cela. Sujet usé, si c'en est un. Il est amplement traité, et\n avec une compétence qui manque aux poètes des Dernières Fêtes — suis-je assez gentil?\n je les cite toutes — par M. Edmond Evenepoel en son Wagnérisme hors d'Allemagne,\n un livre que je prends la liberté de vous recommander, bien qu'il ne sorte pas de vos\n presses. Le wagnérisme, qui, du moins, devança la vogue et la mode, le genre et le chic,\n est peut-être d'érudition médiocre. Giraud assure que celui de Maurice Kufferath est\n plus profond. Pense-t-il me l'apprendre? Je l'ai dit moi-même, écrit et signé. Quand\n Georges Eekhoud en fera autant !... Mais, chose inavouable, ce wagnérisme se complique\n de gounodisme. Et pourquoi pas? Mon admiration pour Wagner n'exclut guère que ses\n imitateurs.\n    Elle ne m'oblige à écarter aucune personnalité dissidente, aucune tendance à côté,\n intéressante à un titre quelconque; mais elle ne m'oblige pas davantage à surfaire un\n tas de petits pierrots de lettres ou à musique qui ne viennent pas à la semelle du maître\n de Bayreuth.\n    Mon vaudevillisme ? Il paraît que mon humeur acariâtre et vaniteuse l'a fait avorter.\n En voilà une chance, par exemple! J'en félicite Valabrègue.\n    Ma critique d'art. Ici, souffrez que je vous arrête un instant.\n    Mon ami Pierrot écrit ceci :\n    « ... En littérature et en art, les opinions de M. Charles Tardieu passent d'un air dédai­\ngneux devant les grandes œuvres, pour saluer jusqu'à terre les ceuvrettes de Lilliput. Ah!\nces Salons, où les petits lécheurs de toiles élégantes et musquées sont préférés aux Rodin\net aux Moreau ! »\n    Vraiment, c'est mal tomber...\n    « Il n'est pas de haute vision d'art au bas de laquelle M. Charles Tardieu n'ait déposé\nune plaisanterie, un de ces mauvais bons mots que les amuseurs de dixième ordre\nfabriquent à la grosse pour les infirmes et les impuissants. C'est là l'hommage ordinaire\nque les plaisantins rendent au talent. »\n   Cette appréciation est contraire à la vérité. Sans doute, il m'est arrivé de déposer\nquelques plaisanteries plus ou moins dédaigneuses « au bas » de certaines visions ou\nprétentions d'art où je ne voyais qu'oeuvrettes et machinettes sans grande portée. Et il\nest naturel que certains oeuvrettistes d'art ou de littérature trouvent mon enthousiasme\nun peu froid, comparé à l'ardeur de leur Narcissisme. Tel un Jean-Paul Choppart qui\nserait furieux de n'être pas égalé aux héros de l'Iliade. Mais vienne la forte impulsion,\n''initiative hardie et féconde, l'idée neuve et vraiment grande, je vous jure que je m'em­\nballe, gaiement, sans plus d'érudition que de pose, — c'est peut-être une pose de le\nconstater — mais enfin de bon cœur et pour le plaisir. Seulement ces fêtes-là sont rares.\nEt voilà ce que nos gosses ne veulent pas comprendre.\n   Tenez, Madame, puisque Giraud cite Gustave Moreau, veuillez prendre la peine de lire\nces passages d'une étude consacrée à l'artiste original et captivant que mon confrère et\nami, Louis de Fourcaud, appelait un jour « le maître sorcier » :\n   Ici un long groin surgit, comme dit Henri Conscience, et M. Tardieu cite un long\narticle de sa composition.\n   Il y a treize ans que j'écrivais cela (1) et je vous ferai remarquer qu'à cette époque,\ncelle de l'Exposition universelle de 1878, où il n'obtint qu'une deuxième médaille, Gustave\nMoreau, toujours discuté, voire contesté, n'était pas encore membre de l'Institut. Je n'ai\ndonc pas attendu sa consécration officielle pour lui rendre hommage.\n\n\n (1) Dans l'Art, 4e année, tome II, pages 288 et 319, où vous pourrez contrôler et compléter la citation, si le\ncœur vous en dit.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3937, "texte": "                                          -   128     -\n\n    La citation est un peu longue encore qu'incomplète. C'est pourquoi je vous épargne\nAuguste Rodin. Je le réserve pour une autre livraison, si notre ami Pierrot insiste. Et je\nle préviens que je tiens à sa disposition une liste d'artistes qui ne sont pas du tout de\n Lilliput, que je me flatte d'avoir mis à leur rang, que je me fais honneur d'avoir salués,\net précisément parce qu'ils ne sont pas des ceuvrettistes.\n   Voulez-vous que je vous dise? Giraud ne m'a pas lu. C'est peut-être humiliant pour\nmoi, mais ce n'est pas une absolution pour lui, pour ses jugements téméraires et sa\ncritique calomnieuse.\n   Ma critique littéraire? Mon Dieu, j'en fais bon marché. Ce n'est pas ma spécialité, si\ntoutefois j'en ai une, ma spécialité étant plutôt de n'en point avoir. Je ne suis pas un critique\nlittéraire : je tiens aussi la critique littéraire. Giraud me traite de chroniqueur frotté de\nlittérature et d'art, détestant dans chaque écrivain l'artiste que j'aurais rêvé d'être. Que\nsignifie ce charabia? Je ne sais pas si je suis ou ne suis pas un artiste. Je sais que je suis\nun journaliste, un professionnel, faisant tout ce qui concerne son état, un polémiste\npolitique s'ouvrant des jours de différents côtés pour aérer sa polémique et esquiver\nl'asphyxie électorale. Je sais que j'ai toujours ambitionné la maîtrise de mon métier, et je\nsais que dans ce métier qui est le mien et que j'aime — alors que d'autres qui en vivent\naffectent de s'y résigner en déclassés du Parnasse pour avoir déposé de-ci de-là sur de\nrares papiers de Hollande quelques vers huileux et transpirants — j'ai obtenu déjà\nquelques succès, notamment certain jour où je vis mon ami Pierrot, après avoir raillé,\nturlupiné, flétri une incartade de votre serviteur, s'y rallier au lendemain du succès, avec\nune souplesse et une platitude que j'admire encore. Êtes-vous sûrs là-bas, vous autres,\nque je ne suis pas un artiste à ma manière dans les données de ce métier-là? Et si je\nl'étais, pourquoi diable vous envierais-je votre art de petite lècherie versiculaire dont\nje n'ai jamais rêvé pour mon compte et pourquoi vous empécherais-je de vous y épanouir\nà votre aise? Qu'est-ce que ça peut me faire, je vous le demande? Mon métier est mon\nart, mon talent si j'en ai.\n   Mais il y a la Princesse Maleine, la grande obsession de notre fin de siècle !\n   Il est certain que je ne l'ai pas faite.\n   Mais permettez : Giraud non plus.\n   Verhaeren pas davantage.\n   Eekhoud encore bien moins.\n   II paraît qu'ils sont ravis tout de même.\n   Moi, ça ne m'étonne pas que je ne l'aie pas faite. Alors pourquoi serais-je plus agacé\nqu'eux?\n   I1 est certain aussi que dans le supplément littéraire de l'Indépendance belge, citant\nune scène de la Princesse Maleine, et rappelant l'article sensationnel d'Octave Mirbeau\net le célèbre « plus fort que Shakespeare », j'ai osé risquer cette parenthèse : « Est-ce un\npavé? » On me le reproche ce pavé, échappé sans doute de mon volcan au vinaigre —\nune trouvaille de Pierrot en goguette. — On me le reproche, mais on le ramasse. De\nl'inoubliable pavé, d'habiles exploitants tirent toute une carrière. Désormais, ce n'est plus\nassez de s'entrelouer, si l'on ne jette, aux pieds des idoles de l'admiration mutuelle, les\ncadavres de quelques-uns de ces morts qu'il faut qu'on tue. C'est ainsi qu'à Maeterlinck\nplus fort que Shakespeare, ont succédé Demolder plus fin que Rabelais, Hubert Krains\nrival heureux de Flaubert et Mérimée, sans parler de Georges Eekhoud plus fort que\nZola, naturellement. Encore un mort I C'est ainsi que l'orphéonisme littéraire de la Ligue\ndes Gosses s'est annexé un Quenast en syndicat pour lançage de pavés d'ours. Et c'est\nainsi enfin qu'après tant de plusfortquistes — le mot est de Maurice Kufferath plus fort\nque Tardieu — nous verrons bientôt ce comble énorme, invraisemblable : Iwan Gilkin\nplus fort que Giraud.\n   Impossible !\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "                                            — 129 —\n\n   On peut être plus fort que Shakespeare.\n   On peut, à la rigueur, être plus fort que Tardieu\n   On n'est pas plus fort que Giraud !\n   Et on appelle ça de la solidarité?\n   Laissez-moi rire!\n  Et maintenant, comme dit Giraud, finissons-en.\n   Mes enfants, je ne vous dois rien. A la différence de Giraud, si je parle de l'un de vous,\nje ne suis pas homme à lui prêter une opinion contre laquelle proteste tout ce qu'il a\nécrit. Mais j'ai le droit de ne pas m'occuper de vous. Je vous suivais de loin en curieux\nqui a autre chose à faire. Vous aviez là un signaleur, un peu gouailleur comme il convient\npour affranchir l'éloge de toute apparence complaisante, un rééditeur bon garçon quoi\nqu'en dise votre porte-parole. Du moment que ses sourires sont pris pour des mépris\nhostiles et vindicatifs, sa bonne volonté pour de la vanité acariâtre et sa bonne humeur\npour de l'imbécillité ou à peu près (1), bonsoir I N, I, ni, fini! Et passons à d'autres\nexercices. Si vous croyez que la clientèle s'en plaindra !...\n   Veuillez, Madame, insérer cette lettre dans votre livraison de décembre à la même\nplace et dans le même caractère typographique que la lettre ouverte à laquelle je réponds.\nJe vous en prie et au besoin vous en requiers suivant la formule. C'est bien le moins\nqu'une fois en ma vie j'exerce le droit de réponse si souvent invoqué contre le journal\noù j'opère. Vos jeunes gens paraissent tenir énormément à la publicité de l'Indépendance\nbelge. Plus modeste, je me contente de celle de la Jeune Belgique. Et j'ose leur conseiller\nde suivre mon exemple. Il faudra bien. Au fait, il leur restera la ressource de la Librairie\nbelge à Paris, et celle de l'intimidation électorale, préconisée en un banquet fameux. Les\ncandidats n'ont qu'à bien se tenir. Gare au nouveau wagnérisme : Les Maîtres Chanteurs\nde Kaeyenberg.\n   Agréez, je vous prie, Madame, l'hommage de mes sentiments les plus distingués.\n\n                                                                           CHARLES TARDIEU."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 132, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Ermites", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 103, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "Depuis que M. 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Flaubert"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1391, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "décadent 1 Et ce n'est pas tout, car «ni la"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1484, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "Légende de saint Julien de Flaubert, ni"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1575, "fin_caractere_exclue": 1616, "texte": "les Fleurs du Mal de l'infâme Baudelaire,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1668, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "ne sont faits pour la peinture flamande,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "pour l'artiste soucieux de sa pensée, de son"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "art et de son public »."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1824, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "Nous demandons le nom de la vieille"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1894, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "conserve qui a écrit ça !"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2171, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "Avec ses Coups de Plume, dont nous"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2262, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "parlerons bientôt, M. Firmin Van den"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2356, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "Bosch a fait un miracle."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2452, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Le Bien Public ayant publié, sur ces"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2539, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "pages alertes et batailleuses un article sévè­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2629, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "rement « gaga », la Flandre libérale l'a"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2717, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "reproduit le lendemain."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2808, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "Pour réconcilier ces deux fossiles enne­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "mis, il a suffi de l'apparition d'un jeune"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2981, "fin_caractere_exclue": 2991, "texte": "écrivain !"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3074, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "C'est plus belge que nature. 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Dosogne, dans la Libre Cri-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3609, "fin_caractere_exclue": 3616, "texte": "tique :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3670, "fin_caractere_exclue": 3711, "texte": "« Zola même, bien que sa simple, forte et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3713, "fin_caractere_exclue": 3754, "texte": "impersonnelle peinture soit plus puissam­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3756, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "ment fructueuse de vraie philosophie mo­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3846, "fin_caractere_exclue": 3891, "texte": "rale que les thèses, l'ergotisme outré, vani­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3939, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "teux et paradoxal des Tolstoï, — Zola n'est"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 4034, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "pas suffisant. »"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 4128, "fin_caractere_exclue": 4165, "texte": "Prenez feu Léopold Stapleaux. Il vous"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 4215, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "suffira !"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 52, "texte": "—"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 193, "fin_caractere_exclue": 216, "texte": "Les Revues françaises :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 270, "fin_caractere_exclue": 309, "texte": "Lire, dans les Entretiens politiques et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "littéraires, l'article de M. François Vielé-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 453, "fin_caractere_exclue": 493, "texte": "Griffin sur les Apparus de M. Emile Ver­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 578, "texte": "haeren ; dans la Plume, des vers de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 628, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "M. Edouard Dubus et une correspondance"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 716, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "bruxelloise très intéressante, dans la Revue"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 810, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "Blanche, des poèmes de MM. Thonnar et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 898, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "Kenlio ; dans la Revue indépendante, un"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 987, "fin_caractere_exclue": 1026, "texte": "mirifique René Ghil: «Le vœu de vivre »"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1076, "fin_caractere_exclue": 1117, "texte": "et un plus mirifique poème de MM. Gaston'"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "et Jules Couturat ; dans Art et Critique,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "des études sur les impressionnistes, par"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1351, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "M. Georges Lecomte et des calembours de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1441, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "Willy ; dans le Mercure, après une procla­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1534, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "mation de M. Saint-Pol-Roux, des sonnets"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1625, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "de M. José-Maria de Hérédia et u n j o l i"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "poème de M. A.-Ferdinand Hérold."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1873, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "Les Revues belges :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1945, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "A signaler, dans la Revue générale, qui"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2035, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "se réveille, des articles de M. Firmin Van"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2128, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "den Bosch et les intéressantes et coura­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "geuses chroniques littéraires de M. Eugène"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2312, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "Gilbert ; à signaler aussi un bon numéro du"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2406, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "Réveil de Gand, et l'apparition de Floréal,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2500, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "la revue liégeoise annoncée dans notre"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2589, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "memento de janvier, et qui arbore à son"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2679, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "sommaire, avec des noms nouveaux aux­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2767, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "quels on s'habituera vite, ceux de MM."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2856, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "Camille Lemonnier, Emile Verhaeren,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "Albert Mockel, P.-M. Olin et Quillard."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3034, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "Nous avons reçu aussi le premier nu­"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3121, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "méro du Mouvement littéraire, fondé par"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3211, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "MM. Fernand Roussel, Raymond Nyst et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3298, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "Léon Donnay. Bon début. Collaborateurs"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "du numéro : MM. Picard, Verhaeren et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "Lemonnier pour la Belgique ; MM. Barrès,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3565, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "Vielé-Griffin, Drumont et Lemaître pour la"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3658, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "France."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3808, "fin_caractere_exclue": 3844, "texte": "M. Emile Verhaeren a fait, au Cercle"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3895, "fin_caractere_exclue": 3937, "texte": "Artistique et Littéraire de Bruxelles, une"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 3988, "fin_caractere_exclue": 4032, "texte": "bonne et vaillante conférence sur les Esthé-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 4083, "fin_caractere_exclue": 4123, "texte": "tiques modernes et la Critique. Il s'est"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 4174, "fin_caractere_exclue": 4213, "texte": "attaché à démontrer que les différentes"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 4264, "fin_caractere_exclue": 4304, "texte": "écoles littéraires, qui ont surgi depuis"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "trente ans, sont autant de rameaux du"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 128, "texte": "romantisme. Cette première partie de la"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 129, "fin_caractere_exclue": 167, "texte": "conférence est un excellent morceau de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 221, "fin_caractere_exclue": 259, "texte": "critique. 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Le lendemain l'Indépen-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 725, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "dance contenait une petite Sainte-Beuverie"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 810, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "de M. Frédérix, écrite d'une plume sénile"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 892, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "et rageuse."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 1018, "texte": "Tous nos compliments à M. Verhaeren."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1249, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "L'Intruse de M. Maurice Maeterlinck a"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1308, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "été représentée à Londres et à Copenhague."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "Succès à Londres, malgré la mauvaise"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1471, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "qualité de la traduction et l'étrange inspira­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1558, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "tion de l'interprète principal, M. Beerbohm-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1647, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "Tree, qui, dans une conférence, a, paraît-il,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1739, "fin_caractere_exclue": 1779, "texte": "éreinté le drame avant de le jouer. Très"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1818, "fin_caractere_exclue": 1857, "texte": "grand succès à Copenhague, où les comé­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1895, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "diens ne conférencient pas encore."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1984, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "La Chronique, journal perspicace, a"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2058, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "trouvé la raison de ce grand succès :"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "«M.Maeterlinck devait être compris dans"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2211, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "la patrie l'Hamlet »."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2299, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "Cette remarque est évidemment de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "l'onagre."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2640, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "Daisy, la dernière œuvre de Max Waller,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2716, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "paraîtra sous peu, en un volume in-18, chez"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "notre éditeur Paul Lacomblez."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3059, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "Paul Lacomblez vient d'éditer une excel­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3137, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "lente GRAMMAIRE EN PORTEFEUILLE, de format"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3268, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "élégant et commode et de prix très minime"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3350, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "(50 centimes). Ce memento très clair et très"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3479, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": "précis des plus grandes difficultés de la"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3521, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "syntaxe française est résumé de la Gram-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3562, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "maire Da Costa adoptée exclusivement,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3643, "texte": "après concours, pour les écoles de la ville"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3644, "fin_caractere_exclue": 3653, "texte": "de Paris."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3657, "fin_caractere_exclue": 3695, "texte": "La Grammaire en Portefeuille rendra de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3696, "fin_caractere_exclue": 3738, "texte": "réels services aux écrivains de tout ordre"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3739, "fin_caractere_exclue": 3778, "texte": "que peut, à chaque instant, embarrasser"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3779, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "une lacune de mémoire,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 220, "texte": "Pour paraître prochainement chez E. De­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 271, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "man, éditeur à Bruxelles : Ténèbres, par"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 362, "fin_caractere_exclue": 374, "texte": "Iwan Gilkin."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "Les Revues. — Sommaires : LA REVUE"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 594, "fin_caractere_exclue": 632, "texte": "BLANCHE. — Maurice Barrès, Lettre à un"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 680, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "lecteur familier. — Gabriel Séailles, Sur la"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 772, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "« Cène » du Vinci. — Thadée Natanson,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 857, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "Vent de Novembre. — Romain Coolus,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 940, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "Thèmes d'évocation. — Louis-Alfred Na­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1067, "texte": "tanson, Fêtes. — Pierre Quillard, La Mort"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "d'un dieu. — Charles-Henri Hirsch, Notes"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1203, "fin_caractere_exclue": 1245, "texte": "sur des peintres. — Lucien Muhlfeld, Chro­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1287, "fin_caractere_exclue": 1307, "texte": "nique. — Calendrier."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1358, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "LA PLUME : Adolphe Retté, Ecoles. —"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "Bulletin de la quinzaine : Paul Vérola,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1518, "fin_caractere_exclue": 1557, "texte": "Sonnets accouplés; Epicure. — Raoul Gi­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1603, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "neste, Chattes et Chats {extraits inédits)."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1693, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "— Claude Lauzanne,          Floridor-Célestin"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1780, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "Prudhomme. — Louis d'Eristal, La Psy-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1858, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "chycologie chez Guy de Maupassant. —"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 1942, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "Léon Dequillebecq, A propos d'un Livre"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2020, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "récent. — Léon Deschamps, Petits Por­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2096, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "traits : Paul Vérola."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2168, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "L'ERMITAGE : La Décoration de l'intérieur,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2258, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "Alphonse Germain. — Le Rêve de vivre,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "Charles Morice. — Fantômes, Pierre Quil­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2420, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "lard. — L'Ivresse verbale, Remy de Gour­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2508, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "mont. — Tentation, Louis Le Cardonnel."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2594, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "— Les passants dans l'allée des peupliers,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2680, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "Hugues Rebell. — La Censure morale,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2760, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "G. Bernard-Kahler. — Pages Sereines,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2844, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "Paul Redonnel. — Les trois Rois, Henri"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 2930, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "Mazel. — Dédicaces pour Thulé des Bru-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3016, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "mes, Adolphe Retté. — Pour violoncelle,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3100, "fin_caractere_exclue": 3136, "texte": "Karl Boès. — Vers l'impossible, René"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3227, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "Tardivaux. — Rondels, Joseph Declareuil."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3310, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "— D'azur au chef d'or, Hadrien Merle. —"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 3442, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "Chroniques et Variétés, Les Ermites."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1892-02-n2-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1892-001-011_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1892-001-011_f.pdf", "ocr_sha256": "043ce084666280501887467735afb70df6194bd0774044251a8d6b50fefaae4b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Paul LACOMBLEZ", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 5105, "texte": "Paul LACOMBLEZ\n     É D I T E U R D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                                31, rue des Paroissiens, 31\n                                            BRUXELLES\n\n\n\n                        Catalogue des livres de fonds :\nBAUDOUX (Fernand)       .   .\n                           Rythmes vieux, gris et roses, un volume in-16. . fr. 3 50\nBLOY (Léon)                Le Pal, la collection complète (4 n°s) très rare . . . 4 »\n                              Les trois premiers numéros, ensemble . . . .        1 »\nCHAINAYE (Hector) . . .    L'Ame des choses                                       2 »\nDELATTRE (Louis) . . .     Contes de mon village, avec une introduction de\n                              Georges Eekhoud, un volume in-18                    3 »\nD E HAULLEVILLE (Baron P.) En vacances, un volume in-18 Jésus                     3 50\nDEMOLDER (Eugène) . .      Contes d'Yperdamme, un volume in-18 Jésus . . . 3 »\n      —                    Impressions d'Art, un volume in-8°                     3 \"\nDESOMBIAUX (Maurice) .     Vers de l'Espoir, un volume in-18 Jésus                2 »\nDESTRÉE (Jules)            Journal des Destrée, une plaquette in-18 Jésus . . 1 »\nDULAC (Paul)               Vingt-cinq Sonnets, un volume in-16 Jésus. . . .       1 50\n                           (Il a été tiré 1 exemplaire sur Japon des manufactures\n                              Impériales et g exempl. sur Hollande Van Gelder).\nEEKHOUD (Georges). . .     Nouvelles Kermesses, avec frontispice de Léon Dar-\n                              denne, 1 volume in-8° (quelques exemplaires) . . 7 50\n      —                    La Nouvelle Carthage, un volume in-18                  3 50\n      —                     Les Fusillés de Malines, un volume in-18 . . . .      3 50\n      —                    Kees Doorik— Kermesses— Les Milices de Saint-\n                              François (épuisés).\nGARNIR (Georges) . .        Les Charneux, moeurs wallonnes, un volume in-18\n                                   Jésus                                                3 50\nGIRAUD (Albert).    .   . Hors du Siècle, poésies, un volume in-8° . . . .              3 50\n      —                   Pierrot lunaire, poésies, un volume petit in-12.              2 »\n      —                   Pierrot Narcisse, un volume in-16 raisin                      2 »\n                          (II a été tiré 3 exemplaires sur Japon Impérial et\n                             g exempl. sur Hollande Van Geldei).\n      —                   Dernièt es fêtes, poésies, un volume in-16, raisin . .        2 »\n                          (Il a été tiré 15 exempl. sur Japon des manufactures\n                             Impériales et 10 exempl. sur Hollande Van Gelder).\nITIBERÊ DA CUNHA (J.). .  Préludes, poésies ; un vol. in-16 raisin                      3 »\nJENART (Aug.) . . . .     Le Barbare, poème-drame en prose, un volume in-18.            2 »\nJEUNE BELGIQUE (Le Parnasse de la), pièces diverses de dix-huit poètes belges, un\n                             fort volume in-8°                                          7 50\nKAHN (Gustave) . . . .    Chansons d'amant, poèmes, un volume in-16 raisin .            3 50\n      —                    Les Palais nomades, poèmes, un volume in-18.                 3 50\nLACOMBLEZ (Paul) . . .    Jeunes filles, une plaquette in-16                            2 »\n      —                   Loth et ses filles, un volume in-16 raisin                    2 «\n                          (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                             15 exemplaires sur Hollande Van Gelder.\nLAUTRÉAMONT (Comte de)    Les Chants de Maldoror, un volume in-18 . . . .               3 50\nLAZARE (Bernard) . . .    Les quatre faces, plaquette anti-parnassienne . . .           1 »\nMAETERLINCK (Maurice) .    Les Aveugles (L'Intruse. Les Aveugles),un vol in-18.         3 »\n      —                   La Princesse Maleine, un volume in-18                         3 50\n      —                   Serres chaudes, un volume in-18                               3 »\n                          (Il a été tiré de chaque ouvrage 3 exemplaires sur\n                             Japon à 15 francs et 7 exemplaires sur Hollande à\n                             fr. 6-00).\n      —                    L'Ornement des noces spirituelles, par Ruysbroeck\n                             l'Admirable, précédé d'une Introduction, un vol.\n                                    in-18                                               4 00\n                                  (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon des manufac­\n                                     tures Impériales et 25 exemplaires sur Hollande\n                                     Van Gelder).\n      —                           Les Sept Princesses, un volume in-18                  2 »\n                                  (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                     25 exemplaires sur Hollande Van Gelder)\n      —                           Pelléas et Mélisande, un vol. in 18 (sous presse).\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4470, "texte": "MAUBEL (Henry) . . .          Max Waller, une plaquette in-8° (épuisé).\n      —                       Miette, un volume in-16                          fr.       2 50\n      —                       Etude de jeune fille, un volume in-18                      2 »\nPLÉIADE (La), journal littéraire mensuel.\n                              Première année (1889), les douze numéros . . . .           3 »\n                              Chaque numéro séparément                  0                 30\n                              Seconde année, les douze numéros (très rare) . . .         5 »\nPOE (Edgar)                   Poésies complètes, traduction de G. Mourey, 1 vol.\n                                    in-18                                                2   »\nSEVERIN (Fernand) . . .           Le Lys, poésies, avec une eau-forte de Henry De\n                                     Groux, un volume in-16 . .                           2 »\n                                  (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon et 25 exem­\n                                     plaires sur Hollande).\n      —                           Le Don d'Enfance, poèmes : un volume in-16 raisin . 2 »\n                                  (Il a été tiré 8 exemplaires sur Japon et 32 exem­\n                                     plaires sur Hollande).\nSLUYTS (Charles)   .     .   .     L'appel des voix, poésies, un volume grand in-16. . 2 »\n                                  (Il a été tiré 1 exemplaire sur Japon et 25 exem­\n                                     plaires sur Hollande).\nVAN LERBEBGHE (Charles).           Les Flaireurs, drame, une plaquette grand in-16 . . 1 »\n                                  (Il a été tiré 25 exemplaires sur Hollande à 2 francs).\nVERHAEREN (Emile).       .   .     Les Apparus dans mes chemins, poésies, 1 volume\n                                     in 16 raisin                  .                      2 »\n                                  (Il a été tiré quelques exemplaires sur Japon et sur\n                                      Hollande Van Gelder).\n     —                            Les Moines, poésies, un volume in-18                    3 »\nWALLER (Max) . . . .               La Flûte à Siebel, un vol. in-8°, papier vergé . . .   3 50\n                                  (Il a été tiré 75 exemplaires sur papier impérial Van\n                                     Gelder à 10 francs).\n\n                                 Volumes en commission :\nGILKIN (Iwan) . . . .             La Damnation de l'Artiste                             15 »\nLE ROY (Grégoire). . .            Mon cœur pleure d'autrefois, un volume in-8°, avec\n                                    un frontispice de Fernand Khnopff                   10 »\nNYST (Raymond)     .     .   .    Volume ayant pour titre une épigraphe, avec un fron­\n                                    tispice colorié et un dessin de Nestor Outer . . . 5 »\n      —                           La Création du Diable, un volume in-18, sur papier\n                                    de Hollande, avec une eau-forte de Willy Schlobach. 3 50\nSAROLÉA (Ch.) . . .               Henrik Ibsen, avec portrait, un volume in-16 . . .     2 »\nVERHAEREN (Emile). .         .    Les Soirs (épuisé).\n      —                           Les Débâcles, poésies, un volume in-8° sur papier de\n                                    Hollande. .                                         10 »\n      —                           Les Flambeaux noirs, poèmes, in-8° sur papier de\n                                     Hollande                                           10 »\n\n\n  L a J e u n e Belgique (12e année), Revue mensuelle de littérature et d'art.\n  Abonnements : Belgique, 7 francs par an; Union postale, 8.50. — Le numéro 75 cen­\ntimes. Chacune des années précédentes : 10 francs.\n   L a Société Nouvelle (8° année), Revue internationale (Sociologie, Arts, Sciences et\nLettres).\n  Abonnements : Belgique, 10 francs par an; Union postale, 12 fr. — Le numéro :\nBelgique, 1 franc; étranger, 1.25.\n\n\n                                 A LA MEME LIBRAIRIE :\n Les œuvres de Baudelaire, Barrés, Bloy, Bourget, Corbière, Dostoïewsky, Heine,\nHuysmans, Ibsen, Laforgue, C. Lemonnier, Mallarmé, Péladan, Poe, de Régnier,\nRodenbach, Tolstoï, Verlaine, Vielé-Griffin, Villiers de l'Isle-Adam, etc., etc.\n\n\n  A partir de 3o francs, les achats peuvent se régler en 10 paie­\nm e n t s mensuels.\n\n                       Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 117, "texte": "Février 1892.                      T O M E X I . — N° 2            12me                        Année.\n\n\n\n\nLA\n      TEUNE\n                BELGIQUE\n                                    SOMMAIRE:\n         La Direction générale des Beaux-Arts . . .       L A JEUNE BELGIQUE.\n         Au Carrefour de la mort        . . . . . . . .   EMILE VERHAEREN.\n         Henri De Braekeleer                              ERNEST VERLANT.\n         Les Labyrinthes tutélaires                       ALBERT ARNAY.\n         Regrets lointains .   .    .   ,                 GUSTAVE STEVENS.\n         Chronique artistique :\n           Exposition du « Voorwaarts »                   ERNEST VERLANT.\n         Lettre de M. Ch. Tardieu.\n         Memento                                          NEMO.\n\n\n\n\n           RÉDACTION                                              BRUXELLES\n  64, RUE POTAGÈRE, BRUXELLES.                             PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                               31, rue des Paroissiens\n                                                                       PARIS\n       PRIX DU NUMÉRO                                     LIBRAIRIE DE l'Art       Indépendant\n                                                              11, rue de la Chaussée d'Antin\n            fr. 0-75.\n                                                                          l892\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                                                        BELGIQUE\n      BELIGQUE\n                                NE CRAINS\n\n\n\n\n                                                                JEUNE\n                   JEUNE\n                           LA\n\n\n\n\n                                                         LA\n                                NE CRAINS\n\n         Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n\n  Fondateur        : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                           Directeur : IWAN GILKIN.\n                     Rédaction : 64, rue Potagère, Bruxelles.\n                 7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n\n                            BOITE AUX LETTRES\n   1. Nous avons reçu de nombreux envois de vers et de prose, auxquels il nous est\nimpossible de répondre, faute de connaître l'adresse de nos correspondants. Nous leur\nrappelons que. selon une règle adoptée dès la fondation de notre revue, nous ne répon­\ndons qu'aux personnes qui nous communiquent leur nom et leur adresse.\n   2 LÉOP. WALLNER. Mille excuses ! L'abondance des matières nous contraint, à notre\ntrès grand regret, à remettre au numéro prochain vos très intéressantes Chansons de la\nPetite Russie. Vous ne nous en voudrez pas trop, n'est-ce pas ?\n   3. GEORGES EEKHOUD. Idem, idem pour votre traduction d'Ibsen.\n\n\n\n                      NOTRE             EAU-FORTE\n   Au présent numéro est jointe une eau-forte de M me JULES DESTRÉE,\nd'après le Triomphe de la Mort de Breughel le Vieux (Musée de Madrid).\n\n\n   GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard                       des Capu-\ncines, 16, à Paris\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom­\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Paris : Chez Bailly, 11, rue de la Chaussée d'Antin.,\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "       LA DIRECTION GÉNÉRALE\n                        DES BEAUX-ARTS\n\n\n                                 Il y avait une fois une Revue flamande (!)\n                             de littérature (!!) et d'art (!!).\n                                 Cette revue, qui n'est pas flamande et qui\n                                    n'a absolument rien de commun avec la\n                              ittérature et l'art, a, en cette triple absence de\n                             qualités, trouvé bon de défendre la candida­\n                                ture de M. Ch. Tardieu au poste de direc­\n                                teur général des beaux-arts.\n                                   Son plaidoyer est plat comme une limande.\n               Comme il est bon que le public lettré connaisse les enne­\n               mis de l'art et de la littérature, nous allons citer quelques\n               extraits de cette estimable revue :\n                 Commençons par relever ce passage :\n\n                  D'aucuns, qui s'étaient fait jusqu'ici un point d'honneur d'exclure\n               toute politique en matière d'art et de littérature, s'efforcent aujour­\n               d'hui de l'introduire dans une sphère administrative, la seule, peut-\n               être, où la politique n'ait jamais été de mise.\n               M. Tardieu serait le candidat de M. Woeste !...\n               Mais alors, qu'attend-on?\n            Ce n'est pas le parti libéral qui protestera.\n\n              La Jeune Belgique s'est toujours fait et se fait encore « un\npoint d'honneur d'exclure toute politique en matière d'art et de littéra­\nture ». Ce n'est pas elle qui juge une candidature excellente en alléguant\nce motif : « Ce n'est pas le parti libéral qui protestera ».\n                                                                              7\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                                      — 102\n\n    Nous, les écrivains et les artistes, nous protestons. Et nous ne faisons\npoint de politique, nous dénonçons une basse manœuvre politique, une\nmanoeuvre louche et torve, qui veut, grâce à la plus étonnante collusion,\n transformer une nomination d'où dépendent exclusivement des intérêts d'art\n en une opération politique.\n    Voilà ce que nous avons fait et ce que nous faisons encore.\n    M. Tardieu, polémiste libéral, est le candidat de M. Woeste, catholique\npointu. Or, M. Woeste est absolument étranger à l'art et à la littérature.\nC'est un exclusif politicien. Dès lors, la candidature de M. Tardieu, préco­\nnisée par M. Woeste, n'est plus qu'une candidature politique. Et nous\navons le droit de l'examiner et de la dénoncer à l'indignation des artistes.\n    Des faits sont là qui prouvent l'alliance politique de ces messieurs.\nM. Tardieu a lancé dans son journal quotidien une idée qui n'avait d'autre\nbut que d'ennuyer le gouvernement pour faire plaisir à M. Woeste. C'est\nlui qui a proposé de rattacher à l'art. 69 de la Constitution la disposition\nrelative au referendum royal; quelques jours plus tard, on voyait avec\nsurprise la section de la Chambre présidée par M. Woeste voter la propo­\nsition « inventée » ou lancée par M. Tardieu.\n    C'est un allié de M. Woeste que l'on projette de caser à la direction des\nbeaux-arts pour assister le ministre et, au besoin, pour le combattre.\n    Et dans quel but catholiques tricornards et libéraux melliflus conspirent-\nils pour placer à la direction des beaux-arts un homme qui ait leur con­\nfiance mixte?\n    C'est qu'ils sont d'accort pour combattre l'Art.\n    L'art, l'art vivant, l'art qui agit et qui produit, l'art d'aujourd'hui et de\ndemain fait peur à ces vieilles chouettes. L'art, pour ne point gêner leurs\npetits calculs, doit n'être qu'une inoffensive conserve. Tout ce qui fait\npenser, tout ce qui émeut en faveur d'autre chose que les vieilles formules\npolitiques, est dangereux et doit être étouffé. Voilà le secret de la coalition\nque nous avons révélée !\n   Lisez maintenant et jugez l'incroyable article de la Revue flamande de\nlittérature et d'art :\n\n   M. Charles Tardieu vient, dit la presse quotidienne, de poser sa candidature. Nous en\nsommes étonnés et ravis. Etonnés, parce qu'il veut quitter une situation de journaliste\nde premier ordre, dans laquelle il ne peut que faire honneur à notre pays ; ravis, parce\nque si sa nomination se réalise, toutes les opinions d'art seront sauvegardées.\n   Et, en effet, MEMBRE CORRESPONDANT DE NOTRE ACADÉMIE, il possède\nl'estime de ce corps savant, dont on ne peut pas méconnaître les préférences.\n   Comme directeur de l'Indépendance belge, à laquelle il a donné une largeur de vue\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                                       — 103 —\n\nlittéraire qu'aucun organe français de cette importance ne possède, il s'est toujours\nmontré bienveillant, favorable, serviable à toutes les manifestations d'art, quel que fût\nleur caractère.\n   Rien ne l'obligeait, cet homme, de donner aux œuvres des auteurs belges une publicité\net une sanction qu'aucun autre organe de presse, en Belgique, n'eût pu leur donner. Et il\nn'est pas un de nos écrivains nationaux qui n'ait joui de cette large, féconde et généreuse\npublicité.\n\n    Assez de flagorneries, n'est-ce pas? Nous allons voir de quoi la Revue\nflamande, etc., est « étonnée et ravie ».\n    Voici un échantillon de la « publicité » et de la « sanction » données par\n l'Indépendance belge à l'un des plus remarquables poètes de notre pays,\n M. Emile Verhaeren :\n\n   Jeudi soir, conférence de M. Emile Verhaeren, poète, avocat, professeur au cours supé­\nrieur pour dames, critique littéraire et artistique; sujet : les Esthétiques littéraires\nmodernes, la Critique; public très clairsemé, où quelques frères et amis et quelques\nbons prudhommes, ambitieux de paraître des passagers du dernier bateau, ont applaudi\nspécialement les violences traditionnelles, les naïves et lourdes invectives aux critiques.\n\n   Il est tout à fait plaisant que M. Verhaeren, qui appartient à un groupe de chourineurs\nde l'écritoire, jouant hebdomadairement au jeu du massacre, vienne dénoncer sans rire\nles prétendus outrages de critiques, ayant toujours dédaigné les gros mots, comme trop\nfaciles\n   Ceux qui lisent certaines publications hebdomadaires ou mensuelles savent quelles\nplumes, exaspérées de n'être pas assez louées, crachent abondamment l'injure personnelle.\nIl est vrai que ces lecteurs sont rares, et que les associés de l'invective pour la notoriété\nen sont réduits à se lire entre eux. Mais cela n'empêche pas que les « paquets de linge\nsale », dont M. Verhaeren a parlé délicatement — c'était le mot spirituel de sa conférence\n— soient exclusivement déballés dans les sous-sols littéraires, où travaillent quelques\njeunes auteurs\n   Ne blâmons pas cependant cette péroraison surprenante de la conférence de M. Ver­\nhaeren. I1 aurait été ennuyeux, malgré d'ingénieuses explications littéraires, sans ce mor­\nceau final, qui est arrivé à être amusant, sans un trait fin, et même sans un mot pitto­\nresque.\n\n   Telles sont la « sanction » et la « publicité » de l'Indépendance belge,\nqui, presque le même jour, se pâmait d'aise à la conférence de Coquelin.\n   Mais M. Coquelin est Français. On sait que l'Indépendance a reçu d'en\nhaut la mission d'octroyer sa « sanction » et sa « publicité » à tout oiseau\nqui vient de France, cet oiseau fût-il le plus vilain canard, — car on y\nnéglige un peu les aigles et même les rossignols.\n   Et s'il faut un nouvel exemple de l'amabilité de M. Tardieu envers la\njeunesse artistique et littéraire, on le trouvera plus loin. Nous publions, en\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                    — 104 —\n\neffet, la lettre que M. Tardieu nous adressa, au mois de novembre dernier,\nen réponse (!) à un article de notre collaborateur, M. Albert Giraud.\n   Cette lettre, aussi sotte. que malveillante, nous en avions épargné la\npublication à M. Tardieu. Il n'était pas alors candidat à la direction des\nbeaux-arts. Nous la reproduisons aujourd'hui afin que l'on voie de quels\nsentiments est animé, vis-à-vis d'un groupe littéraire qui sera un jour la\ngloire de notre pays, l'homme qui brigue, avec la complicité de tous nos\nennemis, la direction de nos intérêts artistiques.\n   Ah ! qu'on la supprime, cette place inutile ! Qu'on supprime un à un\ntous les « rouages » de l'antique machine officielle des beaux-arts. L'art ne\ns'en portera que mieux.\n   Et vive la liberté !\n                                                 LA J E U N E B E L G I Q U E (I)\n\n\n\n\n   AU CARREFOUR DE LA MORT\n                                         I\n\n     Hélas, ton corps ! — ô ma longue et pâle malade,\n     Ton pauvre corps d'orgueil parmi les coussins blancs...\n     Les maux serrent en toi leur nerveuse torsade\n     Et vers l'éternité tournent tes regards lents.\n\n     Tes yeux, réservoirs d'or profond, tes yeux bigarres\n     Et doux, sous ton front plane, ont terni leurs ardeurs,\n     Comme meurent les soirs d'été dans l'eau des mares\n     Mélancoliquement, dans ces grands yeux tu meurs.\n\n     Tes bras qui s'étalaient au mur de ta jeunesse,\n     Tel qu'un cep glorieux vêtu de vins et d'ors,\n     Au long de tes flancs creux lignent leur sécheresse,\n     Pareils aux bras osseux et sarmenteux des morts,\n\n\n  (i) Nos plus chaleureux remerciements à l'Impartial   de Gand, qui a vaillamment\nattaqué la candidature que nous combattons.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                          —   ICO   —\n\n\nTes seins, bouquets de sève étalés sur ton torse,\nIles de rouge amour sur un grand lac vermeil.\nDélustrés de leur pulpe et vidés de leur force,\nSèchent, eux que mon rut levait à son soleil.\n\nEt maintenant, qu'aux jours de juin, pour te distraire,\nOn t'amène, là-bas, dans les jardins t'asseoir,\nComme on t'assied dans l'herbe, je crois te voir\nTout lentement déjà t'enfoncer sous la terre.\n\n\n                              II\n\nA voir si pâle et maigre et proche de la mort.\nTa chair, ta grande chair, jadis évocatoire,\nEt que les roux midis d'été feuillageaient d'or\nEt grandissaient, mes yeux se refusent à croire\n\nQue c'est à ce corps-là, léché, flatté, mordu,\nChaque soir, par les dents et l'ardeur d'une bâte,\nQue c'est à ces deux seins pâles que j'ai pendu\nMes désirs, mes orgueils et mes ruts de poète.\n\nEt néanmoins je l'aime encor, quoique flétri,\nCe corps, horizon rouge ouvert sur ma pensée.\nArbre aux rameaux cassés, soleil endolori,\nCe corps de pulpe morte et de chair effacée,\n\nEt je le couche en rêve au fond du bateau noir.\nQui conduisait jadis, aux temps chanteurs des fées,\nVers leurs tombeaux ornés d'ombre, comme un beau soir,\n— Traînes au fil des eaux et robes dégrafées, —\n\nLes défuntes d'amour dont les purs yeux lointains\nBrillent dans le hallier, les bois et dans les landes,\nEt dont les longs cheveux d'argents et de satins\nComme des clairs de lune ardent dans les légendes.\n\nEt comme elles, je veux te conduire à travers\nLes fleuves et les lacs et les marais de Flandre,\nLà-bas, vers les terreaux et les paccages verts\nEt les couchants sablés de leur soleil en cendre,\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                         — ioö —\n\nLà-bas, vers les grands bois obscurs et pavoises\nAvec des grappes d'ombre et des fleurs de lumière,\nOù les rameaux noueux se tordent enlacés\nDans un spasme muet de sève et de matière.\n\nEt telle, une suprême et magnifique fois\nMon rêve aura voulu ta beauté rouge et forte ;\nPauvre corps! pauvre chair! pauvre et douce voix\n                       Morte !\n\n\n\n\n                             III\n\n\nLa mort peindra ta chair de ce beau ton verdâtre\nDélicatement jaune et si fin, qu'on dirait\nQu'à travers le cadavre un printemps transparaît\nEt qu'une lueur jeune en avive l'albâtre.\n\nEt recueilli du cœur, des yeux et du cerveau,\nSentant pâlir en moi, comme un feu de lumière,\nLe souvenir trop net de ta beauté plénière,\nJ'irai m'agenouiller devant ce corps nouveau.\n\nJe lui dirai les grands versets mélancoliques\nQue l'église, ta mère, épand aux trépassés,\nEt je lui parlerai de nos amours passés\nAvec les mots fanés des lèvres catholiques.\n\nJe fixerai dans mon esprit ses traits humains.\nSes yeux scellés au jour, au soleil, à la gloire,\nEt rien n'effacera jamais de ma mémoire\nLa croix que sur ton cœur auront formé tes mains.\n\nEt pour réaliser ton suprême souhait.\nLe soir, dans la piété des chrétiennes ténèbres,\nJe sortirai ton sein de ses voiles funèbres\nEt je le baiserai tel que la mort l'a fait.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                      — 107 —\n\n\n                                            IV\n\n    Depuis que te voilà dissoute au cercueil sombre\n    Et que les vers se sont tordus dans ta beauté,\n    Et que la pourriture habite avec ton ombre\n    Et mord en toi les nids de sa fécondité,\n\n     Qu'il fasse-aurore ou soir, mon âme est douloureuse\n     Et stérile aux splendeurs des sites et des airs.\n     Le jour, ta forme est là passante et vaporeuse,\n     La nuit, ton long fantôme emplit mes bras déserts.\n\n     Il m'apparaît dans un orgueil pâle et candide,\n     Debout, mais sèchement retouché par la mort,\n     Peignant je ne sais quoi de triste et de splendide\n     Dans le lissage en feu vivant de ses crins d'or.\n\n     Il me regarde et ses regards semblent des plaintes\n     D'un exilé lointain, doux et silencieux,\n     Et telle est la douleur de ces clartés éteintes,\n     Que chaque soir mes mains lui ferment les deux yeux.\n                                                          EMILE VERHAEREN\n    Vers d'un volume (1885) resté inédit.\n\n\n\n\n         HENRI DE BRAEKELEER (1)\n           Henri De Braekeleer, dont se font honneur, maintenant que la\n            mort l'a consacré dans la gloire, ceux qui dédaignaient naguère\n            son génie trop ingénu, nous apparaît comme un grand maître,\n            le dernier probablement de la pure tradition flamande. Car\nun déplacement d'axe et d'attractions s'est déjà depuis longtemps opéré et\n\n\n  (1) Du 6 au 20 décembre 1891, cinquante-trois œuvres de Henri De Braekeleer furent\nexposées au Cercle artistique d'Anvers. Trente-huit d'entre elles, avec treize autres,\nfurent exposées au Cercle artistique de Bruxelles, du 30 décembre 1891 au 17 janvier 1892.\n— Voir sur De Braekeleer l'article ému que G. Eekhoud publia dans la Jeune Belgique\ndu 1er septembre 1888 peu de temps après la mort de l'artiste.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                    — 108 —\n\nsous l'influx, de jour en jour plus puissant, des courants français et anglais,\nla sève nationale s'adultère en des mélanges d'où surgira peut-être une nou­\nvelle fleur de vie.\n   Grand maître, disons-nous, et non petit maître, comme nous dirions s'il\nne dépassait pas la perfection du métier qu'on a coutume d'admirer exclu­\nsivement en lui. Nous ne saurions louer un virtuose pur qu'en nous rat­\ntrapant par des épithètes ravalantes, insuffisante compensation pour la\nméconnaissance du principe même de l'art et des subordinations essen­\ntielles.\n   Mais chez De Braekeleer l'art de peindre fut l'art d'exprimer l'invisible\npar le visible, et c'est bien l'âme de sa race qui a chanté en lui son plain­\nchant retrouvé, dont un pressentiment de silence futur semble intensifier\nencore la tristesse natale. Inconscient sans doute de l'exacte portée de son\nœuvre, il n'en a pas moins été le siège d'une incarnation, le centre d'une\npolarisation, l'instrument presque instinctif d'une sublimation. Il a reçu la\nroyale investiture de toutes les vertus déjà latentes et résorbées en ceux de\nson peuple, qui auraient reconnu en lui le vrai sang des aïeux, s'ils n'étaient\neux-mêmes anémiés.\n   Dès le premier regard jeté sur l'ensemble des oeuvres de Henri De Brae­\nkeleer, cette impression s'empara de nous. Tout d'abord, une émotion ner­\nveuse nous étreignit, une volupté presque douloureuse du regard ébloui où\nconvergeaient de toutes parts des effluves d'or. L'or s'allumait, brasillait,\nruisselait; nul peintre ne s'était jamais revêtu de pareille splendeur fauve,\nde cette rutilance ardente et passionnée. Dans sa lumière à base d'or et\nd'ambre, c'était comme un étincellement de joyaux et d'orfèvreries, l'éclat\n des émaux, l'orient des perles, le luxe des nielles et des ciselures, les gemmes\ntranslucides des verrières. N'était-ce pas là le vrai peintre anversois de\nl'époque impériale de Charles-Quint, mais venu trop tard, n'était-ce pas un\n Renaissant superbe transporté hors de son siècle, tout épris de la gloire\n solaire, des rayonnements et des flamboiements? Et le despotisme de cette\n sensation s'imposa, en même temps que le souvenir analogique des beaux\n vers où Albert Giraud a enfermé avec elle, comme De Braekeleer dans ses\n tableaux, la nostalgie d'une âme exilée de son temps :\n\n                O cuirs couleur de feu, d'automne et de victoire !\n                Qui flambez dans la nuit d'un antique oratoire\n                Où la lourde splendeur des jours passés s'endort.\n                Mystérieux et roux comme de grands lacs d'or';\n                O cuirs couleur de soir, de faste et d'épopée!...\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                  — 109 —\n\n    Le Joueur de cor, l'Atelier, la Femme à la portière, la Toilette, le Repas,\nle Géographe, la Salle de la corporation des brasseurs, la Partie de\ncartes, partout De Braekeleer affirme le même amour de la couleur exaltée,\norgueilleuse, dans l'extraordinaire profusion des choses colorées puissam­\n ment, des étoffes éclatantes brodées d'or, des merveilleux tapis chatoyants,\ndes tentures de vieux cuir fleuri d'or, dans l'harmonie large de leurs vibra­\ntions, dans l'énergique retentissement des notes fondamentales reliées par\n l'infinie délicatesse des demi-teintes les plus rompues, des plus instables\ndégradations. Avant de penser aux lignes, au sujet, à l'atmosphère, à n'im­\nporte quoi, impossible de ne pas entrer sympathiquement dans la vision\ndu peintre. Fasciné comme lui par l'indicible et adorable beauté des teintes\nvermeilles, saturées d'or, on écoute à l'intérieur de soi l'ample musique qui\nsort de ce monde élu par lui et qui submerge l'âme pâmée sous le déroule­\nment de ses nappes sonores.\n    De Braekeleer a aimé la couleur pour elle-même et préféré la couleur\nchaude entre toutes : il n'a jamais, croyons-nous, sauf en quelques\npaysages négligeables au regard de ses autres œuvres, établi les bleus, les\nverts, les violets, comme dominantes d'un tableau. En général, chez lui le\ntableau est issu d'une impression spéciale de couleur ; le sujet et la compo­\nsition ne viennent qu'après et s'y subordonnent. Cela est un trait, le trait\nle plus net peut-être, de la peinture flamande et de la peinture hollandaise,\nqu'il ne faut pas, sur ce point, séparer. C'est peu de dire ici que De Brae­\nkeleer est de sa race, il faut ajouter qu'il la résume.\n    De cet amour contemplatif et jamais rassasié de la couleur et de sa cou­\nleur de prédilection, procède sa constante fraîcheur de sensation : l'amour\nrevient à son objet avec des yeux toujours neufs, toujours éblouis. Jamais\nDe Braekeleer ne s'est ennuyé sur un tableau ; après une ébauche où il pose\nen une séance le thème fondamental (voyez la Servante, la Dame en\njaune, qui sont restées dans cet état), il reprenait chaque partie pour la\npousser d'un coup à fond, sans défaillance d'enthousiasme : pour rappeler\nun mot assez plaisant, nous n'en savons rien, mais nous en sommes sûr.\n Le travail n'est pas trop nourri, sauf peut-être dans certaines parties du\nJoueur de cor et de la Femme à la portière. La facture est calme,\nsavante, impertubable, chaque détail inspiré par le sentiment et traduit en\nune touche heureuse. Jamais De Braekeleer n'a recommencé le même\ntableau, bien qu'il ait peint vingt fois le même tapis, la même tenture de\ncuir gaufré d'or, le même tabouret d'atelier, les mêmes étoffes, le même\ncorsage jaune rayé de noir : s'il se reprend, comme Jordaens, Rubens et\ntant d'autres aux mêmes sujets, faiblement modifiés, il y apporte un entrain\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                  — 110 —\n\nentier, il peint à nouveau, avec une évidente jouissance, il ne se recopie\npas. Et jamais le détail ne le fatigue; il l'aime, parce qu'il aime à peindre,\nà communiquer à chaque objet sa vie propre et complète : s'il trichait, il\nse tricherait de son plaisir. Jamais son procédé n'a été plus large que dans\nsa dernière période, jamais De Braekeleer n'a été plus minutieux. Son\ntableau, il ne le fait pas pour qu'on l'admire ou pour qu'on l'achète,\nou pour étonner quelqu'un, auxquels cas seulement les trucs seraient\nde mise : il le fait pour satisfaire une passion et un besoin. Il a toujours\nété sincère, dépourvu de ruses : car quelles ruses eussent pu le\ntromper lui-même? A chaque fois, il a l'air d'inventer son procédé et il\nl'invente, de toute sa force accumulée et concentrée, c'est-à-dire d'inspi­\nration.\n   La sensation de couleur opulente étant recherchée par De Braekeleer,\nc'est dans ce sens que son imagination interprétait la nature prise moins\ncomme modèle que comme excitatrice de rêve. Car ce réaliste prétendu ne\nfut rien moins qu'un copiste désireux de reproduire la stricte réalité. Loin\nde là. D'abord il choisit sa réalité, celle qui lui convient, tournant le dos de\nparti pris à tout le reste, étranger par exemple à tout le tohu-bohu d'impor­\ntation, à tout l'inharmonique et transitoire décor de l'Anvers contempo­\nrain, se réfugiant, se barricadant contre ce désarroi antipathique au fond\ndes maisons du passé. Inquiet non de ce qui vit, mais de ce qui survit,\nil a peint les vieux quartiers, les vieux meubles, les vieilles étoffes,\nnon seulement à cause de la suggestion et du mystère dont toute chose\ns'imprègne à venir de loin, mais aussi certes à cause de la supérieure\nbeauté de ces intérieurs anciens dorés de lumière douce et semblables à\ndes sanctuaires ou à des châsses pour la vivante relique de son pieux amour.\nEn ces formes permanentes, son âme d'autrefois s'est objectivée ; comme\nelles, il témoigne d'un autre temps, il persiste et se souvient. Avec elles\nseulement il se sent en accord. Ainsi que tout grand artiste, il n'a formulé\nque ce qui lui est identique.\n    Et la réalité même qu'il a choisie, il la transfigure pour l'accomoder à sa\n prédilection. A quel point, c'est ce qu'on ne peut croire si l'on n'a visité par\n exemple cette étonnante Maison hydraulique, dont il a peint divers aspects\n et où il a notamment exécuté cette merveille, la Salle de la corporation\ndes brasseurs. Hélas ! la fastueuse demeure édifiée par Gilbert van Schoon-\n beke, l'ingénieur qui agrandit, assainit, embellit, dota d'un canal d'eau\ndouce l'Anvers du XVIe siècle, est bien déchue de son ancienne splendeur.\n Les murs chancellent de vieillesse, le pavement s'affaisse, les boiseries ver­\nmoulues se, disjoignent; dans la grande salle la tenture de cuir abîmée,\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                                  —    111   —\n\n\n\nnoircie, morte, est abandonnée aux outrages des passants stupides qui y\ninscrivent leur nom et l'entaillent à coups de canif pour en emporter des\nlambeaux. Dans une chaise, sous la statue de Saint-Arnulphe, patron des\nbrasseurs, et son haut cierge de cire séculaire, De Braekeleer a accoudé la\nvague rêverie d'un vieux bonhomme, ce lent songeur désœuvré qu'on\nretrouve ailleurs descendant l'escalier de cette même maison, qui reparaît\ndans l'Homme à la fenêtre, dans l'Amateur de tableaux, dans la Salle des\névêques, et qui est, ce hanteur des logis de silence, comme le peintre lui-\nmême enfoncé dans sa morose méditation visionnaire. Mais il n'a pu se\nrésigner à l'attristante vétusté de cette salle devenue morne aujourd'hui.\nLa lumière même, si belle, d'un blond si chaud, quand elle passe à travers\nles carreaux des hautes fenêtres, ne peut voiler d'une illusion de magnifi­\ncence l'irréparable délabrement ; mais De Braekeleer n'a pas consenti à\ncette décrépitude : allumant les ors les plus riches de sa palette, évoquant\nl'âme endormie de la couleur, il a ressuscité la chambre, et lui a restitué\nsa vieillesse solennisée.\n   L'éclat prestigieux, le rendu surprenant de justesse et de puissance, une\naisance incomparable dans la manœuvre, une exactitude sans petitesse,\ntoutes ces qualités de l'œil et de la main, De Braekeleer les a eues autant que\nquiconque des vieux Flamands et des vieux Hollandais, ses authentiques\nancêtres. Mais il n'a pas, comme d'autres qui furent injustement placés à un\nrang supérieur et que l'avenir remettra à leur place, comme les Meissonier\net les Willems par exemple, refait froidement l'œuvre des anciens; il a fait,\ncomme les anciens, ce qu'il a vu autour de lui, ce qu'il a senti lui-même, et\npar là il est moderne, tout en se nouant fortement à la tradition.\n   De l'âme flamande, il a la somnolence, le recueillement et l'intimité. Ce\nn'est pas un peintre du mouvement et de l'action, comme Rubens par\nexemple, qui, dans l'école, est l'artiste le plus retentissant, mais aussi, à\nnotre sens, le plus exceptionnel, le plus éloigné du tronc central, le plus\néclectique, le plus hybride, et parmi les tout grands, le moins représentatif.\nLes personnages de Henri De Braekeleer, ses Liseuses, ses Hommes à la\nfenêtre, l'Amateur de tableaux, l'homme de l'Atlas, la Fleuriste, le Méné-\ntrier, l'homme de la Salle des évêques, tous les autres, sont pris au repos,\nimmobiles et souvent désoccupés. S'il en est qui ébauchent un geste, comme\ndans le Carillon, dans le Repas, dans la Fenime à la portière, le geste\ndemeure suspendu. Les deux portraits qu'on put voir à Anvers, les portraits\ndes sœurs, toutes jeunes, de l'artiste, sont devrais gothiques flamands, non\nseulement par l'exécution, mais encore dans la composition, dans le moment\noù il a arrêté les lignes : ils ne parlent pas, ils rêvent, et l'un d'eux surtout\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                       112\n\n\n nous a fait songer à quelque Vierge retrouvée de Van Evck, très réelle et\n très mystique à la fois.\n     Dans ses intérieurs silencieux à un seul personnage, l'atmosphère spiri­\n tuelle de la race est rendue palpable. Elle vit, presque autant que le person­\n  nage lui-même, d'une vie sourde et chuchotante. Et l'artiste affirme ce que\n les choses balbutient. Tous les objets, les meubles, vastes bahuts de chêne,\n vieilles commodes chargées de bibelots, vieux sièges de cuir luisant à clous\n dorés, évoquent une existence calme, familiale, recluse, sédentaire, avec, pour\n seul horizon, les toits rouges et gris, souvent entrevus par les fenêtres des\n petites maisons de la vieille ville que surmonte le clocher gothique où l'on\n entend chanter la voix toujours égale des heures. La fenêtre, c'est l'un des\n éléments les plus caractérisques des tableaux de Henri De Braekeleer. Emile\n  Verhaeren l'a noté excellemment : « La fenêtre, avec son intimité d'un côté\n et de l'autre son échappée sur l'infini, devient comme le personnage mul­\n tiple et un de tout son œuvre. Il l'a peinte partout. Derrière elle, sont enfer­\n mées les existences pâles et tranquilles de ses femmes cousant, brodant,\n songeant, de ses types de travailleurs solitaires : géographes, amateurs\n d'estampes, fouilleurs de parchemins et d'in-folio. Devant elle, se déploient\n les rues étroites, anciennes, calmes, les coins à pignons et à tourelles, les\n cathédrales immenses, les places et leurs fontaines, le ciel bleu et blanc et\n irisé de la Flandre ».\n    A l'imposante impression de silence qui plane sur toute cette vie provin­\n ciale, traditionnelle et figée, s'ajoute, trait nouveau, un sentiment mélan­\n colique de la décadence de la race, inconscient peut-être, mais réel. Dans\n des décors de luxe héréditaire, le personnage oisif, inutile, végète, traîne une\n existence humble, appauvrie, courbé sous le poids d'un passé magnifique.\n Une tristesse vague se marie à la splendeur, évoquant le faste douloureux\n d'un coucher de soleil automnal.\n    Il y a une nostalgie dans l'éclat de toutes ces choses qui s'en vont lente­\n ment, déjà sommeillantes, vers la mort. Elle s'exhale avec l'appel que le\n Joueur de cor essaie dans une chambre muette aux riches tentures ; elle\n plane sur les toits de la ville et descend dans le cœur de l'Homme à la\nfenêtre; elle alourdit le front du vieillard qui s'absorbe accoudé dans la\n chaise de la Salle des brasseurs; le corridor fuyant de la Maison\n hydraulique, le vide majestueux, sévère, épiscopal, des deux Salles de\n l'école Terninck, s'en pénètrent et la suggèrent discrètement. Les hommes\n actifs, énergiques, puissants, qui ont créé ces demeures ont disparu pour\n toujours et ne seront pas remplacés. Les demeures elles-mêmes lentement\n s'abolissent; on dirait qu'elles le sentent et qu'il y a de la résignation et de\n la désespérance dans leur recueillement.\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                                 — 113 —\n\n\n   L'existence d'autrefois, De Braekeleer, qui ne la représente pas directe­\nment, l'évoque somptueuse et seigneuriale, et ce caractère ressort d'autant\nplus par le contraste avec la race déchue qu'il introduit dans ses vestiges\ndésertés. Il peint aussi les choses d'aujourd'hui, mais celles-là seules qui\nsont des survivances de l'autrefois perpétué : la vie tranquille des quartiers\nhumbles, conservateurs des vieilles mœurs, les vieux cabarets flamands,\nles intérieurs de petites gens, d'artisans de métiers domestiques, de tra­\nvailleurs à la Hans Sachs, à la mode du bon vieux temps. C'est un Cor-\ndonnier à son établi, un Chaudronnier dans sa boutique, un atelier de\nPotiers, la vieille femme de l'Echoppe, celle de la Fête de la grand'mère\nou de la Leçon, dans son école gardienne à la vieille façon, la Frileuse\ndans son intérieur plein de « souvenirs » où bat comme un cœur le tic-tac\nd'une horloge. A un degré plus haut, ce sont des artisans presque artistes,\nvivotant dans de calmes travaux, comme le Peintre-copiste, le Broyeur\nde couleurs, le Ménétrier, le Graveur. Ces vies précaires et cachées, il\nles aime, il les étudie avec amour, avec une sollicitude attentive, et c'est\nun trait nouveau par lequel il se rattache aux vieux peintres néerlandais.\nDès le début, il s'affirmait dans ce sens avec la Blanchisserie, doux jardinet\nsi paisible qu'il ressemble à un intérieur de béguinage. Dans un enclos de\npetites maisons aux toits de tuiles, aux vieux murs moussus, avec des pots\nde fleurs et des plantes grimpantes aux fenêtres, deux femmes et un bon­\nhomme en camisole rouge étendent des nippes multicolores avec une can­\ndeur où l'on sent l'ancestrale religion du linge. Ce tableau, dont le coloris,\npour n'avoir pas l'éclat de ses productions ultérieures, n'en est pas moins\nmerveilleux, De Braekeleer le fit à vingt et un ans, en même temps sans\ndoute que le Jardin de fleuriste. Or, déjà le peintre s'y trouve tout entier;\nc'est une œuvre décisive, déjà certes un chef-d'œuvre, qu'un Breughel avoi­\nsinerait sans déroger.\n  Au point de vue du sentiment général, De Braekeleer est d'une persis­\ntante identité. Ses tableaux forment un ensemble inséparable, avec des\nharmonies secrètes, des correspondances, des rappels, des raccords qui en\nmarquent l'unité fondamentale, semblable à celle d'un livre de poèmes bien\ncomposé, telle qu'un titre unique pourrait les envelopper tous. De Brae­\nkeleer s'est cloîtré en son âme, sans, se laisser envahir. Il vivait sur lui-\nmême et son esprit n'a jamais changé. Sous le rapport du métier, s'il a varié\ndavantage, ses diverses modifications procèdent de sa nature propre.\n   On peut distinguer chez lui, en effet, plusieurs phases successives, et ce\nmot convient mieux que celui de manières. Car il n'eut pas de transfor­\nmations subites, de révélations comme il arrive à ceux qui, les yeux fixés\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                   —    114   -\n\nsur l'art du voisin, abandonnent soudain la voie dans laquelle ils étaient\nengagés pour couper par les traverses et se lancer dans une autre direction.\nLes manières marquées nettement décèlent souvent l'absence d'un guide\nintérieur, vue réfléchie ou instinct puissant, et l'introduction fortuite d'une\ninfluence dans la vie d'un peintre. Or, De Braekeleer n'a jamais regardé ce\nque l'on faisait à côté de lui. Il a suivi sa ligne, sans se préoccuper, sans\ns'inquiéter. Ce n'est pas un agité, c'est un assuré, un tenace, qui va comme\nquelqu'un qui sait où il a reçu mission d'aller. Sans doute, des peintres ses\ncontemporains qu'il a vus, il n'a vraiment aimé que Leys, avec qui il com­\nmuniait dans sa race, et non pas le Leys romantique, mais le Leys de la plus\nbelle période, le Leys en possession de ses propres facultés. Parmi les anciens\non cite justement Pieter De Hooghe et Van der Meer de Delft, mais on ne\ndoit pas croire qu'il les ait imités. Ces deux peintres, très divers entre eux\ndans la composition du coloris, il en diffère profondément. Il s'est seule­\nment rencontré avec leur âme, aboutissant par de tout autres moyens à\nune expression analogue, avec en plus la nuance de sentiment que nous\navons essayé de caractériser.\n     Le principe des transformations de Henri De Braekeleer est en lui-même,\n  disons-nous, dans sa nature foncière. Ses toiles de début attestent un\n peintre amoureux des teintes pleines et fortes, à preuve le Jardin de\nfleuriste et la Blanchisserie, en même temps qu'un observateur.analytique,\n épris du détail, s'appliquant au scrupuleux rendu de la forme et de la\n physionomie de chaque objet : voyez le Cordonnier, le Chaudronnier, la\n Frileuse, un Intérieur de cabaret. Mais la lumière, généralement égale,\n ne joue encore aucun rôle, ou aucun rôle important dans le tableau.\n La précision aiguë du contour entraîne parfois la sécheresse, la dureté, et\n ce défaut persiste dans quelques tableaux de l'époque suivante, comme\n dans le Montreur d'oiseaux. Mais ici s'est révélée l'intervention d'un\n facteur nouveau, la lumière, qui est un élément fondamental de composi­\n tion dans le Graveur, le Broyeur, le Fumeur et d'autres toiles de cette\n famille, où l'on peut observer la lutte entre l'instinct qui cherche l'exaltation\n des teintes et l'observation qui constate, dans l'éclairage très vif, la froideur\n et la décoloration. De Braekeleer a vite fait de choisir et d'établir l'équi­\n libre nécessaire; il échauffe sa lumière, la tamise, la sature de pulvérin\nd'or, multiplie les tentures et les étoffes orfévrées, les objets de matière\nluisante, verreries, cristaux, porcelaines, argenteries, où s'iriseront des\nmiroitements, où flamboieront des éclairs. C'est la période d'éclat, de\nsplendeur triomphante, qui commença tôt, mais dont il nous est difficile\nde préciser le moment, les tableaux de De Braekeleer n'étant que rarement\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                                 — 11 5   —\n\n\ndatés. Cette période dura jusqu'à la fin, De Braekeleer tendant toujours\navec plus d'exaspération vers l'intensité et transformant sa facture vers\nl'époque où il peignit l'Amateur de tableaux. Elle avait été lisse jusque-là,\nun étalement de couleur à plat, sans le truellage brutal du couteau à\npalette dont il a l'air de ne s'être jamais servi, un vrai dessin au pinceau.\nOr, dans l'Amateur, dans l'Ecole Terninck. dans la Toilette, et surtout\nplus tard dans l'une de ses Liseuses, dans le Repas, dans la Partie de\ncartes, dans la Sieste, dans les Accessoires, De Braekeleer introduit et\nadopte une facture fragmentaire, virgulée, variable et souple, adroite et\nsûre à miracle, avec laquelle il réalise des ensembles de l'éclat le plus\nvibrant, le plus violent qu'il ait atteint : rien ne dépasse sous ce rapport le\n Repas et la Partie de cartes qui, pour l'habileté et la personnalité du\nmétier, sont ce que De Braekeleer a produit de plus parfait. La verve s'y\n discipline par la science, sans que la science y alourdisse la verve, et c'est\n la dernière expression de la dextérité du maître. Mais on n'y retrouve pas\n l'éloquence d'impression, l'indéfinie puissance de suggestion qui sort\n d'oeuvres comme le Joueur de cor, la Salle de la corporation des bras-\n seurs, la Place Teniers, l'Homme à la fenêtre, dans lesquelles De Brae­\n keleer a formulé d'une manière complète et victorieuse l'idéal d'art auquel\n sa vie se voua religieusement.\n                                                     E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n  LES LABYRINTHES TUTÉLAIRES\n                                  PRÉLUDE\n\n         Hospice de fous — oh ! murs impassibles\n     Où s'attarde la nuit alors que tout frémit\n                Aux alentours paisibles\n                     Dont l'horizon rit —\n                 Oh! murs indéfectibles!\n\n             Des êtres à allures suspectes\n             Que je connus je ne sais où,\n     Y passent en parlant d'étranges dialectes...\n     Mais quand les femmes de céans découvrent leur cou,\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                           — 116 —\n\nPar un geste d'amour quelles n'ont oublié,\n    Mainte beauté savoureuse engage\nA se les souhaiter sur quelque rivage\n             De Mai familier.\n\n               Leurs vêtements d'ailleurs —\nQuoique les genoux et les coudes percent —\nAttestent qu'ils vécurent des lustres meilleurs :\nCar sur les pourpoints clairs salis par les averses,\nSur les satins naguère orgueilleux de leurs fleurs,\nL'or cherche encore à sonner la grandeur\n          D'une jeunesse aventureuse,\nD'une jeunesse ardente au fil de l'aube heureuse;\nCar de féeriques diamants, de bizarres rubis\nSe fondent au miroir d'émeraudes virides\n         Sur les corsages amatis\nDe ces Phrynés d'hier à présent que pallides!\n\n       Et vraiment (tous parlent à la fois\n              De vieilles choses)\n       Elles se croient des reines, ils sont des rois.\n         Nos plus riches apothéoses\nSeraient, à les ouïr, indignes de leurs vœux;\nEt pertinemment ils élisent d'autres deux\n         Pour les impérissables rêves\n    Peuplant l'infini de leurs heures brèves.\n\n    Souvent, le soir, alors que tout s'endort,\n    J'en abordai d'aucuns dont le silence\n    Descendait avec moins de constance\n    Les marches trébuchantes de la Mort,\n             Et je leur demandai :\n         O Vous, énigmatiques formes,\nVous, errant mornes là, par d'anciens deuils courbés,\n         Qui êtes-vous et quelles Normes\nTiennent perfidement votre trésor caché?\nQuel espoir, dites-moi, tourne le gouvernail\nDes navires perdus sans voiles de vos songes ;\n         Quelles étoiles de mensonge\n         Vous éloignèrent du bercail ?\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                         —   117   —\n\n    Et tous, des yeux seuls, répondirent d'abord :\n       Nous allons résignés vers le sort\n             Attendant toute enfance\n    Qui n'a plus la rayonnante Espérance\n             A ses côtés pour ange-gardien...\nPuis l'un d'eux soupira : ne nous demande rien,\nTes rives désormais nous sont étrangères;\nNotre règne a chu sous les noires colères\n         Que sacraient d'infernaux tocsins\n    Sonnés en fureur par ta main démente,\n              Va, passe ton chemin!\n\n             Hélas! hélas! pourquoi\n    — Maligne certitude qui tourmente —\n    L'idée depuis est-elle au fond de moi,\n         Que toutes les portes sont closes,\n    Sont closes pour eux, des jardins de roses\nOù jadis ils goûtaient d'angéliques émois...\n             Ah! pourquoi leurs paupières\nObstinément 's'abaissent-elles vers la terre,\nDédaignant la clarté joueuse aux alentours?\n\n           Parfois cependant — les jours\nOù c'est sur les jeunes landes plein soleil,\n    Une femme dont le regard s'éveille\n    Radieux et fer, tel un pur bonheur,\n    Une femme comme une grande sœur —\nTrès pâle et d'or sous son réginal diadème,\n             Et qu'ils nomment la Foi —\n         Une femme doucement les mène\n                   Loin d'eux-mêmes.\n\nSon bras, d'un geste fort, écarte le vieux bois\n     De la porte s'ouvrant sur la lumière\n              Musante des bruyères;\nEt ce serait la Joie aux multiples orfrois\n         Pour ces tristes fous en effroi,\nS'ils pouvaient comprendre la fraîcheur lucide\nMirée à s'éblouir aux ruisselles limpides.\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                         — 118 —\n\nS'ils pouvaient seulement... mais ils ne savent pas\nLa floraison en avalanches sous leurs pas,\nLes oiselles éprises d'elles, dans les saules\nDont la caresse souple effleure leurs épaules;\nMais ils ne savent plus la saison à venir,\n         Ils ne sont que des souvenirs\n         Marchant vers d'autres souvenirs!\n\nNéanmoins la douce Foi les mène au loin ;\n    Et cueillant d'aventure une branche\n             Qui frôle ses hanches,\n             Puis la piquant avec soin\nDans la lumineuse chevelure épandue\n             Autour de sa poitrine nue,\n        Maternelle, elle se prend à dire :\n\n              Comment ne pas sourire\nTandis que tout sourit et se retrouve encor;\nTandis que toute chose exalte un essor,\n          Pourquoi rester parmi les brumes\n              Que nul matin n'allume ?...\n     O mes chétifs, qui me suivez ainsi,\nSortez de vous, voyez voyez la vie ici\n              Eperd ses liesses ;\nL'avrilée pour vous plaire a dénoué ses tresses\n              Où brillaient ses doigts,\n                       Les Voix\n          Parmi l'extase des berges\n          Rêvent divines d'heures roses\n     Et la libellule enivrée se pose\nSur les roseaux des eaux d'où le bonheur émerge.\n\nMais tous obscurément restent à leur souci;\n    Tous demeurent fermés au jour joli,\nA la sérénité virginale des pré es\n    Parées comme des fiancées ;\n    Et le soleil agile par les bois\n        N'est qu'un rappel de l'Autrefois\n                  Stérilisé\n        Pour leur esprit toujours voilé.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                         —   119   —\n\nLes fous de mon cœur ne savent plus rire.\nCe sont des taciturnes aux pensers amers,\nEt quand à la fin de la promenade la mer —\nLa triomphante mer à leurs regards s'étend,\n     Faisant jaillir de mille lyres\n              Son hymne éclatant,\n         Pas un pli fugace ne bouge\n       Sur ces fronts de vivants trépassés;\nAucun d'eux ne salue hélas! le couchant rouge,\nL'astre qui disparaît, de tous ses feux baignés,\n Vers d'autres continents dont l'écho marin\nNous répète le los à son lever soudain !\n\n        Pas un d'eux n'est touché\n    Par cette splendeur majestueuse,\nCar chacun la voit à travers l'impérieuse,\n    A travers la cruelle nonchalance\n             De son propre passé.\nA peine est-ce un instant de mutisme plus dense.\n    Après lequel d'un unanime bond\n    (Comme si cette vie suprême,\n  Comme si cette mer plus belle qu'un poème\nAugmentait la folie buttant leurs pauvres fronts)\nTous s'élancent d'un coup vers l'hospice invincible,\nVers les murs opprimant les alentours paisibles.\n\n           Tous! et pas un, pas un seul\n           Ne s'arrête ni se détourne...\n                Les œillets, les glaïeuls\n Ils les foulent aux pieds lorsque la route tourne,\n           Car la terreur farouche de vivre\n      De tout ce qui croît, de tout ce qui bruit\n           Si tenacement les poursuit,\n Qu'ils ne savent quel direct chemin suivre\n Pour retrouver l'hospice aux murs ostensibles.\n\n Et les fous de mon cœur ne redeviennent paisibles,\n     Ils ne recouvrent leur calme égarement\n Que lorsqu'ils se sentent entre les murs jusqu'aux nues\n     De l'hospice clos aux bruits de la rue.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                 — 120 —\n\n\n          Alors de nouveau — parlant doucement\n                   De vieilles choses —\n          Elles sont des reines, ils sont des rois;\n          Alors de nouveau par d'étranges lois\n     Ils ordonnent de plus riches apothéoses\n                   Pour leurs tacites vœux.\n\nSi lentement, si doucement ils parlent que la Foi\n     Docile mais si triste, avec en ses yeux bleus\n             Des larmes perlant sur sa main,\n     Docile dolemment referme le vieux bois\n         De la porte s'ouvrant sur la lumière\n                  Musante des bruyères...\n              Et sa voix, mourante, profère,\n     Pour la quantième fois ! ces mots prestigieux :\n                  Je reviendrai demain!\n                                                     ALBERT ARNAY\n\n\n\n\n              REGRETS LOINTAINS\n                                                           A IWAN GILKIN\n\n                                      I\n   Par des soirs amis, après de longues causeries, j'ai souvent, pendant de\nsimples musiques émouvantes, senti le désir aigu d'elle. Celles que j'ai\nconnues étaient trop précises pour ma pensée inquiète et j'adorais ses con­\ntours flottants d'espérée. Toi qui m'es venue depuis, déjà m'apparaissaient\ntes yeux lourds de bonté !\n   Ce serait une nuit vivante où de laineux nuages passeraient vite vite sur\nle globe blanc de la lune : il n'y aurait que le charme immense de l'ombre\npour te dire mon amour dans le vent fou des grèves, pleureuses du titille-\nment de leurs herbes et du bruissement du sable qui vole. Ta tête échevelée\nserait sur mon épaule, ta tête attristée dont les baisers tomberaient comme\nrésignés vers mes lèvres...\n   La nuit m'est intime et bienveillante; auprès d'elle je retrouve mon âme\nblonde d'enfant ému d'aimer toutes choses, auprès d'elle je pleure des crimes\nimaginaires pour des tendresses méconnues et le clair de lune fouille mon\ncœur et l'ouvre. Ma voix, sous un voile de ténèbres amies, paraît être la\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "                                  —   121    —\n\n\nbrutale et vierge diseuse de mes pleurs et de mes désirs, seulement rythmée\ndes battements d'ailes du silence.\n  Et j'aime en toi plus que ta mauvaise beauté, la nuit sombre de tes\ncheveux et les étoiles de tes yeux.\n\n                                       II\n                                                               Sèvres, mai...\n\n   Ce soir en vain les fenêtres éclairées de sa chambre resteront ouvertes\njetant étrangement vers les chemins où leur lumière se perd un signal\nd'appel mystérieux. La chère maison est toute silencieuse, sans doute,\nenfouie sous les avalanches vertes, et la mignonne que j'aime, adorablement\ndécoiffée par hasard et fraîchement parfumée, se leurre, étendue en son lit,\nd'un sommeil inquiet et léger; bien sûr, elle écoute tomber les feuilles du\njardin et s'émeut, tandis que la veilleuse rouge, dont les rayons de tulle\nsaignent un peu sur les draps de son grand lit, use vainement son mystère\nsecret.\n   Maintenant, la porte a bougé, mais c'est le vent méchant et railleur... Je\nla vois se levant, m'accourant toute, frileusement joyeuse dans sa folle\nchemise et me grisant déjà du cher contraste intime de son être et de ses\nparfums d'avec les fraîches brises du chemin... Non, écoute, il ne viendra\npas le méchant ; c'était bien tentant pourtant, il a bien hésité à sa fenêtre,\ncar il fait beau et la lune se lève très grande et conseilleuse de folies! Mais\nje suis trop malade, vois-tu, et je voudrais tant venir! Comme je l'aimerais\nmaintenant cette route blanche de lumière, si je filais vers toi!... Et quand\nviendra minuit, mon amour, tu seras déçue, n'est-ce pas ? et lasse d'espérer,\ncar ce beau ciel t'aura fait croire à ma venue et puis tu me sais si fou, si\namoureux, malgré tout, contre tous!... Alors tu iras doucement fermer les\nvolets de bois à ferrures et, en te remettant au lit, ton parfum et les fraîches\ndentelles de ta chemise te feront sourire de toi et te prendre en pitié ;\ncar sûrement tu penseras en ce moment que je n'ai pu m'arracher à quelque\nfête et tu me verras sous les folles lumières, tout inquiet de mille riens\njoyeux, tandis que mes yeux et mon cœur sont pleins de langueurs et de\nregrets...\n                                       III\n\n   Longtemps, longtemps, des semaines et des semaines, j'étais resté enfoui\nen la sombre tristesse de ma chambre. Parfois, alors que le pâle soleil de\nmai étendait la nostalgie de ses ors blancs, la croisée restait ouverte et une\nlointaine rumeur de vie et de mouvement venait troubler mon paisible\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                      122 —\n\nsilence de malade : des cris, des chocs de briques heurtées pour construire,\ndes abois, des sifflets de trains venaient heurter l'atmosphère teintée de\ndouceur de mes rêveries ; et cette force de travail continu avait comme une\nironie et un reproche. Le chant des oiseaux me laissait tout affaibli d'extase.\n   Le chaud été venu, Elle m'attendit là-bas, et moi, dans ma pensée, je\ncomposais bellement le cher cadre de notre bonheur à nous revoir : ce serait\nsans doute auprès de quelque bois aux feuillages bleus d'ombre et où des\nmousses d'émeraude baiseraient étroitement les pieds des grands arbres.\n   Alors je vins en août. C'était un midi quand j'arrivai et de suite, loin de\nla maison, elle m'emmena vers les champs. Nous nous assîmes auprès d'un\npré jaune dont on avait fauché et emporté les épis et où seulement restaient\nles tiges à ras du sol. L'anémie de l'heure fauve régnait partout et la chaleur\nvacillait lourdement au-dessus de la terre. Dans l'air brûlant passait,\npareille à de lointains pleurs, la fuite bourdonnante des grosses mouches.\nMoi je souffrais d'un mal bleu et torturant et je disais à ma mignonne :\n « Pardonne si je suis triste, si je pleure même : je ne t'ai pas encore retrou­\nvée. Il me semble que j'attends quelqu'un de très aimé dans une gare affo­\nlante de force et de bruit. Je nous voudrais dans quelque terre aride dont\nj'ai la poignante nostalgie, ou en quelque blanc Sénégal dont la végétation\nfut moins lourde de sève et moins hostile à mon inquiète joie... »\n   Quand la nuit fut venue, nous sortîmes encore du parc et, par les routes\ngrises, sous la blanche lumière, nous marchions doucement liés. D'immenses\npâturages prenaient les prés d'un côté et des chevaux immobiles, leurs\ntristes têtes appuyées aux barrières de bois, nous regardaient passer, tandis\nque flottaient doucement leurs crinières blanches sous les rayons. Elle s'ar­\nrêta près de l'un d'eux et unit à sa lourde tête, aux yeux penseurs presque,\nson précieux front auréolé de cendres d'or. Elle le tenait longtemps caressé,\ntout heureuse de se trouver bonne et l'appelant : « Mon pauvre ami ! »\n   Et puis, quand nous vînmes près du fleuve tranquille tout purifié de\nblanches nappes, Elle eut le caprice de dormir dans l'herbe devant le mutisme\nde ses flots; sur nos visages et parmi nos cheveux baignés de brises, venaient\ncomme en une caresse les mains lustrales des rayons immenses.\n   Avant de s'étendre en mon manteau, elle regarda les champs noyés de\nbrumes et les lointaines buées des horizons de mystère, et elle écouta, atten­\ntive au moindre bruissement, le large battement du silence grandiose, puis\nsa voix d'air laissa tomber ces mots :\n   — « On dirait que la terre respire... »\n   Ensuite elle se coula dans la sombre étoffe étendue sous elle et s'endormit\nun peu; agenouillé près d'elle, je la veillais tendrement sous les froides\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                                   — 123 —\n\nétoiles. Je regardai le fleuve traître et glacial et le lointain ciel de lumière;\nje contemplai un long instant la grâce de son être chéri... et je sentis que je\nl'avais retrouvée toute.\n                                                     GUSTAVE STEVENS\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                  EXPOSITION DU               VOORWAARTS\n\n              Aux grandes expositions, d'où les artistes de talent se retirent\n               parce qu'ils n'y sont pas traités selon leurs mérites, où les\n               peintres arrivés ne se soucient plus d'adresser leurs envois,\n                devenus inutiles, où les jeunes sans appui sont noyés dans\nl'indifférence universelle, on a vu se substituer petit à petit les expositions\nde cercles et les expositions particulières, mieux organisées, mieux instal­\nlées, plus libres de toute ingérence extra-artistique.\n    Le public y afflue chaque année davantage, et l'on peut prévoir le\nmoment où l'initiative privée sera assez puissante pour se passer de l'inter­\nvention de l'Etat, réduit au rôle de fournisseur gratuit de salles et de\nmurailles, destitué des vaines fonctions de douanier d'art, de tapissier, de\ndistributeur de couronnes, qu'il a toujours assez mal remplies et dont il\nn'est pas possible ni qu'il s'acquitte ni qu'il semble s'acquitter bien. En\nmatière d'expositions, l'Etat devrait se borner, pensons-nous, à faire con­\nstruire un palais, composé de grandes galeries et de petits salons, où\nchaque individu et chaque collectivité pourrait, en dehors de toute censure\net de tout contrôle, inviter le public à venir voir ce qu'il lui plairait de\nmontrer, sous sa propre responsabilité, à ses risques et périls. L'association\nlibre ou l'isolement libre pour ceux qui le préfèrent remplacerait ainsi l'ag­\nglomération forcée, la promiscuité anti-naturelle, l'aplatissement trop sou­\nvent nécessaire. La situation actuelle tend à l'établissement de ce régime,\nqui triompherait déjà universellement si des difficultés d'argent, que l'Etat\npeut seul facilement lever, n'y venaient mettre obstacle. Peser d'une\nmanière quelconque sur l'appréciation des œuvres envoyées aux exposi­\ntions, les pouvoirs publics ont évidemment tort d'y prétendre ; leur mécénat\ndoit se borner à rendre aussi aisée que possible la rencontre du tableau et\nde l'amateur de tableaux, comme dans un autre ordre celle du livre et de\nl'amateur de livres.\n   Ces graves réflexions qui ne sont pas d'une déconcertante nouveauté,\nmais qu'il est néanmoins opportun de rééditer de temps en temps, nous\nreviennent dans l'esprit quand nous considérons à quels résultats peut\narriver un cercle comme le Voorwaarts, composé d'éléments très dissem­\nblables, issus de milieux artistiques divers, indépendants les uns vis-à-vis\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                 — 124 —\n\ndes autres, sans doctrine commune, sans même un nom sollicitant violem­\nment l'attention du public.\n    Le Voorwaarts n'est pas une école, ni même un groupe de camarades,\nc'est simplement un syndicat, une association conclue en vue de la présen­\ntation des œuvres de ses membres au public. Pas de credo, pas d'intolé­\nrance 'ni d'exclusivisme. Or, cette association atteint pleinement son but;\nelle s'acquitte parfaitement du genre de service pour lequel elle a été\nconstituée. Avec des œuvres qui ne sont pas toutes intéressantes, elle com­\npose un salon intéressant, de bonne tenue, d'aspect favorable, sur le plan\ndu salon des XX, le plus rationnel, qu'on finira par adopter partout. Et le\npublic vient, voit, regarde, se rend compte, achète, et c'est un succès. Aux\nexpositions triennales, c'est à peu près le contraire. Avec des œuvres qui ne\nsont pas toutes mauvaises, on y compose un salon ennuyeux, accablant, où\nl'on ne peut rien voir, d'où l'on sort avec une immense migraine et un\nimmense dégoût.\n    Le Voorwaarts a adopté le système des invitations, et il en use discrète­\nment et éclectiquement. Citons : deux paysages, En Provence et En\nAuvergne, du français Gagliardini, un peu bien italien tout de même,\nou peut-être du Tessin, patrie des confiseurs? toiles extraordinairement\nclaires, — nous disons claires, et non lumineuses, car la lumière vibre\ndavantage, — d'un rendu et d'un métier étonnants. La Récolte du lin de\n M. Claus vibre, elle, et marque bellement les qualités de ce peintre en\n plein développement, de même qu'un effet de lumière dans la neige, Fin\n du jour, impressionnant à la manière de certaines œuvres de M. Ver­\n straete, avec qui M. Claus a quelque parenté. Puis : de M. Heymans,\n un frais Effet de soleil après la pluie, avec l'atmosphère d'une irré­\n prochable justesse; de M. Kamerlingh, une nature morte d'un maçonnage\n puissant, très semblable à celles qu'exposa l'an dernier aux XX un autre\n Hollandais, M. Verster; de M. Gari Melchers, A l'Eglise, une petite\n paysanne debout, lisant dans son livre d'heures, d'un goût charmant,\n d'une simplicité entière; de M. Pointelin, une plaine ondulée, à l'horizon\n infini, sous un ciel fuyant et triste; de M. Vanaise, un portrait qui ne\n comptera pas parmi ses meilleurs; de M. Alfred Verhaeren, des intérieurs\n  truculents, harmonisés en rouge majeur, des paysages rugueux, brossés\n presque avec colère, nullement « nature », mais très impressifs, delàacolo­\n ration la plus intense et la plus saturée.\n    Arrivons aux membres du Cercle. Parmi les paysagistes, très nombreux,\n comme partout, s'y distinguent particulièrement MM. Van Doren, Blieck,\n  Delgouffre, Gilsoul. A M. Van Doren, qui a de la vigueur et d'intéressantes\n  recherches de lumière, et qui expose notamment un Clair matin d'automne\n très séduisant, on peut reprocher trop de complication parfois et trop peu\n de souci des lignes et des formes. M. Blieck semble un improvisateur\n tumultueux, qui ne s'est pas encore appliqué à se dégrossir. Certains de ses\n tableaux s'alourdissent de bruns déplaisants; mais il faut lui reconnaître un\n  œil de coloriste, que dénotent par exemple : le Coin de faubourg et\n Heures suggestives. La Nuée atteint une grande impression d'ensemble.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "                                  — 125 —\n\n\nM. Delgouffre, le dévoué secrétaire du Cercle et l'infatigable organisateur\nde ses succès, amoureux plus que jamais des jolis petits coins de solitude et\nde silence, a mis de la poésie dans son Calme dit soir et de l'éclat lumineux\ndans les feuillages de son Chemin couvert.\n   L'un des meilleurs peintres du Voorwaarts est assurément M. Gilsoul,\nqui a une prédilection marquée pour les effets crépusculaires et nocturnes,\noù éclatent vivement de soudaines notes claires : nous espérons cependant\nque son grand succès de cette année ne lui persuadera pas de recommencer\ntrop souvent le même tableau. La Nuit naissante, un des bassins de\nBruxelles dont les quais au loin s'illuminent; Silence, un fleuve avec un\nbateau endormi dans les ténèbres ; Nuit de juillet, un canal éclairé par la\nlune; la Courbe, l'approche terrifiante d'un train de nuit dans une tranchée,\nsous un ciel farouche ; Harmonie d'automne, une symphonie de rouge et\nde bleu, autant de pages amples et puissantes, d'un sentiment largement\népandu. Les ciels particulièrement sont grands, aérés et profonds; mais\nquelquefois on observe trop de lourdeur dans les gammes sombres et une\ncertaine pauvreté dans les noirs, qui font trou.\n   Ni M. Gouweloos ni M. Ottevaere ne se prouvent coloristes\ndans leurs uniformes paysages imaginatifs, baignés dans des ombres\nopaques. Mais le Portrait de Mlle M. G. du premier, le Portrait de ma\nmère du second sont des recherches attentives et pénétrantes de physio­\nnomies et d'ensembles, qui dépassent la reproduction exacte des modèles.\nM. Jules Du Jardin a un portrait d'enfant d'un grand charme, où il a mis\nquelque chose du style et de la manière de M. Khnopff. L'harmonie des\nchairs, du vêtement, du mur blanc et uni qui sert de fond est tout à fait\ndélicate; la pose très étudiée, est vivante, gracieuse et nouvelle; le dessin,\nd'une grande précision. Un pastel de M. Rotthier, un dos de femme avec\nune draperie, attire l'attention par sa coloration savoureuse.\n   Une certaine tendance littéraire s'affirme chez plusieurs peintres du\n Voorwaarts, comme aussi chez un sculpteur, M. Puttemans. Elle domine\n presque exclusivement dans l'envoi de M. Middeleer : une allégorie, trop\n compliquée, des vices, qui s'intitule les Fleurs du mal, sans justifier préci­\n sément une aussi audacieuse usurpation; l'illustration de la scène finale du\n Saint Julien l'hospitalier de Flaubert, qui n'est qu'un essai malheureux ;\n une Mort inutilement encombrée d'accessoires puérils et d'une mise en\n scène macabre. M. Middeleer à d'évidentes ressources d'imagination, mais\n jusqu'à présent il étale ses intentions au lieu de se concentrer, il aigrit et\n anémie sa couleur sous prétexte d'en faire un moyen d'expression ; dans les\n physionomies il n'arrive pas à dépasser la 'banalité ; au mysticisme il joint\n un réalisme très analytique qui le contrecarre et introduit dans l'œuvre un\n élément de désharmonie. On dirait qu'elle ne procède pas chez lui d'une\n impression ou d'une série d'impressions, visuelles, mais tout au rebours\n d'une idée nue, qu'il s'efforcerait de concrétiser. Quoi qu'il en soit, M. Mid-\n deleer est un artiste chercheur, intelligent, ; qui: tente de mettre dans ses\n œuvres quelque chose de plus que l'apparence des objets, une signification\n intellectuelle et un reflet d'âme; cette tendance n'est assurément pas de\n celles qu'il faut décourager.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                       — 126 —\n\n\n    Dans le domaine de l'art abstrait et synthétique, la meilleure chose du\nsalon, c'est dans l'envoi de M. Colmant que nous la rencontrons : nous\nvoulons parler d'un dessin intitulé : Rancœur, qui représente une vieille\nfemme dont le regard fixe et méchant semble ensorceler un paysage mau­\nvais. Ici l'effet voulu est atteint, par des moyens simples, bien disposés\npour le faire ressortir dans toute son âpreté.\n   De tous les artistes du Voorwaarts, M. Laermans promet le plus, et\nsemble, par un ensemble de qualités très diverses, pouvoir s'élever le plus\nhaut. Des dessins : Fin de siècle, Etre poète, aux intentions trop soulignées\ndans les accessoires, témoignent cependant d'une propension vers la syn­\nthèse dont l'expression n'est pas encore bien personnelle. A côté de cela,\nRéflexions et reflets, une étude de jeune femme vêtue de blanc, est une\nanalyse serrée de près des modifications de ton et de lumière. Dans le Vil-\nlage qui sommeille, dans l'Idylle campagnarde, dans les Harmonies du\nsilence surtout, un peintre très spécial s'affirme, avec le sens du coloris\nexpressif et décoratif à la fois et le don naturel de l'unité. D'autre part,\ndans ces mêmes Harmonies du silence, dans Prélude, dans Plain-chant,\ndans les Politiques du village par-dessus tout, s'accuse une aptitude à saisir\nsur le vif les types, les attitudes caractéristiques, qui ne va pas sans bruta­\nlité, sans outrance caricaturale, mais où l'on sent l'emportement, la verdeur\n d'un tempérament audacieux. Une eau-forte, parmi d'autres, la Prière, des\npaysans groupés à la porte d'une église, joint à cette crudité d'observation\nune grande largeur de sentiment. Parmi les œuvres de M. Laermans, qui\nsont presque toutes fragmentaires, incomplètement réalisées, c'est la plus\nnette et la plus significative d'un talent dont il est permis, sans doute,\nd'espérer beaucoup.\n                                                                ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n        LETTRE DE M. CH. TARDIEU\n        A Madame veuve Monnom, imprimeur de la Jeune Belgique,\n                               32, rue de l'Industrie, à Bruxelles.\n           MADAME,\n   La revue que vous imprimez a publié, dans sa livraison de novembre 1891, un article\ndont le mauvais ton n'excuse pas les inexactitudes.\n   J'aime les gosses, et qu'est-ce que la Jeune Belgique, sinon la Ligue des Gosses ? A ce\ntitre elle me serait plutôt sympathique. Mais il est certaines gamineries qui appellent une\nréprimande. Et puis les gosses sont faits pour être mouchés et remouchés.\n   Vous permettez?\n   Je prétends prouver à l'auteur de Pierrot Narcisse — un titre qui est un portrait —\nqu'il ne sait ce qu'il dit. Rassurez-vous, Madame, je ne songe pas, épuisant mon droit de\nréponse, à vous infliger le double de la tartine si laborieusement beurrée d'invectives par\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                                                — 127 —\n\n « le Scribe » de Pierrot lunaire. Quelques mots seulement, quelques faits et documents.\n    Mon wagnérisme? Laissons cela. Sujet usé, si c'en est un. Il est amplement traité, et\n avec une compétence qui manque aux poètes des Dernières Fêtes — suis-je assez gentil?\n je les cite toutes — par M. Edmond Evenepoel en son Wagnérisme hors d'Allemagne,\n un livre que je prends la liberté de vous recommander, bien qu'il ne sorte pas de vos\n presses. Le wagnérisme, qui, du moins, devança la vogue et la mode, le genre et le chic,\n est peut-être d'érudition médiocre. Giraud assure que celui de Maurice Kufferath est\n plus profond. Pense-t-il me l'apprendre? Je l'ai dit moi-même, écrit et signé. Quand\n Georges Eekhoud en fera autant !... Mais, chose inavouable, ce wagnérisme se complique\n de gounodisme. Et pourquoi pas? Mon admiration pour Wagner n'exclut guère que ses\n imitateurs.\n    Elle ne m'oblige à écarter aucune personnalité dissidente, aucune tendance à côté,\n intéressante à un titre quelconque; mais elle ne m'oblige pas davantage à surfaire un\n tas de petits pierrots de lettres ou à musique qui ne viennent pas à la semelle du maître\n de Bayreuth.\n    Mon vaudevillisme ? Il paraît que mon humeur acariâtre et vaniteuse l'a fait avorter.\n En voilà une chance, par exemple! J'en félicite Valabrègue.\n    Ma critique d'art. Ici, souffrez que je vous arrête un instant.\n    Mon ami Pierrot écrit ceci :\n    « ... En littérature et en art, les opinions de M. Charles Tardieu passent d'un air dédai­\ngneux devant les grandes œuvres, pour saluer jusqu'à terre les ceuvrettes de Lilliput. Ah!\nces Salons, où les petits lécheurs de toiles élégantes et musquées sont préférés aux Rodin\net aux Moreau ! »\n    Vraiment, c'est mal tomber...\n    « Il n'est pas de haute vision d'art au bas de laquelle M. Charles Tardieu n'ait déposé\nune plaisanterie, un de ces mauvais bons mots que les amuseurs de dixième ordre\nfabriquent à la grosse pour les infirmes et les impuissants. C'est là l'hommage ordinaire\nque les plaisantins rendent au talent. »\n   Cette appréciation est contraire à la vérité. Sans doute, il m'est arrivé de déposer\nquelques plaisanteries plus ou moins dédaigneuses « au bas » de certaines visions ou\nprétentions d'art où je ne voyais qu'oeuvrettes et machinettes sans grande portée. Et il\nest naturel que certains oeuvrettistes d'art ou de littérature trouvent mon enthousiasme\nun peu froid, comparé à l'ardeur de leur Narcissisme. Tel un Jean-Paul Choppart qui\nserait furieux de n'être pas égalé aux héros de l'Iliade. Mais vienne la forte impulsion,\n''initiative hardie et féconde, l'idée neuve et vraiment grande, je vous jure que je m'em­\nballe, gaiement, sans plus d'érudition que de pose, — c'est peut-être une pose de le\nconstater — mais enfin de bon cœur et pour le plaisir. Seulement ces fêtes-là sont rares.\nEt voilà ce que nos gosses ne veulent pas comprendre.\n   Tenez, Madame, puisque Giraud cite Gustave Moreau, veuillez prendre la peine de lire\nces passages d'une étude consacrée à l'artiste original et captivant que mon confrère et\nami, Louis de Fourcaud, appelait un jour « le maître sorcier » :\n   Ici un long groin surgit, comme dit Henri Conscience, et M. Tardieu cite un long\narticle de sa composition.\n   Il y a treize ans que j'écrivais cela (1) et je vous ferai remarquer qu'à cette époque,\ncelle de l'Exposition universelle de 1878, où il n'obtint qu'une deuxième médaille, Gustave\nMoreau, toujours discuté, voire contesté, n'était pas encore membre de l'Institut. Je n'ai\ndonc pas attendu sa consécration officielle pour lui rendre hommage.\n\n\n (1) Dans l'Art, 4e année, tome II, pages 288 et 319, où vous pourrez contrôler et compléter la citation, si le\ncœur vous en dit.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                          -   128     -\n\n    La citation est un peu longue encore qu'incomplète. C'est pourquoi je vous épargne\nAuguste Rodin. Je le réserve pour une autre livraison, si notre ami Pierrot insiste. Et je\nle préviens que je tiens à sa disposition une liste d'artistes qui ne sont pas du tout de\n Lilliput, que je me flatte d'avoir mis à leur rang, que je me fais honneur d'avoir salués,\net précisément parce qu'ils ne sont pas des ceuvrettistes.\n   Voulez-vous que je vous dise? Giraud ne m'a pas lu. C'est peut-être humiliant pour\nmoi, mais ce n'est pas une absolution pour lui, pour ses jugements téméraires et sa\ncritique calomnieuse.\n   Ma critique littéraire? Mon Dieu, j'en fais bon marché. Ce n'est pas ma spécialité, si\ntoutefois j'en ai une, ma spécialité étant plutôt de n'en point avoir. Je ne suis pas un critique\nlittéraire : je tiens aussi la critique littéraire. Giraud me traite de chroniqueur frotté de\nlittérature et d'art, détestant dans chaque écrivain l'artiste que j'aurais rêvé d'être. Que\nsignifie ce charabia? Je ne sais pas si je suis ou ne suis pas un artiste. Je sais que je suis\nun journaliste, un professionnel, faisant tout ce qui concerne son état, un polémiste\npolitique s'ouvrant des jours de différents côtés pour aérer sa polémique et esquiver\nl'asphyxie électorale. Je sais que j'ai toujours ambitionné la maîtrise de mon métier, et je\nsais que dans ce métier qui est le mien et que j'aime — alors que d'autres qui en vivent\naffectent de s'y résigner en déclassés du Parnasse pour avoir déposé de-ci de-là sur de\nrares papiers de Hollande quelques vers huileux et transpirants — j'ai obtenu déjà\nquelques succès, notamment certain jour où je vis mon ami Pierrot, après avoir raillé,\nturlupiné, flétri une incartade de votre serviteur, s'y rallier au lendemain du succès, avec\nune souplesse et une platitude que j'admire encore. Êtes-vous sûrs là-bas, vous autres,\nque je ne suis pas un artiste à ma manière dans les données de ce métier-là? Et si je\nl'étais, pourquoi diable vous envierais-je votre art de petite lècherie versiculaire dont\nje n'ai jamais rêvé pour mon compte et pourquoi vous empécherais-je de vous y épanouir\nà votre aise? Qu'est-ce que ça peut me faire, je vous le demande? Mon métier est mon\nart, mon talent si j'en ai.\n   Mais il y a la Princesse Maleine, la grande obsession de notre fin de siècle !\n   Il est certain que je ne l'ai pas faite.\n   Mais permettez : Giraud non plus.\n   Verhaeren pas davantage.\n   Eekhoud encore bien moins.\n   II paraît qu'ils sont ravis tout de même.\n   Moi, ça ne m'étonne pas que je ne l'aie pas faite. Alors pourquoi serais-je plus agacé\nqu'eux?\n   I1 est certain aussi que dans le supplément littéraire de l'Indépendance belge, citant\nune scène de la Princesse Maleine, et rappelant l'article sensationnel d'Octave Mirbeau\net le célèbre « plus fort que Shakespeare », j'ai osé risquer cette parenthèse : « Est-ce un\npavé? » On me le reproche ce pavé, échappé sans doute de mon volcan au vinaigre —\nune trouvaille de Pierrot en goguette. — On me le reproche, mais on le ramasse. De\nl'inoubliable pavé, d'habiles exploitants tirent toute une carrière. Désormais, ce n'est plus\nassez de s'entrelouer, si l'on ne jette, aux pieds des idoles de l'admiration mutuelle, les\ncadavres de quelques-uns de ces morts qu'il faut qu'on tue. C'est ainsi qu'à Maeterlinck\nplus fort que Shakespeare, ont succédé Demolder plus fin que Rabelais, Hubert Krains\nrival heureux de Flaubert et Mérimée, sans parler de Georges Eekhoud plus fort que\nZola, naturellement. Encore un mort I C'est ainsi que l'orphéonisme littéraire de la Ligue\ndes Gosses s'est annexé un Quenast en syndicat pour lançage de pavés d'ours. Et c'est\nainsi enfin qu'après tant de plusfortquistes — le mot est de Maurice Kufferath plus fort\nque Tardieu — nous verrons bientôt ce comble énorme, invraisemblable : Iwan Gilkin\nplus fort que Giraud.\n   Impossible !\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                                            — 129 —\n\n   On peut être plus fort que Shakespeare.\n   On peut, à la rigueur, être plus fort que Tardieu\n   On n'est pas plus fort que Giraud !\n   Et on appelle ça de la solidarité?\n   Laissez-moi rire!\n  Et maintenant, comme dit Giraud, finissons-en.\n   Mes enfants, je ne vous dois rien. A la différence de Giraud, si je parle de l'un de vous,\nje ne suis pas homme à lui prêter une opinion contre laquelle proteste tout ce qu'il a\nécrit. Mais j'ai le droit de ne pas m'occuper de vous. Je vous suivais de loin en curieux\nqui a autre chose à faire. Vous aviez là un signaleur, un peu gouailleur comme il convient\npour affranchir l'éloge de toute apparence complaisante, un rééditeur bon garçon quoi\nqu'en dise votre porte-parole. Du moment que ses sourires sont pris pour des mépris\nhostiles et vindicatifs, sa bonne volonté pour de la vanité acariâtre et sa bonne humeur\npour de l'imbécillité ou à peu près (1), bonsoir I N, I, ni, fini! Et passons à d'autres\nexercices. Si vous croyez que la clientèle s'en plaindra !...\n   Veuillez, Madame, insérer cette lettre dans votre livraison de décembre à la même\nplace et dans le même caractère typographique que la lettre ouverte à laquelle je réponds.\nJe vous en prie et au besoin vous en requiers suivant la formule. C'est bien le moins\nqu'une fois en ma vie j'exerce le droit de réponse si souvent invoqué contre le journal\noù j'opère. Vos jeunes gens paraissent tenir énormément à la publicité de l'Indépendance\nbelge. Plus modeste, je me contente de celle de la Jeune Belgique. Et j'ose leur conseiller\nde suivre mon exemple. Il faudra bien. Au fait, il leur restera la ressource de la Librairie\nbelge à Paris, et celle de l'intimidation électorale, préconisée en un banquet fameux. Les\ncandidats n'ont qu'à bien se tenir. Gare au nouveau wagnérisme : Les Maîtres Chanteurs\nde Kaeyenberg.\n   Agréez, je vous prie, Madame, l'hommage de mes sentiments les plus distingués.\n\n                                                                           CHARLES TARDIEU.\n\n\n\n\n  (I) C'est évidemment par inadvertance qu'on me suppose « capable de lire un livre et d'en soupçonner la\nvaleur ». Cette concession trop flatteuse est en contradiction manifeste avec le reste.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                           —130        —\n\n\n\n\n                                   MEMENTO\n    Depuis que M. Charles Tardieu nous a            des crimes sans nombre et qui dépasse dans\n fait savoir que l'Indépendance belge ne s'oc­      le mal celle qui l'y a poussée la première,\n cuperait plus jamais des écrivains de la           est une âme slave, comme nous les aimons\njeune école, les deux vieilles filles ont entre­    aujourd'hui. J'admire donc profondément\ntenu leurs lecteurs des Sept Princesses,            Macbeth. Mais, même dans celte œuvre, je\nd'Etude de Jeune Fille, des Charneux, des           n'accepte pas tout de Shakespeare sans\nLourty, etc., etc. Elles ont éreinté la confé­      réserve et sans discussion. J'ose penser qu'il\nrence de M. Emile Verhaeren, annoncé les            faut choisir et que c'est se montrer vérita­\nApparus dans mes chemins et Loth et ses             blement respectueux du maître de corriger\nfilles.                                             les imperfections grossières dont il est plein.\n    Ce n'est plus : « N-i-ni; c'est fini ! » mais   Je préfère l'adaptation à la traduction litté­\n« N-i-ni, ça commence ! »                           rale, en dépit des criailleries. »\n    C'est encore timide, hésitant et intermit­         On annonce un Shakespeare corrigé, dû\ntent, mais il y a progrès. Encore deux ou           à la collaboration respectueuse de M. Henry\ntrois volées de bois vert, et ce sera parfait.      Fouquier et du jeune décadent russe Mar­\n                                                    méladoff.\n\n   L'Indépendance belge a pour correspon­\ndant théâtral, à Pontoise, M. Marcel Fou-              De l'Indépendance, à propos de la mort\nquier, le fils de celui qui a si peu de talent.     du cardinal Manning, du duc de Clarence\nCe jeune homme a écouté avec intérêt, au            et du général Chazal :\nThéâtre d'Art, le Bateau ivre de Rimbaud.              «... Cette série macabre ne s'arrêtera donc\nIl y a découvert de « fort jolis vers à la José-    jamais?... »\nMaria de Hérédia ».                                    Nous avons interviewé Calino : Il a ré­\n                                                    pondu que ses renseignements particuliers\n  Après Marcel, Henry. M. Fouquier père             confirment ceux de l'Indépendance, et nous\napprécie ainsi les Flaireurs, le drame de           a prié de remercier son confrère M. Tardieu,\nM. Van Lerberghe, joué avec grand succès            qu'il a, paraît-il, beaucoup « cultivé » na­\nau Théâtre d'Art :                                  guère.\n  « Les Flaireurs, qu'on a joués vers une\nheure du matin, sont un simple cauchemar.\nUne mourante entend venir les hommes                   La Jeune Belgique ayant souhaité que\nqui apportent l'eau pour la toilette funèbre,       Bruxelles devienne un petit Weimar, le\nle linceul, le cercueil. C'est macabre, inutile     Guide musical, guidé par M. Maurice Kuf­\net — je n'insiste que sur ce point, d'un effet      ferath, qui est guidé lui-même par M.Charles\nfacile. »                                           Tardieu, nous décoche le petit teutonisme\n   M. Fouquier a tort : il n'est jamais plus        que voici ;\namusant que lorsqu'il insiste.                         « Très noble, cette ambition, mais un\n                                                    peu naïve. Ça ne se reconstitue pas tout\n                                                    seul, le Weimar de 1775. Il faudrait avoir\n   A preuve : ce jugement sur Macbeth :             Schiller, Gœthe, Herder, Wieland. Et nous\n   « Puisque le théâtre russe est à la mode,        n'avons même pas Charles-Auguste ! »\nje dirais volontiers que l'âme de ce Macbeth,          Pardon, c'est vous qui l'avez ! M. Tardieu\nêtre faible qu'un premier crime entraîne à          s'appelle Charles, et il est Auguste.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                       -    I3I    —\n\n  Petit maladroit ! Gageons que vous serez\nmoins.... spirituel le jour où votre candi­\ndature à la succession de MM. Stoumon et            Les Revues françaises :\nCalabrési deviendra sérieuse.                        Lire, dans les Entretiens politiques et\n                                                 littéraires, l'article de M. François Vielé-\n                                                 Griffin sur les Apparus de M. Emile Ver­\n                                                 haeren ; dans la Plume, des vers de\n   Le Courrier de Bruxelles a parlé du           M. Edouard Dubus et une correspondance\nVoorwaarts. Oyez :                               bruxelloise très intéressante, dans la Revue\n   « MM. J. Middeleer, Laermans et quel­         Blanche, des poèmes de MM. Thonnar et\nques autres, non sans tapage et avec des          Kenlio ; dans la Revue indépendante, un\ntoiles à prétentions injustifiables, sacri­      mirifique René Ghil: «Le vœu de vivre »\nfient au « parisianisme» décadent, se livrent    et un plus mirifique poème de MM. Gaston'\nà ce qu'on a appelé de la « peinture litté­       et Jules Couturat ; dans Art et Critique,\nraire », mettent les Flaubert en couleur.         des études sur les impressionnistes, par\n   Le parisianisme de Flaubert? Flaubert          M. Georges Lecomte et des calembours de\ndécadent 1 Et ce n'est pas tout, car «ni la       Willy ; dans le Mercure, après une procla­\nLégende de saint Julien de Flaubert, ni           mation de M. Saint-Pol-Roux, des sonnets\nles Fleurs du Mal de l'infâme Baudelaire,         de M. José-Maria de Hérédia et u n j o l i\nne sont faits pour la peinture flamande,          poème de M. A.-Ferdinand Hérold.\npour l'artiste soucieux de sa pensée, de son\n art et de son public ».\n   Nous demandons le nom de la vieille              Les Revues belges :\n conserve qui a écrit ça !                          A signaler, dans la Revue générale, qui\n                                                  se réveille, des articles de M. Firmin Van\n                                                  den Bosch et les intéressantes et coura­\n  Avec ses Coups de Plume, dont nous              geuses chroniques littéraires de M. Eugène\nparlerons bientôt, M. Firmin Van den              Gilbert ; à signaler aussi un bon numéro du\nBosch a fait un miracle.                          Réveil de Gand, et l'apparition de Floréal,\n  Le Bien Public ayant publié, sur ces            la revue liégeoise annoncée dans notre\npages alertes et batailleuses un article sévè­    memento de janvier, et qui arbore à son\nrement « gaga », la Flandre libérale l'a          sommaire, avec des noms nouveaux aux­\nreproduit le lendemain.                           quels on s'habituera vite, ceux de MM.\n  Pour réconcilier ces deux fossiles enne­        Camille Lemonnier, Emile Verhaeren,\nmis, il a suffi de l'apparition d'un jeune        Albert Mockel, P.-M. Olin et Quillard.\nécrivain !                                           Nous avons reçu aussi le premier nu­\n   C'est plus belge que nature. Catholiques       méro du Mouvement littéraire, fondé par\net libéraux sont des prénoms. Cuistres est        MM. Fernand Roussel, Raymond Nyst et\nle nom de famille.                                Léon Donnay. Bon début. Collaborateurs\n                                                  du numéro : MM. Picard, Verhaeren et\n                                                  Lemonnier pour la Belgique ; MM. Barrès,\n    De M. A. Dosogne, dans la Libre Cri-          Vielé-Griffin, Drumont et Lemaître pour la\n tique :                                          France.\n    « Zola même, bien que sa simple, forte et\n impersonnelle peinture soit plus puissam­\n ment fructueuse de vraie philosophie mo­            M. Emile Verhaeren a fait, au Cercle\n rale que les thèses, l'ergotisme outré, vani­    Artistique et Littéraire de Bruxelles, une\n teux et paradoxal des Tolstoï, — Zola n'est      bonne et vaillante conférence sur les Esthé-\n pas suffisant. »                                 tiques modernes et la Critique. Il s'est\n    Prenez feu Léopold Stapleaux. Il vous         attaché à démontrer que les différentes\n suffira !                                        écoles littéraires, qui ont surgi depuis\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                         — 132 —\n\n\ntrente ans, sont autant de rameaux du\nromantisme. Cette première partie de la\nconférence est un excellent morceau de              Pour paraître prochainement chez E. De­\ncritique. Dans la seconde partie de sa            man, éditeur à Bruxelles : Ténèbres, par\nlecture, M. Verhaeren a mis les critiques en      Iwan Gilkin.\nmorceaux. Devant M. Frédérix, rouge de\ncolère, il a lu des extraits de l'Indépendance,\nqui ont provoqué des fusées de rire. Après        Les Revues. — Sommaires : LA REVUE\ncette exposition en public, M. Frédérix est    BLANCHE. — Maurice Barrès, Lettre à un\nrentré chez lui. Le lendemain l'Indépen-       lecteur familier. — Gabriel Séailles, Sur la\ndance contenait une petite Sainte-Beuverie     « Cène » du Vinci. — Thadée Natanson,\nde M. Frédérix, écrite d'une plume sénile      Vent de Novembre. — Romain Coolus,\net rageuse.                                     Thèmes d'évocation. — Louis-Alfred Na­\n   Tous nos compliments à M. Verhaeren.        tanson, Fêtes. — Pierre Quillard, La Mort\n                                               d'un dieu. — Charles-Henri Hirsch, Notes\n                                               sur des peintres. — Lucien Muhlfeld, Chro­\n   L'Intruse de M. Maurice Maeterlinck a nique. — Calendrier.\nété représentée à Londres et à Copenhague.        LA PLUME : Adolphe Retté, Ecoles. —\nSuccès à Londres, malgré la mauvaise Bulletin de la quinzaine : Paul Vérola,\nqualité de la traduction et l'étrange inspira­ Sonnets accouplés; Epicure. — Raoul Gi­\ntion de l'interprète principal, M. Beerbohm- neste, Chattes et Chats {extraits inédits).\nTree, qui, dans une conférence, a, paraît-il, — Claude Lauzanne,          Floridor-Célestin\néreinté le drame avant de le jouer. Très Prudhomme. — Louis d'Eristal, La Psy-\ngrand succès à Copenhague, où les comé­ chycologie chez Guy de Maupassant. —\ndiens ne conférencient pas encore.             Léon Dequillebecq, A propos d'un Livre\n   La Chronique, journal perspicace, a récent. — Léon Deschamps, Petits Por­\ntrouvé la raison de ce grand succès : traits : Paul Vérola.\n«M.Maeterlinck devait être compris dans           L'ERMITAGE : La Décoration de l'intérieur,\nla patrie l'Hamlet ».                          Alphonse Germain. — Le Rêve de vivre,\n   Cette remarque est évidemment de Charles Morice. — Fantômes, Pierre Quil­\nl'onagre.                                      lard. — L'Ivresse verbale, Remy de Gour­\n                                               mont. — Tentation, Louis Le Cardonnel.\n                                               — Les passants dans l'allée des peupliers,\n   Daisy, la dernière œuvre de Max Waller, Hugues Rebell. — La Censure morale,\nparaîtra sous peu, en un volume in-18, chez G. Bernard-Kahler. — Pages Sereines,\nnotre éditeur Paul Lacomblez.                  Paul Redonnel. — Les trois Rois, Henri\n                                               Mazel. — Dédicaces pour Thulé des Bru-\n                                               mes, Adolphe Retté. — Pour violoncelle,\n   Paul Lacomblez vient d'éditer une excel­ Karl Boès. — Vers l'impossible, René\nlente GRAMMAIRE EN PORTEFEUILLE, de format\n                                               Tardivaux. — Rondels, Joseph Declareuil.\nélégant et commode et de prix très minime — D'azur au chef d'or, Hadrien Merle. —\n(50 centimes). Ce memento très clair et très\n                                               Chroniques et Variétés, Les Ermites.\nprécis des plus grandes difficultés de la\nsyntaxe française est résumé de la Gram-\nmaire Da Costa adoptée exclusivement,\naprès concours, pour les écoles de la ville\nde Paris.\n   La Grammaire en Portefeuille rendra de\nréels services aux écrivains de tout ordre\nque peut, à chaque instant, embarrasser\nune lacune de mémoire,\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                   Paul LACOMBLEZ\n     É D I T E U R D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                                31, rue des Paroissiens, 31\n                                            BRUXELLES\n\n\n\n                        Catalogue des livres de fonds :\nBAUDOUX (Fernand)       .   .\n                           Rythmes vieux, gris et roses, un volume in-16. . fr. 3 50\nBLOY (Léon)                Le Pal, la collection complète (4 n°s) très rare . . . 4 »\n                              Les trois premiers numéros, ensemble . . . .        1 »\nCHAINAYE (Hector) . . .    L'Ame des choses                                       2 »\nDELATTRE (Louis) . . .     Contes de mon village, avec une introduction de\n                              Georges Eekhoud, un volume in-18                    3 »\nD E HAULLEVILLE (Baron P.) En vacances, un volume in-18 Jésus                     3 50\nDEMOLDER (Eugène) . .      Contes d'Yperdamme, un volume in-18 Jésus . . . 3 »\n      —                    Impressions d'Art, un volume in-8°                     3 \"\nDESOMBIAUX (Maurice) .     Vers de l'Espoir, un volume in-18 Jésus                2 »\nDESTRÉE (Jules)            Journal des Destrée, une plaquette in-18 Jésus . . 1 »\nDULAC (Paul)               Vingt-cinq Sonnets, un volume in-16 Jésus. . . .       1 50\n                           (Il a été tiré 1 exemplaire sur Japon des manufactures\n                              Impériales et g exempl. sur Hollande Van Gelder).\nEEKHOUD (Georges). . .     Nouvelles Kermesses, avec frontispice de Léon Dar-\n                              denne, 1 volume in-8° (quelques exemplaires) . . 7 50\n      —                    La Nouvelle Carthage, un volume in-18                  3 50\n      —                     Les Fusillés de Malines, un volume in-18 . . . .      3 50\n      —                    Kees Doorik— Kermesses— Les Milices de Saint-\n                              François (épuisés).\nGARNIR (Georges) . .        Les Charneux, moeurs wallonnes, un volume in-18\n                                   Jésus                                                3 50\nGIRAUD (Albert).    .   . Hors du Siècle, poésies, un volume in-8° . . . .              3 50\n      —                   Pierrot lunaire, poésies, un volume petit in-12.              2 »\n      —                   Pierrot Narcisse, un volume in-16 raisin                      2 »\n                          (II a été tiré 3 exemplaires sur Japon Impérial et\n                             g exempl. sur Hollande Van Geldei).\n      —                   Dernièt es fêtes, poésies, un volume in-16, raisin . .        2 »\n                          (Il a été tiré 15 exempl. sur Japon des manufactures\n                             Impériales et 10 exempl. sur Hollande Van Gelder).\nITIBERÊ DA CUNHA (J.). .  Préludes, poésies ; un vol. in-16 raisin                      3 »\nJENART (Aug.) . . . .     Le Barbare, poème-drame en prose, un volume in-18.            2 »\nJEUNE BELGIQUE (Le Parnasse de la), pièces diverses de dix-huit poètes belges, un\n                             fort volume in-8°                                          7 50\nKAHN (Gustave) . . . .    Chansons d'amant, poèmes, un volume in-16 raisin .            3 50\n      —                    Les Palais nomades, poèmes, un volume in-18.                 3 50\nLACOMBLEZ (Paul) . . .    Jeunes filles, une plaquette in-16                            2 »\n      —                   Loth et ses filles, un volume in-16 raisin                    2 «\n                          (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                             15 exemplaires sur Hollande Van Gelder.\nLAUTRÉAMONT (Comte de)    Les Chants de Maldoror, un volume in-18 . . . .               3 50\nLAZARE (Bernard) . . .    Les quatre faces, plaquette anti-parnassienne . . .           1 »\nMAETERLINCK (Maurice) .    Les Aveugles (L'Intruse. Les Aveugles),un vol in-18.         3 »\n      —                   La Princesse Maleine, un volume in-18                         3 50\n      —                   Serres chaudes, un volume in-18                               3 »\n                          (Il a été tiré de chaque ouvrage 3 exemplaires sur\n                             Japon à 15 francs et 7 exemplaires sur Hollande à\n                             fr. 6-00).\n      —                    L'Ornement des noces spirituelles, par Ruysbroeck\n                             l'Admirable, précédé d'une Introduction, un vol.\n                                    in-18                                               4 00\n                                  (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon des manufac­\n                                     tures Impériales et 25 exemplaires sur Hollande\n                                     Van Gelder).\n      —                           Les Sept Princesses, un volume in-18                  2 »\n                                  (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                     25 exemplaires sur Hollande Van Gelder)\n      —                           Pelléas et Mélisande, un vol. in 18 (sous presse).\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "MAUBEL (Henry) . . .          Max Waller, une plaquette in-8° (épuisé).\n      —                       Miette, un volume in-16                          fr.       2 50\n      —                       Etude de jeune fille, un volume in-18                      2 »\nPLÉIADE (La), journal littéraire mensuel.\n                              Première année (1889), les douze numéros . . . .           3 »\n                              Chaque numéro séparément                  0                 30\n                              Seconde année, les douze numéros (très rare) . . .         5 »\nPOE (Edgar)                   Poésies complètes, traduction de G. Mourey, 1 vol.\n                                    in-18                                                2   »\nSEVERIN (Fernand) . . .           Le Lys, poésies, avec une eau-forte de Henry De\n                                     Groux, un volume in-16 . .                           2 »\n                                  (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon et 25 exem­\n                                     plaires sur Hollande).\n      —                           Le Don d'Enfance, poèmes : un volume in-16 raisin . 2 »\n                                  (Il a été tiré 8 exemplaires sur Japon et 32 exem­\n                                     plaires sur Hollande).\nSLUYTS (Charles)   .     .   .     L'appel des voix, poésies, un volume grand in-16. . 2 »\n                                  (Il a été tiré 1 exemplaire sur Japon et 25 exem­\n                                     plaires sur Hollande).\nVAN LERBEBGHE (Charles).           Les Flaireurs, drame, une plaquette grand in-16 . . 1 »\n                                  (Il a été tiré 25 exemplaires sur Hollande à 2 francs).\nVERHAEREN (Emile).       .   .     Les Apparus dans mes chemins, poésies, 1 volume\n                                     in 16 raisin                  .                      2 »\n                                  (Il a été tiré quelques exemplaires sur Japon et sur\n                                      Hollande Van Gelder).\n     —                            Les Moines, poésies, un volume in-18                    3 »\nWALLER (Max) . . . .               La Flûte à Siebel, un vol. in-8°, papier vergé . . .   3 50\n                                  (Il a été tiré 75 exemplaires sur papier impérial Van\n                                     Gelder à 10 francs).\n\n                                 Volumes en commission :\nGILKIN (Iwan) . . . .             La Damnation de l'Artiste                             15 »\nLE ROY (Grégoire). . .            Mon cœur pleure d'autrefois, un volume in-8°, avec\n                                    un frontispice de Fernand Khnopff                   10 »\nNYST (Raymond)     .     .   .    Volume ayant pour titre une épigraphe, avec un fron­\n                                    tispice colorié et un dessin de Nestor Outer . . . 5 »\n      —                           La Création du Diable, un volume in-18, sur papier\n                                    de Hollande, avec une eau-forte de Willy Schlobach. 3 50\nSAROLÉA (Ch.) . . .               Henrik Ibsen, avec portrait, un volume in-16 . . .     2 »\nVERHAEREN (Emile). .         .    Les Soirs (épuisé).\n      —                           Les Débâcles, poésies, un volume in-8° sur papier de\n                                    Hollande. .                                         10 »\n      —                           Les Flambeaux noirs, poèmes, in-8° sur papier de\n                                     Hollande                                           10 »\n\n\n  L a J e u n e Belgique (12e année), Revue mensuelle de littérature et d'art.\n  Abonnements : Belgique, 7 francs par an; Union postale, 8.50. — Le numéro 75 cen­\ntimes. Chacune des années précédentes : 10 francs.\n   L a Société Nouvelle (8° année), Revue internationale (Sociologie, Arts, Sciences et\nLettres).\n  Abonnements : Belgique, 10 francs par an; Union postale, 12 fr. — Le numéro :\nBelgique, 1 franc; étranger, 1.25.\n\n\n                                 A LA MEME LIBRAIRIE :\n Les œuvres de Baudelaire, Barrés, Bloy, Bourget, Corbière, Dostoïewsky, Heine,\nHuysmans, Ibsen, Laforgue, C. Lemonnier, Mallarmé, Péladan, Poe, de Régnier,\nRodenbach, Tolstoï, Verlaine, Vielé-Griffin, Villiers de l'Isle-Adam, etc., etc.\n\n\n  A partir de 3o francs, les achats peuvent se régler en 10 paie­\nm e n t s mensuels.\n\n                       Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1892-02-01", "preuve": "Février 1892, numéro 2, couverture PDF 117 ; aucun jour imprimé."}}