{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Décembre 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 478, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 201, "texte": "Décembre 1893.                              TOME XII. — N° 12                              13me Année.\n\n\n\n\nLA\n        JEUNE\n                       BELGIQUE\n                                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 478, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "SOMMAIRE:\n             Vision Florentine                           OLIVIER-G. DESTRÉE.\n             Renaissance                                 ALBERT GIRAUD.\n             Atalande à Calydon (trad. de P. Tiberghien)\n               (suite et               fin)              A.-C. SWINBURNE.\n             Thamyris; Domitorès                         JEAN DELVILLE.\n             Fille d'auberge                             CHARLES VIANE.\n             La Nouvelle Revue internationale.\n             Chronique littéraire :\n               L'Eau et le Vin ; Histoire des Lettres bel­\n                 ges d'expression française ; Scènes de la\n                  Vie judiciaire ; Les Récits de Nazareth;\n                 La Nouvelle Carthage                      ALBERT GlRAUD.\n             Le Mouvement littéraire en Italie. . . . A. S A N T E - M A R T O R E L L I .\n             Memento                                       NEMO.\n             Table des matières.\n\n\n\n               RÉDACTLON                                                BRUXELLES\n 110,   R U E D E LA L I M I T E ,   BRUXELLES.                    PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                       3 I , rue des Paroissiens]\n                                                                             PARIS\n         PRIX DU NUMÉRO                                         C H A M U E L , \" LIBRAIRE-ÉDITEUR\n\n                    fr. 0-75.                                             29, rue de Trévise\n\n                                                                                1893\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 479, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 405, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n   Fondateur     : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                         Directeur .- IWAN GILKIN.\n                Rédaction : 110, rue de la Limite, Bruxelles.\n              7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                     des Capu­\ncines, 16, à Paris\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom­\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "KVMRIS EXPOSITION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 479, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Kvmris, Exposition", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "KVMRIS EXPOSITION", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 479, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1593, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "KVMRIS- EXPOSITION\n   Un Salon d'art idéographique est en voie de formation. Il aura lieu dans l'ancien hôtel\ndes ducs de Clèves-Ravenstein, rue Ravenstein, à Bruxelles et cela sous le patronage du\ngroupe d'études ésotériques KVMRIS dont le siège se trouve, comme on sait, dans cette\nantique et vénérable maison. •\n   Les artistes invités sont peu nombreux, une quinzaine tout au plus, notamment les\npeintres : Josef Middeleer, Emile Motte, Jules du Jardin, Auguste Levêque, Doudelet,\nA. Donnay, Jean Delville, Albert Ciamberlani, Willy Schlobach, Constantin Meunier,\nLéon Frédéric, Constant Montald, Louis Titz et Edgard Baes ; les sculpteurs : M lle H é ­\nlène Cornette, Rousseau, Rulot, Minne et Craco.\n   Tous professent une esthétique spiritualiste et indubitablement leurs œuvres idéogra­\nphiques, sans exception, seront discutées par le fait même qu'elles seront opposées à la\npeinture et à la sculpture matérialistes.\n   L'ouverture de ce Salon aura lieu très prochainement. Il y sera donné une conférence\nsur « Wagner et son oeuvre ésotérique », conférence qui sera coupée par l'audition de\nfragments de musique wagnérienne.\n   On ne visitera le Salon d'art idéographique que sur présentation d'une invitation spé­\nciale par KVMRIS. 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HORNE.\n\n\n\n\n                                          ans un rêve béni j'eus cette vision.\n                                          Entourée de la chaîne de ses collines\n                                      nues, bercée au clair chant du vert fleuve\n                                      Arno, dans la sérénité de la nuit ita­\n                                 lienne, la fière ville qui porte un lys dans ses\n                                 armes, Florence la belle dormait, tout\n                              argentée de la lumière de la lune. C'était l'heure\n                           où meurent les bruits de la ville, où les palais de\n                pierre et les églises de marbre racontent au passant attardé\n                l'histoire glorieuse des siècles écoulés ; c'était l'heure solen­\n                nelle où les tours sombres des vieux palais, les campaniles\n                blancs et les clochers des églises dressés vers le ciel clair\n                semblent seuls converser entre eux dans le majestueux\n                silence et le calme profond de la nuit. Parfois des cloches\n                harmonieuses et graves vibraient, qui planaient comme une\n                prière sur toute la ville; au loin, des églises et des couvents\n                des montagnes, de petites cloches répondaient, affaiblies\n                par la distance, et le silence reprenait et régnait plus grand\n                sur Florence endormie.\n  Au cœur de la ville, le dôme gigantesque de Brunelleschi, se détachant\nen noir sur le ciel bleu, semblait comme une image énorme de la terre\nbleue et rose à ses côtés, et le campanile de Giolto brillait d'un éclat extra­\nordinaire, comme si toute la sainteté de la patrie italienne fût enserrée dans\n                                                                        27\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "                                   — 4^o —\n\nses pierres. Dans la blancheur des marbres encadrées, ses fenêtres rayées\nde la sveltesse lumineuse des colonnes torses s'ouvraient, sombres autels\nélancés, d'où semblaient devoir s'envoler les laudes divines de saint\nFrançois et les cantiques débordant d'amour du bienheureux Sacopone\nde Todi.\n   A la voûte du ciel, illuminant de leurs feux clairs la ville grise, les routes\nblanches bordées de cyprès sombres, les champs et les montagnes endor­\nmies, d'innombrables étoiles étincelaient. Plus blanche que les autres,\ncomme une fleur de diamant aux gouffres de l'azur épanouie, une étoile\nscintillait, la plus pure, la plus éclatante de toutes, et qui semblait croître\net grandir au fur et à mesure que je la contemplais. Elle grandissait, en\neffet, tournoyant à ce qu'il semblait sur elle-même avec une vertigineuse\nrapidité. Elle devint plus grande que la lune : les planètes les plus grandes\net tous les autres astres disparaissaient autour d'elle; pendant qu'elle\ncroissait encore, ses feux s'amoindrirent, son mouvement se ralentit, et elle\nresta enfin immobile, astre nouveau apparu dans l'espace, disque géant où\ntournoyaient encore, se mêlant, se confondant, des vapeurs d'argent, toutes\nrayonnantes de lumière et de clarté.\n    Comme on voit, dans la lumière du matin, les vapeurs monter, se dissiper\nlentement sous les jeunes rayons du soleil et découvrir enfin la claire forme\ndes choses, ainsi insensiblement les vapeurs s'écartèrent, s'entr'ouvrirent et\npar degrés dévoilèrent à mes yeux charmés une longue vallée heureuse et\nprotégée du même ciel que j'avais vu tantôt rayonner par-dessus la ville.\n Le calme, le bienheureux paysage que c'était ! Les ombres chassées de la\nplaine montaient lentement le long des hauteurs qui le bordaient. La verte\ntranquille vallée, tout émaillée de fleurs vives, toute jonchée de blanches\nfleurs, s'étendait à perte de vue jusqu'à l'horizon et à perte de vue aussi,\nblanche et fluide comme un faisceau de lumière, toute droite comme le\nfaisceau de lumière d'une Annonciation, une rivière longeait la vallée\n heureuse et l'enchantait au doux murmure de ses eaux. Toutes fières et\n frêles, des immortelles se dressaient par-dessus les humbles herbes de la\n prairie, pourpres, violettes, couleur d'automne, couronnes jaunes comme\n l'or, minuscules, blancs diadèmes triomphant des autres couleurs, étoiles\n de candeur sanctifiant de leur lumière les herbes et les plantes qui crois­\n saient autour d'elles.\n    Le rayonnement des fleurs en la vallée augmentait à mesure que la vallée\n s'éloignait, et les vapeurs qui recouvraient au loin la rivière se confon­\n daient avec la blancheur des fleurs et voilaient l'horizon de brumes argen­\n tées. Volant sur les herbes, glissant sur les ondes lucides, planant sous le\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "                                -   431   -\n\nchœur des sereines étoiles, du sein des brumes montait un chant, un doux\ncantique chanté par des voies surhumaines, si bien cadencées, si bien\naccordées que les paroles jaillies d'un seul cœur m'en parvenaient aussi\ncomme chantées par une seule voix.\n\n                       Te Deunt laudamus,\n                       Te Dominum confitemur,\n\nchantaient les voix. Le cantique d'adoration, le pur cantique d'actions de\ngrâces aux claires paroles inspirées se développa. Les voix, les douces voix\nse rapprochèrent, et telle était l'harmonie de leur chant, que les herbes et\nlesfleursde la vallée diaprée, la limpide rivière et les étoiles rayonnantes\nsemblaient louer et chanter avec elles, vivant et palpitant d'une vie nou­\nvelle.\n                       In te Domine speravi,\n                       Non confundar in œternum,\n\nentendis-je encore, et comme les voix diminuées, pareilles à des sons\nd'orgue, se prolongeaient, s'élevaient et mouraient dans les hauteurs de\nl'azur, je vis des formes apparaître et se mouvoir dans les vapeurs argentées.\nJe vis des âmes bienheureuses, vêtues de tuniques blanches, vertes et rouges,\nqui lentement s'avançaient vers moi, leurs pieds légers foulant sans les\nblesser les tapis de fleurs et de gazons clairs. Et je les reconnus aussitôt,\ncar elles étaient telles que je les avais toujours vues au travers des chro­\nniques et des poèmes, et toute mon âme ravie d'enthousiasme et d'amour\nvolait au-devant d'elles.\n   Etincelante de blancheurs et de lumières, semblable à l'étoile du matin\naffrontant l'aurore, des clairs rayons de ses yeux illuminant les fleurs qui\nse penchaient vers elle, la plus chantée, la mieux aimée de toutes les dames\nflorentines, Béatrice s'avançait la première de toutes ces âmes, les guidant\nà travers les vallées élyséennes. Les tempes couronnées du laurier immortel\net dans sa main tenant un rameau d'olivier, symbole de la paix qui fleuris­\nsait enfin son âme géniale, le Dante la suivait s'inspirant encore à ces yeux\ndivins dont elle tournait vers lui les souriantes et sereines lumières. O cœur\nresplendissant de l'antique Italie, bouche d'or, génie, porte-parole de Dieu,\nquelles visions saintes devaient bénir tes yeux, quand tu marchais élu,\nauprès de ton amie. Ta bouche n'avait plus cet amer sourire, que l'on voit\nen tes effigies, mais une calme et suprême douceur, une ineffable joie\nt'auréolait le visage, et le rendait rayonnant et semblable à celui de tes\nfrères les docteurs célestes. Et, tandis que perdu en des contemplations\nséraphiques, tu suivais d'amour, et de pitié rempli, celle qui fut pour toi\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "                                   — 432 —\n\nl'étoile de salut, brillant à tes côtés, une autre lumière apparaissait dans le\nciel. Resplendissants, extasiés, parés de blanc comme des prêtres, vêtus de\nblanc comme des anges et sans paroles tant était parfait leur ravissement\nde se voir enfin réunis et bénis dans le même cercle du ciel, les mains unies,\nles yeux chastes confus de joie fixés en terre, venaient Pétrarque avec\nmadame Laure. Boccace les suivait, l'enthousiaste, le doux savant,\nl'illustre fondateur de la prose italienne. En sa droite tenant des fleurs, il\nmarchait précédant le cortège de ses Dames Illustres, leur expliquant les\nfleurs, les plantes et les astres, le calme, la sérénité, l'éternelle béatitude\ndes vallées qu'elles traversaient. Et quand ils furent arrivés enfin dans la\nzone éclairée, Béatrice s'arrêta et, se penchant, elle montra du doigt à\ntoutes ces âmes élues réunies autour d'elle, Florence qui dormait au-dessous\nde l'étoile. Et ces âmes penchées et tout émues de souvenirs, regardèrent la\nville, leur ville, les tours, les palais, les églises, les rues, se rappelant des\nsoirs qu'elles les avaient parcourues, les yeux levés vers les étoiles, conjec­\nturant du lieu où se trouvaient alors leurs amis et leurs parents morts, les\nsouhaitant au ciel, priant pour eux, osant à peine espérer de pouvoir un\njour les y rejoindre. Des larmes de reconnaissance, des larmes d'amour\n s'échappèrent de leurs yeux et, comme elles se penchaient encore vers la\nterre, elles me virent qui les contemplait à travers les espaces. Elles virent\nmes yeux soumis suppliants et me sourirent, et le divin poète des sonnets\n et des triomphes lut, dans mon cœur éperdu, l'ardent désir que je n'osais\n exprimer, d'entendre sa voix et ses premiers conseils. Et sa grande âme fut\n touchée de mon amour et de mes craintes, et de sa voix mélodieuse réson­\n nant à travers l'air attentif il exauça ma prière.\n   « O mon fils, dit-il, cœur croyant, jeune et plein d'espérances, puisque la\nclémence de Dieu t'a permis de voir les âmes qui habitent ces vallées ély­\nséennes, écoute et tâche de retenir en ton esprit ce que te disent ces âmes\npar ma bouche. Vois ces fleurs émailler, de leurs fraîches couleurs, ces\nvallées tranquilles et ces vertes prairies. Le Seigneur tout puissant du ciel\nt'a donné dans sa miséricorde infinie un cœur pareil à ces fleurs. Plus belles\nque les fleurs terrestres, elles vivent cependant comme elles, des perles de\nla rosée du matin, des rayons d'or et de flamme du vivifiant soleil; elles\nvivent des caresses des brises, des baisers du vent frémissant de la douceur\nde l'air et de l'amour du ciel, vers lequel elles sont dressées ; la paix des\nsoirs en prière les incline, et la nuit bleue, la calme nuit, par les milliers\nd'yeux de ses étoiles, les voit endormies et ravies en de beaux rêves angé­\nliques. Semblable à elles, ton cœur doit vivre et s'inspirer aux mêmes\nsources de vie. Que la nature entière, immense, variée, changeante, infinie,\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "                                  — 433 —\n\nchante toujours à travers toi, comme le vent à travers les cordes d'une lyre.\nLa nature est l'image éclatante et multiple, le seul aspect nuisible de Dieu\nqui t'a créé. Regarde-la de toute l'attention de tes yeux, contemple-la de\ntoutes les forces de ton esprit, vénère-la de toute l'affection de ton cœur, et\nsi tu parviens enfin à connaître ce qui est en elle, alors tu pourras la célébrer\net la chanter, étant sûr d'être entendu.\n   « O mon fils, il est un adjuvant puissant à la libération des âmes sur la\nterre. L'amour, le pur amour venu de Dieu, l'amour le plus noble et le plus\nélevé doit toujours enflammer ton cœur aussi longtemps que tu marcheras\npar les champs fleuris de la belle poésie, et l'amour fut pour moi le but de\nma vie terrestre, il fut mon guide unique, il fut l'étoile salutaire que dans\nson éternelle pitié le Seigneur fit briller devant moi pour éclairer la route\nobscure de ma vie. Puisses-tu, oh puisses-tu rencontrer en ton chemin une\nâme aussi aimante, aussi haute, aussi éthérée que celle qui me fut dévolue.\nAlors tu comprendras la divine nature, alors tes chants te seront faciles, les\nstrophes d'or couleront d'elles-mêmes sous ta plume, et tu pourras à ton\ntour sauver des doutes et des ténèbres des âmes indécises qui ne furent\npoint, comme toi, de célestes visions favorisées. »\n   Il dit, et je tenais mes yeux baissés, tâchant de retenir ses paroles ailées\nen mon esprit ; et quand je relevai mes regards vers lui, les formes chères\net la vallée disparaissaient dans les brumes et les vapeurs argentées. L'étoile\ndiminuait, reprenant sa forme et sa valeur primitive. Et quand les autres\nastres eurent reparu et qu'elle-même eut repris sa place au haut du ciel flo­\nrentin, je m'éveillai et demeurai longtemps émerveillé songeant à toutes les\nchoses que le divin poète m'avait dites.\n\n                                            OLIVIER-GEORGES         DESTRÉE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 434, "page_fin": 434, "titre_corps": "Renaissance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "RENAISSANCE", "ancre_fin": "ALBERT GlRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ATALANTE A CALYDON", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 485, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "RENAISSANCE\n                   (CHANSON DE LA PLÉIADE)\n\n                Nous tressons des rimes hardies\n                En l'honneur des dieux renaissants,\n                Et de toutes les maladies\n                Nous sommes les convalescents.\n\n                Bonheur de vivre! Jeune rêve!\n                Soleil dans les cœurs ténébreux!\n                De chaque femme naît une Eve,\n                Un Adam, de chaque amoureux !\n\n                 Pour griser les âmes dansantes\n                 Des parfums du printemps    railleur,\n                 Nous fustigeons de fleurs récentes\n                 Le sein de l'antique Douleur;\n\n                Et grâce à nous, les vieilles choses\n                Chantant sur des rhythmes     nouveaux,\n                Les aveugles verront des roses,\n                Les sourds entendront des oiseaux!\n\n                                                      ALBERT GlRAUD\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 434, "page_fin": 441, "titre_corps": "Atalante à Calydon (suite et fin)", "titre_sommaire": "Atalande à Calydon (suite et fin)", "rubrique": "", "signature_source": "A.-C. Swinburne", "ancre_debut": "ATALANTE A CALYDON", "ancre_fin": "P TIBERGHIEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "THAMYRIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 485, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "ATALANTE A CALYDON\n                                (Suite et fin.)\n\n            LE DEMI-CHŒUR. — Comme le ramier qui vient d'être blessé,\n             elle sanglotait, et sa poitrine se soulevait ; elle soupirait et\n             couvrait ses yeux, gonflant ses lèvres de soupirs ; elle soupi­\n             rait, elle ne voulait pas s'éloigner, elle ne se maîtrisait pas et\nne prenait pas de repos. Mais comme le vent qui amène la sécheresse, et\ncomme l'air qui apporte la mort, comme la tempête qui ent'rouvre les vais-\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "                                   — 435 —\n\n  seaux, son souffle entr'ouvrant ses lèvres, son souffle s'échappa de sa bou­\n  che, et le feu jaillit de son souffle.\n     LE SECOND MESSAGER. — Reine, et vous, vierges, une chose vient nous\n  frapper, plus mortelle que la face de la mort; Méléagre, le bon seigneur,\n  est semblable à un homme tué.\n     LE DEMI-CHŒUR. — Sans glaive, il est frappé sans glaive! Tué, sans\n  qu'une main l'ait tué !\n    LE SECOND MESSAGER. — Comme l'âpre glace que le soleil divise, ses\n membres se divisent ; et comme la neige fondue, sa chair fond et se détache\n de tout son corps jusqu'à sa chevelure.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Il dépérit à mesure que les braises s'avivent ; en\n même temps que le tison, il s'éteint comme un tison.\n    LE SECOND MESSAGER. — Tandis qu'ils chantaient, et que tous se\n hâtaient vers vous, et qu'il élevait les mains pour couronner la chevelure\n de l'Arcadienne et pour fixer les feuilles rebelles, ses deux mains retom­\n bèrent.\n    LE DEMI-CHŒUR. — En déchirant vos joues, en arrachant vos cheveux,\n lamentez-vous, gémissez sur lui, pleurez.\n    LE SECOND MESSAGER. — Aussitôt la couronne glissa, et tombée la\n première, frappa la terre ; et lui, saisissant ses cheveux et gémissant, jeta\n son manteau autour de sa tête et tomba.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Hélas ! visions apparues et prophéties révélées pen­\n dant le sommeil !\n    LE SECOND MESSAGER. — Mais le roi tirant brusquement sur les rênes,\nsauta à terre et le saisit en criant deux fois : « O mon enfant ! » puis une\ntroisième fois, de telle façon que les larmes gonflèrent les paupières des\nhommes.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Lamentez-vous en une longue lamentation. Pleu­\nrez, car une fin est proche.\n    LE SECOND MESSAGER. — « O mon fils, disait-il, mon fils, relève les\nyeux, respire, aie pitié de moi. » Mais Méléagre ouvrait péniblement les\nlèvres pour respirer, et sa face devenait pareille à l'herbe brûlée par le soleil.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Pousse de hautes clameurs, ô royaume, ô nation,\nô pays frappé, pays de ruines.\n    LE SECOND MESSAGER. — Alors le roi Œneus, redressant ses faibles\ngenoux, de ses mains faibles soulève un poids qui diminue, le dépose\ntristement en des mains étrangères, et pleure.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Tu es frappé, toi qu'elle aime, toi son maître, et\nton cher sang est répandu comme la pluie.\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "                                  — 436 —\n\n   LE SECOND MESSAGER. — Et avec des larmes, en arrachant leur barbe,\nils apportent ici un corps qui respire, sur lequel on pleure, et qui devient\nplus léger à chaque pas, mortellement frappé.\n    L E DEMI-CHŒUR. — Tu fis ton glaive pareil à la flamme; et le feu\ncomme un glaive t'a tué.\n    LE SECOND MESSAGER. — Et voici, la fête est devenue funèbre, et les\ncouronnes sont tombées ; et la chasseresse et les chasseurs sont dans le\npiège ; et les visages sont changés et pleurants, et les chevelures voilées.\n    MÉLÉAGRE. — Que vos mains se rencontrent autour du poids de ma\ntête ; relevez mes pieds, comme les pieds des morts ; car la chair de mon\ncorps est fondue, mes membres sont fondus comme du plomb.\n    LE CHŒUR. — Oh ta face lumineuse, tes yeux impérieux ! Oh tristesse!\n Oh grâce! pareilles au jour mourant! Qui se penche au-dessus de toi, sei­\ngneur, en pleurant et en étouffant des soupirs !\n    MÉLÉAGRE. — Une fiancée peut-elle être aussi belle? Une vierge aussi\n douce? Sans couronne sur sa chevelure, sans tresses sur ses joues, c'est\n Atalante, pure parmi les femmes, et dont le nom est une bénédiction.\n    ATALANTE. — Je voudrais que de mes pieds sans chaussures ni san­\n dales, trop hardie, trop rapide, je n'eusse pas nagé ni marché vers le Nord,\n d'Arcadie vers Calydon, pareille au souffle de la colère de Dieu.\n     MÉLÉAGRE. — A chaque homme son destin; à chacun suivant ce que\n dit celui entre les doigts de qui le poids du monde est comme un souffle.\n Pourtant je voudrais que dans la clameur de la bataille, mes mains eussent\n saisi la mort.\n     LE CHŒUR. — Ce n'est pas au milieu des boucliers fendus, leur fracas\n dans tes oreilles, quand le roi des champs de bataille brise les lances, sépa­\n rant le fer du bois, que tu es brisé, ô seigneur, dans les efforts, le labeur\n et la crainte.\n     MÉLÉAGRE. — Si Dieu l'avait voulu, il m'aurait trouvé sous les bran­\n  ches fraîches! Si Dieu l'avait voulu, il m'aurait lié tout à coup dans ma\n  demeure, tandis que la lumière était dans mes yeux, les chansons sur mes\n  lèvres, et la couronne sur mon front.\n      L E CHŒUR. — Où vas-tu loin de nous? Où est ton but? Pourquoi nous\n  es-tu arraché, toi qui étais vigoureux, comme l'œil arraché des paupières,\n  comme l'âme séparée du corps.\n      MÉLÉAGRE. — Mon cœur est en moi comme le frêne dans le feu. Qui\n  m'aura vu, chantera de moi, sans luth et sans lyre, des choses doulou­\n  reuses, des choses dangereuses à entendre.\n      LE CHŒUR. — Qui te retirera de la maison des morts? Quel homme te\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "                                 — 437 —\n\nlouera, afin que ta louange puisse être dite? Hélas ta beauté! Hélas ton\ncorps! Hélas ta tête!\n   MÉLÉAGRE. — Mais toi, ô mère, rêveuse de rêves, enfanteras-tu un\nautre enfant, qui sentira les rayons du soleil, quand j'irai, ombre parmi les\nombres, gémissant près des fleuves infranchissables?\n   CENEUS. — Que me laisseras-tu, maintenant que ceci est accompli? Me\ndonneras-tu un homme, un fils pour remplacer mon fils, la lumière de mes\nyeux, le désir de ma vie, l'enfant désirable?\n   LE CHŒUR. — Tu étais heureuse plus que les autres, oui, et ta beauté\nétait ineffable; tu étais heureuse parmi les mères; lorsqu'un homme enten­\ndait parler de toi, l'éloge s'ajoutait à toi, comme les ailes aux pieds d'un\noiseau.\n   ŒNEUS. — Qui nous rendra ta face des années anciennes, noircie dans\nles douleurs de l'enfantement, devenue grise dans les angoisses, mère de\ndouleurs, mère de malédiction, mère de larmes?\n   MÉLÉAGRE, — Bien que tu sois comme le feu que l'on nourrit en vain,\nma joie, mon désir est plus chaste que la pluie, plus pur que la chute de\nla rosée, plus sacré que les astres qui vivent sans souillure.\n  ATALANTE. — Je voudrais que le sang de ma vie comme de l'eau se fût\nécoulé, ou bien comme la pâle fille de l'hiver quand frappée par le prin­\ntemps, elle fuit les vallées et les pelouses, — avant que mes yeux ne t'eussent\nvu t'assombrissant dans ton aurore.\n   LE CHŒUR. — Quand tu poursuivais les guerriers des chefs de Thrace,\nnul n'osa se retourner ni affronter ta face revêtue de la rougeur de la\nbataille et de la lumière d'un lieu terrible.\n   CENEUS. — Tu devrais mourir comme meurt celui pour qui nul ne\nverse de larmes ; les yeux pleins, les oreilles remplies de l'éclat du combat,\nde la fleur, de la beauté et de la splendeur des lances.\n   LE CHŒUR. — Aux oreilles du monde, ces choses sont chantées, ces\nchoses sont contées, et la lumière en jaillit, et le fracas en roule de la neige\nacrocerannienne au golfe de la Toison d'or.\n   MÉLÉAGRE. — Plût à Dieu que vous pussiez m'éloigner de tous ceux-ci,\namonceler le sable et m'enterrer près de la Chersonèse, où le Bosphore ton­\n nant répond au tonnerre des mers du Pont.\n   ŒNEUS. — Méprises-tu nos louanges, et le chant commencé, et les\n hommes des jours inconnus louant mon fils dans les plis des collines de la\n patrie, sur les hauts lieux de Calydon?\n   MÉLÉAGRE. — Pour l'homme mort, il n'est point de patrie. Ah ! mieux\n vaudrait être la fleur d'écume sur les champs de la mer ; les vagues de la\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "                                  — 438 —\n\nmer seraient mon, vêtement, et les courants comme un manteau m'enve­\nlopperaient.\n    L E CHŒUR. — Qui recherchera, qui ramènera et rouvrira pour toi le\njour où la colombe mouillait son aile, où les avirons gagnaient leur che­\nmin, où les Symplegades resserrées blanchissent d'écume les détroits de la\nPropontide ?\n    MÉLÉAGRE. — Couronnerez-vous ma tombe, exalterez-vous mon nom,\nmaintenant que mon âme se consume, et que ma chair est une flamme?\nQue la mer l'éteigne tout d'un coup, et que les hommes parlent de moi à\nma gloire ou à ma honte !\n    LE CHŒUR. — Tourne-toi maintenant, tourne-toi, comme celui qui\ns'éveillant se retourne; quoique la vie en toi te brûle, pourrais-tu la\nbaigner et l'éteindre où les récifs de la mer de Hellé s'élèvent plus terribles,\noù les eaux orientales se brisent contre les eaux occidentales ?\n    MÉLÉAGRE. — Les vents me repousseront-ils, les vagues me renverront-\nelles vers ma demeure? Oh! dans le sentier où le pin apprit à errer, tou­\n cher les froides ceintures et les couronnes des dieux marins, les fraîches\nfleurs d'eau et d'écume!\n    LE CHŒUR. — Les dieux peuvent délier ce qu'ils ont lié ; ton âme enfin\nse reposera dans tes membres ; mais que te donneront les dieux en échange\n de la vie, de la douce vie passée?\n    MÉLÉAGRE. — Non pas la vie des veines de l'homme, ni de la chair qui\nengendre; mais la grâce qui subsiste, la pure beauté qui s'attache à la vie\n des pluies dans les herbages, la vie des rosées sur les feuilles.\n    LE CHŒUR. — Tu étais le pilote et le chef; en une heure, changeras-tu\n tes membres en feuilles, ta face en fleur, ton sang en eau? Ton âme s'unira-\n t-elle aux dieux qui brisent et dévorent?\n    MÉLÉAGRE. — Les années sont affamées ; elles gémissent durant tous\n leurs jours ; les dieux s'irritent, fatigués de louanges. Qui mettra le frein à\n leurs lèvres? Qui oserait entraver leur chemin?\n    L E CHŒUR. — Les dieux veillent sur nous avec le glaive et les verges;\n tissant l'ombre pour nous couvrir, entassant la terre, afin que la loi s'accom­\n plisse et que la face de l'homme s'obscurcisse devant Dieu.\n     MÉLÉAGRE. — O tête sacrée d'Œneus, vois ton fils innocent, rouge\n pourtant pour une faute étrangère, impur pourtant par la parenté de vies\n souillées. Vois, je meurs pour leur sang; et mon propre sang répandu est\n mêlé au leur, afin que la mort ne puisse me discerner parmi ma race. Pour­\n  tant je meurs le cœur pur, les mains innocentes, sans honte; c'est pour­\n quoi, salue-moi de ton amour et souhaite-moi parmi les morts le bonheur\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "                                 — 439 —\n\n que peuvent avoir les morts ; car mort, le meilleur homme végète triste­\nment; toutefois maintenant, vous ayant dit adieu, je m'en vais sans crainte\noù rien n'est à craindre, ayant autour de moi ton amour et tes vœux, ô\npère, je vais vers les lieux sombres et les hommes morts.\n   ŒNEUS. — Enfant, je te salue, le cœur triste, en pleurant, et j'espère\nque tu seras soulagé ; car tu étais un homme parfait dans le combat, et\nhonorable dans la demeure paisible. Que les dieux te donnent la belle\nrécompense qui t'est due, qu'ils abrègent mes jours et me conduisent\nbientôt vers toi.\n   MÉLÉAGRE. — Prie-les que tes jours soient longs avant ta mort, et\npleins de joie et de pouvoir ; voyant que dans la mort il n'est pas de conten­\ntement ni de nouvelle joie, et que nul n'y lève les yeux pour voir l'aurore et\nla lumière sur le pays où je vais. Vis donc et rassasie-toi de jours et meurs\nquand viendra ton jour ; et n'espère pas beaucoup en la mort, de crainte\nqu'avant ton jour, tu ne moissonnes une chose mauvaise. Toi aussi, mère\ncruelle, mère funeste de ce corps fatigué, toi aussi, reine, source et fin,\nsemence et faulx ; pluie qui mûrit, aridité qui tue ; sable qui engloutit et\nfontaine qui nourrit; qui m'as fait et qui me défais, — toi, dis-je, Althée,\npuisque le soc de la charrue de mon père, traînée à travers le sol fatal d'un\nchamp féminin, creusa ton corps, d'où pareil à l'épi de froment que le\nsoleil fortifie et que les pluies parfument, je sortis, fendant l'enveloppe de\nton ventre, mère, — en mourant je n'oublie pas, et ma langue te salue\ncomme sacrée, et te révère comme juste, toi qui n'es ni juste ni sacrée, et je\nvoudrais t'adorer agenouillé ; mais ton feu subtil disjoint mes genoux et me\ndévore; car ces membres, avant d'avoir été touchés par le feu du bûcher, sont\ncomme une poussière légère, s'émiettant dans l'urne ; et ma face est comme\nune feuille morte, ou comme l'empreinte morte d'un pied sur la neige ; et\ntout ce corps qui était si vigoureux, est comme un arbre brisé et desséché ;\net toute cette fleur de vie est cueillie et profanée misérablement ; et toute la\nforce de ces muscles divins s'amoindrit, et devient inférieure à celle d'un\nhomme; car toutes mes veines défaillent, et toute en cendres, ma vie s'éteint.\nJe voudrais que tu m'eusses laissé vivre ; mais les dieux hostiles, mais la\nfortune, et le changement aux pieds impatients et le temps ne le voulurent\npas; et ils écrasèrent ma vie sous leurs pieds, eux et non toi; moi aussi, tu\nm'as aimé, et je t'aimais ; mais ma mort était mêlée à toute ma vie, et\nma fin à mon commencement, et cette loi seule me tue, et point du tout ma\nmère. Et que le frère ou la sœur ne s'afflige pas trop cruellement, et que\nleurs coeurs ne se fondent pas sur moi, avec leurs larmes, puisque l'extrême\namour et trop de douleur blessent les grands dieux, et que les hommes trop\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "                                  — 440 —\n\naimants tuent et sont tués à cause de l'amour ; et cette demeure enfantera\ndes enfants bien meilleurs. Pourquoi ceux-ci pleureraient-ils? Mais avec\npatience, qu'ils vivent leur vie et que la mienne passe et s'oublie. Toi seule,\nmère, toi seule, toi et non ceux-ci, souviens-toi de moi un peu de temps\nquand je serai mort, car je fus ton premier né ; que ton âme aie pitié même\nde moi parti d'ici et mort, quand même tu serais irritée, quand même tu\nporterais encore beaucoup de fils plus heureux, et quand tous les hommes\nnés après moi me surpasseraient de beaucoup; ne m'oublie pourtant pas, .\net ne sois pas honteuse : j'étais ton fils. Il fut un temps où je ne te désho­\nnorais pas ; le temps fut où je pensais vivre et t'honorer par des actions\naussi grandes que celles de ces hommes-ci ; mais ils vivent, eux, et je meurs;\net assurément je ne sais pas ce qui aurait pu être ; mais je t'en conjure, me\nvoyant déjà mort, ne m'en aime pas moins, ô ma mère; je t'en conjure par\nces dieux de mon père, et par ton sein plus sacré, par ceux-ci qui me voient\nmourant, et par celle qui m'a nourri, tu ne m'en aime pas moins, moi ton\npremier né; bien que le chagrin, que le chagrin seul te vienne de moi, et\nque de tous ceux-ci vienne une grande joie, qui toujours ira vers toi; car tu\nsais, ô mère, ô sein qui m'as porté, car vous savez, ô douce tête de ma\nmère, yeux sacrés, qui connaissez mon âme malgré que j'ai péché, vous\n savez, — bien que je ne m'agenouille pas, que je n'embrasse pas tes\ngenoux, — que par mes lèvres je m'agenouille, et qu'en mon cœur je tombe\nà tes pieds et je t'adore. Et maintenant adieu, vous tous mes amis; et vous,\nmes parents, bien plus jeunes et plus glorieux que moi, fils de la sœur de\nma mère; adieu vous tous qui fûtes en Colchide avec moi, faisant reculer\nles vagues et les guerres qui nous rencontraient; et quoique le temps\nchange, et que maintenant je ne sois plus rien, ne m'oubliez pas entre vous,\nni ce que j'accomplis pendant mes belles années. Par tous ces jours, ces\njours-là et ceux-ci, et par vos propres âmes vivantes, et par la lumière, et\npar votre bonheur, à vous qui vivez, et par cette misérable dépouille, et\n par moi-même, mourant, je vous supplie, que mon nom ne meure pas.\n Mais toi, chère, touche-moi de tes mains pareilles aux roses, et ferme de\nta bouche mes paupières, amer baiser ; et saisis-moi dans tes bras, impri­\nmant tes lourdes lèvres dans ma chair frêle et dévastée, affaiblie et amaigrie\n par le sort aux lourdes mains ; et de tes yeux virginaux et sacrés, que la\n rosée tombe ; verse des larmes comme une rosée sur moi qui suis mort, sur\n moi qui t'ai aimée ; voyant que sans avoir péché, je descends vers la vaine\n demeure d'ennui, où il n'est pas de chair, ni de beauté, ni d'yeux vifs, ni\n de son, ni de bouche, ni de force des mains et des pieds. Mais toi, chère,\n cache mon corps sous tes voiles ; de ta robe, couvre mes pieds et ma tête,\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "                               — 441 —\n\net toi-même étends-toi sur moi, touche mes mains de tes mains, de tes\nlèvres mes lèvres; sois pitoyable comme tu es pure; ne permets pas\nqu'aucun homme me déshonore ou me méprise en disant : « Cet homme\nest mort en femme, sacrifié à une femme, frappé d'une main de femme au\nmilieu de la trame de sa vie méprisable. » Car lui m'a honoré. Et main­\ntenant, pour Dieu, baise-moi, une fois et deux fois, et laisse-moi partir,\ncar la nuit me moissonne, et dans la nuit, nul homme ne recueille de\nmoisson.\n  ATALANTE. — Je te salue ; mais le visage attristé, les pieds alourdis, je\nme tourne vers ma patrie et je me retire de tes yeux.\n   LE CHŒUR. — Qui pourra combattre ses maîtres, ou s'opposer à eux et\nleur nuire? De quels liens les lier? Par quel chant les adoucir? De quel\nglaive les frapper? Car les mains de leur royauté sont vigoureuses.\n\n                                                A.-C. SWINBURNE\n                                           (Traduction   de P. TIBERGHIEN.)\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 441, "page_fin": 441, "titre_corps": "Thamyris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Delville", "ancre_debut": "THAMYRIS", "ancre_fin": "où j ai meurtri mon front", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 492, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "THAMYRIS\n         Au noir seuil du mystère où nul n'a profané\n         le silence éternel de l'idole inconnue,\n         je sens le clair amour de la vérité nue\n         éblouir de douleur mon cœur prédestiné.\n\n          Le temple est resté clos et l'ombre est revenue\n          avec le grand soupir qui m'était destiné.\n          Oh! souffrance de dieu de n'avoir deviné\n          l'insolite au-delà dont l'humain s'exténue.\n\n          Mais les voiles de chair s'épaississant en moi,\n          n'est-il pas dans la nuit un flambeau qu'on allume\n          afin d'éclairer tous les mondes à la fois?\n\n          — Non. Ainsi l'ont voulu la chimère et la brume..\n          Le désespoir attend tous ceux qui frapperont\n          à ces portes d'airain où j'ai meurtri mon front."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 442, "page_fin": 442, "titre_corps": "Domitorès", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Delville", "ancre_debut": "DOMITORÈS", "ancre_fin": "JEAN DELVILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FILLE D AUBERGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 493, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 763, "texte": "DOMITORÈS\n\nO vous, les couronnés de f olie et d'épines\net dont le front sanglant est un monde futur,\nle temps n'altère pas sur vos lèvres divines\nla parole immortelle où palpite l'azur !\n\nMarchant comme des rois et comme des messies,\non vous a vu là-bas, sur les chemins sacrés,\nlancer le pur éclat qui dans vos prophéties\nilluminait l'horreur des cœurs enténébrés.\n\nLa Foule, pas à pas, aboyeuse et cynique,\nsous l'aurore éblouie ou sous le soir mystique,\nvous à suivi, sans voir qu'avec vos gestes lents,\n\nô dompteurs éternels, vierges de représailles,\nvous fascinez encor ses pauvres chiens hurlants\net les mornes instincts qui mordent ses entrailles!\n\n                                       JEAN DELVILLE\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext 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par moment,\n       Luire du bleu reflet des prunes,\n       Frisotte sur son col d'enfant.\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "                                -443       -\n\n                 Son col qu'un léger haie bise,\n                 Baisers du soleil estival,\n                 Caresses chaudes de la brise\n                 Lors des ébats au fond du val.\n\n                 Sa mignarde tête est penchée\n                 Avec un geste familier;\n                 Et sa main gauche, mi-cachée,\n                 Retient le coin du tablier,\n\n                 Mais, charmant de désinvolture,\n                 Il glisse avec des plis tremblants,\n                 Car, distraite par sa lecture,\n                 Elle desserre ses doigts blancs\n                 Et, sur son visage angélique,\n                 Un sourire vient se poser,\n                 Tandis que, furtive, elle applique,\n                 Sur le papier, un gros baiser...\n    novembre 1893.\n                                                      CHARLES VIANE\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 443, "page_fin": 443, "titre_corps": "La Nouvelle Revue internationale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "La Nouvelle Revue internationale", "ancre_fin": "Bruxelles", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 494, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 900, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "La Nouvelle Revue internationale\n   La jeune littérature belge d'expression française va prochainement se\nprésenter à l'étranger sous des auspices d'une importante revue bimensuelle\nde Paris, La Nouvelle Revue internationale, qui vient avec une générosité\nbien française d'ouvrir ses colonnes à nos artistes.\n   Elle estime que, malgré la mauvaise humeur professionnelle dont\nMme Adam fait preuve vis-à-vis de notre pays, il est désirable que les deux\nnations voisines, de même langue et un peu de même race, affirment leur\ncommunauté spirituelle. Il est superflu d'examiner les avantages de cette\ninnovation au point de vue de notre avenir littéraire.\n   Un comité de rédaction reflétant les diverses tendances est déjà constitué.\nIl se compose de MM. Eugène Demolder, Iwan Gilkin, Léon Hennebicq,\nEdmond Picard, J. de Tallenay, Emile Verhaeren et Vurgey, correspon­\ndant officiel de la Revue.\n   Les manuscrits doivent être adressés au secrétaire, M. Léon Hennebicq,\nrue de Lausanne, 1, Bruxelles."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 444, "page_fin": 445, "titre_corps": "Chronique littéraire : L’Eau et le Vin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ne doit pas être dissimulé", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Il est bien tard pour examiner", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 495, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  L'Eau et le Vin, par HENRY MAUBEL. Bruxelles, édition de « la Société nouvelle ». —\nHistoire des lettres belges d'expression française, par FRANCIS NAUTET. Bruxelles, Rozez.\n— Scènes de la vie judiciaire, par EDMOND PICARD. Bruxelles, LAComblez. — Les Récits\nde Nazareth, par EUGÈNE DEMOLDER. Bruxelles, Lacomblez. — La Nouvelle Cartilage,\npar GEORGES EEKHOUD. Bruxelles, Lacomblez.\n\n\n\n              Comme la plupart d'entre nous, écrivais-je récemment à propos\n              de Quelqu'un d'Aujourd'hui, « M. Henry Maubel est profon­\n              dément troublé par la terrible banqueroute d'idées à laquelle\n              nous assistons depuis dix ans... Comme les meilleurs d'entre\nnous, il a soif de certitude et de foi, et c'est devant le soleil couchant d'un\nsiècle à l'agonie qu'il rêve à l'aurore future... Quelqu'un d'Aujourd'hui est\nl'analyse d'un moment de crise intellectuelle. »\n    L'œuvre nouvelle de M. Henry Maubel, l'Eau et le Vin, monographie\nscénique en trois actes, se rattache étroitement à Quelqu'un d'Aujourd'hui.\nLa crise n'est pas dénouée, au contraire. La fièvre bat son plein. Littéraire­\nment, la fièvre est parfois très belle ; mais elle ne doit point dépasser le\n41 e degré.\n    La maladie du talent de M. Maubel est une maladie de croissance. S'il\nen triomphe, nous le reverrons plus jeune et plus vigoureux. En attendant\nle dénouement, qui, je n'en doute guère, sera heureux, M. Henry Maubel\nme permettra de ne point cacher une amicale inquiétude. J'ai peur, comme\nle dit Corneille, que le malade n'aime sa maladie, et cet amour-là retarde\nsouvent la guérison.\n   Vous pensez bien que ce titre suggestif, l'Eau et le Vin, nous dérobe\nquelque symbole. Le héros de la monographie, le curé Jacquelin, nous\napprend, en effet, qu'il a préparé une homélie sur ce thème. « Le mélange\nde l'eau et du vin, dit-il, symbolise l'union des deux natures... L'union de\nla terre à Dieu. »\n    L'abbé Jacquelin est un jeune curé, qu'on nous présente comme un prêtre\npassionné, dont « la sensibilité est plus forte que la raison ». Au moment\noù la toile se lève, il se trouve dans l'état d'esprit d'un père Hyacinthe sur\nle point de redevenir M. Loyson. Une femme tourne autour de lui, atti­\nrante et mystérieuse, dont on ne nous dit rien, sinon que c'est « une nature\nimpressionnable et troublée ». Le confessionnal lui « faisant éprouver un\nmalaise », elle a demandé à l'abbé la permission de venir se confesser chez\nlui. Elle trouve d'ailleurs étrange que Jacquelin soit prêtre, et elle le dit au\nfrère de l'abbé. Au contact de cette pénitente peu banale, le jeune curé\nconçoit un ardent désir de rajeunir le dogme et de réformer l'Eglise. « Il\nest temps, dit-il, qu'un message nouveau envoie les prêtres participer de\nleurs mains bénites aux besognes humaines. » En sortant de l'Eglise, les\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "                                — 445 —\n\n prêtres acquerront le prestige « de ceux qui font descendre leurs paroles,\nvivantes, dans les actes. »\n   Le frère de l'abbé — le seul personnage raisonnable du drame — a beau\nsupplier le réformateur... « On ne fait rien de grand sans s'humilier, répond\nJacquelin, et l'idéal s'achète par du péché. » La belle pénitente — est-ce à\ndessein que l'auteur l'appelle Madeleine? — profite de ces dispositions du\njeune curé pour lui dire : « Savez-vous ce que j'ai pensé souvent?.. Que\nvous diriez un jour la messe pour moi seule. » Puis elle la supplie de lui\npurifier les lèvres, et l'abbé l''écarte doucement en disant : « J'ai besoin\nd'être seul. » Seul! Quelle ironie! Il n'est plus seul et ne peut plus l'être.\nIl jette le froc, refuse de porter le viatique à une mourante, et si j'ai bien\ncompris le dénouement, qui est obscur, Jacquelin et Madeleine s'en iront\nporter aux hommes le message nouveau. L'eau est désormais mélangée au\nvin.\n   M. Henry Maubel m'accusera peut-être de trahir sa pièce en la résu­\nmant. Je reconnais qu'elle n'est pas claire, et qu'elle pourrait se prêter à\nune autre interprétation. C'est précisément le défaut du drame, et j'estime\nque ce défaut en compromet la signification et la moralité.\n   Madeleine, telle qu'on nous la présente, est évidemment une femme\namoureuse. Si Jacquelin veut acheter de l'idéal par du péché, elle lui en\noffrira. Elle lui en offre, car elle le tente. D'autre part, l'abbé sort de\nl'Eglise, — et en sort pour retrouver Madeleine. Qu'elle devienne sa maî­\ntresse, voire sa femme, ou qu'elle vive avec lui comme Rebecca West\navec le pasteur Rosmer, qu'importe? Dans les deux hypothèses, la pièce,\npsychologiquement, ne tient pas debout. Si ce n'est pas l'amour pour une\ncréature qui détermine la résolution de l'abbé, à quoi sert Madeleine, et\nque signifient les étranges propos de Jacquelin? Et si c'est l'amour, pour­\nquoi Jacquelin joue-t-il au réformateur?\n   Dieu n'est pour rien dans une crise pareille. Ce n'est pas l'Eau et le\n Vin, mais plutôt la Robe et la Jupe. Ou plutôt, c'est à la fois l'un et\nl'autre. M. Henry Maubel a mêlé deux drames, distincts et contradictoires.\nDe ce mélange résulte un sentiment de malaise qui est pénible à la lecture.\nTel qu'il se montre à nous dans cette monographie bifide, l'abbé Jacquelin\ndemeure inexpliqué. Comment M. Henry Maubel — un esprit élevé et\ndélicat — peut-il éprouver quelque tendresse pour un pareil personnage,\nqui est non seulement un prêtre peu recommandable, mais un pauvre\nhomme sans cervelle, ayant le cœur dans la tête, et qui, lorsque son cœur\nbat, s'imagine penser?\n   Il y a un malentendu entre M. Maubel et son œuvre, ou bien il y en a\nun entre son œuvre et moi. Or, je pense qu'un malentendu de cette sorte,\nlorsqu'il s'agit d'un écrivain de la trempe de M. Henry Maubel, ne doit pas\nêtre dissimulé.\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 445, "page_fin": 446, "titre_corps": "Chronique littéraire : Histoire des Lettres belges d’expression française", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "Il est bien tard pour examiner", "ancre_fin": "tiennent lieu de méthode", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Lorsque M Edmond Picard publia", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 496, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 2873, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "Il est bien tard pour examiner en détail le tome deuxième de l'Histoire\ndes lettres belges d'expression française. Bon nombre d'articles y ont été\n                                                                     28\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "                                 — 446 —\n\nconsacrés, auxquels il serait présomptueux de prétendre ajouter quelque\nchose. Et puis, M. Francis Nautet a été si rageusement accusé, par la plus\nvieille veuve de Sainte-Beuve, d'être « l'historien, ou plutôt l'historiogra­\nphe, le secrétaire-rédacteur, l'explicateur juré » des écrivains de la Jeune\nBelgique, qu'il me paraît aussi difficile de le louer que de le blâmer. Sans\ndoute, le reproche tombe à faux ; sans doute il émane d'un critique qui\ndevrait être le dernier à faire à n'importe qui de pareils reproches; sans\ndoute M. Nautet s'occupe longuement, avec une impartialité grande, de\nmaint romancier qui n'appartient, ni de près ni de loin, au groupe de la\nJeune Belgique; mais il faut savoir s'incliner devant la puissance de la\nlégende. Elle sera détruite plus tard, j'en suis convaincu ; mais à l'heure\nactuelle, il serait puéril d'y vouloir toucher.\n    Or, voyez comme l'aventure est plaisante. M. Francis Nautet, dans cette\ngrave histoire qui a parfois l'air d'un impromptu et d'une causerie de\ndessert, rencontre souvent, et pour les heurter, beaucoup d'idées qui me\nsont chères. Je suis rarement de son avis, et c'est précisément lorsque nous\ndifférons de sentiment que M. Nautet m'intéresse et me sollicite. Je suis\nconvaincu qu'il verse dans de profondes erreurs, et c'est au moment où il\ny verse qu'il me paraît déployer, avec le plus de virtuosité inventive, les\nnombreuses ressources de son souple esprit. Si bien que lorsque j'ai envie\nde complimenter l'écrivain, je suis très mécontent du critique, et que, si je\nsuis d'accord avec le critique, je n'éprouve pas toujours le désir de compli­\nmenter l'écrivain. On dirait qu'il est honteux d'avoir raison, et, lorsqu'il a\ntort, qu'il en est fier.\n    Au surplus, et cette considération doit couper court à mes commentaires,\nl'œuvre de M. Nautet n'est pas complète. Si je m'avisais d'émettre sur elle\nun jugement anticipé, je risquerais, à mon tour, de me tromper, et comme\n je ne me tromperais jamais aussi brillamment que lui, je n'en éprouverais\n point de fierté.\n    J'aime donc mieux, tout en faisant des réserves prudentes sur les opinions\n et sur les tendances de l'œuvre, louer l'esprit alerte, imprévu, mobile et\n changeant de l'auteur, la verve ailée et la sympathie capricieuse qui lui\n tiennent lieu de méthode.\n                                       ***\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 446, "page_fin": 448, "titre_corps": "Chronique littéraire : Scènes de la vie judiciaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "Lorsque M Edmond Picard publia", "ancre_fin": "idéal de M Edmond Picard", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "On se rappelle le Christ aux outrages", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 497, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "Lorsque M. Edmond Picard publia ses premières œuvres, écrit M. Francis\nNautet, « il ne subordonnait ni le politicien ni l'avocat à l'artiste ; on le\nsentait même tout prêt à dire que l'artiste doit se contenter du second plan.\nLes cent trente pages de Mon Oncle le Jurisconsulte n'osent pas affirmer\nla suprématie du Droit sur l'Art, mais elles tendent tout au moins à l'éta­\nblissement d'un régime d'égalité. Encore l'homme de la tribune, du barreau\net de la politique cherche-t-il souvent à prendre les devants. Lorsqu'il reste\ncôte à côte, c'est par politesse ; c'est parce qu'à ce moment la passion et le\nrespect des lettres naissent en lui, mais sans l'absolu désintéressement. C'est\nun amant pris entre deux maîtresses et il parle trop souvent de l'une à\nl'autre. » Depuis, continue M. Nautet, l'artiste s'est dégagé, et le tribun\net le juriste ont fait place à l'écrivain désintéressé.\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "                                  — 447      -\n\n    M. Nautet incline à croire que les dernières œuvres de M. Edmond\n Picard, depuis l'Amiral, le récit éloquent où l'homme d'action entre en\n conflit avec l'artiste, jusqu'à El Moghreb al Aksa et le Juré, sont plus\n belles que le Paradoxe sur l'Avocat et la Forge Roussel. Avant de relire\n les Scènes de la Vie judiciaire, rééditées récemment par Paul Lacomblez,\n j'étais d'accord avec M. Francis Nautet. Aujourd'hui, je ne le suis plus.\n    L'œuvre de M. Edmond Picard, qui, dans son ensemble, n'est pas, au\n sens exact du mot, une création purement artistique, m'apparaît comme\n divisée en deux parties bien tranchées, égales en intérêt, mais pas en\n valeur. Le Paradoxe sur l'Avocat, la Forge Roussel et Mon Oncle le\nJurisconsulte forment la première. A la seconde apparaissent la Veillée de\nl'Huissier, El Moghreb al Aksa et le Juré. Entre les deux l'Amiral est une\nsorte de pont. C'est un livre d'orage, de lutte intime et de transition. Il fut\nécrit à l'heure où l'aurore de notre jeune littérature empourprait le ciel,\n lien est rouge. Antonin Claude se réveillait chez M. Edmond Picard, et\navec lui le rêve oublié de sa jeunesse. L'homme mûr s'enrôla, malgré les\nrévolles et les retours de son esprit autoritaire, dans les rangs de l'armée\nnouvelle. Il fit le coup de feu avec ceux qu'il comparait « aux généraux\nimberbes de la première République ». Et l'on vit naître, ou plutôt renaître\ndu juriste austère, quelque peu janséniste d'allures, un jeune et turbulent\nécrivain. Le critique improvisé qu'il était— l'Art moderne venait de paraî­\ntre — eut beau combattre certaines tendances de l'école montante : il en fut\ntrop frappé pour ne point finir par y sacrifier lui-même. Rien n'est plus\ncontagieux que la fièvre de la jeunesse. Tout en attaquant les « Verbo-\nlâtres », M. Edmond Picard se convertit à l'idolâtrie du Verbe. On le vit\ntourner et retourner, dans tous les sens, les hermétiques poèmes de\nM.Stéphane Mallarmé, les expliquer en des gloses ingénieuses, les proposer\nen exemple, et recommander à son public ordinaire, quelque peu déconcerté,\nles plus excentriques et les plus boiteuses des formes nouvelles. Il corrigea\nBoileau et légiféra :\n             Rien n'est beau que le neuf, le neuf seul est aimable\ns'entoura de stagiaires littéraires qui eussent rendu des points à Pétrus Borel\net à Daniel Jovard, et se mit à traiter de retardataires les écrivains dont\nil avait naguère blâmé les audaces. Esprit outrancier, aimanté par tous les\nextrêmes, il se rua dans la nouveauté, il y piaffa, il s'y pâma.\n   Il serait surprenant que d'une pareille fièvre de prédication et de propa­\ngande il n'y eût point de traces dans les œuvres postérieures à l'Amiral. Il\ny en a, il y en a beaucoup, il y en a trop. Il est visible que M. Edmond\nPicard se jeta sur certains mots, sur certaines façons de phrases, sur cer­\ntaines manières momentanément en faveur, avec la joyeuse surprise d'un\nsauvage à qui l'on offre des verroteries. Le jeune écrivain qu'il portait en lui\nprit à ces jeux un plaisir d'enfant. Il en profita sans doute, et son style\nacquit ainsi plus de mouvement et de couleur. Mais il y perdit aussi quel­\nque chose de la sobriété, de la fermeté, de la force, de la sévère et majes­\ntueuse ordonnance que l'on admirait — que nous n'admirions pas assez,\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "                                   -   448   -\n\nalors ! — dans les belles pages romaines de la Forge Roussel et du Para­\ndoxe sur l'Avocat. Certes, je ne l'ignore pas : ces études jumelles, issues\nde l'étude de la philosophie et du droit, se contentent d'emprunter à la\nlittérature proprement dite le vêtement de Beauté dont elles ont besoin\npour conquérir les esprits ; certes, je ne l'oublie point, leur forme plastique\ntrahit, de-ci, de-là, une main aux doigts insuffisamment déliés ; mais s'il\nfaut les mettre en balance, aujourd'hui que la postérité commence pour\nles unes et pour les autres, avec la mieux ordonnée, la moins imparfaite et\nla plus brillante des œuvres récentes, la Veillée de l'Huissier, par exemple,\nje ne puis m'empêcher de penser que les premières seront considérées\ncomme les manifestations les plus élevées et les plus pures de la science, du\ntalent et de l'idéal de M. Edmond Picard.\n                                        ***\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 448, "page_fin": 449, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Récits de Nazareth", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "On se rappelle le Christ aux outrages", "ancre_fin": "patricien hollandais", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 499, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 960, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "On se rappelle le Christ aux outrages de M Henry de Groux. Dans la\nfoule abjecte qui se rue, en vociférant, les poings tendus, vers le Dieu cou­\nronné d'épines, parmi les soudards furieux, les obscènes voyous et les\nmégères avinées, pourquoi le peintre ne nous a-t-il pas montré l'insulteur\npar excellence, le grimaud pour qui Jésus devient un héros de roman?\n    Ah! nous avons fait du chemin depuis Renan, et le nombre augmente\ndes âmes religieuses que le Livre de Jésus ne scandalise pas ! A un certain\npoint de vue, en effet, Renan est presque réhabilité. Songez donc qu'après\nlui, le Christ a été exposé aux Grandmougin et aux Haraucourt, et que\nmaint symboliste repenti compose en ce moment, pour des éditeurs sub­\ntils, d'aimables Evangiles apocryphes. Le faux en Ecriture Sainte est en\n honneur. Après le colonel de M. Scribe et l'ingénieur de M. Ohnet, le\n Christ devient un personnage sympathique. Divers comédiens se sont\n ingéniés à « entrer dans la peau du bonhomme ». Il est même question,\n depuis la triste aventure du Panama, de lui conférer la succession du\n « Grand Français ». On évalue à deux ou trois cents les modernes saint\n Christophe qui opèrent aujourd'hui à Paris. Ils daignent, comme on sait,\n choisir Jésus comme porte-parole, et ils lui prêtent des paraboles peu équi­\n voques, renouvelées des écrivains sensibles de la fin du XVIIIe siècle. Parmi\n ces christophores, il en est qui ont du talent, M. de Wyzewa, par exemple,\n et qui se réclament du premier Chrétien pour prêcher un quiétisme candi­\n dement érotique ; mais la plupart d'entre eux considèrent le talent littéraire\n comme une vanité, et se contentent de fiuer de fades petits cathéchismes,\n dont le croyant ne discerne pas toujours l'immoralité profonde, mais que\n l'artiste ne peut s'empêcher de considérer comme autant de blasphèmes\n  contre la Beauté. C'est sur un âne que le Christ fit son entrée à Jérusalem :\n  aujourd'hui, c'est le contraire.\n     Les malheureux, qui ne comprennent point que l'hysope n'a pas le\n  droit de raconter le cèdre, et que certains sujets écrasent l'écrivain qui\n  s'avise de les traiter ! Seuls quelques artistes de la plus haute race, en glo­\n  rifiant le Fils, n'ont pas péché contre l'Esprit. Balzac ne s'est pas diminué\n  en écrivant Jésus en Flandre. Victor Hugo, dans la Fin de Satan, n'est\n"}, {"page_pdf": 500, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "                                  — 449 —\n\n pas inférieur à l'Evangile. Mais comme Hugo s'efface respectueusement\n devant la légende sacrée! Ses mains se font pieuses et son imagination\n souveraine, qui désespère d'embellir l'inembellissable, réserve ses féeries\n pour les entr'actes du drame divin. Et Tolstoï, le cinquième évangéliste,\n montre à peine, dans A la Recherche du Bonheur, la face resplendissante\n de l'Intercesseur. Telle est la suprême leçon de goût que le talent reçoit du\n génie.\n    Cette leçon, M. Eugène Demolder l'a comprise. Les Récits de Nazareth\n ne ressemblent guère, en effet, aux catéchismes de M. Téodor de Wyzewa.\n Il s'agit ici, non pas d'une œuvre à tendances plus ou moins morales, mais\n d'une série de transpositions littéraires, exécutées d'après les vieux peintres\n néerlandais, par un artiste qui leur ressemble. Sans doute, il n'a point leur\n naïveté, mais il accepte, sans la discuter, leur interprétation légendaire.\n Il les a trop contemplés, il Iles a trop caressés du regard pour n'en point\n garder la prunelle éblouie. Comme je l'ai dit naguère, M. Eugène Demolder\n est leur héritier. Aussi ne serait-il même pas juste de considérer les Récits\n de Nazareth comme une simple fantaisie d'artiste. Ils ont été commandés\n à M. Eugène Demolder par l'espèce de sensibilité qui lui est propre. Il\nles nourrissait en lui, il était forcé de les écrire. Ils apparaissent comme\nun hommage fatal rendu au génie de la race flamande.\n   Au rebours des christophores français, M. Eugène Demolder a eu le tact\nde nous montrer un Jésus presque silencieux. Cette discrétion, volontaire\nou instinctive, a sauvé l'œuvre.\n    Faut-il ajouter que M. Demolder conserve son style fleuri, chatoyant,\norfèvre, aux périodes harmonieuses pavoisées de métaphores? Il continue à\ndépenser, en fils d'une race prodigue, les resplendissants trésors d'une ima­\ngination asiatique. Son livre est un déluge de couleurs. La Cité morte dans\nl'or est, à ce point de vue, une œuvre déconcertante. Le lecteur doit mettre\ndes lunettes bleues pour ne pas être aveuglé.\n   Ce qui démontre qu'il s'agit d'une œuvre toute spontanée, et j'irai\njusque-là, végétative, c'est qu'on y trouve, à l'état naturel, les qualités et\nles défauts du génie flamand. La profusion des couleurs et des images\ncache mal la pauvreté et l'inégalité de l'ordonnance. Le jugement n'est pas\nvenu au secours de l'imagination. La forme, alourdie par un flot d'orne­\nments parasites, est inhabile à rendre la ligne et le mouvement. Pas de\nnerfs et pas de muscles. La chair déborde et les phrases s'enflent comme\nd'énormes éponges colorées. Le style de M. Demolder est un style de jouis­\nseur paresseux, à moitié endormi par ses bombances. Ce qui manque aux\nphrases manque aussi à l'ensemble du récit, dont la composition est parfois\nd'une gaucherie désarmante. Il serait regrettable que M. Eugène Demolder\nne s'élevât point au-dessus de l'idéal matériel de sa race. Rubens et Van Dyck\nsurent rester Flamands tout en acquerrant les qualités qui faisaient défaut\nà leurs premières œuvres. Que M Eugène Demolder soumette sa forme à\nune discipline plus sévère, et qu'il tache, en affinant sa belle imagination,\nd'échapper à la léthargie pléthorique dont il est menacé. Je ne lui conseille\nni l'Angleterre ni l'Italie, mais je pense qu'à l'égal de beaucoup de Fla­\nmands, il contient en puissance un patricien hollandais."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 450, "page_fin": 451, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Nouvelle Carthage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "M Georges Eekhoud vient de publier", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 501, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "M. Georges Eekhoud vient de publier, chez Paul Lacomblez, l'édition\n définitive de la Nouvelle Carthage. C'est l'œuvre la plus vaste du roman­\n cier anversois; c'est celle qui lui a coûté le plus d'effort et de travail, et\n c'est sans doute aussi, de toutes ses œuvres, celle qu'il préfère. Une première\n version de ce roman, incomplète et un peu hâtive, parut en 1888 chez Kis­\ntemaeckers. M. Georges Eekhoud sentit bientôt que son livre était né avant\n terme, et il publia successivement, chez Kistemaeckers en 1889, et chez\n Mme Ve Monnom, en 1891, cinq chapitres supplémentaires : les Emigrants,\n Contumace, la Bourse, le Carnaval et la Cartoucherie, qui, tous les cinq,\n comptent parmi les meilleurs morceaux du roman définitif, et dont les\ndeux premiers sont d'un écrivain arrivé à la maîtrise. Ces différentes parties\nde la Nouvelle Carthage, depuis la version primitive jusqu'aux chapitres\n complémentaires, ont été étudiées ici. Nous n'avons plus à les considérer\nen elles-mêmes. Il nous incombe seulement d'examiner si M. Georges\n Eekhoud a mené à bien le travail de refonte, si délicat et si ingrat, auquel\nil a dû se livrer, si l'œuvre a l'unité requise, et quelle ait sa place dans\nl'œuvre déjà considérable et touffue de l'écrivain.\n    Mais avant d'aborder cet examen, il importe de déterminer la valeur\npsychologique du livre. « C'est Laurent Paridael, — écrivais-je en 1892 —\nc'est le héros de la Nouvelle Carthage qui détient la clef de l'œuvre de\n M. Georges Eekhoud. Laurent l'éclairé tout entière, et, pour celui qui ne\nl'a pas compris, elle demeure obscure et fermée. » J'ajouterais volontiers que,\nsi ce roman n'est pas un des premiers qu'il ait écrits, c'est pourtant le premier\nqu'il ait conçu. Il le portait depuis de longues années, comme un poids de\ntendresse, de souffrance et de haine, dans son âme d'orphelin blessé par la\nvie, lorsqu'il composa Kees Doorik, les Kermesses et les Milices de saint\nFrançois. L'ordre chronologique, ici, n'est pas d'accord avec l'ordre senti­\nmental. C'est Laurent Paridael, dépouillé du vêtement d'aventures dont\nM. Georges Eekhoud l'a orné, qui a songé Kees Doorik, Marcus Tybout,\nla comtesse d'Adembrode, et la sombre théorie des Réfractaires, des Las-\nd'aller et des Hors-la-loi qui traversent le Cycle patibulaire. « De tous\nles héros de M. Georges Eekhoud, disais je naguère, Paridael est celui\nauquel il a le mieux caressé son cœur. Il aime, comme s'il était son fils\nselon la chair, cet enfant frêle et gauche, cet orphelin d'abord trop choyé,\nincapable de vivre au milieu de la bonté banale et indifférente des uns, de\nl'hostilité ouverte et savante des autres. La sensibilité refoulée s'amasse\nlentement en lui, l'oppresse et l'étouffé, et se raffine en s'amassant. Et\ncomme ses égaux le glacent, qu'un abîmede malentendus et de froissements\nles sépare de lui, son amour sans objet se retourne vers les inférieurs... »\nC'est l'histoire obscure de ce drame intime, joué silencieusement dans l'es­\nprit d'un enfant, qui rendait si douloureusement attachantes, à travers la\npremière partie de l'édition primitive, les pages naïves et sans apprêt consa­\ncrées au Jardin, à la Fabrique et au Costume Neuf. Maintenant qu'elles se\nrelient aux Emigrants et à Contumace, leur accent gagne encore en sin-\n"}, {"page_pdf": 502, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "                                 — 451 —\n\n cérité et en profondeur. Paridael aime Anvers, mais il l'aime comme un\n enfant sa mère remariée, avec des transports de jalousie et de colère contre\nl'intrus. Anvers est une ville souillée par une race égo'iste, mercantile,\nodieuse, au cœur de glace, au cerveau désert. C'est en haine des Carthagi­\n nois qu'il s'enfuit dans le Polder et dans la Campine. Il se venge d'eux,\npour ainsi dire, en célébrant les paysans de la Vendée belge. Et si la flèche\nde la cathédrale l'aimante, s'il revient, attiré par un charme tout puissant,\nbattre le pavé de sa ville maternelle, c'est encore pour braver, en frayant\navec le mob anversois, cette société punique qu'il déteste. Ainsi se justifient\nd'une part Kees Doorik,les Kermesses et les Milices de saint François,\net de l'autre, le Cycle patibulaire, ainsi se révèle le plan sentimental de\nl'œuvre, ainsi s'explique le développement passionnel de l'écrivain. Une\nquerelle avec sa Ville, et une querelle avec la Vie. L'une donne lieu à des\néglogues et à des drames rustiques, d'un réalisme attendri et puissant;\nl'autre à des rêves frénétiques, à des hallucinations à la fois infernales et\nparadisiaques, d'un symbolisme farouche et grandiose. Comme il adore\nAnvers en abominant les Carthaginois qui la polluent, il rend à la Vie un\nculte panthéiste qui éclate en imprécations et en révoltes contre les hommes\nd'aujourd'hui. Telle est la genèse de l'œuvre, dont la Nouvelle Carthage\nm'apparaît comme le portail monumental.\n    On devine quelles sont les beautés et les faiblesses du roman. J'ai dit\nplus haut mon admiration pour les pages où M. Georges Eekhoud raconte\nl'enfance de Paridael. Les descriptions d'Anvers sont magnifiques, d'une\nintensité de vie, d'une ampleur et d'une pénétration auxquelles le romancier\nn'avait pas encore atteint. Les chapitres inspirés par l'esprit de contumace\nsont des merveilles de couleur triste et de clair-obscur. Tout ce que\nM. Georges Eekhoud aime, parmi les choses et les êtres, il le décrit avec\nun bonheur sans égal. Mais lorsque les nécessités du roman le mettent en\ncontact avec des choses et avec des êtres qu'il hait, il perd toute lucidité,\ncondamne sans regarder ni entendre, et remplace l'observation par l'invec­\ntive, l'analyse par l'imprécation. Comme le dit fort bien M. Hubert Krains,\nsa main tremble en écrivant, les mots se nouent dans sa gorge. C'est con­\nfesser que M.Georges Eekhoud n'a réussi qu'à demi lorsqu'il a voulu\ndépeindre le monde des commerçants, des amateurs et des courtiers.\nL'odeur du jeu et la fièvre de la Bourse ne sont pas traduites avec la réalité\nqu'il faudrait. Ajoutez certaines faiblesses et un manque de proportion\ndans la composition de l'œuvre — Laurent Paridael nous cache trop\nsouvent les Anversois — et vous pourrez mettre en balance les qualités et\nles défauts du livre. M. Georges Eekhoud a écrit un roman plus équilibré\net mieux construit, Kees Doorik, mais la Nouvelle Carthage renferme des\npages d'une beauté prestigieuse, aussi ardentes que les plus belles pages du\nCycle patibulaire et des Nouvelles Kermesses, et, malgré son déséquilibre,\nelle sera considérée comme une manifestation éclatante d'une des sensibi­\nlités les plus aiguës de ce temps.\n                                                     ALBERT GIRAUD"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 452, "page_fin": 455, "titre_corps": "Le Mouvement littéraire en Italie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Antonio Sante-Martorelli", "ancre_debut": "Le Mouvement littéraire en Italie", "ancre_fin": "Rome octobre", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 503, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "Le Mouvement littéraire en Italie\n                                        I\n\n              C'est un bonheur pour moi quand l'occasion m'est donnée\n               d'écrire sur la littérature italienne, — j'entends la vraie litté­\n               rature.\n                  A notre époque, on fait un étrange abus de ce mot. Mais\npour être juste, il faut reconnaître qu'il en arrive presque toujours ainsi:\nles productions intellectuelles contemporaines sont trop facilement appelées\n« littéraires ». La grande coupable est la critique qui, souvent, ne se trouve\npas ou ne veut pas se trouver à la hauteur de sa mission. Heureusement il\ny a le temps qui remet tout en place. Il y a toujours eu une grande sagesse\ndans le temps : il a rejeté net les livres où l'art était sérieusement compromis\npar des vulgarités, se moquant à son gré des prétentions impudentes de\ncertains auteurs. On renverse très facilement l'autel de la gloire, s'il est\nbâti avec des pierres artificielles ou assemblées par un architecte ignorant.\n    Chaque littérature souffre de ce mal. La rapidité avec laquelle les\nécrivains d'aujourd'hui lancent leurs livres les destine à sombrer vite au\nmilieu de cette mer de publications, où seulement les ouvrages de génie\nsurvivent : Rari nantes in gurgite vasto.\n    Le sort des belles lettres italiennes n'est pas celui d'autrefois : ambitions\ninsolentes, recherches continuelles de renommée, cupidité phénoménale\nd'argent, tout cela - et d'autres choses encore — menace de plus en plus\nla réputation que nos ancêtres nous acquirent par tant d'efforts. Où abou­\ntira ce chemin-là? Au jour de l'anéantissement de l'Art pur? Fasse le ciel\nque ce jour fatal soit bien loin de nous ! Cependant, je constate que le\nvenin rongeur a filtré presque en toutes les littératures. Sans doute, il y a\ndes écrivains élégants, auxquels la fantaisie et l'art simple inspirent de bons\nromans, de petits poèmes, de fines nouvelles. Mais c'est une heureuse\nexception.\n    Je commencerai par M. GABRIELE D'ANNUNZIO, parce qu'il se révèle\n à nous comme le poète capricieux et puissant à la fois, dont l'attrait est\nabsolument irrésistible sur les âmes jeunes et neuves à la vie. On voit\n quelque chose de la grandeur de Michel-Ange dans ses hardies conceptions.\n Il est, en outre, un styliste merveilleux : rien n'est plus charmant que la\n précision de sa phrase et la nouveauté de sa pensée. Né à Francavilla, sur\nla côte de la mer Adriatique, dans l'ancien pays des Marrucini, Gabriele\n D'Annunzio a chanté sa mer et ses amours d'une façon tout à fait originale,\n comme un fou, comme un sauvage, sans s'occuper de ce que disait le\n monde : faisant des sonnets et des strophes, dans lesquels l'art ne sert qu'à\n mettre davantage en relief les vifs transports des sens. Il y a des portraits un\n peu flattés peut-être; mais ainsi l'a voulu son imagination excessive, qui le\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "                                 -   453   -\n\ndomine parfois complètement et grandit à ses yeux les choses qui\nl'entourent. L'art duquel il dispose est si fin, si délicat, si léger, qu'il se\nchange très souvent en artifice, comme on le discerne, du premier coup,\ndans son dernier livre intitulé : Poema paradisiaco. Les revues et les jour­\nnaux littéraires ont discuté vivement ces vers, et je suis d'avis que, cette\nfois, notre poète n'a réussi qu'à demi.\n   Aussi toutes les appréhensions que jadis éveillait sa fougue indomptable\nont de nouveau poussé les critiques aux plus étranges jugements. On dit\nque le fier poète « aux yeux de faucon » se trouve déjà dans une période de\ndécadence, et on annonce même l'épuisement de son esprit, tandis que\nplusieurs critiques sont prêts à soutenir la qualité du volume.\n   Quant à moi, je crois fermement que les uns exagèrent autant que les\nautres. D'Annunzio n'a fait avec ce livre que tenter une nouvelle forme d'art\nd'une extrême simplicité. Il doit son insuccès à cette simplicité même qui\nfrise la négligence. 11 est visible qu'il a forcé son génie, dans une période\nparticulièrement accidentée de sa vie, déjà si féconde en aventures. Notre\nlangage poétique ne permet pas que la forme soit sautillante et que les vers\nse brisent au plus beau moment. Le défaut d'harmonie et les efforts pour\naller du même pas que la prose ont ruiné l'édifice d'un innovateur trop\ntéméraire. Malgré tout, D'Annunzio sera toujours le même, c'est-à-dire\nqu'il gardera à jamais, au fond du cœur, une source inépuisable de poésie\ncharmante et profonde.\n   C'est la prose, je l'avoue, la sirène ensorcelante qui, dans le temps actuel,\nl'invite et l'attire entre ses bras afin de lui faire goûter les ivresses pures\nde la gloire. Nous, Italiens, nous voyons avec beaucoup de plaisir que les\nromans — trop analyseurs du reste — de ce jeune fils des Abruti sont\nassez estimés au delà des Alpes. La vigueur de son intelligence, les nom­\nbreuses relations qu'il a, font, à juste titre, de D'Annunzio le romancier du\njour. Ses romans — cela va sans dire — survivront mieux que ses chants,\nparce qu'il y met tout son cœur et tout son charme d'artiste voluptueux.\nMais personne ne saurait, pourtant, oublier le Canto Nuovo, l'Intermezzo,\nl'Isotteo e la Chimera qui forment sa meilleure gloire poétique et resteront,\ncertainement, dans la littérature italienne. Si notre auteur n'est vraiment\nincomparable qu'en prose, il n'en reste pas moins grand en poésie : et cela\nvaut quelque chose, sans doute. Il n'y a que la haine des adversaires qui\npuisse nier qu'au milieu des banalités de son dernier livre ne brille le rayon\nde l'éternel flambeau des vates.\n\n                                      II\n\n   M. JEAN MARRADI est un poète dont la sérénité vraiment artistique,\nl'admiration silencieuse de la nature, le charme mélancolique et très vif,\nfont une brusque opposition à l'exubérance de vie, aux passions fort\nexaltées, aux fougues erotiques de D'Annunzio.\n   Il est né à Livourne, dans un hôtel placé tout près de cette mer Tyrrhé-\nnienne, tantôt trop bleue, tantôt blanchâtre, suivant le ciel, et dont il aime\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3277, "texte": "                                    — 454 —\n\n   s'appeler l'enfant. Ah ! qu'il a passé d'heures sur son large balcon à enivrer\n   ses yeux d'un tableau qui est l'un des plus beaux du monde. Les îles, la\n   Capraia et la Gorgona, à l'horizon, semblent des améthystes, quand le\n   soleil couchant les teint de violet; et le phare de la Meloria — souvenir\n  triste pour Pise — éclate la nuit comme un astre dans le firmament\n  obscur. Alors, notre âme s'échappe de nous et s'unit à la beauté infinie des\n  choses.\n      Comment résister à la folie, à la douceur d'écrire en vers ? C'est ainsi\n  qu'il a chanté les merveilles de la mer étrusque, les reflets et les étincelle-\n  ments de la lune sur les eaux immobiles, les haines des cités maritimes\n  d'autrefois, comme personne n'avait su le faire auparavant. La littérature\n  italienne lui doit beaucoup de reconnaissance. Aujourd'hui, Marradi est le\n  paysagiste de mer le plus aristocratique et le plus original à la fois,\n  qualités très rares et très difficiles à conquérir par les autres, auxquels\n  convient trop bien le servum pecus d'Horace.\n     Son premier volume de vers a paru chez l'éditeur Nicolas Zanichelli,\n l'année 1879, en une petite édition actuellement introuvable. Dans ce livre,\n  Marradi montrait une grande facilité poétique et surtout prosodique, mais\n viciée par une indomptable rage révolutionnaire, antisociale, pas neuve et\n à la mode, depuis que Josué Carducci « avait, je ne sais combien de fois,\n — a dit Panzacchi — souffleté le genre humain et appelé lâche l'Italie ».\n     Le poète, en outre, y était tellement sceptique qu'on est tout surpris de\n ne plus le trouver tel aujourd'hui. Mais l'Art immense, l'Art pur déjà\n rayonnait çà et là candidement dans ses vers; et son esprit, énervé par les\n vicissitudes de la lutte, en voyait avec effroi l'intangible hauteur; et il\n chantait : « Adieu, art fatal d'Eschyle et d'Homère; trop haut, hélas! est\n l'idéal qui brille à ma pensée. Tes flatteries infidèles n'éveillent pas non\n plus la torpeur, où meurt ma forte jeunesse. »\n     Toutefois cet exil volontaire des « idéales régions » ne devait pas être\n long. Quelques années plus tard, l'éditeur Sommaruga (Rome) publia deux\n autres volumes : Canzoni e Fantaisie et Ricordi lirici, réunis en un seul\n dans l'édition Triverio (Turin, 1887).\n     Ces livres conquirent tout de suite au délicat écrivain de Livourne une\n place très importante qu'il a gardée. Et sa renommée est allée toujours\n croissant, depuis l'apparition des Nuovi Canti, où l'idylle se mêle conti­\nnuellement à l'épopée, dans une vapeur flottante de rêve qui semble être\nl'âme du poète spirituel.\n     L'Italie traverse en ce moment une période tout à fait sociale, qui veut\nentraîner la littérature même à tenter de réformer l'organisation moderne\nde chaque Etat et de l'humanité entière. On s'efforce, en un mot, d'asservir\ndéfinitivement les belles lettres, et surtout la poésie, à la diffusion des idées\nsocialistes.\n    Cette sorte d'exclusivisme — blâmable pour les conséquences qu'il aura\ns'il ne les a déjà, et devenue idée fixe chez plusieurs poètes — a le tort\nd'habituer les jeunes écrivains sans expérience à une rhétorique sentimen­\ntale et retentissante, et à une hypocrisie qui n'ont d'autre excuse que dans\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "                                  -   455   -\n\n  la tentation irrésistible de l'actualité. Rhétorique! Hypocrisie? Quel\n  gouffre pour un fidèle disciple d'Apollon! Nous devons, pourtant, nous\n   opposer vivement à cette extravagance.\n     — Eh ! Messieurs, aurions-nous, pour la littérature aussi, une contrainte,\n la malheureuse contrainte intellectuelle? N'est-ce pas une sottise évidente\n  que vos revendications plaintives fassent d'un grand poète un poètereau ?\n  Ne peut-on se plaindre, à bon droit, du dépérissement littéraire? A qui la\n faute si cela arrive? Heureusement, Marradi n'a pas voulu être exclusive­\n ment poète social, tout au contraire de ceux qui en ont eu la mauvaise\n ambition. Croyez-vous que, s'il lui plaisait, il ne pourrait l'être? Pour le\n savoir, lisez seulement les nombreux vers, où la note du cœur humain\n vibre avec la plus grande intensité et la plus lumineuse splendeur. Il faut\n permettre aux poètes de faire tout ce qu'ils veulent, pourvu que, naturelle­\n ment, ils le fassent bien. Asservir violemment à un but social les forces les\n plus pures de la pensée, jamais!\n    Qu'il soit toujours, l'artiste, un être affranchi de toute chaîne! Qu'il\n reçoive, qu'il n'aille pas chercher les émotions! Le mot n'est pas neuf, mais\n il est toujours juste : « Le dogmatisme, c'est la mort de l'art. »\n    Marradi, toutefois, a été doué d'un tel esprit qu'il n'a rien à craindre des\n influences pernicieuses du moment. Admirateur sincère de la nature,\n heureux d'en comprendre l'éternelle symphonie, il s'est révélé à nous dans\nces strophes : « Le poète entend l'écho mystérieux, les palpitations de\nl'harmonie qui fait tourner perpétuellement les astres, et tire les rythmes\nsavants et les musiques éthérées —faits des sons de la terre et du ciel —\ncomme d'une lyre immense. Comme d'une lyre immense il tire des accords\nde l'intime harmonie des choses qui vibra dans son cœur et entend monter,\nà travers les azurs silencieux, la symphonie des rêves que l'âme rêva. »\n    A-t-il raison, a-t-il tort de faire ainsi? Qu'importe une telle question si\nnous le trouvons délicieux, touchant, inimitable? Claude Monet pour la\npeinture, Jean Marradi pour la poésie : la comparaison est très exacte,\nsurtout si l'on observe que le poète accomplit son devoir avec tant de\nscrupules qu'il n'a jamais voulu écrire, pour ainsi dire, un seul mot de\nprose.\n                                         ANTONIO SANTE-MARTORELLI\n   Rome, octobre."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 456, "page_fin": 460, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "d abonnement", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Le directeur de la Plume, M. 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L'un d'eux, haut fonctionnaire et"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "père de famille, a été puni par où il avait"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 2747, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "péché. Il a fait lire Paul et Virginie à sa"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 2840, "fin_caractere_exclue": 2881, "texte": "belle-mère... Depuis lors, la malheureuse"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 2931, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "sexagénaire fait le trottoir!"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3174, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "On lit dans l'Art moderne, à propos des"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3287, "fin_caractere_exclue": 3307, "texte": "Récits de Nazareth :"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3360, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "« L'unique point à mettre en lumière"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3446, "fin_caractere_exclue": 3489, "texte": "encore est celui-ci En France où tant d'ar­"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3539, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "tistes — les Parnassiens surtout — ont"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3627, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "essayé de rajeunir les mythes, il ne sont"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3718, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "arrivés qu'à se copier les uns les autres, si"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3813, "fin_caractere_exclue": 3858, "texte": "bien que tous les transcripteurs de fables se"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3908, "fin_caractere_exclue": 3922, "texte": "ressemblent. »"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 3975, "fin_caractere_exclue": 4016, "texte": "C'est aveuglant de vérité. L'antiquité de"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 4066, "fin_caractere_exclue": 4104, "texte": "Leconte de Lisle ressemble étonnamment"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 100, "texte": "à l'antiquité de Théodore de Banville, et à"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "celle de M. José-Maria de Hérédial"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 249, "fin_caractere_exclue": 289, "texte": "Ah ! il est mis en lumière, le point, il"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "l'est !"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "M. Maudair rend compte en ces termes"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "de la représentation d'Un Ennemi du Peuple"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 808, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "à Paris :"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 906, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "« Une grande manifestation libertaire ne"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 998, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "cessa de doubler l'intérêt dramatique. 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M. Henri Fouquier, mal à l'aise,"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "tournait vers M. Canivet des regards navrés..."}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 1840, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Et l'on riait de bon cœur. 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Camille Lemonnier, viennent de paraître"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 4341, "fin_caractere_exclue": 4378, "texte": "en brochure chez Paul Lacomblez. 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Considérez maintenant"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 482, "fin_caractere_exclue": 521, "texte": "en quelles floraisons merveilleuses, en"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "quelle forêt touffue de talents s'est muée la"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 710, "texte": "germination initiale. 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Ou si une"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 2455, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "telle chose se fût réalisée ailleurs, elle n'eût"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 2554, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "été ni aussi pure ni aussi magnanime. Car,"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 2647, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "ici, des croix seulement vers des cimetières"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 2742, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "d'injustice et d'oubli bordaient la route et"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 2837, "fin_caractere_exclue": 2876, "texte": "récusaient l'espoir. 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Elle qui renia ses artistes de"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 4943, "fin_caractere_exclue": 4986, "texte": "la plume et ne fut constante qu'à ses pein­"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 5037, "fin_caractere_exclue": 5080, "texte": "tres et ses sculpteurs, elle sait à présent"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 98, "texte": "qu'elle ne peut grandir que par la gloire"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 155, "fin_caractere_exclue": 199, "texte": "que vous lui apportez. Elle y consent, aver­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 249, "fin_caractere_exclue": 292, "texte": "tie que les peuples respectueux des Arts et"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 344, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "des Lettres seuls ont la durée. Quand"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 441, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "quelque part des génies ont apparu, c'est"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 537, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "comme la découverte et la joie d'une patrie"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 634, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "nouvelle qui s'éveille pour le reste du"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 730, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "monde. La vieille Sterre des Sagas nous"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 822, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "émerveilla d'une aurore de fraîche huma­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 917, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "nité à la lumière révélée de ses grands écri­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1010, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "vains. Et, je le pense, nous sommes aussi"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1085, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "un jeune peuple, nous ne faisons que de"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1217, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "naître puisque c'est d'hier seulement que"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1349, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "nous nous écoutons vivre à travers ce batte­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1489, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "ment du cœur d'une race qui est sa littéra­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1628, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "ture. 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Camille Lemonnier aux écrivains de la"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2505, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "génération de 1880, nous a profondément"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2598, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "ému. Nous l'en remercions de tout cœur,"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "et nous espérons que la génération nouvelle"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2786, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "couronnera l'œuvre de sa devancière."}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2882, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "Cet espoir nous est permis, car, M. Ca­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "mille a raison de le dire, nous sommes un"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3072, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "jeune peuple et nous ne faisons que naître"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3166, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "à la vie littéraire. 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On ne doit"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 782, "fin_caractere_exclue": 821, "texte": "détrôner Aristote que pour faire régner"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 875, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "Vaugelas, et il faut aimer l'Art poétique"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 969, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "de Boileau, sinon pour les principes, du"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1062, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "moins pour le style. »"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1181, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "En 1820, six ans avant d'écrire ces"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1311, "fin_caractere_exclue": 1348, "texte": "phrases, Victor Hugo, rendant compte,"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1446, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "dans le Conservateur littéraire, des Médi­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1585, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "tations poétiques de Lamarrine, reprochait"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1724, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "à ce « livre singulier » les négligences, les"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 1865, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "néologismes, les répétitions et l'obscurité."}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2007, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "Réponse directe à la fameuse phrase de"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2140, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "Lamartine : « La grammaire n'est pas faite"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2278, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "pour nous! »"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2360, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "Il vient de se fonder à Bruxelles un théâtre"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2457, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "littéraire. C'est le titre de l'entreprise nou­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2557, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "velle qui a pour initiateur et directeur"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2650, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "M. Maurice Chômé, professeur au Conser­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2742, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "vatoire. Ce théâtre sera consacré à l'œuvre"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2838, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "dramatique d'écrivains de quelque époque"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 2931, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "et de quelque nationalité qu'ils soient. Son"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3028, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "existence est assurée. Chaque pièce ne sera"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "représentée qu'une fois. Il y aura quatre"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3218, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "spectacles dans le courant de l'hiver."}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "M. Paul Lacomblez vient de perdre"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3575, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "son père, M. Horace-François Lacom­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3675, "fin_caractere_exclue": 3716, "texte": "blez, mort à Solesmes le 1 e r décembre ;"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3770, "fin_caractere_exclue": 3807, "texte": "quelques jours après, un second deuil"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3861, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "le frappait : il perdait sa mère."}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 3951, "fin_caractere_exclue": 3983, "texte": "La Jeune Belgique prend une pro­"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4037, "fin_caractere_exclue": 4072, "texte": "fonde part à la douleur de son ami."}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4179, "fin_caractere_exclue": 4220, "texte": "Parlant d'un écrivain qui lui déplaît, le"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4273, "fin_caractere_exclue": 4297, "texte": "Peuple s'exprime ainsi :"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4353, "fin_caractere_exclue": 4397, "texte": "« C'est lui qui dégoûte les socialistes, car"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4450, "fin_caractere_exclue": 4495, "texte": "il est un de ces gaillards dont il n'y a plus"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4548, "fin_caractere_exclue": 4579, "texte": "grand chose de bon à tirer... »"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4635, "fin_caractere_exclue": 4674, "texte": "Il y a donc encore, parmi les écrivains"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 4727, "fin_caractere_exclue": 4770, "texte": "belges, des « gaillards » dont, au point de"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "vue socialiste, il y a « quelque chose à"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "tirer? »"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 217, "texte": "Nous retenons l'aveu."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 538, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "M. Antoine, le dictateur du Théâtre Libre,"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 667, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "vient de confier à M. Jules Huret qu'il va"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "se consacrer à la littérature socialiste, et"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 925, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "qu'il en a assez des poètes."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1045, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "Et réciproquement, Monsieur."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1347, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "M. Antoine, deux fois nommé, ayant jugé"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1433, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "bon de tripatouiller Une Faillite, le drame"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "deM. Björnstjerne Bjôrnson, l'écrivain nor­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1584, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "végien a envoyé au Figaro une protesta­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1632, "fin_caractere_exclue": 1661, "texte": "tion aussi vive que légitime."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1725, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "M. Björnstjerne Björnson a profité de"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1804, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "l'occasion pour rabrouer M. Georges Le­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1888, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "fèvre qui, dans la Revue des Revues, attri­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1970, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "bue à Victor Hugo l'invention du roman­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2056, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "tisme en Europe."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2113, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "Voici la réponse de l'écrivain norwégien :"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2186, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "« Dois-je vraiment faire remarquer qu'il"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2271, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "est impossible que le romantisme de Goethe"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2358, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "ait pris naissance de celui de Victor Hugo"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "ou même de l'esprit français? Que Victor"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2505, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "Hugo n'était pas né quand Goethe a écrit"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "son Gœff de Berlichingen ? Que Schiller"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2586, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "n'avait pas prévu la naissance de V. Hugo"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2628, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "à l'époque où il écrivit les Brigands? Que"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2714, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "le grand romantique danois Adam Œben­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2800, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "schlaeger écrivait sa sublime Saga de Va­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2888, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "lumder beaucoup avant que la préface de"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2963, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "Cromwell eût sonné la première cloche du"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3055, "fin_caractere_exclue": 3092, "texte": "romantisme français? Que Thomas Moore"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3134, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "a puisé à d'autres sources plus profondes?"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3222, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "Qu'un des plus grands lyriques du monde"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3306, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "entier, Schelley, a chanté des hymnes bien"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3394, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "à lui et aussi Henrick Vergeland, le Norwé­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3480, "fin_caractere_exclue": 3525, "texte": "gien, un des plus grands poètes de la liberté"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3566, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "dans les pays libres, jailli comme un torrent"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3638, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "du cœur de notre peuple nouveau-né et"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3729, "fin_caractere_exclue": 3771, "texte": "dont le génie ne dut jamais rien au roman­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3816, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "tisme des autres? Alors Victor Hugo était"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3891, "fin_caractere_exclue": 3931, "texte": "venu, mais APRÈS Goethe, Schiller, Œben­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3978, "fin_caractere_exclue": 3998, "texte": "schlaeger, etc., etc"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4073, "fin_caractere_exclue": 4113, "texte": "Faut-il continuer et citer encore Robert"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4162, "fin_caractere_exclue": 4200, "texte": "Burns ou faut-il s'en tenir aux pièces"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4245, "fin_caractere_exclue": 4288, "texte": "d'Henrick Ibsen que l'on vient de représen­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "t e r ? Croit-on ces pièces tributaires du génie"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "français?"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 242, "fin_caractere_exclue": 280, "texte": "Si on cherchait un peu mieux parmi mes"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "drames et mes romans, on en pourrait"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 448, "texte": "trouver quelques-uns dans le même cas."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "Nous sommes pleins de reconnaissance"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 627, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "en toutes choses pour la France et plus"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "particulièrement pour l'initiative artistique"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "de la France, quant à la forme."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1003, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "Nous trouvons que Francisque Sarcey et"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1120, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "autres Chinois français ont bien le droit de"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1211, "fin_caractere_exclue": 1253, "texte": "nous barrer le chemin de la Terre promise,"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1300, "fin_caractere_exclue": 1343, "texte": "mais si on nous fait la grâce d'entrer, que"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "ce soit avec un droit plein et entier sur nos"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1477, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "propres œuvres."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1542, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "Mais s'il s'agissait d'autre chose que de"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1624, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "livres?"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1681, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "A la frontière, par exemple, après avoir"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1763, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "bouleversé les malles d'un voyageur pour"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1844, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "y trouver des joyaux et des objets d'art et"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 1932, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "lui avoir demandé à chaque objet : De"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2010, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "quelle date est-il? A-t-il plus de dix ans? —"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2102, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "Si oui."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2159, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "— Alors, il est à nous."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2232, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "Veuillez-agréer, Monsieur le Rédacteur"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2314, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "en chef, l'expression de mes sentiments les"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2401, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "plus distingués."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2483, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "BJÖRNSTJERNE BJÖRNSON"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "LE MACAQUE FLAMBOYANT (section française)."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2763, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "L'âme de M. Saint-Pol-Roux le Magni­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2842, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "fique s'étant jetée dans la rivière des ophé-"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 2928, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "lies, raconte ainsi son plongeon :"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3012, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "— « J'allais, au-dessus d'infiniment pures"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3093, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "pierres (probables têtes de mort d'anté­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3177, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "rieures ophélies) et parmi des poissons sem­"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3262, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "blant des guêpes et des chardonnerets, tant"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3349, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "l'onde était subtile et menue, j'allais à la"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3438, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "dérive, dans cette rivière si limpide que"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3526, "fin_caractere_exclue": 3565, "texte": "s'apercevait le monde extérieur comme à"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3612, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "travers une longue vitre."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3687, "fin_caractere_exclue": 3728, "texte": "Sur mon coma bizarre glissent des ventres"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3772, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "de cygnes et des coques aux coups de rames,"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3890, "texte": "albatros de bois à tête humaine."}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 3940, "fin_caractere_exclue": 3977, "texte": "J'allais, dans ma semimpossibilité de"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4024, "fin_caractere_exclue": 4069, "texte": "mourir, en ce palanquin de perles, j'allais à"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4114, "fin_caractere_exclue": 4161, "texte": "la dérive, telle une sainte de cire qui visite,"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4201, "fin_caractere_exclue": 4244, "texte": "en son reliquaire de cristal, les épis, les"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 4289, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "pommes, les vignes..."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "Mes yeux se dosaient de délices sous ce"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 144, "fin_caractere_exclue": 164, "texte": "rosaire de caresses."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 208, "fin_caractere_exclue": 249, "texte": "Çà et là quelques éraflures, m'infligeant"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 250, "fin_caractere_exclue": 298, "texte": "l'impression d'une course à travers les a joncs,"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 299, "fin_caractere_exclue": 337, "texte": "me révèlent au bout d'une canne sur la"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "berge des personnages reconnus pour"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 522, "texte": "m'avoir accablée durant la vie, — sans"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 567, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "doute espèrent-ils me ressaisir avec leurs"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 671, "texte": "hameçons..."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 757, "fin_caractere_exclue": 797, "texte": "A plusieurs endroits, des chiens me hap­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 887, "texte": "pant la main avec leurs dents braves, ma"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 938, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "main avait l'air d'un fruit-à-baisers ganté"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1036, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "d'une protectrice écorce ; mais je signifiais"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1099, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "de ma main retirée que mes chagrins préfé­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 1189, "texte": "raient le trépas, aussi les chiens regagnaient-"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "ils la rive plutôt que de gâter d'un préjudi­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "ciable salut leur légendaire fâme de résur­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1358, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "rections fraîches. »"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1584, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "Lire dans le Mercure de décembre, un"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1665, "fin_caractere_exclue": 1706, "texte": "remarquable fragment de poème : Les Cour­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "tisanes sacrées, signé Charles Leconte."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2085, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "L'ART BELGE A L'ÉTRANGER. — Le roman"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2180, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "bien connu de M. Georges Eekhoud, Kees"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "Doorik, vient d'être traduit en allemand par"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2264, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "M. Tony Keilen et de prendre place dans"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2304, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "une collection de romans étrangers éditée à"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2348, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "Berlin, Vienne, Leipzig et Stuttgart par la"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2392, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "Deutsche Verlags Anstalt."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2421, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "En tête de la traduction de Kees Doorik"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2461, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "figure une intéressante étude biographique"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2504, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "et critique de M. Keilen."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2533, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "La même maison d'édition publiera pro­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2576, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "Nous prions nos abonnés de réserver"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2644, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "d'abonnement, qui viennent"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "chainement une traduction de la Nouvelle"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 195, "fin_caractere_exclue": 204, "texte": "Cartkage."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 353, "fin_caractere_exclue": 391, "texte": "La Liberté, de Bruxelles, assure à ses"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 443, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "lecteurs que « Rosmersholm vaut tous les"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 535, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "chefs-d'oeuvre dé Shakespeare »"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 659, "texte": "La Galette remplace l'enthousiasme par"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "un délicieux calembour. Il paraît que dans"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "les couloirs, de spirituels boulevardiers"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 898, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "appelaient Rosmersholm... Roll-mopsl..."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "Ah ! quel plaisir de n'être ni la Liberté m"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "la Galette!"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1238, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "M. Lugné-Poe et ses camarades de"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1316, "fin_caractere_exclue": 1357, "texte": "« l'Œuvre » ont joué, au Théâtre du Parc,"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1403, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "Rosmersholm et Un Ennemi du Peuple"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1483, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "d'Ibsep, et les Ames solitaires de Gérard"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1570, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "Hauptmann."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1629, "fin_caractere_exclue": 1664, "texte": "De son côté, M. Chomé a inauguré le"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1707, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "Thâtre Littéraire par une représentation de"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1796, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "l'Etoile de Jean Richepin, et du Roi Gon­"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1883, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "zague d'Henri Signoret."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "Notre prochaine chronique dramatique"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2037, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "s'occupera de ces différentes manifestations"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2167, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "artistiques."}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2612, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "bon accueil aux quittances"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "d'être mises à la poste."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLE A L P H A B É T I Q U E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 512, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "TABLE A L P H A B É T I Q U E\n                            DES MATIÈRES\n             CONTENUES DANS LE TOME DOUZIÈME DE\n\n                       LA JEUNE             BELGIQUE\n\n\n\n      Accinelli (François).                       Desombiaux (Maurice),\nLe Roman d'un papillon . .            235   Les Géants                     47\n         Arnay (Albert).                            Destrée (Jules).\nErrances .                             45 Chronique littéraire. .         422\nLes Masques                           135         Destrée (Olivier-G\nVers                                  331\n                                          Au Chevalier Printemps           33\n       Ghainaye (Hector).                 Les Roseaux et les eaux         274\nPoèmes en prose :                         Consolatrix     . . . .         3 00\n  La Séparation                       373 L'Eglise de Lordship lane       375\n  La Mort                             374 Ford-Madox Brown. .             417\n      Chantrailles (Robert).              Vision. Florentine . .          429\nL'Enfant au cor merveilleux .          36               Direction (la).\n        Closson (Ernest).                             (IWAN GILKIN).\nChronique musicale, 89, 120, 204,           Déclarations                    5\n 247, 313, 419.                             Un incident                   107\n                                            Une Conversion . . . .        3l2\n        Complot parnassien.\n                                            Le Mouvement flamand .        334\n                                      216\n                                                     Donnay (Léon).\n        De Busscher (Lucien).\n                                            L'Ange du livre . . . .        28\nSoirs                                  72\n                                                        Duc (Maurice).\n        Delattre (Louis).\n                                            Printemps                     185\nVieux cœur                366, 401\n                                                   Dupont (Arthur).\n           Delville (Jean).\n                                          Le dernier Voyage . .            56\nLettre                                312\n                                          Gisèle                          136\nLe Frisson du sphinx    .     .   .   363\nThamyris                              441         Eekhoud (Georges).\nDomitorès                             442 Amis d'enfance   . . . .         13\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": "                                 — 462 —\n\n             Elskamp (Max).                           Giraud (Albert).\nSalutation                         35    Le dernier Soir                  52\n                                         Lettre                          123\n          Fleury (Marcel).\n                                         José-Maria de Hérédia . . . 133\nPlainte au soleil                 142\n                                         Le nouveau Parnasse . . . ]65\n         Fontainas (André).              Le Réveil ingénu                233\nEpiphanies                               Pierrot et l'Ane                337\n  Le Fifre                         30    Le Critique fantôme    . . . 361\n  Le Tambour                       31    Le Procès Lemonnier . . . 399\n                                         Renaissance                     434\n          Garnir (Georges).              Chronique littéraire, 74, 155, 208,\nNature                            236      251, 284, 315, 350, 288, 444.\n              Gens (Aimé).                            Goffin (Arnold).\nNénuphar                          275    Notes cursives                24\n             Gilkin (Iwan).              Hélène. . . 180, 266, 302, 380\n                                         Chronique littéraire . . . . 290\nPetites études de poétique française :\n  III. Le rythme, la rime et                    Hennebicq (José).\n   la césure                       57    Une Ame au loin\" . . . .                141\nSatan :                                        Itibéré da Cunha (Jean).\n  L'Artiste maudit . . . .         64    Chronique l i t t é r a i r e . . . .   85\n   Une Vengeance . . . .           64    (Voir de     Oliveira-Soarès).\n  L'Habitude                       65\n                                                 Jeune Belgique (la).\n  Le Mensonge                      66\n  Princes                          66    A la mémoire de Ch. DeCoster 150\n  Méduse                           67    En Beotie                    297\n  Aux Enfers                       67    Le Prix quinquennal . . . 298\nSymptômes de réaction. . . 101                     Jhouney (Albert).\nMenus propos                      137    Visions d'Egypte                        167\nLe nouveau Parnasse . . . 165\n                                                     Koltzoff\nOrdo                              179\n« Pelléas et Mélisande » à Paris 229     Le Grand Mystère . . . .                43\n                                         La Forêt. . . . . . . .                 44\nDéprécation magique . . . 299\nRimes d'ombre :                                   Lahaye (Isidore).\n  Fatum                           346    Ses yeux                              275\n  Hallucination                   347    Gloire aux soleils . . .            .276\nLe Banquet Eekhoud . . . 397                 Maeterlinck (Maurice).\n             Gille (Valère).         Vieilles chansons. . . , . 21\nDuplicité                         32            Maubel (Henri).\nLe nouveau Parnasse      . .     165 Lettre                         123\nLa Fontaine étoilée . . . .      272 Pensées sensibilisées; . . . 200\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "                                    463\n\n           Nékrassoff.                            de Tallenay (J.).\nVlan!                             41    Soirée en mer                    73\nLe Sillon non moissonné .     .   42             Tiberghien (Paul).\n        de Oliveira-Soarès.             (Voir   Swinburne).\nMois de Marie                     68                 Toto.\nParmi les hommes . . . .          69 Pêche à la ligne                    310\n           Pouchkine.                                Tutchew.\nLe Souvenir . . . . . .           38 Poésies                 238, 348\nL'Antchar                         39          Van Arenbergh.\nLe Nuage                          39 Le Naufragé                   33\nStances                           40\n                                              Vanden Bosch (Firmin).\n       Pourdeux (vicomte).              Lettre                           124\nLa plus belle princesse . .       219     Vander Brugghen (Jules).\n        de Régnier (Henri).           Suprême Vision               186\nPaysage marin et pastoral. .       27 Le Sacre de Ponce Pilate . . 329\n    Sante-Marborelli (Antonio).              Vazy (Ethelrred).\nLe mouvement littéraire en          Poésie congolaise . . . .             49\n  Italie                        452 La Réforme de l'orthographe.         321\n\n        Severin (Fernand).               Verhaeren (Emile).\n                                 Vers :\nPoèmes :\n                                   Les Vents qui hurlent    . .    17\n  La Chanson douce . . .      11\n                                   Les Meules qui brûlent . .      19\n  Au pays du calme. . . .     12\nLe nouveau Parnasse . . . 165            Verlant (Ernest).\nFragment d'églogue.      . . 265 Chronique  artistique, 86, 150, 243,\nLa Dame de Grâce . . . .     400   384.\n                                        Taine                            170\n        Stiernet (Hubert).\n                                                   Viane (Charles).\nLe Locataire                       m\n                                        Fille d'auberge                  442\n     Swinburne (Algernon-C.).\n                                           W a l l n e r (Léopold).\nAtalante à Calydon, 143, 189, 277,\n                                   (Voir Pouchkine,        Nékrassoff,\n                     338, 411, 424\n                                         Koltzoff,   Tutchew).\n     Tabibitte (Télesphore).            Memento, 92, 126, 161, 219, 262,\nTachypoèmessténorythmiques        261    292, 323, 355, 393, 424, 456.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1893-12-n12-207", "volume": "ELB-ULB-516421-1893-001-012_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1893-001-012_f.pdf", "ocr_sha256": "ebc86b36a957874d07e6dc948452cd7369bf8fc872efb7f0c1cf77fb5f376e62", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR DE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 516, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "LACOMBLEZ\n     ÉDITEUR        DE    « LA     JEUNE       BELGIQUE            »\n                     31, rue des Paroissiens, 31\n                              BRUXELLES\n\n\n                VIENNENT          DE PARAITRE          :\n                       Edmond PICARD\n\nEL MOGHREB AL AKSA\n                  Une mission belge au Maroc\n     Un fort volume in-18 Jésus                             4 francs.\n\n              SCÈNES DE LA VIE JUDICIAIRE\nParadoxe sur l'Avocat.— La Forge Roussel.— L'Amiral. —Mon Oncle\n        le Jurisconsulte. — La Veillée de l'Huissier. — Le Juré.\n    Un fort volume in-18 Jésus                             4 francs.\n\n                     Georges EEKHOUD\n           LA NOUVELLE CARTHAGE\nLa Nouvelle Carthage. — Les Emigrants. — Contumace. — La Bourse.\n       — Le Carnaval. — La Cartoucherie. — Épisodes inédits.\n    Édition définitive, un vol. in-8° très compact. . 4 francs.\n\n                       Charles SLUYTS\n           NOTES                      D'ÊTRE\n  Un vol. petit in-16, sur papier de Hollande Van Gelder.      3 francs.\n\n                       Ernest BOSIERS\n        HARALD                                             ROI\n                        Drame en neuf scènes.\n  Un volume in-8°                                             2 francs.\n                       Justus SEVERUS\n                APRICUS\nOU       L E      G É N I E            R É C O M P E N S É\n                  Drame nègre en un acte et en vers.\n     Une plaquette in-18 Jésus                              1 franc.\n\n                           SOUS PRESSE :\n     Emile S I G O G N E : C O N T E S M E R V E I L L E U X\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 478, "texte": "Décembre 1893.                              TOME XII. — N° 12                              13me Année.\n\n\n\n\nLA\n        JEUNE\n                       BELGIQUE\n                                             SOMMAIRE:\n             Vision Florentine                           OLIVIER-G. DESTRÉE.\n             Renaissance                                 ALBERT GIRAUD.\n             Atalande à Calydon (trad. de P. Tiberghien)\n               (suite et               fin)              A.-C. SWINBURNE.\n             Thamyris; Domitorès                         JEAN DELVILLE.\n             Fille d'auberge                             CHARLES VIANE.\n             La Nouvelle Revue internationale.\n             Chronique littéraire :\n               L'Eau et le Vin ; Histoire des Lettres bel­\n                 ges d'expression française ; Scènes de la\n                  Vie judiciaire ; Les Récits de Nazareth;\n                 La Nouvelle Carthage                      ALBERT GlRAUD.\n             Le Mouvement littéraire en Italie. . . . A. S A N T E - M A R T O R E L L I .\n             Memento                                       NEMO.\n             Table des matières.\n\n\n\n               RÉDACTLON                                                BRUXELLES\n 110,   R U E D E LA L I M I T E ,   BRUXELLES.                    PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                       3 I , rue des Paroissiens]\n                                                                             PARIS\n         PRIX DU NUMÉRO                                         C H A M U E L , \" LIBRAIRE-ÉDITEUR\n\n                    fr. 0-75.                                             29, rue de Trévise\n\n                                                                                1893\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "       BELGIQUE\n                                  N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                            BELGIQUE\n                  JEUNE\n\n\n\n\n                                                                    JEUNE\n                          LA\n\n\n\n\n                                                              LA\n                                  N E CRAINS\n          Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n   Fondateur     : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n                         Directeur .- IWAN GILKIN.\n                Rédaction : 110, rue de la Limite, Bruxelles.\n              7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                     des Capu­\ncines, 16, à Paris\n   LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom­\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n   A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n   A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n\n                  KVMRIS- EXPOSITION\n   Un Salon d'art idéographique est en voie de formation. Il aura lieu dans l'ancien hôtel\ndes ducs de Clèves-Ravenstein, rue Ravenstein, à Bruxelles et cela sous le patronage du\ngroupe d'études ésotériques KVMRIS dont le siège se trouve, comme on sait, dans cette\nantique et vénérable maison. •\n   Les artistes invités sont peu nombreux, une quinzaine tout au plus, notamment les\npeintres : Josef Middeleer, Emile Motte, Jules du Jardin, Auguste Levêque, Doudelet,\nA. Donnay, Jean Delville, Albert Ciamberlani, Willy Schlobach, Constantin Meunier,\nLéon Frédéric, Constant Montald, Louis Titz et Edgard Baes ; les sculpteurs : M lle H é ­\nlène Cornette, Rousseau, Rulot, Minne et Craco.\n   Tous professent une esthétique spiritualiste et indubitablement leurs œuvres idéogra­\nphiques, sans exception, seront discutées par le fait même qu'elles seront opposées à la\npeinture et à la sculpture matérialistes.\n   L'ouverture de ce Salon aura lieu très prochainement. Il y sera donné une conférence\nsur « Wagner et son oeuvre ésotérique », conférence qui sera coupée par l'audition de\nfragments de musique wagnérienne.\n   On ne visitera le Salon d'art idéographique que sur présentation d'une invitation spé­\nciale par KVMRIS. Sa durée ne sera que de 8 jours.\n  Et pour assister à la conférence, il faudra encore avoir été invité tout spécialement.\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "             VISION FLORENTINE\n                                             A MONSIEUR HERBERT-P. HORNE.\n\n\n\n\n                                          ans un rêve béni j'eus cette vision.\n                                          Entourée de la chaîne de ses collines\n                                      nues, bercée au clair chant du vert fleuve\n                                      Arno, dans la sérénité de la nuit ita­\n                                 lienne, la fière ville qui porte un lys dans ses\n                                 armes, Florence la belle dormait, tout\n                              argentée de la lumière de la lune. C'était l'heure\n                           où meurent les bruits de la ville, où les palais de\n                pierre et les églises de marbre racontent au passant attardé\n                l'histoire glorieuse des siècles écoulés ; c'était l'heure solen­\n                nelle où les tours sombres des vieux palais, les campaniles\n                blancs et les clochers des églises dressés vers le ciel clair\n                semblent seuls converser entre eux dans le majestueux\n                silence et le calme profond de la nuit. Parfois des cloches\n                harmonieuses et graves vibraient, qui planaient comme une\n                prière sur toute la ville; au loin, des églises et des couvents\n                des montagnes, de petites cloches répondaient, affaiblies\n                par la distance, et le silence reprenait et régnait plus grand\n                sur Florence endormie.\n  Au cœur de la ville, le dôme gigantesque de Brunelleschi, se détachant\nen noir sur le ciel bleu, semblait comme une image énorme de la terre\nbleue et rose à ses côtés, et le campanile de Giolto brillait d'un éclat extra­\nordinaire, comme si toute la sainteté de la patrie italienne fût enserrée dans\n                                                                        27\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "                                   — 4^o —\n\nses pierres. Dans la blancheur des marbres encadrées, ses fenêtres rayées\nde la sveltesse lumineuse des colonnes torses s'ouvraient, sombres autels\nélancés, d'où semblaient devoir s'envoler les laudes divines de saint\nFrançois et les cantiques débordant d'amour du bienheureux Sacopone\nde Todi.\n   A la voûte du ciel, illuminant de leurs feux clairs la ville grise, les routes\nblanches bordées de cyprès sombres, les champs et les montagnes endor­\nmies, d'innombrables étoiles étincelaient. Plus blanche que les autres,\ncomme une fleur de diamant aux gouffres de l'azur épanouie, une étoile\nscintillait, la plus pure, la plus éclatante de toutes, et qui semblait croître\net grandir au fur et à mesure que je la contemplais. Elle grandissait, en\neffet, tournoyant à ce qu'il semblait sur elle-même avec une vertigineuse\nrapidité. Elle devint plus grande que la lune : les planètes les plus grandes\net tous les autres astres disparaissaient autour d'elle; pendant qu'elle\ncroissait encore, ses feux s'amoindrirent, son mouvement se ralentit, et elle\nresta enfin immobile, astre nouveau apparu dans l'espace, disque géant où\ntournoyaient encore, se mêlant, se confondant, des vapeurs d'argent, toutes\nrayonnantes de lumière et de clarté.\n    Comme on voit, dans la lumière du matin, les vapeurs monter, se dissiper\nlentement sous les jeunes rayons du soleil et découvrir enfin la claire forme\ndes choses, ainsi insensiblement les vapeurs s'écartèrent, s'entr'ouvrirent et\npar degrés dévoilèrent à mes yeux charmés une longue vallée heureuse et\nprotégée du même ciel que j'avais vu tantôt rayonner par-dessus la ville.\n Le calme, le bienheureux paysage que c'était ! Les ombres chassées de la\nplaine montaient lentement le long des hauteurs qui le bordaient. La verte\ntranquille vallée, tout émaillée de fleurs vives, toute jonchée de blanches\nfleurs, s'étendait à perte de vue jusqu'à l'horizon et à perte de vue aussi,\nblanche et fluide comme un faisceau de lumière, toute droite comme le\nfaisceau de lumière d'une Annonciation, une rivière longeait la vallée\n heureuse et l'enchantait au doux murmure de ses eaux. Toutes fières et\n frêles, des immortelles se dressaient par-dessus les humbles herbes de la\n prairie, pourpres, violettes, couleur d'automne, couronnes jaunes comme\n l'or, minuscules, blancs diadèmes triomphant des autres couleurs, étoiles\n de candeur sanctifiant de leur lumière les herbes et les plantes qui crois­\n saient autour d'elles.\n    Le rayonnement des fleurs en la vallée augmentait à mesure que la vallée\n s'éloignait, et les vapeurs qui recouvraient au loin la rivière se confon­\n daient avec la blancheur des fleurs et voilaient l'horizon de brumes argen­\n tées. Volant sur les herbes, glissant sur les ondes lucides, planant sous le\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                                -   431   -\n\nchœur des sereines étoiles, du sein des brumes montait un chant, un doux\ncantique chanté par des voies surhumaines, si bien cadencées, si bien\naccordées que les paroles jaillies d'un seul cœur m'en parvenaient aussi\ncomme chantées par une seule voix.\n\n                       Te Deunt laudamus,\n                       Te Dominum confitemur,\n\nchantaient les voix. Le cantique d'adoration, le pur cantique d'actions de\ngrâces aux claires paroles inspirées se développa. Les voix, les douces voix\nse rapprochèrent, et telle était l'harmonie de leur chant, que les herbes et\nlesfleursde la vallée diaprée, la limpide rivière et les étoiles rayonnantes\nsemblaient louer et chanter avec elles, vivant et palpitant d'une vie nou­\nvelle.\n                       In te Domine speravi,\n                       Non confundar in œternum,\n\nentendis-je encore, et comme les voix diminuées, pareilles à des sons\nd'orgue, se prolongeaient, s'élevaient et mouraient dans les hauteurs de\nl'azur, je vis des formes apparaître et se mouvoir dans les vapeurs argentées.\nJe vis des âmes bienheureuses, vêtues de tuniques blanches, vertes et rouges,\nqui lentement s'avançaient vers moi, leurs pieds légers foulant sans les\nblesser les tapis de fleurs et de gazons clairs. Et je les reconnus aussitôt,\ncar elles étaient telles que je les avais toujours vues au travers des chro­\nniques et des poèmes, et toute mon âme ravie d'enthousiasme et d'amour\nvolait au-devant d'elles.\n   Etincelante de blancheurs et de lumières, semblable à l'étoile du matin\naffrontant l'aurore, des clairs rayons de ses yeux illuminant les fleurs qui\nse penchaient vers elle, la plus chantée, la mieux aimée de toutes les dames\nflorentines, Béatrice s'avançait la première de toutes ces âmes, les guidant\nà travers les vallées élyséennes. Les tempes couronnées du laurier immortel\net dans sa main tenant un rameau d'olivier, symbole de la paix qui fleuris­\nsait enfin son âme géniale, le Dante la suivait s'inspirant encore à ces yeux\ndivins dont elle tournait vers lui les souriantes et sereines lumières. O cœur\nresplendissant de l'antique Italie, bouche d'or, génie, porte-parole de Dieu,\nquelles visions saintes devaient bénir tes yeux, quand tu marchais élu,\nauprès de ton amie. Ta bouche n'avait plus cet amer sourire, que l'on voit\nen tes effigies, mais une calme et suprême douceur, une ineffable joie\nt'auréolait le visage, et le rendait rayonnant et semblable à celui de tes\nfrères les docteurs célestes. Et, tandis que perdu en des contemplations\nséraphiques, tu suivais d'amour, et de pitié rempli, celle qui fut pour toi\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "                                   — 432 —\n\nl'étoile de salut, brillant à tes côtés, une autre lumière apparaissait dans le\nciel. Resplendissants, extasiés, parés de blanc comme des prêtres, vêtus de\nblanc comme des anges et sans paroles tant était parfait leur ravissement\nde se voir enfin réunis et bénis dans le même cercle du ciel, les mains unies,\nles yeux chastes confus de joie fixés en terre, venaient Pétrarque avec\nmadame Laure. Boccace les suivait, l'enthousiaste, le doux savant,\nl'illustre fondateur de la prose italienne. En sa droite tenant des fleurs, il\nmarchait précédant le cortège de ses Dames Illustres, leur expliquant les\nfleurs, les plantes et les astres, le calme, la sérénité, l'éternelle béatitude\ndes vallées qu'elles traversaient. Et quand ils furent arrivés enfin dans la\nzone éclairée, Béatrice s'arrêta et, se penchant, elle montra du doigt à\ntoutes ces âmes élues réunies autour d'elle, Florence qui dormait au-dessous\nde l'étoile. Et ces âmes penchées et tout émues de souvenirs, regardèrent la\nville, leur ville, les tours, les palais, les églises, les rues, se rappelant des\nsoirs qu'elles les avaient parcourues, les yeux levés vers les étoiles, conjec­\nturant du lieu où se trouvaient alors leurs amis et leurs parents morts, les\nsouhaitant au ciel, priant pour eux, osant à peine espérer de pouvoir un\njour les y rejoindre. Des larmes de reconnaissance, des larmes d'amour\n s'échappèrent de leurs yeux et, comme elles se penchaient encore vers la\nterre, elles me virent qui les contemplait à travers les espaces. Elles virent\nmes yeux soumis suppliants et me sourirent, et le divin poète des sonnets\n et des triomphes lut, dans mon cœur éperdu, l'ardent désir que je n'osais\n exprimer, d'entendre sa voix et ses premiers conseils. Et sa grande âme fut\n touchée de mon amour et de mes craintes, et de sa voix mélodieuse réson­\n nant à travers l'air attentif il exauça ma prière.\n   « O mon fils, dit-il, cœur croyant, jeune et plein d'espérances, puisque la\nclémence de Dieu t'a permis de voir les âmes qui habitent ces vallées ély­\nséennes, écoute et tâche de retenir en ton esprit ce que te disent ces âmes\npar ma bouche. Vois ces fleurs émailler, de leurs fraîches couleurs, ces\nvallées tranquilles et ces vertes prairies. Le Seigneur tout puissant du ciel\nt'a donné dans sa miséricorde infinie un cœur pareil à ces fleurs. Plus belles\nque les fleurs terrestres, elles vivent cependant comme elles, des perles de\nla rosée du matin, des rayons d'or et de flamme du vivifiant soleil; elles\nvivent des caresses des brises, des baisers du vent frémissant de la douceur\nde l'air et de l'amour du ciel, vers lequel elles sont dressées ; la paix des\nsoirs en prière les incline, et la nuit bleue, la calme nuit, par les milliers\nd'yeux de ses étoiles, les voit endormies et ravies en de beaux rêves angé­\nliques. Semblable à elles, ton cœur doit vivre et s'inspirer aux mêmes\nsources de vie. Que la nature entière, immense, variée, changeante, infinie,\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                                  — 433 —\n\nchante toujours à travers toi, comme le vent à travers les cordes d'une lyre.\nLa nature est l'image éclatante et multiple, le seul aspect nuisible de Dieu\nqui t'a créé. Regarde-la de toute l'attention de tes yeux, contemple-la de\ntoutes les forces de ton esprit, vénère-la de toute l'affection de ton cœur, et\nsi tu parviens enfin à connaître ce qui est en elle, alors tu pourras la célébrer\net la chanter, étant sûr d'être entendu.\n   « O mon fils, il est un adjuvant puissant à la libération des âmes sur la\nterre. L'amour, le pur amour venu de Dieu, l'amour le plus noble et le plus\nélevé doit toujours enflammer ton cœur aussi longtemps que tu marcheras\npar les champs fleuris de la belle poésie, et l'amour fut pour moi le but de\nma vie terrestre, il fut mon guide unique, il fut l'étoile salutaire que dans\nson éternelle pitié le Seigneur fit briller devant moi pour éclairer la route\nobscure de ma vie. Puisses-tu, oh puisses-tu rencontrer en ton chemin une\nâme aussi aimante, aussi haute, aussi éthérée que celle qui me fut dévolue.\nAlors tu comprendras la divine nature, alors tes chants te seront faciles, les\nstrophes d'or couleront d'elles-mêmes sous ta plume, et tu pourras à ton\ntour sauver des doutes et des ténèbres des âmes indécises qui ne furent\npoint, comme toi, de célestes visions favorisées. »\n   Il dit, et je tenais mes yeux baissés, tâchant de retenir ses paroles ailées\nen mon esprit ; et quand je relevai mes regards vers lui, les formes chères\net la vallée disparaissaient dans les brumes et les vapeurs argentées. L'étoile\ndiminuait, reprenant sa forme et sa valeur primitive. Et quand les autres\nastres eurent reparu et qu'elle-même eut repris sa place au haut du ciel flo­\nrentin, je m'éveillai et demeurai longtemps émerveillé songeant à toutes les\nchoses que le divin poète m'avait dites.\n\n                                            OLIVIER-GEORGES         DESTRÉE\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                                 — 434 —\n\n\n\n                       RENAISSANCE\n                   (CHANSON DE LA PLÉIADE)\n\n                Nous tressons des rimes hardies\n                En l'honneur des dieux renaissants,\n                Et de toutes les maladies\n                Nous sommes les convalescents.\n\n                Bonheur de vivre! Jeune rêve!\n                Soleil dans les cœurs ténébreux!\n                De chaque femme naît une Eve,\n                Un Adam, de chaque amoureux !\n\n                 Pour griser les âmes dansantes\n                 Des parfums du printemps    railleur,\n                 Nous fustigeons de fleurs récentes\n                 Le sein de l'antique Douleur;\n\n                Et grâce à nous, les vieilles choses\n                Chantant sur des rhythmes     nouveaux,\n                Les aveugles verront des roses,\n                Les sourds entendront des oiseaux!\n\n                                                      ALBERT GlRAUD\n\n\n\n\n          ATALANTE A CALYDON\n                                (Suite et fin.)\n\n            LE DEMI-CHŒUR. — Comme le ramier qui vient d'être blessé,\n             elle sanglotait, et sa poitrine se soulevait ; elle soupirait et\n             couvrait ses yeux, gonflant ses lèvres de soupirs ; elle soupi­\n             rait, elle ne voulait pas s'éloigner, elle ne se maîtrisait pas et\nne prenait pas de repos. Mais comme le vent qui amène la sécheresse, et\ncomme l'air qui apporte la mort, comme la tempête qui ent'rouvre les vais-\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                   — 435 —\n\n  seaux, son souffle entr'ouvrant ses lèvres, son souffle s'échappa de sa bou­\n  che, et le feu jaillit de son souffle.\n     LE SECOND MESSAGER. — Reine, et vous, vierges, une chose vient nous\n  frapper, plus mortelle que la face de la mort; Méléagre, le bon seigneur,\n  est semblable à un homme tué.\n     LE DEMI-CHŒUR. — Sans glaive, il est frappé sans glaive! Tué, sans\n  qu'une main l'ait tué !\n    LE SECOND MESSAGER. — Comme l'âpre glace que le soleil divise, ses\n membres se divisent ; et comme la neige fondue, sa chair fond et se détache\n de tout son corps jusqu'à sa chevelure.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Il dépérit à mesure que les braises s'avivent ; en\n même temps que le tison, il s'éteint comme un tison.\n    LE SECOND MESSAGER. — Tandis qu'ils chantaient, et que tous se\n hâtaient vers vous, et qu'il élevait les mains pour couronner la chevelure\n de l'Arcadienne et pour fixer les feuilles rebelles, ses deux mains retom­\n bèrent.\n    LE DEMI-CHŒUR. — En déchirant vos joues, en arrachant vos cheveux,\n lamentez-vous, gémissez sur lui, pleurez.\n    LE SECOND MESSAGER. — Aussitôt la couronne glissa, et tombée la\n première, frappa la terre ; et lui, saisissant ses cheveux et gémissant, jeta\n son manteau autour de sa tête et tomba.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Hélas ! visions apparues et prophéties révélées pen­\n dant le sommeil !\n    LE SECOND MESSAGER. — Mais le roi tirant brusquement sur les rênes,\nsauta à terre et le saisit en criant deux fois : « O mon enfant ! » puis une\ntroisième fois, de telle façon que les larmes gonflèrent les paupières des\nhommes.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Lamentez-vous en une longue lamentation. Pleu­\nrez, car une fin est proche.\n    LE SECOND MESSAGER. — « O mon fils, disait-il, mon fils, relève les\nyeux, respire, aie pitié de moi. » Mais Méléagre ouvrait péniblement les\nlèvres pour respirer, et sa face devenait pareille à l'herbe brûlée par le soleil.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Pousse de hautes clameurs, ô royaume, ô nation,\nô pays frappé, pays de ruines.\n    LE SECOND MESSAGER. — Alors le roi Œneus, redressant ses faibles\ngenoux, de ses mains faibles soulève un poids qui diminue, le dépose\ntristement en des mains étrangères, et pleure.\n    LE DEMI-CHŒUR. — Tu es frappé, toi qu'elle aime, toi son maître, et\nton cher sang est répandu comme la pluie.\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                                  — 436 —\n\n   LE SECOND MESSAGER. — Et avec des larmes, en arrachant leur barbe,\nils apportent ici un corps qui respire, sur lequel on pleure, et qui devient\nplus léger à chaque pas, mortellement frappé.\n    L E DEMI-CHŒUR. — Tu fis ton glaive pareil à la flamme; et le feu\ncomme un glaive t'a tué.\n    LE SECOND MESSAGER. — Et voici, la fête est devenue funèbre, et les\ncouronnes sont tombées ; et la chasseresse et les chasseurs sont dans le\npiège ; et les visages sont changés et pleurants, et les chevelures voilées.\n    MÉLÉAGRE. — Que vos mains se rencontrent autour du poids de ma\ntête ; relevez mes pieds, comme les pieds des morts ; car la chair de mon\ncorps est fondue, mes membres sont fondus comme du plomb.\n    LE CHŒUR. — Oh ta face lumineuse, tes yeux impérieux ! Oh tristesse!\n Oh grâce! pareilles au jour mourant! Qui se penche au-dessus de toi, sei­\ngneur, en pleurant et en étouffant des soupirs !\n    MÉLÉAGRE. — Une fiancée peut-elle être aussi belle? Une vierge aussi\n douce? Sans couronne sur sa chevelure, sans tresses sur ses joues, c'est\n Atalante, pure parmi les femmes, et dont le nom est une bénédiction.\n    ATALANTE. — Je voudrais que de mes pieds sans chaussures ni san­\n dales, trop hardie, trop rapide, je n'eusse pas nagé ni marché vers le Nord,\n d'Arcadie vers Calydon, pareille au souffle de la colère de Dieu.\n     MÉLÉAGRE. — A chaque homme son destin; à chacun suivant ce que\n dit celui entre les doigts de qui le poids du monde est comme un souffle.\n Pourtant je voudrais que dans la clameur de la bataille, mes mains eussent\n saisi la mort.\n     LE CHŒUR. — Ce n'est pas au milieu des boucliers fendus, leur fracas\n dans tes oreilles, quand le roi des champs de bataille brise les lances, sépa­\n rant le fer du bois, que tu es brisé, ô seigneur, dans les efforts, le labeur\n et la crainte.\n     MÉLÉAGRE. — Si Dieu l'avait voulu, il m'aurait trouvé sous les bran­\n  ches fraîches! Si Dieu l'avait voulu, il m'aurait lié tout à coup dans ma\n  demeure, tandis que la lumière était dans mes yeux, les chansons sur mes\n  lèvres, et la couronne sur mon front.\n      L E CHŒUR. — Où vas-tu loin de nous? Où est ton but? Pourquoi nous\n  es-tu arraché, toi qui étais vigoureux, comme l'œil arraché des paupières,\n  comme l'âme séparée du corps.\n      MÉLÉAGRE. — Mon cœur est en moi comme le frêne dans le feu. Qui\n  m'aura vu, chantera de moi, sans luth et sans lyre, des choses doulou­\n  reuses, des choses dangereuses à entendre.\n      LE CHŒUR. — Qui te retirera de la maison des morts? Quel homme te\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                 — 437 —\n\nlouera, afin que ta louange puisse être dite? Hélas ta beauté! Hélas ton\ncorps! Hélas ta tête!\n   MÉLÉAGRE. — Mais toi, ô mère, rêveuse de rêves, enfanteras-tu un\nautre enfant, qui sentira les rayons du soleil, quand j'irai, ombre parmi les\nombres, gémissant près des fleuves infranchissables?\n   CENEUS. — Que me laisseras-tu, maintenant que ceci est accompli? Me\ndonneras-tu un homme, un fils pour remplacer mon fils, la lumière de mes\nyeux, le désir de ma vie, l'enfant désirable?\n   LE CHŒUR. — Tu étais heureuse plus que les autres, oui, et ta beauté\nétait ineffable; tu étais heureuse parmi les mères; lorsqu'un homme enten­\ndait parler de toi, l'éloge s'ajoutait à toi, comme les ailes aux pieds d'un\noiseau.\n   ŒNEUS. — Qui nous rendra ta face des années anciennes, noircie dans\nles douleurs de l'enfantement, devenue grise dans les angoisses, mère de\ndouleurs, mère de malédiction, mère de larmes?\n   MÉLÉAGRE, — Bien que tu sois comme le feu que l'on nourrit en vain,\nma joie, mon désir est plus chaste que la pluie, plus pur que la chute de\nla rosée, plus sacré que les astres qui vivent sans souillure.\n  ATALANTE. — Je voudrais que le sang de ma vie comme de l'eau se fût\nécoulé, ou bien comme la pâle fille de l'hiver quand frappée par le prin­\ntemps, elle fuit les vallées et les pelouses, — avant que mes yeux ne t'eussent\nvu t'assombrissant dans ton aurore.\n   LE CHŒUR. — Quand tu poursuivais les guerriers des chefs de Thrace,\nnul n'osa se retourner ni affronter ta face revêtue de la rougeur de la\nbataille et de la lumière d'un lieu terrible.\n   CENEUS. — Tu devrais mourir comme meurt celui pour qui nul ne\nverse de larmes ; les yeux pleins, les oreilles remplies de l'éclat du combat,\nde la fleur, de la beauté et de la splendeur des lances.\n   LE CHŒUR. — Aux oreilles du monde, ces choses sont chantées, ces\nchoses sont contées, et la lumière en jaillit, et le fracas en roule de la neige\nacrocerannienne au golfe de la Toison d'or.\n   MÉLÉAGRE. — Plût à Dieu que vous pussiez m'éloigner de tous ceux-ci,\namonceler le sable et m'enterrer près de la Chersonèse, où le Bosphore ton­\n nant répond au tonnerre des mers du Pont.\n   ŒNEUS. — Méprises-tu nos louanges, et le chant commencé, et les\n hommes des jours inconnus louant mon fils dans les plis des collines de la\n patrie, sur les hauts lieux de Calydon?\n   MÉLÉAGRE. — Pour l'homme mort, il n'est point de patrie. Ah ! mieux\n vaudrait être la fleur d'écume sur les champs de la mer ; les vagues de la\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                                  — 438 —\n\nmer seraient mon, vêtement, et les courants comme un manteau m'enve­\nlopperaient.\n    L E CHŒUR. — Qui recherchera, qui ramènera et rouvrira pour toi le\njour où la colombe mouillait son aile, où les avirons gagnaient leur che­\nmin, où les Symplegades resserrées blanchissent d'écume les détroits de la\nPropontide ?\n    MÉLÉAGRE. — Couronnerez-vous ma tombe, exalterez-vous mon nom,\nmaintenant que mon âme se consume, et que ma chair est une flamme?\nQue la mer l'éteigne tout d'un coup, et que les hommes parlent de moi à\nma gloire ou à ma honte !\n    LE CHŒUR. — Tourne-toi maintenant, tourne-toi, comme celui qui\ns'éveillant se retourne; quoique la vie en toi te brûle, pourrais-tu la\nbaigner et l'éteindre où les récifs de la mer de Hellé s'élèvent plus terribles,\noù les eaux orientales se brisent contre les eaux occidentales ?\n    MÉLÉAGRE. — Les vents me repousseront-ils, les vagues me renverront-\nelles vers ma demeure? Oh! dans le sentier où le pin apprit à errer, tou­\n cher les froides ceintures et les couronnes des dieux marins, les fraîches\nfleurs d'eau et d'écume!\n    LE CHŒUR. — Les dieux peuvent délier ce qu'ils ont lié ; ton âme enfin\nse reposera dans tes membres ; mais que te donneront les dieux en échange\n de la vie, de la douce vie passée?\n    MÉLÉAGRE. — Non pas la vie des veines de l'homme, ni de la chair qui\nengendre; mais la grâce qui subsiste, la pure beauté qui s'attache à la vie\n des pluies dans les herbages, la vie des rosées sur les feuilles.\n    LE CHŒUR. — Tu étais le pilote et le chef; en une heure, changeras-tu\n tes membres en feuilles, ta face en fleur, ton sang en eau? Ton âme s'unira-\n t-elle aux dieux qui brisent et dévorent?\n    MÉLÉAGRE. — Les années sont affamées ; elles gémissent durant tous\n leurs jours ; les dieux s'irritent, fatigués de louanges. Qui mettra le frein à\n leurs lèvres? Qui oserait entraver leur chemin?\n    L E CHŒUR. — Les dieux veillent sur nous avec le glaive et les verges;\n tissant l'ombre pour nous couvrir, entassant la terre, afin que la loi s'accom­\n plisse et que la face de l'homme s'obscurcisse devant Dieu.\n     MÉLÉAGRE. — O tête sacrée d'Œneus, vois ton fils innocent, rouge\n pourtant pour une faute étrangère, impur pourtant par la parenté de vies\n souillées. Vois, je meurs pour leur sang; et mon propre sang répandu est\n mêlé au leur, afin que la mort ne puisse me discerner parmi ma race. Pour­\n  tant je meurs le cœur pur, les mains innocentes, sans honte; c'est pour­\n quoi, salue-moi de ton amour et souhaite-moi parmi les morts le bonheur\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                 — 439 —\n\n que peuvent avoir les morts ; car mort, le meilleur homme végète triste­\nment; toutefois maintenant, vous ayant dit adieu, je m'en vais sans crainte\noù rien n'est à craindre, ayant autour de moi ton amour et tes vœux, ô\npère, je vais vers les lieux sombres et les hommes morts.\n   ŒNEUS. — Enfant, je te salue, le cœur triste, en pleurant, et j'espère\nque tu seras soulagé ; car tu étais un homme parfait dans le combat, et\nhonorable dans la demeure paisible. Que les dieux te donnent la belle\nrécompense qui t'est due, qu'ils abrègent mes jours et me conduisent\nbientôt vers toi.\n   MÉLÉAGRE. — Prie-les que tes jours soient longs avant ta mort, et\npleins de joie et de pouvoir ; voyant que dans la mort il n'est pas de conten­\ntement ni de nouvelle joie, et que nul n'y lève les yeux pour voir l'aurore et\nla lumière sur le pays où je vais. Vis donc et rassasie-toi de jours et meurs\nquand viendra ton jour ; et n'espère pas beaucoup en la mort, de crainte\nqu'avant ton jour, tu ne moissonnes une chose mauvaise. Toi aussi, mère\ncruelle, mère funeste de ce corps fatigué, toi aussi, reine, source et fin,\nsemence et faulx ; pluie qui mûrit, aridité qui tue ; sable qui engloutit et\nfontaine qui nourrit; qui m'as fait et qui me défais, — toi, dis-je, Althée,\npuisque le soc de la charrue de mon père, traînée à travers le sol fatal d'un\nchamp féminin, creusa ton corps, d'où pareil à l'épi de froment que le\nsoleil fortifie et que les pluies parfument, je sortis, fendant l'enveloppe de\nton ventre, mère, — en mourant je n'oublie pas, et ma langue te salue\ncomme sacrée, et te révère comme juste, toi qui n'es ni juste ni sacrée, et je\nvoudrais t'adorer agenouillé ; mais ton feu subtil disjoint mes genoux et me\ndévore; car ces membres, avant d'avoir été touchés par le feu du bûcher, sont\ncomme une poussière légère, s'émiettant dans l'urne ; et ma face est comme\nune feuille morte, ou comme l'empreinte morte d'un pied sur la neige ; et\ntout ce corps qui était si vigoureux, est comme un arbre brisé et desséché ;\net toute cette fleur de vie est cueillie et profanée misérablement ; et toute la\nforce de ces muscles divins s'amoindrit, et devient inférieure à celle d'un\nhomme; car toutes mes veines défaillent, et toute en cendres, ma vie s'éteint.\nJe voudrais que tu m'eusses laissé vivre ; mais les dieux hostiles, mais la\nfortune, et le changement aux pieds impatients et le temps ne le voulurent\npas; et ils écrasèrent ma vie sous leurs pieds, eux et non toi; moi aussi, tu\nm'as aimé, et je t'aimais ; mais ma mort était mêlée à toute ma vie, et\nma fin à mon commencement, et cette loi seule me tue, et point du tout ma\nmère. Et que le frère ou la sœur ne s'afflige pas trop cruellement, et que\nleurs coeurs ne se fondent pas sur moi, avec leurs larmes, puisque l'extrême\namour et trop de douleur blessent les grands dieux, et que les hommes trop\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                                  — 440 —\n\naimants tuent et sont tués à cause de l'amour ; et cette demeure enfantera\ndes enfants bien meilleurs. Pourquoi ceux-ci pleureraient-ils? Mais avec\npatience, qu'ils vivent leur vie et que la mienne passe et s'oublie. Toi seule,\nmère, toi seule, toi et non ceux-ci, souviens-toi de moi un peu de temps\nquand je serai mort, car je fus ton premier né ; que ton âme aie pitié même\nde moi parti d'ici et mort, quand même tu serais irritée, quand même tu\nporterais encore beaucoup de fils plus heureux, et quand tous les hommes\nnés après moi me surpasseraient de beaucoup; ne m'oublie pourtant pas, .\net ne sois pas honteuse : j'étais ton fils. Il fut un temps où je ne te désho­\nnorais pas ; le temps fut où je pensais vivre et t'honorer par des actions\naussi grandes que celles de ces hommes-ci ; mais ils vivent, eux, et je meurs;\net assurément je ne sais pas ce qui aurait pu être ; mais je t'en conjure, me\nvoyant déjà mort, ne m'en aime pas moins, ô ma mère; je t'en conjure par\nces dieux de mon père, et par ton sein plus sacré, par ceux-ci qui me voient\nmourant, et par celle qui m'a nourri, tu ne m'en aime pas moins, moi ton\npremier né; bien que le chagrin, que le chagrin seul te vienne de moi, et\nque de tous ceux-ci vienne une grande joie, qui toujours ira vers toi; car tu\nsais, ô mère, ô sein qui m'as porté, car vous savez, ô douce tête de ma\nmère, yeux sacrés, qui connaissez mon âme malgré que j'ai péché, vous\n savez, — bien que je ne m'agenouille pas, que je n'embrasse pas tes\ngenoux, — que par mes lèvres je m'agenouille, et qu'en mon cœur je tombe\nà tes pieds et je t'adore. Et maintenant adieu, vous tous mes amis; et vous,\nmes parents, bien plus jeunes et plus glorieux que moi, fils de la sœur de\nma mère; adieu vous tous qui fûtes en Colchide avec moi, faisant reculer\nles vagues et les guerres qui nous rencontraient; et quoique le temps\nchange, et que maintenant je ne sois plus rien, ne m'oubliez pas entre vous,\nni ce que j'accomplis pendant mes belles années. Par tous ces jours, ces\njours-là et ceux-ci, et par vos propres âmes vivantes, et par la lumière, et\npar votre bonheur, à vous qui vivez, et par cette misérable dépouille, et\n par moi-même, mourant, je vous supplie, que mon nom ne meure pas.\n Mais toi, chère, touche-moi de tes mains pareilles aux roses, et ferme de\nta bouche mes paupières, amer baiser ; et saisis-moi dans tes bras, impri­\nmant tes lourdes lèvres dans ma chair frêle et dévastée, affaiblie et amaigrie\n par le sort aux lourdes mains ; et de tes yeux virginaux et sacrés, que la\n rosée tombe ; verse des larmes comme une rosée sur moi qui suis mort, sur\n moi qui t'ai aimée ; voyant que sans avoir péché, je descends vers la vaine\n demeure d'ennui, où il n'est pas de chair, ni de beauté, ni d'yeux vifs, ni\n de son, ni de bouche, ni de force des mains et des pieds. Mais toi, chère,\n cache mon corps sous tes voiles ; de ta robe, couvre mes pieds et ma tête,\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                               — 441 —\n\net toi-même étends-toi sur moi, touche mes mains de tes mains, de tes\nlèvres mes lèvres; sois pitoyable comme tu es pure; ne permets pas\nqu'aucun homme me déshonore ou me méprise en disant : « Cet homme\nest mort en femme, sacrifié à une femme, frappé d'une main de femme au\nmilieu de la trame de sa vie méprisable. » Car lui m'a honoré. Et main­\ntenant, pour Dieu, baise-moi, une fois et deux fois, et laisse-moi partir,\ncar la nuit me moissonne, et dans la nuit, nul homme ne recueille de\nmoisson.\n  ATALANTE. — Je te salue ; mais le visage attristé, les pieds alourdis, je\nme tourne vers ma patrie et je me retire de tes yeux.\n   LE CHŒUR. — Qui pourra combattre ses maîtres, ou s'opposer à eux et\nleur nuire? De quels liens les lier? Par quel chant les adoucir? De quel\nglaive les frapper? Car les mains de leur royauté sont vigoureuses.\n\n                                                A.-C. SWINBURNE\n                                           (Traduction   de P. TIBERGHIEN.)\n\n\n\n\n                        THAMYRIS\n         Au noir seuil du mystère où nul n'a profané\n         le silence éternel de l'idole inconnue,\n         je sens le clair amour de la vérité nue\n         éblouir de douleur mon cœur prédestiné.\n\n          Le temple est resté clos et l'ombre est revenue\n          avec le grand soupir qui m'était destiné.\n          Oh! souffrance de dieu de n'avoir deviné\n          l'insolite au-delà dont l'humain s'exténue.\n\n          Mais les voiles de chair s'épaississant en moi,\n          n'est-il pas dans la nuit un flambeau qu'on allume\n          afin d'éclairer tous les mondes à la fois?\n\n          — Non. Ainsi l'ont voulu la chimère et la brume..\n          Le désespoir attend tous ceux qui frapperont\n          à ces portes d'airain où j'ai meurtri mon front.\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                   — 442 —\n\n                 DOMITORÈS\n\nO vous, les couronnés de f olie et d'épines\net dont le front sanglant est un monde futur,\nle temps n'altère pas sur vos lèvres divines\nla parole immortelle où palpite l'azur !\n\nMarchant comme des rois et comme des messies,\non vous a vu là-bas, sur les chemins sacrés,\nlancer le pur éclat qui dans vos prophéties\nilluminait l'horreur des cœurs enténébrés.\n\nLa Foule, pas à pas, aboyeuse et cynique,\nsous l'aurore éblouie ou sous le soir mystique,\nvous à suivi, sans voir qu'avec vos gestes lents,\n\nô dompteurs éternels, vierges de représailles,\nvous fascinez encor ses pauvres chiens hurlants\net les mornes instincts qui mordent ses entrailles!\n\n                                       JEAN DELVILLE\n\n\n\n\n     FILLE D'AUBERGE\n                                          A M l l e LOUISA L.\n\n\n      Elle est, fraîche gouge, adossée\n      Au grand mur chaulé de la cour\n      Et lit, se croyant bien cachée,\n      Sans doute une lettre d'amour,\n\n       Car son grand œil noir magnétique\n       S'irise d'un ris polisson :\n       C'est comme une joie érotique\n       Qui la titille d'un frisson.\n\n       L'éboulis de ses mèches brunes,\n       D'un brun qui semble, par moment,\n       Luire du bleu reflet des prunes,\n       Frisotte sur son col d'enfant.\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                                -443       -\n\n                 Son col qu'un léger haie bise,\n                 Baisers du soleil estival,\n                 Caresses chaudes de la brise\n                 Lors des ébats au fond du val.\n\n                 Sa mignarde tête est penchée\n                 Avec un geste familier;\n                 Et sa main gauche, mi-cachée,\n                 Retient le coin du tablier,\n\n                 Mais, charmant de désinvolture,\n                 Il glisse avec des plis tremblants,\n                 Car, distraite par sa lecture,\n                 Elle desserre ses doigts blancs\n                 Et, sur son visage angélique,\n                 Un sourire vient se poser,\n                 Tandis que, furtive, elle applique,\n                 Sur le papier, un gros baiser...\n    novembre 1893.\n                                                      CHARLES VIANE\n\n\n     La Nouvelle Revue internationale\n   La jeune littérature belge d'expression française va prochainement se\nprésenter à l'étranger sous des auspices d'une importante revue bimensuelle\nde Paris, La Nouvelle Revue internationale, qui vient avec une générosité\nbien française d'ouvrir ses colonnes à nos artistes.\n   Elle estime que, malgré la mauvaise humeur professionnelle dont\nMme Adam fait preuve vis-à-vis de notre pays, il est désirable que les deux\nnations voisines, de même langue et un peu de même race, affirment leur\ncommunauté spirituelle. Il est superflu d'examiner les avantages de cette\ninnovation au point de vue de notre avenir littéraire.\n   Un comité de rédaction reflétant les diverses tendances est déjà constitué.\nIl se compose de MM. Eugène Demolder, Iwan Gilkin, Léon Hennebicq,\nEdmond Picard, J. de Tallenay, Emile Verhaeren et Vurgey, correspon­\ndant officiel de la Revue.\n   Les manuscrits doivent être adressés au secrétaire, M. Léon Hennebicq,\nrue de Lausanne, 1, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                                      — 444 —\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n  L'Eau et le Vin, par HENRY MAUBEL. Bruxelles, édition de « la Société nouvelle ». —\nHistoire des lettres belges d'expression française, par FRANCIS NAUTET. Bruxelles, Rozez.\n— Scènes de la vie judiciaire, par EDMOND PICARD. Bruxelles, LAComblez. — Les Récits\nde Nazareth, par EUGÈNE DEMOLDER. Bruxelles, Lacomblez. — La Nouvelle Cartilage,\npar GEORGES EEKHOUD. Bruxelles, Lacomblez.\n\n\n\n              Comme la plupart d'entre nous, écrivais-je récemment à propos\n              de Quelqu'un d'Aujourd'hui, « M. Henry Maubel est profon­\n              dément troublé par la terrible banqueroute d'idées à laquelle\n              nous assistons depuis dix ans... Comme les meilleurs d'entre\nnous, il a soif de certitude et de foi, et c'est devant le soleil couchant d'un\nsiècle à l'agonie qu'il rêve à l'aurore future... Quelqu'un d'Aujourd'hui est\nl'analyse d'un moment de crise intellectuelle. »\n    L'œuvre nouvelle de M. Henry Maubel, l'Eau et le Vin, monographie\nscénique en trois actes, se rattache étroitement à Quelqu'un d'Aujourd'hui.\nLa crise n'est pas dénouée, au contraire. La fièvre bat son plein. Littéraire­\nment, la fièvre est parfois très belle ; mais elle ne doit point dépasser le\n41 e degré.\n    La maladie du talent de M. Maubel est une maladie de croissance. S'il\nen triomphe, nous le reverrons plus jeune et plus vigoureux. En attendant\nle dénouement, qui, je n'en doute guère, sera heureux, M. Henry Maubel\nme permettra de ne point cacher une amicale inquiétude. J'ai peur, comme\nle dit Corneille, que le malade n'aime sa maladie, et cet amour-là retarde\nsouvent la guérison.\n   Vous pensez bien que ce titre suggestif, l'Eau et le Vin, nous dérobe\nquelque symbole. Le héros de la monographie, le curé Jacquelin, nous\napprend, en effet, qu'il a préparé une homélie sur ce thème. « Le mélange\nde l'eau et du vin, dit-il, symbolise l'union des deux natures... L'union de\nla terre à Dieu. »\n    L'abbé Jacquelin est un jeune curé, qu'on nous présente comme un prêtre\npassionné, dont « la sensibilité est plus forte que la raison ». Au moment\noù la toile se lève, il se trouve dans l'état d'esprit d'un père Hyacinthe sur\nle point de redevenir M. Loyson. Une femme tourne autour de lui, atti­\nrante et mystérieuse, dont on ne nous dit rien, sinon que c'est « une nature\nimpressionnable et troublée ». Le confessionnal lui « faisant éprouver un\nmalaise », elle a demandé à l'abbé la permission de venir se confesser chez\nlui. Elle trouve d'ailleurs étrange que Jacquelin soit prêtre, et elle le dit au\nfrère de l'abbé. Au contact de cette pénitente peu banale, le jeune curé\nconçoit un ardent désir de rajeunir le dogme et de réformer l'Eglise. « Il\nest temps, dit-il, qu'un message nouveau envoie les prêtres participer de\nleurs mains bénites aux besognes humaines. » En sortant de l'Eglise, les\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                                — 445 —\n\n prêtres acquerront le prestige « de ceux qui font descendre leurs paroles,\nvivantes, dans les actes. »\n   Le frère de l'abbé — le seul personnage raisonnable du drame — a beau\nsupplier le réformateur... « On ne fait rien de grand sans s'humilier, répond\nJacquelin, et l'idéal s'achète par du péché. » La belle pénitente — est-ce à\ndessein que l'auteur l'appelle Madeleine? — profite de ces dispositions du\njeune curé pour lui dire : « Savez-vous ce que j'ai pensé souvent?.. Que\nvous diriez un jour la messe pour moi seule. » Puis elle la supplie de lui\npurifier les lèvres, et l'abbé l''écarte doucement en disant : « J'ai besoin\nd'être seul. » Seul! Quelle ironie! Il n'est plus seul et ne peut plus l'être.\nIl jette le froc, refuse de porter le viatique à une mourante, et si j'ai bien\ncompris le dénouement, qui est obscur, Jacquelin et Madeleine s'en iront\nporter aux hommes le message nouveau. L'eau est désormais mélangée au\nvin.\n   M. Henry Maubel m'accusera peut-être de trahir sa pièce en la résu­\nmant. Je reconnais qu'elle n'est pas claire, et qu'elle pourrait se prêter à\nune autre interprétation. C'est précisément le défaut du drame, et j'estime\nque ce défaut en compromet la signification et la moralité.\n   Madeleine, telle qu'on nous la présente, est évidemment une femme\namoureuse. Si Jacquelin veut acheter de l'idéal par du péché, elle lui en\noffrira. Elle lui en offre, car elle le tente. D'autre part, l'abbé sort de\nl'Eglise, — et en sort pour retrouver Madeleine. Qu'elle devienne sa maî­\ntresse, voire sa femme, ou qu'elle vive avec lui comme Rebecca West\navec le pasteur Rosmer, qu'importe? Dans les deux hypothèses, la pièce,\npsychologiquement, ne tient pas debout. Si ce n'est pas l'amour pour une\ncréature qui détermine la résolution de l'abbé, à quoi sert Madeleine, et\nque signifient les étranges propos de Jacquelin? Et si c'est l'amour, pour­\nquoi Jacquelin joue-t-il au réformateur?\n   Dieu n'est pour rien dans une crise pareille. Ce n'est pas l'Eau et le\n Vin, mais plutôt la Robe et la Jupe. Ou plutôt, c'est à la fois l'un et\nl'autre. M. Henry Maubel a mêlé deux drames, distincts et contradictoires.\nDe ce mélange résulte un sentiment de malaise qui est pénible à la lecture.\nTel qu'il se montre à nous dans cette monographie bifide, l'abbé Jacquelin\ndemeure inexpliqué. Comment M. Henry Maubel — un esprit élevé et\ndélicat — peut-il éprouver quelque tendresse pour un pareil personnage,\nqui est non seulement un prêtre peu recommandable, mais un pauvre\nhomme sans cervelle, ayant le cœur dans la tête, et qui, lorsque son cœur\nbat, s'imagine penser?\n   Il y a un malentendu entre M. Maubel et son œuvre, ou bien il y en a\nun entre son œuvre et moi. Or, je pense qu'un malentendu de cette sorte,\nlorsqu'il s'agit d'un écrivain de la trempe de M. Henry Maubel, ne doit pas\nêtre dissimulé.\n\n\n Il est bien tard pour examiner en détail le tome deuxième de l'Histoire\ndes lettres belges d'expression française. Bon nombre d'articles y ont été\n                                                                     28\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "                                 — 446 —\n\nconsacrés, auxquels il serait présomptueux de prétendre ajouter quelque\nchose. Et puis, M. Francis Nautet a été si rageusement accusé, par la plus\nvieille veuve de Sainte-Beuve, d'être « l'historien, ou plutôt l'historiogra­\nphe, le secrétaire-rédacteur, l'explicateur juré » des écrivains de la Jeune\nBelgique, qu'il me paraît aussi difficile de le louer que de le blâmer. Sans\ndoute, le reproche tombe à faux ; sans doute il émane d'un critique qui\ndevrait être le dernier à faire à n'importe qui de pareils reproches; sans\ndoute M. Nautet s'occupe longuement, avec une impartialité grande, de\nmaint romancier qui n'appartient, ni de près ni de loin, au groupe de la\nJeune Belgique; mais il faut savoir s'incliner devant la puissance de la\nlégende. Elle sera détruite plus tard, j'en suis convaincu ; mais à l'heure\nactuelle, il serait puéril d'y vouloir toucher.\n    Or, voyez comme l'aventure est plaisante. M. Francis Nautet, dans cette\ngrave histoire qui a parfois l'air d'un impromptu et d'une causerie de\ndessert, rencontre souvent, et pour les heurter, beaucoup d'idées qui me\nsont chères. Je suis rarement de son avis, et c'est précisément lorsque nous\ndifférons de sentiment que M. Nautet m'intéresse et me sollicite. Je suis\nconvaincu qu'il verse dans de profondes erreurs, et c'est au moment où il\ny verse qu'il me paraît déployer, avec le plus de virtuosité inventive, les\nnombreuses ressources de son souple esprit. Si bien que lorsque j'ai envie\nde complimenter l'écrivain, je suis très mécontent du critique, et que, si je\nsuis d'accord avec le critique, je n'éprouve pas toujours le désir de compli­\nmenter l'écrivain. On dirait qu'il est honteux d'avoir raison, et, lorsqu'il a\ntort, qu'il en est fier.\n    Au surplus, et cette considération doit couper court à mes commentaires,\nl'œuvre de M. Nautet n'est pas complète. Si je m'avisais d'émettre sur elle\nun jugement anticipé, je risquerais, à mon tour, de me tromper, et comme\n je ne me tromperais jamais aussi brillamment que lui, je n'en éprouverais\n point de fierté.\n    J'aime donc mieux, tout en faisant des réserves prudentes sur les opinions\n et sur les tendances de l'œuvre, louer l'esprit alerte, imprévu, mobile et\n changeant de l'auteur, la verve ailée et la sympathie capricieuse qui lui\n tiennent lieu de méthode.\n                                       ***\n   Lorsque M. Edmond Picard publia ses premières œuvres, écrit M. Francis\nNautet, « il ne subordonnait ni le politicien ni l'avocat à l'artiste ; on le\nsentait même tout prêt à dire que l'artiste doit se contenter du second plan.\nLes cent trente pages de Mon Oncle le Jurisconsulte n'osent pas affirmer\nla suprématie du Droit sur l'Art, mais elles tendent tout au moins à l'éta­\nblissement d'un régime d'égalité. Encore l'homme de la tribune, du barreau\net de la politique cherche-t-il souvent à prendre les devants. Lorsqu'il reste\ncôte à côte, c'est par politesse ; c'est parce qu'à ce moment la passion et le\nrespect des lettres naissent en lui, mais sans l'absolu désintéressement. C'est\nun amant pris entre deux maîtresses et il parle trop souvent de l'une à\nl'autre. » Depuis, continue M. Nautet, l'artiste s'est dégagé, et le tribun\net le juriste ont fait place à l'écrivain désintéressé.\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                                  — 447      -\n\n    M. Nautet incline à croire que les dernières œuvres de M. Edmond\n Picard, depuis l'Amiral, le récit éloquent où l'homme d'action entre en\n conflit avec l'artiste, jusqu'à El Moghreb al Aksa et le Juré, sont plus\n belles que le Paradoxe sur l'Avocat et la Forge Roussel. Avant de relire\n les Scènes de la Vie judiciaire, rééditées récemment par Paul Lacomblez,\n j'étais d'accord avec M. Francis Nautet. Aujourd'hui, je ne le suis plus.\n    L'œuvre de M. Edmond Picard, qui, dans son ensemble, n'est pas, au\n sens exact du mot, une création purement artistique, m'apparaît comme\n divisée en deux parties bien tranchées, égales en intérêt, mais pas en\n valeur. Le Paradoxe sur l'Avocat, la Forge Roussel et Mon Oncle le\nJurisconsulte forment la première. A la seconde apparaissent la Veillée de\nl'Huissier, El Moghreb al Aksa et le Juré. Entre les deux l'Amiral est une\nsorte de pont. C'est un livre d'orage, de lutte intime et de transition. Il fut\nécrit à l'heure où l'aurore de notre jeune littérature empourprait le ciel,\n lien est rouge. Antonin Claude se réveillait chez M. Edmond Picard, et\navec lui le rêve oublié de sa jeunesse. L'homme mûr s'enrôla, malgré les\nrévolles et les retours de son esprit autoritaire, dans les rangs de l'armée\nnouvelle. Il fit le coup de feu avec ceux qu'il comparait « aux généraux\nimberbes de la première République ». Et l'on vit naître, ou plutôt renaître\ndu juriste austère, quelque peu janséniste d'allures, un jeune et turbulent\nécrivain. Le critique improvisé qu'il était— l'Art moderne venait de paraî­\ntre — eut beau combattre certaines tendances de l'école montante : il en fut\ntrop frappé pour ne point finir par y sacrifier lui-même. Rien n'est plus\ncontagieux que la fièvre de la jeunesse. Tout en attaquant les « Verbo-\nlâtres », M. Edmond Picard se convertit à l'idolâtrie du Verbe. On le vit\ntourner et retourner, dans tous les sens, les hermétiques poèmes de\nM.Stéphane Mallarmé, les expliquer en des gloses ingénieuses, les proposer\nen exemple, et recommander à son public ordinaire, quelque peu déconcerté,\nles plus excentriques et les plus boiteuses des formes nouvelles. Il corrigea\nBoileau et légiféra :\n             Rien n'est beau que le neuf, le neuf seul est aimable\ns'entoura de stagiaires littéraires qui eussent rendu des points à Pétrus Borel\net à Daniel Jovard, et se mit à traiter de retardataires les écrivains dont\nil avait naguère blâmé les audaces. Esprit outrancier, aimanté par tous les\nextrêmes, il se rua dans la nouveauté, il y piaffa, il s'y pâma.\n   Il serait surprenant que d'une pareille fièvre de prédication et de propa­\ngande il n'y eût point de traces dans les œuvres postérieures à l'Amiral. Il\ny en a, il y en a beaucoup, il y en a trop. Il est visible que M. Edmond\nPicard se jeta sur certains mots, sur certaines façons de phrases, sur cer­\ntaines manières momentanément en faveur, avec la joyeuse surprise d'un\nsauvage à qui l'on offre des verroteries. Le jeune écrivain qu'il portait en lui\nprit à ces jeux un plaisir d'enfant. Il en profita sans doute, et son style\nacquit ainsi plus de mouvement et de couleur. Mais il y perdit aussi quel­\nque chose de la sobriété, de la fermeté, de la force, de la sévère et majes­\ntueuse ordonnance que l'on admirait — que nous n'admirions pas assez,\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "                                   -   448   -\n\nalors ! — dans les belles pages romaines de la Forge Roussel et du Para­\ndoxe sur l'Avocat. Certes, je ne l'ignore pas : ces études jumelles, issues\nde l'étude de la philosophie et du droit, se contentent d'emprunter à la\nlittérature proprement dite le vêtement de Beauté dont elles ont besoin\npour conquérir les esprits ; certes, je ne l'oublie point, leur forme plastique\ntrahit, de-ci, de-là, une main aux doigts insuffisamment déliés ; mais s'il\nfaut les mettre en balance, aujourd'hui que la postérité commence pour\nles unes et pour les autres, avec la mieux ordonnée, la moins imparfaite et\nla plus brillante des œuvres récentes, la Veillée de l'Huissier, par exemple,\nje ne puis m'empêcher de penser que les premières seront considérées\ncomme les manifestations les plus élevées et les plus pures de la science, du\ntalent et de l'idéal de M. Edmond Picard.\n                                        ***\n    On se rappelle le Christ aux outrages de M Henry de Groux. Dans la\nfoule abjecte qui se rue, en vociférant, les poings tendus, vers le Dieu cou­\nronné d'épines, parmi les soudards furieux, les obscènes voyous et les\nmégères avinées, pourquoi le peintre ne nous a-t-il pas montré l'insulteur\npar excellence, le grimaud pour qui Jésus devient un héros de roman?\n    Ah! nous avons fait du chemin depuis Renan, et le nombre augmente\ndes âmes religieuses que le Livre de Jésus ne scandalise pas ! A un certain\npoint de vue, en effet, Renan est presque réhabilité. Songez donc qu'après\nlui, le Christ a été exposé aux Grandmougin et aux Haraucourt, et que\nmaint symboliste repenti compose en ce moment, pour des éditeurs sub­\ntils, d'aimables Evangiles apocryphes. Le faux en Ecriture Sainte est en\n honneur. Après le colonel de M. Scribe et l'ingénieur de M. Ohnet, le\n Christ devient un personnage sympathique. Divers comédiens se sont\n ingéniés à « entrer dans la peau du bonhomme ». Il est même question,\n depuis la triste aventure du Panama, de lui conférer la succession du\n « Grand Français ». On évalue à deux ou trois cents les modernes saint\n Christophe qui opèrent aujourd'hui à Paris. Ils daignent, comme on sait,\n choisir Jésus comme porte-parole, et ils lui prêtent des paraboles peu équi­\n voques, renouvelées des écrivains sensibles de la fin du XVIIIe siècle. Parmi\n ces christophores, il en est qui ont du talent, M. de Wyzewa, par exemple,\n et qui se réclament du premier Chrétien pour prêcher un quiétisme candi­\n dement érotique ; mais la plupart d'entre eux considèrent le talent littéraire\n comme une vanité, et se contentent de fiuer de fades petits cathéchismes,\n dont le croyant ne discerne pas toujours l'immoralité profonde, mais que\n l'artiste ne peut s'empêcher de considérer comme autant de blasphèmes\n  contre la Beauté. C'est sur un âne que le Christ fit son entrée à Jérusalem :\n  aujourd'hui, c'est le contraire.\n     Les malheureux, qui ne comprennent point que l'hysope n'a pas le\n  droit de raconter le cèdre, et que certains sujets écrasent l'écrivain qui\n  s'avise de les traiter ! Seuls quelques artistes de la plus haute race, en glo­\n  rifiant le Fils, n'ont pas péché contre l'Esprit. Balzac ne s'est pas diminué\n  en écrivant Jésus en Flandre. Victor Hugo, dans la Fin de Satan, n'est\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                                  — 449 —\n\n pas inférieur à l'Evangile. Mais comme Hugo s'efface respectueusement\n devant la légende sacrée! Ses mains se font pieuses et son imagination\n souveraine, qui désespère d'embellir l'inembellissable, réserve ses féeries\n pour les entr'actes du drame divin. Et Tolstoï, le cinquième évangéliste,\n montre à peine, dans A la Recherche du Bonheur, la face resplendissante\n de l'Intercesseur. Telle est la suprême leçon de goût que le talent reçoit du\n génie.\n    Cette leçon, M. Eugène Demolder l'a comprise. Les Récits de Nazareth\n ne ressemblent guère, en effet, aux catéchismes de M. Téodor de Wyzewa.\n Il s'agit ici, non pas d'une œuvre à tendances plus ou moins morales, mais\n d'une série de transpositions littéraires, exécutées d'après les vieux peintres\n néerlandais, par un artiste qui leur ressemble. Sans doute, il n'a point leur\n naïveté, mais il accepte, sans la discuter, leur interprétation légendaire.\n Il les a trop contemplés, il Iles a trop caressés du regard pour n'en point\n garder la prunelle éblouie. Comme je l'ai dit naguère, M. Eugène Demolder\n est leur héritier. Aussi ne serait-il même pas juste de considérer les Récits\n de Nazareth comme une simple fantaisie d'artiste. Ils ont été commandés\n à M. Eugène Demolder par l'espèce de sensibilité qui lui est propre. Il\nles nourrissait en lui, il était forcé de les écrire. Ils apparaissent comme\nun hommage fatal rendu au génie de la race flamande.\n   Au rebours des christophores français, M. Eugène Demolder a eu le tact\nde nous montrer un Jésus presque silencieux. Cette discrétion, volontaire\nou instinctive, a sauvé l'œuvre.\n    Faut-il ajouter que M. Demolder conserve son style fleuri, chatoyant,\norfèvre, aux périodes harmonieuses pavoisées de métaphores? Il continue à\ndépenser, en fils d'une race prodigue, les resplendissants trésors d'une ima­\ngination asiatique. Son livre est un déluge de couleurs. La Cité morte dans\nl'or est, à ce point de vue, une œuvre déconcertante. Le lecteur doit mettre\ndes lunettes bleues pour ne pas être aveuglé.\n   Ce qui démontre qu'il s'agit d'une œuvre toute spontanée, et j'irai\njusque-là, végétative, c'est qu'on y trouve, à l'état naturel, les qualités et\nles défauts du génie flamand. La profusion des couleurs et des images\ncache mal la pauvreté et l'inégalité de l'ordonnance. Le jugement n'est pas\nvenu au secours de l'imagination. La forme, alourdie par un flot d'orne­\nments parasites, est inhabile à rendre la ligne et le mouvement. Pas de\nnerfs et pas de muscles. La chair déborde et les phrases s'enflent comme\nd'énormes éponges colorées. Le style de M. Demolder est un style de jouis­\nseur paresseux, à moitié endormi par ses bombances. Ce qui manque aux\nphrases manque aussi à l'ensemble du récit, dont la composition est parfois\nd'une gaucherie désarmante. Il serait regrettable que M. Eugène Demolder\nne s'élevât point au-dessus de l'idéal matériel de sa race. Rubens et Van Dyck\nsurent rester Flamands tout en acquerrant les qualités qui faisaient défaut\nà leurs premières œuvres. Que M Eugène Demolder soumette sa forme à\nune discipline plus sévère, et qu'il tache, en affinant sa belle imagination,\nd'échapper à la léthargie pléthorique dont il est menacé. Je ne lui conseille\nni l'Angleterre ni l'Italie, mais je pense qu'à l'égal de beaucoup de Fla­\nmands, il contient en puissance un patricien hollandais.\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "                                   — 450 —\n\n\n                                       ***\n    M. Georges Eekhoud vient de publier, chez Paul Lacomblez, l'édition\n définitive de la Nouvelle Carthage. C'est l'œuvre la plus vaste du roman­\n cier anversois; c'est celle qui lui a coûté le plus d'effort et de travail, et\n c'est sans doute aussi, de toutes ses œuvres, celle qu'il préfère. Une première\n version de ce roman, incomplète et un peu hâtive, parut en 1888 chez Kis­\ntemaeckers. M. Georges Eekhoud sentit bientôt que son livre était né avant\n terme, et il publia successivement, chez Kistemaeckers en 1889, et chez\n Mme Ve Monnom, en 1891, cinq chapitres supplémentaires : les Emigrants,\n Contumace, la Bourse, le Carnaval et la Cartoucherie, qui, tous les cinq,\n comptent parmi les meilleurs morceaux du roman définitif, et dont les\ndeux premiers sont d'un écrivain arrivé à la maîtrise. Ces différentes parties\nde la Nouvelle Carthage, depuis la version primitive jusqu'aux chapitres\n complémentaires, ont été étudiées ici. Nous n'avons plus à les considérer\nen elles-mêmes. Il nous incombe seulement d'examiner si M. Georges\n Eekhoud a mené à bien le travail de refonte, si délicat et si ingrat, auquel\nil a dû se livrer, si l'œuvre a l'unité requise, et quelle ait sa place dans\nl'œuvre déjà considérable et touffue de l'écrivain.\n    Mais avant d'aborder cet examen, il importe de déterminer la valeur\npsychologique du livre. « C'est Laurent Paridael, — écrivais-je en 1892 —\nc'est le héros de la Nouvelle Carthage qui détient la clef de l'œuvre de\n M. Georges Eekhoud. Laurent l'éclairé tout entière, et, pour celui qui ne\nl'a pas compris, elle demeure obscure et fermée. » J'ajouterais volontiers que,\nsi ce roman n'est pas un des premiers qu'il ait écrits, c'est pourtant le premier\nqu'il ait conçu. Il le portait depuis de longues années, comme un poids de\ntendresse, de souffrance et de haine, dans son âme d'orphelin blessé par la\nvie, lorsqu'il composa Kees Doorik, les Kermesses et les Milices de saint\nFrançois. L'ordre chronologique, ici, n'est pas d'accord avec l'ordre senti­\nmental. C'est Laurent Paridael, dépouillé du vêtement d'aventures dont\nM. Georges Eekhoud l'a orné, qui a songé Kees Doorik, Marcus Tybout,\nla comtesse d'Adembrode, et la sombre théorie des Réfractaires, des Las-\nd'aller et des Hors-la-loi qui traversent le Cycle patibulaire. « De tous\nles héros de M. Georges Eekhoud, disais je naguère, Paridael est celui\nauquel il a le mieux caressé son cœur. Il aime, comme s'il était son fils\nselon la chair, cet enfant frêle et gauche, cet orphelin d'abord trop choyé,\nincapable de vivre au milieu de la bonté banale et indifférente des uns, de\nl'hostilité ouverte et savante des autres. La sensibilité refoulée s'amasse\nlentement en lui, l'oppresse et l'étouffé, et se raffine en s'amassant. Et\ncomme ses égaux le glacent, qu'un abîmede malentendus et de froissements\nles sépare de lui, son amour sans objet se retourne vers les inférieurs... »\nC'est l'histoire obscure de ce drame intime, joué silencieusement dans l'es­\nprit d'un enfant, qui rendait si douloureusement attachantes, à travers la\npremière partie de l'édition primitive, les pages naïves et sans apprêt consa­\ncrées au Jardin, à la Fabrique et au Costume Neuf. Maintenant qu'elles se\nrelient aux Emigrants et à Contumace, leur accent gagne encore en sin-\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                                 — 451 —\n\n cérité et en profondeur. Paridael aime Anvers, mais il l'aime comme un\n enfant sa mère remariée, avec des transports de jalousie et de colère contre\nl'intrus. Anvers est une ville souillée par une race égo'iste, mercantile,\nodieuse, au cœur de glace, au cerveau désert. C'est en haine des Carthagi­\n nois qu'il s'enfuit dans le Polder et dans la Campine. Il se venge d'eux,\npour ainsi dire, en célébrant les paysans de la Vendée belge. Et si la flèche\nde la cathédrale l'aimante, s'il revient, attiré par un charme tout puissant,\nbattre le pavé de sa ville maternelle, c'est encore pour braver, en frayant\navec le mob anversois, cette société punique qu'il déteste. Ainsi se justifient\nd'une part Kees Doorik,les Kermesses et les Milices de saint François,\net de l'autre, le Cycle patibulaire, ainsi se révèle le plan sentimental de\nl'œuvre, ainsi s'explique le développement passionnel de l'écrivain. Une\nquerelle avec sa Ville, et une querelle avec la Vie. L'une donne lieu à des\néglogues et à des drames rustiques, d'un réalisme attendri et puissant;\nl'autre à des rêves frénétiques, à des hallucinations à la fois infernales et\nparadisiaques, d'un symbolisme farouche et grandiose. Comme il adore\nAnvers en abominant les Carthaginois qui la polluent, il rend à la Vie un\nculte panthéiste qui éclate en imprécations et en révoltes contre les hommes\nd'aujourd'hui. Telle est la genèse de l'œuvre, dont la Nouvelle Carthage\nm'apparaît comme le portail monumental.\n    On devine quelles sont les beautés et les faiblesses du roman. J'ai dit\nplus haut mon admiration pour les pages où M. Georges Eekhoud raconte\nl'enfance de Paridael. Les descriptions d'Anvers sont magnifiques, d'une\nintensité de vie, d'une ampleur et d'une pénétration auxquelles le romancier\nn'avait pas encore atteint. Les chapitres inspirés par l'esprit de contumace\nsont des merveilles de couleur triste et de clair-obscur. Tout ce que\nM. Georges Eekhoud aime, parmi les choses et les êtres, il le décrit avec\nun bonheur sans égal. Mais lorsque les nécessités du roman le mettent en\ncontact avec des choses et avec des êtres qu'il hait, il perd toute lucidité,\ncondamne sans regarder ni entendre, et remplace l'observation par l'invec­\ntive, l'analyse par l'imprécation. Comme le dit fort bien M. Hubert Krains,\nsa main tremble en écrivant, les mots se nouent dans sa gorge. C'est con­\nfesser que M.Georges Eekhoud n'a réussi qu'à demi lorsqu'il a voulu\ndépeindre le monde des commerçants, des amateurs et des courtiers.\nL'odeur du jeu et la fièvre de la Bourse ne sont pas traduites avec la réalité\nqu'il faudrait. Ajoutez certaines faiblesses et un manque de proportion\ndans la composition de l'œuvre — Laurent Paridael nous cache trop\nsouvent les Anversois — et vous pourrez mettre en balance les qualités et\nles défauts du livre. M. Georges Eekhoud a écrit un roman plus équilibré\net mieux construit, Kees Doorik, mais la Nouvelle Carthage renferme des\npages d'une beauté prestigieuse, aussi ardentes que les plus belles pages du\nCycle patibulaire et des Nouvelles Kermesses, et, malgré son déséquilibre,\nelle sera considérée comme une manifestation éclatante d'une des sensibi­\nlités les plus aiguës de ce temps.\n                                                     ALBERT GIRAUD\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "                                   — 452 —\n\n\n\n\n      Le Mouvement littéraire en Italie\n                                        I\n\n              C'est un bonheur pour moi quand l'occasion m'est donnée\n               d'écrire sur la littérature italienne, — j'entends la vraie litté­\n               rature.\n                  A notre époque, on fait un étrange abus de ce mot. Mais\npour être juste, il faut reconnaître qu'il en arrive presque toujours ainsi:\nles productions intellectuelles contemporaines sont trop facilement appelées\n« littéraires ». La grande coupable est la critique qui, souvent, ne se trouve\npas ou ne veut pas se trouver à la hauteur de sa mission. Heureusement il\ny a le temps qui remet tout en place. Il y a toujours eu une grande sagesse\ndans le temps : il a rejeté net les livres où l'art était sérieusement compromis\npar des vulgarités, se moquant à son gré des prétentions impudentes de\ncertains auteurs. On renverse très facilement l'autel de la gloire, s'il est\nbâti avec des pierres artificielles ou assemblées par un architecte ignorant.\n    Chaque littérature souffre de ce mal. La rapidité avec laquelle les\nécrivains d'aujourd'hui lancent leurs livres les destine à sombrer vite au\nmilieu de cette mer de publications, où seulement les ouvrages de génie\nsurvivent : Rari nantes in gurgite vasto.\n    Le sort des belles lettres italiennes n'est pas celui d'autrefois : ambitions\ninsolentes, recherches continuelles de renommée, cupidité phénoménale\nd'argent, tout cela - et d'autres choses encore — menace de plus en plus\nla réputation que nos ancêtres nous acquirent par tant d'efforts. Où abou­\ntira ce chemin-là? Au jour de l'anéantissement de l'Art pur? Fasse le ciel\nque ce jour fatal soit bien loin de nous ! Cependant, je constate que le\nvenin rongeur a filtré presque en toutes les littératures. Sans doute, il y a\ndes écrivains élégants, auxquels la fantaisie et l'art simple inspirent de bons\nromans, de petits poèmes, de fines nouvelles. Mais c'est une heureuse\nexception.\n    Je commencerai par M. GABRIELE D'ANNUNZIO, parce qu'il se révèle\n à nous comme le poète capricieux et puissant à la fois, dont l'attrait est\nabsolument irrésistible sur les âmes jeunes et neuves à la vie. On voit\n quelque chose de la grandeur de Michel-Ange dans ses hardies conceptions.\n Il est, en outre, un styliste merveilleux : rien n'est plus charmant que la\n précision de sa phrase et la nouveauté de sa pensée. Né à Francavilla, sur\nla côte de la mer Adriatique, dans l'ancien pays des Marrucini, Gabriele\n D'Annunzio a chanté sa mer et ses amours d'une façon tout à fait originale,\n comme un fou, comme un sauvage, sans s'occuper de ce que disait le\n monde : faisant des sonnets et des strophes, dans lesquels l'art ne sert qu'à\n mettre davantage en relief les vifs transports des sens. Il y a des portraits un\n peu flattés peut-être; mais ainsi l'a voulu son imagination excessive, qui le\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                                 -   453   -\n\ndomine parfois complètement et grandit à ses yeux les choses qui\nl'entourent. L'art duquel il dispose est si fin, si délicat, si léger, qu'il se\nchange très souvent en artifice, comme on le discerne, du premier coup,\ndans son dernier livre intitulé : Poema paradisiaco. Les revues et les jour­\nnaux littéraires ont discuté vivement ces vers, et je suis d'avis que, cette\nfois, notre poète n'a réussi qu'à demi.\n   Aussi toutes les appréhensions que jadis éveillait sa fougue indomptable\nont de nouveau poussé les critiques aux plus étranges jugements. On dit\nque le fier poète « aux yeux de faucon » se trouve déjà dans une période de\ndécadence, et on annonce même l'épuisement de son esprit, tandis que\nplusieurs critiques sont prêts à soutenir la qualité du volume.\n   Quant à moi, je crois fermement que les uns exagèrent autant que les\nautres. D'Annunzio n'a fait avec ce livre que tenter une nouvelle forme d'art\nd'une extrême simplicité. Il doit son insuccès à cette simplicité même qui\nfrise la négligence. 11 est visible qu'il a forcé son génie, dans une période\nparticulièrement accidentée de sa vie, déjà si féconde en aventures. Notre\nlangage poétique ne permet pas que la forme soit sautillante et que les vers\nse brisent au plus beau moment. Le défaut d'harmonie et les efforts pour\naller du même pas que la prose ont ruiné l'édifice d'un innovateur trop\ntéméraire. Malgré tout, D'Annunzio sera toujours le même, c'est-à-dire\nqu'il gardera à jamais, au fond du cœur, une source inépuisable de poésie\ncharmante et profonde.\n   C'est la prose, je l'avoue, la sirène ensorcelante qui, dans le temps actuel,\nl'invite et l'attire entre ses bras afin de lui faire goûter les ivresses pures\nde la gloire. Nous, Italiens, nous voyons avec beaucoup de plaisir que les\nromans — trop analyseurs du reste — de ce jeune fils des Abruti sont\nassez estimés au delà des Alpes. La vigueur de son intelligence, les nom­\nbreuses relations qu'il a, font, à juste titre, de D'Annunzio le romancier du\njour. Ses romans — cela va sans dire — survivront mieux que ses chants,\nparce qu'il y met tout son cœur et tout son charme d'artiste voluptueux.\nMais personne ne saurait, pourtant, oublier le Canto Nuovo, l'Intermezzo,\nl'Isotteo e la Chimera qui forment sa meilleure gloire poétique et resteront,\ncertainement, dans la littérature italienne. Si notre auteur n'est vraiment\nincomparable qu'en prose, il n'en reste pas moins grand en poésie : et cela\nvaut quelque chose, sans doute. Il n'y a que la haine des adversaires qui\npuisse nier qu'au milieu des banalités de son dernier livre ne brille le rayon\nde l'éternel flambeau des vates.\n\n                                      II\n\n   M. JEAN MARRADI est un poète dont la sérénité vraiment artistique,\nl'admiration silencieuse de la nature, le charme mélancolique et très vif,\nfont une brusque opposition à l'exubérance de vie, aux passions fort\nexaltées, aux fougues erotiques de D'Annunzio.\n   Il est né à Livourne, dans un hôtel placé tout près de cette mer Tyrrhé-\nnienne, tantôt trop bleue, tantôt blanchâtre, suivant le ciel, et dont il aime\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                                    — 454 —\n\n   s'appeler l'enfant. Ah ! qu'il a passé d'heures sur son large balcon à enivrer\n   ses yeux d'un tableau qui est l'un des plus beaux du monde. Les îles, la\n   Capraia et la Gorgona, à l'horizon, semblent des améthystes, quand le\n   soleil couchant les teint de violet; et le phare de la Meloria — souvenir\n  triste pour Pise — éclate la nuit comme un astre dans le firmament\n  obscur. Alors, notre âme s'échappe de nous et s'unit à la beauté infinie des\n  choses.\n      Comment résister à la folie, à la douceur d'écrire en vers ? C'est ainsi\n  qu'il a chanté les merveilles de la mer étrusque, les reflets et les étincelle-\n  ments de la lune sur les eaux immobiles, les haines des cités maritimes\n  d'autrefois, comme personne n'avait su le faire auparavant. La littérature\n  italienne lui doit beaucoup de reconnaissance. Aujourd'hui, Marradi est le\n  paysagiste de mer le plus aristocratique et le plus original à la fois,\n  qualités très rares et très difficiles à conquérir par les autres, auxquels\n  convient trop bien le servum pecus d'Horace.\n     Son premier volume de vers a paru chez l'éditeur Nicolas Zanichelli,\n l'année 1879, en une petite édition actuellement introuvable. Dans ce livre,\n  Marradi montrait une grande facilité poétique et surtout prosodique, mais\n viciée par une indomptable rage révolutionnaire, antisociale, pas neuve et\n à la mode, depuis que Josué Carducci « avait, je ne sais combien de fois,\n — a dit Panzacchi — souffleté le genre humain et appelé lâche l'Italie ».\n     Le poète, en outre, y était tellement sceptique qu'on est tout surpris de\n ne plus le trouver tel aujourd'hui. Mais l'Art immense, l'Art pur déjà\n rayonnait çà et là candidement dans ses vers; et son esprit, énervé par les\n vicissitudes de la lutte, en voyait avec effroi l'intangible hauteur; et il\n chantait : « Adieu, art fatal d'Eschyle et d'Homère; trop haut, hélas! est\n l'idéal qui brille à ma pensée. Tes flatteries infidèles n'éveillent pas non\n plus la torpeur, où meurt ma forte jeunesse. »\n     Toutefois cet exil volontaire des « idéales régions » ne devait pas être\n long. Quelques années plus tard, l'éditeur Sommaruga (Rome) publia deux\n autres volumes : Canzoni e Fantaisie et Ricordi lirici, réunis en un seul\n dans l'édition Triverio (Turin, 1887).\n     Ces livres conquirent tout de suite au délicat écrivain de Livourne une\n place très importante qu'il a gardée. Et sa renommée est allée toujours\n croissant, depuis l'apparition des Nuovi Canti, où l'idylle se mêle conti­\nnuellement à l'épopée, dans une vapeur flottante de rêve qui semble être\nl'âme du poète spirituel.\n     L'Italie traverse en ce moment une période tout à fait sociale, qui veut\nentraîner la littérature même à tenter de réformer l'organisation moderne\nde chaque Etat et de l'humanité entière. On s'efforce, en un mot, d'asservir\ndéfinitivement les belles lettres, et surtout la poésie, à la diffusion des idées\nsocialistes.\n    Cette sorte d'exclusivisme — blâmable pour les conséquences qu'il aura\ns'il ne les a déjà, et devenue idée fixe chez plusieurs poètes — a le tort\nd'habituer les jeunes écrivains sans expérience à une rhétorique sentimen­\ntale et retentissante, et à une hypocrisie qui n'ont d'autre excuse que dans\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                                  -   455   -\n\n  la tentation irrésistible de l'actualité. Rhétorique! Hypocrisie? Quel\n  gouffre pour un fidèle disciple d'Apollon! Nous devons, pourtant, nous\n   opposer vivement à cette extravagance.\n     — Eh ! Messieurs, aurions-nous, pour la littérature aussi, une contrainte,\n la malheureuse contrainte intellectuelle? N'est-ce pas une sottise évidente\n  que vos revendications plaintives fassent d'un grand poète un poètereau ?\n  Ne peut-on se plaindre, à bon droit, du dépérissement littéraire? A qui la\n faute si cela arrive? Heureusement, Marradi n'a pas voulu être exclusive­\n ment poète social, tout au contraire de ceux qui en ont eu la mauvaise\n ambition. Croyez-vous que, s'il lui plaisait, il ne pourrait l'être? Pour le\n savoir, lisez seulement les nombreux vers, où la note du cœur humain\n vibre avec la plus grande intensité et la plus lumineuse splendeur. Il faut\n permettre aux poètes de faire tout ce qu'ils veulent, pourvu que, naturelle­\n ment, ils le fassent bien. Asservir violemment à un but social les forces les\n plus pures de la pensée, jamais!\n    Qu'il soit toujours, l'artiste, un être affranchi de toute chaîne! Qu'il\n reçoive, qu'il n'aille pas chercher les émotions! Le mot n'est pas neuf, mais\n il est toujours juste : « Le dogmatisme, c'est la mort de l'art. »\n    Marradi, toutefois, a été doué d'un tel esprit qu'il n'a rien à craindre des\n influences pernicieuses du moment. Admirateur sincère de la nature,\n heureux d'en comprendre l'éternelle symphonie, il s'est révélé à nous dans\nces strophes : « Le poète entend l'écho mystérieux, les palpitations de\nl'harmonie qui fait tourner perpétuellement les astres, et tire les rythmes\nsavants et les musiques éthérées —faits des sons de la terre et du ciel —\ncomme d'une lyre immense. Comme d'une lyre immense il tire des accords\nde l'intime harmonie des choses qui vibra dans son cœur et entend monter,\nà travers les azurs silencieux, la symphonie des rêves que l'âme rêva. »\n    A-t-il raison, a-t-il tort de faire ainsi? Qu'importe une telle question si\nnous le trouvons délicieux, touchant, inimitable? Claude Monet pour la\npeinture, Jean Marradi pour la poésie : la comparaison est très exacte,\nsurtout si l'on observe que le poète accomplit son devoir avec tant de\nscrupules qu'il n'a jamais voulu écrire, pour ainsi dire, un seul mot de\nprose.\n                                         ANTONIO SANTE-MARTORELLI\n   Rome, octobre.\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                                            — 456 —\n\n\n\n\n                                   MEMENTO\n   Le directeur de la Plume, M. Léon Des­           Mais un scandale d'un nouveau genre\nchamps, dans une préface pour le Bréviaire       s'est produit : c'est le défilé d'un cortège de\ndu coeur de M. Aristide Estienne, affirme        témoins à décharge venant tous décerner à\nque le jeune poète est loin de « l'impassibi­    l'accusé des certificats de moralité, conçus\nlité momifiée d'un Leconte de Lisle ».           dans les termes les plus élogieux et prêts à\n   Très loin, en effet, s'il faut en croire ce   y ajouter, pour peu qu'on les y poussât, des\nDéjeuner .-                                      couronnes civiques.\n       La côtelette est sur le gril.                Et ce ne sont seulement des gens de\n       Le fer rougit, la braise fume,            lettres, atteints de la toquade réaliste, qui\n       Dans le beurre cuit le persil\n       Et l'air ambiant se parfume.              essaient ainsi de « repêcher » un camarade;\n       Mon chat dont l'odorat subtil             ce sont des pères de famille, des magistrats,\n       Devine la viande et la hume,\n       Vient, s'approche, câlin, gentil          des médecins, de hauts fonctionnaires et,\n       Cependant que son œil s'allume.           nous le disons avec un amer regret, des\n       Il a sa voix la plus mignonne,            catholiques eux-mêmes 1 — Combien en\n       Fait le beau, me flatte, ronronne,\n       Mais, dès que j'ai le dos tourné,         est-il cependant, parmi ces complaisants\n       Il allonge une patte leste,               témoins, qui oseraient mettre sous les yeux\n       Prend, bondit et se sauve, preste,        de e j r s femmes, de leurs fils, de leurs filles,\n       En emportant mon déjeuner.\n                                                 le livre obscène dont ils viennent attester la\n                                                 parfaite innocuité, sous le beau prétexte,\n   Un puissant oculiste vient de découvrir       comme l'a dit l'un d'entre eux, que « l'art\nun « œil nul et chauve ». Les détails versi­     « couvre tout et qu'un œuvre artistique ne\nfiés de cette découverte se trouvent dans la     « peut jamais être immorale ? »\nRevue rouge.\n                                                   Le pître de la Byloque se trompe : per­\n                                                 sonne n'a dit cela.\n  On nous annonce un nouveau procès                Quant aux témoins, ils se repentent amè­\nd'assises.                                       rement. L'un d'eux, haut fonctionnaire et\n   Le parquet a découvert, dans les Récits       père de famille, a été puni par où il avait\nde Nazareth, à la p. 63, un jeune homme          péché. Il a fait lire Paul et Virginie à sa\nhabillé seulement d'une bague, de bottes         belle-mère... Depuis lors, la malheureuse\nen cuir mou, d'une ceinture de chasseur,         sexagénaire fait le trottoir!\nd'un col en dentelle et d'un chapeau à\nplume. Le procureur général estime que\ncet habillement déguise mal la nudité. Donc\nindécence, outrage aux mœurs et défilé\n                                                    On lit dans l'Art moderne, à propos des\nsympathique de témoins.\n                                                 Récits de Nazareth :\n   L'auteur des Récits de Nazareth sera             « L'unique point à mettre en lumière\ndéfendu par M e Jules Destrée.                   encore est celui-ci En France où tant d'ar­\n                                                 tistes — les Parnassiens surtout — ont\n  On lit dans le Bien public, à propos du        essayé de rajeunir les mythes, il ne sont\nprocès Lemonnier, les réflexions suivantes :     arrivés qu'à se copier les uns les autres, si\n  Cet acquittement, si injustifiable qu'il       bien que tous les transcripteurs de fables se\nparaisse, n'est pas fait pour nous étonner,      ressemblent. »\nétant donnés les déplorables précédents du          C'est aveuglant de vérité. L'antiquité de\njury brabançon.                                  Leconte de Lisle ressemble étonnamment\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                                        -457          -\n\nà l'antiquité de Théodore de Banville, et à       des éclosions isolées, le lent développement\ncelle de M. José-Maria de Hérédial                des puissances de la race, de sourdes pous­\n   Ah ! il est mis en lumière, le point, il       sées comparables aux vibrations de la vie\nl'est !                                           organique en travail. Considérez maintenant\n                                                  en quelles floraisons merveilleuses, en\n                                                  quelle forêt touffue de talents s'est muée la\n   M. Maudair rend compte en ces termes           germination initiale. Il n'y a pas de pays\nde la représentation d'Un Ennemi du Peuple        qui plus continuement voie jaillir des poètes,\nà Paris :                                         des écrivains, de lumineuses et vives intel­\n   « Une grande manifestation libertaire ne       ligences; il n'en est pas qui, dénué d'héré­\ncessa de doubler l'intérêt dramatique. Le         dité littéraire, le dernier jusqu'alors des\ntroisième acte surtout y aida : il fut une        peuples sensibles à la splendeur des choses\ncruelle humiliation pour tous les journa­         écrites, se soit, par une pareille explosion\nlistes présents, souffletés à chaque phrase       d'efforts et de livres, soudainement révélé.\n— et combien Ibsen les dévoile dans leur          Dans un milieu si inexorable que ceux-là\nhypocrite malhonnêteté! — par les accla­          même qui auraient dû parler se taisaient,\nmations ironiques des jeunes écrivains pré­       que la critique au lieu de leur tresser des\nsents. M. Henri Fouquier, mal à l'aise,           couronnes, à ces jeunes héros vainqueurs\ntournait vers M. Canivet des regards navrés...    du destin, les lapidait et les ignore encore,\nEt l'on riait de bon cœur. Quand enfin le         — on peut lapider à coups de silence, — ce\ndocteur Stockmann en vint à la scène célèbre      prodige s'est accompli de milices partout\noù il stigmatise les chefs de partis et prévoit   surgies, aussi bien des monts de la Wallonie\nleur ruine, une clameur formidable ébranla        que des plaines flamandes, et résignées, s'il\nle public, le cri « Vive l'anarchie ! » monta     le fallait, à mourir pour cet art qui n'avait\nà nouveau et salua la chute du rideau, bien­      pu faire vivre les devanciers... Ou si une\ntôt relevé pour l'annonce du grand nom            telle chose se fût réalisée ailleurs, elle n'eût\nd'Ibsen, devant lequel tousse découvrirent.»      été ni aussi pure ni aussi magnanime. Car,\n   Crier « Vive l'anarchie ! » au dénouement      ici, des croix seulement vers des cimetières\nd'un drame où il n'est pas un moment              d'injustice et d'oubli bordaient la route et\nquestion d'anarchie, c'est assurément trop        récusaient l'espoir. Nos Lettres furent\n                                                  comme une chevalerie armée pour des\noriginal.\n                                                  croisades; on partait délivrer l'art comme\n   Pour ne pas être distancés, nous conseil­\n                                                  on fût parti pour une Terre-Sainte; tous,\nlons à nos amis, lorsque Mounet-Sully vien­\n                                                  par d'intimes serments, se vouaient aux\ndra nous jouer l'Antigone de Sophocle, de\n                                                  renoncements, et quelques-uns ne furent\nsaluer la chute du rideau par ce cri profon­\n                                                  plus certains du pain quotidien.C'est la pau­\ndément hellénique : « Vive la représenta­\n                                                   vreté fièrement subie, l'insouci du gain et\ntion proportionnelle ! »\n                                                   des succès, c'est l'ardeur aux uniques con­\n                                                   quêtes idéales, c'est cette ingénuité et cette\n                                                   force incomparables que j'honore et pro­\n  Les « Paroles pour Georges Eekhoud »,            clame en vous, mes frères ici présents, mes\nprononcées au banquet du 28 octobre par            contemporains et mes cadets qui tous avez\nM. Camille Lemonnier, viennent de paraître         souffert et acceptez de souffrir encore afin\nen brochure chez Paul Lacomblez. Nous             que quelquefois, comme aujourd'hui, un\ndétachons de ce beau discours le passage          des vôtres soit exalté.\nsuivant :\n  «Je voudrais dire à ce sujet toute ma              Je veux croire, je crois fermement à plus\npensée : je regarde au dehors; je ne vois         de justice, à une acceptation plus large de\npas d'analogie avec ce mouvement littéraire       la splendeur intellectuelle que vous versez\nqui, à peine né, déjà a conquis le monde et       sur la nation. Elle qui renia ses artistes de\ncommence seulement à conquérir le pays            la plume et ne fut constante qu'à ses pein­\noù il s'est produit. Ce n'est à l'origine que     tres et ses sculpteurs, elle sait à présent\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                                               — 458 —\n\n qu'elle ne peut grandir que par la gloire          doit jamais être l'anarchie, que l'originalité\nque vous lui apportez. Elle y consent, aver­        ne peut en aucun cas servir de prétexte à\ntie que les peuples respectueux des Arts et         l'incorrection. Dans une œuvre littéraire,\ndes Lettres seuls ont la durée. Quand               l'exécution doit être d'autant plus irrépro­\nquelque part des génies ont apparu, c'est           chable que la conception est plus hardie...\ncomme la découverte et la joie d'une patrie         Plus on dédaigne la rhétorique, plus il sied\nnouvelle qui s'éveille pour le reste du             de respecter la grammaire.       On ne doit\nmonde. La vieille Sterre des Sagas nous             détrôner Aristote que pour faire régner\némerveilla d'une aurore de fraîche huma­             Vaugelas, et il faut aimer l'Art poétique\nnité à la lumière révélée de ses grands écri­       de Boileau, sinon pour les principes, du\nvains. Et, je le pense, nous sommes aussi           moins pour le style. »\nun jeune peuple, nous ne faisons que de\n                                                        En 1820, six ans avant d'écrire ces\nnaître puisque c'est d'hier seulement que\n                                                    phrases, Victor Hugo, rendant compte,\nnous nous écoutons vivre à travers ce batte­\n                                                    dans le Conservateur littéraire, des Médi­\nment du cœur d'une race qui est sa littéra­\n                                                    tations poétiques de Lamarrine, reprochait\nture. Il résonne en vous, il vous emplit du\n                                                    à ce « livre singulier » les négligences, les\nsentiment d'une destinée : en retentissant\n                                                    néologismes, les répétitions et l'obscurité.\njusqu'aux limites des peuples intellectuels,\n                                                    Réponse directe à la fameuse phrase de\nil faudra bien qu'il soit entendu du pays\n                                                    Lamartine : « La grammaire n'est pas faite\nqui le porte en elle comme son propre cœur\nsensible, comme ses vives et tressaillantes         pour nous! »\nentrailles. »\n   Ce magnifique hommage, rendu par                    Il vient de se fonder à Bruxelles un théâtre\nM. Camille Lemonnier aux écrivains de la            littéraire. C'est le titre de l'entreprise nou­\ngénération de 1880, nous a profondément             velle qui a pour initiateur et directeur\nému. Nous l'en remercions de tout cœur,             M. Maurice Chômé, professeur au Conser­\net nous espérons que la génération nouvelle         vatoire. Ce théâtre sera consacré à l'œuvre\ncouronnera l'œuvre de sa devancière.                dramatique d'écrivains de quelque époque\n   Cet espoir nous est permis, car, M. Ca­          et de quelque nationalité qu'ils soient. Son\nmille a raison de le dire, nous sommes un           existence est assurée. Chaque pièce ne sera\njeune peuple et nous ne faisons que naître          représentée qu'une fois. Il y aura quatre\nà la vie littéraire. Gardons-nous donc d'en         spectacles dans le courant de l'hiver.\nlaisser empoisonner les sources et sachons\ndéfendre la jeunesse belge, qui porte en\nelle l'avenir, contre les maladies de vieillard\n                                                        M. Paul Lacomblez vient de perdre\nqui assaillent en ce moment la littérature\n                                                     son père, M. Horace-François Lacom­\nfrançaise.\n                                                     blez, mort à Solesmes le 1 e r décembre ;\n                                                     quelques jours après, un second deuil\n   On a récemment invoqué l'œuvre deHugo             le frappait : il perdait sa mère.\npour légitimer d'étranges théories sur la               La Jeune Belgique prend une pro­\nlangue, la grammaire et la syntaxe « indivi­         fonde part à la douleur de son ami.\nduelles ».\n   Nous avons répondu à ces invocations\nridicules en citant le vers célèbre :                  Parlant d'un écrivain qui lui déplaît, le\n    Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe !   Peuple s'exprime ainsi :\n  Voici ce qu'écrivait à ce propos, au                 « C'est lui qui dégoûte les socialistes, car\nmoment où la lutte contre les faux classi­          il est un de ces gaillards dont il n'y a plus\nques battait son plein, le chef de la pléiade       grand chose de bon à tirer... »\nromantique :                                           Il y a donc encore, parmi les écrivains\n  « Il est bien, entendu que la liberté ne          belges, des « gaillards » dont, au point de\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                                      — 459 —\n\nvue socialiste, il y a « quelque chose à t e r ? Croit-on ces pièces tributaires du génie\ntirer? »                                      français?\n   Nous retenons l'aveu.                         Si on cherchait un peu mieux parmi mes\n                                              drames et mes romans, on en pourrait\n                                              trouver quelques-uns dans le même cas.\n                                                 Nous sommes pleins de reconnaissance\n   M. Antoine, le dictateur du Théâtre Libre,\n                                              en toutes choses pour la France et plus\nvient de confier à M. Jules Huret qu'il va\n                                              particulièrement pour l'initiative artistique\nse consacrer à la littérature socialiste, et\n                                              de la France, quant à la forme.\nqu'il en a assez des poètes.\n                                                 Nous trouvons que Francisque Sarcey et\n   Et réciproquement, Monsieur.\n                                              autres Chinois français ont bien le droit de\n                                              nous barrer le chemin de la Terre promise,\n                                              mais si on nous fait la grâce d'entrer, que\n   M. Antoine, deux fois nommé, ayant jugé ce soit avec un droit plein et entier sur nos\nbon de tripatouiller Une Faillite, le drame propres œuvres.\ndeM. Björnstjerne Bjôrnson, l'écrivain nor­      Mais s'il s'agissait d'autre chose que de\nvégien a envoyé au Figaro une protesta­ livres?\ntion aussi vive que légitime.                    A la frontière, par exemple, après avoir\n   M. Björnstjerne Björnson a profité de bouleversé les malles d'un voyageur pour\nl'occasion pour rabrouer M. Georges Le­ y trouver des joyaux et des objets d'art et\nfèvre qui, dans la Revue des Revues, attri­ lui avoir demandé à chaque objet : De\nbue à Victor Hugo l'invention du roman­ quelle date est-il? A-t-il plus de dix ans? —\ntisme en Europe.                              Si oui.\n   Voici la réponse de l'écrivain norwégien :    — Alors, il est à nous.\n   « Dois-je vraiment faire remarquer qu'il      Veuillez-agréer, Monsieur le Rédacteur\nest impossible que le romantisme de Goethe en chef, l'expression de mes sentiments les\nait pris naissance de celui de Victor Hugo plus distingués.\nou même de l'esprit français? Que Victor                         BJÖRNSTJERNE BJÖRNSON\nHugo n'était pas né quand Goethe a écrit\nson Gœff de Berlichingen ? Que Schiller\nn'avait pas prévu la naissance de V. Hugo\nà l'époque où il écrivit les Brigands? Que LE MACAQUE FLAMBOYANT (section française).\nle grand romantique danois Adam Œben­            L'âme de M. Saint-Pol-Roux le Magni­\nschlaeger écrivait sa sublime Saga de Va­ fique s'étant jetée dans la rivière des ophé-\nlumder beaucoup avant que la préface de lies, raconte ainsi son plongeon :\nCromwell eût sonné la première cloche du         — « J'allais, au-dessus d'infiniment pures\nromantisme français? Que Thomas Moore pierres (probables têtes de mort d'anté­\na puisé à d'autres sources plus profondes? rieures ophélies) et parmi des poissons sem­\nQu'un des plus grands lyriques du monde blant des guêpes et des chardonnerets, tant\nentier, Schelley, a chanté des hymnes bien l'onde était subtile et menue, j'allais à la\nà lui et aussi Henrick Vergeland, le Norwé­ dérive, dans cette rivière si limpide que\ngien, un des plus grands poètes de la liberté s'apercevait le monde extérieur comme à\ndans les pays libres, jailli comme un torrent travers une longue vitre.\ndu cœur de notre peuple nouveau-né et            Sur mon coma bizarre glissent des ventres\ndont le génie ne dut jamais rien au roman­ de cygnes et des coques aux coups de rames,\ntisme des autres? Alors Victor Hugo était albatros de bois à tête humaine.\nvenu, mais APRÈS Goethe, Schiller, Œben­         J'allais, dans ma semimpossibilité de\nschlaeger, etc., etc                          mourir, en ce palanquin de perles, j'allais à\n   Faut-il continuer et citer encore Robert la dérive, telle une sainte de cire qui visite,\nBurns ou faut-il s'en tenir aux pièces en son reliquaire de cristal, les épis, les\nd'Henrick Ibsen que l'on vient de représen­ pommes, les vignes...\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "                                               460\n\n   Mes yeux se dosaient de délices sous ce         chainement une traduction de la Nouvelle\nrosaire de caresses.                               Cartkage.\n   Çà et là quelques éraflures, m'infligeant\nl'impression d'une course à travers les a joncs,\nme révèlent au bout d'une canne sur la                La Liberté, de Bruxelles, assure à ses\nberge des personnages reconnus pour                lecteurs que « Rosmersholm vaut tous les\nm'avoir accablée durant la vie, — sans             chefs-d'oeuvre dé Shakespeare »\ndoute espèrent-ils me ressaisir avec leurs            La Galette remplace l'enthousiasme par\nhameçons...                                        un délicieux calembour. Il paraît que dans\n   A plusieurs endroits, des chiens me hap­        les couloirs, de spirituels boulevardiers\npant la main avec leurs dents braves, ma           appelaient Rosmersholm... Roll-mopsl...\nmain avait l'air d'un fruit-à-baisers ganté           Ah ! quel plaisir de n'être ni la Liberté m\nd'une protectrice écorce ; mais je signifiais      la Galette!\nde ma main retirée que mes chagrins préfé­\nraient le trépas, aussi les chiens regagnaient-\nils la rive plutôt que de gâter d'un préjudi­   M. Lugné-Poe et ses camarades de\nciable salut leur légendaire fâme de résur­  « l'Œuvre » ont joué, au Théâtre du Parc,\nrections fraîches. »                         Rosmersholm et Un Ennemi du Peuple\n                                             d'Ibsep, et les Ames solitaires de Gérard\n                                             Hauptmann.\n   Lire dans le Mercure de décembre, un         De son côté, M. Chomé a inauguré le\nremarquable fragment de poème : Les Cour­ Thâtre Littéraire par une représentation de\ntisanes sacrées, signé Charles Leconte.      l'Etoile de Jean Richepin, et du Roi Gon­\n                                             zague d'Henri Signoret.\n                                                Notre prochaine chronique dramatique\n                                             s'occupera de ces différentes manifestations\n   L'ART BELGE A L'ÉTRANGER. — Le roman\n                                             artistiques.\nbien connu de M. Georges Eekhoud, Kees\nDoorik, vient d'être traduit en allemand par\nM. Tony Keilen et de prendre place dans\nune collection de romans étrangers éditée à\nBerlin, Vienne, Leipzig et Stuttgart par la\nDeutsche Verlags Anstalt.\n   En tête de la traduction de Kees Doorik\nfigure une intéressante étude biographique\net critique de M. Keilen.\n   La même maison d'édition publiera pro­\n\n\n\n\nNous prions nos abonnés de réserver bon accueil aux quittances\n     d'abonnement, qui viennent d'être mises à la poste.\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "        TABLE A L P H A B É T I Q U E\n                            DES MATIÈRES\n             CONTENUES DANS LE TOME DOUZIÈME DE\n\n                       LA JEUNE             BELGIQUE\n\n\n\n      Accinelli (François).                       Desombiaux (Maurice),\nLe Roman d'un papillon . .            235   Les Géants                     47\n         Arnay (Albert).                            Destrée (Jules).\nErrances .                             45 Chronique littéraire. .         422\nLes Masques                           135         Destrée (Olivier-G\nVers                                  331\n                                          Au Chevalier Printemps           33\n       Ghainaye (Hector).                 Les Roseaux et les eaux         274\nPoèmes en prose :                         Consolatrix     . . . .         3 00\n  La Séparation                       373 L'Eglise de Lordship lane       375\n  La Mort                             374 Ford-Madox Brown. .             417\n      Chantrailles (Robert).              Vision. Florentine . .          429\nL'Enfant au cor merveilleux .          36               Direction (la).\n        Closson (Ernest).                             (IWAN GILKIN).\nChronique musicale, 89, 120, 204,           Déclarations                    5\n 247, 313, 419.                             Un incident                   107\n                                            Une Conversion . . . .        3l2\n        Complot parnassien.\n                                            Le Mouvement flamand .        334\n                                      216\n                                                     Donnay (Léon).\n        De Busscher (Lucien).\n                                            L'Ange du livre . . . .        28\nSoirs                                  72\n                                                        Duc (Maurice).\n        Delattre (Louis).\n                                            Printemps                     185\nVieux cœur                366, 401\n                                                   Dupont (Arthur).\n           Delville (Jean).\n                                          Le dernier Voyage . .            56\nLettre                                312\n                                          Gisèle                          136\nLe Frisson du sphinx    .     .   .   363\nThamyris                              441         Eekhoud (Georges).\nDomitorès                             442 Amis d'enfance   . . . .         13\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                                 — 462 —\n\n             Elskamp (Max).                           Giraud (Albert).\nSalutation                         35    Le dernier Soir                  52\n                                         Lettre                          123\n          Fleury (Marcel).\n                                         José-Maria de Hérédia . . . 133\nPlainte au soleil                 142\n                                         Le nouveau Parnasse . . . ]65\n         Fontainas (André).              Le Réveil ingénu                233\nEpiphanies                               Pierrot et l'Ane                337\n  Le Fifre                         30    Le Critique fantôme    . . . 361\n  Le Tambour                       31    Le Procès Lemonnier . . . 399\n                                         Renaissance                     434\n          Garnir (Georges).              Chronique littéraire, 74, 155, 208,\nNature                            236      251, 284, 315, 350, 288, 444.\n              Gens (Aimé).                            Goffin (Arnold).\nNénuphar                          275    Notes cursives                24\n             Gilkin (Iwan).              Hélène. . . 180, 266, 302, 380\n                                         Chronique littéraire . . . . 290\nPetites études de poétique française :\n  III. Le rythme, la rime et                    Hennebicq (José).\n   la césure                       57    Une Ame au loin\" . . . .                141\nSatan :                                        Itibéré da Cunha (Jean).\n  L'Artiste maudit . . . .         64    Chronique l i t t é r a i r e . . . .   85\n   Une Vengeance . . . .           64    (Voir de     Oliveira-Soarès).\n  L'Habitude                       65\n                                                 Jeune Belgique (la).\n  Le Mensonge                      66\n  Princes                          66    A la mémoire de Ch. DeCoster 150\n  Méduse                           67    En Beotie                    297\n  Aux Enfers                       67    Le Prix quinquennal . . . 298\nSymptômes de réaction. . . 101                     Jhouney (Albert).\nMenus propos                      137    Visions d'Egypte                        167\nLe nouveau Parnasse . . . 165\n                                                     Koltzoff\nOrdo                              179\n« Pelléas et Mélisande » à Paris 229     Le Grand Mystère . . . .                43\n                                         La Forêt. . . . . . . .                 44\nDéprécation magique . . . 299\nRimes d'ombre :                                   Lahaye (Isidore).\n  Fatum                           346    Ses yeux                              275\n  Hallucination                   347    Gloire aux soleils . . .            .276\nLe Banquet Eekhoud . . . 397                 Maeterlinck (Maurice).\n             Gille (Valère).         Vieilles chansons. . . , . 21\nDuplicité                         32            Maubel (Henri).\nLe nouveau Parnasse      . .     165 Lettre                         123\nLa Fontaine étoilée . . . .      272 Pensées sensibilisées; . . . 200\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                                    463\n\n           Nékrassoff.                            de Tallenay (J.).\nVlan!                             41    Soirée en mer                    73\nLe Sillon non moissonné .     .   42             Tiberghien (Paul).\n        de Oliveira-Soarès.             (Voir   Swinburne).\nMois de Marie                     68                 Toto.\nParmi les hommes . . . .          69 Pêche à la ligne                    310\n           Pouchkine.                                Tutchew.\nLe Souvenir . . . . . .           38 Poésies                 238, 348\nL'Antchar                         39          Van Arenbergh.\nLe Nuage                          39 Le Naufragé                   33\nStances                           40\n                                              Vanden Bosch (Firmin).\n       Pourdeux (vicomte).              Lettre                           124\nLa plus belle princesse . .       219     Vander Brugghen (Jules).\n        de Régnier (Henri).           Suprême Vision               186\nPaysage marin et pastoral. .       27 Le Sacre de Ponce Pilate . . 329\n    Sante-Marborelli (Antonio).              Vazy (Ethelrred).\nLe mouvement littéraire en          Poésie congolaise . . . .             49\n  Italie                        452 La Réforme de l'orthographe.         321\n\n        Severin (Fernand).               Verhaeren (Emile).\n                                 Vers :\nPoèmes :\n                                   Les Vents qui hurlent    . .    17\n  La Chanson douce . . .      11\n                                   Les Meules qui brûlent . .      19\n  Au pays du calme. . . .     12\nLe nouveau Parnasse . . . 165            Verlant (Ernest).\nFragment d'églogue.      . . 265 Chronique  artistique, 86, 150, 243,\nLa Dame de Grâce . . . .     400   384.\n                                        Taine                            170\n        Stiernet (Hubert).\n                                                   Viane (Charles).\nLe Locataire                       m\n                                        Fille d'auberge                  442\n     Swinburne (Algernon-C.).\n                                           W a l l n e r (Léopold).\nAtalante à Calydon, 143, 189, 277,\n                                   (Voir Pouchkine,        Nékrassoff,\n                     338, 411, 424\n                                         Koltzoff,   Tutchew).\n     Tabibitte (Télesphore).            Memento, 92, 126, 161, 219, 262,\nTachypoèmessténorythmiques        261    292, 323, 355, 393, 424, 456.\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": ""}, {"page_pdf": 516, "texte": "               P a u l LACOMBLEZ\n     ÉDITEUR        DE    « LA     JEUNE       BELGIQUE            »\n                     31, rue des Paroissiens, 31\n                              BRUXELLES\n\n\n                VIENNENT          DE PARAITRE          :\n                       Edmond PICARD\n\nEL MOGHREB AL AKSA\n                  Une mission belge au Maroc\n     Un fort volume in-18 Jésus                             4 francs.\n\n              SCÈNES DE LA VIE JUDICIAIRE\nParadoxe sur l'Avocat.— La Forge Roussel.— L'Amiral. —Mon Oncle\n        le Jurisconsulte. — La Veillée de l'Huissier. — Le Juré.\n    Un fort volume in-18 Jésus                             4 francs.\n\n                     Georges EEKHOUD\n           LA NOUVELLE CARTHAGE\nLa Nouvelle Carthage. — Les Emigrants. — Contumace. — La Bourse.\n       — Le Carnaval. — La Cartoucherie. — Épisodes inédits.\n    Édition définitive, un vol. in-8° très compact. . 4 francs.\n\n                       Charles SLUYTS\n           NOTES                      D'ÊTRE\n  Un vol. petit in-16, sur papier de Hollande Van Gelder.      3 francs.\n\n                       Ernest BOSIERS\n        HARALD                                             ROI\n                        Drame en neuf scènes.\n  Un volume in-8°                                             2 francs.\n                       Justus SEVERUS\n                APRICUS\nOU       L E      G É N I E            R É C O M P E N S É\n                  Drame nègre en un acte et en vers.\n     Une plaquette in-18 Jésus                              1 franc.\n\n                           SOUS PRESSE :\n     Emile S I G O G N E : C O N T E S M E R V E I L L E U X\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1893-12-01", "preuve": "Décembre 1893, numéro 12, couverture PDF 478 ; aucun jour imprimé."}}