{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TOME XIII", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "TOME XIII. —N°2\n\n\n\n\nLA\n JEUNE\n               BELGIQUE\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 132, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "SOMMAIRE:\n    Au Jardin du Souvenir                          FERNAND SEVERIN.\n    L'Hôtellerie de l'Amour (suite etfin).     . . HECTOR CHAINAYE.\n    Sonnet                                         ALBERT SAMAIN.\n    Hélène (suite)                                 ARNOLD GOFFIN.\n    Vers                                           ALBER JHOUNEY.\n     Chronique littéraire :\n      Fleurs du Mé-Kong; L'Agonie du soleil;\n        Le Verbe Auroral                           IWAN GILKIN.\n     Chronique artistique :\n      Pour l'Art; Au Musée et à l'Hôtel de\n            Ville                                  E R N E S T VERLANT.\n\n     Chronique musicale                            ERNEST CLOSSON.\n     Memento.                                      NEMO.\n\n\n\n\n       REDACTION                                             BRUXELLES\nRUE V A N D E R L I N D E N ,   BRUXELLES.              PAUL LA.COMBLEZ,         ÉDITEUR\n                                                             3I, rue des Paroissiens\n                                                                   PARIS\n  PRIX DU NUMÉRO                                     C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                39, rue de Trévise\n       fr. 0-75.\n                                                                      1894\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 383, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX W A L L E R        (MAURICE W A R L O M O N T )\n              Directeur : ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n\n\n  G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                   des Capu­\ncines, (6, à Paris\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 3i, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1130, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 106, "titre_corps": "Au Jardin du Souvenir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "AU JARDIN DU SOUVENIR", "ancre_fin": "FERNAND SEVERIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L HOTELLERIE DE L AMOUR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "AU JARDIN DU SOUVENIR\n« Entre... L'ombre des beaux jardins est transparente,\nMais garde qu'un seul mot n'effarouche en ses jeux\nLe frêle et vaporeux chœur d'ombres qui les hante :\nLes songes, tu le sais, sont un peuple ombrageux.\n\nEt bientôt tu verras, parmi les herbes frêles\nQu'emperle de clarté le doux matin naissant,\nPasser et repasser des ombres fraternelles\nEt, tendre et douleureux, l'amour, divin passant.\n\nToutes! Celles qu'on aime et celles dont on rêve !\nIl en est qui s'en vont mêlant de chers sanglots;\nLes autres, lys fermés, semblent sourire en rêve\nAu merveilleux secret qui dort sous leurs yeux clos.\n\nPuis elles s'en iront, calmes comme ces heures,\nL'une ceinte de fleurs et l'autre de joyaux;\nCelle qui les suivra, bonne entre les meilleures,\nN'aura pour tout bandeau que ses cheveux      royaux.\n\nEt, tandis que les fleurs de la forêt mouillée\nFléchiront tour à tour sous ses tendres pieds nus,\nElle balancera sa tête ensommeillée\nEn murmurant parfois de doux mots inconnus :\n\n« Ne fus-je pas à toi du jour où tu m'as vue? »\nAh! souviens-toi, j'ai vu, dans l'étang rencontré\nOù, penchée avec toi, je me suis apparue,\nComme un rêve de fleurs à mon front ignoré.\n                                                         8\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 561, "texte": "                                  — 106 —\n\n       Tu restes, malgré toi, le fiancé d'une ombre !\n       Partout, présent au cœur, invisible aux regards,\n       Mon souvenir te suit, fidèle comme l'ombre :\n       Tu n'en briseras point l'enchantement épars. »\n\n       Et, pour remémorer le charme que vous fûtes,\n       Au jardin de nos joies désormais calme et clair,\n       Sans doute un souvenir de lyres et de flûtes,\n       Très vague et très léger, s'éveillera dans l'air... »\n\n                                                    FERNAND SEVERIN\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 112, "titre_corps": "L’Hôtellerie de l’Amour (suite et fin)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "L HOTELLERIE DE L AMOUR", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "L'HOTELLERIE DE L'AMOUR\n                Cauchemar        hystéro-dramatico-burlesque.\n\n                                 (Suite et fin.)\n\n               Contre le mur où s'étend le lit, une horloge marque l'heure\n                dans la pièce voisine. J'écoute dans le silence de la nuit les\n                battements du balancier, qui par moments me font croire que\n                la muraille respire à mon oreille. Comme le temps marche!\nChaque pulsation du ressort me dit qu'une seconde s'est écoulée, et combien\nces pulsations se répètent rapidement I J'écoute sonner les heures. Il me\nsemble maintenant que l'horloge me gronde maternellement : « Pauvre\nenfant, tu l'aimes donc tant cette femme, qui te fait souffrir si cruellement!\nTu ne pourrais la quitter? Mais voyons, si tu essayais? » La bonne hor-\nloge m'endort de son tic-tac. Je crois que je suis un tout petit enfant que\nsa grand'maman berce, en chantonnant une vieille et bien douce chanson.\nJe me réveille quelques instants après. Cette fois, l'horloge me parle avec\nsévérité : « Il n'est pas permis d'être faible et sans volonté, comme toi! Tu\nes encore ici? Mais tu sais cependant que cette femme ne t'aime pas... ne\nt'aime pas. Elle se joue de ta faiblesse. »\n   Et je pleure de rage dans la nuit. Les larmes me brûlent la joue, cette\nsensation m'agace les nerfs. Pourquoi pleurer? Sans doute, l'horloge a\nraison. Mais, enfin ne pleurons pas, c'est trop bête. Comme je m'administre\ncette petite leçon, des sons lointains, que j'ai déjà entendus tantôt sans m'en\noccuper autrement, arrivent à moi, plus distincts. D'où peuvent-ils venir?\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "                                  — 107 —\n\nIls chantent discrètement à mon oreille, comme s'ils voulaient ne parler\nqu'à moi seul, et m'emplissent la poitrine d'une atmosphère exquise et dou-\nloureuse de fraîcheur juvénile. Des souvenirs d'autrefois m'assiègent\nl'esprit en fumées lentes. Un tableau du passé se précise peu à peu. Je\ncours avec d'autres enfants sur la rive d'un grand fleuve. Avec quel empor-\ntement nous jouons aux barres, et comme chacun de nous brûle de se distin-\nguer! Dans une allée, longeant le quai, une femme se promène, qui nous\nregarde de son sourire, et a l'air d'attendre la fin du jeu pour s'approcher\nde nous.\n    Le paysage apparaît baigné d'une buée mélancolique, irisée aux derniers\nfeux du soleil de transparences violettes presque liliales. On entend les\nmugissements des vaches qui rentrent à l'étable et le grincement criard des\nchariots qui reviennent bondés de la campagne. Des poules picorent dans\n une cour ; leurs petits coups de bec grincent sur le pavé sonore. La nuit\ndescend lentement dans la vallée. Voilà qu'elle endeuille le clocher ardoisé\n à forme bulbeuse de la grande église, et les rochers qui enrubannent le\n fleuve semblent reculer dans le ciel. Et une voix douce : « Allons, mes\n enfants, rentrons, il est temps. » Je me sens heureux et presque soulagé de\n pouvoir quitter les bords du fleuve où la nuit plonge. J'ai peur. « Rentrons,\n rentrons. »\n    O souvenirs d'enfance, pourquoi vous perdez-vous déjà dans mon cer-\n veau?\n     La musique fuyante que j'entendais tantôt et que je reconnais pour être la\n musique des glaçons du fleuve voisin, devient grondante sous le vent qui\n s'élève et maintenant emplit l'espace de plaintes glapissantes. Les glaçons\n se brisent avec fracas-. Une pluie torrentielle crépite ensuite sur les vitres et\n  sanglote dans les gouttières. L'ouragan se calme, l'eau s'épanche lentement\n  des toits sur le sol. Mais pourquoi ma respiration est-elle oppressée?\n     Ah! mon Dieu, je suis blessé, ce n'est pas l'égouttement de l'eau que j'en-\n  tends — la pluie a cessé depuis longtemps déjà — c'est l'épanchement de\n  mon sang, qui traverse les matelas et sonne sur le parquet. Je vais mourir.\n  La pensée de « la » réveiller et de lui demander du secours ne me vient\n  même pas à l'esprit. De nouveau, je suis plongé dans un état cataleptique.\n  Mais mon engourdissement ne m'empêche pas d'entendre toujours les\n  gouttes de sang qui résonnent. « J'ai donc tant de sang que je ne suis pas\n  encore mort. Si au moins le jour se levait avant que je rendisse le dernier\n   soupir! Voir encore une fois la lumière du soleil! »\n     Et je m'endors.\n      Lorsque je m'éveille, la notion du moi m'apparaît très confuse, un autre\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "                                  — 108 —\n\nhomme s'est glissé en mon être ; le cerveau a changé, le sang a vieilli, des\nsensations nouvelles me glacent d'étonnement, il a neigé dans mon cœur.\n  La clarté éclatante qui s'épand de la baie de la fenêtre, où une araignée\na établi sa toile, attire mes regards. Une araignée. Je ne me demande même\npas comment il est possible qu'une araignée puisse vivre en plein hiver\ncontre cette vitre tapissée de givre.\n   « Belle araignée, lui dis-je, belle araignée verte et noire, reste bien\nimmobile au milieu de tes filets d'argent. Tantôt viendra une jolie petite\nmouche, aux ailes pailletées d'or... Mais en voici une! Est-elle assez\nmignonne ! Vois, belle araignée, comme la petite folle tourne et vole, en\nadmirant ta robe verte et noire Elle sera bientôt prise, tes regards perçants\ncomme deux diamants l'ont fascinée. La toile a tremblé, elle est prisonnière.\nEt maintenant, grosse araignée, glisse le long de tes fils, enserve ta\nvictime dans tes pattes crochues et que ton suçoir ne lui laisse pas une\ngouttelette de sang. Et puis, tu digéreras, mais ne t'endors pas, car d'autres\nmouches, petites et jolies, volent encore autour de toi, belle araignée,\nbuveuse de sang ! »\n  Mais où suis-je?\n  Cette question m'est à peine venue à l'esprit, que je me penche, sans\nregarder, comme poussé instinctivement vers Chiffonnette.\n  Ah ! quelle odeur !\n   Je me rejette en arrière. Mon baiser s'est enfoncé dans une chair glacée\net corrompue, il m'a semblé que sous la pression de mes lèvres plusieurs\ndents de Chiffonnette se sont détachées des gencives et sont tombées dans\nle gosier, avec de petits bruits sourds.\n   « Chiffonnette! Chiffonnette! »\n   Je la regarde, elle gît, les orbites et les joues déjà presque vidées, les\nlèvres rentrées, le nez pincé laissant suinter un filet de pus. Que cela sent\nmauvais !\n   Je veux escalader le cadavre pour sauter du lit, mais je ne parviens pas\nà étendre les jambes. Suis-je paralysé ?\n   Allons, décampe, puisqu'elle est morte !\n   Où sont mes habits? Je cherche. A un portemanteau sont pendus\nun domino rose d'une nuance fanée et un domino noir, dont le tissus me\nreste aux doigts lorsque je le touche. Ma main enfonce dans ces défroques\nvieillies, comme dans du papier brûlé.\n  Voilà un carnaval qui aura assez duré! pensai-je. « Rentrons dans la vie\nvraie. »\n  Comme je m'approche du lavabo, j'aperçois mon image dans la glace.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "                                  — 109 —\n\n   « Mais ce n'est pas moi ! m'écriai-je. Ai-je donc tant vieilli en une nuit !\nNon, je ne puis être ce vieillard qui me regarde d'un air surpris et navré.\nJe n'ai pas encore soixante-dix ans, hier encore j'en avais à peine trente.\nQu'ai-je fait de ma vie ? » Des petits rires malins éclatent à mes côtés. Je\nregarde autour de moi, intrigué. Les rires, qui se sont tus un instant,\nreprennent, saccadés et moqueurs, on dirait que la chambre en est\nremplie. Je ne vois personne, je ne trouve pas.\n   « Ici, ici ! » crient des voix gouailleuses, qui semblent sortir des armoires.\n   — Que me voulez-vous? demandai-je en tremblant.\n   — Nous sommes à ton service, me répondit-on.\n   J'observe ces deux armoires étranges, dont les moulures dissimulent aux\nregards deux inscriptions : « Pour les morts. » — « Pour les vivants. » Ces\narmoires n'ont pas de porte. Sur les montants du meuble s'étagent des\npetits tiroirs, portant chacun une étiquette. Cela rappelle assez bien les\nbornes automatico-vendeuses, qui livrent à volonté aux passants toutes\nsortes de marchandises, moyennant une pièce de monnaie.\n   Je choisis d'abord mes articles mortuaires. Il faut bien que je pense à\nChiffon nette!\n   Cercueil. — Je fais glisser le tiroir. Trois petits menuisiers, qui sem-\nblent vivre là parfaitement à l'aise, se dressent en me saluant. Ils prennent\ndans le fond du tiroir des planches et leurs outils, puis, sans perdre de\ntemps, ils saisissent une longue échelle, mais si longue qu'il me paraît\nimpossible qu'elle puisse tenir dans le meuble; puis les voilà qu'ils dégrin-\ngolent, effleurant les échelons du talon à la façon des clowns des panto-\nmimes burlesques. A peine ont-ils touché lesol, que ces féeriques Lilliputiens\ngrandissent, comme s'ils étaient mus par un ressort intérieur. Sans paraître\nremarquer mon ébahissement, ils se dirigent vers le lit, prennent les mesures\ndu cadavre à haute voix, et aussitôt se mettent à la besogne, dans un coin\nde la pièce, au pied du lit. Ils scient, ils rabotent, ils clouent avec une rapi-\ndité qui m'émerveille et me laisse néanmoins impatient de voir le cercueil\nvite confectionné. L'un d'eux fredonne une chanson gaie, qui semble entre-\ntenir le courage des deux autres.\n   « Ah çà ! cette histoire-là ne va pas me prendre tout mon temps ! »\nEt me retournant vers l'armoire, j'ouvre à la fois plusieurs tiroirs : « Spé-\ncialité de chambres ardentes », « Cirier », « Ordonnateur de pompes\nfunèbres ».\n   Ces petits messieurs, qui surgissent aussitôt, me comprennent sans\nque je desserre les lèvres. Ils glissent sur le plancher, en se servant également\nd'une échelle, et comme les menuisiers ils grandissent subitement dès que\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "                                  — 110 —\n\nleur pied a effleuré le parquet. Mais tout cela ne m'étonne plus ; cette méta-\nmorphose bizarre de poupée en homme me semble maintenant parfaitement\nnaturelle. Tous ces ouvriers s'empressent. L'un est déjà occupé à tendre les\nmurailles de longues tapisseries noires lamées d'argent, tandis qu'un autre\ndémonte le lit, puis dresse le catafalque. L'ordonnateur s'approche d'un\npanneau, où il découvre un téléphone que je n'avais pas encore vu, et donne\nses ordres au conservateur du cimetière.\n   « Monsieur, notre besogne est terminée, me dit un des menuisiers, pou-\nvons-nous fermer le cercueil? Ne désirez-vous pas regarder une fois encore\nles traits de madame? »\n   « Merci bien. »\n   « Eh là ! on m'oublie, » crie une voix sortant de l'armoire aux articles\nmortuaires.\n   « Je reconnais la voix du médecin légiste, » m'apprend l'obligeant\nmenuisier.\n   Je tire le guichet « Constatations légales » en présentant mes excuses à ces\nmessieurs, qui surgissent en bougonnant, le médecin en tête, suivi d'une\nphalange de bureaucrates, aux bras chargés de gros registres.\n   « De quelle maladie est morte madame? » me demande le médecin.\n   « D'un trop long amour, » répondis-je.\n   Et c'est fait !\n   Il est temps que je repense à moi ; c'est que je suis resté en une tenue peu\nprésentable. Je m'approche de l'armoire aux articles pour vivants et tire\nd'abord le guichet « Art de guérir ».\n   Elle est morte, c'est triste, mais je dois songer à ma santé.\n   J'ai bientôt auprès de moi un médecin très prévenant, qui m'ausculte et\nme fait parler longuement sur mon cas. « Ce ne sera rien, ce ne sera\nrien, » répète-t-il, dès que je lui laisse la parole. Il me conseille de porter\nun corset, j'y consens. Une seconde s'écoule et déjà je me sens le torse\npris dans une sorte de cuirasse flexible, que deux aides lacent avec une\nhabileté déconcertante. Le médecin écrit une série d'ordonnances, qu'il fait\naussitôt exécuter par un pharmacien, il m'adresse ses recommandations. Je\ndois prendre beaucoup de ménagements, suivre un régime, avaler telle\ndrogue d'heure en heure, gober certaines pilules avant chaque repas.\nMoyennant quoi, je rajeunirai.\n  J'appelle ensuite coiffeur, tailleur, bottier, chapelier, etc. Le coiffeur,\nrenonçant à tirer parti des quelques cheveux qui me restent, m'engage à\nporter perruque. Pendant que je livre ma tête vieillotte aux mains de\nl'artiste, les menuisiers, les ciriers, l'ordonnateur et tous les personnages\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "                                 —   111   —\n\n\n\n« mortuaires » qui m'ont aidé à mettre Chiffonnette en bière se retirent après\nm'avoir salué, ils ouvrent eux-mêmes le tiroir où ils. doivent disparaître.\nDès qu'ils ont touché l'armoire du doigt, ils rentrent en eux-mêmes, ils se\nreplient et reprennent leur taille de Lilliputien. L'un après l'autre ils\ngravissent les échelles qui se sont dépliées. Enfin le meuble se referme. Des\néclats de rire s'échappent de nouveau, en guise de dernière salutation,\npuis tout rentre dans le calme. Derrière moi, les grands cierges qui\nencadrent le cercueil grésillent lentement. Tous mes fournisseurs travaillent\nautour de moi, les ciseaux courent dans les étoffes, les aiguilles susurrent.\nLe coiffeur ayant achevé la confection de la perruque l'assujettit sur mon\npauvre crâne. On s'occupe de m'habiller. Maintenant je puis me regarder.\n   Ne suis-je pas correct? La taille bien prise, la tête droite, ma perrruque\nd'une chevelure abondante, les épaules rembourées. Je me fais à moi-\nmême l'effet d'un mannequin. Je n'ose marcher. Sot que je suis! Certaine-\nment, je passerai inaperçu dans le nombre.\n   Je me dispose à sortir, après avoir remercié mes fournisseurs qui déjà\nregagnent leur étroite demeure; j'ai absolument oublié Chiffonnette. Mais\nle cercueil, qui apparaît sous les clartés éblouissantes des cierges, me rap-\npelle à mon devoir. Je vais être obligé de la conduire au cimetière. Une\ndernière corvée 1\n   De nouveaux rires, qui s'échappent à ce moment de l'armoire mortuaire,\nme rendent cependant quelque espoir d'y échapper. En effet, j'ai oublié\nl'article « Personnel de confiance pour enterrements. Parents et pleureurs\nsur commande ».\n   Je m'empresse de faire glisser ce tiroir, d'où surgissent cérémonieuse-\nment une foulé de personnages correctement vêtus de deuil, à l'allure très\nrespectable.\n   « Ça lui fera de la famille ! » pensai-je.\n   Parmi ces personnes, qui déjà se sont rangées le long des lambris, à\ncôté du cercueil, se tient un vieux monsieur, qui me ressemble « à me\nméprendre ».\n   Le mari, sans doute.\n   « Mes compliments de condoléance, Monsieur ». Et, comme ferait un\nétranger, assistant à des funérailles par pure convenance, je salue les\nmembres de la famille et je m'esquive. Je rencontre dans les escaliers des\npersonnes à la physionomie contristée qui gravissent lentement les marches.\n   Comme je sors de l'hôtellerie, les voitures commandées pour l'enterre-\nment arrivent précédées du corbillard.\n   Tiens, ce cocher, mais c'est « notre » cocher de la nuit de carnaval. Il a\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "                                     112\n\nbeau baisser la tête, je le reconnais à son horrible nez rongé par un chancre.\n   « Ah! cocher des amours, ne cahote pas trop son pauvre cadavre! »\n  Je me sauve à travers la ville. Que l'air est doux ! Il me semble n'avoir\njamais respiré de ma vie, tant j'ai de bonheur à sentir mes poumons se\ngonfler dans ma poitrine. Que c'est bon ! Mes jambes sont vieilles, mais au\nmoins je suis libre maintenant. Libre ! Il est près de midi Allons déjeuner !\nEt j'entre dans une taverne. Je veux m'asseoir. Ah ! mes reins! mes reins!\nMais soignons-nous, comme le médecin nous l'a recommandé — et je tire\nde mes poches une collection de fioles et de boîtes. La force et la vie me\nreviendront bien, puisque la joie m'est rendue.\n  Après le déjeuner, je me promène de nouveau, cette fois lentement, au\nmilieu de l'animation enfiévrée qui me grise. Enfin le soir tombe, l'heure\ndu dîner approche, je ne songe qu'à manger. J'avale un médicament qui\nm'a été ordonné pour fouetter l'appétit. Aussi vais-je bien dîner, dîner\ncopieusement comme un jeune.\n  Au sortir du restaurant, je toussaille.\n  Eh! mes bronches!\n  —. Allons, mon vieux, va te coucher. L'air de la soirée te rendrait\nmalade.\n  — Où me coucher... Non, non, plus là !\n  Comme je traverse une place, j'entends un jeune homme qui, sautant dans\nun fiacre avec une femme, crie au cocher : « A l'hôtellerie de l'Amour. » Je\nveux le retenir, mais la voiture s'éloigne déjà.\n  Je découvre un hôtel, où je puis pénétrer, me semble-t-il.\n  — Une chambre, s'il vous plaît ?\n  — A un ou deux lits, Monsieur?\n  — A un lit, répondis-je presque furieux, à un lit, entendez-vous !\n  A peine entré dans ma chambre, je me déshabille en hâte et je me jette\nsur le matelas.\n  — Enfin, m'écriai-je, je puis donc dormir seul !\n\n\n   Le soubresaut que je fis dans mon lit me réveilla. Heureux homme que\nje suis, tout ce que j'ai pensé là n'est qu'un atroce cauchemar !\n\n                                                H E C T O R CHAINAYE    ."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 113, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Samain", "ancre_debut": "SONNET", "ancre_fin": "ALBERT SAMAIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HÉLÈNE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 958, "texte": "SONNET\n        Pâle comme un matin de septembre en Norwège,\n        Elle avait la douceur magnétique du nord.\n        Tout s'apaisait près d'elle, en un tacite accord,\n        Comme le bruit des pas s'étouffe dans la neige.\n\n        Son visage, par un étrange sortilège,\n        Avait pris dès l'enfance et gardait, sans efforts,\n        Un peu de la beauté sublime qu'ont les morts ;\n        Et le rire semblait près d'elle sacrilège. .\n\n        Triste, avec passion, sur l'eau de ces grands yeux\n        Le songe errait comme un rameur       silencieux...\n        Tout ce qui la touchait s'imprégnait d'un mystère.\n\n        Et, pensive, à ses doigts roulant ses cheveux fins,\n        Seule au bord de la mer, près d'antiques sapins,\n        Elle vivait pour la volupté de se taire.\n                                                      ALBERT SAMAIN\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 119, "titre_corps": "Hélène (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "HÉLÈNE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LE RENONCEMENT DES ROIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 958, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "HÉLÈNE\n                                   (Suite.)\n\n              La serre moite, baignée de fragrances troubles et de glauques\n               luminosités épandues çà et là parmi la contorsion des lianes,\n               des cactus hispides et des palmes frôlantes, traversée en trem-\n               blant, Hélène se trouva au seuil du parc, sous le sombre\ncristal bleuté du firmament lunaire, saisie par l'incisive beauté secrète de la\nnuit, la froide sérénité décourageante et trop sublime des astres... L'im-\nmobile contour, le noir feuillage verni et les ramures raidies des arbres,\nmarges de violentes buées magnétiques, profilaient leur relief exalté dans\nla lucidité terrible de l'air...\n   Ce halo sépulcral, l'extraordinaire albescence du décor énoncent la\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2836, "texte": "                                  —      114—\n\n\nperemptoire réprobation d'un augure ennemi et, effrayée, Hélène se\ndétourne pour rentrer au château; mais l'édifice, lui aussi, silhouette, au\nmilieu de l'insolite radiation de ces lueurs occultes, une surprenante figure\ninconnue aux arêtes rigides, et élance son hautain, inexprimablement, et\nquadrangulaire campanile qui étale sur elle et très loin une ombre com-\npacte et livide.\n   Au second étage, les tentures d'une fenêtre entr'ouverte transfusent les\nrayons jaunes et intimes d'une lampe; et vague, jusqu'alors, et immanente,\nla sensation s'aiguise et la déchire de son isolement devant la formidable\névidence, le vide hérissé et farouche du paysage.\n   Cette lumière d'intérieur que, malgré l'heure matinale constatée, un\ninstant auparavant, par le timbre aigrelet d'une horloge, son pauvre esprit\nversatile pouvait se légitimer, — cette unique et vive clarté, naturelle, au\nmoins, confrontée aux spectrales fumées qu'évaporait la terre, la secoua\nd'une poignante commotion, analogue au brutal réveil désorbité d'un\nsommeil somnambulique : — Ah ! certes, aucun fantôme, nulle crainte\nn'habitent l'atmosphère du studieux dont la laborieuse veille se perpétue\nderrière le luisant implacable de ces vitres! Attardé, sans doute, à une\nlecture ravie, à tel minutieux et patient travail aimé, sans relever jamais\nsa tête enthousiaste pour surveiller l'artificieuse neutralité, l'inquiète incer-\ntitude des choses, scruter les pâlissantes ténèbres, guetter la nuit blottie dans\nles encoignures, réfugiée entre les plis droits des rideaux et qui glace le\nchamp magique et sinistre du miroir ; — quelqu'un enfin respire là, fou\néquilibré, inaccessible à la tentation de brusquement écarter les châssis\npour, à l'irruption de la fraîcheur extérieure, attiser sa frissonnante insom-\nnie, l'embellir de rêve artificiel et de contraste à la fantasmaturgie impré-\nvue du site lunatique. La crise et la fièvre ici, sous la transparence con-\ngelée, l'affreux éclat nocturne et, là-haut, inexpugnable et dédaigneuse,\nignorante ou même incrédule des funèbres mystères du dehors, l'abstraite\nméditation, paisiblement poursuivie, d'un qui dérobe quelques heures à la\nsociété frivole et à l'importunité, dont la volonté vigoureuse les conquiert\nsur le monde et sur la mort...\n   Mais, à se remémorer Delzire logé en cette aile du manoir, la nostal-\ngique vision tranquille, les chaudes teintes réconfortantes du tableau\nesquissé à peine, ternissent et se volatilisent... N'empiète-t-il point sur le\nrepos et l'hygiène, afin de jouir de la plénitude, sans contrariété et\nrecueillie, de sa pensée, extasié à l'eurhythmique et libre essor, à la gri-\nsante rectitude de sa pensée, dont le sillage intrépide partage inflexiblement\nl'onde impuissante et l'ouragan dompté ; beau navire, à la souple et fié-\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "                                 — 115 —\n\nchissante mâture, voguant, toutes voiles dehors, loin des bourrasques\nsentimentales...\n    Le damas des tentures hermétiques sauvegarde contre l'imminente résur-\nrection du jour exécré, garantit de l'intrusion abominable de l'aube\npositive, l'être singulier et cher... Cher! bien davantage depuis cette infran-\ngible contristation, l'interne plaie morbide, enflammée et saignante, de son\ninexplicable courroux.\n    Intolérable supposition ! et qui remorque Hélène vaguer parmi les sem-\npiternels corridors de cette maison assoupie, ainsi qu'une âme en peine...\nUne âme en peine! comme des mânes négligés et maudits, plutôt, le piteux\net criminel revenant qu'un anathème poursuit, inéluctable — et dont, seule,\nune expiation peut l'affranchir, qu'il ignore...\n    « J'avais résigné mon vouloir, donné à ma faiblesse un tuteur; l'appui\nme raffermissait d'un généreux et indulgent aîné; la familiarité m'enor-\ngueillissait de ce ferme esprit, taciturne à force de souvenirs et dont le\nmutisme, souvent, me semblait célébrer d'affreux anniversaires : néfastes\néphémérides desquelles, je crois, ma compagnie édulcorait la suffoquante\namertume, de même qu'un enfant console, par son unique présence, des\ntristesses qu'il ne comprend pas...\n    « Et, à mon tour, me voici griffée d'appréhensions, — décevantes, je vou-\ndrais me le persuader ! — mais, l'amour perfide débilite l'infortune de ses\nvictimes d'un surcroît de perspicacité!.. La tromperie à l'aide de laquelle\n Delzire veut prévenir et dépister mon chagrin, trop visible, désormais,\nvérifie mon pressentiment et, mieux encore, la contrainte nouvelle qui\n m'interdit, à présent, à ses côtés... Heurter hélas! et écorcher sa tendresse\n au réfrigérant fallace de manières indéfinissablement perverties, décoration\n poncive de courtoisie, superficielle, et qui masque la ruine béante et le\ndécombre ; se voir saluée de rétrospectives paroles, expressives de senti-\n ments posthumes, de bienvenues haïssablement affables, transposées dans\n l'atonie incurieuse et le cérémonial.\n     « Apparences si spécieuses qu'elles engendrent un doute, auquel leur\n fourberie certaine interdit de se formuler. Dénouement sans rudesse ni\n violence, mais escarpé, inexpugnable à une interrogation; élaboré par le\n tolérant esprit impartial d'un dépassionné et que le sourire las, stéréotypé\n sur les lèvres amincies de Delzire, indique à peine... Survivance transitoire\n des gestes d'une affection défunte, habitude à dessein entretenue pour\n  m'éviter la chute inopinée et l'émoi; ménagements ingénieux d'une déli-\n catesse affinée que guide une âme rompue et experte à la douleur, noble\n  follement et, malgré une si rigoureuse conduite, irréprochable... A quoi\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "                                 — 116 —\n\nbon quémander un explicite verdict qui n'atteindrait jamais cette douceur\nirrévocable; infructueuse supplique, au reste, éludée d'un mot évasif; puis,\npourquoi humilier sa franchise, l'assujettir à un inutile mensonge?\n   « Malencontreuses aspirations, consternées dès leur initial élan vers\nl'avenir séducteur, transpercées d'une blessure féline dont les stigmates\nputrides sueront, sans cesse, dorénavant, un sang appauvri; car ma vie et\nmon amour courent des malechances jumelles. »\n   Sous la morne effulguration de l'éther boréal le panorama brisait ses\nlignes anguleuses et rigides, répugnant d'inertie hagarde et morfondue; les\nondes congelées de l'étang, liquéfiées par zones et d'où sourdaient de mal-\nsaines buées phosphorescentes, réverbéraient la contorsion des saules\ndéfeuillés de la rive et la massive et trouble image du château. Ce spectacle,\nparmi lequel elle se devinait en quelque sorte intruse; — l'ostracisme\nbarbare dont la patrie de sa première félicité, à cette heure la pourchassait;\n— l'animosité manifeste, enfin, des choses, subornées par des maléfices,\nsans doute, — accablèrent Hélène.\n   Ah! une fois encore entendre cette voix vivante, le verbe lénitif et\nsavoureux, le suggestif oracle qui conjurait son extravagance et sa jalousie!\nSentir de nouveau la calmante caresse sur son cœur amaigri et fol, de la\nmain miraculeuse qui en régularisera les pulsations paniques... Mais toute\nréminiscence s'est déçue, oui, la résonnance affaiblie, même, et jusqu'au\nchantant écho des promesses de naguère.\n   Et le prodige est épuisé, aussi, de l'époque où la jeune audace, la très\npure témérité osaient une démarche insensée, sanctifiée de sa candide\ncrânerie impromptue; car, réitérée aujourd'hui, elle prendrait un impos-\nsible sens dont Delzire aurait horreur et mépris...\n   Elle rentra, fit lentement tourner sur ses gonds la haute porte épaisse;\nmais échappant à sa frêle prise, le lourd battant se referma avec un heurt\nretentissant et lugubre; et, escaladant la large cage, l'obscur vide sonore\nde l'escalier, le bruit répercuté parcourut les paliers et les corridors,\nrebondit contre toutes les portes, gémit longuement dans les greniers ver-\nmoulus et les combles, puis, essoufflé, redescendit en rasant les murailles,\nexpira...\n   Transie, la frénésie qui teignait l'absurdité de ses actes d'une espèce de\nlogique, disparue, — elle attendait la fin du vacarme dont tout le vétuste\nédifice vibrait, — honteuse et larmoyante, comme si, subitement arrachée à\nun sommeil anesthésique, éblouie, les yeux clignotants, elle s'était aperçue\nnue, en proie à l'investigation cynique et badaude d'une foule.\n   Hors d'haleine, frissonnante, elle remonte en courant, craintive d'ouïr\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "                                  —   117   —\n\n\nquelqu'un, réveillé et alarmé,par le tapage, se lever, s'enquérir; mais, sans\nencombre, elle traversa la solitude claustrale des couloirs blêmes : cepen-\ndant, derrière ces uniformes cloisons, à quoi rêvent donc les gens ou s'ils\ndorment?...\n  A l'entrée de sa chambre, elle eut un sursaut et un cri, pensa s'évanouir\nà l'aspect inopiné de diffuses et géantes silhouettes installées devant les\nfenêtres, — les larges plaques poussiéreusses et grasses, l'humide et dépri-\nmante lueur de l'aube livide...\n\n\n                                      VII\n\n   Souvent depuis, Delzire s'accompagnait de Réginald à la réunion mati-\nnale ; désappointée et nerveuse, alors, très accaparée par sa marqueterie,\nHélène réussissait peu à surmonter son humeur, à affecter quelque enjoue-\nment, comme si la présence complotée de son frère ne lui corroborait\npoint, en effet, l'âpre et strict dessein évidemment conspiré : se rendre inac-\ncessible, fermer toute brèche à une explication ; spécialement, neutraliser\nl'unique tête-à-tête qu'ils se fussent, jusqu'alors, ménagé... Chaque jour,\nbientôt, Réginald survint en tiers à cette entrevue, désenchantée, dès lors,\net banale, sans plus rien de l'un peu buissonnière et peureuse intimité\nclandestine, dérobée à l'inquisition tracassière de M me d'Isoeil, qui en cons-\ntituait l'inoffensif délice...\n   Les matinées refroidies d'octobre les trouvaient fidèles, quand même, par\nune façon de religion attristée, à leur habitude, déchue de son prétexte essen-\ntiel, à cette heure, et languissante. Frileuse, malgré les fourrures inaugurées\npour cette promenade, dont ellesavourait la réalité assombrie comme un sou-\nvenir, déjà, ainsi que la commémoration nostalgique d'une allégresse rétros-\npective, la solennisation pieuse et inconsolable d'une période de sérénité, de\nplein ciel, désormais révolue, — Hélène, songeuse, travaillait à cet ouvrage\nentrepris deux mois auparavant, et parmi les mailles entrelacées duquel elle\ndéchiffrait de navrants hiéroglyphes, la trace — l'origine, l'apogée et le\ndéclin hâtif de cet amour d'une saison, victime prématurée d'une anémie\ninconnue et sans remède.\n   Et, répit singulier à sa peine et à son dénûment, elle évoquait l'inéluc-\ntable instant, où l'affligeante heure actuelle, dès longtemps échue, résur-\ngirait magnifiée dans sa mémoire sous le rayon oblique, avec l'attrait et le\nrelief irritant du regret.\n   Delzire, debout là devant elle, aurait quitté Isoeil, sans dénouer l'inso-\nluble mystère dont elle resterait le perpétuel otage; car ses ambitions\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "                                   — 118 —\n\nfutures n'en garderaient-elles point une infirmité ; sa pensée, une sourdine?\nfleurs nativement décolorées et chétives, de s'être épanouies à l'ombre\nopprimante du chêne.\n    Et d'assonantes réflexions antérieures de Delzire, impérieuses, se ravi-\nvaient, qu'elle ne se croyait point destinée à si tôt comprendre et si absolu-\nment :\n    « C'est ainsi que, moi, j'aime à souffrir!... La noblesse du souvenir et\nsa douceur entière, la simple mélodie, puissante et monotone, le choeur\neuphonique dont il accompagne notre âme dolente, et qui, s'il insiste et\naccentue la voix, la galvanise tout à coup et l'exalte, proviennent de ceci,\nque l'accidentel — joie, qu'importe ! ou revers, — rappelé, se restitue\ntransporté dans la spéculation, intangible et corrigé de désir positif, de\nvolonté et de passion immédiates et formelles ; si vidé, enfin, de vanité et\n d'orgueil, même régressifs, qu'à laisser le passé soustraire notre attention,\n quels que soient les faits ou le laps régénérés, c'est toujours comme la\n résurrection d'un temps où nous étions meilleurs...\n     « Les avanies, les lâchetés et les disettes de l'abrupt sentier dépassées,\n et les larmes, — à mi-côte, nous relayons ; et, contemplés de cette altitude,\n notre pèlerinage ardu et poudreux, la triviale contrée insipide où cheminait\n notre hargneuse détresse s'estompent dans la perspective, des ardentes et\n sourdes somptuosités de la nuit prochaine, participent du faste prodigue\n et de la paix du crépuscule enflammé...\n     « La paille et l'ivraie rejetés, la saine semence, certes, suscitera d'autres\n  et plus riches moissons : ainsi, la mortification passagère des événements\n  nous fuira, et leur leçon seule, un résidu, un insigne, persisteront, consubs-\n  tantiels à notre imagination, mais affranchis de notre propre personnalité,\n  haussés, par ce motif, jusqu'au désintéressement et l'équité. »\n     Dans l'aridité de leurs rapports, mainte fois, une poignée de mains plus\n  appuyée, un fortuit coup d'œil expressif, un imperceptible répit à l'outra-\n  geuse négligence de Delzire, provoquaient en elle une éclosion, un délire\n   de turbulentes espérances dont, à sa conviction, le lendemain même elle\n   récolterait les fruits... Et sa fantaisie excitée s'inventait tout le minutieux et\n   béatifiant détail de cette journée; l'enjouement un peu frondeur encore de\n   Delzire; l'explication entrecoupée, d'abord, puis rieuse de sa peine; la ver-\n   gogne de s'être ainsi et bien longtemps fourvoyée ; confession qu'il absou-\n   drait d'une plaisanterie affectueusement caustique... Comme, ensuite,\n   malgré le rude autan et la bise aigrelette, le lac grisâtre tout à coup\n   éblouirait, sombre et soyeuse rétine où se peindrait la communion des bois\n   fervents avec le ciel enfin réconcilié...\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "                                 —   119   -\n\n\n   Mais lorsque, à l'heure prédestinée, à l'approche de leur banc, elle perce-\nvait la voix vive de Réginald, ses yeux désappointés se voilaient, elle chan-\ncelait, prête à rétrograder devant cette déconvenue peu surprenante, mais\nà la cruauté réitérée de laquelle elle ne s'endurcissait point.\n   Vers le déclin du mois, ainsi, un matin, sautillante, dupe volontaire\nd'une de ces vagues et précaires illusions, en dépit des averses visqueuses\nqui avaient gâché les avenues, elle descendait les marches du perron ; mais\nDelzire et Réginald déjà revenaient :\n   — Il fait insupportable dehors! cria le premier.\n   Hélène le regarda fixement :\n   — Mais oui, nous rentrons, affirma-t-il simplement.\n   A pas précipités, elle regagna sa chambre, où le désordre encore tiède de\nson lever hâtif, de son expéditive toilette, si éjouie, un quart d'heure aupa-\nravant, et grisée d'images vermeilles, le contraste trop acerbe avec tout ce\nréveil anticipé par l'instinct et l'appétence du bonheur, la firent éclater en\ndéraisonnables et convulsifs sanglots.\n                                                     ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 119, "page_fin": 122, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alber Jhouney", "ancre_debut": "VERS LE RENONCEMENT DES ROIS", "ancre_fin": "ALBER JHOUNEY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POUR UNE QUE JE SAIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 1198, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "VERS\n                   LE RENONCEMENT DES ROIS\n\n         La cité radieuse et pleine de jardins\n         S'ouvre au profond rayonnement du ciel d'automne,\n         Que les nuages, blancs, dorés, incarnadins,\n         D'un turban d'or, de pourpre et de perles couronnent.\n\n         Beau ciel pensif, courbé comme les rois hindous\n         Sous la mort méditée et l'immuable espace,\n         Le Nirvana remplit tes yeux vastes et doux,\n         Las de ce qui viendra, comblés de ce qui passe.\n\n         Dans leur renoncement tout chargé de joyaux,\n         Les rois songeurs ont plus de calme qu'un ascète.\n         Leur dédain, ruisselant sur leurs saphirs royaux,\n         Exhale une froideur plus sûre et plus parfaite.\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "                     — I20\n\nFuir l'ivresse dans l'indigence et dans la mort,\nLes voluptés et les splendeurs dans la torture,\nO fakirs mornes, c'est les redouter encor :\nLa haine peut finir, c'est le dégoût qui dure.\n\n\n\n        VISION D'UN MATIN D'HIVER\n\nLa mer brumeuse avec de frais soupirs s'éveille...\nAu creux des écueils roux semés d'algues, le ciel\nMire dans l'eau l'azur voilé, spirituel\nOù la nuit opalise encor l'aube vermeille.\n\nLe vent pur d'un matin religieux d'hiver\nEffleure dans l'air froid les neigeuses collines.\nBleus clochers des hameaux lointains, fermes voisines\nDorment paisiblement dans le matin désert.\n\nSeul, dans l'intensité de mon mystique rêve,\nJe crois voir aux champs nus par le givre emperlés,\nErrer, telles que des rayons immaculés,\nDes âmes qu'au ciel clair parfois un souffle enlève.\n\nEt, tout à coup, sur l'orient blême et pareil\nAux lueurs qu'un mourant miraculeux      exhale,\nBrûle, rouge, et au milieu du grand disque d'or pâle,\nLe cœur de Jésus-Christ dans le chaste soleil.\n\n\n\n            SENSATION D'AUTOMNE\n\n\nL'allée étroite et grise où l'ombre des grands pins,\nComme un léger nuage, errante sur le sable,\nImite mes pensers et mes vœux incertains\nDans leur ombre et leur délicatesse impalpable,\n\n Monte vers un massif de chrysanthèmes d'or,\n De pourpre pompeuse ou de neige blanche et rose,\n Riches comme le sceptre ouvragé de la Mort\n Ou frais comme son front de prêtresse morose.\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "                          121\n\nLes arts décourageants et les dogmes fanés\nOnt la triste splendeur des floraisons    d'automne\nQue baignent doucement les rayons émanés\nD'un ciel inexprimable, effrayant,     monotone.\n\nLa beauté du grand ciel voilé tente et fait peur.\nIl inspire un horrible amour de sacrifice\nEt son sublime ennui rend désirable au cœur\nL'infini désespoir et l'éternel supplice.\n\n\n\n   EN MARCHE VERS LA SECONDE MORT\n\nDans les plaines du Paradis où coule un fleuve\nAux flots baignés de calme et frais comme la nuit,\nLe Verbe de lumière en méditant conduit\nLes Elus aux douleurs d'une suprême épreuve.\n\nCes rois de vérité, ces Elus au front d'or\nEcoutent murmurer les eaux sombres et pures\nOù tremblent des reflets d'herbes et de ramures,\nLes eaux du fleuve immense et doux comme la mort.\n\nL'un d'eux porte et soulève une rouge oriflamme,\nBelle autant qu'un martyr sanglant et déchiré\nDont le corps, par un feu céleste dévoré,\nCommunique aux bourreaux l'extase qui l'enflamme.\n\nHors le brûlant drapeau tout est paisible et frais    :\nLe fleuve magnifique et le bruit de ses ondes,\nEt l'air sereinement paré de vapeurs blondes\nEt l'odeur que répand l'éternelle forêt.\n\n\n\n                  AUX DÉLIVRÉS\n\n O songeurs délivrés, immobiles et purs\n Comme un brûlant rocher sur un plateau stérile,\n Vous qui trouvez la chair moderne puérile,\n Contemplant le monde et la mort en dieux futurs,\n                                                          9\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "                              — 122 —\n\n        Telle que sont fermés les sceaux des grands arcanes,\n        Votre bouche demeure impassible et se tait,\n        Comme l'espace libre et l'infini muet\n        Votre sagesse n'est que silence aux profanes.\n\n        Vous êtes d'ans la vie innombrable incarnés,\n        Comme le Mouvement, le Verbe et la Lumière,\n        Dieu vous a mieux livré l'esprit et la matière\n        Que si de votre extase ardente ils étaient nés!\n\n        Epanouissez-vous dans les métamorphoses\n        Des peuples, des saisons, des astres, des douleurs,\n        Que de vos sourds désirs les soleils soient les fleurs,\n        — Et restez inconnus, car vous êtes des Causes.\n                                                 ALBER JHOUNEY\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 122, "page_fin": 122, "titre_corps": "Pour une que je sais", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Dullaert", "ancre_debut": "POUR UNE QUE JE SAIS", "ancre_fin": "Mai 1893", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 137, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 777, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "POUR UNE QUE JE SAIS\n               Voici longtemps que tinte, longtemps,\n              Le glas morne de mon défunt rêve.\n              Il tinte dans mon âme sans trêve,\n              Et j'ai beau fuir au loin, je l'entends\n\n              Qui sonne! O toi que l'on disait bonne\n              Et qui tuas mon doux rêve, las!\n              Sauve-moi de l'horreur de ce glas,\n              Donne-moi le silence au moins, donne!\n\n              Tu voudrais, tu ne peux. Tout remords\n              Serait vain, toute pitié si vaine.\n              Pleure avec moi : nulle force humaine\n              N'étouffe le glas d'un rêve    mort...\n\n              Et pourtant comme un espoir se lève :\n              Le glas s'est tu pendant que tes yeux\n              Souriaient aux miens, mystérieux.\n              Mon rêve ressuscite, mon rêve!\n                                            MAURICE     DULLAERT\nMai 1893."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 123, "titre_corps": "Chronique littéraire : Fleurs du Mé-Kong", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "leurs vieux mythes et passons", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nous voici devant l Agonie du Soleil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   Fleurs du Mé-Kong, par MAURICE OLIVAINT, I vol., chez Lemerre, éditeur à Paris. —\nL''Agonie du Soleil, « Les Joies grises », par CHARLES GUÉRIN, I vol., chez Ollendorff,\néditeur à Paris. — Le Verbe Auroral, par JOSÉ HENNEBICQ., I vol., chez L. et A. Godenne,\nà Malines.\n\n\n\n             Voici M. Maurice Olivaint qui offre au public un bouquet de\n               fleurs de l'Extrême-Orient : les Fleurs du Mé-Kong. S'il faut\n              en croire la dédicace, M. Olivaint aurait véritablement rimé là\n              plupart de ces pièces dans l'Indo-Chine. Plusieurs petits poèmes\nsont datés d'endroits aux noms barbares, qui évoquent des visions d'atlas et\nde cartes géographiques. Mais les vers de M. Olivaint n'évoquent rien de plus.\nSes fleurs du Mé-Kong sont des fleurs artificielles : c'est a peine si parmi\nces corolles de papier peu coloré se cache de-ci, de-là, une fleurette à demi\ndesséchée, que l'on peut croire cueillie sur des rives lointaines. L'exotisme\nde M. Olivaint est tout à fleur de peau. Quand son sampan vogue sur les\neaux tranquilles du Mé-Kong, l'auteur pense au bois de Boulogne, aux\npremières de l'Opéra ou bien au Grand Prix de Paris. Rien ne donne mieux\nla synthèse des Fleurs du Mé-Kong que le sonnet suivant :\n\n                                     EN SAMPAN\n\n               Oh! la si douce nuit! — Sous les palétuviers,\n               Où brille le ruisseau silencieux et lisse\n               Qu'effleurent dans leur vol marabouts et pluviers,\n               Le sampan nonchalant comme une ombre se glisse.\n\n               L'aviron fait jaillir l'onde en gerbes d'argent\n               Sous le chétif effort des rameurs    annamites\n               Qui balancent leur corps d'un jarret     négligent,\n               En murmurant leurs chants d'amour ou leurs vieux       mythes.\n\n               L'immuable bonheur plane sur l'univers,\n               Bonheur pur et gratuit que, toujours bienfaisante,\n               A tous les simples cœurs la nature présente.\n\n               Et là, si près de Dieu, mon souvenir pervers,\n               Soucieux, malgré tout, du plaisir qui s'achète,\n               Revoit la Vacherie et le café Vachette.\n\n   Tout le monde verra là la Vacherie. Laissons les Annamites murmurer\nleurs vieux mythes et passons.\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 124, "titre_corps": "Chronique littéraire : L’Agonie du soleil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "Nous voici devant l Agonie du Soleil", "ancre_fin": "seconde partie de l Agonie du Soleil", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Verbe Auroral de M J", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 2363, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "Nous voici devant l'Agonie du Soleil de M. Charles Guérin, qui\ns'appelle aussi à l'occasion Heirclas Riigen. L'Agonie du Soleil, promet\nd'être longue; M. Charles Guérin ne nous en donne aujourd'hui que la\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "                                  —   124 —\n\npremière partie, sous ce titre : Joies grises. M. Georges Rodenbach a\nélucidé ce titre à l'aide d'une préface où il déclare que ces joies grises lui\nont rappelé des matins de mai en Flandre. Voilà un soleil dont l'agonie\ncommence de bonne heure. M. Rodenbach semble reconnaître, d'ailleurs,\nque la poésie de M. Guérin n'est pas des plus claires : « Ici, dit-il, tout est\nchuchoté, comme dans une confidence d'âme, fluide et frais comme une\neau qui sort du mystère de sa roche originelle et commence de couler, se\ndivulgue, s'ébruite, incertaine de son avenir, indifférente, peut-être... Mais\ncette eau qui s'épand, on la sent blessée,'elle a une tristesse humaine, \"\nPauvre eau blessée! Pourvu qu'elle n'ait point reçu quelque grand coup\nd'épée!... Mais ouvrons le livre. Nous y trouvons d'abord une série de\nsonnets adressés aux nombreuses dulcinées du poète. Peut-être la quantité\nde ces dames l'emporte-t-elle sur leur qualité, car le poète demeure triste\ndans son harem. Peut-être ne doit-il s'en prendre qu'à lui-même ; car il ne\ns'est guère mis en frais d'imagination pour captiver le cœur des belles.\nVoici tout ce qu'il trouve à offrir à M lle Daïmi, une petite Japonaise :\n\n               J'ai de plus beaux palais que ceux du Mikado;\n               Je suis riche, je peux t'offrir comme cadeau\n               Les rubis ou les diamants taillés en gemme.\n\n  L'auteur est vraiment bien bon de lui offrir ces pierreries « comme\ncadeau ». Mais qu'est-ce que tailler des gemmes en gemme ?\n  D'une autre dame, l'auteur déclare musicalement que :\n               Son charme a la palme calme des chastes       choses.\n\n  A une troisième, il voudrait « dire une chanson qui la pénètre », — ce\nqui pourrait manquer de discrétion. Puis, vient l'heure des remords. Le\npoète s'écrie :\n               O mon Seigneur! c'est vrai; j'ai commis      l'adultère,\n               Je me suis enivré de la femme    d'autrui.\n\n  Le second vers prouve que le pénitent se rend un compte exact de la\nnature de sa faute.\n  Ailleurs, notre auteur est moins précis :\n                   Toutes les voluptés s'enroulent en spirale\n                   Et dans l'air parfumé vibrent en la bémol.\n\n   Ce petit coquin de la bémol 1 Jusqu'à présent nous ignorions ses fre-\ndaines! Quant aux voluptés enroulées en spirales, elles nous ont fait lon-\nguement rêver.\n   Il y a pourtant quelques bons vers dans ce gros volume. Nous espérons\nen trouver davantage dans la seconde partie de l'Agonie du Soleil.\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 124, "page_fin": 125, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Verbe auroral", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "Le Verbe Auroral de M J", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 2521, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "Le Verbe Auroral de M. José Hennebicq est un début; aussi ce petit\nlivre n'est il pas exempt de faiblesses. Mais dans les pièces les moins bien\nvenues, au milieu des défaillances de la versification et de la rhétorique, se\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "                                   —   125 —\n\n\nglissent des vers d'une belle allure, qui font bien augurer des facultés poé-\ntiques de l'auteur. Son imagination est riche et parfois son verbe est précis.\nSon langage est souvent harmonieux. Citons la pièce intitulée : A celle qui\nserait élue par le Destin :\n               J'élèverai pour vous un grand Palais d'ivoire,\n               Aux portes d'argent sombre incrusté de béryls;\n               Vous aurez pour esclave une panthère noire\n               Et des harpes diront vos charmes puérils.\n               Des chimères d'airain veilleront aux portails,\n               Des dragons et des sphynx ailés de calcédoine\n               Emerveilleront  d'or l'argent lourd des vantails :\n               Je ceindrai votre front d'onyx et de sardoine.\n\n               Vous aurez des serpents familiers à vos signes,\n               Des jets d'eau de cristal et des lacs de lapis,\n               Où parmi les lotus sommeilleront des cygnes,\n               Vous aurez des jardins séraphiques de lys.\n\n               Et vous aurez mon Cœur de doute et de douloir\n               En holocauste dans ce grand Palais    d'ivoire;\n               Et vous aurez mon Cœur griffé de désespoir\n               Qui voudrait vous aimer et qui ne peut y croire.\n\n  Voilà de bons vers qui en font espérer d'autres, meilleurs encore.\n\n                                                              IWAN GILKIN\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 125, "page_fin": 129, "titre_corps": "Chronique artistique : Pour l’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "du satin ou du velours", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Il ne nous reste que très peu de place", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n           Pour l'Art. — Au Musée et à l'Hôtel de Ville.\n\n\n             I1 y eut, en cette seconde exposition du cercle Pour l'Art, une\n              salle particulièrement consacrée aux arts décoratifs. A la\n              place d'honneur, qui lui revenait assurément, triompha\n               M. Emile Galle.\n   M. Galle est un fertile inventeur d'ornements et un exécutant qui a\nl'amour et la recherche de la perfection. Céramiste et verrier, il crée à la\nfois, comme du même coup, la forme et la décoration. Partant du même\nprincipe que les Japonais, qu'il n'imite d'ailleurs pas, il puise directement\nà la nature, étudie avec une application minutieuse et passionnée les végé-\ntaux indigènes. Les organes des plantes les plus communes, fleurs, fruits,\ncorolles, capsules, lui fournissent les formes les plus rares, les plus exquises,\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "                                   126\n\n\n  les plus nouvelles. Pourquoi citer ici les Japonais? A toute époque, à toute\n  belle époque, du moins, n'a-t-on pas fait comme eux ? Les Egyptiens ont eu,\n  par exemple, leur lotus, les Grecs leur feuille d'acanthe, les Gothiques\n  leur chou frisé, et certes ces motifs ne furent pas les seuls qu'ils interpré-\n  tèrent, loin de là. Mais les Japonais, plus naturalistes et moins soucieux de\n  symbolisme et aussi de symétrie, explorèrent beaucoup plus librement le\n  monde des formes végétales. M. Galle se modèle sur eux en ceci, et l'on\n  dirait qu'il se propose d'introduire toutes les espèces, y compris, les espèces\n méprisées et méconnues, dans l'arche de' son art, qui ressemble à une\n  boîte de botaniste.\n     En ceci donc, il inaugure un style, qui se retrouve dans la décoration de\n ses meubles à mosaïques, à incrustations de bois polychromes. On ne peut\n dire la même chose si l'on considère leur architecture, à en juger du moins\n d'après les deux spécimens exposés, un buffet à deux compartiments super-\n posés, Les Fruits de l'Esprit, et une armoire-étagère, Voyez ce queje vous\n apporte : des fleurs mauvaises de la terre. Le dernier est japonais ; le\n premier est quelconque, mal construit pour son utilité, peu commode. Ce\n que nous admirons dans ces meubles, c'est leur décoration ingénieuse, à\n laquelle nous reprocherons pourtant de ne produire tout son effet que si\n l'on met le nez dessus.\n     M. Gallé est encore un inventeur de colorations. Les nuances infiniment\n délicates de ses bois et de ses pâtes opaques ou translucides, à une seule\n couche ou à couches diverses, sont composées suivant un goût très original.\n Sa gamme ordinaire est une gamme de notes fanées, assoupies, alanguies,\n défaillantes, où dominent les teintes de vapeurs ou de ténèbres, et les lilas,\n les mauves, les pourpres violacés, les rouilles, les tons en deuil des sca-\n bieuses. Telle verrerie fait penser à la neige ou au givre, à l'ambre ou à\n l'écaillé, telle autre est nocturne ou sous-marine.\n    Tout cela s'ordonne en vue d'exciter certaines imaginations plus ou\n moins précises, de parler à l'esprit, d'évoquer, de suggérer des sensations\n et des pensées. Dans une harmonie de nuances ou de lignes, l'artiste\n cherche une équivalence psychique. Comme un musicien, il suscite un\n rêve d'une nature particulière. Le thème décoratif, emprunté à la nature et\n appliqué à la destination de l'objet comme chez les Japonais, est en outre\n expressif et symbolique. Ce symbolisme attribué à des meubles, à des\n vases, est chose neuve, surtout si l'on en fait, comme M. Galle, un système\n rigoureux. Il va, lui, jusqu'à imposer aux objets créés des noms, mots,\nphrases,textes, devises, vers, par lesquels s'en affirme la spiritualité, comme\ns'affirme par le baptême la spiritualité des cloches. On pourrait se demander\nseulement si cette méthode ne définit pas trop, n'arrête pas trop la signifi-\ncation, ne circonscrit pas outre mesure le champ du rêve. Ne confère-t-elle\npas aux choses une âme invariable, autonome, au lieu de l'âme mobile que\nle contemplateur se plaît à lui infuser au gré de son caprice, changeant\ncomme la lumière ou comme l'heure?\n    A M. Galle se rattachent étroitement deux autres artistes de Nancy,\n M; Camille Martin, qui exposait un buvard en cuir ciselé, chardon et\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "                                   — 127 —\n\n\nfeuille morte, et M. René Wiener, relieur, qui interprète finement par. le\nstyle de ses compositions, par les couleurs, par les matières employées,\nl'essence intellectuelle du livre. M. Prouvé a; décoré de même façon, une\ncouverture pour les Aveugles de M. Maeterlinck. La charmante spécialité\nde M. Roche est l'aquarelle estampée. Sur un papier de luxe où l'estam-\npage donne aux formes dessinées un très léger relief, M. Roche étend des\nteintes très douces, relevées çà et là par des notes vives. Le plus souvent il\nexplore le monde infime des bestioles, des graminées, des petites pousses;\nquand apparaît la forme humaine, des lignes très pures l'enveloppent.\n   L'art appliqué sollicite plusieurs membres du cercle ; mais il n'en est que\ndeux qui s'y adonnent exclusivement. M. Herbays fait des ferronneries,\ntrop lourdes et trop accrochantes. Le vitrail de M. Thys a du style et un\nbeau coloris. Nous lui reprocherons cependant un sertissage qui contrarie\nles lignes, et l'emploi des modelés. C'est un abus, qui date du XVIe siècle,\nmais qui est un abus tout de même; pour être peint, un vitrage n'en doit\npas moins conserver sa nature de cloison.\n   Dans ce vitrail de M. Thys, dans une autre œuvre d'art industriel, la\ntapisserie de M. Fabry, s'accusent en même temps la tendance ornementale\net la tendance idéaliste ou symboliste qui dominaient à cette exposition,\ntandis que la tendance réaliste y était reléguée à l'arrière-plan. Pour\ndiverses qu'elles sont, ces deux conceptions d'art s'allient fort bien, étant favo-\nrisées par les mêmes procédés. Ainsi toutes les deux emploient le plus possible\nla puissance d'expression des lignes, des contours, des tons plats. Sous leur\ninfluence, nos artistes flamands sontibrcés de se préoccuper de qualités que\nleur seul instinct ne leur fournit pas d'habitude, comme il leur fournit le\ndon de la couleur : c'est, d'une part, le goût dans la composition, de l'autre,\nla science du dessin. En ce qui concerne spécialement l'idéalisme ou sym-\nbolisme, il faut ajouter que, sans être la version picturale d'une œuvre\nlittéraire, comme plusieurs se l'imaginent, il n'en requiert pas moins, pour\nexister seulement, une forte dose d'intellectualité.\n   Composition, dessin, intellectualité, le mouvement présent de l'art peut\ndévelopper tout cela chez nous, et ce ne sera, certes, pas un mal. La diffi-\nculté est de concilier cet apport nouveau avec nos dons traditionnels;\njusqu'à présent l'équilibre désirable n'est pas obtenu.\n   Tels artistes, par exemple, manifestent de grandes qualités dans le dessin\ndes figures. Ainsi, M. Ottevaere et M. Colmant dans certains morceaux,\nM. Delville dans tous les siens. Par malheur, ils sonttous trois de médiocres',\ndisons franchement de mauvais coloristes. Sous ce rapport, M. Lacroix et\nM. Ciamberlani valent mieux, M. Jacque surtout. Mais, d'autre part,\nM. Jacque est confus et ne réussit pas encore à atteindre la précision sans\ntomber dans la vulgarité.\n   Autre écueil : l'engouement pour les Florentins du XVe siècle et pour les\nitalianisants modernes suscite d'innombrables réminiscences. Cela est fatal-,\net se comprend fort bien chez des artistes encore en formation. Mais il ne\nfaudrait pas que l'élève qui a presque entièrement reproduit une figure de\nMichel-Ange, de Botticelli, de Léonard de Vinci ou de Gustave Moreau\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                                 — 128 —\n\ns'illusionnât au point de croire que l'esprit de ces maîtres est descendu en\nlui.\n    Chez beaucoup, le désir d'obtenir une grande intensité dans l'expression\nva jusqu'à l'outrance, jusqu'à la charge, jusqu'à la grimace. Ainsi, dans\nquelques compositions de M. Delville et, peut-on dire, dans toutes celles\nde M. Fabry. M Fabry ne recule pas devant les pires déformations. A\nforce de chercher le caractère, il rencontre fréquemment la hideur. Ainsi il a\nla manie singulière de casser le nez à ses personnages et se croit autorisé à\ndonner au roi Assuérus un visage aussi creux qu'une pirogue. Sa tapisserie\nL'Aurore, qui veut être italienne, est une chose sauvage. Sa barbare\n Vierge aux fleurs rouges fait penser autant aux sidonies des bonnetiers\nqu'aux têtes de la décadence gréco-égyptienne. Mais à côté de ces exagéra-\ntions, de ces laideurs caricaturales, M. Fabry a des trouvailles pathétiques\nde gestes et souvent une belle couleur grave. Comme M. Delville, il n'est\njamais plus éloquent que lorsqu'il consent à n'être pas trop explicite, à\ns'arrêter à la nuance juste, à savoir murmurer et suggérer ce qui ne doit pas\nêtre crié.\n    Crier très fort n'est pas toujours le moyen d'être entendu. Bien souvent,\n d'autre part, les peintres symbolistes de Pour l'Art ne sont pas maîtres de\nleur pensée et, voulant être profonds, n'arrivent qu'à balbutier des choses\nvagues et incertaines. Ce qu'on peut saisir n'est pas d'une très grande\nvariété. Il y a certainement en ce moment un parti pris de ne peindre que\n des figures effroyablement convulsées ou mornes. La volonté en est radica-\n lement absente. L'expression la plus commune est la désolation ou la\n stupeur. Est-ce toujours |la sincérité de l'artiste, n'est-ce pas quelquefois\n la mode qui fait la loi?\n    Passer en revue toutes ces œuvres, nous ne le pouvons et nous sommes\n forcés de nous en tenir à des indications générales. Mentionnons seulement\n les peintures ou les dessins qui sont, à notre gré, les plus dignes d'atten-\n tion. Nous choisirons l'Orphée, l'Elégia, Au loin et Maternitas, de\n M. Delville, le Saint Jean de M. Ottevaere, la Vierge anxieuse de\n M. Fabry, les Centaures fougueux de M. Jacque. Quant aux invités de\n cette catégorie, bornons-nous à citer M. Edme Couty pour ses délicates\n imageries archa'iques, agréables nonobstant leur maniérisme et leur\n préciosité.\n    Si nous retournons maintenant aux œuvres d'art appliqué, nous rencon-\n trons une caressante tapisserie couleur de ciel, de lys et de lune, de\n M. Orner Coppens, avec lequel nous pénétrons dans le groupe des peintres\n qui se proposent de représenter la nature pour elle-même, dans ses appa-\n rences. M. Coppens est un luministe, parfois très doux, parfois d'une\n violence exaspérée. A ses rutilants intérieurs, à ses truculentes natures\n mortes habituelles, M. Alfred Verhaeren, le plus beau peintre du groupe,\n ajoute des marines aux tons très corsés, plus solides qu'on ne le désirerait.\n     L'exposition abondante et variée de M. Hannotiau dénote un très\n  sérieux effort. Elle comprenait des dessins nets et sûrs, Une Ferme en\n Flandre, puis un carton pour une fresque et l'esquisse d'une autre fresque,\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "                                  — 129 —\n\nconsacrées à l'Ordre de la Toison d'or, d'une composition bien ordonnée,\nd'une grande richesse ornementale, et un dessin impressionnant, une\nprocession du Saint Sang à Bruges. Malheureusement les types manquent\nun peu de noblesse. Quant à l'effet de couleur qu'obtiendrait M. Hannotiau\ns'il lui était donné d'exécuter ses fresques, on en doit augurer très favora-\nblement d'après son alléchante nature morte Les Apprêts, qui est dans la\ntradition de Henri .De Braekeleer comme les fresques elles-mêmes sont dans\nla tradition de Leys.\n    M. Léon Dardenne alignait toute une série d'œuvres et d'œuvrettes très\nvariées. D'abord des paysages frais, vifs et gais, et une vue panoramique de\nla vieille ville pittoresque de Rothenbourg, également rappelée par une fine\net précieuse esquisse. A notre avis, les illustrations pour Georges Eekhoud\nn'ont pas tout à fait l'âpreté et l'intensité qu'il y faudrait. Mais il nous plaît\nde louer sans réserve le dessin teinté pour une affiche d'Yvette Guilbert,\nplein de caractère et d'une exécution très réussie, et une spirituelle pierro-\nterie lithographiée en deux tons.\n    Autre illustrateur, M. Lynen, qui exposait une fort belle Kermesse\ntriste, en deux panneaux, avec des types populaires brabançons observés\n et croqués sur le vif.\n    Terminons par trois invités : le sculpteur Vallgren,dont on vit une série de\n statuettes influencées par Rodin, très vivantes, d'une expression profonde,\n naive ou douloureuse; M. Georges d'Espagnat, un peintre vigoureux,\n même brutal, à la Van Gogh, et M. Antonio Gandara, qui est tout le\n contraire. Si l'on ne connaissait Whistler, le maître des gris et des noirs,\n qui, bien entendu, dépasse de très loin M. Gandara comme coloriste, et Car-\n rière, le peintre des apparitions lointaines, fondues et noyées dans un mysté-\n rieux brouillard, on pourrait dire qu'il n'y a rien de plus léger, de plus\n estompé que les deux pastels Le Thé et le Portrait d'une jeune femme de\n cet artiste plein de raffinement et de distinction. Tous les deux sont d'un\n charme exquis, d'une exécution merveilleuse, — qu'on se rappelle le rendu\n du service à thé, vraiment extraordinaire, — comme les quatre dessins,\n quatre gracieuses figures de femmes qui les accompagnaient. C'était doux\n à l'œil comme du satin ou du velours.\n                                          *\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 130, "titre_corps": "Chronique artistique : Au Musée et à l’Hôtel de Ville", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "Il ne nous reste que très peu de place", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 2384, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "Il ne nous reste que très peu de place pour enregistrer l'acquisition, par\n le Musée de Bruxelles, d'un portrait de famille de l'époque rubénienne de\n Van Dyck, et l'inauguration des peintures décoratives de M. le comte de\n Lalaing dans l'escalier d'honneur de l'hôtel de ville.\n    On a trouvé exagéré le prix d'achat du Van Dyck, — 200,000 francs. La\n compétence nous manque pour nous prononcer là-dessus. Ce qui nous\n paraît peu discutable, c'est que le tableau, pour être inférieur aux grands\n Van Dyck de l'époque italienne ou de l'époque anglaise, n'en mériterait pas\n moins une bonne place dans n'importe quel musée, et que dans le nôtre,\n Van Dyck n'était jusqu'aujourd'hui représenté, à part le Silène ivre, que\n  par des œuvres secondaires.\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1002, "texte": "                                   — 130 —\n\n    Les peintures de M. de Lalaing, consacrées à la glorification du pouvoir\n communal, sont des tableaux de chevalet agrandis, appliqués sur des parois\n courbes ou planes, sans souci de leur rôle architectural. M. de Lalaing,\n avec une audace corrégienne, a multiplié les perspectives et les raccourcis,\n On reconnaît dans son oeuvre un artiste très savant, un modeleur impec-\n cable, un sculpteur épris de formes grandes, strictes et nobles. Le peintre\n en est malheureusement absent. Aucune vivacité, aucune clarté; le tout est\n en teintes froides, en bleu-gris, en noir-brun; on dirait que c'est peint à\n Lyon ou à Genève, avec de l'encre et de la fumée. L'aspect général n'est\n pas précisément agréable, à la réflexion, on reconnaît la loyauté, la\n conscience de l'artiste, son adresse à vaincre les difficultés, et même, dans\n le sujet principal, quelque imagination.\n                                                     ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 133, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ERNEST CLOSSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n               On l'a peut-être traitée bien légèrement, cette séance d'exégèse\n                wagnérienne organisée, le mois passé, en l'hôtel Ravenstein,\n                par le groupe d'études ésotériques Kumris. On s'est borné à\n                rire; les journaux ont daigné consacrer quelques lignes gouail-\nleuses, et c'est tout. Ne devrait-on accorder à cette tentative un peu- plus\nque ce jugement superficiel? Combien, en effet, la constitution de ce groupe\nd'études ésotériques résume nettement cette recherche inquiète de l'au-delà,\ncette irrésistible tendance vers le mysticisme qui caractérise l'art moderne !\n   La séance offrait d'ailleurs un intérêt très réel. M. du Chastaing, qui\navait assumé la lourde.tâche du commentateur, a rempli ses fonctions\navec une virtuosité oratoire vraiment exceptionnelle. Ses commentaires,\nimprovisés sans l'aide de la moindre notule, ont donné de la philosophie\nde l'œuvre wagnérien un exposé synthétique d'une largeur de vue, d'une\nélévation de pensée et d'une force de conception remarquables. Sept frag-\nments des drames wagnériens, bien interprétés au piano à quatre mains\npar. M. et Mlle Grossmann, servaient de thèmes à ses commentaires.\nM. du Chastaing parlait avec une foi et une conviction à laquelle il eût été\ndifficile de ne pas rendre hommage. Mais l'attitude sceptique et railleuse\nd'un auditoire venu pour se moquer contrastait péniblement avec l'enthou-\nsiasme du conférencier. Celui-ci, d'ailleurs, eût dû s'y attendre, vu les côtés\nvolontairement excentriques affectés par le groupe. C'est précisément\nparce que je prends celui-ci au sérieux, que je ne vois pas la nécessité de cet\nappareil ridicule. Je ne comprends pas cette énorme quantité d'invitations\nrépandues sur Bruxelles (la cinquième partie eut suffi) ; je ne m'explique\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "                                  —   131   —\n\n\n\npas les formules bizarres, presque cabalistiques de ces pancartes; je suis\nahuri par ces fumerons de papier d'Arménie, ces devises, ces rites, et ce\nsombre étendard, sorte de suspect pavillon noir, brandi par le conférencier\nau milieu des sourires, de manière à gâter l'impression que sa péroraison\nvenait de produire. Si les membres de Kumris font véritablement œuvre\nsérieuse, la gravité des questions qu'ils agitent devrait suffire à les éloigner\nde tout dehors suspect et tapageur. S'ils étaient moins mages, ils n'en\nparaîtraient que plus convaincus; leurs séances réuniraient une élite de\ndisciples, très peu nombreux, mais plus digne qu'une grande foule de\npénétrer dans le sanctuaire d'un temple de Vérité. Il ne saurait y avoir\nbeaucoup d'élus lorsqu'il y a tant d'appelés.\n    — Nous l'avons eue, enfin, l'Attaque du moulin de MM. Bruneau-Galet-\nZola. J'avouerai sincèrement avoir été déçu, ainsi que bien d'autres. Le\ntalent de M Bruneau semble faiblir, à l'heure où on devrait le trouver mûri\net fortifié. Ce qui frappe tout d'abord dans l'ensemble de l'œuvre, c'est\nl'absence de personnalité, le peu de netteté dans la physionomie musicale\ndes personnages. Puis, après un examen plus attentif, on s'aperçoit facile-\nment que l'œuvre est presque entièrement dépourvue de véritable inspiration,\nc'est-à-dire que la substance y fait défaut. L'auditeur est trompé par les\n dehors brillants de l'œuvre, mais il ne faut pas oublier que la couleur pit-\ntoresque est un effet à bon marché qui ne nécessite aucune inspiration, que\nla distinction des harmonies et des sonorités, le charme de l'orchestration\nsont des qualités propres à tous les jeunes de l'école française, et que l'allure\nd'une œuvre, bien que révélant un poète et un penseur, ne suffit pas à en\nfaire une parfaite œuvre d'art. Les quelques thèmes conducteurs employés\npar M. Bruneau sont peu intéressants et ne sont nulle part développés. Le\nprélude, quoique d'une jolie couleur, rappelle les tristes délayages de\n Massenet. Le grand air de Dominique au deuxième acte (suivi de près par\n un duo fort banal) est l'un des meilleurs fragments de la partition, encore\nque trop gounodique. L'œuvre, en somme, a paru fort en-dessous du Rêve,\n bien plus attachant, plus convaincu, plus passionné et surtout plus inspiré.\n La tendance esthétique de l'Attaque du moulin, où le compositeur a aban-\n donné certaines crudités harmoniques d'une recherche cruelle et puérile,\n devrait plaire mieux aux affreux réactionnaires de la Jeune Belgique, — dont\n je suis. Mais le Rêve, débarrassé de cet attirail harmonique forcené, n'en\n perdrait rien de son haut mérite d'œuvre d'art, au contraire; tandis que\n  rien ne saurait voiler la pauvreté d'invention de l'Attaque du moulin.\n     Non content d'être revenu de ses intransigeances, M. Bruneau a donné\n dans l'excès contraire; il y a des ensembles bien convenus, un chœur\n d'orphéon au troisième acte et un premier acte qui ressemble fort à un\n opéra comique de jadis. La fameuse « malédiction de la guerre » chantée\n par Marcelline a certainement très grande allure, mais c'est tout.\n     Il faut convenir d'ailleurs que M. Bruneau a été fort mal servi par son\n librettiste; la jolie nouvelle de Zola a donné prétexte à une lourde machine\n  en quatre actes, pleine de violences, de brutalités et d'invraisemblances.\n     Pourquoi modifier le dénouement? Pourquoi appuyer avec tant de\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "                                      — 132 —\n\n\n cruauté sur le sort de cette sentinelle, à peine entrevue dans la nouvelle et\n qui, ici, raconte longuement sa biographie à Marcelline, laquelle semblerait\n avoir autre chose à faire que de venir l'interviewer? Pourquoi, dans le même\n acte, ce chœur de jeunes filles, venant gaîment ramasser des gerbes de blé,\n pendant que l'ennemi occupe le village? Pourquoi..., mais on n'en finirait\n pas.\n    Les décors sont fort bien, la mise en scène est ce qu'elle est habituelle-\n ment au Théâtre de la Monnaie, c'est-à-dire qu'elle n'existe pas. La pre-\n mière scène du deuxième acte, dont la nouvelle de Zola fait une peinture si\n saisissante (aisément réalisable d'ailleurs), est, au théâtre, insignifiante.\n Celle qui clôt la pièce, l'arrivée des Français s'irruant au milieu de la scène,\npuis s'arrêtant comme pétrifiés, pour se retourner ensuite tranquillement\nvers les spectateurs et crier : « Victoire ! » est ridicule.\n    Interprétation excellente avec l'admirable Seguin, M me de Nuovina (plutôt\n bonne bourgeoise que fille de meunier), M. Leprestre, qui doit se garder du\ndéfaut de mignardise, et M lle Armand, dont le beau talent n'est malheureu-\n sement plus servi par son organe de l'an passé, alors remarquable, bien que\nlaissant deviner déjà par quelques « mauvaises notes » ce qui se produit\naujourd'hui.\n    Le public bruxellois a fait le meilleur accueil à l'œuvre de M. Bruneau;\nje souhaite de tout cœur à celui-ci que le succès se maintienne, mais je\ncherche vainement dans l'Attaque du moulin des éléments de cette vita-\nlité.\n   —Au deuxième concert Schott nous avons réentendu Sarasate,qui ne s'était\nplus produit à Bruxelles depuis de longues années. Le public entassé dans\nla salle de la Grande-Harmonie, a fait au célèbre artiste d'enthousiastes\novations. Celui-ci, cependant, malgré son extraordinaire technique, son jeu\ntrès classique et sa remarquable pureté de style, a paru singulièrement\nfroid, surtout pour un méridional. Sarasate ne nous a d'ailleurs fait entendre\naucune œuvre de grand style ; la Suite n° 2 de Goldmark ne peut être con-\nsidérée comme telle; la Fée d'amour de Raff est une œuvre d'acrobatisme\nvioloniste, les Danses slaves de Dvorak et la Sérénade andalouse de\nSarasate rentrent dans le domaine de la fantaisie. A côté de Sarasate,\nM me Berthe Marx a également remporté un franc succès, pleinement mérité.\nTechnique, force et délicatesse, sentiment chaleureux et souplesse d'inter-\nprétation, elle possède toutes les qualités d'une véritable virtuose.\n   — Le deuxième concert du Conservatoire a été consacré à Beethoven. L'or-\nchestre de M. Gevaert nous a donné une belle exécution des symphonies\n3 (1) et 7. La première a particulièrement bien marché, bien que l'andante\nait paru un peu lent.\n   Comme intermède, le chœur des prisonniers de Fidelio, rendu avec cette\nrudesse et cette carrure mécanique propres à tous nos chœurs d'hommes,\n\n\n  (1) A remarquer, dans cette symphonie, la similitude singulière de la première figure\ndu presto avec celle correspondante du presto de la première symphonie de Borodine.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "                                 — 133 -\n\nsans en excepter ceux d u Conservatoire, — et le terrible air du même\nFidelio, chanté par Mlle Marin ; jolie voix, talent robuste et d'avenir, mais\nl'interprétation conserve quelque chose de scolastique et de compassé qui\ndevrait disparaître.\n   — Le prochain concert du Conservatoire sera consacré à Gounod. A la\nMonnaie, on répète Tristan et Yseult, du nommé Wagner; M. Cossira\nfera Tristan ; il paraît q u e l'on va monter l'œuvre en un rien de temps. Ce\nsera absolument colossal ! Pour corriger la morosité toute particulière de\ncet « opéra », on projette d'intercaler au milieu du premier acte quelques\nfragments de Farfalla, dansés sur le pont du navire de Tristan, — comme\ncela se pratique dans Surcouf.\n\n\n  — A. Thomas a visité Liége, récemment, àpropos de l'anniversaire de je ne\nsais lequel de ses ouvrages. Il lui a été fait un accueil enthousiaste. Les\nartistes liégeois eussent p u se souvenir, cependant, que lorsqu'en 1890 leur\ncompatriote César F r a n c k , professeur au Conservatoire de Paris, vint à\nmourir, le pauvre g r a n d homme s'en alla au cimetière, pauvre et isolé\ncomme il avait vécu, s a n s que la moindre députation du Conservatoire\nsuivît son cercueil ; en première ligne, le directeur, M. A. Thomas, honora\nde son absence la triste cérémonie.\n   Aussi, qu'avait-il besoin d'avoir du génie, celui-là?\n\n                                                    E R N E S T CLOSSON"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 136, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "pieds", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 114, "texte": "ERRATUM :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "Notre collaborateur M. Georges Marlow,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 280, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "qui n'avait pas eu le loisir de corriger les"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "épreuves de ses Fragments, nous prie de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 610, "texte": "rectifier le neuvième vers, où il faut lire :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 658, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "« Assoupissait jusqu'aux beaux oiseaux de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 737, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "lumière » et non « Assoupir fait... ». Le"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "trente-troisième vers doit se lire ainsi ; «Jar-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "dins, qu'aurez-vous fait des songes de mon"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1015, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "cœur » et non « Jardins, qu'avez-vous"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1110, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "fait... »."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 1322, "texte": "L E MACAQUE FLAMBOYANT : •"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1371, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "On lit dans le Peuple, sous prétexte de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1464, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "critique d'art, les choses suivantes :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "Divers cercles d'art ont déserté la lutte,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1659, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "successivement, laissant à chacun de leurs"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1750, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "membres la liberté de combattre et de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1833, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "suivre tel sentier de l'âme."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1865, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "Ce fut d'abord l'Essor puis le Voorwaerts"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2031, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "et les XX et seul, restait alors au champ de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2107, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "bataille un vaillant jeune cercle qui se forma"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2237, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "l'an dernier et qui avait embrigadé ses"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2319, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "recrues au cri de lutte profonde : Pour"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2410, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "l'Art!"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2498, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "Le salon d'aujourd'hui est le deuxième de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2585, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "cette pléiade et il peut être considéré"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2678, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "comme étant le complément, ou plutôt"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2759, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "comme la superfétation du premier."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2845, "fin_caractere_exclue": 2881, "texte": "Le salon annuel du Cercle Pour l'Art"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2933, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "réunit les dernières tentatives, les hardiesses"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3106, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "les plus audacieuses, les élucubrations les"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "plus originales, l'effort évolutif tendant à la"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3238, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "suprême expression de cet art, que nous, les"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3336, "fin_caractere_exclue": 3378, "texte": "jeunes, nous sentons irrémédiablement nou-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3430, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "vel et pur."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3511, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "Ce ne sera peut-être pas à ce salon que"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3598, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "l'on trouvera l'expression suprême, mais"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3639, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "l'effort est constant et la lutte est étroite et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3719, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "nul doute qu'elle produise une action saine"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3795, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "dans l'avenir où l'Idée apparaîtra seule, avec"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3893, "fin_caractere_exclue": 3919, "texte": "un peu d'amour et de sang."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4019, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "D'un salon tel que l'exposition Pour"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4105, "fin_caractere_exclue": 4150, "texte": "l'Art, les personnalités se dégagent peu ; il"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4194, "fin_caractere_exclue": 4235, "texte": "y a un point de vue d'ensemble qui résume"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4290, "fin_caractere_exclue": 4308, "texte": "et qui synthétise."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4365, "fin_caractere_exclue": 4412, "texte": "11 faut envisager l'effort, la lutte, la tenta-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4413, "fin_caractere_exclue": 4455, "texte": "tive nouvelle dans le domaine acquis et de"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4511, "fin_caractere_exclue": 4554, "texte": "là, il faut essayer de conclure. Pour l'Art"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4600, "fin_caractere_exclue": 4641, "texte": "est une phalange de lutte. Chacune de ses"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 154, "fin_caractere_exclue": 197, "texte": "expositions sera un combat pour lequel tous"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 249, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "apporteront une arme derrière."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 334, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "Et à l'heure finale où tomberont les"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 422, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "médiocres et les inutiles, quelques artistes"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 518, "fin_caractere_exclue": 564, "texte": "resteront, seuls à se partager la gloire paci-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "fiée, comme les étoiles d'un ciel d'azur,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 709, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "après les orages infernaux."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 791, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "On lit ensuite dans la Revue rouge un"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 880, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "poème qui peut être considéré comme la"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 970, "fin_caractere_exclue": 1014, "texte": "superfétation de cette critique, et qui tend"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "à la suprême expression d'un art, nouvel et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1161, "fin_caractere_exclue": 1203, "texte": "pur irrémédiablement, où l'Idée est seule,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1255, "fin_caractere_exclue": 1293, "texte": "avec un peu d'amour, un peu de sang et"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1345, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "énormément de charabia."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1423, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "Voici quelques extraits de ce poème, qui"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1515, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "restera seul à se partager la-gloire pacifiée,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1613, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "comme les étoiles d'un ciel d'azur, après les"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1710, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "orages infernaux qu'une plume ignorante"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "provoque dans un encrier naïf :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "Tu ne sais pas pourquoi"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2004, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "mon cœur d'enfant se meurt"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2090, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "dedans ma voix ?"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2213, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "Tu ne sais pas pourquoi"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "je suis pâle et défait"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2378, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "comme un descendu de la croix !"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2469, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "Tu ne sais pas pourquoi ?"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2554, "fin_caractere_exclue": 2584, "texte": "C'est que, vois-tu, mon frère,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2644, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "toujours j'ai pleuré pour sourire"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2737, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "et que je veux mourir"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2818, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "très loin de la terre !"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2901, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "J'avais un peu d'amour au cœur,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 2992, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "un peu d'amour et de joie,"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3078, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "mais un méchant ensorceleur"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3165, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "m'en a ravi, autrefois !"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3293, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "Le méchant ensorceleur l'en a ravi ! C'est"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "très simple. Et ceux qui ne sont pas ravis"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3481, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "l'iront dire à Charenton I"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3563, "fin_caractere_exclue": 3597, "texte": "La même Revue rouge publie un Noél"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3690, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "dont voici le commencement :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3773, "fin_caractere_exclue": 3794, "texte": "« Il avait de la foi."}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3849, "fin_caractere_exclue": 3892, "texte": "« Il élevait ses pensées vers Dieu. Inspiré"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 3971, "fin_caractere_exclue": 4015, "texte": "par les paroles sublimes de l'Evangile, nos-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4056, "fin_caractere_exclue": 4104, "texte": "talgiaque, il attendait l'éternelle vie, l'exis-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4151, "fin_caractere_exclue": 4193, "texte": "tence future emplie de suprême félicité. »"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4249, "fin_caractere_exclue": 4289, "texte": "L'auteur de ce Noël est timide. Nous lui"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4341, "fin_caractere_exclue": 4361, "texte": "proposons d'écrire :"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4467, "fin_caractere_exclue": 4510, "texte": "« ... Nostalgiaque, il attendait l'éternel-"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4555, "fin_caractere_exclue": 4599, "texte": "listique vie, l'existence futuresque, emplie"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 4642, "fin_caractere_exclue": 4667, "texte": "de suprêmable félicité. »"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 99, "texte": "A ce prix-là, à ce prix-là seul, il sera indi­"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 155, "texte": "viduel !"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 214, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "On lit dans une publication socialiste, à"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 302, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "propos de la section d'art de la Maison du"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 394, "fin_caractere_exclue": 430, "texte": "Peuple, les affirmations que voici :"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 488, "fin_caractere_exclue": 529, "texte": "« L'œuvre de la section d'art est absolu-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "ment désintéressée, absolument sincère, et"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 662, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "il est puéril de voir certains esprits, parti-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 752, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "sans de l'extension artistique aux classes"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 845, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "populaires, s'arrêter au seuil, retenus par"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "je ne sais quel scrupule."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1025, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "« Il faudrait un peu plus de franchise et"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1095, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "un peu plus d'audace — un peu plus d'indé-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1138, "fin_caractere_exclue": 1149, "texte": "pendance. »"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1154, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "Qui sait !l Les esprits dont il est question"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1199, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "ontpeut-être médité l'apostrophe de M. Jean"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1292, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "Volders, dans le Peuple, à un poète fran-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "çais de Belgique :"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1485, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "« UN DE CES GAILLARDS DONT IL N'Y A PLUS"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1579, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "GRAND'CHOSE D E BON A T I R E R ! »"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1676, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "De là les scrupules, compagnon, de là les"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "scrupules !"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2051, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "La Revue internationale du 15 janvier"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2138, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "inaugure ses collaborations belges. M. Léon"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2232, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "Hennebicq ouvre la marche avec un conte"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2323, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "en prose, intitulé La Vengeance      d'Eros."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2417, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "Nous avons remarqué une mystérieuse"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2513, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "correspondance de Bruxelles, signée I. G."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2607, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "La livraison du 1 e r février contient un"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "poème d'Emile Verhaeren. La direction de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2789, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "la revue, dans un article fort aimable pour"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2923, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "les écrivains belges, annonce la collabo-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2965, "fin_caractere_exclue": 3001, "texte": "ration prochaine de MM. Iwan Gilkin,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3002, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "Camille Lemonnier, Maurice Maeterlinck,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3042, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "Arnold Goffin, Albert Giraud, etc., etc."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3320, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "On lit dans le Journal :"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3347, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "Mme de Rute, la directrice de la Nouvelle"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3389, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "Revue internationale, vient de donner à"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3482, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": "Bruxelles un banquet littéraire auquel"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3575, "fin_caractere_exclue": 3617, "texte": "assistaient un grand nombre de notabilités"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3669, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "belges : Camille Lemonnier, Maeterlinck,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3764, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "Gilkin, Verhaeren, Edmond Picard.Giraud,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "Sigogne, Vurgey, Van der Velde, M me de;"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3943, "fin_caractere_exclue": 3957, "texte": "Tallenay, etc."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 4007, "fin_caractere_exclue": 4045, "texte": "Plusieurs discours ont été prononcés ;"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "celui de M me de Rute a été particulièrement"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 207, "texte": "applaudi."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 263, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "L'abondance des matières nous force à"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 352, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "remettre au mois prochain la critique de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 444, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "notre collaborateur Arnold Goffin ainsi"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 535, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "que le compte rendu des conférences de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 625, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "MM. Iwan Gilkin et Hector Chainaye."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "Notre livraison de mars contiendra une"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 844, "texte": "nouvelle de M. Louis Delattre, des vers de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 896, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "MM. Valère Gille, Lucien de Busscher,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 985, "fin_caractere_exclue": 1020, "texte": "Edmond Rassenfosse, Georges Marlow,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1072, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "Cartuyvels, etc., etc."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1253, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "Les écrivains wallons de Floréal ayant"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1343, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "émigré à Gand, le Réveil a fait peau neuve."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1438, "fin_caractere_exclue": 1482, "texte": "La livraison de janvier, compacte, variée et"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1534, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "intéressante, est ornée d'un titre de M. Ar-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "thur Souchor, représentant une vilaine tête"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1725, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "de femme entourée d'arbres et de végéta-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1817, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "tions dont M. Minne a eu le premier secret,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "et d'une composition hors texte, fort abs-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "conse, de M. Charles Doudelet. Le dernier"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2099, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "personnage à gauche, tout en haut, est"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "remarquable par une particularité physique"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2283, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "qui nécessiterait une double feuille de"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2374, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "vigne. — Tout, dans cette livraison, est à"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2468, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "lire, et spécialement les poèmes de MM. Ver-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2564, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "haeren, Elskamp, Alériel, de Busscher, Sé-"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2658, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "rasquier. M. Albert Arnay critique M. René"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2752, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "Ghil et M. Georges Lemmen publie une"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 2884, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "chronique d'art acerbe et mouvementée."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3096, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "A citer dans le Mercure de février, un"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3186, "fin_caractere_exclue": 3228, "texte": "article du poète anglais Arthur Symons sur"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3280, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "« la Littérature anglaise en 1893 »."}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3442, "fin_caractere_exclue": 3481, "texte": "La Société nouvelle de janvier contient"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3533, "fin_caractere_exclue": 3574, "texte": "un extrait du roman de M. J.-K. Huysmans,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3626, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "En Route,et un conte paradoxal de M. Louis"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3720, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "Mullem, et les derniers numéros de la Revue"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3815, "fin_caractere_exclue": 3852, "texte": "Bleue, une pénétrante étude sur Louis"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3904, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "Veuillot signée Jules Lemaître, — oui,"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 3994, "fin_caractere_exclue": 4004, "texte": "Monsieur !"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 4075, "fin_caractere_exclue": 4078, "texte": "-X-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "Trois strophes de M. Claude Céhel :"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 169, "texte": "La mélancolie"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 256, "fin_caractere_exclue": 267, "texte": "Où m'anémia"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 364, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "Ton ventre poli"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 470, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "M'induit à des choses"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "Et gardénias"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "Et la fleur éclose"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 698, "fin_caractere_exclue": 714, "texte": "Parmi ton enlac."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 861, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "Si mélancoliques"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "Fument tous. Après,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 918, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "Qu'oignit leurs musiques"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "Et parfums j'en berce"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1046, "fin_caractere_exclue": 1061, "texte": "Le rêve ulcéré."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1135, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "Le baiser s'y gerce."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1206, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "Recours aux apprêts."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1334, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "Que perle l'eau tiède"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1430, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "A ton sein craintif;"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1528, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "Désirs ! l'ouate tiède,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1623, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "Raccorne un pan rêche ;"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1742, "texte": "Vitres 1 brandes sèches,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1846, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "Au définitif,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1870, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "Isseoit enfin l'if."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2268, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "Un révérend père jésuite, A.-J. Delattre,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2357, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "ayant critiqué avec une véhémence ecclé-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2447, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "siastique les essais bibliques de M. Edmond"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2541, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "Picard, l ' A r t moderne riposte avec une"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2635, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "véhémence laïque."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "Voici le passage le plus caractéristique de"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2820, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "cette riposte :"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2907, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "« Deux préoccupations principales émer-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2947, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "gent de l'œuvre de M. Delattre. D'abord de"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2990, "fin_caractere_exclue": 3033, "texte": "signaler que sa victime ne connaît ni l'hé-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3081, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "breu ni l'arabe : Nelle n'a jamais fait diffi-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3176, "fin_caractere_exclue": 3221, "texte": "culté d'en convenir. Il est, au surplus, fort"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3269, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "difficile de savoir qui connaît l'hébreu et"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3340, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "l'arabe. Les points de comparaison man-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3418, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "quent »."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3433, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "Un poète du Cercle Fidelitas, de Schaer-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "beek, a rimé pour les dames de cette loca-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3517, "fin_caractere_exclue": 3558, "texte": "lité un poème dont voici le trait final :"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3568, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "Si notre monde tremblotant"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3604, "fin_caractere_exclue": 3639, "texte": "Devait sombrer dans les tourmentes,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3649, "fin_caractere_exclue": 3684, "texte": "Femmes, restez toujours vaillantes,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3694, "fin_caractere_exclue": 3722, "texte": "Malgré Ravachol et Vaillant."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3732, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "La bombe n'est point meurtrière"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3773, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "Lorsqu'elle a passé sous vos pieds 1"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "Ci des vers de M. Arthur Souchor :"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "Pouvoir encore y mordre, au délicieux pain,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 302, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "Ce pain de chair, Jésus ! ô bon pasteur d'enfants !"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 459, "texte": "Toi nous menant au pré, tel un troupeau de faons,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 516, "fin_caractere_exclue": 560, "texte": "Y paître la Sagesse... —Hélas! tu te défends"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 617, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "D'aimer encore et tu mâches l'amer pépin."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 742, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "Après les avaleurs de sabre, les mangeurs"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "de parapluie !"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 998, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "On lit dans la Revue blanche, sous la"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1088, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "signature de M. Léon Blum, ces aveux"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1177, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "caractéristiques :"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "« La prosodie depuis trois siècles a subi"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1376, "fin_caractere_exclue": 1419, "texte": "tant d'évolutions qu'on pouvait bien encore"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1472, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "en risquer une. C'était d'ailleurs un retour"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1569, "fin_caractere_exclue": 1612, "texte": "à la tradition; ils essayaient d'accommodre"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1665, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "aux métriques anciennes la rime, qui reste"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1795, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "la plus précieuse conquête des métriques"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1942, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "modernes. On convient assez ordinairement"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2036, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "que la tentation a échoué, et qu'il vaut"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "mieux chercher autre chose. 11 restera"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2220, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "d'ailleurs de ces malheureux essais, la Che­"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2317, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "vauchée d'Yeldis, d'admirables vers de"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2408, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "M. de Régnier, bien que M. de Régnier,"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2499, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "tout comme M. Hérold ou M. Louijs, puisse"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2593, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "sembler supérieur dans l'alexandrin. Mais"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2687, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "le vers libre demeure lié au souvenir de"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2780, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "l'esthétique connue sous le nom de Sym-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 2872, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "bolisme, et cela est fâcheux. »"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3044, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "On nous assure que la Revue rouge va"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3133, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "fusionner avec le Mouvement littéraire, et"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3228, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "que le Mouvement littéraire va se trans-"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3321, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "former en chaleur."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 3394, "fin_caractere_exclue": 3417, "texte": "Que va devenir Bossuet?"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-02-n2-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR           DE « LA J E U N E           BELGIQUE            »\n                      3i, rue des Paroissiens,    3i\n                               BRUXELLES\n\n\n              POUR      PARAITRE       LE    10   FÉVRIER\n\nSEPT ESSAIS D'EMERSON\n  Traduits par I. W I L L , avec préface de MAURICE MAETERLINCK\n                 Un volume in-18 Jésus. Prix : fr. 3-5o.\n\n               VIENNENT           DE     PARAITRE          :\n                      Charles D E COSTER\n\nLÉGENDES FLAMANDES\n               Avec préface d'EMlLE DESCHANEL\n  Un volume in-18 Jésus                                         fr.   3 5o\n\n                         Emile S I G O G N E\n       CONTES MERVELLIEUX\n  Un volume in-18 jésus                                          3 francs.\n\n                       Jeanne T O R D E U S\n         PROFESSEUR   AU CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES\n\n\n  MANUEL DE PRONONCIATION\nTraité pratique, spécialement recommandé par le Conseil de perfectionnement\n             de l'enseignement primaire et de l'enseignement moyen.\n             Avec préface de M. EDOUARD THIERRY\n  Un volume in-18 jésus                                         2 francs.\n\n\n                Dernières publications :\nE. PICARD : Scènes de la Vie judiciaire, 1 fort volume\n                  in-18 jésus                                          4     y>\n\n       —      El Moghreb al Aksa, 1 fort volume in-18\n                  jésus                                               4 »\n       —      Vie Simple, format des e u c o l o g e s . . .          3 »\nG. EEKHOUD : La Nouvelle Carthage, édition défini-\n   tive, 1 volume in-8°                                               4 »\nJUSTUS SEVERUS : Africus, drame nègre en 5 actes\n   et en vers, 1 volume in-18 jésus                                    1 »\nC H . SLUYTS : Notes d'Être, 1 volume petit in-16 sur\n   papier de Hollande.                                                3 »\nE. BosiERS : Harald-Roi, drame en neuf scènes,\n    1 volume in-8°                                     . .             2 »\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1616, "texte": "                               EN          VENTE\n\n   à la librairie P A U L L A C O M B L E Z\n                           BRUXELLES\n\n\n\nH. T A I N E : Tome II du Régime moderne (cinquième\n   et dernier volume des Origines de la France contem­\n   poraine), î volume in-8°                                                7 5o\nERNEST H E L L O : L'Homme : La Vie, la Science, l'Art,\n   précédé d'une introduction par M. Henri Lasserre,\n    1 volume in-8°                                                         3 5o\nGÉRARD HAUPTMANN : Âmes solitaires, drame. Tra-\n   duction $ Alexandre Cohen, 1 volume in-18 Jésus .                       3 5o\nJ. RICHEPIN : Mes Paradis, poésies, 1 volume in-18\n   jésus                                                                   3 5o\nW I L L Y : Soirées perdues, avec couverture illustrée par\n   A. Guillaume, 1 volume in-18 jésus                                      3 5o\nC H . BULS : Esthétique des Villes, une brochure in-8°.                    1 »\nP A U L VERLAINE : Quinze jours en Hollande : Lettres\n   à un ami. Un volume in-8° carré, sur papier de\n   Hollande, avec portrait de Verlaine par Ph. Zilcken                     5 »\n\n\n\n          Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. o-5o; franco, fr. o-55\n     Le Mercure de France, 1 franc; franco, fr. i-25\n            L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\nLes Entretiens politiques et littéraires, fr. 0-60; franco, fr. o-65\n\n\n     D e m a n d e z le Catalogue complet de l'Editeur\n                      Paul L A C O M B L E Z .\n\n              Brmellen. — I mprimerie V* Monnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 118, "texte": "                                      TOME XIII. —N°2\n\n\n\n\nLA\n JEUNE\n               BELGIQUE\n                                        SOMMAIRE:\n    Au Jardin du Souvenir                          FERNAND SEVERIN.\n    L'Hôtellerie de l'Amour (suite etfin).     . . HECTOR CHAINAYE.\n    Sonnet                                         ALBERT SAMAIN.\n    Hélène (suite)                                 ARNOLD GOFFIN.\n    Vers                                           ALBER JHOUNEY.\n     Chronique littéraire :\n      Fleurs du Mé-Kong; L'Agonie du soleil;\n        Le Verbe Auroral                           IWAN GILKIN.\n     Chronique artistique :\n      Pour l'Art; Au Musée et à l'Hôtel de\n            Ville                                  E R N E S T VERLANT.\n\n     Chronique musicale                            ERNEST CLOSSON.\n     Memento.                                      NEMO.\n\n\n\n\n       REDACTION                                             BRUXELLES\nRUE V A N D E R L I N D E N ,   BRUXELLES.              PAUL LA.COMBLEZ,         ÉDITEUR\n                                                             3I, rue des Paroissiens\n                                                                   PARIS\n  PRIX DU NUMÉRO                                     C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                39, rue de Trévise\n       fr. 0-75.\n                                                                      1894\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "                                                                           BELGIQUE\n   BELGIQUE\n                                N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                  JEUNE\n               JEUNE\n                       LA\n\n\n\n\n                                                             LA\n                                N E CRAINS\n          Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX W A L L E R        (MAURICE W A R L O M O N T )\n              Directeur : ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-5o.\n\n\n\n  G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                   des Capu­\ncines, (6, à Paris\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 3i, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "AU JARDIN DU SOUVENIR\n« Entre... L'ombre des beaux jardins est transparente,\nMais garde qu'un seul mot n'effarouche en ses jeux\nLe frêle et vaporeux chœur d'ombres qui les hante :\nLes songes, tu le sais, sont un peuple ombrageux.\n\nEt bientôt tu verras, parmi les herbes frêles\nQu'emperle de clarté le doux matin naissant,\nPasser et repasser des ombres fraternelles\nEt, tendre et douleureux, l'amour, divin passant.\n\nToutes! Celles qu'on aime et celles dont on rêve !\nIl en est qui s'en vont mêlant de chers sanglots;\nLes autres, lys fermés, semblent sourire en rêve\nAu merveilleux secret qui dort sous leurs yeux clos.\n\nPuis elles s'en iront, calmes comme ces heures,\nL'une ceinte de fleurs et l'autre de joyaux;\nCelle qui les suivra, bonne entre les meilleures,\nN'aura pour tout bandeau que ses cheveux      royaux.\n\nEt, tandis que les fleurs de la forêt mouillée\nFléchiront tour à tour sous ses tendres pieds nus,\nElle balancera sa tête ensommeillée\nEn murmurant parfois de doux mots inconnus :\n\n« Ne fus-je pas à toi du jour où tu m'as vue? »\nAh! souviens-toi, j'ai vu, dans l'étang rencontré\nOù, penchée avec toi, je me suis apparue,\nComme un rêve de fleurs à mon front ignoré.\n                                                         8\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                                  — 106 —\n\n       Tu restes, malgré toi, le fiancé d'une ombre !\n       Partout, présent au cœur, invisible aux regards,\n       Mon souvenir te suit, fidèle comme l'ombre :\n       Tu n'en briseras point l'enchantement épars. »\n\n       Et, pour remémorer le charme que vous fûtes,\n       Au jardin de nos joies désormais calme et clair,\n       Sans doute un souvenir de lyres et de flûtes,\n       Très vague et très léger, s'éveillera dans l'air... »\n\n                                                    FERNAND SEVERIN\n\n\n\n\n      L'HOTELLERIE DE L'AMOUR\n                Cauchemar        hystéro-dramatico-burlesque.\n\n                                 (Suite et fin.)\n\n               Contre le mur où s'étend le lit, une horloge marque l'heure\n                dans la pièce voisine. J'écoute dans le silence de la nuit les\n                battements du balancier, qui par moments me font croire que\n                la muraille respire à mon oreille. Comme le temps marche!\nChaque pulsation du ressort me dit qu'une seconde s'est écoulée, et combien\nces pulsations se répètent rapidement I J'écoute sonner les heures. Il me\nsemble maintenant que l'horloge me gronde maternellement : « Pauvre\nenfant, tu l'aimes donc tant cette femme, qui te fait souffrir si cruellement!\nTu ne pourrais la quitter? Mais voyons, si tu essayais? » La bonne hor-\nloge m'endort de son tic-tac. Je crois que je suis un tout petit enfant que\nsa grand'maman berce, en chantonnant une vieille et bien douce chanson.\nJe me réveille quelques instants après. Cette fois, l'horloge me parle avec\nsévérité : « Il n'est pas permis d'être faible et sans volonté, comme toi! Tu\nes encore ici? Mais tu sais cependant que cette femme ne t'aime pas... ne\nt'aime pas. Elle se joue de ta faiblesse. »\n   Et je pleure de rage dans la nuit. Les larmes me brûlent la joue, cette\nsensation m'agace les nerfs. Pourquoi pleurer? Sans doute, l'horloge a\nraison. Mais, enfin ne pleurons pas, c'est trop bête. Comme je m'administre\ncette petite leçon, des sons lointains, que j'ai déjà entendus tantôt sans m'en\noccuper autrement, arrivent à moi, plus distincts. D'où peuvent-ils venir?\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                  — 107 —\n\nIls chantent discrètement à mon oreille, comme s'ils voulaient ne parler\nqu'à moi seul, et m'emplissent la poitrine d'une atmosphère exquise et dou-\nloureuse de fraîcheur juvénile. Des souvenirs d'autrefois m'assiègent\nl'esprit en fumées lentes. Un tableau du passé se précise peu à peu. Je\ncours avec d'autres enfants sur la rive d'un grand fleuve. Avec quel empor-\ntement nous jouons aux barres, et comme chacun de nous brûle de se distin-\nguer! Dans une allée, longeant le quai, une femme se promène, qui nous\nregarde de son sourire, et a l'air d'attendre la fin du jeu pour s'approcher\nde nous.\n    Le paysage apparaît baigné d'une buée mélancolique, irisée aux derniers\nfeux du soleil de transparences violettes presque liliales. On entend les\nmugissements des vaches qui rentrent à l'étable et le grincement criard des\nchariots qui reviennent bondés de la campagne. Des poules picorent dans\n une cour ; leurs petits coups de bec grincent sur le pavé sonore. La nuit\ndescend lentement dans la vallée. Voilà qu'elle endeuille le clocher ardoisé\n à forme bulbeuse de la grande église, et les rochers qui enrubannent le\n fleuve semblent reculer dans le ciel. Et une voix douce : « Allons, mes\n enfants, rentrons, il est temps. » Je me sens heureux et presque soulagé de\n pouvoir quitter les bords du fleuve où la nuit plonge. J'ai peur. « Rentrons,\n rentrons. »\n    O souvenirs d'enfance, pourquoi vous perdez-vous déjà dans mon cer-\n veau?\n     La musique fuyante que j'entendais tantôt et que je reconnais pour être la\n musique des glaçons du fleuve voisin, devient grondante sous le vent qui\n s'élève et maintenant emplit l'espace de plaintes glapissantes. Les glaçons\n se brisent avec fracas-. Une pluie torrentielle crépite ensuite sur les vitres et\n  sanglote dans les gouttières. L'ouragan se calme, l'eau s'épanche lentement\n  des toits sur le sol. Mais pourquoi ma respiration est-elle oppressée?\n     Ah! mon Dieu, je suis blessé, ce n'est pas l'égouttement de l'eau que j'en-\n  tends — la pluie a cessé depuis longtemps déjà — c'est l'épanchement de\n  mon sang, qui traverse les matelas et sonne sur le parquet. Je vais mourir.\n  La pensée de « la » réveiller et de lui demander du secours ne me vient\n  même pas à l'esprit. De nouveau, je suis plongé dans un état cataleptique.\n  Mais mon engourdissement ne m'empêche pas d'entendre toujours les\n  gouttes de sang qui résonnent. « J'ai donc tant de sang que je ne suis pas\n  encore mort. Si au moins le jour se levait avant que je rendisse le dernier\n   soupir! Voir encore une fois la lumière du soleil! »\n     Et je m'endors.\n      Lorsque je m'éveille, la notion du moi m'apparaît très confuse, un autre\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                                  — 108 —\n\nhomme s'est glissé en mon être ; le cerveau a changé, le sang a vieilli, des\nsensations nouvelles me glacent d'étonnement, il a neigé dans mon cœur.\n  La clarté éclatante qui s'épand de la baie de la fenêtre, où une araignée\na établi sa toile, attire mes regards. Une araignée. Je ne me demande même\npas comment il est possible qu'une araignée puisse vivre en plein hiver\ncontre cette vitre tapissée de givre.\n   « Belle araignée, lui dis-je, belle araignée verte et noire, reste bien\nimmobile au milieu de tes filets d'argent. Tantôt viendra une jolie petite\nmouche, aux ailes pailletées d'or... Mais en voici une! Est-elle assez\nmignonne ! Vois, belle araignée, comme la petite folle tourne et vole, en\nadmirant ta robe verte et noire Elle sera bientôt prise, tes regards perçants\ncomme deux diamants l'ont fascinée. La toile a tremblé, elle est prisonnière.\nEt maintenant, grosse araignée, glisse le long de tes fils, enserve ta\nvictime dans tes pattes crochues et que ton suçoir ne lui laisse pas une\ngouttelette de sang. Et puis, tu digéreras, mais ne t'endors pas, car d'autres\nmouches, petites et jolies, volent encore autour de toi, belle araignée,\nbuveuse de sang ! »\n  Mais où suis-je?\n  Cette question m'est à peine venue à l'esprit, que je me penche, sans\nregarder, comme poussé instinctivement vers Chiffonnette.\n  Ah ! quelle odeur !\n   Je me rejette en arrière. Mon baiser s'est enfoncé dans une chair glacée\net corrompue, il m'a semblé que sous la pression de mes lèvres plusieurs\ndents de Chiffonnette se sont détachées des gencives et sont tombées dans\nle gosier, avec de petits bruits sourds.\n   « Chiffonnette! Chiffonnette! »\n   Je la regarde, elle gît, les orbites et les joues déjà presque vidées, les\nlèvres rentrées, le nez pincé laissant suinter un filet de pus. Que cela sent\nmauvais !\n   Je veux escalader le cadavre pour sauter du lit, mais je ne parviens pas\nà étendre les jambes. Suis-je paralysé ?\n   Allons, décampe, puisqu'elle est morte !\n   Où sont mes habits? Je cherche. A un portemanteau sont pendus\nun domino rose d'une nuance fanée et un domino noir, dont le tissus me\nreste aux doigts lorsque je le touche. Ma main enfonce dans ces défroques\nvieillies, comme dans du papier brûlé.\n  Voilà un carnaval qui aura assez duré! pensai-je. « Rentrons dans la vie\nvraie. »\n  Comme je m'approche du lavabo, j'aperçois mon image dans la glace.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                  — 109 —\n\n   « Mais ce n'est pas moi ! m'écriai-je. Ai-je donc tant vieilli en une nuit !\nNon, je ne puis être ce vieillard qui me regarde d'un air surpris et navré.\nJe n'ai pas encore soixante-dix ans, hier encore j'en avais à peine trente.\nQu'ai-je fait de ma vie ? » Des petits rires malins éclatent à mes côtés. Je\nregarde autour de moi, intrigué. Les rires, qui se sont tus un instant,\nreprennent, saccadés et moqueurs, on dirait que la chambre en est\nremplie. Je ne vois personne, je ne trouve pas.\n   « Ici, ici ! » crient des voix gouailleuses, qui semblent sortir des armoires.\n   — Que me voulez-vous? demandai-je en tremblant.\n   — Nous sommes à ton service, me répondit-on.\n   J'observe ces deux armoires étranges, dont les moulures dissimulent aux\nregards deux inscriptions : « Pour les morts. » — « Pour les vivants. » Ces\narmoires n'ont pas de porte. Sur les montants du meuble s'étagent des\npetits tiroirs, portant chacun une étiquette. Cela rappelle assez bien les\nbornes automatico-vendeuses, qui livrent à volonté aux passants toutes\nsortes de marchandises, moyennant une pièce de monnaie.\n   Je choisis d'abord mes articles mortuaires. Il faut bien que je pense à\nChiffon nette!\n   Cercueil. — Je fais glisser le tiroir. Trois petits menuisiers, qui sem-\nblent vivre là parfaitement à l'aise, se dressent en me saluant. Ils prennent\ndans le fond du tiroir des planches et leurs outils, puis, sans perdre de\ntemps, ils saisissent une longue échelle, mais si longue qu'il me paraît\nimpossible qu'elle puisse tenir dans le meuble; puis les voilà qu'ils dégrin-\ngolent, effleurant les échelons du talon à la façon des clowns des panto-\nmimes burlesques. A peine ont-ils touché lesol, que ces féeriques Lilliputiens\ngrandissent, comme s'ils étaient mus par un ressort intérieur. Sans paraître\nremarquer mon ébahissement, ils se dirigent vers le lit, prennent les mesures\ndu cadavre à haute voix, et aussitôt se mettent à la besogne, dans un coin\nde la pièce, au pied du lit. Ils scient, ils rabotent, ils clouent avec une rapi-\ndité qui m'émerveille et me laisse néanmoins impatient de voir le cercueil\nvite confectionné. L'un d'eux fredonne une chanson gaie, qui semble entre-\ntenir le courage des deux autres.\n   « Ah çà ! cette histoire-là ne va pas me prendre tout mon temps ! »\nEt me retournant vers l'armoire, j'ouvre à la fois plusieurs tiroirs : « Spé-\ncialité de chambres ardentes », « Cirier », « Ordonnateur de pompes\nfunèbres ».\n   Ces petits messieurs, qui surgissent aussitôt, me comprennent sans\nque je desserre les lèvres. Ils glissent sur le plancher, en se servant également\nd'une échelle, et comme les menuisiers ils grandissent subitement dès que\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                  — 110 —\n\nleur pied a effleuré le parquet. Mais tout cela ne m'étonne plus ; cette méta-\nmorphose bizarre de poupée en homme me semble maintenant parfaitement\nnaturelle. Tous ces ouvriers s'empressent. L'un est déjà occupé à tendre les\nmurailles de longues tapisseries noires lamées d'argent, tandis qu'un autre\ndémonte le lit, puis dresse le catafalque. L'ordonnateur s'approche d'un\npanneau, où il découvre un téléphone que je n'avais pas encore vu, et donne\nses ordres au conservateur du cimetière.\n   « Monsieur, notre besogne est terminée, me dit un des menuisiers, pou-\nvons-nous fermer le cercueil? Ne désirez-vous pas regarder une fois encore\nles traits de madame? »\n   « Merci bien. »\n   « Eh là ! on m'oublie, » crie une voix sortant de l'armoire aux articles\nmortuaires.\n   « Je reconnais la voix du médecin légiste, » m'apprend l'obligeant\nmenuisier.\n   Je tire le guichet « Constatations légales » en présentant mes excuses à ces\nmessieurs, qui surgissent en bougonnant, le médecin en tête, suivi d'une\nphalange de bureaucrates, aux bras chargés de gros registres.\n   « De quelle maladie est morte madame? » me demande le médecin.\n   « D'un trop long amour, » répondis-je.\n   Et c'est fait !\n   Il est temps que je repense à moi ; c'est que je suis resté en une tenue peu\nprésentable. Je m'approche de l'armoire aux articles pour vivants et tire\nd'abord le guichet « Art de guérir ».\n   Elle est morte, c'est triste, mais je dois songer à ma santé.\n   J'ai bientôt auprès de moi un médecin très prévenant, qui m'ausculte et\nme fait parler longuement sur mon cas. « Ce ne sera rien, ce ne sera\nrien, » répète-t-il, dès que je lui laisse la parole. Il me conseille de porter\nun corset, j'y consens. Une seconde s'écoule et déjà je me sens le torse\npris dans une sorte de cuirasse flexible, que deux aides lacent avec une\nhabileté déconcertante. Le médecin écrit une série d'ordonnances, qu'il fait\naussitôt exécuter par un pharmacien, il m'adresse ses recommandations. Je\ndois prendre beaucoup de ménagements, suivre un régime, avaler telle\ndrogue d'heure en heure, gober certaines pilules avant chaque repas.\nMoyennant quoi, je rajeunirai.\n  J'appelle ensuite coiffeur, tailleur, bottier, chapelier, etc. Le coiffeur,\nrenonçant à tirer parti des quelques cheveux qui me restent, m'engage à\nporter perruque. Pendant que je livre ma tête vieillotte aux mains de\nl'artiste, les menuisiers, les ciriers, l'ordonnateur et tous les personnages\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                 —   111   —\n\n\n\n« mortuaires » qui m'ont aidé à mettre Chiffonnette en bière se retirent après\nm'avoir salué, ils ouvrent eux-mêmes le tiroir où ils. doivent disparaître.\nDès qu'ils ont touché l'armoire du doigt, ils rentrent en eux-mêmes, ils se\nreplient et reprennent leur taille de Lilliputien. L'un après l'autre ils\ngravissent les échelles qui se sont dépliées. Enfin le meuble se referme. Des\néclats de rire s'échappent de nouveau, en guise de dernière salutation,\npuis tout rentre dans le calme. Derrière moi, les grands cierges qui\nencadrent le cercueil grésillent lentement. Tous mes fournisseurs travaillent\nautour de moi, les ciseaux courent dans les étoffes, les aiguilles susurrent.\nLe coiffeur ayant achevé la confection de la perruque l'assujettit sur mon\npauvre crâne. On s'occupe de m'habiller. Maintenant je puis me regarder.\n   Ne suis-je pas correct? La taille bien prise, la tête droite, ma perrruque\nd'une chevelure abondante, les épaules rembourées. Je me fais à moi-\nmême l'effet d'un mannequin. Je n'ose marcher. Sot que je suis! Certaine-\nment, je passerai inaperçu dans le nombre.\n   Je me dispose à sortir, après avoir remercié mes fournisseurs qui déjà\nregagnent leur étroite demeure; j'ai absolument oublié Chiffonnette. Mais\nle cercueil, qui apparaît sous les clartés éblouissantes des cierges, me rap-\npelle à mon devoir. Je vais être obligé de la conduire au cimetière. Une\ndernière corvée 1\n   De nouveaux rires, qui s'échappent à ce moment de l'armoire mortuaire,\nme rendent cependant quelque espoir d'y échapper. En effet, j'ai oublié\nl'article « Personnel de confiance pour enterrements. Parents et pleureurs\nsur commande ».\n   Je m'empresse de faire glisser ce tiroir, d'où surgissent cérémonieuse-\nment une foulé de personnages correctement vêtus de deuil, à l'allure très\nrespectable.\n   « Ça lui fera de la famille ! » pensai-je.\n   Parmi ces personnes, qui déjà se sont rangées le long des lambris, à\ncôté du cercueil, se tient un vieux monsieur, qui me ressemble « à me\nméprendre ».\n   Le mari, sans doute.\n   « Mes compliments de condoléance, Monsieur ». Et, comme ferait un\nétranger, assistant à des funérailles par pure convenance, je salue les\nmembres de la famille et je m'esquive. Je rencontre dans les escaliers des\npersonnes à la physionomie contristée qui gravissent lentement les marches.\n   Comme je sors de l'hôtellerie, les voitures commandées pour l'enterre-\nment arrivent précédées du corbillard.\n   Tiens, ce cocher, mais c'est « notre » cocher de la nuit de carnaval. Il a\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                     112\n\nbeau baisser la tête, je le reconnais à son horrible nez rongé par un chancre.\n   « Ah! cocher des amours, ne cahote pas trop son pauvre cadavre! »\n  Je me sauve à travers la ville. Que l'air est doux ! Il me semble n'avoir\njamais respiré de ma vie, tant j'ai de bonheur à sentir mes poumons se\ngonfler dans ma poitrine. Que c'est bon ! Mes jambes sont vieilles, mais au\nmoins je suis libre maintenant. Libre ! Il est près de midi Allons déjeuner !\nEt j'entre dans une taverne. Je veux m'asseoir. Ah ! mes reins! mes reins!\nMais soignons-nous, comme le médecin nous l'a recommandé — et je tire\nde mes poches une collection de fioles et de boîtes. La force et la vie me\nreviendront bien, puisque la joie m'est rendue.\n  Après le déjeuner, je me promène de nouveau, cette fois lentement, au\nmilieu de l'animation enfiévrée qui me grise. Enfin le soir tombe, l'heure\ndu dîner approche, je ne songe qu'à manger. J'avale un médicament qui\nm'a été ordonné pour fouetter l'appétit. Aussi vais-je bien dîner, dîner\ncopieusement comme un jeune.\n  Au sortir du restaurant, je toussaille.\n  Eh! mes bronches!\n  —. Allons, mon vieux, va te coucher. L'air de la soirée te rendrait\nmalade.\n  — Où me coucher... Non, non, plus là !\n  Comme je traverse une place, j'entends un jeune homme qui, sautant dans\nun fiacre avec une femme, crie au cocher : « A l'hôtellerie de l'Amour. » Je\nveux le retenir, mais la voiture s'éloigne déjà.\n  Je découvre un hôtel, où je puis pénétrer, me semble-t-il.\n  — Une chambre, s'il vous plaît ?\n  — A un ou deux lits, Monsieur?\n  — A un lit, répondis-je presque furieux, à un lit, entendez-vous !\n  A peine entré dans ma chambre, je me déshabille en hâte et je me jette\nsur le matelas.\n  — Enfin, m'écriai-je, je puis donc dormir seul !\n\n\n   Le soubresaut que je fis dans mon lit me réveilla. Heureux homme que\nje suis, tout ce que j'ai pensé là n'est qu'un atroce cauchemar !\n\n                                                H E C T O R CHAINAYE    .\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                 — 113 —\n\n\n\n                             SONNET\n        Pâle comme un matin de septembre en Norwège,\n        Elle avait la douceur magnétique du nord.\n        Tout s'apaisait près d'elle, en un tacite accord,\n        Comme le bruit des pas s'étouffe dans la neige.\n\n        Son visage, par un étrange sortilège,\n        Avait pris dès l'enfance et gardait, sans efforts,\n        Un peu de la beauté sublime qu'ont les morts ;\n        Et le rire semblait près d'elle sacrilège. .\n\n        Triste, avec passion, sur l'eau de ces grands yeux\n        Le songe errait comme un rameur       silencieux...\n        Tout ce qui la touchait s'imprégnait d'un mystère.\n\n        Et, pensive, à ses doigts roulant ses cheveux fins,\n        Seule au bord de la mer, près d'antiques sapins,\n        Elle vivait pour la volupté de se taire.\n                                                      ALBERT SAMAIN\n\n\n\n\n                             HÉLÈNE\n                                   (Suite.)\n\n              La serre moite, baignée de fragrances troubles et de glauques\n               luminosités épandues çà et là parmi la contorsion des lianes,\n               des cactus hispides et des palmes frôlantes, traversée en trem-\n               blant, Hélène se trouva au seuil du parc, sous le sombre\ncristal bleuté du firmament lunaire, saisie par l'incisive beauté secrète de la\nnuit, la froide sérénité décourageante et trop sublime des astres... L'im-\nmobile contour, le noir feuillage verni et les ramures raidies des arbres,\nmarges de violentes buées magnétiques, profilaient leur relief exalté dans\nla lucidité terrible de l'air...\n   Ce halo sépulcral, l'extraordinaire albescence du décor énoncent la\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                                  —      114—\n\n\nperemptoire réprobation d'un augure ennemi et, effrayée, Hélène se\ndétourne pour rentrer au château; mais l'édifice, lui aussi, silhouette, au\nmilieu de l'insolite radiation de ces lueurs occultes, une surprenante figure\ninconnue aux arêtes rigides, et élance son hautain, inexprimablement, et\nquadrangulaire campanile qui étale sur elle et très loin une ombre com-\npacte et livide.\n   Au second étage, les tentures d'une fenêtre entr'ouverte transfusent les\nrayons jaunes et intimes d'une lampe; et vague, jusqu'alors, et immanente,\nla sensation s'aiguise et la déchire de son isolement devant la formidable\névidence, le vide hérissé et farouche du paysage.\n   Cette lumière d'intérieur que, malgré l'heure matinale constatée, un\ninstant auparavant, par le timbre aigrelet d'une horloge, son pauvre esprit\nversatile pouvait se légitimer, — cette unique et vive clarté, naturelle, au\nmoins, confrontée aux spectrales fumées qu'évaporait la terre, la secoua\nd'une poignante commotion, analogue au brutal réveil désorbité d'un\nsommeil somnambulique : — Ah ! certes, aucun fantôme, nulle crainte\nn'habitent l'atmosphère du studieux dont la laborieuse veille se perpétue\nderrière le luisant implacable de ces vitres! Attardé, sans doute, à une\nlecture ravie, à tel minutieux et patient travail aimé, sans relever jamais\nsa tête enthousiaste pour surveiller l'artificieuse neutralité, l'inquiète incer-\ntitude des choses, scruter les pâlissantes ténèbres, guetter la nuit blottie dans\nles encoignures, réfugiée entre les plis droits des rideaux et qui glace le\nchamp magique et sinistre du miroir ; — quelqu'un enfin respire là, fou\néquilibré, inaccessible à la tentation de brusquement écarter les châssis\npour, à l'irruption de la fraîcheur extérieure, attiser sa frissonnante insom-\nnie, l'embellir de rêve artificiel et de contraste à la fantasmaturgie impré-\nvue du site lunatique. La crise et la fièvre ici, sous la transparence con-\ngelée, l'affreux éclat nocturne et, là-haut, inexpugnable et dédaigneuse,\nignorante ou même incrédule des funèbres mystères du dehors, l'abstraite\nméditation, paisiblement poursuivie, d'un qui dérobe quelques heures à la\nsociété frivole et à l'importunité, dont la volonté vigoureuse les conquiert\nsur le monde et sur la mort...\n   Mais, à se remémorer Delzire logé en cette aile du manoir, la nostal-\ngique vision tranquille, les chaudes teintes réconfortantes du tableau\nesquissé à peine, ternissent et se volatilisent... N'empiète-t-il point sur le\nrepos et l'hygiène, afin de jouir de la plénitude, sans contrariété et\nrecueillie, de sa pensée, extasié à l'eurhythmique et libre essor, à la gri-\nsante rectitude de sa pensée, dont le sillage intrépide partage inflexiblement\nl'onde impuissante et l'ouragan dompté ; beau navire, à la souple et fié-\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                 — 115 —\n\nchissante mâture, voguant, toutes voiles dehors, loin des bourrasques\nsentimentales...\n    Le damas des tentures hermétiques sauvegarde contre l'imminente résur-\nrection du jour exécré, garantit de l'intrusion abominable de l'aube\npositive, l'être singulier et cher... Cher! bien davantage depuis cette infran-\ngible contristation, l'interne plaie morbide, enflammée et saignante, de son\ninexplicable courroux.\n    Intolérable supposition ! et qui remorque Hélène vaguer parmi les sem-\npiternels corridors de cette maison assoupie, ainsi qu'une âme en peine...\nUne âme en peine! comme des mânes négligés et maudits, plutôt, le piteux\net criminel revenant qu'un anathème poursuit, inéluctable — et dont, seule,\nune expiation peut l'affranchir, qu'il ignore...\n    « J'avais résigné mon vouloir, donné à ma faiblesse un tuteur; l'appui\nme raffermissait d'un généreux et indulgent aîné; la familiarité m'enor-\ngueillissait de ce ferme esprit, taciturne à force de souvenirs et dont le\nmutisme, souvent, me semblait célébrer d'affreux anniversaires : néfastes\néphémérides desquelles, je crois, ma compagnie édulcorait la suffoquante\namertume, de même qu'un enfant console, par son unique présence, des\ntristesses qu'il ne comprend pas...\n    « Et, à mon tour, me voici griffée d'appréhensions, — décevantes, je vou-\ndrais me le persuader ! — mais, l'amour perfide débilite l'infortune de ses\nvictimes d'un surcroît de perspicacité!.. La tromperie à l'aide de laquelle\n Delzire veut prévenir et dépister mon chagrin, trop visible, désormais,\nvérifie mon pressentiment et, mieux encore, la contrainte nouvelle qui\n m'interdit, à présent, à ses côtés... Heurter hélas! et écorcher sa tendresse\n au réfrigérant fallace de manières indéfinissablement perverties, décoration\n poncive de courtoisie, superficielle, et qui masque la ruine béante et le\ndécombre ; se voir saluée de rétrospectives paroles, expressives de senti-\n ments posthumes, de bienvenues haïssablement affables, transposées dans\n l'atonie incurieuse et le cérémonial.\n     « Apparences si spécieuses qu'elles engendrent un doute, auquel leur\n fourberie certaine interdit de se formuler. Dénouement sans rudesse ni\n violence, mais escarpé, inexpugnable à une interrogation; élaboré par le\n tolérant esprit impartial d'un dépassionné et que le sourire las, stéréotypé\n sur les lèvres amincies de Delzire, indique à peine... Survivance transitoire\n des gestes d'une affection défunte, habitude à dessein entretenue pour\n  m'éviter la chute inopinée et l'émoi; ménagements ingénieux d'une déli-\n catesse affinée que guide une âme rompue et experte à la douleur, noble\n  follement et, malgré une si rigoureuse conduite, irréprochable... A quoi\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                                 — 116 —\n\nbon quémander un explicite verdict qui n'atteindrait jamais cette douceur\nirrévocable; infructueuse supplique, au reste, éludée d'un mot évasif; puis,\npourquoi humilier sa franchise, l'assujettir à un inutile mensonge?\n   « Malencontreuses aspirations, consternées dès leur initial élan vers\nl'avenir séducteur, transpercées d'une blessure féline dont les stigmates\nputrides sueront, sans cesse, dorénavant, un sang appauvri; car ma vie et\nmon amour courent des malechances jumelles. »\n   Sous la morne effulguration de l'éther boréal le panorama brisait ses\nlignes anguleuses et rigides, répugnant d'inertie hagarde et morfondue; les\nondes congelées de l'étang, liquéfiées par zones et d'où sourdaient de mal-\nsaines buées phosphorescentes, réverbéraient la contorsion des saules\ndéfeuillés de la rive et la massive et trouble image du château. Ce spectacle,\nparmi lequel elle se devinait en quelque sorte intruse; — l'ostracisme\nbarbare dont la patrie de sa première félicité, à cette heure la pourchassait;\n— l'animosité manifeste, enfin, des choses, subornées par des maléfices,\nsans doute, — accablèrent Hélène.\n   Ah! une fois encore entendre cette voix vivante, le verbe lénitif et\nsavoureux, le suggestif oracle qui conjurait son extravagance et sa jalousie!\nSentir de nouveau la calmante caresse sur son cœur amaigri et fol, de la\nmain miraculeuse qui en régularisera les pulsations paniques... Mais toute\nréminiscence s'est déçue, oui, la résonnance affaiblie, même, et jusqu'au\nchantant écho des promesses de naguère.\n   Et le prodige est épuisé, aussi, de l'époque où la jeune audace, la très\npure témérité osaient une démarche insensée, sanctifiée de sa candide\ncrânerie impromptue; car, réitérée aujourd'hui, elle prendrait un impos-\nsible sens dont Delzire aurait horreur et mépris...\n   Elle rentra, fit lentement tourner sur ses gonds la haute porte épaisse;\nmais échappant à sa frêle prise, le lourd battant se referma avec un heurt\nretentissant et lugubre; et, escaladant la large cage, l'obscur vide sonore\nde l'escalier, le bruit répercuté parcourut les paliers et les corridors,\nrebondit contre toutes les portes, gémit longuement dans les greniers ver-\nmoulus et les combles, puis, essoufflé, redescendit en rasant les murailles,\nexpira...\n   Transie, la frénésie qui teignait l'absurdité de ses actes d'une espèce de\nlogique, disparue, — elle attendait la fin du vacarme dont tout le vétuste\nédifice vibrait, — honteuse et larmoyante, comme si, subitement arrachée à\nun sommeil anesthésique, éblouie, les yeux clignotants, elle s'était aperçue\nnue, en proie à l'investigation cynique et badaude d'une foule.\n   Hors d'haleine, frissonnante, elle remonte en courant, craintive d'ouïr\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                  —   117   —\n\n\nquelqu'un, réveillé et alarmé,par le tapage, se lever, s'enquérir; mais, sans\nencombre, elle traversa la solitude claustrale des couloirs blêmes : cepen-\ndant, derrière ces uniformes cloisons, à quoi rêvent donc les gens ou s'ils\ndorment?...\n  A l'entrée de sa chambre, elle eut un sursaut et un cri, pensa s'évanouir\nà l'aspect inopiné de diffuses et géantes silhouettes installées devant les\nfenêtres, — les larges plaques poussiéreusses et grasses, l'humide et dépri-\nmante lueur de l'aube livide...\n\n\n                                      VII\n\n   Souvent depuis, Delzire s'accompagnait de Réginald à la réunion mati-\nnale ; désappointée et nerveuse, alors, très accaparée par sa marqueterie,\nHélène réussissait peu à surmonter son humeur, à affecter quelque enjoue-\nment, comme si la présence complotée de son frère ne lui corroborait\npoint, en effet, l'âpre et strict dessein évidemment conspiré : se rendre inac-\ncessible, fermer toute brèche à une explication ; spécialement, neutraliser\nl'unique tête-à-tête qu'ils se fussent, jusqu'alors, ménagé... Chaque jour,\nbientôt, Réginald survint en tiers à cette entrevue, désenchantée, dès lors,\net banale, sans plus rien de l'un peu buissonnière et peureuse intimité\nclandestine, dérobée à l'inquisition tracassière de M me d'Isoeil, qui en cons-\ntituait l'inoffensif délice...\n   Les matinées refroidies d'octobre les trouvaient fidèles, quand même, par\nune façon de religion attristée, à leur habitude, déchue de son prétexte essen-\ntiel, à cette heure, et languissante. Frileuse, malgré les fourrures inaugurées\npour cette promenade, dont ellesavourait la réalité assombrie comme un sou-\nvenir, déjà, ainsi que la commémoration nostalgique d'une allégresse rétros-\npective, la solennisation pieuse et inconsolable d'une période de sérénité, de\nplein ciel, désormais révolue, — Hélène, songeuse, travaillait à cet ouvrage\nentrepris deux mois auparavant, et parmi les mailles entrelacées duquel elle\ndéchiffrait de navrants hiéroglyphes, la trace — l'origine, l'apogée et le\ndéclin hâtif de cet amour d'une saison, victime prématurée d'une anémie\ninconnue et sans remède.\n   Et, répit singulier à sa peine et à son dénûment, elle évoquait l'inéluc-\ntable instant, où l'affligeante heure actuelle, dès longtemps échue, résur-\ngirait magnifiée dans sa mémoire sous le rayon oblique, avec l'attrait et le\nrelief irritant du regret.\n   Delzire, debout là devant elle, aurait quitté Isoeil, sans dénouer l'inso-\nluble mystère dont elle resterait le perpétuel otage; car ses ambitions\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                                   — 118 —\n\nfutures n'en garderaient-elles point une infirmité ; sa pensée, une sourdine?\nfleurs nativement décolorées et chétives, de s'être épanouies à l'ombre\nopprimante du chêne.\n    Et d'assonantes réflexions antérieures de Delzire, impérieuses, se ravi-\nvaient, qu'elle ne se croyait point destinée à si tôt comprendre et si absolu-\nment :\n    « C'est ainsi que, moi, j'aime à souffrir!... La noblesse du souvenir et\nsa douceur entière, la simple mélodie, puissante et monotone, le choeur\neuphonique dont il accompagne notre âme dolente, et qui, s'il insiste et\naccentue la voix, la galvanise tout à coup et l'exalte, proviennent de ceci,\nque l'accidentel — joie, qu'importe ! ou revers, — rappelé, se restitue\ntransporté dans la spéculation, intangible et corrigé de désir positif, de\nvolonté et de passion immédiates et formelles ; si vidé, enfin, de vanité et\n d'orgueil, même régressifs, qu'à laisser le passé soustraire notre attention,\n quels que soient les faits ou le laps régénérés, c'est toujours comme la\n résurrection d'un temps où nous étions meilleurs...\n     « Les avanies, les lâchetés et les disettes de l'abrupt sentier dépassées,\n et les larmes, — à mi-côte, nous relayons ; et, contemplés de cette altitude,\n notre pèlerinage ardu et poudreux, la triviale contrée insipide où cheminait\n notre hargneuse détresse s'estompent dans la perspective, des ardentes et\n sourdes somptuosités de la nuit prochaine, participent du faste prodigue\n et de la paix du crépuscule enflammé...\n     « La paille et l'ivraie rejetés, la saine semence, certes, suscitera d'autres\n  et plus riches moissons : ainsi, la mortification passagère des événements\n  nous fuira, et leur leçon seule, un résidu, un insigne, persisteront, consubs-\n  tantiels à notre imagination, mais affranchis de notre propre personnalité,\n  haussés, par ce motif, jusqu'au désintéressement et l'équité. »\n     Dans l'aridité de leurs rapports, mainte fois, une poignée de mains plus\n  appuyée, un fortuit coup d'œil expressif, un imperceptible répit à l'outra-\n  geuse négligence de Delzire, provoquaient en elle une éclosion, un délire\n   de turbulentes espérances dont, à sa conviction, le lendemain même elle\n   récolterait les fruits... Et sa fantaisie excitée s'inventait tout le minutieux et\n   béatifiant détail de cette journée; l'enjouement un peu frondeur encore de\n   Delzire; l'explication entrecoupée, d'abord, puis rieuse de sa peine; la ver-\n   gogne de s'être ainsi et bien longtemps fourvoyée ; confession qu'il absou-\n   drait d'une plaisanterie affectueusement caustique... Comme, ensuite,\n   malgré le rude autan et la bise aigrelette, le lac grisâtre tout à coup\n   éblouirait, sombre et soyeuse rétine où se peindrait la communion des bois\n   fervents avec le ciel enfin réconcilié...\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                 —   119   -\n\n\n   Mais lorsque, à l'heure prédestinée, à l'approche de leur banc, elle perce-\nvait la voix vive de Réginald, ses yeux désappointés se voilaient, elle chan-\ncelait, prête à rétrograder devant cette déconvenue peu surprenante, mais\nà la cruauté réitérée de laquelle elle ne s'endurcissait point.\n   Vers le déclin du mois, ainsi, un matin, sautillante, dupe volontaire\nd'une de ces vagues et précaires illusions, en dépit des averses visqueuses\nqui avaient gâché les avenues, elle descendait les marches du perron ; mais\nDelzire et Réginald déjà revenaient :\n   — Il fait insupportable dehors! cria le premier.\n   Hélène le regarda fixement :\n   — Mais oui, nous rentrons, affirma-t-il simplement.\n   A pas précipités, elle regagna sa chambre, où le désordre encore tiède de\nson lever hâtif, de son expéditive toilette, si éjouie, un quart d'heure aupa-\nravant, et grisée d'images vermeilles, le contraste trop acerbe avec tout ce\nréveil anticipé par l'instinct et l'appétence du bonheur, la firent éclater en\ndéraisonnables et convulsifs sanglots.\n                                                     ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n                                VERS\n                   LE RENONCEMENT DES ROIS\n\n         La cité radieuse et pleine de jardins\n         S'ouvre au profond rayonnement du ciel d'automne,\n         Que les nuages, blancs, dorés, incarnadins,\n         D'un turban d'or, de pourpre et de perles couronnent.\n\n         Beau ciel pensif, courbé comme les rois hindous\n         Sous la mort méditée et l'immuable espace,\n         Le Nirvana remplit tes yeux vastes et doux,\n         Las de ce qui viendra, comblés de ce qui passe.\n\n         Dans leur renoncement tout chargé de joyaux,\n         Les rois songeurs ont plus de calme qu'un ascète.\n         Leur dédain, ruisselant sur leurs saphirs royaux,\n         Exhale une froideur plus sûre et plus parfaite.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                     — I20\n\nFuir l'ivresse dans l'indigence et dans la mort,\nLes voluptés et les splendeurs dans la torture,\nO fakirs mornes, c'est les redouter encor :\nLa haine peut finir, c'est le dégoût qui dure.\n\n\n\n        VISION D'UN MATIN D'HIVER\n\nLa mer brumeuse avec de frais soupirs s'éveille...\nAu creux des écueils roux semés d'algues, le ciel\nMire dans l'eau l'azur voilé, spirituel\nOù la nuit opalise encor l'aube vermeille.\n\nLe vent pur d'un matin religieux d'hiver\nEffleure dans l'air froid les neigeuses collines.\nBleus clochers des hameaux lointains, fermes voisines\nDorment paisiblement dans le matin désert.\n\nSeul, dans l'intensité de mon mystique rêve,\nJe crois voir aux champs nus par le givre emperlés,\nErrer, telles que des rayons immaculés,\nDes âmes qu'au ciel clair parfois un souffle enlève.\n\nEt, tout à coup, sur l'orient blême et pareil\nAux lueurs qu'un mourant miraculeux      exhale,\nBrûle, rouge, et au milieu du grand disque d'or pâle,\nLe cœur de Jésus-Christ dans le chaste soleil.\n\n\n\n            SENSATION D'AUTOMNE\n\n\nL'allée étroite et grise où l'ombre des grands pins,\nComme un léger nuage, errante sur le sable,\nImite mes pensers et mes vœux incertains\nDans leur ombre et leur délicatesse impalpable,\n\n Monte vers un massif de chrysanthèmes d'or,\n De pourpre pompeuse ou de neige blanche et rose,\n Riches comme le sceptre ouvragé de la Mort\n Ou frais comme son front de prêtresse morose.\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                          121\n\nLes arts décourageants et les dogmes fanés\nOnt la triste splendeur des floraisons    d'automne\nQue baignent doucement les rayons émanés\nD'un ciel inexprimable, effrayant,     monotone.\n\nLa beauté du grand ciel voilé tente et fait peur.\nIl inspire un horrible amour de sacrifice\nEt son sublime ennui rend désirable au cœur\nL'infini désespoir et l'éternel supplice.\n\n\n\n   EN MARCHE VERS LA SECONDE MORT\n\nDans les plaines du Paradis où coule un fleuve\nAux flots baignés de calme et frais comme la nuit,\nLe Verbe de lumière en méditant conduit\nLes Elus aux douleurs d'une suprême épreuve.\n\nCes rois de vérité, ces Elus au front d'or\nEcoutent murmurer les eaux sombres et pures\nOù tremblent des reflets d'herbes et de ramures,\nLes eaux du fleuve immense et doux comme la mort.\n\nL'un d'eux porte et soulève une rouge oriflamme,\nBelle autant qu'un martyr sanglant et déchiré\nDont le corps, par un feu céleste dévoré,\nCommunique aux bourreaux l'extase qui l'enflamme.\n\nHors le brûlant drapeau tout est paisible et frais    :\nLe fleuve magnifique et le bruit de ses ondes,\nEt l'air sereinement paré de vapeurs blondes\nEt l'odeur que répand l'éternelle forêt.\n\n\n\n                  AUX DÉLIVRÉS\n\n O songeurs délivrés, immobiles et purs\n Comme un brûlant rocher sur un plateau stérile,\n Vous qui trouvez la chair moderne puérile,\n Contemplant le monde et la mort en dieux futurs,\n                                                          9\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                              — 122 —\n\n        Telle que sont fermés les sceaux des grands arcanes,\n        Votre bouche demeure impassible et se tait,\n        Comme l'espace libre et l'infini muet\n        Votre sagesse n'est que silence aux profanes.\n\n        Vous êtes d'ans la vie innombrable incarnés,\n        Comme le Mouvement, le Verbe et la Lumière,\n        Dieu vous a mieux livré l'esprit et la matière\n        Que si de votre extase ardente ils étaient nés!\n\n        Epanouissez-vous dans les métamorphoses\n        Des peuples, des saisons, des astres, des douleurs,\n        Que de vos sourds désirs les soleils soient les fleurs,\n        — Et restez inconnus, car vous êtes des Causes.\n                                                 ALBER JHOUNEY\n\n\n\n\n            POUR UNE QUE JE SAIS\n               Voici longtemps que tinte, longtemps,\n              Le glas morne de mon défunt rêve.\n              Il tinte dans mon âme sans trêve,\n              Et j'ai beau fuir au loin, je l'entends\n\n              Qui sonne! O toi que l'on disait bonne\n              Et qui tuas mon doux rêve, las!\n              Sauve-moi de l'horreur de ce glas,\n              Donne-moi le silence au moins, donne!\n\n              Tu voudrais, tu ne peux. Tout remords\n              Serait vain, toute pitié si vaine.\n              Pleure avec moi : nulle force humaine\n              N'étouffe le glas d'un rêve    mort...\n\n              Et pourtant comme un espoir se lève :\n              Le glas s'est tu pendant que tes yeux\n              Souriaient aux miens, mystérieux.\n              Mon rêve ressuscite, mon rêve!\n                                            MAURICE     DULLAERT\nMai 1893.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                     —    123 —\n\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   Fleurs du Mé-Kong, par MAURICE OLIVAINT, I vol., chez Lemerre, éditeur à Paris. —\nL''Agonie du Soleil, « Les Joies grises », par CHARLES GUÉRIN, I vol., chez Ollendorff,\néditeur à Paris. — Le Verbe Auroral, par JOSÉ HENNEBICQ., I vol., chez L. et A. Godenne,\nà Malines.\n\n\n\n             Voici M. Maurice Olivaint qui offre au public un bouquet de\n               fleurs de l'Extrême-Orient : les Fleurs du Mé-Kong. S'il faut\n              en croire la dédicace, M. Olivaint aurait véritablement rimé là\n              plupart de ces pièces dans l'Indo-Chine. Plusieurs petits poèmes\nsont datés d'endroits aux noms barbares, qui évoquent des visions d'atlas et\nde cartes géographiques. Mais les vers de M. Olivaint n'évoquent rien de plus.\nSes fleurs du Mé-Kong sont des fleurs artificielles : c'est a peine si parmi\nces corolles de papier peu coloré se cache de-ci, de-là, une fleurette à demi\ndesséchée, que l'on peut croire cueillie sur des rives lointaines. L'exotisme\nde M. Olivaint est tout à fleur de peau. Quand son sampan vogue sur les\neaux tranquilles du Mé-Kong, l'auteur pense au bois de Boulogne, aux\npremières de l'Opéra ou bien au Grand Prix de Paris. Rien ne donne mieux\nla synthèse des Fleurs du Mé-Kong que le sonnet suivant :\n\n                                     EN SAMPAN\n\n               Oh! la si douce nuit! — Sous les palétuviers,\n               Où brille le ruisseau silencieux et lisse\n               Qu'effleurent dans leur vol marabouts et pluviers,\n               Le sampan nonchalant comme une ombre se glisse.\n\n               L'aviron fait jaillir l'onde en gerbes d'argent\n               Sous le chétif effort des rameurs    annamites\n               Qui balancent leur corps d'un jarret     négligent,\n               En murmurant leurs chants d'amour ou leurs vieux       mythes.\n\n               L'immuable bonheur plane sur l'univers,\n               Bonheur pur et gratuit que, toujours bienfaisante,\n               A tous les simples cœurs la nature présente.\n\n               Et là, si près de Dieu, mon souvenir pervers,\n               Soucieux, malgré tout, du plaisir qui s'achète,\n               Revoit la Vacherie et le café Vachette.\n\n   Tout le monde verra là la Vacherie. Laissons les Annamites murmurer\nleurs vieux mythes et passons.\n   Nous voici devant l'Agonie du Soleil de M. Charles Guérin, qui\ns'appelle aussi à l'occasion Heirclas Riigen. L'Agonie du Soleil, promet\nd'être longue; M. Charles Guérin ne nous en donne aujourd'hui que la\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "                                  —   124 —\n\npremière partie, sous ce titre : Joies grises. M. Georges Rodenbach a\nélucidé ce titre à l'aide d'une préface où il déclare que ces joies grises lui\nont rappelé des matins de mai en Flandre. Voilà un soleil dont l'agonie\ncommence de bonne heure. M. Rodenbach semble reconnaître, d'ailleurs,\nque la poésie de M. Guérin n'est pas des plus claires : « Ici, dit-il, tout est\nchuchoté, comme dans une confidence d'âme, fluide et frais comme une\neau qui sort du mystère de sa roche originelle et commence de couler, se\ndivulgue, s'ébruite, incertaine de son avenir, indifférente, peut-être... Mais\ncette eau qui s'épand, on la sent blessée,'elle a une tristesse humaine, \"\nPauvre eau blessée! Pourvu qu'elle n'ait point reçu quelque grand coup\nd'épée!... Mais ouvrons le livre. Nous y trouvons d'abord une série de\nsonnets adressés aux nombreuses dulcinées du poète. Peut-être la quantité\nde ces dames l'emporte-t-elle sur leur qualité, car le poète demeure triste\ndans son harem. Peut-être ne doit-il s'en prendre qu'à lui-même ; car il ne\ns'est guère mis en frais d'imagination pour captiver le cœur des belles.\nVoici tout ce qu'il trouve à offrir à M lle Daïmi, une petite Japonaise :\n\n               J'ai de plus beaux palais que ceux du Mikado;\n               Je suis riche, je peux t'offrir comme cadeau\n               Les rubis ou les diamants taillés en gemme.\n\n  L'auteur est vraiment bien bon de lui offrir ces pierreries « comme\ncadeau ». Mais qu'est-ce que tailler des gemmes en gemme ?\n  D'une autre dame, l'auteur déclare musicalement que :\n               Son charme a la palme calme des chastes       choses.\n\n  A une troisième, il voudrait « dire une chanson qui la pénètre », — ce\nqui pourrait manquer de discrétion. Puis, vient l'heure des remords. Le\npoète s'écrie :\n               O mon Seigneur! c'est vrai; j'ai commis      l'adultère,\n               Je me suis enivré de la femme    d'autrui.\n\n  Le second vers prouve que le pénitent se rend un compte exact de la\nnature de sa faute.\n  Ailleurs, notre auteur est moins précis :\n                   Toutes les voluptés s'enroulent en spirale\n                   Et dans l'air parfumé vibrent en la bémol.\n\n   Ce petit coquin de la bémol 1 Jusqu'à présent nous ignorions ses fre-\ndaines! Quant aux voluptés enroulées en spirales, elles nous ont fait lon-\nguement rêver.\n   Il y a pourtant quelques bons vers dans ce gros volume. Nous espérons\nen trouver davantage dans la seconde partie de l'Agonie du Soleil.\n   Le Verbe Auroral de M. José Hennebicq est un début; aussi ce petit\nlivre n'est il pas exempt de faiblesses. Mais dans les pièces les moins bien\nvenues, au milieu des défaillances de la versification et de la rhétorique, se\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                   —   125 —\n\n\nglissent des vers d'une belle allure, qui font bien augurer des facultés poé-\ntiques de l'auteur. Son imagination est riche et parfois son verbe est précis.\nSon langage est souvent harmonieux. Citons la pièce intitulée : A celle qui\nserait élue par le Destin :\n               J'élèverai pour vous un grand Palais d'ivoire,\n               Aux portes d'argent sombre incrusté de béryls;\n               Vous aurez pour esclave une panthère noire\n               Et des harpes diront vos charmes puérils.\n               Des chimères d'airain veilleront aux portails,\n               Des dragons et des sphynx ailés de calcédoine\n               Emerveilleront  d'or l'argent lourd des vantails :\n               Je ceindrai votre front d'onyx et de sardoine.\n\n               Vous aurez des serpents familiers à vos signes,\n               Des jets d'eau de cristal et des lacs de lapis,\n               Où parmi les lotus sommeilleront des cygnes,\n               Vous aurez des jardins séraphiques de lys.\n\n               Et vous aurez mon Cœur de doute et de douloir\n               En holocauste dans ce grand Palais    d'ivoire;\n               Et vous aurez mon Cœur griffé de désespoir\n               Qui voudrait vous aimer et qui ne peut y croire.\n\n  Voilà de bons vers qui en font espérer d'autres, meilleurs encore.\n\n                                                              IWAN GILKIN\n\n\n\n\n         CHRONIQUE ARTISTIQUE\n           Pour l'Art. — Au Musée et à l'Hôtel de Ville.\n\n\n             I1 y eut, en cette seconde exposition du cercle Pour l'Art, une\n              salle particulièrement consacrée aux arts décoratifs. A la\n              place d'honneur, qui lui revenait assurément, triompha\n               M. Emile Galle.\n   M. Galle est un fertile inventeur d'ornements et un exécutant qui a\nl'amour et la recherche de la perfection. Céramiste et verrier, il crée à la\nfois, comme du même coup, la forme et la décoration. Partant du même\nprincipe que les Japonais, qu'il n'imite d'ailleurs pas, il puise directement\nà la nature, étudie avec une application minutieuse et passionnée les végé-\ntaux indigènes. Les organes des plantes les plus communes, fleurs, fruits,\ncorolles, capsules, lui fournissent les formes les plus rares, les plus exquises,\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                                   126\n\n\n  les plus nouvelles. Pourquoi citer ici les Japonais? A toute époque, à toute\n  belle époque, du moins, n'a-t-on pas fait comme eux ? Les Egyptiens ont eu,\n  par exemple, leur lotus, les Grecs leur feuille d'acanthe, les Gothiques\n  leur chou frisé, et certes ces motifs ne furent pas les seuls qu'ils interpré-\n  tèrent, loin de là. Mais les Japonais, plus naturalistes et moins soucieux de\n  symbolisme et aussi de symétrie, explorèrent beaucoup plus librement le\n  monde des formes végétales. M. Galle se modèle sur eux en ceci, et l'on\n  dirait qu'il se propose d'introduire toutes les espèces, y compris, les espèces\n méprisées et méconnues, dans l'arche de' son art, qui ressemble à une\n  boîte de botaniste.\n     En ceci donc, il inaugure un style, qui se retrouve dans la décoration de\n ses meubles à mosaïques, à incrustations de bois polychromes. On ne peut\n dire la même chose si l'on considère leur architecture, à en juger du moins\n d'après les deux spécimens exposés, un buffet à deux compartiments super-\n posés, Les Fruits de l'Esprit, et une armoire-étagère, Voyez ce queje vous\n apporte : des fleurs mauvaises de la terre. Le dernier est japonais ; le\n premier est quelconque, mal construit pour son utilité, peu commode. Ce\n que nous admirons dans ces meubles, c'est leur décoration ingénieuse, à\n laquelle nous reprocherons pourtant de ne produire tout son effet que si\n l'on met le nez dessus.\n     M. Gallé est encore un inventeur de colorations. Les nuances infiniment\n délicates de ses bois et de ses pâtes opaques ou translucides, à une seule\n couche ou à couches diverses, sont composées suivant un goût très original.\n Sa gamme ordinaire est une gamme de notes fanées, assoupies, alanguies,\n défaillantes, où dominent les teintes de vapeurs ou de ténèbres, et les lilas,\n les mauves, les pourpres violacés, les rouilles, les tons en deuil des sca-\n bieuses. Telle verrerie fait penser à la neige ou au givre, à l'ambre ou à\n l'écaillé, telle autre est nocturne ou sous-marine.\n    Tout cela s'ordonne en vue d'exciter certaines imaginations plus ou\n moins précises, de parler à l'esprit, d'évoquer, de suggérer des sensations\n et des pensées. Dans une harmonie de nuances ou de lignes, l'artiste\n cherche une équivalence psychique. Comme un musicien, il suscite un\n rêve d'une nature particulière. Le thème décoratif, emprunté à la nature et\n appliqué à la destination de l'objet comme chez les Japonais, est en outre\n expressif et symbolique. Ce symbolisme attribué à des meubles, à des\n vases, est chose neuve, surtout si l'on en fait, comme M. Galle, un système\n rigoureux. Il va, lui, jusqu'à imposer aux objets créés des noms, mots,\nphrases,textes, devises, vers, par lesquels s'en affirme la spiritualité, comme\ns'affirme par le baptême la spiritualité des cloches. On pourrait se demander\nseulement si cette méthode ne définit pas trop, n'arrête pas trop la signifi-\ncation, ne circonscrit pas outre mesure le champ du rêve. Ne confère-t-elle\npas aux choses une âme invariable, autonome, au lieu de l'âme mobile que\nle contemplateur se plaît à lui infuser au gré de son caprice, changeant\ncomme la lumière ou comme l'heure?\n    A M. Galle se rattachent étroitement deux autres artistes de Nancy,\n M; Camille Martin, qui exposait un buvard en cuir ciselé, chardon et\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                   — 127 —\n\n\nfeuille morte, et M. René Wiener, relieur, qui interprète finement par. le\nstyle de ses compositions, par les couleurs, par les matières employées,\nl'essence intellectuelle du livre. M. Prouvé a; décoré de même façon, une\ncouverture pour les Aveugles de M. Maeterlinck. La charmante spécialité\nde M. Roche est l'aquarelle estampée. Sur un papier de luxe où l'estam-\npage donne aux formes dessinées un très léger relief, M. Roche étend des\nteintes très douces, relevées çà et là par des notes vives. Le plus souvent il\nexplore le monde infime des bestioles, des graminées, des petites pousses;\nquand apparaît la forme humaine, des lignes très pures l'enveloppent.\n   L'art appliqué sollicite plusieurs membres du cercle ; mais il n'en est que\ndeux qui s'y adonnent exclusivement. M. Herbays fait des ferronneries,\ntrop lourdes et trop accrochantes. Le vitrail de M. Thys a du style et un\nbeau coloris. Nous lui reprocherons cependant un sertissage qui contrarie\nles lignes, et l'emploi des modelés. C'est un abus, qui date du XVIe siècle,\nmais qui est un abus tout de même; pour être peint, un vitrage n'en doit\npas moins conserver sa nature de cloison.\n   Dans ce vitrail de M. Thys, dans une autre œuvre d'art industriel, la\ntapisserie de M. Fabry, s'accusent en même temps la tendance ornementale\net la tendance idéaliste ou symboliste qui dominaient à cette exposition,\ntandis que la tendance réaliste y était reléguée à l'arrière-plan. Pour\ndiverses qu'elles sont, ces deux conceptions d'art s'allient fort bien, étant favo-\nrisées par les mêmes procédés. Ainsi toutes les deux emploient le plus possible\nla puissance d'expression des lignes, des contours, des tons plats. Sous leur\ninfluence, nos artistes flamands sontibrcés de se préoccuper de qualités que\nleur seul instinct ne leur fournit pas d'habitude, comme il leur fournit le\ndon de la couleur : c'est, d'une part, le goût dans la composition, de l'autre,\nla science du dessin. En ce qui concerne spécialement l'idéalisme ou sym-\nbolisme, il faut ajouter que, sans être la version picturale d'une œuvre\nlittéraire, comme plusieurs se l'imaginent, il n'en requiert pas moins, pour\nexister seulement, une forte dose d'intellectualité.\n   Composition, dessin, intellectualité, le mouvement présent de l'art peut\ndévelopper tout cela chez nous, et ce ne sera, certes, pas un mal. La diffi-\nculté est de concilier cet apport nouveau avec nos dons traditionnels;\njusqu'à présent l'équilibre désirable n'est pas obtenu.\n   Tels artistes, par exemple, manifestent de grandes qualités dans le dessin\ndes figures. Ainsi, M. Ottevaere et M. Colmant dans certains morceaux,\nM. Delville dans tous les siens. Par malheur, ils sonttous trois de médiocres',\ndisons franchement de mauvais coloristes. Sous ce rapport, M. Lacroix et\nM. Ciamberlani valent mieux, M. Jacque surtout. Mais, d'autre part,\nM. Jacque est confus et ne réussit pas encore à atteindre la précision sans\ntomber dans la vulgarité.\n   Autre écueil : l'engouement pour les Florentins du XVe siècle et pour les\nitalianisants modernes suscite d'innombrables réminiscences. Cela est fatal-,\net se comprend fort bien chez des artistes encore en formation. Mais il ne\nfaudrait pas que l'élève qui a presque entièrement reproduit une figure de\nMichel-Ange, de Botticelli, de Léonard de Vinci ou de Gustave Moreau\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "                                 — 128 —\n\ns'illusionnât au point de croire que l'esprit de ces maîtres est descendu en\nlui.\n    Chez beaucoup, le désir d'obtenir une grande intensité dans l'expression\nva jusqu'à l'outrance, jusqu'à la charge, jusqu'à la grimace. Ainsi, dans\nquelques compositions de M. Delville et, peut-on dire, dans toutes celles\nde M. Fabry. M Fabry ne recule pas devant les pires déformations. A\nforce de chercher le caractère, il rencontre fréquemment la hideur. Ainsi il a\nla manie singulière de casser le nez à ses personnages et se croit autorisé à\ndonner au roi Assuérus un visage aussi creux qu'une pirogue. Sa tapisserie\nL'Aurore, qui veut être italienne, est une chose sauvage. Sa barbare\n Vierge aux fleurs rouges fait penser autant aux sidonies des bonnetiers\nqu'aux têtes de la décadence gréco-égyptienne. Mais à côté de ces exagéra-\ntions, de ces laideurs caricaturales, M. Fabry a des trouvailles pathétiques\nde gestes et souvent une belle couleur grave. Comme M. Delville, il n'est\njamais plus éloquent que lorsqu'il consent à n'être pas trop explicite, à\ns'arrêter à la nuance juste, à savoir murmurer et suggérer ce qui ne doit pas\nêtre crié.\n    Crier très fort n'est pas toujours le moyen d'être entendu. Bien souvent,\n d'autre part, les peintres symbolistes de Pour l'Art ne sont pas maîtres de\nleur pensée et, voulant être profonds, n'arrivent qu'à balbutier des choses\nvagues et incertaines. Ce qu'on peut saisir n'est pas d'une très grande\nvariété. Il y a certainement en ce moment un parti pris de ne peindre que\n des figures effroyablement convulsées ou mornes. La volonté en est radica-\n lement absente. L'expression la plus commune est la désolation ou la\n stupeur. Est-ce toujours |la sincérité de l'artiste, n'est-ce pas quelquefois\n la mode qui fait la loi?\n    Passer en revue toutes ces œuvres, nous ne le pouvons et nous sommes\n forcés de nous en tenir à des indications générales. Mentionnons seulement\n les peintures ou les dessins qui sont, à notre gré, les plus dignes d'atten-\n tion. Nous choisirons l'Orphée, l'Elégia, Au loin et Maternitas, de\n M. Delville, le Saint Jean de M. Ottevaere, la Vierge anxieuse de\n M. Fabry, les Centaures fougueux de M. Jacque. Quant aux invités de\n cette catégorie, bornons-nous à citer M. Edme Couty pour ses délicates\n imageries archa'iques, agréables nonobstant leur maniérisme et leur\n préciosité.\n    Si nous retournons maintenant aux œuvres d'art appliqué, nous rencon-\n trons une caressante tapisserie couleur de ciel, de lys et de lune, de\n M. Orner Coppens, avec lequel nous pénétrons dans le groupe des peintres\n qui se proposent de représenter la nature pour elle-même, dans ses appa-\n rences. M. Coppens est un luministe, parfois très doux, parfois d'une\n violence exaspérée. A ses rutilants intérieurs, à ses truculentes natures\n mortes habituelles, M. Alfred Verhaeren, le plus beau peintre du groupe,\n ajoute des marines aux tons très corsés, plus solides qu'on ne le désirerait.\n     L'exposition abondante et variée de M. Hannotiau dénote un très\n  sérieux effort. Elle comprenait des dessins nets et sûrs, Une Ferme en\n Flandre, puis un carton pour une fresque et l'esquisse d'une autre fresque,\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                  — 129 —\n\nconsacrées à l'Ordre de la Toison d'or, d'une composition bien ordonnée,\nd'une grande richesse ornementale, et un dessin impressionnant, une\nprocession du Saint Sang à Bruges. Malheureusement les types manquent\nun peu de noblesse. Quant à l'effet de couleur qu'obtiendrait M. Hannotiau\ns'il lui était donné d'exécuter ses fresques, on en doit augurer très favora-\nblement d'après son alléchante nature morte Les Apprêts, qui est dans la\ntradition de Henri .De Braekeleer comme les fresques elles-mêmes sont dans\nla tradition de Leys.\n    M. Léon Dardenne alignait toute une série d'œuvres et d'œuvrettes très\nvariées. D'abord des paysages frais, vifs et gais, et une vue panoramique de\nla vieille ville pittoresque de Rothenbourg, également rappelée par une fine\net précieuse esquisse. A notre avis, les illustrations pour Georges Eekhoud\nn'ont pas tout à fait l'âpreté et l'intensité qu'il y faudrait. Mais il nous plaît\nde louer sans réserve le dessin teinté pour une affiche d'Yvette Guilbert,\nplein de caractère et d'une exécution très réussie, et une spirituelle pierro-\nterie lithographiée en deux tons.\n    Autre illustrateur, M. Lynen, qui exposait une fort belle Kermesse\ntriste, en deux panneaux, avec des types populaires brabançons observés\n et croqués sur le vif.\n    Terminons par trois invités : le sculpteur Vallgren,dont on vit une série de\n statuettes influencées par Rodin, très vivantes, d'une expression profonde,\n naive ou douloureuse; M. Georges d'Espagnat, un peintre vigoureux,\n même brutal, à la Van Gogh, et M. Antonio Gandara, qui est tout le\n contraire. Si l'on ne connaissait Whistler, le maître des gris et des noirs,\n qui, bien entendu, dépasse de très loin M. Gandara comme coloriste, et Car-\n rière, le peintre des apparitions lointaines, fondues et noyées dans un mysté-\n rieux brouillard, on pourrait dire qu'il n'y a rien de plus léger, de plus\n estompé que les deux pastels Le Thé et le Portrait d'une jeune femme de\n cet artiste plein de raffinement et de distinction. Tous les deux sont d'un\n charme exquis, d'une exécution merveilleuse, — qu'on se rappelle le rendu\n du service à thé, vraiment extraordinaire, — comme les quatre dessins,\n quatre gracieuses figures de femmes qui les accompagnaient. C'était doux\n à l'œil comme du satin ou du velours.\n                                          *\n\n    Il ne nous reste que très peu de place pour enregistrer l'acquisition, par\n le Musée de Bruxelles, d'un portrait de famille de l'époque rubénienne de\n Van Dyck, et l'inauguration des peintures décoratives de M. le comte de\n Lalaing dans l'escalier d'honneur de l'hôtel de ville.\n    On a trouvé exagéré le prix d'achat du Van Dyck, — 200,000 francs. La\n compétence nous manque pour nous prononcer là-dessus. Ce qui nous\n paraît peu discutable, c'est que le tableau, pour être inférieur aux grands\n Van Dyck de l'époque italienne ou de l'époque anglaise, n'en mériterait pas\n moins une bonne place dans n'importe quel musée, et que dans le nôtre,\n Van Dyck n'était jusqu'aujourd'hui représenté, à part le Silène ivre, que\n  par des œuvres secondaires.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                                   — 130 —\n\n    Les peintures de M. de Lalaing, consacrées à la glorification du pouvoir\n communal, sont des tableaux de chevalet agrandis, appliqués sur des parois\n courbes ou planes, sans souci de leur rôle architectural. M. de Lalaing,\n avec une audace corrégienne, a multiplié les perspectives et les raccourcis,\n On reconnaît dans son oeuvre un artiste très savant, un modeleur impec-\n cable, un sculpteur épris de formes grandes, strictes et nobles. Le peintre\n en est malheureusement absent. Aucune vivacité, aucune clarté; le tout est\n en teintes froides, en bleu-gris, en noir-brun; on dirait que c'est peint à\n Lyon ou à Genève, avec de l'encre et de la fumée. L'aspect général n'est\n pas précisément agréable, à la réflexion, on reconnaît la loyauté, la\n conscience de l'artiste, son adresse à vaincre les difficultés, et même, dans\n le sujet principal, quelque imagination.\n                                                     ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n               On l'a peut-être traitée bien légèrement, cette séance d'exégèse\n                wagnérienne organisée, le mois passé, en l'hôtel Ravenstein,\n                par le groupe d'études ésotériques Kumris. On s'est borné à\n                rire; les journaux ont daigné consacrer quelques lignes gouail-\nleuses, et c'est tout. Ne devrait-on accorder à cette tentative un peu- plus\nque ce jugement superficiel? Combien, en effet, la constitution de ce groupe\nd'études ésotériques résume nettement cette recherche inquiète de l'au-delà,\ncette irrésistible tendance vers le mysticisme qui caractérise l'art moderne !\n   La séance offrait d'ailleurs un intérêt très réel. M. du Chastaing, qui\navait assumé la lourde.tâche du commentateur, a rempli ses fonctions\navec une virtuosité oratoire vraiment exceptionnelle. Ses commentaires,\nimprovisés sans l'aide de la moindre notule, ont donné de la philosophie\nde l'œuvre wagnérien un exposé synthétique d'une largeur de vue, d'une\nélévation de pensée et d'une force de conception remarquables. Sept frag-\nments des drames wagnériens, bien interprétés au piano à quatre mains\npar. M. et Mlle Grossmann, servaient de thèmes à ses commentaires.\nM. du Chastaing parlait avec une foi et une conviction à laquelle il eût été\ndifficile de ne pas rendre hommage. Mais l'attitude sceptique et railleuse\nd'un auditoire venu pour se moquer contrastait péniblement avec l'enthou-\nsiasme du conférencier. Celui-ci, d'ailleurs, eût dû s'y attendre, vu les côtés\nvolontairement excentriques affectés par le groupe. C'est précisément\nparce que je prends celui-ci au sérieux, que je ne vois pas la nécessité de cet\nappareil ridicule. Je ne comprends pas cette énorme quantité d'invitations\nrépandues sur Bruxelles (la cinquième partie eut suffi) ; je ne m'explique\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                  —   131   —\n\n\n\npas les formules bizarres, presque cabalistiques de ces pancartes; je suis\nahuri par ces fumerons de papier d'Arménie, ces devises, ces rites, et ce\nsombre étendard, sorte de suspect pavillon noir, brandi par le conférencier\nau milieu des sourires, de manière à gâter l'impression que sa péroraison\nvenait de produire. Si les membres de Kumris font véritablement œuvre\nsérieuse, la gravité des questions qu'ils agitent devrait suffire à les éloigner\nde tout dehors suspect et tapageur. S'ils étaient moins mages, ils n'en\nparaîtraient que plus convaincus; leurs séances réuniraient une élite de\ndisciples, très peu nombreux, mais plus digne qu'une grande foule de\npénétrer dans le sanctuaire d'un temple de Vérité. Il ne saurait y avoir\nbeaucoup d'élus lorsqu'il y a tant d'appelés.\n    — Nous l'avons eue, enfin, l'Attaque du moulin de MM. Bruneau-Galet-\nZola. J'avouerai sincèrement avoir été déçu, ainsi que bien d'autres. Le\ntalent de M Bruneau semble faiblir, à l'heure où on devrait le trouver mûri\net fortifié. Ce qui frappe tout d'abord dans l'ensemble de l'œuvre, c'est\nl'absence de personnalité, le peu de netteté dans la physionomie musicale\ndes personnages. Puis, après un examen plus attentif, on s'aperçoit facile-\nment que l'œuvre est presque entièrement dépourvue de véritable inspiration,\nc'est-à-dire que la substance y fait défaut. L'auditeur est trompé par les\n dehors brillants de l'œuvre, mais il ne faut pas oublier que la couleur pit-\ntoresque est un effet à bon marché qui ne nécessite aucune inspiration, que\nla distinction des harmonies et des sonorités, le charme de l'orchestration\nsont des qualités propres à tous les jeunes de l'école française, et que l'allure\nd'une œuvre, bien que révélant un poète et un penseur, ne suffit pas à en\nfaire une parfaite œuvre d'art. Les quelques thèmes conducteurs employés\npar M. Bruneau sont peu intéressants et ne sont nulle part développés. Le\nprélude, quoique d'une jolie couleur, rappelle les tristes délayages de\n Massenet. Le grand air de Dominique au deuxième acte (suivi de près par\n un duo fort banal) est l'un des meilleurs fragments de la partition, encore\nque trop gounodique. L'œuvre, en somme, a paru fort en-dessous du Rêve,\n bien plus attachant, plus convaincu, plus passionné et surtout plus inspiré.\n La tendance esthétique de l'Attaque du moulin, où le compositeur a aban-\n donné certaines crudités harmoniques d'une recherche cruelle et puérile,\n devrait plaire mieux aux affreux réactionnaires de la Jeune Belgique, — dont\n je suis. Mais le Rêve, débarrassé de cet attirail harmonique forcené, n'en\n perdrait rien de son haut mérite d'œuvre d'art, au contraire; tandis que\n  rien ne saurait voiler la pauvreté d'invention de l'Attaque du moulin.\n     Non content d'être revenu de ses intransigeances, M. Bruneau a donné\n dans l'excès contraire; il y a des ensembles bien convenus, un chœur\n d'orphéon au troisième acte et un premier acte qui ressemble fort à un\n opéra comique de jadis. La fameuse « malédiction de la guerre » chantée\n par Marcelline a certainement très grande allure, mais c'est tout.\n     Il faut convenir d'ailleurs que M. Bruneau a été fort mal servi par son\n librettiste; la jolie nouvelle de Zola a donné prétexte à une lourde machine\n  en quatre actes, pleine de violences, de brutalités et d'invraisemblances.\n     Pourquoi modifier le dénouement? Pourquoi appuyer avec tant de\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                                      — 132 —\n\n\n cruauté sur le sort de cette sentinelle, à peine entrevue dans la nouvelle et\n qui, ici, raconte longuement sa biographie à Marcelline, laquelle semblerait\n avoir autre chose à faire que de venir l'interviewer? Pourquoi, dans le même\n acte, ce chœur de jeunes filles, venant gaîment ramasser des gerbes de blé,\n pendant que l'ennemi occupe le village? Pourquoi..., mais on n'en finirait\n pas.\n    Les décors sont fort bien, la mise en scène est ce qu'elle est habituelle-\n ment au Théâtre de la Monnaie, c'est-à-dire qu'elle n'existe pas. La pre-\n mière scène du deuxième acte, dont la nouvelle de Zola fait une peinture si\n saisissante (aisément réalisable d'ailleurs), est, au théâtre, insignifiante.\n Celle qui clôt la pièce, l'arrivée des Français s'irruant au milieu de la scène,\npuis s'arrêtant comme pétrifiés, pour se retourner ensuite tranquillement\nvers les spectateurs et crier : « Victoire ! » est ridicule.\n    Interprétation excellente avec l'admirable Seguin, M me de Nuovina (plutôt\n bonne bourgeoise que fille de meunier), M. Leprestre, qui doit se garder du\ndéfaut de mignardise, et M lle Armand, dont le beau talent n'est malheureu-\n sement plus servi par son organe de l'an passé, alors remarquable, bien que\nlaissant deviner déjà par quelques « mauvaises notes » ce qui se produit\naujourd'hui.\n    Le public bruxellois a fait le meilleur accueil à l'œuvre de M. Bruneau;\nje souhaite de tout cœur à celui-ci que le succès se maintienne, mais je\ncherche vainement dans l'Attaque du moulin des éléments de cette vita-\nlité.\n   —Au deuxième concert Schott nous avons réentendu Sarasate,qui ne s'était\nplus produit à Bruxelles depuis de longues années. Le public entassé dans\nla salle de la Grande-Harmonie, a fait au célèbre artiste d'enthousiastes\novations. Celui-ci, cependant, malgré son extraordinaire technique, son jeu\ntrès classique et sa remarquable pureté de style, a paru singulièrement\nfroid, surtout pour un méridional. Sarasate ne nous a d'ailleurs fait entendre\naucune œuvre de grand style ; la Suite n° 2 de Goldmark ne peut être con-\nsidérée comme telle; la Fée d'amour de Raff est une œuvre d'acrobatisme\nvioloniste, les Danses slaves de Dvorak et la Sérénade andalouse de\nSarasate rentrent dans le domaine de la fantaisie. A côté de Sarasate,\nM me Berthe Marx a également remporté un franc succès, pleinement mérité.\nTechnique, force et délicatesse, sentiment chaleureux et souplesse d'inter-\nprétation, elle possède toutes les qualités d'une véritable virtuose.\n   — Le deuxième concert du Conservatoire a été consacré à Beethoven. L'or-\nchestre de M. Gevaert nous a donné une belle exécution des symphonies\n3 (1) et 7. La première a particulièrement bien marché, bien que l'andante\nait paru un peu lent.\n   Comme intermède, le chœur des prisonniers de Fidelio, rendu avec cette\nrudesse et cette carrure mécanique propres à tous nos chœurs d'hommes,\n\n\n  (1) A remarquer, dans cette symphonie, la similitude singulière de la première figure\ndu presto avec celle correspondante du presto de la première symphonie de Borodine.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                 — 133 -\n\nsans en excepter ceux d u Conservatoire, — et le terrible air du même\nFidelio, chanté par Mlle Marin ; jolie voix, talent robuste et d'avenir, mais\nl'interprétation conserve quelque chose de scolastique et de compassé qui\ndevrait disparaître.\n   — Le prochain concert du Conservatoire sera consacré à Gounod. A la\nMonnaie, on répète Tristan et Yseult, du nommé Wagner; M. Cossira\nfera Tristan ; il paraît q u e l'on va monter l'œuvre en un rien de temps. Ce\nsera absolument colossal ! Pour corriger la morosité toute particulière de\ncet « opéra », on projette d'intercaler au milieu du premier acte quelques\nfragments de Farfalla, dansés sur le pont du navire de Tristan, — comme\ncela se pratique dans Surcouf.\n\n\n  — A. Thomas a visité Liége, récemment, àpropos de l'anniversaire de je ne\nsais lequel de ses ouvrages. Il lui a été fait un accueil enthousiaste. Les\nartistes liégeois eussent p u se souvenir, cependant, que lorsqu'en 1890 leur\ncompatriote César F r a n c k , professeur au Conservatoire de Paris, vint à\nmourir, le pauvre g r a n d homme s'en alla au cimetière, pauvre et isolé\ncomme il avait vécu, s a n s que la moindre députation du Conservatoire\nsuivît son cercueil ; en première ligne, le directeur, M. A. Thomas, honora\nde son absence la triste cérémonie.\n   Aussi, qu'avait-il besoin d'avoir du génie, celui-là?\n\n                                                    E R N E S T CLOSSON\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                          -    134     -\n\n\n\n\n                                  MEMENTO\n  ERRATUM :                                        expositions sera un combat pour lequel tous\n   Notre collaborateur M. Georges Marlow,          apporteront une arme derrière.\nqui n'avait pas eu le loisir de corriger les          Et à l'heure finale où tomberont les\n                                                   médiocres et les inutiles, quelques artistes\népreuves de ses Fragments, nous prie de            resteront, seuls à se partager la gloire paci-\nrectifier le neuvième vers, où il faut lire :      fiée, comme les étoiles d'un ciel d'azur,\n« Assoupissait jusqu'aux beaux oiseaux de          après les orages infernaux.\nlumière » et non « Assoupir fait... ». Le             On lit ensuite dans la Revue rouge un\ntrente-troisième vers doit se lire ainsi ; «Jar-   poème qui peut être considéré comme la\ndins, qu'aurez-vous fait des songes de mon         superfétation de cette critique, et qui tend\ncœur » et non « Jardins, qu'avez-vous              à la suprême expression d'un art, nouvel et\nfait... ».                                         pur irrémédiablement, où l'Idée est seule,\n                                                   avec un peu d'amour, un peu de sang et\n  L E MACAQUE FLAMBOYANT : •                       énormément de charabia.\n  On lit dans le Peuple, sous prétexte de             Voici quelques extraits de ce poème, qui\ncritique d'art, les choses suivantes :             restera seul à se partager la-gloire pacifiée,\n   Divers cercles d'art ont déserté la lutte,      comme les étoiles d'un ciel d'azur, après les\nsuccessivement, laissant à chacun de leurs         orages infernaux qu'une plume ignorante\nmembres la liberté de combattre et de              provoque dans un encrier naïf :\nsuivre tel sentier de l'âme.\n   Ce fut d'abord l'Essor puis le Voorwaerts               Tu ne sais pas pourquoi\n                                                           mon cœur d'enfant se meurt\net les XX et seul, restait alors au champ de               dedans ma voix ?\nbataille un vaillant jeune cercle qui se forma\n                                                           Tu ne sais pas pourquoi\nl'an dernier et qui avait embrigadé ses                    je suis pâle et défait\nrecrues au cri de lutte profonde : Pour                    comme un descendu de la croix !\nl'Art!                                                     Tu ne sais pas pourquoi ?\n   Le salon d'aujourd'hui est le deuxième de               C'est que, vois-tu, mon frère,\ncette pléiade et il peut être considéré                    toujours j'ai pleuré pour sourire\ncomme étant le complément, ou plutôt                       et que je veux mourir\ncomme la superfétation du premier.                         très loin de la terre !\n   Le salon annuel du Cercle Pour l'Art                    J'avais un peu d'amour au cœur,\nréunit les dernières tentatives, les hardiesses            un peu d'amour et de joie,\n                                                           mais un méchant ensorceleur\nles plus audacieuses, les élucubrations les                m'en a ravi, autrefois !\nplus originales, l'effort évolutif tendant à la\nsuprême expression de cet art, que nous, les           Le méchant ensorceleur l'en a ravi ! C'est\njeunes, nous sentons irrémédiablement nou-         très simple. Et ceux qui ne sont pas ravis\nvel et pur.                                        l'iront dire à Charenton I\n   Ce ne sera peut-être pas à ce salon que             La même Revue rouge publie un Noél\nl'on trouvera l'expression suprême, mais\nl'effort est constant et la lutte est étroite et   dont voici le commencement :\nnul doute qu'elle produise une action saine           « Il avait de la foi.\ndans l'avenir où l'Idée apparaîtra seule, avec        « Il élevait ses pensées vers Dieu. Inspiré\nun peu d'amour et de sang.\n                                                   par les paroles sublimes de l'Evangile, nos-\n   D'un salon tel que l'exposition Pour talgiaque, il attendait l'éternelle vie, l'exis-\nl'Art, les personnalités se dégagent peu ; il tence future emplie de suprême félicité. »\ny a un point de vue d'ensemble qui résume              L'auteur de ce Noël est timide. Nous lui\net qui synthétise.                                 proposons d'écrire :\n   11 faut envisager l'effort, la lutte, la tenta-\ntive nouvelle dans le domaine acquis et de            « ... Nostalgiaque, il attendait l'éternel-\nlà, il faut essayer de conclure. Pour l'Art listique vie, l'existence futuresque, emplie\nest une phalange de lutte. Chacune de ses de suprêmable félicité. »\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                          — 135 —\n\n  A ce prix-là, à ce prix-là seul, il sera indi­   celui de M me de Rute a été particulièrement\nviduel !                                           applaudi.\n\n\n    On lit dans une publication socialiste, à        L'abondance des matières nous force à\n propos de la section d'art de la Maison du        remettre au mois prochain la critique de\n Peuple, les affirmations que voici :              notre collaborateur Arnold Goffin ainsi\n    « L'œuvre de la section d'art est absolu-      que le compte rendu des conférences de\n ment désintéressée, absolument sincère, et        MM. Iwan Gilkin et Hector Chainaye.\n il est puéril de voir certains esprits, parti-    Notre livraison de mars contiendra une\n sans de l'extension artistique aux classes        nouvelle de M. Louis Delattre, des vers de\npopulaires, s'arrêter au seuil, retenus par        MM. Valère Gille, Lucien de Busscher,\nje ne sais quel scrupule.                          Edmond Rassenfosse, Georges Marlow,\n    « Il faudrait un peu plus de franchise et      Cartuyvels, etc., etc.\nun peu plus d'audace — un peu plus d'indé-\npendance. »\n    Qui sait !l Les esprits dont il est question\nontpeut-être médité l'apostrophe de M. Jean           Les écrivains wallons de Floréal ayant\nVolders, dans le Peuple, à un poète fran-          émigré à Gand, le Réveil a fait peau neuve.\nçais de Belgique :                                 La livraison de janvier, compacte, variée et\n  « UN DE CES GAILLARDS DONT IL N'Y A PLUS         intéressante, est ornée d'un titre de M. Ar-\nGRAND'CHOSE D E BON A T I R E R ! »                thur Souchor, représentant une vilaine tête\n  De là les scrupules, compagnon, de là les        de femme entourée d'arbres et de végéta-\nscrupules !                                        tions dont M. Minne a eu le premier secret,\n                                                   et d'une composition hors texte, fort abs-\n                                                   conse, de M. Charles Doudelet. Le dernier\n   La Revue internationale du 15 janvier           personnage à gauche, tout en haut, est\ninaugure ses collaborations belges. M. Léon        remarquable par une particularité physique\nHennebicq ouvre la marche avec un conte            qui nécessiterait une double feuille de\nen prose, intitulé La Vengeance      d'Eros.       vigne. — Tout, dans cette livraison, est à\nNous avons remarqué une mystérieuse                lire, et spécialement les poèmes de MM. Ver-\ncorrespondance de Bruxelles, signée I. G.          haeren, Elskamp, Alériel, de Busscher, Sé-\nLa livraison du 1 e r février contient un          rasquier. M. Albert Arnay critique M. René\npoème d'Emile Verhaeren. La direction de           Ghil et M. Georges Lemmen publie une\nla revue, dans un article fort aimable pour\n                                                   chronique d'art acerbe et mouvementée.\nles écrivains belges, annonce la collabo-\nration prochaine de MM. Iwan Gilkin,\nCamille Lemonnier, Maurice Maeterlinck,\nArnold Goffin, Albert Giraud, etc., etc.              A citer dans le Mercure de février, un\n                                                   article du poète anglais Arthur Symons sur\n                                                   « la Littérature anglaise en 1893 ».\n\n  On lit dans le Journal :\n  Mme de Rute, la directrice de la Nouvelle\nRevue internationale, vient de donner à              La Société nouvelle de janvier contient\nBruxelles un banquet littéraire auquel             un extrait du roman de M. J.-K. Huysmans,\nassistaient un grand nombre de notabilités         En Route,et un conte paradoxal de M. Louis\nbelges : Camille Lemonnier, Maeterlinck,           Mullem, et les derniers numéros de la Revue\nGilkin, Verhaeren, Edmond Picard.Giraud,           Bleue, une pénétrante étude sur Louis\nSigogne, Vurgey, Van der Velde, M me de;           Veuillot signée Jules Lemaître, — oui,\nTallenay, etc.                                     Monsieur !\n  Plusieurs discours ont été prononcés ;                              -X-\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                                — 136\n\n  Trois strophes de M. Claude Céhel :                   Ci des vers de M. Arthur Souchor :\n          La mélancolie                                 Pouvoir encore y mordre, au délicieux pain,\n          Où m'anémia                                   Ce pain de chair, Jésus ! ô bon pasteur d'enfants !\n          Ton ventre poli                               Toi nous menant au pré, tel un troupeau de faons,\n          M'induit à des choses                         Y paître la Sagesse... —Hélas! tu te défends\n          Et gardénias                                  D'aimer encore et tu mâches l'amer pépin.\n          Et la fleur éclose\n          Parmi ton enlac.                            Après les avaleurs de sabre, les mangeurs\n                                                    de parapluie !\n          Si mélancoliques\n          Fument tous. Après,\n          Qu'oignit leurs musiques\n          Et parfums j'en berce                        On lit dans la Revue blanche, sous la\n          Le rêve ulcéré.                           signature de M. Léon Blum, ces aveux\n          Le baiser s'y gerce.                      caractéristiques :\n          Recours aux apprêts.\n                                                       « La prosodie depuis trois siècles a subi\n          Que perle l'eau tiède                     tant d'évolutions qu'on pouvait bien encore\n          A ton sein craintif;                      en risquer une. C'était d'ailleurs un retour\n           Désirs ! l'ouate tiède,                  à la tradition; ils essayaient d'accommodre\n          Raccorne un pan rêche ;                   aux métriques anciennes la rime, qui reste\n          Vitres 1 brandes sèches,\n                                                    la plus précieuse conquête des métriques\n          Au définitif,\n          Isseoit enfin l'if.\n                                                    modernes. On convient assez ordinairement\n                                                    que la tentation a échoué, et qu'il vaut\n                                                    mieux chercher autre chose. 11 restera\n                                                    d'ailleurs de ces malheureux essais, la Che­\n   Un révérend père jésuite, A.-J. Delattre,        vauchée d'Yeldis, d'admirables vers de\n ayant critiqué avec une véhémence ecclé-           M. de Régnier, bien que M. de Régnier,\nsiastique les essais bibliques de M. Edmond         tout comme M. Hérold ou M. Louijs, puisse\nPicard, l ' A r t moderne riposte avec une          sembler supérieur dans l'alexandrin. Mais\nvéhémence laïque.                                   le vers libre demeure lié au souvenir de\n   Voici le passage le plus caractéristique de      l'esthétique connue sous le nom de Sym-\ncette riposte :                                     bolisme, et cela est fâcheux. »\n   « Deux préoccupations principales émer-\ngent de l'œuvre de M. Delattre. D'abord de\nsignaler que sa victime ne connaît ni l'hé-           On nous assure que la Revue rouge va\nbreu ni l'arabe : Nelle n'a jamais fait diffi-      fusionner avec le Mouvement littéraire, et\nculté d'en convenir. Il est, au surplus, fort       que le Mouvement littéraire va se trans-\ndifficile de savoir qui connaît l'hébreu et         former en chaleur.\nl'arabe. Les points de comparaison man-               Que va devenir Bossuet?\nquent ».\n\n\n\n   Un poète du Cercle Fidelitas, de Schaer-\nbeek, a rimé pour les dames de cette loca-\nlité un poème dont voici le trait final :\n         Si notre monde tremblotant\n         Devait sombrer dans les tourmentes,\n         Femmes, restez toujours vaillantes,\n         Malgré Ravachol et Vaillant.\n         La bombe n'est point meurtrière\n         Lorsqu'elle a passé sous vos pieds 1\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "               Paul LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR           DE « LA J E U N E           BELGIQUE            »\n                      3i, rue des Paroissiens,    3i\n                               BRUXELLES\n\n\n              POUR      PARAITRE       LE    10   FÉVRIER\n\nSEPT ESSAIS D'EMERSON\n  Traduits par I. W I L L , avec préface de MAURICE MAETERLINCK\n                 Un volume in-18 Jésus. Prix : fr. 3-5o.\n\n               VIENNENT           DE     PARAITRE          :\n                      Charles D E COSTER\n\nLÉGENDES FLAMANDES\n               Avec préface d'EMlLE DESCHANEL\n  Un volume in-18 Jésus                                         fr.   3 5o\n\n                         Emile S I G O G N E\n       CONTES MERVELLIEUX\n  Un volume in-18 jésus                                          3 francs.\n\n                       Jeanne T O R D E U S\n         PROFESSEUR   AU CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES\n\n\n  MANUEL DE PRONONCIATION\nTraité pratique, spécialement recommandé par le Conseil de perfectionnement\n             de l'enseignement primaire et de l'enseignement moyen.\n             Avec préface de M. EDOUARD THIERRY\n  Un volume in-18 jésus                                         2 francs.\n\n\n                Dernières publications :\nE. PICARD : Scènes de la Vie judiciaire, 1 fort volume\n                  in-18 jésus                                          4     y>\n\n       —      El Moghreb al Aksa, 1 fort volume in-18\n                  jésus                                               4 »\n       —      Vie Simple, format des e u c o l o g e s . . .          3 »\nG. EEKHOUD : La Nouvelle Carthage, édition défini-\n   tive, 1 volume in-8°                                               4 »\nJUSTUS SEVERUS : Africus, drame nègre en 5 actes\n   et en vers, 1 volume in-18 jésus                                    1 »\nC H . SLUYTS : Notes d'Être, 1 volume petit in-16 sur\n   papier de Hollande.                                                3 »\nE. BosiERS : Harald-Roi, drame en neuf scènes,\n    1 volume in-8°                                     . .             2 »\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                               EN          VENTE\n\n   à la librairie P A U L L A C O M B L E Z\n                           BRUXELLES\n\n\n\nH. T A I N E : Tome II du Régime moderne (cinquième\n   et dernier volume des Origines de la France contem­\n   poraine), î volume in-8°                                                7 5o\nERNEST H E L L O : L'Homme : La Vie, la Science, l'Art,\n   précédé d'une introduction par M. Henri Lasserre,\n    1 volume in-8°                                                         3 5o\nGÉRARD HAUPTMANN : Âmes solitaires, drame. Tra-\n   duction $ Alexandre Cohen, 1 volume in-18 Jésus .                       3 5o\nJ. RICHEPIN : Mes Paradis, poésies, 1 volume in-18\n   jésus                                                                   3 5o\nW I L L Y : Soirées perdues, avec couverture illustrée par\n   A. Guillaume, 1 volume in-18 jésus                                      3 5o\nC H . BULS : Esthétique des Villes, une brochure in-8°.                    1 »\nP A U L VERLAINE : Quinze jours en Hollande : Lettres\n   à un ami. Un volume in-8° carré, sur papier de\n   Hollande, avec portrait de Verlaine par Ph. Zilcken                     5 »\n\n\n\n          Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. o-5o; franco, fr. o-55\n     Le Mercure de France, 1 franc; franco, fr. i-25\n            L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\nLes Entretiens politiques et littéraires, fr. 0-60; franco, fr. o-65\n\n\n     D e m a n d e z le Catalogue complet de l'Editeur\n                      Paul L A C O M B L E Z .\n\n              Brmellen. — I mprimerie V* Monnom, 32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1894-02-01", "preuve": "Numéro 2 entre janvier et mars 1894, signet Février 1894 ; mois absent de l’OCR de couverture PDF 118."}}