{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Avril-Mai1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 173, "texte": "Avril-Mai1893.                     TOME XII. — N°s 4-5                         i3 m e Année.\n\n\n\n\nLA\n   JEUNE\n                 BELGIQUE\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 173, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "SOMMAIRE:\n                                                         IWAN GILKIN.\n       .  „                                              ALBERT GIRAUD.\n       Le Parnasse contemporain                      ,   FERNAND SEVERIN.\n                                                         VALÈRE    GILLE.\n       Visions d'Egypte . . . .\"                         ALBER JHOUNEY.\n       Taine                                             ERNEST VERLANT.\n       Ordo                                              IWAN GILKIN.\n       Hélène                                            ARNOLD GOFFIN.\n       Printemps                                         MAURICE DUC.\n       Suprême vision                                  . J. VANDER BRUGGHEN\n       Atalante à Calydon (trad. de P . Tiberghien),\n         (suite)                                         A . - C . SWINBURNE.\n       Pensées sensibilisées                             HENRY MAUBEL.\n       Chronique musicale                                ERNEST CLOSSON.\n       Chronique littéraire :\n         I. Les Trophées; Solness le     Constructeur.—\n            II. Contes à Marjolaine.   — I I I . Gens de\n           province. — IV. Dit un page                   ALBERT GIRAUD.\n       Le Complot parnassien                             ARGUS.\n       La plus belle Princesse sur la plus grosse tour. VICOMTE POURDEUX.\n       Memento                                           NEMO.\n\n        RÉDACTION                                               BRUXELLES\n110, BUE DE LA L I M I T E ,   BRUXELLES.                  PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                               3I, rue des Paroissiens\n                                                                    PARIS\n    NUMÉRO DOUBLE                                        CHAMUEL,      LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                               29, rue de Trévise\n        fr. 1-50.\n                                                                      1893\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": 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française\n                                 par F R A N C I S N A U T E T\n\n\n\nSTANCES DORÉES\n                Commentaire sacerdotal du Tarot\n                                   par IWAN GILKIN\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 167, "titre_corps": "Le Nouveau Parnasse contemporain", "titre_sommaire": "Le Parnasse contemporain", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "Le Nouveau Parnasse Contemporain", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VISIONS D EGYPTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "Le Nouveau Parnasse Contemporain\n\n\n\n                                   La réaction contre l'amorphisme décadent,\n                                réclamée et prédite par la direction de notre\n                                revue dans notre numéro de janvier, se dessine\n                                en France.\n                                   Le 1er octobre prochain, l'éditeur Alphonse\n                                  Lemerre commencera la publication de la\n                                      quatrième série du Parnasse Contempo­\n                                       rain.\n                     Voici la circulaire de l'éditeur :\n                     « Nous nous proposons de livrer prochainement à l'im­\n                  pression un volume nouveau du Parnasse Contemporain,\n                  recueil de vers inédits des principaux poètes de ce temps.\n                     Depuis le Parnasse de 1866, qui eut, on le sait, la bonne\n                  fortune de donner son nom à un groupe éminent de poètes\n                et de révéler toute une renaissance de l'art des vers, deux\n                autres recueils de la même série ont été publiés, l'un en 1869,\n                l'autre en 1876. Dix-sept années nous séparent donc du der­\n                nier ; plus d'un maître est mort, de ceux qui l'avaient illustré\n                de leur collaboration, mais, en revanche, d'autres talents ont\n                grandi, d'autres sont nés, des tendances nouvelles se sont\nproduites et le moment est venu, nous semble-t-il, de mettre sous les yeux\ndu public l'état dernier de notre poésie lyrique en 1893.\n  L'éditeur fait donc appel aux poètes, connus ou inconnus, à quelque\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "                                   — 166 —\n\n école qu'ils appartiennent. Il ne sera tenu compte que du mérite des\n ouvrages présentés au Comité de Lecture et ce Comité se composera de\n maîtres universellement admirés, dont nul ne saurait mettre en doute la\n largeur d'esprit ni la compétence.\n    Les poèmes devront être rigoureusement inédits. On peut adresser dès\n à présent les manuscrits à la librairie Alphonse Lemerre, 23-31, passage\n Choiseul, Paris, jusqu'au 30 juin. »\n    Ce recueil de vers nouveaux, de vrais vers, soulève déjà les colères des\n novateurs dont l'ancêtre commun, M. Jourdain, définissait les tendances\nen s'écriant : « Je ne veux ni vers ni prose! » Les poètes du Parnasse de\n 1893 seront aussi violemment attaqués que leurs aînés du Parnasse de\n 1866. Et nous ajoutons : ils seront attaqués pour les mêmes motifs, au\n nom des mêmes préjugés et des mêmes hérésies artistiques, par des adver­\n saires semblables à leurs adversaires d'il y a vingt-sept ans.\n    Pas plus qu'en 1866, le Parnasse n'est une école. Ce fut à tort que l'on\naccusa les Parnassiens d'inventer des canons poétiques et de vouloir les\nimposer à leurs disciples. La vérité, qui sera bientôt officielle, c'est que le\nParnasse fut un temple, non pas pour telle ou telle espèce de poètes, mais\npour la Poésie, dont on avait perdu la notion et dont on méconnaissait\nl'essence. Et les griefs que les mauvais critiques et les méchants écrivains\nfirent valoir contre la poésie parnassienne, furent en réalité de misérables\nblasphèmes contre la Poésie elle-même. Le Parnasse n'eut jamais d'autre\nreligion que le culte de la forme parfaite et de la beauté pure, de l'art\ndésintéressé de tout, sauf de lui. Et il ne connut jamais d'autre discipline\ncommune que le respect de la langue et des règles fondamentales que la\nnature de la langue impose aux poètes français.\n   Cette religion et cette discipline furent celles de tous les vrais poètes\nde tous les temps. Qu'on en finisse donc une bonne fois avec l'inepte\nreproche d'exclusivisme, et avec la niaise accusation d'impassibilité. La\ntable du Banquet où Leconte de Lisle était voisin de Baudelaire, Baude­\nlaire de Gautier, Gautier de Banville, M. José-Maria de Heredia de\nM. François Coppée, M. Sully-Prud'homme de M. Armand Silvestre,\nM. Léon Dierx de M. Catulle Mendès, et M. Paul Verlaine de M. Stéphane\nMallarmé, fut une table généreuse et hospitalière, et c'est parmi ces con­\nvives réputés impassibles que l'on trouve les poètes les plus différemment\nsensibles de ce temps.\n   Nous espérons que le Parnasse de 1893 sera le digne pendant du Par­\nnasse de 1866.\n   II est urgent, en effet, d'affirmer de nouveau les vérités méconnues ; il est\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "                                -   167   -\n\n\ntemps que les ouvriers de l'œuvre désintéressée par excellence, la Poésie,\nrappellent, par leur exemple, au génie de la langue et du rhythme les jeunes\nécrivains de la nouvelle génération.\n   Ce rappel à l'ordre, s'il est nécessaire en France, l'est encore plus en\nBelgique.\n   C'est dire combien nous approuvons l'initiative de l'éditeur Lemerre;\nc'est dire aussi que nous demeurons fidèles aux principes d'esthétique pro­\nclamés par nous, en 1887, dans le Parnasse de la Jeune Belgique.\n   Aujourd'hui comme alors, nous désirons le libre développement de la\npersonnalité littéraire, pourvu que son expression respecte la nature de la\nprosodie, l'esprit de la langue et l'essence de notre Art.\n   Quand on défend les idées éternelles, il ne faut pas plus craindre d'être\ntraité d'arriéré que d'être appelé révolutionnaire.\n                                                    IWAN GILKIN\n                                                    ALBERT GIRAUD\n                                                    FERNAND SEVERIN\n                                                   VALÈRE G I L L E\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 170, "titre_corps": "Visions d’Égypte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alber Jhouney", "ancre_debut": "VISIONS D EGYPTE", "ancre_fin": "ALBER JHOUNEY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "TAINE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 1156, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "VISIONS D'EGYPTE\n                L'Egypte dans les sables songe\n                Comme un immense Urœus d'or\n                Et son corps divin se prolonge\n                Dans les cavernes de la mort.\n\n                La tête du serpent splendide\n                A les vastes yeux d' Osiris\n                Qu'anime d'un reflet candide\n                Le ciel rose comme un ibis.\n\n                Le souffle infini de l'Afrique\n                Apporte au dragon la chaleur\n                D'un monde sombre, chimérique,\n                Qui sent la fièvre et la douleur.\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "               — 168 —\n\nMais le Nil pourpré monte et baigne\nLes anneaux de l'Urœus-Roi\nEt Fonde maternelle saigne\nPour nourrir le champ qui la boit.\n\nMais le soleil va dans sa barque\nInaltérable et débordant,\n Tel qu'un immobile monarque\nD'où se déchaîne un peuple ardent.\n\nLe matin s'élance et rayonne\nEt descend pour renaître au blé.\nSekhet, à tête de lionne,\nRonge le granit accablé.\n\nL'astre indomptable ici dessèche\nLa solitude qui se fend,\nLà fleurit en oasis fraîche\nComme une poitrine d'enfant.\n\nIl fait vivre et c'est lui qui tue,\nHorus tout ensemble et Typhon.\nAussi la géante statue,\nAssise à l'horizon profond,\n\nGarde à sa bouche magnifique\nUn sourire vague, entrouvert,\nDoux comme le Nil pacifique\nEt triste comme le désert.\n\nL'ombre s'abat. Les Pyramides\nS'environnent paisiblement\nDe pâles haleines humides\nQue le sable exhale en fumant.\n\nChéops grandit vers l'Empyrée\nEt sur la cime on croirait voir\nLa première étoile azurée\nDescendre et quitter le ciel noir.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "               — 169 —\n\nPeut-être qu'Harmachis s'arrête,\nPour la terre fuyant le ciel,\nEt pose le pied sur le faîte\nDe l'altier sépulcre éternel.\n\nPeut-être le vaste Invisible\nVa-t-il s'abaisser à pas lents,\nFouler de sa marche impassible\nLes montagnes d'escaliers blancs...\n\nLa nuit règne, un prêtre contemple\nEn sa chaste robe de lin,\nDebout à la porte d'un temple,\nLe zénith sombre et cristallin.\n\nEt sa puissante rêverie\nEvoque solennellement\nThouëris ta déesse et prie\nLa matrice du firmament.\n\nLa déesse apparaît, penchée\nSur la terre grise et voûtant\nSa grande stature ébauchée\nDe l'orient à l'occident.\n\nDans la mer où le jour commence\nPlongent ses pieds mystérieux,\nL'azur de sa poitrine immense\nContient les innombrables cieux.\n\nPlanètes et soleils palpitent\nDans l'éternité de son corps,\nEn son ventre les dieux habitent,\nElle engloutit les mondes morts.\n\nSes mains s'enfoncent dans la grève\nQu'Atoum blêmit d'un long rayon.\nElle semble un sphinx qui se lève\nSur ses quatre pieds de lion.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "                                      170\n                Comme une arche abrupte, sans borne,\n                Ombrageant l'être universel,\n                Se courbe la puissance morne\n                Qui tient la terre et clôt le ciel,\n\n                Mais de son douloureux visage\n                Que jamais voyant ne verra,\n                Par delà l'occident sauvage,\n                Au fond de la tombe de Ra,\n\n                Elle avance dans le mystère\n                Où flottent les morts confondus,\n                Dans la ténèbre élémentaire\n                Qui résorbe les dieux perdus,\n\n                 Elle baisse la tête et souffre\n                 De ce qui remplit son regard\n                 Et toute son âme s'engouffre\n                 Dans les ombres du      Néter-Kar...\n                                                      ALBER JHOUNEY\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 170, "page_fin": 179, "titre_corps": "Taine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "TAINE", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ORDO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 193, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 899, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "TAINE\n             On ne peut se défendre d'une grande sympathie, bien que\n               lointaine, et plus grande encore d'autant qu'elle l'est, pour\n               cet homme qu'on ne connaît que par de beaux livres, et qui\n               très glorieux, a vraiment aimé d'être ignoré, et ne sembla\njamais attristé ni surpris s'il fut tantôt dénigré par les partis qu'il décon­\ncertait, tantôt exalté pour des raisons outrageantes à sa loyauté d'histo­\nrien et de penseur sans arrière-pensée. Mais l'admiration respectueuse\npour celui dont on devine, dans son dédain sans étalage et sous ses réti­\ncences mêmes, la rare noblesse d'âme, doit se renfermer dans un silence\npareil : Taine est de ceux dont il convient de ne louer que les œuvres, qui\nont été sa vie tout entière ou tout ce qu'il en a voulu montrer. C'est à ses\nœuvres plutôt qu'à lui-même qu'il faut rendre hommage, comme si elles\nétaient anonymes. Dans sa mort, taisant tout autre sentiment, nous déplo-\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "                                 —    171   —\n\nrerons donc la perte d'écrits projetés, et en particulier l'interruption, quel­\nques mois avant l'achèvement définitif, du monument grandiose édifié\npendant vingt années, de ces Origines de la 'France contemporaine, dont\nles derniers chapitres, qui en auraient été sans doute le couronnement syn­\nthétique, demeureront à l'état de matériaux inemployés et ne seront pas\nconstruits.\n   Certains, dans la génération la plus récente, hostiles à la science, à\nl'intelligence même, à la méthode, au principe hiérarchique dans le groupe­\nment des pensées comme dans les groupements sociaux, se sont révoltés, il\nest vrai, contre la suprématie de Taine, mais sans la renverser encore, car\non ne détrône que ceux qu'on peut remplacer. Son influence subsiste donc,\net les esprits les plus nets et les plus réfléchis la confessent en la subissant.\nEt elle ne se renferme pas dans la France seule. Taine fut un véritable\nEuropéen et il a aimé comme sa grande patrie tous les pays de haute civili­\nsation. Chacun lui a conféré ses dons, la Grèce antique, l'Italie et les Pays-\nBas, leurs diverses conceptions de la beauté ; l'Allemagne, la souplesse d'in­\ntelligence, le pouvoir de se métamorphoser en autrui, de vivre en d'autres\nâmes, de penser en d'autres cerveaux; l'Angleterre, l'exactitude des\nrecherches, le bon sens pratique, la précision des textes ; la France enfin,\nla délicatesse de son goût, sa fine perception des nuances, son ironie, sa\nvivacité, sa clarté. En retour, il rendit à chacun ce qu'il avait pris à tous ;\nil réagit sur tout ce qui avait agi sur lui, et le rayonnement propre de ce\nfoyer concentrateur se propagea partout d'où un faisceau de lumière avait\npu le frapper.\n    Dût-on rejeter, si on le pouvait, toutes ses doctrines en philosophie, tous\nses jugements généraux en histoire et en art, on en gardera encore, dans\ntoute construction raisonnée, l'esprit fondamental, la méthode, rigoureu­\nsement codifiée par lui, de toute science critique. Philosophe, on peut\n croire qu'il a échoué après tous les autres, dans l'organisation d'un système\n qu'il n'a d'ailleurs pas eu le temps de compléter. Mais il a ruiné le crédit\n des philosophies officielles et convenues, de l'éclectisme bâtard, de la creuse\n rhétorique, de la déclamation vide ; pour négative qu'elle soit, cette œuvre\n n'en a pas moins été utile en désencombrant l'intelligence de maints pré­\n jugés d'école. Historien, il a abordé impartialement un sujet gardé jusque-\n là contre les investigations patientes et les vérifications circonspectes par\n un fétichisme national, par un rempart de légendes consacrées ; on pourra\n discuter, amender, refaire son œuvre peut-être, mais on devra l'y suivre\n sur son terrain et l'y combattre selon ses principes.\n    En critique, ce qui est le point principal que nous voulons envisager ici,\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "                                   — 172 —\n\n  son avènement marque un âge nouveau comme celui de Geoffroy Saint-\n  Hilaire et de Darwin en histoire naturelle. Tout en rendant justice à ses\n  précurseurs dont il a développé et systématisé les idées éparses, on peut dire\n  en général qu'avant lui l'œuvre d'art apparaissait isolée, comme une créa­\n  tion arbitraire d'un esprit élu. La critique vivait à part, dans un comparti­\n  ment fermé. Taine a abattu les cloisons. Il a rattaché la critique à l'histoire\n  et l'évolution artistique au grand courant universel. On pourra toujours\n  apprécier en amateur des oeuvres d'art considérées en elles-mêmes et rien\n  qu'en elles-mêmes, et les juger d'après des lois objectives ou d'après son\n  goût personnel. Mais de telles appréciations mises bout à bout ne feront\n  jamais une histoire, car un historien ne peut plus être un spécialiste,\n  et il a perdu le droit de ne pas explorer l'âme humaine à la fois dans toutes\n  ses manifestations et d'écarter comme indifférentes les données, de toutes\n  parts convergentes, de toutes les sciences de la vie.\n     Sainte-Beuve, le grand prédécesseur de Taine, n'avait fait qu'amonceler\n mille constatations psychologiques sur des individualités ; dans l'ensemble,\n son œuvre, souvent admirable par le détail, flottait un peu au gré du rêve;\n elle était inconsistante, presque toute en fines conjectures, en suggestives\n et inconcluantes anecdotes, en menus traits qui s'effaçaient souvent l'un\n l'autre, en nuances fuyantes jusqu'à l'imprécision. Taine en a saisi les ten­\n dances confuses, il leur a donné un corps, il les a disciplinées et dirigées.\n A la fois plus positif et plus philosophe, il a plus méthodiquement rassem­\n blé les faits et il s'est davantage préoccupé des causes.\n     Pour arriver à les surprendre, il s'est attaché à ordonner les faits selon\n leurs groupes naturels. Rien n'est isolé, l'univers est un organisme, un\n tissu vivant, un indissoluble réseau. Toutes choses, morales et physiques,\n se lient et s'enchaînent. Les choses simultanées dépendent l'une de l'autre,\nles choses successives sont conditionnées l'une par l'autre. Telle est sa\nconception fondamentale. Considérer un fait comme indépendant et incon­\nditionné, c'est le dénaturer, le tronquer en supprimant les rapports qu'il\nsoutient avec tous les autres, c'est le connaître mal ou insuffisamment, car\n« connaître un objet, c'est connaître sa cause et la suivre dans tout l'ordre\nde ses effets ». Et connaître une cause, c'est démêler, dans la multitude\ndes faits qui s'entrecroisent, le fait dominant et générateur, celui qui est\nle lien commun de tous parce qu'il les contient et les produit tous.\nL'observation des faits, pour être utile, doit, dans les sciences morales\ncomme dans les sciences physiques, être accompagnée de l'observation de\ncet autre fait qui est la dépendance mutuelle des premiers et de ce fait\ngénéral et antérieur qui est leur cause et leur loi.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "                                 — 173 —\n\n   On voit immédiatement qu'une critique ainsi élargie s'élève des indi­\nvidus considérés aux modes généraux de penser et de sentir, et qu'elle\nmontre surtout dans les individus ce qu'ils ont de commun entre eux et\nqui les groupe et par quoi ils communiquent. Elle prétend rechercher, au\ndelà ou au-dessous de l'œuvre d'art, le pourquoi de l'œuvre d'art. Mais\nc'est à tort qu'on a dit, qu'on s'est imaginé qu'elle ne se préoccupe pas de\nsavoir ce qu'est l'œuvre d'art en elle-même ni d'y analyser les éléments\nqui donnent la sensation de beauté. C'est là toujours la première opéra­\ntion, qui demeure à la base de tout l'édifice ; si elle est mal faite, tout\ncroule nécessairement. Comment Taine pourrait-il classer une œuvre et la\nrattacher à des causes, s'il ne l'avait d'abord étudiée dans ses caractères\nen vue d'en dégager le caractère fondamental? C'est ce qu'il fait avec grand\nsoin, avec plus de soin notamment et d'une manière plus directe que\nSainte-Beuve, en y appliquant cette intelligence et cette imagination sym­\npathique dont il a donné à la fois la théorie et l'exemple. Pour citer un\nexemple, qu'on prenne son étude sur Shakespeare dans son Histoire de la\nlittérature anglaise. S'il a fortement rattaché Shakespeare à sa race, à son\nmilieu et au moment de civilisation où Shakespeare est apparu, n'est-il\npas vrai d'abord qu'il l'a étudié dans ses œuvres, et d'une manière péné­\ntrante et complète? N'est-il pas vrai que jamais Shakespeare n'avait été\naussi bien compris, aussi plausiblement expliqué, et qu'on ne voit pas ce\nque, depuis que cette étude est écrite, la critique purement littéraire a pu\ny ajouter?\n   C'est que, pour aborder son entreprise, l'intelligence de Taine était par­\nfaitement douée et préparée. D'abord il apportait à la science une âme\nlibre, débarrassée autant que possible de toute préoccupation étrangère. Il\nla servait d'un culte désintéressé. Il avait un minimum d'opinions politi­\nques, à peu près ce qu'en peut avoir un Anglais indépendant, sans préjugés\net sans ambition. Cela se réduisait à penser qu'il faut écarter l'intervention\ndu pouvoir en matière de religion, de morale, de philosophie, d'enseigne­\nment, d'économie politique, et que l'Etat doit se borner à être un gen­\ndarme ou un chien de garde; en second lieu, que le gouvernement des\nhommes est une chose très difficile, et que, selon toute apparence, les gens\nspéciaux, compétents, façonnés tout exprès, et qui ne se mêlent que de ce\nqui les regarde, y doivent réussir mieux que les autres. Il n'apportait à la\nrecherche du vrai aucune disposition mystique ni sentimentale. Il voulait\nsavoir pour savoir, sans s'illusionner sur l'infaillibilité de la science ni sur\nl'importance de son rôle dans le progrès et dans l'amélioration de la vie\nhumaine. Il ne croyait pas beaucoup à l'homme bon, sensible et généreux\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "                                   — 174 —\n\n de tous les réformateurs. Il voyait plutôt dans l'homme, malgré la civili­\n sation, un carnassier qui raisonne généralement mal.\n    De pareilles dispositions d'esprit, qui paralyseraient un homme d'action\n si par hasard elles s'introduisaient dans sa cervelle, accusent une vocation\n que rien ne contrarie de penseur détaché de l'action. Librement, il pou­\nvait se livrer à son amour des notations précises, des certitudes tangibles,\n des connaissances nettes. La métaphysique qu'il étudia en historien et en\n psychologue ne put satisfaire son esprit, capable de recréer en soi toutes\n conceptions et de jouir de la poésie des larges hypothèses comme d'un beau\n rêve, mais qui ne pouvait se contenter d'un beau rêve et le mêler à la trame\n palpable des réalités, il répudia l'apriorisme, rejetant le mystère qui enve­\nloppe ses postulats fondamentaux. Des métaphysiciens allemands, il n'admit\n dans son esprit que les analyses, les considérant pour le surplus comme de\n merveilleux assembleurs de nuages. Dans les philosophes officiels français,\n à qui il eut directement affaire, il ne vit que de verbeux déducteurs de\n formules, des esprits semblables à des trous noirs. Plus tard, il reconnut\ndes gens de la même famille dans les jacobins, auxquels il reprocha princi­\npalement d'opérer selon une mauvaise méthode, de confondre la politique\navec la géométrie, comme les autres confondent la science avec le dévelop­\npement déclamatoire de thèmes affirmés sans preuves.\n    Comment passe-t-il de l'observation des faits circonstanciés à leur classi­\nfication et transforme-t-il un amas en système? Grâce à sa faculté très\npuissante, qui est chez lui, selon sa propre terminologie, la faculté maîtresse,\nde se représenter les choses non à l'état abstrait, selon l'habitude des esprits\ncartésiens du XVIIIe siècle, mais à l'état concret, réel et sensible, avec tous\nleurs organes en action. Sous les termes généraux et algébriques, l'individu\nréel lui apparaît, non pas isolé et desséché comme une fleur dans un herbier,\nmais relié à tous les autres comme une fleur vivante, participant de la vie de\nla grappe, du rameau, de la tige, nourrie du suc obscur des racines. Qui­\nconque démêlerait ainsi toute l'immense complexité des rapports verrait,\ndans le monde physique et selon Taine dans le monde moral également,\ntout le passé et tout l'avenir déterminés dans le présent. Il est clair que ceci\ndépasse prodigieusement la portée de la plus vaste intelligence; mais la\nplus vaste intelligence et la plus faible ont le même mode d'action. Tel est\nchez lui le grand ressort, qui met en mouvement toute la machine. En\nmême temps que les faits qu'il voit, il découvre les liens, les enchaîne­\nments, les nécessités, les dérivations. Deux faits se réduisent à un, plus\ngénéral ; celui-ci forme un couple avec un autre, du même plan, et ainsi de\nsuite, jusqu'à ce que de réduction en réduction, de simplification en sim-\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "                                 —   175   —\n\n\nplification. les formules s'emboîtant toujours l'une dans l'autre, on en\narrive à enfermer les faits les plus enchevêtrés dans la formule la plus .\nvaste, la plus compréhensive et la plus simple. C'est ainsi qu'il élabore ses\nconceptions d'ensemble où s'unissent et se concilient toutes les observations\néparses, où les groupes se soutiennent et se renforcent mutuellement Ou\ndu moins c'est ainsi qu'il procède et l'on ne peut s'en prendre à la méthode\nsi parfois l'observation est discutable ou incomplète, si des éléments ont\nété négligés ou exagérés, si la généralisation semble trop impatiente ou trop\nhardie. Par l'entassement constant de telles inductions, toutes notions se\nclassent en même temps qu'elles s'emmagasinent dans l'immense répertoire\nde son cerveau, et s'y distribuent en groupes coordonnés et subordonnés\ncomme une hiérarchie militaire dans les cadres d'une armée.\n   A cette aptitude fondamentale se conforme exactement son procédé d'ex­\nposition. Sa vision concrète y éclate. Il est précis et exact, d'une couleur\nadmirable et même violente. Dans son style on sent l'afflux des sensations\nfortes ; aucune idée, si abstraite qu'elle soit, qui ne vienne en relief, qui ne\nprenne corps, qui ne fasse saillir ses contours, qui ne se revête de méta­\nphores expressives et énergiques. La nature de l'écrivain se manifeste déjà\ntelle dans ses premiers livres où cependant la préoccupation de la tenue\nclassique, de l'ironie sèche du XVIIIe siècle s'accusent davantage; mais à\nmesure qu'il avance, son goût du trait vigoureux s'affirme de plus en plus,\nsous l'influence sans doute des écrivains qu'il aimait le plus, de Shakes­\npeare, de Saint-Simon, de Balzac, et parmi ceux qui l'entouraient, de\nThéophile Gautier, de Flaubert, des Goncourt, de Paul de Saint-Victor.\nComme eux, c'est un coloriste ardent et intense ; mais outre cela, et ici son\ntempérament de philosophe reparaît, c'est un architecte, un constructeur.\nSes livres sont bâtis solidement comme des temples égyptiens ou comme\ndes pyramides. Infatigablement, il choisit ses matériaux, il les taille, il les\nempile, il ajuste les blocs géométriques. Rien n'y est inutile, rien n'y porte\nà faux, tout concourt à la solidité générale de la démonstration. L'impres­\nsion d'ensemble est une impression de masse formidable, de lignes dures,\nde calme horizontal, de rythme simple et d'achèvement définitif. Un style\nplus spontané et plus passionné ne lui conviendrait pas, à ce réfléchi, à ce\nvolontaire, et la manière molle et déliée de Renan par exemple n'irait pas à\nsa décision catégorique. Il s'est forgé le vrai style qu'il fallait à sa tournure\n d'esprit. Il n'y en a pas de plus convaincant ni qui inspire plus de sécurité.\n L'abondance et le bon ordre de ses preuves subjugue l'intelligence en même\n temps que la justesse de ses éclatantes images s'impose à l'imagination. Sa\n dialectique semble peremptoire et adéquate; sa prose organisée où tout se\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "                                   — 176 —\n\n noue et tout s'étreint, apporte avec elle l'enchantement et souvent sans doute\n l'illusion de la certitude et de la compréhension totale.\n     Quand on lui échappe, c'est d'ordinaire par une différence de sensibilité,\n Critique historien, il a surtout étudié les époques révolues, se bornant à\ndes annotations ou à des indications sur les choses actuelles, où il n'a\nguère démêlé ni pressenti, dans les arts et dans la littérature, les modifica­\n tions contemporaines du goût. Dans les siècles passés même, en peinture et\nsculpture, son idéal qui coïncide avec l'idéal païen renouvelé à la renais­\nsance, son rêve grec d'une humanité olympienne, doit paraître trop exclu­\n sif et trop injuste pour l'art chrétien. En présence des œuvres du Moyen âge\net des écoles primitives, son intelligence sympathique semble parfois l'avoir\nabandonné; il les sacrifie presque à une conception trop restreinte de l'art,\ndans laquelle il a quelque peine à faire entrer un Dürer ou un Rembrandt;\nil a d'ailleurs écrit, par une heureuse contradiction insuffisamment\nexpliquée, des pages magnifiques sur eux, sur Rembrandt surtout, où il\npénètre à fond, laissant tous les critiques, et Fromentin tout d'abord, loin\nderrière lui.\n     Des lacunes donc, et dans ce qui touche de trop près ses prédilections,\nune insuffisante objectivité, voilà ce qu'à notre gré on peut lui reprocher.\nSur les grandes théories directrices, nous sommes beaucoup moins porté\nà céder à ceux qui les attaquent, plus souvent d'après l'idée fausse qu'ils\ns'en font, que d'après l'exposé même de Taine. La force de ses thèses éclate\nsouvent à la pauvreté des objections qu'on leur fait : c'est ainsi qu'en\nregard de son étude sur Bonaparte, le livre de protestation du prince Napo­\nléon apparaît risible à tout lecteur non prévenu.\n     Pareillement sa doctrine sur le triple conditionnement des faits par la\nrace, le milieu et le moment, qu'on a tant combattue, nous semble avoir\nassez victorieusement résisté. Nous n'y ferons qu'une courte réserve, pour\nnotre part, et elle est purement théorique. Avant Taine, ou plutôt avant\nqu'on ne voie émerger les idées qu'il a codifiées, on n'analysait pas les\nœuvres humaines au point de vue des causes, on attribuait tout, en gros,\nà l'arbitraire personnel. Lui fait le contraire : il prétend analyser tout et ne\nrien donner à l'arbitraire personnel. A une formule qui égalait l'œuvre con­\nsidérée à x, car la liberté de l'individu est une quantité indécomposable et\ninconnue, il a substitué une formule nouvelle : l'œuvre est la somme de\ntrois quantités variables, a + b + c, qui sont elles-mêmes formées d'une\nmultitude d'éléments. L'x a disparu, la molécule irréductible; or, nous\nvoudrions la rétablir comme quatrième élément de l'addition, sous lequel\non devrait comprendre tout ce que l'on perçoit dans une œuvre et qu'on\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "                                  — 177 —\n\nne peut ramener aux trois premiers, soit par ignorance, soit parce que\ncette quantité est en réalité irréductible, ce qu'il ne sera jamais possible\nd'affirmer avec certitude. Taine la nie ; il lui eût suffi de la négliger, puis­\nqu'elle ne pouvait en rien lui servir, étant sans rapports, sans liaisons, sans\ngroupement possible, à lui qui faisait de l'histoire et de la psychologie de\ngroupes. C'est pour cela que notre réserve est purement théorique ; elle ne\nfait qu'affirmer une existence ou une possibilité que Taine rejette ; elle ne\npeut modifier en rien les conditions de l'analyse.\n   Ceci dit, nous croyons que les objections faites à la théorie des milieux\nnotamment, la plus attaquée, proviennent d'une insuffisante réflexion.\nTaine d'abord ne supprime pas, comme on le croit souvent, la force réac­\ntive de l'individu, et bien des passages démontreraient qu'il laisse parfaite­\nment place à cette affirmation de Renan : « On est de son siècle et de sa\nrace, même quand on réagit contre son siècle et contre sa race ». Ensuite\non oublie souvent que dans une même époque, dans un même pays,\nil n'y a pas qu'un seul milieu, mais autant de milieux formés, outre les\ninfluences communes, par toutes les influences particulières, qu'il y a\nd'individus différents, le milieu étant, d'après la formule même de Taine,\nl'ensemble de toutes les influences du dehors. Emile Hennequin, qui fut\ncependant un critique perspicace et instruit, se trompe manifestement\nquand il oppose à Taine des listes d'hommes très divers qui auraient vécu\ndans les mêmes conditions (1). Il est abusif de déclarer que Rabelais et\nd'Aubigné, par exemple, que La Bruyère et Saint-Simon appartiennent\nà un milieu identique, alors que, sans entrer dans plus de détails, les diffé­\nrences de contrée, d'âge et de condition sociale sont si considérables. Un\nexemple nous servira à éclaircir ce point, capital pour l'intelligence de la\ndoctrine de Taine. Nous l'empruntons à un autre critique qui s'est encore\nplus lourdement mépris : « Pensez-vous, s'écrie M. Aurier (2), que\nl'Angelico ait beaucoup subi l'influence de l'Italie dissolue et sensuelle du\nXVe siècle ; que de nos jours, Puvis de Chavannes, cette âme de mystique\npaïen, ou Gustave Moreau, ce rêveur de chimères triomphales et somp­\ntueuses, aient beaucoup à démêler avec leur siècle de myope analyse,\nhideusement industrialiste et utilitariste? » Il suffira d'envisager le cas\nde l'Angelico. Quoi qu'on en dise, l'influence du milieu et du moment\nsur sa formation artistique frappe à première vue. Par son maître\nStarnina, il appartient à la tradition giottesque modifiée dans le sens de\n\n\n (1) La Critique scientifique.\n (2) Mercure de France, décembre 1892.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "                                    178\n\nl'élégance et de la grâce. Comme d'autres, Uccello, les Pollajuoli, Veroc­\nchio, Ghirlandajo, Botticelli ont reçu une éducation d'orfèvres et s'en\nressentent, il a reçu une éducation d'enlumineur : aussi a-t-il transporté\nsur les murailles des miniatures de missel, avec leur exécution délicate et\nleurs fraîches colorations. Il entra au couvent, et dans un couvent très\npieux, à vingt ans, en 1407, bien avant que le siècle n'eût pris une direction\npaïenne et sensuelle. Peu de temps après, les dominicains de Fiésole se\ntransportèrent à Foligno, non loin d'Assise, puis à Cortona, où il demeura\ndes années sous l'influence de l'art mystique des écoles de Pérouse et de\nSienne, dont les tendances s'accordaient avec sa propre nature. Et il avait\nquarante-neuf ans, quand il vint à Florence même, au couvent de San-Marco.\nL'accord qui existe toujours, selon Taine, entre l'homme et l'œuvre, quand\non y regarde bien, se montre chez lui. Fra Angelico, « très simple et très\nsaint » selon Vasari, se retrouve dans sa peinture, dans ses personnages\ndoux, naïfs et fervents, et il y a retracé les visions d'une âme de\nparadis. Rien d'étonnant, d'autre part, qu'il n'ait pas étudié l'anatomie\net le modèle nu. Cependant, échappe-t-il à l'influence du naturalisme\nflorentin de Masolino et de Masaccio? Nullement. Il n'a pas le culte sensuel\ndes formes vivantes, mais bien la vérité, l'amour de la nature, la familiarité\nde l'observation. Est-il absolument isolé? Non, pas même dans l'école\nflorentine, où il y en a d'autres, Gentile da Fabriano, par exemple, qui\nforment avec lui la transition entre l'idéal chrétien de l'âge antérieur et l'idéal\npaïen de l'âge postérieur. Quelque chose de lui ne se prolonge-t-il pas en\nCosimo Rosselli, en Benozzo Gozzoli ? Bien plus tard, lors de la réaction de\nSavonarole, l'idéal mystique ne ressuscite-t-il pas dans un autre moine,\nFra Bartolomeo della Porta? En dehors de Florence, à Assise, à Pérouse,\nles traditions du Moyen âge persistent d'ailleurs longtemps avec opiniâtreté.\n    Pense-t-on que Taine, qui ne parle pas longuement de l'Angelico et qui\na cependant noté plusieurs remarques de ce genre, aurait eu grand'peine\nà se défendre de la critique sous laquelle on s'imagine l'écraser? Vraiment,\nc'est abréger beaucoup et simplifier énormément que de prétendre carac­\ntériser en deux mots un siècle aussi complexe que le XVe, où tant d'influences\n agissent, où tant de courants s'entrecroisent. Il y a au XVe siècle, dans la\n deuxième moitié surtout, après la mort de Fra Angelico, un courant dissolu\n et sensuel. Mais il est inadmissible qu'on enferme toute une époque de\n civilisation entre deux épithètes qui n'en décrivent qu'un aspect. Trouver\n alors dans cette époque un homme à qui elles ne conviennent pas, c'est\n véritablement un procédé trop commode, mais très commun, de réfutation.\n On démontrerait de même que Taine, en ce siècle de reportage et de\n charlatanisme, n'a pu exister.\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "                                 — 179 —\n\n   La théorie de Taine est plus large et plus solide qu'on ne le suppose, et\nsa fécondité n'est pas épuisée. Elle suffirait à la gloire d'un autre. Il ne faut\npas oublier qu'elle n'est chez lui qu'une partie de la méthode qu'a formulée\net suivie pour s'élever aux généralisations les plus hautes ce puissant esprit\nencyclopédique, qui a contenu et systématisé la somme des connaissances\net des tendances intellectuelles de son temps.\n                                                      E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 180, "titre_corps": "Ordo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "ORDO", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HÉLÈNE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "ORDO\n      Pendant qu'en l'ouragan des lanières d'éclairs\n      Fouettaient les chênes noirs au bord des flots amers,\n      Le pontife mourant cria dans la nuit sombre :\n\n      Ainsi le monstrueux chaos hurlait dans l'ombre\n      Et l'aveugle nature enfantait pour la mort,\n      Hommes, lorsque je pris pitié de votre sort.\n      Le hasard dévorait vos forces éphémères ;\n      Autant de volontés, autant d'efforts contraires ;\n      Rien n'arrivait à rien et des flots de sang noir\n      Noyaient hideusement tout rêve et tout espoir,\n      Car vos informes cœurs, mous et pourris de haine,\n      N'engendraient que le meurtre et votre âme était pleine\n      De reptiles gluants se dévorant entre eux.\n      L'homme haïssait l'homme et la terre et les cieux.\n      Tout tournait au hasard dans un gouffre de boue\n      Où le destin broyait sous son horrible roue\n      Tous les millions d'yeux que l'aurore eût aimés.\n\n      O divins avenirs que mes mains ont formés!\n      J'ai dit, pour rassembler ce que la nuit sépare :\n      « Que la lumière soit! » et j'allumai le phare\n      Attirant tous les yeux, rayonnant en tout lieu :\n      J'ai fixé l'idéal et je l'ai nommé Dieu !\n\n      Deux forces désormais se partagent la terre.\n      Tout ce qui hait la nuit marche vers ma lumière\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 454, "texte": "                                  — 180 —\n\n       Et grâce aux cœurs unis dans une même foi\n       L'ordre sort du chaos et c'est mon œuvre, à moi!\n\n       Le vieux mage se tut pour écouter son rêve.\n       Et quand le jour naissant illumina la grève,\n       Le vieillard étendu sur les goémons verts\n       Disparut lentement sous l'écume des mers.\n\n                                                         IWAN GILKIN\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 180, "page_fin": 185, "titre_corps": "Hélène", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "HÉLÈNE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRINTEMPS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 203, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 454, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "HÉLÈNE\n              L'insinuante et molle beauté du pays, l'attentive amitié de ces\n               créatures si vivantes et si simples : Hélène, Réginald, méta­\n               morphosaient Delzire, circonvenaient son impatience passion­\n               née et inquiète de sécurité indicible et de calme. Les vagabon­\ndages au travers la tiédeur des bois, le long des berges fraîches de la rivière,\nà trois, entrecoupés de courses gamines, d'enfin frivoles conversations, de\nrires écervelés, entretenaient chez lui cette humeur convalescente. A décou­\nvrir, chaque jour, de nouveaux motifs ignorés d'être bon, il se semblait\ndevenu réellement meilleur et son unique souffrance, sans aigreur, au reste,\nétait de chercher encore parfois, à la compassion qui l'enflammait, une issue\nassez sympathique et ardente.\n   Mme d'Isoeil même, dont quinze jours auparavant chaque syllabe l'eût\nrévolté, se définissait, à ses yeux, ainsi qu'une aimable femme, d'une bien­\nveillante expérience, et il se complaisait à ses entretiens, acquiesçait, avec\ndéférence et componction, à la probité rengorgée de ses idées, à sa douil­\nlette adulation de la routine et du purifiant succès; mais stupéfaite de\nl'enthousiasme déréglé de Réginald pour ce Peu jovial étranger, et jalouse,\noffensée de la confidence volontairement tardive de cette déjà ancienne\nliaison, elle mortifiait par sa gaucherie compassée les respects exaltés de\nson hôte, se maintenait cérémonieuse, exactement, et polie.\n   L'inexplicable et si différent esprit de Delzire, ses allures impromptues\net fébriles éveillèrent, dès l'abord, sa défiance; la clairvoyance immédiate,\nspéciale aux médiocres, lui présagea la probable influence de cet être excen­\ntrique sur ses parents, si déraisonnables à son gré et accessibles aux plus\nabsurdes et périlleuses chimères... La prolongation de l'intimité, — vite\nfuneste au préjugé que Mme d'Isoeil savait inspirer d'elle aux visiteurs\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "                                 —   181   —\n\n\nsuperficiels ou éphémères, — affola ses appréhensions de quelques anodins\nparadoxes, ironique feu d'artifice que Delzire ne put interdire à sa décon­\nvenue : une gêne, alors, embarrassait leurs réunions, marquait les repas ;\nd'arides silences, saturés visiblement d'aparté hostiles, et que le formaliste\nsavoir-vivre de Mme d'Isoeil, acharnée à son rôle et à ses rubriques de maî­\ntresse de maison, voulait sauver et transformait en un supplice odieux et\nridicule.\n     Par un concert tacite, les jeunes gens évitèrent, dès lors, le séjour du\nchâteau ; ils s'évadaient parmi les jardins et les campagnes où, les jours\nd'intempéries, se reléguaient dans l'appartement de l'un d'entre eux. Curieuse\net troublée, alanguie par la moiteur orageuse des après-midi estivales, à la\ncrépitation précipitée des averses lourdes sur les feuillages, Hélène, fixant\nsur lui de grands yeux avides, écoutait la parole hésitante et songeuse de\nDelzire, le dévoilement visionnaire et comme ébloui, le verbe réfléchi et\ntâtonneur, à longues incidentes suspendues ou découragées, par ou il\nessayait de définir, moins à ses auditeurs, aurait-on dit, qu'à lui-même, ses\nimpressions.\n    Rarement, émue d'une particulière admiration, d'une foi intransigeante\nde lucidité et de conscience, ou traduisant une opinion pour pensée, son\nton s'animait, timbrait l'émission vive et jeune, sans lacunes ni soudures,\nd'une généreuse conviction. Cet inconnu investissait jusqu'aux poncives\nvulgarités quotidiennes, de si morne et habituelle banalité dans la bouche\ndes autres, de phrases au contour excentrique et coloré, inaudites, plus\nnobles et précises, et Hélène sentait se dissoudre son instinctive antipathie,\nensorcelée par cette voix tyrannique et captieuse.\n     A l'origine, en effet, une sorte de méfiance affectait la jeune fille, une\nétrange répulsion initiale, le pressentiment confus, s'expliquait-elle plus\ntard, qu'à moins d'une stricte et habile défensive, cet intrus, dangereux à\nl'équilibre de sa vie, et que, sans alternative, il fallait aimer violemment ou\n haïr, l'asservirait. Mais cette aversion préventive, alimentée d'abord de sa\n propre substance, s'exagéra à se manifester et, impuissante à maintenir son\n libre arbitre, le sang-froid de la courtoise neutralité préméditée, s'envenima\n et se résolut par du dépit et de la rancune.\n     De là, ensuite, une morbide et fiévreuse préoccupation de Delzire : la\n première semaine, malgré elle, et la vergogne de cette inquisition, elle\n l'épiait, analysait ses démarches et ses discours, les interprétait tout en\n s'efforçant à de risibles airs désintéressés et distraits, à darder sur lui de\n  fixes regards perspicaces, comme pour lui signifier son indépendance, la\n  vanité, auprès d'elle, des prestiges qui séduisirent son frère. L'envie perdu-\n                                                                        12\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "                                  — 182 —\n\nrait en elle, inavouée, de l'excessive ferveur, de l'absorption ravie des lettres\nde Réginald relatives à Delzire, et la négligente irrégularité de cette corres­\npondance, d'expansion désormais tarie, restreinte et taisant, se figurait-elle,\ndes choses, incompréhensibles pour une pensionnaire provinciale, mais\nessentielles, l'avait blessée.\n   Sans en convenir vis-à-vis de son amour-propre, à la longue, elle capitu­\nlait; la bouderie dont elle était, seule, qui sait? à pâtir, se relâchait,\nlorsqu'un soir, au moment de descendre pour le dîner, elle se surprenait\navec un mutin tressaillement de courroux et se mordant les lèvres, accor­\ndant à sa toilette un préalable coup d'œil dans la psyché ! L'éclair de cette\ndécouverte, galvanisant sa petite âme entêtée et colère, aboutit à la ruine,\nune période, de la familiarité, peu à peu, acquise; à demi apprivoisée, elle\nse refit hérissée, à plaisir, et rébarbative.\n   Les promenades où elle se maintint en tiers rechigné, dérouillant\nquelquefois son mutisme par de jolies boutades rageuses, lui démontraient\nDelzire, cependant; la simple sincérité, le naturel et profond aloi de cet un\npeu morose accent, doux et acre, et qui, surexcité, se saccadait, jaillissait\nen lueurs, en phrases d'une hyperbolique splendeur dont elle commençait\nà apprendre et à aimer la fierté. Le cours capricieux et rêveur de la conver­\nsation de Delzire, très semblable à un soliloque à voix haute, poursuivant\navec une insistance somnambulique, au travers de ses chutes, ses fuites et\nses repentirs, un but entrevu, représentait souvent, à Hélène, la fatigue de\ncheminer parmi les sentes escarpées, la brousse ardue et les vimaires pour\ntout à coup, à un détour, par la vertu péremptoire d'une conclusion nette,\nse sentir hissée devant un brusque et merveilleux panorama inattendu...\nElle chérissait, à la fin, tous les modes vibratiles et changeants de sa parole\net même, malgré la prostration engendrée par ces accès, les jours où elle le\npressentait en pleine possession de lui-même et volontaire, la précision\ninflexible et brutale, le douloureux relief imagé, l'exagération poignante de\nsa fugitive éloquence. L'atmosphère respirée aux côtés de Delzire, affec­\ntueuse et indulgente, que l'habitude et l'orgueil de la pensée embaumaient\nde tolérance intellectuelle et de subtile modestie, la grisait et lui enlaidis­\nsait encore le rugueux et puritain contact de sa tante.\n   Abandonnée, — par une façon d'expiation mentale de sa primitive injus­\ntice, — sans remords et sans calcul, à la fortitude, à cette joie rénovée de\nvivre, elle ne s'intimida de scrupules et d'alarmes qu'à des incidents, révéla­\nteurs subits de l'absolue sujétion où Delzire, inconsciemment, la réduisit;\ncar par l'unique prodige de sa gravité enjouée, de sa persuasive et despotique\ntutelle spirituelle, il s'était conquis ce contagieux cerveau de femme,\nl'avait marqué d'une magnétique empreinte.\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "                                 — 183 —\n\n    Mme d'Isoeil perçut obscurément cette révolution morale d'Hélène, tenta\nune réaction et de ressaisir son autorité amortie; mais l'enfant se dérobait,\néludait les enquêtes indiscrètes ou maladroites, insurgée contre la sagesse\ndiminuante, prête à l'irrespect et à la raillerie devant les sordides préceptes\nde bonheur mitoyen, les recettes trop divulguées de quiétude fade, de\nladrerie niaise. . Les enseignements, savoureuse quintessence des entretiens\naimés, en opposition diamétrale avec toutes les idées jadis inculquées, lui\nservaient de critère unique, à présent, et souverain; toute une conception\nlui était ainsi venue, autre, irréfragable et superlative, des êtres et des\nchoses : la vie avait un moins ignoble but qu'elle même, à présent ; la végé­\ntative observance de codes puérils et conventionnels, de vils soucis hygié­\nniques, de répugnantes parades mondaines, ne la circonscrivaient point\ntoute; et, sans honte, on pouvait avouer s'y plaire puisque de si hautes\nambitions rachetaient sa tare originelle, d'à ce point complètes générosités\net que, confondues parmi la tourbe des hommes, de telles âmes condescen­\ndaient à subsister, sublimes éperdues, éblouies de foi et d'enthousiasme...\n    Nature enfant, pétrie de spontanéités ingénues, de compréhensive et déli­\ncate douceur, estompées de mélancolie, avec la sapidité sauvageonne de ses\nignorances et de l'entière solitude villageoise dans laquelle, environnée de\nl'égale tendresse d'êtres frustes, elle avait grandi, Hélène se trouva interdite\net sans recours à l'aspect d'un esprit délibéré semblable à celui de Delzire,\ndéconcerté lui-même en dehors des sphères abstraites où il gravitait d'ordi­\nnaire, et que son invétérée distraction garantissait de toute affectation ou\ngloriole. Tel, elle devait ou le méconnaître absolument ou, par toutes les\nmagiques partialités primesautières d'une âme altière et vierge, lui vouer un\nsentiment outrancier et ardent.\n    Derrière ses rires et ses crâneries candides, son agile aristocratie, sa\nsvelte, caustique et frêle élégance, gisaient, dormantes, la capacité du\ndévouement, les inflexibles énergies et la bravoure du sacrifice à la créance\nembrassée et irrécusable incarnation, désormais, à ses yeux, du beau, du\n vrai, du juste... La lutte intestine supportée, dès lors, le démontra et sa\n révérente mais tenace résistance, sans pleurs ni bravades, la patience\n stoïque opposée aux basses circonvallations dont sa persévérance se vit\n assiégée.\n    Transplantée, sans intervalle, des stériles et sèches régions où, chloro­\n tique, elle dépérissait, dans les climats embrasés de la pure intellectualité,\n elle s'épanouit en fleurs d'un suave et farouche parfum ; sa pensée, trop\n docile à la revêche discipline primordiale, se redressa, harmonieuse et parée\n d'exquises demi-teintes, timides et magnifiques; et, conservant ses soubre-\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "                                     — 184 —\n\n  sauts de gaieté puérile, la grâce étourdie et quelquefois étourdissante\n  de son âge, de juvénilement folles et, à cette heure, plus nerveuses larmes,\n  elle se coiffa d'une humble et touchante couronne d'abnégation fière et de\n  passion soumise. Sa fougue enfantine, la primeur acide, parfois un peu\n  hardie, de ses répliques, la claire et impudente effronterie de son regard,\n  moiré maintenant de réflexion, disparurent pour se transfondre en subites\n  pudeurs, en gaucheries timorées, en confusions rétractiles; un charme ado­\n  lescent, incomparable et divin...\n     A l'innocence expansive et diffuse de ses bavardages se substitua une dis­\n  crète retenue; sa voix aigrelette mua, s'infléchit, moelleuse, plus expres­\n  sive et nuancée de son ordinaire taciturnité, même; et à des récidives de\n  jeunesse espiègle, saoulée de plein air, exubérante et taquine, encore, ainsi\n  qu'un fruit trop vert et acidulé qui mûrit et se colore.\n     La seule présence de Delzire semblait, à Hélène, avoir éveillé son intelli­\n gence, déblayé son cerveau de l'insane et pernicieux décombre amalgamé\n par son éducation, la somme d'honorifique et profitable morale, legs de ses\n ascendants, douaire pieusement transmis jusqu'à elle, comme le blason\n domestique, la tradition vivante, la prospérité et la dignité de la vie.\n     Subjuguée par la distinction sans apparat, la sobriété d'allures de Del­\n zire, les translucides altitudes, tellement insoupçonnées, où il l'attirait res­\n pirer, l'enchantèrent d'un peu de délicieux vertige, l'appréhension d'une\n chute à l'abîme qui, chaque jour, réinventait son plaisir, restaurait les sorti­\n lèges de l'involontaire séduction... Elle les combattait, néanmoins, s'impo­\n sait de fuir l'orbe immédiat de cette attraction, s'assujettissait à des retraites;\n mais c'étaient, alors, des temps d'insupportable vacuité, de compression\n indicible et hantés de si maléficieux cauchemars que, vite dédaigneuse des\n présages adverses et de l'avenir, elle cédait à son désir impétueux, attisé par\n cette résistance passagère et fragile.\n    L'acrimonie de l'accueil préliminaire d'Hélène, la presque discourtoise\n urbanité dont elle usa d'abord à son égard, alarmèrent instinctivement\n Delzire pour le futur de ses relations avec cette enfant singulière. L'Hélène\npréfigurée, la têtue impérieuse et caressante, la petite despote timide projetée,\nvive et drôle, des confidences de Réginald, se parachevait bien par cet inso­\nlite prélude, les mines frondeuses et gourmées qui narguaient ses souriantes\navances; mais l'ostentation, l'outrance colère de ces manifestations n'en\ninfirmaient-elles point la sincérité?\n    Indice autrement caractéristique, au surplus : Hélène pastichait, machi­\nnalement, le pittoresque, l'improvisé de son parler, ponctuait bientôt son\nlangage de ses épithètes favorites, à lui, adoptait les tournures obscures et\njusqu'au soulignement vocal qui lui étaient familiers.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "                                 — 185 —\n\n   Cet alliage de défauts et de qualités adorables rendait bien scabreuse la\nstratégie naïvement perfide de la jolie bourrue et encouragea Delzire à forti­\nfier, de son côté, sa sauvegarde, l'indifférence enjouée,[la parfaite incompré­\nhension simulée de l'antipathie que l'on prétendait lui signifier : un aveu­\nglement aux apparences assez naturelles, en somme, et plausibles pour\natteindre son but, ne pas devenir, aux yeux éveillés de sa clairvoyante\nantagoniste, démonstratif d'un intérêt masqué.\n   Tous deux, déjà, s'embrouillaient et trébuchaient dans leur diplomatie,\noubliaient par moments les protocoles imposés: après avoir, parmi l'entrain\net la verve d'une causerie, à des coïncidences sentimentales, à des simili­\ntudes verbales, échangé des regards heureux et presque complices, ils\ns'écartaient, tout à coup, interdits et honteux comme d'une fatale et grave\ntransgression, prolongeaient des silences renfrognés qui décontenançaient\nRéginald.\n    (A suivre)                                       ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 186, "titre_corps": "Printemps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Duc", "ancre_debut": "PRINTEMPS", "ancre_fin": "MAURICE DUC", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SUPRÊME VISION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 1097, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "PRINTEMPS\n        Amis! que le printemps est doux après l'hiver !\n        Plus de neige ! Le sol a mis son manteau vert;\n        Les grands vents qui soufflaient le froid, et les tempêtes\n        S'adoucissent en brise et caressent nos têtes;\n        Sous le vivifiant effluve des printemps,\n        D'un brusque élan, la sève afflue à nos vingt ans!\n        Oui : Tout chante et tout rit! Tout s'ouvre et tout respire!\n        Tout renaît! Nul n'échappe au bienfaisant empire\n        Du bourgeon frais qui pousse aux arbres dégarnis,\n        Du parfum plein les fleurs et du bruit plein les nids...\n        Le sol vert! Le ciel bleu. . la nuit, piqué d'étoiles!\n        Allons! c'est le printemps : Mon âme, ouvrons nos voiles\n        Aux efforts caressants des zéphirs pleins d'amour !\n\n        Mais rien ne se ranime en mon cœur resté sourd.\n        Pour lui, rien n'a changé des choses qu'il contemple,\n        Nul dieu n'est apparu sur les murs nus du temple.\n        Nul n'y trace les mots de Bonheur et d'Espoir.\n        Sombre et désenchanté, je cherche jusqu'au soir\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "                                 — 186 —\n\n         Dans le désert affreux de mon âme en deuil, celle\n         Dont l'absence me fait, foyer sans étincelle,\n         Pleurer sur les cœurs pleins d'un amour malheureux,\n         Car Hiver ni Printemps n'ont plus de sens pour eux!\n                                                         MAURICE DUC\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 188, "titre_corps": "Suprême vision", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Vander Brugghen", "ancre_debut": "SUPRÊME VISION", "ancre_fin": "JULES VANDER BRUGGHEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "SUPRÊME VISION\n              Quand Jésus apprit qu'on allait le crucifier, un long soupir sou­\n               lagea sa poitrine. De même qu'un forçat voit tomber ses\n               chaînes dont le bruit sonne une fanfare de liberté, le Naza­\n               réen se sentit soudainement déchargé d'un poids immense et\ntorturant, car l'approche de la mort était pour lui l'aube de la délivrance.\n   Oh ! la fin ! Le couronnement de son œuvre ! Que de nuits passées en\namères et infécondes rêveries ; que d'insomnies douloureuses invaincues et\nd'horribles cauchemars subis depuis que l'idée de terminer naquit en son\nesprit inquiet. Oui, cesser, mais de manière à ne pas déchoir, à garder son\nprestige, la gloire acquise, à conserver la confiance et la foi à tous ceux qui\ndéjà le proclamaient Dieu.\n   Et cette solution tant cherchée se présentait à cette heure d'une si dési­\nrable façon, que Jésus récompensa d'un sourire la foule hurlant la bonne\nnouvelle !\n   Et la précise notion de l'avantage de cette mort publique et ignomi­\nnieuse lui apparut. Dès cet instant, il se sentit pénétré d'une grande\nquiétude. Il songea que mourir ainsi consoliderait sa doctrine qu'il consi­\ndérait, maintenant, assise sur d'ineffondrâbles bases. Et, dans un vif élan\nde reconnaissance, l'Enfant de Bethléem pria avec ferveur et avec joie.\n   Et ni l'atteinte des épines aiguës et meurtrissantes, ni les morsures des\nlanières de la flagellation ne lui arrachèrent un cri. Sa résignation était de\nl'extase, sa douceur et son insensibilité un abandon complet du corps par\nla pensée qui planait, là-haut, dans les régions de sérénités et de splendeurs,\nqui lui divulgaient un règne omnipotent que les siècles perpétueraient. Et\nà de rares intervalles, lorsqu'il avait conscience de la réalité redoutable, il\nse raidissait contre la souffrance, s'évertuait à supporter la douleur sans\nune plainte, sans un murmure, voulant prouver l'inanité du châtiment des\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2763, "texte": "                                    -    187    -\n\nhommes sur sa chair surhumaine et affirmer son essence divine... Et quelle\nprocession triomphale que le Chemin de la Croix! Les vociférations de la\nfoule, furieuse d'être encore craintive, et la brutalité des soldats firent\nsourire Jésus d'un sourire ironique et bon et plein de gratitude pour cette\ncolère déchaînée. Et il marchait, courbé sous la charge de la Croix, absorbé\npar des visions éclatantes lui donnant d'exquises sensations cérébrales.\n    Or, il est arrivé au pied du Golgotha. Un éclair d'orgueil s'allume en\nses prunelles bleues et humides pareilles à des pervenches baignées de rosée.\nIl monte au Calvaire comme sur un trône, se sentant Roi de cette multitude\nâpre et houleuse qui l'environne, et assiste à la sanctification de son mar­\ntyre — inviolable et secret désir de son âme. Puis il livre aux bourreaux,\navec des paroles de paix et de pardon, son corps frêle et blanc et vierge et\ntandis que les clous chassés à lourds coups de marteau perforent ses mains et\nses pieds, Jésus, calme, le visage rayonnant d'une lueur céleste, plaint de\ntout son cœur les hommes commis à son supplice.\n    Oh! comme il bénit cette pompe sanglante, barbare et neuve et sinistre\naussi de son sacre ! Et il sent venir à lui et l'inonder des courants de sym­\npathie qui croissent de moment en moment. La Foi s'installe au cœur de la\nfoule tantôt narquoise encore ; on se prosterne devant ce mourant comme\ndevant un souverain lors de son avènement...\n    Et le voici crucifié entre deux voleurs. A ses pieds grouille le peuple\nmenaçant et interdit à la fois. C'est, pendant un instant, un silence immense\net terrible. Plus que tous les prêches ce spectacle édifie. Christ magnifié ne\nsonge point, n'entend que ce silence terrible et immense, brusquement\nrompu par une longue clameur mêlée de sarcasmes et de pitié : il triomphe.\n    Et c'est une jouissance si forte que des larmes de bonheur lui mouillent\n les paupières.\n    La foule a fui. Les trois suppliciés sont encore exposés à la formidable\ncolère des éléments. Sur l'horizon lourd de noirs nuages mouvants, le corps\n albe du Fils de Marie se détache, les bras éployés. Un nimbe illumine le\n front du Sauveur.\n    Et ceux qui passent maintenant l'injurient : « Toi qui détruis le temple\n et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu,\n descends de la croix. »\n    Et les principaux sacrificateurs, et les scribes, et les anciens le raillent :\n     « Il a sauvé les autres et ne peut se sauver lui-même ; s'il est le roi d'Israël,\n qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. »\n     Et le malfaiteur pendu à sa gauche aussi ricane : « N'es-tu pas le Christ,\n  toi? Sauve-toi toi-même et nous aussi. »\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "                                  — 188 —\n\n    Mais le brigand pendu à sa droite le reprend et dit à Jésus-Christ :\n    « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans tonroyaume.»\n    Christ interrompt son rêve béatifique. Oh! oui, descendre de la croix et\ny remonter ensuite, mais montrer que la mort est volontaire et ôter encore\nle doute de ces esprits et les sauver !\n    La peine de Jésus se rengrège en entendant les soldats rire et le défier.\nMais l'hilarité des soldats, et le ricanement du bandit, et les injonctions\ninsolentes des passants se perdent en un soudain et prodigieux roulement\nde tonnerre.\n    Christ se tait. Or, lui-même doute maintenant de l'efficacité de sa mis­\nsion. Une vive douleur s'ajoute à toutes ses douleurs et le poigne. Peut-être\naurait-il dû vivre encore, convaincre davantage. Et il se sent agoniser! Le\nsentiment de l'Irrémédiable surgit et l'écrase...\n    Et tandis que l'amertume de ces pensées assiège son esprit et trouble\nson âme, les deux larrons s'invectivent, se démènent avec fureur et se\n blessent au bois rugueux du gibet d'infamie.\n    Et tout à coup Jésus, les traits transfigurés, la chair secouée d'un frisson\n et les regards plongés par-delà l'infini, voit dans la querelle de ces hommes\nle symbole des temps futurs. Une voix intérieure lui annonce que sa doc­\n trine de Paix et de Fraternité sera une ère de luttes et de massacres pendant\n des siècles et des siècles... Et le Rédempteur ferme les paupières pour ne\n plus voir les flots de sang qui, dans sa vision prophétique, montent vers\n Lui...\n    Il faisait presque nuit dans cette après-midi mémorable.\n    Le Calvaire était muet. Et quand l'éclair brillait, on voyait dans une\n lumière phosphorescente les trois agonisants se débattre dans les convulsions\n suprêmes.\n    Et dans le sein de cette nuit étrange et tumultueuse retentit soudain un\ncri angoissant, douloureux et si terrible qu'il domina les bruits de la fureur\ndu ciel.\n    Et le voile du temple se déchira.\n    Et le sublime Résigné, inclinant sa tête pâle vers la terre, expira en\n demandant pardon.\n                                           J U L E S VANDER BRUGGHEN"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 199, "titre_corps": "Atalante à Calydon (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-C. Swinburne", "ancre_debut": "ATALANTE A CALYDON", "ancre_fin": "P TIBERGHIEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "ATALANTE A CALYDON\n                                   (Suite.)\n\n               LE CHŒUR. — Avant le commencement des années, pour\n                former l'homme se réunirent le temps, avec un don de larmes ;\n                le chagrin, avec un sablier s'écoulant; la joie avec la douleur\n                pour levain ; l'été, avec des fleurs qui se fanaient; le souvenir,\ntombé du ciel; et la folie, surgie de l'enfer; la force, sans poings pour\nfrapper ; l'amour qui souffre pour un souffle, la nuit, ombre de la lumière,\net la vie, ombre de la mort.\n    Et les hauts dieux prirent en leurs mains le feu, et les larmes tombant,\net une mesure de sable fuyant sous les pieds des années, et l'écume et la\nhoule de la mer, et la poussière de la terre laborieuse, et les corps des êtres\nqui devaient vivre dans les maisons de la mort et de la naissance; et ils\n firent en pleurant et en riant, et formèrent avec dégoût et avec amour, avec\n de la vie avant et après, et de la mort dessous et dessus, pour un jour, une\n nuit et un matin, — afin que sa force pût résister un moment, avec fatigue\n et lourd chagrin, — l'esprit sacré de l'homme.\n    Comme pour un combat, ils réunirent les vents du nord et du midi ; ils\n soufflèrent sur sa bouche, ils remplirent de vie son corps ; ils firent la vue\n et la parole, pour servir de voiles à l'âme intérieure, pour travailler et pour\n penser pendant un temps, pour être esclaves et pour pécher pendant\n un temps; ils lui donnèrent la lumière de ses voies, et l'amour, et un\n temps pour la joie, et la beauté et la longueur des jours, et la nuit et\n le sommeil pendant la nuit. Sa parole est un feu brûlant, ses lèvres\n créent; en son cœur est un aveugle désir, en ses yeux la prescience\n  de la mort ; il tisse et il est vêtu de dérision ; il sème et il ne moissonnera\n  pas; sa vie est une veille ou un songe, entre un sommeil et un sommeil.\n     MÉLÉAGRE. — O doux ciel nouveau, air sans une étoile, beau jour,\n  sois bon et bienvenu, pour des hommes qui ont des actes à accomplir et de\n  la gloire à recueillir, grâce à toi. Avance, enfant né dans les sons clairs et\n  la lumière, riant, aux membres agiles et aux regards heureux}; que cette\n  grande chasse, où des héros servent de limiers, te laisse mémorable, et nous\n  soit favorable.\n     ALTHÉE. — Fils, d'abord je loue ta prière, puis je fais des vœux pour toi;\n  mais les dieux entendent les mains des hommes avant les lèvres, et se\n  soucient moins des invocations et des sacrifices que de la lumière des\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "                                   190\n\n\n choses faites et du bruit des hommes au travail. Mais toi, armé et parfait\n pour l'action, attends ; car pareille au nuage de pluie dans le vent, s'accroît\n la foule de tes compagnons, l'élite du monde, assemblée pour détruire le\n fléau, et pour laisser la reconnaissance, les jours tranquilles, et la paix dans\n Calydon.\n    MÉLÉAGRE. — Toute la cité, et tout le pays inférieur flamboie, et le\n doux air résonne de ceux qui viennent. Que les dieux donnent à tous ceux-ci\n le fruit de leurs travaux !\n    ALTHÉE. — Porte là-bas ton regard, et fixe ton esprit, et dis quels sont\n ceux que tu connais; car violemment mêlés, l'ombre et le vent s'élevant entre\n le matin et le brouillard, les chevaux fumants, et les éclairs des brides et\n des roues, et le feu, et les paillettes de l'aurore brisée, et la poussière tra­\n versée de dure lumière, et les épieux qui brillent changeants comme la\n pointe du regard des bêtes sauvages, — frappent mes yeux; ainsi brûle\nleur troupe confuse, et des points clairs s'éparpillent et jouent dans la\n lumière.\n    MÉLÉAGRE. — Le premier de ces hommes, car j'en reconnais peu, étant\nfort loin d'eux, est Peleus de Larisse ; dans sa couche dort la blanche femme\n née de la mer et chaussée d'argent, belle comme l'écume qui jaillit, une\ndéesse ; et leur fils est le plus rapide et le plus splendide des enfants nés des\n hommes, semblable à un dieu, plein de gloire future.\n    ALTHÉE. — Quels sont ceux-ci, brillants comme les deux moitiés d'un\n astre ?\n    MÉLÉAGRE. — Les fils de ta sœur et la double fleur des hommes.\n    ALTHÉE. — O les plus doux de mes parents, jumeaux nés du sang de\n Léda, têtes gracieuses comme des lumières dans un ciel sans tempête,\n belles étoiles en fleur dans l'écume de fer du combat, avec quelle joie du\ncœur et quelle affection de l'âme bien que mes yeux soient souillés par les\nlarmes et que mes paupières soient brûlées par l'inquiétude), de si loin je\nvous salue, me réjouissant de vous voir si beaux, et de formes divines!\nVous venez de loin, les plus jeunes d'années parmi ceux-ci, mais les plus\nnobles ; et vous voir inspire l'amour.\n    MÉLÉAGRE. — Toutes pareilles (car ayant navigué loin d'ici, j'ai vu\nprès de Sparte l'Eurotas creusant ses rochers humides par son courant im­\npétueux) toutes pareilles je vis leurs sœurs; l'une, blanche comme le cygne,\nla petite Hélène; et moins belle, la belle Clytemnestre, grave comme les\nfaons qui broutent et qui craignent les traits; mais par moments, comme\ntouchée d'amour ou saisie de joie, elle rit et ses yeux s'éclairent, puis elle\npleure; alors Hélène, ayant ri, pleure aussi; et l'autre la gronde, et elle\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "                                 —    191   —\n\n\n\ngrondée, ne dit rien, mais baise les joues, les lèvres et les paupières de sa\nsœur en riant ; elles jouent ainsi, fleurs non écloses, pleines de vie non\népanouie et du sang des dieux.\n   ALTHÉE. — Que de doux jours leur soient donnés, et le doux amour de\nleurs seigneurs, et les honneurs tendres et tranquilles du foyer, la paix, une\nvie parfaite et une couche irréprochable ! Mais qui, près d'eux, porte un aigle\nd'or qui flamboie et agite ses larges ailes contre le soleil, et dont le bec vide\ns'ouvre vers une proie plus vaine?\n    MÉLÉAGRE. — Reconnais à ce signe Télamon, régnant entre les bouches\nfarouches ouvertes contre la mer, dans les récifs étroits de Salamis deux\nfois lavée.\n    ALTHÉE. — Enguirlandé de vigne, parfumé par la mer, brillant comme\nle vin et mouvant comme la vague, il a l'aspect d'un roi très puissant. Mais\nquel chef à la forte ceinture le suit d'un air brutal?\n    MÉLÉAGRE. — Ancaeus, renommé pour sa vigueur, masse de fer, à\n deux tranchants pour la bataille, comme la hache à côté de son bras; et\nqui s'élance contre la houle des lances tempétueuses, à toutes voiles;\n Cepheus le suit, son frère jumeau, le second en renommée de tous les\n Arcadiens.\n    ALTHÉE. — Que la gloire soit pour les hommes, au dehors; pour nous,\n une vie chaste dans la demeure, et la vénération de la famille !\n    MÉLÉAGRE. — A côté, le pied gauche sans sandale, tu reconnais la voile\n et l'aviron du pays étolien, tes frères, Toxeus et le violent Plexippus, trop\n prompt des mains et de la langue ; car les mains sont fertiles, mais la\n bouche ignorante souffle et corrompt leur œuvre par son haleine stérile.\n    ALTHÉE. — La parole sage aussi porte des fruits ; et son souffle renverse\n les choses empoisonnées, et les violences haut assises ; et par le charme des\n paroles et des chants, des hommes ont repoussé le mal déchaîné et le feu\n des tyrannies.\n    MÉLÉAGRE. — Oui, toutes choses, sauf les dieux et l'amour.\n    ALTHÉE. — Toi, aime la loi, et attache-toi aux choses ordonnées.\n    MÉLÉAGRE. — Elle vit sur leurs lèvres, la loi qu'ils applaudissent.\n    ALTHÉE. — De qui veux-tu parler? Quel dieu applaudit aux choses\n  nouvelles?\n     MÉLÉAGRE. — Zeus, qui a sous son pied la crainte et la coutume.\n    ALTHÉE. — Mais il n'aime pas le mépris des lois, ni la vie déréglée.\n     MÉLÉAGRE. — Pourtant lui-même n'est pas moindre que sa propre\n  loi.\n    ALTHÉE. — Et il ne change ni ne bouleverse les choses anciennes.\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "                                  — 192 —\n\n   MELÉAGRE. — Mais suivant sa volonté, il refond et détruit.\n   ALTHÉE. — Beaucoup de choses; mais il laisse chaque créature vivre sa\nvie.\n   MÉLÉAGRE. — Non seulement vivre, mais briller et s'élever.\n   ALTHÉE. — L'orgueil se rompt lui-même, et les biens trop grands se\nperdent.\n   MÉLÉAGRE. — Les biens acquis se dissipent, mais les grandes actions\nsubsistent.\n   ALTHÉE. — Enfant, quand un homme sert la loi par toute sa vie, et la\nrévère de tout son cœur, tous les dieux le louent; mais celui qui ne l'aime\nque des lèvres, et qui ne la désirant pas dans son cœur ni dans ses œuvres,\ncache par des paroles obséquieuses une volonté perverse, celui-là, le ciel\nl'enorgueillit, et le sort né avec lui le suit, et se rapproche de lui, flairant\nde loin les péchés et les chiens rapides de la mort violente le dévorent.\nQue l'homme s'unisse aux dieux à l'esprit tranquille, et il prospérera ; mais\nnon en déchirant les lois, en violant la règle, ni en changeant la face des\nchoses. Une femme armée est en guerre contre elle-même; elle n'est plus\nfemme, elle foule aux pieds l'usage et la coutume, et perd le doux honneur\ncommun qui est à elle, l'amour et les cris des enfants, et les mains fiancées,et\nles bouches unies par le mariage. Ainsi fait-elle, n'étant pas aimée; mais si\nelle est aimée, le feu ni le fer, ni la guerre à la large bouche, ne sont\nplus mortels que ses lèvres et ses cheveux tressés ; car il en sort un poison,\net une malédiction en tombe et brûle la vie des hommes. Mais toi, mon fils,\nne sois pas rempli de mauvais rêves, ni du désir de ces choses ; car avec le\ntemps, l'amour aveugle se consume; mais s'il est nourri jusqu'à ce que la\npâle flétrissure souille toute la vie, plus rien ne paraît digne d'éloges, et\nl'on ne meurt point de la mort douce et sage des vieillards vénérables, qui\nont vécu toute la longueur de toutes leurs années, irréprochables; et qui\nsatisfaits ont vu la face des dieux, et sans honte et sans crainte ont accompli\ndes choses mémorables; tandis que par leurs jours s'écoulant à la vue de\ntous les hommes et à la grande lumière du soleil, ils acquièrent la gloire et\ndonnent une part de leur mérite à la terre qui les a portés et au jour qui\nles enfanta ; ils donnent au foyer des amis et des hospitalités lointaines,\nils remplissent d'une renommée durable et chérie des pays aimés du soleil\nou baignés par les mers violentes, des villes populeuses, et beaucoup de\nchemins nouveaux ; et à l'étranger et dans la patrie, des lèvres répètent\nleurs paroles. Mais quand la blanche vieillesse et la mort vénérable fauchent\nla vigueur et la vie dans leurs membres, dessèchent leur sang et assom­\nbrissent leurs yeux clairs, un honneur immortel est à eux, arrivés par\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "                                 -   193   -\n\nla vie splendide et la mort désirable à la pure demeure et au trône\néloigné des âmes, aux pays indécouvrables de l'ouest inconnu, autour\ndesquels le courant violent d'une mer sacrée roule à jamais, sans brises,\net la neige n'y montre pas ses ailes blanches et ses pieds tempétueux ;\nni le tonnerre ni la pluie rapide ne s'y font entendre et le soleil\nne brûle pas; mais toutes choses reposent et prospèrent; et eux, remplis\nde jours, divins et morts, les sages et les poètes enflammés par le dieu,\net ceux qui aimèrent leur patrie et toutes les choses bonnes, et la mieux\naimée des meilleurs hommes, la liberté; vies et lèvres libres, mais libres\nd'hommes nés libres, et tous ceux qui sur terre furent honorables, quels\nqu'ils eussent été parmi la race éphémère, vivent là une vie qui n'est pas\nsemblable à celle des dieux, mais qui en est plus proche que la vie des\njours terrestres. Aime une telle vie, et désire une telle mort. Mais de la\nlumière et des rêves ardents de l'amour jaillissent de lourds chagrins et\nune vie sans sommeil, des visions qui ne sont pas des songes, dont nul\ncharme ne fermera les paupières, dont nul chant ne peut adoucir l'insom­\nnie; et la mort rapide écrase de ses pieds stériles l'épi non mûri, et foule les\nvendanges prématurées ; mais toi, l'évitant, accepte la fortune de ta vie pré­\nsente, qui n'est pas sans honneur, et qui te donnera lés fruits que recueillent\net mangent des hommes après les heures dépensées, peu d'hommes, mais\nheureux; sois parmi eux, ô mon fils, le plus heureux, si tu soumets\n ton âme à la destinée, et si tu fixes tes yeux et ton cœur sur les hauts\n espoirs, les actions divines et l'abstinence divine. Alors, pour tous les\n hommes, pendant tous tes jours, tu seras pareil à une lumière et à une\n force communicables, brillant au ciel parmi les au-dessus des heures; et tu\n ne sera pas brisé comme se brisent les hommes, et tu ne t'éteindras point ;\n car à quel autre parmi tous les noms héroïques, les dieux ont-ils mis sa vie\n en ses mains, comme à toi? Et tu as vécu glorieusement, et rendu ta vie.\n pour moi qui t'ai porté et pour tous les hommes, digne à jamais de recon­\n naissance et d'éloges ; et tu as conquis la gloire quand la guerre farouche se\n  brisait tout autour de la maison de ton père, et que les peuples furieux des\n  montagnes tempétueuses dressaient leurs lances contre nous, comme une\n  mer, et que dans toute l'Etolie tonnaient les sabots thessaliens; pourtant,\n comme le vent se joue de l'écume et repousse la vague qui s'étend, tu brisais\n  et séparais leurs lances, jusqu'à ce que défaits ils tombassent homme à\n  homme ; car vous étiez dieu contre dieu, Ares et Artémis, et tu étais le plus\n  puissant; c'est pourquoi la malédiction d'Artémis lâcha contre toi le monstre\n  à la dent aiguë que tu dois vaincre aussi ; car dans la fleur de ta vie plus\n  verte, avant que ta feuille déployée n'eût de fleur, et quand le temps te\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "                                 194\n\ndonna du répit, tu ne laissas pas ton âme s'affaiblir ou s'endormir; mais\nfort par les bras et par le cœur, tu cherchas les louanges des hommes dans\nles passages difficiles et les entreprises périlleuses, voyant l'écume étrange\ndes mers non encore fendues par les proues, dans les détroits inconnus,\nprès des rivages où les vents anciens ne cessent pas de souffler, où toute la\nnuit résonne le tonnerre, et où le jour n'est pas une joie pour l'homme.\n    LE CHŒUR. — Méléagre, les dieux ont donné à cette femme une noble\nsagesse et de belles paroles; entends-les.\n   MÉLÉAGRE. — O mère, je ne lutte pas volontiers en paroles, et je ne\ntournerai pas ma bouche contre toi, qui es sage autant que celles-ci\nviennent de le dire et pleine de paroles sacrées. Mais une chose certaine\nm'est connue, et je m'y tiens ; c'est que, sans avoir comme toi l'esprit sub­\ntil, sans savoir, comme une femme, tisser les douces paroles, ni fondre\ncomme à l'aide d'un feu l'esprit changeant des hommes sages, pourtant\nmoi-même, agissant équitablement et respectant les dieux, je ne manquerai\npas d'esprit pour savoir quelles choses sont justes. En effet, qui ils aiment,\nqui ils rejettent, étant dieux, il n'est homme qui ne le voie, et à temps ne se\nsoumette, retenant son cœur. Et comme tu l'as dit, moi aussi j'ai vu de\ngrandes choses; je les ai vues ailleurs, mais surtout quand la voile saisit\nentre les cordages tendus le vent d'ouest rugissant, et que tous nos avirons\nbattirent vers l'orient, et que le vent faisait voler autour de la face des\nnavigateurs les blancs et splendides flocons de neige de l'écume déchirée\net que le premier sillon dans la mer verte et virginale suivit le soc plon­\ngeant de sapin taillé, puis se referma, comme lorsque le profond sommeil\na dompté le souffle de l'homme, les lèvres se ferment et le cœur s'apaise, et\nse refermant, brilla, ensoleillé par la chevelure de mainte néréide, et\ns'agita autour des bouches tremblantes de divinités insolites, surgies pour\nnous observer des golfes sonores privés du soleil, à travers les eaux pâlis­\nsantes, dans la la lumière légère; et quand la tourterelle fuyante fut prise\npar des mains invisibles, et que nous lui décochâmes nos flèches, et que\nnous nous hâtâmes au milieu des Symplegades sans retour; mais surtout\nquand la grève pâle et les collines sans herbe apparurent au delà de la Col­\nchide, et que nous entendions les roches crevassées rauques dans lèvent, et\nque nous voyions, entre les récifs resserrés, l'éclair de la vague irrésistible\nbriller, et la blanche flamme humide des brisants brûler au loin sous\nl'ardent vent du sud, comme une lampe qui brûle allonge toute sa flamme\nsous le souffle ; des cimes farouches où le vent ne voyage pas, et des vallées\nfendues vers la mer par leurs fleuves violents, et blanches de fleurs amères\n et des croûtes brillantes du sel marin ; nous entendions les âpres rafales\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                                — 195 —\n\nrapides passer comme le vol courbe des oiseaux, et crier avec des voix\nd'oiseaux, et de leurs pieds furieux parcourir en désordre les longues fron­\ntières de l'ouragan, et nous voyions tout l'Euxin blanc s'entrechoquer et\ntomber, la gueule béante, et tonnant de ses mille gorges ; pourtant nous\nparvînmes au but et nous conquîmes la toison, et Médée plus mortelle que\nla mer; mais ayant vu là mainte merveille, et des choses terribles aux\nhommes, je n'y vis point de créature pareille à celle que j'ai vue ici, très\nbelle et terrible, féminine, divine, irréprochable, que je n'aime pas, étant\ndifférent, mais que je crains, que j'honore et que je préfère entre tous les\ndieux.\n     ŒNEUS. — Reine, fille de Thestius, et toi, fils, je n'ignore pas votre\nquerelle, et je ve viens pas, effrayé de vains rêves ou vacillant comme un\n feu qui se consume, juger entre vous d'un esprit léger, mais en roi plein\n de jours passés, et sage des années supportées. Je ne te loue pas, toi, qui\n déferais volontiers les choses faites; ni toi, prompte à les trop estimer. Car\n ce que les heures ont donné est donné, et sans retour ; celles-ci, pourtant,\n changent, et à temps découvrent des choses nouvelles et bonnes, rien\n n'étant immuable ; aujourd'hui, dans notre détresse, elles nous ont envoyé,\n parmi les hommes armés, une femme étrangère, une vierge, ne ressemblant\n pas à la fleur naturelle des êtres, qui croît, donne son fruit, et mœurt; ne\n pouvant être aimée et n'étant pas destinée à éclairer la maison d'un époux;\n glorieuse parmi les jeunes filles et préférée des dieux qui honorent la virgi­\n  nité. Eux aussi, nous les honorons en l'honorant; mais toi, retiens tes\n  pieds et ne la suis pas, refuse à tes yeux les regards amoureux, et ne tourne\n  pas ton cœur vers le sien, mon fils, de crainte que la haine ne produise un\n  fruit plus mortel que l'amour.\n     ALTHÉE. — O roi, tu es sage, mais la sagesse est boiteuse, et tu es\n  juste, mais les dieux ne préfèrent pas la justice au destin, et frappent la\n  bouche pure aussi bien que la violente, et mêlent le sang insolent à celui\n  de l'homme pieux, et écrasent les lèvres saintes comme celles qui mentent.\n  Il suffit, car les paroles sages me manquent, et mon cœur s'enflamme et\n  tremble comme la flamme, ô mon fils, ô enfant, à cause de toi; mes yeux\n  se troublent, tournés vers toi, guerrier si beau, si glorieux, et par amour\n  pour tes yeux, les miens s'obscurcissent, et ardentes comme le feu, les\n  larmes les brûlent, et mes lèvres s'arrêtent et mon âme défaille d'amour.\n   Mais par ta main, par ta douce vie et par tes yeux, par ton grand cœur,\n   par tes genoux embrassés, ô fils, je te conjure de ne pas me tuer en même\n   temps que toi. Car jamais mère, née de la femme, n'aima mieux son fils,\n   et jamais une reine des hommes ne fut plus parfaite en son cœur pour celui\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "                                  — 196 —\n\nqu'elle aimait. Car ce qui pèse peu pour beaucoup, et ce qu'ils oublient,\ndes choses petites et passagères comme une brise de la mer, je ne les oublie\njamais, je t'ai vu pendant toutes tes années, homme vigoureux, joie des\nhommes qui ont vu ta tête briller, et ta main comme un feu s'ouvrir un\nchemin par le profond sillon de fer des lances écartées ; mais aussi je t'ai\nvu, fleur de trois soleils, petit être gisant qui aspirais ma vie pour la faire\ndescendre en toi et te nourrir; enfant et faible, tout à moi; inutile à tous,\ndoux pour moi. Qui te soignait alors? Qui t'assistait? Qui te savait beau ?\nNon, personne. Alors quelle mer te vit, et résonna, frappée de tes avirons,\nenfant? En quel pays étrange fis-tu briller la guerre? Mais pour moi tu étais\nbelle, ô faible vie sans fruit, fruit de ma propre chair, aveugle, plus pré­\ncieux que beaucoup d'or, fleur folle non épanouie. Car ni l'argent, ni la\nneige éclatante, ni la plume, ni l'écume, n'étaient plus blancs; l'or n'était\npas plus jaune que ta chevelure, ô enfant, mon enfant; et maintenant que\ntu as grandi magnifiquement, et que tu n'es pas plus digne d'amour, que tu\nn'es pas autre à mes yeux, je te conjure par ton âme et par ce sein ; crains\nles dieux, et moi-même, et ton propre cœur, de crainte que tous ne se tournent\ncontre toi; car qui sait quel vent, sur quelle vague de temps changeant,\ncriera la tempête et soufflera la calamité? Rien n'est stable au monde que\nles dieux ne brisent ; et pourtant, mon fils, s'il est une chose plus forte qui\npuisse durer, certes, le tenace et profond amour qui brûle entre nous, allant\nde moi vers toi, durera plus que toutes choses. Pourquoi suis-tu des\namours étranges? Pourquoi me tuer le cœur? Écoute, je dis des paroles\nviolentes et orageuses, et je tombe de la sérénité de mon esprit, et je semble\ndétrônée de moi-même, honnie et abaissée, et l'esprit qui était ma couronne\nse brise, et mon cœur s'est échappé, et je suis dévêtue de mon âme, et je\nreste honteuse, comme une femme vile ; réfléchis : vis, si tu veux, et si tu ne\nveux pas, regarde : les dieux t'ont donné la vie à perdre ou à gagner ; tu ne\nmourras pas comme meurent les hommes, mais ta fin tombant sur toi, me\nbrisera aveuglément.\n   MÉLÉAGRE. — Reine, tout mon cœur se fond sous tes larmes, et mes\nmembres gémissent de pitié pour toi, et l'amour accable de douleur mes\nyeux et mon souffle pénible; car je sais ce que tu es, et j'adore ton sein et\ntes beaux yeux, et devant toi mon esprit est enchaîné, et je t'aime de toute\nmon âme. Car rien n'est plus terrible aux hommes que la douce face et la\npuissance maternelles. Mais que ce qui doit être soit; une fois seulement\nle jour luit pour nous et nous ne savons quand. Le temps et l'heure fertile\nsont plus que nous et se saisissent de nous; mais toi, Dieu, Zeus, seul\nmaître du gouvernail des choses, Père, sois prompt à nous voir, et si tu\nle veux, aide-nous ; mais si tu es adverse, réprime-nous suivant ta volonté.\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "                                 — 197 —\n\n   LE CHŒUR. — Nous t'avons vu, ô Amour, tu es beau ; tu es désirable!\nAmour ! Tes ailes font de la lumière dans l'air, comme les ailes de la tour­\nterelle. Tes pieds sont comme le vent qui laboure les flots de la mer; la\nterre est le voile qui te cache, ton vêtement Tu es léger et subtil, et aveugle\ncomme la flamme ; devant toi est le rire ; derrière toi les larmes du désir ; et\nà tes côtés marchent un homme et une vierge ; elle a les yeux d'une fiancée\nque le bonheur effraye : son souffle virginal est comme la brise dans les\nbourgeons qui palpipent; mais Destinée est son nom; et son nom, à lui,\nest Mort.\n   Car une fleur mauvaise était née de l'écume de la mer et du sang bouil­\nlonnant, au fruit rouge comme le sang et amer, et ses graines étaient le rire\net les pleurs ; et ses feuilles, la folie et la honte ; une fleur amère dès le\nbouton, sans racines sortit de la mer, sans greffe sortit du temps.\n   La toile du monde n'avait pas été déchirée, qui est tirée du jour et de la\nnuit, la chevelure des heures n'était pas blanche, le vêtement du temps n'était\npas usé, lorsqu'une merveille naquit, joie du monde, dangereuse divinité.\n   Et comme elle paraissait, les vagues de la mer s'ouvrirent, et l'écume lui\ncaressant les pieds se réjouissait d'avoir produit une fleur de chair, une\nflamme réchauffant les cieux jusqu'aux froides extrémités blanches du nord.\n   Et dans l'air les oiseaux bruyants, et les hommes sur terre qui entendent\nles douces paroles doucement entrecoupées ; et dans les bas-fonds, les\ncanaux et les étangs, les rapides troupeaux sans pieds se réjouirent, étant\nsimples de cœur.\n   Car tous disaient sur terre : « Elle est belle. Elle est blanche comme la\ncolombe, et la vie du monde par son haleine respire ; et quand elle est née,\nla vie du monde a commencé. » Car ils te savaient la mère de l'amour, et\nne te savaient pas la mère de la mort.\n   Qu'avais-tu à faire étant née, mère, quand les brises étaient heureuses,\ncomme une fleur du printemps des blés, comme une fleur de l'écume des\nmers? Car dès ta naissance tu fus amère, Aphrodite, mère des discordes.\nAvant toi, il était sur terre quelque repos, quelque répit aux larmes, un peu\nde joie dans la joie. Car la vie n'était pas alors telle que tu es, mais comme\ncelle qui, croissant en années doucement parlées, devient une femme féconde ;\nla terre n'avait pas d'épine, le désir pas d'aiguillon, la mort pas de flèches\n cruelles. Qu'avais-tu à faire parmi eux, toi, vêtue d'un feu brûlant, toi,\n ceinte de la souffrance du cœur ; toi, jaillie de la semence des mers, comme\n un épi de la semence du blé; comme un tison retiré du bûcher, comme un\n rayon lancé par le matin, — pour troubler l'âme et la blesser par les flèches,\n les aiguillons et les épines? Pourquoi as-tu voulu naître alors;\n                                                                       13\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2986, "texte": "                                   — 198 —\n\n     N'y avait-il pas assez de mal, mère, ni d'angoisse sur terre, nés avec\n  l'homme à sa naissance : sous ses pieds, le sol stérile; et au-dessus, la tem­\n  pête du ciel, ou la splendeur répandant la famine ; les naufrages dans les\n traversées lointaines, et le péril des récifs et des détroits ; et les larmes qui\n jaillissent et s'amassent dans les lieux vides de joie, — pour que toi, qui\n as des ailes comme la colombe, et qui es ceinte de la ceinture du désir, tu\n vinsses après tous ces maux pour mettre sur l'homme l'amour?\n     Tu n'aurais pas dû naître; ou la mort aurait dû se lever avec toi, mère,\n et la crainte visible, la douleur, les mains qui se tordent, et le bruit de tous\n ceux qui gémissent, un bruit de poitrines frappées, de genoux fléchissants,\n et dans l'oreille de chacun un cri pareil à celui de contrées qui périssent, le\n gémissement d'un peuple emprisonné, un tumulte de douleurs infinies; et\n le tonnerre de la tempête sur les sables, et les lamentations des femmes sur\n le rivage; et nouvellement surgis au-dessous de toi, les écueils bruyants et\n les récifs qui brisent les vaisseaux, l'air brûlant et la violente lumière; les\n voiles déchirées, et l'aviron se rompant, l'obscurité et les rumeurs de la\n nuit; l'entrechoquement des flots, de la mer, vague contre vague, comme\n dés épées ; la clameur des courants et l'écume ; les pluies qui dévastent la\n terre, les vents devenus furieux qui rôdent comme une horde de loups ; les\n fruits qui se flétrissent sur l'arbre, et les êtres aveugles morts dans leur nai­\n sance; la famine, et les blés niellés, — quand ton temps fut venu de naître.\n     Toutes ces choses, nous les connaissons; mais toi, qui te discernera et te\n jugera? Jusqu'aux limites lointaines de la mer brille la lumière de tes pau­\npières et de tes cheveux, la lumière de ton sein comme un feu entre la roue\ndu soleil et les flammes ailées de l'air. Ne te détourneras-tu point encore,\nn'auras-tu point pitié ? Veux-tu rester avec le désespoir, le désir, la clameur\ndes armées en déroute, les lamentations s'élevant de l'homme contre\nl'homme, et la destruction de la cité par la cité ? La discorde entre les amis,\nla séparation des frères, veux-tu les pousser jusqu'à l'extrémité? Aies pitié,\nmère!\n    Dès longtemps, sur tous les hommes tu as abattu ta main, comme une\nmalédiction, et tu as jeté les dieux hors de leur place. Ces choses on les dit\nde toi. Tu as trouvé des flèches pour en percer des rois puissants, heureux\nau milieu de leurs richesses, et tu as fait leur royaume et leur race pareils à\nla poussière et à l'écume de la mer; tous, accablés de maux, affaiblis par la\nlongueur de leurs jours, tu les as tués ; et de plus tu as envoyé sur Tyro une\nchose mauvaise : les cheveux arrachés et les fleurs de ses joues ensanglan­\ntées par le fer et les coups, quoiqu'elle eût couché au côté d'un dieu qui\nl'aimait, quoique belle et de la race d'un roi ; car autrefois, remplie de ton\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "                                  — 199 —\n\nardeur, elle ne put endurer plus longtemps sur son sein la robe couleur de\nsafran, sur son épaule le carquois de frêne; et pleine de désir elle se mêla et\ns'unit à Enipéus, et toute sa chevelure était mouillée par la bouche du\nfleuve et son sein plein de l'écume des flots.\n   ATALANTE. — Soleil et lumière pure sur les collines vertes, et jour levé\ntardivement et longtemps désiré, et vous, dieux justes, dont les mains dis­\ntribuent l'angoisse et la récompense; mais toi d'abord, blanche sœur du\nsoleil, vierge dans le ciel, sur terre adorée par toutes vierges — je vous\nsalue, entendez-moi et témoignez pour moi que je ne suis pas envoyée sans\nsigne, sans règle et sans respect, moi, vierge bénie et chasseresse sainte\ncomme celle que je sers, qui suis devant vos yeux et exposée aux regards\nde ces hommes, comme eux vêtue pour la chasse, les flèches prêtes; c'est\npourquoi vous tous, soyez à mon côté, si je suis pure et si vous êtes les\ndieux justes, de crainte qu'un homme ne méprise une femme qui ne sera\npas épouse, qui porte un épieu pour quenouille, et l'arc bandé pour fil à\ntisser. Avec des lèvres pures, je salue le ciel et la face de tous les dieux, et\nl'aurore remplissant de flammes virginales et de fleurs virginales les enclos\ndéserts des étoiles, et adoucissant les hauteurs chaudes et pâles de l'air, les\nchemins suivis par la lune et les barrières sans souffle, et les extrêmes col­\nlines du ciel. Ensuite, ayant offert l'eau et les dons purs de sang, des fleurs,\n et un anneau doré de cheveux purs, je prie Artemis d'être favorable, et de\n rendre ce jour tout entier doré, le sien et le nôtre, gracieux et bon et pur,\n parfait jusqu'à la fin. Mais toi, bien-aimée, entre tous mes jours, rends\n fertile celui-ci, qu'il soit la couronne de tous les autres, qu'il produise des\n feuilles dont j'entourerai ma chevelure en guirlande parfaite, tissée par\n toi pour celle qui est tienne. Car ce n'est pas sans la parole de ta chaste\n bouche, sous la loi donnée ni l'ordre clair, que poussée par les vents et les\n dieux bienveillants, à travers les blancs détroits de la mer mouvante, depuis\n Elis jusqu'au sinueux Acheloüs, je vins ici, loin de la maison de mon père;\n ni que je laissai dans la tristesse Jasius, et les collines arcadiennes, et toutes\n leurs sources à la verte chevelure, et tous les bois inconsolables de ne plus\n entendre mon cor retentir et de ne plus voir briller mes rapides pieds blancs.\n  (A continuer.)                                    A.-C. SWINBURNE\n                                               (Traduction   de P. TIBERGHIEN."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 200, "page_fin": 204, "titre_corps": "Pensées sensibilisées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "PENSÉES SENSIBILISÉES", "ancre_fin": "HENRY MAUBEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "PENSÉES SENSIBILISÉES\n                                                          A   FRANCIS   NAUTET.\n\n                                        I\n\n                Chez les hommes complètement organisés, l'idée et l'impression\n                 sont simultanées et confondues. L'une ne se manifeste pas\n                 sans que l'autre ne surgisse. Peut-être y a-t-il entre la nais­\n                 sance de l'idée et celle de l'impression l'inappréciable espace\n de temps qui sépare deux coups de feu tirés au commandement, mais celte\n priorité initiale ne se fait pas sentir dans la réalité extérieure où la vie de\nl'être arrive complexe.\n    Il est vrai que l'homme le plus harmonique se caractérise par une domi­\nnante de cérébralité ou de passion. Est-ce sur la dominante de cérébralité\nqu'on base certaines doctrines en vertu desquelles il semble que l'artiste,\nau moment de composer, puisse isoler son cerveau du reste de son être!\n Il vaudrait mieux dire qu'il se produit à ce moment une telle aspiration de\ntoute la vie au cerveau, que les émotions mêmes se déplacent. Dire que\nl'artiste a glacé sa vie émotionnelle et « tué son cœur », c'est dire qu'il\nest devenu subitement un philosophe travaillant dans la matière morte de\nla pure raison, un archéologue de la pensée.\n    La pensée latente est comme l'éther bleuâtre que la seule profondeur de\nsa lumière colore. Qu'un remous de vie la condense et elle se dessine en\nappliques de pensées sur elle-même, à la façon des nuages se groupant en\nfigures sur le ciel pur. On dit qu'alors la pensée se sensibilise et le mot\nprend sa double acception : les pensées sont des êtres ; elles frissonnent de\nvie et retiennent les esprits en dégageant vers eux leur frisson.\n    En vérité, les pensées s'enveloppent toujours d'émotion et quand deux\nnaïfs de science, affolés à distance froide l'un de l'autre, célèbrent par leur\nimpassibilité la victoire de l'idée pure, c'est qu'un mouvement de fluides\nanimiques a opéré secrètement cette communication — cette communion —\npour amuser leur orgueil.\n    La nature a de ces charités et de ces ironies.\n    Si l'homme pouvait concevoir la mort absolue, c'est sans doute par des\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "                                 — 201 —\n\n\nraisonnements qu'il la démontrerait ; mais la vie ne se prouve que par les\nœuvres. La vie surprend toutes les doctrines en défaut et les brise. C'est\npourquoi ceux qui veulent gouverner l'art par des doctrines font l'effet de\ngens qui voudraient démontrer la plastique par l'orthopédie. Il est évident\nque le premier mouvement de l'homme qui se retrouverait ingambe serait\npour envoyer son appareil au milieu de la route. La discipline de deux\njambes solides est la plus harmonieuse qu'un marcheur puisse avoir. Quand\nje vois un membre entouré de ferrailles théoriques, je me dis que ce n'est\npas naturel. Et ce mot de nature, qui fâche tant les poètes, n'est-il pas, en\nsomme, le mot qui sauve les presque-noyés de la philosophie du bien et du\nbeau ?\n    Le « naturisme », en littérature contemporaine, était une étiquette\nd'école; mais le naturalisme, dans la vie universelle des êtres, est un prin­\ncipe attesté par les œuvres, et les poètes qui se font gloire d'être artificiels\n— parce qu'ils confondent ce qui est artificiel avec ce qui est paradoxal —\nne pourraient sérieusement le repousser puisqu'ils ne peuvent être artificiels\nque « selon leur nature ».\n   Quand ces poètes artificialiseront la nature au point de changer les\nrameaux — verts, bleus ou violets — en bois mort, il faudra qu'on les\npunisse en naturalisant l'art, cet étranger, et la religion et tout ce qu'on\nnomme le merveilleux qui ne cessera pas d'être merveilleux à l'approche des\nhommes, mais qui entrera mieux, alors, en similitude avec la vérité spiri­\ntuelle.\n    L'imagination n'est qu'une synthèse de sensations. Les poèmes, les\nféeries transposent de la vie dans un domaine supérieur d'images. Les\nhommes auraient moins peur de ces poèmes et de ces féeries si on ne leur\nfaisait tant croire, à force de raisonnements, que les images qu'on y voit\n sont des monstres délicieux ou horribles.\n    Mais peut-être, inconsciemment, obéit-on à une tradition surannée, en\n maintenant fermées les formules du mystère.\n    En art comme en religion, les dogmes tombant, lourds, entre les œuvres\net les hommes, séparant l'âme du corps, ont contribué à ne faire voir à la\n foule que la façade de l'empyrée ? Comme au temps de la foi, où la foule\nétait l'esclave aveugle de la vérité révélée, elle devient l'esclave des beautés\n proclamées qui la dominent sans la faire vivre. N'approchons-nous pas\n pourtant; d'une ère d'unification et d'élargissement de la vie, où la pensée\n les respirera plus librement, sans que les artistes perdent rien de leur aristo­\n cratie ni de leur prestige?...\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "                                    — 202 —\n\n\n                                         II\n   Nos jugements sont des transactions d'idées, des pensées nouées dont le\nnœud formule un doute. A l'origine le doute n'existait pas. C'est le\nraisonnement qui a créé le doute en distinguant les pensées. Au lieu d'unir\nles êtres, le raisonnement les isole. Il a particularisé les cerveaux et chacun,\nmaintenant, se fortifie en soi.\n   Chaque être est un univers d'où l'on tire sur l'univers d'en face. C'est\nbon la bataille. Quelquefois, à force de se battre, on s'aime. Mais barricader\nde théories les petits univers que nous sommes pour empêcher des idées d'y\nentrer ou d'en sortir, c'est puéril. Avouons que les théories ne sont qu'un\nsimulacre. Car nos jugements sont relatifs autant que nos péchés, et soumis\nà l'absolu de la vie. Nous devons les énoncer en confession comme des\nfautes de raison qui ne nous seront remises que si nous les expions par des\nactes.\n   Ainsi la critique qui dogmatise parle à contre-sens de pensée. La critique\npartiale est la seule aimable. Elle porte en elle son excuse, car elle a la cha­\nleur et la décision d'un acte personnel. Ses jugements valent le jeu de pile\nou face qui marque la place des combattants dans un duel. Cette critique-là\nparticipe de l'œuvre. Elle est pleine d'injustice et de vie. C'est la seule qui\npuisse développer l'harmonie d'un caractère.\n\n\n                                        III\n\n   La foi est ce qui attache énergiquement un homme à son avenir. C'est\nle principe de la vie. Chez les hommes bien vivants, cette foi subsistera en\ndépit des raisonnements. Les penseurs se la légitimeront par un équivalent\nde rêve.\n   Vouloir tuer le rêve par la raison, c'est vouloir tuer l'esprit de la pensée\npar la lettre de la pensée. La vie qu'on chasse de la pensée se réfugie au\ncœur. Plus on nie le mystère, plus on fortifie en nous le sentiment et la\nsouffrance du mystère. Tout, aujourd'hui, tend à rétablir un équilibre\nrompu par les excès de la raison humaine sur le compte de laquelle les\nhommes se sont abusés.\n   La raison n'élargit pas la pensée, elle la vide et fait voir la carcasse étroite\noù cette pensée s'enferme sans communication avec l'extérieur. Toute pré­\ntendue règle que nous formulons est une exception et ne vaut que comme\ntelle. Toute règle, en enfermant plus vigoureusement un être dans sa per­\nsonnalité, le fortifie. Toute règle enfermant deux êtres affaiblit l'un des\ndeux.\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "                                      203\n\n\n   Il y a un principe de physique qui dit que deux corps ne peuvent pas\noccuper en même temps la même place. C'est à ce principe que nous nous\nrattachons en affirmant que chaque être règle d'une façon particulière ses\nrapports avec l'être universel. Sur dix hommes soumis à une loi, neuf sont\nmal gouvernés. Un homme découvre seul l'harmonie de sa vie; formuler\ncette harmonie lui serait inutile; la formuler lui serait impossible puisqu'il\nne peut s'extérioriser. Sans doute, des lois nous régissent, lois générales en\nregard desquelles les lignes critiques que nous voudrions établir seraient\ninvisibles. Ces lois dont nous n'avons que le sentiment, nous ne les con­\nnaîtrons jamais. Nous ne pouvons comprendre ce qui est plus grand que\nnous.\n   Mais qu'importe cela, si le sentiment nous pousse vers un but prédit de\nsorte que nos combinaisons rationnelles ne soient que des jeux de figures\ntracées à la surface de notre volonté spontanée.\n   Autant les lois particulières nous différencient les uns des autres, autant\nles mystérieuses lois générales nous assimilent les uns aux autres. Ces lois\nque nous ne pouvons réaliser par la raison, nous tendons à les réaliser par\nle sentiment dont l'art est le suggéreur et l'interprète.\n    Dans ce domaine des généralités, la science répond à notre besoin de\n vanité. L'art y joue un rôle plus simple et plus réel. Qu'on le garde de\nl'envoûtement par la science. Qu'on se garde de le dogmatiser.\n    Les lois que nous respectons en nous et que l'œuvre y développe exercent\n notre force intime; mais ne les proposons pas à l'œuvre. Dénudées de la\n vie qui les impliquait, les lois sont quelque chose de posthume qui n'inté­\n resse plus que l'histoire. Les lois nous livrent une tradition utile, car elles\n sont ce qui nous fixe dans le passé. Elles ne nous guident pas vers l'avenir.\n L'art est une prescience de vie; il travaille à l'éternelle rejonction des êtres\n à l'être. Son instrument est l'imagination. Si vous voyez que des gens s'oc­\n cupent à établir des lois et des règles, dites-vous qu'à leur place, déjà la vie\n sefige,que la science a pris possession du terrain et pressez le pas : l'art est\n au delà.\n                                       IV\n\n   Exaspérés par une longue et bruyante dissonnance, des artistes évoquent\nle classicisme. Le mot est dangereux parce qu'il peut détourner l'idée.\n   Toute œuvre a sa coque de vie matérielle, son vêtement d'actualité. Pièce\nà pièce, le vêtement tombe et l'être de l'œuvre se dégage. Les œuvres clas­\nsiques sont celles qu'on pourra regarder nues, les œuvres essentielles qui\n vivront jusque dans la mort de leur chair. Cela ne signifie pas qu'il faille imiter\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 592, "texte": "                                            204\n\n\nle beau geste qu'elles avaient en mourant. Mais songeons à la spirituelle\nsimplicité de la vie qui faisait à ce moment naître la lumière sous leurs pau­\npières closes et recherchons la vie en essence.\n   Les figures de classicisme qui nous hallucinent sont les images embru­\nmées d'une synthèse et d'une foi nouvelles. Elles nous prédisent la résur­\nrection d'une harmonie profonde qui sauvera la dissonnance et rescellera\nl'anneau brisé.\n                                                                    H E N R Y MAUBEL\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 207, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ERNEST CLOSSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 227, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 592, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n              Nous sommes en plein, en ce moment, dans la saison des con­\n               certs. Pas une semaine qui se passe sans plusieurs auditions,\n               solennelles ou autres. Je ferai grâce au lecteur de ces « autres»,\n               pour ne lui parler que des séances les plus importantes.\n   Premier en date, le troisième Concert populaire : Le Chasseur maudit\nde César Franck, le beau Concerto (op. 15) de Brahms, pour piano, la\nNoce villageoise de Goldmark et une ouverture de Dvorack, Hutzitska.\nC'était ce qu'on peut appeler un beau programme ; mais, hélas ! tout cela\ns'en est allé à vau-l'eau, de par M. Van Tyn, dont l'effondrement, dans le\nConcerto de Brahms, est encore présent à toutes les mémoires. Rarement\nnous aura-t-il été donné de constater plus de défauts unis à moins de qua­\nlités. Sécheresse, rudesse d'attaque, absence de tout sentiment et encore\nmieux de tout style, tout cela concourait, chez M. Van Tyn, à une véri­\ntable « exécution » du pauvre Concerto de Brahms.\n   Alors, naturellement, le désastre s'est étendu au reste du programme.\nPar un de ces mouvements d'âme qui disent si bien la sottise du public,\ncelui-ci a également boudé la jolie symphonie de Goldmark et l'ouverture de\nDvorack. Cette ouverture est cependant une œuvre forte et vigoureuse, bien\nbâtie, d'une inspiration abondante et d'un beau caractère héroïco-drama­\ntique. Le concert s'ouvrait par le Chasseur maudit, un tableau sympho­\nnique qui ne compte pas parmi les meilleures pages de Franck; l'œuvre,\nen somme peu personnelle, est fortement influencée par le récitatif\nwagnérien : il semble que tous les récits de Wotan lui aient servi de base;\non y trouve également du Grieg (1). Elle est néanmoins intéressante par\n\n\n\n  (1) Il y a, d'ailleurs, chez Franck, des connexités avec le maître norwégien qu'il serail\nintéressant d'étudier de près. On trouve dans certaines œuvres de Franck — la Sym­\nphonie, par exemple — des formules de Grieg qui se détachent avec une netteté et une\nintégrité étonnantes.\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "                                    205\n\n\nsa belle facture et la distinction extrême de son coloris harmonique et\ninstrumental.\n    L'ouvrage sur lequel la médisance s'est exercée avec le plus d'acharnement,\nmême de la part d'artistes sérieux et convaincus, c'est bien la Ländliche\nHochzeit-Symphonie de Goldmark; j'avoue que je n'y comprends rien.\nSans doute, l'œuvre n'a pas des visées bien élevées ; elle est plutôt aimable,\ngracieuse, mais si son cadre est petit, elle le remplit bien; c'est évidemment\nune œuvre honnête et sincèrement écrite, sans recherche du gros effet.\n« Le Jardin », titre de l'andante, n'est, certes, pas un jardin décadent ou\nfin de siècle fleuri d'yeuses, de scabieuses et de roses trémières... Goldmark,\nun bon Viennois (on sait que les compositeurs de l'école moderne allemande\nont pris l'habitude de naître à Vienne), Goldmark n'y a mis que des roses et\nde bénévoles œillets... Toute la symphonie, d'ailleurs, d'une orchestration\noriginale et pimpante, est écrite dans un sentiment intime, doux et paisible.\n Elle méritait en tout cas meilleur accueil.\n    Le troisième concert du Conservatoire peut marquer comme une date\ncaractéristique dans l'éternel et irrésistible « En avant » de l'art ; l'entrée\nofficielle du Wagner de la dernière manière au Conservatoire; M. Gevaert,\nle clairvoyant Hans Sachs bruxellois, plantant là décidément les Beck­\nmesser de la réaction, et tendant la main à Walter pour l'introduire dans\nla forteresse classique de la « tablature »\n    Le programme, à part la Réformation de Mendelssohn — ô antithèse !\n— n'était composé que de fragments wagnériens : la Faust-Ouverture,\ncelle des Maîtres Chanteurs, la Marche funèbre de Siegfried (du Crépus­\ncule), le prélude de Tristan et celui de Parsifal. Un orchestre voué\nau classique se trouvait naturellement quelque peu dépaysé devant les pages\n du terrible maître. Le prélude de Parsifal a été le moins bien rendu; le\n Thème de la Cène, au commencement (et non pas le thème de la Foi,\n comme le nomme un confrère) était un peu rude, dur ; le Thème de la Foi.\n lui, était pris dans un mouvement beaucoup trop rapide; le prélude de,Tristan\n a été beaucoup mieux exécuté. Quant à la Faust-Ouverture, à l'ouverture\n des Maîtres Chanteurs et à la Marche funèbre de Siegfried, c'était la per­\n fection. Dans les Maîtres Chanteurs, chaque thème sortait avec une netteté\n et une clarté superbes. Mais la Marche funèbre ! Ah ! l'inénarrable, le\n sublime fragment ! Je crois que jamais il n'a été écrit une page d'un\n héroïsme semblable; on se sent littéralement enlevé, emporté à des hau­\n teurs surhumaines. Le succès a été prodigieux ; et cependant, combien,\n parmi les auditeurs, se trouvaient au courant de la signification attachée à\n chacun des nombreux thèmes qui forment le tissu du morceau? Considéré\n à cet unique point de vue de l'habileté de la facture, celui-ci n'en devient\n que plus étonnant encore. Les thèmes ont été disposés par Wagner dans un\n ordre absolument chronologique, c'est-à-dire d'après l'ordre de succession,\n dans les Nibelungen, des péripéties dramatiques auxquelles chaque thème\n est attaché. Cela commence avec le Thème du Velse, la race dont Siegfried\n est issu, passe par divers thèmes et atteint son apogée dans l'explosion\n  formidable du Thème de Siegfried ; puis, la fin, la mort; et par une saisis-\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": "                                      206\n\n\nsante évocation du passé, c'est la sombre et horrible menace de la Malédic­\ntion de l'Anneau, cause initiale de la catastrophe finale, qui symbolise\ncelle-ci. Et pourtant, tout cela se tient, forme un tout sans solution de\ncontinuité : quelle leçon pour les contempteurs de la forme!\n   S'il nous faut offrir à M. Gevaert un juste tribut d'hommages pour cette\nadmirable séance, profitons-en pour le remercier du même coup d'un autre\nrégal artistique dont nous lui sommes également redevables : Orphée à la\nMonnaie. En dehors du talent superbe déployé dans le rôle d'Orphée par\nMlle Armand, à part la bonne volonté manifeste des chœurs et de l'orchestre,\ndu talent et de l'invention de MM. Devis et Lynen dans leurs décors du\npremier et du troisième acte, il y a un certain ensemble, une homogénéité\ndans les divers moyens concourant au tout dramatique, qui trahissent la\nprésence extraordinaire de quelqu'un au coup d'œil large et sûr, et à la\nvolonté ferme.\n   Telle qu'elle se trouve actuellement représentée à la Monnaie, l'œuvre de\nGluck nous apparaît comme une véritable révélation. Les airs, les chœurs\net les fragments symphoniques sont d'un charme et d'une intensité extraor­\ndinaires. Mais les récitatifs, les fameux récitatifs de Gluck, sont bien plus\nintenses encore. Chose curieuse! avec leur énergie véhémente, leur rythme\nfort et simple, leur belle coupe large et leur métrique rationnelle, on croirait\nentendre des récits wagnériens! L'illusion est frappante. L'acte des Champs\nElysées est un rêve, musicalement et scéniquement parlant; le décor, un\nvéritable Corot, est un chef-d'œuvre de délicatesse et de goût.\n   Je l'ai dit, Mlle Armand est excellente dans Orphée; MM lles Lejeune et\nDarcelle gâtent un peu cette impression, la première par une interprétation\nun peu mièvre, l'autre par une émission de voix étranglée et gutturale. On\nne peut tout avoir !\n   Pour finir, que le lecteur me permette de l'emmener à... Mons Oui, par­\nfaitement, à Mons. L'excellente Société de musique de la ville, naguère\nfondée par M. Gurickx, aujourd'hui présidée par M. Mangin, donnait le 9\nde ce mois, un grand concert auquel elle avait convié bon nombre d'artistes\net critiques bruxellois.\n   Le programme, très copieux, comprenait, outre une Ouverture de\nconcert de Fétis, vraiment trop peu intéressante pour que j'en parle plus\nlonguement, le 5e concerto de Vieuxtemps pour violon et orchestre, inter­\nprété par Mlle I. Sethe; le Démon, de Gilson (1 re exécution) et des frag­\nments du Laatste Zonnenstraal de M. Huberti, exécuté récemment à\nLouvain.\n   Mlle I. Sethe, une des meilleures élèves sorties des mains d'Ysaïe, a joué\ndans la perfection le concerto de Vieuxtemps. Belle technique, sonorité\npleine et vibrante, style impeccable, Mlle Sethe joint tout cela à un sens\nprofondément artistique; avec quelle tendresse et quelle simplicité elle a\ndit, pour ne citer que cela, les quelques notes de l'air populaire « Où peut-\non être mieux » intercalé par Vieuxtemps dans sa composition! Des bravos\net un enthousiasme légitimes ont salué la jeune artiste à son départ de\nl'estrade.\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "                                 — 207 —\n\n    L'audition du Démon, joué pour la première fois, m'a confirmé absolu­\nment dans l'admiration véritable que je conçus pour cette œuvre, lorsque\nje l'analysai il y a quelque temps, en vue d'un travail sur Gilson et son\nœuvre jusqu'à ce jour. Je n'ai rien à retrancher aux opinions que j'expri­\nmais alors : c'est une oeuvre robuste, saine, fortement pensée et portant\nbien l'empreinte de l'extraordinaire technique harmonique et orchestrale de\nl'auteur. L'exécution, sous l'habile direction de M. Prysse, a été très\nbonne, sauf, dans la première partie, quelques attaques un peu dures des\nchœurs, et, par-ci par-là, quelques couacs désagréables des cors. M. Piél­\ntain, excellent dans le rôle du Démon, ainsi que Mme Houzeau de Lehaie\ndans celui de Thamara ; MM. Tondeur et Preumont tenaient bien les petits\nrôles du Prince et du roi Goudal. Après l'exécution, l'auteur, appelé avec\nenthousiasme, a été extrait à grand'peine d'un petit coin sombre au fond de\nla salle, et s'est vu forcé de venir devant l'estrade saluer le public, — ce qui\nl'a mis de fort mauvaise humeur : Quel drôle de garçon !\n    Le Laatste Zonnenstraal (Dernier rayon de soleil) de M. Huberti ter­\n minait le concert. C'est une composition fort vaste, pour soli, chœurs et\norchestre, d'après un poème d'E. Hiel. L'œuvre, sous la direction de l'au­\nteur, n'a pas été exécutée intégralement. Elle comprend de très jolies\n parties, reliées entre elles par le thème du Dernier rayon de soleil; je citerai\n particulièrement le premier tableau, d'une jolie couleur agreste, et l'avant-\ndernier, avec le solo de soprano, bien chanté par Mme Houzeau de Lehaie.\n Néanmoins, l'œuvre a paru un peu longue ; la faute en est surtout, selon\nmoi, à la monotonie rythmique qui est son principal défaut : une fois un\nmouvement adopté, l'auteur ne le lâche plus jusqu'au bout du morceau.\n M. Tondeur a soutenu vaillamment la partie de baryton solo, assez consi­\n dérable. L'interprétation, de la part de l'orchestre et des chœurs, a été\n excellente.\n    Après le concert, qui s'est terminé assez tard, M. Huberti a été chaleu­\n reusement acclamé.\n    Les XX avaient organisé, comme ils l'ont fait chaque année, quelques\n intéressantes séances musicales. Je ne puis en parler, n'ayant pu assister à\n ces concerts qui se donnaient, comme toujours, pendant la semaine, et\n l'après-midi : autant dire des concerts à l'usage exclusif des désœuvrés, des\n petites dames et des jeunes gens « bien » qui, déambulant l'après-midi par\n la Montagne de la Cour, exécutent ce jour-là un petit crochet et vont\n passer une heure au Musée, entre deux potins.\n    Désœuvrés, Dieu merci, les artistes ne le sont généralement pas. Peut-\n être même la partie la plus intelligente et la plus sérieuse du public se\n recrute-t-elle parmi les travailleurs et les besogneux.\n\n                                                       E R N E S T CLOSSON"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 208, "page_fin": 210, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Trophées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "le chef d œuvre de l école romane le voilà", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Assurément Henrik Ibsen", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 231, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   I. Les Trophées, par J.-M. DE HEREDIA. Paris, Lemerre. — II. Solness le Construc­\nteur, par H. IBSEN Paris, Savine. — III. Contes à Marjolaine,        par G. GARNIR.\nBruxelles, Lacomblez. — Gens de Province, par F. MAHUTTE. Bruxelles, Lebègue. -\nIV. Dit un Page, par M. EDMOND RASSENFOSSE. Liège, A. Bénard.\n\n                                         I\n\n              Quelqu'un a écrit, à propos des Trophées, qu'il serait impossible\n               de « considérer d'une vue d'ensemble ces médullaires poèmes\n               épigraphiques ou épigrammatiques ». L'erreur est grande, car\n               l'œuvre de M. José-Maria de Heredia, bien qu'en partie ina­\nchevée, n'en a pas moins son ordonnance et son unité.\n   Poète épris de la beauté pure, M. de Heredia la poursuit à travers l'his­\ntoire et la légende. Il la demande à l'Antiquité, au Moyen-âge, à la Renais­\nsance. Il la recherche avec une noble passion, chez les dieux et chez les\nhéros, dans la splendeur des êtres et dans la splendeur des choses. La\nnature, pour lui, porte le deuil divin, et, s'il consent parfois à ouvrir les\nyeux sur le spectacle de la vie, c'est afin d'y découvrir les reflets d'un idéal\naboli. Qu'il parcoure la Grèce et la Sicile, Rome et la Gaule, l'Italie et la\nFrance de la Renaissance; qu'il ressuscite l'Espagne des conquérants et les\néblouissements de la Castille d'or ; qu'il chante l'Orient, les Tropiques, la\nmer de Bretagne ou l'Océan polaire, chacun de ses poèmes est un hymne à\nla beauté, à la beauté de la force ou à la beauté de la grâce, et aux reliques\nmystérieuses où brille un rayon de cette beauté. Mais, hélas!\n                 Le temple est en ruine au haut du promontoire,\n                 Et la mort a mêlé, dans ce fauve terrain,\n                 Les déesses de marbre et les héros d'airain\n                 Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.\n\n   L'homme demeure indifférent au rêve des aïeux; la nature est vide; la\nforce est devenue laide et la grâce, maladive. C'est pourquoi, sur l'ensemble\nde ces évocations glorieuses de couleurs et de lignes, planent les grandes\nailes d'une virile tristesse.\n   Tel est le lien qui relie les Trophées. 11 a plu au poète de ne pas le\nrendre apparent ; mais il n'en existe pas moins pour ceux qui ont pénétré\nson œuvre.\n   Ce voyage en rêve à travers des civilisations disparues, d'autres poètes\nl'ont rêvé. Mais les uns, comme Victor Hugo, n'abdiquèrent jamais l'idéal\nsentimental de leur siècle; les autres, comme Leconte de Lisle, s'attachèrent\nà incarner l'idéal philosophique de leur temps. M. de Heredia, au con­\ntraire, poète doué d'une sensibilité plastique merveilleuse, recherche la\nbeauté antique pour elle-même, telle qu'elle exista, telle qu'elle fut réalisée\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "                                 — 209 —\n\n\npar le réve ou par l'action des hommes d'autrefois. Son rêve est semblable\nà leur rêve; les actions qu'il imagine sont pareilles à leurs actions; son\nesprit est contemporain du leur. L'homme d'aujourd'hui, en M. de Heredia,\nne se révèle guère, si ce n'est par la faculté, essentiellement moderne, de\ncomprendre et d'exprimer, avec un bonheur égal, des époques et des civili­\nsations très diverses, et par l'inévitable tristesse qui est la rançon de cette\nfaculté.\n    C'est dire, non pas que M. de Heredia est un poète objectif — ce ne serait\npas assez! — mais qu'il est le poète le plus objectif de la France du\nXIXe siècle, et peut-être de la France de tous les siècles. Gustave Flaubert\nprofessait que l'œuvre d'art, une fois composée, doit exister comme un\nobjet indépendant de son auteur. Cette théorie d'art, blessante pour la\nvanité des méchants écrivains, Flaubert l'appliqua souvent, moins souvent\nqu'il ne le croyait ; M. de Heredia l'applique toujours. Comme l'a écrit juste­\nment M. Paul Bourget, l'auteur des Trophées a réalisé ce reste de panthéisme\nqui se cache derrière la théorie de l'art objectif : « Une intelligence toute\npeuplée, toute composée de formes émanées des choses, si bien que c'est la\nvie universelle qui semble aboutir à chacune de ces visions déprise de sa\npropre existence. » De pareilles réalisations supposent un labeur de pensée,\nun travail d'imagination, des études historiques dont le lecteur profane,\nsimplement charmé, ne soupçonne point l'étendue. Il est plus facile, assu­\nrément, de délayer, en une centaine de pages, sous prétexte de sincérité, les\nanecdotes de sa vie sentimentale, que d'assembler et d'unir harmonieuse­\nment les traits caractéristiques d'un parfait poème de quatorze vers. Une\ntelle condensation exige une force créatrice patiente et maîtresse d'elle-même,\net il est juste que cette noble patience soit récompensée par la certitude de\n l'éternité. Patiens quia eternus, disent de Dieu les théologiens. Pour hono­\n rer le bon poète, il faut renverser la phrase et dire : Quia patiens eternus.\n     J'ai parlé plus haut de la merveilleuse sensibilité plastique qui se mani­\n feste dans les Trophées. Merveilleuse en elle-même, elle est plus merveil­\n leuse encore par la manière dont elle choisit les éléments du poème. Entre\n mille détails que lui suggèrent la matière du sujet, elle s'empare infaillible­\n ment des plus expressifs, de ceux qui font image par le dessin, par la cou­\n leur et par le relief. Ces détails caractéristiques, l'écrivain les traduit,\n en des mots éclatants, d'une propriété scrupuleuse, qui s'imposent au\n souvenir. Et ces mots, il les unit par la chaîne d'or du rythme, pour en\n faire un poème, un poème absolu, qui est la quintessence de son rêve, et dont\n nulle main, sans être sacrilège, n'oserait modifier les proportions. Aussi est-\n il logique qu'un poète doué d'une telle sensibilité préfère, de tous les\n poèmes à forme fixe, celui qui permet le plus grand effort de concentration :\n le sonnet.\n     Ce bonheur imperturbable dans le choix des éléments et dans la disposi­\n  tion des mots expressifs est un don essentiellement latin. M. de Heredia,\n  malgré son nom, malgré la pompe castillane de ses rimes, quoiqu'il ait\n  écrit des sonnets d'une pureté grecque, et bien qu'il se complaise à peindre\n  l'éventail d'un Samouraï ou d'un Daimio, est un poète de race romaine.\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "                                   — 210 —\n\n\nFils de la Louve, il va droit à la beauté concrète, à la clarté, au soleil. Son\nrêve, qui repousse le clair-obscur, la langueur et le brouillard de la poésie\nseptentrionale, est souvent le souvenir, le pressentiment ou le désir de l'action.\nCe rêve, il faut qu'il le touche, qu'il le rende aussi réel qu'un beau marbre\npolychrome, qui charme à la fois les sens et l'esprit Lutter avec la réalité\npour l'exprimer, l'ordonner et la fixer en l'embellissant, tel est son triomphe.\nParmi tous les écrivains d'âme latine, M. de Heredia est peut-être le plus\nlatin. C'est proclamer qu'il est magnifiquement français. Et s'il était néces­\nsaire qu'il y eût une école destinée à combattre l'invasion des barbares du\nNord, je dirais volontiers, en montrant les Trophées : « Le chef-d'œuvre de\nl'école romane, le voilà ! »\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 210, "page_fin": 212, "titre_corps": "Chronique littéraire : Solness le Constructeur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "II Assurément Henrik Ibsen", "ancre_fin": "Goethe et envers Wagner", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III L auteur des Charneux", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 898, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "II\n\n   Assurément, Henrik Ibsen n'est pas un Latin. Ses commentateurs le\ntiennent pour un Norwégien irréductible, un Norwégien de toutes les\nNorwèges, et opposent volontiers ses drames à ceux des auteurs français.\n   Les commentateurs sont peut-être un peu aveugles. Ibsen est certes un\nNorwégien, dont les personnages norwégiens se meuvent dans une atmos­\nphère norwégienne ; mais il ne serait point paradoxal de prétendre que cet\nirréductible Norwégien a subi, dane une certaine mesure, l'influence et\nl'aimantation des idées françaises.\n   Non seulement maints de ses personnages ont le regret ou la nostalgie\nde Paris, — voyez les Revenants, — non seulement ils s'évertuent parfois à\ncopier l'esprit et la désinvolture des raisonneurs de M. Alexandre Dumas fils,\n—voyez Hedda Gabier,— mais le dramaturge lui-même, en faisant du théâtre\nà thèse, révèle des préoccupations semblables à celles de la plupart des dra­\nmaturges français. L'analogie de Maison de poupée avec Froufrou, d'Hedda\nGabier avec les comédies de M. Alexandre Dumas fils, n'a pas été assez\nsignalée. C'est, je crois, l'auteur de l'Étrangère qui, dans une de ses pré­\nfaces, déplore que le théâtre français soit consacré presque tout entier à la\ndescription et à la psychologie de l'amour. M. Dumas fils attribue ce phé­\nnomène au rôle exagéré joué par la femme dans les sociétés d'origine latine.\nOr, si l'écrivain norwégien ne se complaît guère à étudier la bataille des\nsexes, et si son art est d'une chasteté peu gauloise, ses idées sur l'amour,\nsur le mariage, sur les droits et sur l'émancipation de la femme sont des\nidées françaises que l'on trouvait déjà, il y a cinquante ans, dans les romans\nde George Sand. Ajoutez enfin que, dans la plupart des drames d'Ibsen, la\nfemme est le personnage actif. L'homme apparaît comme un fantoche tran­\nquille ou comme un polichinelle détraqué, que la femme entraîne dans le\ntourbillon de ses jupes. Les héroïnes d'Ibsen sont des femmes d'action intel­\nlectuelle : elles dominent le mâle de toute la hauteur de leur esprit et de leur\nvolonté. Rébecca de Rosmersholm et Hilde de Solness le Constructeur\nsont, à ce point de vue, des personnages caractéristiques. On pourrait donc\nsoutenir, sans trop avoir l'air de proposer une gageure, que l'idéal du\nNorwégien irréductible se rapproche parfois, singulièrement, de l'idéal dra­\nmatique français.\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": "                                   — 211 —\n\n    Il est permis, je pense, de signaler cette analogie sans être accusé de\nméconnaître l'originalité d'Ibsen. Cette originalité, M. Ernest Verlant l'a\nmise en lumière, de façon saisissante, ici même, dans une remarquable\nétude, il y a deux ans. De son côté, dans un article sur le Canard sauvage,\nM. Iwan Gilkin nous a dénoncé, avec une nerveuse justesse, le défaut\ncapital du dramaturge norwégien. Je renvoie le lecteur à ces deux essais de\ncritique, auxquels je ne prétends rien ajouter. Tout au plus risquerai-je\ncette remarque, que si Maison de poupée, les Revenants, Rosmersholm et\n[Ennemi du peuple justifient les commentaires élogieux de M Ernest\nVerlant, Solness le Constructeur, au contraire, augmente la valeur littéraire\ndes critiques exprimées par M. Iwan Gilkin.\n    Bien plus que/e Canard sauvage, Solness le Constructeur est une œuvre\nincohérente et malsaine. Le vice essentiel du drame, c'est d'être équivoque.\nDeux actions s'y mêlent et s'y superposent. L'une, réelle, émane d'un\nobservateur qui pousse l'analyse jusqu'à la minutie; l'autre, symbolique,\ntrahit un poète qui tombe du symbolisme dans le ridicule et l'absurdité.\nUn architecte de génie déséquilibré, guetté par la démence, est sur le point\nd'inaugurer une tour qu'il a construite, lorsqu'il retrouve sur son chemin\nune jeune fille exaltée qu'il a connue enfant, le jour où il a lui-même planté\nla couronne de feuillage sur la girouette de sa première église, et à laquelle\nil a promis alors, par jeu, que, lorsqu'elle serait grande, elle serait sa prin­\ncesse, et qu'il lui bâtirait un château enchanté. Solness, séduit par la jeu­\nnesse et par l'enthousiasme de Hilde, lui sacrifie les dévouements obscurs\nqui se pressent autour de lui. Hypnotisé par la jeune détraquée, il pousse\nl'imprudence, malgré qu'il soit sujet au vertige, jusqu'à vouloir, comme\nnaguère, fleurir lui-même le sommet de sa tour. Ivre d'orgueil, il attache la\ncouronne inaugurale au sommet de son édifice, lorsque Hilde, incapable\nde contenir sa joie, s'écrie : « Vive maître Solness ! » Le malheureux perd\nl'équilibre et tombe. Solness meurt, tandis que Hilde sanglote, avec une\npassion concentrée et sauvage : « Mon maître!... mon maître! »\n     Certes, voilà un sujet dramatique étrange par lui-même. Ibsen a beau\n le réaliser et l'humaniser à force d'observation patiente et d'analyse méticu­\n leuse, cette tragique et enfantine action réflexe exercée par Solness sur\n Hilde et par Hilde sur Solness est une combinaison dramatique déconcer­\n tante, qu'un double détraquement cérébral justifie à peine, et qui, malgré la\n force incontestable du dramaturge, garde je ne sais quel air d'incertitude et\n de cauchemar.\n     Mais le malaise augmente lorsqu'on apprend que Solness, loin d'être\n seulement un architecte au cerveau fêlé, incarne le poète lui-même. Les\n premières églises de Solness représentent les œuvres romantiques, les mai­\n sons bourgeoises, les œuvres sociales, et les châteaux enchantés, les œuvres\n symboliques. Hilde c'est la jeunesse, qui exalte et qui tue. Les personnages\n secondaires sont aussi symboliques que les deux héros : M me Solness,\n l'épouse délaissée, c'est le passé avec ses tristesses et ses puérilités ; le vieux\n  Brovik, c'est la routine détruite, et le jeune Brovik, c'est l'utilitarisme\n  triomphant. Il n'y a pas jusqu'au docteur qui ne porte son allégorie, et le\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "                                  —   212   —\n\n\ntraducteur laisse entendre aux initiés de la secte ibsénite que les deux\njumeaux de Solness, morts au berceau, représentent la Suède et la Norwège.\n   L'absurdité d'une conception pareille saute aux yeux. Solness le Cons­\ntructeur est un drame à deux étages. Le premier est réel et le second sym­\nbolique. L'action passe d'un étage à l'autre, d'acte en acte, de scène en\nscène, de tirade en tirade, selon que Solness n'est qu'un constructeur toqué\nou qu'il incarne un poète de génie, selon que Hilde n'est qu'une jeune folle\nou qu'elle représente la jeunesse nouvelle. Le réalisme profond dont Ibsen\nest coutumier accentue encore la bizarrerie de ce double jeu. Quand les per­\nsonnages montrent leur humanité, le sens allégorique du drame s'évapore,\net ils la perdent lorsqu'il se précise. A force de passer d'un étage à l'autre,\nl'action devient incompréhensible, et l'esprit, qui se tend à vouloir la\nsuivre, finit par succomber à une sorte de courbature mentale, de torticolis\nintellectuel.\n   Solness le Constructeur est une œuvre de décadence, de la décadence\nd'un écrivain dont la maturité parfois géniale donnait déjà tant d'exemples\nd'incohérence, d'enfantillage et d'obscurité. Aussi, malgré mon admiration\npour certaines œuvres de ce misanthrope contradictoire et fielleux, de ce\nsaturnien barbare qui plaide toutes les thèses avec la même éloquence mal­\nsaine, n'hésité-je pas à déplorer l'influence croissante qu'il exerce sur l'âme\ngermanique, ingrate par là-même envers Goethe et envers Wagner.\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 212, "page_fin": 212, "titre_corps": "Chronique littéraire : Contes à Marjolaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "III L auteur des Charneux", "ancre_fin": "frère intellectuel de M Fernand Severin", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le nouveau livre de M Franz Mahutte", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 1596, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "III\n   L'auteur des Charneux, M. Georges Garnir, publie, chez Lacomblez,des\n Contes à Marjolaine, qui ne manqueront pas de faire honneur au jeune\nécrivain. M. Georges Garnir est, on le sait, un Wallon wallonnisant, et\nMarjolaine, pour lui, c'est la personnification de la Wallonie. Ce symbo­\nlisme est plus élémentaire, mais plus touchant que celui d'Ibsen. « Ce que\nj'appelle ma patrie, dit M. Georges Garnir, ce n'est pas l'étendue des terres\ncomprise entre les arbitraires et vaines limites qu'il a plu aux hommes de\ntracer par leur crayon promené sur une carte, comme le berger mesure,\ndans un pré, par un cercle de piquets, l'enclos où il parque ses moutons;\nnon, mon peuple, notre peuple, Marjolaine, c'est celui dont le cœur\ns'émeut de même façon que le nôtre, dont l'esprit est ouvert aux mêmes\njoies ; c'est la collectivité des êtres du même sang, unis par des souvenirs à\ngarder en commun, par des aspirations à formuler d'intelligence. Les pro­\nvinces de cette patrie-là s'appellent : Ardennes, Famenne, Condroz, Entre-\nSambre-et-Meuse. »\n   Cette Wallonie, M. Georges Garnir l'évoque en des pages pieuses, d'un\naccent juste et pénétrant. Ses contes, dont la donnée est simple, évoquent,\ndans des paysages décrits d'une main délicate et fervente, des âmes ingénues\net tendres. On devine chez M. Georges Garnir, qui est aussi poète, un\nfrère intellectuel de M. 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Puissent les gens de\nprovince, et surtout les vieux professeurs, ne pas trop lui garder rancune !\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 216, "titre_corps": "Chronique littéraire : Dit un page", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "IV Dit un Page", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Complot Parnassien", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 472, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "IV\n  Dit un Page, un charmant petit livre, sorti des presses liégeoises de\nM. Auguste Benard, et orné, par MM. Auguste Donnay et Armand Ras­\nsenfosse, d'« interprétations » exquises, est la première œuvre de M. Edmond\nRassenfosse, dont les jeunes revues ont fait connaître le nom.\n                      Le petit page qui passa\n                      Chanta des chansons bien tristes,\n                      De longues chansons d'autrefois,\n                      Le petit page qui passa.\n\n  Ce petit page, qui pourrait s'appeler Gaspard Hauser, et qui a choisi\ncomme devise le vers si doux de M. Fernand Severin :\n              Les pauvres qui mourront d'avoir vécu d'amour,\nn'est qu'une incarnation de la puberté, de la puberté vierge aux yeux clairs\nqui vole en chantant vers la femme et qui s'en revient les ailes brisées, pleu­\nrant sur son rêve mort.\n   Ce trouble divin, que le poète du Lys et du Don d'Enfance a confessé\nnaguère dans des poèmes d'une beauté parfaite, M. Edmond Rassenfosse\nl'exprime en des chansons vagues, balbutiées, d'une musique enfantine et\nlointaine, dont j'apprécie le charme naïf :\n                  Joie, joie, joie est dans ma chanson,\n                       Ma chanson d'amour !\n                  Je vous ai revue, ô petite dame,\n                  Je vous ai revue, joie dans ma chanson !\n                      Vous étiez à la fontaine :\n                      Je suis venu à vos genoux,\n                       Vous étiez à la fontaine\n                      Et vous m'avez souri très doux.\n                      J'ai baisé vos frêles mains,\n                      Votre regard s'est fait d'amour;\n                      Vous étiez à la fontaine,\n                      Et je vous ai parlé d'amour !\n                  Joie, joie, joie est dans ma chanson,\n                      Ma chanson d'amour !\n                  Je vous ai revue, ô petite dame,\n                  Je vous ai revue, joie dans ma chanson !\n\n  Ces strophes négligées sont charmantes, et elles révèlent un poète. Mal­\nheureusement, M. Edmond Rassenfosse n'a pas toujours le négligé aussi\n                                                                       H\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "                                   —   214   —\n\nheureux. Il mêle parfois dans sa chanson naïve, à de préciosités bien inatten­\ndues, de regrettables vulgarités d'expression. Et puis, comme presque tous\nses jeunes confrères, il me paraît sacrifier à des engouements littéraires qui\nne sont pas sans danger.\n   Je dirai librement ce que je pense, et ce qui va suivre vise beaucoup\nmoins M. Edmond Rassenfosse que la plus récente génération des poètes\nfrançais de Belgique, Flamands ou Wallons. Qu'ils le sachent bien, quoi\nqu'en disent les petits ramoneurs de lettres qui s'ingénient lourdement\nà noircir mes intentions, ils n'ont pas, chez nous, de lecteur plus assidu ni\nplus attentif que moi. Je lis tout ce qu'ils écrivent, et ceux qui les écrasent\nsous d'hyperboliques éloges intéressés n'en font peut-être pas autant. Mais\nje n'abdique mon franc juger devant personne. Je ne l'ai jamais fait et je ne\nle ferai jamais.\n    Voici donc ce que j'ai à dire :\n    J'ai peur que les poètes de la nouvelle génération, et en particulier ceux\nde Gand et de Liège, à force de vouloir « faire du neuf », n'en arrivent, au\ncontraire, à rapetasser d'anciennes ferrailles et à se réfugier, en haine d'un\nponcif imaginaire, dans le plus réel et le plus vieillot des poncifs.\n    Ce qu'ils cherchent avant tout, c'est le simple et le naïf. Aussi les voit-\non se jeter, à corps perdu, dans la chanson populaire, qu'ils prennent pour\nune fontaine de Jouvence, et à laquelle ils demandent une renaissance de\nla poésie.\n    Faut-il faire ressortir la vanité d'un pareil espoir'?\n    Certes, il existe d'admirables chansons populaires, qui sont comme les\nenfants trouvés de la poésie. Elles sont nées, un jour de hasard, de la\nrencontre de l'âme universelle et d'un événement qui passait. La mémoire\nenfantine des foules les a recueillies, et les transmet d'âge en âge jusqu'au\nmoment où, émerveillé, un Gérard de Nerval leur offre l'hospitalité du\nlivre. Mais Gérard s'est contenté de les noter : il n'a point prétendu en\nécrire de pareilles. Au lieu de recommencer la complainte de Jean Renaud,\nil rima les superbes sonnets que l'on connaît.\n    Je pense qu'il fit bien. Admirons les chansons populaires lorsqu'elles sont\nadmirables, et ne les pastichons pas. Pour en inventer, il faudrait être, non\npas un poète, mais un peuple. Lequel d'entre-nous est un peuple?\n    En vérité, rien n'est plus vain, rien n'est plus dérisoire que ces roueries\nlittéraires, ces yeux de blasé qui visent au naïf et qui retombent piteusement\ndans l'artificiel et le mécanique. Que le diable emporte ce syndicat de poètes\ndévoyés qui travaillent sans succès à composer des refrains de nourrice,\ndont les nourrices ne voudraient pas pour bercer les enfants, — et qui nous\nendorment !\n    Assurément, de grands artistes se sont inspirés de la chanson populaire.\n Mais je défie qu'on m'en cite un seul qui se soit piqué de les pasticher! La\nchanson populaire, en effet, n'a été pour eux qu'une matière première, et\n rien ne ressemble moins à leurs œuvres glorieuses que cette matière éparse\n dont elles sont sorties. Le génie a soufflé sur ce chaos, et c'est de ce souffle\n que naît la lumière.\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3475, "texte": "                                  — 215 —\n\n\n    Qu'est-ce d'ailleurs, je vous prie, qu'une chanson populaire qu'on ne\nchante pas? Un bateau qui ne va pas sur l'eau, une chose inerte, vide et\nmorte. Ce n'est pas même un bateau: c'est la moitié d'un bateau! La chan­\nson populaire n'existe que si elle est chantée. C'est par la musique que\ns'expliquent et se justifient les irrégularités du vers. Quand la rime n est pas\nau bout du mètre, elle tinte dans la mélodie, elle carillonne dans le refrain.\nMaintes chansons populaires furent composées sur des airs connus. Il est\ndonc permis d'affirmer, contrairement à l'opinion reçue, que la chanson\npopulaire se rapproche des poèmes à forme fixe.\n    L'imitation de la chanson populaire, même si elle échappait au reproche\nd'être absurde et contradictoire, n'offrirait d'ailleurs aux poètes qu'un champ\nnécessairement étroit et ingrat.\n    Toutes les chansons populaires se ressemblent. Elles roulent sur quelques\nthèmes généraux, communs à tous les peuples et à tous les âges. Et c'est le\npastiche de la chanson populaire que l'on propose à la Poésie, sous pré­\ntexte de 1 émanciper et de l'affranchir !\n    Aussi la plupart des jeunes poètes passent-ils leur temps, les uns à nous\nraconter la légende de Loreley, les autres à rééditer des contes de fées. Et\nquand ils ont fini, ils recommencent. Le nombre de fois que le beau cheva­\nlier traverse la forêt, malgré le dragon, pour aller épouser la princesse\nendormie est incalculable. Oh! ce chevalier ! Il nous obsède; il est partout,\non ne voit que lui. Et cette princesse, qui s'éveille et qui se rendort pour se\nréveiller de plus belle ! Doivent ils être fatigués, ces deux personnages désor­\nmais indispensables à tout jeune rimeur qui se respecte! Quelquefois, il est\nvrai, la princesse s'appelle la petite reine, et le chevalier le page, le trouvère ou\n le troubadour. Mais on les reconnaît tout de suite et l'on salue. Et la tour, la\n fameuse tour, jette-t-elle assez d'ombre sur notre horizon. Depuis que Rim­\n baud écrivit la chanson de la plus haute tour et qu'il a plu à M. Gérardy\n de rimer cette chanson exquise : « La vieille tour a la parole. . », les tours\n poussent comme des champignons après la pluie. Il ne croyait pas si bien\n dire, M. Gérardy. Oui, la vieille tour a la parole, et elle parle, elle chante,\n elle crie, elle fait à elle seule un tapage qui couvre la chanson des trois mille\n chevaliers, pages et troubadours qui célèbrent les trois mille princesses !\n  Ah! la tour, prends garde! Tu parles trop, et comme le patois s'en mêle,\n  nous te surnommerons la tour d'Auvergne ! Tu ne l'auras point volé.\n      Ce n'est pas tout : il paraît que le poncif de la chanson populaire ne\n  suffisait point. Ils y ajoutent d'autres poncifs. C'est ainsi que, grâce aux\n  Lieds de France de M. Catulle Mendès et aux chansons de M. Maurice\n  Maeterlinck, la vertu du nombre trois est définitivement reconnue. Les\n  chevaliers sont trois, les princesses sont trois, les tours sont trois. Les trois\n  sœurs ont voulu mourir ; la forêt leur a donné trois baisers. Trois jeunes\n  filles reviennent d'Orient, et trois ans après, on les rencontre encore. Elles\n  chantent à la première et à la deuxième porte, afin de pouvoir chanter à\n  la troisième. Elles poussent trois cris d'effroi. Au premier cri on voit voler\n  trois colombes, au deuxième trois cygnes, au troisième trois corbeaux.\n  Elles pleurent trois nuits, après avoir acheté trois couronnes d'or, trois\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "                                  — 216 —\n\nrets d'argent et trois noeuds de fer. On sonne trois fois du cor; on trace\ntrois signes sur la porte; on massacre trois petites filles; le troubadour a\ntrois cordes à sa lyre ; trois serpents poussent l'esprit d'imitation jusqu'à\nsiffler pendant trois ans, trois agneaux jusqu'à brouter pendant trois ans\net trois archanges jusqu'à veiller pendant trois ans. Et les trois sœurs, deve­\nnues aveugles, montent à la tour, qui reprend la parole avec une déplorable\nvolubilité.\n   J'ai lu tout cela trois fois. La première, j'ai souri trois fois. La\ndeuxième, j'ai bâillé, trois fois aussi, et la troisième, j'ai répété trois fois\nle vers de M. Paul Redonnel :\n            « Ah.' Nom de Dieu, de nom de Dieu, de nom de Dieu! »\n   Voilà donc où nous en sommes, en l'an de grâce 1893. Tout est triple,\net Mme Adam va croire que la Triplice envahit la littérature. Et c'est pour\nse livrer impunément aux douceurs de cette nouvelle règle de trois que les\njeunes poètes répudient avec honneur la prosodie de Théodore de Banville!\nLe vers de Hugo et de Baudelaire ne répond plus aux besoins de la poésie\ncontemporaine, comme le dit élégamment la direction du Réveil de Gand.\nOn est tellement engorgé de vastes pensées, qu'on doit renoncer à les faire\nentrer dans le vers traditionnel. La princesse fait des manières, le chevalier\nse met en travers et la tour, couchée tout du long sur le papier, dépasse\nde plusieurs aunes la limite de l'alexandrin. Les imitateurs s'en mêlent, et\nles pissenlits de mille patois variés fleurissent aux pieds de la princesse.\nLes moutons de Panurge font bê, bê, bê, la poésie retourne à sa plus simple\nexpression, l'onomatopée, et la tour de Babel sourit de loin à son innom­\nbrable postérité. Le génie, disait Baudelaire, c'est de créer un poncif.\n   Nos jeunes poètes en ont créé plusieurs, qui sont communs à la Wallonie\net aux Flandres. C'est la réconciliation des races. Le bonhomme Clesse\ndoit être content.\n                                                        ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 217, "titre_corps": "Le Complot parnassien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Argus", "ancre_debut": "Le Complot Parnassien", "ancre_fin": "prisonnier", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 239, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 2065, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "Le Complot Parnassien\n                                Le Complot.\n\n            Depuis quelques semaines le bruit courait qu'après la revision\n             de la Constitution, le gouvernement belge décréterait le vers-\n             polymorphe obligatoire.\n               M. Albert Giraud, plongé dans les délices des Dernières\nFêtes, et M. Iwan Gilkin, qui du fond de ses Ténèbres vagissait plainti­\nvement un' poco più di luce ! réunirent secrètement leurs amis autour d'un\nvers de Mme Blanchecotte, le lundi 17 mars, à onze heures du soir, à la\nPatte de Dindon.\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "                                — 217 —\n\n\n                                Le Plan.\n On décida tout d'abord de laisser dans l'ignorance la plus crasse\nMM. Demolder, Vielé-Griffin, Friche, Bernard Lazare et Mme Pirotte. Le\nmot d'ordre fut : Hémistiche et Mystère !\n\n                              L'Exécution.\n\n      A onze heures vingt minutes on expédia à M. Georges Kaiser un télé­\ngramme inutile, afin de dérouter l'Histoire.\n  A onze heures trente minutes un conjuré déguisé en Ecrivain Sincère\noffrit adroitement au concierge du ministère de la justice un numéro de la\nRevue rouge. L'effet fut foudroyant. Le malheureux s'affaissa dans une\nléthargie aussi regrettable que profonde.\n   M. le Ministre de la Justice, qui, depuis la publication du Parnasse\nde la Jeune Belgique s'était tenu à l'abri de toute littérature, afin que rien\nne vînt gâter ses délicieuses impressions, reçut à bout portant la collection\ncomplète de l'Art moderne. Trois minutes plus tard, il signait — des deux\nmains — l'ordre d'arrêter et d'incarcérer le chef de l'anarchie littéraire en\nBelgique, M. Edmond Picard.\n\n                   Le Vers-polymorphe en Prison.\n  Le redoutable chef de l'anarchie littéraire fut arrêté le mardi 18 mars,\nà 7 heures du matin. A midi, au café de la Lanterne, une académie d'anar­\nchistes littéraires fut fondée pour étudier le moyen de délivrer le martyr du\nVers-polymorphe. A trois heures, ces messieurs tuaient le ver traditionnel.\n\n      Le Prisonnier. — Attentat à la littérature nationale.\n    Le prisonnier avait emporté dans sa cellule deux livres : ce n'étaient ni\nun roman poldérien ni un conte d'Yperdamme La nouvelle de cet inqua­\nlifiable attentat à la grandeur des Lettres Belges pétrifia les anarchistes\nconjurés. A trois heures trois quarts ils décidèrent de « rendre hommage\naux faits ». A quatre heures, les Parnassiens vainqueurs et désormais\nredoutés, signèrent l'ordre d'élargir le prisonnier.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 218, "page_fin": 218, "titre_corps": "La Plus Belle Princesse sur la plus grosse tour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Vicomte Pourdeux", "ancre_debut": "LA PLUS BELLE PRINCESSE", "ancre_fin": "Vicomte POURDEUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "LA PLUS BELLE PRINCESSE\n    SUR LA PLUS GROSSE TOUR\n\n\n     La princesse sur la tour\n     Qui picote un peu d'amour,\n         Picoti, picotin,\n     Lève sa queue et saute à l'eau\n     Dans le fossé du château.\n\n     Un beau page au nez troussé\n     Qui passait près du fossé,\n         Picoti, picotin,\n     Tire ses chausses, ôte ses bas\n     Et vers elle nage à grands bras.\n\n     Mais comme il était tout nu\n     Elle n'en a pas voulu,\n          Picoti, picotin,\n     Préférant mourir dans l'eau\n     Que de lui toucher la peau.\n\n     Lui, quand il revint au sec,\n     Il chanta sur son rebec,\n          Picoti, picotin,\n     Lève ta queue et saute en bas\n     La triste histoire que voilà.\n\n                             Vicomte POURDEUX."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 219, "page_fin": 228, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "notre nom", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 134, "texte": "LES IDÉES DE M. 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Verlant sur Iwan Gilkin,"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1451, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "et qui veut bien reconnaître les « immenses"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1545, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "services » rendus par la Jeune Belgique aux"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1639, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "lettres belges Cordialement merci !"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1736, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "Ce numéro du Magasin littéraire (15"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "avril) est d'ailleurs très intéressant. La litté­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1851, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "rature y tient une large place. Mais il nous"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1896, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "est impossible de partager les opinions de"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "M. Armand Thiéry sur l'art et la morale."}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2135, "texte": "Les articles que publient les jeunes écri­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2184, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "vains de la plus récente génération nous"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2276, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "inquiètent pour l'avenir de la littérature en"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2368, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "Belgique. De jour en jour des principes et"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2463, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "des tendances que nous croyons profondé­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2560, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "ment dangereux se manifestent plus haute­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2656, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "ment et trouvent des défenseurs plus con­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2749, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "vaincus. Voilà pourquoi nous protestons."}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2845, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "M. A. Thiéry combat la formule « l'art"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2922, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "pour l'art », bien qu'il lui reconnaisse un"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2967, "fin_caractere_exclue": 3007, "texte": "sens austère et désintéressé, qui est le"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3009, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "nôtre (voir la Jeune Belgique du 15 septem­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3104, "fin_caractere_exclue": 3145, "texte": "bre 1891 : l'Art pour l'art au Congrès de"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3200, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "Malines). A cette formule il préfère celle-ci"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3292, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "« l'Art pour le beau ». Cela nous importerait"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3391, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "peu, si cette formule n'était à la merci de"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3487, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "la définition que l'on donne du Beau, — et"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3585, "fin_caractere_exclue": 3623, "texte": "précisément M. Thiéry en donne une qui"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3682, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "est inadmissible. M. Thiéry transporte"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3776, "fin_caractere_exclue": 3821, "texte": "ainsi sur le terrain philosophique la recher­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3915, "texte": "che d'une formule où nous n'avions voulu"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3973, "fin_caractere_exclue": 4003, "texte": "trouver qu'une règle pratique."}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4073, "fin_caractere_exclue": 4115, "texte": "Enfin, chose non moins grave, l'article de"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4162, "fin_caractere_exclue": 4202, "texte": "M. Thiéry est entrelardé de propositions"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4258, "fin_caractere_exclue": 4298, "texte": "dangereuses, que nous ne pouvons laisser"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4356, "fin_caractere_exclue": 4399, "texte": "passer sans protestation. S'appuyant sur ce"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4454, "fin_caractere_exclue": 4494, "texte": "que Taine appelle la « bienfaisance » de"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4551, "fin_caractere_exclue": 4593, "texte": "l'Idéal, il écrit : « Comme au temps d'Ho-"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "mère, la société a besoin que nous aimions"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 197, "fin_caractere_exclue": 236, "texte": "nos femmes et aussi que les proses, les"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 289, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "poésies et les arts nous les fassent aimer"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 384, "fin_caractere_exclue": 426, "texte": "bonnement; je tiens que les contes jaunes,"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 479, "fin_caractere_exclue": 517, "texte": "verts ou bleus qui nous les font aimer"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 607, "texte": "purement, amoureusement, franchement,"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 700, "texte": "sont de belles et bonnes œuvres d'art. »"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "Il suffit, pensons-nous, pour en faire"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 892, "texte": "justice, de signaler cette bizarre esthétique"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 945, "fin_caractere_exclue": 986, "texte": "qui aboutirait à mettre le plat optimisme"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "de M. Ohnet au-dessus du grand art pessi­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1133, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "miste de Leconte de Lisle. L'art n'a pas"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "plus mission de nous faire aimer nos"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1315, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "femmes que de célébrer la meilleure ma­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1407, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "chine à coudre. Utilitarisme! Utilitarisme!"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1503, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "Voilà le gouffre vers lequel, tout douce­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "ment, à grand renfort d'idées morales, on"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1691, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "s'efforce, en ce temps, de pousser l'art."}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1785, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "Caveant poete !"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 1951, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "Une petite feuille de salade qui s'intitule"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "la Lutte pour l'art et qui n'a d'autre signa­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2145, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "taire que M. Villeval, imprimeur typo­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "graphe à Saint-Josse-ten-Noode, émet au"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2328, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "sujet de la Jeune Belgique des sottises"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2420, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "aussi grossières qu'anonymes. Si les quel­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2515, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "ques goujats et rastaquouères de lettres qui"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2612, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "se dissimulent derrière M. Villeval, impri­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2708, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "meur typographe à Saint-Josse-ten-Noode,"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2801, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "s'imaginent qu'ils vont nous induire en"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 2893, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "polémique, ils se trompent."}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3064, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "On demande une Jeanne Darc littéraire."}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3156, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "La poésie française est déplorablement en­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3246, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": ":     vahie par d'obstinés Anglo-Saxons et de"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3345, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "bouillants Palicares qui, rebelles à l'harmo­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3444, "fin_caractere_exclue": 3486, "texte": "nie autochtone du vers français, l'oreille"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3540, "fin_caractere_exclue": 3584, "texte": "toujours sollicitée par les musiques de leur"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3638, "fin_caractere_exclue": 3681, "texte": "pays natal, ont entrepris de bouleverser le"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3735, "fin_caractere_exclue": 3775, "texte": "Parnasse de France et de lui imposer des"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3829, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "lois de leur façon. L'Anglo-Saxon Vielé-Grif­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 3928, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "fin s'est proclamé le Bedford de cette inva­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4025, "fin_caractere_exclue": 4069, "texte": "sion. Il ne semble pas que les jeunes porte-"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4122, "fin_caractere_exclue": 4161, "texte": "lyre de France songent à lui opposer la"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4214, "fin_caractere_exclue": 4257, "texte": "moindre résistance. Aussi assiste-t-on à ce"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4310, "fin_caractere_exclue": 4355, "texte": "spectacle bizare : tandis que la jeunesse des"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4408, "fin_caractere_exclue": 4453, "texte": "Gaules laisse faire les Grecs et les Anglais,"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4506, "fin_caractere_exclue": 4550, "texte": "c'est de Bruxelles que s'élève (étant toute­"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 4603, "fin_caractere_exclue": 4645, "texte": "fois supprimée la musique du R. P. Halévy)"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "le belliqueux refrain : « Jamais en France,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 129, "texte": "jamais l'Anglais ne régnera ! »"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 175, "texte": "Mais aussi, pourquoi M. Vielé-Griffin s'en"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 219, "fin_caractere_exclue": 248, "texte": "prend-il à la Jeune Belgique?"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "Notre ex-collaborateur, qui jadis nous"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 372, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "envoyait des vers avec empressement,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 434, "fin_caractere_exclue": 475, "texte": "affirme aujourd'hui que « notre polémique"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 476, "fin_caractere_exclue": 520, "texte": "est un peu villageoise et que nous représen­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "tons peu l'avenir depuis que M. Georges"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 653, "texte": "Eekhoud, le vigoureux Flamand, s'est retiré"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 703, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "de nous »."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 842, "texte": "Alors, M. Vielé-Griffin ne collaborait à la"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "Jeune Belgique qu'à cause de la présence"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "d'un vigoureux Flamand? Cette septentriona­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1047, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "lité l'honore — et le dénonce."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1146, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "Anglo-Saxon voyant l'avenir dans le fla­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1234, "fin_caractere_exclue": 1268, "texte": "mand, ô l'étrange poète français !"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "Que Jeanne Darc, la bonne Lorraine,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1419, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "l'ait en sa sainte garde !"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1793, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "Une profonde pensée de M. Vielé-Griffin,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1884, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "à propos des sonnets de M. de Heredia :"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1974, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "« Mais enfin, la poésie ne s'arrête pas au"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2069, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "quatorzième vers, ceux-ci éployassent-ils"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2163, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "tous et chacun leurs douze syllabes au com­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2253, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "plet. »"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "Nous avons consulté là-dessus M. de la"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2436, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Palisse, qui nous a répondu : « Puisqu'un"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2503, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "sonnet n'a que quatorze vers, il faut bien"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2634, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "que la poésie s'arrête au quatorzième ; on"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2768, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "m'assure aussi qu'il n'existe pas de triangle"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2901, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "ayant quatre angles. »"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3202, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "Une autre belle pensée de M. Vielé-Grif­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3290, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "fin : « Sa voix (celle du poète) dût-elle, au"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3378, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "prix d'une spécialisation atrophiante, sonner"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3469, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "plus haute dans le choral perpétuel des an­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3556, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "thologies parnasso-sixtines, le poète ne sau­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3620, "fin_caractere_exclue": 3663, "texte": "rait néanmoins se complaire à des vocalises"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3711, "fin_caractere_exclue": 3723, "texte": "de chapon. »"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3792, "fin_caractere_exclue": 3833, "texte": "Voilà qui est fort bien. Mais quel chara­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3877, "fin_caractere_exclue": 3919, "texte": "bia, mon Dieu, pour apprendre au monde que"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3960, "fin_caractere_exclue": 3996, "texte": "les poètes, comme les autres hommes,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4041, "fin_caractere_exclue": 4083, "texte": "aiment à garder leurs propriétés intactes."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4131, "fin_caractere_exclue": 4170, "texte": "Et jamais nous n'avons entendu dire que"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4215, "fin_caractere_exclue": 4258, "texte": "les gardiens du Parnasse eussent l'habitude"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4302, "fin_caractere_exclue": 4343, "texte": "de demander aux néophytes la bourse ou la"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4388, "fin_caractere_exclue": 4392, "texte": "vie."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 218, "texte": "Résumé général de la théorie des néo­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 268, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "phages :"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "« La crotte la plus fraîche est toujours la"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 421, "fin_caractere_exclue": 433, "texte": "meilleure. »"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 573, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "M. Verspeyen, l'antique directeur du"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 659, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "Bien Public, est allé dernièrement à Liège,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 752, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "où il a harangué la jeunesse catholique. La"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 845, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "conférence était annoncée sous ce titre : La"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1007, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "Au lieu de parler de la Jeune Belgique,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1096, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "le vieux pitre de la Byloque a offert sa fille"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1192, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "Léopoldine en mariage aux cent cinquante"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1326, "texte": "jeunes gens qui pâmaient sous l'œil attendri"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1376, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "de Mgr l'évèque de Liège. Il a aussi vanté"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1468, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "le bourgogne de son curé et narré les belles"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1562, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "querelles théologiques et littéraires aux­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "quelles il se livre avec un jeune copurchic"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "des bords de la Coupure, de qui les sonnets"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1840, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "ont le don de chatouiller Mlle Léopoldine a"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 1933, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "l'endroit sensible. Cette jeune personne"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2023, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "paraît, d'ailleurs, jouir d'un naturel entre­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "prenant : M. son père a avoué qu'il l'a par­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2212, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "fois surprise en conversation dangereuse"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2302, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "avec des animaux. M. le directeur du Bien"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2393, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "Public a failli ainsi devenir le beau-père"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2485, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "de sa basse-cour."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2595, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "On juge du succès de ces confidences :"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2723, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "Mgr de Liège riait aux larmes; les cent cin­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2860, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "quante jeunes gens frétillaient comme de"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "petites anguilles folles de leur corps, et peu"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3063, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "s'en est fallu qu'ils n'épousassent,sur l'heure,"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3158, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "Mlle Léopoldine à la queue leu-leu. Cette"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3243, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "bouillante enfant aura donc de quoi satisfaire"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3336, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "à son brillant tempérament : elle ne con­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3424, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "sistera plus le directeur du Bien Public par"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3513, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "des familiarités déplacées avec des mammi­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3602, "fin_caractere_exclue": 3619, "texte": "fères inférieurs."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "Voilà pourquoi la jeunesse doit se consa­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3757, "fin_caractere_exclue": 3789, "texte": "crer au relèvement de l'ouvrier."}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3839, "fin_caractere_exclue": 3876, "texte": "Après ce prodigieux discours, M. Ver­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3920, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "speyen, dûment arrosé de bourgogne, est"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 3997, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "rentré à Gand, où il a été interné dans les"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4087, "fin_caractere_exclue": 4127, "texte": "bureaux du Bien Public. Son état inspire"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4171, "fin_caractere_exclue": 4214, "texte": "les plus vives inquiétudes. Quant à Monsei­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4259, "fin_caractere_exclue": 4301, "texte": "gneur l'évèque, il n'est pas encore tout à"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4344, "fin_caractere_exclue": 4387, "texte": "fait remis du fou rire dont ses pieuses en­"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 4434, "fin_caractere_exclue": 4480, "texte": "trailles ont été secouées par les inénarrables"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "bouffonneries du sous-Giboyer détraqué qui"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 150, "fin_caractere_exclue": 194, "texte": "serait le plus bel ornement de la colonie de"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 244, "fin_caractere_exclue": 289, "texte": "Gheel, si, en Belgique, on mettait les choses"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 336, "fin_caractere_exclue": 361, "texte": "et les gens à leur place."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 603, "texte": "Notre prochaine chronique littéraire sera"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 604, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "consacrée aux oeuvres suivantes : Claudine"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 699, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "Lamour, Odes en son honneur,          Elégies,"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 798, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "Chevaleries sentimentales, la Chevauchée"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 922, "texte": "d' Yeldis, Africa, Contes au Perron, la Rô­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 923, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "tisserie de la reine Pédauque, etc., etc."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1162, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "Lire dans la Société Nouvelle du mois de"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1203, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "mars, Chardonnerette de M. Georges Eek-"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1303, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "houd, la suite de l'Histoire des lettres belges"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1404, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "de M. Francis Nautet, et des vers de"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1501, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "M. Emile Verhaeren. Lire aussi l'article de"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1574, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "M. André Fontainas, sur les Trophées."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1615, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "Nous avons remarqué dans cet article le"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1655, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "passage suivant :"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1759, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "« Comme à toute entreprise grandiose et"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1827, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "dominatrice, du front étroit de la cohue la"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1968, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "raillerie ricana de faciles quolibets à l'adresse"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "des redresseurs d'idéal, et fut décrété le"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2246, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "dogme de leur impassibilité, comme l'on"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "sait. Quelle réfutation à cette balourdise,"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2533, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "mieux que leurs œuvres? et lequel parmi"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2643, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "eux tous, soit que les environne la facile"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2686, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "rumeur d'une éphémère popularité : Cop­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2726, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "pée, Mendès ou Silvestre, soit que le dia­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2769, "fin_caractere_exclue": 2814, "texte": "dème de l'aime gloire, et le laurier précieux"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2897, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "pour eux s'apprêtent ou leur soient décernés"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2944, "fin_caractere_exclue": 2988, "texte": "Dierx si méconnu toujours et si grand ! Mal­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3045, "fin_caractere_exclue": 3087, "texte": "larmé, Verlaine, aujourd'hui Heredia, a pu"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3110, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "succomber à l'ineptie d'un tel reproche, dont"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3210, "fin_caractere_exclue": 3252, "texte": "le bruit néanmoins perdure, pour permettre"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3312, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "à quelques oisifs cérébraux de leur dénier"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3411, "fin_caractere_exclue": 3435, "texte": "encore le juste renom? »"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3613, "fin_caractere_exclue": 3651, "texte": "Chose piquante : l'article de M. André"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3753, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "Fontainas n'a déterminé aucun collaborateur"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3898, "fin_caractere_exclue": 3939, "texte": "de la Société Nouvelle à donner sa démis­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4042, "fin_caractere_exclue": 4047, "texte": "sion."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4351, "fin_caractere_exclue": 4388, "texte": "La Revue Blanche, qui naguère faisait"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4451, "fin_caractere_exclue": 4493, "texte": "grand cas du talent de M. Fernand Severin,"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 149, "texte": "le plaisante lourdement à propos du très"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 206, "fin_caractere_exclue": 243, "texte": "beau poème intitulé La chanson douce."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 335, "texte": "Quel est ce mystère, ô Natanson?"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "La Revue Générale du mois de mars con­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 518, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "tient des pages remarquables de MM.Geor­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "ges Legrand, Van den Bosch et Gilbert,"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 755, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "ainsi qu'une belle étude de M. Ernest Ver­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 854, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "lant sur M. Iwan Gilkin."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1023, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "M. Louis Dumur publie dans le Mer­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "cure d'intéressantes traductions de Minsky."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1262, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "Notre ami et collaborateur Léopold Wall­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "ner a terminé son cours d'histoire du clave­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1460, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "cin par une mémorable séance consacrée à"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1557, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "la famille Bach."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1714, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "M. Ernest Lavisse a été reçu par l'Acadé­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1812, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "mie française."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 1930, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "Son discours de réception, consacré à"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2074, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "l'éloge de l'amiral Jurien de la Gravière,"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2216, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "renferme la perle que voici :"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2345, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "« L'amiral fit, en ce monde, ce qu'il )'"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2486, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "devait faire : il est entré dans l'autre tran­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2629, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "quillement. »"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "L E MACAQUE FLAMBOYANT."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": ":"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3003, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "La récolte de ce mois est magnifique. Ju­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3101, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "gez-en :"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3169, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "« Habitués à ne chercher leurs arguments"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3266, "fin_caractere_exclue": 3311, "texte": "qu'en les livres, les Trophées ont été incor­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3368, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "porés dans leur bibliothèque militante...»"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3479, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "(Art Moderne du 9 avril 1893.)"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3569, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "« D archer, aux grands arcs éployés pren­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3708, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "dre posture et maintien, et si loin, flèche,"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3897, "texte": "lancer une âme par l'ascendant chemin illus­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 3996, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "tre, si loin par de là, qu'ignorance en éter­"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4104, "fin_caractere_exclue": 4144, "texte": "nité soit aux autres, de là OU la chute."}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4204, "fin_caractere_exclue": 4248, "texte": "Or, en ce départ de trop de visions réflexes"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4305, "fin_caractere_exclue": 4347, "texte": "incité, bon mousse sais-tu la direction du"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4406, "fin_caractere_exclue": 4450, "texte": "ors-soi, autrement que par la rose des vents"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 4546, "fin_caractere_exclue": 4590, "texte": "h   effeuillée çomplémentairement à ton âme,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "puisque le spleen déjà, d'OU tu ne fus, est,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 155, "fin_caractere_exclue": 212, "texte": "et que revenu s avant l'aller, tes yeux n'affir­      don"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 251, "fin_caractere_exclue": 308, "texte": "ment qu'un angle peut-être, entre d'autres            les"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 406, "texte": "plus lumineux d'étoile, mais nulle terre tan­         connu,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 444, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "gible, où pour tes colonies, serait le drapeau        compréhension"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 536, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "vraiment notre et patrial, dans les voix en           écrite."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "canon des anges, à hisser. »                          l'aide"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 734, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "Lors folie, quitter ton clavecin et cette         due"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 887, "texte": "ville de toute ta vie symphonique, pour               retrouver,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "l'autre rythme adventice des goëlettes et les         la"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "assonnances magiques à savoir, sous telle"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "figuration féminisée de brouillards chevau­           tique"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "chés d'eaux quand on sera dans l'en-allée."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1312, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "Et cependant à quels atlas, consultés hors"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1433, "texte": "les marges, par les légendaires planisphères"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1486, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "bleuies d'astres et de mers de confusions,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1621, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "lire la terre ou l'étoile d'élection vers"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1712, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "laquelle tendre la chair ou l'âme."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1809, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "Petit travail de cul-de-jatte aux fenêtres"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1895, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "d'un village, — car sont loin les planètes ; —"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2075, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "mais va ravaudeur de l'OU trop porté des"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2207, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "chefs de gare et des capitaines de navire,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "au canevas des longitudes et des latitudes"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2385, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "et par les rapiéçages mauves des Europes"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2476, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "et les cretonnes fleuries des Amériques"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2657, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "économisées, va où, animalement, tes yeux"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2700, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "guident vers cette lune de miel mal apas­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2794, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "sionnée, en la province — pour ta tristesse"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2894, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "— d'une honnête femme. »"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3111, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "{Floréal du 15 février 1893.)"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3199, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "« Je passerai cependant cette distraction"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3292, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "enfantine si chère aux critiques : analyser"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3437, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "le style de l'auteur ! Celui- ci est comme une"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3563, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "coulée saisissant et rendant toute la vie,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3608, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "tout le mouvement, plastique et psychique."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3687, "fin_caractere_exclue": 3729, "texte": "Et voilà. N'est-ce pas le simple et humble"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3783, "fin_caractere_exclue": 3832, "texte": "devoir de la phrase? Et l'artiste ne réalise-t-il"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3883, "fin_caractere_exclue": 3927, "texte": "pas tel qu'il conçoit, toujours? Je ne crois"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3981, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "pas à la partie d'idéal qui reste dans le cer­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4089, "texte": "veau, sans parvenir à se réaliser dans l'ac­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4129, "fin_caractere_exclue": 4171, "texte": "tion verbale, picturale ou sculpturale. Je"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4228, "fin_caractere_exclue": 4272, "texte": "n'y crois que comme étant illusion sur nous-"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4326, "fin_caractere_exclue": 4365, "texte": "mêmes. Et pour moi, un artiste complet,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4425, "fin_caractere_exclue": 4469, "texte": "patient et laborieux, passe tout entier dans"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4520, "fin_caractere_exclue": 4530, "texte": "son œuvre."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4620, "fin_caractere_exclue": 4657, "texte": "Il existe d'abord comme base et comme"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4717, "fin_caractere_exclue": 4759, "texte": "fonds l'étendue de la conception, et puis,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4802, "fin_caractere_exclue": 4844, "texte": "comme exécution, des degrés de patience et"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4895, "fin_caractere_exclue": 4938, "texte": "de labeur. Comme tout cède à la vie dans le"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4992, "fin_caractere_exclue": 5031, "texte": "monde, la grammaire et la syntaxe n'ont"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 5087, "fin_caractere_exclue": 5132, "texte": "qu'à lui céder maintenant. Est-ce qu'il n'est"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 154, "texte": "pas visible que celles-ci n'ont été que le gui­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 213, "fin_caractere_exclue": 250, "texte": "des mots, pour notre pensée à travers"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 309, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "mots, un pur mécanisme qui, une fois"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 407, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "nous aidait à nous retrouver dans la"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "de la phrase verbale ou"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 598, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "Nous n'avons plus besoin que de"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 691, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "de notre intelligence prompte et éten­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 788, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "et de nos connaissances, pour nous"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "et du coup la langue abandonne"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 976, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "symétrie et la formule, pour tomber plus"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1071, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "d'aplomb comme une coulée sur la vie plas­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "et psychique, elle cesse d'être une"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1307, "texte": "langue pour devenir les imprévus et infinis"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1362, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "phénomènes du mouvement. »"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1443, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "(Le Mouvement littéraire du 8 avril 1893.)"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "- Et le rictus de ses lèvres"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "Où perdure un long dégoût."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1774, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "Aux tenaillements des fièvres"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1867, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "Semble accorder un absoud;"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 1957, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "Les fièvres du désespoir"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2045, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "De connaître un monde infâme"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2179, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "Et peut-être aussi d'avoir"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "Déflorescé très belle âme."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2359, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Ce rictus parait vengeur"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2447, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "Bien qu'un peu miséricorde,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2538, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "Dessinant d'un trait majeur"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2629, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "L'irrémédiable discorde. »"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2762, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "(La Revue Rouge de mars 1893.)"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2849, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "« Le Destin disparaît dans l'horizon hideux"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 2949, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "Comme un spectre repoussant et perfide"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3044, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "Qui étend ses bras en longs gestes vers les cieux"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3150, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "Et inonde son chemin d'un gluant liquide. »"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3257, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "(Le Réveil de février-mars 1893.)"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3391, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "Décidément, ils sont très forts; il ne leur"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3538, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "manque que la parole !"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3663, "fin_caractere_exclue": 3684, "texte": "Continuons la série :"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3742, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "« La dominante, au salon des XX, c'est"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3835, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "le souci du neuf ou du reneuf, le raffinement"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 3935, "fin_caractere_exclue": 3978, "texte": "de l'invu et la recherche de l'inédit ou de"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4033, "fin_caractere_exclue": 4042, "texte": "l'exhumé."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4100, "fin_caractere_exclue": 4126, "texte": "Au hasard de mes notules :"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4184, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "Lemmens, chercheur jusqu'à l'inquiétude,"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4279, "fin_caractere_exclue": 4322, "texte": "très épris pour le moment de l'illustration"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4377, "fin_caractere_exclue": 4421, "texte": "présentant un alliage hybride mais attachant"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4476, "fin_caractere_exclue": 4516, "texte": "de japonisme et d'anglicisme, un ornema­"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4571, "fin_caractere_exclue": 4613, "texte": "niste qui composerait de délicieux modèles"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4668, "fin_caractere_exclue": 4713, "texte": "de bijoux en train de ressusciter l'arabesque"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4768, "fin_caractere_exclue": 4798, "texte": "et de rajeunir le frontispice."}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4856, "fin_caractere_exclue": 4891, "texte": "De Gouve de Nuncques, du naïf ou du"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 4946, "fin_caractere_exclue": 4988, "texte": "néo-firmitif, visions d'enfant ou de blasé"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 5043, "fin_caractere_exclue": 5083, "texte": "débonnaire, impressions rendues avec une"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 5138, "fin_caractere_exclue": 5178, "texte": "gaucherie attachante, d'une patte gourde"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "mais fervente. A citer : l'enfant au hibou,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "et un Berger, et un admirable portrait"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "d'Henry de Groun."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 329, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "Ensor, le coloriste à la dynamite, un triste"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 389, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "jusqu'au sardonisme : à la fois pince-sans-"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "rire et fulgurant."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 623, "texte": "Mlle Holleman, sollicitée par l'ange du"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "bizarre : du Carie Vernet macabre."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "Jan Toorop, hanté des symboles et qui"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 976, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "tend par trop, lui, le vigoureux et ressenti"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1021, "fin_caractere_exclue": 1060, "texte": "coloriste, à se déprendre du symbolisme"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1090, "texte": "immanent de tout art sincère."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1154, "fin_caractere_exclue": 1194, "texte": "Rops, le grand confesseur du nu moderne,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "le vivisecteur à l'eau forte."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1309, "fin_caractere_exclue": 1341, "texte": "Tom Pricker : le rébus magnifié."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1400, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "Charles Doudelet : enfiévré de la peur"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1486, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "ambiante, du désespoir et de l'effroi des"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1580, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "choses ; des paysages lus dans Maeterlinck,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1677, "fin_caractere_exclue": 1720, "texte": "hargneux, maléfiques, des entrées de gorges"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1721, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "maudites devant lesquelles des conjurateurs"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1765, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "s'angoissent en occultes sérénades."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1860, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "Hornel, le plus coloriste — dans le sens"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1953, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "flamand — des Anglais pourris d'italianisme"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2028, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "médiéval."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2123, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "Van Rysselberghe, un des seuls pointil­"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2163, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "listes qui fassent oublier, c'est-à-dire qui"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2208, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "justifient le procédé."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2234, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "Léon Frédéric, toujours intéressant, mais"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2322, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "moins heureux que dans ses compositions"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2394, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "précédentes."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2504, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Rodin, représenté par un magistral buste"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "de César Franck."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2643, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "Gaspard : un jeune maître. Son Baiser,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2734, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "d'une chasteté hardie, d'une volupté conte­"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2824, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "nue, forme une opposition bien venue à une"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2919, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "des œuvres populaires de Lambeaux, son"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3016, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "maître."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "Toulouse Lantrec : l'affichage infernal et"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3070, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "macabre, l'apothéose du monde sombre et"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3152, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "cryptogame chancrant Paris la grande «ville"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3244, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "de joie »."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3335, "fin_caractere_exclue": 3374, "texte": "Carpentier : des poteries d'argent pour"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3421, "fin_caractere_exclue": 3449, "texte": "les Gambrinus fin de siècle."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3486, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "Besnard : le Messie du vitrail. »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3591, "fin_caractere_exclue": 3616, "texte": "(La Revue Rouge d'avril.)"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3671, "fin_caractere_exclue": 3713, "texte": "« Ces grandes machines littéraires, telles"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3753, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "que les Rougon, la Comédie humaine, n'ont,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3796, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "en vérité, plus de raison d'être. L'existence"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3842, "fin_caractere_exclue": 3884, "texte": "s'activant, elles retardent fatalement sur"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3932, "fin_caractere_exclue": 3977, "texte": "l'actualité ; leur caractère d'épopée en tant"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "de chants jure avec l'ambiance moderne.»"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 209, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "(La Liberté du 24 avril.)"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "« Des petites princesses rentraient du"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 388, "texte": "théâtre... »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 452, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "(La Société Nouvelle d'avril.)"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 554, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "« Il se recula un peu... »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "(Id.)"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "« Un Saint Georges bardé de vermeil et"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 935, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "dont Saint-Pierre conserve la clef d'ar-"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "« A propos de la forme de l'Art pour"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1201, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "l'Art, des justes réflexions de M. Vielé-"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "Griffin... »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1391, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "(Id.)"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "« Leurs âmes mignonnes d'enfant"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1543, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "Mélancolient des chants d'adieu... »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1656, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "(Le Réveil d'avril.)"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "L'Art Moderne demande « qu'on enseigne,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1907, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "dans les écoles, à jouer de l'harmonica et de"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2003, "fin_caractere_exclue": 2027, "texte": "la flûte en fer blanc »."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2081, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "Que messieurs les esthètes commencent!"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "L'Art Moderne s'extasie devant ce vers"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2372, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "de M. Vielé-Griffin :"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2464, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "« Le vent passe dans les peupliers »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2595, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "et s'écrie : « Quelle raison vaut celle-là!»"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2693, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "Réponse : La raison d'un plus fort, qui,"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2784, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "rompant avec la banale habitude parnas­"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2874, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "sienne de faire passer le vent dans les peu­"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 2969, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "pliers, fera passer les peupliers dans levent!"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3122, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "Fleurs de littérature belge :"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3204, "fin_caractere_exclue": 3243, "texte": "« ... Et d'un vol rapide, qui produisit"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3294, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "entre les maisons une musique presque"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3382, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "imperceptible mais rappelant celle des"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3471, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "harpes... »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3535, "fin_caractere_exclue": 3574, "texte": "Cela rappelle aussi la phrase célèbre :"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3627, "fin_caractere_exclue": 3667, "texte": "« Il se nommait Anatole, et cependant il"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3718, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "avait dix mille livres de rente. »"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3895, "fin_caractere_exclue": 3931, "texte": "M. Henry Van de Velde, dans Floréal."}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 3982, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "fait savoir aux peintres et aux sculpteurs que"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "« le tableau et la statue sont des formes"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 167, "texte": "épuisées et scrofuleuses »."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 230, "fin_caractere_exclue": 237, "texte": "Voilà !"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 243, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "Quelques sobriquets congolais, en usage"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 352, "texte": "sur les bords du Kassaï :"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "Lolo Motoko : sans derrière."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 513, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "Mafuta Mingi : l'homme aux tripes pen­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 598, "fin_caractere_exclue": 605, "texte": "dantes."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 684, "fin_caractere_exclue": 719, "texte": "N'TUN'GUVU : sourire d'hippopotame."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "Niama : viande."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 867, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "Mupongo : celui qui ne connaît rien... !"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "(Traduction de VATÉTÉ.)"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1193, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "Dernières nouvelles :"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1284, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "(De notre correspondant gantois.)"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "La princesse est de nouveau montée sur"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1445, "fin_caractere_exclue": 1482, "texte": "la tour. Elle a regardé Veau avec son"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1563, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "fuseau. Le prince a passé, et la princesse"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1638, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "est tombée dans l'eau."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1731, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "Phœbus Van Artevelde."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "PRIÈRE"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2001, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "Seigneur, vieux et vénérable parnassien"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "d'en haut, ne permettez plus à la princesse"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2265, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "de monter sur la tour, et vice-versa !"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "Empêchez le chevalier de passer, même s'il"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2432, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "est gentil ! Rappelez aux jeunes poètes qu'on"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2523, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "regarde avec les yeux, non avec un fuseau,"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2611, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "fût-il d'approche, et délivrez-nous du fol­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2695, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "klore, de la folklorose et des troubadours"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2782, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "folklorotiques ! Amen !"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3054, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "Les poètes de la nouvelle école, romans,"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3106, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "verslibristes, polymorpheux, instrumentis­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3198, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "tes et mélopéistes ont décidé de publier un"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "parnasse intitulé Florilège."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3616, "fin_caractere_exclue": 3652, "texte": "Sous presse, chez Edmond Deman : Les"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3700, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "Campagnes hallucinées, par EMILE VER­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3751, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "MEREN."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 4065, "fin_caractere_exclue": 4101, "texte": "M. Albert Giraud publiera prochaine­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 4155, "fin_caractere_exclue": 4193, "texte": "ment une réédition du Scribe, avec une"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "préface conciliante, et un curieux portrait de"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "feu Jean Heurtaut par M. Georges Lemmen."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "On écrit d'allemagne à la Gazette :"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "C'en est fait du filandreux alexandrin ! il"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 468, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "a vécu. On fait maintenant en Bavière — le"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "pays leader en matière d'art allemand —"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 645, "fin_caractere_exclue": 681, "texte": "des poèmes non pas en quatre vers, —"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 729, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "c'était bon pour le vieux Heine, ça — mais"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 819, "fin_caractere_exclue": 864, "texte": "en quatre syllabes ! Oui en quatre syllabes I"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 912, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "Quand on en compte six, le Gedicht est"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 998, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "trouvé long."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1061, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "Et tout doit y être : la rime, la pensée, le"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1153, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "tableau et la poignante impression."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1239, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "Voici, par exemple, le Gedicht: le poème"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1327, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "ou plutôt — le mot poème a vieilli — le"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1410, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "télégraphème de « la Repoussée »:"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1548, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "Pardonnerais ?"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1632, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "Moi?"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1706, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "Toi?"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "Jamais!"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1835, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "Il y a plus de quatre syllabes, — j'en compte"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "sept, — mais soyez assez bon de m'excuser"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2088, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "ou mieux d'excuser la langue française;"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2220, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "elle ne saurait rendre le télégraphème nou­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2351, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "veau-parnassien plus laconiquement."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2481, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "Vous voyez la scène : une femme infidèle"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2566, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "se jette, éplorée, les cheveux dénoués, aux"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2655, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "genoux du mari ou de l'amant qu'elle a"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2738, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "trompé et sollicite le pardon de sa faute."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2828, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "Lui, le cruel, l'impitoyable, repousse la"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 2917, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "Madeleine sanglotante et d'un mot termine"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3006, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "le drame : Jamais I Le tout ne dure qu'une"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3095, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "seconde."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3154, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "C'est ce qu'on appelle à Munich faire non"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3242, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "pas un tableau en un coup de brosse, comme"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3332, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "Rubens, mais représenter une scène en un"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3420, "fin_caractere_exclue": 3466, "texte": "coup de plume. C'est de la littérature instan­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3514, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": "tanée."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3571, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "Voulez-vous connaître aussi le télégra­"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3653, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "phème de « l'Amant grossier » qui est arrivé"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3738, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "à son but?"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3816, "fin_caractere_exclue": 3826, "texte": "Heureux!!!"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3891, "fin_caractere_exclue": 3905, "texte": "aussi amoureux"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 3972, "fin_caractere_exclue": 3984, "texte": "que crapauds"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 4052, "fin_caractere_exclue": 4062, "texte": "sont gros."}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 4112, "fin_caractere_exclue": 4153, "texte": "En allemand, c'est bien plus joli et plus"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 4201, "fin_caractere_exclue": 4207, "texte": "court."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "Le poète du Neue Parnass — du Nouveau"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 135, "fin_caractere_exclue": 175, "texte": "Parnasse — s'appelle conpoète ; en alle­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 217, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "mand : Compoet Parmi ces illustrations"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "« aurorantes », citons M. Max Dauthendey,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 431, "texte": "un coloriste littéraire d'extrême puissance."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 443, "fin_caractere_exclue": 479, "texte": "Comme certains soi-disant wagnériens"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 531, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "prétendent pouvoir tout représenter par le"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "son musical : un oiseau qui vole, la neige"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 708, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "qui tombe, le froid qu'il fait en Russie, une"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 795, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "nymphe qui se baigne, etc., etc., de même"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 886, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "M. Dauthendey « peint en mots ». La"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 964, "fin_caractere_exclue": 1006, "texte": "langue est sa palette et la plume son pin­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1016, "fin_caractere_exclue": 1042, "texte": "ceau : votre âme sa toile."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "Il ne dit pas un pouls pressé, fiévreux,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1198, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "mais « le battement de pouls rouge »,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1277, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "« rothen Pulsschlag ». Quand il sent mau­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1361, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "vais quelque part, l'étendue est « pourrie »"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1449, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "comme une pomme trop mûre."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1515, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "Le Nouveau-Parnassien entre dans un"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "temple :"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1697, "fin_caractere_exclue": 1735, "texte": "« Haut espace vide — autel — prêtre en"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1777, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "chemise à petits plis — cierges aux yeux"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1859, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "lumineux et gelés en épines d'or— silence"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1944, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "bleu d'acier : « Stahlblaue Stille ! »"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "Vous ne direz pas que ce silence bleu"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "d'acier n'est pas une trouvaille ? Et ces"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2206, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "lumières gelées ne sont-elles pas une trou­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2293, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "vaille non plus ? Que Gœthe ose encore se"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2384, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "montrer!"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2482, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "« Un courant écarlate saigne sur la croix"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2570, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "pâle. » Le jour tombe lentement et le"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2627, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "silence qui était bleu d'acier devient — oh"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2719, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "devient ! — « brun de marais» : Moorbraun."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2808, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "Si ce n'est pas là de la couleur littéraire, je"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2903, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "ne sais où il faut en chercher."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3000, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "Laissez-moi vous présenter aussi le Nou­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3112, "texte": "veau-Parnassien M. Arno Holz. Il est à sa"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3166, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "fenêtre et appuie son front de conpoète à la"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3255, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "vitre d'une maison située dans l'isolement"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3343, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "au bord de la mer. C'est l'automne. Herr"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3431, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "Arno Holz regarde dehors, voit la nature"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3516, "fin_caractere_exclue": 3565, "texte": "triste et devient triste aussi. Voici le télégra­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3607, "fin_caractere_exclue": 3649, "texte": "phème que lui a inspiré cette mélancolique"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3692, "fin_caractere_exclue": 3703, "texte": "situation :"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3771, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "Eine Düne."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3802, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "Auf ihr"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3828, "fin_caractere_exclue": 3838, "texte": "Einsam...."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3843, "fin_caractere_exclue": 3883, "texte": "Pardon ! j'avais oublié, sous l'effet de"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3935, "fin_caractere_exclue": 3978, "texte": "cette magique poésie, que c'est en français"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 4029, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "que je dois vous écrire. Recommençons"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 134, "texte": "« Une dune — sur elle — isolée — une"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 176, "fin_caractere_exclue": 216, "texte": "maison — dehors pluie — moi à la fenêtre"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 256, "fin_caractere_exclue": 303, "texte": "— derrière moi : tic tac! — front contre vitre."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 386, "texte": "— Rien ! — Ciel gris — grise mer — grise"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 439, "texte": "âme ! »"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 493, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "Pas de succès en Bavière : trop long!"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 584, "fin_caractere_exclue": 622, "texte": "Un télégraphème ne saurait durer aussi"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 666, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "longtemps. Plus de temps pour déguster le"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 754, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "vin, il faut avaler le verre d'un trait."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 848, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "Le Nouveau-Parnassien Herr Carl Busse"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 922, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "a trouvé ceci : les giroflées qui dorment"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1007, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "debout !"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1069, "fin_caractere_exclue": 1111, "texte": "Puis vient le « voyant de cadavres », Herr"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1157, "fin_caractere_exclue": 1197, "texte": "Ludwig Schorf. Voici le Gedicht du «Bou­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "quet» envoyé probablement par un Céladon"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "affadi à une femme de marbre : « Bouquet!"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1406, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "— rouges, blanches azalées — vert froid de"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1500, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "cadavre. »"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "Dans sa « déclaration d'amour », un"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1652, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "poème également cadavéreux, nous lisons:"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1736, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "« J'avance en des rangées sans fin — les"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1818, "fin_caractere_exclue": 1858, "texte": "lanternes me regardent fixement. — Pour­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1901, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "quoi n'en pas faire des potences ? — leurs"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2022, "texte": "pieux sont solides assez. »"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "Herr Schorf, dans ses marches inspirées,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2160, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "arrive à une rivière. Il y voit flotter des"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2250, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "bateaux - mais pourquoi pas de cadavres !"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2346, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "Et plus loin, en pleine campagne, le"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2434, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "poète voit des corbeaux cherchant des vers."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2524, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "« O h ! combien l'oiseau noir préférerait la"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2608, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "proie humaine ! »"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2717, "texte": "!        Ce n'est pas pour rien que la Bavière"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2762, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "dirige maintenant les arts. « Tête de mouton"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2856, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "qui ne sait pas rire des bêtises des autres»,"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "s'écrie le Nouveau-Parnassien, M. le baron"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3041, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "von Wollzogen, qui a raison."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3164, "texte": "Si parmi vos honorables lecteurs il y en"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3211, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "avait un, par hasard, qui voulût connaître"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3298, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "la nouvelle école bavaroise de plus près, —"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3384, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "elle qui va remplacer peut-être l'école Scan­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3472, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "dinave, — qu'il s'adresse pour plus amples"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3566, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "renseignements à Herr Otto Julius Bier­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "baum ; c'est l'éditeur des Nouveaux-Par­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3743, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "nassiens."}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3894, "fin_caractere_exclue": 3933, "texte": "Le Figaro a publié une douzaine de son­"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 3986, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "nets de Taine, qui ne sont pas des poèmes"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 4067, "fin_caractere_exclue": 4092, "texte": ":            de prosateur"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 64, "texte": "Exemple :"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 154, "fin_caractere_exclue": 213, "texte": "Des cils roides et longs, antennes hérissées,        cation"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 253, "fin_caractere_exclue": 309, "texte": "font sentinelle autour de son nez frémissant ;       des"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 351, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "Et le plus léger bruit qui le frôle en passant       ment"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 430, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "Elargit sur son front ses oreilles dressées."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 620, "texte": "Quand la nuit a brouillé les formes effacées,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 622, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "Il voit; le monde noir à son regard perçant          sion"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 718, "fin_caractere_exclue": 779, "texte": "Ouvre ses profondeurs ; il distingue, il pressent;   dévoués."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 824, "texte": "Ses sens plus acérés aiguisent ses pensées."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 927, "texte": "Des craquements de feu courent sur son poil roux"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "Tout le long de sa moelle un tressaillement doux"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 979, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "Conduit l'émotion en son âme inquiète."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "Les poils de son museau vibrent à l'unisson,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1065, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "Et sa queue éloquente a le divin frisson,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1108, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "Comme une lyre d'or aux mains d'un grand poète."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1158, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "A la suite de cette publication, M me Taine"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1251, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "a adressé au Journal des débats la lettre              publie"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1335, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "suivante :"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1461, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "Paris, le 15 mars."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1536, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "Cher Monsieur Patinot,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1727, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "J'apprends, à mon retour de Savoie, qu'un"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1872, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "journal du matin a publié, dans son supplé­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1963, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "ment littéraire, des sonnets inédits de"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2074, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "M. Taine."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2165, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "Ces sonnets n'ont jamais été destinés à la"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2257, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "publicité : ils n'étaient que le délassement"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2364, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "de quelques soirs d'été ; il n'en existe que"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "trois exemplaires en dehors de ma famille."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2592, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "Comme cette indiscrétion pourrait se re­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2670, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "nouveler, particulièrement pour des corres­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2769, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "pondances, je crois devoir porter à la con­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2861, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "naissance du public l'extrait suivant du tes­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2908, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "tament de M. Taine :"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2934, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "« Je charge expressément ma femme et mes"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "héritiers de s'opposer, par toutes les voies"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3022, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "légales, à la publication de mes lettres in­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3117, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "times et privées, de quelque nature qu'elles"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3217, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "soient. Je charge aussi ma femme et mes"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3311, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "enfants de transmettre cette interdiction à"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3414, "fin_caractere_exclue": 3455, "texte": "leurs héritiers et descendants, pour être"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3511, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "observée indéfiniment. Les seules lettres ou"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3610, "fin_caractere_exclue": 3652, "texte": "correspondances qui pourront être publiées"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3691, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "sont celles qui traitent de matières pure­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3790, "fin_caractere_exclue": 3833, "texte": "ment générales et spéculatives, par exemple"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3887, "fin_caractere_exclue": 3928, "texte": "de philosophie, d'histoire, d'esthétique,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3968, "fin_caractere_exclue": 4011, "texte": "d'art, de psychologie; encore devra-t-on en"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4066, "fin_caractere_exclue": 4110, "texte": "retrancher tous les passages qui, de près ou"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4149, "fin_caractere_exclue": 4193, "texte": "de loin, touchent à la vie privée, et aucune"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4250, "fin_caractere_exclue": 4292, "texte": "d'elles ne pourra être publiée que sur une"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4347, "fin_caractere_exclue": 4388, "texte": "autorisation donnée par mes héritiers, et"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4444, "fin_caractere_exclue": 4487, "texte": "après les susdits retranchements opérés par"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4542, "fin_caractere_exclue": 4548, "texte": "eux. »"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 152, "texte": "Conformément à cette clause, toute publi­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 214, "fin_caractere_exclue": 251, "texte": "de lettres faite sans le consentement"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 310, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "héritiers de M. Taine serait immédiate­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 428, "texte": "suivie d'un procès."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "Recevez, cher Monsieur Patinot, l'expres­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 680, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "de mes sentiments très distingués et"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "DENUELLE H. TAINE"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "Un des adorateurs du grand Saint-Cère"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1313, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "cet Acte de Charité :"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1393, "fin_caractere_exclue": 1436, "texte": "J'aime les pauvres, les pauvres qui peinent"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1495, "fin_caractere_exclue": 1529, "texte": "Je les aime pour leur souffrance ;"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1588, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "Je les aime parce que d'autres les méprisent ;"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1693, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "Je les aime pour leur misère."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1827, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "J'aime les humbles, les humbles qui luttent."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 1930, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "Je les aime pour leur vaillance;"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2021, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "Je les aime parce que point d'orgueil ne les ronge ,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2132, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "Parce que vivre leur suffit."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "J'aime, j'aime tous ceux qui peinent,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2315, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "Tous ceux qui luttent et tous ceux qui pleurent,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2422, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "Je les aime pour leur tristesse,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2513, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Je les aime pour leur douleur !"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2644, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "Quelle pleurnichottière !"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2726, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "Le bruit court qu'entraîné par l'exemple,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 2823, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "Manneken-Pis fait pipi par les yeux."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3078, "fin_caractere_exclue": 3115, "texte": "Le Saint-Graal à été le théâtre d'une"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3171, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "terrible catastrophe. Son rédacteur en chef,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3271, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "M. Emmanuel Signoret, rédige désormais"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3365, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "sa revue tout seul. « Le Saint-Graal, écrit-il,"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3468, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "éblouissante comète verseuse d'épouvantes"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3565, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "et de bénédictions, fait son apparition au"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3663, "fin_caractere_exclue": 3688, "texte": "zénith irrégulièrement. »"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3747, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "Ci quelques extraits d'une épitre saint-"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3843, "fin_caractere_exclue": 3884, "texte": "graaleuse adressée par M. Emmanuel Signo­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 3940, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "ret à M. Alfred Valette :"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4024, "fin_caractere_exclue": 4063, "texte": "«      Malgré vous, vous nous avez mar­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4119, "fin_caractere_exclue": 4146, "texte": "qués d'un signe d'élection."}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4205, "fin_caractere_exclue": 4247, "texte": "Vous avez parlé de toutes les publications"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4303, "fin_caractere_exclue": 4344, "texte": "plausibles ou non. Et vous avez eu la pu­"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4400, "fin_caractere_exclue": 4440, "texte": "deur mauvaise de ne point élever sur les"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4496, "fin_caractere_exclue": 4538, "texte": "foules notre Ciboire unique, où bouillonne"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 4594, "fin_caractere_exclue": 4635, "texte": "le Sang-Réel. Votre silence nous a placés"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "à part — dans un resplendissement soli­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 149, "texte": "taire."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 222, "fin_caractere_exclue": 263, "texte": "Eh ! quoi ! Vous avez longuement disserté"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 312, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "sur telles Revues dont le nom n'est pas"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 400, "fin_caractere_exclue": 441, "texte": "digne de monter jusqu'à ma plume, et vous"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "avez à peine nommé le Missel où sont"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 567, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "scellés, pour des siècles, les proses et les"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "vers de Bloy, de Verlaine, de Retté, de"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 745, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "Robert, de le Cardonnel et de moi-même"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 846, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "Vous n'avez osé l'entr'ouvrir, ce Missel"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 936, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "qui clôt, sous ses fermoirs d'or rare, tout le"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "présent et presque tout l'avenir."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1128, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "Quoi ! Lorsqu'éclata Romans       baptisés,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1217, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "cette puissante orchestration d\"idées dont la"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1312, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "Revue Blanche acclama le prélude et qui,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "de l'aveu même de mes ennemis, fait époque"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1468, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "dans l'histoire de la Littérature française,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1558, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "vous avez pu écrire cette phrase : « Dans"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1633, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "les Revues de la quinzaine, rien de remar­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1725, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "quable !"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1897, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "Vous n'êtes que trouble buée et que"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1933, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "vapeur qui passe. Vous avez voulu vous"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1972, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "interposer entre le peuple et nous pour lui"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 2016, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "dérober notre splendeur."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 2043, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "Mais sachez que notre étincelle vive vous"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 2085, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "résoudra en néant et que le retentissement"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "de votre annihilement assourdira les siècles"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 218, "texte": "et leur clamera notre nom."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 271, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "Car nous venons des Cités d'azur et nous"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 361, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "avons quelque chose à dire. Nous avons"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 449, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "une planète à conquérir."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 526, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "Je vous conseille, Monsieur, de ne point"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "parler dans l'Echo de Paris du colossal"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 705, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "numéro où vous lirez cette provinciale."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 842, "texte": "!            Car il a l'infinie richesse et la terrifiante"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 892, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "splendeur de la voûte sidérale. Or, ce ciel"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 985, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "lourd de toutes les constellations présentes,"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "passées et à venir, s'il venait à couler par"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1174, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "votre pusillanime plume, la fracasserait à"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1266, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "l'instant et vous en jetterait les débris par"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1361, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "la face. »"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1424, "fin_caractere_exclue": 1467, "texte": "Il existe du Saint-Graal        une édition"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1517, "fin_caractere_exclue": 1557, "texte": "somptueuse, à 25 centimes, et un édition"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1607, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "populaire, à 10 centimes."}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1685, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "Quant à la valeur personnelle de M. Em­"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1774, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "manuel Signoret, elle n'a pas encore pu être"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1868, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "déterminée, même par lui!"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-04-n4-5-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR DE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 5884, "texte": "LACOMBLEZ\n     ÉDITEUR                  DE   « «LA J E U N E             BELGIQUE »\n                              31, rue des Paroissiens, 31\n                                      BRUXELLES\n\n                       Catalogue des livres de fonds :\nBAUDOUX Fernand)          .     Rythmes vieux, gris et roses, un volume in-16. . fr. 3 50\nBLOY (Léon)                      Le Pal. la collection complète (4 nos) très rare . . . 4 »\n                                    Les trois premiers numéros, ensemble                   1 »\nBRABANT (Victor) . . .          Notes de voyage, un volume in-18 Jésus                    1 >>\nCHAINAYE (Hector) . .           L'Ame des choses                                          3 »\nCUDELL (Ch.)                     Printemps sombre, nouvelle, un volume in-18 Jésus . 2 \"\nDA COSTA. . . .               . Grammaire en portefeuille, broch format de poche . 0 50\nDELATTRE (Louis) .              Contes de mon village, avec une introduction de\n                                    Georges Eekhoud, un volume in-18                      3 »\nDE HAULLEviLLE (Baron P.) En vacances, un volume in-18 Jésus                               3 50\nDELVILLE (Jean) . . . .          Les Horizons hantés, poésies, un vol in-16 Jésus. . 3 »\nDE MESNIL DE VOLKRANGE Un voyage de noces, suivi d'une étude sur « L'art de\n       (Baron).                     la ciselure et le Narcisse de Gemito », un volume\n                                    in-18 Jésus                                            1 »\nDEMOLDER (Eugène) . . Contes d'Yperdamme, un volume in-18 Jésus                           3 »\n      —                         Impressions d'Art, un volume in-8°                        3 »\n      —                         James Ensor, plaquette de luxe grand in-8° avec le\n                                    dessin d'Ensor : Mort mystique d'un théologien . 3 »\n                                  Il a été tiré 6 exempl. sur Japon impérial à 12francs).\nDESOMBIAUX (Maurice) .          Vers de l'Espoir, un volume in-18 Jésus                   2 »\nDESTRÉE (Jules)           Journal          des Destrée, une plaquette in-18 Jésus . . 1 »\nDULAC (Paul)                    Vingt-cinq Sonnets, un volume in-16 Jésus. . . .          1 50\n                                (Il a été tiré 1 exemplaire sur Japon des manufactures\n                                    Impériales et g exempl. sur Hollande Van Gelder).\nDUPONT (Arthur)          . .    L'Envol des Rêves, poésies, un vol. in-16 raisin           2 »\nEEKHOUD (Georges). . .          Nouvelles Kermesses, avec frontispice de Léon Dar­\n                                    denne, 1 volume in-8° (quelques exemplaires) . . 7 50\n      —                         La Nouvelle Carthage, un volume in-18                     3 50\n      —                          Les Fusillés de Malines, un volume in 18 . . . . 3 50\n      —                         Kees Doorik — Kermesses — Les Milices de saint\n                                    François (épuisés).\nELSKAMP (Max) . . . .           Dominical, poésies, un volume in-16 raisin . . . .        2 »\nFRÈRES (Adolphe) . .            Ames fidèles au mystère, un volume in-16 . . . .          2 50\nGARNIR Georges . . .            Les Charneux, mœurs wallonnes, un vol. in-18 Jésus 3 50\nGIRAUD ( A l b e r t ) . . . .   Hors du Siècle, poésies, un volume in-8\" . . . . 3 50\n      —                         Pierrot lunaire, poésies, un volume petit in-12. . . 2 »\n      —                         Pierrot Narcisse, un volume in-16 raisin                  2 »\n                                (Il a été tiré 3 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                    8 exempl. sur Hollande Van Gelder).\n      —                         Dernièi es fêtes, poésies, un volume in-16, raisin . . 2 »\n                                (Il a été tiré 15 exempl. sur Japon des manufactures\n                                    Impériales et 10 exempl. sur Hollande Van Gelder).\nITIBERÊ DA CUNHA (J.). .        Préludes, poésies ; un vol. in-16 raisin                  3 »\nJENART(Aug.) . . . .            Le Barbare, poème-drame en prose, un volume in-18. 2 »\nJEUNE BELGIQUE (Le Parnasse de la), pièces diverses de dix-huit poètes belges, un\n                                    fort volume in-8°                                     7 50\nKAHN (Gustave) . . . .          Chansons d'amant, poèmes, un volume in-16 raisin . 3 50\n      —                         Les Palais nomades, poèmes, un volume in-18. . . 3 50\nLACOMBLEZ (Paul) . . . Jeunes filles, une plaquette in-16                                 2 »\n      —                         Loth et ses filles, un volume in-16 raisin                2 »\n                                (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                    15 exemplaires sur Hollande Van Gelder.\nLAUTRÉAMONT (Comte de) Les Chants de Maldoror, un volume in-18 . . . .                    3 50\nMAETERLINCK (Maurice) .         Les Aveugles (L'Intruse. Les Aveugles), un vol.in-18. 3 »\n      —                         La Princesse Maleine, un volume in-18                     3 50\n      —                         Serres chaudes, un volume in-18                           3 »\n                                (Il a été tiré de chaque ouvrage 3 exemplaires sur\n                                    Japon à 15 francs et 7 sur Hollande à 6 francs).\n      —                         L'Ornement des noces spirituelles, par Ruysbroeck\n                                    l'Admirable, précédé d'une Introduction, un vol.\n                                    in-18                                                 4 »\n                                (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon des manufac­\n                                    tures Impériales et 25 exemplaires sur Hollande\n                                    Van Gelder).\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5142, "texte": "MAETERLINCK (Maurice) .       Les Sept Princesses, un volume in-18 . . . . fr.           2 »\n                              (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                 25 exemplaires sur Hollande Van Gelder)\n      —                       Pelléas et Mélisande, un vol. in-18                        3 50\nMALLARMÉ (Stéphane) . .       Villiers de l'Isle-Adam, un volume petit raisin in-16,\n                                 avec un portrait de Villiers, gravé par Desboutin.\n                              (Il a été tiré 10 exempl. sur japon à 15 fr., et 25 sur\n                                 hollande à fr. 7.50 avec le portrait en double état).\nMAUBEL (Henry) . . .           Max Waller, une plaquette in-8° (épuisé).\n      —                       Miette, un volume in-16                                    2 50\n      —                       Etude de jeune fille, un volume in-18                      2 »\n      —                       Une mesure pour rien, comédie, in-8°                       2 »\nPLÉIADE (La), journal littéraire mensuel.\n                              Première année (1889), les douze numéros . . . .           3 »\n                              Chaque numéro séparément                     0               30\n                              Seconde année, les douze numéros (très rare) . .           5 »\nPOE (Edgar)                    Poésies complètes, traduction de G. Mourey, 1 vol.\n                                  in-18                                                  2 »\nSEVERIN (Fernand) . . .       Le Lys, poésies, avec une eau-forte de Henry De\n                                  Groux, un volume in-16                                 2 »\n                              (Il a été tiré 5 exempl. sur Japon et 25 sur Hollande).\n      —                       Le Don d'Enfance, poèmes : un volume in-16 raisin .        2 »\n                              (IL a été tiré 8 exempl. sur Japon et 32 sur Hollande).\nSLUYTS (Chai les) . . .        L'appel des voix, poésies, un volume grand in-16. .       2 »\n                              (Il a élé tiré 1 exempl. sur Japon et 25 sur Hollande).\nTORDEUS (Jeanne), professeur au Conservatoire de Bruxelles.— Manuel de pro­\n                                 nonciation, un volume in-18 Jésus . . . . .             2 50\nVAN LERBERGHE (Charles).       Les Flaireurs, drame, une plaquette grand in-16 . .       1 »\n                              (Il a été tiré 25 exemplaires sur Hollande à 2 francs).\nVERHAEREN (Emile). . .          Les Apparus dans mes chemins, poésies, 1 volume\n                                  in-16 raisin                                           2 »\n                              (Il a été tiré quelques exemplaires sur Japon et sur\n                                  Hollande Van Gelder).\n      —                       Les Moines, poésies, un volume in-18                       3 »\nWALLER (Max) . . . .           La Flûte à Siebel, un vol. in-8°, papier vergé . . .      3 50\n                              (I1 a été tiré 75 exempl. sur impérial VanGelder à 10fr.\n      —                        Daisy, roman, un volume in-18 Jésus                       3 »\n                                Volumes en commission :\nGILKIN (Iwan) . . . .            La Damnation de l'Artiste, poésies                     15 »\n     —                           Ténèbres, poésies                                      15 »\nLE Rov (Grégoire). . .           Mon cœur pleure d'autrefois, un volume in-8\", avec\n                                   un frontispice de Fernand Khnopff                    10 »\nNYST (Raymond)      .   .   .    Volume ayant pour titre une épigraphe, avec un fron­\n                                   tispice colorié et un dessin de Nestor Outer . . . 5 »\n       —                         La Création du Diable, un volume in-18, sur papier\n                                   de Hollande, avec une eau-forte de Willy Schlobach. 3 50\nSAROLÉA (Ch.) . . .              Henrik Ibsen, avec portrait, un volume in-16 . . .       2 »\nVERHAEREN (Emile). .        .    Les Soirs (épuisé).\n      —                          Les Débâcles, poésies, un vol. in-8° sur Hollande . . 1 2 »\n      —                          Les Flambeaux noirs, poèmes. in-8° sur Hollande. . 12 »\n\n  L a J e u n e Belgique (130 année), Revue mensuelle de littérature et d'art.\n  Abonnements : Belgique, 7 francs par an; Union postale, 8.50. — Le numéro 75 cen­\ntimes. Chacune des années précédentes : 10 francs.\n  L a Société Nouvelle (9e année), Revue internationale (Sociologie, Arts, Sciences et\nLettres).\n  Abonnements : Belgique et France, 12 francs par an; Union postale, 15 fr. — Le\nnuméro : fr. 1.25.\n\n                                A LA MÊME LIBRAIRIE :\n Les œuvres de Baudelaire, Barrés, Bloy, Bourget, Corbière, Dostoïewsky, Heine,\nHuysmans, Ibsen. Laforgue, C. Lemonnier, Mallarmé, Péladan, Poe, de Régnier,\nRodenbach, Tolstoï, Verlaine, Vielé-Griffin, Villiers de l'Isle-Adam, etc., etc.\n\n\n A partir de 3o francs, les achats peuvent se régler en 10 paie­\nments mensuels.\n                    Bruxelles. — Imprimerie V Monnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 186, "texte": "Avril-Mai1893.                     TOME XII. — N°s 4-5                         i3 m e Année.\n\n\n\n\nLA\n   JEUNE\n                 BELGIQUE\n                                      SOMMAIRE:\n                                                         IWAN GILKIN.\n       .  „                                              ALBERT GIRAUD.\n       Le Parnasse contemporain                      ,   FERNAND SEVERIN.\n                                                         VALÈRE    GILLE.\n       Visions d'Egypte . . . .\"                         ALBER JHOUNEY.\n       Taine                                             ERNEST VERLANT.\n       Ordo                                              IWAN GILKIN.\n       Hélène                                            ARNOLD GOFFIN.\n       Printemps                                         MAURICE DUC.\n       Suprême vision                                  . J. VANDER BRUGGHEN\n       Atalante à Calydon (trad. de P . Tiberghien),\n         (suite)                                         A . - C . SWINBURNE.\n       Pensées sensibilisées                             HENRY MAUBEL.\n       Chronique musicale                                ERNEST CLOSSON.\n       Chronique littéraire :\n         I. Les Trophées; Solness le     Constructeur.—\n            II. Contes à Marjolaine.   — I I I . Gens de\n           province. — IV. Dit un page                   ALBERT GIRAUD.\n       Le Complot parnassien                             ARGUS.\n       La plus belle Princesse sur la plus grosse tour. VICOMTE POURDEUX.\n       Memento                                           NEMO.\n\n        RÉDACTION                                               BRUXELLES\n110, BUE DE LA L I M I T E ,   BRUXELLES.                  PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                               3I, rue des Paroissiens\n                                                                    PARIS\n    NUMÉRO DOUBLE                                        CHAMUEL,      LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                               29, rue de Trévise\n        fr. 1-50.\n                                                                      1893\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "     BELGIQUE\n\n\n\n\n                                                                          BELGIQUE\n                                    N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                  JEUNE\n                  JEUNE\n                            LA\n\n\n\n\n                                                             LA\n                                    N E CRAINS\n        Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                             PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX W A L L E R             (MAURICE W A R L O M O N T )\n                          Directeur : IWAN GILKIN.\n                 Rédaction : 11o, rue de la Limite, Bruxelles.\n                7 francs p a r a n — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n  GIL BLAS, journal quotidien français, boulevard                         des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Paris : Chez Bailly, n , rue de la Chaussée-dAntin.\n\n\n                          V I E N N E N T D E PARAITRE :\n\n QUELQU'UN D'AUJOURD'HUI\n                                 par H E N R Y    MAUBEL\n\n\n\n       Histoire des Lettres belges d'expression française\n                                 par F R A N C I S N A U T E T\n\n\n\nSTANCES DORÉES\n                Commentaire sacerdotal du Tarot\n                                   par IWAN GILKIN\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "    Le Nouveau Parnasse Contemporain\n\n\n\n                                   La réaction contre l'amorphisme décadent,\n                                réclamée et prédite par la direction de notre\n                                revue dans notre numéro de janvier, se dessine\n                                en France.\n                                   Le 1er octobre prochain, l'éditeur Alphonse\n                                  Lemerre commencera la publication de la\n                                      quatrième série du Parnasse Contempo­\n                                       rain.\n                     Voici la circulaire de l'éditeur :\n                     « Nous nous proposons de livrer prochainement à l'im­\n                  pression un volume nouveau du Parnasse Contemporain,\n                  recueil de vers inédits des principaux poètes de ce temps.\n                     Depuis le Parnasse de 1866, qui eut, on le sait, la bonne\n                  fortune de donner son nom à un groupe éminent de poètes\n                et de révéler toute une renaissance de l'art des vers, deux\n                autres recueils de la même série ont été publiés, l'un en 1869,\n                l'autre en 1876. Dix-sept années nous séparent donc du der­\n                nier ; plus d'un maître est mort, de ceux qui l'avaient illustré\n                de leur collaboration, mais, en revanche, d'autres talents ont\n                grandi, d'autres sont nés, des tendances nouvelles se sont\nproduites et le moment est venu, nous semble-t-il, de mettre sous les yeux\ndu public l'état dernier de notre poésie lyrique en 1893.\n  L'éditeur fait donc appel aux poètes, connus ou inconnus, à quelque\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "                                   — 166 —\n\n école qu'ils appartiennent. Il ne sera tenu compte que du mérite des\n ouvrages présentés au Comité de Lecture et ce Comité se composera de\n maîtres universellement admirés, dont nul ne saurait mettre en doute la\n largeur d'esprit ni la compétence.\n    Les poèmes devront être rigoureusement inédits. On peut adresser dès\n à présent les manuscrits à la librairie Alphonse Lemerre, 23-31, passage\n Choiseul, Paris, jusqu'au 30 juin. »\n    Ce recueil de vers nouveaux, de vrais vers, soulève déjà les colères des\n novateurs dont l'ancêtre commun, M. Jourdain, définissait les tendances\nen s'écriant : « Je ne veux ni vers ni prose! » Les poètes du Parnasse de\n 1893 seront aussi violemment attaqués que leurs aînés du Parnasse de\n 1866. Et nous ajoutons : ils seront attaqués pour les mêmes motifs, au\n nom des mêmes préjugés et des mêmes hérésies artistiques, par des adver­\n saires semblables à leurs adversaires d'il y a vingt-sept ans.\n    Pas plus qu'en 1866, le Parnasse n'est une école. Ce fut à tort que l'on\naccusa les Parnassiens d'inventer des canons poétiques et de vouloir les\nimposer à leurs disciples. La vérité, qui sera bientôt officielle, c'est que le\nParnasse fut un temple, non pas pour telle ou telle espèce de poètes, mais\npour la Poésie, dont on avait perdu la notion et dont on méconnaissait\nl'essence. Et les griefs que les mauvais critiques et les méchants écrivains\nfirent valoir contre la poésie parnassienne, furent en réalité de misérables\nblasphèmes contre la Poésie elle-même. Le Parnasse n'eut jamais d'autre\nreligion que le culte de la forme parfaite et de la beauté pure, de l'art\ndésintéressé de tout, sauf de lui. Et il ne connut jamais d'autre discipline\ncommune que le respect de la langue et des règles fondamentales que la\nnature de la langue impose aux poètes français.\n   Cette religion et cette discipline furent celles de tous les vrais poètes\nde tous les temps. Qu'on en finisse donc une bonne fois avec l'inepte\nreproche d'exclusivisme, et avec la niaise accusation d'impassibilité. La\ntable du Banquet où Leconte de Lisle était voisin de Baudelaire, Baude­\nlaire de Gautier, Gautier de Banville, M. José-Maria de Heredia de\nM. François Coppée, M. Sully-Prud'homme de M. Armand Silvestre,\nM. Léon Dierx de M. Catulle Mendès, et M. Paul Verlaine de M. Stéphane\nMallarmé, fut une table généreuse et hospitalière, et c'est parmi ces con­\nvives réputés impassibles que l'on trouve les poètes les plus différemment\nsensibles de ce temps.\n   Nous espérons que le Parnasse de 1893 sera le digne pendant du Par­\nnasse de 1866.\n   II est urgent, en effet, d'affirmer de nouveau les vérités méconnues ; il est\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                -   167   -\n\n\ntemps que les ouvriers de l'œuvre désintéressée par excellence, la Poésie,\nrappellent, par leur exemple, au génie de la langue et du rhythme les jeunes\nécrivains de la nouvelle génération.\n   Ce rappel à l'ordre, s'il est nécessaire en France, l'est encore plus en\nBelgique.\n   C'est dire combien nous approuvons l'initiative de l'éditeur Lemerre;\nc'est dire aussi que nous demeurons fidèles aux principes d'esthétique pro­\nclamés par nous, en 1887, dans le Parnasse de la Jeune Belgique.\n   Aujourd'hui comme alors, nous désirons le libre développement de la\npersonnalité littéraire, pourvu que son expression respecte la nature de la\nprosodie, l'esprit de la langue et l'essence de notre Art.\n   Quand on défend les idées éternelles, il ne faut pas plus craindre d'être\ntraité d'arriéré que d'être appelé révolutionnaire.\n                                                    IWAN GILKIN\n                                                    ALBERT GIRAUD\n                                                    FERNAND SEVERIN\n                                                   VALÈRE G I L L E\n\n\n\n\n                VISIONS D'EGYPTE\n                L'Egypte dans les sables songe\n                Comme un immense Urœus d'or\n                Et son corps divin se prolonge\n                Dans les cavernes de la mort.\n\n                La tête du serpent splendide\n                A les vastes yeux d' Osiris\n                Qu'anime d'un reflet candide\n                Le ciel rose comme un ibis.\n\n                Le souffle infini de l'Afrique\n                Apporte au dragon la chaleur\n                D'un monde sombre, chimérique,\n                Qui sent la fièvre et la douleur.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "               — 168 —\n\nMais le Nil pourpré monte et baigne\nLes anneaux de l'Urœus-Roi\nEt Fonde maternelle saigne\nPour nourrir le champ qui la boit.\n\nMais le soleil va dans sa barque\nInaltérable et débordant,\n Tel qu'un immobile monarque\nD'où se déchaîne un peuple ardent.\n\nLe matin s'élance et rayonne\nEt descend pour renaître au blé.\nSekhet, à tête de lionne,\nRonge le granit accablé.\n\nL'astre indomptable ici dessèche\nLa solitude qui se fend,\nLà fleurit en oasis fraîche\nComme une poitrine d'enfant.\n\nIl fait vivre et c'est lui qui tue,\nHorus tout ensemble et Typhon.\nAussi la géante statue,\nAssise à l'horizon profond,\n\nGarde à sa bouche magnifique\nUn sourire vague, entrouvert,\nDoux comme le Nil pacifique\nEt triste comme le désert.\n\nL'ombre s'abat. Les Pyramides\nS'environnent paisiblement\nDe pâles haleines humides\nQue le sable exhale en fumant.\n\nChéops grandit vers l'Empyrée\nEt sur la cime on croirait voir\nLa première étoile azurée\nDescendre et quitter le ciel noir.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "               — 169 —\n\nPeut-être qu'Harmachis s'arrête,\nPour la terre fuyant le ciel,\nEt pose le pied sur le faîte\nDe l'altier sépulcre éternel.\n\nPeut-être le vaste Invisible\nVa-t-il s'abaisser à pas lents,\nFouler de sa marche impassible\nLes montagnes d'escaliers blancs...\n\nLa nuit règne, un prêtre contemple\nEn sa chaste robe de lin,\nDebout à la porte d'un temple,\nLe zénith sombre et cristallin.\n\nEt sa puissante rêverie\nEvoque solennellement\nThouëris ta déesse et prie\nLa matrice du firmament.\n\nLa déesse apparaît, penchée\nSur la terre grise et voûtant\nSa grande stature ébauchée\nDe l'orient à l'occident.\n\nDans la mer où le jour commence\nPlongent ses pieds mystérieux,\nL'azur de sa poitrine immense\nContient les innombrables cieux.\n\nPlanètes et soleils palpitent\nDans l'éternité de son corps,\nEn son ventre les dieux habitent,\nElle engloutit les mondes morts.\n\nSes mains s'enfoncent dans la grève\nQu'Atoum blêmit d'un long rayon.\nElle semble un sphinx qui se lève\nSur ses quatre pieds de lion.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                                      170\n                Comme une arche abrupte, sans borne,\n                Ombrageant l'être universel,\n                Se courbe la puissance morne\n                Qui tient la terre et clôt le ciel,\n\n                Mais de son douloureux visage\n                Que jamais voyant ne verra,\n                Par delà l'occident sauvage,\n                Au fond de la tombe de Ra,\n\n                Elle avance dans le mystère\n                Où flottent les morts confondus,\n                Dans la ténèbre élémentaire\n                Qui résorbe les dieux perdus,\n\n                 Elle baisse la tête et souffre\n                 De ce qui remplit son regard\n                 Et toute son âme s'engouffre\n                 Dans les ombres du      Néter-Kar...\n                                                      ALBER JHOUNEY\n\n\n\n\n                                TAINE\n             On ne peut se défendre d'une grande sympathie, bien que\n               lointaine, et plus grande encore d'autant qu'elle l'est, pour\n               cet homme qu'on ne connaît que par de beaux livres, et qui\n               très glorieux, a vraiment aimé d'être ignoré, et ne sembla\njamais attristé ni surpris s'il fut tantôt dénigré par les partis qu'il décon­\ncertait, tantôt exalté pour des raisons outrageantes à sa loyauté d'histo­\nrien et de penseur sans arrière-pensée. Mais l'admiration respectueuse\npour celui dont on devine, dans son dédain sans étalage et sous ses réti­\ncences mêmes, la rare noblesse d'âme, doit se renfermer dans un silence\npareil : Taine est de ceux dont il convient de ne louer que les œuvres, qui\nont été sa vie tout entière ou tout ce qu'il en a voulu montrer. C'est à ses\nœuvres plutôt qu'à lui-même qu'il faut rendre hommage, comme si elles\nétaient anonymes. Dans sa mort, taisant tout autre sentiment, nous déplo-\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                 —    171   —\n\nrerons donc la perte d'écrits projetés, et en particulier l'interruption, quel­\nques mois avant l'achèvement définitif, du monument grandiose édifié\npendant vingt années, de ces Origines de la 'France contemporaine, dont\nles derniers chapitres, qui en auraient été sans doute le couronnement syn­\nthétique, demeureront à l'état de matériaux inemployés et ne seront pas\nconstruits.\n   Certains, dans la génération la plus récente, hostiles à la science, à\nl'intelligence même, à la méthode, au principe hiérarchique dans le groupe­\nment des pensées comme dans les groupements sociaux, se sont révoltés, il\nest vrai, contre la suprématie de Taine, mais sans la renverser encore, car\non ne détrône que ceux qu'on peut remplacer. Son influence subsiste donc,\net les esprits les plus nets et les plus réfléchis la confessent en la subissant.\nEt elle ne se renferme pas dans la France seule. Taine fut un véritable\nEuropéen et il a aimé comme sa grande patrie tous les pays de haute civili­\nsation. Chacun lui a conféré ses dons, la Grèce antique, l'Italie et les Pays-\nBas, leurs diverses conceptions de la beauté ; l'Allemagne, la souplesse d'in­\ntelligence, le pouvoir de se métamorphoser en autrui, de vivre en d'autres\nâmes, de penser en d'autres cerveaux; l'Angleterre, l'exactitude des\nrecherches, le bon sens pratique, la précision des textes ; la France enfin,\nla délicatesse de son goût, sa fine perception des nuances, son ironie, sa\nvivacité, sa clarté. En retour, il rendit à chacun ce qu'il avait pris à tous ;\nil réagit sur tout ce qui avait agi sur lui, et le rayonnement propre de ce\nfoyer concentrateur se propagea partout d'où un faisceau de lumière avait\npu le frapper.\n    Dût-on rejeter, si on le pouvait, toutes ses doctrines en philosophie, tous\nses jugements généraux en histoire et en art, on en gardera encore, dans\ntoute construction raisonnée, l'esprit fondamental, la méthode, rigoureu­\nsement codifiée par lui, de toute science critique. Philosophe, on peut\n croire qu'il a échoué après tous les autres, dans l'organisation d'un système\n qu'il n'a d'ailleurs pas eu le temps de compléter. Mais il a ruiné le crédit\n des philosophies officielles et convenues, de l'éclectisme bâtard, de la creuse\n rhétorique, de la déclamation vide ; pour négative qu'elle soit, cette œuvre\n n'en a pas moins été utile en désencombrant l'intelligence de maints pré­\n jugés d'école. Historien, il a abordé impartialement un sujet gardé jusque-\n là contre les investigations patientes et les vérifications circonspectes par\n un fétichisme national, par un rempart de légendes consacrées ; on pourra\n discuter, amender, refaire son œuvre peut-être, mais on devra l'y suivre\n sur son terrain et l'y combattre selon ses principes.\n    En critique, ce qui est le point principal que nous voulons envisager ici,\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                                   — 172 —\n\n  son avènement marque un âge nouveau comme celui de Geoffroy Saint-\n  Hilaire et de Darwin en histoire naturelle. Tout en rendant justice à ses\n  précurseurs dont il a développé et systématisé les idées éparses, on peut dire\n  en général qu'avant lui l'œuvre d'art apparaissait isolée, comme une créa­\n  tion arbitraire d'un esprit élu. La critique vivait à part, dans un comparti­\n  ment fermé. Taine a abattu les cloisons. Il a rattaché la critique à l'histoire\n  et l'évolution artistique au grand courant universel. On pourra toujours\n  apprécier en amateur des oeuvres d'art considérées en elles-mêmes et rien\n  qu'en elles-mêmes, et les juger d'après des lois objectives ou d'après son\n  goût personnel. Mais de telles appréciations mises bout à bout ne feront\n  jamais une histoire, car un historien ne peut plus être un spécialiste,\n  et il a perdu le droit de ne pas explorer l'âme humaine à la fois dans toutes\n  ses manifestations et d'écarter comme indifférentes les données, de toutes\n  parts convergentes, de toutes les sciences de la vie.\n     Sainte-Beuve, le grand prédécesseur de Taine, n'avait fait qu'amonceler\n mille constatations psychologiques sur des individualités ; dans l'ensemble,\n son œuvre, souvent admirable par le détail, flottait un peu au gré du rêve;\n elle était inconsistante, presque toute en fines conjectures, en suggestives\n et inconcluantes anecdotes, en menus traits qui s'effaçaient souvent l'un\n l'autre, en nuances fuyantes jusqu'à l'imprécision. Taine en a saisi les ten­\n dances confuses, il leur a donné un corps, il les a disciplinées et dirigées.\n A la fois plus positif et plus philosophe, il a plus méthodiquement rassem­\n blé les faits et il s'est davantage préoccupé des causes.\n     Pour arriver à les surprendre, il s'est attaché à ordonner les faits selon\n leurs groupes naturels. Rien n'est isolé, l'univers est un organisme, un\n tissu vivant, un indissoluble réseau. Toutes choses, morales et physiques,\n se lient et s'enchaînent. Les choses simultanées dépendent l'une de l'autre,\nles choses successives sont conditionnées l'une par l'autre. Telle est sa\nconception fondamentale. Considérer un fait comme indépendant et incon­\nditionné, c'est le dénaturer, le tronquer en supprimant les rapports qu'il\nsoutient avec tous les autres, c'est le connaître mal ou insuffisamment, car\n« connaître un objet, c'est connaître sa cause et la suivre dans tout l'ordre\nde ses effets ». Et connaître une cause, c'est démêler, dans la multitude\ndes faits qui s'entrecroisent, le fait dominant et générateur, celui qui est\nle lien commun de tous parce qu'il les contient et les produit tous.\nL'observation des faits, pour être utile, doit, dans les sciences morales\ncomme dans les sciences physiques, être accompagnée de l'observation de\ncet autre fait qui est la dépendance mutuelle des premiers et de ce fait\ngénéral et antérieur qui est leur cause et leur loi.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                                 — 173 —\n\n   On voit immédiatement qu'une critique ainsi élargie s'élève des indi­\nvidus considérés aux modes généraux de penser et de sentir, et qu'elle\nmontre surtout dans les individus ce qu'ils ont de commun entre eux et\nqui les groupe et par quoi ils communiquent. Elle prétend rechercher, au\ndelà ou au-dessous de l'œuvre d'art, le pourquoi de l'œuvre d'art. Mais\nc'est à tort qu'on a dit, qu'on s'est imaginé qu'elle ne se préoccupe pas de\nsavoir ce qu'est l'œuvre d'art en elle-même ni d'y analyser les éléments\nqui donnent la sensation de beauté. C'est là toujours la première opéra­\ntion, qui demeure à la base de tout l'édifice ; si elle est mal faite, tout\ncroule nécessairement. Comment Taine pourrait-il classer une œuvre et la\nrattacher à des causes, s'il ne l'avait d'abord étudiée dans ses caractères\nen vue d'en dégager le caractère fondamental? C'est ce qu'il fait avec grand\nsoin, avec plus de soin notamment et d'une manière plus directe que\nSainte-Beuve, en y appliquant cette intelligence et cette imagination sym­\npathique dont il a donné à la fois la théorie et l'exemple. Pour citer un\nexemple, qu'on prenne son étude sur Shakespeare dans son Histoire de la\nlittérature anglaise. S'il a fortement rattaché Shakespeare à sa race, à son\nmilieu et au moment de civilisation où Shakespeare est apparu, n'est-il\npas vrai d'abord qu'il l'a étudié dans ses œuvres, et d'une manière péné­\ntrante et complète? N'est-il pas vrai que jamais Shakespeare n'avait été\naussi bien compris, aussi plausiblement expliqué, et qu'on ne voit pas ce\nque, depuis que cette étude est écrite, la critique purement littéraire a pu\ny ajouter?\n   C'est que, pour aborder son entreprise, l'intelligence de Taine était par­\nfaitement douée et préparée. D'abord il apportait à la science une âme\nlibre, débarrassée autant que possible de toute préoccupation étrangère. Il\nla servait d'un culte désintéressé. Il avait un minimum d'opinions politi­\nques, à peu près ce qu'en peut avoir un Anglais indépendant, sans préjugés\net sans ambition. Cela se réduisait à penser qu'il faut écarter l'intervention\ndu pouvoir en matière de religion, de morale, de philosophie, d'enseigne­\nment, d'économie politique, et que l'Etat doit se borner à être un gen­\ndarme ou un chien de garde; en second lieu, que le gouvernement des\nhommes est une chose très difficile, et que, selon toute apparence, les gens\nspéciaux, compétents, façonnés tout exprès, et qui ne se mêlent que de ce\nqui les regarde, y doivent réussir mieux que les autres. Il n'apportait à la\nrecherche du vrai aucune disposition mystique ni sentimentale. Il voulait\nsavoir pour savoir, sans s'illusionner sur l'infaillibilité de la science ni sur\nl'importance de son rôle dans le progrès et dans l'amélioration de la vie\nhumaine. Il ne croyait pas beaucoup à l'homme bon, sensible et généreux\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                   — 174 —\n\n de tous les réformateurs. Il voyait plutôt dans l'homme, malgré la civili­\n sation, un carnassier qui raisonne généralement mal.\n    De pareilles dispositions d'esprit, qui paralyseraient un homme d'action\n si par hasard elles s'introduisaient dans sa cervelle, accusent une vocation\n que rien ne contrarie de penseur détaché de l'action. Librement, il pou­\nvait se livrer à son amour des notations précises, des certitudes tangibles,\n des connaissances nettes. La métaphysique qu'il étudia en historien et en\n psychologue ne put satisfaire son esprit, capable de recréer en soi toutes\n conceptions et de jouir de la poésie des larges hypothèses comme d'un beau\n rêve, mais qui ne pouvait se contenter d'un beau rêve et le mêler à la trame\n palpable des réalités, il répudia l'apriorisme, rejetant le mystère qui enve­\nloppe ses postulats fondamentaux. Des métaphysiciens allemands, il n'admit\n dans son esprit que les analyses, les considérant pour le surplus comme de\n merveilleux assembleurs de nuages. Dans les philosophes officiels français,\n à qui il eut directement affaire, il ne vit que de verbeux déducteurs de\n formules, des esprits semblables à des trous noirs. Plus tard, il reconnut\ndes gens de la même famille dans les jacobins, auxquels il reprocha princi­\npalement d'opérer selon une mauvaise méthode, de confondre la politique\navec la géométrie, comme les autres confondent la science avec le dévelop­\npement déclamatoire de thèmes affirmés sans preuves.\n    Comment passe-t-il de l'observation des faits circonstanciés à leur classi­\nfication et transforme-t-il un amas en système? Grâce à sa faculté très\npuissante, qui est chez lui, selon sa propre terminologie, la faculté maîtresse,\nde se représenter les choses non à l'état abstrait, selon l'habitude des esprits\ncartésiens du XVIIIe siècle, mais à l'état concret, réel et sensible, avec tous\nleurs organes en action. Sous les termes généraux et algébriques, l'individu\nréel lui apparaît, non pas isolé et desséché comme une fleur dans un herbier,\nmais relié à tous les autres comme une fleur vivante, participant de la vie de\nla grappe, du rameau, de la tige, nourrie du suc obscur des racines. Qui­\nconque démêlerait ainsi toute l'immense complexité des rapports verrait,\ndans le monde physique et selon Taine dans le monde moral également,\ntout le passé et tout l'avenir déterminés dans le présent. Il est clair que ceci\ndépasse prodigieusement la portée de la plus vaste intelligence; mais la\nplus vaste intelligence et la plus faible ont le même mode d'action. Tel est\nchez lui le grand ressort, qui met en mouvement toute la machine. En\nmême temps que les faits qu'il voit, il découvre les liens, les enchaîne­\nments, les nécessités, les dérivations. Deux faits se réduisent à un, plus\ngénéral ; celui-ci forme un couple avec un autre, du même plan, et ainsi de\nsuite, jusqu'à ce que de réduction en réduction, de simplification en sim-\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                 —   175   —\n\n\nplification. les formules s'emboîtant toujours l'une dans l'autre, on en\narrive à enfermer les faits les plus enchevêtrés dans la formule la plus .\nvaste, la plus compréhensive et la plus simple. C'est ainsi qu'il élabore ses\nconceptions d'ensemble où s'unissent et se concilient toutes les observations\néparses, où les groupes se soutiennent et se renforcent mutuellement Ou\ndu moins c'est ainsi qu'il procède et l'on ne peut s'en prendre à la méthode\nsi parfois l'observation est discutable ou incomplète, si des éléments ont\nété négligés ou exagérés, si la généralisation semble trop impatiente ou trop\nhardie. Par l'entassement constant de telles inductions, toutes notions se\nclassent en même temps qu'elles s'emmagasinent dans l'immense répertoire\nde son cerveau, et s'y distribuent en groupes coordonnés et subordonnés\ncomme une hiérarchie militaire dans les cadres d'une armée.\n   A cette aptitude fondamentale se conforme exactement son procédé d'ex­\nposition. Sa vision concrète y éclate. Il est précis et exact, d'une couleur\nadmirable et même violente. Dans son style on sent l'afflux des sensations\nfortes ; aucune idée, si abstraite qu'elle soit, qui ne vienne en relief, qui ne\nprenne corps, qui ne fasse saillir ses contours, qui ne se revête de méta­\nphores expressives et énergiques. La nature de l'écrivain se manifeste déjà\ntelle dans ses premiers livres où cependant la préoccupation de la tenue\nclassique, de l'ironie sèche du XVIIIe siècle s'accusent davantage; mais à\nmesure qu'il avance, son goût du trait vigoureux s'affirme de plus en plus,\nsous l'influence sans doute des écrivains qu'il aimait le plus, de Shakes­\npeare, de Saint-Simon, de Balzac, et parmi ceux qui l'entouraient, de\nThéophile Gautier, de Flaubert, des Goncourt, de Paul de Saint-Victor.\nComme eux, c'est un coloriste ardent et intense ; mais outre cela, et ici son\ntempérament de philosophe reparaît, c'est un architecte, un constructeur.\nSes livres sont bâtis solidement comme des temples égyptiens ou comme\ndes pyramides. Infatigablement, il choisit ses matériaux, il les taille, il les\nempile, il ajuste les blocs géométriques. Rien n'y est inutile, rien n'y porte\nà faux, tout concourt à la solidité générale de la démonstration. L'impres­\nsion d'ensemble est une impression de masse formidable, de lignes dures,\nde calme horizontal, de rythme simple et d'achèvement définitif. Un style\nplus spontané et plus passionné ne lui conviendrait pas, à ce réfléchi, à ce\nvolontaire, et la manière molle et déliée de Renan par exemple n'irait pas à\nsa décision catégorique. Il s'est forgé le vrai style qu'il fallait à sa tournure\n d'esprit. Il n'y en a pas de plus convaincant ni qui inspire plus de sécurité.\n L'abondance et le bon ordre de ses preuves subjugue l'intelligence en même\n temps que la justesse de ses éclatantes images s'impose à l'imagination. Sa\n dialectique semble peremptoire et adéquate; sa prose organisée où tout se\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                   — 176 —\n\n noue et tout s'étreint, apporte avec elle l'enchantement et souvent sans doute\n l'illusion de la certitude et de la compréhension totale.\n     Quand on lui échappe, c'est d'ordinaire par une différence de sensibilité,\n Critique historien, il a surtout étudié les époques révolues, se bornant à\ndes annotations ou à des indications sur les choses actuelles, où il n'a\nguère démêlé ni pressenti, dans les arts et dans la littérature, les modifica­\n tions contemporaines du goût. Dans les siècles passés même, en peinture et\nsculpture, son idéal qui coïncide avec l'idéal païen renouvelé à la renais­\nsance, son rêve grec d'une humanité olympienne, doit paraître trop exclu­\n sif et trop injuste pour l'art chrétien. En présence des œuvres du Moyen âge\net des écoles primitives, son intelligence sympathique semble parfois l'avoir\nabandonné; il les sacrifie presque à une conception trop restreinte de l'art,\ndans laquelle il a quelque peine à faire entrer un Dürer ou un Rembrandt;\nil a d'ailleurs écrit, par une heureuse contradiction insuffisamment\nexpliquée, des pages magnifiques sur eux, sur Rembrandt surtout, où il\npénètre à fond, laissant tous les critiques, et Fromentin tout d'abord, loin\nderrière lui.\n     Des lacunes donc, et dans ce qui touche de trop près ses prédilections,\nune insuffisante objectivité, voilà ce qu'à notre gré on peut lui reprocher.\nSur les grandes théories directrices, nous sommes beaucoup moins porté\nà céder à ceux qui les attaquent, plus souvent d'après l'idée fausse qu'ils\ns'en font, que d'après l'exposé même de Taine. La force de ses thèses éclate\nsouvent à la pauvreté des objections qu'on leur fait : c'est ainsi qu'en\nregard de son étude sur Bonaparte, le livre de protestation du prince Napo­\nléon apparaît risible à tout lecteur non prévenu.\n     Pareillement sa doctrine sur le triple conditionnement des faits par la\nrace, le milieu et le moment, qu'on a tant combattue, nous semble avoir\nassez victorieusement résisté. Nous n'y ferons qu'une courte réserve, pour\nnotre part, et elle est purement théorique. Avant Taine, ou plutôt avant\nqu'on ne voie émerger les idées qu'il a codifiées, on n'analysait pas les\nœuvres humaines au point de vue des causes, on attribuait tout, en gros,\nà l'arbitraire personnel. Lui fait le contraire : il prétend analyser tout et ne\nrien donner à l'arbitraire personnel. A une formule qui égalait l'œuvre con­\nsidérée à x, car la liberté de l'individu est une quantité indécomposable et\ninconnue, il a substitué une formule nouvelle : l'œuvre est la somme de\ntrois quantités variables, a + b + c, qui sont elles-mêmes formées d'une\nmultitude d'éléments. L'x a disparu, la molécule irréductible; or, nous\nvoudrions la rétablir comme quatrième élément de l'addition, sous lequel\non devrait comprendre tout ce que l'on perçoit dans une œuvre et qu'on\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                  — 177 —\n\nne peut ramener aux trois premiers, soit par ignorance, soit parce que\ncette quantité est en réalité irréductible, ce qu'il ne sera jamais possible\nd'affirmer avec certitude. Taine la nie ; il lui eût suffi de la négliger, puis­\nqu'elle ne pouvait en rien lui servir, étant sans rapports, sans liaisons, sans\ngroupement possible, à lui qui faisait de l'histoire et de la psychologie de\ngroupes. C'est pour cela que notre réserve est purement théorique ; elle ne\nfait qu'affirmer une existence ou une possibilité que Taine rejette ; elle ne\npeut modifier en rien les conditions de l'analyse.\n   Ceci dit, nous croyons que les objections faites à la théorie des milieux\nnotamment, la plus attaquée, proviennent d'une insuffisante réflexion.\nTaine d'abord ne supprime pas, comme on le croit souvent, la force réac­\ntive de l'individu, et bien des passages démontreraient qu'il laisse parfaite­\nment place à cette affirmation de Renan : « On est de son siècle et de sa\nrace, même quand on réagit contre son siècle et contre sa race ». Ensuite\non oublie souvent que dans une même époque, dans un même pays,\nil n'y a pas qu'un seul milieu, mais autant de milieux formés, outre les\ninfluences communes, par toutes les influences particulières, qu'il y a\nd'individus différents, le milieu étant, d'après la formule même de Taine,\nl'ensemble de toutes les influences du dehors. Emile Hennequin, qui fut\ncependant un critique perspicace et instruit, se trompe manifestement\nquand il oppose à Taine des listes d'hommes très divers qui auraient vécu\ndans les mêmes conditions (1). Il est abusif de déclarer que Rabelais et\nd'Aubigné, par exemple, que La Bruyère et Saint-Simon appartiennent\nà un milieu identique, alors que, sans entrer dans plus de détails, les diffé­\nrences de contrée, d'âge et de condition sociale sont si considérables. Un\nexemple nous servira à éclaircir ce point, capital pour l'intelligence de la\ndoctrine de Taine. Nous l'empruntons à un autre critique qui s'est encore\nplus lourdement mépris : « Pensez-vous, s'écrie M. Aurier (2), que\nl'Angelico ait beaucoup subi l'influence de l'Italie dissolue et sensuelle du\nXVe siècle ; que de nos jours, Puvis de Chavannes, cette âme de mystique\npaïen, ou Gustave Moreau, ce rêveur de chimères triomphales et somp­\ntueuses, aient beaucoup à démêler avec leur siècle de myope analyse,\nhideusement industrialiste et utilitariste? » Il suffira d'envisager le cas\nde l'Angelico. Quoi qu'on en dise, l'influence du milieu et du moment\nsur sa formation artistique frappe à première vue. Par son maître\nStarnina, il appartient à la tradition giottesque modifiée dans le sens de\n\n\n (1) La Critique scientifique.\n (2) Mercure de France, décembre 1892.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                                    178\n\nl'élégance et de la grâce. Comme d'autres, Uccello, les Pollajuoli, Veroc­\nchio, Ghirlandajo, Botticelli ont reçu une éducation d'orfèvres et s'en\nressentent, il a reçu une éducation d'enlumineur : aussi a-t-il transporté\nsur les murailles des miniatures de missel, avec leur exécution délicate et\nleurs fraîches colorations. Il entra au couvent, et dans un couvent très\npieux, à vingt ans, en 1407, bien avant que le siècle n'eût pris une direction\npaïenne et sensuelle. Peu de temps après, les dominicains de Fiésole se\ntransportèrent à Foligno, non loin d'Assise, puis à Cortona, où il demeura\ndes années sous l'influence de l'art mystique des écoles de Pérouse et de\nSienne, dont les tendances s'accordaient avec sa propre nature. Et il avait\nquarante-neuf ans, quand il vint à Florence même, au couvent de San-Marco.\nL'accord qui existe toujours, selon Taine, entre l'homme et l'œuvre, quand\non y regarde bien, se montre chez lui. Fra Angelico, « très simple et très\nsaint » selon Vasari, se retrouve dans sa peinture, dans ses personnages\ndoux, naïfs et fervents, et il y a retracé les visions d'une âme de\nparadis. Rien d'étonnant, d'autre part, qu'il n'ait pas étudié l'anatomie\net le modèle nu. Cependant, échappe-t-il à l'influence du naturalisme\nflorentin de Masolino et de Masaccio? Nullement. Il n'a pas le culte sensuel\ndes formes vivantes, mais bien la vérité, l'amour de la nature, la familiarité\nde l'observation. Est-il absolument isolé? Non, pas même dans l'école\nflorentine, où il y en a d'autres, Gentile da Fabriano, par exemple, qui\nforment avec lui la transition entre l'idéal chrétien de l'âge antérieur et l'idéal\npaïen de l'âge postérieur. Quelque chose de lui ne se prolonge-t-il pas en\nCosimo Rosselli, en Benozzo Gozzoli ? Bien plus tard, lors de la réaction de\nSavonarole, l'idéal mystique ne ressuscite-t-il pas dans un autre moine,\nFra Bartolomeo della Porta? En dehors de Florence, à Assise, à Pérouse,\nles traditions du Moyen âge persistent d'ailleurs longtemps avec opiniâtreté.\n    Pense-t-on que Taine, qui ne parle pas longuement de l'Angelico et qui\na cependant noté plusieurs remarques de ce genre, aurait eu grand'peine\nà se défendre de la critique sous laquelle on s'imagine l'écraser? Vraiment,\nc'est abréger beaucoup et simplifier énormément que de prétendre carac­\ntériser en deux mots un siècle aussi complexe que le XVe, où tant d'influences\n agissent, où tant de courants s'entrecroisent. Il y a au XVe siècle, dans la\n deuxième moitié surtout, après la mort de Fra Angelico, un courant dissolu\n et sensuel. Mais il est inadmissible qu'on enferme toute une époque de\n civilisation entre deux épithètes qui n'en décrivent qu'un aspect. Trouver\n alors dans cette époque un homme à qui elles ne conviennent pas, c'est\n véritablement un procédé trop commode, mais très commun, de réfutation.\n On démontrerait de même que Taine, en ce siècle de reportage et de\n charlatanisme, n'a pu exister.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                 — 179 —\n\n   La théorie de Taine est plus large et plus solide qu'on ne le suppose, et\nsa fécondité n'est pas épuisée. Elle suffirait à la gloire d'un autre. Il ne faut\npas oublier qu'elle n'est chez lui qu'une partie de la méthode qu'a formulée\net suivie pour s'élever aux généralisations les plus hautes ce puissant esprit\nencyclopédique, qui a contenu et systématisé la somme des connaissances\net des tendances intellectuelles de son temps.\n                                                      E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n                                ORDO\n      Pendant qu'en l'ouragan des lanières d'éclairs\n      Fouettaient les chênes noirs au bord des flots amers,\n      Le pontife mourant cria dans la nuit sombre :\n\n      Ainsi le monstrueux chaos hurlait dans l'ombre\n      Et l'aveugle nature enfantait pour la mort,\n      Hommes, lorsque je pris pitié de votre sort.\n      Le hasard dévorait vos forces éphémères ;\n      Autant de volontés, autant d'efforts contraires ;\n      Rien n'arrivait à rien et des flots de sang noir\n      Noyaient hideusement tout rêve et tout espoir,\n      Car vos informes cœurs, mous et pourris de haine,\n      N'engendraient que le meurtre et votre âme était pleine\n      De reptiles gluants se dévorant entre eux.\n      L'homme haïssait l'homme et la terre et les cieux.\n      Tout tournait au hasard dans un gouffre de boue\n      Où le destin broyait sous son horrible roue\n      Tous les millions d'yeux que l'aurore eût aimés.\n\n      O divins avenirs que mes mains ont formés!\n      J'ai dit, pour rassembler ce que la nuit sépare :\n      « Que la lumière soit! » et j'allumai le phare\n      Attirant tous les yeux, rayonnant en tout lieu :\n      J'ai fixé l'idéal et je l'ai nommé Dieu !\n\n      Deux forces désormais se partagent la terre.\n      Tout ce qui hait la nuit marche vers ma lumière\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                                  — 180 —\n\n       Et grâce aux cœurs unis dans une même foi\n       L'ordre sort du chaos et c'est mon œuvre, à moi!\n\n       Le vieux mage se tut pour écouter son rêve.\n       Et quand le jour naissant illumina la grève,\n       Le vieillard étendu sur les goémons verts\n       Disparut lentement sous l'écume des mers.\n\n                                                         IWAN GILKIN\n\n\n\n\n                              HÉLÈNE\n              L'insinuante et molle beauté du pays, l'attentive amitié de ces\n               créatures si vivantes et si simples : Hélène, Réginald, méta­\n               morphosaient Delzire, circonvenaient son impatience passion­\n               née et inquiète de sécurité indicible et de calme. Les vagabon­\ndages au travers la tiédeur des bois, le long des berges fraîches de la rivière,\nà trois, entrecoupés de courses gamines, d'enfin frivoles conversations, de\nrires écervelés, entretenaient chez lui cette humeur convalescente. A décou­\nvrir, chaque jour, de nouveaux motifs ignorés d'être bon, il se semblait\ndevenu réellement meilleur et son unique souffrance, sans aigreur, au reste,\nétait de chercher encore parfois, à la compassion qui l'enflammait, une issue\nassez sympathique et ardente.\n   Mme d'Isoeil même, dont quinze jours auparavant chaque syllabe l'eût\nrévolté, se définissait, à ses yeux, ainsi qu'une aimable femme, d'une bien­\nveillante expérience, et il se complaisait à ses entretiens, acquiesçait, avec\ndéférence et componction, à la probité rengorgée de ses idées, à sa douil­\nlette adulation de la routine et du purifiant succès; mais stupéfaite de\nl'enthousiasme déréglé de Réginald pour ce Peu jovial étranger, et jalouse,\noffensée de la confidence volontairement tardive de cette déjà ancienne\nliaison, elle mortifiait par sa gaucherie compassée les respects exaltés de\nson hôte, se maintenait cérémonieuse, exactement, et polie.\n   L'inexplicable et si différent esprit de Delzire, ses allures impromptues\net fébriles éveillèrent, dès l'abord, sa défiance; la clairvoyance immédiate,\nspéciale aux médiocres, lui présagea la probable influence de cet être excen­\ntrique sur ses parents, si déraisonnables à son gré et accessibles aux plus\nabsurdes et périlleuses chimères... La prolongation de l'intimité, — vite\nfuneste au préjugé que Mme d'Isoeil savait inspirer d'elle aux visiteurs\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                 —   181   —\n\n\nsuperficiels ou éphémères, — affola ses appréhensions de quelques anodins\nparadoxes, ironique feu d'artifice que Delzire ne put interdire à sa décon­\nvenue : une gêne, alors, embarrassait leurs réunions, marquait les repas ;\nd'arides silences, saturés visiblement d'aparté hostiles, et que le formaliste\nsavoir-vivre de Mme d'Isoeil, acharnée à son rôle et à ses rubriques de maî­\ntresse de maison, voulait sauver et transformait en un supplice odieux et\nridicule.\n     Par un concert tacite, les jeunes gens évitèrent, dès lors, le séjour du\nchâteau ; ils s'évadaient parmi les jardins et les campagnes où, les jours\nd'intempéries, se reléguaient dans l'appartement de l'un d'entre eux. Curieuse\net troublée, alanguie par la moiteur orageuse des après-midi estivales, à la\ncrépitation précipitée des averses lourdes sur les feuillages, Hélène, fixant\nsur lui de grands yeux avides, écoutait la parole hésitante et songeuse de\nDelzire, le dévoilement visionnaire et comme ébloui, le verbe réfléchi et\ntâtonneur, à longues incidentes suspendues ou découragées, par ou il\nessayait de définir, moins à ses auditeurs, aurait-on dit, qu'à lui-même, ses\nimpressions.\n    Rarement, émue d'une particulière admiration, d'une foi intransigeante\nde lucidité et de conscience, ou traduisant une opinion pour pensée, son\nton s'animait, timbrait l'émission vive et jeune, sans lacunes ni soudures,\nd'une généreuse conviction. Cet inconnu investissait jusqu'aux poncives\nvulgarités quotidiennes, de si morne et habituelle banalité dans la bouche\ndes autres, de phrases au contour excentrique et coloré, inaudites, plus\nnobles et précises, et Hélène sentait se dissoudre son instinctive antipathie,\nensorcelée par cette voix tyrannique et captieuse.\n     A l'origine, en effet, une sorte de méfiance affectait la jeune fille, une\nétrange répulsion initiale, le pressentiment confus, s'expliquait-elle plus\ntard, qu'à moins d'une stricte et habile défensive, cet intrus, dangereux à\nl'équilibre de sa vie, et que, sans alternative, il fallait aimer violemment ou\n haïr, l'asservirait. Mais cette aversion préventive, alimentée d'abord de sa\n propre substance, s'exagéra à se manifester et, impuissante à maintenir son\n libre arbitre, le sang-froid de la courtoise neutralité préméditée, s'envenima\n et se résolut par du dépit et de la rancune.\n     De là, ensuite, une morbide et fiévreuse préoccupation de Delzire : la\n première semaine, malgré elle, et la vergogne de cette inquisition, elle\n l'épiait, analysait ses démarches et ses discours, les interprétait tout en\n s'efforçant à de risibles airs désintéressés et distraits, à darder sur lui de\n  fixes regards perspicaces, comme pour lui signifier son indépendance, la\n  vanité, auprès d'elle, des prestiges qui séduisirent son frère. L'envie perdu-\n                                                                        12\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                  — 182 —\n\nrait en elle, inavouée, de l'excessive ferveur, de l'absorption ravie des lettres\nde Réginald relatives à Delzire, et la négligente irrégularité de cette corres­\npondance, d'expansion désormais tarie, restreinte et taisant, se figurait-elle,\ndes choses, incompréhensibles pour une pensionnaire provinciale, mais\nessentielles, l'avait blessée.\n   Sans en convenir vis-à-vis de son amour-propre, à la longue, elle capitu­\nlait; la bouderie dont elle était, seule, qui sait? à pâtir, se relâchait,\nlorsqu'un soir, au moment de descendre pour le dîner, elle se surprenait\navec un mutin tressaillement de courroux et se mordant les lèvres, accor­\ndant à sa toilette un préalable coup d'œil dans la psyché ! L'éclair de cette\ndécouverte, galvanisant sa petite âme entêtée et colère, aboutit à la ruine,\nune période, de la familiarité, peu à peu, acquise; à demi apprivoisée, elle\nse refit hérissée, à plaisir, et rébarbative.\n   Les promenades où elle se maintint en tiers rechigné, dérouillant\nquelquefois son mutisme par de jolies boutades rageuses, lui démontraient\nDelzire, cependant; la simple sincérité, le naturel et profond aloi de cet un\npeu morose accent, doux et acre, et qui, surexcité, se saccadait, jaillissait\nen lueurs, en phrases d'une hyperbolique splendeur dont elle commençait\nà apprendre et à aimer la fierté. Le cours capricieux et rêveur de la conver­\nsation de Delzire, très semblable à un soliloque à voix haute, poursuivant\navec une insistance somnambulique, au travers de ses chutes, ses fuites et\nses repentirs, un but entrevu, représentait souvent, à Hélène, la fatigue de\ncheminer parmi les sentes escarpées, la brousse ardue et les vimaires pour\ntout à coup, à un détour, par la vertu péremptoire d'une conclusion nette,\nse sentir hissée devant un brusque et merveilleux panorama inattendu...\nElle chérissait, à la fin, tous les modes vibratiles et changeants de sa parole\net même, malgré la prostration engendrée par ces accès, les jours où elle le\npressentait en pleine possession de lui-même et volontaire, la précision\ninflexible et brutale, le douloureux relief imagé, l'exagération poignante de\nsa fugitive éloquence. L'atmosphère respirée aux côtés de Delzire, affec­\ntueuse et indulgente, que l'habitude et l'orgueil de la pensée embaumaient\nde tolérance intellectuelle et de subtile modestie, la grisait et lui enlaidis­\nsait encore le rugueux et puritain contact de sa tante.\n   Abandonnée, — par une façon d'expiation mentale de sa primitive injus­\ntice, — sans remords et sans calcul, à la fortitude, à cette joie rénovée de\nvivre, elle ne s'intimida de scrupules et d'alarmes qu'à des incidents, révéla­\nteurs subits de l'absolue sujétion où Delzire, inconsciemment, la réduisit;\ncar par l'unique prodige de sa gravité enjouée, de sa persuasive et despotique\ntutelle spirituelle, il s'était conquis ce contagieux cerveau de femme,\nl'avait marqué d'une magnétique empreinte.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                                 — 183 —\n\n    Mme d'Isoeil perçut obscurément cette révolution morale d'Hélène, tenta\nune réaction et de ressaisir son autorité amortie; mais l'enfant se dérobait,\néludait les enquêtes indiscrètes ou maladroites, insurgée contre la sagesse\ndiminuante, prête à l'irrespect et à la raillerie devant les sordides préceptes\nde bonheur mitoyen, les recettes trop divulguées de quiétude fade, de\nladrerie niaise. . Les enseignements, savoureuse quintessence des entretiens\naimés, en opposition diamétrale avec toutes les idées jadis inculquées, lui\nservaient de critère unique, à présent, et souverain; toute une conception\nlui était ainsi venue, autre, irréfragable et superlative, des êtres et des\nchoses : la vie avait un moins ignoble but qu'elle même, à présent ; la végé­\ntative observance de codes puérils et conventionnels, de vils soucis hygié­\nniques, de répugnantes parades mondaines, ne la circonscrivaient point\ntoute; et, sans honte, on pouvait avouer s'y plaire puisque de si hautes\nambitions rachetaient sa tare originelle, d'à ce point complètes générosités\net que, confondues parmi la tourbe des hommes, de telles âmes condescen­\ndaient à subsister, sublimes éperdues, éblouies de foi et d'enthousiasme...\n    Nature enfant, pétrie de spontanéités ingénues, de compréhensive et déli­\ncate douceur, estompées de mélancolie, avec la sapidité sauvageonne de ses\nignorances et de l'entière solitude villageoise dans laquelle, environnée de\nl'égale tendresse d'êtres frustes, elle avait grandi, Hélène se trouva interdite\net sans recours à l'aspect d'un esprit délibéré semblable à celui de Delzire,\ndéconcerté lui-même en dehors des sphères abstraites où il gravitait d'ordi­\nnaire, et que son invétérée distraction garantissait de toute affectation ou\ngloriole. Tel, elle devait ou le méconnaître absolument ou, par toutes les\nmagiques partialités primesautières d'une âme altière et vierge, lui vouer un\nsentiment outrancier et ardent.\n    Derrière ses rires et ses crâneries candides, son agile aristocratie, sa\nsvelte, caustique et frêle élégance, gisaient, dormantes, la capacité du\ndévouement, les inflexibles énergies et la bravoure du sacrifice à la créance\nembrassée et irrécusable incarnation, désormais, à ses yeux, du beau, du\n vrai, du juste... La lutte intestine supportée, dès lors, le démontra et sa\n révérente mais tenace résistance, sans pleurs ni bravades, la patience\n stoïque opposée aux basses circonvallations dont sa persévérance se vit\n assiégée.\n    Transplantée, sans intervalle, des stériles et sèches régions où, chloro­\n tique, elle dépérissait, dans les climats embrasés de la pure intellectualité,\n elle s'épanouit en fleurs d'un suave et farouche parfum ; sa pensée, trop\n docile à la revêche discipline primordiale, se redressa, harmonieuse et parée\n d'exquises demi-teintes, timides et magnifiques; et, conservant ses soubre-\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "                                     — 184 —\n\n  sauts de gaieté puérile, la grâce étourdie et quelquefois étourdissante\n  de son âge, de juvénilement folles et, à cette heure, plus nerveuses larmes,\n  elle se coiffa d'une humble et touchante couronne d'abnégation fière et de\n  passion soumise. Sa fougue enfantine, la primeur acide, parfois un peu\n  hardie, de ses répliques, la claire et impudente effronterie de son regard,\n  moiré maintenant de réflexion, disparurent pour se transfondre en subites\n  pudeurs, en gaucheries timorées, en confusions rétractiles; un charme ado­\n  lescent, incomparable et divin...\n     A l'innocence expansive et diffuse de ses bavardages se substitua une dis­\n  crète retenue; sa voix aigrelette mua, s'infléchit, moelleuse, plus expres­\n  sive et nuancée de son ordinaire taciturnité, même; et à des récidives de\n  jeunesse espiègle, saoulée de plein air, exubérante et taquine, encore, ainsi\n  qu'un fruit trop vert et acidulé qui mûrit et se colore.\n     La seule présence de Delzire semblait, à Hélène, avoir éveillé son intelli­\n gence, déblayé son cerveau de l'insane et pernicieux décombre amalgamé\n par son éducation, la somme d'honorifique et profitable morale, legs de ses\n ascendants, douaire pieusement transmis jusqu'à elle, comme le blason\n domestique, la tradition vivante, la prospérité et la dignité de la vie.\n     Subjuguée par la distinction sans apparat, la sobriété d'allures de Del­\n zire, les translucides altitudes, tellement insoupçonnées, où il l'attirait res­\n pirer, l'enchantèrent d'un peu de délicieux vertige, l'appréhension d'une\n chute à l'abîme qui, chaque jour, réinventait son plaisir, restaurait les sorti­\n lèges de l'involontaire séduction... Elle les combattait, néanmoins, s'impo­\n sait de fuir l'orbe immédiat de cette attraction, s'assujettissait à des retraites;\n mais c'étaient, alors, des temps d'insupportable vacuité, de compression\n indicible et hantés de si maléficieux cauchemars que, vite dédaigneuse des\n présages adverses et de l'avenir, elle cédait à son désir impétueux, attisé par\n cette résistance passagère et fragile.\n    L'acrimonie de l'accueil préliminaire d'Hélène, la presque discourtoise\n urbanité dont elle usa d'abord à son égard, alarmèrent instinctivement\n Delzire pour le futur de ses relations avec cette enfant singulière. L'Hélène\npréfigurée, la têtue impérieuse et caressante, la petite despote timide projetée,\nvive et drôle, des confidences de Réginald, se parachevait bien par cet inso­\nlite prélude, les mines frondeuses et gourmées qui narguaient ses souriantes\navances; mais l'ostentation, l'outrance colère de ces manifestations n'en\ninfirmaient-elles point la sincérité?\n    Indice autrement caractéristique, au surplus : Hélène pastichait, machi­\nnalement, le pittoresque, l'improvisé de son parler, ponctuait bientôt son\nlangage de ses épithètes favorites, à lui, adoptait les tournures obscures et\njusqu'au soulignement vocal qui lui étaient familiers.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                 — 185 —\n\n   Cet alliage de défauts et de qualités adorables rendait bien scabreuse la\nstratégie naïvement perfide de la jolie bourrue et encouragea Delzire à forti­\nfier, de son côté, sa sauvegarde, l'indifférence enjouée,[la parfaite incompré­\nhension simulée de l'antipathie que l'on prétendait lui signifier : un aveu­\nglement aux apparences assez naturelles, en somme, et plausibles pour\natteindre son but, ne pas devenir, aux yeux éveillés de sa clairvoyante\nantagoniste, démonstratif d'un intérêt masqué.\n   Tous deux, déjà, s'embrouillaient et trébuchaient dans leur diplomatie,\noubliaient par moments les protocoles imposés: après avoir, parmi l'entrain\net la verve d'une causerie, à des coïncidences sentimentales, à des simili­\ntudes verbales, échangé des regards heureux et presque complices, ils\ns'écartaient, tout à coup, interdits et honteux comme d'une fatale et grave\ntransgression, prolongeaient des silences renfrognés qui décontenançaient\nRéginald.\n    (A suivre)                                       ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n                         PRINTEMPS\n        Amis! que le printemps est doux après l'hiver !\n        Plus de neige ! Le sol a mis son manteau vert;\n        Les grands vents qui soufflaient le froid, et les tempêtes\n        S'adoucissent en brise et caressent nos têtes;\n        Sous le vivifiant effluve des printemps,\n        D'un brusque élan, la sève afflue à nos vingt ans!\n        Oui : Tout chante et tout rit! Tout s'ouvre et tout respire!\n        Tout renaît! Nul n'échappe au bienfaisant empire\n        Du bourgeon frais qui pousse aux arbres dégarnis,\n        Du parfum plein les fleurs et du bruit plein les nids...\n        Le sol vert! Le ciel bleu. . la nuit, piqué d'étoiles!\n        Allons! c'est le printemps : Mon âme, ouvrons nos voiles\n        Aux efforts caressants des zéphirs pleins d'amour !\n\n        Mais rien ne se ranime en mon cœur resté sourd.\n        Pour lui, rien n'a changé des choses qu'il contemple,\n        Nul dieu n'est apparu sur les murs nus du temple.\n        Nul n'y trace les mots de Bonheur et d'Espoir.\n        Sombre et désenchanté, je cherche jusqu'au soir\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                                 — 186 —\n\n         Dans le désert affreux de mon âme en deuil, celle\n         Dont l'absence me fait, foyer sans étincelle,\n         Pleurer sur les cœurs pleins d'un amour malheureux,\n         Car Hiver ni Printemps n'ont plus de sens pour eux!\n                                                         MAURICE DUC\n\n\n\n\n                   SUPRÊME VISION\n              Quand Jésus apprit qu'on allait le crucifier, un long soupir sou­\n               lagea sa poitrine. De même qu'un forçat voit tomber ses\n               chaînes dont le bruit sonne une fanfare de liberté, le Naza­\n               réen se sentit soudainement déchargé d'un poids immense et\ntorturant, car l'approche de la mort était pour lui l'aube de la délivrance.\n   Oh ! la fin ! Le couronnement de son œuvre ! Que de nuits passées en\namères et infécondes rêveries ; que d'insomnies douloureuses invaincues et\nd'horribles cauchemars subis depuis que l'idée de terminer naquit en son\nesprit inquiet. Oui, cesser, mais de manière à ne pas déchoir, à garder son\nprestige, la gloire acquise, à conserver la confiance et la foi à tous ceux qui\ndéjà le proclamaient Dieu.\n   Et cette solution tant cherchée se présentait à cette heure d'une si dési­\nrable façon, que Jésus récompensa d'un sourire la foule hurlant la bonne\nnouvelle !\n   Et la précise notion de l'avantage de cette mort publique et ignomi­\nnieuse lui apparut. Dès cet instant, il se sentit pénétré d'une grande\nquiétude. Il songea que mourir ainsi consoliderait sa doctrine qu'il consi­\ndérait, maintenant, assise sur d'ineffondrâbles bases. Et, dans un vif élan\nde reconnaissance, l'Enfant de Bethléem pria avec ferveur et avec joie.\n   Et ni l'atteinte des épines aiguës et meurtrissantes, ni les morsures des\nlanières de la flagellation ne lui arrachèrent un cri. Sa résignation était de\nl'extase, sa douceur et son insensibilité un abandon complet du corps par\nla pensée qui planait, là-haut, dans les régions de sérénités et de splendeurs,\nqui lui divulgaient un règne omnipotent que les siècles perpétueraient. Et\nà de rares intervalles, lorsqu'il avait conscience de la réalité redoutable, il\nse raidissait contre la souffrance, s'évertuait à supporter la douleur sans\nune plainte, sans un murmure, voulant prouver l'inanité du châtiment des\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                    -    187    -\n\nhommes sur sa chair surhumaine et affirmer son essence divine... Et quelle\nprocession triomphale que le Chemin de la Croix! Les vociférations de la\nfoule, furieuse d'être encore craintive, et la brutalité des soldats firent\nsourire Jésus d'un sourire ironique et bon et plein de gratitude pour cette\ncolère déchaînée. Et il marchait, courbé sous la charge de la Croix, absorbé\npar des visions éclatantes lui donnant d'exquises sensations cérébrales.\n    Or, il est arrivé au pied du Golgotha. Un éclair d'orgueil s'allume en\nses prunelles bleues et humides pareilles à des pervenches baignées de rosée.\nIl monte au Calvaire comme sur un trône, se sentant Roi de cette multitude\nâpre et houleuse qui l'environne, et assiste à la sanctification de son mar­\ntyre — inviolable et secret désir de son âme. Puis il livre aux bourreaux,\navec des paroles de paix et de pardon, son corps frêle et blanc et vierge et\ntandis que les clous chassés à lourds coups de marteau perforent ses mains et\nses pieds, Jésus, calme, le visage rayonnant d'une lueur céleste, plaint de\ntout son cœur les hommes commis à son supplice.\n    Oh! comme il bénit cette pompe sanglante, barbare et neuve et sinistre\naussi de son sacre ! Et il sent venir à lui et l'inonder des courants de sym­\npathie qui croissent de moment en moment. La Foi s'installe au cœur de la\nfoule tantôt narquoise encore ; on se prosterne devant ce mourant comme\ndevant un souverain lors de son avènement...\n    Et le voici crucifié entre deux voleurs. A ses pieds grouille le peuple\nmenaçant et interdit à la fois. C'est, pendant un instant, un silence immense\net terrible. Plus que tous les prêches ce spectacle édifie. Christ magnifié ne\nsonge point, n'entend que ce silence terrible et immense, brusquement\nrompu par une longue clameur mêlée de sarcasmes et de pitié : il triomphe.\n    Et c'est une jouissance si forte que des larmes de bonheur lui mouillent\n les paupières.\n    La foule a fui. Les trois suppliciés sont encore exposés à la formidable\ncolère des éléments. Sur l'horizon lourd de noirs nuages mouvants, le corps\n albe du Fils de Marie se détache, les bras éployés. Un nimbe illumine le\n front du Sauveur.\n    Et ceux qui passent maintenant l'injurient : « Toi qui détruis le temple\n et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu,\n descends de la croix. »\n    Et les principaux sacrificateurs, et les scribes, et les anciens le raillent :\n     « Il a sauvé les autres et ne peut se sauver lui-même ; s'il est le roi d'Israël,\n qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. »\n     Et le malfaiteur pendu à sa gauche aussi ricane : « N'es-tu pas le Christ,\n  toi? Sauve-toi toi-même et nous aussi. »\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                  — 188 —\n\n    Mais le brigand pendu à sa droite le reprend et dit à Jésus-Christ :\n    « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans tonroyaume.»\n    Christ interrompt son rêve béatifique. Oh! oui, descendre de la croix et\ny remonter ensuite, mais montrer que la mort est volontaire et ôter encore\nle doute de ces esprits et les sauver !\n    La peine de Jésus se rengrège en entendant les soldats rire et le défier.\nMais l'hilarité des soldats, et le ricanement du bandit, et les injonctions\ninsolentes des passants se perdent en un soudain et prodigieux roulement\nde tonnerre.\n    Christ se tait. Or, lui-même doute maintenant de l'efficacité de sa mis­\nsion. Une vive douleur s'ajoute à toutes ses douleurs et le poigne. Peut-être\naurait-il dû vivre encore, convaincre davantage. Et il se sent agoniser! Le\nsentiment de l'Irrémédiable surgit et l'écrase...\n    Et tandis que l'amertume de ces pensées assiège son esprit et trouble\nson âme, les deux larrons s'invectivent, se démènent avec fureur et se\n blessent au bois rugueux du gibet d'infamie.\n    Et tout à coup Jésus, les traits transfigurés, la chair secouée d'un frisson\n et les regards plongés par-delà l'infini, voit dans la querelle de ces hommes\nle symbole des temps futurs. Une voix intérieure lui annonce que sa doc­\n trine de Paix et de Fraternité sera une ère de luttes et de massacres pendant\n des siècles et des siècles... Et le Rédempteur ferme les paupières pour ne\n plus voir les flots de sang qui, dans sa vision prophétique, montent vers\n Lui...\n    Il faisait presque nuit dans cette après-midi mémorable.\n    Le Calvaire était muet. Et quand l'éclair brillait, on voyait dans une\n lumière phosphorescente les trois agonisants se débattre dans les convulsions\n suprêmes.\n    Et dans le sein de cette nuit étrange et tumultueuse retentit soudain un\ncri angoissant, douloureux et si terrible qu'il domina les bruits de la fureur\ndu ciel.\n    Et le voile du temple se déchira.\n    Et le sublime Résigné, inclinant sa tête pâle vers la terre, expira en\n demandant pardon.\n                                           J U L E S VANDER BRUGGHEN\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                 — 189 —\n\n\n\n          ATALANTE A CALYDON\n                                   (Suite.)\n\n               LE CHŒUR. — Avant le commencement des années, pour\n                former l'homme se réunirent le temps, avec un don de larmes ;\n                le chagrin, avec un sablier s'écoulant; la joie avec la douleur\n                pour levain ; l'été, avec des fleurs qui se fanaient; le souvenir,\ntombé du ciel; et la folie, surgie de l'enfer; la force, sans poings pour\nfrapper ; l'amour qui souffre pour un souffle, la nuit, ombre de la lumière,\net la vie, ombre de la mort.\n    Et les hauts dieux prirent en leurs mains le feu, et les larmes tombant,\net une mesure de sable fuyant sous les pieds des années, et l'écume et la\nhoule de la mer, et la poussière de la terre laborieuse, et les corps des êtres\nqui devaient vivre dans les maisons de la mort et de la naissance; et ils\n firent en pleurant et en riant, et formèrent avec dégoût et avec amour, avec\n de la vie avant et après, et de la mort dessous et dessus, pour un jour, une\n nuit et un matin, — afin que sa force pût résister un moment, avec fatigue\n et lourd chagrin, — l'esprit sacré de l'homme.\n    Comme pour un combat, ils réunirent les vents du nord et du midi ; ils\n soufflèrent sur sa bouche, ils remplirent de vie son corps ; ils firent la vue\n et la parole, pour servir de voiles à l'âme intérieure, pour travailler et pour\n penser pendant un temps, pour être esclaves et pour pécher pendant\n un temps; ils lui donnèrent la lumière de ses voies, et l'amour, et un\n temps pour la joie, et la beauté et la longueur des jours, et la nuit et\n le sommeil pendant la nuit. Sa parole est un feu brûlant, ses lèvres\n créent; en son cœur est un aveugle désir, en ses yeux la prescience\n  de la mort ; il tisse et il est vêtu de dérision ; il sème et il ne moissonnera\n  pas; sa vie est une veille ou un songe, entre un sommeil et un sommeil.\n     MÉLÉAGRE. — O doux ciel nouveau, air sans une étoile, beau jour,\n  sois bon et bienvenu, pour des hommes qui ont des actes à accomplir et de\n  la gloire à recueillir, grâce à toi. Avance, enfant né dans les sons clairs et\n  la lumière, riant, aux membres agiles et aux regards heureux}; que cette\n  grande chasse, où des héros servent de limiers, te laisse mémorable, et nous\n  soit favorable.\n     ALTHÉE. — Fils, d'abord je loue ta prière, puis je fais des vœux pour toi;\n  mais les dieux entendent les mains des hommes avant les lèvres, et se\n  soucient moins des invocations et des sacrifices que de la lumière des\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                   190\n\n\n choses faites et du bruit des hommes au travail. Mais toi, armé et parfait\n pour l'action, attends ; car pareille au nuage de pluie dans le vent, s'accroît\n la foule de tes compagnons, l'élite du monde, assemblée pour détruire le\n fléau, et pour laisser la reconnaissance, les jours tranquilles, et la paix dans\n Calydon.\n    MÉLÉAGRE. — Toute la cité, et tout le pays inférieur flamboie, et le\n doux air résonne de ceux qui viennent. Que les dieux donnent à tous ceux-ci\n le fruit de leurs travaux !\n    ALTHÉE. — Porte là-bas ton regard, et fixe ton esprit, et dis quels sont\n ceux que tu connais; car violemment mêlés, l'ombre et le vent s'élevant entre\n le matin et le brouillard, les chevaux fumants, et les éclairs des brides et\n des roues, et le feu, et les paillettes de l'aurore brisée, et la poussière tra­\n versée de dure lumière, et les épieux qui brillent changeants comme la\n pointe du regard des bêtes sauvages, — frappent mes yeux; ainsi brûle\nleur troupe confuse, et des points clairs s'éparpillent et jouent dans la\n lumière.\n    MÉLÉAGRE. — Le premier de ces hommes, car j'en reconnais peu, étant\nfort loin d'eux, est Peleus de Larisse ; dans sa couche dort la blanche femme\n née de la mer et chaussée d'argent, belle comme l'écume qui jaillit, une\ndéesse ; et leur fils est le plus rapide et le plus splendide des enfants nés des\n hommes, semblable à un dieu, plein de gloire future.\n    ALTHÉE. — Quels sont ceux-ci, brillants comme les deux moitiés d'un\n astre ?\n    MÉLÉAGRE. — Les fils de ta sœur et la double fleur des hommes.\n    ALTHÉE. — O les plus doux de mes parents, jumeaux nés du sang de\n Léda, têtes gracieuses comme des lumières dans un ciel sans tempête,\n belles étoiles en fleur dans l'écume de fer du combat, avec quelle joie du\ncœur et quelle affection de l'âme bien que mes yeux soient souillés par les\nlarmes et que mes paupières soient brûlées par l'inquiétude), de si loin je\nvous salue, me réjouissant de vous voir si beaux, et de formes divines!\nVous venez de loin, les plus jeunes d'années parmi ceux-ci, mais les plus\nnobles ; et vous voir inspire l'amour.\n    MÉLÉAGRE. — Toutes pareilles (car ayant navigué loin d'ici, j'ai vu\nprès de Sparte l'Eurotas creusant ses rochers humides par son courant im­\npétueux) toutes pareilles je vis leurs sœurs; l'une, blanche comme le cygne,\nla petite Hélène; et moins belle, la belle Clytemnestre, grave comme les\nfaons qui broutent et qui craignent les traits; mais par moments, comme\ntouchée d'amour ou saisie de joie, elle rit et ses yeux s'éclairent, puis elle\npleure; alors Hélène, ayant ri, pleure aussi; et l'autre la gronde, et elle\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                 —    191   —\n\n\n\ngrondée, ne dit rien, mais baise les joues, les lèvres et les paupières de sa\nsœur en riant ; elles jouent ainsi, fleurs non écloses, pleines de vie non\népanouie et du sang des dieux.\n   ALTHÉE. — Que de doux jours leur soient donnés, et le doux amour de\nleurs seigneurs, et les honneurs tendres et tranquilles du foyer, la paix, une\nvie parfaite et une couche irréprochable ! Mais qui, près d'eux, porte un aigle\nd'or qui flamboie et agite ses larges ailes contre le soleil, et dont le bec vide\ns'ouvre vers une proie plus vaine?\n    MÉLÉAGRE. — Reconnais à ce signe Télamon, régnant entre les bouches\nfarouches ouvertes contre la mer, dans les récifs étroits de Salamis deux\nfois lavée.\n    ALTHÉE. — Enguirlandé de vigne, parfumé par la mer, brillant comme\nle vin et mouvant comme la vague, il a l'aspect d'un roi très puissant. Mais\nquel chef à la forte ceinture le suit d'un air brutal?\n    MÉLÉAGRE. — Ancaeus, renommé pour sa vigueur, masse de fer, à\n deux tranchants pour la bataille, comme la hache à côté de son bras; et\nqui s'élance contre la houle des lances tempétueuses, à toutes voiles;\n Cepheus le suit, son frère jumeau, le second en renommée de tous les\n Arcadiens.\n    ALTHÉE. — Que la gloire soit pour les hommes, au dehors; pour nous,\n une vie chaste dans la demeure, et la vénération de la famille !\n    MÉLÉAGRE. — A côté, le pied gauche sans sandale, tu reconnais la voile\n et l'aviron du pays étolien, tes frères, Toxeus et le violent Plexippus, trop\n prompt des mains et de la langue ; car les mains sont fertiles, mais la\n bouche ignorante souffle et corrompt leur œuvre par son haleine stérile.\n    ALTHÉE. — La parole sage aussi porte des fruits ; et son souffle renverse\n les choses empoisonnées, et les violences haut assises ; et par le charme des\n paroles et des chants, des hommes ont repoussé le mal déchaîné et le feu\n des tyrannies.\n    MÉLÉAGRE. — Oui, toutes choses, sauf les dieux et l'amour.\n    ALTHÉE. — Toi, aime la loi, et attache-toi aux choses ordonnées.\n    MÉLÉAGRE. — Elle vit sur leurs lèvres, la loi qu'ils applaudissent.\n    ALTHÉE. — De qui veux-tu parler? Quel dieu applaudit aux choses\n  nouvelles?\n     MÉLÉAGRE. — Zeus, qui a sous son pied la crainte et la coutume.\n    ALTHÉE. — Mais il n'aime pas le mépris des lois, ni la vie déréglée.\n     MÉLÉAGRE. — Pourtant lui-même n'est pas moindre que sa propre\n  loi.\n    ALTHÉE. — Et il ne change ni ne bouleverse les choses anciennes.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                  — 192 —\n\n   MELÉAGRE. — Mais suivant sa volonté, il refond et détruit.\n   ALTHÉE. — Beaucoup de choses; mais il laisse chaque créature vivre sa\nvie.\n   MÉLÉAGRE. — Non seulement vivre, mais briller et s'élever.\n   ALTHÉE. — L'orgueil se rompt lui-même, et les biens trop grands se\nperdent.\n   MÉLÉAGRE. — Les biens acquis se dissipent, mais les grandes actions\nsubsistent.\n   ALTHÉE. — Enfant, quand un homme sert la loi par toute sa vie, et la\nrévère de tout son cœur, tous les dieux le louent; mais celui qui ne l'aime\nque des lèvres, et qui ne la désirant pas dans son cœur ni dans ses œuvres,\ncache par des paroles obséquieuses une volonté perverse, celui-là, le ciel\nl'enorgueillit, et le sort né avec lui le suit, et se rapproche de lui, flairant\nde loin les péchés et les chiens rapides de la mort violente le dévorent.\nQue l'homme s'unisse aux dieux à l'esprit tranquille, et il prospérera ; mais\nnon en déchirant les lois, en violant la règle, ni en changeant la face des\nchoses. Une femme armée est en guerre contre elle-même; elle n'est plus\nfemme, elle foule aux pieds l'usage et la coutume, et perd le doux honneur\ncommun qui est à elle, l'amour et les cris des enfants, et les mains fiancées,et\nles bouches unies par le mariage. Ainsi fait-elle, n'étant pas aimée; mais si\nelle est aimée, le feu ni le fer, ni la guerre à la large bouche, ne sont\nplus mortels que ses lèvres et ses cheveux tressés ; car il en sort un poison,\net une malédiction en tombe et brûle la vie des hommes. Mais toi, mon fils,\nne sois pas rempli de mauvais rêves, ni du désir de ces choses ; car avec le\ntemps, l'amour aveugle se consume; mais s'il est nourri jusqu'à ce que la\npâle flétrissure souille toute la vie, plus rien ne paraît digne d'éloges, et\nl'on ne meurt point de la mort douce et sage des vieillards vénérables, qui\nont vécu toute la longueur de toutes leurs années, irréprochables; et qui\nsatisfaits ont vu la face des dieux, et sans honte et sans crainte ont accompli\ndes choses mémorables; tandis que par leurs jours s'écoulant à la vue de\ntous les hommes et à la grande lumière du soleil, ils acquièrent la gloire et\ndonnent une part de leur mérite à la terre qui les a portés et au jour qui\nles enfanta ; ils donnent au foyer des amis et des hospitalités lointaines,\nils remplissent d'une renommée durable et chérie des pays aimés du soleil\nou baignés par les mers violentes, des villes populeuses, et beaucoup de\nchemins nouveaux ; et à l'étranger et dans la patrie, des lèvres répètent\nleurs paroles. Mais quand la blanche vieillesse et la mort vénérable fauchent\nla vigueur et la vie dans leurs membres, dessèchent leur sang et assom­\nbrissent leurs yeux clairs, un honneur immortel est à eux, arrivés par\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                 -   193   -\n\nla vie splendide et la mort désirable à la pure demeure et au trône\néloigné des âmes, aux pays indécouvrables de l'ouest inconnu, autour\ndesquels le courant violent d'une mer sacrée roule à jamais, sans brises,\net la neige n'y montre pas ses ailes blanches et ses pieds tempétueux ;\nni le tonnerre ni la pluie rapide ne s'y font entendre et le soleil\nne brûle pas; mais toutes choses reposent et prospèrent; et eux, remplis\nde jours, divins et morts, les sages et les poètes enflammés par le dieu,\net ceux qui aimèrent leur patrie et toutes les choses bonnes, et la mieux\naimée des meilleurs hommes, la liberté; vies et lèvres libres, mais libres\nd'hommes nés libres, et tous ceux qui sur terre furent honorables, quels\nqu'ils eussent été parmi la race éphémère, vivent là une vie qui n'est pas\nsemblable à celle des dieux, mais qui en est plus proche que la vie des\njours terrestres. Aime une telle vie, et désire une telle mort. Mais de la\nlumière et des rêves ardents de l'amour jaillissent de lourds chagrins et\nune vie sans sommeil, des visions qui ne sont pas des songes, dont nul\ncharme ne fermera les paupières, dont nul chant ne peut adoucir l'insom­\nnie; et la mort rapide écrase de ses pieds stériles l'épi non mûri, et foule les\nvendanges prématurées ; mais toi, l'évitant, accepte la fortune de ta vie pré­\nsente, qui n'est pas sans honneur, et qui te donnera lés fruits que recueillent\net mangent des hommes après les heures dépensées, peu d'hommes, mais\nheureux; sois parmi eux, ô mon fils, le plus heureux, si tu soumets\n ton âme à la destinée, et si tu fixes tes yeux et ton cœur sur les hauts\n espoirs, les actions divines et l'abstinence divine. Alors, pour tous les\n hommes, pendant tous tes jours, tu seras pareil à une lumière et à une\n force communicables, brillant au ciel parmi les au-dessus des heures; et tu\n ne sera pas brisé comme se brisent les hommes, et tu ne t'éteindras point ;\n car à quel autre parmi tous les noms héroïques, les dieux ont-ils mis sa vie\n en ses mains, comme à toi? Et tu as vécu glorieusement, et rendu ta vie.\n pour moi qui t'ai porté et pour tous les hommes, digne à jamais de recon­\n naissance et d'éloges ; et tu as conquis la gloire quand la guerre farouche se\n  brisait tout autour de la maison de ton père, et que les peuples furieux des\n  montagnes tempétueuses dressaient leurs lances contre nous, comme une\n  mer, et que dans toute l'Etolie tonnaient les sabots thessaliens; pourtant,\n comme le vent se joue de l'écume et repousse la vague qui s'étend, tu brisais\n  et séparais leurs lances, jusqu'à ce que défaits ils tombassent homme à\n  homme ; car vous étiez dieu contre dieu, Ares et Artémis, et tu étais le plus\n  puissant; c'est pourquoi la malédiction d'Artémis lâcha contre toi le monstre\n  à la dent aiguë que tu dois vaincre aussi ; car dans la fleur de ta vie plus\n  verte, avant que ta feuille déployée n'eût de fleur, et quand le temps te\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                 194\n\ndonna du répit, tu ne laissas pas ton âme s'affaiblir ou s'endormir; mais\nfort par les bras et par le cœur, tu cherchas les louanges des hommes dans\nles passages difficiles et les entreprises périlleuses, voyant l'écume étrange\ndes mers non encore fendues par les proues, dans les détroits inconnus,\nprès des rivages où les vents anciens ne cessent pas de souffler, où toute la\nnuit résonne le tonnerre, et où le jour n'est pas une joie pour l'homme.\n    LE CHŒUR. — Méléagre, les dieux ont donné à cette femme une noble\nsagesse et de belles paroles; entends-les.\n   MÉLÉAGRE. — O mère, je ne lutte pas volontiers en paroles, et je ne\ntournerai pas ma bouche contre toi, qui es sage autant que celles-ci\nviennent de le dire et pleine de paroles sacrées. Mais une chose certaine\nm'est connue, et je m'y tiens ; c'est que, sans avoir comme toi l'esprit sub­\ntil, sans savoir, comme une femme, tisser les douces paroles, ni fondre\ncomme à l'aide d'un feu l'esprit changeant des hommes sages, pourtant\nmoi-même, agissant équitablement et respectant les dieux, je ne manquerai\npas d'esprit pour savoir quelles choses sont justes. En effet, qui ils aiment,\nqui ils rejettent, étant dieux, il n'est homme qui ne le voie, et à temps ne se\nsoumette, retenant son cœur. Et comme tu l'as dit, moi aussi j'ai vu de\ngrandes choses; je les ai vues ailleurs, mais surtout quand la voile saisit\nentre les cordages tendus le vent d'ouest rugissant, et que tous nos avirons\nbattirent vers l'orient, et que le vent faisait voler autour de la face des\nnavigateurs les blancs et splendides flocons de neige de l'écume déchirée\net que le premier sillon dans la mer verte et virginale suivit le soc plon­\ngeant de sapin taillé, puis se referma, comme lorsque le profond sommeil\na dompté le souffle de l'homme, les lèvres se ferment et le cœur s'apaise, et\nse refermant, brilla, ensoleillé par la chevelure de mainte néréide, et\ns'agita autour des bouches tremblantes de divinités insolites, surgies pour\nnous observer des golfes sonores privés du soleil, à travers les eaux pâlis­\nsantes, dans la la lumière légère; et quand la tourterelle fuyante fut prise\npar des mains invisibles, et que nous lui décochâmes nos flèches, et que\nnous nous hâtâmes au milieu des Symplegades sans retour; mais surtout\nquand la grève pâle et les collines sans herbe apparurent au delà de la Col­\nchide, et que nous entendions les roches crevassées rauques dans lèvent, et\nque nous voyions, entre les récifs resserrés, l'éclair de la vague irrésistible\nbriller, et la blanche flamme humide des brisants brûler au loin sous\nl'ardent vent du sud, comme une lampe qui brûle allonge toute sa flamme\nsous le souffle ; des cimes farouches où le vent ne voyage pas, et des vallées\nfendues vers la mer par leurs fleuves violents, et blanches de fleurs amères\n et des croûtes brillantes du sel marin ; nous entendions les âpres rafales\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                — 195 —\n\nrapides passer comme le vol courbe des oiseaux, et crier avec des voix\nd'oiseaux, et de leurs pieds furieux parcourir en désordre les longues fron­\ntières de l'ouragan, et nous voyions tout l'Euxin blanc s'entrechoquer et\ntomber, la gueule béante, et tonnant de ses mille gorges ; pourtant nous\nparvînmes au but et nous conquîmes la toison, et Médée plus mortelle que\nla mer; mais ayant vu là mainte merveille, et des choses terribles aux\nhommes, je n'y vis point de créature pareille à celle que j'ai vue ici, très\nbelle et terrible, féminine, divine, irréprochable, que je n'aime pas, étant\ndifférent, mais que je crains, que j'honore et que je préfère entre tous les\ndieux.\n     ŒNEUS. — Reine, fille de Thestius, et toi, fils, je n'ignore pas votre\nquerelle, et je ve viens pas, effrayé de vains rêves ou vacillant comme un\n feu qui se consume, juger entre vous d'un esprit léger, mais en roi plein\n de jours passés, et sage des années supportées. Je ne te loue pas, toi, qui\n déferais volontiers les choses faites; ni toi, prompte à les trop estimer. Car\n ce que les heures ont donné est donné, et sans retour ; celles-ci, pourtant,\n changent, et à temps découvrent des choses nouvelles et bonnes, rien\n n'étant immuable ; aujourd'hui, dans notre détresse, elles nous ont envoyé,\n parmi les hommes armés, une femme étrangère, une vierge, ne ressemblant\n pas à la fleur naturelle des êtres, qui croît, donne son fruit, et mœurt; ne\n pouvant être aimée et n'étant pas destinée à éclairer la maison d'un époux;\n glorieuse parmi les jeunes filles et préférée des dieux qui honorent la virgi­\n  nité. Eux aussi, nous les honorons en l'honorant; mais toi, retiens tes\n  pieds et ne la suis pas, refuse à tes yeux les regards amoureux, et ne tourne\n  pas ton cœur vers le sien, mon fils, de crainte que la haine ne produise un\n  fruit plus mortel que l'amour.\n     ALTHÉE. — O roi, tu es sage, mais la sagesse est boiteuse, et tu es\n  juste, mais les dieux ne préfèrent pas la justice au destin, et frappent la\n  bouche pure aussi bien que la violente, et mêlent le sang insolent à celui\n  de l'homme pieux, et écrasent les lèvres saintes comme celles qui mentent.\n  Il suffit, car les paroles sages me manquent, et mon cœur s'enflamme et\n  tremble comme la flamme, ô mon fils, ô enfant, à cause de toi; mes yeux\n  se troublent, tournés vers toi, guerrier si beau, si glorieux, et par amour\n  pour tes yeux, les miens s'obscurcissent, et ardentes comme le feu, les\n  larmes les brûlent, et mes lèvres s'arrêtent et mon âme défaille d'amour.\n   Mais par ta main, par ta douce vie et par tes yeux, par ton grand cœur,\n   par tes genoux embrassés, ô fils, je te conjure de ne pas me tuer en même\n   temps que toi. Car jamais mère, née de la femme, n'aima mieux son fils,\n   et jamais une reine des hommes ne fut plus parfaite en son cœur pour celui\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                  — 196 —\n\nqu'elle aimait. Car ce qui pèse peu pour beaucoup, et ce qu'ils oublient,\ndes choses petites et passagères comme une brise de la mer, je ne les oublie\njamais, je t'ai vu pendant toutes tes années, homme vigoureux, joie des\nhommes qui ont vu ta tête briller, et ta main comme un feu s'ouvrir un\nchemin par le profond sillon de fer des lances écartées ; mais aussi je t'ai\nvu, fleur de trois soleils, petit être gisant qui aspirais ma vie pour la faire\ndescendre en toi et te nourrir; enfant et faible, tout à moi; inutile à tous,\ndoux pour moi. Qui te soignait alors? Qui t'assistait? Qui te savait beau ?\nNon, personne. Alors quelle mer te vit, et résonna, frappée de tes avirons,\nenfant? En quel pays étrange fis-tu briller la guerre? Mais pour moi tu étais\nbelle, ô faible vie sans fruit, fruit de ma propre chair, aveugle, plus pré­\ncieux que beaucoup d'or, fleur folle non épanouie. Car ni l'argent, ni la\nneige éclatante, ni la plume, ni l'écume, n'étaient plus blancs; l'or n'était\npas plus jaune que ta chevelure, ô enfant, mon enfant; et maintenant que\ntu as grandi magnifiquement, et que tu n'es pas plus digne d'amour, que tu\nn'es pas autre à mes yeux, je te conjure par ton âme et par ce sein ; crains\nles dieux, et moi-même, et ton propre cœur, de crainte que tous ne se tournent\ncontre toi; car qui sait quel vent, sur quelle vague de temps changeant,\ncriera la tempête et soufflera la calamité? Rien n'est stable au monde que\nles dieux ne brisent ; et pourtant, mon fils, s'il est une chose plus forte qui\npuisse durer, certes, le tenace et profond amour qui brûle entre nous, allant\nde moi vers toi, durera plus que toutes choses. Pourquoi suis-tu des\namours étranges? Pourquoi me tuer le cœur? Écoute, je dis des paroles\nviolentes et orageuses, et je tombe de la sérénité de mon esprit, et je semble\ndétrônée de moi-même, honnie et abaissée, et l'esprit qui était ma couronne\nse brise, et mon cœur s'est échappé, et je suis dévêtue de mon âme, et je\nreste honteuse, comme une femme vile ; réfléchis : vis, si tu veux, et si tu ne\nveux pas, regarde : les dieux t'ont donné la vie à perdre ou à gagner ; tu ne\nmourras pas comme meurent les hommes, mais ta fin tombant sur toi, me\nbrisera aveuglément.\n   MÉLÉAGRE. — Reine, tout mon cœur se fond sous tes larmes, et mes\nmembres gémissent de pitié pour toi, et l'amour accable de douleur mes\nyeux et mon souffle pénible; car je sais ce que tu es, et j'adore ton sein et\ntes beaux yeux, et devant toi mon esprit est enchaîné, et je t'aime de toute\nmon âme. Car rien n'est plus terrible aux hommes que la douce face et la\npuissance maternelles. Mais que ce qui doit être soit; une fois seulement\nle jour luit pour nous et nous ne savons quand. Le temps et l'heure fertile\nsont plus que nous et se saisissent de nous; mais toi, Dieu, Zeus, seul\nmaître du gouvernail des choses, Père, sois prompt à nous voir, et si tu\nle veux, aide-nous ; mais si tu es adverse, réprime-nous suivant ta volonté.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                 — 197 —\n\n   LE CHŒUR. — Nous t'avons vu, ô Amour, tu es beau ; tu es désirable!\nAmour ! Tes ailes font de la lumière dans l'air, comme les ailes de la tour­\nterelle. Tes pieds sont comme le vent qui laboure les flots de la mer; la\nterre est le voile qui te cache, ton vêtement Tu es léger et subtil, et aveugle\ncomme la flamme ; devant toi est le rire ; derrière toi les larmes du désir ; et\nà tes côtés marchent un homme et une vierge ; elle a les yeux d'une fiancée\nque le bonheur effraye : son souffle virginal est comme la brise dans les\nbourgeons qui palpipent; mais Destinée est son nom; et son nom, à lui,\nest Mort.\n   Car une fleur mauvaise était née de l'écume de la mer et du sang bouil­\nlonnant, au fruit rouge comme le sang et amer, et ses graines étaient le rire\net les pleurs ; et ses feuilles, la folie et la honte ; une fleur amère dès le\nbouton, sans racines sortit de la mer, sans greffe sortit du temps.\n   La toile du monde n'avait pas été déchirée, qui est tirée du jour et de la\nnuit, la chevelure des heures n'était pas blanche, le vêtement du temps n'était\npas usé, lorsqu'une merveille naquit, joie du monde, dangereuse divinité.\n   Et comme elle paraissait, les vagues de la mer s'ouvrirent, et l'écume lui\ncaressant les pieds se réjouissait d'avoir produit une fleur de chair, une\nflamme réchauffant les cieux jusqu'aux froides extrémités blanches du nord.\n   Et dans l'air les oiseaux bruyants, et les hommes sur terre qui entendent\nles douces paroles doucement entrecoupées ; et dans les bas-fonds, les\ncanaux et les étangs, les rapides troupeaux sans pieds se réjouirent, étant\nsimples de cœur.\n   Car tous disaient sur terre : « Elle est belle. Elle est blanche comme la\ncolombe, et la vie du monde par son haleine respire ; et quand elle est née,\nla vie du monde a commencé. » Car ils te savaient la mère de l'amour, et\nne te savaient pas la mère de la mort.\n   Qu'avais-tu à faire étant née, mère, quand les brises étaient heureuses,\ncomme une fleur du printemps des blés, comme une fleur de l'écume des\nmers? Car dès ta naissance tu fus amère, Aphrodite, mère des discordes.\nAvant toi, il était sur terre quelque repos, quelque répit aux larmes, un peu\nde joie dans la joie. Car la vie n'était pas alors telle que tu es, mais comme\ncelle qui, croissant en années doucement parlées, devient une femme féconde ;\nla terre n'avait pas d'épine, le désir pas d'aiguillon, la mort pas de flèches\n cruelles. Qu'avais-tu à faire parmi eux, toi, vêtue d'un feu brûlant, toi,\n ceinte de la souffrance du cœur ; toi, jaillie de la semence des mers, comme\n un épi de la semence du blé; comme un tison retiré du bûcher, comme un\n rayon lancé par le matin, — pour troubler l'âme et la blesser par les flèches,\n les aiguillons et les épines? Pourquoi as-tu voulu naître alors;\n                                                                       13\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                                   — 198 —\n\n     N'y avait-il pas assez de mal, mère, ni d'angoisse sur terre, nés avec\n  l'homme à sa naissance : sous ses pieds, le sol stérile; et au-dessus, la tem­\n  pête du ciel, ou la splendeur répandant la famine ; les naufrages dans les\n traversées lointaines, et le péril des récifs et des détroits ; et les larmes qui\n jaillissent et s'amassent dans les lieux vides de joie, — pour que toi, qui\n as des ailes comme la colombe, et qui es ceinte de la ceinture du désir, tu\n vinsses après tous ces maux pour mettre sur l'homme l'amour?\n     Tu n'aurais pas dû naître; ou la mort aurait dû se lever avec toi, mère,\n et la crainte visible, la douleur, les mains qui se tordent, et le bruit de tous\n ceux qui gémissent, un bruit de poitrines frappées, de genoux fléchissants,\n et dans l'oreille de chacun un cri pareil à celui de contrées qui périssent, le\n gémissement d'un peuple emprisonné, un tumulte de douleurs infinies; et\n le tonnerre de la tempête sur les sables, et les lamentations des femmes sur\n le rivage; et nouvellement surgis au-dessous de toi, les écueils bruyants et\n les récifs qui brisent les vaisseaux, l'air brûlant et la violente lumière; les\n voiles déchirées, et l'aviron se rompant, l'obscurité et les rumeurs de la\n nuit; l'entrechoquement des flots, de la mer, vague contre vague, comme\n dés épées ; la clameur des courants et l'écume ; les pluies qui dévastent la\n terre, les vents devenus furieux qui rôdent comme une horde de loups ; les\n fruits qui se flétrissent sur l'arbre, et les êtres aveugles morts dans leur nai­\n sance; la famine, et les blés niellés, — quand ton temps fut venu de naître.\n     Toutes ces choses, nous les connaissons; mais toi, qui te discernera et te\n jugera? Jusqu'aux limites lointaines de la mer brille la lumière de tes pau­\npières et de tes cheveux, la lumière de ton sein comme un feu entre la roue\ndu soleil et les flammes ailées de l'air. Ne te détourneras-tu point encore,\nn'auras-tu point pitié ? Veux-tu rester avec le désespoir, le désir, la clameur\ndes armées en déroute, les lamentations s'élevant de l'homme contre\nl'homme, et la destruction de la cité par la cité ? La discorde entre les amis,\nla séparation des frères, veux-tu les pousser jusqu'à l'extrémité? Aies pitié,\nmère!\n    Dès longtemps, sur tous les hommes tu as abattu ta main, comme une\nmalédiction, et tu as jeté les dieux hors de leur place. Ces choses on les dit\nde toi. Tu as trouvé des flèches pour en percer des rois puissants, heureux\nau milieu de leurs richesses, et tu as fait leur royaume et leur race pareils à\nla poussière et à l'écume de la mer; tous, accablés de maux, affaiblis par la\nlongueur de leurs jours, tu les as tués ; et de plus tu as envoyé sur Tyro une\nchose mauvaise : les cheveux arrachés et les fleurs de ses joues ensanglan­\ntées par le fer et les coups, quoiqu'elle eût couché au côté d'un dieu qui\nl'aimait, quoique belle et de la race d'un roi ; car autrefois, remplie de ton\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                  — 199 —\n\nardeur, elle ne put endurer plus longtemps sur son sein la robe couleur de\nsafran, sur son épaule le carquois de frêne; et pleine de désir elle se mêla et\ns'unit à Enipéus, et toute sa chevelure était mouillée par la bouche du\nfleuve et son sein plein de l'écume des flots.\n   ATALANTE. — Soleil et lumière pure sur les collines vertes, et jour levé\ntardivement et longtemps désiré, et vous, dieux justes, dont les mains dis­\ntribuent l'angoisse et la récompense; mais toi d'abord, blanche sœur du\nsoleil, vierge dans le ciel, sur terre adorée par toutes vierges — je vous\nsalue, entendez-moi et témoignez pour moi que je ne suis pas envoyée sans\nsigne, sans règle et sans respect, moi, vierge bénie et chasseresse sainte\ncomme celle que je sers, qui suis devant vos yeux et exposée aux regards\nde ces hommes, comme eux vêtue pour la chasse, les flèches prêtes; c'est\npourquoi vous tous, soyez à mon côté, si je suis pure et si vous êtes les\ndieux justes, de crainte qu'un homme ne méprise une femme qui ne sera\npas épouse, qui porte un épieu pour quenouille, et l'arc bandé pour fil à\ntisser. Avec des lèvres pures, je salue le ciel et la face de tous les dieux, et\nl'aurore remplissant de flammes virginales et de fleurs virginales les enclos\ndéserts des étoiles, et adoucissant les hauteurs chaudes et pâles de l'air, les\nchemins suivis par la lune et les barrières sans souffle, et les extrêmes col­\nlines du ciel. Ensuite, ayant offert l'eau et les dons purs de sang, des fleurs,\n et un anneau doré de cheveux purs, je prie Artemis d'être favorable, et de\n rendre ce jour tout entier doré, le sien et le nôtre, gracieux et bon et pur,\n parfait jusqu'à la fin. Mais toi, bien-aimée, entre tous mes jours, rends\n fertile celui-ci, qu'il soit la couronne de tous les autres, qu'il produise des\n feuilles dont j'entourerai ma chevelure en guirlande parfaite, tissée par\n toi pour celle qui est tienne. Car ce n'est pas sans la parole de ta chaste\n bouche, sous la loi donnée ni l'ordre clair, que poussée par les vents et les\n dieux bienveillants, à travers les blancs détroits de la mer mouvante, depuis\n Elis jusqu'au sinueux Acheloüs, je vins ici, loin de la maison de mon père;\n ni que je laissai dans la tristesse Jasius, et les collines arcadiennes, et toutes\n leurs sources à la verte chevelure, et tous les bois inconsolables de ne plus\n entendre mon cor retentir et de ne plus voir briller mes rapides pieds blancs.\n  (A continuer.)                                    A.-C. SWINBURNE\n                                               (Traduction   de P. TIBERGHIEN.)\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                                  — 200 —\n\n\n\n\n           PENSÉES SENSIBILISÉES\n                                                          A   FRANCIS   NAUTET.\n\n                                        I\n\n                Chez les hommes complètement organisés, l'idée et l'impression\n                 sont simultanées et confondues. L'une ne se manifeste pas\n                 sans que l'autre ne surgisse. Peut-être y a-t-il entre la nais­\n                 sance de l'idée et celle de l'impression l'inappréciable espace\n de temps qui sépare deux coups de feu tirés au commandement, mais celte\n priorité initiale ne se fait pas sentir dans la réalité extérieure où la vie de\nl'être arrive complexe.\n    Il est vrai que l'homme le plus harmonique se caractérise par une domi­\nnante de cérébralité ou de passion. Est-ce sur la dominante de cérébralité\nqu'on base certaines doctrines en vertu desquelles il semble que l'artiste,\nau moment de composer, puisse isoler son cerveau du reste de son être!\n Il vaudrait mieux dire qu'il se produit à ce moment une telle aspiration de\ntoute la vie au cerveau, que les émotions mêmes se déplacent. Dire que\nl'artiste a glacé sa vie émotionnelle et « tué son cœur », c'est dire qu'il\nest devenu subitement un philosophe travaillant dans la matière morte de\nla pure raison, un archéologue de la pensée.\n    La pensée latente est comme l'éther bleuâtre que la seule profondeur de\nsa lumière colore. Qu'un remous de vie la condense et elle se dessine en\nappliques de pensées sur elle-même, à la façon des nuages se groupant en\nfigures sur le ciel pur. On dit qu'alors la pensée se sensibilise et le mot\nprend sa double acception : les pensées sont des êtres ; elles frissonnent de\nvie et retiennent les esprits en dégageant vers eux leur frisson.\n    En vérité, les pensées s'enveloppent toujours d'émotion et quand deux\nnaïfs de science, affolés à distance froide l'un de l'autre, célèbrent par leur\nimpassibilité la victoire de l'idée pure, c'est qu'un mouvement de fluides\nanimiques a opéré secrètement cette communication — cette communion —\npour amuser leur orgueil.\n    La nature a de ces charités et de ces ironies.\n    Si l'homme pouvait concevoir la mort absolue, c'est sans doute par des\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                                 — 201 —\n\n\nraisonnements qu'il la démontrerait ; mais la vie ne se prouve que par les\nœuvres. La vie surprend toutes les doctrines en défaut et les brise. C'est\npourquoi ceux qui veulent gouverner l'art par des doctrines font l'effet de\ngens qui voudraient démontrer la plastique par l'orthopédie. Il est évident\nque le premier mouvement de l'homme qui se retrouverait ingambe serait\npour envoyer son appareil au milieu de la route. La discipline de deux\njambes solides est la plus harmonieuse qu'un marcheur puisse avoir. Quand\nje vois un membre entouré de ferrailles théoriques, je me dis que ce n'est\npas naturel. Et ce mot de nature, qui fâche tant les poètes, n'est-il pas, en\nsomme, le mot qui sauve les presque-noyés de la philosophie du bien et du\nbeau ?\n    Le « naturisme », en littérature contemporaine, était une étiquette\nd'école; mais le naturalisme, dans la vie universelle des êtres, est un prin­\ncipe attesté par les œuvres, et les poètes qui se font gloire d'être artificiels\n— parce qu'ils confondent ce qui est artificiel avec ce qui est paradoxal —\nne pourraient sérieusement le repousser puisqu'ils ne peuvent être artificiels\nque « selon leur nature ».\n   Quand ces poètes artificialiseront la nature au point de changer les\nrameaux — verts, bleus ou violets — en bois mort, il faudra qu'on les\npunisse en naturalisant l'art, cet étranger, et la religion et tout ce qu'on\nnomme le merveilleux qui ne cessera pas d'être merveilleux à l'approche des\nhommes, mais qui entrera mieux, alors, en similitude avec la vérité spiri­\ntuelle.\n    L'imagination n'est qu'une synthèse de sensations. Les poèmes, les\nféeries transposent de la vie dans un domaine supérieur d'images. Les\nhommes auraient moins peur de ces poèmes et de ces féeries si on ne leur\nfaisait tant croire, à force de raisonnements, que les images qu'on y voit\n sont des monstres délicieux ou horribles.\n    Mais peut-être, inconsciemment, obéit-on à une tradition surannée, en\n maintenant fermées les formules du mystère.\n    En art comme en religion, les dogmes tombant, lourds, entre les œuvres\net les hommes, séparant l'âme du corps, ont contribué à ne faire voir à la\n foule que la façade de l'empyrée ? Comme au temps de la foi, où la foule\nétait l'esclave aveugle de la vérité révélée, elle devient l'esclave des beautés\n proclamées qui la dominent sans la faire vivre. N'approchons-nous pas\n pourtant; d'une ère d'unification et d'élargissement de la vie, où la pensée\n les respirera plus librement, sans que les artistes perdent rien de leur aristo­\n cratie ni de leur prestige?...\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                                    — 202 —\n\n\n                                         II\n   Nos jugements sont des transactions d'idées, des pensées nouées dont le\nnœud formule un doute. A l'origine le doute n'existait pas. C'est le\nraisonnement qui a créé le doute en distinguant les pensées. Au lieu d'unir\nles êtres, le raisonnement les isole. Il a particularisé les cerveaux et chacun,\nmaintenant, se fortifie en soi.\n   Chaque être est un univers d'où l'on tire sur l'univers d'en face. C'est\nbon la bataille. Quelquefois, à force de se battre, on s'aime. Mais barricader\nde théories les petits univers que nous sommes pour empêcher des idées d'y\nentrer ou d'en sortir, c'est puéril. Avouons que les théories ne sont qu'un\nsimulacre. Car nos jugements sont relatifs autant que nos péchés, et soumis\nà l'absolu de la vie. Nous devons les énoncer en confession comme des\nfautes de raison qui ne nous seront remises que si nous les expions par des\nactes.\n   Ainsi la critique qui dogmatise parle à contre-sens de pensée. La critique\npartiale est la seule aimable. Elle porte en elle son excuse, car elle a la cha­\nleur et la décision d'un acte personnel. Ses jugements valent le jeu de pile\nou face qui marque la place des combattants dans un duel. Cette critique-là\nparticipe de l'œuvre. Elle est pleine d'injustice et de vie. C'est la seule qui\npuisse développer l'harmonie d'un caractère.\n\n\n                                        III\n\n   La foi est ce qui attache énergiquement un homme à son avenir. C'est\nle principe de la vie. Chez les hommes bien vivants, cette foi subsistera en\ndépit des raisonnements. Les penseurs se la légitimeront par un équivalent\nde rêve.\n   Vouloir tuer le rêve par la raison, c'est vouloir tuer l'esprit de la pensée\npar la lettre de la pensée. La vie qu'on chasse de la pensée se réfugie au\ncœur. Plus on nie le mystère, plus on fortifie en nous le sentiment et la\nsouffrance du mystère. Tout, aujourd'hui, tend à rétablir un équilibre\nrompu par les excès de la raison humaine sur le compte de laquelle les\nhommes se sont abusés.\n   La raison n'élargit pas la pensée, elle la vide et fait voir la carcasse étroite\noù cette pensée s'enferme sans communication avec l'extérieur. Toute pré­\ntendue règle que nous formulons est une exception et ne vaut que comme\ntelle. Toute règle, en enfermant plus vigoureusement un être dans sa per­\nsonnalité, le fortifie. Toute règle enfermant deux êtres affaiblit l'un des\ndeux.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                      203\n\n\n   Il y a un principe de physique qui dit que deux corps ne peuvent pas\noccuper en même temps la même place. C'est à ce principe que nous nous\nrattachons en affirmant que chaque être règle d'une façon particulière ses\nrapports avec l'être universel. Sur dix hommes soumis à une loi, neuf sont\nmal gouvernés. Un homme découvre seul l'harmonie de sa vie; formuler\ncette harmonie lui serait inutile; la formuler lui serait impossible puisqu'il\nne peut s'extérioriser. Sans doute, des lois nous régissent, lois générales en\nregard desquelles les lignes critiques que nous voudrions établir seraient\ninvisibles. Ces lois dont nous n'avons que le sentiment, nous ne les con­\nnaîtrons jamais. Nous ne pouvons comprendre ce qui est plus grand que\nnous.\n   Mais qu'importe cela, si le sentiment nous pousse vers un but prédit de\nsorte que nos combinaisons rationnelles ne soient que des jeux de figures\ntracées à la surface de notre volonté spontanée.\n   Autant les lois particulières nous différencient les uns des autres, autant\nles mystérieuses lois générales nous assimilent les uns aux autres. Ces lois\nque nous ne pouvons réaliser par la raison, nous tendons à les réaliser par\nle sentiment dont l'art est le suggéreur et l'interprète.\n    Dans ce domaine des généralités, la science répond à notre besoin de\n vanité. L'art y joue un rôle plus simple et plus réel. Qu'on le garde de\nl'envoûtement par la science. Qu'on se garde de le dogmatiser.\n    Les lois que nous respectons en nous et que l'œuvre y développe exercent\n notre force intime; mais ne les proposons pas à l'œuvre. Dénudées de la\n vie qui les impliquait, les lois sont quelque chose de posthume qui n'inté­\n resse plus que l'histoire. Les lois nous livrent une tradition utile, car elles\n sont ce qui nous fixe dans le passé. Elles ne nous guident pas vers l'avenir.\n L'art est une prescience de vie; il travaille à l'éternelle rejonction des êtres\n à l'être. Son instrument est l'imagination. Si vous voyez que des gens s'oc­\n cupent à établir des lois et des règles, dites-vous qu'à leur place, déjà la vie\n sefige,que la science a pris possession du terrain et pressez le pas : l'art est\n au delà.\n                                       IV\n\n   Exaspérés par une longue et bruyante dissonnance, des artistes évoquent\nle classicisme. Le mot est dangereux parce qu'il peut détourner l'idée.\n   Toute œuvre a sa coque de vie matérielle, son vêtement d'actualité. Pièce\nà pièce, le vêtement tombe et l'être de l'œuvre se dégage. Les œuvres clas­\nsiques sont celles qu'on pourra regarder nues, les œuvres essentielles qui\n vivront jusque dans la mort de leur chair. Cela ne signifie pas qu'il faille imiter\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "                                            204\n\n\nle beau geste qu'elles avaient en mourant. Mais songeons à la spirituelle\nsimplicité de la vie qui faisait à ce moment naître la lumière sous leurs pau­\npières closes et recherchons la vie en essence.\n   Les figures de classicisme qui nous hallucinent sont les images embru­\nmées d'une synthèse et d'une foi nouvelles. Elles nous prédisent la résur­\nrection d'une harmonie profonde qui sauvera la dissonnance et rescellera\nl'anneau brisé.\n                                                                    H E N R Y MAUBEL\n\n\n\n\n              CHRONIQUE MUSICALE\n              Nous sommes en plein, en ce moment, dans la saison des con­\n               certs. Pas une semaine qui se passe sans plusieurs auditions,\n               solennelles ou autres. Je ferai grâce au lecteur de ces « autres»,\n               pour ne lui parler que des séances les plus importantes.\n   Premier en date, le troisième Concert populaire : Le Chasseur maudit\nde César Franck, le beau Concerto (op. 15) de Brahms, pour piano, la\nNoce villageoise de Goldmark et une ouverture de Dvorack, Hutzitska.\nC'était ce qu'on peut appeler un beau programme ; mais, hélas ! tout cela\ns'en est allé à vau-l'eau, de par M. Van Tyn, dont l'effondrement, dans le\nConcerto de Brahms, est encore présent à toutes les mémoires. Rarement\nnous aura-t-il été donné de constater plus de défauts unis à moins de qua­\nlités. Sécheresse, rudesse d'attaque, absence de tout sentiment et encore\nmieux de tout style, tout cela concourait, chez M. Van Tyn, à une véri­\ntable « exécution » du pauvre Concerto de Brahms.\n   Alors, naturellement, le désastre s'est étendu au reste du programme.\nPar un de ces mouvements d'âme qui disent si bien la sottise du public,\ncelui-ci a également boudé la jolie symphonie de Goldmark et l'ouverture de\nDvorack. Cette ouverture est cependant une œuvre forte et vigoureuse, bien\nbâtie, d'une inspiration abondante et d'un beau caractère héroïco-drama­\ntique. Le concert s'ouvrait par le Chasseur maudit, un tableau sympho­\nnique qui ne compte pas parmi les meilleures pages de Franck; l'œuvre,\nen somme peu personnelle, est fortement influencée par le récitatif\nwagnérien : il semble que tous les récits de Wotan lui aient servi de base;\non y trouve également du Grieg (1). Elle est néanmoins intéressante par\n\n\n\n  (1) Il y a, d'ailleurs, chez Franck, des connexités avec le maître norwégien qu'il serail\nintéressant d'étudier de près. On trouve dans certaines œuvres de Franck — la Sym­\nphonie, par exemple — des formules de Grieg qui se détachent avec une netteté et une\nintégrité étonnantes.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                                    205\n\n\nsa belle facture et la distinction extrême de son coloris harmonique et\ninstrumental.\n    L'ouvrage sur lequel la médisance s'est exercée avec le plus d'acharnement,\nmême de la part d'artistes sérieux et convaincus, c'est bien la Ländliche\nHochzeit-Symphonie de Goldmark; j'avoue que je n'y comprends rien.\nSans doute, l'œuvre n'a pas des visées bien élevées ; elle est plutôt aimable,\ngracieuse, mais si son cadre est petit, elle le remplit bien; c'est évidemment\nune œuvre honnête et sincèrement écrite, sans recherche du gros effet.\n« Le Jardin », titre de l'andante, n'est, certes, pas un jardin décadent ou\nfin de siècle fleuri d'yeuses, de scabieuses et de roses trémières... Goldmark,\nun bon Viennois (on sait que les compositeurs de l'école moderne allemande\nont pris l'habitude de naître à Vienne), Goldmark n'y a mis que des roses et\nde bénévoles œillets... Toute la symphonie, d'ailleurs, d'une orchestration\noriginale et pimpante, est écrite dans un sentiment intime, doux et paisible.\n Elle méritait en tout cas meilleur accueil.\n    Le troisième concert du Conservatoire peut marquer comme une date\ncaractéristique dans l'éternel et irrésistible « En avant » de l'art ; l'entrée\nofficielle du Wagner de la dernière manière au Conservatoire; M. Gevaert,\nle clairvoyant Hans Sachs bruxellois, plantant là décidément les Beck­\nmesser de la réaction, et tendant la main à Walter pour l'introduire dans\nla forteresse classique de la « tablature »\n    Le programme, à part la Réformation de Mendelssohn — ô antithèse !\n— n'était composé que de fragments wagnériens : la Faust-Ouverture,\ncelle des Maîtres Chanteurs, la Marche funèbre de Siegfried (du Crépus­\ncule), le prélude de Tristan et celui de Parsifal. Un orchestre voué\nau classique se trouvait naturellement quelque peu dépaysé devant les pages\n du terrible maître. Le prélude de Parsifal a été le moins bien rendu; le\n Thème de la Cène, au commencement (et non pas le thème de la Foi,\n comme le nomme un confrère) était un peu rude, dur ; le Thème de la Foi.\n lui, était pris dans un mouvement beaucoup trop rapide; le prélude de,Tristan\n a été beaucoup mieux exécuté. Quant à la Faust-Ouverture, à l'ouverture\n des Maîtres Chanteurs et à la Marche funèbre de Siegfried, c'était la per­\n fection. Dans les Maîtres Chanteurs, chaque thème sortait avec une netteté\n et une clarté superbes. Mais la Marche funèbre ! Ah ! l'inénarrable, le\n sublime fragment ! Je crois que jamais il n'a été écrit une page d'un\n héroïsme semblable; on se sent littéralement enlevé, emporté à des hau­\n teurs surhumaines. Le succès a été prodigieux ; et cependant, combien,\n parmi les auditeurs, se trouvaient au courant de la signification attachée à\n chacun des nombreux thèmes qui forment le tissu du morceau? Considéré\n à cet unique point de vue de l'habileté de la facture, celui-ci n'en devient\n que plus étonnant encore. Les thèmes ont été disposés par Wagner dans un\n ordre absolument chronologique, c'est-à-dire d'après l'ordre de succession,\n dans les Nibelungen, des péripéties dramatiques auxquelles chaque thème\n est attaché. Cela commence avec le Thème du Velse, la race dont Siegfried\n est issu, passe par divers thèmes et atteint son apogée dans l'explosion\n  formidable du Thème de Siegfried ; puis, la fin, la mort; et par une saisis-\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                                      206\n\n\nsante évocation du passé, c'est la sombre et horrible menace de la Malédic­\ntion de l'Anneau, cause initiale de la catastrophe finale, qui symbolise\ncelle-ci. Et pourtant, tout cela se tient, forme un tout sans solution de\ncontinuité : quelle leçon pour les contempteurs de la forme!\n   S'il nous faut offrir à M. Gevaert un juste tribut d'hommages pour cette\nadmirable séance, profitons-en pour le remercier du même coup d'un autre\nrégal artistique dont nous lui sommes également redevables : Orphée à la\nMonnaie. En dehors du talent superbe déployé dans le rôle d'Orphée par\nMlle Armand, à part la bonne volonté manifeste des chœurs et de l'orchestre,\ndu talent et de l'invention de MM. Devis et Lynen dans leurs décors du\npremier et du troisième acte, il y a un certain ensemble, une homogénéité\ndans les divers moyens concourant au tout dramatique, qui trahissent la\nprésence extraordinaire de quelqu'un au coup d'œil large et sûr, et à la\nvolonté ferme.\n   Telle qu'elle se trouve actuellement représentée à la Monnaie, l'œuvre de\nGluck nous apparaît comme une véritable révélation. Les airs, les chœurs\net les fragments symphoniques sont d'un charme et d'une intensité extraor­\ndinaires. Mais les récitatifs, les fameux récitatifs de Gluck, sont bien plus\nintenses encore. Chose curieuse! avec leur énergie véhémente, leur rythme\nfort et simple, leur belle coupe large et leur métrique rationnelle, on croirait\nentendre des récits wagnériens! L'illusion est frappante. L'acte des Champs\nElysées est un rêve, musicalement et scéniquement parlant; le décor, un\nvéritable Corot, est un chef-d'œuvre de délicatesse et de goût.\n   Je l'ai dit, Mlle Armand est excellente dans Orphée; MM lles Lejeune et\nDarcelle gâtent un peu cette impression, la première par une interprétation\nun peu mièvre, l'autre par une émission de voix étranglée et gutturale. On\nne peut tout avoir !\n   Pour finir, que le lecteur me permette de l'emmener à... Mons Oui, par­\nfaitement, à Mons. L'excellente Société de musique de la ville, naguère\nfondée par M. Gurickx, aujourd'hui présidée par M. Mangin, donnait le 9\nde ce mois, un grand concert auquel elle avait convié bon nombre d'artistes\net critiques bruxellois.\n   Le programme, très copieux, comprenait, outre une Ouverture de\nconcert de Fétis, vraiment trop peu intéressante pour que j'en parle plus\nlonguement, le 5e concerto de Vieuxtemps pour violon et orchestre, inter­\nprété par Mlle I. Sethe; le Démon, de Gilson (1 re exécution) et des frag­\nments du Laatste Zonnenstraal de M. Huberti, exécuté récemment à\nLouvain.\n   Mlle I. Sethe, une des meilleures élèves sorties des mains d'Ysaïe, a joué\ndans la perfection le concerto de Vieuxtemps. Belle technique, sonorité\npleine et vibrante, style impeccable, Mlle Sethe joint tout cela à un sens\nprofondément artistique; avec quelle tendresse et quelle simplicité elle a\ndit, pour ne citer que cela, les quelques notes de l'air populaire « Où peut-\non être mieux » intercalé par Vieuxtemps dans sa composition! Des bravos\net un enthousiasme légitimes ont salué la jeune artiste à son départ de\nl'estrade.\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                 — 207 —\n\n    L'audition du Démon, joué pour la première fois, m'a confirmé absolu­\nment dans l'admiration véritable que je conçus pour cette œuvre, lorsque\nje l'analysai il y a quelque temps, en vue d'un travail sur Gilson et son\nœuvre jusqu'à ce jour. Je n'ai rien à retrancher aux opinions que j'expri­\nmais alors : c'est une oeuvre robuste, saine, fortement pensée et portant\nbien l'empreinte de l'extraordinaire technique harmonique et orchestrale de\nl'auteur. L'exécution, sous l'habile direction de M. Prysse, a été très\nbonne, sauf, dans la première partie, quelques attaques un peu dures des\nchœurs, et, par-ci par-là, quelques couacs désagréables des cors. M. Piél­\ntain, excellent dans le rôle du Démon, ainsi que Mme Houzeau de Lehaie\ndans celui de Thamara ; MM. Tondeur et Preumont tenaient bien les petits\nrôles du Prince et du roi Goudal. Après l'exécution, l'auteur, appelé avec\nenthousiasme, a été extrait à grand'peine d'un petit coin sombre au fond de\nla salle, et s'est vu forcé de venir devant l'estrade saluer le public, — ce qui\nl'a mis de fort mauvaise humeur : Quel drôle de garçon !\n    Le Laatste Zonnenstraal (Dernier rayon de soleil) de M. Huberti ter­\n minait le concert. C'est une composition fort vaste, pour soli, chœurs et\norchestre, d'après un poème d'E. Hiel. L'œuvre, sous la direction de l'au­\nteur, n'a pas été exécutée intégralement. Elle comprend de très jolies\n parties, reliées entre elles par le thème du Dernier rayon de soleil; je citerai\n particulièrement le premier tableau, d'une jolie couleur agreste, et l'avant-\ndernier, avec le solo de soprano, bien chanté par Mme Houzeau de Lehaie.\n Néanmoins, l'œuvre a paru un peu longue ; la faute en est surtout, selon\nmoi, à la monotonie rythmique qui est son principal défaut : une fois un\nmouvement adopté, l'auteur ne le lâche plus jusqu'au bout du morceau.\n M. Tondeur a soutenu vaillamment la partie de baryton solo, assez consi­\n dérable. L'interprétation, de la part de l'orchestre et des chœurs, a été\n excellente.\n    Après le concert, qui s'est terminé assez tard, M. Huberti a été chaleu­\n reusement acclamé.\n    Les XX avaient organisé, comme ils l'ont fait chaque année, quelques\n intéressantes séances musicales. Je ne puis en parler, n'ayant pu assister à\n ces concerts qui se donnaient, comme toujours, pendant la semaine, et\n l'après-midi : autant dire des concerts à l'usage exclusif des désœuvrés, des\n petites dames et des jeunes gens « bien » qui, déambulant l'après-midi par\n la Montagne de la Cour, exécutent ce jour-là un petit crochet et vont\n passer une heure au Musée, entre deux potins.\n    Désœuvrés, Dieu merci, les artistes ne le sont généralement pas. Peut-\n être même la partie la plus intelligente et la plus sérieuse du public se\n recrute-t-elle parmi les travailleurs et les besogneux.\n\n                                                       E R N E S T CLOSSON\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                                    — 208 —\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   I. Les Trophées, par J.-M. DE HEREDIA. Paris, Lemerre. — II. Solness le Construc­\nteur, par H. IBSEN Paris, Savine. — III. Contes à Marjolaine,        par G. GARNIR.\nBruxelles, Lacomblez. — Gens de Province, par F. MAHUTTE. Bruxelles, Lebègue. -\nIV. Dit un Page, par M. EDMOND RASSENFOSSE. Liège, A. Bénard.\n\n                                         I\n\n              Quelqu'un a écrit, à propos des Trophées, qu'il serait impossible\n               de « considérer d'une vue d'ensemble ces médullaires poèmes\n               épigraphiques ou épigrammatiques ». L'erreur est grande, car\n               l'œuvre de M. José-Maria de Heredia, bien qu'en partie ina­\nchevée, n'en a pas moins son ordonnance et son unité.\n   Poète épris de la beauté pure, M. de Heredia la poursuit à travers l'his­\ntoire et la légende. Il la demande à l'Antiquité, au Moyen-âge, à la Renais­\nsance. Il la recherche avec une noble passion, chez les dieux et chez les\nhéros, dans la splendeur des êtres et dans la splendeur des choses. La\nnature, pour lui, porte le deuil divin, et, s'il consent parfois à ouvrir les\nyeux sur le spectacle de la vie, c'est afin d'y découvrir les reflets d'un idéal\naboli. Qu'il parcoure la Grèce et la Sicile, Rome et la Gaule, l'Italie et la\nFrance de la Renaissance; qu'il ressuscite l'Espagne des conquérants et les\néblouissements de la Castille d'or ; qu'il chante l'Orient, les Tropiques, la\nmer de Bretagne ou l'Océan polaire, chacun de ses poèmes est un hymne à\nla beauté, à la beauté de la force ou à la beauté de la grâce, et aux reliques\nmystérieuses où brille un rayon de cette beauté. Mais, hélas!\n                 Le temple est en ruine au haut du promontoire,\n                 Et la mort a mêlé, dans ce fauve terrain,\n                 Les déesses de marbre et les héros d'airain\n                 Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.\n\n   L'homme demeure indifférent au rêve des aïeux; la nature est vide; la\nforce est devenue laide et la grâce, maladive. C'est pourquoi, sur l'ensemble\nde ces évocations glorieuses de couleurs et de lignes, planent les grandes\nailes d'une virile tristesse.\n   Tel est le lien qui relie les Trophées. 11 a plu au poète de ne pas le\nrendre apparent ; mais il n'en existe pas moins pour ceux qui ont pénétré\nson œuvre.\n   Ce voyage en rêve à travers des civilisations disparues, d'autres poètes\nl'ont rêvé. Mais les uns, comme Victor Hugo, n'abdiquèrent jamais l'idéal\nsentimental de leur siècle; les autres, comme Leconte de Lisle, s'attachèrent\nà incarner l'idéal philosophique de leur temps. M. de Heredia, au con­\ntraire, poète doué d'une sensibilité plastique merveilleuse, recherche la\nbeauté antique pour elle-même, telle qu'elle exista, telle qu'elle fut réalisée\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                 — 209 —\n\n\npar le réve ou par l'action des hommes d'autrefois. Son rêve est semblable\nà leur rêve; les actions qu'il imagine sont pareilles à leurs actions; son\nesprit est contemporain du leur. L'homme d'aujourd'hui, en M. de Heredia,\nne se révèle guère, si ce n'est par la faculté, essentiellement moderne, de\ncomprendre et d'exprimer, avec un bonheur égal, des époques et des civili­\nsations très diverses, et par l'inévitable tristesse qui est la rançon de cette\nfaculté.\n    C'est dire, non pas que M. de Heredia est un poète objectif — ce ne serait\npas assez! — mais qu'il est le poète le plus objectif de la France du\nXIXe siècle, et peut-être de la France de tous les siècles. Gustave Flaubert\nprofessait que l'œuvre d'art, une fois composée, doit exister comme un\nobjet indépendant de son auteur. Cette théorie d'art, blessante pour la\nvanité des méchants écrivains, Flaubert l'appliqua souvent, moins souvent\nqu'il ne le croyait ; M. de Heredia l'applique toujours. Comme l'a écrit juste­\nment M. Paul Bourget, l'auteur des Trophées a réalisé ce reste de panthéisme\nqui se cache derrière la théorie de l'art objectif : « Une intelligence toute\npeuplée, toute composée de formes émanées des choses, si bien que c'est la\nvie universelle qui semble aboutir à chacune de ces visions déprise de sa\npropre existence. » De pareilles réalisations supposent un labeur de pensée,\nun travail d'imagination, des études historiques dont le lecteur profane,\nsimplement charmé, ne soupçonne point l'étendue. Il est plus facile, assu­\nrément, de délayer, en une centaine de pages, sous prétexte de sincérité, les\nanecdotes de sa vie sentimentale, que d'assembler et d'unir harmonieuse­\nment les traits caractéristiques d'un parfait poème de quatorze vers. Une\ntelle condensation exige une force créatrice patiente et maîtresse d'elle-même,\net il est juste que cette noble patience soit récompensée par la certitude de\n l'éternité. Patiens quia eternus, disent de Dieu les théologiens. Pour hono­\n rer le bon poète, il faut renverser la phrase et dire : Quia patiens eternus.\n     J'ai parlé plus haut de la merveilleuse sensibilité plastique qui se mani­\n feste dans les Trophées. Merveilleuse en elle-même, elle est plus merveil­\n leuse encore par la manière dont elle choisit les éléments du poème. Entre\n mille détails que lui suggèrent la matière du sujet, elle s'empare infaillible­\n ment des plus expressifs, de ceux qui font image par le dessin, par la cou­\n leur et par le relief. Ces détails caractéristiques, l'écrivain les traduit,\n en des mots éclatants, d'une propriété scrupuleuse, qui s'imposent au\n souvenir. Et ces mots, il les unit par la chaîne d'or du rythme, pour en\n faire un poème, un poème absolu, qui est la quintessence de son rêve, et dont\n nulle main, sans être sacrilège, n'oserait modifier les proportions. Aussi est-\n il logique qu'un poète doué d'une telle sensibilité préfère, de tous les\n poèmes à forme fixe, celui qui permet le plus grand effort de concentration :\n le sonnet.\n     Ce bonheur imperturbable dans le choix des éléments et dans la disposi­\n  tion des mots expressifs est un don essentiellement latin. M. de Heredia,\n  malgré son nom, malgré la pompe castillane de ses rimes, quoiqu'il ait\n  écrit des sonnets d'une pureté grecque, et bien qu'il se complaise à peindre\n  l'éventail d'un Samouraï ou d'un Daimio, est un poète de race romaine.\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "                                   — 210 —\n\n\nFils de la Louve, il va droit à la beauté concrète, à la clarté, au soleil. Son\nrêve, qui repousse le clair-obscur, la langueur et le brouillard de la poésie\nseptentrionale, est souvent le souvenir, le pressentiment ou le désir de l'action.\nCe rêve, il faut qu'il le touche, qu'il le rende aussi réel qu'un beau marbre\npolychrome, qui charme à la fois les sens et l'esprit Lutter avec la réalité\npour l'exprimer, l'ordonner et la fixer en l'embellissant, tel est son triomphe.\nParmi tous les écrivains d'âme latine, M. de Heredia est peut-être le plus\nlatin. C'est proclamer qu'il est magnifiquement français. Et s'il était néces­\nsaire qu'il y eût une école destinée à combattre l'invasion des barbares du\nNord, je dirais volontiers, en montrant les Trophées : « Le chef-d'œuvre de\nl'école romane, le voilà ! »\n\n                                        II\n\n   Assurément, Henrik Ibsen n'est pas un Latin. Ses commentateurs le\ntiennent pour un Norwégien irréductible, un Norwégien de toutes les\nNorwèges, et opposent volontiers ses drames à ceux des auteurs français.\n   Les commentateurs sont peut-être un peu aveugles. Ibsen est certes un\nNorwégien, dont les personnages norwégiens se meuvent dans une atmos­\nphère norwégienne ; mais il ne serait point paradoxal de prétendre que cet\nirréductible Norwégien a subi, dane une certaine mesure, l'influence et\nl'aimantation des idées françaises.\n   Non seulement maints de ses personnages ont le regret ou la nostalgie\nde Paris, — voyez les Revenants, — non seulement ils s'évertuent parfois à\ncopier l'esprit et la désinvolture des raisonneurs de M. Alexandre Dumas fils,\n—voyez Hedda Gabier,— mais le dramaturge lui-même, en faisant du théâtre\nà thèse, révèle des préoccupations semblables à celles de la plupart des dra­\nmaturges français. L'analogie de Maison de poupée avec Froufrou, d'Hedda\nGabier avec les comédies de M. Alexandre Dumas fils, n'a pas été assez\nsignalée. C'est, je crois, l'auteur de l'Étrangère qui, dans une de ses pré­\nfaces, déplore que le théâtre français soit consacré presque tout entier à la\ndescription et à la psychologie de l'amour. M. Dumas fils attribue ce phé­\nnomène au rôle exagéré joué par la femme dans les sociétés d'origine latine.\nOr, si l'écrivain norwégien ne se complaît guère à étudier la bataille des\nsexes, et si son art est d'une chasteté peu gauloise, ses idées sur l'amour,\nsur le mariage, sur les droits et sur l'émancipation de la femme sont des\nidées françaises que l'on trouvait déjà, il y a cinquante ans, dans les romans\nde George Sand. Ajoutez enfin que, dans la plupart des drames d'Ibsen, la\nfemme est le personnage actif. L'homme apparaît comme un fantoche tran­\nquille ou comme un polichinelle détraqué, que la femme entraîne dans le\ntourbillon de ses jupes. Les héroïnes d'Ibsen sont des femmes d'action intel­\nlectuelle : elles dominent le mâle de toute la hauteur de leur esprit et de leur\nvolonté. Rébecca de Rosmersholm et Hilde de Solness le Constructeur\nsont, à ce point de vue, des personnages caractéristiques. On pourrait donc\nsoutenir, sans trop avoir l'air de proposer une gageure, que l'idéal du\nNorwégien irréductible se rapproche parfois, singulièrement, de l'idéal dra­\nmatique français.\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                   — 211 —\n\n    Il est permis, je pense, de signaler cette analogie sans être accusé de\nméconnaître l'originalité d'Ibsen. Cette originalité, M. Ernest Verlant l'a\nmise en lumière, de façon saisissante, ici même, dans une remarquable\nétude, il y a deux ans. De son côté, dans un article sur le Canard sauvage,\nM. Iwan Gilkin nous a dénoncé, avec une nerveuse justesse, le défaut\ncapital du dramaturge norwégien. Je renvoie le lecteur à ces deux essais de\ncritique, auxquels je ne prétends rien ajouter. Tout au plus risquerai-je\ncette remarque, que si Maison de poupée, les Revenants, Rosmersholm et\n[Ennemi du peuple justifient les commentaires élogieux de M Ernest\nVerlant, Solness le Constructeur, au contraire, augmente la valeur littéraire\ndes critiques exprimées par M. Iwan Gilkin.\n    Bien plus que/e Canard sauvage, Solness le Constructeur est une œuvre\nincohérente et malsaine. Le vice essentiel du drame, c'est d'être équivoque.\nDeux actions s'y mêlent et s'y superposent. L'une, réelle, émane d'un\nobservateur qui pousse l'analyse jusqu'à la minutie; l'autre, symbolique,\ntrahit un poète qui tombe du symbolisme dans le ridicule et l'absurdité.\nUn architecte de génie déséquilibré, guetté par la démence, est sur le point\nd'inaugurer une tour qu'il a construite, lorsqu'il retrouve sur son chemin\nune jeune fille exaltée qu'il a connue enfant, le jour où il a lui-même planté\nla couronne de feuillage sur la girouette de sa première église, et à laquelle\nil a promis alors, par jeu, que, lorsqu'elle serait grande, elle serait sa prin­\ncesse, et qu'il lui bâtirait un château enchanté. Solness, séduit par la jeu­\nnesse et par l'enthousiasme de Hilde, lui sacrifie les dévouements obscurs\nqui se pressent autour de lui. Hypnotisé par la jeune détraquée, il pousse\nl'imprudence, malgré qu'il soit sujet au vertige, jusqu'à vouloir, comme\nnaguère, fleurir lui-même le sommet de sa tour. Ivre d'orgueil, il attache la\ncouronne inaugurale au sommet de son édifice, lorsque Hilde, incapable\nde contenir sa joie, s'écrie : « Vive maître Solness ! » Le malheureux perd\nl'équilibre et tombe. Solness meurt, tandis que Hilde sanglote, avec une\npassion concentrée et sauvage : « Mon maître!... mon maître! »\n     Certes, voilà un sujet dramatique étrange par lui-même. Ibsen a beau\n le réaliser et l'humaniser à force d'observation patiente et d'analyse méticu­\n leuse, cette tragique et enfantine action réflexe exercée par Solness sur\n Hilde et par Hilde sur Solness est une combinaison dramatique déconcer­\n tante, qu'un double détraquement cérébral justifie à peine, et qui, malgré la\n force incontestable du dramaturge, garde je ne sais quel air d'incertitude et\n de cauchemar.\n     Mais le malaise augmente lorsqu'on apprend que Solness, loin d'être\n seulement un architecte au cerveau fêlé, incarne le poète lui-même. Les\n premières églises de Solness représentent les œuvres romantiques, les mai­\n sons bourgeoises, les œuvres sociales, et les châteaux enchantés, les œuvres\n symboliques. Hilde c'est la jeunesse, qui exalte et qui tue. Les personnages\n secondaires sont aussi symboliques que les deux héros : M me Solness,\n l'épouse délaissée, c'est le passé avec ses tristesses et ses puérilités ; le vieux\n  Brovik, c'est la routine détruite, et le jeune Brovik, c'est l'utilitarisme\n  triomphant. Il n'y a pas jusqu'au docteur qui ne porte son allégorie, et le\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "                                  —   212   —\n\n\ntraducteur laisse entendre aux initiés de la secte ibsénite que les deux\njumeaux de Solness, morts au berceau, représentent la Suède et la Norwège.\n   L'absurdité d'une conception pareille saute aux yeux. Solness le Cons­\ntructeur est un drame à deux étages. Le premier est réel et le second sym­\nbolique. L'action passe d'un étage à l'autre, d'acte en acte, de scène en\nscène, de tirade en tirade, selon que Solness n'est qu'un constructeur toqué\nou qu'il incarne un poète de génie, selon que Hilde n'est qu'une jeune folle\nou qu'elle représente la jeunesse nouvelle. Le réalisme profond dont Ibsen\nest coutumier accentue encore la bizarrerie de ce double jeu. Quand les per­\nsonnages montrent leur humanité, le sens allégorique du drame s'évapore,\net ils la perdent lorsqu'il se précise. A force de passer d'un étage à l'autre,\nl'action devient incompréhensible, et l'esprit, qui se tend à vouloir la\nsuivre, finit par succomber à une sorte de courbature mentale, de torticolis\nintellectuel.\n   Solness le Constructeur est une œuvre de décadence, de la décadence\nd'un écrivain dont la maturité parfois géniale donnait déjà tant d'exemples\nd'incohérence, d'enfantillage et d'obscurité. Aussi, malgré mon admiration\npour certaines œuvres de ce misanthrope contradictoire et fielleux, de ce\nsaturnien barbare qui plaide toutes les thèses avec la même éloquence mal­\nsaine, n'hésité-je pas à déplorer l'influence croissante qu'il exerce sur l'âme\ngermanique, ingrate par là-même envers Goethe et envers Wagner.\n\n                                      III\n   L'auteur des Charneux, M. Georges Garnir, publie, chez Lacomblez,des\n Contes à Marjolaine, qui ne manqueront pas de faire honneur au jeune\nécrivain. M. Georges Garnir est, on le sait, un Wallon wallonnisant, et\nMarjolaine, pour lui, c'est la personnification de la Wallonie. Ce symbo­\nlisme est plus élémentaire, mais plus touchant que celui d'Ibsen. « Ce que\nj'appelle ma patrie, dit M. Georges Garnir, ce n'est pas l'étendue des terres\ncomprise entre les arbitraires et vaines limites qu'il a plu aux hommes de\ntracer par leur crayon promené sur une carte, comme le berger mesure,\ndans un pré, par un cercle de piquets, l'enclos où il parque ses moutons;\nnon, mon peuple, notre peuple, Marjolaine, c'est celui dont le cœur\ns'émeut de même façon que le nôtre, dont l'esprit est ouvert aux mêmes\njoies ; c'est la collectivité des êtres du même sang, unis par des souvenirs à\ngarder en commun, par des aspirations à formuler d'intelligence. Les pro­\nvinces de cette patrie-là s'appellent : Ardennes, Famenne, Condroz, Entre-\nSambre-et-Meuse. »\n   Cette Wallonie, M. Georges Garnir l'évoque en des pages pieuses, d'un\naccent juste et pénétrant. Ses contes, dont la donnée est simple, évoquent,\ndans des paysages décrits d'une main délicate et fervente, des âmes ingénues\net tendres. On devine chez M. Georges Garnir, qui est aussi poète, un\nfrère intellectuel de M. Fernand Severin.\n   Le nouveau livre de M. Franz Mahutte, Gens de province, ne ressemble\nguère aux contes de M. Georges Garnir. M. Mahutte aime la caricature. 11\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                                —    213 —\n\n\ntrace, avec une verve amusante et sèche, des silhouettes falotes et ridicules.\nIl saisit avec joie l'aspect étriqué des êtres et des choses. Il voit laid et\ncomique, et nous invite à voir comme lui. Peut-être ce pince-sans-rire est-il\nun peu superficiel, mais il a du trait et de la malice. Puissent les gens de\nprovince, et surtout les vieux professeurs, ne pas trop lui garder rancune !\n\n                                     IV\n  Dit un Page, un charmant petit livre, sorti des presses liégeoises de\nM. Auguste Benard, et orné, par MM. Auguste Donnay et Armand Ras­\nsenfosse, d'« interprétations » exquises, est la première œuvre de M. Edmond\nRassenfosse, dont les jeunes revues ont fait connaître le nom.\n                      Le petit page qui passa\n                      Chanta des chansons bien tristes,\n                      De longues chansons d'autrefois,\n                      Le petit page qui passa.\n\n  Ce petit page, qui pourrait s'appeler Gaspard Hauser, et qui a choisi\ncomme devise le vers si doux de M. Fernand Severin :\n              Les pauvres qui mourront d'avoir vécu d'amour,\nn'est qu'une incarnation de la puberté, de la puberté vierge aux yeux clairs\nqui vole en chantant vers la femme et qui s'en revient les ailes brisées, pleu­\nrant sur son rêve mort.\n   Ce trouble divin, que le poète du Lys et du Don d'Enfance a confessé\nnaguère dans des poèmes d'une beauté parfaite, M. Edmond Rassenfosse\nl'exprime en des chansons vagues, balbutiées, d'une musique enfantine et\nlointaine, dont j'apprécie le charme naïf :\n                  Joie, joie, joie est dans ma chanson,\n                       Ma chanson d'amour !\n                  Je vous ai revue, ô petite dame,\n                  Je vous ai revue, joie dans ma chanson !\n                      Vous étiez à la fontaine :\n                      Je suis venu à vos genoux,\n                       Vous étiez à la fontaine\n                      Et vous m'avez souri très doux.\n                      J'ai baisé vos frêles mains,\n                      Votre regard s'est fait d'amour;\n                      Vous étiez à la fontaine,\n                      Et je vous ai parlé d'amour !\n                  Joie, joie, joie est dans ma chanson,\n                      Ma chanson d'amour !\n                  Je vous ai revue, ô petite dame,\n                  Je vous ai revue, joie dans ma chanson !\n\n  Ces strophes négligées sont charmantes, et elles révèlent un poète. Mal­\nheureusement, M. Edmond Rassenfosse n'a pas toujours le négligé aussi\n                                                                       H\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                                   —   214   —\n\nheureux. Il mêle parfois dans sa chanson naïve, à de préciosités bien inatten­\ndues, de regrettables vulgarités d'expression. Et puis, comme presque tous\nses jeunes confrères, il me paraît sacrifier à des engouements littéraires qui\nne sont pas sans danger.\n   Je dirai librement ce que je pense, et ce qui va suivre vise beaucoup\nmoins M. Edmond Rassenfosse que la plus récente génération des poètes\nfrançais de Belgique, Flamands ou Wallons. Qu'ils le sachent bien, quoi\nqu'en disent les petits ramoneurs de lettres qui s'ingénient lourdement\nà noircir mes intentions, ils n'ont pas, chez nous, de lecteur plus assidu ni\nplus attentif que moi. Je lis tout ce qu'ils écrivent, et ceux qui les écrasent\nsous d'hyperboliques éloges intéressés n'en font peut-être pas autant. Mais\nje n'abdique mon franc juger devant personne. Je ne l'ai jamais fait et je ne\nle ferai jamais.\n    Voici donc ce que j'ai à dire :\n    J'ai peur que les poètes de la nouvelle génération, et en particulier ceux\nde Gand et de Liège, à force de vouloir « faire du neuf », n'en arrivent, au\ncontraire, à rapetasser d'anciennes ferrailles et à se réfugier, en haine d'un\nponcif imaginaire, dans le plus réel et le plus vieillot des poncifs.\n    Ce qu'ils cherchent avant tout, c'est le simple et le naïf. Aussi les voit-\non se jeter, à corps perdu, dans la chanson populaire, qu'ils prennent pour\nune fontaine de Jouvence, et à laquelle ils demandent une renaissance de\nla poésie.\n    Faut-il faire ressortir la vanité d'un pareil espoir'?\n    Certes, il existe d'admirables chansons populaires, qui sont comme les\nenfants trouvés de la poésie. Elles sont nées, un jour de hasard, de la\nrencontre de l'âme universelle et d'un événement qui passait. La mémoire\nenfantine des foules les a recueillies, et les transmet d'âge en âge jusqu'au\nmoment où, émerveillé, un Gérard de Nerval leur offre l'hospitalité du\nlivre. Mais Gérard s'est contenté de les noter : il n'a point prétendu en\nécrire de pareilles. Au lieu de recommencer la complainte de Jean Renaud,\nil rima les superbes sonnets que l'on connaît.\n    Je pense qu'il fit bien. Admirons les chansons populaires lorsqu'elles sont\nadmirables, et ne les pastichons pas. Pour en inventer, il faudrait être, non\npas un poète, mais un peuple. Lequel d'entre-nous est un peuple?\n    En vérité, rien n'est plus vain, rien n'est plus dérisoire que ces roueries\nlittéraires, ces yeux de blasé qui visent au naïf et qui retombent piteusement\ndans l'artificiel et le mécanique. Que le diable emporte ce syndicat de poètes\ndévoyés qui travaillent sans succès à composer des refrains de nourrice,\ndont les nourrices ne voudraient pas pour bercer les enfants, — et qui nous\nendorment !\n    Assurément, de grands artistes se sont inspirés de la chanson populaire.\n Mais je défie qu'on m'en cite un seul qui se soit piqué de les pasticher! La\nchanson populaire, en effet, n'a été pour eux qu'une matière première, et\n rien ne ressemble moins à leurs œuvres glorieuses que cette matière éparse\n dont elles sont sorties. Le génie a soufflé sur ce chaos, et c'est de ce souffle\n que naît la lumière.\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                                  — 215 —\n\n\n    Qu'est-ce d'ailleurs, je vous prie, qu'une chanson populaire qu'on ne\nchante pas? Un bateau qui ne va pas sur l'eau, une chose inerte, vide et\nmorte. Ce n'est pas même un bateau: c'est la moitié d'un bateau! La chan­\nson populaire n'existe que si elle est chantée. C'est par la musique que\ns'expliquent et se justifient les irrégularités du vers. Quand la rime n est pas\nau bout du mètre, elle tinte dans la mélodie, elle carillonne dans le refrain.\nMaintes chansons populaires furent composées sur des airs connus. Il est\ndonc permis d'affirmer, contrairement à l'opinion reçue, que la chanson\npopulaire se rapproche des poèmes à forme fixe.\n    L'imitation de la chanson populaire, même si elle échappait au reproche\nd'être absurde et contradictoire, n'offrirait d'ailleurs aux poètes qu'un champ\nnécessairement étroit et ingrat.\n    Toutes les chansons populaires se ressemblent. Elles roulent sur quelques\nthèmes généraux, communs à tous les peuples et à tous les âges. Et c'est le\npastiche de la chanson populaire que l'on propose à la Poésie, sous pré­\ntexte de 1 émanciper et de l'affranchir !\n    Aussi la plupart des jeunes poètes passent-ils leur temps, les uns à nous\nraconter la légende de Loreley, les autres à rééditer des contes de fées. Et\nquand ils ont fini, ils recommencent. Le nombre de fois que le beau cheva­\nlier traverse la forêt, malgré le dragon, pour aller épouser la princesse\nendormie est incalculable. Oh! ce chevalier ! Il nous obsède; il est partout,\non ne voit que lui. Et cette princesse, qui s'éveille et qui se rendort pour se\nréveiller de plus belle ! Doivent ils être fatigués, ces deux personnages désor­\nmais indispensables à tout jeune rimeur qui se respecte! Quelquefois, il est\nvrai, la princesse s'appelle la petite reine, et le chevalier le page, le trouvère ou\n le troubadour. Mais on les reconnaît tout de suite et l'on salue. Et la tour, la\n fameuse tour, jette-t-elle assez d'ombre sur notre horizon. Depuis que Rim­\n baud écrivit la chanson de la plus haute tour et qu'il a plu à M. Gérardy\n de rimer cette chanson exquise : « La vieille tour a la parole. . », les tours\n poussent comme des champignons après la pluie. Il ne croyait pas si bien\n dire, M. Gérardy. Oui, la vieille tour a la parole, et elle parle, elle chante,\n elle crie, elle fait à elle seule un tapage qui couvre la chanson des trois mille\n chevaliers, pages et troubadours qui célèbrent les trois mille princesses !\n  Ah! la tour, prends garde! Tu parles trop, et comme le patois s'en mêle,\n  nous te surnommerons la tour d'Auvergne ! Tu ne l'auras point volé.\n      Ce n'est pas tout : il paraît que le poncif de la chanson populaire ne\n  suffisait point. Ils y ajoutent d'autres poncifs. C'est ainsi que, grâce aux\n  Lieds de France de M. Catulle Mendès et aux chansons de M. Maurice\n  Maeterlinck, la vertu du nombre trois est définitivement reconnue. Les\n  chevaliers sont trois, les princesses sont trois, les tours sont trois. Les trois\n  sœurs ont voulu mourir ; la forêt leur a donné trois baisers. Trois jeunes\n  filles reviennent d'Orient, et trois ans après, on les rencontre encore. Elles\n  chantent à la première et à la deuxième porte, afin de pouvoir chanter à\n  la troisième. Elles poussent trois cris d'effroi. Au premier cri on voit voler\n  trois colombes, au deuxième trois cygnes, au troisième trois corbeaux.\n  Elles pleurent trois nuits, après avoir acheté trois couronnes d'or, trois\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                                  — 216 —\n\nrets d'argent et trois noeuds de fer. On sonne trois fois du cor; on trace\ntrois signes sur la porte; on massacre trois petites filles; le troubadour a\ntrois cordes à sa lyre ; trois serpents poussent l'esprit d'imitation jusqu'à\nsiffler pendant trois ans, trois agneaux jusqu'à brouter pendant trois ans\net trois archanges jusqu'à veiller pendant trois ans. Et les trois sœurs, deve­\nnues aveugles, montent à la tour, qui reprend la parole avec une déplorable\nvolubilité.\n   J'ai lu tout cela trois fois. La première, j'ai souri trois fois. La\ndeuxième, j'ai bâillé, trois fois aussi, et la troisième, j'ai répété trois fois\nle vers de M. Paul Redonnel :\n            « Ah.' Nom de Dieu, de nom de Dieu, de nom de Dieu! »\n   Voilà donc où nous en sommes, en l'an de grâce 1893. Tout est triple,\net Mme Adam va croire que la Triplice envahit la littérature. Et c'est pour\nse livrer impunément aux douceurs de cette nouvelle règle de trois que les\njeunes poètes répudient avec honneur la prosodie de Théodore de Banville!\nLe vers de Hugo et de Baudelaire ne répond plus aux besoins de la poésie\ncontemporaine, comme le dit élégamment la direction du Réveil de Gand.\nOn est tellement engorgé de vastes pensées, qu'on doit renoncer à les faire\nentrer dans le vers traditionnel. La princesse fait des manières, le chevalier\nse met en travers et la tour, couchée tout du long sur le papier, dépasse\nde plusieurs aunes la limite de l'alexandrin. Les imitateurs s'en mêlent, et\nles pissenlits de mille patois variés fleurissent aux pieds de la princesse.\nLes moutons de Panurge font bê, bê, bê, la poésie retourne à sa plus simple\nexpression, l'onomatopée, et la tour de Babel sourit de loin à son innom­\nbrable postérité. Le génie, disait Baudelaire, c'est de créer un poncif.\n   Nos jeunes poètes en ont créé plusieurs, qui sont communs à la Wallonie\net aux Flandres. C'est la réconciliation des races. Le bonhomme Clesse\ndoit être content.\n                                                        ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n             Le Complot Parnassien\n                                Le Complot.\n\n            Depuis quelques semaines le bruit courait qu'après la revision\n             de la Constitution, le gouvernement belge décréterait le vers-\n             polymorphe obligatoire.\n               M. Albert Giraud, plongé dans les délices des Dernières\nFêtes, et M. Iwan Gilkin, qui du fond de ses Ténèbres vagissait plainti­\nvement un' poco più di luce ! réunirent secrètement leurs amis autour d'un\nvers de Mme Blanchecotte, le lundi 17 mars, à onze heures du soir, à la\nPatte de Dindon.\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                — 217 —\n\n\n                                Le Plan.\n On décida tout d'abord de laisser dans l'ignorance la plus crasse\nMM. Demolder, Vielé-Griffin, Friche, Bernard Lazare et Mme Pirotte. Le\nmot d'ordre fut : Hémistiche et Mystère !\n\n                              L'Exécution.\n\n      A onze heures vingt minutes on expédia à M. Georges Kaiser un télé­\ngramme inutile, afin de dérouter l'Histoire.\n  A onze heures trente minutes un conjuré déguisé en Ecrivain Sincère\noffrit adroitement au concierge du ministère de la justice un numéro de la\nRevue rouge. L'effet fut foudroyant. Le malheureux s'affaissa dans une\nléthargie aussi regrettable que profonde.\n   M. le Ministre de la Justice, qui, depuis la publication du Parnasse\nde la Jeune Belgique s'était tenu à l'abri de toute littérature, afin que rien\nne vînt gâter ses délicieuses impressions, reçut à bout portant la collection\ncomplète de l'Art moderne. Trois minutes plus tard, il signait — des deux\nmains — l'ordre d'arrêter et d'incarcérer le chef de l'anarchie littéraire en\nBelgique, M. Edmond Picard.\n\n                   Le Vers-polymorphe en Prison.\n  Le redoutable chef de l'anarchie littéraire fut arrêté le mardi 18 mars,\nà 7 heures du matin. A midi, au café de la Lanterne, une académie d'anar­\nchistes littéraires fut fondée pour étudier le moyen de délivrer le martyr du\nVers-polymorphe. A trois heures, ces messieurs tuaient le ver traditionnel.\n\n      Le Prisonnier. — Attentat à la littérature nationale.\n    Le prisonnier avait emporté dans sa cellule deux livres : ce n'étaient ni\nun roman poldérien ni un conte d'Yperdamme La nouvelle de cet inqua­\nlifiable attentat à la grandeur des Lettres Belges pétrifia les anarchistes\nconjurés. A trois heures trois quarts ils décidèrent de « rendre hommage\naux faits ». A quatre heures, les Parnassiens vainqueurs et désormais\nredoutés, signèrent l'ordre d'élargir le prisonnier.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "               — 218 —\n\n\n\n\nLA PLUS BELLE PRINCESSE\n    SUR LA PLUS GROSSE TOUR\n\n\n     La princesse sur la tour\n     Qui picote un peu d'amour,\n         Picoti, picotin,\n     Lève sa queue et saute à l'eau\n     Dans le fossé du château.\n\n     Un beau page au nez troussé\n     Qui passait près du fossé,\n         Picoti, picotin,\n     Tire ses chausses, ôte ses bas\n     Et vers elle nage à grands bras.\n\n     Mais comme il était tout nu\n     Elle n'en a pas voulu,\n          Picoti, picotin,\n     Préférant mourir dans l'eau\n     Que de lui toucher la peau.\n\n     Lui, quand il revint au sec,\n     Il chanta sur son rebec,\n          Picoti, picotin,\n     Lève ta queue et saute en bas\n     La triste histoire que voilà.\n\n                             Vicomte POURDEUX.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                                         — 219 —\n\n\n\n\n                                 MEMENTO\n  LES IDÉES DE M. MAUBEL. — L'article de           devrions signaler cette attitude insolite par\nnotre ami Henry Maubel, que nous publions          des félicitations et des louanges.\ndans le présent numéro, est une théorie de            C'est pourquoi j'ai trouvé fort inutile de\nl'antithéorisme. Il est assez piquant de voir      relever l'erreur commise par le Journal de\nun spirituel écrivain dogmatiser ainsi contre      Charleroi; puisque la Jeune Belgique s'en\nles dogmes. Nous nous permettons de faire          fait l'écho, il me faut bien déclarer que je\nremarquer à M Maubel que c'est dans un             n'ai rien dit de pareil.\nvilain petit bouquin théorique qu'il a appris         Je reconnais donc, pour te faire plaisir,\nla grammaire, dans un autre bouquin théo­          que Verlaine est resté parnassien dans ses\nrique qu'il a appris la syntaxe, tant et si        Poèmes saturniens; mais, j'ajoute, pour\nbien que c'est grâce à l'étude qu'il a faite       réjouir ceux du vers libre, que dans\njadis, de la théorie de l'art d'écrire, qu'il se   l'œuvre du grand Ingénu, les Poèmes satur­\ntrouve aujourd'hui en état d'écrire une            niens ne sont pas ce que j'exalte de préfé­\nthéorie contre la théorie de l'art d'écrire.       rence.\nIngratitude, voilà bien de tes coups !                Cordialement.\n    11 y a dans cet article, que je réprouve                JULES DESTRÉE, vil prosateur.\nd'un bout à l'autre, une phrase que je dois\nrelever, car c'est un affreux blasphème :\n« Si vous voyez que des gens s'occupent à          Nous avons reçu la lettre suivante :\nétablir des lois et des règles, dites-vous qu'à\nleur place déjà la vie se fige, que la science                      Saint-Maurice, 26 mars.\na pris possession du terrain et pressez le               MONSIEUR,\npas : l'art est au delà ! »                        Des excuses, je vous envoie de palpitantes\n    L'auteur de ces lignes est pourtant un excuses.\n fervent admirateur de R.Wagner qui, avant         Avez-vous lu la Revue blanche? On vous\n d'écrire ses chefs-d'œuvre, formula toute y embelge à cause de moi. Mes vers ont\n la théorie du drame lyrique (Opéra et paru flandrards aux puissantes boutures\n drame) !                                       de Francisque Sarcey qui frondoient dans\n     Baudelaire, Edgard Poe, Léonard de cette feuille titulairement incolore. « C'est\n Vinci, Goethe, Victor Hugo, Flaubert plutôt médiocre, savez-vous? » ironisent\n furent les théoriciens de leur art. — ces naturalisés d'hier qui portent des noms\n « Pressez le pas, l'art est au delà ! ! ! »    scandaleusement exotiques : Outre-Rhin et\n                                         I. G.  Outre-Manche mêlés dans un fraternel\n                                                saladier. On me la fait à l'Ile-de-France,\n                                                misère ! alors que mes aïeux ont combattu\n     Le directeur de la Jeune Belgique a reçu aux côtés de Jean de la Flèche, le puceau\n  la lettre suivante :                          de Tours, le héros de Montdessin ! Mais\n             MON CHER IWAN,\n                                                ai-je à m'offusquer de la dernière pensée de\n                                                Véber?\n     La presse quotidienne ne nous habitua\n  guère à la déférence vis-à-vis de la poésie ;    Votre...\n                                                                            CHANTRAILLES.\n aussi, lorsque un journal consent à consa­\n crer trois colonnes de sa première page à\n un compte rendu compréhensif d'une cau­            Le Réveil de Gand trouve bizarre que\n serie littéraire, il me semble que nous           M. Albert Giraud parle des « helminthes de\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                           — 220\n\nla décomposition », et profite de l'occasion        mère, la société a besoin que nous aimions\npour nous apprendre que les helminthes              nos femmes et aussi que les proses, les\nsont des « métazoaires septiques ».                 poésies et les arts nous les fassent aimer\n   Grand merci. Malheureusement, les hel­           bonnement; je tiens que les contes jaunes,\nminthes sont des entozoaires, et les scep­          verts ou bleus qui nous les font aimer\ntiques, c'est nous.                                 purement, amoureusement, franchement,\n   Compliments à M. Jachère, à Phœbus               sont de belles et bonnes œuvres d'art. »\nJouve et à Valmy Baisse ! Il y a un person­            Il suffit, pensons-nous, pour en faire\nnage de Paul De Kock qui s'appelle Bai­             justice, de signaler cette bizarre esthétique\nsemon.                                              qui aboutirait à mettre le plat optimisme\n                                                    de M. Ohnet au-dessus du grand art pessi­\n                                                    miste de Leconte de Lisle. L'art n'a pas\n   Nos remerciements au Magasin littéraire          plus mission de nous faire aimer nos\nqui très aimablement reproduit une page             femmes que de célébrer la meilleure ma­\nde l'article de M. Verlant sur Iwan Gilkin,         chine à coudre. Utilitarisme! Utilitarisme!\net qui veut bien reconnaître les « immenses         Voilà le gouffre vers lequel, tout douce­\nservices » rendus par la Jeune Belgique aux         ment, à grand renfort d'idées morales, on\nlettres belges Cordialement merci !                 s'efforce, en ce temps, de pousser l'art.\n   Ce numéro du Magasin littéraire (15              Caveant poete !\navril) est d'ailleurs très intéressant. La litté­\nrature y tient une large place. Mais il nous\nest impossible de partager les opinions de             Une petite feuille de salade qui s'intitule\nM. Armand Thiéry sur l'art et la morale.            la Lutte pour l'art et qui n'a d'autre signa­\nLes articles que publient les jeunes écri­          taire que M. Villeval, imprimeur typo­\nvains de la plus récente génération nous            graphe à Saint-Josse-ten-Noode, émet au\ninquiètent pour l'avenir de la littérature en       sujet de la Jeune Belgique des sottises\nBelgique. De jour en jour des principes et          aussi grossières qu'anonymes. Si les quel­\ndes tendances que nous croyons profondé­            ques goujats et rastaquouères de lettres qui\nment dangereux se manifestent plus haute­           se dissimulent derrière M. Villeval, impri­\nment et trouvent des défenseurs plus con­           meur typographe à Saint-Josse-ten-Noode,\nvaincus. Voilà pourquoi nous protestons.            s'imaginent qu'ils vont nous induire en\n    M. A. Thiéry combat la formule « l'art          polémique, ils se trompent.\n pour l'art », bien qu'il lui reconnaisse un\n sens austère et désintéressé, qui est le\n nôtre (voir la Jeune Belgique du 15 septem­            On demande une Jeanne Darc littéraire.\n bre 1891 : l'Art pour l'art au Congrès de           La poésie française est déplorablement en­\n Malines). A cette formule il préfère celle-ci :     vahie par d'obstinés Anglo-Saxons et de\n« l'Art pour le beau ». Cela nous importerait        bouillants Palicares qui, rebelles à l'harmo­\npeu, si cette formule n'était à la merci de          nie autochtone du vers français, l'oreille\nla définition que l'on donne du Beau, — et           toujours sollicitée par les musiques de leur\nprécisément M. Thiéry en donne une qui               pays natal, ont entrepris de bouleverser le\nest inadmissible. M. Thiéry transporte               Parnasse de France et de lui imposer des\nainsi sur le terrain philosophique la recher­        lois de leur façon. L'Anglo-Saxon Vielé-Grif­\nche d'une formule où nous n'avions voulu             fin s'est proclamé le Bedford de cette inva­\ntrouver qu'une règle pratique.                      sion. Il ne semble pas que les jeunes porte-\n   Enfin, chose non moins grave, l'article de       lyre de France songent à lui opposer la\nM. Thiéry est entrelardé de propositions            moindre résistance. Aussi assiste-t-on à ce\ndangereuses, que nous ne pouvons laisser            spectacle bizare : tandis que la jeunesse des\npasser sans protestation. S'appuyant sur ce         Gaules laisse faire les Grecs et les Anglais,\nque Taine appelle la « bienfaisance » de            c'est de Bruxelles que s'élève (étant toute­\nl'Idéal, il écrit : « Comme au temps d'Ho-          fois supprimée la musique du R. P. Halévy)\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                        —    221   —\n\nle belliqueux refrain : « Jamais en France,\njamais l'Anglais ne régnera ! »\n   Mais aussi, pourquoi M. Vielé-Griffin s'en      Résumé général de la théorie des néo­\nprend-il à la Jeune Belgique?                    phages :\n   Notre ex-collaborateur, qui jadis nous          « La crotte la plus fraîche est toujours la\nenvoyait des vers avec empressement,             meilleure. »\naffirme aujourd'hui que « notre polémique\nest un peu villageoise et que nous représen­\ntons peu l'avenir depuis que M. Georges             M. Verspeyen, l'antique directeur du\nEekhoud, le vigoureux Flamand, s'est retiré      Bien Public, est allé dernièrement à Liège,\nde nous ».                                       où il a harangué la jeunesse catholique. La\n   Alors, M. Vielé-Griffin ne collaborait à la   conférence était annoncée sous ce titre : La\nJeune Belgique qu'à cause de la présence         Jeune Belgique.\nd'un vigoureux Flamand? Cette septentriona­         Au lieu de parler de la Jeune Belgique,\nlité l'honore — et le dénonce.                   le vieux pitre de la Byloque a offert sa fille\n   Anglo-Saxon voyant l'avenir dans le fla­      Léopoldine en mariage aux cent cinquante\n mand, ô l'étrange poète français !              jeunes gens qui pâmaient sous l'œil attendri\n   Que Jeanne Darc, la bonne Lorraine,           de Mgr l'évèque de Liège. Il a aussi vanté\nl'ait en sa sainte garde !                       le bourgogne de son curé et narré les belles\n                                                 querelles théologiques et littéraires aux­\n                                                 quelles il se livre avec un jeune copurchic\n                                                 des bords de la Coupure, de qui les sonnets\n  Une profonde pensée de M. Vielé-Griffin,       ont le don de chatouiller Mlle Léopoldine a\nà propos des sonnets de M. de Heredia :          l'endroit sensible. Cette jeune personne\n« Mais enfin, la poésie ne s'arrête pas au       paraît, d'ailleurs, jouir d'un naturel entre­\nquatorzième vers, ceux-ci éployassent-ils        prenant : M. son père a avoué qu'il l'a par­\ntous et chacun leurs douze syllabes au com­      fois surprise en conversation dangereuse\nplet. »                                          avec des animaux. M. le directeur du Bien\n  Nous avons consulté là-dessus M. de la         Public a failli ainsi devenir le beau-père\nPalisse, qui nous a répondu : « Puisqu'un        de sa basse-cour.\nsonnet n'a que quatorze vers, il faut bien\n                                                 On juge du succès de ces confidences :\nque la poésie s'arrête au quatorzième ; on\n                                              Mgr de Liège riait aux larmes; les cent cin­\nm'assure aussi qu'il n'existe pas de triangle\n                                              quante jeunes gens frétillaient comme de\nayant quatre angles. »\n                                              petites anguilles folles de leur corps, et peu\n                                              s'en est fallu qu'ils n'épousassent,sur l'heure,\n                                              Mlle Léopoldine à la queue leu-leu. Cette\n  Une autre belle pensée de M. Vielé-Grif­ bouillante enfant aura donc de quoi satisfaire\nfin : « Sa voix (celle du poète) dût-elle, au à son brillant tempérament : elle ne con­\nprix d'une spécialisation atrophiante, sonner sistera plus le directeur du Bien Public par\nplus haute dans le choral perpétuel des an­ des familiarités déplacées avec des mammi­\nthologies parnasso-sixtines, le poète ne sau­ fères inférieurs.\nrait néanmoins se complaire à des vocalises      Voilà pourquoi la jeunesse doit se consa­\nde chapon. »                                  crer au relèvement de l'ouvrier.\n  Voilà qui est fort bien. Mais quel chara­      Après ce prodigieux discours, M. Ver­\nbia, mon Dieu, pour apprendre au monde que speyen, dûment arrosé de bourgogne, est\nles poètes, comme les autres hommes, rentré à Gand, où il a été interné dans les\naiment à garder leurs propriétés intactes.    bureaux du Bien Public. Son état inspire\n   Et jamais nous n'avons entendu dire que les plus vives inquiétudes. Quant à Monsei­\nles gardiens du Parnasse eussent l'habitude gneur l'évèque, il n'est pas encore tout à\nde demander aux néophytes la bourse ou la fait remis du fou rire dont ses pieuses en­\nvie.                                          trailles ont été secouées par les inénarrables\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                               222\n\n\nbouffonneries du sous-Giboyer détraqué qui              le plaisante lourdement à propos du très\nserait le plus bel ornement de la colonie de            beau poème intitulé La chanson douce.\nGheel, si, en Belgique, on mettait les choses              Quel est ce mystère, ô Natanson?\net les gens à leur place.\n\n\n                                                           La Revue Générale du mois de mars con­\n                                                        tient des pages remarquables de MM.Geor­\n   Notre prochaine chronique littéraire sera\nconsacrée aux oeuvres suivantes : Claudine              ges Legrand, Van den Bosch et Gilbert,\nLamour, Odes en son honneur,          Elégies,          ainsi qu'une belle étude de M. Ernest Ver­\nChevaleries sentimentales, la Chevauchée                lant sur M. Iwan Gilkin.\nd' Yeldis, Africa, Contes au Perron, la Rô­\ntisserie de la reine Pédauque, etc., etc.\n                                                          M. Louis Dumur publie dans le Mer­\n                                                        cure d'intéressantes traductions de Minsky.\n\n   Lire dans la Société Nouvelle du mois de\nmars, Chardonnerette de M. Georges Eek-                    Notre ami et collaborateur Léopold Wall­\nhoud, la suite de l'Histoire des lettres belges         ner a terminé son cours d'histoire du clave­\nde M. Francis Nautet, et des vers de                    cin par une mémorable séance consacrée à\nM. Emile Verhaeren. Lire aussi l'article de             la famille Bach.\nM. André Fontainas, sur les Trophées.\n   Nous avons remarqué dans cet article le\npassage suivant :                                          M. Ernest Lavisse a été reçu par l'Acadé­\n   « Comme à toute entreprise grandiose et              mie française.\ndominatrice, du front étroit de la cohue la\n                                                           Son discours de réception, consacré à\nraillerie ricana de faciles quolibets à l'adresse\n                                                        l'éloge de l'amiral Jurien de la Gravière,\ndes redresseurs d'idéal, et fut décrété le\n                                                        renferme la perle que voici :\ndogme de leur impassibilité, comme l'on\n                                                           « L'amiral fit, en ce monde, ce qu'il )'\nsait. Quelle réfutation à cette balourdise,\n                                                        devait faire : il est entré dans l'autre tran­\nmieux que leurs œuvres? et lequel parmi\n                                                        quillement. »\neux tous, soit que les environne la facile\nrumeur d'une éphémère popularité : Cop­\npée, Mendès ou Silvestre, soit que le dia­\ndème de l'aime gloire, et le laurier précieux\n                                                          L E MACAQUE FLAMBOYANT.\npour eux s'apprêtent ou leur soient décernés :\nDierx si méconnu toujours et si grand ! Mal­               La récolte de ce mois est magnifique. Ju­\nlarmé, Verlaine, aujourd'hui Heredia, a pu              gez-en :\nsuccomber à l'ineptie d'un tel reproche, dont              « Habitués à ne chercher leurs arguments\nle bruit néanmoins perdure, pour permettre              qu'en les livres, les Trophées ont été incor­\nà quelques oisifs cérébraux de leur dénier              porés dans leur bibliothèque militante...»\nencore le juste renom? »                                            (Art Moderne du 9 avril 1893.)\n                                                           « D archer, aux grands arcs éployés pren­\n  Chose piquante : l'article de M. André\n                                                        dre posture et maintien, et si loin, flèche,\nFontainas n'a déterminé aucun collaborateur\n                                                        lancer une âme par l'ascendant chemin illus­\nde la Société Nouvelle à donner sa démis­\n                                                        tre, si loin par de là, qu'ignorance en éter­\nsion.\n                                                        nité soit aux autres, de là OU la chute.\n                                                           Or, en ce départ de trop de visions réflexes\n                                                        incité, bon mousse sais-tu la direction du\n   La Revue Blanche, qui naguère faisait                  ors-soi, autrement que par la rose des vents\ngrand cas du talent de M. Fernand Severin,\n                                                    h   effeuillée çomplémentairement à ton âme,\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                            — 223 —\n\npuisque le spleen déjà, d'OU tu ne fus, est,          pas visible que celles-ci n'ont été que le gui­\net que revenu s avant l'aller, tes yeux n'affir­      don des mots, pour notre pensée à travers\nment qu'un angle peut-être, entre d'autres            les mots, un pur mécanisme qui, une fois\nplus lumineux d'étoile, mais nulle terre tan­         connu, nous aidait à nous retrouver dans la\ngible, où pour tes colonies, serait le drapeau        compréhension de la phrase verbale ou\nvraiment notre et patrial, dans les voix en           écrite. Nous n'avons plus besoin que de\ncanon des anges, à hisser. »                          l'aide de notre intelligence prompte et éten­\n    Lors folie, quitter ton clavecin et cette         due et de nos connaissances, pour nous\nville de toute ta vie symphonique, pour               retrouver, et du coup la langue abandonne\nl'autre rythme adventice des goëlettes et les         la symétrie et la formule, pour tomber plus\nassonnances magiques à savoir, sous telle             d'aplomb comme une coulée sur la vie plas­\nfiguration féminisée de brouillards chevau­           tique et psychique, elle cesse d'être une\nchés d'eaux quand on sera dans l'en-allée.            langue pour devenir les imprévus et infinis\n    Et cependant à quels atlas, consultés hors        phénomènes du mouvement. »\nles marges, par les légendaires planisphères          (Le Mouvement littéraire du 8 avril 1893.)\nbleuies d'astres et de mers de confusions,\n                                                               - Et le rictus de ses lèvres\nlire la terre ou l'étoile d'élection vers                      Où perdure un long dégoût.\n laquelle tendre la chair ou l'âme.                            Aux tenaillements des fièvres\n     Petit travail de cul-de-jatte aux fenêtres                Semble accorder un absoud;\n d'un village, — car sont loin les planètes ; —                Les fièvres du désespoir\n                                                               De connaître un monde infâme\n mais va ravaudeur de l'OU trop porté des\n                                                               Et peut-être aussi d'avoir\n chefs de gare et des capitaines de navire,                    Déflorescé très belle âme.\nau canevas des longitudes et des latitudes                     Ce rictus parait vengeur\n et par les rapiéçages mauves des Europes                      Bien qu'un peu miséricorde,\n et les cretonnes fleuries des Amériques                       Dessinant d'un trait majeur\n                                                               L'irrémédiable discorde. »\n économisées, va où, animalement, tes yeux\n guident vers cette lune de miel mal apas­                     (La Revue Rouge de mars 1893.)\n sionnée, en la province — pour ta tristesse            « Le Destin disparaît dans l'horizon hideux\n — d'une honnête femme. »                               Comme un spectre repoussant et perfide\n                                                        Qui étend ses bras en longs gestes vers les cieux\n                 {Floréal du 15 février 1893.)          Et inonde son chemin d'un gluant liquide. »\n     « Je passerai cependant cette distraction                 (Le Réveil de février-mars 1893.)\n enfantine si chère aux critiques : analyser\n                                                       Décidément, ils sont très forts; il ne leur\n  le style de l'auteur ! Celui- ci est comme une\n                                                      manque que la parole !\n  coulée saisissant et rendant toute la vie,\n  tout le mouvement, plastique et psychique.             Continuons la série :\n  Et voilà. N'est-ce pas le simple et humble             « La dominante, au salon des XX, c'est\n  devoir de la phrase? Et l'artiste ne réalise-t-il   le souci du neuf ou du reneuf, le raffinement\n  pas tel qu'il conçoit, toujours? Je ne crois        de l'invu et la recherche de l'inédit ou de\n  pas à la partie d'idéal qui reste dans le cer­      l'exhumé.\n  veau, sans parvenir à se réaliser dans l'ac­           Au hasard de mes notules :\n  tion verbale, picturale ou sculpturale. Je             Lemmens, chercheur jusqu'à l'inquiétude,\n   n'y crois que comme étant illusion sur nous-       très épris pour le moment de l'illustration\n   mêmes. Et pour moi, un artiste complet,            présentant un alliage hybride mais attachant\n   patient et laborieux, passe tout entier dans       de japonisme et d'anglicisme, un ornema­\n   son œuvre.                                         niste qui composerait de délicieux modèles\n      Il existe d'abord comme base et comme           de bijoux en train de ressusciter l'arabesque\n   fonds l'étendue de la conception, et puis,         et de rajeunir le frontispice.\n   comme exécution, des degrés de patience et            De Gouve de Nuncques, du naïf ou du\n   de labeur. Comme tout cède à la vie dans le        néo-firmitif, visions d'enfant ou de blasé\n   monde, la grammaire et la syntaxe n'ont            débonnaire, impressions rendues avec une\n   qu'à lui céder maintenant. Est-ce qu'il n'est      gaucherie attachante, d'une patte gourde\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                         — 224 —\n\nmais fervente. A citer : l'enfant au hibou,       de chants jure avec l'ambiance moderne.»\net un Berger, et un admirable portrait                              (La Liberté du 24 avril.)\nd'Henry de Groun.                                   « Des petites princesses rentraient du\n   Ensor, le coloriste à la dynamite, un triste   théâtre... »\njusqu'au sardonisme : à la fois pince-sans-                    (La Société Nouvelle d'avril.)\nrire et fulgurant.\n                                                    « Il se recula un peu... »\n   Mlle Holleman, sollicitée par l'ange du\n                                                                                        (Id.)\nbizarre : du Carie Vernet macabre.\n                                                    « Un Saint Georges bardé de vermeil et\n   Jan Toorop, hanté des symboles et qui\n                                                  dont Saint-Pierre conserve la clef d'ar-\ntend par trop, lui, le vigoureux et ressenti\ncoloriste, à se déprendre du symbolisme\nimmanent de tout art sincère.                        « A propos de la forme de l'Art pour\n   Rops, le grand confesseur du nu moderne,       l'Art, des justes réflexions de M. Vielé-\nle vivisecteur à l'eau forte.                     Griffin... »\n   Tom Pricker : le rébus magnifié.                                                  (Id.)\n   Charles Doudelet : enfiévré de la peur                « Leurs âmes mignonnes d'enfant\nambiante, du désespoir et de l'effroi des                Mélancolient des chants d'adieu... »\nchoses ; des paysages lus dans Maeterlinck,                                 (Le Réveil d'avril.)\nhargneux, maléfiques, des entrées de gorges\nmaudites devant lesquelles des conjurateurs\ns'angoissent en occultes sérénades.                 L'Art Moderne demande « qu'on enseigne,\n   Hornel, le plus coloriste — dans le sens       dans les écoles, à jouer de l'harmonica et de\nflamand — des Anglais pourris d'italianisme       la flûte en fer blanc ».\nmédiéval.                                            Que messieurs les esthètes commencent!\n   Van Rysselberghe, un des seuls pointil­\nlistes qui fassent oublier, c'est-à-dire qui\njustifient le procédé.\n   Léon Frédéric, toujours intéressant, mais        L'Art Moderne s'extasie devant ce vers\nmoins heureux que dans ses compositions           de M. Vielé-Griffin :\nprécédentes.\n                                                         « Le vent passe dans les peupliers »\n   Rodin, représenté par un magistral buste\nde César Franck.                                  et s'écrie : « Quelle raison vaut celle-là!»\n   Gaspard : un jeune maître. Son Baiser,            Réponse : La raison d'un plus fort, qui,\nd'une chasteté hardie, d'une volupté conte­       rompant avec la banale habitude parnas­\nnue, forme une opposition bien venue à une        sienne de faire passer le vent dans les peu­\ndes œuvres populaires de Lambeaux, son            pliers, fera passer les peupliers dans levent!\nmaître.\n   Toulouse Lantrec : l'affichage infernal et\nmacabre, l'apothéose du monde sombre et             Fleurs de littérature belge :\ncryptogame chancrant Paris la grande «ville         « ... Et d'un vol rapide, qui produisit\nde joie ».                                        entre les maisons une musique presque\n   Carpentier : des poteries d'argent pour        imperceptible mais rappelant celle des\nles Gambrinus fin de siècle.                      harpes... »\n   Besnard : le Messie du vitrail. »                Cela rappelle aussi la phrase célèbre :\n                (La Revue Rouge d'avril.)           « Il se nommait Anatole, et cependant il\n   « Ces grandes machines littéraires, telles     avait dix mille livres de rente. »\nque les Rougon, la Comédie humaine, n'ont,\nen vérité, plus de raison d'être. L'existence\ns'activant, elles retardent fatalement sur           M. Henry Van de Velde, dans Floréal.\nl'actualité ; leur caractère d'épopée en tant     fait savoir aux peintres et aux sculpteurs que\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                       — 225\n\n« le tableau et la statue sont des formes      préface conciliante, et un curieux portrait de\népuisées et scrofuleuses ».                    feu Jean Heurtaut par M. Georges Lemmen.\n  Voilà !\n\n\n\n  Quelques sobriquets congolais, en usage         On écrit d'allemagne à la Gazette :\nsur les bords du Kassaï :                         C'en est fait du filandreux alexandrin ! il\n  Lolo Motoko : sans derrière.                 a vécu. On fait maintenant en Bavière — le\n  Mafuta Mingi : l'homme aux tripes pen­       pays leader en matière d'art allemand —\ndantes.                                        des poèmes non pas en quatre vers, —\n  N'TUN'GUVU : sourire d'hippopotame.          c'était bon pour le vieux Heine, ça — mais\n  Niama : viande.                              en quatre syllabes ! Oui en quatre syllabes I\n  Mupongo : celui qui ne connaît rien... !     Quand on en compte six, le Gedicht est\n                   (Traduction de VATÉTÉ.)     trouvé long.\n                                                  Et tout doit y être : la rime, la pensée, le\n                                               tableau et la poignante impression.\n    Dernières nouvelles :                         Voici, par exemple, le Gedicht: le poème\n    (De notre correspondant gantois.)          ou plutôt — le mot poème a vieilli — le\n    La princesse est de nouveau montée sur télégraphème de « la Repoussée »:\n la tour. Elle a regardé Veau avec son\n                                                                 Pardonnerais ?\nfuseau. Le prince a passé, et la princesse                           Moi?\n est tombée dans l'eau.                                              Toi?\n                    Phœbus Van Artevelde.                          Jamais!\n                                                 Il y a plus de quatre syllabes, — j'en compte\n                    PRIÈRE\n                                               sept, — mais soyez assez bon de m'excuser\n    Seigneur, vieux et vénérable parnassien\n                                               ou mieux d'excuser la langue française;\n d'en haut, ne permettez plus à la princesse\n                                               elle ne saurait rendre le télégraphème nou­\n de monter sur la tour, et vice-versa !\n                                               veau-parnassien plus laconiquement.\n Empêchez le chevalier de passer, même s'il\n est gentil ! Rappelez aux jeunes poètes qu'on    Vous voyez la scène : une femme infidèle\n regarde avec les yeux, non avec un fuseau, se jette, éplorée, les cheveux dénoués, aux\n fût-il d'approche, et délivrez-nous du fol­ genoux du mari ou de l'amant qu'elle a\n klore, de la folklorose et des troubadours trompé et sollicite le pardon de sa faute.\n folklorotiques ! Amen !                       Lui, le cruel, l'impitoyable, repousse la\n                                               Madeleine sanglotante et d'un mot termine\n                                               le drame : Jamais I Le tout ne dure qu'une\n     Les poètes de la nouvelle école, romans, seconde.\n  verslibristes, polymorpheux, instrumentis­      C'est ce qu'on appelle à Munich faire non\n  tes et mélopéistes ont décidé de publier un pas un tableau en un coup de brosse, comme\n  parnasse intitulé Florilège.                 Rubens, mais représenter une scène en un\n                                               coup de plume. C'est de la littérature instan­\n                                               tanée.\n                                                  Voulez-vous connaître aussi le télégra­\n     Sous presse, chez Edmond Deman : Les phème de « l'Amant grossier » qui est arrivé\n  Campagnes hallucinées, par EMILE VER­ à son but?\n  MEREN.                                                           Heureux!!!\n                                                                aussi amoureux\n                                                                  que crapauds\n                                                                   sont gros.\n  M. Albert Giraud publiera prochaine­           En allemand, c'est bien plus joli et plus\n ment une réédition du Scribe, avec une        court.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                                         —    226    —\n\n\n   Le poète du Neue Parnass — du Nouveau « Une dune — sur elle — isolée — une\nParnasse — s'appelle conpoète ; en alle­ maison — dehors pluie — moi à la fenêtre\nmand : Compoet Parmi ces illustrations — derrière moi : tic tac! — front contre vitre.\n« aurorantes », citons M. Max Dauthendey, — Rien ! — Ciel gris — grise mer — grise\nun coloriste littéraire d'extrême puissance. âme ! »\n   Comme certains soi-disant wagnériens              Pas de succès en Bavière : trop long!\nprétendent pouvoir tout représenter par le           Un télégraphème ne saurait durer aussi\nson musical : un oiseau qui vole, la neige longtemps. Plus de temps pour déguster le\nqui tombe, le froid qu'il fait en Russie, une vin, il faut avaler le verre d'un trait.\nnymphe qui se baigne, etc., etc., de même            Le Nouveau-Parnassien Herr Carl Busse\nM. Dauthendey « peint en mots ». La a trouvé ceci : les giroflées qui dorment\nlangue est sa palette et la plume son pin­ debout !\nceau : votre âme sa toile.                           Puis vient le « voyant de cadavres », Herr\n    Il ne dit pas un pouls pressé, fiévreux, Ludwig Schorf. Voici le Gedicht du «Bou­\nmais « le battement de pouls rouge », quet» envoyé probablement par un Céladon\n« rothen Pulsschlag ». Quand il sent mau­ affadi à une femme de marbre : « Bouquet!\nvais quelque part, l'étendue est « pourrie » — rouges, blanches azalées — vert froid de\ncomme une pomme trop mûre.                         cadavre. »\n    Le Nouveau-Parnassien entre dans un               Dans sa « déclaration d'amour », un\ntemple :                                           poème également cadavéreux, nous lisons:\n    « Haut espace vide — autel — prêtre en « J'avance en des rangées sans fin — les\nchemise à petits plis — cierges aux yeux lanternes me regardent fixement. — Pour­\nlumineux et gelés en épines d'or— silence quoi n'en pas faire des potences ? — leurs\nbleu d'acier : « Stahlblaue Stille ! »             pieux sont solides assez. »\n    Vous ne direz pas que ce silence bleu             Herr Schorf, dans ses marches inspirées,\nd'acier n'est pas une trouvaille ? Et ces arrive à une rivière. Il y voit flotter des\n  lumières gelées ne sont-elles pas une trou­ bateaux - mais pourquoi pas de cadavres !\n vaille non plus ? Que Gœthe ose encore se            Et plus loin, en pleine campagne, le\n montrer!                                          poète voit des corbeaux cherchant des vers.\n    « Un courant écarlate saigne sur la croix « O h ! combien l'oiseau noir préférerait la\n pâle. » Le jour tombe lentement et le proie humaine ! »\n silence qui était bleu d'acier devient — oh !        Ce n'est pas pour rien que la Bavière\n devient ! — « brun de marais» : Moorbraun. dirige maintenant les arts. « Tête de mouton\n Si ce n'est pas là de la couleur littéraire, je qui ne sait pas rire des bêtises des autres»,\n ne sais où il faut en chercher.                   s'écrie le Nouveau-Parnassien, M. le baron\n    Laissez-moi vous présenter aussi le Nou­ von Wollzogen, qui a raison.\n veau-Parnassien M. Arno Holz. Il est à sa            Si parmi vos honorables lecteurs il y en\n fenêtre et appuie son front de conpoète à la avait un, par hasard, qui voulût connaître\n vitre d'une maison située dans l'isolement la nouvelle école bavaroise de plus près, —\n au bord de la mer. C'est l'automne. Herr elle qui va remplacer peut-être l'école Scan­\n Arno Holz regarde dehors, voit la nature dinave, — qu'il s'adresse pour plus amples\n triste et devient triste aussi. Voici le télégra­ renseignements à Herr Otto Julius Bier­\n phème que lui a inspiré cette mélancolique baum ; c'est l'éditeur des Nouveaux-Par­\n situation :                                        nassiens.\n                  Eine Düne.\n                    Auf ihr\n                  Einsam....\n\n   Pardon ! j'avais oublié, sous l'effet de           Le Figaro a publié une douzaine de son­\n cette magique poésie, que c'est en français        nets de Taine, qui ne sont pas des poèmes\n que je dois vous écrire. Recommençons :            de prosateur\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                                 227\n\n Exemple :                                               Conformément à cette clause, toute publi­\n Des cils roides et longs, antennes hérissées,        cation de lettres faite sans le consentement\n font sentinelle autour de son nez frémissant ;       des héritiers de M. Taine serait immédiate­\n Et le plus léger bruit qui le frôle en passant       ment suivie d'un procès.\n Elargit sur son front ses oreilles dressées.\n                                                         Recevez, cher Monsieur Patinot, l'expres­\n Quand la nuit a brouillé les formes effacées,\n Il voit; le monde noir à son regard perçant          sion de mes sentiments très distingués et\n Ouvre ses profondeurs ; il distingue, il pressent;   dévoués.\n Ses sens plus acérés aiguisent ses pensées.                                    DENUELLE H. TAINE\n Des craquements de feu courent sur son poil roux\n Tout le long de sa moelle un tressaillement doux\n Conduit l'émotion en son âme inquiète.\n Les poils de son museau vibrent à l'unisson,\n Et sa queue éloquente a le divin frisson,\n Comme une lyre d'or aux mains d'un grand poète.\n  A la suite de cette publication, M me Taine            Un des adorateurs du grand Saint-Cère\na adressé au Journal des débats la lettre              publie cet Acte de Charité :\nsuivante :                                                J'aime les pauvres, les pauvres qui peinent\n                        Paris, le 15 mars.                Je les aime pour leur souffrance ;\n      Cher Monsieur Patinot,                              Je les aime parce que d'autres les méprisent ;\n                                                          Je les aime pour leur misère.\n    J'apprends, à mon retour de Savoie, qu'un\n                                                          J'aime les humbles, les humbles qui luttent.\njournal du matin a publié, dans son supplé­               Je les aime pour leur vaillance;\nment littéraire, des sonnets inédits de                   Je les aime parce que point d'orgueil ne les ronge ,\nM. Taine.                                                 Parce que vivre leur suffit.\n    Ces sonnets n'ont jamais été destinés à la            J'aime, j'aime tous ceux qui peinent,\npublicité : ils n'étaient que le délassement              Tous ceux qui luttent et tous ceux qui pleurent,\nde quelques soirs d'été ; il n'en existe que              Je les aime pour leur tristesse,\n                                                          Je les aime pour leur douleur !\ntrois exemplaires en dehors de ma famille.\n    Comme cette indiscrétion pourrait se re­            Quelle pleurnichottière !\nnouveler, particulièrement pour des corres­             Le bruit court qu'entraîné par l'exemple,\n pondances, je crois devoir porter à la con­           Manneken-Pis fait pipi par les yeux.\n naissance du public l'extrait suivant du tes­\n tament de M. Taine :\n     « Je charge expressément ma femme et mes\n héritiers de s'opposer, par toutes les voies\n légales, à la publication de mes lettres in­            Le Saint-Graal à été le théâtre d'une\n times et privées, de quelque nature qu'elles          terrible catastrophe. Son rédacteur en chef,\n soient. Je charge aussi ma femme et mes               M. Emmanuel Signoret, rédige désormais\n enfants de transmettre cette interdiction à           sa revue tout seul. « Le Saint-Graal, écrit-il,\n leurs héritiers et descendants, pour être             éblouissante comète verseuse d'épouvantes\n observée indéfiniment. Les seules lettres ou          et de bénédictions, fait son apparition au\n  correspondances qui pourront être publiées           zénith irrégulièrement. »\n  sont celles qui traitent de matières pure­              Ci quelques extraits d'une épitre saint-\n  ment générales et spéculatives, par exemple          graaleuse adressée par M. Emmanuel Signo­\n  de philosophie, d'histoire, d'esthétique,            ret à M. Alfred Valette :\n  d'art, de psychologie; encore devra-t-on en             «      Malgré vous, vous nous avez mar­\n  retrancher tous les passages qui, de près ou         qués d'un signe d'élection.\n  de loin, touchent à la vie privée, et aucune            Vous avez parlé de toutes les publications\n  d'elles ne pourra être publiée que sur une           plausibles ou non. Et vous avez eu la pu­\n  autorisation donnée par mes héritiers, et            deur mauvaise de ne point élever sur les\n   après les susdits retranchements opérés par         foules notre Ciboire unique, où bouillonne\n   eux. »                                              le Sang-Réel. Votre silence nous a placés\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                                        — 228 —\n\nà part — dans un resplendissement soli­          de votre annihilement assourdira les siècles\ntaire.                                           et leur clamera notre nom.\n   Eh ! quoi ! Vous avez longuement disserté        Car nous venons des Cités d'azur et nous\nsur telles Revues dont le nom n'est pas          avons quelque chose à dire. Nous avons\ndigne de monter jusqu'à ma plume, et vous        une planète à conquérir.\navez à peine nommé le Missel où sont                Je vous conseille, Monsieur, de ne point\nscellés, pour des siècles, les proses et les     parler dans l'Echo de Paris du colossal\nvers de Bloy, de Verlaine, de Retté, de          numéro où vous lirez cette provinciale.\nRobert, de le Cardonnel et de moi-même !            Car il a l'infinie richesse et la terrifiante\n   Vous n'avez osé l'entr'ouvrir, ce Missel      splendeur de la voûte sidérale. Or, ce ciel\nqui clôt, sous ses fermoirs d'or rare, tout le   lourd de toutes les constellations présentes,\nprésent et presque tout l'avenir.                passées et à venir, s'il venait à couler par\n   Quoi ! Lorsqu'éclata Romans       baptisés,   votre pusillanime plume, la fracasserait à\ncette puissante orchestration d\"idées dont la    l'instant et vous en jetterait les débris par\nRevue Blanche acclama le prélude et qui,         la face. »\nde l'aveu même de mes ennemis, fait époque          Il existe du Saint-Graal        une édition\ndans l'histoire de la Littérature française,     somptueuse, à 25 centimes, et un édition\nvous avez pu écrire cette phrase : « Dans        populaire, à 10 centimes.\nles Revues de la quinzaine, rien de remar­          Quant à la valeur personnelle de M. Em­\nquable !                                         manuel Signoret, elle n'a pas encore pu être\n                                                 déterminée, même par lui!\n\n  Vous n'êtes que trouble buée et que\nvapeur qui passe. Vous avez voulu vous\ninterposer entre le peuple et nous pour lui\ndérober notre splendeur.\n  Mais sachez que notre étincelle vive vous\nrésoudra en néant et que le retentissement\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                    P a u l LACOMBLEZ\n     ÉDITEUR                  DE   « «LA J E U N E             BELGIQUE »\n                              31, rue des Paroissiens, 31\n                                      BRUXELLES\n\n                       Catalogue des livres de fonds :\nBAUDOUX Fernand)          .     Rythmes vieux, gris et roses, un volume in-16. . fr. 3 50\nBLOY (Léon)                      Le Pal. la collection complète (4 nos) très rare . . . 4 »\n                                    Les trois premiers numéros, ensemble                   1 »\nBRABANT (Victor) . . .          Notes de voyage, un volume in-18 Jésus                    1 >>\nCHAINAYE (Hector) . .           L'Ame des choses                                          3 »\nCUDELL (Ch.)                     Printemps sombre, nouvelle, un volume in-18 Jésus . 2 \"\nDA COSTA. . . .               . Grammaire en portefeuille, broch format de poche . 0 50\nDELATTRE (Louis) .              Contes de mon village, avec une introduction de\n                                    Georges Eekhoud, un volume in-18                      3 »\nDE HAULLEviLLE (Baron P.) En vacances, un volume in-18 Jésus                               3 50\nDELVILLE (Jean) . . . .          Les Horizons hantés, poésies, un vol in-16 Jésus. . 3 »\nDE MESNIL DE VOLKRANGE Un voyage de noces, suivi d'une étude sur « L'art de\n       (Baron).                     la ciselure et le Narcisse de Gemito », un volume\n                                    in-18 Jésus                                            1 »\nDEMOLDER (Eugène) . . Contes d'Yperdamme, un volume in-18 Jésus                           3 »\n      —                         Impressions d'Art, un volume in-8°                        3 »\n      —                         James Ensor, plaquette de luxe grand in-8° avec le\n                                    dessin d'Ensor : Mort mystique d'un théologien . 3 »\n                                  Il a été tiré 6 exempl. sur Japon impérial à 12francs).\nDESOMBIAUX (Maurice) .          Vers de l'Espoir, un volume in-18 Jésus                   2 »\nDESTRÉE (Jules)           Journal          des Destrée, une plaquette in-18 Jésus . . 1 »\nDULAC (Paul)                    Vingt-cinq Sonnets, un volume in-16 Jésus. . . .          1 50\n                                (Il a été tiré 1 exemplaire sur Japon des manufactures\n                                    Impériales et g exempl. sur Hollande Van Gelder).\nDUPONT (Arthur)          . .    L'Envol des Rêves, poésies, un vol. in-16 raisin           2 »\nEEKHOUD (Georges). . .          Nouvelles Kermesses, avec frontispice de Léon Dar­\n                                    denne, 1 volume in-8° (quelques exemplaires) . . 7 50\n      —                         La Nouvelle Carthage, un volume in-18                     3 50\n      —                          Les Fusillés de Malines, un volume in 18 . . . . 3 50\n      —                         Kees Doorik — Kermesses — Les Milices de saint\n                                    François (épuisés).\nELSKAMP (Max) . . . .           Dominical, poésies, un volume in-16 raisin . . . .        2 »\nFRÈRES (Adolphe) . .            Ames fidèles au mystère, un volume in-16 . . . .          2 50\nGARNIR Georges . . .            Les Charneux, mœurs wallonnes, un vol. in-18 Jésus 3 50\nGIRAUD ( A l b e r t ) . . . .   Hors du Siècle, poésies, un volume in-8\" . . . . 3 50\n      —                         Pierrot lunaire, poésies, un volume petit in-12. . . 2 »\n      —                         Pierrot Narcisse, un volume in-16 raisin                  2 »\n                                (Il a été tiré 3 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                    8 exempl. sur Hollande Van Gelder).\n      —                         Dernièi es fêtes, poésies, un volume in-16, raisin . . 2 »\n                                (Il a été tiré 15 exempl. sur Japon des manufactures\n                                    Impériales et 10 exempl. sur Hollande Van Gelder).\nITIBERÊ DA CUNHA (J.). .        Préludes, poésies ; un vol. in-16 raisin                  3 »\nJENART(Aug.) . . . .            Le Barbare, poème-drame en prose, un volume in-18. 2 »\nJEUNE BELGIQUE (Le Parnasse de la), pièces diverses de dix-huit poètes belges, un\n                                    fort volume in-8°                                     7 50\nKAHN (Gustave) . . . .          Chansons d'amant, poèmes, un volume in-16 raisin . 3 50\n      —                         Les Palais nomades, poèmes, un volume in-18. . . 3 50\nLACOMBLEZ (Paul) . . . Jeunes filles, une plaquette in-16                                 2 »\n      —                         Loth et ses filles, un volume in-16 raisin                2 »\n                                (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                    15 exemplaires sur Hollande Van Gelder.\nLAUTRÉAMONT (Comte de) Les Chants de Maldoror, un volume in-18 . . . .                    3 50\nMAETERLINCK (Maurice) .         Les Aveugles (L'Intruse. Les Aveugles), un vol.in-18. 3 »\n      —                         La Princesse Maleine, un volume in-18                     3 50\n      —                         Serres chaudes, un volume in-18                           3 »\n                                (Il a été tiré de chaque ouvrage 3 exemplaires sur\n                                    Japon à 15 francs et 7 sur Hollande à 6 francs).\n      —                         L'Ornement des noces spirituelles, par Ruysbroeck\n                                    l'Admirable, précédé d'une Introduction, un vol.\n                                    in-18                                                 4 »\n                                (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon des manufac­\n                                    tures Impériales et 25 exemplaires sur Hollande\n                                    Van Gelder).\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "MAETERLINCK (Maurice) .       Les Sept Princesses, un volume in-18 . . . . fr.           2 »\n                              (Il a été tiré 5 exemplaires sur Japon Impérial et\n                                 25 exemplaires sur Hollande Van Gelder)\n      —                       Pelléas et Mélisande, un vol. in-18                        3 50\nMALLARMÉ (Stéphane) . .       Villiers de l'Isle-Adam, un volume petit raisin in-16,\n                                 avec un portrait de Villiers, gravé par Desboutin.\n                              (Il a été tiré 10 exempl. sur japon à 15 fr., et 25 sur\n                                 hollande à fr. 7.50 avec le portrait en double état).\nMAUBEL (Henry) . . .           Max Waller, une plaquette in-8° (épuisé).\n      —                       Miette, un volume in-16                                    2 50\n      —                       Etude de jeune fille, un volume in-18                      2 »\n      —                       Une mesure pour rien, comédie, in-8°                       2 »\nPLÉIADE (La), journal littéraire mensuel.\n                              Première année (1889), les douze numéros . . . .           3 »\n                              Chaque numéro séparément                     0               30\n                              Seconde année, les douze numéros (très rare) . .           5 »\nPOE (Edgar)                    Poésies complètes, traduction de G. Mourey, 1 vol.\n                                  in-18                                                  2 »\nSEVERIN (Fernand) . . .       Le Lys, poésies, avec une eau-forte de Henry De\n                                  Groux, un volume in-16                                 2 »\n                              (Il a été tiré 5 exempl. sur Japon et 25 sur Hollande).\n      —                       Le Don d'Enfance, poèmes : un volume in-16 raisin .        2 »\n                              (IL a été tiré 8 exempl. sur Japon et 32 sur Hollande).\nSLUYTS (Chai les) . . .        L'appel des voix, poésies, un volume grand in-16. .       2 »\n                              (Il a élé tiré 1 exempl. sur Japon et 25 sur Hollande).\nTORDEUS (Jeanne), professeur au Conservatoire de Bruxelles.— Manuel de pro­\n                                 nonciation, un volume in-18 Jésus . . . . .             2 50\nVAN LERBERGHE (Charles).       Les Flaireurs, drame, une plaquette grand in-16 . .       1 »\n                              (Il a été tiré 25 exemplaires sur Hollande à 2 francs).\nVERHAEREN (Emile). . .          Les Apparus dans mes chemins, poésies, 1 volume\n                                  in-16 raisin                                           2 »\n                              (Il a été tiré quelques exemplaires sur Japon et sur\n                                  Hollande Van Gelder).\n      —                       Les Moines, poésies, un volume in-18                       3 »\nWALLER (Max) . . . .           La Flûte à Siebel, un vol. in-8°, papier vergé . . .      3 50\n                              (I1 a été tiré 75 exempl. sur impérial VanGelder à 10fr.\n      —                        Daisy, roman, un volume in-18 Jésus                       3 »\n                                Volumes en commission :\nGILKIN (Iwan) . . . .            La Damnation de l'Artiste, poésies                     15 »\n     —                           Ténèbres, poésies                                      15 »\nLE Rov (Grégoire). . .           Mon cœur pleure d'autrefois, un volume in-8\", avec\n                                   un frontispice de Fernand Khnopff                    10 »\nNYST (Raymond)      .   .   .    Volume ayant pour titre une épigraphe, avec un fron­\n                                   tispice colorié et un dessin de Nestor Outer . . . 5 »\n       —                         La Création du Diable, un volume in-18, sur papier\n                                   de Hollande, avec une eau-forte de Willy Schlobach. 3 50\nSAROLÉA (Ch.) . . .              Henrik Ibsen, avec portrait, un volume in-16 . . .       2 »\nVERHAEREN (Emile). .        .    Les Soirs (épuisé).\n      —                          Les Débâcles, poésies, un vol. in-8° sur Hollande . . 1 2 »\n      —                          Les Flambeaux noirs, poèmes. in-8° sur Hollande. . 12 »\n\n  L a J e u n e Belgique (130 année), Revue mensuelle de littérature et d'art.\n  Abonnements : Belgique, 7 francs par an; Union postale, 8.50. — Le numéro 75 cen­\ntimes. Chacune des années précédentes : 10 francs.\n  L a Société Nouvelle (9e année), Revue internationale (Sociologie, Arts, Sciences et\nLettres).\n  Abonnements : Belgique et France, 12 francs par an; Union postale, 15 fr. — Le\nnuméro : fr. 1.25.\n\n                                A LA MÊME LIBRAIRIE :\n Les œuvres de Baudelaire, Barrés, Bloy, Bourget, Corbière, Dostoïewsky, Heine,\nHuysmans, Ibsen. Laforgue, C. Lemonnier, Mallarmé, Péladan, Poe, de Régnier,\nRodenbach, Tolstoï, Verlaine, Vielé-Griffin, Villiers de l'Isle-Adam, etc., etc.\n\n\n A partir de 3o francs, les achats peuvent se régler en 10 paie­\nments mensuels.\n                    Bruxelles. — Imprimerie V Monnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1893-04-01", "preuve": "Avril-mai 1893, numéro double 4-5, couverture PDF 186.", "date_fin": "1893-05-31"}}