{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Octobre 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMA I R E", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "Octobre 1893.                          T O M E XII. — N° 10                                    ,3111e Année.\n\n\n\n\nLA\n     JEUNE\n                BELGIQUE\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMA I R E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 192, "fin_caractere_exclue": 1704, "texte": "SOMMA I R E :\n        Le Critique-Fantôme                               ALBERT GIRAUD.\n        Le Frisson du sphinx (fragment) . . . .           JEAN DELVILLE.;\n        Vieux C œ u r                                     LOUIS DELATTRE.\n        Poèmes en prose                                   HECTOR CHAINAYE.\n        L'Église de Lordship Lane                         OLIVIER-G. DESTRÉE.\n        Hélène (suite)                                    ARNOLD GOFFIN.\n        Chronique artistique :\n           Au Salon     de Bruxelles                      ERNEST VERLANT.\n        Chronique littéraire :\n          Au Jardin de l'Infante;  Premières   Poé­\n            sies ; Les Opales ; Idylles joyeuses ;\n            Pages de joie; La Ronde du Trouvère .         ALBERT GiRAUD.\n        Memento                                           NEMO.\n\n\n\n\n          RÉDACTION                                                       BRUXELLES\n110, RUE DE LA L I M I T E , BRUXELLES.                           PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                         31, rue des Paroissiens\n\n                                                                               PARIS\n     PRIX DU        NUMÉRO                                    C H A M U E L ,   L 1 B R A I R E - É D I T EU R\n                                                                         29, rue d e Trévise\n             fr. 0-75.\n                                                                                  1893\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 412, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                             PARAISSANT I.E 5 DE CHAQUE MOIS\n  Fondateur        : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                           Directeur : IWAN GILKIN.\n                  Rédaction : 110, rue de la Limite, Bruxelles.\n                7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                      des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 3t. rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace. Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 403, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1140, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19. boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n\n                          V I E N N E N T D E PARAITRE :\n\n QUELQU'UN                                    D'AUJOURD'HUI\n                                 par H E N R Y    MAUBEL\n\n\n      Histoire des Lettres belges d'expression française\n                                 par F R A N C I S N A U T E T\n\n\nSTANCES DORÉES\n                Commentaire sacerdotal du Tarot\n                                   par IWAN GILKIN\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 363, "titre_corps": "Le Critique-Fantôme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "LE CRITIQUE FANTOME", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE FRISSON DU SPHINX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "LE CRITIQUE-FANTOME\n\n\n                                    Le critique-fantôme a reparu.\n                                   M. Gustave Frédérix, qui, depuis deux ans,\n                                 gardait un silence adroit, plus remarqué que\n                                 ses anciennes cavatines, et qui récemment,\n                                 pour la première fois, se rendit justice en\n                                   refusant de faire partie du jury chargé de\n                                      décerner le prix quinquennal de littéra­\n                                        ture française, M. Gustave Frédérix\n                   s'est remis à chanter avec une déplorable volubilité.\n                      Le livre de M. Francis Nautet lui a servi de prétexte.\n                      L'auteur de l'Histoire des Lettres belges ayant eu l'irré­\n                  vérence de reconnaître quelque talent à des écrivains aux­\n                  quels M. Frédérix n'a pas encore accordé l'investiture, le\n                  critique de derrière les Faguet s'est fâché tout rouge, et\n                  exhalé sa colère dans un article d'une laborieuse méchan­\n                ceté. Il a cassé sa tire-lire : toutes ses économies y ont passé.\n                  Après avoir reconnu que « nos vaillants et curieux efforts\n                ont produit un vrai mouvement littéraire belge », M. Frédérix\n                reproche à M. Nautet d'avoir écrit l'histoire de ce mouvement.\n                « Nous y avons nous-même, dit-il, consacré assez d'articles\npour composer un volume, mais le sujet de ce volume pourrait paraître\nmince... »\n  C'est convenu : la vraie, la seule histoire sérieuse de ce mouvement\nitteraire, c'est M. Frédérix qui l'a écrite dans l'Indépendance. On ne s'en\n                                                                        23\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "                                  — 362 —\n\ndoutait guère, il faut l'avouer; mais M. Frédérix se trompe en affirmant\nque le sujet de son volume en Espagne pourrait paraître mince. C'est le\nvolume qui le serait !\n     Mince ou non, il suffit que ce volume soit possible pour que nul ne\npuisse songer à traiter le même sujet. Où passait le cheval d'Attila ne\npoussait plus d'herbe. La monture de M Frédérix possède une vertu plus\nterrible : nulle herbe n'est autorisée à croître sur la route où aurait pu\nparader cette mule de guerre. Or, M. Francis Nautet est une plante des plus\nmal apprises : elle se permet de pousser !\n     Malgré cette proclamation des droits du vieil homme, M. Gustave\nFrédérix semble désolé de devoir reconnaître l'existence de la Jeune\nBelgique. Aussi l'explique-t-il à sa manière, qui est fort plaisante.\n     Il paraît que, si la Belgique a des prosateurs et des poètes, c'est à cause\n de « l'énorme développement de la presse à bon marché », qui apporte aux\n jeunes écrivains « des moyens de vivre copieux ». Il n'en était pas de même\n il y a vingt-cinq ans. Les téméraires qui voulaient faire de la littérature\n étaient « mal lotis, avec les deux ou trois journaux procurant quelque\n notoriété et quelque sécurité ». Il fallait avoir alors « la passion des lettres\n chevillée dans le corps ».\n     La Belgique, depuis longtemps, se demandait pourquoi M. Gustave\n  Frédérix, le plus grand de ses écrivains virtuels, n'a jamais rien écrit.\n  Aujourd'hui, elle le sait : M. Frédérix n'était pas assez payé. Il est venu\n  trop tôt dans un monde trop jeune. Feu son père a été trop hâtif. Si M. Fré­\n  dérix avait trente ans de moins, c'est lui qui serait Maeterlinck!\n      Puisqu'il en est ainsi, la Jeune Belgique manquerait à tous ses devoirs\n  si elle ne suppliait M. Bérardi d'accorder à M. Frédérix une copieuse aug­\n  mentation de traitement. Il faut absolument que M. Frédérix puisse écrire\n  des livres!\n      Une revue littéraire de M. Frédérix ne serait pas complète si elle ne\n   contenait une méchanceté à l'adresse de Max Waller. Il paraît que ce\n   « fantaisiste si grêle », ce « pauvre tourneur d'irrévérences », ce « malheu­\n   reux garçon » qui n'a jamais \" écrit une seule page qui puisse compter \",\n   empêche cependant M. Frédérix de dormir. Le mort saisit le vif; mais le\n   mort est encore vivant dans son œuvre, et le vif n'a jamais vécu. L'hommage\n   à rebours que ce Bellac délaissé rend périodiquement au fondateur de la Jeune\n   Belgique est loin de nous affliger : la chère mémoire de Waller nous en\n   est plus chère. On ne s'acharne pas ainsi sur des morts dont rien ne survit.\n       Telles sont les réflexions désintéressées que le livre de M. Nautet arrache\n    à M. Gustave Frédérix. La Jeune Belgique, on le voit, ne lui a jamais\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "                                 — 363 —\n\nporté bonheur. C'est en la dénigrant que M. Frédérix a révélé au public\nles mesquineries et les petitesses de son esprit. Quand il joue son rôle\nmodeste d'appariteur de certaines gloires étrangères, ce Parisien de Pontoise\npasse inaperçu. Mais lorsqu'il dénigre les écrivains de son pays, son pro­\nvincialisme s'étale, colérique, plaintif, comique et touchant. C'est avec la\nplus vaniteuse des plumes de paon que ce geai déplumé écrit des choses\ndésarmantes.\n   Rivarol a dit d'un Frédérix oublié : « C'est très bien de n'avoir rien fait ;\nmais il ne faut pas en abuser. »\n                                                       ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 363, "page_fin": 366, "titre_corps": "Le Frisson du sphinx (fragment)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Delville", "ancre_debut": "LE FRISSON DU SPHINX", "ancre_fin": "JEAN DELVILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VIEUX CŒUR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 406, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 698, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "LE FRISSON DU SPHINX\n                                (Fragment.)\n\n      Au pays des Huros, Rhamsès et Sésostris,\n      mais au temps des Latins et quand la rouge Rome\n      dressait de bronze et d'or ses empereurs flétris,\n      c'est l'heure où l'infini pénètre au cœur de l'homme.\n\n      Pareille à l'orbe élu des grands nimbes sacrés\n      dont la tête des saints futurs doit être ceinte,\n      la lune en fleur sourit ses rêves éthérés\n      dans l'encens sidéral frôlant la terre sainte.\n\n      Au loin des sables bleus du biblique désert,\n      couché dans son secret et sa béatitude,\n      le monstre égyptien, de son œil entr'ouvert,\n     fixe l'éternité parmi la solitude.\n\n      Nul souffle dans la nuit. Mais, parfois, obstiné,\n      le hurlement lointain d'un vieux fauve qui rôde\n      et renifle à longs traits, vers l'horizon tourné,\n      les tragiques relents du grand crime d'Hérode.\n\n      Et le Sphinx, pur orgueil du monde oriental,\n      cependant que là-bas, dans la ville barbare,\n      l'on cherche encor l'Enfant prophétique et fatal,\n      a vu le nouveau Dieu rayonner comme un phare.\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "                        — 364 —\n\nMuet selon la loi des temples primitifs,\nil avait attendu jusqu'à ce que lui vienne\nen l'éternel regard de ses yeux   attentifs\nla vivante lueur de la splendeur chrétienne.\n\nIl savait, eût-on dit, que l'Être allait venir,\ncar l'énigme toujours reflète la lumière :\nles fuyards surhumains chargés de l'Avenir,\nenfin sont endormis contre son sein de pierre.\n\nAlors, sentant frémir son fabuleux   poitrail\nsous le sommeil divin dont palpite le monde,\nil comprit mieux encor le cher Epouvantait,\nque les dieux redoutaient d'une stupeur immonde.\n\nIl contempla longtemps, sous l'azur de la nuit,\nl'Ane altéré, le Père et la mystique Mère\nqui, sous l'éclat du glaive implacable ayant fui,\nsauvaient le Roi des rois, du ciel et de la terre.\n\nDepuis plusieurs mille ans qu'il n'a jamais parlé,\nle colosse muet sent à sa froide bouche\nl'angélique frisson d'un soudain verbe ailé\net l'esprit des voyants remplir son front  farouche.\n\nSouffle ardent du passé, charme de l'inconnu,\nsa voix est un écho des oracles d'Egvpte;\nson cri d'amour humain est un aveu connu\npar les vieux mages morts souriant dans leur crypte.\n\nEt le désert où dort l'âme des pharaons\nécoute immensément le saint murmure immense\ns'éperdre comme un vol vers les savants rayons\nqui nimbent la beauté de Jésus en silence :\n\n « O pur prédestiné des plus divins décrets,\n au nom de la raison et des forces magiques,\nje te contemple seul du haut de mes secrets,\n moi, qui suis le savoir et la sagesse antiques.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "                        -   365 —\n\nToi, dont le cœur est grand comme tout l'univers,\nô cher petit enfant de la douleur humaine,\ndors en paix, les yeux clos par des ailes couverts ;\ndes jours luiront pour toi pleins de sang et de haine.\n\nEt fluant dans la chair faite   d'humanité,\nmais semblable au ciel fait de lumière éternelle,\ndu sein qui t'alimente au flanc qui t'a porté\ncoulent les sources d'or de l'âme universelle.\n\nJe savais ta venue ainsi que Vont prédit\nles prophètes sacrés qui parlaient dans l'aurore;\net l'écho de leurs voix au temple a resplendi,\ntel un terrible éclair au fond d'un ciel sonore.\n\nJe savais ta Naissance. En un vaste hosanna,\nles anges me l'on dit la nuit d'Epiphanie,\nquand l'astre éblouissant d'extase illumina\nles Mages de Pahnyre en signe de ta Vie.\n\nSphinx vivant et prévu d'un mystère nouveau,\ntu viens pour éblouir les ténèbres païennes\naux rayons douloureux issus de ton cerveau,\nsaignant flambeau d'amour, éclaireur de géhennes.\n\nEnorme vision d'un rêve illimité,\nle monde colossal qui dort en ma mémoire\nn'est qu'un vain germe auprès de ta divinité :\nton règne est un soleil jailli sur la nuit noire.\n\nC'est comme une splendeur, comme un écroulement\nle Globe, entre tes doigts, s'éteint et se rallume;\nles Césars monstrueux, pleins d'épouvantement,\nvoyent leurs aigles de feu s'évader en la brume.\n\nLoin des buveurs de sang des grands charniers romains,\nloin des palais bâtis dans la chair et le crime,\nles peuples éperdus tendront vers toi leurs mains\noù le fer a laissé les traces de l'abîme.\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1179, "texte": "                                  — 366 —\n\n      Et je te vois marcher d'un pas surnaturel,\n      plus pur que la clarté, plus puissant que l'idée,\n      ensemençant là-bas, de ton verbe éternel,\n       les chemins éblouis qui mènent en Judée.\n\n       Avec l'enchantement des mots miraculeux,\n       au bord des fleuves clairs et sous les noirs portiques,\n       ta voix éveillera dans les cœurs nébuleux\n       tout l'ineffable essaim des bontés extatiques.\n\n       Puis, un soir d'agonie, à l'heure du destin,\n       après avoir semé ta pensée et ton âme\n       sur le vieux sol du mal qu'ensanglante l'instinct,\n       ton corps sera vendu dans un baiser infâme.\n\n       Et tout cela doit être et tout cela sera.\n       Roi de l'épine rouge et roi de la folie,\n       au festin du martyr la mort te versera\n       le calice d'effroi vidé jusqu'à la lie.\n\n       En un grand brisement d'idoles et de fers,\n       tes lumineuses mains saigneront des semailles;\n       et les hommes de proie immoleront tes chairs,\n       car le Sang pur du Christ doit brûler leurs entrailles. »\n                                                         JEAN DELVILLE\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 366, "page_fin": 372, "titre_corps": "Vieux Cœur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Delattre", "ancre_debut": "VIEUX CŒUR", "ancre_fin": "Louis DELATTRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 409, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 1179, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "VIEUX CŒUR\n                                        I\n                                                                    A   MAPAL\n\n\n              Dans un village, sur l'orée de la forêt de. Soignes, je connais un\n               de ces vieillards picrates qui, pied à pied, disputent la joie a\n               la mort, reprennent la vie à la gorge chaque matin, et, ma\n               foi ! la maîtrisent.\n  Ce peke est un petit homme maigret et chauve; ses yeux pleins de feu\nbaignent dans ce liquide des larmes qui rend si beaux les yeux des enfants;\nsa bouche narquoise, audacieusement entr'ouverte, braque le rire comme\ndes pistolets prêts à déflagrer dans les ténèbres.\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "                                  — 367 —\n\n   Avec mon bon tabac de pipe j'en eus vite fait mon ami :\n   — Toujours gai? lui disais-je, un jour, en manière de salut. Toujours\ngai et... prêt à recommencer?\n   — Mais oui, gamin, me répondit-il, je recommence! Je vous assure que\nje redeviens plus jeune un peu tous les jours. Et tenez, j'y pensais tantôt,\npuisque je refais mon bail, il me semble qu'on devrait bien me laisser for­\nmuler quelques réclamations\n   — Attention, criai-je, Peke va se plaindre des locataires au proprio\nl'Eternel!\n   — Oui, oui! C'est qu'il faudrait à la fin, jeunes hommes, qu'on retire\ndans des hospices (« Au repos des voyageurs ») et qu'on les nourrisse de\nbouillie, tous ces désillusionnés qui encombrent la vie et vous apprennent,\net auraient voulu m'apprendre le doute! Ils mentent! Ils se vantent! Ils\nn'ont rien perdu parce qu'ils n'auraient su rien perdre : ils sont nés\npauvres! Les vrais hommes, eux, ils sont les tambours de la destinée : ils\nn'en résonnent que plus clairement et n'en chantent que plus haut pour\navoir été plus ébranlés. Ah geignants, la couleur terne de vos habits\nrévèle le coton de la trame! Les brins de soie y collaient mal, et tous en\nsont tombés. Voyez les cuirs de Cordoue ! Avec les ans ils boivent le soleil ;\nla vieillesse et l'usage leur donnent des tons chauds et voluptueux comme\nles ciels couchants d'automne ou les vins de Bourgogne.\n   — Hourra ! criai-je encore. Un ban pour cette motion de respect à la\njeunesse ! Une, deux, trois ! Oui, peke! Qu'ils se couchent, les fatigués, se\ntaisent et nous laissent le chemin ; nous allons voir nous-mêmes !\n    Ce cher ancien aimait à causer d'amour. Il était très cru dans ses propos.\n Pourtant ses contes de curés et de servantes ne me lassaient pas, car j'étais\n toujours égayé de nouveau par le pétillement de ses yeux. Ainsi il me fit\navaler des morceaux dont un juge de paix aurait suffoqué. Je m'y prêtais\n d'ailleurs, quitte à l'appeler paillard, ce dont il riait très fort ; j'étais alors\n débarrassé de ma conscience et nous continuions.\n    Puis, quelles drogues l'étiquette « Causer d'amour » ne m'eût-elle pas\n fait avaler? Et, pensez donc, causer d'amour avec quelqu'un qui a peut-être\n vu l'oreille ou le bout de la queue de cette bête chimérique! Amour!\n Comme je tordais ma moustachette! Avec quel sérieux je me disais :\n « Retiens bien ceci ! Tiens note de cela encore ! Ce sont des renseignements,\n entends-tu bien, des renseignements pour notre voyage! »\n    Cela ne rappelle-t-il pas l'écolier, au banc du fond, à l'étude du soir? Il\n rêve, de longues heures, plongé darrs la contemplation des vieilles cartes\n d'un poudreux atlas de géographie. Il n'est plus entre ses camarades endor-\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "                                  — 368 —\n\nmis, mais dans ces pays aux contours vaguement pointillés que le naif\ngéographe a dénommés : « Marais couverts de ténèbres » ou M Sables arides\npleins de bêtes féroces ». Le doux enfant traverse ces abîmes. Plus tard, sa\nplus lointaine exploration, probablement, sera un voyage circulaire aux\nbords du Rhin; mais pour le moment, sous la chanson du bec de gaz, il est\nplus délicieusement aventureux que le docteur Nansen en route pour les\nterres glacées de Wyssolkji !\n   Et bien? Et après? — Mais que c'est justement pour cela qu'il faut\nparler de cette chose qu'on ne verra jamais, puisqu'il n'y en a de vrai que\nce qu'on en dit ! D'accord. Et ne restons pas en arrière ; et tâchons d'être\ntouchants de naïveté.\n   Pour moi, si j'étais chef de clinique, j'aurais un musée d'anatomie proche\nmon cabinet à livres. On y verrait étiqueté « un cœur qui n'a pas aimé J :\nune flasque et jaune pochette graisseuse, pouah ! un viscère ! A côté, « le cœur\nqui a aimé » : il est rouge, musculeux et sa membrane resplendit encore\nde toute la vie qu'il a poussée. — Qui ne voudrait avoir un cœur si beau?\n    Ce seraient là les topiques « naturels ». J'en ai réuni aussi de « philoso­\nphiques et divers ».\n    Diotime de Mantinée appelle l'amour « un grand Daimôn », ce dont\n Socrate est enthousiasmé, et elle le définit \" la production dans la beauté \".\n S'ensuivent les supplications du pieux moine de l'Interiore Collocucion :\n « Faictes-moy, Sire, attacher à vous par les doux d'amour — et sentir et\n accomplir en moy la chançon d'amours. » Spinoza dit : « Amor est titil­\n latio... » et Schopenhauer s'excuse de n'oser exprimer aussi aristophanes-\n quement qu'il le voudrait que tout cela, au fond, c'est : « A chacun sa\n chacune. »\n    Voilà un assez solide canevas à broderies sentimentales pour jeunes\n gens des deux sexes, avides d'idéal.\n    Pourtant, n'est-ce pas, c'est bien maigre ces voyages à postes fixes?\n    C'est que l'expression de ce sujet que vous donneront les livres, si nette\n ou si voluptueuse qu'elle soit, ne vous communiquera jamais l'odeur de la\n vie, la caresse de la vie, comme le trouble de la voix qui conte, l'éclair de\n l'œil qui s'anime, tout l'être qui se souvient et parle.\n    Allez donc écouter les vieux hommes verdelets.\n\n                                       ***\n   Un jour je trouvai à mon ancien de village les yeux légèrement battus.\n   — Vous vous amusez trop, lui dis-je.\n   — Trop ? Ah ! gamin !\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "                                — 369 —\n\n   Notez qu'il ne prenait jamais le ton agaçant du Job des Burgraves se\nredressant : « Jeune homme, taisez-vous ! »\n   — Ah! gamins, continua-t-il, c'est que vous ne savez plus rire. Hier,\nj'ai assisté aux noces de Nicolas Maes. Il a soixante-treize ans et il épousait\nunefilleà Krolle, qui en a vingt-huit. Toute la noce, la mariée exceptée,\navait des cheveux blancs ou n'en avait plus. Mais pour du plaisir nous n'en\neûmes jamais tant ! Nous avons vidé des bouteilles et chanté des vieilles\nchansons presque toute la nuit. A une heure du matin, les mariés ont pris\nl'express de Bâle; la nouvelle madame nous a tous embrassés; Nicolas Maes\nl'a prise dans ses bras et portée dans la voiture. Ma parole, il l'enlevait!\nHein! les gamins, qu'en dites-vous?\n   Il avait l'oreille rouge, la bouche humide et, aux pommettes, deux\nplaques roses. Il continua :\n   — Ensuite, comme le jour venait, nous sommes rentrés au village. Il\navait fallu garrotter peke Marike qui poursuivait la servante de Maes dans\nle corridor. Du sommet de la côte, nous vîmes le soleil se lever. Nous nous\nassîmes sur le talus de la route et chacun chanta son couplet.\n   — Ah les vieux paillards ! m'écriai-je. Puis j'ajoutai d'un ton senten­\ncieux, car il fallait bien qu'un de nous fût hypocrite, et aussi pour donner\nun nouveau ragoût au récit du vieil homme :\n   — « Les deux anciens brûlèrent pour elle, perdant le sens et détournant\n« les yeux pour ne point voir les cieux... »\n   A quoi l'incorrigible barbon, qui n'avait pas oublié Suzanne, eut\nl'audace d'ajouter, achevant ma citation :\n   — « ... Et ils épiaient l'heure propice. »\n    Cela fut si comique, qu'une jeune femme de notre compagnie rît aussi\n haut que nous. Après, elle dit :\n   — « Le bonheur à Nicolas Maes et à Mme Maes! Et j'ose dire qu'ils ont\nles bonnes cartes dans leur jeu. Oui, oui! Ne me regardez pas avec des\nyeux si ronds ! Ce que je vous dis n'a rien que de simple et vrai. Cet amou­\n reux de soixante-treize ans m'attendrit, mais ne m'étonne pas. » Elle mit sa\njoue dans sa main, s'accouda et continua : « Est-ce que les hommes,\nd'ailleurs, savent pour quoi nous les aimons! Vous deux, êtes-vous sûrs\nd'énoncer tout de suite ce qui fit qu'on vous aima ou... ce qui fait qu'on vous\n aime? Aussi trouvons-nous si ridicule un homme fat. Des vieillards sont\n dignes d'amour. La beauté? Il y a des vieillards beaux comme les statues\n musclées des tombeaux de Michel-Ange, ou les allégories antiques des\n fleuves calmes accoudés sur les conques ruisselantes. La science d'aimer?\n La vie la leur donne plus complète. Et comme ils doivent trouver précieux\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "                                   — 370 —\n\nl'amour des jeunes filles, auquel vous dites qu'ils n'ont plus droit ! Près de\nl'expression reconnaissante de leurs yeux gris, combien semble grossière la\nfougue... égoïste du jeune homme !\n   Peke jubilait.\n   — Tout peut être, répondis-je. Ce que vous affirmez là, va, en tout cas,\nsingulièrement ragaillardir notre peke, n'est-ce pas, peke? Et tenez-vous,\nbien, car vous êtes responsable de tout ce qui va arriver!... De plus, j'ai\nconnaissance des circonstances où se fit une de ces ultimes offrandes, reli­\ngieuses et passionnées, d'un vieillard à un jeune cœur. Je me souviens\nqu'elle présentait quelque intérêt. En voici le conte :\n\n                                        II\n    Colson mort, quand fut vendue la ferme de Leernes dont le pignon se\nreflète avec une si étrange douceur dans l'eau verte d'une mare ronde\nbordée de saules, la maisonnée se dispersa.\n    Flip Clarent avait vécu là quarante ans avec son maître. Colson chassait\nà l'automne, attrapait des grives au passage avec des sorbes, vendait ses\nrécoltes aux marchés de Charleroy et mangeait les poulets gras de sa basse-\ncour avec un saint-julien sans pareil. Clarent menait les « varlets » sur les\nterres, les « chinels » aux étables; c'était lui le fermier. Et c'était, à vrai\ndire, sa ferme qu'il quittait à présent.\n    Aussi, quand il tira la porte sur cette grande chose vide, en faisant\ncraquer les ais qui rechignaient, cet hercule sentit un fameux coup dans\nl'estomac. Il toussota et alluma sa pipe.\n    Une petite fille maigrelette, à la peau brune, aux cheveux très noirs et\ndont les yeux tenaient tout le visage, était assise sur une borne du seuil, à\nregarder les arbres du bord renversés dans le miroir de l'eau. A terre était\nson paquet de hardes serré dans un mouchoir de gingas bleu et blanc;\ndans ses mains un haut parapluie de baleines. Le fermier la prit dans ses\nbras pour l'asseoir dans la charrette attelée qui attendait ; puis il y monta\nlui-même, lâcha les rênes et dit, se tournant vers l'enfant :\n    — Et nous voilà partis pour Péchant, Frémiée, petite Frémiée!\n    Le chariot roulait. Le vieux fermier avait mis sa main gauche sur\n l'épaule de l'enfant que les cahots secouaient. Dans son visage basané, cuit\n et recuit par le soleil et la bise; sous leurs longs cils gris embroussaillés et\n leurs paupières ridées, ses yeux avaient l'expression vague et douce d'yeux\n d'enfants. Sous le creux de sa main poilue, la brune maigriotte était comme\n un oiselet, et bien sage. Elle était bien heureuse aussi, parce que la charrette\n sautait et que le soleil luisait joliment sur la route blanche. C'est très gaî­\n ment qu'elle répondit :\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "                                 -   371    -\n\n    - Oui, pa Clarent, nous partons !\n   Cette fillette, arrivée à la ferme, il y a trois ans, y avait fait l'étonnement\nde tout le monde qui la prenait pour une bohémienne. C'était une enfant\ntrouvée qu'un orphelinat avait élevée. Elle s'appelait du nom étrange et\ndoux de Frémiée. La grosse Sylvie, qui la ramena de son village, avait été\nséduite par son minois éveillé. Elle avait dit à Frémiée :\n   — Veux-tu venir avec moi dans une ferme? Tu courras, au matin, sous\nles pommiers ramasser les fruits tombés pendant la nuit. Tu plumeras\nles poulets et nous sécherons le duvet pour les oreillers. Tu auras un joli\ncouteau pour pelurer les pommes de terre avec moi, dans la petite cour.\nAu printemps, tu cueilleras les groseilles; il y en a de rouges, de blanches,\nde noires, et de grosses vertes aussi, dont je fais beaucoup de sortes de con­\nfitures ; mais ces groseilliers sont trapus et me fatiguent trop. Je t'apprendrai\nencore mille autres choses du ménage, et tu deviendras une femme. Notre\nbon maître, M. Colson, me laisse tout faire. Tu verras comme notre\nferme est gaie. Et comme ma cave à la crème est fraîche et propre! J'y ai\nfait placer de belles « tailloirs » en grès bleu, qui sont nettoyées en un tour­\nnemain. Nous irons, à deux, vendre le beurre au marché de Fontaine, les\nmercredis, dans une charrette à bâche blanche, avec la jument griselée qui\nest douce à la main et connaît ma voix. Je deviens vieille, petite fille, tu\nm'aideras et je t'aimerai bien car je vois que tu es aimable, et je t'aime déjà.\n    Dans la ferme, les premiers jours, Frémiée fut comme un jeune chat qui\ndescend du grenier natal. Elle tremblait en frottant l'allumette pour la pipe\nde M. Colson qui, dès lors, ne bougeait plus guère du coin du feu où le\nclouait sa paralysie. Quelques fois elle ouvrait la porte d'une de ces\ngrandes chambres inconnues et y poussait la tête. Quand elle s'aventura\n sur le tas de fumier doré qui emplit la cour, un vieux coq, en chantant\ntout à coup très fort, la mit en fuite. D'ailleurs, elle fut très vite faite à sa\n nouvelle habitation.\n    Elle couchait, près de la gouvernante, dans une chambrette, proche le\n'ruitier et le grenier aux semences, qui fleurait les pommes et le blé. Les\n souris, pendant la nuit, trottaient sur le plancher, mais Frémiée ne les\n craignait pas parce qu'elles sont jolies. De sa fenêtre on voyait le verger,\n et, par delà la haie, le clocher de Leernes flanqué du clocheton qui penche\n et ne tombe pas ; plus loin, Fontaine est dans la vallée, dont seulement\n quelques maisons sortent; tout là-bas, le bois de la Charbonnière gravit la\n colline.\n    Un cadre, pendu au mur de la chambrette, montrait un carré de canevas\n où étaient brodés en laines multicolores des alphabets de plusieurs carac-\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "                                   — 372 —\n\ntères, la suite des dix premiers chiffres, une belle sentence en lettres\ngothiques : « Que sert à l'homme de conquérir le monde, etc. », et enfin\nla signature en points de marque : « Fait par Frémiée, à l'orphelinat de la\nSainte-Union, âgée de neuf ans. 1881. » L'ouvrage avait été rude ; des taches\nde sueur montraient comme on y avait peiné. Mais, aussi, c'était très beau.\n    Frémiée resta mignonne; ses mouvements avaient une grâce délicate qui\némerveillait les rustiques manouvriers. Quant elle fut apprivoisée, elle fut\ncâline et parfaitement gentille.\n     Elle bourrait la pipe de longueur de M. Colson en y tassant le tabac à\n point. Une fois qu'elle voulut l'allumer à la chaufferette de cuivre, elle avala\n la fumée et toussa avec une mine de chat échaudé qui fit rire la maisonnée\n entière.\n     Elle ne manquait jamais d'obéir à M me Sylvie, car « c'était pour son\n bien ». Au matin, elle lui portait un « dé » de café au lait, du frais passé\n tout parfumé, que la bonne femme buvait au lit avec satisfaction.\n     Elle laçait, sans passer un œillet, les guêtres du vieux Clarent partant\n aux labours ou aux semailles. Et le dimanche, quand le censier ôtait sa\n pipe de ses dents pour embrasser petite Frémiée parée et partant à la\n messe, il tremblait. Il tirait, après, un gros sou de sa bourse de toile pour\n qu'elle pût acheter des caramels. — Sur le coup de onze heures, d'entre les\n varlets assis au seuil de l'écurie, quand il voyait paraître l'enfant sur la\n  bosse du chemin, il disait :\n     « Voilà la petite Frémiée qui arrive! » Et tout son corps riait.\n     ... A présent la belle ferme était vendue et la bonne Sylvie repartie â\n  son pays. Frémiée était restée avec son pa Clarent; ils étaient ensemble sur\n le chemin de Péchant où s'en retournait le censier.\n     Sa vie, bast ! elle était finie ; le vieux laboureur avait fait son temps. La\n terre veut de jeunes bras, forts et tenaces. Lui, il chausserait ses sabots et\n  s'assiérait sur le seuil de l'antique maison paternelle, abandonnée si long­\n  temps. Dans les pierres moussues, il regarderait grandir son enfant,\n  Frémiée, et attendrait ainsi d'aller retrouver Colson.\n     La mort? La mort? Non, il n'y pensait plus. Un oiseau tremblait sous\n  sa paume, et une joie soudaine, qu'il n'avait jamais encore sentie, réchauffait\n  son cœur. Et il passait, le censier aux yeux bleus, entre les haies de cou­\n  driers en faisant claquer son fouet.\n     En route! Le jeune cœur candide et avide sur le vieux cœur tanné, à\n  Péchant !\n                                                        L o u i s DELATTRE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 373, "page_fin": 375, "titre_corps": "Poèmes en prose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "POÈMES EN PROSE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ÉGLISE DE LORDSHIP LANE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "POÈMES EN PROSE\n                           LA SÉPARATION\n\n              Tu dors ? Dans quel autre monde tes yeux se sont-ils ouverts ?\n                  « Tes mains, que je serre dans les miennes, assurent à mon\n               sang que je te possède encore. Mais mon âme en doute. »\n                  La brise qui frissonne dans le rideau me trouble. Ces papiers\nqui frémissent sous la lampe, comme les ailes d'un papillon qui se prépare\nà voler, me glacent de peur. Que je suis seul au milieu du silence attentif\net cruel, qui m'épie du fond de la chambre.\n   Les vases de la cheminée s'allument d'inquiétantes et douces flammes.\n   « Chers vases, pourquoi la nuit vous donne-t-elle des yeux ? Pourquoi\nvous animez-vous, à l'heure où la lune voyageuse glisse derrière les nuages\nmontagneux, de cette vie énigmatique, irisée et fuyante comme le cha­\ntoîment de la nacre? Est-ce une âme abondonnée, vaguant à travers les\nmondes, qui vient vous confier ses désespoirs — une âme autrefois amie,\nqui me regarde maintenant de ses yeux inconsolables et lointains? »\n   La glace s'allume aussi de flammes bleuâtres, qui m'observent fixement.\nLes chaises me regardent et les murs. Des yeux, des yeux plongent en\nmon âme, qui veulent tout connaître, sans rien me dire.\n   Mais ses mains ne fondent-elles pas dans les miennes! Oui, je le sens,\nelles ont maigri, et maintenant elles glissent entre mes doigts !\n   Et des frôlements de tendresse passent dans l'air près de mes tempes.\n   Animé par la brise, le rideau se soulève, tombe, se gonfle, retombe. La\ncadence régulière de ces mouvements ferait croire qu'il respire.\n   Et ces papiers, qui frémissent sous la lampe, vont s'envoler.\n   « Eveille-toi ! J'ai peur de tous ces yeux qui m'interrogent, de ces caresses\nqui frissonnent dans l'air, de ces papiers qui palpitent, de ce rideau qui\nvit!Ame chère, es-tu toujours bien à moi... bien à toi? Ouvre tes yeux,\nparle. Ah ! si tu te voyais étendue, dans ta robe blanche, près de cette croisée\ngivrée des regards de la voyageuse, toi-même aurais peur! Pourquoi aussi\navoir mis cette robe? Pourquoi t'être endormie, à cette heure où l'autre vie\n plonge en nous ses glissements d'ailes et ses éblouissements ?\n   « Ah ! m'aurait-on volé ton âme ? »\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "                                   — 374 —\n\n\n\n                                  LA MORT\n\n   « Nous ne devons rien dire. »\n   « Laissons aux hommes le droit de juger. »\n   « Notre âme aurait dû s'envoler avec la sienne, dit une autre voix. Pour­\nquoi ne pouvons-nous disparaître tout avec lui? »\n   Un vent glacial, soufflant par la croisée entr'ouverte, fit taire les choses.\nLe store frissonna comme si quelqu'un glissait derrière le tissus.\n   « Est-ce lui qui nous revient? »\n   La lampe étendait sur la table chargée de papiers un cercle de lumières\naffaiblies.\n   Par l'échancrure des rideaux masquant le lit dans un coin de la chambre,\nun bras pendait, froid et blanc.\n   Les choses veillaient pieusement dans la nuit. Prises de peur, elles chu­\nchotaient par moments, mais très doucement, de la voix dont parlent les\nmères près du berceau de l'enfant qui vient de s'endormir.\n   La mort emplissait la petite chambre.\n   Au dehors, la lune et les étoiles dardaient leurs fluides argentés sur les\nvitres de la croisée. Le ciel regardait.\n   Le tic-tac de l'horloge résonnait au milieu du silence comme une prière\nrécitée dans une vaste et froide église. Une chaise, faisant songer à un per­\nsonnage agenouillé, gardait le chevet du lit.\n   La lumière de la lampe faiblit, sa flamme devenue rouge clignota\nlongtemps. Puis, quand cet œil de sang, qui ne voulait pas se clore,\ns'éteignit enfin, le ciel rayonna dans toute la chambre.\n   L'horloge priait toujours.\n   Mais les clartés argentées de la nuit s'évanouirent aussi; un vent glacial,\ns'élevant de nouveau, fit grelotter les vitres.\n   « Ah ! le vent nous annonce la levée du jour ! »\n   « Déjà le jour ! »\n   « Au moins, dans la nuit, nous le conservions encore à nous seules. »\n   « Et les hommes viendront. Et il nous semblera alors qu'il meurt une\nseconde fois. »\n   « Nous les entendrons juger sa vie. Et ils sont absolus et cruels dans\nleur jugement. Ils voudront tout connaître et tout révéler. »\n   « Mais nous ne dirons rien. »\n    a Et même, les moins mauvais parmi les hommes, profanent la religion\n du souvenir! »\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "                                 -   375    -\n\n « Oui. Et il n'y a que nous qui l'aimons et nous souviendrons tendre­\nment de lui ! »\n « Ah! voilà le jour. Taisons-nous. »\n                                                      H E C T O R CHAINAYE\n\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 375, "page_fin": 379, "titre_corps": "L’Église de Lordship Lane", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Olivier-G. 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Des haies bien taillées, des\nhaies fleuries et parfumées bordent les routes et de grands arbres, pleins\nd'ombre, élèvent par places leur sombre masse arrondie vers le ciel et sem­\nblent protéger et garder tout l'espace qu'ils recouvrent de leurs branches.\nVaporeusement bleues, des prairies s'étendent à perte de vue, confondues\nlà-bas avec les vapeurs d'argent qui montent de la terre; et par les prairies,\nisolés, de grands chênes séculaires, comme des rois puissants régnent incon­\ntestés sur la contrée et rêvent paisibles dans la majesté de leur robuste et\nsereine vieillesse. Le silence est profond et sa divine harmonie s'augmente\nencore des mille bruits légers de la nature endormie; des brises en trem­\nblant passent au travers des haies parfumées, et dans les hautes tiges des\nchênes font murmurer les feuilles doucement agitées ; parfois on entend le\nbruit des herbes affaisées qui se relèvent, dans les feuillages touffus et som­\nbres, le battement des ailes, les cris légers, effarouchés d'un oiseau troublé\npar un rêve, le murmure lointain, continu d'un ruisselet qui s'écoule et\nplus lointain encore le chant régulier, incessant des cigales amoureuses.\n    De l'immensité bleue de ses manteaux recouvrant la terre endormie, le\nciel resplendit criblé de glorieuses et radieuses lumières, La voûte nocturne\nest faite d'un profond velours transpercé de rayons, brillant sous les\n feux calmes de la lune luisante ; et des myriades d'étoiles la constellent,\nflammes d'or, feux sacrés, saphirs embrasés, émeraudes lucides, divines\nescarboucles, joyaux changeants, purs diamants, où tremblent, meurent et\n plus vives renaissent de vertigineuses lumières. Du zénith au nadir, divisant\n les champs calmes de l'azur infini, le fleuve blanc, silencieux de la voie lactée\n entoure les mondes visibles de son amoureuse ceinture; des îles bleues, voi-\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "                                     — 376 —\n\n  lées d'ombres, s'aperçoivent au milieu de ses flots laiteux, et sur tout son cours\n  les étoiles qui scintillent au fond de son lit neigeux s'avivent encore au sein\n  de ces blancheurs éthérées et resplendissent comme les gouttelettes lumi­\n neuses d'une eau fraîche ruisselant sur le duvet des cygnes. Par la main de\n Dieu semées, les fleurs splendides du firmament s'épanouissent, et comme\n des fleurs plus vives dispersées dans toute l'étendue du ciel, flamboie le des­\n sin régulier des constellations, lignes magiques, phares salutaires guidant les\n marins audacieux dans leurs courses incertaines. L'énorme voûte lumineuse\n fulgure embrasée de clartés et ces milliers de points de feu perdus dans les\n abîmes de l'azur semblent être reliés entre eux par des rayons invisibles et\n former des routes célestes, connues des seuls anges et des élus du ciel.\n    Amoureux du silence, des prairies et des arbres, amoureux de la calme\n nuit étoilée, pendant longtemps j'avais marché le cœur joyeux dans ce\n vaporeux et tranquille paysage, quand j'arrivai tout à coup devant la fami­\n liale et simple église du village de Lordship Lane. Au bord de la grand'-\n route assise en un préau d'herbes hautes, elle se dressait devant moi toute\n grise, et sur les soies bleues pavoisées du ciel nettement se profilait tandis\n que son clocher pointu svelte et sombre s'élançait hardi vers les blancheurs\nde la voie lactée rendues plus neigeuses encore par le contraste. Le préau\n s'entourait d'un mur bas qui le séparait de la route, et il était tout entier\n rempli d'une herbe haute, serrée, touffue qui se pressait et montait contre\n les flancs de pierre de l'église comme pour la défendre de tout contact.\n Frappées par les rayons de la lune, les portes de chêne poli brillaient d'une\n si douce lumière argentée, qu'on aurait pu croire qu'elles étaient au large\n ouvertes, et que pour un office nocturne l'extrémité des nefs s'éclairait à la\nlueur blanche des cierges. Et dans le grand toit d'ardoise, comme en un\nclair miroir réfléchies, les étoiles se miraient tremblantes, sanctifiant\nl'église, la rendant pareille aux radieuses demeures constellées du paradis.\n Brillant comme une spéciale protection divine par-dessus le temple, la plus\nbelle, la plus régulière des constellations du ciel, la croix du cygne étince-\n lait, céleste emblème du salut planant sur la contrée recueillie. Au sommet\ndu ciel, elle s'épanouissait au milieu des champs fleuris de la voie lactée, ettout\nautour d'elle brillaient des nuées d'étoiles plus petites et plus pâles, scintil­\nlantes, tremblantes lueurs semblables à des yeux séraphiques tournés pleins\nd'amour vers notre terre. Je ne me trompais pas ; des yeux, de tendres yeux\nbrillaient réellement en les lointaines étoiles, et des faces heureuses et\nsouriantes y apparaissaient peu à peu, doucement frôlées, encadrées dans\nle frémissement lumineux de grandes ailes blanches. Une heure sonna\nsoudain au clocher de l'église ; les graves et lentes vibrations de la cloche\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "                                  -   377 -\n\n planèrent, s'éloignèrent et moururent dans le silence, et lointaines, loin­\n taines de petites cloches répondirent qui semblaient venues des points les\n plus reculés du ciel; et si harmonieuses elles résonnaient, se mêlant, se\n soutenant les unes les autres, qu'elles semblaient un chœur de voix parfaites\n mariées, confondues dans les hauteurs de l'azur. Un grand mouvement\n parut alors se faire dans le ciel et les étoiles pâlirent encore aux champs\nfleuris de la voie lactée ; autour des soleils lointains qui brûlent aux côtés\nde la croix céleste, d'albes nuages semblèrent se former, se condenser, et de\nWéga et d'Altaïr, leurs ailes blanches déployées, deux vols d'anges s'élan­\ncèrent rayonnants et splendides au travers des espaces immobiles et purs\nde l'azur. Leur vol laissait dans l'air une traînée lumineuse pareille à celle\ndes flamboyants météores; et d'abord ils me parurent se détourner de\nl'église et voler vers d'autres contrées, mais ils changèrent bientôt leur\ncourse; s'étant rejoints, et décrivant de grands cercles toujours plus rappro­\nchés, ils planaient les ailes étendues au-dessus du sanctuaire et volaient\nvers lui, guidés par l'un d'entre eux dont la robe et les ailes étaient couleur\ndeflammeet qui volait le premier de tous, tenant une lyre d'or dans ses\nbras. Déjà je pouvais distinguer les uns des autres, et mes yeux ravis recon­\nnurent aux côtés du guide céleste, le bienheureux archange saint Michel\ndont on voyait l'armure d'argent briller en l'écartement de sa blanche\ntunique et qui en ses mains redoutées tenait levée, droite et nue, l'épée flam­\nboyante que Dieu lui avait confiée ; et sur le même rang que lui, les tempes\nceintes d'un rameau d'olivier, les yeux baissés et la face toute rayonnante\nde sainteté et de béatitude, l'ange qui fut choisi pour porter sur la terre les\ndivines paroles de l'Annonciation volait, lumière environnée de lumières,\nles bras repliés en croix sur la poitrine, serrant contre son cœur de chastes\nlys épanouis, calices d'amour, fleurs éblouissantes, pures et candides à\nl'image de son âme et de Celle qu'il avait jadis saluée. Derrière eux venait\nl'éclatante phalange des messagers du ciel, leurs ailes et leurs albes robes\nflottantes brillant d'un éclat plus doux que le clair de lune sur le plumage\ndes cygnes. Et tous ils atteignirent l'église, et repliant leurs ailes de neige\nmiraillées d'or, sur le toit d'ardoise ils se posèrent autour de celui qui les\navait guidés porteur de la lyre divine, et silencieux ils s'assirent, attentifs à\nla voix de leur frère aimé, l'ange Israfel. Il saisit la lyre d'or, le musicien\nbéni, l'ange Israfel, et de ses doigts légers, mélodieux, il en fit vibrer et\nrésonner toutes les cordes; jamais plus doux arpèges ne furent entendus\nsur la terre ; et de sa voix limpide et fraîche, jaillissant aussi vive et claire\nque l'eau des paradisiaques fontaines, il chanta la gloire et les louanges de\nDieu-et le bonheur des âmes qui habitent les vallées élyséennes; il chanta\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2945, "texte": "                                   -   378 —\n\nle charme du séjour paisible des vertus, la joie des prières inspirées par\nDieu, jaillies de la bouche des saints et des prophètes, chantées, répétées en\nchœur par la foule des âmes élues ; il chanta les bienfaits de la toute-puis­\nsante présence de Dieu, du plus pur amour transportant les âmes qui vivent\nen ses royaumes et se purifient sans cesse à sa vue, la félicité parfaite de\nl'unique désir exaucé, et la sereine beauté des contemplations éternelles.\n   Les 'plus légers bruits de la terre s'étaient tus ; tout faisait silence autour\ndu chanteur séraphique et les notes limpides de sa voix s'élançaient radieuses\nvers le ciel, vers le ciel élevant le cœur de tous ceux qui pouvaient l'en­\ntendre. Si belles étaient ses paroles, si harmonieux était son chant, que les\nimages de son poème se déroulaient imprévues, inespérées en resplendis­\nsantes visions et que par moments même il semblait queles cieux s'entr'ou-\nvrissent et qu'on aperçut dans les hauteurs vertigineuses de l'azur, les\nroyaumes éclatants du paradis et tout auréolé de rayons, de flamme et de\nlumière, le Seigneur tout-puissant, le Créateur trônant éternel au milieu\nde la gloire des saints et des saintes.\n   Ensuite il chanta les devoirs et la mission des anges, chargés d'intercéder\net de prier au ciel pour les péchés du monde, de veiller sur les actions des\nhommes et de les guider par les routes obscures et périlleuses de la vie;\nc'étaient eux qui, aux heures de défaillance, dans les moments de doute et\nd'incertitude,commeune lumière trouant lesténèbres de la nuit, apparaissaient\néclatants et splendides, brillants de foi, redressant les courages, du seul appui\nde leur présence réconfortant les cœurs troublés, attristés ou joyeux.selon\nla conduite de l'âme qui leur avait été confiée ; pendant tout le temps de sa\nvie terrestre ils se tenaient secourables auprès d'elle, lui montrant les routes\nà suivre dans le miroir fidèle de la conscience ; ils étaient les messagers de\n Dieu chargés de porter sa parole et sa loi aux quatre coins de l'énorme\nunivers ; et pour illuminer de sa présence ce pays tout entier, il était des­\ncendu cette nuit encore parmi ses frères, Gabriel, le plus candide et le plus\npur, le plus humble, le plus rempli d'amour divin de tous les anges. Il était\nl'élu bien-aimé entre tous les envoyés du Seigneur, et c'était lui qu'il avait\nchoisi pour saluer la Vierge en prières des divines paroles de l'Annonciation\net pour enflammer d'espérance et de foi le cœur confiant des Bergers et des\n Mages. Il était le vase précieux d'élection, le neigeux autel sur lequel fumait\nl'encens agréable à Dieu, il était le miroir de Dieu ne reflétant que sa seule\nlumière, et de l'amour de tous les anges, de toutes les créatures du ciel et\nde la terre il était investi, l'élu éternellement béni de Dieu, l'annonciateur,\n Gabriel.\n  Ainsi chantait l'ange Israfel, et les anges groupés autour de lui se\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "                                 — 370 —\n\n réjouirent de ce qu'il avait dit de leur frère bien-aimé; et tous ils contem­\n plaient ravis l'ange Gabriel, car une lumière divine l'enveloppait tout\nentier et le rendait plus resplendissant qu'une blanche étoile; et il ne\nvoyait, n'entendait rien des louanges qu'on chantait autour de lui, le pré­\nféré du Seigneur, mais emporté en une extase, il priait avec ferveur, les\nyeux levés vers la voûte constellée, les lèvres agitées par de confuses actions\nde grâce, s'interrompant seulement pour baiser avec ardeur les fleurs\nsaintes qu'il pressait contre son cœur, les lys éclatants et candides venus\naux jardins du paradis.\n   Cependant Israfel préludait par de nouveaux accords sur sa lyre, et\nd'une voix plus belle encore, enthousiasmé lui-même par les choses qu'il\navait célébrées, il chantait à présent les litanies de la Vierge. Et tous les\nanges émus les répétaient avec lui ; leurs voix, réglées par une parfaite\nharmonie, semblaient ne faire qu'une seule voix; qui s'envolait au loin\net planait, s'élevant graduellement sur la contrée recueillie; ils réson­\nnaient éclatants les titres d'adoration de la Vierge, et les paroles pleines\nd'imploration s'élevaient avec les voix toujours de plus en plus diminuées,\nvibrant longuement et mourant enfin sous la paix des lointaines étoiles ;\nles derniers vers étaient depuis longtemps chantés et déjà les anges\ndéployaient leurs ailes pour rejoindre leur céleste demeure, que je restais\nencore éperdu, transporté d'admiration et d'amour, écoutant toujours\nrésonner en moi-même les voix qui s'étaient tues, lorsque soudain, ébloui,\nje vis resplendir devant moi celui-là même qui avait charmé les fils de\nDieu, l'ange Israfel. Car ayant lu dans mon cœur l'ardent amour que je\nressentais pour ses frères et pour lui, il vola vers moi et m'embrassa, le\nmerveilleux chantre de Dieu, et avant de rejoindre ses frères qui l'atten­\ndaient, les ailes déjà déployées, il me dit ces paroles inoubliées : « C'est\naujourd'hui l'office des anges, ô cher poète, et nous célébrons ainsi chaque\nannée la descente sur la terre et l'heureux retour au ciel de notre frère\naimé l'ange Gabriel ; et si tu as bien compris la vision qui te fut envoyée,\nles heures de cette nuit n'auront été perdues ni pour toi ni pour nous ;\nmais à présent, tandis que ton cœur est encore plein d'espérance, écris ce\nque tu as vu, afin que tout ceci soit connu et certifié sur la terre et qu'un\npeu de fête fleurisse aussi l'âme des fidèles croyants. »\n   Et déjà ils avaient disparu dans un tourbillon d'ailes blanches, soyeuses\net parfumées ; et c'est pourquoi, suivant son ordre, je tentais de décrire leur\ncéleste venue, mais l'ange avait, hélas ! trop présumé de mes forces, et de\nma vision bien heureuse je ne pus donner qu'une idée confuse et imparfaite.\n                                                OLIVIER-G. DESTRÉE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 380, "page_fin": 384, "titre_corps": "Hélène (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "HÉLÈNE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 423, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "HÉLÈNE\n                                    (Suite.)\n\n               Seule, leur réalisation hausse nos pressentiments jusqu'au tragi­\n                que, projette, dans une lumière rétrospective, l'ombre impé­\n                rieuse de leur geste fatidique ; accentue d'un ton oraculaire\n                la dubitative expression posthume de fortuites, à ce qu'il sem­\nblait, et insignifiantes alarmes.\n   Delzire se réveillait, quelquefois, en sursaut, persuadé à la mine\nd'Hélène, la veille, subitement remémorée, ou par quelque symptôme\nmoins défini encore, — une catastrophe être advenue la nuit; — ou, am­\nbulant parmi les campagnes torrides, la sécheresse morne du site accablé\nl'induisant à d'irréfrénables présages, il rétrogradait, tout à coup, courait\nvers le château, opprimé d'une suffoquante appréhension indéterminée, dont\ntout et les antécédents identiques démontraient l'inanité, — mais à\nlaquelle il combinait de trop probants indices, qu'il fortifiait d'insidieuses\nplausibilités et capables de contre-balancer la tangible et flagrante\névidence...\n    Il s'enquerrait d'Hélène, alors, et l'insuccès momentané de sa recherche\nessoufflait sa douleur et son impatience jusqu'à de rageuses larmes éner­\nvées. Et aussitôt découverte, dans le coin tranquille où elle travaillait ou\nlisait, la brusque révulsion de son accueil avenant, joyeusement surpris, le\npétrifiait : la soudaine décomposition de son anxiété surtendue faussait les\nressorts de son être; l'innocente gaîté d'Hélène, qui ne semblait même\npoint entrevoir la raison de son désordre, lui déchirait le cerveau d'incisives\nrépercussions, faisait tinter en sa poitrine un carillon haletant de rancune\net de dépit. Calmé, il se suggérait d'équitables excuses, se convainquait de\nl'impossibilité, pour elle, de soupçonner d'aussi capricieuses et arbitraires\nfrayeurs ; mais sa quiétude restaurée gardait la cicatrice d'un doute démora­\nlisant — en réalité, songeait-il, la passion vraie implique l'aptitude à de\ntels délires et rend superstitieux, car rien d'elle ne peut devenir habituel,\njamais, et normal, pour un cœur épris. .\n\n   — Hélas ! vous êtes trop subtil, cher Delzire !\n   — Mon amie, que ne me reprochez-vous la tache originelle? Mes yeux\nouverts sur les spectacles quelconques, sont intéressés rarement, mais\noffensés presque toujours, au moment même qu'ils abdiquent leur incurio-\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "                                — 381 —\n\nsite... Le croyez-vous ? elle m'use cette affligeante hyperclairvoyance bien\nplus que je n'en use; elle n'obéit au gré de ma volonté, ni de mon désir, et\nje n'en puis circonscrire l'exercice, non pas même le gouverner... C'est,\nj'imagine, le don sardonique, à mon berceau, de la vieille fée hargneuse,\ndont, avec la légèreté ordinaire, on aura négligé de conjurer la prépondé­\nrante méchanceté... Je suis comme le pitoyable favori d'une plus fantasque,\ntous les jours, et oisive despote qui ingénie sa munificente protection à me\nfaire puissant et redoutable, dans l'unique vue d'enorgueillir sa jalouse\ntyrannie sur sa créature ; meurtrir plus sûrement la susceptibilité de celle-ci\ndu frigide et condescendant sourire qui, bientôt, évoquera le néant, duquel\nsa seule et princière fantaisie l'a tiré...\n   Lefilsouple de cette arme perfide, plus volontiers s'aiguise sur la chair\npantelante de son possesseur; je la vois retournée contre moi-même et par\nsa propre et infernale propriété, conduire ma main, me labourer sans pitié\nni courroux et me scarifier de sa lame insensible.\n   Des jours, vous m'avez trouvé allègre, loquace, ressuscité à nous-mêmes,\njouissant de l'existence avec avidité et excès, ainsi que d'un larcin : — trop\nprovisoire répit, sorte d'interrègne de cette arrière-pensée qui estropie ma\npensée même, mutile et brise son aventureux et libre essor...\n   Et malgré ce cilice auquel je m'écorche et me mortifie, je la loue cette\nsubtilité qui me signale et, à chaque instant, me dévoile un motif inaperçu\nencore de vous mieux aimer — et de vos perfections et de mon indignité...\nAu reste, n'est-elle peut-être rien davantage que la perplexité et la vigilance\nnaturelles au gardien avare d'un trésor ; — l'éveil perpétuel, la méticulosité\nprocessive d'un esprit religieux et contrit, que les preuves de la surabon­\ndante indulgence divine atterrent de la possibilité d'un inconscient\nblasphème...\n   — Oui, cette active lucidité, trop éprise de vertiges, parmi tant d'incita­\ntions salutaires, la plupart, je l'accepte, à notre liaison et fortifiantes, en\n mêle, certes, de funestes et de pernicieuses...\n   — C'est vrai ! chaque pulsation d'une vie semblable illustre un drame\ncomplet, profil luisant ou grimace blême, subitement apparu sur la scène\ncérébrale, infinie et restreinte... Incidents imperceptibles amplifiés jusqu'à\nrendre irréparable et désastreux un sourire ambigu, l'interprétation con­\ntroversée d'un signe furtif, un mot autrement articulé...\n   — Je ne sais qu'aimer uniment, moi, d'une oblation de tout moi-même,\n sans réticences ni retour .. Et il me glace et me trouble, ce tiers assombri\n interposé entre nous, — cet à jamais inconnu, cet intrus qui débauche et\n endeuille votre pensée, éloigne vos yeux de moi, tout à coup, et excite en\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "                                   — 382 —\n\nvous le morose dédain de la simple fille que je suis... La moindre insistance\nchasse ce soupçon ; mais la rancœur se perpétue de vous deviner scruter,\nausculter — profaner d'investigations impies — une si douce et imper­\nfectible félicité...\n  — Folle ! folle ! chacune des facettes du prisme reflète la terre émer­\nveillée et le ciel, l'orbe sacré de l'horizon, dans leur intégrité ; et les mille\naspects d'eux-mêmes qu'ils prêtent au cristal n'enlèvent pas une parcelle à\nleur intacte et prodigieuse beauté ..\n\n    Ils se turent, surpris par la visionnaire splendeur du matin... La symé­\ntrie savante du parc, l'architecture nuancée des massifs, au milieu des molles\npelouses gazonnées, limitrophes du lac taciturne et lustré; l'onduleuse pos­\nture des cygnes lissant leurs plumes; chaque chose empruntait au soleil\nrenouvelé, à l'argent pulvérisé de ses rayons, on ne savait quel nimbe fabu­\nleux et féerique, — visible vibration, émanation lyrique, chœur transposé\nd'une sorte de plain-chant panthéiste...\n    Hélène, le front barré, une minute, et les sourcils froncés d'effort et de\ncontention, se rasséréna et, d'une voix muée, limpide et bégayante, tour à\ntour, ou enrouée d'exaltation :\n    — Ces perspectives t'impressionnent et captivent ton regard, alors seule\nment que le hasard leur confère la palpable figure de ta préoccupation\nactuelle; — si leur passagère apparence, pluvieuse ou ensoleillée, participe\ndu contour volontaire de ton rêve... Mais, quel idiome tu m'enseignas!\n particulier au point de me paraître étranger dans ma propre bouche, et\n énigmatique ! jusqu'à réduire ma voix, en somme, à être comme l'ignorant\n et docile interprète d'inspirations singulières et si rares que le sangfroid\n revenu éclipse mon incertaine clairvoyance, et me la rend même chimérique.\n    Pourquoi toi-même m'apparais-tu toujours sous l'aspect d'un passant\n hypnotique, à la poursuite navrée d'il ignore quel indéfinissable idéal, dont\n l'éternel et inaccessible recul fanatise son âme, lui refuse la libre faculté\n d'accorder quelque attention aux individus accidentels, croisés sur le\n chemin?... Ne le vois-je point, d'ailleurs? ce matin, transparent et juvénile\n et déjà, hélas! douloureux; — l'épiphanie de ce clair paysage ne rafraî­\n chissent plus tes yeux, cernés de veilles et d'insomnie...\n    — Il n'y a en moi plus assez d'enfance, ni d'espoir; trop d'amour, qui\n sait? car l'amour rend craintif... Nous nous sommes exclus de la simpli­\n cité : ces transports, la corrosive conscience, vaste à en pleurer, où nous\n vivons de nous-mêmes, cette morbide nervosité dont les moindres émotions\n contractent une acre mordacité et perclusent toute énergie, m'altèrent, à la\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "                                — 383 —\n\nfin, de saines et plus humbles joies, vers lesquelles nos lèvres seraient moins\navidement tendues, — souhaitées et exaucées avec innocence, nulle appré­\nhension de leur épilogue prévu, et dont on pourrait, peut-être, un jour et\nsans remords, — s'assouvir!...\n   Vous l'avez deviné, Hélène... souvent, vers l'aube pernicieuse, assailli de\ntentations malignes, alors que mon cerveau débilité ne combine plus,\ndevant mon regard écarquillé, que de brumeux reflets, las, je baisse la\nflamme de ma lampe et, parmi la pulvérulence cendrée de cet artificiel cré­\npuscule, cet éclairage perverti et blafard, dépaysé par le spectre de ce logis\ninconnu, d'insolites obsessions s'acharnent, fantômes de l'heure interlope,\nque dissiperait un geste vers la lumière, dont la volonté me manque et le\npouvoir... L'aliénation monte, peu à peu, m'envahit, et l'horreur... Car,\ndes mystères se proclament, alors, effarants et absurdes, qu'on n'oserait se\nchuchoter à soi-même; le secret enseveli et la duplicité de sa pensée; des\nchoses qu'il ne faut pas, — qu'il ne faut pas vous dire, — et que, peut-être,\nvaudrait-il mieux que vous sachiez...\n    Ceci m'effraie, mon amie, que l'opulence de cet éther translucide, ce mer­\nveilleux ciel familier n'exercent plus sur moi leur originel empire, n'excitent\nplus en mon âme agrandie l'harmonieux vertige adolescent de l'existence\neurhythmique et de l'avenir, ouverts devant mes yeux et inépuisables...\n    L'éclaboussure ensanglantée, les teintes exorbitantes, la fiévreuse mor­\n dorure, — ce chant du cygne, rauque et sublime, du noble automne; — la\npourpre jonchée, l'indicible agonie des choses étiolées par la sinistre intem­\npérie, intenses et expressives de toute la brièveté de leur dernier lende­\n main... Quelle hâtive ardeur, quelle frénésie solennelle saisit la nature\nentière? Couronnée de houx et de cyprès immortel, nimbée d'or écarlate et\nde lueurs, sous la parure du sacrifice, elle guide, maternelle et guerrière,\nle cortège découragé des souvenirs... Efflorescences suprêmes d'une vitalité\n moribonde; salut évangélique au seuil âpre de l'orgueilleux hiver, — bal­\n samiques et chers, hélas ! de leur analogie avec cet amour qui va mourir...\n    Combien de paroles restent, pourtant, à être dites ! Ah ! rentrons ! le poi­\n gnant infini de cet azur me fait mal et m'enivre...\n    Les bois dictent aux cœurs souffrants un autre, bien plus humble et\n sympathique langage, régénérant, parfumé de regrets et de discrète abnéga­\n tion; l'énorme paix débonnaire des forêts assourdit le tumulte de leur\n chagrin, lui prête une majesté puérile, des pleurs sans amertume, rosée\n irisée que le jour évapore ; et c'est on ne sait quoi, diaphane, de presque\n nuptial, comme les blanches funérailles d'un enfant...\n     ... Notre amour s'est châtié lui-même; l'inexhaustible idéal — cette\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "                                  — 384 —\n\nhyperbole trop surhumaine ! — que nous en créâmes, réciproquement, en\nnous, des licences et des souhaits l'ont adultéré et sali, véniels, sans doute,\nmais qui nous le déshonorent...\n    Je le sens cruellement, à cette heure, ce que le monde intitule le bonheur,\ns'il ne paraît criminel et avilissant à l'opinion de la passion vulgaire,\ndéroge à la mienne, à la nôtre ; car, à seulement la changer d'atmosphère,\npour avoir envisagé l'incertaine possibilité d'une déchéance, nous l'attei­\ngnîmes irréparablement, et, corrompue, plus languissante, toujours, vivi­\nfiée de son martyre même, elle a perdu l'auréole qui nous la sanctifiait...\nEt elle me représente la grandeur incompréhensible, l'emphase héroïque et\ndémente d'un suicide très haut et grave ; mais, — n'est-ce pas, quoique sans\nphrases et stoïquement, mourir?...\n                                                       ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 384, "page_fin": 388, "titre_corps": "Chronique artistique : Au Salon de Bruxelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 427, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 949, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                      AU SALON DE BRUXELLES\n\n             On ne voit plus guère qu'un artiste débutant s'expose aux Salons\n               triennaux, à moins qu'une médiocrité de bon aloi ne lui ait\n               concilié sur-le-champ la bienveillance universelle, ou qu'il\n               n'y soit toléré grâce au testament de feu l'avoué Godecharles,\ndont les petites combinaisons ont force de loi. Ceux qui ne débutent plus\nne se soucient pas toujours d'envoyer des œuvres inédites, plus malaise'es\nà négocier, et quand le bonheur veut qu'ils s'en soucient, le hasard veut\nsouvent qu'on ne s'en aperçoive pas. Il est donc assez difficile d'imaginer\ndes raisons pour lesquelles un Salon officie] ne serait pas très semblable au\nprécédent. Ne nous le dissimulons d'ailleurs pas : c'est parmi les sports de\nluxe pur que cette recherche devrait être rangée.\n   Le Salon de Bruxelles n'échappe pas à la loi commune. Toujours le\nmême vieux jeu de cartes cent fois battu et rebattu par les mêmes mains,\nou par les mêmes pattes, puisqu'il s'agit de peintres. Comme d'habitude,\non crie qu'elles ont triché et qu'il y a maldonne. Beaucoup de dames cepen­\ndant sont sorties, et les brelans de valets ne sont pas rares. Mais les rois\ns'obstinent à demeurer au talon.\n   Plusieurs exposants, étonnés de voir que les membres du jury n'eussent\npas les plus mauvaises places, n'ont pu s'empêcher de croire que s'ils\navaient fait le placement eux-mêmes, tout le monde aurait été content.\nN'est-ce pas une erreur? La seule proposition raisonnable que l'on ait\némise sur ce sujet appartient à celui de nos confrères de la presse quoti­\ndienne avec lequel nous sympathisons le plus souvent, et la voici : « Pour\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "                                — 385 —\n\nquoi ne construirait-on pas autant de baraques, grandes ou petites, qu'il y\na d'œuvres présentées au suffrage réconfortant des foules? Et, pour que\nl'égalité des chances fût absolue, ne pourrait-on pas monter les baraques\nsur roulettes, comme des maisons de bergers, et les mêler chaque nuit,\ncomme un jeu de dominos ? » L'emplacement était tout indiqué : la plaine\nde Tenbosch, à proximité du Vélodrome; ainsi les personnes distinguées\nqui encouragent les arts ne devraient pas se déranger beaucoup.\n   Mais, sans nous arrêter davantage aux justes récriminations dont les\nvictimes d'aujourd'hui ont emprunté la formule à leurs prédécesseurs pour\nla transmettre aux victimes futures, les leurs peut-être, ils nous faut men­\ntionner quelques-unes des œuvres qui marquent le plus dans la production\nde cette année. Nous serons bref, nous étant imposé la loi de ne médire\nde personne.\n   Le tableau qui a le plus attiré l'attention des visiteurs est assurément la\n Visite au malade, de M. Struys. Cette composition touche de près au genre\napitoyant, dont M. Struys ne s'est jamais méfié. Son plus grand mérite\nréside dans la justesse, dans l'éloquence des attitudes et des physionomies;\nla tête du mourant et celle du prêtre sont particulièrement réussies. Le\ncoloris est acceptable, même bon, nullement transportant ; il ajoute peu , de\nchose à l'œuvre. A part certaines fautes peu explicables dans les proportions\net dans la perspective, ce tableau est très creusé, très serré, très conscien­\ncieux, et nous n'attachons à cette épithète aucune signification restrictive.\n   M. Courtens, il faut le dire, n'est pas un consciencieux. C'est un beau\npeintre aux instincts robustes et puissants ; mais il se fie trop à sa verve et\nau hasard. Son art, tout entier réaliste, exige une observation soutenue,\n une déférence constante envers la nature, qui doit être le principe de sa\n force et de son renouvellement. Or, cela manque un peu dans Soleil de\n septembre, dessiné de pratique, dans le Chemin de la croix, dont les\n valeurs ne sont guère étudiées. Le succès de ce tableau ne tient-il pas en\n grande partie à sa tendance sentimentale et à son titre à effet, où l'on devine\n une manière de calembour?\n    N'insistons pas sur le parti pris de colorations iodées auxquelles M. Fré­\n déric s'obstine, sans nous y habituer. Sa Vanité des grandeurs est une\n allégorie très marquée, mais les meilleures qualités de son Voile de Véro­\n nique se retrouvent dans son lyrique Printemps, un enfant nu ailé, dont le\n doux visage ravi s'émerveille parmi les fleurs, de fraîches fleurs sans\n nombre, une incroyable profusion de fleurs humides de rosée, de fleurs\n éblouissantes, de fleurs d'aurore, de jeunesse et de joie. Et sa Grand'route\n zélandaise fuyant dans la plaine verte, où de petites femmes semblables à\n des poupées amusent le regard, nous l'aimons aussi pour son originalité,\n son caractère synthétique, sa disposition neuve.\n    M. Gilsoul a également sa vision personnelle, des colorations plus fon­\n dues, plus sombres, mieux équilibrées. Son Vieux quai au crépuscule est\n impressionnant, bien que l'opposition soit un peu exagérée entre des\n lumières trop vives, où l'œil du peintre s'hypnotise, et des noirs trop morts.\n  Son interprétation d'un paysage de banlieue a de beaux éclats sonores et\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "                                   — 386 —\n\ndoux, pleins d'ampleur, des touches grasses, solides, étalées par larges\nplaques brusquement luisantes. On a refusé un tableau à M. Gilsoul; sans\nl'avoir vu, nous sommes certain que l'on a été injuste envers lui, comme\non a été injuste envers un autre peintre du Voorwaarts, M. Laermans,\ndont les deux tableaux, la Flânerie au village et l'Enterrement, sont déro­\nbés à l'attention des visiteurs. Quelle entente du dessin expressif pourtant,\nquel sens de la couleur et de sa' signification dans ce groupe de rustres\ngauches et ballants, dans ces gens qui s'en vont serrés en tas derrière un\ncercueil, ployant leur pauvre échine sous un ciel de détresse !\n    Parmi les paysagistes il convient de citer avec éloge MM. Baron, Verwée,\nCoosemans, Binjé, Den Duyts, Verstraete, Meyers, Taelemans, et dansles\ngénérations plus fraîches MM. Claus, Hannon, Baertsoen, Wytsman,\nMarcette, Coppens, Dardenne, Cassiers. Tous intéressants, maisfidèlesà\nleur manière connue. Le Matin de M. Binjé, de grandes ramures vertes et\nblondes, frémissantes au bord d'un étang d'où monte une fine buée, apporte\ncependant une note nouvelle chez l'artiste. C'est un ample paysage d'un\nstyle noble, d'une immatérielle délicatesse, qui fait penser un peu aux\nrécentes œuvres de M. Heymans, malheureusement absent, — malheureu­\nsement pour le Salon et pas pour lui.\n   Très variée, l'exposition de M. Verheyden : un portrait d'enfant, harmo­\nnisé par grandes masses, un paysage, jeu d'ombres et de soleil, et les\nLibellules, une femme nue assise dans la verdure, détachant sa gracieuse\ntête rousse, délicatement modelée, sur un fond lumineux.\n    Les bons tableaux de figures sont très rares. Mentionnons encore, de\nMlle Alix d'Anethan, une composition solennelle et douce, construite sur\nles rythmes élyséens de Puvis de Chavannes ; de M. Motte, presque un nou­\n veau cette fois, son propre portrait et un portrait de femme curieusement\ncontourné, l'un et l'autre sérieux, dignes, presque monochromes et trou­\nvant un effet subtil dans l'étouffement des colorations.\n    Les œuvres étrangères sont clairsemées. M. Fantin-Latour rêve de\ndéesses vénitiennes ; M. Pointelin contemple sa vallée solitaire; M. Gosse-\nlin s'attriste à de vagues et lents déclins de journées grises ; M. Raffaëlli\n fouille et refouille de son dessin noueux et tortillé ses terrains pelés et ses\ntypes de banlieue, ou l'aspect grouillant, bigarré, kaléidoscopique des bou­\nlevards parisiens qu'il fixe en traits essentiels ; M Grönvold crayonne\nd'amusantes figures, tandis que l'adroite fantaisie des pinceaux ou des pas­\ntels de M. Thaulow évoque de doux paysages ouatés de neige, ou de claires\nnuits norvégiennes, ou la Seine et ses flots d'absinthe.\n    D'Allemagne nous viennent une douce et charmante image de mater­\nnité, de M. Lenbach, en teintes de bistre et de vieil ivoire poli ; des impres­\n sions rurales, largement étalées, d'un vigoureux réalisme de M. Lieber-\n mann ; un petit intérieur bleu et violet, pas mal vu, d'un jeune, M. Stremel.\n    La plus grande curiosité s'attache aux Anglais, et c'est à juste titre. Non\n pas que MM. Guthrie, Lavery, Stevenson, Stott soient inconnus en Bel­\n gique. M. Stott a exposé aux XX, et les autres à Gand et ailleurs, mais\n avec moins d'éclat. M. Stott a une Diane, peinture mince, en manière de\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "                                -   387 ~\n\ntapisserie, d'un charme languide et singulier, et une vue de montagne,\nl'Eiger, un pic neigeux baigné d'une froide lumière lunaire. Il y règne un\nsilence glacé où l'on sent planer la terreur des altitudes, et c'est le seul\ntableau de montagnes vraiment beau que nous ayons jamais vu.\n   MM. Guthrie, Lavery et Stevenson sont Ecossais, du groupe nouveau\nde Glasgow. Le paysage de M. Stevenson, Lune d'été, n'est peut-être pas\nabsolument exact dans le rendu, mais il est impressif, noblement composé\navec son ample courbe fuyante, et le coloris, tout en douces nuances cré­\npusculaires, fait penser à Corot. Nous croyons cependant que M. Stevenson\nest plutôt un peintre énergique, et que cette rencontre est principalement\ndue au sujet; tandis que si MM. Lavery et Guthrie rappellent invincible­\nment M. Whistler, c'est par le fond même de leur art, qui s'y rattache\ndirectement. Leurs portraits sont whistlériens par leur disposition, leurs\nfonds d'où le personnage surgit comme une apparition, leur allure aristo­\ncratique, leur dandysme raffiné, leur facture large et fière, la simplicité,\nl'unité profonde du coloris. Ce ne sont donc pas des oeuvres très originales,\nmais ce n'en sont pas moins des oeuvres de haute tenue, infiniment distin­\nguées. La place nous manque pour les analyser toutes comme elles le\nmériteraient. Consignons seulement notre préférence pour celles de\n M. Guthrie, surtout pour son portrait de femme, si plein de grâce et de\ngoût qu'on dirait presque que tout dans le Salon devient bête et lourd par\n comparaison. Si M. Lavery peut être placé au même rang, c'est moins pour\n ses deux portraits que pour son Soir de la bataille de Langside. Toutes\nles espérances écroulées, Marie Stuart s'en revient silencieusement à travers\n la lande écossaise, sous les mornes nuages qui accablent l'horizon. Voilà\n un tableau d'histoire qui ne gesticule pas, mais d'où se dégage simplement\n une sensation tragique de consternation définitive.\n   A en juger d'après les œuvres dont nous venons de parler, comme d'après\nd'autres, vues ailleurs, notamment celles de M. Hornel aux XX, les plus\noutrancières, la jeune école de Glasgow s'affirmerait, en dépendance de\nM. Whistler, comme une école de coloristes équilibrés, tantôt fluides,\ntantôt veloutés, ennemis des aigreurs communes chez les Anglais, ennemis\naussi de leurs préoccupations sentimentales, philosophiques ou morales,\npeintres avant tout, très dominés par le sentiment de l'harmonie générale\net de l'unité.\n   Il nous reste à dire un mot des sculpteurs. Nous rencontrons d'abord\nencore un artiste de Glasgow, M. Mac Gillivray, qui nous présente une\nintéressante reconstitution de sculpture grecque, teintée sur le modèle des\nfigurines tanagréénnes; M. Charpentier, vu aux XX et à Anvers; puis,\nparmi les Belges, MM. Meunier et Vander Stappen, avec une série encore\nincomplète d'esquisses magistrales; MM. Du Bois et Lagae, avec des\nœuvres connues; M. Craco, élève de M. Meunier, et qui s'en ressent, avec\nson Autel original, d'un beau sentiment, mais d'une exécution insuffisam­\nment poussée; puis MM. Braecke, De Vreese, Samuel, Gaspar, dont les\n fauves, tout frémissants de vie, sont traités avec hardiesse et avec grandeur.\n Le souple métier de M. Rousseau s'accuse dans les figures allongées et mala-\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1217, "texte": "                                    — 388 —\n\ndives de son bas-relief, Amour virginal, auquel nous reprocherons l'expres­\nsion trop maniérée des visages et la maigreur des ornements floraux.\n   A se promener dans les jardins consacrés à la sculpture, on constate que\nles sculpteurs récents ont de plus en plus en vue le caractère et le mouve­\nment, sans direct souci de la beauté, et que presque tous, ils manquent leur\nbut et n'aboutissent qu'à la laideur. Le grand talent de M. Lambeaux a\ncontribué à les dévoyer, et voici qu'il se dévoie lui-même. Bien qu'on ait\nbeaucoup exalté son groupe l'Ivresse, nous n'y trouvons que certains beaux\nmorceaux mal agencés, des reliefs puissants, mais qui ne palpitent que\nd'une vie frénétique et bestiale. L'ensemble est lourd, redondant, déclama­\ntoire, confus, sans une ligne qui ne soit pas non seulement tourmentée,\nmais franchement baroque. Dans la dernière œuvre du maître du Baiser\net de la Folle chanson, nous voyons le cauchemar d'un Michel-Ange du\nruisseau et les bacchanales de la Crapule. Hélas ! ne nous plaignons pas\ntrop. Nous regretterons l'Ivresse, car on va l'imiter.\n                                                         E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 388, "page_fin": 389, "titre_corps": "Chronique littéraire : Au Jardin de l’Infante", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "sacrifiera point à la Mode", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Je voudrais pouvoir en dire autant", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 1217, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  Au Jardin de l'Infante, par ALBERT SAMAIN. Paris, édition du « Mercure de France».\n— Premières Poésies, par JEAN CARRÈRE. Paris, Bibliothèque de « la Plume». —Les\nOpales, par KARL Boës. Paris, librairie de l'An Indépendant.— Idylles joyeuses, put\nERNEST DUPONT. Paris, Vanier. — Pages de joie, par PAUL GÉRARDY. Liége, des\npresses de « Floréal ». — La Ronde du Trouvère, par MAURICE DESOMBIAUX. Gand,\nSiffer.\n\n\n              L'auteur du recueil de vers intitulé Au Jardin de l'Infante,\n               M. Albert Samain, est incontestablement un poète; et si,\n               comme je le crois, ce livre est un premier livre, le débutant\n               est de ceux dont nous pouvons attendre de belles œuvres.\n   Au Jardin de l'Infante se compose de plusieurs groupes de poèmes, entre\nlesquels il n'existe pas de lien apparent, mais qui se rattachent pourtant les\nuns aux autres par le sentiment et par la couleur. M. Albert Samainala\nnostalgie du luxe, l'amour du faste, le regret des époques pompeuses. Son\nexotisme se promène languissamment, de Bergame aux Iles fortunées, de\nColchide en Extrême-Orient. Mais il ne faudrait pas s'imaginer que\nM. Albert Samain n'est qu'un poète décorateur : ce fastueux, qui pourrait\nfaire valoir au titre de Magnifique des droits plus sérieux que ceux de\nM. Saint-Pol-Roux, est aussi un sentimental. Le fastueux écrit des sonnets\npareils à celui-ci :\n                                  LA TOISON D'OR\n             Noire dans la nuit bleue, Argo vogue, rapide.\n             Les chefs, au crépuscule évoquant la maison.\n             Tristes, se sont couchés et dorment. Seul, Jason,\n             Debout, veille et poursuit son grand rêve intrépide.\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "                                  — 389 —\n\n          La Lyre aux clous de feu brille; l'ombre est limpide;\n          Le silence infini vibre!... Et le fils d'Eson\n          Emplit de son orgueil immense l'horizon,\n          Et respire de loin les roses de Colchide.\n          Or, pendant qu'à la proue il s'enivre, pensif.\n          Là-bas, Médée en feu, dans le jardin lascif,\n          Sent sa chair se dissoudre aux tièdes vents d'Asie...\n           Et déjà, sous l'œil vert du Dragon      frémissant,\n          Le Destin, préparant l'antique frénésie,\n          Mêle à la Toison d'or l'odeur sombre du sang.\n\n Lisez maintenant ces vers du sentimental :\n          J'adore l'indécis, les sons, les couleurs frêles,\n          Tout ce qui tremble, ondule et frissonne et chatoie,\n          Les cheveux et les yeux, l'eau, les feuilles, la soie,\n          Et la spiritualité des formes grêles ;\n          Les rimes se frôlant comme des tourterelles,\n          La fumée où le songe en spirales tournoie,\n          La chambre au crépuscule, où Son profil se noie,\n          Et la caresse de Ses mains surnaturelles ;\n          L'heure de ciel au long des lèvres câlinée,\n          L'âme comme d'un poids de délice inclinée,\n          L'âme qui meurt ainsi qu'une rose fanée.\n          Et tel cœur d'ombre chaste, embaumé de mystère,\n          Où veille, comme le rubis d'un lampadaire.\n          Nuit et jour, un amour mystique et solitaire.\n\n   Certes, ces deux morceaux, de ton si différent, trahissent quelques\ninfluences. Il serait difficile, devant la Toison d'or, de ne point penser à\nM. de Hérédia. On pourrait, dans le deuxième sonnet, noter d'autres rémi­\nniscences. Mais je n'aime guère ce jeu-là, et il serait puéril dans le cas\nprésent, car M. Albert Samain possède une réelle personnalité poétique.\n   Dans quel sens cette personnalité se développera-t-elle? Est-ce le fastueux\nqui mangera le sentimental, ou le sentimental qui absorbera le fastueux?\nOu bien — comme j'incline à le croire — le fastueux et le sentimental se\nmêleront-ils d'une façon plus étroite et plus intime? Qu'importe. M. Albert\nSamain est en ce moment, avec M. Pierre Louys, un des rares nouveaux\npoètes dont on puisse espérer un chef-d'œuvre. Assurément, je ne l'admire\npas toujours : certaines de ses combinaisons rythmiques ne sont guère heu­\nreuses, par exemple celle qui consiste à allonger le sonnet classique d'un\nquinzième vers absolument inutile et disgracieux. D'autre part, je ne pense\n pas que M. Samain, en faisant rimer des singuliers avec des pluriels, pour­\nsuive un autre but que celui de courtiser la folie régnante. Mais ce sont là\n fautes vénielles, péchés de jeunesse qui ne deviendraient mortels que dans\nl'hypothèse d'une rechute. M. Albert Samain a tout ce qu'il faut pour\nréaliser la Beauté, et j'ose espérer qu'il ne la sacrifiera point à la Mode.\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 389, "page_fin": 390, "titre_corps": "Chronique littéraire : Premières Poésies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "Je voudrais pouvoir en dire autant", "ancre_fin": "très aimable escholier", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L auteur des Opales", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 432, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 2859, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "Je voudrais pouvoir en dire autant de M. Jean Carrère. Malheureusement\npour lui, ses Premières Poésies, dont la publication me paraît d'ailleurs\nprématurée, ne me permettent pas de lui décerner un pareil éloge. M. Jean\n Carrère a beaucoup d'enthousiasme et de feu. Son imagination s'allume\n facilement, et sa strophe ruisselle avec une très grande aisance. Mais que\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "                                   — 390 —\n\ncette chaleur semble factice, et que cette aisance est regrettable! La poésie\nde M. Jean Carrère est une improvisation de tête chaude et de cœur bondis­\nsant. Oh! ce Midi, ce terrible Midi, comme il fait danser etfleurirles\njeunes cervelles ! Déjeuner de soleil que ces poèmes-là! Belles gourmes, et\npas mal jetées ; mais l'Art véritable est bien au-dessus de ces banalités,\ngénéreuses et sonores, même lorsqu'elles sont brillamment enflées par un\ntrès aimable escholier.\n                                        ***\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 390, "page_fin": 390, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Opales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "L auteur des Opales", "ancre_fin": "cléments à M Boës", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M Ernest Dupont plus modeste", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 433, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 563, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "L'auteur des Opales, M. Karl Boës, nous apprend qu'ils les a serties de\nson or le plus pur, sous l'invocation de Platon, de Vinci, de Shakespeare et\nde Wagner. Voilà de puissants protecteurs ! Si M. Karl Boës les avait con­\nsultés, ils lui auraient conseillé de purifier son or, qui est du cuivre pas même\nparvenu.\n   Je soupçonne M. Boës de n'être l'intime ni de Wagner, ni de Shakes­\npeare, ni de Vinci, ni de Platon. Je gage qu'il a mal lu M. Joséphin Péla­\ndan, ce qui est moins difficile.\n   Avec M. René Ghil, M. Karl Boës est le rimeur français qui emploie le\n plus de lettres majuscules. C'est une originalité, sans doute, mais je ne\n pense pas qu'elle soit suffisante. Heureusement, M. Boës en possède une\n autre : il passe du vers le plus platement prosa'ique à la métaphore la\n plus audacieuse, sans que l'effort soit apparent. Les délicats lui envieront\n certaines Mers « plus belles qu'on ne saurait dire », — mais votre métier,\n Monsieur, c'est précisément de savoir le dire ! — et cet adorable vers prin­\n tanier :\n                 Les hommes ont besoin de caresser les femmes.\n   Les rhumatisés lui sauront gré d'avoir décrit « la saison aux douleurs\naiguës ». Quant aux brouteurs de métaphores, ils resteront pensifs devant\ncet alexandrin exquis :\n                 Caresse ta paupière au galbe des statues!\n  J'espère que le poète ferme l'œil pendant cette opération. Les musiciens\napprendront, avec un étonnement joyeux, que les Bardes « chantaient le\npibroch » aux clans ; que la rafale « a déraciné la vertu de Parsifal », dont\nla virginité devait être profondément plantée ; que le sage, sur son donjon\nde jade et sous le ciel d'étain, se promène « blanc botté de daim, noir vêtu\nde satin », et que l'idéal chevaleresque, c'est de marcher « derrière l'Ecu de\nceux qui furent grands ».\n   Que Platon, Vinci, Shakespeare et Wagner soient cléments à M. 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Ernest Dupont, plus modeste et moins majusculaire, se contente\nd'une épigraphe de M. Jean Moréas et d'une préface de M. Jean Berge. Ses\nIdylles joyeuses feraient de bonnes chansons de café-concert. Une ou deux\nd'entre elles se haussent jusqu'à du Jean Richepin. 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Paul Gérardy pourrait bien être celui d'entre eux qui en a le plus. Pro­\nfondément imbu de germanisme, il nous a donné plus d'un lied exquis à la\ngrâce chantante et simple. Comme il le dit si joliment, tout en célébrant la\njoie, il « chante-pleure », ou, s'il le préfère, il rit aux anges, et aux larmes.\n Mais qu'il prenne garde à l'affectation du naïf, à la grimace de la simplicité\nvoulue, à la rouerie nouvelle, aggravée d'archaïsme, qui a déjà perdu tant\nde jeunes écrivains. M. Paul Gérardy et ses amis ont vraiment trop de\ntalent pour se complaire à de sempiternelles transcriptions, de plus en plus\n vagues, insipides et amorphes, des mêmes lieux communs. Le poncif de la\n princesse sur la tour et du chevalier, et le thème indiqué naguère par\n M. Paul Verlaine dans Gaspard Hauser chante sont des motifs quelque\n peu usés. Quand les beaux esprits du XVIIIe sièle prirent parti, qui pour la\n Belle Matineuse de Malleville, qui pour celle de Voiture, ces deux sonnets\n rivaux se ressemblaient moins que les chansons de page, et les pages de joie\n des poètes mosans. Je défie le lettré le plus raffiné, si on lui lit pêle-mêle\n des extraits de Dit un Page et de Pages de joie, de ne pas rendre à M. Ras­\n senfosse ce qui appartient à M. Gérardy, et réciproquement. Je l'avoue sans\n honte, il m'arrive maintes fois de lire une série de chansons mosanes, de les\n trouver charmantes, et, le livre refermé, de me demander ce que j'ai lu ou si\n j'ai lu quelque chose. Je ne me souviens, la plupart du temps, que d'une\n espèce de bredouillement puéril, qui berce l'oreille sans occuper l'esprit.\n    Assurément, Pages de joie contient quelques chansons ravissantes, par\n exemple celle qui débute ainsi : « Laisse les beaux oiseaux chanter », et\n de nombreuses strophes qui sont d'un poète; mais que dire du morceau\n suivant :\n                     Sur sa tour reine naïve\n                     Chante et fleure et rit d'amour,\n                     Sur sa tour;\n                     Au loin des plaines beau prince arrive.\n                     Vers la tour prince naïf\n                     Chante et pleure et rit d'amour,\n                     Vers la tour;\n                     Au loin des plaines archers arrivent.\n                     Dans la tour prince naïf\n                     Chante et pleure et rit d'amour,\n                     Dans la tour;\n                     La reine est morte d'amour.\n\n    Poète naïf, mais nègre, m'afflige. Si poète naif, mais nègre, recommencer,\n critique se fâcher !\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 484, "texte": "                                  — 392 —\n\n    En attendant, il se contente de rire, et pour un rien il s'écrierait que ces\npoèmes-là lui donnent envie de marcher à quatre pattes et de redemander\nsa nourrice, emmi ses langes.\n   M. Paul Gérardy,'pour caractériser un cygne, le représente « songeant\naux mots nouveaux ». Voilà un cygne assez singulier — un signe des\ntemps — et que Tribulat Bonhomet aurait le plus grand tort d'étrangler,\nIl expirerait en faisant des néologismes!\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 392, "page_fin": 392, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Ronde du Trouvère", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "Une partie des réflexions qui précèdent", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Au prochain numéro", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 435, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "Une partie des réflexions qui précèdent pourrait s'appliquer à M. Maurice\n Desombiaux, dont la Ronde du Trouvère, sans me pousser à de fâcheuses\nextrémités, ne me satisfait qu'à demi. M. Maurice Desombiaux, par un\ncaprice de poète, s'est complu à prendre place, un instant, parmi — emmi\nen mosan — les jeunes chanteurs folkloristes, je dirais \" folklorotiques \"\nsi M. Desombiaux n'était pas un écrivain de tempérament robuste et sain.\n Si c'est un caprice, — je le lui passe; mais si c'est une maladie, — je lui\n dirai son fait, comme à d'autres, en toute liberté. Les bons comptes rendus\n font les bons amis.\n    Heureusement pour M. Maurice Desombiaux, sa soudaine tendresse\n pour le folklore et pour le vers libre ne l'empêche pas d'écrire en français.\n Il convient de l'en féliciter sans ironie, car, en Belgique, le vers libre\n conduit fatalement, semble-t-il, au patois le plus frénétique. M. Maurice\n Desombiaux, avec M. Albert Arnay, fait exception à cette déplorable règle.\n C'est quelque chose, et demain, ce sera beaucoup.\n    Un autre mérite de M. Maurice Desombiaux, — puisse cet éloge ne pas\n lui attirer de mauvaises querelles ! — c'est que ses poèmes ont un sens\n précis. Par le temps qui court, c'est une originalité.\n    Ces deux mérites-là me disposeraient à l'indulgence, si M. Desombiaux\n en avait besoin. Dieu merci, ce n'est pas le cas, et je le loue d'avoir écrit\n cette belle chanson douce : Crépuscule, et ce beau poème viril : Mon coeur\n dans la caverne de la haine. L'auteur de ces deux morceaux est un\n écrivain de talent, dont on est en droit d'exiger davantage, et envers\n lequel on peut se montrer difficile. Quant au fragment sans titre :\"O\n Maître halluciné des âges chrétiens », comment M. Desombiaux ne s'est-il\n pas aperçu qu'une inspiration de cette envolée réclame impérieusement la\n savante ordonnance du vers classique?\n    On me dira que je reviens toujours à mes moutons. Ce n'est pas ma\n faute, c'est celle de Panurge. Il aurait dû mieux les garder. Si les novateurs\n s'étaient contentés de nous offrir la mélopée comme une troisième forme,\n intermédiaire entre la poésie et la prose, comme le poème en prose est une\n troisième forme, intermédiaire entre la prose et la poésie, jamais nous\n n'eussions protesté. Les prosateurs auraient dit du poème en prose : « Ce\n n'est plus de la prose ! » Les poètes auraient dit de la mélopée : « Ce n'est\n  pas encore de la poésie! » Mais prosateurs et poètes eussent été d'accord\n pour admettre l'exception en tant qu'exception. Malheureusement il fallait\n cabotiner, et dès lors !...\n                                                        A L B E R T GIRAUD\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-10-n10-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 393, "page_fin": 396, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "style", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 82, "fin_caractere_exclue": 89, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 147, "texte": "L'abondance des matières nous a forcé        mutilées,"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 180, "fin_caractere_exclue": 238, "texte": "d'ajouter au présent numéro quatre pages        escamotage"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 329, "texte": "supplémentaires.                                omissions"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 365, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "Nous espérons que nos abonnés nous en        que"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "sauront gré. 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Et ce n'est pas sans"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2058, "texte": "que Max Waller disait : « Quand"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2110, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "Frédérix mourra, on ira déposer une"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2200, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "sur la tombe de Sainte-Beuve (1). »"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "Quant au « manque de proportions »,"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "donc, je vous prie, vos innombra­"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "feuilletons sur les quelconques ou les"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "éphémères, et vos parcimonieux"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2633, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "consacrés à des talents de durée ;"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2720, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "le tout en balance et pesez juste."}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2803, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "Mille bonnes choses,"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2895, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "FRANCIS N A U T E T ."}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 2965, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "Pour nous mettre d'accord, je publierai"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "MONSIEUR,"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3055, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "article en entier dans le tome III, sans"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3141, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "savante mutilation, et j'y joindrai"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3227, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "lettre."}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3291, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "MONSIEUR,"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3352, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "Quelque influencés que soient vos juge­"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3446, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "en ce qui concerne la Jeune Belgique,"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3535, "fin_caractere_exclue": 3574, "texte": "ne les discute pas. Vous êtes le maître"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3665, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "(1) Ce n'est cas Max Waller, mais Albert Giraud"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3765, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "a dit cela. Si c'est à cause de ce mot que M. Fré­"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3870, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "poursuit la mémoire de Max Waller !..."}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 3997, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "(N. D. L. R.)"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "de vos appréciations louvoyantes ; mais"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "n'essayez pas de travestir le caractère d'un"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 235, "fin_caractere_exclue": 274, "texte": "mouvement que vous ne pouvez plus nier."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 308, "fin_caractere_exclue": 350, "texte": "Dans votre article sur le livre de M. Nau­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 351, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "tet, parlant des « Conditions matérielles"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 393, "fin_caractere_exclue": 434, "texte": "meilleures du métier d'écrivain » en Bel­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 521, "texte": "gigue comme en France et des « moyens"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 577, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "de vivre copieux, qui ont attiré vers ce"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 672, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "métier les jeunes gens », vous vous efforcez,"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 765, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "en un paragraphe habilement confus, de"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "dénaturer nos mobiles d'écrivain."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 954, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "Vous êtes le dernier auquel il appartienne"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1010, "fin_caractere_exclue": 1047, "texte": "de répandre — internationalement — de"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "pareilles calomnies."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "HENRY MAUBEL."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1431, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "Une définition du mariage par M me Pi­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1519, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "rotte :"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1613, "fin_caractere_exclue": 1649, "texte": "« Un intime polissage qui devient un"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1704, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "effacement, un écorchement, un écrasement"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1769, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "des deux époux, ou l'un des deux par"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1862, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "l'autre, quand il n'est pas une fusion saine"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1952, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "et naturelle. »"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2228, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "De la même, cette réflexion caractéris­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2354, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "tique :"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "« Les hommes vont-ils se plaindre que,"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2590, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "dans la création des enfants, ils ont vraiment"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2726, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "trop peu de chose à faire ! »"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2852, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "Trop peu de chose, c'est vite dit."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2943, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "Faites-le un peu, pour voir, chère Ma­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3028, "fin_caractere_exclue": 3033, "texte": "dame!"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3330, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "L E MACAQUE FLAMBOYANT."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3451, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "« Dans la grande salle d'honneur, de"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3541, "fin_caractere_exclue": 3584, "texte": "forme CRUCIFÈRE (!!!), se trouve à l'un des"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3639, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "panneaux un lamentable Portaels intitulé"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3733, "fin_caractere_exclue": 3772, "texte": "La Calomnie. C'est de l'allégorie : une"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3823, "fin_caractere_exclue": 3863, "texte": "femme hideuse, dont la face syphilitique"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3918, "fin_caractere_exclue": 3956, "texte": "exhale par la bouche des FLAMMUOSITÉS,"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4013, "fin_caractere_exclue": 4053, "texte": "étreignant de ses pâles mains décharnées"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4109, "fin_caractere_exclue": 4153, "texte": "une pauvre jeune fille, une vierge au visage"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4188, "fin_caractere_exclue": 4231, "texte": "FORTEMENT ANÉMIAL. »       (Le     Peuple.)"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4333, "fin_caractere_exclue": 4350, "texte": "Du même journal :"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4400, "fin_caractere_exclue": 4439, "texte": "« A. la rampe de la salle XIII s'expose"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4441, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "impudiquement une toile de Van Sever­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4480, "fin_caractere_exclue": 4523, "texte": "donck représentant la Prestation de serment"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4575, "fin_caractere_exclue": 4615, "texte": "de S. A. R. le prince Albert de Belgique"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "dans la cour de la caserne Sainte-Elisabeth."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "INUTILE DE DÉCRIRE LE SUJET, ON LE DEVINS.»"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 286, "fin_caractere_exclue": 304, "texte": "En effet, trésor !"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 446, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "Le vernissage du Salon a été particu­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 533, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "lièrement orageux. Les jeunes peintres sont"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 626, "fin_caractere_exclue": 671, "texte": "exaspérés contre le jury officiel. M. Delsaux"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 721, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "a coupé sa toile, et M. Dardenne a passé la"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 814, "fin_caractere_exclue": 857, "texte": "sienne au bleu. Des meetings d'artistes ont"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 907, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "eu lieu, et des délégués ont été envoyés au"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1000, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "ministre."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1063, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "Un mouvement se dessine en faveur de"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1149, "fin_caractere_exclue": 1189, "texte": "la nomination du jury par les exposants."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1243, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "Ce système serait évidemment moins"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1327, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "mauvais que le système actuel. Mais serait-il"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1422, "fin_caractere_exclue": 1427, "texte": "bon ?"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1481, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": "Au fond, nous partageons l'opinion de"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1568, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "Jean d'Ardenne, qui a écrit dans la Chro­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 1703, "texte": "nique un article fort profitable, dont voici"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1753, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "la conclusion :"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1822, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "« On aurait pu entamer l'affaire autre­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 1911, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "ment et réclamer du premier coup la sup­"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2001, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "pression radicale des salons triennaux."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2091, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "L'union, suivie d'une action énergique, de"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2184, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "tous les éléments d'opposition aurait eu"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2318, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "peut-être quelque chance d'aboutir."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2416, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "Ce n'est pas seulement l'organisation"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "salonnière qui est vicieuse : l'institution"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2687, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "elle-même est condamnée, non seulement"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2806, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "par un vice essentiel et primordial, mais,"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2899, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "en outre, par un désaccord toujours plus"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 2990, "fin_caractere_exclue": 3027, "texte": "accentué entre elle et l'art moderne."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3088, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "L'art pur et simple n'a nul besoin de cette"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3183, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "intervention de l'Etat, lequel, quoi qu'il"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3277, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "advienne, quels que soient ses mandataires,"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3405, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "ne sera jamais, en la matière — passez-moi"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3499, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "l'expression — qu'un pignouf. Il lui est"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3591, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "interdit d'être autre chose : c'est ce dont il"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3680, "fin_caractere_exclue": 3731, "texte": ":        faudrait commencer par se convaincre avant"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3783, "fin_caractere_exclue": 3821, "texte": "d'entreprendre une réforme quelconque."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3873, "fin_caractere_exclue": 3916, "texte": "La voie est toute tracée, à cette heure, le"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 3968, "fin_caractere_exclue": 4011, "texte": "système des exhibitions d'art organisées en"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4063, "fin_caractere_exclue": 4107, "texte": "dehors de tout concours officiel ayant donné"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4159, "fin_caractere_exclue": 4186, "texte": "des résultats suffisants. »"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4329, "texte": "Avis à ceux qui veulent se réconcilier avec"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4381, "fin_caractere_exclue": 4396, "texte": "« le pignouf »."}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4531, "fin_caractere_exclue": 4573, "texte": "La règle de trois continue à être potassée"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 4624, "fin_caractere_exclue": 4655, "texte": "par les jeunes poètes français."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 104, "texte": "Ci deux chansons de M. Camille Mauclair,      Vous"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "extraites de la Revue Blanche :                 Citoyen"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 286, "texte": "(Comme"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 342, "fin_caractere_exclue": 385, "texte": "LES REFLETS VENGÉS                     Sous"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 480, "texte": "Ils ont jeté trois pierres                Votre"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 526, "fin_caractere_exclue": 553, "texte": "A leurs reflets dans l'eau,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 611, "fin_caractere_exclue": 637, "texte": "Ils ont jeté trois pierres"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 702, "fin_caractere_exclue": 727, "texte": "Pour tuer leurs reflets ;"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 794, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "L'eau s'est épanouie"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 892, "fin_caractere_exclue": 908, "texte": "En feux follets."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 985, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "En bijoux, en pierreries,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1043, "texte": "En bagues et en bracelets."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1107, "fin_caractere_exclue": 1134, "texte": "Et puis elle s'est assoupie"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1200, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "Et les reflets ont reparu;"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1292, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "Et tous les trois, pris de folie"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1357, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "Devant leurs spectres revenus,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "Ils ont tendu les mains"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1424, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "Pour saisir leurs âmes dans l'eau,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1465, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "Et les âmes ont pris leurs mains"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1556, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "Et les ont emmenés dans l'eau :"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1642, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "Il y a trois cygnes sur l'eau."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "LES FLEURS"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1824, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "Mon amant m'a baisée au cou"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1892, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "— J'ai vu trois roses —"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1979, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Il m'a dit : Je suis fou"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2064, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "De ton cou de miel doux."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2152, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "Mon amant m'a baisée aux yeux"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2241, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "— J'ai vu trois glaïeuls —"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "Il m'a dit : Je te veux"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2410, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "Nue en tes grands cheveux."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2494, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "Mon amant m'a baisée aux lèvres"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2584, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "— J'ai vu trois iris —"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2670, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Il m'a dit : J'ai la fièvre,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2763, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "Elles brûlent, tes lèvres."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2853, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "Mais il m'a baisée au cœur"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2936, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "— J'ai vu trois asphodèles —"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3021, "fin_caractere_exclue": 3053, "texte": "Il m'a dit : Ton cœur m'a glacé,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3104, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "Et il est trépassé."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3267, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "Ah! s'il n'y avait que trois snobs !"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3306, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "Et comment va la contrefaçon belge?"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3438, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "A signaler, dans l'Ermitage de septembre,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3507, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "outre l'article de M. Hugues Rebell cité"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "dans notre précédente livraison, une remar­"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3592, "fin_caractere_exclue": 3635, "texte": "quable étude de M. le D r Fortuné Mazel sur"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3731, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "la Décadence religieuse en France, des"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3864, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "poèmes de MM. Sabatier et des proses de"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3995, "fin_caractere_exclue": 4030, "texte": "M. René Boylesve; dans le Mouvement"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4095, "fin_caractere_exclue": 4135, "texte": "littéraire, des vers de M. Victor Remou­"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4235, "fin_caractere_exclue": 4274, "texte": "champs, et, dans la Plume, ce déconcer­"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4408, "texte": "tant sonnet de M. Paul Verlaine à..."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4504, "fin_caractere_exclue": 4516, "texte": "Léopold II :"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4602, "fin_caractere_exclue": 4650, "texte": "Je vous aime, Français et Roi, je vous respecte."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4745, "fin_caractere_exclue": 4796, "texte": "Beaucoup de votre sang coule en mon sein ; beaucoup"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4798, "fin_caractere_exclue": 4847, "texte": "Du mien bat dans le votre en revanche, et le tout"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4894, "fin_caractere_exclue": 4938, "texte": "Se dit compatriote, en langue bien correcte."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "êtes souverain et je suis un insecte,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 199, "fin_caractere_exclue": 231, "texte": "d'une république à tant le coup,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "à St-Cloud ! ) mouton en grand danger du loup"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 386, "fin_caractere_exclue": 426, "texte": "un berger donneur que se bouger affecte."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 481, "fin_caractere_exclue": 519, "texte": "hôte d'un instant partout un peu fêté,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 568, "fin_caractere_exclue": 604, "texte": "Parlant de poésie et de pure beauté,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 653, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "Epris de votre si gente et forte Belgique!"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 744, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "Juste après mon départ l'émeute fit son cri"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "Que vous domptâtes d'un clément geste énergique,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 933, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "Car vous êtes vraiment un fils du roi Henry !"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1062, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "Ce sonnet a sans doute été inspiré par"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1149, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "l' Histoire de Belgique à laquelle travaille"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1242, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "depuis quelques années l'éminent archiviste"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1334, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "Alphonse Allais."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1510, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "Notre ami Toto, qui a eu des malheurs,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1635, "texte": "nous envoie cet Impromptu, dans lequel"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "l'excès de son infortune lui a fait commettre"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1778, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "trois vers de neuf pieds, — un pied par"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "muse probablement :"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 1940, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "Son cœur était la folle auberge,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2027, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "La folle auberge des Attraits,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2112, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "Je m'y installai riche et vierge;"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2200, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "Elle m'a laissé que ses portraits."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2289, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "Franchement, je ne pouvais plus"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2375, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "Tenir ton auberge, ma chère."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2458, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "Trop de gandins y sont venus,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2542, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "Et l'on m'aurait pris pour Macaire."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "A l'amour, à ce jeu de bourses,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2718, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "De hausse et de baisse, c'est stupide,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2811, "fin_caractere_exclue": 2846, "texte": "J'ai trop joué, plus de ressources,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2901, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "Je me retrouve la main vide."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "Pour me consoler de mon krach,"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3069, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "Je ferai quelques calembours"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3152, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "Que je destine à l'almanach"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3234, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "Des Demoiselles et des Amours."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3398, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "Notre directeur, M. Iwan Gilkin, n'a"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3480, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "marié personne ce mois-ci."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3691, "fin_caractere_exclue": 3730, "texte": "M. Zenon Pnesmycki publie dans la revue"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3823, "fin_caractere_exclue": 3863, "texte": "polonaise Le Monde, de remarquables tra­"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 3957, "fin_caractere_exclue": 3993, "texte": "ductions des sonnets de M. Emile Van"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4084, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "Arenbergh."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4191, "fin_caractere_exclue": 4233, "texte": "Ces traductions font partie d'une étude de"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4328, "fin_caractere_exclue": 4370, "texte": "longue haleine sur le mouvement littéraire"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4462, "fin_caractere_exclue": 4502, "texte": "en Belgique, à laquelle M. Pnesmycki met"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4570, "fin_caractere_exclue": 4600, "texte": "en ce moment la dernière main."}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4706, "fin_caractere_exclue": 4743, "texte": "Tous nos remercîments à notre aimable"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4850, "fin_caractere_exclue": 4892, "texte": "confrère, qui proclame si vaillamment, là-"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 4946, "fin_caractere_exclue": 4987, "texte": "bas, la renaissance de notre littérature."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 239, "fin_caractere_exclue": 275, "texte": "Remercîments aussi à M. A.-S. Marto­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "relli, qui, dans sa chronique littéraire du"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 507, "fin_caractere_exclue": 549, "texte": "Tolchetto, étudie les récentes productions"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 643, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "de nos écrivains."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "t a plus considérable des revues anglaises,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "The Nineteenth Century, publie une étude"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1101, "fin_caractere_exclue": 1143, "texte": "de M. William Sharp sur la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1188, "fin_caractere_exclue": 1225, "texte": "Comme le dit M. Téodor de Wyzewa dans"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1272, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "la Revue des Deux-Mondes, c'est une étude"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1356, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "très consciencieuse, mais surtout écrite"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1438, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "pour renseigner les lecteurs anglais qui,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1524, "fin_caractere_exclue": 1565, "texte": "jusqu'alors, considéraient M. Maeterlinck"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1609, "fin_caractere_exclue": 1648, "texte": "comme le seul écrivain beige de quelque"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1695, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "mérite. M. de Wyzewa relève certaines"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1775, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "erreurs de détail, inévitables dans la"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1859, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "matière. Nous préférons remercier M. Sharp"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1948, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "d'avoir mis son talent et son zèle désinté­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2038, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "ressé au service de l'expansion des lettres"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2127, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "belges en Angleterre."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2479, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "Une chronique littéraire de la Revue"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2609, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "Rouge :"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2715, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "« J'avais reçu le livre de M. Léopold Cou­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2843, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "rouble, un soir en entrant chez moi. Je lus,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2889, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "je dévorai plutôt les lignes, les phrases spi­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2937, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "rituelles du volume, et vers minuit je m'at­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2983, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "tristai en arrivant à la dernière page des"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3115, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "Contes et Souvenirs."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3232, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "Je trouvais les Contes de Pâques gentils ;"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3321, "fin_caractere_exclue": 3362, "texte": "les Contes de Noël charmants ; les Novel­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3411, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "lettes curieusement alléchantes; les Contes"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3527, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": "pour les gens sérieux pleins de saveur et"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3666, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "même très profonds, telle cette charmante"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3804, "fin_caractere_exclue": 3845, "texte": "étude intitulée l'Estrade d'Elseneus, qui"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3847, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "analyse si bien l'âme d'un gamin de"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3940, "fin_caractere_exclue": 3981, "texte": "Bruxelles, la pensée d'un Ketje; Mes Pri­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4036, "fin_caractere_exclue": 4080, "texte": "sons, je les trouvai joyeuses et quelque peu"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4118, "fin_caractere_exclue": 4156, "texte": "ironiques ; Carnet de voyage — avec Un"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4158, "fin_caractere_exclue": 4198, "texte": "Cimetière, ce bijou de sentimentalisme —"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4200, "fin_caractere_exclue": 4244, "texte": "très cosmopolite. Mais les Contes bruxellois"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4246, "fin_caractere_exclue": 4287, "texte": "eurent pour moi un charme indescriptible,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4289, "fin_caractere_exclue": 4332, "texte": "c'est analysé, observé avec un art parfait,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4334, "fin_caractere_exclue": 4381, "texte": "c'est écrit on ne peut mieux et cela fait rire,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 4383, "fin_caractere_exclue": 4427, "texte": "rire à en pleurer, tant c'est juste et vrai."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "Mon âme se trémoussait, se tordait dans"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "ma poitrine, elle riait aussi ; arrivé à la Fin"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 325, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "de Trullemans, j'étais déconcerté par l'ori­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "ginalité du style et je fermai furieusement"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 599, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "le livre, fâché contre l'auteur qui m'avait"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 710, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "procuré une si réelle impression."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 796, "fin_caractere_exclue": 833, "texte": "La nuit, je rêvai du livre de M. Cou­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 883, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "rouble, — cela l'étonnera peut-être, — je"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 973, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "rêvai qu'on se battait pour ses contes; le"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1058, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "volume était étendu par terre, mais, chose"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1144, "fin_caractere_exclue": 1187, "texte": "curieuse, il me parut très grand, et sur sa"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "couverture le titre semblait écrit en lettres"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1314, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "immenses. On luttait ferme autour du bou­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1397, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "quin, que défendaient quelques courageux"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1480, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "ketjes; les antagonistes, une bande de gens"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1566, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "bien mis, graves, solennels, pédants, com­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1649, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "passés, pisse-vinaigre et pète-sec, tentaient"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "de mutiler les Contes et Souvenirs en lui"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1858, "texte": "portant de sournois coups de canifs. Et sou­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1902, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "dain une voix s'éleva, triste, philosophique,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 1992, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "mais si convaincue que la sincérité y prêtait"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2082, "fin_caractere_exclue": 2126, "texte": "une irrésistible éloquence, et que les enne­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2176, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "mis disparurent à ses échos : Och! mais"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2265, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "ldisseie-le seulement ! »"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2343, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "Notre âme dansait la danse du ventre"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2429, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "dans notre poitrine, et nous fermâmes furieu­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2565, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "sement la Revue Rouge, fâché contre le cri­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2666, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "tique qui nous avait procuré le bijou cosmo­"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 2807, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "polite d'une si réelle impression."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3078, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "M. René de Saint-Pons, de la Plume,"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3185, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "sacre grand poète M. Gabriel Martin, parce"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3275, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": "qu'il a écrit un poème intitulé Le Dos, dont"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3363, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "les vers dessinent sur le papier la silhouette"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3504, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "d'une taille de femme."}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3621, "fin_caractere_exclue": 3664, "texte": "Et M. de Saint-Pons s'écrie : « C'est toute"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3758, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "une révolution dans la poésie descriptive. »"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3898, "fin_caractere_exclue": 3938, "texte": "C'est une révolution pour ceux qui n'ont"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 3988, "fin_caractere_exclue": 4034, "texte": "jamais   rien lu, cher Monsieur. 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SCHURÉ : Les Grands Lnitiés. Esquisse de l'his­\n   toire secrète des Religions : Rama, Krishna, Her­\n   mès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon, Jésus.\n   Edition à                                                             3 50\nLÉON BLOY : Sueur de sang,  avec trois dessins origi­\n  naux de Henry De Groux, et portrait de Léon Bloy\n  par Charles Cain                                                       3 50\nJEAN MORÉAS : Le Pèlerin passionné, édition refon­\n  due, comprenant plusieurs poèmes nouveaux .                            3 50\n\n\n\n\n         Dépôt des Revues Françaises :\n           La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 0-55\n     Le Mercure de France, 1 franc; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage,        fr. 0-60 ; franco, fr. 0-65\nLes Entretiens politiques et littéraires, fr. 0-60; franco, fr. 0-65\n\n\n\n     D e m a n d e z le Catalogue complet de l'Editeur\n                      Paul LACOMBLEZ.\n\n\n              Bruxelles. — Imprimerie V'Monnom,32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 402, "texte": "Octobre 1893.                          T O M E XII. — N° 10                                    ,3111e Année.\n\n\n\n\nLA\n     JEUNE\n                BELGIQUE\n                                        SOMMA I R E :\n        Le Critique-Fantôme                               ALBERT GIRAUD.\n        Le Frisson du sphinx (fragment) . . . .           JEAN DELVILLE.;\n        Vieux C œ u r                                     LOUIS DELATTRE.\n        Poèmes en prose                                   HECTOR CHAINAYE.\n        L'Église de Lordship Lane                         OLIVIER-G. DESTRÉE.\n        Hélène (suite)                                    ARNOLD GOFFIN.\n        Chronique artistique :\n           Au Salon     de Bruxelles                      ERNEST VERLANT.\n        Chronique littéraire :\n          Au Jardin de l'Infante;  Premières   Poé­\n            sies ; Les Opales ; Idylles joyeuses ;\n            Pages de joie; La Ronde du Trouvère .         ALBERT GiRAUD.\n        Memento                                           NEMO.\n\n\n\n\n          RÉDACTION                                                       BRUXELLES\n110, RUE DE LA L I M I T E , BRUXELLES.                           PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                         31, rue des Paroissiens\n\n                                                                               PARIS\n     PRIX DU        NUMÉRO                                    C H A M U E L ,   L 1 B R A I R E - É D I T EU R\n                                                                         29, rue d e Trévise\n             fr. 0-75.\n                                                                                  1893\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "                                                                              BELGIQUE\n     BELGIQUE\n                                    N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                      JEUNE\n                  JEUNE\n                            LA\n\n\n\n\n                                                                 LA\n                                     N E CRAINS\n         Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                             PARAISSANT I.E 5 DE CHAQUE MOIS\n  Fondateur        : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                           Directeur : IWAN GILKIN.\n                  Rédaction : 110, rue de la Limite, Bruxelles.\n                7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                      des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 3t. rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace. Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19. boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n\n                          V I E N N E N T D E PARAITRE :\n\n QUELQU'UN                                    D'AUJOURD'HUI\n                                 par H E N R Y    MAUBEL\n\n\n      Histoire des Lettres belges d'expression française\n                                 par F R A N C I S N A U T E T\n\n\nSTANCES DORÉES\n                Commentaire sacerdotal du Tarot\n                                   par IWAN GILKIN\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "         LE CRITIQUE-FANTOME\n\n\n                                    Le critique-fantôme a reparu.\n                                   M. Gustave Frédérix, qui, depuis deux ans,\n                                 gardait un silence adroit, plus remarqué que\n                                 ses anciennes cavatines, et qui récemment,\n                                 pour la première fois, se rendit justice en\n                                   refusant de faire partie du jury chargé de\n                                      décerner le prix quinquennal de littéra­\n                                        ture française, M. Gustave Frédérix\n                   s'est remis à chanter avec une déplorable volubilité.\n                      Le livre de M. Francis Nautet lui a servi de prétexte.\n                      L'auteur de l'Histoire des Lettres belges ayant eu l'irré­\n                  vérence de reconnaître quelque talent à des écrivains aux­\n                  quels M. Frédérix n'a pas encore accordé l'investiture, le\n                  critique de derrière les Faguet s'est fâché tout rouge, et\n                  exhalé sa colère dans un article d'une laborieuse méchan­\n                ceté. Il a cassé sa tire-lire : toutes ses économies y ont passé.\n                  Après avoir reconnu que « nos vaillants et curieux efforts\n                ont produit un vrai mouvement littéraire belge », M. Frédérix\n                reproche à M. Nautet d'avoir écrit l'histoire de ce mouvement.\n                « Nous y avons nous-même, dit-il, consacré assez d'articles\npour composer un volume, mais le sujet de ce volume pourrait paraître\nmince... »\n  C'est convenu : la vraie, la seule histoire sérieuse de ce mouvement\nitteraire, c'est M. Frédérix qui l'a écrite dans l'Indépendance. On ne s'en\n                                                                        23\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "                                  — 362 —\n\ndoutait guère, il faut l'avouer; mais M. Frédérix se trompe en affirmant\nque le sujet de son volume en Espagne pourrait paraître mince. C'est le\nvolume qui le serait !\n     Mince ou non, il suffit que ce volume soit possible pour que nul ne\npuisse songer à traiter le même sujet. Où passait le cheval d'Attila ne\npoussait plus d'herbe. La monture de M Frédérix possède une vertu plus\nterrible : nulle herbe n'est autorisée à croître sur la route où aurait pu\nparader cette mule de guerre. Or, M. Francis Nautet est une plante des plus\nmal apprises : elle se permet de pousser !\n     Malgré cette proclamation des droits du vieil homme, M. Gustave\nFrédérix semble désolé de devoir reconnaître l'existence de la Jeune\nBelgique. Aussi l'explique-t-il à sa manière, qui est fort plaisante.\n     Il paraît que, si la Belgique a des prosateurs et des poètes, c'est à cause\n de « l'énorme développement de la presse à bon marché », qui apporte aux\n jeunes écrivains « des moyens de vivre copieux ». Il n'en était pas de même\n il y a vingt-cinq ans. Les téméraires qui voulaient faire de la littérature\n étaient « mal lotis, avec les deux ou trois journaux procurant quelque\n notoriété et quelque sécurité ». Il fallait avoir alors « la passion des lettres\n chevillée dans le corps ».\n     La Belgique, depuis longtemps, se demandait pourquoi M. Gustave\n  Frédérix, le plus grand de ses écrivains virtuels, n'a jamais rien écrit.\n  Aujourd'hui, elle le sait : M. Frédérix n'était pas assez payé. Il est venu\n  trop tôt dans un monde trop jeune. Feu son père a été trop hâtif. Si M. Fré­\n  dérix avait trente ans de moins, c'est lui qui serait Maeterlinck!\n      Puisqu'il en est ainsi, la Jeune Belgique manquerait à tous ses devoirs\n  si elle ne suppliait M. Bérardi d'accorder à M. Frédérix une copieuse aug­\n  mentation de traitement. Il faut absolument que M. Frédérix puisse écrire\n  des livres!\n      Une revue littéraire de M. Frédérix ne serait pas complète si elle ne\n   contenait une méchanceté à l'adresse de Max Waller. Il paraît que ce\n   « fantaisiste si grêle », ce « pauvre tourneur d'irrévérences », ce « malheu­\n   reux garçon » qui n'a jamais \" écrit une seule page qui puisse compter \",\n   empêche cependant M. Frédérix de dormir. Le mort saisit le vif; mais le\n   mort est encore vivant dans son œuvre, et le vif n'a jamais vécu. L'hommage\n   à rebours que ce Bellac délaissé rend périodiquement au fondateur de la Jeune\n   Belgique est loin de nous affliger : la chère mémoire de Waller nous en\n   est plus chère. On ne s'acharne pas ainsi sur des morts dont rien ne survit.\n       Telles sont les réflexions désintéressées que le livre de M. Nautet arrache\n    à M. Gustave Frédérix. La Jeune Belgique, on le voit, ne lui a jamais\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                                 — 363 —\n\nporté bonheur. C'est en la dénigrant que M. Frédérix a révélé au public\nles mesquineries et les petitesses de son esprit. Quand il joue son rôle\nmodeste d'appariteur de certaines gloires étrangères, ce Parisien de Pontoise\npasse inaperçu. Mais lorsqu'il dénigre les écrivains de son pays, son pro­\nvincialisme s'étale, colérique, plaintif, comique et touchant. C'est avec la\nplus vaniteuse des plumes de paon que ce geai déplumé écrit des choses\ndésarmantes.\n   Rivarol a dit d'un Frédérix oublié : « C'est très bien de n'avoir rien fait ;\nmais il ne faut pas en abuser. »\n                                                       ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n          LE FRISSON DU SPHINX\n                                (Fragment.)\n\n      Au pays des Huros, Rhamsès et Sésostris,\n      mais au temps des Latins et quand la rouge Rome\n      dressait de bronze et d'or ses empereurs flétris,\n      c'est l'heure où l'infini pénètre au cœur de l'homme.\n\n      Pareille à l'orbe élu des grands nimbes sacrés\n      dont la tête des saints futurs doit être ceinte,\n      la lune en fleur sourit ses rêves éthérés\n      dans l'encens sidéral frôlant la terre sainte.\n\n      Au loin des sables bleus du biblique désert,\n      couché dans son secret et sa béatitude,\n      le monstre égyptien, de son œil entr'ouvert,\n     fixe l'éternité parmi la solitude.\n\n      Nul souffle dans la nuit. Mais, parfois, obstiné,\n      le hurlement lointain d'un vieux fauve qui rôde\n      et renifle à longs traits, vers l'horizon tourné,\n      les tragiques relents du grand crime d'Hérode.\n\n      Et le Sphinx, pur orgueil du monde oriental,\n      cependant que là-bas, dans la ville barbare,\n      l'on cherche encor l'Enfant prophétique et fatal,\n      a vu le nouveau Dieu rayonner comme un phare.\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "                        — 364 —\n\nMuet selon la loi des temples primitifs,\nil avait attendu jusqu'à ce que lui vienne\nen l'éternel regard de ses yeux   attentifs\nla vivante lueur de la splendeur chrétienne.\n\nIl savait, eût-on dit, que l'Être allait venir,\ncar l'énigme toujours reflète la lumière :\nles fuyards surhumains chargés de l'Avenir,\nenfin sont endormis contre son sein de pierre.\n\nAlors, sentant frémir son fabuleux   poitrail\nsous le sommeil divin dont palpite le monde,\nil comprit mieux encor le cher Epouvantait,\nque les dieux redoutaient d'une stupeur immonde.\n\nIl contempla longtemps, sous l'azur de la nuit,\nl'Ane altéré, le Père et la mystique Mère\nqui, sous l'éclat du glaive implacable ayant fui,\nsauvaient le Roi des rois, du ciel et de la terre.\n\nDepuis plusieurs mille ans qu'il n'a jamais parlé,\nle colosse muet sent à sa froide bouche\nl'angélique frisson d'un soudain verbe ailé\net l'esprit des voyants remplir son front  farouche.\n\nSouffle ardent du passé, charme de l'inconnu,\nsa voix est un écho des oracles d'Egvpte;\nson cri d'amour humain est un aveu connu\npar les vieux mages morts souriant dans leur crypte.\n\nEt le désert où dort l'âme des pharaons\nécoute immensément le saint murmure immense\ns'éperdre comme un vol vers les savants rayons\nqui nimbent la beauté de Jésus en silence :\n\n « O pur prédestiné des plus divins décrets,\n au nom de la raison et des forces magiques,\nje te contemple seul du haut de mes secrets,\n moi, qui suis le savoir et la sagesse antiques.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                        -   365 —\n\nToi, dont le cœur est grand comme tout l'univers,\nô cher petit enfant de la douleur humaine,\ndors en paix, les yeux clos par des ailes couverts ;\ndes jours luiront pour toi pleins de sang et de haine.\n\nEt fluant dans la chair faite   d'humanité,\nmais semblable au ciel fait de lumière éternelle,\ndu sein qui t'alimente au flanc qui t'a porté\ncoulent les sources d'or de l'âme universelle.\n\nJe savais ta venue ainsi que Vont prédit\nles prophètes sacrés qui parlaient dans l'aurore;\net l'écho de leurs voix au temple a resplendi,\ntel un terrible éclair au fond d'un ciel sonore.\n\nJe savais ta Naissance. En un vaste hosanna,\nles anges me l'on dit la nuit d'Epiphanie,\nquand l'astre éblouissant d'extase illumina\nles Mages de Pahnyre en signe de ta Vie.\n\nSphinx vivant et prévu d'un mystère nouveau,\ntu viens pour éblouir les ténèbres païennes\naux rayons douloureux issus de ton cerveau,\nsaignant flambeau d'amour, éclaireur de géhennes.\n\nEnorme vision d'un rêve illimité,\nle monde colossal qui dort en ma mémoire\nn'est qu'un vain germe auprès de ta divinité :\nton règne est un soleil jailli sur la nuit noire.\n\nC'est comme une splendeur, comme un écroulement\nle Globe, entre tes doigts, s'éteint et se rallume;\nles Césars monstrueux, pleins d'épouvantement,\nvoyent leurs aigles de feu s'évader en la brume.\n\nLoin des buveurs de sang des grands charniers romains,\nloin des palais bâtis dans la chair et le crime,\nles peuples éperdus tendront vers toi leurs mains\noù le fer a laissé les traces de l'abîme.\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "                                  — 366 —\n\n      Et je te vois marcher d'un pas surnaturel,\n      plus pur que la clarté, plus puissant que l'idée,\n      ensemençant là-bas, de ton verbe éternel,\n       les chemins éblouis qui mènent en Judée.\n\n       Avec l'enchantement des mots miraculeux,\n       au bord des fleuves clairs et sous les noirs portiques,\n       ta voix éveillera dans les cœurs nébuleux\n       tout l'ineffable essaim des bontés extatiques.\n\n       Puis, un soir d'agonie, à l'heure du destin,\n       après avoir semé ta pensée et ton âme\n       sur le vieux sol du mal qu'ensanglante l'instinct,\n       ton corps sera vendu dans un baiser infâme.\n\n       Et tout cela doit être et tout cela sera.\n       Roi de l'épine rouge et roi de la folie,\n       au festin du martyr la mort te versera\n       le calice d'effroi vidé jusqu'à la lie.\n\n       En un grand brisement d'idoles et de fers,\n       tes lumineuses mains saigneront des semailles;\n       et les hommes de proie immoleront tes chairs,\n       car le Sang pur du Christ doit brûler leurs entrailles. »\n                                                         JEAN DELVILLE\n\n\n\n\n                        VIEUX CŒUR\n                                        I\n                                                                    A   MAPAL\n\n\n              Dans un village, sur l'orée de la forêt de. Soignes, je connais un\n               de ces vieillards picrates qui, pied à pied, disputent la joie a\n               la mort, reprennent la vie à la gorge chaque matin, et, ma\n               foi ! la maîtrisent.\n  Ce peke est un petit homme maigret et chauve; ses yeux pleins de feu\nbaignent dans ce liquide des larmes qui rend si beaux les yeux des enfants;\nsa bouche narquoise, audacieusement entr'ouverte, braque le rire comme\ndes pistolets prêts à déflagrer dans les ténèbres.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                  — 367 —\n\n   Avec mon bon tabac de pipe j'en eus vite fait mon ami :\n   — Toujours gai? lui disais-je, un jour, en manière de salut. Toujours\ngai et... prêt à recommencer?\n   — Mais oui, gamin, me répondit-il, je recommence! Je vous assure que\nje redeviens plus jeune un peu tous les jours. Et tenez, j'y pensais tantôt,\npuisque je refais mon bail, il me semble qu'on devrait bien me laisser for­\nmuler quelques réclamations\n   — Attention, criai-je, Peke va se plaindre des locataires au proprio\nl'Eternel!\n   — Oui, oui! C'est qu'il faudrait à la fin, jeunes hommes, qu'on retire\ndans des hospices (« Au repos des voyageurs ») et qu'on les nourrisse de\nbouillie, tous ces désillusionnés qui encombrent la vie et vous apprennent,\net auraient voulu m'apprendre le doute! Ils mentent! Ils se vantent! Ils\nn'ont rien perdu parce qu'ils n'auraient su rien perdre : ils sont nés\npauvres! Les vrais hommes, eux, ils sont les tambours de la destinée : ils\nn'en résonnent que plus clairement et n'en chantent que plus haut pour\navoir été plus ébranlés. Ah geignants, la couleur terne de vos habits\nrévèle le coton de la trame! Les brins de soie y collaient mal, et tous en\nsont tombés. Voyez les cuirs de Cordoue ! Avec les ans ils boivent le soleil ;\nla vieillesse et l'usage leur donnent des tons chauds et voluptueux comme\nles ciels couchants d'automne ou les vins de Bourgogne.\n   — Hourra ! criai-je encore. Un ban pour cette motion de respect à la\njeunesse ! Une, deux, trois ! Oui, peke! Qu'ils se couchent, les fatigués, se\ntaisent et nous laissent le chemin ; nous allons voir nous-mêmes !\n    Ce cher ancien aimait à causer d'amour. Il était très cru dans ses propos.\n Pourtant ses contes de curés et de servantes ne me lassaient pas, car j'étais\n toujours égayé de nouveau par le pétillement de ses yeux. Ainsi il me fit\navaler des morceaux dont un juge de paix aurait suffoqué. Je m'y prêtais\n d'ailleurs, quitte à l'appeler paillard, ce dont il riait très fort ; j'étais alors\n débarrassé de ma conscience et nous continuions.\n    Puis, quelles drogues l'étiquette « Causer d'amour » ne m'eût-elle pas\n fait avaler? Et, pensez donc, causer d'amour avec quelqu'un qui a peut-être\n vu l'oreille ou le bout de la queue de cette bête chimérique! Amour!\n Comme je tordais ma moustachette! Avec quel sérieux je me disais :\n « Retiens bien ceci ! Tiens note de cela encore ! Ce sont des renseignements,\n entends-tu bien, des renseignements pour notre voyage! »\n    Cela ne rappelle-t-il pas l'écolier, au banc du fond, à l'étude du soir? Il\n rêve, de longues heures, plongé darrs la contemplation des vieilles cartes\n d'un poudreux atlas de géographie. Il n'est plus entre ses camarades endor-\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "                                  — 368 —\n\nmis, mais dans ces pays aux contours vaguement pointillés que le naif\ngéographe a dénommés : « Marais couverts de ténèbres » ou M Sables arides\npleins de bêtes féroces ». Le doux enfant traverse ces abîmes. Plus tard, sa\nplus lointaine exploration, probablement, sera un voyage circulaire aux\nbords du Rhin; mais pour le moment, sous la chanson du bec de gaz, il est\nplus délicieusement aventureux que le docteur Nansen en route pour les\nterres glacées de Wyssolkji !\n   Et bien? Et après? — Mais que c'est justement pour cela qu'il faut\nparler de cette chose qu'on ne verra jamais, puisqu'il n'y en a de vrai que\nce qu'on en dit ! D'accord. Et ne restons pas en arrière ; et tâchons d'être\ntouchants de naïveté.\n   Pour moi, si j'étais chef de clinique, j'aurais un musée d'anatomie proche\nmon cabinet à livres. On y verrait étiqueté « un cœur qui n'a pas aimé J :\nune flasque et jaune pochette graisseuse, pouah ! un viscère ! A côté, « le cœur\nqui a aimé » : il est rouge, musculeux et sa membrane resplendit encore\nde toute la vie qu'il a poussée. — Qui ne voudrait avoir un cœur si beau?\n    Ce seraient là les topiques « naturels ». J'en ai réuni aussi de « philoso­\nphiques et divers ».\n    Diotime de Mantinée appelle l'amour « un grand Daimôn », ce dont\n Socrate est enthousiasmé, et elle le définit \" la production dans la beauté \".\n S'ensuivent les supplications du pieux moine de l'Interiore Collocucion :\n « Faictes-moy, Sire, attacher à vous par les doux d'amour — et sentir et\n accomplir en moy la chançon d'amours. » Spinoza dit : « Amor est titil­\n latio... » et Schopenhauer s'excuse de n'oser exprimer aussi aristophanes-\n quement qu'il le voudrait que tout cela, au fond, c'est : « A chacun sa\n chacune. »\n    Voilà un assez solide canevas à broderies sentimentales pour jeunes\n gens des deux sexes, avides d'idéal.\n    Pourtant, n'est-ce pas, c'est bien maigre ces voyages à postes fixes?\n    C'est que l'expression de ce sujet que vous donneront les livres, si nette\n ou si voluptueuse qu'elle soit, ne vous communiquera jamais l'odeur de la\n vie, la caresse de la vie, comme le trouble de la voix qui conte, l'éclair de\n l'œil qui s'anime, tout l'être qui se souvient et parle.\n    Allez donc écouter les vieux hommes verdelets.\n\n                                       ***\n   Un jour je trouvai à mon ancien de village les yeux légèrement battus.\n   — Vous vous amusez trop, lui dis-je.\n   — Trop ? Ah ! gamin !\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                — 369 —\n\n   Notez qu'il ne prenait jamais le ton agaçant du Job des Burgraves se\nredressant : « Jeune homme, taisez-vous ! »\n   — Ah! gamins, continua-t-il, c'est que vous ne savez plus rire. Hier,\nj'ai assisté aux noces de Nicolas Maes. Il a soixante-treize ans et il épousait\nunefilleà Krolle, qui en a vingt-huit. Toute la noce, la mariée exceptée,\navait des cheveux blancs ou n'en avait plus. Mais pour du plaisir nous n'en\neûmes jamais tant ! Nous avons vidé des bouteilles et chanté des vieilles\nchansons presque toute la nuit. A une heure du matin, les mariés ont pris\nl'express de Bâle; la nouvelle madame nous a tous embrassés; Nicolas Maes\nl'a prise dans ses bras et portée dans la voiture. Ma parole, il l'enlevait!\nHein! les gamins, qu'en dites-vous?\n   Il avait l'oreille rouge, la bouche humide et, aux pommettes, deux\nplaques roses. Il continua :\n   — Ensuite, comme le jour venait, nous sommes rentrés au village. Il\navait fallu garrotter peke Marike qui poursuivait la servante de Maes dans\nle corridor. Du sommet de la côte, nous vîmes le soleil se lever. Nous nous\nassîmes sur le talus de la route et chacun chanta son couplet.\n   — Ah les vieux paillards ! m'écriai-je. Puis j'ajoutai d'un ton senten­\ncieux, car il fallait bien qu'un de nous fût hypocrite, et aussi pour donner\nun nouveau ragoût au récit du vieil homme :\n   — « Les deux anciens brûlèrent pour elle, perdant le sens et détournant\n« les yeux pour ne point voir les cieux... »\n   A quoi l'incorrigible barbon, qui n'avait pas oublié Suzanne, eut\nl'audace d'ajouter, achevant ma citation :\n   — « ... Et ils épiaient l'heure propice. »\n    Cela fut si comique, qu'une jeune femme de notre compagnie rît aussi\n haut que nous. Après, elle dit :\n   — « Le bonheur à Nicolas Maes et à Mme Maes! Et j'ose dire qu'ils ont\nles bonnes cartes dans leur jeu. Oui, oui! Ne me regardez pas avec des\nyeux si ronds ! Ce que je vous dis n'a rien que de simple et vrai. Cet amou­\n reux de soixante-treize ans m'attendrit, mais ne m'étonne pas. » Elle mit sa\njoue dans sa main, s'accouda et continua : « Est-ce que les hommes,\nd'ailleurs, savent pour quoi nous les aimons! Vous deux, êtes-vous sûrs\nd'énoncer tout de suite ce qui fit qu'on vous aima ou... ce qui fait qu'on vous\n aime? Aussi trouvons-nous si ridicule un homme fat. Des vieillards sont\n dignes d'amour. La beauté? Il y a des vieillards beaux comme les statues\n musclées des tombeaux de Michel-Ange, ou les allégories antiques des\n fleuves calmes accoudés sur les conques ruisselantes. La science d'aimer?\n La vie la leur donne plus complète. Et comme ils doivent trouver précieux\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                                   — 370 —\n\nl'amour des jeunes filles, auquel vous dites qu'ils n'ont plus droit ! Près de\nl'expression reconnaissante de leurs yeux gris, combien semble grossière la\nfougue... égoïste du jeune homme !\n   Peke jubilait.\n   — Tout peut être, répondis-je. Ce que vous affirmez là, va, en tout cas,\nsingulièrement ragaillardir notre peke, n'est-ce pas, peke? Et tenez-vous,\nbien, car vous êtes responsable de tout ce qui va arriver!... De plus, j'ai\nconnaissance des circonstances où se fit une de ces ultimes offrandes, reli­\ngieuses et passionnées, d'un vieillard à un jeune cœur. Je me souviens\nqu'elle présentait quelque intérêt. En voici le conte :\n\n                                        II\n    Colson mort, quand fut vendue la ferme de Leernes dont le pignon se\nreflète avec une si étrange douceur dans l'eau verte d'une mare ronde\nbordée de saules, la maisonnée se dispersa.\n    Flip Clarent avait vécu là quarante ans avec son maître. Colson chassait\nà l'automne, attrapait des grives au passage avec des sorbes, vendait ses\nrécoltes aux marchés de Charleroy et mangeait les poulets gras de sa basse-\ncour avec un saint-julien sans pareil. Clarent menait les « varlets » sur les\nterres, les « chinels » aux étables; c'était lui le fermier. Et c'était, à vrai\ndire, sa ferme qu'il quittait à présent.\n    Aussi, quand il tira la porte sur cette grande chose vide, en faisant\ncraquer les ais qui rechignaient, cet hercule sentit un fameux coup dans\nl'estomac. Il toussota et alluma sa pipe.\n    Une petite fille maigrelette, à la peau brune, aux cheveux très noirs et\ndont les yeux tenaient tout le visage, était assise sur une borne du seuil, à\nregarder les arbres du bord renversés dans le miroir de l'eau. A terre était\nson paquet de hardes serré dans un mouchoir de gingas bleu et blanc;\ndans ses mains un haut parapluie de baleines. Le fermier la prit dans ses\nbras pour l'asseoir dans la charrette attelée qui attendait ; puis il y monta\nlui-même, lâcha les rênes et dit, se tournant vers l'enfant :\n    — Et nous voilà partis pour Péchant, Frémiée, petite Frémiée!\n    Le chariot roulait. Le vieux fermier avait mis sa main gauche sur\n l'épaule de l'enfant que les cahots secouaient. Dans son visage basané, cuit\n et recuit par le soleil et la bise; sous leurs longs cils gris embroussaillés et\n leurs paupières ridées, ses yeux avaient l'expression vague et douce d'yeux\n d'enfants. Sous le creux de sa main poilue, la brune maigriotte était comme\n un oiselet, et bien sage. Elle était bien heureuse aussi, parce que la charrette\n sautait et que le soleil luisait joliment sur la route blanche. C'est très gaî­\n ment qu'elle répondit :\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                                 -   371    -\n\n    - Oui, pa Clarent, nous partons !\n   Cette fillette, arrivée à la ferme, il y a trois ans, y avait fait l'étonnement\nde tout le monde qui la prenait pour une bohémienne. C'était une enfant\ntrouvée qu'un orphelinat avait élevée. Elle s'appelait du nom étrange et\ndoux de Frémiée. La grosse Sylvie, qui la ramena de son village, avait été\nséduite par son minois éveillé. Elle avait dit à Frémiée :\n   — Veux-tu venir avec moi dans une ferme? Tu courras, au matin, sous\nles pommiers ramasser les fruits tombés pendant la nuit. Tu plumeras\nles poulets et nous sécherons le duvet pour les oreillers. Tu auras un joli\ncouteau pour pelurer les pommes de terre avec moi, dans la petite cour.\nAu printemps, tu cueilleras les groseilles; il y en a de rouges, de blanches,\nde noires, et de grosses vertes aussi, dont je fais beaucoup de sortes de con­\nfitures ; mais ces groseilliers sont trapus et me fatiguent trop. Je t'apprendrai\nencore mille autres choses du ménage, et tu deviendras une femme. Notre\nbon maître, M. Colson, me laisse tout faire. Tu verras comme notre\nferme est gaie. Et comme ma cave à la crème est fraîche et propre! J'y ai\nfait placer de belles « tailloirs » en grès bleu, qui sont nettoyées en un tour­\nnemain. Nous irons, à deux, vendre le beurre au marché de Fontaine, les\nmercredis, dans une charrette à bâche blanche, avec la jument griselée qui\nest douce à la main et connaît ma voix. Je deviens vieille, petite fille, tu\nm'aideras et je t'aimerai bien car je vois que tu es aimable, et je t'aime déjà.\n    Dans la ferme, les premiers jours, Frémiée fut comme un jeune chat qui\ndescend du grenier natal. Elle tremblait en frottant l'allumette pour la pipe\nde M. Colson qui, dès lors, ne bougeait plus guère du coin du feu où le\nclouait sa paralysie. Quelques fois elle ouvrait la porte d'une de ces\ngrandes chambres inconnues et y poussait la tête. Quand elle s'aventura\n sur le tas de fumier doré qui emplit la cour, un vieux coq, en chantant\ntout à coup très fort, la mit en fuite. D'ailleurs, elle fut très vite faite à sa\n nouvelle habitation.\n    Elle couchait, près de la gouvernante, dans une chambrette, proche le\n'ruitier et le grenier aux semences, qui fleurait les pommes et le blé. Les\n souris, pendant la nuit, trottaient sur le plancher, mais Frémiée ne les\n craignait pas parce qu'elles sont jolies. De sa fenêtre on voyait le verger,\n et, par delà la haie, le clocher de Leernes flanqué du clocheton qui penche\n et ne tombe pas ; plus loin, Fontaine est dans la vallée, dont seulement\n quelques maisons sortent; tout là-bas, le bois de la Charbonnière gravit la\n colline.\n    Un cadre, pendu au mur de la chambrette, montrait un carré de canevas\n où étaient brodés en laines multicolores des alphabets de plusieurs carac-\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                                   — 372 —\n\ntères, la suite des dix premiers chiffres, une belle sentence en lettres\ngothiques : « Que sert à l'homme de conquérir le monde, etc. », et enfin\nla signature en points de marque : « Fait par Frémiée, à l'orphelinat de la\nSainte-Union, âgée de neuf ans. 1881. » L'ouvrage avait été rude ; des taches\nde sueur montraient comme on y avait peiné. Mais, aussi, c'était très beau.\n    Frémiée resta mignonne; ses mouvements avaient une grâce délicate qui\némerveillait les rustiques manouvriers. Quant elle fut apprivoisée, elle fut\ncâline et parfaitement gentille.\n     Elle bourrait la pipe de longueur de M. Colson en y tassant le tabac à\n point. Une fois qu'elle voulut l'allumer à la chaufferette de cuivre, elle avala\n la fumée et toussa avec une mine de chat échaudé qui fit rire la maisonnée\n entière.\n     Elle ne manquait jamais d'obéir à M me Sylvie, car « c'était pour son\n bien ». Au matin, elle lui portait un « dé » de café au lait, du frais passé\n tout parfumé, que la bonne femme buvait au lit avec satisfaction.\n     Elle laçait, sans passer un œillet, les guêtres du vieux Clarent partant\n aux labours ou aux semailles. Et le dimanche, quand le censier ôtait sa\n pipe de ses dents pour embrasser petite Frémiée parée et partant à la\n messe, il tremblait. Il tirait, après, un gros sou de sa bourse de toile pour\n qu'elle pût acheter des caramels. — Sur le coup de onze heures, d'entre les\n varlets assis au seuil de l'écurie, quand il voyait paraître l'enfant sur la\n  bosse du chemin, il disait :\n     « Voilà la petite Frémiée qui arrive! » Et tout son corps riait.\n     ... A présent la belle ferme était vendue et la bonne Sylvie repartie â\n  son pays. Frémiée était restée avec son pa Clarent; ils étaient ensemble sur\n le chemin de Péchant où s'en retournait le censier.\n     Sa vie, bast ! elle était finie ; le vieux laboureur avait fait son temps. La\n terre veut de jeunes bras, forts et tenaces. Lui, il chausserait ses sabots et\n  s'assiérait sur le seuil de l'antique maison paternelle, abandonnée si long­\n  temps. Dans les pierres moussues, il regarderait grandir son enfant,\n  Frémiée, et attendrait ainsi d'aller retrouver Colson.\n     La mort? La mort? Non, il n'y pensait plus. Un oiseau tremblait sous\n  sa paume, et une joie soudaine, qu'il n'avait jamais encore sentie, réchauffait\n  son cœur. Et il passait, le censier aux yeux bleus, entre les haies de cou­\n  driers en faisant claquer son fouet.\n     En route! Le jeune cœur candide et avide sur le vieux cœur tanné, à\n  Péchant !\n                                                        L o u i s DELATTRE\n        (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                                — 373 —\n\n\n\n\n               POÈMES EN PROSE\n                           LA SÉPARATION\n\n              Tu dors ? Dans quel autre monde tes yeux se sont-ils ouverts ?\n                  « Tes mains, que je serre dans les miennes, assurent à mon\n               sang que je te possède encore. Mais mon âme en doute. »\n                  La brise qui frissonne dans le rideau me trouble. Ces papiers\nqui frémissent sous la lampe, comme les ailes d'un papillon qui se prépare\nà voler, me glacent de peur. Que je suis seul au milieu du silence attentif\net cruel, qui m'épie du fond de la chambre.\n   Les vases de la cheminée s'allument d'inquiétantes et douces flammes.\n   « Chers vases, pourquoi la nuit vous donne-t-elle des yeux ? Pourquoi\nvous animez-vous, à l'heure où la lune voyageuse glisse derrière les nuages\nmontagneux, de cette vie énigmatique, irisée et fuyante comme le cha­\ntoîment de la nacre? Est-ce une âme abondonnée, vaguant à travers les\nmondes, qui vient vous confier ses désespoirs — une âme autrefois amie,\nqui me regarde maintenant de ses yeux inconsolables et lointains? »\n   La glace s'allume aussi de flammes bleuâtres, qui m'observent fixement.\nLes chaises me regardent et les murs. Des yeux, des yeux plongent en\nmon âme, qui veulent tout connaître, sans rien me dire.\n   Mais ses mains ne fondent-elles pas dans les miennes! Oui, je le sens,\nelles ont maigri, et maintenant elles glissent entre mes doigts !\n   Et des frôlements de tendresse passent dans l'air près de mes tempes.\n   Animé par la brise, le rideau se soulève, tombe, se gonfle, retombe. La\ncadence régulière de ces mouvements ferait croire qu'il respire.\n   Et ces papiers, qui frémissent sous la lampe, vont s'envoler.\n   « Eveille-toi ! J'ai peur de tous ces yeux qui m'interrogent, de ces caresses\nqui frissonnent dans l'air, de ces papiers qui palpitent, de ce rideau qui\nvit!Ame chère, es-tu toujours bien à moi... bien à toi? Ouvre tes yeux,\nparle. Ah ! si tu te voyais étendue, dans ta robe blanche, près de cette croisée\ngivrée des regards de la voyageuse, toi-même aurais peur! Pourquoi aussi\navoir mis cette robe? Pourquoi t'être endormie, à cette heure où l'autre vie\n plonge en nous ses glissements d'ailes et ses éblouissements ?\n   « Ah ! m'aurait-on volé ton âme ? »\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                   — 374 —\n\n\n\n                                  LA MORT\n\n   « Nous ne devons rien dire. »\n   « Laissons aux hommes le droit de juger. »\n   « Notre âme aurait dû s'envoler avec la sienne, dit une autre voix. Pour­\nquoi ne pouvons-nous disparaître tout avec lui? »\n   Un vent glacial, soufflant par la croisée entr'ouverte, fit taire les choses.\nLe store frissonna comme si quelqu'un glissait derrière le tissus.\n   « Est-ce lui qui nous revient? »\n   La lampe étendait sur la table chargée de papiers un cercle de lumières\naffaiblies.\n   Par l'échancrure des rideaux masquant le lit dans un coin de la chambre,\nun bras pendait, froid et blanc.\n   Les choses veillaient pieusement dans la nuit. Prises de peur, elles chu­\nchotaient par moments, mais très doucement, de la voix dont parlent les\nmères près du berceau de l'enfant qui vient de s'endormir.\n   La mort emplissait la petite chambre.\n   Au dehors, la lune et les étoiles dardaient leurs fluides argentés sur les\nvitres de la croisée. Le ciel regardait.\n   Le tic-tac de l'horloge résonnait au milieu du silence comme une prière\nrécitée dans une vaste et froide église. Une chaise, faisant songer à un per­\nsonnage agenouillé, gardait le chevet du lit.\n   La lumière de la lampe faiblit, sa flamme devenue rouge clignota\nlongtemps. Puis, quand cet œil de sang, qui ne voulait pas se clore,\ns'éteignit enfin, le ciel rayonna dans toute la chambre.\n   L'horloge priait toujours.\n   Mais les clartés argentées de la nuit s'évanouirent aussi; un vent glacial,\ns'élevant de nouveau, fit grelotter les vitres.\n   « Ah ! le vent nous annonce la levée du jour ! »\n   « Déjà le jour ! »\n   « Au moins, dans la nuit, nous le conservions encore à nous seules. »\n   « Et les hommes viendront. Et il nous semblera alors qu'il meurt une\nseconde fois. »\n   « Nous les entendrons juger sa vie. Et ils sont absolus et cruels dans\nleur jugement. Ils voudront tout connaître et tout révéler. »\n   « Mais nous ne dirons rien. »\n    a Et même, les moins mauvais parmi les hommes, profanent la religion\n du souvenir! »\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                 -   375    -\n\n « Oui. Et il n'y a que nous qui l'aimons et nous souviendrons tendre­\nment de lui ! »\n « Ah! voilà le jour. Taisons-nous. »\n                                                      H E C T O R CHAINAYE\n\n\n\n\n    L'ÉGLISE DE LORDSHIP LANE\n              Sous la douce clarté d'un ciel d'été semé d'étoiles, dans le vaste\n               silence harmonieux de la nuit reposent endormies les vallées\n               et les plaines. Toutes blanches et brillantes à la lumière de la\n               lune, des routes s'allongent éclairant les vallées qu'elles tra­\nversent, pareilles à de fraîches rivières, de leur cours capricieux rayant les\nprairies bleues et les tranquilles pâturages. Des haies bien taillées, des\nhaies fleuries et parfumées bordent les routes et de grands arbres, pleins\nd'ombre, élèvent par places leur sombre masse arrondie vers le ciel et sem­\nblent protéger et garder tout l'espace qu'ils recouvrent de leurs branches.\nVaporeusement bleues, des prairies s'étendent à perte de vue, confondues\nlà-bas avec les vapeurs d'argent qui montent de la terre; et par les prairies,\nisolés, de grands chênes séculaires, comme des rois puissants régnent incon­\ntestés sur la contrée et rêvent paisibles dans la majesté de leur robuste et\nsereine vieillesse. Le silence est profond et sa divine harmonie s'augmente\nencore des mille bruits légers de la nature endormie; des brises en trem­\nblant passent au travers des haies parfumées, et dans les hautes tiges des\nchênes font murmurer les feuilles doucement agitées ; parfois on entend le\nbruit des herbes affaisées qui se relèvent, dans les feuillages touffus et som­\nbres, le battement des ailes, les cris légers, effarouchés d'un oiseau troublé\npar un rêve, le murmure lointain, continu d'un ruisselet qui s'écoule et\nplus lointain encore le chant régulier, incessant des cigales amoureuses.\n    De l'immensité bleue de ses manteaux recouvrant la terre endormie, le\nciel resplendit criblé de glorieuses et radieuses lumières, La voûte nocturne\nest faite d'un profond velours transpercé de rayons, brillant sous les\n feux calmes de la lune luisante ; et des myriades d'étoiles la constellent,\nflammes d'or, feux sacrés, saphirs embrasés, émeraudes lucides, divines\nescarboucles, joyaux changeants, purs diamants, où tremblent, meurent et\n plus vives renaissent de vertigineuses lumières. Du zénith au nadir, divisant\n les champs calmes de l'azur infini, le fleuve blanc, silencieux de la voie lactée\n entoure les mondes visibles de son amoureuse ceinture; des îles bleues, voi-\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                     — 376 —\n\n  lées d'ombres, s'aperçoivent au milieu de ses flots laiteux, et sur tout son cours\n  les étoiles qui scintillent au fond de son lit neigeux s'avivent encore au sein\n  de ces blancheurs éthérées et resplendissent comme les gouttelettes lumi­\n neuses d'une eau fraîche ruisselant sur le duvet des cygnes. Par la main de\n Dieu semées, les fleurs splendides du firmament s'épanouissent, et comme\n des fleurs plus vives dispersées dans toute l'étendue du ciel, flamboie le des­\n sin régulier des constellations, lignes magiques, phares salutaires guidant les\n marins audacieux dans leurs courses incertaines. L'énorme voûte lumineuse\n fulgure embrasée de clartés et ces milliers de points de feu perdus dans les\n abîmes de l'azur semblent être reliés entre eux par des rayons invisibles et\n former des routes célestes, connues des seuls anges et des élus du ciel.\n    Amoureux du silence, des prairies et des arbres, amoureux de la calme\n nuit étoilée, pendant longtemps j'avais marché le cœur joyeux dans ce\n vaporeux et tranquille paysage, quand j'arrivai tout à coup devant la fami­\n liale et simple église du village de Lordship Lane. Au bord de la grand'-\n route assise en un préau d'herbes hautes, elle se dressait devant moi toute\n grise, et sur les soies bleues pavoisées du ciel nettement se profilait tandis\n que son clocher pointu svelte et sombre s'élançait hardi vers les blancheurs\nde la voie lactée rendues plus neigeuses encore par le contraste. Le préau\n s'entourait d'un mur bas qui le séparait de la route, et il était tout entier\n rempli d'une herbe haute, serrée, touffue qui se pressait et montait contre\n les flancs de pierre de l'église comme pour la défendre de tout contact.\n Frappées par les rayons de la lune, les portes de chêne poli brillaient d'une\n si douce lumière argentée, qu'on aurait pu croire qu'elles étaient au large\n ouvertes, et que pour un office nocturne l'extrémité des nefs s'éclairait à la\nlueur blanche des cierges. Et dans le grand toit d'ardoise, comme en un\nclair miroir réfléchies, les étoiles se miraient tremblantes, sanctifiant\nl'église, la rendant pareille aux radieuses demeures constellées du paradis.\n Brillant comme une spéciale protection divine par-dessus le temple, la plus\nbelle, la plus régulière des constellations du ciel, la croix du cygne étince-\n lait, céleste emblème du salut planant sur la contrée recueillie. Au sommet\ndu ciel, elle s'épanouissait au milieu des champs fleuris de la voie lactée, ettout\nautour d'elle brillaient des nuées d'étoiles plus petites et plus pâles, scintil­\nlantes, tremblantes lueurs semblables à des yeux séraphiques tournés pleins\nd'amour vers notre terre. Je ne me trompais pas ; des yeux, de tendres yeux\nbrillaient réellement en les lointaines étoiles, et des faces heureuses et\nsouriantes y apparaissaient peu à peu, doucement frôlées, encadrées dans\nle frémissement lumineux de grandes ailes blanches. Une heure sonna\nsoudain au clocher de l'église ; les graves et lentes vibrations de la cloche\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                  -   377 -\n\n planèrent, s'éloignèrent et moururent dans le silence, et lointaines, loin­\n taines de petites cloches répondirent qui semblaient venues des points les\n plus reculés du ciel; et si harmonieuses elles résonnaient, se mêlant, se\n soutenant les unes les autres, qu'elles semblaient un chœur de voix parfaites\n mariées, confondues dans les hauteurs de l'azur. Un grand mouvement\n parut alors se faire dans le ciel et les étoiles pâlirent encore aux champs\nfleuris de la voie lactée ; autour des soleils lointains qui brûlent aux côtés\nde la croix céleste, d'albes nuages semblèrent se former, se condenser, et de\nWéga et d'Altaïr, leurs ailes blanches déployées, deux vols d'anges s'élan­\ncèrent rayonnants et splendides au travers des espaces immobiles et purs\nde l'azur. Leur vol laissait dans l'air une traînée lumineuse pareille à celle\ndes flamboyants météores; et d'abord ils me parurent se détourner de\nl'église et voler vers d'autres contrées, mais ils changèrent bientôt leur\ncourse; s'étant rejoints, et décrivant de grands cercles toujours plus rappro­\nchés, ils planaient les ailes étendues au-dessus du sanctuaire et volaient\nvers lui, guidés par l'un d'entre eux dont la robe et les ailes étaient couleur\ndeflammeet qui volait le premier de tous, tenant une lyre d'or dans ses\nbras. Déjà je pouvais distinguer les uns des autres, et mes yeux ravis recon­\nnurent aux côtés du guide céleste, le bienheureux archange saint Michel\ndont on voyait l'armure d'argent briller en l'écartement de sa blanche\ntunique et qui en ses mains redoutées tenait levée, droite et nue, l'épée flam­\nboyante que Dieu lui avait confiée ; et sur le même rang que lui, les tempes\nceintes d'un rameau d'olivier, les yeux baissés et la face toute rayonnante\nde sainteté et de béatitude, l'ange qui fut choisi pour porter sur la terre les\ndivines paroles de l'Annonciation volait, lumière environnée de lumières,\nles bras repliés en croix sur la poitrine, serrant contre son cœur de chastes\nlys épanouis, calices d'amour, fleurs éblouissantes, pures et candides à\nl'image de son âme et de Celle qu'il avait jadis saluée. Derrière eux venait\nl'éclatante phalange des messagers du ciel, leurs ailes et leurs albes robes\nflottantes brillant d'un éclat plus doux que le clair de lune sur le plumage\ndes cygnes. Et tous ils atteignirent l'église, et repliant leurs ailes de neige\nmiraillées d'or, sur le toit d'ardoise ils se posèrent autour de celui qui les\navait guidés porteur de la lyre divine, et silencieux ils s'assirent, attentifs à\nla voix de leur frère aimé, l'ange Israfel. Il saisit la lyre d'or, le musicien\nbéni, l'ange Israfel, et de ses doigts légers, mélodieux, il en fit vibrer et\nrésonner toutes les cordes; jamais plus doux arpèges ne furent entendus\nsur la terre ; et de sa voix limpide et fraîche, jaillissant aussi vive et claire\nque l'eau des paradisiaques fontaines, il chanta la gloire et les louanges de\nDieu-et le bonheur des âmes qui habitent les vallées élyséennes; il chanta\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                   -   378 —\n\nle charme du séjour paisible des vertus, la joie des prières inspirées par\nDieu, jaillies de la bouche des saints et des prophètes, chantées, répétées en\nchœur par la foule des âmes élues ; il chanta les bienfaits de la toute-puis­\nsante présence de Dieu, du plus pur amour transportant les âmes qui vivent\nen ses royaumes et se purifient sans cesse à sa vue, la félicité parfaite de\nl'unique désir exaucé, et la sereine beauté des contemplations éternelles.\n   Les 'plus légers bruits de la terre s'étaient tus ; tout faisait silence autour\ndu chanteur séraphique et les notes limpides de sa voix s'élançaient radieuses\nvers le ciel, vers le ciel élevant le cœur de tous ceux qui pouvaient l'en­\ntendre. Si belles étaient ses paroles, si harmonieux était son chant, que les\nimages de son poème se déroulaient imprévues, inespérées en resplendis­\nsantes visions et que par moments même il semblait queles cieux s'entr'ou-\nvrissent et qu'on aperçut dans les hauteurs vertigineuses de l'azur, les\nroyaumes éclatants du paradis et tout auréolé de rayons, de flamme et de\nlumière, le Seigneur tout-puissant, le Créateur trônant éternel au milieu\nde la gloire des saints et des saintes.\n   Ensuite il chanta les devoirs et la mission des anges, chargés d'intercéder\net de prier au ciel pour les péchés du monde, de veiller sur les actions des\nhommes et de les guider par les routes obscures et périlleuses de la vie;\nc'étaient eux qui, aux heures de défaillance, dans les moments de doute et\nd'incertitude,commeune lumière trouant lesténèbres de la nuit, apparaissaient\néclatants et splendides, brillants de foi, redressant les courages, du seul appui\nde leur présence réconfortant les cœurs troublés, attristés ou joyeux.selon\nla conduite de l'âme qui leur avait été confiée ; pendant tout le temps de sa\nvie terrestre ils se tenaient secourables auprès d'elle, lui montrant les routes\nà suivre dans le miroir fidèle de la conscience ; ils étaient les messagers de\n Dieu chargés de porter sa parole et sa loi aux quatre coins de l'énorme\nunivers ; et pour illuminer de sa présence ce pays tout entier, il était des­\ncendu cette nuit encore parmi ses frères, Gabriel, le plus candide et le plus\npur, le plus humble, le plus rempli d'amour divin de tous les anges. Il était\nl'élu bien-aimé entre tous les envoyés du Seigneur, et c'était lui qu'il avait\nchoisi pour saluer la Vierge en prières des divines paroles de l'Annonciation\net pour enflammer d'espérance et de foi le cœur confiant des Bergers et des\n Mages. Il était le vase précieux d'élection, le neigeux autel sur lequel fumait\nl'encens agréable à Dieu, il était le miroir de Dieu ne reflétant que sa seule\nlumière, et de l'amour de tous les anges, de toutes les créatures du ciel et\nde la terre il était investi, l'élu éternellement béni de Dieu, l'annonciateur,\n Gabriel.\n  Ainsi chantait l'ange Israfel, et les anges groupés autour de lui se\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                 — 370 —\n\n réjouirent de ce qu'il avait dit de leur frère bien-aimé; et tous ils contem­\n plaient ravis l'ange Gabriel, car une lumière divine l'enveloppait tout\nentier et le rendait plus resplendissant qu'une blanche étoile; et il ne\nvoyait, n'entendait rien des louanges qu'on chantait autour de lui, le pré­\nféré du Seigneur, mais emporté en une extase, il priait avec ferveur, les\nyeux levés vers la voûte constellée, les lèvres agitées par de confuses actions\nde grâce, s'interrompant seulement pour baiser avec ardeur les fleurs\nsaintes qu'il pressait contre son cœur, les lys éclatants et candides venus\naux jardins du paradis.\n   Cependant Israfel préludait par de nouveaux accords sur sa lyre, et\nd'une voix plus belle encore, enthousiasmé lui-même par les choses qu'il\navait célébrées, il chantait à présent les litanies de la Vierge. Et tous les\nanges émus les répétaient avec lui ; leurs voix, réglées par une parfaite\nharmonie, semblaient ne faire qu'une seule voix; qui s'envolait au loin\net planait, s'élevant graduellement sur la contrée recueillie; ils réson­\nnaient éclatants les titres d'adoration de la Vierge, et les paroles pleines\nd'imploration s'élevaient avec les voix toujours de plus en plus diminuées,\nvibrant longuement et mourant enfin sous la paix des lointaines étoiles ;\nles derniers vers étaient depuis longtemps chantés et déjà les anges\ndéployaient leurs ailes pour rejoindre leur céleste demeure, que je restais\nencore éperdu, transporté d'admiration et d'amour, écoutant toujours\nrésonner en moi-même les voix qui s'étaient tues, lorsque soudain, ébloui,\nje vis resplendir devant moi celui-là même qui avait charmé les fils de\nDieu, l'ange Israfel. Car ayant lu dans mon cœur l'ardent amour que je\nressentais pour ses frères et pour lui, il vola vers moi et m'embrassa, le\nmerveilleux chantre de Dieu, et avant de rejoindre ses frères qui l'atten­\ndaient, les ailes déjà déployées, il me dit ces paroles inoubliées : « C'est\naujourd'hui l'office des anges, ô cher poète, et nous célébrons ainsi chaque\nannée la descente sur la terre et l'heureux retour au ciel de notre frère\naimé l'ange Gabriel ; et si tu as bien compris la vision qui te fut envoyée,\nles heures de cette nuit n'auront été perdues ni pour toi ni pour nous ;\nmais à présent, tandis que ton cœur est encore plein d'espérance, écris ce\nque tu as vu, afin que tout ceci soit connu et certifié sur la terre et qu'un\npeu de fête fleurisse aussi l'âme des fidèles croyants. »\n   Et déjà ils avaient disparu dans un tourbillon d'ailes blanches, soyeuses\net parfumées ; et c'est pourquoi, suivant son ordre, je tentais de décrire leur\ncéleste venue, mais l'ange avait, hélas ! trop présumé de mes forces, et de\nma vision bien heureuse je ne pus donner qu'une idée confuse et imparfaite.\n                                                OLIVIER-G. DESTRÉE\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                  — 380 —\n\n\n\n                              HÉLÈNE\n                                    (Suite.)\n\n               Seule, leur réalisation hausse nos pressentiments jusqu'au tragi­\n                que, projette, dans une lumière rétrospective, l'ombre impé­\n                rieuse de leur geste fatidique ; accentue d'un ton oraculaire\n                la dubitative expression posthume de fortuites, à ce qu'il sem­\nblait, et insignifiantes alarmes.\n   Delzire se réveillait, quelquefois, en sursaut, persuadé à la mine\nd'Hélène, la veille, subitement remémorée, ou par quelque symptôme\nmoins défini encore, — une catastrophe être advenue la nuit; — ou, am­\nbulant parmi les campagnes torrides, la sécheresse morne du site accablé\nl'induisant à d'irréfrénables présages, il rétrogradait, tout à coup, courait\nvers le château, opprimé d'une suffoquante appréhension indéterminée, dont\ntout et les antécédents identiques démontraient l'inanité, — mais à\nlaquelle il combinait de trop probants indices, qu'il fortifiait d'insidieuses\nplausibilités et capables de contre-balancer la tangible et flagrante\névidence...\n    Il s'enquerrait d'Hélène, alors, et l'insuccès momentané de sa recherche\nessoufflait sa douleur et son impatience jusqu'à de rageuses larmes éner­\nvées. Et aussitôt découverte, dans le coin tranquille où elle travaillait ou\nlisait, la brusque révulsion de son accueil avenant, joyeusement surpris, le\npétrifiait : la soudaine décomposition de son anxiété surtendue faussait les\nressorts de son être; l'innocente gaîté d'Hélène, qui ne semblait même\npoint entrevoir la raison de son désordre, lui déchirait le cerveau d'incisives\nrépercussions, faisait tinter en sa poitrine un carillon haletant de rancune\net de dépit. Calmé, il se suggérait d'équitables excuses, se convainquait de\nl'impossibilité, pour elle, de soupçonner d'aussi capricieuses et arbitraires\nfrayeurs ; mais sa quiétude restaurée gardait la cicatrice d'un doute démora­\nlisant — en réalité, songeait-il, la passion vraie implique l'aptitude à de\ntels délires et rend superstitieux, car rien d'elle ne peut devenir habituel,\njamais, et normal, pour un cœur épris. .\n\n   — Hélas ! vous êtes trop subtil, cher Delzire !\n   — Mon amie, que ne me reprochez-vous la tache originelle? Mes yeux\nouverts sur les spectacles quelconques, sont intéressés rarement, mais\noffensés presque toujours, au moment même qu'ils abdiquent leur incurio-\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                — 381 —\n\nsite... Le croyez-vous ? elle m'use cette affligeante hyperclairvoyance bien\nplus que je n'en use; elle n'obéit au gré de ma volonté, ni de mon désir, et\nje n'en puis circonscrire l'exercice, non pas même le gouverner... C'est,\nj'imagine, le don sardonique, à mon berceau, de la vieille fée hargneuse,\ndont, avec la légèreté ordinaire, on aura négligé de conjurer la prépondé­\nrante méchanceté... Je suis comme le pitoyable favori d'une plus fantasque,\ntous les jours, et oisive despote qui ingénie sa munificente protection à me\nfaire puissant et redoutable, dans l'unique vue d'enorgueillir sa jalouse\ntyrannie sur sa créature ; meurtrir plus sûrement la susceptibilité de celle-ci\ndu frigide et condescendant sourire qui, bientôt, évoquera le néant, duquel\nsa seule et princière fantaisie l'a tiré...\n   Lefilsouple de cette arme perfide, plus volontiers s'aiguise sur la chair\npantelante de son possesseur; je la vois retournée contre moi-même et par\nsa propre et infernale propriété, conduire ma main, me labourer sans pitié\nni courroux et me scarifier de sa lame insensible.\n   Des jours, vous m'avez trouvé allègre, loquace, ressuscité à nous-mêmes,\njouissant de l'existence avec avidité et excès, ainsi que d'un larcin : — trop\nprovisoire répit, sorte d'interrègne de cette arrière-pensée qui estropie ma\npensée même, mutile et brise son aventureux et libre essor...\n   Et malgré ce cilice auquel je m'écorche et me mortifie, je la loue cette\nsubtilité qui me signale et, à chaque instant, me dévoile un motif inaperçu\nencore de vous mieux aimer — et de vos perfections et de mon indignité...\nAu reste, n'est-elle peut-être rien davantage que la perplexité et la vigilance\nnaturelles au gardien avare d'un trésor ; — l'éveil perpétuel, la méticulosité\nprocessive d'un esprit religieux et contrit, que les preuves de la surabon­\ndante indulgence divine atterrent de la possibilité d'un inconscient\nblasphème...\n   — Oui, cette active lucidité, trop éprise de vertiges, parmi tant d'incita­\ntions salutaires, la plupart, je l'accepte, à notre liaison et fortifiantes, en\n mêle, certes, de funestes et de pernicieuses...\n   — C'est vrai ! chaque pulsation d'une vie semblable illustre un drame\ncomplet, profil luisant ou grimace blême, subitement apparu sur la scène\ncérébrale, infinie et restreinte... Incidents imperceptibles amplifiés jusqu'à\nrendre irréparable et désastreux un sourire ambigu, l'interprétation con­\ntroversée d'un signe furtif, un mot autrement articulé...\n   — Je ne sais qu'aimer uniment, moi, d'une oblation de tout moi-même,\n sans réticences ni retour .. Et il me glace et me trouble, ce tiers assombri\n interposé entre nous, — cet à jamais inconnu, cet intrus qui débauche et\n endeuille votre pensée, éloigne vos yeux de moi, tout à coup, et excite en\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                                   — 382 —\n\nvous le morose dédain de la simple fille que je suis... La moindre insistance\nchasse ce soupçon ; mais la rancœur se perpétue de vous deviner scruter,\nausculter — profaner d'investigations impies — une si douce et imper­\nfectible félicité...\n  — Folle ! folle ! chacune des facettes du prisme reflète la terre émer­\nveillée et le ciel, l'orbe sacré de l'horizon, dans leur intégrité ; et les mille\naspects d'eux-mêmes qu'ils prêtent au cristal n'enlèvent pas une parcelle à\nleur intacte et prodigieuse beauté ..\n\n    Ils se turent, surpris par la visionnaire splendeur du matin... La symé­\ntrie savante du parc, l'architecture nuancée des massifs, au milieu des molles\npelouses gazonnées, limitrophes du lac taciturne et lustré; l'onduleuse pos­\nture des cygnes lissant leurs plumes; chaque chose empruntait au soleil\nrenouvelé, à l'argent pulvérisé de ses rayons, on ne savait quel nimbe fabu­\nleux et féerique, — visible vibration, émanation lyrique, chœur transposé\nd'une sorte de plain-chant panthéiste...\n    Hélène, le front barré, une minute, et les sourcils froncés d'effort et de\ncontention, se rasséréna et, d'une voix muée, limpide et bégayante, tour à\ntour, ou enrouée d'exaltation :\n    — Ces perspectives t'impressionnent et captivent ton regard, alors seule\nment que le hasard leur confère la palpable figure de ta préoccupation\nactuelle; — si leur passagère apparence, pluvieuse ou ensoleillée, participe\ndu contour volontaire de ton rêve... Mais, quel idiome tu m'enseignas!\n particulier au point de me paraître étranger dans ma propre bouche, et\n énigmatique ! jusqu'à réduire ma voix, en somme, à être comme l'ignorant\n et docile interprète d'inspirations singulières et si rares que le sangfroid\n revenu éclipse mon incertaine clairvoyance, et me la rend même chimérique.\n    Pourquoi toi-même m'apparais-tu toujours sous l'aspect d'un passant\n hypnotique, à la poursuite navrée d'il ignore quel indéfinissable idéal, dont\n l'éternel et inaccessible recul fanatise son âme, lui refuse la libre faculté\n d'accorder quelque attention aux individus accidentels, croisés sur le\n chemin?... Ne le vois-je point, d'ailleurs? ce matin, transparent et juvénile\n et déjà, hélas! douloureux; — l'épiphanie de ce clair paysage ne rafraî­\n chissent plus tes yeux, cernés de veilles et d'insomnie...\n    — Il n'y a en moi plus assez d'enfance, ni d'espoir; trop d'amour, qui\n sait? car l'amour rend craintif... Nous nous sommes exclus de la simpli­\n cité : ces transports, la corrosive conscience, vaste à en pleurer, où nous\n vivons de nous-mêmes, cette morbide nervosité dont les moindres émotions\n contractent une acre mordacité et perclusent toute énergie, m'altèrent, à la\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                — 383 —\n\nfin, de saines et plus humbles joies, vers lesquelles nos lèvres seraient moins\navidement tendues, — souhaitées et exaucées avec innocence, nulle appré­\nhension de leur épilogue prévu, et dont on pourrait, peut-être, un jour et\nsans remords, — s'assouvir!...\n   Vous l'avez deviné, Hélène... souvent, vers l'aube pernicieuse, assailli de\ntentations malignes, alors que mon cerveau débilité ne combine plus,\ndevant mon regard écarquillé, que de brumeux reflets, las, je baisse la\nflamme de ma lampe et, parmi la pulvérulence cendrée de cet artificiel cré­\npuscule, cet éclairage perverti et blafard, dépaysé par le spectre de ce logis\ninconnu, d'insolites obsessions s'acharnent, fantômes de l'heure interlope,\nque dissiperait un geste vers la lumière, dont la volonté me manque et le\npouvoir... L'aliénation monte, peu à peu, m'envahit, et l'horreur... Car,\ndes mystères se proclament, alors, effarants et absurdes, qu'on n'oserait se\nchuchoter à soi-même; le secret enseveli et la duplicité de sa pensée; des\nchoses qu'il ne faut pas, — qu'il ne faut pas vous dire, — et que, peut-être,\nvaudrait-il mieux que vous sachiez...\n    Ceci m'effraie, mon amie, que l'opulence de cet éther translucide, ce mer­\nveilleux ciel familier n'exercent plus sur moi leur originel empire, n'excitent\nplus en mon âme agrandie l'harmonieux vertige adolescent de l'existence\neurhythmique et de l'avenir, ouverts devant mes yeux et inépuisables...\n    L'éclaboussure ensanglantée, les teintes exorbitantes, la fiévreuse mor­\n dorure, — ce chant du cygne, rauque et sublime, du noble automne; — la\npourpre jonchée, l'indicible agonie des choses étiolées par la sinistre intem­\npérie, intenses et expressives de toute la brièveté de leur dernier lende­\n main... Quelle hâtive ardeur, quelle frénésie solennelle saisit la nature\nentière? Couronnée de houx et de cyprès immortel, nimbée d'or écarlate et\nde lueurs, sous la parure du sacrifice, elle guide, maternelle et guerrière,\nle cortège découragé des souvenirs... Efflorescences suprêmes d'une vitalité\n moribonde; salut évangélique au seuil âpre de l'orgueilleux hiver, — bal­\n samiques et chers, hélas ! de leur analogie avec cet amour qui va mourir...\n    Combien de paroles restent, pourtant, à être dites ! Ah ! rentrons ! le poi­\n gnant infini de cet azur me fait mal et m'enivre...\n    Les bois dictent aux cœurs souffrants un autre, bien plus humble et\n sympathique langage, régénérant, parfumé de regrets et de discrète abnéga­\n tion; l'énorme paix débonnaire des forêts assourdit le tumulte de leur\n chagrin, lui prête une majesté puérile, des pleurs sans amertume, rosée\n irisée que le jour évapore ; et c'est on ne sait quoi, diaphane, de presque\n nuptial, comme les blanches funérailles d'un enfant...\n     ... Notre amour s'est châtié lui-même; l'inexhaustible idéal — cette\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                                  — 384 —\n\nhyperbole trop surhumaine ! — que nous en créâmes, réciproquement, en\nnous, des licences et des souhaits l'ont adultéré et sali, véniels, sans doute,\nmais qui nous le déshonorent...\n    Je le sens cruellement, à cette heure, ce que le monde intitule le bonheur,\ns'il ne paraît criminel et avilissant à l'opinion de la passion vulgaire,\ndéroge à la mienne, à la nôtre ; car, à seulement la changer d'atmosphère,\npour avoir envisagé l'incertaine possibilité d'une déchéance, nous l'attei­\ngnîmes irréparablement, et, corrompue, plus languissante, toujours, vivi­\nfiée de son martyre même, elle a perdu l'auréole qui nous la sanctifiait...\nEt elle me représente la grandeur incompréhensible, l'emphase héroïque et\ndémente d'un suicide très haut et grave ; mais, — n'est-ce pas, quoique sans\nphrases et stoïquement, mourir?...\n                                                       ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n          CHRONIQUE ARTISTIQUE\n                      AU SALON DE BRUXELLES\n\n             On ne voit plus guère qu'un artiste débutant s'expose aux Salons\n               triennaux, à moins qu'une médiocrité de bon aloi ne lui ait\n               concilié sur-le-champ la bienveillance universelle, ou qu'il\n               n'y soit toléré grâce au testament de feu l'avoué Godecharles,\ndont les petites combinaisons ont force de loi. Ceux qui ne débutent plus\nne se soucient pas toujours d'envoyer des œuvres inédites, plus malaise'es\nà négocier, et quand le bonheur veut qu'ils s'en soucient, le hasard veut\nsouvent qu'on ne s'en aperçoive pas. Il est donc assez difficile d'imaginer\ndes raisons pour lesquelles un Salon officie] ne serait pas très semblable au\nprécédent. Ne nous le dissimulons d'ailleurs pas : c'est parmi les sports de\nluxe pur que cette recherche devrait être rangée.\n   Le Salon de Bruxelles n'échappe pas à la loi commune. Toujours le\nmême vieux jeu de cartes cent fois battu et rebattu par les mêmes mains,\nou par les mêmes pattes, puisqu'il s'agit de peintres. Comme d'habitude,\non crie qu'elles ont triché et qu'il y a maldonne. Beaucoup de dames cepen­\ndant sont sorties, et les brelans de valets ne sont pas rares. Mais les rois\ns'obstinent à demeurer au talon.\n   Plusieurs exposants, étonnés de voir que les membres du jury n'eussent\npas les plus mauvaises places, n'ont pu s'empêcher de croire que s'ils\navaient fait le placement eux-mêmes, tout le monde aurait été content.\nN'est-ce pas une erreur? La seule proposition raisonnable que l'on ait\némise sur ce sujet appartient à celui de nos confrères de la presse quoti­\ndienne avec lequel nous sympathisons le plus souvent, et la voici : « Pour\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                                — 385 —\n\nquoi ne construirait-on pas autant de baraques, grandes ou petites, qu'il y\na d'œuvres présentées au suffrage réconfortant des foules? Et, pour que\nl'égalité des chances fût absolue, ne pourrait-on pas monter les baraques\nsur roulettes, comme des maisons de bergers, et les mêler chaque nuit,\ncomme un jeu de dominos ? » L'emplacement était tout indiqué : la plaine\nde Tenbosch, à proximité du Vélodrome; ainsi les personnes distinguées\nqui encouragent les arts ne devraient pas se déranger beaucoup.\n   Mais, sans nous arrêter davantage aux justes récriminations dont les\nvictimes d'aujourd'hui ont emprunté la formule à leurs prédécesseurs pour\nla transmettre aux victimes futures, les leurs peut-être, ils nous faut men­\ntionner quelques-unes des œuvres qui marquent le plus dans la production\nde cette année. Nous serons bref, nous étant imposé la loi de ne médire\nde personne.\n   Le tableau qui a le plus attiré l'attention des visiteurs est assurément la\n Visite au malade, de M. Struys. Cette composition touche de près au genre\napitoyant, dont M. Struys ne s'est jamais méfié. Son plus grand mérite\nréside dans la justesse, dans l'éloquence des attitudes et des physionomies;\nla tête du mourant et celle du prêtre sont particulièrement réussies. Le\ncoloris est acceptable, même bon, nullement transportant ; il ajoute peu , de\nchose à l'œuvre. A part certaines fautes peu explicables dans les proportions\net dans la perspective, ce tableau est très creusé, très serré, très conscien­\ncieux, et nous n'attachons à cette épithète aucune signification restrictive.\n   M. Courtens, il faut le dire, n'est pas un consciencieux. C'est un beau\npeintre aux instincts robustes et puissants ; mais il se fie trop à sa verve et\nau hasard. Son art, tout entier réaliste, exige une observation soutenue,\n une déférence constante envers la nature, qui doit être le principe de sa\n force et de son renouvellement. Or, cela manque un peu dans Soleil de\n septembre, dessiné de pratique, dans le Chemin de la croix, dont les\n valeurs ne sont guère étudiées. Le succès de ce tableau ne tient-il pas en\n grande partie à sa tendance sentimentale et à son titre à effet, où l'on devine\n une manière de calembour?\n    N'insistons pas sur le parti pris de colorations iodées auxquelles M. Fré­\n déric s'obstine, sans nous y habituer. Sa Vanité des grandeurs est une\n allégorie très marquée, mais les meilleures qualités de son Voile de Véro­\n nique se retrouvent dans son lyrique Printemps, un enfant nu ailé, dont le\n doux visage ravi s'émerveille parmi les fleurs, de fraîches fleurs sans\n nombre, une incroyable profusion de fleurs humides de rosée, de fleurs\n éblouissantes, de fleurs d'aurore, de jeunesse et de joie. Et sa Grand'route\n zélandaise fuyant dans la plaine verte, où de petites femmes semblables à\n des poupées amusent le regard, nous l'aimons aussi pour son originalité,\n son caractère synthétique, sa disposition neuve.\n    M. Gilsoul a également sa vision personnelle, des colorations plus fon­\n dues, plus sombres, mieux équilibrées. Son Vieux quai au crépuscule est\n impressionnant, bien que l'opposition soit un peu exagérée entre des\n lumières trop vives, où l'œil du peintre s'hypnotise, et des noirs trop morts.\n  Son interprétation d'un paysage de banlieue a de beaux éclats sonores et\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                   — 386 —\n\ndoux, pleins d'ampleur, des touches grasses, solides, étalées par larges\nplaques brusquement luisantes. On a refusé un tableau à M. Gilsoul; sans\nl'avoir vu, nous sommes certain que l'on a été injuste envers lui, comme\non a été injuste envers un autre peintre du Voorwaarts, M. Laermans,\ndont les deux tableaux, la Flânerie au village et l'Enterrement, sont déro­\nbés à l'attention des visiteurs. Quelle entente du dessin expressif pourtant,\nquel sens de la couleur et de sa' signification dans ce groupe de rustres\ngauches et ballants, dans ces gens qui s'en vont serrés en tas derrière un\ncercueil, ployant leur pauvre échine sous un ciel de détresse !\n    Parmi les paysagistes il convient de citer avec éloge MM. Baron, Verwée,\nCoosemans, Binjé, Den Duyts, Verstraete, Meyers, Taelemans, et dansles\ngénérations plus fraîches MM. Claus, Hannon, Baertsoen, Wytsman,\nMarcette, Coppens, Dardenne, Cassiers. Tous intéressants, maisfidèlesà\nleur manière connue. Le Matin de M. Binjé, de grandes ramures vertes et\nblondes, frémissantes au bord d'un étang d'où monte une fine buée, apporte\ncependant une note nouvelle chez l'artiste. C'est un ample paysage d'un\nstyle noble, d'une immatérielle délicatesse, qui fait penser un peu aux\nrécentes œuvres de M. Heymans, malheureusement absent, — malheureu­\nsement pour le Salon et pas pour lui.\n   Très variée, l'exposition de M. Verheyden : un portrait d'enfant, harmo­\nnisé par grandes masses, un paysage, jeu d'ombres et de soleil, et les\nLibellules, une femme nue assise dans la verdure, détachant sa gracieuse\ntête rousse, délicatement modelée, sur un fond lumineux.\n    Les bons tableaux de figures sont très rares. Mentionnons encore, de\nMlle Alix d'Anethan, une composition solennelle et douce, construite sur\nles rythmes élyséens de Puvis de Chavannes ; de M. Motte, presque un nou­\n veau cette fois, son propre portrait et un portrait de femme curieusement\ncontourné, l'un et l'autre sérieux, dignes, presque monochromes et trou­\nvant un effet subtil dans l'étouffement des colorations.\n    Les œuvres étrangères sont clairsemées. M. Fantin-Latour rêve de\ndéesses vénitiennes ; M. Pointelin contemple sa vallée solitaire; M. Gosse-\nlin s'attriste à de vagues et lents déclins de journées grises ; M. Raffaëlli\n fouille et refouille de son dessin noueux et tortillé ses terrains pelés et ses\ntypes de banlieue, ou l'aspect grouillant, bigarré, kaléidoscopique des bou­\nlevards parisiens qu'il fixe en traits essentiels ; M Grönvold crayonne\nd'amusantes figures, tandis que l'adroite fantaisie des pinceaux ou des pas­\ntels de M. Thaulow évoque de doux paysages ouatés de neige, ou de claires\nnuits norvégiennes, ou la Seine et ses flots d'absinthe.\n    D'Allemagne nous viennent une douce et charmante image de mater­\nnité, de M. Lenbach, en teintes de bistre et de vieil ivoire poli ; des impres­\n sions rurales, largement étalées, d'un vigoureux réalisme de M. Lieber-\n mann ; un petit intérieur bleu et violet, pas mal vu, d'un jeune, M. Stremel.\n    La plus grande curiosité s'attache aux Anglais, et c'est à juste titre. Non\n pas que MM. Guthrie, Lavery, Stevenson, Stott soient inconnus en Bel­\n gique. M. Stott a exposé aux XX, et les autres à Gand et ailleurs, mais\n avec moins d'éclat. M. Stott a une Diane, peinture mince, en manière de\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                -   387 ~\n\ntapisserie, d'un charme languide et singulier, et une vue de montagne,\nl'Eiger, un pic neigeux baigné d'une froide lumière lunaire. Il y règne un\nsilence glacé où l'on sent planer la terreur des altitudes, et c'est le seul\ntableau de montagnes vraiment beau que nous ayons jamais vu.\n   MM. Guthrie, Lavery et Stevenson sont Ecossais, du groupe nouveau\nde Glasgow. Le paysage de M. Stevenson, Lune d'été, n'est peut-être pas\nabsolument exact dans le rendu, mais il est impressif, noblement composé\navec son ample courbe fuyante, et le coloris, tout en douces nuances cré­\npusculaires, fait penser à Corot. Nous croyons cependant que M. Stevenson\nest plutôt un peintre énergique, et que cette rencontre est principalement\ndue au sujet; tandis que si MM. Lavery et Guthrie rappellent invincible­\nment M. Whistler, c'est par le fond même de leur art, qui s'y rattache\ndirectement. Leurs portraits sont whistlériens par leur disposition, leurs\nfonds d'où le personnage surgit comme une apparition, leur allure aristo­\ncratique, leur dandysme raffiné, leur facture large et fière, la simplicité,\nl'unité profonde du coloris. Ce ne sont donc pas des oeuvres très originales,\nmais ce n'en sont pas moins des oeuvres de haute tenue, infiniment distin­\nguées. La place nous manque pour les analyser toutes comme elles le\nmériteraient. Consignons seulement notre préférence pour celles de\n M. Guthrie, surtout pour son portrait de femme, si plein de grâce et de\ngoût qu'on dirait presque que tout dans le Salon devient bête et lourd par\n comparaison. Si M. Lavery peut être placé au même rang, c'est moins pour\n ses deux portraits que pour son Soir de la bataille de Langside. Toutes\nles espérances écroulées, Marie Stuart s'en revient silencieusement à travers\n la lande écossaise, sous les mornes nuages qui accablent l'horizon. Voilà\n un tableau d'histoire qui ne gesticule pas, mais d'où se dégage simplement\n une sensation tragique de consternation définitive.\n   A en juger d'après les œuvres dont nous venons de parler, comme d'après\nd'autres, vues ailleurs, notamment celles de M. Hornel aux XX, les plus\noutrancières, la jeune école de Glasgow s'affirmerait, en dépendance de\nM. Whistler, comme une école de coloristes équilibrés, tantôt fluides,\ntantôt veloutés, ennemis des aigreurs communes chez les Anglais, ennemis\naussi de leurs préoccupations sentimentales, philosophiques ou morales,\npeintres avant tout, très dominés par le sentiment de l'harmonie générale\net de l'unité.\n   Il nous reste à dire un mot des sculpteurs. Nous rencontrons d'abord\nencore un artiste de Glasgow, M. Mac Gillivray, qui nous présente une\nintéressante reconstitution de sculpture grecque, teintée sur le modèle des\nfigurines tanagréénnes; M. Charpentier, vu aux XX et à Anvers; puis,\nparmi les Belges, MM. Meunier et Vander Stappen, avec une série encore\nincomplète d'esquisses magistrales; MM. Du Bois et Lagae, avec des\nœuvres connues; M. Craco, élève de M. Meunier, et qui s'en ressent, avec\nson Autel original, d'un beau sentiment, mais d'une exécution insuffisam­\nment poussée; puis MM. Braecke, De Vreese, Samuel, Gaspar, dont les\n fauves, tout frémissants de vie, sont traités avec hardiesse et avec grandeur.\n Le souple métier de M. Rousseau s'accuse dans les figures allongées et mala-\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                    — 388 —\n\ndives de son bas-relief, Amour virginal, auquel nous reprocherons l'expres­\nsion trop maniérée des visages et la maigreur des ornements floraux.\n   A se promener dans les jardins consacrés à la sculpture, on constate que\nles sculpteurs récents ont de plus en plus en vue le caractère et le mouve­\nment, sans direct souci de la beauté, et que presque tous, ils manquent leur\nbut et n'aboutissent qu'à la laideur. Le grand talent de M. Lambeaux a\ncontribué à les dévoyer, et voici qu'il se dévoie lui-même. Bien qu'on ait\nbeaucoup exalté son groupe l'Ivresse, nous n'y trouvons que certains beaux\nmorceaux mal agencés, des reliefs puissants, mais qui ne palpitent que\nd'une vie frénétique et bestiale. L'ensemble est lourd, redondant, déclama­\ntoire, confus, sans une ligne qui ne soit pas non seulement tourmentée,\nmais franchement baroque. Dans la dernière œuvre du maître du Baiser\net de la Folle chanson, nous voyons le cauchemar d'un Michel-Ange du\nruisseau et les bacchanales de la Crapule. Hélas ! ne nous plaignons pas\ntrop. Nous regretterons l'Ivresse, car on va l'imiter.\n                                                         E R N E S T VERLANT\n\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  Au Jardin de l'Infante, par ALBERT SAMAIN. Paris, édition du « Mercure de France».\n— Premières Poésies, par JEAN CARRÈRE. Paris, Bibliothèque de « la Plume». —Les\nOpales, par KARL Boës. Paris, librairie de l'An Indépendant.— Idylles joyeuses, put\nERNEST DUPONT. Paris, Vanier. — Pages de joie, par PAUL GÉRARDY. Liége, des\npresses de « Floréal ». — La Ronde du Trouvère, par MAURICE DESOMBIAUX. Gand,\nSiffer.\n\n\n              L'auteur du recueil de vers intitulé Au Jardin de l'Infante,\n               M. Albert Samain, est incontestablement un poète; et si,\n               comme je le crois, ce livre est un premier livre, le débutant\n               est de ceux dont nous pouvons attendre de belles œuvres.\n   Au Jardin de l'Infante se compose de plusieurs groupes de poèmes, entre\nlesquels il n'existe pas de lien apparent, mais qui se rattachent pourtant les\nuns aux autres par le sentiment et par la couleur. M. Albert Samainala\nnostalgie du luxe, l'amour du faste, le regret des époques pompeuses. Son\nexotisme se promène languissamment, de Bergame aux Iles fortunées, de\nColchide en Extrême-Orient. Mais il ne faudrait pas s'imaginer que\nM. Albert Samain n'est qu'un poète décorateur : ce fastueux, qui pourrait\nfaire valoir au titre de Magnifique des droits plus sérieux que ceux de\nM. Saint-Pol-Roux, est aussi un sentimental. Le fastueux écrit des sonnets\npareils à celui-ci :\n                                  LA TOISON D'OR\n             Noire dans la nuit bleue, Argo vogue, rapide.\n             Les chefs, au crépuscule évoquant la maison.\n             Tristes, se sont couchés et dorment. Seul, Jason,\n             Debout, veille et poursuit son grand rêve intrépide.\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                  — 389 —\n\n          La Lyre aux clous de feu brille; l'ombre est limpide;\n          Le silence infini vibre!... Et le fils d'Eson\n          Emplit de son orgueil immense l'horizon,\n          Et respire de loin les roses de Colchide.\n          Or, pendant qu'à la proue il s'enivre, pensif.\n          Là-bas, Médée en feu, dans le jardin lascif,\n          Sent sa chair se dissoudre aux tièdes vents d'Asie...\n           Et déjà, sous l'œil vert du Dragon      frémissant,\n          Le Destin, préparant l'antique frénésie,\n          Mêle à la Toison d'or l'odeur sombre du sang.\n\n Lisez maintenant ces vers du sentimental :\n          J'adore l'indécis, les sons, les couleurs frêles,\n          Tout ce qui tremble, ondule et frissonne et chatoie,\n          Les cheveux et les yeux, l'eau, les feuilles, la soie,\n          Et la spiritualité des formes grêles ;\n          Les rimes se frôlant comme des tourterelles,\n          La fumée où le songe en spirales tournoie,\n          La chambre au crépuscule, où Son profil se noie,\n          Et la caresse de Ses mains surnaturelles ;\n          L'heure de ciel au long des lèvres câlinée,\n          L'âme comme d'un poids de délice inclinée,\n          L'âme qui meurt ainsi qu'une rose fanée.\n          Et tel cœur d'ombre chaste, embaumé de mystère,\n          Où veille, comme le rubis d'un lampadaire.\n          Nuit et jour, un amour mystique et solitaire.\n\n   Certes, ces deux morceaux, de ton si différent, trahissent quelques\ninfluences. Il serait difficile, devant la Toison d'or, de ne point penser à\nM. de Hérédia. On pourrait, dans le deuxième sonnet, noter d'autres rémi­\nniscences. Mais je n'aime guère ce jeu-là, et il serait puéril dans le cas\nprésent, car M. Albert Samain possède une réelle personnalité poétique.\n   Dans quel sens cette personnalité se développera-t-elle? Est-ce le fastueux\nqui mangera le sentimental, ou le sentimental qui absorbera le fastueux?\nOu bien — comme j'incline à le croire — le fastueux et le sentimental se\nmêleront-ils d'une façon plus étroite et plus intime? Qu'importe. M. Albert\nSamain est en ce moment, avec M. Pierre Louys, un des rares nouveaux\npoètes dont on puisse espérer un chef-d'œuvre. Assurément, je ne l'admire\npas toujours : certaines de ses combinaisons rythmiques ne sont guère heu­\nreuses, par exemple celle qui consiste à allonger le sonnet classique d'un\nquinzième vers absolument inutile et disgracieux. D'autre part, je ne pense\n pas que M. Samain, en faisant rimer des singuliers avec des pluriels, pour­\nsuive un autre but que celui de courtiser la folie régnante. Mais ce sont là\n fautes vénielles, péchés de jeunesse qui ne deviendraient mortels que dans\nl'hypothèse d'une rechute. M. Albert Samain a tout ce qu'il faut pour\nréaliser la Beauté, et j'ose espérer qu'il ne la sacrifiera point à la Mode.\n   Je voudrais pouvoir en dire autant de M. Jean Carrère. Malheureusement\npour lui, ses Premières Poésies, dont la publication me paraît d'ailleurs\nprématurée, ne me permettent pas de lui décerner un pareil éloge. M. Jean\n Carrère a beaucoup d'enthousiasme et de feu. Son imagination s'allume\n facilement, et sa strophe ruisselle avec une très grande aisance. Mais que\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                                   — 390 —\n\ncette chaleur semble factice, et que cette aisance est regrettable! La poésie\nde M. Jean Carrère est une improvisation de tête chaude et de cœur bondis­\nsant. Oh! ce Midi, ce terrible Midi, comme il fait danser etfleurirles\njeunes cervelles ! Déjeuner de soleil que ces poèmes-là! Belles gourmes, et\npas mal jetées ; mais l'Art véritable est bien au-dessus de ces banalités,\ngénéreuses et sonores, même lorsqu'elles sont brillamment enflées par un\ntrès aimable escholier.\n                                        ***\n   L'auteur des Opales, M. Karl Boës, nous apprend qu'ils les a serties de\nson or le plus pur, sous l'invocation de Platon, de Vinci, de Shakespeare et\nde Wagner. Voilà de puissants protecteurs ! Si M. Karl Boës les avait con­\nsultés, ils lui auraient conseillé de purifier son or, qui est du cuivre pas même\nparvenu.\n   Je soupçonne M. Boës de n'être l'intime ni de Wagner, ni de Shakes­\npeare, ni de Vinci, ni de Platon. Je gage qu'il a mal lu M. Joséphin Péla­\ndan, ce qui est moins difficile.\n   Avec M. René Ghil, M. Karl Boës est le rimeur français qui emploie le\n plus de lettres majuscules. C'est une originalité, sans doute, mais je ne\n pense pas qu'elle soit suffisante. Heureusement, M. Boës en possède une\n autre : il passe du vers le plus platement prosa'ique à la métaphore la\n plus audacieuse, sans que l'effort soit apparent. Les délicats lui envieront\n certaines Mers « plus belles qu'on ne saurait dire », — mais votre métier,\n Monsieur, c'est précisément de savoir le dire ! — et cet adorable vers prin­\n tanier :\n                 Les hommes ont besoin de caresser les femmes.\n   Les rhumatisés lui sauront gré d'avoir décrit « la saison aux douleurs\naiguës ». Quant aux brouteurs de métaphores, ils resteront pensifs devant\ncet alexandrin exquis :\n                 Caresse ta paupière au galbe des statues!\n  J'espère que le poète ferme l'œil pendant cette opération. Les musiciens\napprendront, avec un étonnement joyeux, que les Bardes « chantaient le\npibroch » aux clans ; que la rafale « a déraciné la vertu de Parsifal », dont\nla virginité devait être profondément plantée ; que le sage, sur son donjon\nde jade et sous le ciel d'étain, se promène « blanc botté de daim, noir vêtu\nde satin », et que l'idéal chevaleresque, c'est de marcher « derrière l'Ecu de\nceux qui furent grands ».\n   Que Platon, Vinci, Shakespeare et Wagner soient cléments à M. Boës!\n   M. Ernest Dupont, plus modeste et moins majusculaire, se contente\nd'une épigraphe de M. Jean Moréas et d'une préface de M. Jean Berge. Ses\nIdylles joyeuses feraient de bonnes chansons de café-concert. Une ou deux\nd'entre elles se haussent jusqu'à du Jean Richepin. C'est parfois verveux et\nsouvent inoffensif.\n\n   M. Paul Gérardy, le poète des Chansons naïves, revient à la charge avec\n des Pages de joie.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                 -   391    -\n\n   Vous pensez bien que l'auteur des Chansons naïves ne s'est pas trans­\nformé au point d'entendre le mot joie dans le sens que lui donna jadis\nM. Théodore Hannon. Il s'agit ici de la joie pure, ingénue d'un être\njeune et neuf qui ouvre les yeux à la vie. Les nouveaux poèmes de M. Paul\nGérardy ressemblent donc beaucoup à ses anciennes chansons.\n   J'ai dit naguère, à propos des oeuvres de MM. Mockel et Rassenfosse, ce\nque je pense des poètes de l'école wallonne, ou plutôt, de l'école mosane, car\ncette école a, paraît-il, un pied en Belgique et un pied en France. Celui\nqui est en France ne va plus, et l'autre ne remue guère. Sans doute, les\njeunes poètes wallons possèdent beaucoup de spontanéité et de fraîcheur, et\nM. Paul Gérardy pourrait bien être celui d'entre eux qui en a le plus. Pro­\nfondément imbu de germanisme, il nous a donné plus d'un lied exquis à la\ngrâce chantante et simple. Comme il le dit si joliment, tout en célébrant la\njoie, il « chante-pleure », ou, s'il le préfère, il rit aux anges, et aux larmes.\n Mais qu'il prenne garde à l'affectation du naïf, à la grimace de la simplicité\nvoulue, à la rouerie nouvelle, aggravée d'archaïsme, qui a déjà perdu tant\nde jeunes écrivains. M. Paul Gérardy et ses amis ont vraiment trop de\ntalent pour se complaire à de sempiternelles transcriptions, de plus en plus\n vagues, insipides et amorphes, des mêmes lieux communs. Le poncif de la\n princesse sur la tour et du chevalier, et le thème indiqué naguère par\n M. Paul Verlaine dans Gaspard Hauser chante sont des motifs quelque\n peu usés. Quand les beaux esprits du XVIIIe sièle prirent parti, qui pour la\n Belle Matineuse de Malleville, qui pour celle de Voiture, ces deux sonnets\n rivaux se ressemblaient moins que les chansons de page, et les pages de joie\n des poètes mosans. Je défie le lettré le plus raffiné, si on lui lit pêle-mêle\n des extraits de Dit un Page et de Pages de joie, de ne pas rendre à M. Ras­\n senfosse ce qui appartient à M. Gérardy, et réciproquement. Je l'avoue sans\n honte, il m'arrive maintes fois de lire une série de chansons mosanes, de les\n trouver charmantes, et, le livre refermé, de me demander ce que j'ai lu ou si\n j'ai lu quelque chose. Je ne me souviens, la plupart du temps, que d'une\n espèce de bredouillement puéril, qui berce l'oreille sans occuper l'esprit.\n    Assurément, Pages de joie contient quelques chansons ravissantes, par\n exemple celle qui débute ainsi : « Laisse les beaux oiseaux chanter », et\n de nombreuses strophes qui sont d'un poète; mais que dire du morceau\n suivant :\n                     Sur sa tour reine naïve\n                     Chante et fleure et rit d'amour,\n                     Sur sa tour;\n                     Au loin des plaines beau prince arrive.\n                     Vers la tour prince naïf\n                     Chante et pleure et rit d'amour,\n                     Vers la tour;\n                     Au loin des plaines archers arrivent.\n                     Dans la tour prince naïf\n                     Chante et pleure et rit d'amour,\n                     Dans la tour;\n                     La reine est morte d'amour.\n\n    Poète naïf, mais nègre, m'afflige. Si poète naif, mais nègre, recommencer,\n critique se fâcher !\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                                  — 392 —\n\n    En attendant, il se contente de rire, et pour un rien il s'écrierait que ces\npoèmes-là lui donnent envie de marcher à quatre pattes et de redemander\nsa nourrice, emmi ses langes.\n   M. Paul Gérardy,'pour caractériser un cygne, le représente « songeant\naux mots nouveaux ». Voilà un cygne assez singulier — un signe des\ntemps — et que Tribulat Bonhomet aurait le plus grand tort d'étrangler,\nIl expirerait en faisant des néologismes!\n    Une partie des réflexions qui précèdent pourrait s'appliquer à M. Maurice\n Desombiaux, dont la Ronde du Trouvère, sans me pousser à de fâcheuses\nextrémités, ne me satisfait qu'à demi. M. Maurice Desombiaux, par un\ncaprice de poète, s'est complu à prendre place, un instant, parmi — emmi\nen mosan — les jeunes chanteurs folkloristes, je dirais \" folklorotiques \"\nsi M. Desombiaux n'était pas un écrivain de tempérament robuste et sain.\n Si c'est un caprice, — je le lui passe; mais si c'est une maladie, — je lui\n dirai son fait, comme à d'autres, en toute liberté. Les bons comptes rendus\n font les bons amis.\n    Heureusement pour M. Maurice Desombiaux, sa soudaine tendresse\n pour le folklore et pour le vers libre ne l'empêche pas d'écrire en français.\n Il convient de l'en féliciter sans ironie, car, en Belgique, le vers libre\n conduit fatalement, semble-t-il, au patois le plus frénétique. M. Maurice\n Desombiaux, avec M. Albert Arnay, fait exception à cette déplorable règle.\n C'est quelque chose, et demain, ce sera beaucoup.\n    Un autre mérite de M. Maurice Desombiaux, — puisse cet éloge ne pas\n lui attirer de mauvaises querelles ! — c'est que ses poèmes ont un sens\n précis. Par le temps qui court, c'est une originalité.\n    Ces deux mérites-là me disposeraient à l'indulgence, si M. Desombiaux\n en avait besoin. Dieu merci, ce n'est pas le cas, et je le loue d'avoir écrit\n cette belle chanson douce : Crépuscule, et ce beau poème viril : Mon coeur\n dans la caverne de la haine. L'auteur de ces deux morceaux est un\n écrivain de talent, dont on est en droit d'exiger davantage, et envers\n lequel on peut se montrer difficile. Quant au fragment sans titre :\"O\n Maître halluciné des âges chrétiens », comment M. Desombiaux ne s'est-il\n pas aperçu qu'une inspiration de cette envolée réclame impérieusement la\n savante ordonnance du vers classique?\n    On me dira que je reviens toujours à mes moutons. Ce n'est pas ma\n faute, c'est celle de Panurge. Il aurait dû mieux les garder. Si les novateurs\n s'étaient contentés de nous offrir la mélopée comme une troisième forme,\n intermédiaire entre la poésie et la prose, comme le poème en prose est une\n troisième forme, intermédiaire entre la prose et la poésie, jamais nous\n n'eussions protesté. Les prosateurs auraient dit du poème en prose : « Ce\n n'est plus de la prose ! » Les poètes auraient dit de la mélopée : « Ce n'est\n  pas encore de la poésie! » Mais prosateurs et poètes eussent été d'accord\n pour admettre l'exception en tant qu'exception. Malheureusement il fallait\n cabotiner, et dès lors !...\n                                                        A L B E R T GIRAUD\n   Au prochain numéro : Les Scènes de la vie judiciaire, l'Histoire des\n Lettres belges et le Livre qui pue, 2e édition (à l'anglaise), etc.\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                       — 393 —\n\n\n\n\n                               MEMENTO\n   L'abondance des matières nous a forcé        mutilées, vos critiques équivoques, votre\nd'ajouter au présent numéro quatre pages        escamotage de toutes preuves et surtout vos\nsupplémentaires.                                omissions peu candides. Vous ne dites pas\n   Nous espérons que nos abonnés nous en        que dans le premier volume dont vous ne\nsauront gré. Sinon, ils seront promus au        soufflez mot, et dans le deuxième, plus de\ntitre de mufles.                                cent cinquante pages élogieuses concernent\n                                                De Coster, Van Hasselt, Le Bourguignon,\n                                                Van Keymeulen, etc., qui ne sont pas des\n                                                Jeune-Belgique, sans compter les autres\n  En l'absence de M. Iwan Gilkin, la publi­     qui suivront dans le tome III.\ncation du numéro d'octobre a été dirigée par      Si vous pouvez citer un seul écrivain\nM. Albert Giraud.                               belge de valeur, célébré par vous et négligé\n                                                par moi, je lui brûlerai un grand cierge. Je\n                                                crois qu'il n'y a d'omis que vous, et cela, je\n  Dans la dernière réunion de la Jeune          le reconnais, c'est fâcheux. Je suis donc\nBelgique, MM. Francis Nautet et Henry           fautif; mais mes petites qualités et mes gros\nMaubel, ayant renoncé à leur part de pro­       défauts m'appartiennent, au moins, en\npriété, ont été remplacés par MM. Paul          propre. Or, vous, cher Monsieur, vous ne\nTiberghien et Valère Gille, ancien directeur    pouvez même pas revendiquer la paternité\nde notre revue.                                 de vos erreurs. On vous a toujours lu\n  Le comité a décidé la création d'abonne­      quelque part, d'avance. Et ce n'est pas sans\nments patronaux de 50 francs.                   raison que Max Waller disait : « Quand\n  La Jeune Belgique profite de l'occasion       M. Frédérix mourra, on ira déposer une\npour remercier chaleureusement le premier       palme sur la tombe de Sainte-Beuve (1). »\nsouscripteur, dont l'initiative généreuse a     Quant au « manque de proportions »,\nprovoqué cette innovation, qui nous per­     relisez donc, je vous prie, vos innombra­\nmettra de développer et d'améliorer notre    bles feuilletons sur les quelconques ou les\nœuvre collective.                            idoles éphémères, et vos parcimonieux\n                                             articles consacrés à des talents de durée ;\n                                             mettez le tout en balance et pesez juste.\n  A la suite de l'article de l'Indépendance,    Mille bonnes choses,\nSa Majesté Frédérix Barbe-Rase a reçu les                              FRANCIS N A U T E T .\nlettres suivantes :                             Pour nous mettre d'accord, je publierai\n     MONSIEUR,                              votre article en entier dans le tome III, sans\n Je viens de lire votre très amusante aucune savante mutilation, et j'y joindrai\ndépréciation où vous parlez si curieusement cette lettre.\nde corde dans la maison d'un pendu. Merci.              MONSIEUR,\nPour certaine galerie, dont je ne vous             Quelque influencés que soient vos juge­\ndispute pas les amitiés, vous gagnez sans       ments en ce qui concerne la Jeune Belgique,\ndoute la première manche, non sans quel­        je ne les discute pas. Vous êtes le maître\nque tricherie. Je compte bien gagner la\nseconde et la belle!                              (1) Ce n'est cas Max Waller, mais Albert Giraud\n  Vous me faites, d'ailleurs, la partie vrai­   qui a dit cela. Si c'est à cause de ce mot que M. Fré­\n                                                dérix poursuit la mémoire de Max Waller !...\nment facile, grâce à vos citations joliment                                             (N. D. L. R.)\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                       — 394 —\n\nde vos appréciations louvoyantes ; mais          dans la cour de la caserne Sainte-Elisabeth.\nn'essayez pas de travestir le caractère d'un     INUTILE DE DÉCRIRE LE SUJET, ON LE DEVINS.»\nmouvement que vous ne pouvez plus nier.            En effet, trésor !\n   Dans votre article sur le livre de M. Nau­\ntet, parlant des « Conditions matérielles\nmeilleures du métier d'écrivain » en Bel­            Le vernissage du Salon a été particu­\ngigue comme en France et des « moyens            lièrement orageux. Les jeunes peintres sont\nde vivre copieux, qui ont attiré vers ce         exaspérés contre le jury officiel. M. Delsaux\nmétier les jeunes gens », vous vous efforcez,    a coupé sa toile, et M. Dardenne a passé la\nen un paragraphe habilement confus, de           sienne au bleu. Des meetings d'artistes ont\ndénaturer nos mobiles d'écrivain.                eu lieu, et des délégués ont été envoyés au\n   Vous êtes le dernier auquel il appartienne    ministre.\nde répandre — internationalement — de                Un mouvement se dessine en faveur de\npareilles calomnies.                             la nomination du jury par les exposants.\n                          HENRY MAUBEL.              Ce système serait évidemment moins\n                                                 mauvais que le système actuel. Mais serait-il\n                                                 bon ?\n   Une définition du mariage par M me Pi­            Au fond, nous partageons l'opinion de\nrotte :                                          Jean d'Ardenne, qui a écrit dans la Chro­\n   « Un intime polissage qui devient un          nique un article fort profitable, dont voici\neffacement, un écorchement, un écrasement        la conclusion :\ndes deux époux, ou l'un des deux par                 « On aurait pu entamer l'affaire autre­\nl'autre, quand il n'est pas une fusion saine     ment et réclamer du premier coup la sup­\net naturelle. »                                  pression radicale des salons triennaux.\n                                                  L'union, suivie d'une action énergique, de\n                                                  tous les éléments d'opposition aurait eu\n   De la même, cette réflexion caractéris­\n                                                  peut-être quelque chance d'aboutir.\ntique :\n                                                      Ce n'est pas seulement l'organisation\n   « Les hommes vont-ils se plaindre que,\n                                                  salonnière qui est vicieuse : l'institution\ndans la création des enfants, ils ont vraiment\n                                                  elle-même est condamnée, non seulement\ntrop peu de chose à faire ! »\n                                                  par un vice essentiel et primordial, mais,\n   Trop peu de chose, c'est vite dit.             en outre, par un désaccord toujours plus\n   Faites-le un peu, pour voir, chère Ma­         accentué entre elle et l'art moderne.\ndame!\n                                                      L'art pur et simple n'a nul besoin de cette\n                                                   intervention de l'Etat, lequel, quoi qu'il\n                                                   advienne, quels que soient ses mandataires,\n         L E MACAQUE FLAMBOYANT.\n                                                   ne sera jamais, en la matière — passez-moi\n   « Dans la grande salle d'honneur, de            l'expression — qu'un pignouf. Il lui est\n forme CRUCIFÈRE (!!!), se trouve à l'un des       interdit d'être autre chose : c'est ce dont il\n panneaux un lamentable Portaels intitulé :        faudrait commencer par se convaincre avant\n La Calomnie. C'est de l'allégorie : une           d'entreprendre une réforme quelconque.\n femme hideuse, dont la face syphilitique          La voie est toute tracée, à cette heure, le\n exhale par la bouche des FLAMMUOSITÉS,            système des exhibitions d'art organisées en\n étreignant de ses pâles mains décharnées          dehors de tout concours officiel ayant donné\n une pauvre jeune fille, une vierge au visage      des résultats suffisants. »\n FORTEMENT ANÉMIAL. »       (Le     Peuple.)\n                                                      Avis à ceux qui veulent se réconcilier avec\n   Du même journal :                               « le pignouf ».\n   « A. la rampe de la salle XIII s'expose\n impudiquement une toile de Van Sever­\n donck représentant la Prestation de serment        La règle de trois continue à être potassée\n de S. A. R. le prince Albert de Belgique         par les jeunes poètes français.\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                           — 395 —\n\n  Ci deux chansons de M. Camille Mauclair,      Vous êtes souverain et je suis un insecte,\nextraites de la Revue Blanche :                 Citoyen d'une république à tant le coup,\n                                                (Comme à St-Cloud ! ) mouton en grand danger du loup\n         LES REFLETS VENGÉS                     Sous un berger donneur que se bouger affecte.\n      Ils ont jeté trois pierres                Votre hôte d'un instant partout un peu fêté,\n      A leurs reflets dans l'eau,               Parlant de poésie et de pure beauté,\n      Ils ont jeté trois pierres                Epris de votre si gente et forte Belgique!\n      Pour tuer leurs reflets ;                 Juste après mon départ l'émeute fit son cri\n      L'eau s'est épanouie                      Que vous domptâtes d'un clément geste énergique,\n       En feux follets.                         Car vous êtes vraiment un fils du roi Henry !\n      En bijoux, en pierreries,\n      En bagues et en bracelets.                   Ce sonnet a sans doute été inspiré par\n      Et puis elle s'est assoupie               l' Histoire de Belgique à laquelle travaille\n      Et les reflets ont reparu;                depuis quelques années l'éminent archiviste\n      Et tous les trois, pris de folie          Alphonse Allais.\n      Devant leurs spectres revenus,\n      Ils ont tendu les mains\n      Pour saisir leurs âmes dans l'eau,\n      Et les âmes ont pris leurs mains             Notre ami Toto, qui a eu des malheurs,\n       Et les ont emmenés dans l'eau :          nous envoie cet Impromptu, dans lequel\n      Il y a trois cygnes sur l'eau.            l'excès de son infortune lui a fait commettre\n              LES FLEURS                        trois vers de neuf pieds, — un pied par\n      Mon amant m'a baisée au cou               muse probablement :\n      — J'ai vu trois roses —                         Son cœur était la folle auberge,\n      Il m'a dit : Je suis fou                        La folle auberge des Attraits,\n      De ton cou de miel doux.                        Je m'y installai riche et vierge;\n      Mon amant m'a baisée aux yeux                   Elle m'a laissé que ses portraits.\n      — J'ai vu trois glaïeuls —                      Franchement, je ne pouvais plus\n      Il m'a dit : Je te veux                         Tenir ton auberge, ma chère.\n      Nue en tes grands cheveux.                      Trop de gandins y sont venus,\n      Mon amant m'a baisée aux lèvres                 Et l'on m'aurait pris pour Macaire.\n      — J'ai vu trois iris —                          A l'amour, à ce jeu de bourses,\n      Il m'a dit : J'ai la fièvre,                    De hausse et de baisse, c'est stupide,\n      Elles brûlent, tes lèvres.                      J'ai trop joué, plus de ressources,\n      Mais il m'a baisée au cœur                      Je me retrouve la main vide.\n      — J'ai vu trois asphodèles —                    Pour me consoler de mon krach,\n      Il m'a dit : Ton cœur m'a glacé,                Je ferai quelques calembours\n      Et il est trépassé.                             Que je destine à l'almanach\n                                                      Des Demoiselles et des Amours.\n  Ah! s'il n'y avait que trois snobs !\n  Et comment va la contrefaçon belge?\n\n                                                       Notre directeur, M. Iwan Gilkin, n'a\n   A signaler, dans l'Ermitage de septembre, marié personne ce mois-ci.\noutre l'article de M. Hugues Rebell cité\ndans notre précédente livraison, une remar­\nquable étude de M. le D r Fortuné Mazel sur\n                                                       M. Zenon Pnesmycki publie dans la revue\nla Décadence religieuse en France, des\n                                                     polonaise Le Monde, de remarquables tra­\npoèmes de MM. Sabatier et des proses de\n                                                     ductions des sonnets de M. Emile Van\n M. René Boylesve; dans le Mouvement\n                                                     Arenbergh.\nlittéraire, des vers de M. Victor Remou­\n                                                       Ces traductions font partie d'une étude de\n champs, et, dans la Plume, ce déconcer­\n                                                     longue haleine sur le mouvement littéraire\n tant sonnet de M. Paul Verlaine à...\n                                                     en Belgique, à laquelle M. Pnesmycki met\n Léopold II :\n                                                     en ce moment la dernière main.\n Je vous aime, Français et Roi, je vous respecte.\n                                                       Tous nos remercîments à notre aimable\n Beaucoup de votre sang coule en mon sein ; beaucoup\n Du mien bat dans le votre en revanche, et le tout   confrère, qui proclame si vaillamment, là-\n Se dit compatriote, en langue bien correcte.        bas, la renaissance de notre littérature.\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                         — 396 —\n\n                                                 Mon âme se trémoussait, se tordait dans\n                                                 ma poitrine, elle riait aussi ; arrivé à la Fin\n   Remercîments aussi à M. A.-S. Marto­\n                                                 de Trullemans, j'étais déconcerté par l'ori­\nrelli, qui, dans sa chronique littéraire du\n                                                 ginalité du style et je fermai furieusement\nTolchetto, étudie les récentes productions\n                                                 le livre, fâché contre l'auteur qui m'avait\nde nos écrivains.\n                                                 procuré une si réelle impression.\n                                                    La nuit, je rêvai du livre de M. Cou­\n                                                 rouble, — cela l'étonnera peut-être, — je\n    t a plus considérable des revues anglaises, rêvai qu'on se battait pour ses contes; le\n The Nineteenth Century, publie une étude volume était étendu par terre, mais, chose\nde M. William Sharp sur la Jeune Belgique. curieuse, il me parut très grand, et sur sa\nComme le dit M. Téodor de Wyzewa dans couverture le titre semblait écrit en lettres\nla Revue des Deux-Mondes, c'est une étude immenses. On luttait ferme autour du bou­\ntrès consciencieuse, mais surtout écrite quin, que défendaient quelques courageux\npour renseigner les lecteurs anglais qui, ketjes; les antagonistes, une bande de gens\njusqu'alors, considéraient M. Maeterlinck bien mis, graves, solennels, pédants, com­\ncomme le seul écrivain beige de quelque passés, pisse-vinaigre et pète-sec, tentaient\nmérite. M. de Wyzewa relève certaines de mutiler les Contes et Souvenirs en lui\nerreurs de détail, inévitables dans la portant de sournois coups de canifs. Et sou­\nmatière. Nous préférons remercier M. Sharp dain une voix s'éleva, triste, philosophique,\nd'avoir mis son talent et son zèle désinté­ mais si convaincue que la sincérité y prêtait\nressé au service de l'expansion des lettres une irrésistible éloquence, et que les enne­\nbelges en Angleterre.                            mis disparurent à ses échos : Och! mais\n                                                 ldisseie-le seulement ! »\n                                                    Notre âme dansait la danse du ventre\n                                                 dans notre poitrine, et nous fermâmes furieu­\n    Une chronique littéraire de la Revue\n                                                 sement la Revue Rouge, fâché contre le cri­\nRouge :\n                                                 tique qui nous avait procuré le bijou cosmo­\n    « J'avais reçu le livre de M. Léopold Cou­\n                                                 polite d'une si réelle impression.\n rouble, un soir en entrant chez moi. Je lus,\n je dévorai plutôt les lignes, les phrases spi­\n rituelles du volume, et vers minuit je m'at­\n tristai en arrivant à la dernière page des\n                                                    M. René de Saint-Pons, de la Plume,\n Contes et Souvenirs.\n                                                 sacre grand poète M. Gabriel Martin, parce\n    Je trouvais les Contes de Pâques gentils ; qu'il a écrit un poème intitulé Le Dos, dont\n les Contes de Noël charmants ; les Novel­ les vers dessinent sur le papier la silhouette\n lettes curieusement alléchantes; les Contes\n                                                 d'une taille de femme.\npour les gens sérieux pleins de saveur et\n                                                    Et M. de Saint-Pons s'écrie : « C'est toute\n même très profonds, telle cette charmante\n                                                  une révolution dans la poésie descriptive. »\n étude intitulée l'Estrade d'Elseneus, qui\n analyse si bien l'âme d'un gamin de                C'est une révolution pour ceux qui n'ont\n Bruxelles, la pensée d'un Ketje; Mes Pri­       jamais   rien lu, cher Monsieur. Si vous aviez\n sons, je les trouvai joyeuses et quelque peu seulement ouvert votre Rabelais!...\n ironiques ; Carnet de voyage — avec Un\n Cimetière, ce bijou de sentimentalisme —\n très cosmopolite. Mais les Contes bruxellois\n eurent pour moi un charme indescriptible,\n c'est analysé, observé avec un art parfait,\n c'est écrit on ne peut mieux et cela fait rire,\n rire à en pleurer, tant c'est juste et vrai.\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "               Paul LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR          D E « LA J E U N E         BELGIQUE »\n                      31, rue des Paroissiens, 31\n                              BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT         DE PARAITRE         :\n                        Edmond PICARD\n\nEL MOGHREB AL AKSA\n                   Une mission belge au Maroc\n    Un fort volume in-18 Jésus                              4 francs.\n\n              SCÈNES DE LA VIE JUDICIAIRE\nParadoxe sur l'Avocat. — La Forge Roussel.— L'Amiral.— Mon Oncle\n        le Jurisconsulte. — La Veillée de l'Huissier. — Le Juré.\n    Un fort volume in-18 Jésus                             4 francs.\n\n                      Georges E E K H O U D\n           LA NOUVELLE CARTHAGE\nLa Nouvelle Cartilage. — Les Emigrants. — Contumace. — La Bourse.\n       — Le Carnaval. — La Cartoucherie. — Episodes inédits.\n    Edition définitive, un vol. in-8° très compact . . 4 francs.\n\n                        Charles SLUYTS\n           NOTES                      D'ÊTRE\n  Un vol. petit in-16, sur papier de Hollande Van Gelder.     3 francs.\n\n                       Ernest BOSIERS\n       HARALD                                          ROI\n                        Drame en neuf scènes.\n Un volume in-8°                                              2 francs.\n\n                       Justus S E V E R U S\n                AFRICUS\nOTJ L E           GÉNIE                RÉCOMPENSÉ\n                Drame nègre en un acte et en vers.\n   Une plaquette in-18 Jésus                                1 franc.\n\n                          SOUS PRESSE :\n    Emile S I G O G N E : C O N T E S M E R V E I L L E U X\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                             EN          VENTE\n\n  à la librairie P A U L L A C O M B L E Z\n                         BRUXELLES\n\n\n\nMAX ELSKAMP : Salutations      dont d'Angéliques . .                     3 5o\nVILLIERS DE L'ISLE-ADAM : Premières poésies.     . .                     3 5o\nCHARLES D E COSTER : La Légende d'Ulenspiegel       .                    5 »\nComte LÉON TOLSTOÏ : Le Salut est en vous . . .                          3 50\nE D . SCHURÉ : Les Grands Lnitiés. Esquisse de l'his­\n   toire secrète des Religions : Rama, Krishna, Her­\n   mès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon, Jésus.\n   Edition à                                                             3 50\nLÉON BLOY : Sueur de sang,  avec trois dessins origi­\n  naux de Henry De Groux, et portrait de Léon Bloy\n  par Charles Cain                                                       3 50\nJEAN MORÉAS : Le Pèlerin passionné, édition refon­\n  due, comprenant plusieurs poèmes nouveaux .                            3 50\n\n\n\n\n         Dépôt des Revues Françaises :\n           La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 0-55\n     Le Mercure de France, 1 franc; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage,        fr. 0-60 ; franco, fr. 0-65\nLes Entretiens politiques et littéraires, fr. 0-60; franco, fr. 0-65\n\n\n\n     D e m a n d e z le Catalogue complet de l'Editeur\n                      Paul LACOMBLEZ.\n\n\n              Bruxelles. — Imprimerie V'Monnom,32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1893-10-01", "preuve": "Octobre 1893, numéro 10, couverture PDF 402 ; aucun jour imprimé."}}