{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Juin 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMM A I RE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 166, "texte": "Juin            1893.          TOME XII. — N° 6                                i3 me Année.\n\n\n\n\nLA\n       JEUNE\n              BELGIQUE\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMM A I RE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "SOMM A I RE :\n        Pelléas et Mélisande à Paris                 IWAN GILKIN.\n        Le Réveil ingénu                             ALBERT GIRAUD.\n        Le Roman d'un papillon                       FRANÇOIS ACCINELLI.\n        Nature                                       GEORGE GARNIR.\n        Littérature russe : Poésies de Tutchew. Tra­\n          duction de                                 LÉOPOLD WALLNER.\n        Chronique artistique :\n          L'Exposition    Heymans ; L'Association\n            pour l'Art; La Société des Aquafortistes\n             belges.                                 ERNEST VERLANT.\n        Chronique musicale                           ERNEST CLOSSON.\n        Chronique littéraire                         ALBERT GIRAUD.\n        Tachypoèmes sténorythmiques                  TÉLESPHORE TABIBITTE\n        Memento                                      NEMO.\n\n\n\n\n         REDACTION                                        BRUXELLES\nno, HUE DE LA LIMITE, BRUXELLES.                     PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                         3I, rue des Paroissiens\n                                                              PARIS\n       PRIX DU NUMÉRO                             C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                             29, rue de Trévise\n            fr. 0-75.\n                                                                 1893\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "V I E N N E N T D E PARAITRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 255, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 384, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                          PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur     : M A X W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                        Directeur : IWAN GILKIN.\n               Rédaction : 110, rue de la Limite, Bruxelles.\n             7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard               des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom­\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Paris : Chez Bailly, 11, rue de la Chaussée-dAntin.\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "V I E N N E N T D E PARAITRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 255, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1452, "texte": "V I E N N E N T D E PARAITRE :\n\n QUELQU'UN D'AUJOURD'HUI\n                              par H E N R Y MAUBEL\n\n\n\n      Histoire des Lettres belges d'expression française\n                          par F R A N C I S N A U T E T\n\n\n\nSTANCES DOBÉES\n             Commentaire sacerdotal du T a r o t\n                              par IWAN GILKIN\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 233, "titre_corps": "Pelléas et Mélisande à Paris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "PELLEAS ET MELISANDE A PARIS", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE RÉVEIL INGÉNU", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "PELLEAS ET MELISANDE A PARIS\n\n\n                                   On a représenté Pelléas et Mélisande à Paris\n                                   et cette représentation — il n'y en a eu\n                                   qu'une — est devenue un événement litté­\n                                   raire dont la grande presse parisienne s'est\n                                   vivement préoccupée ; disons mieux: elle s'en\n                                   est émue et son émotion s'est manifestée par\n                                   des articles qui ne sauraient nous laisser\n                                   indifférents.\n                      Nous ne reparlerons pas du drame de M. Maeterlinck,\n                    pour lequel nous avons exprimé ici même notre vive admi­\n                   ration (Jeune Belgique, t. XI, 1892, p. 255). C'est d'autre\n                   chose qu'il s'agit.\n                      La représentation de Pelléas et Mélisande a déchaîné à\n                   Paris une véritable crise de protectionnisme ou de chauvi­\n                   nisme littéraire. La plupart des grands journaux ont dé­\n                   claré la littérature française en danger, ont dénoncé les\n                   brumes du nord, conspué les obscurités germaniques, abo­\n                   miné le symbolisme septentrional, anathématisé le pessi­\n                   misme, qui, paraît-il, répugne à la native bonne humeur\nfrançaise, et crié sur tous les tons « sus à l'étranger ! » On a protesté au\nnom de la clarté française, de l'optimisme français, de l'esprit latin et de\nl'esprit gaulois et l'on a vaillamment déclaré la guerre à l'exotisme, qui est\nen passe de ruiner la France littéraire.\n   Il paraît, d'ailleurs, que de tous les exotiques M. Maeterlinck est le plus\npernicieux ; on n'oublie point cependant de signaler les méfaits de Tolstoï,\n                                                                       15\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "                                       — 230 —\n\n\nd'Ibsen, de Strindberg et de quelques autres grands coupables; l'un des\nplus dangereux, aux yeux de plusieurs critiques, ne s'appelle-t-il pas\nRichard Wagner?\n   Et ce n'est pas seulement M. Francisque Sarcey qui fait entendre ces\nplaintes et ces imprécations ; on les retrouve sous la plume de M. Lemaître,\nde M. François Coppée, de M. Theuriet.\n   M. Pessard écrit dans le Gaulois (18 mai 1893) :\n   Mais, je ne puis taire, puisque l'occasion m'en est offerte, l'inquiétude que me causent\nles progrès de l'invasion étrangère dans notre domaine artistique. J'ai beau sourire, je\nsuis bien obligé de reconnaître que, petit à petit, sous le prétexte avouable de tout con­\nnaître et de tout savoir admirer, nous avons ouvert nos portes aux génies reconnus, puis\naux talents discutés, puis aux originaux contestés, puis enfin à des amateurs que leurs\nnationaux, plus sages que nous, ne reconnaissent que par patriotisme. Après Tolstoï,\n Ibsen; après Ibsen, Strindberg; après Strindberg, Maeterlinck.\n   Or, il est indéniable que l'influence de ces génies et de ces médiocrités exotiques se\nfait déjà sentir sur nos nouvelles générations littéraires et obscurcissent, embrument,\n dénaturent leurs jeunes talents.\n\n   Dans le Journal, le même jour, M. François Coppée tenait le même\nlangage :\n  Naguère, dit-il, c'était Tolstoï qui, à lui tout seul, avait inventé la pitié; et devant le\nRaskolnikoff de Dostoïewski embrassant Sonia la prostituée, nous ne nous sommes pas\nmême souvenus du baiser de Jean Val-Jean à Fantine morte, Victor, Hugo ayant le tort\nde n'être pas Russe. Hier, nous étions de feu pour les drames d'Ibsen, où je sens bien\nde la puissance, mais qui, de bonne foi, sont tout de même informes et obscurs. Aujour­\nd'hui, les rêveries vaguement atroces de Nietzsche nous passionnent, et nous avons,\ngrâce à lui, quelques anarchistes de salon. Depuis de longues années déjà, nous suivons\navec peine, chez quelques poètes, les ravages d'une sorte de maladie de nos rythmes et de\nnotre langue, et, là encore, nous reconnaissons une influence étrangère. Car rien de tout\ncela n'est latin, n'est français, ne jaillit de notre sol, de notre inspiration nationale. Une\nbrume germanique nous envahit et nous conquiert, et j'en suis désolé. Que voulez-vous !\nJe n'aime pas ce vent d'est qui nous apporte, cette année, la sécheresse et la famine, et\nqui, si les choses se gâtaient par trop là-bas, en Allemagne, pourraient nous amener\nquelque chose de pire encore.\n\n   La plupart des grands journaux expriment les mêmes sentiments : guerre\n à l'exotisme et protectionnisme littéraire, et, ce qui est plus grave pour\n nous, plusieurs affirment nettement que l'ennemi c'est le Belge.\n   De fait, c'est nous, les écrivains belges, qui sommes plus exposés que per­\n sonne à être les victimes de la campagne qui s'annonce. De nos écrivains,\n de nos poètes surtout, l'on ne connaît guère en France que ceux-là préci­\n sément qui sont le moins français.\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "                                 — 231     —\n\n    N'importe ! nous comprenons parfaitement la mauvaise humeur des écri­\nvains qu'irrite l'invasion des littératures étrangères. Cette mauvaise humeur,\nil faut le reconnaître, est quelque peu fondée en raison et si M. Pessard,\nM. Lemaître et M. Theuriet se fâchent, peut-être n'ont-ils pas tout à fait\ntort.\n    Certes, il est absurde d'entourer une nation d'une muraille chinoise pour\nla préserver de l'invasion des chefs-d'œuvre étrangers ; la France moderne\nn'a pas à se plaindre, pensons-nous, d'avoir lu Gœthe, Schiller, Byron,\nDickens et Tolstoï. Non moins que la science, la pensée artistique est inter­\nnationale et le peuple qui voudrait s'isoler ne ferait que s'appauvrir, peut-\nêtre même se dessécher et languir. Quel mal pourrait d'ailleurs lui faire la\nconnaissance des littératures étrangères s'il possède lui-même une littéra­\nture nationale vivante et vigoureuse, nourrie des puissantes traditions de la\npatrie? Loin de voir leur force diminuer au contact des ouvrages étrangers,\nles écrivains de ce peuple ne pourraient qu'enrichir leur talent de sentiments\nnouveaux et de formes nouvelles. Mais une condition est indispensable pour\nque cet afflux du dehors soit inoffensif et utile : il faut que les écrivains\nnationaux aient les moelles imprégnées de l'esprit national et des traditions\nnationales, en sorte que s'ils absorbent des produits étrangers ils se les\nassimilent et les incorporent sans rien sacrifier de leur caractère propre,\n sans rien admettre qui répugne invinciblement au génie de la patrie.\n    S'il en est autrement, si la tradition nationale est affaiblie, si l'esprit\nnational est endormi, le contact de l'art étranger sera dangereux et pourra\nmême devenir mortel. Au lieu d'enrichir la littérature nationale de senti­\n ments nouveaux et d'idées nouvelles en les acclimatant, en les adaptant au\n génie propre de la race, c'est celui-ci que l'on violente; on lui impose des\n formes auxquelles il répugne en même temps que l'on brise les formes len­\n tement élaborées par le travail vivant des siècles ; on infuse dans les cer­\n veaux des sentiments qui en détruisent l'équilibre et la santé; on injecte\n dans les veines un sang qui empoisonnera tout l'organisme ; en place de\n substances assimilables et fortifiantes, on jette dans les estomacs des\n matières toxiques dont l'effet lent ou rapide sera infailliblement délétère.\n     Or, telle est aujourd'hui, en France, la situation. L'exotisme n'y est plus\n une curiosité normale et fortifiante ; c'est une maladie qui ronge les forces\n propres des lettres françaises. On ne se borne pas à prendre connaissance de\n l'art étranger et à en honorer les chefs-d'oeuvre ; on se sert de l'art étranger\n et de bien autre chose, hélas ! que ses chefs-d'œuvre, pour attaquer ce qui\n  fait la vie et la santé de l'art français. En cette occurence, la littérature\n  française ne conquiert pas, elle est envahie. Voilà le danger. Nous l'avons\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "                                      — 232 —\n\n\nsignalé à mainte reprise (1) et nous estimons que ceux qui le signalent au­\njourd'hui en France accomplissent un devoir.\n   Ne le voit-on donc pas? La rythmique française est brisée, la langue\nelle-même est violentée sans cesse dans sa syntaxe, dans sa grammaire, dans\nson vocabulaire et une jeunesse imprudente acclame ces attentats, les\nimite et ne cherche qu'à les dépasser. Si l'on y regarde de près pourtant\non ne peut s'y tromper : c'est l'œuvre de l'esprit étranger. Les étrangers\nne sont pas toujours les hommes qui habitent au delà des frontières ; tel\npoète qui habite Paris et qui peut-être est né en France est pourtant pos­\nsédé d'un démon exotique, qui circule dans ses veines avec chaque globule\nde son sang.\n   A ce propos, il est intéressant de comparer les noms des innovateurs\nd'aujourd'hui avec les noms des hommes qui ont accompli la grande\nréforme du romantisme : ceux-ci s'appelaient Chateaubriand, Lamartine,\n Hugo, Vigny, Sainte-Beuve, Gautier, puis Musset et Banville... Les révo­\nlutionnaires de l'heure présente portent des noms qui sonnent moins la terre de\nFrance : Papadiamantopoulos (Moréas), Vielé-Griffin, Stuart Merril, Marie\nKrysinska (2), M. Psichari. N'oublions pas ce détail caractéristique : le\nfoyer le plus puissant de la révolution nouvelle fut la Revue wagnérienne,\noù régnait tout autre chose que la tradition française et l'esprit français.\n    Qu'on ne se méprenne point : nous ne nions pas le talent de ces écrivains,\n nous nous bornons à remarquer qu'ils sont fraîchement issus de souches\n étrangères et que c'est eux qui ont créé et qui dirigent le prétendu mouvement\n « jeune » qui méconnaît et altère les traditions nationales de la poésie fran­\n çaise. Et nous ne leur en faisons pas un grief. Ils ont agi tout naturellement,\n tout inconsciemment. L'oreille bourdonnant encore des chants anciens de\n leur patrie, ils ont modulé sur le luth de France à la manière de leurs\n ancêtres qui chantaient en s'accompagnant de la guzla ou de la harpe de\n pierre. On ne peut leur en faire un crime, mais on doit s'abstenir prudem­\n ment de les imiter.\n    Aujourd'hui l'on ignore ou l'on ne veut pas reconnaître encore qu'en\n Belgique, au sein de tout un groupe de poètes, s'est maintenu pur et fervent\n\n\n\n  (1) Voir l'article que nous avons publié dans la Jeune Belgique, numéro de juillet-\naoût 1892, sous ce titre : L'Invasion des Barbares, à propos des poèmes de Walt Whitman.\n   (2) Ne devrait-on pas ajouter à ces noms celui de M. Gustave Kahn, — le plus hardi et\nle plus logique de tous les innovateurs ? Mais nous lui réservons une place à part dans\nnos études de Poétique française.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "                                — 233 —\n\nle culte parnassien de la forme. Les mêmes causes qui avaient déterminé\nen France la fondation du Parnasse de 1866 ont amené en Belgique les\njeunes poètes de 1880 à proclamer les mêmes principes et à instaurer les\nmêmes méthodes : il ne s'agissait point, d'ailleurs, de créer une école poé­\ntique particulière, mais de réagir contre le désordre, l'ignorance et l'amor­\nphisme ambiants : on n'ouvrait pas une petite chapelle, on nettoyait la\ngrande église où règnent la religion désintéressée de l'art et le respect de la\nforme. Il y eut des schismes et des défections, mais le groupe qui publia en\n1887 le Parnasse de la Jeune Belgique est demeuré presque intact et se\nglorifie d'avoir maintenu sans défaillance le respect absolu des lois fon­\ndamentales de la poésie française, sans préjudice des particularités de pensée\net de sentiment que nous devons à notre race, à notre climat, à notre situa­\ntion intermédiaire entre les peuples latins et les peuples germaniques.\n   Un jour, si la France est juste, elle en conviendra et s'en réjouira, car la\nFrance littéraire n'a pas les mêmes frontières que la France politique et,\npour vivre à Bruxelles ou à Genève, on n'en est pas moins, si l'on fait\n résonner la lyre de France, un véritable poète français.\n\n                                                       IWAN GILKIN\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 234, "titre_corps": "Le Réveil ingénu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE RÉVEIL INGÉNU", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 260, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 1385, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "LE RÉVEIL INGÉNU\n    Près des remparts d'Assise, — oh! que la vie est douce! —\n    Sous le ciel qui n'est plus qu'un soleil dilaté,\n    A l'ombre, dans la Vigne éblouissante et rousse,\n    On célèbre ce soir la fête de l'été.\n\n    De hardis jeunes gens — oh! que la vie est belle! —\n    Baisent les seins aigus des filles aux grands yeux;\n    Sur la chair des fruits mûrs le sang des vins ruisselle\n    Et des rires d'enfant vibrent dans l'air joyeux.\n\n    Pacifique et puissant, le couchant, comme un fleuve\n    Déborde à flots vermeils sur la cime des bois;\n    Les lèvres et les fleurs — oh! que la vie est neuve.' —\n    Semblent fleurir ce soir pour la première fois.\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "                         — 234 —\n\nLe coup d'aile léger de l'heure qui s'envole\nFlatte leur nonchaloir et caresse leurs jeux ;\nEt le roi du banquet — oh! que la vie est folle ! —\nC'est François, le plus jeune et le plus beau d'entre eux.\n\nSes blonds cheveux, ambrés par l'or du crépuscule,\nAdulent son front pur et ses yeux    attirants;\nSon rire épanoui — que la vie est crédule! —\nAspire en un baiser tous les baisers errants.\n\nDebout, portant très haut sa tête cavalière,\nIvre de sa jeunesse, il brave le Destin ;\nEt sa parole ardente — oh! que la vie est fière ! —\nComme un oiseau de f eu plane sur le festin.\n\nMais personne n'a vu le visage de l'ange\nDont le geste d'extase, obscur et triomphant,\nA tracé tout à coup — que la vie est étrange! —\nLe signe de la croix sur le front de l'enfant.\n\nImmobile et muet sous la douce main d'ombre,\nIl rompt le fil soyeux du conte qu'il contait,\nEt le groupe des fous — oh! que la vie est sombre! —\n Vaincu par ce silence inflexible, se tait.\n\nLeurs regards étonnés, pleins de joie offensée,\nVoient surgir du beau page un apôtre ingénu,\nEt sur sa bouche close — oh! la vie est blessée! —\n5e poser, comme en rêve, un sourire inconnu.\n\nEt le cœur embrasé par le monde qu'il porte,\nIl contemple à son tour ces spectres mensongers,\nEt sans les reconnaître — hélas! la vie est morte! —\n5e réveille en sursaut parmi des étrangers.\n                                            ALBERT GIRAUD"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 235, "page_fin": 236, "titre_corps": "Le Roman d’un papillon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "François Accinelli", "ancre_debut": "LE ROMAN D UN PAPILLON", "ancre_fin": "FRANÇOIS ACCINELLI", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NATURE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 262, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "LE ROMAN D'UN PAPILLON\n              I1 y a un bois en Deslalia dont les troncs gris, larges colon­\n                nades végétales, s'élèvent droits et nus pour soutenir la nom­\n                breuse famille qui s'unit et s'entrelace au haut et forme comme\n                un toit de verdure impénétrable au soleil. Et ce bois-là est\nsitué au pied d'une montagne et d'une crevasse où s'élance un torrent écu-\nmant qui, à peu de distance, se calme et reflète dans le miroir de ses eaux\nles terres et les arbres du rivage qui s'y inclinent avec coquetterie pour s'y\nregarder.\n    Ce fut près de la cataracte de ce petit Nil qu'une petite fleur rose s'épa­\nnouit sur le sommet d'un chèvrefeuille mobile grimpant au haut avec l'aide\nd'un vieux tronc qui l'avait affectueusement soutenue et qui cependant ne\nregardait pas avec orgueil les vertes campagnes qui glissaient humblement\nà ses pieds. Cette petite fleur était l'amour d'un papillon étincelant appelé\n Phalène. Ils s'étaient embrassés souvent, heureux dans le calme de la pleine\nlune. Mais le lendemain, vers le soir, ils s'étaient disputés par jalousie et\n Phalène, pour taquiner son aimée et ainsi rendre ensuite la paix plus\n tendre, descendait par des vols tortueux tantôt sur une jacinthe et tantôt\n sur l'autre, mais il restait toujours équilibré sur ses ailes, fidèle à sa petite\n fleur, qui se balançait avec nonchalance au gré des vents.\n    Les ombres du soir s'étendaient sur la campagne et le silence qui suit le\n coucher du soleil était seulement interrompu par le bruit du petit Nil.\n    Il y avait dans le ciel et sur la terre la magnificence dont se pare le\n moindre atome à cette heure solennelle.\n    Urgèle sortit du milieu du bois où la nuit arrive mystérieuse et douce\n quelques heures plus tôt. Elle avait dormi tout le jour dans le creux d'un\n tronc avec une feuille pour rideau.\n    Le désordre de ses cheveux blonds montrait le sommeil récent. Elle alla\n vers le lac qui lui servait de bassin et de miroir et fit sa toilette et ses ablu­\n tions du soir. Elle peigna ses cheveux, les entortilla et les emprisonna dans\n un peigne de diamant; ensuite, capricieuse et gamine comme elle était pour\n  se montrer à un enfant qu'elle avait connu deux soirs auparavant dans un\n  berceau d'osiers, s'enfonça dans une robe d'arlequin toute à morceaux\n  rouges et jaunes et ses clochettes dorées tintèrent gaîment. Elle rabattit\n  ensuite son petit chapeau gris sur l'oreille gauche d'où lui pendait le demi\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "                                  — 236 —\n\nmasque noir; elle peignit ses lèvres de carmin, s'attacha un grain de beauté\nau menton et, comme dernière coquetterie, elle détacha la petite fleur rose,\namour du papillon, et la mit à la bouche. Les ailes de Phalène tremblo­\ntèrent et pâlirent; mais il prit courage et vola essoufflé embrasser pour la\ndernière fois le petit corps de sa fleur. Il n'en eut pas le temps, car\nUrgèle, pour réjouir dans son premier sommeil son cher amant, pendant\nque Phalène la suivait, avait saisi par une de ses ailes une hirondelle, était\nmontée dessus, et la frappant avec un bâton de rose, l'avait précipitée dans\nl'espace.\n   Lorsque Phalène n'eut plus l'espérance de rejoindre la Fée, il continua\ncependant à aller sans savoir où, lorsque plus loin, dans une petite chapelle\nde cimetière, il aperçut une lampe devant une croix; il y arriva dans\nun instant et s'y précipita en criant : Amour, accueille mon âme!\n\n                                                  FRANÇOIS ACCINELLI\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 236, "page_fin": 238, "titre_corps": "Nature", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Garnir", "ancre_debut": "NATURE", "ancre_fin": "GEORGE GARNIR", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LITTÉRATURE RUSSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 263, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 1046, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "NATURE\n    Je revois, ce printemps, les sites familiers\n    Que j'ai, triste et ravi, délaissés à l'automne\n    Et voici qu'inquiet mon cœur cherche et s'étonne :\n    Je croyais vous connaître, ô bois inoubliés!\n\n    Je croyais vous connaître, ô sentiers pleins de mousses,\n    O rochers crevassés et flagellés de vent,\n    Hêtres tordus, bouleaux aux cuirasses d'argent,\n    Chênes dont les vieux troncs crèvent de jeunes pousses!\n\n    Je croyais vous connaître, ô verts sentiers mouillés\n    Enserrant comme un lacs les flancs de la montagne,\n    Bouquets d'arbres épars à travers la campagne,\n    Crépuscules divins, matins émerveillés!\n\n    Nature débordante et toujours contenue,\n    Nature que mon cœur cherche à comprendre en vain,\n    Je suis comme un amant qui découvre soudain\n    Dans l'amante d'hier une femme inconnue.\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "                           — 237 —\n\nLes vergers, ce printemps, ont des parfums meilleurs,\nCette grêle aubépine a des blancheurs plus fraîches\nEt ces grands nénuphars, ouverts comme des crèches,\nBercent plus mollement dans l'eau froide leurs fleurs !\n\nDes branches ont poussée que je n'ai point connues...\nQuelles mousses ont fait au roc ce vert manteau?\nLe ruisseau détourné murmure un chant nouveau...\nIl passe dans le ciel des plus étranges nues!\n\nNature qu'à notre âme attache un secret lien,\nMultiforme Nature, active et décevante,\nTrop maternelle Mère et trop aimante Amante,\nComme on te connaît peu quand on te connaît bien!\n\nJe reste anéanti devant ton œuvre immense\nOù tout, jusqu'au soleil, entre comme élément,\nJe te regarde faire avec des yeux   d'enfant\nEt, sans la pénétrer, j'admire ta puissance.\n\nPour te parer ainsi qui t'a donc dévoilé\nLes secrets surhumains, la divine harmonie?\nTout ce que tu pétris a la grâce infinie,\nIl n'est rien d'imparfait sous ton ciel étoilé !\n\nPour quelles fins fais-tu sans cesse de la vie?\nDans quels creusets sacrés trempes-tu tes beautés?\nPour quel astre amoureux tes printemps enchantés?\nD'où te vient la bonté dont mon cœur s'extasie?\n\nToi qui toujours requiers des yeux pour t'admirer,\n— Comme une courtisane exercée à l'intrigue\nVeut des cœurs pour combler son cœur vide et prodigue —\nDis, quel amant vaincu veux-tu désespérer?\n\nOn croit te pénétrer, ô Nature rebelle,\nOn croit t'avoir surprise en tes derniers secrets\nEt lorsque l'on s'attarde à compter tes attraits,\nOn te voit tout à coup différente et plus belle.\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "                                 — 238 —\n\n    On croit te posséder, on crie, on s'émerveille\n    Et dès que Von triomphe on ne retrouve plus\n    Dans ton ciel d'aujourd'hui les astres révolus,\n    Dans tes buissons en fleurs les odeurs de la veille.\n\n    Toujours tu nous déçois, Créatrice inlassée,\n    Et les hommes surpris demandent à leurs cœurs\n    S'ils doivent te bénir de tes jeunes splendeurs\n    Ou pleurer du regret de tes beautés passées !\n\n                                                      G E O R G E GARNIR\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 238, "page_fin": 243, "titre_corps": "Littérature russe : Poésies de Tutchew", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. Wallner", "ancre_debut": "LITTÉRATURE RUSSE", "ancre_fin": "L WALLNER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 265, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "LITTÉRATURE RUSSE\n                       POÉSIES DE T U T C H E W\n\n                                       I\n\n             a pensée suit la pensée, l'onde suit l'onde : — Deux formes d'un\n              même élément. — Que ce soit dans le cerveau exigu ou dans\n              l'océan infini, — ici à l'étroit, et là — au large, — toujours\n              ce même flux et ce même reflux, — toujours cette même vision\nvaine et tourmentée.\n\n                                       II\n   Là où les montagnes, fuyant, — se perdent dans le lointain lumineux,\n— coulent du très fameux Danube — les flots éternels. — C'est là, dit-on,\naux temps d'autrefois, — durant les nuits bleues, — que tournoyaient, sous\nl'eau et sur l'eau, — les folles rondes des fées. — La lune écoutait, les ondes\nchantaient, et, se penchant au-dessus des rocs escarpés, — les castels des\nchevaliers les contemplaient avec terreur et curiosité. — La lumière,\nenfermée et solitaire, — de la vieille tour — leur clignait de l'œil avec ses\nrayons magiques. — Les astres du ciel les regardaient — et, un rang pas­\nsant après un autre, — ils continuaient entre eux — leur calme et intime\ncauserie. — Enfermé dans l'armure de l'ancêtre, — le guerrier faisant la\ngarde sur la muraille — entendait, secrètement ensorcelé, — ces bruits\nlointains, comme en songe ; — aussitôt qu'il s'oubliait dans le sommeil, —\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "                                — 239 —\n\nle bruit devenait plus distinct et tonnait, — mais le guerrier se réveillait en\nsursaut et, marmotant une prière, — recommençait sa garde sur la muraille\ndu château... — Hélas, tout cela s'est évanoui, les ans ont tout emporté!\n— Tu succombas aussi à ton destin — ô Danube ! — car maintenant les\nbateaux à vapeur — labourent ta surface en tout sens.\n\n                                     III\n  Plongée dans une somnolence solennelle, — la forêt, à moitié dépouillée,\nse mélancolise; — de toutes les feuilles de l'été, à peine la centième, —\nbrillant dans sa dorure automnale, — bruit encore sur la branche.\n  Je regarde avec une sympathie attendrie, — lorsque, perçant les nuages,\n— un rayon se projette tout à coup, — à l'instar d'un éclair, sur les arbres\nbariolés.\n  Ah ! comme ce qui se fane est aimable ! quel charme y respire pour nous !\n— quand ce qui a fleuri et vibré jadis, — devenu maintenant si faible et si\ndébile, — nous sourit encore pour la dernière fois.\n\n                                     IV\n   Tu l'as connu dans le cercle du grand monde : — tantôt sombre, tantôt\nexcentriquement gai, — parfois sauvage, ou distrait, ou plein de pensées\nsecrètes... — Ainsi est le poète — et tu l'as méprisé!\n   Regarde donc la lune : toute la journée, comme un nuage exténué, —\nelle est là dans les cieux, l'on dirait un mourant, — mais la nuit vient, et\nla déesse lumineuse — brille au-dessus du bosquet endormi.\n\n                                      V\n                                 Démence.\n   Là-bas, où, comme la fumée, la voûte du firmament — se confond avec\nla terre calcinée, — là aussi, joyeuse et insouciante, — habite la démence\nmisérable.\n   Sous les rayons incandescents, — enfuie dans le sable brûlant, — elle\ncherche de ses regards vitreux — quelque chose dans les nuages.\n   Tantôt elle bondit soudain, pressant — contre la terre fendillée son oreille\nvigilante, — et elle écoute quelque chose avec une vraie attention avide, —\navec une satisfaction mystérieuse au front.\n   Car il lui semble qu'elle perçoit le bouillonnement des ondes, — qu'elle\nentend le courant des eaux souterraines, et ce qu'elles chantent à leur ber­\n ceau, — et ce qu'elles clament en sortant de terre.\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "                                  — 240 —\n\n\n                                      VI\n   Quel col sauvage! — A ma rencontre court un ruisseau : — il a hâte d'arri­\nver à la maison où l'on pend la crémaillère. — Mais moi, je grimpe vers\ndes hauteurs toutes couvertes de sapins... — J'arrive, — j'ai atteint le som­\nmet, — et m'assois calme et joyeux... — Toi, ruisseau, tu es pressé de des­\ncendre dans la vallée — où sont les hommes. — Essaie — vois comme on\nvit parmi eux.\n                                     VII\n   Au-dessus de la vallée vibre — avec douceur le son lointain de la cloche;\n— ne dirait-on pas le bruissement d'une troupe de cigognes, — bruissement\nqui se meurt dans le bruit des feuilles.\n   Grossie et scintillante, — la mer printanière ne berce plus le jour; —\net, se hâtant, — l'ombre, de plus en plus silencieuse, s'étend sur la vallée.\n\n                                      VII\n   De pays en pays, de cité en cité — le destin, comme le tourbillon,\nemporte les hommes, — et que lui importe ce que tu veux ou ce que tu ne\nveux pas!...— En avant, en avant! — La brise vous apporte un soupir bien\nconnu : — le dernier adieu de l'amour... Derrière nous, que de larmes, —\ndevant nous s'étendent le brouillard et l'inconnu ! « Regarde donc en\narrière, arrête! — où veux-tu courir et pourquoi tant courir ? — L'amour\nte reste encore ; et quoi au monde de meilleur que lui ! — L'amour te reste\nencore — plein de larmes dans les yeux et de désespoir dans le cœur... Aie\npitié de ta propre souffrance; pourquoi détruire ta félicité ?! Rappelle-toi le\nbonheur — de tant de beaux jours... Quoi, tout ce qui a été si cher à ton\nâme — tu l'abandonnes le long de ta route ! »\n   — Il n'est plus temps d'évoquer des ombres, — car l'heure est déjà\nassez morne. — L'image des défunts est d'autant plus terrible — qu'ils\nétaient plus chers à notre cœur. — De pays en pays, de cités en cités — le\npuissant tourbillon emporte les hommes, — et qu'importe si tu veux, ou si\ntu ne veux pas, — il n'en a cure     en avant, en avant!\n\n                                      IX\n                                  En route.\n   En ces lieux, où la voûte céleste fatiguée — regarde la terre appauvrie, —\nla nature, lassée, dort — plongée en un sommeil de plomb. — Seuls,\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "                               — 241 —\n\nçà et là de pâles bouleaux, — de menus arbrisseaux — et la mousse grise\n— troublent la tranquillité morbide.\n\n\n\n  Je songe au temps d'or, je songe à un pays charmant. — Le jour tom­\nbait. Nous étions deux, — à nos pieds, dans l'ombre, mugissait le Danube.\n— Et sur la colline, là où les ruines du château — regardent, blanchis­\nsantes, au loin, — tu te tenais debout, ma jeune fée, — en t'appuyant sur\nun bloc de granit couvert de mousse.\n  Tu foulais de ton pied enfantin — l'amas des débris séculaires... — Et\nle soleil s'attardait en adressant ses adieux — à la colline, au château et à\ntoi. — Et le zéphyr, en son vol, — jouait dans tes vêtements, — et les\npommiers sauvages neigeaient — sur tes jeunes épaules des flocons fleuris.\n   Insouciante, tu regardais au loin —l'horizon vaporeux qui s'éteignait dou­\ncement; — le jour agonisait, et, plus sonore, — le fleuve chantait entre ses\nbords ternis. — Et toi, joyeuse, sans lendemain, — tu reconduisais de tes\nregards l'heureux jour... — et l'ombre de la vie éphémère — volait délicieu­\nsement au-dessus de nous.\n                                    XI\n   Les pins et les sapins — pointent leurs aiguilles — comme celles d'un\nhérisson ; — s'emmitouflant dans les givres et les tourmentes, — leur\nmaigre verdure dort, et bien qu'elle ne jaunisse jamais, — jamais elle n'est\nfraîche. — Mais nous, tribu légère, — nous croissons et brillons — et ne\nséjournons sur les branches qu'un court espace de temps. — Durant le bel\nété — nous étions dans notre splendeur, — nous jouions à la lumière, —\nnous nous baignions dans la rosée.\n   Mais les oiseaux se sont tus, — les fleurs sont passées, — les prés ont\npâli, — les zéphyrs sont partis. — Pourquoi donc jaunir — et pendre\nencore en vain, — ne vaut-il pas mieux s'envoler avec eux?\n   0 sauvages aquilons, — arrivez-nous plus vite, — arrachez-nous plus\nvite — de nos branches ennuyeuses ! Arrachez-nous, entraînez-nous, — nous\nne voulons plus attendre ! — Volez donc, volez donc, — nous volerons avec\nvous!\n                                    XII\n\n                      Sur la mort de      Pouchkine.\n  De quelle main est-il parti, ce plomb mortel — qui a déchiré le cœur du\npoète? — Qui a détruit cette amphore divine — comme si ce n'était qu'un\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "                                 — 242 —\n\nsimple vase d'argile? — Qu'il eût raison ou qu'il eût tort devant la justice\nterrestre, — mais une main suprême l'a stigmatisé — à tout jamais :\n« Régicide! »\n   Et toi, ravi à la lumière et tout à coup précipité — dans les ténèbres pré­\nmaturées, — paix, paix à toi, ombre du poète, paix radieuse à tes cendres!\n   En dépit de l'ignoble diffamation, — saint et élevé fut ton sort : —tu\nétais l'organe vivant des dieux, — mais tu avais du sang dans les veines..,\ndu sang bouillant.\n   Tu étanchas ta soif de l'honneur — avec ce sang plein de noblesse, — et\nton trépas fut béni par le drapeau de la douleur nationale. — Ton inimitié,\nque Dieu la juge, — Lui qui entend le cri du sang versé!... — Mais toi,\ncomme un premier amour, — le cœur de la Russie ne t'oubliera jamais!\n\n                                     XIII\n   Oui, il a été inscrit là-haut qu'ici — nous devrions nous dire notre der­\nnier adieu, — adieu à tout dont a vécu le cœur, — à tout ce qui, tuant la\nvie, l'avait réduit en cendres — dans ta poitrine fatiguée !\n   Adieu!... Après beaucoup, beaucoup d'années— tu te rappelleras, en\ntressaillant, — ce pays, ce rivage avec sa lumière méridionale, — ce\npays où règne un éclat éternel, où s'épanouit la fleur précoce, — où l'air\nde décembre est réchauffé — par l'haleine des pâles roses tardives.\n\n                                     XIV\n   Je t'ai quitté à peine, ô Midi bienheureux, — toi qu'une fois encore j'ai\npu revoir face à face,— toi qui, comme l'Eden entr'ouvert, — me fut acces­\nsible, à moi l'étranger ! — Hier encore, bien que sans ravissement, —\nquoique tout rempli de nouvelles sensations, — je prêtais une oreille atten­\ntive et non en vain — aux chants des grandes vagues de la Méditerranée.\n   Et leur musique était pleine d'harmonie, — comme aux temps d'autre­\nfois, — quand de leur sein fécondant — surgit soudain la rayonnante\nAphrodite... Elles sont restées les mêmes jusqu'à présent : — elles bruissent\nde même, elles sonnent de même, — et sur leur champ azuré — glissent\ntoujours des visions familières.\n   Mais moi, entraîné vers le nord, — je vous avais dit adieu. — Et de\nnouveau au-dessus de moi s'est abaissée — la voûte céleste comme une\nchape en plomb. — Ici l'air est piquant : — une neige abondante — sur\nles hauteurs et dans les vallées, — et le froid, ce magicien omnipotent, —\nrègne ici en maître souverain.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "                                — 243 —\n\n   Mais là, derrière ce royaume des bourrasques, — là-bas, là-bas, sur les\nconfins de la terre, — dans ce Midi lumineux et doré, — vous, ô vagues,\nvous m'apparaissez plus belles et plus brillantes, — plus azurées et plus\nfraîches, — et votre murmure arrive — plus harmonieux encore jusqu'à\nmon âme.\n                                    XV\n  Avec quelle nonchalance, avec quelle mélancolie amoureuse — ton\ndoux, ton passionné regard s'était épuisé sur lui ! — Muette et affolée,\nquasi foudroyée par le feu de l'éclair, — tout à coup vaincue par l'excès\ndu sentiment, le cœur si plein, toute troublée, toute en larmes, tu\ntombas la face par terre. — Mais bientôt un sommeil calmant, insou­\nciant et juvénile, — descendit sur la soie de tes cils, — et ta tête se\npencha sur les mains de ton ami ; — et lui, plus tendre qu'une mère, te\nprodiguait des caresses... — Le gémissement s'éteignait sur tes lèvres, ta\nrespiration devint égale — et ton sommeil tranquille et doux... — Mais\naujourd'hui... Ah! s'il t'était venu seulement en rêve — ce que l'avenir\nnous avait réservé à nous deux !... — Sous cette morsure cruelle, tu te\nserais réveillée en te lamentant, — ou tu aurais passé du sommeil au repos\nde la mort.\n                                   Traduit du russe par L. 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Heymans et lire, de tableau en\n               tableau, l'histoire de ce grand talent dans toutes ses transfor­\n                mations, depuis ses débuts lointains dominés par Courbet et\n Daubigny, à travers ses recherches incessantes vers un idéal personnel.\n    Pour lui reconnaître définitivement dans notre école de paysage la maî­\n trise et la suprématie, plusieurs, déconcertés par la vie, semblent attendre\n que M. Heymans se fige et s'immobilise. Mais il ne veut pas, et il ne peut\n pas. Aussi le représente-t-on comme un inquiet, un entraîné, un trop docile.\n Tel n'est point notre avis. M. Heymans n'est pas de ceux qui suivent la\n nouveauté ; il est de ceux en qui elle se crée, par qui l'évolution se marque.\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "                                   — 244 —\n\n Un arbre qui fleurit n'imite pas le printemps : c'est le printemps qui monte\ndans ses sèves, qui s'épanouit dans ses bouquets parfumés. Comme un\narbre, cet artiste éclos de la terre campinoise a son principe interne de déve­\nloppement : ses phases sortent l'une de l'autre, sans se délimiter nettement\nl'une l'autre comme il arrive chez ceux qui sont exclusivement des réceptifs;\non y perçoit la persistance du même instinct, d'une tenace et mâle volonté d'art.\n   De tous nos paysagistes, nul n'est plus que lui poète. Sans doute le\nspectacle des formes baignées dans les lumières colorées intéresse ses yeux;\nsans doute, il se complaît dans l'exactitude des tons, des rapports et des\nplans; il ne s'écarte pas de la vérité des apparences naturelles et ne con­\nsentirait pas à les déformer pour en abstraire de force, comme tels peintres\nnouveaux, une manifestation plus significative du sentiment éprouvé d'abord,\npuis pensé. Mais avant tout, avant de rendre le pittoresque et le réel, il\nlui importe de traduire une impression intime, tout en retraçant fidèlement,\ndu plus près qu'il peut, le paysage qui l'a ému.\n   C'est un œil épris d'harmonie et de justesse, mais c'est tout d'abord une\nâme douce et contemplative, idyllique et tendre, de la famille de Virgile\net de Corot. Son paysage préféré n'est pas tragique, il ne parle pas\nd'ardeur, de violence, de lutte; il est délicat, taciturne, parfois pénétré de\njoie sereine, plus souvent de mélancolie virile et résignée ; il n'a pas de\ngaîtés, mais des fraîcheurs charmantes, des légèretés allègres qui donnent\nla sensation d'une promenade matinale par un beau jour vif.\n   Jadis M. Heymans affectionnait les heures crépusculaires, mais ce n'était\n pas l'agonie des soirs terribles qu'il peignait, c'était la molle incertitude des\nlevers de lune, la respiration calme de la terre en amour [Nuit radieuse),\nou la respiration entrecoupée de sanglots étouffés de la terre lasse [la Chau­\nmière); c'était l'isolement, la grande marée de silence qui submerge tout,\nl'apparition visionnaire d'un paysage hostile, étreint d'angoisse (Effet de\nnuit); ou, émergeant d'un troupeau noyé dans les ténèbres argentines, la\nhaute silhouette d'un grand berger qui va machinalement devant lui sous les\nétoiles (la Rentrée du berger). Maintenant il aime à surprendre l'éveil de la\nlumière, les brumes des aubes et des aurores, la fraîcheur de la rosée, les\nfrissons des plaines aux premières clartés. Mais c'est presque toujours le\nmême pays qu'il peint, son territoire ancestral, sa belle Campine de Wechel­\nderzande et de Blommeschot, aux grands horizons vagues, aux ciels irisés\net changeants, et les dunes sauvages, et les bruyères violacées, et les mares\nengourdies, et les grands arbres épars, puis autour des villages les oasis de\ncultures vertes, de prairies humides et fleuries. A part quelques pointes\npoussées en Hollande à diverses époques, et tout récemment dans les\nArdennes, à Houffalize, il n'est guère sorti de la contrée natale, il lui a\ngardé une fervente prédilection.\n   Mais son respect de la nature, son impressionnabilité exceptionnelle, sa\nparfaite sincérité lui font à chaque fois des yeux neufs, exempts de rémi­\nniscences et de partis pris. Chacun de ses tableaux témoigne d'une émotion\ndes yeux et du coeur, chacun représente une nuance particulière de sen­\ntiment, aussi variable que l'heure, la saison, l'âme épanouie ou sévère du\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "                                 — 245 —\n\npaysage et du ciel. S'abandonnant à son émotion, il a su s'affranchir de ses\npropres succès et continuer à se développer librement, au risque de se com­\npromettre auprès des amateurs déroutés.\n   Si l'impression perçue est spontanée chez M. Heymans, son exécution\nn'en est pas moins savante. Nul ne dédaigne davantage les ficelles, mais\nnul ne connaît mieux les ressources du métier, nul n'a travaillé davantage\nà acquérir la perfection technique. De tout temps, il s'est préoccupé de\nmettre son faire en rapport avec sa manière de voir. Grand ennemi des\nlignes sèches, des contours découpés, très attentif à l'enveloppe des choses,\nil a d'abord fondu, amalgamé les pâtes. Quelquefois on a pu lui reprocher\nune solidité exagérée, une certaine uniformité de rendu, des feuillages\nmaçonnés, impénétrables à l'air, un défaut de palpitation. Tout en éclair­\ncissant sa palette, chargée au début de couleurs plutôt sombres aux effets\nluisants et veloutés, il a cherché les aspects plus fluides, plus immatériels,\nplus conformes à la fois à la vérité de la nature et à son propre sentiment.\n   En même temps, le problème de la vibration lumineuse le tourmentait.\nEt il est arrivé, voici quelques années, à se constituer peu à peu une\nmanière légère et aérienne, une peinture de frémissements, de frissons, de\npoudroiements, grâce à l'emploi fréquent dans les feuillages, dans les\nciels, dans les eaux, dans les terrains mouvementés, de hachures courtes,\ncroisées en sens divers, posées d'un coup sans tâtonnement, laissant jouer\nentre elles le fond gris de la toile. Cette facture lui est personnelle et varie\nde tableau à tableau, et constamment dans le même tableau, selon le\n caractère des objets. Des observateurs superficiels ont prétendu y recon­\n naître le procédé du néo-impressionnisme, le pointillé. Il suffit d'analyser\n avec soin un morceau quelconque pour constater que c'est là une erreur.\nA de rares exceptions près, M. Heymans n'a pas recours au système de la\ndécomposition du ton, qui est la chose essentielle pour les techniciens issus\n de Seurat. Le procédé de M. Heymans n'est pas déduit d'un raisonnement\n scientifique, mais d'une série d'expériences personnelles, et sans doute il\n n'en vaut que mieux, parce qu'il se trouve mieux accommodé à sa vision.\n C'est encore la raison pour laquelle l'emploi n'en peut convenir à tous. Il\n requiert d'ailleurs un œil d'une sûreté et d'une mémoire longuement\n exercées; il ne souffre pas l'à peu près ni la négligence. Aussi, avant de\n peindre, M. Heymans dessine-t-il patiemment à la plume jusqu'aux\n moindres détails, pour n'abandonner rien au hasard, pour pouvoir exécuter\n son tableau sans hésitations ni remaniements.\n   Des cent cinquante oeuvres exposées, il faudrait maintenant choisir les\nprincipales, outre celles auxquelles nous avons déjà fait allusion. Mais une\nénumération serait fastidieuse et une analyse nous entraînerait trop loin.\nAdmettant et admirant les impalpables délicatesses des Brumes du matin,\nsi critiquées naguère, chef-d'œuvre incontesté aujourd'hui, beaucoup\nréprouvent les toiles nouvelles de M. Heymans et déplorent son entêtement\nà ne pas se recommencer. En opposition nette avec eux, nous estimons que\nl'œuvre la plus belle de la collection, encore supérieure à ce triomphal Réveil\ndont nous avons déjà parlé ici, ce fut sa dernière grande composition, Prin-\n                                                                       16\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "                                  — 246 —\n\ntemps. Une prairie s'étoile des premières fleurs de l'année, aux bords d'un\nruisseau dont les eaux paresseuses rêvent dans de petites anses. De hauts\nmarronniers dressent leurs thyrses blancs et arrondissent leurs dômes dans\nun ciel d'un bleu profond où glissent mollement des nuages dorés de la\ndouce lumière de mai. Des baigneuses blanches apparaissent, noblement\ngroupées sous les arbres et dans les roseaux, aux ondoiements de l'ombre\net du soleil. Rien de plus calme, de plus grave, de plus tendre, de plus\nélyséen. C'est à la fois la nature vue et la nature rêvée. L'analyse s'y com­\nplète d'une haute vision synthétique, et tout l'art de M. Heymans s'y\nrésume, y aboutit et s'y élève au-dessus de lui-même en s'y concentrant.\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 246, "page_fin": 246, "titre_corps": "Chronique artistique : L’Association pour l’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "A Anvers s est ouverte", "ancre_fin": "signe ses pièces", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Société des Aquafortistes belges", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 781, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "A Anvers, s'est ouverte la seconde exposition de l'Association pour l'Art,\nqui inscrit à son catalogue la plupart des noms que l'on voit figurer aux\nderniers catalogues des XX. Nous avons trouvé ou retrouvé là des œuvres\nde MM. Heymans, Constantin Meunier, Gaspar, Du Bois, Finch, Van\nRysselberghe, Laermans, Lucien Pissarro, Signac, Thys, Van de Velde,\nCross, Denis, Gausson, Luce, de Toulouse-Lautrec, etc., des figures et\ndes fleurs de M. Morren, qui est l'un des deux exposants anversois et dont\nles progrès sont très marqués, puis de délicieuses figurines en pâte de verre\nde M Henri Cros, de ravissants étains de M. Charpentier, des types très\ncurieux et très vivants de M. Ibels et, enfin, et surtout, une collection de\nsoixante-trois estampes d'Outamaro, aux couleurs infiniment douces,\ndélavées et amorties : des scènes familières de la vie de tous les jours, enno­\nblies par la grâce aristocratique et ingénue de la femme qu'Outamaro créa\net dont l'élégance subtile signe ses pièces.\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 246, "page_fin": 247, "titre_corps": "Chronique artistique : La Société des Aquafortistes belges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "La Société des Aquafortistes belges", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 1781, "fin_caractere_exclue": 3027, "texte": "La Société des Aquafortistes belges a ouvert sa première exposition\nd'eaux-fortes et de pointes-sèches. Nous devons constater qu'en dépit du\nmérite de certains graveurs belges, parmi lesquels MM. Ensor, Dardenne,\nHenri et Karl Meunier, De Haene, Maréchal, Wytsman, Verstraete, Van\nden Eeckhoudt, la Belgique n'occupe pas le rang qu'elle devrait conquérir.\nL'eau-forte a plus de souplesse et de vie que la gravure au burin, mais elle\nne supporte pas davantage le débraillé, le trait indécis, le faire lâche et\nincorrect. Au premier rang des productions étrangères figurent les coquets\nminois de jeunes femmes de M. Helleu, les vivants portraits de M. Des­\nboutin, quelques planches représentant des danseuses, de M. Renouard,\nune série de paysages et de figures, d'un goût charmant, d'une adresse irré­\nprochable, de M. Zilcken, notamment son excellente gravure du portrait\nde Paul Verlaine, admirablement juste, de M. Toorop. Mais les magis­\ntrales marines de M. Storm van 's Gravesande sont le plus grand attrait de\nl'exposition. M. Storm sait exprimer, d'un dessin puissant et large, l'élan de\nla lame qui déferle, le mouvement de la vague qui balance les barques, se\nbrise aux pilotis, monte à l'assaut des estacades, ou va mourir à l'horizon\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "                                — 247 —\n\nmarin. Son trait synthétique, sobre et net, évoque à merveille les ciels\naérés et mouvants de la Zélande, et les jeux de la lumière à la surface des\neaux clapotantes. On ne pourrait davantage et mieux dire, avec un geste\nde plus grande allure, avec plus d'aisance et de simplicité.\n                                                   E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 247, "page_fin": 250, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ERNEST CLOSSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 408, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n              La date de parution du dernier numéro de la Jeune Belgique ne\n               m'a pas permis de parler, dans ma précédente chronique, du\n               deuxième concert des Artistes musiciens. Mais l'intérêt excep­\n               tionnel du programme autorise ce coup d'oeil en arrière ; il\ns'agissait, en effet, de la première exécution, à Bruxelles, du Chant de la\nCloche, la fameuse légende dramatique de Vincent d'Indy, le chef de file\nde la jeune école française.\n   Dans la première partie du concert, la Fest-Ouverture de Lassen, — une\nœuvre un peu surannée, mais si bien bâtie et d'une allure si chaleureuse !\n— l'admirable Aria en ré de Bach, et cette géniale plaisanterie qui a nom\nEspana de Chabrier. Cette Espana, on a beau l'entendre, elle étonne tou­\njours. Dans ce morceau où il n'y a plus de Pyrénées, la fougue et la lan­\ngueur espagnoles s'allient heureusement, et sans soudure apparente, à la\ngrâce et à la spirituelle verve française. Doublement intéressante au point\nde vue de la rythmique, d'une difficulté énorme pour chaque instrument,\net de la couleur orchestrale de la plus fantaisiste drôlerie. Oh! cette entrée\ncruelle, en coup de poing, des cuivres, au milieu du pp éthéré d'un dessin\ndes cordes ! Puis, c'est l'une des œuvres les plus sensuelles que je connaisse.\nPar exemple, ce n'est pas un morceau convenable; ah! non! Et si le sâr\nPéladan pense qu'aucune honnête femme ne devrait se compromettre à\nl'audition des beautés sévères — et classiques, malgré tout — de Tristan,\nj'estime, moi, que la jeune fille qui ne rougit pas aux échevèlements incon­\nvenants de 1''Espana de Chabrier, atteste une perversité impudente ou une\nincompréhension totale en matière de musique...\n   Le Chant de la Cloche excitait ici une vive curiosité pour tous ceux qui\nn'en connaissaient que la réduction au piano. Composée il y a dix ou quinze\nans déjà, elle valut à son auteur le prix de la Ville de Paris, et l'on peut, à\nbon droit, le considérer comme une des compositions capitales d'un jeune\nmaître qui a déjà produit bon nombre d'œuvres remarquables.\n   Le Chant de la Cloche est divisé en sept tableaux et un prologue. Le\nmaître fondeur Wilhelm, arrivé au terme de sa carrière, évoque les princi­\npales phases de son existence où les cloches ont joué un rôle. Le dernier\ntableau représente la mort de Wilhelm et son triomphe.\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "                                   — 248 —\n\n   Vincent d'Indy fut son propre librettiste : le détail est à noter, car il a son\nimportance au point de vue de la fusion absolue réclamée par le drame musi­\ncal, dont l'auteur s'inspire directement. Trop directement, même; c'est là du\nWagner, et du plus pur. L'auteur est, du reste, le premier à le reconnaître.\nLa musique procède de l'auteur des Maîtres Chanteurs, et c'est cette\nœuvre qui a, évidemment, inspiré le librettiste. Cette union de Wilhelm et\nde Lénore, subordonnée à la collation du titre de maître, cette fête avec\nson cortège de métiers, l'allocution du doyen, tout cela, évidemment, rap­\npelle d'une manière flagrante la comédie musicale du formidable ogre de\nnos compositeurs contemporains.\n   On a trouvé à d'Indy de la personnalité; ce n'est pas vrai. De l'originalité,\noui ; de la personnalité, non. Même en faisant abstraction des influences\nwagnériennes qui le possèdent, on ne peut encore lui décerner ce titre de\npersonnel. Il ne l'est pas plus que ne l'était C. Franck, son maître... Oh!\nj'entends crier ! Toute cette jeune école française possède, non une véritable\npersonnalité, mais une personnalité apparente. Je le faisais observer à un\nfervent admirateur de ce doux mystique dont la foi profonde inspira les\nBéatitudes.\n   « Comment! se récria-t-il, Franck, pas personnel? »\n   Puis, après quelques passes :\n   n Et son harmonisation, fit-il triomphant, la comptez-vous pour rien?»\n   C'était le défaut de cuirasse du raisonnement. En effet, chez C. Franck\ncomme chez Vincent d'Indy, l'originalité extrême de l'harmonie constitue\nune sorte de personnalité factice. Je dis factice, car elle réside plutôt dans\nla science, le travail, l'habileté de l'auteur, que dans son inspiration. Est-ce\nà dire que l'inspiration fait défaut ? Point du tout. Les Béatitudes et les\nEolides, Wallenstein et Sauge-Fleurie sont de l'inspiration la plus noble\net la plus pure. Cependant, cette inspiration en elle-même n'est pas per­\nsonnelle, mais la réalisation harmonique est si curieuse qu'elle revêt leur\npensée d'une personnalité factice. C'est dans cette confusion de mots que\nréside tout le malentendu : l'orchestration, la forme, l'harmonisation sur­\ntout peuvent être originales ; la pensée mélodique seule peutêtrepersonnelle.\n   Cette parenthèse fermée, je me hâte de constater l'extrême intérêt de la\nCloche et la poésie véritable qui s'en dégage. On regrette de ne pas voir\nl'œuvre mise à la scène, tant la conception scenique est belle et la musique\nintimement liée à l'action.\n   Le quatrième tableau, la Vision, dans l'intérieur du clocher, avec son\ncaractère fantastique, le charme pénétrant des deux fragments du milieu\n— les Voix des cloches et les Esprits du rêve, son orchestration piquante\net ses trouvailles de mise en scène, — tout ce tableau est vraiment exquis,\net se termine magistralement par un lever de soleil d'une grandiose expres­\nsion musicale.\n   Le cinquième tableau, l'Incendie, qui terminait le concert, les deux der­\nniers fragments n'étant malheureusement pas exécutés, attestait magnifi­\nquement la technique superbe du jeune auteur, la facilité avec laquelle il\nmanie les masses chorales et instrumentales. Cette scène est parfaite à tous\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "                                 — 249 —\n\nles points de vue, et l'auteur met une audace remarquable à entrer immé­\ndiatement dans les grands effets, soutenant puissamment l'effort et graduant\nencore toutes les périodes d'une situation dramatique très forte jusqu'à\nl'éclat final. L'exécution, de la part des solistes, MM. Leprestre, Seguin,\nCeuppens, Mlles Chrétien, Wolf, Van Hoof et Frandas, était fort bonne;\ndu côté orchestre, proprette, sans plus. Cette belle œuvre méritait en tous\ncas plus de soin et de fini.\n   Gros succès, mais peu de monde. Les « manifestations tumultueuses »\nbattaient leur plein ce soir-là, et la plupart des bons amateurs, au lieu de\nvenir au concert, faisaient de 1' « art social » dans les rues, en tenue de\ngarde civique et baïonnette au canon ! Un joli détail inédit, à ce propos :\nLe concert devait commencer par l'ouverture de Charlotte Corday de\nPeter Benoit. Mais, au dernier moment, on craignit que les Marseil­\nlaise, Ça ira et autres Carmagnole, dont le maître flamand s'est plu à\némailler l'œuvre, ne donnassent prétexte, dans la salle, à des manifestations\ndissonantes... et l'on remplaça par la bénévole Fest-Ouverture de Lassen,\nbâtie sur un lied populaire allemand qui n'a rien de subversif!\n\n   Au Conservatoire, deuxième audition du Messie, retardée par indispo­\nsition de M. Demest. Interprétation plus parfaite encore que la première\nfois, si possible. A ce propos, relu un vieil article de l'Echo du Parlement\nde 1869, trouvé parmi de poussiéreuses découpures, où le chroniqueur\ns'étend avec enthousiasme sur l'exécution du Messie au « Festival belge »\nde cette année, sous la direction de Samuel, avec Agnesi, Morère,\nMme Sass et M lle Wertheimber, devant un auditoire de huit mille per­\nsonnes. Après le Messie, on avait joué une machine du duc Ernest de Saxe,\nintitulée L'Hymne à la Paix; « on l'avait mis au programme, ajoute le cri­\ntique de l'Echo, pour complaire au Roi, qui avait bien voulu consentir à\nhonorer de sa présence l'inauguration du festival ». Comme c'est loin, tout ça !\n\n\n   Le chant en chœur vient de s'enrichir, à Bruxelles, d'une institution dont\nle besoin se faisait véritablement sentir : un chœur mixte. Depuis le décès\nde la Société de musique, cette intéressante branche de l'art musical était\nabsolument tombée en désuétude chez nous. Et le mouvement se produit\nde deux côtés à la fois : garantie pour l'avenir.\n   C'est d'abord M. Beauvais, qui nous a donné l'Octuor belge, petit\ngroupe d'amateurs fort bien stylés par leur chef. M. Beauvais a donné jus­\nqu'à présent trois concerts qui font bien augurer des séances suivantes. Son\noctuor a interprété des chansons anciennes et quelques chœurs modernes,\navec piano. Excellentes voix et excellentes intentions; mais que de chemin\nà faire encore avant d'atteindre à cet idéal Amsterdamsch a capella koor!\nL'octuor de M. Beauvais ne me paraît pas encore bien sûr de lui-même;\non a pu s'en apercevoir au second concert, où, devant les difficultés un peu\népineuses d'un motet de Sweelinck, les artistes se sont « mis dedans ».\n N'importe, ces accidents passagers sont bien excusables de la part de chan-\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "                                 — 250 —\n\n\nteurs qui ne se sentent pas encore bien les coudes. M me Everaerts, pianiste,\ns'est fait entendre à chaque concert, dans des œuvres classiques qu'elle\na jouées sans style, sans mécanisme, sans observance même des prin­\ncipes les plus élémentaires qui président à l'interprétation des classiques,\nexécutant, dans une gavotte, les mordants avant le temps au lieu de les\nprendre sur le temps, etc. ; ce sont choses qu'il est permis d'ignorer en un\nsalon, mais non sur une estrade.\n   De leur côté, MM. Soubre et Carpay ont fondé, parmi les profession­\nnels, une association plus vaste, sous le nom de Choral mixte, dans le but\nde donner des concerts de musique chorale, et, au besoin, pour renforcer\nles Artistes musiciens ou les Concerts populaires.\n   Un premier concert a été donné le 17 mai, avec le concours de M. Ysaye;\nprogramme très intéressant et exécution excellente, surtout de la part des\nchœurs. On y a entendu deux chœurs des Saisons de Haydn, une Chanson\nd'Ancêtre de Saint-Saëns, A la Porte du Cloître de Grieg (bien ternes, les\nsolistes!), la belle Nuit persane de Saint-Saëns, et des fragments de Béati­\ntudes de C. Franck. Les meilleures félicitations et bonne chance!\n   Pendant que nous en sommes à sonder les chœurs, je citerai encore une\nautre expérience du même genre, qui a réussi au delà des espérances de ses\npromoteurs.\n   Un concert de charité s'est donné, le mois passé, à la salle Veydt, à\nSaint-Gilles, avec le concours de M\"0 L. Merck et de MM. Demest et Gillet.\nOn y a entendu un chœur d'une vingtaine de dames et demoiselles amateurs,\nexcellemment dirigées par M. Charles L., interpréter différents chœurs\navec une grande finesse de nuances, une justesse, un ensemble remar­\nquable et un sens artistique très fin : il y avait un pittoresque Pardon\nbreton de Chaminade, A la Porte du Cloître de Grieg, une Ronde triste\nde votre serviteur, et surtout deux admirables petits poèmes de C. Franck,\nLa Vierge à la Crèche et Soleil.\n\n\n   Une indisposition mille fois maudite m'a empêché d'assister au dernier\nConcert populaire, sous la direction de Félix Mottl, de Carlsruhe, l'un des\ntriumvirs de l'orchestre de Bayreuth. Enthousiasme pharamineux. Après le\nconcert, un banquet a réuni au Grand Hôtel les principaux héros de la\nséance. Qu'il me soit permis, pour terminer gaiement cette trop longue\nchronique, de citer le menu éminemment fantaisiste de cette agape :\n   « Potage crème d'Oscar à la Monnaie. — Consommé sauce populaire,\n— Petites bouchées à la Béatrice. — Turbot sauce Mottl. — Filet de Hun-\nding (!) à la Edouard. — Ris de Colonne (veau) (!!) à la Walkyrine. —\nAsperges sauce Wilder. — Brunnhilde à la Dupont. — Salade Meyerbeer.\n— Langouste à la Wotan. — Glace Huguenote. — Werthériades. —\nFruits, desserts. — (Graves, Saint-Estèphes, etc.) »\n   On est gai, au Populaire !\n                                                    E R N E S T CLOSSON"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 251, "page_fin": 260, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   La Chevauchée d'Yeldis et autres poèmes, par FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN. Paris, Vanier.\n— Une Belle Dame passa, par ADOLPHE BLETTE. Paris, Vanier. — Chevaleries Sentimen­\ntales, par A.-FERDINAND HÉROLD. Paris, Librairie de l'Art indépendant. — Salutations,\ndont d'Angéliques, par MAX ELSKAMP. Bruxelles, Lacomblez. — Une Ame princesse, par\nPOL DEMADE. Gand, Siffer. — Contes au Perron, par HUBERT STIERNET. Bruxelles,\nCharles Vos.— Claudine Lamour, par CAMILLE LEMONNIER. Paris, Dentu.— Ames Blan­\nches, par WILLIAM RITTER. Paris, Lemerre. — L'Animale, par RACHILDE. Paris, Simonis\nEmpis. — En République, par J. DE TALLENAY. Paris, Ollendorff. — Sous le Bleu, par\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. Gand, Siffer. — Salomé, par OSCAR WILDE. Paris, Librairie de\nl'Art indépendant. — La Littérature française dans son développement historique, par\nH. PERGAMENI. Bruxelles, Rosez. — Au Ciel, par JEAN CASIER. Gand, Siffer. — Sonnets\nen Bige, par ANTOINE SABATIER. Paris, Librairie de l'Art indépendant. — Prestiges, par\nJOSEPH DUCLAREUIL. Paris, Girard.— Prima Verba, par VICTOR THOMAS ORBAN. Bruxelles,\nLamertin. — Feuilles Errantes, par C. LANCKRIET. Gand, Van Melle. — Le Poème de\n[Ame, par RENÉ CAILLIÉ. Paris, Comptoir d'édition.\n\n\n              Après les Cygnes, M. Francis Vielé-Griffin publie sous ec\n               titre : La Chevauchée d'Yeldis et autres poèmes, une série\n               de morceaux de prose poétique qui ne paraissent guère viser\n               à l'unité.\n   Je vois bien que ces morceaux, dont plusieurs sont charmants, n'ont pas\nla forme du vers. Toutefois, je n'oserais pas jurer qu'ils soient écrits en\nprose. Mes lecteurs partageront mes scrupules en lisant avec attention les\nfragments que voici :\n    « ... Le porche était bas avec sa grille close d'un triple fer forgé; les\nterrasses s'étageaient, de fruits en fleurs, jusqu'aux charmilles, avec des\ntreilles aux musles tors du poids (il semblait) des grappes gorgées... Martial\nprit l'une d'elles, du dehors, brusque et disant à demi-voix : « Soyons\nainsi pour Elle, cessons de défeuiller ses marguerites et jurons d'accepter\nson choix et sans querelles. » — Le couchant riait rose jusqu'au zénith —\nnous le jurions par notre âme immortelle... »\n    « ... Ce vieillard vint pour échanger des ors étranges, quelque matin;\n nous le connûmes de la sorte; son regard souriait, lointain, comme vers sa\njeunesse longtemps morte. Il marchait calme dans le tumulte des quais\nhoulants, au cri de la vigie au guet, vers les jetées, et comme il nous dit sa\ndemeure hors de la ville, au coteau des chênaies, nous fûmes lui porter de\n jeunes monnaies et nous vîmes Yeldis parmi ses fleurs. Philarque, en\n comptant les vieux ducats d'or, croyait la reconnaître aux effigies, et dut\n les recompter, et se tromper encore... »\n    Un de mes amis soutient que ces morceaux sont écrits en prose. J'ai beau\n lui objecter qu'il est facile d'y découvrir des rimes et de fausses rimes, et\n que certains tours de phrase sentent un peu la strophe, il me répond qu'à\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "                                    — 252 —\n\n\nce compte-là les périodes de Chateaubriand, où l'on relève non seulement\ndes allitérations, des assonances et des rimes, mais encore des alexandrins\nparfaitement rythmés, ne seraient point de la prose. La prose de M. Vielé-\nGriffin lui paraît plus étriquée ; mais il n'admet point qu'il existe entre les\nfragments cités et tels morceaux de Chateaubriand une seule difference\nessentielle.\n   Un autre de mes amis soutient, au contraire, que c'est grâce à un arti­\nfice typographique que les fragments dont il s'agit ont l'air d'être de la\nprose. Il prétend que M. Vielé-Griffin aurait dû les faire imprimer ainsi :\n                  ... Le porche était bas avec sa grille\n                  Close d'un triple fer forgé ;\n                  Les terrasses    s'étageaient,\n                  De fruits en fleurs, jusqu'aux  charmilles,\n                  Avec des treilles aux muscles tors\n                  Du poids (il semblait) des grappes    gorgées...\n                  Martial prit l'une d'elles, du dehors,\n                  Brusque, et disant à demi-voix :\n                  « Soyons ainsi pour Elle,\n                  Cessons de défeuiller ses marguerites\n                  Et jurons d'accepter son choix,\n                  Et sans querelles. »\n                  — Le couchant riait rose jusqu'au zénith —\n                  Nous le jurions par notre âme      immortelle...\n\n                  ... Ce vieillard vint pour échanger des ors étranges,\n                  Quelque matin;\n                  Nous le connûmes de la sorte;\n                  Son regard souriait,    lointain,\n                  Comme vers sa jeunesse longtemps morte.\n                  Il marchait calme dans le tumulte des quais\n                  Houlants, au cri de la vigie au guet,\n                  Vers les jetées;\n                  Et comme il nous dit sa demeure\n                  Hors de la ville, au coteau des chênaies,\n                  Nous fûmes lui porter de plus jeunes monnaies,\n                  Et nous vîmes Yeldis parmi ses fleurs;\n                  Philarque, en comptant les vieux ducats d'or,\n                  Croyait la reconnaître aux effigies,\n                  Et dut les recompter, et se tromper encore...\n\n   Et cependant, je ne suis pas convaincu. M. de Souza s'est livré, récem­\nment, sur la prose de Flaubert, à une expérience semblable, dont le résultat\nme paraît aussi concluant. Mon deuxième ami, d'ailleurs, en est réduit,\npour les besoins de son paradoxe, à faire rimer forgé, étageaient et gor­\ngées. Or, ces mots ne riment que pour les étrangers qui prononcent mal le\nfrançais. Il en est de même pour demeure et fleur. Enfin, il me semble que\nsi, d'après la définition de M. Gustave Kahn, le vers est un arrêt simultané\nde la pensée et de l'expression, mon deuxième ami découpe la prose de\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "                                 — 253 —\n\nM. Vielé-Griffin d'une façon un peu arbitraire. Pourquoi, en effet, rythmer\nainsi :\n                   Et comme il nous dit sa demeure\n                   Hors de la ville...\n\nalors que rien ne justifie cet enjambement? La vraie leçon serait évidem­\nment :\n             Et comme il nous dit sa demeure hors de la ville.\n\n   Le vers aurait treize pieds, mais il serait construit d'une manière\nlogique.\n   Faut-il conclure?\n   Je pense que la prose de M. Vielé-Griffin est une prose de poète, et que\nl'auteur de la Chevauchée d'Yeldis reviendra fatalement à la forme du\nvers. Je n'en veux pour preuve que le Diptyque et les morceaux intitulés\nFleurs du Chemin.\n\n\n   Une Belle Dame passa ne peut pas soulever la même discussion que la\nChevauchée d'Yeldis. M. Adolphe Retté a voulu écrire et a écrit des vers.\nJe n'irai pas jusqu'à prétendre que ces vers soient rigoureusement conformes\nà la prosodie classique ; mais je soutiens qu'ils ne s'en écartent guère, et\nque c'est à elle, lorsqu'ils sont beaux, qu'ils doivent leur beauté.\n   Qu'on en juge par les strophes suivantes :\n              O regards de prière! ô cheveux parfumés!...\n              — Quel présage de sang vers ces folles nuées,\n              Qui voilaient une lune en leurs affres noyée! —\n              Voici venir la Nuit tueuse de Beautés.\n              O regards suppliants... mourront-ils, dis, trop frêle,\n              Comme toi, comme moi, mourront-ils cette Nuit? —\n              Les oreillers de fleurs et les rideaux vermeils\n              Saignent du souvenir de nos bouches unies,\n              Car, vois-tu, mon enfant, nous avons trop aimé,\n              Trop souffert, trop pleuré l'un par Vautre, et sans doute\n              Que si nous délaissons cet amour abhorré,\n              Nous le retrouverions au détour de la route.\n              Que fais-tu là? Pourquoi ces regards de détresse?\n              Pourquoi ces pleurs encor dont je sais te mensonge? —\n              Moi je suis lâche, et si tu m'offres ta faiblesse,\n              Mon âme veut ton âme et s'y penche et s'y plonge...\n              Va-t'en, ôte tes mains fraîches comme des roses;\n              Je voudrais tant dormir délivré de tes lèvres\n              Très loin... Qu'une neige d'oiseaux chastes se pose\n              Sur mon cœur convulsif et sur mon front de fièvre.\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "                                   — 254 —\n\n               Va-t'en, détourne-toi vers l'ombre maternelle,\n               Cache ta f ace et tes regards trop radieux —\n               Les oiseaux sont-ils là? j'entends chanter des ailes...\n                Va-t'en chez les démons rieurs qui sont tes dieux!\n\n   Assurément, M. Retté emploie aussi les fausses rimes; il déboîte parfois\nle vers et se permet mille audaces prosodiques dont je n'aperçois point la\nnécessité ; mais personne ne s'avisera de prétendre que c'est grâce à un arti­\nfice typographique que ces vers ont l'air d'être des vers. Si l'on y regarde de\nprès, les audaces de M. Retté sont timides, et plus apparentes que réelles.\nElles consistent le plus souvent à faire rimer le singulier avec le pluriel, à\nmettre une syllabe muette à l'hémistiche, et parfois — très rarement — à\nrisquer un vers de quatorze pieds. A ces licences près, dont la raison\nnous paraît assez puérile, les vers de M. Adolphe Retté ont la sonorité de\nl'alexandrin traditionnel. Les strophes citées plus haut sont de vraies\nstrophes, et il y a un abîme entre elles et la mélopée nouvelle. Elles nous\npermettent d'affirmer que M. Retté est un vrai poète, dont la veine est\nfranche et dont la frénésie charnelle atteint parfois à l'éloquence.\n\n\n\n   Dans une gamme plus douce et plus souriante, M. A.-Ferdinand Hérold,\nl'auteur des Chevaleries sentimentales, n'innove pas plus profondément\nque M Retté. Certes, M. A.-Ferdinand Hérold sacrifie aux formes nou­\nvelles ; mais si l'on établit une balance entre ses mélopées et ses poèmes\ntraditionnels, on est forcé de reconnaître que ces derniers sont beaucoup\nplus nombreux. Sauf certains poèmes très vagues et quelques récitatifs des­\ntinés à relier des morceaux lyriques, la plupart des évocations de M. A.-Fer­\ndinand Hérold sont régulièrement prosodiées. Tels sont les harmonieux\nsonnets du Livre des Reines et du Vitrail des Saintes, où se révèle un\nartiste délicat, épris de couleurs heureuses et de musiques apaisées.\n   Mes lecteurs ne manqueront pas de se fleurir les yeux au délicieux vitrail\nque voici :\n                Parmi les floraisons qui gemment le rivage\n                Suivant des yeux le doux archange Gabriel,\n                Qui plane et rit, vêtu d'or immatériel,\n                Elle rêve. Au lointain, gronde le flot sauvage.\n                Le Barbare a dompté sa ville et la ravage :\n                Nulle plainte ne sort de sa lèvre de miel :\n                Jésus libérateur veille aux clartés du ciel.\n                Qu'importent le travail amer et l'esclavage?\n                Les oiseaux rois des mers, les calmes goélands\n                S'en viennent de l'azur avec des cercles lents\n                Pour adorer la pure et la candide vierge.\n                Et là-bas, solitaire en des champs de méteil,\n                Un cyprès vigoureux et droit, tel qu'un grand     cierge,\n                Dresse sa tête où meurt un rayon de soleil.\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "                                — 255 —\n\n\n\n\n   Le poète de Dominical, M. Max Elskamp, publie chez Paul Lacomblez,\nen une édition exquise ornée d'une couverture de M. Henry Van de Velde,\nun recueil de vers dont le titre : Salutations, dont d'angéliques, me paraît\nun peu tourmenté.\n   Toutes ces salutations ne sont pas angéliques, et ce ne sont pas les\nangéliques que je préfère. J'aime mieux, je l'avoue, les jolies chansons his­\ntoriées auxquelles les salutations servent de prétexte, comme par exemple,\nle n° IV de Horloge admirable :\n                     Mais voici l'horloge admirable\n                     Des belles heures à sujets,\n                     Qui sonne l'instant pris aux rêts\n                     Des musiques mues par du sable;\n\n                     Et c'est très vieillement d'abord,\n                     Moïse recevant les Tables\n                     Aux histoires saintes des fables,\n                     Mais très vieillement et d'abord.\n\n                      Lors matin, et très en décor,\n                      Voici les bergers, les agnelles\n                      Et loin un château à tourelles,\n                      Lors matin et très en décor;\n\n                      Or, midi, c'est une fontaine,\n                      Et le jet d'eau vivant toujours,\n                      Et des cygnes tout à l'entour,\n                      Et la fenêtre aux châtelaines ;\n                      Puis, pour la nuit, et c'est après\n                      Un paysage    taciturne,\n                      La lune pleine sur Minturnes,\n                      Mais pour la nuit, et c'est après.\n\n  Je prise beaucoup aussi, dans Etoile de la mer, le charmant dénombre­\nment d'une Armada puérile, et bien d'autres, qui appartiennent à la meil­\nleure veine de Dominical. M. Max Elskamp n'a point perdu la grâce un\npeu précieuse de son verbe, et ses Salutations abondent en tournures ravis­\nsantes, mi-enfantines, mi-vieillottes, qui surprennent délicieusement. Mon\ncœur, murmure-t-il,\n                      Mon cœur de trop grande personne\n                      Pour ces ciels enfants, s'abandonne\n                      A monter en lèvres vers vous;\n\n   Il appelle la Vierge « Marie-aux-heures », « Marie-au-peuple », « Marie-\n aux-cloches », etc.\n   Ce sont là d'adorables trouvailles, dont il faut louer chaudement\n M. Elskamp. Mais le poète me paraît tomber du côté où il penche si joli-\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "                                  — 256 —\n\nment, et à force de chercher l'enluminure verbale, il verse quelquefois dans\nle mauvais goût le plus affligeant. C'est ainsi qu'il dit à Marie : « Me voici\nle page de vos syntaxes », que la vierge est vêtue d'une robe « isocèle»,\nque l'on célèbre « une loin royauté sur l'à-présent d'une heure », que les\nhommes « ont beau s'aller en peine », que l'on « attend mer jusqu'à mou­\nrir » et que l'on conseille à la Vierge de se faire sœur noire « pour peut-être\nJésus malade ».\n   Ce style en tire-bouchon, que M. Emile Verhaeren a remis à la mode, est\nd'un emploi par trop facile. Ce sont là miroirs à nigauds et attrape-bour­\ngeois dont le talent de M. Elskamp, comme le robuste tempérament de\n M. Verhaeren, pourrait aisément se passer.\n   Dans Salutations, comme dans Dominical, M. Elskamp ne rime pas\ntoujours d'une façon régulière. Mais pas plus que MM. Retté et Hérold, il ne\ndonne, à proprement parler, dans la mélopée. Il a l'instinct de la musique,\net il supplée à l'irrégularité de la strophe et de la rime par mille artifices\nque lui suggère une ouïe très experte. La plupart de ses chansons, quoi­\nque irrégulièrement prosodiées, ont un rythme accusé, net et franc. Le\nprocédé qui lui est le plus familier consiste à répéter une rime, voire un\nvers, ce qui permet de desserrer artificiellement le corps de la strophe.\n   Je puis donc répondre à ceux qui s'appuient sur les poèmes de MM. Retté,\n Hérold et Elskamp pour proclamer une prétendue victoire des formes nou­\nvelles : « Vous vous trompez étrangement. Les poètes que vous citez, et\ntous leurs rivaux, à l'exception de M. Gustave Kahn, — dont l'originalité\n est entière,— subissent encore, à leur insu peut-être, l'influence d'un héri­\n tage poétique plusieurs fois séculaire. Leurs poèmes conservent un rayon\n de ce soleil qu'on prétend couché, et la grâce de leurs strophes n'est\n qu'un reflet de la Beauté qu'ils ont servie et que la longue dynastie des\n maîtres servait avant eux. »\n\n\n   L'auteur d'Une Ame princesse, M. Pol Demade, se propose de\nprouver, par une série d'histoires, réunies sous un titre audacieux : La\nPassion Catholique, que « le catholisme, auquel il a l'honneur d'appartenir,\nloin de jeter de la cendre sur le cœur humain, en attise, au contraire, puis­\nsamment la flamme ».\n   M. Pol Demade semble donc se réclamer de la préface d'Une Vieille\nMaîtresse. On pourrait plus mal choisir, car la caution de Barbey est\nbonne. Mais M. Pol Demade n'a pas lu que cette préface : il a dévoré\nd'Aurevilly tout entier, et d'Aurevilly le dévore. C'est, au sens exact du\nmot, une véritable possession.\n   Que l'on ne prenne pas cette constatation pour un reproche insultant.\nN'est pas possédé qui veut, et si M. Pol Demade porte en croupe l'âme\nincendiaire de celui qui écrivit les Diaboliques, c'est qu'il n'en est pas tout\nà fait indigne.\n   On nous assure que le récit de M. Pol Demade répond, dans une certaine\nmesure, à l'Ennemi des lois de M. Maurice Barrès. Or, — chose inattendue\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "                                 — 257 —\n\net méritoire, — M. Barrès s'en est aperçu, et il a très galamment présenté\naux lecteurs du Journal l'œuvre qui contredit son œuvre.\n   Voici l'appréciation de M. Barrès :\n   « Résignons-nous à ne toucher que le point essentiel de cet enivrant pro­\nblème de psychologie, enivrant par l'intensité de la sensualité sous un ciel\nillimité. Oui, dans l'Ame princesse, trois pages sont décisives pour éclairer\ncet état d'un catholique confondant son amour terrestre avec son amour\npour Dieu.\n   C'est la situation psychique où se trouvaient, autour du Dante, un grand\nnombre de ces « mystiques » des siècles de foi. Rien n'est plus saisissant\nque de retrouver, déformés par les milieux modernes, exactement les\nmêmes sentiments sur lesquels, à la Sorbonne, de savants érudits discutent\nen archéologues.\n   Ces pages significatives de notre contemporain, les voici, résumées à\ntitre de document :\n    « Albine, — c'est le nom d'une jeune femme aimée par le personnage\nénigmatique que met en scène M. Demade, — Albine était une dévote, et\nje ne vous souhaite pas une autre femme qu'une dévote...\n    « Elle ne m'aima jamais plus et je ne l'aimai jamais mieux que le sang\nde Jésus-Christ dans son sang et dans mon sang... J'en étais arrivé à\ndeviner, rien qu'à ses caresses et à ses baisers, le secret de ses communions\nmultiples...\n    « S'il lui arrivait, le matin, d'interrompre mon travail ou mes études\n d'un baiser plus passionné que d'autres, je lui disais :\n    « — Tu as communié ce matin?\n    « ... Plus tard, ce fut pour nous l'expression sacrée entre toutes. Com­\n munier, pour nous, c'était faire provision d'amour. »\n    Le dirai-je? Ces pointes extrêmes du catholicisme, cet amour charnel, si\n faible, si défaillant, qui s'enlace et se fait porter par l'amour divin, ces\n mélanges sensuels et religieux me' sont suspects. Quelque chose d'équi­\n voque m'attire là et me repousse. »\n    Le dirai-je à mon tour, je suis plus repoussé qu'attiré. Et si j'éprouve une\n vive répugnance, ce n'est pas à cause de la description d'un pareil baiser\n — j'ai toujours affirmé que l'Art peut tout décrire — mais parce qu'elle est\n placée dans la bouche d'un catholique, et que ce catholique n'hésite pas à\n se glorifier de cet étrange amour charnel, attisé par une sorte d'entremise\n divine.\n    Le mystérieux héros d'Une Ame princesse aime deux femmes à la fois.\n Le cas psychologique n'est pas nouveau, et, si je ne m'abuse, Musset l'a\n traité, à sa manière, dans les Deux Maîtresses. Mais M. Pol Demade nous\n avertit que son personnage aime deux êtres également, du même amour\n terrestre, entier, absolu. C'est ce qui rend sa thèse originale, mais c'est aussi\n ce qui la rend fausse à mes yeux. Ce serait une intéressante matière à\n soumettre aux docteurs ès-passions, catholiques ou non, et je n'ai pas le\n loisir de discuter l'hypothèse de M. Demade. Je me borne à confesser qu'au\n  point de vue sentimental elle me semble inadmissible.\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                                     — 258 —\n\n   Quoi qu'on en puisse penser, l'œuvre n'est pas ordinaire. Malgré quelques\nfautes de goût, — j'ai noté, page 108, dans un dialogue qui vise au\nsublime, de pénibles dissonances (1), — M. Pol Demade tire de fiers\naccords d'un style tourmenté, dont il n'est pas toujours le maître. Et puis,\nc'est un éveilleur et un remueur d'idées, ce qui devient de plus en plus rare,\npar le temps qui court...\n\n\n   M. Hubert Stiernet ne se donne pas pour catholique, et les sujets qu'il\ntraite ne ressemblent guère à ceux de M. Pol Demade. Toutefois, il se\npourrait qu'il y eût entre les deux écrivains le lien d'une parenté lointaine.\nSous ses apparences de conteur réaliste, M. Hubert Stiernet ne cache pas\ntout à fait un esprit inquiet, attiré par les états d'âme exceptionnels et\nbizarres. Dans l'excellent article qu'il consacre à M. Stiernet dans la\nSociété nouvelle, M. Hubert Krains a dénoncé certain penchant au rare,\nau compliqué, à l'excentrique. Rien n'est plus exact. Les Contes au Perron\ncontiennent maintes pages d'analyse psychologique, on pourrait même\ndire de casuistique sentimentale, qui démontrent combien M. Stiernet est\nsollicité par l'étude du « monstre ». Et cet amour des déformations morales\nest d'autant plus sincère qu'il a l'air d'être inconscient. Il y a beaucoup de\ncruauté et de férocité dans la manière de M. Stiernet, et son analyse est\nd'autant plus impitoyable qu'elle s'exerce de préférence sur des êtres d'une\nhumanité moyenne, parfois même rudimentaire. Il en résulte un déséqui­\nlibre, qui disparaît dans les contes d'inspiration purement fantastique,\ncomme Social et le Faucon blanc, qui sont les pages les plus harmonieuses\nde l'œuvre.\n   M. Stiernet a des qualités de style, qui ressortiraient davantage s'il ne\ntendait pas constamment sa phrase, un peu surchargée de termes rares.\n\n                                          * *\n   M. Camille Lemonnier se plaît à dire, paradoxalement, que chacun de\nses romans est un début. S'il entend par là qu'au lieu de rééditer sans cesse\nle même livre, il a l'ambition de pousser l'objectivité aussi loin qu'elle peut\naller, et l'orgueil d'écrire des livres qui tout en ressemblant à leur père,\nsoient dissemblables entre eux comme des étrangers, il n'a pas tort. Mais\ndébuter ainsi — puisque début il y a — n'est pas à la portée d'un écrivain\nvulgaire, et le protéisme de M. Lemonnier, que l'on a parfois plaisanté, est\nla marque léonine d'un tempérament exceptionnel.\n   Le dernier début de M. Lemonnier est assurément l'un de ses plus\nheureux. Il lui a plu d'évoquer, dans son milieu, l'âme à la fois compliquée\net simple d'une étoile de café-concert. L'étrange fleur humaine, ou plutôt\nl'étrange fleurette instinctive, poussée sur le fumier de Paris ! Elle est du\n\n\n  (1) « ... C'est que je dois te dire quelque chose, mon homme... »\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "                                — 259 —\n\npeuple, et son élégance perverse est aristocratique ; elle est bête et elle a le\ngénie de la chanson. Elle est savante, elle est rouée, elle s'est, gamine,\nsouillé les yeux et les oreilles dans la compagnie d'abominables petits\npolissons, — et elle est vierge, et lorsqu'enfin elle se donne, c'est par\namour !\n   Claudine Lamour, c'est un Tanagra... de Paris!\n   Cette exquise figurine, M. Camille Lemonnier l'a, on le sent, pétrie et\ncaressée avec une sorte d'amour étonné, de curiosité ravie, avec la tendresse\nd'un bon géant pour un petit enfant trouvé chez les nains. Il l'a aimée en\nla concevant, sa Claudine. C'est pourquoi elle est réelle et vivante, cette\ndivette descendue d'une affiche bariolée de Chéret.\n   Car ici M. Camille Lemonnier lutte avec Chéret, avec Degas et avec\nForain. Chacune de ses phrases est une petite tache de couleur, ou un\ngeste crayonné d'un coup de crayon fringant et rapide. Jamais peut-être, —\net cependant il n'est pas de forme d'art plastique avec laquelle il n'ait lutté,\n— jamais peut-être M. Lemonnier n'a eu à ce degré le génie de la transpo­\nsition littéraire. Sauf dans quelques descriptions où il n'a pu s'empêcher\nd'empâter les couleurs, la touche est d'une agilité et d'une souplesse presti­\ngieuses Et les personnages secondaires, Poiron, la Touque et la mère\n Lamour sont « croqués » avec une sûreté et une légèreté de main auxquelles,\njusqu'à présent, M. Lemonnier n'avait pas atteint.\n   Claudine Lamour est une série de dessins écrits. Et il n'y a pas jusqu'à\ncertains mots de la divette — un peu trop joliment profonds, semble-t-il —\n qui ne contribuent à l'illusion. Ce sont les légendes du dessinateur !\n\n\n\n   Il me reste à peine l'espace nécessaire pour signaler A mes Blanches, un\n beau et noble roman romanesque de M. William Ritter; l'Animale, de\n Mme Rachilde, une œuvre erotique et sadique dont le tréfonds me semble\n naïf; En République, de M. J. De Tallenay, une vivante étude de mœurs\n « eldoradiennes » — cherchez la clef de l'adjectif, et vous la trouverez, —\n Sous le Bleu, d'intéressantes notes de voyage rassemblées par M. Firmin\n Vanden Bosch, l'ennemi personnel de Nicolas ; Salomé, un drame en un\n acte de l'esthète à la fleur, M. Oscar Wilde, une œuvre bien profitable où\n saint Jean, Hérode, Hérodiade et Salomé, après avoir lu la Princesse\n Maleine, organisent un concours de métaphores orientales; la Littérature\nfrançaise dans son développement historique, de M. H. Pergameni, un\n livre qui veut être, et qui est parfois, « une sorte de biographie de cet être\n complexe qui concentre et réfléchit en lui, à travers les siècles, les ten­\n dances diverses de l'esprit français » ; Au Ciel, un poème religieux de\n M. Jean Casier; les Sonnets en Bige, soularysés avec conviction par\n M. Antoine Sabatier; Prestiges, de M. Joseph Duclareuil, un poète qui\n ne manque pas de somptuosité verbale; Prima Verba de M. Victor-\n Thomas Orban, auquel il sera pardonné parce qu'il a beaucoup voyagé;\n Feuilles errantes, où M. Lanckriet nous décrit\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 654, "texte": "                                  — 260 —\n\n           Trois enfants, beaux et frais, près d'entrer dans la vie,\n           Se contant le destin qui leur faisait envie,\n\net, enfin, le Poème de l'Ame, orné de trois pantacles et accompagné de\ndeux mélodies pour piano et chant :\n           Et puis, le soir, ce fut de rubans rouge-feu\n           L'éclat sur son chapeau : « Amour! » me disait-Elle\n           Mystérieusement,   comme si c'était peu\n           D'avoir cent fois juré son Amour     immortelle!\n\n  Cette strophe de M. René Caillié n'a pas encore été mise en musique.\n\n                                                         A L B E R T GIRAUD"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 261, "titre_corps": "Tachypoèmes sténorythmiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Télesphore Tabibitte", "ancre_debut": "TACHYPOEMES", "ancre_fin": "TÉLESPHORE TABIBITTE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 34, "texte": "TACHYPOEMES STENORYTHMIQUES\n\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 77, "texte": "I                          VI"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 103, "texte": "ACCIDENT DU CHEMIN DE FER"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "Express"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 190, "fin_caractere_exclue": 204, "texte": "Déraille !...."}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 254, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "On braille"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 317, "fin_caractere_exclue": 328, "texte": "Compress' !"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 386, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "Hôpital !"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 454, "fin_caractere_exclue": 465, "texte": "Moi bancal."}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 531, "fin_caractere_exclue": 533, "texte": "II"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 566, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "DRAME CONJUGAL"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "Adultère ??"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 701, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "Chut ! 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3732, "fin_caractere_exclue": 3771, "texte": "Ce qui est misère, et même miséricorde,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3772, "fin_caractere_exclue": 3816, "texte": "c'est qu'ils ne varient plus leurs fautes de"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3867, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "français : ils font tous la même."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3963, "fin_caractere_exclue": 3991, "texte": "C'est le charabia collectif!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "Les dernières nouvelles de la Princesse"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 249, "fin_caractere_exclue": 263, "texte": "et du Castel :"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 325, "fin_caractere_exclue": 352, "texte": "La forêt haute et farouche,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 440, "texte": "Sanglotte sa lente douleur"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "Et dans un sombre castel,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 589, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "Elle garde en morne torpeur"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 678, "fin_caractere_exclue": 710, "texte": "Une princesse frêle, si frêle..."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 772, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "Lasse est la princesse frêle,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 863, "fin_caractere_exclue": 895, "texte": "Son chant de cygne est languide;"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 957, "fin_caractere_exclue": 987, "texte": "La voûte stellaire et mystique"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1049, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "Bleuit, dans la nuit lucide,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "Les vieux créneaux fantastiques."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1233, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "Cesse sa chanson si molle"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1320, "fin_caractere_exclue": 1343, "texte": "Avec l'aurore nouvelle,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1405, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "Elle se penche à la fenêtre"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1517, "fin_caractere_exclue": 1540, "texte": "Et déroule sa chevelure"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "En rideau d'apothéose."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1707, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "(Le Mouvement littéraire.)"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "On est sans nouvelles du prince, qu'on"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 1881, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "suppose perdu, cor et chiens."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2143, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "Erreur!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2207, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "Il est retrouvé."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2280, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "Il a téléphoné à la châtelaine, qui lui a"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "répondu, et de cette communication est née"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2437, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "(Le Mouvement      littéraire.)   la chanson suivante :"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2552, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "Hé bonjour la châtelaine !"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2662, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "— Hé bonjour, prince charmant!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2752, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "— 11 fait grand vent dedans la plaine."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2850, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "— 11 fait grand vent, prince charmant."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 2948, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "Hé bonsoir la châtelaine!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3033, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "— Hé bonsoir, prince charmant !"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "— Le ciel est rouge dessus la plaine."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3222, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "- Le ciel est rouge, prince charmant."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3319, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "Hé adieu la châtelaine!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3362, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "(Le Mouvement littéraire.)              — Hé adieu, prince charmant!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3490, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "— La nuit est triste de par la plaine."}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3588, "fin_caractere_exclue": 3626, "texte": "— La nuit est triste, prince charmant!"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3719, "fin_caractere_exclue": 3728, "texte": "(Floréal)"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3828, "fin_caractere_exclue": 3866, "texte": "Là-dessus la nourrice de la princesse,"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 3920, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "accompagnée de la nourrice de Bébé, ont"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 4013, "fin_caractere_exclue": 4054, "texte": "couché le prince charmant après lui avoir"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 4108, "fin_caractere_exclue": 4135, "texte": "fait faire pipi, à la Toto."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 99, "texte": "La Justice, organe politique, assure que      la"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "la représentation de la Walkyrie    à Paris     musicien."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 220, "texte": "est un événement social."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 289, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "Tout juste autant que l'apparition de la     priés,"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 382, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "Justice, à Bruxelles, est un événement litté­   leurs"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "raire !"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 609, "fin_caractere_exclue": 614, "texte": "d'une"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "Le Réveil n'a pas compris les Visions"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 741, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "rément"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 782, "fin_caractere_exclue": 820, "texte": "d'Egypte de notre collaborateur Albert"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 869, "fin_caractere_exclue": 880, "texte": "l'unanimité"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 894, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "Jhouney."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 997, "fin_caractere_exclue": 1045, "texte": "Comme le Réveil démontre ainsi son           est"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1083, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "ignorance absolue de la mythologie égyp­        syntaxe,"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1172, "fin_caractere_exclue": 1225, "texte": "tienne, il nous semble qu'il y a lieu de ne     qu'il"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "pas trop insister sur une... lacune.            Sinon,"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 1467, "texte": "LA BONNE DOCTRINE :"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1517, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": "la"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1560, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "Un certain M. de Malvost publie dans les publié,"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1645, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "Entretiens politiques et littéraires les petites velle"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1741, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "proclamations que voici :"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1838, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "«Ilfaudrait pourtant nous entendre sur la dans"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1924, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "valeur et l'expression vraie du mot : musi­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1977, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "cien."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2079, "fin_caractere_exclue": 2126, "texte": "Tu t'écries, à chaque instant : Quel musi­ sont"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2140, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "cien que ce Massenet !... quel musicien que"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2233, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "Richard Wagner!... Or, tu te trompes prononcé"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2310, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "étrangement, mon cher, en accolant ainsi à général"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2397, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "un Dieu et à un mortel la même épithète."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2536, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "Le musicien, dans le sens strict, est celui gique"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2621, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "qui, acceptant a priori un module de sono­ qu'elle"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2708, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "rité ayant servi à construire la gamme de time"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2790, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "Gui d'Arezzo, choisit un des sons de cette sympathie."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2844, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "échelle, aux degrés si distants, et édifie, sur"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "cette base, une juxtaposition d'autres notes"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2937, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "qu'il parfait selon la technique d'une mé­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2980, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "thode d'harmonie de laquelle il s'est impo­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "sée, par avance, les lois inviolables.           tre"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3170, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "En cette édification, le musicien procède détachons"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3243, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "d'une manière analogue à celle du typo­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3337, "fin_caractere_exclue": 3383, "texte": "graphe qui, d'un mouvement machinal, admirable"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3415, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "puise dans de multiples casses les carac­ miracle"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3503, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "tères, les assemble et forme ainsi les mots,"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3589, "fin_caractere_exclue": 3623, "texte": "constituant bientôt les phrases. »"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3684, "fin_caractere_exclue": 3723, "texte": "Définition du créateur-esthète : « POUR"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3769, "fin_caractere_exclue": 3806, "texte": "LUI, NUL BESOIN DE SCIENCE ACQUISE. »"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3866, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "Parbleu ! C'est l'ignorance qu'il faut en­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3954, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "tretenir par la folie. Wagner ne savait pas"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "musique, — tandis que M. Massenet est"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 247, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": "Les lecteurs de la Jeune Belgique sont"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "s'ils sont satisfaits, d'en faire part à"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 436, "fin_caractere_exclue": 458, "texte": "amis et connaissances."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 520, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "Un des rédacteurs de l'Art moderne parle"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 615, "fin_caractere_exclue": 651, "texte": "« syntaxe que les grammairiens assu­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "réprouvent, mais que les poètes à"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 881, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "admettent »."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 954, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "Que le rédacteur de l'Art moderne, s'il"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1046, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "poète, soit unanime à admettre cette"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1140, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "nous ne le contestons pas. Mais"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1263, "texte": "se garde d'engager les autres poètes."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "ça pourrait devenir très rigolo."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1407, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "M. Camille Lemonnier est déféré devant"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1520, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "Cour d'assises du Brabant pour avoir"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1609, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "dans le Gil Blas illustré, une nou­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1700, "fin_caractere_exclue": 1740, "texte": "parue, il y a deux ou trois ans, dans le"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1790, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "Gil Blas quotidien, et qui a figuré, depuis,"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1885, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "le recueil de contes intitulé Dames de"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1968, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "volupté."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2035, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "TROIS lignes seulement de cette nouvelle"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2127, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "incriminées."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2192, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "La chambre des mises en accusation avait"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2279, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "le non-lieu; mais le procureur"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2361, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "a estimé qu'il y a lieu quand même."}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2490, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "Il est inutile d'ajouter que la Jeune Bel­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2586, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "proteste contre ces poursuites, et"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2672, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "envoie à l'écrivain qui en est vic­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 2755, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "ses plus chaleureux témoignages de"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3032, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "M. Camille Lemonnier adresse au minis­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "de la justice une lettre ouverte dont nous"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3222, "fin_caractere_exclue": 3242, "texte": "le passage suivant :"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3295, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "« C'est toute une jeunesse, c'est le plus"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3384, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "mouvement littéraire, c'est un"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3465, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "de génie et de courage, c'est la sève"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3588, "texte": "vive d'une floraison des esprits rendant"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3638, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "l'Europe attentive qu'on va exposer encore"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3724, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "une fois aux rires et aux clameurs des pré­"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3817, "fin_caractere_exclue": 3862, "texte": "toires ! Je ne suis qu'un des arbres de cette"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3909, "fin_caractere_exclue": 3952, "texte": "forêt qui toujours monte et s'étend plus au"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 3998, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "loin. Mais le coup retentira à travers les"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "autres arbres, il retentira par delà la forêt."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "Et la foule ironique et méchante, la même"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 247, "fin_caractere_exclue": 290, "texte": "qui insultait à nos premiers livres, recom­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 342, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "mencera à nous outrager en cette pauvre"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 434, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "chose de nous qui est notre foi, qui est"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 529, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "notre conscience littéraire et qu'aura mé­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "prisée l'inclémence d'un Parquet."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 755, "texte": "Je vous expose cela tristement, Monsieur"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 808, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "le Ministre, plus en peine de notre œuvre"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 904, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "commune que de moi. Reconnaissez à ma"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "franchise l'entraînement que nous nous"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1095, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "sentons vers une haute conscience, la vôtre,"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1154, "fin_caractere_exclue": 1197, "texte": "et votre don d'Art émouvant C'est la litté­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1251, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "rature qu'on voudrait proscrire, c'est elle"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1350, "fin_caractere_exclue": 1391, "texte": "qui me vaut, après tant d'anciennes humi­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1442, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "liations dont je triomphai, le triste privilège"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1536, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "de la défendre en souffrant encore pour elle.»"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1983, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "M. Antoine et ses compagnons viennent"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "de jouer, au Théâtre-Libre, les Tisserands"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2252, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "de M. Gérard Hauptmann."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2377, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "Il est probable que ce grossier mélo"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2508, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "socialiste, qui vaut beaucoup moins que"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2644, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "Grâce de Dieu et Germinal, sera promené"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "en Belgique."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2888, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "En attendant, voici comment le Peuple"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2988, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "commente le drame de M. Hauptmann :"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3026, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "«Nous avons voulu intéresser nos lecteurs"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3068, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "à cette œuvre, d'abord parce qu'elle est"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3109, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "bien moderne et qu'elle fait connaître au"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3151, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "public l'ouvrier tisserand, dont la situation"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3197, "fin_caractere_exclue": 3238, "texte": "est tellement précaire qu'une grève géné­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3239, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "rale vient d'éclater à Verviers, une Silésie"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3284, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "belge."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3293, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "« L'ouvrier tisserand est ignoré. Dans"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 3332, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "toutes les grèves, la sympathie va au mi-"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 151, "texte": "neur, le sort de celui-ci émeut et passionne."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 246, "texte": "Or, le tisserand est plus à plaindre encore."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 297, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "Nous ne connaissons rien de plus vrai que le"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 433, "texte": "triste poème de sa vie qu'on vient tout à"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 528, "texte": "coup de mettre en relief. Dans les fabriques"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 579, "fin_caractere_exclue": 622, "texte": "de la vallée de la Vesdre, la journée ordi­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 673, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "naire est de douze heures, mais presque"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 763, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "toujours l'ouvrier ou l'ouvrière travaillent"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "treize et quatorze heures par jour. L'ouvrier"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 954, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "est aux pièces ; s'il veut gagner 3 francs et"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "fr. 3-50, il doit parfois faire des journées"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1145, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "doubles."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1208, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "« L'atmosphère qui règne dans les filature"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1301, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "et les tissages est atroce et les conditions les"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1400, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "plus élémentaires d'hygiène ne sont aucu­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "nement observées. Ajoutez-y le danger per­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1587, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "manent d'accident causé par le travail mé­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1681, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "canique et vous aurez une faible idée du sort"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "du tisserand."}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1846, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "« Que messieurs les législateurs qui nient"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 1940, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "l'étendue et la profondeur du mal social"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2072, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "aillent quelque temps séjourner dans ces"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2207, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "bagnes et ils nous en diront des nouvelles!»"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2330, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "Voilà ce que devient la critique littéraire,"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "quand il s'agit d'art social. On sefichede"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "la"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2602, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "l'art comme de Collin Tampon et l'on dis­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2735, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "cute la question des tisserands. Il n'en pou­"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2845, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "vait être autrement, il n'en sera jamais"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 2977, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "autrement."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-06-n6-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR DE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "LACOMBLEZ\n     ÉDITEUR           DE     « LA     JEUNE       BELGIQUE           »\n                        31, rue des Paroissiens, 31\n                                BRUXELLES\n\n\n                  VIENNENT          DE PARAITRE           :\n\n                          Max E L S K A M P\n SALUTATIONS, DONT D'ANGÉLIQUES\n                 un volume in-8°, sur papier de Hollande\n    avec frontispice de HENRY VAN DE VELDE. — Prix : fr. 3-50\n\n\n              V I L L I E R S D E L'ISLE-ADAM\n\n  PREMIÈRES POÉSIES\n     un volume de la Petite Collection des Poètes, beau vélin, fr. 3-50\nExemplaires numérotés : sur japon impérial                        20 francs.\n    Id.         id.        sur hollande Van Gelder. . . .          8 id.\n\n                             SOUS PRESSE :\n                        Edmond PICARD\n\nEL MOGHREB AL AKSA\n                   Une mission belge au Maroc\n\n                        Charles S L U Y T S\n\n           N O T E S D'ÊTRE\n                             volume de luxe\n\n\n                        EN    PRÉPARATION\n         pour paraître dans la Petite Collection des Poètes :\n\n La Quenouille et la Besace, de MAURICE MAETERLINCK,\n           Sous la Couronne, d'ALBERT GIRAUD,\net des volumes de FERNAND SEVERIN, GRÉGOIRE LE ROY, etc.\n\n                        En formats divers :\n  des œuvres d'EDMOND PICARD, GEORGES EEKHOUD,\n                      ALBERT GIRAUD, etc.\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "                              EN          VENTE\n\n   à la librairie P A U L                       L A C O M B L E Z\n\n                          BRUXELLES\n\n\n\nP A U L BOURGET : Un Scrupule,    in-32 illustré . . fr.                   2 \"\nCHARLES D E COSTER : La Légende d'Ulenspiegel          .                   5 \"\nANATOLE FRANCE : La Rotisserie de la Reine Pé­\n   dauque                                                                  3 50\nBaron DE HAULLEVILLE : Portraits et Silhouettes,\n   2e série                                                                3 50\nIBSEN : Les Prétendants à la couronne. Les Guerriers\n   à Helgoland                                                             3 50\nLEDRAIN : La Bible, VLLL : Job. Les Psaumes.       . .                     3 50\nPIERRE LOTI :                     L'Exilée                                 3 50\nA D . R E T T É : Une Belle Dame passa                                     3 50\nVERHAEREN : Les Campagnes hallucinées . . . .                              5 «\nVERLAINE : Mes Prisons                                                     3 50\nVIELÉ-GRIFFIN : La Chevauchée d'Yeldis        . . . .                      3 50\nVILLIERS DE L'ISLE-ADAM : Nouveaux Contes cruels\n   et Propos d'au-delà                                                     350\n\n\n\n         Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 0-55\n     Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage, fr. 0-60; franco, fr. 0-65\nLes Entretiens politiques et littéraires, fr. 0-60; franco, fr. 0-65\n\n\n     D e m a n d e z le Catalogue complet de l'Éditeur\n                      Paul LACOMBLEZ.\n\n              Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnnm, 32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 254, "texte": "Juin            1893.          TOME XII. — N° 6                                i3 me Année.\n\n\n\n\nLA\n       JEUNE\n              BELGIQUE\n                               SOMM A I RE :\n        Pelléas et Mélisande à Paris                 IWAN GILKIN.\n        Le Réveil ingénu                             ALBERT GIRAUD.\n        Le Roman d'un papillon                       FRANÇOIS ACCINELLI.\n        Nature                                       GEORGE GARNIR.\n        Littérature russe : Poésies de Tutchew. Tra­\n          duction de                                 LÉOPOLD WALLNER.\n        Chronique artistique :\n          L'Exposition    Heymans ; L'Association\n            pour l'Art; La Société des Aquafortistes\n             belges.                                 ERNEST VERLANT.\n        Chronique musicale                           ERNEST CLOSSON.\n        Chronique littéraire                         ALBERT GIRAUD.\n        Tachypoèmes sténorythmiques                  TÉLESPHORE TABIBITTE\n        Memento                                      NEMO.\n\n\n\n\n         REDACTION                                        BRUXELLES\nno, HUE DE LA LIMITE, BRUXELLES.                     PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                         3I, rue des Paroissiens\n                                                              PARIS\n       PRIX DU NUMÉRO                             C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                             29, rue de Trévise\n            fr. 0-75.\n                                                                 1893\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "      BELGIQUE\n\n\n\n\n                                                                       BELGIQUE\n                                 N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                               JEUNE\n                 JEUNE\n                         LA\n\n\n\n\n                                                          LA\n                                N E CRAINS\n         Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                          PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur     : M A X W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                        Directeur : IWAN GILKIN.\n               Rédaction : 110, rue de la Limite, Bruxelles.\n             7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard               des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom­\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Paris : Chez Bailly, 11, rue de la Chaussée-dAntin.\n\n\n                     V I E N N E N T D E PARAITRE :\n\n QUELQU'UN D'AUJOURD'HUI\n                              par H E N R Y MAUBEL\n\n\n\n      Histoire des Lettres belges d'expression française\n                          par F R A N C I S N A U T E T\n\n\n\nSTANCES DOBÉES\n             Commentaire sacerdotal du T a r o t\n                              par IWAN GILKIN\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "  PELLEAS ET MELISANDE A PARIS\n\n\n                                   On a représenté Pelléas et Mélisande à Paris\n                                   et cette représentation — il n'y en a eu\n                                   qu'une — est devenue un événement litté­\n                                   raire dont la grande presse parisienne s'est\n                                   vivement préoccupée ; disons mieux: elle s'en\n                                   est émue et son émotion s'est manifestée par\n                                   des articles qui ne sauraient nous laisser\n                                   indifférents.\n                      Nous ne reparlerons pas du drame de M. Maeterlinck,\n                    pour lequel nous avons exprimé ici même notre vive admi­\n                   ration (Jeune Belgique, t. XI, 1892, p. 255). C'est d'autre\n                   chose qu'il s'agit.\n                      La représentation de Pelléas et Mélisande a déchaîné à\n                   Paris une véritable crise de protectionnisme ou de chauvi­\n                   nisme littéraire. La plupart des grands journaux ont dé­\n                   claré la littérature française en danger, ont dénoncé les\n                   brumes du nord, conspué les obscurités germaniques, abo­\n                   miné le symbolisme septentrional, anathématisé le pessi­\n                   misme, qui, paraît-il, répugne à la native bonne humeur\nfrançaise, et crié sur tous les tons « sus à l'étranger ! » On a protesté au\nnom de la clarté française, de l'optimisme français, de l'esprit latin et de\nl'esprit gaulois et l'on a vaillamment déclaré la guerre à l'exotisme, qui est\nen passe de ruiner la France littéraire.\n   Il paraît, d'ailleurs, que de tous les exotiques M. Maeterlinck est le plus\npernicieux ; on n'oublie point cependant de signaler les méfaits de Tolstoï,\n                                                                       15\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                                       — 230 —\n\n\nd'Ibsen, de Strindberg et de quelques autres grands coupables; l'un des\nplus dangereux, aux yeux de plusieurs critiques, ne s'appelle-t-il pas\nRichard Wagner?\n   Et ce n'est pas seulement M. Francisque Sarcey qui fait entendre ces\nplaintes et ces imprécations ; on les retrouve sous la plume de M. Lemaître,\nde M. François Coppée, de M. Theuriet.\n   M. Pessard écrit dans le Gaulois (18 mai 1893) :\n   Mais, je ne puis taire, puisque l'occasion m'en est offerte, l'inquiétude que me causent\nles progrès de l'invasion étrangère dans notre domaine artistique. J'ai beau sourire, je\nsuis bien obligé de reconnaître que, petit à petit, sous le prétexte avouable de tout con­\nnaître et de tout savoir admirer, nous avons ouvert nos portes aux génies reconnus, puis\naux talents discutés, puis aux originaux contestés, puis enfin à des amateurs que leurs\nnationaux, plus sages que nous, ne reconnaissent que par patriotisme. Après Tolstoï,\n Ibsen; après Ibsen, Strindberg; après Strindberg, Maeterlinck.\n   Or, il est indéniable que l'influence de ces génies et de ces médiocrités exotiques se\nfait déjà sentir sur nos nouvelles générations littéraires et obscurcissent, embrument,\n dénaturent leurs jeunes talents.\n\n   Dans le Journal, le même jour, M. François Coppée tenait le même\nlangage :\n  Naguère, dit-il, c'était Tolstoï qui, à lui tout seul, avait inventé la pitié; et devant le\nRaskolnikoff de Dostoïewski embrassant Sonia la prostituée, nous ne nous sommes pas\nmême souvenus du baiser de Jean Val-Jean à Fantine morte, Victor, Hugo ayant le tort\nde n'être pas Russe. Hier, nous étions de feu pour les drames d'Ibsen, où je sens bien\nde la puissance, mais qui, de bonne foi, sont tout de même informes et obscurs. Aujour­\nd'hui, les rêveries vaguement atroces de Nietzsche nous passionnent, et nous avons,\ngrâce à lui, quelques anarchistes de salon. Depuis de longues années déjà, nous suivons\navec peine, chez quelques poètes, les ravages d'une sorte de maladie de nos rythmes et de\nnotre langue, et, là encore, nous reconnaissons une influence étrangère. Car rien de tout\ncela n'est latin, n'est français, ne jaillit de notre sol, de notre inspiration nationale. Une\nbrume germanique nous envahit et nous conquiert, et j'en suis désolé. Que voulez-vous !\nJe n'aime pas ce vent d'est qui nous apporte, cette année, la sécheresse et la famine, et\nqui, si les choses se gâtaient par trop là-bas, en Allemagne, pourraient nous amener\nquelque chose de pire encore.\n\n   La plupart des grands journaux expriment les mêmes sentiments : guerre\n à l'exotisme et protectionnisme littéraire, et, ce qui est plus grave pour\n nous, plusieurs affirment nettement que l'ennemi c'est le Belge.\n   De fait, c'est nous, les écrivains belges, qui sommes plus exposés que per­\n sonne à être les victimes de la campagne qui s'annonce. De nos écrivains,\n de nos poètes surtout, l'on ne connaît guère en France que ceux-là préci­\n sément qui sont le moins français.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                 — 231     —\n\n    N'importe ! nous comprenons parfaitement la mauvaise humeur des écri­\nvains qu'irrite l'invasion des littératures étrangères. Cette mauvaise humeur,\nil faut le reconnaître, est quelque peu fondée en raison et si M. Pessard,\nM. Lemaître et M. Theuriet se fâchent, peut-être n'ont-ils pas tout à fait\ntort.\n    Certes, il est absurde d'entourer une nation d'une muraille chinoise pour\nla préserver de l'invasion des chefs-d'œuvre étrangers ; la France moderne\nn'a pas à se plaindre, pensons-nous, d'avoir lu Gœthe, Schiller, Byron,\nDickens et Tolstoï. Non moins que la science, la pensée artistique est inter­\nnationale et le peuple qui voudrait s'isoler ne ferait que s'appauvrir, peut-\nêtre même se dessécher et languir. Quel mal pourrait d'ailleurs lui faire la\nconnaissance des littératures étrangères s'il possède lui-même une littéra­\nture nationale vivante et vigoureuse, nourrie des puissantes traditions de la\npatrie? Loin de voir leur force diminuer au contact des ouvrages étrangers,\nles écrivains de ce peuple ne pourraient qu'enrichir leur talent de sentiments\nnouveaux et de formes nouvelles. Mais une condition est indispensable pour\nque cet afflux du dehors soit inoffensif et utile : il faut que les écrivains\nnationaux aient les moelles imprégnées de l'esprit national et des traditions\nnationales, en sorte que s'ils absorbent des produits étrangers ils se les\nassimilent et les incorporent sans rien sacrifier de leur caractère propre,\n sans rien admettre qui répugne invinciblement au génie de la patrie.\n    S'il en est autrement, si la tradition nationale est affaiblie, si l'esprit\nnational est endormi, le contact de l'art étranger sera dangereux et pourra\nmême devenir mortel. Au lieu d'enrichir la littérature nationale de senti­\n ments nouveaux et d'idées nouvelles en les acclimatant, en les adaptant au\n génie propre de la race, c'est celui-ci que l'on violente; on lui impose des\n formes auxquelles il répugne en même temps que l'on brise les formes len­\n tement élaborées par le travail vivant des siècles ; on infuse dans les cer­\n veaux des sentiments qui en détruisent l'équilibre et la santé; on injecte\n dans les veines un sang qui empoisonnera tout l'organisme ; en place de\n substances assimilables et fortifiantes, on jette dans les estomacs des\n matières toxiques dont l'effet lent ou rapide sera infailliblement délétère.\n     Or, telle est aujourd'hui, en France, la situation. L'exotisme n'y est plus\n une curiosité normale et fortifiante ; c'est une maladie qui ronge les forces\n propres des lettres françaises. On ne se borne pas à prendre connaissance de\n l'art étranger et à en honorer les chefs-d'oeuvre ; on se sert de l'art étranger\n et de bien autre chose, hélas ! que ses chefs-d'œuvre, pour attaquer ce qui\n  fait la vie et la santé de l'art français. En cette occurence, la littérature\n  française ne conquiert pas, elle est envahie. Voilà le danger. Nous l'avons\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                                      — 232 —\n\n\nsignalé à mainte reprise (1) et nous estimons que ceux qui le signalent au­\njourd'hui en France accomplissent un devoir.\n   Ne le voit-on donc pas? La rythmique française est brisée, la langue\nelle-même est violentée sans cesse dans sa syntaxe, dans sa grammaire, dans\nson vocabulaire et une jeunesse imprudente acclame ces attentats, les\nimite et ne cherche qu'à les dépasser. Si l'on y regarde de près pourtant\non ne peut s'y tromper : c'est l'œuvre de l'esprit étranger. Les étrangers\nne sont pas toujours les hommes qui habitent au delà des frontières ; tel\npoète qui habite Paris et qui peut-être est né en France est pourtant pos­\nsédé d'un démon exotique, qui circule dans ses veines avec chaque globule\nde son sang.\n   A ce propos, il est intéressant de comparer les noms des innovateurs\nd'aujourd'hui avec les noms des hommes qui ont accompli la grande\nréforme du romantisme : ceux-ci s'appelaient Chateaubriand, Lamartine,\n Hugo, Vigny, Sainte-Beuve, Gautier, puis Musset et Banville... Les révo­\nlutionnaires de l'heure présente portent des noms qui sonnent moins la terre de\nFrance : Papadiamantopoulos (Moréas), Vielé-Griffin, Stuart Merril, Marie\nKrysinska (2), M. Psichari. N'oublions pas ce détail caractéristique : le\nfoyer le plus puissant de la révolution nouvelle fut la Revue wagnérienne,\noù régnait tout autre chose que la tradition française et l'esprit français.\n    Qu'on ne se méprenne point : nous ne nions pas le talent de ces écrivains,\n nous nous bornons à remarquer qu'ils sont fraîchement issus de souches\n étrangères et que c'est eux qui ont créé et qui dirigent le prétendu mouvement\n « jeune » qui méconnaît et altère les traditions nationales de la poésie fran­\n çaise. Et nous ne leur en faisons pas un grief. Ils ont agi tout naturellement,\n tout inconsciemment. L'oreille bourdonnant encore des chants anciens de\n leur patrie, ils ont modulé sur le luth de France à la manière de leurs\n ancêtres qui chantaient en s'accompagnant de la guzla ou de la harpe de\n pierre. On ne peut leur en faire un crime, mais on doit s'abstenir prudem­\n ment de les imiter.\n    Aujourd'hui l'on ignore ou l'on ne veut pas reconnaître encore qu'en\n Belgique, au sein de tout un groupe de poètes, s'est maintenu pur et fervent\n\n\n\n  (1) Voir l'article que nous avons publié dans la Jeune Belgique, numéro de juillet-\naoût 1892, sous ce titre : L'Invasion des Barbares, à propos des poèmes de Walt Whitman.\n   (2) Ne devrait-on pas ajouter à ces noms celui de M. Gustave Kahn, — le plus hardi et\nle plus logique de tous les innovateurs ? Mais nous lui réservons une place à part dans\nnos études de Poétique française.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                                — 233 —\n\nle culte parnassien de la forme. Les mêmes causes qui avaient déterminé\nen France la fondation du Parnasse de 1866 ont amené en Belgique les\njeunes poètes de 1880 à proclamer les mêmes principes et à instaurer les\nmêmes méthodes : il ne s'agissait point, d'ailleurs, de créer une école poé­\ntique particulière, mais de réagir contre le désordre, l'ignorance et l'amor­\nphisme ambiants : on n'ouvrait pas une petite chapelle, on nettoyait la\ngrande église où règnent la religion désintéressée de l'art et le respect de la\nforme. Il y eut des schismes et des défections, mais le groupe qui publia en\n1887 le Parnasse de la Jeune Belgique est demeuré presque intact et se\nglorifie d'avoir maintenu sans défaillance le respect absolu des lois fon­\ndamentales de la poésie française, sans préjudice des particularités de pensée\net de sentiment que nous devons à notre race, à notre climat, à notre situa­\ntion intermédiaire entre les peuples latins et les peuples germaniques.\n   Un jour, si la France est juste, elle en conviendra et s'en réjouira, car la\nFrance littéraire n'a pas les mêmes frontières que la France politique et,\npour vivre à Bruxelles ou à Genève, on n'en est pas moins, si l'on fait\n résonner la lyre de France, un véritable poète français.\n\n                                                       IWAN GILKIN\n\n\n\n\n               LE RÉVEIL INGÉNU\n    Près des remparts d'Assise, — oh! que la vie est douce! —\n    Sous le ciel qui n'est plus qu'un soleil dilaté,\n    A l'ombre, dans la Vigne éblouissante et rousse,\n    On célèbre ce soir la fête de l'été.\n\n    De hardis jeunes gens — oh! que la vie est belle! —\n    Baisent les seins aigus des filles aux grands yeux;\n    Sur la chair des fruits mûrs le sang des vins ruisselle\n    Et des rires d'enfant vibrent dans l'air joyeux.\n\n    Pacifique et puissant, le couchant, comme un fleuve\n    Déborde à flots vermeils sur la cime des bois;\n    Les lèvres et les fleurs — oh! que la vie est neuve.' —\n    Semblent fleurir ce soir pour la première fois.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                         — 234 —\n\nLe coup d'aile léger de l'heure qui s'envole\nFlatte leur nonchaloir et caresse leurs jeux ;\nEt le roi du banquet — oh! que la vie est folle ! —\nC'est François, le plus jeune et le plus beau d'entre eux.\n\nSes blonds cheveux, ambrés par l'or du crépuscule,\nAdulent son front pur et ses yeux    attirants;\nSon rire épanoui — que la vie est crédule! —\nAspire en un baiser tous les baisers errants.\n\nDebout, portant très haut sa tête cavalière,\nIvre de sa jeunesse, il brave le Destin ;\nEt sa parole ardente — oh! que la vie est fière ! —\nComme un oiseau de f eu plane sur le festin.\n\nMais personne n'a vu le visage de l'ange\nDont le geste d'extase, obscur et triomphant,\nA tracé tout à coup — que la vie est étrange! —\nLe signe de la croix sur le front de l'enfant.\n\nImmobile et muet sous la douce main d'ombre,\nIl rompt le fil soyeux du conte qu'il contait,\nEt le groupe des fous — oh! que la vie est sombre! —\n Vaincu par ce silence inflexible, se tait.\n\nLeurs regards étonnés, pleins de joie offensée,\nVoient surgir du beau page un apôtre ingénu,\nEt sur sa bouche close — oh! la vie est blessée! —\n5e poser, comme en rêve, un sourire inconnu.\n\nEt le cœur embrasé par le monde qu'il porte,\nIl contemple à son tour ces spectres mensongers,\nEt sans les reconnaître — hélas! la vie est morte! —\n5e réveille en sursaut parmi des étrangers.\n                                            ALBERT GIRAUD\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                  — 235 —\n\n\n\n\n      LE ROMAN D'UN PAPILLON\n              I1 y a un bois en Deslalia dont les troncs gris, larges colon­\n                nades végétales, s'élèvent droits et nus pour soutenir la nom­\n                breuse famille qui s'unit et s'entrelace au haut et forme comme\n                un toit de verdure impénétrable au soleil. Et ce bois-là est\nsitué au pied d'une montagne et d'une crevasse où s'élance un torrent écu-\nmant qui, à peu de distance, se calme et reflète dans le miroir de ses eaux\nles terres et les arbres du rivage qui s'y inclinent avec coquetterie pour s'y\nregarder.\n    Ce fut près de la cataracte de ce petit Nil qu'une petite fleur rose s'épa­\nnouit sur le sommet d'un chèvrefeuille mobile grimpant au haut avec l'aide\nd'un vieux tronc qui l'avait affectueusement soutenue et qui cependant ne\nregardait pas avec orgueil les vertes campagnes qui glissaient humblement\nà ses pieds. Cette petite fleur était l'amour d'un papillon étincelant appelé\n Phalène. Ils s'étaient embrassés souvent, heureux dans le calme de la pleine\nlune. Mais le lendemain, vers le soir, ils s'étaient disputés par jalousie et\n Phalène, pour taquiner son aimée et ainsi rendre ensuite la paix plus\n tendre, descendait par des vols tortueux tantôt sur une jacinthe et tantôt\n sur l'autre, mais il restait toujours équilibré sur ses ailes, fidèle à sa petite\n fleur, qui se balançait avec nonchalance au gré des vents.\n    Les ombres du soir s'étendaient sur la campagne et le silence qui suit le\n coucher du soleil était seulement interrompu par le bruit du petit Nil.\n    Il y avait dans le ciel et sur la terre la magnificence dont se pare le\n moindre atome à cette heure solennelle.\n    Urgèle sortit du milieu du bois où la nuit arrive mystérieuse et douce\n quelques heures plus tôt. Elle avait dormi tout le jour dans le creux d'un\n tronc avec une feuille pour rideau.\n    Le désordre de ses cheveux blonds montrait le sommeil récent. Elle alla\n vers le lac qui lui servait de bassin et de miroir et fit sa toilette et ses ablu­\n tions du soir. Elle peigna ses cheveux, les entortilla et les emprisonna dans\n un peigne de diamant; ensuite, capricieuse et gamine comme elle était pour\n  se montrer à un enfant qu'elle avait connu deux soirs auparavant dans un\n  berceau d'osiers, s'enfonça dans une robe d'arlequin toute à morceaux\n  rouges et jaunes et ses clochettes dorées tintèrent gaîment. Elle rabattit\n  ensuite son petit chapeau gris sur l'oreille gauche d'où lui pendait le demi\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                                  — 236 —\n\nmasque noir; elle peignit ses lèvres de carmin, s'attacha un grain de beauté\nau menton et, comme dernière coquetterie, elle détacha la petite fleur rose,\namour du papillon, et la mit à la bouche. Les ailes de Phalène tremblo­\ntèrent et pâlirent; mais il prit courage et vola essoufflé embrasser pour la\ndernière fois le petit corps de sa fleur. Il n'en eut pas le temps, car\nUrgèle, pour réjouir dans son premier sommeil son cher amant, pendant\nque Phalène la suivait, avait saisi par une de ses ailes une hirondelle, était\nmontée dessus, et la frappant avec un bâton de rose, l'avait précipitée dans\nl'espace.\n   Lorsque Phalène n'eut plus l'espérance de rejoindre la Fée, il continua\ncependant à aller sans savoir où, lorsque plus loin, dans une petite chapelle\nde cimetière, il aperçut une lampe devant une croix; il y arriva dans\nun instant et s'y précipita en criant : Amour, accueille mon âme!\n\n                                                  FRANÇOIS ACCINELLI\n\n\n\n\n                             NATURE\n    Je revois, ce printemps, les sites familiers\n    Que j'ai, triste et ravi, délaissés à l'automne\n    Et voici qu'inquiet mon cœur cherche et s'étonne :\n    Je croyais vous connaître, ô bois inoubliés!\n\n    Je croyais vous connaître, ô sentiers pleins de mousses,\n    O rochers crevassés et flagellés de vent,\n    Hêtres tordus, bouleaux aux cuirasses d'argent,\n    Chênes dont les vieux troncs crèvent de jeunes pousses!\n\n    Je croyais vous connaître, ô verts sentiers mouillés\n    Enserrant comme un lacs les flancs de la montagne,\n    Bouquets d'arbres épars à travers la campagne,\n    Crépuscules divins, matins émerveillés!\n\n    Nature débordante et toujours contenue,\n    Nature que mon cœur cherche à comprendre en vain,\n    Je suis comme un amant qui découvre soudain\n    Dans l'amante d'hier une femme inconnue.\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                           — 237 —\n\nLes vergers, ce printemps, ont des parfums meilleurs,\nCette grêle aubépine a des blancheurs plus fraîches\nEt ces grands nénuphars, ouverts comme des crèches,\nBercent plus mollement dans l'eau froide leurs fleurs !\n\nDes branches ont poussée que je n'ai point connues...\nQuelles mousses ont fait au roc ce vert manteau?\nLe ruisseau détourné murmure un chant nouveau...\nIl passe dans le ciel des plus étranges nues!\n\nNature qu'à notre âme attache un secret lien,\nMultiforme Nature, active et décevante,\nTrop maternelle Mère et trop aimante Amante,\nComme on te connaît peu quand on te connaît bien!\n\nJe reste anéanti devant ton œuvre immense\nOù tout, jusqu'au soleil, entre comme élément,\nJe te regarde faire avec des yeux   d'enfant\nEt, sans la pénétrer, j'admire ta puissance.\n\nPour te parer ainsi qui t'a donc dévoilé\nLes secrets surhumains, la divine harmonie?\nTout ce que tu pétris a la grâce infinie,\nIl n'est rien d'imparfait sous ton ciel étoilé !\n\nPour quelles fins fais-tu sans cesse de la vie?\nDans quels creusets sacrés trempes-tu tes beautés?\nPour quel astre amoureux tes printemps enchantés?\nD'où te vient la bonté dont mon cœur s'extasie?\n\nToi qui toujours requiers des yeux pour t'admirer,\n— Comme une courtisane exercée à l'intrigue\nVeut des cœurs pour combler son cœur vide et prodigue —\nDis, quel amant vaincu veux-tu désespérer?\n\nOn croit te pénétrer, ô Nature rebelle,\nOn croit t'avoir surprise en tes derniers secrets\nEt lorsque l'on s'attarde à compter tes attraits,\nOn te voit tout à coup différente et plus belle.\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                                 — 238 —\n\n    On croit te posséder, on crie, on s'émerveille\n    Et dès que Von triomphe on ne retrouve plus\n    Dans ton ciel d'aujourd'hui les astres révolus,\n    Dans tes buissons en fleurs les odeurs de la veille.\n\n    Toujours tu nous déçois, Créatrice inlassée,\n    Et les hommes surpris demandent à leurs cœurs\n    S'ils doivent te bénir de tes jeunes splendeurs\n    Ou pleurer du regret de tes beautés passées !\n\n                                                      G E O R G E GARNIR\n\n\n\n\n              LITTÉRATURE RUSSE\n                       POÉSIES DE T U T C H E W\n\n                                       I\n\n             a pensée suit la pensée, l'onde suit l'onde : — Deux formes d'un\n              même élément. — Que ce soit dans le cerveau exigu ou dans\n              l'océan infini, — ici à l'étroit, et là — au large, — toujours\n              ce même flux et ce même reflux, — toujours cette même vision\nvaine et tourmentée.\n\n                                       II\n   Là où les montagnes, fuyant, — se perdent dans le lointain lumineux,\n— coulent du très fameux Danube — les flots éternels. — C'est là, dit-on,\naux temps d'autrefois, — durant les nuits bleues, — que tournoyaient, sous\nl'eau et sur l'eau, — les folles rondes des fées. — La lune écoutait, les ondes\nchantaient, et, se penchant au-dessus des rocs escarpés, — les castels des\nchevaliers les contemplaient avec terreur et curiosité. — La lumière,\nenfermée et solitaire, — de la vieille tour — leur clignait de l'œil avec ses\nrayons magiques. — Les astres du ciel les regardaient — et, un rang pas­\nsant après un autre, — ils continuaient entre eux — leur calme et intime\ncauserie. — Enfermé dans l'armure de l'ancêtre, — le guerrier faisant la\ngarde sur la muraille — entendait, secrètement ensorcelé, — ces bruits\nlointains, comme en songe ; — aussitôt qu'il s'oubliait dans le sommeil, —\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                                — 239 —\n\nle bruit devenait plus distinct et tonnait, — mais le guerrier se réveillait en\nsursaut et, marmotant une prière, — recommençait sa garde sur la muraille\ndu château... — Hélas, tout cela s'est évanoui, les ans ont tout emporté!\n— Tu succombas aussi à ton destin — ô Danube ! — car maintenant les\nbateaux à vapeur — labourent ta surface en tout sens.\n\n                                     III\n  Plongée dans une somnolence solennelle, — la forêt, à moitié dépouillée,\nse mélancolise; — de toutes les feuilles de l'été, à peine la centième, —\nbrillant dans sa dorure automnale, — bruit encore sur la branche.\n  Je regarde avec une sympathie attendrie, — lorsque, perçant les nuages,\n— un rayon se projette tout à coup, — à l'instar d'un éclair, sur les arbres\nbariolés.\n  Ah ! comme ce qui se fane est aimable ! quel charme y respire pour nous !\n— quand ce qui a fleuri et vibré jadis, — devenu maintenant si faible et si\ndébile, — nous sourit encore pour la dernière fois.\n\n                                     IV\n   Tu l'as connu dans le cercle du grand monde : — tantôt sombre, tantôt\nexcentriquement gai, — parfois sauvage, ou distrait, ou plein de pensées\nsecrètes... — Ainsi est le poète — et tu l'as méprisé!\n   Regarde donc la lune : toute la journée, comme un nuage exténué, —\nelle est là dans les cieux, l'on dirait un mourant, — mais la nuit vient, et\nla déesse lumineuse — brille au-dessus du bosquet endormi.\n\n                                      V\n                                 Démence.\n   Là-bas, où, comme la fumée, la voûte du firmament — se confond avec\nla terre calcinée, — là aussi, joyeuse et insouciante, — habite la démence\nmisérable.\n   Sous les rayons incandescents, — enfuie dans le sable brûlant, — elle\ncherche de ses regards vitreux — quelque chose dans les nuages.\n   Tantôt elle bondit soudain, pressant — contre la terre fendillée son oreille\nvigilante, — et elle écoute quelque chose avec une vraie attention avide, —\navec une satisfaction mystérieuse au front.\n   Car il lui semble qu'elle perçoit le bouillonnement des ondes, — qu'elle\nentend le courant des eaux souterraines, et ce qu'elles chantent à leur ber­\n ceau, — et ce qu'elles clament en sortant de terre.\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                                  — 240 —\n\n\n                                      VI\n   Quel col sauvage! — A ma rencontre court un ruisseau : — il a hâte d'arri­\nver à la maison où l'on pend la crémaillère. — Mais moi, je grimpe vers\ndes hauteurs toutes couvertes de sapins... — J'arrive, — j'ai atteint le som­\nmet, — et m'assois calme et joyeux... — Toi, ruisseau, tu es pressé de des­\ncendre dans la vallée — où sont les hommes. — Essaie — vois comme on\nvit parmi eux.\n                                     VII\n   Au-dessus de la vallée vibre — avec douceur le son lointain de la cloche;\n— ne dirait-on pas le bruissement d'une troupe de cigognes, — bruissement\nqui se meurt dans le bruit des feuilles.\n   Grossie et scintillante, — la mer printanière ne berce plus le jour; —\net, se hâtant, — l'ombre, de plus en plus silencieuse, s'étend sur la vallée.\n\n                                      VII\n   De pays en pays, de cité en cité — le destin, comme le tourbillon,\nemporte les hommes, — et que lui importe ce que tu veux ou ce que tu ne\nveux pas!...— En avant, en avant! — La brise vous apporte un soupir bien\nconnu : — le dernier adieu de l'amour... Derrière nous, que de larmes, —\ndevant nous s'étendent le brouillard et l'inconnu ! « Regarde donc en\narrière, arrête! — où veux-tu courir et pourquoi tant courir ? — L'amour\nte reste encore ; et quoi au monde de meilleur que lui ! — L'amour te reste\nencore — plein de larmes dans les yeux et de désespoir dans le cœur... Aie\npitié de ta propre souffrance; pourquoi détruire ta félicité ?! Rappelle-toi le\nbonheur — de tant de beaux jours... Quoi, tout ce qui a été si cher à ton\nâme — tu l'abandonnes le long de ta route ! »\n   — Il n'est plus temps d'évoquer des ombres, — car l'heure est déjà\nassez morne. — L'image des défunts est d'autant plus terrible — qu'ils\nétaient plus chers à notre cœur. — De pays en pays, de cités en cités — le\npuissant tourbillon emporte les hommes, — et qu'importe si tu veux, ou si\ntu ne veux pas, — il n'en a cure     en avant, en avant!\n\n                                      IX\n                                  En route.\n   En ces lieux, où la voûte céleste fatiguée — regarde la terre appauvrie, —\nla nature, lassée, dort — plongée en un sommeil de plomb. — Seuls,\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                               — 241 —\n\nçà et là de pâles bouleaux, — de menus arbrisseaux — et la mousse grise\n— troublent la tranquillité morbide.\n\n\n\n  Je songe au temps d'or, je songe à un pays charmant. — Le jour tom­\nbait. Nous étions deux, — à nos pieds, dans l'ombre, mugissait le Danube.\n— Et sur la colline, là où les ruines du château — regardent, blanchis­\nsantes, au loin, — tu te tenais debout, ma jeune fée, — en t'appuyant sur\nun bloc de granit couvert de mousse.\n  Tu foulais de ton pied enfantin — l'amas des débris séculaires... — Et\nle soleil s'attardait en adressant ses adieux — à la colline, au château et à\ntoi. — Et le zéphyr, en son vol, — jouait dans tes vêtements, — et les\npommiers sauvages neigeaient — sur tes jeunes épaules des flocons fleuris.\n   Insouciante, tu regardais au loin —l'horizon vaporeux qui s'éteignait dou­\ncement; — le jour agonisait, et, plus sonore, — le fleuve chantait entre ses\nbords ternis. — Et toi, joyeuse, sans lendemain, — tu reconduisais de tes\nregards l'heureux jour... — et l'ombre de la vie éphémère — volait délicieu­\nsement au-dessus de nous.\n                                    XI\n   Les pins et les sapins — pointent leurs aiguilles — comme celles d'un\nhérisson ; — s'emmitouflant dans les givres et les tourmentes, — leur\nmaigre verdure dort, et bien qu'elle ne jaunisse jamais, — jamais elle n'est\nfraîche. — Mais nous, tribu légère, — nous croissons et brillons — et ne\nséjournons sur les branches qu'un court espace de temps. — Durant le bel\nété — nous étions dans notre splendeur, — nous jouions à la lumière, —\nnous nous baignions dans la rosée.\n   Mais les oiseaux se sont tus, — les fleurs sont passées, — les prés ont\npâli, — les zéphyrs sont partis. — Pourquoi donc jaunir — et pendre\nencore en vain, — ne vaut-il pas mieux s'envoler avec eux?\n   0 sauvages aquilons, — arrivez-nous plus vite, — arrachez-nous plus\nvite — de nos branches ennuyeuses ! Arrachez-nous, entraînez-nous, — nous\nne voulons plus attendre ! — Volez donc, volez donc, — nous volerons avec\nvous!\n                                    XII\n\n                      Sur la mort de      Pouchkine.\n  De quelle main est-il parti, ce plomb mortel — qui a déchiré le cœur du\npoète? — Qui a détruit cette amphore divine — comme si ce n'était qu'un\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "                                 — 242 —\n\nsimple vase d'argile? — Qu'il eût raison ou qu'il eût tort devant la justice\nterrestre, — mais une main suprême l'a stigmatisé — à tout jamais :\n« Régicide! »\n   Et toi, ravi à la lumière et tout à coup précipité — dans les ténèbres pré­\nmaturées, — paix, paix à toi, ombre du poète, paix radieuse à tes cendres!\n   En dépit de l'ignoble diffamation, — saint et élevé fut ton sort : —tu\nétais l'organe vivant des dieux, — mais tu avais du sang dans les veines..,\ndu sang bouillant.\n   Tu étanchas ta soif de l'honneur — avec ce sang plein de noblesse, — et\nton trépas fut béni par le drapeau de la douleur nationale. — Ton inimitié,\nque Dieu la juge, — Lui qui entend le cri du sang versé!... — Mais toi,\ncomme un premier amour, — le cœur de la Russie ne t'oubliera jamais!\n\n                                     XIII\n   Oui, il a été inscrit là-haut qu'ici — nous devrions nous dire notre der­\nnier adieu, — adieu à tout dont a vécu le cœur, — à tout ce qui, tuant la\nvie, l'avait réduit en cendres — dans ta poitrine fatiguée !\n   Adieu!... Après beaucoup, beaucoup d'années— tu te rappelleras, en\ntressaillant, — ce pays, ce rivage avec sa lumière méridionale, — ce\npays où règne un éclat éternel, où s'épanouit la fleur précoce, — où l'air\nde décembre est réchauffé — par l'haleine des pâles roses tardives.\n\n                                     XIV\n   Je t'ai quitté à peine, ô Midi bienheureux, — toi qu'une fois encore j'ai\npu revoir face à face,— toi qui, comme l'Eden entr'ouvert, — me fut acces­\nsible, à moi l'étranger ! — Hier encore, bien que sans ravissement, —\nquoique tout rempli de nouvelles sensations, — je prêtais une oreille atten­\ntive et non en vain — aux chants des grandes vagues de la Méditerranée.\n   Et leur musique était pleine d'harmonie, — comme aux temps d'autre­\nfois, — quand de leur sein fécondant — surgit soudain la rayonnante\nAphrodite... Elles sont restées les mêmes jusqu'à présent : — elles bruissent\nde même, elles sonnent de même, — et sur leur champ azuré — glissent\ntoujours des visions familières.\n   Mais moi, entraîné vers le nord, — je vous avais dit adieu. — Et de\nnouveau au-dessus de moi s'est abaissée — la voûte céleste comme une\nchape en plomb. — Ici l'air est piquant : — une neige abondante — sur\nles hauteurs et dans les vallées, — et le froid, ce magicien omnipotent, —\nrègne ici en maître souverain.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                                — 243 —\n\n   Mais là, derrière ce royaume des bourrasques, — là-bas, là-bas, sur les\nconfins de la terre, — dans ce Midi lumineux et doré, — vous, ô vagues,\nvous m'apparaissez plus belles et plus brillantes, — plus azurées et plus\nfraîches, — et votre murmure arrive — plus harmonieux encore jusqu'à\nmon âme.\n                                    XV\n  Avec quelle nonchalance, avec quelle mélancolie amoureuse — ton\ndoux, ton passionné regard s'était épuisé sur lui ! — Muette et affolée,\nquasi foudroyée par le feu de l'éclair, — tout à coup vaincue par l'excès\ndu sentiment, le cœur si plein, toute troublée, toute en larmes, tu\ntombas la face par terre. — Mais bientôt un sommeil calmant, insou­\nciant et juvénile, — descendit sur la soie de tes cils, — et ta tête se\npencha sur les mains de ton ami ; — et lui, plus tendre qu'une mère, te\nprodiguait des caresses... — Le gémissement s'éteignait sur tes lèvres, ta\nrespiration devint égale — et ton sommeil tranquille et doux... — Mais\naujourd'hui... Ah! s'il t'était venu seulement en rêve — ce que l'avenir\nnous avait réservé à nous deux !... — Sous cette morsure cruelle, tu te\nserais réveillée en te lamentant, — ou tu aurais passé du sommeil au repos\nde la mort.\n                                   Traduit du russe par L. WALLNER\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n       L'exposition Heymans. — L'Association pour l'Art. — La Société\n                            des aquafortistes belges.\n\n              Au Cercle artistique on put récemment voir une partie consi­\n               dérable de l'œuvre de M. Heymans et lire, de tableau en\n               tableau, l'histoire de ce grand talent dans toutes ses transfor­\n                mations, depuis ses débuts lointains dominés par Courbet et\n Daubigny, à travers ses recherches incessantes vers un idéal personnel.\n    Pour lui reconnaître définitivement dans notre école de paysage la maî­\n trise et la suprématie, plusieurs, déconcertés par la vie, semblent attendre\n que M. Heymans se fige et s'immobilise. Mais il ne veut pas, et il ne peut\n pas. Aussi le représente-t-on comme un inquiet, un entraîné, un trop docile.\n Tel n'est point notre avis. M. Heymans n'est pas de ceux qui suivent la\n nouveauté ; il est de ceux en qui elle se crée, par qui l'évolution se marque.\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                                   — 244 —\n\n Un arbre qui fleurit n'imite pas le printemps : c'est le printemps qui monte\ndans ses sèves, qui s'épanouit dans ses bouquets parfumés. Comme un\narbre, cet artiste éclos de la terre campinoise a son principe interne de déve­\nloppement : ses phases sortent l'une de l'autre, sans se délimiter nettement\nl'une l'autre comme il arrive chez ceux qui sont exclusivement des réceptifs;\non y perçoit la persistance du même instinct, d'une tenace et mâle volonté d'art.\n   De tous nos paysagistes, nul n'est plus que lui poète. Sans doute le\nspectacle des formes baignées dans les lumières colorées intéresse ses yeux;\nsans doute, il se complaît dans l'exactitude des tons, des rapports et des\nplans; il ne s'écarte pas de la vérité des apparences naturelles et ne con­\nsentirait pas à les déformer pour en abstraire de force, comme tels peintres\nnouveaux, une manifestation plus significative du sentiment éprouvé d'abord,\npuis pensé. Mais avant tout, avant de rendre le pittoresque et le réel, il\nlui importe de traduire une impression intime, tout en retraçant fidèlement,\ndu plus près qu'il peut, le paysage qui l'a ému.\n   C'est un œil épris d'harmonie et de justesse, mais c'est tout d'abord une\nâme douce et contemplative, idyllique et tendre, de la famille de Virgile\net de Corot. Son paysage préféré n'est pas tragique, il ne parle pas\nd'ardeur, de violence, de lutte; il est délicat, taciturne, parfois pénétré de\njoie sereine, plus souvent de mélancolie virile et résignée ; il n'a pas de\ngaîtés, mais des fraîcheurs charmantes, des légèretés allègres qui donnent\nla sensation d'une promenade matinale par un beau jour vif.\n   Jadis M. Heymans affectionnait les heures crépusculaires, mais ce n'était\n pas l'agonie des soirs terribles qu'il peignait, c'était la molle incertitude des\nlevers de lune, la respiration calme de la terre en amour [Nuit radieuse),\nou la respiration entrecoupée de sanglots étouffés de la terre lasse [la Chau­\nmière); c'était l'isolement, la grande marée de silence qui submerge tout,\nl'apparition visionnaire d'un paysage hostile, étreint d'angoisse (Effet de\nnuit); ou, émergeant d'un troupeau noyé dans les ténèbres argentines, la\nhaute silhouette d'un grand berger qui va machinalement devant lui sous les\nétoiles (la Rentrée du berger). Maintenant il aime à surprendre l'éveil de la\nlumière, les brumes des aubes et des aurores, la fraîcheur de la rosée, les\nfrissons des plaines aux premières clartés. Mais c'est presque toujours le\nmême pays qu'il peint, son territoire ancestral, sa belle Campine de Wechel­\nderzande et de Blommeschot, aux grands horizons vagues, aux ciels irisés\net changeants, et les dunes sauvages, et les bruyères violacées, et les mares\nengourdies, et les grands arbres épars, puis autour des villages les oasis de\ncultures vertes, de prairies humides et fleuries. A part quelques pointes\npoussées en Hollande à diverses époques, et tout récemment dans les\nArdennes, à Houffalize, il n'est guère sorti de la contrée natale, il lui a\ngardé une fervente prédilection.\n   Mais son respect de la nature, son impressionnabilité exceptionnelle, sa\nparfaite sincérité lui font à chaque fois des yeux neufs, exempts de rémi­\nniscences et de partis pris. Chacun de ses tableaux témoigne d'une émotion\ndes yeux et du coeur, chacun représente une nuance particulière de sen­\ntiment, aussi variable que l'heure, la saison, l'âme épanouie ou sévère du\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                 — 245 —\n\npaysage et du ciel. S'abandonnant à son émotion, il a su s'affranchir de ses\npropres succès et continuer à se développer librement, au risque de se com­\npromettre auprès des amateurs déroutés.\n   Si l'impression perçue est spontanée chez M. Heymans, son exécution\nn'en est pas moins savante. Nul ne dédaigne davantage les ficelles, mais\nnul ne connaît mieux les ressources du métier, nul n'a travaillé davantage\nà acquérir la perfection technique. De tout temps, il s'est préoccupé de\nmettre son faire en rapport avec sa manière de voir. Grand ennemi des\nlignes sèches, des contours découpés, très attentif à l'enveloppe des choses,\nil a d'abord fondu, amalgamé les pâtes. Quelquefois on a pu lui reprocher\nune solidité exagérée, une certaine uniformité de rendu, des feuillages\nmaçonnés, impénétrables à l'air, un défaut de palpitation. Tout en éclair­\ncissant sa palette, chargée au début de couleurs plutôt sombres aux effets\nluisants et veloutés, il a cherché les aspects plus fluides, plus immatériels,\nplus conformes à la fois à la vérité de la nature et à son propre sentiment.\n   En même temps, le problème de la vibration lumineuse le tourmentait.\nEt il est arrivé, voici quelques années, à se constituer peu à peu une\nmanière légère et aérienne, une peinture de frémissements, de frissons, de\npoudroiements, grâce à l'emploi fréquent dans les feuillages, dans les\nciels, dans les eaux, dans les terrains mouvementés, de hachures courtes,\ncroisées en sens divers, posées d'un coup sans tâtonnement, laissant jouer\nentre elles le fond gris de la toile. Cette facture lui est personnelle et varie\nde tableau à tableau, et constamment dans le même tableau, selon le\n caractère des objets. Des observateurs superficiels ont prétendu y recon­\n naître le procédé du néo-impressionnisme, le pointillé. Il suffit d'analyser\n avec soin un morceau quelconque pour constater que c'est là une erreur.\nA de rares exceptions près, M. Heymans n'a pas recours au système de la\ndécomposition du ton, qui est la chose essentielle pour les techniciens issus\n de Seurat. Le procédé de M. Heymans n'est pas déduit d'un raisonnement\n scientifique, mais d'une série d'expériences personnelles, et sans doute il\n n'en vaut que mieux, parce qu'il se trouve mieux accommodé à sa vision.\n C'est encore la raison pour laquelle l'emploi n'en peut convenir à tous. Il\n requiert d'ailleurs un œil d'une sûreté et d'une mémoire longuement\n exercées; il ne souffre pas l'à peu près ni la négligence. Aussi, avant de\n peindre, M. Heymans dessine-t-il patiemment à la plume jusqu'aux\n moindres détails, pour n'abandonner rien au hasard, pour pouvoir exécuter\n son tableau sans hésitations ni remaniements.\n   Des cent cinquante oeuvres exposées, il faudrait maintenant choisir les\nprincipales, outre celles auxquelles nous avons déjà fait allusion. Mais une\nénumération serait fastidieuse et une analyse nous entraînerait trop loin.\nAdmettant et admirant les impalpables délicatesses des Brumes du matin,\nsi critiquées naguère, chef-d'œuvre incontesté aujourd'hui, beaucoup\nréprouvent les toiles nouvelles de M. Heymans et déplorent son entêtement\nà ne pas se recommencer. En opposition nette avec eux, nous estimons que\nl'œuvre la plus belle de la collection, encore supérieure à ce triomphal Réveil\ndont nous avons déjà parlé ici, ce fut sa dernière grande composition, Prin-\n                                                                       16\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "                                  — 246 —\n\ntemps. Une prairie s'étoile des premières fleurs de l'année, aux bords d'un\nruisseau dont les eaux paresseuses rêvent dans de petites anses. De hauts\nmarronniers dressent leurs thyrses blancs et arrondissent leurs dômes dans\nun ciel d'un bleu profond où glissent mollement des nuages dorés de la\ndouce lumière de mai. Des baigneuses blanches apparaissent, noblement\ngroupées sous les arbres et dans les roseaux, aux ondoiements de l'ombre\net du soleil. Rien de plus calme, de plus grave, de plus tendre, de plus\nélyséen. C'est à la fois la nature vue et la nature rêvée. L'analyse s'y com­\nplète d'une haute vision synthétique, et tout l'art de M. Heymans s'y\nrésume, y aboutit et s'y élève au-dessus de lui-même en s'y concentrant.\n\n\n   A Anvers, s'est ouverte la seconde exposition de l'Association pour l'Art,\nqui inscrit à son catalogue la plupart des noms que l'on voit figurer aux\nderniers catalogues des XX. Nous avons trouvé ou retrouvé là des œuvres\nde MM. Heymans, Constantin Meunier, Gaspar, Du Bois, Finch, Van\nRysselberghe, Laermans, Lucien Pissarro, Signac, Thys, Van de Velde,\nCross, Denis, Gausson, Luce, de Toulouse-Lautrec, etc., des figures et\ndes fleurs de M. Morren, qui est l'un des deux exposants anversois et dont\nles progrès sont très marqués, puis de délicieuses figurines en pâte de verre\nde M Henri Cros, de ravissants étains de M. Charpentier, des types très\ncurieux et très vivants de M. Ibels et, enfin, et surtout, une collection de\nsoixante-trois estampes d'Outamaro, aux couleurs infiniment douces,\ndélavées et amorties : des scènes familières de la vie de tous les jours, enno­\nblies par la grâce aristocratique et ingénue de la femme qu'Outamaro créa\net dont l'élégance subtile signe ses pièces.\n\n\n\n   La Société des Aquafortistes belges a ouvert sa première exposition\nd'eaux-fortes et de pointes-sèches. Nous devons constater qu'en dépit du\nmérite de certains graveurs belges, parmi lesquels MM. Ensor, Dardenne,\nHenri et Karl Meunier, De Haene, Maréchal, Wytsman, Verstraete, Van\nden Eeckhoudt, la Belgique n'occupe pas le rang qu'elle devrait conquérir.\nL'eau-forte a plus de souplesse et de vie que la gravure au burin, mais elle\nne supporte pas davantage le débraillé, le trait indécis, le faire lâche et\nincorrect. Au premier rang des productions étrangères figurent les coquets\nminois de jeunes femmes de M. Helleu, les vivants portraits de M. Des­\nboutin, quelques planches représentant des danseuses, de M. Renouard,\nune série de paysages et de figures, d'un goût charmant, d'une adresse irré­\nprochable, de M. Zilcken, notamment son excellente gravure du portrait\nde Paul Verlaine, admirablement juste, de M. Toorop. Mais les magis­\ntrales marines de M. Storm van 's Gravesande sont le plus grand attrait de\nl'exposition. M. Storm sait exprimer, d'un dessin puissant et large, l'élan de\nla lame qui déferle, le mouvement de la vague qui balance les barques, se\nbrise aux pilotis, monte à l'assaut des estacades, ou va mourir à l'horizon\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                — 247 —\n\nmarin. Son trait synthétique, sobre et net, évoque à merveille les ciels\naérés et mouvants de la Zélande, et les jeux de la lumière à la surface des\neaux clapotantes. On ne pourrait davantage et mieux dire, avec un geste\nde plus grande allure, avec plus d'aisance et de simplicité.\n                                                   E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n          CHRONIQUE MUSICALE\n              La date de parution du dernier numéro de la Jeune Belgique ne\n               m'a pas permis de parler, dans ma précédente chronique, du\n               deuxième concert des Artistes musiciens. Mais l'intérêt excep­\n               tionnel du programme autorise ce coup d'oeil en arrière ; il\ns'agissait, en effet, de la première exécution, à Bruxelles, du Chant de la\nCloche, la fameuse légende dramatique de Vincent d'Indy, le chef de file\nde la jeune école française.\n   Dans la première partie du concert, la Fest-Ouverture de Lassen, — une\nœuvre un peu surannée, mais si bien bâtie et d'une allure si chaleureuse !\n— l'admirable Aria en ré de Bach, et cette géniale plaisanterie qui a nom\nEspana de Chabrier. Cette Espana, on a beau l'entendre, elle étonne tou­\njours. Dans ce morceau où il n'y a plus de Pyrénées, la fougue et la lan­\ngueur espagnoles s'allient heureusement, et sans soudure apparente, à la\ngrâce et à la spirituelle verve française. Doublement intéressante au point\nde vue de la rythmique, d'une difficulté énorme pour chaque instrument,\net de la couleur orchestrale de la plus fantaisiste drôlerie. Oh! cette entrée\ncruelle, en coup de poing, des cuivres, au milieu du pp éthéré d'un dessin\ndes cordes ! Puis, c'est l'une des œuvres les plus sensuelles que je connaisse.\nPar exemple, ce n'est pas un morceau convenable; ah! non! Et si le sâr\nPéladan pense qu'aucune honnête femme ne devrait se compromettre à\nl'audition des beautés sévères — et classiques, malgré tout — de Tristan,\nj'estime, moi, que la jeune fille qui ne rougit pas aux échevèlements incon­\nvenants de 1''Espana de Chabrier, atteste une perversité impudente ou une\nincompréhension totale en matière de musique...\n   Le Chant de la Cloche excitait ici une vive curiosité pour tous ceux qui\nn'en connaissaient que la réduction au piano. Composée il y a dix ou quinze\nans déjà, elle valut à son auteur le prix de la Ville de Paris, et l'on peut, à\nbon droit, le considérer comme une des compositions capitales d'un jeune\nmaître qui a déjà produit bon nombre d'œuvres remarquables.\n   Le Chant de la Cloche est divisé en sept tableaux et un prologue. Le\nmaître fondeur Wilhelm, arrivé au terme de sa carrière, évoque les princi­\npales phases de son existence où les cloches ont joué un rôle. Le dernier\ntableau représente la mort de Wilhelm et son triomphe.\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                                   — 248 —\n\n   Vincent d'Indy fut son propre librettiste : le détail est à noter, car il a son\nimportance au point de vue de la fusion absolue réclamée par le drame musi­\ncal, dont l'auteur s'inspire directement. Trop directement, même; c'est là du\nWagner, et du plus pur. L'auteur est, du reste, le premier à le reconnaître.\nLa musique procède de l'auteur des Maîtres Chanteurs, et c'est cette\nœuvre qui a, évidemment, inspiré le librettiste. Cette union de Wilhelm et\nde Lénore, subordonnée à la collation du titre de maître, cette fête avec\nson cortège de métiers, l'allocution du doyen, tout cela, évidemment, rap­\npelle d'une manière flagrante la comédie musicale du formidable ogre de\nnos compositeurs contemporains.\n   On a trouvé à d'Indy de la personnalité; ce n'est pas vrai. De l'originalité,\noui ; de la personnalité, non. Même en faisant abstraction des influences\nwagnériennes qui le possèdent, on ne peut encore lui décerner ce titre de\npersonnel. Il ne l'est pas plus que ne l'était C. Franck, son maître... Oh!\nj'entends crier ! Toute cette jeune école française possède, non une véritable\npersonnalité, mais une personnalité apparente. Je le faisais observer à un\nfervent admirateur de ce doux mystique dont la foi profonde inspira les\nBéatitudes.\n   « Comment! se récria-t-il, Franck, pas personnel? »\n   Puis, après quelques passes :\n   n Et son harmonisation, fit-il triomphant, la comptez-vous pour rien?»\n   C'était le défaut de cuirasse du raisonnement. En effet, chez C. Franck\ncomme chez Vincent d'Indy, l'originalité extrême de l'harmonie constitue\nune sorte de personnalité factice. Je dis factice, car elle réside plutôt dans\nla science, le travail, l'habileté de l'auteur, que dans son inspiration. Est-ce\nà dire que l'inspiration fait défaut ? Point du tout. Les Béatitudes et les\nEolides, Wallenstein et Sauge-Fleurie sont de l'inspiration la plus noble\net la plus pure. Cependant, cette inspiration en elle-même n'est pas per­\nsonnelle, mais la réalisation harmonique est si curieuse qu'elle revêt leur\npensée d'une personnalité factice. C'est dans cette confusion de mots que\nréside tout le malentendu : l'orchestration, la forme, l'harmonisation sur­\ntout peuvent être originales ; la pensée mélodique seule peutêtrepersonnelle.\n   Cette parenthèse fermée, je me hâte de constater l'extrême intérêt de la\nCloche et la poésie véritable qui s'en dégage. On regrette de ne pas voir\nl'œuvre mise à la scène, tant la conception scenique est belle et la musique\nintimement liée à l'action.\n   Le quatrième tableau, la Vision, dans l'intérieur du clocher, avec son\ncaractère fantastique, le charme pénétrant des deux fragments du milieu\n— les Voix des cloches et les Esprits du rêve, son orchestration piquante\net ses trouvailles de mise en scène, — tout ce tableau est vraiment exquis,\net se termine magistralement par un lever de soleil d'une grandiose expres­\nsion musicale.\n   Le cinquième tableau, l'Incendie, qui terminait le concert, les deux der­\nniers fragments n'étant malheureusement pas exécutés, attestait magnifi­\nquement la technique superbe du jeune auteur, la facilité avec laquelle il\nmanie les masses chorales et instrumentales. Cette scène est parfaite à tous\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                 — 249 —\n\nles points de vue, et l'auteur met une audace remarquable à entrer immé­\ndiatement dans les grands effets, soutenant puissamment l'effort et graduant\nencore toutes les périodes d'une situation dramatique très forte jusqu'à\nl'éclat final. L'exécution, de la part des solistes, MM. Leprestre, Seguin,\nCeuppens, Mlles Chrétien, Wolf, Van Hoof et Frandas, était fort bonne;\ndu côté orchestre, proprette, sans plus. Cette belle œuvre méritait en tous\ncas plus de soin et de fini.\n   Gros succès, mais peu de monde. Les « manifestations tumultueuses »\nbattaient leur plein ce soir-là, et la plupart des bons amateurs, au lieu de\nvenir au concert, faisaient de 1' « art social » dans les rues, en tenue de\ngarde civique et baïonnette au canon ! Un joli détail inédit, à ce propos :\nLe concert devait commencer par l'ouverture de Charlotte Corday de\nPeter Benoit. Mais, au dernier moment, on craignit que les Marseil­\nlaise, Ça ira et autres Carmagnole, dont le maître flamand s'est plu à\némailler l'œuvre, ne donnassent prétexte, dans la salle, à des manifestations\ndissonantes... et l'on remplaça par la bénévole Fest-Ouverture de Lassen,\nbâtie sur un lied populaire allemand qui n'a rien de subversif!\n\n   Au Conservatoire, deuxième audition du Messie, retardée par indispo­\nsition de M. Demest. Interprétation plus parfaite encore que la première\nfois, si possible. A ce propos, relu un vieil article de l'Echo du Parlement\nde 1869, trouvé parmi de poussiéreuses découpures, où le chroniqueur\ns'étend avec enthousiasme sur l'exécution du Messie au « Festival belge »\nde cette année, sous la direction de Samuel, avec Agnesi, Morère,\nMme Sass et M lle Wertheimber, devant un auditoire de huit mille per­\nsonnes. Après le Messie, on avait joué une machine du duc Ernest de Saxe,\nintitulée L'Hymne à la Paix; « on l'avait mis au programme, ajoute le cri­\ntique de l'Echo, pour complaire au Roi, qui avait bien voulu consentir à\nhonorer de sa présence l'inauguration du festival ». Comme c'est loin, tout ça !\n\n\n   Le chant en chœur vient de s'enrichir, à Bruxelles, d'une institution dont\nle besoin se faisait véritablement sentir : un chœur mixte. Depuis le décès\nde la Société de musique, cette intéressante branche de l'art musical était\nabsolument tombée en désuétude chez nous. Et le mouvement se produit\nde deux côtés à la fois : garantie pour l'avenir.\n   C'est d'abord M. Beauvais, qui nous a donné l'Octuor belge, petit\ngroupe d'amateurs fort bien stylés par leur chef. M. Beauvais a donné jus­\nqu'à présent trois concerts qui font bien augurer des séances suivantes. Son\noctuor a interprété des chansons anciennes et quelques chœurs modernes,\navec piano. Excellentes voix et excellentes intentions; mais que de chemin\nà faire encore avant d'atteindre à cet idéal Amsterdamsch a capella koor!\nL'octuor de M. Beauvais ne me paraît pas encore bien sûr de lui-même;\non a pu s'en apercevoir au second concert, où, devant les difficultés un peu\népineuses d'un motet de Sweelinck, les artistes se sont « mis dedans ».\n N'importe, ces accidents passagers sont bien excusables de la part de chan-\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "                                 — 250 —\n\n\nteurs qui ne se sentent pas encore bien les coudes. M me Everaerts, pianiste,\ns'est fait entendre à chaque concert, dans des œuvres classiques qu'elle\na jouées sans style, sans mécanisme, sans observance même des prin­\ncipes les plus élémentaires qui président à l'interprétation des classiques,\nexécutant, dans une gavotte, les mordants avant le temps au lieu de les\nprendre sur le temps, etc. ; ce sont choses qu'il est permis d'ignorer en un\nsalon, mais non sur une estrade.\n   De leur côté, MM. Soubre et Carpay ont fondé, parmi les profession­\nnels, une association plus vaste, sous le nom de Choral mixte, dans le but\nde donner des concerts de musique chorale, et, au besoin, pour renforcer\nles Artistes musiciens ou les Concerts populaires.\n   Un premier concert a été donné le 17 mai, avec le concours de M. Ysaye;\nprogramme très intéressant et exécution excellente, surtout de la part des\nchœurs. On y a entendu deux chœurs des Saisons de Haydn, une Chanson\nd'Ancêtre de Saint-Saëns, A la Porte du Cloître de Grieg (bien ternes, les\nsolistes!), la belle Nuit persane de Saint-Saëns, et des fragments de Béati­\ntudes de C. Franck. Les meilleures félicitations et bonne chance!\n   Pendant que nous en sommes à sonder les chœurs, je citerai encore une\nautre expérience du même genre, qui a réussi au delà des espérances de ses\npromoteurs.\n   Un concert de charité s'est donné, le mois passé, à la salle Veydt, à\nSaint-Gilles, avec le concours de M\"0 L. Merck et de MM. Demest et Gillet.\nOn y a entendu un chœur d'une vingtaine de dames et demoiselles amateurs,\nexcellemment dirigées par M. Charles L., interpréter différents chœurs\navec une grande finesse de nuances, une justesse, un ensemble remar­\nquable et un sens artistique très fin : il y avait un pittoresque Pardon\nbreton de Chaminade, A la Porte du Cloître de Grieg, une Ronde triste\nde votre serviteur, et surtout deux admirables petits poèmes de C. Franck,\nLa Vierge à la Crèche et Soleil.\n\n\n   Une indisposition mille fois maudite m'a empêché d'assister au dernier\nConcert populaire, sous la direction de Félix Mottl, de Carlsruhe, l'un des\ntriumvirs de l'orchestre de Bayreuth. Enthousiasme pharamineux. Après le\nconcert, un banquet a réuni au Grand Hôtel les principaux héros de la\nséance. Qu'il me soit permis, pour terminer gaiement cette trop longue\nchronique, de citer le menu éminemment fantaisiste de cette agape :\n   « Potage crème d'Oscar à la Monnaie. — Consommé sauce populaire,\n— Petites bouchées à la Béatrice. — Turbot sauce Mottl. — Filet de Hun-\nding (!) à la Edouard. — Ris de Colonne (veau) (!!) à la Walkyrine. —\nAsperges sauce Wilder. — Brunnhilde à la Dupont. — Salade Meyerbeer.\n— Langouste à la Wotan. — Glace Huguenote. — Werthériades. —\nFruits, desserts. — (Graves, Saint-Estèphes, etc.) »\n   On est gai, au Populaire !\n                                                    E R N E S T CLOSSON\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                   —   251   —\n\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   La Chevauchée d'Yeldis et autres poèmes, par FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN. Paris, Vanier.\n— Une Belle Dame passa, par ADOLPHE BLETTE. Paris, Vanier. — Chevaleries Sentimen­\ntales, par A.-FERDINAND HÉROLD. Paris, Librairie de l'Art indépendant. — Salutations,\ndont d'Angéliques, par MAX ELSKAMP. Bruxelles, Lacomblez. — Une Ame princesse, par\nPOL DEMADE. Gand, Siffer. — Contes au Perron, par HUBERT STIERNET. Bruxelles,\nCharles Vos.— Claudine Lamour, par CAMILLE LEMONNIER. Paris, Dentu.— Ames Blan­\nches, par WILLIAM RITTER. Paris, Lemerre. — L'Animale, par RACHILDE. Paris, Simonis\nEmpis. — En République, par J. DE TALLENAY. Paris, Ollendorff. — Sous le Bleu, par\nFIRMIN VAN DEN BOSCH. Gand, Siffer. — Salomé, par OSCAR WILDE. Paris, Librairie de\nl'Art indépendant. — La Littérature française dans son développement historique, par\nH. PERGAMENI. Bruxelles, Rosez. — Au Ciel, par JEAN CASIER. Gand, Siffer. — Sonnets\nen Bige, par ANTOINE SABATIER. Paris, Librairie de l'Art indépendant. — Prestiges, par\nJOSEPH DUCLAREUIL. Paris, Girard.— Prima Verba, par VICTOR THOMAS ORBAN. Bruxelles,\nLamertin. — Feuilles Errantes, par C. LANCKRIET. Gand, Van Melle. — Le Poème de\n[Ame, par RENÉ CAILLIÉ. Paris, Comptoir d'édition.\n\n\n              Après les Cygnes, M. Francis Vielé-Griffin publie sous ec\n               titre : La Chevauchée d'Yeldis et autres poèmes, une série\n               de morceaux de prose poétique qui ne paraissent guère viser\n               à l'unité.\n   Je vois bien que ces morceaux, dont plusieurs sont charmants, n'ont pas\nla forme du vers. Toutefois, je n'oserais pas jurer qu'ils soient écrits en\nprose. Mes lecteurs partageront mes scrupules en lisant avec attention les\nfragments que voici :\n    « ... Le porche était bas avec sa grille close d'un triple fer forgé; les\nterrasses s'étageaient, de fruits en fleurs, jusqu'aux charmilles, avec des\ntreilles aux musles tors du poids (il semblait) des grappes gorgées... Martial\nprit l'une d'elles, du dehors, brusque et disant à demi-voix : « Soyons\nainsi pour Elle, cessons de défeuiller ses marguerites et jurons d'accepter\nson choix et sans querelles. » — Le couchant riait rose jusqu'au zénith —\nnous le jurions par notre âme immortelle... »\n    « ... Ce vieillard vint pour échanger des ors étranges, quelque matin;\n nous le connûmes de la sorte; son regard souriait, lointain, comme vers sa\njeunesse longtemps morte. Il marchait calme dans le tumulte des quais\nhoulants, au cri de la vigie au guet, vers les jetées, et comme il nous dit sa\ndemeure hors de la ville, au coteau des chênaies, nous fûmes lui porter de\n jeunes monnaies et nous vîmes Yeldis parmi ses fleurs. Philarque, en\n comptant les vieux ducats d'or, croyait la reconnaître aux effigies, et dut\n les recompter, et se tromper encore... »\n    Un de mes amis soutient que ces morceaux sont écrits en prose. J'ai beau\n lui objecter qu'il est facile d'y découvrir des rimes et de fausses rimes, et\n que certains tours de phrase sentent un peu la strophe, il me répond qu'à\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "                                    — 252 —\n\n\nce compte-là les périodes de Chateaubriand, où l'on relève non seulement\ndes allitérations, des assonances et des rimes, mais encore des alexandrins\nparfaitement rythmés, ne seraient point de la prose. La prose de M. Vielé-\nGriffin lui paraît plus étriquée ; mais il n'admet point qu'il existe entre les\nfragments cités et tels morceaux de Chateaubriand une seule difference\nessentielle.\n   Un autre de mes amis soutient, au contraire, que c'est grâce à un arti­\nfice typographique que les fragments dont il s'agit ont l'air d'être de la\nprose. Il prétend que M. Vielé-Griffin aurait dû les faire imprimer ainsi :\n                  ... Le porche était bas avec sa grille\n                  Close d'un triple fer forgé ;\n                  Les terrasses    s'étageaient,\n                  De fruits en fleurs, jusqu'aux  charmilles,\n                  Avec des treilles aux muscles tors\n                  Du poids (il semblait) des grappes    gorgées...\n                  Martial prit l'une d'elles, du dehors,\n                  Brusque, et disant à demi-voix :\n                  « Soyons ainsi pour Elle,\n                  Cessons de défeuiller ses marguerites\n                  Et jurons d'accepter son choix,\n                  Et sans querelles. »\n                  — Le couchant riait rose jusqu'au zénith —\n                  Nous le jurions par notre âme      immortelle...\n\n                  ... Ce vieillard vint pour échanger des ors étranges,\n                  Quelque matin;\n                  Nous le connûmes de la sorte;\n                  Son regard souriait,    lointain,\n                  Comme vers sa jeunesse longtemps morte.\n                  Il marchait calme dans le tumulte des quais\n                  Houlants, au cri de la vigie au guet,\n                  Vers les jetées;\n                  Et comme il nous dit sa demeure\n                  Hors de la ville, au coteau des chênaies,\n                  Nous fûmes lui porter de plus jeunes monnaies,\n                  Et nous vîmes Yeldis parmi ses fleurs;\n                  Philarque, en comptant les vieux ducats d'or,\n                  Croyait la reconnaître aux effigies,\n                  Et dut les recompter, et se tromper encore...\n\n   Et cependant, je ne suis pas convaincu. M. de Souza s'est livré, récem­\nment, sur la prose de Flaubert, à une expérience semblable, dont le résultat\nme paraît aussi concluant. Mon deuxième ami, d'ailleurs, en est réduit,\npour les besoins de son paradoxe, à faire rimer forgé, étageaient et gor­\ngées. Or, ces mots ne riment que pour les étrangers qui prononcent mal le\nfrançais. Il en est de même pour demeure et fleur. Enfin, il me semble que\nsi, d'après la définition de M. Gustave Kahn, le vers est un arrêt simultané\nde la pensée et de l'expression, mon deuxième ami découpe la prose de\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                 — 253 —\n\nM. Vielé-Griffin d'une façon un peu arbitraire. Pourquoi, en effet, rythmer\nainsi :\n                   Et comme il nous dit sa demeure\n                   Hors de la ville...\n\nalors que rien ne justifie cet enjambement? La vraie leçon serait évidem­\nment :\n             Et comme il nous dit sa demeure hors de la ville.\n\n   Le vers aurait treize pieds, mais il serait construit d'une manière\nlogique.\n   Faut-il conclure?\n   Je pense que la prose de M. Vielé-Griffin est une prose de poète, et que\nl'auteur de la Chevauchée d'Yeldis reviendra fatalement à la forme du\nvers. Je n'en veux pour preuve que le Diptyque et les morceaux intitulés\nFleurs du Chemin.\n\n\n   Une Belle Dame passa ne peut pas soulever la même discussion que la\nChevauchée d'Yeldis. M. Adolphe Retté a voulu écrire et a écrit des vers.\nJe n'irai pas jusqu'à prétendre que ces vers soient rigoureusement conformes\nà la prosodie classique ; mais je soutiens qu'ils ne s'en écartent guère, et\nque c'est à elle, lorsqu'ils sont beaux, qu'ils doivent leur beauté.\n   Qu'on en juge par les strophes suivantes :\n              O regards de prière! ô cheveux parfumés!...\n              — Quel présage de sang vers ces folles nuées,\n              Qui voilaient une lune en leurs affres noyée! —\n              Voici venir la Nuit tueuse de Beautés.\n              O regards suppliants... mourront-ils, dis, trop frêle,\n              Comme toi, comme moi, mourront-ils cette Nuit? —\n              Les oreillers de fleurs et les rideaux vermeils\n              Saignent du souvenir de nos bouches unies,\n              Car, vois-tu, mon enfant, nous avons trop aimé,\n              Trop souffert, trop pleuré l'un par Vautre, et sans doute\n              Que si nous délaissons cet amour abhorré,\n              Nous le retrouverions au détour de la route.\n              Que fais-tu là? Pourquoi ces regards de détresse?\n              Pourquoi ces pleurs encor dont je sais te mensonge? —\n              Moi je suis lâche, et si tu m'offres ta faiblesse,\n              Mon âme veut ton âme et s'y penche et s'y plonge...\n              Va-t'en, ôte tes mains fraîches comme des roses;\n              Je voudrais tant dormir délivré de tes lèvres\n              Très loin... Qu'une neige d'oiseaux chastes se pose\n              Sur mon cœur convulsif et sur mon front de fièvre.\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "                                   — 254 —\n\n               Va-t'en, détourne-toi vers l'ombre maternelle,\n               Cache ta f ace et tes regards trop radieux —\n               Les oiseaux sont-ils là? j'entends chanter des ailes...\n                Va-t'en chez les démons rieurs qui sont tes dieux!\n\n   Assurément, M. Retté emploie aussi les fausses rimes; il déboîte parfois\nle vers et se permet mille audaces prosodiques dont je n'aperçois point la\nnécessité ; mais personne ne s'avisera de prétendre que c'est grâce à un arti­\nfice typographique que ces vers ont l'air d'être des vers. Si l'on y regarde de\nprès, les audaces de M. Retté sont timides, et plus apparentes que réelles.\nElles consistent le plus souvent à faire rimer le singulier avec le pluriel, à\nmettre une syllabe muette à l'hémistiche, et parfois — très rarement — à\nrisquer un vers de quatorze pieds. A ces licences près, dont la raison\nnous paraît assez puérile, les vers de M. Adolphe Retté ont la sonorité de\nl'alexandrin traditionnel. Les strophes citées plus haut sont de vraies\nstrophes, et il y a un abîme entre elles et la mélopée nouvelle. Elles nous\npermettent d'affirmer que M. Retté est un vrai poète, dont la veine est\nfranche et dont la frénésie charnelle atteint parfois à l'éloquence.\n\n\n\n   Dans une gamme plus douce et plus souriante, M. A.-Ferdinand Hérold,\nl'auteur des Chevaleries sentimentales, n'innove pas plus profondément\nque M Retté. Certes, M. A.-Ferdinand Hérold sacrifie aux formes nou­\nvelles ; mais si l'on établit une balance entre ses mélopées et ses poèmes\ntraditionnels, on est forcé de reconnaître que ces derniers sont beaucoup\nplus nombreux. Sauf certains poèmes très vagues et quelques récitatifs des­\ntinés à relier des morceaux lyriques, la plupart des évocations de M. A.-Fer­\ndinand Hérold sont régulièrement prosodiées. Tels sont les harmonieux\nsonnets du Livre des Reines et du Vitrail des Saintes, où se révèle un\nartiste délicat, épris de couleurs heureuses et de musiques apaisées.\n   Mes lecteurs ne manqueront pas de se fleurir les yeux au délicieux vitrail\nque voici :\n                Parmi les floraisons qui gemment le rivage\n                Suivant des yeux le doux archange Gabriel,\n                Qui plane et rit, vêtu d'or immatériel,\n                Elle rêve. Au lointain, gronde le flot sauvage.\n                Le Barbare a dompté sa ville et la ravage :\n                Nulle plainte ne sort de sa lèvre de miel :\n                Jésus libérateur veille aux clartés du ciel.\n                Qu'importent le travail amer et l'esclavage?\n                Les oiseaux rois des mers, les calmes goélands\n                S'en viennent de l'azur avec des cercles lents\n                Pour adorer la pure et la candide vierge.\n                Et là-bas, solitaire en des champs de méteil,\n                Un cyprès vigoureux et droit, tel qu'un grand     cierge,\n                Dresse sa tête où meurt un rayon de soleil.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                — 255 —\n\n\n\n\n   Le poète de Dominical, M. Max Elskamp, publie chez Paul Lacomblez,\nen une édition exquise ornée d'une couverture de M. Henry Van de Velde,\nun recueil de vers dont le titre : Salutations, dont d'angéliques, me paraît\nun peu tourmenté.\n   Toutes ces salutations ne sont pas angéliques, et ce ne sont pas les\nangéliques que je préfère. J'aime mieux, je l'avoue, les jolies chansons his­\ntoriées auxquelles les salutations servent de prétexte, comme par exemple,\nle n° IV de Horloge admirable :\n                     Mais voici l'horloge admirable\n                     Des belles heures à sujets,\n                     Qui sonne l'instant pris aux rêts\n                     Des musiques mues par du sable;\n\n                     Et c'est très vieillement d'abord,\n                     Moïse recevant les Tables\n                     Aux histoires saintes des fables,\n                     Mais très vieillement et d'abord.\n\n                      Lors matin, et très en décor,\n                      Voici les bergers, les agnelles\n                      Et loin un château à tourelles,\n                      Lors matin et très en décor;\n\n                      Or, midi, c'est une fontaine,\n                      Et le jet d'eau vivant toujours,\n                      Et des cygnes tout à l'entour,\n                      Et la fenêtre aux châtelaines ;\n                      Puis, pour la nuit, et c'est après\n                      Un paysage    taciturne,\n                      La lune pleine sur Minturnes,\n                      Mais pour la nuit, et c'est après.\n\n  Je prise beaucoup aussi, dans Etoile de la mer, le charmant dénombre­\nment d'une Armada puérile, et bien d'autres, qui appartiennent à la meil­\nleure veine de Dominical. M. Max Elskamp n'a point perdu la grâce un\npeu précieuse de son verbe, et ses Salutations abondent en tournures ravis­\nsantes, mi-enfantines, mi-vieillottes, qui surprennent délicieusement. Mon\ncœur, murmure-t-il,\n                      Mon cœur de trop grande personne\n                      Pour ces ciels enfants, s'abandonne\n                      A monter en lèvres vers vous;\n\n   Il appelle la Vierge « Marie-aux-heures », « Marie-au-peuple », « Marie-\n aux-cloches », etc.\n   Ce sont là d'adorables trouvailles, dont il faut louer chaudement\n M. Elskamp. Mais le poète me paraît tomber du côté où il penche si joli-\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                                  — 256 —\n\nment, et à force de chercher l'enluminure verbale, il verse quelquefois dans\nle mauvais goût le plus affligeant. C'est ainsi qu'il dit à Marie : « Me voici\nle page de vos syntaxes », que la vierge est vêtue d'une robe « isocèle»,\nque l'on célèbre « une loin royauté sur l'à-présent d'une heure », que les\nhommes « ont beau s'aller en peine », que l'on « attend mer jusqu'à mou­\nrir » et que l'on conseille à la Vierge de se faire sœur noire « pour peut-être\nJésus malade ».\n   Ce style en tire-bouchon, que M. Emile Verhaeren a remis à la mode, est\nd'un emploi par trop facile. Ce sont là miroirs à nigauds et attrape-bour­\ngeois dont le talent de M. Elskamp, comme le robuste tempérament de\n M. Verhaeren, pourrait aisément se passer.\n   Dans Salutations, comme dans Dominical, M. Elskamp ne rime pas\ntoujours d'une façon régulière. Mais pas plus que MM. Retté et Hérold, il ne\ndonne, à proprement parler, dans la mélopée. Il a l'instinct de la musique,\net il supplée à l'irrégularité de la strophe et de la rime par mille artifices\nque lui suggère une ouïe très experte. La plupart de ses chansons, quoi­\nque irrégulièrement prosodiées, ont un rythme accusé, net et franc. Le\nprocédé qui lui est le plus familier consiste à répéter une rime, voire un\nvers, ce qui permet de desserrer artificiellement le corps de la strophe.\n   Je puis donc répondre à ceux qui s'appuient sur les poèmes de MM. Retté,\n Hérold et Elskamp pour proclamer une prétendue victoire des formes nou­\nvelles : « Vous vous trompez étrangement. Les poètes que vous citez, et\ntous leurs rivaux, à l'exception de M. Gustave Kahn, — dont l'originalité\n est entière,— subissent encore, à leur insu peut-être, l'influence d'un héri­\n tage poétique plusieurs fois séculaire. Leurs poèmes conservent un rayon\n de ce soleil qu'on prétend couché, et la grâce de leurs strophes n'est\n qu'un reflet de la Beauté qu'ils ont servie et que la longue dynastie des\n maîtres servait avant eux. »\n\n\n   L'auteur d'Une Ame princesse, M. Pol Demade, se propose de\nprouver, par une série d'histoires, réunies sous un titre audacieux : La\nPassion Catholique, que « le catholisme, auquel il a l'honneur d'appartenir,\nloin de jeter de la cendre sur le cœur humain, en attise, au contraire, puis­\nsamment la flamme ».\n   M. Pol Demade semble donc se réclamer de la préface d'Une Vieille\nMaîtresse. On pourrait plus mal choisir, car la caution de Barbey est\nbonne. Mais M. Pol Demade n'a pas lu que cette préface : il a dévoré\nd'Aurevilly tout entier, et d'Aurevilly le dévore. C'est, au sens exact du\nmot, une véritable possession.\n   Que l'on ne prenne pas cette constatation pour un reproche insultant.\nN'est pas possédé qui veut, et si M. Pol Demade porte en croupe l'âme\nincendiaire de celui qui écrivit les Diaboliques, c'est qu'il n'en est pas tout\nà fait indigne.\n   On nous assure que le récit de M. Pol Demade répond, dans une certaine\nmesure, à l'Ennemi des lois de M. Maurice Barrès. Or, — chose inattendue\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                 — 257 —\n\net méritoire, — M. Barrès s'en est aperçu, et il a très galamment présenté\naux lecteurs du Journal l'œuvre qui contredit son œuvre.\n   Voici l'appréciation de M. Barrès :\n   « Résignons-nous à ne toucher que le point essentiel de cet enivrant pro­\nblème de psychologie, enivrant par l'intensité de la sensualité sous un ciel\nillimité. Oui, dans l'Ame princesse, trois pages sont décisives pour éclairer\ncet état d'un catholique confondant son amour terrestre avec son amour\npour Dieu.\n   C'est la situation psychique où se trouvaient, autour du Dante, un grand\nnombre de ces « mystiques » des siècles de foi. Rien n'est plus saisissant\nque de retrouver, déformés par les milieux modernes, exactement les\nmêmes sentiments sur lesquels, à la Sorbonne, de savants érudits discutent\nen archéologues.\n   Ces pages significatives de notre contemporain, les voici, résumées à\ntitre de document :\n    « Albine, — c'est le nom d'une jeune femme aimée par le personnage\nénigmatique que met en scène M. Demade, — Albine était une dévote, et\nje ne vous souhaite pas une autre femme qu'une dévote...\n    « Elle ne m'aima jamais plus et je ne l'aimai jamais mieux que le sang\nde Jésus-Christ dans son sang et dans mon sang... J'en étais arrivé à\ndeviner, rien qu'à ses caresses et à ses baisers, le secret de ses communions\nmultiples...\n    « S'il lui arrivait, le matin, d'interrompre mon travail ou mes études\n d'un baiser plus passionné que d'autres, je lui disais :\n    « — Tu as communié ce matin?\n    « ... Plus tard, ce fut pour nous l'expression sacrée entre toutes. Com­\n munier, pour nous, c'était faire provision d'amour. »\n    Le dirai-je? Ces pointes extrêmes du catholicisme, cet amour charnel, si\n faible, si défaillant, qui s'enlace et se fait porter par l'amour divin, ces\n mélanges sensuels et religieux me' sont suspects. Quelque chose d'équi­\n voque m'attire là et me repousse. »\n    Le dirai-je à mon tour, je suis plus repoussé qu'attiré. Et si j'éprouve une\n vive répugnance, ce n'est pas à cause de la description d'un pareil baiser\n — j'ai toujours affirmé que l'Art peut tout décrire — mais parce qu'elle est\n placée dans la bouche d'un catholique, et que ce catholique n'hésite pas à\n se glorifier de cet étrange amour charnel, attisé par une sorte d'entremise\n divine.\n    Le mystérieux héros d'Une Ame princesse aime deux femmes à la fois.\n Le cas psychologique n'est pas nouveau, et, si je ne m'abuse, Musset l'a\n traité, à sa manière, dans les Deux Maîtresses. Mais M. Pol Demade nous\n avertit que son personnage aime deux êtres également, du même amour\n terrestre, entier, absolu. C'est ce qui rend sa thèse originale, mais c'est aussi\n ce qui la rend fausse à mes yeux. Ce serait une intéressante matière à\n soumettre aux docteurs ès-passions, catholiques ou non, et je n'ai pas le\n loisir de discuter l'hypothèse de M. Demade. Je me borne à confesser qu'au\n  point de vue sentimental elle me semble inadmissible.\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "                                     — 258 —\n\n   Quoi qu'on en puisse penser, l'œuvre n'est pas ordinaire. Malgré quelques\nfautes de goût, — j'ai noté, page 108, dans un dialogue qui vise au\nsublime, de pénibles dissonances (1), — M. Pol Demade tire de fiers\naccords d'un style tourmenté, dont il n'est pas toujours le maître. Et puis,\nc'est un éveilleur et un remueur d'idées, ce qui devient de plus en plus rare,\npar le temps qui court...\n\n\n   M. Hubert Stiernet ne se donne pas pour catholique, et les sujets qu'il\ntraite ne ressemblent guère à ceux de M. Pol Demade. Toutefois, il se\npourrait qu'il y eût entre les deux écrivains le lien d'une parenté lointaine.\nSous ses apparences de conteur réaliste, M. Hubert Stiernet ne cache pas\ntout à fait un esprit inquiet, attiré par les états d'âme exceptionnels et\nbizarres. Dans l'excellent article qu'il consacre à M. Stiernet dans la\nSociété nouvelle, M. Hubert Krains a dénoncé certain penchant au rare,\nau compliqué, à l'excentrique. Rien n'est plus exact. Les Contes au Perron\ncontiennent maintes pages d'analyse psychologique, on pourrait même\ndire de casuistique sentimentale, qui démontrent combien M. Stiernet est\nsollicité par l'étude du « monstre ». Et cet amour des déformations morales\nest d'autant plus sincère qu'il a l'air d'être inconscient. Il y a beaucoup de\ncruauté et de férocité dans la manière de M. Stiernet, et son analyse est\nd'autant plus impitoyable qu'elle s'exerce de préférence sur des êtres d'une\nhumanité moyenne, parfois même rudimentaire. Il en résulte un déséqui­\nlibre, qui disparaît dans les contes d'inspiration purement fantastique,\ncomme Social et le Faucon blanc, qui sont les pages les plus harmonieuses\nde l'œuvre.\n   M. Stiernet a des qualités de style, qui ressortiraient davantage s'il ne\ntendait pas constamment sa phrase, un peu surchargée de termes rares.\n\n                                          * *\n   M. Camille Lemonnier se plaît à dire, paradoxalement, que chacun de\nses romans est un début. S'il entend par là qu'au lieu de rééditer sans cesse\nle même livre, il a l'ambition de pousser l'objectivité aussi loin qu'elle peut\naller, et l'orgueil d'écrire des livres qui tout en ressemblant à leur père,\nsoient dissemblables entre eux comme des étrangers, il n'a pas tort. Mais\ndébuter ainsi — puisque début il y a — n'est pas à la portée d'un écrivain\nvulgaire, et le protéisme de M. Lemonnier, que l'on a parfois plaisanté, est\nla marque léonine d'un tempérament exceptionnel.\n   Le dernier début de M. Lemonnier est assurément l'un de ses plus\nheureux. Il lui a plu d'évoquer, dans son milieu, l'âme à la fois compliquée\net simple d'une étoile de café-concert. L'étrange fleur humaine, ou plutôt\nl'étrange fleurette instinctive, poussée sur le fumier de Paris ! Elle est du\n\n\n  (1) « ... C'est que je dois te dire quelque chose, mon homme... »\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                                — 259 —\n\npeuple, et son élégance perverse est aristocratique ; elle est bête et elle a le\ngénie de la chanson. Elle est savante, elle est rouée, elle s'est, gamine,\nsouillé les yeux et les oreilles dans la compagnie d'abominables petits\npolissons, — et elle est vierge, et lorsqu'enfin elle se donne, c'est par\namour !\n   Claudine Lamour, c'est un Tanagra... de Paris!\n   Cette exquise figurine, M. Camille Lemonnier l'a, on le sent, pétrie et\ncaressée avec une sorte d'amour étonné, de curiosité ravie, avec la tendresse\nd'un bon géant pour un petit enfant trouvé chez les nains. Il l'a aimée en\nla concevant, sa Claudine. C'est pourquoi elle est réelle et vivante, cette\ndivette descendue d'une affiche bariolée de Chéret.\n   Car ici M. Camille Lemonnier lutte avec Chéret, avec Degas et avec\nForain. Chacune de ses phrases est une petite tache de couleur, ou un\ngeste crayonné d'un coup de crayon fringant et rapide. Jamais peut-être, —\net cependant il n'est pas de forme d'art plastique avec laquelle il n'ait lutté,\n— jamais peut-être M. Lemonnier n'a eu à ce degré le génie de la transpo­\nsition littéraire. Sauf dans quelques descriptions où il n'a pu s'empêcher\nd'empâter les couleurs, la touche est d'une agilité et d'une souplesse presti­\ngieuses Et les personnages secondaires, Poiron, la Touque et la mère\n Lamour sont « croqués » avec une sûreté et une légèreté de main auxquelles,\njusqu'à présent, M. Lemonnier n'avait pas atteint.\n   Claudine Lamour est une série de dessins écrits. Et il n'y a pas jusqu'à\ncertains mots de la divette — un peu trop joliment profonds, semble-t-il —\n qui ne contribuent à l'illusion. Ce sont les légendes du dessinateur !\n\n\n\n   Il me reste à peine l'espace nécessaire pour signaler A mes Blanches, un\n beau et noble roman romanesque de M. William Ritter; l'Animale, de\n Mme Rachilde, une œuvre erotique et sadique dont le tréfonds me semble\n naïf; En République, de M. J. De Tallenay, une vivante étude de mœurs\n « eldoradiennes » — cherchez la clef de l'adjectif, et vous la trouverez, —\n Sous le Bleu, d'intéressantes notes de voyage rassemblées par M. Firmin\n Vanden Bosch, l'ennemi personnel de Nicolas ; Salomé, un drame en un\n acte de l'esthète à la fleur, M. Oscar Wilde, une œuvre bien profitable où\n saint Jean, Hérode, Hérodiade et Salomé, après avoir lu la Princesse\n Maleine, organisent un concours de métaphores orientales; la Littérature\nfrançaise dans son développement historique, de M. H. Pergameni, un\n livre qui veut être, et qui est parfois, « une sorte de biographie de cet être\n complexe qui concentre et réfléchit en lui, à travers les siècles, les ten­\n dances diverses de l'esprit français » ; Au Ciel, un poème religieux de\n M. Jean Casier; les Sonnets en Bige, soularysés avec conviction par\n M. Antoine Sabatier; Prestiges, de M. Joseph Duclareuil, un poète qui\n ne manque pas de somptuosité verbale; Prima Verba de M. Victor-\n Thomas Orban, auquel il sera pardonné parce qu'il a beaucoup voyagé;\n Feuilles errantes, où M. Lanckriet nous décrit\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "                                  — 260 —\n\n           Trois enfants, beaux et frais, près d'entrer dans la vie,\n           Se contant le destin qui leur faisait envie,\n\net, enfin, le Poème de l'Ame, orné de trois pantacles et accompagné de\ndeux mélodies pour piano et chant :\n           Et puis, le soir, ce fut de rubans rouge-feu\n           L'éclat sur son chapeau : « Amour! » me disait-Elle\n           Mystérieusement,   comme si c'était peu\n           D'avoir cent fois juré son Amour     immortelle!\n\n  Cette strophe de M. René Caillié n'a pas encore été mise en musique.\n\n                                                         A L B E R T GIRAUD\n\n\n\n    Au sommaire de la prochaine chronique littéraire : La Vie artistique de\nM. Gustave Geffroy, la Rôtisserie de la Reine Pédauque, de M. Anatole\nFrance, la Duchesse de Malfi, par M. Georges Eekhoud, Histoire de la\nlittérature française, de M. l'abbé Stiernet, les Campagnes hallucinées, de\n M. Emile Verhaeren, Savonarola, de M. Roger de Goey, Africa, de\n M. Descamps-David, etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "     TACHYPOEMES STENORYTHMIQUES\n\n              I                          VI\nACCIDENT DU CHEMIN DE FER             DRAME\n      Express\n                                 Oh ! ce viol !\n      Déraille !....\n                                 Duphénol!\n      On braille\n                                 Et en fuite,\n      Compress' !\n                                  Vite, vite !....\n      Hôpital !\n                              — Les gendarmes ??!!!\n      Moi bancal.\n                               Et pas d'armes !!!!\n              II              — Soyons fort\n     DRAME CONJUGAL            Adieu, Trine !...\n                               Atropine\n      Adultère ??                 Mort !....\n      Chut ! Mystère !\n      Suivre piste.....\n      — Cornard !!!!                     VII\n      Poignard !!\n                             RÊVERIE A LA F E N Ê T R E\n      Puis, trappiste !\n                                  Fenêtre,\n             III                  Miroir\n    ECHO ET NARCISSE              De l'Être !\n     Mirefontaine                 Vous voir,\n     Le flou jeune homme          Ciel noir,\n          Dégomme                 Et plaine\n          Sa peine.               Sereine\n     Folle de lymphe              Qu'abreuve\n                                  Un fleuve\n          La nymphe\n                                  Où tremblent\n          Echo\n                                  Ensemble\n          Prend l'eau.\n                                  Etoiles\n              IV                  Et voiles !\n CHATIMENT DES MAUVAISES           Etique\n        PASSIONS                   D'éthique,\n      Très dangereux,              Mon âme\n        La plèbe.                  Se pâme,\n      Trop amoureux ?              O pure\n        Cubèbe!                    Nature,\n                                   Devant\n                  V                Ton vent\nL'AVENTURE D'HERMAPHRODITE         Si libre,\n       ET DE SALMACIS              Si libre,\n                                   Si libre,\n       Les sexes                   Si libre !!!!\n       Se vexent\n       Et fondent                       TÉLESPHORE T A B I B I T T E .\n\n       Dans l'onde.\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                                                 262\n\n\n\n\n                                   MEMENTO\n  Le présent numéro contient exceptionnel­              Les dernières nouvelles de la Princesse\nlement 36 pages.                                     et du Castel :\n  L'abondance des matières nous force à                      La forêt haute et farouche,\nremettre au mois prochain plusieurs mor­                     Sanglotte sa lente douleur\nceaux de prose et de vers, notamment la                      Et dans un sombre castel,\nsuite d'Atalante à Calydon, de C.-A. Swin­                   Elle garde en morne torpeur\nburne, — la suite d'Hélène de A. Goffin, —                   Une princesse frêle, si frêle...\n                                                             Lasse est la princesse frêle,\nplusieurs poèmes de Tutchew, traduits par                    Son chant de cygne est languide;\nL. Wallner, etc., etc.                                       La voûte stellaire et mystique\n                                                             Bleuit, dans la nuit lucide,\n                                                             Les vieux créneaux fantastiques.\n                                                             Cesse sa chanson si molle\n  L'Art moderne appelle les traducteurs                      Avec l'aurore nouvelle,\n                                                             Elle se penche à la fenêtre\ndes « dictionnaires ».\n                                                             Et déroule sa chevelure\n  Sur qui tombe ce pavé d'ours, s'il vous                    En rideau d'apothéose.\nplaît ?\n                                                                          (Le Mouvement littéraire.)\n                                                       On est sans nouvelles du prince, qu'on\n  Un brin de MACAQUE FLAMBOYANT :                    suppose perdu, cor et chiens.\n   « J'ai entendu les heures calmes de nuit\npour relire ce livre, ces heures où la médi­\ntation, au-dessus des fièvres du jour qui\ndorment, s'étend et se purifie. Car c'est un\nlivre d'oratoire, à lire à genoux, ou plutôt à          Erreur!\nchanter, et je n'ai pas d'oratoire sinon la             Il est retrouvé.\nnuit, et je n'ai pas de voix sinon celle qu'on          Il a téléphoné à la châtelaine, qui lui a\nentend chanter dans le silence. »                    répondu, et de cette communication est née\n                   (Le Mouvement      littéraire.)   la chanson suivante :\n                                                           Hé bonjour la châtelaine !\n   La voix intérieure ?\n                                                           — Hé bonjour, prince charmant!\n   « Elle est misère cette cause de la nation              — 11 fait grand vent dedans la plaine.\noù l'on ne se sent de pairs de l'un ni de                  — 11 fait grand vent, prince charmant.\nl'autre côté ; cette situation des intellectuels           Hé bonsoir la châtelaine!\nqui voudraient prendre position active dans                — Hé bonsoir, prince charmant !\nleur temps, et pas plus que jamais jadis,                  — Le ciel est rouge dessus la plaine.\n                                                            - Le ciel est rouge, prince charmant.\nn'entrevoient leur place, aujourd'hui. »                   Hé adieu la châtelaine!\n                   (Le Mouvement littéraire.)              — Hé adieu, prince charmant!\n   C'est ainsi : plus que jamais jadis, cette              — La nuit est triste de par la plaine.\n                                                           — La nuit est triste, prince charmant!\ncause est misère.                                                                           (Floréal)\n   Ce qui est misère, et même miséricorde,\nc'est qu'ils ne varient plus leurs fautes de            Là-dessus la nourrice de la princesse,\nfrançais : ils font tous la même.                    accompagnée de la nourrice de Bébé, ont\n   C'est le charabia collectif!                      couché le prince charmant après lui avoir\n                                                     fait faire pipi, à la Toto.\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                            263\n\n  La Justice, organe politique, assure que      la musique, — tandis que M. Massenet est\nla représentation de la Walkyrie    à Paris     musicien.\nest un événement social.                           Les lecteurs de la Jeune Belgique sont\n   Tout juste autant que l'apparition de la     priés, s'ils sont satisfaits, d'en faire part à\nJustice, à Bruxelles, est un événement litté­   leurs amis et connaissances.\nraire !\n\n\n                                                   Un des rédacteurs de l'Art moderne parle\n                                                d'une « syntaxe que les grammairiens assu­\n   Le Réveil n'a pas compris les Visions\n                                                rément réprouvent, mais que les poètes à\nd'Egypte de notre collaborateur Albert\n                                                l'unanimité admettent ».\nJhouney.\n                                                   Que le rédacteur de l'Art moderne, s'il\n   Comme le Réveil démontre ainsi son           est poète, soit unanime à admettre cette\nignorance absolue de la mythologie égyp­        syntaxe, nous ne le contestons pas. Mais\ntienne, il nous semble qu'il y a lieu de ne     qu'il se garde d'engager les autres poètes.\npas trop insister sur une... lacune.            Sinon, ça pourrait devenir très rigolo.\n\n\n\n                                                    M. Camille Lemonnier est déféré devant\n  LA BONNE DOCTRINE :\n                                                 la Cour d'assises du Brabant pour avoir\n   Un certain M. de Malvost publie dans les publié, dans le Gil Blas illustré, une nou­\nEntretiens politiques et littéraires les petites velle parue, il y a deux ou trois ans, dans le\nproclamations que voici :                        Gil Blas quotidien, et qui a figuré, depuis,\n   «Ilfaudrait pourtant nous entendre sur la dans le recueil de contes intitulé Dames de\nvaleur et l'expression vraie du mot : musi­ volupté.\ncien.\n                                                    TROIS lignes seulement de cette nouvelle\n   Tu t'écries, à chaque instant : Quel musi­ sont incriminées.\ncien que ce Massenet !... quel musicien que         La chambre des mises en accusation avait\nRichard Wagner!... Or, tu te trompes prononcé le non-lieu; mais le procureur\nétrangement, mon cher, en accolant ainsi à général a estimé qu'il y a lieu quand même.\nun Dieu et à un mortel la même épithète.\n                                                    Il est inutile d'ajouter que la Jeune Bel­\n   Le musicien, dans le sens strict, est celui gique proteste contre ces poursuites, et\nqui, acceptant a priori un module de sono­ qu'elle envoie à l'écrivain qui en est vic­\nrité ayant servi à construire la gamme de time ses plus chaleureux témoignages de\nGui d'Arezzo, choisit un des sons de cette sympathie.\néchelle, aux degrés si distants, et édifie, sur\ncette base, une juxtaposition d'autres notes\nqu'il parfait selon la technique d'une mé­\nthode d'harmonie de laquelle il s'est impo­         M. Camille Lemonnier adresse au minis­\nsée, par avance, les lois inviolables.           tre de la justice une lettre ouverte dont nous\n   En cette édification, le musicien procède détachons le passage suivant :\nd'une manière analogue à celle du typo­             « C'est toute une jeunesse, c'est le plus\ngraphe qui, d'un mouvement machinal, admirable mouvement littéraire, c'est un\npuise dans de multiples casses les carac­ miracle de génie et de courage, c'est la sève\ntères, les assemble et forme ainsi les mots, vive d'une floraison des esprits rendant\nconstituant bientôt les phrases. »               l'Europe attentive qu'on va exposer encore\n   Définition du créateur-esthète : « POUR une fois aux rires et aux clameurs des pré­\n LUI, NUL BESOIN DE SCIENCE ACQUISE. »           toires ! Je ne suis qu'un des arbres de cette\n   Parbleu ! C'est l'ignorance qu'il faut en­ forêt qui toujours monte et s'étend plus au\n tretenir par la folie. Wagner ne savait pas loin. Mais le coup retentira à travers les\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                                         — 264       —\n\nautres arbres, il retentira par delà la forêt.    neur, le sort de celui-ci émeut et passionne.\nEt la foule ironique et méchante, la même         Or, le tisserand est plus à plaindre encore.\nqui insultait à nos premiers livres, recom­       Nous ne connaissons rien de plus vrai que le\nmencera à nous outrager en cette pauvre           triste poème de sa vie qu'on vient tout à\nchose de nous qui est notre foi, qui est          coup de mettre en relief. Dans les fabriques\nnotre conscience littéraire et qu'aura mé­        de la vallée de la Vesdre, la journée ordi­\nprisée l'inclémence d'un Parquet.                 naire est de douze heures, mais presque\n  Je vous expose cela tristement, Monsieur        toujours l'ouvrier ou l'ouvrière travaillent\nle Ministre, plus en peine de notre œuvre         treize et quatorze heures par jour. L'ouvrier\ncommune que de moi. Reconnaissez à ma             est aux pièces ; s'il veut gagner 3 francs et\nfranchise l'entraînement que nous nous            fr. 3-50, il doit parfois faire des journées\nsentons vers une haute conscience, la vôtre,      doubles.\net votre don d'Art émouvant C'est la litté­           « L'atmosphère qui règne dans les filature\nrature qu'on voudrait proscrire, c'est elle       et les tissages est atroce et les conditions les\nqui me vaut, après tant d'anciennes humi­         plus élémentaires d'hygiène ne sont aucu­\nliations dont je triomphai, le triste privilège    nement observées. Ajoutez-y le danger per­\nde la défendre en souffrant encore pour elle.»     manent d'accident causé par le travail mé­\n                                                   canique et vous aurez une faible idée du sort\n                                                   du tisserand.\n                                                      « Que messieurs les législateurs qui nient\n                                                   l'étendue et la profondeur du mal social\n  M. Antoine et ses compagnons viennent\n                                                   aillent quelque temps séjourner dans ces\nde jouer, au Théâtre-Libre, les Tisserands\n                                                   bagnes et ils nous en diront des nouvelles!»\nde M. Gérard Hauptmann.\n                                                      Voilà ce que devient la critique littéraire,\n  Il est probable que ce grossier mélo\n                                                   quand il s'agit d'art social. On sefichede\nsocialiste, qui vaut beaucoup moins que la\n                                                   l'art comme de Collin Tampon et l'on dis­\nGrâce de Dieu et Germinal, sera promené\n                                                   cute la question des tisserands. Il n'en pou­\nen Belgique.\n                                                   vait être autrement, il n'en sera jamais\n  En attendant, voici comment le Peuple\n                                                   autrement.\ncommente le drame de M. Hauptmann :\n  «Nous avons voulu intéresser nos lecteurs\nà cette œuvre, d'abord parce qu'elle est\nbien moderne et qu'elle fait connaître au\npublic l'ouvrier tisserand, dont la situation\nest tellement précaire qu'une grève géné­\nrale vient d'éclater à Verviers, une Silésie\nbelge.\n  « L'ouvrier tisserand est ignoré. Dans\ntoutes les grèves, la sympathie va au mi-\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                 P a u l LACOMBLEZ\n     ÉDITEUR           DE     « LA     JEUNE       BELGIQUE           »\n                        31, rue des Paroissiens, 31\n                                BRUXELLES\n\n\n                  VIENNENT          DE PARAITRE           :\n\n                          Max E L S K A M P\n SALUTATIONS, DONT D'ANGÉLIQUES\n                 un volume in-8°, sur papier de Hollande\n    avec frontispice de HENRY VAN DE VELDE. — Prix : fr. 3-50\n\n\n              V I L L I E R S D E L'ISLE-ADAM\n\n  PREMIÈRES POÉSIES\n     un volume de la Petite Collection des Poètes, beau vélin, fr. 3-50\nExemplaires numérotés : sur japon impérial                        20 francs.\n    Id.         id.        sur hollande Van Gelder. . . .          8 id.\n\n                             SOUS PRESSE :\n                        Edmond PICARD\n\nEL MOGHREB AL AKSA\n                   Une mission belge au Maroc\n\n                        Charles S L U Y T S\n\n           N O T E S D'ÊTRE\n                             volume de luxe\n\n\n                        EN    PRÉPARATION\n         pour paraître dans la Petite Collection des Poètes :\n\n La Quenouille et la Besace, de MAURICE MAETERLINCK,\n           Sous la Couronne, d'ALBERT GIRAUD,\net des volumes de FERNAND SEVERIN, GRÉGOIRE LE ROY, etc.\n\n                        En formats divers :\n  des œuvres d'EDMOND PICARD, GEORGES EEKHOUD,\n                      ALBERT GIRAUD, etc.\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                              EN          VENTE\n\n   à la librairie P A U L                       L A C O M B L E Z\n\n                          BRUXELLES\n\n\n\nP A U L BOURGET : Un Scrupule,    in-32 illustré . . fr.                   2 \"\nCHARLES D E COSTER : La Légende d'Ulenspiegel          .                   5 \"\nANATOLE FRANCE : La Rotisserie de la Reine Pé­\n   dauque                                                                  3 50\nBaron DE HAULLEVILLE : Portraits et Silhouettes,\n   2e série                                                                3 50\nIBSEN : Les Prétendants à la couronne. Les Guerriers\n   à Helgoland                                                             3 50\nLEDRAIN : La Bible, VLLL : Job. Les Psaumes.       . .                     3 50\nPIERRE LOTI :                     L'Exilée                                 3 50\nA D . R E T T É : Une Belle Dame passa                                     3 50\nVERHAEREN : Les Campagnes hallucinées . . . .                              5 «\nVERLAINE : Mes Prisons                                                     3 50\nVIELÉ-GRIFFIN : La Chevauchée d'Yeldis        . . . .                      3 50\nVILLIERS DE L'ISLE-ADAM : Nouveaux Contes cruels\n   et Propos d'au-delà                                                     350\n\n\n\n         Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 0-55\n     Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage, fr. 0-60; franco, fr. 0-65\nLes Entretiens politiques et littéraires, fr. 0-60; franco, fr. 0-65\n\n\n     D e m a n d e z le Catalogue complet de l'Éditeur\n                      Paul LACOMBLEZ.\n\n              Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnnm, 32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1893-06-01", "preuve": "Juin 1893, numéro 6, couverture PDF 254 ; aucun jour imprimé."}}