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Traduction dé . . .              . LÉOPOLD WALLNER.\n      Chronique artistique :\n          La première exposition de la « Libre\n             Esthétique         »                           ERNEST VERLANT.\n      Chronique musicale . . . .'.'. . . .                . ERNEST CLOSSON.\n      Memento                                               NEMO.\n\n\n\n\n          REDACTION                                                      BRUXELLES\n»UE V A N D E R L I N D E N , B R U X E L L E S .                   PAUL-LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                        3r, rue des Paroissiens'\n                                                                              PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                                C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                            29, rue de Trévise\n              fr. 0-75.\n                                                                                  894\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX WALLER             (MAURICE         WARLOMONT)\n              Directeur •. ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 191, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1127, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 169, "page_fin": 174, "titre_corps": "Le Cerisier fleuri", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE CERISIER FLEURI", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ENCORE LE PRIX QUINQUENNAL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "LE CERISIER FLEURI (1)\n                                 Réfraction.\n\n                  La belle femme aux yeux     bronzés,\n                  Parmi les fleurs, à la fenêtre,\n                  Mordille ses ongles rosés.\n\n                  Elle attend. Qu'il tarde à paraître.\n                  L'amant nouveau que ses doux bras\n                  Et son cœur tendre ont pris pour maître!\n\n                  Lorsqu'elle aimait d'ardents soldats\n                  Son âme guerrière et hautaine\n                  Rêvait d'héroïques combats.\n\n                  Avec un sombre capitaine\n                  Elle berça son cœur houleux\n                  Sur les flots d'une mer lointaine.\n\n                  Un marchand riche et cauteleux\n                  L'emplit de ruse et d'avarice.\n                  L'or collait à ses doigts frileux.\n\n                  Maintenant sa douleur factice\n                  Se marie au factice ennui\n                  D'un enfant qui fait son délice.\n\n\n(1) Pièces extraites d'un volume qui paraîtra prochainement sous ce titre.\n                                                                             12\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "                — 170 —\n\n    Ainsi, son cœur trop plein d'autrui\n    Ne f ait que refléter, en somme,\n    Les cœurs qui s'approchent de lui.\n    La femme   est le miroir de l'homme.\n\n\n                Lâcheté.\nSi quelque chose naît, qui sort de l'ordinaire,\n    L'homme a peur, l'homme la vénère;\nIl met au rang des dieux ce qui f ait sa terreur.\n     Mais aussitôt qu'il n'a plus peur\nSi son dieu n'est qu'en bois, il brise la statue\n    Et s'il est vivant, il le tue.\n\n\n                  Crise.\n      Tout est bouleversé. Quel rêve!\n      Ceux qui priaient, se font soldats.\n      Les saints mêmes arment leur bras\n          Et brandissent le glaive.\n      « Oh ! oh ! font dans leur beau ciel bleu\n      « Les anges; depuis quand, racaille,\n      « Prend-on pour un champ de bataille\n          « Les églises de Dieu?\n      « Et quels sont ces affreux sauvages\n        Qui renversent sur les autels\n      « Les grands symboles immortels\n          « Et les saintes images? »\n\n\n                 Sagesse.\nAmi, le temps n'est plus, hélas! où le Désir,\n    Ainsi qu'un dieu jeune et superbe,\n    D'un pied vainqueur écrasait l'herbe\nEt cueillait largement les roses du plaisir.\nLe cœur de l'homme, alors, libre de toute règle,\n    Bravant la foudre, bravant Dieu,\n    Planait sans peur au ciel en feu\nEt sur la proie élue il fondait comme un aigle.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1467, "texte": "                 —   171   —\n\n\nMais on nous a précité les péchés et la mort,\n    Les dieux ont perdu leur empire,\n    La terre a perdu son sourire\nEt nos cœurs assombris ont appris le remord.\n\nToutes les voluptés traînent leur infamie;\n     Toute chair est marquée au fer ;\n    Tout baiser fait frémir    l'enfer;\nToute beauté se meurt sur la terre ennemie.\n\nMais la Sagesse, ami, nous tend ses calmes    bras;\n    Nous saurons y trouver encore,\n    Aux feux de la dernière aurore,\nUn reste de bonheur qu'on ne nous prendra      pas.\nLaisse fleurir en paix le lys vierge et splendide :\n     La gerbe qu'arrache ta main\n     Ne sera qu'ordure demain.\nNe jette aucun caillou dans la source limpide.\n\nCe beau poisson pêché, regarde : il va mourir !\n     L'oiseau qui charmait le bocage\n     Se tait et languit dans la cage.\nLe fruit cueilli se sèche ou commence à pourrir.\n\nSachons tout contempler sans déranger les choses.\n    Souvenons-nous que le désir\n    Détruit tout ce qu'il veut saisir :\nLe baiser le plus doux flétrit les fraîches roses.\n\nLa joue en fleur, pareille à la fleur de pécher,\n     Les yeux et les lèvres en flammes,\n     Les douces chairs, les pures âmes,\nSi tu veux en jouir, garde-toi d'y toucher.\n\n\n               A Jeanne.\n    Quel est, dans ta mignonne chambre,\n    Ce mol enfant parfumé      d'ambre,\n    Jeanne, et qui, te parlant tout bas,\n         Te serre dans ses bras ?\n    Sa chemise de soie ouverte\n    Laisse voir sa poitrine offerte\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "                     — 172 —\n\n        Avec ses bras blancs et rosés\n            A tes légers baisers.\n\n        Est-ce pour lui, cette parure\n        Qui brille dans ta chevelure,\n        Et ces regards chauds et subtils\n           ' Qui coulent sous tes cils ?\n\n        Est-ce pour lui que sur tes lèvres\n        Frémit le papillon des fièvres\n        Et que tes divins cheveux roux\n             Pleuvent sur tes genoux?\n\n        Hélas! victime de tes charmes,\n        Il connaîtra bientôt les larmes\n        Des beaux jours vite évanouis\n             Et des serments trahis.\n\n\n                Devant le Vin.\n\n   Elle, un char de feu l'enleva de la terre;\n   Dante affronta vivant l'Enfer et ses périls.\n    Tous deux sont immortels. Par-delà le mystère\n   Ils ont pris leur essor; soit! Mais où donc sont-ils?\n\n   La vie est comme un pâle éclair dans les nuées;\n   Il éclate, il n'est plus. Si la terre et les cieux\n   Sont stables au milieu des choses remuées,\n   L'homme change sans cesse et devient vite vieux.\n\n    Vous qui devant le vin joyeux tardez à boire\n    Et semblez redouter son pouvoir fort et doux,\n    Tout bonheur n'est-il pas une ivresse illusoire ?\n    Pour prendre le plaisir, dites, qu'attendez-vous?\n\n\n               Au bord du Lac.\n\nAu bord du doux lac bleu, dans les touffes de fleurs,\n         Un bel adolescent se dresse;\nSa blanche nudité s'enivre de paresse\n        Et de caressantes chaleurs.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "                      — 173 —\n\nIl secoue en riant son épaule fleurie\n         Où grelottent des gouttes d'eau.\nEt, tout en câlinant la fraîcheur de sa peau,\n         Il lève, les yeux et s'écrie :\n\n« Va, glorifie, ô ma nudité, le Soleil!\n        « Ma beauté chante sa lumière ;\n« Mon jeune corps est f ait de sa substance claire,\n        « Ma chair vient de son feu vermeil.\n\n« Mon sang sort de sa flamme en ardente traînée,\n         « Ma bouche a bu son lait de feu ;\n« Je suis son fils! Je suis l'enfant de l'astre-dieu!\n         « Je suis la lumière incarnée!\n\n« Ma chair noble et sacrée est la gloire du ciel;\n        « Mon âme est sa force féconde ;\n« Ma pensée en feu, c'est la lumière du monde,\n       « Mon cœur, l'amour universel! »\n\n\n\n                     Rupture.\n\n    Il est si doux de trahir un serment,\n    Il est si dur d'obéir au devoir!\n    Quand il promet, hélas! noire cœur ment;\n    Ce qu'il promet n'est pas en son pouvoir.\n\n    Ah! laisse en paix les anciens sortilèges!\n    Ne cherche pas à ranimer la flamme!\n    Ne cherche pas à reprendre mon âme!\n    Mon âme, hélas! connaît trop bien tes pièges!\n\n    J'ai du te fuir, car l'amour était mort,\n    Mort dans mon cœur ainsi que dans ton cœur.\n    Tu le savais; je ne t'ai point f ait tort;\n    Ce n'est pas moi qui tuai ton bonheur.\n\n    Ce que j'ai fait, j'ai cru devoir le f aire,\n    Marche à présent vers le but de ta vie,\n    Suis le chemin où le sort te convie\n    Et ne hais point celui qui fut ton frère.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "                                 — 174 —\n\n\n                                 Les Iris.\n\n                   Dans le dragon de porcelaine\n                   Qui semble aboyer aux lambris,\n                   De sa main blanche et fine Hélène\n                   Plonge un bouquet de fleurs  d'iris.\n\n                   Ainsi, dans mon cœur de chimère,\n                   Pareils à ces fleurs ses yeux bleus\n                   Trempent le bouquet éphémère\n                   De leurs rayons     miraculeux.\n\n                   Et des gueules qu'on croirait faites\n                   Pour n'exhaler qu'un hurlement\n                   Jaillissent, ô célestes fêtes.\n                   Des fleurs couleur du firmament !\n\n                                                          IWAN GILKIN\n\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 177, "titre_corps": "Encore le Prix quinquennal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "ENCORE LE PRIX QUINQUENNAL", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L AURORE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 197, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 787, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "ENCORE LE PRIX QUINQUENNAL\n              LeMoniteur belge vient de publier le rapport fait au nom du\n               jury chargé de décerner le prix quinquennal de littérature\n               française. On sait que, pour ce prix, les écrivains concourent\n                bon gré, mal gré ; tout ouvrage publié dans la période quin-\nquennale peut être couronné. Ainsi s'explique le fait que plusieurs écrivains,\npartisans de l'abolition des concours officiels, se sont trouvés candidats\ninvolontaires de ce fameux prix.\n   Le jury, on se le rappelle, a décerné le prix à M. Georges Eekhoud. La\nJeune Belgique a chaleureusement applaudi à cette décision, qui honorait\nles jurés plus encore que le lauréat.\n   Après plusieurs mois de silence, le Moniteur publie le rapport de\nM. Wilmotte. Ce rapport, à la demande du jury, passe en revue les ouvra-\nges littéraires des écrivains belges publiés de 1888 à 1892. Cette revue est\nla revue des publications de la Jeune Belgique. A côté du lauréat,\nM. Georges Eekhoud, défilent les noms de MM. Lemonnier, Giraud,\nGilkin, Max Waller, Severin, H. Chainaye, Nautet, V. Gille, Desom-\nbiaux, Maubel, Verhaeren, Maeterlinck, Le Roy, Van Lerberghe, Goffin,\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "                                    -    175    -\n\n\nJ. Destrée, Frères, etc., etc. (1). C'est là, pour la Jeune Belgique, un\ntriomphe magnifique. Ceux qui nous déniaient toute espèce de talent au\nnom de la morale, de la société, du gouvernement et de l'Académie, en sont\npour leur honte officielle : pensez donc! le Moniteur a parlé!...\n   Et le discours du Moniteur peut se résumer ainsi : Depuis 1888 il y a en\nBelgique beaucoup d'écrivains et ces écrivains appartiennent presque tous\nau groupe de la Jeune Belgique.\n   Ce ne sont plus seulement des félicitations, ce sont aussi des remercie-\nments que nous adressons au jury, qui, rompant avec des traditions aussi\ninvétérées que malencontreuses, a bien voulu ouvrir les yeux à l'évidence\net prier son rapporteur de consigner la vérité dans un rapport officiel.\nCette vérité, tout le monde la connaissait depuis longtemps; mais il faut\nsavoir gré au Moniteur de l'avoir reconnue au nom de l'État.\n   Toutefois le rapporteur n'a aucun droit à ces remerciements. S'il a obéi\nà la volonté du jury, il l'a fait d'une manière lamentable, qui appelle les\nplus graves critiques et les plus vives protestations.\n   Nous ne dirons rien de la composition du rapport ; si c'était un article de\nrevue, ce serait un mauvais article de revue. Nous passerons aussi condam-\nnation sur le style, qui est lourd, pédantesque et embrouillé à souhait :\nM. Wilmotte laisse parfois deviner sa pensée, il ne parvient pas souvent à\nla formuler. Nous nous bornerons à quelques considérations générales, qui\nferont voir que si la décision du jury a été excellente, l'exposé des motifs\nrédigé par M. Wilmotte ne vaut pas le diable.\n   Ce qui frappe tout d'abord le lecteur, c'est la méchante humeur de\nM. Wilmotte. A une ou deux exceptions près, ce ne sont pas des éloges\navec des restrictions qu'il décerne à nos écrivains, mais des restrictions sans\néloges. Si c'est là ce qu'ils doivent obtenir de l'État, grand merci ! Ce n'est\npas la peine de déranger le Moniteur. M. Wilmotte a mis, à parler de nos\nprosateurs et de nos poètes, une mauvaise grâce qui provoque le sourire :\non y sent trop le candidat à l'Académie belge, qui siffle mais ne chante pas.\n   Si le rapport sent la mauvaise grâce, il fleure encore davantage le pro-\n vincialisme. M. Wilmotte s'y révèle Wallon wallonisant du pays de Liége,\n ce qui est aussi comique que de professer le flamingantisme à Anvers ou à\n Poperinghe. Le rapport de M. Wilmotte nous montre la littérature belge\n vue du haut des collines de Tilff ou d'Esneux; le point de vue est plaisam-\n ment local. A chaque page de son rapport, M. Wilmotte exalte sa chère\n Wallonie et administre de solennelles critiques aux écrivains qui ont eu le\n\n   1) Signalons cependant des omissions singulières : MM. E. De Molder et L. Delattre.\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "                                      — 176 —\n\nmauvais goût de naître dans nos provinces flamandes. Ces écrivains sont\nMM. Eekhoud, Lemonnier, Maeterlinck, Giraud, Verhaeren, Gilkin,\nVan Lerberghe, Le Roy, De Molder, etc., etc., qui incarnent « le savant\npathos et la lourdeur somptueuse des écrivains flamands » ; M. Wilmotte\npréfère à ce pathos et à cette lourdeur les Légendes puériles de\nM. P.-M. Olin.\n   Ce pauvre M. Wilmotte, avec ses Flamands et ses Wallons, décèle vrai-\nment trop les grandes préoccupations qui hantent les cerveaux riverains de\nla Meuse et du canal de l'Ourthe. De là ses mots aigres-doux à l'adresse de la\nJeune Belgique, coupable de méconnaître les produits spéciaux de la Wal-\nlonie ; de là aussi ses tendresses pour quelques petites revues provinciales\noù s'abritent l'esprit de clocher, les talents communaux et l'attendrissant\npatois du terroir. Quant à la Jeune Belgique, M. Wilmotte, prenant de\nvieilles rancunes pour des réalités, s'écrie : « La Jeune Belgique n'est plus\naujourd'hui que l'ombre d'elle même. » On voit ici transparaître à travers\nle rapporteur du jury l'ancien collaborateur de la défunte Wallonie. Qu'elle\nrepose en paix, Monsieur (1) !\n   Tout cela dans un rapport officiel, fait au nom d'une institution d'État,\nest un peu ridicule.\n   Un mot des théories philosophiques et littéraires de ce remarquable\nrapporteur. M. Wilmotte n'aime point le pessimisme; aux écrivains cou-\npables de lèse-optimisme il dit sévèrement leur fait. Que sa sainte férule soit\nbénie ! Nous ne connaissions pas encore l'existence de l'optimisme d'État :\nnous voilà instruits. Véritablement, nous en sommes bien aise et nous\ntirons humblement notre chapeau à cette doctrine bienfaisante, obligatoire\net laïque. Nous ne savions pas — qu'on nous pardonne! — qu'elle fît\npartie intégrante des mérites littéraires : M. Wilmotte veut bien nous\nl'apprendre : Monitor dixit.\n   Quant aux théories littéraires de M. Wilmotte, elles ont de quoi boule-\nverser le pauvre monde. Grâce à lui l'on apprend que les vers peuvent\ns'écrire en prose. « Le poème en prose, dit-il, c'est encore le poème, à quel­\nques rythmes près (!!!!) et de ces rythmes le moins fragile et le plus néces-\nsaire, à savoir le rythme intérieur, garde, dans cette nouvelle greffe d'un\nviel art, sa pleine saveur et son rare esprit. »\n\n\n  (1) A ce propos, remarquons que M. Wilmotte fait erreur lorsqu'il parle de l'exode\nprétendu de quelques écrivains de la Jeune Belgique. M. Eekhoud s'est si peu séparé\nde cette revue qu'il vient d'y publier une nouvelle. (Voir le numéro de janvier 1894.) La\nJeune Belgique publiera prochainement un article de M. F. Nautet.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "                                — 177 —\n\n   Nous laissons à M. Wilmotte sa « nouvelle greffe d'un vieillard » et\nnous demandons aux autres membres du jury s'ils admettent les bizarres\nfantaisies en vertu desquelles la prose est un poème qui a gardé le rythme\nintérieur, lequel est le rythme le moins fragile et le plus nécessaire !\n   Cette opinion, dont l'illustre colonel Ramollot déclarerait que l'Art\nmoderne est susceptible, M. Wilmotte n'a pas le droit de la formuler au\nnom du jury et de l'endosser à l'État.\n   De tout cela on peut tirer une moralité. En Belgique, il n'y a pas de\nReligion d'État, mais il existe une Critique d'État. C'est un abus. Nous\ndemandons qu'on le supprime. Nous avons été et nous restons les adver-\nsaires résolus des concours et des prix officiels, attendu que l'État n'a\naucune compétence en matière d'esthétique. Toutefois nous nous faisons un\ndevoir de reconnaître que, dans les dernières occasions, les décisions des\njurys officiels méritent l'approbation. Cette mauvaise institution fonctionne\nle moins mal possible; nous lui en savons gré.\n\n                                                 LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 177, "titre_corps": "L’Aurore", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "L AURORE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 1183, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "L'AURORE\n             Une lueur, la mer frémit, voici l'aurore :\n             Le ciel s'est allumé de mouvantes corbeilles,\n             Sur les dunes en fleurs bourdonnent les abeilles\n             Et l'alouette chante en l'air vif et sonore.\n\n             L'étoile du matin à peine tremble encor;\n             Remplis de beaux enfants qu'enivre ce réveil\n             Les navires ailés, vers l'horizon vermeil,\n             Pareils à des oiseaux, ont pris leur fier essor.\n\n             Mais moi, dans ma pensée enflammée et féconde\n             Comme un dieu créateur, seul, je rêve le monde\n             Sur la plage déserte où fuit le flot errant.\n\n             Songe sans fin! plus rien désormais ne commence,\n             Rien ne s'achève, et je regarde,   indifférent,\n             L'orbe d'or du soleil emplir l'azur immense.\n\n                                                      VALÈRE GILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 178, "page_fin": 182, "titre_corps": "Hélène (suite)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "HÉLÈNE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 201, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "HÉLÈNE\n                                    (Suite)\n             Delzire s'étudiait ainsi à dénouer le réseau de douce routine, à\n              user les mailles de la communauté, — courses sylvestres ou\n              jusqu'à l'amusante bourgade prochaine ; veillées attardées;\n               — qui, la plupart du temps, les rejoignaient, Hélène, Réginald\net lui, en dépit des entraves de la maugréante Mme d'Isoeil.\n   Combien préférable, cependant, une franche rupture, une scission brutale\nmême, moins difficile et afflictive et pour elle et pour lui ! La vilenie, expé-\nrimentée, à présent, de son subterfuge le navrait; — cette accumulation,\nseule et inexplicable, de mécomptes, d'itératives déconvenues devant fami-\nliariser Hélène à l'éventualité de la séparation, dessiller graduellement ses\nyeux pour y faire brûler la flamme crue d'une discordante évidence... Certes\neût-il mieux valu élire une voie droiturière et loyale, assumer la bravoure\nd'une sauvage et subite éclipse, — l'inéluctable de l'affreux holocauste admis,\nen gravir fermement l'échafaud, l'affronter avec héroïsme et défi! Mais son\npropre courage lui devenait suspect et la possible rencontre impromptue\nd'Hélène démoralisée et à laquelle un signe suffirait, la pâle éloquence de\nson regard — en un tel désarroi, à la coïncidence d'une agonie de résolution,\n— pour le jeter, repentant, à ses pieds. Cette appréhension le confinait dans\nson appartement, sous le prétexte allégué d'une crise de son mal ; une\nsemaine écoulée, — car, ce laps étriqué circonscrivit la péripétie entière de\nce drame; et, à des cœurs susceptibles de battre, encore, n'accorde-t-il déjà\nun excessif loisir pour franchir les étapes suprêmes et effrénées d'une déso-\nlation sans seconde, subir l'extrême aigu de la joie et de la douleur et\ns'évader, alors, marqués du corrosif et indélébile stigmate du saccage et de\nla ruine, et meurtris ? — après huit jours de séquestration, une retraite\nprolongée devenue insoutenable, Delzire redescendait mais, pour ôter tout\naccès au hasard redouté, se défendait de sortir et presque de s'éloigner de la\nprésence de Réginald ou de Mme d'Isoeil.\n   En proie à la courbature récente et vive de son immolation, il consolait\nsa sourde plainte en calculant retrouver Hélène, sinon guérie, — révoltée\nde son inexplicable retraite et, puisque femme et faible, livrée sans examen\nni sang-froid à sa naturelle outrance sentimentale, — tellement dépitée, au\nmoins, qu'elle se forclorait, désormais, en une dure indifférence, dont\nl'initiale simulation aboutirait à un réel et sincère oubli, — et, en tous cas,\nprovisoire barrière, sûr obstacle à l'explication qu'il fuyait. Le bris de leur\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "                                 —179     —\n\nunion, de leur réciproque influence, ce divorce intellectuel, un plausible\nrecours d'Hélène à M me d'Isoeil, chez laquelle son souci naïf aurait mendié\nrefuge et appui, favoriseraient en cette tête malléable une régression vers\nle sens commun, une soumission lassée à la raison quadrangulaire et pédante\nde sa tutrice et, consécutif à cette restauration de l'autorité familiale, le\ndésenchantement des idées dont la parole de Delzire recélait tout le pres-\ntige.\n   A peine, en effet, semblait-elle s'apercevoir encore de son existence; mais\nce calme trop rigide, cette quiétude, saccadés de faux rires, mortellement\ninsouciants; la désinvolture factice, toute, l'incohérente maladresse de son\njeu, l'exagération de ce fard éraillé par les larmes, ce premier deuil que son\njunévile orgueil déguisait si mal sous une joie moqueuse et déchirante, avec\nla verve et comme l'ivresse méchante de sa douleur ; — chaque fusée de cet\naffligeant feu d'artifice, après sa déflagration épanouie dans un ciel honteux\net brouillé, retombait, en refermant derrière elle, plus épaisse et hermétique,\nl'énorme arche ténébreuse de la Nuit.\n    Mais quoique Delzire subit, centuplées, toutes les affres d'Hélène, secrè-\ntement, par une des supercheries usuelles de la passion, ces souffrances\nmêmes l'affectaient comme une félicité dernière ; car de quelle désillusion\nle succès immédiat de son plan l'eût mortifié ! et capable de faire violem-\n ment éclore en son âme dupée une virulente et inflexible mésestime pour\n Hélène...\n    Inexorable pitié! Offrir ainsi, délibérément, cette enfant en oblation à sa\n propre pusillanimité devant le bonheur, à une forfanterie de faiblesse, peut-\n être, à une gloriole de vertu vague, — à l'égoïste probité de scrupules, indé-\n fectibles, soit ! mais tardifs au point d'en être devenus iniques et absous\npar une vraiment trop facile contrition : — abuser moralement de la puérile\ncrédulité, de la foi d'autrui et, à la finale heure expiatrice, racheter cette\nfaute, — aux dépens de sa victime !\n  A la merci imbécile d'une marâtre, dont l'acrimonie persécutrice acidu-\nlerait encore son affliction de ses condoléances envieuses ; en proie au destin\nincompréhensible qu'un étranger provoqua ; inconsciente du crime qui,\nvisiblement, coalise le monde contre elle; s'efforçant humblement de\njustifier des tribulations, méritées, sans doute, malgré les apparences,\npuisque Delzire s'en révélait ainsi que l'inattendu et bien plus cruel instru-\nment, — Hélène resterait hébétée et flétrie de sa vaine recherche, car elle ne\ndécouvrirait l'admissible cause de ce châtiment ni en elle-même, ni dans les\ncirconstances.\n   Si, cependant, dédaigneuse d'un stoïcisme, inconcevable, d'ailleurs, et celé,\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "                                  — 180 —\n\nauquel donc son ignorance n'avait pu adhérer, — (et pour louable et noble\nqu'il fût dans la magniloquente imagination de Delzire, apparu jusqu'ici\nsous un insensible et laid aspect, comme l'envers sinistre de quelque fantas-\nmagorie embrouillée), — si Hélène, armée de l'instinctive rectitude de sa\nraison, se figurant l'unique et obligatoire objet du sacrifice, se dressait\ndevant lui et avec le regard indigné et plongeant, la ténacité blanche et\ntêtue, l'arrogance audacieuse et légitime des êtres très purs, lui rappelait sa\nconduite — ah ! pertinace et libre, elle! l'opportun du dénouement ménagé\nà cette homicide intrigue en témoignait ! — et revendiquait l'imprescriptible\ndroit qu'elle lui créa! Epouvantable torture voluptueuse! le long du calvaire\naride, hérissé de remords et de déchirantes hésitations, de ce renoncement,\nce lui fut comme un cordial intoxiqué, ainsi qu'une nouvelle blessure\nbénie, large et béante et dont le sang à flots va rafraîchir l'horreur extatique\net déjà torpide du supplice, — de sentir fondre sur lui la déprécation\n d'Hélène et le poursuivre, parmi les ronces et l'escarpement de son âpre\nroute, l'injure, la muette injure de ses yeux... Paroxysme d'animadversion\noù, sous les espèces de la haine, réapparaissait la survivante suprématie,\nen cette âme superbe, de son influence, — et la stérilité de son effort pour\nfeindre un très calme et manifeste mépris que, d'ailleurs, l'énigmatique\nambiguité de la conjecture n'autorisait point.\n   Mais ces vestiges même, indéniable source de l'agressive acerbité d'Hé-\nlène, Delzire se devait d'en ruiner jusqu'à la trace ; raturer, enlaidir l'exa-\ngérée légende, dans cet esprit immaculé, et le mirage, legs pernicieux de\nces mois d'affinité; — restituer, enfin, cette généreuse créature à elle-même,\nà la notion agrandie d'elle-même, à l'intégrité de son cœur, pour ainsi dire,\navec l'intacte aptitude, sans arrière-pensée, préjugé ni regret, à un autre et\nprochain lien réparateur.\n   Il s'évertua à découvrir l'immanquable moyen, susceptible d'à jamais\ndéshonorer, aux yeux d'Hélène, toute réminiscence de cette époque; la\ndémarche capable de prévenir la secrète religion, le culte nostalgique, la\nposthume piété qu'elle lui conserverait ; — infaillible au point d'induire\nHélène à la fatuité et à la présomptueuse illusion d'une méritoire perspi-\ncacité qui, dès lors, sanctionnerait une séparation sans ménagements ni\nambages. Mais le châtiment lui apparut trop rude, réellement, et supérieur\nà ses forces mortelles et à sa charité, de provoquer sa propre déchéance\ndans l'esprit le plus exorable jusqu'alors rencontré, de maculer l'image\nidéalisée que la ferveur de cette âme fraternelle voudrait respecter. Comment,\nde plus, usurper la responsabilité de l'incurable morsure en cette virginale\nintelligence d'une empreinte calomniatrice, souillure indélébile ; — fêler le\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "                                  — 181 —\n\nchaste cristal, ternir l'eau diaphane de sa mémoire; abolir sa sérénité\nfuture d'un tel héritage, obsession mensongère dont sa vie s'intimiderait, à\nl'avenir.\n   Il renonça à avilir ses torts prémédités ; chaque minute jusqu'à l'instant,\nencore éloigné, de son départ, le coude-à-coude, surexciteraient et aggrave-\nraient la dissidence; les faillites successives des vœux intimes d'Hélène, son\ntenace optimisme reverdissant tous les soirs un rameau desséché le lende-\nmain, enfiévreraient son aversion et l'invétéreraient. Alors, peut-être, une\ninsidieuse tentative réconciliante de sa part, hautainement récusée, laisse-\nrait-elle à Hélène, avec les honneurs et le mot final de l'aventure, la guérison\nparfaite, et la quiétude?\n   Cette étrange tragédie sentimentale développa ses phases passionnées\nsous les gros yeux soupçonneux de M me d'Isoeil et à son insu total, car,\nau cours de ses incidents, les manières mutuelles et le ton des jeunes gens\ns'altérèrent de trop subtiles dissonances, insensibles au tympan et au\ndiscernement racornis de la vieille dame. Hélène et Delzire bénéficiaient,\nau surplus, de leur originelle discrétion invulnérée, de l'ombrageuse et\nsensitive pudeur, sans ostentation de mystère, qui maîtrisa leur conduite\net, à cette heure assombrie, leur magnifiait ces espérances de la veille,\nrentrées, vivantes, dans les limbes, abîmées à peine sous l'horizon indicible\net tellement utopiques, déjà, et lointaines — que leur persistante fascination\néphémère empruntait le vespéral contour, les teintes indécises et amorties\ndu rêve.\n   Impunément, conservèrent-ils donc leurs allures réciproques usuelles ;\nhormis à certains mots soulignés d'un peu d'involontaire emphase, à de\nbanales expressions, commémoratifs, soudain, pour avoir été, maintes\nfois, jadis, énoncés, de quel accent ravi ! et à présent, atténués d'une\nsourdine, — auxquels leur voix se rouillait, mais si passagèrement que,\nseuls, ils en remarquaient la perturbation...\n   Dès les premiers symptômes, Réginald, lui, cependant, présagea l'immi-\nnente dissolution de leur précaire société, le redoutable sort adverse conju-\nrant sa ruine ; mais le désaccord, dont il pressentait sa sœur et Delzire\ngrièvement désolés, lui restait encore obscur.\n   Au début de leur installation à Isoeil, la subite métamorphose de Delzire\nà son égard le froissa, cette imprévue et mortifiante négligence, la restric-\ntion apparente d'une amitié insatiable, auparavant, et tyrannique, savoureuse\nd'outrancière assiduité, même, et reléguée, tout d'un coup, à l'oubli. Il\nconnaissait assez son condisciple, la broussaille enchevêtrée d'orties, les\nspécieux préalables, freins volontaires de son activité, où il attardait sa\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "                                   — 182 —\n\n  conscience processive et ardue, pour s'effrayer de son entraînement vers\n  Hélène; — les scabreux écueils, les dangers moraux recherchés et bravés\n lui servant d'écoles enivrantes de sang-froid, d'expériences affrontées aux-\n quelles il aiguisait sa souffrance et acharnait son imperturbable et sceptique\n autopsie... Certes, qu'un tel être, excessif, toujours, de pointilleuse subti-\n lité, de réflexion dardante et complexe, jugeât superflu d'innocenter ses\n actes, les témoignait irrépréhensibles.\n    Aucune confidence, non plus, ne vint à Réginald, impossible, également,\n à Hélène et à Delzire et inutile, d'ailleurs, à l'égard d'un tel témoin, compré-\n hensif et chéri et tacitement impliqué dans l'anodin complot; nul infor-\n mulable aveu profanateur qui, prononcé pour cet unique auditeur indulgent\n même, sur un ton d'évasive sous-entente, sillonnerait de sa rude trace déve-\n loutée le feutre susceptible du sentiment... Mais, par une sorte de caressante\n collusion et d'enjôlement, l'un et l'autre faisaient de Réginald le complice\n et comme le recéleur du secret juvénile de leurs entrevues... Comparse aux\n élémentaires stratagèmes, aux hasards combinés de leurs excursions, initié\n à tout le naïf arcane de leurs rencontres, souvent il les accompagnait et,\n sous des prétextes, s'esquivait après les avoir escortés jusqu'aux confins du\n village; — un régressif accès auguré de sa primitive jalousie, aujourd'hui\n vaincue, contre Hélène, et qui, malgré ses efforts, extravasait encore quel-\n quefois sa bile résorbée et falsifiait alors, son humeur, gauchissait ses\n paroles, — éloignait le délicat enfant, pour ne point adultérer le plaisir de\nses compagnons de la grimace convulsive de sa joie factice...\n    Une atmosphère très vite s'était établie, particulière à ces trois créatures,\n de simplicité et de délicieuse entente, — électrisée de sympathie palpitante\net d'induction, où chaque impressionnable nuance décolorée, — de vagues\ntermes qu'une espèce d'argot intime amplifiait jusqu'à un sens arbitraire et\n conventionnel, — l'intonation sourde ou vibrante, la plus minime altération\ndes voix transmettaient de formidables échos, suggestifs et délirants.\n    La moindre, insensible et passagère dissonance ne pouvait pronostiquer\nqu'un irréparable désastre, un déchirement sans remède ; le premier indice,\naussi, de la dissension, atteignit aux yeux de Réginald, le caractère d'un\nsigne définitif; — rien n'effacerait qu'une minute Hélène et Delzire eussent\nété isolés l'un de l'autre et hostiles, en proie à l'animosité de leurs diver-\ngents vouloirs, qui désormais, pour avoir seulement bifurqué, se repousse-\nraient chaque heure davantage. Réginald déplora ces choses, sans s'arroger,\ntoutefois, un droit d'immixtion, — toute entremise, de quel tact fût-elle\npalliée, en ces occurrence sfunestes, devant sembler et, en réalité, être odieuse\net haïe...\n                                                        ARNOLD GOFFIN"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 183, "page_fin": 183, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "SONNET", "ancre_fin": "GEORGES MARLOW", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LITTÉRATURE RUSSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "SONNET\n            De tremblantes lueurs dans les tours ajourées\n            Etoilent l'horizon de roses vaporeuses ;\n            Frileuse floraison, que les reines heureuses\n            En chuchotant de vagues choses ignorées\n\n            Effeuilleront de leurs frêles mains paresseuses\n            Tandis qu'au loin, sur les vagues énamourées,\n            La lune surgissant des ramures chanteuses\n            Fera neiger ses douces larmes apurées...\n\n            O la chute du jour et le soir qui se traîne\n            Bien lentement parmi les grêles découpures\n            Des donjons imprécis, ô la plainte incertaine\n            Des flûtes que la voix cajoleuse des femmes\n            En ce jardin d'ennui baigné de clartés pures\n            Attriste encore et f ait pleurer comme des âmes!\n\n                                                 GEORGES MARLOW\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 183, "page_fin": 184, "titre_corps": "Littérature russe : Poésies d’E.-J. 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Tombé dans des batailles sanglantes,\n— tout dort au fond de mes caveaux.\n   A moi le fruit et le germe! — à moi le sceptre de l'univers ! — Humilie-\ntoi, vieillard éternel, — ô Temps, incline ton front devant ta reine!\n\n                                        Le Temps.\n   Sans fin ni commencement — je suis le père et le fils des siècles ; —\nmais toi, tu fus enchaînée par le Destin — à la pourriture délétère des\ntombes. — Là où sont tes cimetières, — là où se décomposent tes cercueils,\n— c'est là que mes forces vives — construisent l'édifice du devenir ; c'est\ndans les tombes que je prends — les germes de mes travaux. — Ma route\nest sans fin;—la chaîne des siècles est entre mes mains,— et sur mes\népaules immortelles — je porte la robe du Créateur. — Ma puissance est\nsans limite, — infinie comme le Destin ; — et toi-même n'es-tu pas mon\nœuvre? — Je suis ton seigneur — tu es mon esclave.\n                                                               E.-J. 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C'est le digne prédécesseur de Pouchkine et le père\ndu romantisme en Russie. Ses traductions de Schiller, Goethe, Byron, Homère valent les\noriginaux grecs, allemands, anglais. Il a survécu à Pouchkine, qu'il admirait sans\nrestriction ni envie; il est mort en 1852, à l'âge de 70 ans. Joukovski était le précepteur\nd'Alexandre II, empereur de Russie.\n                                                                                  13\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 187, "titre_corps": "Littérature russe : Poésies de Maïkoff", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. Wallner", "ancre_debut": "l Art Hexamètres", "ancre_fin": "L WALLNER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 1523, "fin_caractere_exclue": 2180, "texte": "l'Art.\n                                      (Hexamètres.)\n\n   Je m'étais coupé un jonc au bord de la mer bruissante. — Muet, il gisait\ndans ma pauvre cabane. — Un jour il fut aperçu par un vieillard inconnu\nqui, — pour passer la nuit, s'arrêta dans notre hutte. {Cet homme semblait\nincompréhensible et étrange dans notre pays sauvage.) — Il tailla le tuyau,\ny pratiqua des ouvertures, et se l'appliqua aux lèvres. — Voici que le jonc,\nanimé tout à coup, se remplit de sons — merveilleux, semblables à ceux qui\ns'élèvent parfois du bord de la mer — quand soudain le zéphyr, en ridant\nses eaux, frôle les roseaux, et remplit de sons la contrée maritime.\n\n\n  "}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "                                  — 186 -\n\n\n                            L'Ange et le Démon.\n\n   La dispute pour l'homme dure toujours — entre deux esprits puissants:\nl'un — est le maître des portes de l'Eden — et son gardien séculaire ; l'autre,\ndans toute la grandeur du mal, — c'est le souverain du monde des ténèbres;\n— au-dessus de sa pourpre ardente — brûlent deux ailes de feu. — Mais\nl'homme, né dans la poussière, qui des deux fera-t-il triompher? — Achètera-\nt-il la couronne des palmes éternelles, — ou la coupe des voluptés passa-\ngères? — L'ange du Seigneur est doux et lumineux, — vivifié par le rayon\nde l'humilité ; — mais le fier démon est si beau, — est si fort, si resplen-\ndissant !\n\n                             Chanson hébraïque.\n\n   Devant Sion se balançait — mon berceau et au-dessus de lui — la palme\nde Dieu penchait — sa touffe de rameaux sombres.\n   Des blanches lys de l'Idumée — croissait tout autour le parterre neigeux;\nla blanche colombe de Judée — agitait son aile caressante;\n   L'ange divin d'Israël — m'offrit un rameau de palme — et posant la\ncouronne de lys sur ma tête, — il m'envoya en route.\n\n                          La Mère et les enfants.\n                        (Motif de la poésie néo-grecque.)\n\n   « Pourquoi, maman, sans cesse — parles-tu de la sœur? — Notre Zoé est\ndans un monde meilleur — tu nous le dis toi-même. »\n   « Ah, je sais qu'elle est dans un monde meilleur ! — Mais dans ce monde\nil n'y a point de prés, — ni de fleurs, ni d'herbes aromatiques, — ni de gais\npapillons. »\n   « Maman, maman ! dans le paradis de Dieu — chantent des anges divins,\n— se promènent des aurores roses, — coulent des nuits étoilées. »\n   « Mais la pauvre n'y a pas sa maman, — qui de la fenêtre regarderait\n— comme elle folâtre dans la prairie — avec les fleurs et les papillons. »\n\n                                 Anacréon.\n\n   Le jour de la cueillette du raisin — par la porte ouverte du jardin — nous\nallâmes à la fête de Bacchus — en portant sur nos bras — Je favori d'Eros\n— le vieux Anacréon.\n   Nous étions beaucoup d'adolescents,— courageux, alertes, au langage\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "                                         — 187 —\n\nhardi, — et chacun avec sa belle; — mais le vin scintilla dans les coupes,\n— nous regardons : toutes nos belles — le vieillard les attira vers lui.\n  Sénile, aviné et cassé en deux, — le crâne couvert de roses, — comment\na-t-il pu leur tourner ainsi la tête? — Mais elles nous chantèrent en chœur,\n— que nous ne savons pas aimer, — comme lui jadis il aima.\n\n                                 La Source du rocher.\n   D'où, ô source du rocher, — découlent tes flots sonores? — Qui vous a\névoqué du gouffre noir, — vous, larmes pures de la terre? — Est-ce le rayon\nbrûlant qui, sur les têtes des monts, — a fondu l'écorce des glaces? — Ou\nest-ce le pétillant exode — des effluves mystérieux du cœur de la terre?\n   D'où que tu viennes, qu'il est doux pour la naïade — de rêver au fond\nde tes eaux scintillantes, — ou de baigner en cachette sa face dans tes\nondes ; — qu'il est réconfortant pour les bergers de la vallée — de jouer de\nla corne au bord de tes flots. — et pour les vierges de plonger leurs\namphores sonores — dans ton humide et frais élément !\n  Tel est-tu, ô vers du poète! — D'où viens-tu, et pour q u i ? — Q u i t'a\névoqué dans l'abîme de ce monde ? — et qui cherches-tu au milieu de lui?\n— Ceci est un mystère pour tous ; — mais qu'il est consolant pour nous —\nd'écouter ton harmonie, — d'aimer ton ordonnance, et ton doux sussure-\nment, — et d'y puiser nos délices.\n                                                                      M A Ï K O F F (1)\n\n                                                          Traduit du russe par L. WALLNER\n\n\n\n\n  (1) A.-N. Maïkoff'. l'un des meilleurs poètes de la Russie contemporaine, est né à Moscou\nen 1821. C'est le fils d'un peintre russe très connu, Nicolas Maïkoff. J'ignore s'il vit encore,\nmes sources historiques s'arrêtant vers 1880. A. 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Ce ne fut pourtant, somme toute, qu'une exposi-\ntion des Vingt agrandie et élargie. Même direction, même atmosphère. On\ny vit les plus conspués des Vingt et de leurs invités habituels. Si une\nbonne moitié des exposants ne figura jamais aux catalogues des Vingt, et\nnotamment quelques-uns des plus importants parmi les étrangers, — tels\nque MM. Watts, Frampton, Morris, Puvis de Chavannes, Carrière, — il\nn'est cependant pas démontré qu'ils n'y eussent un jour passé tous, avec\nd'autres que la Libre Esthétique recherchera sans doute ou admettra dans\nl'avenir.\n   Le nouvel organisme aura l'avantage d'un cadre plus vaste et de colla-\nborations plus nombreuses et plus variées, bien que toujours soigneusement\nchoisies. Des ressources plus abondantes seront à sa disposition, grâce aux\ncotisations de cent membres, dont la plupart étrangers aux professions artis-\ntiques et d'autant plus honorés de leur part de mécénat. Mais, si la respon-\nsabilité pécuniaire s'est répartie sur une plus large base, l'autorité au\ncontraire s'est concentrée entre les mains d'un seul délégué et se trouve plus\nlibre de toutes attaches et de tout tiraillement que ne le fut jamais la répu-\nblique des Vingt.\n   Certes, l'éclectisme était l'un des articles du programmede ceux-ci, mais les\ncirconstances ne permirent pas que cet article fût toujours également observé.\nOn y dérogea parfois, notamment lorsque le néo-impressionnisme voulut\ns'ériger en orthodoxie quelque peu intolérante : il y eut un moment où le\nmérite des peintres allait dépendre presque uniquement de leur zèle pour le\nluminisme et même pour tel procédé luministe particulier, où la tiédeur\nenvers Seurat fut suspecte et valut aux hésitants quelque mauvais vouloir.\nIl n'en est plus ainsi à la Libre Esthétique, dont le titre même ne peut\nsignifier autre chose que la volonté d'éviter de semblables erreurs. Aussi,\ndès la première exposition, l'éclectisme fut-il plus apparent qu'aux Vingt.\nLe Salon ne favorisa spécialement aucune école ni aucune tendance. Il fut\nsimplement moderne et, si l'on veut, évolutionniste, groupant l'une auprès\nde l'autre toutes les tendances vivantes — bonnes ou mauvaises, l'avenir le\nsaura probablement — par lesquelles se marque aujourd'hui l'évolution de\nl'art. Il fut donc varié à souhait et instructif en proportion. Des oeuvres\nqui le composèrent, il n'y en eut pas une qui n'eût au moins de la tenue et\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3278, "texte": "                                   — 189 —\n\n qui ne présentât quelque intérêt au moins momentané. Plus indépendante\n des doctrines, la nouvelle direction est également plus indépendante des\n personnes. Tout en gardant aux meilleurs des Vingt une juste prédilection,\n elle ne doit plus avoir égard à l'ancienne association, dont certains membres\n ont l'air d'avoir abandonné leur art, dont certains autres ont encore plus\n mal tourné.\n    Il n'y a plus de Salon jeune qui ne réserve une large place à l'art indus-\n triel, à l'art appliqué, à l'art ornemental. Beaucoup de peintres ou de\n sculpteurs semblent se tourner de ce côté par lassitude, par ennui des\n redites. Beaucoup apportent à la confection d'objets, d'ustensiles quel-\n conques, une grande habileté technique, de l'érudition, même de l'inspira-\n tion. Peut-on conclure de là, comme certains, à l'apparition prochaine d'un\n style décoratif moderne? Cela est bien douteux. Toujours on a vu les styles\n décoratifs procéder des styles architecturaux, comme la fleur sort de la tige\nqui la supporte. Or, l'architecture contemporaine n'est pas un art organique\n et vivant. Ensuite, il y a opposition entre l'individualisme qui règne\naujourd'hui dans l'art et la conception d'un style architectural et mobilier,\nqui suppose la fantaisie individuelle soumise à une discipline, à des prin-\ncipes de formes universellement adoptés, expression de l'âme collective\nd'une race ou d'une époque. En attendant, on nous fait de jolis bibelots\namusants, et c'est toujours autant de gagné.\n    Ce n'est pas à dire que la peinture ne se rencontre plus à l'état autonome et\nindépendant, bien que certains artistes aient décidé récemment que c'est là\nun abus, et, par une logique pleine d'optimisme, qu'il cessera d'avoir lieu.\nNous nous persuadons difficilement qu'un portrait tel que celui de la\nmarquise de Granby, de M. Watts, pour n'avoir aucune destination déco-\nrative, n'ait pas le droit d'exister. Il est d'une profonde et durable beauté,\ncela suffît.\n   Sur un fond de paysage montagneux, bleu et vert, apparaît le buste d'une\nfemme jeune, aux cheveux d'or, au long cou nu, vêtue simplement d'une\nblouse bleue et d'une écharpe verte. Deux teintes principales, dont l'har-\nmonie subtile et exquise est excellemment appropriée au caractère du person-\nnage. Car ce portrait est une œuvre de lucide pénétration psychologique, à\ntel point que la présence du nom du modèle au catalogue est presque une\nindiscrétion. On y lit, dans ce portrait, la race, l'aristocratie, la fierté; on\ny voit la douceur d'une âme, non pas calme, mais calmée, sans élan désor-\nmais, et l'on découvre le spleen tout au fond de ces yeux bleus, pareils à\nde nobles fleurs qui sentiraient qu'elles vont se faner bientôt Le travail du\npeintre, minutieux et patient, disparaît, tant l'intérêt de sa vision et de sa\npensée scrutatrice s'impose. Si l'on cherche l'ascendance d'une pareille\nœuvre, on ne peut penser qu'à un nom, qui est un nom suprême, celui du\nVinci.\n   M. Eugène Carrière réunit en un tableau, au groupement composé à la\nfaçon hollandaise, une mère et ses cinq enfants. Le style n'est pas exempt\nde maniérisme, et cependant la vie des têtes, des regards, des mains est\nextraordinaire. Le dessin est d'un maître et le coloris, si atténué qu'il\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "                                   — 190 —\n\nsoit, est délicieux dans sa délicatesse. Nous ne trouvons à regretter chez\n M. Carrière que le parti pris où il s'obstine de noyer ses personnages dans\nune factice atmosphère d'cmbres mouvantes, de brumes vagues et blêmes où\nil les fait flotter comme des fantômes ou des formes spiritualisées.\n    Autres portraitistes : M. Cameron, de Glasgow, très analogue à\n MM. Guthrie et Lavery, et comme eux whistlérien; M. Sauter, épais, lourd,\namateur de céruses blafardes; M. Motte, sérieux et distingué, hypnotisé\npar Velasquez; M. Lemmen, irréprochable, constructeur exact et tenace,\ndessinateur serré, modeleur strict; M. Khnopff, toujours industrieux, mais\nd'une banalité inattendue et d'une excessive sécheresse dans son portrait de\nfemme qui semble découpé à l'emporte-pièce, et, malgré d'assez grandes\ndimensions, traité comme une miniature ; M. De Gouve de Nuncques, dont\n le portrait d'homme, très appliqué, n'a pas un coloris des plus avenants;\n M. Van Rysselberghe, l'un des rares fidèles tenants du néo-impression-\n nisme, virtuose adroit autant qu'intrépide, capable, sans épuiser sa patience,\n de pointiller un plancher, une porte et une redingote que l'on contemple\n sans allégresse.\n    Ses deux limpides marines, oeuvres de scrupuleuse analyse, valent mieux,\n comme M. De Gouve vaut surtout dans ses paysages somnolents, non pas\ntant dans sa grande vue panoramique et paradoxale des Environs de\nLaeken, à la fois minutieuse et simplificatrice, que dans son rigide Canal\ngris et sa Maison aveugle, d'un sentiment étrangement concentré et poi-\n gnant.\n    Passons sur les impressionnistes français, très connus : M. Besnard,\nardent et fluide, le fin Sisley, M. Renoir, énormément au-dessous de lui-\n même et de sa réputation, Mme Morisot, toute pimpante en son faire ner-\nveux et expéditif, ténu et peu consistant ; puis M. Pissarro père qui tapote\ndes paysages exacts, et ne nous transporte pas. Il est flanqué cette fois de\n deux de ses fils, et on en attend un troisième, le petit dernier.\n    Nous nous permettrons de placer M. Heymans à une grande distance\nau-dessus de ce patriarche sympathique et surfait. Ses trois paysages,\nsolides et légers, aussi pleins de belle force et de santé que de lumière, sont\ndes merveilles de robuste justesse, et de sentiment poétique en même temps.\nN'oublions pas ici M. Claus et son Midi rutilant et joyeux, ni M ,le Boch,\nni M. Thaulow. Oublions au plus tôt M. Signac.\n    Non loin de M. Carrière fut situé M. Lerolle, qui a quelque rapport avec\nlui. C'est un peintre vaporeux, de demi-teinte et de demi-jour. Ses toiles,\nfigures et intérieurs ou paysages, ont en général une grâce tranquille. Mais\nl'impression s'efface vite, n'allant pas jusqu'à l'intensité. M.Stremel, Allemand\nvoué à la Hollande, est aussi un intimiste, qui épie le mystère des vieilles\nchambres proprettes et vides, comme dans son Intérieur, vert et jaune\npaille, d'une adroite combinaison de lignes et de couleurs.\n    Un Crépuscule, en teintes de vieille tapisserie, de M. Murray,de Glasgow,\nrappelle le Soir de Langside de M. Lavery. De M. Vogels, toujours superbe\npeintre, une mer nocturne qui a la majesté de certains Dupré. De M. Gil-\nsoul, une Kermesse aux feux de Bengale, qui est plus curieuse que belle,\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "                                  —   191   —\n\n\n  et que juste, et sa Tourmente, trop vaste, mais impressionnante par sa\n fougue et sa sauvagerie. M. Laermans demeure le peintre des souffrances\n et des difformités des paysans. Le coloris très monté de M. Ensor fait mer-\n veille dans quelques natures mortes, choux, fraises, vases ou poissons. Il y\n avait notamment une raie, brossée superbement, où s'entrevoyait l'ingérence\n sournoise du caricaturiste pince-sans-rire, qui dédie à l'auteur des Contes\n d'Yperdamme son effigie en une icône moitié mystique et moitié rabelai-\n sienne, où la Vierge an buisson de roses de maître Etienne de Cologne\n sourit doucement au-dessus des grimaces de diables cornus et pustuleux.\n    C'est à Taïti principalement que M. Gauguin, qui a une ascendance\n péruvienne, paraît-il, et qui s'en ressent, est allé chercher, des inspirations\n en rapport avec ses goûts d'art barbare et primitif. Peinture ethnogra-\n phique, qui étonne plus qu'elle ne séduit. Mais M. Gauguin est un colo-\n riste somptueux et dans son Paysage de la Martinique, lourde mosaïque\n de gemmes et de métaux ardents, des rapports hardis établissent une har-\n monie neuve.\n    Parmi les peintres plus dégagés que les précédents de la réalité immé-\n diate, il faut citer en premier lieu M. Puvis de Chavannes, en souvenir de\n ses nobles fresques eurythmiques, plutôt que pour exalter les trois œuvres\n secondaires et pas récentes qu'il envoya à l'exposition. D'un Anglais,\n M. Welden Hawkins, on vit les Auréoles, un morceau d'une délicieuse\ndouceur mystique et charnelle à la fois. M. Denis s'immerge dans le néant.\nM. Levêque eut de prolixes tentatives. Le symbolisme de M. Toorop\ns'éloigne de plus en plus des formes de la vie et arrive aux plus inintelli-\ngibles rébus, comme celui de M. Doudelet. Seulement, le cas de M. Toorop\nest plus grave, car il sait dessiner et il sait peindre, et même magistralement,\net dans ses compositions les plus folles il y a des morceaux exquis.\n    Précédemment nous eûmes déjà l'occasion de décrire et de caractériser\nici les allégories décoratives de M. Mellery. A la Libre Esthétique, il en\nexposa une série de dix-huit, parmi lesquelles nous ne pouvons que citer\nles plus parfaites, d'une beauté sereine, radieuse et recueillie : La Pensée\naime la Nuit, la Hollande du XVIIe siècle, l'Ile de Marken, la Voûte\nromaine, le Don de Mariage et la merveilleuse guirlande des Heures. Par\nles amples rythmes de leurs lignes, l'élargissement de la plastique, la solen-\nnelle simplicité de la couleur, ces œuvres sont conçues selon « une esthé-\ntique décorative » pour employer l'expression du peintre lui-même, et tout\nen existant pour elles-mêmes, eh elles-mêmes, sans subordination à tel sys-\ntème monumental, elles constituent de magnifiques spécimens de ce que\npourrait créer M. Mellery si on voulait bien lui donner des murailles à parer,\nà ennoblir du prestige de son art grave et pensif.\n                                     ***\n   Les dessins, les estampes, les lithographies, les images, les affiches, les\nillustrations, les gravures foisonnèrent, mais nous prendrions toutes les\npages de la Jeune Belgique si nous notions ici tout ce qu'il faudrait.\n   D'Angleterre vint la collection des publications de la Fitzroy School\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "                                  — 192 —\n\nPicture Society, fondée tout récemment pour la création d'images coloriées\nà bon marché, d'un caractère esthétique, destinées à l'enseignement et à\nl'éducation du regard dans les écoles. Idée excellente, réalisation remar-\nquable. La clarté de la composition, la puissance d'expression des con-\ntours, la belle harmonie des tons plats, le sentiment na'if, à la fois reli-\ngieux et pittoresque, tout cela se trouve à un degré égal dans les œuvres\npresque collectives de MM. Heywood Sumner, Selwyn Image et Chris-\ntophe Whall. M. Sumner apparaît encore comme un charmant illustrateur\nde livres, genre auquel s'adonne également un artiste nouveau, révélé par\nle Studio, M. Aubrey Beardsley, qui raffine sur la grâce italienne et sur le\ncaprice japonais.\n   Chez nous, peu de chose. Les illustrations élégantes et fantaisistes que\nMlleDanse jette à travers les textes et les marges des livres ont l'inconvénient\nde ne pas faire corps avec l'objet décoré, et nous leur préférons ses jolis\nportraits mièvres. M. Auguste Donnay n'apporte encore que des promesses,\ndans ses petites compositions bizarres, quoique calligraphiques.\n   Tout près de lui, nous admirâmes une superbe série de dessins du maître\naquafortiste Storm de 's Gravesande : des intérieurs d'églises et d'apparte-\nments aussi silencieux, presque aussi religieux que des églises, et de dou-\nloureuses tombées de soir dans de pluvieux ports de Hollande.\n   La France nous apporta des affiches, quelques-uns des plus flamboyants\nChéret, puis de cruels Toulouse-Lautrec, étonnants de grandeur, de force,\nd'incisive ironie. Des publications collectives, l'Estampe originale, l'Escar­\nmouche, le Café-Concert, groupaient une foule d'artistes intéressants,\ndont chacun a son genre, son style et sa personnalité : entre autres, M. Bes-\nnard, avec une belle estampe fantastique, aux dégradations admirablement\nfondues; M. Renoir, avec une superbe tête de petite fille; M. Anquetin,\navec son Don Quichotte, d'un grand caractère; M. Lepère ; les exhilarants\ncaricaturistes Hermann Paul et Vallotton, dont on vit en outre des séries\nd'oeuvres séparées, comme on en vit aussi de M. Henri Rivière, dessina-\nteur de marines et japonisant de première force, et de ce mystérieux et\nprofond artiste d'art surnaturel, M. Odilon Redon. Son Livre de lumière\net son Profil de femme s'égalent à ses inventions les plus inattendues et\nles plus belles. A côté, un autre lithographe savant, maître aussi dans\nl'art de velouter les noirs, M. Lunois.\n   Une seule affiche de M. Grasset, la célèbre Librairie romantique,\ndiscrète et douce, avec sa gracieuse figure de liseuse à la large collerette.\nMais une foule d'aquarelles originales, de couvertures, de têtes de pages,\nd'illustrations, attestant la profonde sciencedu dessin, l'érudition, la fécon-\ndité de ce maître charmant, archaïque et moderne à la fois.\n   Dans le cycle des arts du livre, citons encore de riches ornementations\ngothiques, chefs-d'œuvre de M. William Morris, les éditions simples et\ndistinguées des éditeurs de poètes MM. Mattews et Lane, les reliures origi-\nnales de M. Charles Meunier, les parfaits maroquins à arabesques de\nM. Marius Michel. Louons aussi, tout particulièrement, le titre du cata-\nlogue, dû à M. Van Rysselberghe, qui a résolu le problème de donnera\nnotre alphabet une valeur décorative.\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "                                -   103   -\n\n\n   Allons à la sculpture maintenant et aux arts connexes. Un sculpteur\nanglais, M. Frampton, s'impose avec des œuvres magnifiques, d'une\nnoblesse hautaine, d'une spiritualité raffinée, d'une correction impeccable.\nM. Frampton est un de ceux qui ressuscitent l'usage, autrefois universel,\nabandonné seulement depuis la renaissance, de teinter les matières\nsculptées ; il le fait avec infiniment de goût. La sculpture coloriée est\nencore pratiquée par M. Cros, qui ressuscite la beauté antique et tire des\npâtes de verre un parti avant lui ignoré, et par M. Paul Du Bois, qui,\nparmi ses œuvres nombreuses et variées, a un haut relief habile, une Femme\nà l'éventail, d'une grâce très séduisante.\n   Une jeune artiste française, M lle Camille Claudel, s'avère élève de\nM. Rodin, et c'est pourquoi il est prématuré de lui conférer, comme on l'a\nfait, la maîtrise. La Valse a évidemment de la passion, de la fièvre et du\nmouvement, trop de mouvement même. La draperie qui tourbillonne\nautour du couple est confuse et manque d'attaches : elle embrouille le\ngroupe, masque les lignes, et ressemble autant à-une broussaille qu'à une\ndraperie.\n   Les cinq caressantes études de M. Bartholomé, cinq corps de femmes\nployés dans des attitudes douloureuses et prostrées, promettent une œuvre\nde premier rang. La place nous manque pour insister sur les œuvres\nd'artistes connus, tels que MM. Constantin Meunier, Vanderstappen,\nSamuel, Vincotte, Charlier, Devillez, Gaspar. Nous avons déjà parlé de\nl'Autel sans architecture de M. Craco, qui a encore, entre autres choses,\nun projet de Chaire de vérité atteint du même défaut.\n   L'emploi, dans les objets d'art industriel, de l'étain, qui était autrefois\n« l'argenterie du pauvre », se répand de plus en plus. A côté des travaux\nsouples et nerveusement accentués de M. Alexandre Charpentier, voici, de\nM. Baffier, une plantureuse Cruche qui ne sera pas légère à soulever, et une\npittoresque Corbeille à fruits soutenue par deux fortes campagnardes bien\ncampées; de M. Paul Du Bois, un Chandelier et des bas-reliefs; de\nM. Fernand Dubois, un Couvercle pour une boîte de baptême. M. Fernand\nDubois est un bon médailleur, dans le style de M. Roty, et un ciseleur\némérite; il a du goût, de l'invention, peut-être trop d'intentions symbo-\nliques qui demeurent cachées. Citons enfin deux fantastiques baguiers de\nbois sculpté de M. Carabin, et ses grès colorés dans la pâte, d'un mouve-\nment vraiment curieux.\n   Nous voici arrivés tout naturellement aux arts de l'ameublement, aux\nbeaux grès flammés de M. Delaherche, de MM. Dalpayrat et Lesbros, aux\nvases de métal orfèvres par la Guild of Handicraft de M. Ashbee, à l'ingé-\nnieuse tapisserie fanée de M. Maillol, aux tapis esthétiques de la manufac-\nture belge La Royale, dessinés par MM. Lemmen et Wytsman, aux\nmeubles de style traditionnel de M. Wallaert, aux bois vernis de M. Nieder-\nkorn. M. de Montesquiou-Fézensac expose unevilaine « pendule de pensées »\nd'une composition aussi précieuse que l'inscription qui ronronne dessus :\n \" Dans les leurres de vos heures, pressez, si vous y pensez! ces pensées\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "                                  — 194 —\n\ndépensées, à penser à vos pensers. » Un architecte belge, mais formé sans\ndoute à l'école des Anglais, les seuls qui aient inauguré quelque chose qui\nressemble à un style de mobilier moderne, M. Serrurier, a décoré et meublé\ntoute une chambre, d'une simplicité savante, gaie, commode et intime, qui\na fait l'admiration de tous les visiteurs et qui, dans cette belle exposition de\nla Libre Esthétique, aura eu sa large part du succès universel.\n                                                     ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 194, "page_fin": 197, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ERNEST CLOSSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 3181, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n              Lessympathies des jeunes vont naturellement aux jeunes.\n                L'ardente jeunesse qui poursuit l'art dans ses différentes\n                expressions, peinture, musique ou littérature, se tend frater-\n                nellement la main; aussi me pardonnera-t-on, dans la Jeune\n Belgique, de rendre un hommage particulièrement chaleureux et cordial au\n groupe de nos jeunes musiciens. Voici trois ans que Mathieu Crickboom,\n ce petit Verviétois, artiste comme on ne saurait l'être plus, et l'une des\n futures gloires du violon, fonda ici son quatuor. Crickboom, avec sa col-\n laboratrice, Mlle Louisa Merck, est comme l'âme de ce petit groupe remuant\n et valeureux de musiciens enthousiastes. Tous ne sont pas très connus; point\n ne se prélasse leur « tête » aux étalages des éditeurs de musique ou en\n première page des journaux illustrés. Mais ce qui leur vaut notre sympa-\n thie à nous autres, c'est leur culte profond du beau et du vrai, leur dévoue-\nment sans restriction à la cause de l'art, leur éloignement naïf et sincère de\ntoute pose, de tout esprit de lucre et de vanité personnelle. Les deux\npremières séances du quatuor Crickboom, à l'Hôtel Ravenstein, ont déjà eu\nlieu, avec le concours de Mlle L. Merck. A la première, on a entendu le\nQuatuor n° 7 de Beethoven (en fa) excellemment interprété par MM. Crick-\n boom, Angenot, Hans et H. Merck. Ce n'était évidemment pas la pondé-\nration et l'homogénéité étonnantes du Quatuor Joachim, mais quelle\nchaleur et quelle justesse de sentiments, quelle impeccabilité dans la note\net quelles jolies sonorités ! On a également applaudi la Fantaisie pour\nvioloncelle et piano de Schumann, jouée par M. H. Merck et sa sœur\nMlle L. Merck; interprétation très mouvementée et très exubérante de\ncette œuvre terriblement substantielle, quelquefois même trop, dirait-on; la\ntrame harmonique et mélodique se déroule si serrée que, dans ce mouve-\nment rapide et emporté, les sonorités se confondent parfois et entrent les\nunes dans les autres. Le concert se terminait par la Sonate pour violon et\npiano de G. Lekeu, ce jeune homme de vingt-trois ans mort tout récemment\nà Angers, et dont la disparition subite de ce groupe des jeunes musiciens\nbelges dont il était une des plus brillantes personnalités, nous a, à tous,\nsi douloureusement étreint le cœur. Si la place ne me faisait défaut, je vou-\ndrais analyser ici, comme elle le mérite, cette œuvre à la fois étrange et\nadmirable, en tous cas l'une des pages les plus remarquables de la jeune\nécole belge, dans ses affinités avec la jeune école française Mais je dois me\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "                                  — 195 —\n\nborner à constater l'impression profonde produite par le premier Allegro,\nvraiment très grand, et par le Finale, d'une allure extraordinaire ; l' Adagio,\nd'un sentiment émouvant et d'une poésie ineffable, a obtenu le plus de\nsuccès.\n   Crickboom a joué cette sonate d'une façon idéale, et comme on joue\nl'œuvre d'un ami élu entre tous et tout à coup disparu ; la partie de\npiano, d'une difficulté inouïe, a été interprétée par M1Ie Merck avec une\nvirtuosité et une intelligence digne de l'œuvre et digne d'elle-même.\n   Un empêchement mille fois maudit ne m'a pas permis d'assister à la\nseconde séance où l'on a entendu des compositions de Beethoven, Bach,\nYsaye et Schumann.\n   Le programme de la troisième séance (29 mars) se composait du trio en\nut (op. 87) de Brahms, de la sonate n° 7 de Beethoven, pour violon et\npiano, et du premier quatuor de Schumann, en la mineur. Celui-ci a été\nrendu d'une manière véritablement merveilleuse, particulièrement le Scherzo\net le Finale ; on sent la prédilection instinctive de ces jeunes gens pour\ncette musique toute débordante de jeunesse et de passion. Celle de Brahms,\navec ses austérités, son objectivité plastique et un peu froide, leur paraît\nplus étrangère ; le trio n'en a pas moins reçu une interprétation scrupuleuse\net sincère et d'une parfaite correction ; il a permis à M1,e Merck et M. Crick-\nboom de déployer encore une fois cette admirable homogénéité, cette identité\ncomplète dans la manière de sentir et de rendre qui les distingue de tant\nd'autres musiciens de chambre. Le public des trois séances a fait le plus\nchaleureux accueil à Crickboom et à ses amis, que l'on espère bien voir,\nl'an prochain, reprendre le bon combat.\n   — Bien que Thomson dut être considéré comme le « clou » du dernier\nPopulaire, le héros de la journée fut en réalité Joseph Dupont. Le grand\nartiste, fort malade il y a peu de temps, a reparu au pupitre, plus nerveux,\nplus alerte, plus enthousiaste que jamais On peut dire que les divers frag-\nments de Wagner qui terminaient le concert, et qu'il a si fréquemment\ndirigés, n'avaient point encore été interprétés sous sa direction avec un tel\nensemble, un accent si pathétique et si empoignant; la formidable marche\nfunèbre de Siegfried surtout a été aux nues, et c'était justice. L'orchestre a\nété parfait ce jour-là; on eût dit que l'influence de Lévy se faisait encore\nsentir dans la netteté du jeu et la précision des attaques.\n   Thomson a obtenu le succès qu'il méritait. S'il n'a pas le charme intense\net les voluptueuses sonorités d'Ysaye, il possède en propre un jeu singu-\nlièrement fin, perlé. Les notes se détachent l'une de l'autre avec autant de\nnetteté que sur un clavier, chaque trait est exécuté avec une précision et\nune conscience absolues qui d'ailleurs n'enchaîne en rien un tempérament\npassionné et fougueux, une véritable âme d'artiste, chez qui la perfection de\nla technique ne fait que servir l'interprétation et ne tente pas de la détourner\nde son véritable but. Le Concerto de Goldmarck n'a pas plu énormément.\nC'est peut-être bien, au milieu de la masse des concertos de violons jugés\nen rond, une œuvre sérieuse et même remarquable. Mais ce style froid,\nacadémique et absolument objectif, cette « musique absolue » a besoin, pour\nintéresser, d'un peu plus que cette maîtrise honnête et cette instrumentation\nlégère : on désire de tout cœur les écrasantes proportions, la noblesse austère\ndes superbes architectures de Brahms.\n   — Curieux, sans plus, le concert du Conservatoire consacré à Gounod. On\npourrait, à la vérité, contester sa nécessité, surtout lorsque l'on considère\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "                                   — 196 —\n\n  qu'aucune manifestation de ce genre n'a suivi le décès de César Franck, une\n  de nos gloires nationales que l'on sera un jour fier de revendiquer, même au\n  Conservatoire. Le choix du programme d'un concert Gounod devait d'ail-\n  leurs présenter des difficultés quasi-insurmontables; je regrette de devoir\n  penser qu'elles ne l'ont pas été entièrement. Que nous faire entendre, en\n  effet, de Gounod? Des œuvres archi-connues, des fragments symphoniques\n  de ses opéras? Alors, quoi? Il restait quelques œuvres presque inconnues,\n  telles que la Deuxième symphonie ( 1863) et les chœurs d'Ulysse, mais\n  l'oubli de ces œuvres ne tenait pas à d'autres causes qu'à leur infériorité. On\n  a beau rejeter l'échec des fragments d'Ulysse sur celui de la ridicule tra-\n  gédie de ce poncif de Ponsard, l'exemple de l'Arlésienne de Bizet, jouée\n  dix fois plus souvent que le drame de Daudet, est là pour nous prouver\n  qu'une belle musique de scène peut fort bien se détacher du drame qu'elle\n accompagne, — pour autant qu'elle ne serre pas de près l'action comme dans\n les drames wagnériens.\n     Il y a dans cette musique pour l'Ulysse une singulière naïveté, une fraî-\n cheur et une couleur pastorale qui sauvent au moins les apparences, car\n que de banalités, que de vieillerie! Les chœurs pour voix de femmes, très\n bien écrits, sont les fragments les plus réussis, ainsi qu'un ou deux chœurs\n de porchers. L'orchestration est fort simple, parfois crue. On a beaucoup\n applaudi la belle voix de Mlle Flament, et un tout petit solo très bien dit\n par Mlle Jeanne Merck, sœur de Mlle Louise Merck dont je parlais en com-\n mençant cette chronique. En somme, l'œuvre n'a pasobtenu un très vif succès;\n les vers de Ponsard, d'une radieuse ineptie, et non sans une pointe de gauloi-\n serie involontaire et ingénue, n'étaient pas faits pour l'aviver. La Deuxième\n symphonie, œuvre rien moins que sérieuse, est conçue dans le même esprit\n de sincérité naïve et d'aimable badinage ; à noter, la belle phrase initiale du\n Larghetto non troppo, du vrai Gounod celle-là ; le finale est vraiment trop\n léger, pour ne pas dire vulgaire.\n     La Messe de Sainte-Cécile (1855 , bien connue chez nous, offre, à côté de\ncette symphonie, et bien qu'elle lui soit antérieure, un caractère de maturité\nque celle-ci ne possède en aucune façon. On connaît cette note particulière\ndu mysticisme voluptueux, de la religiosité à fleur d'âme de Gounod. Ce\nsentiment est très bien exprimé dans le fameux Sanctus, le Benedictus et\nle Domine salvum fac Regem, les trois fragments entendus au Conserva-\ntoire. Il y a là une certaine grandeur, quelque chose de saisissant quoique\nsuperficiel, qui ne résiste pas à un examen approfondi, mais dénote à plus\nforte raison un musicien singulièrement madré dans la recherche des effets\net la conception d'ensemble d'un grand panneau décoratif. M. Demest a dit\navec son art ordinaire le solo du Sanctus, mais il est bon de l'avertir que\ns'il continue à promener sa voix dans de pareilles hauteurs, son baryton-\nmartin ne résistera pas longtemps à cette tension violente.\n    Rarement séance orchestrale fut plus controversée que le concert de\nSiegfried Wagner. Ses adversaires ont surtout témoigné une férocité\nincroyable et, au moins, une sévérité exagérée. Sous prétexte qu'il est le\nfils de son père, — ce qui peut arriver à tout le monde, — on exige de Sieg-\nfried Wagner du génie, et, chose plus remarquable encore, de l'expérience.\nJe dois dire que je me suis permis d'applaudir. Sans doute il y avait de la\nconfusion dans le « Venusberg » du Tannhäuser, la Siegfried-Idylle s'en\nallait d'une allure un peu pesante, mais, enfin, je n'ai pu m'empêcher de\nconstater le sens poétique évident du jeune kapellmeister, son geste très\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3013, "texte": "                                — 197 —\n\nlarge et vraiment éloquent, la précision et l'énergie de sa mesure, et la con-\nnaissance parfaite qu'il avait de ses partitions, dirigeant tout par cœur,\nbien qu'il indiquât pour ainsi dire chaque entrée. On lui a reproché de\n« se produire » avant d'avoir atteint à la parfaite possession de son métier.\nMais comment donc voulez-vous qu'il fasse? On ne peut cependant pas\ndiriger l'ouverture du Tannhäuser dans une cave! En résumé, un début\ntrès honorable, et beaucoup de promesses.\n   — Vous parlerai-je de Tristan à la Monnaie? Heu! heu! J'eus le bon-\nheur d'entendre l'œuvre à Bayreuth et je crois que tous ceux qui se trou-\nvent dans ce cas n'attachent pas beaucoup d'importance à cette première,\nqui ne provoque d'autre désir que celui d'une prochaine revanche. Si,\ncomme la presse quotidienne si unanimement favorable, on se place au\npoint de vue opéra, certes, cet opéra est bien monté.\n   M. Cossira chante très consciencieusement toutes ses notes, de même\nque Mlle Tanésy. On ne comprend pas un mot, mais peu importe quand\non entend « l'air »; M. Lequien chante proprement, de sa voix un peu\nsèche, son admirable lamentation. M lle Wolff est très satisfaisante,\nM. Seguin naturellement hors pair, et l'orchestre « marche bien ». Si\nl'on se demande ce que devient l'œuvre d'art dans cette honnête interpréta-\ntion de province, on songe à cette parole des livres saints : « La lettre tue,\nl'esprit fait vivre. » Or, jamais rien n'a été tué aussi absolument que Tris­\ntan à la Monnaie.\n   Exécution orchestrale sans air ni lumière, notamment au premier acte.\n Interprétation vocale très grosse, M. Cossira clamant rudement les phrases\nmystérieuses symboliques du deuxième acte, et Mlle Tanésy s'efforçant\nvainement de suivre les fluctuations métriques et rythmiques de cette\nredoutable partition; les scènes muettes enfin, — l'entrée de Tristan au\npremier acte et, au deuxième, cette admirable scène de l'attente qui, à\nBayreuth, amenait progressivement le spectateur au paroxisme de l'anxiété\net de l'agitation, de manière que l'entrée du héros provoquait un véritable\nsoupir de soulagement et de bonheur, — tout cela incompris, mal réglé et\nmal joué. Inutile de parler de ces décors d'où sortent de vieux échos de\nbarcarolles et de cantilènes; de ces costumes étonnants, tel celui de\nMlle Tanésy au premier acte, ses charmes puissants enfermés en une robe\nblanche de pensionnaire endimanchée, la taille ceinte d'un ruban vert\npomme... Oh! les amples draperies de Mlle Sucher, à Bayreuth! L'impres-\nsion générale se résume en ce mot terrible d'un critique : « M. Seguin fait\ntache dans l'interprétation. » Si au moins c'était une tache d'huile.\n\n  Errata. — Une erreur de plume dans ma dernière chronique m'a fait\nétablir un rapprochement entre le thème du Presto de la Troisième sym-\nphonie de Beethoven et celui de la Première Symphonie de Borodine. C'est\névidemment Scherzo qu'il faut lire.\n                                                    E R N E S T CLOSSON"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 198, "page_fin": 200, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "indigence", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 111, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 155, "texte": "Une citation du Li-Sao, le beau poème de"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 213, "fin_caractere_exclue": 254, "texte": "Kiu-Youen, qui ne manquerait pas d'appli-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 336, "texte": "cations aujourd'hui :"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 385, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "« Quel est le comble de l'art et du talent"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "dans le siècle où nous sommes?"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 701, "texte": "« Tourner le dos au compas et à l'équerre"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 753, "fin_caractere_exclue": 782, "texte": "et ne rien faire de régulier;"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "« Ne pas regarder le tracé en ligne droite"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "afin de suivre librement la ligne courbe;"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1137, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "« Se concerter pour employer des moyens"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "ineptes et pour les faire adopter comme"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "une loi. » (Li-Sao, XXIII.)"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1732, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "Extrait de la notice de M. 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Il allait"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4391, "fin_caractere_exclue": 4435, "texte": "se retirer discrètement; mais celui-ci l'ar-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4495, "fin_caractere_exclue": 4537, "texte": "rêta : « Prenez place, dit-il, ce sont des"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4597, "fin_caractere_exclue": 4637, "texte": "jumelles. » Quoique inhabitué à ce genre"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4700, "fin_caractere_exclue": 4743, "texte": "de confort en usage dans beaucoup de villes"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 172, "fin_caractere_exclue": 212, "texte": "de nos Flandres, l'invité boucha l'autre"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 273, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "urne, et alors s'engagea le dialogue sui-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "vant :"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "— ALPHONSE. Mon cher ami, il m'arrive"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 543, "fin_caractere_exclue": 569, "texte": "une bien singulière chose."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 633, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "— Lui. Bonne, j'espère?"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 720, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "— ALPHONSE. Mais non. On veut me"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 813, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "faire ministre 1"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 930, "texte": "— Lui. Eh ! tant mieux ; le gouverne-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 1029, "texte": "ment comptera un honnête homme de plus"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1090, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "et un excellent administrateur. Les discus-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1194, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "sions auxquelles vous avez pris une large"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "part justifient pleinement ce choix."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1396, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "— Quel ministère vous offre-t-on?"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "— ALPHONSE. Les travaux publics."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1589, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "— Lui. Oh ! n'acceptez pas celui-là."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1689, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "— (La conversation se continua dans le"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 1788, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "jardinet.)"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2042, "texte": "Nous faisons toutes nos réserves sur"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2154, "fin_caractere_exclue": 2198, "texte": "l'authenticité des vers attribués à l'auteur"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2275, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "des Nuits, qui nous paraissent être du"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2421, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "Musset à la Hennième puissance."}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "M. T. de Wyzewa résume ainsi, dans la"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2788, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "Revue bleue, sa théorie de l'imitation :"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "« Je crois de plus en plus que nous péris-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 2995, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "sons par excès d'originalité. Chacun s'as-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3098, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "treint à faire autrement qu'on n'a fait avant"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3204, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "lui; et ainsi il ne reste plus personne pour"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3309, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "rien faire de bon. Les traditions se perdent:"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3415, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "les auteurs s'égarent à vouloir trouver des"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3519, "fin_caractere_exclue": 3562, "texte": "formes nouvelles, et les lecteurs à vouloir"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3623, "fin_caractere_exclue": 3664, "texte": "suivre les malheureux auteurs. Et, en fin"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3725, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "de compte, voici qu'il n'y a plus dans les"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3828, "fin_caractere_exclue": 3872, "texte": "livres d'à présent ni composition, ni style,"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 3933, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "ni même aucune trace de cette nouveauté"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4088, "texte": "intérieure qui ne s'obtient que par un cer-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4182, "fin_caractere_exclue": 4220, "texte": "tain détachement de la nouveauté exté-"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4281, "fin_caractere_exclue": 4290, "texte": "rieure. »"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4354, "fin_caractere_exclue": 4390, "texte": "Hélas! M. de Wyzewa parle d'or et de"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4451, "fin_caractere_exclue": 4494, "texte": "diamant. Mais il n'est plus guère de jeunes"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4555, "fin_caractere_exclue": 4596, "texte": "écrivains capables, non pas de lui donner"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4657, "fin_caractere_exclue": 4699, "texte": "raison, — ce serait trop! — mais seulement"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 4760, "fin_caractere_exclue": 4777, "texte": "de le comprendre."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "Le mondain qui, au lieu de porter le gar-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 157, "fin_caractere_exclue": 200, "texte": "dénia à la boutonnière du frac, imaginerait"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "de le porter à la braguette, serait incontes-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 335, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "tablement un génie!"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 465, "texte": "Voilà où l'on en est, pour s'être garga-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 515, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "risé avec des mots niais dans le genre de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 614, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "progrès artistique et d'évolution."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "Un jeune poète du Magasin littéraire a"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1072, "texte": "été vivement frappé par une contradiction"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1073, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "de la nature. Voici comment il l'exprime :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1261, "texte": "La colombe a son nid, le sanglier son breuil,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1265, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "Mais la fleur sans abri meurt triste et solitaire"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1364, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "Et moi seul je la pleure au sein des bois en deuil."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1557, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "Le jeune poète est-il sûr d'être seul?"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1692, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "Nous, nous pleurons sur le sanglier, —"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1832, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "question de tempérament; mais la fleur est"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1976, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "lacrymalement arrosée, nous l'affirmons,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "par plus de deux yeux."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2248, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "L'antithèse de la jeune demoiselle à rimer"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2353, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "du Magasin littéraire nous rappelle le dis-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2397, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "tique en vers libres — déjà! — qui fut"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2436, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "célèbre vers 1867, et qu'un collégien aux"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2478, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "abois adressait à ses parents :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2568, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "De même que le soleil dore nos bois, nos champs,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2627, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "De même on vous verra m'envoyer vingt-cinq francs."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3019, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "On lit dans le Gaulois :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3122, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "M. Edmond de Goncourt va publier un"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3218, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "livre de notes prises par son frère Jules et"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3319, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "par lui au cours d'un voyage en Italie qu'ils"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3421, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "firent en 1855-1856"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3515, "fin_caractere_exclue": 3552, "texte": "L'ouvrage sera illustré de dessins de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3553, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "Jules de Goncourt."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3575, "fin_caractere_exclue": 3614, "texte": "Ce n'est pas tout, et M. Edmond de Gon-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3615, "fin_caractere_exclue": 3655, "texte": "court, plus jeune que jamais, va publier"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3713, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "encore un volume du Journal."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3814, "fin_caractere_exclue": 3852, "texte": "On se rappelle que les « Mémoires » du"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3909, "fin_caractere_exclue": 3954, "texte": "célèbre écrivain s'arrêtaient à l'année 1884."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3996, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "Voici la déclaration que faisait au public"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4097, "fin_caractere_exclue": 4131, "texte": "M. de Goncourt quant parut le tome"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4191, "fin_caractere_exclue": 4200, "texte": "sixième :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4274, "fin_caractere_exclue": 4311, "texte": "« ... Dans ce dernier volume, je vais"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4418, "texte": "tâcher, autant qu'il m'est possible, de servir"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4437, "fin_caractere_exclue": 4479, "texte": "seulement aux gens, saisis par mes instan-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4480, "fin_caractere_exclue": 4526, "texte": "tanés, la vérité agréable; l'autre vérité, qui"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 156, "texte": "sera la vérité absolue, viendra vingt ans"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 214, "fin_caractere_exclue": 230, "texte": "après ma mort. »"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 334, "texte": "Et il ajoutait : « Ce volume est le dernier"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "qui paraîtra de mon vivant. »"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 482, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "M. Edmond de Goncourt n'a pas pu"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "résister plus longtemps à la tentation et"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 671, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "nous pouvons annoncer, pour paraître avant"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 771, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "la fin du printemps, le septième et irrévo-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 872, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "cablement dernier volume du Journal. Il"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 969, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "ira de 1884 à 1888."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1176, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "Lire dans les derniers numéros de la"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1319, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "Société nouvelle les études de MM. Hubert"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1418, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "Krains, Gustave Kahn, F. Brouez, Charles"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "Henry, et Mon Ami Philippe, une péné-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1653, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "trante nouvelle de notre collaborateur"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1788, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "Louis Delattre. Lire dans la Revue générale"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 1932, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "la revue littéraire de M. Eugène Gilbert et"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2074, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "une substantielle critique des Origines de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2197, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "la Francecontemporaine,    par M. J .-B. Stier-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2348, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "net."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2532, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "Une pensée de M. Georges Dwelshau-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2619, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "vers :"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2680, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "« ... Lorsqu'on parle d'Art, ce ne doit"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2777, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "être jamais qu'avec emportement. II faut"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2875, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "qu'on hurle d'enthousiasme devant l'œuvre,"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 2975, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "il faut qu'on vocifère son dégoût, qu'on"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3073, "fin_caractere_exclue": 3118, "texte": "piétine, qu'on crache devant l'usurpation...»"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3179, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "Les lecteurs qui admirent cette phrase"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3275, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "sont invités à hurler. Ceux qui ne l'aiment"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3376, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "pas vociféreront, piétineront et cracheront."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3481, "fin_caractere_exclue": 3511, "texte": "N. B. Les sourds sont heureux."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3675, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "Reçu le premier numéro d'une publica-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3770, "fin_caractere_exclue": 3810, "texte": "tion à couverture rose ornée d'un oiseau"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3868, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "vert et qui s'appelle Les Ibis. Nous n'y"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 3966, "fin_caractere_exclue": 3992, "texte": "voyons aucun inconvénient."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4053, "fin_caractere_exclue": 4096, "texte": "Il y a un ibis de M. Vielé-Griffin, un ibis"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4154, "fin_caractere_exclue": 4190, "texte": "de M. Ulmna et un ibis en Espagne de"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4248, "fin_caractere_exclue": 4270, "texte": "M. de Oliveira-Soarès."}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4331, "fin_caractere_exclue": 4371, "texte": "L'ibis in idem n'est pas représenté jus-"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 4429, "fin_caractere_exclue": 4436, "texte": "qu'ici."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 152, "texte": "M. J u l e s Sottiaux p u b l i e d a n s le Libre                      Nannan Ninette"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 153, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "Journal u n e Berceuse d o n t voici q u e l q u e s                       Dors, ma Brunette !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 248, "fin_caractere_exclue": 259, "texte": "secousses :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 447, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "Nannan Ninette"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 534, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "Dors, ma Brunette!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 635, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "La mine geint et le vent pleure,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 756, "texte": "C'est l'heure"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 826, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "De s'endormir,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 917, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "L'oiseau de nuit vient de gémir !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1058, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "Clos tes chers yeux, ô ma petite!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1111, "fin_caractere_exclue": 1122, "texte": "Bien vite !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1132, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "L'oiseau de nuit vient de gémir!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 1194, "texte": "Nannan Ninette"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Dors, ma Brunette !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1338, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "La mine geint, son cri d'orfraie"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1487, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "Effraye"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1510, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "Comme un tocsin."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1605, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "Mets ta tête au creux du coussin."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1703, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "Ne tremble pas, ma colombelle"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1808, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "Si belle!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1915, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "Mets ta tête au creux du coussin."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1964, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "Nannan Ninette"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1994, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "Dors, ma Brunette !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2021, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "Oh ! ces râles dans les ténèbres"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2073, "fin_caractere_exclue": 2082, "texte": "Funèbres,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "Je ne sais où!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2177, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "Sont-ce les morts par le grisou ?"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "Sont-ce les âmes désolées,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2330, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "Troublées,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2418, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "Sont-ce les morts par le grisou ?"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2526, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "Nannan Ninette"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2628, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "Dors, ma Brunette!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2698, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "Est-ce toi, pauvre sœur chérie,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2809, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "Meurtrie,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2904, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "Morte à seize ans ?"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2964, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "C'était par un soir de printemps."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3007, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "Reviens-tu pour pleurer ta vie"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3057, "fin_caractere_exclue": 3062, "texte": "Ravie"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3072, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "Un soir attiédi du printemps."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3117, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "Nannan Ninette"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3147, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "Dors, ma Brunette !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3175, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "Elle avait ton œil qui rayonne,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3225, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "Mignonne,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3249, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "Tes cheveux noirs ;"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3277, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "Elle chantait toujours les soirs."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3319, "fin_caractere_exclue": 3353, "texte": "J'entends encor sa voix troublante"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3372, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "Et lente,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 3390, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "Elle chantait toujours les soirs."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "Oh ! tu n'auras pas mon aimée,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 431, "texte": "Damnée I"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 518, "texte": "Noir revenant"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "Qui geins, qui geins toujours --Nannan!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "La nuit s'avance, ma Brunette,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 801, "fin_caractere_exclue": 809, "texte": "Ninette!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "Dors, enfatn, Ninette, Nannan!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1010, "fin_caractere_exclue": 1048, "texte": "P o u r d u n a n n a n , c'en e s t !"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1289, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "Dans le numéro suivant, le même M. Sot-"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1427, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "tiaux « médaillonne » un poète borain."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1554, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "M. Deffernez, dit-il, doit être musicien."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1652, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "La musique l'a sauvé, assure-t-il, «d'une"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1750, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "situation absolument intéressante »."}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 1877, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "La cavatine abortive, alors!"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2143, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "Le style de M. Wilmotte :"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2270, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "« Entre les écrivains dont les tendances"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2367, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "et les œuvres viennent d'être analysées et"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2466, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "l'auteur de la Nouvelle Cartilage, une tran­"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2567, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "sition n'est pas nécessaire : ELLE N'EST MÊME"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2669, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "PAS DÉSIRABLE lui »"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2747, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "« . . . Un RAPETISSEMENT voulu de la rime,"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2846, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "DE PLUS EN PLUS RICHE à force d'indigence"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 2944, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "même!!!! »"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-04-n4-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 224, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR          D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                      31, rue des Paroissiens, 31\n                              BRUXELLES\n\n              VIENNENT           DE    PARAITRE          :\n\n                     Henri de RÉGNIER\n\nLE BOSQUET DE PSYCHÉ\n            Un volume petit in-12, tirage à 250 exemplaires\n       sur papier de Hollande Van Gelder.        Prix : 2 francs.\n\n                Hector VAN DOORSLAER\n        SUR,               L'ESCAUT\n              Avec préface d'EDMOND PICARD\n  Un volume in-18 jésus                                      fr.    3 50\n\n                     Arthur DAXHELET\n      NOUVELLES DE WALLONIE\n    PAGES DE TENDRESSE VAGUE\n  Chaque volume, sur papier de Hollande                      fr.    3 50\n\n                  POUR PARAITRE FIN MARS :\n                      Sander PIERRON\n\n    PAGES DE CHARITÉ\n               Avec préface de GEORGES EEKHOUD\n  Un volume in-18 jésus                                      fr.    3 50\n\n               Dernières publications :\nSEPT ESSAIS D'EMERSON,       traduits par I. Will, avec\n  préface de Maurice Maeterlinck                        fr. 3 50\nCH. D E COSTER : Légendes flamandes, avec préface\n  d'Emile Deschanel                                         3 50\nJEANNE TORDEUS : Manuel de prononciation, nou-\n  velle édition, avec préface d'Edouard Thierry . . 2 »\nEDMOND PICARD : Scènes de la Vie judiciaire . . .           4 »\n        —           El Moghreb al Aksa : une mission\n                       belge au Moroc                       4 »\n        —           Vie Simple                              3 «\nGEORGES EEKHOUD : La Nouvelle Carthage, édition\n  définitive                                                4 »\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1326, "texte": "                             EN          VENTE\n\n   à la librairie P A U L L A C O M B L E Z\n                         BRUXELLES\n\n\n\nGÉRARD    HAUPTMANN        : L'Assomption     d'Hannele\n  Mattem, drame de rêve                         .        fr. 1 »\nJEAN RICHEPIN : Mes Paradis, poésies                         3 50\nBARBEY D'AUREVILLY : Mémoires historiques et litté­\n   raires                                                    3 50\nPAUL BOURGET : Cosmopolis, édition à                         3 50\nW I L L Y (L'Ouvreuse) : Rythmes et rires                    3 50\nMAURICE BARRÈS : Une journée parlementaire             .     2 »\nF. BRUNETIERE : L'Évolution de la poésie lyrique au\n   XIXe siècle. Tome I er                                    3 50\nCAMILLE LEMONNIER : L'Arche,             journal d'une\n   maman                                                     3 50\nELIPHAS LÉVI     : Le Livre des Splendeurs                    . . . .     7 »\n\n\n\n         Dépôt des Revues Françaises :\n             La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 0-55\n     Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage,        fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n\n\n\n     Demandez le Catalogue complet de l'Editeur\n                      Paul L A C O M B L E Z .\n\n\n              Bruxelles,— Imprimerie Ve Monnom..32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 190, "texte": "jl 189:                                      TOME XIII. — N» 4                              i4™> Année.\n\n\n\n\nA\n  JEUNE\n                 BELGIQUE\n                                               SOMMAIRE:\n      Le Cerisier                              fleuri       IWAN GlLKIN.\n      Encore le prix quinquennal                            LA JEUNE BELGIQUE.\n      L'Aurore                                              VALÈRE GlLLE.\n      Hélène (suite)                                        ARNOLD GOFFIN.\n\n      Sonnet                                                GEORGES MARLOW.\n      Littérature russe. Traduction dé . . .              . LÉOPOLD WALLNER.\n      Chronique artistique :\n          La première exposition de la « Libre\n             Esthétique         »                           ERNEST VERLANT.\n      Chronique musicale . . . .'.'. . . .                . ERNEST CLOSSON.\n      Memento                                               NEMO.\n\n\n\n\n          REDACTION                                                      BRUXELLES\n»UE V A N D E R L I N D E N , B R U X E L L E S .                   PAUL-LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                        3r, rue des Paroissiens'\n                                                                              PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                                C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                            29, rue de Trévise\n              fr. 0-75.\n                                                                                  894\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "                                                                           BELGIQUE\n   BELGIQUE                     NE      CRAINS\n\n\n\n\n                                                                  JEUNE\n               JEUNE\n\n\n\n\n                                                             LA\n                       LA\n\n\n                                N E CRAINS\n          Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX WALLER             (MAURICE         WARLOMONT)\n              Directeur •. ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "            LE CERISIER FLEURI (1)\n                                 Réfraction.\n\n                  La belle femme aux yeux     bronzés,\n                  Parmi les fleurs, à la fenêtre,\n                  Mordille ses ongles rosés.\n\n                  Elle attend. Qu'il tarde à paraître.\n                  L'amant nouveau que ses doux bras\n                  Et son cœur tendre ont pris pour maître!\n\n                  Lorsqu'elle aimait d'ardents soldats\n                  Son âme guerrière et hautaine\n                  Rêvait d'héroïques combats.\n\n                  Avec un sombre capitaine\n                  Elle berça son cœur houleux\n                  Sur les flots d'une mer lointaine.\n\n                  Un marchand riche et cauteleux\n                  L'emplit de ruse et d'avarice.\n                  L'or collait à ses doigts frileux.\n\n                  Maintenant sa douleur factice\n                  Se marie au factice ennui\n                  D'un enfant qui fait son délice.\n\n\n(1) Pièces extraites d'un volume qui paraîtra prochainement sous ce titre.\n                                                                             12\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "                — 170 —\n\n    Ainsi, son cœur trop plein d'autrui\n    Ne f ait que refléter, en somme,\n    Les cœurs qui s'approchent de lui.\n    La femme   est le miroir de l'homme.\n\n\n                Lâcheté.\nSi quelque chose naît, qui sort de l'ordinaire,\n    L'homme a peur, l'homme la vénère;\nIl met au rang des dieux ce qui f ait sa terreur.\n     Mais aussitôt qu'il n'a plus peur\nSi son dieu n'est qu'en bois, il brise la statue\n    Et s'il est vivant, il le tue.\n\n\n                  Crise.\n      Tout est bouleversé. Quel rêve!\n      Ceux qui priaient, se font soldats.\n      Les saints mêmes arment leur bras\n          Et brandissent le glaive.\n      « Oh ! oh ! font dans leur beau ciel bleu\n      « Les anges; depuis quand, racaille,\n      « Prend-on pour un champ de bataille\n          « Les églises de Dieu?\n      « Et quels sont ces affreux sauvages\n        Qui renversent sur les autels\n      « Les grands symboles immortels\n          « Et les saintes images? »\n\n\n                 Sagesse.\nAmi, le temps n'est plus, hélas! où le Désir,\n    Ainsi qu'un dieu jeune et superbe,\n    D'un pied vainqueur écrasait l'herbe\nEt cueillait largement les roses du plaisir.\nLe cœur de l'homme, alors, libre de toute règle,\n    Bravant la foudre, bravant Dieu,\n    Planait sans peur au ciel en feu\nEt sur la proie élue il fondait comme un aigle.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                 —   171   —\n\n\nMais on nous a précité les péchés et la mort,\n    Les dieux ont perdu leur empire,\n    La terre a perdu son sourire\nEt nos cœurs assombris ont appris le remord.\n\nToutes les voluptés traînent leur infamie;\n     Toute chair est marquée au fer ;\n    Tout baiser fait frémir    l'enfer;\nToute beauté se meurt sur la terre ennemie.\n\nMais la Sagesse, ami, nous tend ses calmes    bras;\n    Nous saurons y trouver encore,\n    Aux feux de la dernière aurore,\nUn reste de bonheur qu'on ne nous prendra      pas.\nLaisse fleurir en paix le lys vierge et splendide :\n     La gerbe qu'arrache ta main\n     Ne sera qu'ordure demain.\nNe jette aucun caillou dans la source limpide.\n\nCe beau poisson pêché, regarde : il va mourir !\n     L'oiseau qui charmait le bocage\n     Se tait et languit dans la cage.\nLe fruit cueilli se sèche ou commence à pourrir.\n\nSachons tout contempler sans déranger les choses.\n    Souvenons-nous que le désir\n    Détruit tout ce qu'il veut saisir :\nLe baiser le plus doux flétrit les fraîches roses.\n\nLa joue en fleur, pareille à la fleur de pécher,\n     Les yeux et les lèvres en flammes,\n     Les douces chairs, les pures âmes,\nSi tu veux en jouir, garde-toi d'y toucher.\n\n\n               A Jeanne.\n    Quel est, dans ta mignonne chambre,\n    Ce mol enfant parfumé      d'ambre,\n    Jeanne, et qui, te parlant tout bas,\n         Te serre dans ses bras ?\n    Sa chemise de soie ouverte\n    Laisse voir sa poitrine offerte\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                     — 172 —\n\n        Avec ses bras blancs et rosés\n            A tes légers baisers.\n\n        Est-ce pour lui, cette parure\n        Qui brille dans ta chevelure,\n        Et ces regards chauds et subtils\n           ' Qui coulent sous tes cils ?\n\n        Est-ce pour lui que sur tes lèvres\n        Frémit le papillon des fièvres\n        Et que tes divins cheveux roux\n             Pleuvent sur tes genoux?\n\n        Hélas! victime de tes charmes,\n        Il connaîtra bientôt les larmes\n        Des beaux jours vite évanouis\n             Et des serments trahis.\n\n\n                Devant le Vin.\n\n   Elle, un char de feu l'enleva de la terre;\n   Dante affronta vivant l'Enfer et ses périls.\n    Tous deux sont immortels. Par-delà le mystère\n   Ils ont pris leur essor; soit! Mais où donc sont-ils?\n\n   La vie est comme un pâle éclair dans les nuées;\n   Il éclate, il n'est plus. Si la terre et les cieux\n   Sont stables au milieu des choses remuées,\n   L'homme change sans cesse et devient vite vieux.\n\n    Vous qui devant le vin joyeux tardez à boire\n    Et semblez redouter son pouvoir fort et doux,\n    Tout bonheur n'est-il pas une ivresse illusoire ?\n    Pour prendre le plaisir, dites, qu'attendez-vous?\n\n\n               Au bord du Lac.\n\nAu bord du doux lac bleu, dans les touffes de fleurs,\n         Un bel adolescent se dresse;\nSa blanche nudité s'enivre de paresse\n        Et de caressantes chaleurs.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                      — 173 —\n\nIl secoue en riant son épaule fleurie\n         Où grelottent des gouttes d'eau.\nEt, tout en câlinant la fraîcheur de sa peau,\n         Il lève, les yeux et s'écrie :\n\n« Va, glorifie, ô ma nudité, le Soleil!\n        « Ma beauté chante sa lumière ;\n« Mon jeune corps est f ait de sa substance claire,\n        « Ma chair vient de son feu vermeil.\n\n« Mon sang sort de sa flamme en ardente traînée,\n         « Ma bouche a bu son lait de feu ;\n« Je suis son fils! Je suis l'enfant de l'astre-dieu!\n         « Je suis la lumière incarnée!\n\n« Ma chair noble et sacrée est la gloire du ciel;\n        « Mon âme est sa force féconde ;\n« Ma pensée en feu, c'est la lumière du monde,\n       « Mon cœur, l'amour universel! »\n\n\n\n                     Rupture.\n\n    Il est si doux de trahir un serment,\n    Il est si dur d'obéir au devoir!\n    Quand il promet, hélas! noire cœur ment;\n    Ce qu'il promet n'est pas en son pouvoir.\n\n    Ah! laisse en paix les anciens sortilèges!\n    Ne cherche pas à ranimer la flamme!\n    Ne cherche pas à reprendre mon âme!\n    Mon âme, hélas! connaît trop bien tes pièges!\n\n    J'ai du te fuir, car l'amour était mort,\n    Mort dans mon cœur ainsi que dans ton cœur.\n    Tu le savais; je ne t'ai point f ait tort;\n    Ce n'est pas moi qui tuai ton bonheur.\n\n    Ce que j'ai fait, j'ai cru devoir le f aire,\n    Marche à présent vers le but de ta vie,\n    Suis le chemin où le sort te convie\n    Et ne hais point celui qui fut ton frère.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                                 — 174 —\n\n\n                                 Les Iris.\n\n                   Dans le dragon de porcelaine\n                   Qui semble aboyer aux lambris,\n                   De sa main blanche et fine Hélène\n                   Plonge un bouquet de fleurs  d'iris.\n\n                   Ainsi, dans mon cœur de chimère,\n                   Pareils à ces fleurs ses yeux bleus\n                   Trempent le bouquet éphémère\n                   De leurs rayons     miraculeux.\n\n                   Et des gueules qu'on croirait faites\n                   Pour n'exhaler qu'un hurlement\n                   Jaillissent, ô célestes fêtes.\n                   Des fleurs couleur du firmament !\n\n                                                          IWAN GILKIN\n\n\n\n\n ENCORE LE PRIX QUINQUENNAL\n              LeMoniteur belge vient de publier le rapport fait au nom du\n               jury chargé de décerner le prix quinquennal de littérature\n               française. On sait que, pour ce prix, les écrivains concourent\n                bon gré, mal gré ; tout ouvrage publié dans la période quin-\nquennale peut être couronné. Ainsi s'explique le fait que plusieurs écrivains,\npartisans de l'abolition des concours officiels, se sont trouvés candidats\ninvolontaires de ce fameux prix.\n   Le jury, on se le rappelle, a décerné le prix à M. Georges Eekhoud. La\nJeune Belgique a chaleureusement applaudi à cette décision, qui honorait\nles jurés plus encore que le lauréat.\n   Après plusieurs mois de silence, le Moniteur publie le rapport de\nM. Wilmotte. Ce rapport, à la demande du jury, passe en revue les ouvra-\nges littéraires des écrivains belges publiés de 1888 à 1892. Cette revue est\nla revue des publications de la Jeune Belgique. A côté du lauréat,\nM. Georges Eekhoud, défilent les noms de MM. Lemonnier, Giraud,\nGilkin, Max Waller, Severin, H. Chainaye, Nautet, V. Gille, Desom-\nbiaux, Maubel, Verhaeren, Maeterlinck, Le Roy, Van Lerberghe, Goffin,\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                    -    175    -\n\n\nJ. Destrée, Frères, etc., etc. (1). C'est là, pour la Jeune Belgique, un\ntriomphe magnifique. Ceux qui nous déniaient toute espèce de talent au\nnom de la morale, de la société, du gouvernement et de l'Académie, en sont\npour leur honte officielle : pensez donc! le Moniteur a parlé!...\n   Et le discours du Moniteur peut se résumer ainsi : Depuis 1888 il y a en\nBelgique beaucoup d'écrivains et ces écrivains appartiennent presque tous\nau groupe de la Jeune Belgique.\n   Ce ne sont plus seulement des félicitations, ce sont aussi des remercie-\nments que nous adressons au jury, qui, rompant avec des traditions aussi\ninvétérées que malencontreuses, a bien voulu ouvrir les yeux à l'évidence\net prier son rapporteur de consigner la vérité dans un rapport officiel.\nCette vérité, tout le monde la connaissait depuis longtemps; mais il faut\nsavoir gré au Moniteur de l'avoir reconnue au nom de l'État.\n   Toutefois le rapporteur n'a aucun droit à ces remerciements. S'il a obéi\nà la volonté du jury, il l'a fait d'une manière lamentable, qui appelle les\nplus graves critiques et les plus vives protestations.\n   Nous ne dirons rien de la composition du rapport ; si c'était un article de\nrevue, ce serait un mauvais article de revue. Nous passerons aussi condam-\nnation sur le style, qui est lourd, pédantesque et embrouillé à souhait :\nM. Wilmotte laisse parfois deviner sa pensée, il ne parvient pas souvent à\nla formuler. Nous nous bornerons à quelques considérations générales, qui\nferont voir que si la décision du jury a été excellente, l'exposé des motifs\nrédigé par M. Wilmotte ne vaut pas le diable.\n   Ce qui frappe tout d'abord le lecteur, c'est la méchante humeur de\nM. Wilmotte. A une ou deux exceptions près, ce ne sont pas des éloges\navec des restrictions qu'il décerne à nos écrivains, mais des restrictions sans\néloges. Si c'est là ce qu'ils doivent obtenir de l'État, grand merci ! Ce n'est\npas la peine de déranger le Moniteur. M. Wilmotte a mis, à parler de nos\nprosateurs et de nos poètes, une mauvaise grâce qui provoque le sourire :\non y sent trop le candidat à l'Académie belge, qui siffle mais ne chante pas.\n   Si le rapport sent la mauvaise grâce, il fleure encore davantage le pro-\n vincialisme. M. Wilmotte s'y révèle Wallon wallonisant du pays de Liége,\n ce qui est aussi comique que de professer le flamingantisme à Anvers ou à\n Poperinghe. Le rapport de M. Wilmotte nous montre la littérature belge\n vue du haut des collines de Tilff ou d'Esneux; le point de vue est plaisam-\n ment local. A chaque page de son rapport, M. Wilmotte exalte sa chère\n Wallonie et administre de solennelles critiques aux écrivains qui ont eu le\n\n   1) Signalons cependant des omissions singulières : MM. E. De Molder et L. Delattre.\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                      — 176 —\n\nmauvais goût de naître dans nos provinces flamandes. Ces écrivains sont\nMM. Eekhoud, Lemonnier, Maeterlinck, Giraud, Verhaeren, Gilkin,\nVan Lerberghe, Le Roy, De Molder, etc., etc., qui incarnent « le savant\npathos et la lourdeur somptueuse des écrivains flamands » ; M. Wilmotte\npréfère à ce pathos et à cette lourdeur les Légendes puériles de\nM. P.-M. Olin.\n   Ce pauvre M. Wilmotte, avec ses Flamands et ses Wallons, décèle vrai-\nment trop les grandes préoccupations qui hantent les cerveaux riverains de\nla Meuse et du canal de l'Ourthe. De là ses mots aigres-doux à l'adresse de la\nJeune Belgique, coupable de méconnaître les produits spéciaux de la Wal-\nlonie ; de là aussi ses tendresses pour quelques petites revues provinciales\noù s'abritent l'esprit de clocher, les talents communaux et l'attendrissant\npatois du terroir. Quant à la Jeune Belgique, M. Wilmotte, prenant de\nvieilles rancunes pour des réalités, s'écrie : « La Jeune Belgique n'est plus\naujourd'hui que l'ombre d'elle même. » On voit ici transparaître à travers\nle rapporteur du jury l'ancien collaborateur de la défunte Wallonie. Qu'elle\nrepose en paix, Monsieur (1) !\n   Tout cela dans un rapport officiel, fait au nom d'une institution d'État,\nest un peu ridicule.\n   Un mot des théories philosophiques et littéraires de ce remarquable\nrapporteur. M. Wilmotte n'aime point le pessimisme; aux écrivains cou-\npables de lèse-optimisme il dit sévèrement leur fait. Que sa sainte férule soit\nbénie ! Nous ne connaissions pas encore l'existence de l'optimisme d'État :\nnous voilà instruits. Véritablement, nous en sommes bien aise et nous\ntirons humblement notre chapeau à cette doctrine bienfaisante, obligatoire\net laïque. Nous ne savions pas — qu'on nous pardonne! — qu'elle fît\npartie intégrante des mérites littéraires : M. Wilmotte veut bien nous\nl'apprendre : Monitor dixit.\n   Quant aux théories littéraires de M. Wilmotte, elles ont de quoi boule-\nverser le pauvre monde. Grâce à lui l'on apprend que les vers peuvent\ns'écrire en prose. « Le poème en prose, dit-il, c'est encore le poème, à quel­\nques rythmes près (!!!!) et de ces rythmes le moins fragile et le plus néces-\nsaire, à savoir le rythme intérieur, garde, dans cette nouvelle greffe d'un\nviel art, sa pleine saveur et son rare esprit. »\n\n\n  (1) A ce propos, remarquons que M. Wilmotte fait erreur lorsqu'il parle de l'exode\nprétendu de quelques écrivains de la Jeune Belgique. M. Eekhoud s'est si peu séparé\nde cette revue qu'il vient d'y publier une nouvelle. (Voir le numéro de janvier 1894.) La\nJeune Belgique publiera prochainement un article de M. F. Nautet.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                — 177 —\n\n   Nous laissons à M. Wilmotte sa « nouvelle greffe d'un vieillard » et\nnous demandons aux autres membres du jury s'ils admettent les bizarres\nfantaisies en vertu desquelles la prose est un poème qui a gardé le rythme\nintérieur, lequel est le rythme le moins fragile et le plus nécessaire !\n   Cette opinion, dont l'illustre colonel Ramollot déclarerait que l'Art\nmoderne est susceptible, M. Wilmotte n'a pas le droit de la formuler au\nnom du jury et de l'endosser à l'État.\n   De tout cela on peut tirer une moralité. En Belgique, il n'y a pas de\nReligion d'État, mais il existe une Critique d'État. C'est un abus. Nous\ndemandons qu'on le supprime. Nous avons été et nous restons les adver-\nsaires résolus des concours et des prix officiels, attendu que l'État n'a\naucune compétence en matière d'esthétique. Toutefois nous nous faisons un\ndevoir de reconnaître que, dans les dernières occasions, les décisions des\njurys officiels méritent l'approbation. Cette mauvaise institution fonctionne\nle moins mal possible; nous lui en savons gré.\n\n                                                 LA J E U N E BELGIQUE\n\n\n\n\n                          L'AURORE\n             Une lueur, la mer frémit, voici l'aurore :\n             Le ciel s'est allumé de mouvantes corbeilles,\n             Sur les dunes en fleurs bourdonnent les abeilles\n             Et l'alouette chante en l'air vif et sonore.\n\n             L'étoile du matin à peine tremble encor;\n             Remplis de beaux enfants qu'enivre ce réveil\n             Les navires ailés, vers l'horizon vermeil,\n             Pareils à des oiseaux, ont pris leur fier essor.\n\n             Mais moi, dans ma pensée enflammée et féconde\n             Comme un dieu créateur, seul, je rêve le monde\n             Sur la plage déserte où fuit le flot errant.\n\n             Songe sans fin! plus rien désormais ne commence,\n             Rien ne s'achève, et je regarde,   indifférent,\n             L'orbe d'or du soleil emplir l'azur immense.\n\n                                                      VALÈRE GILLE\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                                   - 178 —\n\n\n                              HÉLÈNE\n                                    (Suite)\n             Delzire s'étudiait ainsi à dénouer le réseau de douce routine, à\n              user les mailles de la communauté, — courses sylvestres ou\n              jusqu'à l'amusante bourgade prochaine ; veillées attardées;\n               — qui, la plupart du temps, les rejoignaient, Hélène, Réginald\net lui, en dépit des entraves de la maugréante Mme d'Isoeil.\n   Combien préférable, cependant, une franche rupture, une scission brutale\nmême, moins difficile et afflictive et pour elle et pour lui ! La vilenie, expé-\nrimentée, à présent, de son subterfuge le navrait; — cette accumulation,\nseule et inexplicable, de mécomptes, d'itératives déconvenues devant fami-\nliariser Hélène à l'éventualité de la séparation, dessiller graduellement ses\nyeux pour y faire brûler la flamme crue d'une discordante évidence... Certes\neût-il mieux valu élire une voie droiturière et loyale, assumer la bravoure\nd'une sauvage et subite éclipse, — l'inéluctable de l'affreux holocauste admis,\nen gravir fermement l'échafaud, l'affronter avec héroïsme et défi! Mais son\npropre courage lui devenait suspect et la possible rencontre impromptue\nd'Hélène démoralisée et à laquelle un signe suffirait, la pâle éloquence de\nson regard — en un tel désarroi, à la coïncidence d'une agonie de résolution,\n— pour le jeter, repentant, à ses pieds. Cette appréhension le confinait dans\nson appartement, sous le prétexte allégué d'une crise de son mal ; une\nsemaine écoulée, — car, ce laps étriqué circonscrivit la péripétie entière de\nce drame; et, à des cœurs susceptibles de battre, encore, n'accorde-t-il déjà\nun excessif loisir pour franchir les étapes suprêmes et effrénées d'une déso-\nlation sans seconde, subir l'extrême aigu de la joie et de la douleur et\ns'évader, alors, marqués du corrosif et indélébile stigmate du saccage et de\nla ruine, et meurtris ? — après huit jours de séquestration, une retraite\nprolongée devenue insoutenable, Delzire redescendait mais, pour ôter tout\naccès au hasard redouté, se défendait de sortir et presque de s'éloigner de la\nprésence de Réginald ou de Mme d'Isoeil.\n   En proie à la courbature récente et vive de son immolation, il consolait\nsa sourde plainte en calculant retrouver Hélène, sinon guérie, — révoltée\nde son inexplicable retraite et, puisque femme et faible, livrée sans examen\nni sang-froid à sa naturelle outrance sentimentale, — tellement dépitée, au\nmoins, qu'elle se forclorait, désormais, en une dure indifférence, dont\nl'initiale simulation aboutirait à un réel et sincère oubli, — et, en tous cas,\nprovisoire barrière, sûr obstacle à l'explication qu'il fuyait. Le bris de leur\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                                 —179     —\n\nunion, de leur réciproque influence, ce divorce intellectuel, un plausible\nrecours d'Hélène à M me d'Isoeil, chez laquelle son souci naïf aurait mendié\nrefuge et appui, favoriseraient en cette tête malléable une régression vers\nle sens commun, une soumission lassée à la raison quadrangulaire et pédante\nde sa tutrice et, consécutif à cette restauration de l'autorité familiale, le\ndésenchantement des idées dont la parole de Delzire recélait tout le pres-\ntige.\n   A peine, en effet, semblait-elle s'apercevoir encore de son existence; mais\nce calme trop rigide, cette quiétude, saccadés de faux rires, mortellement\ninsouciants; la désinvolture factice, toute, l'incohérente maladresse de son\njeu, l'exagération de ce fard éraillé par les larmes, ce premier deuil que son\njunévile orgueil déguisait si mal sous une joie moqueuse et déchirante, avec\nla verve et comme l'ivresse méchante de sa douleur ; — chaque fusée de cet\naffligeant feu d'artifice, après sa déflagration épanouie dans un ciel honteux\net brouillé, retombait, en refermant derrière elle, plus épaisse et hermétique,\nl'énorme arche ténébreuse de la Nuit.\n    Mais quoique Delzire subit, centuplées, toutes les affres d'Hélène, secrè-\ntement, par une des supercheries usuelles de la passion, ces souffrances\nmêmes l'affectaient comme une félicité dernière ; car de quelle désillusion\nle succès immédiat de son plan l'eût mortifié ! et capable de faire violem-\n ment éclore en son âme dupée une virulente et inflexible mésestime pour\n Hélène...\n    Inexorable pitié! Offrir ainsi, délibérément, cette enfant en oblation à sa\n propre pusillanimité devant le bonheur, à une forfanterie de faiblesse, peut-\n être, à une gloriole de vertu vague, — à l'égoïste probité de scrupules, indé-\n fectibles, soit ! mais tardifs au point d'en être devenus iniques et absous\npar une vraiment trop facile contrition : — abuser moralement de la puérile\ncrédulité, de la foi d'autrui et, à la finale heure expiatrice, racheter cette\nfaute, — aux dépens de sa victime !\n  A la merci imbécile d'une marâtre, dont l'acrimonie persécutrice acidu-\nlerait encore son affliction de ses condoléances envieuses ; en proie au destin\nincompréhensible qu'un étranger provoqua ; inconsciente du crime qui,\nvisiblement, coalise le monde contre elle; s'efforçant humblement de\njustifier des tribulations, méritées, sans doute, malgré les apparences,\npuisque Delzire s'en révélait ainsi que l'inattendu et bien plus cruel instru-\nment, — Hélène resterait hébétée et flétrie de sa vaine recherche, car elle ne\ndécouvrirait l'admissible cause de ce châtiment ni en elle-même, ni dans les\ncirconstances.\n   Si, cependant, dédaigneuse d'un stoïcisme, inconcevable, d'ailleurs, et celé,\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                                  — 180 —\n\nauquel donc son ignorance n'avait pu adhérer, — (et pour louable et noble\nqu'il fût dans la magniloquente imagination de Delzire, apparu jusqu'ici\nsous un insensible et laid aspect, comme l'envers sinistre de quelque fantas-\nmagorie embrouillée), — si Hélène, armée de l'instinctive rectitude de sa\nraison, se figurant l'unique et obligatoire objet du sacrifice, se dressait\ndevant lui et avec le regard indigné et plongeant, la ténacité blanche et\ntêtue, l'arrogance audacieuse et légitime des êtres très purs, lui rappelait sa\nconduite — ah ! pertinace et libre, elle! l'opportun du dénouement ménagé\nà cette homicide intrigue en témoignait ! — et revendiquait l'imprescriptible\ndroit qu'elle lui créa! Epouvantable torture voluptueuse! le long du calvaire\naride, hérissé de remords et de déchirantes hésitations, de ce renoncement,\nce lui fut comme un cordial intoxiqué, ainsi qu'une nouvelle blessure\nbénie, large et béante et dont le sang à flots va rafraîchir l'horreur extatique\net déjà torpide du supplice, — de sentir fondre sur lui la déprécation\n d'Hélène et le poursuivre, parmi les ronces et l'escarpement de son âpre\nroute, l'injure, la muette injure de ses yeux... Paroxysme d'animadversion\noù, sous les espèces de la haine, réapparaissait la survivante suprématie,\nen cette âme superbe, de son influence, — et la stérilité de son effort pour\nfeindre un très calme et manifeste mépris que, d'ailleurs, l'énigmatique\nambiguité de la conjecture n'autorisait point.\n   Mais ces vestiges même, indéniable source de l'agressive acerbité d'Hé-\nlène, Delzire se devait d'en ruiner jusqu'à la trace ; raturer, enlaidir l'exa-\ngérée légende, dans cet esprit immaculé, et le mirage, legs pernicieux de\nces mois d'affinité; — restituer, enfin, cette généreuse créature à elle-même,\nà la notion agrandie d'elle-même, à l'intégrité de son cœur, pour ainsi dire,\navec l'intacte aptitude, sans arrière-pensée, préjugé ni regret, à un autre et\nprochain lien réparateur.\n   Il s'évertua à découvrir l'immanquable moyen, susceptible d'à jamais\ndéshonorer, aux yeux d'Hélène, toute réminiscence de cette époque; la\ndémarche capable de prévenir la secrète religion, le culte nostalgique, la\nposthume piété qu'elle lui conserverait ; — infaillible au point d'induire\nHélène à la fatuité et à la présomptueuse illusion d'une méritoire perspi-\ncacité qui, dès lors, sanctionnerait une séparation sans ménagements ni\nambages. Mais le châtiment lui apparut trop rude, réellement, et supérieur\nà ses forces mortelles et à sa charité, de provoquer sa propre déchéance\ndans l'esprit le plus exorable jusqu'alors rencontré, de maculer l'image\nidéalisée que la ferveur de cette âme fraternelle voudrait respecter. Comment,\nde plus, usurper la responsabilité de l'incurable morsure en cette virginale\nintelligence d'une empreinte calomniatrice, souillure indélébile ; — fêler le\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                                  — 181 —\n\nchaste cristal, ternir l'eau diaphane de sa mémoire; abolir sa sérénité\nfuture d'un tel héritage, obsession mensongère dont sa vie s'intimiderait, à\nl'avenir.\n   Il renonça à avilir ses torts prémédités ; chaque minute jusqu'à l'instant,\nencore éloigné, de son départ, le coude-à-coude, surexciteraient et aggrave-\nraient la dissidence; les faillites successives des vœux intimes d'Hélène, son\ntenace optimisme reverdissant tous les soirs un rameau desséché le lende-\nmain, enfiévreraient son aversion et l'invétéreraient. Alors, peut-être, une\ninsidieuse tentative réconciliante de sa part, hautainement récusée, laisse-\nrait-elle à Hélène, avec les honneurs et le mot final de l'aventure, la guérison\nparfaite, et la quiétude?\n   Cette étrange tragédie sentimentale développa ses phases passionnées\nsous les gros yeux soupçonneux de M me d'Isoeil et à son insu total, car,\nau cours de ses incidents, les manières mutuelles et le ton des jeunes gens\ns'altérèrent de trop subtiles dissonances, insensibles au tympan et au\ndiscernement racornis de la vieille dame. Hélène et Delzire bénéficiaient,\nau surplus, de leur originelle discrétion invulnérée, de l'ombrageuse et\nsensitive pudeur, sans ostentation de mystère, qui maîtrisa leur conduite\net, à cette heure assombrie, leur magnifiait ces espérances de la veille,\nrentrées, vivantes, dans les limbes, abîmées à peine sous l'horizon indicible\net tellement utopiques, déjà, et lointaines — que leur persistante fascination\néphémère empruntait le vespéral contour, les teintes indécises et amorties\ndu rêve.\n   Impunément, conservèrent-ils donc leurs allures réciproques usuelles ;\nhormis à certains mots soulignés d'un peu d'involontaire emphase, à de\nbanales expressions, commémoratifs, soudain, pour avoir été, maintes\nfois, jadis, énoncés, de quel accent ravi ! et à présent, atténués d'une\nsourdine, — auxquels leur voix se rouillait, mais si passagèrement que,\nseuls, ils en remarquaient la perturbation...\n   Dès les premiers symptômes, Réginald, lui, cependant, présagea l'immi-\nnente dissolution de leur précaire société, le redoutable sort adverse conju-\nrant sa ruine ; mais le désaccord, dont il pressentait sa sœur et Delzire\ngrièvement désolés, lui restait encore obscur.\n   Au début de leur installation à Isoeil, la subite métamorphose de Delzire\nà son égard le froissa, cette imprévue et mortifiante négligence, la restric-\ntion apparente d'une amitié insatiable, auparavant, et tyrannique, savoureuse\nd'outrancière assiduité, même, et reléguée, tout d'un coup, à l'oubli. Il\nconnaissait assez son condisciple, la broussaille enchevêtrée d'orties, les\nspécieux préalables, freins volontaires de son activité, où il attardait sa\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "                                   — 182 —\n\n  conscience processive et ardue, pour s'effrayer de son entraînement vers\n  Hélène; — les scabreux écueils, les dangers moraux recherchés et bravés\n lui servant d'écoles enivrantes de sang-froid, d'expériences affrontées aux-\n quelles il aiguisait sa souffrance et acharnait son imperturbable et sceptique\n autopsie... Certes, qu'un tel être, excessif, toujours, de pointilleuse subti-\n lité, de réflexion dardante et complexe, jugeât superflu d'innocenter ses\n actes, les témoignait irrépréhensibles.\n    Aucune confidence, non plus, ne vint à Réginald, impossible, également,\n à Hélène et à Delzire et inutile, d'ailleurs, à l'égard d'un tel témoin, compré-\n hensif et chéri et tacitement impliqué dans l'anodin complot; nul infor-\n mulable aveu profanateur qui, prononcé pour cet unique auditeur indulgent\n même, sur un ton d'évasive sous-entente, sillonnerait de sa rude trace déve-\n loutée le feutre susceptible du sentiment... Mais, par une sorte de caressante\n collusion et d'enjôlement, l'un et l'autre faisaient de Réginald le complice\n et comme le recéleur du secret juvénile de leurs entrevues... Comparse aux\n élémentaires stratagèmes, aux hasards combinés de leurs excursions, initié\n à tout le naïf arcane de leurs rencontres, souvent il les accompagnait et,\n sous des prétextes, s'esquivait après les avoir escortés jusqu'aux confins du\n village; — un régressif accès auguré de sa primitive jalousie, aujourd'hui\n vaincue, contre Hélène, et qui, malgré ses efforts, extravasait encore quel-\n quefois sa bile résorbée et falsifiait alors, son humeur, gauchissait ses\n paroles, — éloignait le délicat enfant, pour ne point adultérer le plaisir de\nses compagnons de la grimace convulsive de sa joie factice...\n    Une atmosphère très vite s'était établie, particulière à ces trois créatures,\n de simplicité et de délicieuse entente, — électrisée de sympathie palpitante\net d'induction, où chaque impressionnable nuance décolorée, — de vagues\ntermes qu'une espèce d'argot intime amplifiait jusqu'à un sens arbitraire et\n conventionnel, — l'intonation sourde ou vibrante, la plus minime altération\ndes voix transmettaient de formidables échos, suggestifs et délirants.\n    La moindre, insensible et passagère dissonance ne pouvait pronostiquer\nqu'un irréparable désastre, un déchirement sans remède ; le premier indice,\naussi, de la dissension, atteignit aux yeux de Réginald, le caractère d'un\nsigne définitif; — rien n'effacerait qu'une minute Hélène et Delzire eussent\nété isolés l'un de l'autre et hostiles, en proie à l'animosité de leurs diver-\ngents vouloirs, qui désormais, pour avoir seulement bifurqué, se repousse-\nraient chaque heure davantage. Réginald déplora ces choses, sans s'arroger,\ntoutefois, un droit d'immixtion, — toute entremise, de quel tact fût-elle\npalliée, en ces occurrence sfunestes, devant sembler et, en réalité, être odieuse\net haïe...\n                                                        ARNOLD GOFFIN\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                               — 183 —\n\n\n\n                           SONNET\n            De tremblantes lueurs dans les tours ajourées\n            Etoilent l'horizon de roses vaporeuses ;\n            Frileuse floraison, que les reines heureuses\n            En chuchotant de vagues choses ignorées\n\n            Effeuilleront de leurs frêles mains paresseuses\n            Tandis qu'au loin, sur les vagues énamourées,\n            La lune surgissant des ramures chanteuses\n            Fera neiger ses douces larmes apurées...\n\n            O la chute du jour et le soir qui se traîne\n            Bien lentement parmi les grêles découpures\n            Des donjons imprécis, ô la plainte incertaine\n            Des flûtes que la voix cajoleuse des femmes\n            En ce jardin d'ennui baigné de clartés pures\n            Attriste encore et f ait pleurer comme des âmes!\n\n                                                 GEORGES MARLOW\n\n\n\n\n            LITTÉRATURE RUSSE\n                                Chanson.\n\n   Sur mon âme libre — pesaient de lourdes pensées ; — que de mots tombés\n— dans un monde de glace !\n   Le monde est trop étroit — pour les ébats des sons ; — je porte un cruel\ntourment — au plus profond de mon âme.\n   Sur la verte branche — un oiseau chantait ; — emprisonné dans une cage\nd'or — le chanteur s'est tu...\n   Je chanterais gaîment, — mais tel n'est pas mon sort : — le corps est usé,\n— la volonté est lasse....\n\n                         La Mort et le Temps.\n Tout est à moi ! et le fruit et le germe. — Ma puissance est infinie ! —\nSoumets-toi, ô Temps, vieillard éternel, — je suis ta souveraine. — Tout\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "                                        — 184 —\n\n m'appartenant, je dispose de tout : — et ce qui naît et ce qui meurt. —\nAdmire ma puissance, — car tout pourrira dans mes tombes.\n   O Temps, où sont les traces de tes actions?—Où sont tes œuvres\néloquentes ? — Les germes de tes conceptions, — ne les ai-je pas récoltés en\nune seule moisson? — Où est Rome et tes autres puissances? — Où sont\nles résultats de leurs immenses efforts? Tombé dans des batailles sanglantes,\n— tout dort au fond de mes caveaux.\n   A moi le fruit et le germe! — à moi le sceptre de l'univers ! — Humilie-\ntoi, vieillard éternel, — ô Temps, incline ton front devant ta reine!\n\n                                        Le Temps.\n   Sans fin ni commencement — je suis le père et le fils des siècles ; —\nmais toi, tu fus enchaînée par le Destin — à la pourriture délétère des\ntombes. — Là où sont tes cimetières, — là où se décomposent tes cercueils,\n— c'est là que mes forces vives — construisent l'édifice du devenir ; c'est\ndans les tombes que je prends — les germes de mes travaux. — Ma route\nest sans fin;—la chaîne des siècles est entre mes mains,— et sur mes\népaules immortelles — je porte la robe du Créateur. — Ma puissance est\nsans limite, — infinie comme le Destin ; — et toi-même n'es-tu pas mon\nœuvre? — Je suis ton seigneur — tu es mon esclave.\n                                                               E.-J. HUBER (1)\n                                        La    Nuit.\n  Déjà le jour harassé — se penche vers les eaux purpurines, — les voûtes\nde l'azur foncent, — l'ombre fraîche s'étale ; — et la nuit silencieuse, paisi-\nblement — chemine sur la route éthérée, — et Vesper, avec son étoile\nsuperbe — vole devant elle.\n  Descends, ô céleste, vers nous — avec ton voile magique, avec le philtre\nde l'oubli réparateur, — et donne la paix aux cœurs fatigués. — Par ton\napparition calmante, par ta mélodie berçante, — endors, comme la mère\nson enfant, — l'âme tourmentée par la peine.\n\n                                         La Mer.\n   Mer silencieuse, mer azurée, — debout, je te contemple, magnétisé par\nton abîme. — Tu vis; tu respires ; tu es pleine — d'un amour troublé, d'une\npensée qui t'agite. — Mer silencieuse, mer azurée, — dévoile-moi ton\n\n   (1) Le célèbre traducteur de Faust de Gœthe, fils d'un pasteur protestant, est né en 1814\net mort en 1847.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                        — 185 —\n\nsecret profond: — Qu'est-ce qui meut ton sein sans limites? — Par quoi\nrespire ta poitrine oppressée? — Est-ce peut-être le ciel, si lointain et si clair\n— qui t'attire et t'incite à quitter l'esclavage terrestre?     — Pleine d'une\nvie douce et mystérieuse. — tu es pure en face de sa pureté ; — et tu roules\nson azur radieux; — et tu ardes de son feu du matin et du soir; — et tu\ncaresses ses nuages dorés, — et tu scintilles joyeusement avec ses étoiles. —\nQuand s'amassent des nuées menaçantes — pour arracher le ciel clair de ton\nsein, — tu te débats, tu hurles, tu soulèves tes flots, — et tu déchires et\ntourmentes le brouillard ennemi            — La brume disparaît, les nuées\ns'envolent ; — mais, remplie du trouble passé, — tu soulèves longtemps\nencore tes flots épouvantés, — et l'éclat adorable des cieux rendus — ne te\nrend pas tout à fait ta tranquillité ; — de ton immobilité l'aspect n'est\nqu'apparent: — dans ton abîme sombre tu caches l'agitation, — car en\nadmirant le ciel, tu trembles de le perdre.\n\n                             L'Approche du         Printemps.\n   Le calme est dans le ciel ; — la lune mystérieuse luit — à travers une\nfine vapeur; — l'étoile d'amour joue — au-dessus de la sombre montagne;\n— et, dans l'abîme bleu, — les immatériels, volant, — ensorcelant, vivifiant\n— le silence nocturne, — saluent le Renouveau.\n                                                                JOUKOVSKI (1)\n\n                                          l'Art.\n                                      (Hexamètres.)\n\n   Je m'étais coupé un jonc au bord de la mer bruissante. — Muet, il gisait\ndans ma pauvre cabane. — Un jour il fut aperçu par un vieillard inconnu\nqui, — pour passer la nuit, s'arrêta dans notre hutte. {Cet homme semblait\nincompréhensible et étrange dans notre pays sauvage.) — Il tailla le tuyau,\ny pratiqua des ouvertures, et se l'appliqua aux lèvres. — Voici que le jonc,\nanimé tout à coup, se remplit de sons — merveilleux, semblables à ceux qui\ns'élèvent parfois du bord de la mer — quand soudain le zéphyr, en ridant\nses eaux, frôle les roseaux, et remplit de sons la contrée maritime.\n\n\n  (1) Basile Joukovski, le fils naturel d'un riche propriétaire russe, Bounine, et d'une\nesclave turque Salcha, est né en 1783. C'est le digne prédécesseur de Pouchkine et le père\ndu romantisme en Russie. Ses traductions de Schiller, Goethe, Byron, Homère valent les\noriginaux grecs, allemands, anglais. Il a survécu à Pouchkine, qu'il admirait sans\nrestriction ni envie; il est mort en 1852, à l'âge de 70 ans. Joukovski était le précepteur\nd'Alexandre II, empereur de Russie.\n                                                                                  13\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "                                  — 186 -\n\n\n                            L'Ange et le Démon.\n\n   La dispute pour l'homme dure toujours — entre deux esprits puissants:\nl'un — est le maître des portes de l'Eden — et son gardien séculaire ; l'autre,\ndans toute la grandeur du mal, — c'est le souverain du monde des ténèbres;\n— au-dessus de sa pourpre ardente — brûlent deux ailes de feu. — Mais\nl'homme, né dans la poussière, qui des deux fera-t-il triompher? — Achètera-\nt-il la couronne des palmes éternelles, — ou la coupe des voluptés passa-\ngères? — L'ange du Seigneur est doux et lumineux, — vivifié par le rayon\nde l'humilité ; — mais le fier démon est si beau, — est si fort, si resplen-\ndissant !\n\n                             Chanson hébraïque.\n\n   Devant Sion se balançait — mon berceau et au-dessus de lui — la palme\nde Dieu penchait — sa touffe de rameaux sombres.\n   Des blanches lys de l'Idumée — croissait tout autour le parterre neigeux;\nla blanche colombe de Judée — agitait son aile caressante;\n   L'ange divin d'Israël — m'offrit un rameau de palme — et posant la\ncouronne de lys sur ma tête, — il m'envoya en route.\n\n                          La Mère et les enfants.\n                        (Motif de la poésie néo-grecque.)\n\n   « Pourquoi, maman, sans cesse — parles-tu de la sœur? — Notre Zoé est\ndans un monde meilleur — tu nous le dis toi-même. »\n   « Ah, je sais qu'elle est dans un monde meilleur ! — Mais dans ce monde\nil n'y a point de prés, — ni de fleurs, ni d'herbes aromatiques, — ni de gais\npapillons. »\n   « Maman, maman ! dans le paradis de Dieu — chantent des anges divins,\n— se promènent des aurores roses, — coulent des nuits étoilées. »\n   « Mais la pauvre n'y a pas sa maman, — qui de la fenêtre regarderait\n— comme elle folâtre dans la prairie — avec les fleurs et les papillons. »\n\n                                 Anacréon.\n\n   Le jour de la cueillette du raisin — par la porte ouverte du jardin — nous\nallâmes à la fête de Bacchus — en portant sur nos bras — Je favori d'Eros\n— le vieux Anacréon.\n   Nous étions beaucoup d'adolescents,— courageux, alertes, au langage\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                         — 187 —\n\nhardi, — et chacun avec sa belle; — mais le vin scintilla dans les coupes,\n— nous regardons : toutes nos belles — le vieillard les attira vers lui.\n  Sénile, aviné et cassé en deux, — le crâne couvert de roses, — comment\na-t-il pu leur tourner ainsi la tête? — Mais elles nous chantèrent en chœur,\n— que nous ne savons pas aimer, — comme lui jadis il aima.\n\n                                 La Source du rocher.\n   D'où, ô source du rocher, — découlent tes flots sonores? — Qui vous a\névoqué du gouffre noir, — vous, larmes pures de la terre? — Est-ce le rayon\nbrûlant qui, sur les têtes des monts, — a fondu l'écorce des glaces? — Ou\nest-ce le pétillant exode — des effluves mystérieux du cœur de la terre?\n   D'où que tu viennes, qu'il est doux pour la naïade — de rêver au fond\nde tes eaux scintillantes, — ou de baigner en cachette sa face dans tes\nondes ; — qu'il est réconfortant pour les bergers de la vallée — de jouer de\nla corne au bord de tes flots. — et pour les vierges de plonger leurs\namphores sonores — dans ton humide et frais élément !\n  Tel est-tu, ô vers du poète! — D'où viens-tu, et pour q u i ? — Q u i t'a\névoqué dans l'abîme de ce monde ? — et qui cherches-tu au milieu de lui?\n— Ceci est un mystère pour tous ; — mais qu'il est consolant pour nous —\nd'écouter ton harmonie, — d'aimer ton ordonnance, et ton doux sussure-\nment, — et d'y puiser nos délices.\n                                                                      M A Ï K O F F (1)\n\n                                                          Traduit du russe par L. WALLNER\n\n\n\n\n  (1) A.-N. Maïkoff'. l'un des meilleurs poètes de la Russie contemporaine, est né à Moscou\nen 1821. C'est le fils d'un peintre russe très connu, Nicolas Maïkoff. J'ignore s'il vit encore,\nmes sources historiques s'arrêtant vers 1880. A. Maïkoff est avant tout artiste, et par ce\ncôté, ses poésies, comme celles de Tutcheff, possèdent une valeur universelle.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "                                  — 188 —\n\n\n\n\n        CHRONIQUE                         ARTISTIQUE\n           La première exposition de la « Libre Esthétique ».\n\n\n               LaLibre Esthétique prend la place qu'occupa, pendant dix\n                années, non sans gloire, ni sans tapage, ni sans profit pour\n                l'éducation artistique dans notre pays, la défunte association\n                des Vingt, à la tête de nos groupements d'art indépendant.\nDe l'aveu de tous, sa première exposition a dépassé toutes celles dont on\nse souvient à Bruxelles. Ce ne fut pourtant, somme toute, qu'une exposi-\ntion des Vingt agrandie et élargie. Même direction, même atmosphère. On\ny vit les plus conspués des Vingt et de leurs invités habituels. Si une\nbonne moitié des exposants ne figura jamais aux catalogues des Vingt, et\nnotamment quelques-uns des plus importants parmi les étrangers, — tels\nque MM. Watts, Frampton, Morris, Puvis de Chavannes, Carrière, — il\nn'est cependant pas démontré qu'ils n'y eussent un jour passé tous, avec\nd'autres que la Libre Esthétique recherchera sans doute ou admettra dans\nl'avenir.\n   Le nouvel organisme aura l'avantage d'un cadre plus vaste et de colla-\nborations plus nombreuses et plus variées, bien que toujours soigneusement\nchoisies. Des ressources plus abondantes seront à sa disposition, grâce aux\ncotisations de cent membres, dont la plupart étrangers aux professions artis-\ntiques et d'autant plus honorés de leur part de mécénat. Mais, si la respon-\nsabilité pécuniaire s'est répartie sur une plus large base, l'autorité au\ncontraire s'est concentrée entre les mains d'un seul délégué et se trouve plus\nlibre de toutes attaches et de tout tiraillement que ne le fut jamais la répu-\nblique des Vingt.\n   Certes, l'éclectisme était l'un des articles du programmede ceux-ci, mais les\ncirconstances ne permirent pas que cet article fût toujours également observé.\nOn y dérogea parfois, notamment lorsque le néo-impressionnisme voulut\ns'ériger en orthodoxie quelque peu intolérante : il y eut un moment où le\nmérite des peintres allait dépendre presque uniquement de leur zèle pour le\nluminisme et même pour tel procédé luministe particulier, où la tiédeur\nenvers Seurat fut suspecte et valut aux hésitants quelque mauvais vouloir.\nIl n'en est plus ainsi à la Libre Esthétique, dont le titre même ne peut\nsignifier autre chose que la volonté d'éviter de semblables erreurs. Aussi,\ndès la première exposition, l'éclectisme fut-il plus apparent qu'aux Vingt.\nLe Salon ne favorisa spécialement aucune école ni aucune tendance. Il fut\nsimplement moderne et, si l'on veut, évolutionniste, groupant l'une auprès\nde l'autre toutes les tendances vivantes — bonnes ou mauvaises, l'avenir le\nsaura probablement — par lesquelles se marque aujourd'hui l'évolution de\nl'art. Il fut donc varié à souhait et instructif en proportion. Des oeuvres\nqui le composèrent, il n'y en eut pas une qui n'eût au moins de la tenue et\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                                   — 189 —\n\n qui ne présentât quelque intérêt au moins momentané. Plus indépendante\n des doctrines, la nouvelle direction est également plus indépendante des\n personnes. Tout en gardant aux meilleurs des Vingt une juste prédilection,\n elle ne doit plus avoir égard à l'ancienne association, dont certains membres\n ont l'air d'avoir abandonné leur art, dont certains autres ont encore plus\n mal tourné.\n    Il n'y a plus de Salon jeune qui ne réserve une large place à l'art indus-\n triel, à l'art appliqué, à l'art ornemental. Beaucoup de peintres ou de\n sculpteurs semblent se tourner de ce côté par lassitude, par ennui des\n redites. Beaucoup apportent à la confection d'objets, d'ustensiles quel-\n conques, une grande habileté technique, de l'érudition, même de l'inspira-\n tion. Peut-on conclure de là, comme certains, à l'apparition prochaine d'un\n style décoratif moderne? Cela est bien douteux. Toujours on a vu les styles\n décoratifs procéder des styles architecturaux, comme la fleur sort de la tige\nqui la supporte. Or, l'architecture contemporaine n'est pas un art organique\n et vivant. Ensuite, il y a opposition entre l'individualisme qui règne\naujourd'hui dans l'art et la conception d'un style architectural et mobilier,\nqui suppose la fantaisie individuelle soumise à une discipline, à des prin-\ncipes de formes universellement adoptés, expression de l'âme collective\nd'une race ou d'une époque. En attendant, on nous fait de jolis bibelots\namusants, et c'est toujours autant de gagné.\n    Ce n'est pas à dire que la peinture ne se rencontre plus à l'état autonome et\nindépendant, bien que certains artistes aient décidé récemment que c'est là\nun abus, et, par une logique pleine d'optimisme, qu'il cessera d'avoir lieu.\nNous nous persuadons difficilement qu'un portrait tel que celui de la\nmarquise de Granby, de M. Watts, pour n'avoir aucune destination déco-\nrative, n'ait pas le droit d'exister. Il est d'une profonde et durable beauté,\ncela suffît.\n   Sur un fond de paysage montagneux, bleu et vert, apparaît le buste d'une\nfemme jeune, aux cheveux d'or, au long cou nu, vêtue simplement d'une\nblouse bleue et d'une écharpe verte. Deux teintes principales, dont l'har-\nmonie subtile et exquise est excellemment appropriée au caractère du person-\nnage. Car ce portrait est une œuvre de lucide pénétration psychologique, à\ntel point que la présence du nom du modèle au catalogue est presque une\nindiscrétion. On y lit, dans ce portrait, la race, l'aristocratie, la fierté; on\ny voit la douceur d'une âme, non pas calme, mais calmée, sans élan désor-\nmais, et l'on découvre le spleen tout au fond de ces yeux bleus, pareils à\nde nobles fleurs qui sentiraient qu'elles vont se faner bientôt Le travail du\npeintre, minutieux et patient, disparaît, tant l'intérêt de sa vision et de sa\npensée scrutatrice s'impose. Si l'on cherche l'ascendance d'une pareille\nœuvre, on ne peut penser qu'à un nom, qui est un nom suprême, celui du\nVinci.\n   M. Eugène Carrière réunit en un tableau, au groupement composé à la\nfaçon hollandaise, une mère et ses cinq enfants. Le style n'est pas exempt\nde maniérisme, et cependant la vie des têtes, des regards, des mains est\nextraordinaire. Le dessin est d'un maître et le coloris, si atténué qu'il\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                   — 190 —\n\nsoit, est délicieux dans sa délicatesse. Nous ne trouvons à regretter chez\n M. Carrière que le parti pris où il s'obstine de noyer ses personnages dans\nune factice atmosphère d'cmbres mouvantes, de brumes vagues et blêmes où\nil les fait flotter comme des fantômes ou des formes spiritualisées.\n    Autres portraitistes : M. Cameron, de Glasgow, très analogue à\n MM. Guthrie et Lavery, et comme eux whistlérien; M. Sauter, épais, lourd,\namateur de céruses blafardes; M. Motte, sérieux et distingué, hypnotisé\npar Velasquez; M. Lemmen, irréprochable, constructeur exact et tenace,\ndessinateur serré, modeleur strict; M. Khnopff, toujours industrieux, mais\nd'une banalité inattendue et d'une excessive sécheresse dans son portrait de\nfemme qui semble découpé à l'emporte-pièce, et, malgré d'assez grandes\ndimensions, traité comme une miniature ; M. De Gouve de Nuncques, dont\n le portrait d'homme, très appliqué, n'a pas un coloris des plus avenants;\n M. Van Rysselberghe, l'un des rares fidèles tenants du néo-impression-\n nisme, virtuose adroit autant qu'intrépide, capable, sans épuiser sa patience,\n de pointiller un plancher, une porte et une redingote que l'on contemple\n sans allégresse.\n    Ses deux limpides marines, oeuvres de scrupuleuse analyse, valent mieux,\n comme M. De Gouve vaut surtout dans ses paysages somnolents, non pas\ntant dans sa grande vue panoramique et paradoxale des Environs de\nLaeken, à la fois minutieuse et simplificatrice, que dans son rigide Canal\ngris et sa Maison aveugle, d'un sentiment étrangement concentré et poi-\n gnant.\n    Passons sur les impressionnistes français, très connus : M. Besnard,\nardent et fluide, le fin Sisley, M. Renoir, énormément au-dessous de lui-\n même et de sa réputation, Mme Morisot, toute pimpante en son faire ner-\nveux et expéditif, ténu et peu consistant ; puis M. Pissarro père qui tapote\ndes paysages exacts, et ne nous transporte pas. Il est flanqué cette fois de\n deux de ses fils, et on en attend un troisième, le petit dernier.\n    Nous nous permettrons de placer M. Heymans à une grande distance\nau-dessus de ce patriarche sympathique et surfait. Ses trois paysages,\nsolides et légers, aussi pleins de belle force et de santé que de lumière, sont\ndes merveilles de robuste justesse, et de sentiment poétique en même temps.\nN'oublions pas ici M. Claus et son Midi rutilant et joyeux, ni M ,le Boch,\nni M. Thaulow. Oublions au plus tôt M. Signac.\n    Non loin de M. Carrière fut situé M. Lerolle, qui a quelque rapport avec\nlui. C'est un peintre vaporeux, de demi-teinte et de demi-jour. Ses toiles,\nfigures et intérieurs ou paysages, ont en général une grâce tranquille. Mais\nl'impression s'efface vite, n'allant pas jusqu'à l'intensité. M.Stremel, Allemand\nvoué à la Hollande, est aussi un intimiste, qui épie le mystère des vieilles\nchambres proprettes et vides, comme dans son Intérieur, vert et jaune\npaille, d'une adroite combinaison de lignes et de couleurs.\n    Un Crépuscule, en teintes de vieille tapisserie, de M. Murray,de Glasgow,\nrappelle le Soir de Langside de M. Lavery. De M. Vogels, toujours superbe\npeintre, une mer nocturne qui a la majesté de certains Dupré. De M. Gil-\nsoul, une Kermesse aux feux de Bengale, qui est plus curieuse que belle,\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                  —   191   —\n\n\n  et que juste, et sa Tourmente, trop vaste, mais impressionnante par sa\n fougue et sa sauvagerie. M. Laermans demeure le peintre des souffrances\n et des difformités des paysans. Le coloris très monté de M. Ensor fait mer-\n veille dans quelques natures mortes, choux, fraises, vases ou poissons. Il y\n avait notamment une raie, brossée superbement, où s'entrevoyait l'ingérence\n sournoise du caricaturiste pince-sans-rire, qui dédie à l'auteur des Contes\n d'Yperdamme son effigie en une icône moitié mystique et moitié rabelai-\n sienne, où la Vierge an buisson de roses de maître Etienne de Cologne\n sourit doucement au-dessus des grimaces de diables cornus et pustuleux.\n    C'est à Taïti principalement que M. Gauguin, qui a une ascendance\n péruvienne, paraît-il, et qui s'en ressent, est allé chercher, des inspirations\n en rapport avec ses goûts d'art barbare et primitif. Peinture ethnogra-\n phique, qui étonne plus qu'elle ne séduit. Mais M. Gauguin est un colo-\n riste somptueux et dans son Paysage de la Martinique, lourde mosaïque\n de gemmes et de métaux ardents, des rapports hardis établissent une har-\n monie neuve.\n    Parmi les peintres plus dégagés que les précédents de la réalité immé-\n diate, il faut citer en premier lieu M. Puvis de Chavannes, en souvenir de\n ses nobles fresques eurythmiques, plutôt que pour exalter les trois œuvres\n secondaires et pas récentes qu'il envoya à l'exposition. D'un Anglais,\n M. Welden Hawkins, on vit les Auréoles, un morceau d'une délicieuse\ndouceur mystique et charnelle à la fois. M. Denis s'immerge dans le néant.\nM. Levêque eut de prolixes tentatives. Le symbolisme de M. Toorop\ns'éloigne de plus en plus des formes de la vie et arrive aux plus inintelli-\ngibles rébus, comme celui de M. Doudelet. Seulement, le cas de M. Toorop\nest plus grave, car il sait dessiner et il sait peindre, et même magistralement,\net dans ses compositions les plus folles il y a des morceaux exquis.\n    Précédemment nous eûmes déjà l'occasion de décrire et de caractériser\nici les allégories décoratives de M. Mellery. A la Libre Esthétique, il en\nexposa une série de dix-huit, parmi lesquelles nous ne pouvons que citer\nles plus parfaites, d'une beauté sereine, radieuse et recueillie : La Pensée\naime la Nuit, la Hollande du XVIIe siècle, l'Ile de Marken, la Voûte\nromaine, le Don de Mariage et la merveilleuse guirlande des Heures. Par\nles amples rythmes de leurs lignes, l'élargissement de la plastique, la solen-\nnelle simplicité de la couleur, ces œuvres sont conçues selon « une esthé-\ntique décorative » pour employer l'expression du peintre lui-même, et tout\nen existant pour elles-mêmes, eh elles-mêmes, sans subordination à tel sys-\ntème monumental, elles constituent de magnifiques spécimens de ce que\npourrait créer M. Mellery si on voulait bien lui donner des murailles à parer,\nà ennoblir du prestige de son art grave et pensif.\n                                     ***\n   Les dessins, les estampes, les lithographies, les images, les affiches, les\nillustrations, les gravures foisonnèrent, mais nous prendrions toutes les\npages de la Jeune Belgique si nous notions ici tout ce qu'il faudrait.\n   D'Angleterre vint la collection des publications de la Fitzroy School\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "                                  — 192 —\n\nPicture Society, fondée tout récemment pour la création d'images coloriées\nà bon marché, d'un caractère esthétique, destinées à l'enseignement et à\nl'éducation du regard dans les écoles. Idée excellente, réalisation remar-\nquable. La clarté de la composition, la puissance d'expression des con-\ntours, la belle harmonie des tons plats, le sentiment na'if, à la fois reli-\ngieux et pittoresque, tout cela se trouve à un degré égal dans les œuvres\npresque collectives de MM. Heywood Sumner, Selwyn Image et Chris-\ntophe Whall. M. Sumner apparaît encore comme un charmant illustrateur\nde livres, genre auquel s'adonne également un artiste nouveau, révélé par\nle Studio, M. Aubrey Beardsley, qui raffine sur la grâce italienne et sur le\ncaprice japonais.\n   Chez nous, peu de chose. Les illustrations élégantes et fantaisistes que\nMlleDanse jette à travers les textes et les marges des livres ont l'inconvénient\nde ne pas faire corps avec l'objet décoré, et nous leur préférons ses jolis\nportraits mièvres. M. Auguste Donnay n'apporte encore que des promesses,\ndans ses petites compositions bizarres, quoique calligraphiques.\n   Tout près de lui, nous admirâmes une superbe série de dessins du maître\naquafortiste Storm de 's Gravesande : des intérieurs d'églises et d'apparte-\nments aussi silencieux, presque aussi religieux que des églises, et de dou-\nloureuses tombées de soir dans de pluvieux ports de Hollande.\n   La France nous apporta des affiches, quelques-uns des plus flamboyants\nChéret, puis de cruels Toulouse-Lautrec, étonnants de grandeur, de force,\nd'incisive ironie. Des publications collectives, l'Estampe originale, l'Escar­\nmouche, le Café-Concert, groupaient une foule d'artistes intéressants,\ndont chacun a son genre, son style et sa personnalité : entre autres, M. Bes-\nnard, avec une belle estampe fantastique, aux dégradations admirablement\nfondues; M. Renoir, avec une superbe tête de petite fille; M. Anquetin,\navec son Don Quichotte, d'un grand caractère; M. Lepère ; les exhilarants\ncaricaturistes Hermann Paul et Vallotton, dont on vit en outre des séries\nd'oeuvres séparées, comme on en vit aussi de M. Henri Rivière, dessina-\nteur de marines et japonisant de première force, et de ce mystérieux et\nprofond artiste d'art surnaturel, M. Odilon Redon. Son Livre de lumière\net son Profil de femme s'égalent à ses inventions les plus inattendues et\nles plus belles. A côté, un autre lithographe savant, maître aussi dans\nl'art de velouter les noirs, M. Lunois.\n   Une seule affiche de M. Grasset, la célèbre Librairie romantique,\ndiscrète et douce, avec sa gracieuse figure de liseuse à la large collerette.\nMais une foule d'aquarelles originales, de couvertures, de têtes de pages,\nd'illustrations, attestant la profonde sciencedu dessin, l'érudition, la fécon-\ndité de ce maître charmant, archaïque et moderne à la fois.\n   Dans le cycle des arts du livre, citons encore de riches ornementations\ngothiques, chefs-d'œuvre de M. William Morris, les éditions simples et\ndistinguées des éditeurs de poètes MM. Mattews et Lane, les reliures origi-\nnales de M. Charles Meunier, les parfaits maroquins à arabesques de\nM. Marius Michel. Louons aussi, tout particulièrement, le titre du cata-\nlogue, dû à M. Van Rysselberghe, qui a résolu le problème de donnera\nnotre alphabet une valeur décorative.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                -   103   -\n\n\n   Allons à la sculpture maintenant et aux arts connexes. Un sculpteur\nanglais, M. Frampton, s'impose avec des œuvres magnifiques, d'une\nnoblesse hautaine, d'une spiritualité raffinée, d'une correction impeccable.\nM. Frampton est un de ceux qui ressuscitent l'usage, autrefois universel,\nabandonné seulement depuis la renaissance, de teinter les matières\nsculptées ; il le fait avec infiniment de goût. La sculpture coloriée est\nencore pratiquée par M. Cros, qui ressuscite la beauté antique et tire des\npâtes de verre un parti avant lui ignoré, et par M. Paul Du Bois, qui,\nparmi ses œuvres nombreuses et variées, a un haut relief habile, une Femme\nà l'éventail, d'une grâce très séduisante.\n   Une jeune artiste française, M lle Camille Claudel, s'avère élève de\nM. Rodin, et c'est pourquoi il est prématuré de lui conférer, comme on l'a\nfait, la maîtrise. La Valse a évidemment de la passion, de la fièvre et du\nmouvement, trop de mouvement même. La draperie qui tourbillonne\nautour du couple est confuse et manque d'attaches : elle embrouille le\ngroupe, masque les lignes, et ressemble autant à-une broussaille qu'à une\ndraperie.\n   Les cinq caressantes études de M. Bartholomé, cinq corps de femmes\nployés dans des attitudes douloureuses et prostrées, promettent une œuvre\nde premier rang. La place nous manque pour insister sur les œuvres\nd'artistes connus, tels que MM. Constantin Meunier, Vanderstappen,\nSamuel, Vincotte, Charlier, Devillez, Gaspar. Nous avons déjà parlé de\nl'Autel sans architecture de M. Craco, qui a encore, entre autres choses,\nun projet de Chaire de vérité atteint du même défaut.\n   L'emploi, dans les objets d'art industriel, de l'étain, qui était autrefois\n« l'argenterie du pauvre », se répand de plus en plus. A côté des travaux\nsouples et nerveusement accentués de M. Alexandre Charpentier, voici, de\nM. Baffier, une plantureuse Cruche qui ne sera pas légère à soulever, et une\npittoresque Corbeille à fruits soutenue par deux fortes campagnardes bien\ncampées; de M. Paul Du Bois, un Chandelier et des bas-reliefs; de\nM. Fernand Dubois, un Couvercle pour une boîte de baptême. M. Fernand\nDubois est un bon médailleur, dans le style de M. Roty, et un ciseleur\némérite; il a du goût, de l'invention, peut-être trop d'intentions symbo-\nliques qui demeurent cachées. Citons enfin deux fantastiques baguiers de\nbois sculpté de M. Carabin, et ses grès colorés dans la pâte, d'un mouve-\nment vraiment curieux.\n   Nous voici arrivés tout naturellement aux arts de l'ameublement, aux\nbeaux grès flammés de M. Delaherche, de MM. Dalpayrat et Lesbros, aux\nvases de métal orfèvres par la Guild of Handicraft de M. Ashbee, à l'ingé-\nnieuse tapisserie fanée de M. Maillol, aux tapis esthétiques de la manufac-\nture belge La Royale, dessinés par MM. Lemmen et Wytsman, aux\nmeubles de style traditionnel de M. Wallaert, aux bois vernis de M. Nieder-\nkorn. M. de Montesquiou-Fézensac expose unevilaine « pendule de pensées »\nd'une composition aussi précieuse que l'inscription qui ronronne dessus :\n \" Dans les leurres de vos heures, pressez, si vous y pensez! ces pensées\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "                                  — 194 —\n\ndépensées, à penser à vos pensers. » Un architecte belge, mais formé sans\ndoute à l'école des Anglais, les seuls qui aient inauguré quelque chose qui\nressemble à un style de mobilier moderne, M. Serrurier, a décoré et meublé\ntoute une chambre, d'une simplicité savante, gaie, commode et intime, qui\na fait l'admiration de tous les visiteurs et qui, dans cette belle exposition de\nla Libre Esthétique, aura eu sa large part du succès universel.\n                                                     ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n            CHRONIQUE MUSICALE\n              Lessympathies des jeunes vont naturellement aux jeunes.\n                L'ardente jeunesse qui poursuit l'art dans ses différentes\n                expressions, peinture, musique ou littérature, se tend frater-\n                nellement la main; aussi me pardonnera-t-on, dans la Jeune\n Belgique, de rendre un hommage particulièrement chaleureux et cordial au\n groupe de nos jeunes musiciens. Voici trois ans que Mathieu Crickboom,\n ce petit Verviétois, artiste comme on ne saurait l'être plus, et l'une des\n futures gloires du violon, fonda ici son quatuor. Crickboom, avec sa col-\n laboratrice, Mlle Louisa Merck, est comme l'âme de ce petit groupe remuant\n et valeureux de musiciens enthousiastes. Tous ne sont pas très connus; point\n ne se prélasse leur « tête » aux étalages des éditeurs de musique ou en\n première page des journaux illustrés. Mais ce qui leur vaut notre sympa-\n thie à nous autres, c'est leur culte profond du beau et du vrai, leur dévoue-\nment sans restriction à la cause de l'art, leur éloignement naïf et sincère de\ntoute pose, de tout esprit de lucre et de vanité personnelle. Les deux\npremières séances du quatuor Crickboom, à l'Hôtel Ravenstein, ont déjà eu\nlieu, avec le concours de Mlle L. Merck. A la première, on a entendu le\nQuatuor n° 7 de Beethoven (en fa) excellemment interprété par MM. Crick-\n boom, Angenot, Hans et H. Merck. Ce n'était évidemment pas la pondé-\nration et l'homogénéité étonnantes du Quatuor Joachim, mais quelle\nchaleur et quelle justesse de sentiments, quelle impeccabilité dans la note\net quelles jolies sonorités ! On a également applaudi la Fantaisie pour\nvioloncelle et piano de Schumann, jouée par M. H. Merck et sa sœur\nMlle L. Merck; interprétation très mouvementée et très exubérante de\ncette œuvre terriblement substantielle, quelquefois même trop, dirait-on; la\ntrame harmonique et mélodique se déroule si serrée que, dans ce mouve-\nment rapide et emporté, les sonorités se confondent parfois et entrent les\nunes dans les autres. Le concert se terminait par la Sonate pour violon et\npiano de G. Lekeu, ce jeune homme de vingt-trois ans mort tout récemment\nà Angers, et dont la disparition subite de ce groupe des jeunes musiciens\nbelges dont il était une des plus brillantes personnalités, nous a, à tous,\nsi douloureusement étreint le cœur. Si la place ne me faisait défaut, je vou-\ndrais analyser ici, comme elle le mérite, cette œuvre à la fois étrange et\nadmirable, en tous cas l'une des pages les plus remarquables de la jeune\nécole belge, dans ses affinités avec la jeune école française Mais je dois me\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                  — 195 —\n\nborner à constater l'impression profonde produite par le premier Allegro,\nvraiment très grand, et par le Finale, d'une allure extraordinaire ; l' Adagio,\nd'un sentiment émouvant et d'une poésie ineffable, a obtenu le plus de\nsuccès.\n   Crickboom a joué cette sonate d'une façon idéale, et comme on joue\nl'œuvre d'un ami élu entre tous et tout à coup disparu ; la partie de\npiano, d'une difficulté inouïe, a été interprétée par M1Ie Merck avec une\nvirtuosité et une intelligence digne de l'œuvre et digne d'elle-même.\n   Un empêchement mille fois maudit ne m'a pas permis d'assister à la\nseconde séance où l'on a entendu des compositions de Beethoven, Bach,\nYsaye et Schumann.\n   Le programme de la troisième séance (29 mars) se composait du trio en\nut (op. 87) de Brahms, de la sonate n° 7 de Beethoven, pour violon et\npiano, et du premier quatuor de Schumann, en la mineur. Celui-ci a été\nrendu d'une manière véritablement merveilleuse, particulièrement le Scherzo\net le Finale ; on sent la prédilection instinctive de ces jeunes gens pour\ncette musique toute débordante de jeunesse et de passion. Celle de Brahms,\navec ses austérités, son objectivité plastique et un peu froide, leur paraît\nplus étrangère ; le trio n'en a pas moins reçu une interprétation scrupuleuse\net sincère et d'une parfaite correction ; il a permis à M1,e Merck et M. Crick-\nboom de déployer encore une fois cette admirable homogénéité, cette identité\ncomplète dans la manière de sentir et de rendre qui les distingue de tant\nd'autres musiciens de chambre. Le public des trois séances a fait le plus\nchaleureux accueil à Crickboom et à ses amis, que l'on espère bien voir,\nl'an prochain, reprendre le bon combat.\n   — Bien que Thomson dut être considéré comme le « clou » du dernier\nPopulaire, le héros de la journée fut en réalité Joseph Dupont. Le grand\nartiste, fort malade il y a peu de temps, a reparu au pupitre, plus nerveux,\nplus alerte, plus enthousiaste que jamais On peut dire que les divers frag-\nments de Wagner qui terminaient le concert, et qu'il a si fréquemment\ndirigés, n'avaient point encore été interprétés sous sa direction avec un tel\nensemble, un accent si pathétique et si empoignant; la formidable marche\nfunèbre de Siegfried surtout a été aux nues, et c'était justice. L'orchestre a\nété parfait ce jour-là; on eût dit que l'influence de Lévy se faisait encore\nsentir dans la netteté du jeu et la précision des attaques.\n   Thomson a obtenu le succès qu'il méritait. S'il n'a pas le charme intense\net les voluptueuses sonorités d'Ysaye, il possède en propre un jeu singu-\nlièrement fin, perlé. Les notes se détachent l'une de l'autre avec autant de\nnetteté que sur un clavier, chaque trait est exécuté avec une précision et\nune conscience absolues qui d'ailleurs n'enchaîne en rien un tempérament\npassionné et fougueux, une véritable âme d'artiste, chez qui la perfection de\nla technique ne fait que servir l'interprétation et ne tente pas de la détourner\nde son véritable but. Le Concerto de Goldmarck n'a pas plu énormément.\nC'est peut-être bien, au milieu de la masse des concertos de violons jugés\nen rond, une œuvre sérieuse et même remarquable. Mais ce style froid,\nacadémique et absolument objectif, cette « musique absolue » a besoin, pour\nintéresser, d'un peu plus que cette maîtrise honnête et cette instrumentation\nlégère : on désire de tout cœur les écrasantes proportions, la noblesse austère\ndes superbes architectures de Brahms.\n   — Curieux, sans plus, le concert du Conservatoire consacré à Gounod. On\npourrait, à la vérité, contester sa nécessité, surtout lorsque l'on considère\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                                   — 196 —\n\n  qu'aucune manifestation de ce genre n'a suivi le décès de César Franck, une\n  de nos gloires nationales que l'on sera un jour fier de revendiquer, même au\n  Conservatoire. Le choix du programme d'un concert Gounod devait d'ail-\n  leurs présenter des difficultés quasi-insurmontables; je regrette de devoir\n  penser qu'elles ne l'ont pas été entièrement. Que nous faire entendre, en\n  effet, de Gounod? Des œuvres archi-connues, des fragments symphoniques\n  de ses opéras? Alors, quoi? Il restait quelques œuvres presque inconnues,\n  telles que la Deuxième symphonie ( 1863) et les chœurs d'Ulysse, mais\n  l'oubli de ces œuvres ne tenait pas à d'autres causes qu'à leur infériorité. On\n  a beau rejeter l'échec des fragments d'Ulysse sur celui de la ridicule tra-\n  gédie de ce poncif de Ponsard, l'exemple de l'Arlésienne de Bizet, jouée\n  dix fois plus souvent que le drame de Daudet, est là pour nous prouver\n  qu'une belle musique de scène peut fort bien se détacher du drame qu'elle\n accompagne, — pour autant qu'elle ne serre pas de près l'action comme dans\n les drames wagnériens.\n     Il y a dans cette musique pour l'Ulysse une singulière naïveté, une fraî-\n cheur et une couleur pastorale qui sauvent au moins les apparences, car\n que de banalités, que de vieillerie! Les chœurs pour voix de femmes, très\n bien écrits, sont les fragments les plus réussis, ainsi qu'un ou deux chœurs\n de porchers. L'orchestration est fort simple, parfois crue. On a beaucoup\n applaudi la belle voix de Mlle Flament, et un tout petit solo très bien dit\n par Mlle Jeanne Merck, sœur de Mlle Louise Merck dont je parlais en com-\n mençant cette chronique. En somme, l'œuvre n'a pasobtenu un très vif succès;\n les vers de Ponsard, d'une radieuse ineptie, et non sans une pointe de gauloi-\n serie involontaire et ingénue, n'étaient pas faits pour l'aviver. La Deuxième\n symphonie, œuvre rien moins que sérieuse, est conçue dans le même esprit\n de sincérité naïve et d'aimable badinage ; à noter, la belle phrase initiale du\n Larghetto non troppo, du vrai Gounod celle-là ; le finale est vraiment trop\n léger, pour ne pas dire vulgaire.\n     La Messe de Sainte-Cécile (1855 , bien connue chez nous, offre, à côté de\ncette symphonie, et bien qu'elle lui soit antérieure, un caractère de maturité\nque celle-ci ne possède en aucune façon. On connaît cette note particulière\ndu mysticisme voluptueux, de la religiosité à fleur d'âme de Gounod. Ce\nsentiment est très bien exprimé dans le fameux Sanctus, le Benedictus et\nle Domine salvum fac Regem, les trois fragments entendus au Conserva-\ntoire. Il y a là une certaine grandeur, quelque chose de saisissant quoique\nsuperficiel, qui ne résiste pas à un examen approfondi, mais dénote à plus\nforte raison un musicien singulièrement madré dans la recherche des effets\net la conception d'ensemble d'un grand panneau décoratif. M. Demest a dit\navec son art ordinaire le solo du Sanctus, mais il est bon de l'avertir que\ns'il continue à promener sa voix dans de pareilles hauteurs, son baryton-\nmartin ne résistera pas longtemps à cette tension violente.\n    Rarement séance orchestrale fut plus controversée que le concert de\nSiegfried Wagner. Ses adversaires ont surtout témoigné une férocité\nincroyable et, au moins, une sévérité exagérée. Sous prétexte qu'il est le\nfils de son père, — ce qui peut arriver à tout le monde, — on exige de Sieg-\nfried Wagner du génie, et, chose plus remarquable encore, de l'expérience.\nJe dois dire que je me suis permis d'applaudir. Sans doute il y avait de la\nconfusion dans le « Venusberg » du Tannhäuser, la Siegfried-Idylle s'en\nallait d'une allure un peu pesante, mais, enfin, je n'ai pu m'empêcher de\nconstater le sens poétique évident du jeune kapellmeister, son geste très\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                — 197 —\n\nlarge et vraiment éloquent, la précision et l'énergie de sa mesure, et la con-\nnaissance parfaite qu'il avait de ses partitions, dirigeant tout par cœur,\nbien qu'il indiquât pour ainsi dire chaque entrée. On lui a reproché de\n« se produire » avant d'avoir atteint à la parfaite possession de son métier.\nMais comment donc voulez-vous qu'il fasse? On ne peut cependant pas\ndiriger l'ouverture du Tannhäuser dans une cave! En résumé, un début\ntrès honorable, et beaucoup de promesses.\n   — Vous parlerai-je de Tristan à la Monnaie? Heu! heu! J'eus le bon-\nheur d'entendre l'œuvre à Bayreuth et je crois que tous ceux qui se trou-\nvent dans ce cas n'attachent pas beaucoup d'importance à cette première,\nqui ne provoque d'autre désir que celui d'une prochaine revanche. Si,\ncomme la presse quotidienne si unanimement favorable, on se place au\npoint de vue opéra, certes, cet opéra est bien monté.\n   M. Cossira chante très consciencieusement toutes ses notes, de même\nque Mlle Tanésy. On ne comprend pas un mot, mais peu importe quand\non entend « l'air »; M. Lequien chante proprement, de sa voix un peu\nsèche, son admirable lamentation. M lle Wolff est très satisfaisante,\nM. Seguin naturellement hors pair, et l'orchestre « marche bien ». Si\nl'on se demande ce que devient l'œuvre d'art dans cette honnête interpréta-\ntion de province, on songe à cette parole des livres saints : « La lettre tue,\nl'esprit fait vivre. » Or, jamais rien n'a été tué aussi absolument que Tris­\ntan à la Monnaie.\n   Exécution orchestrale sans air ni lumière, notamment au premier acte.\n Interprétation vocale très grosse, M. Cossira clamant rudement les phrases\nmystérieuses symboliques du deuxième acte, et Mlle Tanésy s'efforçant\nvainement de suivre les fluctuations métriques et rythmiques de cette\nredoutable partition; les scènes muettes enfin, — l'entrée de Tristan au\npremier acte et, au deuxième, cette admirable scène de l'attente qui, à\nBayreuth, amenait progressivement le spectateur au paroxisme de l'anxiété\net de l'agitation, de manière que l'entrée du héros provoquait un véritable\nsoupir de soulagement et de bonheur, — tout cela incompris, mal réglé et\nmal joué. Inutile de parler de ces décors d'où sortent de vieux échos de\nbarcarolles et de cantilènes; de ces costumes étonnants, tel celui de\nMlle Tanésy au premier acte, ses charmes puissants enfermés en une robe\nblanche de pensionnaire endimanchée, la taille ceinte d'un ruban vert\npomme... Oh! les amples draperies de Mlle Sucher, à Bayreuth! L'impres-\nsion générale se résume en ce mot terrible d'un critique : « M. Seguin fait\ntache dans l'interprétation. » Si au moins c'était une tache d'huile.\n\n  Errata. — Une erreur de plume dans ma dernière chronique m'a fait\nétablir un rapprochement entre le thème du Presto de la Troisième sym-\nphonie de Beethoven et celui de la Première Symphonie de Borodine. C'est\névidemment Scherzo qu'il faut lire.\n                                                    E R N E S T CLOSSON\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "                                                     — 198 —\n\n\n\n\n                                       MEMENTO\n   Une citation du Li-Sao, le beau poème de                 de nos Flandres, l'invité boucha l'autre\nKiu-Youen, qui ne manquerait pas d'appli-                   urne, et alors s'engagea le dialogue sui-\ncations aujourd'hui :                                       vant :\n   « Quel est le comble de l'art et du talent                  — ALPHONSE. Mon cher ami, il m'arrive\ndans le siècle où nous sommes?                              une bien singulière chose.\n                                                               — Lui. Bonne, j'espère?\n   « Tourner le dos au compas et à l'équerre                   — ALPHONSE. Mais non. On veut me\net ne rien faire de régulier;                               faire ministre 1\n   « Ne pas regarder le tracé en ligne droite                  — Lui. Eh ! tant mieux ; le gouverne-\nafin de suivre librement la ligne courbe;                   ment comptera un honnête homme de plus\n                                                            et un excellent administrateur. Les discus-\n   « Se concerter pour employer des moyens                  sions auxquelles vous avez pris une large\nineptes et pour les faire adopter comme                     part justifient pleinement ce choix.\nune loi. » (Li-Sao, XXIII.)                                    — Quel ministère vous offre-t-on?\n                                                               — ALPHONSE. Les travaux publics.\n                                                               — Lui. Oh ! n'acceptez pas celui-là.\n                                                               — (La conversation se continua dans le\n    Extrait de la notice de M. Alexandre                    jardinet.)\n                                                                                                        »\n Henné, sur Alphonse Vandenpeereboom.\n                                                               Nous faisons toutes nos réserves sur\n (Annuaire de l'Académie de              Belgique,\n                                                            l'authenticité des vers attribués à l'auteur\n 1888, p. 419.)\n                                                            des Nuits, qui nous paraissent être du\n   « ... Le cabinet résolut de se l'adjoindre.\n                                                            Musset à la Hennième puissance.\n Les ouvertures qui lui furent faites à ce\nsujet le surprirent étrangement. Elles don-\nnèrent lieu à une scène qui, en rappelant de\nloin celle à laquelle le célèbre cardinal\nAlbéroni dut sa fortune, démontre la sim-                      M. T. de Wyzewa résume ainsi, dans la\nplicité et la sincérité de ce cœur honnête.                 Revue bleue, sa théorie de l'imitation :\n   « Quelqu'un que je connais, mais que je                     « Je crois de plus en plus que nous péris-\nne veux pas nommer, comme disait Héro-                      sons par excès d'originalité. Chacun s'as-\ndote, était alors à Ypres cordialement                      treint à faire autrement qu'on n'a fait avant\ninstallé dans le luxueux appartement où le                  lui; et ainsi il ne reste plus personne pour\npremier magistrat de la ville avait récem-                  rien faire de bon. Les traditions se perdent:\nment logé le comte de Flandre. Alphonse                     les auteurs s'égarent à vouloir trouver des\nVandenpeereboom jugeait que ses amis ne                     formes nouvelles, et les lecteurs à vouloir\npouvaient être trop bien traités.                           suivre les malheureux auteurs. Et, en fin\n   « Un dimanche matin, que ce quelqu'un,                   de compte, voici qu'il n'y a plus dans les\nhomme régulier, se dirigeait vers les lieux                 livres d'à présent ni composition, ni style,\n                                                            ni même aucune trace de cette nouveauté\noù l'on va,\n                                                            intérieure qui ne s'obtient que par un cer-\n        dans une humble posture,\n    Débarrasser ses flancs d'un importun fardeau,           tain détachement de la nouveauté exté-\n                           ( A L F R E D DE M U S S E T )   rieure. »\nil les trouva occupés par son hôte. Il allait                  Hélas! M. de Wyzewa parle d'or et de\nse retirer discrètement; mais celui-ci l'ar-                diamant. Mais il n'est plus guère de jeunes\nrêta : « Prenez place, dit-il, ce sont des                  écrivains capables, non pas de lui donner\njumelles. » Quoique inhabitué à ce genre                    raison, — ce serait trop! — mais seulement\nde confort en usage dans beaucoup de villes                 de le comprendre.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                                     199\n\n   Le mondain qui, au lieu de porter le gar-             sera la vérité absolue, viendra vingt ans\ndénia à la boutonnière du frac, imaginerait              après ma mort. »\nde le porter à la braguette, serait incontes-               Et il ajoutait : « Ce volume est le dernier\ntablement un génie!                                      qui paraîtra de mon vivant. »\n   Voilà où l'on en est, pour s'être garga-                 M. Edmond de Goncourt n'a pas pu\nrisé avec des mots niais dans le genre de                résister plus longtemps à la tentation et\nprogrès artistique et d'évolution.                       nous pouvons annoncer, pour paraître avant\n                                                         la fin du printemps, le septième et irrévo-\n                                                         cablement dernier volume du Journal. Il\n                                                         ira de 1884 à 1888.\n   Un jeune poète du Magasin littéraire a\nété vivement frappé par une contradiction\nde la nature. Voici comment il l'exprime :\n                                                            Lire dans les derniers numéros de la\n   La colombe a son nid, le sanglier son breuil,\n   Mais la fleur sans abri meurt triste et solitaire     Société nouvelle les études de MM. Hubert\n   Et moi seul je la pleure au sein des bois en deuil.   Krains, Gustave Kahn, F. Brouez, Charles\n                                                         Henry, et Mon Ami Philippe, une péné-\n   Le jeune poète est-il sûr d'être seul?\n                                                         trante nouvelle de notre collaborateur\nNous, nous pleurons sur le sanglier, —\n                                                         Louis Delattre. Lire dans la Revue générale\nquestion de tempérament; mais la fleur est\n                                                         la revue littéraire de M. Eugène Gilbert et\nlacrymalement arrosée, nous l'affirmons,\n                                                         une substantielle critique des Origines de\npar plus de deux yeux.\n                                                         la Francecontemporaine,    par M. J .-B. Stier-\n   L'antithèse de la jeune demoiselle à rimer\n                                                         net.\ndu Magasin littéraire nous rappelle le dis-\ntique en vers libres — déjà! — qui fut\ncélèbre vers 1867, et qu'un collégien aux\nabois adressait à ses parents :                       Une pensée de M. Georges Dwelshau-\n De même que le soleil dore nos bois, nos champs,   vers :\n De même on vous verra m'envoyer vingt-cinq francs.   « ... Lorsqu'on parle d'Art, ce ne doit\n                                                         être jamais qu'avec emportement. II faut\n                                                         qu'on hurle d'enthousiasme devant l'œuvre,\n                                                         il faut qu'on vocifère son dégoût, qu'on\n   On lit dans le Gaulois :                              piétine, qu'on crache devant l'usurpation...»\n   M. Edmond de Goncourt va publier un                      Les lecteurs qui admirent cette phrase\nlivre de notes prises par son frère Jules et             sont invités à hurler. Ceux qui ne l'aiment\npar lui au cours d'un voyage en Italie qu'ils            pas vociféreront, piétineront et cracheront.\nfirent en 1855-1856                                         N. B. Les sourds sont heureux.\n   L'ouvrage sera illustré de dessins de\nJules de Goncourt.\n   Ce n'est pas tout, et M. Edmond de Gon-\ncourt, plus jeune que jamais, va publier                    Reçu le premier numéro d'une publica-\nencore un volume du Journal.                             tion à couverture rose ornée d'un oiseau\n   On se rappelle que les « Mémoires » du                vert et qui s'appelle Les Ibis. Nous n'y\ncélèbre écrivain s'arrêtaient à l'année 1884.            voyons aucun inconvénient.\n   Voici la déclaration que faisait au public               Il y a un ibis de M. Vielé-Griffin, un ibis\nM. de Goncourt quant parut le tome                       de M. Ulmna et un ibis en Espagne de\nsixième :                                                M. de Oliveira-Soarès.\n   « ... Dans ce dernier volume, je vais                    L'ibis in idem n'est pas représenté jus-\ntâcher, autant qu'il m'est possible, de servir           qu'ici.\nseulement aux gens, saisis par mes instan-\ntanés, la vérité agréable; l'autre vérité, qui\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                                               —    200    —\n\n\n   M. J u l e s Sottiaux p u b l i e d a n s le Libre                      Nannan Ninette\nJournal u n e Berceuse d o n t voici q u e l q u e s                       Dors, ma Brunette !\nsecousses :                                                        Oh ! tu n'auras pas mon aimée,\n                                                                             Damnée I\n               Nannan Ninette                                            Noir revenant\n               Dors, ma Brunette!                                  Qui geins, qui geins toujours --Nannan!\n         La mine geint et le vent pleure,                          La nuit s'avance, ma Brunette,\n                   C'est l'heure                                             Ninette!\n                De s'endormir,                                     Dors, enfatn, Ninette, Nannan!\n         L'oiseau de nuit vient de gémir !\n                                                           P o u r d u n a n n a n , c'en e s t !\n         Clos tes chers yeux, ô ma petite!\n                   Bien vite !\n         L'oiseau de nuit vient de gémir!\n               Nannan Ninette\n               Dors, ma Brunette !\n                                                           Dans le numéro suivant, le même M. Sot-\n         La mine geint, son cri d'orfraie\n                                                        tiaux « médaillonne » un poète borain.\n                     Effraye\n               Comme un tocsin.                            M. Deffernez, dit-il, doit être musicien.\n         Mets ta tête au creux du coussin.              La musique l'a sauvé, assure-t-il, «d'une\n         Ne tremble pas, ma colombelle                  situation absolument intéressante ».\n                     Si belle!\n                                                           La cavatine abortive, alors!\n         Mets ta tête au creux du coussin.\n               Nannan Ninette\n               Dors, ma Brunette !\n       Oh ! ces râles dans les ténèbres\n                   Funèbres,\n               Je ne sais où!                               Le style de M. Wilmotte :\n        Sont-ce les morts par le grisou ?\n        Sont-ce les âmes désolées,                         « Entre les écrivains dont les tendances\n                   Troublées,                           et les œuvres viennent d'être analysées et\n        Sont-ce les morts par le grisou ?               l'auteur de la Nouvelle Cartilage, une tran­\n               Nannan Ninette                           sition n'est pas nécessaire : ELLE N'EST MÊME\n               Dors, ma Brunette!                       PAS DÉSIRABLE lui »\n         Est-ce toi, pauvre sœur chérie,                  « . . . Un RAPETISSEMENT voulu de la rime,\n                   Meurtrie,                            DE PLUS EN PLUS RICHE à force d'indigence\n                Morte à seize ans ?                     même!!!! »\n         C'était par un soir de printemps.\n         Reviens-tu pour pleurer ta vie\n                   Ravie\n         Un soir attiédi du printemps.\n               Nannan Ninette\n               Dors, ma Brunette !\n        Elle avait ton œil qui rayonne,\n                  Mignonne,\n              Tes cheveux noirs ;\n        Elle chantait toujours les soirs.\n        J'entends encor sa voix troublante\n                  Et lente,\n        Elle chantait toujours les soirs.\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "              P a u l LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR          D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                      31, rue des Paroissiens, 31\n                              BRUXELLES\n\n              VIENNENT           DE    PARAITRE          :\n\n                     Henri de RÉGNIER\n\nLE BOSQUET DE PSYCHÉ\n            Un volume petit in-12, tirage à 250 exemplaires\n       sur papier de Hollande Van Gelder.        Prix : 2 francs.\n\n                Hector VAN DOORSLAER\n        SUR,               L'ESCAUT\n              Avec préface d'EDMOND PICARD\n  Un volume in-18 jésus                                      fr.    3 50\n\n                     Arthur DAXHELET\n      NOUVELLES DE WALLONIE\n    PAGES DE TENDRESSE VAGUE\n  Chaque volume, sur papier de Hollande                      fr.    3 50\n\n                  POUR PARAITRE FIN MARS :\n                      Sander PIERRON\n\n    PAGES DE CHARITÉ\n               Avec préface de GEORGES EEKHOUD\n  Un volume in-18 jésus                                      fr.    3 50\n\n               Dernières publications :\nSEPT ESSAIS D'EMERSON,       traduits par I. Will, avec\n  préface de Maurice Maeterlinck                        fr. 3 50\nCH. D E COSTER : Légendes flamandes, avec préface\n  d'Emile Deschanel                                         3 50\nJEANNE TORDEUS : Manuel de prononciation, nou-\n  velle édition, avec préface d'Edouard Thierry . . 2 »\nEDMOND PICARD : Scènes de la Vie judiciaire . . .           4 »\n        —           El Moghreb al Aksa : une mission\n                       belge au Moroc                       4 »\n        —           Vie Simple                              3 «\nGEORGES EEKHOUD : La Nouvelle Carthage, édition\n  définitive                                                4 »\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                             EN          VENTE\n\n   à la librairie P A U L L A C O M B L E Z\n                         BRUXELLES\n\n\n\nGÉRARD    HAUPTMANN        : L'Assomption     d'Hannele\n  Mattem, drame de rêve                         .        fr. 1 »\nJEAN RICHEPIN : Mes Paradis, poésies                         3 50\nBARBEY D'AUREVILLY : Mémoires historiques et litté­\n   raires                                                    3 50\nPAUL BOURGET : Cosmopolis, édition à                         3 50\nW I L L Y (L'Ouvreuse) : Rythmes et rires                    3 50\nMAURICE BARRÈS : Une journée parlementaire             .     2 »\nF. BRUNETIERE : L'Évolution de la poésie lyrique au\n   XIXe siècle. Tome I er                                    3 50\nCAMILLE LEMONNIER : L'Arche,             journal d'une\n   maman                                                     3 50\nELIPHAS LÉVI     : Le Livre des Splendeurs                    . . . .     7 »\n\n\n\n         Dépôt des Revues Françaises :\n             La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 0-55\n     Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage,        fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n\n\n\n     Demandez le Catalogue complet de l'Editeur\n                      Paul L A C O M B L E Z .\n\n\n              Bruxelles,— Imprimerie Ve Monnom..32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1894-04-01", "preuve": "Avril 1894, numéro 4, couverture PDF 190 ; le mois est mal reconnu dans l’OCR."}}